DICTIONNAIRE DE THÉOLOGIE CATHOLIQUE CONTENANT L’EXPOSÉ DES DOCTRINES DE LA THÉOLOGIE CATHOLIQUE LEURS PREUVES ET LEUR HISTOIRE COMMENCÉ SOUS LA DIRECTION DE A. VACANT E. MANGENOT PROFESSEUR AU GRAND SÉMINAIRE DE NANCY PROFESSEUR A L’INSTITUT CATHOLIQUE DK PARIS CONTINUÉ SOLS CELLE DE É. AMANN PROFESSEUR A LA FACULTE DE THEOLOGIE CATHOLIQUE DE L'UNIVERSITÉ DB STRASBOURG AVEC LE CONCOURS D’UN GRAND NOMBRE DE COLLABORATEURS TOME TROISIÈME DEUXIÈME PARTIE CONSTANTINOPLE - CZEPANSKI PA R 1 S-VI LIBRAIRIE LETOUZEY ET 87, Boulevard Raspail, 87 1938 TOUS DROITS RÉSERVÉS ANÊ DICTIONNAIRE DE THEOLOGIE CATHOLIQUE (Suite) 4. CONSTANTINOPLE (IV' CONCILE DE). VIII' œcuménique, 5 octobre 869-28 février 870. — I. Préliminaires. II. Histoire des sessions. ΙΠ. Les actes du concile. IV. Principaux canons dogmaticodisciplinaires, texte et commentaire. V. Principaux ca­ nons dogmatiques, texte et commentaire. VI. Princi­ paux canons disciplinaires, texte et commentaire. VII. Œcuménicité du concile. I. Préliminaires. — Le IV'concilede Constantinople, Vlll'œcuménique, fut réuni pour mettre fin au schisme créé par l’élévation anticanonique de Photius au siège patriarcal de Constantinople, à la place du patriarche légitime Ignace. Nous n’avons pas à raconter ici en détail les événements qui se déroulèrent dans la capi­ tale de l’empire byzantin et aussi à Rome, depuis l’Épiphanie 857, jour où saint Ignace refusa la com­ munion à l’incestueux césar Bardas, oncle de l’empe­ reur Michel III l’ivrogne, jusqu’à la première chute du patriarche intrus, le 25 septembre 867, aussitôt apres l’avènement au trône de Basile I" le Macédonien. Il est cependant nécessaire de rappeler brièvement les principaux épisodes du premier acte de ce drame lamentable qu’est le schisme photien, pour com­ prendre l’histoire du concile et la portée de ses déci­ sions. L’élévation de Photius était entachée d’un triple vice canonique. Il prenait la place du patriarche légitime violemment dépossédé de son siège par le pouvoir sé­ culier et refusant énergiquement de donner sa démis­ sion. Contrairement au 1O canon de Sardique, de simple laïque il devenait subitement évêque et recevait tous les ordres dans l'espace de six jours (20-25 dé­ cembre 857). Enfin le prélat qui le consacra, Grégoire Asbestas, archevêquede Syracuse, avait été excommunié par Ignace, son supérieur légitime, et sa cause, portée devant le saint-siège, était encore pendante. Sentant combien sa position était fausse, l’intrus essaya d’obte­ nir du pape la confirmation de son élection. Une am­ bassade fut envoyée à Rome en 859. Elle remit au pape, qui était alors Nicolas I", des lettres et de riches pré­ sents, et lui raconta, en les travestissant, les faits qui s’étaient passés à Constantinople depuis deux ans. Photius, dans un écrit habilement rédigé, faisait pro­ fession de foi catholique, cherchait à faire croire qu’il avait été contraint d’accepter une charge trop lourde pour ses épaules et implorait, avec cette humilité hypo­ crite dont il avait le secret, les saintes prières du pape. Epist., 1.1, epist. i, P. G., I. Cil, col. 585-594. Ignace, lui aussi, en avait appelé à Rome, mais on avait empêché jusqu’ici ses envoyés d’accomplir leur mission. Nico­ las I" ignorait donc comment les choses s’étaient réel­ lement passées, mais sa claivoyante perspicacité lui fit soupçonner aussitôt quelque perfidie, et il se garda bien d’ajouter foi à tout ce qu’on lui racontait. Il résolut, dans un concile tenu à Rome, en septembre 860. d’en­ voyer à Constantinople les évêques Rodoald de Porto et Zacharie d’Anagni pour faire une enquête minutieuse. Dans une lettre à l’empereur il blâmait la procédure injuste suivie contre Ignace, et l’élévation d’un laïque faite aux mépris des canons de Sardique et des décrets du saint-siège. De Photius, il louait l'orthodoxie, mais se refusait à reconnaître sa consécration, avant d’être pleinement informé de toute cette affaire. Mansi, Con­ di., t. xv, col. 162-168; t. xvi, col. 59. Les deux légats furent infidèles à leur mission. Dans un concile de 318 évêques réuni par Photius dans l’église des Apôtres en mai 861, ils signèrent la déposi­ tion d’Ignace et reconnurent Photius comme patriarche. Ignace fut condamné sur les faux témoignages de 72 individus, la plupart gagnés à prix d’argent, comme ayant été institué par la puissance civile, contrairement au 31' canon des apôtres. Cf. Hergenrother, Photius t. i, p. 419-438. Quand Nicolas I" apprit par des amis d’Ignace ce qui s’était passé dans ce conciliabule, non seulement il refusa d’en confirmer les actes, mais dans un synode tenu à Saint-Pierre au début de 863, il déclara Photius le laïque déchu de toute dignité ecclésiastique, destitua ceux qu’il avait ordonnés et se prononça pour la légiti­ mité d’Ignace. Mansi, t. xv, col. 178; t. xvi, col. 106. L’intrus brava les foudres pontificales et continua à se glorifier de l’approbation des légats et à répandre contre Ignace des libelles calomniateurs. C’est lui aussi proba­ blement qui composa l’écrit injurieux envoyé au pape, en août 865, sous le nom de Michel III. Nicolas I" répondit comme il convenait à ces grossièretés. Les insultes faites au siège de Pierre furent fièrement rele­ vées et l’ingérence du césarisme byzantin dans les affaires religieuses flétrie avec vigueur. Cependant le pape permettait qu’une revision du procès entre Ignace et Photius fût faite à Rome, en dehors de toutes les intrigues des partis. Les deux compétiteurs étaient invités à venir en personne ou à envoyer des délégués. Mansi, t. xv, col. 187-216. 1275 CONSTANTINOPLE (IV- CONCILE DE) On ne tint nul compte à Byzance de cette lettre. De nouvelles lettres datées du 13 novembre 866 n'eurent pas plus d’effet. Mansi. I. xv. col. 216-277. La question bulgare qui venait de s’ouvrir n’était pas faite pour apaiser les esprits. Photius continua à s’attacher la cour et le clergé par ses flatteries et ses bassesses. C’est alors qu’il conçut le plan de réunir un grand concile pour déposer le pape Nicolas. Il écrivit dans ce but une lettre encyclique aux patriarches d’Orient, pleine des attaques les plus passionnées contre l’Église romaine. Les Latins sont accusés d’hérésie, parce qu’ils onl fal­ sifié le symbole et qu’ils enseignent que le Saint-Esprit procède non seulement du Père mais aussi du Eils. E/iist., 1. 1, episl. xm. P. G., t. cil. col. 721-742. Dans une lettre aux Bulgares, il trouvait de nouveaux griefs contre Rome et attaquait ouvertement la primauté du pape. Cf. Mansi, t. xv. col. 355. Enlin, dans l’été de 867, il réunit le fameux concile projeté, auquel il cher­ cha par tous les moyens à donner le plus de crédit possible. L’empereur Michel III et son nouvel associé à l’empire, Basile, y assistèrent en personne avec le sénat au complet. Trois moines choisis par Photius étaient censés représenter les patriarches orientaux. Venaient ensuite les évêques partisans de l’intrus. Le pape Nicolas fut déposé et on lança l’anathème contre tous ceux qui accepteraient d’être en communion avec lui. Photius dressa lui-même les actes de ce prétendu con­ cile œcuménique, et aux 21 signatures qu’il obtint d’évêques complaisants, il en joignit un millier de fausses, en usant de procédés divers pour donner l’illusion de la vérité. On essaya de gagner l’empereur d’Occident Louis II qu’on savait en mésintelligence passagère avec Nicolas. Zacharie, archevêque de Chalcédoine, et Théodore de Laodicée furent chargés de lui porter un exemplaire des actes synodaux. Celait a lui qu’on remettait le soin de faire exécuter la sentence de déposition contre le pape. Mansi, t. xvt. col. 5. 256. 417. Photius ne devait pas jouir longtemps de la victoire assez relative qu'il se figurait avoir remportée sur Nico­ las 1". Le 23 septembre 867, Michel 111 était assassiné et Basile le Macédonien le remplaçait. L’n des premiers actes du nouvel empereur fut de reléguer dans un couvent l'intrigant qui troublait l’Église de Constanti­ nople depuis dix ans. et de rappeler de l'exil le pa­ triarche légitime. Réintégré solennellement sur son siège, le 23 novembre 867, Ignace demanda aussitôt à l'empereur de procurer la réunion d’un grand concile auquel le pape serait invité. L’état lamentable, dans lequel le schisme avait jeté l’Église byzantine tout en­ tière, exigeait une pareille mesure. Lue double dépu­ tation, munie des lettres de l'empereur et de celles d'Ignace, se rendit à Rome pour informer le pape des événements survenus à Constantinople, lui remettre les actes du conciliabule de 867 et le prier d'envoyer ses légats au futur concile. Mansi, t. xvt, col. 46-48. Quand les délégués arrivèrent à la ville éternelle, Nicolas 1er n’était plus de ce monde. Il était mort le 13 novem­ bre 867. Ce fut son successeur Adrien II qui reçut les députés byzantins. Après avoir fait soigneusement exa­ miner les documents que ceux-ci lui remirent, il réunit au mois de juin 869 un synode dans l’église SaintPierre. Les décrets de Nicolas 1er furent confirmés. On prononça l’anathème contre Photius et contre son con­ ciliabule, dont les actes furent publiquement livrés aux flammes. On accordait cependant la communion laïque à l'usurpateur, au cas où il se soumettrait. Voici d'ail­ leurs résumés les cinq articles de la sentence finale que prononça le pape : 1° Nous comparons au brigan­ dage d’Éphèse le conciliabule réuni il y a quelque temps par Photius et par le tyran Michel. Nous décla­ rons tous ses décrets sans valeur et nous ordonnons qu'ils soient brûlés avec tous les documents écrits par 127G Photius et par Michel contre le saint-siège. 2° Nous condamnons de même les deux conventicules parricides réunis contre Ignace. 3° Nous condamnons et anathématisons de nouveau, et nous comparons à Dioscore, Photius, que mon prédécesseur a condamné déjà avec raison. Il a ajouté à tous ses anciens crimes des attaques scandaleuses contre les privilèges du siège apostolique, a fabriqué de nouveaux dogmes et a répandu partout des calomnies contre Nicolas et contre nous; s’il se soumet sans aucune restriction, il sera admis à la com­ munion laïque. 4“ Ses partisans qui ont signé les actes du conciliabule seront admis à la communion, s'ils anathema lisent ce conciliabule et se réconcilient avec Ignace. 5" Quiconque, après avoir eu connaissance de ce décret apostolique, retiendra les exemplaires de ce conciliabule, sera excommunié, ou déposé, s'il est clerc. Ce que nous ordonnons, non seulement pour Constan­ tinople, mais pour Alexandrie, Antioche et Jérusalem, et généralement pour tous les fidèles. Mansi, t. xvt. col. 128-130. Le programme du futur concile œcuménique se trou­ vait tout tracé. Le pape fit choix, pour le représenter à cette assemblée, de Donat, évêque d’Ostie, d'Étienne, évêque de Népi, et du diacre Marin. Ils étaient munis de pleins pouvoirs pour rétablir la paix dans l’Eglise de Constantinople. Après avoir publié et fait signer les décrets rendus au synode romain, ils devaient réinté­ gré, sur leurs sièges les évêques ordonnés par Ignace el parson prédécesseur Méthode. Toutefois, ceux qui. parmi eux, avaient participé au schisme devaient, avant d'être reçus en grâce, signer le formulaire, libellus salis/aclionis, apporté par les légats. Quant à Photius et aux évêques ordonnés par lui, ils seraient solennel­ lement déposés. Les signataires des actes du concilia­ bule étaient exclus de tout pardon. Le saint siège se réservait de leur faire grâce s’il le jugeait à propos. Telle est la teneur des deux lettres du 10 juin 869, adressées l'une à Ignace et l'autre à l’empereur. Mansi, t. xvt, col. 20.50. Arrivés à Thessalonique et à Sélymbrie, les légats furent salués pas des écuyers au nom de l’empereur. Le 25 septembre 869, ils lirent leur entrée triomphale à Constantinople au milieu d'un grand concours du clergé et du peuple. L’empereur se montra d une amabilité exquise à leur égard et les embrassa avec effusion. Les trois patriarches orientaux avaient été, eux aussi, conviés au concile. L’archevêque Thomas de Tyr, re­ présentant du patriarcat d’Antioche, alors valant, et le syncclle Élie, délégué de Théodose, patriarche de Jéru­ salem, étaient arrivés à Constantinople bien avant les légats. Quant au délégué d’Alexandrie, on ne le vit qu’à la fin du concile, à la IXe session. Cf. Hergenrother, Photius, t. il, p. 57 sq. Le concile ne compta au début que douze évêques; ce fut seulement à la lin que leur nombre s’éleva à cent deux. Anastase le Bibliothécaire, dans sa traduction des actes du concile, nous prie de ne pas nous scanda­ liser de ce petit nombre, dont il cherche à donner les raisons. Les évêques ordonnés par Ignace ou son pré­ décesseur Méthode se faisaient de plus en plus rares, et les photiens, qui n’étaient pas admis au concile, occupaient de nombreux évêchés. Mansi, t. xvi, col. 190. Il faut ajouter que plusieurs de ceux qui avaient été ordonnés par les patriarches légitimes refusèrent d'abord de signer le formulaire apporté par les légals. C'était une sorte de profession de foi rédigée sur le modèle de celle du pape Hormisdas. Denzinger, Enchiridion, doc. xx. Elle prescrivait nettement la soumission à l’Église romaine, « dans laquelle la foi s’est toujours conservée sans tache. » Mansi, t. xvt, col. 27. On com­ prend la repugnance qu'avaient ces apprentis du schisme à signer pareille pièce. Les légats avaient ordre de n'admettre au concile que ceux qui signeraient ce for­ 1277 CONSTANTINOPLE (IV' CONCILE DE) mulaire. Leur fermeté vint à bout des récalcitrants qui (inirent tous par donner leur signature les uns après les autres, et vinrent ainsi grossir le nombre des membres du concile. Quoi qu’en dise Anastase, il est écœurant de voir 318 évêques au conciliabule de Photius en 861, et de n'en trouver que 102 au concile œcuménique de 869. II. Histoire des sessions. — ln session. — Quand tous les préparatifs furent terminés, le concile fut so­ lennellement ouvert dans l’église Sainte-Sophie, le 5 octobre 869. Les trois légats du pape présidaient. Avec les deux délégués patriarcaux de Jérusalem et d’Antioche, Ignace, et les douze évêques qui avaient souffert persécution pour lui, cela faisait en tout dixhuit membres. Le patrice Baanés, assisté de onze autres officiers impériaux, remplissait l’office de procureur impérial. Toute cette I™ session fut occupée par la lec­ ture de divers documents. Le secrétaire Théodore lut d’abord un discours de l’empereur invitant les membres du concile à procurer l’union et à discuter avec dou­ ceur et charité. Puis, le procureur impérial, au nom du sénat et des évêques grecs, demanda aux légats ro­ mains ainsi qu'aux vicaires des patriarches orientaux de faire connaître les documents établissant leur mis­ sion et leurs pouvoirs. Les légats commencèrent par se récrier, déclarant qu’il était inouï que, dans un concile universel, on eut jamais assujetti à un sem­ blable examen les représentants de Rome; mais Baanés leur fit comprendre que cette demande n'avait rien d'offensant pour le sainl-siège. C’était une simple me­ sure de prudence nécessitée par la conduite des précé­ dents légats Rodoald et Zacharie au conciliabule de 861. Le diacre Marin lut alors en latin la lettre du pape que les légats avaient apportée à l’empereur Basile, et le chapelain de la cour, Damien, la lut dans une tra­ duction grecque. On entendit ensuite Elie, représentant du patriarche Théodore de Jérusalem. Il déclara d'abord que son collègue Thomas, archevêque de Tyr, n'avait reçu aucun document établissant ses pleins pouvoirs, parce que le siège d’Antioche était vacant et que lui-même était administrateur du patriarcat; puis il lit lire la lettre de Théodose à Ignace, « patriarche œcuménique, » l'accréditant, lui, Elie, comme vicaire patriarcal; sur la demande des légats de Rome, le for­ mulaire ou libellus satisfactionis fut lu en latin el en grec et approuvé solennellement par le concile. La session se termina par la résolution de deux objections présentées par Baanés. Celui-ci demanda d’abord aux légats comment on avait pu condamner à Rome Photius sans qu'il y fût présent. Les légats répondirent que Pholius n'était pas en effet venu à Rome en personne, mais qu’il y avait défendu sa cause par ses écrits et ses fondés de pouvoir. Les deux vicaires orientaux qui, avant l'arrivée des légats, avaient condamné Photius sans l’entendre, durent aussi s'expliquer. Élie lit remar­ quer que Pholius n’avait jamais été reconnu comme évêque légitime, ni à Alexandrie, ni à Antioche, ni à Jérusalem. Or, d’après les canons, on n'était tenu de convoquer l'accusé, que lorsqu’il s’agissait d’un évêque légitime. Celte réponse mettait à nu l’insigne fourbe­ rie de Photius qui, dans les actes du conciliabule de 867, avait fait intervenir la signature de prétendus vicaires patriarcaux. Mansi, t. xvi, col. 16-36, 310-319. 7/· session. — La IIe session, qui se tint le 7 octobre, futaccablantepour Photius. Dix des évêques qui s’étaient laissé entrainer dans son parti, plus par la violence des mauvais traitements que par malice, firent un tableau navrant de tout ce que l’intrus leur avait fait souffrir : « Cet homme pensai! d'une manière et parlait d’une autre; il avait toujours le mensonge à la bouche; il était habile à captiver les esprits et à les séduire; per­ sonne ne l’a jamais surpassé et personne ne le surpas­ sera dans cet art des païens. » Les évêques pénitents 1278 obtinrent leur pardon, et, après avoir signé le formu­ laire de Rome, ils furent admis à siéger au concile. Après eux, on lit entrer les autres clercs infidèles, prêtres, diacres et sous-diacres ordonnés par Ignace et Méthode. On leur pardonna aussi, en leur imposant une pénitence et en leur faisant signer le formulaire. Mansi, t. xvi, col. 37-41, 319-322. Ill’ session. — La IIIe session (11 octobre) comptait 23 évêques. Au début, les légats du pape déclarèrent que, par suite d’une erreur, quelques évêques ordon­ nés par Ignace ou par Méthode n'avaient pas signé le formulaire : c'étaient Théodule d’Ancyre et Nicéphore de Nicée. Invités à donner leur signature, les deux métropolitains s’y refusèrent et furent aussitôt exclus du concile. On lut ensuite les lettres de l’empereur et d’Ignace au pape Nicolas, du mois de décembre 867, et la réponse du pape Adrien du 10 juin 869. Mansi, t. xvi. col. 41-53, 322-327. 1 E« session. — A cette session (13 octobre), on s'oc­ cupa des deux évêques Théophile el Zacharie qui, ordonnés par Méthode, avaient embrassé dès le com­ mencement le parti de Photius. Ils avaient fait partie de la premiere ambassade envoyée à Rome en 860, pour demander la confirmation de Photius. Ils avaient en­ suite répété à qui voulait les entendre que le pape Nicolas les avait reconnus comme évêques el avec eux Photius. Introduits devant le concile un peu malgré les légats, qui ne voulaient pas avoir l'air de remetire en question une cause déjà jugée par Rome, ils osèrent soutenir encore que Nicolas Ier avait reconnu leur ordination et celle de Photius. Après plusieurs interro­ gatoires, ils furent confondus par les légats et par la lecture des premières lettres du pape Nicolas à l’empe­ reur Michel el à Photius. Comme ils persistèrent dans leurs sentiments, on les expulsa du concile. Mansi, t. xvi, col. 53-74, 327-339. V’ session. — Ce fut le 20 octobre que se tint la Ve session. Elle fut plus nombreuse que les précédentes. On y vit paraître pour la première fois Basile d'Ephése et Barnabé de Cyzique. Sur l'ordre de l’empereur. Pholius dut comparaître devant le concile. A la demande des légats, une députation de laïques vint l'inviter à se présenter de lui-même. Comme il s'y refusa absolu­ ment, on 1'introduisit de force. Aux questions qui lui furent posées par les légats, il ne répondit que par un silence dédaigneux. S’il consentit à ouvrir la bouche, ce fut pour se comparer au Christ, traduit devant Caïphe et Pilate. Les légats lui ayant déclaré que son silence ne le sauverait pas, il répliqua : « Jésus, non plus, n'a pu éviter sa condamnation par son silence. » On donna alors lecture des lettres émanées de l'Eglise romaine à son sujet. Elie de Jérusalem déclara qu’aucune des Églises orientales n'avait été en communion avec lui, et que ce défaut de communion faisait déjà sa condamna­ tion. Ce fut en vain que le patrice Baanés le supplia de songer à lui-même et de se justifier. « Ma justification n’est point de ce inonde, » dit-il, et il refusa le délai qu'on lui offrait pour réfléchir. Devant celte opiniâtreté, le concile se décida à le renvoyer. Ainsi finit la Ve ses­ sion. Mansi, t. xvt, col. 71-81, 1339-314. 17« session. — L’empereur Basile assista personnel­ lement avec sa suite à la VIe session (25 octobre) et oc­ cupa la présidence d'honneur. Les légats romains, se conformant aux instructions qu'ils avaient reçues, étaient d'avis que le concile n'avait plus qu'à promulguer les décrets d'Adrien II. Mais l'empereur voulut qu'on donnât audience aux évêques partisans de Photius, afin qu'ils ne pussent pas se plaindre d’avoir été condamnés sans avoir été entendus. On lut en leur présence toutes les pièces justificatives. Élie de Jérusalem démontra lon­ guement que Photius était un intrus et réussit à con­ vaincre plusieurs pl-.otiens qui firent leur soumission. Mais d'autres, comme Eulhymius de Césarée. Zachar ■■ 1279 CONSTANTINOPLE (IVe CONCILE DE) di' Chalcédoine. Eulampius d’Apamée, se montrèrent intraitables. Zacharie discuta avec l'empereur lui-même et chercha à prouver la légitimité de Photius, déclarant que les canons sont au-dessus du pape et des patriar­ ches. Il rappela que bien d’autres avant Photius, comme Nectaire, Nicéphore, Taraise, Ambroise, étaient passés sans transition de l’état laïque à l'épiscopal. Metrophane de Smyrne n'eut pas de peine à montrer que le cas de Photius ne pouvait être assimilé à celui des évêques mentionnés : « Ces évêques, dit-il. ne se mirent pas à la place d'un homme vivant; ils rurent élus régulière­ ment par le clergé et le peuple, au lieu que Photins ne doit son élévation qu’à un empereur; ils avaient été ordonnés par des évêques légitimes et reconnus par les patriarches; ce qui ne pouvait se dire de Photius, or­ donné par un évêque suspens, et rejeté par tous les pa­ triarches. » Métrophane tit aussi remarquer que les pilotions étaient mal venus à rejeter l’autorité du pape, alors qu'eux-mêmes avaient été les premiers à invoquer son jugement. Les légats mirent lin à la discussion en engageant les rebelles à se soumettre. L’empereur appuya leurs exhortations par un discours vraiment tou­ chant. Tout fut inutile. Sept jours furent accordés aux photiens pour se décider. Mansi, t. xvi, col. 81-96, 344358. \ΊΙ· session. — Basile assista encore à. la VIIe ses­ sion qui se tint le ‘29 octobre. Le délai accordé à Pho­ tius étant expiré, les légats consentirent à ce qu’il fût introduit de nouveau. Il parut accompagné de son consécrateur Grégoire Asbeslas. Sur la demande du légat Marin, on lui fit déposer l’espèce de crosse qu'il portait, soupçonnait-on, comme signe de sa dignité pastorale. Interrogé par Baanês s'il voulait se soumettre : « Gré­ goire et moi, dit-il, nous ne répondrons qu'à l'empe­ reur. mais non pas aux vicaires patriarcaux. C'est aux légalsà faire pénitence. «Les autresphotiens introduits refusèrent également de signer le formulaire de Borne et en appelèrent aux canons des apôtres et aux conciles. La lecture des lettres et actes synodaux de Nicolas 1" et d’Adrien 11 les laissa insensibles. Aussi les légats de­ mandèrent-ils qu’on publiât de nouveau la sentence déjà portée par le pape Nicolas contre Photius et ses parti­ sans. Alors le diacre Étienne, au nom du concile, dit anathème « à Photius le laïque, l’intrus, le néophyte et le tyran; anathème au schismatique, à l'adultère et au parricide, au fabricant de mensonges; anathème à ce second Dioscore et à ce nouveau .ludas >·: anathème enfin à tous ses partisans et protecteurs, et spécialement à Grégoire Asbeslas. Mansi, t. xvt. col. 96-133, 357-382. A propos de cette VII' session, nous devons men­ tionner ce que raconte un auteur contemporain, Nicetas, qui dit le tenir de témoins non suspects : « Les Pères du concile, pour manifester l'horreur profonde que leur inspirait la conduite de Photius, signèrent les anathèmes prononcés contre lui, non avec de l’encre, mais, ce qui fait frissonner, avec le sang de Jésus-Christ. » Nieélas, l'iza Ignatii, dans Mansi, t. xvt, col. 264. Si surprenant que puisse paraître ce fait, il n’était pas sans exemple dans l’histoire. Le pape Théodore avait signé de la même manière la condamnation du monottn lite Pyrrhus. Cf. Baronius, Annales, an. 6i8, n. 14, 15. Cependant, comme le fait remarquer Hergenrother, l'hohus, t. n. p. 109, la chose est au moins très dou­ teuse, dans le cas présent. En effet, les actes du concile n · laissent soupçonner rien de pareil. A la VII'session, comme dans les deux suivantes, aucune pièce ne fut signée. Ce ne fut qu’à la fin de la X' session qu’on sou­ scrivit puur l'ensemble des sessions. VIII’ -< >' ion. — Cette session, qui fut tenue le 5 no­ vembre et à laquelle l’empereur assista encore, révéla toutes les fourberies mises en œuvre par Photius pour se maintenir sur le siège patriarcal. On apporta dans un sac les actes du conciliabule de 867 et diverses pro­ 1280 messes écrites que Photius avait fait signer tant à des clercs qu'à des laïques et par lesquelles les signataires s’engageaient à lui être toujours fidèles. Tous ces docu­ ments furent brûlés au milieu de la salle des séances. L'empereur fit introduire ensuite les prétendus légats des patriarches dont les noms figuraient au bas des actes du conciliabule de 867. Ils déclarèrent tous qu’ils igno­ raient les documents qu'ils étaient accusés d’avoir sou­ scrit. On les renvoya, après leur avoir fait dire anathème à Photius et à son concile. Les métropolitains dont les noms se trouvaient également dans les actes du pré­ tendu concile furent interrogés à leur tour. Ils nièrent énergiquement avoir donné leur signature. La fourberie de l'intrus était dévoilée au grand jour. Sur la demande des légats, on lut alors le 20' canon du concile de Latran de 649 vouant à un éternel anathème les falsifica­ teurs des documents ecclésiastiques. Sur la fin de la session, quelques iconoclastes qui restaient encore à Constantinople furent introduits. Plusieurs abjurèrent leurs erreurs, mais leur chef, Théodore Krithinos, s’obstina dans l’hérésie contre laquelle on prononça de nombreux anathèmes; on renouvela ensuite les ana­ thèmes déjà lancés contre Photius à la session précé­ dente. Mansi, t. xvt, col. 134-143, 382-390. /X' session. — Le concile fut interrompu pendant trois mois, sans doute pour laisser aux évêques qui étaient sujets des musulmans le temps de venir. On ne comptait encore que quarante évêques et c’était bien peu pour rendre imposante la sentence finale. Ce ne fut que le 12 février 870 que s’ouvrit la IX' session. Soixantesix évêques étaient présents. L'empereur n'assista pas à la réunion et se fit remplacer par onze sénateurs. On commença par examiner les lettres de créance de l’ar­ chidiacre Joseph, légat du patriarche Michel d'Alexan­ drie, qui était enfin arrivé. On lit connaître au nouveau venu tout ce qu'on avait fait dans les sessions précé­ dentes, et il y donna son plein assentiment. On intro­ duisit ensuite les faux témoins qui avaient déposé contre Ignace au synode de 861. Ils avouèrent leur crime et on leur imposa une pénitence de sept ans. A la demande des légats, on cita aussi devant le concile les laïques qui avaient accepté de parodier les cérémonies ecclé­ siastiques dans les orgies de l'empereur Michel, en re­ vêtant des ornements sacerdotaux. Interrogés, ils reje­ tèrent la faute sur l'empereur. Le concile n’accepta pas cette excuse, mais il remit leur punition à une autre séance. La session se termina par la comparution de trois individus dont les noms figuraient dans les actes du conciliabule de 867, comme vicaires patriarcaux. L'un d'eux, Léonce, faux légat d’Alexandrie, avait déjà paru à la session précédente. On l'introduisit de nouveau, pour le présenter à l’archidiacre Joseph. Tous les trois jurèrent qu'ils n’avaient pas assisté au conciliabule. On leur fit prononcer l’anathème contre Photius et on les congédia. Mansi, t. xvt, col. 143-157, 389-390. X· session, — La X' et dernière session (28 février 870) fut la plus nombreuse et la plus brillante de toutes. L’empereur Basile y assista avec son fils Constantin et 20 patrices, après lesquels sont nommés les trois am­ bassadeurs de Louis II, empereur des Italiens et des Français : Anastase le Bibliothécaire, Suppo, cousin de l'impératrice Ingelberge, et Evrard, majordome impé­ rial. Ils venaient demander du secoursà Basile contre les Sarrasins et négocier un mariage entre la fille de Louis et le fils de Basile. On vit aussi à cette session les dé­ putés de Michel, roi des Bulgares. Sur la demande des légats, on commença par lire les canons approuvés par le concile, au nombre de vingt-sept. La plupart visent Photius et ses partisans ou condamnent I ingérence du pouvoir séculier dans les affaires ecclésiastiques. Nous donnons plus loin un commentaire des principaux. Se­ lon la coutume des conciles œcuméniques, le concile lit ■1281 CONSTANTINOPLE (IV» CONCILE DE) lire à la fin de ses sessions un Spot, c’est-à-dire un dé­ cret principal, une définition résumant les décisions prises par l’assemblée. C’est un long discours qui con­ tient d’abord une profession de foi très détaillée. On reconnaît les sept conciles généraux précédents aux­ quels on joint celui-ci comme le VIIIe. On renouvelle les anathèmes portés par les sept conciles contre les hérétiques, parmi lesquels le nom du pape Honorius n’est pas oublié. Quant au symbole de ce VIIIe concile, il insiste surtout sur la question des images. Suit la condamnation de Pholius et de ses partisans d’après les décrets des papes Nicolas et Adrien. L’empereur Basile invita tous les assistants à approuver la définition, puis dans un discours magistral défendit l’indépendance de l’Église contre les usurpations illégitimes des laïques. Tout étant terminé, les légats prièrent l’empereur de signer le premier, mais à l’exemple de Constantin, de Théodose et de Marcien, il se contenta, ainsi que son fils Constantin, de signer après les représentants des cinq patriarcats. Sa signature est suivie de celle des évêques au nombre de cent deux. Mansi, t. xvi, col. 157196, 397-410. La formule dont se servirent les légats romains pour souscrire est conçue en ces termes : Ego... locum ob­ linens domini mei Hadriani summi pontificis et uni­ versalis papæ, omnia qux superius leguntur, huic sanclx et universali synodo praesidens, usque ad volun­ tatem ejusdem eximii præsulis promulgavi, et manu propria subscripsi. Avant de signer les actes, les légats avaient eu soin de les remettre à Anastase le Bibliothé­ caire, en lui recommandant d'examiner, puisqu’il con­ naissait les deux langues, la latine et la grecque, s’il n’y avait aucune falsification. Anastase remarqua que le passage inséré en l'honneur de l’empereur Louis II par le pape Adrien dans la lettre de son prédécesseur, avait été omis dans la traduction grecque. Aussitôt les légats protestèrent et déclarèrent qu’ils ne signeraient pas; mais les Grecs tinrent bon et les légats finirent par céder, tout en ajoutant à leur signature la clause : usque ad voluntatem eximii præsulis. Tel est le récit du continuateur d’Anastase dans la Vila Adriani 11. P. L., t. cxxviu, col. 1390. On écrivit au nom du concile une lettre encyclique très détaillée adressée à tous les fidèles. Elle racontait ce qui s'était fait aux sessions et engageait tous les en­ fants de l’Église à accepter les décisions du concile. Mansi, t. xvt, col. 196-200, 410-412. Une seconde lettre fut adressée au pape Adrien. Elle faisait l’éloge de Ni­ colas Ier et des légats, demandait au pape de confirmer le concile et de le faire publier dans toutes les autres Églises. Mansi, t. xvt, col. 200-202,412-419. L’empereur, de son côté, sanctionna le concile par un édit et écrivit aux cinq patriarches pour les remercier. Mansi, t. xvt, col. 202-203. La concorde était à peine rétablie entre l’ancienne et la nouvelle Rome que deux incidents fâcheux faillirent la compromettre de nouveau. On se souvient avec quelle répugnance les évêques grecs avaient signé le formu­ laire envoyé par le pape. Ils trouvaient que celte profes­ sion de foi affirmait d'une manière trop nette la pri­ mauté romaine et compromettait l’indépendance de l’Église de Constantinople. Quelques évêques firent en­ tendre secrètement des plaintes à Ignace et à l’empereur, et celui-ci ordonna aux officiers qui étaient au service des légats de s’emparer furtivement des formulaires signés par les prélats grecs. C’est ce qu’ils firent un jour que les légats étaient sortis pour conférer avec Ignace; mais ils ne purent tout prendre, les formulaires des principaux évêques ayant été soigneusement cachés. Ce ne fut qu'après d’énergiques protestations appuyées par les ambassadeurs de Louis II que les légats réus­ sirent à se faire restituer toutes les professions de foi par l'empereur lui-même, qui eut en cette circonstance 1 D1CT. DE THÉOL. CATHOL. -1282 des paroles fort respectueuses pour l’autorité du saintsiège. Note d’Anastase, Mansi, col. 29. Une question plus grave surgit trois jours après la conclusion du concile, la question bulgare. Dans une conférence improvisée à laquelle n’assistaient que l’em­ pereur, Ignace, les représentants des sièges patriarcaux et les envoyés des Bulgares, les Orientaux soutinrent que la Bulgarie avait appartenu autrefois à l’empire grec et que les premiers prêtres que les Bulgares avaient reçus avaient été des prêtres grecs. Les légats romains défendirent de leur mieux les droits du saint-siège, tout en déclarant qu'ils n'avaient aucune mission pour traiter une affaire aussi grave qui regardait directement le pape. Mais les envoyés des Bulgares, se conformant aux instructions de leur souverain, ne voulurent se laisser persuader que par les Byzantins et se soumirent à la la juridiction de Constantinople. Pour les détails, voir Bulgarie, t. il, col. 1174. III. Les actes du concile. — Cinq exemplaires au­ thentiques des actes du concile revêtus de toutes les signatures et scellés de la bulle de plomb avaient été rédigés pour les cinq sièges patriarcaux. L'exemplaire destiné au pape ne lui parvint pas; les légats avaient, par leur résistance aux prétentions des Grecs sur la Bulgarie, profondément irrité l'empereur Basile qui ne prit aucune mesure sérieuse pour assurer leur retour. En traversant l'Adriatique, ils tombèrent entre les mains de pirates slaves qui les dépouillèrent. Ce ne fut qu'après de longues et pénibles négociations qu'ils pu­ rent recouvrer leur liberté et arriver enfin à Borne (20 décembre 870). L’original des actes du concile leur avait été enlevé et il ne leur restait plus que des docu­ ments sans importance. Mais heureusement, Anastase le Bibliothécaire avait eu soin de garder pour lui une copie intégrale des actes authentiques. Les formulaires ou libelli satisfactionis, signés par les évêques grecs, lui avaient été aussi confiés par les légats, avant leur départ de Constantinople. Ce furent ces documents qui furent remis à Adrien H. Vila Adrinri II, P. L., t. cxxvm, col. 1394. Anastase fut chargé par le pape de traduire en latin les actes du concile. Il le fit, comme il le déclare luimême, avec le plus grand soin, traduisant presque mot à mot et ne se permettant quelque changement que lorsque le génie de la langue l'y forçait. 11 affirme que sa traduction contient tous les actes authentiques du VIIIe concile, et met en garde les Occidentaux contre la fourberie habituelle des Grecs, passés maîtres en fait d'interpolations, comme le prouve l’histoire des précédents conciles œcuméniques. Ils pourraient bien, encore cette fois, produire des pièces fausses, surtout relativement à la question bulgare. Anastasii præfatio in concil. VIH, Mansi, t. xvi, col. 9, 13. C'est par cette traduction latine que nous connaissons aujourd'hui les actes complets du VIIIe concile. Elle se trouve dans Mansi, t. xvi, col. 16-207, précédée d’une préface et d'un court résumé de l’histoire des sessions, composés par Anastase lui-même, col. 1-16. De l’original grec on ne possède plus qu’un abrégé fait par un anonyme. Le jésuite Mathieu Rader h· publia avec une traduction latine, à Ingolstadt, en 1604. 11 est inséré dans Mansi, t. xvi, col. 308-420. C’est bien à tort que certains savants, comme Walch, Ketzerhislorie, t. x, p. 816, ont voulu voir dans ce résumé le texte ori­ ginal lui-même. Outre que la plupart des manuscrits donnent le titre significatif : έκ τών πρακτικών τής άγιας οικουμενική; συνόδου, il suffit de comparer la traduction d’Anastase avec cet extrait pour se convaincre que le texte latin, à part quelques inexactitudes de détail, re­ présente bien les actes authentiques, et que le texte grec passe ou abrège sciemment certains documents. Cf. par exemple. Mansi, col. 313, avec col. 25-27; 316-317. avec 3.J-33. On ne remarque du reste aucune différence esIII. - 41 1283 CONSTANTINOPLE (IV· CONCILE DE) sentielle entre les deux textes. De part et d’autre, l'ordre des sessions est le même, et l’on ne rencontre aucune contradiction de quelque importance. Faut-il attribuer les omissions du texte grec à des préoccupations intéressées, à quelque sentiment d’anti­ pathie pour le siège de Rome? Hergenrother, Photius, t. ii, p. 05-70, a étudié minutieusement la question, et sa conclusion est que toutes les conjectures qu’on peut faire à ce sujet sont sans fondement sérieux; toutes les omissions peuvent facilement s’expliquer par le fait que l’abréviateur a pour but de donner seulement l’essentiel des actes du concile. S’il est vrai que certains passages, particulièrement explicites en faveur de la primauté romaine, ont été supprimés, on ne saurait les attribuer à un sentiment d’hostilité, puisque d’autres passages non moins favorables à cette primauté ont été intégra­ lement rapportés. Quel est maintenant l’auteur de l’abrégé? Il est diffi­ cile de le dire avec certitude. Assémani, Bibliotheca juris orientalis, t. I, p. 308-310, 323-325, et Lequien, Panoplia, p. 169, se prononcent pour Nicétas David, le biographe de saint Ignace. Hergenrother ne trouve point leurs arguments décisifs. Tout ce qu’on peut af­ firmer, d’après lui, c’est que l’abréviateur travaillait à une époque où la querelle photienne avait encore un grand intérêt pratique. Il présente comme vivant encore ce Théophane, surnommé Phrénodémon, que Photius nomma évêque de Césarée, lors de son second patriarcat. On peut donc avec vraisemblance voir en lui un ortho­ doxe anonyme du commencement du x« siècle. Photius, t. il, p. 73-75. L’abréviateur est aussi un compilateur, car les ma­ nuscrits, qui contiennent les extraits des actes, renfer­ ment également d’autres documents se rapportant plus ou moins directement au concile lui-même. Mansi les a tous insérés dans le t. xvi de sa collection. Ce sont : 1" la biographie de saint Ignace par Nicétas David, col. 209-292; 2» l’éloge de saint Ignace par le syncelle Michel,composépeudetempsaprèsla mortdu patriarche, et sans doute du vivant même de Photius, col. 292-294; 3° des extraits de trois lettres du pape Nicolas adressées l’une à tous les patriarches, archevêques et évêques leur faisant connaître les décisions du synode romain de 863 contre Photius et Rodoald, l’autre à Ignace en 866, et la troisième aux sénateurs, également en 866, col. 295-308; 4» la lettre d’Épiphane de Chypre â Ignace, après sa réintégration, col. 307-308 ; 5° la lettre du pape Étienne V à Basile, col. 420-426 ; 6° la lettre de Slylien de Néocésarée à Étienne V, col. 426-436 ; 7» l’encyclique d’Étienne V au clergé du monde entier, col. 436-438; 8° une autre lettre de Stylien à Étienne V (889-890), col. 438-450, et la réponse du pape Formose à Stylien, col. 440-442; 9» un court aperçu sur les stauropates, c’est-à-dire une relation de tous les parjures commis par les évêques grecs pendant la querelle photienne, col. 442-446; 10» des extraits de la lettre synodique de Nicolas Ier, écrite en 865, et de la lettre synodique d’Adrien II, écrite en 869, col. 446-450; 11° le résumé du VIII® concile qui fut affiché à la porte de Sainte-Sophie de Constantinople, suivi de quelques réilexions du com­ pilateur, col. 450-458. IV. Principaux canons rogmatico-disciplinaires, texte et commentaire. — La divergence entre la traduc­ tion latine faite par Anastase et l’abrégé grec est sur­ tout sensible pour les canons. La première en porte vingt-sept, tandis que le second n’en a que quatorze. Les canons qui manquent dans le grec sont les suivants : can. 9, 12, 13, 15, 16, 18, 20, 22, 26. Le 9· grec corres­ pond au 10e latin, le 10« au 11«, le 11« au 15«, le 12« au 17·, le 13« au 21«, le 14« au 27«. Certains historiens, comme Schrôckh, Conciliengeschichte, t. xxiv, p. 170, et Gfrorer, Conciliengeschichte, t. ni, p. 278, ont pensé que tous ces canons avaient été rédigés à Home et pro­ 1284 posés au concile par les légats du pape. Si cela est vrai de la plupart, il semble difficile de nier que certains ne soient pas d’inspiration byzantine. Les canons 17« et 21«, relatifs à l’ordre de préséance et aux droits des cinq patriarches, doivent être de ce nombre; de même le canon 15«, qui reproduit le canon 7« du conciliabule de 861, défendant aux évêques de bâtir des monastères avec les revenus de (’Église, et le canon 26' sur le droit d’appel des prêtres et fies diacres au métropolitain, et des évéqnes au patriarche. Cf. Hergenrother, Photius, t. il, p. 68-69. Nous étudierons les principaux de ces canons, insé­ rés par Denzinger, Enchiridion, doc. xxxv. Ce sont les canons 1,3, Il (10 grec), 12, un extrait du canon 17 (12), le canon 21 (13), lecanon 22. On peut les partager en trois groupes : canons dogmatico-disciplinaires : 1, 17 (12), 21 (13); canons dogmatiques : 3, 11 (10); canons disciplinaires : 12, 22. 1« Canon i”. Texte latin et texte grec. Mansi, t. xvi, col. 160, 397. Per æquam et regiam divinæ justitiæ viam inoffense incedere volentes, vetuli quas­ dam lampades semper lucentes et illuminantesgressus nostros, qui secundum Deum sunt, sanctorum Patrum definitiones et sensus retinere debemus. Quapropter et has ut secunda eloquia secundum magnum et sapientissimum Dionysium ar­ bitrantes et existimantes, etiam de eis cum divino David promp­ tissime canamus : Mandatum Domini lucidum illuminans oculos, et : Lucerna pedibus meis lux tua et lumen semi­ tis meis, et cum Proverbiatore dicimus : Mandatum tuum lucidum et lux tua lux ; et cum magna voce cum Isaia clamamus ad Dominum Deum, quia :Lux præcepta tua sunt super terram .Luci enim vera­ citer assimitatæ sunt di vinorum canonum hortationes et dehor­ tationes, secundum quod dis­ cernitur melius a pejori et ex­ pediens atque proficuum ab eo quod non expedire, sed et obesse dignoscitur. Igitur re­ gulas, quæ sanctæ catholicæ et apostolicæ Ecclesiæ tam a sanctis famosissimis apostolis, quam ab orthodoxorum uni­ versalibus necnon et loca­ libus conciliis vel etiam a quo­ libet deiloquo Patre ac magistro Ecclesiæ traditæ sunt, servare ac custodire profitemur; his et propriam vitam et mores re­ gentes et omnem sacerdotii catalogum, sed et omnes, qui Christiano censentur vocabulo, pœnis et damnationibus et e diverso receptionibus et justi­ ficationibus quæ per illas prolatæ sunt et definitæ, subjici canonice decernentes; tenere quippe traditiones, quas acce­ pimus sive per sermonem sive per epistolam sanctorum, qui Si nous voulons avancer sans faux pas dans ta voie droite et royale de la divine justice, nous devons garder comme des flam­ beaux toujours allumésdestinés à éclairer notre marche, les décisions et les jugements des saints Pères, qui sont selon Dieu. C’est pourquoi, pleine­ ment persuadés, à la suite du grand et très sage Denys, que ces définitions constituent une seconde parole de Dieu, répé­ tons également d’elles sans au­ cune hésitation ce que dit le prophète David : La loi du Seigneur est une lumièrequi éclaire les yeux, et : Ta lu­ mière est une lampe qui dirige mes pas, et un flam­ beau qui éclaire ma marche; et nous disons aussi avec l’au­ teur des Proverbes ; Tes com­ mandements sont lumineux, et ta lumière est vraiment une lumière; et avec Isaïe nous crions bien haut au Sei­ gneur Dieu : Tes préceptes sont une lumière pour la terre. C’est à bon droit, en effet, que l’on a comparé à la lumière les prescriptionset les défenses des saints canons. Grâce à eux, on discerne ce qui est bien de ce qui est mal, ce qui est avantageux et pro­ fitable de ce qui n’est pas utile, mais est plutôt un obstacle. Aussi, les règles, qui dans l’Église catholique et aposto­ lique ont été transmises, tant par les saints apôtres à l’uni­ verselle renommée, que par les conciles orthodoxes, soit œcuméniques, soit locaux, ou même par n’importe quel Père, théologien et docteurdei’Êglise, nous déclarons vouloir les maintenir et les observer. C’est d’après elles que nousdirigeons notre propre conduite et cella de tout l’ordre sacerdotal, et ■285 CONSTANTINOPLE (IVe CONCILE DE) antea fulserunt, Paulus admo­ net apeile magnus apostolus. nous décrétons que tous ceux qui portent le nom de chrétien sont régulièrement tenus d'ac­ cepter aussi bien les peines et les condamnations que les réin­ tégrations et les réhabilitations prononcées et arrêtées pa r elles : car Paul, le grand apôtre, nous recommande expressément de garder les traditions que nous avons reçues, soit par la parole, soit par les écr is des saints qui ont brillé avant nous. Τήν εύθεΐαν καί βασιλι­ κήν όδόν τής θείας δικαιο­ σύνης άπροσζόπως βαδίζειν έθέλοντες οίόντινας πυρσούς άειλαμπεΐς τους των άγιων πατέρων όρους ζρατεΐν όφείλομεν τοιγαροΰν τούς έν τή καθολική και άποστολική έκζλησία παραδοθέντα; θεσ­ μούς παράτε τών άγίων καί πανευφήμων αποστόλων, παρά τε ορθοδόξων συνόδων οικουμενικών τε καί τοπικών ή καί πρός τίνος θεηγόρου πατρός διδασκάλου τής έκκλησίας τηρεΐν καί φυλάττειν όμολογοϋμεν κρατεΐν γάρ τάς παραδόσεις, ας παρελάβομεν είτε διά λίγου εί'τε δι’ έπιστολών τών προγενεστέρως διαλαμψάντων άγίων, παρεγγυα διαρρήδην ΙΙαϋλος ό μέγας απόστολος. Si nous voulons marcher sansfaux pas dans la voie droite et royale de la divine justice, nous devons gartler comme des flambeaux toujours allumésles d 'Ilnitions des saints Pères. C'est pourquoi les lois qui dans l'Église catholique et aposto­ lique ont été transmises, soit par les saints et très illustres apôtres, soit par les synodes orthodoxes, les œcuméniques et les locaux, soit même par quelque Père versé dans la science divine et docteur de l'Église. nous déclarons vouloir les maintenir et les observer, car Paul, le grand apôtre, nous recommande expressément de garder les traditions que nous avons reçues, soit par la paro­ le, soit par les écrits des saints qui ont brillé avant nous. On peut voir, en comparant le texte latin et le texte grec de ce 1er canon, la manière dont le compilateur grec a coutume d'abréger les actes du concile. Il ne conserve que ce qui est essentiel dans un document, et en général, il faut le reconnaître, il est assez heureux dans son choix. Ce canon insiste sur l'importance des régies disci­ plinaires de l’Eglise. Ces règles vénérables avaient été audacieusement violées par Photius et ses partisans. Il convenait de proclamer hautement leur excellence, leur utilité, leur caractère obligatoire pour tous les chrétiens, et d'indiquer les sources qui les contien­ nent. Et d’abord, le concile, faisant allusion à un passage du pseudo-IJenys l’Aréopagite, déclare que les décisions des saints Pères constituent comme une seconde pa­ role de Dieu,secunda eloquia. Le passage visé se trouve dans V Ecclesiastica hierarchia, c. i, n. 4, P. G., t. in, col. 376 : Ουσία τής ζαθ'ήμζς ιεραρχίας έστί τα Οεοπαραδοτα λόγια, λεπτότατα δε λόγια ταϋτά φαμεν, όσα πρός τών ένθεων ημών ίεροτελεστών έν άγιογράφοις ήμιν καί θεολογιζαΐς δεδώρηται δέλτοις· καί μην όσα πρός τών αυ­ τών Ιερών άνδρών... διά μέσου λόγου... γραφή; έκτος, οί ζαθηγεμόνες ημών έμυήθησαν. Cf. De divinis nominibus, c. i, n. 4, ibid., col. 592. La première partie de ce texte avait déjà été citée par le H’ concile de Nicée (787), dans son canon 2". Mansi, t. xm, col. 419. De ces secunda eloquia on peut dire ce que l’Écriture affirme de la loi divine elle-même, qu’ils sont un (lambeau toujours allumé, une lumière destinée à di­ riger notre marche dans la voie royale de la divine jus­ tice. Ils nous aident à distinguer le bien du mal, ce qui est utile de ce qui constitue plutôt un obstacle. Les quatre passages scripturaires cités, Ps. xvin, 9; CXVIII, 105; Prov,, vi, 23; Is., xxvt, 9, reproduisent le texte 1286 des Septante, qui concorde avec la Vulgate, excepté pour le passage d’Isaïe. Après avoir montré l’excellence et l’utilité des saints canons, le concile affirme leur caractère obligatoire pour les ecclésiastiques d'abord, omnem sacerdotii catalogum, puis pour tous les fidèles, omnes qui Chri­ stiano censentur vocabulo. La mention qui est faite des ecclésiastiques vise évidemment Photius. De même les mots : pienis et damnationibus, retombent sur l'inlrus et ses partisans, tandis que les receptiones et les justi­ ficationes rappellent le cas d'Ignace rétabli sur son siège par le concile, en vertu des saints canons. L'n texte de saint Paul vient heureusement appuyer cette obligation des lois et coutumes de l'Église : Κρατείτε τάς παραδόσεις άς έδιδάχθητε είτε διά λόγου, είτε δι’ έπιστο/ής ημών. Il Thess., Π, 15. L’apôtre ne parle que des enseignements qu'il a donnés lui-même soit de vive voix, soit par écrit. Le concile applique le passage non seule­ ment aux traditions strictement apostoliques, mais en­ core aux prescriptions des successeurs des apôtres, des saints Pères qui nous ont précédés dans la foi. Les saints canons dérivent de quatre sources princi­ pales : les uns remontent aux apôtres eux-inémes; les autres ont été portés par les conciles œcuméniques; d'autres par les synodes locaux; certains enfin ont pour auteur un Père docteur de l’Eglise. On ne dit pas quel est le nombre des canons authentiques appartenant à chaque catégorie. A ce point de vue il èst intéressant de comparer ce canon avec le canon 1" du concile de Chalcédoine(451), le canon 2' du concile in Trullo (692) et le canon 1er du IIe concile de Nicée (787). Le concile de Chalcédoine ne mentionne que les canons émis par les saints Pères réunis en concile : Τούς παρά τών άγίων πατέρων καί)’ έκάστην σύνοδον άχρι τοϋ νΰν έκτεθέντας κα­ νόνας κρατεΐν έδικαιώσαμεν. Mansi, t. vu, col. 358. D’après le concile Quinisexte, les canons apostoliques sont au nombre de 85; les conciles œcuméniques qui ont laissé des canons sont les quatre premiers; les conciles par­ ticuliers dont les canons doivent être acceptés sont les conciles d’Ancyre (31 i), de Néocésarée (314-3'5), de Gangres (362-380),d’Antioche(341), de Laodicée (313-381), de Sardique(317),de Carthage (?), de Constantinople sous Nectaire (383), d’Alexandrie sous Théophile (399); les canons qui portent le nom d'un seul Père sont ceux de Denys et de Pierre d’Alexandrie, de Grégoire le Thau­ maturge, d’Athanase, de Basile, de Grégoire de Nysse, de Grégoire de Nazianze, d’Amphiloque d’Iconium, de Timothée d’Alexandrie, de Cyrille d’Alexandrie, de Gennade de Constantinople et celui de saint Cyprien et de son synode, qui n’est reçu qu’en Afrique. Mansi, t. xi, col. 9i0. Le canon 1er du VIIe concile œcuménique n’entre point dans tous ces détails. Il offre, au point de vue de la rédaction, des ressemblances frappantes avec celui que nous commentons. Apres avoir célébré la louange des saints canonsen leur appliquant trois textes de l’Ancien Testament et deux du Nouveau, il continue en ces termes : άσπασίως τούς θείους κανόνας ένστβρνιζόμεθα (nous serrons contre notre poitrine), καί ολόκληρον τήν αυτών διαταγήν καί ασάλευτου κρατύνομε·/, τών εκτεθεντων ΰπό τών... πανευφήμων αποστόλων, τών τε εξ άγίων οικουμενικών συνόδων καί τών τοπικώ; συναθροισίεισών... καί τών άγίων Ιίατέρων ημών. Mansi, t. xm, col. 417. On voit que le VIIe concile tout comme le VIIIe ne de­ termine point le nombre des canons. Il ne précise que sur un point; il parle des canons des six conciles œcu­ méniques. Ce nombre six renferme une double erreur, puisque le Ve et le VIe conciles n’ont pas publié de ca­ nons. Cf. Hefele, Histoire des conciles, trad. Delarc, t. iv, p. 368. Il est vrai que dans la pensée des Grecs qui rédigèrent les canons de Nicée, les canons du con­ cile in Trullo devaient être attribués au VIe concile. A Rome, on ne reconnaissait que 50 canons aposto­ liques, ceux que Denys le Petit avait traduits en latin, 1287 CONSTANTINOPLE (IV» CONCILE DE) vers l'an 500; et encore faut-il ajouter qu’on avait géné­ ralement des doutes sur leur authenticité. A l’époque même du VIII’ concile, llincmar de Reims les tenait pour suspects. Le pape Hormisdas (-j- 523) les avait im­ plicitement déclarés apocryphes, dans sa revision du décret du pape Gélase : De libris non recipiendis. Ilefele, op. cil., t. 1, p. 609 sq. Les canons du II’ concile œcuménique (381) n’avaient jamais été reçus en Occi­ dent. Le 3’ avait même été explicitement condamné par saint Léon, en même temps que le 28’ de Chalcédoine. Ilefele, t. H. p. 216; t. ni, p. 146. Quant aux canons d’Éphése, Denys le Petit avait oublié de les traduire, et ils étaient restés inconnus des Latins. Ilefele, t. Il, p. 390. Enfin on sait que les canons du concile in Trullo et ceux du VII’ concile œcuménique lui-même avaient été rejetés par les papes. Ilefele, t. iv, p. 227-230. On peut dès lors se demander comment les légats d’Adrien 11, et les papes eux-mêmes ont pu donner leur approbation à ce 1" canon du VIII’ concile qui, pris lel quel, semble renfermer une acceptation implicite de tous les canons reçus dans l’Eglise byzantine, y compris ceux du con­ cile in Trullo. Mais, comme le fait remarquer Assémani, bibliotheca juris orientalis, t. I. p. 328, c’est jus­ tement à cause de l'imprécision et du vague des termes employés, que le saint-siège a pu, sans se compromet­ tre. adhérer à la formule. Les papes ont accepté les canons dits des apôtres, ceux des conciles œcuméni­ ques ou locaux et ceux des Pères, dans la mesure ou ces règles n’étaient pas en opposition avec la foi orthodoxe, les bonnes mœurs et la législation de l’Eglise romaine. C’est en faisant ces restrictions que Jean VIII consentit, quelque tempsaprès le VIIIe concile, à recon­ naître le concile in Trullo, Mansi, t. xn, col. 982. et que plus tard Martin V et Eugène IV approuvèrent les décrets de Constance et de Bâle. Cf. Ilefele, op. cil., t. IV. p. 227-230. Ajoutons que ce l” canon est un de ceux où l’inspi­ ration byzantine est le plus manifeste. Sa ressemblance avec le canon l’r du Vil’ concile et avec le canon 2e du concile in Trullo le prouve suffisamment. Il est permis de supposerque sa rédaction fut quelque peu laborieuse. Les Grecs cherchèrent sans doute à lui donner une précision que rejetèrent les légats romains. Pourquoi, par exemple, ne parle-t-on plus des canons des six conciles œcuméniques, comme le faisait le concile de Nieée? N’est-ce point parce que les légats ne pouvaient consentir à regarder les canons in Irullo comme pro­ venant du VI’ concile? Par contre, pourquoi, au lieu de l’expression vague : τών άγιων ΙΙατερων ημών du Vll’concile,a-t-on employé celle-ci : I Ιατρός Οεηγόρου καί διδασκά­ λου τής ’Εκκλησίας ? N’est-ce point pour écarter de la liste des Pères cerlains personnages mis en avant par le concile in Irullo, comme Nectaire. Théophile, Timo­ thée, Gennade? Il n’est pas téméraire de penser que les mots : Ι ούς παραδοβέντας θεσμούς παρά τών άγιων και πανευφήμων αποστόλων, ne désignaient point, dans la pensée des légats, la collection dite des canons des apôtres, mais simplement les regies disciplinaires transmises par les apôtres et conservées dans la pra­ tique générale de l’Eglise. Ce qui autorise une pareille hypothèse, c'est que les canons des apôtres, même les 50 traduits par Denys le Petit, ne jouissaient que d’un crédit assez faible à Rome et en Occident au IX’ siècle. Jusqu'ici, nous n’avons envisagé ce 1" canon qu’au point de vue disciplinaire, mais il a aussi une portée dogmatique. Tout d’abord, parmi les canons des an­ ciens conciles qu’il approuve, il en est qui sont intime­ ment liés au dogme. Les de/iniliones, όροι, des saints Pères et des conciles ne s'entendent pas seulement des décisions pratiques, mais aussi des définitions de foi, bien que ce dernier point de vue soit laissé dans l'ombre. On trouve ensuite, dans ce canon, une affirma- I 1288 tion claire du principe de la tradition considérée comme source de la révélation distincte de l’Écriture, et par conséquent une condamnation anticipée de la règle de foi protestante. La citation du texte de saint Paul, II Thess., il, 15, et l’allusion au passage de l’Aréopagite ne laissent aucun doute à ce sujet. L’autorité des Peres, même lorsqu'il s’agit d'un seul, est aussi mise en relief, par le fait que le concile accepte les canons portés par l'un d’entre eux, même en dehors de tout synode. Seulement il faut que ce Père soit: 1’βεςγόρος, c'est-à-dire versé dans les sciences divines. L’épithète peut aussi se prendre au sens passif et s’entendre d'une certaine inspiration divine que les anciens reconnais­ saient volontiers aux Pères. Cf. les actes du VII’concile. Σάλπιγγες τού Πνεύματος" έ; ενός απαντάς καί τού αύτοΰ ΙΙ/εύματος αϋγασύΐντες, ωρισαν τα συιιοίοοντα. Mansi, t. χιιι, col. 264, 417. 2’ Le Père doit être docteur de l'Egliseet reconnu comme tel, ιδάσκαλοςτής Έκκλν.σίας. Il faut qu’il ait enseigné l’Eglise par ses paroles et ses écrits, είτε δια λό ου, είτε δι’ έπιστολίιν. 3° Enfin l'éclat de la sainteté doit s’unir chez lui à celui de la science : τών άγιων προγενεστερως δικ/.αμψάντων. Au nombre des Pères, les membres du VIII* concile comptaient évidemment l’auteur des écrits aréopagitiques, qu’ils identifiaient avec le Denys converti par saint Paul à Athènes et devenu évêque de celte ville, d’apres la tradition orientale. L’auteur de I'Ecclesia­ stica hierarchia est appelé magnas et saiâentissinius Dionysius. On voit qu'à celte époque son autorité était bien établie. Cités pour la premiere fois, à la confé­ rence tenue à Constantinople en 533, entre catholiques et sévériens, et rejetés comme apocryphes par l'évêque catholique llypatius, les écrits du pseudo-Denys n’avaient pas tardé à être regardés comme authentiques par tout l’Orient, grâce surtout à l'influence de saint Maxime le Confesseur (t 662) qui les commenta longuement. D’Orient ils avaient passé en Occident. Déjà le pape saint Martin 1«, au concile de Latran de 649, avait eu recours, à l’autorité de saint Denys pour prouver la dualité des volontés dans le Christ, et avait éclairci un pas­ sage de la lettre à Caïus objecté par les monothélites. Mansi, t. x, col. 967. Lors du VI’concile (680), le pape Agathon avait parlé aussi de Denys l'Aréopagite, évêque d’Athènes. Mansi, t. xi, col. 264, 372. Dans le cours du ix’ siècle, plusieurs traductions latines parurent, notam­ ment celle de l'abbé de Saint-Denys, llilduin, dédiée à Louis le Débonnaire (836), et celle de Jean Scot Erigène, dédiée à Charles le Chauve. Cf. Ceillier. Histoire géné­ rale des auteurs sacrés et ecclésiastiques, édit. Vives, t. xn, p. 384, 608. L’Aréopagite pouvait des lors affronter sans danger la critique du moyen âge. 2° Extrait du canon Î7* (12‘ grec). Mansi, t. xvi, col. 171, 405. ... Illud autem tanquam pe­ rosum quiddam ab auribus nostris repulimus, quod quibus­ dam imperitis dicitur, non posse synodum absque princi­ pali praesentia celebrari : cum nusquam sacri canones con­ venire sæculares principes in conciliis sanxerint, sed solos antistites. Unde nec interluisse iltos synodis, exceptis conciliis universalibus, invenimus; ne­ que enim fas est, sæculares principes spectatores fieri re­ rum, quæ sacerdotibus Dei nonnunquam eveniunt... Nous avons repoussé loin de nos oreilles le langage détes­ table de quelques ignorants avançant qu'un synode ne peut être célébré, sans que le prince soit présent. Nulle part les saints canons ne prescrivent l’assistance des princes sécu­ liers aux conciles, mais seule­ ment celle des évêques. Aussi, si l'on excepte les conciles œcu­ méniques, nous ne constatons pas celte présence des princes aux conciles; car il est contre toutes les convenances que des séculière soient témoins de ce qui arrive quelquefois à des prêtres de Dieu. -1289 *Π).θεν ε’ςτάςήμών άκοάς, το μή δύνασδαι άνευ αρχον­ τικής παρουσίας σύνοδο'· γενέσύαι. Οΰδαμοϋ δέ ο’, θείοι κανόνες συνέρχεσΟαι κοσμικούς άρχοντας έν ταΐς συνο'δοις νομοΟετοΰσιν, άλλα μόνου; τούς επισκόπους’ όΟεν ουδέ πλήν τών οικου­ μενικών συνόδων τήν πα­ ρουσίαν αύτών γεγενημένην εΰρίσκομεν ουδέ γαρ θεμι­ τόν έστι γίνεσβαι θεατά; τούς κοσμικούς άρχοντας τών τοϊ; ΐερεΰσι του θεού συμδαινόντων πραγμάτων. CONSTANTINOPLE (IVe CONCILE DE) Nous avons entendu dire qu'il ne peut y avoir de synode sans la présence du prince. Mais nulle part les saints ca­ nons ne prescrivent que les princes séculiers doivent assis­ ter aux conciles, mais seule­ ment les évêques. Aussi, si l’on excepte les conciles œcu­ méniques, nous ne constatons pas que cette présence des princes ait eu lieu. Il est dé­ fendu en effet que les princes séculiers soient témoins de ce qui arrive aux prêtres de Dieu. Le court extrait du canon 17·, tel que le donne le texte d'Anastase, correspond à peu prés mot pour mot au canon 12’ du texte grec. Ce canon pris dans son entier peut se résumer ainsi : Le concile déclare que les patriarches ont le droit de convoquer au synode patriarcal tous les métropolitains institués par eux, soit qu’ils les aient ordonnés, soit qu’ils leur aient envoyé le pallium. Les métropolitains ne pourront pas expli­ quer leur absence de ce synode, par la raison qu'ils doivent tenir eux-mêmes deux synodes par an. Quoique le concile général ne défende pas les synodes métropo­ litains, il déclare que les synodes patriarcaux sont plus utiles, el que le bien particulier doit céder le pas au bien général. Ce n’est pas non plus une excuse valable que de prétexter une défense des princes séculiers, pour ne pas se rendre à l’appel de son patriarche. Les rois de la terre tiennent des assemblées pour régler les affaires de leur ressort. Ce serait une impiété de leur part d'empêcher les ecclésiastiques de régler les leurs; d'ailleurs, le concile n ignore pas que ce sont souvent les métropolitains qui suggèrent aux princes de leur défendre de se rendre au synode. A plus forte raison les récalcitrants ne sauraient-ils faire valoir l’opinion de quelques ignorants qui prétendent qu’un synode ne peut se célébrer, si le prince n'est pas présent. Le canon fixe ensuite diverses peines contre les contumaces qui refuseraient, sans motif légitime, de répondre à l'appel de leur patriarche. En condamnant comme une doctrine détestable, tan· quam perosum quiddam, l’opinion de ceux qui pré­ tendent qu’un synode ne peut être célébré sans la pré­ sence des princes séculiers, le concile affirme par le fait même la distinction des deux pouvoirs civil et re­ ligieux. et proclame l’indépendance de l'Eglise vis-à-vis de l'Etat. I) touche par là à ia racine du mal dont souf­ frait l'r.glise byzantine. L’ingérence perpétuelle des em­ pereurs dans les affaires religieuses avait été la cause de tous ses malheurs. Après la tourmente iconoclaste, le schisme photien était sorti de cette source impure. Aussi le VIII’ concile condamne-t-il cette ingérence à plusieurs reprises. Le pape Nicolas l,p l'avait déjà fait dans sa réponse à l’écrit injurieux de Michel 111 en 865: « Les empereurs païens étaient souverains pontifes; mais après la venue de celui qui est véritablement roi et pontife, l’empereur ne s’est point attribué les droits du pontife, ni le pontife les droits de l’empereur. Jésus-Christ a séparé les deux puissances, afin que les empereurs chrétiens eussent besoin des pontifes pour la vie éternelle, et que les pontifes se servissent des lois des empereurs pour les allaires temporelles... Il n’est point permis à celui qui n'est point dans l'ordre épisco­ pal de se mêler des allaires ecelésiastiques. » Epist., t.xxxvi, P. t. exix, col. 960, 961. L’empereur Basile lui-même avait reconnu la nécessité pour les laïques de rester au rang des brebis et de ne point empiéter sur le rôle des pasteurs, dans le discours magistral 1290 qu'il prononça à la lin du concile : « Examiner les affaires ecclésiastiques, les approfondir, c’est la charge des patriarches, des évêques et des prêtres qui ont en partage le gouvernement de l’Église..., mais ce n’est point notre affaire à nous, qui avons besoin d'être diri­ gés, d'être sanctifiés, d'être liés ou délivrés de nos liens... Mêlons-nous donc de ce qui est de notre res­ sort. » Mansi, t. xvi, col. 187, 188. Heureuse eût été l’Eglise byzantine, heureuse la chrétienté tout entière, si ces principes avaient été sérieusement appliqués. « Nulle part, dit le concile, les saints canons ne pres­ crivent l’assistance des princes séculiers aux synodes, mais seulement celle des évêques. » Il s’agit de la ques­ tion de droit, νομοβετοΰσι. Jamais on n'a considéré dans l'Eglise la présence des laïques, ceux-ci seraientils rois ou empereurs, comme nécessaire à la légitimité d'un concile et à la validité de ses décisions. Seuls les princes spirituels, les évêques, sont les membres natu­ rels et nécessaires de ces sortes d’assemblées. Sur la question de fait, le concile reconnaît que les empereurs ont pris part aux conciles oecuméniques, mais il se garde bien de dire que leur présence est re­ quise. Nicolas Ier, dans sa lettre déjà citée à l'empereur Michel, donne la raison pour laquelle les empereurs ont été admis aux conciles généraux : c’est parce qu'on y traite de la foi, qui est commune à tous les chrétiens, clercs ou laïques : Ubinam legistis imperatores ante­ cessores vestros in synodalibiis conventibus interfuisse, nisi forsitan in quibus de fide tractatum est, qute universalis est, qute omnium communis esi, qute non solum ad clericos, verum etiam ad laicos,et ad omnes omnino perlinet Christianos 2 P. L., t. cxix, coi. 943. S’ils peuvent assister aux conciles œcuméniques, les princes séculiers se voient exclus des conciles particu­ liers, et cela pour une haute raison de convenance, à cause du souverain respect dû au sacerdoce divin : « Il est défendu, οΰ θεμιτόν, que les princes séculiers soient témoins de ce qui arrive aux prêlresde Dieu, c'est-à-dire, assistent à leur punition. C'est en effet habituellement dans les conciles particuliers que les clercs sont admo­ nestés et punis par leurs supérieurs hiérarchiques : ad coercendum illos et corrigendum, cum fama eos super quibusdam delictis forsitan accusaverit, » dit ce 17’ canon, en parlant du synode patriarcal. Le VIII’ concile avait un motif spécial de rappeler celle défense, parce qu'elle avait été complètement violée au conciliabule des 318 Pères, en 861. Cetle assemblée, à supposer qu’elle y eût été autorisée par le pape, n’avait en réalité à juger que la cause particu­ lière d'un évêque, d'Ignace. Cetle cause aurait donc dû, d’après les saints canons, être examinée à huis clos, en présence des légats, et sans l’assistance d'aucun laïque. Cependant Michel III, d'accord en cela avec Photius, avait paru au concile, revêtu de ses insignes impériaux, accompagné des officiers de la cour et de tous les ma­ gistrats de la ville. Le peuple lui-même avait pu assis­ ter en curieux à la scandaleuse procédure dont Ignace fut victime. Cf. Nicétas, Vila Ignalii, Mansi, I. xvi, col. 236, 237. Aussi Nicolas Ier reproclie-t-il vivement à l’empereur sa conduite en cette occasion : Vos aillent synodo in causa sacerdotis colled te interfuistis, verum etiam numerosa saecularium millia ad videndum ejus opprobrium aggregastis... /it plausus de Domini sa­ cerdote scurris et histrionibus. P. L., t. cxix, coi. 943944. S’il est dit que les évêques seuls doivent assister aux conciles, d'après les saints canons, cela ne doit pas s’entendre évidemment des synodes diocésains, mais des synodes provinciaux, patriarcaux ou œcuméniques. Cela ne signifie pas non plus qu’à ces derniers d'autres ecclésiastiques ne puissent être admis, sinon avec v· x délibérative, au moins avec voix consultative. L'histoire des conciles prouve que cetle admission a souvent ,u 1291 CONSTANTINOPLE (IVe CONCILE DE) 1292 Φιότιον καί Διόσκορον έγγράφωςή άγράφωςπαροινίας τινας κατά τής καΟέδρας Πέτρου, του κορυφαίου των αποστόλων, ζ.ινείν, την αυ­ τήν έκείνοις δεχεσΟω κατάκρισιν εΐ δέ συγκροτηΟείσης συνόδου οικουμενικής γένηταί τις καί περί τής έκκλησίας των ‘Ρωμαίων αμφι­ βολία, εξεστιν εύλαβώς και μετά τής προσηκούσης αίδοϋς διαπυνΟάνεσΟαι περί τού προκειμένου ζητήματος, καϊ δέχεσΟαι την λύσιν, και ή ώφελεΐσθαι ή ώφελειν, μή μέντοι Ορασεως άποφέρεσΟαι κατά τών τής πρεσβυτέρας ‘Ρώμης ιεραρχών. sait l'audace jusqu’à lancer des injures, suit par écrit, soit de vive voix, contre la chaire de Pierre, le prince des apô­ tres, qu’il encoure la même condamnation qu’eux. Et si, au sein d’un concile œcuménique, il s’élève quelque litige où l’Église romaine est en cause, il est permis de demander des éclaircissements avec la défé­ rence et le respect qui con­ viennent; il faut ensuite rece­ voir la solution dunrée. C’est le moyen de se faire du bien à soi-même ou de procurer celui des autres; mais il ne faut pas attaquer avec insolence les pontifes de l’ancienne Rome. lieu. De même en certaines circonstances, des princes séculiers uu des laïques de marque ont été invités à des conciles provinciaux ou nationaux; mais c’était là une exception, non une règle, exception qui était faite sur­ tout pour les conciles mixtes, où se traitaient des* affaires inU.^ssant à la fois l’Église etl’État. Cf. Hefele, Histoire des conciles, trad. Leclercq, 1.1, p. 23-41. 3° Canon 21' (Ï3e grec). Mansi, t. xvi,col. 174,406. Dominicum sermonem, quem Christus sanctis apostolis et dis­ cipulis suis dixit, quia : Qui vos recipit, me recipit ;et qui vos spernit, me spernit, ad omnes etiam qui post eos secundum ipsos facti sunt summi ponti­ fices et pastorum principes in Ecclesia catholica dictum esse credentes, definimus neminem prorsus mundi potentem quem­ quam eorum, qui patriarchalibus sedibus præsunt, inhono­ rare aut movere a proprio throno tentare, sed omni reverentia et honore dignos judicare ; præcipue quidem sanctissimum papam seniuris Romæ, [dein­ ceps autem Constantinopoleos patriarcham,] deinde vero Alexandria? ac Antiochiæ atque Hierosolymorum ; sed nec alium qucmcumque conscrip­ tiones contra sanctissimum papam senioris Romæ ac verba complicare et componere sub occasione quasi diffamatorum quorumdam criminum ; quod et nuper Photius fecit et multo ante Dioscorus. Quisquis autem tanta jactantia et audacia usus fuerit, ut secundum Pbotium vel Discorum in scriptis vel sine scriptis injurias quasdam contra sedem Petri, apostolo­ rum principis, moveat, æqualem et eamdem quam illi con­ demnationem recipiat. Si vero quis sæculi potestate fruens vel potens pellere tentaverit præfatum apostolicæ cathedræ papam aut aliorum patriarcha­ rum quemquam, anathema sit. Porro si synodus universalis fuerit congregatu, et lacta fue­ rit etiam de sancta Romanorum Ecclesia quævis ambiguitas et controversia, oportet venera­ biliter et cum convenienti re­ verentia de proposita quæstione sciscitari et solutionem accipere et aut proficere, aut profectum facere, non tamen audacter sententiam dicere con­ tra summos seniuris Romæ pontifices. Les paroles que le Christ Noire-Seigneur dit à ses saints apôtres et disciples : Qui vous reçoit me reçoit, et qui vous méprise me méprise, s’adres­ sent aussi à tous ceux qui, après eux, sont devenus à leur exemple pontifes suprêmes et chefs de pasteurs dans l’Église catholique. Persuadés de cette vérité, nous déclarons qu’absolument aucun des puissants du monde ne doit tenter de déshonorer ou de chasser de son siège l’un de ceux qui occu­ pent les sièges patriarcaux. On doit au contraire les estimer dignes de tout respect et de tout honneur, et principalement le très saint pape de l’ancienne Rome, [puis le patriarche de Constantinople,] ensuite les pa­ triarches d'Alexandrie, d’An­ tioche et de Jérusalem. Il ne faut pas non plus qu'un autre individu, quel qu’il soit, rédige des écrits ou tienne des propos contre le très saint pape de l’an­ cienne Rome, sous prétexte que certains crimes déshonorants auraient été cummis. C’est là ce qu’a fait récemment Photius, et ce que fit bien avant lui Dioscore. Si quelqu’un, à l’exemple de Photius et de Dioscore, poussait l’insolence et l'audace jusqu’à lancer des injures soit par écrit, soit de vive voix contre la chaire de Pierre, le prince des apôtres, qu'il encoure la même con­ damnation qu’eux. Et si quel­ que prince, revêtu de la puis­ sance séculière, cherche à dé­ trôner le pape susdit assis sur lu chaire apostolique, ou l’un des autres patriarches, qu’il soit anathème. De plus, si, au sein d'un concile œcuménique, il s'élève quelque litige où l’Église romaine est en cause, il faut demander des éclaircis­ sements sur la question avec la déférence et le respect qui conviennent, et recevoir la so­ lution qui sera donnée. C’est ainsi qu’on pourra trouver son profit ou procurer celui des , autres ; mais il ne faut pas prononcer avec insolence contre les pontifes de l'ancienne Rome. Ef τις τοσαύτη τόλμη χρήσαιτο, ώστε κατά τον Si quelqu’un, à l’exemple de Photius et de Dioscore, pous- Ce canon compte parmi les plus importants du VIIIe concile. Comme le fait remarquer Denzinger, Enchiridion, p. 115, il suffit de comparer le texte grec avec le texte latin, pour constater que l’abréviateur grec est sans parti pris contre l’Église romaine, puis­ qu’il a conservé tout ce qui est favorable à la primauté du pape, tandis qu’il a omis le passage où le patriarche de Constantinople est nommé au second rang, avant le patriarche d’Alexandrie et celui d’Antioche. On peut distinguer deux parties dans ce canon. La première fait ressortir la dignité des cinq patriarches et donne leur rang respectif. La seconde met en lumière la primauté du pape de Rome. 1. Dignité des patriarches. La théorie de la pentar­ chie. — Les patriarches sont appelés pontifes suprêmes et chefs des pasteurs. En cette qualité, ils sont les vrais successeurs des apôtres : post eos secundum ipsos facti sunt pastorum principes; ils sont dignes de tout hon­ neur et de tout respect, et les paroles dites par le Sei­ gneur aux apôtres : Qui vos recipit, me recipit, Matlh., x, 40; et qui vos spernit, me spernit, Luc., x, 16, s’appliquent aussi à eux d’une façon spéciale. Le concile ne se contente pas d’affirmer l'éminente dignité des patriarches; par ses anathèmes, il la met à l’abri de l’injure et de la violence : « Aucun des puis­ sants ne doit tenter de déshonorer ou de chasser de son siège l’un des patriarches, et si un prince cherche à détrôner le pape ou l’un des autres patriarches, qu’il soit anathème. » Cet anathème retombe sur Bardas et Michel III, qui non seulement avaient déshonoré, mais aussi dépossédé violemment de son siège le patriarche légitime, Ignace. Le même Michel avait aussi tenté de déposer le pape Nicolas Ier, en prenant part au concilia­ bule de 867, qui avait chargé l’empereur d’Occident, Louis il, d’expulser Nicolas de Rome. Mais en réalité le pape n’avait eu à souffrir aucune violence; les injures seules avaient été son partage et c’est Photius surtout qui les lui avait prodiguées. C’est pourquoi le concile condamne ceux qui insultent de vive voix ou par écrit la chaire de Pierre, le prince des apôtres, et imitent Dioscore et Photius. Dioscore, patriarche d’Alexandrie, avait lancé l’anathème contre saint Léon 1er, après que celui-ci eut condamné le brigandage d’Ephèse (449). Mansi, t. vi, col. 1009. Photius avait de même prononcé la déposition de Nicolas 1er au conciliabule de 867. De plus, il avait attaqué violemment et calomnié l’Église romaine dans sa lettre encyclique aux patriarches orientaux et dans sa lettre aux Bulgares. On doit aussi lui attribuer le pamphlet envoyé au pape en 865 sous le nom de Michel ill. Hergenrother, Photius, t. 1, p. 552. Le mot παροινίαι du texte grec, littéralement : in­ jures d’ivrogne, semble être une allusion mordante à cet écrit plein de grossièretés. 1293 CONSTANTINOPLE (IV» CONCILE DE) Les patriarches sont au nombre de cinq. Ce sont : d’abord le très saint pape de l’ancienne Rome, puis le patriarche de Constantinople, ensuite les patriarches d’Alexandrie, d'Antioche et de Jérusalem. Comme on le voit, le patriarche de Constantinople est nommé le second. La chose a paru si étrange à Denzinger qu’il a mis entre crochets les mots : deinceps autem Constanlinopoleos patriarcham, comme si le texte primitif du canon avait subi quelque changement. En réalité, rien ne justilie celte conjecture, et il faut avouer que le pape Adrien II, en approuvant ce canon, a accordé implici­ tement à Ignace, ce que saint Léon Ier avait catégori­ quement refusé à Anatole, après le concile de Chalcédoine, à savoir la préséance sur les patriarches d’Alexan­ drie et d’Antioche. C’était, du même coup, accepter dans une certaine mesure le canon 3’ du IIe concile œcuménique, et le canon 23' de Chalcédoine, contre lesquels Rome n'avait cessé jusque-là de protester. Nicolas Ier lui-même avait naguère, dans sa Réponse aux Bulgares, maintenu le rang des patriarches tel qu'il est donné par le concile de Nicée : Veraciter illi habendi sunt patriarchs, qui sedes apostolicas per suc­ cessiones pontificum oblinent... Romanam videlicet et Alexandrinam et Antiochenam... Constantinopolitanus autem et Jerosolymitanus antistites, licet dicantur patriarchs, non lanlse auctoritatis, quanta: superiores, existant. Nam Constantinopolitanam Ecclesiam nec apostolorum quisquam instituit, nec Nicæna synodus... ejus mentionem aliquam fecit: sed solum, quia Conslanlinopolis nova Roma dicta est, favore principum potius quam ratione patriarcha ejus pontifex appellatus est. Ad consulta liulgarorum, c. XCU, P. L., t. cxix, coi. 1011, 1012. Cependant Adrien 11 avait de bonnes raisons pour reconnaître au siège de Constan­ tinople une supériorité que lui accordaient depuis long­ temps tous les Orientaux. Depuis la conquête musulmane, les patriarcats d'Alexandrie et d’Antioche n’étaient plus que l’ombre d’eux-mémes, et il n'y avait aucun espoir de les voir reconquérir leur ancienne splendeur. Il ne servait de rien de continuer à protester contre un état de choses justifié par les faits. Ces protestations ne pou­ vaient que devenir de jour en jour plus dangereuses, et compromettre la concorde si péniblement rétablie. Il suffisait au pape que Constantinople reconnût sa pri­ mauté. C’est ce qu’avait fait Ignace, et avec lui les autres patriarches orientaux, qui tous avaient signé, par la main de leurs délégués, le formulaire apporté par les légats romains. Cf. Hergenrother, op. cil., t. II, p. 146147. D’ailleurs, cette reconnaissance de la prééminence de Byzance sur Alexandrie et Antioche ne fut qu'implicite. Le canon en effet n’a pas pour but direct d’indiquer le rang des patriarches et de définir que cette seconde place appartient au patriarche de Constantinople. Il laisse simplement supposer qu’il en est ainsi en nom­ mant Constantinople aussitôt après Rome. On comprend dés lors dans une certaine mesure comment le pape Léon IX, au xi' siècle, a pu maintenir, contre la pré­ tention de Cérulaire, l’ordre des patriarches tel qu’il est donné par le concile de Nicée. Episl. ad Michaelem patriarcham, P. L., t. CXI.IH, col. 763. En réalité, ce ne tut qu’au IV' concile de Lalran (1215), à l’époque du rojaume latin, que le second rang fut expressément reconnu à l’Église du Constantinople. Denzinger, Enchi­ ridion, n. 352. On peut maintenant se demander pourquoi le VIII' con­ cile a missi puissamment en relief la dignité patriar­ cale. non seidementdansce canon 21', mais dans d'autres canons. Nous avons vu que le canon 17' accorde aux patriarches le droit de confirmer leurs métropolitains, celui de réunir un synode patriarcal et de punir leurs suffragants. Le canon 19% Mansi, t. xvi, col. 172, décide, à l’avantage des mêmes patriarches, qu’aucun métropo­ litain ne doit visiter les églises des évêques suUragauls, 1294 sous prétexte qu’il a un droit d’inspection ; et il ne doit pas non plus leur imposer des charges pécuniaires. Il faut voir, dans ces dispositions et autres semblables, l’influence de ce qu'on a appelé la théorie de la pentarchie. D’après cette conception, chère aux Orientaux depuis plusieurs siècles, les cinq patriarches étaient les chefs de l’Eglise universelle. Saint Paul compare l’Église à un corps; on disait des patriarches qu'ils étaient les cinq sens de ce corps mystique du Christ. Cf. Anastasii præfatio in concil. VIII, Mansi, t. XVI, col. 7. On reconnaissait sans doute en principe la primauté du pape, mais en pratique, les Orientaux tendaient à ne voir en lui qu'un primus interpares. Peu à peu, ilsen vinrent même à considérer cette pentarchie comme reposant sui­ le droit divin. La présence des cinq patriarches fut jugée nécessaire pour représenter l’Église et dirimerles contro­ verses. On devine queldangerde pareilles idées faisaient courir à la véritable notion de la constitution de l’Eglise; elles contenaient en germe le principe des Eglises au tocéphales, tel que l’admet aujourd'hui l’Eglise grécorusse. Cette conception fut exprimée à plusieurs reprises par les orateurs du VIII' concile. C’est ainsi qu'Élie de Jérusalem, tout en reconnaissant explicitement la pri­ mauté du pape, déclara que le Saint-Esprit avait établi dans le monde les sièges patriarcaux, pour faire dispa­ raître les scandales de l’Église de Dieu. Mansi, t. xvt. col. 35, 318. Méthrophane de Smyrne parla aussi des cinq grands luminaires placés par le Seigneur au milieu de l’Église pour l’éclairer, Mansi, ibid., col. 82, 344, et l'empereur Basile affirma à plusieurs reprises que les décisions des cinq patriarches sont irréfragables et in­ faillibles. Mansi, ibid., col. 86, 87, 89. Plus explicites en­ core sont les paroles du patrice Baanès prononcées à la VIIIe session : Posuit Deus Ecclesiam suam in quinque patriarchies et definivit Euangeliis suis, ut nunquam aliquando penitus decidant, eo quod capita Ecclesiæ sint; etenim illud quod dicitur: « El partie inferi non prievalebunt adversus eam, » hoc denuntiat : quando duo ceciderunt, currunt ad tria; cum tria ceciderint, currunt ad duo; cum vero quatuor forte ceciderint, unum quod permanet in omnium capite Christo Deo nostro, revocat iterum reliquum corpus Ecclesiæ. Mansi, t. xvt, col. 140-141. Quel est cet unique qui reste debout, alors que les quatre autres tombent, Baanès ne le dit pas, ou plutôt il insinue que ce peut être n’importe lequel des cinq. Mais l’histoire est là pour répondre que le seul dont la foi ne défaille pas est le successeur de Pierre. Thoinassin dit fort judicieusement à ce pro­ pos : « Je ne m'arrêterai pas à découvrir ce qu’il pou­ vait y avoir de malin et d'artificieux dans ce raisonne­ ment de Baanès. Je remarquerai seulement que de quelque déguisement que les Grecs aient usé, etquelque égalité qu’ils aient affecté d’établir entre les cinq pa­ triarches, l’expérience de tant de siècles ne nous a que trop fait connaître combien le premier de ces cinq patriarches a retiré souvent les autres de l'abîme de diverses erreurs, sans qu’il ait eu besoin d’une sem­ blable assistance des autres. » Ancienne et nouvelle discipline de l’Église, part. I, 1. 1, c. xin, n. 7. Il est inutile de faire remarquer, qu'en approuvant le VIII'concile, Adrien II n’a nullement sanctionné toutes les expressions des Orientaux relatives à l’origine divine des cinq patriarcats, encore moins celles qui insinuent l’égalité des patriarches. 11 a simplement accepté l'ex­ tension de la juridiction patriarcale telle qu'elle est exprimée dans les canons. Du reste, si les tendances égalitaires de certains Orientaux se firent jour au sein du VIII'concile, la primauté du pape n’y fut pas moins vivement mise en lumière. 2. La primauté du pape. — Photius, dans son pré­ tendu concile œcuménique de 867, avait osé déposer 1·· pape Nicolas I" et lancer l'excommunication contre ceux qui resteraient en communion avec lui. Pour pro- Ù295 CONSTANTINOPLE (IV" CONCILE DE) 129G tester contre un pareil abus de pouvoir, le concile varie Romæ. Mansi, t. xvi.col. 190. Lui-même avait fait affirme que l’Église romaine et son chef ne peuvent l’éloge de la primauté du pape, dans la lettre qu’il lui être jugés par aucune autorité ecclésiastique, pas même écrivit pour lui demander la convocation du concile : par un concile œcuménique. Si, au sein d'un pareil < Il fallait bien, dit Thomassin, op. cit., part. Il, 1. II, c. xxvi, que le VIII’ concile se ménageât entre les deux extrémités de trop donner et de tout ôter aux empereurs dans les élections, puisqu’il y fallait justifier l'élection d’Ignace et condamner celle de Photius. Quoique les empereurs n'eussent pas fait à l’élection d’Ignace les violences qu’ils firent à celle de Photius, ils y avaient néanmoins eu quelque part, et les adver­ saires d'Ignace en prirent occasion de le calomnier. » On se souvient, en effet, qu'au conciliabule de 861, Ignace fut déposé, en vertu de ce 31’ canon des apôtres, que le VIII’ concile fait valoir contre l’élévation de Photius. Cf. Nicétas, Vila Ignatii, Mansi, t. xvt, col. 240. VIL Œcuménicité du concile. — Le VIII’ concile présente tous les caractères de l’œcuménicité. Tout d’abord, il fut convoqué par le pape Adrien II qui approuva très librement et très explicitement l'initiative du patriarche Ignace et de l’empereur Basile : Frater­ nitas tua curet necesse est ut sententiarum capitula quæ synodice Romæ... communi consonantia promul­ gavimus, apud vos in synodo cunctorum subscrip­ tione roborentur. Epist. ad Rasilium, Mansi, t. xvi, coi. 52. Ce furent ses légats qui le présidèrent et en signèrent les actes en son nom, avec cette formule : Ego N... locum oblinens domini mei Hadriani uni­ versalis papæ, omnia quæ superius leguntur, huic sanclæ et universali synodo præsidens, usque ad vo­ luntatem ejusdem eximii præsulis promulgavi et manu propria subscripsi. Mansi, ibid., col. 157. Enfin, il le confirma explicitement, comme en fail foi la lettre qu’il écrivit à l'empereur Basile, après le retour des légats (10 novembre 871 ) : Gratiarum multimodas actiones summæ divinitati referimus... quia sedis apostolicæ decreta sana priscaque lege super exortis contro­ versiis exquisistis, et in colligendo magno sancloque collegio pium studium et desiderium ostendistis, in quo definitio reclæ /idei et calholicie ac patemæ tra­ ditionis atque jura Ecclesiæ perpetuis sxculis profu­ tura, et salis idonea fixa sunt et firmata. Mansi, ibid., col. 206. Le successeur d’Adrien II, Jean VIII, tout en faisant fléchir en faveur de Photius, remonté sur le trône pa­ triarcal après la mort d'Ignace, certaines prescriptions du concile, maintint cependant l’autorité de cette véné­ rable assemblée : Omnis illa mala consuetudo ampu­ tetur, juxta capitulum, quod super hac re venerabili synodo tempore scilicet decessoris nostri Hadriani junioris papæ Constantinopoli habita, est congruentis­ sime promulgatum. Epist. ad Photium, Mansi, t. xvi, coi. 503. On sait que cette lettre de Jean Vlll fut falsi­ fiée par Photius au conciliabule de 879, de manière à lui faire signifier sur ce point tout le contraire de ce qu’elle contenait : Quæ vero synodus in urbe isla contra reverentiam vestram habita est, earn mis irritam fe­ cimus atque omnino abrogavimus et rejecimus. Mansi, ibid., col. 510. Après Jean VIII, l'œcumênicité du Vlll’ concile ne fut jamais mise en doute dans l’Église romaine, comme le prouve I antique profession de foi que les papes récitaient le jour de leur ordination : Ego N. profiteor... sancta octo universalia concilia, id est Ficænum, etc... et septimum item Ricænum, octavum quoque Hem Coiislanlinopolitanum usque ad unum apicem immutilate servare. Mansi, ibid., col. 517; Baronins, an. 869, n. 58. Le petit nombre des membres du concile ne saurait faire obstacle à son œcuménicité, car celle-ci ne dépend que très secondairement du nombre des évêques. Les 107 Pères du Vlll’ concile représentaient d’ailleurs mo­ ralement l’Église entière, puisque tous les patriarcats y avaient envoyé des délégués; à ce point de vue, ce 1305 CONSTANTINOPLE (IV’ CONCILE DE) concile a plus de droit à l’œcuménicité que le I" con­ cile de Constantinople (381), dont les membres, au nombre de 150, étaient tous des Orientaux. Le titre d'universel, le VIII· concile le mérite aussi par la portée de ses décisions dont plusieurs intéres­ sent la foi et la discipline générale. Ajoutons qu’il s’est attribué lui-même ce titre; il se nomme constamment: sancta et universalis synodus, αγία καί οικουμενική σύνοδος, L’ôpo; lu à la lin de la X· session débute ainsi : Sancta, magna et universalis synodus quæ per di­ vinam voluntatem... congregata est in hae a Deo regia urbe conservanda. Mansi, ibid., col. 179. Anastase le Bibliothécaire, dans sa préface à la tra­ duction des actes, fait ressortir tous ces caractères d’œcurnénicilé, et il termine par ces mots signilicatifs : Ita­ que si synodus tantum dicatur, non proprie dicitur; habet enim hoc nomen commune cum aliis numerosis conciliis, si synodus universalis appelletur, nec sic de hac, quod singulariter possidet, prædicatur ; nam hoc nomine cum generalibus septem utitur. Porro si synodus Conslantinopolilana dicatur, non dicetur pro­ prie; sunt enim et alise Constanlinopolitanæ synodi. Jam vero si synodus universalis Constanlinopolitana et octava dicatur, nec sic definitive nomen ejus prædicabilur;non enim est octava sed quarta synodus earum quæ Conslanlinopoli universaliter celebratas sunt. Nuncupanda est ergo sine omni contradictione synodus universalis octava, ut et appellatio, quam cum septem aliis conciliis sortita est, non celetur et nomen pro­ prium; quod singulariter possidet, designetur. Mansi, ibid., col. 8. L’Église romaine ayant reconnu ce concile comme universel, les autres Églises occidentales lirent de même. On trouve cependant çà et là des auteurs qui ont émis des doutes sur son œcuménicité. Le fait qu’il avait renouvelé les décisions du II· concile de Nicée sur le culte des images, le rendit suspect à certains théologiens Francs. C’est ainsi que les Annales d’Hincrnar de Reims en parlent d'une façon assez irrespectueuse : Synodo congregata quam octavam universalem synodum illuc convenientes appellaverunt... In qua synodo de imagi­ nibus adorandis aliter quam orthodoxi doclores antea definierant et pro favore Romani pontificis, qui eorum votis de imaginibus adorandis annuit, et quædam contra antiquos canones, sed et contra suam ipsam sy­ nodum constituerunt. P. L., t. cxxxv, coi. 1267. Mêmes expressions dans Aymon. Baronius, an. 869, n. 66. Le cardinal Deusdedit appelle le concile : synodus pro Ignalio quæ a quibusdam octava dicitur. Mai, Nova bibliolh. Patrum, t. vu, p. 92. D’autres n'ont pas voulu le mettre au nombre des conciles généraux, sous pré­ texte qu'il ne se serait pas occupé de questions touchant à la foi. Celte idée se fait jour dans un traité de contro­ verse contre les Grecs composé par des dominicains, au xili' siècle : Dicendum præter istas septem universales synodos fuit et una alia, universalis quidem, sed quia non agit de articulis fidei, non ponitur in numero generalium synodorum ab antiquis Græcis, sed inter alias, quæ locales nominantur. Tractatus de conciliis generalibus, dans Bibliotheca Patrum Lugdunensis, t. xxvii, p. 613. Mais ce sont là des opinions de parti­ culiers: l'ensemble des Églises occidentales accepta ce concile au même titre que les autres conciles généraux. Ses canons furent insérés dans les collections cano­ niques composées soitavant soit après Gratien ; le 22' ca­ non, en particulier, fut souvent cité au cours de la que­ relle des investitures au xi· siècle. Cf. Hergenrother, Photius, t. ii, p. 130-131. On est quelque peu surpris, après cela, de la conduite du cardinal Julien Cesarini au concile de Ferrare-Flon nce. Il avait demandé aux Grecs de lui prêter le livre contenant les actes du VIII» concile œcuménique, aljn qu’il pût s'en servir pour développer ses preuves; car. 1306 des deux côtés, on avait décidé qu’on se prêterait mu tuellement les documents qui pouvaient être de quelque secours. Les Grecs refusèrent de lui passer l'ouvrage demandé. Le cardinal s’en plaignit au début de la IV' session, tenue à Ferrare, le 20 octobre 1438. Marc d’Éphèse répondit que les Grecs n'avaient pas le livre en question, et il ajouta : « Mais quand même nous l’aurions, on ne peut cependant pas nous forcer â compter comme œcuménique ce synode qui n'est pas du tout reconnu. Le synode auquel vous faites allusion s'est tenu contre Photius à l’époque de Jeanl!) et d’Adrien. Mais peu de temps après, il s'est tenu un se­ cond synode qui a réintégré Photius et a annulé les actes de la précédente assemblée, et ce synode porte aussi le titre de VIII· œcuménique... L'Église de Con­ stantinople est fermement décidée à anatbématiser tout ce qui a été dit ou écrit aussi bien contre Photius que contre Ignace. » Au lieu de prendre la défense du VIII'concile, le cardinal Julien répondit simplement : « Nous ne vous demandons pas ce livre pour extraire un passage du VIII· concile œcuménique, mais parce que nous avons besoin de quelques passages des VI' et Vil· conciles œcuméniques (dont les actes se trouvaient dans le même volume). » Baronins blâme sévèrement le cardinal d'avoir laissé passer sans réfutation la sortie I de Marc d’Ephèse contre le VIII' concile, et il l’accuse de légèreté ou d'ignorance. D’autres trouveront qu'il était prudent d'éviter une controverse sur un point se­ condaire, afin de ne pas compromettre l’œuvre de | l’union. André de Rhodes releva d’ailleurs à la session suivante quelques-unes des inexactitudes de Marc d’Ephèse. Cf. Baronius, an. 869, n. 61-63; Mansi, t. xvt, col. 518-520. La conduite d’Abraham de Crète, traducteur et pre­ mier éditeur des actes du concile de Ferrare-Florence, parait moins excusable. Par condescendance pour les Grecs, il donna au concile de Florence le titre de VIII' œcuménique. Baronius. loc. cil., n. 64; Noël Alexandre, Historia eccles., Venise, 1778, t. vi, p. 348. Le P. Mathieu Rader, Mansi, t. xvt, col. 516, attaque violemment le Crétois menteur. Son édition avait cepen­ dant été confirmée par une bulle du pape Clément VII, qui sans doute ne lit pas grande attention au titre. Les mots octava œcumenica synodus disparurent dans la 2» édition qui se fit sous Paul V. Mansi, dans ses notes sur le passage cité de Noël Alexandre, prétend qu'Abraham de Crète ne mérite aucun reproche, parce qu'il n’a fait que se conformer à la manière de parler des Grecs-Unis, même des plus orthodoxes, et que ceux-ci, en appelant le concile de Florence VIH' œcuménique, n’excluaient nullement l'œcuménicité d'autres conciles en dehors des sept premiers. Que les Grecs-Unis eussent une tendance à ne consi­ dérer comme conciles œcuméniques que les sept pre­ miers, cela ne doit pas nous surprendre, puisqu'ils étaient en relations constantes avec les schismatiques qui ne juraient que par æs sept conciles. De nos jours, l’Eglise orthodoxe gréco-slave s’intitule toujours l'Eglise des sept conciles. Fin cela, elle n’est pas tout à fait d'accord avec plusieurs de ses anciens théologiens ou canonistes. Parmi ceux-ci, les uns, comme Théodore Balsamon. P. G., t. cxxxvn, col. 1004, ont considéré comme VIII' concile œcuménique le conciliabule de 861 qui déposa Ignace; d’autres, plus nombreux,ont réserv< ce titre au conciliabule de 879 qui condamna solennel­ lement, dans sa III' session, le concile de 869-870. Tels sont Nil de Thessalonique. Responsum ad xt.tx Latin. Cod.Monacensis '28, fol. 264. Simeon de Thessalonique, Dialogus adv. hær., P. G., t. clv, col. 97; Macaire d’Ancyre, cité par Allatius, De synodo Photiana, p. 182; Nil de Rhodes, Voell et Juslell, t. n, p. 1158-1160; Marc d’Éphèse, Confessio, c, xv, P. G-, t. Ci.x, col. 85; Georges Scholarios. De additione ad symbol., P. G., t. clx, 1307 CONSTANTINOPLE (IV» CONCILE DE — EGLISE DE) col. 720. Quant au véritable VIII» concile, les seuls Grecs qui le reconnurent au début furent les partisans d’Ignace, parmi lesquels il faut citer Metrophane de Sinvrne, Mansi, t. xvt, col. 420; Stylien de Néocésarée, ibid., col. 429; Nicétas David. Ibid., col. 261, 265. Les canons de ce concile ne figurent dans aucune collection grecque; aucun canoniste byzantin ne lésa commentés; les actes eux-mêmes ne nous sont parvenus qu’à l’état de résumé. Ces faits trouvent leur explication dans la haine tenace que Photius voua au concile qui l’avait condamné. Il s’efforça d’en faire disparaître toute trace, d'en détruire tous les exemplaires, comme le prouve la décision du conciliabule de 879, ordonnant d’anéantir tous les écrits dirigés contre lui. Mansi, t. xvn, col. 504, 505, 517. En refusant obstinément de reconnaître l’œcuménicité du concile de869-870, les Grecs schismatiques se sont donc montrés les disciples lidèles de Photius, mais non les amis de la vérité. Nicolas I·’, Epistolæ et decreta, P. L., t. cxix, col. 771 sq.; Adrien 11, Epistolæ et decreta, P. L., t. CXXII, col. 1276 sq. ; Anastase le Bibliothécaire. Interpretatio synodi VIH generalis, P. L., t. cxxtx, col. 9-195: le continuateur d’Anastase, Vila Adriani 11. P. L., t. cxxvm, col. 1379-1398; Nicétas David, Vita Ignatii, P. G., t. cv, col. 487-575; Baronius, Annales, an. 869, n. 1-92. I.ueques, 1744, t. xv, p. 161-191 ; Ailalius, De synodo octava Pholiana. Rome, 1662; Thomassin, Ancienne et nouvelle discipline de l’Église, part. I, I. I, c. xm, n. 7, t. t, p. 83: part. II. 1. II. c. 1, 11. xxvi, Bar-le-Duc, 186’>, t. tv, p. 194, 199,303; Assétnani, Bibliotheca juris orientalis, t. 1, p. 261 ; Jaffé, llegesta sam. pontifie., n. 2205: Schrôckh, Conciliengeschichte, l. xxiv, p. 166 sq. ; Jager, Photius, p. 157-218; Hefele, Histoire des conciles, trad. Delarc, Paris, 1870, t. v, p. 605664; Hergenrother, Photius, Ralisbonue, 1867, t. n, p. 7-166. M. JüGIE. 5. CONSTANTINOPLE (Église de). - I. Liste des évêques et des patriarches de Constantinople. IL Les origines, les premiers évêques jusqu’en 381. III. La nouvelle Rome; création du patriarcat de Con­ stantinople, 381-451. IV. Extension du patriarcat de Constantinople; la σύνοδος ένοημοϋσα. V. Le schisme d’Acace et la formation du patriarcat œcuménique, 451610. VI. Les schismes préliminaires, 610-843. VII. Mis­ sions et organisation intérieure du patriarcat byzantin. VIII. Etendue de la juridiction du patriarcat byzantin, ν'-lx· siècles. IX. La question de l’Illyricum ecclésias­ tique, ιν·-χ· siècles. X. Le schisme définitif : Photius et Michel Cérulaire, 847-1059. XI. L’Italie byzantine, viti·XVIe siècles. XII. Juridiction du patriarcat byzantin, 901-1204. XIII. L'Eglise byzantine et les croisades, 10591204. XIV. L'occupation latine, 1204-1261. XV. Les unions de Lyon et de Florence, 1261-1453. XVI. Ju­ ridiction du patriarcat byzantin, χπι«-χνΐ· siècles. XVII. Coup d’œil sur l’histoire intérieure du patriarcat byzantin. χ·-χν· siècles. XVIII. Les patriarches de 1453 à 1620. XIX. Les troubles calvinistes, 1620-1678. XX. Les patriarches des deux derniers siècles. XXL Juridiction du patriarcat byzantin, χνι·-χιχ· siècles. XXII. Relations avec les Eglises orthodoxes. XXIII. Relations avec les Églises non orthodoxes. XXIV. Haute hiérarchie et po­ pulation du patriarcat œcuménique actuel. XXV. Règle­ ments généraux du patriarcat œcuménique. XXVI. Or­ ganisation intérieure du patriarcat œcuménique. XXVII. Instruction publique, écoles et théologiens. XXVIII. Le monachisme. XXIX. L'ancien patriarcat latin. XXX. Le vicariat apostolique de Constantinople. L Évêques et patriarches de Constantinople. — Pour orienter le lecteur dans cette étude, nous lui don­ nerons d'abord la liste des titulaires de Constantinople. On verra, dans le paragraphe suivant, à quelle époque remonte vraisemblablement la fondation de cette Église; on s'en est tenu aux résultats qui paraissent aujour­ d'hui assurés par la critique historique. Hâtons-nous de dire qu'il n'existe pas encore de travail sûr et com­ plet que l'on puisse suivre de conliance. 1308 1 (I). Philadelphe, entre l’année211 etI’année217. 2 (2). Eugène 1er, 240-265. 3 (3). Rufin 1«, 284-293. 4 (4). Metrophane I", 306/307-4 juin 314. 5 (5). Alexandre. 314-août 337. 6 (6). Paul I" (1»), 337-339. 7 (7). Eusèbe de Nicomédie, 339-lin de 341. — (8). Paul I" (2"), fin 341-début de 342. 8 (9). Macédoniusl"(l»),débutde342-débutde346. — (10). Paul Ier (3’), début de 346-fin de 35I. — (11). Macédonius 1er (2»), fin de 351-27 jan­ vier 360. 9 (12). Eudoxius d’Antioche, 27 janvier 360-début de 370. 10 (13). Déinophile. début de 370-26 novembre 380. 11 (14). Évagre, 370. 12 (I5). Grégoire 1« de Nazianze, 379-juin 381. 13 (16). Maxime Ier le Cynique, 380. 14 (17). Nectaire, juin 381-27 septembre 397. 15 (18). Jean Ier Chrysostome, 26 février 398-20juin 404. 16 (19). Arsace, 27 juin 404-11 novembre 405. 17 (20). Atticus, mars 406-10 octobre 425. 18 (21). Sisinnius I",28février 426-24décembre427. 19 (22). Nestorius, I0 avril 428-22 juin 431. 20 (23). Maximien, 25 octobre 431-12 avril 434. 21 (24). Proclus, 12 avril 434-12 juillet 446. 22 (25). Elavien, juillet 446-11 août 449. 23 (26). Anatole, décembre 449-3 juillet 458. 24 (27). Gennadios 1", juillet (?) 458-25 août (?) 471. 25 (28). Acace, 471-autornne 489. 26 (29). Fravitas, décembre 489-mars 490. 27 (30). Euphéinios, 490-juillet 496. 28 (31). Macédonius II. juillet 496-11 août 511. 29 (32). Timothée Ier, août (?) 511-avril 518. 30 (33). Jean ÎI, 17 avril 518-février 520. 31 (34). Épiphane. 25 février 520-5 juin 535. 32 (35). Antliirne Ier, avant le 16 juillet 535-avant le 13 mars 536. 33 (36). Ménas, 13 mars 536-24 août 552. 34 (37). Eutychios (1°), fin d’août 552-22janvier565. 35 (38). Jean III Scholasticos, 31 janvier 565-31 août 577. — (39). Eutychios (2°). 12 septembre 577-5 avril 582. 36 (40). Jean IV le Jeûneur, 12 avril 582-2 septembre 595. 37 (41). Cyriaque, automne 595-29 octobre 606. 38 (42). Thomas 1er, 23 janvier 607-20 mars 610. 39 (43). Sergius I,r,18 avril 610-8ou 9 décembre 638. ■40 (44). Pyrrhus (1»), 20décembre638-29 septembre 641. 41 (45). Paul II, 1er octobre 641-27 décembre 654. — (46). Pyrrhus (2°), janvier ou février l,rjuin 655. 42 (47). Pierre, 8 ou 15 juin 655-1cr octobre 666. 43 (48). Thomas 11, 17 avril 667-15 novembre 669. 44 (49). Jean V, novembre 669-aoùt 675. 45 (50). Conslanlin 1*’, 2 septembre 675-9 août 677. 46 (51). Théodore I*r (Ie), aoûl/septembre 677-novembre'décembre 079. 47 (52). Georges lcr,novembre/décembre679-février/ mars 686. — (53). Théodore Ier (2°), février/mars 686-28 dé­ cembre 687. 48 (54). Paul 111. 5 (?) janvier 688-21(?) août 694. 49 (55). Callinique 1", 30 août 694-mars 706. 50 (56). Cyrus, mars? 706-janvier/février 712. 51 (57). Jean VI, janvier février 712-juillct/août 715. 52 (58). Germain 1er, I l août 715-19 janvier 729. 53 (59). Anastase, 23 janvier 729-automne 752. 54 (60). Constantin II, août 753-30 août 765. 55 (61). Nicétas Ier, 16 novembre 765-6 février 780. 56 (62). Paul IV, 20 février 780-31 août 784. 57 (63). Taraise, 25 décembre 784-25 février 806. 1309 CONSTANTINOPLE (ÉGLISE DE) Nicéphore Ier, 12 avril 806-13 mars 815. Théodote Ier Cassitéras, 1er avril 815-821. Antoine I" de Sylée, 821-avril 832. Jean VU Grammaticos, 21 avril 832-4 mars? 843. 62 (68). Méthode Ier, 11 mars 843-14 juin 847. 63 (69). Ignace (Ie), 847-23 novembre 858. 64 (70). Phot ius(lu),25 décembre 858-16 novembref?) 867. — (71 ). Ignace (2°), 23 novembre 867-23 octobre 877. — (72). Photius (2°), 26 octobre877-7 décembre886. 65 (73). Etienne I«r, décembre 886-17 mai 893. 66 (74). Antoine II Cauléas, août 893-12 février 901. 67 (75). Nicolas Ier (1“), l" mars 901-1" février 907. 68 (76). Eulhymel", février 907-après le 11 mai9!2. — (77). Nicolas I" (2°), après le 11 mai 912-15 mai 925. 69 (78). Étienne II d’Atnasée, août925-15 juillet 928. 70 (79). Tryphon, décembre 928-août 931. 71 (80). Théophylacte. août 931-27 février 956. 72 (81). Polyeucte, 3 avril 956-28 janvier 970. 73 (82). Basile 1er le Scamandrien, 13 février 970automne 974. 74 (83). Antoine III du Stoudion, automne 974-9S0. 75 (81). Nicolas II Chrysobergés, 984-996. 76 (85). Sisinnius 11. 12 avril 996-12 août (?) 998. 77 (86). Sergius 11, 999-juillet 1019. 78 (87). Eustalhe, 12 avril 1020-décembre 1025. 79 (88). Alexis du Stoudion, avant le 15 décembre 1025-20 février 1043. 80 (89). Michel Ier Cérulaire, 25 mars 1043-novembre 1059. 81 (90). Constantin 111 I.ichoudés, novembre 1059août 1063. 82 (91). Jean VIII Xiphilin, décembre 1063-2 août 1075. S3 (92). Cosmas Ier de Jérusalem, avant le 8 août 1075-8 mai 1081. 84 ■ (93). Eustrate Garidas, 8 mai 1081-juillet/août 1084. 85 (94). NicolasIIIGrammaticos,août 1084-mai 1111. 86 (95). Jean IX Ilicromnémon, 1111-1134. 87 (96). Léon le Stypiote, 1134-1143. 88 (97). Michel 11 Kourcouas, avant août 1143-avril 1146. 89 (98). Cosmas II l’Attique, avril 1146-26 février 1147. 90 (99). Nicolas IV Mouzalon. décembre 1147-mars(?) 1151. 91 (100). Théodote H, avril 1151-août 1153. 92 (101). ?Néophyte Ier, 1153. 93 (102). Constantin IV Cbliarénos, 1154-juillet (?) 1156. 94 (103). Luc Chrysobergés, août (?) 1156-après le 19 novembre 1169. 95 (104). Michel 111 d’Anchialos, avant le 30 janvier ■1170-mars(?) 1177. 96 (105). Chariton, mars(?) 1177-février (?) 1178. 97 (106). Théodose I" le Boradiote,1178-étéde 1183. 98 (107). Basile 11 Camaléros, été de 1183-début de 1186. 99 (108). Nicétas II Mountanés, début de 1186-milieu de 1189. 100 (109). Léonce le Théotokite, milieu de 1189-début de 1190. 101 (110). Dosilhée de Jérusalem, début de 119010 septembre 1191. 102 (111). Georges II Xiphilin, 10 septembre 1191-juin 1198. 103 (112). Jean X Camatéros, 5 août 1198-mi-févricr 1206. 104 (113). Michel IV Autorianos, vers le 15 avril 1207octobre/novembre 1213. 58 59 00 61 (64). (65). (66). (67). 1310 105 (114). Théodore II Irénicos, avant 12 novembre 1213-mars 1215. 106 (115). Maxime II, 3 juin-décembre 1215. 107 (116). Manuel I" Charitopoulos, décembre 1215septembre 1222. 108 (117). Germain 11, 1222-1240. 169 (Il8). Méthode H, 1240. 110 (119). Manuel 11, 1244-août ou septembre 1255. 111 (120). Arsène Autorianos (1°), 1255-1259. 112 (121). Nicéphore II, avant 1" janvier 1260-début de 1261. — (122). Arsène Autorianos (2°), août 1261-mai 1267. 113 (123). Germain III, 5 juin-14 septembre 1267. 114 (124). Joseph Ier (1»), 28 décembre 1267-mai 1275. 115 (125). Jean XI Veccos, 26 mai 1275-26 décembre 1282. — (126). Joseph Ier (2°), 30 décembre 1282-début de mars 1283. 116 (127). Grégoire 11,11 avril 1283-juin 1289. 117 (123)· Athanase I" (1«), 14 octobre 1289-16 octobre 1293. 118 (129). Jean XII Cosmas, 1er janvier 1294-21 août 1304. — (130). Athanase I" (2»), 23 août 1304-aoùl 1310. 119 (131). Niphon Ier, juillet 1311-11 mai 1315. 120 (132). Jean XIII Glykys, 12 mai 1316-11 mai 1320. 121 (133). Gérasine I", mai 1320-19 avril 1321. 122 (134). Isaïe, 30 novembre 1323-lin 1334. 123 (135). Jean XIV Calécas, fin 1334-8 janvier 1347. 124 (136). Isidore 1«, 17 mai 1347-2 décembre 1349. 125 (137). Calliste I"(l°), 10 juin 1350-aprês mars 1354. 126 (138). Philothée (1«), 1354-1355. — (139). Calliste I" (2··), 1355-août 1363. — (140). Philothée (2°), 12 février 1364-1376. 127 (141). Macaire (1·), 1376-1379. 128 (142). Nil, juin 1379-fin 1388. 129 (143). Antoine IV (1°), janvier 1389-ju il let 1390. — (144). Macaire (2··), 30 juillet 1390-1391. — (145). Antoine IV (2°), mars 1391-mai 1397. 130 (146). Calliste 11 Xanthopoulos, 17 mai 1397. 131 (147). Matthieu I", novembre 1397-1410. 132 (148). Euthyme II, novembre 1410-inars 1416. 133 (149). Joseph II, 21 mai 1416-10 juin 1439. 134 (150). Métrophane II, 4 mai 1440-1" août 1443. 135 (151). Grégoire III Mammas, 1443-29 mai 1453. 136 (152). Gennadios II Scholarios, 1454-1457. 137 (153). Isidore II, 1457-146... 138 (154). Joasaph I" Koccas, -novembre 1463. 139 (155). Sophrone Ier, novembre 1463-lin 1464. 140 (156). Marc Xylocaravès, début 1465-débutdel466. 141 (157). Syméon de Trébizonde (1°), 1466. 142 (158). Denys Ie'de Philippopoli (1°), lin 1466-1471. — (159). Syméon de Trébizonde (2°), 1471-1474. 143 (160). Raphaël 1er, avant le 10 octobre 1474144 (161). Maxime III. avant juin 1477-aprés le 2 juil­ let 1481. — (162). Syméon de Trébizonde (3»), après le 2 juil­ let 1481-avant 19 octobre 1486. 145 (163). Niphon 11 de Thessalonique (Ie), après no­ vembre 1486-1489. — (164). Denys I" de Philippopoli (2°), avant mai 1489-lin de 1491. 146 (165). Maxime IV, 1491-1497. — (166). Niphon II de Thessalonique (2°), 1497-1498. 147 (167). Joachim I" (!’), 1498-1502. — (168). Niphon II de Thessalonique (3°), élu en 1502, mais n'accepte pas. 148 (169). Pachome I" (1°), 1503-1504. — (170). Joachim Ier (2°), 1504. — (171). Pachome I" (2“), novembre 1504-1513. 149 (172). Théolepte I", 1513-1522. 150 (173). Jérémie Ier,31 décembre 1522-décembrel545. 151 (174). Joannice, intrus en 1526. 1311 CONSTANTINOPLE (ÉGLISE DE) Denys 11,17 avril 1546-aoùt 1555. Joasaph II, 1555-15 janvier 1565. Metrophane III (1°),janvier 1565-4mai 1572. Jérémie II (1"), 5 mai 1572-novembre 1579. Métrophane 111 (2°), 29 novembre 15799 août 1580. — (180). Jérémie il (2»), septembre 1580-mars 1584. i 156 (181). Pachome 11, 20 mars 1584-26 ou 27 février 1585. 157 (182). Théoleple H, 27 février 1585-1586. — (183). Jérémie II (3»), 1586-1595. 158 (184). Matthieu II (1°), 1595 (20 jours). 159 (185). Gabriel Ier, avril-septembre 1596. 160 (186). Théophane 1« Karykès, septembre 159626 mars 1597. 161 (187). Méléce Ier Pégas (locum tenens), 26 mars 1597-mars 1598. — (188). Matthieu II (2»), avril 1598-début de 1602. 162 (189). Néophyte II (1«), février 1602-juin 1603. — (190). Matthieu II (3«), 1603 (17 jours). 163 (191). Raphaël II. 1603-1608. — (192). Néophyte II (2°), mai 1608-janvier 1612. 164 (193). Cyrille 1«· Lucaris (1°), janvier-février 1612. 165 (194). Timothée II, février 1612-noveinbre 1620. — (195). Cyrille I”· Lucaris (2»), 4 novembre 1620seconde moitié d'avril 1623. 166 (196). Grégoire IV d’Amasée, avant30 avril-25 juin 1623. 167 (197). Anlhiine II d’Andrinople, 25juin-2 octobre 1623. — (198). Cyrille Ier Lucaris (3°), 2 octobre 1623-mai i 1630. 168 (199). Isaac de Chalcédoine, mai 1630. — (200). Cyrille Ier Lucaris (4°), mai 1630-4 octobre 1 1633. 169 (201). Cyrille II de Berrhée (1°), 4-11 octobre 1633. I — (202). Cyrille 1er Lucaris (5»), 11 octobre 1633mars 1634. 170 (203). Athanase III Patellaros (I»), 5 inars-entre le lw et le 6 avril 1634. — (204). Cyrille 1er Lucaris (6°), avril 1634-mars 1635. — (205). Cyrille II de Berrhée (2°), mars 1635-juin ‘1636. 171 (206). Néophyte III d'Héraclée, juin 1636-mars 1637. — (207). Cyrille I«r Lucaris (7°), mars 1637-20 juin 1638. — (208). Cy rille II de Berrhée (3“), 20 juin 1638-juin 1639. 172 (209). Parthénios I" le Vieux, l'r juillet 1639-septembre 1644. 173 (210). Parthénios II le Jeune (1°), 28 septembre 1644-11 novembre 1646. 174 (211). Joannice II (1°), 16 novembre 1646-28 sep­ tembre 1648. — (212). Parthénios II le Jeune (2°), 28 septembre 1648-16 mai 1650. — (213). Joannice II (2°), 16 mai 1650-29 mai 1651. 175 (214). Cy rille 111 (l0), 30 mai-16 juin 1651. — (215). Athanase III Patellaros (2»), 17-30 juin 1651. 176 (216). Païsios 1" (!»), 1« juillet 1651-mars 1652. — (217). Joannice II (3«), avril 1653-17 mars 1654. — (218). Cyrille ill (2°), mars-avril 1654 (I4 jours). — (2I9). Païsios Ier (2“), avril 1654-mars 1655. — (220). Joannice II (4"). mars 1655-26 juillet 1656. 17. (221). Parthénios III, 26 juillet 1656-avril 1657. 17S (222). Gabriel 11, milieu-'in avril 1657. 179 (?23). (Théophane 11? 3 jours.| 180 (224). Parthénios IV (1°), 1" maj 1657-juillet 1662. 181 1225,. Denys 111, 30 juillet 1662-21 octobre 1665. — (226 . Parthénios IV (2®), 21 octobre 1665-septembre 1667. 182 (227). Clément, 9 septembre 1667-5 janvier 1668. ■ 152 153 154 155 — (175). (176). (177). (178). (179). 1312 183 (228). Méthode III, 5 janvier 1668-mars 1671. — (229). Parthénios IV (3°), mars-7 novembre 1671. 184 (230). Denys IV Mouslim (1°), 7 novembre 167114 août 1673. 185 (231). Gérasime II, 14 août 1673-décembre 1674. — (232). Parthénios IV (4°), l°r janvier 1675-24 oc­ tobre 1676. — (233). Denys IV (2°), 24 octobre 1676-2 août 1679. 186 (234). Athanase IV, 2-10 août 1679. 187 (235). Jacques (1°), 10 août 1679-31 août 1683. — (236). Denys IV (3“). 31 août 1683-10 mars 1684. — (237). Parthénios IV (5°), 10 mars 1684-24 mars 1685. — (238). Jacques (2°), 24 mars 1685-7 avril 1686. — (239). Denys IV (4»), 7 avril 1686-17 octobre 1687. — (240). Jacques (3°), 17 octobre 1687-3 mars 1688. 188 (241). Callinique II (1°), 3 mars-27 novembre 1688 189 (242). Néophyte IV, 27 novembre 1688-mars 1689. — (213). Callinique II (2»), avril 1689-après juin 1693. — (244). Denys IV (5’), fin 1693-1694. — (245). Callinique II (3°), juillet 1094-8 août 1702. 190 (246). Gabriel III, 30 septembre 1702-novembre 1707. 191 (247). Néophyte V, novembre 1707 (élu et non approuvé). 192 (218). Cyprien (1°), mars 1708-mai 1709. 193 (219). Athanase V. mai 1709-4 décembre 1711. 194 (250). Cyrille IV, 4 décembre 1711-octobre 1713. — (251). Cyprien (2°), 7 novembre 1713-28 février 1714. 195 (252). Cosmas III, 7 mars 1714-23 mars 1716. 196 (253). Jérémie III (1°), 23 mars 1716-19 novembre 1726. 197 (254). Callinique III. 19 novembre 1726 (un jour). 198 (255). Païsios II (1«), 20 novembre 1726-seplembre 1732. — (256). Jérémie III (2°), septembre 1732-avril 1733. 199 (257). Séraphin 1«, 9 avril 1733-juin 1734. 200 (258). Néophyte VI (1°), juillet 1734-août 1740. — (259). Païsios II (2»), 7 août 1740-mai 1713. — (260). Néophyte VI (2»), mai 1743-mars 1744. — (261). Païsios II (3°), mars 1744-29septembre 1748. 201 (262). Cyrille V (1°), 29 septembre 1748-mai 1751. — (263). Païsios II (4°), mai 1751-7 septembre 1752. — (264). Cyrille V (2»), 7 septembre 1752-15 janvier 1757. 202 (265). Callinique IV, 19 janvier-27 juillet 1757. 203 (266). Séraphin II, 27 juillet 1757-20 mars 1761. 204 (267). Joannice III, 25 mars 1761-21 mai 1763. 205 (268). Samuel Khanzéris (1°), 17 mai 1763-5 no­ vembre 1768. 206 (269). Méléce II, 5 novembre 1768-9 avril 1769. 207 (270). Théodose II, 9 avril 1769-16 novembre 1773. — (271). Samuel Khanzéris (2°), 17 novembre 177324 décembre 1774. 208 (272). Sophrone II, 24 décembre 1774-8 octobre 1780. 209 (273). Gabriel IV, 8 octobre 1780-29 juin 1785. 210 (274). Proeope, 29 juin 1785-30 avril 1789. 211 (275). Néophyte VII (!»), 1er raaj 1789-ler mars 1794. 212 (276). Gérasime III, 3 mars 1794-19 avril 1797. 213 (277). Grégoire V (t«), 1« mai 1797-19 décembre 1798. — (278). Néophyte VII (2»), 19 décembre 1798-17 juin I801. 214 (279). Callinique \ ( 1°), 17 juin 1801-22 septembre 1806. — (280). Grégoire V (2°), octobre 1806-10 septembre 1808. — (281). Callinique V (2°), 10 septembre 1808-mai 1809. 215 (282). Jérémie IV, mai 1809-4 mars 1813. 1314 CONSTANTINOPLE (ÉGLISE DE) 1313 216 (283). Cyrille VI, 19 mars 1813-13 décembre 1818. — (284). Grégoire V (3°), 14 décembre 1818-10 avril 1821. 217 (285). Eugene H. 10 avril 1821-27 juillet 1822. 218 (286). Anlhime III, 30 juillet 1822-9 juillet 1824. 219 (287). Chrvsanthe, 9 juillet 1824-25 septembre 1826. 220 (288). Agathange, 28 septembre 1826-juillet 1830. 221 (289). Constantios Ier, juillet 1830-18 août 1834. 222 (290). Constantios II, 18 août 1834-26 septembre 1835. 223 (291). Grégoire VI (Ie),26 septembre 1835-20 février 1840. 224 (292). Anthime IV (1«>), 21 février 1840-6 mai 1841. 225 (293). Anthime V, 6 mai 1841-12 juin 1842. 226 (294). Germain IV (1°), 12 juin 1842-18 avril 1845. 227 (295). Mélèce III, 18 avril-28 novembre 1845. 228 (296). Anthime VI (Ie), 4 décembre 1845-18 octo­ bre 1848. — (297). Anlhime IV (2°), 19 octobre 1848-30 octobre 1852. — (298). Germain IV (2°), 1er novembre 1852-16 sep­ tembre 1853. — (299). Anthime VI (2°), 24 septembre 1853-21 sep­ tembre 1855. 229 (300). Cyrille VII, 21 septembre 1855-ler juillet ' 1860. 230 (301). Joachim II (Ie), 4 octobre 1860-18 août 1863. 231 (302). Sophrone III, 20 septembre 1863-4 décem­ bre 1866. — (303). Grégoire VI (2e), 10février 1867-10juin 1871. — (304). Anlhime VI (3e), 5 septembre 1871-30 sep­ tembre 1873. — (305). Joachim II (2r). 23 novembre 1873-5 août 1878. 232 (306). Joachim III (Ie), 4 octobre 1878-30 mars 1884. 233 (307). Joachim IV, 1er octobre 1884-14 novembre 1886. 234 (308). Denys V, 22 janvier 1887-17 août 1891. 235 (309). Néophyte VIII, 8 novembre 1891-24 octobre 1894.' 236 (310). Anthime VII, 19 janvier 1895-31 octobre 1896. 237 (311). Constantin V, 2 avril 1897-28 mars 1901. — (312). Joachim III (2e), 26 mai 1901-... Toutes les dates de ces patriarcats sont données d’après le ca­ lendrier julien. A partir de 1582, date de l'adoption du calendrier grégorien, on n’aura qu'à ajouter le nombre de jours voulus, de 10 à 13 jours, pour obtenir la vraie chronologie. Les deux chiffres qui précèdent les noms des patriarches désignent, le premier la série des patriarches, le second la série des patriarcats. Ces deux chiffres ne concordent que dans les premiers noms. Parmi les catalogues patriarcaux, qui ont conservé les noms des dignitaires ecclésiastiques de Byzance, M. François Fischer, dont le travail fait autorité, De patriarcharum Constantinopolitanorum catalogis et de chronologia octo primorum pa­ triarcharum, publié dans les Comment, philol. lenenses, Leip­ zig, 1884. t. ni, p. 263-333, a distingué trois catégories principa­ les : a) ceux qui se contentent de donner les noms des patriarches avec les années de leur pontificat ; b) ceux qui y ajoutent quel­ ques renseignements sur la foi ou sur un fait mémorable de quelques-uns des titulaires ; c) ceux enfin qui citent les dignités occupées par ces patriarches avant leur promotion, les actions les plus éclatantes de leur vie et les noms des empereurs sous lesquels ils ont vécu. On ne connaît -qu’un catalogue de la pre­ mière catégorie ; deux de la seconde, dont un en prose et l’autre en vers, et dix de la troisième, dont neuf en prose et un en vers. De plus, M. Fischer signale une dizaine d'autres catalogues, enc id Verbreitung des Christentums, Leipzig. 1902, p. 412, on rencontre les communautés de Debeltum et d'Anchialos en Thrace, qui avaient chacune leur évêque; un peu plus tard, apparaît celle d’Héraclée. Quant aux diocèses d’Asie et de Pont, le christianisme y est constaté dès le I- siècle et il fait des progrès rapides les deux siècles suivants. Voir P. Allard. Diic leçons sur le martyre, Paris, 1906, p. 10-35 ; F. Cumont, Les inscriptions chrétiennes d'Asie-Mineure, dans les Mélanges d'histoire et ^archéologie de l'école française de Borne, Paris, t. xv (1895), p. 245-299. I î ! I La chronologie de Métrophane et de ses successeurs ne présente pas moins d’obscurité que la question des origines religieuses de Byzance. Ce n’est pas faute de documents, certes! ainsi qu’on pourra s’en convaincre en lisant le mémoire de M. Fischer, mais ces documents, tardifs pour la plupart, sont si imprécis ou si contra­ dictoires que toutes sortes d’opinions ont pu se faire jour à ce sujet. On me pardonnera de ne pas entrer dans le vif de la discussion pour m’en tenir aux résultats, que ce dernier savant a consignés dans sa brochure. Donc, d’après M. Fischer, qui a pesé longuement les témoi­ gnages des historiens, des chroniqueurs et des catalogues patriarcaux, op. cit., p. 297-329, l’épiscopat de saint Mé­ trophane s’est déroulé probablement de l’année 306 ou 307 au 4 juin 314, date de la mort de ce prélat. Ainsi tombe la fameuse controverse, qui s’est engagée jadis au sujet de la participation de cet évêque au concile de Nicée (325). Métrophane n’y a pris aucune part, ni par lui-même, ni par ses délégués, pour la bonne raison qu’il n’était déjà plus de ce monde depuis longtemps. Cette conclusion de M. Fischer vient d’être corroborée par le fait que le nom rte Métrophane ne figure pas dans la liste authentique des Pères de Nicée, qu’ont dressée tout récemment H. Gelzer et H. Hilgenfeld, Patrum nicænorum nomina, Leipzig, 1898. Quant au passage ambigu d’Eusèbe de Césarée, De vita Constantini, L III, c. vil, P. G., t. xx, col. 1061, reproduit par So­ crate, H. E., 1. I, c. vin, P. G., t. ι.χνπ, col. 61, et sur lequel on a échafaudé toute la discussion, il se rapporte à l’évêque de Rome et non à celui de Constantinople; si on l’a appliqué plus tard soit à Métrophane, soit ;; Alexandre, cela tient uniquement à une méprise de Gé­ lase de Cyzique, Mansi, Concil-, t. n, col. 805, qu’ont suivi naturellement les compilateurs sans critique d· Byzance. Théophane, P. G., t. cvm, col. 97; Photius. Bibliotheca, cod. 88, P. G., t. cm. col. 292; cod. 256 1319 CONSTANTINOPLE (ÉGLISE DE) t. Civ, col. 109; Nicétas Choniate, Panoplia dogmatica, 1. V, c. vi, P. G., t.cxxxix, col. 1367; Cedrenus, P. G., t. cxxi, col. 545; Michel Glykas, Annalium pars IV, P. G., t. CLviii, col. 505. L’Église de Constantinople commençait à refleurir avec le successeur de Metrophane, saint Alexandre, 314337, quand les controverses ariennes vinrent y jeter le trouble et la confusion. En 335. un synode y était tenu en faveur d'Arius, présage funeste de ceux qui devaient suivre. Le pieux évêque, d’une douceur et d'une longa­ nimité â toute épreuve, se révolta pourtant, quand on lui enjoignit, sous les pires menaces, d'admettre l'héré­ siarque à sa communion. On sait comment il recourut à la prière et comment la vengeance de Dieu s’exerçant sur Arius préserva l'Église de Constantinople de toute profanation (336). A la mort d’Alexandre, août 337, deux partis se trouvaient en présence pour lui donner un successeur, celui des ariens qui tenaient pour Macé­ donius, celui des catholiques qui présentaient le jeune Paul. Celui-ci l’emporta, mais ne tarda pas à être dé­ porté à Singara, en Mésopotamie (339). Il fut remplacé par le fameux prélat, arien et courtisan, Eusèbe, qui échangeait ainsi pour Constantinople la métropole de Nicomédie, l’une des plus illustres de l’Orient. C’était la seconde fois qu’Eusèbe troquait son titre épiscopal contre la capitale de l'empire, et nous voyons ainsi comment le voisinage de la cour paraissait désirable à ces prélats ambitieux et intrigants qui, pour une vaine question d’amour-propre, laissaient pénétrer dans l’Eglise le despotisme de l’État. Sur Eusèbe voir la thèse d’A. Lichtenstein, Eusebius von Nikomedien, in-8», Halle, 1903. Eusèbe ne jouit pas longtemps de cette di­ gnité; il mourut vers la fin de l'année 341, pendant que les catholiques rappelaient saint Paul et que le parti arien choisissait Macédonius. On en vint aux mains dans les rues de la capitale; la guerre civile faillit même éclater et l'empereur Constance, alors à Antioche, manda au magister militum de rétablir l’ordre en exilant le chef des catholiques. L’officier, qui s'appelait Hermogêne, s’acquitta si mal de son mandat qu’il ameuta la foule contre lui et que celle-ci, révoltée, l’enferma dans son palais, le brûla et traîna ensuite ignominieusement son cadavre jusqu’à la mer. Cet acte d’insubordination réclamait Vengeance; elle fut terrible, et l’infortuné Paul reprit la route de l’exil, pendant que son riva), nommé d’abord sans l’agrément de Constance, obtenait peu à peu sa confirmation. En 346, grâce à la protection de Constant, qui posait en tuteur de l’orthodoxie, Paul remontait une troisième fois sur son trône, d’où les ariens l’obligaient à descendre en 351, lors de l’assas­ sinat de son protecteur. Et comme les morts sont les seuls à ne plus revenir, on l'étrangla en Arménie durant son exil. Macédonius restait donc seul en possession de la chaire épiscopale, qu’il détint jusqu’au 27 janvier 360. Ce fut alors le règne de la délation et de la tyran­ nie ; le faux pasteur rendit les persécutions si cruelles qu'elles indisposèrent même contre lui son impérial complice. Enfin, au mois de janvier 360, Macédonius était déposé, mais c’était pour céder la place à un autre arien, Eudoxius, « qui savait fort bien, remarque Tillemont, Mémoires pour servir à l’histoire ecclésiastique, Paris, 1711, t. xv, p. 701, juger des sièges les plus propres à satisfaire son ambition et qui préféra celui-ci (Constantinople) à Antioche mesme, où les empereurs résidaient fort souvent en ce temps-là. » Je n'ai pas à examiner ici la personnalité fuyante et ambitieuse de ce prélat, pas plus que le rôle actif qu’il joua dans les querelles de l’arianisme. Attaché à son parti religieux, tant que son intérêt particulier l’y re­ tenait. il n'éprouvait aucun scrupule à se séparer de ses coreligionnaires, dés que le vent de la fortune soufflait ailleurs. Cette souplesse de caractère, pour ne pas dire ce manque de conscience, lui valut de traverser sans 1320 encombre les régnes les plus opposés : arien d'une cer­ taine nuance sous l'empereur Constance, chrétien effacé sous Julien l’Apostat.catholique sous Jovien, et derechef arien fanatique sous Valens. En vain, tous les partis qu'il trahissait tour à tour lui opposèrent des compéti­ teurs, il réussit à se maintenir constamment en charge et à mourir sur son siège avec la réputation d’un homme heureux. A ce caméléon ecclésiastique succéda, 370, l'évêque arien de Berrhée en Thrace. Démophile. Celuici avait la main aussi rude que l’échine d’Eudoxius. son prédécesseur, avait été souple; les catholiques s’en aperçurent bientôt. Pour protester contre ses vexations de toutes sortes, ils eurent l’imprudence d'envoyer une ambassade de soixante-douze à quatre-vingts personnes, prêtres ou laïques, à l'empereur Valens qui résidait en ce moment à Nicomédie. Le prince accueillit fort mal les négociateurs. Des marins transformés en bourreaux les jetèrent sur un vieux navire qu’ils livrèrent aux llammes, et l’épave embrasée alla s’échouer sur la côte avec les restes calcinés des confesseurs de la foi. Bar­ barie inutile, qui revint peut-être à la mémoire de Va­ lens, lorsque les Goths le brûlèrent, à son tour, dans une pauvre chaumière de Thrace! Ce trépas mérité délivrait l’empire d’un tyran imbécile et permettait aux catholiques de respirer. Ils surent profiter de cette accalmie et tournèrent les regards vers un évêque sans siège, un amant de la solitude et de la poésie, mais qui savait sacrifier son besoin de repos, dès que la cause du Christ ou de la foi était en jeu. Grégoire de Nazianze — car c’était lui — se rendit aussitôt à l’appel des or­ thodoxes byzantins, 379, et, sur-le-champ, il se mit à panser les plaies et à relever les ruines. Pendant plus de quarante ans qu'avait duré la domination arienne, les catholiques avaient été chargés d’opprobres, acca­ blés d injures et de menaces, privés de leurs biens, en­ voyés en exil; on avait souillé leurs églises du sang de leurs prêtres, violé leurs sépultures, et c'était un vrai miracle de la providence que l'orthodoxie groupât encore quelques représentants. Grégoire les réunit dans une petite maison, convertie en lieu de culte, sa chère Anastasis, qui allait voir renaître de ses cendres la foi de Nicée. Pauvre Église de la capitale, errante et vaga­ bonde pendant quarante ans, comme autrefois l’arche d'alliance dans les déserts du Sinaï, elle allait s'abriter dans les murs de l'Anastasis, la nouvelle Silo! La ré­ surrection fut pénible et entravée de mille difficultés : luttes contre les ariens, les novatiens et les hérétiques de toutes les nuances, luttes contre les faux frères et les faux amis, rien ne fut épargné à l’âme aimante de Grégoire, qui donnait sa confiance sans marchander. A peine délivré de son rival arien, Dérnophile, 26 no­ vembre 380, que l’empereur Théodose avait prié de renoncer à l'arianisme ou à son évéché, il trouva un compétiteur dans Maxime le Cynique, un Égyptien gorgé de ses faveurs et qui le payait de reconnaissance en se faisant introniser la nuit par la lie de la population. Pour le coup, l'administrateur de Constantinople voulut rejoindre ses livres et ses rêves poétiques en Cappa­ doce. On le retint une fois encore, on le lit asseoir de force sur le trône épiscopal, on lui prodigua les marques de déférence et, à la mort de saint Mélèce d'Antioche, on lui offrit la présidence du second concile œcumé­ nique, après l’avoir nommé officiellement évêque de Constantinople. Grégoire céda à cette douce contrainte, mais voyant bientôt que, en dépit des promesses faites, le concile avait donné un successeur à Mélèce afin d’éterniser le schisme d'Antioche, se sentant l'objet de vives suspicions de la part des Égyptiens et du jeune épiscopat fin de siècle qui l'entourait, perdu au milieu des intrigues qui l'enlaçaient de toutes parts, il donna définitivement sa démission, juin 381. et fut remplacé par Nectaire, préteur de Constantinople, catéchumène et « muet comme un poisson ». 1321 CONSTANTINOPLE (ÉGLISE DE) III. La nouvelle Home; création du patriarcat de Constantinople, 381-451. — De 381 à 451, dans l'espace de soixante-dix ans, Constantinople a possédé dix évêques, gens de bien pour la plupart, bien que tous ne se soient pas élevésà celte haute charge uniquement par leurs mérites personnels. Si Ton excepte Nestorius. un hérétique notoire, il est â remarquer que presque tous ont été placés sur les autels par les Grecs, qui ne se sont, du reste, jamais montrés bien difficiles en matière de canonisation. Voici quel a été l’ordre de succession : Nectaire, juin 381-27 septembre 397; Jean Chrysostome, 26 février 398-20 juin 404; Arsace, 27 juin 404-11 novembre -405; Atticus, mars 406-10 oc­ tobre 425; Sisinnius, 28 février 426-24 décembre 427; Nestorius, 10 avril 428-22 juin -431 ; Maximien, 25 oc­ tobre -431-12 avril 434; Proclus, 12 avril 434-12 juillet 446; Flavien, juillet 446-11 août 449; Anatole, décembre 449-juillet -458. On verra sans doute que, une fois mis à part les deux frères Nectaire et Arsace, qui étaient de vraies nullités, les autres prélats byzantins ont joué un certain rôle dans l’histoire de leur temps et que plu­ sieurs même ont manifesté un véritable talent. Sur Atticus, voir 1.1, col. 2220. Plusieurs de ses successeurs et son illustre prédécesseur, saint Jean Chrysostome, seront étudiés à part. Mais il faut insister sur la part considé­ rable que tous ont prise au développement de leur siège épiscopal et à l’accroissement de leur propre juridic­ tion, depuis les plus célèbres et les plus humbles jus­ qu’aux moins connus et aux plus ambitieux. C’est vrai­ ment dans ce laps de temps si restreint que les empiètements de Constantinople apparaissent au grand jour avec un esprit de suite et une ténacité remar­ quables. Et si les pontifes de Rome .ne s'en sont .pas inquiétés outre mesure, si même ils n’ont rompu la communion que pendant onze ans, 404-415, avec les évêques de la capitale orientale — et pour des motifs tout autres que ceux que nous étudions en ce moment — c’est qu’ils ont fait preuve d’une trop grande igno­ rance des affaires ecclésiastiques ou d’une condescen­ dance par trop miséricordieuse et qui devait un jour leur coûter cher. Qu’il s’agisse de saint Jean Chrysos­ tome, de saint Proclus et de saint Flavien, ou de Nec­ taire, de Nestorius et d’Atticus, tous sont également responsables de l’état de choses laissé à leurs succes­ seurs. Si la sainteté des premiers les excuse en quelque manière en éloignant de notre esprit toute idée d'am­ bition personnelle, elle ne saurait les innocenter com­ plètement devant l'histoire, qui juge les faits et non les bonnes intentions. Un rapide aperçu sur la situation ecclésiastique de l'Orient au iv· siècle et sur les agran­ dissements successifs de Constantinople en sera la meilleure comme la plus éloquente démonstration. En 325, le 6' canon de Nicée avait confirmé de son autorité souveraine les droits accordés à certaines Églises par une coutume immémoriale. Bien qu'il ne soit pas, à première vue, aisé de reconnaître les droits dont parle l’assemblée, on s’accorde à dire qu’elle a voulu conserver à Alexandrie une position exception­ nelle et lui assurer sur les évêques et les métropoli­ tains de la province civile d’Égypte des pouvoirs aussi étendus que ceux de Rome sur les divers diocèses de l'empire occidental. De même, malgré les termes plus obscurs employés par les Pères de Nicée, le 6e canon semble reconnaître et garantira l’évêque d’Antioche sur les provinces du diocèse d’Orient les mêmes droits qu’il a reconnus et garantis aux sièges de Rome et d’Alexan­ drie sur les provinces d'Occident et d’Egypte; de même encore, les éparchies d’Héraclée, d'Ephese et de Césa­ rée, visées par la remarque finale du canon, obtinrent les mêmes privilèges et exercèrent les mêmes droits sur les diocèses de Thrace, d’Asie et du Pont. C'est du moins ainsi que l'antiquité chrétienne comprit la portée du canon nicéen et le 11e concile œcuménique (381) lè 1322 reproduisit dans son 2e canon avec des explications qui dissipent toute équivoque : « D’après les’canons, dit ce concile, l’évêque d’Alexandrie ne doit s’occuper que des affaires d’Égypte, les évêques d’Orient (d’Antioche) ne doivent gouverner que le diocèse d’Orient, car les pré­ rogatives reconnues à l’Eglise d’Antioche dans les ca­ nons de Nicée sont maintenues; les évêques du diocèse d’Asie (d'Éphèse) ne doivent veiller qu’à ce qui con­ cerne I Asiejceux du Pont àce qui concerne·le Pontet ceux de Thrace à ce qui concerne la Thrace. » La ques­ tion a donc fait un grand pas; par le fait de ces deux canons, les circonscriptions patriarcales existaient déjà au IV' siècle, sans que le terme fût encore en usage. Il ne s’agit pas, bien entendu, des cinq grands patriarcats de Rome, Constantinople, Alexandrie, Antioche et Jéru­ salem, tels qu'ils furent reconnus et délimités par le concile de Chalcédoine (451); au iv’siècle, malgré un titre honorifique que lui avait concédé le 7’ canon de Nicée, Jérusalem est un simple évêché soumis à la ju­ ridiction de Césarée maritime, sa métropole, et Con­ stantinople cherche encore à secouer la tutelle d’IJéraclée de Thrace. Elle y réussit en partie, â ce même concile de 381, grâce au 3« canon, que nous allons examiner. Le 3” canon de Constantinople est ainsi conçu : « L’évêque de Constantinople doit avoir la prééminence d’honneur après l’évêque de Rome, car celte ville est la nouvelle Rome. » Des canonistes grecs ont voulu prou­ ver, par ce canon, que l’évêque de Constantinople avait été proclamé l’égal, sous tous les rapports, de l’évêque de Rome, et ils soutiennent, pour y parvenir, que la préposition après n’indique ici que la postériorité du temps; mais déjà, au moyen âge, les commentateurs byzantins reconnaissaient que cette explication n’est pas fondée,et l'empereur Justinien l’avait déclaré formelle­ ment dans sa Novelle 131 : Item sancimus, secundum eorum (Nicée et Constantinople) de/iniliones, sanctissi­ mum veleris Romæ papam primum esse omnium sa­ cerdotum, beatissimum vero archiepiscopum Constantinopolis, novæ Romæ, post sanctissimam apostolicam sedem veteris Romæ secundum locum habere, reliquis vero.omnibus.præferri. Corpus juris civilis, édit. G. Beck, 1837, Leipzig, t. il b, p. 271, S'il n’y a pas de doute à ce sujet, on ne saurait pourtant trop protester contre la teneur de ce canon, qui prétend régler le rang ecclésiastique d’un évêché d’après le rang de celte ville dans l’ordre civil. Nous verrons tout à l’heure les graves abus qui en sont sortis après le concile de Chalcé­ doine. En dehors de ce titre honorifique et de celte pré­ séance, dont les évêques de Byzance devaient bientôt tirer un parti admirable, il paraîtrait que cette préémiminence ad honorem était accompagnée d'une juridic­ tion plus étendue. Socrate, du moins, interprète ainsi ce canon et le précédent, lorsqu'il dit que Constanti­ nople exerça dès lors son autorité sur la Thrace. H.E., 1. V, c. vin, P. G., t. lxvii, col. 580. Ce qui suit, il est vrai, semblerait indiquer que cet historien ne se ren­ dait pas bien compte de la situation, car il ajoute que llelladius de Césarée, Grégoire de Nysse et Otreius de Mélitène en Arménie se partagèrent la juridiction sur le Pont, pendant qu’Amphiloque d’iconium gouvernait l’Asie, de concert avec Optimus d’Antioche de Pisidie. 11 n’y a donc pas à faire état de paroles aussi vagues et aussi contradictoires qui, prises à la lettre, excluraient Éphèse du gouvernement de l’Asie. De même, le pas­ sage de Théodoret, auquel on se réfère pour attribuer à Constantinople le gouvernement de la Thrace, n’avance rien de semblable,puisqu'il se contente de parler delà division en diocèses, mais sans rien préciser. Epist., lxxxvi, ad Flavianum, P. G., t. lxxxiii, col. 1280. S’il est impossible de s’autoriser d’un texte juridique pour avancer que le 3' canon de Constantinople a 1323 CONSTANTINOPLE (ÉGLISE DE) confié à celte ville la juridiction sur le diocèse de Thrace, il n'en est pas moins vrai que, en fait, elle Ta exercée à partir de ce moment-là, et non seulement sur la Thrace, mais encore sur les diocèses du Pont et d'Asie. Théodore! a donc bien raison, lui qui attribue à saint Jean Chrysostome l’administration supérieure des six provinces de Thrace, des onze provinces d'Asie et des onze provinces du Pont. H. E., 1. V, c. xxvin, P. G., t. lxxxii, col. 1257. Laissant de coté le diocèse de Thrace, dont Constantinople était devenu le chef-lieu au point de vue civil, ce qui pourrait justifier jusqu’à un certain point ses empiètements, occupons-nous des dio­ cèses du Pont et d'Asie. Dès l’année 383, saint Grégoire de Nazianze, qui n’éprouvait pas pour son successeur une sympathie exagérée, trouvait bon que Nectaire ju­ geât l'affaire d’un évêque de Cappadoce, alors qu'il s'élevait en même temps contre la justice civile, qui en voulait prendre connaissance. Tillemont, op. cit.,t. xv, p. 703. C’est également à Nectaire que recourait saint Ambroise, pour obtenir la déposition de Géronce, un clerc milanais, qui avait abandonné son église et s’était fait sacrer métropolitain de Nicomédie. Les efforts de Nectaire n’eurent d’ailleurs aucun succès, et il était réservé à saint Jean Chrysostome de terminer cette affaire, qui ne le regardait pas et qui lui attira bien des désagréments. Sozomène, Il. E., I. VIII, c. VI, P. G-, t. I.XMI, col. 1529. Le même Chrysostome avait ordonné Alexandre, évêque de Basilinopolis en Bithynie, et chargé l’évêque de Nicée d'opérer diverses réformes dans cette église, Synesius, Epist., i.xvi, ad Theophilum, P. G., t. lxvi, col. 1108, -Mansi, t. vu, col. 305, deux choses réservées au métropolitain de Nicomédie. Il avait également déposé plusieurs évêques de Bithynie el de Phrygie, provinces du Pont, durant le voyage triomphal qu'il fit en Asie, en 401. Tillemont, op. cil., t. xi, p. 164-170. Dans l'affaire de Théodose et d’Agapit de Synnades, Atticus agit moins en conseiller qu'en supérieur et en maître. Socrate, H. E., 1. VII, c. ni, P. G., t. lxvii,coI. 744. Saint Proclus fut consulté pour la nomination et l’ordination de l’évêque de Césarée el il choisit à cet effet Thalassius, le préfet d'Illyrie. Socrate, H. E., 1. VII, c. xtvin, P. G., t. i.xvn, col,810. Au concile de Chalcédoine, bon nombre d’évêques avouèrent qu’eux et leurs prédécesseurs avaient reçu l'ordination des mains de l’évêque- byzantin; il y avait parmi eux les représentants des Églises d’Ancyre, d’Amasée, de Gangres en Paphlagonie, de Synnades en Phrygie, etc., tous métropolitains. Mansi, t. vu, col. -448452; voir aussi col. 313. Si du Pont nous passons à l’Asie, nous y rencontrons, de la paî t de Constantinople, les mêmes usurpations de pouvoir, motivées ou non, peu importe, car nous ne discutons pas ici la moralité de l’acle. Ainsi. Chry­ sostome délégua plusieurs évêques à Éphèse, afin d'exa­ miner si l’évêque de cette ville, Antonin, s’était oui ou non rendu coupable de simonie, comme on Ten accu­ sait. Et comme le prélat incriminé eut la maladresse de mourir pendant l’instruction du procès, Chrysos­ tome accourut aussitôt sur les lieux, réunit un grand concile qui ne comptait pas moins de 70 évêques, venus d’Asie, de Lydie, de Carie et de Phrygie, et réussit à faire accepter comme successeur d’Antonin, son diacre favori, Heraclide, de préférence aux deux candidats des Épie s:· ns. Tillemont, op. cil., t. xi,p. 158-167. Ensuite, il déposa six évêques d’Asie comme simoniaques, avec quelques-uns de leurs confrères de Bithynie, de Lycie et de Phrygie, si bien que le nombre total des prélats déposés se serait élevé au chiffre treize, d'après Sozomêne. H. E., 1. VIII, c. vi, P. G., t. i.xvii, col. 1529. D'autres évêques encore adressèrent des requêtes au conciliabule du Chêne et se plaignirent d'avoir été in­ justement déposés par lui. Tillemont. op. cit., t. XI, p. 167-170. Une vc-îe s: bien ouverte par un si grand 1324 saint devait être suivie par ses successeurs. Atticus, qui avait nommé Sylvain à l’évêché de Philippopolis en Thrace, le transférait ensuite à Troas dans l'Heliespont. Socrate, fl. E., 1. VII, c. xxxvn, P. G., t. lxvu, col. 821. Sisinnius, son successeur, choisissait Proclus comme métropolitain de Cyzique, mais les habitants ne voulurent pas l’accepter et désignèrent eux-mêmes leur premier pasleur. Socrate, H.E., 1. VII, c. xxvni,itrid., col. 801. En agissant ainsi, Sisinnius s’autorisait,paraitil, d’un décret de Théodose II, qui défendait de sacrer un seul évêque sans le consentement du titulaire de Constantinople. Mais, soit que ce privilège, accordé â Atticus, lui fût personnel, soit qu’il ne comportât pas toute l'extension qu'on voulait bien lui accorder, il y eut toujours des protestations plus ou moins vives contre son exécution. Socrate, loc. cit. Ce même Pro­ clus, monté ensuite sur le siège de Constantinople, ordonnait Basile, l’évêque d’Éphèse, Mansi, t. vu, col. 293, comme il approuva et appuya son successeur Bassien, une sorte d’intrus, Mansi, t. vu, col. 288, et comme on avait approuvé et consacré avant lui Mem­ non, un autre titulaire d’Éphèse. Mansi, t. vn, col. 293. Au concile de Chalcédoine, plusieurs évêques d'Aphrodisias en Carie, Romain de Myre en Lycie, sont cités comme ayant reçu l’ordination de Constantinople. Mansi, t. vn, col. 448, 449. La mainmise de Constanti­ nople sur le diocèse d'Asie est donc visible. Assuré­ ment, cela n'alla pas sans quelque secousse et sans quelque proteslation, et l’on peut croire avec M. Gelzer, Pergamon unter Byzanliniem und Osmanen, in-4», Berlin, 1903, p. 8-16, que si, au concile d’Ephèse (431), Memnon se rangea avec saint Cyrille parmi les défen­ seurs de la foi contre l'évêque hérétique de Byzance, tandis qu'au brigandage d’Ephèse (449),tout l’épiscopat d'Asie suivait le pape hétérodoxe d’Alexandrie dans sa lutte contre l'évêque catholique de Byzance, la question d'autonomie, de juridiction et de préséance y avait une aussi grande part que l'intégrité du dogme. Non contente d’absorber à son profit l'autorité dévo­ lue aux trois exarques d'Héraclée, d’Éphèse et de Césa­ rée, Byzance tenta, vers la même époque, une incursion sur le territoire du pontife de Rome. Le 14 juillet 421 paraissait une loi de Théodose II, qui rattachait les provinces de l lllyricurn, jusque-là soumises au pape, à la juridiction de l’évêque de Constantinople. Cod. just., i, 2, 6; cod. Theod., xvi, 2, 45. Le pape saint Boniface ne consentit pas à ce dépouillement qu’on voulait lui imposer, et ses protestations furent si énergiques que la loi thëodosienne ne reçut pas d'application. Du moins, il n'y en a pas trace durable dans l'histoire, ainsi que Ta fort bien montré M. Duchesne, Autonomies ecclésiastiques, Églises séparées, in-12, Paris, 1896, p. 229-279. Voir Bulgarie, t. il, col. 1176. La partie, d'ailleurs, n’était que remise. Ainsi donc, sans grands efforts, Byzance était parve­ nue, en moins d’un siècle, à s’annexer trois immenses diocèses, qui comprenaient plus delà moitié de l'empire oriental; elle avait essayé ses forces contre Rome, mais s’était repliée vivement pour ne pas avouer sa défaite. En même temps qu’elle s’élevait à la hauteur d'un immense patriarcat par l’absorption des trois exarchats voisins, elle s'ingéniait à ruiner ou à allaiblir par tous les moyens l'autorité de ses deux rivales en Orient, les Églises d’Alexandrie et d'Antioche. « Entre les deux primats de Constantinople et d’Alexandrie, il s'agissait de savoir lequel des deux com­ manderait au nouveau corps ecclésiastique de l’empire oriental. Entre ces deux puissances, le conflit était iné­ vitable. A chaque vacance du siège de Constantinople, le patriarche égyptien avait son candidat. Si Grégoire de Nazianze avait été installé sur ce trône, si Nectaire le fut après lui, ce fut malgré le patriarche alexandrin Timothée, qui avait un autre candidat et le voulait im­ 1325 CONSTANTINOPLE (ÉGLISE DE) poser. Quand l’élu déplaisait à Alexandrie, la première occasion amenait une tragédie. Par trois fois, en moins d'un demi-siècle, l’Église grecque eut le spectacle d’un évêque de Constantinople déposé par un évêque d'Alexandrie : Chrysostome. en 403; Nestorius, en 431; Flavien, en 449. Et ce n’étaient pas des dépositions théoriques; ces trois prélats furent réellement dépossé­ dés de leurs sièges, et même exilés. Que dis-je ? tous en moururent. Je sais bien que, sur le point de droit, il y a des différences à faire entre ces trois cas; que la dépo­ sition de Nestorius fut ratifiée, au concile d'Êphèse. par les légats du pape... Mais, dans les trois cas, l’épiscopat d’Orient accepta ou subit la sentence alexandrine; par son silence au moins, il se rallia au Pharaon vainqueur. Que fût-il arrivé si cette série de succès se fut prolon­ gée encore?... En fait, son troisième triomphe fut le dernier. Au concile de Chalcédoine (451), on vit Dioscore, patriarche d’Alexandrie, assis au banc des accusés, et l’on entendit le légat romain prononcer cette grave sentence : « Le très saint et bienheureux archevêque de la grande et vieille Rome, Léon, par nous et par le saint synode ici présent... a dépouillé Dioscore de la dignité épiscopale et lui a interdit toiil ministère sacer­ dotal. » L. Duchesne, Autonomies ecclésiastiques, Églises séparées, p. 189-193, passim. Avec Antioche la victoire de Constantinople est relati­ vement facile. Elle se trouve en présence de prélats timorés, affaiblis par un schisme local de quatre-vingts ans, compromis aux yeux de la chrétienté par leurs complaisances envers Nestorius et trop éloignés de la cour impériale pour lui disputer le premier rang. Constantinople entretient à plaisir le schisme d’Antioche, en donnant un successeur à Mélêce au concile de 381. Elle juge, près de Chalcédoine, en 394, en présence des évêques d’Alexandrie et d’Antioche, la cause de Badagios et d’Agapios, qui se disputaient le siège métropo­ litain de Bostra d’Arabie, dépendant d’Antioche. Elle empiète sur les droits de cette ville dans l’affaire d'Ibas d'Êdesse,en levant la sentence de déposition prononcée contre ses accusateurs par un concile réuni à Antioche et en citant Ibas au tribunal de trois évêques orientaux, en Phénicie, une province antiochienne. Tillemont, op. cit., t. xv, p. 465-477, 529, 579. Elle s’efforce de divi­ ser la Phénicie en deux provinces, sans même consulter le métropolitain de Tyr et le patriarche d'Antioche, et excommunie ensuite l’évêque de Tyr, absent, qui s’op­ posait à cette délimitation. Tillemont, op. cit., t. xv, p. 672-677. Elle consacre Maxime, évêque d’Antioche, contre toutes les prescriptions des anciens conciles, Tillemont, op. cit., t. xv, p. 587, 623, 642, et soutient de tout son pouvoir l’évêque de Jérusalem, Juvénal, dans sa lutte contre Antioche, lutte qui aboutit pour celle-ci à la perte des trois provinces de Palestine et à la créa­ tion du nouveau patriarcat de Jérusalem. S. Vailhé, L’érection du patriarcat de Jérusalem, dans la Revue de l'Orient chrétien, 1899, t. iv, p. 44-57. Toutes ces usurpations, accumulées en si peu de temps, relèguent Antioche au dernier rang et la livrent sans défense aux mains de sa rivale, au moment ou vont commencer les controverses monophysites. En exposant les agrandissements continus et presque toujours injustes de l’Église de Constantinople, nous nous sommes borné jusqu’ici à la question de fait. Le temps qui légitime tout, même les injustices les plus criantes, aurait fini sans doute par faire reconnaître cet état de choses de la part de l’Église de Rome comme de celles d’Orient ; mais Constantinople ne l’entendait pas ainsi. Elle ne voulait pas laisser derrière elle une porte ouverte aux réclamations. C’est pourquoi, elle s’ingénia au concile de Chalcédoine (451), à obtenir des évêques réunis, avec la confirmation de ce qui s’était fait, la collation de nouveaux privilèges. Le 28e canon de Chalc-doine fut l’heureux couronnement de ses efforts. 132G Celui-ci portait sur trois points principaux : il promul­ guait de nouveau le 3e canon de Constantinople, qui affirmait la préséance honorifique de l’évêque de cette ville; il accordait à Constantinople la juridiction effec­ tive sur les trois diocèses de Thrace, d’Asie et du Pont, en lui conférant le droit d’en ordonner les métropoli­ tains; il l’autorisait enfin à ordonner les évêques des pays barbares soumis à ces mêmes départements. Et Constantinople obtenait tous ces avantages, disait expli­ citement le concile, parce qu’elle était la capitale de l’empire, résidence habituelle du basileus et du sénat, tout comme la vieille Rome. Mauvaise raison s’il en fût, car, ainsi que le faisait remarquer le pape saint Léon, il y a une différence entre l’ordre temporel et l’ordre ecclésiastique, et le rang élevé d’une Église n’a pour cause que son origine apostolique, c'est-à-dire sa fon­ dation par les apôtres. En poussant à bout les consé­ quences renfermées dans ce faux principe, il fallait de toute nécessité reconnaître plus tard le premier rang à l’Église byzantine, une fois que Rome, tombée au pou­ voir des barbares, n’aurait plus l'honneur d'abriter dans ses murs le sénat et les empereurs. Porté en l’absence des légats du pape et des officiers impériaux, qui ne voulurent prendre aucune part à cette délibération, le 28· canon de Chalcédoine n'en fut pas moins ratifié par la presque unanimité de l'épisco­ pat oriental. Les quelques protestations isolées, qui s’étaient élevées lors d’une première lecture, fondirent le lendemain comme neige au soleil devant la volonté manifeste de la cour d’honorer ainsi l’évêque de la ca­ pitale; les objurgations des légats pontificaux se per­ dirent dans la foule des approbations enthousiastes et leur protestation eut beau figurer au procès-verbal, elle ne réussit pas à faire revenir le concile sur sa décision. Restait à obtenir l’approbation du pape. Le concile, Anatole, l’empereur Marcien, sa femme Pulchérie, l’apocrisiaire du pape lui-même s’y employèrent vaine­ ment; tous leurs efforts et toutes leurs raisons se bri­ sèrent contre la sage obstination du souverain pontife. Saint Léon ne voulut rien entendre ; il approuva pleine­ ment tout ce qui avait été fait pour la foi et cassa tout ce qu’on avait tenté contre la discipline. Et pour une fois au moins, il semble bien que les résistances de Rome eurent raison et de l’ambition d’Anatole et des empiètements du pouvoir civil. Voir col. 658 661. Sur le 28· canon de Chalcédoine et la correspondance engagée à ce sujet entre Rome et Constantinople, voir Tillemont, op. cit., t. xv, p. 706-731 ; Hergenrother, Photius, t. i p. 70-89; Hefele, Histoire des conciles, trad Leclercq, t. n, p. 839-844; R. Souarn, Rome et le 28‘ canon de Chalcédoine, dans le Cessai tone, 1896, t. I, p. 875-885; t. n, p. 215-224. IV. Extension du patriarcat de Constantinople; LA σύνοδος ενδημούσα. — Théodoret attribue, avons-nous dit, à saint Jean Chrysostome l'administration supé­ rieure des six provinces de Thrace, des onze provinces d’Asie et des onze provinces du Pont. H. E., 1. V, c. xxviii, P. G., t. Lxxxii, col. 1257. Il faut entendre par là les 28 provinces civiles dont se composaient ces trois diocèses. Nous les retrouvons au complet dans le relevé officiel qu’en a fait la Notitia dignitatum. Ce document, émané de la chancellerie impériale et rédigé vers l'année 400, contemporain, par conséquent, de saint Jean Chrysostome, compte dans le diocèse de Thrace six provinces : Europe, Rhodope, Thrace, Hémi­ mont, Mysie, Scythie; dans le diocèse de Pont onze provinces : Bithynie, llonoriade, Paphlagonie, Galatie, Galatie salutaire, Cappadoce 1», Cappadoce Π», Hellénopont, Pont polémoniaque, Arménie I· et Arménie 11*; dans le diocèse d’Asie onze provinces : [Asie,] Helles­ pont, Phrygie pacatienne, Lydie, Pisidie, Lycaonie. Phrygie salutaire, Pamphylie, Lycie, Carie, les Iles ou les Cyclades. Notitia dignitatum, édit. Bœking, Bonn, 1839, fasc. 1", p. 10. Nous retrouvons encore ces 28 1327 CONSTANTINOPLE (EGLISE DE) provinces, bien que dans un ordre différent, au début du régne de Justinien, vers l'année 535, dans le Hie­ roclis Synecdemus, édit. Burckhardt, Leipzig, 1893; ce qui prouve que, depuis les premieres années du V· siècle, les divisions administratives de l’empire by­ zantin ne s'étaient presque pas modifiées. 11 est pro­ bable que cet ordre se maintint encore, au moins d'une manière générale, jusqu’à l'invasion arabe et à la conquête d’une bonne partie de l’empire par les enfants du désert. La Descriptio orbis romani de Georges de Chypre, que nous n’avons plus dans son texte original, mais seulement dans une adaptation du IXe siècle, faite par le clerc arménien Basile, nous en fournit une der­ nière preuve. Or, ce document, ainsi que l’a démontré son dernier éditeur. M. Gelzer, Georgii Cyprii descriptio orbis romani, Leipzig, 1890, p. xm-xvi, remonte aux premières années de l'empereur Phocas, 602-610, mais nous a conservé l'état de l’empire byzantin sous Mau­ rice, 582-602. La seule remarque à faire, c’est que les grandes divisions en diocèses sont tombées peu à peu en désuétude, que les provinces ou éparchies qui les composaient autrefois ont changé de temps en temps de nom et que toutes n'étaient pas absolument sur le même pied et n’avaient pas à leur tète des fonctionnaires d'un même rang. S’il y avait eu toujours dans l’empire byzantin corré­ lation absolue entre la province civile et la province ecclésiastique, il s’ensuivrait que nous aurions du même coup dans ces trois documents le tableau exact de la hiérarchie ecclésiastique; mais il n’en est pas ainsi. Bien que, d’une façon habituelle, la métropole civile fut également la métropole ecclésiastique, l'évêque de cette métropole ne commandait pas nécessairement à tous les évêques de sa province. Bans la Bithynie, par exemple, dont Nicomédie était la métropole civile et eeeiésiaslique, l’évêque de Nicée réussit à faire ériger son siège en métropole, sans doute à cause du premier concile œcuménique; bien plus, il s’annexa quelques évêchés voisins et avec eux constitua une autre province ecclésiastique, au détriment de Nicomédie. Le concile de Chalcédoine eut beau lui enjoindre de restituer le bien mal acquis, Nicée n’en resta pas moins, à partir de 451, à la tète d’une seconde province de Bithynie. Dans la même province, après le IV« concile œcuménique, Chalcédoine fut affranchie de la tutelle de Nicomédie et constituée en métropole indépendante, sans suffra­ gant il est vrai, mais relevant directement de Constan­ tinople. Dans d'autres provinces, le même exemple fut suivi et si peu de villes réussirent, comme Nicée, à se faire nommer métropoles d’une province ecclésiastique, ou comme Chalcédoine. métropoles indépendantes, un bon nombre obtint le rang d’archevêché autocéphale, qui les soustrayait à la juridiction de la métropole et les plaçait sous l'autorité immédiate du patriarche. C’était, en somme, bien qu’à un moindre degré, la situation de Chalcédoine et un acheminement direct au litre de métropole. Il serait malaisé de déterminer à quel moment ces sortes de changements se sont pro­ duits, mais, dès le règne d’Iléraclius, 610-641, nous en trouvons l’attestation formelle, puisque nous avons alors 34 archevêchés autocéphales enlevés à la juridiction des métropolitains et soumis à celle du patriarche. H. Gelzer, Vngedruckte und ungenûgend verôffentlichte Texte der Nolitiæ episcopatuum, dans les Abhandl. der K. bayer. Akademie der Wissenschaften, ΙΓ· classe, ni’ section, Munich, 1900, p. 535. C'est à partir de Nectaire, 38I-397, que fonctionna à Constantinople le synode dit permanent ou σύνοδος εν­ δημούσα- t concile d'un genre tout particulier devait son existence a un lait des plus étranges. De bonne heure, les pr. lats d Orient s'étaient habitués à venir en­ tretenir la cour des affaires de leurs diocèses. Querelles dogmatiques ou querelles personnelles avec leurs parois­ 1328 siens, leurs prêtres ou leurs métropolitains, ils sou­ mettaient tout à l'empereur. Souvent même, il ne s’agis­ sait que d’obtenir des honneurs et des dignités pour eux, pour leurs familles ou pour leurs créatures. Ces séjours devenaient si nombreux et si fréquents que, parfois, on compta jusqu’à soixante évêques dans la ca­ pitale et qu’on fut contraint, à la longue, de leur impo­ ser à tous un certain temps de résidence. L’empereur, qui ne pouvait naturellement traiter toutes les affaires ecclésiastiques, se-déchargeait de ce soin sur l’évêque de sa capitale, et celui-ci devenait ainsi l’arbitre obligé entre la cour et l’épiscopat de l’empire. D’ordinaire, il tenait un synode avec les évêques qui séjournaient de­ puis plus longtemps à Constantinople, et, avec eux, il examinait et solutionnait les affaires que lui avait con­ fiées l’empereur. Il se forma ainsi une sorte de tribunal ecclésiastique permanent, que l’on nomma σύνοδος ένδημοϋσα, c’est-à-dire le concile des évêques résidant à Constantinople. C’était l’évêque de Byzance qui, en sa qualité d'ordinaire du lieu, en avait la présidence et se trouvait amené, par les circonstances mêmes, à tran­ cher les différends entre les métropolitains des provinces et les exarques, ses supérieurs en temps ordinaire. Si­ tuation privilégiée qu’imposait pour ainsi dire la force même des choses et qui soumettait en dernier ressort les grands hiérarques d’Orient au tribunal de l’évêque byzantin, quitte pour les plaignants à en appeler à Rome, si la sentence de l'arbitre leur paraissait trop arbitraire. Il serait assez difficile de préciser à quel moment et pour quelle affaire commença à fonctionner ce tribunal. En quelques pages d’une psychologie profonde et d’une ironie mordante, Mor Duchesne, Eglises séparées, p. 170'177, en a vu les origines dans cet épiscopat de cour qui, au iv« siècle, lit de la .maison impériale le centre attrac­ tif de l’Eglise. Il a montré comment les groupements naturels des Églises d’Asie, d’Orient et d’Égypte, s’étaient effacés, dès qu'il y eut « une cour, chrétienne et un évêque de la cour. À celui-ci, dit-il, était naturellement dévolu le rôle de conseiller, de conlident religieux des princes et princesses. Son inlluence prit peu à peu le dessus sur toutes celles du monde ecclésiastique orien­ tal. Déjà sous Licinius et Constantin, l’évêque de Nico­ médie, Eusèbe, était plus puissant que son collègue d’Antioche. Celui-ci reprit l’avantage au temps de Con­ stance, précisément parce que la cour se transporta à Antioche. Mais une fois que l’empire se fut installé définitivement à Constantinople, Antioche ne tarda pas à s’éclipser. Au IV' siècle, l’évêque de la cour, qu’il rési­ dât à Nicomédie, à Constantinople ou à Antioche, fut toujours le centre et l’organe de la résistance au sym­ bole de Nicée et de l’opposition à saint Athanase. Une sorte de concile permanent, tantôt plus, tantôt moins nombreux, est constamment assemblé à portée du pa­ lais impérial. Si le souverain croit utile de le mettre en rapports directs avec les évêques occidentaux, comme il le fit, en 343, pour le grand concile de Sardique, il l’expédie en bloc au lieu de la réunion, dans un long convoi de voitures postales, sous la protection d’un offi­ cier général. L’empereur se déplace-t-il lui-même? Son épiscopat s’ébranle avec lui ; on le voit s’assembler fort loin de l'Orient, à Sirmium, à Milan, à Arles. Il est dif­ ficile d'imaginer un corps épiscopal mieux organisé, plus transportable, plus aisé à conduire ». Dès que la résidence de la cour devint plus stable, k lieu de réunion de la σύνοδος ένδημοΰσα fut aussi mieux précisé. Et ceci accrut d’autant l’autorité de l’évêque de Byzance. Car les déplacements continuels de l’empereur et de son. conseil n'avaient pu qu’affaiblir et diminuer son rôle en mettant mieux en relief la personnalité d’éminents confrères. Du reste, il importe de noter que ce rôle d'arbitre et de conseiller dévolu par tradition à l'évêque de la cour impériale n'avait rien de fixe et de 1329 CONSTANTINOPLE (ÉGLISE DE) déterminé. Les pouvoirs qu'il tenait de la coutume, il les exerçait avec plus ou moins d’ampleur suivant la valeur personnelle qu'on lui reconnaissait. Ce fut là pré­ cisément le mérite de Byzance d'avoir à sa tête, de 38l à 451, des chefs ecclésiastiques rompus aux alfa ires comme Nectaire ou doués d’une intelligence et d’une volonté peu communes, comme Jean Chrysostome, Atti­ cus, Nestorius, Proclus et Flavien, et qui surent tous poursuivre un but identique : l'élévation de leur chaire au-dessus de toutes les autres. Mais ce que la coutume avait établi, une autre cou­ tume aurait pu le défaire; il importait donc que l’auto­ rité de l’évêque de Byzance s’exerçât sans conteste sur tous les évêques et les métropolitains d’un ressort ecclé­ siastique déterminé et qu’elle pût, en certains cas, se faire même sentir aux autres Églises autonomes d'Orient. Ce but fut atteint au concile de Chalcédoine, qui con­ sacra les elforts de sa politique en faisant des trois exar­ chats de Thrace, d’Asie et de Pont, le seul patriarcat de Constantinople, et en réservant à l’évêque de la capitale le droit de résoudre, en cas d'appel, toutes les causes portées à son tribunal par le clergé des patriarcats de Jérusalem, d’Antioche et d’Alexandrie, comme de l’Église de Chypre. Deux canons spéciaux, le 9« et le 17e, préci­ sèrent mieux l'étendue des pouvoirs de la σύνοδος ενδη­ μούσα et lirent de l’évêque de Byzance l’arbitre souve­ rain des causes ecclésiastiques en Orient : « Si l’évêque ou un clerc, dit le 9e canon, a un procès avec le métro­ politain de la province, il doit porter son affaire ou bien devant l’exarque du diocèse, ou bien devant le siège de Constantinople. > Et le 17e canon est conçu de façon à peu près analogue, car, dans une dispute entre évêques d’une même province, il les renvoie ou devant l’exarque ou devant l'évêque de Constantinople. Le concile per­ manent, qui ne s'était établi que par la coutume, jouis­ sait désormais des droits et des prérogatives d'un tribu­ nal suprême, solennellement reconnu par le concile œcuménique. Ainsi la puissance de Constantinople grandissait sans cesse; elle détenait le second rang dans l’Église universelle, le premier en Orient, et toutes les autres Eglises orientales étaient forcées bon gré mal gré, en cas d'appel, de passer par son tribunal. Car le 9e ca­ non fut inséré dans la loi civile et eut dorénavant la même aulorité que toute autre loi impériale. Voir col. 640-641. V. Le schisme d’Acacé et la formation du patriar­ cat œcuménique, 451-610. — Les décrets dogmatiques de Chalcédoine une fois promulgués, il restait à les appliquer. Cela ne souffrit pas grande difficulté dans les provinces immédiates du patriarcat byzantin, où la force armée pouvait rapidement mettre à la raison la turbulence des moines et l’insolence des évêques; mais il n'en alla pas de même dans les trois patriarcats d'Orient. A Jérusalem, les moines, qui n'avaient pas comme Juvénal un titre de patriarche en perspective, ne purent se résoudre à désavouer le lendemain ce qu’ils avaient reconnu la veille; ils demeurèrent donc fidèles à ce qu’ils croyaient être la doctrine de saint Cyrille et installèrent, à la place du pasteur légitime, un des leurs, le remuant Théodose. L’intrusion de ce dernier dura une vingtaine de mois et, bien que son monophysisme fût assez mitigé, son gouvernement d’une dureté extrême ne laissa pas que de faire quelques martyrs. La fermeté de l’empereur Marcien finit par rétablir l’ordre, avec le patriarche légitime, et, malgré certaines perturbations causées par la présence de nombreux religieux, cette province continua à jouir d’une tranquillité relative jusque dans les premières années du vi* siècle. Dans la Syrie et en Égypte, il en fut tout autrement. En Syrie, la pacification se fit surtout sentir dès le commencement, mais du jour où Pierre le Foulon, le brouillon acéméte, eut conquis sur le gouverneur de la province, le futur empereur Zénon, une influence presque sans limites, c’en fut fait du repos de ce patriarcal. Les patriarches 1330 monophysites ou catholiques occupaient tour à tour la chaire d’Antioche, s’anathématisaient et se renversaient mutuellement. Les catholiques même ne réussirent à garder le pouvoir que grâce à la protection, d'abord dé­ guisée, puis franchement ouverte de l'évêque byzantin et de la cour impériale. Voir Antioche, t. i, col. 1405 sq. Si le maintien de la doctrine prétendue cyrillienne cau­ sait de pareils troubles dans un pays, qui n'avait jamais professé un grand culte pour le pharaon d’Égypte, on devine ce qu’il devait en être dans cette dernière pro­ vince, qui avait voué à sa mémoire une vénération tou­ chant à l'idolâtrie. Là, les prescriptions dogmatiques de Chalcédoine demeurèrent lettre morte. L’hérétique Dioscore ne reçut pas de successeur et, à sa mort, 454, l’orthodoxe Protérios trouva tout de suite un compéti­ teur dangereux dans la personne de Timothée Élure, qui joignait à une énergie remarquable la souplesse fé­ line de l’animal dont il portait le surnom. Vainement les empereurs s’employèrent-ils à ramener l’orthodoxie et à imposer des patriarches de leur choix, les Égyptiens s’y refusèrent obstinément. Protérios fut égorgé et son cadavre outragé, Solophakialos voyait toujours en face de lui Timothée Élure, et Jean Talaïa ne réussit pas à chasser son rival Pierre Monge. Ces troubles et ces révoltes continuelles dans les pro­ vinces orientales de l’empire servaient admirablement l’Église de Constantinople. Pendant que les Églises de Syrie et d’Egypte se ruinaient et s’entre-déchiraient, elle, forte de la protection de l’État, prospérait sans re­ lâche, interposait sa médiation et finalement imposait ses candidats. Quel prestige, en effet, pouvait entourer un patriarche d’Alexandrie, brouillé avec les monophy­ sites et qui aurait refusé de courber la tête sous la main protectrice de l’évêque byzantin? Aucun absolu­ ment. Les neuf dixièmes de ses fidèles lui déniaient toute obéissance, et le maigre troupeau qui s’inclinait sous sa houlette n’évitait les attaques ou la mort qu'à l’ombre du drapeau impérial et sous l’égide du pa­ triarche de la cour. Même situation en Syrie, et peutêtre situation pire. Pour arriver au trône patriarcal d’Antioche et pour s’y maintenir, les candidats catho­ liques passaient sous les fourches caudines de l’approba­ tion que décernait l’évêque de Byzance, parfois même, comme Étienne 111 et Calandion, ils recevaient Fonction de ses propres mains. Et quand les papes adressaient des plaintes un peu vives sur cette violation des canons, Acace et son ami Zénon trouvaient toujours des raisons ingénieuses pour innocenter leur initiative, qui ne sau­ rait créer de précédent. Le pape acceptait leurs excuses, et la même intrusion se renouvelait infailliblement à la première vacance du siège. Dépendance absolue des trois patriarcats orientaux vis-à-vis de Constantinople, voilà donc le bilan des années 451 à 484. Une seule exception, qui n’eut pas de lendemain, se présenta à l’avènement de l’empereur Basilisque. Cet usurpateur avait rappelé de l’exil les évêques bannis pour cause de monophysisme et con­ damné le concile de Chalcédoine; aussitôt Timothée Élure, le patriarche égyptien, jusque-là prisonnier à Gangres, se rendit à Éplièse et là, dans un concile pro­ vincial qui comptait la majeure partie de l’épiscopat d’Asie, il rétablit sur le siège d’Éphèse l’exarque Paul, déposé par l'évêque de Byzance, et proclama son Église indépendante de Constantinople, comme elle l’était avant le IVe concile. Victoire éclatante mais de peu de durée. On sait que, devant les protestations des moines et du peuple de la capitale, Basilisque fut contraint de retirer son Encyclique. Par le fait même de cette annu­ lation, les décrets de Chalcédoine reprenaient force de loi et l’Eglise d’Asie retombait sous la juridiction de Constantinople. Ce fut là le dernier effort malheureux, tenté par les Églises autocéphales pour recouvrer leur indépendance. 1331 CONSTANTINOPLE (EGLISE DE) A mesure que les relations de Constantinople avec les Églises orientales favorisaient son ambition et ses pro­ jets de domination universelle, sa conduite envers la pa­ pauté devenait moins conciliante, pour ne pas dire plus agressive. Tant que l’empire byzantin eut à sa tête des empereurs comme Marcien, 450-457, et Léon 1", 457-474, les rapports entre i'Orient et l’Occident furent des plus cordiaux et les difficultés inévitables entre gens de race, de langue et de culture différentes, s’aplanirent au mcy-n de concessions réciproques. Tout changea à l'avènement de Zénon, 474-491. Ce rustre isaurien, que ses talents militaires avaient fait général, puis gendre de l'empereur, puis empereur, se sentait assez dépaysé dans les controverses théologiques; mais il avait vécu de longues années en Syrie, la terre classique des héré­ sies, il avait subi l’ascendant de Pierre le Foulon, un monophysite, et il était d'humeur assez capricante. N'eùtce été que par amour du changement, il aurait volon­ tiers modifié l’ordre de choses établi et fait du mono­ physisme la seule religion d’État. Il avait à se garder pourtant contre les aventures et les décisions trop brusques, qui l’avaient déjà renversé du trône et qui pouvaient lui susciter encore plus d’un compétiteur. Durant l'usurpation de Basilisque, 476-478, le monophy­ sisme pur avait été imposé à l’empire pavl’Encyclique, et l'empereur avait trouvé chez 500 évêques assez de servilisme pour souscrire ses décisions dogmatiques; mais l’opposition des moines et du peuple de Constan­ tinople l'avait bientôt contraint à retirer son édit par une Contre-Encyclique. L’expulsion de Basilisque et son propre rétablissement étaient le contre-coup de cette émeute populaire; Zénon ne l’oubliait pas. Toutefois, sans se compromettre autant que son parent, il se crut de force à rétablir l’harmonie dans son empire, au moyen d'un formulaire d’union ou Hénotique (482). Cet édit politico-religieux, œuvre du patriarche Acace, 471489, prétendait ramener l’empire à cinquante ans en arrière, en condamnant tout ce qui s’élait dit et tout ce qu’on avait défini pour ou contre les deux natures; il échoua comme échouent toutes les formules hybrides, qui veulent contenter tout le monde et ne satisfont per­ sonne. Les monopbysites rigoureux refusèrent de s’en­ gager dans cette voie et constituèrent la secte des acé­ phales; quant aux catholiques, ils menèrent sous la direction du pape une campagne vigoureuse contre le formulaire impérial. Le résultat de ces discusions reli­ gieuses fut que le pape Félix III se vit contraint, en 484, de rejeter de l’Eglise le patriarche Acace, le véri­ table inspirateur de cette politique, et tous ceux qui, pour des motifs divers, faisaient cause commune avec lui. Ainsi commença le funeste schisme dit d'Acace, qui dura 35 ans, 484-519, et tint pour la première fois I'Orient tout entier séparé de la communion romaine. Voir Acace, t. i, col. 288 sq. En effet, avec l’avilissement qui caractérise l’épisco­ pat en Orient, les patriarches et les évêques s’étaient empressés de signer l’Hénotique. Qu'ils fussent monophysites comme Pierre Monge à Alexandrie, Pierre le Foulon, Palladius et Sévère à Antioche, ou orthodoxes comme Martyrius, Salluste, Élie à Jérusalem, et Flavien .< Antioche, tous avaient envoyé ou envoyèrent plus tard leur adhésion. La mort d'Acace, en 489, ne termina pas le schisme. Son successeur, Fravitas, 489-490, chercha à obtenir la confirmation de Borne, mais sans rompre avec Pierre Monge et sans renoncer à l’Hénotique; il mourut avant d'avoir reçu la réponse négative du saintsiège. Euphemi. -. 490-496, était orthodoxe, mais ortho­ doxe modère Tout en rétablissant le nom du pape dans les diptyques de son Eglise, il refusa d'en effacer ceux de ses deux pr· -urs. et, sans vouloir admettre la communion de Pierre Monge ni condamner Je concile de Chalcédoine. il signa l’Hénotique qui le détruisait indirectement Aussi ne put-il jamais entrer en com­ 1332 munion avec Rome. Il fut déposé en 496 par l’empereur Anastase 1er, 491-518, eutychien déclaré et mani­ chéen en secret, qui poursuivait de sa haine tous les évêques et tous les prêtres, plus ou moins favorables au rétablissement du IV· concile. Macédonius H, 496-511, représentait à peu près la même nuance religieuse que son prédécesseur. Lui aussi souscrivit l'Hénotique, mais refusa constamment de condamner les décisions de Chalcédoine; peu à peu, il en arriva même à se tourner de plus en plus vers les catholiques, à mesure que l'em­ pereur accentuait son mouvement vers le monophy­ sisme. Comme Euphémios, il fut déposé et banni, août 511, et remplacé par Timothée, prêtre indigne et mono­ physite avéré, 511-518. La mort de l’empereur et du pa­ triarche, 518, délivra l'empire et la capitale d’un double fléau, et l’union avec Rome fut solennellement rétablie à Constantinople par les légats du pape, le 24 mars519. Le formulaire de foi, envoyé par le pape llormisdas, fut signé par le patriarche Jean II, 518-520, et par ses évêques; les Grecs consentirent également à rayer des diptyques les noms d'Acace et de ses successeurs ; seuls, Euphémios et Macédonius 11 ne furent pas condamnés nominativement. Ainsi prit fin cette malheureuse séparation, causée par l’ambition d’Acace et la stupidité de Zénon. Les prélats d’Orient s’y montrèrent ce que nous devons les retrouver plus tard en tant d’autres circonstances : moins soucieux d'être unis à Rome qu’à la cour et cherchant à favoriser les vues de l’État plus que les intérêts de l’Église. De là, des compromissions scan­ daleuses qui nous paraissent de vraies apostasies, des signatures de formules ambiguës qui trahissaient la foi en la passant sous silence; de là surtout, des complai­ sances pour le pouvoir royal et pour ses créatures, par­ venues aux plus hautes charges de l’Église, des conces­ sions coupables, faites sous couvert d'economie et qui devaient peu à peu acculer leur Église au schisme définitif. Sous Justin Ι·Γ, 518-527, et sous Justinien, 527-565, l’Église romaine jouit d’une haute considération à By­ zance; son autorité s’exerce sans contestation aucune et, si des difficultés surgissent entre le pouvoir ponti­ fical et la cour impériale, elles sont causées par la ma­ nie qu’a le basileus de régenter et d’ordonner tout, et de traiter inditféremment les choses de l’Église comme celles de l’État. Pour la première fois, un pape apparaît à Constantinople dans la personne de Jean l°r (524), qui est reçu avec les plus grands honneurs et traité avec les marques de la plus grande vénération et du plus grand respect. Moins de douze ans après, Agapil accom­ plit le même voyage; il parle et agit en maître, il dé­ pose le patriarche monophysite Anthime (536), et meurt à Constantinople même dans tout l’éclat de son triomphe. A son tour, le pape Vigile (537-555) se rend sur les bords du Bosphore, mais compromis par ses louches négociations antérieures avec Théodore, craignant de s’aliéner l’Occident en se pliant aux caprices de l’Église orientale, il tient une conduite équivoque et indigne dans l’affaire des Trois-Chapitres, condamne un jour ce qu’il avait approuvé la veille, avilit le prestige de la papauté jusque-là sans flétrissure et, sans avoir gagné l’affection des Orientaux, indispose et tourne contre lui la moitié des peuples d’Occident. C’est là vraiment que le despotisme de l’État byzantin éclate aux yeux de tout le monde. Dans cette lutte de plusieurs années contre un vieillard sans volonté et dénué de tout secours humain, le tyran religieux qu’est Justinien essaye vai­ nement les pires mesures; il se déshonore lui-même plus qu’il n'a déshonoré sa victime et quand le pape meurtri, poussé à bout, cède enfin à ses désirs, il déclare pourtant agir dans la plénitude de son autorité et ne veut tenir compte ni des théologiens de la cour, ni des évêques réunis dans un concile. 1333 CONSTANTINOPLE (ÉGLISE DE) Ce n’est pas, du reste, la seule atteinte que cet em­ pereur ait portée à l’indépendance du siège apostolique. N’avait-on pas vu quelques années auparavant le pape Silvère, traîné dans une prison d’Asie Mineure, avec la connivence de l'impératrice Théodore et la complicité, hélas! du futur pape Vigile? Et si nos regards se por­ tent vers l’Église orientale, n’y voyons-nous pas le théo­ logien couronné commettre des abus de pouvoir tout le long de son régne? aujourd’hui fulminant contre Sé­ vère et ses sectateurs, patronnant demain la candida­ ture du monophysite Anthime; dogmatisant à loisir contre Origène et ses partisans, contre Théodore de Mopsueste, Théodoret et Ibas, recourant à des armes déloyales pour arrêter les progrès de l’erreur mono­ physite et finissant ses jours dans la peau d'un mono­ physite. Despotisme religieux, qu'on a baptisé du nom barbare mais significatif de césaropapisme, c’est vrai­ ment Justinien qui en est le père et qui l’a légué comme un funeste héritage à ses successeurs. L’évêque du dehors a pénétré dans le sanctuaire; il n'en sortira plus et finira par revêtir aux yeux de la foule l’autorité religieuse de l'évêque du dedans. Une nouvelle querelle éclata entre la papauté et Byzance et devait occuper les dernières années du VI* siècle et les premières du vu»; il s’agit du conflit soulevé autour du titre de patriarche œcuménique. Dans les premiers siècles de l’Église et même encore au vr, le titre de patriarche, sans être d'un usage très com­ mun, n'avait pourtant pas le sens privatif et déterminé qu’on lui attribua plus tard. Ainsi, nous le voyons en Orient appliqué aux évêques de Tyr en 518, Mansi, t. vin, col. 1083, 1090, d'Hiérapolis en Phrygie, Corpus inter, græc., n. 8769; F. Cumont, Les inscriptions chrétiennes dans l'Asie-.Mineure, Home, 1895, p. 50, de Thessalonique, Théophane, an. 6008, etc. ; et, en Occident, à divers métropolitains, Cassiodore, Var., ix, 15, et à l’évêque de Lyon par Grégoire de Tours, Hist. Francorum, v, 20, et par le II* concile de Mâcon en 585. Il n’est donc pas étonnant si les hiérarques, qui exerçaient une juridic­ tion plus étendue, ont fait accompagner leur titre de patriarche d’épithètes laudatives et honorifiques, qui devaient les distinguer des métropolitains ou même des simples évêques, auxquels on attribuait également ce nom. Parmi ces qualificatifs, celui d’œcuménique parait avoir eu de bonne heure une assez large diffusion. On le rencontre, pour la première fois, donné à Dioscore d'Alexandrie, lors du brigandage d’Èphèse en 419, par Olympius, évêque d’Êvaza. Mansi, t. VI, col. 855. Les papes saint Léon Ier, Mansi, t. vi, col. 1005, 1012,1021, 1029, Ilormisdas, Mansi, t. vin, col. 425, et Agapit, Mansi, t. vin, col. 895, le reçurent tour à tour des prêtresd’Alexandrie, des moines et archimandrites de la Syrie seconde ou d’autres clercs orientaux; quant aux patriarches de Constantinople, des documents incontestables prou­ vent qu’ils étaient également gratifiés de celte appella­ tion, bien avant Jean IV le Jeûneur. Jean II (518-520) se décerna ce titre lui-même dans ses lettres et se le vit décerner par plusieurs de ses correspondants, Mansi, t. vhi, col. 1038, 1042, 1058, 1059, 1066, 1067, 1094; Épiphane (520-535) le porte couramment dans les lois et les édits de l'empereur Justinien, Cad. Justin., 1. I, tit. i, loi 7; 1. 1, tit. 1, loi 34; Nov., 3, 5, 6, 7; Anthime (535-536) en est paré, Nov., 16, et Ménas (536-552) le voit accoler â son nom, soit dans les Novelles de Justi­ nien, Nov., 42, 55, 57, soit dans les pièces conciliaires. Mansi, t. viii, col. 926, 935, 959, 966. Cette série de citations suffira, j’espère, pour démontrer que le titre d'œcuménique n'était vraiment pas nouveau, lorsque le pape saint Grégoire le Grand s’avisa de protester à Constantinople contre lui. On ne peut même pas sup­ poser qu’il a été ajouté après coup dans les documents que je viens de signaler, car, si cette hypothèse peut se vérifier dans un petit nombre de cas, elle est inadmis­ , 1 I I 1334 sible pour le plus grand nombre. Des interpolations volon­ taires ont été opérées par les Grecs, le fait est certain, mais des documents n’ont pas subi ces retouches, qui portent indubitablement le titre incriminé, et cela suffit pour nous contraindre à chercher une autre explication. Il n’est pas facile de dire exactement le sens que l’on attachait autrefois au mot œcuménique. Les Occiden­ taux semblent en avoir fait le synonyme d'universel : concile œcuménique ou universel, patriarche œcumé­ nique ou universel, telle parait être leur interprétation. Il n’en est pas de même en Orient. Ici, le mot d’œcu­ ménique comportait une signification beaucoup plus restreinte; on peut le traduire par catholique, ou au besoin par universel, mais dans une portion seulement de l’Église. Nous avons de la sorte le catholicos de l’Eglise arménienne, qui n’est autre que le chef de cette Eglise, et le catholicos de l’Église chaldéenne, qui ne diffère pas du patriarche de l’Église syrienne orien­ tale. Avec cette interprétation, un patriarche œcumé­ nique désignerait le chef incontesté d’une Église :de l’Église occidentale, s’il s'agit de Rome.de l’Église égyp­ tienne, s’il s’agit d’Alexandrie, de l’Église byzantine, s’il s’agit de Constantinople. Il était à craindre toutefois que ce titre, en se raréfiant, prit un sens beaucoup plus étendu et que, si on l'appliquait uniquement à une Église orientale, il devînt synonyme d’universel. Dès lors, le patriarche œcuménique aurait correspondu au chef suprême de l’Église orientale; et c’est là précisé­ ment que se trouve, à mon avis, la cause du conflit entre Rome et Byzance au sujet de ce titre. Voici le fait historique qui semble avoir provoqué le conflit. En 588, le patriarche Jean IV, auquel son aus­ térité de vie mérita le surnom de Jeûneur, cita â son tribunal le patriarche d’Antioche, Grégoire, qu'on accu­ sait par jalousie de divers crimes et là, dans un concile composé des patriarches d'Alexandrie et de Jérusalem et d’un grand nombre de prélats orientaux, il déclara absous l’accusé et s’attribua à lui-même le titre de patriarche œcuménique. Nous n'avons plus les actes de ce concile et nous ignorons, par conséquent, à quel propos fut revendiqué ce titre d’honneur et le sens qu’on lui donna ; mais nous savons, par les lettres de saint Gré­ goire le Grand. Mansi, t. ix, col. 4210, 1214, 1217, que le pape Pélage il en fut très irrité et qu'il cassa tousles actes de ce concile ; Joannes in Conslanlinopolitana urbe ex caussa alia occasionem quærens synodum fecit, in qua se universalem appellare conatus est ; quod mox idem decessor meus (Pelagius) ut agnovit, directis litteris ex auctoritate sancti Petri apostoli ejusdem synodi acta cassavit. Mansi, t. ix, coi. 1214. Si le pape Pélage a agi de la sorte et si son successeur, saint Gré­ goire, n’a cessé de réclamer à Constantinople contre une pareille appellation, c'est qu’il avait dû se passer dans ce concile quelque chose d’anormal. On a beau dire, en effet, que saint Grégoire a cherché une mauvaise querelle et que son ignorance seule l’excuse d’avoir protesté avec tant d'àpreté contre un titre porté communément, il reste toujours quelque doute dans l’esprit. Les papes dont il est question n’étaient pas si ignorants qu’on veut bien l’avouer des affaires de l’Église byzantine; ils avaient vécu tous les deux à Constantinople et, même sans savoir le grec, ils ne pouvaient ignorer dans la haute position qu’ils y avaient occupée les titres d’hon­ neur que l’on décernait aux évêques de cette ville. S’ils ont cru devoir soulever des réclamations aussi véhé­ mentes, c’est qu’ils en avaient le droit, c’est qu'on avait modifié le sens du mot œcuménique et que d'un titre, jusque-là sans signification précise, on avait voulu faire la propriété d'un seul en lui donnant une portée incal­ culable. Tel est bien le sens, en effet, qu’y a découvert saint Grégoire : ad hoc quandoque perductus es, u.’ despectis fratribus episcopus appelas solus vocari, Mansi, t. ix, coi. 1217, dit-il à Jean lui-même dans une 4335 CONSTANTINOPLE (ÉGLISE DE) lettre. Il y a peut-être quelque exagération dans le mot solus, mais sans nul doute le concile de 588 réservait l’honneur d’être œcuménique au seul patriarche de Constantinople et,par lâ-inéine, il le reconnaissait pour le chef unique et l'arbitre souverain de l'Église orien­ tale. Une telle usurpation des droits d'Alexandrie et d'Antioche ne pouvait s'admettre bénévolement, alors surtout qu'elle était grosse de menaces dans un avenir plus ou moins prochain pour l’autorité et l’indépen­ dance même de la cour romaine. Le siège de Jean le Jeûneur et de l'Église byzantine était fait depuis longtemps; les admonestations comme les menaces du pape passèrent par-dessus leur tête sans les atteindre. Saint Grégoire se tourna vers l'em­ pereur, vers l’impératrice, vers les patriarches orientaux, vers Jean le Jeûneur lui-même, tout fut inutile; il par­ lait à des sourds. Dans un procès, dont il fut contraint de soumettre les actes au pape, Jean le Jeûneur prit le titre d'œcuménique avec une affectation blessante; Mau­ rice accusa Grégoire de soulever un scandale à propos de rien,et les patriarches d’Orient ne voulurent pas s’intéresser à cette querelle. Le pape recourut alors à l’humilité, il s’intitula lui-même : servus servorum Dei, et légua ce titre comme héritage à ses successeurs, mais cette démarche fit sans doute à Byzance l’effet d’une lâche reculade ou, du moins, elle n’eut aucune prise sur l'entêtement du patriarche. Son successeur Cyriaque (595-606) l'imita dans sa conduite et les protestations de saint Grégoire auprès de l'empereur Maurice n’ob­ tinrent aucun résultat. Si Boniface 111 obtint de Phocas, en 607, une constitution, qui, non contente de recon­ naître la suprématie romaine, retirait le titre d’œcu­ ménique au patriarche Cyriaque,Liber pontificalis, 1.1, p. 316, ce retrait n’eut presque aucun effet. Les suc­ cesseurs de Cyriaque reprirent le titre ambitieux et, à partir de l’empereur Héraclius, les évêques de Con­ stantinople ne cessèrent plus de le revendiquer et de le porter. Plus tard, aux vin· et IX· siècles, lorsque les papes se mirent de nouveau à agiter cette question, le débat parut aux yeux des Byzantins un vieux souve­ nir, une pure réminiscence historique. Sur cette affaire voir Hergenrother, Photius, t. I, p. 178-196; H. Gelzer, Der Streit über den Titel des ôkumenischen Pa­ triarches, dans Jahrbuch fur prot. Théologie, t. XIII, p. 549 sq. ; ce dernier travail est trop partial en faveur de Constantinople. VL Les schismes préliminaires, 610-843. — La pé­ riode de 233 ans qu’il nous faut étudier dans ce para­ graphe est une des plus tourmentées de l'histoire byzan­ tine, qu’il s’agisse des rapports politiques ou des événements religieux. Les guerres s’y succèdent pres­ que sans interruption, les provinces tombent les unes après les autres, en Orient comme en Occident, entre les mains des Perses ou des Arabes, des Avares et des Bulgares, des Lombards et des Francs. A plusieurs reprises même, la capitale de l'empire est assiégée ; seule, elle résiste au flot des envahisseurs, servant de dernier refuge aux patriotes décidés el permettant peu à peu de reconstituer avec l’aide des provinces moins atteintes le vieil empire romain, sinon dans ses limites naturelles, du moins dans des proportions encore res­ pectables. Il ne m’appartient pas de traiter ici les affaires politiques, sinon dans la mesure où la connaissance des faits parait nécessaire pour l'intelligence des affaires religieuses. De l'invasion persane et du duel mortel qu’elle pro­ voqua entre Constantinople et Séleucie-Ctésiphon. il n'y a presque rien à dire. Cette lutte de 27 ans, 602-629, qui menaça 1 empire byzantin jusque dans son existence, se tern r. t ir i · ict :redécisive d lléraclius et n’exerça qu'une fait le r· percussion sur la marche de l’Église orientale. Mên e s iis se rapprochaient de l’hérésie, comme ■ j·. .. ordinaire pour les habitants de l'Arménie, de la Syrie et de l'Égypte, les chrétiens de 1336 ces contrées n’éprouvaient aucune sympathie pour les adorateurs du feu; leur satisfaction de voir battus et écrasés leurs ennemis héréditaires, les Byzantins, se tempérait à la vue des ruines et des deuils qui s'accu­ mulaient sur le passage des Perses, à la vue des igno­ minies infligées à leur religion et â leur Dieu dans le bois de la croix, des impôts formidables à solder, de leurs terres ravagées, de leurs familles égorgées ou traînées lamentablement en exil. Celte croisade d’un nouveau genre aurait plutôt réveillé le sentiment patrio­ tique qui sommeillait dans le cœur du plus grand nombre et ramené à Byzance ceux de ses enfants, qui s'en étaient déjà moralement détachés. Mais si l’ouragan de l'invasion persane fut sans influence sur les Eglises orientales, par sa violence même, elle déchaîna les pires catastrophes au point de vue politique. La lutte gigantesque qui éclata entre Héraclius et Chosroès fut une vraie guerre d'extermination et, à ce titre, il se produisit ce que l'on constate toujours dans des cas analogues: le vainqueur sortit de la lutte aussi épuisé que le vaincu. Les provinces de l’un comme de l’autre n’offraient plus aucune résistance sérieuse aux entre­ prises hardies de quiconque les voulait conquérir. Ces audacieux que rien ne faisait prévoir se présentèrent comme à point nommé : c’étaient les Arabes. Cette fois-ci, « ce n’était plus, comme on le croyait d’abord, une de ces courses passagères el vagabondes dont la Palestine avait été si souvent le théâtre el où les Arabes passaient comme un ouragan, courant au pillage el fuyant le combat: c’était une invasion régu­ lière et déterminée, une conquête définitive, une guerre ouverte où des batailles rangées, des sièges en règle et des victoires sanglantes transformaient les bandits en conquérants. Mais surtout ces brigands arabes, si con­ nus par leur féroce avidité et leur amour du pillage, apparaissaient cette fois avec un caractère inattendu. De bandits devenus apôtres, ils prêchaient une religion nouvelle, invitaient les peuples à la fraternité religieuse et marchaient à la conquête du monde dans le seul but de le soumettre à l’Islam. » A. Couret, La Palestine sous les empereurs grecs, Grenoble. 1869, p. 259. En peu d’années, la Palestine, l’Arabie romaine, la Syrie et la Mésopotamie, l’Égypte et toute l'Afrique byzantine tombèrent en leur pouvoir ; la Perse croula comme une vieille ruine sous la première poussée des envahisseurs. Ces victoires décisives étaient suivies partout de con­ quêtes morales. Deux considérations suffisent à expli­ quer cette double marche en avant des nomades ; c'est que les habitants de la Palestine et de la Syrie parlaient des langues sémitiques apparentées à la leur et qu’ils pratiquaient une religon différente de la religion offi­ cielle. Hellénisés en masse dans les grandes cités de la côte, ils restaient syriens de race et de langue dans les bourgs et dans les campagnes, parfois même dans cer­ taines villes de l’intérieur. La communauté d’origine et de langue les rapprochait donc des Arabes. Quant à leur religion, le monophysisme, elle élevait encore une bar­ rière infranchissable entre eux et le gouvernement impérial. On ne s’étonnera donc pas que, soit en Égypte soit en Palestine et en Syrie, les indigènes aient ac­ cueilli les disciples du prophète comme des libérateurs, qu’ils leur aient ouvert les portes des citadelles, remis les clés des villes, qu’un bon nombre même, dans l’excès de leur enthousiasme et de leur haine contre Byzance, aient confondu la religion avec la cause nationale et déserté les autels du Christ en se rangeant sous les dra­ peaux de Mahomet. Ces apostasies tumultueuses décu­ plaient les forces des assaillants, qui ne manifestaient aucune rancune contre les bourgeois .et le menu peuple et favorisaient de leurs largesses les Églises séparées de la communion byzantine. Par suite de cette habile poli­ tique, les Églises grecques ou officielles de Syrie et d'Égypte demeuraient presque sans adhérents, et les 1337 CONSTANTINOPLE (EGLISE DE) rivalités intestines qui les divisaient encore au sujet du monothélisme les livraient pieds et poings liés à leurs ennemis. Il ne leur restait plus qu'à recourir en cachette â la protection impériale de Byzance, à mendier ses faveurs, à communiquer par l’intermédiaire de son pa­ triarche avec le reste de la chrétienté. C’en était donc fait, et pour toujours, des vieilles Eglises d'Alexandrie et d'Antioche, et la chute lamentable de ces deux monu­ ments grandioses ne devait qpe mieux faire ressortir la façade de plus en plus envahissante de l’Église byzantine. Si elle avait affaibli l'empire, l'invasion arabe n’avait donc que fortifié l'influence morale du patriarche de Constantinople en reléguant dans l’ombre ses antiques rivaux. L’affaire du monothélisme le mit de plus en plus en vedette en habituant les chrétiens orientaux âse passer du concours et de la communion de Rome. Il n'est pas douteux aujourd'hui que le monothélisme soit le fruit d’une entente entre le patriarche de Constanti­ nople, Sergius (610-638), et l’empereur Héraclius (610641). Pour repousser les armées persanes qui campaient à Chalcédoine, en face de Constantinople, l’union avec les populations orientales de son empire parut à Héraclius d'une nécessité absolue. En eflet, depuis le con­ cile de Chalcédoine (451), l’empire grec se trouvait scindé en deux groupes distincts, ennemis mortels l'un de 1’autre, et c’était précisément dans les provinces occu­ pées par les Perses : la Mésopotamie, la Syrie et l’Égypte que les monophysites formaient la majorité. Une fusion religieuse des diverses fractions chrétiennes lui sem­ blait donc indispensable, afin de créera nouveau l'unité morale et politique de ses sujets. Mais comment réaliser cette union ? D’autres souverains, d’une puissance égale à la sienne et d’une habileté tout aussi reconnue, avaient consumé leurs forces au service de cette idée; ils avaient échoué misérablement. A diverses reprises, Zénon, Anastase, Justinien lui-méme, avaient essayé des formules captieuses, susceptibles de grouper sous le même drapeau partisans et adversaires de la foi de Chalcédoine, mais, seuls, les politiques des deux partis avaient bien voulu se laisser tromper; chaque édit d'union n’avait laissé après lui qu’une nouvelle secte, une-nouveiledéchirure au sein des deux Églises rivales. Héraclius se crut de taille à renouveler l’entreprise et pria son patriarche de trouver une formule plus ambi­ guë encore que les précédentes, laquelle pourrait satis­ faire les monophysites sans trop éveiller les Justes susceptibilités des catholiques. Puisque toute entente était reconnue impossible sur le terrain des deux natures, on aborda celui des énergies et des volontés dans le Christ. On admit dans le Verbe fait homme deux natu­ res pour plaire aux catholiques, une seule énergie et une seule volonté pour ne pas déplaire aux monophy­ sites, retirant d'une main ce que l’on avait donné de l'autre et pensant que l’union serait désormais indisso­ luble, puisque tout le monde se flatterait d’avoir eu raison jusque-là. I-a réalisation de ce plan bien conçu et bien inten­ tionné ne souffrit aucun retard. Théodore de Pharan, dans la presqu’île sinaïtique, Sergius d’Arsinoé en Égypte furent gagnés tout de suite à la nouvelle doc­ trine. Celle-ci recruta encore des adhérents de marque dans les deux camps, comme Georges Arsas, le paulianiste d’Alexandrie, Cyrus de Phasis, en Lazie, Paul, le chef des acéphales de Pile de Chypre, Sergius, évêque de Joppé en Palestine, Alhanase, patriarche jacobite d'Antioche, les Arméniens et toute leur Église, etc. On sait comment tomba cette machination habile devant l'opposition irréductible d’un simple moine palestinien, monté ensuite sur le siège patriarcal de Jérusalem, saint Sophrone. On sait aussi comment le saint-siège, trompé une première fois par les Byzantins dans la personne du pape Honorius, se ressaisit assez vite après la mort de ce pontife (638) et, renonçant à y voir une simple 1338 dispute d’école, se prononça ouvertement contre les nouveautés d’une pareille doctrine. Sur les origines du monothélisme voir mon article : Sophrone le sophiste et Sophrone le patriarche, dans la Revue de l’Orient chrétien, 1902, p. 31-59 du tirage à part. Je n’ai pas à retracer ici l'histoire de cette hérésie, bien qu’il convienne d'en marquer les traits principaux qui influèrent longtemps sur les rapports entre la pa­ pauté et la cour impériale. Au mois d’octobre 638 avait paru VEcthèse, édit religieux rédigé par le patriarche et lancé par Héraclius. Ce formulaire interdisait les ex­ pressions d'une ou deux natures en Jésus-Christ et n'admettait qu'une seule volonté. Un synode, tenu à Constantinople et présidé par Sergius lui-méme. ordonna que ce document serait reçu par tous, sous peine d’ètre déposé, si on était évêque ou clerc, et privé de la com­ munion, si on était laïque. Cyrus d'Alexandrie le fit lire publiquement dans son Église, de même que Macédonius d'Antioche et Sergius de Joppé en Palestine ; l’Orient tout entier se prononçait en faveur de l'hérésie. Restait l’Eglise de Rome ; celle-ci refusa son assenti­ ment et, peu à peu, grâce à l’appui de quelques clercs orientaux, comme Maxime de Chrysopolis et Etienne, évêque de Dora, elle arriva à provoquer un mouvement d’opposition assez vif au monothélisme dans les provin­ ces mêmes de l’Orient. L’opposition se répandit si rapi­ dement qu’Héraclius fut contraint, avant de mourir, 641, de désavouer l’Ecthêse et qu’en 648 son petit-fils Constant II l'annulait positivement par un autre édit religieux, le Type. Ce dernier défendait de disputer non seulement sur une ou deux énergies, mais encore sur une ou deux volontés et, sous prétexte d'impartia­ lité, mettait l’erreur et la vérité sur le même rang. Aussi, Rome qui avait déjà, en 640, condamné le mono­ thélisme, refusa-t-elle de garder le silence. Le pape saint Martin anathématisa, dans le célèbre concile du Latran, 5 juillet 649, et l’édit impérial et le monothé­ lisme, mais en taisant le nom de l'empereur. La ven­ geance ne se fit pas trop attendre. Tout malade qu'il fut, le pape fut un jour saisi dans son palais, juin 653, traîné ignominieusement en Orient, soumis à toutes les tortures et banni dans la Crimée, où il mourut; ses défenseurs, le saint abbé Maxime avec ses deux secré­ taires, ne furent pas mieux traités. La rupture de l’Orient avec Rome qui avait com­ mencé en 640 se prolongea jusqu'en 681, avec des pha­ ses diverses et des retours d’acuité. On vit assis sur le siège de Byzance des prélats franchement hérétiques, comme Pyrrhus (638-641), Paul II (641-654), de nouveau Pyrrhus (655), Pierre (655-666), Théodore (677-679), et Georges (679-686), an moins jusqu’au concile œcumé­ nique de 681, et d'autres qui, comme Thomas II (667669), Jean V (669-675), Constantin 1er (675-677), cherchè­ rent à renouer les relations avec Rome, rétablirent le nom des papes dans les diptyques de leur Église et furent même, à l’exception de Jean V, rangés plus tard au nombre des saints. 11 est probable que, dés la mort de Constant II (668), la conco de aurait été ramenée entre les deux Églises, si 1’empereur Constantin Pogonat (668-685) n’avait dû compter avec le fanatisme des troupes, recrutées en majorité parmi les provinces héré­ tiques, et avec les sentiments encore hostiles à Rome du plus grand nombre de ses sujets. Du moins, à par­ tir de son avènement au trône, les rapports entre les deux/COurs furent empreints d’une plus franche cordia­ lité, en attendant que les dispositions plus favorables de la foule et du clergé permissent au VIe concile o'cuménique de 681, de rétablir solennellement la paix et la communion entre les deux Églises. Sous le patriarche Paul III (688-694), l'empereur Justinien II fit tenir, en présence des envoyés du pape, une grande assemblée de prêtres et de laïques, dans laquelle on donna lecture des actes du VI· concile; puis, après les avoir scelles 1339 CONSTANTINOPLE (EGLISE DE) devant les assistants afin d'empêcher toute falsification, on les déposa dans le palais impérial. Cependant, les monothélites n'avaient pas entièrement disparu du milieu des Grecs et l'on s’en aperçut bien quand l'un d’entre eux. Philippique Bardane, monta sur le trône impérial (711-713). Ce basileus abolit dès son avènement les décisions du VIe concile œcuménique, en brûla les actes conservés au palais et rétablit la doctrine monothélite. Ce brusque changement fut opéré dans un con­ ciliabule tenu à Constantinople, et où tout ce que l’Orient comptait de prélats savants ou ignares, vertueux ou peu zélés pour le bien, adopta sans protestation aucune l’hérésie patronnée par la cour. Parmi les évêques qui commirent la lâcheté d’accéder aux désirs de Philippi­ que, l'histoire a conservé les noms du futur patriarche saint Germain et de saint André, archevêque de Crète. Ce n’était pas, du reste, la première fois que les ordres de l'empereur passaient en Orient pour la suprême ma­ nifestation de la volonté divine. La victoire du mono­ théisme dura peu ; il ne survécut à la chute de Philip­ pique (713), que pour se conserver chez les Maronites et les populations chrétiennes du mont Liban. 1340 sernes ou en écuries, ni les moines qu'il anéantissait ou qu’il unissait de force, aux jeux du cirque, à de jeunes religieuses. Un concile général, rassemblé par lui au palais de Hiéria, dans la banlieue de Chalcédoine. se tint du 10 février au 8 août 753, et mit entre les mains de l'autorité impériale l’instrument canonique qu'elle recherchait depuis longtemps. A ce prétendu Vil· con­ cile œcuménique,388 évêques — presque tout l’épisco­ pat de l’empire — approuvèrent les prescriptions icono­ clastes de Constantin V et y souscrivirent, tout en émettant de timides réserves sur ses sentiments plus ou moins nesloriens et sur l'anthipatie scandaleuse qu’il professait envers la sainte Vierge. Le tyran en usait, du reste, à l’égard de ses créatures, comme envers ses ennemis politiques ou religieux. Deux patriarches. Anastase et Constantin II, qui lui devaient leur éléva­ tion au trône œcuménique, eurent la maladresse d’en­ courir sa disgrâce; ils furent déshonorés publiquement et traités comme des valets de cirque. La plume se re­ fuse à retracer les traitements ignominieux qu’il leur fit subir sous les yeux de la populace, bien que rien en même temps n’indique mieux que ces deux faits le pro­ fond degré d'avilissement dans lequel était descendue Sur la recrudescence du monothéllsme pendant le règne de l’Église byzantine. Le règne de Léon IV Chazar (775Philippique, voir mon article : Saint André de Crète, dans les Échos d’Orient, t. v (1902), p. 382-384. Les données de cet 780) fit renaître un moment d’accalmie, qui se conti­ article, basées sur le témoignage du chroniqueur Tbéophane, nua sous la régence réparatrice de sa femme Irène. sont cependant à corriger par un écrit de saint Germain, un Cette princesse, d’une énergie toute virile et d’une piété témoin oculaire, P. G., t. xcvni, col. 76, n. 38. remarquable, renoua avec Rome les relations rompues depuis un demi-siècle et, après des négociations que Le mouvement iconoclaste, que tentèrent les empe­ l'amitié du pape Adrien 1« pour les Francs rendit assez reurs de Byzance pendant plus d’un siècle (725-843), ne laborieuses, la paix fut rétablie entre les deux Églises parait pas avoir été spontané. Il y avait eu déjà, çà et là, au 11« concile œcuménique de Nicée (787). Quelques sur plusieurs points de l’empire, comme en dehors de ses frontières, chez les chrétiens d’Orient ou d'Occident années auparavant (784), le patriarche iconoclaste Paul IV avait abdiqué, et c’était un laïque zélé et instruit, aussi bien que chez les Juifs et les Arabes, des tenta­ tives plus ou moins couronnées de succès contre tout saint Taraise (784-806), qui avait hérité de sa charge. ce qui touchait à l'art religieux, « afin que, dit le con­ La foi avait remporté avec le concile une de ses plus belles victoires; la vie religieuse refleurissait partout et cile d’Elvire, l’objet du culte et de l'adoration ne fût pas la première période iconoclaste était terminée. exposé sur les murs. » Toutefois, avant l’avènement au Le calme, au moins sur ce sujet, dura jusqu'en 814. trône de Léon III (717-740), ces protestations étaient encore restées isolées. C'est vers la lin de l'année 725 Au mois de décembre de cette année, l’empereur Léon V l’Arménien réunit dans une conférence le pa­ que cet empereur, on ne sait trop sous quelle inlluence, triarche saint Nicéphore, plusieurs évêques et higouse décida à sévir contre « l'idolâtrie » et à lancer un mènes, leur exposa ses idées sur le culte des images et édit qui proscrivait le culte des images. La décision fut loin d’être ratifiée par l’opinion publique, et le rappro­ se déclara prêt à renouveler la politique de Léon l’Isaurien et de Constantin Copronyme. Ce qui le poussait à chement avec ses sujets que le basileus semble surtout prendre cette résolution, c’est la conduite différente avoir eu en vue se trouva plus que compromis. L'indi­ gnation populaire se fit jour un peu partout, un compé­ que la providence avait observée envers les princes, ses prédécesseurs, selon qu’ils s'étaient prononcés pour titeur à la couronne surgit même dans les Cyclades et, ou contre les images. Soldat de fortune mais prince sans l'ascendant moral du pape Grégoire II. l’Italie valeureux, Léon l’Arménien succédait à des empereurs tout entière eût certainement fait défection. Tout cela honnêtes, iconophiles et fort religieux, mais dépourvus aurait dû éclairer l’empereur sur les vrais sentiments de talents militaires et toujours malheureux sur les religieux de son peuple; il n’en fut rien. Comme il avait champs de bataille. Les revers que ces derniers avaient la force et l’énergie à son service, il s’obstina dans son dessein, remplaça le patriarche saint Germain, mi- ' subis ne manquèrent donc pas de le surprendre, tandis janvier 729, par le complaisant Anastase et machina I que les sourires dont la fortune avait favorisé la dynas­ tie isaurienne l’attiraient irrésistiblement de leur côté. même plusieurs complots inutiles contre la vie du pape. A la suite de la détermination prise par l’empereur, la Il mourut, juin 740. après avoir confisqué les biens du saint-siège dans la Calabre et la Sicile et assisté, im­ guerre ouverte reprit comme aux plus beaux jours de puissant. à la destruction de sa Hotte qu'il envoyait l'iconoclasme. Le patriarche Nicéphore en fut la pre­ mière victime; il fut saisi de nuit, arraché à sa rési­ contre l’Italie révoltée. Son fils, Constantin V, surnommé Copronyme, fut dence et exilé, le 13 ou le 20 mars 815. Quelques jours plus tard, le 25 mars, dimanche des Rameaux, saint l’héritier de son trône et le continuateur de sa poli­ Théodore Studite répondait à cette mesure arbitraire ti:·.,.·. Brave général et sage administrateur comme son en organisant dans les vignes qui avoisinaient son mo­ p< re. il avait été élevé par lui dans ses principes reli­ nastère une manifestation grandiose en faveur des gieux ou plutôt irréligieux et i .onIra encore plus de fa­ images saintes. Le dimanche suivant, ltr avril 815, fête na:. sme. Son tempérament fougueux et militaire s'accom­ modait mal. du reste, des demi-mesures. Non seulement de Pâques. Théodote Cassitéras usurpait le siège pa­ il maintint les édits de Léon III contre les images et triarcal de Constantinople. Durant cette même semaine de Pâques, saint Théodore se concertait avec les higouveilla â leur stricte observation, mais il s’en prit, en mènes réunis autour de lui sur le plan de résistance outre, au culte de la sainte Vierge, à l’intercession des saints, à La conservation des reliques; son prosélytisme qu’il fallait adopter. Dés lors, la lutte était engagée, les caractères aigris de part et d’autre ; pour l’empereur, à rebours ne respectait rien, ni les églises et les cou­ il ne fut plus désormais question que de bannir, de vents qu’il détruisait ou convertissait en salles de ca­ 1341 CONSTANTINOPLE (EGLISE DE) fouetter et d’emprisonner. La persécution dura, avec plus ou moins de violence, jusqu’au 25 décembre 820, ou Léon V fut massacré au pied des autels et Michel le Bègue, les bras encore chargés de chaînes, contraint de chausser les brodequins de pourpre. Le nouvel empereur (820-829) s’écarta de la politique tracassière de son devancier. Ennemi-né de la violence et des réactions, il rendit aussitôt la liberté aux mal­ heureux qui languissaient dans les cachots et rappela de l'exil tous les confesseurs de la foi; mais là s’arrêta sa générosité. Sous aucun prétexte il ne voulut rétablir le culte des images, ni modifier le haut clergé officiel. Comme l’écrivait mélancoliquement saint Théodore Studite, l'hiver était passé, mais le printemps n’était pas encore venu, la flamme ardente du bûcher était éteinte, bien qu’il restât toujours une épaisse fumée. 1) en fut ainsi dans les premières années du règne de Théophile (829-84-2), prince aussi instruit que son père était ignorant, mais qui avait hérité de toutes ses pré­ ventions contre les images. Tout changea du jour où Jean Lécanomanle, l’illustre Janni, higoumène et sor­ cier des Saints-Serge-et-Bacchus, s'assit sur la chaire patriarcale, laissée vacante par la mort d'Antoine de Silée, avril 832. A partir de ce moment, les prisons de Byzance et des grandes villes se remplirent de chrétiens de toutes conditions, surtout d’évêques et de moines, fidèles à la foi antique et chassés de leurs diocèses ou de leurs couvents. Le nombre des martyrs fut incalcu­ lable. Le 20 janvier 842, Théophile succombait et l'im­ pératrice Théodore, après quelques moments d’hésitation bien explicable chez une faible femme, se déclara pour les partisans des images. Aussitôt les portes des prisons se rouvrirent, les confesseurs revinrent de l’exil et reprirent possession de leurs sièges épiscopaux ou de leurs monastères. Le patriarche iconoclaste, Jean Lécanomante, forcé de donner sa démission, ne le fit qu'avec les plus cuisants regrets et sous la menace d’y laisser sa tète; à sa place, le concile, réuni pour mettre ordre aux affaires de l’Église byzantine, élut un des vieux chefs de la résistance, saint Méthode, le reclus du sépulcre d'Antigoni. Tous les martyrs qui avaient sur­ vécu aux violences de Théophile reçurent des honneurs ecclésiastiques, en dédommagement de leurs souffrances passées, et la fête de l’orthodoxie, 11 mars 843, réconci­ lia la cour et les évêques avec les moines, les Églises orientale et occidentale, en mettant tin à une politique religieuse, qui n’avait déjà que trop affaibli les Byzantins. Entre les deux périodes de l’iconoclasme (787-81-4), se place une question assez grave, qui divisa les esprits à Byzance et faillit encore provoquer une rupture défini­ tive dans le camp des catholiques. L'empereur Con­ stantin VI, le fils d’Irène (780-797), marié contre son gré à une femme qu’il n'aimait pas, l’avait répudiée pour épouser une suivante de sa mère; le patriarche Taraise, tout en refusant de bénir l’union, s’était pourtant montré d’une indulgence que les moines du Stoudion jugèrent excessive à l’égard de l’empereur et du prêtre qui avait approuvé le mariage adultère. De là, des Eraillements sans nombre, des excommunications, des refus de communion. L’affaire se compliqua lors de l'élection au patriarcat de saint Nicéphore, 12 avril 806, qui, n’étant encore que simple laïque, dut franchir d’un bond tous les degrés de la hiérarchie. Les studiles pro­ testèrent violemment contre cette violation des anciens canons, ainsi que contre la réintégration dans sa charge de l’économe Joseph, qui avait forfait à l'honneur en bénissant le mariage de Constantin VL Les menaces et les coups, la prison et l’exil ne purent avoir raison de l’opposition des studites et de leurs amis; ce ne fut que sous le règne de Michel Rhangabé, en 811, que la récon­ ciliation s’opéra et que l’apaisement se fit dans l’empire. Ainsi donc, de 610 à 843, sur une période de 233 ans, 1 Eglise byzantine en avait vécu 149 hors de la commu­ 1342 nion romaine. En effet, elle s’était séparée du saintsiège. en tout ou en partie, de 638 à 681, à propos du monothélisme ; de 795 à 811, au sujet du mœchianisme ou mariage adultère de Constantin VI ; de 726 à 787 et de 814 à 843. au sujet de l’iconoclasme. Tous ces schismes préliminaires présageaient un funeste état d'esprit, en même temps qu’ils préparaient le clergé et le peuple à une séparation décisive. VIL Missions et organisation intérieure du pa­ triarcat byzantin. — De bonne heure, l’empire byzan­ tin se préoccupe de garantir la sécurité de ses frontières en important le christianisme chez les peuples voisins. Il y aurait une curieuse étude à écrire sur ce sujet, afin de bien montrer à nos contemporains que rien n'est nouveau sous le soleil et que les contrées les plus reculées, dans lesquelles pénètrent nos missionnaires, risquent fort d'avoir été déjà évangélisées par des prêtres grecs. Mor Duchesne a ouvert cette voie en consacrant dans ses Eglises séparées un savant mé­ moire aux Missions chrétiennes au sud de l'empire romain, p. 281-353. Ces missions-là n’intéressent pas directement l'Eglise de Constantinople, qui ne les a pas fondées et qui ne les a soutenues que par les émissaires ou les ambassadeurs impériaux; elles lui appartiennent tout de même en partie, parce que. inspirées par le zèle propagandiste de Justinien, elles transmirent et développèrent son influence jusqu'aux confins du monde connu d'alors. En dehors de ces colonies, établies au sud et à l’est de l'empire romain et qui n'eurent qu'une durée éphémère, d'autres s'installèrent au nord et à l’ouest de la Thrace et de la Macédoine byzantines et devaient jouer un jour dans la presqu'île balkanique un rôle tout à fait prépondérant. Mentionnons en passant l’Église de Gothie, qui adressait, vers la fin du iv'siècle, une belle lettre sur le martyre de saint Sabas à tous les catholiques et nommément à l’Église de Cappadoce. Le christianisme avait été importé chez ce peuple pen­ dant le IIIe siècle pardes prisonniers grecs de Bithynie, de Pont et de Cappadoce, à la suite d'une incursion que les Goths avaient faite en ces provinces, en l'an 259. Ulfilas, le plus célèbre apôtre de celte nation, était né en 311 d'une famille cappadocienne de Sadagolthina, emmenée au delà du Danube, et l'évêque des Goths, Théophile, siégeait à Nicée, en 325. parmi les Pères du I” concile œcuménique. Cette Église embrassa de bonne heure l’arianisme et se tint, par suite, éloignée de l'influence byzantine. Le grand mouvement de pro­ pagande religieuse chez les peuples slaves : Moraves, Bulgares et Russes, ne s’est produit que dans la seconde moitié du IXe siècle et n'appartient pas, par conséquent à notre période; néanmoins, il convient de signaler ici l'introduction sur les terres de l’empire des Serbes et des Croates, que l’empereur Héraclius (610-641) appela pour lutter contre les Avares d'origine turque. Ces deux peuples slaves apparentés occupèrent, au nom du gou­ vernement grec, la Serbie actuelle. l'Ilerzégovine, la Rascie, la Dioclétie ou Monténégro et une partie de la Macédoine et de la Dalmatie actuelle; une colonie même se fixa près de Thessalonique, ainsi que l’atteste encore la ville de Servis. « Croates et Serbes étaient groupés en tribus, à la tête desquelles était un chef appelé joupan. Peu à peu, une certaine centralisation se produisit. 11 y eut un grand joupan croate et un grand joupan serbe, que l’on peut considérer comme le chef national, s Les Croates auraient été convertis à la foi chrétienne par des prêtres venus de Rome, du moins à ce qu’assurent Conslantin Porphyrogénète et le Liber pontificalis. La date n’est pas absolument certaine, bien qu'elle se place au milieu du VIIe siècle. Quant aux Serbes, ce seraient également des prêtres romains qui les auraient baptisés. Les uns et les autres reçurent des évêques et restèrent fidèles à l'obédience romaine, tout en relevant, au point de vue politique, des Francs ci 1343 CONSTANTINOPLE (ÉGLISE DE) des Byzantins, des Sarrasins ou des Bulgares. Cepen­ dant les progrès du christianisme se ralentirent assez tôt, l’influence de Rome se fit de moins en moins sentir et plus ta rd,sous Basile le Macédonien,867-886,lorsqu’une seconde conversion fut jugée nécessaire, on recourut à des missionnaires byzantins et l'on adopta le rite grec. Mentionnons encore d'autres conversions plus ou moins durables auxquelles les empereurs byzantins prirent une assez large part. Ainsi, en janvier 528, Jus­ tinien servait de parrain au roi des Hérules, peuplade établie sur les bords du Danube, et nouait avec lui une alliance qui devait amener au christianisme toute sa nation; de même, le roi des Huns de la Chersonese acceptait d’être le filleul du basileus. Ce fut ensuite le tour des peuples répandus dans le Caucase et l’Ibérie et sur lesquels s'appuya Héraclius pour sa grande croisade contre les troupes de Chosroés. On vit même, au vin· siècle, vers l'année 777, un roi bulgare s'enfuir à Byzance et y recevoir, avec le baptême, le titre de pa­ trice, conversion d'ailleurs prématurée, qui ne produi­ sit aucun effet sur l’ensemble de la nation et coûta seulement la couronne à son souverain. En même temps que l'action chrétienne de Byzance s'exerçait ainsi au loin, jusqu'aux extrêmes limites de l'empire, l’Église, libre désormais de ses mouvements, s’organisait et se hiérarchisait. A sa tête, paraissait le patriarche œcuménique, le premier personnage de la capitaleaprès le basileus; venaient ensuite les exarques, titre réservé tout d’abord aux prélats qui occupaient les sièges des anciennes Églises indépendantes : Césa­ rée, Éphèse et Héraclée, puis les métropolitains, les archevêques autocéphales, les évêques sulTragants et tout le cortège des dignitaires ecclésiastiques : prêtres, diacres,diaconesses,sous-diacres, lecteurs,chantres, etc. Les charges ecclésiastiques étaient fort nombreuses. Au-dessous du patriarche à Constantinople, des métro­ politains ou des évêques en province, se tenait primi­ tivement l’archidiacre, sorte de vicaire général qui commandait directement à tout le clergé, sinon à tous les fidèles. La fonction ou plutôt le titre d'archidiacre disparut d’assez bonne heure pour, faire place à celui de protosyncelle. On appelait syncelle un secrétaire particulier, qui partageait, ainsi que l’indique le nom, la cellule même du chef ecclésiastique d'un dio­ cèse : patriarche, métropolitain ou simple évéque; il n'y en eut qu’un d'abord, puis deux, puis le nombre augmenta si bien qu’on dut nommer un protosyncelle. Celui-ci ne tarda pas à cumuler, avec la charge de se­ crétaire général, celle d'archidiacre ; il en est encore ainsi aujourd'hui. A côté de ces dignilaires, on remar­ quait les référendaires qui portaient les messages im­ portants et réglaient les alfaires d’an diocèse au nom de l’évêque; les apocrisiaires ou responsales latins, c’està-dire les nonces ou les représentants du patriarche auprès de l’empereur, du métropolitain auprès du patriarche et de l’évéque auprès du métropolitain ; l'économe, chargé de gérer les biens ecclésiastiques et qui confiait l’exploitation des fonds ruraux à des délé­ gués de titres et de noms divers; le kiméliarque, pré­ posé au trésor de l’Église et qu'on appelait également skévophylax; le khartophylax ou archiviste, le cancellaire ou maître des cérémonies, etc. C’est par voie d’élection que l’épiscopat byzantin se recrute encore au VI· siècle. Les notables, unis au clergé de l'endroit, arrêtent, dans le délai de six mois, une liste de trois candidats, qui est soumise au choix défi­ nitif du patriarche, s'il s'agit d'un métropolitain, au choix du métropolitain et des évêques de la province, s’il s'agit d'un simple évêque. Assez souvent, même pour les simples titres épiscopaux, c’est la volonté du souverain qui décide en dernier n ssort. Quant à l'élection patriar­ cale, elle revenait de droit ecclésiastique, d'abord au clergé de la capitale, ensuite â une commission de mé­ 1344 tropolitains et d’évêques; en fait, c'est encore l’empe­ reur qui se l’adjuge ou plutôt qui agit de telle sorte que la décision suprême dépend de sa volonté. Sur la liste des trois candidats que lui présentent les évêques, il en désigne un pour être patriarche, et si aucun des trois noms proposés ne lui agrée, il communique sim­ plement au collège un nouveau nom. Les évêques n ont qu'à s’incliner devant ce choix et à l’approuver. A par­ tir du vit· siècle, les invasions des’Slaves en Europe et des Arabes en Asie forcent nombre de pasteurs a déser­ ter leur siège épiscopal et à se réfugier à la capitale ou dans les environs. Le concile in Trullo (692) régularise leur situation en leur reconnaissant le droit de confé­ rer les ordres, de siéger à leur rang dans tes conciles, d'aller de pairavec leurs col lègues; situation qui a beau­ coup d’analogie avec celle de nos évêques in partibus infidelium. Sous le nom voilé de coutumes, les charges ecclésiastiques donnaient lieu, lors de l'entrée en fonc­ tion, à de petits cadeaux qui avaient attiré déjà l'atten­ tion de Justinien; au vin· siècle, avec les évêques ico­ noclastes, les coutumes s'étendent à tout, même aux ordinations, introduisant ainsi la simonie dans le sanc­ tuaire. Contre ces abus, le concile de 787 porta des ca­ nons sévères, les canons 4 et 19, qu'on dut mitiger l'année suivante, tellement était grand le nombre des coupables. Pour remédier à ces désordres et à quelques autres, ainsi que pour aviser à une ligne de conduite générale, les canons avaient jadis imposé deux synodes annuels, qui devaient grouper tout l'épiscopat d’une province pendant la quatrième semaine du temps pas­ cal et au mois d’octobre. Cet usage était vite tombé en désuétude et Justinien n'ordonna qu’une réunion plé­ nière de l’épiscopat provincial, soit en juin, soit en septembre. Son ordonnance, du reste, dut être plus ou moins suivie, car nous voyons le concile de 692 et celui de 787 revenir encore sur cette excellente pratique. De même, la loi de la résidence imposée aux évêques et aux prêtres dut être renouvelée à plusieurs reprises et elle subissait quand même de nombreuses dérogations. Pourtant, le séjour du clergé dans la capitale était devenu inutile, depuis que les principaux sièges épis­ copaux avaient des représentants en permanence à Constantinople auprès du patriarche ou de la cour. Les établissements et les œuvres de bienfaisance né­ cessitaient également un personnel de choix, qui se partageait les fonctions et les titres. Aucune société n’a peut-être songé plus que la société byzantine à remé­ dier aux maux innombrables, qui sont l'apanage ordi­ naire de l’humanité. A toutes les souffrances, à tous les besoins physiques ou moraux répondait un ensemble d’institutions charitables destinées à les soulager et, depuis les empereurs jusqu’aux simples particuliers, tout le monde s'employait avec zèle à les entretenir. En dehors de l’hospice et de l'hôtellerie qui ne faisaient défaut nulle part, il existait des xenodokhia pour rece­ voir les étrangers, des gerontocomia ou maisons de retraite pour les vieillards, des ptokholrophia pour héberger les pauvres, des nosocomia ou hôpitaux pour les malades, des orphanotrophia pour les enfants privés de leurs parents ou abandonnés, des crèches ou bréphotrophia et même des lobolrophia ou léproseries. Ces éta­ blissements ne relevaient pas tous de ce que nous appel­ lerions aujourd’hui le clergé séculier, bien au contraire; c'est aux moines qu’en incombait principalement la charge et ceci nous amène à dire un mot du monachisme. La vie religieuse ne remonte pas à Byzance aussi haut qu’a bien voulu le penser l'historien récent des Moines de Constantinople, M. Marin, sur la foi de do­ cuments trop tardifs. On a prouvé, et je crois,sans ré­ plique, J. Pargoire, Les débuts du monachisme à Con­ stantinople, dans la Revue des questions historiques, janvier 1899, qu’il n’existait aucun monastère ortho­ doxe dans la capitale de l'empire d'Orient avant l'avéne- CONSTANTINOPLE (ÉGLISE DE) 1345 ment an trône de Théodose Iw. Les premiers couvents de Constantinople dont l'existence est tout à fait assu­ rée renfermaient des hérétiques attachés à l’évêque Macedonius et à son diacre et ami Maréthonius, mais fondés pour soutenir Terreur et dotés sans doute avec les dépouilles des temples païens, ils durent se fermer quand parurent les lois spoliatrices de Julien. Telle fut la première tentative, éphémère autant qu'inféconde, du monachisme à Byzance. Sous le régne de Théodose le Grand et de ses successeurs, durant les vingt der­ nières années du iv' siècle et les premières du Ve, sur­ gissent coup sur coup des établissements monastiques célèbres et nombreux, qui devaient faire de Constan­ tinople la rivale heureuse des solitudes les plus en renom. On voit s'élever tout d'abord le monastère dit de Dalmate, vers 382, puis celui de Bulinianes ou du Chêne, et le monastère fameux des Acémètes, ces deux derniers, il est vrai, sur la côte asiatique, dans la ban­ lieue de Chalcédoine. Au Ve siècle et dans les siècles suivants, c’est toute une floraison de maisons religieuses; empereurs, impératrices, consuls, patrices, sénateurs, patriarches, tout le monde rivalise d’émulation pour édifier des couvents à ceux qui ont « revêtu le vêtement des anges » et sont devenus « les citoyens du ciel ». Déjà, en 518, on voit 54 supérieurs de monastères d'hommes de Constantinople signer une pétition au pape llonnisdas, el G8 assistent au concile de 536 qui dépose le patriarche Anlhime, tandis que le diocèse voisin de Chalcédoine en délègue 40 autres, à lui seul. En peu de temps, les villes et les campagnes se couvrent d'institutions monastiques et la contagion du cloître gagne jusqu’à la cour. Il faut tout un arsenal de lois pour régler les rapports des moines entre eux et vis-àvis de la société civile ou ecclésiastique; parfois même des inesuresdraconiennesdeviennent nécessaires contre des hommes qui fuient le monde pour déserter leurs devoirs de famille et cherchent dans les monastères un lieu de retraite ou de repos plutôt qu'un asile de prière et de travail. Malgré ces prescriptions rigoureuses, le monachisme fait tache d’huile et gagne sans cesse du terrain; il domine la société byzantine et lui commande sans appel. C’est dans le cloître uniquement que se forme la caste des dignitaires ecclésiastiques à tous les degrés et chez lui que cherchent un refuge les empereurs sans couronne ou les fonctionnaires de la cour aux abois. Les moines sont historiens, chroniqueurs, théologiens, poètes; ils créent les hérésies et les com­ battent, nécessitent la tenue des conciles, assistent les Pères de leurs lumières et souvent troublent les ses­ sions de leurs clameurs; bref, ils jouent le rôle princi­ pal dans l’Église et absorbent peu à peu toute sa vie intellectuelle et religieuse. Au point de vue du régime suivi, on distingue deux classes principales de moines : les solitaires et les cé­ nobites. Les solitaires varient de nom d'après le lieu qu'ils habitent ou les exercices qu'ils pratiquent. On les appelle ermites, reclus ou inclus, stylites ou kionites, dendrites, s'ils ont choisi une colonne ou un arbre pour théâtre de leurs mortifications, laurites ou kelliotes,s’ils sont groupés dans une laure. Ces derniers appartiennent plutôt au monde oriental : Égypte, Palestine et Méso­ potamie, qu'au monde byzantin proprement dit. En revanche, celui-ci s'honore de posséder surtout des cnobites, qui mènent partout et toujours la vie com­ mune. Ils ont, les uns et les autres, un costume spécial, dont on connaît assez bien les noms et l’usage, ainsi que les diverses pièces qui le composaient. .1. Pargoire, L'Er/lise byzantine de 527 à 847, Paris, 1905, p. 68 sq. Les laures et les couvents ont leur supérieur, qui s’ap­ pelle tantôt archimandrite et tantôt higoumène. La '•■rence, nulle au debut entre ces deux termes, va sars cesse en s'accentuant, si bien que l’archimandrite finit par désigner le chef ou exarque de tous les monasDICT. DE TtlÉOL. CATIIOL. 1346 téres d'une ville ou d’un diocèse. Au-dessous du supé­ rieur vient le deutérévon ou prieur, au moins jusqu'à l'époque de Justinien, et qui est remplacé ensuite par l'économe. Tout monastère, pour être bâti, a besoin de l'autorisation de l'évêque, qui, d'ordinaire, en signe d’autorité, bénit l’emplacement et y plante une croix. Parfois aussi le couvent est soustrait à la juridiction de l’ordinaire cl placé directement sous l'obédience de Constantinople; c'est ce que l’on nommera un monas­ tère stavropégiaque. Encore au i.\e siècle, cheque dio­ cèse, chaque district forme une sorte de fédération sous la présidence d'un des higoumènes, qui s'intitule exarque ou archimandrite. En ce qui regarde la capi­ tale, celle présidence continue, depuis les origines, à être dévolue au supérieur du couvent de Dalmate; on connaît encore, vers 800, l'archimandrite Syméon pour la Décapole et Anlhime Caïaphos, qui jouit de l'exarchat sur le golfe de Nicomédie en 817. Pila Uilarionis ju­ nioris, n. 2, dans Acta sanctorum, t. i junii; Vita Nicetæ Medic., n. 43, dans Acta sanctorum, t. t aprilis; Vila Gregorii Uecapolilani, n.4, éditée parTh.loannou. Après les monastères, il convient de mentionner les églises et les chapelles de dévotion. Byzance en était littéralement couverte et le même phénomène se cons­ tate, toutes proportions gardées, dans la plupart des autres villes de l'empire. Tout basileus, même le moins dévot, prodigue son argent et celui de ses sujets à de folles constructions. Que n'a pas dépensé Justinien à bâtir des édifices religieux et à les doter? Les meilleures ressources de son empire y furent employées et l’on a peine aujourd'hui à concevoir la misère profonde qui étreignait les provinces sous un règne aux dehors si brillants ou si maquillés. Pour élever Sainte·Sophie, « église telle que depuis Adam il n'y en eut jamais et qu’il n’y en aura plus, » comme dit un chroniqueur, un fleuve d’argent coula et des sommes fabuleuses furent englouties. On draina tout l'avoir des pauvres gens et l’on confisqua à son prolit les dépouilles opimes des monuments antiques. Lorsque la grande église fut ache­ vée et que sa coupole provocante eut plané dans les airs, Justinien voulut pourvoira l’entretien de l’édifice, aux besoins du culte, à l’organisation du clergé; il lui assigna 365 domaines, un pour chaque jour de l’année, et cela seulement dans la banlieue de Constantinople, et il s’occupa toute sa vie de protéger et d’accroître son immense patrimoine. Le personnel ecclésiastique qui vivait de ces revenus était formidable; rarement une église en a vu un nombre pareil. Déjà une loi en 535 fixait à 425 le nombre des clercs de Sainte-Sophie et des trois églises adjacentes, à savoir: 60 prêtres, 100 dia­ cres, 48 diaconesses, 90 sous-diacres, 110 lecteurs et 25 chantres, auxquels il convient d’adjoindre 100 por­ tiers. Novelle 111, c. i. De Justinien à Héraclius ce nom­ bre augmentait encore, et celui-ci était obligé, en 627. de déterminer combien de clercs devaient desservir cette église. A moins de dotations postérieures, il y en avait 525, dont 80 prêtres, 150 diacres, 40 diaconesses, 70 sous-diacres. 160 lecteurs, 25 chantres, sans compter 75 portiers, 2 syncelles, 12 cancellaires et 40 notaires. La petite église des Blachernes comprenait à la même époque un personnel de 75 membres, dont 12 prêtres, 18 diacres, 6 diaconesses, 8 sous-diacres, 20 lecteurs, 4 chantres et 7 portiers. Par ces deux exemples on peut juger de ce que devaient requérir les autres églises de petites ou de grandes dimensions. Ce qui poussait peut-être tant de personnes vers les rangs du clergé, c’étaient les exemptions considérables dont il jouissait : exemption des charges municipales et des impôts extraordinaires, privilège du for compé­ tent dans les questions judiciaires, etc., et toutes ces faveurs, que Constantin avait accordées, Justinien les consacra en les élargissant. Héraclius confirmait, le 21 mars 629, ces privilèges concédés aux évêques, III. - 43 1347 CONSTANTINOPLE (ÉGLISE DE) prêtres et moines dans les questions de droit civil et criminel, de sorte que toutes ces personnes, qui demeu­ raient à Constantinople ou devaient y venir, seraient citées en justice et jugées seulement devant le tribunal du patriarche ou d’autres ecclésiastiques désignés par lui. Pour tontes les personnes d’église, en eil'et, il existe une juridiction spéciale.L’évêque seul est leur juge et le tribu­ nal laïque ne peut connaître de causes où elles sont inté­ ressées. Tou tau contraire,ce sont les chefs de l’Église qui exercent un contrôle constant sur l’administration civile et la loi conféré aux évêques des privilèges particuliers. Ce tableau de la -société ecclésiastique de Byzance serait incomplet, si l’on n’y voyait figurer l’empereur. Héritier de l’empereur romain, le basileus avait reçu de lui deux prérogatives spéciales : le pontificat suprême et le magistrat revêtu de Vimperium. Si, à partir du v« siècle, le titre de pontifex maximus ne figure plus sur les monuments publics, pour tous les sujets de l’empire, du moins en Orient, le basileus est encore resté le chefdu culte officiel ; le gouvernement des âmes ne saurait appartenir à un autre qu’au dépositaire du pouvoir. L’empereur, du reste, est l’élu de Dieu, qui l'a élevé au-dessus des hommes afin de le rapprocher de lui. Comme le dit Eusèbe : « C'est par la communication qu’il a reçue de la sagesse de Dieu qu'il est sage, de sa bonté qu’il est bon, de sa justice qu’il est juste. Son intelligence est un reflet de l'intelligence divine; il par­ tage la puissance du Très-Haut. » Le moine Agapet re­ produit sous une autre forme ces idées en cours à Byzance dans son monitoire au très divin Justinien : « C’est un signe de Dieu qui a désigné le basileus pour l’empire. H est prédestiné dans les desseins de Dieu pour gouverner le monde,comme l’œil est inné au corps pour le diriger. Dieu n'a besoin de personne, l’empe­ reur a besoin de Dieu seul. Entre la divinité et lui il n’y a pas d’intermédiaire. » P. G., t. lx.xxvi, col. 1177. Dès lors, l’appel de Dieu revêt l’empereur d'un carac­ tère sacré; fonction, signe du sacerdoce, lui revient de droit divin. Attenter à la vie du basileus ou à son auto­ rité, c’est donc attenter à la volonté du ciel et se souil­ ler d’un sacrilège, à moins que le révolté ne soit luiméme.commeautrefois David, l'élu et l'ointdu Seigneur. Cette onction et ce sacerdoce confèrent à l'empereur une place de choix parmi les ministres de l’autel, car il est Visaposlole, l’égal des apôtres, ou même le treizième apôtre. De ce chef, il occupe un rangà part entre la société laïque et la société ecclésiastique; il les domine toutes les deux et fait partie de l’une et de l’autre, conciliant en lui les deux principes et les unissant en sa personne. Le sacerdoce spécial réservé à l’empereur lui met en mains des droits et un pouvoir particulier. « .le suis aussi évêque, disait Constantin aux prélats de son temps, mais vous êtes les évêques affectés aux choses intérieures de l’Église. Je suis de par Dieu constitué l’évêque du dehors. » Et Léon l'Isaurien écrivait au pape Grégoire : « Ne sais-tu pas que je suis prétreet roi? » Prêtre, évêque, égal des apôtres, apôtre lui-même, l’empereur veille sur la pureté du dogme, il donne force de loi aux décisions conciliaires et insere les canons dans le droit public. Il convoque les conciles généraux, assiste aux séances ou s’y fait représenter parses délégués, dirige les discussions, mate les volontés récalcitrantes et ne congédie les évêques que lorsqu'ils ont défini et légiféré suivant la foi et les canons ou conformément à ses désirs. S’il choisit les patriarches et parfois les évêques, l’empereur n !. si e aucunement à les déposer, dés qu'ils vien­ nent a lui déplaire. Les patriarches orthodoxes ou vertueux sont les victimes des mauvais empereurs, les vicieux ou les hérétiques tombent sous les coups des empereurs >.r .1 \· -. mais c’est toujours la même po’.r.i :-·. · : - :·. >:r--u:t et l’Eglise n’est qu'un instru­ it ent avili entre les mains despotiques de l'Etat. VHI. Étendle de la jiniuicriuN DO patriarcat by­ 1348 zantin, v'-ix» siècles. — Parfhey avait publié, Hiero­ clis Synrcdemus et notitiæ græcæ episcopatuum, Berlin, I860, p. 150-161, une notice épiscopale, attribuée faussement à saint Épiphane de Chypre, mais que l'on savaitètre très ancienne. Par malheur, cette Notitia VII, contenue dans un seul manuscrit de Leipzig du X” ou du xi« siècle, était incomplète: il y manquait une par­ tie des villes de la Lydie, les trois provinces de Bithy­ nie, les provinces de Pamphylie, Arménie II», llellênopont, Arménie I»,Cappadoce 11». Paphlagonie, Honoriade, Pont polémoniaque, Galatie II», Lycie, Carie, Phrygie pacatienne et une partie de la Phrygie salutaire. M. Gelzer a eu le bonheur de retrouver, dans un ma­ nuscrit grec de Constantinople, le texte complet de cette Eelltesis et, au moyen de diverses comparaisons avec les pièces similaires d'époque plus tardive ou avec les signatures épiscopales conservées dans les actes conci­ liaires, il a pu dater ce document du vil« siècle, proba­ blement de la lin du règne d'IIéraclius (Glü-Oil)., Ungedruckle und ungenûgend verôlJentlichte Texte der Notitiæ episcopatuum, dans Abhandl. der K. bayer. Akademie der Wissenschaflen, lrc classe, t. xxi, part. III, Munich, I960, p. 531-519. Celte Eclhesis se rapporte tout entière à l’Église de Constantinople. N'our avons d'abord, par ordre de préséance, la liste de trentetrois métropoles, puis celle de trente-quatre archevêchés aulocéphales, c’est-à-dire relevant directement de Con­ stantinople, enfin la liste des simples évêchés sullraganls, classés par ordre de dignité dans la province et sous la métropole dont ils dépendaient. Comme c’est là le ta­ bleau le plus ancien qui nous ait été conservé de la hiérarchie ecclésiastique dans le patriarcat byzantin, nous allons le citer in extenso,' au moins pour ce qui concerne les provinces, les métropoles et le nombre d'évêchés sullraganls. PATRIARCAT DE CONSTANTINOPLE vers l’année 650. EPARCHIES. 1. 2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. 9. 10. 11. 12. 13. 14. 15 16. 17. 18. 19. 20. 21. 22. 23. 24. 25. 26. 27. 28. 29. 30. 31. 32. 33. Cappadoce I................. Asie.............................. Europe......................... Galutie......................... Hellespont.................. Lydie......................... Bithynie...................... Bithynie.................. Bithynie................. . Pamphylie.................. Arménie II.................. flellénopont............... Arménie I.................. Cappadoce II.............. Paphlagonie............... Honoriade............... Pont polémoniaque . . Galatie II.............. Lycie.......................... Carie............................ Phrygie pacatienne. . Phrygio salutaire. . . Lycaonie...................... Pisidie......................... Pamphylie.................. Cappadoce II.............. L z:e............................ Thrace......................... Europe ou Rhodope. Iles ou Cyclades . . . Hémimont.................. Hémim<>nt.................. Phrygie pacatienne. MÉTROPOLES. NOMBRE D’ÉVÊCHÉS. Césarée. Éphèse. Héraclée. Ancyre. Cyzique. Sardes. Nicomédie. Nicée. Chalcédoine. Sidé. Sébaste. Amasée. Mélitène. Tyane. Gangres. Claudioupolis. Néocésarée. Pessinonte. Myre. Stavroupolis. Laodicée. Synnades. Iconium. Antioche. Pergé. Mokéssos. Phasis. Philippopolis. Trajanopolis. Rhodes. Adrianoupolis. Marcianoupolis. Hiéra polis. 36 7 12 26 8 3 0 16 5 6 5 3 4 5 4 7 36 28 17 24 14 19 18 4 4 3 2 il 5 5 5 1349 CONSTANTINOPLE (ÉGLISE DE) Ainsi donc, vers le milieu du vn» siècle, le patriarcat de Constantinople comprenait 33 métropoles ou cherslieux de provinces ecclésiastiques, 34 archevêchés autocéphales et 352 évêchés, soit un total de 419 sièges suffr.igants. Il esta remarquer que, sur les 33 métropoles, Chalcédoine seule n’a pas de suffragant. Quant aux 32 autres provinces, on n’en trouve qu’une de nouvelle, la Lazie sur la mer Noire, qui avait Phasis pour métro­ pole et quatre évêchés suflragants. Des 34 archevêchés autocéphales, cinq sont compris dans la province civile du Rhodope, cinq dans l’Europe, quatre dans les Cyclades, trois dans la Zéchie, deux dans la Thrace, deux dans l’Isaurie et les autres dans diverses pro­ vinces. Une autre remarque intéressante, c’est que nous voyons figurer, pour la première fois, dans le ressort de Constantinople, des provinces d’un autre patriarcat, comme une portion de l’Isaurie, ou étrangères jadis à l’empire comme la Lazie, la Zéchie et l’Abasgie, con­ quises récemment par Héraclius dans le Caucase. Du milieu du vit» siècle, date présumée de l’Eclhesis du pseudo-ltpiphane, jusqu’au règne de Léon le Philo­ sophe (886-911), qui réorganisa de fond en comble la hiérarchie ecclésiastique, nous n’avons à notre disposi­ tion que deux Notices épiscopales : la Notitia I de Parlhey, op. cit., p. 55-94. attribuée faussement à Léon le Philosophe et à Photius, et la Notitia Vf + la Nolilia IX, qui se complètent l’une l’autre, Parlhey, op. cit., p. 115-149, 181-197. Notons tout desuite que ces deux Noliliæ ne diffèrent pas de la Notitia VIII de Parthey, op. cit., p. 162-180, n’étant que deux copies diffe­ rentes d’un même texte. La Notitia VIII représente, d’après M. Geizer, l’organisation provisoire qui eut force de loi dans les premières années du ix» siècle, sous le patriarche saint Nic phore (806-815), mais elle avait pris pour base une liste fort ancienne, plus an­ cienne même que celle de la Notitia I. Au premier ring de celte Notitia VIII figurent tes neuf métropoles qui ouvrent VEcthesis du pseudo-Épiphane; viennent ensuite quatre archevêchés : Crète, Péloponèse, Sicile el Macédoine I, qu’on avait soustraits à la juridiction de Rome; puis, sous la rubrique r,l λοιποί, c’est-à-dire les autres métropolitains, 28 autres noms. De ces 28 métropoles, les 24 premières se trouvent déjà, et dans le même ordre de préséance, dans VEcthesis; les quatre dernières : Athènes, Patras, Larissa el Philippes, fai­ saient autrefois partie du patriarcat de Rome, comme les quatre archevêchés signalés ci-dessus. D’après cette Niitia le patriarcat byzantin comptait donc, au com­ mencement du IX" siècle, 41 provinces ecclésiastiques, dont 33 déjà connues au vn» siècle et 8 dérobées aux O cidenlaux. Mais, comme je l’ai dit, cette organisation n’était pas définitive; quatre anciennes provinces occid-nlales plaquées entre le n. 9 et le n. 10 de VEcthesis, n’avaient pas de rang déterminé et conservaient encore I·.· titre d’archevêchés qu’elles portaient auparavant, t indisque les provinces du patriarcat byzantin prenaient toujours le nom de métropoles. En dehors de ces 41 métropoles ou chefs-lieux de provinces, la Notitia VIII compte 47 archevêchés autocéphales, soit 13 de plus que VEcthesis. Sur ce nombre, plusieurs appartiennent à d’anciennes provinces occidentales, d’autres, au contr ire. à des provinces d’Orient. Ce qu’il y a d’intéres­ sant dans le choix de ces dernières, c’est que ce sont ordinairement les anciens πρωτόθρονοι des provinces r . 1 siastiques. Ainsi par exemple, Selgé, Amorium, Tr hizonde, Amastris, qui figuraient dans VEcthesis comme πρωτόθρονοι de la Pamphylie 1, de la Galalie II, du Pont polémoniaque et de la Paphlagonie, se trouvent d ns notre Notitia au rang des archevêchés antocét·· des. Par suite de cette promotion du premier suffra­ gant, le second devenait, à son tour, πρωτόθρονος, quitte à obtenir ensuite le titre d’archevêché autocé: vie et de métropole. C’était là la marche ordinaire 1350 des avancements, ainsi que l’a démontré M. Geizer, Vtided ruckle und ungenügend verô/fenllichle Texte der Noliliæ episcopatuum, p. 546 sq., par une série d’exemples frappants, et l’on compte peu de villes assez fortunées pour avoir franchi d’un seul bond la distance qui séparait le simple évêché de la métropole. Quant au nombre d’évêchés, contenus dans les Notitiæ VIII et IX, il est sensiblement le même que celui de VEcthesis, ce qui prouve que, du vu» au ix» siècle, la situation ecclésiastique avait subi peu de changements. Une fois qu’on a tenu compte des divergences orthographiques assez nombreuses et des répétitions maladroites des co­ pistes, on ne trouve pas plus de cinq à six noms nou­ veaux en comparant minutieusement une liste à l’autre, et cela sur un total de 350 à 355 noms. La Notitia I de Parlhey, op. cit-, p. 55-74, n’est autre que celle du clerc arménien Basile, qui florie. Enfin, bous avons vu que dans VEclhesis du pseudo-Épiphane, tableau de la hiérarchie ecclésiastique du palriarcatbyzan. La ·.· rs le milieu du vu· siècle, ne ligureaucun métropclitainou évêque de l'Illyricum, qu’il relevât du vicariat de Thessalonique ou de celui de Justiniana prima. 135i On peut donc conclure que, jusqu’au milieu du vin® siècle, les provinces ecclésiastiques de l’Illyricum oriental ont été considérées comme faisant partie du patriarcat de Rome. L’empereur Léon l’Isaurien, le premier, semble avoir dérogé à cette tradition, lorsque, en l'année 733, après l’excommunication portée contre lui par le pape, il éleva le chiffre du tribut de la Ca­ labre et de la Sicile, confisqua les patrimoines de l’Église romaine dans cette région et atteignit l’autorité du pape en lui arrachant l'obédience des évêchés de l’Illyrie et de l’Italie méridionale, qui furent dorénavant rattachés au patriarcat de Constantinople. Telle est, du moins, l’interprétation que l’on a cru pouvoir donner du texte assez obscur de Théophane. Sur ce point voir Hubert dans la Rerue historique, 1899, t. i, p. 21-22. Elle est confirmée par la réflexion étrange du clerc arménien Basile, au IXe siècle, signalée plus haut et mentionnant un certain nombre de métropoles d'Italie ou d’Illyrie, que l'on aurait soumises à la juridiction de Constantinople, parce que« le pape de l’ancienne Rome était entre les mains des barbares ». Parlhey, op. cit., p. 74; Gelzer, Georg ii Cyprii descriptio orbis ro­ mani, p. 27. Le fait que, au moment du VII· concile œcuménique (787), des négociations s’engagent entre Rome et Byzance pour que les provinces enlevées au pape lui fassent retour, tandis qu’en 681, lors du VIe concile, elles dépendaient encore de lui, vient en­ core â l’appui de cette assertion. Entre ces deux dates, en effet, nous ne voyons que l'affaire iconoclaste (726787), qui, en modifiant la nature des rapports religieux entre les deux Églises, a du conséquemment amener des changements dans leur juridiction réciproque. C'est ce que déclare expressément le pape Adrien I·· dans une lettre adressée à Charlemagne après le concile de 787. Mansi, t. xm, col. 808 sq. Ce pape, en effet, lit des démarches successives auprès de la cour byzantine et auprès du patriarche saint Taraise (784-806) pour re­ couvrer son ancienne juridiction : mais ses deux lettres, avant d’étre lues devant les Pères du VIIeconcile, lurent allégées de tout ce qui avait trait â la juridiction papale sur Tllalie méridionale et sur l’Illyrie, ainsi que le dit Anastase le Bibliothécaire, Mansi, t. xu, col. 1073, et ainsi qu’en témoignent les actes mêmes du concile, où les deux lettres peuvent se lire, mais abrégées. Mansi, t. XII, col. 1056-1072; t. xm, col. 527 sq.; t. xu, col. 1077-1084; t. xm, col. 536 sq. Les réclamations du pape demeurèrent infructueuses. Pendant les règnes troublés de Constantin VI (790-797), d'Irène (797-802), de Nicéphore (802-811), et de Michel Rhangabé (811813), les papes ne purent récupérer leurs privilèges patriarcaux. Sous les empereurs iconoclastes, Léon l’Arménien (813-820), Michel le Bègue (820-829) et Théo­ phile (829-842), ils avaient plutôt à soutenir les catho­ liques persécutés qu'à se préoccuper de leur juridiction sur l'Illyricum. Lorsque, l’iconoclasme enfin vaincu, la question put être reprise, un nouvel élément de discorde avait surgi, le peuple bulgare, qui s’était emparé des territoires contestés et qui, converti par les mission­ naires romains et byzantins, ne savait trop à qui en­ tendre. J’ai déjà raconté, voir Bulgarie, t. n, col. 11771182, comment se termina ce conllit pour le diocèse du nord, à la défaveur des deux prétendants et au seul bénéfice de la nation bulgare. X. Le schisme définitif : Photius et Michel CéruLaire, 847-1059. — La fête de l’orthodoxie (843) n'avait ramené ni le calme ni l’apaisement dans l’Eglise byzan­ tine; trop de passions religieuses avaient marqué les dernières années de la persécution iconoclaste pour qu'un baiser Lamourette suffit à apaiser tous les dissen­ timents. Le pontificat de saint Méthode (843-847) fut rempli du bruit de ces querelles et de ces discordes. Avec leur intransigeance habituelle, les Studites repro­ chaient au nouveau patriarche une excessive condeseeu- -1355 CONSTANTINOPLE (ÉGLISE DE) 1356 l’habileté de la transporter sur un autre. Il prit une à dance pour les évêques et les prêtres qui avaient failli, une toutes les causes de séparation, qui llottaienl depuis alors que d'autres étaient portés, au contraire, à lui des siècles dans l’esprit des conlroversistes ou dans trouver trop de sévérité. A la mort de Méthode, 14 juin l’imagination populaire, les réunit, en constitua un 847, on lui donna pour successeur le moine Ignace corps de doctrine et, fort de son ascendant, se décida à (847-858), fils de l’empereur Michel Rliangabé. Pieux, l’attaque. Ce fut son mérite de soupçonner en Occident austère, d'une intelligence assez faible, mais doué d'une ténacité surprenante, le nouvel élu ne se heurta pas des alliés dans tout fils insoumis de l’Église et de con­ tout d'abord contre une trop vive opposition ; il n'en fut vaincre les Orientaux qu’il leur était en droit permis plus ainsi du jour où l’autorité impériale passa des mains de repousser l’autorité papale,à laquelle ils avaient déjà de la régente Théodore â celles de son frère Bardas. pris l’habitude de se soustraire. Je n'ai pas à raconter ici ce conflit douloureux, dont Celui-ci s’appliqua sans scrupule à dégrader l’esprit et les conséquences furent à jamais funestes. Personnelle­ le cœur de son jeune neveu, l'empereur Michel III l’ivrogne. Les scènes les plus répugnantes se jouaient ment, Photius en souffrit plus que les papes. Il fut journellement â la cour, les parodies les plus sacri­ humilié dans un concile général et, par deux fois, en lèges des mystères religieux, conduites par l’empereur 867 et en 886, contraint de renoncer, pour des raisons et ses bouffons, se déroulaient dans les salles du palais politiques, à une charge qui était son unique ambition. impérial ou dans les grandes rues de la capitale. Sans Cependant ses défaites personnelles servirent peut-être s’abaisser jusqu’à ces représentations indignes, Bardas plus qu'un triomphe continu la cause du schisme à la­ les favorisait et, pour son compte, il entretenait publi­ quelle il s’était voué, car elles nimbèrent le front de quement des relations coupables avec sa belle-fille. son piemier auteur, sinon de l’auréole du martyre, du Contre ces désordres venus de si haut. Ignace finit par moins de celle de la soullrance et de la persécution. Bu élever la voix; bientôt, il refusa la communion au prin­ reste, on s’illusionnerait étrangement en pensant qu’à Byzance les deux camps étaient parfaitement tranchés et cipal coupable, au césar Bardas. A Byzance moins qu’ailleurs, les princes et les souverains étaient disposés l'aversion irréductible de part et d’autre. En effet, à subir devant leurs sujets de pareilles humiliationset, lorsque Ignace mourut le 23 octobre 877, brouillé avec peu de temps après, 23 novembre 858,1e patriarche était Rome et presque excommunié, Photius lui succéda du relégué dans l’IIe de Térébinthos. Ignace avait fait son consentement même du défunt. Bien plus, sa nomina­ devoir, mais son zèle apostolique et son caractère entier tion fut agréée du pape Jean VIII, qui entretint avec lui lui avaient attiré de nombreux ennemis, surtout dans des rapports assez cordiaux et si, dans la suite, d'autres les rangs du haut clergé; il se trouva comme à point papes adoptèrent à son égard une ligne de conduite nommé, pour occuper la place du prélat dépossédé, tout opposée, il n’est pas prouvé que tous les torts fus­ un hommejeune encore, instruit, d’une érudition remar­ sent de son côté. quable et dont la réputation scientifique et littéraire Le 7 décembre 886, Photius était définitivement con­ éclipsait celle de tous les Byzantins : c’était Photius. gédié par Léon VI le Sage et remplacé par le frère Son élévation, voulue et presque imposée par la cour, même de l’empereur, Étienne, un jeune hom.i.e mala­ n’était pas de ce chef plus irrégulière que celle de ses dif, âgé de seize ans. Ce patriarcat (886-893), comme di vanciers. L’illégalité, qui provenait de ce qu’il était celui d’Antoine Cauléas (893-901), fut occupé par les laïque, ne paraissait pas non plus un obstacle insur­ négociations et les ambassades, qui s’échangèrent sans montable; saint Taraise et saint Nicéphore en fournis­ intermittence entre Rome et Constantinople. Il s’agis­ saient des exemples tout récents et bien significatifs. La sait de régler la situation religieuse, troublée par les consécration, que lui avait donnée un évêque excom­ patriarcats précédents, et de renouer entre les deux munié, son ami Asbestas, n'était pas sans analogue et Églises les relations amicales que le schisme pholien soutirait aussi des arrangements; mais Pholius était avait gravement altérées. C’est le pape Jean IX, qui monté sur un siège qui n’était pas vacant et dont le réussit enfin à pacifier les deux partis. D'accord avec juste possesseur ne cessait de protester contre sa dépo­ l’empereur et le patriarche Antoine Cauléas, il mit un sition; à ce titre, sa promotion au patriarcat était bien terme aux luttes violentes entre les partisans d'Ignace et entachée de nullité. de Pholius, couvrant par une amnistie générale les con­ A vrai dire, ce n’était pas la première fois que, pour flits du passé el ne désavouant aucun de ses prédéces­ des motifs plus ou moins légitimes, on déposait â By­ seurs, pas plus le conciliant Jean VIII, qui avait reconnu zance un patriarche orthodoxe et qu'un autre s’ofirait Photius, qu’Étienne V et Formose, qui avaient renou­ immédiatement à le remplacer. Macedonios II avait velé contre lui les anciens anathèmes. Mansi, t. xvm, ainsi succédé à Euphémios, en 496, .Jean III Scholas­ col. 201. C’est sans doute à ce moment que se place ticos à Eutychios, en 565, Cyrus à Callinique, en 706, l’ambassade à Constantinople de l’évêque Nicolas et du Jean VI à Cyrus, en 712, etc., et tous sans soulever trop cardinal Jean, mentionnés dans un écrit contemporain, de protestations. Ce n’aurait pas été non plus la première le Clerotologinn de Philothée, daté de 900. De cerimo­ fois qu’un patriarche byzantin eût consenti à sa déposi­ niis, II, 52; J. Gay, L’Italie méridionale el l'empire tion, même si la personne qu’on désignait pour lui byzantin, 861-1071, Paris, 1904, p. 189. De 901 â 925, succéder en était plus ou moins digne. Ignace aurait nous avons les deux patriarcats de Nicolas I" le Mystikos donc pu, sans créer de précédent fâcheux, laisser les (901-907 ; 012-925), coupés par celui d’Euthyme (907-912), événements suivre leur cours et attendre dans la retraite el agités par la grave allaire de la télragamie. Le père de que le vent de la fortune soufflât plus favorablement; il Léon le Sage, Basile Ier, avait publié une loi qui frappait se refusa à cet accommodement et, s’il manqua sur ce les quatrièmes noces de nullité; Léon VI étendit cette point de quelque souplesse, il faut avouer que son droit défense aux troisièmes noces pour ce motif que, « les • tait incontestable. Malheureusement, son adversaire brutes elles-mêmes, un grand nombre du moins, quand était aussi conscient de ses mérites personnels que lui elles ont perdu leur femelle, se résignent au veuvage, » l'était de la justice de sa cause; il jouissait d’un crédit Novelle XC, et il ordonna qu'on appliquerait à ces illimité tant à la cour qu’auprés du haut clergé et de esclaves de la chair les peines portées par les canons la jeunesse des écoles et, s’il ne péchait pas par excès ecclésiastiques. Or, l’austère législateur, qui ne fut sage de franchise et d'humilité, par ailleurs il était irrépro­ que dans ses lois, « convola en secondes noces et épousa chable. Ne pouvant obtenir des papes la reconnaissance ' Zoé, fille de Stylien, avec laquelle, d'ailleurs, il vivait qu’il I ur demandait très simplement, Photius résolut j depuis longtemps en état de concubinat. Bien plus, Zoé de s’en passe, mais se doutant bien qu’une rupture I morte, il passa à de troisièmes noces et épousa Eudokia. avec Rome ne serait pas acceptée sur ce terrain, il eut Enfin, poussant l'incontinence à un degré qu'il n'avait 1357 CONSTANTINOPLE (ÉGLISE DE) pas cru pouvoir imaginer, quand il rédigea sa Novelle XC, il prit pour concubine Zoé Carbonopsina et, quand elle fut devenue la mère d'un enfant mâle, il l’épousa et lui décerna le titre et la couronne d'augustaou impératrice. L'Église grecque n’avait vu qu'avec regret le veuf d’une sainte convoler en secondes noces..., qu’avec méconten­ tement le troisième mariage prohibé parles cano”-; au quatrième mariage, elle s’insurgea. » A. Rambaud, L’empire grec au X· siècle, Constantin Porphyrogénète, Paris, 1870, p.6. Le rigide patriarche, qui venaitd'éprouver ce haut le cœur et d’interdire au basileus l’entrée de l'église, était Nicolas, surnommé le Mystikos, de la charge qu'il avait exercée au patriarcat; il fut dé­ posé le l«r février 907 et contraint de gagner pénible­ ment, à pied, au milieu d’une tourmente de neige, son couvent de Galacrène. Le syncelle Euthyme (907-912) le remplaça; il admit l’empereur à la communion ecclé­ siastique et couronna le jeune prince Constantin, tout en s’opposant à ce que la trigamie et la tétragamie fus­ sent légalement reconnues. De là, un nouveau schisme qui se déclara et coupa en deux l’Eglise grecque : d’un côté, les partisans du patriarche déchu ou nicolaïtcs, de l’autre ceux du patriarche Euthyme. A peine Léon le Sage avait-il fermé les yeux, 11 mai 912, que le pa­ triarche Nicolas était rétabli, tandisque son concurrent, souflleté et insulté en présence du nouvel empereur, était déposé et prenait, à son tour, la route de l'exil. L’accord ne se lit pas davantage et le schisme continua. De longues années durant, les deux partis recoururent à Rome, cherchant à faire reconnaître par les papes leur doctrine pour ou contre les quatrièmes noces. A la lin, les partisans de Nicolas remportèrent. Un synode dé­ créta une fête dite de l’union de l’Église, qui fut célé­ brée en juillet 921. Les quatrièmes noces furent inter­ dites et quiconque les aurait contractées devrait être, à l’avenir, retranché de l’Église et privé de tous les sacre­ ments; les troisièmes noces ne furent admises que sous certaines réserves moyennant une pénitence. « Celles-ci, déclarait le concile, avaient été tolérées par les Pères, mais comme une souillure, car,de leur temps,on n’avait pas encore mis toute pudeur de côté; il en était de ces mariages comme des ordures qu’on dépose dans un coin de la maison pour les soustraire aux regards. » Et, tous les ans, à partir de 921, le cérémonial de la cour prescrivit la célébration de cet anniversaire et, tous les ans, l’empereur Constantin Porphyrogénète dut, la mort dans l'àme, assister à cette cérémonie étrange, qui le condamnait et t'humiliait devant ses sujets, lui, le reje­ ton des quatrièmes noces. Que cette condamnation des quatrièmes noces, tradi­ tionnelle dans l’Eglise grecque, ait été légitime, c’est possible; et il est possible aussi que les papes eussent mieux fait de respecter la discipline de l’Église orien­ tale, qui ne reconnaissait pas, comme l’Église latine, la validité des quatrièmes noces. Ceci une fois admis, on ne saurait comprendre l’indignation qui saisissait tout à coup les dignitaires de l’Église byzantine, après qu’ils avaient fermé les yeux sur les pires désordres. Ainsi Nicolas le Mystikos paraît avoir toléré les scandales de la vie privée de Léon VI; il avait baptisé son fils illégi­ time et ce fut seulement lorsqu'on parla de régulariser par le mariage son union avec Zoé qu’il se dressa en vengeur des canonset de la morale outragée. De même, Euthyme admettait la parfaite légalité des canons qui condamnaient les quatrièmes noces, mais il ne croyait pas que cette prohibition pùt s’adresser aux empereurs. Nous saisissons sur le vif la conscience byzantine, faite de piété rigideetdeconcessions arbitraires, parce qu’elle s'appuyait rarement sur des principes fermes et sur la volonté ferme aussi de les appliquer. Des patriarcats d’Etienne II d’Amasée (925-928) et de Tryphon (928-931), il n’y a rien à dire; on ne les avait élevés â cette haute dignité que pour permettre au fils 1358 du basileus romain Lécapène, le jeune Théophylacte, d'être en âge de l'occuper. A l’âge de seize ans, Théo­ phylacte monta donc sur le trône patriarcal et il y resta près de 25 ans (931-956). Ce fut un scandale. Entré sans vocation aucune dans la carrière ecclésiastique à la­ quelle son père l’avait destiné, il sedéshonora et désho­ nora sa charge par des excès de tout genre. La chasse et les chevaux étaient sa passion favorite; par ailleurs, il menait la même vie de débauche que vivaient alors les papes de Rome, ses amis. Au milieu des solennités liturgiques, graves et majestueuses, de l’Église grecque, il introduisit, di un chroniqueur, « des inllexions de voix indécentes,des rires, des clameurs scandaleuses..., des danses sataniques, des chants empruntés au carre­ four et au lupanar. » Sa passion pour les chevaux dépas­ sait toute mesure; il en nourrissait plus de mille avec les mets les plus recherchés et terminait à la hâte un office liturgique à Sainte-Sophie, « sur l’annonce qu'une jument favorite venait de mettre bas. Ce prélat hippo­ mane mourut d’une chute de cheval, » le 27 février 956. Or, les papes se montrèrent toujours d'une indulgence extrême pour les désordres de ce fils de parvenu; ils indisposèrent ainsi contre eux le clergé et le peuple byzantin, dont les patriarches avaient eu jusque-là des mœurs à peu près irréprochables. Il est vrai que, à cette époque, à Rome comme à Constantinople, la puis­ sance ecclésiastique était à la merci de l’autorité sécu­ lière, livrée qu’elle était, ici au fils du basileus, là-bas au frère bâtard du prince des Romains. Jean XI avait beau déléguer à Sainte-Sophie quatre légats, dont deux évêques, pour assister à la consécration solennelle du jeune Théophylacte, il ne réussissait pas, même en Oc­ cident, à étoullèr les murmures que soulevaient ses complaisances en faveur de ce gamin. Luitprand, lielalio de legatione constantinopolitana, 62; Pilra, Ana­ lecta novissima, t. i, p. 122, 475. A l’indigne patriarche Théophylacte succéda, le 3 avril 956, le moine Polyeucte, d'une intelligence plutôt restreinte, mais dont la piété austère s'alliait à une fermeté de caractère incompa­ rable. Par deux fois, il osa braver la témérité des em­ pereurs et leur interdire, selon la gravité de la faute, l’accès du sanctuaire ou de l'église. Il inlligea une peine canonique à Nicéphore Phocas pour avoir contracté des secondes noces, le frappa d’excommunication majeure pour avoir encouru l'affinité spirituelle et, quand Tziiniscès se présenta, souillé du sang de son prédécesseur, il ne voulut procéder à son couronnement qu’après avoir acquis la certitude qu’il punirait ses complices et rap­ porterait, en expiation de son crime, les lois défavo­ rables à l’Église. Tout en honorant sa dignité et en tendant de toutes ses forces à la réforme de son clergé, Polyeucte semble avoir entretenu avec la cour pontifi­ cale des relations assez bienveillantes. A lire le récit que l’évêque de Crémone, Luitprand, nous a laissé de son entrevue avec lui, on dirait, il est vrai, que Latins et Grecs se haïssaient déjà comme au temps des Comnènes ou des Paléologues; mais il ne faut pas croire sur parole ce prélat lombard, inféodé à la politique alle­ mande et dont la narration n'est qu'un tissu de scènes d'amour-propre blessé ou d’histoires graveleuses. Basile Ier le Scamandrien (970-974), successeur de Polyeucte, était un ascète de l'OIympe bithynien. Rigide comme un saint Antoine, il dormait sur la terre nue, buvait de l’eau, mangeait des baies sauvages et ne quittait ses vêtements sordides que lorsqu’ils se détachaient de lui. 11 fut déposé par un synode, sur la volonté expresse de l'empereur Tzimiscès, qui ne pouvait lui pardonner son attachement au siège de Rome. Voir G. Schlumber­ ger. L'épopée byzantine â la fin du Xe siècle, Paris. 1896, t. l,p. 263-275. Les relations entre les deux Églises venaient, en effet, de se tendre à nouveau par suite de l’appui et du refuge que la cour byzantine avait offer'; à l’antipape Erancon contre Benoit VI et Benoit VII 4359 CONSTANTINOPLE (ÉGLISE DE) Pour n'avoir pas voulu se prêter à cette combinaison schismatique, Basile le Scatnandrien dut se retirer et céder le trône patriarcal à un Studite, Antoine III (974980), que les chroniqueurs déclarent « couronne des Heurs des quatre vertus cardinales ». Ce schisme dura dix ans et l'accord ne fut rétabli que par la violence, après la mort du pape Benoit VII. octobre 983, adver­ saire de l'rançon. Celui-ci, qu’on désigne aussi sous le nom de Boniface VII, parvint alors, avec l’appui moral et matériel des Byzantins, à chasser Jean XIV et à le tuer, comme il avait déjà tué Benoit VI. et à redevenir pape une seconde fois. Quant au patriarche Antoine, il avait depuis longtemps donné sa démission (980), et cette démission avait été suivie d’un interrègne de quatre ans et plus, demeuré encore inexplicable. Il est possible que la cour byzantine n’ait consenti à une nomination que le jour où un candidat grec se fût assis sur la chaire de Pierre, en se constituant l’humble créa­ ture du basileus. Schlumberger, op. cil., t. i, p. 446454. Des successeurs d’Antoine III le Studite jusqu’à Michel Cérulaire : Nicolas II Chrysobergès (984-996), Sisinnius II (996-998), Sergius II (998-1019), Eusfathe (10191025), Alexis le Studite (1025-1043), on ne sait presque rien de sûr et la chronologie de leurs patriarcats de­ meure fort incertaine. A en croire les historiens ordi­ naires, les quatre premiers de ces patriarches auraient repris l’œuvre du schisme au point où l’avait laissée Photius, en vue de la mener à bonne fin : « Le premier, Nicolas Chrysobergès, aurait condamné solennellement à la fois les ennemis d’Ignace et de Photius, afin de calmer les polémiques qui duraient toujours dans l’em­ pire grec, et celte tentative de conciliation constituerait la première atteinte au compromis de 890. Le second, Sisinnius, plus hardi encore et avec des intentions évi­ demment hostiles à Rome, aurait envoyé de nouveau aux trois autres patriarches orientaux l’encyclique de Photius. Enfin, les deux derniers, Sergius et Eustalhe, auraient cru le moment venu de donner une sanction à ces tentatives, le premier en rayant le nom du pape des diptyques, le second en se faisant recon­ naître le titre de patriarche œcuménique. » L. Bréhier, l.e schisme oriental du XIe siècle, Paris, 1899, p. 5. Ces conclusions sont erronées, ainsi que l’a démontré M. Bréhier dans l’ouvrage cité ci-dessus. Des sentiments hostiles que Nicolas II et Sisinnios auraient nourris pour les papes, nous n’avons aucune indication fondée et l’on peut croire que si, sous leurs patriarcats, By­ zance n’a pas toujours marché d'accord avec Rome, la cause en est tout entière à des rivalités politiques. Les empereurs allemands avaient pour la chaire papale leurs candidats favoris qui l’emportaient ordinairement; à ces candidats les empereurs byzantins opposaient les leurs, qui se changeaient trop souvent en antipapes. De là. des conflits aigus, qui ne favorisaient pas, certes, l’amitié entre les deux Églises, mais qui pourtant n’in­ fluaient pas d’une manière grave sur leurs rapports habituels. Le prétendu schisme de Sergius II n’est pas mieux confirmé et, en 1054, le patriarche d’Antioche, Pierre III, affirmait à Michel Cérulaire que, 45 ans auparavant, c'est-à-dire vers 1009, il avait vu de ses propres yeux le nom du pape figurer dans les diptyques de Constantinople, à côté des noms de tous les patriar­ ches. Ch. Will, Acta et scripta quæ de controversiis Ε· ■ lesiæ græcæ et latinæ sæculi XI composita exstant, Leipzig. 1861, p. 192. Il paraît y avoir eu toutefois, d aptvs certains chroniqueurs, P. G., t. exx, col. 718, des diftii ultés entre Sergius et les papes, probablement au sujet du titre de patriarche œcuménique ou de la juridiction sur la Bulgarie. Ce titre de patriarche œcu­ ménique, le successeur de Sergius II, Eustathe (10191925 , sollicita le pape Jean XIX (1024-1033) de le lui accorder c pour son territoire, de même que l’Église 13G0 romaine le portait pour toute la chrétienté », et il l’au­ rait obtenu sans doute par des présents et de l'argent, auxquels ce pape ne se montrait pas insensible, si la seule nouvelle de celte démarche n'avait soulevé dans tout l'Occident l’indignation générale et fait abandonner les négociations. L. Bréhier, op. cit., p. 8-12. Alexis du Stoudion (1025-1043), qui succéda à Eus· tathe, fut un prélat excessivement timoré. Il se plia sans trop de peine à tous les caprices matrimoniaux de la basilissa Zoé et ne semble pas avoir soulevé la moindre protestation contre l’immoralité toujours croissante de la cour. Et pourtant les occasions s'offrirent assez nom­ breuses de le faire, car, du règne des porphyrogénétes Zoé et Théodora, plus que de tout autre, il est vrai de dire que la politique, môme religieuse, ne fut plus qu’un jeu de dames. Ce patriarche timide et effacé fut remplacé par un autre d’allure hautaine, le plus fier peut-être et le plus arrogant, qui ait jamais occupé la chaire byzantine : Michel Cérulaire (1043-1059). 11 ne m’appartient pas de dépeindre ici celte figure énigma­ tique, que Psellos a parée, selon les besoins de la cause, de toutes les qualités ou de tous les vices. Ce qui pa­ raît bien avoir dominé en lui, c’est la conscience de sa supériorité et la haine irréconciliable qu'il portait à l'Église latine. Son orgueil le poussait, en 1040, à « af­ fecter la tyrannie », c’est-à-dire à se faire conspirateur pour saisir la couronne impériale. En 1047, déjà pa­ triarche, il sauvait l’empereur Monomaque durant la révolte de Léon Tornikios et, en 1057, il prenait part, s’il ne le dirigeait, au complot qui portait au pouvoir Isaac Comnène, à la place de Michel VI. 11 est vrai que le désintéressement n’était pas le mobile de ce concours et que le patriarche semble bien avoir voulu réunir à son profit la royauté au suprême sacerdoce. Son ambi­ tion causa sa perle. Déposé et exilé, il mourut des mau­ vais traitements qu’il avait subis, sans rien abdiquer de ses prétentions et après avoir réalisé le rêve de toute sa vie : à défaut du premier rang tenir le premier rôle. L’action religieuse de cet homme fut à jamais néfaste; c'est à son nom, plus encore qu’à celui de Photius, qu’il convient d’accoler le schisme oriental (1054). Cérulaire voulut la séparation des deux Églises, sans qu'on puisse assigner à cette volonté d'aulre motif que son orgueil, et il la réalisa au moment mémo où tout semblait cons­ pirer en faveur d'une entente durable. Pour cela, en dehors des causes théologiques sur lesquelles avait in­ sisté Photius, il en mit en avant une foule d’autres que celui-ci avait négligées ou qu’il avait teuchêes légère­ ment, mais que lui jugea de nature à frapper l’imagi­ nation populaire. L’emploi des azymes à la liturgie, le célibat ecclésiastique imposé à tous les prêtres, le jeûne du samedi, les mœurs guerrières des évêques et des clercs, l’action de se raser la barbe et de faire tondre ses cheveux, et autres divergences de même envergure étaient accueillies par les gens sérieux du xi· siècle par des haussements d'épaules. Toutefois, l’accumulation même de ces divergences tendait à jeter le discrédit sur les usages de l'une ou de l'autre Église; si elle n’en imposait pas aux esprits réfléchis comme Pierre d’An­ tioche, elleentrainait la masse du peuple et des moines, en somme tous ceux qui faisaient l’opinion à Byzance. A ce titre, la polémique de Michel Cérulaire, si fragile et si mesquine qu’elle nous apparaisse, était bien su­ périeure à celle de Photius et son schisme appelé à exercer une action autrement durable. XI. L’Italie byzantine, vni'-xvi' siècles. — En par­ lant d’Italie byzantine, nous n’entendons ici parler que de l'Italie soumise à la juridiction religieuse de Con­ stantinople, bien qu’il soit nécessaire de dire un mot de la situation politique. L’unité byzantine, réalisée par Justinien en 552, avait été rompue presque aussitôt (568), par l'invasion lombarde en Italie, qui n'en avait laissé subsister que des enclaves, destinées à lui ré- 1361 CONSTANTINOPLE (ÉGLISE DE) sister jusqu'à la fin (751), et plusieurs même à lui sur­ vivre. Au nombre de ces débris de l’exarchat italien, il faut mettre Ravenne, Gènes, Rome et Naples, dont l'histoire est assez connue et ne nous intéresse pas, sauf Naples, directement: il faut mettre surtout l'Italie méridionale, Calabre, Apuiie, Terre d'Olrante et Sicile, qui furent les vrais foyers de la cullure et de 1’inlluence byzantines. Avantd’aborder l’histoire de la Sicile et de la Calabre, mentionnons l’essai d'absorption de l’Église de Naples tenté par Constantinople, sans résultat d’ailleurs. L'in­ fluence du saint-siège fut toujours assez forte pour maintenir cette Eglise sous son obédience, au prix de rudes combats. Les iconoclastes, qui ne jouirent jamais d'une grande popularité en Italie, comptaient à Naples de nombreux partisans, et ils réussirent même à inleirompre plusieurs années durant toute relation avec Rome. Vers 740, il s’en était fallu de rien pour que l’évêque de Naples, après avoir accepté de la cour by­ zantine le titre d’archevêque, ne se détachât du patriar­ cat romain. Vingt ans plus tard, on s’opposait à ce que l'évêque élu allât se faire consacrer par le pape, et lorsque, après avoir trompé la vigilance des gardes, le prélat revint muni de 1'investilure pontificale, il ne put de deux ans entrer dans sa bonne ville. A la mort de cet évêque, le duc Etienne, gouverneur de Naples, lui succéda avec l’agrément du pape, et il exerça cette charge pendant près de 33 ans, sans que le titre et les fonctions de duc sortissent de sa famille. La manière même dont il était entré dans les ordres sacrés fit qu’Élienne manifesta à l’égard du saint-siège une défé­ rence particulière et qu’il s’appliqua à fortifier l'in­ fluence romaine. Par tous les moyens il s’efl’orçait de faire triompher dans son diocèse la langue et la culture latines, aux dépens de la civilisation byzantine. C’est bien à partir de son épiscopat que le grec Cesse d’être la langue olficielle, aussi bien de l’administration que de l'Eglise. S’il y eut depuis, soit au IXe, soit au x" siè­ cle, des tentatives plus ou moins avouées de soustraire Naples à la juridiction romaine, elles étaient vouées fatalement à l'insuccès. Naples entretenait avec ses sou­ verains grecs des relations assez pacifiques, elle favori­ sait l’influence byzantine dans les milieux littéraires et la haute société ecclésiastique; mais ce n’était là que satisfaction d’érudits, le cœur et l'âme étaient définiti­ vement latins. La Sicile était toujours restée, dans une certaine me­ sure, un pays de langue mixte. Si, à la lin de l’empire romain, le grec devint la langue usuelle, dans une grande partie de Tile, etsi, d'autre part, les catacombes de Syracuse ne contiennent guère que des inscriptions grecques, il n'en est pas moins vrai que, soit à cause de l'administration impériale, soit à cause de l’Eglise romaine, le latin servait de langue officielle et que le clergé, latin en majorité, dépendait directement du saint-siège. Un changement ne tarda pas à s’opérer, lorsque le latin ne fut plus la langue parlée à la cour de Byzance; les fonctionnaires favorisèrent la propa­ gande du grec qui ne larda pas à l’emporter. Ce chan­ gement commence à se produire des le vu· siècle et il va sans cesse grandissant. Le clergé sicilien grec joue alors un rôle particulièrement brillant dans l’histoire de l’Eglise; il fournit un patriarche (681) au siège d’An­ tioche. Théophane, supérieur d’un monastère syracusain, et plusieurs papes au siège de Rome. L’évêché de Syracuse est occupé par une créature du basileus, le grec Georges, et celui d’Agrigente par saint Grégoire, un des orateurs grecs les plus en renom de la fin du vu· siècle. Brusquement, et presque sans transition, I I glise grecque de Sicile se trouve étroitement associée à la vie de l’Eglise byzantine. Un diacre de Catane pro­ nonce le sermon de clôture du concile de Nicée (787); ■ n moine sicilien, saint Méthode, monte sur le.trône 1362 patriarcal de Constantinople (843); le patriarche saint Taraise (-j-80G) adresse des encycliques aux évêques de Sicile et ceux de Syracuse et de Taormina se compro­ mettent avec Photius de façon à être condamnés par le VIII* concile général, 869; la Sicile enfin a sa part de production et d’éclat dans l'histoire littéraire de Byzance avec des auteurs comme saint Grégoire d’Agrigente, saint Méthode, Pierre de Sicile, saint Joseph I hyninographe, Théophane le Sicilien, etc. En même temps que de l’Etat, le grec devient la langue de l’Église, fait d’au­ tant plus frappant que, dans les controverses théologi­ ques du monothélisme et «le l'iconoclasme, le clergé si­ cilien fait habituellement cause commune avec les Eglises latines d’Occident contre l’épiscopat byzantin. La raison principale de cet accroissement d’influence byzantine en Sicile lient sans contredit à la persécution icono­ claste. Les moines de Constantinople et d'ailleurs, hardis partisans des images, sont contraints de chercher un asile pour se mettre à l’abri de la férocité des empe­ reurs et de leurs fonctionnaires, et ils le cherchent de préférence en Occident, mais dans des contrées qui re­ lèvent encore de la culture grecque. Ainsi, par le fait de ces émigrations, ils contribuent à consolider en Si­ cile et en Calabre l’autorité discutée du bas ileus, comme les Irlandais de nos jours, en fuyant devant les Anglais, se font de par le monde les meilleurs propagateurs de l’influence britannique. C’est au vin· siècle, vers l’année 732, que la Sicile fut probablement rattachée d’une manière plus ou moins directe au patriarcat byzantin, au moment où Léon ill l'isaurien confisqua les domaines pontificaux situés dans l'île. Au II* concile de Nicée (787), le clergé sicilien marche d’accord avec celui de Constantinople. La no­ tice épiscopale du clerc arménien Basile, qui dale des environs de 844), range Syracuse, métropole religieuse de la Sicile, parmi les dépendances du patriarcat byzantin. II. Geizer, Georgii Cyprii descriptio orbis romani, Leipzig, 1890, p. 27. Une autre Notifia, la Notitia VIII de Parlhey, op. eil.,p. 162, compte également Syracuse parmi les métropoles byzantines et Catane, autre ville de la Sicile, parmi les archevêchés aulocéphales qui relevaient de Constantinople. Parthey, op. cil., p. 166. A ce moment, Syracuse avait douze évêchés sull’ragants, dont on trouvera les noms dans le même document. Op. cil-, p. 170. Un peu plus tard, entre les années 901 et 907, la Notitia de Léon VI attribue, parmi les métro­ poles byzantines, à Syracuse le 13e rang et à Catane le 44·. II. Geizer, Ungedruckle und ungenügend verôf/entlichte Texte der Noliliæ episcopatuum, Munich. 1900, p. 550 sq. Syracuse compte alors 13 sufl’ragants, à peu près les mêmes que dans la Notitia précédente. op. cil., p. 553 sq., et Catane absolument aucun. Dans la Notitia de Constantin VII Porphyrogénète, de l’an 940 environ, Catane occupe toujours le 44· rang et n’a pas de suffragant, Geizer, Georgii Cyprii descriptio orbis romani, p. 58,81 ; quant à Syracuse, elle avait été conquise dans l'intervalle par les Arabes Fatimites et se trouve remplacée au n. 13 par Mélitène d’Arménie. « Au tx” siècle, en ell’et. l’intense culture grecque de la Sicile s’éteint, et presque aussi soudainement qu’elle s'y était produite au vit·. L’invasion arabe, Païenne prise (831), puis Messine (842), puis Syracuse (878), en­ fin Taormina (902), une résistance longue et sanglante, suivie d'un écrasement terrible, c’en est assez pour ex­ pliquer cette ruine subite et radicale... La population grecque de Sicile, chassée par les vicissitudes de la ré­ sistance et parle plan même de la conquête arabe, du versant de Palerme sur le versant de Syracuse, se ra­ masse à l’extrémité orientale de l’île, autour de Taor­ mina, et de là émigre en masse. Le Péloponése eu re­ cueillera une partie : ce sont ces exilés que secourt saint Pierre, évêque d’Argos; ce sont ces émigr· s de Calane à Patras, dont est saint Athanase, évêque de Me- 1363 CONSTANTINOPLE (ÉGLISE DE) thone. Mais c'est surtout la Calabre qui est le refuge naturel des chrétiens chassés de Sicile... et de cette migration nous trouverons la trace dans toutes les vies de saints calabrais du IXe siècle et du commencement du X'. » P. BatilloL L'abbaye de Rossano, Paris, 1891, p. vin sq. Toutefois, si Syracuse est désormais absente des notices épiscopales byzantines, il n'en est pas de même de Catane qui occupe habituellement le 44e rang. Catane figure encore dans la liste d'Andronic II, en 1298, tandis qu'elle manqueà celle d’Andronic III, 13281341, où elle est remplacée par Lacédémone. Il est vrai que, depuis longtemps déjà, son métropolitain n’occupait qu’un siège in partibus. En Calabre, la transformation s'opère plus tardive­ ment qu’en Sicile, mais aussi plus rapidement. A la fin du VI· siècle encore, cette province est purement latine et se nomme le Bruttium; c’est la péninsule sud-orien­ tale ou terre d'Olrante, qui est désignée par le nom de Calabre. 11 en est ainsi jusqu'au milieu du vu» siècle; à ce moment, l'ancien nom de Bruttium commence à tomber en désuétude pour céder la place à celui de Ca­ labre. Cette mesure administrative doit sans doute le jour à Constant II. qui séjourna longtemps en Italie et institua un duché de Calabre plus étendu, afin de mieux garantir l'autorité byzantine contre les Lombards. Un peu plus tard, vers 680 et dans les années suivantes, la Calabre proprement dite échappe au basileus. Pour dissimuler les pertes qu'ils ont subies, les Byzantins conservent toujours le nom officiel de Calabre, mais ils l’appliquent uniquement à la région dont ils sont restés les maîtres, c’est-à-dire à l’ancien Bruttium. En même temps, un travail d’hellénisation s’opère très prompte­ ment. De la sorte, le clergé calabrais, qui est soumis à la juridiction romaine et attiré vers les papes par l'en­ semble de sa doctrine, se voit comme malgré lui entraîné vers Byzance par sa langue et par sa liturgie Si natu­ relle que puisse nous paraître aujourd'hui la situation mixte du clergé calabrais, grec et latin, elle ne pouvait durer que par l'accord permanent des cours de Rome et de Constantinople. Dès que la rupture définitive fut proclamée sous les empereurs iconoclastes, la différence de langue et de rite devenait nécessairement un prin­ cipe d'opposition, et Constantin V, pas plus que Léon III, ne devait soufl'rirque des Eglises grecques reconnussent la juridiction d'un pape brouillé avec le pouvoir im­ périal. A vrai dire, celte soumission de la Calabre, comme de la Sicile, au patriarche de Constantinople ne semble pas avoir été dès l'abord imposée par un dé­ cret formel; elle suivit plutôt la force naturelle des choses. En confisquant violemment les revenus des pa­ trimoines de Saint-Pierre dans la Sicile et dans la Ca­ labre, Léon III l’Isaurien enlevait au pape toute son inllnence sur le clergé de ces provinces, il ne tolérait plus la présence des inspecteurs pontificaux, chargés de veiller sur les biens et sur les personnes ecclésias­ tiques et. par suite, il brisait les derniers liens qui rat­ tachaient à Rome le clergé de l'Italie méridionale et de la Sicile. Dès lors, rien de plus aisé que d'interdire aux évéques le voyage ad limina, de prohiber la reconnai«.O prêtres grecs. En dehors de ces Byzantins, descendants de ceux qui peuplaient La S.-’e et la Calabre depuis le vu» et le vin» siècles, l'Italie méridionale vit se produire au xv» siecle une gremi-re immigration d'Orientaux, d'origine albanaise et de liturgie byzantine, qui venaient renforcer l'ancien éJéæat grée. C’est entre 1467 et 1470 qu’a lieu ce premier exode des Albanais dans une por­ tion de la Calabre, attires par la fille de Georges Scanderbeg, qui avait éponsâ le prince Haltes de Bisignano; ils y fondent un grand nombre de villages. Au xrr siècle. I des familles albanaises de Coron en Morve viennent rejoindre les premiers émigrants C e-t le mc-me nt des I 13G8 luttes avec les Latins, à l’obédience desquels les Alba­ nais s’efforcent d’échapper, soit en Sicile, soit dans la Calabre. La situation n’est réglée qu’en 1735, lorsque le pape Clément XII se décide à instituer en Calabre un évêque in partibus de rite grec. Pour qu'aucune atteinte ne soit portée à la juridiction des évêques latins, le nouvel évêque sera simplement leur vicaire, chargé d’ordonner les prêtres du rite grec et d’admi­ nistrer les paroisses albanaises. En même temps, le pape institue un séminaire ou collège grec-albanais, ou se formera le clergé oriental et qui est d'abord installé dans l'ancienne abbaye bénédictine de Saint-Benoit d’Ullano. En 1794, le gouvernement napolitain transfère le collège et la résidence de l’évêque grec au monastère basilien de Saint-Adrien, ou ils sont encore aujour­ d’hui. Près de la moitié des villages albanais, fondés en Calabre depuis la fin du xv» siècle, ont passé au rite latin, et si la liturgie byzantine s’est encore conservée chez eux, on peut dire que c’est sur la volonté expresse du saint-siège. L’évéque grec réside toujours à SaintAdrien, il a sous sa dépendance 25 paroisses envi­ ron. assez éloignées les unes des autres. Quant au séminaire grec-albanais de Saint-Adrien, il a été com­ plètement réorganisé et compte maintenant près de 150 élèves avec une douzaine de professeurs. Malheu­ reusement les idées libérales ont pénétré dans son personnel et le portrait de Garibaldi est entouré d’un plus grand respect que les images des saints. Un collège semblable existe à Palermo, depuis 1715, pour les Alba­ nais de Sicile, qui se trouvent dans des conditions beaucoup plus favorables, au point de vue de la fortune, que leurs frères de Calabre. Ce collège, comme celui de Saint-Adrien, est dirigé par un évêque titulaire du rite grec, qui s’occupe des Albanais catholiques, disper­ sés dans les diocèses de Palerme, de Montréal et d’Agrigenle; il peut compter en tout une trentaine d’élèves, qui suivent les cours du séminaire archiépiscopal. En outre, le collège Saint-Athanase à Rome possède 15 Al­ banais du rite grec parmi ses élèves et il y a là un évê­ que, le troisième de rite grec pour les ordinations, mais ce sont les Pères bénédictins, et non pas lui, qui ont la charge de ce collège. Plusieurs estiment la population italo-grecque de la Sicile et de la Calabre à 50 000 per­ sonnes; d’autres pensent qu’il y en a seulement 26000 en Calabre et 17000 en Sicile. Rodota. DeWoriginc, progresso e stato presente del rito greco in Italia, 3 vol., Rome, 1758-1703; F. Lenormant, La Grande Grèce, paysages cl histoire, 3 in-12. Paris, 1881-1884; G. Minasi, Le chiese di Calabria dat quinto al duodecimo secolo, Naples, 1896; P. Fabre, Liber censuum, 1889, fasc. 1 ; P. BatilTol, L’abbaye de Rossano, Paris, 1891 ; F. Cbalandon, L'état politique de l’Italie méridionale à l’arrivée des Nor­ mands, dans les Mélanges d’archéologie et d’histoire de l’école franç. de Rome, 19Ot. t. xxi, p. 411 ; L. Duchesne, Les évêchés de Calabre, dans les Mélanges Paul Fabre, Paris, 1902. p. 1-16; J. Gay, les articles déjà cités de la Bgzantinische Zeitschrift, 1895, t. iv, p. 59, de la Revue d’histoire et de littérature reli­ gieuses, t. n, p. 481 : t. v, p. 233 ; Saint-Adrien de Calabre, dans les Mélanges de littérature et d’histoire religieuses, publiés pour M·» de Cabriércs, Paris, 1899, t. I. p. 291; L’Italie méridio­ nale et l’empire byzantin, Paris, 1904; G. Lancia di Brolo, Storia della Chiesain Sicilia, Palerme, 1884. t. u. Ce dernier auteur, avec M. Gay, indique lu littérature complémentaire. XII. Juridiction du patriarcat byzantin, 901-1204. — On connaît six pièces officielles, qui décrivent l'éten­ due de la juridiction du patriarcat byzantin durant ces trois cents ans : 1° une Nolilia, qu’arrêtèrent en com­ mun l’empereur Léon le Sage et le patriarche Nicolas le Mystikos, entre les années 901 et 907, H. Gelzer, Ungedruckle und ungenügend vcrô/fenllichte Te.rle der Notiliæ episcopatuum, Munich, 1900, p. 549-567; 2' une Nolilia, qui date du règne de Constantin VII, de l’an 910 environ. H. Gelzer, Georgii Cyprii descriptio orbis romani, Leipzig. 1890, p. 57-83 ; 3» une Nolilia, 1369 1370 CONSTANTINOPLE (EGLISE DE) qui donnerait l’état de la hiérarchie ecclésiastique sous l'empereur .lean Tzimiscès (969-976), mais dont la ré­ daction actuelle remonte à peu prèsà l'an 980,11. Gelzer, Ungedruekte... Texle der Nolilue episcopatuum, p. 568575; 4e une Notitia, attribuée faussement à Léon le Sage, mais qui est en réalité d'Alexis Comnéne, G. Parthey, Hieroclis syneedemus et Notities græcæ episcopatuum, Berlin, 1866, p. 95-101 ; celle-ci est postérieure à l’an­ née 1084 ; 5° une Notitia, qu’on attribue à l’empereur Manuel Comnéne (1143-1180), G. Parthey, op. cil., p. 101-131, et dont M. Gelzer a retrouvé à Athènes une transcription datant de la lin du XIIe siècle ou du com­ mencement du XIIIe. par conséquent presque aussi an­ cienne (pie l’original. 11. Gelzer, op. cil., p. 584 sq.; la rédaction de cette pièce se place entre les années 1I70 et 1179; 6e une révision de la Diatyposis de Léon le Sage, faite par ordre d’Isaac l'Ange (1186-1196), et qu’a éditée M. Gelzer dans V Index lectionum de léna, 1891, 1892, en la commentant judicieusement. L’incorporation violente au patriarcat byzantin des provinces ecclésiastiques de l’Illyricutn et de l'Italie méridionale, que lit l'empereur Léon l’Isaurien vers l’an 732, avait amené le trouble et le désordre dans la hiérarchie, car les métropolitains de ces provinces, pas plus que leurs évêques, n’avaient obtenu de rang défi­ nitif. De là, des disputes fréquentes pour la préémi­ nence dans les conciles provinciaux, disputes qui se perpétuèrent jusqu'aux premières années du Xe siècle. A ce moment, Léon le Sage et le patriarche Nicolas convinrent de mettre un terme à ces contestations scandaleuses en fixant pour l’avenir l'ordre de la haute hiérarchie. C’est ce qui eut lieu dans un concile tenu à l'église Sainte-Irène, sous la présidence même de l'empereur et du patriarche. G. Parthey, Hieroclis Syneedemus et Notiliæ græcæ episcopatuum, Berlin, 1866, p. 322; II. Gelzer, Vngedruckle... Texle der Noliliæ episcopatuum, p. 544. Un premier acte dressa la liste des métropolitains et des archevêques autocéphales, de Boor, Zeitschrift fur Kirchengeschichte, 1891, p. 317; un second arrêta la place qu’occuperaient les simples évêques. Celte place, du reste, découlait de celle des métropolitains, car on sait que, dans l’Église byzantine, les sulfragants d’une métropole se plaçaient aux réunions conciliaires derrière le chef de la métro­ pole et signaient selon son rang. Ainsi, tout de suite après les métropolitains et les archevêques signaient les évêques dépendant de Césarée de Cappadoce, la première métropole, puis ceux d’Ephése, d’Héraclée, d'Ancyre, etc. La Notitia de Léon le Sage (901-907) comprend 51 métropoles et 51 archevêchés aulocêphales; il faut, en ell’et, suppléer deux noms : Apros et Kio, omis par inadvertance par le copiste, mais qui existaient déjà dans VEelhesis du pseudo-Épiphane et que l’on retrouve dans la Notitia de l'an 940. Il est possible que ces deux nombres de 51 représentent un sens symbolique, comme on s’est arrêté à 318 Pères de Nicée en mémoire des 318 serviteurs d’Abraham, Gen., xiv, 14, et à 153 sièges épiscopaux dans le patriarcat d’Antioche pour rappeler les 153 gros poissons de la pêche miraculeuse, Joa., xxt, II, bien que ces nombres précis n’aient jamais été atteints. Ces 51 métropoles existaient toutes avant Léon le Sage (886-912), à l’excep­ tion de la dernière, Euchaïtes, qui fut élevée à ce rang peu après l'avènement de c'et empereur, et toutes aussi, à l’exception de Chalcédoine et de Catane,comptent des sulfragants. Comme cette liste a servi de base à toutes les autres, jusqu'à la fin du xne siècle au moins, je vais la donner pour les noms des métropoles, me con­ tentant ensuite d’indiquer les dilférences qui se trouvent dans les listes postérieures. Nous avons ainsi un total de 522 évêchés suffragante; si nous y ajoutons les 51 métropoles et les 51 archeêchês autocéphales, nous obtenons le chiffre respec­ table de 624 sièges épiscopaux, compris au début du Xe siècle dans le patriarcat de Constantinople, alors que, vers le milieu du vit· siècle, il n’y en avait encore que 419. Les chiffres que j'ai donnés ne se trouvent pas toujours tels quels dans l'unique manuscrit, qui nous a conservé la Notitia authentique de Léon le Sage, mais on corrige les quelques inadvertances ou omissions du copiste avec la Notitia de 940 ou VEelhesis du vil» siècle. PATRIARCAT DE CONSTANTINOPLE VERS l’année 901. ÉPARCH1ES. 1. 2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. 9. 10. 11. 12. 13. 14. 15. 16. 17. 18. 19. 20. 21. 22. 23. 24. 25. 26. 27. •28. 29. 30. 31. 32. 33. 34. 35. 36. 37. 38. 39. 40. 41. 42. 43. 44. 45. 46. 47. 48. 49. 50. 51. Cappadoce .................. Asie............................. Europe........................ Galatie......................... Hellespont.................. Lydie......................... Bithynie...................... Bithvnie...................... Bithynie...................... Pamphylie.................. Arménie...................... Hellénopont.............. Sicile............................ Cappadoce.................. Paphlagonie.............. Thessalie.................. Honoriade.................. Pont polémoniaque . . Galalie...................... Lycie...................... Carie...................... Phrygie pacatienne. Phrygie salutaire. . Lycaonie.................. Pisidie......................... Pamphylie.................. Péloponèse.................. Hellade.................. Cappadoce.................. Pamphylie.................. Calabre.................. Péloponèse.............. Lazie......................... Hellade...................... Nicopolis..................... Thrace......................... Rhodnpe...................... Cyclades...................... Macédoine.............. Hémimont.................. Phrygie pacatienne. . Dvrrachium.............. Asie............................. Sicile......................... Phrygie...................... Kamuchos............... Phrygie...................... Calabre...................... Lesbos......................... Hellade...................... Hellénopont............... MÉTROPOLES. Césarée. Éphèse. Héraclée. Ancyre. Cyzique. Sardes. Nicomédie. Nicée. Chalcédoine. Sidé. Sébaste. Amasée. Syracuse. Tyane. Gangres. Thessalonique. Claudioupolis. Néocésarée. Pessinonte. Myre. Stavroupolis. Laodicée. Synnades. Iconium. Antioche. Pergé ou Sylée. Corinthe. Athènes. Mokéssos. Séleucie. Reggio. Patras. Trébizonde. Larissa. Naupacte. Philippopolis. Trajanoupolis. Rhodes. Philippes. Andrinople. Hiérapolis. Dyrrachium. Smvrne. Catane. Amorium. Kamachos. Kotyaeon. Santa Severina. Mitylène. Nouvelle Patras. Euchaïtes. NOMBRE D’ÊVÉCHËS. 15 34 15 8 12 tLi) 12 6 0 16 4 5 13 3 3 5 y 3 7 33 26 22 20 15 21 18 10 4 23 12 4 7 10 8 10 7 10 6 H 9 4 4 0 5 8 3 4 5 1 4 La Notitia de Constantin VII, qui date des environs de 940. ne diffère presque pas de la précédente. Comme elle, elle a 51 métropoles et 51 archevêchés autocé­ phales. Les noms des métropoles sont identiques, sauf que, dans le document de Constantin. Mélitène d’Armé­ nie a remplacé Syracuse au n. 13. Mélitène. tombée aux mains des Arabes au vme siècle, resta en leur pouvoir, sauf une courte occupation byzantine en 751. jusqu’en l’année 927 et, par suite, la succession épiscopa’e grecque cessa complètement dans la urovince d’Anué- 1371 CONSTANTINOPLE (ÉGLISE DE) 1372 thymna, Christianoupolis, Rousion de Thrace, Lacédé­ nie 1. Syracuse prit sa place. Mais au x' siècle, Mélimone, Paronaxos, Attalia. 11 est à remarquer pourtant téne fut de nouveau occupée par les Byzantins, tandis que les quatre premiers noms de celte seconde liste que les Arabes Fatimites se rendaient maîtres de Syra­ figuraient déjà dans la Notitia de .Jean Tzimiscès, un cuse et de sa province. Il y eut donc échange entre ces siècle auparavant. Cette Notilia d'Alexis Comnène con­ deux villes, et ce fut d’autant plus facile que Méliténe occupait déjà le 13' rang au vil' siècle. Dans la liste des | tient, en outre, une liste de39 archevêchés autocéphales, la plupart connus auparavant et qui font suile à la liste archevêchés autocéphales du temps de Constantin VII des métropoles. Il n est pas question d’évêchés suffra­ figurent seulement 50 noms; il manque, par une inadgants, soit que le manuscrit édité ne soit pas complet, vertance de copiste, Sebastoupolis dans l’Abasgie, qui est dûment constatée à la même époque. La liste des soit que l’empereur n’ait pas jugé à propos de retoucher cette liste. évêchés suffragants ne présente pas non plus de La cinquième Notitia, celle de Manuel Comnène, nous grandes divergences d'avec celle de Léon VI. Césarée est parvenue dans deux recensions, celle qu’a reproduite de Cappadoce compte seulement 8 suffragants au lieu de 15, Méliténe d’Arménie 4 au lieu de 13 qu’en avait Parthey, op. cit., p. 101 sq., et celle qu’a éditée en par­ tie M. Gelzer, op. cit., p. 585, d’après un manuscrit Syracuse, Patras 5 au lieu de 4, Trajanoupolis 6 au presque contemporain. C'est la ^production intégrale lieu de 7, Rhodes 13 au lieu de 10, Philippes 7 au de la Nolilia précédente, grossie de quatre métropoles lieu de 6, liamachos 5 au lieu de 8, Euchaïtes 0 au nouvelles : Mésembrie, Milet, Silivrie et Apros. Il est à lieu de 4. Nous avons ainsi un total de 502 évêchés remarquer cependant que Mélénic a pris la place de suffragants, au lieu de 522 que contenait la liste précé­ Dristra au n. 71, cette ville étant sans doute retombée dente. au pouvoir des Bulgares, du moins au moment où fut La troisième Notilia, qui daterait, d’après M. Gelzer, transcrit un des manuscrits qui contiennent cette Noti­ de 080 environ, comprend 56 métropoles. Méliténe tia. De plus, parmi les 33 métropoles nouvelles qui ne remplace toujours Syracuse au n. 13 et Stnyrne a pris figuraient pas dans la Diatyposis de Léon le Sage, la place de Séleucie au n. 30. On se rappelle sans doute que Léon l’Isaurien avait incorporé au patriarcat byzan­ 31 n’ont pas de suffragant. Nous trouvons aussi dans cette liste la plus ancienne attestation de la haute hié­ tin Séleucie d Isaurie avec tous ses évêchés suffragants, rarchie ecclésiastique en Russie, dont la métropole, vers l'an 732, sous prétexte que leur supérieur ordi­ Kiev, occupe seulement le 60« rang et compte alors naire, le patriarche d’Antioche, résidait hors de l'em­ 11 suffragants. pire, c’est-à-dire dans les possessions des califes. Or, La sixième Notitia, celle d’Isaac l’Ange (1186-1196), en 068, Antioche avait été réoccupée par les Byzantins. Dés lors, le motif mis en avant par Léon III n'avait plus contient 93 métropoles, à savoir : les 51 de Léon le Sage, les 29 d’Alexis Comnène, les 4 de Manuel Comnène et de raison d'être, et Séleucie d’isaurie devait être repla­ 9 noms nouveaux : Gardique, Philadelphie, Proconèse, cée sous la juridiction du patriarche de Syrie. C’est ce llypépa, Pyrgion, Arcadioupolis, Argos, Brousse et qui arriva effectivement et ce que nous permet de con­ stater celte Nolilia, car à partir de ce moment, la pro­ Achyraos. Dans la liste des archevêchés paraissent aussi vince d’isaurie n’a plus cessé de relever d’Antioche. pour la première fois quelques villes, comme DidymoLes 51 métropoles ordinaires ne sont donc plus que 50 tichos, Lopad et Mélaginai. Si maintenant nous descendons un peu dans les dé­ dans celte Notilia, mais on leur en a adjoint 6 autres : Amastris, Asmosatos, Chones, Olrante, Keltzène et tails, nous nous rendons bien comptedes accroissements Taron; ce qui porte le nombre à 56. Quant aux arche­ successifs qu’a pris le patriarcat byzantin, par suite de vêchés autocéphales, il y en a toujours 51, mais par ses relations avec les Eglises voisines. Tout d’abord, la politique violente des empereurs iconoclastes vis-à-vis suite de l’introduction de certains archevêchés dans la lisle des métropoles, on rencontre quelques noms nou­ des papes, dans le cours du vin· siècle, avait porté ses fruits. En dehors des provinces ecclésiastiques de la veaux. Le nombre et le nom des évêchés suffragants ne différent pas assez de ceux des listes précédentes pour Sicile et de la Calabre dont j’ai déjà parlé, en dehors que nous nous y arrêtions. Ce qui doit le plus frapper des provinces qu’occupaient les Bulgares et dontjedirai un mot tout à l’heure, tout ce qu'on est convenu d'appe­ notre attention, c’est que cette Notilia, immédiatement ler l’illyricum oriental se trouvait annexé au trône pa­ après les cinq grands patriarcats, énumère les deux triarcal de Constantinople. Or, ce n'était pas un mince archevêchés de Bulgarie et de Chypre comme soumis à territoire que l'on désignait sous le nom d’illyricnm. l'autorité de Constantinople. Cela tient à la même raison Vers 840, le clerc arménien Basile, Georgii Cyprii des­ qui faisait abandonner Séleucie â Antioche. En 972, Jean Tzimiscès entrait à Dristra, le siège de l’Église criptio orbis romani, édit. Gelzer, p. 27, notait déjà bulgare, et annexait à l’empire grec toute la Bulgarie si® provinces, comprises dans ce ressort ecclésiastique : les provinces de Thessalonique, Crète, Corinthe, Nico­ danubienne; par le fait même, toute celte contrée rele­ polis, Athènes et Patras. Un peu plus tard, entre les vai: .m piintde vue ecclésiastique de Byzance, mais les Eulg ires n acceptèrent pas cette déchéance et le centre années 901 el 907, la Notilia de Léon VI, IL Gelzer, Ungedruckte... Texte der Noliliæ episcopatuum, de I- ur Église fut transféré de Dristra en diverses villes p. 550 sq., en énumérait neuf : la Thessalie avec Thes­ de . "u-s:. jusqu'à ce qu’il fut fixé à Ochrida. Voir salonique, le Péloponèse avec Corinthe, la Ilellade avec B : ·.■. ί. t. n, col. 1183. Le même phénomène dut se -r ■- ; _r 1 Église de Chypre, qui fit retour en 965 Athènes, le Péloponèse avec Palras, la Ilellade avec Larissa, Nicopolis avec Naupacte, la Macédoine avec i .. ire ; jzantin, mais cette annexion religieuse ne Philippes, Dyrrachium, la Ilellade avec Nouvelle Patras. fut qu êph- inère. Li quMr-.eme .Vcritia, celle d'Alexis Comnène (1081- Ces 9 métropoles comptaient ensemble 55 évêchés suf­ fragants et, si l'on y ajoute 7 archevêchés autocéphales, 1118 . G. Partixey. op. cit., p. 95 sq., ne mentionne pas on voit que c’est 71 diocèses que Constantinople avait moins Je 80 métropoles, au lieu de 51 ou 56 qu'en ainsi soustraits à l'obédience de Rome. Et nous n'avons conli niimS les trocs précédentes. Nous avons en pre­ mier tien les ô! métropoles ordinaires, avec Méliténe i pas parlé de la Crète avec ses nombreux suffragants, d’Ain " r ii a. 1é rt Sél-ucie au n. 30, puis 29 noms I parce que cette Ile fut longtemps occupée par les Arabes, â peu près aoaseaax t Amastris. Omnes, titrante, Kel­ tout en relevant néanmoins de Byzance, .le n’insiste pas tzène. Colonia. Thèmes. Serrés. Poœpewupo'is. la Rus-ie sur les deux notices de 9i0 et de 980 par rapport à l’Illyricuin, parce qu’elles^ne mentionnent pas de change­ ou Kiev. A nia. An* -. T · rioepolis. Enchania. Kêrament important, non plus que sur les aulres qui vont sonte. Nacol ■· ■—-rzzia. Aptatnêe. Easilêon, jusqu'en 1204, parce que I on n’y trouve que des frac­ Dristra ou la Eu gane. Na narus. Con^u. Abydos. Me­ 1373 CONSTANTINOPLE (EGLISE DE) tionnements des anciennes provinces avec l’érection, çà el là, de quelques sièges nouveaux. Fondée par les missionnaires de Byzance et de Rome, l’Eglise bulgare occupa toujours une situation plus ou moins flottante entre les deux. Cela lui permit en somme de ne relever ni de l’une ni de l'autre et d’arriver promp­ tement à l'autonomie. Soit qu’elle dépendit alors de Rome, soit plutôt qu’elle eût obtenu son autocépbalie, la première Eglise bulgare, fondée vers 865, ne figure pas sur les listes "piscopales byzantines de Léon VI. vers 901, et de Constantin Porphyrogénète, vers 940. Si son archevêché est noté comme subordonné au patriarche byzantin, vers 980, c'est parce que Jean Tzimiscès s’était emparé de la Bulgarie danubienne. L’arçhevèque bul­ gare ayant ensuite changé de résidence, l’Église bul­ gare autonome de Pér< ieslavets et de Dristra se recon­ stitua à Ochrida avec les mêmes privilèges. De même, il n’y a pas à se préoccuper outre mesure de l’insertion de Dristra sur les listes épisctpales d'Alexis Cotnnène, de Manuel Comnéne et d'Isaac l'Ange. Un changement plus radical fut opéré, lorsque Basile H le Bulgaroctone eut mis lin au premier empire bulgare, 1018. De la sup­ pression même de la nation bulgare découlait légitime­ ment la suppression du patriarcat bulgare d’Ochrida et son annexion pure et simple à ['Église de Constantino­ ple. Pour des raisons politiques faciles à deviner, Ba­ sile II ne crut pas devoir toutefois s’engager si avant et, tout en supprimant l’autonomie de l’Église bulgare, il établit l’archevêché autocéphale d’Ochrida, constitué sur les bases de l’ancien patriarcat bulgare et qui jouis­ sait à peu près des mêmes droits et de la même juri­ diction. Cet archevêque pourtant dépendait de Constan­ tinople, el il en fut ainsi jusqu’en 1767, date de sa suppression, mais en même temps il nommait ou, du moins, il dirigeait le saint-synode qui nommait les archevêques et évêques soumis à sa juridiction. Sur ces diverses questions voir Bulgarie, t. n, col. 1177-1189. La Russie est une fille spirituelle de Byzance. Ce n’est pas ici le lieu de raconter les origines chrétiennes de cette nation, origines qui sont d’ailleurs fort obscures. Il est probable que le christianisme a pénétré en Rus­ sie vers l’année 853, peut-être même dans la première moitié du IX" siècle, el cela par des voies dilférentes, aussi bien par l'intermédiaire des latins que par celui des grecs. Voir Bonct-Maury dans la Revue de l'histoire des religions, t. XLlV,n.2 ( 1901). Toutefois, ces premiers germes ne purent fructifier et quand la tsarine Olga, la femme d Igor, voulut embrasser le christianisme, elle dut se rendre à Byzance vers l’année 956 ou 957, pour y recevoir avec le baptême le nom d'Hélène. La conver­ sion d’Olga passa tout à fait inaperçue et le tsar Svia­ toslav, 964-972, refusa d'accéder aux désirs de sa mère, craignant de se rendre ridicule devant ses guerriers, s’il adoptait une religion étrangère. Ce ne fut qu'en 989 que le prince Vladimir, le Clovis russe,se laissa baptiser et imposa ensuite le baptême à ses sujets. Il est probable que, à partir de cette époque, l’Eglise russe se constitua et qu'un métropolite grec, envoyé par le patriarche de Byzance, fut installé définitivement à Kiev, la capitale de la Russie. Malheureusement, nous ne possédons au­ cune notice épiscopale contemporaine de cet événement. En 980, Kiev est absente sur la liste des métropoles el il nous faut ensuite descendre jusqu’au régne d'Alexis Comnéne (1081-1118), pour trouver une autre Notitia. Sur celle-ci la métropole de Kiev est inscrite au n. 60, Parlhey, op. cil., p. 97, de même que sur celle de Manuel Comnéne, qui a vu le jour peu après 1170. II. Geizer, l'ngedruelile... Texte der Noliliæ episcopatuum, p. 585. Dans ce dernier document, Kiev est même accompagnée de onze sulfraganls, ce qui nous donne l'étal le plus ancien, connu jusqu’ici, de l’Eglise russe. Kiev figure encore, et au même rang, dans la Notitia d Isaac l'Ange (1186-1196). Le chef de l’Eglise russe, qui 1374 avait une place assez inférieure dans la hiérarchie byzan­ tine, jouissait des prérogatives d'un exarque et, une fois installé sur son trône, il administrait son diocèse comme bon lui semblait. Il sacrait les évêques de sa province et couronnait les tsars. Sa résidence ordinaire était Kiev. Les quatre premiers métropolitains de Russie furent des Grecs, 989-1051 ; le cinquième, Hilarion. de nationa­ lité russe, fut désigné directement par Jaroslav, mais on revint bientôt à élire des Byzantins. XIII. L’Église byzantine et les croisades, 1059-1204. — Le schisme était consommé et la séparation des deux Eglises complète. Michel Cérulaire en fut. la première victime. Tombé du pouvoir en 1059, il eut pour succes­ seur Constantin 111 Lichoudès (1059-1063), eunuque, fonctionnaire impérial, assez entendu en littérature et grand favori du philosophe à la mode, Jean Psellos, que l’on avait pris l'habitude de consulter sur tout. Déjà, l'empereur avait fait conférer les ordres jusqu'à la prê­ trise à son candidat, quand des bruits fâcheux se mirent à circuler sur son administration antérieure. Cela provoqua une assez longue enquête, d’où Lichoudès sortit blanc comme neige. Il put donc recevoir la consécra­ tion épiscopale et régner sans encombre jusqu'à sa mort, survenue au mois d’août 1063. Psellos, qui était poui· beaucoup dans son élection, lui consacra un cha­ leureux panégyrique. Avant de mourir, le patriarche offrit à son prédécesseur une véritable apothéose; il établit en l’honneur de Michel Cérulaire des panégyries annuelles el Psellos prononça une oraison funè­ bre, dans laquelle il démontra que, depuis son enfance, l'auteur du schisme avait été prédestiné à devenir un saint. A la mort de Lichoudès, la chaire patriarcale demeura vacante cinq longs mois, jusqu'à la nomina­ tion de son ami, Jean VIII Xiphilin, moine au mont Olympe de Bithynie. Cette fois encore, l’intervention de Psellos s’exerça avantageusement en faveur de son ami el ancien élève. Le pontificat de Xiphilin se prolongea jusqu'au 2 août 1075, dale de sa mort. Elu directement par les métropolites, chef d'un parti qui désirait avant tout les réformes religieuses et l’indépendance de l’Eglise, il eut un pontificat des mieux remplis. Ascète el réformateur dans toute la force des termes, il essaya, comme son contemporain Grégoire VII en Occident, de ramener la discipline ecclésiastique à sa pureté primi­ tive, veillant d’un œil jaloux sur l'observation des ca­ nons et s'efforçant de mettre dans la vie et les mœurs du clergé byzantin, surtout du clergé de la capitale, la retenue et le sérieux qui en avaient disparu depuis long­ temps. Scolastique étroit, il poursuivit d’une haine im­ placable tout partisan de la philosophie platonicienne, surtout son vieil ami Psellos, envers qui il n'avait que des obligations; fougueux redresseur des torts, il con­ traignait toujours la volonté de l’empereurà plierdevant la sienne. Toutefois, ce terrible justicier montrait qu'il était avec le ciel des accommodements, lorsque son in­ térêt ou celui de sa famille était en jeu. Avant de mou­ rir, Constantin X Ducas avait établi sa femme Eudocie régente, en attendant la majorité de ses enfants. Le pa­ triarche, présent à l'entretien, lit jurer au sénat fidélité aux fils du basileus défunt et à l’impératrice régente la promesse de ne jamais se marier. L'avenir de la dynas­ tie était ainsi bien sauvegardé. Hélas! les progrès des Turcs réclamèrent bientôt une main plus virile pour diriger les affaires de l'État. Eudocie recourut au pa­ triarche et lui proposa d'épouser son propre frère, un parfait incapable, s'il la dégageait de son serment anté­ rieur. Xiphilin y consentit et obtint, non sans peine, l’acquiescement du sénat. Dés que tous les obstacles furent lev's, l'impératrice épousa, non le frère du pa­ triarche, mais un bon général, Romain IV Diogène. Dés ce jour, naturellement, empereur et patriarche devin­ rent mortels ennemis el Xiphilin contribua à la chute du basileus en 1971. 1375 CONSTANTINOPLE (ÉGLISE DE) Le successeur de Xiphilin, Cosmas Ier (1075-1081),fut élu directement par l’empereur. Fidèle à la maison des Ducas, il dut démissionner pour des motifs politiques, mais après avoir infligé au nouvel empereur, Alexis Ior Comnène, et à toute sa famille un jeûne de quarante jours, pour avoir laissé ses soldats piller et profaner les églises de la capitale. Le candidat d’Alexis l" était tout prêt; ce fut l’eunuque Eustratios Garidas (1081-1084), moine assez borné, qui avait déjà comploté contre le précédent titulaire. On l’impliqua ensuite dans le procès religieux d'Italos, philosophe en renom à Byzance, qui fut accusé dés le moisde janvier 1082. Italos parutdevant le concile et, comme le patriarche le favorisait secrète­ ment, on dut remettre l'affaire à la décision de l’empe­ reur. Profond théologien et dialecticien subtil, celui-ci n'eut pas «le peine à démêler ses erreurs et, d'accord avec une délégation du patriarcat et du sénat, à porter une condamnation contre lui. Après quoi, le malheu­ reux philosophe comparut encore devant un concile et fut excommunié, alors que tous ses disciples voyaient prononcer leur acquittement. Il aurait fallu remonter trop haut, si l’on avait voulu rechercher toutes les responsabilités. F. Chalandon, Essai sur le règne d’Alexis I" Comnène, Paris, 1900. p. 310-316. Garidas une fois démissionnaire, ce fut le tour de Nicolas III dit Grammatikos (1084-1111). Ce long patriarcat de vingt-sept ans fut également témoin de vives contro­ verses religieuses. Un jour qu’Alexis Ier se trouvait aux prises avec de graves difficultés financières, il songea à saisir les biens des églises, à dépouiller les statues et les images des lames d'or et d'argent qui les envelop­ paient, mais il se heurta contre une opposition des plus caractérisées et que dirigeait Léon, métropolite de Chalcédoine. On le destitua et on l'exila à Sozopolis de Thrace, janvier 1086, après l'avoir, dans un grand con­ cile, accusé de rendre aux images un culte de latrie, ce qui le rendait passible des peines portées contre les idolâtres. F. Chalandon, op. cil., p. 110-112; décret d'Alexis Ier ordonnant la déposition de Léon dans le Bulletin de correspondance hellénique, 1878, t. u, p. 102-128; Montfaucon, Bibliotheca coisliniana, Paris, 1715, p. 102-110. Après le procès de Léon, on eut celui de Nilos, un moine qui aurait exprimé des idées hété­ rodoxes sur le mystère de la sainte Trinité et sur la divinité du Christ. Avec lui, tombèrent sous l'anathème les Arméniens, surtout ceux de la région de Philippo­ polis, dont la conversion préoccupait vivement l’empe­ reur. Revenons quelque peu en arrière pour étudier main­ tenant les rapports des deux Églises. Dès l’avènement au trône de Michel VII Parapinace, 1072, le pape Alexan­ dre Il lui députait une ambassade solennelle pour lui transmettre ses meilleures félicitations, mais l’opposi­ tion irréductible de Psellos et du patriarche Xiphilin empêchèrent d’aboutir le projet de réconciliation. En 1073. les rôles étaient intervertis; c'était l’empereurqui se tournait vers le pape Grégoire VII, lui promettant d'opérer l'union des deux Eglises, si l’Occident lui prê­ tait le secours de ses armes contre les Turcs. Jaffé, Bild. rer. Germ., p. 31 sq., 145. L’offre ne pouvait arriver plus à souhait, car le pape se proposait au meme moment de conduire lui-même une armée de 501)00 hommes au secours de I’Orient menacé. Toutefois, les exigences dogmatiques du pape qui réclamait, non seulerm-nt la reconnaissance de la primauté pontificale, mais encore l'acceptation de la doctrine romaine sur tous les points controversés, Jaflë, op. cit., p. 145,150, aq-c' -r n: les négociations; et d’autres obstacles I i · η: surgir qui retarderaient la réalisation de ce p-néreux projet. Tout d'abord, l'empereur d'Allemagne, Uenri iV. auquel Grégoire VU pensait confier la garde de l’Occident pendant son absence, engagea avec lui cette fameuse lutte qui devait empoisonner ses derniers 1376 jours; puis ce fut son protégé, le basileus Michel VII, j que Nicéphore Botaniste détrôna à son profit, 1078. Dès lors, le pape ne songea plus qu’à pousser à la guerre contre l’usurpateur, le chef normand Robert Guiscard, I ami du prince dépossédé. En 1081, Botaniste était renI versé par Alexis Comnène, lequel se réconciliait avec la famille des Ducas; tout motif d'intervention se troui vaitdonc écarté pour Grégoire VII. Maiscomme Robert Guiscard était alors engagé dans une guerre avec le basileus Alexis et que les armes du prince normand étaient nécessaires à la curie romaine, pour parer aux empiètements continuels de l’empereur d'Allemagne, rien ne fut modifié dans la politique de Rome, qui resta comme auparavantantibyzantine. De là les chaleureuses félicitations que Grégoire VII envoyait à Guiscard, à chaque victoire que ses troupes remportaient dans la péninsule balkanique. Chaque pas en avant du souve­ rain normand marquait une prise de possession faite par la curie romaine. Déjà, toute l’Italie méridionale s'inclinait sous la juridiction du pape; une grande par­ tie des provincesillyriennes venait de lui être restituée, et cela de par la volonté d’Alexis l'r. Rodota, Dell' ori­ gine... del rilo greco in Italia, Rome, 1758, t. il, p.452454. Plus lard, lorsque Guiscard se fut encore éloigné de son centre d’opérations, le pape ne trouva plus son compte à ces entreprises hasardeuses, qui permettaient à Uenri IV d’éviter son écrasement, et il aurait désiré la cessation des hostilités contre Byzance; mais il était trop tard. Les deux empereurs, grec et germanique, avaient contracté une étroite alliance. En vain, Gré­ goire VII, vaincu par Henri IV, suppliait-il Guiscard d'accourir à son secours, les troupes du prince nor­ mand venaient d'être réduites à néant par les victoires répétées d’Alexis Comnène. Le pape Urbain II revint aux moyens pacifiques, qu'avait uniquement employés son prédécesseur dans les premières années de son pontificat. En 1089, il exhortait Alexis à tolérer que les latins se servissent de pain azyme à Constantinople pour le saint sacrifice, et à cette demandes! modérée le I basileus répondait en invitant le pape à une conférence religieuse ou concile, qui se tiendrait à Constantinople dans un délai de dix-huit mois. A la suite de ces négo­ ciations, Urbain II le releva de l'excommunication. Une détente sensible se produisit alors; nous en trouvons la preuve dans un curieux ouvrage de Théopbylacte de Bulgarie, écrit vers 1091-1092, intitulé : Discours sur les erreurs des Latins et qui témoigne d’une grande bienveillance à leur égard. F. Chalandon, op. cit., p. 129-131. En 1095, une ambassade d’Alexis 1er venait trouver le pape au concile de Plaisance, non pour dis­ cuter religion, mais pour implorer son appui, et le sou­ verain pontife s’y prêta d’assez bonne grâce, dit le chroniqueur Bernold : multos invitavit, ut etiam jure­ jurando promitterent, se... eidem imperatori contra paganos pro posse suo fidelissimum adjutorium collaluros. Et dans son vibrant appel de Clermont-Ferrand, qui détermina la première croisade, Urbain II ne pensa qu’à exhorter les chrétiens d'Occident à sauver leurs frères d’Orient, plutôt même que de songer à la déli­ vrance de Jérusalem et du Saint-Sépulcre. Historiens occidentaux des croisades, t. ni, p. 323 sq. Les croisades furent la première occasion offerte aux princes occidentaux de donner une solution sérieuse à la question orientale, mais une solution violente qui allait à l'encontre des premiers désirs du pape. Boémond, fils cadet de Robert Guiscard, voulut, avec ou sans le consentement d'Alexis Comnène, se tailler une principauté en Orient; il dut toutefois obéir au pape et prêter le serment que le basileus exigeait de tous les chefs croisés, en s’engageant à remettre entre ses mains les villes et les places fortes qu’ils auraient conquises au cours de l'expédition. La promesse ne fut pas tenue et Boémond garda Antioche, une ville qui était encore 1377 CONSTANTINOPLE (ÉGLISE DE) grecque en 1085, dix ans à peine avant les croisades. Bien plus, pour n’avoir plus de diflicultés avec les Grecs, les chefs des croisés proposèrent au pape un moyen simple, mais radical, de terminer le conllit en s’emparant de Byzance, septembre 1098. Historiens oc­ cidentaux des croisades, t. ni, p. 380 sq. ; P. L., t. eu, col. 555. C'était, en somme, prendre juste le contrepied du plan d’Urbain II,qui leur paraissait irréalisable. La lettre des croisés lit grande impression sur le pape, qui se décida à lever de nouvelles troupes pour secou­ rir les Francs. Cependant, il se refusa à permettre une guerre fratricide contre les Grecs, ainsi que le lui con­ seillaient les chefs de la croisade, et, au concile de Bari (1098), comme à celui de Rome (avril 1099), il songeait toujours à l’union pacifique des deux Eglises. Peu de temps après, le grand pape mourait, laissant à son suc­ cesseur Pascal Il le soin de terminer cette grave affaire. Cependant, depuis 1099, la jeune principauté franque d’Antioche avait à lutter sans trêve contre l'armée et contre la Hotte du basileus, qui ne voulait pas laisser en la possession des croisés cette jolie province. Boémond comprit bien vite qu'il ne pourrait résister à la fois aux Turcs et aux Grecs et il revint à son projet de conqué­ rir Constantinople. Pour le réaliser, il lui fallait l’appui de Rome, car de sa bénédiction ou de ses anathèmes dépendait tout le succès de l'entreprise. Le terrain se trouvait alors admirablement préparé en Occident, ou les Latins ne pouvaient pardonner aux Grecs d'avoir tout mis en œuvre pour faire échouer la première croi­ sade. Un évêque franc, qu’Alexis Ier chargea d’expliquer sa conduite au pape, prit sur lui de démontrer le contraire et il s’en alla chez tous les princes de l’Eu­ rope, prêchant partout contre la perfidie de l’empereur. Aussi, le voyage de Boémond en Europe se ressentit de ce nouveau courant de l’opinion; partout il fut accueilli en héros, et le pape lui donna même un légat pour l’accompagner en France (1104). Toutefois, l’expédition du prince normand contre Durazzo ayant échoué, il dut songer à demander une paix humiliante (1108). Loin d’implanter l’Eglise romaine à Constantinople, il dut souffrir que le patriarche d’Antioche, sa propre princi­ pauté, fût de nouveau choisi par Alexis parmi les clercs de la Grande Église. F. Chalandon, op. cit., p. 242-250. Un légat du pape assistait à la signature du traité entre Alexis et Boémond. Trois ans plus tard, le 12 février 1111, avait lieu l'emprisonnement de Pascal II par Henri V, et le pape, contraint de se soumettre à la force, le couronnait empereur. 13 avril. Les Romains ayant pris les armes pour résister à l’empereur germa­ nique, Alexis Comnêne leur envoya des ambassadeurs, chargés de les féliciter et de leur ollrir son appui, s’ils consentaient à le reconnaître pour leur empereur. Pas­ cal 11 remercia Comnène et le pria de se rendre à Rome, mais Alexis Ier étant tombé malade ne put accé­ der à ce désir et se fit excuser en parlant sans doute de la réunion' des deux Églises qui était encore à l’ordre du jour. Le pape lui répondit vers la fin de 1112 par une lettre que nous avons encore et dans laquelle il le remercie de l’idée qu’il a eue d’accomplir cette réu­ nion; il lui déclare pourtant que le seul moyen de tout concilier c’est que le patriarche de Constantinople reconnaisse la primauté du siège de Rome et que les provinces grecques, autrefois soumises au saint-siège, reviennent à son obéissance. Pascal II proposait encore la convocation d’un concile, qui réunirait les évêques des sièges apostoliques. Nous n’avons plus de rensei­ gnements à ce sujet, nous savons seulement que l’année suivante (1113), à son retour de Terre-Sainte, Pierre Chrysolanus, archevêque de Milan et grec d’origine, vint à Constantinople et prononça un discours contre les erreurs de ses compatriotes. Jean Phournès, moine du mont Ganos, le combattit vivement, ainsi qu’Eustratios de Nicée, Euthyme Zigabénos dans sa Panoplie DICT. DE TllÉOL. CAT1IOL. 1378 dogmatique, etc. L’empereur rompit aussi quelques lances dans ce tournoi théologique, suivi de près par sa fille Anne. La polémique qui roulait sur tous les points discutés entre les deux Églises, n’apporta guère de part et d’aulre de nouveaux arguments,car en Occident comme à Byzance on ne vivait plus que de l'antique érudition. Les relations ne furent guère modifiées sous le règne de Jean Comnène (1118-1143). En 1135, celui-ci envoya des ambassadeurs â l’empereur Lothaire 11, qui les fit accompagner au retour par Anselme, évêque de Havel­ berg, dans le Brandebourg. Durant son séjour à Byzance, ce prélat, instruit et zélé, soutint dans les églises de Sainte-Irène et de Sainte-Sophie, les 10 et 17 avril 1136, plusieurs discussions dogmatiques avec Nicétas, métropolite de Nlcomédie, sur les questions controversées entre Grecs et Latins : la primauté du pape, la procession du Saint-Esprit, les azymes, etc. Les débats ne manquèrent pas de courtoisie et l’on conclut à la nécessité de tenir un concile général pour achever l'œuvre de l’union. Ces conclusions ne furent pas main­ tenues, du reste ; Jean Comnène continua à guerroyer contre les croisés de Syrie et mourut dans la princi­ pauté d’Antioche. Les patriarches, qui s’étaient succédé depuis 1111 sur le siège patriarcal, ne semblent pas avoir montré trop d’inclination pour la reprise des an­ ciens rapports entre les deux Églises, sans manifester pourtant une antipathie irréductible, lorsque la poli­ tique des empereurs réclamait d’eux ce sacrifice. C’est sous le pontificat de Léon le Stypiote (1134-1143), qu’eurent lieu les conférences d’Anselme de Havelberg avec les théologiens et qui n’amenèrent aucun résultat. Ce patriarche est fêté par les Grecs le 12 novembre; il avait succédé à Jean IX dit le Iliéromnémon (11111134), de la charge qu’il avait exercée dans l’Église by­ zantine. Du pontificat de celui-ci le fait le plus mémo­ rable c'est l'exécution de Basile, fondateur de la secte des bogomiles, qui fut brûlé vif en plein hippodrome, en l’année 1118. On voit que les autodafés n’étaient pas inconnus à Byzance, ce qui n’empêche pas les Grecs modernes, qui ignorent totalement leur histoire, de ressentir de belles indignations contre l'inquisition ro­ maine. Léon dit le Stypiote mourut en 1143 et fut rem­ placé par Michel II Kourcouas, surnommé l’Oxile,parce qu’il avait habité un couvent de File d'Oxeia, près de Constantinople. Dans un concile, tenu le 20 août 1143, Michel II condamnait les bogomiles et plusieurs évêques qui les favorisaient, ainsi que l'avait déjà fait son prédé­ cesseur. L. Allatius, De Ecclesiæ occidentalis ataue orientalis perpetua consensione,Cologne, 1648, col. 644653, 669 sq. Deux autres conciles furent tenus sous son pontificat contre le moine Niphon, l'un le 1er octobre 1143, l'autre le 22 février 1144. Allatius, op. cit., col. 678-683. Lorsqu’il descendit du trône œcuménique pour retourner dans son île, Michel II n’y rechercha pas les honneurs et, dès son retour, on le vit se coucher à la porte de l'église et contraindre tous les moines à lui passer sur le corps. Vinrent ensuite Cosmas II l’Attique (1146-1147), que son affection pour le frère de l’empereur fit impliquer dans un procès religieux, in­ tenté aux bogomiles et à leurs adhérents, et déposer le 26 février 1147, Allatius, op. cit., col. 683-689; Nicolas IV Mouzalon (1147-1151), ex-archevéque de Chypre, déposé ou démissionnaire pour n’avoir pas renoncé à sa pre­ mière dignité; Théodote II (1151-1153), ancien supérieur d’un couvent ; Néophyte Ier, le reclus du monastère de l’Evergétis, qui ne resta que quelquesjours ou quelques mois en charge; Constantin IV Chliarénos (1154-1156;; enfin, Luc Chrysobergès, qui était encore patriarche le 19 novembre 1169, A. Papadopoulos-Kerameus, Άνάλεχ-a ίεροσολυμιτικής σταχυολογίας, t. IV, p. 107 sq., et déploya la plus grande activité. Sous son pontificat se tinrent plusieurs synodes importants, relatifs à des points de dogme ou de discipline qui intéressaient III. — 44 •1379 CONSTANTINOPLE (EGLISE DE) l’Église byzantine. D'abord, deux conciles furent réunis en janvier 1156 et en mai 1157 contre Sotérichos Panteugéne, patriarche nommé d’Antioche, et contre ses partisans, qui soutenaient que le saint sacrifice n’était pas oll'ertau Verbe, mais seulement au Père et au SaintEsprit, P. G., t. cxl, col. 137-202; puis, un autre con­ cile fut convoqué le 2 mars 1166 et se tint jusqu’au 14 avril de la même année pour expliquer le texte évan­ gélique : « Le Père est plus grand que moi. » P. G., t. cxl, col. 202-282. Beaucoup d’évêques n’avaient signé les décisions conciliaires que sur les instances du pa­ triarche, i’homme-lige de l’empereur. A peine Luc Chrysobergès était-il descendu dans la tombe, que le métropolite de Corfou, Constantin, jetant le masque, traita ouvertement le défunt d'hérétique. Manuel Comnéne convoqua d'urgence le synode pour examiner le cas; l’assemblée se réunit le vendredi, ,30 janvier 1170, sous le patriarche Michel III d’Anchialos, et fut aussi imposante que celles de 1166. Une seconde réunion eut lieu le 20 février 1170, dans laquelle l’anathème so­ lennel fut lancé contre Constantin. Deux jours aupara­ vant, le 18 février, on s’était occupé d'Irénicos, le moine compromis dans d'autres questions de doctrine et, comme l’accusé donna certaines marques de repentir, on remit à plus tard sa condamnation. Les documents manquent pour indiquer comment se termina cette grave all’aire; elle occupait encore les esprits au siècle suivant, sous le patriarcal de Michel IV Autorianos(12071213), lors de l’empire grec de Nicée. D’autres synodes particuliers eurent lieu sous le patriarcat de Luc et un grand nombre de prescriptions canoniques furent mises à jour, qui ne sauraient trouver place ici. Sur les con­ ciles de 1166 et de 1170, voir l’article documenté du P. Petit, Documents inédits sur le concile de 1166 et ses derniers adversaires, dans le Visant. Vreniennik, 1904, t. xi, p. 465-493. Nous avons vu qu’en 1136 Anselme de Havelberg s'était rendu à Constantinople en qualité d’ambassa­ deur allemand. En 1155. ce fut le pape Adrien IV qui l’envoyait auprès de Manuel Comnène. Comme l’archevêque de Thessalonique, Basile d’Ochrida, exerçait alors une influence prépondérante dans son Église, Anselme lui remit de la part du pape une lettre, à laquelle Basile répondit d’une manière fort courtoise, mais où, sous la politesse de la forme, perce sans cesse la subtilité du byzantin. Pour être édifié sur les vrais sentiments de ce métropolite, il faut lire la conférence qu’il eut avec Anselme, au mois d’avril 1155, et qui a été récemment éditée. J. Schmidt, Des Basilius aus Achrida Erzbischofs von Thessalonich bisher unedierte Dialoge, Mu­ nich, 1901, surtout, p. 25-33, pour la véritable attribu­ tion. Dans sa lettre au pape, Basile demande qu’on laisse de côté le filioque et les azymes et qu’on fasse ressortir de préférence les points dogmatiques sur les­ quels l'accord régnait. Le successeur de Luc Chryso­ bergès, Michel III d’Anchialos, 1170-1177, était un ennemi juré des Latins, qui s’opposa par tous les moyens à l'union des deux Eglises. Allatius, op. cit., col. 526. Par un souhait sacrilège, qui trouva plus tard des imitateurs, il préférait l'avènement des Turcs à l'entente avec les Latins. Op. cit., col. 555-559. On ne s’étonnera pas dès lors que, lorsque des paroles si graves tombaient de si haut, la haine de la foule pour les Occidentaux ne connut plus de bornes et qu’elle procéda au terrible massacre de 1182, dans lequel même le légat du pape était assassiné. Ce fait, gros de conséquences, arriva après la mort de Manuel Comnene (1180), qui ne l’aurait jamais permis. Et la disparition de cet homme de guerre, qui fut aussi un habile diplomate. modifia du tout au tout les rap­ ports de l’Orient et de l’Occident. Jusque-là, les trois premiers Comnènes avaient ouvert bénévolement leur empire au trop-plein de l’expansion occidentale, détour­ I j 1 ; 1380 nant ainsi les Francs de se frayer une voie par la vio­ lence. Le meurtre des Latins en 1182 et les actes d’hos­ tilité contre le latinisme qui se produisirent à la suite brisèrent cette union et favorisèrent le plan qu’avaient déjà rêvé les princes occidentaux : la conquête de Byzance. En 1190, Barberousse songeait à s'emparer do Constantinople, parce que Isaac l’Ange lui refusait le passage en Asie. Son fils, Henri VI, pensait de même à se tourner contre Byzance, une fois que son mariage avec la fille du dernier roi normand l'eût rendu héri­ tier du royaume de Sicile (1194). Le pape Célestin III, qui ne voulait à aucun prix que l’univers chrétien tombât entre les mains de l’empereur allemand, l'arrêta net dans ses projets de conquête et la mort, sep­ tembre 1197, ne tarda pas à surprendre le hardi potentat. En 1198, le basileus Alexis III, qui avait détrôné son frère trois ans auparavant, otl'rait son alliance au pape Innocent III contre l’empereur allemand. Le pape voulut bien accéder à ce projet, mais à la condition que le basileus proclamerait l’union dans ses Étals et expé­ dierait une flotte au secours des croisés de Palestine. Au cas contraire, Innocent III le menaçait de soutenir Isaac l’Ange, l'empereur détrôné, et d’encourager le gendre de celui-ci, Philippe de Souabe, dans l’expédi­ tion qu’il tenterait contre Byzance. Vaine menace,qu’on ne prit pas au sérieux, car le pape ne songeait aucune­ ment à fortifier la puissance de Philippe de Souabe. Sans travailler en rien à diminuer l’aversion que son clergé et son peuple nourrissaient contre les Latins, Alexis III promit au pape, février 1199, d’envoyer une députation au concile qu’il projetait de réunir. Et lors­ que Innocent 111 entra dans ses vues, 13 novembre 1199. en invitant le patriarche de Constantinople à un concile général, l’empereur réclama qu’il se tint en terre by­ zantine, tout en insinuant, du reste, que le pouvoir im­ périal était au-dessus du pouvoir spirituel. A quoi le pape répondit que le second surpassait le premier, comme le soleil surpasse la lune. Les négociations n’aboutirent pas, mais par des menaces ou des pro­ messes, le basileus avait réussi à détourner le danger d’une croisade qui le menaçait. Au printemps de l'année 1201. le péril devint plus grave. Son neveu Alexis,qu'il tenait emprisonné avec son père Isaac, parvint à s'éva­ der et à se réfugier auprès du pape. Le fugitif promit à Innocent III de faire l’union des deux Églises, s'il le soutenait dans ses prétentions. Le pape refusa. L’em­ pereur allemand, beau-frère du jeune Alexis, ne fut pas du même avis, et il s’entendit avec Boniface deMontferrat, le chef de la croisade projetée, pour rétablir sur le trône de son père le jeune prince. Le projet fut com­ muniqué à Innocent III, printemps 1202, qui le con­ damna. Une ambassade des chefs croisés auprès de lui ne fut pas mieux accueillie ; il se prononça, ainsi qu’il l’écrit lui-même à Alexis III, le 16 novembre 1202,pour l'usurpateur contre le prétendant. Puis, au printemps de l’année suivante, il défendit aux croisés d’attaquer l’empire byzantin. Et cela, non par sympathie pour Alexis III, puisque jamais empereur ne se montra moins favorable que lui à une entente raisonnable avec Rome, mais parce qu’il ne voulait pas que le sang chrétien fût versé pour une cause aussi misérable et qu’il se refu­ sait à agrandir la puissance de Philippe de Souabe, son ennemi personnel. Malgré les défenses formelles du pape, la quatrième croisade fit voile pour Constantinople. Après un siège de quatorze jours, Alexis III s’enfuit, son frère, Isaac l’Ange, fut délivré de prison le 18 juillet 1203, et son neveu couronné le 1er août 1203 sous le nom d’AlexislV. Les croisés qui avaient provoqué son avènement, écri­ virent au pape, le 28 août, pour se justifier et implore, leur pardon, pendant qu’Alexis IV s’engageait à opérer l’union des deux Églises, dés que naîtrait une occasion 1381 CONSTANTINOPLE (ÉGLISE DE) favorable. Le pape répondit au basileus qu’il voulait bien le reconnaître, mais aux conditions suivantes : amener le patriarche à admettre la primauté romaine, à prêter obéissance au pape et à lui demander le pal­ lium, enfin déléguer à Rome une ambassade solennelle pour accomplir l'union. Déjà une révolution s’était ac­ complie à Byzance. Au mois de novembre 1203, Alexis IV se voyant hors d’état de réaliser les promesses faites aux Latins, rompit toute relation avec les croisés, qui campaient hors de la capitale; il n’en fut pas moins renversé par une conspiration qui portait au trône Alexis V Mourzoufle, janvier 1204. Celui-ci, dans un mouvement de désespoir, conduisit les Grecs contre les armées franques, il fut battu et, le 12-13 avril 1204·, By­ zance était conquise. Le 9 mai suivant, Baudouin de Flandre devenait empereur, tandis que Boniface de Montferrat se taillait un royaume, qui avait Thessalo­ nique pour capitale. Au milieu des graves conflits qui marquent la fin du xu’ siècle, les patriarches défilent sur le trône œcumé­ nique avec une rapidité surprenante. De 1177 à 1204, c’est-à-dire en vingt-sept ans, nous ne comptons pas moins de huit titulaires, dont deux seulement meurent sur leur siège. On voit d'abord Chariton, qui ne régne en tout que onze mois, puis Théodose I” (1178-1183), fils d’un Arménien et surnommé le Boradiote, parce qu'il avait habité le monastère de Boradion au nord de Chrysopolis..!. Pargoire, Vie de saint Auxence et mont Saint-Auxence, Paris, 1904, p. 93-97; A propos de Bo­ radion, dans la Byzantinische Zeitschrift, 1903, t. xu, p. 449-493. Celui-ci fut destitué par le protosébaste Alexis, qui exerçait la régence au nom de son neveu, 1182, mais ne voulant pas démissionner et ne trouvant personne qui osât le destituer, il fut rappelé avec des manifestations de joie inouïes. L'année suivante, il était définitivement congédié par Alexis et s'en allait habiter son couvent de Térébinthos, près de Chalcédoine. J. Par­ goire, Les monastères de saint Ignace, dans le Bulle­ tin de l'institut archéologique russe de Constantinople, Sofia, t. vu, p. 65-69. Basile II Camatéros (1183-1186) aurait acheté le patriarcat et absous Andronic Comnène des crimes dont il s’était rendu coupable. Une révolu­ tion politique, qui amena au trône Isaac l’Ange, entraîna également la démission de Basile II et l'avènement de Nicolas II Mountanès (1186-*1189). Bien que fort avancé en âge, ce dernier n’eut pas la consolation de mourir sur son siège; il fut destitué au profit de Léonce (11891190), higoumène du couvent des Saints-Apôtres sur le mont Saint-Auxence. En le nommant patriarche, Isaac prétendit que la Théotokos le lui avait expressément désigné; sept mois après, en le déposant, il déclara que ki Théotokos le voulait ainsi. Le patriarche déchu y gagna le surnom de Théotokite. Dosithée de Jérusalem avait prédit à Isaac l’Ange sa future grandeur, ce qui lui valut â lui-méme le patriarcat de Jérusalem. Après la déposition du Théotokite, l'empereur qui l’avait déjà désigné feignit d'en être empêché par la loi canonique, qui défendait le transfert d’un siège à un autre. Il con­ sulta donc le célèbre canoniste, Théodore Balsamon, patriarche d'Antioche, lequel se croyant mis en cause, n’eut pas de peine à trouver des dérogations â cette loi. Le saint synode, trompé lui aussi, acquiesça à la con­ sultation. Dès que tout obstacle fut levé, l’empereur imposa Dosithée de Jérusalem. On juge des éclats de rire qui accueillirent une pareille décision. Les métro­ polites dépités voulurent· aussitôt déposer le nouvel élu; comme l’empereur s’y opposait, ils lui firent d’abord donner sa démission de sa première charge, puis le contraignirent à démissionner. 10 septembre 1191. Voir les pieces dans Papadopoulos-Kerameus, Άνάλεχτα ίεροσολυαιτιζης σταχυολογίας, t. Il, p. 361-371. C’est lui qui, d'après une lettre de Frédéric 1er à son fils Henri.aurait dit à Sainte-Sophie, en présence des représentants de 1382 Frédéric, que « tout Grec, même s’il avait tué dix autres Grecs, obtiendrait son pardon du ciel, pourvu qu’il parvint à assassiner cent Latins ». Frédéric 1” se trou­ vait alors à Constantinople. W. Norden, Das Papstlum und Byzanz, Berlin, 1903, p. 120, note 1. XIV. L'occupation latine, 1204-1261. — « La prise de Constantinople par les croisés ouvre pour l’empire byzantin une longue période d'anarchie civile et reli­ gieuse. On voit se manifester de toutes parts, dans l’État comme dans l’Eglise, des prétentions à l’autonomie locale. Sans parler du puissant empire vlacho-bulgare, un lils naturel d'un certain Constantin l’Ange, Michel, va fonder dans les montagnes de l’Albanie et de l’Étolie le despotat d’Epire. Théodore Lascaris, proclamé empe­ reur à Sainte-Sophie pendant l’assaut même des Latins, 13 avril 1204, fuit bientôt devant ces derniers, maîtres de la ville, et se retire en Bithynie : c’est l'empire de Nicée qui commence. Dans la région pontique, â Trébizonde, un petit-fils de l’usurpateur Andronic Comnène ceint à son tour la couronne impériale. A Athènes, dans le Péloponése, dans l’archipel, dans les lies Ioniennes, partout des citoyens puissants ou des officiers impériaux se taillent de petites principautés. De l’immense empire byzantin il ne reste que des débris. » L. Petit, dans le Bulletin de l'institut archéologique russe << Constan­ tinople, Sofia, 1903, t. vin, p. 163. Aux démembrements politiques viennent s’ajouter naturellement les morcel­ lements religieux. Lors de la prise de Constantinople, le patriarche grec, Jean X Camatéros, avait quitté la capitale avec ses compatriotes et s’était réfugié ensuite à Didymotichos. Au lieu de rejoindre Théodore Lasca­ ris à Nicée, dont celui-ci se proposait de faire le centre d’un nouvel empire, il resta deux ans oisif dans sa ré­ sidence, de sorte que l’Église orientale, tout en ayant un titulaire à sa tête, se trouvait réellement sans pasteur. Cette situation mécontentait Lascaris, qui aurait voulu attirer le patriarche dans les murs de sa capitale, se faire couronner par lui et donner à sa cause la légiti­ mité qui lui manquait. C’est dans ce but qu'il écrivit en 1206 à Jean X pour l'inviter à vivre désormais auprès de lui; mais le patriarche œcuménique se contenta de lui envoyer par écrit sa démission. Jean X parait avoir agi ainsi par suite de sa parenté avec la femme du cidevant empereur Alexis III, qui vivait encore el qu'il ne voulait pas abandonner en reconnaissant un usurpateur. La démission du patriarche compliquait la situation, au lieu de l'arranger, car on ignorait qui avait le droit de nommer son successeur.Constantinople était aux mains des Latins, et Théodore Lascaris n’était guère plus au torisé à se proclamer le légitime basileus que ses con­ currents de Trébizonde et de l’Epire. Aussi, la vacance du siège œcuménique fut-elle prolongée. Elle existait sûrement le 29 septembre 1206, J. Pargoire, Nicolas Mésaritès, métropolite d'Éphèse, dans les Échos d’Orient, 1904, t. vu, p. 221, et ne prit fin que le 15 avril 1207 avec l’élection de Michel IV Autorianos, choisi par le clergé de Nicée. Le jeudi-saint suivant, 19 avril, eut lieu la confection du saint chrême et, le dimanche de Pâques, 22 avril, le sacre de Lascaris. J. Pargoire, loc. cit., p. 226. Le patriarcat de Michel IV dura jusqu’à la fin d’octobre ou jusqu’aux premiers jours de novembre 1213, caron connaît de lui une pièce, datée d’octobre 1213, Viz. Vremennik, t. iv, p. 164, et le 12 novembre 1213, son successeur, Théodore 11 Irénicos, était déjà en charge. J. Pargoire, loc. cil., p.225. Les catalogues patriarcaux assignant au patriarcat de celui-ci une durée d’un an, quatre mois et trois jours, il dut mourir au mois de mars 1215. Après lui vint Maxime II, juin-décembre 1215, supérieur du couvent des Acémètes et que les femmes de la cour firent par­ venir à la suprême dignité ecclésiastique; puis Ma­ nuel 1«· Charitopoulos, qui gouverna probablement l’Église de Nicée, de décembre 1215 à septembre 1222. 1383 CONST A NTINÔPLE (ÉGLISE DE) Si la succession régulière des patriarches était établie à Nicée, il ne s'ensuit aucunement que la juridiction de ces derniers fût également reconnue de tout le monde. Ainsi la Serbie arrache, bon gré mal gré, au patriarche byzantin la reconnaissance de son autonomie religieuse par la création du patriarcat d’Ipek, 1219. La Bulgarie y met encore moins de formes et, d'accord avec le pape Innocent III, elle se déclare autocéphale et érige son patriarcat national de Tirnovo, 1204. « Dans le despotat d'Epire, les métropoliles, sans rompre ouvertement avec le patriarche grec, aiment à se passer de lui. Sans lui demander avis, Jean Apocauque, métropolite de Naupacte et Aria, ordonne Dokianos évêque de Durazzo en 1214, tandis que le métropolite de Leucade installe Calospités sur le siège de Larissa. Tout ceci se passait sous le régne de Michel I«r l'Ange, le fondateur du despotat d’Èpire. Sous son successeur, Théodore l'Ange Doucas, on alla plus loin encore. Ici, c’est ce même Jean Apo­ cauque, qui sacre Démétrios Chomaténos, archevêque d'Ochrida, et Georges Bardanès, métropolite de Corfou; là, c’est le métropolite de Larissa qui procède à la con­ sécration du diacre Syméon, nommé par le despote Théodore à l'évêché de Domocos. Aux patriarches de Nicée qui se plaignent de ces promotions anticanoni­ ques, Jean Apocauque d’abord, puis Démétrios Choma­ ténos répliquent par des arguments ad hominem, qui ne manquèrent sans doute pas d’embarrasser les plai­ gnants. » L. Petit, dans le Bulletin de l'institut archéo­ logique russe de Constantinople, Sofia, t. vin, p. 164. Le despote d’Épire, Théodore, voulut même aller plus loin et, après la prise de Thessalonique en 1223, il pria le métropolite de cette ville, Constantin Mésopotainjtès, de lui conférer l’onction impériale. Le prélat,qui n'était pas ambitieux, refusa, renonçant ainsi à créer un autre empire grec et une seconde Église indépendante. Ce refus, du reste, ne nuisit qu'à son auteur qui fut exilé, tandis que le despote d’Èpire se faisait sacrer roi par Démétrios Chomaténos, archevêque d'Ochrida et chef d’une Église autocéphale. Avec les idées en cours chez les peuples orthodoxes, le fait ne présentait aucune difficulté, car tout pape, patriarche ou chef d’une auto­ nomie ecclésiastique avait le droit de conférer l’onction royale. Par suite aussi de cette décision, les évêques compris dans l’étendue de ce royaume étaient autorisés à revendiquer une autocéphalie ecclésiastique, ainsi qu'ils le firent dans une lettre adressée à Germain II, patriarche de Nicée. Bien entendu, celui-ci, pas plus que son maître, le basileus Jean Vatatzès, ne reconnut la légitimité de cet acte, qui constituait deux empires, deux patriarcats et deux Églises autonomes, et 40 évêques réunis auprès de lui à Nicée se hâtèrent de proclamer que le sacre de Théodore l’Ange était anticanonique. A. Miliarakés, ’Ιστορία τού βασιλείου τής Νίκαιας, Athènes, 1898, p. 161-170. Le danger pour les maîtres de l'Epire vint du côté ou ils l’attendaient peut-être le moins; battu et fait prisonnier par les Bulgares à Klokotinilza, 1230, Théodore l’Ange passa le pouvoirà son frère Manuel qui deux ans après, en 1232, réconcilia son Église avec celle de Nicée. L’empire de Thessalonique-Epire ne finit pourtant qu’en 1246, pour se chan­ ger en simple despotat, soumis à l’empire grec de Nicée. Et il y eut encore des princes de celte famille, qui éta­ blirent çà et là des principautés pour leur propre compte et en i rent de sérieux embarras jusqu’en 1318; mais depuis 1232. toute idée d’indépendance ecclésiastique avait disparu. En dehors du despotat d’Épire, deux princes grecs de la famille des Comnènes avaient fondé en 1204 l’empire de Trébizonde. Séparé de celui de Nicée par le sultanat d'Iconium. cet empire ne pouvait évidemment s’incli­ ner suus l'autorité d'un patriarche qui dépendait de son rival; aussi voyons-nous David Comnène « renvoyer à coups de fouet un malheureux diacre, que le patriarche 1384 bithynien avait osé nommer au siège d’Amastris... D’autres prélats, élus à divers sièges des côtes de la mer Noire, n’eurent pas un meilleur sort. Si la plupart de ces autocéphalies n’eurent qu'une existence éphé­ mère, si elles disparurent l’une après l’autre, à mesure que tombèrent les petits États qui avaient favorisé leur naissance, la tentative des métropolitains de Trébizonde fut autrement durable. Par un acte officiel du l«r jan­ vier 1260, le patriarche de Nicée, à la demande de Michel VIII Palêologue, reconnut au chef religieux de la province pontique une demi-indépendance ». Con­ trairement aux usages établis, les titulaires de Trébizonde ne vinrent plus à Nicée ou à Constantinople recevoir du patriarche la consécration épiscopale. Seul, un dé­ légué du patriarche assistait à la cérémonie, ou même la présidait, s’il était évêque; quant aux ordinations des autres métropolites et archevêques de cet empire, le patriarche se les réservait explicitement. L. Petit, Acte synodal du patriarche Nicéphore 11 sur les privilèges du métropolitain de Trébizonde, dans le Bulletin de l'institut archéologique russe de Constantinople, Sofia, t. vin, p. 163-1 Λ. L’enthousiasme que le pape Innocent III avait ressenti lors de la prise de Constantinople ne fut pas de bien longue durée; au printemps de l’année 1205, l’empire latin était menacé de ruine. Le 15 avril, le tsar bulgare Johannitza avait inlligé à Baudouin Ier une défaite san­ glante, aux portes d’Andrinople. Dès lors, en Europe comme en Asie, la puissance des croisés était pour jamais arrêtée, la marche victorieuse des Bulgares comme des Grecs assurée d'un succès constant. Toute­ fois, le pape tenait encore à sa première idée, la déli­ vrance de Jérusalem et, en mai 1205, il accordait aux croisés un délai d’un an, afin qu’ils pussent fortifier leur nouvelle conquête et, de là, se ruer à l’assaut de la Terre-Sainte. Généreuse illusion, qui ne tarda pas à tomber, à mesure que les événements se chargèrent d'en dévoiler la portée chimérique! Ce qui importait alors plus que la délivrance du Saint-Sépulcre et ce qui en préparait peut-être la réalisation, c’était l’établis­ sement du catholicisme en Orient, car l’occupation de Byzance et d'une partie de l'empire grec n’avait pas mis lin au schisme. L'occupation, surtout violente, n’était pas l'union. De fait, même dans les contrées soumises politiquement aux Latins, tous les orthodoxes étaient loin d'avoir embrassé leur foi. Et dans les trois puissants États grecs,qui se dressaient encore en face de l’empire latin : l’empire de Nicée, celui de Trébizonde et le des­ potat d’Épire, l’orthodoxie restait la religion dominante, on peut même dire la seule religion reconnue. Inno­ cent 111 aurait bien désiré imposer du premier coup, du moins aux sujets grecs des princes latins, la recon­ naissance de la primauté romaine. Ainsi qu’il le disait lui-même, le 15 mai 1205, dans une lettre à Baudouin, translato ergo imperio, necessarium ut ritus sacerdo­ tii transferatur, quatenus Ephraim reversus ad Judam, in azymis sinceritatis et veritatis, expurgato fermento veteri ;mais le premier essai qu’en avait tenté en 1204 le légat de la quatrième croisade, le cardinal Pierre, dans la réunion de Sainte-Sophie, n’avait abouti qu’à un échec lamentable. W. Norden, Das Papstlum und Byzanz, Berlin, 1903, p. 184 sq. Force était bien au pape de désavouer cette politique et d’user d’indulgence envers les schismatiques. C’est ce qu’il comprit en en­ voyant comme légat le cardinal Benoit de Sainte-Suzanne, homme d’un grand tact et d’une modération reconnue. De 1205 à 1207. des négociations se poursuivirent soit avec les grecs de l’empire de Nicée, soit avec ceux de l’empire latin. A Constantinople, comme à Athènes et à Salonique, Benoit laissa les meilleurs théologiens byzantins exposer librement leurs idées, et il se servit lui-même d’ouvrages grecs, qu’il avait eu soin d’appor­ ter de Rome et que lui traduisait Nicolas d’Olrante. 1385 CONSTANTINOPLE (ÉGLISE DE) Les négociations, du reste, n’aboutirent pas, bien que le cardinal se fût montré particuliérement conciliant sur la question des azymes et sur tout ce qui touchait aux rites et aux usages ecclésiastiques. A Constantinople, dans la conférence du 30 août 1206, tenue en présence du podestà Marino, tous les arguments de Thomas Morosini, le patriarche latin, se brisèrent contre les répliques de Nicolas Mésaritès, le métropolite d’Éphèse, et du diacre Jean Kontothéodorou; de même, les insis­ tances de Benoit ne purent avoir raison de l’obstina­ tion des moines grecs, dans les conférences de sep­ tembre et d'octobre 1206. Si le prince David Comnéne d’Iléraclée faisaitsa soumission religieuse en 1206, c’est qu’il était alors le vassal de l’empereur Henri, et son catholicisme dura autant que sa vassalité. Si, en 1209, Michel d’Épire s’engageait à traiter avec Rome, sa conduite s'inspirait des mêmes motifs et, dés l’année suivante, une fois qu’il se fut affranchi de toute sujé­ tion, il se montra l’ennemi irréconciliable des Latins. L’hostilité et l’opposition systématique des Byzantins se comprennent en quelque manière. Outre qu’il leur était souverainement déplaisant de voir des étrangers installés chez eux et leur commander, le système de hiérarchie religieuse qu'on voulait leur imposer n’était pas fait pour les gagner. En Syrie, en Palestine, sur­ tout à Chypre, on avait établi des patriarches ou des archevêques latins, prêts à jurer au pape le serment d’allégeance, comme on le pratiquait en Occident, et qui devaient par suite y entraîner les Grecs. Qu'ils fussent prêtres, higoumènes, évêques ou métropolites, les Grecs étaient contraints, d’un côté, de promettre obéissance à leur supérieur latin, de l’autre, au souve­ rain pontife; ils avaient en plus l’obligation d’intro­ duire et de mentionner les noms du pape et des· pa­ triarches latins dans les diptyques et à l’occasion des cérémonies liturgiques. En somme, voici ce qu’on re­ quérait d’eux, d’après une pièce du 14 septembre 1222 qui concerne l'ile de Chypre : Obedientes erunt omni­ bus in spiritualibus archiepiscopo et episcopo lalinis ac ecclesiis suis secundum quod in regno Hierosoly­ mitano greci sacerdotes et levite bene obediunt et obediverunt lalinis episcopis ab eo tempore, quo lalini tam clerici quam laid ibidem dominium habuerunt. W. Norden, op. cit., p. 189, note 2. Dès lors, il n'y avait plus parité entre les deux rites, dont l’un était complètement sacrifié à l’autre. Aussi, n'y a-t-il pas lieu de s’étonner que les prélats grecs aient préféré l'exil à une pareille soumission. Michel Acominatos s’enfuit d'Athènes, ainsi que Manuel de Thèbes, l’arche­ vêque de Crète, d'autres encore. Il faut toutefois recon­ naître que, en dépit des idées absolues qui prévalaient alors et des actes d'insubordination qu'on lui signalait de toute part, le pape ne pressa pas trop l’exécution de ces mesures rigoureuses. Si un ecclésiastique grec re­ fusait le serment exigé, on devait lui adresser trois sommations successives. Au cas de refus, à moins qu’il n’eût déjà fait appel au pape, il était frappé de suspense, puis d’excommunication. La déposition n’était pronon­ cée que dans une nécessité extrême ; encore la voie était-elle ouverte au délinquant pour obtenir une prompte réhabilitation. La politique habile et conciliante d’Innocent III et de son légat ne tarda pas à porter ses fruits. L’êvéque de Nègrepont, Théodore, celui de Rhodoslo, les moines I du couvent des Ibères à l’Athos, une partie du clergé de Thessalonique tirent leur soumission. D’autres imi­ tèrent peu à peu leur exemple, mais en petit nombre; la majorité resta fidèle à la cause de l’orthodoxie, qu'elle confondait volontiers avec la cause nationale. Ainsi en fut-il des prêtres et des moines grecs du diocèse de Patras, des higoumènes grecs de Corinthe, de l’évêque de Zante, des moines du diocèse de Thèbes, des évêques, abbés et prêtres de la métropole de Larissa, surtout du 1386 ' clergé de Constantinople qui se montra obstinément rebelle. Ils étaient révoltés par l’absolutisme des papes qu'ils ne comprenaient guère, et ils attribuaient volon­ tiers à ceux-ci le pouvoir d’agir contre les canons, les saintes Écritures, bref contre toute la doctrine anté­ rieure de l’Église : Sacros canones divinasque Scriptu­ ras tantumnon neque agnoscunt, quod pro canonibus et legis abrogatione habeant id quod jubetur a papa, I qui hodie vivit; eorum vero, qui ab hac vita excesse­ runt, decreta, sive apostoli sive patres sint, quasi cum ipsis mortua reputant. Cotelier, Ecclèsite græcœ mo­ numenta, t. in, n. 4, p. 495. Joignez à cela que les crimes et les abominations, dont les croisés se ren­ dirent coupables lors de la prise de la ville, étaient en quelque sorte couverts par le silence de l’Église ro­ maine, et vous comprendrez la répulsion instinctive que les Grecs éprouvaient pour tout ce qui leur rappe­ lait l'Occident. Du reste, à cette opposition de leurs sujets indigènes, les conquérants latins trouvaient leur compte. Ils entendaient régner sur les Grecs aussi bien que sur les Latins, et toute immixtion du pape ou de ses représentants dans les affaires religieuses de leurs sujets leur paraissait abusive. Aussi la reine de Thessa­ lonique, une demi-grecque, favorisait-elle les révoltés, et tout membre du clergé grec, qui refusait obéissance au pape et se voyait, de ce chef, poursuivi par le clergé latin, était sûr de trouver dans l’empereur Henri (12051216) un ferme soutien. Innocent III, qui ne s’était pas consolé de l’échec du cardinal Benoît, exhortait dès 1208 1'empereur Henri à ramener les Grecs sous l’obéissance papale ; il songeait même à députer en Orient un légat muni de pleins pouvoirs. Ce plan ne fut réalisé qu’en 1213, lorsque le cardinal Pelage d’Albano se rendit à Constantinople; il était accompagné d’un interprète, Nicolas d’Otrante, qui avait déjà suivi le cardinal Benoît. Pélage semble s’être montré assez dur pour les moines et les prêtres grecs de la capitale, qui refusaient de reconnaître le pape. La prison, la fermeture des églises et des monas­ tères furent les peines ordinaires qu’il fit intliger aux opposants. Il en usa même dans de telles proportions qu’Henri Ier craignit un mécontentement général et ordonna l’élargissement de tous les prisonniers. Ce sucsès fut obtenu par une habile combinaison, qui lui permit de satisfaire à la fois le légat et les orthodoxes. On enjoignit à tous les Grecs d’acclamer le pape dans leurs églises, mais à l’issue de la messe, ce qui enle­ vait à ces laudes tout caractère religieux. La mission de Pélage ne se bornait pas aux Grecs qui habitaient l’empire latin, il lui fallait aussi entamer des négocia­ tions avec les Grecs de l'empire de Nicée. Dans ce but, il échangea ses vues avec Nicolas Mésaritès, le délégué de Nicée, sur la situation politique des deux empires et sur l’union des deux Églises. Tel fut l’objet d’une première conférence, tenue à Constantinople entre le 15 et le 21 novembre 1213. Une seconde roula sur les azymes, le 22 novembre. Trois jours plus tard, Mésaritês et deux envoyés latins prenaient le chemin de Ni­ cée. « Avertis en cours de route que l’empereur Lascaris se trouvait en Paphlagonie, les voyageurs se mirent à sa poursuite et l'atteignirent à Héraclée de Pont, vers la fin du même mois. Là, sans retard, Orientaux et Occidentaux discutèrent éloquemment sur la primauté du pape et la procession du Saint-Esprit, mais sans autre résultat que d’obtenir les uns et les autres force éloges de l’habile Lascaris. Après ces joutes oratoires, tandis que les ambassadeurs latins regagnaient Con­ stantinople, Mésaritès se rendit à Nicée et remit au pa­ triarche Théodore une lettre des Occidentaux. » Echos d'Orient, 1901, t. vu, p. 224. Ce fut tout ce que l’on obtint pour cette fois. Sur ces relations, voir Démétracnpoulos. ’OjtôJoUi Leipzig, 1872, p. 43 sq.; M1' Arséuij, Nikoego mitrui . i 1387 CONSTANTINOPLE (ÉGLISE DE) 1388 vertures, Mansi, Concit., t. xxtti. col. 48-56; il y avait également une lettre pour les cardinaux et une autre pour le patriarche latin de Byzance. Démétracopoulos, op. cil., p. 40 sq. Germain II aurait pu se montrer plus aimable. D’après lui, en effet, divisio nostra: unitatis processit a tyrannide veslræ oppressionis et exactio­ num romance Ecclesias... temperet vos modestia, et licet innata paulisper sedetur romana avaritia... ter­ L’entente cordiale avait échoué, la violence n'avait renis tantum inhiantes possessionibus, undecumque donné que de médiocres résultats, car, à ce moment potestis abradere, aurum et argentum congregatis, etc. Il y parlait aussi des remontrances que Paul avait jadis même, les Grecs écrivaient au pape : Per violentiam adressées à Céphas, ce qui contenait une insinuation nemo nostrum capi potest, Cotelier, op. cit., t. m. peu délicate â l'adresse du souverain pontife. Commen­ p. 516; il ne restait plus qu’â convoquer un concile cées sqr ce ton, les relations ne pouvaient que ranimer général, où les deux partis seraient également repré­ les vieilles polémiques. De fait, Grégoire IX répondit sentés et les points en discussion examinés sans aucune en termes assez amers, bien que plus respectueux dans contrainte. C'est à cette idée que s’arrêtèrent en 1214 l’ensemble, 26 juillet 1232, puis, dans une seconde mis­ les Grecs de l’empire lalin, d’accord en cela avec leurs sive du 18 mai 1233, il annonçait l'envoi de ses délé­ coreligionnaires de Nicée, et c’est elle qu'ils soumirent gués, deux dominicains et deux franciscains. Mansi, au pape en lui demandant de reconnaître leur patriarche t. ΧΧΙΠ, col. 56-66. Les nonces du pape arrivèrent à Ni­ pour le titulaire légitime de Constantinople. Innocent III cée au mois de janvier 1234 et furent reçus d’une ma­ refusa d’écouter pareille proposition, tant lui paraissait nière très amicale. Une fois les présentations faites, les monstrueuse l'idée d'avoir deux évêques assis sur le colloques commencèrent, soit dans le palais impérial, même siège et parés du même titre, et au concile gé­ soit dans la demeure du patriarche. Il y en eu sept, néral de Latran (1215), qui se tint sans les Grecs et un dont six portèrent exclusivement sur le Filioque, sans peu contre eux, il s’exprima là-dessus sans ambages. Le projet d’unir les deux Eglises que le pape avait qu’on pût arriver à un terrain d’entente. Dans le sep­ tième on devait examiner les divergences qui concer­ poursuivi, mais en vain, Lascaris le reprit pour son naient le sacrement de l’eucharistie, mais, à la suite de propre compte, vers la lin de son règne. Au mois de difficultés avec Germain II, les quatre légats revinrent juillet 1220, il invitait les quatre patriarches d’Orient à à Constantinople. Sur les instances de Jean de Brienne se réunir â Nicée, alin d’envoyer une ambassade au et d’autres personnages, ils se décidèrent à reprendre pape et d’arriver à une entente entre les deux Eglises. les pourparlers, en se rendant à Nympbaion, près de Son patriarche, Manuel 1«, écrivait en même temps au Smyrne, ou se tint un vrai synode, après les fêtes de métropolite de Naupacte, Jean Apocauque, qui était la Pâques, 1234. Là encore, la discussion provoqua des lumière de l’Eglise d'Epire, décembre 1228. Celui-ci se réparties très violentes de part et d’autre et les deux contenta tout d’abord de l'adresser à son souverain, camps finirent par se traiter mutuellement d’héré­ Théodore l’Ange, despote d'Épire depuis la mort de son tiques. Un compromis proposé par l'empereur fut re­ frère en 1216, puis il attaqua son projet en termes vio­ lents, déclarant bien haut qu'aucun accord n’était pos- I poussé et les séances rompues, après qu'on se fût lancé sible avec les Latins et que le seul moyen de salut c’était ! l'anathème. Ce projet d’union n’avait donc servi qu’à de les expulser de l'Orient. Au fond, si Jean Apocauque attiser les haines et à aigrir les rapports entre les deux Églises. Mansi, t. xxtn, col. 279-320; Hefele, Histoire se montrait si revêche, s'il menaçait même le patriarche des conciles, trad. Delarc. Paris, 1872, t. vin, p. 237de Nicée de rompre, lui et son Eglise, toute communion 294; W. Norden, op. cil., p. 318-357. avec lui, c’est parce que Théodore Lascaris venait Le 21 mai 1237, Grégoire IX adressait une lettre à d'épouser, 1219, la fille de l’empereur latin, Pierre de Courtenay, et que l'alliance politique et religieuse des Vatatzès, lïorden, op. cil., p. 751, dans laquelle il lo Grecs de Nicée avec Rome et les croisés de Constanti­ sommait de revenir à l'union et de contracter alliance nople devait nécessairement tourner au préjudice des avec Jean de Brienne, sous peine de voir se tourner Grecs du despotat d'Épire. On ne sait pourtant si les contre lui la grande croisade que l'on réunissait alors pour délivrer la Terre-Sainte. Béla, roi de Hongrie, négociations de Lascaris étaient sérieuses et si elles reçut même l'ordre formel de prendre les armes contre furent seulement ouvertes. Viz. Vremennik, 1896, t. ni, p. 248-299. Ce que la politique avait imposé à Lascaris lui, ainsi que contre le tsar des Bulgares, Assen II, allié de Vatatzès, « le perfide qui n'avait pas voulu faire vers 1220, la politique le conseillait encore une douzaine partie des brebis de Pierre. » La croisade partit effecti­ d’années plus tard à son gendre et successeur, Jean vement et inlligea aux Grecs des pertes sensibles, ce Vatatzès, que les Grecs ont mis sur les autels. Cette qui indisposa souverainement le basileus contre le fois-ci, le danger menaçait l’empire de Nicée. Le des­ saint-siège. En 1245, au concile général de Lyon, c’est pote d’Epire et roi de Thessalonique, Manuel, s’était encore la même politique qui prévaut,et Innocent IV réconcilié avec Rome, ainsi que l'atteste une lettre du pape Grégoire IX, du 1er avril 1232 : Sacrosanctam déclare qu'une de ses grandes douleurs c’est l’éloigne­ romanam Ecclesiam, matrem tuam, humiliter reco­ ment des Grecs de la chaire romaine; la croisade est gnoscis et ei quicquid es et quidquid habes, juxta no­ donc prêchée contre les Byzantins, les alliés des Hohenstaufen dans l’Italie méridionale. Puis, brusque­ strae beneplacitum voluntatis devotus exponis. Regesta, ment, un revirement complet s'opère dans la politique édit. Auvray, Paris, n. 486. De ce chef, tous les Grecs pontificale. « Sentant quel puissant intérêt il y avait occidentaux risquaient d’être entraînés dans l’orbite de pour la papauté à rompre l’alliance entre Frédéric II et Rome et dans la politique franque. Par ailleurs, Jean les Grecs, séduit par la gloire aussi de réaliser l’union de Brienne avait été nommé, janvier 1231, tuteur du des Églises, comprenant enfin l’inutilité des efforts ten­ jeune empereur Baudouin II, et sa réputation mon­ tés pour soutenir à tout prix l’empire latin épuisé, diale de bravoure inspirait de justes inquiétudes à VaInnocent IV oriente vers des chemins nouveaux la poli­ latzès. Pour faire face à ce double danger, il manifesta tique pontificale. » Ch. Diehl, Études byzantines, aussitôt l'intention de rétablir l’union avec l’Église Paris, 1905. p. 190. Une première mission, ayant à sa latine son patriarche. Germain II, qui était entré dans tète Jean de Parme, le général des franciscains, part ses vues, utilisa le passage â Nicée de cinq franciscains, pour Nicée en 1249. Elle ne réussit pas à détourner qui retuumaient en Occident, et il leur remit une lettre Vatatzès de l’alliance avec les Hohenstaufen, ainsi que pour le pape, dans laquelle il faisait les premières ou­ Epheskago XIII viéka, néizdannœ doselic proïzvedenie. Mos­ cou, 1893; A. Spaskij. dans le Vrz. Vretnennik. t. X, p. 679-683; W. Norden, Das Papsltum and Byzanz, Berlin, 1903, p. 215223; A. Heisenberg, Analecta. Mitteilungen aus italienischen | Handschri/ten byzanlinischer Chronographen, Munich, 1901, p. 19-39; E. Martini et D. Bassi. Un codice di Nicolo Mesarita, Naples, 1903; J. Pargoire, Nicolas Mcsaritès, métropolite iTÉphése, dans les Échos d’Orient, Paris. 1904, p. 219-226. 1389 CONSTANTINOPLE (ÉGLISE DE) nous l’apprend une lettre de Frédéric II, Miklosich et Müller, Acta et diplomata græca medii ævi, Vienne, 1865, t. ni, p. 72-75, et l’empereur allemand use de toute son influence sur son gendre pour essayer de le dé­ tourner de l’union avec Rome, qui « cherche à semer la discorde entre le père et le fils ». Nonobstant cet avis intéressé, Valatzês reçoit aimablement les envoyés du pape et lui envoie, à son tour, une députation offi­ cielle. Elle est retenue prés de dix-huit mois en Italie sur les ordres des Hohenstaufen et, quand après avoir rejoint le pape à Pérouse, novembre 1251, elle peut re­ venir à Nicée, les sentiments du basileus sont modifiés et il ne songe plus qu’à reprendre Constantinople. De là, uncertain froid jeté sur ses négociations avec Rome. Innocent IV, lui, n’a pas renoncé à son projet et, à la suile de pourparlers qui nous échappent, une ambas­ sade grecque se dirige de Nicée vers Rome, à la fin de 1253; elle est conduite par les deux métropolites de Cyzique et de Sardes et retenue comme la précédente dans l’Italie méridionale. Enfin, elle a la liberté de ses mouvements et, après avoir rejoint le pape à Assise et à Anagni, elle repart pour l’Orient, munie de la ré­ ponse pontificale. Les négociations avaient abouti; jamais les Byzantins n’avaient consenti à de pareilles concessions, et jamais la papauté n’avait répondu aussi favorablement à leurs avances. La primauté pontificale était reconnue, la soumission de l’Eglise grecque attes­ tée par le serment d’obédience, les décisions particu­ lières du pape acceptées à l’avenir, lorsqu’elles ne seraient pas contraires aux anciens conciles, le tribunal romain déclaré juridiction d’appel pour les conflits entre les membres du haut clergé byzantin, enfin l’au­ torité du pape souverainement proclamée en matière de foi et de discipline, lorsqu’elle n'irait pas à l’encontre des anciens canons et des saintes Écritures. En retour de ces concessions, le patriarche grec porterait le litre de Constantinople et siégerait dans cette ville, alors que le patriarche latin n’étendrait sa juridiction que sur les membres de son Église, le symbole serait chanté par les Grecs sans l'insertion du Filiogue, et l’empire latin supprimé, postquam Constantinopolitanam civi­ tatem ad ejusdem imperatoris dominium devolvi casu quolibet contigisset. Hélas ! la mort ne laissa à aucun des négociateurs le temps de compléter leur œuvre. L’année même de l’arrivée des légats à Nicée, 1254, Innocent IV mourait, ainsi que Vatatzès, et si le pape Alexandre IV était prêt à approuver les décisions de son prédécesseur, Théodore II Lascaris professait à l’égard de l'union des sentiments opposés à ceux de son père. Sur ces intéressantes négociations, voir l’ou­ vrage de Norden, p. 359-378, 756-759, qui a utilisé des documents inédits. Par deux fois, en 1254 et en 1256, il renvoya au pape ses négociateurs, sans vouloir enga­ ger avec eux le moindre rapport. Sur les sentiments de Lascaris, voir N. Festa, Theodori Ducæ Lascaris epi­ stolas ccxvii, Florence, 1898, passim, et Swete, Theo­ dor Lascaris junior, de processione Spiritus Sancti oratio apologetica, Londres, 1875. La mort de Lascaris marqua la ruine de sa dynastie, car Michel VIII Paléologue, une fois proclamé empereur, 1er janvier 1259, s’empressa de se délivrer du jeune Jean Lascaris, dont il était constitué le tuteur et, par la reprise de Con­ stantinople sur les Latins, 15 août 1261, de s’acquérir une gloire immortelle. Dès son avènement, du reste, afin d'amortir la redoutable coalition qui s'organisait contre lui en Occident, il avait noué des relations avec la cour pontificale en implorant son appui. N. Festa, Lettera inedita dell’ imperatore Michele VIII Pa­ leologo al pontifice Clemente IV, dans Bessarione, Rome, 1899, t. vi, p. 42-57, 529-532. M. Norden a prouvé, semble-t-il, contre l'éditeur, op. cit., p. 382, note 2, que cette lettre de Michel VIH était adressée à Alexandre IV, non à Clément IV. 1390 XV. Les unions de Lyon et de Florence, 12611453. — « La reprise de Constantinople par les Grecs semblait creuser l’abime entre Byzance et la papauté, et, en effet, la première pensée d'Urbain IV fut de restaurer à tout prix l’empire latin détruit. » Ch. Diehl, Etudes byzantines, p. 191. A peine monté sur le trône de saint Pierre, 29 août 1261, il fit prêcher la croisade contre Paléologue. Malheureusement, un pareil projet ne pouvait qu’aller à l’encontre des intérêts majeurs de l’Église. Le roi de Sicile, Manfred, fils de Frédéric II et le grand adversaire de l’Église, s’était engagé à créer une ligue, dans laquelle entreraient les Vénitiens, le despote d’Épire, le duc d’Achaïe et le souverain déchu Baudouin II, contre les Byzantins et leurs fidèles alliés, les Génois. Accepter cette union contre-nature et la favoriser, c’eût été, de la part d’Urbain IV, désavouer tout ce qu’avaient fait ses prédécesseurs et mettre l’Église au service des odieux Hohenstaufen. Par ailleurs, s’il n’était pas soutenu, Manfred avait juré d’agir isolément et pour son propre compte, et le pape risquait, en soulevant les autres souverains occidentaux contre les Grecs, d’aider encore à l’entreprise de son plus mortel ennemi. En face d’aussi redoutables com­ plications, Urbain IV n'hésita plus et, plutôt que d’en­ courager les ambitions orientales du roi de Sicile, il accueillit favorablement les ouvertures que lui fit en 1262 l’empereur Michel VIII. Celui-ci venait de lui soumettre un projet de paix avec les puissances occi­ dentales et, dans un avenir assez rapproché, la sou­ mission de son Église; le pape y accéda volontiers, à condition qu’il s’abstiendrait, en attendant, de toute hostilité contre les possessions franques d’Orient. Tel n’était pas précisément le but que visait Paléologue. Aussi n’épargna-t-il rien pour gagner les Latins de vitesse, et tandis que l’idée d'une croisade antigrecque était pour le moment abandonnée, il incorpora à ses États bon nombre de villes ou de forteresses. Une telle duplicité devait évidemment froisser le pape; néan­ moins, les relations ne furent pas interrompues et, dans sa lettre du 28 juillet 1263, Urbain IV traçait un programme d’union, qui ne différait pas de celui qu’avait présenté Innocent IV en 1254. Au mois d’août de la même année, quatre franciscains se rendaient à Constantinople, porteurs de la réponse pontificale et des instructions orales à eux communiquées. Leur voyage dura longtemps, si longtemps que.au printemps de 1264, ils n’étaient pas encore arrivés à destination. Ce que voyant, Paléologue douta des bonnes intentions du pape et, sans plus attendre, attaqua les possessions latines d’Achaïe, mais il essuya une sanglante défaite, et se retourna immédiatement du côté de Rome. Dans une lettre touchante et habile, écrite au printemps de 1264, il le reconnut pour le chef universel de la chré­ tienté : Sicut princeps omnium sacerdotum et uni­ versae doctor catholica: Ecclesiae, cui loco b. Petri Deus praecipue vos praefecit. Wadding, Annales minor., t. iv, p. 223-226. Du coup, les dispositions d’Urbain IV furent complètement modifiées. Lui qui venait de prê­ cher la croisade contre les fourberies de Paléologue, expédia à Byzance une seconde ambassade, avec une réponse favorable, 22 juin 1264. Elle croisa en route la première ambassade des quatre franciscains, qui avaient enfin abordé à Constantinople et en rappor­ taient la convention passée avec les Grecs. Malheureu­ sement, la mort du pape, 2 octobre 1264, arrêta tous ces pourparlers, avant qu’ils eussent abouti. L’opposition ouverte que la papauté avait faite aux projets de Manfred sur l’Orient, elle devait la faire plus ou moins sourdement contre Charles d’Anjou, le favori de Rome, lorsque, après la défaite et la mort de Man­ fred, 26 février 1266, le frère de saint Louis eut conquis le royaume des Deux-Siciles. En s'alliant à l'ex-err;.'reur latin, Baudouin II, en mariant sa fille Béatrice a 1391 CONSTANTINOPLE (EGLISE DE) 1392 l'héritier de Baudouin II, l’Angevin devenait une me- ' du roi de France, qu’elle rejoignit â Tunis et dentelle nace terrible pour le repos de Michel VIII. « Il formait put admirer la mort édifiante (1270). Ce trépas, joint au de vastes projets sur l’Orienl, il avait pris pied en traité de paix onéreux que les victoires de Charles d’An­ Achaïe et en Épire, il aspirait à restaurer l’empire latin jou imposèrent à l’émir de Tunis et aux progrès des de Constantinople. Aussi, tout en encourageant en appa­ Francs en Épire, présageaient une ruine prochaine rence ses desseins, les papes redoutaient-ils en fait un pour l’empire grec. Déjà, une double expédition ange­ succès qui eût fait de lui un voisin trop puissant, et, vine se préparait à attaquer Constantinople par terre tout en se servant de lui comme d’une menace suspen­ et par mer, quand l’élection du nouveau pape, septembre due sur Byzance, ils s’efforçaient de réaliser sans lui 1271, remit tout en question. l'union avec les Grecs et de paralyser ainsi l’extension En traversant le territoire byzantin, Grégoire X in­ des ambitions angevines. » Ch. Diehl, Éludes byzan­ forma le basileus de ses dispositions favorables à l’union tines, p. 192. Les relations commencées par Urbain IV religieuse des deux pays. On pense bien que sa lettre avec le basileus furent donc continuées par Clément IV. ne resta pas sans réponse. Pendant l’été de 1272, arri­ Des ambassades allèrent de Rome à Constantinople et vait à Rome une mission grecque, conduite par Jean de Constantinople à Rome, sans qu’il soit tout d’abord Parastron, religieux franciscain, qui possédait bien les possible d'en bien préciser le but. Enfin, dans les pre­ deux langues et jouissait d’un grand crédit sur l’empe­ miers jours de 1267, une mission byzantine parlait pour reur. Le pape, touché des regrets que Michel VIII lui Rome solliciter le pape de vouloir bien approuver le exprimait de n’avoir pu le saluer à son passage, l’invita programme d’union,jadis arrêté parson prédécesseur. aussitôt, au même titre que les souverains chrétiens, La situation politique n’étant plus la même, puisqu’un au concile œcuménique qui devait se tenir deux ans ami de Rome régnait dans le sud de l’Italie, le pape après. Quatre frères mineurs, parmi lesquels le frère s’y refusa, 14 mars 1267, pensant que certaines des fa­ Jérôme, le futur Nicolas IV, composaient l’ambassade veurs accordées étaient par trop favorables aux Grecs et portaient les instructions de Grégoire X, 24 octobre et il accentua les exigences premières avec une préci­ 1272. Registres de Grégoire X, édit. Guiraud, n. 194. sion toute juridique. Il menaçait au besoin le PaléoCelles-ci ne différaient pas, en somme, de celles que les logue de le contraindre à l’union par les armes de papes avaient précédemment transmises à l’empereur. Charles d’Anjou, s’il résistait encore aux conditions qui D’après les déclarations expresses de Grégoire X, la sou­ lui étaient offertes. Michel VIII sentit son trône chan­ mission immédiate de l’Église grecque procurerait à celer et, renouvelant le stratagème qui lui avait déjà Michel VIII l’appui de Rome, tandis que. dans le cas réussi, il s’offrit à prendre la croix et à conduire ses contraire, la papauté serait contrainte de céder à la troupes en Terre-Sainte, si, pendant son absence, la pression de l’Angevin. Comme Charles d’Anjou n’atten­ cour romaine voulait bien garantir la sécurité de ses dait qu'un mot pour passer des menaces à l’attaque, la États. Sur ces papes du moyen âge, uniquement sou­ décision du pape devenait ainsi grosse de dangers. cieux de la délivrance du Saint-Sépulcre, de telles offres Aussi, le pape, qui s’attendait à l’effet de sa réponse, produisaient toujours leur effet; néanmoins, celui-ci y proposait-il au Paléologue deux solutions pour se tirer mit comme condition la soumission immédiate de de ce mauvais pas : ou bien lui, son clergé et son peuple l’Église grecque et, tout en continuant à négocier avec feraient leur soumission à Rome, en présence des Paléologue, il n'opposa que de médiocres résistances quatre légats pontificaux qui avaient tout pouvoir de la aux préparatifs belliqueux de Charles d’Anjou, 17 mai recevoir; ou bien, l’union religieuse serait faite par 1267. Il se servit ainsi du roi de Sicile pour peser sur les des délégués, devant le pape, avant ou après le concile déterminations de l’empereur grec, de Michel VIII pour œcuménique, aussitôt que la paix serait conclue par forcer l’Angevin à modérer ses exigences, pensant bien l’intermédiaire de Rome entre Michel VIII et Charles qu’au moment voulu il arrêterait l’un et l’autre, en réa­ d'Anjou. Si cette dernière solution était acceptée, l’em­ lisant le but que la curie romaine poursuivait depuis pereur, son patriarche et le haut clergé de Byzance de si longues années, l’union indissoluble ■*’ désinté­ devaient donner aux envoyés du pape l’assurance for­ ressée des deux Églises. L'opposition du haut clergé à melle et par écrit qu’ils avaient l’intention de recon­ Byzance et la mort de Clément IV, 28 novembre 1268, naître la foi et la primauté de l’Église romaine. Il n’y arrêtèrent les négociations. Charles d’Anjou mit alors avait plus de tergiversation possible, on devait se pro­ tout en œuvre pour obtenir la nomination d’un pape noncer pour l’une ou l’autre de ces deux solutions. Ce favorable à ses plans de conquête. Comme la curie ro­ fut naturellement la seconde que Michel Paléologue maine n’était nullement disposée à passer par tous ses adopta. Mais pour y parvenir, sa bonne volonté n’était désirs, la vacance du siège apostolique se prolongea pas suffisante, il lui fallait aussi obtenir l'adhésion de près de trois ans, et ce ne fut qu’au mois de septembre son clergé. Et, de ce côté, les difficultés étaient consi­ 1271 qu’on désigna un nouveau pape, dans la personne dérables, tant était grande l’hostilité que les prêtres de de Grégoire X. Ce long interrègne avait été mis à pro­ Byzance nourrissaient envers les Latins. Pour vaincre fit par l’Angevin, qui avait contracté dans l’intervalle de cette opposition, Michel VIII convoqua une réunion nombreuses et solides alliances, alliances avec les rois plénière et là, il annonça que le salut de Byzance dé­ de Serbie, de Bulgarie et de Hongrie, alliances avec le pendait de l’union étroite avec la papauté. Or, que de­ despote d’Épire, le duc de Thessalie et celui d'Achaïe. mandait-on en retour? Trois choses insignifiantes : la De plus, la neutralité de Venise lui était promise pour reconnaissance de la primauté romaine,alors qu’il était bien certain qu’un pape ne viendrait pas de longtemps cinq ans. 1268-1273, et le secours de l’Allemagne presque assuré. L’ouragan s’annonçait donc formidable, si bien se faire acclamer à Constantinople chef de l’Église que Michel VIII, se croyant perdu et n’ayant pas de byzantine; le droit d’appel à Rome, dont personne pape â qui se confier, s’adressa â saint Louis, janvier n’userait à cause du grand éloignement de cette ville; 1269, pour qu’il modérât l'ardeur guerrière de son frère enfin, la mention du pape dans les prières liturgiques, et se posât ι-n arbitre des différences religieuses, qui un usage que l’on observait partout autrefois. Pour tout séparaient Grecs et Latins. Saint Louis renvoya les le reste, l’Eglise byzantine resterait ce qu’elle était. Si messagers au collège cardinalice réuni à Viterbe. allè­ habilement que fût présentée cette thèse, le clergé ne ge ni sa qualiiè de laïque qui ne lui permettait aucune fut pas convaincu; il cria bien haut que, au lieu de immixtion dans les allaires de l’Eglise. Les cardinaux mêler les choses du ciel à celles de la terre, l’empereur présent.· rent aux délégués byzantins les conditions de aurait mieux fait de recourir aux prières de tous et Clément IV. qui leur avaient paru inacceptables en 1267. d’attaquer ensuite les Francs. Puis, il protesta contre L’année suivante, nouvelle ambassade grecque auprès l’abandon de l'orthodoxie et ne voulut pas se rendre 1393 CONSTANTINOPLE (ÉGLISE DE) complice de cette trahison. A la sortie de la conférence, brochures, gros ouvrages, pamphlets de toute sorte furent lancés pour ou contre l'union. Michel VIII arrêta les clercs les plus récalcitrants et bientôt la prison et la torture furent l'apanage de ces obstinés. Le sang coula et, s’il ne sanctifia pas cette cause, du moins il eut raison du plus grand nombre. Jean Veccos, l'adver­ saire déterminé de l’union et peut-être le meilleur théo­ logien de l’époque, reconnut dans sa prison la vérité et la primauté de l’Église et, dès lors, le basileus n’eut pas d’auxiliaire plus désintéressé. D’autres prêtres et des évêques, un ancien patriarche même, Germain III, se rangèrent du côté de l’empereur, qui réussit à leur faire rédiger et souscrire le formulaire théologique ré­ clamé par Grégoire X. L’union avec Rome n’était pas la seule cause de ces dissensions dans l’Église byzantine, le schisme des arsênistes, voir ce mot, t. i, col. 1992, y contribuait pour une bonne part. Pour ne pas répé­ ter ici ce qui a été dit ailleurs, qu’il suffise de rappe­ ler que le patriarche Arsène Autorianos, le favori de Théodore II Lascaris, s’était retiré en 1259 sans vouloir donner sa démission, lorsque Michel Paléologue. se décerna la tutelle du jeune empereur, le fils de Théo­ dore. Rappelé une seconde fois en -1261, Arsène se retira encore en 1267, après que Paléologue eut fait crever les yeux de son protégé. De là, le parti des arsênistes et celui des josêphistes, nom donné à ceux qui reconnais­ saient le successeur d'Arsène; de là aussi des polé­ miques continuelles qui troublèrent l’Église de 1259 à 1315 et causèrent la démission de tous les patriarches. En qualité d'ennemis de l’empereur, les partisans d’Ar­ sène se déclaraient naturellement contre Rome et, pour ne pas donner trop de crédit à leurs adversaires, Joseph et son groupe en faisaient tout autant. Restaient avec Paléologue les politiques, les théologiens sincères et les clercs sans scrupule qui penchent toujours du côté du pouvoir. Au mois de mai 1273, partait de Constanti­ nople une députation solennelle, composée de Grecs et de religieux franciscains et qui devait instruire de vive voix le pape sur le zèle qu’avait déployé l’empereur en faveur de l’union. D'autres ambassadeurs suivraient bientôt, quand l'entente des esprits serait à peu près complète dans la capitale, afin de communiquer au pape l'itinéraire qu’adopteraient lesdéléguésde Byzance pour se rendre au concile œcuménique projeté. Le con­ cile se tint à Lyon l’année suivante, du 7 mai au 17 juillet, et les représentants de l’empereur et de l’Église grecque, Germain ill, ex-patriarche, Je métro­ polite de Nicée, Théophane, Georges Acropolite, etc., souscrivirent au formulaire de foi convenu, au nom du basileus, de son fils Andronic et d’un grand nombre de métropolites et de membres du haut clergé. Le pa­ triarche Joseph n’avait pris aucune part au concile et il attendait, dans le monastère de la Périblepte, l’issue des négociations, prêt à remettre sa charge, si la ré­ conciliation des deux Eglises était opérée. 1394 pape que l’union était réalisée et qu’il devrait bien ex­ communier les princes et les seigneurs, qui tenaient encore dans ses États pour le prétendant latin. Gré­ goire X, que les ambassadeurs rejoignirent sur le che­ min de France en Italie, ne put répondre à cette lettre, car il mourut le 10 janvier 1276, et ce fut son succes­ seur, Innocent V, 21 janvier-22 juin 1276, qui se chargea de poursuivre les relations. Tout en évitant de se pro­ noncer sur les démêlés du basileus avec les seigneurs latins, le nouveau pontife l’invita, en termes pressants, à faire cause commune avec les souverains occidentaux pour la délivrance de la Palestine. La lettre, écrite le 23 mai 1276, fut remise le 25 aux ambassadeurs grecs, qui allaient regagner leur patrie, et, le même jour, six autres lettres étaient expédiées, relatives à la mission que quatre frères mineurs devaient remplir à Byzance. Les légats n’avaient pas encore mis à la voile à Ancône que la mort du pape, 22 juin, les obligeait de retour­ ner à Rome. L. Delisle, op. cit., p. 134-137. Les négo­ ciations furent reprises sous le pontificat de Jean XXI, du 8 septembre 1276 au 20 mai 1277. Aux quatre cor­ deliers furent alors substitués les évêques de Ferentino et de Turin et deux dominicains. De plus, pour cette nouvelle mission, la chancellerie fit servir, au moins en partie, les lettres qui avaient été préparées pour la mission des quatre cordeliers; on se contenta den mo­ difier quelques passages, pour les approprierà leur nou­ velle destination. L. Delisle, op. cil., p. 137 sq. Jean XXI leur donna, en outre, une lettre pour le patriarche et ses prélats, datée du 20 novembre 1276. Toutes les ins­ tructions de Rome n’avaient qu’un but, c’était de pousser l’empereur, son fils, le patriarche et le clergé à renouveler de vive voix et par écrit, en présence des légats pontificaux, le serment de fidélité qu’ils avaient déjà prêté par des délégués devant le concile de Lyon. C’est ce qu'ils firent au mois d'avril 1277, l’empereur en son nom personnel, son fils et héritier, Andronic, en son nom aussi, Veccos en son nom et au nom du concile qui s’était réuni à cet ell’et. La lettre de Veccos reconnaissait la primauté du pape et la procession du Saint-Esprit, du Père et du Fils; on y remarque cepen­ dant une certaine affectation à ne pas employer les termes si précis du concile de Lyon. Ces réponses ont été éditées par Theiner et Miklosich dans une brochure assez rare, Monumenta spectantia ad unionem Ecclesiarum græcæ et romance, Vienne, 1872, p. 8-13,15-28. R. Stapper a republié la lettre synodale du patriarche, Papst Johannes XXI, Munster, 1898, p. 115-122, la croyant encore inédite. Voir cet ouvrage, p. 80-90, pour les relations entre les deux Églises sous le pape Jean XXI. Les ambassadeurs grecs, qui portaient toutes ces ré­ ponses, n’arrivèrent à Rome qu’après la mort de ce pape, 16 mai 1277, et durant la vacance du saint-siège. Pendant ce temps, les ennemis de l'union fomentaient des troubles dans l’empire et prononçaient dans un concile l'anathème contre le souverain pontife, l’empe­ reur et le patriarche. Veccos les excommunia à son Voir une série de pièces se rapportant à ces négociations, pu­ tour. 16 juillet 1277, et malgré des révoltes partielles, bliées par M. Delisle dans les Notices et extraits des manus­ malgré la trahison de quelques généraux qui avaient crits, Paris, 1879, t. xxvit, 2· partie, p. 150-165; W. Norden, passé avec les rebelles du côté des Latins, Paléologue op. cit., p. 470-536. parvint à remporter la victoire et à triompher de tous Dès le retour des délégués à Constantinople, le nom ses ennemis. du pape fut rétabli dans les diptyques et. le 16 janvier L’élection du nouveau pape, Nicolas III, 25 novembre 1275, l’union proclamée à la messe, que l’on chanta 1277. assurait le succès du parti antifrançais et, par dans la chapelle du palais impérial. Le patriarche Jo­ suite, le maintien de l’accord avec l’Église byzantine. seph donna sa démission, ainsi qu’il s’y était engagé, Cependant, tout en maintenant l’union que ses prédé­ et Jean Veccos, le partisan de l’entente avec Rome, re­ cesseurs avaient réussi à faire naître, Nicolas III refusa cueillit sa succession, 26 mai 1275. L’union n’était pas de se déclarer contre les ducs de Thessalie et de Néopourtant définitive et les mesures de rigueur que patras, deux princes grecs alliés de Charles d’Anjou et Michel VIII employa pour réduire les opposants au schismatiques intraitables. Des instructions précises silence ne firent que les aigrir et envenimer les rela- i furent données à ses délégués dans ce sens, car le pape tiens. Un schisme ne tarda pas à éclater. Sur ces entre­ ne voulait pas favoriser Michel VIII aux dépens de faites, 1’empereur envoya des négociateurs informer le Charles d’Anjou; par ailleurs, il arrêtait l'expédition de 1395 CONSTANTINOPLE (ÉGLISE DE) l’Angevin contre Constantinople,imposant une nouvelle trêve d'un an aux deux adversaires et s'efforçant de garder entre eux la balance égale. Tout cela au point de vue politique; dans le domaine religieux, ses exigences pa­ raissent avoir été excessives. S'il n’est pas prouvé qu'il ait. le premier, imposé aux Grecs l'insertion du Filioque au symbole et le chant de cette formule dans la liturgie — W. Norden, op. cit., p. 576, note 1, pense en effet qu’innocent V et Jean XXI avaient déjà fait cette récla­ mation — du moins, il froissa le sentiment des Byzan­ tins sur un grand nombre de points. L’empereur et son fils devaient dresser de nouveaux procès-verbaux de leurs sermenlsau concile de Lyon ; le patriarche et les évêques y adhéreraient sous la foi du serment ; on ne conserverait des rites grecs que ceux qui étaient conformes à la foi; un cardinal-légat résiderait à Constantinople pour rece­ voir les serments du clergé, pendant que des nonces visiteraient les principales villes de l’empire, pour y faire respecter les volontés pontificales, etc., etc. Ces demandes dépassaient les engagements conclus à Lyon et risquaient de mettre en péril 1’œuvre accomplie dans ce concile. Pourtant, lorsque les délégués pontificaux furent rendus à Constantinople et que Veccos, brouillé avec le basileus, eût été solennellement réintégré, 6 août 1279, l’empereur et le clergé grec n’opposèrent aucuneentrave à ces réclamations.On inséra leFilioque au symbole, on rédigea même une lettre d’excuse au pape, qui était pleine d’artifices et surtout de fausses signatures, et Michel VIII n’épargna rien pour conten­ ter les légats et afficher un zèle qui était loin de l’ani­ mer, mais aussi il ne répondit à aucune des demandes pontificales. Cependant, les ennemis de l'union affir­ maient que le patriarche était un apostat, depuis qu'on avait reconnu le pape de Rome. Veccos, qui avait d’abord gardé le silence, démontra que l’union était utile et bonne et que l'addition du Filioque au symbole était parfaitement orthodoxe d’après les témoignages des Pères grecs et des écrivains du xu« siècle. L’empereur, à qui on s’en plaignit plusieurs fois,donna des réponses évasives, tandis que le patriarche célébrait toute une série de synodes pour agir sur les prélats qui n’avaient pas encore adhéré de cœur à l’union. Sur ces entre­ faites. Nicolas III mourut, 22 août 1280, et le 22 février 1281 on lui donna pour successeur le cardinal français Simon de Brie, qui prit le nom de Martin IV. Entière­ ment dévoué à la cause de Charles d’Anjou, à qui il devait la tiare, Martin IV ne prit pas au sérieux la con­ version de Paléologue; il reçut fort mal les ambassa­ deurs, les métropolites de Nicée et d'iléraclée, que l’empereur lui avait envoyés à l’occasion de son avène­ ment et rompant avec la politique de ses prédécesseurs, sans que Michel VIII eût contrevenu en rien à ses en­ gagements, le 18 novembre 1281, il le déclara excom­ munié comme hérétique et schismatique, défendit,sous peine d'analhêrne, à tous les princes chrétiens de lui porter secours el délia de leurs serments tous ceux qui en avaient contracté envers lui. La cause de ce revire­ ment subit doit être attribuée surtout à des motifs poli­ tiques. Martin IV devait tout à la maison d'Anjou; il savait, de plus, que Michel VIII s’était entendu avec Pierre d'Aragon et Procida pour prononcer la déchéance de Charles et expulser les Français de l’Italie méridio­ nale; lui-même, par un traité secret passé avec Charles d'Anjou, Philippe, héritier de Baudouin II,et les Véni­ tiens. avait combiné une double expédition qui repren­ drait Constantinople aux Grecs et rétablirait Philippe de Cour t>. n.:y sur le trône latin de ses pères. On juge d<· la ere qui s'empara du basileus à la nouvelle de son excommunication. 11 songea un instant à rompre avec Rome et à remettre les choses dans leur ancien état; mais agir de la sorte c’eût été se condamner luimême et condamner la ligne de conduite suivie jusquelà, c'eût été avouer â ses sujets que le besoin d'arrêter I ' I I 1396 Charles d’Anjou avait seul inspiré sa politique reli­ gieuse. Il ne changea donc rien aux dispositions qu’il avait prises à Lyon, afin de ne pas se dédire publique­ ment, mais il défendit qu'on nommât le pape dans les prières liturgiques, pour lui montrer que, s’il ne bri­ sait pas avec la papauté, il entendait du moins briser avec le pape qui s’était déclaré l’ennemi des Grecs. Le il décembre 1281, les troupes de Michel VIII menaient en pleine déroute l’armée de Charles d’Anjou près de Bérat d’Albanie; en mars 1282, la révolte des Siciliens, le massacre des Français aux vêpres siciliennes, 30 mars 1282,1a proclamation de Pierre d'Aragon comme roi de Sicile, toutes entreprises que Paléologue avait connues, favorisées et probablement payées de son ar­ gent, le tranquillisèrent pour de longues années du côté de l’Angevin. Excommunié une seconde fois le 7 mai 1282, puis une troisième fois, le 18 novembre 1282, déclaré déchu et privé de ses biens, il n’en tint aucun compte et mourut le 11 décembre de la même année, après avoir refusé jusqu’au dernier moment de déchirer le pacte d’union qu’il avait conclu à Lyon. A peine proclamé empereur, Andronic II désavoua la conduite de son père et la sienne propre. S’il avait jadis adhéré à l’union, écrit au pape, signé des formu­ laires de foi romains, la faute en incombait à la peur que lui inspirait son père et à sa propre faiblesse. Aussi, se mit-il aussitôt en devoir de rappeler de l’exil tous les clercs bannis par Michel VIII, de les réunir el de s’humilier devant eux en leur demandant pardon. II obtint sa grâce, à condition de ne pas rendre les hon­ neurs de la sépulture ecclésiastique à son père, mort dans la communion latine; ce à quoi il consentit aisé­ ment. Puis, il força Veccos à se retirer, 26 décembre 1282, et, quelques jours après, 30 décembre, on réins­ talla le vieux Joseph sur le siège patriarcal. On récon­ cilia alors les églises, on priva pour trois mois de l’exercice de leurs fonctions les prêtres et les clercs; quant aux évêques, malgré leur retour au schisme, ils furent chassés de leurs sièges au synode tenu le lundi de Pâques, 1283. Il y eut alors toute une série de conciles pour réconcilier le clergé réfractaire ou pour l’anathématiser. Jean Veccos dut plusieurs fois comparaître et, après avoir justifié ses écrits, honni de toute son Eglise, emprisonné, maltraité, il mourut en 1298,ferme dans sa foi. Nous voyons ainsi qu’autant Michel VIII s’était montré empereur catholique, autant son fils suivit une direction tout opposée. A toutes les avances des papes il répondit par le silence ou même par des refus, comme en 1290, où Nicolas IV sollicita vainement de lui l'envoi d’une ambassade. La crainte des représailles, la menace des croisades qui s'organisaient contre lui ne le firent pas dévier un instant de sa résolution. En vain Charles de Valois, frère de Philippe le Bel, héritier depuis 1301 des prétentions latines sur l’empire de Constantinople, négociait une alliance avec Venise, 19 décembre 1306, faisait excommunier le basileus par Clément V, juin 1307, et préparait une expédition contre Byzance, de concert avec le roi de Serbie, Miloutine, et avec le roi de Naples, 1308; en vain soudoyait-il sous main les fonctionnaires byzantins, las de l'imbécillité de leur empereur; en vain concédait-il en 1313 ses droits à son gendre, Philippe de Tarente, qui possédait déjà une bonne partie de l’Épire et de l’Albanie, Andronic 11 restait plus que jamais attaché à l’orthodoxie. Ce n'est qu'en 1323, lorsque le danger devint tout à fait pressant, qu’il se décida à user de diplomatie avec les cours occi­ dentales. Sur son ordre, des religieux latins et l’évêque de Capha en Crimée se rendirent en France, pour con­ vaincre Charles IV le Bel et ensuite la curie romaine de ses bonnes dispositions. En môme temps, un auxiliaire inattendu se présentait, le célèbre vénitien Marino Sanudo, qui se lit l'ardent propagateur de cette réconciRation. Dans son ouvrage, Secreta fidelium crucis, 1397 CONSTANTINOPLE (ÉGLISE DE) dédié au pape et au roi de France, surtout dans sa correspondance, Sanudo proclama que l'union des Eglises devait être la première préoccupation de tous les chrétiens. A l'occupation brutale de 1204, qui n’avait entraîné que des haines et des rancœurs, il fallait sub­ stituer la pacification des esprits. La Latinité possédait encore Chypre, la Crète, la Morée, le duché d’Athènes, Nègrepont, d’autres îles encore, mais combien avait-elle gagné de cœurs? Sanudo écrivit tant de lettres au pape, au roi de France et à l’empereur, que tout le monde se laissa convaincre que la voie était ouverte aux rappro­ chements. En 1326, Andronic II prenait Charles IV à témoin qu’il avait le désir sincère de vivre en paix avec tous les chrétiens et d’une manière particulière avec lui. Norden, op. cit., p. 688 sq., surtout H. Omont, dans la Bibliothèque de l’école des chartes, t. un. (1892), p. 256 sq. Le roi de France le prit au mot et, d’accord avec Jean XXII, il envoya à Constantinople Benoit de Cuines, un dominicain, que le pape munit de tous les pouvoirs nécessaires à sa mission. Benoit arrivait à Byzance pendant l’automne de 1326, au mo­ ment où la guerre civile entre Andronic II et Andro­ nic le Jeune était dans sa période d’acuité. Comme cha­ cun des deux rivaux craignait de risquer sa popularité en tentant un rapprochement avec les Latins, la mission du légat pontifical était finie, avant même d’avoir été commencée. Néanmoins il rapporta au pape une lettre d'excuse de la part de l'empereur, tout en lui faisant un rapport oral sur la vraie situation. Aprèsavoir pris con­ naissance de l'un et de l’autre, Jean XXII jugea inutile de poursuivre les négociations. Ce qui caractérise les relations entre la papauté et Byzance, à partir de 1330, c'est l'aide intéressée que les empereurs mendient en Occident contre la marche envahissante des Turcs. Moyennant des secours en hommes et en argent qu’ils réclamaient, les Grecs offraient la soumission de leur Église, mais les papes, revenant â la tactique de leurs prédécesseurs du xie siècle, ne voulaient consentir â ces concessions qu’une fois opérée la réunion des deux Églises. Dans l’invasion turque ils ne voyaient qu’un châtiment divin, qui donnerait â réfléchir aux Grecs et les jetterait dans les bras de Rome. Telle était la pensée de Jean XXII, lorsqu'il envoyait deux dominicains à Constantinople en 1333; telle était la pensée de son successeur, Be­ noit XII, lorsqu’en 1339, il traitait avec le calabrais Barlaarn, ambassadeur non officiel d’Andronic III. Les cardinaux faisaient remarquer à celui-ci, dans ce latin si expressif du moyen âge, que l’entente projetée n'était qu’un leurre : quia si fortificati, ditati, exaltati et con­ fortati per sedem apostolicam... ante reunionem prædictani, postea terga et non faciem verterent ronianæ Ecclesiæ, sicut alias, dum credebantur reuniri, fecisse noscuntur. Et Barlaarn leur répondait, avec non moins de raison, que les Grecs ne déposeraient pas leur haine contre les Latins, tant qu’ils ne les verraient pas agir avec désintéressement. A la suite de ces confé­ rences et du refus opposé par le pape de réunir un concile, Barlaarn reprit le chemin de Constantinople avec deux évéques que Benoit XII déléguait auprès de l’empereur. La mission de ceux-ci échoua, par suite de l’opposition de Nicéphore Grégoras, le rival littéraire de Barlaarn. Sous le pontificat de Clément VI (13421352), les relations furent reprises. L’embarras inextri­ cable dans lequel se trouvait la cour de Byzance le com­ mandait. A la mort d’Andronic III Paléologue, juin 1341, l’empire avait été dévolu à son fils Jean V, jeune prince âgé de neuf ans, sous la régence de sa mère, Anne de Savoie, et du patriarche. Ce conseil de régence déplut au grand domestique, Jean Cantacuzène, qui provoqua une guerre civile de 1341 à 1347. date de son triomphe définitif et de son admission â l'empire. Les Turcs anatoliotes le soutenaient, du reste, et comme ils 1398 devenaient chaque jour plus pressants, l’idée se lit jour en Occident et â Byzance de leur opposer une ligue navale de la chrétienté. Dès 1343, le jeune basileus adressait une lettre au pape, dans laquelle il manifes­ tait une grande dévotion pour le siège de Pierre, tout en demandant l’alliance offensive des Latins et l’envoi d’une flotte et d’une armée. Sa mère, la régente, se vantait à son tour d’avoir été élevée dans la foi romaine et de n’avoirsubi que par contrainte le joug de l'ortho­ doxie. Si des secours lui étaient envoyés, dès que la victoire sourirait aux bannières byzantines, elle révéle­ rait ses vrais sentiments. Le grand amiral, Alexis Apocaukos, ne s’exprimait pas différemment. Le pape, touché de ces démonstrations royales, répondit par des lettres fort aimables, mais il subordonna l'envoi des secours à l’abjuration préalable du schisme, 21 et 22 octobre 1343. Comme on le voit, « à chaque tentative d'union, c’est toujours le même dialogue qui se repro­ duit. Les Grecs, prodigues de belles promesses, atten­ dent un secours efficace, pour manifester par des actes leur prétendue dévotion à l’Eglise romaine; et le pape, pour envoyer un secours, attend que les Grecs don­ nent des gages sérieux de leur sincérité. C'est ainsi que tant de fois, chaque parti attendant que l’autre fasse les premiers pas, l'union proposée ne peut aboutir. » .1. Gay, Le pape Clément Vi et les affaires d’Orient, Paris, 1904, p. 49. Cette fois-ci, le pape avait d'aulant plus de raisons de concevoir des doutes que le parti de l’union comprenait seulement des étrangers, d’origine latine, comme la régente et les seigneurs savoyards qui l’avaient suivie â Constantinople, ou bien des Grecs qui, par leurs alliances de famille, se trouvaient en contact quotidien avec les Latins. Conclure l’union en de pareilles conditions, c'eût été la vouer d’avance â l’insuccès, car Cantacuzène et son parti ne l’auraient pas acceptée et les alliés de la cour, fort aigris contre Rome, se seraient prononcés pour le grand domestique. L’expédition navale eut lieu cependant et, le 29 octobre 1344, elle aboutit à la prise de Smyrne sur les Turcs, amis de Cantacuzène. Ce fut là le résultat le plus sail­ lant de là campagne. En 1346, les Turcs sont de plus en plus attirés vers Byzance par les progrès du grand do­ mestique. Pendant qu’ils occupent les provinces grec­ ques, Cantacuzène donne sa fille en mariage à Orkhan, le chef des Ottomans. L’année suivante, février 1347, un revirement politique se produit. Cantacuzène entre triomphalement â Constantinople et se fait associer au trône; en même temps, Jean V épouse sa fille. Dès lors, le révolté assagi ne songe plus qu'à repousser les Turcs, ses alliés de la veille, auxquels il avait livré les plus belles places de l’empire. Vers la fin de l’année 1347, il dépêche au pape une ambassade solennelle, conduite par deux hauts fonctionnaires du palais, le protovestiarite, Georges Spanopoulos, et le grand interprète, Nico­ las Sigeros. Ceux-ci ne parviennent pas à dissiper la méfiance de Clément VI, qui se borne â répondre au basileus dans les termes les plus vagues, promettant d’examiner plus à loisir les propositions qui lui avaient été faites. De longs mois se passent, sans que Cantacu­ zène reçoive la réponse promise; il faut une nouvelle lettre de l’empereur pour que le pape rompe le silence. Enfin, le 31 mai 1349, Clément VI s’excuse auprès de Cantacuzène de n’avoir pu encore prendre les mesures nécessaires pour l’envoi d'une ambassade, promettant d’y aviser aussitôt qu'il le pourrait. C’est seulement au début de l'année 1350 que les promesses du pape com­ mencent à se réaliser : deux évêques s'en vont à Con­ stantinople faire connaître les vues du saint-siège au sujet de la croisade et reprendre l’affaire de l'union des Églises. Si l'empereur, le patriarche et ses évêques reconnaissent la primauté du successeur de Pierre, le pape pourra mettre au service de Byzance les forces latines. Dans le courant de l'année 1350, de nouvelles 1399 CONSTANTINOPLE (ÉGLISE DE) ambassades sont échangées entre Avignon et Byzance, toutes relatives à l'affaire de l’union. Tout en rejetant sur les Latins la responsabilité du schisme qui sépare présentement les deux Églises, Cantacuzêne s’affirme partisan hardi de la réunion, mais à son avis, seul, un concile vraiment œcuménique pourra définir la foi. « Je lui obéirai, déclare-t-il, et je forcerai les autres à lui obéir. » Qu’on le réunisse dans une ville intermé­ diaire entre l’Orient et l’Occident, dans une ville mari­ time et d'un accès facile à tous. C’était reprendre les propositions de Barlaam en 1339, combattues par le collège des cardinaux, qui ne voulaient pas qu’on remit en question les doctrines de l’Église romaine définies au concile de Lyon, 1274. En 1350, les mêmes propositions trouvent à Avignon un accueil plus favo­ rable; par deux fois, Clément VI en répondant à Cantacuzéne se déclare prêt à seconder ses desseins, 28juin 1330. Cependant, il lui est impossible de fixer une date précise pour la convocation du concile général, tant que l’harmonie ne sera pas rétablie entre les princes latins d’Occident. Cantacuzêne envoie alors un domini­ cain du couvent de Galata, pour ne pas laisser s’inter­ rompre les relations, mais bientôt la mort du pape vient couper court à tous les projets de concile. J. Gay, op. cit., p. 94-118, passim. Ses tentatives, il est vrai, ne sont pas restées sans résultats, au moins à la cour byzan­ tine. En 1355, Jean V Paléologue promet à l’archevêque latin de Smyrne, représentant du pape Innocent VI, de se soumettre à l’Église romaine. A. Theiner et F. Miklosich, Monumenta spectantia ad unionem Ecclesiarum, Vienne, 1872, p. 29-37. Innocent VI s’efforça de venir en aide aux Byzantins et projeta toutes sortes de croisades, qui n’eurent pas de résultat heureux; de même Urbain V, qui offrit à Jean V Paléologue un secours désintéressé. Pressé de plus en plus par les Turcs, qui venaient de conquérir Andrinople et presque toute la Thrace, cet empereur dépêcha au pape des ambassadeurs, qui lui furent pré­ sentés à Viterbe 1367). Le pape les reçut avec une grande joie et il écrivit aux princes siciliens de traiter le basileus avec tous les honneurs dus à son rang, des qu’il aborderait en Italie. Jean V se dirigea, en effet, vers Rome et, à la suite de conférences religieuses, le 10 octobre 1369, il abjura solennellement le schisme entre les mains de trois cardinaux députés par le pape. Cet acte personnel, bien qu'annoncé à son de trompe à tous les souverains chrétiens, n’engageait en défini­ tive que Jean V et ne pouvait en aucune manière se comparer à la rétractation que tout l’empire avait faite lors du concile de Lyon. Néanmoins, il donnait lieu à de belles espérances, car cet exemple fut suivi de plu­ sieurs autres et l’ex-empereur Jean Cantacuzêne luimême serait venu à Rome en habit de moine, pour abjurer ses erreurs et retourner ensuite à son couvent. Jean V Paléologue n’obtint pas de l’Occident les se­ cours qu’il en avait attendus, il dut se contenter des lettres et des belles promesses qu'on ne lui ménagea pas. Bien plus, il subit le déshonneur en 1370 d’être arrêté à Venise et mis en prison pour dettes et ce ne fut que grâce au dévouement de son second fils Manuel, qu'il obtint sa délivrance. Pour les relations de Jean V Paléologue avec les papes, voir A. Theiner et F. Miklosich. Monumenta spectantia ad unionem Ecclesiarum, p. 29-43. Mort en 1391, Jean V laissait la couronne à Manuel II. qui guerroya toute sa vie contre les Turcs. Une croisade s’organisa en Europe, surtout en France, pourarrét-r la marche des infidèles çt procurer quelque soulagement aux Grecs, mais on sait comment elle fut anéantie, en 1396, sous les murs de Nicopolis du Danut ·:·. L emp- reur se rendit alors lui-même en Occident et resta i-ut ans et demi à Paris, sauf un voyage qu’il accomt lit en Angleterre, magnifiquement nourri et logé aux frais du trésor public, mais toujours ennemi ' 1400 juré de la foi des Latins. C’est ainsi qu’il occupait ses loisirs, pendant son séjour à Paris, à rédiger un grand ouvrage sur la procession du Saint-Esprit et à soutenir des discussions avec les docteurs de la Sorbonne. L'in­ tervention inattendue de Tamerlan ayant pour quelques années encore arrêté les progrès des Turcs, Manuel ne songea plus aux Latins: puis, quand le danger reparut, il envoya, en 1417, une ambassade au concile de Con­ stance et auprès du pape Martin V. Il en obtint l’auto­ risation de marier ses six enfants à des princesses catholiques, mais sa députation, composée d'un grand nombres de seigneurs et de dix-neuf archevêques ou évêques, se buta au point de vue religieux contre une résistance absolue. La mission, que le pape envoya à Constantinople en 1422, ne réussit pas davantage à vaincre l’opposition byzantine. Quelques jours avant l’arrivée d'Antoine Messanus, chef de la mission, Mourad II avait dû lever le siège de Constantinople et la suffisance qu’avait causée aux Grecs ce succès les ren­ dait peu favorables aux propositions du légat romain. Messanus attendit plus d’un mois pour exposer sa requête et quand, à l’église de Saint-Etienne, en pré­ sence du patriarche Joseph II et des évêques réunis, il parla de sa mission, il fut d'une telle maladresse qu’il froissa tous les assistants. La réponse lui arriva sous forme de reserit impérial. Il portait en substance que, pour opérer l’union, un concile général était nécessaire à Constantinople et que le pape devrait couvrir une partie des frais. Bien entendu, ce concile n’était possi­ ble qu’après la conclusion de la paix avec les Turcs. En attendant, le saint-siège avait à défendre, sous les pires menaces, à tous les chrétiens de l’Occident, par­ ticulièrement à ceux de Gênes et de Venise, de mettre leurs navires â la disposition des infidèles pour conti­ nuer la guerre qu’ils faisaient aux Byzantins. Donné le 14 novembre 1422, ce reserit fut lu au concile de Sienne le 8 novembre de l’année suivante. Deux ans après 11425).Manuel II laissait en mourant à son fils Jean VII ses dernières recommandations : « Il ne nous reste, lui disait-il en raccourci, pour toute ressource contre les Turcs que la crainte de notre réunion avec les Latins. Dès que tu seras pressé par les infidèles, fais-leur envi­ sager ce danger. Propose un concile, commence les négociations, mais prolonge-les toujours; élude la con­ vocation de cette assemblée qui ne te serait d'aucune utilité. La vanité des Latins et l’opiniâtreté des Grecs ne s'accorderont jamais. En voulant accomplir la réunion, tu ne ferais que confirmer le schisme et vous exposer sans ressource à la merci des barbares. i> Jean VII devait être fidèle à ces novissima verba de son père et, pour éloigner le péril turc, se confier, lui et son Église, â la miséricorde de l’Occident. Dès 1430, le parti de l'union réunissait â Constantinople les hommes les plus inlluents, comme Marc lagros, Macaire Macrès, higoumène du Panlocrator, Isidore, futur métropolite de Kiev, Jean Disshypatos et surtout Bessarion. Un délégué impérial se rendit auprès de trois patriarches d’Orient pour sonder leurs dispositions et les convier au futur concile; le mont Athos lui-même, le centre du fanatisme orthodoxe, fit preuve dans cer­ tains monastères d’une assez grande bienveillance. Une première ambassade dépêchée à Rome en 1431 dut revenir à Byzance, après avoir appris en route la mort du pape Martin V; une seconde en rapporta une lettre d’Eugène IV invitant les Grecs au concile œcu­ ménique qui se tiendrait en Italie, celui de Bâle ayant presque dès le début manifesté des sentiments schisma­ tiques. Malheureusement, tandis que le légat Garatoni négociait à Constantinople, le concile de Bâle cher­ chait aussi par ses délégués â attirer les grecs à lui. Jean Paléologue se tint sur ses gardes et il traita si­ multanément avec les deux partis. Son frère Démétrios, assisté d'Isidore, représenta l’Église orientale au cou- 1401 CONSTANTINOPLE (EGLISE DE) cile et, â la suite de plusieurs conférences, l’accord préliminaire put entin s’établir. Les Pères promettaient de l’argent et des troupes, ils prenaient également sur eux les frais qu’entraînerait le voyage d’aller et retour de l’empereur et de 700 personnes, ainsi que leur en­ tretien pendant toute la durée du concile, mais à con­ dition que les Grecs se rendraient dans une des villes choisies par le concile. Les représentants de l'empe­ reur acceptèrent ces conditions, 7 septembre 1431. Il fallait maintenant obtenir l’approbation du pape et celle de .lean Paléologue. Eugène IV, qui avait négocié de son côté, finit par confirmer, le 15 novembre 1434, la convention passée entre le concile et les Grecs, à moins que son légat à Constantinople, Garatoni, ne fût arrivé à une autre transaction. C’est précisément ce qui avait eu lieu; aussi les pourparlers continuèrent-ils entre Rome, Constantinople et Bâle, jusqu’à ce qu’on se fût mis d’accord sur la ville qui servirait de résidenceau prochain concile et sur les points quiyseraient mis en discussion. Comme ceci intéresse particulière­ ment le concile de Florence, voir cet article pour la suite chronologique des événements. Le décret d’union fut signé â Florence, le 5 juillet 1439, par l’empereur, par 18 métropolites grecs et par un certain nombre de délégués. L’accord, imposé pour des raisons politiques, ne survécut même pas au voyage; à peine arrivés à Byzance, 1er février 1448, les évêques s’empressèrent de renier leurs signatures et de détruire l'œuvre qu’ils venaient d'accomplir. Il faut lire dans Ducas, P. G., t. ci.vii, col. 1113; IL Vast, Le cardinal Bessarion, Paris, 1878, p. 116, la scène humoristique de leur trahi­ son. Leurs cris apitoyèrent tellement le peuple qu'il fut impossible au basileus de proclamer le décret d’union; pourtant un successeur catholique, Métrophane de Cyzique, fut donné au patriarche Joseph II, qui était mort à Florence pendant la réunion du concile. Les opposants avaient à leur tète le frère de l'empereur, Démétrios, et surtout Marc d’Éphèse, qui ne cessait d’exciter la foule contre les Occidentaux. La meilleure conquête de ce parti fut celle de Georges Scholarios, officier de la cour et partisan de l’union à Florence, lequel renonça à sa haute position et revêtit l’habit monastique. Dès lors, il fut regardé comme le vrai chef de l’opposition. Le patriarche Métrophane, abreuvé de dégoûts, fut contraint d’abdiquer et ce ne fut qu’après toute une série de querelles et de négociations qu’on lui donna un successeur, Grégoire Mammas, attaché au parti de Rome. Les orthodoxes, qui s’étaient calmés un peu pendant la croisade de l'Occident contre les Turcs, se montrèrent de plus en plus intraitables, en appre­ nant la victoire des Turcs à Varna, 10 novembre 1-444, et l’écrasement des armées latines. Le désastre des Slaves à Kossovo et la mort du basileus Jean VII, 31 octobre 1448, ne firent qu’aggraver la situation. Constantin XII Dragasès hésita, dès le début de son règne, pour savoir de quel côté il se prononcerait. S’il est prouvé aujourd'hui, Chr. Papaïoannou,Tà -ραζτιζά τής οΰτω λεγομένης ύστατης έν ‘Αγία Σοφία συνόδου (1450) χα'ι ή Ιστοριζή αξία αυτών, Constantinople, 1896, que les actes du concile de Sainte-Sophie en 1450, qui aurait rejeté l’union de Florence, sont inauthentiques et ont été vraisemblablement fabriqués par Georges Corésios, au début du xvn' siècle, ainsi que l’avait sou­ tenu Allatius, De Ecclesiæ occidentalis atque orientalis perpetua consensione, p. 1380-1395, il n’est pas du tout démontré que le concile lui-même n’ait pas eu lieu. Voir Échos d’Orient, 1900-1901, t. tv, p. 127. Il est dit, en effet, dans la vie du patriarche Niphon (1486-1489}, écrite par un contemporain, que l'empereur réunit un concile pour annuler celui de Florence, « peu avant la prise de Constantinople. » Doukakès, Synaxariste du mois d'août, Athènes, p.157. Cela nous expliquerait la fuite précipitée du patriarche Grégoire Mammas, qui 1402 se réfugia à Rome vers ce moment; cela nous explique­ rait aussi la lettre sévère et pressante que le pape Nicolas V adressait à Constantin, le Tl octobre 1451, pour qu’il rappelât sur son siège le patriarche légitime et qu'il fit proclamer au plus tôt le décret d'union dans ses États, comme l'avaient fait tous les États catholiques de l’Europe occidentale. P. G., t. cix, col. 1201-1212; E. Legrand. Bibliographie hellénique aux xv et xvi· siècles, t. I, p. i.vm. Quoi qu’il en soit exactement de ce fait, si les dispositions du basileus à l’égard de Rome se modifièrent à partir de ce moment, celles de la multitude ne changèrent pas. Et lorsque, le 12 dé­ cembre 1452, l’union de Florence fut solennellement proclamée à Sainte-Sophie par le cardinal Isidore de Kiev, en présence de la cour et d’une partie du clergé, la foule irritée courut manifester au monastère du Pantocrator, devant la cellule de Georges Scholarios, qui les poussa â la révolte ouverte, en disant que « le jour oû ils renonceraient à la religion de leurs pères, ils seraient soumis â la servitude étrangère ». Les événe­ ments vinrent bientôt démentir ces sinistres prévi­ sions. Sans que les Grecs eussent renoncé à la religion de leurs pères, le 29 mai 1453, Mahomet II emportait d’assaut Constantinople qu'il assiégeait depuis le 5 avril; les villes qui résistaient encore tombèrent peu à peu entre les mains du conquérant, comme Athènes, Lesbos, Trébizonde, dont le malheureux empereur David fut emmené prisonnier à Stamboul et étranglé dans un cachot, 1460. Le patriarche catholique, Gré­ goire Mammas, qui n’avait pas abdiqué et que proba­ blement on n'avait pas déposé, mourut à Rome en 1458. Il eut pour successeur Isidore de Kiev, qui mourut en 1463 des suites d’une attaque d’apoplexie. A la mort d’Isidore, le pape Pie II nomma le cardinal Bessarion, jusque-là archevêque de Nègrepont, et celui-ci s’em­ pressa d'adresser à ses ouailles une longue lettre, qui se distinguait surtout par la théologie pratique. Ses appels à la concorde, à l'union et à la reconnaissance de la suprématie romaine ne furent guère entendus, car ses compatriotes commençaient à se plier au ré­ gime turc et la Grande-Église jouissait, sous ses nou­ veaux maîtres, de plus d’autorité, sinon de plus de crédit, qu'elle n'en avait possédé sous les empereurs byzantins. Bessarion mourut, avec le titre de patriarche de Constantinople, le 14 novembre 1472. XVI. Juridiction du patriarcat byzantin, xiii·XVIe siècles. — En dépit de la conquête latine, la Diatyposis de Léon le Sage, remaniée par Isaac l’Ange, ne subit que des modifications insignifiantes, durant le royaume de Nicée (1204-1261), et le règne de Michel VIII Paléologue (1259-1282). Une décision synodale du patriar­ che Arsène, mars 1256, Miklosich et Muller, A cia patriar­ chal»» Constantinopolitani, 1.1, p. 119, montre que c’était encore la Notitia d'Isaac l’Ange qui avait force de loi ; il en est de même d’un acte synodal du patriarche Nicé­ phore, du 1er janvier 1260. Bulletin de l’Jnstilut archéo­ logique russe de Constantinople, 1903, p. 163-171. Ce­ pendant, sous Michel VIII, fut introduite une autre Notitia, à laquelle renvoie Andronic II, lors du chan­ gement qu’il fit subir aux listes épiscopales; l’époque de la rédaction de ce document se placerait entre les années 1260 et 1270. La Notitia de Michel VIII, II. Gei­ zer, Ungedruckte... Texte der Notiliæ episcopatuum, p. 592, comprend une liste de 100 métropoles et de 44 archevêchés autocéphaies. Les 51 premiers noms ne présentent aucune divergence, sauf que la Crète a sup­ planté Séleucie d'Isaurie au n. 30. De même, les sièges compris du n. 52 au n. 80 sont identiques dans notre liste et dans celle d’Alexis Comnène, Parlhey, op. cil., p. 97, sauf que Apros a pris la place d’Apamée de Bithy­ nie au n. 69. Suivent 20 métropoles : Silivrie, Arcadioupolis, Mésembrie, Milet, Gardique, Hypépa, Phila­ delphie, Argos, Ryzaia, Pyrgion, Sébastopolis, Euripos 1403 CONSTANTINOPLE (ÉGLISE DE) Kybistra ou Héracleus. Antioche du Méandre, Achyraos, Didymotichos, Pegai ou Parion, Monembasie ou Ténare, Pergame et Brousse, dont 12 au moins figurent dans les listes de Manuel Comnène et d'isaac l’Ange, mais pas au même rang que dans celte liste-ci ; une ancienne métropole, Proconèse, n. 87, est descendue avec Apamée de Bithynie au rang des simples archevê­ chés. Ceci représente la hiérarchie officielle, celle que l’on suivait depuis 901 environ et dont on ne voulait pas se départir. Des nécessités toutefois intervenaient qui obligeaient à modifier l’ordre de choses établi. Ainsi, comme nous le voyons par des actes synodaux de l’époque et comme le supposent les changements introduits plus tard par Andronic II Paléologue, Phila­ delphie, qui n’est qu’au 87° rang, occupait en réalité le 13e, depuis que Mélitêne était retombée aux mains des Turcs ; de même Héraclée de Pont, évêché suffragant de Claudioupolis, tenait le rang de la métropole n. 17, depuis que celle-ci avait été ruinée et détruite par les Musulmans. P. G., t. cxxxvn, col. 1321. Il est probable que des modifications analogues se produisirent pour d’autres grands noms qui figuraient toujours sur les listes officielles, mais qui, en réalité, n’étaient que des titres sonores in partibus infidelium. Ce fut précisément celte déchéance croissante des grands sièges et l’importance nouvelle acquise par de simples évêchés, qui contraignirent Andronic II Paléo­ logue à introduire des changements plus considérables. Cette modification fut opérée en 1298 ou 1299, mais le document, tel que nous le possédons aujourd’hui, n’en est qu’une copie relativement récente. Dans cette Noti­ tia, qui ne comprend pas moins de 112 métropoles, figurent les 51 métropoles de Léon le Sage, ou mieux de Constantin Porphyrogénète, puisque Mélitêne rem­ place Syracuse et la Crète remplace Séleucie. Nous y retrouvons encore les 6 métropoles nouvelles existant du temps de Tzimiscês, moins Asmosatos et Taron ; les 24 nouvelles métropoles introduites déjà du temps d’Alexis Comnène ; les 5 nouvelles métropoles, exis­ tant dans la liste de Manuel Comnène ; enfin, les 9 nouvelles métropoles figurant dans la liste d’isaac l’Ange, moins Hypépa et Proconèse ; ce qui donne déjà un total de 91 noms. On y retrouve encore 8 métropoles, signalées dans la liste de Manuel Paléologue, à savoir : Pégai, Pergame, Didymotichos, Monembasie, Euripos, Sébastopolis, Kybistra, Antioche du Méandre; enfin 13 nouvelles métropoles qui jusqu’ici n’avaient pas été indiquées : Berrhæa, Christoupolis, Janina, Phar­ sale, Galitz, Livadia, le Caucase, Viddin, Gotthie, Zéchie, Bosporos, Bitziné, Sougdaïa. Ce qu’il y a d’intéressant dans celte Notitia, c’est qu’elle nous donne le rang occupé précédemment par chacune de ces 112 métro­ poles, à moins qu’elles ne fussent de simples archevê­ chés ou même des évéchés, promus d’un seul coup à un rang supérieur. La hiérarchie était modifiée de fond en comble. Une autre retouche fut encore apportée à cette liste par Andronic 111, dit Andronic le Jeune (1328-1341), fondée en partie sur les anciennes listes, en partie sur ie nouvel état de choses. Cette Notitia, qui comprend 110 noms, a 92 anciennes métropoles, plus 18 nou•lles, qu’on ne rencontre dans aucune des précédentes listes : Brysis, Chio, Cherson, Ténédos, Vizya, .Maronia, Xanthi, Média, Garellé, Lemnos, Sotéroupolis, .Macré, Périthéorion, Gallipoli, Rhodosto, Hexamilion, Sozopolis. Lilitza. Là encore, l’ordre hiérarchique est tout .· fait différent de celui que nous avions constaté jusqu’ici. fuctes ces listes, du reste, ne nous sont jamais par­ venu, s dins leur forme primitive, car nous n’avons que rarement des manuscrits qui remontent à leur époque ; aussi, tes copi-’es ne se s?nt-i]s fait aucun scrupule dajouter à la liste officielle les nouvelles métropoles 1404 qu’ils constataient de leur temps, de modifier même la liste, si certaines métropoles avaient été dégradées ou promues à un rang supérieur. Tous ces changements, toutes ces retouches font qu’il est très difficile de se faire une opinion et de pouvoir assigner une date pré­ cise à chaque document, tel du moins qu’il nous a été conservé. Il faudra attendre l’édition définitive des No­ titias episcopatuum, promise depuis longtemps par M. Gelzer et qu’il était certainement le seul en mesure de nous donner, si la mort n’était pas venue le sur­ prendre. Jusqu’à ce moment, que l’on se reporte aux diverses études que ce savant géographe byzantin a dispersées dans une série de publications, ainsi qu’aux corrections apportées par M. de Boor, et que l’on s’ef­ force en combinant les résultats acquis ou supposés d’arriver à une solution satisfaisante. Les deux Notitiæ d’Andronic II et d’Andronic III ont été reproduites, soit dans Parthey, op. cit., p. 225-243, soit dans Gelzer, Ungedi'uckte... Texte der Notitiæ episcopatuum, p. 595-613. Dans ce dernier ouvrage on trouvera même l’édition des textes accompagnée d’un appareil critique suffisant, en attendant l’édition défi­ nitive. Ce même savant a publié, op. cit., p. 613-637, une Notitia postérieure à la prise de Constantinople par les Turcs, 1453, et qui date probablement de la seconde moitié du xv» siècle. La valeur de celte Notitia est bien supérieure à celle des listes précédentes, car elle répond à la réalité et, loin de vouloir conserver un passé disparu depuis longtemps, elle dépeint la hiérar­ chie ecclésiastique, telle qu’elle existait à ce moment. Comme c’est elle qui a servi de base aux classifications de l’avenir, je vais la reproduire intégralement ; elle ne comprend, du reste, qu’un nombre restreint de métropoles. MÉTROPOLES DU PATRIARCAT DE CONSTANTINOPLE VERS LA FIN DU XVe SIÈCLE. 1. 2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. 9. 10. 11. 12. 13. 14. 15. 16. 17. 18. 19. 20. 21. 22. 23. 24. Césarée. Éphèse. Héraclée. Ancyre. Cyzique. Philadelphie. Nicomédie. Nicée Chalcédoine. Thessalonique. Tirnovo. Andrinople. Aniasée. Brousse. Néocésarée. Iconium. Berrhæa. Pisidie. Corinthe. Monembasie. Athènes. Patras. Trébizonde. Larissa. 25. Naupacte. 26. Philippopolis. 27. Rhodes. 28. Serrés. 29. Philippes. 30. Cbristoupolis ou Caub. 31. Smyrne. 32. Mitylène. 33. Janina. 34. Didymotichos. 35. Mélénik. 36. Nouvelle Patras. 37. Thèbes. 38. Ainos. 39. Kérasonte. 40. Viddin. 41. Méthymna. 42. Christianoupolis. 43. Lacédémone. 44. Paronaxia. 45. Vacat. 46. Mésembrie. 47. Silivrie. 48. Argos et Nauplie. 49. 60. 51. 52. 53. 54. 55. 56. 57. 58. 59. 60. 61. 62. 63. 64. 65. 66. 67. 68. 69. 70. 71. 72. Euripos. Sofia, Média. Anchialos. Varna. Dristra. Preïlav, Karavizya. Marunia. Périthéorion. Zychnai. Drama. Nicopolis ou lïétrekop. Ganos. Rhoizéon. Lazie. Gotthie. Capha, Chio. Lemnos. Ischanion. Imbros. Oungrovalachie. Moldovalai hie. Le petit nombre de métropoles, 72 seulement, donne à réfléchir, mais s’explique sans trop de peine. L’AsieMineure, abstraction faite des îles et de quelques villes côtières, n’était plus qu’une vaste ruine ; en Europe, si les Latins étaient chassés et le patriarcat bulgare de Tirnovo supprimé depuis 4393, les Serbes et les Bul­ gares conservaient encore des Églises autonomes à Ipek et à Ochrida. De même, l’acquisition des deux métro­ poles de Moldovlachie et de Oungrovlachie ne com­ pensait pas absolument la perte de Kiev et de la pro­ vince de Russie. En somme, l’Église byzantine s’éten­ dait alors dans tout l’empire turc, sauf les deux Églises d’Ipek et d’Ochrida, et elle comprenait encore quelques 1405 CONSTANTINOPLE (ÉGLISE DE) 1406 question, voir Auner, Echos d'Orient, t. vin, p. 6-12. métropoles ou évêchés, situés dans les possessions Les relations entre les principautés danubiennes et vénitiennes ou françaises. La liste des archevêchés autocéphales, dans la Notitia du xv* siècle, se réduit à ' Constantinople furent, du reste, interrompues après le retour des Pères de Florence en Orient et surtout après huit noms : Proconése, Carpathos, Égine, Pogoniané, Elassona, Ços, Leucade, Phanarion ou bien Ezova. Il y la prise de Constantinople pai· les Turcs, 1453. Mécon­ tents de voir leur métropolite passé dans le camp des avait toujours eu une certaine tendance à diminuer le nombre de ces dignitaires ecclésiastiques, qui ont au­ Latins, les Moldaves se tournèrent vers le patriarche jourd'hui complètement disparu. La liste des évêchés gréco-bulgare d'Ochrida, Nicodéme, qui restait fidèle à sullragants ne comprend aussi que 78 noms. Voici les l’ancienne orthodoxie et ils lui demandèrent de consa­ noms des métropoles qui en possédaient avec le nombre crer leur nouvel évéque, Théoctiste, diacre du fameux respectif d'évêchés sulfragants : Héraclée 6, NicoméMarc d’Éphèse. Cette consécration eut lieu en 1452 ou die 1, Thessalonique 10, Tirnovo 3, Andrinople 1, Co­ 1453 au plus tard. C. Auner, dans les Échos d’Orient, rinthe 5, Monembasie 8, Athènes 6, Patras 2, Trébizonde t. vin, p. 132 sq. Pour le même motif sans doute, bien 2, Larissa 10, Naupacte 4, Rhodes!, Philippes 1, Serrés qu’il ne parlât que de l’éloignement de Constantinople, 1, Mitylène 1, Janina 4, Lacédémone 3, Euripos 5, le voïvode Étienne de Valachie réclamait, en 1457, un Oungrovalachie 2, Moldovalachie 2. A ces 72 métropoles, métropolite d’Oungrovalachie à Dorothée, patriarche 8 archevêchés et 68 évêchés, il convient d'ajouter les bulgare d'Ochrida. Celui-ci se rendait avec empresse­ Églises autonomes de Bulgarie ou Ochrida, de Russie ment à cette demande et il sollicitait même, en vertu ou de Kiev, de Chypre, enfin de Géorgie, qui avaient un d’anciens privilèges tombés en désuétude, la juridic­ certain lien de dépendance vis-à-vis de Constantinople, tion ordinaire sur l’Oungrovalachie. Ces anciens pri­ et l'on aura le tableau complet de la hiérarchie ecclé­ vilèges consistaient en ceci qu’un évêché des Vainques siastique byzantine, peu après la chute de l'empire des avait réellement dépendu autrefoisde l’Église d’Ochrida. liasileis. Par malheur, ces Vainques habitaient le Pinde et la Ce tableau de la hiérarchie byzantine serait incom­ vallée du Vardar; ils n’avaient donc rien à démêler plet, si l'on n’y ajoutait un petit aperçu sur les autres avec ceux de la Moldovalachie, qui relevaient bel et Eglises orthodoxes, voisines et filles de Byzance, qui bien de Constantinople. Quoi qu’il en soit de celte acceptaient d'elle la juridiction religieuse, en attendant dépendance des Valaques vis-à-vis d’Ochrida. elle ne de rompre plus ou moins avec son pouvoir et de pro­ fut pas de longue durée et nous retrouvons les deux clamer peu à peu leur autonomie. L’Église de Constan­ métropolies d’Oungrovalachie et de Mavrovalachie ins­ tinople lit une excellente acquisition au xiv· siècle, lors­ crites sur la notice épiscopale d’avant 1500. Chacune qu'elle réussit à implanter une hiérarchie ecclésiasti­ d'elles a même deux sulfragants, l’une Rimnic et Buque au nord du Danube, chez les Roumains. Ce fut sur zau, l’autre Randeoutzos et Roman. II. Gelzer, Ungela proposition du voïvode de Oungrovalachie, Alexandre druckte... Texte der Notiliæ episcopatuum, p. 636. Bessaraba (1312-1365). Depuis que, en 1347, le patriarche Pour la période allant du xin» au xvi· siècle, il n'y a et le saint-synode avaient réuni la métropole de Bitzine , pas à se préoccuper de l’archevêché gréco-bulgare ou Sotéropolis avec Alania, son titulaire dépossédé se d’Ochrida. Son autonomie, reconnue par Basile II, n'est pas encore contestée et, s’il se produit des divergences trouvait sans diocèse et s’était réfugié à la cour du voïvode. Celui-ci obtint que le prélat, Hyacinthe Critoentre cette Église et celle de Constantinople, elles sont poulos, serait nommé métropolite de Oungrovalachie, uniquement causées par des questions de détail. Il n'en éparchie qui fut fondée en 1359. Miklosich et Muller, va pas de même du patriarcat bulgare de Tirnovo, qui Acta palriarchalus Constantinopolitani, t. I, p. 383- suivit le réveil de la nationalité bulgare et accompagna 385. Bientôt on reconnut qu'un seul évêque ne pouvait la fondation du second empire bulgare (1204). Celui-ci suffire à un aussi grand peuple et on lui en adjoignit fut réellement créé aux dépens de Constantinople et, s’il un second qui s'intitula métropolite d’une partie de fut reconnu un jour (1235) par le patriarche oecumé­ l’Oungrovalachie, celle qui est près de Séverin. Le pre­ nique, on peut croire que les nécessités politiques y mier et avant-dernier métropolite de ce diocèse fut le eurent plus de part que la sympathie ou même la fra­ frère du métropolite de la Valachie, Daniel Crilopoulos, ternité religieuse. Du reste, ce patriarcat de Tirnovo connu comme moine sous le nom d’Anthime. C. Auner, devait suivre les vicissitudes du second empire bulgare La Moldavie au concile de Florence, dans les Échos et disparaître avec lui sous les coups des Turcs (1393). Voir Bulgarie, t. n, col. 1189-1194. Le patriarcat de d’Orient, 1904, t. vu, p. 323. Ces deux métropoles sont signalées dans une notice épiscopale grecque, rédigée Constantinople, qui trouvait déjà dans les Turcs ses meilleurs alliés, s’empressa de s’annexer ce bien laissé entre les années 1453 et 1500, mais aux deux derniers en déshérence et d’inscrire sur ses listes épiscopales rangs. H. Gelzer, Vngedruckte... Texte der Notiliæ episcopatuum, p. 629, 632. De plus, il y avait une les évêchés bulgares devenus nécessairement vacants. En sa qualité de siège d’une Église nationale, Tirnovo troisième métropole, celle de Mavrovalachie, que signale également la même notice épiscopale, H. Gelzer, op. jouit pourtant de quelques prérogatives et, dans la cil., p. 632, et dont le premier titulaire connu est Jéré­ notice épiscopale d'avant 1500, on voit cette ville figurer mie en 1393. Miklosich et Müller, Acta palriarchalus au 11· rang, à côté des plus anciennes métropoles byzan­ Constantinopolitani, t. n, p. 170. Le nom de Mavro­ tines. H. Gelzer, Vngedruckte... lexte der Notiliæ episcopatuum, p. 628. valachie, comme celui de Russovalachie qui lui est ana­ Nous avons vu l’Église de Kiev ou de Russie relever logue, est synonyme de Moldovalachie ou de Moldavie, comme le démontrent les actes du patriarcat grec. Mi­ du patriarcat grec de Constantinople et figurer sur les notices épiscopales. Dans la Notitia d'Andronic II, klosich et Muller, op. cil., t. Il, p. 241 ; C. Auner, dans les Échos d'Orient, 1905, t. vin, p. 5. Ce fait devait per­ écrite vers 1298, cette métropole est descendue du 60* mettre aux patriarches grecs de s'ingérer dans les allaires au 71*rang, H. Gelzer, Vngedruckte... lexte der Notiliæ de l’Église moldave et de provoquer des conllits regret­ episcopatuum, p. 599 ; elle manque, au contraire, dans tables. Le premier de ces conllits eut lieu lorsque le pa­ celle d'Andronic III (1328-1341). Il est possible que cette triarche voulut imposera la Moldavie le métropolite grec absence soit attribuable au fait que Gédimir, prince de Jérémie au lieu du roumain Joseph, que soutenaient ses Lithuanie, s’empara de Kiev en 1323 et annexa ta Rucompatriotes. Après une lutte fort longue et fort âpre des thénie ou Petite-Russie à ses États. Le métropolite de deux côtés, Joseph fut reconnu comme le vrai titulaire, Kiev s’enfuit en effet immédiatement à Vladimir, mais pour revenir bientôt. le 26 juillet 1401, mais avec le titre de simple évêque. Après le concile de Florence (1439), Isidore, métroLa métropolie fut rétablie apres 1416. Sur toute celte 1407 CONSTANTINOPLE (ÉGLISE DE) polite grec de Kiev, ne put faire reconnaître l'union avec Rome des évêques situés en Russie, tandis qu'il éprouvait de sérieuses difficultés dans ses diocèses de Lithuanie ou de Pologne. En 1448, son siège fut déclaré vacant, bien que le titulaire vécût encore, et le métro­ polite russe .lonas de Moscou nommé â sa place. Après avoir donné son assentiment, le roi de Pologne repoussa cet arrangement, songeant sans doute qu'un chef d’Eglise, sujet polonais, serait plus sûr qu’un sujet russe en résidence â Moscou. On recourut donc à une nouvelle organisation des diocèses. L’Église de Russie se trouva scindée en deux grandes provinces : d’une part, la métropole de Kiev, ayant juridiction sur neuf diocèses compris dans la Lithuanie et la Russie polo­ naise; d’autre part, la métropole de Moscou avec tous les évêchés situés dans l’empire des tsars, 1458. L’une et l’autre de ces deux métropoles dépendaient égale­ ment de Constantinople, sauf à de rares intervalles, 1458-1518, où les métropolites de Kiev, sinon leurs suffragants, reconnaissaient la suprématie du pape. II en fut ainsi jusqu'au synode de Brest, 1595, où l’union avec Rome de l'Église russe de Kiev fut solennellement proclamée et reçue par la majorité des évêques, sinon de la population ruthène. En 1620, la hiérarchie ortho­ doxe était rétablie à Kiev par les soins du patriarche grec de Jérusalem, Théophane. Repuis cette date, les diocèses restés catholiques ont constitué ce que l’on appelle l’Église ruthène, qui ne subsiste plus que dans l’empire austro-hongrois, les autres diocèses, incorpo­ rés à la Russie, ont dû bon gré mal gré accepter l’or­ thodoxie avec l’hégémonie russe. Quant à l’Église russe du Nord, celle de Moscou (1458), depuis sa séparation d’avec Kiev, elle continua à relever religieusement de Constantinople jusqu’au jour, 23 janvier 1589, où le patriarche byzantin Jérémie II reconnaissait publique­ ment son autonomie et daignait sacrer lui-même Job, le premier patriarche de Moscou. A partir de ce mo­ ment, cette Eglise n'intéresse plus notre histoire. La situation des Serbes et des Croates est à peu prés inextricable. On sait par Constantin Porphyrogénète, De administrando imperio, c. xxx-xxxn, que des missions byzantines furent envoyées par l’empereur Basile I" aux Slaves de Ralrnatie pour achever leur conversion, mais jusqu’à quel point la dépendance religieuse des Serbes vis-à-vis de Constantinople se lit-elle sentir, c’est ce que l’on ne saurait indiquer. Ballottés entre les Bulgares, les Francs et les Byzantins, les Serbes ne savaient trop à qui entendre, ils furent enlin conquis avec les Bulgares, en 1018, par Basile II el ils restèrent sous la domination des Grecs jusqu’à l’avènement des Némanaya (1159). Ceci au point de vue politique. Au point de vue religieux, ils dépendirent jusque-là soit de l’Église romaine, soit de l’Église bul­ gare d’Ochrida, soit du patriarche byzantin par l’inter­ médiaire du métropolite de Durazzo. De 1159 jusqu’en 1204, date de l’avènement d’Étienne II, la Serbie entre­ tint des relations cordiales et suivies avec la cour romaine, sans rompre peut-être le lien juridictionnel qui la rattachait encore à Byzance. A ce moment, il se produisit une légère détente et si, en 1217, Sabas le Jeune couronnait roi son frère au nom du pontife romain, en 1219 l’Eglise nationale serbe était formelle­ ment reconnue par les Byzantins; elle comptait alors six évêchés. G. Marcovich, Gli Slavi ed i papi, Agram, 1897, t. n. p. 354. Vers 1346, le grand Étienne Rouchan dégageait l'Église serbe de toute sujétion vis-à-vis de Byzance et créait le patriarcat serbe d’Ipek. Le pa­ triarche grec, Calliste, eut beau, en 1352, lancer l’ana­ thème contre le roi et toute la nation serbe, le patriar­ cat d’Ipek n'en subsista pas moins jusqu’à Arsène II (1457-1463). où. pour des motifs encore ignorés, il passa sous la juridiction de l’archevêché bulgare d'Ochrida jusqu'en 1557. I XVII. Coup d’œil patriarcat byzantin, 1403 sur l’histoire intérieure du ix'-xv· SIÈCLES. — Il est fort ma­ laisé de résumer en quelques pages l’histoire intérieure d’une Église aussi étendue, durant un laps de temps aussi considérable, à travers des vicissitudes telles qu’en traversa l’Église byzantine du ix' au xv' siècle; aussi n'ai-je l’intention que d'indiquer les traits prin­ cipaux de sa doctrine, de ses institutions monastiques et cléricales, de ses pratiques et de son culte. Une fois que l'on a omis les querelles suscitées par telle ou telle nomination patriarcale, telle ou telle déposition, une fois que l’on a indiqué en quelques mots les différences doctrinales qui se constatent entre Rome et Byzance et les tournois théologiques qu’elles ont pu susciter, on aperçoit distinctement deux grandes controverses inté­ rieures, celle des arsénistes et celle des palamistes ou des hésychastes. Sur la première, voir Arsénistes, t. i, col. 1991-1994; sur la seconde, voir Hésychastes. Néanmoins, il faut dire quelques mots de l’hésychasme. 1» Hésychasme. — Un hésychaste est un contempla­ tif : saint Nil du Sinaï au iv· siècle, saint Jean le Silentiaire à la laure de Saint-Sabas, au vi·, saint Jean Climaque surtout, au vu·, sont des hésychastes. On dis­ tingue deux sortes d'hésychastes : ceux qui ne quittent jamais leurs cellules, même pour se rendre à l'église, et qui ne parlent à personne, sauf à leur frère servant; ceux enfin, qui restent cinq jours par semaine dans la retraite la plus complète, priant, mangeant, travaillant dans leurs cellules et n'en sortant que le samedi et Je dimanche pour participer aux offices et s’asseoir à une table commune. On retrouve des hésychastes dans tous les monastères byzantins, en dehors des laures qui étaient plus spécialement affectées à ce genre de vie. Saint Basile fixe des lois pour eux ; dans une No­ velle, Justinien détermine le nombre fort restreint que peut en posséder chaque monastère et le concile in Trullo (692) porte des canons pour les réglementer. Cette institution des celliotes ou hésychastes a certaine­ ment existé dès l’origine au mont Athos; les documents officiels les plus anciens en font foi. L’iiigoumène con­ serve son autorité sur eux, puisque c’est lui qui les a choisis parmi les moines les plus avancés en vertu, il les exempte de la vie commune et de ses différentes obligations. Inférieur de beaucoup par le nombre au groupe des cénobites, celui des hésychastes du mont Athos ne lui cédait en rien pour l’inlluence et la valeur. Comme le jeûne et l’abstinence étaient rigoureux pour les hésychastes et qu’une bonne partie de leur temps allait à la prière mentale, on considérait ceux qui en faisaient partie comme des maîtres dans la voie de la spi­ ritualité et du mysticisme, et l’on conçoit que des erreurs doctrinales et mystiques, telles que celles qu’on constate chez eux, aient eu un retentissement immense dans le monde religieux et ecclésiastique de l'époque. L’homme qui paraît avoir importé ces erreurs chez eux est Gré­ goire, moine du Sinaï, qui les avait apprises lui-même, dans File de Crète, de l’hésychaste Arsène. Ce dernier lui enseigna la pratique de la prière mentale et lui montra comment l’àme arrive ainsi à la possession de la lumière divine ; à son tour, Grégoire l’apprit aux autres moines de l’Athos et, malgré des difficultés suscitées par la jalousie, sa doctrine prévalut en peu de temps à la sainte montagne. Prise en soi, cette doctrine n’a rien de bien extraordinaire. Son principe fondamen­ tal est la distinction entre la vie pratique et la vie con­ templative. La première purifie l’àme en la dégageant des passions, la seconde l’unit à Rieu par la contempla­ tion, idéal et terme de la perfection. Elles se résument donc en quatre ou cinq stages, par lesquels doit passer tout homme qui veut atteindre vraiment la perfection : purification de l’àme et lutte contre les passions, infu­ sion de la lumière divine, connaissance surnaturelle du monde créé, enfin union intime de l’âme avec Rien. Si 1409 CONSTANTINOPLE (ÉGLISE DE) la théorie ne présentait rien de bien nouveau, par contre le système que recommandait Grégoire pour y parvenir s’écartait des voies suivies jusque-là. Pour favoriser le travail de l’esprit, Grégoire conseille au moine de s'enfermer dans une cellule bien close, et là, d’éloigner de sa pensée tout ce qui pourrait être une cause de distraction ou de préoccupation, puis, moitié assis, moitié couché, le menton abaissé sur la poitrine, le regard fixé sur le nombril ou dans la région du cœur,de retenir le plus possible la respiration, car l'air qui s'échappe ainsi trouble l'esprit et entraîne la pensée vers la dissipation. Au bout de quelques jours de ce laborieux exercice, le cœur se découvre au patient sous la forme d'une clarté divine émanée de Dieu, laquelle s’est manifestée aux prophètes et aux apôtres sur le mont Thabor et qui se révèle encore aux saints et aux contemplatifs. Cette théorie de la lumière divine n’était, du reste, qu’un écho des doctrines exposées au xt« siècle par Syméon le nouveau théologien, supérieur de Saint-Mamas. Lorsque Grégoire Palamas, un cham­ pion de ces idées, s'avisa de les soutenir par la parole et par la plume, il fut dénoncé aux autorités ecclésias­ tiques par Nicéphore Grégoras, le célèbre historien, qui blâma surtout, chez Palamas, la prétention d'arriver par les pratiques de l'ascétisme à une perception cor­ porelle et sensible de la divinité. Le coup ne porta pas, mais une violente polémique s'engagea, entre les années I.'138 et 1311, sur les doctrines hésychastes entre Pala­ mas d'un côté, le moine calabrais, Barlaam, de l’autre côté. Palamas avait énoncé de vraies hérésies. Il aflirmait la distinction réelle, en Dieu, de son essence et de ses attributs; de plus, il identifiait la grâce avec une des propriétés divines, soutenant son caractère incréé et infini, alors qu’elle est une qualité d’un ordre transcendant et supérieur à toute réalité créée, mais créée, elle aussi, finie et limitée dans son essence comme dans ses propriétés. Ces deux questions dog­ matiques, qui auraient suscité des embarras à Palamas et à ses défenseurs, ne furent pas touchées par le concile de juin 1341; en revanche deux questions se­ condaires furent tranchées contre Barlaam qui dut bientôt se réfugier en Italie. La discussion ne s’arrêta pas pour ce motif et Akyndinos prit la direction du parti barlaamite. Un nouveau concile, réuni en juillet 1341 et qui semble être la continuation du précédent, confirma les premières sentences émises en faveur de Palamas, sans critiquer toutefois les théories d'Akyndinos. Les palamistes, fiers de leur triomphe, en exa­ géraient encore la portée et, bien que les questions dogmatiques n’eussent pas été examinées, ils se récla­ maient d'une approbation complète et absolue. Leurs cris Unirent par ouvrir les yeux au patriarche Jean Calécas, qui convoqua un concile à Constantinople en 1345, déposa un évêque palamiste de sa dignité et sépara de la communion ecclésiastique Palamas avec tousses partisans. Un revirement significatif ne tarda pas à se produire. Au début de l’année 4347, le grand domestique Jean Cantacuzène, soutien avéré du pala­ misme, se faisait associer au trône; le patriarche était déposé et remplacé par Isidore de Monembasie, un hésychaste fougueux. Palamas devint métropolite de Thessalonique et, malgré les efforts des évêques barlaamites qui renouvelèrent en 1347 les décisions de 1315, le palamisme gagna de plus en plus du terrain. Tous ceux qui furent nommés à des évêchés durent attester par écrit qu'ils en étaient partisans. A la mort d'Isidore, on le remplaça par Calliste 1", moine de l’Athos, ignorant et vindicatif, et avec cela palamiste endurci. Dans une réunion tenue au palais des Blachernes, juillet 1351, et dans laquelle dominaient les amis de Palamas, on examina à nouveau les thèses controversées. Grégoras y soutint, à peu près à lui seul, .a lutte contre ses adversaires réunis; il insista surtout DICT. DE THÈOL. CATHOL. 1410 sur les deux hérésies que Barlaam avait relevées dix ans plus tôt : distinction réelle entre l’essence de Dieu et ses opérations, admission d'une grâce divine, incréée et cependant distincte de Dieu, ce qui amenait le poly­ théisme. Dans une série de sessions, on on codifia la doctrine de la secte, elle fut mise au-dessus de tout soupçon et déclarée la seule doctrine orthodoxe. Quant â Grégoras, de 1351 à 4354, il subit une dure captivité. Le successeur de Calliste Ier, Philolhée, fut un autre palamiste. Dans un synode réuni en 4368, ce patriarche proclama solennellement la sainteté de Grégoire Pala­ mas l'appelant « saint, docteur de l’Église et l'un des plus grands parmi les Pères de l’Église », et procla­ mant ses écrits < la règle infaillible de la foi chré­ tienne ». Peu apres, Philothée eut la consolation de voir cette doctrine admise, non seulement dans son Église, mais encore dans les trois patriarcats orientaux; ses successeurs continuèrent la même politique reli­ gieuse et, à la fin du xtve siècle, l’Église grecque admettait communément la distinction réelle entre l'essence de Dieu et ses attributs, détruisant ainsi un des dogmes fondamentaux du christianisme. On peut consulter sur les débuts de l'hésychasme les articles du P. Bois dans les Échos d’Orient. Les hésychustes uvant le xir siècle, 1900-1901, t. V, p. 1-11; Grégoire le Sinoite et l'hésychasme à l'Athos au xiv siècle, p. 65-73: Les débuts de la controverse hésychaste, p. 353-362; Le synode hésychaste de 13H, 1902, t. VI,' p. 50-60. 2» I,’Église œcuménique en face de l’Église romaine. — C'est également pendant cette période de cinq à six siècles que la doctrine de l’Église œcuménique se pré­ cise vis-à-vis de l’Église romaine. Photius, le premier de tous, cherche, dans sa célèbre encyclique aux trois patriarches orientaux, P. G., t. cil, col. 72I-74I, à codi­ fier les griefs que l’on pourrait avoir contre les Latins. Des six accusations qu'il lance conlre l’Église de Borne, trois au moins n'intéressent pas le dogme. En effet, en quoi le jeune du samedi, l'usage de laitage pendant la première semaine de carême, le célibat imposé· à tous les prêtres, peuvent-ils nuire aux vérités fondamentales du christianisme? Ce sont là pures questions de discipline et partant questions laissées à l'initiative privée de chaque Église. Le quatrième reproche fait aux Romains de ne pas tenir pour valide le sacrement de confirma­ tion conféré par un prètre grec serait plus grave, s’il était bien fondé, mais le sentiment de l’Église romaine a toujours été différent. Si l’on signale à ce sujet des exceptions de fait en Bulgarie, il ne faut y voir qu'un excès de zèle de la part des missionnaires latins, comme l'on en constate chez cerlains envoyés de Pho­ tius en ce royaume, lorsqu’ils réitèrent le bapteine aux Bulgares, qui l'avaient déjà reçu de prêlres lalins. Les deux derniers reproches, ceux qui concernent la pri­ mauté du pape et la procession du Saint-Esprit, sont les seuls à revêtir un caractère strictement dogmatique. Et là encore, il faut tenir compte de la passion qui a déna­ turé le débat. Photius n'a fait aucune difficulté de re­ connaître la primauté pontificale, tant qu'il y a trouvé son avantage; sa lettre ironique adressée au pape saint Nicolas ne se distingue de celles de ses prédécesseurs que par un ton plus soumis et l’emploi de formules plus humbles ou plus laudatives. Tous les patriarches avant lui s'étaient inclinés devant cette suprématie et l'on ne compte plus les appels ou les recours qui par­ vinrent à Borne de tous les points de l’Orient, du 11e au IXe siècle. Si Photius assure que les papes ne jouis­ saient que d’une primauté d'honneur, il va contre toute la tradition catholique, et il commet une erreur des plus grossières, en afiirmant que ce privilège leur a été dé­ volu, parce qu'ils résidaient dans la capitale de l’empire. Avec ce principe, la primauté d'honneur serait ensuite passée de Constantinople à Moscou, ainsi que le soute­ naient les théologiens russes du xvt» et du xvti» siècle. III. - 45 1411 CONSTANTINOPLE (ÉGLISE DE) Le reproche adressé au sujet de la procession du SaintEsprit comprenait deux choses bien distinctes : d’abord l’addition du Filioque au symbole, ensuite l'affirmation que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils. Sur le premier point, il n’y avait pas lieu d’accuser l’Église romaine, puisque la nouveauté provenait de l’Espagne au vi“ siècle, qu'elle avait été adoptée par les Églises des Gaules et de Germanie, et que le pape saint Léon venait encore, tout récemment, de protester contre cette insertion, lors de la querelle des religieux béné­ dictins avec les moines grecs de Saint-Sabas, en 808. Du reste, l'addition en soi n’avait rien de contraire à la foi ni aux canons ecclésiastiques. Le symbole dit de Nicée n’est pas l’œuvre de ce concile, il a subi des re­ touches et des additions au cours du IVe siècle : le con­ cile d'Éphèse, en 431, ne l'adopte pas; il s’en tient au vieux texte de Nicée. Dès lors, la prohibition émanée du concile d’Éphèse, que les Grecs nous jettent à la face, s’applique à eux aussi bien qu’à nous, et s’il leur a été loisible d'introduire dans le texte primitif toute une série de dogmes, pourquoi les Latins n’auraient-ils pu y ajouter le Filioque f Quanta la théorie grecque de la procession du Saint-Esprit, elle n’était pas nouvelle; saint Jean Damascène et saint .Maxime l'avaient exposée bien avant Photius, sans encourir le moindre reproche d'hérésie. Dès lors, si, au lieu de déchaîner un schisme lamentable entre les deux grandes fractions de la chré­ tienté, on avait cherché un terrain d’entente, nul doute qu'on fût arrivé à une formule qui aurait sauvegardé la doctrine, tout en tenant compte de l’explication des deux écoles. C’est pourtant là le grief principal des Grecs contre les Latins, celui que, après Photius, ils n'ont cessé de ressasser dans toutes leurs polémiques. Si nous quittons Photius pour aborder les arguments de Cérulaire, nous ne voyons guère qu’un reproche nou­ veau et d’espèce liturgique, l’emploi des azymes. Il est prouvé en elfet que le Περί τών Φράγγων, attribué à Photius, n'est pas de lui, mais du milieu du xi' siècle. Le nouveau débat était insoluble, puisque l’usage du pain fermenté est très ancien dans l’Église grecque, celui du pain azyme non moins ancien dans l’Église latine, et qu'on n'a pas encore réussi à déterminer quelle sorte de pain Notre-Seigneur avait employé le jour de la cène. A ce titre, il était appelé à prendre place dans l'arsenal des divergences entre les deux Églises, d’où les Grecs le retirent à chaque polémique. Nous voyons ensuite surgir de nouvelles différences : d’abord ï’épiclèse, que Théodore d'Andida met en avant au Xu' siècle et qui devait jouir d'une fortune inespé­ rée. Vient ensuite le purgatoire, que l’on ne veut pas admettre, bien qu’on prie et qu’on se sacrifie pour les morts, et cela de toute antiquité. Étrange contradiction, qui n’a pas lieu de trop nous étonner chez des gens brouillés avec la logique. Enfin, l’on condamne la doc­ trine de l’entière récompense des justes avant la com­ mune résurrection et le dernier jugement, comme cer­ tains théologiens du moyen âge, sans doute pour protes­ ter contre la définition dogmatique du pape Benoit XII, 29 janvier 1336. N’oublions pas la communion laïque sous une seule espèce et le baptême par infusion, auxquels viendront s'ajouter dans notre siècle la défi­ nition de l’immaculée conception et celle de l’infaillibilit- du pape, et nous aurons énuméré tous les griefs de l’Eglise œcuménique contre nous, ceux que, malgré des réfutations répétées et péremptoires, elle nous opposait encore en 1895. L’n point sur lequel les deux Églises n’ont jamais ac­ cus- Je divergences est celui qui concerne le nombre des sacrements. De part et d'autre, la même évolution s'est produite. Avant Photius, nos sept sacrements figu­ rent dans les sources grecques. Même 1’extréme-oncfion, pou: aquelle on possédé si peu de témoignages anciens, parait être d un usage régulier en Orient. Saint Théo­ 1412 dore Studite la reçoit avant de mourir, le 11 novembre 826, « suivant la coutume, » remarquent deux de ses contemporains. Naucrace, P. G., t. xeix, col. 1845; Mi­ chel, Vila S. Theodori Studitæ, n. 67, P. G., t. xeix, col. 325; voir aussi S. Jean Damascène, P. G., t. xcv, col. 264. Cela ne veut pas dire toutefois qu'on se fût déjà arrêté au nombre de sept sacrements et à nos sept sa­ crements; une telle précision à cette époque fail défaut aussi bien dans l’Église grecque que dans l’Église latine. Et, de fait, nous voyons saint Théodore Studite ranger la profession religieuse et les funérailles parmi les sa­ crements. Si l’on ne rencontre en Occident qu'au Xll' siècle, sous la plume d’Otton de Bamberg (j-1125), l'énumération de nos sept sacrements, il faut en Orient descendre jusqu’au xm« siècle pouren avoir l’attestation formelle. L’empereur Michel Paléologue confesse, au mois d’avril 1277, qu’il y a sept sacrements, les sept de l’Eglise romaine, A. Theiner et F. Miklosich, Monu­ menta spectantia ad unionem Ecclesiarum, Vienne, 1872, p. 10, mais on peut ne voir dans cette profession de foi qu’un emprunt fait à l’Église latine. Par contre, un de ses contemporains, le moine Job, qui ne déguisa pas son hostilité envers l’Église catholique, énumère sept sacrements : « le baptême, la confirmation, la com­ munion. le sacerdoce, le mariage, le saint habit, l’extrême-onction, c’est-à-dire la pénitence. » P. Arcudius. De concordia Ecclesiæ occidentalis et orientalis, Paris, 1672, p. 6. Le patriarche de Jérusalem, Chry­ santhe, qui a publié le traité de Job, encore inédit du temps d’Arcudius, a retouché le texte de Job pour le metlre en conformité avec la doctrine grecque de son temps et. après avoir énuméré les cinq premiers sacre­ ments, il passe sous silence xvni· siècle, la rebaptisation des Lalins n’a jamais été Ricaut, op. cit., p. 109-113. On ne saurait mieux dire, admise par l’Église byzantine, comme un point de dis­ tant cette dernière phrase résume bien l'histoire de la Grande Église, depuis qu’elle est placée sous la domi­ cipline incontestable. En de rares circonstances, il y avait eu des exceptions, inspirées par l’ignorance et par nation ottomane. Et ne convient-il pas de faire nôtre la le fanatisme, mais qui n'avaient jamais reçu d’appro­ réflexion de Ricaut, op. cit., p. 113, après cette triste bation formelle. C’est ainsi que le patriarche Cyprien énumération : « En cette disposition d’affaires, ne (1708-1709), interrogé sur la validité du baptême latin, peut-on pas dire que le Grand Seigneur est le véritable répondit qu’il ne fallait pas en douter; c’est ainsi encore chef de l’Église grecque, et le seul arbitre des dillérens que Jérémie III, dans sa réponse du 31 août 1718 à qui y arrivent ? » XX. Les patriarches des deux derniers siècles. — Pierre le Grand, s'appuie sur la décision de son prédé­ cesseur et affirme que l'onction du chrême est suffisante De Calliniq ue II (1694-1702), qui ferme le xvn* siècle pour transformer des protestants en parfaits orthodoxes. et ouvre le xvni’. jusqu'à Néophyte VII (1798-1801), qui Or, vers le milieu de ce même siècle, le moine Auxentios. clôt le xviii· siècle, nous avons 34 patriarcats; ce qui 1433 CONSTANTINOPLE (ÉGLISE DE) sacristain d'une église de Galata, puis ermite de Katirli, aux environs de Nicomédie, qui attirait à lui la noblesse phanariote et le bas-peuple, se mit à tonner contre le baptême des Latins, appuyant ses critiques par des su­ percheries et des tours de prestidigitation, que les naïfs prenaient pour des miracles. Il réussit ainsi à provoquer une sourde animosité, 1751, contre tout ce qui était plus ou moins latin; le patriarche Cyrille V encouragea ces manifestations intempestives, au moins par son silence, lorsqu'il fut renversé du trône œcuménique, mai 1751. Son successeur, Paisios II, mieux inspiré, prescrivit une enquête canonique, qui se tourna natu­ rellement contre le moine borné et fanatique, mais celui-ci, loin de se rendre, ameuta le peuple contre son chef hiérarchique et mena une vive campagne en fa­ veur de Cyrille V. Pour éviter une émeute, le gouver­ neur turc s’empara d'Auxentios et, sous prétexte de l’envoyer conférer avec le sultan, il le fit rebaptiser de la tête aux pieds, comme un simple latin, en le jetant dans les eaux de la Marmara, 1752. La controverse pourtant ne se termina pas là et, peu après, 1756, Cyrille V fit décréter la rebaptisation de tous les nonorthodoxes. C'est encore à cette décision que se ré­ férent les Eglises orthodoxes, bien qu'il y ait, çà et là, de nombreuses exceptions à cette règle, particulière­ ment en Russie. Du 19 décembre 1798, date du second patriarcat de Néophyte VII, au 26 mai 1901, date de la nomination de Joachim III, le patriarche actuel, c’est-à-dire pendant tout le XIX· siècle environ, on ne compte pas moins de 35 élections patriarcales; ce qui donne une moyenne générale de trois ans pour chaque patriarcat. Nous nous retrouvons en présence du phénomène que nous avons déjà constaté à plusieurs reprises. Si nous avons 35 patriarcats, nous n'avons en réalité que 26 patriarches, plusieurs ayant exercé la charge suprême par deux fois comme Callinique V, Grégoire VI, Anthime IV, Ger­ main IV, Joachim II et Joachim III; d'autres même par trois fois, comme Grégoire V et Anthime VI. Nous avons encore sous les yeux le joli paradoxe, par lequel Anthime IV succède à Anthime VletJoachim III redevient patriarche apres Joachim IV. Nous faisons encore une constatation intéressante, c'est que, sur 35 patriarcats, sept seulement se terminent par la mort du titulaire, Grégoire V en 1821, Eugène II en 1822, Anthime V en 1842, Mélèce III en 1845, Germain IV en 1853, Joachim II en 1878 et Denys V en 1891 ; le reste n’est que déposi­ tions ou démissions plus ou moins volontaires. Encore y aurait-il lieu de faire remarquer que la mort de deux de ces patriarches n'a pas été naturelle, Grégoire V ayant été pendu par les Turcs en 1821, et Denys V ayant succombé au poison que lui versèrent ses com­ patriotes en 1891. On comprend que, devant une pareille hécatombe de patriarches et devant une anarchie devenue le premier principe de gouvernement, des esprits distingués, parmi lesquels figure Joachim III, lancent les propositions les plus étranges, comme celles de décréter que la dignité patriarcale est une dignité à vie ou bien que chaque patriarche restera sur son siège pendant un temps déterminé. Échos d’Orient, juillet 1905, t. vin, p. 245. Le premier patriarche qui ouvrit le xix* siècle, Néophyte VII (1798-1801), fut très cupide, ce qui lui valut par deux fois d’être déposé et envoyé au mont Athos. Lors de son retour aux affaires en 1798; il fit décréter qu'un patriarche détrôné ou démissionnaire n'aurait plus le droit de séjourner dans l’archevêché de Constantinople; mesure qui a été renouvelée depuis et qu'on suit encore de nos jours. Aussi, à l’heure ac­ tuelle, trois ex-patriarches œcuméniques, Néophyte VIII, Anthime VII et Constantin V, les trois prédécesseurs immédiats de Joachim III, se reposent, suivant l’ex­ pression consacrée, aux lies des Princes, qui appar­ 1434 tiennent au diocèse de Chalcédoine. Callinique V (18011806 et 1808-1809), homme simple et sans instruction, semble avoir possédé quelques qualités morales, en particulier un certain désintéressement qui ne fleurit guère dans la charge occupée par lui. Ainsi, il contribua de ses propres deniers à la construction de la Grande École de Constantinople et s’entremit, par diverses lettres et encycliques, pour obtenir des subventions de la part des fidèles; il s’occupa aussi avec assez de zèle du bon ordre à rétablir au patriarcat, surtout de la stricte observance des règles canoniques. Grégoire V, le martyr de l’indépendance grecque, monta trois fois sur le trône œcuménique, qu'il occupa de 1797 à 1798, de 1806 à 1808 et de 1818 à 1821. On s’accorde à lui recon­ naître de brillantes qualités de l'esprit et du cœur. Dès son premier avènement, il songea à établir une impri­ merie au patriarcat, à réformer le haut comme le bas clergé, non moins que la gent monastique. De là, des lettres et des exhortations fréquentes touchant l’obser­ vance des réglements ecclésiastiques, le bon ordre dans les églises, les monastères et les écoles, l’ordination des prêtres et le sacre des évêques à l'âge canonique, la résidence à observer par les métropolites, l’économie à pratiquer dans les monastères, etc. Ces sages conseils, appuyés de mesures énergiques, firent réléguer Gré­ goire V au mont Athos comme « homme intraitable et incapable de maintenir le peuple dans la soumission ». Huit ans après, en 1806, il reprenait possession de son siège; son second patriarcat qui dura deux ans ne fut que la continuation du premier. Il insista sur les dis­ positions qu'il avait déjà prises, surtout sur celles qui concernaient le haut clergé, et interdit désormais le sacre d’évêques qui ne seraient pas pourvus d’une éparchie déterminée. Tout en se relâchant quelque peu de sa raideur première, il n'usait que d’une condescen­ dance relative envers les abus qui rongeaient le patriar­ cat et portait toujours sur lui la clef de la cellule athonite, où il avait passé le temps de son bannissement. Dès qu’on le sollicitait de commettre une injustice ou de la maintenir, il se contentait de montrer la clef de sa cellule et, comme on le savait prêt à y revenir, ce geste énergique mettait fin à toutes les instances. Volon­ taire et politique, il prit part à la défense de Constan­ tinople contre la flotte anglaise en 1807 et s'attira ainsi les faveurs de la cour; l’année d’après, il tombait avec le sultan Sélim et se retirait au mont Athos. En 1818, il redevenait une troisième fois patriarche. Son court passage aux affaires fut marqué par des innovations utiles : protestations contre l’enseignement dans les écoles de la philosophie moderne, surtout allemande, au préjudice de la langue grecque; institution d’une caisse de miséricorde en faveur des malades et des indigents grecs, à laquelle concoururent aussi les évêques, les phanariotes et les commerçants; établisse­ ment d’un prédicateur attitré dans l’Église phanariote, etc. Son zèle réformateur ne se fût sans doute pas arrêté là, si l’insurrection grecque, qui éclata subitement en 1821, ne l’avait mis en fâcheuse posture. Pour enrayer le mouvement révolutionnaire, dont ils supposaient le patriarche complice, sinon instigateur, les Turcs pen­ dirent Grégoire V et massacrèrent plusieurs membres du clergé. De nombreux documents sont là pour attester que, si l’exécution était impolitique, elle n’en était pas moins méritée. Malgré l'excommunication solennelle qu’il avait lancée contre les rebelles, Grégoire V pac­ tisait avec eux secrètement et soutenait les chefs de l’hétairie nationale de son propre argent. Les patriotes hellènes ne se sont pas, du reste, mépris sur les motifs de sa double conduite et tous l’ont regardé et le regar­ dent encore comme le premier martyr de l’indépendance nationale. Le troisième patriarcat de Grégoire V avait été pré­ cédé de celui de Jérémie IV (1809-1813), homme igno- 1435 CONSTANTINOPLE (ÉGLISE DE) 1436 rant, quoique fort épris d'instruction, et qui s’employa revendications religieuses des Bulgares. Élevé à un à développer le mouvement intellectuel parmi ses poste périlleux dans des circonstances très difficiles, fidèles, puis de celui de Cyrille VI (1813-1818), très Grégoire VI ne fut pas indigne de la confiance que sa versé dans les sciences théologiques et profanes et qui nation lui avait témoignée. S!il échoua dans ta tâche travailla de toutes ses forces â perfectionner les écoles de trouver la quadrature du cercle, c’est-à-dire de ré­ existantes et à en créer d'autres. Démissionnaire en concilier les Grecs avec les Bulgares, il succomba du 1818, Cyrille VI, qui était encore d'un âge peu avancé, moins avec honneur, après avoir défendu dignement serait probablement remonté sur le trône œcuménique, les privilèges de son Église. Voir le récit de cette que­ si les Turcs ne l’avaient étranglé en 1821, ainsi que son relle au mot Bulgarie, t. n, col. 1208-1210. successeur. L’élection d’Eugène II fut particulièrement Entre les deux patriarcats de Grégoire VI se place tragique. C’est les larmes aux yeux qu’il accepta une toute une série — onze en tout — d’autres pontificats. charge qui conduisait au martyre, et c'est devant le Anthime IV (1840-1841, 1848-1852), s’attira l’affection du cadavre de Grégoire V, suspendu à la porte du palais peuple, ainsi qu'Anthime V (1841-1842), mort en charge. patriarcal, qu'il lui fallut passer et repasser pour obtenir De Germain IV (1842-1845, 1852-1853). le principal titre la confirmation vizirielle. S’il ne succomba pas lui- de gloire est la fondation, en 1844, de l’école théologique même sous les coups que lui asséna la populace turque, de Halki, le grand séminaire officiel du patriarcat et la il se vit frapper à coups de poing, arracher la barbe pépinière des futurs dignitaires ecclésiastiques. Mépoil par poil et dut souffrir mille supplices, plus durs lèce III ne fit que passer sur le trône œcuménique, encore que la mort. Il mourut de tristesse et d’épuise­ 18 avril-28 novembre 1845. et continua la ligne de con­ ment l'année suivante, laissant l’Église dans la plus duite suivie par Germain IV. Quant à Anthime VI, triste situation que l’on pût imaginer. Malgré toute nous le voyons par trois fois en possession de la dignité l’affabilité de son caractère et la douceur qu’il apporta patriarcale, de 1845 à 1848, de 1853 à 1855, de 1871 à dans ses rapports avec le gouvernement impérial, 1873. En dehors de quelques circulaires portant sur Anthime 111 (1822-1824) ne réussit pas à le désarmer et des réformes religieuses à introduire dans les écoles ou il se vit, au bout de deux ans, déposer par les Turcs parmi le clergé, ce prélat ne se distingua guère que pour « inactivité et indignité de conduite », sort qui par son hostilité envers les Bulgares. C'est à lui qu’est échut également à son successeur,Chrysanthe (1824-1826). due en partie l’initiative du fameux concile de 1872, Agathange (1826-1830), lui, fut déposé par les Grecs, qui, en proclamant les Bulgares schismatiques, porta bien qu’il eût enduré des mauvais traitements et la pri­ le coup de mort à l’orthodoxie. Voir Bulgarie, t. il, son même pour l’intérêt de la cause nationale; sa sé­ col. 1210-1212. Par ailleurs, sa rapacité lui avait aliéné ses compatriotes. Cyrille VII (1855-1860), ancien métro­ vérité excessive et son amour des richesses ne furent polite d’Amasée, fut mêlé à la controverse bulgare, pas étrangers à ce revirement de l’opinion. Son suc­ qui commençait â dégénérer en révolution religieuse, cesseur, Constantios Ier (1830-1834), le célèbrearchevêque du Sinaï, se distingua par des qualités de premier et au mouvement de réformes, qui devait modifier de rang; le métropolite de Moscou, Philarète, l’avait sur­ fond en comble l'organisation et l'administration du patriarcat. Comme tous les autocrates qui jouissent vo­ nommé « l'astre lumineux de la hiérarchie orientale ». Son activité se déploya sous toutes les formes; il res­ luptueusement de leur pouvoir, Cyrille VII ne se prêta à ces transformations vitales qu’avec la plus mauvaise taura l’église et la résidence patriarcales, ainsi que le fameux sanctuaire de Baloukli ou de la source vivifiante, humeur; ce qui n'empêcha pas, du reste, les réformes améliora la situation financière de son Église, remboursa d'aboutir. D’autre part, avant de démissionner, il avait à la confrérie du Saint-Sépulcre les sommes qu’elle soulevé un violent conflit au sujet de la juridiction à exercer sur le monastère du Sinaï et s’était, de ce chef, avait avancées, tenta un premier accord avec l’Église brouillé avec l’Eglise de Jérusalem. Joachim II, lors­ serbe naissante, inaugura l’école commerciale de Halki et d'innombrables écoles primaires, s’occupa de la cor­ qu’il n'était que géronte, avait lutté énergiquement rection des livres liturgiques et s’acquit un nom, tou­ contre l’introduction du régime constitutionnel, que le sultan et les laïques grecs voulaient imposer au pa­ jours cité avec respect, soit dans le domaine des sciences religieuses, soit dans celui de l’histoire et de l’archéo­ triarche et au saint-synode; il n’en fut pas moins élu comme patriarche suivant le nouveau règlement et pour logie. Compromis par son attachement à la Russie, il l'appliquer, 1860-1863,1873-1878. Le seul avantage per­ dut donner sa démission, reprit son ancienne sonnel qu’il retira de cette constitution fut d'être re­ charge d'archevêque du Sinaï et, libre désormais de connu par les Turcs comme inamovible, ce qui le met­ toute sollicitude, consacra ses derniers jours à ses tait à l’abri de leurs caprices et de leur cupidité; par chères études. Ce fut un homme éminent, surtout pour contre, il tombait à la merci de deux chambres grecques la triste époque qui le vit naître et grandir. En revanche, — le saint-synode et le conseil mixte — qui lui permet­ son homonyme et successeur, Constantios II (1834-1835), taient moins encore que les Turcs d’apporter dans sa n'eut de remarquable que son ignorance et son immo­ politique un peu de suite et d’homogénéité. Energique ralité; il faut qu’il soit allé loin dans cette voie, pour et autoritaire, mais d’une âpreté au gain extraordinaire, que les historiographes officiels l’aient jugé indigne Joachim II ne déplaça pas moins de quarante métro­ d’occuper une aussi haute charge. Grégoire VI, qui fut polites ou évêques, dans les dix premiers mois de son deux fois patriarche, d’abord de 1835 â 1840, ensuite de 1867 â 1871, s’acquit la juste réputation de réformateur règne, afin de leur soutirer de l’argent, et comme, malgré de fréquents avertissements, il s’obstinait dans et d'administrateur, en même temps que celle d’un homme énergique, d’une moralité au-dessus de tout sa manière de voir, on le déposa. Il fut rappelé en 1873 pour arranger l’imbroglio bulgare, œuvre qu’il ne put, soupçon et d’une ténacité peu commune. Ennemi en dépit de son habileté, mener à bonne fin. De Sodéclaré du christianisme occidental, il ne cessa de phrone III (1863-1867), le glorieux centenaire qui gou­ tonner dans ses encycliques et dans ses lettres contre vernait naguère encore l'fcglise d’Alexandrie, on aura les menées propagandistes des missionnaires catholiques et protestants; son hostilité contre les anglicans, dont tout dit, lorsqu’on aura vanté sa bienfaisance, son amonr Π condamna solennellement les traductions bibliques de l’instruction et de l'ordre, sa modération dans les en langue n-o-grecque, lui attira l’inimitié de l'ambas­ affaires et son affabilité proverbiale. Grecs et Russes orthodoxes entonnent â Tenvi ses louanges, spéciale­ sadeur anglais. qui réussit â le faire déposer en 1810. ment les Moscovites, dont il était le très humble obligé. Apres vu gt-s-pt années de retraite, Grégoire VI revint Toute l’activité de Joachim IV. durant son court pa­ au pouvoir ''‘7-187! : son énergie bien connue lui I triarcat (1881-1886), s'employa à renouer les bonnes re­ valut cet honneur, car il s’agissait de repousser les 1437 CONSTANTINOPLE (ÉGLISE DE) lations avec la Porte et les Églises autocéphales des pays balkaniques, qu’avait fort compromises la conduite agressive et outrancière de son prédécesseur, Joa­ chim III. Il y réussit, mais convaincu d'avoir sacrifié à Mammon, tout en servant les intérêts de son Église, il dut se retirer sous prétexte de maladie. Denys V (18871891) défendit contre les empiétements de la Sublime Porte les droits et privilèges octroyés ab antiquo à son Église et que les sultans cherchent depuis plusieurs années à lui ravir. Sa résistance n’eût pas eu raison des réclamations de la Porte, si Germain d’Héraclée, aujourd'hui métropolite de Chalcédoine, n’eût com­ mandé de fermer toutes les églises grecques pendant les fêtes pascales. Par crainte d'avoir une insurrection grecque à réprimer, Abd-ul-Hamid retira ses demandes et Germain y perdit le titre de patriarche qu'il aurait sûrement obtenu plus tard. Néophyte VIII (1891-1891), qui vit dans la détresse aux îles des Princes, eut à lutter comme Denys V contre les exigences de la Porte à propos des écoles et des immunités dont jouissent les Grecs. Anlhime VII (1895-1896) s’est rendu célèbre par sa réponse insolente aux avances amicales de Léon XIII, réponse qu’il était d’ailleurs incapable de rédiger, tant son instruction générale souffrait de lacunes. Cette grossièreté lui valut néanmoins de passer pour le champion de l’orthodoxie et, de nos jours, il a des partisans avérés parmi la haute hiérarchie. Sa faiblesse, dans la question serbe d’Uskub, l’obligea à démissionner en 1896; depuis, il se repose dans l’ile de Halki. Con­ stantin V (1897-1901), qui se repose aussi dans la même lie, a laissé la réputation d’un homme instruit, doté d’une éducation distinguée et fort entendu en matière d’administration. 11 a succombé aux intrigues d’une co­ terie ecclésiastique, toujours avide de changement, et du parti populaire qui lui reprochait des défaillances morales dans ses négociations financières avec les Τ-..rcs. Soutenu par le gouvernement ottoman et fort de son bon droit, il résista jusqu’au bout, refusa de démission­ ner sous n’importe quel prétexte et mit ses adversaires dans l’obligation de le déposer. Du reste, en Chiote avisé, il avait, avant de se retirer, songé à sa fortune personnelle. Il eut pour successeur Joachim III, le fa­ vori de la nation grecque et le solitaire de Milopotainos au mont Athos, depuis qu’il avait abandonné le pouvoir en 1884. Celui-ci s'est rendu célèbre par ses allures autocratiques et par son désintéressement, du moins lors de son premier patriarcat, car aujourd’hui des plaintes assez vives s’élèvent contre lui à ce sujet. Can­ didat de l'élément laïque, il est fort suspect aux ecclé­ siastiques, dont il contrecarre les désirs d’indépendance. Depuis plus d’un an (1906), les attaques incessantes des membres du saint-synode ne lui laissent pas un mo­ ment de répit. On l’accuse surtout d’avoir voulu sacri­ fier les droits de son Église au pouvoir civil, lui qui avait démissionné en 1884 pour les maintenir dans leur intégrité. Défendu par les Turcs sur ce point, il a été critiqué au sujet du concordat bosno-herzêgovinien qu'il conclut avec l'Autriche en 1880 et qui a été mo­ difié (1905). Le conllit à l'état aigu entre le patriarche et le saint-synode a duré du 5 août 1904 au 27 mars 1905. Déposé par huit synodiques, le 18 octobre 1904, Joachim III, qui était soutenu par les laïques du conseil mixte et par le grand-vizir, n'en est pas moins resté cramponné à son siège et le gouvernement impérial a fini par lui donner gain de cause. Mais, tout en le main­ tenant au pouvoir, le ministre des cultes lui a rappelé dans un document public, du 27 mars 1905, publié par tous les journaux de la capitale, que « Sa Toute-Sainteté avait déclaré et promis qu'elle agirait désormais con­ formément aux prescriptions des hauts firmans et des lois existantes, et que ces déclarations et ces promesses avaient été renouvelées par lui dernièrement ». On juge du prestige qui doit entourer le chef d'une Église, 1438 après qu’il a reçu de la part d’un infidèle une leçon aussi sévère, et de la fierté personnelle qu’il faut avoir pour endosser de pareils affronts. J’ai parlé ailleurs des projets de Joachim 111 de s’entendre avec les Églises orthodoxes pour aviser aux moyens de conclure l'union avec les Églises protestantes, vieille-catholique et catho­ lique, et du mauvais accueil qu'on leur avait fait. De même, on trouvera dans un autre paragraphe ce qui concerne la question roumaine en Macédoine, question qui est à l’ordre du jour et qui est grosse d’un redou­ table conllit. Sur les quatre ou cinq dernières années du patriarcat, voir tes articles parus dans les Echos d’Orient, comme la Chute du pa­ triarche Constantin V, t. iv, p. 307-309 ; Déposition de Con­ stantin V et élection de Joachim lit, t. iv, p. 368-373; Au saint-synode de Constantinople, t. vil, p. 362-366; La comédie œcuménique, t. vm. p. 51-53; Lacrise du patriarcat œcumé­ nique, t. vm, p. 179-181 ; L’épiscopat de la Grande Église, t. iv, p. 238-244. XXI. Juridiction du patriarcat byzantin, xvi·XIX· siècles. — On connaît un certain nombre de pièces plus ou moins officielles, qui établissent l'éten­ due de la juridiction du patriarcat œcuménique, durant ces quatre siècles, jusqu’à l’organisation actuelle que je signalerai dans un autre paragraphe. Le chevalier anglican Ricaut a donné la situation hiérarchique de l’Eglise grecque en 1678, date de sa visite. The present state of the greek and armenian Churches, anno 16T8, Londres, 1679, p. 85 sq., et, dans la traduction française. Histoire de l’estât présent de l’Eglise grecque et de l’Église arménienne, Middelbourg, 1692, p. 94 sq. La liste des métropoles, dressée par Ricaut, ne mérite aucune créance — même si tous les noms y étaient re­ présentés — parce qu’elle ne suit pas l’ordre hiérar­ chique; par contre, la liste des évêchés sufiragants a été relevée avec soin. J'en dirai autant d'une liste, dressée par un autre voyageur anglais, Thomas Smith, au début du xvut· siècle, et qui est reproduite dans l’ouvrage de J. Heineccius, Eigenlliche und wahrhaftige Abbildung der alien und neuen griekischen Kirche, Leipzig, 1711, t. t, p. 32-40; elle ne vaut pas qu'on s'y arrête. Nous avons une autre liste, publiée par M. Papadopoulos-Kerameus, Ταχτικόν τών όρόοδόξων έκκλησίων της 'Ανατολής καί κατάλογος αρχιερέων άκμασάντων έν αύταΐς μεταξύ τοϋ ΙΖ’ και IH' αίώνος, dans le Δελτίον τής... εταιρίας τής ’Ελλάδος, 1889, t. lit, p. 468-478, et qui donne l'état réel de l’Église œcuménique à la (in du xvil« siècle. Signalons aussi le précieux Συνταγμάτιον de Chrysanthe, patriarche de Jérusalem, édité en 1715 à Tergévizt en Moldavie et qui donne, p. 76-78, la liste hiérarchique des métropoles, archevêchés et évêchés. Signalons de même une autre liste, avec les noms des titulaires, que communiqua vers 1710 à Fabricius l'ar­ chimandrite Gennadios et qu’il publia dans sa Biblio­ theca græca, Hambourg, 1726, t. xm, p. 484-492. Comme Fabriciusse proposait avant tout de transmettre à la postérité les titulatures de chaque haut prélat, l'ordre hiérarchique n'est pas scrupuleusement observé. Enfin, n'omettons pas, pour la même période, la notice publiée par M. Omonl, Revue de l’Orienl latin, 1893, t. t, p. 313-320, et qui doit être de 1730 environ. Une autre nomenclature officielle fut dressée ensuite en 1759 sous le patriarche Séraphin 11 dans le but de fournir des subsides pécuniaires à la Grande École. Chaque diocèse y est taxé d’une somme assez considérable pour l’époque. Cette liste ne distingue pas les métro­ poles des évêchés et des archevêchés, mais comme les métropoles y figurent à leur rang hiérarchique et que leévêchés suivent la métropole dont ils relèvent, d’après le principe couramment appliqué à Byzance, il est fa­ cile de faire soi-même ce petit travail. Cette sorte de Syntagmation a été publié le 14 janvier 1881 dans ia revue hebdomadaire Αλήθεια, t. I, p. 237 sq., publica- 1439 CONSTANTINOPLE (ÉGLISE DE) 1440 lion officielle du patriarcat œcuménique, qui fit place I de 1759 où Caryoupolis est remplacée par Démétzané. Larissa comptait dix évêchés au temps de Ricaut : le 27 mai 1881 â 1'’Εκκλησιαστική αλήθεια. De 1759, il nous faut ensuite descendre jusqu’au mois d’avril 1855, Déinétrias, Stagi, Zétounion, Thaumacos, Gardikion, pour avoir une autre liste officielle, celle que fit pu­ Radobisdion, Skiathos, Loidorikion. Letza, Agraphai; blier alors le patriarche Anlhime VI et qui est repro­ dans toutes les listes postérieures, Letza et Agraphai duite par Rhalli etPolli, Σύνταγμα τών θείων καί Ιερών sont unis. De plus, dans celle de 1759, Demetrias est κανόνων, Athènes, t. ν, p. 513-521. Je ne mentionne archevêché et Tricca, un nouveau nom, a pris sa place. que pour mémoire une autre Notitia du xvn· siècle, Andrinople en avait un, Agathopolis; Tirnovo en comp­ publiée par H. Gelzer, Vngedruckte... Texte der Noli- tait trois : Lophtzos, Tzerbénos, Preslav; Janina en liæ episcopatuum, Munich, 1900, p. 637-641, parce que, comptait quatre : Vélla, Bothrontos, La Chimère, Dryïnopolis; Monembasie présente des listes tout à fait au témoignage de son éditeur, elle n’est que la repro­ duction d’une Notitia plus ancienne et que les addi­ divergentes; les unes ont Elos, Maïna, Androusa, Rêon; tions ou réflexions de son auteur sont dépourvues de d'autres Cythère (Cérigo), Elos, Maïna, Réon, Androusa ; d’autres enfin, comme celle de 1759, Elos, Réon, toute valeur scientifique. Androusa; Vieille Palras a trois évêchés dans Ricaut : Si on compare la liste de M. Papadopoulos-Kerameus à celle du xv· siècle, publiée par M. Gelzer et qui a été Oléné, Coroné et Morrhon; quatre dans Chrysanthe et déjà reproduite, on n’aperçoit pas entre elles de grandes Omont : Oléné, Coroné, Mothoné, Tzerniké; cinq dans la liste de 1759 : Oléné, Coroné, Mothoné, Kerniké et divergences. Les seize premiers noms sont identiques de part et d'autre. Corinthe et Monembasie figurent Maïna, qui, dans les listes précédentes, appartenait à aux 17· et 18· rangs, alors qu'elles n’occupaient, dans Monembasie. Corinthe compte dans toutes les listes un évêché, Damala, et deux dans Chrysanthe, Damyla et la liste du xv· siècle, que le 19· et le 20·. Par contre, Polyphengos. Rhodes a un suffragant en 1759, Lerné. Berrheaet Pisidie sont descendus du 17· et du 18· rang La Moldavie et la Valachie comptent l’une deux suffraau 26eetau27·. Christoupolis ou Cavala, n. 30, manque, gants : Rimnic et Buzau, l’autre trois : Roman, Ranainsi que Mélénic, n. 35, Kérasonte, n. 39, Média, n. 51, déoutzos et Khousios. La Transylvanie, province rou­ Zichnai, n. 59, Drama uni à Philippes, n. 60, Nicopolis, maine, en compte trois : Maramourousi, Sliba et Banit. n. 61, Rhoizéon et Lazie, n. 63, 64, Capha, n. 66, qui La Crète enfin en a onze dans Papadopoulos-Kerameus : est uni à Gotthie, Ischanion, n. 69. Il manque donc en Kydonia, Arcadia, Knossos, Lampa, Mylopotamos, Rétout onze métropoles; par contre, Crète, Sozopolis et Dercos, absentes de la liste du xv· siècle, sont intro­ thymno, Hiéra-Pétra, Kissamos, Silia, Khéroné, Pédias; duites. De même, les métropoles de Oungrovalachie et onze en 1759, avec Pédias en moins et Hiéra, Pétra constituant deux évêchés au lieu d'un; douze dans de Moldovalachie sont indiquées à part, au lieu de clore Chrysanthe et Omont comprenant la liste de 1759 et la liste. Nous avons donc 63 métropoles, alors que, au Gortyne en plus. xv· siècle, il y en avait 71. Remarquons, de plus, que La liste des métropoles, dressée par Chrysanthe dans la liste de Papadopoulos-Kerameus contient, après les métropoles, neuf autres villes : Myre, Iliérapolis, Sidé, son Syntagmation en 1715, comprend 66 noms; celle, publiée par M. Omont et qui remonte aux environs de Sardes, Claudioupolis, Sébaste, Nysse, Stavroupolis et 1730, n’en comprend plus que 65. Vizya et Média ayant Séleucie, qui représentent d’anciennes métropoles, dont les titres étaient alors portés par des évêques auxi­ été unis dans l’intervalle. La liste de 1759, dressée sous le patriarche Séraphin II, n’en a que 60; les trois mé­ liaires. La liste des archevêchés autocéphales, c’est-à-dire tropoles roumaines de Moldavie, Oungrovalachie et Transylvanie, n. 22-24, ayant disparu, ainsi que relevant directement du patriarche œcuménique, com­ prend 18 noms : drabord les huit qui figurent dans la Thébes (n. 37) et Gothie-Capha (n. 56). Par ailleurs, la liste de 1759 ne présente avec celle de Chrysanthe au­ Notitia du xv· siècle : Proconèse, Carpathos et Casos, Égine, Pogoniané, Elasson, Cos, Leucade ou Sainte- cune différence, sinon qu’Ancyre est descendu du -4® rang au 31·, et Dercos monté du 60· au 8®, qu’il occupe Maure, Phanarion; ensuite dix autres noms : Lititza. encore. Samos et Icaria, Siphnos, Mélos et Kimylios, Santorin, Pour offrir un tableau d’ensemble, je vais mettre en Andros, Cassandria, Tzia et Thermiai, Chaldia, Céphaparallèle la liste de Chrysanthe en 1715 et celle d’Anlonie et Zanthe. Tous ces noms figurent dans les listes thime VI en 1855, ajoutant quelques brèves réflexions un peu postérieures que j’ai signalées tout à l’heure, sauf Elasson et Égine qui manquent dans celle de Fa­ pour marquer les divergences qu’accusent ces deux listes. bricius, Leucade et Céphalonie qu’omet celle de 1759. Chrysanthe présente deux noms nouveaux : Pharsale, PATRIARCAT DE CONSTANTINOPLE Réontos et Prastos, que signale également la liste pu­ de 1715 a 1855. bliée par M. Omont. De plus, celle-ci a encore Tinos, ce qui porte le nombre des archevêchés à 21 au temps de Syntagmation de 1835. SYNTAGMATION DE 1715. sa rédaction, c’est-à-dire vers l’année 1730. La liste de 1. Césarée. 1. Césarée. 1759 a également Pharsale et Tinos, et deux noms nou­ 2. Éphèse. 2. f ph 'se. veaux : Déinétrias et Zarnata. 3. Héraclée (3). 3. Héraclée (4). 4. Cyzique. La liste des évêchés sutl'ragants ne peut être arrêtée 4. Ancyre. 5. Nicomédie. 5. Cyzique. qu’en combinant les données des diverses Notitiæ de 6. Nicée. 6. Nicomédie. cette époque. Dans Ricaut, Héraclée compte cinq sièges 7. Chalcédoine 7. Nicée. suffragants : Gallipoli, Rhodosto, Tyriloé, Métræ, Myrio8. Dercos. 8. Chalcédoine, phyte; dans Papadopoulos-Kerameus, le dernier nom 9. Thessalonique (8). 9. Thessalonique (8). manque par inadvertance et, dans tous les autres, 10. Tirnovo (3) 10. Tirnovo (3). l’évêché de Rhodosto a été supprimé et uni à Héraclée. 11. Andrinople. 11. Andrinople (1). 12. Amusée. Thessalonique comptait huit évêchés au temps de Ri­ 12. Ainasée. 13. Juirria et Vella (1). caut (I678) : Kytros, Servia, Campania. Pétra, Arda- 13. Brousse. 14. Brousse. mérion. Hiérissos ou le mont Athos, Platamon, Po- 14. Néocésarée. 15. Pélagonia. 15. Iconium. lyanê; Fabricius ajoute Renliné, qui figure dans la 16. Néocésarée (1). 16. Berrluea. Notitia du xv* siècle. Athènes avait quatre évêchés : 17. Didymotichos. 17. Pisidie. Talantion, Skyros. Solon, Mendinitza; Chrysanthe 18. Athènes (4). 18. Iconium. □ joute Coroné. Lacédémone en avait trois : Amyclai, 19. Berrhœa et Naousa. 19. Crète (12). 20. Bosna-Séraï. 20. Trébizonde. Brestèné, Caryoupolis dans toutes les listes, sauf celle CONSTANTINOPLE (ÉGLISE DE) 1441 1442 patriarcat œcuménique, mais d’une manière tout à fait spéciale. Nous avons vu au chapitre précédent que le patriarche Samuel supprima en 1766 l’archevêché grécoserbe autonome d’Ipek, et, en 1767, l'archevêché grécobulgare d’Ochrida. Tous les diocèses, qui relevaient de ces deux éparchies ecclésiastiques, ne furent pas incor­ porés au patriarcat œcuménique, mais, tout en recon­ naissant sa juridiction, ils formèrent deux groupes à part, pour lesquels le patriarche œcuménique devait obtenir un bérat spécial de la Sublime Porte. C’est tout ce qui restait de l’autonomie de ces deux vieilles Eglises nationales. L'archevêché d’Ipek comprenait donc en 1855 huit métropoles : Nich, Uscub, llersek, Kustendil, Samucov, Sbornic, Rascoprisrend, Nyssava. L’archevêché d’Ochrida en comptait dix : Kastoria, Vodéna, Korytza, Phanariopbarsale, Stroumitza, Belgrade ou Bérat d'Albanie, Grévéna, Mogléna, Dibra, Vêles. Toutes ces métropoles figuraient en 1715 dans le Syntagniation de Chrysanthe, p. 89, 81, sous l'Église d’Ipek et d’Ochrida dont elles dépendaient alors. Il est à remarquer que, depuis le schisme bulgare de 1872 et 1 depuis la constitution de l’exarchat bulgare, le Phanar s'est purement et simplement annexé celles de ces dix-huit métropoles, qui sont situées sur le territoire ottoman. Elles figurent donc à leur place hiérarchique dans le Syntagmation d’aujourd’hui. En dehors de ces deux Eglises nationales, le Syntag­ mation d'Anthime VI, en 1855, comprenait deux arche­ vêchés autocéphales : Lititza et Karpathos, qui sont depuis devenus métropoles, le second en 1869. I) com­ prenait aussi une série d’évêchés suffragants, 31 en tout, répartis sous onze métropoles. Éphèse possédait deux évêchés : Hélioupolis — Thyatire établie en juillet 1774, Kréné — Anéai, dont le premier devint métropole en 19O1 et l’autre en 1902; Héraclée en possédait trois: Gallipoli, promu au rang de métropole en 1901, Myriophyte et Métrai, qui restent suffragants; Smyrne en MÉTROPOLES DU PÉLOPONÈSE possédait un. Moschonissia, qui reste suffragant; Drama 61. Corinthe (2). un autre, Éleuthéroupolis. devenue métropole, Rhodes 62. Monembasie (4). un autre, Léros, devenue métropole; Janina un autre. 63. Vieille-Patras (4). Paramythia, devenue métropole; Larissa quatre : Stagi, 64/ Lacédémone (3). Gardikion. Thaumacos et Tricca, qui sont passés à la 65. Christianoupolis. Grèce avec leur métropole; Tirnovo trois : Tzerbénos, 66. Nauplie. Lophtzos, Bratza, qui sont passés à la Bulgarie avec Les chiffres, mis entre parenthèses, indiquent le leur métropole; Thessalonique huit, dont cinq restent nombre d’évêchés suffragants que possédaient plusieurs encore évêchés suffragants : Kitros, Campania, Polyané, métropoles à chacune des deux dates indiquées. Si Ardamérion et Hiérissos ou le mont Athos. Des trois l’on compare ces deux listes, on s’aperçoit vite qu’un autres, Servia est devenu métropole, au mois de mai certain nombre de métropoles, qui figurent dans celle de 1882; Platamon et Pétra ont disparu. Néocésarée, qui 1715, ne sont plus dans celle de 1855. Dix ont disparu comptait un évêché, Nicopolis, l’a vu remplacé par la par suite de la révolution grecque de 1821, qui a, en métropole Colonia, située dans la même région. Enfin, même temps, affranchi l’Église hellénique. Telles sont : Crète, qui ne comptait en 1855 que six évêchés : ArcaAthènes, Thèbes, Paronaxia, Euripos, et les six métro­ I dia, Avlopotamos-Réthymno, Kydonia-Kissainos, Kherpoles du Péloponèse : Corinthe, Monembasie, Vieille- ronésos, Iliéra et Sitia, en possède sept aujourd’hui. Patras, Lacédémone, Christianoupolis et Nauplie. Telles Kydonia et Kissamos, unis depuis 1831, sont séparés de­ sont encore les trois métropoles roumaines de Moldavie, puis 1860; en revanche, Iliéra et Sitia, autrefois séparés. Oungrovalachie, Transylvanie, et la métropole de Gothie- i ont aujourd’hui disparu. On a, de plus, rétabli les an­ Capha, arrachées par des révolutions politiques. Enfin, ciens évêchés de Lampa et de Pétra. Vizya et Média étaient déjà unies vers 1730. Cela fait XXII. Relations avec les Églises orthodoxes. donc quinze métropoles en moins. Par contre, nous xve-xixe siècles. — Si l’on voulait résumer cette pé­ avons des métropoles arrachées à d'autres Eglises, riode de quatre siècles, on constaterait qu’après un comme Pélagonia, Prespa et Lychnides, Sisanios, Dyr­ accroissement subit et anormal, qui tenait plus aux rachium, qui furent enlevées â Ochrida en 1767; comme victoires des Turcs, à l’argent et aux intrigues des PhaBosna-Séraï, enlevée à Ipek en 1766. Nous avons sept nariotes, qu'à une évolution historique proprement métropoles, qui étaient de simples archevêchés en dite, le patriarcat œcuménique a subi des pertes tout à 1715 et en 1759 : Proconèse, Pogoniané; Elasson, Cos, fait irréparables. Des Eglises qui n’existaient pas ou Samos et Icaria, Cassandria, Chaldia; enfin, deux mé­ qui dépendaient de lui se sont constituées; d’autres tropoles, Dryïnopolis, établie en juillet 1835, Démétriasqu’il s'était incorporées de force se sont reformées Zagora, établie en septembre 1794·, qui relevaient en et l’on compte aujourd’hui, pour ne pas mentionner 1715, l’une de Janina, l’autre de Larissa comme évêchés les fractions ecclésiastiques d'un caractère encore in­ suffragants. décis, neuf Eglises qui jouissent d'une autonomie ab­ Le Syntagmation d’Anthime VI, en 1855, contient solue : l’Église russe, l’Église bulgare, l’Église grecque encore deux autres listes de métropoles relevant du du royaume hellénique, l’Église roumaine de Roumank DICT. DE THÉOL. CATHOL. :n. — 46. Syntagmation 21. 22. 23. 24. 25. 26. 27. 28. 29. 30. 31. 32. 33. 34. 35. 36. 37. 38. 39. 40. 41. 42. 43. 4i. 45. 46. 47. 48. 49. 50. 51. 52. 53. 54. 55. 56. 57. 58. 59. 60. de Syntagmation 1715. Larissa (9). Moldavie ou lassi (3). Oungrovalachie (2). Transylvanie (3). Naupacte et Aria. Philippopolis. Rhodes. Serrés. Philippes el Drama. Smyrne. Mityléne. Janina (4). Didymolichos. Philadelphie. Mélénic. Nouvelle-Patras. Thèbes. Ainos. Mélymna. Paronaxia. Mésembrie. Vidin. Drystra. Euripos. Solia. Vizya. Média. Anchialos. Varna. Proïlav et Tomarov. Maronia. Silivrie. Sozopolis. Xanthi et Périthéorion. Ganos et Khora. Golhie et Capha. Cbio. Lemnos. Imbros. Dercos et Néochorion. 21. 22. 23. 24. 25. 26. 27. 28. 29. 30. 31. 32. 33. 34. 35. 36. 37. 38. 39. 40. 41. 42. 43. 44. 45. 46. 47. 48. 49. 50. 51. 52. 53. 54. 55. 56. 57. 58. 59. 60. 61. 62. 63. 64. de 1855. Pisidie. Crète (6). Trébizonde. Larissa (4). Arta. Philippopolis. Rhodes (1). Serrés. Drama (1). Smyrne .ηΙι,:α. 29 septembre 1895, et fut réfutée par les théologiens catholiques. Parmi les meilleurs signalons : L. Du­ chesne, Églises séparées, Paris, 1896 ; p. 59-22" ; S. Brandi, De C union des Églises, Home, 1896; J.-B. Bauer, Argumenta con­ tra orientalem Ecclesiam ejusque synodicam encyclical», Inspruck, 1897 ; le même ouvrage, en grec, Syra, 1899; et surtout au point de vue dogmatique, M. Malatakès (grec converti), Ré­ ponse à la lettre patriarcale et synodale de l’Église de Con­ stantinople sur les divergences qui divisent les deu.T Églises, Constantinople, 1896; l'original grec de celte traduction. 'A 40000 ? 46000 40000 ? 40000 9 exemple récent, la ’Εκκλησιαστική αλήθεια, 1905, t. xxv. ρ. 310, donnait le diocèse de Silivri comme n'ayant pas 40000 piastres de revenus. Or, dans la statistique offi­ cielle que nous avons reproduite, Silivri (n. 42) a droit â 45000 piastres. De même, Kolonia et Bella sont donnés comme ne touchant pas, chacune, 40000 piastres, alors que ces métropoles ne figurent pas dans la statistique officielle. Il est vrai qu'elles sont de fondation récente, ainsique Névrokop, Léros etRhodopolis. En dehors du traitement qui lui revient personnellement, chaque mé­ tropolite doit prélever daus chaque diocèse une somme déterminée pour le compte du patriarche œcuménique. L’un dans l’autre, tous les diocèses, soit métropoles, soit évêchés, sont astreints à fournir annuellement 370000 piastres au patriarche; somme qui, ajoutée aux 130000 piastres perçues dans le diocèse de Constanti­ nople, constitue un traitement annuel de 500 C00 piastres, c’est-à-dire de 105 000 francs. Dans la dernière liste officielle des eparchies du pa­ triarcat que j'ai sous les yeux et qui remonte à 1901, on ne comptait plus que cinq métropolies possédant 1463 CONSTANTINOPLE (ÉGLISE DE) 1464 des évêchés snffragants. Éphèse en avait trois, Uêraclée I employer le bel euphémisme néo-grec, ou arriverait à de Thrace trois également, Thessalonique cinq, la Crète ' une liste, qui ne serait guère inférieure à celle des vrais sept et Smyrne un seulement, soit en tout dix-neuf métropolites. évêchés. A l’heure actuelle, les cinq métropolies sus­ Une liste des évêques titutaires a été dressée en 1901 dans la dites restent encore à la tète d’une province ecclésias­ Έχχληη«ττχή «λήβοα, t. XXI, p. 31. 50. 67, 211. Elle devait aller tique, mais fort réduite,du moins pour quelques-unes. du patriarcat de Raphaël II au second patriaivai de Joachim lit. Ainsi Éphèse ne possède plus que l’évêché d’Anéai; c’est-à-dire de 1606 â 1900; en fait, elle s’arrête à l’année 1871. Elle est toutefois fort précieuse, car elle a été faite directement llélioupolis et Kréné ayant pris rang parmi les métro­ sur les archives du patriarcat. On n’a qu’à s’y reporter pour se poles, l’une depuis Je 24 octobre 1901, l’autre depuis le rendre compte quels sont les titres le plus fréquemment em­ 11 décembre 1902. De même, lléraclée a vu l’évêché de ployés. Gallipoli acquérir le titre de métropole, le 3 novembre 1901, et ne conserve plus que deux évêchés sulfragants, 11 existe une troisième organisation ecclésiastique, Myriophyte et Métrai, qui ont chacun un revenu annuel qui correspond assez bien à ce que nous appelons dans de 30000 piastres. Encore est-il beaucoup question notre droit canonique des abbayes nullius; en Orient, d’ériger Métrai en métropole. Smyrne compte toujours on les appelle exarchies. .Jusqu’en 1902, les exarchies un évêché, Moschonissia, ayant 12000 piastres de revenu étaient au nombre de cinq : Metsovo dans l’Épire, Pal­ et étendant sa juridiction sur 29 ilôts semés entre mos dans l’archipel, Souméla, Vazélon et Péristéréota. Mételin et Aïvalik. Les évêchés qui relèvent de Salo- au sud de Trébizonde, dans le Pont. Sauf la première, nique sont au nombre de cinq : Kitros, dont le titulaire toutes avaient pour centre un monastère stavropéréside à Entérina et a 30000 piastres; Kampania, dont giaque : Saint-Jean l’Evangéliste à Patmos, la Saintele titulaire a pour centre d’action le bourg de Koulakia, Vierge à Souméla, Saint-Jean-Baptiste à Vazélon, Saintà l’embouchure du Vardar et touche 60000 piastres; Georges à Péristéréota. Soustraits à la juridiction de Polyané, dont l’évêque réside à Doïran sur le lac de ce l’ordinaire, les orthodoxes de ces cantons obéissent aux nom et touche 50 000 piastres; Ardamérion ou Evdémich, supérieurs de ces couvents stavropégiaques, c’est-à-dire dont l’évêque a 30000 piastres; enfin, Hiérissos ou le qu'ils relèvent du seul patriarche œcuménique. Or, les mont Athos, dont l’évêque a 30000 piastres. La province habitants des trois exarchies du Pont, peu satisfaits du ecclésiastique de Crète a sept évêchés : Arcadia, avec gouvernement des moines, réclamaient sans cesse auprès résidence à Vianoet 24 000 piastres ; Rhéthymnéet Avlo- du saint-synode ou bien la création d’une mélropolie potarno, avec 50000 piastres; Kydonia, avec résidence nouvelle, ou bien leur incorporation au diocèse deTré­ à La Canée et 60000 piastres; Pétra, avec résidence à bizonde, dont ils forment une enclave. Après de vives Néapolis et 35 000 piastres; Kissamos et Sélino; Lampa instances, ils ont obtenu gain de cause et, le 9 octobre et Sphakia avec résidence au monastère dePrévéli; 1902, le saint-synode rétablissait l’ancienne mélropolie Hiéra et Sitia, avec 40000 piastres. En 1896, il y avait de Rhodopolis. Par suite de cette décision, le nouveau un huitième évêché, Khersoniso, avec résidence au mo­ diocèse comprend les trois exarchies politiques de Sou­ nastère d’Angarada et 35000 piastres de revenu ; depuis méla, qui commandait à quinze villages, de Vazélon, il a dû être supprimé. Cela constitue donc un groupe qui en avait vingt, et de Péristéréota, qui en avait onze. de seize évêchés sufTragants, mais les sept sièges de Le métropolite se voit donc, avec ses 46 villages, à la Crète sont rarement tous occupés en même temps et, tête d’un diocèse aussi considérable que celui de beau­ du reste, le seraient-ils, que leur sujétion vis-à-vis du coup de ses collègues. Quant aux supérieurs des trois Phanar se restreint chaque jour. Il y a, par ailleurs, une monastères susdits, ils ont désormais perdu tout droit tendance fort marquée aujourd’hui â supprimer les exarchal et n’exercent plus de juridiction au delà des évêchés, de même que l’on a fait disparaître les arche­ murs de leurs couvents. Les seules exarchies encore vêchés autocéphales, au cours des siècles. On espère existantes se bornent donc à deux : celle de Metsovo, qui obtenir ainsi une plus grande rapidité dans l’expédition ne tardera pas à disparaître, et celle de Patmos, qui se des affaires diocésaines, en portant devant le saint-sy­ maintiendra longtemps encore. En effet, maîtres abso­ node, non devant le métropolite, le règlement des litiges. lus de Pile, les moines de Saint-Jean-Baptiste ne lais­ Le diocèse propre du patriarche œcuménique est 1 seront pas aisément un prélat établir son autorité sur constitué par Stamboul, Galata, Péra et les faubourgs leurs subordonnés. échelonnés sur la rive européenne jusqu’à léni-Keuï Les statistiques officielles et sérieuses n'existant pas inclusivement. Cet archevêché, régi par des lois parti­ dans l’empire ottoman, on ne saurait donner, même culières, est confié à l’administration du proto-syncelle par approximation, la population totale des orthodoxes ou vicaire général du patriarche. Quelques-uns des soumis à la juridiction du patriarcat œcuménique. Voici principaux districts ont à leur tête un prélat revêtu du cependant quelques chiffres, qui aideront à se former caractère épiscopal et décoré du titre de chorévêque. Il une opinion sur ce point. En Asie, les vingt diocèses y en a cinq habituellement, qui portent divers titres sontcompris dansdixdivisionsadministratives: vilayets, épiscopaux et sont chorévêques de Péra, de Galata, de c’est-à-dire provinces, et mutessarilliks indépendants, Tatavla, de Vlanga et de Baloukli. Arnaout-Keuï sur le c’est-à-dire départements qui relèvent directement de la Bosphore en avait obtenu également un en 1900. Le dio­ Sublime Porte. Vital Cuinet est l’auteur qui a travaillé cèse de Constantinople n’est pas le seul à jouir d’une avec le plus de soin et d'impartialité à se rapprocher de pareille organisation ; d’autres métropolies peuvent — la vérité. En combinant les données éparses dans les et certaines le font très régulièrement — prendre des quatre volumes de son ouvrage, La Turquie d’Asie ; Sta­ évêques auxiliaires, qui se chargent de soulager le far­ tistique descriptive et raisonnée de chaque province de deau du métropolite. Ces auxiliaires sont parfois deux TAsie-Mineure, Paris, 1892-1894, on arrive à dresser le ou trois dans le même diocèse et ne succèdent jamais tableau ci-après. directement au titulaire. De même, depuis le mois de Comme on le voit, les Grecs asiatiques forment un juillet 1901, les deux directeurs de l’école théologique peu plus du neuvième de la population totale. Il est de Halki et de la Grande École de la nation, sise au vrai que le chitïre actuel doit être relativement plus quartier du Phanar, ont été créés métropolites ad ho- considérable, Cuinet ayant envoyé son ouvrage à l’im­ nurem, le premier de Stavropolis, le second de Sardes, pression en 1890, après avoir employé une douzaine alors qu’ils n’étaient auparavant que simples archiman­ d’années à recueillir les statistiques qu’il a consignées drites. Si l'on ajoutait à tous ces prélats que nous venons dans son ouvrage. On peut donc dire que ce tableau de désigner les métropolites en retraite.démissionnaires représente seulement l’état de la population en Asieou déposés, tous ceux qui se reposent en un mol, pour Mineure, il y a déjà vingt ans, et encore d’une manière 14G5 CONSTANTINOPLE (ÉGLISE DE) fort approximative. Chassiotis, L'instruction publique chez les Grecs, Paris, 1881, p. 494, donne un chiffre à peu prés analogue; il estime la population grecque de î’Asie-Mineure à 966 585 habitants. Et cet auteur est un Grec, qui s’est servi presque exclusivement de ren­ seignements oraux ou écrits provenant de ses compa­ triotes. 14G6 naîtra en Turquie d’Europe la nationalité serbe, un autre a été promulgué le 10/2-4 mai 1905, qui reconnaît la nationalité roumaine. C’est déjà une cruelle amputa­ tion que se prépare à subir le patriarcat œcuménique. Du fait de la constitution d'une Eglise serbo-ronméliote, le Phanar est exposé à perdre environ 250000 fidèles, en attendant que les consuls et les agents serbes décou­ vrent des compatriotes ailleurs que dans les deux dio­ POPULATION GRECQUE-ORTHODOXE cèses d’Uskub et de Prizrend; du fait de la constitution d'une Eglise koutzo-valaque en Turquie, laquelle n'est EN AS1E-MINEURE plus aujourd'hui qu'une question de jours, la perte sera encore plus sensible pour les Grecs. D'après des statis­ FOPLLiTIO.I DIVISIONS tiques détaillées, parues dans des journaux roumains ΡΟΡΠ.ΑΤΙΟΛ CHEF-LIEU. ADMINISTRATIVES. TOTALE CRtCQÜL et qu'il y a tout lieu de croire exactes, la population roumaine de la Macédoine proprement dite serait de 394700 âmes, auxquelles il convient d’ajouter20000 Rou­ 1. A id in.................. 1 396 477 208 282 Smyrna. mains en Albanie, 160000 dispersés çà et là dans les 2. Angora.................. Angora. 892901 34009 vilayets d’Andrinople et de Constantinople, 220000 en 3. Bigha...................... Bigha. 129438 16 413 Thessalie et en Grèce. Même en supposant quelque i 4. Castamonni.............. Castamouni. 21 507 1018912 exagération dans ces chiffres et en les réduisant d’un 5. Constantinople (isie). Constantinople. 240 381 44164 tiers, il n'en resterait pas moins 530 000 fidèles destinés j 6. Ismidt.................. Ismidt. 222 760 40 795 à échapper dans un avenir prochain à la juridiction du 1 626 869 230 711 7. Khodavendighiar. . Brousse. 8. Koniah.................. Koniah. 1088 000 73000 patriarcat œcuménique. On comprend que, devant de 9. Sivas......................... Sivas. 1086015 76 068 telles menaces, la question roumaine de Macédoine soit 1 047 700 193000 10. Trébizonde............... Trëbizonde. devenue présentement la question vitale pour les Grecs. Déjà un évêque roumain, Mtr Anthime, est établi à Mo­ 8749 453 937 949 Total. .......................... nastic. sans titre épiscopal, il est vrai, et l’on sait quel scandale a provoqué dans le monde orthodoxe, en 1901, la venue en Macédoine de Mor Gennadios, ex-métropolite roumain de Bucarest. Pour le moment, Monastic possède Dans la Turquie d’Europe, par suite des rivalités de un gymnase roumain, deux écoles de garçons et deux race, la situation est encore plus inextricable. Grecs, Bulgares, Serbes, Koutzovlaques, Albanais y luttent de filles; Krouchova un gymnase, une école commercial pour asseoir la prépondérance de leur nationalité. Tous et quatre écoles primaires; Janina une école commer­ n’obéissent pas au patriarcat orthodoxe et ceux mêmes ciale et deux écoles primaires; Salonique de même. Il qui lui obéissent et qui ne sont pas grecs d'origine ne existe dans les autres villes ou villages 98 écoles pri­ maires de garçons et 73 écoles primaires de filles. De voudraient pour rien au monde être confondus avec ces plus, la langue roumaine était employée, avant l’iradé derniers. Ne pouvant donner de statistique sûre, je vais du 10/24 mai 1905, comme langue liturgique dans m'efforcer d’indiquer les forces dont dispose actuelle­ 48 églises de Macédoine. Par le fait de cet iradé, le ment chacune de ces nationalités. En Bosnie-Herzégo­ sultan a accordé à tous ses sujets de nationalité valaque vine, il y a, d’après les statistiques les plus récentes du le droit d'enseigner le roumain dans leurs écoles; d’avoir gouvernement austro-hongrois, 673000 orthodoxes, des prêtres à eux célébrant tous les offices liturgiques d’origine serbe, que le Phanar compte parmi ses fidèles, dans leur langue nationale; de nommer, conformément bien qu’ils échappent de plus en plus à sa juridiction. Dans la Turquie proprement dite, deux métropolites aux lois établies, des moukhtars (maires) à eux; d'avoir pour leurs écoles des instituteurs et des inspecteurs, serbes gouvernent les diocèses d’Uskub et de Prizrend, qui ne devront rencontrer aucune entrave dans l’exer­ qui sont en grande partie composés de leurs compa­ cice de leurs fonctions et s'adresseront directement au triotes. Là, depuis la cathédrale jusqu'à la dernière ministère de l’instruction publique; enfin, d'étre admis chapelle de village, le clergé diocésain célèbre la messe et les offices en slave. Ces victoires serbes, du moins dans les élections des moindres conseils administratifs. Le tout, remarque ironiquement l'iradé impérial, est en ce qui concerne la nomination des métropolites, accordé, « à condition de ne point toucher à la dépen­ sont de date récente, car c'est le 21 janvier 4896 qu’un dance des Valaques vis-à-vis du patriarcat œcumé­ Serbe fut élu métropolite de Prizrend, et le 30 octobre nique. » C'est-à-dire qu'on enlève à celui-ci toutes ses 1899 qu’un autre Serbe fut promu au siège d’Uskub, prérogatives sur les orthodoxes de nationalité roumaine après une série de démarches diplomatiques, qui mirent et qu'on ne lui conserve plus qu'une autorité morale et en mouvement toutes les chancelleries européennes. L'éparchie de Prizrend comptait, vers 1900, près de spi rituelle. ■200C0 familles. En donnant à chaque foyer serbe une En comptant les Serbes de Bosnie et de Turquie, les Roumains de Macédoine et de Thrace, cela fait donc un moyenne de huit à dix personnes — ce n’est pas exa­ géré — nous aurions 160 000 à 200 000 habitants pour total de 1 228 000 orthodoxes, que le patriarcat œcumé­ nique range habituellement parmi les grecs-orthodoxes ce diocèse. Le clergé séculier ou régulier était au nombre de 159, les paroisses de 145. Voir Échos soumis à son autorité, alors qu’en réalité ils ne sont pas Grecs et qu’ils ne se soumettent que le moins pos­ d'Orient, 1900, t. Ill, p. 348. Le diocèse d’Uskub com­ sible ou même pas du tout à la houlette œcuménique. prenait, à la même date, 8000 familles environ, soit de 6t000 à 80000 personnes, 88 paroisses, 114 prêtres sé­ Ce n’est pas tout. D'après un document officiel fourni par l’exarchat bulgare en 1902. il y avait en Turquie culiers ou réguliers. Echos d'Orient, I. m, p. 351. Voir d'Europe 1 334 573 Bulgares, répartis dans les 21 epar­ aussi dans la même revue, Diocèse d’Uskub, I. t, chies bulgares. Cette population de 1350 000 âmes en­ p. 67-69, 195; Le cas de Firniilien d’Uskub, t. v, viron n'obéissait pas tout entière à son Église nationale; p. 310-312; Le sacre du métropolite serbe Firniilien, un quart subissait encore le joug du patriarcat œcumé­ v, p. 390-392; L'Église serbe en Turquie, t. ni, nique. Des statistiques un peu antérieures, mais pro­ p. 341-351 ; La Russie et les monastères de VieilleSerbie, t. vi, p. 399-401; La nationalité serbe en Tur- ( venant de la même source, donnaient 46518 familles bulgares, qui acceptaient la juridiction grecque, c'est-àguie, t. vu, p. 46 sq. dire qui étaient patriarchisles, suit de 400000 à Si l'iradé impérial n'a pas encore paru, qui recon­ 1467 CONSTANTINOPLE (ÉGLISE DE) 450 0C0 Bulgares, avec 666 prêtres. En acceptant les chiffres les plus favorables aux Grecs, 450000, il y au­ rait encore 890000 orthodoxes Bulgares soustraits à la juridiction du Phanar. En les ajoutant aux 1 228 000 Bos­ niaques, Serbes et Roumains, qui jouissent d'une sorte d'autonomie, nous avons donc 2118000 orthodoxes que le Phanar compte parfois parmi ses fidèles et qui ne le sont qu'à demi. En dehors des 450000 Bulgares, qui reconnaissent le patriarche œcuménique, il ne faudrait pas oublier, non plus, un contingent assez, considé­ rable d'Albanais, qui ne sont pas encore constitués en communautés particulières, mais que l'exemple des Bulgares, des Serbes et des Roumains, pourrait bien ne pas laisser indifférents. Mentionnons également les 200 C00 Cretois, qui attendent à tout instant la permis­ sion de l'Europe pour s'unir à leurs frères de Grèce et se placer sous l’obédience du saint-synode d’Athènes. Dans ces conditions, on conçoit qu’il soit malaisé d'in­ diquer, même de façon très sommaire, les fidèles ortho­ doxes d'origine et de langue grecques, qui restent malgré tout fidèles à la cause phanariote. J’ai dit d’ori­ gine et de langue grecques, car la langue grecque, à elle seule, ne suffit pas à constituer un vrai Grec, ainsi que le réclament les chauvins d’Athènes et de Constan­ tinople. Les Roumains aussi parlaient grec et beaucoup le parlent encore, sans que l'on puisse cependant les ranger parmi les Grecs orthodoxes. Il n’y a de vrais Grecs que dans les Iles, sur les côtes de la mer Noire ou des autres mers baignant la Turquie d’Europe, et aussi dans les villes et les grandes agglomérations de l’intérieur. Pour la BULGARIE, voir t. n, col. 1224-1228; pour les Rou­ mains île Turquie, voir dans les Échus d'Orient. La nationalité roumaine en Turquie, t. vu, p. 47 sq. ; Les Itoumains de Macédoine, t. vu, p. 178 sq.; Les Koutzo-Valaques, t. vu, p. 302-305: Deux princes roumains, t. vu, p. 257-200. Chassiotîs. L'instruction publique chez les Grecs, Paris, 1881, p. 494 sq., estime la population grecque de la Turquie d'Europe de la manière suivante : 495 355 habitants en Êpire, 321 072 en Thessalie. 606 368 en Macédoine, 739648 en Thrace. 662403 dans les Iles, en tout 2 824 84J habitants. Pour établir cette statistique, Chassiotis a rangé parmi les Grecs tous les chrétiens de religion orthodoxe : mais il faut en enlever les orthodoxes de diverses nationalités, ainsi que nous venons de le faire. Avec ces restric­ tions, la statistique a quelque chance d'être exacte. XXV. Règlements généraux nu patriarcat œcu­ — Au cours du XIX* siècle, le gouvernement turc, pour obtenir des satisfactions de l’Europe, dut faire des concessions aux rayas. Le massacre des janis­ saires, 15 juin 1826, tout en marquant la fin de l’ancien régime, ne modifia pas trop la situation des chrétiens. Une première dérogation provint du Haiti Chérif, dit de Giil-Kbané, lu le 3 novembre 1839 et qui attribuait aux sujets infidèles les memes droits qu'aux musul­ mans. L'application de cette charte ne fut pourtant pas aussi complète qu’elle semblait le comporter et Je seul changement appréciable fut dans le prélèvement du Kharadj. Cet impôt, qui tenait lieu pour les chrétiens de tous les autres, était jusque-là arraché à chaque raya par la brutalité des collecteurs et souvent aggravé par les exactions locales; désormais, il fut recouvré par les communautés municipales, qui devaient en ver­ ser le montant dans les caisses des receveurs généraux. En 18,7. était reconnue la validité du témoignage des cl r tiens, même contrede« musulmans, disposition qui abolissait une loi régissant depuis des siècles les rap­ ports de fa classe mahom'tane avec les chrétiens indi­ genes oo étrangers. De même, on rapporta — et cela au détriment de l'orthodoxie — le firman de 1834, qui interdisait le passage d une communauté chrétienne dans une autre et s'opposait ainsi aux progrès du ca­ tholicisme. Apres la guerre de Crimée et lors du protocole de Vienne, 1« février 1855, on songea à retoucher les ménique. 1468 immunités des populations chrétiennes et, par suite, à une transformation complète de l’Eglise grecque, à laquelle elle-même serait appelée à concourir. C’est ce qui eut lieu par la promulgation du fameux Hallir· Humaîoum, du 18 février 1856 — voir le texte dans Ed. Engelhard, La Turquie et le Tanziniat ou histoire des réformes dans l’empire ottoman depuis 1826 jusqu’à nos jours, Paris, 1882, t. t, p. 263-270, que le patriarche Cyrille Vil se décida, après quelques mo­ ments d’hésitation, à faire lire dans les églises. Comme le synode se montrait rebelle et cherchait par son inaction à éviter une loi qu’il qualifiait de révolution­ naire, le grand-viz.ir l’invita à s’exécuter. Un règlement minutieux, élaboré dans le conseil, prescrivit une série de mesures destinées à établir le nouvel ordre de choses. Voir le texte publié par le P. Petit dans la fleinte de I’Orient chrétien, 1898, t. m, p. 397-401. Cette ingé­ rence directe du pouvoir fut le signal de violentes pro­ testations au sein de la communauté grecque, qui eut recours à la publicité pour intéresser l’Europe à ses griefs; bon gré mal gré, il fallut pourtant s’exécuter. Dès le mois d’août 1858, l’assemblée nationale, réunie au Phanar, procéda à la formation du conseil provisoire national, en se conformant aux dispositions de la circu­ laire ministérielle. Celte assemblée comprit sept mé­ tropolitains, choisis par le saint-synode, dix représen­ tants des divers quartiers de Constantinople et onze délégués des provinces ou vyalets; soit, avec le prési­ dent et le secrétaire, un total de trente personnes. On élabora tout d’abord un règlement minutieux, en 28 ar­ ticles, destiné à fixer les attributions du conseil, les obligations de ses membres, les devoirs du secrétaire et ceux du président. Voir Γενικοί κανονισμοί περί διευθετήσεως τών... πραγμάτων, Constantinople, 1888, ρ· ιγ’-ιζ’· 1» Le patriarche. — La première question portée à l’ordre du jour était l’élection du patriarche. C’est sur ce point que le conllit éclata dés l’origine entre les deux corps. Depuis le vil· siècle au moins jusqu’à la fin de l’empire (1453), le souverain réunissait une douzaine de prélats parmi les évêques de passage à Constanti­ nople et ces évêques formaient une liste de trois noms qu’on apportait au prince. « L’esprit de Dieu, au dire de Codinus, leur inspirait ces noms. » Sur cette liste l'empereur désignait le patriarche et, lorsque aucun des trois noms proposés ne lui agréait, il en choisissait un autre. A. Gasquet, De l’autorité impériale en ma­ tière religieuse à Byzance, Paris, 1889, p. 85-89. Cet usage se conserva, même après la conquête turque, sauf que les métropolites préférant le séjour de la capitale à la résidence dans leurs diocèses, les membres du saintsynode se trouvèrent beaucoup plus nombreux. Les titulaires des métropoles voisines de Constantinople en furent aflligés et, de là, naquirent des rivalités mes­ quines qui troublèrent l’orthodoxie durant plusieurs siècles. Finalement, la victoire revint aux métropolites voisins de Constantinople et, en 1741, Gérasime d’Héraclée obtint du sultan Mahmoud Ier, un firman qui mo­ difiait la pratique usitée jusqu'alors, et qui fut confirmé en 1757 par un hall souverain. A. Ypsilanti, Τά μετά την άλωσιν, Constantinople, 1870, p. 350, 376. D’après ces documents, le choix du saint-synode n’était sanc­ tionné par le sultan, que si l’élu présentait un certifi­ cat de bonne conduite signé des métropolites d'Héraclée, de Cyzique, de Nicomédie, de Nicée et de Chalcédoine, qui jouaient le rôle de gérantes et exerçaient désor­ mais une influence décisive sur les affaires de la nation. Ce fut le régime du gérontisme, odieux entre tous, et dont l'assemblée nationale de 1859 demanda la suppres­ sion. Le patriarche et les métropolites visés protes­ tèrent et l’on dut recourir au gouvernement turc pour obtenir la paix. Celui-ci refusa la démission de Cy­ rille Vil, renvoya les gérontes dans leurs diocèses et, 1469 CONSTANTINOP LE (ÉGLISE DE) au mois de juin 1860, un projet de réformes relatif à l'élection du patriarche et des métropolites était soumis au grand-vizir. Les Turcs ne l’approuvèrent, vers la fin de 1861, qu'à la condition de contrôler la liste de tous les candidats éligibles, au lieu de n'avoir à examiner que les trois candidats définitifs. Ainsi, si l'amende­ ment n’a porté que sur trois noms en 1887, il a porté sur cinq en 1891 et sur sept en 1891. Voici en quoi consiste le mode d'élection et d'institution du pa­ triarche. En cas de vacance du siège œcuménique, le synode des métropoliles se réunit avec le conseil mixte et nomme un lucum tenens, pris parmi les membres du s^int-synode et qui doit être approuvé par le gouverne­ ment impérial. Cette élection accomplie, on envoie à tous les métropolites une circulaire pour que, dans un délai maximum de 14 jours, ils fassent connaître sous pli cacheté le nom de leur candidat; de même, 28 dio­ cèses sont priés d’envoyer chacun â Constantinople un laïque, chargé de les représenter. Les membres du saint-synode et les métropolites présents dans la capi­ tale désignent aussi leur candidat sous pli cacheté cinq jours avant l'assemblée électorale. Au jour fixé, on procède, à huis clos, â la vérification des pouvoirs, au dépouillement et au compte des bulletins. Tous ceux qui ont obtenu ne serait-ce qu’une voix sont éligibles. La liste des éligibles, signée et scellée, séance tenante, par le locum tenens, les métropolites du synode et les membres du conseil mixte, est envoyée sur-le-champ à la Sublime-Porte, qui raye les noms désagréables et informe le patriarcat par un teskéré délivré dans les vingt-quatre heures que l’on peut procéder à l’élection de l'un des autres candidats. Sur la liste ainsi revisée, l'assemblée électorale tout entière, clercs et laïques, désigne au scrutin secret et à la majorité des voix trois candidats; après quoi, les membres ecclésiastiques de l'assemblée se rendent à l'église, où, en présence de tous les membres laïques de l’assemblée, ils désignent, au scrutin secret, et à la majorité des voix, un des trois candidats â la charge de patriarche œcuménique. Si les candidats ont le même nombre de voix, c’est la voix du locum tenens qui 1’emporte. L’élection terminée, on en rédige le procès-verbal qui est communiqué à la Sublime-Porte; puis, l’élu se présente d’abord au sul­ tan pour être officiellement reconnu et ensuite à la Sublime-Porte pour y notifier son élection. Un certain nombre de qualités morales sont requises du candidat; les plus intéressantes â retenir sont qu'il doit apparte­ nir au corps épiscopal, être assez avancé en âge et avoir gouverné un diocèse sans aucun blâme depuis sept ans au moins. De plus, il faut qu’il ait toujours été, luimême, ainsi que son père, sujet de l’empire. L’assemblée électorale se compose d’ecclésiastiques et de laïques. Les ecclésiastiques comprennent les membres du saint-synode, les métropolites qui peuvent se trouver dans la capitale et le métropolite d'Heraclée qui, de tout temps, a eu le privilège de donnera l’élu le bâton pastoral. Les membres laïques sont trois hauls fonctionnaires du patriarcat, dont le logothète, les membres du conseil mixte, trois anciens fonctionnaires civils, investis des deux grades supérieurs; deux mili­ taires ayant le grade de colonel et trois autres fonction­ naires civils; le gouverneur de Samos ou son repré­ sentant; quatre membres des plus connus parmi les savants; cinq négociants et un banquier; dix représen­ tants des corporations les plus estimées; deux délégués des paroisses de la capitale et du Bosphore, enfin vingthuit délégués envoyés par autant de provinces. Renie de l'Orient chrétien, t. Ht, p. 409. Le droit d’électeur ne peut être exercé que par les sujets de l’empire. Comme on le voit, l'élection se fait à trois degrés et les laïques jouent le rôle principal dans les deux pre- I miers votes. On a essayé bien des fois de modifier la 1470 teneur de ce projet, mais aucune de ces tentatives n’a réussi. 2» Le saint-synode. — A côté et sous la présidence du patriarche est établi le saint-synode, dont les origines remontentau moins au tv« siècle. A toutes les pages de l'histoire byzantine, on voit paraître, dans les actes publics de la Grande Église, ce concile permanent. Sans être strictement fixé, le nombre de ses membres n'était jamais inférieur à quatre, président compris. Par ailleurs, les actes du patriarcat présentent des pièces synodales signées de vingt, et même de trente évêques présents. Le choix des synodiques était réservé au pa­ triarche, bien que l’empereur intervint souvent, lorsque leur nombre lui paraissait trop restreint. .1. Zhishman, Die Synoden und die E/ôscopal-âmler in der morgenlûndischen Kirche, Vienne, 1867, p. 33 sq. Après la conquête ottomane, le saint-synode continua de siéger auprès du patriarche. La seule innovation fut celle du gérontisme, par laquelle les cinq métropolites d’IIéraclée, de Cyzique, de Nicomédie, de Nicée et de Chalcédoine, étaient toujours membres de l’assemblée. Comme celle-ci comprenait encore un grand nombre de membres, vingt et un en 1746, le patriarche Samuel établit, en 1765, qu'à l’avenir le synode aurait constam­ ment huit membres, égaux en puissance et choisis parmi les prélats les plus dignes et les plus distingués; les autres évêques, de passage à Constantinople, pour­ raient sans doute assister aux séances, mais l'approba­ tion des huits gérontes ou de la majorité d'entre eux était requise pour prendre une décision. Cette disposi­ tion, confirmée par un firman impérial en 1775, ne tarda pas du reste à tomber en désuétude et l’on revint à l'ancienne pratique. Ce n’est que le 27 janvier 1862 que fut élaboré et approuvé le nouveau règlement, dont voici les dispositions principales. I-e saint-synode se compose de douze métropolites, siégeant sous la présidence du patriarche œcuménique. Il est et demeure, comme il l'a toujours été, le centre de l’autorité spirituelle pour tout le peuple chrétien, relevant du patriarche œcuménique. Ses soins et sa sollicitude s’étendent à toutes les all'aires spirituelles de la nation, comme le remplacement des métropoliles et la nomination aux sièges vacants; l’amélioration, la conservation et le gouvernement de tous les monastères. Il veille sur la foi de tous les orthodoxes, nomme les prédicateurs, choisit et fait distribuer tous les livres et manuels qu’il juge nécessaires pour le développement du clergé et l’instruction des fidèles; dans ce but, il correspond avec les prélats des provinces de l’empire, alors qu’il n’est permis à personne de s’immiscer dans les affaires et les attributions réservées à l’autorité spi­ rituelle du saint-synode. Tous les métropolites rele­ vant du patriarcat œcuménique ont le droil de faire partie du saint-synode, chacun pendant deux ans, à lour de rôle. On renouvelle tous les ans la moitié des mem­ bres, de telle manière que chacun d’eux ne reste pas au synode plus de deux ans. On a dressé tout exprès une liste de tous les métropolites, en les répartissant en trois classes, dont chacune comprend un tiers de leur nombre total. Voir le tableau dressé col. 1461-1462. Sur celle liste le patriarche, d’accord avec le saint-synode, choisit deux titulaires par classe, à savoir le premier et le dernier, et les invite à remplacer les anciens, qui retour­ nent immédiatement dans leurs diocèses. On fixe un traitement proportionnel à percevoir par les membres du saint-synode, qui n'auraient pas dans leurs diocèses un revenu annuel de 50 000 ou de 40 000 piastres. Aucun membre du synode ne peut, à l’expiralion de son mandat, demeurer à Constantinople, hormis le cas d'extrême nécessité, et aucun métropolite ne peut sé­ journer à Constantinople, sans l'autorisation préalable du patriarche et du saint-synode. Tout acte du synode fait à l’insu ou en l'absence du patriarche est nul. 1471 CONSTANTINOPLE (EGLISE DE) comme aussi demeure sans valeur tout acte émanant du patriarche seul. Toute décision synodale, prise à la majorité des voix, en séance plénière, doit être sanc­ tionnée et exécutée par le patriarche. Si le patriarche manque â ses obligations spirituelles et, qu’après deux remontrances respectueuses de la part du synode, il n’en tienne aucun compte, le synode et le conseil mixte en réfèrent par écrit à la Sublime-Porte et réclament sa déposition ; la même chose se produit, si le patriarche manque à ses devoirs civils, mais cette fois l’initiative d'une pareille mesure revient au conseil mixte. Les membres du saint-synode délibèrent toujours en commun avec le patriarche. En cas d’égalité dans les suffrages, c’est le parti pour lequel vote le patriarche qui l’emporte. Tous les membres du synode sont égaux et tous doivent respect au patriarche, comme celui-ci le leur doit à son tour. Le synode a un premier et un second secrétaires, pris parmi les ecclésiastiques, mais ne jouissant ni de voix délibérative, ni du droit de suffrage; il se réunit trois fois la semaine. Tous les documents ecclésiastiques, adressés à la Sublime-Porte, sont revêtus du sceau à six pièces, dont la garde est confiée chaque année aux six membres non sortants; la clef du sceau reste en la possession du patriarche. Cette mesure de précaution remonte au patriarche Sa­ muel (1763-1768), mais alors le sceau n'était partagé qu’en quatre morceaux. Le patriarche, d’accord avec le synode, étend sa vigilance et sa sollicitude aux patriar­ ches démissionnaires privés de soutien, de même qu’aux métropolites démissionnaires et aux évêques, pour leur fournir des secours convenables. Les prélats qui démis­ sionnent de leur plein gré choisissent le lieu de leur résidence, mais en dehors de leur diocèse; ceux qui sont déposés pour des motifs religieux se voient assi­ gner une résidence par le patriarche; si c'est pour des motifs politiques, la résidence est fixée par le pouvoir civil. Le saint-synode possède une caisse particulière, destinéea couvrir certains frais indispensables; l'argent nécessaire est fourni par la caisse du conseil mixte. Les 79 métropoles sont, avons-nous dit, disposées en trois colonnes, de vingt-six ou vingt-sept chacune et, tous les ans, on désigne deux candidats par colonne, l’un en haut, l'autre en bas. Telle est du moins la règle, qui soutire néanmoins des exceptions par suite des choix faits par άριστίνδην. Ceci est un vieux mot classique, employé par les anciens pour marquer un choix fait par rang de dignité, par ordre de mérite. Voici l'ori­ gine de celte pratique. Lorsque Grégoire VI fut réélu patriarche au mois de mars 1867, il n’accepta que si on l’autorisait à prendre auprès de lui, comme membres du saint-synode, trois des prélats les plus distingués. Bien que ce désir allât contre les règlements, on usa de condescendance à cause de la situation qui était fort critique, et Grégoire VI nomma aussitôt les trois métro­ polites de Cyzique, de Chalcédoine et de Üercos; c'était un retour au gérontisme. Les successeurs de ce pa­ triarche usèrent comme lui de ce privilège, mais en 1878, l’assemblée se refusa à toute concession et, ce nonobstant, trois mois après, Joachim 111 obtint l'au­ torisation de revenir à cette pratique. Joachim IV et Denys V n’en prirent pas moins à leur aise et Néo­ phyte VIII en abusa au point de provoquer l'interven­ tion du pouvoir civil. Aujourd’hui, la nomination par άριστίνδην n'est guère plus contestée et les patriarches, au lieu de choisir leurs créatures comme membres du saint-synode, se bornent â proroger les pouvoirs des membres sortants, qui sont acquis à leurs idées, pour une nouvelle période de deux ans. 3« Le conseil mixte. — Le premier essai que l’his­ toire ait enregistré de l’immixtion directe des laïques dans le gouvernement de l’Eglise, œcuménique remonte au patriarche Samuel (1763-1768). qui confia â quatre notables l'administration des revenus de la nation. 1472 Cette commission d'épitropes ne semble pas avoir donné de grands résultats. Un nouvel essai fut tenté en 1817 par le gouvernement turc, qui voulut adjoindre au saint-synode trois membres laïques; il dut reculer devant la résistance énergique des synodiques. Enfin, dès 1856, s’engageait une lutte violente entre l'élément ecclésiastique et l'élément laïque de la nation grecque, lutte qui se termina le 27 février 1862 par l'organisa­ tion du conseil mixte. Voici les principaux articles de son règlement : Le conseil national mixte permanent se compose de douze membres : quatre métropolites et huit laïques. La présidence revient au plus digne des métropolites, à moins que le patriarche n’assiste lui-même au conseil; deux secrétaires rédigent les procès-verbaux des séances. La durée des fonctions des membres est fixée â deux ans, mais, chaque année, l’assemblée est renouvelable par moitié. Les quatre métropolites sont pris parmi les membres du saint-synode; l’élection des huit membres laïques est plus compliquée. Quarante-deux paroisses de la capitale et du Bosphore, voir les noms dans la Jlevue de l’Orient chrétien, t. iv, p. 229, désignent vingt-six délégués, qui se rendent au patriarcat et pré­ sentent une liste d'éligibles. Parmi ces candidats, on choisit ensuite au scrutin secret et à la pluralité des voix les membres du conseil mixte ; l'élection doit être approuvée et confirmée par la Sublime-Porte. Si un membre démissionne ou vient à mourir durant l’exer­ cice de son mandat, le patriarche, d’accord avec le saint-synode et les autres membres du conseil mixte, pourvoit à son remplacement. Le conseil mixte pos­ sède, au palais patriarcal, un bureau pour y tenir ses séances ordinaires; les membres laïques ne reçoi­ vent pas de traitement. Les séances ont lieu deux fois par semaine. Une séance a le quorum suffisant, quand les deux tiers des membres sont présents. Dans les délibérations, on se sert du suffrage; c'est alors la solu­ tion de la majorité qui prévaut. Si les votes sont égaux, on s'en tient à la partie qui a pour elle le président. Dès que le conseil mixte entre en fonctions, il fait usage d'un sceau à trois pièces, dont la première est gardée par les quatre métropolites, les deux autres par les huit membres laïques et la clef par le président. On marque de ce sceau les actes de fondations pieuses, les testaments, les obligations des églises et les autres dettes de la nation et autres actes semblables. Le conseil veille à la bonne administration des écoles, des hôpitaux et des établissements d’utilité publique; il contrôle leurs recettes et dépenses, non moins que celles des églises de la capitale, examine les contesta­ tions relatives aux revenus des monastères stavrop giaques, aux testaments, aux actes de fondation. C’est à lui encore que revient l’examen de toutes les affaires non spirituelles renvoyées au patriarcat par la SublimePorte. L’administration des écoles et des autres établis­ sements d'utilité publique est confiée par le conseil â des épitropes et à des éphores nommés par lui ; tous les ans, il examine et contrôle leur comptabilité et enre­ gistre sommairement, dans un grand cahier spécial, les bilans des recettes et dépenses de l’année. De même, le conseil fixe le tarif des droits à percevoir par le trésor national et le soumet à l’approbation de la SublimePorte ; tous les ans, il nomme, pour percevoir ces droits, un caissier digne de confiance et sous caution. Tout testament d’un chrétien orthodoxe, s’il est conforme aux lois et aux décrets du gouvernement impérial et de l’Église orthodoxe, doit être appuyé dans son exé­ cution par le conseil mixte. Tout acte émanant des évéques et relatif aux revenus et dépenses de l’école, de l'hôpital national et autres établissements d’utilité publique, des églises et des monastères de la capitale, ou encore aux testaments, aux actes de fondations pieuses, aux dots et aux présents de noces, doit être sanctionné CONSTANTINOPLE (ÉGLISE DE) 1473 par le conseil mixte. En outre, celui-ci doit veiller â ce que le patriarche gère bien l’administration des établis­ sements religieux, situés dans l’empire et à ce que le clergé ait une conduite conforme aux canons. Le règlement général, dont on vient de lire les prin­ cipaux articles, fut complété la même année par un autre règlement, d'un caractère moins officiel et destiné à régir la police intérieure de l'assemblée. Ce docu­ ment n'ayant pas été soumis à l'approbation de la Porte ne se trouve pas dans les publications officielles; le P. Petit en a publié la traduction intégrale. Revue de l’Orient chrétien, 1899, t. iv, p. 235-240, d’après une rarissime brochure grecque. Διοργαν.σμος τής ύπερησίας τοΰ διαρκούς εθνικού μικτού συμβουλίου, Constantinople, 1862; ses trente et un articles ne sont, du reste, qu’une réédition sous une autre forme des articles du règle­ ment général. Plusieurs des attributions du conseil mixte ont été modifiées par la circulaire vizirielle du 22 janvier 1891, qui a confirmé les pouvoirs civils du patriarcat. Désormais, c’est vraiment entre les mains du conseil mixte que reposent tous les grands intérêts de la nation grecque, alors que le saint-synode ne possède qu'une autorité de plus en plus amoindrie. « Les deux assemblées dont nous avons parlé, le saintsynode et le conseil mixte, s’appellent d’un nom col­ lectif, les deux corps, τα δύο σώματα; à elles seules, elles forment toute l’Eglise dirigeante, réunissant le triple pouvoir législatif, judiciaire et exécutif. C’est d’elles que relèvent tous les titulaires de l’Église ortho­ doxe, à tous les degrés de la hiérarchie, depuis le pa­ triarche jusqu’au dernier higouméne du plus pauvre monastère. Les métropolites, en dépit des apparences, sonl entièrement à la discrétion de l'une ou l’autre de ces assemblées: elles ont si bien absorbé les préroga­ tives el fis droits réels attribués par les anciens canons à cette dignité, que le nom de métropolite n’est le plus souvent qu’un titre d’honneur, tout comme celui d’exarque. » Revue de l'Orient chrétien, t. tv, p. 241. On pourra s'en convaincre en lisant la teneur des prin­ cipaux articles du réglement qui concerne les hautes prélatures orthodoxes. A l’instar de Constantinople, chaque éparchie possède un conseil mixte, dont les attributions sont analogues à celles du conseil de la capitale. Toutefois, il n'existe pas pour ces assemblées provinciales de règlement uniforme, bien qu'on ail parlé à diverses reprises d’en créer un ; chaque métropole doit s'en tenir aux tra­ ditions locales. Voir les articles du I*. Petit, Règlements généraux de CÉglise orthodoxe en Turquie, dans la Revue de l’Orient chrétien, t. ni, p. 393-424; t. tv, p. 227-246; la traduction qu’il a donnée de ces réglements a été reproduite plus haut. Le texte se Uouve dans les Ulvtxoi χανονιβμνϊ espi διιυόΓΓήσιωί, 1862, 1888. XXVI. Organisation intérieure du patriarcat œcuménique. — Le patriarche gouverne l’Église, assisté du saint-synode et du conseil mixte, dont nous avons indiqué plus haut les attributions. En dehors de ces deux chambres, qui constituent le pouvoir législatif, agissent toute une série de commissions, qui président au bon fonctionnement du patriarcat. Les unes s’occu­ pent de l'archidiocèse de Constantinople, les autres du patriarcat tout entier. La κεντρική πατριαρχική εκκλη­ σιαστική επιτροπή, fondée en 1836 par Grégoire VI, est chargée de coopérer à l’administration de l'archevêché de Constantinople; c’est le patriarche qui choisit et nomme ses huit membres, appartenant toujours au clergé. Elle se subdivise en trois sous-commissions. La première s’occupe de ce qui touche aux églises et cha­ pelles, ainsi qu’à la vie liturgique. La bonne tenue des ratoires, la propreté des ornements el des vases sacrés, ... bonne exécution du chant et des offices, etc., sont ·. gaiement de son ressort. La seconde, présidée par le D1CT. UE TRÉOU. CATIIOL. 1474 protosyncelle ou grand-vicaire, a pour objet de veiller sur la conduite des clercs du diocèse, de les répriman­ der, s’ils le méritent, de juger leurs procès, de leur infliger au besoin des peines canoniques; de plus, elle nomme les confesseurs, distincts en Orient du reste du clergé, désigne les prêtres et les diacres pour telle et telle paroisse, les prédicateurs pour la station du ca­ rême, sans oublier d’avoir l’œil ouvert sur les prêtres étrangers qui résident momentanément dans la capi­ tale. A la troisième section enfin revient la censure des livres liturgiques et des ouvrages que l'on propose à la lecture des fidèles. L’épitropie, prise dans son en­ semble, siège une fois la semaine, résout les questions à la majorité des voix et soumet les affaires à l’appro­ bation du patriarche; elle a son sceau et son secré­ taire. Vient ensuite Γέκκλησιαστικ’ον δικαστήριον ou tribu­ nal ecclésiastique, comprenant comme membres un certain nombre de clercs sous la présidence d’un évêque désigné par le patriarche, siégeant une fois par se­ maine et disposant de deux secrétaires. Au tribunal ressortissent les affaires relatives au divorce, à l’infrac­ tion du serment matrimonial, à l’entretien ou à la légitimité des enfants, etc. Ε’έζελεγκτική έπιτροπή con­ trôle les comptes des églises et des écoles de Constan­ tinople; Γείσηγητική επιτροπή donne des avis d’ordre canonique et juridique à tous les personnages qui, pour la solution de leurs affaires, s’adressent au pa­ triarcat; la πατριαρχική κεντρική έκπαιδευτική επιτροπή administre les écoles publiques du patriarcat. Il y a encore toute une série d’épitropies ou commissions pour la gestion des propriétés monastiques, de la bibliothèque patriarcale, de la sacristie patriarcale, de l’école théologique de Halki, de la Grande École, des établissements nationaux de bienfaisance qui sont dans la capitale, pour la rédaction et l'administration de la revueofficielledu patriarcat, Γ Εκκλησιαστική αλήθεια,etc. l'outes se trouvent sous la présidence de l’un ou l’autre des membres du saint-synode, et se composent de membres appartenant au conseil mixte, au clergé et à la maison civile du patriarcat. Une mention spéciale est due â Γέπιτροπή αρχιερατι­ κών περιουσιών, fondée en 1873 par Joachim II et s’oc­ cupant des biens des métropolites. On sait que, d’après les règlements généraux du patriarcat, un évêque ne peut pas disposer par testament de sa fortune person­ nelle. Lorsqu’il est mort, on prélève d’abord de quoi couvrir les frais des funérailles, des services funèbres et des aumônes; puis, on divise le reste en trois parts égales, dont un tiers sert âdoterson diocèse, un second tiers revient à ses héritiers naturels et le troisième au patriarcat œcuménique. Ces dispositions s’appliquent à la fortune des prélats de toutes classes, depuis le patriarche jusqu'au dernier évêque. Si les évêques ne sont plus en activité, on fait comme précédemment, sauf que le premier tiers est atlribué aux établisse­ ments publics du pays natal du défunt; s'il s’agit d’un patriarche démissionnaire, deux tiers reviennent au patriarcat et aux établissements publics de la capitale. Ladite commission est composée de deux métropolites, membres du saint-synode et d’un membre du conseil mixte. Elle fait, à chaque décès qui se présente, au moyen d'exarques ou délégués, une enquête sur les biens mobiliers et immobiliers laissés par le défunt et prend à leur endroit les mesures qui s'imposent. Pour les relations officielles avec le gouvernement turc au sujet des affaires courantes, il y a au patriarcat la chancelle­ rie ottomane. Par son intermédiaire arrivent à la Porte les représentations du patriarcat et en reviennent les réponses ou leskérés du gouvernement. Par elle aussi, les patriarches reçoivent les bératset les firmans impé­ riaux, alors que le pouvoir civil est saisi des décisions ■ judiciaires arrêtées devant les tribunaux du patriarcat III. - 47 1475 CONSTANTINOPLE (EGLISE DE) 1476 samon, Syméon de Thessalonique, le curopalate Codiet prié de les faire exécuter. La chancellerie ottomane nus, Chrysanthe, patriarche de Jérusalem en 1715, et est gérée par un fonctionnaire spécial, appelé Kapoule P. Goar, prenant surtout pour base les listes dressées Kéhaya, qui exerce la charge de premier drogman. par Codinus et Chrysanthe et consacrant une notice Du patriarcat œcuménique dépendent des fonction­ plus ou moins longue à chacun des offices en question. naires ecclésiastiques ou laïques. En dehors des cinq « On trouve habituellement, dit cet auteur, deux sortes chorévêques déjà signalés, les αρχιερατικοί προϊστάμενοι, de classement des offices ecclésiastiques, suivant les qui sont préposés aux cinq principaux quartiers grecs listes que l’on consulte. Dans les unes, ils sont divisés de la capitale, on voit le grand protosyncelle, qui a le en deux séries. La première, appelée chœur de droite, rang d'archimandrite et jouit de la plus grande auto­ χορός ό δεξιός, comprend quinze offices répartis égale­ rité après le patriarche. C'est, en somme, son vicaire général, avec ceci de particulier que, outre l'adminis- ; ment en trois groupes, qu’on nomme ή πρώτη, ή δευτέρα, tration du diocèse patriarcal qui lui incombe, la plupart ή τρίτη πβντάς; la deuxième ou chœur de gauche, χορός des affaires du patriarcat œcuménique passent par ses δ εΰώνυμος, se compose ordinairement de dix-neuf of­ fices. Quant aux noms de chœur de droite et chœur de mains. Nous dirions donc, en assimilant le patriarche au pape, que le grand protosyncelle concentre en lui gauche, ils sont dus à la place qu’occupaient devant le sanctuaire les ecclésiastiques chargés des offices en les pouvoirs du secrétaire d’État et du cardinal-vicaire. question. Dans d’autres listes, par exemple dans celle Il n’est pourtant que diacre, bien qu’il atteigne d’emblée, lorsque poui· un motif ou pour· un autre il résigne ses que Codinus nous a transmise, les offices, plus nom­ fonctions, le titre et le rang de métropolite. Il repré­ breux, sont classés cinq par cinq en neuf groupes, ap­ sente le patriarche dans les cérémonies officielles, par pelés ή πρώτη, ή δεύτερα··., ή έννάτη πεντάς; mais la di­ exemple à la réception des hauts personnages ou lors vision en deux chœurs n’y est pas mentionnée. » Bevue des solennités scolaires; de droit, il est membre et par­ de l'Orient chrétien, t. ni, p. 144 sq. C’est cette seconde division en neuf groupes, de cinq membres chacun, que fois président de plusieurs commissions du patriarcat; l’on suit habituellement et que l’on reproduit dans les enfin, il est chargé spécialement du clergé de la capitale. Le grand archidiacre lui porte secours dans cette sur­ manuels canoniques ou dans les ouvrages récents. Voir veillance du clergé byzantin, tout en veillant d’une ma­ I. Silbernagl, Verfassung und gegenwârtiger Bestand nière particulière sur les ecclésiastiques appartenant à sânitlicher Kirchen des Orients, Ratisbonne, 1904, son ordre. On distingue encore les prédicateurs, sala­ p. 20-22. Inutile d’ajouter que, depuis les réformes de 1858-1860, cette armée d’all'amés de titres et d’argent riés par le Phanar et qui prêchent des sermons d’après un plan convenu d’avance et dans les églises qui leur a disparu. Aujourd’hui pourtant, au dire de M. Sakellaropoulos, ’Εκκλησιαστικόν δίκαιον τής ανατολικής sont désignées. Un rang à part parmi les fonctionnaires du Phanar revient au grand logothète. Choisi parmi les ορθοδόξου Εκκλησίας, Athènes, 1898, ρ. 210 sq., il existe encore les titres suivants : le δευτερεόων et le familles grecques les plus riches et les plus en renom, il est nommé à vie, doit être confirmé par la Porte et τριτεύων — second et troisième diacres — le grand ne peut être relevé de son emploi que par l'accord des archimandrite, le grand ecclésiarque ou sacristain, le syncelle, le primicier ou scribe, le secrétaire du prodeux pouvoirs. Avant les transformations de 1800, il tosyncellat et le skévophylax ou gardien des ornements était l’intermédiaire obligé, dont se servait le patriarcat pour traiter avec la Porte, de même que les communi­ et des vases sacrés. En dehors de ces titres, qui sont cations officielles écrites du patriarcat étaient transmises toujours portés et rémunérés, il en existe d'autres pu­ par lui au pouvoir civil. Dans l’administration ecclésias­ rement honorifiques, attribués à des ecclésiastiques ou à des laïques, comme le grand économe, le grand rhé­ tique, le droit lui appartenait, soit qu'il l'eût réellement, soit qu'il se le fût arrogé, de contresigner les décisions teur, le grand chartophylax, le proto-notaire, le protecsynodales ayant trait à la nomination des métropolites dique, le référendaire, le protopsalte, etc., qui sont em­ et des évêques et, par suite, de leur donner force de loi. pruntés aux quarante-cinq anciens signalés tout à Aujourd’hui, le grand logothète n’est plus que l'ombre l'heure. Ce qu’il y a d'intéressant à noter pour ces titres honorifiques, c’est qu’ils placent ceux qui en sont in­ de lui-même. Toute sa fonction consiste à accompagner le patriarche dans ses audiences au palais et à servir vestis — fussent-ils simples laïques — parmi les clercs, de drogman ou traducteur entre lui et le sultan; pour qu’ils leur sont conférés par une véritable imposition les audiences qu’il a de la Sublime-Porte, c’est-à-dire des mains, χειροθεσία, et leur donnent le droit d’avoir du président du conseil, le patriarche se sert du Kapou- une place réservée dans le sanctuaire. Tous ne sont pas Kéhaya comme traducteur. C’est donc celui-ci qui a portés en même temps et il arrive aussi que, en dehors ravi au grand logothète la plupart de ses fonctions, et il du patriarche, des métropolites en accordent quelquesest très possible qu’à la mort du titulaire actuel, Stra- uns à des personnes de marque dans leurs diocèses vraki bey Aristarki, la charge de grand logothète de­ respectifs. vienne purement honorifique. Avant les nouveaux règlements de ·1858-1860. les lois Les fonctions que je viens d’indiquer ne sont pas les canoniques n’étaient pas toujours observées pour la no­ seules, car, sauf le Vatican, il n’est pas de cour ecclé­ mination et l’élection des métropolites, et l'épiscopat siastique qui ail multiplié les titres honorifiques et les était conféré, non pas nécessairement à ceux que recom­ appellations sonores autant que le patriarcat œcumé­ mandaient leurs vertus et leurs qualités personnelles, nique. Son nombreux personnel de dignitaires et de mais à ceux que des protections ou de l'argent bien fonctionnaires rivalisait jadis avec celui de la cour by­ distribué autorisaient à y prétendre. De nos jours, bien zantine; plusieurs portaient les mêmes titres et géraient que les intrigues ou les cadeaux ne soient pas toujours les mêmes emplois que certains officiers de la cour. mis hors de cause, un peu plus d’ordre et de dignité Depuis la prise de Constantinople, beaucoup de ces règne en cette matière. Il existe des règles fixes, dont charges ecclésiastiques ont disparu en fait; il serait on ne s’affranchirait pas sans graves inconvénients. même fort laborieux aujourd’hui de vouloir en arrêter Ainsi tout candidat à l’épiscopal ne peut être que sujet la nomenclature très précise, tant les listes que nous ottoman et, de plus, il doit jouir des qualités physiques ont transmises les auteurs et les manuscrits présentent ét morales que demande tout droit canonique, aussi entre elles de divergences. M. Clugnet a publié une série bien en Orient qu’en Occident. Outre la connaissance d’articles. Les offices et les dignités ecclésiastiques dans du grec, celle d'une autre langue est requise, le turc l’Eglise grecque, dans la Jlevue de l'Orienl chrétien, ou le slave; il faut encore — bien qu’il y ait de nom­ t. m, p. 142-150. 260-264, 452-457; t. iv, p. 116-128, breuses exceptions — un diplôme constatant que le can­ d’apres les traités des canonistes et auteurs grecs, Baldidat a achevé ses études de théologie orthodoxe. Un 1477 CONSTANTINOPLE (ÉGLISE DE) 1478 examen préalable sur des matières religieuses est requis, de telle province antique, Bithynie, Cappadoce, etc. En 1897, Constantin V a fixé que les évêques, en écrivant surtout pour ceux qui n'ont pas de diplôme. Quand un au patriarche, se serviraient dorénavant de la formule siège devient vacant, le saint-synode choisit parmi la suivante : « N". De votre très divine sainteté l’humble liste des aspirants à l’épiscopat trois candidats entre frère dans le Christ et très affectionné... N’. » Aupara­ lesquels le choix s’impose; après quoi, il se rend à vant, ils se servaient de formules diverses comme : l’église, ou il nomme au scrutin secret l’un des trois « Votre très humble serviteur; votre enfant docile; votre candidats. Si les voix sont également partagées, c’est celle du patriarche qui l’emporte. Suivant les prescrip­ serviteur bien modeste et dépendant de vos ordres... » ou d’autres encore d’un servilisme tout oriental. tions des saints canons, renouvelées par l’article 6 du J’ai déjà dit que, d'après les règlements généraux, le réglement officiel, tout évêque, y compris le patriarche, patriarche œcuménique avait droit à 500 000 piastrespar occupe son siège pour la vie et les mutations d'un siège à un autre sont interdites; en fait, jamais un évêque ne an, soit un peu plus de 100000 francs. Sur cette somme, 130000 piastres proviennent de son archevêché et meurt sur son premier siège et les transferts se comp­ tent annuellement par dizaines. Quant au patriarche, 370 000 des autres diocèses, chaque éparchie y contri­ c'est un président constitutionnel, à la merci du vote buant pour une somme que déterminent les règlements. de deux chambres. La résidence est imposée à tous les Mais il est arrivé que les diocèses les plus imposés ont évêques, qui, pour sortir de leurs diocèses, doivent été soustraits depuis 1860 à la juridiction du patriarcat avoir une autorisation préalable; de même, il leur est œcuménique, pour faire partie des Églises de Bulgarie interdit de prendre à leur service des évêques titulaires, ou du royaume hellénique. Ainsi Tirnovo devait sauf pour de graves motifs qui doivent se reproduire 27000 piastres, Vratsa 15000. Sofia 11250 ainsi que souvent, car les évêques titulaires sont fort nombreux i Drystra, Samokov 11000, Kustendil 10000, Nisch 8000, de nos jours. Lovètch 7500, Vidin 5500, Tzervèn 5000, Preslav2500; Dans son éparchie, l'évêque doit s’employer à procu- , ce qui fait déjà une perte de 111000 piastres pour la rer le bien spirituel de son clergé et de son peuple, en : seule Bulgarie. De plus, d’autres métropoles ont été faire la visite régulière aux époques fixées, sans impo­ annexées, lors du congrès de Berlin, au royaume hel­ lénique, comme Démétrias, Larissa, Arta, etc., consti­ ser aux fidèles des taxes trop onéreuses. S’il éclate un tuant une perte de 15600 piastres pour Constantinople; conflit entre l'évêque et ses diocésains, ou si des accu­ de plus, les trois métropoles de Bosnie-Herzégovine; sations graves sont lancées contre le despote, l’affaire Bosna, Herzèk et Sbornik, avec un revenu annuel de est portée devant le saint-synode, quand il s’agit de 31 500 piastres, forment une organisation particulière; questions religieuses, devant le conseil mixte, quand il s'agit de questions d’ordre temporel. L’absolution ou la enfin, des métropoles grecques situées en Bulgarie, comme Philippopoli, Varna, etc., ou dans la Thrace et condamnation à diverses peines canoniques s’ensuit tout la Macédoine, se trouvant en face des éparchies de naturellement. Si le crime méritait la peine capitale, le l’exarchat bulgare, ont vu le nombre de leurs fidèles coupable subirait la dégradation avant d'être remis au bras séculier. Dans son diocèse, l’évêque possède des diminuer progressivement et, par suite, diminuer aussi leurs revenus. En tenant compte de tous ces chiffres, il droits d’ordre administratif et judiciaire. Aux termes du bérat qui lui est délivré, il apparaît comme le chef spi­ n’y a aucune exagération à soutenir que le patriarches perdu de ce chef au moins 200000 piastres. Comment rituel du clergé et du peuple, institue, juge et dépose les recouvre-t-il ailleurs? c’est ce que l’on n’explique les papas et les moines, en reçoit un revenu en argent, pas. Et n’oublions pas qu’avec ses 500000 piastres, le fixé d'avance, ratifie les testaments, s’occupe des ins­ patriarche est obligé de fournir lui-même un traitement tances en divorce, légalise divers documents officiels : au grand archidiacre, au second diacre et aux autres titres de possessions, certificats de tuteur, contrats de ministres qui le servent, et d’employer des sommes mariage, etc. On sait, en effet, que d’après les privilèges reconnus jusqu’ici à la Grande-Eglise par les Turcs, considérables à soutenir son rang et à maintenir la di­ chaque évêque tient les registres de l’état civil pour ses gnité nationale. Les métropolites sont peut-être moins fidèles, authentique les testaments deses ressortissants favorisés que lui, puisque leurs revenus annuels varient et fait juger par son tribunal les procès survenus entre entre 100000 et 20 000 piaslres, c’est-à-dire entre 21 000 les prêtres et leurs paroissiens. Il doit, de plus, assister et 4200 francs, non compris les frais de chancellerie et au conseil civil du chef-lieu de son éparchie, se faire le casuel. L’impôt le plus sûr est constitué par les dix piastres que chaque prêtre donne annuellement à son représenter par des délégués dans les conseils des villes du district, diriger l'activité du conseil mixte local, qui évêque. On a parlé d’établir un traitement annuel com­ mun, ce qui sauverait certains prélats de la misère et veille aux affaires civiles et économiques de l’éparchie. les diocésains d'une exploilation continue. La mesure Dans le domaine spirituel, il a un pouvoir absolu sur est sage; peut-être même est-elle trop sage pour qu’elle tout le clergé de son diocèse, ordonne tous ceux qu'il soit adoptée. En dehors du patriarche, des métropolites >uge dignes d'être promus aux ordres sacrés, distribue et des évêques suffragants dont les revenus sont fixés, Jes charges curiales et inspecte les monastères, sauf ceux voir col. 1462, le Phanar compte un certain nombre de qui sonlstavropégiaques. A côté de l'évêque fonctionnent fonctionnaires ecclésiastiques et civils, qui sont à la diverses épitropies ou commissions, comme dans le charge de la nation et dont les traitements sont servis diocèse de Constantinople : l'épitropie ecclésiastique, par ta caisse nationale. Le protosyncelle reçoit chargée plus spécialement du clergé; le tribunal ecclé­ 24000 piastres, les deux secrétaires du saint-synode siastique, qui connaît des délits ecclésiastico-religieux ; 1 institution des prédicateurs, sorte de missionnaires 27 000 en tout, le premier secrétaire du patriarche et celui du conseil mixte 48000 en tout, le second 24000, diocésains, qui parcourent l’éparchie pour annoncer la le premier secrétaire du patriarche pour la langue parole de Die-u.Dansla composition des deux premières turque et celui du conseil mixte 48 000 en tout, le second epitropies entrent les fonctionnaires qui assistent l'rvêque : l’économe, le sacellaire, le protosyncelle et 30000, l’ecclésiarque 12000, les huissiers 36000, les ap­ pariteurs 36000,1e Kapou-Kéhaya 60000,1e Kapou-oglan l’archidiacre. Si un évêque demande â résigner ses 30000, le prédicateur 24 000, les deux secrétaires ecclé­ fonctions, il choisit lui-même le lieu de sa retraite ; s'il siastiques parmi lesquels le primicier 24000; soit en est déposé, son séjour est indiqué par le patriarche et tout 423000 piastres. Ajoutons-y 30000 piastres pour le saint-synode, d’accord avec la Porte. Le nom habituel achat de pompes, construction de canaux, etc.; qu on donne à l’évêque est celui de despote ou maître, 250000 piastres pour les émoluments des membres du qui n’a aucunement le sens fâcheux que nous lui avons saint-synode et pour secours aux métropolites pauvres; attribué; les évêques portent aussi le litre d'exarque... 1479 CONSTANTINOPLE (ÉGLISE DE) 1480 donner le change, on créa, au Phanar, deux caisses, 300000 piastres pour les établissements de bienfaisance; celle de la communauté et celle des éparchies; mais 100000 piastres pour les aumônes aux pauvres et les toutes deux étaient administrées par le synode et cadeaux à l’occasion des fûtes pascales; 50000 piastres quelques laïques triés avec soin. Ces agioteurs formaient affectées à l’église patriarcale, et nous aurons la commission de la dette nationale. » Revue de l’Orient 1 153000 piastres, représentant les dépenses annuelles communes de la caisse nationale du patriarcat. D’après chrétien, t. in, p. 415, note 1. En 1830, la dette aulique les règlements, cette caisse devrait recevoir 6 000 florins s'élevait, au dire de Pitzipios, L’Église orientale, Rome, des monastères grecs, qui ont des dépendances en Mol- 1855, I™ partie, p. 48, note 28, à la somme de 400000 piastres, et depuis elle atteignit en 1851 lechiffre dovalachie, 2000 des monastères du Sinaï, 8000 de la exorbitant de sept millions de piastres. L’article 7 du caisse du Saint-Sépulcre et 4000 de la caisse du mont règlement organique du saint-synode, publié le 27 jan­ Athos, soit 20 000 florins ou 1040000 piastres. On pré­ vier 1862, abolit ce prélèvement d’argent fait par les voyait encore 150000 piastres provenant des taxes du secrétariat et 60000 piastres des revenus des monas­ métropolites, sous prétexte d’éteindre les dettes de la tères stavropégiaques; ce qui donnait une somme totale communauté et les dettes auiiques, en même temps de 1 250000 piastres,de quoi établir d’une manière très qu’une commission mixte spéciale était nommée à cet effet. Quelles que soient la compétence et l’honnêteté des satisfaisante l’équilibre du budget annuel. Par malheur, membres de cette commission, la dette n’est pas éteinte, la plupart de ces sommes prévues ne rentrent jamais en bien que le montant actuel en soit ignoré. Il devait caisse,parce que le gouvernement roumain s’est appro­ pourtant s’élever assez haut pour que le patriarche prié les biens des couvents dédiés que possédait le Denys V ait songé, vers 1890, à emprunter au gouverne­ Phanar en Roumanie, que les monastères du mont ment turc lui-même et, s’il ne le fit pas, il ne fut pas Athos font la sourde oreille â toutes les réclamations, retenu par des scrupules religieux, mais parce que les ainsi que les dépendances du Sinaï et du Saint-Sé­ pulcre. On compense ces pertes par les revenus annuels Turcs se débattaient alors dans des difficultés analogues. Les autres patriarches ont essayé d’autres moyens qui des monastères stavropégiaques, c'est-à-dire soumis n'ont pas mieux réussi et le patriarcat byzantin traverse directement au patriarcat, et qui étaient en 1901 au nombre de 72, non compris les vingt del’Athos; parles aujourd’hui une crise financière, qui pourrait bien amener une banqueroute, pareille à celle du patriarcat frais de chancellerie qui sont assez élevés et qui cons­ tituent le meilleur avoir de la nation; par les de Jérusalem en 1830. La situation du bas clergé byzantin au point de vue 88000 piastres or que le gouvernement austro-hongrois financier a toujours été déplorable. Trop nombreux pour verse annuellement au patriarcat au nom de l’Église de les charges rémunérées, il a encouru jusqu’au milieu Bosnie-Herzégovine; par les héritages des métropolites du xix‘ siècle un discrédit toujours croissant. La faute défunts et dont le tiers doit être affecté au patriarcat; enfin, par les revenus des immeubles, les dons, legset en incombait aux évêques, qui ordonnaient les premiers venus, sans s’informer si des postes curiaux ou autres cotisations volontaires, qui sont assez considérables, étaient vacants pour les recevoir ou si les ordonnés surtout de la part de riches banquiers. avaient les qualités requises. Ils n’étaient sensibles qu'à L’état financier n'est donc pas très brillant et l’on l’argent que chaque candidat devait leur verser lors de aurait tort de parler aujourd'hui de ressources énormes son ordination. Qu’on juge alors de l’influence exercée que possède le patriarcat œcuménique. Ces ressources ont existé, il est vrai, mais elles sont taries de nos jours sur le peuple par un homme ignorant, grossier, sans et le Phanar reste toujours sous le poids d’une grosse instruction, marié, père de famille et sans revenus assu­ dette. Celle-ci est postérieure à l’arrivée des Turcs, en rés. Un voyageur anglais, d’une bienveillance extrême pour l’Église grecque, a résumé en ces quelques· lignes 1453; elle provient surtout de l’ambition des prélats la vie ordinaire d'un papas : « Les prostrés séculiers grecs, qui, pour se faire élire patriarches, offrirent au tirent leur principale subsistance de la charité du gouvernement ottoman une somme assez considérable, peuple. Mais comme cette vertu est extrêmement re­ à partir de 1466. La somme alla sans cesse croissant, froidie, aussi bien que la dévotion, les Grecs contribuent tant et si bien qu’au dire de l'évêque de Smyrne qui le fort peu aux jours d'offrande. De sorte que le clergé raconta à Ricaut, elle montait en 1672 à 700 bourses, c’est-à-dire à 350000écus, non compris les intérêts, fort est presque contraint de vendre les mystères divins, dont il est dépositaire. Ainsi on ne peut ni recevoir élevés en Turquie. Ricaut, Histoire de l’estât présent de l’Église grecque, Middelbourg, 1692, p. 106. A cette épo­ ni estre admis à la confession, ni faire baptiser ses que encore, un patriarche payait aux Turcs 25000 écus enfans, ni entrer dans l’estât du mariage, ni se séparer de sa femme, ni obtenir l’excommunication contre un pour son installation, alors qu’il n’en payait autrefois que 10000. Ricaut, op. cit., p. 114. Et bien qu’on s’assu­ autre, ou la communion pour les malades, que l’on n’ait auparavant accordé de prix. Et les prestres font leur rât toujours des biens d’un patriarche, en même temps marché le meilleur qu’ils peuvent, tirant d'un chacun que de sa personne, afin d’acquitter une partie des dettes selon son zèle et ses facultez. «Ricaut, Histoire de l'estai de l’Église et de payer ce que le nouveau patriarche avait avancé pour son installation, la dette patriarcale était présent de l’Église grecque et de l’Église arménienne, Middelbourg, 1692. Ce jugement, porté sur le clergé loin de diminuer. Au xvm· siècle, le patriarche Samuel la déclarait haute et lourde comme les pyramides et grec du xvn» siècle, n’a rien perdu de sa valeur. Aussi, lui-même, durant son premier passage au pouvoir, depuis quelque temps, les patriarches se sont-ils préoccu­ pés de remédier à cet état de choses. N’ayant pas encore 1763-1768, cherchait un moyen de l’amortir.» 11 obligea de séminaire pour le bas clergé — ce qui relèverait donc chaque évêché à se charger d’acquitter une partie incontestablement son niveau moral — ils se contentent de la dette; cette quote-part, inscrite sur un registre de rappeler aux métropolites dans leurs encycliques créé à cet effet, constitua la dette aulique de chaque que, pour être prêtre, il faut avoir reçu une éducation évêché. Le remède était pire que le mal; car, pour se libérer de cette dette, les évêques eurent recours à des et une instruction préalables, posséder un titre d’ordi­ nation et se soucier du bien spirituel du peuple. C’est emprunts forcés sur leurs propres sujets. Ils délivraient, en retour des sommes reçues, des obligations appelées à cela que revient une lettre remarquable de Constan­ tin V, en 1898, qui défendait sévèrement d’ordonner un elles aussi auiiques et marquées du sceau de la com­ diacre ou un prêtre sans aucune nécessité et sans avoir munauté. Cette dernière disposition faisait peser sur la l’âge canonique, de laisser les ordinations dépendre communauté tout entière la dette particulière de chaque êparchie et c’est ainsi que les gérantes pouvaient mul­ exclusivement de la volonté du peuple, etc. Il est peu probable que cet appel ait été entendu, tant les racines tiplier les dépenses sans grever leur propre budget. Pour 1481 CONSTANTINOPLE (ÉGLISE DE) du mal sont profondes. En attendant, c’est le peuple grec qui subit les conséquences de cette situation; c'est lui qui paye le papas, l’évêque et le patriarche, sans préjudice des impôts assez lourds qu'il doit à la fiscalité turque. Pour obvier à une partie de ces inconvénients, des patriarches ont imaginé certaines mesures, qui n'ont pas duré ou qui, étant locales, n'ont pas eu tout l’effet désirable. Le plus remarquable essai en ce genre est la caisse sacerdotale, que Constantin V introduisit en octobre 1897 pour le diocèse de Constantinople. Dans la pensée du fondateur, cette caisse est destinée à venir en aide aux prêtres etaux diacres de la capitale tombés dans la misère, et à constituer une bibliothèque à l'usage du clergé. Placée sous la surveillance immédiate de la commission centrale du patriarcat, elle doit s'ali­ menter au moyen de cotisations mensuelles,absolument obligatoires pour tous. On établit trois catégories parmi le clergé de la capitale. Dans la première, les curés sont tenus de verser 10 piastres par mois — la piastre vaut 0 fr. 21 — les confesseurs et prêtres attachés 6 piastres; dans la seconde, les curés versent 6 piastres, les confesseurs et les prêtres attachés 4 seulement; dans la troisième, les curés versent 4 piastres, les con­ fesseurs et les prêtres attachés 2 piastres. Nous avons ainsi 40 paroisses, dont 12 de première classe, 11 de deuxième et 17 de troisième. Outre ces cotisations obli­ gatoires,d'aulres sont fournies par des dons volontaires ou des collectes. L’institution est bonne; il serait dési­ rable qu’elle fût introduite dans les autres éparchies, bien qu’elle ne soit qu’un remède provisoire, appliqué à un mal permanent. Le casuel dépend un peu de chaque paroisse ; il n’y a pas de taxe déterminée pour les diverses fonctions liturgiques, ce qui permet à la rapacité et à la simonie de régner en maîtresses dans l'Église grecque. N'ayant pas de traitement en perspec­ tive, peu de Grecs embrassent la carrière ecclésiastique et les familles aisées regarderaient la vocation sacerdo­ tale d’un des leurs comme une vraie déchéance.Il s’est formé ainsi une caste sacerdotale, le fils du papas suc­ cédant â son père, n’ayant sur ses fidèles aucune in­ fluence et ne jouissant auprès d eux d’aucune considé­ ration. Chaque diocèse ou éparchie comprend un certain nombre de paroisses, qui sont établies d’après les or­ donnances de Joachim III en 1881 et les statuts de Constantin V en 1899. La paroisse représente une com­ munauté, groupée autour d'une église et possédant une organisation intérieure à part. A sa tête se trouve le curé, qui a souvent dans les villes le titre de protopa­ pas ou premier prêtre. Les paroisses rurales compren­ nent d’ordinaire un prêtre et un diacre, les paroisses urbaines deux à quatre prêtres, surnommés o’t εφημέριο:, hebdomadiers, et autant de diacres. A Constantinople, le clergé paroissial dépend du protosyncelle; c’est donc lui qui fait les nominations et les mutations, sans que le peuple intervienne en quoi que ce soit. Ailleurs, les simples fidèles ont un certain droit de nomination, que les métropolites s’efforcent de plus en plus de res­ treindre. En dehors du clergé proprement dit, la paroisse doit comprendre des prédicateurs attitrés, désignés par le protosyncelle et chargés de prêcher les jours de di­ manche et de fête; ces prédicateurs, qui desservent chacun plusieurs paroisses rurales, sont à la charge de la paroisse. Il faut reconnaître ici que la prédication est fort négligée dans le ressort du patriarcat œcumé­ nique, non seulement dans les campagnes, où les pauvres hères qui sont élevés à la dignité de papas en sont vraiment incapables, mais aussi dans les villes, même dans les grandes. Trop souvent, on abandonne ee soin aux laïques. A Smyrne, s’est fondée en 1893 une association de pieux laïques, VEusebeia, chargée <· travailler à la diffusion de la parole de Dieu et de ·. utendre. Quatre ans après, elle comptait 700 membres. 1482 En 1897, elle avait trois prédicateurs à son service, dont deux laïques et un prêtre; on faisait également le catéchisme dans des salles spéciales. Cet exemple fut suivi ailleurs, par exemple à Magnésie, à Serrés, à Péra et à Koum-Kapou, deux quartiers de la capitale, bien que dans l'entourage du patriarche on n'ait guère en­ couragé celte excellente initiative. Voir La prédication chez les Grecs orthodoxes du patriarcat de Constanti­ nople, dans les Echos d’Orient, 1897. t. 1, p. 86-89. En l'année 1901, l'Eusebeia comptait 2000 membres et pos­ sédait un fonds de 37500 francs, fourni par les adhé­ rents, et quatre prédicateurs, dont un prêtre et un diacre. Les sermons se donnent deux fois chaque di­ manche. A Constantinople, on ne compte pas moins de cinq sociétés analogues â celle de Smyrne, mais d'une diffusion moins considérable. On commence même à se soucier de servir la parole de Dieu en langue turque, car presque toute la population orthodoxe de l’Asie-Mineure n'entend et ne parle que cette langue. Par mal­ heur, ce mouvement est parti des laïques et n'est entre­ tenu que par eux; le haut clergé, jusqu'à ce jour, loin de le favoriser, a mis tout en œuvre pour l'entraver. Voir K. Beth, Die orienlalische Chrislenheit der Miltelmeerlânder, Berlin, 1902, p. 357-361. Les orthodoxes ont confié leurs églises, leurs écoles, leurs hôpitaux, leurs œuvres de toute sorte à des com­ missions qui portent, suivant les cas, les noms de démogérontie, épilropie, éphorie, etc. Elles sont composées de bons et honnêtes laïques, choisis par tous les membres majeurs et libres de la communauté, très heureux de faire partie de ces parlements en miniature et de se mêler à toutes les affaires temporelles ou spi­ rituelles de la paroisse. Ces commissions subissent du reste le contrôle du protosyncelle de chaque diocèse; le procès-verba) des séances est présenté à l’autorité ecclé­ siastique supérieure de l’endroit. XXVII. Instruction publique, écoles et théolo­ giens. — Avec l’avènement des Turcs, l’instruction tomba chez les Grecs au dernier degré de la décadence. Nulle dans les villages et les villes de la province, elle n’était représentée que par quelques collèges dans cer­ taines villes privilégiées. Si, du xvt’siècle aux premières années du XIXe, l’Église orthodoxe peut néanmoins pré­ senter un grand nombre d’hommes instruits, épris de littérature et de civilisation, c’est â l’Occident qu’elle le doit; tous ont été formés dans les écoles des papes en Italie ou dans les collèges que la République vénitienne laissait complaisamment s'étaler sur ses possessions d’outre-iner. Au xvin· siècle, de rares phanariotes s'associent à ce mouvement que développe le souffle de la révolution française et, dès le xix' siècle, la plupart des patriarches se soucient de favoriser et de propager l’instruction jusque dans les milieux populaires. On n’a pas oublié les généreux efforts que Grégoire V pro­ digua dans ce sens et ses remarquables circulaires de 1807 et de 1819. Ralenti un instant par l'insurrection grecque, qui occasionna de la part des Turcs de ter­ ribles représailles et la fermeture de presque toutes les écoles, le mouvement ne fut pas arrêté et les esprits furent plus que jamais en proie à l’avidité d’apprendre et d’enseigner. L’homme, qui travailla le plusà répandre l’instruction chez les Grecs et qui vit ses efforts cou­ ronnés par le plus de succès, c’est sans contredit Gré­ goire VI. Jusqu'à lui, les patriarches, tout en s’occupant activement de ce devoir, n'avaient pas pu ou n’avaient pas su imprimer une direction unique et concentrer en leurs mains tout le pouvoir. Grégoire VI, lui, fonda en 1836 la commission centrale ecclésiastique et spiri­ tuelle, composée de cinq membres et chargée d’intro­ duire de l’ordre dans la vie scolaire. Un inspecteur général, membre de la commission, fut nommé avec charge de visiter toutes les écoles par lui-même ou par des délégués, de faire des enquêtes et d’imposer des 1483 CONSTANTINOPLE (ÉGLISE DE) examens aux instituteurs et aux institutrices. C’était lui encore, qui devait accorder l'autorisation d’ouvrir des écoles et de les fermer. Le patriarche désigna éga­ lement un censeur, auquel seraient soumis tous les livres destinés à l'impression ; l'examen porterait d’abord sur le manuscrit pour y faire les corrections nécessaires, ensuite sur l’ouvrage imprimé, alin de vérifier si l’on avait tenu compte des observations. Dans ce dernier cas seulement, Vimprimatur serait donné et la vente permise. Ces règles n’ont pas changé. La commission centrale de l’instruction s’occupe en même temps de la situation matérielle des écoles. Afin de prévenir ou de supprimer les désordres et les abus, les éphores particuliers, proposés dans chaque diocèse à l'inspection et à la direction des écoles, doivent rendre compte de leur administration à une commis­ sion spéciale établie au patriarcat. Les églises parois­ siales sont associées aujourd’hui à l'œuvre d'entretien des écoles; elles doivent fournir une contribution an­ nuelle dans une mesure déterminée, le reste est prélevé sur les services. Les patriarches Joachim II et Sophrone III régularisèrent la commission centrale qu’avait établie Grégoire VI et, en 1873, Anthime VI créa la commission pédagogique centrale, â laquelle il donna une constitution particulière. Elle se compose de six membres, trois clercs et trois laïques, désignés par le saint-synode et par le conseil mixte. C’est, en somme, le ministère de l’instruction publique pour le patriarcat et, comme toutes les institutions analogues, elle jouit de prérogatives illimitées, de la part des Grecs bien entendu, car du côté des Turcs certaines réserves et certaines restrictions sont imposées. Dans l’archevêché de Constantinople, cette commission exerce directement ses pouvoirs et, dans les autres diocèses, par l’inter­ médiaire des métropolites. Nomination, déplacement et renvoi des professeurs, admission des livres scolaires, ouverture et fermeture des écoles, programme à suivre, comptabilité, tout relève d’elle ou de ses délégués. S'il survient un conflit entre le métropolite et les éphores diocésains, l'affaire est portée devant le tribunal de la commission. Ces droits, qui nous semblent très étendus, paraissent abusifs aux yeux du gouvernement impérial, qui n’a cessé, depuis le milieu du MX· siècle, de mener une campagne très active contre les privilèges dont jouissent les chefs de l’Église phanariote. En 1882, la Porte exigea que les manuels scolaires, les programmes et les diplômes des maîtres fussent soumis à son exa­ men; Joachim III, loin de céder devant les réclama­ tions ministérielles, en appela aux bérats, firmans et autres documents officiels, qui. depuis Mahomet II jus­ qu'au sultan actuel Abd-ul-llamid II, avaient conféré ces privilèges à ses prédécesseurs et à lui. Apaisé un moment, le conflit renaquit sous le patriarcat de Denys V (1887-1891), et le grand-vizir Kiamil pacha déclara dans une circulaire que, « si les programmes étaient laissés au choix du patriarche et des métropolites, le gouvernement turc se réservait dorénavant la ratifi­ cation des diplômes et des certificats conférés par les professeurs; » il prescrivit aussi certaines mesures à prendre pour les inspecteurs, au cas ou les manuels adoptés ne leur conviendraient pas. Un peu plus tard, sous Néophyte VIII (1891-1894), la Porte demanda que l'enseignement du turc fut obligatoire dans les écoles mo'-nnes et élémentaires. Le patriarche n’acquiesça qu'au premier point, ce qui lui coûta son siège, et la Porte accepta ce compromis sous Anthime VIL Nul doute que ses prétentions à cet égard ne croissent de jour en jour et que les ministres n’essayent de re­ prendre un a un tous les privilèges concédés jadis à la nation grecque. L'histoire du conflit survenu à l'occasion des privilèges a été racontée par G. Papadopoulos, Ή τϊ;ς όοίοδόξου foci'uir.i Athènes, 1895, p. 428-355, et par M Séménof, 1484 Collectio» des règlements ecclésiastiques du patriarcat de Constantinople de 1858 à 1899 (en russe), Kazan. 1902, p. 57126. On trouve dans cet ouvrage, entre autres pièces, le lirman impérial du 14 février 4887 à Denys V, le firman de 4888 à Ger­ main, métropolite d'Héraclée, la circulaire du grand-vizir, en date du 22 janvier 4891, aux gouverneurs des vilayets, et l’ency­ clique patriarcale et synodale de Denys V aux métropolites et aux évêques de son Église. Voici comment s'exerce le fonctionnement des écoles dans l’archevêché de Constantinople et conséquemment dans les autres diocèses. Depuis 1897, les écoles pri­ maires sont confiées à une éphorie générale des écoles paroissiales, placée elle-même sous la direction de la commission centrale du patriarcat et qui a dans ses attributions l’organisation, l’administration et l'entre­ tien des écoles de toutes les communautés ou paroisses. Les revenus de ces écoles sont assurés par les églises de la communauté, les rétributions scolaires, les dons volontaires et testamentaires, les produits des immeu­ bles, etc. De plus, chaque éphorie peut, avec l'autorisa­ tion patriarcale, se ménager d’autres sources de revenus. Les manuels des différents cours, avec le nombre d'heu­ res de classe et la répartition des matières, sont imposés par l'éphorie générale des écoles paroissiales, laquelle prend elle-même pour guide le programme de la com­ mission centrale du patriarcat. Outre l’éphorie générale, il y a une éphorie particulière pour chaque commu­ nauté, comprenant cinq membres pour les paroisses de première et de seconde classes, trois pour les pa­ roisses de troisième classe, nommés pour deux ans et renouvelables annuellement par moitié. C’est cette épho­ rie, qui gère toutes les affaires concernant l’enseigne­ ment. Les examens annuels se passent dans la première quinzaine de juillet, d'après un programme élaboré en haut lieu ; quant aux bâtiments, ils s’élèvent d'ordinaire près des églises et prennent le nom du patron du lieu. De 1453 à 1821, presque tous les établissements sco­ laires étaient connus sous le nom d’écoles communales élémentaires. On n'v faisait que des études d’un niveau fort peu élevé : lecture dans des ouvrages ecclésiastiques, calcul et écriture. Il n’y avait pas, à proprement parler, de bâtiments spéciaux affectés à l’instruction primaire: l’église paroissiale ou les cellules d’un couvent servant d’ordinaire à cet usage, alors que les papas ou les moines étaient les uniques professeurs. Dès le commencement du xix' siècle, on pensa à imiter les méthodes suivies en France au xvit· siècle et l’on introduisit l'enseigne­ ment mutuel. Après l’insurrection grecque et la réorga­ nisation des écoles dans le royaume libre, de nombreux jeunes gens accoururent en Hellade pour s’y former au métier d’instituteur, mais les persécutions, le manque de zèle et d’entente s’opposèrent à ce qu’on retirât tous les fruits de ces dévouements. La création du Syllogue littéraire en 1861 permit de réunir des fonds pour l’éta­ blissement d’écoles de garçons at de filles, en donnant une direction intellectuelle au pays. Dès lors, l’école communale se change peu à peu en école mutuelle ou lancastrienne, et depuis 1870, la plupart des centres grecs possèdent des salles d’asile, des écoles élémen­ taires et des écoles primaires. Inaugurées en 1868, les salles d’asile étaient, onze ans après, au nombre de 108 dans l’empire ottoman. Les écoles élémentaires ne sont que des constructions annexées aux églises et affectées à divers usages ; en 1879, leur nombre s’élevait â I 069 comptant 22056 élèves. On demandait alors, un peu partout, que ces écoles élémentaires où l’enseignement était presque nul, fussent transformées en écoles pri­ maires ; ces appels n’ont pas été suffisamment entendus. Les écoles primaires ne sont guère plus favorisées que les précédentes et les Grecs sérieux ne font aucune dif­ ficulté de convenir que, même dans les villes, ces éta­ blissements sont fort rudimentaires. En 1879, le nombre des écoles primaires s’élevait pour les garçons à 1247; 1485 CONSTANTINOPLE (ÉGLISE DE) comptant 1413 instituteurs, 98 907 élèves,et coûtant chaque année 829342 francs; pour les tilles, à 244, comptant 353 institutrices, 20452 élèves et coûtant 204000 francs. Sur ce nombre, l'Asie-Mineure, la con­ trée la plus étendue, ne comprenait que 248 écoles de garçons et 87 de tilles avec 22231 élèves d’une part et 7767 de l'autre. Depuis, de grands progrès ont été faits et chaque communauté compte au moins une école mixte tenue par un instituteur. Gomme la statistique n’est guère cultivée dans l'empire turc, je ne saurais donner de chiffre global ; mais voici celles de deux provinces qui passent à bon droit pour les plus favori­ sées, Samos et Constantinople. L’ile de Samos, qui jouit d’une autonomie fort restreinte, compte 53000 ha­ bitants; en 1899, il y avait un gymnase, une école com­ merciale et 48 écoles primaires de garçons et de filles, ayant 111 professeurs, 5501 élèves, dont 3 732 garçons et 1769 filles, et coûtant chaque année 485 685 piastres. A Constantinople et dans les environs, il y avait, en 1892, 70 écoles primaires ou moyennes, dont 41 de gar­ çons et 29 de lilies, comptant, les premières 4463 élèves, les secondes 5253. En 1899, il y avait 65 écoles de gar­ çons, élémentaires ou moyennes, avec 8302 élèves, 49 écoles de tilles avec 6248 élèves. Les premières étaient tenues par 159 professeurs, les secondes par 129 insti­ tutrices. Si l’on ajoute à ces chiffres six gymnases pour les garçons, comptant 91 professeurs et 1079 élèves, 3 lycées de jeunes lilies comptant 630 élèves et 39 maî­ tresses. on voit que, à celte époque, la capitale avait 423 écoles grecques, 16259 élèves et 418 instituteurs ou institutrices. 11 convient de faire remarquer qu’il y avait, en outre, des écoles privées et que nombre d’en­ fants se rendent dans les écoles européennes. Même avant l’insurrection de 1821, l’instruction se­ condaire était assez répandue en Turquie. Depuis lors, elle se présente sous trois formes différentes. Il y a pour les jeunes gens: 1» les écoles helléniques élémentaires, dans lesquelles un professeur, pourvu d’un diplôme de gymnase, instruit des élèves sortis des écoles primaires et répartis par lui en deux ou trois classes; en 1879, il existait 273 de ces écoles, ayant 296 professeurs, 8189 élèves et coûtant 272 487 francs par an; 2" les écoles helléniques supérieures, dans lesquelles cinq à six professeurs distribuent renseignement à quatre ou cinq classes, dont deux sont affectées à l’enseignement secondaire; en 1879, il y avait 44 de ces écoles, ayant 153 professeurs, 3474 élèves et coûtant 243 596 francs par an; 3° les gymnases ou lycées, comme l’école Zossimée de Janina, celle de Smyrne, les gymnases de Chio, de Samos, de Mitylène, de Salonique, d’Andrinople, le Zographéion de Constantinople : tous sont reconnus par l'université d’Athènes. En 1879, il n'y avait que sept de ces écoles, ayant 63 professeurs, I 443 élèves et coûlant par an 728792 francs ; depuis leur nombre a considérablement augmenté. A Constan­ tinople, en dehors de la Grande Ecole, qui existe depuis Gennadios Scholarios, il y a le Zographéion, qui donne l'enseignement classique et moderne à 300 élèves ; l’école commerciale de llalki, une des lies des Princes, fondée en 1831, qui donne l’enseignement classique et compte plus de 200 élèves; le lycée gréco-français de Péra avec 200 élèves ; enlin, deux autres gymnases. En oc­ tobre 1905, on devait ouvrir une école de langues, que vient de créer le patriarche Joachim III. Pour les jeunes tilles, il y a le Zappéion, fondé en 1875, l'école de Pallas, fondée en 1874, enfin le Joachimion fondé par Joa­ chim 111 durant son premier patriarcat. Les deux pre­ mières de ces écoles servent en môme temps d’école normale pour la formation des institutrices. Ces trois écoles ont 39 maîtresses et 630 élèves; quant aux six gymnases ou lycées de garçons, ils ont 91 professeurs et 1879 élèves. Ici encore, il est bon de remarquer qu une bonne partie de la jeunesse grecque est élevée 4486 dans les collèges et les pensionnats des communautés religieuses, surtout françaises. Les deux plus célèbres écoles du patriarcat œcuménique sont: l’école évangé­ lique de Smyrne et la Grande Ecole de Constantinople. Fondée en 1708, interrompue à plusieurs reprises au cours du xvni· siècle, l’école évangélique est devenue le principal établissement d’enseignement secondaire en Turquie. En 1898, elle comptait 32 professeurs et I 500 élèves, une bibliothèque qui a plus de 22000 vo­ lumes, un musée archéologique, qui a réuni plus de 13000 monuments divers, enfin une revue à elle. Voir l’Écule évangélique de Smyrne, dans les fiehos d’Orient, t. n, p. 297-301. La Grande École de la nation, sise au quartier du Phanar, qui a porté à deux reprises le titre d’académie, remonte à la seconde moitié du xv« siècle, mais elle a subi toutes sortes de transformations ou de déformations. Les patriarches n'ont jamais cessé de s’intéresser à elle et, au xix· siècle surtout, elle a pris un accroissement merveilleux. Elle comprend aujour­ d’hui huit classes, compte environ 350 élèves, non com­ pris les auditeurs, et est dirigée par un métropolite in partibus avec le concours d’une éphorie spéciale. N’ou­ blions pas d’ajouter que, jusqu'en 1870, on ne comprit pas en Turquie la nécessité de créer des écoles spéciales pour former des instituteurs. Deux ans après, Ch. Zographos, le célèbre évergète, établissait deux écoles normales, une de garçons, l’autre de filles, à Kestorati d’Epire, sa patrie ; d'autres furent établies à Salonique en 1875, à Serrés et à Bitolia pour la Macédoine, Phi­ lippopoli, Épivatès et Constantinople pour la Thrace, etc. L’enseignement primaire et l’enseignement secon­ daire, tout en relevant du patriarcat œcuménique, sont loin de l’intéresser autant que l’enseignement théo­ logique, qui est donné au clergé grec dans des écoles spéciales ou séminaires. La première école théologique du patriarcat fut fondée au Phanar, en 1839, sous le patriarche Grégoire VI ; elle ne dura qu'un an. En 1844, l’école fut définitivement établie dans l’ile de llalki, au monastère de la Sainte-Trinité, sur le sommet d’une colline boisée. Renversée par le tremblement de terre de 1894, la maison a été complètement rebâtie aux frais du riche banquier Paul Stéphanovich. Officiellement elle s’appelle : École théologique de la Grande Église du Christ. Les dépenses annuelles pour l’entretien de l’école sont couvertes par une contribution forcée que tous les membres du haut clergé sont tenus de fournir au prorata de leurs émoluments, par des revenus par­ ticuliers, enlin par les offrandes des fidèles. De plus, le gouvernement russe fournirait chaque année une somme de 2000 roubles, 5 à 6000 francs. Tout cela ne suffit pas, parait-il, à procurer des finances prospères et le budget scolaire de 1904-1905 s’est soldé par un déficit de 2000 livres turques, c’est-à-dire de 45000 fr. Au point de vue administratif, l’école dépend immédia­ tement du patriarche et du saint-synode, qui en confient la gestion à quatre éphores spéciaux, sous la présidence d’un membre du sainl-synode ; pour les études, elle relève du directeur ou scholarque, assisté d’un conseil de professeurs. Le nombre des élèves, fixé à soixante en 1867, a presque toujours dépassé ce chiffre; en juil­ let 1905, à la fin de l’année scolaire, l’école comptait 83 élèves, dont treize avaient été admis au début de l’année. Onze élèves avaient terminé leurs études et, fait remarquable, un seul avait embrassé définitivement la carrière ecclésiastique et reçu le diaconat; les dix au­ tres, tout en portant l'habit clérical, ne s’étaient pas encore engagés. On peut calculer que la moitié au maxi­ mum se décidera pour le sanctuaire, pendant que les autres suivront les carrières libérales; c’est la propor­ tion ordinaire. L'école comprend huit classes, dont les quatre dernières seulement rentrent dans le programme d’un séminaire; on parle beaucoup de supprimer les quatre autres, qui grèvent inutilement le budget et ou 1487 CONSTANTINOPLE (ÉGLISE DE) l’on ne fail que des études classiques. L’enseignement qui se donne à Halki est celui d’un grand séminaire ordinaire; peut-être même n’atteint-il pas ce niveau. Toutefois, le diplôme de maître en théologie orthodoxe, que l’on obtient à la lin des études, correspond au doc­ torat en théologie; il n’est donné qu’a ceux qui se vouent à l’état ecclésiastique. Les autres élèves, tout en le méritant, ne l’obtiennent pas. Presque tous les élèves sont entretenus aux frais de Técole qui leur sert les objets indispensables : livres, habits, nourriture, loge­ ment, etc. Le programme a été remanié souvent, ainsi qu’il convient à toute institution grecque, dont la vie consiste surtout dans les changements. De 1844 à 1899, il est sorti 350 élèves, qui avaient terminé leurs études théologiques à Ilalki; c’est dans leurs rangs qu’on a choisi et qu'on choisira les métropolites et les hauts dignitaires de l’Église phanariote. Actuellement, pour mériter son diplôme, tout élève doit présenter à la lin de la dernière année, un travail manuscrit sur un sujet théologique — au sens des protestants — qu’il déter­ mine lui-même. Bon nombre de ces jeunes théologiens viennent annuellement préparer leurs thèses dans la bi­ bliothèque des augustins de l'Assomption, à Kadi-Keuï. En dehors de l’école théologique de Halki, quelques jeunes clercs se forment dans deux autres grands sémi­ naires, l’école du Rizarion à Athènes et le grand sémi­ naire théologique de Sainte-Croix, près de Jérusalem, fondé en 1855; mais ce ne sont là que des exceptions, puisqu'il faut recourir à des établissements situés hors du patriarcat. Signalons, dans les limites mêmes du patriarcat œcuménique, plusieurs autres écoles hiéra­ tiques, qui poursuivent avec plus ou moins de succès le même but que celle de Halki. 1» Près de Césarée de Cappadoce, au couvent de SaintJean-Baptiste, fut inaugurée en 1882 une école théologique, qui devait pourvoir à la formation du bas clergé et comptait alors 25 élèves. Peu à peu, le nombre monta jusqu’à 120. L’école comprit d’abord deux sections : l’école préparatoire qui durait deux ans et le séminaire proprement dit qui en durait six. La première sec­ tion est supprimée maintenant. Les cours des quatre premières années ont un caractère général, comme dans les lycées, les deux dernières un caractère strictement théologique. A la tête de l'école est placé un archiman­ drite; le personnel des professeurs se recrute parmi les étudiants de l'université d’Athènes. Quant aux sémina­ ristes, une fois leurs études terminées, ils deviennent curés dans les paroisses ou instituteurs dans les villes. 2° L’archimandrite Abacoum fonda dans son monas­ tère d’Eléousa, situé dans une He de Janina, un sémi­ naire qui se proposait de donner aux futurs ecclésias­ tiques 1'instruction élémentaire et de préparer ainsi des desservants. Depuis 4875, le cours des études est de trois ans; les élèves doivent avoir 22 ans au moins, 32 au plus. Ils sont obligés, s’ils ne sont pas déjà prêtres, de recevoir les ordres sacrés à la fin de leurs études. Le nombre des séminaristes n’a jamais été bien élevé, une vingtaine en moyenne. 3» A Patmos, au monastère de Saint-Jean-l’Évangéliste, existait, depuis le xvi· siècle au moins, une cé­ lèbre école, qui obtint en 1713 le titre d’académie et jouit alors d'une renommée universelle. C’était sans contredit le meilleur séminaire de tout l’Orient pour l'enseignement de la philosophie et de la théologie, qui eut d'illustres professeurs comme Macaire et Daniel Kérameus. Avec la mort de ce dernier (1801), commence la décadence de l’école, accélérée encore par les événe­ ments de 1821 et la création de l'université d'Athènes; elle persiste néanmoins jusqu’en 1870, où elle fut trans­ formée en école primaire supérieure. Depuis 1900, l’école Ihéologique a été rétablie, grâce au concours des professeurs d'Athènes; elle est actuellement en pleine florescence. On y comptait dernièrement jusqu'à 1488 40 élèves venus d’Athènes, sans parler des moines et des jeunes gens accourus de Samos, de Chio et des autres îles de la mer Égée. 4° Après 1-453, le mont Athos devint l’asile le plus sùr pour les savants et pour les littérateurs; c'est là aussi que se formèrent les jeunes théologiens. En 1758, s’ou­ vrit au monastère de Vatopédi, sous le nom d’académie de l’Athos, un collège dirigé par Eugène Boulgaris. La nouvelle organisation de l’école et les méthodes raisonnées dont se servaient les professeurs attirèrent beau­ coup d’élèves, qui s’en allèrent peu à peu, de sorte qu’il fallut bientôt tenter une réforme. Au début du xix·siècle, l’école restait encore, tout en ne jouissant plus de sa vieille réputation. Fermée durant de longues années, on l’ouvrit à nouveau, puis on la referma encore en 1895, à la suite de querelles monastiques. En septembre 1899, on inaugura peut-être pour la dixième fois l’école théo­ logique du mont Athos, destinée à enseigner aux moines grecs les sciences théologiques et les éléments de l'as­ cétisme; en fait, deux ou trois moines d'un certain nombre de couvents y sont réunis pour apprendre les premiers rudiments de l’écriture. 5° Dans l'éparchie de Lampa, au monastère de SaintJean le Théologien, le haut clergé de l’ile de Crète inau­ gura en 1894 un séminaire alleclé surtout aux besoins de l’ile. L’école hiératique avait des statuts spéciaux, approuvés par le patriarche; elle cessa lors de la ré­ volte en 1897. Depuis, avec l’insécurité qui est en per­ manence dans cette province, je ne sais si elle a été rouverte. Signalons d’aulres essais tentés pour instituer des séminaires et qui n’ont pas abouti. Ainsi, lors de son premier patriarcat, 1835-1840, Grégoire VI ouvrit une école théologique au Phanar, sur les bords de la Corne d’Or, pour contrebalancer l'inlluence antichrélienne de l'école de Théophile Kaïris, dans Plie d'Andros. Après la fermeture de celle-ci, le séminaire du Phanar cessa d'exister; il avait duré deux ans. Ouvert une se­ conde fois sous le patriarcat de Joachim 111 (1878-1884), il fut encore fermé sous Denys V, faute de ressources. De même, à Sarnos existait en 1878 un séminaire qui comptait alors treize élèves et rendait à File de grands services; de même, à Trébizonde, un autre séminaire fut établi en 1875, lequel eut une année d’existence; de même, Joachim III inaugura à Chio un séminaire, qui devait être exclusivement affecté à la formation et à l’instruction du bas clergé; il a dû fermer comme les autres. La situation n’est pas, on le voit, très brillante et je ne sais s’il existe ici-bas une autre Église, que la Grande Église du Christ, qui puisse présenter un clergé aussi ignorant. Je ne parle pas du haut personnel, qui a reçu une bonne éducation à Halki, qui l’a parfois complétée dans les universités d’Allemagne ou d’Angle­ terre, mais qui, entré sans vocation aucune dans le sanctuaire, n’y voit qu’un excellent moyen de se créer une rapide fortune et de jouir d'honneurs inespérés. Ce tableau serait bien incomplet, si un mot n’était consacré aux Syllogues, c’est-à-dire aux sociétés char­ gées de travailler à la diffusion de l’instruction pu­ blique. Ils pullulent sur la terre grecque, même dans l’empire ottoman. Notons le Syllogue épirote, fondé le 24 juin 1872 par Zographos et qui entretient des écoles normales en Épire; il a pour objet l'amélioration des écoles primaires de cette province et a publié quelques annuaires, contenant des travaux scienti­ fiques, la plupart d’ordre religieux; le Syllogue de Thessalie, fondé en 1874, qui entretient et subventionne les écoles primaires de cetle province; la Société philecpédeutique de Macédoine, instituée en 1871, et qui pour­ suit des vues analogues dans son domaine propre; le Syllogue de Thrace, fondé le 15 octobre 1872 par le riche banquier Zariphis et qui a publié plusieurs an­ nuaires; le Syllogue des Micrasiates ou des habitants 1489 CONSTANTINOPLE (ÉGLISE DE) de i’Asie-Mineure qui date de 1871. Il y a encore la Société fraternelle de Xirocrini pour la Grande École du Phanar; le Syllogue ecclésiastique, qui date de 1874; la Société Pallas pour l’instruction des jeunes filles et, en dehors de Constantinople, les Syllogues de Serrés, de Salonique, de Rodosto, de Smyrne, de Trébi­ zonde, etc. Voir Ci. C.hassiotis, L'instruction publique chez les Grecs, Paris, 1881, p. 443-472; marquis de Queux de Saint-Hilaire, La presse de la Grèce moderne depuis (indépendance jusqu'en 1811, dans 1Ά unitaire de l'association pour l'encouragement des études grecques, 5' année, Paris. 1871, p. 146-179; Des Syl­ logues grecs et du progrès des études littéraires dans la Grèce de nos jours, ibid., Paris, 1877. p. 286-322: A. Dumont. Aes Syllogues en Turquie, ibid., Paris, 1874, p. 527-538; Le Balkan et l’Adriatique, Paris, 1874. Une place de choix est réservée, parmi toutes ces associations, au Syllogue littéraire grec de Constanti­ nople, le centre et le mobile de tous les autres. Fondé en 1861, il s’unit l’année même au Syllogue médical, de création récente. Le but de l’association était d’ordre littéraire et scientifique; les membres se réunissaient, une fois la semaine, pour entendre quelque lecture sur un point d’archéologie, de littérature ou d’histoire. Un Annuaire ou Bulletin contenait l’exposé de ses actes et de ses travaux; en même temps, des membres hono­ raires étaient choisis à l’étranger pour s’attirer des sympathies. Un incendie, en 1870, brûla la bibliothèque, le cabinet de lecture et le laboratoire. Grâce â de géné­ reux bienfaiteurs grecs, le 9 janvier 1872, la première pierre d’un nouvel établissement était posée par le patriarche Anthime VÎ, qui reconnaissait le Syllogue littéraire comme le centre de l’instruction publique dans les provinces grecques de Turquie. Des sociétés analogues se formèrent sous les noms divers de : so­ ciétés fraternelles, cercles, cabinets de lecture, etc.; dès 1874, on n’en comptait pas moins de 75 dans l'inté­ rieur de la Turquie. A défaut d’université, les Grecs de l'empire ottoman possèdent dans le Syllogue une sorte de ministère de l'instruction publique. La direc­ tion est confiée à un bureau, renouvelé annuellement -et composé d’un président, de deux vice-présidents, de deux secrétaires, d’un trésorier et d'un bibliothécaire. 11 y a cinq sections de philologie, d'archéologie, d’an­ thropologie, des sciences, et celle qui s’occupe de la marche de l'œuvre. Le Syllogue vaut surtout par les livres de sa bibliothèque, par les périodiques de sa salle de lecture, par les antiquités de ses collections et les travaux de ses commissions. Les antiquités forment deux collections, l’une d’archéologie, l’autre de numis­ matique. L’organe du Syllogue, son Annuaire, parait à des intervalles fort irréguliers; le t. xxvtt, paruen 1900, renfermait à lui seul les années 35 à 38 de la Société, c’est-à-dire les années 1895-1899; le t. xxviil, paru en 1904. renferme les années 38 à 41, partant de mai 1899 pour s’arrêter en juin 1902. Voir L. Petit, Le Syllogue littéraire grec de Constantinople, dans la Bevue de l’Orient chrétien, 1896, t. I, p. 454-460. Sur les travaux ordinaires du Syllogue, consulter Annuaire pour (encouragement des études grecques, 1877, p. 299-299; Viz. Vreniennik, Saint-Pétersbourg, t. ix, p. 682-691 ; t. x, p. 625629; t. XI, p. 867-872. Une société analogue à la précédente est la Société d'études du moyen âge, fondée le 19 avril 1873 et dont les statuts parurent l’année suivante. Elle se proposait l’étude du moyen âge byzantin sous toutes ses faces, et cela par des lectures publiques, la création de biblio­ thèques, de musées, de concours, etc., par l'impression d ouvrages inédits de savants grecs du moyen âge et la réimpression d’ouvrages rares concernant la même époque. Voir les statuts dans Viz. Vreniennik, 1902, ix, p. 321-323. Le nouveau règlement de 1876 limita le rôle du Syllogue à la méditation de l’histoire de · 1490 l’Église et de la nation grecque, à partir de 1453. 0p. cil., p. 324-326. En 1878, troisième réglement qui permet à la Société d’envahir le domaine du moyen âge et même de la patrologie. En 1879, après les épreuves de la guerre turco-russe, on eut un quatrième règlement, suivi d’un cinquième en 1880, qui accorda l’étude de l’hellénisme depuis 325 jusqu’au xix'siècle; dorénavant, on s’engagea à publier un bulletin. En 1901, après un long assoupissement, la Société reparaît avec un sixième règlement; ce ne sera certainement pas le dernier. Quant aux travaux de la Société, sans être absolument inutiles, ils n’ont pas donné ce qu'on avait le droit d'en attendre, peut-être bien parce que ses membres n’ont jamais trop su ce qu’ils désiraient. Elle donna pourtant des conférences, 75 de 1873 à 1890, dont on trouvera les principaux titres dans la revue déjà citée, p. 331333. Depuis 1893, les séances se sont succédé à in­ tervalles fort irréguliers; la Société a été reconstituée en novembre 1901 par Joachim 111, mais elle sommeille encore. En 1880 parut la première et la seconde livrai­ son du Bulletin de ses séances. Δελτίον τών έργασίων τού πρώτου έτους. Voir l’article La Société d’études du moyen âge de Constantinople, dans Viz. Vreniennik, t. ix, p. 320-337. Cette Société possède un musée chré­ tien, qui s’enrichit chaque jour; il occupe la salle de la bibliothèque patriarcale, mais ne peut évidemment se comparer au magnifique musée impérial de TchniliKiosk, qui possède une fort belle collection d’antiqui­ tés chrétiennes et byzantines. Il existe encore à Constantinople le Syllogue grec de musique ecclésiastique, fondé· en juillet 1898, sous le patronage de saint Jean Damascène, et qui créa, au mois de février 1899, une école de chant ecclésiastique. Celle-ci devait prendre ses élèves et donner ses leçons deux fois par semaine, dans la Grande École de la na­ tion; à la rentrée d'octobre 1903, elle comptait déjà 187 élèves. En janvier 1900, fut publié pour la première fois le Bulletin destiné à recueillir, avec les procès-ver­ baux de ses réunions, les principaux travaux de ses membres. Cinq fascicules ont paru à l’heure actuelle. Dans le 4e, p. 76-84, se trouve une bibliographie assez complète des ouvrages et des articles concernant la musique ecclésiastique byzantine. Le Syllogue musical, qui comptait en 1903 prés de 300 membres, ordinaires, correspondants ou honoraires, a vu de grandes villes comme Salonique et Smyrne subir son influence et créer, elles aussi, des sociétés destinées à promouvoir la restauration de la musique religieuse byzantine; dernièrement le saint-synode d’Athènes s'adressait éga­ lement à lui. Quant à l’école de musique, patronnée par la Société et qui comptait, en 1903, 207 élèves ré­ partis en quatre classes, elle a été supprimée en 1905, à la suite de querelles domestiques qu’il vaut mieux ne pas approfondir. Sur la musique byzantine, voir le P. Thibaut, Étude de musique byzantine, dans te Bulletin de l'institut archéologique russe de Constantinople, 1901, t. vt, p. 361-396; Les Martyries (en russe), dans Vtr. Vreniennik, t. VI, p. 1-12; La musique by­ zantine et le chant liturgique des Grecs modernes; L’harmo­ nique chez les Grecs modernes; La musique instrumentale chez les Byzantins, dans les Échos d’Orient, t. 1, p. 353-368; t. il, p. 211-220; t. IV, p. 339-347 ; t. v, p. 343-353; dom Parisot, Essai sur le chant liturgique des Églises orientales, dans la Bevue de l’Orient chrétien, 1898, t. ni, p. 221-231; Ella Adaïevsky, Les chants de l’Église orientale, dans la Rivista musicaleitaliana, t. vin, p. 43-74; Am. Gastoué, La tradition ancienne et le chant byzantin, dans ta Tribune de Saint-Gervais, t. v, p. 107-112; dom Gaïser, Le système musical de l’Église grecque d'après la tradition, Maredsous, 1901. A l’heure actuelle, le seul périodique vraiment ecclé­ siastique du patriarcat byzantin est la Vérité ecclésias­ tique, Ή έχχλησιαστιζή αλήθεια, semaine religieuse hebdomadaire du Phanar, paraissant sous ce nom depuis le 27 mai 1881 et sous le nom de Άλήβεια, 1491 CONSTANTINOPLE (EGLISE DE) depuis le 1er octobre 1880. C’est Joachim III qui la fonda durant son premier patriarcat; elle est dirigée par un laïque, M. Manuel Gédéon, un polygraphe assez entendu dans l’histoire ecclésiastique néo-grecque, postérieure à 1453. Auparavant paraissait T’Εκκλησιασ­ τικόν Δελτίον, édité par B. Kalliphron de 1809 à 1871, et qui donnait deux fois par an les nouvelles ecclésias­ tiques du patriarcal et d’ailleurs, Constantinople, 18691871, 6 petits in-8»; puis, sous un litre différent, un périodique analogue, Εκκλησιαστική έπιΟεαιρησις, rédigé par le même Kalliphron et qui comprend quatre pé­ riodes : de 1871 à 1873 en sept petits vol.; de 1873 à 1878 en sept petits vol. ; de 1878 à 1881 en trois vol. ; de 1881 à 1884 en trois vol. ün périodique analogue parut en 1860 sous le nom d”Ανατολικός άστήρ et cessa après 1891; chaque année formait un volume. On pourrait citer les noms d’une quinzaine d’autres revues ecclésias­ tiques, rien que pour le xix« siècle, mais elles n’eurent qu’une existence éphémère. Aujourd'hui, en dehors de I’’Εκκλησιαστική αλήθεια, la seule revue qui se publie à Constantinople est la Βοσπορίς, nom trop poétique pour qu'on y rencontre des travaux sérieux. Ce sont les almanachs on hémérologes, qui sont les vraies revues littéraires annuelles, dans lesquelles sont encastrés nombre d’articles roulant sur des sujets religieux. Si le royaume hellénique souffre d'un excès de presse et semble succomber sous l’avalanche de papier imprimé, par contre, dans l’empire turc, en dehors des grandes villes comme Constantinople, Salonique et Smyrne, il ne se publie guère de journal grec. Dans la capitale, paraissent cinq journaux quotidiens, imprimés en grec et qui donnent les nouvelles ecclésiastiques, la Κωνσταντινούπολις, le Ταχυδρόμος, la Νέα έφημερις, la Πρόο­ δος et la Βυζαντίς. Autrefois, un savant laïque consa­ crait une place considérable aux recherches byzantines dans son journal quotidien, le Νεολόγος, et surtout dans sa revue hebdomadaire, Νεολόγου έβδομαόαΐα έπιόεώρησις; celle-ci ne dura que dn 8 novembre 1891 au 6 jan­ vier 1895, et le journal fut contraint par la guerre turco-grecque de 1897 de transporter ses bureaux à Athènes. Ceux qui veulent être bien renseignés sur les affaires ecclésiastiques doivent surtout lire les quoti­ diens d’Athènes, ou bien la Ιίατρις de Bucarest et la Νέα ήμερα de Trieste, qui sont, le dernier surtout, les journaux d’opposition. Du reste, la censure turque ne permettrait pas à Constantinople de publier quoi que ce soit d’offensant pour les autorités pbanariotes, à moins que le gouvernement impérial n’y trouvât son propre intérêt. Faut-il maintenant parier de la littérature religieuse byzantine, de 1453 à nos jours? Certes! les noms ne manquent pas, mais combien en est-il qui survivront? Lorsqu’on veut un peu descendre dans les détails et approfondir les genres qu’ils ont cultivés de préférence, on se rend compte aisément que presque tout se borne à la polémique. Polémique contre les Latins, polémique contre les protestants, voilà en deux mots le bilan de la littérature néo-grecque; les questions littéraires elles-mêmes, si en faveur autrefois à Byzance, ne vien­ nent qu’en dernier lieu dans leurs préoccupations. Ils rééditent les traités des plus fougueux controversistes du moyen âge contre les Latins, ils accentuent euxmêmes dans leurs écrits les causes de séparation entre les deux Églises, ils en imaginent d'autres au besoin, et ces hommes, qui doivent aux écoles des Occidentaux le peu de culture littéraire dont ils sont pourvus, ont pour exclusif souci celui de décrier leurs bienfaiteurs. Tels sont, au xve siècle, Maxime du Péloponèse; au xvi·. Maxime Margounios, évêque de Cythère; Gabriel Sévère, archevêque de Philadelphie, le calviniste Cyrille Lucaris. GeorgesCorésios, ThéophileCorydalleus, mi-paien. mi-protestant. Nicolas Kérameus de Janina, Païsios Ligaridès.au cours du xvne siècle; et. au xvtii·, 1492 les frères Joannice et Sophrone Lichoudès, qui travail­ lent surtout en Bussie, Elie Miniatés, Eustratios Argen­ tis, etc., etc. La conviction religieuse n’entrait pour rien dans ces réfutations successives des dogmes latins ou protestants et la science y figurait pour une part plus minime encore. Ces polémistes ardents, si chatouilleux sur la pureté de la foi orthodoxe, ne ressentaient, du reste, aucun scrupule à afficher des sentiments opposés, quand ils sollicitaient la charité des hétérodoxes en Allemagne, en Angleterre ou dans les pays catholi­ ques, et leurs quêteurs attitrés exhibaient des lettres de recommandation mielleuses, ils prononçaient des dis­ cours sympathiques, quittes, une fois de retour chez eux, à les remplacer par des diatribes d’autant plus véhé­ mentes que la collecte avait produit moins de fruits. Plusieurs même,comme Maxime Margounios et Païsios Ligaridès, passaient alternativement par les deux camps, et leur haine antilatine s’exhalait avec des violences telles qu'elles devaient faire oublier leurs récentes dé­ fections. En dehors de ce personnel militant, toujours nombreux à Byzance, on compte de rares historiens et chroniqueurs : Manuel Malaxos, qui écrivit l’histoire du patriarcat de Constantinople de 1458 à 1578, traduite en latin par Martin Crusius; Dorothée de Monembasie, qui rédigea une chronique, depuis la création jusqu’à 1629; enfin, Méléce de Janina ou d’Athènes, le seul historien ecclésiastique de quelque valeur (j· 1714). L’ouvrage de ce dernier est modelé sur les cenluries de Magdebourg et renferme trois gros volumes, avec la continuation dont on l’a enrichi. Signalons aussi l'ou­ vrage d’Ath. Comnène Ypsilantès, Τα μετά τήν άλωσιν, rédigé sans critique, mais renfermant quelques bons documents. C’est du cloilre que sortirent les travailleurs les plus consciencieux et les éditeurs les pl us infatigables, comme ce Nicodème l'hagiorite, dont la fécondité est étonnante; Agapios Landos, qui ne le lui cède en rien; Eugène Boulgaris,l'homme le plus instruit du xviii" siè­ cle; Oeconomos, Méléce Typaldos, Grégoire de Chio, d’autres encore. De nos jours, peu d’écrivains se sont distingués, surtout dans les rangs ecclésiastiques, et les meilleurs professeurs de l’école théologique de Halki sont pris parmi les laïques. On connaît Philothée Bryennios, métropolite de Nicomédie, l’heureux décou­ vreur de la Doctrine des douze apôtres; Anthime Alexoudes, métropolite d’Amasée, qui essaya de refon­ dre VUriens christianusde Le Quien.sans avoir utilisé d'ailleurs cet ouvrage; Philarète Bapheidès, métropolite de Dimotika, qui a rédigé une histoire ecclésiastique en deux volumes, de la naissance du Christ à 1-453, et dont le résumé sert de manuel dans les écoles du pa­ triarcal; traduction d’un ouvrage protestant, elle se dis­ tingue surtout par son hostilité envers le catholicisme. Deux laïques méritent aussi d’etre signalés, M. Manuel Gédéon, qui a beaucoup produit, mais en laissant ina­ chevé à peu près tout ce qu’il a commencé ; M. Papadopoulos-Kerameus, rompu aux méthodes modernes, critique et philologue distingué, qui travaille depuis de longues années en Bussie. Convenons, du reste, que la censure turque, excessivement ombrageuse, ne permet pas de toucher aux neuf dixièmes des questions qui in­ téresseraient le patriarcat, ce qui ne saurait favoriser les études et les recherches. XXVIII. Le monachisme. — Le monachisme, qui joua autrefois un rôle si considérable dans l’histoire de l’Église byzantine, est de nos jours en pleine décadence. Avec l'idée que nous nous en faisons en Occident, c’est-àdire en entendant un vrai couvent, composé d'hommes ou de femmes, qui mènent une vie commune sous une règle uniforme, il n'existe guère que dans la presqu'île de la Chalcidique, autrement dit le mont Athos, et dans quelques centres plus favorisés, comme Tile de Patmos, les environs de Trébizonde, Bachkovo en Bulgarie, Limon dans file de Lesbos, etc. Certes! cela ne veut 1493 CONSTANTINOPLE (ÉGLISE DE) pas dire que ce sont là tous les couvents; il y en a d’autres, au contraire, en nombre fort considérable, trop considérable même pour qu'on puisse songer à les énumérer. Mais ces monastères se composent bien souvent d'un seul et unique moine, délégué là par le couvent suzerain, par le métropolite ou par le saintsynode, à dessein de gérer les propriétés et de les faire rapporter le plus possible. Ces moines ne sont donc que de vulgaires fermiers. Les monastères se divisent en deux catégories; ils relèvent du métropolite du diocèse ou bien du patriarche et sont dits alors stavropégiaques. Ces derniers sont de beaucoup les plus nom­ breux, car la tendance générale est de les soumettre directement au saint-synode. D'après un document officiel, le Syntagmation de 1901, in-8°, Constantinople, p. 13-17, sans compter les vingt monastères du mont Athos, qui sont aulodespotes, le nombre des couvents stavropégiaques s’élèverait à 72, dont deux à Constanti­ nople, six dans les îles des Princes, deux dans le dio­ cèse de Césarée, deux dans celui de Thessalonique. un dans celui de Janina, deux dans celui de Brousse, un dans celui de Verria, un dans celui de Pisidie, quinze dans celui de Crète, trois dans celui de Trébizonde, un dans celui de Samos, quatre dans celui de Dryïnoupolis, trois dans celui de Chio, etc., etc. Il y a eu, depuis, quelques nouvelles acquisitions, comme le couvent de la Phanéroméni, près de Cyzique. Quant â la vie qu’on mène dans les couvents réguliers, on la trouvera indi­ quée ci-après à l’occasion du mont Alhos, qui réclame de plus amples développements. La presqu’île de l'Athos renferme aujourd’hui vingt monastères, pas un de plus ni de moins, et l’on croi­ rait se déshonorer en laissant tomber une très vieille tradition. Ces vingt monastères sont les seuls maîtres du terrain et les seuls légitimes propriétaires. Les voici par ordre de dignité. 1494 dont trois pour Lavra : le Prodrome avec 100 moines roumains, Kavsokalyvia avec 120 moines, Sainte-Anne avec 155; deux pour Vatopédi : Saint-Dimitri avec 45 moines, Serai ou Saint-André avec 400 moines russes; un pour Iviron, le Prodrome avec 35 moines; un pour Koutloumousi, Saint - Pantéléïmon avec 55 moines; un pour Pantocrator. Saint-Élie avec 300 moines russes; deux pour Saint-Paul : Pyrgos avec 80 moines, Saint-Dimitri avec 72 moines roumains; un pour Xénoph, l’Évanghélismos avec 70 moines; un pour Rossico, Bogoroditsa avec 30 moines russes. On voit que ces douzes skites comprennent, à eux seuls, 1 462 religieux environ, dont prés de 750 sont Russes. Les kellia n'étaient originairement que des cellules particulières, dispersées à travel's le mont Alhos et ser­ vant d’asile chacune à deux, trois ou quatre religieux. Aujourd’hui, il n’en est pas toujours ainsi; celui de Sainl-Artémius dépendant de Lavra compte 30 moines russes, celui de Saint-Jean dépendant d'iviron 35 moines géorgiens, etc. Parfois même les kellia sont réunis et forment de la sorte un vrai couvent. Le nombre total des kellia, qui sont construits, soit à Karyès pour servir de procure, soit sur la propriété du couvent, est de 219, qui sont habités par 1096 moines, dont plus de la moitié sont de nationalité russe. De plus, le grand monastère russe de Sainl-Pantéléïmon possède trois autres centres monastiques, qui ne sont ni des skites ni des kellia, mais qu’on peut ranger parmi ces derniers. Ce sont : Paliomonastiri avec 30 religieux, la Nouvelle-Thébaîde avec 250. Chromilsa avec 150. En somme, les kellia du mont Alhos ne comptent pas moins de 1526 religieux. Puisque nous énumérons les diverses sortes de cou­ vents, n’omettons pas les καλύβαι et les καθίσματα, sortes d'ermitages, qui sont parfois assez nombreux et possèdent un plus ou moins grand nombre de moines. C'est ainsi que Vatopédi en a 10 avec 15 moines rou­ mains, Khilandar 3 avec quelques Russes, Koutlou- — inousi 7 avec une quinzaine de Russes, Pantocrator 50 SütlBIlt ÊPOQU E avec 203 moines, dont 133 Russes, 43 Roumains, 16 Grecs MONASTÈRES. DE l)E LA et 11 Bulgares, Simopétra 4 avec peu de moines, StavroMOISIS. FONDATION. nikila 34 avec 50 Russes, Grigoriou 3 avec 4 moines, Esphigménou 1 avec deux moines. Cela nous donne un 170 963. 1. Lavra ou Saint-Athanase. . . total de 310 moines environ. Nous avons donc 3335 reli­ 150 2. Vatopédi..................................... entre 972 et 980. gieux dans les vingt couvents proprement dits, 1 462 200 vers 980. 3. Iviron........................................ dans les douze skites, I 526 dans les centaines de kellia 90 avant 1197. 4. Khilandar................................. et 310 dans les καζύόαι ou les καθίσματα. En y ajoutant 90 vers 1366. 5. Dionysiou................................. les moines gyrovagues et ceux qui demeurent ordinaire­ 70 fi. Koutloumousi............................ tin du xnr siècle. 70 ment à Karyès, nous arrivons aisément à la somme de 4363. 7. Pantocrator......................... 75 fin du X’ siècle. 8. Xiropotamo............................. 7 000 pour le total de la population de cette république 170 fin du X' siècle. 9. Zograph.................................... monastique. 70 vers 976. 10. Dokhiar.................................... Si maintenant l’on évalue la population d’après les 75 xi· siècle. 11. Karakallou................................. nationalités, il est clair que les nationalités slaves l’em­ 50 992. 12. Philothéou................................. portent de beaucoup sur la nationalité grecque. Bien 13. Simopétra................................ milieu du xiv·siècle. 75 que les Slaves n’occupent que trois monastères sur les 75 fin du x· siècle. 14. Saint-Paul................................ 40 fin du x· siècle. vingt directeurs : Rossico qui est russe, Zograph qui 15. Stavronikita............................. 130 16. Xénoph.................................... fin du x· siècle. est bulgare, Khilandar qui est serbe, ils sont, à eux 85 17. Grigoriou.................. XIV· siècle. seuls, 1 760 moines sur un total de 3335. De même, si 18. Espliigménou.......................... peu après 980. 85 les Slaves ou plutôt si les Russes ne possèdent que trois 19. Rossico ou Saint-Pantéléïmon . après 1765. 1500 skites sur douze qu’en compte le mont Athos, ils y 55 20. Kastamonite.............................. XI* siècle. logent 730 religieux sur un total de 1462 qui sont dans les skites. Et les 732 qui restent n’appartiennent pas tous à la nationalité grecque. La Roumanie peut en re­ Si le total des moines habitant dans les vingt cou­ vendiquer pour elle 172. soit 400 dans le skite éblouis­ vents n’est que de 3 335, on aurait tort d’évaluer à ce nombre la population monastique de toute la pénin­ sant de blancheur du Prodrome et 72 dans celui de Saint-Dimitri. De même, les 1526 moines répartis dans sule; elle comprend au moins 7 000 moines, dont plus de la moitié habitent des skites, des kellia, des ermi­ les kellia et les 310 autres dans les ermitages appar­ tiennent en grande majorité au monde slave ou rou­ tages, etc. Les skites et les kellia sont pour ainsi dire main ; d’où il suit que, au point de vue du nombre, l-s des établissements vassaux, acceptés par les monastères Grecs se trouvent dans une certaine infériorité et eette sur leurs propres territoires. Les skites, qui tirent leur nom de l'antique Scété, sont des couvents en tout pa­ infériorité augmentera sans cesse avec le temps. Il est vrai que, avec le système de gouvernement que les reils aux vingt monastères, quelquefois même plus riches et plus vastes, mais tenus de payer tribut au i Grecs ont réussi à implanterai! mont Athos, leur : ··riorité numérique ne leur cause aucun prejudice. Le monastère suzerain. On en compte douze aujourd'hui, 1495 CONSTANTINOPLE (ÉGLISE DE) mont Athos forme, en effet, une fédération monastique ou république, dont les intérêts reposent entre les mains d’un conseil ou parlement de vingt membres siégeant à Karyés. la capitale de la péninsule. Le pré­ sident de ce conseil est toujours le représentant du plus ancien monastère, de Lavra habituellement. Or, les vingt députés, dont se compose le conseil de la fédéra­ tion, sont élus par les vingt monastères, seuls pro­ priétaires légitimes du sol. De la sorte, les Slaves ne disposent que de trois voix dans le conseil et ils ont naturellement toujours le dessous dans les délibéra­ tions. Grâce à cette représentation fictive, le couvent russe de Saint-Pantéléïmon, qui compte 1 500 moines, c’est-à-dire presque autant que les dix-sept couvents grecs réunis (1575), ne dispose que d’une voix, tout comme Stavronikita qui a 40 religieux seulement. Et le skite russe de Saint-André avec ses 400 moines, le skite russe également de Saint-Élie avec ses 300, ne sont pas représentés au conseil, alors que pas un des dix-sept couvents grecs ne compte plus de 200 religieux. On le voit, ce n’est pas précisément la représentation proportionnelle qui fleurit à l’Athos. Le conseil de l’Athos porte le nom d'anliprosopie, parce que chaque délégué des vingt monastères se nomme, en grec, un antiprosope. A côté, fonctionne pour l'expédition des affaires une commission exécutive de quatre membres, dite ëpislasie, parce que les moines qui la composent sont des épistates. Le choix des épistates a lieu de la manière suivante. Les vingt mo­ nastères sont répartis en cinq groupes de quatre cou­ vents chacun : 1« Lavra, Dokhiar, Xénoph, Esphigménou; 2° Vatopédi, Koutloumousi, Karakallou, Stavroni­ kita; 3° Iviron, Pantocrator, Philothéou, Simopétra; 4» Khilandar, Xiropotamo, Saint-Paul, Grigoriou ; 5“ Dionysiou, Zograpb, Rossico, Kastamonite. Chacun de ces cinq groupes nomme à tour de rôle et annuelle­ ment les quatre épistates, mais le premier membre de la commission, le protépislate, est toujours désigné par les cinq premiers monastères de chaque groupe : Lavra, Vatopédi, Iviron, Khilandar et Dionysiou. D’ordinaire, les monastères de Lavra, Vatopédi et Iviron désignent comme protépistate un moine différent de l’antiprosope, alors que les dix-sept autres monastères cumulent sur la même personne les deux fonctions; toutefois, chacun d’eux a le droit d’agir comme les trois couvents précités. Le protépistate est donc le vrai chef du gouvernement, du ministère, s’il est permis d'em­ ployer ce mot; â ce titre, il a remplacé le prntal/ios du moyen âge, c’est-à-dire le premier homme de l’Athos, ou mieux le prolatos, le tout premier. Il faut avouer toutefois que son pouvoir se trouve de nos jours consi­ dérablement réduit. Tout en portant la canne noire à pomme d’argent avec une frange de soie noire, le pro­ tépistate n’exerce qu’une dignité purement honorifique et, dans la visite annuelle des monastères, il laisse la première place à l’higoumène ou au président du con­ seil visité. Le conseil de l’Athos, lui, se réunit trois ou quatre fois par semaine, dans la matinée; pour que le quorum soit atteint, la présence de 14 membres est requise. Les travaux commencent entre le 15 et le 20 janvier, pour se terminer le 20 décembre; ils ne sont interrompus que pendant la semaine-sainte et à l’occasion des fêtes patronales de chaque couvent. Au point de vue du genre de vie suivi dans chaque monastère, les vingt couvents de l’Athos se divisent en κοινόβια ou couvents et en monastères idiorrythmes. Onze monastères appartiennent à la première catégorie, Xénoph et Esphiginénou depuis 1796, Simopétra depuis 1801, Rossico depuis 1803, Dionysiou et Kastamonite entre 1807 et 1809, Karakallou depuis 1813, Saint-Paul depuis 1839, Zograph et Grigoriou après 1840, Kout­ loumousi depuis 1857. Les neuf autres, à savoir : Lavra, Vatopédi, Iviron, Khilandar, Pantocrator, Xiropotamo, j | I I 149G Dokhiar, Philothéou et Stavronikita, sont soumis au régime idiorrythme. Comme on le voit par les dates données, l'idiorrythmie a régné presque seule à l’Athos du xv« au xix» siècle el c’est seulement depuis une cen­ taine d'années que l'on assiste à un retour assez mar­ qué vers le cénobitisme. Il existe entre ces deux genres de vie des différences considérables. Les deux princi­ pales sont qu’un couvent vit sous le régime monar­ chique, sous l’autorité d’un higoumène ou supérieur, et que ses religieux ne possèdent rien en propre, alors que, dans le monastère idiorrythme, on jouit d’un gouvernement démocratique et que les membres ont le privilège de la propriété privée. Dans les premiers couvents « préside un higoumène élu à vie. Cet hi­ goumène, toujours prêtre, n'a rien d'un supérieur au­ tocratique, parfois même il n'a que les apparences d’un supérieur. Le meilleur de l’autorité, sinon toute l’autorité, appartient en fait à un conseil d’une dizaine de membres, lequel gouverne tout, au moyen de deux épitropes et d'un secrétaire choisis dans son sein. 11 n’empêche que le couvent, ainsi constitué, offre encore l’image d’une communauté religieuse, où tous les moines sont frères, vivent de la même vie et prennent place à la même table ». Dans un monastère qui mène la vie cénobitique, le temps du postulat dure trois mois; après quoi, le solliciteur est revêtu de l’habit religieux, c’est-à-dire d’une robe noire serrée aux reins par une ceinture de cuir, d une longue veste sans manche et d’un bonnet de’ laine grossière. Le noviciat dure deux ou trois ans, sans que personne soit chargé spéciale­ ment de la formation du jeune religieux; on l’applique aux mômes occupations que les autres et aux mêmes offices. L’épreuve terminée, le novice devient rassophore, c’est-à-dire que, devant la communauté réunie, le supérieur le revêt du rasso, sorte de douillette à larges plis et à larges manches. De ce fait, il n’est plus novice, sans être encore profès, et toute liberté lui est laissée de quitter la vie religieuse ou de rester éternel­ lement en cet état. S'il aspire à monter plus haut, il lui faut encore cinq, huit et même dix ans, pour deve­ nir stavrophore, c’est-à-dire profès à vœux solennels. Le mariage lui est alors interdit. Il existe encore une classe au-dessus de celle des slavrophores, c’est la classe des anciens qui portent le μέγα σχήμα ou grand habit et qu'on appelle pour ce motif μεγαλόσχημοι; c’est comme qui dirait les pères jubilés dans certains ordres mendiants. Les vieillards qui sont revêtus de cet habit n’exercent plus de charge; leur journée se passe à l’église et au réfectoire, les longues heures de loisir sur un divan ou dans des causeries familières. Ces diverses sortes de religieux n'ont pas tous les mêmes privilèges, il n’y a que les slavrophores et les μεγαλό­ σχημοι qui aient le droit d’élire l’higoumène. Un pre­ mier vote désigne les candidats qui peuvent prétendre à la charge suprême; un second, secret cette fois, dé­ signe le supérieur qui doit être élu à la majorité des suffrages. Cette dignité confère au titulaire le droit de présider toutes les assemblées des moines, à l’église et au réfectoire. La journée d’un cénobite se compose de l’assistance à l’office, du travail manuel et de prières particulières dans sa cellule, ainsi que de maigres repas et de longues heures de repos; elle commence avant l’aube en toute saison, entre une heure et deux heures, par la récitation ou mieux le chant de l’office, auquel tout le monde est tenu d’assister. Cependant, tous les reli­ gieux n’ont pas l’obligation de le réciter ou mieux de le chanter; cette fonction incombe à une catégorie de moines, qu'on appelle psaltes ou chantres, catégorie forte de sept à huit membres pour cent religieux et dont tout le travail au monastère consiste dans la psalmodie au chœur et la lecture au réfectoire. Les autres moines restent bouche close, alignés en longues 1497 CONSTANTINOPLE (EGLISE DE) files au pied des murs, toujours debout, appuyés sur les miséricordes et multipliant, de temps à autre, sui­ vant les exigences du cérémonial, les prostrations et les signes de croix. Le chant de l'office terminé — il dure environ quatre heures — a lieu la messe conven­ tuelle, qui est chantée par l’hebdomadier. Quelques monastères ne l’ont que deux ou trois fois la semaine, d'autres quotidiennement, sauf en temps de carême, bien entendu. A l’issue de la messe, l’église est fermée à double tour; elle se rouvre vers les deux ou trois heures de l'après-midi, pour le chant des vêpres, et au coucher du soleil, pour celui des complies. Chez les Russes, où les moines se livrent à divers travaux dans les ateliers, on ne chante les vêpres à l'église que les dimanches et les jours fériés; en temps ordinaire, un des moines le récite sur place, dans chaque atelier, au nom de tous ses compagnons qui continuent leur be­ sogne. Voilà la prière publique, telle qu’elle se pra­ tique ordinairement au mont Athos. Par extraordinaire, on a des grandes vigiles, pendant lesquelles l’oflice commence dès le soir, pour se poursuivre pendant huit ou dix heures et, deux fois par an, quatorze à seize heures de suite. La prière privée consiste en un cer­ tain nombre de mêlantes ou prostrations, que chaque religieux est tenu d’accomplir dans sa cellule. Le nombre varie d’après la catégorie à laquelle on appar­ tient. Les μεγαλόσχημο·, doivent en faire 1 200 par jour, les stavrophores 600, les rassophores 300, les novices 100. Notons encore la récitation de kombologion, sorte de chapelet à cent grains, sur lesquels on adresse à Dieu de courtes prières supplicatives. Pas de lecture spirituelle, ni même de lecture d’aucune sorte, pour l’excellente raison que, à part de très rares exceptions, les religieux athonites ne savent pas lire. En dehors d'une tasse de thé ou de café, distribuée à chaque moine après la messe, il y a deux repas par jour : un qui a lieu entre 9 heures et midi suivant les saisons et les monastères, l’autre vers le coucher du soleil. Ils se composent l’un et l’autre d’une soupe et d’un plat de légumes copieux, ou bien de deux plats de légumes; en été, on y ajoute un dessert pour le repas du midi. Ceci pour les jours non jeûnés. Lorsqu'un jeûne est prescrit — et le nombre en est considérable — le repas du soir est remplacé par une collation, qui se prend au réfectoire chez les Grecs, en cellule chez les Russes. Les repas se prennent en commun et les psaltes, à tour de rôle, font la lecture. L’abstinence règne en maîtresse dans les couvents de ΓAthos; jamais la viande n’apparaît sur la table, même à Pâques, même à la fête patronale. Les carêmes sont au nombre de quatre, comme pour tous les orthodoxes d’ailleurs : le grand carême, qui s’ouvre le huitième lundi avant Pâques, celui des apôtres, qui varie avec la fête de la Pentecôte, celui de l'Assomption, qui commence le 1er août et celui de Noël, qui débute le 15 novembre. Point de viande, ni de laitage pendant le grand carême, même les samedis et les dimanches qui ne sont pas jours de jeûnes ; pas de poisson, sauf le 25 mars. Le carême de Noël interdit également le poisson, ceux des apôtres et de l'Assomption en permettent l'usage le samedi et le dimanche. L’activité que chaque moine dépense au travail manuel n’est pas fort considé­ rable. Pour cultiver les terres, exploiter les bois, con­ duire les mulets, chaque couvent a des domestiques, les moines sont occupés à l’intérieur du monastère. Ils sont sacristains, hôteliers, potiers, cuisiniers, menui­ siers, boulangers, celleriers, cavistes, réfectoriers, tail­ leurs, buandiers, jardiniers, etc. Leur journée du reste n’est pas bien longue, elle se termine au coucher du soleil et la sieste de midi en dévore une bonne part. Dans les couvents russes, qui sont plus nombreux et mieux organisés, les moines sont divisés par groupes, suivant les aptitudes de chacun, et ils travaillent en des 1498 ateliers distincts, d’après un horaire fort chargé. A peu prés tous les métiers y sont représentés depuis les for gérons et les menuisiers jusqu’aux horlogers, aux pein­ tres et aux photographes; n’oublions pas aussi que le monastère de Saint-Pantéléïmon compte 1500 personnes et qu’il faut bien occuper tout ce monde. Le règlement de vie que nous venons de tracer con­ vient aux couvents proprement dits, il en est toutautrement dans les monastères idiorrythmes. La propriété privée est la première base de l’idiorrythmie. Tout moine peut posséder et tout moine peut administrer ses biens comme il l’entend. Cela ne veut pas dire qu’un monas­ tère idiorrythme se compose de 50 ou de 100 moines jouisseurs, non; il y en a dix à douze tout au plus, les autres se contentent de ce que le couvent leur distribue, mais chacun a la faculté d’améliorer sa condition et de parvenir à se créer une opulente fortune. Cela ne veut pas dire, non plus, que chacun peut s’acheter des im­ meubles au mont Athos ou à l’étranger; toute parcelle de terrain à l’Athos est inaliénable; quant aux biens que possède le couvent â l’étranger, s’en emparer serait un cas d’exclusion. Pour bien saisir en quoi consiste l’usage de cette propriété privée, il faut examiner de près la vie d’un monastère idiorrythme. C’est la vie de famille qui est à la base du système, mais une vie de famille conçue autrement que nous la comprenons. Et chaque monastère possède dix, douze ou quinze de ces familles, suivant le nombre total des religieux. Voici comment fonctionne ce système, qui a toujours existé dans le monarchisme oriental et qu’on retrouve encore ailleurs qu’au mont Athos. Un moine, qui remplit les conditions voulues pour être προεστώς ou chef, recrute un certain nombre d’autres moines d’ordre inférieur, soit parmi les postulants, soit parmi les religieux deve­ nus libres. Il s’établit leur père et la famille est cons­ tituée. D’ordinaire, le nombre des enfants ne dépasse pas 6 ou 7, parce que l’entretien des moines adoptés est à la charge du proéstos. Si le monastère fournit le pain, le vin, l’huile, les légumes et le bois, le soin lui incombe de se procurer à ses frais tout le reste, comme les habits, les chaussures, l’argent des voyages, etc. Ainsi constituée, la famille a sa vie propre, elle possède sa cuisine, son réfectoire, une partie du couvent, et le bien-être de l’ensemble dépend des ressources ou de la générosité du chef. La viande est permise, et à tous les repas, sauf les jours d’abstinence que fixe le calendrier orthodoxe; sont permis de même tout le luxe et toutes les fantaisies qui agréent au proéstos. Celui-ci n’est, en somme, qu’un riche bourgeois, entouré d’enfants adoptifs, qui sont tout entiers à ses ordres et qui héri­ teront de sa fortune. Supposez un certain nombre de ces familles autonomes, vivant côte à côte, et vous aurez un monastère idiorrythme. Ce personnel ainsi fractionné constitue pourtant un tout moral par l’unité du gouver­ nement supérieur. Tous les proéstos d’un monastère forment son conseil, composé de 10 à 15 membres, et chaque année ce conseil choisit un président, qui jouit de tous les privilèges dévolus ailleurs à l’higouméne; il dirige les délibérations du conseil et occupe la pre­ mière place dans les réunions de la communauté. Les offices ont lieu comme dans les couvents cénobitiques, et tout le monde est tenu d’y assister. De plus, la com­ munauté se réunit dans un réfectoire commun trois fois par an, à Pâques, à Noël et pour la fêle patronale du monastère. Dans chaque famille, les moines sont divisés en quatre groupes distincts, comme dans les couvents: novices, rassophores, stavrophores et μεγαλόσχημο·.. Il y a également des moines libres, qui vivent en dehors de toute famille et auxquels le monastère fournit les ressources nécessaires. De plus, tous les religieux qui exercent une fonction générale, par exemple le con­ fesseur et l’économe, sont dits également moines libres. En dehors de ses propriétés de l’Athos, le monastère 4499 CONSTANTINOPLE (ÉGLISE DE) 1500 possède en Turquie et même en Russie des procures, i En réalité, la retenue est moins considérable : la Rus­ qu'on appelle mêtokhia; c'est le conseil de tous les sie ne garde que 1 /5, mais elle a le pouvoir de garder proéslos, qui en nomme les directeurs et qui contrôle aussi les autres 2/5, et c’est précisément ce droit, qu’elle les comptes de l'économe préposé à sa gestion. revendique de temps à antre et qu’elle voulut faire passer La singularité la plus caractéristique de l’Athos, c’est dans la pratique en 1899, qui déchaîna une violente qu'aucune femme n'a le droit d'y aborder; bien plus, polémique entre les deux Églises. Pour le moment, la tout animal de genre féminin en est scrupuleusement question en est là. Sur cette querelle récente, voir Les éloigné, l'amour n’y est toléré que lorsqu'il a des ailes. monastères grecs de Bessarabie, dans les Echos d’Orient, On reconnaît dans ces pratiques l’imitation d'une loi 1899 1900, t. ni. p. 118-122; Entre Grecs el Russes; monastique, établie aux vuimx' siècles par saint Pla­ Sur les couvents dédiés de Roumanie, dans la Revue ton, l'oncle de saint Théodore Studite. Il faut mention­ de (Orient chrétien, 1900, t. v, p. 1-18, 169-181. La bi­ ner aussi, parmi les généralités de la sainte montagne, bliographie générale des couvents dédiés demanderait le tribut que la caisse commune doit fournir, soit tout un volume et l’on ne peut songer à en donner 70000 piastres au gouvernement turc,plusieurs milliers même les titres principaux. de piastresau patriarche, dette qui est rarement acquit­ Pour te mont Athos, toutes les statistiques sont empruntées à tée, et d’autres redevances au saint-synode, au vali de Cosmas Blachos, "H Χιρσόνησο; το3 «ylou όρους *A6w I; «4τΖ μτThessalonique, au kaïmakam de Karyès, etc., etc. Les χ«ΐ «t μονάχο, χάλα, τι χαΐ v3v, Volo. 1903, p. 109-233, passim, procures, fermes ou mêtokhia, que chaque monastère l'ouvrage le plus précis qui existe sur la Sainte Montagne. Les possède hors de la presqu’île de la Chalcidique, sont renseignements qui concernent la vie monastique sont tirés, et fort nombreux. C’est de là que chaque monastère tire la plupart du temps textuellement, des articles fort instructifs le plus clair de ses revenus, surtout parmi les vieux que deux de mes confrères, les Pères B. Laurés et J. Pargoire, couvents idiorrythmes et les couvents russes qui sont ont consacrés au monachisme athonite, La vie cénobitique à l’Athos, dans les Échos d’Orient, 1900-1901, t. IV, p. 80-87, 115fort riches. Ces revenus pourtant ont beaucoup diminué 153; Les monastères idiorrythmes de l’Athos, t. iv. p. 288-295; par suite de la querelle soulevée par la Roumanie au A ta Sainte Montagne, dans les Missions des augustins de sujet des biens dédiés. On appelle ainsi des propriétés, l’Assomption, Paris, octobre et novembre 1902, janvier, février situées en Turquie, en Russie et surtout en Roumanie, et mars 1903. La bibliographie générale concernant le mont que les propriétaires avaient jadis dédiées, c'est-à-dire Atbos se trouve dans l'ouvrage déjà cité du moine Blachos, p. 343-305. Voici les principaux ; S. Kalligas, 'Alwvtûç χτοι σύ-ζτ·consacrées aux saints lieux, autrement dit aux couvents orthodoxes du Sinaï, de Palestine, du mont Athos et po; tupty^esr, τοί «γιον fyw; "ΑΙωνν;, Smyrne, 1870; M. Gédéen. Ό'ΛΟω;, Constantinople, 1885; Sp. Lambros, Catalogue of the d'ailleurs. La Roumanie, une fois qu’elle se fut cons­ greek manuscripts on mount Athos, 2 in-4·, Cambridge, 1895tituée en principauté autonome, prétendit que, primi­ 1900: Ger. Smyrnakês, TX ijoî, Athènes, 1903; Gass, Zur tivement et dans la pensée des fondateurs, les proprié­ Geschichte der Athos Kloster, Giessen, 1865 : E. Miller. Le mont tés roumaines de ces couvents étaient d'abord destinées Athos, Vatopédi, i'ile de Thasos, Paris, 1889; V. Langlois, Le mont Athos et ses monastères, Paris, 1807, ouvrage capital; à soutenir les moines de Roumanie et à remplir des St. Neyrat, L’Athos, 2· édit., Paris, 1884; L. Duchesne et Bayet, actes de charité et de bienfaisance dans le pays; le surplus seul devait faire retour aux besoins des monas­ Mémoire sur une mission au mont Athos, Paris, 1867 ; E. de VoSyrie, Palestine, mont Athos, Paris, 1876, p. 255-333; tères de Palestine, de l’Athos,etc. ; les commissaires des güé, Ph. Meyer, Die Haupturkunden für die Geschichte der Athos puissances européennes, réunis à Paris en 1856, adop­ Klüsler, Leipzig. 1894; Ed. von der Goltz. Reisebilder aus dem tèrent ce sentiment. Aussi, le gouvernement roumain grieehisch-türkischen Orient, Halle, 1902; Alf. Smidtke, Dos engagea-t-il les saints lieux à renoncer à toute préten­ Klœterland des Athos, Leipzig, 1903; H. Gelzer, Voni heiligen Berge and aus Makedonien, Leipzig, 1904. Voir surtout Iss ou­ tion sur les biens dédiés et à se contenter dorénavant vrages de l'archimandrite russe Porphyre Ouspenskij, Premier d’une somme annuelle, qui serait fixée d'un commun voyage à l'A thus, en 1845 et 1846, 2 in-8°, en deux parties cha­ accord. Ce compromis raisonnable ne fut agréé ni du cun, Kiev et Moscou: Second voyage à l’Athos, en 1858, patriarche de Constantinople, ni de celui de Jérusalem. 1859 et 1861, Moscou, 1880; Histoire de l’Athos, 2 in-8', avec On proposa alors un arbitre, et même un surarbitre, supplément, Kiev et Saint-Pétersbourg, 1877, 1892. M. G. Millet qui furent également repoussés. Le prince roumain et tes Pères J. Pargoire et L. Petit ont entrepris de publier le Couza prescrivit alors, 1863, que les revenus de ces cou­ Recueil des inscriptions chrétiennes du mont AJios, Paris, vents fussent déposés dans les caisses de L’État, après 1904, t. i; le t. il ne tardera guère. Enfin, le P. L Petit a entre­ avoir alloué toutefois la somme de 84 millions de pias­ pris, aux trais de l’Académie des sciences de Saint-Pétersbourg, tres turques aux saints lieux. La proposition ayant été la publication des Actes de l’Athos. Trois volumes ont déjà paru : Actes de Xénophon, Actes du Pantocrator, Actes d'Esphigméencore repoussée par les Grecs, le 29 décembre 1863, nou, Saint-Pétersbourg, in-8·, 1903 et 1905. la Chambre roumaine vota à la presque unanimité la sécularisation de tous les biens conventuels, dédiés ou XXIX. L’ancien patriarcat latin. — Le 12 avril non, en réservant une somme de 82 millions de piastres 1204, Constantinople était prise par les croisés. On son­ pour les saints lieux. Malgré les protestations des puis­ gea aussitôt à installer un titulaire latin sur la chaire sances européennes, l’alfaire se trouvait classée, et les de saint Jean Chrysostome. Thomas Morosini, d'une Grecs ayant refusé peu après la somme de 152 millions illustre famille vénitienne, fut élu patriarche, au mois de piastres qu’on leur ollrait définitivement, les Rou­ de mai 1204, par ses compatriotes, qui s’étaient réservé, mains ne s'en occupèrent plus. Ou plutôt, chaque année, dans le partage des dépouilles grecques, le domaine le gouvernement de Bucarest inscrit dans son budget ecclésiastique. La confirmation ne lui vint de Rome une somme qui est censée représenter la créance des que le 5 février 1205. Thomas Morosini occupa cette saints lieux, et il la consacre à entretenir une école chaire jusqu’à sa mori à Thessalonique, en juin 1211. roumaine à Constantinople, plusieurs monastères rou­ Les diflicultés ne lui avaient pas manqué, soit avec le mains au mont Athos, ainsi que des églises et des écoles saint-siège, soit avec les clercs de son Église qui appar­ sur le territoire ottoman. De Roumanie, la querelle a tenaient à une autre nationalité que les Vénitiens. été récemment transportée en Bessarabie, province Comme il avait juré de ne point appeler d’autres que roumaine au pouvoir de la Russie. Lorsque le tsar ses compatriotes au partage des bénéfices ecclésias­ s'adjugea en 1878 cette province,qui appartenaitdepuis tiques, Innocent Ill dut intervenir à plusieurs reprises 1856 aux principautés danubiennes, les couvents dédiés el le rappeler à la stricte observance des canons, sans passèrent sous un autre maître. Or, la Russie prit une qu'il put se vanter, du reste, d'avoir obtenu de lui une disposition, par laquelle elle devait remettre annuelle­ sérieuse amélioration. A la mort de Morosini, les intri­ ment aux lieux saints les 2 5 du revenu net des couvents gues et les rivalités se donnèrent libre carrière dans dédiés de Bessarabie et se réserver pour elle les 3/5. l'Église latine de Constantinople, si bien qu’il fut im­ 1501 CONSTANTINOPLE (ÉGLISE DE) possible de lui trouver un successeur. Pendant quatre ans, de 1211 à 1215, le siège demeura vacant; deux can­ didats se le disputaient, l’archevêque d’Héraclée et le curé de Saint-Paul, qui s'appuyaient chacun sur un parti imposant. Le pape les déposa l’un et l’autre et, au mois de novembre 1215, pendant le concile de Latran, il plaça le toscan Gervais à la tète de cette Église. Bien que, d’ordinaire, on rapporte la mort de celui-ci au mois de novembre 1219, il vivait sûrement encore l’année suivante, puisqu’on a une lettre d’Ilonorius III, à lui adressée, du 8 mars 1220. Revue de l’Orient latin, Paris, 1895, t. ni, p. 433. C’est à ce patriarche Gervais que le pape Innocent III avait conféré, pour la première fois, en janvier 1218, le privilège d’oindre les empe­ reurs latins, W. Norden, Das Papsttum und Byzanz, Berlin, 1903, p. 254, note 4, privilège qui fut depuis re­ nouvelé au patriarche Mathieu par Honorius Ill, le 8 février 1221. Pressuti, Regest. Honorii 111 papæ, n. 3077. Mathieu ou Mathias, le troisième titulaire, était un religieux franciscain, évêque de lesolo dans la Marche de Trévise, et qui fut nommé, le 31 janvier 1221. Il mourut vers la lin de l’année 1226. Honorius III lui donna comme successeur. 23 décembre 1226. .lean Halgrin ou Alegrin, un Picard, qui était archevêque de Besançon depuis un an. Mais la mort du pape étant survenue peu de temps après, il ne fut pas donné suite à cette promotion. Grégoire IX, le successeur d’Honorius III, qui avait une estime particulière pour Jean Halgrin, son ancien condisciple à la Sorbonne, l’éleva au cardinalat et choisit Simon, archevêque de Tyr, pour patriarche de Constantinople. Celui-ci mourut en 1232. Survint ensuite une vacance du siège, de 1232 à 1234. Celte année-là, Nicolas de Castro Arquato, évêque de Spolèle, lui succéda, bien qu'il ne prit possession de son siège que l’année d’après. Les malheurs qui fon­ daient alors sur l’empire latin et la détresse croissante de son Eglise l’obligèrent à des voyages et à des séjours prolongés en Occident. C’est ainsi qu’il assista au 1" concile général de Lyon, 1245, et que, le 17 juillet de cette même année, il signa les fameux rouleaux de Cluny, dans lesquels le pape avait réuni les preuves de ses griefs contre Frédéric II. Le sceau de Nicolas fut placé à droite de celui d’Innocent IV ; seul, il est en cire verte, alors que celui des autres prélats ou patriar­ ches est en cire jaune. Nicolas mourut en 1251. Après une troisième vacance de deux ans (1251-1253), Pantaléon Giustiniani, un noble Vénitien, monta sur la chaire patriarcale; il l’occupait encore en 1261, lorsque Con­ stantinople retomba aux mains des Byzantins. Giusti­ niani parvint â s’évader et s’enfuit en Italie, où il mourut en 1286. Avec lui se termine la série des pa­ triarches résidentiels. Même après la perte de Constantinople, les Latins ne voulurent pas renoncera cette Église et ils continuèrent à nommer de vrais patriarches, ayant juridiction effec­ tive sur tout l’ancien patriarcat, surtout sur le clergé latin de l'Archipel et des autres possessions qui res­ taient encore au pouvoir des croisés. A partir de 1302, le saint-siège se réserva la nomination de ces prélats; la même année Boniface VIH unit, jusqu’à nouvelle décision, l’archevêché de Candie au patriarcat de Con­ stantinople. Le 8 février 1314, Clément V unit, en outre, à perpétuité au patriarcat latin, l’évêché de Nègrepont, qui devint la résidence habituelle de ce dignitaire ecclé­ siastique. C'est ainsi que nous voyons, en 1344. le pa­ triarche Henri quitter Nègrepont, pour se mettre à la tête de la croisade qui occupa Smyrne, le 28 octobre de la même année. Trois mois après, le 17 janvier 1345, Henri était tué dans une sortie de la garnison contre les Turcs. .1. Gay, Le pape Clement VI et les affaires d'Orient (1342-1352), Paris, 1904, p. 26 sq., 55-57. En 1390, nous voyons encore Angelo Corraro, le futur pape Grégoire XII, conserver jusqu’en 1405 l’adminis­ 1502 tration de l’Eglise de Nègrepont, tout en portant le üire de patriarche de Constantinople. Il ne fut pas le dernier. Vers 1454, Grégoire Mammas, le dernier patriarche grec catholique, retiré à Rome, était nommé aussi pa­ triarche des Latins, titre qui échut au cardinal Isidore, le 20 avril 1459, puis au cardinal Bessarion en 1463. Tous les trois portaient également le titre de Nègrepont et vivaient avec les revenus que possédait le patriarcat dans Pile de Crête. Jean Michele di Santo Angelo, qui occupa le siège à partir de 1497, était cardinal, car un décret récent du consistoire réservait aux cardinaux seuls cette haute titulature. D’ailleurs, ces décrets furent très souvent méconnus, notamment en 1588. 1596, 1622, etc. Aujourd’hui, la coutume contraire a prévalu et le titulaire du patriarcat de Constantinople ne cesse de l’étre que pour entrer dans le sacrécollège. Voir dans la Revue de l’Orient latin, 1895, t. ni, p. 433-456, la liste des patriarches latins de Con­ stantinople, dressée par de Mas-Latrie, depuis 1204 jus­ qu’en 1895. Lors du départ des patriarches latins, en 1261, le soin des catholiques de la capitale resta confié à des vicaires patriarcaux — si le titre existait déjà? — simples prê­ tres, choisis ordinairement parmi les supérieurs des ordres religieux. Comme les Génois étaient alors toutpuissants dans leur communauté de Galata, l’arche­ vêque deGênesgarda sur les églises qui appartenaient à la communita de ses compatriotes l’autorité spirituelle. 11 en aurait été ainsi jusqu'en 1453, où la ville de Gènes ayant abandonné sa colonie à son sort, on ne vit plus de chef spirituel génois y exercer la moindre juridic­ tion. A partir de cette date, tout le pouvoir ecclésias­ tique est concentré entre les mains du patriarche latin, qui exerce son pouvoir par un vicaire de son choix. C’était ordinairement un religieux et, le plus souvent un fils de saint François, mineur observantin ou conven­ tuel. On possède la liste exacte de ces vicaires patriar­ caux, seulement depuis l’année 1569 jusqu'à l'année 1651. Voir Almanach des familles catholiques, 4° année, Constantinople, 1904, p. 62. En 52 ans on compte dixhuit titulaires, dont cinq observantins, douze conven­ tuels et un dominicain. A partir de 1651, le sultan autorise le patriarche latin, qui était alors Msr Machia­ velli, à avoir dans Constantinople un évêque suffragant patriarcal, qui administrerait le diocèse à sa place, et l’année suivante, la Propagande nomme comme pre­ mier titulaire Mur Hyacinthe Subiano, un dominicain, qui avait été vicaire patriarcal sans la dignité épisco­ pale en 1646. Cet état de choses se maintint jusqu’en 1772. La série des ordinaires de Constantinople, de 1652 à 1772, n’est pas complète; la meilleure ne com­ prend que treize noms. Voir Almanach des familles catholiques, 1904. p. 62-63. En 1772, le saint-siège sup­ prime le titre de suffragant patriarcal et nomme sim­ plement des vicaires apostoliques patriarcaux de Con­ stantinople, système qui s’est maintenu jusqu’à nos jours. Depuis Mo1· Bavestrelli, le premier titulaire, jusqu’à Mor Tacci, le titulaire actuel, on en compte dix-neuf dont on pourra voir la liste complète dans l’Àlmanach des familles catholiques, 1904, p. 63-64. Il n’est pas aisé de reconstituer le patriarcat latin avec ses provinces ecclésiastiques, tel qu'il existait de 1204 à 1261, car, après le rétablissement de l’empire byzantin,· la tentative serait inutile. Nous avons pour­ tant le Provinciale romanum, rédigé par le camerarius Censius, le futur pape Honorius 111, entre les années 1210 et 1212 et qui contient la liste des provinces ecclé­ siastiques soumises à l’Église romaine. Voir Tangl, Die püpstliche Kanzleiordnung von 1200-1500, Inspruck. 1894, p. 28 sq.; Ballinger, Der Patriarchal und Metropolitansprengel von K. p. und die bulgarische Kircf c zur Zeil der Lateinerherrschaft in Byzanz, dans Hist Zeitschrift der Gôrres-Gesellschaft, t. i, p. 24. Con­ 1503 CONSTANTINOPLE (EGLISE DE) stantinople possédait alors 22 archevêchés : soit deux en Asie-Mineure : Cyzique et Parium ; sept en Thrace : Andrinoole. Heraclée. Trajanopolis, Madytos, Makré, Mérisse et Messinopolis; trois en Macédoine : Philippes, Serrés et Thessalonique; deux en Thessaiie : Larissa et Nouvelle-Patras ; un en Épire : Durazzo;deux en Grèce: Thèbes et Athènes; deux dans le Péloponèse : Corinthe et Patras; trois enfin dans les îles : Corfou, Candie et Rhodes. Sauf Andrinople, Madytos, Serrés, Durazzo, Corfou et Rhodes, tous les autres archevêchés comp­ tent des sulfragants, quelques-uns titulaires, les autres réels; mais nous sommes encore assez mal renseignés sur le nombre et sur le noin des sièges sulfragants, pour la bonne raison que les constantes péripéties po­ litiques amenaient des changements continuels dans la juridiction. Ainsi, par un acte du 13 février 1209, Innocent III avait désigné comme suflragants d’Athènes les onze évêchés de Nègrepont, Thermopyles, Diaulia, Aulon ou La Valona, Oréos, Mégare, Carystos, Coronée, Andros, Skyros et Céos, en leur recommandant de conservera leurs diocèses les limites qu’ils avaient au temps de la domination byzantine. Or, le Provinciale romanum, postérieur seulement de quelques années, a modifié complètement cette liste. Au lieu de onze évêchés, la province n’en comprend plus que huit; cinq de la liste précédente, les cinq derniers, ne sont plus mentionnés, en revanche, on en voit paraître deux nou­ veaux : Salona et Egine. Paul Fabre, Un vidimus de Conrad, archevêque d’Athènes, dans les Mélanges d'archéologie cl d'histoire de l'école franç. de Rome, Paris, 4895, t. xv, p. 71-76. Ainsi encore, le 22 mai 1212, Innocent III accorda à Gualter, archevêque de Corinthe, la juridiction sur les sept évêchés suivants : Céphalonie, Zante, Damclant, Malvoisie, Argos, Gilas et Giménês. P. L., t. CCXVI, col. 587. Or, le Provinciale romanum, quelques années après, ne lui accorde plus qu’un sulfragant, Céphalonie. Lie même, l’archevêché de Candie ou de Crète comptait vers 1212 quatre diocèses sulfragants et, le 17 avril 1375, dans une lettre de Grégoire XI, on voit que cette province ecclésiastique commandait à neuf évêchés. Lequien, Oriens Christia­ nus, t. ut, col. 911. Ces quelques exemples suffiront, j’espère, à prouver qu’il est impossible pour le moment de songer à reconstituer les iimites et les extensions du patriarcat latin aux diverses périodes de son his­ toire, et que ce n’est pas ici, d’ailleurs, le lieu ou le moment de le tenter. Le patriarcat latin de Constanti­ nople comptait, à l’âge d’or de son histoire, c’est-à-dire au moment où fut rédigé le Provinciale romanum, 22 archevêchés, dont 16 avaient en tout 59 évêchés sulfragants; c’est tout ce qu’il importe pour le moment de retenir. Quant aux rapports entre les deux Eglises, aux efforts qui furent tentés soit par les papes, soit par les empereurs byzantins pour les réconcilier, il en a été traité longuement à propos du patriarcat grec et il n’y a pas lieu d’y revenir. Notons seulement comme curiosité la traduction en grec de la liturgie latine, avec la transcription du latin en lettres grecques, à l’usage des Byzantins qui s’étaient convertis au catholicisme. Revue de l'Orient latin, 1893, t. i, p. 543-551. S’il est malaisé de reconstituer les limites et l’étendue de la juridiction de l’ancien patriarcat latin, du xtn· au xvin· siècle, la difliculté n’est pas moins grande d’indi­ quer les centres principaux du catholicisme et des ou­ vriers évangéliques qui tendaient à le répandre. Même a Constantinople, ou l’élément occidental est plus en vue, grâce aux rapports des Génois et des Vénitiens avec les Byzantins ou les Turcs, on ne peut toujours fixer la date de l’installation des missionnaires ni dire de quelles maisons et de quelles églises ils disposaient. Deux ordres religieux pourtant y ont travaillé dés la première heure, c’est-à-dire des le xni· siècle, les dominicains et les francùcaius, bien que des récits plus ou moins légen­ 1504 daires circulent sur leurs origines. On dit que les fils de saint Dominique y étaient déjà en 1232 et qu’ils s’y maintinrent jusqu’en 1335. En 1298, ils possédaient deux couvents et deux églises, dont Saint-Paul, qui fut prise par les l’urcs en 1535 et convertie en mosquée. De 1335 à 1601, ils furent remplacés par une branche de dominicains qui s’appelaient Fratres peregrinantes pro Christo, et, de 1601 à nos jours, les maisons de Tordre sont desservies par la congrégation d’Orient. Lorsque l’église Saint-Paul leur fut dérobée par les musulmans, les dominicains se retirèrent au couvent de Saint-Pierre qui, jusque-là, avait appartenu à des religieux de leur ordre et qui devint dès lors leur mai­ son centrale. Cette église brûla en 1660, et depuis, à plusieurs reprises; le couvent et l’église actuelle ont été bâtis sur son emplacement. De 1557 à 1583, les mêmes religieux desservirent, toujours dans le quartier de Galata, l’église Saint-Benoît, qui passa alors aux jésuites italiens, et une cinquantaine d’années après, en 1636, ils perdaient les deux seules églises qui s'élevaient dans Stamboul ; Sainte-Marie et Saint-Nicolas. Quant aux franciscains, il est encore plus difficile de préciser à quelle époque ils se sont établis dans Constantinople. Ils paraissent s'y trouver déjà avant la réoccupation de la ville par les Grecs en 1261 et ils s’y trouvaient sûre­ ment en 1311, oû leur supérieur sert d’arbitre pour un litige survenu à la cour impériale. Ils résidaient alors au couvent de Saint-François, dont l’église ser­ vait de paroisse aux catholiques de Galata, et qui était, lui, le chef-lieu de la province de Romanic. Vers l’an 1400, cette province comptait trois custodies, et la custodie de Constantinople possédait sept couvents. La dis­ tinction ne s’était pas encore faite entre mineurs observantins et mineurs conventuels. Ce n’est qu’en 1145 que le pape Eugène IV décida finalement que tous les couvents de la custodie de Constantinople resteraient aux observantins, à l’exception de Saint-François qui appartiendrait aux conventuels. En 1639, cette église fut brûlée par un incendie, rebâtie sur de petites dimensions et brûlée encore. Celle qui la remplaça alors fut confisquée par les Turcs en 1697. Le vicaire patriarcal, qui en avait fait sa cathédrale, fut contraint de s’installer ailleurs. Quant aux conventuels, réfugiés à Péra, ils ne possédaient plus qu'une toute petite église, dédiée à saint François; enfin, en 1724, ils purent construire l’église Saint-Antoine, qui a brûlé plusieurs fois et qu’on va bientôt transporter ailleurs. Une fois séparés de leurs frères, les conventuels, les mineurs observantins s'établirent au couvent de SaintAntoine, vers la pointe du sérail, d'où ils montèrent rapidement à Galata et obtinrent d’une dame l’église Sainte-Marie in Drapéris, en 1584. Ils y restèrent jus­ qu’en 1660, où l’église brûla. A partir de ce moment, les religieux observantins et réformés pérégrinent dans toutes les rues du quartier européen jusqu'en 1691, où ils s’établissent à Péra, sur le terrain qu'ils occupent encore. Leur église actuelle ne date que de 1769. En 1704, la custodie de Constantinople devint préfecture apostolique, comprenant, outre la maison de Constan­ tinople, les résidences de Smyrne, Chio, Tinos, Rhodes et Mycone. Vers la fin du xvt' siècle, deux ordres nouveaux, les jésuites et les capucins, s’établirent à Constantinople et posèrent les bases de missions florissantes. C’est en 1583 que les premiers jésuites arrivèrent au nombre de cinq : trois Pères et deux frères. Cinq jours après leur débarquement, le baile de Venise leur donnait l’ancien couvent de Saint-Benoit, à Galata, fondé deux siècles auparavant. En 1586, tous les religieux mouraient de la peste et, comme ils ne furent pas remplacés, des capucins italiens prirent leur succession en 1587 et la gardèrent jusqu’en 1589, où ils retournèrent en Italie. Vingt ans après, en 1609, les jésuites français, CONSTANTINOPLE (ÉGLISE DE) 150ί5 sous la direction du P. de Canillac, arrivaient et se mettaient à desservir la petite église de Saint-Sébastien. Ils fondèrent une petite école et visitaient les prisonniers du bagne. Ils donnaient aussi des leçons de latin, de littérature et de sciences aux tils des meilleures familles et exerçaient une inlluence profonde sur les prélats de l’Église orthodoxe, surtout par leurs conférences et par leurs écrits en langue grecque. A plusieurs reprises, le grand vizir, poussé par les Vénitiens qui avaient ex­ pulsé en 1706 les Pères du territoire de la Sérénissime République, voulut les renvoyer dans leur pays, mais l’ambassadeur français tint bon et l’archevêque de Tinos, alors visiteur apostolique de tout le Levant, fut même contraint de leur rendre Saint-Benoit, qui avait autrefois appartenu à la Compagnie. Les deux missions de Smyrne et de Naxos furent fondées en 16'23 et en 1627. En 1642, ils s’établissaient dans l’ile de Santorin et, vers 1690, à Andrinople, qu’ils ne conservèrent pas. Leurs plus belles résidences se trouvaient à Chio et à Tinos, dirigées par des jésuites italiens, et qui compre­ naient un collège fréquenté par 300 élèves, un séminaire florissant et une congrégation. En 1688, ils s’établissaient à Erzéroum en pleine Asie-Jlineure et s’occupaient de ramener les Arméniens. Ils avaient divisé le pays en deux régions, qui comprenaient chacune un certain nombre de villes et de villages. Leurs succès incontes­ tables furent dus en partie à la situation politique de la contrée. La Perse disputant alors l’Arménie aux Turcs cherchait tous les moyens de se rendre cette popu­ lation favorable et encourageait dans ce but les efforts des missionnaires. Il en fut ainsi jusqu'en 1736, où une nouvelle dynastie perse ayant saisi le pouvoir, une politique toute contraire fut adoptée. Dès lors, tous les postes d’Arménie furent abandonnés par les jésuites. En Turquie, la situation se maintint jusqu’à la suppres­ sion de la Compagnie en 1773. L’ambassadeur français demanda alors des prêtres de la Mission pour les rem­ placer, mais le transfert ne fut réellement opéré qu'en 1783, après le payement de toutes les dettes. Un rapport inédit de 1781, dont un résumé a été publié par le P. Hilaire de Barenton, La France catholique en Orient, 1902, p. 215, fournit la liste des maisons que possédait alors la Compagnie dans l’empire ottoman. Elle avait douze missions françaises, établies à Galata, Chio, Salonique, Naxos, Santorin, Smyrne, Alep, Damas, Antoura, Sainl-Elie au Liban et le Caire; les missions italiennes étaient à Tinos et â Syra. Celles-ci, avec les six premières missions françaises, composaient la mission de Grèce, le supérieur ou provincial résidait au couvent de Saint-Benoil, à Constantinople. Il restait alors dans le Levant 23 prêtres ex-jésuites et quatre frères coadjuteurs, dont 15 prêtres et un frère pour la mission de Grèce. Le même rapport signale que Syra possédait alors plus de 3000 catholiques, Tinos 7000 dispersés dans 32 villages, Santorin 700, Naxos 1350, Chio 1500, Smyrne 3000, Salonique 300 et Constanti­ nople au moins 20000. Santorin, Naxos, Syra et Chio possédaient déjà des évêques titulaires. Les lazaristes, constitués héritiers des jésuites, s’établirent à Constan­ tinople, Smyrne, Naxos, Santorin et Salonique. La Révolution les trouva à leur poste et, seuls de tous les anciens missionnaires français, ils se sont perpétués sans interruption jusqu’à nos jours. Les capucins italiens, parmi lesquels se trouvait saint Joseph de Léonissa, avaient fait un court séjour à Constantinople, de 1587 à 1589. Quant aux capucins français, c’est par deux lettres, en date du 19 avril et du 19 juin 1625, que, sur la demande du P. Joseph, l’Éminence grise, et du cardinal Richelieu, Rome leur accorda l’autorisation de fonder des missions à Con­ stantinople et dans tout l’Crient. Le 7 juillet 1626, ils s’établissaient dans la capitale de la Turquie. Quatorze ans après, en 1640, ils s’étaient déjà répandus sur PICT. DE THÊOL. CATHOL. 150G toute l’étendue des deux empires musulmans, la Tur­ quie et la Perse. Pour nous en tenir à l’empire turc, les capucins possédaient en 1640 deux maisons à Constan­ tinople, deux à Chio, une à Smyrne. une à Naxos, une à Syra, une à Andros, soit en tout huit résidences avec 28 religieux dépendant de la province de Paris. Hilaire de Barenton, op. cil., p. 90-99. Depuis 1628. ils étaient les chapelains des ambassadeurs et des consuls fran­ çais, privilège réservé jusque-là aux cordeliers. Ils s’occupaient encore de répandre l’instruction primaire et l’instruction secondaire, surtout dans le collège de Chio qui comprenait de plus quelques séminaristes. En 1669. sur la demande de Colbert, ils fondaient à Con­ stantinople une école professionnelle pour les jeunes de langues, c’est-à-dire pour les jeunes gens français, qui se destinaient à la carrière de drogmans, institution qui a été l’origine de l’École actuelle des langues orien­ tales à Paris. Une autre école analogue fut bientôt éta­ blie à Smyrne; l'une et l’autre subsistaient encore aux dernières années de Napoléon Ier. Un rapport de 1745, adressé à la Propagande, Hilaire de Barenton, op. cil., p. 161-178, donne quatorze maisons pour la custodie capucine de Grèce : deux à Constantinople, les autres à Smyrne, Mételin, Chio, Candie, La Canée, Syra, Naxos, Paros, Andros, Athènes, Milo et Argentera. Au moment de la Révolution française, les capucins ne possédaient plus qu’une maison à Constantinople, celle de SaintLouis; le couvent de Saint-Georges avait dû être aban­ donné en 1783, faute de missionnaires. Les autres rési­ dences de la mission : Smyrne, Chio, Naxos, Syra, La Canée et Athènes disparurent peu à peu. On remplaça les religieux français par leurs confrères espagnols, allemands et surtout italiens. Des tentatives de recon­ stitution faites en 1820 et 1830 échouèrent et. lors de la Réx'ohilion de juillet, la mission de Constantinople était tout entière entre les mains des capucins italiens. En dehors de ces cinq ordres religieux : dominicains, observantins, conventuels, jésuites et capucins, d’autres encore s’établirent à Byzance, mais sans y laisser des traces de leur zèle aussi profondes et aussi durables. Tels les bénédictins que l'on surprend à plusieurs pé­ riodes de rhistoire; tels les baptistins venus en 1771 et qui disparurent peu de temps après; tels les trinitaires, que l’on rencontre en 1699 pour la première fois et qui s’évanouissent en 1781; telles encore les religieuses dominicaines, bénédictines, peut-être d’autres encore. A part les catholiques libres qui dépendaient de chaque résidence, la grande occupation de ces missionnaires avait pour objet les esclaves enfermés dans les bagnes du Grand-Seigneur ou dans les maisons particulières et dont le nombre s’élevait en 1712, au dire du P. Tarillon, au nombre respectable de 25 000. H y avait dans le bagne deux chapelles à l’usage des catholiques la­ tins, l'une appartenant au roi de France, la seconde destinée aux autres nations. En 1626, lors de l’arrivée des capucins, la ville ne possédait plus que six églises, de dix qu’elle comptait en 1546 et en 1582. Il est vrai que, dans ce nombre, n’étaient pas comprises les chapelles, qui étaient au nombre de sept ; ce qui donne treize édifices religieux pour cette époque. Or, pour desservir toutes ces églises, soutenir les catholiques et visiter les prisonniers du bagne, le clergé latin se com­ posait alors de huit franciscains, observantins ou conventuels, dont deux frères lais, d’à peu prés autant de dominicains et de quatre jésuites, soit en tout une vingtaine de personnes. XXX. Le vicariat apostolique de Constantinople. — C’est en 1772 que Rome supprima le litre de suffra­ gant patriarcal qui n’avait plus de raison d’être et le remplaça par celui de vicaire apostolique. « Ce système s'est perpétué jusqu’à nos jours. Les chefs spirituels IConstanlinople sont partant toujours des archevêques titulaires (in partibus); ils sont vicaires apostoliques HL — 48 1507 CONSTANTINOPLE (ÉGLISE DE) 1508 d’Asie sont les suivantes : Adampo), Ismidt, Brousse, pour tout le district qui leur est confié, et vicaires pa­ Dardanelles, Péramos, Eski-Chéhir, Angora, Zongoultriarcaux pour la ville de Constantinople. Ces arche­ vêques, quoique titulaires, jouissent de la juridiction Dagh, Samsoun. Amassia, Marsivan, Trébizonde, Erzéroum, Césarée, Sivas et Tokat. Ne sont mentionnées ordinaire d'après le décret de Benoît XIV du 15 avril ici que les localités où résident des missionnaires, car 1752. En outre, par un bref de la S. C., en date du 3 mars 1868, le vicaire apostolique patriarcal de Con­ s’il fallait énumérer encore les lieux où habitent des catholiques et que les missionnaires visitent de temps stantinople a reçu le titre de délégué apostolique pour les rites orientaux. » Almanach des familles calho- à autre, plusieurs colonnes n’y suffiraient pas. De ces lùjues, Constantinople, 1901, p. 38. Voir la liste des stations, les unes sont des paroisses, les autres des missions. Les paroisses de la ville même de Constanti­ vicaires apostoliques, ibid., p. 38-44. Disons un mot de nople, la banlieue comprise, sont au nombre de qua­ leurs résidences. De 1772 à 1782, ils n’en eurent point de spéciale et logèrent chez les communautés. En 1783, torze, à savoir : 1“ la cathédrale du Saint-Esprit à Pan­ caldi, fondée en 1846 et desservie par un curé et cinq Mor Frachia acheta aux capucins l’église et le couvent Saint-Georges à Galata, qui fut ,1e centre du vicariat vicaires — c’est la seule paroisse que possède le clergé séculier à Constantinople; 2" Saint-Antoine à Péra, apostolique jusqu’en 1802. Cette année-là, Mor Fonton se transporta à l’église de la Sainte-Trinité, à Péra, qui paroisse fort ancienne; 3" la Nativité à Beuyuk-Déré, appartient depuis 1857 aux Arméniens catholiques, et, sur la rive européenne du Bosphore — elle date de en 1846, Mor Ilillereau bâtit la cathédrale et la maison 1817; ces deux paroisses sont desservies par les frères de Pancaldi, où le vicariat apostolique est toujours mineurs conventuels; 4° Sainte-Marie Drapéris à Péra, installé. La juridiction du vicariat, fort étendue autre­ paroisse des plus anciennes; 5° Saint-Pacifique dans fois, se restreint par suite de l’augmentation croissante l’ile Prinkipo, paroisse fondée en 1860; ces deux pa­ des catholiques ou par suite des nécessités apostoliques. roisses sont desservies par les frères mineurs réfor­ Déjà, en 1629, la création du diocèse d’Ispahan lui en­ més; 6° Saint-Pierre à Galata, paroisse des plus levait toute juridiction sur la Perse; il en fut de même anciennes et desservie par les dominicains; 7" Saintpour la Mésopotamie, par la création du diocèse de Louis à Péra, paroisse pour l'ambassade française des­ Babylone en 1638, pour la Syrie, Chypre, la Haute servie par les capucins; 8» l’Anastasis à Stamboul, Égypte et l’Arabie, par la création du vicariat d’Alep créée en 1895 ; 9° l'Assomption à Kadi-Keui, établie en en 1762. Depuis lors, d’autres soustractions de terri­ 1863; ces deux paroisses, depuis 1895, sont desservies toire ont été opérées. En 1834, on érigeait une déléga­ par les augustins de l’Assomption; 10° Saint-Etienne à tion apostolique dans le royaume hellénique; en 1843, San-Stéfano, établie en 1853 et desservie par les capu­ l’ile de Mitylène et la côte d’Adrnméte étaient cédées à cins italiens; lln Sainl-Jean-Baptiste à Scutari, desser­ l’archevêque de Smyrne; les conquêtes russes en vie par les géorgiens. En dehors de ces onze paroisses latines, signalons en trois autres : deux paroisses Géorgie et dans une partie de l’Arménie après les guerres de 1808 et de 1877 enlevaient encore plusieurs grecques, fondées à Stamboul et à Kadi-Keuî en 1895 paroisses et stations; en 1874, le diocèse de Candie par les augustins de l'Assomption; une géorgienne, Notre-Dame de Lourdes à Féri-Keuï. A ces quatorze pa­ était fondé et, après la guerre russo-turque de >877, plusieurs paroisses étaient cédées au diocèse de Buca­ roisses de la capitale, il faut en ajouter sept autres pour rest, à celui de Nicopolis ou au vicariat apostolique de la Turquie d’Europe ou d'Asie. En Asie, Brousse, des­ Sofia-Philippopoli. Aujourd’hui, le vicariat aposto­ servie par les augustins de l’Assomption ; les Darda­ lique de Constantinople est limité, dans la Turquie nelles, desservie par un prêtre séculier; Trébizonde, d’Europe, par la Boumélie orientale, l'Albanie et desservie par les capucins italiens. En Europe, Salo­ nique, desservie par les lazaristes; Rodosto, Dédéagatch l'archipel ; il comprend la Thrace et la Macédoine, c’estet Andrinople, desservies par les conventuels. à-dire les vilayets turcs de Salonique, Monastic et AnIl est difficile d’évaluer la population totale des ca­ drinople, ainsi que l’ile de Thasos. Dans la Turquie tholiques dans le vicariat apostolique pour la bonne d’Asie, il s’étend de la Marmara et d’une partie de l’archipel jusqu’aux frontières de la Géorgie et du Kur­ raison que les statistiques font entièrement défaut. Les Missiones catholicæ, il y a plus de dix ans, en comp­ distan, et depuis la mer Noire jusqu’à l’Anti-Taurus. taient environ 45000. Je crois qu’on peut en retrancher Son étendue embrasse donc les six vilayets turcs de un tiers sans aucune difficulté. En effet, les livres des Brousse, Angora, Castamouni, Sivas, Trébizonde, Erzéroum, plus le mutessarifat d’Ismidt, celui de Bigha et six paroisses principales de Constantinople : le SaintEsprit, Saint-Pierre, Sainte-Marie, Saint-Antoine, l'Anasla partie asiatique de Constantinople, ainsi que les îles tasis à Stamboul et l’Assomption à Kadi-Keuî, accu­ de Ténédos, Lambros, Imbros, Samothrace et Aghiostrati dans le vilayet de l’archipel. Le vicariat aposto­ sent, tous ensemble, 2555 baptêmes pour la période quinquennale comprise entre le 1er octobre 1898 et le lique de Constantinople a donc pour limitrophes : en Europe, du côté du nord, le vicariat apostolique de 1er octobre 1903; ce qui nous donne 555 naissances par an. En supposant 30 naissances par 1000 habitants, ce Sofia-Philippopoli et l’archidiocése d’üskub; à l’ouest, l'archidiocèse de Durazzo; au midi, la délégation apos­ qui n’a rien d’exagéré, nous aurions ainsi 18500 habi­ tolique de Grèce; en Asie, au nord, le diocèse de Tiras­ tants pour ces six paroisses. Joignons-y les paroisses ou les stations de Prinkipo, San-Stéfano, Makri-Keuï avec pol en Géorgie; au midi, la délégation apostolique de Yédi-Koulé, Beuyuk-Déré, Scutari, et le village polo­ Mésopotamie, celle d’Alep et l’archevêché de Smyrne. nais d'Adampol, et nous aurons au maximum 22000 ha­ Si l’on s’en tient aux postes occupés soit par le clergé séculier, soit par les religieux missionnaires qui sont bitants pour Constantinople. En Asie, nous avons surtout de nationalité française, voici les noms que 200 catholiques à Brousse, 400 à Zongoul-Dagh,300 pour nous rencontrons : Constantinople et sa banlieue, c’est- la mission d’Ismidt, 50 pour celle de Sultan-Tchaïr, à-dir- -ur la rive asiatique : Beïcos et Pacha-Bagtché, i 100 pour les Dardanelles, 500 pour Eski-Chéhir, 100pour Scutari. Kadi-Keuî, Phanaraki, les îles de Prinkipo et Angora, 450pour Trébizonde, 260 pour Samsoun, 60 pour d'Antigoni : sur la rive européenne, Beuyuk-Déré, Bé- Erzérouin et 300 environ pour les autres postes; ce qui bek, Makri-Kvuï et San-Stéfano. Les paroisses ou mis­ donne un total de 2720. En Europe, l’on compte environ sions sim.es dans la Turquie d’Europe sont les sui­ 4500 catholiques à Salonique, 200 pour la station de vantes : P.o-iosto. !·. d- agatch, Gallipoli, Malgara, Pacha- Gallipoli et la mission grecque de Malgara, 60 à Ca­ valia, 150 à Monastir, mettons un millier pour les pa­ Keuî. Andrinople. Kara-Agatch, Mostratli, Salonique, roisses des conventuels à Rodosto, Dédéagatch. Andri Calamari, Koukouch. Zeitenlik. Cavala ét Monastir. nople et Kara-Agatch et nous obtenons le chiffre de 5816. Les paroisses ou missions situées dans la Turquie 1509 CONSTANTINOPLE (EGLISE DE) 1510 dissidentes. — 9. Mostratli près d’Andrinople. mission Soit en tout : 22000 pour Constantinople, 2720 pour les récente consacrée aux œuvres slaves ; 2 prêtres. — 10. Pémissions d'Asie-Mineure, 5810 pour les missions d’Eu­ ramos, prés de Cyziqueen Asie, mission grecque fondée rope; au total 30530. en septembre 1904, un prêtre du rite.—IL Phanaraki, Quant aux œuvres du vicariat apostolique, elles ne dépendent guère que des religieux. Le clergé séculier faubourg de Chalcédoine, fondation de 1886. Le novi­ ciat y a séjourné de 1889 à 1903. le scolasticat de philo­ comprend le délégué apostolique, M’r Tacci, arche­ vêque de Nicée, un vicaire général, un secrétaire, un sophie de 1903 à 1905, et maintenant celui de théologie; chancelier, le curé de la cathédrale avec cinq vicaires, 34 religieux, dont 7 prêtres. 21 étudiants et 6 convers. Outre l’aumônerie des oblates de l'Assomption, les le curé des Dardanelles et une dizaine de prêtres fixés à Constantinople comme aumôniers ou comme précep­ Pères desservent la chapelle publique, succursale de la teurs, soit en tout une vingtaine de personnes. paroisse de Kadi-Keuï, et s'occupent des catholiques, 1° Augustins de l’Assomption. — La mission, com­ fort nombreux à la belle saison. — 12. Zongoul-Dagh, prise dans le vicariat apostolique, compte à l’heure centre minier sur la mer Noire, 400 catholiques. La actuelle 12 maisons ou résidences, 51 prêtres, dont 5 du mission date de 1897 et compte deux Pères et un con­ rite grec et 3 du rite gréco-slave, 50 religieux de chœur vers. aidés par deux frères de Ploërmel, qui tiennent et 18 frères convers, soit un total de 119 religieux,3 sé­ l’école primaire avec 50 à 60 élèves. Les sœurs oblates minaires, une maison d’études, 6 paroisses, 6 collèges tenaient jusqu’en 1905 l’hôpital de la Compagnie des ou écoles primaires avec 470 élèves. Voici la liste des mines et une école de 50 élèves. résidences : 1. Brousse, mission fondée en 1886, 5 reli­ 2" Capucins français. — Ils possèdent deux maisons : gieux, dont 2 prêtres et 3 frères, assistés de 4 frères Saint-Louis â Constantinople et le couvent de Kadide Ploërmel ou de Lamennais pour les classes. Paroisse Keuï; ils sont en tout 59 religieux, 24 prêtres, 25 étu­ de 200 catholiques latius, y compris Moudania ; collège diants et 10 convers. — 1. A Saint-Louis, 16 Pères et de 80 à 90 élèves, dont -quelques pensionnaires. Les 3 frères. Outre l’aumônerie de l’ambassade française Pères servent d’aumôniers aux filles de la Charité. qui a disparu, celle des sœurs franciscaines de Calais Près de Brousse, existait la mission de Sultan-Tchaïr, et celle du pensionnat Saint-Michel, outre le ministère fondée en 1889 et abandonnée en 1901 ; aux fêtes de proprement dit, l’œuvre principale est le séminaire Noël et de Pâques, on va visiter les 50 catholiques qui oriental, ouvert en septembre 1882 et comprenant le s'y trouvent. — 2. Césarée de Cappadoce, mission en for­ petit et le grand séminaires. Ce séminaire reçoit des mation avec un prêtre du rite grec depuis octobre 1903. vocations de tous les rites et de tous les diocèses de — 3. Eski-Chéhir, l'antique Dorylée de Phrygie, mission Turquie, Perse, Bulgarie et Grèce; tous les élèves sui­ fondée en 1891, 5 religieux, dont 3 prêtres et 2 frères, vent momentanément le rite latin. Les éludes durent aidés de trois frères de Ploërmel ; 500 catholiques, dont 11 ans, 6 pour le petit séminaire, 5 pour le grand. 200 résidant au centre même, les autres surtout à BiEn 1900, il était déjà sorti 25 prêtres; en 1902, il comp­ lédjik et Angora ; école d’une centaine d’élèves. — 4. Gal­ tait 69 élèves, dont 12 au grand séminaire, 34 au petit lipoli, mission fondée en 1892, deux Pères, gardiens du et 23 externes des meilleures familles de la ville qui cimetière français, on reposent les soldats de la cam­ sont admis à suivre les cours. — 2. Kadi-Keuï, mission pagne de Crimée; quelques familles catholiques, de fondée en 1882, 40 religieux, dont 8 prêtres,25 étudiants rite latin ou grec; jusqu’en septembre 1905, école de 30 et 7 convers; deux Pères sont aumôniers du collège à 40 élèves. — 5. Ismidt, l’ancienne Nicomcdie, mission Saint-Joseph, pour les frères des écoles chrétiennes. fondée en 1891, 6 religieux, dont 2 prêtres et 4 frères, 3’ Capucins autrichiens. — Ils ont une maison, la 300 catholiques environ dans le district de la mission, paroisse de San-Sléfano, fondée en 1863. Il y a un novi­ école de 70 élèves. — 6. Kadi-Keuï ou Chalcédoine, mai­ ciat, qui compte 8 membres, un petit séminaire séra­ son fondée en 1895, 23 religieux, dont 14 prêtres, 8 étu­ phique depuis 1894 et qui a une trentaine d'élèves; dix diants et un frère. Paroisses latine et grecque avec loOO religieux, prêtres ou frères de chœur dirigent les no­ â 2000 catholiques, résidence du supérieur de la mis­ vices et les séminaristes. Ils servent aussi d’aumôniers sion d’Orient avec la procure, grand séminaire oriental aux franciscaines de Gémona qui tiennent l’école des Saint-Léon, composé de séminaristes (5) et de religieux filles; un Père est chargé de la succursale Galataria, se destinant au rite grec ou slave (5), enfin maison de où l'on dit la messe les dimanches et les jours de pré­ hautes études byzantines et siège, depuis 1899, de la ré­ cepte. On a calculé que, dans l’espace de 18 ans, de daction des Echos d'Orient. De plus, les Pères sont 1883 à 1901, l’institut oriental, devenu aujourd’hui le aumôniers des oblates de l’Assomption, à Haïdar-Pacha, petit séminaire, a conduit au sacerdoce et préparé à des sœurs de Notre-Dame de Lourdes, et jusqu’en dé­ l’œuvre des missions 52 religieux. Sur cet institut, voir cembre 1895 ils ont desservi la chapelle publique de Bulgarie, t. n, col. 1234. lubini, actuellement dirigée par un franciscain. — 4° Capucins italiens. — C’est de la mission de Géor­ 7. Kara-Agatch près d’Andrinople, 15 religieux, dont gie, fondée en 1661, que naquirent les missions capu­ 6. prêtres, 6 frères de chœur et 3 convers. L’œuvre cines de la mer Noire. Lorsque la Géorgie passa sous principale est le séminaire slave. Voir Bulgarie, t. n, la domination russe, les religieux franchirent la fron­ col. 1231. Les Pères sont aumôniers des sœurs oblates tière, continuant à surveiller de là leurs fidèles; en établies dans la même localité et à Andrinople, et les 1845, ils y renoncèrent définitivement et s’établirent frères tiennent une école primaire qui a près de 40 élèves. ailleurs. Aujourd’hui, ils possèdent trois maisons et — 8. Koum-Kapou, quartier de Stamboul, à Constanti­ sont 14 religieux, dont 8 prêtres, 6 convers; de plus, nople, mission datant de 1882. Paroisse latine et pa­ 2 prêtres indigènes les assistent : 1. Trébizonde, roisse grecque, fondées l’une et l’autre en 1895 et éten­ 5 prétres et 2 convers, paroisse comptant près de dant leur juridiction sur la vieille Byzance; 20 religieux, 450 âmes; les Pères sont aumôniers des frères des dont 7 prêtres, 11 frères occupés à l’enseignement et écoles chrétiennes, des sœurs de Saint-Joseph de 2 convers. En dehors des deux paroisses, les Pères sont l’Apparition qui ont un pensionnat; ils tiennent, eux, aumôniers des oblates de l’Assomption et des filles de une petite école primaire. — 2. Sainsoun, 3 Pères et la Charité qui tiennent l'hôpital persan. École primaire 2 convers, 260 catholiques, écoles tenues par les frères supérieure comptant 120 élèves; petit séminaire grecmàristes et les sœurs de Saint-Joseph de l’Apparition. catholique, fondé en 1895 et comptant 35 élèves. L’église | — 3. Erzéroum, 2 frères capucins aidés par 2 prêtres paroissiale grecque-unie est le centre de l’archiconindigènes, 60 catholiques; l’école des garçons, tenue par fr. rie de Notre-Dame de l’Assomption, érigée par bref les frères des écoles chrétiennes, est abandonnée mo­ d· Léon XIII, le 25 mai 1898, pour le retour des Eglises mentanément. 1511 CONSTANTINOPLE (EGLISE DE) 1512 5° Conventuels (frères mineurs). — Ils ont 6 maisons, I par la mission. Ils donnent, de plus, les secours spiri­ tuels aux filles de la Charité, leurs compatriotes, et 31 religieux, dont 21 prêtres et 10 convers, 7 écoles pri­ sont aumôniers de l’hôpital. Au nombre d'une douzaine, maires avec environ 200 élèves. — 1. Saint-Antoine à Pères et frères, ils desservent encore, de mai à sep­ Péra, paroisse latine, 9 Pères et 4 convers. Les Pères tembre. une chapelle publique dans l'ile d’Antigoni. dirigent une petite école primaire de 40 élèves, donnent 11° Lazaristes français. — Ils ont succédé aux jé­ l'instruction religieuse dans les écoles, italienne des sœurs d'Ivrée, allemande, helléno-catholique de la Sym- suites en 1783. Aujourd'hui, ils sont établis à Constan­ tinople, Salonique, Zeitenlik, Cavalia et Monaslir. A pnia, qui compte 97 élèves; ils prêtent leur assistance Constantinople, leur temps est partagé entre les aumôspirituelle à l'hôpital italien tenu par les sœurs d'Ivrée neries des filles de la Charité, dont nous citerons bien­ et à l’hôpital allemand. —2. Beuyuk-Déré sur le Bos­ tôt les nombreuses maisons, et l’enseignement donné à phore, paroisse depuis 1817, 3 Pères et 2 convers. Ils leur collège, qui est divisé en deux sections : Saint-Be­ tiennent l’école des garçons qui a 40 élèves et sont au­ noît et Sainte-Pulchérie. Le nombre de leurs élèves est môniers des sœurs d’Ivrée. De cette paroisse dépendent de 290, dont 150 pour Saint-Benoît et I iO pour Sainteles deux chapelles succursales de Beïcos et de PachaPulchérie; celui des lazaristes de 30 à 35 prêtres, aidés Bagtché, de l’autre côté du Bosphore, que l'on dessert de quelques frères convers. De plus, une douzaine de les dimanches. — 3. Andrinople et Kara-Agatch, paroisse frères maristes sont chargés des basses classes. A Salo­ Saint-Antoine, 4 Pères, 2 convers, l’école primaire a nique, où ils sont établis depuis 1783, ils sont 8, dont 30 élèves. — 4. Rodosto. paroisse qui date de 1795, 2 Pères et 1 convers, école mixte de 25 élèves. — 5. Dé- 5 prêtres et 3 convers; leur paroisse compte près de 5000 âmes. A Zeitenlik. œuvre bulgare, voir t. n, déagatch, paroisse fondée en 1896, 3 Pères, 1 convers, col. 1230, ils sont 9 prêtres et 5 convers. A Cavalia, école de garçons ayant 30 élèves. mission fondée depuis 1888 et qui compte 60 catho­ 6» Dominicains. — La mission dominicaine comprend liques, il y a trois prêtres et un frère; une école a de aujourd'hui trois résidences, une paroisse. Saint-Pierre 30 à 40 élèves. A Monaslir, fondation de 1856, il y a à Galata, et deux succursales : Makri-Keuï, fondée en 4 prêtres et un convers. On se dévoue surtout à la cause 1863, Yédi-Koulé, ouverte en 1885. L’école paroissiale de roumaine, dont le défunt M. Faveyrial se fit l ardent Saint-Pierre est tenue par les frères des écoles chré­ tiennes, celle de Makri-Keuï par les frères maristes, apôtre; ses confrères et successeurs enseignent encore celles de filles par les sœurs dominicaines italiennes au collège roumain. 12° Bésurreclionisles polonais, fondés à Rome en de Mondovi. Il y a en tout 12 religieux, 9 prêtres et 3 frères convers : 7 Pères et 2 convers à Saint-Pierre, 1842 par quelques pieux prêtres de Pologne et se vouant à l'apostolat des Ruthénes en Galicie, et des Bulgares 1 Père à Yédi-Koulé, un Père et un frère à Makri-Keuï. 7° Franciscains, réformés ou observantins. — fissent en Thrace. Ils s’établirent à Andrinople en 1863. Leur mission comprend trois résidences : Andrinople. Malkoen lout 16 religieux, 10 prêtres et 6 frères convers. Ils Tirnovoet Ak-Bounar; elle compte 12 prêtres et 16 frères ont quatre résidences, deux paroisses : Sainte-Marie convers et possède un collège avec une centaine d’élèves, Drapéris à Péra, la plus populeuse de toutes — elle compte de 7 à 8000 catholiques — qui occupe 7 Pères y compris un petit nombre de séminaristes. Voir Bul­ et 4 frères convers; Saint-Pacifique dans Pile de Pringarie, t. n, col. 1230. 13° Salésiens de dom Bosco, établis à Péra depuis kipo avec un prêtre; une chapelle publique, la chapelle 1904 au nombre de deux; ils ont ouvert un petit inter­ Tubini à Kadi-Keuï, avec un Père et un frère; enfin, le commissariat de Terre-Sainte avec un Père et un nat et se préparent à fonder un institut des arts et mé­ frère. Cette dernière maison n’a rien à démêler avec tiers avec les subsides que doit leur fournir le gouver­ les trois autres. Deux petites écoles à Sainte-Marie età nement italien et le riche héritage que leur a laissé l’ancien délégué, Msr Bonetli. Prinkipo comptent, l'une 30 élèves, l’autre une ving­ taine. 14° Pères de Sion, fondés par Théodore Ratisbonne, établis au nombre de deux à Kadi-Keuï depuis 4903 8° Géorgiens ou serviteurs de l'Immaculée-Conception, fondés en 1861 par le P. Carascirof dans le but comme aumôniers des sœurs du même nom. de travailler à la conversion de leurs compatriotes. La 15“ G recs-calholiques, communauté de pieux ecclé­ maison-mère se trouve à Constantinople, au couvent siastiques, établie à Péra et comprenant quatre membres. de Notre-Dame de Lourdes, à Féri-Keuï; ils sont une L’un d’eux dirige la mission de Malgara en Thrace; ils quinzaine, Pères ou frères, et ont trois résidences : Scu­ ont une petite revue mensuelle, depuis septembre4902, tari, paroisse latine, Notre-Dame de Lourdes, paroisse la Καθολική έπιθεώρησις Κωνσταντινουπόλεως. Le P. Maxi­ mos Malatakés a écrit la meilleure réfutation théolo­ pour les géorgiens et chapelle publique pour les autres gique de l’encyclique patriarcale d’Anthime VII. rites, Papaz-Keupru, école avec 90 élèves. 16“ Frères des écoles chrétiennes. — Arrivés à Con­ 9» Jésuites. — Ils sont Français, de la province de Lyon. Leur mission concerne la conversion des Armé­ stantinople en 1842, ils s’établirent au collège SaintBenoît des lazaristes qui leur ollrirent l'hospitalité. 11 niens ou le maintien dans la foi de ceux qui sont déjà en fut ainsi jusqu’en 1818, où ils ouvrirent une école catholiques; elle date de 4881 et comprend, outre la à eux, dans le quartier de Péra, près du Taxim, tout résidence de Constantinople, les maisons d’Amassia, Sivas, Marsivan, Tokat, Césarée, Adana enfin, qui n'ap­ en continuant à résider à Saint-Benoît. En 1851, ils commencent à former des communautés séparées et, en partient pas au vicariat apostolique de Constantinople. 1854, ils prennent l’école paroissiale de Saint-Pierre. En tout, l'on compte 31 Pères ou frères et 9 écoles de Depuis lors, à travers des vicissitudes diverses, leurs garçons, plus 8 écoles de filles, dirigées par les oblates maisons et leurs œuvres ont prospéré. Aujourd'hui, ils de l'Assomption de Nimes et les sœurs de Saint-Joseph de Lyon. Le nombre total des élèves des deux sexes est ont 9 maisons, un institut commercial, trois collèges, de 3016 élèves; les jésuites sont aumôniers deces deux 9 écoles comprenant en tout 2 197 élèves. Le nombre des frères est de 141. Voici brièvement les résidences : congrégations de sœurs, qui les aident dans leurs six missions arméniennes; ils ont, en outre, bon nombre Kadi-Keuï, 52 frères, institut commercial fondé en 1903 d’auxiliaires indigènes pour les écoles de garçons. et comptant 23 élèves; collège Saint-Joseph, fondé en 10° Lazaristes autrichiens. — Ils ne possèdent qu'une 1863 et comptant 340 élèves; école paroissiale, fondée maison, Saint-Georges à Galata, qui leur fut cédée en en 1878 et comptant 58 élèves. Galata, école paroissiale 1882; les religieux dirigent une école, qui comprend Saint-Pierre, fondée en 1854, 8 frères, 250 élèves, do­ 200 élèves environ, dont prés de la moitié, internes, minicains aumôniers. Péra, demi-pensionnat et externat sont orphelins ou enfants de familles pauvres et nourris Saint-Michel, fondé en 1886, 20 frères, 195 élèves, au­ 1513 CONSTANTINOPLE (ÉGLISE DE) môniers les Pères capucins; école (lu Taxim, fondée en H48, 8 frères, 320 élèves, aumônier un prêtre sécu­ lier. Pancaldi, école paroissiale de la cathédrale, 7 frères, 216 élèves, aumôniers les prêtres de la paroisse. FériKeuï, école f. dée en 1897, 8 frères, '110 élèves. Ces six communautés sont à Constantinople. Salonique, 17 frères, collège Saint-.lean-Baptiste avec 190 élèves, école paroissiale avec 65 élèves. Angora, 9 frères, fon­ dation de 1893, école payante avec 165 élèves, école gra­ tuite avec 85 élèves. Trébizonde, fondation de 1881, 12 frères, école primaire avec 190 élèves. Enfin, n’ou­ blions pas, bien qu’il ne fasse pas partie du vicariat apostolique, le scolasticat de Rhodes comprenant 71 frères, professeurs et élèves, destinés à la province du Levant. 17>> Frères de Ploërmel, fondés par Jean de Lamen­ nais et pris comme auxiliaires depuis 1904 par les augustins de l’Assomption dans leurs écoles. Ils sont présentement dix frères, dont 4 employés à la mission de Brousse, 2 à celle de Zongoul-Dagh, 3 à celle d’EskiChéhir, un à l’école de Ilaïdar-Pacha. Î8° Frères maristes ou petits-frères de Marie, appelés en Orient par le supérieur des lazaristes en septembre 1892, ils ont d’abord résidé au collège de Saint-Benoît. Actuellement, ils ont 8 résidences diverses, dont 6 à Constantinople ou dans la banlieue, soit à leur propre compte, soit pour le compte d’autrui; ils sont 46 en tout, 6 au collège Saint-Benoît et 6 au collège SaintePulchérie, comme auxiliaires des lazaristes, 3 au col­ lège des mékitaristes de Vienne à Pancaldi. 3 à l’exter­ nat des résurrectionistes d’Andrinople. Les maisons â eux sont Scutari, fondation de 1894, 9 frères, école d’enseignement secondaire préparant au baccalauréat moderne, 120 élèves; Makri-Keuï, fondation de 1895, 7 frères, 90 élèves; Bébek sur le Bosphore, fondation de 1896, 4 frères, 60 élèves; Samsoun sur la mer Noire, fondation de 1895, 8 frères, 90 élèves. 19° Carmélites, venues de Blois et établies à FériKeuï, quartier de Constantinople, depuis 1903. 20° .Dominicaines de Mondovi, sœurs italiennes, ont deux maisons, Makri-Keuï et Yédi-Koulé, deux fau­ bourgs de la banlieue européenne de Constantinople, deux écoles, comptant l’une 80, l’autre 90 élèves, et sont au nombre de dix. 21° FUles de la Charité, françaises. — C’est M. Leleu, supérieur des prêtres de la Mission, qui les introduisit en Orient en 1838. Leurs œuvres, qui ont commencé petitement, se sont développés d’une manière extraor­ dinaire; on ne compte aujourd’hui pas moins de 15 mai­ sons et de 197 religieuses. Maison de la Providence, prés du collège Saint-Benoît, berceau de l’œuvre, fon­ dation de 1839 et résidence de la supérieure régionale ou visitatrice, 36 sœurs, externat-ouvroir, catéchuménat, dispensaire, crèche pour 150 enfants; l’externat compte 514 élèves, l’orphelinat 40 filles et garçons. Maison du Taxim, fondation de 1848, 20 sœurs, dispen­ saire, hôpital civil et militaire de la France avec 75 lits, classes et ouvroirs pour les garçonnets et les tilles, 446 élèves, enfants pauvres assistés par le patronage, 120. L’œuvre de l’hôpital et celle des écoles, jadis réunies, sont maintenant distinctes. Saint-Joseph de TchoqourBostan, fondation de 1869 , 27 sœurs, orphelinat de filles 200 élèves, externat 236, pensionnat 25, dispen­ saire. Notre-Dame de la Paix à Chichli, fondation de 1879, grand hôpital, hospices d’incurables et d’aliénés, orphelinat de garçonsSO, école d’apprentissage 100 élèves, • cole de filles 50 élèves, en tout 23 sœurs. Arligiana, hospice pour 70 vieillards, logés dans une série de petites maisonnettes, la direction et l’administration de cette œuvre est laïque, mais le soin des vieillards a été confié à six scrurs de Saint-Vincent de Paul ; elles ont de plus un asile qui compte de 50 à 60 enfants. Hôpital Geremia, ouvert en 1881 et recevant toutes sortes de 1514 malades gratuits et payants, sans distinction de culte, ni de nationalité; il est desservi par 6 sœurs. Hôpital municipal du VI· cercle ou arrondissement, ouvert en 1865 et desservi par 7 sœurs. Scutari, maison fondée en 1859, abandonnée et rouverte en 1883, 4 sœurs, école avec 11 4 élèves, dispensaire; la chapelle des sœurs sert d’église paroissiale. Bébek sur le Bosphore, fondation de 1853, 5 sœurs, école avec 80 élèves, dispensaire; la chapelle sert d’église paroissiale aux Latins et aux Armé­ niens du voisinage. Brousse en Bithynie, fondation de 1857, 10 sœurs, petit hôpital, dispensaire, orphelinat avec30élèves, externat-pensionnat l60élèves. Salonique, fondation de 1855,20 sœurs, hôpital, dispensaire,écoles avec 170 élèves, asile avec 160 filles et garçons. Cala­ mari, quartier de Salonique, 12 sœurs, orphelinat et petit externat. Zeitenlik, œuvre ouverte en 1861 pour les enfants trouvés et devenue maintenant orphelinat pour 40 garçons, 15 sœurs. Koukouche, fondation de 1885, 6 sœurs, dispensaire, orphelinat et petite école. 22° FUles de la Charité, autrichiennes. Elles n’ont qu’une maison à Constantinople, Saint-Georges, qui comprend un dispensaire, deux hôpitaux, l’un pour affections et maladies spéciales, l’autre pour les enfants, enfin un pensionnai externat qui compte 240 élèves; il y a en tout de 18 à 20 sœurs. 23° Franciscaines de Calais, établies à Péra dès 1886, 12 sœurs; elles soignent les malades à domicile, ont quelques pensionnaires âgés et des orphelines, enfin, elles aident dans leurs œuvres les capucins de SaintLouis. 24° Franciscaines de Gémona, près Udine, en Italie, établies en Orient depuis 1872, ont quatre maisons et sont au nombre de 30. Sainte-Élisabeth â Péra, 20 sœurs; école paroissiale gratuite de Sainte-Marie, 70 élèves, pensionnat rue du Drogmanat, 149 élèves. Prinkipo, 4 sœurs, école paroissiale avec 80 élèves. San-Stéfano> 3 sœurs, école paroissiale avec -40 élèves. Dédéagatch, 3 sœurs, école paroissiale avec 30 élèves. 25° Inimaculée-Conception d'ivrée, en Italie, vulgai­ rement dites sœurs d’ivrée, siège de la maison-mère. Introduites à Constantinople en 1869, elles y ont trois établissements et sont 35 en tout. Péra, école parois­ siale de Saint-Antoine, 14 sœurs avec plus de 300 élèves; hôpital italien fort ancien et qui fut tenu par les filles de la Charité jusqu’en 1869, 14 sœurs; Beuyuk-Déré sur le Bosphore, 7 sœurs, école paroissiale avec 90 élèves. 26“ Inimaculée-Conception de Lourdes, vulgairement dites sœurs de Lourdes, fondées en 1863 et, ayant pour but l’adoration perpétuelle du très saint sacrement et le soin des malades â domicile. Elles possèdent une mai­ son à Kadi-Keuï depuis 1895 et sont au nombre de 14. 27° Oblales de l’Assomption, dirigées par les augustins de l’Assomption et destinées surtout à les aider dans leurs missions d’Orient. Au nombre de 125, elles possèdent actuellement 10 maisons, cinq en Europe et cinq en Asie-Mineure, 2 hôpitaux, un postulat et un noviciat indigènes, 8 dispensaires et 8 écoles avec 1070 élèves. Voici les maisons : Kadi-Keuï ou Chalcédoine, 3 sœurs chargées depuis 1905 de l’hôpital Chiflia. Ilaïdar-Pacha, quartier de Kadi-Keuï, fondation de 1895, 20 sœurs, dispensaire, école avec 360 élèves. Ismidt ou Nicornédie, fondation de 1891, 9 sœurs, dispensaire, école avec 75 élèves. Eski-Chéhir ou Dorylée, fondation de 1891, 10 sœurs, dispensaire, école avec 86 élèves. Phanaraki, près de Kadi-Keuï, fondation de 1886, 20 sœurs, noviciat indigène, dispensaire, école avec 64 élèves. Koum-Kapou. quartier de Constantinople, fondation de 1882, 25 sœurs, dispensaire, école avec 240 élèves. Moslratli, près Andrinople, 3 sœurs, œuvre bulgare. Kara-Agatch près Andrinople, 17 sœurs, dis­ pensaire, externat avec HO élèves, postulat indigène pour le recrutement des religieuses comptant de 25 à 30 jeunes filles. Andrinople, deux maisons : extern.: 1515 CONSTANTINOPLE (EGLISE DE) Sainte-Hélène»8sœurs, dispensaire, école avec 115élèves; hôpital tenu par 1U sœurs, qui ont encore une petite école de 25 à 30 élèves. 28° Oblates de ΓAssomption de Nîmes, branche sé­ parée de la précédente, auxiliaires des jésuites depuis 1889 dans leur mission de la Petite-Arménie. Elles ont trois maisons et sont au nombre de 15, dont 5 à Marsivan, 6 à Tokat et 4 à Amassia, où elles tiennent des dispensaires et des écoles très fréquentées, parfois par 300 élèves, comme à Tokat. 29° Petites-Sœurs des pauvres, établies à Constan­ tinople depuis 1891, à Féri-Keuï, où elles hospitalisent 122 vieillards; elles sont une dizaine de religieuses. 30® Sœurs de Saint-Joseph de VApparition, établies à Trébizonde, où elles dirigent un pensionnat de 150 élèves, et à Samsoun, où leur école primaire compte 120 élèves. 31° Sœurs de Saint Joseph de Lyon, prises par les jésuites comme auxiliaires dans leur mission de la Petite-Arménie; elles ont deux maisons à Sivas et à Césarée, sont de 18 à 20 sœurs, possèdent deux écoles et un orphelinat. 32° Sœurs de Notre-Dame de Sion, fondées par le P. Ratisbonne, ont deux maisons à Constantinople, l’une à Pancaldi près de la cathédrale, depuis 1857, l’autre à Kadi-Keuï, depuis 1863. Elles sont environ 120 religieuses, dont 70 pour Pancaldi et 50 pour KadiKeuï ; plus de la moitié sont des sœurs converses, em­ ployées au service de la maison. A Pancaldi, les sœurs tiennent un pensionnat qui compte environ 300 élèves. C’est le premier de tout I’Orient; leur école parois­ siale a 180 élèves. Λ Kadi-Keuï, le pensionnat compte 130 élèves, l’école paroissiale une cinquantaine. 33° Sœurs géorgiennes, ont deux établissements, l’un à Féri-Keuï, l'auIre aux Dardanelles, où elles tiennent l’école paroissiale. 34° Sœurs résurreclionnistes, au nombre de 5. tiennent l’école de Malko-Tirnovo avec 85 élèves, près d’Andrinople, A côté de l’œuvre de ces congrégations, en grande majorité françaises, signalons diverses œuvres laïques, comme les six conférences de Saint-Vincent de Paul à Constantinople, établies toutes les six dans des commu­ nautés françaises, l’association helléno-catholique de la Sympnia, l’association tinio-catholique, Vassociations artigiana di pietà, l’association des dames de Péra, l’association des dames de Galata. l’association des dames du Taxim, l’association des demoiselles de la crèche, le patronage des enfants pauvres, etc., etc., et l’on se rendra compte que, pour être tard venu et peu répandu encore, le catholicisme n’en a pas moins une vie des plus intenses. A. Beiin, Histoire de la latinité de Constantinople, 2· édit., Paria, 1894: J.-B. Piolet, Les missions catholiques françaises au xix· siècle, Paris, t. i; Hilaire de Barenton, La France ca­ tholique en Orient, Paris, 1902; Almanach à l'usaqe des fa­ milles catholiques de Constantinople, 6 in-8·, Constantinople, 1901-1906; P. Michel, Les missions latines en Orient, dans la Revue de I'Orient chrétien, Paris, 1896, t. r, p. 88-123; n. 2, p. 91-136, 379-395; t. ir, p. 94-119, 176-218; divers articles du P. Palmieri dans le Bessarione, t. i, p. 248-252, 822-828, 709726; t. n, p. 181-193; t. ni, p. 405-416; t. iv, p. 413-4*24; t. v, p. 331-343; L vm et ix, p. 492-520, 128-143; 156-160, 392; nouvelle série, t. I, p. 107-117; t. n, p. 354 sq. ; t. iv, p. 41-53; A. Palmieri, L'associazione commerciale italiana di pietà in Coslantinopoli, 1837-1902. Bibliographie générale. — Comme un grand nombre d’ou­ vrages »>nt été cités au cours de l’exposition historique, il ne sera donné ici que de brèves indications. 1· Histoire politique et religieuse. — Tillemont, Histoire des empereurs et des autres princes, qui ont régné durant les six premiers siècles de l’Eglise, 6 in-fol., Bruxelles, 1692; Du Cange, Historia byzantina duplici commentario illustrata, Paris, 1680, ouvrage capital comprenant deux parties : Famihæ i ' I ; l i ! I ' 1 ] 1516 augustæ byzantina· seu stemmata imperatorum Constantinopolitanorum ; Constantinopolis Christiana seu descriptio urbis Constantinopolitanæ, qualis extitit sub imperatoribus Christianis ; V. Cousin. Histoire de Constantinople depuis Jus­ tin jusqu’à la [In de l'empire, 8 vol., Paris. 1671-1674; Ch. Lebeau, Histoire du Bas-Empire. 30 vol., Paris. 1757-1784, la meilleure édition est celle qu’a annotée Saint-Martin, Paris, 1824-1836; E. Gibbon, History of the decline and fall of the Roman empire, 6 vol., Londres, 1776-1778; la meilleure édition est celle qu’a publiée J. B. Bury à Londres, à partir de 1896; G. Finlay el Tozer. A history of Grece from its conquest by the Romans to the present time (B. C. 146 to A. D, 1864), 7 vol., Oxford, 1877; K. Hopf, Geschichte Griechenlands vom Begitm des Mittelalters bis auf unsere Zeil, 395-1821, ouvrage important, enseveli dans ΓEncyclopédie de Ersch et Gruber, 1'· section,Leipzig, 1867-1868, t. lxxxv, lxxxvi; Fr. Hertzberg, Geschichte Griechenlands seit dem Absterben des antiken Lebens bis zur Gegenwart, Gotha, 1876-1878; Geschichte der By· zantiner und des osmanischen Reiches bis gegen Ends des 16 Jahrhunderts, Berlin, 1883, dans la collection de Oncken; il vaut mieux prendre la traduction russe considérablement augmentée de Bezobrazov, Moscou. 1897 ; Lavisse et Hambaud, Histoire géné­ rale du iv* siècle à nos jours, Paris. 1893-1894, t. I. p. 161-203, 625-687; t. il, p. 798-S83; t. m, p. 789-868; H. Gelzer, Abriss der byzantinischen Kaisergeschichte, dans la Geschichte der byzantinischen [atteratur, de M. Krumbacher, 2' édit., Mu­ nich, 1897, p. 911-1067; Sp. Lambros, Ιστορία της ’Ελλάδος, 3 vol., Athènes, 1888-1892, va jusqu a l’impératrice Irène; K. Paparrigopoulos, Ιστορία το5 ίλληκαοδ tû-.ους, Athènes, 1887-1888; 2· édit., 5 vol., en français, Histoire de la civilisation hellé­ nique, Paris, 1878; A. Ephlaliotès, Ιστορία TiJ; Ρω-ν.οσύνης, Athènes, 1901,1.1, va jusqu’à l'empereur Justinien; D. Hesseling, Byzantium (en flamand), Haarben, 1902, histoire politique de 325 à 1453 et surtout histoire littéraire; Gfrôrer, Byzantinische Geschichten, 3 vol., Graz, 1872-1877; J. B. Bury, A history of the later Roman empire (395-800), Londres, 1889; A. Both, Ges­ chichte des byzantinischen Reiches, Leipzig, 1904. ainsi que l’ouvrage memento, de Von Scala, Das Griechentum seit Alexander dem Grossen, Leipzig, 1904 ; L. Bréhier. L'Église et I’Orient au moyen âge. Les croisades, Paris, 1907. 2* Monographies des empereurs. — Elles commencent à deven’r assez nombreuses; mentionnons, parmi celles qui ont de la valeur, et pour ne commencer qu’à la mort de Théodose le Grand : A. Güldenspenning, Geschichte des ostromise hen Reiches unter den Kaisem Arcadius und Theodosius II, Halle, 1881; W. Barlh, Kaiser Zeno, Bâle, 1894; A. Hose. Anastasius I, Halle, 1882; Die byz. hirchenpolitik unter Kaiser Anastasius I, Wohlau, 1888; Knecht, Die Religionspolitik K. Justinions, Berlin. 1902; Ch. Diehl, Justinien et la civilisation byzantine au ri* siècle, Paris, 1901; K. Groh, Geschichtedes ostrümischen Kaisers Justin II, Leipzig, 1889, très superficiel; L. Drapeyron, Héraclius, Paris, 1869; Tr. Évanghelidès, ΉράxXuoç ό αύτοχράτωρ τοδ Βυζαντίου χαι ή χατά τον ζ’μ. χ. αίωνα χατάστασι; τοδ Βυζαντιαχοδ χρατόυς, Odessa, 1903; A. Pernice, L'imperar tore Eraclio, Florence, 1905; K. Schenk, Kaiser Leo III, Halle, 1885; Kaisers Leo III Walten ini Innem, dans la Byzant. Zeitschrift, 1896, t. v, p. 257-301; Fr. Schlosser, Geschichte der bilderstürmenden Kaiser des ostrômischen Reiches, Franc­ fort, 1812; A. Lombard. Études byzantines. Constantin V, empereur des Romains, Paris. 1902; O. Harnack. Das Karolingische und das byzant. Reich, Gœttingue, 1880; M‘r Du­ chesne, Les premiers temps de l’État pontifical, Paris, 1898; Gasquet, L'empire byzantin et la monarchie franque, Paris, 1888; A. Kleinklausz. L'empire carolingien, ses origines et sa transformation, Paris, 1902; A. Vasiliev, Byzance et les Arabes (en russe), 2 vol., Saint-Pétersbourg. 1900-1902; Brooks. The Arabs in Asia Minor, dans Journal of hell. Studies, 1898; The campaigns of 716-718 from Arab sources, ibid., 1899; Byzantium and Arabs in the time of the early Abbassides, dans Engl. hist. Review, 1900-1901; Wellhausen. Die Kampfe der Araber mit den Romseern in der Zeit der Umaijiden, Gœttingue, 1901 ; N. Popov. L’empereur Léon VI le Sage et son gouvernement au point de vue de I'histoire de l’Église (en russe), Moscou, 1892; A. Hambaud, L’empire grec au x* siècle, Constantin Porphyrogénète, Paris, 1870; K. Léonhardt, Kaiser Nicéphorus H Phocas und die Hamdaniden, 960 bis 969, Halle, 1887; C. Schlumberger, Nicéphore Phocas, Paris, 1890; L'épopée byzantine : Jean Tzimiscès et les jeunes an­ nées de Basile II, Paris, 1896; Basile II, le tueur de Bulgares, Paris, 1900; Les porphyrogénètes Zoé et Théodora, 3 in-8·, Paris, 1905; H. Madler, Theodora, Michael Stratiotikos, Isaac Comnenos, Plauen, 1894; Fr. Wilken, Rerum ab Alexio I, Joanne et Manuele Comnenis gestarum libri IV, Heidelberg^ 1517 CONSTANTINOPLE (ÉGLISE DE) 1518 der erste und die byzant. Staats-Kirche seiner Zeit, Berlin, 1811; F. Chnlandon, Essai sur le règne d’Alexis Comnéne, 1857; L. Maimbourg, Histoire du schisme des Grecs, 2 vol.. Paris, 1900; V. Vasilievskij, Épisodes de l’histoire de Byzance Paris, 1677; L. Tosti, Storia dell' origine dello scisma greco, au xif siècle (en russe), dans le Slav. Sbornik, 1875-1876; Hans 2 in-12, Florence. 1856; J. G. Pilzipios, L’Eglise orientale. von Kap-Herr, Die abendlàndlische Politik Kaiser Manuels, Exposé historique de sa séparation el de sa réunion avec Strasbourg, 1881 ; Fr. Wilken, Andronicus Comnenas, dans Borne, Rome, 1855; A. Pichler, Geschichte der kirchlichen Haumers histor. Taschenbuch, 1831, t. n, p. 431-545; Th. Trennung zwischen Orient und Occident, 2 vol., Munich, Ouspenskij. Alexis II et Andronic Comnéne (en russe), dans 1864-1865; les tendances étatistes et séparatistes de cet ouvrage, le Journal du ministère de l'instruction publique, Saint-Péters­ excellent d’ailleurs, sont à corriger par le Photius du cardinal bourg, 1880, p. 95-130; 1881, p. 52-85; W. Norden, Der vierte Hergenrother; K. Demetracopoulos, 'Ιστορία του σχίσματος Kreuzzug im Bahmen der Beziehungen des Abendlandes zu λατινικής ίχχλησίας άπο τής όρθοδόςου ίλληνιχής, Leipzig, 1867 ; Byzanz, Berlin, 1898; A. Gruhn. Die byzantinische Politik K. Kalozimès, Ό παπισμός καί ή ορθόδοξος άνατολική έχχλησία, zur Zeit der Kreuzzüge, Berlin, 1904; E. Gerland, Geschichte Leipzig, 1887; K. Vlastos, Δοκίμων ιστορικόν πιρι το5 σχίσματος τής des latein.Kaiserreiches von Constantinapel, 1204-1210, Ham­ δυτικής ίχχλησίας άπο τής ορθοδόξου άνατολής, Athènes. 1896; L. Bré­ bourg, 1904, brève esquisse et prélude d’un travail ultérieur; hier, Le schisme orientaldu xr siècle, Paris,1899. étudie l’œuvre Miliarakês, Ιστορία το0 Βασιλιίου τής Νιχαίας, Athènes, 1898; de .Michel Cérulaire; N. Souvorov, Le pape byzantin, Moscou, E. Stamatiadès, ’Ιστορία τής άλώσιως του Βυζαντίου υπό τ~ν Φράγχων 1902, ouvrage russe consacré au patriarche Michel Cérulaire; καί τής αυτόθι ίςουσίας αύτδν, 1204-1261, Athènes. 1865; J. Krause, W. Norden, Das Papsttum und Byzanz. Die Trennung der Die Eroberungen von Konstantinopel im 13 und 15 Jahrhun­ beiden Machte und das Problem ihrer Wiederuereinigung dert, Halle, 1870; P. Kalligas, Μιλίται βυζαντινής ιστορίας 4πό τής bis zum Untergang des byzant. Beiehes, Berlin, 1903, va de πρώτης της τιλιυταίας άλώσιως, 1205-1453, Athènes, 1894; 1054 à 1453, mais étudie surtout les rapports des deux Églises Ph. Fallmerayer, Geschichtedes Kaisertums Trapezunt, Munich, au xir et au xin· siècle; Skabalanovic, L'État byzantin et 1827 ; Tr. Evanghelidês, Ιστορία της Τραπιζούντος από τίν άρχαιοτατων l'Église au xr siècle (en russe), Saint-Pétersbourg, 1884; Arséχρονίν μίχρι τής χαΟ’ήμάς, Odessa, 1898; V. Parisot, Cantacuzène, nij, Bapports des Églises latine et grecque â l’époque des croi­ homme d’État et historien, Paris, 1845; G. Kohler. Die Schlachsades (en russe), dans le Journal du ministère de l’instruction ten von Nicopolis und Warna, Breslau, 1882: F. Delaville le publique, 1867, t. cxxxiri, p. 499-534: R. Stamper, Papst Jo­ Roux, La France en Orient au xiv· siècle, 2 vol., Paris. 1886; A. Wachter, Der Verfall des Griechentums in Kleinasien im hannes XXI, Munster, 1888, on y traite, p. 80-90, des tentatives d’union avec les Grecs, voir aussi p. 115-122; A. Theiner et xiv Jahrhundert, Leipzig, 1903; N. lorga. Notes et extraits F. Miklosich, Monumenta spectantia ad unionem Ecclesiarum pour servir à l'histoire des croisades au xv* siècle, 3 in-8·, Paris, 1899-1902; E. Pears, The fall of Constantinople being grœcæ et romane, Vienne. 1872. contient quatorze pièces, dont la première est de 1124 et la dernière d’août 1582; L. Delisle me story of the fourth Crusade, Londres, 1885; The destruc­ examine divers projets d’union entre les années 1261 et 1278 tion of the greek empire and the story of the capture of dans les Notices et extraits des manuscrits, Paris, 1879, Constantinople by the Turks, Londres, lu03; Neumann, Die Weltstellung des byzant. Reiches vor den Kreuzzügen, Leip­ t. xxvn, II· partie, p. 87-167; J. Draseke, Der Kircheneinizig, 1894; Berger de Xivrey, Manuel If Paléologue, Paris, 1853, gungsversuch des Kaisers Michael VIII Paleologos, dans Zeit­ dans les Mémoires de l’institut de France, t. xix, p. 1-201; schrift für wissensch. Théologie, 1891, t. xxxiv, p. 325-355; E. Vlasto, Les dentiers jours de Constantinople en 1453, Paris, H. Omont, Projets de réunion des Eglises grecque et latine 1883; on peut y joindre W. Hidden Hutton, Constantinople, sous Charles le Bel en 1327, dans la Bibliothèque de l'école des chartes, 1892, p. 254-257 : J. Gay, Le pape Clément VI et The story of the old capital of the empire, Londres, 1900. 3· Histoire de VÉglise. — Pour les évêques et les patriarches les affaires d’Orient, 1342-1352, Paris, 1904; N. Kalogéras traite de Byzance, voir la bibliographie très détaillée, donnée plus haut. de la question de l’union au concile de Bâle, de 1433 à 1437 dans En outre, A. Athanasiadès, Die Begrùndung des orthodoxen la Bevue internationale de théologie, Berne. 1895, t. i, p. 39Staates durch Kaiser Theodosius den Grossen, Leipzig, 1902; 57; J. Haller, Concilium Basiliense. Studien und Quellen zur G. Krüger, Monophysistische Streitigkeiten im ZusammenGeschichte des Konzils von Basel, Bâle, 1896; J. Zhisman, Die hange mit der Beichspolitik, léna, 1894; G. Pfannmüller, Die Gnionsverhandlungen zwischen der orient, und romischen kirchliche Gesetzgebung Justinians, Berlin, 1902; M»' Du­ Kirche seit dem An fange des xv Jahrhunderts bis zum Conchesne, Vigile et Pélage, dans la Revue des questions histo­ cil von Ferrara, Vienne. 1858; H. Vast, Le cardinal Bessarion, riques, 1884; Fr. Diekamp, Die origenistischen Streitigkeiten Paris, 1878; sur le concile de Florence, voir la bibliographie dé­ im vi Jahrhundert, Munster, 1899; Loofs, Das Lcben und die taillée dans la Geschichte der byzantinischen Litteratur de Werke des Leontius von Byzanz, Leipzig, 1887; Rügamer, M. Krumbacher, 2* édit., Munich, p. 1092; .1. Draseke, Zum KirLeontius von Byzanz, Wurzbourg, 1894; S. Vailhé, Suphrone cheneinigungsversuch des J u hres 1439, dans la Byzantinische le sophiste et Sophrone le patriarche, extrait de la Bevue de Zeitschrift, 1896, t. v, p. 572-586; Carra de Vaux, Les souvenirs l'Orient chrétien, 1902, concernant le monothélisme ; K. Schwarzdu concile de Florence, dans la Revue de l’Orient chrétien, lose. Der Bilderstreit. Gotha, 1890; L. Bréhier, La querelle t. il, p. 69-93; A. Diamantopoulos. Μάρκος ό Εύγινιχος χαΐ ή ίν Φλοριντία σύνοδος, Athènes, 1899; A. Lébédev, Histoire de l’Église des images, Paris, 1904; W. Vasilievskij, La législation icono­ claste (en russe), dans le Journal du ministère de l’instruction gréco-orientale sous la domination turque de 1453 à nos publique, Saint-Pétersbourg, 1878; sur la dernière période jours (en russe), 2 in-8·, Sergiev-Posad, 1896; D. Kyriakos, iconoclaste voir Thomas. Theodor von Stoudion, Osnabrück, , ΈχχΛησιαστιχη Ιστορία άπο τής ίδρύσιως τής Ιχχλησίας μίχρι τ«ν χαό’ήμάς 1902; C. Schneider, Der heilige Theodor von Stoudion, ; χρόνων, 3 in-8·, Athènes. 1898, la partie la plus intéressante en a Munster, 1900; E. Marin, Saint Théodore, Paris, 1906; J. Par- | été extraite dans une traduction allemande par E. Rausch, Ges­ goire, Saint Théophane le chronographe et ses rapports avec chichte der orientalischen Kirchen von 1453-1898. Leipzig, 1902; saint Théodore Studite, dans la Viz. Vremennik, Saint-Péters­ Rausch, Kirche und Kirchen im Lichte griechischer Forsbourg, t. IX, p. 31-102; A. Tougard, La persécution iconoclaste chung, Leipzig, 1903, ouvrage qui complète le précédent; voir d'après la correspondance de saint Théodore Studite, Paris, aussi H. Geizer, Geistliches und Weltliches aus dem Orient, 1891; S. Vailhé, Saint-Michel le Syncelle et les deux frères Leipzig, 1900; K. Beth, Die orientalische Christenheit der Grapti, dans la Bevue de l'Orient chrétien, t. vi, p. 313-333, Miltelmeerlander, Berlin, 1902; J. Aymon, Monumens authen­ 610-642, et toute une série d’études particulières du P. Pargoire tiques de la religion des Grecs et de la fausseté de plusieurs sur des saints de cette période dans les Échos d’Orient, Paris, confessions de foi des chrétiens orientaux, La Haye, 1708; il t. iv, p. 75-80, 164-170, 347-356; t. V, p. 157-161·, t. vi, p. 126s’agit de l’époque de Cyrille Lucar; Tri vier, Cyrille Lucar, 131, 183-191, 207-212; Th. Ouspenskij, Esquisses pour l'his­ Paris, 1877; E. Osvianikov, Cyrille Lucaris et sa lutte avec la toire de la civilisation byzantine, Saint-Pétersbourg, 1892, a propagande romaine catholique en Orient (en russe), Novottrait au concile de 843 qui rétablit le culte des images ; A. Lébécherkassk, 1903; G. Poletto, Il beato cardin. Gregorio Barba· dev. Histoire de la séparation des Églises aux i.r-xr siècles, rigo e la riunione delle Chiese orientali alla romana, dans Moscou. 1900: Esquisse de Fétat de l’Église byzantine de la Bessarione, nouvelle série, t. 1, p. 14-31, 176-196; N. Marini, fin du xi· au milieu du xv* siècle, Moscou, 1902; ces deux Un tentativo d'unione delle Chiese orientali dissidenti da ouvrages sont en russe; A. Lapôtre, L’Europe et le saintparte di un prete byzantine nel secolo xvn, ibid., t. iv, siège à l'époque carolingienne, Paris, 1895, t. I, p. 30-90; p. 405-412; t. v, p. 115-149; Documenti e note sulla politica Temoskij, L’Église grecque à l'époque des concilés œcumé­ orientale dei papi, 1899, t. v, p. 238-258, 489-510; G. Papado­ niques (en russe), Kiev, 1883; J. Pargoire, L’Église byzantine, poulos, Ή σύγχρονος ΐιραρχία τής όρβοδόςου ανατολικής 'Εκκλησίας. de 527 à 847, Paris, 1905 ; Jager, Histoire de Photius, Louvain, Athènes, 1905, t. ι, le seul paru, dithyrambe en l’honneur de l’épiscopat actuel; I. Sokolov, L'Église de Constantinople au 1845; J. Hergenrother, Photius, 3 in-8*. Batisbonne, 1867-1869; cet ouvrage est en réalité l'histoire de l’Église byzantine depuis xix· siècle, Saint-Pétersbourg, t. I, le travail le plus sérieux en­ trepris jusqu’ici et qui contient l’histoire extérieure de l’ÉgUse. ses origines jusqu'au xi· siècle; H. Lammer, Papst Nicolaus 1519 CONSTANTINOPLE (ÉGLISE) — CONSTITUTIONS APOSTOLIQUES 1520 la vie et les œuvres des patriarches grecs, enfin l’organisation ’ CONSTANTIOS Ier, patriarche de Constantinople» intérieure du patriarcat: A. Lopoukhine, Histoire de l’Église naquit dans celle ville en 1770. 11 lit ses éludes à Con­ chrétienne au xtx· siècle (en russe), Saint-Pétersbourg, 1901, stantinople et à Jassy, et en 1789, par l’entremise du t. i, p. 1-216; enfin, trois ouvrages récents de l'archimandrite général Romantzov, qui avail occupé la Roumanie avec Callinique Délicanès, sur les rapports du patriarcat œcuménique une année russe, il fut envoyé à ΓAcadémie de Kiev. avec les couvents du mont Athos, de 1630 à 1863, Πιριγφαφιχδς Ses éludes de théologie achevées, il rentra dans sa ville κατάλογο; tSv Iv το*; χώδιςι... έχχλησια<ττιχ<5ν ίγγφάφων rsot τ»ν {·/ Αθω natale en 1790, et en 1795 il se rendit au monastère du μονδν, 1630-1863, Constantinople, 1902; avec les Églises d’Alexan­ mont Sinaï, où il fut consacré hiéromoine en 1797. En drie, Antioche, Jérusalem et Chypre, de 1575 à 1863, Tà b τοΐς χώδιςι... ΐχχλζ,σ:αστιχά ιγγραφα τά άφορίντα it; τάς σχίσιι; το3 οιχ. χατρι1805, il fut élevé au siège archiépiscopal du mont Sinaï, αφχιίου πρό; τάς ίχχλησϊας ’Λλιξανδριία;, ’Αντιόχειας, Ιεροσολύμων χαι et six années durant, il résida au rnetochion de son Κύπρου, Constantinople, 1904 ; avec les autres Eglises autocépliales, monastère â Chypre. En 1830, il devint patriarche de Τά iv τοίς χ<ΰ$:ς:..... ”{Ας τάς ίχχλησίας Ρωσσίας..., Constantinople, Constantinople el se distingua par son zèle pour l’in­ 1905. Pour l’autorité religieuse des basileis, E. Beurlier, Sur struction et le progrès littéraire de ses sujets. En 1834, les vestiges du culte impérial à Byzance, dans la Revue des à la suite d’accusations portées contre lui à la Sublimequestions historiques, 1892, t. Ll, p. 5-56; A. Gasquet, L’auto­ Porte, il fut déposé, et se relira à l’ilot d’Anligoni, où rité impériale en matière religieuse à Byzance, Paris, 1879; H. Gelzer, Das Verhâltnis von Staat und Kirche in Byzanz, il mourut le 5 janvier 1859. Il a écrit deux ouvrages dans Historische Zeitschrift, nouv. série, 1901, t. L, p. 195d’archéologie et d’histoire sur Constantinople et Alexan­ 252. drie et plusieurs ouvrages théologiques dont voici la 4· Géographie ecclésiastique. — En dehors des ouvrages de liste : 1° Υπόμνημα περί της τών Αρμενίων μετά της M. Gelzer, qui ont été cités plusieurs fois au cours de l’article, Άνατολικτς ’Ορθοδόξου ’Εκκλησίας ασυμφωνίας, Con­ et du grand travail deLequien, Oriens Christianus, si universel­ stantinople, 1850 ; 2° Συνοπτική διατριβή περί τού πότε, lement connu, il n’y a pas d’ouvrage d’ensemble et récent sur ce sujet. Comme études particulières, citons K. Lübeck, Reichseinπώς καί ποιώ τρόπω κατά διαφόρους έποχας ήρξαντο teilung und kirchliche Hiérarchie des Orients bis zum Ausάποστέλλειν οί Πάπαι τούς Μισσιοναρίους εις την ’Ανατο­ gange des vierten Jahrhunderts, Munster, 1901 ; H. Gelzer, λήν πράς διάδοσιν τής ΙΙαπικής λύμης, ρ. 169-177; Die Genesis der byzantinischen Themenverfassung, Leipzig, 3° Σύντομος άπάντησις προς τας έξ άμάξης ανερυθρίαστους 1899; Pergamon unter Byzantinern und Osmanen, Berlin, κα\ έκτόπους κατά τε τής ανατολικής ’Ορθοδόξου ’Εκκλη­ 1903; P. Leporskij, Histoire de l'exarchat de Thessalonique σίας και τού γένους ημών λοιδορίας και ύβρεις τού λεγο­ jusqu'au moment de sa réunion avec le patriarcat de Con­ μένου ’Αρχιεπισκόπου Πέτρας Ίουλιανού Μαρία Ίλλερώ, stantinople (en russe), Saint-Pétersbourg, 1901 ; A. Wachter, Der Verfall des Griechentums in Kleinasien im iéJahrhunAthènes, 1844 ; 4° Άπάντησις τής ορθοδόξου Ανατολικής dert, Leipzig, 1903; W. Ramsay, The cities and bishopries of ’Εκκλησίας εις τήν άρτίως πεμφΟεισαν προς τούς ’Ανατο­ Phrygia, 2 vol., Oxford, 1897; H. Gelzer, Der Patriarchal von λικούς ’Εγκύκλιον επιστολήν τού Μ. Πάπα τής ’Ρώμης Achrida, Leipzig, 1902, ouvrage capital pour les diocèses de II ίου τού Έννάτου, Constantinople. 1848; 5° Άπάντησις Macédoine; les évêques de Serrés, dans la Byzant. Zeitschrift, κατά τού ζητήματος τού κ. Ευγενίου Boré περί τών έν 1894, t. in, p. 262-276; les évêques de Mélénic, dans la ΈχχληΜεροσολύμοις άγίωντόπων, Constantinople, 1851; 6° Περί σιαστιχή άλήθε·.α, t. xu. p. 143, 151; les évcques de Janina τών μετά τήν άλωσιν έκ τού κλήρου αρετή και παιδία de 879 à 1889, dans la Νιολόγου ίβδομ* ΙπιΟιώρησις, 1893, t. π, p. 864-866; Viz. Vremennik, Saint-Pétersbourg, t. i, διαπρεψάντων, ρ. 144-163. Ces écrits ont été réunis par p. 742 ; les évêques de Larissa, de 525 à 1895, mais sans aucune Théodore Arisloclès sous le titre suivant: Κωνσταντίου indication de sources, ibid., t. ni, p. 1033; les évêques de KéraΑ’τούάπο Συναίου ’Αοιδίμου πατρίαρχου Κωνσταντινου­ sonte, de 43! à 1613, ibid., t. n, p. 221-224, 266-269, 290 sq. ; πόλεως τού Βυζαντίου συγγραφαί ελασσόνες εκκλησιαστικά! Viz. Vremennik, t. i, p. 742; les évêques de Proconnèse se και φιλολογικά!, καί τινες έπιστολα'ι τού αύτού, Constan­ trouvent dans l’ouvrage de M. Gédéon, ΓΙροιχάνηςσος, Constanti­ tinople, 1886. nople, 1895. Les Échos (TOrient contiennent toute une série Βιογραφία Κωνσταντίου λ’ par Th. Aristoclès, en tète de l’édition d’articles sur ce sujet: Les premier's évêques de Chalcédoine des —υγγφαφαι ελάσσονις, p. 1-77 ; Sathas, Νιοίλληνιχή φιλολογία, (jusqu’en 451), t. m, p. 85-91, 204-209; t. iv, 21-30,104-113; Les Athènes, 1868, p. 741-744 ; Gédéon, Πατριαρχικοί κίναχις, Constan­ évêques de Philippes, t. ni, p. 262-272; Les Pères de Nicée et tinople, 1890, p. 679-682; Bazili, Otcherki Konstantinopoliia, Lequien, t. iv, p. 92sq.; Les évêques de Thessalonique, t. iv, Saint-Pétersbourg, 1835, t. n, p. 152-153 ; Lébédev, Istoria grep. 136-145, 212-221 ; t. v, p. 26-33, 90-97, 150-161 212-22! ; t. VI, kuvostotchuoi tzerkai pod vlastiu Turok, Saint-Pétersbourg. p. 292-298; Les évêques de Skiâthos et Skopélos, t. VI, p. 3861896, t. i, p. 241-243; Sokolov, Konstantinopolskaia tzerkov v 389 ; Les évêques de Pergame, t. vu, p. 123; Les métropolites xix viekic, 1904, t. 1, p. 224-231, 522-537. d'Éphèse au xnr siècle, t. vin, p. 286-290; Les évêques de A. Palmieri. Patras, t. vu, p. 103-107. Les évêques de Stroumitza sont dans Le monastère de Notre-Dame de Pitié en Macédoine, Sofia, CONSTITUTIONS APOSTOLIQUES. Elles sont 1900, p. 94-101. Sur le projet de rééditer l’Oriens Christianus intitulées: Διαταγαί τών αγίων αποστόλων δια Κλήμεντος de Lequien, en le refondant de fond en comble, voir l’article des τού Ρωμαίων επισκόπου τε και πολίτου, ή καθολική διδασ­ Échos d'Orient, t. ni, p. 326-333. Un prélat grec, M«' Anthime καλία. Elles sont divisées en huit livres et contiennent Alexoudis, métropolite d’Amasée, a dressé des listes pour un les matières d'un cours complet de droit canon ou, fort grand nombre de sièges épiscopaux dans Γ’Ανατολιχός άστήρ, comme saint Épiphane le disait d’une de leurs parties, revue défunte de Constantinople, 1890-1891, t. xxx, et dans le « elles renferment toute la discipline canonique. » Hær., Νιόλογος, journal grec de Constantinople, mais ses catalogues ne comprenant qu’une nomenclature de noms propres, sans indica­ lxx, 10, cité P. G., t. i, col. 544. Toutes les références tion d’aucune source, n’ont à peu près aucune utilité. C’est, du de cet article sont faites â l’édition de la P. G., t. i, reste, sur le même patron que sont taillés les autres catalogues col. 556-1156, par la simple indication de la colonne. des Grecs modernes, que j’omets à dessein. Quand le texte présentera des difficultés, nous renver­ 5· Théologie et auteurs ecclésiastiques. — On trouvera sur rons aussi â la magistrale édition de F. X. Funk, Dieux et sur leurs ouvrages des renseignements dans les diverses dascalia el consliluliones apostolorum, 2 in-8°, Pader­ patrologies, pour la période antérieure à Justinien jusqu’en 1453 ; born, 1906. Nous citerons souvent encore l’ouvrage voir le volume de M. Krumbacher, Grschichte der byzantinis­ chen Litteratur, 2* édit., Munich, 1897; Fabricius, Bibliotheca fondamental du même auteur. Die apostolischen Kongrxea, 14 vol., Hambourg. 1712-1728. De 1453 à nos jours, slilulionen, eine lilterar-historische Un tersuc hung, Ph. Meyer, Die theologische Litteratur der griechischen Rottenbourg, 1891, par le seul nom de l’auteur, suivi de Kirehe im 16 Jahrhundert, Leipzig, 1899; E. Legrand, Biblio­ la page. graphie hellénique aux xv* et xvr siècles, 3 in-8·, Paris, 1885Les Constitutions apostoliques ne forment pas un tout 19·‘3; Bd biographie hellénique au xvu* siècle, 5 in-8·, Paris, homogène. Les six premiers livres sont un remaniement 1894-1963; Vrétos, λ’ιοιλλτ,»:χτ, Φιλολογία, 2 vol., Athènes, 1854de la Didascalie; le 1. VII commence par un remanie­ 1857; K. Sathas, Νιοιλλη.ιχή Φιλολογία, Athènes, 1868; A. Demetracopoulos, Ότίοίοςο; ’Ελλάς. Leipzig, 1868; Έχχλησιαστιχή βιment de la Didachè et se termine par de nombreuses εΐιοίζϊτ,, Leipzig. 1866,1.1; G. Zavira, Νία Ελλάς, Athènes, 1872. formules de prières; le 1. VIII renferme une liturgie, S. Vailhé. les rites des diverses ordinations et des canons ecclé· -1521 CONSTITUTIONS APOSTOLIQUES siastiques. Nous traiterons donc successivement : I. de l’histoire du texte; 11. des six premiers livres; III. du 1. VII; IV. du 1. VIII. V. Nous tirerons la conclusion. VI. Nous indiquerons enfin d'autres constitutions apos­ toliques déjà connues ou peu importantes. 1. Histoire du texte. — Le texle grec des Constitu­ tions apostoliques fut publié pour la première fois par Fr. Torres, en 1563, et traduit en latin la même année par G. C. Bovio (Bovius). En 1578. Torres lui aussi en donna une traduction latine. Cet ouvrage était resté inconnu jusqu’alors à l’Église d'Occident. En Orient, par contre, on en trouve de longs extraits dans les Questions et réponses d'Anastase le Sinaïte (vers 700), et le concile in Trullo (692), après avoir reconnu l'authenticité des 84 canons des apôtres, condamna les Constitutions : « Bien que ces canons nous ordonnent de recevoir les Constitutions (διατάξεις) des saints apôtres par Clément (can. 84 des apôtres), auxquelles certaines falsifications et choses étrangères à l’Église ont été ajoutées jadis par quelques-uns des hétérodoxes au détriment de l’Eglise, de manière à nous obscurcir l'harmonieuse beauté des dogmes divins, nous croyons utile, pour l'édification et la sécurité du peuple chrétien de rejeter ces Constitu­ tions, afin dè ne pas mêler les productions de la faus­ seté hérétique à l'enseignement (διδαχή) authentique et adéquat des apôtres. » P. G., t. i, col. 547. Cette con­ damnation dut enlever aux Constitutions toute autorité officielle dans l’Eglise grecque, mais elles n'en conti­ nuèrent pas moins à être lues, car de nombreux écri­ vains les citent, ibid., col. 547-554; édit. Funk, t. il, p. 14-39, et il en reste d’assez, nombreux manuscrits, édit. Funk, t. i, p. xxiv-xxxv. En dépit du 2« canon du concile in Trullo, F. Torres et C. Bovio, l'éditeur et le traducteur de l'ouvrage, cru­ rent à son authenticité. Celte foi les soutint durant leurs travaux, et il faut avouer qu'ils ne manquaient pas, pour leur époque, de spécieuses raisons : aux ar­ guments intrinsèques basés sur le témoignage de l’au­ teur, ils ajoutaient de nombreux arguments de tradition tirés des écrits de saint Epiphane, d'Eusèbe, de saint Alhanase et de saint Ignace. On ne pouvait pas démon­ trer alors avec rigueur que les trois premiers visaient non pas les Constitutions apostoliques, mais bien la Didascalie et la Didachè, et que le texte, imprimé à cette époque sous le nom de saint Ignace, était un texte in­ terpolé; Bovio répondait à la condamnation du VI» con­ cile en citant le témoignage de saint Épiphane; il reconnaissait que certains passages relatifs au Verbe et à l'Esprit-Saint étaient difficiles à interpréter et il con­ cluait avec quelque raison que si les ariens et les ma­ cédoniens avaient introduit quelques erreurs dans cet ouvrage, il ne s’ensuivait pas pour cela que l’on dût perdre tout le travail de Clément : sed tamen vel conce­ damus paulianos arianosque, sive etiani macedonianos, aliquas voculas iis libris injecisse, quibus opinionis sute pravitatem possint defendere, eritne obsecro verum ut ideo integrum amittamus Clementem, Venise, 1563, préface non paginée. Par contre, tous les savants, catholiques et protes­ tants. en dehors de quelques érudits anglais, se refu­ sèrent à admettre l’origine apostolique des Constitutions. Ils objectaient : 1» Certaines absurdités ou hérésies, par exemple, II, xxvi, col. 668, ou l’évêque, le prêtre et la diaconesse sont comparés au Père, au Fils et au SaintEsprit; VI, xx, col. 965-968, où les sacrifices, les puri­ fications, en un mot toute la loi mosaïque, auraient été imposés aux Juifs uniquement à cause de l’érection du veau d'or; VI, xv, col. 948, sur la rebaptisation; V, xx, col. 900; II, xliv, col. 704, où l’on peut trouver un sens arien; 111, xvn, col. 800; VIII, v, col. 1073; VI, xi, col. 936, où l'on peut trouver un sens macédonien. -'Certains mots récents qu’il était impossible de faire remonter aux apôtres comme νεοφώτιστος, ou baptisé 1522 depuis peu. II, x. col. 609; VIII, vm; φωτίζειν, baptiser. VIII, vi-viii, col. 1077, 1081; Ιερατικός κατάλογος, HI, xv, col. 793; μύησις, initiation, VII, XLit, col. 1044; ένσωμάτιοσις, III, V, col. 768; παστοφόρια, VIII, xm. col. 1110. 3" La hiérarchie qui est plus complète qu'aux temps apostoliques et comprend des sous-diacres, des portiers, des exorcistes et des lecteurs, II, xxvm, col. 674; VIII, xxi, xxn, xxvt, xxvm, col. 1118-1126. 4“ Certains anachronismes et quelques inexactitudes, VII, xi.vi, col. 1148-1156; III. vt. col. 769. 5“ Certains usages relativement modernes comme les dimes, II, xxxiv, xxxv, col. 681-685; VIII, xxx, col. 1125; le célibat, VI, xvn, col. 957; certaines fêtes, V, xx, col. 896; VIII, XXXIII, col. 1135-1136; la construction et l’orientation des églises, 11. i.vu, col. 724-737; la forme de l'admi­ nistration du baptême et de l'eucharistie, VII, xxn-xxvi, col. 1012-1020. Ces raisons n’étaient pas péremptoires, car certaines difficultés pouvaient être éludées par une interprétation bienveillante des textes, et les autres pouvaient être mises à la charge des faussaires dénon­ cés déjà par le concile in Trullo et que l'on pouvait rendre responsables des erreurs et des anachronismes. La découverte des principales sources des Constitutions, c’est-à-dire de la Didascalie et de la Didachè, pouvait seule apporter une solution définitive. L’attention se porta bientôt vers les versions orien­ tales, mais elle s'égara d'abord sur les versions arabes qui sont plutôt des remaniements que des traductions. Torrès écrit déjà, fol. 17 v, tenir du cardinal Sirlet qu'une traduction arabe des ΔιαταγαΙ se trouve à la bibliothèque Vaticane. Whiston signale deux manus­ crits arabes à Oxford et .1. E. Grabe montre que ces deux manuscrits ne comprennent qu'un extrait des six pre­ miers livres des Constitutions apostoliques. Funk, p. 9. Cependant la version syriaque de la Didascalie com­ mençait à être connue. Abraham Ecchellensis en avait cité quelques extraits et Grabe se'préoccupait d’obtenir la transcription de tout l’ouvrage, lorsqu’il mourut. Funk, ibid. Renaudot analysa la Didascalie et conclut: « On ne peut dire si la version (syriaque de la Didas­ calie) a été faite sur un texte grec (des Constitutions apostoliques) différent de celui qui est imprimé, ou si c’en est un abrégé; car l’un et l'autre sont également possibles, puisqu'il y a une très grande variété dans les manuscrits, sans qu’on puisse déterminer quel est le plus authentique, et elle est encore plus grande dans les versions arabes. » Perpétuité de la foi, 1. IX, c. i, édit. Migne, Paris, 1841, t. ni, col. 1160. Cette conclu­ sion se trouve développée dans le ms. 16 de la collection Renaudot, conservé à la Bibliothèque nationale de Pa­ ris, manuscrit qui contient une longue analyse de la Didascalie, fol. 352-354,370-372. Cette analyse est suivie deces mots : Hucusque Didascalia, qualis exhibetur a vetusto interprete syro... Neque si ab haereticis, quod antiquorum Patrum nonnulli testati sunt, corruptae sunt Constitutiones apostolicæ, multaque, Clemenlinorum nomine supposita, sunt absurda plane et fri­ vola, negari tamen cum ulla idonea ratione potest extitisse antiquissimam disciplinae ecclesiasticae ex traditione descriptionem, quas collectionis hujus fons et origo fuit, «l alibi probatum est. Hanc porro Syria­ cam qualiscumque sit antiquiorem fortasse græca qualis edita est suspicari quisquam posset, nam magna est in ipsis græcis codicibus diversitas; non minor quam inter diversas versiones orientales esse possit, qua de rejam alibi multa dicta sunt. Meliorem autem syriacam plerisque aliis suadet non brevitas modo, sed praesertim simplicitas ex qua, ut et certis aliis notis, inlelligilur faciam esse versionem vel epitomen ex græcis exemplaribus, quod de arabicis, æthiopicis aut, si quae sunt alite, Constitutionum apostolicarum versionibus conjicere non licet. Un siècle et demi plus lard (1848), J. W. Bickell étudia les versions syriaque. J523 CONSTITUTIONS APOSTOLIQUES arabe et éthiopienne de la Didascalie, et crut pouvoir conclure que la version syriaque n’était qu’un résumé d'un ouvrage grec antérieur aux Constitutions aposto­ liques et correspondant à leurs six premiers livres. Funk. p. 15. Paul de Lagarde énonça la véritable solu­ tion. Il édita la Didascalie syriaque, 1854, et signala qu’elle correspondait au texte cité par saint Épiphane, tandis que les six premiers livres des Constitutions apostoliques n’en étaient qu’un remaniement. Les frag­ ments latins de la Didascalie, publiés par M. Hauler en I960, sont enfin venus montrer que la version sy­ riaque reproduit fidèlement le texte grec, car elle con­ corde très suffisamment avec la version latine. L’origine des six premiers livres des Constitutions apostoliques était dés lors connue avec certitude. En 1883, Mor Philotheos Bryennios publia le texte jusqu'alors inconnu de la Διδαχή τών δώδεκα αποστόλων, dans lequel on s’accorda à voir l’ouvrage visé par Eusèbe et par saint Athanase. Or cette Διδαχή correspond à la première partie du livre Vil des Constitutions apos­ toliques et vient donc nous en révéler la source. Enfin Paul de Lagarde avait publié en 1856 une édi­ tion du L VIH des Constitutions apostoliques tel qu'il figure dans un manuscrit de Munich. Ce texte com­ prend. après une pièce préliminaire, Const. aposL, Vlll, t, n, des « constitutions des apôtres sur les ordinations, rédigées par saint Hippolyte » et des « constitutions de Pierre » ou « de Pierre et Paul » ou « des saints apô­ tres », c'est-à-dire le plus grand nombre des chapitres du I. Vlll, à l’exclusion des passages liturgiques. Les canons des apôtres se retrouvent dans une partie des canons coptes arabes, voir Canons des apôtres, t. n, col. 1615, dans les canons d’Hippolyte, dont la version arabe a été éditée par Hanebergen 1870, et dans le Testa­ mentum D. A’. J. G., édité par Mur Kahmani en 1899. Ces textes orientaux ont permis aux savants de quitter le terrain des hypothèses où l’on avait dù se confiner depuis Torrês, et d’affirmer que les Constitutions apos­ toliques sont une compilation, accompagnée de quelques remaniements, d'écrits plus anciens regardés comme apostoliques. Ces écrits plus anciens sont la Didascalie, dont le remaniement constitue les six premiers livres des Constitutions; la Didachêel un formulaire de prières qui ont servi à constituer le 1. VII ; enfin les constitu­ tions d'Hippolyte et les canons ecclésiastiques des apô­ tres (peut-être les canons d’Hippolyte) qui ont servi, avec une liturgie, à constituer le 1. Vlll. Nous n’avons pas à traiter des écrits antérieurs, uti­ lisés par le compilateur des Constitutions apostoliques; ils seront étudiés ailleurs. Sur la Didaché, voir t. 1, col. 1680-1687. Nous nous bornons ici à caractériser l’œuvre propre du compilateur des Constitutions : ce qu’il a ajouté ou retranché, son époque, ses tendances, son but. IL Les six premiers livres. — 1° Comparaison avec la Didascalie. — L’interpolateur a fort peu modifié les deux premiers livres, car il y avait peu à changer aux préceptes moraux qui y sont donnés, et il semble d'ail­ leurs augmenter progressivement son travail personnel : il ajoute, dans le L III, les c. x, xi, xvn, xvm, xx, et remanie les c. vm et ix ; dans le L IV, il ajoute les c. xnxiv, et allonge les c. vi et x (le c. xn figure plus loin dans la Didascalie et a donc été transposé); dans le 1. V, il ajoute les c. vm et ix et remanie complètement les c. vu, xm-xx ; enfin, dans le I. VI, lèse, n, vi, xi, xv-xvn. xxiii-xxvm, lui appartiennent presque complètement ainsi que la plus grande partie du c. xvm. Dans l’édition de M. Funk, les textes propres à l’interpolateur sont soulignés. Ainsi la différence des Con­ stitutions et de la Didascalie frappe les yeux du lecteur. Ces modifications, surtout dans les deux premiers livres, sont souvent accidentelles; l’auteur écourte un texte de l’Écriture, ou bien en ajoute de nouveaux que lui fournit 1524 sa mémoire. Le plus souvent, il accommode à son époque le texte de la Didascalie : il proscrit les bains mixtes, il abrège ou remanie les passages antijudaïsants. il aug­ mente les pouvoirs de l’évêque, il complète la hiérar­ chie en mentionnant des lecteurs et des chantres. Quant aux passages ariens et macédoniens, ils sont si peu nombreux et si peu décisifs que l'auteur ne semble vraiment pas avoir voulu contribuer à répandre ces hérésies. 2° Epoque et patrie de l’interpolateur. — M. Fork fait remarquer, p. 78, qu’il utilise des formules cou­ rantes seulement au iv« siècle, et que les ordres inférieurs du clergé nommés par lui, sa liturgie, le baptême des enfants, les fêtes qu’il connaît et les jeunes qu’il impose nous reportent encore à la même époque. H serait d’ailleurs postérieur au concile de Nicée à cause de sa détermination de la Pâque et de l’égale importance qu’il attribue au samedi et au dimanche. Funk, p. 8284. M. Funk s’attache en particulier à la fête de Noël que les Constitutions apostoliques, V, xm, col. 858, placent au 25 décembre. Or, pendant longtemps en Orient on fêtait la naissance de Notre-Seigneur au 6 janvier, jour de l'Épiphanie. Ce fut sans doute l'an 388 que la fête de la naissance fut portée à Antioche pour la première fois au 25 décembre. Devrait-on remonter dix ans plus haut, que l’interpolateur, en tant que té­ moin de cette fête, ne devrait toujours pas être placé avant 380. H est même plus raisonnable de dire qu'il a dù vivreau moment où cette fête était depuis longtemps établie, sinon il n’aurait pas osé la donner comme apos­ tolique. Le véritable terminus a quo, dit M. Funk, p. 93, serait donc le commencement du Ve siècle. D'ail­ leurs, on ne peut le placer beaucoup plus lard, car on ne trouve dans son ouvrage aucun écho des controverses christologiques qui allaient passionner toute la chré­ tienté autour des noms de Nestorius et d’Eutychés. L’interpolateur nous a appris incidemment à quel pays il appartenait, lorsqu’ils donné aux mois les noms syro-macédoniens, par exemple, V, xiv, col. 872, « le premier mois qui est Ξανθικός; » V, xvn, col. 888, « le douzième mois, qui est appelé Δόσιρος; » V, xx, col. 896, « le dixième jour du mois Γορπιαΐος. » Ces noms furent portés en Syrie par les Macédoniens et comme on sait qu'ils furent en usage à Éphèse, Paul de Lagarde sup­ posa qu'une partie des Constitutions apostoliques pro­ venait de ce diocèse. M. Funk montre avec raison, p.96, qu’il n'en est rien, car le calendrier des Éphésiens faisait commencer le mois Δύστρος au 24 janvier, tandis que les Constitutions apostoliques, V, xvn, col. 888, font correspondre le 22 de ce mois à l’équinoxe du prin­ temps, ce qui exige que le mois de Δύστρος des Consti­ tutions coïncide avec notre mois de mars. Or c’est ce qui avait lieu en Syrie. On ne peut pas d’ailleurs placer l’auteur en Palestine, car la fête de Noël ne fut intro­ duite à Jérusalem que par Juvénal, évêque de 425 à 458, et comme notre auteur la mentionne explicitement comme apostolique et ne peut pas avoir écrit après 425, parce qu’il ne fait aucune allusion à Nestorius ou à Eulychés, il nous reste donc à le placer en Syrie à l'exclusion de la Palestine. Funk, p. 97. 3’ Son école théologique et ses sources. — Le concile in Trullo ayant décrété que des falsifications et des choses étrangères à l’Église (les hérésies) avaient été ajoutées aux Constitutions apostoliques par quelques hétérodoxes, on se préoccupa dès lors de retrouver les passages qui avaient motivé la décision du concile. Photius, cod. 112-113, cité P. G., t. i, col. 548-549, y signalait des fictions (κακοπ/.αστία) et le mépris de la deulérosis (seconde loi ou loi juive), mais avouait en même temps que ces reproches ne lui paraissaient guère dignes d’attention; ilajoutait enfin qu’on pouvait accuser les Constitutions d'arianisme, mais qu'il était possible, toutefois non sans difficulté, de les laver de 1525 CONSTITUTIONS APOSTOLIQUES cette accusation. Tel fut aussi l’avis de Bovio et de Cotelier. On admit cependant en général que l’on trou­ vait dans les Conslitutions des passages ariens, mais M. Funk, qui cite et étudie ces passages, p. 98-103,104106, a pu montrer que les uns se trouvaient déjà dans la Didascalie et ne peuvent donc être mis â la charge de l’interpolateur, tandis que les autres sont conformes à la manière d'écrire de bien des orthodoxes et doi­ vent d'ailleurs être expliqués en tenant compte d'autres passages qui sont évidemment antiariens. En par­ ticulier, la comparaison du Saint-Esprit avec la diaco­ nesse, Const. apost., II, xxvt, se trouve déjà dans la Didascalie et semble avoir une origine syriaque, car en syriaque seulement le nom du Saint-Esprit est féminin et conduisait donc les Syriens à comparer le SaintEsprit à une femme (ce qu'a déjà fait Bardesane), et, dans le cas présent, à la diaconesse. On ne peut donc pas conclure du précédent passage que l’auteur des Constitutions était macédonien, puisqu’il l'a emprunté à la Didascalie. Les autres passages, allégués dans ce sens, ne résistent pas non plus à l'examen. Funk, p. 103101. Parconlre, on peut tenir l’auteur des Constitutions pour un apollinariste, bien que les six premiers livres seuls ne permettent pas de le démontrer rigoureuse­ ment. Celte hypothèse expliquerait du moins pourquoi l'auteur semble faire alterner des passages d’aspect arien avec des passages nicéniens. L’interpolateur emprunte surtout ses additions à l’Ëcriture, il introduit près de soixante-dix citations nouvelles tirées du Pentateuque; il a connu aussi un ca­ talogue d'hérésies, VI, vi-ix, peut-être celui d’Hégésippe, et une rédaction des Clémentines. Funk. p. 107-111. C'est peut-être la rédaction des Clémentines qui lui a suggéré l’idée d’attribuer les Constitutions à Clément de Borne, VI, xvm. Funk, p. 112. 4» I' a-t-il eu plusieurs interpolateurs successifs? — Les six premiers livres des Constitutions se retrouvent dans une traduction arabe divisée en 39 chapitres et traduite à son tour en éthiopien. Ces traductions ne proviennent pas du syriaque ou du texte grec, source du syriaque, mais d’un texte grec déjà interpolé. On est donc tenté d'imaginer un premier interpolateur qui aurait remanié la Didascalie conservée en syriaque, tout en ajoutant une division en chapitres; puis un second interpolateur aurait introduit la division en six livres et aurait ajouté deux livres. M. Funk préfère voir dans la Didascalie arabe un extrait des six premiers livres des Constitutions, car l’auteur du remaniement cite l'Apostolische h'irchenordnung, voir Canons des apôtres, t. n, col. 1613, et les canons de Clément. Ces canons d'après M. Funk ne seraient qu’un extrait du I. VIII des Constitutions; il serait donc ainsi prouvé que l’auteur de la Didascalie conservée en arabe connais­ sait le I. VII des Constitutions et travaillait après la formation de ce recueil. Il est cependant difficile de comprendre pourquoi l’auteur de la Didascalie conservée en arabe aurait rem­ placé la division en livres par une division en chapi­ tres; de plus, sa citation des canons de Clément et de l'.-l poslolische Kirchenordnung peut prouver tout sim­ plement qu'il connaissait l’Octateuque de Clément, voir t. n, col. 1616, recueil cité par Sévère d’Antioche, vers 520, qui a chance d’être plus ancien que les Con­ stitutions. Voir t. n, col. 1617. En outre, les textes des Constitutions cités par saint Ëpiphane ne concordent pas complètement avec le texte de la Didascalie syriaque. Ce fait, joint à ce qu’il ne connaît plus le titre : « Di­ dascalie, » mais le titre διατάξεις, qui est souvent celui les Conslitutions, nous conduit à admettre qu’il a connu un remaniement différent de la Didascalie et des Con­ slitutions. Enfin, un texte au moins tiré des διατάγματα ou des διατάξει; et cité par Cotelier, P. G., t. I. col. 518, oir col. 1536, ne se trouve pas dans nos éditions des 1526 Conslitutions. Il ne semble donc pas impossible qu’il y ait eu, en sus des six premiers livres actuels, une re­ vision, source de la Didascalie arabe, et une seconde revision citée par saint Epiphane. III. Le VIIe livre. — 1» Comparaison de la première partie avec la Didachè. — Dès le commencement, l’auteur ajoute un prologue, puis par endroits para­ phrase, cite des textes et des exemples et supprime parfois, mais très rarement, quelques mots. Voici quelques exemples de ces remaniements : Didachè, i, 1. Tl y a deux chemins : l’un de la vie et l'autre de ta mort; mais entre ces deux chemins, la différence est grande. I, 2. Voici donc le chemin de la vie : d'abord, tu aimeras Dieu qui t'a créé ; puis ton prochain comme toi-même, et tout ce que tu ne voudrais pas que l'on te fit, ne le fais pas à au­ trui. Const, apost., L VIII, c. i. Nous disons qu'il y a deux chemins, l’un de la vie et l'au­ tre de la mort, mais ils n'ont aucun rapport entre eux, car leur différence est grande, bien plus, ils sont complètement distincts, le chemin de la vie est naturel, et celui de la mort est adventice, il ne provient pas de la volonté de Dieu, mais des embûches de l'adver­ saire. L. VIII, c. n. Le premier est le chemin de la vie et c'est celui que la loi recommande : d'aimer le Sei­ gneur Dieu de toute la pensée et de toute l'ûme, l'unique et le seul, en dehors duquel il n'y en a pas d'autre et le prochain comme soi-mème, et : tout ce que tu neveux pas qu’il t'arrive ne le fais pas toi-mème à autrui. i, 3. L’enseignement renfermé dans ces paroles est le sui­ vant : Bénissez ceux qui vous maudissent et priez pour vos ennemis; jeûnez pour ceux qui vous persécutent. Car, quel mérite auriez-vous à aimer ceux qui vous aiment? Est-ce que les Gentils ne le font pas? Pour vous, aimez ceux qui vous haïssent et vous n'aurez plus d'ennemis. Bénissez ceux qui vous mau­ dissent, priez pour ceux qui vous calomnient, aimez vos ennemis. Quel mérite aurezvous si vous aimez ceux qui vous aiment? car les Gentils le font aussi : pour vous, aimez ceux qui vous haïssent et vous n’aurez pas d'ennemis, car tu ne haïras aucun homme, estil dit. ni Égyptien, ni Iduméen, car tous sont l'œuvre de Dieu. Fuyez d'ailleurs non pas les natures mais les volontés des méchants. Il en est de même pour toute la voie de la vie, Dida­ chè, i-iv; Const, apost., VII, i-xvn, puis la voie de la mort est transcrite sans grands changements, Didachè, v; Const, apost., xvm; mais les différences dans la partie liturgique sont de nouveau nombreuses : après avoir omis le paragraphe sur le joug du Seigneur et avoir cité de nombreux textes relatifs à la nourriture, Didachè, Vi; Const, apost., xix-xxi, l’interpolateur décrit l'administration du baptême, sans doute telle qu’elle avait lieu de son temps. On oint les baptisés d’huile avant le baptême et de μύρον après. Les Syriens qui baptisaient ainsi voyaient dans cette seconde onc­ tion le sacrement de confirmation. Cf. can. 30 de Jean de Telia, dans Ancienne littérature canonique syriaque, fasc. 2, Paris, 1906, p. 15. Celui qui administre le bap­ tême n'est plus tenu au jeûne que la Didachè lui impo­ sait ainsi qu’aux assistants. Par contre, on devra jeûner cinq jours par semaine ou du moins les mercredi et vendredi (la Didascalie, c. xxi, n’imposait ceci que du­ rant la semaine sainte); on devra fêter les samedis et les dimanches à l'exception du samedi saint. La liturgie eucharistique est modifiée; les deux parties « pour la coupe », et « pour la fraction du pain », ne sont plus séparées, le passage qui concerne les prophètes, Data- 1527 CONSTITUTIONS APOSTOLIQUES chè, x, 7, est supprimé, car ils n’existaient plus au temps de l’inlerpolateur; une oraison sur le μύρον est ajoutée. Consl. apost., 1. Vil, c. xxvn. Enfin, après quelques autres omissions de circonstance, la finale de la Didachè, fortement interpolée, se retrouve dans te c. xxxii des Constitutions. Dans son édition, M. Funk souligne les passages du 1. VH qui sont empruntés à la Didachè. 2» Analyse de la seconde partie du l. VII,c. xxxitrXLix. — Celte seconde partie contient : 1. Une longue prière divisée en six chapitres, xxxni-xxxvin, col. 1024'1037, et destinée aux initiés : « Notre Sauveur éternel, le roi des Dieux, qui es seul tout puissant et Seigneur, le Dieu de tous les êtres, » etc. L’auteur rappelle la création et la providence divine à l’égard des pa­ triarches, puis du peuple juif et du peuple chrétien; il termine ainsi : « Pour toutes choses, à toi la gloire et la vénération, par Jésus-Christ maintenant et tou­ jours et dans les siècles. A men. » — 2. L’auteur nous annonce ensuite (lin du c. xxxvnt), qu’il va compléter ce qui précède. Il a dit auparavant comment doivent vivre ceux qui sont déjà initiés et quelles actions de grâces ils doivent rendre à Dieu, il va s’occuper ensuite des non-initiés, c. xxxix-xlv, col. 1037-1047 : « Celui qui doit apprendre la parole pieuse sera instruit avant son baptême dans la science du non engendré, dans la connaissance du Fils unique, dans la certitude du Saint-Espril. Qu’il apprenne l’ordonnance de la créa­ tion variée, le mode de la providence, etc., jusqu’à : « Nous avons jugé bon d’établir cela au sujet des caté« chuménes. » Cette partie est la plus importante, car elle renferme la description détaillée du rite du bap­ tême résumé précédemment, c. xxn, d’après la Dida­ chè et déjà modifié. On trouve ici la bénédiction de l’huile, c. xi.n, avec celle de l’eau et du μύρον, c. Xl.m, xi.tv, puis la prière des nouveaux initiés, c. xi.v. — 3. Le livre se termine par la liste de ceux que les apôtres ont ordonnés, c. xlvi, et par la formule des prières du matin, du soir et au moment des repas, c. xi.vn-xi.ix. La liste des évêques ordonnés par les apôlres est très importante, car elle renferme de nom­ breux anachronismes et elle a servi à montrer, dès l’apparition des Constitutions, que la rédaction actuelle ne pouvait pas être d’origine apostolique. Pitra a édité, p. 366 sq., en petits caractères, les c. xxxni-xxxvm a, xi.r, xi.ni b, XLiva, xlvii, xlviii, du 1. VIL 3° Epoque el pairie de l’inlerpolateur. — Le I. VII ne renferme pas beaucoup d'indices caractéristiques. Cependant M. Funk, p. 116-118, d’après quelques locu­ tions relativement modernes, fixe la composition au iv* siècle; puis faisant remarquer que l’auteur, c. xxn, col. 1012, dit avoir déjà parlé du baptême, ce qui ne peut lui être arrivé que dans le 1. III, c. xvn, xvin, il prend pour terminus a quo la rédaction des six pre­ miers livres, c'est-à-dire le commencement du ve siècle. Voir col. 1524. D'ailleurs une comparaison minutieuse du 1. Vil avec les 1. 1-VI a amené M. Funk, comme nous le dirons col. 1528, à attribuer les sept livres au même auteur. Le commencement du Ve siècle serait donc aussi l’époque de la rédaction du I. VII. La question de la patrie de l’inlerpolateur est tran­ chée par là même : il est de la Syrie. i» S"H école théologique et ses sources. — Les quel­ ques locutions de l’auteur employées par les ariens et les semi-ariens ne prouvent pas qu’il ait partagé leurs erreurs, car ces locutions ont aussi été employées par des auteurs orthodoxes, et un auteur arien aurait laissé des traces plus apparentes de son erreur. L’au­ teur doit donc être regardé comme un partisan du concile de Nicée. mais on ne peut rien dire de plus. Funk, p. 123. En sus de la Didachè. il est â pr’-sumer que l'auteur a utilisé dans la seconde partie du livre un ancien 1528 riluel ou formulaire, car il n’est pas vraisemblable, d'après ses habitudes, qu’il ait créé lui-même ces prières, c. xxxm-xi.ix, pour les donner ensuite comme apostoliques. Il est très probable, par contre, qu'il les a modiliées pour les accommoder à son temps et qu’il a allongé sinon ajouté quelques chapitres. Le c. xi.vi sur les évêques ordonnés par les apôtres a quelque chance de lui appartenir en propre et d’avoir été puisé dans Eusèbe, H. E., ni, 4, 14,22: iv, 5, dans les Clémentines, Horn., m, 63; xi, 34; Recogn., ni, 65; vi. 15, et dans le Nouveau Teslament. Il faut noter cependant que la question de l'apostolicité des Églises fut de bonne heure à l’ordre du jour; une liste de ce genre nous est con­ servée sous le nom d'Hippolyte, P. G., I. x, col. 951958, et une autre plus courte sous le nom de l’apôtre Addaï, publiée et traduite en grec par Paul de Lagarde, Reliquite juris ecclesiastici ant.r Leipzig, 1856, syriace, р. 40-44, et græce, p. 94-95. puis publiée et traduite en latin par Mer Rahmani, Studia syriaca, fasc. 1, Paris, 1904. Il n’est pas impossible que l’auteur du 1. VII n’ait eu qu’à transcrire une liste antérieure, soi-disant apostolique. On trouve aussi de nombreux points de contact entre le 1. VII des Constitutions el les lettres interpolées de saint Ignace qui sont signalés parmi les variantes de l’édi­ tion Migne, col. 1005, 1011, 1013, 1032, 1033, 1034, etc., et de l’édition Funk, t. t, p. 387, 389, 397, 399, 401, etc. Aussi attribue-t-on les deux remaniements au même auteur. 5» Va-t-il eu plusieurs interpolateurs successifs? — Anastase le Sinaïte, q. xv, cite un long extrait du 1. Vil, с. ι-xvin, P. G., t. i.xxxtx, col. 472-476; édit. Funk, t. n, p. 63-67. Son texte présente d’assez nombreuses dilférencesavec les Constitutions et pourrait être regardé comme un texte intermédiaire, à moins d’admettre qu’Athanase n’a pas reproduit très fidèlement son ma­ nuscrit. Même dans le cas où l’on admettrait deux interpolateurs, l’œuvre du second serait relativement minime et le seul qui ait vraiment de l’importance serait le premier. On peut se demander s’il est le même que l’inlerpolateur des six premiers livres ou s’il en est différent. 6° Comparaison du l. VIT avec les six premiers. — M. Funk a étudié longuement cette question, p. 123132, et a montré qu'il y avait tout lieu d’attribuer au même auteur l’interpolation des I. 1-VI et du I. VII. Car l’auteur du 1. VII renvoie à ce qu’il a déjà dit au sujet du baptême, cf. l.VII.c. xxn, etl. III, c. xvn, xvin, il semble donc bien se donner aussi comme l’auteur de la première partie. Ce fait nous a déjà servi pour déterminer l’époque de l’inlerpolateur. De plus, la Didascalie porte presqu’à la fin, après Consl. apost., 1. VI, c. xxx : « Nous pourrions, par beaucoup d’autres dé­ monstrations analogues, vous faire connaître avec évi­ dence la Didascalie, mais pour ne pas augmenter et allonger le livre nous terminerons déjà et arrêterons le discours, de crainte que, par la sévérité de la vérité, l’enseignement de notre parole ne vous reste que peu de temps. » L’auteur des Constitutions a supprimé cette phrase ainsi que toute la suite, ce qu’il n’aurait pas fait s’il avait terminé son remaniement au 1. VI. En outre, une élude minutieuse du texte des 1. I-VI et du I. VII révèle de très nombreuses analogies entre les premiers et le dernier, il est donc naturel de les attribuer à un même interpolaleur. Les deux parties ont des locutions communes relatives aux personnes de la sainte Trinité ainsi qu’un grand nombre de textes bibliques communs (32 sur 70) avec les mêmes particularités, et des sources communes : les Clémentines el Eusèbe. Enfin la tradi­ tion les connaît au même titre : Anastase le Sinaïte cite le 1. VII aussi bien que les six premiers. Il en est de même du pseudo-Ignace. 11 semble donc bien que les sept, premiers livres ont été interpolés par un même 1529 CONSTITUTIONS APOSTOLIQUES individu en Syrie au commencement du v’ siècle. IV. Le livre VIII. — 1° Sa division. — Le titre nous indique déjà une triple division : περί χαρισμάτων, καί χειροτονιών, καί κανόνων εκκλησιαστικών. 1. Des charismes, c. ι, π. — Ceux qui ont reçu le don des miracles, par exemple pour convertir les infidèles, ne doivent pas s’en enorgueillir et mépriser ceux qui ne l'ont pas reçu; les supérieurs ne doivent pas non plus mépriser leurs inférieurs; d'ailleurs, bien des prophètes, des thaumaturges, des rois, des évêques et des prêtres étaient des pécheurs, tandis que même des femmes ont pu prophétiser; on ne doit donc pas se mépriser les uns les autres, que chacun soit humble pour que Dieu se complaise en lui. — 2. Des ordinations, c. in-xxvr. — Cette seconde partie n'est pas homogène. Le c. m sert tout autant de conclusion à la première partie que d'introduction à la seconde; il peut donc être rattaché aussi bien à l'une qu'à l'autre. Il est vrai qu’on trouve ensuite l'ordination de l’évêque, c. tv, v, du prêtre, c. xvi, du diacre, c. xvir, xvm, de la diaconesse, c. xix. xx, du sous-diacre, c. xxt, du lecteur, c. xxn, avec des ordonnances sur les confesseurs, c. xxm, les vierges, c. xxiv, les veuves,c. xxv, l'exorciste,c. xxvi,car ces der­ niers «n'ont pas d'ordination», mais on trouve en plus un long passage, c. v-xi, qui n'a rien à voir avec les ordinations et n'est qu'un missel contenant les oraisons à réciter sur les catéchumènes, les énergmnènes, les bap­ tisés, les pénitents et les fidèles, suivies, c. xn-xv, de l’ordinaire de la messe avec la préface, les commémoraisons, la consécration, col. 1104, l'offertoire, ibid., et plusieurs prières après la communion,c. xiit-xv. Ces chapitres semblent donc former un tout et constituer une liturgie qui indique, après la lecture de la sainte Écriture, quelles oraisons on doit réciter pour les assistants et comment il faut célébrer le saint sacrifice. Les oraisons sont attribuées à saint André, col. 1076, et le canon de la messe à saint Jacques, col. 1002. — 3. Des canons ecclesiastiques, c. xxvii-xlvi. — Cetle partie n’est pas plus homogène que la seconde. Après deux chapitres xxvn, xxvm, sur l’ordination de l’évêque et les autres clercs, qui pourraient aussi bien conclure la seconde partie que commencer la troisième, on trouve des « canons » portés par les divers apôtres sur les biens ecclésiastiques, c. xxx, xxxi, sur ceux qu’il faut admettre ou ne pas admettre au baptême, c. x.xxn; sur les jours de fête, c. xxxm; les heures de prière, c. xxxiv; les offices des morts, c. xi.ii-xliv; l’admission des persécutés, c. xt.v; mais on trouve une sorte de rituel avec des formules de bénédiction, c. xxxix, xl, ou de prière du matin et du soir, c. xxxvi-xl, et de prière pour les morts, c. xi.t. Ces derniers chapitres sont d’ailleurs présentés par l’auteur comme un com­ plément à la liturgie de la partie précédente. Cf.c.xxxv. Enfin, le c. xlvi termine le livre en recommandant à chaque clerc de rester à sa place et de ne pas usurper les fonctions qui ne sont pas siennes. Ajoutons que dans certains manuscrits on trouve à h fin du 1. VIII les 84 (ou 85) canons apostoliques; aussi Turrianus et M. Funk les ont reproduits à la fin de leur édition des Constitutions. Ces canons ne sont guère indi­ qués dans le titre à moins de leur attribuer, à eux seuls, le titre de « canons ecclésiastiques » qui se rap­ porterait ainsi au seul c. xi.vn. On les appelle plutôt < canons apostoliques », et ils ne rentrent pas dans le plan de l’ouvrage, cependant nous avons déjà dit, voir Canons des apôtres, t. n, col. 1610, que pour M. Funk et M. Bardenhewer, l’auteur ou le compilateur des ca­ nons et le compilateur des Constitutions apostoliques ne font qu’un. Nous ne nous en occuperons plus ici. 2° Les sources du I. VIII. — Tout le monde est d’ac­ cord pour reconnaître dans le 1. VIII, en sus de la pre­ mière pièce consacrée aux charismes, c. I, n, une oompilation d une liturgie et de canons ecclésiastiques 1530 sur les ordinations, les fêtes, etc.,attribuée aux apôtres; mais l'accord cesse complètement, lorsqu’il s’agit de préciser les sources, de fixer leurs auteurs et de classer respectivement le I. VIII des Constitutions et les nom­ breux textes parallèles qui sont conservés. 1. Textes parallèles au l. Vlll. — Nous avons déjà signalé dans l’article Canons des apôtres, la fin des Canones ecclesiastici, can. 21-71 (ou 31-78), suries ordi­ nations et cérémonies, voir t. n, col. 1615, et l’Octateuque de Clément, qui renferme à peu de chose près les mêmes matières. Voir t. n, col. 1616. Il suffit d’ajouter que M. Funk a donné une traduction latine des Canones ec­ clesiasticiparallèles au 1. VIII des Constitutions aposto­ liques, t. n, p. 97-119, et de faire connaître un Epitome grec du L VIII, et les canons d’Hippolyte. a. Epitome grec. — Grabe avait déjà signalé, Spicil. Patrum, t. 1, p. 283, qu'un manuscrit d'Oxford, Barocc., XXVI, portait le litre : Didascalie des saints apôtres sur les charismes, suivi des c. i et il; après quoi, sous le nouveau titre : ordonnances des saints apôtres sur les ordinations (rédigées) par Hippolyte, venaient les c. iv, v, xvi-xxvm, xxx et xxxi. D’autres manuscrits renfer­ ment en plus les canons des c, xxxi-xxxiv, xlii-xlvi. De nombreux manuscrits, par contre, ne renferment que ces derniers canons. Dans P. de Lagarde, Beliquiæ juris eccl. ant. græce, Leipzig, 1856, p. 1-18, et F. X. Funk, t. n, p. 72-96, on trouve d'abord les deux frag­ ments déjà mentionnés par Grabe, édit. Funk, t. n, р. 72-84, puis les ordonnances du saint apôlre Paul sur les canons ecclésiastiques, édit. Funk, t. il, p. 85-87, qui correspondent à Const, aposl., 1. VIII, c. xxxn; ensuite les ordonnances des saints apôtres Pierre et Paul, édit. Funk, t. Il, p. 87-91, qui correspondent à Const, aposl., I. VIII, xxxm, xxxiv, xlii-xlv; enfin la Didascalie de tous les saints apôtres sur le bon ordre, édit. Funk, t. 11,p. 92-96, qui correspond à Const, aposl., 1. VIII, c. xlvi. Cet Epitome figure encore dans le manuscrit Coislin 211, fol. 262. à la suite d'un recueil de canons et de textes canoniques. Le texte du Coislin 211 s'arrête au с. xlvi, ligne 6, άποστείλαντα με, col. 1149, mais il ajoute και τα εξής, ce qui montre qu'il suppose peut-être aussi la fin du chapitre; puis il termine par : AI περί τών χειροτονιών τάξεις τών άγιων αποστόλων έγράφησαν διά 'Ιπ­ πολύτου, καί τα έκ τής βιβλιοθήκης τού Όριγένους δια ΙΙαμφίλου του ίερομάρτυρος έκ τής έν ’Αντιόχεια συνόδου τών αποστόλων, τουτέστιν έκ τών συνοδικών αυτών κα­ νόνων, άδεκτα δέ εκείνα λέγονται" Τα προς τούς άρχιερεϊς μυστικά Κλήμεντος νοβευίέντα παρά τών αιρετικών, ά οΰδέ γράφονται εις νομοκάνον. « Les ordonnances des saints apôtres relatives aux ordinations furent écrites par Hippolyte et les choses tirées de la bibliothèque d'Origène (furent écrites) par Pamphile d’après le con­ cile des apôtres à Antioche, c’est-à-dire d’après leurs canons synodaux; tout cela est appelé : non reçu. Quant aux choses mystiques écrites par Clément aux évêques, elles furent falsifiées par les hérétiques et elles ne sont même pas écrites dans le Nomocanon. » Dans ces lignes, ['Epitome du 1. Vlll est attribué à nouveau à Hippolyte, du moins en partie, les canons d’Antioche à Pamphile. Voir t. n, col. 1619. Ils figurent d’ailleurs un peu plus loin, au fol. 278 v, dans ce manuscrit 211. Enfin « les choses mystiques » de Clément aux évêques, qui ne peuvent guère être ici que les Constitutions apostoliques, auraient été falsifiées par les hérétiques. b. Canons d’Hippolyte. — Ces canons ne sont con­ servés qu’en arabe. Vansleb a donné leurs titres. His­ toire de ΓEglise d’Alexandrie, Paris, 1677, et Ilaneberg les a édités avec traduction latine et annotations en 1870. II. Achelis a reproduit la traduction latine revisée, et l’a commentée longuement dans les Texte und l'ntersuchungen, Leipzig, 1891, t. vi, fasc. 4. Les mati. r sont connexes au 1. VIII des Constitutions aposloliq-·.- 1531 CONSTITUTIONS APOSTOLIQUES 2. Leur classification. — En somme, il faut classer la lin des Canones ecclesiastici ou lOctateuque, mais plus particuliérement les can. 21-47 (ou 31-62), qui con­ stitue l’Ægyptische Kirchenordnung, avec VEpitome du I. VIII et les canons d'Hippolvte par rapport au 1. VUE D’après M. IL Achelis, Realencyclopâdie fur prot. Théologie, 3· édit., t. i, les canons d’IIippolyte sont le premier écrit du cycle; ils représentent un remaniement des canons d’IIippolyte et enfin le 1. VIII n’est pour la plus grande partie des chapitres à partir du c. iv qu’un nouveau remaniement de l’Ægyptische Kirchenordnung. L'opinion de M. Achelis est appuyée sur la longue étude publiée par lui dans les Texte und Enters., déjà mentionnée. Dans cette étude, il cite sur colonnes pa­ rallèles les traductions des 38canons d’IIippolyte et des canons 31-62 qui constituent l’Ægyptische Kirchenord­ nung, avec le texte du 1. VIII. ou plutôt avec des frag­ ments choisis dans les c. tv, v, xn, xv, xxin, xxi, xxn, XX, XXV, XXIV, XXXI, XXXII, XI, XI.1I, XLIII, XLIV, XXIX, XL, xxxi de ce livre. Il faut aussi faire quelques inter­ versions dans les canons d’IIippolyte pour les faire con­ corder avec l’ordre de l’Ægyptische Kirchenordnung. Al. Achelis les range dans l’ordre suivant : 1-20 a, 32, 33 a, 20 b, 33 b, 34-36,22. 24. 27. 28, 29a, 2I. 24 b. 25a, 26, 27 a, 25 b, 27 c,27 b, 27 d, 29 b, 23, 38. Les can. 30, 31, 37 d’IIippolyte manquent dans cette reconstruction. Ce seul tableau montre les difficultés d’établir une simple concordance entre les textes qu’il s’agit de classer. La discussion textuelle est encore plus difficile, car les traductions arabes ne brillent pas en général par leur fidélité et celle-ci ne fait pas exception à la loi gé­ nérale. I) est donc difficile de distinguer les parties an­ ciennes, sur lesquelles seules on peut fonder un raison­ nement, des additions dues aux traducteurs arabes. En bien des endroits on reconnaît de mauvaises paraphrases du 1. VIII, par exemple, Texte und Enters., t. vi, fasc. 4. p. 80-85, on trouve paraphrasé le c. xxxn du I I. VIII. Le texte si simple : Miles accedens, doceatur I nemini injuriant inferre, non calumniari, contentus esse sibi datis stipendiis : obtemperans his, admitta­ tur; repugnans, rejiciatur, coi. 1130, devient dans les canons d’IIippolyte. p. SI : Homo qui accepit potesta­ tem occidendi vel miles nunquam recipiatur omni­ no, etc. Christianus ne fiat propria voluntate miles. De même, les longs développements des canons d'Ilippolyte relatifs aux femmes, p. 85-90, ont une tournure beaucoup plus orientale que romaine. Certains conseils rappellent le c. ni de la Didascalie; d’autres les coutumes musulmanes : juniores feminee virgines, quando tempus adest, quo ad gradum mulierum evehuntur, capita velent sicut mulieres grandiores παλλίοι;, neque ta­ men tenui panno utantur, p. 89. Enfin, la défense de participer aux mystères les 20 jours ou les 40 jours qui suivent l'enfantement selon que l'enfant est un garçon ou une fille, p. 88, et encore d’entrer dans le lieu saint les 40 ou les 80 jours qui suivent l'enfantement selon que l’enfant est un garçon ou une fille, p. 90, rappelle seulement une coutume syrienne qui n’était qu’une mauvaise coutume déjà stigmatisée par Jacques d'Édesse des !.< tin du vu* siècle : « 11 est des prêtres insensés et non instruits qni. selon l'ancienne loi de Moïse, inter­ disent l'entree de l'église durant 40 jours â celle qui a i enfant- un garçon et durant 80 jours à celle qui a en­ fant»* une tille. »Can. 79de Jacques d'Édesse, Les canons et résolutions canoniques de Jean de Telia, Jacques d’Édesse, etc.. Paris. 1906. p. 67. Pour échapper à quelques-unes de ces difficultés, J. Wordsworth, évêque anglican de Salisbury, a apporté quelques compl-’-ments a la théorie de H. Achelis. The ministry of grace, 2* édit-, 190B, résumé par F. X. Funk, ' 1532 Theologische Quartalschrift, 1906, n. 1. Les canons d’IIippolyte sont encore le plus ancien des écrits que nous avons à classer, mais ils ne proviennent plus d’IIippolyte; ils ne sont qu’un remaniement d'un plus ancien écrit, d’une constitution ecclésiastique perdue qui renfermait : a) des régies pour le choix et la con­ sécration de l’évêque comme pour l’ordination d'autres clercs : du prêtre, du diacre et vraisemblablement du lecteur; b) des préceptes pour la réception des prosé­ lytes et l'instruction des catéchumènes avec la descrip­ tion du baptême, de la confirmation et de la commu­ nion; c) le canon sur les jeûnes et les aumônes, etc. Celte ancienne constitution proviendrait de la Syrie ou de la Palestine et aurait ensuite été adoptée et allongée à Rome. C’est cette rédaction romaine, moins quelques nouvelles interpolations, qui serait conservée dans les canons d’IIippolyte et aussi dans l'Epitome, mis tous deux sous le nom d’Hippolyte. Ces rédactions romaines seraient antérieures à l’an 216. probablement de la lin du n· siècle; puis elles auraient passé de nouveau en Orient où elles auraient été conservées. Comme l'écrit M. Funk, ces théories, pour sortir du champ des hypo­ thèses, demanderaient une démonstration serrée. Mentionnons encore la théorie de M»r Rahmani. pa­ triarche des Syriens catholiques, qui place en premier lieu le Testamentum. D. N. J. C. (ou lOctateuque). Dans les prolégomènes de son édition, Mayence, 1899, il compare l’Ægyptische Kirchenordnung au Testa­ ment : les canons 31-39 sont extraits des c. xx, xxi, xxix-xxxi, xxxin-XL, xi.vi, X1.V11 du 1. 1; les canons 4062 sont extraits du 1. Il du 7’eslament, p. xxi-xxxi. D’autre part, l’Ægyptische Kirchenordnung a donné naissance aux c. v, x-xxv, xxvii-xxix, xxxn, xxxiv-xl du I. VIII des Constitutions, p. xxxi-xxxiv. Enfin, les canons d’IIippolyte sont aussi une amplification de l’Ægyptische Kirchenordnung, p. xxxv-xi.l. Voici, p. xxxv, l’opinion de Mb» Rahmani sur l’origine des ca­ nons d’IIippolyte : Qui canones Hippolyti attente ins­ piciet, facile deprehendet auctorem seu compilatorem ipsorum hominem fuisse vulgarem, parum sollicitum de ordine canonum logico, quem contra turbamt, alios ipsis inserendo extra reni vagantes. Ex collatione aiotem eorumdem canonum cum canonibus ecclesiasticis (Ægyptische Kirchenordnung) evidenter apparet illos ex his originem ducere atque pseudo-Hippolytum minus apte quædam contraxisse, alia praetermisisse, nonnulla depravasse, plura etiam immutasse atque accommodasse recentiori usui sero tempore vigenti. Terminons par le jugement du même prélat sur la dis­ sertation de M. Achelis : Ad suas assertiones probandas modo gratis asserit quamplures inter hippolylanos canones esse adseilitios. quos uncinis includit, modo ambiguas et obscuras quasdam sententias non ex con­ textu aut locis respondentibus canonum ecclesiastico­ rum explicat, bene vero pro falsa quam sibi confinxit opinatione de constitutione pristinæ Ecclesiae ipsiusque ritibus et disciplina; tandem haud raro ipsa menda, quæ incuria amanuensis vel negligentia interpretis fudit, tanquam argumenta assumit atque urget, p. xxxv. Μ. Λ. Banmstark a étudié les textes orientaux paral­ lèles au 1. VIII des Constitutions dans l’Oriens Chri­ stianus, Rome, 1901. p. 98-137, et il résulte, du moins à son sentiment, que le Testamentum T). N. J. C. n’est pas la source de l’Ægyptische Kirchenordnung et que les canons d’IIippolyte ne peuvent pas eux non plus être la source de cette ordonnance. Cf. Funk, Zum achten Ruch der Apostolischen Konslitutionen und den verivandlen Schriflen. dans Theol. Quartalschrift, ■1902, n. 2, p. 234. Enfin M. Funk n’a jamais varié dans son opinion. Quelles que soient les sources employées par le rédacleur du 1. VIII des Constitutions, il tient que tous les 1533 CONSTITUTIONS APOSTOLIQUES 1534 textes parallèles conservés, et produits actuellement, t rences, le cardinal Pitra les publie tous deux sur co­ proviennent de ce I. VIII. Il fait remarquer que Γ .Epi­ lonnes parallèles. Beaucoup plus loin, p. 386, nous trouvons, à la lin de tome, qui concorde presque toujours avec le 1. VIII, l’édition des Constitutions apostoliques ce qui reste du l’abandonne cependant à l’occasion du lecteur, où il I. VIII lorsqu’on en a enlevé la pièce précédente. Ce concorde avec VÆgyplische Kirchenordnung; c'est donc reste est encore divisé en deux ou trois parties. On un texte intermédiaire. Par suite, le premier ouvrage est le 1. VIII des Constitutions, un extrait de cet ou­ trouve d'abord, p. 386 : Pars prior. De donis spiri­ vrage constitue VEpilome, lequel remanié a produit tualibus. Ce sont les c. ι-m ou la pièce des charismes VÆgyplische Kirchenordnung et les canons d’Hippolyte. qui n’est attribuée à saint Hippolyte dans aucun ma­ Quant au Testamentum, c’est le dernier écrit du cycle. nuscrit, mais qu’on lui attribue cependant parce qu’il Funk, Das Testament unseres Uerm und die ver- semble avoir composé un ouvrage de ce titre. Enfin, wandten Schriften, Mayence, 1901. on trouve, p. 393 : Pars posterior; celte partie est im­ Ces contradictions entre les divers auteurs montrent primée en petits caractères et comprend d’abord Sancti du moins, comme l'écrivait M. H. Achelis, Realen- Andreæ apostoli lilurgia catechumenorum, lin du cyclopüdie, 3' édit., t. i, p. 737, que « la question des c. v depuis Καί μετά, col. 1076, puis les c. vi-xn. Vient sources n’est pas terminée en tous points ». Tout ensuite (toujours en petits caractères) Anaphora sancti esprit unitaire sera séduit par la théorie fort cohérente Jacobi apostoli, puis les c. xn-xv, xxxv-xt.t. Pitra de M. Funk qui ramène tous les textes à l’unité dans avertit d'ailleurs en note que cette anaphore n'est pas le 1. Vlll des Constitutions. Il ne déplaît pas de croire de saint Jacques et diffère de celle qui est conservée que le rédacteur de ce livre (identique au rédacteur des par ailleurs sous son nom. Enfin le c. xt.vt tout entier, sept premiers) se serait borné, après un exorde, c. I-1II, imprimé en caractères ordinaires, clôt la publication. à fondre ensemble et à attribuer aux divers apôtres Le cardinal Pitra n’en avait donné que les sept pre­ l'ordinal, la liturgie et le rituel de son Eglise (proba­ mières lignes jusqu’à άποστείλαντά με (comme beau­ blement de l’Église d’Antioche); son ouvrage aurait coup de manuscrits en particulier Coislin 211), dans ensuite été découpé en morceaux. Citons, comme son édition du περί χειροτονιών, p. 45-75. 3° Époque et patrie du compilateur. — M. Funk exemple inédit, la compilation dn I. VIII qui est con­ tenue dans le manuscrit grec n. 361- de Paris, fol. 81fonde ses recherches sur les fêtes mentionnées ou non 86. Cette compilation est divisée en 45 canons : can. Idans le 1. VIII des Constitutions. D'après la date de 18, c. xxxii, du 1. Vlll, 19-29; c. xxxin-xxxiv; 30 à 33, leur introduction connue par ailleurs, il est conduit à c. XLll-.XLVl, ligne 7, άποστείλαντά με, col. 1149; 34, placer la rédaction de ce 1. Vlll au commencement c. iv; 35, c. xvt jusqu’à la ligne 5, διακόνων, col. 1113; du v* siècle. D’ailleurs, la liturgie se rapproche beau­ 36 et 37, c. xxx-xxxi ; 38-45, c. xxxvn-xxxvm. Après ces coup de celle d’Antioche. De plus, l’auteur associe Evodius avec Clément et Jacques, on peut donc croire 45 canons viennent « canons des saints apôtres pour que les évêques ne transgressent pas les ordres dn qu’il a voulu mentionner le premier évêque de son Seigneur »; c’est le c. xlvi depuis les premières lignes pays, c'est-à-dire d'Antioche. Funk, p. 164. La compi­ déjà trouvées plus haut jusqu’à la ligne 27 de la lation aurait donc été faite en Syrie et non à Jéru­ col. 1153, xai άναγνώσται; puis 28 canons περί ëm- salem, p. 165. σζόπων έζ των διατάξεων. Ces derniers proviennent de 4° Son école théologique. — M. Funk relève, p. 165partout. Le début est inspiré des Constitutions aposto­ 167, quelques expressions qui rappellent la termino­ liques, 1. II, c. Lvn. Il est heureux que cette compila­ logie arienne et montre qu’elles ne peuvent toutefois tion n’ait pas été paraphrasée en arabe, elle aurait provenir d'un arien. H n’y a donc aucune opposition encore augmenté l’imbroglio. entre ce livre et les sept précédents : on trouve même Beaucoup préféreront voir dans le 1. VIII des Consti­ patrie, même époque et mêmes tendances théologiques. M. Funk a d’ailleurs poussé la comparaison plus loin. tutions une juxtaposition de I'Epitome grec qu’ils feront remonter à saint Hippolyte lui-même, de deux 5° Comparaison du l. Vlll avec les sept premiers. — chapitres sur les charismes du même auteur et d'une L’aspect du 1. VIH, morcelé très souvent en canons liturgie dont ils chercheront la source à Rome et à prononcés par les divers apôtres, est tout différent de Antioche. D’autres enfin chercheront les écrits origi­ celui que présentaient les longues tirades — le plus naux dans les traductions orientales et seront amenés, souvent anonymes — des premiers livres, mais cette vu le peu de sûreté qu'offrent ces traductions, à les différence tient aux sources employées et ne peut décomposer en couches successives dont la plus an­ donc pas être imputée au dernier rédacteur. C’est cienne sera attribuée à saint Hippolyte. C’est ce que faute d'avoir fait cette distinction que Drey et Krabbe vient de faire Μ. E. von der Goltz à l’aide de la version regardaient le compilateur du 1. Vlll comme différent éthiopienne des canons ecclésiastiques (canons coptes- du compilateur des sept premiers. Funk, p. 168-169. arabes 1-71 (ou 1-78), voir Canons des apôtres, t. n, Les quelques contradictions qu’on a voulu établir entre col. 1612-1615). Cette version éthiopienne a été publiée ces deux parties sont faciles à expliquer. Funk. p. 169et traduite par G. Horner, The statutes of the apostles 173; d’ailleurs, de nombreux points de contact, Funk, or Canones ecclesiastici, Londres, 1904, en même p. 174-178, montrent que le 1. Vlll a été compilé par temps que le texte et la traduction des versions copte le même auteur que les sept premiers. C’est ce même et arabe. Dom de Bruynes expose dans la Revue béné­ auteur qui a interpolé aussi les lettres de saint Ignace. dictine, 1906, p. 422-429, les hypothèses de M. von der Tel est aussi l'avis de M. Harnack. Altchrisl. Literalur, Gultz sur les prétendus écrits d’Hippolyte et les trouve, Leipzig, 1893, p. 542, 777, et de M. Batiffol, La litté­ rature grecque, Paris, 1898, p. 200-201. arec raison, prématurées. Nous recommandons à ces derniers esprits l’édition V. Conclusion. — Après avoir décomposé ou dé­ du cardinal Pitra, Juris eccles. grteci hist, et monu­ membré les Constitutions apostoliques en leurs di­ menta, Rome, 1864. t. 1, qui démembre le I. VIII en verses parties, nous Unissons donc par conclure qu elles trois ou quatre parties. On trouve d’abord, p. 48-75 : forment un seul tout, puisque c’est le même interpoConstitutiones de mystico ministerio. C’est la pièce lateur qui a réuni et complété les huit livres. Il n’avait ssii χειροτονιών que bien des manuscrits et des ver­ pas pour but de défendre une doclrine ou une école sions attribuent explicitement à saint Hippolyte; c’est théologique, mais seulement, semble-t-il, de fondre en même temps VEpitome grec, dont nous avons ensemble les divers documents connus de lui qui indiqué plus haut le contenu. Lorsque les textes du 1 étaient censés remonter aux apôtres. Il ne s’est pas L Vlll et de VEpitome présentent de notables diffé­ borné à les transcrire, mais il en a donné ce que nous 1535 CONSTITUTIONS APOSTOLIQUES 153G appelons maintenant une nouvelle édition, en les t Unbekannte Fragmente altchristlicher Gemeinde Ordnungen, dans Silzungsberichte der kiln. Preuss. Akademie der Wisaccommodant un peu, par suppressions et additions, à senschaften, 1906, p. 141-157; Die Taufgebete Hippolyte und l’étal de l’Eglise à son époque. Parfois aussi, il se ser­ andere Taufgebete der alten Kirche, dans Zeitschrift fur Kirvait de sa connaissance de l’Écrilure sainte et île son chengesehichte, 1906, p. 1-27; P. Drews, Untersuchungen. érudition pour compléter les considérations de ses de­ über die sogen. Ctementinische Liturgie im VIH Bach der vanciers. Sa fidélité relative nous permet d’entrevoir à apostolischen Konstitutionen. L Die Ctementinische Liturgie travers son édition l’état de l’Église au ni® et au iv® in Rom, Tubingue, 1906: Voir aussi les articles de Realencyclop. siècle, de même que son souci de la mise au point fürprot. Théologie, 3* édit., t. i (par H. Achelis); A religious encyclopaedia, de Ph. Schalf. Edimbourg, 1883, p. 116; Kirnous présente, grâce à ses additions et suppressions, l’état de l’Eglise au commencement du v® siècle. Les chenlexikon, Fribourg-en-Brisgau. 1884, t. m (par Funk). sources des six premiers livres et de la première moitié VI. Autres écrits de même nom. — 1° La Constitution du VIIe sont connues; la lin du I. VII et le VIII prête­ apostolique ou Apostolische Kirchenordnung, voir t. il, ront longtemps encore sujet à controverses. col. 1613. 2ft La Constitution ’ ecclésiastique égyptienne ou 1. Éditions. — Les anciennes éditions et traductions sont Ægyptische Kirchenordnung, voir t. n, col. 1615. indiquées dans Fabricius, Bibliotheca græca, édit. Maries, t. vu, 3° La Constitution des saints apôtres : διαταξις των p. 24-26, ainsi que les principaux manuscrits, p. 26-28. Les άγιων αποστόλων. Ce texte récent et sans grande impor­ éditions plus récentes sont citées dans Batiffol, La littérature grecque, Paris, 1898, p. 200. L'édition princeps a pour titre : tance est analysé par Pitra, .luris eccl. Græcorum hi­ Διαταγα: τ«ν αγίων άποστόλων διά Κλήμιντο; το5 ’Ρωμαίων ίπισχόπου τι storia et monum., Rome, 1864, t. i, p. 42l, d’après le χαΐ πολίτου χαθολιχή δ-.δασχαλία διά βιβλίων οχτώ. Constitutiones manuscrit 20Ί2 du Vatican. Il se trouve aussi dans le sanctorum apostolorum doctrina catholica a Clementeromano Parisinus 929, fol. 480-502. Nous reproduisons et com­ episcopo et cive scripta libris octo, Francisco Turriani pro­ plétons, â l’aide de ce manuscrit 929, l’analyse qu’en a legomena et explanationes apologetica* in easdem constitu­ donnée le cardinal Pitra. Après l’ascension du Sauveur, tiones, Venise, 1563. Après les prolégomènes en grec qui com­ les apôtres jeûnent durant quarante jours dans la prennent surtout les témoignages anciens et l’indication des trois manuscrits utilisés, 1-18, on trouve à peu de chose près le texte vallée de Josaphat. Puis Pierre demande au Seigneur connu, fol. 1-161, les deux premiers chapitres du 1. VH sont quelle sera la récompense de celui qui observe le ca­ divisés autrement que dans Migne. On trouve aussi quelques rême. Paul demande quelle sera la peine des fornicafautes d’impression dans la numérotation des chapitres, puis à teurs et des sodomites. André demande quelle est la tin du C. XLVI, l’éditeur ajoute Κανόνις ίχχλησιαστιχοι των αυτών « la valeur » des sept jours. L’ange lui répond qu’il ne Αγιών άποστόλω·/, avec les canons des apôtres au nombre de 75. faut pas travailler le dimanche et qu’il faut jeûner et Les scholies en grec occupent ensuite les fol. 165-195. La pre­ prier le mercredi et le vendredi. Jacques demande mière traduction par Bovio était intitulée : De Constitutionibus apostolicis, IL Clemente romans auctore, libri octo, nunc quelle est la récompense de celui qui observe le mer­ primum e tenebris eruti et ad orthodoxam /idem astruen­ credi et le vendredi. Quand l’âme entre au ciel avec les dam apprime utiles, in-'··, Venise, 1563. En 1564, on fit de anges, le mercredi et le vendredi viennent au-devant cette traduction deux éditions in-16 à Lyon et â Anvers, et une d’elle et lui disent : Salut, notre amie. Barthélemy de­ édition in-8· à Paris. Torres publia lui-même une traduction mande quelle sera la récompense de ceux qui renoncent latine avec des scholies et des observations à Anvers, en 1578. aux biens et les donnent aux pauvres. Thomas interroge Le texte et la traduction de Terrés furent reproduits par Mansi. sur le clerc qui abandonne l’Église, les prêtres bi­ Concil., Florence. 1759, t. i, col. 257-596; l’éditeur avertit que ces Constitutions ne sont pas des apôtres, mais d'un écrivain games, etc. Malheur â celui qui ne garde pas la nuit qui fleurissait au moins au nr siècle, col. 258. L'édition de du saint dimanche (dès le samedi soir). Barthélemy W. Whiston avec traduction anglaise occupe le t. H de Primitive demande â connaître les mystères du Père. On lui ex­ Christianity Reviv’d, Londres. 1711. On trouvera mentionnées pose la création des anges, l’ordre des sept cieux et la dans Fabricius les éditions de Fronton-Ie-Duc, I^abbe. Gallandi création de l’homme. Michel, Gabriel et tous leurs et l’excellente édition de Cotelier. Paris. 1672. avec ses réimpres­ anges adorèrent l’homme, œuvre de Dieu; mais Satasions. C’est celle-ci qui est reproduite dans Migne. M. Batiflol nael refusa de s’incliner devant l’homme sorti de la mentionne celle de P. de Lagarde (Boetticher) et nous avons fait connaître plus haut celle de Pitra. Ajoutons que M. Funk, pour boue et fut précipité dans l’abîme avec les siens. Phi­ son édition, a pu utiliser les trois manuscrits de Torrès qui sont lippe demande pourquoi les hommes seront jugés et Vatic.. 838, 3088 et 1056 ou 3089 : il a tenu compte d’ailleurs de le Sauveur lui fait un tableau des crimes qui se com­ tous les manuscrits signalés et a donné dans le t. i les Constitu­ mettent. Luc, Matthieu, Marc et Thaddée veulent con­ tions suivies des canons des apôtres et dans le t. n les textes naître la punition des pécheurs; une nuée les emporte parallèles au 1. VIH* et les petites ordonnances attribuées aux chez les suppliciés; Matthieu voit un diacre qui a les apôtres. mains el les yeux brûlés et le feu sort de sa bouche : IL Travaux. — Nous avons suivi surtout F. X. Funk. Die Apostulischen Konstitutionen, Bottenbourg, 1891. Cet ouvrage c’est un diacre qui a abandonné sa femme, en a pris contient une courte bibliographie, p. vi-vn, et une histoire com­ une autre el n’a pas cessé de lire l’Evangile. Puis « le plète du texte et des controverses, p.1-27. Rappelons Jean Daillé, démiurge » impose les mains aux apôtres et leur dit : De pseudepigraphis apostolicis seu libris octo Constitutionum « Réjouissez-vous, mes frères chéris, recevez le Saintapostulicarum apocryphis libri HI. Harderwick (Gueldre), Esprit el allez enseigner toutes les nations, les bapti­ 1653: J. S. Drey, Neue Untersuchungen über die Konstitutio­ sant au nom du Père, du Eils et du Saint-Esprit, main­ nen und Kanones det' Apostel, Tubingue. 1832; O. Krabbe, tenant et toujours. » Comme écrit Pitra : Sic, mullis Heberden Ursprung und den Inhalt der Apostolischen Kun­ slit utioven des Clemens Romanus, Hambourg, 1829; H. Achelocis ad Constitutiones respicientibus, clauditur satis lis. Die Canones Hippolyti, Leipzig. 1891, dans Texte und insulsa et omnium fortasse quæ supersunt maxime Untersuchungen de von Gebhardt el Harnack, t. vi, fasc. 4. Voir inconcinnata Didascalia. aussi la plupart des auteurs cités à Canons des apôtres, t. ii. Ιίερί τής επιφάνιας τού κυρίου έκ τών άποστολικών A'· ub ns F. X. Funk, Das Testament unseres Herrn, Mayence, Διαταγμάτων (ou διατάξεων), sur la naissance du Sei­ 1901 ; Zam achten Buch der Apostolischen Konstitutionen gneur d’après les Constitutions apostoliques. Suivant und den verwandten Schriflen, dans Theolog. Quartalschrift, celte petite pièce, publiée par Cotelier, P. G., t. i, 1ft «2, p. 223-236: Das achtc Buch der Apostolischen Konstitutionm in der kuptischen Ueberlieferung, ibid., 1964, p. 429col. 517, Notre-Seigneur serait né le 29 chihac (dé­ 442; Die Ægyptische Kirchenordnung, ibid., 1966, p. 1-27: cembre) à la septième heure du jour; il serait mort le Bardenbewer, Les Pères de l’Église, Paris. 1898, t. i, p. 47-51 ; 23 phamenolh (le 29 dans le ms. /555 A, fol. 184), le ven­ J. Lei pc !dt. Smdische Ausrüge ausdem VIII Buche der Apost. dredi â la même heure, le quatorzième jour de la lune. Konstit., Leipzig. 1 * '». dans Texte und Untersuch., t. xxvt, M. Funk écrit, Ein Fragment zu den Apostolischen fasc. 1 b. trad, allemande des canons ecclésiastiques 63 à 78 Konst., dans Theol. Quartalschrift, 1903. p. 195-202, d’après l’édition de Lagarde, voir t. n. col. 1615. avec complé­ qu’on a voulu à tort faire remonter ce fragment â la ments tirés d un manuscrit copte de Paris; E. von der Gultz, •1537 CONSTITUTIONS APOSTOLIQUES — CONSTITUTION CIVILE DU CLERGÉ 1538 Didascalie. C’est sans doute un développement des , son opportunité : aucune bulle, aucun canon de concile Constitutions apostoliques, I. V, c. XIH-XIX, et 1. VIII, même œcuménique ne peut être reçu en France, s’il ne c. xxxiii, pour établir la date de certaines fêles et non l’agrée. Les papes lui ont d’ailleurs concédé une fonc­ pas un fragment d’un ouvrage important. Il ne peut tion importante qui appartient évidemment à l’Église : avoir été composé au plus tôt que dans la seconde moi­ le concordat de 1516 qui dure encore en 1789 donne au tié du Ve siècle en Egypte, car il utilise les noms égyp­ roi la nomination des évêques, abbés et prieurs, sous tiens des mois. En effet, on trouve des idées analogues la simple réserve de l’approbation pontificale. De cette vers la fin de la Réfutation d’Eutychius (livre des con­ façon le roi est complètement maître chez lui; les ciles) par Sévère, évêque d'Aschmounaïn, Patrologia consciences relèvent de lui comme tout le reste. Sou­ orientalis, t. m, fasc. 2, p. 222-225. Les dates fournies vent il côtoie le schisme, mais il s’arrête à temps. par les divers manuscrits ne sont même pas d'accord L’épiscopat, lui, est gallican, il tient à ses libertés tradi­ entre elles. F. Nxu. tionnelles; mais il n’approuve point tous les empiète­ ments du pouvoir royal. D’un autre côté, le roi ne va pas CONSTITUTION CIVILE DU CLERGÉ, loi votée aussi loin que le voudrait le parlement, la magistra­ par la Constituante le 12 juillet 1790 et sanctionnée par ture. Elle voudrait arriver à la domination de l'Etat sur Louis XVI le 24 août suivant, imposant à l'Église de l'Eglise, sans la limite, sans le contre-poids qu’impose France une organisation schismatique, au nom des l'autorité romaine. « Pour beaucoup de parlementaires droits de l’État. Cette organisation est maintenue par le schisme n’est pas l'écueil, c’est le but : » c’est de ce le clergé dit constitutionnel, au nom des droits de gallicanisme parlementaire que la constitution civile l’Église gallicane et de la constitution même de l’Église, est l’œuvre. Cf. dans le Recueil des Instructions don­ après la séparation de l'Église et de l’Etat, réalisée par nées aux ambassadeurs et ministres de France à les lois du 2e jour des sans-culoltides an II (18 sep­ Rome depuis les traités de Westphalie, t. I, l'intro­ tembre 1794) et du 3 ventôse an 111 (21 février 1795) et duction, par G. Hanotaux, Paris, 1888. du 7 vendémiaire an IV (28 septembre 1795). — 1. Les Cette dépendance de l'Eglise gallicane vis-à-vis du origmes. II. Les mesures préparatoires. III. Discussion roi trouvait sa compensation et son explication dans la et dispositions. IV. L’opposition, le serment et la per­ situation privilégiée de l'Église dans l'Etat. Elle était sécution des réfractaires. V. Suspension du culte. Église d'État dans toute la force du terme ; les dissi­ VI. La séparation de l’Église et de l’État et la nouvelle dents étaient hors la loi : les registres des actes reli­ Eglise constitutionnelle. VII. La fin du schisme : le gieux constataient seuls les situations légales; c’est à concordat. peine si l’édit de 1787 venait d'améliorer la situation I. Les origines. — Comment la Constituante fut-elle civile des protestants. Le clergé était le premier ordre amenée â faire la constitution civile? Ce ne fut pas, de l’État; il avait et au delà tous les privi.eges de la comme on l’a écrit, surtout par les principes philoso­ noblesse; ses délégués s’assemblaient régulièrement phiques du xvm· siècle. La constitution civile ne fut tous les cinq ans pour faire entendre au roi les vœux pas, du moins dans l’intention de la plupart de ceux et doléances de l'ordre. L'enseignement à tous les qui la votèrent, une machine de guerre dressée contre degrés était donné par lui ou relevait de lui. Enfin il l’Eglise par l'incrédulité. Elle a des origines historiques était riche : il possédait, avec des charges, il est vrai, et l'une d'elles est la situation même de l’Église de les 2/5 du royaume, sans parler de la dîme et du casuel. France en 17 9. Cette situation privilégiée avait ses dangers, à un mc1° L'Églhe gallicane en 1180. — La constitution civile ment où les privilèges commençaient à paraître odieux, apparaît surtout comme une œuvre de gallicanisme dangers d’autant plus grands que l’Église de France exagéré et d'égalité. Or, ces deux caractères s’expliquent prêtait liane à bien des attaques par des anomalies et en partie par les doctrines et les abus de l’Église gal­ des abus. Les limites, si l'on peut user ici de ce terme, licane à la lin du xvm· siècle. On disait alors l’Église de la France ecclésiastique ne correspondaient pas aux gallicane. « comme l’on dit l’Eglise anglicane, écrira de limites de la France politique. Les archevêques de Maistre, alors que l'on ne dit pas l'Eglise espagnole, Besançon, Cambrai, Embrun et Vienne avaient des l'Église italienne, l'Église polonaise. » Et, en effet, tout sulfragants hors de France; en revanche, les archevê­ . n s'affirmant fidèlement soumise au pontife romain ques étrangers de Gênes, Pise, Trêves, Mayence, Ma­ et indissolublement unie à l'Église universelle dont il lines avaient juridiction soit sur des évêques fiançais, est le chef, l’Eglise gallicane avait ses doctrines et soit sur quelque point du territoire. De même avaient ses maximes, ses traditions et ses coutumes, ses li­ juridiction en France, sans parler des trois sulfragants bertés et ses franchises. Toutes se ramenaient à cet d’Avignon, les évêques de Tournai, Vpres, Liège, Ge­ objet : « maintenir en face du pouvoir pontifical l'indé­ nève, Spire et Bâle; depuis la lin du xvm· siècle, il est pendance des Églises locales et de la société laïque » vrai, l’évêque de Baie avait un auxiliaire chargé de la Hanotaux), et à celte double formule : dans l’ordre partie française de son diocèse : c’était en 1789 Gobel, temporel tout entier, les rois de France sont indépen­ évêque de Lydda. En somme, la France relevait de dants du pape, et dans l’ordre spirituel, la puissance du 24 métropoles et de 124 évêchés, si l’on compte Mou­ pape a ses limites : il n’est pas supérieur aux conciles lins, siège nouvellement créé, dont l’évéque Gallois de généraux; il est tenu aux décrets et arrêts rendus par la Tour était nommé par Louis XVI, mais qui attendait eux. L’Église gallicane elle-même peut opposer à ses encore l’assentiment du pape. Sur ce nombre 18 arche­ décrets disciplinaires ses propres traditions et coutumes. vêchés et 118 évêchés seulement étaient en France. Ce qu’il importe surtout de remarquer, c'est l’autorité Cf. Brette, Recueil de documents relatifs à la convoca­ du roi sur l'Église de France. Cet évêque du dehors, tion des Étals généraux de 1180, 3 in 8°, Paris, 1801comme on l'appelle, est 0000, prélats, vicaires-généraux, chanoines •des chapitres 2800, chanoines des collégiales 5G00, ecclésiastiques sans bénéfices 3000, il souffrait d’aulres abus. C’est la minorité, prélats, vicaires-généraux, cha­ noines, gros décimateurs qui détiennent les honneurs et les richesses. Aussi, ces situations sont-elles réser­ vées aux jeunes gens sortis de la noblesse de cour ou de la haute finance. L’épiscopat lui-méme se recrute presque exclusivement dans la noblesse; il y a 3 ou 4 évêchés « crottés » réservés aux roturiers. Ces privi­ légiés constituent le haut clergé. La naissance, la situa­ tion, les richesses, le luxe ont établi une démarcation profonde, presque de l’hostilité, entre eux et le bas clergé, c’est-à-dire, les curés et les vicaires à portion congrue; sortis du peuple, qui vivent pauvrement, sans autre espérance que l’espérance du ciel. Ils sont un peu comme ces bas-officiers que l’édit de Ségur arrête impitoyablement dans les rangs inférieurs de l’armée, il faut le remarquer cependant : « L’épiscopat français en 1789. suivant le jugement de l’abbé Sicard, était bien plus régulier, bien plus recommandable qu’on ne le pense généralement et que ne l’ont dit la plupart des historiens. » Ce qu’on pourrait lui reprocher davantage, c’est de n’avoir pas su prévoir et de s’être tenu trop longtemps comme isolé du bas clergé et du peuple. 2° Les cahiers de 1789. — Quoi qu’il en soit, les cahiers de 1789, cahiers du clergé, auxquels le bas clergé, a d’ailleurs participé, comme cahiers de la no­ blesse et du tiers, protestent contre ces abus : tous ou à peu près demandent, par exemple, une amélioration du sort des curés. Mais tandis que le clergé avait su borner les demandes de réformes et surtout demander qu’elles se fassent suivant les voies canoniques, le tiers et la noblesse ne se gênent pas pour demander des ré­ formes radicales, comme la suppression des ordres religieux et l’attribution de leurs biens à des œuvres ■d’enseignement ou de charité. Certains cahiers du tiers ■et quelques cahiers du clergé vont jusqu’à demander avec le clergé du bailliage de Toul « le rétablissement de la pragmatique sanction, la suppression de tous les concordats et induits par lesquels les souverains pon­ tifes auraient accordé à Sa Majesté la nomination aux places ecclésiastiques ». Cf. Brelte, loc. cil.; E. Cham­ pion. La Irance en 1789 d'après les cahiers des Étals généraux, in-12, Paris, 1897. 3» La Constituante. — Quelles étaient vis-à-vis de l’Église les dispositions de la Constituante qui allait se proclamer l’héritière des droits et des prétentions du souverain? De toutes les passions « l’une des plus obsédantes chez les constituants, comme chez la plu­ part des Français éclairés du xvm· siècle, a écrit M. Sorel, était la passion antireligieuse »; mais les constituants ne s’en doutaient pas, de même qu’il y avait chez enx un état d’esprit républicain, tandis qu’ils protestaient de leur amour pour le roi. Sans doute, le 1540 tiers comprenait « des libres-penseurs de profession, adversaires invétérés de toute croyance religieuse et de toute Église établie », comme Mirabeau, des adeptes du néo-christianisme de Bousseau, comme Robespierre, « des protestants à peine affranchis des lois iniques, qui leur imputaient leur foi à titre de trahison et chez lesquels l’esprit de l’Evangile temprait difficilement, lorsque la suprématie de l’Église catholique était en jeu, l’horreur d’un siècle entier de persécution » comme Barnave. et tous pèseront d’un lourd poids dans les questions religieuses; mais la plupart des députés du tiers s'affirmaient catholiques et avaient des façons chrétiennes de parler et de vivre. Celle majorité éta.t peu faite néanmoins pour traiter de sang-froid la ques­ tion religieuse : 1» parce qu’elle est composée de bour­ geois qui déteslent dans l’Eglise « un corps privilé­ gié et très opulent »; 2° parce que ces bourgeois sont imprégnés de ce gallicanisme parlementaire, qui ne laisse aucun doute sur l’omnipotence de l’Etat, et qui fait d’eux les ennemis de Rome, suprême rempart de l’indépendance du clergé; leur type est Camus. Il y a parmi eux « quelques représentants attardés du jansé­ nisme » que distingue seulement une plus grande ani­ mosité vis-à-vis de Rome; le type est ici Treilhard. 11 faut le remarquer : le jansénisme n'a pas eu d’autre influence sur la constitution civile. Ses représentants les plus connus, en dehors de l’assemblée se diviseront même sur la question. Maullrol et Jabineau. par exem­ ple, seront les adversaires irréconciliables de cette ré­ forme; 3° parce qu’enlin ils manquent d’esprit politique et d’expérience. Voulant reconstituer rationnellement la France, ils poseront des principes généraux dont ils prétendront réaliser toutes les conséquences logiques, plus ou moins utopiques. « Dans le Tiers-État, dit Taine, sur 577 membres, dix seulement ont exercé de grandes fonctions, celles d’intendant, de conseiller d’État, de receveur-général... La grosse majorité se compose d’avocats inconnus et de gens de loi d’ordre subalterne..., enfermés depuis leur jeunesse dans le cercle étroit d'une médiocre juridiction ou d’une rou­ tine paperassière, sans autre échappée que des prome­ nades philosophiques à travers les espaces imaginaires, sous la conduite de Rousseau et de Raynal. » La no­ blesse, non seulement la noblesse libérale que conduit le duc d'Orléans, mais l'ordre presque entier, est indif­ férent en matière de religion. Beaucoup de nobles sont « philosophes » à la façon de Voltaire et peu seraient fâchés de voir frapper l’ordre rival, encore qu'euxmêmes profitent de sès abus. Quant au clergé,sera-t-il uni pour faire front? Ses 291 représentants compren­ nent 83 membres du haut clergé: 42 prélats et 35 abbés, et 208 curés. Or, entre ceux-ci et les premiers il y a une scission profonde, on l’a vu. Beaucoup de prélats, habitués â manier les hommes et les affaires, auraient de l’expérience, mais ils sont des chefs sans armée. Les curés ne les suivent pas. En beaucoup de bailliages, les curés se sont fait élire contre des membres du haut clergé; à l’assemblée, ils suivront le tiers dont tout les rapproche : la naissance, les doctrines gallicanes et parfois jansénistes et les passions égalitaires. Ils veu­ lent une amélioration à leur sort; ils aspirent à plus d’égalité : or, ils ne sont pas habitués à regarder vers Rome; de leurs chefs ils n’attendent rien : toute leur espérance est dans le tiers. Le type et en quelque sorte le chef des évêques députés est l’archevêque d’Aix, Boisgelinj le type et en quelque sorte le chef des curés est Grégoire. Le 10 juin 1789, cin<] semaines après l’ouverture des États généraux, tandis que durait encore la crise provoquée par la vérification des pou­ voirs, c’est-à-dire en réalité du vote par ordre auquel étaient hostiles la majeure partie de la noblesse et des évêques, Grégoire faisait paraître une Nouvelle lettre d'un curé ά ses confrères députés aux États généraux, 1541 CONSTITUTION CIVILE DU CLERGÉ in-8°. 11 y encourageait les curés à prendre parti pour le tiers, car » le tiers ne voudra plus qu’un ordre dans l’Etat; il voudra extirper au moins une partie des abus »; enfin il améliorera le sort des curés et vi­ caires : « Il y a longtemps que la pension alimentaire des congruistes serait augmentée si elle avait pu être réglée par le tiers. » Il rappelait ensuite aux 208 curés qu'ils en représentaient 40000, « la partie la plus nom­ breuse comme la plus utile du clergé français » et que par conséquent leurs vues devaient prévaloir. Son appel s’adressait à des esprits bien disposés; il fut en­ tendu et les curés rendirent possible la révolution, y compris les réformes religieuses, par leur adhésion au tiers. II. Les premières mesures. — La constitution civile fut préparée par une série de mesures où l’on a voulu retrouver un plan savant d’attaque contre l’Eglise. La Constituante avait nommé le 20 août un comité, dit comité ecclésiastique, chargé de préparer les réformes relatives à la religion et au clergé. Mais avant que ce comité ait pu lui présenter un plan d’ensemble, elle s’était déjà occupée du clergé et surtout à cause des questions financières. 1° La suppression des privilèges du clergé, et de la dime. — Les premières mesures de la Constituante relativement au clergé sont comprises dans la série des décrets dits du 4 août et de plusieurs desquels le haut clergé avait pris l'initiative. A la suite de ces décrets : 1» le clergé cessa d'être un ordre privilégié, comme la noblesse d'ailleurs. Cette disposition fut confirmée par un décret du 3 novembre suivant abolissant les élections par ordres vu qu' « il n’y a plus d’ordres et de distinctionsd’ordres »,et d'une façon plus générale par l’art.1er de la Déclaration des droits; 2° le clergé perdait tous ses droits féodaux et rentes foncières perpétuelles décla­ rées rachetables; 3° « les droits casuels des curés de campagne étaient supprimés et cesseraient d’être payés, aussitôt qu'il aurait été pourvu à l'augmenlalion des portions congrues » ; 4° la pluralité des bénéfices et des pensions sur bénéfices était interdite dès que le total dépassait 3000 livres; 5° étaient supprimés le droit de déport et, chose plus grave, car cette suppression créait déjà une sorte de rupture du concordat, les annates, qui appartenaient au pape en vertu du traité de 4516; 6° enfin, décision non moins importante, puisqu’elle posait la question du droit de propriété du clergé et qu'elle préparait la confiscation des biens ecclésiastiques et la transformation du clergé en corps salarié : « les dimes de toute nature et les redevances qui en tiennent lieu, possédées par les corps séculiers ou réguliers, même celles qui auraient été abandonnées à des laïcs en remplacement et pour option de portions congrues » étaient d durées rachetables (4 août), puis purement et simplement abolies (Il août), « sauf à subvenir d'une autre manière à la dépense du culte divin, à l’entretien des ministres des autels. Cependant, jusqu’à ce qu’il y ait été pourvu, lesdites dîmes continueraient d’être perçues. » Le clergé n’avait pas échappé à l'entraine­ ment irréfléchi de l'Assernblée dans la nuit du 4 août : spontanément il avait consenti à ce que les dîmes fussent rachetables. Mais le 10 août, tandis que (’Assemblée v rifiait les décrets précipités du 4, un député du tiers, Arnault, proposa que les dîmes fussent déclarées non pas rachetables mais supprimées, quitte à la nation à pourvoir d’une autre façon aux besoins du culte. Miral' au l'appuya : il soutint que le clergé n’ayant pas le droit d’aliéner le fonds ne pouvait être considéré comme un vrai propriétaire; que la dîme était d’ailleurs sim­ plement le subside avec lequel la nation salariait les officiers de -morale et d’instruction et qu’ainsi elle pouvait supprimer la dime et la remplacer par un subside «ans porter atteinte au droit de propriété en général et aux droits du clergé. Le haut clergé qui vit 1542 immédiatement l'importance de ces théories protesta et levêque de Langres aborda nettement la question : « Les ecclésiastiques sont-ils propriétaires ou la nation l'est-elle? A qui les dîmes ont-elles été données? A la nation? Non, elles n’ont été données ni à la nation, ni par elle, » et il conclut que la nation ne pouvait les supprimer sans l’aveu de l’Église. Il fut appuyé par Grégoire, le chef des curés patriotes depuis sa lettre du 10 juin, mais qui tenait à l'indépendance du clergé : il demandait le rachat des dimes par canton et le place­ ment en fonds de terre des sommes ainsi acquises; et surtout par Siéyès qui ruina le motif que l’on donnait pour la suppression de la dîme : il démontra que « ce ne seraient pas les pauvres qui profiteraient de l’abolition pure et simple, mais les riches ». Cf. H. Taine, La Révo­ lution, l’anarchie, 1.1,1. II, c. il. Mais ces raisons ne pu­ rent triompher de l’éloquence de Mirabeau qu'appuyait du reste une émeute de Paris provoquée pour la circons­ tance. Ce fut cependant par une renonciation volontaire du clergé que se termina la discussion, le 11 août. Quelques curés, qui tenaient peu à conserver les dîmes, lesquelles passaient surtout aux moines, aux chapitres, aux prélats, déclarèrent à la tribune faire l'abandon de leurs droits. Le haut clergé sentit alors la partie perdue et voulut se donner du moins le bénéfice de la renon­ ciation. C’est pourquoi l'archevêque de Paris, de Juigné, prononçait bientôt ces paroles à la tribune : « Nos col­ lègues n'ont fait que devancer le sacrifice que nous otl'rons tous à la patrie. Nous remettons tous entre les mains de la nation toutes les dîmes ecclésiastiques et nous nous confions entièrement en sa sagesse. » Le cardinal de La Rochefoucauld parla également du con­ sentement unanime du clergé. Évidemment les dîmes, qui devaient durer jusqu’à leur remplacement, ne furent plus payées. Celte journée coûtait cherau clergé : il per­ dait la moitié de son revenu, de 70 à 80 millions; son droit de propriété était profondément entamé, et la for­ mule du clergé de l’avenir était trouvée : fonctionnaire salarié chargé de l’enseignement de la morale. 2° La confiscation des biens du clergé. Le clergé salarié. — L’Église gallicane ne tarda pas à perdre le reste de ses biens meubles et immeubles. l.a proposi­ tion de les lui' enlever avait déjà été formulée le 8 août par La Coste et soutenue par Alexandre de Lameth; mais cette proposition avait effrayé et elle avait été repoussée. Le 10 octobre 1789, elle était reprise ou à peu près, au nom du comité des finances, par l'évêque d'Autun, Talleyrand. Dans un rapport connu, il disait à l’Assernblée, ne plus voir qu'une ressource pour tirer la France de sa détresse financière : les biens ecclésias­ tiques, sur lesquels d’ailleurs la nation avait des droits souverains. Il proposait en conséquence de décréter : 1» la remise à la nation des rentes et biens-lords du clergé; 2· l'obligation pour la nation d’assurer au clergé sur les premiers revenus de l’État « cent millions qui décroîtront jusqu’à 80 ou 85 millions au plus, lorsque par la mort de certains titulaires, le clergé ne sera plus composé que des ministres les plus utiles ». On voit ici comment les mesures financières amenaient la Consti­ tuante aux réformes religieuses. Talleyrand faisait ce calcul : les biens ecclésiastiques proprement dits repré­ sentaient un revenu de 70 millions, auxquels s’ajoute­ raient immédiatement 80 millions de dîmes, percevables jusqu'à leur remplacement, soit un total de45O millions. En attribuant 100, puis 80 millions à l’entretien du clergé, la nation réaliserait un bénéfice qui lui per­ mettrait de payer la dette du clergé, de combler le déficit et de créer une caisse d’amortissement. Et il indiquait un plan pour la vente immédiate des biensfonds du clergé; 3° « aucun curé ne devait jouir d’un revenu moindre de 1 200 livres non compris le pres­ bytère et un jardin » : c’était la reconnaissance d'une légitime demande des cahiers, mais aussi le moyeu d- 1543 CONSTITUTION CIVILE DU CLERGÉ gagner au projet les curés qui n'avaient rien à perdre â échanger leurs anciens revenus contre celui-ci ; 4° une commission de 36 membres composée particulièrement d'ecclésiastiques ou une assemblée extraordinaire du clergé, sous la surveillance de la Constituante, réglerait toutes les questions soulevées : fusion des communautés, extinction des bénéfices sans fonctions, etc. Ce projet était compliqué. Mirabeau, plus pratique et qui voulait faire d’abord triompher le principe, proposa à (’Assem­ blée, le 13 octobre, de voler simplement ces deux ar­ ticles : l° « La propriété des biens du clergé appartient â la nation, à la charge de pourvoir d’une manière convenable aux frais du culte, â l'entretien de ses ministres et au soulagement des pauvres, sous la sur­ veillance et d'après les instructions des provinces; 2" dans les dispositions à faire... il ne pourra être assuré à la dotation d’aucun curé moins de 1200 livres par année, non compris les logements el jardins en dépendants. » Thouret et le duc de La Rochefoucauld essayèrent de faire ajouter que le clergé serait inca­ pable « d’avoir la propriété d’aucun bien-fonds ou autres immeubles », mais leur proposition fut écartée et toute la bataille se livra autour des deux articles du projet Mirabeau. Ce projet fut soutenu aux côtés de Mirabeau par Garnave, Garat, Pétion, Duport; mais il fut vigou­ reusement combattu par les prélats naturellement, ainsi les archevêques et évêques d’Aix, de Clermont et de Nîmes; par l’abbé de Montesquiou et Maury; par des membres de la noblesse, le vicomte de Mirabeau, par exemp'e, et même par des curés patriotes comme Gré­ goire et Gouttes qui demandaient, à tout le moins, la dotation des curés en biens-fonds. Des plans concilia­ teurs furent proposés par Malouet, par l’abbé d’Eymar el par l’archevêque d’Aix. Boisgelin, dans la séance du 31 octobre, après avoir démontré que l’Église a le droit de posséder et combien son crédit était utile à l’État, offrit au nom de son ordre 400 millions que le clergé emprunterait en donnant hypothèque sur ses biens, dont il paierait les intérêts et qu’il rembourserait par des ventes progressives faites suivant les formes cano­ niques et civiles. Boisgelin ajoutait au nom de tous ses collègues que le sort des curés serait amélioré. Son dis­ cours produisit grande impression . les 400 millions qu’il otlrait. c’était la somme jugée nécessaire aux besoins de l’État. Malheureusement l’Assemblée n’alla aux voix que le surlendemain 2 novembre. Cette fois encore, elle vota au milieu de l’agitation de la rue, provoquée à dessein ; puis Mirabeau substitua au terme : « les biens ecclésiastiques appartiennent, » celui-ci : « sont à la disposition de. » Ce terme effrayait moins : il paraissait respecter le droit de propriété; la proposi­ tion Mirabeau ainsi amendée passa; néanmoins ce fut pénible : elle ne recueillit que 368 voix contre 346 et 40 abstentions. La suite immédiate allait prouver que l'on ne se déliait pas à tort. Le 9 novembre, ('Assemblée votait sur la proposition de Treilhard, qu’il serait sursis aux nominations à tous les bénéfices, excepté toutefois aux cur.s et surtout, malgré de nouveaux efforts de l’épiscopat qui se souvenait de cette parole de Frédéric II citée peu apres par La Fare : « Rien n'est plus capable d’allaildir l’empire de la religion catholique que d’enle­ ver aux églises leur patrimoine. » elle décidait, les 19 et 21 décembre, l’aliénation de 400 millions de biens natio­ naux. c'est-à-dire des biens des domaines de la cou­ ronne et des apanages et de biens ecclésiastiques. Ainsi commença la grande expropriation du clergé : elle ne devait pas d’ailleurs profiter beaucoup à l'État. Voir Taine, lue. cit. En avril 1790, un grand débat se pro­ duisit de nouveau sur cette question. D'une part, du 9 au 17, l’Assemblée discuta la création des assi­ gnats, dont les biens ecclésiastiques devaient former la garantie et concurremment elle discutait le rapport que le dep'lé du Beaujolais, Ci.asset, lui avait présenté 1544 ; au nom du comité des dimes, touchant « l'administra­ tion des biens déclarés à la disposition de la nation, l’abolition des dîmes, la continuation de leur perception j pendant l'année 1790 et la manière dont il sera pourvu aux frais du culte et à l'entretien des ministres des au­ tels, au soulagement des pauvres et aux pensions des ecclésiastiques ». Ce rapport avait été déposé le 10; ses conclusions étaient que : 1» les biens ecclésiastiques devaient être administrés par les corps administratifs; 2» les dimes cesseraient d'étre perçues à jamais à par­ tir du premier janvier 1791 ; 3° « à partir de la présente année, le traitement de tous les ecclésiastiques devait être payé en argent »; 4° « dans l’état des dépenses pu­ bliques de chaque année, il devait être porté une somme suffisante pour fournir aux frais du culte, à l’entretien des ministres des autels, etc. ». Ces conclusions furent votées le 14 avril par l’Assemblée malgré les efforts de Boisgelin qui réédita encore sa proposition d’emprunt. Tous ses efforts furent vains devant cet argument que firent valoir Cliasset, Thouret, etc. : Le culte est une fonction publique; tous par conséquent sont tenus à y contribuer; c’est un devoir dont personne n’a le droit de se dispenser; et d’un autre eût·’·, il ne faut pas que ceux qui exercent lesfonctionsecclésiastiques se trouvent dans une situation meilleure que celle des autres fonc­ tionnaires et qui les rende indépendants de l’Etat. Les 12 et 13 avril, la discussion fut interrompue par le com­ bat autour de la motion de dom Gerle de proclamer le catholicisme religion d’Etat. L’Assemblée ne vota point cette motion, mais dans la loi, là ou il était parlé des frais du culte, le député Loys fit ajouter les mots de « catholique, apostolique et romain ». Le décret du 14 avril consommait la spoliation de l’Eglise et faisait vraiment du clergé un corps de salariés. Cet ensemble de décrets sur les biens ecclésiastiques était gros de conséquences :les uns appelaient la suppression plus ou moins complète et rapide des ordres religieux ; les autres, celui du 14 avril en particulier, appelaient la constitution civile. « Le jour où l’Assemblée nationale décréta le salaire des cultes, a-t-on dit, par le motif que la religion est un grand service public et que ses mi­ nistres sont des ofliciers de morale, elle prit par là même l'engagement d’organiser ce service publiccomme tous les autres; une première faute eu entraînait une autre » (de Pressensé). 3» La suppression des ordres religieux. — Cette suppression avait été réclamée dans plus d’un cahier du tiers, sous le prétexte que les couvents ne répon­ daient plus à leur raison d’être, si jamais ils avaient été utiles. D’ailleurs, des couvents d’hommes sortaient des supplications de délivrance : témoin cette pétition « im­ primée par ordre de l’Assemblée nationale » qu’adres­ saient à la Conslituanle, lui abandonnant tous les reve­ nus de l’ordre de Cluny et lui demandant de leur rendre la liberté, de jeunes bénédictins de Saint-Martin desChamps. Mais la confiscation des biens ecclésiastiques rendait pressante la question des ordres religieux. Dès le 17 décembre, le jour même où était décidée la pre­ mière aliénation des biens nationaux, Treilhard dépo­ sait, au nom du comité ecclésiastique, un rapport el un projet de décret concernant les ordres religieux. Quelle était alors la situation de ces ordres? Us avaient perdu leurs privilèges et la possession de leurs biens, mais ils avaient gardé leurs rapports séculaires avec l'État qui, sanctionnant les trois vœux, soumettait les reli­ gieux à l’incapacité de se marier, de posséder et par suite de recueillir ou de transmettre une succession eide quitter les couvents sous peine d’y être réintégrés par le bras séculier. Treilhard avait à répondre à ces questions : Seraient-ils supprimés tous ou seulement en partie? Si quelques-uns étaient conservés, comment vivraient-ils? Quels seraient désormais leurs rapports avec le pouvoi.· civil? Treilhard part de cette double 1545 CONSTITUTION CIVILE DU CLERGÉ idée : 4° que le clergé a besoin lui aussi de cette régé­ nération générale d’où la Constituante entend faire sortir une France rationnellement constituée; 2’que le clergé régulier, « après de si grands services rendus â la religion, à l’agriculture et aux belles-lettres, » s’est laissé corrompre, a cessé d’élre utile et pèse à beau­ coup de religieux « qui regrettent une liberté dont aucune jouissance ne compense aujourd’hui la perle ». Il ne concluait pas cependant à la suppression de tous les couvents; mais: 1° la loi ne reconnaîtrait plus de veeux solennels; en conséquence, tout religieux pourrait désormais sortir du cloître et prendre rang dans le clergé séculier, « sauf ensuite son recours à l’autorité ecclésiastique, en ce qui concerne le lien spirituel seu­ lement; » 2° les ordres, « jugés utiles aux sciences, à l'éducation publique et au soulagement des malades, » vivraient et pourraient se recruter; les autres disparaî­ traient immédiatement ou dans un avenir rapproché; en principe, ils seraient supprimés, mais un certain nombre de maisons subsisteraient pour les religieux fidèles à leurs vœux, avec défense de recevoir des novices; 3° des pensions égales seraient assurées à tous les religieux sortis du cloître et des traitements égaux aux religieux qui y demeureraient; 4» « leurs privi­ lèges et exemptions seraient supprimés et les religieux assujettis sans exception à la juridiction des évêques ». Bapport fail au nom du comité ecclésiastique, le jeudi il décembre 1789, sur les ordres religieux, in-8», 1790. La discussion s’ouvrit le 11 février 1790; déjà le 5, l’Assemblée avait décidé que dans une même localité il ne pourrait y avoir qu’une maison de religieux du même ordre; et bien auparavant, le 28 octobre 1789, au cours de la discussion sur les biens nationaux, elle avait suspendu provisoirement l’émission des vœux so­ lennels. L’évêque de Clermont, s’appuyant sur les ca­ hiers du clergé, protesta au nom de l’Église dont le projet Treilhard méconnaissait les droits, de la reli­ gion dont on détruisait un appui, des droits de l’homme « dont le plus grand est de choisir le genre de vie qui lui plaît » et proposait ce contre-projet : J» aucun ordre religieux ne sera supprimé à moins qu’il ne soit vraiment réduit; 2° la loi permettra aux religieux de se séculariser, mais à la condition qu’ils y soient autorisés auparavant par la puissance spiri­ tuelle. Opinion de 31. l'évêque de Clermont sur les ordres religieux, prononcée dans la séance du 11 février, in-8», 1790. L’abbé de Montesquieu proposa cette for­ mule conciliatrice : « La loi ne reconnaît plus de vœux solennels, mais elle reconnaît le droit d’associa­ tion. » Malgré leurs efforts, malgré l’évêque de Nancy qui, le 12 février, se place surtout au point de vue finan­ cier et qui, le 13 février, demande sans succès à l’Assem­ blée de décréter le catholicisme religion d’Etat, malgré Grégoire qui juge la mesure impolitique et dangereuse, l’Assemblée, se souvenant peut-être des précédents, de Port-Royal et des jésuites, en un mot, du droit de vie et de mort que s’étaient octroyé les derniers rois sur les ordres religieux, vota le 13 février la proposition Treilhard, encore aggravée par Thouret et par Barnave. Elle décréta : I" comme articles constitutionnels non seulement que la loi ne reconnaît plus les vœux monastiques, mais que les ordres et congrégations religieux sont et demeurent supprimés en France sans qu’il puisse en être établis de semblables à l’ave­ nir ; tous les religieux et religieuses pouvaient quitter sans délai leurs couvents et recevraient une pen­ sion ; 2» comme articles transitoires, les autres dispo­ sitions du projet Treilhard, nécessairement modifiées. Ainsi les ordres religieux, « chargés de l’enseignement et des établissements de charité, » etc., n’étaient conser­ vés que « jusqu’à ce que l’Assemblée ait pris un parti -ur cet objet », et le droit de recevoir des novices ne leur était pas rendu. Pour les pensions une distinction 154G était, faite, malgré Grégoire, entre religieux mendiants recevant suivant leur âge, 700, 800 ou 900 livres et les autres parmi lesquels furent compris, grâce à Montes­ quieu et à Grégoire, les ci-devant jésuites, 900, 1000 et 1200 livres. Sur l’opportunité et la valeur de cette loi, cf. Taine, loc. cit. Très peu de religieuses, mais bon nombre de religieux profitèrent de la loi. On retrou­ vera ces religieux prêtres constitutionnels ou ennemis du catholicisme. 4° La liberté des cultes. — Mais tandis que se déci­ dait par le détail, pour ainsi dire, la réforme de l’Église, une question avait été posée : L’Église catholique conti­ nuerait-elle â être religion d’Etat dans la France nou­ velle? Les cahiers du clergé et beaucoup de ceux du tiers le demandaient et insistaient pour que l’édit de 1787 fût rapporté. Ce fut tout le contraire qui se pro­ duisit. Le combat autour de cetle question commença à propos de la Déclaration des droits. Le clergé voulait y faire introduire ces trois articles (22 août) : « Art. K’ La loi ne pouvant atteindre les délits secrets, c’est à L morale à la suppléer. Il est donc essentiel pour le bon ordre de la société que l'une et l’autre soient respectées. — Art. 17. Le maintien de la religion exige un culte public. Le respect pour le culte public est donc indis­ pensable. — Art. 18. Tout citoyen qui ne trouble point l’ordre public ne doit pas être inquiété. » Mais le pro­ testant Babaul-Saint-Etienne et surtout Mirabeau s’éle­ vèrent contre les deux premiers articles dont la ré­ daction vague leur paraissait dangereuse pour les cultes dissidents. Mirabeau fit aussi l’apologie de l’état laïque, assurant à tous les cultes une pleine égalité et se contentant de protéger l’ordre public. Mais il n’osa, tant la masse des Constituants paraissait encore catho­ lique, proposer aux suffrages de l’Assemblée l’égalité des cultes. Il se contenta de la suppression des deux premiers articles; le troisième fut voté avec quelques modilicalions : « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses. » Le clergé, toutefois, re­ nonça d’autant moins à son dessein que l’Assemblée paraissait de plus en plus hostile à l’Église et disposée à ne plus faire de distinction entre dissidents et catho­ liques. Le 21 décembre 1789, en effet, elle décrétait que les non-catholiques, qui rempliraient d’ailleurs toutes les conditions prescrites, pourraient être « élus dans tous les degrés d’administration, sans exception », et seraient admissibles à tous les emplois civils et mi­ litaires, « sans entendre rien préjuger, cependant, rela­ tivement aux juifs sur l’état desquels l’Assemblée na­ tionale se réservait de prononcer. » Par deux fois donc le clergé revint à la charge. Une première fois, le 13 février, l’on discutait la question des ordres religieux, et la veille, dans une Motion sur la suppression des ordres religieux, in-8», 1790, l’évêque de Nancy avait pu dire : « .le suis loin de penser qu’on veuille porter atteinte à la religion de nos pères; mais il faut convenir que si ce funeste pro­ jet était formé, il était difficile de travailler plus effica­ cement à son succès. » Le 13 donc, Garat l’aîné avait traité l’institution monastique de scandale public, d’ou­ trage fait â l’humanité, d’établissement antisocial. Comme protestation, l’évêque de Nancy demanda aus­ sitôt « qu'aujourd’hui et dès ce moment il soit délibéré que : La religion catholique, apostolique et romaine est la religion nationale et de l’Etat ». La discussion fut courte mais violente. Charles de Lameth, Menou, Rœderer. etc., s'opposèrent à ce que la motion fût mise aux voix; Lameth, parce que le projet proposé n’avait d'au­ tre but que de détourner l’Assemblée de la discussion commencée, et que d’ailleurs elle était inutile : l’Assemblée ne devait-elle pas faire une profession publique le lendemain en assistant â un Te Deum à Notre-Dame les deux autres la considéraient comme dangereuse · t propre à ramener les guerres de religion. Vainement 1547 CONSTITUTION CIVILE DU CLERGÉ la droite s’efforça-t-elle de répondre ; La Fare ne put même défendre ses intentions incriminées par Lameth : l’Assemblée passa â l’ordre du jour. Cf. Precis de ce qui s'est j assé à la séance de l’Assemblée nationale, du samedi 13 février, par Un impartial, in-80, 4790. Une seconde fois, le 12 avril, la motion venait alors d' (art. 11). La loi du 24 juillet fixa ainsi « le traitement du clergé actuel » : aux évêques conservés en fonctions 12000 livres lorsque leurs revenus ecclésia-tiques n'atteignaient pas cette somme, < 42000 livres plus la moitié de l’excédent sans que le tout puisse aller au delà de 30000 livres pour ceux dont les revenus eic· · .·:·. r.: livres; à l'évêque de Paris 75000 » art. 1 . aux évêques dont les sièges sont supprimés, une ρ ι,-.οη - gale < aux deux tiers du traitement cidessus irt. 2 . aux évêques démissionnaires, les deux tiers du traiter: ■nt dont ils auraient joui, « en restant en fonctions ·. à la condition toutefois que ces deux tiers n'excèdent pas ta somme de 10 000 livres (art. 3). 155G Quant aux curés actuels, ils auront le choix entre le traitement lixé par le litre m de la loi du 12 juillet ou « 1200 livres avec la moitié de l’excédent de leurs re­ venus ecclésiastiques actuels, pourvu que le tout ne s'élève pas au delà de 6000 livres », et dans tous les cas, « ils conlinueront à jouir des bâtiments à leur usage et des jardins dépendants de leurs cures, qui sont situés dans le chef-lieu de leurs bénéfices » (art. 4). Le traitement des vicaires était celui fixé par la loi du 12 juillet (art. 5). Ces traitements entraînaient la sup­ pression du casuel ainsi que des prestations qui se per­ cevaient sous le nom de mesures par feu. ménage, etc. (art. 6). Cette organisation ne devait elle-même être mise en vigueur qu'à partir du l«r janvier 1791 (art. 7). Jus­ que là un régime transitoire était adopté, dont la prin­ cipale disposition était que tout curé devait avoir au moins 1 200 livres. Évêques et curés « conservés dans leurs fonctions » ne pouvaient « recevoir leur traite­ ment, qu'au préalable, ils n'aient prêté le serment » prescrit par la loi constitutionnelle. Le même décret du 2i juillet réglait en outre le traitement des bénéficiers supprimés et des ecclésiastiques ayant pensions sur bénéfices. Plusieurs points de toute celte organisation financière seront encore complétés et précisés par un décret du 3 août. Le titre tv, ou De la loi de la résidence, commence comme les autres titres en fixant le principe : « La loi de la résidence, dit l’art. 1", sera rigoureusement ob­ servée....sans aucune exception ni distinction ». En con­ séquence, aucun évêque, aucun curé, aucun vicaire ne pourra s'absenter plus de quinze jours consécutifs, chaque année, sans une véritable nécessité et sans l’agré­ ment, pour l’évéque, du directoire de son département, pour le curé, de son évêque et du directoire de son dis­ trict et pour le vicaire, de son curé (art. 2-4) ; sous peine de poursuites civiles aboutissant à la privation du trai­ tement. En conséquence encore, il y a incompatibilité entre les fonctions ecclésiastiques et les charges, emplois ou commissions qui supposent l'obligation de s'éloigner. Les mêmes fonctions compatibles avec les fonctions d’électeur, de député, de membre du conseil général de la commune, du conseil des administrations des districts et des départements, ne le seront pas à l'avenir avec les fonctions de maire, d'oflicier municipal, de membre des directoires de district et de département. Ceux qui actuellement avaient de ces charges pouvaient attendre la fin de leur mandat (art. 5-7). Telle est la constitution du clergé. Elle apparaît d'abord comme une œuvre purement civile. L’Assem­ blée l’a décidée souverainement, sans admettre que l’on puisse en référer au pape, à un concile national, sans même consulter l’Église. Elle n’eut, d'ailleurs, aucun doute sur sa puissance; la constitution civile marque, comme il a été dit, le triomphe absolu, sans contre-poids, de la théorie gallicane et parlementaire de la quasi-souveraineté du roi sur le domaine reli­ gieux, et la nation est devenue l’héritière du roi. Et, sur ce point de la souveraineté de l’Èlat dans l’ordre religieux, les disciples de Rousseau se sont trouvés d’accord avec les parlementaires d’ancien régime. On ne saurait nier non plus l’esprit d’égalité qui anime la constitution civile : qu’est devenu le pouvoir épiscopal chez cet évêque-curé, instrument de son conseil, dont la voix ne compte pas plus que celle de ce vicaire qu’il s’est donné? Bien que, enlin, la constitution opérât quelques utiles réformes, elle apparaît, dans son en­ semble, comme une œuvre audacieuse, risquée, propre à soulever la plus légitime opposition de la part de l’Église. Eli» bouleverse, sans entente préalable, une organisation qui repose sur un concordat vieux de deux siècles et demi, sur des règles canoniques adop­ tées par l’Église depuis plus longtemps encore et même sur des dogmes. Et sous quel prétexte? C’est pour ra- 1557 CONSTITUTION CIVILE DU CLERGÉ mener l’Église de France à la pureté primitive, faire d’elle le pastiche de l’Église apostolique! comme si, en dehors de toute autre considération, l’Église aposto­ lique pouvait recommencer dans les cadres administra­ tifs de 1789! « L’entreprise, dit M. Sorel, menait droit au schisme. » Aussi « on peut dire que de toutes les erreurs de l’Assernblée, celle-là fut la plus funeste : elle rompit tous les liens, elle déchira la nation et l'État, elle ouvrit l'abîme où se précipita la Révolution ». Les décrets sur la constitution du clergé ont, en effet, décidé Louis XVI à rompre avec la Révolution et à ré­ clamer l’intervention de l’Europe; d’autre part, ils ont déchaîné la guerre civile en France et entraîné la Ré­ volution dans la voie des pires violences. Louis XVI a bien sa responsabilité cependant dans cette crise. La constitution civile ne pouvait devenir loi d’État. sans qu’il donnât sa sanction. La donnerait-il? On se le demanda dans les deux camps. L’épiscopat escomptait la piété du roi, sa conscience timorée, et le pape luimême s'efforça de peser sur la volonté du roi. Le I0 juillet, il adressait trois brefs au gouvernement français, l'un au roi. un autre au ministre Lefranc de Pompignan, archevêque de Vienne, et le troisième au garde des sceaux Champion de Cicé, archevêque de Bordeaux. Au roi qu'il sait résolu « à rester attaché à la religion catholique..., au saint-siège », le pape recom­ mande de ne pas se laisser surprendre « par des arti­ fices adroits et un captieux langage », faisant appel à l’amour du souverain pour ses peuples, et de ne pas approuver des décrets « qui entraîneraient la nation entière dans l’erreur, le rojaume dans le schisme et peut-être allumeraient la flamme dévorante d’une guerre de religion ». Aux deux archevêques, le pape demande de détourner le roi d’une fatale sanction et il le leur demande pour combattre « l’état de suggestion où tiennent le roi les violences populaires ». Les par­ tisans de la constitution comptaient, eux, sur la fai­ blesse du roi devant les manifestations de l'Assernblée, appuyées par les manifestations de la rue et ils mirent la rue en mouvement. Louis XVI eût bien voulu re­ fuser sa sanction car. en lui, a-t-on dit, « la piété était bien le tout de l’homme, » mais d’une part, dans son entourage, on soutint mal cette volonté. Les arche­ vêques de Vienne et de Bordeaux ne firent rien, semblet-il. dans cet ordre : le premier, comme l'a bien prouvé .M. Émery, parce qu’il était malade, le second par une faiblesse, qu’il expia et que ses collègues lui firent expier durement; d'autre part, l’Assernblée affirmait sa volonté de ne pas négocier avec le pape et d’avoir son œuvre telle qu’elle l’avait faite; enfin l’émeute était dans Paris. Louis XVI signa donc le 24 août, bans l'intervalle, il négocia avec Rome, gauchement, avec l’apparente duplicité qu’il mettait dans les négo­ ciations où son âme était incertaine. Le 28 juillet, à Saint-Cloud, il promettait aux représentants de l'Assernblée de sanctionner la constitution; il deman­ dait seulement le temps d'obtenir l’approbation soit des évêques de France, soit du pape. Le même jour, il annonçait à Pie VI son dessein arrêté de sanctionner, et en même temps, il chargeait ses deux ministres ecclésiastiques d'obtenir du pape, par l’intermédiaire de l'ambassadeur de France à Rqrne, le cardinal de Bernis, une approbation provisoire des points parti­ culiers suivants : la nouvelle distribution des métro­ poles et la création de la métropole de Rennes; les cir­ conscriptions nouvelles, en invitant les évêques lésés à montrer la même condescendance que le Saint-Père; les vicaires épiscopaux substitués par la constitution civile aux chapitres, etc. Ces propositions partirent de Paris le 29. Bernis, tout en jugeant leur acceptation impossible, les transmit le 12 août; le 17, le pape écri­ vait à Louis XVI que, malgré la nullité évidente de la constitution civile, « puisque tous les droits de la puis­ 1558 sance temporelle dans ces matières ne s’étendent pas plus loin qu’à aider de son autorité l’exécution des décrets ecclésiastiques », il allait convoquer une con­ grégation de cardinaux pour étudier ses propositions. Quel était le plan de Louis XVI? Voulait-il simplement gagner du temps et pouvoir attendre, dans la paix de la conscience et le calme de la rue, le moment où, re­ devenu monarque absolu, il pourrait redevenir le roi très chrétien? Voulait-il au contraire compromettre le pape dans une acceptation provisoire pour lui arracher ensuite une acceptation définitive? Quoi qu'il en soit, il n’attendit même pas la réponse du pape. Celle ré­ ponse, quelque diligence que l’on mît, ne pouvait lui arriver avant le 26 août, et le 24, après un conseil tenu avec ses ministres, il faisait de la constitution une loi définitive. IV. L’opposition, le serment et la persécution des réfractaires. — 1° L’opposition. — Devenue loi, la constitution civile trouva une formidable opposition dont l'épiscopat donna le signal II y eut d'abord comme un flottement dans les rangs de l’épiscopat, mais bientôt il prit une attitude uniforme de résistance, sous la direction des évêques députés à l’Assernblée, qui euxmêmes avaient un comité directeur de sept membres : Boisgelin, Dulau. Talleyrand-Pêrigord, de Bethisy, de Méziéres, de Bonal. de Lastic. Sous cette direction, l’épiscopat donna le signal de la lutte, et ce fut heu­ reux : ce signal ne pouvait venir que de lui. Étant donnée l'indépendance de l'épiscopat gallican d'aloi-s, le pape ne pouvait le devancer, sans crainte de n’étre pas suivi. Quant aux curés, jusque-là ils avaient été acquis sans partage à la Révolution : « Il y a 40000 curés, écrira Boisgelin dans un rapport à Louis XVI, le 1" dé­ cembre 1790; quelle sera la faible proportion de ceux qui ne seront pas retenus par la crainte? » A quelle vue obéit l’épiscopat en commençant cette courageuse opposition? On l’a accusé d'avoir agi par intérêt : il aurait continué, à propos de la constitution civile, l’op­ position qu'il avait faite à propos de la confiscation des biens ecclésiastiques, esp’rant recouvrer ceux-ci en faisant échouer celle-là. On l’a accusé aussi, et Mira­ beau s’est fait l'avocat de cette accusation, d'avoir agi par haine de la Révolution; enfin, dit-on, l’episcopal a agi par honneur et l’on rapporte à ce sujet une phrase qu'aurait prononcée, d’après les Mémoires de Lafayette, Dillon, archevêque de Narbonne : « Nous nous sommes conduits en vrais gentilshommes, car on ne peut pas dire que ce fut par religion. » Les raisons d'agir de l’épiscopat furent supérieures. « Jusqu’ici, dit l'histo­ rien de l’Ancien clergé de France, les évêques ont marché avec la Constituante, non sans doute â l’avantgarde, souvent avec plus de résignation que d’enthou­ siasme, mais aussi avec une bonne volonté généreuse qui s’alliait, chez les prélats les plus éclairés, à l'in­ telligence des temps nouveaux et à un libéralisme sincère. » Ils se sont même résignés à voir l’Église dépouillée de ses biens. C’est qu'il ne s’agissait encore que « de savoir si l’Église serait riche, si elle serait puissante ». Et maintenant, en face de la constitution civile, il s'agit « de savoir si elle sera ». Plus d’une fois, d’ailleurs, les évêques ont affirmé la pureté de leurs intentions, comme Boisgelin dans sa Lettre à Burke. L’épiscopat s’efforça d'abord de se gagner l'opinion. La partie était perdue devant l’Assernblée et même auprès du roi : il s’efforça de la gagner devant le pays. Son manifeste général est l’Exposition des principes sur la constitution civile du clergé, par les évêqu/s dé­ putés ά l'Assernblée nationale, in-8°, qui parut le 30 oc­ tobre 1790. Elle portait 30 signatures d’évêques-déput· s : en réalité, elle était l'œuvre de Boisgelin. Les autres membres de l’épiscopat envoyèrent successivement leur adhésion ainsi aue 98 ecclésiastiques de second ordre 1559 CONSTITUTION CIVILE DU CLERGÉ députés à l’Assemblée nationale. Après avoir relevé tout ce qui leur paraissait hétérodoxe dans la constitu­ tion, les évêques revenaient à leur conseil d’une en­ tente nécessaire avec l’Eglise, représentée par un con­ cile national ou par le pape, et ils demandaient à l’Assemblée de surseoira l’exécution de la loi. Autour de ce manifeste se groupent un nombre considérable de lettres pastorales écrites par les évêques soit avant, soit après le vote de la loi du 12 juillet, soit à propos du serment, soit à propos de l’installation des intrus, etc. Plusieurs firent alors grand tapage. Telles lurent les Considérations sur les limites de la puissance tempo­ relle et de la puissance civile, par M. l’archevêque de Toulouse, député à l'Assemblée nationale; une brochure intitulée : Quelle doit être l’in/luence de l’Assemblée nationale de France sur les matières ecclésiastiques, par M. l’évêque de Nancy; une Instruction pastorale de M. l’évêque de Boulogne sur l'autorité spirituelle de l’Église, datée du 2i octobre 1790. qu’adressèrent à leurs fidèles bon nombre d’évêques dont Mgrde.Iuigné; une autre Instruction pastorale du même, datée d’Vpres le 8 août 1791 ; un Examen de l’instruction de l’Assemblée nationale sur l'organisation prétendue ci­ vile du clergé, par M. l’évêque de Langres, etc. Des prêtres publièrent aussi des brochures dans le même sens : il y eut /Examen impartial du rapport /ait ά l'Assemblée nationale au nom du comité ecclésias­ tique par .Μ. Martineau, député de la ville de Paris, sur la constitution civile du clergé... Sa discussion, par M. Tliiébaut, curé de Sainte-Croix, ancien supérieur du séminaire, député de la ville de Metz; un Parallèle des révolutions, par M. l’abbé Guillon; /'Opinion, de l’abbé Maury, sur la constitution civile du clergé pro­ noncée à l’Assemblée nationale le samedi 27 no­ vembre 1700. Des laïques, voire des parlementaires jansénistes, prirent rang parmi les auxiliaires de l'épis­ copat. Ainsi, parurent, sans parler des articles de l'Ami du roi et autres journaux, le Mémoire à consulter sur la compétence de la puissance tempo­ relle relativement à l'érection et à la suppression des sièges épiscopaux, datée du 15 mars 1790 et signée Jabineau, Maultrot, etc.; des Lettres de M. M. (Maultrot) à M. J. (Jabineau) sur la nouvelle constitution civile; une réponse de Μ. E. ά Μ. M. sur le même objet, etc. Toutes ces brochures se trouvent dans la Collection ecclésiastique de Barruel. Le parti opposé ne resta pas à court pour défendre son œuvre. Ses écrits comprirent deux groupes distincts : 1. Les écrits des députés laïques qui avaient voté la constitution civile. Le principal est l’instruction de l’Assemblée nationale sur la conslitulion civile du clergé, décrétée le 7 janvier, rédigée par les quatre comités réunis, ecclésiastique, d'aliénation, des re­ cherches et des rapports, après qu’un Projet d’adresse aux Français, présenté par Mirabeau, en réponse à /'Exposition des principes, eût été repoussé comme trop violent, el votée le jour même de sa présentation, 21 janvier « pour être lue sans retard le dimanche sui­ vant â l’issue de la messe paroissiale ». Mais où l’on retrouve le mieux les idées de la majorité, c’est dans le Rapport de Martineau, dans les Discours de Treilhard et de Camus, imprimés par ordre de l’Assemblée na­ tionale, dans le Développement de l’opinion de M. Ca­ mus député â l’Assemblée nationale, dans la séance du 27 novembre, sur l’exécution des lois concernant la constitution civile du clergé, in-8", Paris, 1790, à laquelle adhérèrent 28 curés et prêtres, députés à l’Assemblée. dont Saurine et Massieu; dans les Obser­ vations sur les deux brefs du pape en date du 10 mars et du 13 avril 1791, par M. Camus, ancien homme de loi, membre de l’Assemblée nationale. in-8°. Paris, 1791. La plupart se retrouvent aussi dans la Collection de Barruel. 1560 2. Les écrits des évêques et prêtres constitutionnels. Les évêques constitutionnels eurent aussi leur réponse à /'Exposition des principes : c'est /'Accord des vrais principes de l’Eglise, de la morale el de la raison sur la constitution civile du clergé de France, par les évêques des départements membres de l’Assemblée na­ tionale constituante, in-8°, Paris, 1791, rédigée, croit-on. par un ex-religieux, Lebreton, portant 18 signatures d'évêques-dêputés et 29 adhésions, et suivie d'une Lettre des évêques constitutionnels membres de VAssemblée constituante au pape, en lui envoyant l’ou­ vrage fait pour la défense de la constitution civile du clergé. L’Accord étudie ces 3 points : a) autorité de la puissance législative sur la discipline extérieure de l’Église; 6) question des élections; c) question de la mission et juridiction. Auparavant déjà, surfont au moment de la prestation du serment, il y avait eu di­ verses apologies de la constitution civile. Grégoire, entre autres, avait publié une brochure intitulée : Lé­ gitimité du serment civique exigé des fonctionnaires ecclésiastiques. Ce n’est pas qu’il trouve cette constitu­ tion sans défaut. « Approuvez-vous tout, écrit-il, dans la constitution civile du clergé? Je réponds, non, pas plus que les décrets concernant le marc d'argent, les colonies, les retours de l’Inde, etc. » Mais « le fond lui en paraît excellent ». vraisemblablement, non pas tant à cause de son caractère gallican, qu’en raison de ses tendances égalitaires. « L’aristocratie me parait aussi contraire aux principes dans l’Eglise que dans l’État, » écrit-il, après un passage qui rappelle les dernières an­ nées, « oû la considération comme la richesse était en raison inverse du mérite et du travail » et où « les curés portant le poids du jour étaient communément dans l’Église ce que furent les Gabaoniles et les Ilotes à l’égard des Hébreux et des Spartiates ». Il faut citer aussi une Apologie des décrets sur la constitution civile du clergé, par le P. Lalande, prêtre de (Oratoire, de multiples brochures de l'évêque de la Seine-Infé­ rieure, Charrier de la Roche, etc. Les prêtres consti­ tutionnels eurent aussi leur consultation juridique ■ c’est la Consultation sur une question importante rela­ tive ά l’article du rapport du comité ecclésiastique sur la conslitulion civile du clergé, datée du 27 mai et signée Faure avocat, Agrer, etc. II s’agissait de ré­ pondre à cette question posée par l’abbé Saurine : « La puissance spiriluelle peut-elle contester à l’Assemblée nationale le droit d’ériger ou de supprimer des évê­ chés? » La controverse portait principalement sur les points suivants ; a) La compétence de l'Assemblée. — Sans nier que l’Eglise gallicane appelait des réformes, sans dénier même à la Constituante le droit de prendre l'initiative de ces réformes, les évêques lui refusaient la compétence nécessaire pour légiférer seule en pa­ reille matière. « ll s'agit d’un ordre de choses, disait à la tribune Boisgelin rappelant une parole de Bossuet, oû la loi qui partout ailleurs commande et marche en souveraine doit seconder et servir. » Or, rappelait /’Exposition des principes, les décrets de la consti­ tution civile avaient été établis « comme les lois abso­ lues d’une autorité souveraine,sans aucune dépendance de l'autorité de l’Église el sans aucun recours aux formes canoniques » : pour donner à la constitution civile force de loi aux yeux des chrétiens, une chose était nécessaire : l’approbation de l’Eglise représentée par un concile national ou par son chef, le pape. Tel était le reproche ; il était grave; justifié, il frappait d’une nullité radicale les titres t et π de la nouvelle loi. Aussi les constitutionnels se défendaient-ils de leur mieux contre cette accusation, ni ils n’avaient voulu por­ ter la main à l’encensoir : le titre de constitution civile donnée à leur loi en était une preuve; et d’ailleurs disait /'Instruction du 21 janvier .· « les "enrêsen- 1561 CONSTITUTION CIVILE DU CLERGE tants de la France, fortement attachés â la religion de leurs pères, à l’Église catholique dont le pape est le chef visible sur la terre..., convaincus que la doctrine et la foi catholiques avaient leur fondement dans une auto­ rité supérieure à celle des hommes, savaient qu'il n'était pas en leur pouvoir d’y porter la main; » ni ils ne l’avaient fait : dans toutes les mesures religieuses qu'elle a décrétées, affirmaient de la Constituante ses apologistes, elle n'a pas dépassé la limite de ses droits. Sans doute, disaient-ils, la puissance spirituelle et la puissance temporelle ont un domaine distinct, où elles sont indépendantes. Mais quel est le domaine de l'Église'? L'Église n’a d'autre domaine que le spirituel. Il se borne « aux consciences sur lesquelles JésusChrist lui a confié un pouvoir... indépendant de l'au­ torité civile dans ses dogmes, sa morale, sa discipline intérieure » (Grégoire). Et que faut-il entendre par ce mot : discipline intérieure? Cette discipline n’a « pour objet que des choses surnaturelles telles que la doctrine de la foi, l'administration des sacrements..., la juridic­ tion purement spirituelle » (Accord). Dés lors, le do­ maine propre de la puissance temporelle est facile à indiquer : l’autorité civile à laquelle tous les chrétiens doivent « une inviolable soumission » est souveraine dans tout ce qui tient au temporel. « Tout ce qui lient au temporel, disait Treilhard, le 30 mai, appartient à la juridiction temporelle,encore que l’Eglise puisse y avoir quelque intérêt. Mais cet intérêt... elle ne le lire pas de l'ordre naturel dans lequel elle dépend du magistral séculier. » C'est ainsi reconnaître à l’État le droit de dé­ cider souverainement non seulement dans les ques­ tions dites mixtes, et qui ne sont plus telles par le fait, mais dans toutes les questions de discipline, même générale, pour peu qu’elles se traduisent par une orga­ nisation extérieure. « Ainsi d'ailleurs, l’a voulu JésusChrist, lorsqu’il a dit : Mon royaume n’est pas de ce monde » (Consultation de Faure}; ainsi en a-t-il été dans les premiers siècles de l'Église; ainsi encore le demande la raison. Selon le mot de saint Augustin : « L’Église est dans l’empire et non l’empire dans l’Église; » en conséquence, « il faut, dit Camus, que la religion soit reçue dans l’État, qu’elle y soit admise en connaissance de cause. » Et la nation qui refaisait la France avait incontestablement « le droit de déclarer quelle serait la religion qu’elle maintiendrait ». Elle a gardé la religion catholique sans même « mettre cet objet en délibération », mais elle pouvait lui dicter ses conditions, et elle les lui a dictées, relativement à la discipline, s’entend, et non aux dogmes : « car il n'est pas au pouvoir des puissances de la terre de changer les dogmes de la vraie religion, » mais « tout ce qui n'est que discipline est sujet aux modifications exigées par l'Êtat, qui, en recevant la religion, dicte à ses mi­ nistres les conditions sous lesquelles il entend les re­ cevoir ». Sans adopter les mêmes prémisses que ce parlementaire gallican, les évêques et prêtres constitu­ tionnels arrivent aux mêmes conclusions. « Le droit naturel de la puissance souveraine, dit l'Accord, est d'exercer autorité et surveillance sur tout ce qui inté­ resse l'ordre public. Or, on ne peut nier que la disci­ pline extérieure de l’Église n’intéresse beaucoup l’ordre public. La religion chrétienne n’a pu anéantir ce droit des souverains ; l’Eglise est donc de droit naturel sou­ mise aux I iis des empires, quant à sa discipline exté­ rieure. » El après avoir entassé des textes de î’Évangile, des l'eres. de Bossuet, puis des faits qu’il interprète, Accord con lut : « Il y a dans l’Église un ordre de choses qui intéresse la tranquillité publique... et dont la bonté est relative aux circonstances de temps, de lieux • t de personnes. Il est donc de droit naturel soumis à .a puissance qui fait les lois et qui les change suivant - temps, les lieux et les personnes. » N’est-ce pas ■ n-i d'ailleurs que l'ont pratiqué les rois, de l’aveu de 1562 l’Église, et la nation n’est-elle pas l’héritière de leurs droits? A ces affirmations, les évêques opposaient des affirma­ tions contradictoires : a On a confondu, répondaient-ils, la discipline extérieure et la police extérieure. La police extérieure relève de l’État, et la discipline extérieure relèx'e uniquement de l'Église. Jésus-Christ a fait de son Église une société parfaite. Il lui a donné tout ce qui est nécessaire à sa constitution et à son gouverne­ ment. Elle ne tient absolument rien de l’autorité tem­ porelle dans tout ce qui est nécessaire à son régime et à sa discipline. » Consultation de Maultrol et Jabineau. C'est, d'ailleurs, le droit naturel de toute religion. « Toute religion a ses dogmes, ses lois, son gouverne­ ment et ses ministres... C’est une véritable société qui, comme les nations elles-mêmes, a son organisation sans laquelle elle ne saurait subsister. » Considérations... par M. l'archevêque de Toulouse. « Il est une juridic­ tion propre et essentielle à l'Église, dit 1 Exposition d'après Fleury, une juridiction que Jésus-Christ lui a donnée, qui se soutint par elle-même dans les pre­ miers siècles du christianisme... L'ne partie de cette juridiction, et peut-être la première, est le droit de faire des lois et règlements, ce droit essentiel de toute société. » A ce sujet, enfin, M. de Boulogne rappelle la parole de Fénelon : « L’évêque du dehors ne doit jamais rien entreprendre sur les fonctions de celui du dedans; il se tient, le glaive à la main, à la porte du sanctuaire, mais il prend garde de n’y entrer pas; en même temps qu'il protège, il obéit; il protège les déci­ sions, mais il n’en fait aucune. » « L’Église est dans l'Etat, dit-il encore en substance; cela peut bien vouloir dire que l’Église n’a aucun droit sur l'administration temporelle de l’État, mais l’Église dans l’État ne peut rien perdre de la souveraineté et de l’indépendance de son autorité spirituelle. » La pensée des évêques se pré­ cisait dans cette distinction : Dans la discipline, « il est des points pour lesquels l’Église est aussi indêpen dante que pour sa doctrine. » 11 s’agit des lois « qui sont la suite nécessaire des dogmes, qui ont la même stabilité qu'eux. Ainsi la hiérarchie des pasleurs ». Ni l’Église, ni à plus forte raison l’État ne sauraient y toucher. Mais il est « des lois qui moins liées à la sub­ stance même de la religion peuvent être modifiées sui­ vant le génie des peuples et la nature des gouverne­ ments... Ces lois sont de deux classes dillérentes : ou elles sont universelles dans toute l’Église et font une partie essentielle de son régime et de son gouverne­ ment »; ainsi « le célibat des prêtres ». Ces sortes de lois « sont presque comme les lois fondées sur les dogmes mêmes, absolument indépendantes du pouvoir civil ». Celui-ci peut simplement « en demander le changement à l’Église universelle qui seule a le droit d'y consentir » ; ou elles sont « de simple police et d'une importance seulement secondaire ». Ces lois « sont aussi indépendantes du pouvoir civil, dans ce sens qu'il ne lui appartient ni deles faire, ni de les changer; mais elles ont besoin de son approbation et de sa protection lors­ qu’elles ont des rapports avec l’ordre social. Il a le droit alors... de les rejeter, s’il les trouve conlraires à la liberté, à la propriété, ou aux droits civils des ci­ toyens ». Ainsi en est-il des ordres religieux : l’État peut refuser à un ordre religieux la permission de s’établir et il peut surtout refuser «aux obligations reli­ gieuses des ell'els civils ». Considérations, par M. l’ar­ chevêque de Toulouse. Les évêques entassaient eux aussi, à l’appui de leurs dires, les textes et les faits. Quant à l’objection que la nation ne faisait qu’exercer les droits qu’avaient exercés les rois, il leur était facile de répondre : Ces droits, les rois ne les exerçaient qu'en vue d’un concordat, c’est-à-dire d'une concession de l'Église, et par ce fait que le catholicisme était reli­ gion d’Etat : celte qualité supposait, en ell'et, chez le 15G3 CONSTITUTION CIVILE DU CLERGÉ chef de l'État un certain droit de contrôle sur les lois d’Eglise, et si parfois il abusait, l'Église pouvait pardon­ ner « au Roi très chrétien ». Mais la Nation avait perdu tous ces titres, déchiré le concordat, proclamé ou à peu près la liberté des cultes, refusé au catholicisme le titre de religion d'État et loin d'avoir bien mérité de l'Église, elle l'avait dépouillée. Restait aux adversaires de la constitution civile à montrer» dans quel ordre il faut ranger la suppression, l’érection, la circonscription des métropoles, des dio­ cèses et des cures; la suppression des églises cathé­ drales el autres titres bénéfices; les règles concernant le choix el l'institution des pasteurs, et la manière d’exercer la juridiction spirituelle dans les différents degrés de la hiérarchie ecclésiastique », Lettre pastorale de M. de Houlogne, et apres avoir fait le procès de la constitution civile en général, les évêques attaquaient chacune de ses dispositions. b) Les nouvelles circonscriptions ecclésiastiques. — Ils attaquaient d'abord le droit, que s’était attribué l’Assemblée dans le titre Ier de la Constitution civile, de bouleverser tous les cadres de l'administration ecclé­ siastique. Voici comment se justifiaient les constitu­ tionnels : <. La nouvelle distribution civile du royaume, disait l’instruction du janvier, rendait nécessaire une nouvelle distribution des diocèses... Ces change­ ments étaient utiles, on le reconnaît, mais l'autorité spirituelle, devait, dit-on, y concourir. Qu’y a-t-il donc de spirituel dans une distribution de territoires? JésusChrist a dit à ses apôtres : Allez et prêchez par toute la terre; il ne leur a pas dit : Vous serez les maîtres de circonscrire les lieux ou vous enseignerez. La démar­ cation des diocèses est l'ouvrage des hommes. Le droit ne peut en appartenir qu'aux peuples, parce que c’est à ceux qui ont des besoins à juger du nombre de ceux qui doivent y pourvoir. » Grégoire est non moins pré­ cis : « Il est essentiel à la religion, dit-il, d’avoir des diocèses..., mais maîtresse absolue de son territoire, elle le partage à 83 évêques... J'ai beau m'alambiquer l’es­ prit pour trouver là du dogme, je n'y vois qu'une opé­ ration matérielle, géographique, et si l’Église peut re­ vendiquer cette opération comme étant d'institution divine, dites-inoi à quel terme l’autorité spirituelle s’arrêtera. Ce réglement de police est salutaire à l’État, | donc l'État a le droit de le faire. » Camus, Charrier de | la Roche s’expriment de même, et sous la plume ' de tous revient une comparaison ainsi formulée par Grégoire : « Si le Japon idolâtre ou la Suède hérétique disait à nos missionnaires : je subviendrai à tous les frais du culte catholique que j’adopte; mais il me plaît de ne vouloir que 83 évêchés et tel nombre de prêtres...; avec quel transport indicible on recevrait leur offre! I Pensez-vous qu’il fallût une bulle du pape pour légiti­ mer ce règlement? » Suivaient des faits destinés à prou­ ver : a. Que les divisions fixées par l’Eglise dans les pays où elle s’établissait avaient toujours eu pour bases les di­ visions civiles; b. que les conciles, le concile de Chalcédoine en particulier, supposent et même acceptent que les souverains fassent rentrer l’organisation ecclésias­ tique dans l’organisation civile; c. que les souverains ont érigé librement des évêchés et des métropoles. D'ailleurs, « quand même, ajoute Grégoire, le clergé seul aurait consommé toutes les opérations de celte nature, c-s actes, ratifiés par l’aveu tacite de la puis­ sant-; civile, se seraient-ils convertis en droit? Non assurément... Quand une nation se ressaissit de ses dr :ts : prescriptibles, il est ridicule de lui opposer d dit : Oportet ilium (l’évêque) testimonium habere bo­ num ab iis r/ui foris sunt? Puis pourquoi se défier de la loyauté des dissidents? Enfin l'élu n'est-il pas soumis à l'approbation de l’autorité ecclésiastique supérieure. Il est vrai que la profession de foi exigee de l’élu était bien vague; « mais, ripostait Grégoire, jamais la mau­ vaise foi et l’hypocrisie ne manqueront de subterfuges; elles pourraient s'envelopper dans les détails de la pro­ fession de foi la plus développée. » En tin de compte, pour les constitutionnels, tout valait mieux que le régime du concordat, « ce pacte honteux par lequel un pape trafiqua des règles de l'Eglise et un roi des droits du peuple français » (Accord). Il faut entendre Gré­ goire parler de ce temps, « ou le patrimoine de l’Église était devenu la proie d'une caste privilégiée et vorace; » où « d’amples revenus distribués par l'intermédiaire de Celte valetaille qu’on nomme lescoiirti ans, etdesLaïs, qui souillaient une cour dépravée, allaient trop souvent dans le gouffre du luxe, ou même dans le repaire du libertinage ». Et il concluait : « Les élections anciennes sont l'apologie complète des nouvelles. » Les évêques insistaient sur l'élection des curés : à leurs yeux c’était une grave atteinte à l'autorité épisco­ pale. « On assimile, dit [Exposition, l’élection des curés â celle des évêques. Or l’Église attribue à ceux-ci dans tous les temps eide droit commun, avec l'obliga­ tion de pourvoir au service du culte et aux besoins des fidèles, la collation et la nomination des curés de leurs diocèses. » Et connaissant la grosse objection des patro­ nages, les évêques ajoutent : « L’Église, en admettant une exception en faveur des patrons et fondateurs, n'a point abandonné les principes des droits des évêques, parce que l’exception même est émanée de leur con­ sentement. » Évidemment, et ils le disent, l’évêque après un mûr examen pourrait donner l’institution canonique à l'élu, mais « il ne peut pas lui-même annu­ ler le principe de ses devoirs et de ses droils et de ceux de tous les évêques du royaume..., il ne peut pas chan ger les règles générales de l’Eglise; elles subsistent aussi longtemps qu’elle ne les a point révoquées ». En revanche, les constitutionnels défendent vigoureuse­ ment ce point par esprit d’égalité. C'est un fait prouvé par l’histoire, aflirment-ils, que ces élections se firent du temps même des apôtres. El si « les évêques, disait Camus, doivent être élus par le peuple, pourquoi les curés ne le seraient-ils pas? Ils sont, quoique dans un rang différent, pasteurs les uns et les autres, établis les uns et les autres par Jésus-Christ pour gouverner son Église », d) La hiérarchie et le presbytérianisme. — L'Assem­ blée avait prétendu régler la hiérarchie ecclésiastique. Elle avait déterminé les emplois conservés : ils étaicnl peu nombreux. Disparaissaient tousles titres ecclésias­ tiques sauf ceux d’évêque et de curé, sous prétexte qu'ils n’étaient pas d'institution apostolique, qu’ils étaient inutiles et partant nuisibles. « Un homme oisif, écrivait Grégoire, est au corps social ce qu’est un polvpe dans le corps humain; un homme oisif, un prêtre surtout, a encore d’autres vices : c’est le cas d'appliquer la maxime d'un Anglais : les prêtres sont comme le feu et l'eau. Rien de si utile, rien de si dan­ gereux. » Vainement objectait-on que l'Eglise seule est juge de son organisation, que seule elle peut la modifier et que la prière, meme isolée de l'action, est utile. Marti­ neau répondait : « 11 ne peut y avoir dans l iLglise d’em­ plois légitimes que ceux qui ont des fondions exté­ rieures, la charge d’instruire les peuples, de leur administrer les secours spirituels. Tout aulre emploi est un abus dans l’ordre de la nature et de la reli­ gion. » De toutes les institutions supprimées, celle qui fut le plus attaquée et qui se défendit davantage, ce fut celle 1567 CONSTITUTION CIVILE DU CLERGE des chapitres cathédraux. « Ma table, disait Grégoire, est chargée de protestations de chapitres cathédraux. » Pour se défendre les chapitres alléguaient leur ancien­ neté; ils affirmaient qu’ils étaient utiles à la mort de l’évêque, puisqu'ils administraient le diocèse, et de son vivant puisqu'ils étaient son conseil. Mais les constitu­ tionnels étaient durs pour eux. « S'il est certain, disait le rapport Martineau, que les chapitres des Eglises ont cessé d’étre les coopérateurs de leurs évêques, qu’au lieu de le regarder comme leur chef, ils l’ont même exclu de leurs assemblées capitulaires, en ne lui per­ mettant d’y assister que comme simple chanoine; s’il est notoire que, depuis longtemps, les chapitres ne sont plus que de nom le conseil des évêques..., vous ne pou­ vez pas balancer à décréter leur suppression. » Mais ces atteintes à la hiérarchie traditionnelle, même la suppression du titre d’archevêque, n’étaient rien à côté des atteintes portées au pouvoir épiscopal, si bien que les contemporains comparaient l’Eglise constitu­ tionnelle à l’Eglise presbytérienne. La constitution civile semble, en effet, avoir pris à tâche d’abaisser l’évêque et de relever le curé. Non seulement il n’y aura plus entre les deux cette barrière presque infran­ chissable que metlait l’ancien régime et qui était un abus, mais ils ont la même origine : tous deux sont élus et par les mêmes électeurs; l’évêque n’est plus guère que le premier parmi ses curés : il n’a plus ni le droit de nomination, ni le droit de décision : ainsi que la nominalion des curés, il a perdu la nomination (les vicaires qui est allée aux curés; il est dans la com­ plète dépendance d’un conseil dont le choix le lie et où toutes les décisions doivent être prises à la pluralité des voix. L'Exposition a de longues pages sur ce point, les évêques y montrent comment l’Église a toujours com­ pris la juridiction épiscopale et comment la Consti­ tuante, à ce propos comme â tous les autres, détruisait la discipline de l’Église sous prétexte de la rétablir, p. 34 sq. « L’évêque, dit M. de Boulogne, a dans le clergé de son diocèse des coopérateurs qu’il doit hono­ rer; mais il ne peut jamais reconnaître, dans les pas­ teurs de second ordre, ni des supérieurs, ni même des égaux, » et il justifie sa thèse par les textes des Pères, par les définitions des conciles et surtout par cette définition du concile de Trente : « Si quelqu’un dit que les évêques ne sont pas supérieurs aux prêtres, qu’il soit anathème. » Sess. XXIII, c. iv; Barruel, Collection, t. in, p. 49 sq. « Quand nous réclamons les principes de la juridiction épiscopale, font remarquer, p. 44, les auteurs de VExposition, répondant à cette objection qu’un tel pouvoir chez l’évêque entraîne la diminution et l’oppression des curés, ce n’est pas pour en rendre l’exercice arbitraire : Jésus-Christ, en insti­ tuant son Église, n’a pas laissé Hotter son gouvernement au gré des passions, des intérêts et des erreurs d’un moment. » Et ils rappellent « les sages tempéraments » que formaient dans chaque Église les synodes, les con­ ciles provinciaux, les conciles nationaux, et dans l’Église dispersée le pouvoir du pape. A ces objections il faut opposer naturellement les affirmations du défenseur des droits des curés, de Grégoire. « Dès l’origine de l’Église. affirme-t-il, les curés en la personne des dis­ ciples assistent au concile de Jérusalem avec les apôtres. Pendant douze cents ans, ils ont exercé le droit dg si g.-r avec les évêques dans les conciles, de délibé­ rer, de juger même en matière de foi. Depuis le xill’ siècle, ils en ont été privés par le droit du plus fort. Et il renvoie à « l’excellent cahier des curés du Dauphiné ». Le conseil de l’évêque, « c’est l’ancien près!·'ter- dont les chapitres avaient conservé en par­ tie les droits. · Les membres de ce conseil sont ina­ movibles. mais « jamais les évêques n’avaient le droit de destituer les chanoines ». Puis, « il est absurde de dire que ces vicaires seront évêques en corps. Fussent- 4568 ils mille prêtres, jamais ils ne pourront conférer la prêtrise. » Barruel, Collection, t. vu, p. 54. Ln d’autres termes, entre les évêques et les curés, il n’y a d’autre différence essentielle que la plénitude du sacerdoce aux évêques. e) Le pape : le schisme d’Henri Vlll. — Une Église ne saurait rompre avec le pape sans sortir de l’unité catholique, en d’autres termes, sans être schismatique. Certains parlementaires, on l’a vu, n’auraient pas reculé devant une rupture complète avec « l’évêque de Borne », comme ils disaient. Mais les curés, entraînés par Grégoire, avaient senti le péril et tenu à garder un lien avec Borne et à affirmer leur volonté de rester avec le chef de l’Église, dans « l’unité de la foi et de la com­ munion ». L'Accord, p. 167, parle du pape avec respect: « Nous reconnaissons le pape pour le chef visible de l’Église, pour héritier de la primauté de Pierre, pour le centre de l'unité, suivant l’expression de Bossuet, pour le gardien des canons... Nous croyons avec saint Jérôme que Jésus-Christ a établi un chef pour mainte­ nir l'unité de la foi, ut, capite constituto, schismatis tolleretur occasio. C’est pourquoi nous lui avons écrit en signe de communion. Nous aurons pour lui de la soumission et de la déférence, toutes les lois que nous pourrons lui rendre cet hommage, sans blesser les canons, les lois du royaume et les droits de IVpiscopat. Nous ne sommes donc point schismatiques. Si la scis­ sion se consommait, ce qu’à Dieu ne plaise, ce serait le pape qui se séparerait et nous resterions toujours attachés de cœur à l’Église catholique, apostolique et romaine. » Ce lien était-il suffisant? Suffit-il pour éviter le schisme de déclarer que l'on ne veut point rompie avec le pape? Non, répondaient les évêques. Voici comme M. de Boulogne résume leur doctrine : « La qualité de chef visible de l’Église universelle n’est point dans l’évêque de Rome un vain titre; elle lui assure comme à saint Pierre la primauté non seulement d’honneur, mais encore de juridiction dans toute l’Église; et on ne peut être catholique, sans reconnaître son auto­ rité. » Barruel, Collection, t. m, p. 48. Au reste, il suffit de se souvenir des quatre articles de'1682 pour connaître les doctrines de l’épiscopat gallican sur le pape. L’Eglise de France y reconnaissait au pape, sous certaines ré­ serves, le droit absolu de juger, décider, ordonner, α O toi, dit Bossuet dans son fameux Discours sur l’imité de l’Eglise, en parlant de saint Pierre et de ses succes­ seurs, qui as la prérogative de la prédication de la foi, tu as aussi les clés qui désignent l’autorité du gouver­ nement. Tout est soumis à ces clés; tous, mes frères, rois et peuples, pasteurs et troupeaux : nous le publions avec joie, car nous aimons l'unité et nous tenons â gloire notre obéissance. » Comment cetle juridiction pontifi­ cale s’exerçait-elle alors? C’était surtout par ces deux choses : l'institution canonique donnée aux évêques et le droit de juger souverainement en appel. Or, Ces deux droits lui étaient enlevés par la constitution civile : le pape n’était plus que le premier entre ses pairs. Au fond, concluaient les évêques et leurs partisans, la constitu­ tion civile renouvelait le schisme d’Henri VIII; c'est la même doctrine, c'est la même façon dissimulée de pro­ céder. « Ouvrez les yeux, écrit l'abbé Guillon dans le Parallèle des révolutions, et dans l’histoire du passé voyez l'histoire de l’avenir. Henri VIII avait résolu de rompre avec le siège de Rome. Comment s’y prendrat-il? On craint d'elfaroucher le peuple par un schisme précipité; il faut l’amener insensiblement; il faut même protester que l’on conserve un inviolable attachement au siège de Pierre; et avec ces magnifiques promesses, la guerre ne s'en faisait que plus sûrement contre le souverain pontife attaqué... dans ses droits essentiels. Il faut abolir dans la pratique, ce que bientôt on v» abolir dans la sanction. » Barruel, Collection, t. !▼ 1569 CONSTITUTION CIVILE DU CLERGE 9!). Au fait, cette question du pape était tout le fonds ' de la constitution civile. f) Les constitutionnels sans mission ni juridiction. Les intrus. — Tous ces griefs contre les constitutionnels se condensaient dans celui-ci : ils sont sans mission ni juridiction ; ce sont des intrus : c’est même là le terme qui tuera leur influence et contre lequel ils se défen­ dront le plus; ce sont de faux pasteurs, « parce que, di­ sait un Catéchisme traitant de l’état actuel du clergé de France, in-8», 1791, les pasteurs légitimes qui exis­ taient avant eux existent encore, qu'ils n’ont donné au­ cune démission, qu’ils n'ont point été déposés canoni­ quement et qu’ils réclament contre cet attentat à leur possession légale, à leur mission divine. » Il faut lire sur ce point les Lettres qu’adressent à leur clergé ou à leurs fidèles les évêques dont les sièges ont été suppri­ més, ou qui se voient remplacés. Ils rappellent tous la nécessité d'une mission, d’une juridiction, en un mot d’une institution canonique distincte du sacrement de l’ordre. Or, cette mission, d’où les constitutionnels la tiendraient-ils? De l'élection populaire? Mais n’est-il pas de toute évidence que la puissance séculière ne saurait donner un pouvoir qu’elle n’a pas et ne peut prétendre avoir? Et les évêques citent â ce propos ce canon du concile de Trente, sess. XXIII, can. 7 : Si guis dixerit... eos gui nec ab ecclesiastica et canonica pote­ state rite ordinati, nec missi sunt, sed aliunde veniunt, legitimos esse verbi ac sacramentorum ministros, anathema sil; et cette déclaration du même concile, с. iv : Decernit (sancta synodus) eos qui tantummodo a populo aut saeculari potestate, aut magistratu vocati et instituti ad hæc ministeria exercenda adscendunt..., omnes non Ecclesiæ ministros, sed fures et latrones per ostium non ingressos, habendos esse. Du métro­ politain? D’un autre évêque? Mais « il ne suffit pas, répond l’évêque de Langres, pour avoir une mission ■ légitime de la tenir d’un évêque quelconque, il faut la I recevoir de celui que l’Église a chargé de la conférer. Dans les temps anciens, c'était le métropolitain qui, avec la confirmation canonique, donnait la mission légitime... La discipline générale de l’Église en France a depuis longtemps fait passer ce pouvoir entre les mains du pape. C’est donc le pape seul qui, dans l’ordre actuel, peut légitimement donner la mission spirituelle». Harruel, Collection, t. x, p. G03. De qui d’ailleurs ce mé­ tropolitain, cet évêque serait-il l'agent? du pouvoir civil qui l’a délégué et qui se réserve le droit de juger en dernier ressort. D’ailleurs, tous les évêques constitulionnels, fussent-ils nommés suivant les canons, ne sauraient occuper des sièges épiscopaux que l’Église n’a point érigés ou d'où ne sont pas canoniquement descendus les pasteurs qu’elle y avait élevés. L’Accord consacre 70 pages à repousser cette dénomination d’inirus. « Comment peut-on appeler intrus, disent ses auteurs, p. 120, ceux qui sont entrés dans l’épiscopat sous ta double égide de la constitution politique et des ca­ nons? » et ils prétendent « établir la réalité de leur mission et la légitimité de leur juridiction sur les glises pii leur sont confiées ». Voici leur thèse : « Ce n’est pas de la puissance séculière que nous tenons i lotre mission, c’est de Jésus-Christ lui-même, p. 139. I La puissance législative n'avait ni le droit ni la préten­ tion de nous donner une mission spirituelle, et nous n’en avions pas besoin. » La raison?c'est qu’ils ont reçu ■ dans l’ordination tous les pouvoirs nécessaires. JésusLhrist a donné à ses apôtres une mission universelle. Le sacrement de l'ordre l’a transmise aux évêques avec l .· plénitude du sacerdoce. Ils ont mission et juridiction partout, parce qu'ils sont prêtres et évêques partout, parce qu'ils sont chargés d’enseigner et de baptiser par toute la terre, de prêcher l'Évangile à toute créature. Euntes docete omnes gentes... ». Et plus loin : « L’Église est une; l'épiscopat est un ; tous les évêques le possèdent р. D1CT. DE TI1ÉOL. CATIIOL. 1570 solidairement, dit saint Cyprien. » Mêmes affirmations dans Grégoire : « Vainement on essaie de jeter le trouble dans les âmes... en leur persuadantque les pasleurs, substitués à ceux que l’on supprime, seront des intrus; qu’en conséquence les absolutions données, et tous les actes spirituels émanés d'eux immédiatement ou médiatement, seront frappés de nullité... Le sacre­ ment confère le pouvoir; j’ajoute que par sa nature ce pouvoir est universel. » Barruel, Collection, t. vu, p. 42, 49. Puis, c’est en vain que les anciens évêques se pré­ tendent encore titulaires légitimes : « Il reste une dif­ ficulté, dit ['Accord, p. 141, qui ne demandera pas une longue discussion, parce que le bon sens et quelques fails la résolvent. Il s’agit de savoir si les anciens évê­ ques sont destitués, n'ayant pas été jugés canonique­ ment. » Voici la réponse : « L'Assemblée nationale a eu le droit d’exiger le serment civique et de placer à côté de lui une condition, qui n’est devenue une loi pénale que pour ceux qui l'ont préférée; » en consé­ quence on peut considérer les évêques et les prêtres ou comme volontairement démissionnaires ou comme lé­ galement destitués, p. 145. Mais les évêques constitu tionnels allaient plus loin : « En supposant, disaient-ils. que nos titres aient besoin du consentement du pape et des anciens évêques, pour être valides : » a. « S'ils ne le donnaient pas, ils seraient les premiers ennemis de la religion. » b. « La nécessité, la charité et les be­ soins de l’Église, non seulement nous permettraient, mais nous obligeraient d'exercer la plénitude et l’uni­ versalité des pouvoirs de notre ordre, » p. 148, 130. Et ils citent à l'appui de leurs thèses une série de faits qu'ils interprètent et ces paroles de saint Augustin : « Nous ne sommes pas évêques pour nous, mais pour ceux auxquels nous administrons l’Évangile et les sacre­ ments, » d'où ils concluent que leurs prédécesseurs auraient dû suivre l’exemple des évêques d'Afrique en face des donatistes, p. 150 sq. Les mêmes idées se re­ trouvent dans Grégoire, loc. cit., p. 47 sq. lia une façon toute particulière de montrer qu’entre les évêques as­ sermentés et leurs diocèses « le lien est véritablement rompu ». « Il existe, dit-il, entre le pasteur et les fidèles une espèce de contrat synallagmatique, fondé sur le concours libre des contractants et résilié par la volonté d'une des parties. Quoi! le simple individu passant de son diocèse dans un autre rompt ce lien, et la volonté nationale s’amortirait contre celle des évêques. » Donc. « le contrat est annulé par le vœu du peuple, puisque la loi est l’expression de la volonté générale. » Pour lui aussi, les évêques rejetés par la loi auraient dû rompre volontairement ce contrat, s’ils ne le jugeaient pas rompu, et démissionner, se souvenant qu'en certains cas « l’Eglise doit prévenir l’empire par ses humbles déférences » — et les constitutionnels peuvent exercer leurs fonctions dans la paix de la conscience : « quand même ils ne seraient pas vrais pasteurs, le besoin des peuples validerait l'exercice de leurs fonctions; ils se­ raient coupables même de le refuser. » En résumé, l'épiscopat attaquait la constitution civile comme schismatique, parce qu elle séparait la France de ses évêques légitimes et du pape, comme hérétique. puisqu'elle niait pratiquement des dogmes tels que la primauté de juridiction du pape, la nécessité pour les évêques d une mission donnée par l’Église et distincte de l’ordre, la supériorité hiérarchique de l’évêque sur le prêtre et par-dessus tout le droit pour l’Église de se gouverner elle-même. Cf. Les principes de la foi en opposition avec la constitution civile du clergé, par un docteur en théologie de Paris, député. Barruel, op. cit., t. vi. Les constitutionnels se défendaient contre ces attaques. L’épiscopat aurait bien voulu amener le pape à condamner avec eux la constitution; mais le pape se tut quelque temps encore et son silence :' it exploité comme une approbation par les constitutionnels. HL — 50 1571 CONSTITUTION CIVILE DU CLERGÉ Tant d’efforts de l’épiscopat furent-ils vains ? Précé­ demment séparés de leurs prêtres et de leur peuple, comme on l'a vu, ils ne pouvaient espérer les rallier tous à leur cause, surtout que les réformes religieuses paraissaient unies aux réformes politiques et sociales chères à beaucoup. Néanmoins, l’on verra, au moment du serment, les deux armées à peu prés égales en forces. 2’ Le serment constitutionnel. — L’attitude pratique de l’épiscopat était conforme à ses écrits. Si diminué que fût le pouvoir épiscopal, son concours était néces­ saire pour l'exécution du décret du 12 juillet, soit pour la nomination des vicaires épiscopaux, soit pour l'orga­ nisation des paroisses, soit pour le remaniement des diocèses. Vers la fin de septembre, la loi avait été publiée partout par les directoires de départements et les mu­ nicipalités qui mirent une hâte maladroite à l’appliquer. Cependant l’épiscopat se préoccupait d’éviter le schisme qu’il dénonçait : il désirait, comme le roi, trouver un terrain d'entente et obtenir à la constitution civile, dans une certaine mesure, la sanction de l’Eglise représentée par le pape. Le 11 octobre donc, l’évêque de Clermont avait demandé à l’Assemblée de surseoir à l’exécution de la loi, jusqu'à ce que l'on eût reçu l'assentiment du pape, auquel le roi avait écrit : l’Assemblée refusa môme de l'entendre. Alors l’épiscopat adopta comme attitude d'ignorer la loi : dépossédés par la loi ou non, les évé­ ques continuèrent à administrer leurs diocèses comme par le passé. Partout, ce furent des conflits entre les évéques avec leurs fidèles et les autorités et les patriotes, ceux-ci pour la plupart adhérents des clubs jacobins. Les autorités ne cessaient d’en appeler au comité ecclé­ siastique qui resta le grand pouvoir religieux du mo­ ment. Vers la fin d’octobre, deux choses achevèrent d'exaspérer ce comité : V Exposition îles principes et les affaires de Quimper. Le30 septembre, était mort l'évêque de cette ville, Conan de Saint-Luc. Le chapitre s'empara immédiatement de l'administration du diocèse, sans s’inquiéter de la loi. Puis le 31 octobre, les électeurs, convoqués suivant les prescriptions légales, élisaient par 233 voix contre 125 données à Ms» de la Marche, évêque dépossédé de Saint-Pol de Léon, Expilly, recteur de Saint-Martin à Morlaix, député du clergé de SaintPol, qui avait parlé à la Constituante en faveur de la suppression des biens ecclésiastiques, qui appartenait au comité ecclésiastique et était l’auteur d'un des trois rapports qui préparèrent la constitution civile. Vaine­ ment il se présenta à son métropolitain : il ne put ob­ tenir de lui ni la confirmation canonique, ni la consé­ cration. L'Assemblée était désarmée : les prescriptions de la loi du 12 juillet étaient précises, et vis-à-vis du métropolitain aucun moyen de contrainte n’était pos­ sible. C’est alors que la Constituante vota le décret du 11 novembre qui permit à Expilly, de nouveau et par deux fois repoussé par son métropolitain, repoussé par les évéques de la province, d'être sacré à Paris, dans l’église de l’Oratoire, par Talleyrand, le 21 février 1791, en même temps que Marolles, évêque élu de l'Aisne. Mais en face de cette attitude de l’épiscopat l’Assemblée crut devoir prendre une mesure générale et vigoureuse. Elle ne voulait pas négocier avec le pape, pas même laisser ce soin à d’autres et attendre la réponse : elle jugeait la chose contraire à sa dignité, mais la chose ■ tait surtout contraire à ses passions, et elle voulaitque force restât à la loi. Le 26 novembre 1790, le député V..: i- !. au nom des comités ecclésiastiques d’aliénation, des rapports et des recherches réunis, présentait à la Constituante un rapport sur la question et un projet de décret- II rejette toute idée de s'entendre avec le pape, < puissance étrangère > dont il serait « absurde » d’at­ tendre l'approbation pour l'exécution d'une réforme décidée par le Corps atif « dans sa sagesse », ne portant ni sur le dogme, ni sur l'enseignement, ni sur 1572 le culte, mais sur » des objets d’ordre et de police exté­ rieurs » et « approuvée par le roi ». Et résumant en ces termes les griefs du comité ecclésiastique contre le clergé : « Une ligue s'est formée contre 1 État et contre la religion entre quelques évêques, quelques chapitres et quelques curés. La religion en est le prétexte; l’intérél et l'ambition en sont le motif; montrer au peuple par une résistance combinée qu’on peut impunément braver les lois..., exciter la guerre, voilà les moyens... » Barruel, op. cit., t. vi, p. 191 sq.; en conséquence, il proposait à l’assemblée « de décréter ce qui suit » : a. Étaient tenus au serment fixé par les lois des 12 et 21 juillet les évêques, les ci-devant archevêques et les curés maintenus en exercice, s’ils ne l'avaient pas en­ core prêté. — b. Ils devaient le prêter dans un délai de huit jours à partir de la publication de la loi, s'ils étaient présents dans leurs diocèses et cures; sinon, ils avaient quinze jours pour rejoindre leur résidence, et dans les quinze jours qui suivaient ce délai, ils prêteraient le serment. —c. Ce devait être le dimanche, à l'issue de la messe, en présence des autorités locales et des fidèles. — d. Procès-verbal serait dressé par le maire et signé par l'intéressé. — e. Les députés, les malades pourraient se faire représenter, mais ils seraient tenus à prêter le serment en personne aussitôt que possible. — f. Sans quoi, ils seraient censés avoir renoncé à leurs offices et il serait pourvu à leur remplacement suivant les formes légales. — g. Ceux qui manqueraient à leur serment « soit en refusant d'obéiraux décrets de l’Assemblée nationale, acceptés et sanctionnés par le roi, soit en formant ou excitant des oppositions à l'exécution desdits décrets », seraient déchus de leurs fonctions et passibles de di­ verses peines. — A. Quant à ceux qui, titulaires d’offices supprimés, exerceraient leurs fonctions, « ils seraient poursuivis comme perturbateurs du repos public et pu­ nis par la privation de leurs traitements et autres pei­ nes. » — i. Seront de même poursuivis et punis tous ceux, ecclésiastiques ou laïques, « qui se coaliseraient pour former ou exciter des oppositions aux décrets de l’As­ semblée nationale sanctionnés par le roi. » La droite, par la voix de l’évêque de Clermont, de Cazalès, de l'abbé de Montesquiou et surtout de l'abbé Maury qui fit le procès de la politique religieuse de la Constituante et du comité ecclésiastique, demanda de nouveau l’ajournement de toute décision, jusqu’à ce que le roi ait obtenu une réponse du souverain pontife, « seul juge compétent. » Quant à la gauche, elle voulait au con­ traire une conclusion immédiate. Ses principaux ora­ teurs furent Mirabeau et Camus. Camus, qui publia un Développement de son Opinion affirmait ces 3choses: a. l’Assemblée avait le droit d'établir la constitution civile; b. les principes émis par les évêques dans ['Exposition sont erronés; c. l’exécution immédiate s’impose, sans l'inutile aveu du pape. « La nation n'au­ rait-elle brisé les fers qui la tenaient captive dans ses propres terres que pour se soumettre â une puissance étrangère? » Quant à Mirabeau, dont l’éloquence se trouva cette fois comme plusieurs autres supérieure à l'érudition, sa fougueuse harangue porte surtout contre ^Exposition : il dénonce dans l’épiscopat le plan ténê. breux d'amener l’Assemblée à persécuter, afin de la perdre : que l’Assemblée en finisse avec cette rébellion et que, sans délai, sans l'inutile assentiment du pape, elle prenne les mesures nécessaires. Pour lui, les me­ sures proposées par Voidel sont insuffisantes. 11 demande donc, en attendant que l’Assemblée en vienne à cette salutaire mesure, « de décréter la vacance universelle des places ecclésiastiques conférées sous l’ancien ré­ gime pour les soumettre toutes à l’élection : » a. de dé­ clarer déchu tout évêque qui demanderait à Rome des bulles d'institution, soit pour un diocèse ancien, soit pour « des ouailles qui n'étaient pas auparavant sou­ mises à sa juridiction »; b. déchu aussi tout mélropo- 1573 CONSTITUTION CIVILE DU CLERGÉ litain et tout évêque qui refuserait l’institution canonique aux évêques et curés nouvellement ( lus, pour d’autres motifs que les motifs légaux; c. privé de son traitement tout ecclésiastique « qui aura fait ou souscrit des dé­ clarations ou protestations contre les décrets de l'Assemblée » ; d. coupable du crime de lèse-nation tout ec­ clésiastique qui aura décrié les lois ou la révolution dans ses mandements, lettres pastorales, discours, in­ structions et prônes; d. privé du droit de confesser tout ecclésiastique « qui n’aura pas prêté le serment civique par devant sa municipalité, etc. ». Discours sur l’Expo­ sition des principes delà constitution civile du clergé, prononcé ά la séance du soir, du 20 novembre Π90, in-8», 1790. L'Assemblée vota toutefois le 27 novembre le projet Voidel, mais en l’aggravant : a) Etaient tenus au ser­ ment avec les évêques et curés en fonction « les vicaires des évêques, les supérieurs et directeurs des séminaires, les vicaires des cures, les professeurs de séminaires et de collèges et tous autres ecclésiastiques fonctionnaires publics »; b) les délais fixés pour le serment étaient les suivants : pour les ecclésiastiques présents dans leurs diocèses, la huitaine; présents en France, mais absents de leurs diocèses, un mois; absents de France, deux mois; c) le jour fixé est toujours le dimanche et le mo­ ment, « l’issue de la messe paroissiale; » mais pour l'évêque et son conseil la cérémonie se fera dans l’église épiscopale; pour les autres fonctionnaires publics ce sera « dans l’église de leurs paroisses »; d) les ecclé­ siastiques, fonctionnaires publics, députés en exercice, prêteront dans la huitaine le serment à l'Assemblée nationale; e) le refus de serment sera considéré comme une démission et « il sera pourvu au remplacement comme en cas de vacance par démission » et suivant les formes légales; f) ceux qui manqueront à leur serment, comme le prévoyait le projet Voidel, art. 7, seront privés de traitement, considérés comme démis­ sionnaires, déchus des droits de citoyens actifs, inca­ pables d’aucune fonction publique, « sauf de plus grandes peines, suivant l'exigence et la gravité des cas; » g) les mêmes peines atteindront, comme pertur­ bateurs du repos public, les ecclésiastiques dépossédés par la loi ou les ecclésiastiques fonctionnaires publics ayant refusé le serment, mais continuant l'exercice pu­ blic du culte; A) cet article est exactement l'art. 9 du projet Voidel. Ainsi la Constituante subordonnait l'exercice â titre public des fonctions sacerdotales à un serment qui impliquait l’adhésion aux nouvelles lois ecclésiastiques. A vrai dire, le serment demandé aux pasteurs « de veiller avec soin sur les fidèles,du diocèse, delà paroisse qui leur est confiée, d'être fidèles â la nation, à la loi et au roi, et de maintenir de tout leur pouvoir la con­ stitution décrétée par l’Assemblée nationale et acceptée par le roi », ne désignait pas expressément la constitu­ tion civile; sauf la première partie, il reproduisait même à la lettre le serment prêté le 4 février précé­ dent par toute l’Assemblée, y compris les évêques, à la constitution politique ou administrative. Quelques ecclésiastiques croiront même pouvoir prêter le serment du 27 novembre, en abritant leur conscience derrière ce souvenir et cette distinction. Mais, si l'on considère les circonstances qui provoquèrent, les discours qui accompagnèrent le vote du 27 novembre, les passions qui le dictèrent, il est certain que, dans le serinent presc il. le terme constitution impliquait constitution civile. < Le décret du 27 novembre, disait VAmi du Roi, n 182. du 29 novembre, a pour objet de contraindre . s évêques, les curés et autres ecclésiastiques à faire v-rrnent de maintenir la constitution du clergé telle : , Ile a été décrétée par l’Assemblée nationale, sans attendre l'assentiment du pape et des évêques. » Les cunslitutionnels jugeaient si bien de même, que plu­ 1574 sieurs ajoutèrent spontanément à la formule légale : '■ notamment les décrets relatifs à la constitution civile du clergé. » En tous cas, l’Assemblée entrait dans la voie de l'intolérance religieuse. « Cette assemblée do philosophes, dit M. Sorel, se trouvait entraînée... à violer, presque aussitôt après l'avoir décrété, un des principes les plus passionnément réclamés par la philo­ sophie du siècle : la tolérance religieuse. Ce n'était point qu'en soi la constitution civile supprimât la liberté de conscience et interdit la pratique des cultes non officiels. Elle n'enlevait au clergé dissident que son salaire et ses litres. 11 demeurait en droit libre d’exer­ cer le ministère, â litre privé... Mais il était inévitable que les dissidents entraîneraient avec eux la masse des fidèles..., qu’ils élèveraient contre l’Église constitution­ nelle une Eglise romaine..., que pour protéger son Eglise officielle, l’État serait conduit à supprimer les Églises dissidentes, à en proscrire, puis â en persécu­ ter les membres. » L’Europe et la Révolution fran­ çaise, t. n, p. 126. En d’autres termes, le divorce entre la France nouvelle et la religion se consommait; les divisions et les luttes qu'annonçait la constitution civile devenaient inévitables. Les deux partis allaient user l’un pour l’autre de désignations violentes : les uns étaient les intrus et allaient devenir les assermentés, lesjureurs, traîtres à l’Église et â Dieu; les autres les insermentés, les réfractaires, traîtres â la loi et à la patrie. Restait encore une fois à obtenir la sanction du roi. Pour l'infortuné monarque se renouvelèrent les angoisses de juillet, plus grandes encore, car il s’agissait d’un décret d’exécution immédiate. Il ne se sentait point cependant en mesure de résister. 11 essaya de nouveau de calmer ses craintes de roi et de père, tremblant pour sa couronne et pour sa famille, et à la fois son angoisse de chrétien bouleversé dans sa con­ science en obtenant du pape une sanction à tout le moins partielle et provisoire. Le 3 décembre, il adres­ sait à Pie VI une lettre suppliante pour lui demander de faciliter au clergé la soumission à des décrets à la veille d’être exécutoires; Boisgelin l'appuyait d’un mé­ moire rédigé dans ce sens. Le 16 décembre, Bernis communiquait la chose au pape qui la jugeait impos­ sible et en tout cas se réservait le temps de consulter les cardinaux et les évéques de France. Or, dans l’in­ tervalle, l'Assemblée s'agitait et son agitation gagnait Paris, à cause du retard du roi et à l’idée qu’il humi­ liait la majesté nationale devant le pape. « L’Assemblée ne lui permit point d'attendre la réponse de Rome... La population se mit en mouvement. Duport représenta au roi que, s'il hésitait davantage, il livrerait le clergé aux fureurs de la foule... Le 26 décembre, il sanctionna le décret. » Mais ce jour-là, il consommait avec la Ré­ volution la rupture commencée le 24 août, retardée tant qu’il avait eu l’espoir d’une entente avec Rome, écartant le schisme. « Le roi avait enduré les humilia­ tions, le chrétien ne supportait pas les remords. » L’Assemblée prit des mesures pour que le décret fut immédiatement exécuté. Dès le lendemain, 27décembre, les ecclésiastiques députés étaient appelés à prêter le serment. Le 27 et les jours suivants, les tribunes regor­ gèrent de « patriotes t dont les menaces et les applau­ dissements bruyants accompagnèrent les votes. Les deux grands courants prévus se dessinèrent bientôt. Les acceptants parlèrent d’abord. Le premier fut Grégoire, et dès le 27. Il fit précéder son serment d'une déclaration où il indiquait pour quelles raisons il le prêtait et tous pouvaient le prêter en pleine sécurité de conscience. « Après le plus mûr et le plus sérieux exa­ men, disait-il en son nom et au nom de plusieurs de ses confrères, nous déclarons ne rien apercevoir dans la constitution qui puisse blesser les véritêe saintes que nous devons croire et enseigner..., jama s l'Assemblée n'a voulu porter la moindre atteinte -a 1575 CONSTITUTION CIVILE DU CLERGÉ dogme, à la hiérarchie, à l’autorité spirituelle du chef de l’Église... Nulle considération ne peut donc suspendre l’émission de notre serment. » Légitimité du serment civique, p. 2; Barruel, op. cit., t. vu, p. 27. 65 curés ou simples prêtres suivirent son exemple : Saurine, Dumouchel, recteur de l’université de Paris, l’évéque élu du Finistère Expilly, l’ex-chartreux dom Gerle que l'obligation n'atteignait point, etc. Le 28, ce fut le tour d'un évêque, Talleyrand : quelques curés suivirent. Le 2 janvier, l'on entendit l'évêque in partibus de Lydda prêter le serment, en se disant « persuadé que i’Assemblée nationale ne voulait pas astreindre les citoyens â faire des choses contraires à la juridiction spirituelle ». Ce même jour, les opposants sortirent de leur silence. Ils ne refusaient pas de prêter un serment à la constitution, mais ils prétendaient en dicter les termes, au nom de leur conscience alarmée. Leur interprète fut encore l’évêque de Clermont. H proposa, mais sans parvenir à se faire entendre, tant sa voix fut couverte par les tribunes et par la majorité, de prêter le serment suivant : « Je jure de veiller avec soin sur ies fidèles dont la conduite m’a été ou me sera confiée par l’Église, d’être fidèle à la nation, à la loi et au roi, el de maintenir de tout mon pouvoir, en tout ce qui est de l’ordre politique, la constitution décrétée par I’Assemblée et acceptée par le roi; exceptant formelle­ ment les objets qui dépendent essentiellement de l’au­ torité spirituelle. » Imprimée, cette formule restrictive lut adoptée par beaucoup, telle ou simplifiée. Le 3, Gobel expliqua que ses paroles de la veille n’indiquaient nullement-une restriction et il y eut une vingtaine de serments purs et simples. La chose traînait en longueur ; Barnave et Charles de Lameth firent décider que le lendemain 4 expirerait la huitaine donnée par la loi pour le serment aux membres de I’Assemblée, sans qu’il fut possible de prolonger le délai. Le 4 janvier, fut donc à I’Assemblée le jour décisif. A propos de 1 abbé de Malartic qui, ayant prêté la veille le serment, venait l'expliquer, I’Assemblée exigea le serment pur et simple ou un refus non motivé. Grégoire essaya ensuite une suprême tentative pour déterminer les opposants. Il fit entendre le même argument que pré­ cédemment : I’Assemblée n’a pas voulu toucher au spirituel; « l’exception du spirituel est donc de droit, ne fut-elle pas énoncée, » mais il s’exprima d’une façon qui l’a fait accuser d’hypocrisie : « L’Assemblée, dit-il, n’exige pas un assentiment intérieur, ni qu'on fasse le sacrifice de son opinion. Que veut-elle donc? Elle veut que vous obéissiez extérieurement et que vous prouviez obéissance à la loi. » Il ne voulait pas dire qu’un ca­ tholique pouvait considérer la constitution civile comme hérétique et cependant lui jurer obéissance, mais que l’on était en face d'une loi purement civile à laquelle, comme à toutes les autres, la seule obéissance exté­ rieure était due. Cf. Sciout, Histoire, t. Il, p. 8; Gazier, Éltides, p. 22. Enfin, Barnave fit décider que tous les ecclésiastiques, « fonctionnaires, » â l’appel de leur nom, devraient paraître à la tribune pour prêter le serment ou le refuser. Le défilé commença par l’évéque d’Agen; après lui, tous les appelés refusent le serment, en s’expliquant, malgré les huées des tribunes. Alors l’on décide d'interrompre le serment par appel nomi­ nal et de sommer collectivement tous les ecclésiastiques intéressés de se prononcer. Cela fut fait et un seul curé se leva : c’était pour se soumettre. Il y eut une dernière tentative de conciliation : elle vint de Cazalis. Il de­ mandait â I’Assemblée de déclarer simplement qu’elle n'avait pas vulu toucher au spirituel, ce qui eut permis de reviser la loi; mais cela même fut repoussé par une attaque vigoureuse de Mirabeau, et la séance se termina par le vote de cette motion de Barnave : « que le président de I’Assemblée se retirerait devers le roi pour le prier de donner des ordres pour l’entière 1576 exécution du décret du 27 novembre. » Il restait aussi de cette séance ce décret dit du 4 janvier et qui devait servir de règle aux administrations départementales : « Le serment prescrit par le décret du 27 novembre dernier sera prêté purement et simplement dans les termes du décret sans qu’aucun des ecclésiastiques puisse se servir de préambules, d'explications et de restrictions. » Les jours suivants, I’Assemblée entendit ou reçut une vingtaine de rétractations : elle décida bien, sur la motion de Barnave, qu'elle n’en accepterait plus; mais le nombre des députés ecclésiastiques qui prêtèrent le serment n’en fut pas moins réduit à 50 ou 55, dont les deux évêques d’Autun et de Lydda. C’est le dimanche 9 janvier que le serment dut être prêté par le clergé de Paris. Voici d'après les recherches de l'abbé Delarc quelle fut l’attitude de ce clergé. Il y eut 453 ecclésiastiques appartenant au clergé parois­ sial ou enseignant pour refuser le serment et environ 450 jureurs. Le nombre des jureurs parut alors plus considérable, parce que des prêtres ont prêté serment sans appartenir au clergé paroissial. L'Eglise de l’avis, t. t, p. 390 sq. Dans les départements ou le clergé, sur­ tout le clergé des campagnes, plus éloigné du conllit des idées et de l'impulsion générale, était plus sen­ sible à certaines pressions et aux influences locales, les proportions varièrent beaucoup; puis, il y eut de nombreuses rétractations, surtout après que le pape se fut prononcé. Par 100 prêtres astreints au serment on en compte pour le prêter 15 au maximum dans le Morbihan et le Bas-Rhin, par exemple, et de 15 à 25 dans le Finistère, la Loire-Inférieure et la Mayenne; mais il y eut de 25 à 50 dans la Seine-Inférieure, les Landes, la Moselle, et au delà de 85 dans l’Ain, l’Allier, le Loiret, le Var, etc. En fin de compte, le nombre des prêtres qui tenus au serment le refusèrent, fut-il plus grand que le nombre de ceux qui le prêtèrent? « La majorité du clergé inférieur, dit Grégoire, prêta le serment. » Mémoires, t. i, p. 33. « Dans le clergé du deuxième ordre, la majeure partie refusa le serment. » dit Picot, dans le Précis historique sur l’Église consti­ tutionnelle, dont il a fait précéder les Mélanges de reli­ gion, de critique et de littérature par M. de Boulogne. C'est entre ces deux versions que se partagent les histo­ riens. D'une Etude statistique sur le clergé constitu­ tionnel et le clergé réfractaire en 1701, publiée par la Beetle d'histoire moderne el contemporaine, novembre 1906, d’après les statistiques officielles communiquées par les municipalités aux directoires de district, pour y être condensées, puis aux départements et en fin au comité ecclésiastique, mais ne concernant que 43 départements où le nombre des jureurs fut de 14 047, le nombre des réfractaires de 10 395, soit 57 jureurs sur 100 prêtres astreints au serment, 6 sur 10, M. Ph. Sagnac conclut : « L’Eglise de France est divisée en deux grands partis très forts l’un et l'autre, et dans l'ensemble le parti constitutionnel fut un peu plus fort que l'autre. » Si l'on considère les catégories d’ecclésiastiques aux­ quelles le serment était imposé on trouve que 4 évêques « conservés » seulement le prêtèrent : le cardinal de Loménie de Brienne, archevêque de Sens, primat des Gaules et de Germanie ; de Talleyrand-Périgord, évêque d’Autun; de Senas d’Orgeval de Jarenle, évêque d'Or­ léans, et La Fout de Savines, évêque de Viviers; la plu­ part des professeurs des universités, séminaires et collèges le refusèrent; quant aux curés et vicaires, ils forment l'élément le plus considérable delà statistique générale. Des ecclésiastiques de bonne volonté prêtèrent aussi le serment; en tète 3 personnages revêtus du caractère épiscopal, Gobel, évêque de Lydda, coadju­ teur de l’évéque de Bâle pour la partie française île son diocèse; Martial de Loménie, évêque de Trajanopolis.coadjuteur de l’archevêque de Sens, son oncle, et Dubourg-Miroudot, évêque de Babylone; autour d’eux 1Ï>T1 CONSTITUTION CIVILE DU CLERGÉ d'ex-religieux et de simples prêtres en bon nombre. Tel était l’effectif des deux armées qui allaient se dis­ puter les catholiques de France. 3“ Condamnation de la constitution civile et du ser­ ment par le pape. — Jamais peut-être, autant qu'en ces circonstances, l'épiscopat gallican n'avait impa­ tiemment attendu une décision de Rome, D'apres sa doctrine, te pape seul, à défaut d’un concile, pouvait donner à l'attitude qu'il avait adoptée l’approbation de l’Eglise. A plusieurs reprises donc le cardinal de La Rochefoucauld, l’archevêque d'Embrun, les évêques députés sollicitèrent Rome de parler. Or le pape ne se prononça sur les affaires de France qu’en mars et avril 1791, et depuis le 4 août 1789 scs droits ou ceux de l’Église avaient été méconnus; il le savait même ou Je soupçonnait : son silence, surtout depuis le décret du 12 juillet, surprenait et fournissait aux constitu­ tionnels l'occasion de dire qu'il approuvait puisqu’il se taisait. Dans l’année 1790 et avant mars 1791 n’arrivèrent en France de Pie VI que l’écho — d'une Allocution tenue en consistoire secret, le 9 mars 1790, où il se plaint du concordat déchiré, des droits du siège apostolique usur­ pés, de la liberté absolue de la pensée ainsi que de l égalité de tous les citoyens sans distinction de reli­ gion proclamées; des vœux solennels supprimés, des biens ecclésiastiques mis à la disposition de la nation; — des brefs Minime dubitamus du 10 juillet, Litteræ ma­ jestatis du 17 août, Intimo ingemiscimus du 22 sep­ tembre adressés à Louis XVI et les brefs Recentia de­ creta et Illa fiducia du 10 juillet également aux deux archevêques de Vienne et de Bordeaux, mais que tous trois se gardèrent bien de publier;— le bref Etsi maximo du 31 mars 1790 au cardinal de La Rochefoucauld, par lequel, en raison du décret du 13 février, « les dispenses des vœux religieux étaient désormais commises à la re­ ligion et â la prudence des évêques seuls; » — d’autres brefs de moindre importance adressés les 4 août à l’évêque de Saint-Pol de Léon, le 1" septembre à l'évêque de Quimper, du 2 février 1791 à l'abbé Thoumin-DesVauponts, vicaire-général de Dol, qui avait refusé l’évê­ ché de la Mayenne où il avait été élu, du 23 février à l'archevêque de Sens pour l'inviter à se ressaisir. Mais ces brefs étaient peu connus etd'ailleurs ils ne portaient aucune sentence directe et précise. On a attribué ce long silence du pape à la peur de perdre Avignon et le Comtat Venaissin. La papauté savait par expérience que dans ses conllitsavec la France ses provinces fran­ çaises étaient provisoirement confisquées. En provo­ quant l’Assernblée par une condamnation de la consti­ tution civile, le pape eût craint de perdre Avignon et le Comtat, non pas provisoirement, mais définitivement, ces pays paraissant travaillés par les idées nouvelles et ayant demandé leur annexion à la France. Mais la vraie raison de ce silence est biei. dans l'intervention diplo­ matique de la France. Dès les premiers jours, dès la question des annates, Louis XVI a peur que la parole du pape n'exaspère l’assemblée et ne précipite les choses. Lui et son ministry Monlmorin n'ont qu’une politique: obtenir du pape qu’il garde le silence « sur tout ce qui donnerait lieu â discussion pour le clergé ». Le pape se lait sur la question des annates, sur la question des biens ecclésiastiques, sur la question des ordres reli­ gieux; il se prête même, on l'a vu, quoique la chose lui parût destinée à échouer, à discuter la question d’une acceptation provisoire des exigences les plus graves de la constitution civile, solution à laquelle s'étaient ralliés le roi et même l'épiscopat, alin de ne rien précipiteret finalement d’éviter le schisme. Mais ces négociations, d'ailleurs très difficiles, malgré la bonne volonté de l ie VI, précipitèrent justement les décisions de l'Assemblée et linirent avec le serment. L'ne autre raison, c’est que le pape voulut laisser se prononcer d'abord l’épis­ copat gallican, si jaloux de ses privilèges et en quelque 1578 façon de son autonomie. Enfin, au début de 1791, toute conciliation parut impossible, l’épiscopat tout entier s’était prononcé, et, chose désirée, mais faiblement espérée : malgré leur attachement aux idées nouvelles, bon nombre de curés le suivaient. Le 10 mars donc. Pie VI adressait à S. E. M. le cardinal de la Roche­ foucauld, M. l'archevêque d’Aix et les autres arche­ vêques et évêques de Γ Assemblée nationale de trance. autrement dit, aux signataires de VExposition, le bref Quod aliquantum. Ce n'est pas encore la condamnation définitive de la constitution civile. Après s'être justifié de son long si­ lence « par la crainte d’irriter encore ces hommes incon­ sidérés et de les précipiter dans de plus grands excès », il rappelle les propositions du roi et sollicite de l’épis­ copat un avis sur la situation ; « Nous attendons, dit-il aux évêques, un exposé fidèle de vos avis, de vos sen­ timents, de vos résolutions, signé de tous ou du plus grand nombre... Il sera le guide et la règle de nos déli­ bérations. » En attendant, à la lumière de VExposition des principes, il juge détestable la constitution civile dont il déclare hérétique le principe, c’est-à-dire la su­ bordination de l’Église à l'Etat, et dont il examine sévè­ rement une à une les principales dispositions : le bou­ leversement des sièges épiscopaux, le nouveau mode d’élection aux sièges épiscopaux, etc. Il déplore aussi la spoliation de l’Eglise, la suppression des ordres reli­ gieux et l'attitude de l’évêque d'Autun. si différente de celle des autres évêques de l'Assernblée ! Enfin il com­ pare ce qui se passe en France à ce qui se passait en Angleterre au temps de Henri II et, depuis, sous Henri VIII. Pie VI communiqua ce bref au roi et lui adressa en même temps le bref Etsi nos, daté aussi du 10 mars. S’il n’a pas répondu, y dit-il, aux demandes que le roi lui adressait dans sa lettre du 3 décembre précédent, c’est que le roi, en sanctionnant le décret du 27 novembre, ne lui en a pas donné le temps. Du reste, la constitution civile est condamnable ainsi que le serment de s’y conformer. Le roi a donc péché gravement en sanctionnant les décroîs du 12 juillet et du 27 novembre. Enfin le bref Charilas, daté du 13 avril suivant et adressé sous forme solen­ nelle au clergé et aux fidèles de France, condamnait formellement, de l'assentiment de toute l’Eglise galli­ cane, le serment qui devrait être regardé comme un sacrilège et un parjure et la constitution qui est « hé­ rétique dans plusieurs articles, sacrilège, schismatique, renversant les droits du Saint-Siège, aussi opposée à l'ancienne discipline qu'à la nouvelle ». En consé­ quence : a) sont suspendus de l'exercice de tout ordre tous ceux qui ont prêté le serment civique à moins qu'ils ne l’aient rétracté dans quarante jours; b) sont sacrilèges et nulles les élections faites d'Expilly, Marolles. etc. ; c) sacrilège a été leur consécration ; djenfin nulles et illégitimes et sacrilèges toutes les autres élec­ tions qui ont été faites ou qui seront faites par la suite selon la forme de la constitution civile. Le 3 mai, les évêques députés répondaient au bref du 1(1 mars. Ils annonçaient au pape que VExpositionavait été adoptée de presque tous leurs collègues; ils affir­ maient avoir tout fait pour amener l’Assernblée à suivre les voies canoniques et avoir épuisé tous les moyens de conciliation. Toutefois, si le Saint-Père trouvait un moyen propre à ramener la paix et que leur pré­ sence fût un obstacle, ils lui offraient tous ensemble leur démission. Evidemment, le pape n’accepta pas cette offre généreuse. Dans l’état des esprits, c’eût été un sacrifice inutile.Quelsque fussent les préjugés galli­ cans et si tardivement que se produisit cette interven­ tion du pape, les effets s'en firent sentir. Les réfractaires qui y trouvaient l’assentiment de l’Église universelle mirent plus de force dans leurs attaques ; il n'y a : plus de subterfuge possible : l’Église rejetait les cor - .- 1579 CONSTITUTION CIVILE DU CLERGÉ tutionnelset des rétractations assez nombreuses se pro­ duisirent. L’Église constitutionnelle s'émut : il avait déjà circulé quelques brefs apocryphes, elle traita les derniers comme tels; ou bien elle en appela au pape mieux informé et au concile général; ou bien encore, et ce fut surtout l'œuvre des anciens parlementaires, elle en attaqua franchement les doctrines : ainsi tit Camus dans ses Observations sur des brefs du pape. Quant aux évêques constitutionnels signataires de VAccord, qui parut suivi d’une Lettre des évêques constitutionnels, membres de /’Assemblée constituante au pape en lui envoyant l'ouvrage fait pour la défense de la constitution civile, elle use de toutes ces tac­ tiques. L’Accord réfute autant les arguments des brefs pontificaux que les arguments de V Exposition et dans leur Lettre au pape les évêques constitutionnels dépu­ tés supposent les brefs apocryphes. « On a cherché à nous persuader, très saint Père, que la constitution civile du clergé et tous les ecclésiastiques qui s’y sont soumis avaient encouru votre censure; notre profond respect pour Votre Sainteté nous a commandé de reje­ ter des bruits qui lui étaient injurieux, et qui d’ailleurs n’avaient aucune authenticité, » et en tous cas ils en appellent au pape mieux informé : « On a imaginé de vous tromper : les objets vous ont été présentés sous un faux point de vue. Nous avons imaginé que vousn’étiez pas aussi bien placé que nous pour faire des réflexions que les circonstances commandent de peser avec l’atten­ tion la plus sérieuse. » Enfin, tous ne cessent de répé­ ter que, s’il y a schisme, il est du côté du pape : ce ne sont pas eux qui se sont séparés du pape, et par consé­ quent ils ne sont pas schismatiques, c’est le pape qui s’est séparé d'eux. Et pour se justifier de l’accusation de ressembler à la secte anglicane, surtout aux yeux des Églises étrangères, ils affectèrent non seulement d’entretenir avec le pape les rapports prévus par la loi, mais de le traiter toujours comme un chef infiniment respecté, quoique nullement obéi. Le pape n’alla pas jusqu’à l’excommunication. 4° L'organisation el l’établissement de l’Eglise con­ stitutionnelle. — La nouvelle Église s'organisa dans les six premiers mois de l’année 1791, sous la protec­ tion du comité ecclésiastique et de l’Assemblée. Elle avait ses cadres généraux, les 83 départements; les pa­ roisses ne pouvaient être organisées que l’évêque nommé. Or 4 sièges seulement étaient pourvus en jan­ vier 1791 : Sens, Orléans, Viviers, qui avaient gardé leurs prélats constitutionnels, et Quimper où avait été élu Expilly le 31 octobre 1790. Les 8 sièges nouvelle­ ment créés n’étaient pas encore pourvus; les 71 autres étaient ou allaient être vacants : Belley où mourut le 14 janvier l’évéque Cortoisde Quincey; par démission : Autun, où Talleyrand après avoir prêté le serment allait renoncer à son siège et même à toute fonction sacer­ dotale; les autres, 69, par refus de serment. Les nou­ velles élections commencèrent avec celles de Marolles dans l’Aisne, 2 février. Pour la fin de mai, tous les sièges étaient pourvus. Cela s’était fait plus ou moins vite, suivant le plus ou moins d’empressement des au­ torités chargées de convoquer les électeurs et plus ou moins facilement, bien que par un décret du 7 janvier l’Assemblée ait facilité les conditions d’éligibilité : pour l'année courante, 1791. il suffisait à tout prêtre fran­ çais d'avoir été fonctionnaire public pendant 5 ans pour être éligible aux évêchés et aux cures. 11 y eut des refus, soit â cau-e des élections multiples : Grégoire fut élu deux fois; Gobel quatre; soit surtout par scru­ pule ou : »r crainte des luttes à supporter ; tels l’abbé de Vauponts élu à l'évéché de la Mayenne, le curé de Pontivy. Guêgan, élu pour le Morbihan : tous deux écrivirent leurs scrupules au pape qui les encouragea à refuser; tels encore Gervais, curé de Saint-Pierre de Caen, élu pour le Calvados. Leverdier, curé de Choisy- 15S0 le-Roi, pour la Seine-Inférieure, etc. La dernière élec­ tion fut celle de Mestadier dans les Deux-Sèvres, 9 mai. Le nouvel épiscopat comprit 16 membres de la Consti­ tuante : Aubry (Meuse), Hécherel (Manche), Dumou­ chel (Gard), Expilly (Finistère), Gausserand (Tarn), Gobel (Paris), Gouttes (Saône-et-Loire). Grégoire (Loiret-Cher), Joubert (Charente), Lecesve (Vienne), Limlet (Eure), Marolles (Aisne), Massieu (Oise), Regouard (Var), Royer Ain), Thibaut (Cantal). La plupart des nouveaux élus étaient des curés; cependant il y avait parmi eux 6 chanoines dont Pascareau (Gironde), âgé de quatrevingts ans; 13 religieux dont 4 oratoriens, Lalande (Meurthe), Périer (Puy-de-Dôme), Priniat (Nord), Porion (Pas-de-Calais); 5 professeurs et 2 ecclésiastiques sans titres officiels : Fauchet, ancien lazariste, prédi­ cateur qui comptait dans le clergé de Saint-Roch à Pa­ ris, et Saurine, avocat au parlement. Presque tous appartenaient au Tiers-État. Quels titres les désignaient au choix des électeurs? Ce fut pour quelques-uns, pour Grégoire, par exemple, le rôle joué à la Constituante; pour d'autres, qui n’appartenaient pas à la Constituante, ce fut également leur dévouement aux idées nouvelles: tel est le cas de Fauchet qui, natif de la Nièvre, est élu dans le Calvados, pour les discours révolutionnaires qu'il a prononcés à Paris; dans ce cas, on retrouve l'influence du club des jacobins de Paris sur ses rami­ fications de province; d’autres encore furent élus par l’influence de leurs parents et de leurs amis : l'amitié de Mirabeau porta Lamourette à la métropole du SudEst; mais en général, les élus appartenant aux dépar­ tements qui les élisaient, les élections furent surtout des questions locales. Quelle était la valeur intellectuelle de cet épiscopat? Il parait inférieur à l’épiscopat qu'il remplace : son docteur est Grégoire, esprit d’une in­ croyable activité et d’une grande érudition plutôt que puissant et profond. Quelle était sa valeur morale? 11 comprit des prêtres sans foi, ainsi Minée (Loire-Infé­ rieure) et Pelletier (Maine-et-Loire); des débauchés comme Dumouchel (Gard); des âmes faibles qui ne sauront résister à la terreur, abdiqueront leurs fonc­ tions et se marieront; des ambitieux comme Joubert (Charente); mais il compta en majorité des prêtres pieux et fidèles à leurs devoirs amenés au schisme par les passions politiques unies aux passions gallicanes et voulant combattre au premier plan pour d'aussi justes causes ; des prêtres pieux, sans grande passion comme sans grandes vertus, qui en temps ordinaire fussent restés excellents, mais qui se laissèrent prendre au désir de la mitre. Mais à ces élus il fallait l'institution canonique et la consécration. Sur ce point, la Constituante, instruite par l'affaire d’Expilly, avait déjà fait fléchir, avec le dé­ cret du 14 novembre, les prescriptions de la loi du 12 juillet. Après les relus de serment, elle comprit que le décret du 14 novembre lui-même devenait insuffi­ sant : un nouveau décret du 26 janvier défendit aux évêques élus de demander leur confirmation et la con­ sécration à leurs métropolitains et aux évêques non assermentés et les autorisa à solliciter les deux choses de n’importe quel évêque assermenté désigné par le di­ rectoire du déparlement. Le choix n’était pas très étendu ; il y avait en tout 7 prélats assermentés : or les évêques de Sens, Orléans, Viviers, juraient, mais ne sacraient pas; le coadjuteur de Sens faisait de même; Gobel et Miroudot jusque-là in partibus manquaient de prestige. Heureusement Talleyrand consentit â ins­ tituer Expilly et Marolles las de frapper à toutes les portes. La cérémonie de la consécration se fit à Paris dans l’église de l’Oratoire, le 24 février. Talleyrand était assisté de Gobel et de Miroudot. C’est sous ce patronage que le véritable épiscopat constitutionnel fit son entrée dans le monde. Sacrés, les évêques se livrèrent à une doubla mani­ 1581 CONSTITUTION CIVILE DU CLERGÉ festation épistolaire ; l’une était prévue par la loi : c’était la lettre au pape, œuvre assez délicate, semble-t-il. Voici celle de Grégoire : « Très saint Père, le respect dont je suis pénétré envers V. S. me fait un devoir de vous annoncer que les suffrages libres des électeurs du département de Loir-et-Cher m’ont appelé au gouverne­ ment de leur diocèse, dont le siège épiscopal est à Blois. Cette élection s’est faite conformément aux lois de la constitution civile du clergé de France, décrétée par ΓAssemblée des représentants de la nation et accep­ tée par notre roi Louis XVI. .J’ai reçu, T. S. P., l’ins­ titution canonique et j’ai été régulièrement consacré. Je professe d’esprit et de cœur la religion catholique, apostolique et romaine. Je déclare que je suis et serai toujours, Dieu aidant, uni de foi et de communion avec vous, qui, en qualité de successeur de saint Pierre, avez la primauté d’honneur et de juridiction dans l’Église de J.-C. Je supplie V. S. de m’accorder sa bénédiction... » Toutes les lettres pastorales ne sont pas aussi sèches: plusieurs ébauchent des justifications. L’autre manifestation était l’habituelle Lettre pasto­ rale pour la prise de possession du diocèse. Les con­ stitutionnels s’y disent en général : « Évêques par la miséricorde divine et dans la communion du saintsiège apostolique, » et en général aussi, ils la font servir à l’apologie de la constitution civile et du serment. Leur entrée dans la ville épiscopale servait d’occasion à des manifestations plus ou moins bruyantes de la part des patriotes. Immédiatement les évêques se mettaient à l’œuvre avec un grand zèle évidemment sincère, mais peut-être aussi destiné à diminuer par le contraste l’autorité du réfractaire. Mais il fallait organiser les paroissiens d’accord avec les autorités civiles, leurs séminaires.cequi était plus difficile, choisir leurs vicaires épiscopaux et surveiller le recrutement des curés et vicaires. A propos de ces auxiliaires dont la direction leur échappait presque totalement, une question se posait pour les évêques constitutionnels : comment s’en assurer immédiatement un nombre suf­ fisant, puisque presque la moitié, à tout le moins, avaient refusé le serment, étant données surtout les conditions mises par la loi aux fonctions de curés? La Constituante facilita les choses par les décrets du 18 mars et du 18 avril : le dernier permettait d’élire comme curé et de choisir comme vicaire, sans aucune condition de temps, tout prêtre « reçu dans le diocèse ». Les rangs des prêtres constitutionnels s’ouvrirent ainsi aux anciens religieux. Les brefs du pape provoquèrent, il est vrai, des défections, mais finalement les cadres fu­ rent à peu prés complets. En général, ce clergé était de qualité très inférieure, comme le prouveront les évé­ nements. Mais ce que la Révolution attendait du clergé qu’elle avait fait, c’était de lui rallier les catholiques. Évêques et prêtres constitutionnels se mirent à l’œuvre : ils devaient échouer. 5» Lutte entre constitutionnels et réfractaires ; persé­ cution des réfractaires. — 1. Sous la Constituante. — En face de l’Eglise officielle, la réfractaire restait constituée, sous l’autorité du pape, avec ses évêques et ses curés. Ils exerçaient leurs fonctions, soit dans les églises paroissiales ou ils n’avaient pas encore été remplacés par des assermentés, soit dans les chapelles des couvents, soit dans les chapelles privées; parfois même ils disaient la messe chez les assermentés. Cette Eglise était régulièrement organisée. Des pouvoirs avaient été accordés par le pape aux archevêques de Lyon, de Paris et de Vienne pour administrer les dio­ cèses de Sens, d’Autun, d’Orléans et de Viviers; et aux plus anciens évêques de chacune des provinces du royaume de France pour administrer, en l’absence les chapitres, les évêchés que la mort des titu­ laires pourrait rendre vacants; le bref Quo luctu 'lu 1U mai 1791 aux archevêques etévêaues. le bref Ad 1582 gaudium du 19 mars 1792, adressé au clergé et aux fidèles, où le pape menace d’excommunication b s sacrilèges consécrateurs des premiers intrus, Talley­ rand, Gobel et Miroudot, les évêques intrus et les assermentés, les curés et vicaires assermentés, le bref Ubi Lutetiam du 13 juin 1792, accordèrent aux évêques et aux prêtres réfractaires de très amples pouvoirs et de très grandes facilités pour remplir leur ministère. D’autre part, le malheur et la persécution ont réalisé ce phénomène d’unir étroitement évêque et curés. Lorsque donc l’évêque assermenté arrive dans son diocèse, souvent il trouve en face de lui l’évêque légi­ time : ainsi Grégoire trouve Thémines; le légitime excommunie l’intrus et comme il compte encore bon nombre de partisans, soit dans le clergé de la ville, soit parmi les fidèles, sans parler des couvents de religieuses qui se ferment impitoyablement devant l’évêque schis­ matique, ce sont des divisions dans les familles, des luttes dans les rues, et en tous cas de violentes polé­ miques. Dans les paroisses de campagne, c’est parfois la même chose, bien que là l’ignorance des événements assure davantage à l’assermenté la fidélité de ses ouailles. Bientôt des régions entières furent troublées et en armes dans l’ouest et dans le sud. En général cepen­ dant, force restait à la loi. Les amis de la constitution faisaient entendre des menaces, les autorités locales intervenaient et obligeaient à quitter leur diocèse, l’évêque et les réfractaires les plus en vue. Cf. par exemple, dans Gazier, Etudes sur l’Msloire religieuse, Grégoire et Thémines, 1. Il, c. i, p. 41-74. Cependant, la plupart des évêques émigrèrent; évidemment, les pé­ rils qu’ils couraient justifiaient leur fuite; évidemment encore, ils laissèrent des administrateurs et soutinrent les fidèles par des mandements, mais pour la cause qu’ils défendaient, ceux qui émigrèrent eussent mieux fait de rester en France comme les évêques d’Alais, de Bazas, de Lectoure, de Dijon, de Mâcon, de Cavaillon, de Saint-Brieuc, de Saint-Papoul et de Sentis; à voir le bien que ceux-ci firent à leur cause on peut conclure le bien qu’eut fait le corps tout entier; â tout le moins ils n’eussent pas permis à leurs adversaires de les mon­ trer dans les rangs des émigrés. Quoi qu’il en soit, la majeure partie des fidèles suivit les réfractaires, le meilleur appoint des constitutionnels venait des pa­ triotes, des jacobins qui devaient promptement se lasser de ce rôle. Le peuple français apparaissait ainsi divisé en 3 groupes : a) les catholiques romains, les réfrac­ taires, comme on les appelle à cause des prêtres qu’ils suivent, ils sont la grande majorité des croyants; b) les constitutionnels, minorité; c) les jacobins, avant tout préoccupés de faire triompher la Révolution et pour cette raison auxiliaires des constitutionnels. L’Assemblée constituante et les clubs firent, à partir de janvier 1791, tous les efforts possibles pour assurer le triomphe des constitutionnels, et si la constitution civile fût parvenue à conquérir la France, c’eût été moins par l’éloquence et les vertus de ses ministres que par ces appuis extérieurs. Pour la Constituante, elle parut vouloir rendre impossible aux réfractaires tout ministère. Ainsi, après avoir lancé l'instruction du Si janvier où elle montrait la constitution civile soli­ daire de toutes les autres réformes si chères au peuple aussi bien qu. informe aux usages de la primitive Église, et par laquelle elle voulait préparer un bon accueil aux assermentés, en constatant la résislance et l’inlluence du culte réfractaire, elle porta les décrets du 5 février et du 15 avril contraignant au serment les prédicateurs et les aumôniers des prisons. C’était fermer aux réfractaires un certain nombre de chapelles et en tous cas leur interdire tout enseignement reli­ gieux public. Mais au même moment des scènes déplo­ rables se passaient dans Paris, d’où faillit sortir une loi de liberté. Le 9 avril, des bandes de mégères avaient 1583 CONSTITUTION CIVILE DU CLERGÉ envahi les chapelles des convents, où se réfugiaient les réfractaires. Ces bandes y avaient fouetté publique­ ment les femmes présentes et les religieuses. Le 10 avril, une proclamation de Bailly blâmait ces excès, mais en rejetait la première faute sur les insermentés. Le 11, le directoire du département, « pressé de main­ tenir l'ordre public dans tout ce qui concerne le ser­ vice du culte public, » considérant d’une part que le culte catholique ofliciel ne saurait prétendre à occuper toutes les églises, si cela ne lui est pas nécessaire et que la nation doit tirer prolit des églises inoccupées, biens nationaux; d’autre part, que la liberté religieuse doit être garantie, arrête en substance : a) les églises paroissiales restent exclusivement réservées « aux fonctionnaires publics ecclésiastiques salariés par la nation, nominativement attachés â ces églises », sous la surveillance d'un « préposé laïc »; b) resteront ouvertes les chapelles des hôpitaux, couvents, collèges, sémi­ naires; c) seront fermées immédiatement toutes les églises et chapelles autres pour être traitées et vendues comme biens nationaux. Les acquéreurs pourront les consacrer au culte à la condition qu’une inscription indiquera l'usage et qu'aucune attaque n'y sera faite contre la constitution et les lois, par conséquent contre la constitution civile. Proclamation du département de Paris. Arrêté du directoire concernant les églises... du 11 avril 1791. Aussitôt l'ex-curé de Saint-Sulpice, M. de Pancemont, loua l’église des théatins; les oflices de Pâques s’y lirent sous la protection de la police et malgré d'ignobles menaces. Le 18 avril, l’Assemblée examina l’arrêté du directoire. Si cet arrêté devenait une loi, et une loi appliquée, ce qui était conforme au principe de la liberté des cultes adopté ou à peu près en févrieret avril 1790 par la Constituante, l’Eglise offi­ cielle était fort atteinte. Aussi l'arrêté du directoire subit-il de vigoureuses attaques de Treilhard, Lanjuinais et Camus. Maury le défendit, mais il eût perdu la cause si Buzot et Sieyès ne s’en fussent mêlés. L’Assem­ blée décréta que le décret serait provisoirementappliqué et demanda au comité de constitution de lui adresser un rapport sur la question. Talleyrand déposa le 7 mai ce Rapport et un Projet de loi. Le passage principal de son rapport est celui où il fait l’éloge de la liberté des cultes et où il rappelle les constituants au respect de la Déclaration des droils : « S’il doit être libre à à chacun (aux yeux de scs semblables), dit-il, d'avoir une opinion religieuse différente de celle des autres, il est clair qu’il lui est également libre de la manifester, sans quoi il mentirait éternellement à sa conscience, et par conséquent aussi il doit être libre de faire tout acte qui lui est commandé par cette opinion, lorsque cet acte n'est nuisible aux droits de personne. Do là suit évidemment la liberté des cultes. Tout cela est renfermé dans la Déclaration des droits; tout cela est la Déclaration des droits elle-même... Si la religion des juifs, des protestants, doit être respectée, celle des catholiques non conformistes doit l’être également. » A 1 objection faite qu’il n'y a pas deux formes du catholi­ cisme et qu’en conséquence les non-conformistes n’ont qu à fr- quenter les églises conformistes, il répond: «C'est vrai, mais tout le monde ne pense pas comme nous sur ce point: il faut par conséquent que ces adversaires aient le droit d énoncer leur opinion; et que le culte qu'ils désireront célébrer à part, soit que d’ailleurs il ditTere ou non du nôtre, soit aussi libre que tout autre cuite. »Avec l'appui de Sieyès, cf. Opinio» de M. Emm. Sieyès, député de Paris, le 7 niai 1791, Talleyrand lit accepter de lAssenitlA?. malgré l'abstention complète de la droite, ces deux propositions constituant tout son projet de loi. inspir- s en même esprit que l'Arrêté du directoire.mais -·. mcsii liant que! uepeulesdispositions: 1* L'Assemblée MtieBaér. i--« «r-tr entendu sr-n comité de constitution sur î -rrete co 11 anu Directoire du départe­ 1584 ment de Paris, déclare que les principes de liberté religieuse qui l’ont dicté sont les mêmes qu’elle a reconnus et proclamés dans sa Déclaration des droits, et déclare que le défaut de prestation de serment... no pourra être opposé à aucun prêtre se présentant dans une église paroissiale, succursale et oratoire national pour y dire sa messe seulement. 2· Les églises consacrées à un culte religieux par des sociétés particulières et portant l'inscription qui leur sera donnée, seront fermées aussitôt qu'il aura été fait quelque discours contenant des provocations directes contre la constitution du royaume et en par­ ticulier contre la constitution civile du clergé, l’auteur du discours sera... poursuivi criminellement dans les tribunaux comme per­ turbateur du repos public. Ce n’était là qu’une liberté précaire et limitée. Les catholiques n’en jouirent même pas, les mouvements populaires continuèrent et l'église des théatins fut finalement fermée. La Constituante elle-même ne sut pas persévérer dans la voie où elle était entrée : ainsi en mai elle refuse de laïciser l'état civil dont les con­ stitutionnels détenaient les registres pour les catholiques et où ils n'inscrivaient que les actes religieux accomplis devant eux; en juin, elle décrète que les non-confor­ mistes ne pourront avoir d’évêques, etc. Après la fuite du roi à Varennes, il y eut une recru­ descence d’attaques contre les réfractaires. Les jacobins affectèrent de croire qu'entre le roi qui refusait de faire ses Pâques auprès d'un prêtre assermenté, les émigrés qu'il s'efforçait de rejoindre et au milieu des­ quels apparaissaient les évêques, l’étranger auquel les émigrés et le roi faisaient appel, et les réfractaires à la tête desquels apparaissaient ici et là des ennemis de la Révolution, il y avait partie liée, entente pour détruire toutes les conquêtes de la Révolution, y compris la religion nationale. L'accusation lit son chemin et comme les troubles religieux ne cessaient de grandir, que dans l'ouest les prêtres assermentés et leurs fidèles étaient en butte à mille violences, les administrations de bon nombre de départements s’attribuèrent le droit d'éloigner de leur domicile les prêtres réfractaires et de les interner dans une ville. Ils demandèrent à l’As­ semblée une mesure générale dans ce sens. Elle refusa, et même le 14 septembre vota une amnistie générale, mais elle laissa toute liberté de persécuter aux auto­ rités locales. Ainsi les constitutionnels échappent au plus grand péril qui ait pu les menacer : la liberté de culte laissée à leurs adversaires. Contre ceux-ci d’ailleurs de graves accusations s’amassent et un geste violent de proscrip­ tion se dessine; il ne semble pas que tous les asser­ mentés l'aient regretté. 2. Sous la Législative. — Le l,r octobre, se réunis­ sait la Législative. Entre les tâches qui s’imposaient à elle, l'une était particulièrement délicate : ramener la paix religieuse. La Constituante lui laissait l'ébauche de deux politiques : une politique d'apaisement en fai­ sant de la loi du 7 mai une réalité et en en élargissant les dispo: itions libérales; une politique de violences tendant à détruire le colle non-conformiste ou tout au moins à frapper ses ministres pour assurer le triomphe du catholicisme ofliciel. Or la Législative comprenait bien 10 évêques : Dubois (Somme), Fauchet (Calvados), Font (Ariège), Gay-Vernon (Haute-Vienne). Huguet (Creuse), Lamouretle (Rhône-et-Loire), Le Coz (Ille-etVilaine), Lefessier (Orne), l’onlard (Dordogne) et Torné (Cher), et 17 prêtres; mais dans cette assemblée terne « d’hommes presque du même âge, de même classe, de même langue, de même habit » (Michelet), c’était un groupe d'athées et de déistes qui dominait, le groupe girondin. Or les Girondins, à l'exception de Gensonné (discours du 3 novembre 1791) et de Guadet (discours du 21 ), qui semblent avoir eu comme idéal la séparation de l'Eglise et de l'État, n’en étaient pas encore arrivés à cette idée que la masse nationale pût se passer du catholicisme et .l’État se désintéresser de la religion. 1585 CONSTITUTION CIVILE DU CLERGÉ Uniquement désireux de faire triompher la Révolution, ils essaieront d'établir le triomphe du catholicisme offi­ ciel par la destruction violente du catholicisme dissi­ dent, et la majorité votera les mesures qu’ils propose­ ront. lis affirmeront, du reste, suivant la doctrine jaco­ bine, faire œuvre patriotique, un catholique romain ne pouvant être que l’ennemi de la Révolution, l’allié des émigrés et de l’étranger. Leur tactique fut simple : arriver à faire disparaître de la vie nationale le clergé réfractaire. Ils trouvèrent cependant un obstacle : ce ne fut point le clergé constitutionnel; de ses représen­ tants à la Législative applaudirent et poussèrent même aux pires rigueurs; ce fut le veto royal. Louis XVI trouvait qu'il avait suffisamment chargé sa conscience : il se refusa à aller plus loin. A deux reprises la chose arriva. En novembre 1791. la Législative discutait les mesures à prendre pour calmer les troubles religieux dont, si l’on en croyait les administrations de départe­ ments, on ne pouvait attribuer la responsabilité qu’aux prêtres réfractaires. Sur le rapport déposé le 16 no­ vembre par François de Neufchàteau, elle décréta le 29 : a} tous les ecclésiastiques fonctionnaires publics ou non n’ayant pas prêté le serinent, ou qui l’ayant prêté, l'ont rétracté, seront tenus de prêter le serment civique dans la huitaine qui suivra la publication de ce décret; b) sous peine non seulement d'être privés de leurs traitements, mais d'être considérés comme « suspects de mauvaises intentions contre la patrie et de révolte conlre la loi », en conséquence de quoi, ils seront rendus responsables des troubles religieux et seront éloignés provisoirement du lieu de leur domi­ cile sur un arrêté du directoire du département après avis du direcloirc du district. Le serment dont il s’agit était le suivant : « ,1e jure d'être fidèle à la nation, à la loi et au roi et de maintenir de tout mon pouvoir la constitution du royaume, décrétée par l’Assemblée na­ tionale constituante aux années 1789, 1790 et 1791. » Sans doute la constitution revisée par la Constituante dans ses derniers mois ne comprenait pas la constitu­ tion civile; mais la constitution politique elle-même renfermait plusieurs points analogues à la constitution civile, en particulier l’élection des ministres du culte par le peuple: puis l’on jurait « fidélité à la loi » et la constitution civile rentrait sous cette formule très générale. « Ce décret, a dit M. Sorel, ne laissait au clergé catholique de choix qu’entre l'apostasie, le men­ songe ou la révolte. En droit, il était inique; en fait, il était impolitique. Il jetait dans la lutte contre la Ré­ volution tout le bas clergé, qui en avait naguère très spontanément accepté les principes; il y précipitait, à la suite de ce clergé, la masse de fidèles pour lesquels la Révolution s’était faite, qui s’y étaient ardemment attachés, mais qui ne comprenaient pas qu’après les avoir affranchis dans leurs personnes, dans leur tra­ vail et dans leurs biens, on prétendit les assujettir dans leurs croyances... La seule guerre civile sérieuse, que la Révolution ait eu à affronter, la guerre de l'Ouest, .· son origine dans ce décret de novembre 1791. » L’Eu­ rope et la Bévolution, t. il, p. 307-308. Le veto du roi n’empêcha pas 43 départements, sûrs de l’appui de l’Assemblée. d’appliquer le décret du 29 novembre. En mai 1792, eut lieu la seconde opposition du roi. Le ministère girondin avait fait déclarer la guerre à I Autriche le 2.0 avril; la guerre commença mal : la Prusse prit le parti de l'Autriche et le« premiers mou·■ ments de nos troupes sur la frontière belge furent lamentables. En même temps les troubles religieux continuaient partout, dans l’Ouest. dans le Sud. dans le Centre, dont les autorités de dép i-tement et l’AssemLlee rendaient toujours responsables les prêtres réfrac­ taires. Le 23 avril Roland, ministre de l’intérieur, avait à l’Assemblée un long et tendancieux exposé de la : gestion. Aussi, sur un long et déclamatoire rapport de 158G François de Nantes sur les troubles intérieurs ou plus exactement sur son réquisitoire contre les prêtres in­ sermentés, la Législative votait le 27 mai un décret plus violent encore que celui du 29 novembre 1791 . « Par mesure de sûreté publique et de police géné­ rale, » les ecclésiastiques qui n'auront pas prêté le serment du 26 décembre y étant tenus, ou le serment civique, pourront être déportés par le directoire du dé­ partement, sur la demande de vingt citoyens actifs du même canton. La même peine leur sera infligée, quand ils auront provoqué des troubles. « Ceux des ecclésias­ tiques contre lesquels la déportation aura été prononcée, qui resteraient dans le royaume après avoir déclaré leur retraite, ou qui rentreraient après leur sortie, se­ ront condamnés à la peine de la détention pendant dix ans. » C’était là une mesure radicale, la suppres­ sion de tout le clergé réfractaire. Louis XVI fit comme au 29 novembre; il refusa sa sanction à cette mesure d'exception. Mais de nombreux directoires se virent de plus en plus encouragés à rechercher les prêtres inser­ mentés pour les entasser arbitrairement aux chefslieux de département. Quelle fut, dans ces circonstances, l’attitude des assermentés? A la Législative plusieurs évêques, Le Coz, Tomé, par exemple, s’opposèrent aux mesures de violence; en revanche, Faucliet s’en mon­ trait le partisan. A travers la France, le clergé consti­ tutionnel, irrité sans doute par les luttes locales, ne semble pas avoir eu dans son ensemble grande pitié pour les réfractaires. Cependant la Législative ne s’était pas bornée à poursuivre les réfractaires. Elle avait pris des mesures qui atteignaient l’édifice religieux tout entier. L’élé­ ment jacobin tend à se dégager des constitutionnels; plus il deviendra puissant, plus se dessinera l’échec de la constitution civile et plus il affirmera cette poli­ tique anlichrétienne. En avril donc, la Législative ac­ ceptait en principe ta fermeture des couvents, la disso­ lution des ordres religieux maintenus provisoirement par la Constituante, et, malgré Le Coz, mais sur la motion de Tomé, l'interdiction du costume ecclésias­ tique en dehors des cérémonies religieuses. Après le 10 août, disparut devant l’Assemblée le faible obstacle du veto, mais commença sur elle cette tyran­ nie de la minorité jacobine antichrétienne qui devait aboutir au culte de la Raison ou de l’Etre suprême. La Législative soutint toujours cependant en principe l’Église constitutionnelle et ne déclama que contre les réfractaires; ce sont seulement des réfractaires qui sont massacrés en septembre. Mais combien de me­ sures atteignent alors l’Église officielle et le christia­ nisme : suppression définitive des ordres religieux, 18 août, du costume religieux, 13 août, abolition du casuel, 7 septembre, dépouillement des églises, 10 sep­ tembre, laïcisation de l’état civil et introduction du divorce dans la législation, 20 septembre; l’Assemblée avait même entendu plusieurs propositions relatives au mariage des prêtres Quant aux réfractaires, il est bien évident que la Législative, débarrassée du roi, avait repris contre eux ses décrets du 29 novembre 1791 et du 27 mai 1792. Le 14 août, elle avait porté un décret astreignant tout Français recevant une pension de l’État, el de ce nombre étaient les anciens bénéficiers et religieux, au serment suivant, dit de liberté-égalité : « Je jure d’être fidèle à la nation et de maintenir la liberté et l égalité en la défendant. » Tandis que les réfractaires se divisaient autour de cette question : Pouvait-on prêter ce ser­ ment? la Législative les proscrivait en masse le 26. Ce décret partageait les prêtres insermentés en deux caté­ gories : les prêtres astreints au serment par les lois du 27 novembre 1790 et du 15 avril 1791 comme « fonc­ tionnaires publics » ou assimilés el les autres. Les premiers devront quitter la France dans les quinze 1587 CONSTITUTION CIVILE DU CLERGE jours; s’ils tardent, iis seront déportés en Guyane; s’ils rentrent, ils subiront dix années de détention ; les seconds seront également déportables s’ils sont respon­ sables de quelques troubles, ou si tout simplement leur éloignement est demandé par six citoyens domiciliés dans le même département. Λ Paris et dans toute la France s'était savamment organisée, sous la direction des clubs, la chasse aux prêtres. 3. Sous la Convention jusqu'au 2 juin 1793. — Le 20 septembre, au soir de Valmy, se réunissait la Con­ vention. La nouvelle assemblée comprenait 44 ecclé­ siastiques, naturellement assermentés, dont 17 évêques, mais la majorité de l’Assemblée est plus éloignée encore du catholicisme, même constitutionnel, que la Législative. Le groupe girondin se retrouve ici avec les mêmes idées religieuses; le groupe montagnard repré­ sente également la coalition de l’athéisme, ou, si l’on veut, de la libre-pensée et du déisme, non du déisme de Voltaire, mais du déisme sentimental de.I.-.l. Rousseau. Néanmoins, cette assemblée affirma dés le début sa volonté de maintenir les rapports établis par la Con­ stituante entre l’Église et l’État, autrement dit, la con­ stitution civile. Le 13 novembre 1792, en effet, Cambon avait annoncé à la Convention l’intention ou était le comité des finances de déposer un projet de réforme générale : on supprimait le budget du culte qui « coû­ tait 100 millions à la République » et l'on pourrait sup­ primer l'impôt mobilier, l’impôt des patentes et dimi­ nuer l’impôt foncier de 40 millions. L’accueil que la Convention fit à l'idée fut tel que le projet ne fut pas déposé. Le 30 novembre, sur des observations de Dan­ ton, motivées par les craintes de certains départements au sujet de la religion, elle vota même le principe d'une adresse destinée à prouver aux citoyens « qu’elle n'avait jamais eu l’intention de les priver des ministres du culte ». Le 23 mars 1793, une loi excepta formellement les évêques, curés et vicaires de la loi du recrutement. En même temps, la Convention continuait en l'aggravant la persécution des réfractaires. Trois choses lui servi­ rent de prétexte ou de motif : l’assassinat de Basseville, 13 janvier 1793, le soulèvement des Vendéens en mars 1793, dont l’armée "’appelle au début l’armée catholique romaine, et enfin les périls extérieurs, car non seulement la guerre civile ou simplement les troubles intérieurs étaient â redouter en face de l'en­ nemi, mais la conviction était affirmée dans tous les milieux jacobins que le plus humble des réfractaires était un redoutable auxiliaire de l’étranger. De là, les lois du 18 mars décrétant la peine de mort contre les prêtres compromis dans les troubles à l'occasion du recrutement, ou dans le cas de déportation et restés en France; loi du 23 avril atteignant « tous les ecclésias­ tiques réguliers, séculiers, frères convers et lais qui n'ont pas prêté le serment de maintenir la liberté et l’égalité conformément â la loi du 15 août 1792 », anté­ rieurement au 23 mars et les condamnant à la dépor­ tation immédiate â la Guyane. Cependant la Convention accentuait encore le divorce ébauché entre la Législative et l’Église constitution­ nelle, non que celle-ci n’eût donné des gages de ci­ visme : c'était sur la motion d’un évêque constitution­ nel. Grégoire, qu’avait été prononcée la déchéance de la royauté en France; le même, lorsque s’était ouverte, le 15 octobre 1792. la discussion sur la mise en accu­ sation de Louis XVI, s'était prononcé vigoureusement pour l'affirmative, quatre autres avaient voté la mort du roi. Mass:, u de l'Oise, Guy-Vernon de la HauteVienn- . Lind-t de l’Eure et Huguet de la Creuse, mais il tait impossible à la majorité de mentir toujours à ses principes. Entre elle, dés ses premiers jours, et l’Église constitutionnelle se dressent alors trois causes de conflit : la laïcisation de l'état civil, Je divorce et surtout le mariage des prêtres. Cette affaire était une 1588 conséquence de la constitution civile. En dehors de l'exception faite pour les protestants en 1787, l’ancien régime ne reconnaissait comme actes civils que les actes religieux accomplis devant le clergé catholique, qui seul pouvait ainsi les constater. La Constituante, qui avait laïcisé l’Etat ou équivalemment, eût dû logique­ ment séculariser l’état civil. Les parlementaires du co­ mité ecclésiastique le lui demandaient, surtout pour le mariage, fidèles à cette doctrine des juristes gallicans que le mariage est un contrat civil. Durand-Maillane et Lanjuinais préparèrent même des rapports sur la ques­ tion. Mais la Constituante refusa de l’examiner, décem­ bre 1790, retenue par la crainte à la fois d’aller trop loin et de nuire à l'inlluence du clergé constitutionnel, seul représentant officiel du catholicisme depuis le dé­ cret du 24 novembre, et devant qui tous les catholiques devraient ainsi se présenter pour faire constater la naissance de leurs enfants ou pour contracter mariage. Or, justement les catholiques s’abstinrent de recourir aux intrus, préférant se dispenser de la reconnaissance légale. Mais au nom de la liberté de conscience procla­ mée, ils réclamèrent la sécularisation de l’état civil. Pour le bon ordre, le corps municipal de Paris appuya leur demande auprès de l'Assemblée par la voix du maire Bailly, mai 1791. L'Assemblée, et encore fut-ce le 3 septembre seulement, se contenta d’affirmer le prin­ cipe que le mariage est un contrat civil; elle refusa d'aller plus loin. Pour les mêmes raisons, le débat re­ commença à la Législative dès octobre 1791 ; mais pour les mêmes causes et quelque peu entraînée par les évê­ ques constitutionnels députés, elle fit trainer la chose. C'est seulement quand la Révolution eut moralement rompu ivec l’Eglise constitutionnelle, qu’elle proclama, le 20 septembre 1792, à la veille de se séparer, la sécu­ larisation de l'état civil et organisa la sécularisation du mariage. Elle tira même les conséquences extrêmes du mariage, simple contrat civil, en reconnaissant le di­ vorce « avec des facilités abusives » (Rambaud), et en refusant de condamner le mariage des prêtres. Dès 1790, des prêtres demandaient et dès 1791 prenaient la liberté de se marier, tout en conservant leurs fonctions. La Convention alla naturellement plus loin. Elle préten­ dit inlerdire aux curés constitutionnels la tenue d’un registre d’actes religieux et les obliger à donner la bé­ nédiction nuptiale sans enquête, sans publication de bans, sans exception pour les divorcés et pour les ecclésiastiques, dont les municipalités recevaient alors en bon nombre les serments matrimoniaux. Elle ne cessait de bien accueillir à sa barre les assermentés qui venaient lui présenter leurs femmes, et loin d'em­ pêcher de tels prêtres de demeurer en fonctions, elle prétendait les évêques tenus de leur donner l’institu­ tion canonique aux cures où ils étaient légalement élus. Un évêque constitutionnel même s'était marié et était demeuré à la tête de son diocèse : c’était l'évê­ que de l'Eure, Lindet; le 20 novembre 1792, il avait épousé sa servante, et un prêtre marié, Aubert, vicaire à l’église Sainte-Marguerite de Paris, lui avait donné une bénédiction. Son métropolitain, Gratien, évêque de Rouen, s’était occupé de réunir un concile pro­ vincial pour le juger, mais les choses en restèrent là. Plusieurs évêques, on le verra, suivront cet exemple; d’autres s’inclinant devant toutes les exigences de la Convention iront jusqu’à bénir le mariage de leurs prêtres, ainsi Diot dans la Marne et Gobel à Paris, et leur donneront l'institution canonique; le plus grand nombre se taira, essayant de limiter le mal; quelquesuns, comme Fauchet à la Convention, lutteront vigou­ reusement. Ceux-ci le comprenaient : l’Église consti­ tutionnelle allait finir dans l’avilissement, si elle se faisait l’esclave de toutes les exigences du pouvoir; le schisme dont elle prétendait s’être défendue jusque-là, elle le consommerait cette fois; elle se mettrait hors de i 589 CONSTITUTION CIVILE DU CLERGÉ la grande unite catholique en acceptant le divorce et le mariage des prêtres. Mais survenait le 2 juin et avec lui, le triomphe de la montagne et le règne sans ob­ stacle des jacobins, c’est-à-dire des violents et des fa­ natiques. V. Suspension du culte constitutionnel. — En dehors de la Vendée, le culte catholique romain avait à peu près cessé dans toute la France. Ses ministres avaient pris le chemin forcé de l'exil; ou bien entassés sur des pontons attendaient leur déportation, ou enfin avaient péri de mort violente. Ceux qui restaient libres n'exerçaient plus leur ministère que dans le plus grand secret. Mais l’Eglise constitutionnelle à son tour allait subir un violent assaut et presque disparaître, tandis que la France subissait aussi une tentative de déchris­ tianisation. Comment la faction montagnarde en vintelle à ce plan? Cela tient évidemment à ce que les jacobins de 1793 étaient loin des convictions religieuses des premiers jacobins; leur politique religieuse rentre d'ailleurs dans la façon de leur politique générale. Mais cela lient aussi à l'échec complet de la religion con­ stitutionnelle. Elle avait été créée pour rallier les con­ sciences au régime nouveau; or, elle avait complètement échoué auprès des catholiques, en qui la Révolution trouvait des ennemis. Enfin, un certain nombre de constitutionnels, d'évêques même, avaient figuré dans les rangs girondins. Les grands coups contre cette Église, dernier reste « de la superstition et du fanatisme », furent portés, il est vrai, moins par la Convention que par ses représentants en mission et par les municipa­ lités, au premier rang desquelles apparaît naturellement la municipalité de Paris. En tous cas ce sont les repré­ sentants en mission qui prennent l'initiative. Ainsi, Liplanche à Orléans, André Dumont à Abbeville, et Fouché â Nevers. Il est impossible de suivre toutes les manifestations de ce zèle antichrélien. Leur grande tactique fut d’amener les curés et vicaires assermentés, par la persuasion et le plus souvent par la peur, à re­ connaître l’erreur de toute leur vie et à déposer par conséquent leurs lettres de prêtrise, enfin, à se marier, pour bien affirmer leur alfranchissement. Ils fermaient aussi les églises, sous n’importe iquel prétexte, après les avoir dépouillées ou y organisaient de grandes fêtes républicaines antichrétiennes. Cela dura, en grandissant toujours, dans le silence de l’opinion terrifiée, jusqu’à la chute de Robespierre. 9 thermidor an II (27 juillet 1794). La Convention ne fit rien en effet pour arrêter ces excès de bon nombre des siens. Loin de là : sans prendre alors une décision nette coupant le lien de l’État avec l’Église constitutionnelle ou proscrivant le culte catholique, elle rendit possible par ses décrets la persécution de l’Eglise conformiste elle-même et le mouvement de déchristianisation et encouragea celui-ci. Elle, et plus exactement le comité de salut public qui la dominait, eussent été plus loin sans la crainte d’exas­ pérer les populations qui osaient encore se montrer chrétiennes et de paraître donner raison à la coalition qui la dénonçait comme ennemie de Dieu autant que des rois. Voici quelques-uns des décrets du moment : 1° dé­ crets du 19 juillet et du 12 août annulant toutes les destitutions prononcées antérieurement contre les prêtres à cause de leur mariage et condamnant à la déportation tout évêque mettant obstacle au mariage des prêtres et tout prêtre mettant opposition au divorce ; 2» décrets du lsr juillet diminuant le nombre des vi­ caires épiscopaux, et du 18 septembre les supprimant à partir du 1er octobre;3° décret du 18 septembre encore réduisant les traitements des évêques et les désignant sous le nom de pensions; ce qui annonce un divorce ' ntre la Convention et l’Eglise constitutionnelle ; 4° loi de terreur des 29 et 30 vendémiaire an II (20 et 21 octobre 1793}, qui n’oublie pas sans doute les réfrac­ 1590 taires : les lois antérieures qui les condamnaient à mort sont pour ainsi dire codifiées, mais l'enquête est simplifiée : la déposition de deux témoins suffira, et le décret doit les frapper dans les vingt-quatre heures,· mais qui atteint même les prêtres constitutionnels : les prêtres qui auraient prêté les divers serments et qui seraient dénoncés pour cause d'incivisme par six ci­ toyens du canton seraient punis de la déportation sur la côte ouest d’Afrique entre le 23e et le 28e degré de latitude, quand la dénonciation aura été « jugée par le directoire du département sur l’avis du district ». Cette loi provoqua évidemment les prêtres conslilutionnels à apostasier et à se marier, surtout apres qu’un décret du 29 brumaire an II (10 novembre 1793) eut déclaré que tout prêtre assermenté, s’étant marié, avait donné une preuve suffisante de civisme et ne pouvait être condamné à la déportation ; 5° les décrets substituant le calendrier républicain au calendrier grégorien, 5 octobre 1793 et 4 frimaire an II (24 novembre 1793), abolissant le dimanche pour lui substituer le décadi, etc. ; 6U passage à l’ordre du jour, le 16 brumaire an II (6 novembre 1793), en reconnaissant « le droit de tous les citoyens d’adopter le culte qui leur convient et de repousser les institutions religieuses qui leur déplai­ sent », ce qui. d’après la façon dont la question s’était posée, revenait à reconnaître aux communes le droit de supprimer leurs paroisses. Ce droit allait servir de point de départ à la Commune de Paris pour rétablis­ sement du culte de la Raison et la fermeture des églises au culte constitutionnel. Mais, plus encore peutêtre que ses décrets, des gestes de la Convention auto­ risèrent le mouvement de déchristianisation et le ren­ dirent irrésistible : 1° ses applaudissements aux apos­ tasies du 17 brumaire an II (7 novembre 1793). Ce jour-là, sur l’instigation de la Commune ou figuraient Chaumelte, Hébert, Clootz, « l’ennemi personnel de Jésus-Christ, » etc., et qui avaient déjà pris une série d’arrêtés antichrêtiens, Gobel, conduit par Cliaumetle, Moinoro. Pache, etc., vient avec 13 de ses vicaires, non précisément apostasier, mais abdiquer, « renoncer à exercer ses fonctions de ministre du culte catholique... et remettre tous ses litres » à la Convention, et il dé­ pose sa mitre, sa croix pastorale, sa crosse, son anneau; ses vicaires déposent leur lettre de prêtrise. « Aujourd'hui, dit Gobel, il ne doit plus y avoir d'autre culte public et national que celui de la liberté et de la sainte égalité, puisque le souverain le veut ainsi. » Alors se passa une scène dont il faut rappro­ cher les scènes du serment de 1791 : les ecclésiastiques membres de la Convention abdiquèrent immédiate­ ment, à l’exception d’un petit nombre, dont Grégoire. Parmi les apostats du jour figurent les évêques de l'Eure, Lindet, de la Haute-Vienne, Gay-Vernon, et de la Meurthe, Lalande. Quant à Grégoire, il était entré dans la salle des séances au moment où finissait cette saturnale. Pressé d’y prendre part, il monta à la tri­ bune, parla, mais n'abdiqua point. Deux versions sont données de son discours; d'après ses Mémoires, t. il, p. 32, ce discours eût été vraiment courageux ; d'après le Moniteur du 19 brumaire, il eût été plutôt habile : Grégoire se serait dérobé. Le retentissement de cette séance fut grand, à travers toute la France, mais ce ne fut pas l’exemple de Grégoire qui l’emporta. — 2° Le 20 brumaire, un décadi, la Commune inaugura par une fête pompeuse à Notre-Dame le culte de la Raison, ou « de la Liberté, de l’Égalité, de l'Humanité ». Au sortir de la cérémonie, les manifestants se rendirent à la Convention et lui demandèrent de décréter que Notre-Dame sera désormais consacrée « à la Raison et a la Liberté ». La Convention accepta avec empressement et leva même la séance pour reprendre avec le cortège le chemin de Notre-Dame et y assister à une nouvelle cérémonie. La Commune compléta cette victoire sur i<- 4591 CONSTITUTION CIVILE DU CLERGÉ fanatisme par son arrêté du 3 frimaire suivant (23 no­ vembre) pris sur l’initiative de Çhauinette, et par le­ quel : a) toutes les églises ou temples de la capitale étaient désaffectés; 6) tous les ministres des cultes seraient personnellement responsables des troubles re­ ligieux; c) quiconque demanderait l'ouverture d'un temple, d’une église, serait arrêté comme suspect; d) les comités révolutionnaires seront invités à sur­ veiller de bien prés tous les prêtres; et la Convention à les exclure tous de toute espèce de fonction publique. Ce décret qui fut exécuté tout de suite marque le point culminant de la déchristianisation à Paris. L'exemple de Paris, dont la Convention avait solen­ nellement approuvé la conduite, gagna toute la France, sous l'impulsion des sociétés populaires et des repré­ sentants en mission. Tandis que les représentants de l’Eglise constitutionnelle renonçaient à la défendre et que se multipliaient « les déprêtrisations », surtout que le 2 frimaire (22 novembre) la Convention assurait à tous préires abdicalaires des pensions variant de 800 à 1200 livres, le culte de la Raison se répandait. « Il y eut beaucoup d’églises fermées, puis converties en temples de la Raison... Presque toutes les villes pa­ rurent se rallier au nouveau culte. » Aulard. Dans les campagnes il y eut aussi des fêtes analogues. Le culte de la Raison ne fut pas partout matérialiste et athée : il fut même presque partout déiste, mais « d'un déisme irrité, agressif, songeant moins à s’affir­ mer lui-même qu'à nier le catholicisme ». Debidour. Mais il contrariait l’ambition et les plans religieux de Robespierre : le 1er frimaire (21 novembre 1793) il pro­ testait aux Jacobins contre la fureur de déchristianisation qui semblait s’être emparée de la Révolution, et le 15 fri­ maire il faisait adopter par la Convention, qui commen­ çait à trembler devant lui, une Réponse aux manifestes des vois ligués contre la République, où il était dit : « Le peuple français et ses représentants respeclent la liberté de tous les cultes et n’en proscrivent aucun ». Le lendemain 16 frimaire (6 décembre 1793), il faisait encore adopter par la Convention un décret affirmant la liberté des cultes. Un peu plus tard enfin, le comité de salut public, instrument de Robespierre, faisait arrêter Hébert, Clootz. Ronsin, Momoro. Chaumette, toute la faction des enragés. Gobel était du nombre, et tous mouraient sur l’échafaud. I.e culte de la Raison dispa­ rut avec eux. Mais ce fut le culte de l’Etre suprême qui prit sa place et aucune liberté ne fut rendue au culte constitutionnel lui-même. La Convention ne prit plus part à des mascarades antireligieuses et ce fut tout. Ro­ bespierre ne fit rouvrir aucune église à Paris et s’il n’y avait pas en France, en avril 1794, à la mort des hébertistes, plus de 150 paroisses où l’on dit publiquement la messe, il n’y en avait pas plus au 9 thermidor. Les prêtres n'osent pas se montrer davantage. Il semble bien en efi'et «pie cette liberté des cultes, dont Robespierre avait tant parlé en frimaire an 11, n'était pour lui qu’une arme contre les hébertistes et une façon de se poser lui-même devant l’Europe. La loi du 16 frimaire n'était. au fond, qu'un leurre : en effet, dans sa pre­ ndre pallie, elle affirme la liberté des cultes, mais <1 ms une seconde, elle maintient toutes les lois exis­ tante* contre les prêtres réfractaires et contre « ceux :■ -nv-r :■ nt d'abuser du prétexte de religion pour , promettre la cause de la liberté »; elle maintient ut les arrêtes des représentants en mission. O·:· :■ i n- pouvait donc être le point de départ d'une renai-* : Constitutionnelle. Et si quelques prêtres .entés essayeront, en vertu de la loi, d’ouvrir à Paris quelques chapelles, les violences populaires, que tolérait le c mit de salut public, obligeaient à les fermer. Il faut le remarquer cependant; jamais le culte catholique, réfractaire ou constitutionnel, ne fut tota­ lement interromuu a Faris et à olus forte raison.en 1592 France, mais il ne s’exercait guère que dans le plus grand mystère. Comment l’Eglise constitutionnelle supporta-t-elle cette tourmente d’une violence extrême? Fit-elle preuve des vertus extraordinaires que nécessitait l’épreuve? Dans son Compte rendu au concile national, Grégoire s’exprime ainsi : « Un de nos premiers soins (des évêques réunis) fut de reconnaître l’état du clergé. Il nous présenta la lâcheté ou même la hideuse apostasie en contraste avec une fidélité courageuse et digne des beaux siècles de l’Eglise. Je me hâte cependant d'obser­ ver qu'on a beaucoup exagéré le nombre des cou­ pables ». Les faits conlirment-ils ces assertalions? On n'a de chiffres complets et certains que pour l’épisco­ pat. L’Eglise constitutionnelle comprenait alors 85 dio­ cèses : aux 83 primitifs venaient d'en être ajoutés deux (1793) : Vaucluse (Avignon) et Mont-Blanc (Annecy), celui-ci créé par Grégoire quand il était représentant de la Convention en Savoie. Mais au 1" octobre 1793, deux sièges étaient vacants par la mort des titulaires : Versailles, Laval. En avril 1795, lorsque s’adoucit la tourmente, cet épiscopat est bien réduit. 10 évêques sont morts, 4de mort naturelle et6 sur l'échafaud ; mais pour raison politique : 4 comine fédéralistes : Fauchet (Baveux), Lamourelte (Lyon), Roux (Belley), Expilly (Quimper); 1 comme modéré : Gouttes (Autun), et enlin Gobel comme héberliste; 9 ont apostasié et se sont ma­ riés : Pontard (Périgueux). Dumouchel (Nîmes), Minée (Nantes), Jarente (Orléans). Laurent (Moulins), Lindet (Évreux), Porion (Saint-Omer), Torné (Bourges) et Jou­ bert (Angoulême). Avaient apostasie en fait, sans ce­ pendant se marier, les évêques de Sens, Paris, Viviers, Avignon, Saint-Maixent, Soissons, Valence, Perpignan, Beauvais, Angers, Luçon. Saint-Flour, Limoges, Guéret, Nancy et Laval. Quant aux autres, sauf Grégoire qui ne cessa de paraître à la Convention, ils se lurent : on n'entend de leur part aucune protestation : ils se cachent, ils cessent même Ionie fonction, quelques-uns avec quelque éclat, mais tous n’échappent pas à la prison. i> Elever la voix, c’eût été courir inutilement, dit M. Gazier, au devant du martyre, <.e que l’Evangile leur défendait, et redoubler la rage des persécuteurs. » Etudes, p. 227. Le clergé inférieur eut moins de con­ stance encore que ses chefs. II comprenait environ 30 900 représentants, lorsque l’Eglise constitutionnelle eut sa pleine formation. Quel est le chiffre exact de ceux qui se sont mariés? Il y en eut 10 000 d’après un pamphlet. 2 000 d'après Grégoire ; en tous cas, leur nombre fut considérable. Bien plus considérable encore fut le chiffre des apostasies ou des démissions. « Sur trois cents ecclésiastiques qui composaient le clergé constitutionnel de Loir-et-Cher, trente-deux seulement conservèrent leurs principes religieux et républicains nonobstant les menaces et les persécutions; vingt-trois se marièrent; tous les autres apostasièrent ou du moins consentirent â remettre leurs lettres de prêtrise, les uns pour éviter des poursuites, les autres pour sortir de prison, d'autres enfin pour obtenir un morceau de pain. » Gazier, loc. cit., p. 3. Il est vrai que beaucoup, la tourmente passée, aspireront à reprendre leurs fonc­ tions. Ils n’en avaient pas moins capitulé. VI. La séparation de l’Église et de l’ÉTÀt (17951802). — 1° tes origines. — Ce n’était pas pour établir la liberté religieuse pas plus qu'aucune autre liberté que les thermidoriens avaient renversé Robespierre. Ils laissèrent tomber le culte de l'F.tre suprême, factice création du tyran ; mais ils ne redevinrent pas croyants ne l’ayanl jamais été et ils n'abolirent au début aucune des lois de proscription qu’ils avaient acclamées; ils applaudirent même aux arrêtés tyranniques que pre­ naient leurs représentants en mission; leurs orateurs les plus écoutés ne cessèrent longtemps de se déchaî­ ner contre le fanatisme; enfin leurs dispositions étaient 4593 CONSTITUTION CIVILE DU CLERGE telles que Grégoire n’osait parler en faveur de la liberté religieuse! Mais l'opinion leur força la main. La mort de Robespierre parut la fin du régime : les paysans rouvrirent leurs églises et les curés constitutionnels y rentrèrent ouvertement. Les réfractaires de leur côté revinrent en foule. « Ainsi la Révolution n'a pu ni s'as­ similer le catholicisme, ni le détruire. Elle n'a pu vivre ni par ni contre le catholicisme. Instruite par l'expérience, il lui faut bien se résigner à vivre avec le catholicisme, c'est-à-dire côte à côte, à considérer les religions comme des sociétés particulières qui ont le droit d'exister sans faire partie de l'Etat lequel restera laïque; en d’autres termes, à établir le régime que nous appelons le régime de la séparation de l’Église et de l'Etat, mais qui. tant la chose est nouvelle, n'avait pas encore de nom. » Mathiez, dans la Revue de Paris, 1" mai 1897. Toutefois, les thermidoriens n'en vinrent à ce régime que très lentement et amenés par les faits plus que par les principes : ils reculeront devant la nécessité de renou­ veler la persécution sanglante. Ce fut encore une fois par la question financière que fut abordée la question religieuse. Les constitutionnels n’avaient cessé d'émar­ ger au budget de l'État, mais leurs traitements et pen­ sions avaient cessé d’être payés. Le 18 thermidor, la Convention rétablit les pensions. Mais rien n'était décidé à l'égard des traitements. Les curés constitutionnels qui n'avaient pas abdiqué les réclamèrent : certains districts payèrent; d’autres demandèrent des instructions au co­ mité des finances. Cambon chargé d’un rapport sur la question proposa et la Convention adopta, le jour de la 2° sans-culoltide an II (18 septembre 1794), ce principe fondamental : « La République française ne paie plus les frais, ni les salaires d'aucun culte, » avec des disposi­ tions transitoires organisant les pensions. Ainsi se trou­ vait rompu le dernier lien qui rattachait à l'État l’Église constitutionnelle ou plutôt ses débris. L'Église et l’État sont donc bien séparés, mais l’Église n’a toujours pas le droit de vivre. Tandis, en effet, que les représentants en mission, tels Mallarmé et liouillerot dans le Tarn, le Gers, la Haute-Garonne, prenaient des arrêtés plus vio­ lents que ceux qui avaient été pris avant le 9 thermi­ dor, elle-même votait, le 27 brumaire an 11 (17 no­ vembre 1794), la laïcisation de l'enseignement : la religion était remplacée par l’étude de la Déclaration des droits, de la constitution (de Tan L non appliquée) et de la « morale républicaine »; le décadi restait le jour officiel du repos; le 1" nivôse (21 décembre 1794) au nom du comité d'instruction publique, Marie-Joseph Chénier déposait un rapport sur l'organisation de fêtes civiques destinées à remplacer les fêtes du fanatisme. La Convention n’avait donc pas renoncé au projet de constituer une religion nationale en dehors des reli­ gions révélées. Et les mesures n'étaient rien à côté des considérants! .Mais les populations s'inquiétaient bien de cela. Leurs églises avaient été de nouveau fermées par les représentants, elles s’obstinaient à les vouloir ouvrir. Enfin Grégoire osa revendiquer la liberté des cultes, dans la discussion qui suivit le rapport de Ché­ nier, le 1" nivôse. Mais il ne put prononcer son discours jusqu’au bout, sa voix fut couverte par des clameurs. Il le publia du moins : il revendiquait la liberté des cultes au nom du droit naturel et de l’intérêt de l'État condamné a déchaîner la guerre civile lorsqu'il viole les convic­ tions religieuses. Au fond, cependant, il se place sur­ tout au point de vue de l’Église constitutionnelle : il oppose, en effet, les constitutionnels, ces prêtres « qui, soumis à la loi, ont concouru à fonder la république », aux réfractaires, « ces prêtres que l’on ne peut appeler des hommes, » et ceux-ci, dans son discours, du moins, car il venait d’en faire élargir plus de 200, il les aban­ donnait à toutes les rancunes de la Révolution. Si la Convention passa à l’ordre du jour sur ce discours, il 1594 n’en fut pas de même de la presse qui jouissait alors d’une assez large liberté, et ce discours servit de point de départ à une véritable croisade de presse en faveur de la liberté des cultes. Encouragées les populations rouvrent leurs églises pour n'en plus sortir : ici, en Loir-et-Cher, c’est le clergé constitutionnel, là, dans le Doubs, c’est le clergé réfractaire qui relève les autels. Vainement, la Convention alfirmait qu’elle ne voulait pas laisser revivre le « fanatisme », dont elle retrouvait l’influence dans les troubles qui ne cessaient de renaître; vainement, le 14 pluviôse an III (2 février 1795), avaitelle parlé de mettre en vente toutes les églises; la poussée fut tellement forte qu’elle dut céder. Elle céda un peu aussi parce qu’elle négocie avec l’Europe et elle tient « à ne pas garder figure de gouvernement athée ». Aulard. Le 3 ventôse an III (21 février 1795) donc, elle entendit sur la question religieuse un rap­ port de Boissy d’Anglas. Celui-ci, après avoir glorifié le principe de l'Etat laïque, attaque sans ménagements le catholicisme qu’il représente comme le fléau des so­ ciétés et des individus. Quand les hommes seront-ils délivrés du préjugé religieux? il ne le sait. Mais en attendant que, par la « sagesse de ses lois », la Conven­ tion réalise l'affranchissement de l'humanité, qu’elle se montre indulgente pour l’erreur et vote le projet de loi qu'il lui présentait. Ainsi fil la Convention le jour même. 2" Le régime de la separation. — La loi du 3 ventôse comprenait 12 articles. Elle proclamait la liberté des cultes conformément à la Déclaration des droits et à la constitution (de l’an I), mais la République n’en salariait aucun. Les cultes devaient s’exercer uniquement dans les locaux que leurs adhérents se seraient procurés, mais toute cérémonie extérieure, toute inscription exté­ rieure, tout signe extérieur, toute proclamation ou con­ vocation publique sont interdits. De plus, les communes ne pouvaient acquérir ou louer de local pour l’exercice du culte, et « il ne pourra être forme aucune dotation perpétuelle et viagère ni établi aucune taxe pour en acquitter les dépenses ». Des peines étaient prévues contre ceux qui troubleraient l’exercice du culte. Tout décret de la Convention et tout arrêté de ses représen­ tants, contraire à ces dispositions, est rapporté ou annulé. Cette loi fut accueillie avec enthousiasme par les po­ pulations. et dés le lendemain à Paris des messes furent dites dans les chapelles. Cependant, ce sont les réfractaires qui n’ont pas quitté la France ou qui rentrent furtivement qui tirent le plus grand profil de Cette liberté. Leur organisation est toute faite; ils trou­ vent des ressources, habitués qu’ils sont à ne compter que sur les fidèles et leurs fidèles étant nombreux. Les constitutionnels, au contraire, sont en pleine réorga­ nisation; ayant moins de fidèles, ils ont moins de res­ sources et ne sont pas habitues à s’en passer, ayant eu jusqu’à la suspension du culte l'appui matériel de l’État. Aussi sont-ils divisés sur le compte de la nouvelle loi qui aurait dû s’appeler de son vrai nom, dit l'un d'entre eux: « Empêchements du culte ou moyens infaillibles de le détruire, puisqu'on veut le rendre impossible faute de local, faute de ministres, faute de fonds. » Cl. aussi, par exemple, une lettre d’Audrein inlitulée : Audrein à ses collègues. Mais les politiques, et à leur tète est Grégoire, calment ces mécontents et leur font espérer des jours meilleurs. Un des griefs contre la nouvelle loi, et peutêtre le plus grand, est qu’elle ne rendait pas aux fidèles l’usage des églises. Le désir universel était si bruyant que la Convention dut l’entendre. Elle était alors com­ plètement épurée des éléments plus avancés et ses membres, sans aimer davantage le christianisme, met­ taient moins d'ardeur à contrarier son culte. Lanjuinais se fit auprès d’elle l'avocat de ce vœu nations! présentant la mesure comme un moyen .de ran.u:.-.r 1595 CONSTITUTION CIVILE DU CLERGÉ les esprits à la république », tandis que le culte en chambre permettait « d’exciter plus facilement le fana­ tisme et la rébellion », il en provoqua l’acceptation. Ainsi fut votée la loi du 11 prairial an 111 (30 mai 1795) : les églises non aliénées sont rendues provisoirement aux communes « tant pour les assemblées commandées par la loi que pour l’exercice de leur culte ». Douze édi­ fices étaient accordés pour le culte à Paris. S’il y a plu­ sieurs cultes, le même local servira à tous, à des heures fixées par la municipalité. Mais « nul ne pourra rem­ plir le ministère d’aucun culte dans lesdils édifices à moins qu’il ne se soit fait décerner acte, devant la mu­ nicipalité du lieu où il voudra exercer, de sa soumis­ sion aux lois de la République ». Ce serment était im­ posé par des considérations politiques surtout. Le 29 prairial, le comité de législation, dont Lanjuinais était membre, faisait remarquer dans une circulaire que ce serment de soumission aux lois ne portait pas sur le passé et que la constitution civile était sortie des lois de la République. Les constitutionnels furent très heureux de cette loi : non seulement elle leur facilitait l’exercice du culte, mais elle embarrassait les réfractaires qui se divisaient comme toujours, sur la question du serment. Ce ser­ ment de soumission aux lois était-il licite ou non? Sur le conseil de M. Émery, beaucoup d'insermentés n’hé­ sitèrent pas à le prêter; d’autres refusèrent pour des raisons plus politiques que religieuses. Au reste, les troubles royalistes renaissaient et des réfractaires étaient dénoncés comme complices de ces troubles. Le 12 floréal (1« mai) et le 20 fructidor (6 septembre), la Convention rappela que les lois antérieures contre les prêtres doivent toujours recevoir pleine exécution et ajouta que, pour exercer même le culte privé, il fallait avoir prêté le serment de soumission aux lois, sous peine de détention. Enfin, le 7 vendémiaire an IV (29 septembre 1795), sur le rapport de Genissieu (de l’Isère), la Convention vota la loi définitive sur la police des cultes qui était annoncée depuis plusieurs mois. Cette loi est divisée en 6 titres. D’après le titre t : Surveillance de l'exercice des cultes, l’exercice du culte est soumis â la surveil­ lance des autorités constituées, au seul point de vue de la police et de la sûreté publique. Le titre n ; Garan­ tie du libre exercice de tous les cultes, indique les peines qui atteindront les perturbateurs. Le titre m : De la garantie civique exigée des ministres de tous les cultes, impose dans la décade à tout ministre du culte sans distinction de culte public ou privé, le ser­ ment suivant sans modification : Je reconnais que l'uni­ versalité des citoyens français est le souverain et je promets soumission et obéissance aux lois de la répu­ blique. Une première omission était punie d’amende et d’emprisonnement; une seconde de dix années de gène; la rétractation du bannissement à perpétuité. Le titre iv : De la garantie contre tout culte qu'on tente­ rait de rendre exclusif ou dominant, est divisé en 5 sections. La première traite des frais du culte, auxquels ne peuvent subvenir les communes et pour lesquels il ne peut être fait de dotation ni établi de taxes. La seconde traite des lieux où il est défendu de placer les signes particuliers à un culte; la troisième des lieux où les cérémonies du culte sont interdites : aucune ne peut a\uir heu hors des églises, sauf dans les maisons par­ ticule res, pourvu qu’il ne s’y réunit pas plus de dix assistants. La quatrième traite des actes de l’état civil qui restent enlevés an clergé et qui devront être exclusi­ vement laïques. La c nquième parle de quelques délits qui peuvent se commettre à l’occasion ou par abus de l’exercice du cuite et naturellement des peines y corres­ pondant : emprisonnement de six mois â deux ans pour tout prêtre qui publierait des écrits émanant d’un mi­ nistre du culte résidant hors de France; gêne â perpé­ 1596 tuité pour tout ministre du culte qui provoquerait au rétablissement de la royauté, exciterait à la sédition, au meurtre, etc.; amende et emprisonnement pour tout prêtre ou sectateur d'un culte troublant l’exercice d’un autre culte. Le titre vi parle de la compétence, de la procédure et des amendes. Ce n’était là qu’une loi de circonstance; elle indiquait chez les conventionnels une défiance persistante vis-à-vis du catholicisme et surtout vis-à-vis des insermentés. Contre ceux-ci d’ailleurs, dont bon nombre refusaient de prêter le serment exigé de « soumission aux lois de la République » et dont plu­ sieurs furent compromis dans les agitations royalistes du moment, la Convention porta « les décrets de colère » du 20 fructidor et du 3 brumaire. Ils ordonnaient l’exécution intégrale des lois portées contre les réfrac­ taires dans les quinze jours, puis dans les 24 heures et faisaient contre eux un appel à la délation, remettant « à tous les amis de la liberté et des lois la surveillance et l'exécution » des décrets. Cet ensemble de lois, encore qu’il ne leur accordât pas la liberté complète, n’était pas fait pourdéplaire aux constitutionnels: plu­ sieurs d’entre eux applaudissaient aux mesures qui frappaient les insermentés, a qui prêchaient le roya­ lisme. » Cf. par exemple Audrein, loc. cit. 3° La réorganisation de l’Église constitutionnelle, 1194-1195. — Dans cet intervalle, l’Église constitu­ tionnelle sortie décimée, désorganisée, avait essayé de reconstituer ses cadres et, somme toute, de revivre. Grégoire est l’àme de cette réorganisation, mais c'est le groupe des évêques réunis qui l'opère. Dans les der­ niers mois de l’année 1794. Grégoire s’entendit avec deux de ses collègues, députés comme lui, Royer, évêque de l’Ain, qui avait subi une longue détention sous la Terreur, et Saurine, évêque des Landes, qui compromis avec les girondins avait dû se tenir long­ temps caché, pour examiner la situation. Évidemment ils ne songèrent pas à se soumettre au pape et à rentrer, aux conditions qu’il voudrait, dans l’Église catholique dont iis prétendaient toujours n’étre point sortis; mais s’étant encore adjoints Desbois de Rochofort, évêque de la Somme, que le comité de sûreté générale venait de faire élargir, ils résolurent de rendre la vie à leur Église. Ils fixèrent ce plan à leurs tra­ vaux : a Obtenir la liberté du culte, la réorganiser dans toute la république, travailler à la réunion du cierge dissident, rétablir les communications tant avec le saintsiège qu’avec les Églises étrangères. » Grégoire. Compte rendu au concile national des travaux des évêques réunis à Paris, p. 2. Un peu plus tard ils s’adjoignirent Gratien de Rouen. Le groupe des réunis durera jus­ qu'au concordat; mais il ne comprend guère que trois membres fixes : Saurine, Desbois et Grégoire qui do­ mine tout; les deux ou trois autres membres qu’ils s’adjoignent sont variables. C’est ce groupe qui va ressusciter sans mission l’Église constitutionnelle de 1791 ou plus exactement, puisque la Constitution civile n’existe plus, donner à l’Église de France une consti­ tution analogue. Leur premier acte public fut la Lettre encyclique de plusieurs évêques de France à leurs frères les autres évêques et aux Églises vacantes, donnée « le dimanche 15 mars de l’an de J.-C. 1795, 3· de la République française ». Dans un préambule, ils justifiaient leur tentative; il se terminait ainsi : « Nous, évêques de France, réunis à Paris, assemblés au nom de J.-C., après avoir invoqué le Saint-Esprit, ...soumettons à la sagesse de nos frères et adressons aux presbytères des églises veuves ces règles de discipline provisoires... » Puis ils donnaient une Déclaration de leur foi où on lisait: « Nous croyons que l’Église forme un même corps dont le pape est le chef visible. Nous reconnaissons que le gouvernement de l’Église est tout spirituel et qu’il ne peut s’étendre ni directement, ni indirectement sur le temporel... Les évêques succès- 1597 CONSTITUTION CIVILE DU CLERGE 159? seurs des apôtres tiennent de .l.-C. par la consécration . d une troisième encyclique « sur les fonctions du mi­ leur pouvoir et leur autorité... A la vacance d’un siège nistère dans ses rapports avec les lois actuelles de la le nouvel évêque élu doit être approuvé et constitué par république ». Mais « le temps nous a manqué, dit Gré­ les évêques de la province en présencedu métropolitain, » goire, pour exécuter ce projet ». Malgré ces efforts, de Ils se disaient ensuite soumis aux lois de la République, nombreux vides se faisaient alors dans les rangs du mais rejetaient le divorce; soumis aussi à « la disci­ clergé constitutionnel, beaucoup se soumettaient à Rome. pline ancienne, constante, universelle de l’Église » et en 4» L’Église constitutionnelle jusqu’au 18 fructidor; conséquence rejetaient de léurs rangs les évêques et les le concile de 1101. — Ce fut une période de grande prêtres mariés. Suivaient : 1° des règlements sur la con­ activité religieuse que celle qui s’ouvre avec la loi du duite à tenir envers les ecclésiastiques qui sont tombés 7 vendémiaire ou simplement avec le Directoire. En pendant la persécution (les évêques excluent de tout dehors des protestants et des juifs on peut distinguer : pardon neuf catégories d’ecclésiastiques de cette sorte, 1“ les groupes non-chrétiens qui comprennent : le groupe mais promettent indulgence à ceux a qui, ayant livré leurs athée ou déiste qui s'intitule lui-méme « l'Encyclopédie lettres ou donné leur démission, auront par de dignes vivante » : son temple est l'institut, son organe la fruits de pénitence expié leur faute et réparé le scan­ Décade philosophique, il n'a pas de culte; le groupe dale ») et sur la conduite à tenir envers (es fidèles que l'on pourrait appeler « l’Église décadaire » : il qui sont tombés pendant la persécution; 2" des règles réunit ses lidèlesdans les fêtes nationales ou décadaires particulières sur l'administration des diocèses et pa­ organisées par diverses lois dans le but de déchristia­ roisses, sur les sacrements et sur le culte. La nouvelle niser la France; le groupe des théophilanthropes pré­ Église gardait les divisions diocésaines par département tendant pratiquer la religion naturelle, aspirant à avec dix métropoles et le système de l’élection. Chaque devenir le culte national et à se fondre avec le culte évêque aurait deux conseils : le premier composé de décadaire, Albert Mathiez, La théophilanthropie el le tous les pasteurs de second ordre du diocèse; le second culte décadaire, 1106-1801, in-8», Paris, 1903; 2° les composé des curés de la ville épiscopale et désigné sous groupes chrétiens prenant tous deux la dénomination le nom de presbytère, etc. Ils obtinrent l'adhésion de catholiques et comprenant les catholiques romains plus ou moins complète de 30 de leurs collègues; une et les constitutionnels. Ils sont très prospères : quarantaine de sièges étaient vacants : par mort 13, 3l 214 communes avaient repris l’exercice public du mariage 9, abdication 6 et aussi par renonciation culte et 4511 s'apprêtaient à en faire autant, si l’on en volontaire à ce moment même (6. entre autres Seguin croit les Annales de la religion et les documents offi­ de Besançon). Des dix autres, l’un s'était réconcilié ciels. Au début, le Directoire, simple suile de la Con­ avec Rome, Panisset d'Annecy, les autres attendaient vention thermidorienne, grâce aux décrets de fructidor les événements ou faisaient des objections. Les reunis an 111, continua sa politique religieuse. Il favorisa les et leurs collèges respectèrent à la lettre leurs règlements , cultes à base rationaliste et se montra peu sympathique touchant les prêtres tombés et, en 1795. ce clergé con­ aux catholiques. Mais détestant surtout l’Eglise romaine stitutionnel apparaît beaucoup moins nombreux, mais et la poursuivant à l’intérieur comme à l'extérieur, il très épuré. En même temps, les réunis écrivaient de favorisa l’Église constitutionnelle, dans une certaine tous côtés pour reconstituer les presbytères et organi­ mesure : entre elle et lui, il y avait bien cependant des saient la propagande par la presse. Ils créaient dans ce raisons de conllit comme le divorce, le décadi et même but une Société de philosophie chrétienne, qui divisait le mariage des prêtres. Cela changea quand les élections ainsi ses travaux : 1» réimpression ou traduction d'ou­ de germinal an V eurent amené une majorité catho­ vrages utiles; 2° continuation d’œuvres inachevées ; 3» ré­ lique favorable aux insermentés. futation de livres jugés dangereux ; 4» composition de Comment vécut sous ce régime et dans ces conditions livres et de brochures et un journal intitulé les Annales l’Église constitutionnelle, qui se désigne dès lors du de la religion qui paraissait tous les samedis en 24 pages nom de nationale? D’un côté, elle entretient des polé­ in-8»; le premier numéro est du 2 mai 1795. En juil­ miques avec les catholiques romains, qui répondent let 1795 sera même établie par les réunis une impri­ aux Annales de la religion, dans les Annales catho­ merie-librairie chrétienne. L'ne seconde Lettre ency­ liques de l’abbé de Boulogne; elle dénonce même et clique de plusieurs évêques de France à leurs frères ne cessera de dénoncer les prêtes réfractaires au Di­ les autres évêques et aux Églises veuves parut le rectoire, comme voulant « entraver la vente des biens 13 décembre « l’an de J.-C. 1795, an IV de la République ». nationaux et la rentrée des contributions, favoriser les signée des quatre auxquels s’ajoute cette fois le primat déserteurs et les émigrés, empêcher les jeunes gens de < évêque du diocèse du Nord à Cambrai ». Cette ency­ voler à la défense de la patrie..., prêcher la haine, la clique donnait à la nouvelle Église son organisation vengeance contre les prêtres soumis ». Compte rendu définitive. La Lettre encyclique proprement dite est de Grégoire. D’un autre côté, elle a bien des difficultés brève; suit un exposé du Gouvernement général de avec le Directoire avant les élections de germinal an V . Église, où se lit : « Ce gouvernement n’est pas monar­ et la constitution d’une majorité catholique dans les chique : il fut confié à tous les apôtres, parmi lesquels conciles. Le principal épisode est ici l'affaire de l’élec­ saint Pierre était le premier; » enlin « le Règlement tion de Clément à Versailles; le 18 janvier 1796, un pour servir au rétablissement de l’Église gallicane ». Il synode s'était réuni à Versailles pour préparer l’élec­ est divisé en sept chapitres : I. Membres de l’Église. tion d'un évêque, le siège de Versailles étant vacant IL Des églises considérées en elles-mêmes et de leurs depuis la mort de l’évéque Avoine, 3 décembre 1793. rapports entre elles; III. Assemblées ecclésiastiques; L'Assemblée électorale était assignée pour le 25 février, IV. Élections; V. Frais du culte; VI. Administration des dans l’église Saint-Louis; mais le Directoire interdit la pauvres; VIL Écoles chrétiennes. 11 est impossible réunion et ordonna contre le président du synode Clé­ d analyser ici ce document : l’Église gallicane, comme ment, le secrétaire Gauzargues et les prêtres de la lie s’intitulait, restait dans l’ensemble constituée comme paroisse Saint-Louis des poursuites qui n’aboutirent en 1791; toutefois le corps électoral devait comprendre pas. il est vrai. C’est seulement en février 1797 que se te corps des fidèles uni au clergé et l’élection être di­ lit l'élection. Clément l'emporta sur deux concurrents : il avait quatre-vingts ans. Cependant le 27 avril 1796. recte et les appels pour refus d’institution doivent être portés devant le concile métropolitain. Le pouvoir des Berdolet, curé de Pfafhans, avait été élu au siège de r .éques était fortifié et les vicaires épiscopaux suppri- | Colmar vacant depuis le 11 juin 1794. par la mort a.">. Trente-cinq évêques et plusieurs presbytères dond’Arbogast, sans difficulté de la part du Directoire. Ce fut le premier élu d'après les règles de la deuxième ,*>erent leur adhésion. Les réunis avaient conçu l'idée 1599 CONSTITUTION CIVILE DU CLERGÉ encyclique. Le 19 février 1797, Asselin fut élu de même évêque de Saint-Omer, pour remplacer Porion apostat et marié. Ce sont les trois élections épiscopales du moment. En général même avant germinal an V, le Di­ rectoire ne se montra pas hostile aux constitutionnels d'une façon constante ; comme il redoutait surtout Rome et ses partisans, il comprenait qu’il était de bonne guerre de favoriser l’Église nationale, dont il n'avait rien à craindre d’ailleurs, puisqu’elle était franchement républicaine. 11 linit donc par lui permettre de tenir des assemblées synodales et même un concile natio­ nal. Convoqué pour le 1" mai 1796 par les réunis, ce concile ne s'ouvrit que le 15 août 1797 (28 thermidor an V) à Paris, à Notre-Dame; il se termina le 12 novem­ bre (22 brumaire an VI); 31 évêques y assistèrent, 11 s'y firent représenter et 59 prêtres y furent délégués par les presbytères ou les églises veuves. Le Coz, évêque métropolitain de Rennes, présidait. Il y eut six séances solennelles qui se tinrent à Notre-Dame; les autres avaient lieu à l'hôtel de Paris. Dans la I" session, on discuta les droits des deux ordres et après bien des débats, pour éviter une scission, il fut décidé que les prêtres auraient provisoirement les mêmes droits ou â peu près que les évêques. Puis furent décrétées des prières solennelles pour la conservation de l'Église catholique, la prospérité de la République ainsi que l’envoi d’une lettre au souverain pontife. Dans la II', les Pères du concile prêtèrent le serment de haine à la royauté (8 septembre) que venait de prescrire le Direc­ toire. Dans la III*, fut rédigé le fameux décret de paci­ fication. Sous ce nom le concile rédigea et envoya au pape, le 2i· septembre, un plan de réconciliation. « il y était dit que la constitution civile étant caduque, l'Église gallicane y renonçait, reconnaissait dans le pape le chef visible de l’Église, avec primauté d'honneur et de juri­ diction, acceptait tous les dogmes, condamnait le pres­ bytérianisme, n’admettait au nombre de ses pasteurs que des citoyens fidèles à la République, ayant prêté le serment civique, s’engageant â maintenir les maximes et libertés de l'Église gallicane, mais qu'elle n'excluait personne pour ses opinions antérieures. Le régime suivant était proposé au pape : les évêques dans les sièges vacants seraient élus par le clergé et par le peuple, confirmés et institués par le métropolitain. Dans chaque diocèse où il n'y aurait qu’un évêque (soit d'ancien régime, soit de nouveau régime), cet évêque serait reconnu par tous; et il en serait de même du curé dans chaque paroisse où il n'y aurait qu’un curé. S’il y avait deux évêques ou deux curés, le plus ancien exercerait, l’autre lui succéderait. » Aulard. Dans la IV», le concile s’occupa de pourvoir aux sièges vacants. En cas de mort d’un évêque, il sera tenu une réunion préparatoire de prêtres qui dressera une liste de sujets; prêtres et fidèles voteront ensuite par paroisse, mais seront tenus de choisir dans la liste présentée. L’élu devra obtenir les deux tiers des voix. Quelques jours après, le concile posa en principe que « dans chaque département de la République, il y aura au moins un évêque ». En conséquence, il crée des évêchés dans les colonies : quatre à Saint-Domingue et trois reçoivent des titulaires, un â Cayenne qui reçoit aussi son titu­ laire, etc. Ces évêchés relèveront, ceux des Indes orien­ tales de Rennes, ceux des Indes occidentales de SaintDomingue. Dans la V', le concile ordonne « des prières pour la conservation et la prospérité de la République » et prescrit d'élever soigneusement la jeunesse. Dans la VI· et demiere. 12 novembre, des décisions sont prises concernant le mariage civil. L’Église gallicane déclare ne reconnattre comme légitimes que les mariages con­ tractés devant l'autorité civile; la bénédiction est néces­ saire bien que la validité du mariage en soit indépen­ dante; néanmoins un prêtre ne peut la donner â un divorcé, â un prêtre, à un religieux. Enfin le concile 1600 accepta l'idée d'un rituel uniforme rédigé en français, où, seules, les formules sacramentelles seraient en latin. Avant de se séparer le concile fit lire, dans la chaire de Notre-Dame, une Lettre synodique aux pasteurs et aux fidèles pour leur annoncer la fin de sa session, et une Déclaration des évêques et des prêtres composant le concile national de France, qu'il devait adresser à toutes les Églises étrangères et où il annonce sa volonté de demander au pape la convocation d’un concile œcu­ ménique. » Nous demandons, dit-il, un jugement légal et canonique de l’Église universelle..., à la décision de laquelle nous nous soumettons d'avance. » Ainsi les anciens constitutionnels entendaient bien jouer le rôle d’Église nationale et avoir la plus entière autonomie. Néanmoins, il leur pesait d’être tenus à l’écart par le chef de l’Église et ils eussent voulu l’obliger à les reconnaître. Au début de leur réunion, ils avaient écrit à Pie VI une lettre assez longue où ils se disent « assemblés au nom de Jésus-Christ », très sûrs de leur bon droit par conséquent, et très dévoués au pape. Ils lui demandent seulement de les aider à réta­ blir la paix de l'Egliseen poussant dans leurs bras, prêts à s'ouvrir, leurs frères ennemis. Ils ne veulent pas croire que les brefs qui les ont condamnés soient du pape. Cette lettre était datée du 25 août. Le 12 novembre, le concile avertissait le pape de la clôture de ses tra­ vaux. Il le sommait pour ainsi dire de rompre en leur faveur le silence qu'il avait gardé et lui demandait de réunir un concile œcuménique. Ce ne sera pas le der­ nier effort des « intrus », ainsi que les désignaient toujours les catholiques romains, pour obtenir du pape une réponse directe; par son silence il refusa toujours de reconnaître cet épiscopal, qui s’était créé de luimême ou en vertu des lois civiles. Le concile échoua donc dans ce qui était vraisemblablement le but de cette manifestation solennelle, l'entrée de l’Eglise gal­ licane, toutes portes ouvertes, sous la conduite du suc­ cesseur de saint Pierre dans la grande unité catholique. Il donna néanmoins un peu de vigueur à l’Église « nationale ». Sur ce concile, cf. les Annales de la re­ ligion, t. ni, et la Correspondance de François Delorey, prêtre du diocèse de Heinis, membre des deux conciles, dans les Mémoires de la Société des sciences et des arts de Vitry-le-François, t. xvm. Les canons et décrets de ce concile furent mis en ordre et publiés en un volume in-8° de 432 p., quelque temps après par les réunis qui sont alors avec Saurine, Grégoire et Desbois, Royer, Wandelaincourt (Langres), Reymond (Grenoble), Clé­ ment (Versailles). Ils devaient publier aussi, mais ils ne le firent pas : l» « les Actes du concile, c'est-à-dire toutes les pièces officielles qui y ont rapport; » 2° Vllistoire du concile. S’autorisant de ce fait, les réunis continuèrent à exercer sur l’Eglise constitutionnelle, jusqu’à la fin, une souveraineté que tous n’acceptèrent pas. Ainsi Royer, une fois transféré à Paris, attaquera publiquement en 1801 « des évêques qui s’établissent partout ailleurs que dans leurs diocèses et qui travaillent à s’arroger dans l’Église gallicane une primatie, etc. ». Ils auront d’autres difficultés avec des presbytères à propos de l’élection des évêques; ainsi à Paris, où le presbytère prétend garder le pouvoir et qui, poussé à bout, n'élira un évêque qu’en juin 1798; ce sera Royer pour éviter Grégoire; ainsi encore à Nancy, où des luttes entre l’an­ cien vicaire épiscopal de Lalande Barail et le presbytère firent retarder jusqu’à la fin de 1799 l’élection du curé de Tantonville, Nicolas. 5° Du 18 fructidor an V au 18 brumaire an VIII. — C'est « le péril clérical », comme l'on dirait aujour­ d’hui, et plus exactement c’est la question catholique qui avait provoqué le coup d'Élat du 18 fructidor : fruc­ tidor fut donc suivi d’une réaction anticatholique. Cette réaction marqua : 1“ par des mesures de rigueur 1601 CONSTITUTION CIVILE DU CLERGÉ 1602 2' par un effort nouveau pour déchristianiser la France stitutionnels à propos de l’usage de la langue vuglaire en faveur d’une « religion civile », qui doit être ou le culte dans les offices religieux et dans l'administration des décadaire ou la théophilanthropie. Ces mesures de per­ sacrements. Le concile de 1797 avait prescrit la rédac­ sécution ont pour point de départ les lois du 19 fructidor. tion d’un rituel uniforme, en français sauf pour les Ces lois restauraient complètement les lois anciennes paroles sacramentelles qui devaient demeurer en latin. Poinsignon, vicaire épiscopal de Versailles, avait été contre les prêtres réfractaires, donnaient au Directoire le droit dictatorial de « déporter, par des arrêtés indivi­ chargé du travail. Or il mit tout en français et l'évêque duels motivés, les ecclésiastiques qui troubleraient à 1 de Versailles. Clément, en deux lettres pastorales des l’intérieur la tranquillité publique». Enfin, aux prêtres 7 et 17 vendémiaire an VIII (29 septembre et 3 octobre que n’atteignaient pas les lois existantes, était imposé, 1799), approuva non seulement l’œuvre, mais encore pour l'exercice du culte, « le serment de haine à la que l'on s'en servit dans la pratique. Grégoire, Bruroyauté et à l’anarchie, d’attachement et de fidélité à la gière, etc., approuvèrent également. Mais d’autres, et à république etâ la constitution de l’an III.» Ces mesures leur tête Saurine, protestèrent vigoureusement. Ce fut visaient surtout le clergé réfractaire dont elles obli­ une polémique sans fin dont on retrouve les traces dans geaient bon nombre de membres à regagner la frontière les t. ix-xi des Annales de la religion. el qui d’ailleurs se divisait sur ce serment comme sur VH. La fin du schisme : le concordat. — Le Con­ les autres. Cf. sur ces divisions, A. Mathiez, Les divi­ sulat marqua d'abord la fin de la persécution décadaire sions du clergé réfractaire, dans la Révolution fran­ « et le clergé put respirer », dit Grégoire. La liberté çaise, t. xxxix. Mais elles permettaient aussi d’atteindre rendue permit aux constitutionnels de procéder à de le clergé constitutionnel; bien qu’il se fût empressé, nouvelles élections d'évêques, de tenir des synodes et comme on l’a vu par l'exemple du concile, de prêter le des conciles provinciaux et de multiplier les discours et serment de haine à la royauté, un certain nombre de les écrits. Dans le gouvernement ils avaient un protec­ ses membres furent condamnés à la déportation. Il fut teur puissant, Fouché. Ils ne parvinrent pas cepen­ atteint plus complètement par la persécution déca­ dant à remplir tous les sièges épiscopaux, el 59 seule­ daire. Pour arriver à déchristianiser la France et à ment avaient un titulaire au moment du concordat. y implanter une religion civile, le Directoire entreprit la Bouchier, successeur de Pontard à Périgueux, élu en tâche ingrate de changer les mœurs nationales. La ques­ 1800, avait été sacré le 22 mars 1801 à Bordeaux. Voici tion principale fut celle du décadi. Le Directoire voulut toutefois comment la nouvelle Église gallicane avait la obliger les Français à le chômer et à ne chômer que ce prétention de vivre. Dominant le tout serait le concile jour-là. C’est l’objet des deux lois des 17 thermidor et national; puis viendraient les dix conciles provinciaux. 1.3 fructidor an VI (4 et 30 août 1798). La loi du Chaque diocèse serait gouverné par l’évêque assisté du 17 thermidor établissait l’obligation de chômer le dé­ synode et d’archidiacres; au-dessous viendraient les cadi. Le débat avait commencé le 25 frimaire an VI archiprêtres élus par les curés de l’archiprêtré. Mais (15 décembre 1797). Ce jour-là Grégoire lit un long dis­ la liberté, qui était utile aux constitutionnels, l'était bien cours de protestation au nom de la liberté des cultes. plus aux réfractaires qui rallient la masse des fidèles et La même loi défendit d’employer ou de rappeler l’ancien même ramènent à eux des prêtres constitutionnels. calendrier dans les actes et conventions, soit publics, L'Église nouvelle a beau combattre « les bons prêtres », soit privés. La loi du 13 fructidor an VI fixait le céré­ elle apparaît un peu comme un état-major nombreux, monial des fêtes que l’on avait la prétention de substi­ surtout tenace, mais sans armée : malgré le nom qu elle s’est donnée, elle n’a rien de « national ». Aussi ne peuttuer aux fêtes religieuses. Ces lois rendues, le Direc­ toire s’efforça de les appliquer dans toute la France; les elle s'imposer à Bonaparte au moment, du concordat. agents et les administrations locales y apportèrent sou­ Sur l’Église constitutionnelle et le concordat, voir Con­ vent plus de zèle encore. Ainsi à Paris l’administration cordat de 1801, col. 744-779. centrale de la Seine ordonna la célébration du culte Il reste à dire un mot cependant de ce second concile décadaire dans les quinze églises de Paris abandonnées que tinrent à Paris, du 29 juin 1801 au 16 août suivant au culte, 2’ jour complémentaire an VI (18 septembre (18 prairial-28 thermidor an IX), huit métropolitains, 1798); et le 24 vendémiaire an VII (15 octobre), la même trente évéques et un certain nombre de prêtres repré­ administration sécularisait, peut-on dire, le nom de ces sentant des évêques et des presbytères. Ce concile fut quinze églises : ainsi Saint-Roch devenait le temple du encore l’œuvre de réunis Ce sont eux qui lancent la Génie. En même temps le Directoire favorisait la théo­ « lettre d’indictior » le 2 mars 1800. Elle indiquait la philanthropie. On voulut même obliger les catholiques, marche à suivre pour la préparation du concile que les constitutionnels comme les autres, à transporter le devaient précéder a travers toute la France les délibé­ dimanche au décadi. Onze évêques intrus se mon­ rations des assemblées d’archiprêtrés, des synodes et trèrent prêts à céder; les autres tinrent bon, trouvant des conciles provinciaux. Les « Pères du concile » se tailleurs qu’ils faisaient assez de concessions aux proposaient de censurer toutes les erreurs contre le cultes nouveaux en cohabitant avec eux; quelques-uns dogme et la morale, ce qui est l’objet ordinaire de ces même, comme LeCoz, publièrent des protestations. Pour réunions, mais ils voulaient tout spécialement « cica­ les punir, le Directoire supprima les Annales « comme triser les plaies de l’Église gallicane, mettre fin à ses opposant les lois de l’Eglise aux lois de l'État », 17 mes- divisions, faire voir que leurs élections ont été canoni­ ce pci dant les premières années du xtx’ siècle, 3 in-8·, Paris. 18*23-1824; A. Rousel, Correspondance de Le Coz, 3 in-8·, Paris. 19 O: les recueils : Belot, Collectio brevium et instru­ ctionum Pii VI ad pries. Gall. Ecclesiœ calamitates, 2 in-8·, Augsb· urg, 1796; Guidon. Collection générale des brefs et in­ structions de Pi·· V/, 2 in-8·, Paris, 1798 ; Theiner, Documents inédits relatifs aux affaires religieuses en France, 1790-1800, P?.! ?. K" : lUirruel. Collection ecclésiastique ou recueil com­ plet <·>.■< uoia es faits depuis l’ouverture des États généraux relalü en eut au clergé, 14 in-8·, Paris, 1791-1792; Boulay de la Meurt e. D un e· l* sur la négociation du concordat et sur les .·*· « rap/x/rte uvec le saint-siège, 1800-1801, 6 in-8·, Paris, 1891-19» i: Tfavatx. — V:d. Sclout. Histoire de la constitution ci­ vile du · ..· ■/* -ÎAvï>. 4 in-8·. Paris, 187*2-1881; Picot, Précis h**to · iur fÉ-jh-e constitutionnelle, dans Ips Mé­ langes ze m g» n. de critique et de littérature, par M. de Βοοίοςτ'β. - . .e de Troyes, Pans. 1827, t. n; Gazier, Études sur Γ■ ' ·'■ : 'de la Revolution française, in-12, Paris, P*7; BarroeL Histoire du clergé de France pendant la Révolutio· .2 r-12. tendres, 17.H; Jager. Histoire de CÉglise de France perdant ta En. ution. 3 in-8·. Paris, 1852; Bûchez et Roux. Histoire portent* i aire delà Révolution française, 40 io-8·. Puns, lb33-l&8; de Pressensé, L’Église et la Révolu­ 1604 tion française, in-8·, Paris, 1864; Aulard, Les orateurs de la Constituante, in-8·, Paris, 1882; Les orateurs de la Législative et de la Convention, 2 in-8·, Paris, 1885-1886 : Le culte de la Raison et de l’Étre suprême, in-12, Paris, 1892; Études et leçons sur la Révolution française. 5 in-12, Paris, 1893-1907 ; La société des Jacobins, 6 in-8·, 1889-1897; Recueil des actes du comité de salut public, 11 in-8·, 1889-1897 : L'état de la France en l’an VIII et en Γαη IX, in-8·, 1897, etc : A. Mathiez, Contributions à l’histoire religieuse de la Révolution, in-16, Paris, 1906; Debidour, Histoire des rapports de l’Église et de l’État en France de 1789 à 1870, in-8·, Paris, 1898; Sicard, L’ancien clergé de France, 3 in-8·, Paris. 1894-1903; Pisani. Répertoire biographique de l'épiscopat constitutionnel (1791-180?), in-8·, Paris, 1907; P. Armand Jean. Les évêques et les archevêques de France de 1682 à 1801, in-8·, Paris, 1891; Grégoire, Histoire des sectes religieuses depuis le commen­ cement du siècle dernier jusqu'à l'époque actuelle, 2 in-8·, Paris, 1810; 5 in-8·,1828; Droz. Histoire du règne de Louis XVI, 3 in-8·, Paris, 1839-1842; Gendry, Pie VI. sa vie, son ponti­ ficat, 2 in-8·, Paris, 1906; Fr. Masson. Le cardinal de Bernis depuis son ministère, 1758-1794, in-8·, Paris. 18*<4: Taine, Jas origines de la France, contemporaine, 6 in-8·, Paris, 18751894. et en général les historiens de la Révolution : Thiers, Mi­ chelet, Quii.et, Louis Blanc, de Tocqueville. Aulard, Sorel, etc., ainsi que les historiens du droit civil et canonique. III. Études spéciales et locales. — Durand de Maillane, Histoire apologétique du comité ecclésiastique de l’Assernblée constituante, in-18, Paris, 1791 ; Histoire de la Convention na­ tionale, Paris, 1825; Delarc, L'Église de Paris pendant la Ré­ volution, 3 in-8·, Paris, 1897; Grente, Le culte catholique à Paris, de la Terreur au concordat, Paris. 1903; J. Sauzay, Histoire de la persécution révolutionnaire dans le départe­ ment du Doubs, 10 in-12, Besançon. 1861-1873, etc. Voir nussi les biographies desévêques ou prêtres réfractaires et constitutionnels, des révolutionnaires, notamment Méric, Histoire de M. Émery et de l'Église de France pendant la Révolution. 5* édit., 2 in-8·, Paris. 1895, etc.; et de nombreux articles de revues : Revue des Deux Mondes, Correspondant, Revue his­ torique, Revue des questions historiques. Revue de Paris. Revue d'histoire modems et contemporaine, La Révolution française, etc. C. Constantin. CONSUBSTANTIATION. Voir Transsubstantia­ tion. CONSUBSTANTIEL. Il s’agit uniquement ici de donner et préciser la notion exacte de ce terme théolo­ gique. Quant â l'histoire des controverses qui ont provoqué son adoption dans le langage officiel de l’Eglise et fixé sa signification dogmatique, elle a eu déjà et aura encore ailleurs sa place naturelle et logique, dans les articles spéciaux qui ont trait à l’histoire du dogme de la consubstantialité. Nous n’avons donc pas à nous en occuper directement, et nous n’y aurons recours que dans la mesure où ces considerations historiques et critiques sont nécessaires pour entendre le terme qui nous occupe et comprendre la chose qu’il exprime : la consubstantialité ou l’homousie. — I. Ety­ mologie. II. Notion naturelle et philosophique. III. Notion surnaturelle et révélée, ou application théologique au Fils de Dieu. IV. Application théologique â l’Esprit-Saint. V. Application théologique, commune aux trois personnes de la sainte Trinité. I. Étymologie. — L’étymologie du mot a ici sa grande importance, car elle en suggère d jà le sens réel, — 1° Consubstantiel (cum, substantia) a une signification obvie, celle d’une substance possédée par deux ou plu­ sieurs termes, en sorte que la consubstantialité emporte immédiatement l’idée de communion d’une substance entre deux ou plusieurs sujets ou personnes. Commu­ nion ou communauté de substance, c’est donc dire communion ou communauté de cet élément réel, permanent et sous-jacent, qui constitue un être en soi et non en autrui, et partant soutient dans son intimité propre les d terminations diverses qu’il peut recevoir, comme les modifications qu’il peut subir à travers son existence. Voir Substance. — 2° Consubstantiel trouve presque un synonyme dans coessentiel, qui exprim» 1G05 CONSUBSTANTIEL la communion ou communauté d’essence. Mais comme les philosophes distinguent plusieurs essences, il s’ensuit que le mot pourra prendre des significations diverses suivant les différents concepts auxquels il se trouvera être appliqué. Voir Essence. — 3« Le mot grec correspondant à coessenliel comme à consubstan­ tiel est όμοούσιος, composé de όμός, le même pour tousou pour plusieurs, commun à plusieurs, et de ο σία, essence, substance. Suicer, Thesaurus ecclesiasticus, ν· Όμοούσιος, Amsterdam, 1728, t. It, col. 480-181, rap­ porte plusieurs définitions empruntées aux anciens. Il cite d’abord celle-ci, extraite d'une œuvre douteuse de saint Grégoire le Thaumaturge, où l'auteur, appliquant déjà, dans sa pensée, le terme à la divinité, observe que όμοούσιον signifie communauté de nature et d'éternité, sans différence : Όμοούσιον γάρ λέ εται τό ταυτόντή φύσεικαί τή άίδιότητι άπαραλλάκτως. S. Grégoire le Thaumaturge, De fide, n, P. G., t. x, col. 1128. Suicer invoque ensuite plusieurs traités faussement attribués à saint Alhanase. Les textes, pour apocryphes qu'ils soient, n’en sont pas moins intéressants à notre point de vue étymologique. L'auteur du livre Des defi­ nitions consacre un article à consubstantiel, περί όμοούσιον. Il déclare, lui aussi, que consubstantiel désigne communauté ou participation d'une même sub­ stance et puissance: Και γάρ δια τούτο λέγεται όμοούσιον, ότι την αύτην ουσίαν καί δύναμιν κέκτηται. P. G., t. XXVIII, col. 516. Il est à peine utile de remarquer que la com­ munauté d'essence ou de nature entraîne celle de la durée, de la puissance et de l’opération. Une explica­ tion analogue est fournie par l’écrivain du premier Dialogue sur la sainte Trinité, n. 11. On dit consub­ stantiel l'être qui reçoit le même caractère (λόγον) de substance. Ainsi l'homme, en tant qu'homine, ne diffère en rien d’un aulre homme; et l'ange, comme tel, ne diffère en rien d’un autre ange : Όμοούσιον έστιν, δ τόν αύτον επιδέχεται λόγον της ούσίας. Οιον άνθρωπος ανθρώπου οΰδέν διαφέρει, κάβο άνθρωπός έστιν. "Αγγελος αγγέλου ούδέν διαφέρει, ή άγγελός έστιν. P. G., t. xxvill, col. 1153. Pareillement, l’auteur du second Dialogue Contre un macédonien observe que consubstantiel signi­ fie de même substance : Τό γάρ όμοούσιον έστι τό τχυτοούσιον. P. G., t. χχνιιι, col. 1336. IL Notion naturelle et philosophique. — Les sub­ stances complètes que nous pouvons observer, dans ■ ordre naturel, sont toutes sui juris. Elles s’appar­ tiennent, jouissent de l'autonomie chacune dans son domaine intime, et se trouvent, sous ce rapport, indé­ pendantes, distinctes les unes des autres, s'excluant mutuellement chacune de sa propriété. Dans ce monde de la nature, l’unité ou singularité d’essence concrete emporte l’unité ou singularité du terme ou sujet possédant. Dés lors, la consubstantialité proprement dite, ane seule et même substance, numerice eadem, en possession indivise ou communion de plusieurs termes, ne s'y rencontre pas. Rien, dans l’ordre naturel, ne permet de supposer et de concevoir la communauté d'es­ sence physique, je veux dire la commune participation 4* cet élément ontologique et fondamental qui consli•_e un être dans son actualité propre, tout en le distinj.,nt de tous autres. C'est cette consubstantialité stricte que nos anciens auteurs appellent communauté < -ne même essence ou substance sans différence, «πα-.κλλακτως. Ainsi lisons-nous au livre Des drfini: Όμοούσιον έστι, το τής αυτής ούσίας καί ενέργειας απαοαλλάκτως ύπάοχον. P. G., t. XXVIII, col. 515. L n peut cependant parler de consubstantialité dans I rdre naturel, à la condition de ne pas entendre la e. mu,une possession d’une seule et même essence con«ete. d'une même substance individuelle, mais la participation d’une même essence ou substance spécifrrae je veux dire ces perfections fondamentales etnetksoent déterminées, qui nous semblent constituer le l€0G caractère propre de toute une catégorie d’êtres, quand l’esprit a, par abstraction, dépouillé ceux-ci de toutes leurs notes individuelles. A ee point de vue précis, l’on doit dire des individus d'une même espèce qu'ils sont tous consubstantiels, en ce sens que tous possèdent une seule et même essence, une même substance ou nature spécifique, specifice eadem. L’auteur du livre Des définitions expose clairement ce côté de la ques­ tion. « On dit aussi consubstantiels, remarque-t-il, des êtres qui sont à la vérité de même substance, mais qui off rent toutefois quelque différence. Par exemple, il y a pierre friable et pierre dure : elles sont pourtant consubstantielles, c’est-à-dire d’une seule et même substance. Il y a encore bois de palmier et bois d’ébène, et pareillement chair de chameau et chair de poisson. On les dit consubstantiels, parce qu'ils sont d'une même substance de bois ou de chair. De même encore tous les hommes sont d’une seule et même substance; pourtant il y a bien quelque différence dans leur être : l’un est grand l'autre petit; celui-ci est puissant, celuilà faible; nonobstant, ils sont réellement d’une seule el même substance, je veux dire qu’ils sont tous com­ poses d'âme et de corps. Όμοούσιον δε έστι, τό δν έν τή αυτή ούσία, έχον δέ τινα διαφοράν, ο’ον λίθος σαθρός, και λίθος σκληρός· είσ’ι δέ όμοούσιοι, τουτ’ έστι μιας ούσίας. έστι δέ και ξύλον φοίνικας, καί ξύλον έβένου* ομοίως καί σαρξ καμηλού, καί σαρξ ιχθύος. Ταϋτα δέ λέγονται όμοούσια, ότι τής αύτής ούσίας έστιν. Ώσπερ πάντες οί άνθρω­ ποι τής μιας ούσίας είσίν εχουσι δέ διαφοράν το είναι, έτερος μάκρος καί έτερος κολοβός’ άλλος δυνατός, καί άλλος ταλαίπωρος. Άλλ’ όμως μιας ούσίας εισ-, ψυ/ής λέγω καί σώματος. P. G., t. xxvill, col. 515. Telle est la seule consubstantialité qui se puisse observer dans l'ordre naturel : il y a communauté d’une même sub­ stance, mais pourtant, disent justement les anciens, avec quelques différences. Dans le langage philoso­ phique, ces différences sont les éléments ou notes individuelles. III. Notion surnaturelle et révélée. — C'est la révélation qui a conduit les philosophes à distinguer réellement l'essence ou substance, du sujet ou de la personne qui la possède. C'est aussi la révélation, et elle seule, qui les a amenés au concept précis de la consubstantialité. En nous faisant connaître l’existence et, dans une certaine mesure, les conditions du mys­ tère de la sainte Trinité, la révélation nous a, du même coup, appris qu’il est, et que. par conséquent, il peut y avoir une essence, une substance, une nature, infinie, infiniment une et unique, dont l'unité n'entraîne pas celle des termes ou personnes <|ui la possèdent chacune dans sa plénitude. Ce fut la manifestation surnaturelle d'un fait inobscrvé et inobservable par la raison : l'existence d'une essence, d’une substance nettement caractérisée par l'unité de sa perfection infinie, et ce­ pendant en la possession de plusieurs termes ou per­ sonnes réelles. Ce fut donc aussi la manifestation sur­ naturelle de la consubstantialité proprement dite : une seule et même essence, substance ou nature, numerice eadem, en la communion ou communauté de sujets ou personnes. Les Pères avaient évidemment en vue cette consubstantialité stricte, quand ils parlaient de la parti­ cipation d'une seule et même nature, sans changement ni différence : Όμοούσιον έστι, τό τής αύτής ούσίας και ένεργείας άπαραλζάκτως ΰπάοχον. Lib. de definitionibus, νι, P. G., t. xxviii, col. 515. 1« Le terme consubstantiel, όμοούσιος, appartient désormais au langage officiel de l’Église et il formule à jamais l’un des points révélés du mystère de la sainte Trinité, tel qu’il est proposé à la foi des catholiques. C’est contre l’hérésie arienne que le concile de Nicée, l'an 325, a défini, pour ce qui regarde le Eils de Dieu, le dogme de la consubstantialité. Pour en saisir le sens véritable et authentique, il faut donc rappeler d'abord 1G07 CONSUBSTANTIEL 1608 les erreurs ariennes sur ce point précis, et ensuite , d’un terme à l’autre. Comme il n’y a qu'un Dieu, un ei étudier le texte même de la définition nicéenne. unique, cette communication ne se fait ni par division 2° Les ariens, dans leurs formules ondoyantes, suc­ de la nature divine, ni par tout autre mode de produc­ cessives et diverses, aboutissaient toujours à soutenir tion d'une nature nouvelle, quoique semblable. Cette expressément que le Fils n’est pas de mime substance conclusion se trouve déjà en opposition directe à la et nature que Dieu le Père, mais qu'il est d'une nature thèse arienne que le Fils procède sans doute de Dieu, tout autre et toute différente. Comme toutes choses, de Dieu le Père, mais comme tous les autres κτίσματα, disait Arius, sont, dans leur essence, étrangères et dis­ par voie de libre création. Τών δέ γενητών καί κτισμάτων semblables de Dieu, ainsi le Verbe est-il en tout diffé­ ίδιος καί εις αυτών τυγχάνει. S. Athanase, Orat., I, rent aussi et dissemblable de l’essence et de la pro­ cant. arianos, n. 6, P. G., t. xxvi, col. 24. Il reste priété de Dieu le Père. Καί πάντων ξένων καί άνομοίων donc que l’essence même ou la nature divine du Père δντων τού Θεοϋ κατ’ ούσίαν, οΰτω καί ό Λόγος άλλότριος soit identiquement communiquée au Fils dans cette μέν καί ανόμοιος κατά πάντα ττς τον Πατρός ουσίας και mystérieuse génération. Ainsi la consubstantialité des ϊδιότητός έστι. S. Athanase, Oral., I, cont. arianos, deux premières personnes divines se trouvait déjà n. 6, P. G., t. xxvi, col. 24. implicitement définie dans les formules suivantes de la En conséquence, il n'est pas véritablement Fils de profession de foi nicéenne : ΙΙιστεύομεν εις ένα Θεόν, Dieu, et si parfois on le qualifie de ce nom sublime, πατέρα παντοκράτορα, ...καί εις ένα κύριον Ίησοϋν Χρισ­ c’est par adoption. II n’est pas véritablement et propre­ τόν τον υιόν τοϋ Θεού, γεννηθέντα έκ τοϋ πατρός μονογενή... ment un Fils engendré par Dieu le Père. Ce Seigneur, Denzinger, Enchiridion, n. 17. disait encore l’hérésiarque, étranger sans doute et 2. Le concile poursuit et précise explicitement sa différent de la substance du Père, n’est appelé le Verbe doctrine. Au témoignage de saint Athanase, l’on avait que selon notre manière de penser : et il n'est pas premièrement songé à cetle addition explicative que selon la nature et en vérité Fils de Dieu, mais c’est par le Fils n’est pas du néant ou de ce qui n’existe pas, adoption qu’il est appelé Fils : Οΰτος δέ i Κύριος ξένος mais qu’il est de Dieu : pareillement, que le Verbe est μέν καί άλλότριος έστι τής τού Πατρδς ούσίας* κατ’ έπίνοιαν la Sagesse, non une chose créée ou produite, mais le δέ μόνον λέγεται Λόγος, καί ούκ έστι μέν κατά φύσιν και propre Fils engendré du Père. Γράψαι δτι τε δς έστιν αληθινός τοϋ Θεού Υιός, κατά θέσιν δέ λέγεται και οντος έξ ούκ δντων, άλλ’έκ τον Θεόν, καί Λόγος έστι και σοφία, Υιός. S. Athanase, De sententia Dionysii, n. 23, P. G., άλλ’ ού κτίσμα ουδέ ποίημα, ίδιον δέ έκ τοϋ Πατρός t. xxv, coi. 513. γέννημα. S. Athanase. De decretis Nieænæ synodi, n. 19, Même il n’est pas véritablement Dieu, et si on l'ap­ P. G., t. xxv, col. 456. Mais fandis que les Pères vou­ pelle ainsi, c’est par une grâce de participation, par laient, par ces expressions : έκ τον Θεοϋ, έκ τοϋ ΙΙατρός, dénomination seulement et dans un sens tout relatif, signifier un principe vraiment générateur, commu­ comme pour tous les autres hommes. Ούδέ Θεός αλη­ niquant vraiment sa nature à un Fils, les ariens, accep­ θινός έστιν ό Λόγος. Ε! δέ καί λέγεται Θεός, άλλ’ούκ αλη­ tant les mêmes expressions, prétendirent leur attribuer θινός έστιν* άλλα μετοχή χάριτος, ώσπερ καί οί άλλοι la signification de cause efficiente. Alors le Fils serait πάντες, οϋτω καί αυτός λέγεται όνόματι μόνον Θεόςde Dieu et du Père, comme toutes les créatures qui S. Athanase, Orat., I, cont. arianos, n. 6, P. G., l’ont pour principe et pour cause efficiente et créatrice. t. xxvi, col. 21-24. Pour couper court à ces subterfuges des hérétiques Il est donc un être créé comme les autres, ώς κτισμα, obstinés, le concile décida plutôt l’explication que le ibid., bien que supérieur, occupant comme tel, en Fils est de la substance même du Père : le Fils en­ raison de sa fonction et de son exaltation toute spéciale gendré du Père, c’est-à-dire de la substance du Père : par le Père, une place à part et transcendante au τοϋτ’ έστιν έκ τής ουσίας τοϋ Πατρός. Denzinger. n. 17. sommet de l’échelle des êtres. Car Dieu ayant prévu Aux premiers siècles, la foi était très nette en un qu'il persévérerait librement dans le bien et ne tom­ seul Dieu, le Père, le Fils, le Saint-Esprit; mais les berait pas dans le péché, l'a choisi et l’a jugé digne de mots pour exprimer cette unité de nature et cette porter un nom divin, bien qu’il nous fût entièrement trinité de personnes ne furent pas immédiatement égal par nature. Il ne se distingue, en effet, de nous et partout fixés. C’est ainsi que parfois le mot ούσια qu'en ce qu’il a été créé avant toutes créatures et qu’il désigna chez les uns l’essence, la nature, la substance, a accompli la création comme instrument de Dieu. c’est-à-dire ce qui est absolu en Dieu. Parfois chez Dans ces conditions, il ne pouvait plus être question, d’autres, le même terme fut employé pour signifier sous un rapport quelconque, d’égalité et de consub­ ce qui est relatif en Dieu, les personnes. Cf. Cli. stantialité entre le Fils et le Père. Saint Athanase rap­ Passaglia, Commentarius quartus de nomine τή; porte encore ce blasphème d'Arius : 'Ίδιον οΰδέν έχει τοϋ ουσίας, Borne, 1850, passim. Mais, à l'époque du Θεόν καθ’ ύπόστασιν (substance) ιδιότητας* ουδέ γάρ έστιν concile de Nicée, et dans la controverse avec les ariens, ίσος, άλλ’ ούδέ όμοούσιος αντώ. De synodis, n. 15, Ρ. G., le sens du mot ούσια se trouva clairement déterminé, t. xxvi, col. 705, 708. Voir t. i, col. 1786. de part et d’autre, à une seule et même signification : .*>■ Pour confondre cette erreur arienne, le concile de celle d’essence réelle, c'est-à-dire de cet élément onto­ Nicée a rédigé et promulgué le symbole qui conserve logique et infiniment simple qui, selon notre manière toujours son nom. de concevoir, constitue proprement l’être divin, et nous 1. Le.- Pères proclament tout d’abord, ce qui d’ailapparaît en même temps comme la source de son infi­ leurs n tait pas mis en doute par les ariens, que Dieu nie perfection; celle de nature, c'est-à-dire de cett· •-t un. unique. Puis ils déclarent que ce même Dieu même essence, envisagée sous le rapport de la puis­ -t i -ι . non simplement en un sens analogique el sance ou de l’activité propre à l’être divin; celle de n .. . r . parce qu'il entoure d une paternelle bonté substance, c’est-à-dire de cette même essence, regardé se- -r· .- ir s, oeuvres de ses mains; mais il l'est réelle­ comme subsistant en soi de la manière la plus absolue, ment. au sens propre, parce qu’il a un Fils, un Fils et comme supportant tous les actes divins. unique, engendré par son Père, né de son Père. Puis Il est clair, dès lors, que l’addition conciliaire, pré­ donc qu il est un seul Dieu, que ce Dieu est réellement cisant le caractère de la génération du Fils par ·.P-*re et qu'il est réellement Fils, c’est que l’un et Père, est une première,explicite et formelle définition Πνεύμα... το έκ του Πατρος. Denzinger, op. cit., η. 47. Le Saint-Esprit est donc, comme le Fils, en communion de la nature et de la substance divine. Elle lui est communiquée, non par voie de génération comme au Fils par le Père, mais par voie de procession du Père et du Fils : qui ex Pa­ tre Filioque procedit, le Père et le Fils se trouvant, par leur nature commune, un seul et même principe actif de la procession de l’Esprit. 11 convient cependant de mentionner encore ici que non seulement la doctrine de la consubstantialité a été étendue au Saint-Esprit, mais le terme même con-ubstantiel, όμοούσιος, lui a été appliqué comme au Fils. A titre d’exemple, nous citerons simplement l’an­ tienne Liturgie grecque de saint Jacques le Mineur. t lie est encore en usage présentement à Jérusalem, en Chypre et en quelques localités pour le jour de la f te de l'apôtre. Mer Duchesne observe qu’elle doit remonter beaucoup plus haut que le vu» siècle, où t ous trouvons sa mention la plus ancienne dans le canon 32 du concile in Trullo. Le fait que les jacobites l'ont conservée en syriaque, comme liturgie fondamen 1614 taie, prouve qu’elle était déjà consacrée par un long usage au moment où ces communautés se formèrent, c’est-à-dire vers le milieu du vi» siècle. Même saint Jérôme paraît l’avoir connue. L. Duchesne. Ori­ gines du culte chrétien, Paris, 1903, p. 67-68. Or cette liturgie répète jusqu’à six lois, dans ses oraisons, le mot όμοούσιος. Nous citons le texte d’après la version de la Maxima bibliotheca veterum Fatrum, Lyon, 1677, t. Il, p. 1-9. La liturgie de saint Jacques invoque bien le Verbe consubstantiel au Père et à Γ Esprit-Saint : Domine Deus noster, Verbum Dei, incomprehensibi­ lis et consubstantiaus Patri et Spiritui Sancto. Λό ος... τώ Πατρί καί τώ άγίω Πνεύματι όμοούσιος. Mais itérativement elle mentionne l’Esprit-Saint, bon, vivilicaleur et consubstantiel. La conclusion del'incipil est ainsi conçue : in Christo Jesu Domino nostro, cum quo benedicius es una cum omnibus modis sancto et bono et vivificatore atque consubstantiali tibi, Spi­ ritu, συν τώ παναγίω καί άγαΟώ καί ζωοποιώ καί όμοουσίω σου Πνεύματι. Plus loin le prêtre fait cette prière : Abs te omnes quærimus in omnibus auxilium et sub­ sidium, ab unigenito Filio tuo et a bono et vivificante et CONSUBSTANTIALI Spiritu. Και τού αγαθού καίζωοποιού και όμοουσίου Πνεύματος. Une autre fois, la troisième personne divine est encore appelée l’Esprit consubstan­ tiel et coéternel : το όμοούσιον καί συναίοιον Πνεύμα. V. Application tiiéologique, commune aux trois personnes de la sainte Trinité. — De ce qui précède, il apparaît que les trois personnes divines, étant un seul et même Dieu, en possession indivise d’une même substance et nature divine, se trouvent consubstan­ tielles entre elles. Cette conclusion n’est pas demeurée implicite, mais de bonne heure elle a été expressément proclamée. L’Orient comme l'Occident l’ont enseignée, soit en déclarant la Trinité sainte ou les trois personnes consubstantielles, soit en leur appliquant formellement la doctrine de la consubstantialité. 1« Pour l’Orient, reprenons seulement la liturgie de saint Jacques. Deux fois, au cours du saint sacrifice, elle mentionne la Trinité consubstantielle : όμοούσιος Τριάς; d’abord, dans cette formule de bénédiction : Et eril gratia et misericordia sanctæ et consubstantialis, increatæ et adorandæ Trinitatis cum omnibus nobis. Et vers la fin, nous entendons cette oraison : ...Ut semper et perpetuo glorificemus te solum viventem et verum Deum nostrum, sanctam et consubstantialem Trinitatem, Patrem et Filium et Spiritum Sanctum. 2° Pour l’Occident, nous rappellerons simplement le symbole dit de saint Athanase. Pour n’ètre pas l’œuvre du grand docteur, il n'en est pas moins une page de théologie profonde et un document du v· siècle, 430-500. Voir Athanase (Symbole de saint), t. i, col. 2182-2184. Le symbole professe premièrement l’unité de la na­ ture divine, et simultanément la Trinité des personnes, sans séparation ni division de substance: Fides autem catholica hæc est : ut unum Deum in Trinitate et Trinitatem in unitate veneremur, neque confundentes personas, neque substantiam separantes. Le Père, le Fils, le Saint-Esprit sont trois personnes réellement distinctes : Alia est enim persona Patris, alia Filii, alia Spiritus Sancti. Mais du Père, mais du Fils, mais de l’Esprit-Saint, unique est la divinité, égale la gloire, coélernelle la majesté : Sed Patris et Filii et Spiritus Sancti una est divinitas, ecqualis gloria, coælerna ma/estas. Voilà bien la consubstantialité réciproque des trois personnes affirmée en des stances dont l’exactitude dogmatique égale la grandeur et la solennité. D'où il suit que tel le Père, tel le Fils, tel l’Esprit-Saint. Si le Père est incréé, s’il est immense, s’il est éternel, 1· Fils, l’Esprit-Saint le sont également, sans qu'il y ait trois incréés, trois immenses, trois éternels, mais bien 1615 CONSUBSTANTIEL — CONTEMPLATION un seul. Pareillement, si le Père est tout-puissant, s’il est Dieu, le Fils, l'Esprit-Saint le sont semblablement, sans qu'il y ait trois tout-puissants, sans qu’il y ait trois Pieux, mais bien un seul et même Dieu. Si donc il y a réelle distinction des personnes, elle a son origine, non dans la substance qui est commune, mais dans le caractère de chaque personne et les rela­ tions qui les opposent l’une à l'autre dans la possession indivise, inséparable de cette commune nature. La sub­ stance du Père est celle du Fils et de l’Esprit-Saint, mais, en lui, elle n’est ni faite ni créée, ni engendrée. Elle est et elle engendre, et avec le Fils elle est un même principe actif de procession pour la troisième personne. Pater, le Père, c’est-à-dire l’essence divine par laquelle et en laquelle il est Dieu et Père, Patera nullo est factus, nec creatus, nec genitus. La substance du Fils est celle même du Père et de l’Esprit-Saint; mais si, en lui, elle n’est ni faite, ni créée, elle est en­ gendrée, et elle est avec le Père un même principe actif de procession pour la troisième personne. Filius, le Fils, c’est-à-dire l’essence divine par laquelle et en laquelle il est Dieu et Fils éternellement engendré, Filius a Patre solo est, non factus, nec creatus, sed genitus. La substance de l'Esprit-Saint est celle même du Père et du Fils. Mais si, en lui, elle n’est ni faite, ni créée, ni engendrée, elle procède du Père et du Fils comme d’un même principe dans lequel et avec lequel il entre en communion de la divinité. Spiritus Sanctus, l’Esprit-Saint, c'est-à-dire l’essence divine par laquelle et en laquelle il est Dieu et éternellement procédant du Père et du Fils comme d’un principe unique, Spiri­ tus Sanctus a Patre et Filio, non factus, nec creatus, nec genitus, sed procedens. Et ainsi n’y a-t-il qu'un seul Père, un seul Fils, un seul Esprit-Saint. En dehors de ces caractères personnels, tout est commun comme l’essence divine elle-même, et 11 pre­ mière partie du sublime symbole athanasien s’achève dans une nouvelle affirmation de la consubstantialité : Et in hac Trinitate nihil prius aut posterius, nihil niajus aut minus sed TOTÆ tres personæ COÆTBRNÆ sibi sunt et coæquales, ita ut per omnia, sicut jam supra dictum est, et unitas in Trinitate, et Trinitas in unitate veneranda sit. Dans les trois personnes, aucune dilférence de durée ou de perfection : toutes trois sont coéternelles, elles sont parfaitement égales dans l'indivisible unité de leur substance commune. Pour le mot consubstantiel et sa signification dogmatique, voir : 1· les articles : Arianisme et son abondante bibliographie ; Esprit-Saint; Essence; Hypostase; Jésus-Christ; Macé­ doniens ; Personne ; Substance ; Trinité ; 2· les Pères dont les noms et les œuvres sont cités au cours du présent article, et principalement saint Athanase, P. G., t. xxv-xxvm; 3· Sul­ cer, Thesaurus ecclesiasticus, V Όμ«ούα,«ς, Amsterdam, 1728, t. n, col. 480-488 ; 4· les historiens des conciles et des dogmes : Hefele, Histoire des conciles, traduction Leclercq, Paris, 1907, t. i-πι; Th. de Régnon, Études de théologie positive sur la sainte Trinité, Paris, 1898, t. 1, p. 71-82, 200-217; t. n, p. 6-24, et passim : J. Tunnel, Histoire de la théologie positive, Paris, 1904, p. 65-71, 207-210; J. Schwane, Histoire des dogmes, trad. Belet et Dcgert, Paris, 1903, t. I, n, passim, et surtout t. I, p. 196-199. 212-214; t. 11, p. 134-174, 256-288; J. Tixeront, His­ toire d-s dogmes, I. La théologie anténicéenne, Paris, 1906, p. 286, V9. 425, 432 : 5· les théologiens, soit à propos de l’unité divine, dans les traités De Deo uno ; soit à propos de la généra­ tion du Fils ou de la procession du Saint-Esprit, dans les traités De Deo trnio. -■ it à propos de la divinité du Verbe incarné, dans les tr D- Ve· '. incarriato. et principalement Franzelin, De Deo trino. th. vni-x. Rome, 1874. p. 118-167. H. QUILIBET. CONTARINI Gaspard, diplomate et cardinal, né à Venise le 16 octobre I4S3, mort le 24 août 1542. Après avoir été un des disciples les plus zélés de l’enseigne­ ment que Pomponace donnait à Padoue. Contarini fut chargé de diverses misi ons diplomatiques. Il dut en 1527 négocier la liberté de Clément Vil, prisonnier de l'em­ 1G16 pereur Charles-Quint. Pour le récompenser de ses services, Paul III, le 21 mai 1535, le nomma cardinal. Alors il entra dans les ordres et reçut la prêtrise. Con­ tarini fut un des neuf membres de la commission nom­ mée par le pape pour examiner les réformes à apporter dans le gouvernement de l’Église. En 1540, il parut comme légat à la diète de Katisbonne où devait être tentée une conciliation entre les catholiques et les pro­ testants. De retour à Rome, Contarini eut à se justifier du rôle qu’il avait tenu dans cette assemblée et le pape le nomma cardinal-légat à Bologne, mais il moui ut quelques mois plus tard. Ses Œuvres d’un latin fort élégant ont été réunies en un in-fol., publié à Paris en 1571. On y remarque les traités suivants : De im­ mortalitate animi; De sacramentis christianæ legis et catholicæ Ecclesiæ libri IV; De officio episcopi libri 11 ; De potestate pontificis ; De libero arbitrio ; De praede­ stinatione; De justificatione; Scholia in Episl. D. Pauli el Jabobi ; Summa conciliorum magis illustrium ; Con­ futatio articulorum seu quaestionum Lulheri; Expla­ natio in psalmum Ad te levavi, et enfin ses Epislolæ et relationes, fort importants pour l’histoire de son époque. I.. Boccatelli, Vita del card. G. Contarini, in-4·, Brescia, 1746; G. Tiraboschi, Storia della letteratura italiana, in-8·, 1824, t. VII, p. 443; Er. Dittrich, Regesten und Briefe des card. G. Contarini, in-8·, Brauneberg, 1881 ; Id., Gasparo Contarini, ibid., 1885; W. Braun, Kardinal Gasparo Contarini Oder der « Reformkatholizismus » unserer Tags itn Lichte der Geschichte, in-8·, Leipzig, 1903 (on y discute la doctrine de Contarini sur la justification) ; Kirchenlexikon, t. ni, col. 1038. B. Heurtebizi·:. CONTELORIO Félix, théologien italien, né à Spo- lète, mort à Rome le 28 septembre 1652. Il fut docteur en théologie et préfet de la Bibliothèque vaticane (16261630). Il est auteur d’un traité De canonizationesaucio­ rum, in-4°, Lyon, 1609, 1634. On lui attribue en outre divers Discours sur la Divinité, sur la Trinité et sur l'Ascension de N.-S., Rome, 1614, 1616; un Catalogue des cardinaux depuis l'an 1294 jusqu’en 1430; une réponse à la question : Si un clerc peut être tiré d’un lieu sacré dans le cas où on ne peut en tirer un laïque. Dupin. Table des auteurs ecclésiastiques du xvn' siècle, in-8·, Paris, 1704, col. 1691; Hurter, t. I, p. 489. B. Heurtebize. CONTEMPLATION. - I. De la contemplation en général. II. Division de la contemplation. 111. De la contemplation acquise. IV. Delà contemplation infuse ou mystique. I. De LA CONTEMPLATION EN GÉNÉRAL. — 1» Il n’est pas rare de rencontrer, dans certains livres de spiri­ tualité, un parallèle établi entre la contemplation et l’action, et certaines règles concernant les proportions dans lesquelles doit s’opérer l’alliance de ces deux choses en apparence opposées. En résumé, ce que l’on veut alors, c’est mettre la prière, quelle que soit sa forme, en regard des actions extérieures, et indiquer la mesure dans laquelle la vie d’oraison doit s’allier à la vie active. Il est à peine besoin de dire que ce n’est nullement la contemplation entendue dans ce sens très particulier que nous nous proposons d’étudier. Nous n’avons pas davantage en vue le genre de méditation que saint Ignace appelle dans ses Exercices du nom de « contemplation ». La simple considération du lieu, du temps et des autres circonstances dans lesquelles s'opère le mystère médité, n’a rien de commun avec l’acte con­ templatif, tel qu'on l'entend au sens strict dans le lan­ gage de l’ascétisme et de la mystique. C’est cet acte seul qui doit retenir notre attention. Saint Thomas a excellemment défini la contempla­ tion : une vue simple de la vérité. Sum. theol., Il» il», q. Cf.xxx, a. 3. ad 1“">. Dans la pensée du grand docteur, il s’agit ici d’une intuition semblable à celle qui nous 1617 CONTEMPLATION fait adhérer sans raisonnement, sans aucun travail dis­ cursif, aux premières et grandes vérités de l'ordre intellectuel et moral, à cette vérité, par exemple, « que le tout est plus grand que sa partie; » ou à cette autre vérité : « Toute faute appelle un châtiment. » Qu'une intelligence saine soit placée en face des vérités de ce genre : elle les apercevra de suite, sans travail, sans effort, sans nul circuit, dans la lumière qu’elles portent avec elles, et qu’elles répandent autour d'elles. La con­ templation qui nous occupe est aussi une vue simple de la vérité, mais de la vérité surnaturelle, une intui­ tion de la vérité excluant l’effort, la recherche, et impli­ quant la possession, la jouissance actuelles. Ce n'est pas â dire, assurément, que cette possession n’ait pas été précédée d’elforts, qu'elle ne soit pas le couronnement du travail laborieux de la méditation. Mais tant que l’intelligence peinait, tant qu’elle pour­ suivait la vérité dans la méditation, la contemplation n'était pas commencée encore. Elle ne commence que lorsque l’intelligence embrasse une vérité, même acquise péniblement, d’un regard aussi ferme, aussi calme, aussi possesseur, que si cette vérité portait avec elle son évi­ dence intrinsèque. Ajoutons avec saint Thomas que cette intuition de la vérité surnaturelle, qui fait l'essence de la contempla­ tion, « se termine toujours à un mouvement affectif. » Sum. theol., Il· II», q. ct.xxx, a. I. Notre intelligence peut contempler une vérité de l’ordre naturel, un pos­ tulat de mathématique, par exemple, sans l’aimer aucu­ nement. S’agit-il, au contraire, d'une vérité appartenant au domaine de la révélation : la contemplation de cette vérité, dit saint Thomas, se termine toujours à l’amour. Ce serait donc, au sens du grand docteur, la tronquer que de la limiter à une opération purement intellec­ tuelle; elle est un exercice de nos deux grandes facultés, l'intelligence et la volonté. Saint Bonaventure requiert, comme saint Thomas, le concours de l’intelligence et de la volonté pour la pro­ duction de l'acte contemplatif : « La contemplation n’est pas exclusivement unactede l'intelligence; elle implique aussi un sentiment savoureux de la vérité perçue. On ne regarde pas alors Dieu, ou les choses de Dieu, d'une façon quelconque, mais avec amour, avec un sentiment affectueux et plein de suavité. » Tract, de septeni iti­ neribus ætemit., part. Ill, dist. 111. Selon la formule aussi juste que concise de Cajétan, dans son commen­ taire de saint Thomas, nous dirons donc que la « con­ templation est un acte de l’intelligence, mais que cet acte a sa cause et son terme dans l'amour ». 2° Les quelques données qui précèdent suffisent à montrer toute la distance qui sépare la contemplation de la simple méditation. Elles ont beau être toutes deux une ascension de l’âme vers Dieu, avoir le même objet et tendre au même but; des différences essentielles empèchentqu'on ne confonde cesdeux opérations. « Méditer, c’est faire acte discursif, c’est considérer successivement la nature, les propriétés, les accidents d’un objet. Je suppose que l’objet de la méditation soit le crucifiement de Jésus : on envisage alors toutes les circonstances de cetle scène de la passion qui sont de nature à émouvoir notre cœur et à provoquer notre amour. Dans la conn-mplalion, au contraire, il n'est plus question de faire des actes discursifs : le regard de l’âme se fixe sur une seule vérité, et demeure concentré sur elle, rivé en quelque sorte par l'admiration. De la contemplation à la méditation, il y a donc toute la distance qui sépare un acte simple d’un acte composé. On peut comparer ces deux opérations â celles d'un peintre qui étudie le tableau d'un grand maître. Il commence par analyser b s qualités de la composition, par envisager la propor­ tion des parties, la correction du dessin, l’éclat du c· loris. Puis, ravi et comme suspendu par l’admira­ tion, il oublie tous les détails pour embrasser la toile 1618 d’un seul regard et la considérer dans son ensemble harmonieux. » Card. Brancati, De oratione Christiana, Venise, 1687; Montreuil, 1896; Opuscul., Ill, c. IV. Si l’on étudie la méditation et la contemplation au point de vue de leur influence respective sur la direc­ tion de notre vie, les différences entre les deux appa­ raissent nettement accentuées. « Lorsque nous médi­ tons, la beauté de Dieu et des choses spirituelles se révéle â nous comme dans une simple peinture, dans un tableau qui ne nous cause pas une émotion très forte, tandis que la contemplation nous les montre vivantes, dans une réalité et une vérité qui nous émeuvent profondément et qui appellent tout notre amour. Méditer sur la colère divine, c’est avoir sous les yeux un lion mort : spectacle qui n'est pas fait pour inspirer beaucoup d’épouvante. Contempler la colère divine, c’est se trouver en face d'un lion vivant, et entendre avec effroi ses rugissements. Aussi Tame qui médite s’achemine vers la perfection d'un pas lan­ guissant; celle qui contemple, ne marche plus, elle se sent soulevée, elle a des ailes, elle vole. » Alvarez de Paz. De inquisil. pacis, Lyon, 1617; Paris, 1875, 1. V. part. III, c. I. 3° Quel est l’objet de la contemplation? Pour résoudre ce problème, il faut se souvenir du rôle de la contem­ plation, se rappeler qu'elle est, entre les mains de Dieu, un instrument destiné à accroître en nous la charité, et â nous imprimer un élan vigoureux vers la perfection. 11 s’ensuit que la contemplation a pour objet tout ce qui peut exciter dans une âme l'amour divin, et augmenter en elle le désir de la saintelé. Les per­ fections divines, les mystères de la vie mortelle de .h'sns, ceux de sa vie glorieuse et de sa vie eucharistique, les réalités de l'autre monde, notre misère native, noire relèvement et notre ennoblissement par la grâce : tel est le champ où la contemplation a la facul lé d, se mou­ voir. En résumé, son domaine a la même étendue que celui de la méditation. Tout ce qui a été médité peut être ensuite contemplé : l'objet reste le même; il n'y a que le mode d'opération qui varie. 4« Il est opportun d'opposer ici quelques mots de réponse au préjugé qui considère la contemplation comme incompatible avec les devoirs de la vie aposto­ lique, comme, un objet de luxe, presque une entrave pour les âmes vouées aux travaux du zèle. S'il est quelqu'un d'intéressé â laisser se perpétuer ce préjugé, c'est le démon. Il sait, en effet, que les coups les plus rudes lui ont toujours été portés par les hommes qui sa­ vaient mener de front la vie apostolique et la vie contem­ plative. Il sait quel ennemi fut pour lui un saint Vincent Ferrier qui courait sur tous les chemins de l'Europe, soulevant les multitudes par sa parole, les entraînant â sa suite, et cherchant dans les joies de la contem­ plation la plus élevée une source toujours renouvelée d'inspiration. Il sait quels adversaires redoutables furent pour lui un saint Ignace qui brûla par humilité le manuscrit où. après ses extases, il consignait ses révé­ lations concernant l’essence divine; un François-Xavier qui. pour se délasser de ses prédications, se faisait en­ fermer dans le clocher de Goa, et donnait plusieurs heures toutes les nuits â la contemplation. Ce préjugé que nous combattons n’est pas nouveau. Au xvn' siècle, le P. Louis Lallemant le rencontrait déjà sur son chemin, et il le réfutait dans un article dont voici la conclusion : « Avec la contemplation, on fera plus et pour soi et pour les autres en un mois, qu'on ne ferait sans elle en dix ans. Si l’on n'a reçu cet excellent don, il est dangereux de s'épancher trop dans les fonctions qui regardent le prochain. On ne doit s'y employer que par maniéré d'essai, si ce n'est qu'on y fût engagé par l’obéissance. » La doctrine spirituelle, Paris. 1694, 1892, 7' principe, c. tv, a. 4. D’ailleurs, la sainteté n'est compréhensible qu’avec 1619 CONTEMPLATION les joies de la contemplation servant de contrepoids aux peines endurées par les saints et aux travaux héroïques soutenus par eux. Prétendre qu’on peut porter facile­ ment et joyeusement un tel fardeau avec les secours ordinaires de la grâce, et trouver une compensation suffisante dans les joies de la dévotion ordinaire, c'est un optimisme exagéré. C’est oublier que le Sauveur lui-méme jouissait encore sur la croix de la vision in­ tuitive. Que les saints aient été apôtres ou qu’ils aient été voués exclusivement à la contemplation, leur vie demeure une énigme dont les joies de la contemplation peuvent seules donner la clé; et il est regrettable que si peu d’hagiograplies songent à contenter sur ce point notre curiosité, à nous renseigner sur la façon dont les saints traitaient habituellement avec Dieu dans leur oraison. II. Division de la contemplation. — 1° Le nom de contemplation convient, ainsi que nous l’avons dit, à toute vue simple de la vérité, accompagnée d’amour. Mais les premiers écrivains qui tentèrent de décrire avec quelque exactitude les faits psychologiques placés sous cette étiquette de contemplation, s'aperçurent bientôt qu’une classification ou plutôt qu’une division de ces faits s'imposait. C’est qu’en effet telle vue simple de la vérité se révélait à eux comme le résultat des forces combinées de notre nature et de la grâce; tandis que telle autre vue simple leur apparaissait comme un produit direct de l'action de Dieu sur une âme. Il s’agissait de trouver un nom qui peignit d’une façon suffisamment expressive chacune de ces deux classes de phénomènes très distincts. Essayons de reconsti­ tuer le travail qui dut s’opérer alors dans l’esprit des créateurs de terminologie. Ils se trouvaient, d’une part, en face d’une oraison qui réclamait le jeu ordinaire de nos facultés, et rien de plus; ils avaient, d'autre part, sous les yeux une oraison où il se passait quelque chose d'insolite, de mystérieux, sans nulle analogie avec les phénomènes de la vie courante. Quelques 'crivains appelèrent cette dernière sorte de contem­ plation du nom de surnaturelle, voulant exprimer par lâ qu'elle n'avait rien de commun avec les procédés de l’oraison ordinaire. Cette dénomination était-elle heu­ reuse? Non certes, car elle semblait une confiscation du mot « surnature) » au profit d'un seul genre d'orai­ son, alors que tous les autres, y compris la prière vocale, méritent aussi cette appellation. Puis cette première faute devait en engendrer une autre. Quel nom fallait-il alors donner à la contemplation qui est une résultante de notre travail personnel? Il est évi­ dent qu'après avoir décerné à la première contempla­ tion le titre de surnaturelle, on devait, en bonne logique, appeler la seconde du nom de naturelle. Quelques écrivains, Brancati entre autres, ne se sont pas effrayés de cette association de mots véritablement choquants. Mais la plupart ont compris qu’ils faisaient fausse route, et ils ont cherché mieux. 2° Le terme de contemplation infuse leur parut exprimer à merveille l’action de Dieu faisant lui-méme oraison en nous, sans nous, sans notre concours. A la vérité, ce mot est très expressif; il éveille l’idée de Dieu versant lui-méme la contemplation dans une aine. Mais est-il rigoureusement exact? Non, car il faut convenir qu'il s’applique dans une certaine mesure à toutes les oraisons. Il n'en est pas une seule durant laquelle il n us soit loisible de nous passer de Dieu, pas une où la grâce versée par lui dans une âme ne soutienne et ue transforme notre action personnelle. Les auteurs de cette terminologie voulaient exprimer deux idées qu'il ne faut pas confondre : l'idée tout d’abord d'une grâce que Dieu verse dans l’âme durant l’oraison, puis l'idée de la conscience que l’âme pos­ sède de cette opération divine. Que l'on veuille bien remarquer que c'est ce dernier trait qui distingue la 1G20 contemplation infuse des autres oraisons moins parfaites. Dans la pensée des écrivains mystiques, il s’agissait donc d’une infusion de grâce perçue par l'âme. Le terme de contemplation infuse suffisait-il â traduire d'une façon adéquate cette idée complexe? Nous en doutons; il eût mieux valu, pour plus de clarté, allonger la dénomination primitive et dire « contemplation ma­ nifestement infuse ». La plupart des écrivains contem­ porains se rendant compte sans doute de l’insuffisance des termes autrefois en usage, et désireux de posséder un mot qui ne prêtât plus â l'équivoque, se sont arrêtés â celui de contemplation mystique; ce mot a aussi nos préférences, et c’est de lui que nous nous servirons habituellement dans notre étude. Rendons-nous compte dès maintenant de la menta­ lité des écrivains mystiques relativement â la seconde sorte de contemplation. Ils ont vu qu'à côté de la con­ templation que nul effort ne peut produire, il en existe une autre qu'il est possible de produire, au moins à petite dose, à l’aide d’un effort. Ils ont dit : l’ellort est comme la monnaie qui sert à acquérir un objet; celle contemplation est donc susceptible d’être acquise. Leur intention, assurément, n’était pas d’exclure de cette oraison l’action de la grâce; mais seulement de mettre en lumière l'idée d’efforts arrivant ici à leur but. Ils n’avaient pas davantage la pensée de signifier que cette contemplation était le résultat d'une habitude lentement acquise : ils savaient très bien qu'elle est parfois produite en un instant, soit par une grâce spé­ ciale, soit par un événement influant, pour les modi­ fier, sur notre tournure d’esprit, sur nos dispositions habituelles. Ils se contentaient d’affirmer qu’elle peut être acquise dans une certaine mesure par notre indus­ trie personnelle. De nos jours, quelques auteurs se sont avisés de nier cette division de la contemplation : pour eux, toute contemplation, quelle qu'elle soit, est mystique; celle qui porte le nom d’acquise n’existe que dans l'esprit des faiseurs de classifications. Nous attarder à com­ battre cette opinion singulière, serait œuvre inutile : ceux qui la soutiennent sont trop peu nombreux. Qu’il nous suffise de leur rappeler avec Terzago que. de ce fait, ils se placent en dehors de la tradition; « car tous les théologiens, aussi bien scolastiques que mystiques, s'accordent à diviser la contemplation en acquise et infuse. » Theologia historico^myslica, Venise, 1766, diss. VII, § 3. Ce sont ces deux sortes de contemplation que nous allons nous-même étudier successivement. 111. De la contemplation acquise. — I» Nous avons défini plus haut la contemplation acquise; nous avons dit qu’elle est une vue simple, une intuition de la vé­ rité, que nous pouvons nous procurer par notre effort personnel aidé de la grâce. Si notre étude devait se limiter à l'acte de contemplation acquise, elle serait dès maintenant à peu près terminée. Il ne nous reste­ rait plus qu’à traiter la question de la possibilité de cet acte et quelques lignes seraient suffisantes pour mener à bien ce travail. « Après que nous avons con­ sidéré dans ses diverses circonstances un mystère du Christ, tel que la nativité ou la flagellation, rien ne nous empêche, en effet, d’embrasser ce mystère d'un seul regard, de nous arrêter devant lui pour l'envisager d'une vue simple de foi, non plus dans ses détails, mais dans son ensemble. Avec un peu d'exercice, tout le monde est donc capable de contempler aussi bien que de méditer. » Brancati, De oratione Christiana; Opuscul., Ill, c. xvii. S’agit-il d’un acte isolé et de peu de durée comme celui qui vient d’être décrit, aucune difficulté sérieuse ne peut surgir. Mais le problème devient plus com­ pliqué lorsqu’il est question d’une contemplation qui dure plus longtemps, et qui est assez habituelle pour constituer un état spécial d’oraison. Cet état d'oraison. 1621 CONTEMPLATION dont la contemplation acquise fait les frais principaux, n'est autre que celui qui, dans les ouvrages d’ascétisme, prend le nom d'oraison de simplicité ou de simple regard. Avant de décrire la contemplation acquise sous cette forme qui a cessé d’etre transitoire pour revêtir un caractère plus fixe, plus permanent, il sera utile d'embrasser dans une sorte de synthèse les diverses étapes par lesquelles l’âme doit ordinairement passer pour arriver à ce terme. 2« Aux débuts de la vie spirituelle, nous rencontrons la méditation ordinaire : c'est l'intelligence qui tient ici le rôle principal : l’âme raisonne, elle considère, elle discourt, comme on disait au xvtf siècle. Tous ces actes ont pour but de créer en nous des convictions solides. Aussi à mesure que les convictions s’implan­ tent dans notre âme, les raisonnements deviennent moins nécessaires, et du coup la place des affections s'élargit. Bientôt un simple coup d’œil nous suffira pour raviver notre conviction, et presque tout le temps que nous donnions autrefois aux raisonnements, sera occupé· par les affections. Cette manière d'aller à Dieu mérite d’étre classée à part, au-dessus de la médita­ tion, sous le nom d’oraison affective. Puis un nouveau travail, un travail de simplification, cette fois, s’opère en nous. Sous l'influence de la grâce, nos affections et nos résolutions tendent de plus en plus à l'unité; elles deviennent moins variées et s’expriment par moins de paroles. Par une évolution qui pour l’ordi­ naire ne s’opère pas par des sauts brusques, mais len­ tement. progressivement, l'oraison affective se trans­ forme alors en une oraison qui est une succession de simples regards, c’est-à-dire une succession d'actes de contemplation acquise. Si Pâme correspond fidèlement à la grâce, il est à présumer que ces actes occuperont dans son oraison une place toujours plus large, et que le droit de celte oraison à être appelée du nom de contemplation acquise sera chaque jour mieux établi. δ0 Les descriptions de l’état d'oraison qui nous occupe font souvent honneur à l’imagination des écri­ vains plus qu'elles ne servent la vérité. « On dépeint ces états, dit le P. Poulain, de manière à laisser croire que l'intelligence et la volonté sont devenues complè­ tement immobiles. La multiplicité des actes aurait disparu entièrement. Non; elle a seulemen notable­ ment diminué, assez, pour attirer ('attention N’inven­ tons pas des états chimériques, et ne les substituons pas aux véritables. » Les grâces de l’oraison, Parcs, 1901, lre partie, c. Il, n. 6. Lorsqu’on nous représente une âme immobilisée pendant un quart d'heure et même pendant une demiheure par une pensée ou un sentiment unique, est-ce la réalité que l’on s’est attaché à peindre'? ou bien n’at-on pas reproduit, sans ta contrôler, une assertion trouvée dans un livre quelconque? 11 est de ces affir­ mations que les auteurs se transmettent comme des axiomes indiscutables, et dont personne ne songe â vérifier l'exactitude. Beaucoup répètent, pour l’avoir lu dans Brancati, qui lui-même l’avait sans doute lu ailleurs, qu'un acte de contemplation acquise peut durer une demi-heure. L’étrangeté du fait en question devrait pourtant rendre ces écrivains très circonspects et les inviter à réserver leur jugement. Qu’une grâce toute spéciale puisse ainsi tenir une intelligence ou une volonté immobiles durant un temps relativement considérable, la chose est bien certaine : il serait pué­ ril d'assigner à l’action divine ses limites, de l’empri­ sonner dans un cadre de convention. Mais il s'agit de savoir si une telle grâce existe, et surtout si elle con­ stitue la façon habituelle dont Dieu traite avec les .mes qui possèdent la contemplation acquise. Et comuent arriver à la certitude en ce point, si l’on n'inter­ roge ces âmes, si l’on n’étudie sur elles les procédés divins? Suarez, après s'étre livré à une enquête sem­ 1622 blable, concluait que l’oraison de simple regard ne consiste pas â n'avoir qu'une idée et qu'un sentiment ; un certain renouvellement de sentiments lui parait, au contraire, nécessaire. « C’est seulement en ce sens, dit-il, que cette oraison peut d'habitude se prolonger; mais il est très rare qu'un acte simple dure long­ temps. » De oratione, I. II, c. x, n. 13. Toute étude des faits aboutira nécessairement à des conclusions identiques, elle démontrera que l'unité absolue de pensées et de sentiments, qui est décrite dans certains livres, est une pure chimère. Par consé­ quent, on est encore dans l’oraison de contemplation acquise, lorsque, après avoir épuisé une pensée ou un sentiment, on passe â une autre pensée et à un autre sentiment. Ce qui caractérise cette oraison, ce n'est pas l’immobilité absolue de lame arrêtée devant une seule idée, et se nourrissant d’un seul sentiment : une certaine variété de pensées et de sentiments n’est nullement incompatible avec ce que l’on nomme la simplicité dans l’oraison. Lorsqu’une oraison nous apparaîtra comme un composé d’actes d’intuition, comme une série de simples regards se succédant d'une façon lente et douce, nous aurons donc le droit d'appeler cette manière de traiter avec Dieu du nom de contemplation acquise. 4® On exagère encore lorsqu’on attribue â cette sorte d’oraison un objet unique, lorsqu’on pense que son champ d’action ne s'étend pas au delà d'une simple attention à Dieu présent. Que l’attention à Dieu pré­ sent constitue une des variétés, la plus intéressante peut-être, de la contemplation acquise, personne ne songe à le contester; mais ce n’est pas une raison de croire qu’elle soit à elle seule toute la contemplation. Voici une personne qui, durant son oraison, se sent pénétrée du néant des choses humaines, ou de la pen­ sée de la mort, ou du souvenir des souffrances de Jésus sur la croix. Elle n’exécute sur ce thème aucune varia­ tion; son imagination se refuse même à composer une scène, un tableau. Une simple idée qui revient sans cesse et avec force : telle est la note caractéristique de cette oraison. L'attention à Dieu présent n’est ici qu’accessoire, c’est certain. Néanmoins, si l’on nous de­ mande quel nom il faut donner à cette oraison, nous n'hésiterons pas à dire qu'elle réunit tous les traits d'une contemplation véritable. Parfois, c'est sur Dieu lui-même que notre attention est appelée avec cette force et cette insistance; mais ne peut-il se faire que ce soit quelqu'un de ses attributs, son incompréhensi­ bilité, par exemple, ou sa bonté, que nousayons en vue plutôt que sa présence? L’oraison d'attention amou­ reuse à Dieu présent décrite par Courbon, Instruction sur l’oraison, Paris, 1685, 1874, part. IIIe, tre instr., est donc un des modes de la contemplation acquise, mais ce n'est pas son mode unique. Notre manière de voir était celle de Bossuet; c'est ce dont il n'est pas permis de douter lorsqu'on a lu son opuscule sur la Manière de faire l’oraison de foi. « L’âme, dit-il, reçoit une oraison plus pure et plus intime, que l’on peut nommer oraison de simplicité, qui consiste dans un simple regard vers quelque objet divin, soit Dieu en lui-même ou quelqu'une de ses per­ fections, soit Noire-Seigneur Jésus-Christ ou quelqu'un de ses mystères, ou quelques aulnes vérités chré­ tiennes. t> N. 3. La contemplation acquise a été désignée par saint François de Sales sous le nom « d’oraison de simple remise en Dieu ». Réponses sur le coutumier, Œuvres de sainte J. de Chantal, a. 24, édit. Aligne, t. n, col. 236. 5° Lorsqu'une âme commence à jouir de la contem­ plation, elle est parfois hantée d'un scrupule. Passer tout le temps de l’oraison à exprimer ou à savourer un sentiment unique, n'est-ce pas sacrifier à la paresse. , 1622 CONTEMPLATION l'inertie? n’est-ce pas aussi tenir la porte ouverte aux illusions les plus dangereuses? Telles sont les ques­ tions que cette âme se pose avec angoisse. Nous répon­ dons que l'illusion n’est pas fort à redouter dans la circonstance présente. Rien de plus facile, en effet, que de discerner ici la vérité de ce qui n'est que sa caricature. Dans la contemplation, on se sent occupé et comme rempli de Dieu ou des choses de Dieu; et l’on sent aussi que cette concentration de toutes les fa­ cultés sur un seul objet n'a rien de commun avec la rêverie vague qui accepte sans contrainte et sans réac­ tion toutes les images qui se présentent à l’esprit. 11 serait donc déraisonnable de considérer cette façon si simple et si élevée de traiter avec Dieu comme une perte de temps. Regardons-la plutôt comme une grâce de choix, comme une de ces faveurs auxquelles on est tenu de répondre par une humilité très profonde sans doute, mais aussi par une sincère gratitude. D’après le P. de Caussade, on peut comparer l’acti­ vité que nous déployons dans ces états d’oraison à celle qui se trahit chez une âme passionnée lorsqu’elle se repose dans la vue et la jouissance de l’objet de sa pas­ sion : « Il faut savoir, dit-il, que l’esprit et le cœur ne se reposent pas à la manière du corps, mais plutôt en continuant leur action d’une manière plus simple, plus douce et qui charme notre âme. Ainsi, quand un avare laisse reposer son esprit et son cœur, c’est-à-dire ses pensées et ses affections dans ses richesses, comme l’ambitieux dans les objets qu’il ambitionne, et chacun dans ce qu’il aime, ni les uns ni les autres ne laissent pas pour cela d’agir: ils ne sont nullement oisifs, mais, au contraire, fort criminellement occupés. Or, si la corruption de la nature peut opérer ce long et criminel repos en des créatures dont on se sera fait de vaines idoles, faut-il s’étonner que l'habitude, qui est une seconde nature, et la grâce, encore plus forte, puissent opérer le saint repos d'esprit et de cœur que les bonnes âmes trouvent en pensant à Dieu, leur véritable centre, en goûtant Dieu, leur unique trésor? » Instruc­ tion sur les états d’oraison, Perpignan, 1741 ; Paris, 1892, 1895, part. IIe, dial, prélim. 6° Serait-ce une témérité présomptueuse que de dé­ sirer la grâce de la contemplation acquise et de la sol­ liciter de Dieu? Non certes : « On n’est ni téméraire, ni présomptueux, dit Gerson, parce qu’on désire un genre d’oraison qui doit nous faire aimer Dieu de tout notre cœur. Les ecclésiastiques, les religieux, tous ceux, en un mot, qui se sont consacrés â Dieu, ont même le devoir de s'adonner â la contemplation. » De monte contempt., c. xxvin. « Lorsqu’une âme, dit à son tour Alvarez de Paz, s’est corrigée de ses défauts et qu’elle a triomphé de ses inclinations désordonnées; lorsque de plus elle s’est longtemps exercée à méditer, elle peut et doit ambitionner de monter plus haut, s’essayer à la contemplation et renouveler avec humilité ses ten­ tatives... Ayons à cœur de ne pas demeurer toujours des enfants; devenons des hommes par la pratique gé­ néreuse de la mortification et acquérons ainsi le droit de tendre à une oraison plus élevée. » De inquisitione pacis, I. V, part. IL c. xni. Les âmes les mieux préparées à la contemplation hésitent souvent à s'engager dans cette voie nouvelle : elles répugnent à s'écarter des sentiers battus. C’est au confesseur ;u'il appartient de dissiper leurs scrupules et de stimuler leurs lenteurs. Mais c’est d’un confesseur prudent et instruit que nous réclamons ici l’interven­ tion. Un confesseur qui professe pour ces états spéciaux d'oraison un scepticisme railleur, ou se tient à leur égard dans une ignorance systématique, serait un guide plus nuisible qu'utile. 7» A quel signe un confesseur reconnaitra-t-il qu’une âme est mûre pour la contemplation acquise? D’abord, à une quasi-impossibilité pour cette âme de faire orai­ 1624 son selon les procédés qui jusqu'à ce jour lui avaient été familiers. Ainsi, lorsqu'une personne de bonne vo­ lonté, et qui aime l'oraison, ne réussit plus, en dépit de tous ses efforts, ni à méditer, ni à multiplier les affections; lorsque cette impossibilité n’est pas le ré­ sultat d’une épreuve passagère, d’une sécheresse mo­ mentanée, mais un état permanent et qui dure depuis un temps notable, il y a toute présomption pour juger que le moment est venu de passer à l'oraison de simple regard. S’opiniâtrer à demeurer dans les degrés infé­ rieurs d'oraison serait aller contre la volonté formelle de Dieu; à tout le moins serait-ce perdre son temps. Une autre marque non moins positive est désignée par Courbon sous le nom de disposition à l'unité : « C’est-à-dire qu’une simple pensée et une simple affec­ tion suffisent à nous occuper durant un temps notable. Alors on ne se sent plus porté à cette multitude de pensées qu’on avait autrefois, ni à cette foule d’actes qu’on avait l’habitude de produire; mais il commence à se faire dans l’àme une espèce de silence; tout y est plus tranquille, tout s’y passe à plus petit bruit. Ce ne sont plus ces affections véhémentes et passionnées, ces désirs et ces mouvements tout sensibles; il n’y a plus rien que de doux et de paisible. C’est là un signe que Dieu conduit l'âme peu à peu à l'oraison dont nous parlons, et qu’il la prépare à ce saint exercice. » Instructions sur l’oraison, Paris, 1G85, 1874, part. IIe, 5e instruction. 8° Ce serait une erreur de croire que la contempla­ tion acquise ressemble à une fête perpétuelle et de s’imaginer qu’elle est une source intarissable de joies et de consolations spirituelles. Parfois, il est vrai, l’âme qui contemple s’élance vers Dieu avec une joyeuse ardeur; elle se sent comme soulevée, portée au-dessus d’elle-même. Son intelligence cesse d'être harcelée par les distractions, et une paix ineffable règne dans sa volonté. Il n’est pas rare que cette paix rejaillisse jusqu’aux facultés sensibles : tout conspire alors à fonder dans cette âme le régne de Dieu; tout en elle est dans l'allégresse. Il est certain que lorsqu’elle revêt cette forme si consolante, la contemplation apparaît extrêmement en­ viable. Au risque de paraître cultiver le paradoxe, disons cependant qu'il est une sorte de contemplation accompagnée d’ennui, de sécheresse, de désolation, qui est de beaucoup préférable à la première. L’excellence de cette contemplation ou la souffrance a fait place à la joie, devient d’ailleurs évidente lorsqu’on sait qu’elle est un commencement d’initiation à la vie mystique, comme le vestibule de cette vie, et qu’au travers des fentes de la cloison filtrent déjà quelques 'rayons de la lumière dont l'âme sera inondée bientôt dans la con­ templation infuse. La contemplation qui a perdu tout caractère joyeux, consolant, pour revêtir cette forme habituellement douloureuse, a été longuement décrite par saint Jean de la Croix, qui l'a appelée du nom de nuit des sens, dénomination que l'usage a consacrée. Essayons de pré­ ciser les caractères de cet état si intéressant d'oraison. Plusieurs éléments entrent dans sa composition. C’est d’abord une aridité habituelle dont l’âme souffre beaucoup. On se trouve impuissant à méditer; le moindre raisonnement coûte un effort inouï, ou de­ vient même impossible, et l’imagination, frappée d'une sorte d'atonie, ne peut plus rendre aucun service à l'in­ telligence. « Lorsque le Seigneur introduit l'âme dans la nuit obscure, il lui refuse toute satisfaction et ne la laisse s'attacher à aucune chose, pour dégager et puri­ fier en elle la partie inférieure. C’est alors un signe presque évident que le dégoût et la sécheresse ne pro­ viennent pas de fautes ou d'imperfections récemment commises. L’àme se trouve dans l’impossibilité de faire usage de l’imagination pour s’exciter à discourir 1625 CONTEMPLATION 1626 et â méditer comme auparavant. Le Seigneur ne se fique qui la distingue de la contemplation acquise et manifeste plus à l’àme par la voie des sens, ainsi qu'il lui donne une entité propre, particulière? ou bien la le faisait autrefois à l’aide du raisonnement qui com­ première de ces deux oraisons n’est-elle que la seconde pose et divise les matières. Les communications divines renforcée, devenue plus lumineuse et plus ardente? suivent maintenant la voie du pur esprit, d'où le dis­ Nous croyons qu’antérieurement à toute analyse psycho­ cours successif est banni, et fait place à l’acte simple logique, il est possible de se faire une conviction sur de la contemplation, inaccessible au concours des sens ce point. Si ces deux sortes de contemplation ne sont, extérieurs et intérieurs. » La nuit obscure, I. I, c. IX. en effet, que des variétés d'un même état, s’il n’existe A cette aridité se joint, surtout dans l’oraison, un de l'une à l'autre que des différences d'intensité, à quoi souvenir de Dieu qu’il est assez facile de distinguer de peuvent bien servir tous les ouvrages de mystique? En celui qui est propre à l'état ordinaire. Ce souvenir est séparant la mystique de l’ascétisme ordinaire, et en confus, très peu précis, semblable à celui que le seul I proclamant que ces deux mondes sont absolument dis­ mot de Dieu, prononcé en notre présence, pourrait tincts, les plus grands docteurs se sont trompés gros­ éveiller en nous. De plus, ce souvenir revient à tout sièrement. De plus, en décrivant avec force détails les moment avec une persistance singulière. Si les distrac­ états mystiques, ils ont sacrifié à l'imagination, et. tions triomphent de lui pour un instant, il ne tarde pas pour le moins, perdu leur temps. Il leur suffisait, sans à faire de nouveau irruption dans l’àme. C’est comme tant disserter, de déclarer que la contemplation acquise une sorte de hantise, d’idée fixe qui nous suit partout. avait son couronnement naturel et son plein épanouis­ Et — trait plus caractéristique encore — ce souvenir, sement dans la contemplation infuse: toute la mystique loin d’être doux, est amer, lourd, angoissant à porter; eût alors tenu dans quatre lignes. il cause une anxiété indéfinissable, un malaise intra­ C’est jusqu’à ces conséquences extrêmes qu’il faut duisible, et il éveille des scrupules fort pénibles; on aller, lorsqu’on s’obstine à ne noter entre les deux est porté alors â se demander si l’on aime encore Dieu, contemplations que des différences d'intensité, lorsqu'on et si l’on ne recule pas. au lieu d'avancer. Saint Jean se contente de dire, par exemple, que l'une se l'ait dans de la Croix observe que cette crainte de n’être plus une lumière plus vive que l’autre, ou qu'elle est accom­ dans l’amitié de Dieu est précisément le motif qui doit pagnée d’un amour plus embrasé. On a beau hausser nous rassurer. « Il y a une grande différence entre le ton et décrire avec enthousiasme l’éclat de cette lu­ cette aridité et la tiédeur, puisque le propre de cette mière, la force de cet amour : ce n'est là qu’une ampli­ dernière est précisément de rendre la volonté languis­ fication oratoire. Tant que le trait distinctif de ces deux sante et de chasser de l’esprit toute sollicitude relative états n’a pas été indiqué, on doit, en bonne logique, les aux choses de Dieu. Dans la nuit des sens, la partie classer tous les deux sous le même titre. Il nous faut sensitive est, il est vrai, abattue, faible et lâche pour donc opter entre ces deux partis : accuser de naïveté les théologiens et les écrivains qui dissertent de la con­ agir, n’ayant plus le soutien d'aucune consolation sen­ sible; toutefois, 1’espritest prompt et plein de vigueur. templation infuse avec l’ampleur qui convient à une science véritable, ou bien reconnaître qu’entre celle Quand, au contraire, la sécheresse ne procède que du contemplation et celle que nous avons étudiée sous le tempérament, on n’épouve que répugnance et dégoût pour les choses surnaturelles, sans pour cela ressentir nom d'acquise, il existe en réalité une cloison étanche. La première hypothèse est invraisemblable; personne ces désirs ardents d’aimer Dieu, propres aux aridités ne voudrait souscrire à une exécution aussi sommaire de la voie purgative. » La nuit obscure, I. I, c. tx. de la mystique. Nous sommes donc autorisés à conclure, Au témoignage du grand mystique, les faits que nous même avant d’avoir interrogé les faits, qu’il y a un venons de décrire ne sont que les signes de la nuit des trait essentiel qui distingue la contemplation infuse de sens. Nous n’avons donc pas encore pénétré la nature la contemplation acquise; et c’est ce trait essentiel, celle intime de cet état; nous n’avons pas encore découvert différence spécifique, pour parler comme les philo­ son caractère spécifique. Ce caractère se trouve exprimé sophes. qu’il nous faut maintenant cherchera préciser. dans les lignes suivantes de saint Jean de la Croix : 2" Gerson a clairement indiqué la note qui convient « L'esprit peut n’éprouver dans le principe aucune sa­ à tous les états mystiques sans exception : « Il n'en est veur; néanmoins il puise une certaine force et vigueur aucun, dit-il, qui ne soit une connaissance expéri­ d’action dans la nourriture substantielle qu'il reçoit. mentale de Dieu. » Sur le Magnificat, tr. VII, c. II. Cette nourriture est un commencement de contempla­ L’élément constitutif de la contemplation mystique est tion obscure, sèche, ordinairement secrète pour lessens donc le sentiment que l’âme éprouve de la présence de et imperceptible à celui-là même qui la possède. » La Dieu en elle, une sorte de perception, d’expériinenLition nuit obscure, 1. I, c. IX. de Dieu. Le trait qui appartient en propre à la contem­ Que signifie ce commencement de contemplation plation mystique est ici nettement marqué, et il n'est obscure, sinon que la nuit des sens est une ébauche plus à craindre que l’on confonde cette contemplation d’oraison infuse, un commencement de contemplation avec celle que nous pouvons acquérir par nous-mêmes. mystique? La nuit des sens n’est donc qu’une période Dans cette dernière, quelle que soit d’ailleurs la sim­ de transition; cette purification si pénible n’est que plicité des actes qui la composent, on pense à Dieu : l'épreuve préparatoire à laquelle les joies enivrantes de tandis que dans la contemplation infuse, on sent sa pré­ l’union mystique doivent un jour succéder. Elle mérite sence, on l’expérimente à l'aide d’un sens spirituel qui, â ce titre le norn que lui donne le P. Poulain, et qui sous l’action d’une grâce spéciale, s’éveille au plus in­ peint d’une façon très exacte sa fonction, le nom d’union time de l'âme. sous-mystique. La mystique de S. Jean de la Croix, Lorsqu’il s’agit de ce degré de la contemplation infuse Paris, 1893, c. iv. La nécessité d’un directeur pour cette période si dif­ qu'on nomme l'union, tous les écrivains, s’appuyant ficile de la vie spirituelle est de toute évidence. Encou­ sur un texte très connu de sainte Thérèse, s’accordent à reconnaître que dans cet état l’âme expérimente Dieu. rager la pauvre âme qui subit cette épreuve, la rassurer, lui laisser entrevoir les desseins de Dieu à son égard, et Plusieurs ont même pensé que cette connaissance exp· la mettre en garde contre une impatience qui, loin de rimentale de Dieu était la note distinctive de l’union, le trait qui la différenciait des états inférieurs, de la taire sonner plus vite l’heure de la grâce, ne ferait que la retarder : voilà une esquisse rapide de ce que doit quiétude, par exemple. Rien n’est plus faux; et. en re­ gard du texte où sainte Thérèse attribue à l'union 1·. être cette direction. IV. De la contemplation infuse ou mystique. — 1° La sentiment de la présence de Dieu, il serait facile i · . placer dix autres dans lesquels elle en dit autant d·.· Icontemnlation infuse.nosséde-t-elle un caractère spéci­ 1627 CONTEMPLATION 1628 quiétude. Bornons-nous à quelques extraits. Racontant particulier : c’est quelque chose déjà. Mais ne serait-il comment, avant sa conversion définitive, elle était par­ pas possible de préciser davantage, d’emprunter, par exemple, à l’un de nos sens corporels une analogie qui fois élevée à l’état mystique durant un temps très court : « Quelquefois, dit-elle, au milieu d’une lecture, j’étais éclairerait pour nous la question? Il a semblé aux écri­ tout à coup saisie du sentiment de la présence de Dieu. vains mystiques que l'entreprise n’était pas irréalisable: Il m’était absolument impossible de douter qu’il ne fût ils ont cherché quel est celui de nos sens extérieurs au dedans de moi. υ Vie par elle-même, c. x. « Durant qui pouvait nous donner l'idée la plus exacte de la sen­ l’oraison de quiétude, dit-elle ailleurs, lame ne voit pas sation spirituelle produite par l'état mystique, el voici l’adorable maître qui l'instruit; elle sait seulement avec le résultat de leurs recherches. Cette sensation, ont-ils certitude qu'il est avec elle. » Sur le Cantique des can­ dit. n'a rien d’analogue, du moins dans les degrés in­ férieurs, avec celle que nous fait éprouver la vue; nous tiques, c. IV. Que telle soit aussi la pensée de saint François de ne voyons pas Dieu dans la contemplation mystique. Sales, ces quelques lignes extraites de son Traité sur Les locutions dont se servent les mystiques, comme l'amour de Dieu suffiront à le prouver : « L’âme qui est « contempler Dieu dans l'obscurité, le contempler dans en quiétude devant Dieu suce insensiblement la douceur la divine ténèbre », prouvent bien que la vue spirituelle de cette présence... Elle n'a aucun besoin, en ce repos, ne trouve nullement sa satisfaction dans cet état d’orai­ de la mémoire, car elle a présent son amant. Elle n’a son. Notre perception de Dieu, du moins dans les pre­ pas non plus besoin de l'imagination, car qu'est-il be­ miers degrés de la contemplation mystique, n’est donc soin de se représenter en image, soit extérieure, soit nullement une vision de Dieu. intérieure, celui de la présence de qui on jouit? » L. VI, A-t-elle plus d’analogie avec la sensation aue nous fait éprouver le toucher? Oui, répondent les écrivains c. VIII. D’après Scaramelli, cette expérimentation de Dieu mystiques; nous avons la sensation d'être comme im­ est l'indice irrécusable de la quiétude. « On observera, mergés en Dieu. Notre sensation a quelque chose de dit-il, si l’âine connaît Dieu présent par une certaine comparable à celle d'une éponge qui est plongée dans connaissance expérimentale qui lui fasse sentir et sa­ l’océan, et qui, de toutes parts, est pénétrée par l’ean. vourer sa présence, et si, sans aucune fatigue, elle sent Nous nous sentons comme placés en Dieu, enveloppés le calme, le repos et la paix intérieure, du moins dans par lui, en contact avec lui. On peut donc dire très jus­ les facultés spirituelles. S'il en est ainsi, l’âme est déjà tement de cette sensation qu’elle est une sorte de pal­ élevée par Dieu à ce degré d’oraison. » Directoire mys­ pation de Dieu. « Expliquons par la parité des touches tique, Venise, 1754; Paris, 1865, tr. Ill, n. 32. matérielles qui s’opèrent sur les corps, la touche très Ces citations suffisent, nous semble-t-il, à démontrer suave que Dieu produit dans les âmes deses bien-aimés, que le sentiment de la présence de Dieu s’éveille dans en exposant la nature de celte sensatior véritable et lame dès que celle-ci jouit de la contemplation mys­ réelle, mais purement spirituelle, par laquelle l'âme tique. c’est-à-dire dès que Dieu lui donne l’oraison de sent Dieu au plus intime de son êlre el le goûte avec une quiétude. Ce sentiment, qu'on veuille bien le remarquer, grande jouissance. » Scaramelli, Directoire mystique, n’est nullement réductible à celui qu’une dévotion or­ tr. III, n. 122. dinaire fait éprouver. Une âme recueillie sous le regard 4» Une question assez, importante trouve ici sa place de Dieu, peut, à l'aide de l'imagination, se représenter naturelle : la contemplation mystique nous est-elle Dieu présent en elle : rien de plus légitime que cette re­ accessible? Pouvons-nous nous hausser jusqu'à elle? présentation, et rien qui facilite davantage le recueille­ Notre solution différera absolument de celle que nous ment et les épanchements de l'amour. Mais cette image avons indiquée lorsqu'une question identique s’est posée de Dieu, dont nous sommes les auteurs, ne ressemble au sujet de la contemplation acquise. Ni la production en rien à la réalité que la contemplation mystique nous de la contemplation infuse, ni sa durée, ni son inten­ fait sentir et nous fait toucher au plus intime de nous- sité, ne dépendent de nous : tout ici vient de la muni­ mêmes. De cette perception de Dieu, ainsi que de cet ficence divine. « Un souffle de vent, dit Alvarez, de Paz, attouchement de Dieu, naît en nous un sentiment qu’on soulève la paille qui est sur la terre et la tient suspen­ ne peut confondre, quand on l'a goûté une fois, avec due. Que le vent cesse : la paille retombe à terre. De aucune des joies de la dévotion ordinaire L’âme s’aper­ même, c’est le souffle de l'Esprit-Saint qui suspend les çoit fort bien qu’elle est dans une voie nouvelle, que facultés intellectuelles et qui enflamme d’amour la ce sont choses jusque-là inconnues d’elle. « Quand après volonté. Sitôt que ce souffle ne soutient plus lame, elle une longue étude de la pureté de cœur, dil le P. Louis retourne aux choses visibles. Nous disposer à la con­ Lallernant, Dieu vient à entrer dans une âme et à s’y templation mystique par une grande pureté de cœur, montrer ouvertement par le don de sa sainte présence, par l’abnégation, par le sacrifice, voilà ce que nous qui est le commencement de ses dons surnaturels, l’âme pouvons. Mais atteindre à cette contemplation, si Dieu se trouve si charmée de ce nouvel état, qu’il lui semble lui-méine ne nous hausse jusqu'à elle, la chose nous est qu’elle n’avait jamais connu ni aimé Dieu. » Doctrine impossible. » De inquisitione pacis, I. V, part. 11, c. χιι. spirituelle, 7e principe, a. 2, §1. 5» Cette contemplation â laquelle nous ne pouvons La présence de Dieu sentie, tel est donc le caractère nous élever par notre industrie personnelle, nous fondamental de la contemplation mystique, le trait qui sera-t-il permis du moins de la désirer et de la deman­ lui donne sa physionomie particulière. Malheureuse­ der à Dieu? Les écrivains mystiques n'ont pas tous ment, -elon la remarque très judicieuse du P. Poulain, abordé la question; il semble que plusieurs aient voulu « les ■ -cri vains de seconde main n’ont pas toujours assez esquiver la difficulté. Mais ceux qui n’ont pas reculé mis cette vérité en lumière dans leurs descriptions. Ils devant le problème l’ont tous résolu en affirmant la s’attardent a noter les circonstances secondaires qui ne légitimité de ce désir et de cette demande. Voici d'abord donnent pas d'idées précises. Ils disent, par exemple, le témoignage d’un de nos mystiques les plus éminents : que cette contemplation diffère de la contemplation vul­ « Il nous làut, dit Alvarez, de Paz, distinguer de la con­ templation mystique les dons particuliers qui peuvent gaire en ce qu'elle e«t plus profonde, plus sublime, plus suave, etc Mais ce «ont là des différences de quan­ lui être ajoutés, tels que les extases, les ravissements, tité, non de çua té et d'espèce. » Mystique de S. Jean les visions corporelles ou imaginaires. Désirer ces dons de la Croix, p. 18. note 1. et les demander est chose défendue. Celui qui les reçoit 3· Jusqu'à présent, notre conception de la contem­ doit même décliner avec humilité un si périlleux hon­ plation mvstique reste passablement nuageuse. Nous neur. et supplier Dieu plutôt «le le faire marcher par la voie royale de la souffrance. Quant à la contempla­ savons qu elle est use sensation spirituelle d'un genre 1629 CONTEMPLATION 1630 tion mystique elle-même, est-il permjs de la désirer contemplation à une âme très imparfaite, comme com­ ardemment et de la solliciter avec humilité? Pourquoi pensation d'une épreuve pénible à laquelle il la sou­ pas; n’est-elle pas le moyen le plus efficace d'atteindre met, ou encore qu’il laisse à une âme de bonne volonté à la perfection? Et s'il est légitime de désirer la fin, certains défauts très apparents, afin de la tenir cons­ serait-il interdit de désirer le moyen qui doit conduire tamment dans l’humilité. 11 nous faut donc, en cette à cette fin?... Si donc, ô homme de Dieu, tu l’es disposé matière où tout dépend du bon plaisir de Dieu, nous autant que le permet la fragilité humaine, si tu le sens garder des conclusions hâtives et des jugements préci­ pressé par l’aiguillon de l'amour divin, verse, pour pités. obtenir ce bien, verse des torrents de larmes et le jour 7° Il est certain que tout chrétien qui a la grâce sanc­ et la nuit, et ne prends pas de repos que Dieu ne le l'ait tifiante possède les dons du Saint-Esprit, et non moins accordé'. C'est un don : pour l'obtenir, il faut désirer et certain que ces dons demeurent malheureusement demander. » De inquisitione pacis, I. V, part. 11, oisifs dans beaucoup dames. Le nombre des personnes chez lesquelles leur action devient perceptible, es! c. xm. Un autre excellent mystique, le P. Surin, dans cent malheureusement trop rare. Dans l'état d'oraison qui endroits de ses œuvres, propose comme stimulant aux nous occupe, cette action devient très évidente : la âmes de bonne volonté les joies de la contemplation contemplation mystique ne va jamais sans une inter­ mystique; il va jusqu'à déclarer qu’il n'est personne à vention très active des deux dons d'intelligence et de qui celte contemplation ne soit proposée, personne qui sagesse. ne puisse s’accuser soi-même d’infidélité à la grâce Pour apprécier à sa valeur le don d'intelligence, il tant que ce but n’est pas atteint : « Ces biens mystiques faut comparer les clartés dont il illumine la contem­ sont choses que ceux qui coopèrent â la grâce ordinaire plation infuse, â la lumière vacillante que la simple peuvent espérer. On peut dire à chacun qu'il y peut foi projette sur l’oraison ordinaire. « Entre la lumière atteindre, et que c'est par sa faute, s'il n’y parvient de la foi et la lumière du don d'intelligence, dit le pas, ayant les aides que Dieu donne en l'Église et P. Pergmayr, il y a une aussi grande différence qu'entre l'efficacité du sang de Jésus-Christ qu'il a répandu pour la lumière d’un flambeau et celle du soleil. Si j’entre acquérir ces trésors aux hommes. » Traité de l’amour dans un salon durant la nuit avec un flambeau allumé, de Dieu, I. Ill, c. i. Le dominicain Valgornera a une je vois tous les tableaux qui s'y trouvent, mais impar­ thèse intitulée : « Tous doivent aspirer à la contem­ faitement, et non comme je le voudrais, parce qu’ils ne plation surnaturelle; » et l’argument dont il se sert sont pas suffisamment éclairés. Mais si j'y entre en pour prouver cette thèse, c’est que la vocation à la plein midi, lorsque le soleil éclaire tout, alors je vois sainteté se confond avec la vocation à la contemplation les tableaux dans toute leur beauté. La lumiire du mystique' : « 11 est utile à tous, dit-il, d’aspirer à une soleil est l'image de celle que le don d'intelligence humilité très parfaite, à une douceur très parfaite, à verse dans nos âmes en nous révélant les mystères dan> toutes les autres vertus portées â leur degré le plus une clarté vive, éblouissante, qui nous dispense de parfait. Pourquoi serait-il moins utile d'aspirer à l'orai­ toute recherche pénible, de toute méditation labo­ son la plus parfaite? Il est expédient de désirer une rieuse. » Méditations sur les dons du Saint-Esprit, grande sainteté : le sera-t-il moins de la demander très Tournai, 1872, 6’ médit. instamment à Dieu comme un moyen de procurer sa Pendant que le don d’intelligence illumine ainsi la gloire? » Mystica theologia, Barcelone, 1662; Turin, vérité contemplée, le don de sagesse communique â 1891. part. 111, disp. Ill. celte vérité une agréable saveur. « Le don d'intelligence, Sainte Thérèse affirme aussi avec force que rien n’est dit saint Bonaventure, a pour mission de pénétrer la plus légitime que le désir des biens mystiques. Elle vérité, tandis que le don de sagesse a pour fonction de la goûter. » Tract, de dono intellectus, c. v. Saint déclare que nous sommes tous conviés à ce banquet, et elle promet à toutes les âmes de bonne volonté que Thomas définissait le rôle du don de sagesse en termes Dieu leur donnera à boire de cette eau vive : « Consi­ non moins heureux : « C’est, disait-il. une science dérez, dit-elle, que Noire-Seigneur nous convie tous; savoureuse. » Sum. lheol., I», q. xliii, a. 5, ad 2um. Il il est la vérité même; nous ne saurions douter de la faut donc se garder de confondre les joies de la con­ templation mystique avec celles de la piété ordinaire. vérité de ses paroles. Si ce banquet n’était pas général, « Celles-ci, dit Scaramelli, proviennent de quelque acte il ne nous y appellerait pas tous; et, quand même il de simple foi, en vertu duquel l'âme croit que Dieu est nous y appellerait, il ne dirait pas : Je vous donnerai à boire. Il aurait pu dire : Venez tous; vous ne per­ présent, tandis que les premières proviennent du don de sagesse, qui place lame près de Dieu en le lui ren­ drez rien à me servir; quant à cette eau céleste, j’en dant présent par sa lumière, de sorte que non seule­ donnerai à boire à ceux à qui il me plaira. Mais comme il ne met de restriction ni dans son appel, ment elle croit à sa présence, mais même qu’elle la ni dans sa promesse, je tiens pour certain que tous | sent avec une sensation spirituelle très douce. » Direc­ toire mystique, tr. 111, n. 26. ceux qui ne s’arrêteront pas en route, boiront enfin de 8° Il nous reste à dire quelques mots des degrés de celte eau vive. » Chemin de la perfection, c. xx. 6» La contemplation infuse est-elle toujours une la contemplation mystique. Lorsque l’on consulte sur récompense de la générosité, le privilège exclusif des ce sujet les anciens auteurs, on demeure très perplexe, âmes d'une vertu éprouvée? Non certes; Dieu reste le et l’on ne sait vraiment â quel chiffre s’arrêter. Les uns admettent huit degrés, les autres Jix, d’autres vont maître de ses dons, et il les répartit comme il l’entend. Aussi « la présence de la contemplation mystique n’est jusqu’à quinze. Sainte Thérèse rendit un service incom­ parable â la mystique en introduisant d l'ordre dans pas un signe irrécusable de perfection, pas plus que ce chaos, en créant une classification qui possède tous son absence ne trahit la médiocrité. Tantôt celte con­ les caractères exigés par la science la plus rigoureuse. templation est donnée à une âme parfaite; tantôt elle Sa méthode nous explique pourquoi les écrivains qui est le lot d'une âme imparfaite ». Brancati, Opusc., l’ont précédée ont imaginé des degrés si nombreux : VIL c. xii. Un confesseur qui constate chez une personne favo­ ces écrivains accumulaient les faits sans esprit de cri­ tique, sans les passer au crible, sans se demander s'ils risée de l'état mystique la survivance de défauts vrai­ ne rentraient pas les uns dans les autres. La consé­ ment choquants, ne doit donc ni s’en étonner, ni s'en scandaliser, et encore moins s'empresser de conclure quence, c’est que, sous leur plume, les degrés de la que celte personne est dans l'illusion complète concer- i contemplation se multipliaient et devenaient chaque jour plus nombreux. Sans se douter qu’elle faisait nant son état. Il n'est pas rare que Dieu accorde la 1031 CONTEMPLATION CONTENSON 1632 saint Thomas d’Aquin. Il ne tarda pas à être rappelé â Toulouse, pour y enseigner la théologie (1666). Il professa également dans plusieurs diocèses où la confiance des évêques l’avait appelé. Vers la fin de l'année 1666 ou 1667, il fut chargé d'une mission à Rome où il fut accueilli avec faveur par le généra) de son ordre, alors le P. J.-B, de Marinis. C’est à son retour qu'il continua la compo­ sition de sa Theologia mentis et cordis, dont la pre­ mière partie parut in-fol., Lyon, au mois de février 1668. La date de l'approbation indique qu’il a dû commencer la composition de son ouvrage avant son voyage de Rome. Le P. Jean-Thomas Rocaberti, qui succéda dans le gouvernement général de l’ordre au P. de Marinis (j-1669), favorisa d’une façon toute spéciale Contenson dont il appréciait la valeur. Le 6 juillet 1670, il lui écrivit lui-même, pour lui renouveler la permission d'imprimer son ouvrage. En même temps, afin de lui donner plus de facilité pour travailler, il l'attira à Paris, au couvent de Saint-Honoré. Cf. Lettre de Contenson à son frère, lieutenant de la judicaturb royale d’Auvillar, dans Bezaudun, appendice. En même temps qu’il écrit, Contenson prêche avec le plus grand succès à Toulouse, Bordeaux, Rennes, Beauvais, etc. Sa santé fort compromise ne put suffire à tant de tra­ vaux. Pour lui procurer un changement d’air, ses supé­ rieurs l’envoyèrent à Creil. H n’en continua pas moins la composition de son ouvrage. L’évêque de Beauvais, Mvde Buzenval, lui ayant demandé de faire quelques instructions aux fidèles de Creil, il prêcha tous les jours de lavent 1674. C’est a l’issue de cette prédica­ tion qu'il mourut d’épuisement, le 26 décembre 1674, à peine âgé de 33 ans. Il fut enterré dans l'église de Tous les écrivains mystiques ont disserté longuement sur ta Creil. contemplation, et une foule d'auteurs ascétiques ont touché inci­ L’unique ouvrage de Contenson est sa Theologia men­ demment à cette question. Une bibliographie complète du sujet tis et cordis seu speculationes universes doclrinæ saserait donc disproportionnée avec le cadre d'un simple article. cræ. Quelques années auparavant, Louis Bail (1610-1669; Nous renvoyons les lecteurs désireux de se documenter d une avait donné La théologie affective ou saint Thomas en façon sérieuse â la savante bibliographie que te P. Poulain a in­ méditations, in-fol., Paris, 1654. Voir t. Il, col. 36. Il sérée à la suite de son très remarquable ouvrage, Les grâces d’oraison, Paris, 1901. est possible que la lecture de cet écrit ait amené P. Lejeune. Contenson à composer un ouvrage analogue. Tout en CONTENSON ou CONTENSOUStGuillaume de), conservant à peu près l’ordre de la Somme théologique, dominicain, naquit en 1641, à Auvillar (Altavillaris), il fait suivre chaque section de considérations ascéti­ village de la province de Guyenne, faisant alors partie ques et mystiques, reflexiones, naissant naturellement du diocèse de Condom, il était fils de Jean de Contenson. de l'intelligence du dogme, et plus généralement em­ bachelier en théologie et docteur en droit, qui plus tard pruntées aux Pères. Surpris par la mort, il ne put devint préire à son tour. Guillaume commença (1649) achever complètement son ouvrage. Le P. Massoulié, ses études, en qualité d’externe, au collège des jésuites de la même maison de Saint-Honoré, le termina en de Montauban, ville où son oncle était prévôt du chapitre partie sur les notes de Contenson, en partie de son et en même temps grand-vicaire de l’évêque. 11 ne man­ propre travail. Les principales éditions de la Theologia qua jamais de rendre hommage à ses anciens maîtres mentis et cordis, 2 in-fol., sont celles de Lyon, 1668pour le soin qu'ils avaient pris de son éducation intel­ 1669, 1687; Cologne, 1687 ; Venise, 1727, cum supple­ lectuelle et morale. Theologia mentis et cordis, 1. IV, mento de extrema unctione, ordine et matrimonio; diss. III, c. n. Ses études achevées, vers la fin de Cologne, 1722; Venise, 1787 ; 4 in-4°, 1790; Turin, 1768; septembre 1655, il fit les premières démarches pour Paris, 1874-1875, 1886. entrer dans l’ordre des prêcheurs, â Montauban, dont Comme points particuliers de la doctrine de Contenson, le couvent, ruiné par les protestants en 1565, puis réta­ signalons la position hostile qu’il a prise, un despremiers, bli en 1632, sous l’épiscopat d’Anne de Murviel, n’avait contre le probabilisme, qu’il altaqua dans une longue pu être définitivement installé qu’en 1653, avec une dissertation, Theologia, 1. VI, diss. Ill, De novello pro­ chapelle et seulement trois religieux. Quand il se pré­ babilitatis commento, t. II, p. 94-206, à la fois sur le senta, il n’avait que 15 ans. C’est en vain qu’il solli­ terrain historique et doctrinal. Aussi est-il communé­ cita de son père la permission d’entrer en religion, sa ment rangé au nombre des théologiens rigoristes et famille demeura inllexible et il dut s’enfuir. Il se retira tutioristes. L’attitude de Contenson en face du jansé­ au cou-ut de Toulouse (1656) et fit profession le 2 fé­ nisme fut moins franche. Avec les papes, il condamna vrier 1657. Il parcourut le cycle ordinaire des études nettement la doctrine contenue dans les cinq propo­ théologiques, puis, pendant deux ans, s’appliqua plus sitions extraites de l’ztvÿuslinus. Theologia, 1, Vil, spécialement à l'étude de l’Écriture, du droit canon, diss. VI, t. π, p. 436-451. Mais il cherchait à sauver des Pères, de l’histoire ecclésiastique. A peine âgé de l'orthodoxie de Jansénius lui-même, en prétendant 24 ans, il fut envoyé sur la demande de Gaspard de qu’il n'avait voulu soutenir que la doctrine catholique Daillon de Lude. premier archevêque d’AIbi, dans cette de la grâce efficace; aussi expliqua-t-il dans ce sens les ville pour y occuper la chaire publique de philosophie cinq propositions. PuisqueAlexandre Vil exigeait l'adhé­ (1664-1665·. Sans cesse en controverses avec les protes- | sion â la condamnation de ces propositions, non seule­ tants très nombreux en cette partie du royaume, il se | ment prises dans leur sens obvie, mais dans le sens servit avec le plus grand succès du Contra gentiles de même de l'auteur, il faut recevoir la décision gontiœuvre scienlilique, la sainte inaugura un système de critique qui ruine toutes ces classilications échafaudées au hasard. La loi de ce système n'a pas été formulée par elle; mais la voici telle qu’elle se dégage claire­ ment de son œuvre : tout degré de la contemplation est constitué par un fait nouveau s'ajoutant aux faits des degrés précédenls; et il est nécessaire que ce fait soit directement et facilement observable. C’est en vertu de cette loi que sainte Thérèse rédui­ sit à quatre les degrés de la contemplation infuse. A l'échelon le moins élevé se trouve la quiétude; et ce nom doit être appliqué à tonte union mystique dans laquelle lame éprouve encore des distractions. Plus haut, nous rencontrons l’union pleine, dans laquelle le sentiment de Dieu présent est assez fort pour em­ pêcher toute distraction. Néanmoins, dans ce second degré de contemplation, on peut encore recevoir les impressions des sens, et exécuter des mouvements volontaires, et par suite sortir de l'oraison. Dans le troisième degré, au contraire, l'extase, les sens n’agissent plus et tout mouvement corporel est devenu impossible. L'union transformante, aussi appelée du nom de mariage spirit/ el, occupe le sommet de la vie mystique. Deux faits la caractérisent : l’âme jouit presque sans interruption de la vue intellectuelle de Dieu ; de plus, elle a conscience d’etre déifiée, de par­ ticiper dans ses actes à la vie divine. Sauf variantes de peu d’importance, cette classification de sainte Thérèse est aujourd’hui généralement admise; elle est devenue presque classique, et les écrivains qui traitent de la mystique auront intérêt à ne s’en écarter jamais. 1633 CONTENS.ON — CONTINENCE ficale avec le plus grand respect. Toutefois, il pense que les jugements de l’Église sur les questions de fait ne sont pas infaillibles. Si on doit les recevoir, c’est simplement par respect dû au pouvoir légitime, dont les décisions ne sont pas évidemment contraires à la vérité. Theologia, I. I, prolog. II. c. n, corol. n, t. i. p. 56-60. D’où, selon lui, refuser son adhésion aux faits singuliers définis par l’Église, ne serait pas une héré­ sie; ce serait seulement une témérité de s’opposer sans raison aux directions pontificales en ces matières. 1634 teté intérieure et extérieure par la réception des ordres sacrés ou par le vœu solennel émis dans un ordre reli­ gieux proprement dit. La vertu et le vœu de chasteté ayant été étudiés ci-dessus, voir Chasteté, on considé­ rera ici le célibat surtout au point de vue de l’absten­ tion du mariage imposée aux clercs majeurs. Les ori­ gines de cette discipline et son histoire jusqu’au l" con­ cile de Latran ont déjà fait le sujet d’un autre article, voir Célibat; il reste donc à compléter son histoire à partir du xir siècle et à exposer la législation cano­ nique en vigueur depuis cette époque, puis à répondre Qilétïi-Echard,Scriptores ord. prsedicat.. t. il, p. 656-657, 770; aux attaques dont le célibat ecclésiastique a été l’objet. hurler, Nomenclator. I. il,col. 33; Bezaudun, Une gloire domi­ IL Histoire du célibat ecclesiastique depuis le nicaine. Histoire du T. It. P. de Conlenson. Montauban, 1863; Moreri, Grand dictionnaire historique, Paris, 1725, t. ni, 1" concile de Latran (I l 23). — -1» Du concile de La­ p. 382; Werner, Der heilige Thomas von Aquino, t. III, p. 145, tran au protestantisme (1123-15T7). — Les abus contre 365, 375, 377; Htstorisch-pulitische Blotter, 1873, t. i.xxi, lesquels Grégoire VII (1073-1087) avait lutté avec tant p. 102; Monatroscn, 1887, p. 1-11 ; Dollinger et Reusch, Gesde vigueur étaient loin d’avoir disparu cinquante ans ehichte der Moralstrelligkeiten, Nordlingen, t. 1, p. 43.106,112; après; pour les déraciner entièrement, il ne fallut rien t. il, p. 67, 71 ; Fr. Ter Itaar. Dus Decret des Papstes Innocent XI moins qu’une longue série de papes pleins de zèle et itber den Prvbabilismus, Paderburn, p. 39, 159. d’énergie, bien secondés par leurs légats et aussi, très R. Coii.on. généralement, par les évêques diocésains. C’est parcenCONTI (Armand de Bourbon prince do), né à taines, en effet, que l’on compte pendant cette période Paris en 1629. mort à la Grange prés de Pézenas, les conciles provinciaux et les synodes diocésains qui se en 1666. Fils de Henri II, prince de Condé et frère du grand Condé et de M™· de Longueville, à peu près sont occupés de restaurer sur les bases traditionnelles bossu, il fut d'abord destiné à l'Eglise et reçut plusieurs la discipline du célibat, mais tout ce grand mouvement était dû à l’initiative des papes, il suffira deciter Inno­ abbayes, il fut très mêlé aux troubles de la Fronde, renonça finalement à l’Église pour l'armée et épousa cent II (1130-1143), qui convoque le IIe concile de La­ tran ou les défenses portées par le concile précédent une nièce de Mazarin, Marie Martinozzi, 1654. La prin­ furent renouvelées et précisées; Alexandre III (1159cesse n'était alors qu'une honnête païenne et lui un 1181), Innocent III ('1198-1216) et Grégoire IX (1227débauché. Mais en '1655, étant malade et ayant vu Pa­ villon, évêque d'Aleth, il se convertit; sa femme le 1241), dont les nombreuses décrétales ont été insérées suivit en IC57 et tous deux s'enrôlèrent dans la clientèle en partie dans le Corpus juris sous les titres De biga­ de Port-Royal. Il écrivit dés lors Neuf lettres sur la mis non ordinandis du L I" ; De cohabitations cleri­ grâce et sur la liberté, en réponse à celles du P. des corum et mulierum ; De clericis conjugalis; De con­ Champs sur le même objet, Cologne, 1679; un traité versione conjugatorum, au 1. IIIe, et Qui clerici vel vo­ ventes matrimonium contrahere possunt, au L IV'. des Devoirs des grands, avec un Testament, Paris, 1667 ; un 7 raité de la comédie et des spectacles selon En outre, sous Alexandre III, s’était tenu le III' concile la tradition de l’Église, Paris, 1667, attaqué par l’abbé de Latran (1179); le IV' avait eu lieu sous Innocent III d’Aubignac; un traité des Devoirs des gouverneurs de (1215); ces deux assemblées avaient rendu également province, 3 in-12, Paris 1667. Quand il mourut, il était des décrets corroborant ceux de 1123 et de 1139. L’ac­ tion personnelle des papes était multipliée par celle de depuis 1660 gouverneur du Languedoc. I leurs légats, soit par les lois que ceux-ci édictaient pour Les Mémoires du temps et en particulier les Mémoires de 1 les pays de leur légation, soit grâce aux conciles qu’ils < -.suce, édités par la Société de l'histoire de France, 2 in-8·. y convoquaient ou aux sanctions qu’ils prononçaient 1852; Sainte-Beuve, Causeries du lundi, passim, mais surtout contre les délinquants. Enfin, par leurs paroles ou par t. v, p. 25-41 : duc d'Aumale, Histoire des princes delà maison leurs écrits, divers saints évêques ou des docteurs de Condé. 1886, t. vi; Cousin, Madame de Longueville, in-8·, furent d’utiles auxiliaires de la cause du célibat. Il faut Paris. 1853. C. Constantin. nommer, sous le pontificat d’Ilonorius II (1124-1130), CONTINENCE. — L Notion. IL Histoire depuis le saint Norbert, fondateur de l’ordre des prémontrés, |-r concile de Latran (1123). 111. Législation canonique mort archevêque de Magdebourg, mais qui préciia touchant le célibat ecclésiastique. IV. Réponse aux longtemps en France; Jean de Salisbury, le célèbre évê­ objections. que de Chartres, au temps d’Alexandre III, Epist.,P. L., I. Notion. — En tant que vertu, la continence, dit t. cxcix, passim; saint Thomas, Sum. theol., Suppl., saint Thomas, Sum. theol., Il* II·, q. cxlv, a. unie., q. lui, a. 3, et saint Bonaventure, In IV Sent., 1. IV, se rattache à la vertu spéciale de tempérance. Elle a, en dist. XXXVII, q. hi, contemporains du B. Grégoire X diet, ainsi que la tempérance, pour objet matériel les (1271-1276). Les divers textes pontificaux, conciliaires, appétits qui portent l'homme aux plaisirs des sens et synodaux, etc., de cette époque, cf. Boskovàny, Coeli­ pour objet formel de contenir ces appétits dans les batus cl breviarium, t. n, se ramènent aux chefs sui­ limites tracées par la raison. Ibid., q. cxli, a. 1, 2; q. vants : défense aux clercs de garder chez eux ou de ·- v, a. I sq. Or, parmi ces appétits, les plus violents fréquenter des femmes pouvant donner lieu à soupçon; sont ceux qui tendent à la conservation de l’individu ou défense de conférer ou de laisser les bénéfices ecclé­ a celle de l’espèce; ainsi, la recherche de la nourrisiastiques à des clercs mariés; interdiction de la suc­ ture et les convoitises de la chair sont l’objet matériel cession des fils dans les bénéfices laissés par leurs propre de la continence. Ibid., q. ci.v, a. 2. Toutefois pères; interdiction à ceux-ci de tester en faveur de leur à côté de cette signification aristotélicienne du mot con­ concubine; enfin, sanctions diverses depuis l’obliga­ tinence il en est une autre non moins usuelle et que tion de renvoyer toute femme suspecte jusqu'à l'excom­ nous retenons ici, qui fait consister cette vertu dans munication et à l'expulsion des réfractaires. Il est à i abstention complète des plaisirs charnels comme on remarquer en outre que si aucune des régions de la le voit en saint Paul, I Cor., vu, 9. Cf. S. Thomas, Sum. catholicité n'a été exempte de cette lèpre qui fut si theol., II’ II”, q. ci.v, a. I. Ainsi entendue, la conti­ longue à guérir, c'est en Angleterre et surtout en Alle­ nence se confond avec la chasteté et trouve son expres­ magne et en Suède qu’elle sévit avec le plus d'inten­ sion parfaite dans le célibat ecclésiastique, c'est-à-dire sité : du moins la plupart des lettres des papes du xi· Uans l’état de l’homme voué irrévocablement à la chasau XIV' siècle sont adressées aux évêques de ces pays. D1CT. DE T1IÉOL. CATHOL. III. - 52 1635 CONTINENCE et c'est aussi dans ces régions que les légats pontifi­ caux ont déployé le plus d'activité. Pendant le xtve siècle, parmi la foule des conciles provinciaux, on distingue le concile général de Vienne (1311 qui décréta l'excom­ munication contre les clercs majeurs et contre les reli­ gieux et religieuses qui contracteraient mariage. Cf. Clementin., 1. IV, tit. un., c. un. Un siècle plus tard (1425), le concile de Bâle, voulant achever d'ex­ tirper du sein du clergé le concubinage, rendit un décret qui fut adopté par plusieurs conciles provin­ ciaux ou synodes diocésains et même, en 1514, par le Ve concile général de Latran; en 1517, il fut inséré dans le concordat passé entre Léon X et François Ier. Cf. Roskovàny, op. cit., t. il, n. 1217-1224. Les dispo­ sitions de ce décret, qui gradue les peines à appliquer aux clercs concubinaires, ont été reprises en substance par le concile de Trente, sess, XXV, c. xtv; sess. XXI, c. vt. Malgré tant de lois précises, le prêtre Jean Laillier osait encore, en 1486, prêcher que le célibat n’était pas obligatoire pour les prêtres. Sa doctrine fut censurée par la faculté de théologie de Paris, qui condamna de même en 1525 les erreurs de l'écrivain Wolfgang Schuh et en 1527 les témérités d’Érasme. Cf. Roskovàny, t. H, p. 42, el n. 1252. 2° De Luther â la Dévolution française (1011-1191). — Luther n'attaqua pas le célibat ecclésiastique dés le commencement de sa révolte contre Rome, mais il dut, pour rester à la têle du mouvement qu’il avait créé, dépasser ses premières erreurs. 11 se mit donc à prêcher et à écrire contre le célibat et ne tarda pas à donner, en se mariant avec Catherine Bora (1525), un exemple doublement sacrilège. La clérogamie et même le mariage des religieux furent dès lors admis par les protestants comme on le voit dans la Confession dite d’Augsbourg qu’ils présentèrent en 1530 à l’empereur Charles-Quint, puis, en 1534, au roi de France Fran­ çois 1er; les princes allemands passés à la réforme en­ voyèrent même des députés â Henri VIH, roi d'Angle­ terre, pour l’attirer à leur parti, mais ils ne furent écoutés nulle part. L’empereur leur opposa une solide réfutation de leurs accusations contre le célibat; Ros­ kovàny, op. cit., n. 1262 sq.; le roi de France consulta la Sorbonne qui se contenta de faire demander aux protestants s’ils croyaient à cette Église infaillible dans la foi et dans les mœurs, qui reconnaît pour chefs saint Pierre et ses successeurs, Roskovàny, loc. cit., n. 1268; enlin, Henri Vlll lui-rnème, tout engagé qu’il fût alors dans le schisme, défendit énergiquement le célibat ecclésiastique comme une tradition fondée sur l’Écriture et remontant aux origines mêmes de l’Église. Ros­ kovàny, op. cil., n. 1272. Cependant le pape Paul III (1534-1550) avait décidé de convoquer un concile général qui se réunit effecti­ vement à Trente en décembre 1545, mais fut suspendu pour cause d’épidémie, en 1547. Durant celte interrup­ tion, Charles-Quint crut devoir demander au saintsiège d'envoyer en Allemagne des légats avec pouvoir d’absoudre les prêtres, très nombreux, qui avaient con­ tracté mariage et même de permettre à ceux qui ne voudraient pas se séparer de leurs femmes de vivre avec elles. Tandis que cette demande était longuement examinée à Rome, l’empereur rendit le décret connu sous le nom d'intérim, aux termes duquel les prêtres mariés devraient être tolérés jusqu’à décision contraire du concile général; toutefois, devant les protestations des princes catholiques et du saint-siège, ce décret ne fut pas maintenu. En 1548. les légats demandés furent envoyés, mais leurs facultés ne leur permettaient d’ab­ soudre et de réintégrer dans tous leurs droits anté­ rieurs que les clercs majeurs qui renverraient leurs prétendues < pou ses. Roskovàny, op. cil., t. n, n. 1304. Cependant, quelques années après ( 1554), sous le règne de Marie Stuart, le pape Jules HI (1550 1555), en vue 1636 de faire cesser le schisme d'Angleterre, fit des conces­ sions plus étendues. H autorisa son légal Polo à valider les mariages précédemment contractés par les clercs majeurs, sous la réserve que ceux-ci ne pourraient être pourvus d’aucun bénéfice ni exercer aucune fonction d'ordre. Roskovàny, op. cil., t. n, n. 1333. Réuni une seconde fois en 1561-1562, le concile de Trente fut de nouveau interrompu et ne reprit ses ses­ sions qu’en 1562, mais dés 1560, l’empereur Ferdinand avait fait auprès de Pie IV (1559-1566) des instances pour obtenir la mitigation de la loi du célibat. Le pape répondit que cette question restait réservée à l’examen du concile. Sur de nouvelles sollicitations de l’empe­ reur, les présidents de celte nouvelle assemblée décla­ rèrent que le concile ne pouvait pas mettre en discus­ sion la question du mariage des prêtres à cause du scandale qu’elle ne manquerait pas de causer parmi les catholiques. C’est seulement dans ses trois der­ nières sessions (surtout dans la XXIVe et la XXVe) que les Pères de Trente ont légiféré dogmatiquement et au point de vue disciplinaire sur le célibat. L’obli­ gation en a été maintenue telle qu’elle avait été for­ mulée en 1123 et a été entourée de sanctions sinon nouvelles du moins plus précises. Néanmoins, après la conclusion du concile, l’empereur Ferdinand et son successeur Maximilien II, auxquels se joignit le duc Albert de Bavière, revinrent à la charge, mais Pie IV n'accorda rien et réussit au contraire à obtenir l’ac­ quiescement de l’empereur aux décisions rendues à Trente (1555). Une tentative du même genre eut lieu en 1578 de la part de Jean III, roi de Suède, pour ré­ tablir, disait-il, la religion dans son royaume. La ré­ ponse de Rome fut que les vrais moyens à cet effet étaient ceux que le Saint-Esprit a établis dans son Église. Roskovàny, op. cit., t. il, n. 1527 sq. Plus de deux siècles devaient s'écouler avant que la discipline du célibat ecclésiastique donnât lieu à de nouveaux débats, bien que de nombreux et tristes abus existassent toujours en Allemagne, cf. Roskovàny, op. cil., t. il, n. 1490, par suite du contact des catho­ liques avec les protestants. C’est sous le pontificat de Grégoire Xlll (1572-1585), que les luthériens tentèrent d'amener à eux les schismatiques grecs (1574-1580). Leurs théologiens de Tubingue écrivirent plusieurs fois en ce sens à Jérémie, patriarche de Constantinople; ils en reçurent chaque fois une si vigoureuse défense de la tradition du célibat, que Grégoire Xlll envoya au patriarche une lettre de félicitations. Roskovàny, op. cil., n. 1493-1499. Cependant un des successeurs de Jérémie, Cyrille Lucaris, donna dans l’hérésie cal­ viniste, toutefois ce ne fut pas un triomphe pour les novateurs, car Lucaris fut aussitôt déposé et la doctrine de Calvin frappée d’anathème (1638). Du côté des ca­ tholiques, de la fin du xvte à celle du xvine siècle, les faits les plus saillants furent : les dispenses accordées individuellement à quelques diacres ou sous-diacres; l'excommunication et la déposition prononcées par Grégoire XIII contre Gebhard de Truchsess,archevêque et électeur de Cologne, qui avait osé passer au luthé­ ranisme et contracter mariage; les constitutions et instructions de Benoit XIV, Etsi pastoralis, du 26 mai 1742; Eo quamvis tempore, du 4 mai 1745, et Anno vertente, du 19 juin 1750, où ce pape règle la question du célibat pour les Jtalo-Grecs et les coptes catho­ liques; enfin, la condamnation par Pie VI, en 1789, du décret rendu à Ems par les députés des quatre arche­ vêques électeurs d’Allemagne, décret aux termes duquel le pouvoir de dispenser des vœux de religion et de l’empêchement d'ordre était attribué aux ordinaires diocésains. Roskovàny, op. cil., t. Il, n. 1942 sq. 3° De la Révolution jusqu’à nos jours. — En 1791. les évêques de France, même les constitutionnels, furent si unanimes à soutenir la loi du célibat, qu’il 4637 CONTINENCE 1638 n’y aurait pas lieu de mentionner ici la Révolution i vœu susdit, qu’il soit anathème. » Ainsi, aux yeux de française si, durant ces temps de bouleversements et l’Église latine, il y a incompatibilité entre l'état matride violence, un très grand nombre de prêtres et de re­ I monial et celui où le clerc se fixe, dès le sous-diaconat, ligieux n'avaient pas été infidèles à leurs vœux. Sur la en se vouant à perpétuité au service des autels. demande du gouvernement consulaire, Pie VII consen­ a) Cependant, il ne suit pas de là que l’obligation du tit à user d’indulgence et accorda à son légat, mais célibat soit absolument inséparable de la réception, pour un temps déterminé et seulement vis-à-vis des supposée valide, des ordres sacrés. Plusieurs excep­ ecclésiastiques séculiers, les plus amples pouvoirs. tions ont été envisagées par les canonistes. La première Voir Concobdat DE 1801, col. 760. Quant à ceux qui concerne ceux qui auraient été ordonnés en bas âge, négligèrent d'user de ces facilités en temps voulu, ils tels les enfants à qui les coptes conféraient, aussitôt durent s’adresser individuellement au saint-siège. après le baptême, les ordres sacrés, sauf la prêtrise, Ilans tous ces cas, néanmoins, la loi du célibat subsis­ afin de se procurer ainsi les nombreux ministres requis tait encore en partie, vu l’interdiction formelle faite â par leur liturgie pour les cérémonies pontificales. Or, ceux qui seraient mariés d'exercer aucune fonction d’après Benoit XIV, const. Eo quamvis, du 4 mai 1745, ecclésiastique. De plus, depuis ce moment, dans le ces ordinations sont valides, si les autres conditions de silence du code civil, la jurisprudence française a con­ validité ont été observées. Alors, ces enfants ne sont-ils sidéré les ordres sacrés comme un empêchement diri­ pas, par le fait, obligés au célibat? Non, dit le pape, mant au mariage; elle ne s'est modifiée qu’en 1888. à mais, s’ils se convertissent au catholicisme, on devra la suite d’un arrêt contraire de la Cour de cassation. leur demander, quand ils auront atteint un âge suffi­ Allègre, Le code civil commenté, 5e édit., t. t, p. 147. sant (16 ans), s’ils veulent persévérer ou non; l’obliga­ L’année 1816 vit commencer en Bavière un mouve­ tion au célibat dépendra pour eux de leur consente­ ment tendant à l’abrogation du célibat; l’agitation ment. La deuxième exception vise le sujet qui, sans s'étendit à la Silésie et à la Pologne prussienne et avoir été entraîné de force à l'ordination (autrement, surtout au grand-duché de Bade et dura jusque vers elle serait invalide), ne s’est laissé ordonner que sous le le milieu du siècle. Ces tendances, « tristes symptômes coup de menaces graves et injustes. Quoique validede l'esprit mondain et de la pauvreté intellectuelle du ment ordonné, il n’a pas contracté les obligations inhé­ clergé au sein duquel elles se manifestèrent, » dit Lau­ rentes à l’ordre reçu, bien qu’il ne puisse pas s’en rin, Staatslexikon, t. I, art. Cœlibat, furent énergique­ exonérer sans un jugement conforme du saint-siège. ment combattues par les évêques et par le saint-siège. Si toutefois, après l’ordination, il venait à la ratifier, Dans son encyclique Mirari du 15 août 1832, Gré­ ne serait-ce qu’en exerçant l’ordre qu'il a reçu, il en goire XVI (1831-1846) rappelle que le célibat est « une assumerait par là irrévocablement toutes les charges. institution très sainte » et dénonce et condamne les Sancti-Leitner, Prælect. juris canonici, I. I, tit. xi, ellorts visant à sa suppression comme une « honteuse De temporibus ordinationum, η. 13. Les théologiens conjuration ». Pie IX (1846-1878) exprime les mêmes ont discuté le cas du sujet qui, lors de son ordination, pensées dans son encyclique Qui pluribus, du 9 no­ ignorait invinciblement que l’obligation de la chasteté vembre 1846, et dans ses brefs Inter gravissimas du était attachée à l’ordre reçu. Cette question en sup­ 17 mai 1849, et Multiplices inter du 10 juin 1851, pose une autre : D’oû l’obligation du célibat dériverappelés dans le Syllabus à la lin du § 8, Benzinger, t-elle immédiatement? Est-ce d’un vœu émis par l’orn. 1623; en outre, il a maintenu dans sa constitution dinand ou seulement de la loi de l’Église? D’après Apostolicæ sedis l’excommunication portée par le con­ Ballerini, Opus theologium morale, tr. IX, n. 26, cile de Vienne contre les clercs et religieux qui, tenus cette obligation résulte du vœu que tout ordinand au célibat, oseraient contracter mariage. Excommunie, émet, au moins implicitement, en recevant librement episcopis sice ordinariis reserv., η. 1. Les vieux-catho­ un ordre sacré, tandis que la solennité de ce vœu et liques de Munich n’en décidèrent pas moins dans leur son elfel dirimant quant à tout mariage subséquent cinquième synode, tenu du 13 au 14 juin 1878, que, viennent uniquement de la loi ecclésiastique. Mais cette pour eux, le mariage contracté après le sous-diaconat distinction est purement logique, puisque l’eflet diri­ n'était frappé d’aucun empêchement dirimant et ne mant du vœu suppose nécessairement l'existence du faisait point obstacle à ce que le contractant fût chargé vœu; ainsi tout revient à dire que l’obligation du célibat des fonctions pastorales; mais à la suite de cette déci­ dérive du vœu en question. C’est, du reste, la doctrine sion plusieurs professeurs de Bonn se séparèrent d’eux. commune, qui se fonde principalement sur les paroles Cl. Kirchenlexikon, t. I, art. Allkatholiken. de Boniface VIII, c. unie. De voto, in 6·. Il suit de là III. Législation canonique touchant le célibat que, dans le cas d’ignorance invincible, le vœu étant ecclésiastique. — 1» Prohibition du mariage des impossible, le sujet ne serait pas tenu à la chasteté, clercs majeurs. — 1. Dans l’Église latine. — On a vu, du moins au for interne, car pour être libre au for art. Célibat, que le canon 21 du I" concile de Latran externe, il devrait obtenir un jugement du Saint-Siège. 1123), renouvelant les anciennes défenses, a interdit Quant à celui qui recevrait un ordre sacré avec la vo­ aux prêtres, aux diacres et aux sous-diacres, ainsi lonté formelle de ne pas s’engager à la chasteté, il res­ qu’aux religieux, d’avoir des épouses ou de contracter terait tenu de prendre cet engagement que l’Église mariage, et a prescrit, au cas où de telles unions au­ exige de tous ses ministres sacrés. Si néanmoins il s'y raient été contractées malgré cette défense, de séparer refuse, et pèche contre la chasteté, sa faute ne laissera les parties et de les soumettre aux pénitences fixées pas d’être un sacrilège en tant que violation, sinon d’un par les saints canons. En 1139, le II· concile de Latran vœu, du moins de la vertu de religion qui est le motif instituait l’empêchement dirimant d’ordre en déclarant, du précepte de l’Église. S. Alphonse, Theologia mora­ cnn. 7, Mansi, t. xxt, col. 527, ne pas reconnaître pour de lis, tr. VI, n. 809. vrais mariages ceux que les évêques, prêtres, diacres, b) L’incompatibilité entre le mariage et les ordres sous-diacres, religieux profès, prétendraient contracter sacrés ne doit pas s’entendre en ce sens que le ma­ au mépris des règles de l’Église. Ce point a été précisé riage antérieurement contracté empêche absolument le • n toute rigueur par le concile de Trente, sess. XXIV, mari d’être promu, du vivant de sa femme, aux ordres De matrimonio, can. 9. « Si quelqu’un, dit-il, soutient sacrés. Il peut l’être, moyennant les deux conditions que les clercs constitués dans les ordres sacrés ou que suivantes : a. Il est nécessaire que la femme consente les religieux qui ont fait profession solennelle de chasà l’ordination de son mari, c. 1, De conversione con­ t· té peuvent contracter mariage et que ce mariage se­ jugatorum, 1. Ill, sauf le cas où, en se rendant cou­ rait valide nonobstant la loi de l’Église ou malgré le pable d’adultère, elle aurait donné à son conjoint le 4639 CONTINENCE droit de se séparer d'elle pour touiours, c. iv, xv, De divortiis, 1. IV. Faite â l'insu de la femme ou malgré elle, l’ordination ne laisserait pas d'être valide, mais la femme aurait alors le droit d’obliger son mari à réin­ tégrer la vie conjugale, quand même le mariage n’au­ rait pas encore été consommé entre eux. En elfet, l'ordination ne dissout pas le mariage ratum non con­ summatum; la profession religieuse solennelle a seule ce privilège. Exlravag. antiquæ Joannis XXI J, De voto. Dans tous les cas, le mari ainsi rendu â la vie séculière ne pourrait pas, à cause de l'empêchement d’ordre, contracter un nouveau mariage après la mort de sa femme ; il devrait reprendre l'état ecclésiastique ou entrer en religion. — b. La seconde condition exi­ gée pour l’admission du mari aux ordres sacrés est que sa femme entre en religion et y fasse profession. Celte clause est de rigueur, si le mari doit être sacré évêque, c. C, De conversione conjugatorum, et aussi quand la femme, en raison de sa jeunesse ou de cir­ constances spéciales, court danger de manquer à la continence. Si ce danger n’existe pas, la femme peut être admise à rester dans le monde, à la condition d'émettre, devant l'autorité ecclésiastique et en pré­ sence de témoins, le vœu de chasteté perpétuelle. C. 2, De clericis conjugat is; c. 4, 5, 8, 13, De conversione conjugatorum, 1. Ill Decret. Ce vœu n’est pas solen­ nel, dit Boniface VIII, in c. unie. De voto, in 6», néan­ moins, d'après Benoit XIV, De synodo diœcesana, I. XII, c. xn, n. 16, il aurait pour effet d'annuler le mariage que la femme voudrait contracter après la mort de son mari ; cependant saint Alphonse, Theologia moralis, I. VI, η. 812, dub. Il, donne comme probable l'opinion opposée. Les règles précédentes sont entièrement applicables à l'entrée en religion de l’un des époux du vivant de l’autre, sons réserve des deux remarques suivantes : a) La profession religieuse faite sans le consentement de l’autre partie est nulle, c. π, xn, De conversione conjugatorum, excepté cependant le vœu de chasteté qui subsiste, mais seulement à l’état de vœu simple. Par suite, si la partie non consentante exige le retour de son conjoint, les droits de celui-ci en matière d'usage du mariage sont limités par le vœu en question; de plus, ce même vœu constitue un empêchement simple­ ment prohibitif, il est vrai, au mariage que ledit con­ joint voudrait contracter après la mort de l’autre partie. Cf. Santi, op. cit., De convers. conjugat., n. 5. — b) Lors­ que la profession solennelle faite par l’un des conjoints est valide, le lien matrimonial existant entre eux est dis­ sous si Je ma riage n’a pas été consommé,conciledeTrente, sess. XXIV, De matrimonio, can. 6; dès lors, la partie demeurée dans le siècle peut se remarier librement. 2. Dans l’Église grecque. — Les ordres majeurs, l’épiscopat excepté, ne sont pas considérés comme in­ compatibles avec la vie matrimoniale. A la vérité, le concile in Trullo (693) interdit aux sous-diacres, dia­ cres et prêtres, de se marier, can. 6, mais il autorise, can. 13, ceux qui seraient mariés auparavant à continuer de vivre avec leurs épouses. Le canon 6 n’est même pas observé par la plupart des Grecs : ils regardent le sousdiaconat comme un ordre mineur, de sorte que chez eux, ceux qui ont reçu cet ordre sont autorisés à se marier. Toutefois les Italo-Grecs, c’est-à-dire les fidèles du rite grec habitant l’Italie ou les lies voisines et sou­ mis à la juridiction d’évêques latins, ont été ramenés, au sujet des sous-diacres, à la règle de l’Église latine, par la constitution Etsi pastoralis (l«r juin 1742) de Benoit XIV. qui interdit expressément aux sous-diacres de se marier après leur ordination. Quant aux évêques et aux religieux, la règle est la même chez les Grecs que chez les Latins. L'épouse du prêtre qui serait promu à l'épiscopat devrait également entrer dans le cloître. Concile in Trullo, can. 44, 48. * 4640 L’Église romaine tolère la discipline abusive intro­ duite par le concile in Trullo, voir plus bas. Or, en interdisant le mariage après la réception des ordres sacrés, ce concile ne dit pas que le mariage serait nul ; l’est-il ou non? Il est certainement nul chez les ItaloGrecs en vertu de la constitution précitée de Benoit XIV qui le déclare expressément, mais quant aux autres Orientaux, la discussion est toujours pendante entre canonistes. Cf. de Angelis, Prælectiones juris cano­ nici, t. ni, p. 158 sq.; Santi, Prælectiones juris cano­ nici, 1. Ill, tit. in, n. 20. L’opinion la mieux fondée et la plus conforme à la doctrine des Congrégations ro­ maines soutient la nullité des mariages contractés par les clercs orientaux après leur promotion aux ordres sacrés. 2“ Cohabitation des clercs avec les femmes. — Dans l’Église d’Orient comme dans celle d’Occident, la loi du célibat est complétée par celle qui fait l’objet du titre il, De cohabitatione clericorum et mulierum, au III’ livre des Décrétales. Déjà portée par le I" con­ cile de Nicée (325), cf. Gratien, c. 12, dist. XXXII, cette loi a été renouvelée en même temps que celle du célibat par le II' concile de Latran, can. 3, et par d'innom­ brables synodes diocésains, cf. de Roskovàny. Caelibatus et breviarium ; le concile de Trente, sess. XXV, c. XIV, en a arrêté les sanctions. Elle interdit au prêtre de garder chez lui des femmes dont la cohabitation pour­ rait faire soupçonner sa vertu. Telles, en général, ne sont pas les proches parentes du prêtre : il lui est donc permis de cohabiter avec sa mère, sa sœur ou sa tante, c. LX, De cohabitatione clericorum et mulierum, et aussi avec les parentes au même degré par affinité; de même il peut prendre à son service une personne de bonne réputation si elle est suffisamment âgée, c’est-à-dire selon l’interprétation commune, si elle a accompli sa quarantième année. Pratiquement, on doit en chaque diocèse se référer aux ordonnances épiscopales ou aux statuts synodaux quant au degré de parenté ou aux con­ ditions d’âge exigées des personnes cohabitant avec le prêtre. Dans les cas particuliers, c’est à l'évêque qu'il appartient de permettre la cohabitation avec une per­ sonne non autorisée par les règlements comme aussi de prescrire, au besoin par voie pénale, le renvoi de toute personne dont la cohabitation avec le prêtre don­ nerait lieu à des soupçons même injustes ou à de fâ­ cheux commentaires. S. C. des Évêques et des Réguliers, in caus. Bambergen-Herbipolit., 17 avril 1883. 3° Dispense de l'obligation du célibat. — 1. Pouvoir de dispenser. — L’existence de ce pouvoir dans l’Église suppose que l’obligation du célibat annexée aux ordres sacrés est simplement de droit ecclésiastique. Or ce point est hors de doute. En effet, cette obligation n’est consignée nulle part dans l'Écriture et la tradition ne l’a jamais considérée que comme résultant d’une loi ecclésiastique. Voir Célibat. L’Église latine a toléré et tolère encore chez les Grecs la dérogation faite par le concile in Trullo à la discipline du célibat, comme on peut le voir par la lettre d’Innocent III à l’évêque d’Achéronte, c. vi, Cum olim, De clericis conjugatis. Mais il faut citer surtout, comme exemple de cette tolérance, le II» concile général de Lyon (1274) et celui de Florence (1539) où la réunion des Grecs avec les Latins a été conclue sans que l’on ait imposé aux sous-diacres, dia­ cres et prêtres, l’obligation de se séparer de leurs épouses. Or, une pareille tolérance de la part de l’Église romaine est inexplicable si l'on suppose que le célibat des ministres sacrés est d'institution divine. Du reste, l’r.glise a dispensé et dispense encore de la loi du céli­ bat; donc elle se reconnaît ce pouvoir. Il va de soi que ce pouvoir n’appartient pas, de droit ordinaire, aux évêques, puisqu’il s'agit d’une loi générale de l’Église; le Saint-Siège a dù le rappeler plusieurs fois à des évê­ ques allemands. Cf. Roskovànv, op. cil., n. 1951, 19891993. 1641 CONTINENCE 2. Exercice du pouvoir de dispenser. — On ne con­ naît cependant aucun cas de dispense accordée à un évêque après sa consécration. Ce point a été complète­ ment élucidé à Rome â l'occasion de la demande de dispense faite par l’ex-évêqued’Aulun, Talleyrand. Aussi Pie Vil se contenta de l'autoriser à porter des vêtements laïques et à remplir toute espèce de tondions civiles, à la condition de ne plus exercer aucun ministère ecclé­ siastique. Bernard de Lacombe, dans le Correspondant, 1905, p. 860 sq. ; Roskovàny, op. cit., n. 197. Cependant Zaccaria, Nuova juslifîca:io>ie dei celibato sacro, Foligno.1785, Appendice I, apporte plusieurs exemples d’évèques dispensés du célibat, mais parmi ces faits, ceux qui sont certains ont trait à des évêques seulement élus et non sacrés; il en est meme au moins un, Pierre d’Alsace, évêque élu de Cambrai (XIIe siècle), dont on ne sait pas s'il était engagé dans les ordres. Il n'est même pas cer­ tain que des prêtres aient jamais obtenu l'autorisation de se marier, mais les papes ont parfois accordé à leurs légats, pour des raisons de bien public, le pouvoir de régulariser la situation résultant d'unions sacrilèges contractées par des prêtres, diacres ou sous-diacres, à certaines époques de bouleversements religieux ou poli­ tiques. Ainsi lit .Jules III par le bref Duduni du 8 mars 1554, Roskovàny, op. cil., t. u, n. 1333, adressé au car­ dinal Polo, son légat en Angleterre sous Marie Stuart, en vue de réparer les scandales occasionnés par le schisme anglican. Ainsi encore, en 1801, Pie VII, bref Etsi apostolici, du 15 août, Roskovàny, op. cit., t. tu. n. 1961. se fondant sur l'exemple de Jules III, donnait au cardinal Caprara, son légat en France, les mêmes pouvoirs relativement aux mariages contractés pendant la Révolution française par des ecclésiastiques engagés dans les ordres sacrés. Ces différents brefs disposent (|iie le légat pourra donner aux sous-diacres, diacres et prêtres séculiers qui auraient contracté mariage avec des personnes séculières, les absolutions et dispenses nécessaires pour leur permettre de contracter validement et licitement et pour vivre matrimonialement avec ces mêmes personnes, mais que les ecclésiastiques ainsi dispensés ne pourraient plus se remarier après la mort de leur conjoint ni exercer aucune fonction d’ordre ni être nommés à aucun bénéfice et que tout privilège ecclésiastique leur était retiré, de sorte qu'ils seraient pour toujours réduits à la communion laïque. On re­ marquera que ces pouvoirs concernent uniquement les ecclésiastiques séculiers; jamais les réguliers n'ont été l’objet d'une mesure collective de ce genre. Un autre bref, Cum ad res, du 2 septembre 1801, Roskovàny, op. cil., t. m, n. 1968, conférait au même cardinal Caprara, pour la durée de six mois, le pouvoir de dispenser de l'empêchement d’ordre les sous-diacres non mariés qui, devenus militaires, auraient renoncé par écrit au sousdiaconat ou auraient renvoyé leurs lettres d'ordination. Du reste, les papes ont parfois permis, pour des motifs d'ordre purement privé, â des diacres et à des sousdiacres de quitter l’état ecclésiastique pour celui du mariage. Voir par exemple, à l’année 1572, sous le pon­ tificat de Grégoire XIII, Theiner, Annales ecclesiast. Haronii continuati, t. t, p. 35 sq., et dans Clerical·, Decisiones de matrimonio, Venise, 1706, p. 287. un cas remarquable de dispense accordée à un sous-diacre par Alexandre VIII en 1690. Mais il ne faut pas con­ fondre ces faits avec les jugements rendus par les Con­ grégations romaines, spécialement parcelle du Concile de Trente dans les causes en matière d’ordination qui lui ont été soumises. Cf. Journal du droit canon el de la jurisprudence canonique, 1883, t. m, p. 465. Dans toutes ces causes, il s’agissait de sous-diacres qui allé­ guaient que leur ordination ou du moins le vœu de chasteté y annexé avait été vicié par les menaces ou par une crainte de nature grave. Dans les cas de cette nature, quoique théoriquement il n'y ait pas besoin de 1642 dispense si la gravité de la crainte est suffisamment prouvée, la S. C. du Concile se contente, pour plus do sûreté, de décider s’il y a lieu ou non de demander dispense au pape; or, dans presque toutes les causes portées devant elle, sa décision a été négative. Le décret du Saint-Office en date du 20 février 1888 a une tout autre importance. 11 accorde aux ordi­ naires le pouvoir de dispenser, dans certaines circons­ tances, de la plupart des empêchements publics qui diriment le mariage de droit ecclésiastique, y compris le sous-diaconat el le diaconat, la prêtrise restant exceptée. La validité de cette dispense est subordonnée aux conditions suivantes : a) Il faut que les parties vivant en concubinage aient antérieurement contracté mariage ; 6) que l’une de ces parties soit dans un danger pressant de mort; c) que l’on n’ait pas le temps de recourir au saint-siège. L’évêque ne peut subdéléguer à titre habi­ tuel que les curés et seulement pour le cas où, vu 1’urgence, le recours â l’ordinaire serait impossible. Cependant certains ordinaires ont obtenu le pouvoir de subdéléguer d’une façon générale tous les prêtres approuvés, mais cette subdélégation ne vaut que si le temps fait défaut pour s'adresser soit â l’ordinaire, soit au moins au curé, d) Après que la dispense a été don­ née el que le mariage a été dûment célébré, notifica­ tion doit en être faite au Saint-Office. S’il y a scandale, on devra ne rien négliger pour y remédier du mieux possible. On engagera donc ceux qui ont été ainsi dispensés, à aller habiter quelque endroit où leur condition d’ecclésiastique ou de reli­ gieux est ignorée. Si cela ne se peut, on leur prescrira au moins une retraite et autres pénitences salutaires ainsi qu’une règle de vie chrétienne qui puisse rache­ ter leurs excès passés et servir d’exemple aux fidèles. Santi-Leitner, Prælect. juris canonici, I. IV, Appendix, p. 359 sq. 4° Sanctions de l’obligation du célibat. — Au point de vue pénal, est passible des peines portées par le con­ cile de Trente contre les concubinaires tout ecclésias­ tique qui garde chez lui ou qui fréquente au dehors des personnes suspectes. La procédure à suivre, quand le délit est public, varie selon que le délinquant est pourvu soit d’un bénéfice, soit d’une pension ecclésias­ tique, ou qu'il n'en est pas pourvu. Tandis que, dans le second cas, l’ordinaire peut appliquer immédiatement des punitions en rapport avec la faute, concile de Trente, sess. XXV, c. xtv, De reform., il doit, dans le premier cas, user d’admonitions préalables et appliquer les peines suivant une gradation déterminée. Concile de Trente, loc. cil., et sess. XXI, c. vt, De reform. Voir col. 800. Cependant il peut aussi procéder selon les règles établies par l'instruction de la S. C. des Évêques et des Réguliers du 11 juin 1880. Voir Pierantonnelli, Praxis fori ecclesiastici, Rome, 1880. Les clercs majeurs qui osent contracter mariage sont excommuniés ipso facto en vertu de la constitu­ tion Apostolicæ sedis, § 3, n. 1, qui réserve aux ordi­ naires l’absolution de cette censure. Le Saint-Office a rendu à ce sujet, le 22 décembre 1880, un décret d’où il résulte que les clercs majeurs et les religieux ou reli­ gieuses ayant fait profession solennelle encourent l'excommunication susdite s’ils se marient civilement dans les régions où l'empêchement de clandestinité est en vigueur. — Si le mariage sacrilège et nul, contracté par le clerc in sacris, vient à être consommé, le clerc devient irrégulier, disent les anciens théologiens et les canonistes, mais ce point est discuté par plusieurs au­ teurs récents. Cf. Gasparri, Tractatus de sacra ordi­ natione, t. t, n. 394; Santi, Prselecliones juris cano­ nici, I. I, tit. xxt, De bigamis non ordinandis, n. 11. — Enfin, si le clerc prévaricateur a cru, lorsqu'il con­ tractait mariage, qu’il pouvait le faire validement. on doit le regarder comme hérétique et il peut être puni 1643 CONTINENCE comme tel, attendu qu’il a encouru l’anathème porté par le concile de Trente contre ceux qui nieraient la définition contenue dans le can. 9, sess. XXIV, De ref. matrimonii. Chez, les Grecs, aux termes du canon 6 du concile in Trullo, les clercs majeurs qui contractent mariage doivent être déposés. Quant aux Halo-Grecs, Benoît XIV, const. Etsi pastoralis, §7, a maintenu la peine de la déposition et il y a ajouté celle de l'excom­ munication latse sententiæ. IV. Réponse aux objections contre le célibat. — Ces objections se ramènent à trois chefs. Le célibat, a-t-on prétendu, serait opposé au droit naturel comme au droit divin; il serait contraire au bien public. 1’ Le célibat et le droit divin. — Selon les adver­ saires du célibat, Dieu intimait à tous les hommes un véritable précepte d'embrasser l’état du mariage lors­ qu’il bénissait Adam et Éve en leur disant : « Croissez et multipliez-vous et remplissez la terre. » Gen., t, 28. La fausseté de cette interprétation devient manifeste si l’on se reporte au >. 22 où Dieu bénit les poissons et les reptiles ainsi que les oiseaux : « Croissez et multipliezvous, leur dit-il, et remplissez les eaux de la mer et que les oiseaux se multiplient sur la terre. » Ainsi les paroles divines expliquent simplement dans le sens d’une promesse de fécondité la bénédiction donnée par Dieu. On n'en peut donc rien conclure quant à l’obli­ gation du mariage. Sans doute, il était dans les inten­ tions de Dieu que le genre humain se multipliât, mais il n’en résulte pas que, après Adam et Éve, chacun devait contribuer â cette multiplication, puisqu’elle restait possible malgré la présence de quelques céliba­ taires. En tous cas, l’obligation du mariage, si elle résultait du J. 28. aurait nécessairement cessé après que le genre humain se serait répandu par toute la terre. Cette interprétation n’a pas été contredite par Jésus-Christ, lorsque, après avoir rappelé, Matth., xtx, 4, aux pharisiens la création d'Adam et d’Éve, il ajoutait : « Par conséquent, l'homme quittera son père et sa mère et s'attachera à son épouse, et ils seront deux en une seule chair. » En cet endroit, en effet, Jésus-Christ répond à la question des pharisiens: « L’homme peut-il renvoyer sa femme pour quelque motif que ce soit? — Non, dit le Sauveur,}. 6, car l'homme et son épouse ne font plus qu’une même chair ; que l'homme ne sépare donc pas ce que Dieu a uni. » Ainsi c’est l’indissolubilité, non pas l’obligation du mariage qui est ici en cause. Mais, ajoute-t-on, saint Paul dit expressément, I Cor., vu, 2, que, pour éviter la fornication, chacun doit avoir son épouse : Propter fornicationem unus­ quisque suam uxorem habeat. Uxorem suam habeat, c’est-à-dire, y. 3 : uxori vir debitum reddat, similiter et uxor viro, jl.4, ils se sont mutuellement donné droit en s'épousant; de là, l'ordre qui leur est donné, y. 5 : Nolite fraudare invicem, nisi consensu ad tempus : toutefois, il leurest permis de revenir ensuite à l’usage du mariage, revertimini in ipsum, ils n’y sont point obligés : hoc autem dico secundum indulgentiam et non secundum imperium. Effectivement, l’apôtre enseigne aussitôt, i.6 sq., la supériorité de l'état de virginité sur celui du mariage, tout en spécifiant que la vocation à la virginité n'est point donnée à. tous et que ceux qui tombent dans l'incontinence doivent se marier, car melius est nubere quam uri. Il est à peine besoin de dire ;ue ces paroles adressées par l’apôtre non nuptis et viduis, i. 8, ne visent pas parmi ces personnes celles qui sont tenues par état ou par vœu à garder la chasteté, car le même apôtre, I Tim., v, 12 sq., parlant des veuves qui. apres leur consécration à Jésus-Christ, veulent se marier, les déclare en état de damnation, parce qu’elles ont rompu leurs premiers engagements. Ainsi le passage que l'on objecte. I Cor., vu, 2, concerne uniquement les personnes mariées; tandis que vis-àvis des autres Paul, tout en louant le mariage, est 1644 surtout l’apôtre de la continence. Cf. S. Jérôme, Contra Jovinianum, 1. I, c. vu, P. L., t. xxm, col. 218. Lorsque saint Paul dit, Tit., i, G, que le prêtre doit être unius uxoris vir, il ne prescrit pas de choisir les prêtres parmi les hommes mariés, puisque lui-même ainsi que d’autres apôtres et Tite étaient vierges; mais il défend d’ordonner ceux qui ont été mariés deux fois. Ce texte est, en effet, la base de l'irrégularité dite de bigamie. Voir t. n, col. 883. 2» Le célibat et le droit naturel. - Pour établir que le célibat est contraire au droit naturel, on a argué : 1. de la diversité des sexes; 2. de l'inclination naturelle qui les porte à s'unir et du désir naturel à l'homme de se survivre à lui-même dans la personne de ses en­ fants; 3. du joug insupportable que le célibat fait peser sur ceux qui y sont astreints, témoin les scandales qui éclatent parmi eux; 4. des maladies par lesquelles la nature se venge de la contrainte du célibat. A cette prétendue opposition entre le célibat et le droit naturel, on peut répondre d’une façon générale : a) Que si cette opposition était réelle, le célibat reli­ gieux n’aurait pas été admis, loué et honoré dès la plus haute antiquité, chez les peuples les plus divers, cf. de Maistre, Du pape, 1. Ill, c. ut, sect, tu, Traditions an­ tiques; il ne l’aurait pas été surtout par ces hommes également illustres par leur vertu et par leur science qu’étaient les Pères de l’Église; enfin, il ne le serait pas encore aujourd'hui, par deux cent cinquante millions de catholiques, auxquels il faut ajouter beaucoup de dissidents, par exemple, les schismatiques orientaux, chez qui il est pratiqué par tous les réguliers de l'un et l’autre sexe.— b) En particulier, si l’on prend le célibat dans son sens vulgaire d'abstention du mariage, il est tenu pour légitime et même il est imposé par la nature dans quantité de cas. Ainsi, il y a le célibatde nécessité qui résulte de la maladie, de la séparation, de l'insuf­ fisance des moyens d'établissement et d’une foule d’autres causes physiques ou morales; il y a le célibat philosophique, que plusieurs embrassent par goût de l’indépendance ou par amour des sciences, etc.; le célibat de deuil, ou de fidélité à la mémoire de l'époux disparu; le célibat de convention, c’est-à-dire par con­ sentement mutuel des époux. Nous ne disons rien du célibat libertin pour lequel tant d'adversaires de l’Église ont une déplorable indulgence. Cf. Msr Pavy, Lettres sur le célibat ecclésiastique, II. I. La diversité des sexes, autrement dit, l'existence chez l'homme de la faculté génératrice n’implique nullement pour tous ceux qui la possèdent l’obligation d’en user. Parmi les fonctions organiques, il en est de nécessaires à la conservation de l'individu ; telle est, par exemple, la fonction de nutrition; par suite, pour accomplir le devoir de conserver sa vie, chacun est tenu de prendre de la nourriture autant qu’il est néces­ saire. Il n’en est pas de même de la fonction généra­ trice. Elle peut n’étre pas utilisée, elle peut même être supprimée dans les deux sexes sans que la vie de l'in­ dividu périclite; c’est pourquoi, à ne considérer que le droit naturel, il est permis à chacun de faire son choix entre le célibat et le mariage. Cf. S. Augustin, De bono conjugali, c. tx, P. L., t. xl, col. 380. D'après certains auteurs, cf. Eschbach, Disputationes physiolog.-theolog., p. 494, le célibat serait voulu dans une certaine mesure par la nature elle-même, attendu qu'il nail plus de gar­ çons que de filles. Le fait est exact, ainsi en France, pour 1000 naissances de filles, il y en a 1040 de gar­ çons, cf. Annuaire du bureau des longitudes, 1905; mais il faut observer qu’en raison de la mortalité supé­ rieure qui atteint les garçons, l’équilibre numérique entre les deux sexes est rétabli vers l’âge de 15 ou 16 ans, et reste ainsi stationnaire pendant plusieurs années. Staatslexikon, t. I, art. Bevôlkerung. Il n’y a donc pas lieu de faire état de cet argument. 1G45 CONTINENCE 2. Est-il bien vrai que l’inclination naturelle dont on argue porte les individus au mariage? Nullement, car de trop nombreux libertins la satisfont en dehors du mariage. Faudra-t-il donc les absoudre et même les féliciter parce qu'en obéissant à une inclination natu­ relle, ils auront accompli un devoir? Ce serait ériger l'immoralité en principe. Et quand même cette incli­ nation serait toujours bien réglée, quand même elle aurait uniquement le mariage comme objet, serait-ce assez, pour qu’on soit obligé de la suivre? L’homme est naturellement porté vers beaucoup d'autres choses qu'il est permis de désirer dans une juste mesure et de rechercher par des moyens honnêtes; tels sont la richesse, les honneurs, des plaisirs. Or, personne ne soutiendra que chacun n’ait le droit de renoncer à ces choses et même que ce renoncement ne soit très louable, s'il est inspiré par le désir d’une vie plus par­ faite. 3. Mais, ajoute-t-on, l’inclination naturelle de l'homme vers le mariage est irrésistible et l’on apporte en preuve les scandales auxquels la violation du célibat donne lieu : d'où cette conclusion que le célibat fait peser sur le clergé un joug intolérable autant qu’immo­ ral. Or, soutenir que la continence est impossible, c’est accuser d'hypocrisie et d'immoralité tous ceux qui s’y sont voués; injure monstrueuse autant que gratuite jetée à la face de tant de saints et de saintes, modèles de vie chaste et de vertu héroïque, que l'Eglisea placés sur ses autels; c’est une intolérable calomnie à l’adresse de ces centaines de milliers de prêtres et de religieux, fils et filles des plus honnêtes familles qui soient, et qui ont embrassé cette vie de sacrifice pour les motifs les plus purs et les plus élevés; c’est insulter à tous ceux qui vivent dans le monde sans être mariés, car la saine morale leur prescrit à tous la chasteté absolue; par conséquent, c’est blasphémer contre Dieu comme auteur de commandements dont l’observation serait im­ possible. 11 n’est d’ailleurs pas surprenant que le inonde corrompu croie ά l’impossibilité de la chasteté. D'une part, il ressent d’autant plus les convoitises de la chair qu’il leur accorde davantage ; elles lui semblent donc beaucoup plus impérieuses qu’elles ne le sont chez ceux qui ne leur donnent aucun aliment. D'autre part, il est très vrai que persévérer dans la continence malgré les assauts des passions est moralement impossible à l'homme livré à lui-méme; une pareille force de résis­ tance ne peut venir que de Dieu, Sap., vin, 21; or ceux qui vivent sans frein ne comprennent rien aux choses de Dieu. 1 Cor., il, 14. La vigilance et la prière, Matth., xxvi, 41, tels sont d'après les catholiques les moyens générateurs de la vie chaste dans le monde, dans l’Église ou dans le cloître, et certes, les catholiques méritent d'être crus beaucoup mieux que les incrédules qui pour ne pas avoir à expliquer un fait embarrassant préfèrent le nier contre toute évidence. On objecte les scandales qui se sont produits ou qui existent dans les rangs du clergé; les gens mariés sont-ils donc irréprochables? Non, sans doute, puisque, d'après de Maistre, Du pape, 1. III, c. m, § 5, Voltaire assure le contraire. « La vie séculière, écrivait-il, a toujours été plus vicieuse que celle des prëlres, mais les désordres de ceux-ci ont toujours été plus remarqués û cause de leur contraste avec la règle. » Le mariage ne rendrait donc pas les ecclésiastiques impeccables et il y en aurait toujours quelques-uns qui succomberaient au danger commun à tous les hommes mariés, à l'occasion de vivre crimi­ nellement. Dés lors, que parle-t-on de supprimer le célibat? Cette mesure ne remédierait â rien et serait d’ailleurs parfaitement illogique, puisque c’est parmi les personnes mariées que les abus sont les plus nom­ breux. On dira que le lien matrimonial n'est pas la cause de ces excès, tandis que les désordres des clercs sont la conséquence naturelle de la contrainte du céli­ 1646 bat, mais où voit-on cette contrainte? C’est en pleine connaissance de cause que le jeune clerc consomme par le sous-diaconat son immolation; c'est après un long noviciat et à un âge où il a pu depuis longtemps déjà éprouver le choc des passions et mesurer sa force de résistance grâce aux moyens surnaturels mis à sa disposition. Aussi, l'opinion publique, d’accord avec le bon sens, juge sévèrement la violation de ces engage­ ments sacrés. Boni lugent, mali rident, disait le saint roi Edgard aux évêques d'Angleterre. Roskovàny, op. cil., t. I, n. 4-40. 4. C’est surtout sur le terrain de la physiologie que -le célibat est déclaré antinaturel et impossible par de nombreux médecins. Ainsi, d'apres Boiicbardat, Traité d’hygiène, 2· édit., Paris, 1883, p. 1005, « le mariage est la loi de la nature. A moins d’empêchements patho­ logiques, toute créature humaine doit s'y soumettre. Hygiéniste, je condamne également le célibat des prêtres et celui des congrégations religieuses. J’ai vu de prés tous les maux que le célibat entraîne pour ceux et celles qui s’y dévouent. » Et il cite Fleury qui énumère quan­ tité de maladies, effets lunesles de la continence, recon­ nus comme tels par tous les médecins, depuis Hippo­ crate jusqu'à nos jours. II est à craindre que beaucoup de ces auteurs, ceux qui n’ont pas copié leurs devan­ ciers, aient obéi à des préjugés absolument extra-scien­ tifiques. Fleury lui-même le montre quand il écrivait. Traité d'hygiène, t. m, p. 6 : « Le temps des ascètes étant passé, ces religions (celles qui font peser con­ damnation sur la chair) n'enfantent plus que des hypo­ crites, des tartuffes. » Du reste, les médecins ne sont pas plus unanimes sur ce point que sur tant d’autres. Cf. Perrone, l’rœleet. lheol., t. in, De ordine, n. 209. Descuret, Médecine des passions, 3“ édit., t. i, p. 472, no te 21, relève comme tout à fait extraordinaire la propor­ tion de prétres et de religieux ou de religieuses âgés de plus de soixante, soixante-dix ou quatre-vingts ans. Plus près de nous, Proust, Traité d’hygiène, 2· édit., p. 78, si­ gnale que « de35à 45 ans. pour 1000 individus de chaque profession, il succombe annuellement G ministres du culte ou magistrats, tandis que la mortalité atteiift 9, 10 ou 12 pour les ouvriers de divers métiers, près de 13 pour les mineurs, 13 à 14 pour les médecins, etc. ». Ces témoignages, appuyés sur les faits, ne laissent rien subsister des affirmations gratuites que certains méde­ cins font endosser à la science. II est d'ailleurs tacile de contrôler ces faits d'une façon précise. Les annuaires et les nécrologes diocésains montrent que pour 1000 ecclésiastiques de tout âge à partir de 25 ans, il y a en moyenne 25 décès par an; or, si l’on se reporte aux tables des compagnies d’assurances, par exemple à la table des assurés français, Annuaire du bureau ties longitudes, 1905, p. 559, le calcul établit que sur I 000 assurés français, il en succombe en moyenne 45 par an. On trouve encore que la moitié environ des prêtres séculiers atteignent Page de 50 ans, alors que la moitié des assurés susdits ne dépasse pas celui de 4G ans. Enfin les cas de longévité sont très fréquents dans le clergé, puisque, en prenant une période assez longue, l’âge des décédés divisé par leur nombre donne un quotient de 65 ans. II est donc bien établi que les ecclésiastiques ne sont point affligés, du fait du célibat, d'autant de maladies qu'on le prétend, puisqu’ils vivent plus long­ temps que les autres catégories de personnes. Celte conclusion n’est point en contradiction avec la statis­ tique que donne le Dictionnaire de sciences médicales, t. XCIV, art. Mariage, et de laquelle il résulte que pres­ que à toutes les périodes de la vie, la mortalité des c li­ ba laires est plus forte que celle des gens mariés, car cette statistique concerne les célibataires sans distinc­ tion de catégories. Pour arriver à un résultat valable. 11 faut nécessairement opérer sur un groupe homo. · Toutefois, bien que la continence absolue ne pic . . 1647 CONTINENCE pas les tristes effets qu’on lui a parfois attribués, il est hors de doute qu’elle ne convient pas à certains indivi­ dus, soit en raison de leur disposition physique, soit par suite d'habitudes malheureusement acquises et dont le mariage serait, dans l’espèce, le seul remède légi­ time. On conçoit que pour cette catégorie de personnes la vie de continence perpétuelle pourrait amener de fâcheuses conséquences; encore, le plus souvent, ces suites seront dues non à la continence elle-même, mais au contraire à l’inconduite qui, dans ces circonstances, n’est que trop fréquente. Mais il en va tout autrement pour les volontaires de la continence sacerdotale ou religieuse, vu la sélection dont ils sont l’objet au cours de la longue préparation qui leur est imposée, vu aussi les règles d’hygiène physique et morale, naturelle et religieuse, auxquelles ils s'astreignent et qui sont la sauvegarde de la chasteté. On conçoit que dans ces conditions, ils ne souffrent nullement d’une vie pour laquelle ils étaient faits et qu’ils protègent par tous les moyens voulus. On dit souvent que le célibat porte les femmes à l’hystérie. Mais, dit le médecin viennois Kraft-Ebing, « si les vieilles tilles vierges sont parfois hystériques, cela lient à des causes morales et non physiologiques. Les femmes non mariées qui remplacent le mariage par des occupations sérieuses auxquelles elles se donnent corps et âme, comme par exemple, les sœurs de cha­ rité se donnent aux malades età l’enfance, ne deviennent qu’exceptionnellement hystériques. » Bien mieux, sur un grand nombre d'hystériques, Scanzoni en a trouvé 75 pour 100 qui avaient eu des enfants, 65 pour 100 en avaient eu plus de trois. 11 faut donc rayer le célibat du nombre des causes de l’hystérie comme aussi le mariage de celui des remèdes de cette maladie. Cf. Moureau et Lavrand, Le médecin chrétien, p. 25i sq. 3° Le célibat et le bien social. — On objecte enfin que le célibat est contraire au bien social. 11 prive la société d’un nombre considérable de citoyens. S’il n'y avait que des célibataires, et d'après les catholiques ce serait un bien, c’en serait fait de la société. Au contraire, les pays protestants où le célibat ecclésiastique fait peu de vides, sont beaucoup plus florissants que les régions catholiques. 1. Il y a contradiction â faire valoir la raison de bien social au détriment des droits naturels de l'individu. Reconnaître ces droits, les protéger, en assurer par une sage réglementation le libre exercice, n’csl-ce pas la lin naturelle, le devoir primordial de toute société? Cela est vrai surtout de la liberté de sé marier ou non, car elle touche à ce qu’il y a de plus intime dans la personne humaine. 2. L’augmentation indéfinie de la population est-elle, en toute hypothèse, un bien social? Non, aurait répondu le comte de Maistre, Du pape, 1. II, c. ni, § 3, puisqu’il loue Malthus d’avoir montré la nécessité de l’existence dans l’Etat d’un principe moral qui tende constamment à restreindre le nombre des mariages. Or, continue de Maistre, le nombre des mariages ne peut être restreint qu'en trois manières : par le vice, par la violence ou par la morale. Les deux premiers moyens ne pouvant pas se présenter à l’esprit d’un législateur, il ne reste que le troisième; mais,de l'aveu de Malthus lui-même, il est très difficile d’établir un moyen de restriction uni­ quement liasé sur la morale. Ainsi, « l’Église a, par sa loi du célibat ecclésiastique, résolu ce problème avec toute la perfection que les choses humaines peuvent comporter, puisque cette loi qui exclut entièrement le vice et qui ne s'impose pas par la violence, est appuyée sur des motifs si sublimes qu'il n'est pas an pouvoir de l'esprit humain d’in aginer rien d’égal, ni d'approchant. » 3. La démonstration précédente repose sur ce prin­ cipe que l'accroissement de la population est beaucoup plus rapide que celui des moyens de subsistance, d’où 1658 la nécessité de prévenir l’excès de population, mais il s’en faut que la loi, invoquée par Malthus, soit générale et constante. On peut donc se demander si, tout au moins pour les pays où un accroissement de population serait un bien, le célibat ecclésiastique n’est pas res­ ponsable du déficit qui reste à combler. Très certai­ nement non. D’abord, le nombre des personnes vouées au célibat est très faible par rapport à celui de la po­ pulation adulte. Ainsi, en France, si l’on évalue â vingtcinq millions le chillre des personnes âgées de vingt ans au plus et à deux cent mille celui des ecclésias­ tiques, des religieux et des religieuses existant dans le pays en 1900, la proportion reste inférieure à un pourcent. Il faut donc chercher ailleurs les causes du déficit de la population : elles peuvent être multipliées, mais la plus ordinaire est l’infécondité relative des mariages. La France en est un exemple ; la crainte de la dépopulation n'inquiéterait guère ce pays si, aujour­ d’hui comme au commencement du xtx* siècle, chaque famille comptait en moyenne quatre enfants. Il en est ainsi, ou peu s’en faut, en Autriche et surtout en Italie, contrées catholiques où le célibat ecclésiastique est très largement représenté. Cl. Staatslexikon, t. i, art. Bevôlkerung. Maisau fait, d’où vient que chez certaines nations européennes les mariages sont remarquable­ ment féconds? Il serait inexact d’affirmer que le taux de la natalité dépend uniquement de causes d’ordre religieux ; pourtant il est indéniable que l'influence de la morale chrétienne est à cet égard bienfaisante autant qu’efficace. Grâce â elle, donc grâce au ministère du prêtre, la jeunesse apprend â rester chaste, les ma­ riages ne sont pas indéfiniment retardés jusqu’à la fin d’un célibat plus ou moins libertin, enfin, les époux respectent la sainteté du lien qui les unit. « Il ne faut jamais oublier, dit de Maistre, loc. cit., qu’il n'existe pas de véritable prêtre dont la sage et puissante in­ fluence n’ait donné peut-être cent sujets à l’Etat, car son action n'est jamais suspendue et sa force est sans mesure; en sorte qu’il n’y a rien de si fécond que la stérilité du prêtre. » 4. Ce service n’est pas le seul que le prêtre rend au pays auquel il appartient. Son autorité sacerdotale, qui est si intimement liée au respect dont le célibat l’en­ toure, cf. de Maistre, loc. cil., il l’emploie â enseigner et à pratiquer la religion ; pauvre lui-même le plus sou­ vent, mais n’ayant pas de souci de famille, il prend soin des pauvres et se dépense sans compter pour toutes les œuvres qui intéressent le bien religieux de son pays; en tout cela, il contribue éminemment à la paix de l’Etat. Et croit-on que, sans le célibat, beau­ coup de missionnaires iraient vivre au loin dans le dénuement sous des climats meurtriers ou en face de la persécution ? Pourtant, missionnaires de {'Évangile, ils le sont aussi de la gloire de leur patrie. Enfin, bien que le célibat religieux ne soit pas l’unique source du dévouement, il permet incontestablement aux personnes qui se vouent aux œuvres de charité de s’y livrer tout entières avec une vigueur d'autant plus grande qu'elles sont plus indépendantes. A ce titre, le célibat a sa grande part dans le mérite de tant d'existences de prêtres, religieux et religieuses, sacrifiées au bien du prochain, â l’intérieur du pays et à l’étranger, dans les écoles, asiles, orphelinats, etc. On peut les expulser, mais il est telles ou telles de ces missions, particuliè­ rement ingrates, où l'on ne trouve pointa les remplacer; quant aux œuvres pour lesquelles l’Etat qui exile ces personnes trouve un personnel suffisant, les sommes qu’il doit inscrire au budget montrent un côté, sinon très relevé, du moins très positif, des avantages sociaux que présente le célibat ecclésiastique. 5. Après saint Jérôme, Contra Jovinianum, I. I. n. 36, P. L., t. xxilt, col. 259, et saint Augustin, De bono conjugali, c. ix, P. L., t. xi., col. 380, saint Thomas, 1649 CONTINENCE Cont.gent., 1. III. c. cxxxvi, se pose cette objection : S'il vaut mieux garder la continence que de se marier, la perfection consistera, dans l’espèce, en ce que tous gardent la continence; mais alors ce sera la fin du monde. Le saint docteur répond en substance qu’il ne faut pas confondre la penection des individus avec celle de la collectivité sociale. Il y a des états plus par­ faits que les autres; néanmoins, il ne serait pas bon pour la société que le même état, le plus parfait, fût embrassé par tous. Ainsi, à côté de ceux qui gardent la continence par vertu, il est nécessaire que d’autres se marient. Du reste, Dieu y a pourvu. De même que les différences physiques, intellectuelles et morales, ainsi que les autres circonstances spéciales qui séparent les individus, leur font choisir telle ou telle profession plutôt que telle autre, assurant en dehors de toute in­ tervention étrangère, les services nécessaires ou utiles à la société, de même l’état du mariage se recrutera toujours suffisamment sans que ce service soit obliga­ toire. d’autant plus que l’inclination à cet état est plus générale parmi les hommes. CONTRAT 1650 tion produisant obligation. Qu’est-ce qu'une conven­ tion? C’est le consentement de deux ou plusieurs per­ sonnes ayant pour but de former entre elles quelque engagement, ou d'en résoudre un précédent, ou encore de le modifier. Dans son acception la plus générale, la convention, étant un accord de volonté sur un même objet, ne crée pas nécessairement l’obligation. Le terme de contrat est réservé à une espèce particulière de con­ vention : celle qui est faite en vue de créer une obli­ gation. Dès lors, sous cette dénomination ne sont pas comprises les autres conventions : celles par exemple qui ont pour but d'éteindre une obligation, celles qui contiennent un simple projet d’exécution. L’obligation est un lien juridique, vinculum juris, par lequel une personne est astreinte envers une autre, à donner, à faire ou ne pas faire quelque chose. Parce quelle suppose un droit strict, l’obligation con­ tractuelle ressortit à la juslice commutative; elle est naturelle ou civile suivant qu'elle tire son origine du droit naturel ou du droit civil. Cependant certains engagements peuvent se former, sans qu'il intervienne aucune convention entre celui qui s’oblige et celui I. Partie historique. — Christianus Lupus, Dissertatio /·, De latin, episcop. et clericorum continentia, c. i; Thomassin, envers lequel il est obligé. C’est le cas des quasi-con­ Ancienne et nouvelle discipline, part. I, I. Il, c. LX sq., Bartrats, c'est-à-dire, comme s’exprime le Code civil, a. le-Duc, 1874, t. II, p. 128 sq. ; Roskovàny, Cœlibatus et brevia­ 1371 : « des faits purement volontaires de l'homme, rium, Pestini, 1869, t. i-m ; le t. IX contient la table de tous les dont il résulte un engagement quelconque envers un documents; Staatslexikon de Brader, 2· édit., Fribourg-entiers, et quelquefois un engagement réciproque des Brisgau, t. t, art. Cülibat; Kirchenlexikon, t. m. art. Cülibat. deux parties. » Donnons comme exemple la gestion Sur les traditions anciennes en matière de célibat, de Maistre, d'affaires. Un de mes amis est parti pour un long Du pape, 1. III, c. m. II. Partie canonique. — Tous les commentateurs des Décré­ voyage, oubliant de pourvoir au règlemenl de certains tales, 1. I, De bigamis non ordinandis ; I. Ill, De cohabitations intérêts aujourd’hui en soullrancc. .l'agis envers lui, clericorum et mulierum ; De clericis conjugatis; De conver­ comme je voudrais qu’il agît envers moi en pareille sione conjugatorum ; 1. IV, Qui clerici vel voventes matrimo­ occurrence, et je fais le nécessaire, .le suis lié par la nium contrahere possunt. Parmi tes autres commentateurs gestion d'affaires. Le fait de gérer les affaires d’autrui récents, surtout Santi, Praelectiones juris canonici, édit. Leitner. fait naître, entre les parties intéressées, des obligations Batisbonne, 1900. Les actes du saint-siège et autres documents analogues à celles qui résulteraient du contrat de man­ dans Roskovàny, op. cit. dat et leur situation juridique respective est à peu près III. Partie apologétique. — Zaccaria, Storia polemica del celibati sacro; Perrone. Prxlectiones theologicae, t. ni. De or­ la même que si elles étaient liées par ce dernier con­ dine, c. v, avec notes très érudites; de Maistre, op. cit.: Ros­ trat. C'est ce qu’exprime fort bien l'axiome : Quasi con­ kovàny, op. cit. : et Supplementa, t. ni, p. 320 sq., extraits ou traxisse videntur. Il existe encore un quasi-contrat reproduction de tous les écrits importants sur le célibat depuis dans 1’acceptalion par un tuteur d'une tutelle qu’il aurait le xv’siècle jusqu'en 1880; Staatslexikon, loc.cit.; Dictionnaire pu refuser; car si la tutelle était imposée, l'obligation apologétique de la foi catholique, par Jaugey. Paris. 1889. art. résulterait de la loi et non du quasi-contrat. Célibat ecclésiastique, col. 426-433 ; Surbled, La vie de jeune homme, Paris, 1900. Des considérations précédentes il résulte que la H. Moureau. simple promesse non encore acceptée, appelée pollici­ CONTINENTS. Voir Encratites. tation, n'est pas à proprement parler un contrat. Elle ne produit en effet aucune obligation, celui qui a fait CONTOGONIS Constantin, théologien grec, né à la pollicitation restant toujours maître de la retirer. Trieste en 1811 ou 1812. Ses cours de théologie achevés Voilà pourquoi elle ne peut plus être validement aux universités de Munich et de Leipzig, il enseigna la acceptée, soit après la mort de celui dont elle émane, théologie à Nauplie et à Athènes. En 1857, avec Cléopas soit après tout autre événement qui rendrait ce dernier de Jérusalem, il rédigeait ΓΕύαγγελικός Κήρυξ qui plu­ incapable de s’obliger. Pour la même raison, les héri­ sieurs années durant fut regardé comme la meilleure tiers succèdent à des obligations, ils ne succèdent pas r-vue théologique de la Grèce moderne. Il occupa la à de simples pollicitations. chaire de théologie à Athènes jusqu’en 1878; il mourut 2° Division des contrats. — On divise les contrats le 16 octobre de cette année. On a de lui : 1» Φιλολογική en plusieurs étages. I. Les contrats synallagmatiques ou bilatéraux et xx: κριτική Ιστορία τών άγιων ΙΙατέρων κατά τάς τρεις τττώτας έκατονταετηρίοας άκμασάντων και τών συγγραμ­ les contrats unilatéraux. — Dans le contrat synal­ μάτων αύτών, Athènes, 1846 ; 2‘ édit., 1852 ; 2» Εκκλη­ lagmatique, chacune des parties s'oblige envers l'autre, chaque contractant stipule et devient à la fois débiteur σιαστική Ιστορία από τής θείας συστάσεως τής εκκλησίας, et créancier, mais à des titres différents. Dans la vente, Athènes, 1866, 1876. par exemple, le vendeur est à la fois créancier du prix ΈχζΛτ,σιαστίχή ’Λληθιια, 15 novembre 1883, ρ. 89-90. et débiteur de la chose vendue. — Le contrat unilatéral, Λ. Palmieri. au contraire, n'impose d’obligation qu’à l'une des par­ CONTRAT. - 1. Défi nition des contrats. 11. Des ties seulement. Ainsi dans le prêt d’une somme d'ar­ conditions essentielles pour la validité des contrats. gent l’emprunteur seul est obligé. Code civil, a. 1103. III. De l’effet immédiat des contrats : l’obligation. La distinction des contrats synallagmatiques et unila­ IV. Des modifications aux contrats. I. Définition des contrats. — 1° Nature des con­ téraux a des applications dans le droit civil. C'est trats. — D’après le Code civil, a. 1101, le contrat est ainsi que les écrits sous-seing privé, qui constatent des «nie convention par laquelle une ou plusieurs per- contrats synallagmatiques, doivent être rédigés en i unes s'obligent envers une ou plusieurs autres, à double et mention expresse de l’observation de cette donner, à faire ou ne pas faire quelque chose. ! formalité doit être inscrite sur chaque original, sous peine de nullité. Code civil, a. 1325. s . _ti cette définition, le contrat est donc une conven­ 1G51 CONTRAT 2. Les contrats à titre onéreux et les contrats â titre gratuit. — Le contrat â titre gratuit ou contrat de bienfaisance est celui qui procure à l’une des parties un avantage, dont elle ne fournit point l’équivalent, la contre-valeur. Code civil, a. 1105. Le plus important des contrats à titre gratuit est la donation ; il y en a d’autres, notamment le dépôt et le mandat. — Le con­ trat à titre onéreux est celui dans lequel chaque partie paie l’avantage qu’elle retire du contrat, en effectuant à l'instant même ou en s’engageant à effectuer plus tard une prestation. Le contractant acquiert donc moyennant un sacrifice, c’est-à-dire à titre onéreux. Dans le contrat à titre onéreux chacune des parties trouve son intérêt et utilité. Telle est la vente : elle procure au vendeur une somme d’argent et à l’ache­ teur un bien à sa convenance. Le prêt à intérêt est aussi un contrat à titre onéreux; il permet au prêteur de tirer un revenu de son capital et à l’emprunteur d’obtenir la jouissance de ce capital. On voit par cet exemple que le contrat à titre onéreux n’est pas néces­ sairement synallagmatique, puisque le prêt à intérêt est un contrat unilatéral. 3. Les contrats à titre onéreux sont commutatifs ou aléatoires, Code civil, a. 1104 : commutatifs, lorsque chaque partie reçoit un équivalent certain de ce qu’elle fournit; aléatoires, lorsque pour l’une d’elles cet équi­ valent consiste dans un aléa, dans une simple chance, subordonnée à un événement ultérieur et incertain. Le louage est un contrat commutatif, les assurances sont des contrats aléatoires. 4. Contrats nommés ou innommés. — 11 y a certains contrats que le législateur, à raison de leur impor­ tance et de leur fréquence, a prévus et réglés. Ces contrats ont un nom : vente, échange, louage, société, mandat, etc.; ce sont des contrats nommés. Il y en a d’autres qui sont demeurés étrangers aux prévisions du législateur, parce qu’ils sont d’un usage moins fréquent, et auxquels, par suite, il n’a pas donné de nom. On les désigne pour ce motif sous la dénomination générale de contrats innommés : do ut facias, facio ut des. Tel est le contrat dit de révélation de succession, par lequel une personne promet à une autre de lui révéler un droit de succession dont celle-ci ignore l'ouverture à son profit, de faire les frais nécessaires pour la réalisa­ tion de ce droit et stipule, à titre de rémunération, une certaine quote part, la moitié, par exemple, de la succession. 5. Contrats consensuels et contrats réels. — Les con­ trats consensuels sont ceux à la réalisation desquels le seul consentement des parties suffit, comme la vente, l’échange, le louage, la société, le mandat et beaucoup d'aulres. Les contrats réels sont ceux qui, outre le con­ sentement des parties, exigent pour leur validité la tra­ dition ou livraison de la chose, objet du contrat. Citons le prêt : il n'existe, et par suite l’obligation de restituer qu’il engendre à la charge de l’emprunteur ne prend naissance, que lorsque l’objet prêté a été livré. Il en va de même du dépôt et du gage. 6. Contrats sol- nnels ou simples. — On désigne sous le nom de contrats solennels ceux que la loi soumet à certaines formalités qu’elle prescrit sous peine de nul­ lité. Le consentement des parties est bien nécessaire pour la conclusion de ces contrats comme de tous les autres, mais il ne suffit pas; et s’il n’est pas manifesté dan- · forme 1· gale, il n’a aucune valeur. La liste des contr. ts solennels n'est pas longue dans notre droit ci­ vil. Elle comprend deux contrats relatifs aux personnes : le mariage et l’adoption, et cinq relatifs aux biens : la donation, a. 931, le contrat de mariage, a. 1394. le con­ trat hypothécaire, a. 2126. la subrogation convention­ nelle consentie par le débiteur, a. 1250. et la subrogation de Chypoihrqne légale de La femme mariée. Lois des 1 et 22 mars Ibüë, a. 9. Le contrat simple est celui dont 1652 I la validité n’est pas soumise à des formalités spéciales , exigées par la loi. 7. Contrats principaux et contrats accessoires. — Les contrats principaux sont ceux qui existent pour euxmêmes, comme la vente, le louage, le prêt, le dépôt, etc. Les contrats accessoires sont ceux qui interviennent pour assurer l’exécution d’un autre contrat. Tels sont le cautionnement, l’hypothèque. IL Des conditions essentielles pour la validité des contrats. — Quaire conditions sont nécessaires pour la validité d’un contrat : 1» un objet certain qui constitue la matière de l'engagement; 2° une cause licite dans l'obligation ; 3° la capacité de contracter de la partie qui s’oblige; 4» le consentement légitime. 1° La matière ou objet du contrat. — D’une manière générale l’objet des conventions s’étend à tout ce qui peut être la matière du droit de propriété. De ce prin­ cipe découlent les conditions suivantes : la matière des contrats doit être : 1. possible; 2. existante; 3. déter­ minée; 4. elle doit appartenir aux parties contrac­ tantes; 5. être licite. 1. Possible. — La promesse d'un fait impossible n’oblige pas le débiteur : impossibilium nulla est obli­ gatio. Cette condition toutefois doit s’entendre d'une impossibilité absolue c'est-à-dire existant pour tous, et non pas d’une impossibilité relative concernant seule­ ment la personne du débiteur. L’engagement de cons­ truire une machine, souscrit par une personne ne possédant pas les notions les plus élémentaires de la i mécanique, ne perdrait pas pour cela sa force obliga­ toire, le contractant ayant la possibilité de faire exécuter le travail par autrui. Observons cependant que, s’il s’agit d’une obligation très difficile à remplir, l’intention des parties doit être manifestée expressément, de manière à ne prêter à aucune équivoque. La matière du· contrat est-elle impossible en partie seulement, alors la convention demeure obligatoire pour cette partie. Pierre a vendu 50 sacs de blé, mais il ne peut en fournir que 25, il est tenu à cette dernière ! livraison. J’achète une paire de chevaux carrossiers par­ faitement appareillés, l’un d’eux vient à mourir avant la livraison; la matière du contrat n’existe plus, puis­ que c’est la paire de chevaux formant un tout indivisiI ble qui était l’objet de la convention. 2. Existante. — Il est évident, en effet, qu’une chose inexistante ne saurait être le terme de l'accord de deux volontés ni l’objet d’une obligation réelle. Ainsi je vous vends mon cheval, mort la veille à mon insu : il n’y a pas de vente, puisque celle-ci n’a plus d’objet. Code civil, a. 1601. Cependant, les choses futures — celles qui existent en puissance ou en espérance — peuvent être matière de transactions, par exemple, un billet de loterie, une récolte sur pied. Mais d’accord avec les dispositions du droit romain, la loi française annule les conventions sur successions futures. Ces conventions ont paru immorales au législateur; elles semblent en effet impli­ quer le désir de la mort de la personne vivante, à la succession de laquelle on se croit appelé. Code civil, a. 1130. Néanmoins, et par exception, les conventions sur successions futures sont tolérées dans les hypo­ thèses prévues par les art. 761, 918 et 1082 du Code civil. 3. Déterminée. — Code civil, a. 1108, 1129. Si la matière du contrat n’était pas suffisamment déterminée, le débiteur ne sachant pas exactement à quoi il est tenu, se trouverait dans l’impossibilité de remplir son obli­ gation. De son côté, le créancier n’aurait point d’intérêt appréciable à l’exécution de l’engagement. Or il est de principe que là où il n’y a point d’intérêt, il n’y a pas d’action. Ainsi par exemple, un contrat stipulant un animal en général ne serait pas suffisamment déterminé, car le débiteur pourrait se libérer en livrant un animal sans valeur, et le créancier ne trouverait aucun intérêt à pareille exécution du contrat. A u .contraire, l’obliga- 1653 CONTRAT 1654 propose d’atteindre par la convention. Expliquons par tion de donner un cheval serait valable, parce que un exemple cette notion assez délicate. Je vous vends n’importe quel cheval a une valeur réelle et n'est pas ma maison moyennant 100000 francs. Ce contrat étant sans utilité pour le créancier. Code civil, a. 1129. synallagmatique fait naître des obligations réciproques : 4. L’objetdu contrat doit appartenir aux contractants, obligation pour moi vendeur de vous livrer ma maison, c’est-à-dire être susceptible du droit d'appropriation. obligation pour vous acheteur de me payer le prix con­ « Il n’y a que les choses qui sont dans le commerce, qui venu. Quelle est la cause de ces diverses obligations? peuvent être l'objet des conventions, » dit l'art. 1128. Or une chose peut être hors du commerce soit à raison Pourquoi le vendeur s’est-il obligé à livrer sa maison, sinon à cause de l’obligation pour l'acheteur de payer de sa nature, comme l'air, la mer, etc., soit à raison de sa destination, comme les choses faisant partie du do­ le prix convenu? De même, si l'acheteur a contractémaine public, par exemple les places fortes, les routes l'obligation de verserau vendeur la somme stipulée, c'est assurément parce que celui-ci s'engageait à céder sa nationales, etc. Une conséquence de ce principe est que la vente d'un objet volé est entachée de nullité. Toute­ maison. L’obligation de l’acheteur a donc pour cause fois, dans certains cas nettement déterminés, en raison l’obligation du vendeur et réciproquement. Les deux obligations se servent mutuellement de cause. du bien commun de la société, la loi valide ces sortes de vente. Dans les contrats unilatéraux, la cause varie suivant la nature du contrat. S'agil-il d'un prêt? La cause de Il n'est pas nécessaire que le débiteur possède l'objet l'obligation de l'emprunteur se trouve dans la prestation de la convention au moment même où elle se conclut, mais il suflit qu’il puisse effectuer la prestation à l’époque I qui lui esl faite par le prêteur. N’est-ce pas en considé­ ration de cette prestation qu'il s'est obligé? N’est-ce pas fixée pour la livraison. Fréquemment, un industriel là le but immédiat qu'il poursuit en empruntant, c'estvend à terme des marchandises qu’il n’a pas fabriquées, et dont il ne possède peut-être même pas la matière à-dire en s’obligeant à rendre l’objet prêté? La cause première. Ainsi, un fabricant de drap vendra à une j serait la même dans le dépôt et dans le gage. Dans le compagnie de chemins de fer 10000 mètres de drap pour contrat de donation, il n'y a pas d'autre cause que l'in­ tention libérale du donateur, sentiment de bienveillance garnir des wagons, livrables dans un an, alors qu'au à l'égard du donataire. moment où il passe ce marché, il n’a ni le drap ni Pour mieux comprendre la nature et le rôle de la même la laine pour le fabriquer. cause de l’obligation, il est utile de la comparer soit à 5. Licite. — La promesse d'un fait illicite, c’est-àl'objet soit au motif du contrat. dire contraire à l’ordre public ou aux bonnes mœurs, La distinction de l'objet et de la cause est facile à ne saurait engendrer aucune obligation, parce que de semblables faits sont légalement ou moralement impos­ saisir. La cause est ce pour quoi je suis obligé, l'objet sibles pour un honnête homme. N’y a-t-il pas contra­ est ce à quoi je suis obligé, ce que je dois. Ainsi dans la vente, l’obligation du vendeur a pour objet la chose diction manifeste à se trouver obligé, en vertu du con­ vendue, celle de l’acheteur le prix. Dans le prêt, l’obli­ trat, à poser un acte, et en même temps obligé par la loi naturelle ou positive à omettre ce même acte? Cette gation de l’emprunteur a pour objet la chose même qu’il a reçue, ou l'équivalent de celle-ci, suivant qu’il y contradiction entraîne l’inexistence de l’obligation. a prêt à usage ou prêt de consommation. Dans la dona­ D’après l’opinion commune des théologiens mora­ tion, l’obligation du donateur a pour objet la chose listes, il suflit pour la validité du contrat que l’objet soit substantiellement honnête, alors même qu’une cir­ donnée. Tout autre est la cause de ces differents con­ trats, comme il a été dit plus haut. constance accessoire le rendrait coupable. Donnons Plus délicale esl la distinction de la cause et du mo­ comme exemple : un travail à exécuter le dimanche, tif, parce qu’il existe entre eux une étroite ressemblance. l'achat de poison effectué dans une intention coupable. Le motif comme la cause est un but; mais la cause est Il en va de même si l’acte est prohibé par une loi pu­ le but immédiat et essentiel, le motif le but éloigné et rement pénale : la vente du gibier avant l’ouverture de accidentel de l’obligation. J’ai besoin de blé pour ense­ la chasse. Dans ce cas, le contrat est valide, mais le dé­ mencer mes terres, j’en achète 20 hectolitres moyennant linquant reste soumis en conscience à l’obligation de 400 francs. A celle question : pourquoi ai-je fait cette subir sa peine s’il est condamné. convention? deux réponses se présentent: 1. J’ai con­ Les choses spirituelles peuvent-elles être matière de conventions? La réponse n’est pas douteuse, s’il s’agit tracté celle obligation pour que le marchand s’engage à me livrer 20 hectolitres de blé. Voilà la cause. 2. J'ai de contrat gratuit. Je puis m'engager à réciter des conclu cet engagement afin de pouvoir ensemencer mes prières, à célébrer la sainte messe pour un ami; je puis terres. Voilà le motif. iui promettre des reliques, etc. Le contrat est-il oné­ Ainsi parmi les divers buts qu'on peut se proposer reux, l’engagement est valide, lorsque la chose spiri­ tuelle a pour contre-valeur un objet spirituel. Par en contractant, le plus prochain, le plus immédiat est exemple, je réciterai tant de chapelets en échange d’une la cause; les autres sont les motifs de l'obligation. Le messe que vous célébrerez à mon intention. Il tant tou­ premier est essentiel, car il sera toujours le même dans tefois, en cette matière, tenir compte des prescriptions une série de conventions de même nature. Le second et des prohibitions de l’Eglise. Donner une chose tem­ est accidentel; et donc il variera à l'inli ti dans diverses porelle comme équivalent d’une chose purement spiri­ conventions semblables. Si plusieurs personnes achètent tuelle, c’est de la simonie. Commettrait ce péché le chacune une maison, la cause de leur obligation sera prêtre qui exigerait une somme d’argent comme prix identique, mais il est infiniment probable que le motif de l’absolution sacramentelle. Il peut arriver qu’un sera dill'érent. même objet ou un même acte ait à la fois une valeur L'obligation sans cause, ou sur une fausse cause, temporelle et une valeur spirituelle; tel un calice con­ c’est-à-dire sur une cause qui n’existe que dans la pensée sacré-, tel encore le culte extérieur des cérémonies re­ de celui qui s'est obligé, esl nulle et inexistante. Code ligieuses. Pour juger, dans ce cas, de la validité du civil, a. 1131. Cette nullité n'est d'ailleurs que la consé­ contrat, il sera nécessaire de faire le départ entre ce quence du défaut absolu de consentement qu'entraîne qui est principal et ce qui est accessoire dans la chose avec elle toute erreur essentielle. spirituelle ayant une valeur temporelle, et de tenir L’obligation qui a une cause illicite est nulle. Code compte de la législation positive de l’Eglise en celte civil, a. 1131, parce que le but qu’elle poursuit est con­ matière. Voir Simonie. traire à la loi ou aux bonnes mœurs. Il s’ensuit qu’on 2- Couse licite. — La cause du contrat est ce pour ne peut pas se faire promettre une somme d’argent ; jui on s'oblige; le but immédiat et essentiel qu'on se comme rémunération d’un acte coupable. C'est le «* s 1655 CONTRAT d'un homme qui s'engage â rémunérer une femme pour la promesse que lui fait celle-ci de nouer, ou de con­ tinuer avec lui des relations déshonnêtes. Le contrat étant nul, si la convention n’a pas encoreété mise à exécution la partie qui a reçu l’argent sera tenue à restitution. L’action illicite a-t-elle été commise, le débiteur, d'après l’opinion commune des moralistes, devra en conscience payer le prix convenu. L'ne fois l'acte coupable posé, ainsi raisonne-t-on. il se forme un nouveau contrat innommé do ut des, dans lequel une des parties doit fournir la contre-partie de la prestation effectuée par l’autre partie, pourvu, bien entendu, que cette contre-valeur n'ait rien d'illicite, ce qui a lieu dans le cas présent. De plus, l’action, objet du contrat, tout en étant mauvaise en soi, a procuré une utilité, un avan­ tage susceptible de rémunération. C’est précisément cette utilité qui est la matière du contrat innommé et l’équivalent de la somme reçue. S. Alphonse, Theologia moralis, η. 712; Lacroix, Lugo, S. Thomas,Sum. Iheol., Il» llæ, q. xxxii, a. 7, et presque tous les auteurs mo­ dernes. Cependant quelques théologiens soutiennent l'opinion contraire. L'n contrat invalide avant son exécution, disent-ils, ne saurait être valide après la prestation. En pratique, après position de l’acte répréhensible, la partie qui a reçu le prix de la mauvaise action, pourra en conscience le garder; d’autre part, suivant une opinion probable, la partie quia promis de payer, n’est pas tenue en conscience à débourser la somme convenue. Marc. Institut, alphonsianee, n. 1036; .Erlnys, Theol. mora­ lis, n. 386; Génicot. Iheol. moralis, n.584; Haine. De contract., q. vu; Hulol. n. 685. La Sacrée Pénitencerie a répondu dans ce sens le 22 avril 1822 : Mulier pænilens non cogenda est, sed hortanda ut pretium mere­ tricii juxta prudentis confessorii judicium eroget in usus pios. Toutefois si le tribunal, qui est très sévère en celte matière, annulait un contrat de ce genre, on devrait en conscience se soumettre à ce jugement. Génicot, foc. cit.; Lehmkuhl. n. 1052-1053. 11 y a encore une cause illicite lorsqu'on stipule une somme d’argent pour l'accomplissement d'une obliga­ tion à laquelle on est déjà tenu par un autre titre de justice. C’est le cas du dépositaire se faisant promettre une somme d’argent pour restituer le dépôt qu’il a reçu ; du député, du juge recevant de l’argent pour prix de leur suflrage. Si, au contraire, l’acte, objet de la convention, est illégitime à un autre titre que celui de justice, il peut être susceptible de rémunération, à condition toulefois qu'il ait une utilité appréciable. Pierre reçoit de son père une certaine somme d’argent pour aller à la messe le dimanche. L'église étant assez éloignée, c’est une rémunération pour la fatigue dépensée. Autre exemple : un passant me demande le chemin; la cha­ rité m'ordonnant de le lui indiquer, je ne puis en jus­ tice exiger aucune rémunération, car je ne fournis aucun travail et ne m’impose aucun sacrifice. Mais la route est compliquée, je dois, pour le mettre sur la bi une voie, accompagner mon interlocuteur, dans ce cas je suis en droit de lui demander une gratification. Celui qui a loué ses services à autrui peut-il en con­ st.’i-nce engager pour une somme d’argent ces mêmes services à une tierce personne? Oui, mais à une double condition : d'abord que la prestation accessoire soit utile, ensuite qu'il ne résulte aucun inconvénient pour le premier contractant. Les deux obligations de justice sont, en ■ -tfet. indépendantes l'une de l’autre et par suite chacune d'elles donne naissance à un droit dis­ tinct. Par exemple, un domestique recevra, sans injus­ tice. de l'arg-nt comme rémunération pour des services rendus à d'autres personnes; un facteur rural se char­ gera moyennant paiement de diverses commissions pour ses clients. 1656 3“ De la capacité des personnes contractantes. — D’après le droit naturel, est habile à contracter toute personne ayant l'usage de la raison ; et donc les enfants, les aliénés, les personnes en état d'ivresse complète sont inaptes à s'engager validement. Ces incapacités naturelles résultent évidemment du défaut de consen­ tement. Aux termes de l’art. 1123 du Code civil : « Toute personne peut contracter, si elle n'en est pas déclarée incapable par la loi. Les personnes juridiquement incapables de contracter sont : les mineurs, les inter­ dits, les femmes mariées, dans les cas exprimés par la loi, et généralement tous ceux à qui la loi interdit cer­ tains contrats. » A. 1124. 11 y a donc des personnes frappées d’une incapacité générale de conlracter, et d'autres qui sont frappées d'une incapacité particu­ lière. Aux personnes aflligées d’une incapacité complète, on donne un tuteur qui les représente et qui agit en leur lieu et place dans les actes de la vie civile, où elles sont intéressées. Ces personnes sont mises en tutelle. Les actes, passés par le tuteur en leur nom et pour leur compte, produisent leur effet pour ou contre elles, comme si elles les avaient passés elles-mêmes. Quant à celles qui ne sont atteintes que d’une incapa­ cité relative à certains actes, elles ne reçoivent qu’un curateur, ou conseil sans l’assistance duquel elles ne peuvent pas validement procéder à ces actes. On dit de ces personnes qu’elles sont en curatelle, ou qu elles ont un conseil judiciaire. Éludions rapidement la condition juridique des divers incapables. I. Les mineurs. — Les mineurs qu’on oppose aux majeurs sont les personnes qui n’ont pas encore vingt et un ans accomplis. L’incapacité de conlracter qui atteint le mineur s’étend au mineur émancipé. Le légis­ lateur lui accorde, il est vrai, au chapitre de l’émanci­ pation, une certaine capacité qui lui permet d’accom­ plir seul tous les actes relatifs à l'administration de son patrimoine; mais le mineur émancipé est incapable en dehors de cette sphère. L'incapacité est donc pour lui la règle, la capacité l’exception. En réalité, le mineur est restituable pour cause de lésion contre les conventions qu’il a passées, plutôt que incapable de contracter; car la loi lui permet d’attaquer ces conventions dans le seul cas où elles seraient pour lui la source d’une lésion : restituitur minor, non tan­ guant minor, sed tanquant læsus. Aussi bien, les contrats passés par un mineur, par un interdit ou par une femme mariée, ne sont pas nuis de nullité radicale, ils sont seulement annulables. — Toulefois le privi­ lège de rescission accordé à l'incapable ne va pas jusqu'à lui permettre de s’enrichir aux dépens de la personne avec qui il a contracté. Le mineur (et aussi l'interdit ou la femme mariée), qui sur le fondement de son incapacité demande l'annulation d’un contrat, devra donc restituer ce qu’il a reçu en exécution de ce c mirât. Si, par exemple, il a fait annuler une vente, il devra rendre à l’acheteur le prix ou la partie du prix qu'il a touché. Le mineur qui, de mauvaise foi, a fait tort à son co­ contractant. est tenu en conscience à restituer. A-t-il agi de bonne foi, sans retirer un émolument du con­ trat, il peut proliter du bénéfice de la loi, alors même que la contre-partie eût éprouvée un dommage. Par conséquent, il ne sera pas obligé, après avoir atteint sa majorité, d’exécuter la convention. Bulot, n. 690; Noldin. n. 519. Le mineur est protégé par la loi dans l’intérêt du bien commun, pour éviter qu'on abuse de son inexpé­ rience ou de sa faiblesse; voilà pourquoi il ne peut pas renoncer au privilège de rescission dont il est légale­ ment investi. Toutefois, si l’incapable usait de dol pour déterminer quelqu'un à contracter avec lui, par 1C57 CONTRAT exemple en alléguant faussement la qualité de majeur, il serait tenu à réparer le tort causé à la contre-partie dans le cas où la rescission serait prononcée. Un mineur prodigue emprunte bona /ide de l’argent, fait des dettes, mène une vie de plaisir et de débauche; peut-il invoquer la rescission et refuser de payer ses créanciers? A cette question les théologiens moralistes répondent affirmativement. Bulot, n. 691; Lehmkuhl, n. 1055, 3; Génicol, n. 580; Allègre, n. 1305. Se pro­ noncent à l'encontre Gousset, n. 747; Gury, n. 765. l.a loi civile, en effet, lorsqu’elle permet dans l'intérêt du bien commun l’annulation du contrat passé par un mi­ neur, est juste. La personne qui a contracté avec un incapable n’a pas raison de se plaindre, car elle est supposée connaître la condition de celui avec lequel elle contracte et prévoir par conséquent l’instabilité du contrat. 2. Les interdits. — Les personnes qui se trouvent dans un état habituel d'imbécillité, de démence ou de fureur, sont en fait le plus souvent incapables de se gouverner el de gérer leurs affaires comme il convient. H y aurait donc pour elles, pour leur fortune et pour ceux de leurs parents qui peuvent être appelés à re­ cueillir un jour leur succession, un danger réel à ce que l’exercice de leur droit de contracter ne leur soit pas enlevé. Aussi, les parties intéressées sont-elles auto­ risées à s’adresser à la justice et à demander l’interdic­ tion de l’incapable au tribunal du domicile de celui-ci. L'interdiction est donc un jugement par lequel une personne, reconnue en fait incapable de gérer ses affaires, est déclarée en droit inhabile à faire aucun acte civil, et par suite mise en tutelle. Ceux-là seuls peuvent être interdits qui sont dans un état habituel d’imbécillité, de démence ou de fureur. Tous les actes que l'interdit accomplit postérieure­ ment à son interdiction, sont en principe frappés de nullité. L’interdit lui-méme ou ses représentants, dans un délai que la loi détermine, peut les faire annuler par les tribunaux pour cause d’incapacité et indépen­ damment de toute lésion. La preuve qu’un acte, passé par l’interdit depuis son interdiction, a été fait par lui dans un intervalle lucide (c’est-à-dire à un moment où il était en pleine possession de ses facultés), ne serait ; as admise. La protection de la loi est absolue et elle doit l’être, sous peine de perdre son efficacité. 11 serait facile, en ell'et, d’arracher un acte à la faiblesse de l’in­ terdit et de soutenir ensuite sa validité. Tant que le jugement d'interdiction n’est pas rapporté, l’incapacité qui en résulte est donc continue et permanente. Quant aux actes antérieurs à l’interdiction, il y a lieu de distinguer, suivant qu'ils ont été faits ou non dans un intervalle lucide. Aussi longtemps qu’une per­ sonne n’est pas interdite, on doit présumer —sauf, bien entendu, preuve du contraire — qu’elle n’est pas en état de l’être et qu’ainsi elle a contracté en pleine pos­ session de ses facultés. Après l'interdiction, au con­ traire, il y a présomption sous réserve de la preuve du contraire, que les actes passés par l’interdit depuis qu’il est notoirement dans un état habituel d’imbécil­ lité, de démence ou de fureur, ont été faits par lui en dehors d’un intervalle lucide. Les prodigues, c’est-à-dire ceux qui compromettent et qui gaspillent follement leur patrimoine, peuvent être, à la requête de leurs parents, déclarés judiciaire­ ment incapables de faire seuls les actes les plus im­ portants de la vie civile. Il y a en quelque sorte dans cet acte judiciaire une demi-interdiction. Elle ne peut être provoquée que par ceux qui auraient le droit de demander l'interdiction proprement dite. On doit, en outre, procéder dans les mêmes formes. En même temps qu’il déclare un prodigue incapable, le tribunal désigne lui-même un conseil judiciaire, ■ids l'assistance duquel ce prodigue ne pourra plus 1658 désormais valablement, ni plaider, ni transiger, ni emprunter, ni recevoir un capital mobilier et en donner décharge, ni enlin aliéner ses biens ou les grever d’hypo­ thèques. Ce n’est pas, d'ailleurs, aux seuls prodigues, c’est aussi aux faibles d'esprit qui ne sont pas assez privés de raison pour être interdits, qu'on peut donner un conseil judiciaire. 3. Les femmes mariées. — L’incapacité des femmes mariées consiste dans la nécessité d’obtenir l'autorisa­ tion de leur mari ou de la justice, pour contracter validement. En dehors de celte autorisation, la femme mariée ne peut ni faire ni recevoir une donation, ni acheter, ni vendre, ni échanger; elle ne peut ni s'obliger, ni hypothéquer, ni accepter une succession, etc. Elle s'obligerait au contraire valablement par sa faute, ses délits ou quasi-délits. Cependant dans certaines hypothèses, notamment quand elle est séparée de biens par contrat ou par juge­ ment, Code civil, a. 1449, 1536, la femme mariée est capable d'accomplir sans autorisation tous les actes qui concernent l’administration de son patrimoine, lie même, la loi du 6 février 1893 a restitué à la femme séparée de corps le plein exercice de sa capacité civile. Pour se livrer au commerce, la femme mariée a be­ soin de l'autorisation de son mari, cette autorisation est soumise à des règles spéciales, et ne saurait être donnée en justice, malgré le mari. Celui-ci peut seul, en principe, autoriser sa femme à courir les chances et les dangers du commerce qu’elle veut entreprendre et dont le plus souvent il peut seul mesurer l’étendue et la gravité. Au reste, l’autorisation de faire le commerce peut être tacite, et on peut l'induire en toute circons­ tance. Lorsqu'une femme mariée n'a pas un commerce séparé de celui de son mari et qu'elle ne fait que détailler la marchandise de ce dernier, elle n'oblige que lui sans s’obliger elle-même; car elle n’agit pas eu son nom propre et privé. L'acte de la lemme qui n’a pas été autorisée par le mari est annulable sur la demande du mari, dont l’auto­ rité n’a pas été respectée, ou sur la demande de la femme qui n’a pas été protégée. Cette instance est rece­ vable alors même qu’il n’y a pas lésion. Mais comme la faveur de rescindibilité est accordée dans un intérêt privé et n'est pas fondée sur une nécessité d’ordre public, ceux qui ont le droit d'invoquer la rescission du contrat peuvent y renoncer. Dans ce cas, la renonciation, bien que sans aucune valeur juridique, oblige en con­ science. Néanmoins si l'un des époux renonce à son droit, l’autre peut en çùreté de conscience demander au tribunal l'annulation du contrat. 4. Personnes frappées d’une incapacité spéciale de contracter. — La loi interdit à des personnes détermi­ nées certains contrats. C’est ainsi que le tuteur ne peut acheter les biens du pupille, Code civil, a. 450; de même, le contrat de vente est interdit, en principe, entre époux. Code civil, a. 4595. D’autres incapacités spéciales de contracter résultent des art. 4596, 4597, 2045 et 2124. 4° Le consentement légitime. — Le consentement est l’accord de deux ou de plusieurs personnes sur un même objet, c'est encore la résultante de deux ou plu­ sieurs volontés qui s’unissent. Le consentement est donc un acte bilatéral, à la différence de la volonté, acte unilatéral. Comment se produit le concours des volon­ tés, qui constitue le consentement ? Avant de s’unir les volontés se cherchent. Celui qui veut s’engager dans un contrat fera des ofi'res à diverses personnes, jusqu’à ce qu'il en ait trouvé une disposée à les accepter. L’offre ainsi faite en vue de préparer un contrat porte le nom de pollicitation : Pollicitatio est solius o/ferentis pro­ missum. Celui qui a fait l’offre n’est pas encore obligé car il ne peut se lier par sa seule volonté, il faut que celui auquel l'offre a été faite l'accepte; alors, mais 1659 CONTRAT alors seulement, il y aura promesse obligatoire, la pol­ licitation s'étant transformée en un contrat. Nous examinerons successivement les qualités du consentement et les vices du consentement. 1. Qualités du consentement. — Pour être valide, le consentement doit être intérieur, externe, mutuel, libre. a. Intérieur. — Le contrat étant par définition l’accord de deux ou plusieurs volontés produisant une obligation, exige nécessairement l'existence de ces volontés, c'està-dire l’acte réel de vouloir, le consentement intérieur. D’ailleurs, l’intention d'exécuter la convention n’est pas absolument requise pour la validité du consente­ ment. On peut avoir en même temps la volonté de s’obliger et l’intention, répréhensible sans doute, de manquer plus tard à ses engagements. De ce qui pré­ cède concluez que le consentement fictif, c’est-à-dire purement externe, rend le contrat inexistant. Au for extérieur, le consentement exprimé sera toujours réputé valide, sauf preuve du contraire. En outre, au for de la conscience, celui qui a donné un consentement fictif, est tenu de réparer les dommages causés par ce fait, et même de donner un consentement réel, si le dommage ne pouvait être réparé d'une autre manière, par exem­ ple dans le cas du mariage invalide par défaut de con­ sentement intérieur. b. Externe, c’est-à-dire manifesté par quelque signe sensible. Le contrat exigeant le concours de deux volontés, il s’ensuit que chacun des contractants doit percevoir la volonté de l'autre partie, ce qui demande une manifestation sensible. Le droitnaturel ne détermine aucun signe particulier pour le consentement et permet de contracter oralement, par écrit, par geste, même par le silence en matière favorable suivant l’axiome : qui tacit consentire videtur. Quant au droit civil, il détermine les conditions de validité du consentement dans certains contrats, tels que la vente, la donation, l'adoption, etc. c. Mutuel, parce que le consentement est un concours de volontés. Il n'est pas nécessaire d’ailleurs que les deux actes de volonté soient posés simultanément. Tant que la pollicitation subsiste, celui à qui l’offre a été faite peut l’accepter et la transformer en contrat. d. Libre, c'est-à-dire pleinement délibéré; s'il n'était le fruit de la liberté et de la délibération, le consente­ ment ne serait plus nn acte humain et partant serait incapable de produire l’obligation. Suffit-il à la formation du contrat valide que la polli­ citation ait été acceptée? Est-il en outre nécessaire que le pollicilant ait pris connaissance de l’acceptation? Pour résoudre cette question controversée, il y a lieu de distinguer les contrats gratuits et les contrats oné­ reux. Dans les premiers, dans la donation par exemple, il suffit que la volonté du donateur soit connue et acceptée par le donataire. Par son acte de donner, le possesseur se dépouille de la propriété de l’objet; dès lors, rien n’empêche le donataire de le faire sien par son acceptation. Cette solution est valable en droit naturel, mais le Code civil, a. 932, exige pour la validité de la donation entre vifs que l'acceptation du donataire soit juridiquement constatée. S’agit-il de contrats onéreux, la doctrine et la jurisi rudence sont divisées sur ce point. Plusieurs moralistes, Lehmkuhl, n. 1061 ; Haine, n.913; Allègre, t.tr, appendice t. enseignent que le contrat est parfait dès que la pollici­ ta': on est connue et acceptée par la contre-partie sans que le poliicit>nt ait connaissance de cette acceptation. Cepend >nt r '·ι- communément les théologiens tiennent que cette demiere condition est nécessaire à la vali­ dité du contrat. Sans doute, au moment où la contre­ partie accepte b pollicitation les deux volontés con­ tractant coexistent. mais pour qu'il y ait consentement mutuel et par suite contrat, il ne suffît pas que les volontés coexistent, il faut de plus qu-lles concourent, 1660 c'est-à-dire qu'elles se joignent. Or, elles ne peuvent se joindre que si l’acceptation est connue par les deux parties. Celte nécessité est analogue à celle de la pro­ mulgation. Pour obliger, la loi doit être promulguée au sujet, c’est-à-dire lui être authentiquement manifestée. De même, le pollicitant ne peut être lié par la volonté de son co-contraclant que si celle-ci lui a été intimée, en quelque sorte promulguée. Bulot, n. 696; Génicot, n. 587; Marc, n. 1015; Marrés, 1. Ill, n. 52; Gury, à la suite de Lugo, disp. XXII, n. 22; Lacroix, n. 656; d’Annibale, t. Π, p. 330. Ainsi je vous écris pour vous proposer de vous vendre 1000 hectolitres de froment à 20 fr. l’hectolitre; plusieurs jours se passent, puis vous me répondez que vous acceptez ma proposition. Or, le jour même, ignorant celle acceptation, je vous écris pour retirer mon offre, nos lettres se croisent, le contrat est nul, parce que j’ai retiré mon offre avant qu'elle fût obligatoire. La jurisprudence encore hésitante est ce­ pendant plus favorable à cette solution. Les négociants, qui annoncent dans des circulaires, prospectus, affiches, etc., les prix et conditions de leur négoce, sont dans un état permanent d’offre à l’égard du public, tant qu'ils ne l’ont pas retirée, de telle sorte que la demande conforme à ces conditions constitue une acceptation, et forme, dès qu'elle est parvenue à la connaissance du négociant, le lien juridique. Ainsi, une marchandise a-t-elle été mise à l’étalage à un prix indiqué, dès qu’un acheteur déclare vouloir la prendre à ce prix, le marchand est obligé de la livrer; en cas de refus, il serait passible de dommages el intérêts. 2. Vices du consentement. — Les vices qui altèrent le consentement de manière à le rendre nul ainsi que la convention qui en résulte peuvent se ramener à trois : l'erreur, la violence, le dol. Code civil, a. 1109. a. L'erreur. — L’erreur substantielle, c’est-à dire celle qui porte sur la nature même, ou sur l'objet de la convention, rend le consentement invalide. Exemple: Je vous remets une somme d’argent en dépôt, vous la recevez croyant que je vous en transmets la propriété à titre de prêt ; il n’y aura dans ce cas ni prêt ni dépôt. Pierre a deux maisons, l'uneà Paris, l'autreà Marseille; il vend à Paul la maison de Paris, celui-ci croit acheter la maison de Marseille. C’est un malentendu et aucune des deux maisons n’est vendue. L’erreur sur le motif qui nous détermine à contracter n’est pas en soi une cause de nullité. Quelle que soit en effet la gravité de cette erreur, elle n’empêche pas que, le consentement ayant été donné, l’accord des volontés se produise et forme un contrat valide. Exemple : J'achète un cheval, le motif qui me détermine à faire cet achat, c'est la nouvelle que je viens de recevoir de la mort d’un de mes chevaux, mais il se trouve que cette nouvelle est fausse. L’erreur où je suis tombé n’est pas un obstacle à la validité de la vente. Il peut arriver cependant que le motif altère grave­ ment l'objet du contrat ; dans ce cas, l’erreur sur le motif principal, et non pas sur le motif accessoire, frappe la convention de nullité. Je fais une avance à un pauvre que je crois honnête et qui en réalité est un fripon ; la donation est valide. Mais si ce pauvre n'était qu’un faux mendiant, la donation dans ce cas serait nulle. C'est que la pauvreté du donataire est le motif principal de l’aumône, la bonne conduite du pauvre n’est que le motif accessoire. L’erreur qui porte sur les qualités substantielles de l'objet rend nul le consentement. Sous le nom de qualités substantielles, on entend celles que les parties ou l’une d’entre elles ont eu principalement en vue en contractant, ou encore celles sans lesquelles elles n'auraient pas contracté. Dans ce cas, l'erreur vicie profondément le consentement,et doit à juste titre être assimilée à l’erreur substantielle. De savoir si une qualité est ou non substantielle c'est une question de 1661 CONTRAT fail dont l’appréciation est souvent délicate. Donnons des exemples. En voici un emprunté à Pothier : rachète une paire de chandeliers que je crois être en argent et que le marchand m'a présentés de bonne foi comme tels, mais qui ne sont en réalité que du cuivre argenté. Il y a erreur sur la qualité substantielle de la chose et la vente est nulle, car voulant acheter des chandeliers d'argent, si j'avais su que ceux qu'on m'offrait étaient de cuivre, je ne les aurais certainement pas achetés. Cependant, si les chandeliers avaient été achetés comme objet d’art ou comme antiquité, l’erreur sur la matière pourrait n’être pas substantielle : la matière étant d’im­ portance tout à fait secondaire pour un antiquaire. Autre exemple : Pierre achète du vind'oflice pourses domestiques; il avait demandé du bordeaux, le marchand lui envoie du bourgogne; la convention reste valable. Si, au contraire, il avait demandé, pour le conserver, du vin de Bordeaux d’un cru coté, l’acheteur aurait le droit d’exiger la résiliation de la vente, dans le cas où le marchand lui aurait envoyé un autre vin. Il est évident, en effet, que dans l’espèce, le crû, l’année même du vin sont une condition sine qua non de la convention. Paul a acheté des titres qui, à son insu, étaient amortis, c'est-à-dire appelés au remboursement par le tirage au sort au moment de la vente. 11 y a erreur de sa part sur une qualité substantielle de la chose; il la croyait productive d'intérêts et en réalité elle ne l'était plus. La vente est donc nulle. L'erreur sur les qualités accidentelles de l'objet n’est pas une cause de nullité, Code civil, a. 1110; le légis­ lateur a voulu assurer parla la stabilité des conventions. Toutefois, au for de la conscience, les contrats gratuits sont nuis par le fait d une erreur accidentelle antécé­ dente, c'est-à-dire cause de l’engagement. Le contrat gratuit, parce qu'il procède d’une pure libéralité, exige une spontanéité pleine et entière. Telle est l’opinion la plus commune parmi les moralistes. Bulot, n. 698; Lugo; Reuter, n. 115. Tous, d’ailleurs, admettent que dans ce cas, le contrat est annulable au gré de la partie victime de l’erreur. En principe et dans les contrats onéreux, l'erreur sur la personne avec laquelle on contracte n’est pas une cause de nullité. Ainsi un libraire vend un livre qu'on lui paie comptant; peu lui importe que ce soit a Pierre ou à Paul, l’erreur est ici indifférente. Toutefois, lorsque la considération de la personne est la cause principale de la convention, l'erreur devient un motif de nullité. Ceci a toujours lieu dans le contrat de mariage ou de fiançailles, très souvent aussi dans les contrats gratuits, la donation par exemple. Etant inspirée par un sentiment de bienveillance et d’affection tout personnel, s’il y a eu de la part du donateur erreur sur la personne du donataire, la dona­ tion est nulle. b. La violence. — La violence exercée sur quelqu’un pour le contraindre à un acte peut être physique ou murale. Quand elle est physique, c’est-à-dire quand on nous force matériellement la main, il n'y a ni volonté, ni consentement, et donc pas de convention. La violence est morale, quand nous nous résignons à faire quelque chose par la crainte de nous exposer à un mal. La crainte ab intrinseco, celle qui provient d’unecause n '•cessaire, ne rend jamais le consentement nul ou annulable, que la crainte soit grave ou légère. En effet, - lui qui est sous l’empire de la crainte peut se dispenser de consentir en subissant le mal auquel il est • •posé. D’autre part, la crainte provenant de causes naturelles ne viole aucun des droits du contractant. Le consentement reste donc libre et juste, à’moins cepen­ dant qu’elle atteigne un degré tel qu’elle enlève l’usage de la raison. La violence morale, pourvu qu'elle soit juste, ne blesse pas la validité du consentement. Une jeune fille a été 1662 séduite par un jeune homme; le père de celle-ci va trouver le séducteur, et par des menaces obtient de lui une promesse de mariage, pour réparer le tort causé à la malheureuse. Comme en l’espèce la violence mo­ rale est juste, la promesse de mariage est valide. Cf. Bu­ lot, n. 701 ; Lessius, 1. 11, c. xv», n. 41. La crainte légère est réputée au for extérieur n’avoir aucun effet sur la validité des contrats de bienfaisance. Au point de vue de la conscience, la crainte légère qui a été la cause du consentement rend ces sortes de contrats nuis ou du moins annulables. Il en va de même, à plus forte raison, pour la crainte grave. Il est, en effet, essentiel au contrat gratuit de procéder d’une libéralité absolument spontanée. Reuter, n. 121; Molina, Lessius, etc. Dans les contrats, au contraire (sauf peut-être les fiançailles), la crainte légère ne rend le contrat ni nul ni annulable. Par le fait même qu’on la suppose légère, la crainte est sans influence prépondérante sur le contrat et par conséquent incapable de vicier profondé­ ment le consentement. Lehmkuhl, n. 1065 ; Marrés, 1. 111, n. 99. La seule crainte révérentielle envers le père et la mère, ou tout autre ascendant, ne suffit pas, en soi, pour annuler le contrat. Code civil, a. 1114. Au for extérieur, les caractères que doit avoir la violence pour entrainer la nullité d'un contrat sont indiqués par l'art. 1112 ainsi conçu : « Il y a violence lorsqu'elle est de nature à faire impression sur une personne raisonnable, et qu’elle peut lui inspirer la crainte d'exposer sa personne ou sa fortune à un mal considérable et présent. On a égard en cette matière à l’àge, au sexe et à la condition des personnes. » Ainsi la violence injuste, exercée contre l'un des contractants, l’autorise à demander en justice l'annulation du contrat, alors même que la violence qu'il a subie n’aurait pas été exercée envers la per­ sonne même avec laquelle il a contracté. Code civil, a. 1111, 1117. Au point de vue de la conscience, la question est controversée. Plusieurs théologiens soutiennent la nul­ lité radicale du contrat onéreux, passé dans ces condi­ tions. Le consentement donné, ainsi raisonnent-ils, provient d’un acte injuste. Or, l'injustice ne saurait former un lien de droit. Mais la plupart des docteurs estiment qu’un pareil contrat est simplement annu­ lable. En effet, la violence, fût-elle grave, ne détruit pas la liberté du consentement, et le lien de droit est formé non par l'injustice de la personne qui commet la violence, mais à l’occasion de ou malgré celte injus­ tice, par la libre volonté du contractant. En soi, la convention est donc valable; mais elle peut être annu­ lée, parce que la partie qui a commis l’injustice de la violence et le dommage qui en résulte est tenue à ré­ paration, et donc la partie lésée doit avoir la faculté de résilier l’engagement. Cf. de Lugo, loc. cit., n. 114 sq.; Lehmkuhl, n. 1066, 1067; Reuter, n. 123; Lacroix, n. 636; Bulot, n. 703. Notons cependant que d'après le droit canon les contrats suivants sont certainement nuis, lorsqu’ils ont été passés sous l’influence d’une violence grave et injuste : a) la profession religieuse et en général tous les vœux; b) le mariage et les conventions dotales; c) les contrats concernant les biens de l’Église et la renonciation à un bénéfice ecclésiastique; d) l’élection d'un prélat et probablement la collation de la juridic­ tion ecclésiastique. Si la violence subie par l’un des contractants n’a pas été exercée par la personne même avec laquelle il a contracté, le contrat — il s’agit d’un contrat onéreux — est valide. D'une part, en effet, le consentement a été donné librement; d'autre part, la contre-partie n'est pas tenue, comme dans le cas précédent, à réparer une injustice qu’elle n'a point commise. Ita multi pro'ja- 1663 CONTRAT bilius contra Billuart. Lugo, loc. cit., n. 178, fait une exception pour le contrat de mariage qu'il estime in­ valide, lorsqu'il a été fait dans les conditions précitées. c. Le dol. — Par dol il faut entendre toute machina­ tion frauduleuse, qui a pour but de faire naître une erreur sous l’empire de laquelle la personne trompée contracte un engagement. Ainsi défini, le dol implique nécessairement l’idée de manœuvres frauduleuses. Ne présentent pas ce caractère les exagérations de lan­ gage des vendeurs pour vanter les qualités de leurs marchandises, non plus que les exagérations en sens inverse des acheteurs pour les déprécier. D'ailleurs, ces procédés que réprouve une morale sévère, ne trompent en général personne, â raison même de ce qu'elles constituent une sorte de monnaie courante. Pour que le dol soit une cause de nullité du contrat, il faut qu’il fasse naître une erreur en l’absence de laquelle la personne intéressée n’aurait pas contracté, c’est ce qu’on appelle le dol principal. Le dol accidentel, au contraire, est celui qui a pour objet, non pas de déterminer une des parties à con­ tracter, mais seulement de l’amener à souscrire â des conditions plus onéreuses et qu’elle n’aurait point acceptées, si elle n'avait pas été trompée. Le dol acci­ dentel ne donne droit, pour la partie trompée, qu’à des dommages et intérêts, ou à une diminution d’obliga­ tion. Code civil, a. 1116. D'ailleurs, le dol n’est une cause d’annulation de la convention que s’il a été pratiqué par la personne même avec laquelle on a contracté. Pour cette per­ sonne, la réparation du préjudice qu’elle a causé con­ sisterait à ne pas poursuivre l’exécution de la conven­ tion que ses manœuvres frauduleuses ont déterminée. Il est donc naturel que l’annulation de cette convention puisse être demandée contre elle, par la partie adverse. Mais si le dol qui a induit une des personnes à con­ sentir avait été pratiqué par une autre personne que celle avec laquelle cette partie a contracté, le contrat tiendrait; toutefois la victime des manœuvres fraudu­ leuses aurait recours contre leur auteur. La nullité fondée sur le dol suppose donc une erreur de la part de celui qui en a été victime, et une erreur sans laquelle il n'aurait pas contracté. Cependant la nullité fondée sur le dol ne se confond pas avec celle résultant de l’erreur. En effet, l'erreur inspirée par le dol sera toujours une cause de nullité, lorsqu’elle est telle que l’autre partie n’aurait pas contracté, si elle avait connu la vérité; tandis que l’erreur ayant une cause étrangère au dol ne porte atteinte à la validité du contrat que si elle tombe sur la cause de l’obliga­ tion, sur la subslance même de la chose qui en est l’objet, ou sur la personne avec qui l’on a voulu con­ tracter, dans les cas exceptionnels ou le contrat est fait principalement inluitu personæ. C’est ainsi que l'erreur sur les motifs du contrat pourra être un cas de nullité, quand elle aura été ins­ pirée par le dol; alors qu’elle n’empêcherait pas la convention d’être valable, si elle provenait d’une autre cause. Par exemple, j’achète un cheval dans la fausse persuasion ou je suis qu’un de mes chevaux est mort, c'est une erreur sur les motifs du contrat. Si cetle erreur m’a été inspirée par le dol de mon vendeur, je pourrai faire annuler le contrat, tandis que je ne le pourrai pas si elle a une autre cause, fùt-ce le dol d’un tiers. Rappelons ici sommairement la distinction entre les contrats inexistants, les contrats nuis de plein droit et les contrats simplement nuis ou annulables. Le contrat inexistant — ou nul de nullité radicale, comme disent quelques-uns — est celui qui n'a pas pu se former parce qu'il manquait un élément essentiel à son existence. Ceci arrive lorsqu'il y a défaut absolu fie consentement, défaut d'objet, absence ou fausseté 166 i de la cause, inobservation des solennités prescrites, s’il s'agit d’un contrat solennel comme la donation, le contrat de mariage, la constitution d’hypothèque. La justice n’a pas besoin d’intervenir pour infirmer un contrat inexistant : on n’annule pas le néant. Le con­ trat inexistant ne peut produire aucun effet ; toute personne intéressée peut se prévaloir de l’inexistence d'un contrat; enfin, un contrat inexistant ne peut pas être validé par une confirmation soit expresse, soit ta­ cite : on ne confirme pas le néant. Λ la différence du contrat inexistant, le contrat nul réunit les conditions essentielles à son existence, mais il est atteint d’un vice qui l’empêche, sinon de se former, du moins d'être valable. Les contrats nuis peuvent être subdivisés en deux catégories : contrats nuis de plein droit, et contrais simplement nuis ou annulables. La nullité des actes de plein droit présente les carac­ tères suivants : a) elle peut être invoquée par tout inté­ ressé. On exprime cette condition en disant qu’elle est absolue et souvent on l'appelle de ce nom. — b) Celte même nullité ne peut pas se couvrir, c’est-à-dire être ellacée par une confirmation soit expresse, soit tacite, émanée des intéressés. A ces deux points de vue les contrats nuis de plein droit se confondent avec les contrats inexistants. Les contrats simplement nuis ou annulables donnent lieu à une action en nullité ou en rescission, au moyen de laquelle l’acte peut être annulé par la justice. Ici, à la différence de ce qui a lieu pour l’acte inexistant, et aussi, d’après certains auteurs, po-.ir l'acte nul de plein droit, la justice doit nécessairement intervenir pour prononcer la nullité de l'acte. L’annulabilité est une mesure de protection que la loi établit en vue de certaines personnes déterminées; ces personnes sont les incapables (mineurs, femmes mariées, interdits) et les personnes dont le consentement a été vicié dans un contrat. Le contrat simplement annulable existe tant qu'il n'a pas été cassé par la justice, il produit donc tous ses effets. Toutefois, ces effets ne se produi­ sent que provisoirement, car la sentence judiciaire qui prononcera la nullité rêtroagira au jour de l'acte, et par suite tous les effets produits jusqu'à celte sentence seront considérés comme non avenus. III. De l’obligation des contrats. — 1° Comment elle se forme. — L'effet immédiat d'un contrat, c’est de produire un lien moral : l'obligation, en vertu de laquelle celui qui a donné son consentement doit elfec? tuer la prestation convenue. En vertu même de sa dé­ finition, le propre du contrat est de donner un droit à l'une des parties ou à toutes les deux; mais à tout droit correspond un devoir et par conséquent une obligation de conscience. L’obligation contractuelle s’étend non seulement à l'objet exprimé directement dans le pacte, mais encore à toutes les conséquences de l’engagement qui résulte­ raient de la loi, de l'équité ou de la coutume. Les par­ ties sont, en effet, supposées agir de bonne foi et consen­ tir implicitement à tout ce qui est contenu dans l’objet principal du contrat. L’interprétation des conventions est soumise aux règles suivantes du Code civil, empruntées à Pothier; aussi nous bornerons-nous à les éclairer à l’aide des exemples que donne le célébré jurisconsulte, Traité des obligations, n. 91 sq. lre règle. — « On doit dans les conventions recher­ cher quelle a été la commune intention des parties contractantes, plutôt que de s’arrêter au sens littéral des termes, » a. 1156. Ainsi, dit Pothier, vous tenez à loyer de moi un petit appartement dans une maison dont j'occupais le reste, je vous fais un nouveau bail dans ces termes : « J’ai donné à un tel ma maison, pour tant d’années, pour le prix porté au précédent 1665 1666 CONTRAT bail. » Seriez-vous fondé à prétendre que je vous ai loué toute ma maison? Non, car quoique ces termes ma maison, dans leur sens grammatical, signifient ma maison tout entière et non un simple appartement, néanmoins, il est visible que notre intention a été seu­ lement de renouveler le bail de l’appartement que vous teniez de moi ,et cette intention, dont on ne peut douter, doit prévaloir aux termes du bail. 2e règle. — « Lorsqu’une clause est susceptible de deux sens, on doit plutôt l'entendre dans celui, avec lequel elle peut avoir quelque effet, que dans le sens avec lequel elle n’en pourrait produire aucun, » a. 1157. Par exemple, s’il est dit à la fin d’un acte de partage : Il a été reconnu entre Pierre et Paul que Paul pourrait passer par sa propriété; il faut entendre la propriété de Pierre, autrement la clause n'aurait aucun effet. 3· règle. — « Les termes susceptibles de deux sens s'interprètent dans le sens qui convient le plus à la matière du contrat, » a. 1158. Je vous loue pour neuf années ma maison, moyennant 1000 francs. On devra considérer que ce n'est pas une somme de 1 000 francs une fois payée, mais lOOO francs par an que j'ai entendu stipuler; car il est dans la nature du contrat de louage, que le prix consiste dans une somme annuelle. 4’ règle. — « Ce qui est ambigu s’interprète par ce qui est d’usage dans le pays où le contrat s’est passé, » a. 1159. Ainsi je fais marché avec un vigneron pour qu'il cultive ma vigne, sans expliquer le nombre de labours qu'il devra donner; nous sommes censés être convenus qu'il donnera le nombre de labours en usage dans le pays pour la culture de la vigne. 5' règle. — « On doit suppléer dans le contrat les clauses qui y sont d’usage, quoiqu'elles n’y soient pas exprimées, » a. 1160. 6e règle. — « Toutes les clauses des conventions s’in­ terprètent les unes par les autres en donnant à cha­ cune le sens qui résulte de l'acte entier, » a. 1161. 7' règle. — « Dans le doute, la convention s’interprète contre celui qui a stipulé et en faveur de celui qui a contracté l’obligation, » a. 1162. 8e règle. — « Quelque généraux que soient les termes dans lesquels une convention est conçue, elle ne com­ prend que les choses sur lesquelles il parait que les parties se sont proposé de contracter, » a. 1163. Par exemple, dit Pothier, si un légataire a composé avec un h,'-ritier pour ses droits résultant du testament du défunt, il ne sera pas exclu de la demande d’un autre legs à lui fait par un codicille qui n'a paru que depuis la transaction. 9' règle. — « Lorsque dans un contrat on a exprimé un cas pour l’explication de l’obligation, on n'est pas censé avoir voulu restreindre par là l’étendue que l'enga­ gement reçoit de droit au cas non exprimé, » a. 1164. Au sujet de l'obligation des contrats, les théologiens moralistes ont posé et discuté longuement la question si les contrats dépourvus des formalités prescrites par : i loi obligent en conscience. Ils avaient surtout en vue le testament, et les solutions qu’ils ont données à cette controverse peuvent se ramener aux trois suivantes : 1. Le contrat passé en dehors des formes légales est radicalement invalide en conscience; l’absence de formes gales ayant pour effet de rendre le consentement inefficace et inopérant. Cf. Lessius, i. II, c. xix, n.32 ; Molina ; Lugo, disp. XXIX, n. 252. ·.’ La convention ainsi faite oblige en conscience, «oit avant soit après la décision juridique qui en prononcerait l'annulation. Dès lors — ainsi raisonne-t-on — que le lien juridique s’est formé par le libre consentement des parties, il ne peut plus être annulé par le : ir-oir judiciaire. Le droit naturel prime le droitcivil. Cf. S. Antonin, Navarre, Reginald. 3. La troisième opinion tient le juste milieu entre les deux précédentes. Le contrat oblige avant la déclara­ D1CT. DE T11E0L. CATIIOI.. tion de nullité prononcée par le juge, mais après la décision judiciaire il est et demeure inexistant. D'une part, en effet, la convention a pris naissance par le consentement légitime des parties; d'autre part, le juge agissant conformément à la loi avait le pouvoir d’annu­ ler celte convention et la sentence juste et légale oblige au for intérieur. Cf. Solo, Sanchez, S. Alphonse de Liguori, etc. Quoi qu'il en soit des controverses d'antan, il est cer­ tain et communément admis de nos jours, que le légis­ lateur a le droit de faire des lois irritantes, qui obli­ gent en conscience, à condition, bien entendu, que ces lois ne portent aucune atteinte aux droits de Dieu et de l’Eglise. Les lois de ce genre ne sont-elles pas souvent nécessaires au bien commun de la société? Pourquoi refuser aux législateurs un pouvoir que l’on reconnaît ajuste titre à l’autorité judiciaire. La question spécula­ tive semble hors de doute; il n’en va pas de même de la question de fait : existe-t-il dans la législation des lois irritantes ipso facto? A cette question plusieurs théologiens donnent une réponse affirmative (Touillier, Marrés); le plus grand nombre tient pour la négative. Les contrats que la loi déclare nuis, disent-ils, conser­ vent. d'après l’intention du législateur, toute la valeur qu’ils tiennent du droit naturel, jusqu’au morneni ou ils sont rescindés par le juge compétent. Cf. Bulot, n. 710; Marrés, 1. III, n. 26 sq.; Génicol, n. 594. Telle est aussi l'opinion commune des jurisconsultes. En pra­ tique, celui qui a acquis la propriété d’un objet par un contrat dépourvu de formes légales pourra en conscience le conserver, tant que le contrat ne sera point attaqué, mais il devra se soumettre à la sentence du juge pro­ nonçant la nullité de la convention. 2» Comment les obligations s’éteignent. — Le moyen ordinaire pour le débiteur de se délier c’est d’exécuter les clauses du contrat, d’effectuer la prestation due. Toutefois, le paiement, bien qu'il soit le mode régulier de libération, n’est pas le seul. L’obligation peut en effet être dissoute de plusieurs manières; ce sont: 1. le paiement; 2. la novation ; 3. la remise de la dette; 4. la compensation; 5. la confusion; 6. la perte de la chose due ; 7. la prescription. 1. Le paiement. — Quelquefois le mot paiement est employé dans un sens très large pour exprimer l’extinc­ tion d'une obligation de quelque manière qu'elle se produise. Mais habituellement ce mot indique cette cause d'extinction qui consiste dans l'accomplissement même de ce qui était dû. Suivant que l'obligation a pour objet une dation, c’est-à-dire un transfert de pro­ priété, une livraison ou un fait, le paiement consistera dans une dation, une livraison ou un fait. Ainsi le paie­ ment consiste à fournir la prestation qui fait l'objet de l’obligation. 2. La novation. — La novation est la substitution d'une nouvelle dette à l’ancienne. L’ancienne obligation est éteinte, mais elle est remplacée par une obligation nouvelle, d'où le nom de novation. Pour qu’il y ait novation, il ne suffit pas que l'obligation soit modifiée; il faut qu’elle soit transformée. Ainsi, il n'y a pas de novation quand le créancier se borne à stipuler a son débiteur une hypothèque ou un gage, mais il y a nova­ tion lorsque le débiteur contracte envers le même créancier un nouvel engagement moyennant lequel le créancier le tient quitte de l’ancien : comme si vous devant une barrique de vin, je conviens avec vous que je vous donnerai à la place une somme de 360 francs; ou si vous devant 1000 francs en qualité de locataire de votre maison, je conviens avec vous que je les garderai à titre de prêt; ma dette qui auparavant était celle d'un locataire, est devenue celle d’un emprunteur. 3. La remise de la dette. — Au sens propre du mot, la remise de la dette, c’est l’abandon à titre gratuit; mais elle n’est assujettie à aucune forme particulière : III. - 53 4667 CONTRAT elle peut être faite oralement, par écrit, en termes exprès ou tacitement. Au reste, le créancierqui restitue volontairement au débiteur le titre de l’obligation est présumé lui faire la remise de la dette. Il conserverait, en effet, son titre s’il voulait garder son droit de créance. 4. La compensation. — Lorsque deux personnes se trouvent à la fois débitrices et créancières de sommes d'argent l'une vis-à-vis de l’autre, si on les obligeait à se payer tour à tour, chacune d’elles aurait à reprendre d'une main ce qu'elle aurait payé de l’autre. Il est bien plus commode aux deux parties, et partant plus rai­ sonnable, de simplifier l’opération, en faisant entre les dettes et les créances respectives une balance réciproque et de n'obliger au paiement que celle des deux parties qui se trouvera créancière d’un reliquat. Celte balance réciproque se nomme la compensation. 5. La confusion. — La confusion résulte du concours dans un même sujet des deux qualités incompatibles de créancier et de débiteur de la même somme. Cela peutarriver principalement lorsque le créancier succède à titre universel au débiteur, ou le débiteur au créan­ cier. II y a en pareil cas un obstacle matériel à l’exer­ cice du droit. A qui le créancier réclamera-t-il le paie­ ment de sa créance? Ce ne pourrait être qu’à luimême, puisqu’il est aussi débiteur, et cela n’a point de sens. L’extinction produite par la confusion est donc le résultat d’une impossibilité d’exécution. 6. La perte de la chose due. — Une obligation est éteinte toutes les fois que son exécution est devenue impossible. Ainsi, lorsqu’il s'agit de livrer un corps cer­ tain, c’est à-dire individuellement déterminé, si cet objet vient à périr, le débiteur sera libéré ; à moins qu'il ne soit responsable, vis-à-vis du créancier, des suites dommageables qui en résultent. 7. La prescription. — La prescription libératrice — il ne s’agit pas ici de la prescription acquisitive — est une cause de libération et d’extinction des obligations, fondée sur une longue inaction du créancier pendant le temps déterminé par la loi. Deux conditions concou­ rent à l’accomplissement de la prescription libératrice l'inaction du créancieret le laps du temps.La prescrip­ tion libératrice ne produit son effet que si elle est for­ mellement invoquée en justice par l'ayant-droit. Par exemple, les intérêts des sommes prêtées se prescri­ vent par cinq ans. Code civil, a. 2277. La négligence du créancier à réclamer les intérêts est souvent on ne peut plus funeste au débiteur, et c’est pour empêcher que les débiteurs ne soient écrasés sous le poids d’intérêts accu­ mulés, que la loi a introduit cette prescription. Voir Prescription. IV. Les modifications du contrat. — Les modifica­ tions du contrat sont diverses clauses ou qualités acciden­ telles qui renforcent ou déterminent l’obligation de la convention. Elles comprennent : 1» le serinent; 2° les modalités; 3“ les conditions. 1» Le serment. — Le serment est un acte de religion par lequel on prend Dieu à témoin de ce que l’on affirme. L'obligation produite par le serinent est essen­ tiellement différente de l’obligation résultant du contrat; celle-ci est un lien de justice stricte, celle-là est un lien de religion. Lors donc que l’une des parties ou toutes les deux confirment par serment la convention qu’elles ont passée, elles n'ajoutent pas une nouvelle obligation de justice, mais seulement un devoir moral : le devoir d'être fidèle à la parole donnée à Dieu. Le serment ne saurait donc valider un contrat nul de plein droit ou donner force exécutrice à un contrat annulable. Juramentum sequitur naturam actus. Celui qui man­ que à la convention jurée commet un parjure, en même temps qu’il manque gravement à la justice. 2“ Des modalités. — On appelle modalité, une qua­ lité ajoutée au contrat accordant une faveur ou impo­ 1668 sant une charge à l'une des parties; par exemple, les arrhes dans un contrat de location, une marchandise achetée à l'essai. Il y a cette différence entre la modalité et la con­ dition du contrat, que la condition — mais non la modalité — suspend l'obligation de la convention. Prenons comme exemple l'obligation à terme. Le terme affecte seulement l’exécution du contrat, tandis que la condition allecte son existence même. L’obligation sous condition suspensive n’existe pas tant que la condition n’est pas réalisée. Au contraire, l'obligation à terme existe immédiatement, dès que le contrat est passé; l'exécution seule est différée. Pourvu qu’elle ne détruise pas la substance du con­ trat, la modalité doit être observée. L’inobservance de celte clause accidentelle ne rend pas en soi le contrat nul ou annulable, mais elle peut donner lieu à des dommages et intérêts ou même être un motif suffisant de rescission, si le préjudice causé ne peut être réparé d’une autre manière. Toute modalité déshonnête ou impossible doit être regardée comme inexistante, et la convention passée sous cette forme tiendra, à moins que la modalité ne soit une condition sine qua non du contrat. Voici les principales modalités : t. L’obligation à terme. — Le terme est un espace de temps accordé pour l'exécution du contrat. Exemple : j'achète 100 hectolitres de blé, que je paierai dans un an. Le plus souvent le terme est stipulé en faveur du débiteur; mais il peut l’être aussi, exceptionnellement, en faveur du créancier. Cette circonstance peut être indiquée dans la convention, ou encore résulter soit de la nature soit des clauses accessoires du contrat. De la nature du contrat, par exemple s’il s’agit d’un dépôt — des clauses accessoires : ainsi j'achète au mois de jan­ vier un chien livrable le jour de l'ouverture de la chasse. Il est évident que le terme, fixé pour la livraison, a été stipulé dans mon intérêt afin de m’exonérer jus­ qu’au jour de la livraison des frais de nourriture et de garde de cet animal. 2. L’obligation alternative est celle qui comprend deux choses ou mieux deux prestations sous une alter­ native, de sorte que le débiteur n’est tenu d'effectuer que l'une d’elles. Code civil, a. 1189. Par exemple, Pierre constitue à sa fille par contrat de mariage une dot consistant en une somme de 100000 francs ou une terre d'égale valeur, il ne devra fournir que l’une de ces deux prestations. Si l’une des deux choses vient à périr ou si l'une des deux prestations est seule possible, l’obligation devient pure et simple. Je vous donne un cheval ou une automobile à votre choix; le cheval crève, donc je dois vous livrer l’automobile. 3. L'obligation avec clauses pénales. — La clause pénale est celle par laquelle une personne, pour assurer l’exécution d’une convention, s’engage à quelque chose en cas d'inexécution. Code civil, a. 1226. La clause pénale a un double but : assurer l’exécution de la con­ vention à laquelle elle se rattache et, au cas ou ce résultat ne pourrait être atteint, fixer d’avance les dommages et intérêts. Par exemple, faisant construire une maison, je conviens avec l’entrepreneur que si la maison n’est pas terminée au bout d'un an, il me paiera vingt francs par jour de retard. 4. Obligation avec détermination. — Il peut se faire que la convention indique certains caractères particu­ liers qui en déterminent l’objet. C’est ce qu’on appelle l’obligation avec détermination. Exemple : je lègue à Pierre les meubles de ma maison de Lyon. Lorsque la détermination porte sur la quantité, elle peut être spécifique, ou laxative. Spécifique, elle dési­ gne directement l’objet du contrat; dans ce cas, une erreur commise dans l’évaluation de la quantité n’em­ pêche pas la totalité d’être due : je lègue à Pierre mon 1669 CONTRAT CONTRE-REMONTRANTS parc de 25 hectares qui en réalité n’en contient que 10 ; le légataire a droit au parc tout entier. l-a détermina­ tion est taxalive lorsqu’elle porte, directement sur la quantité, indirectement sur l'objet du contrat. Alors la convention ne vaut que pour la quantité indiquée. Je vends à Paul les dix barriques de vin qui se trouvent dans ma cave; en lait il y en a quinze. L'acheteur ne peut prétendre à la livraison que de dix barriques seu­ lement. 3° Des conditions. — Une obligation est condition­ nelle lorsqu’elle dépend d’une condition. La condition est un événement futur et incertain auquel on subor­ donne l’existence ou la résolution d’une obligation. L’événement doit être futur. Un événement actuelle­ ment arrivé ne forme donc point une condition alors même qu'il serait ignoré des deux parties au moment ou elles contractent. Ainsi je m’engage à vous payer une somme d’argent, si Μ. X a été élu député hier, et nous ignorons tous deux le résultat de l’élection. De deux choses l'une : ou Μ. X est élu au moment ou nous contractons, et alors l’obligation exprimée par notre convention n'est pas conditionnelle, mais absolue; ou Μ. X n’est pas élu, et alors il n’y a ni obligation, ni contrat. Toute condition doit être accomplie de la manière que les parties ont vraisemblablement entendu et voulu qu’elle le fût. Code civil, a. 1175. J'ai contracté envers vous une obligation si vous me payez cinquante louis d'or. Vous pourrez me payer en pièces de cinq francs, s'il est démontré que nous avons dit cinquante louis pour indiquer une somme de 1 OOO francs; vous ne le pourrez pas, si le stipulant a intérêt à recevoir son paie­ ment précisément dans la monnaie spécifiée. Toute condition d’une chose impossible, contraire aux bonnes mœurs ou prohibée par la loi, est nulle el rend nulle la convention qui en dépend. Il est manifeste qu’il ne peut y avoir aucune obligation morale à poser un acte que réprouve la conscience. D’autre part, un acte juridique ne peut produire aucun effet lorsqu’il est subordonné â une condition irrationnelle. Les condi­ tions impossibles ne peuvent aucunement se réaliser, et les conditions illicites sont juridiquement irréalisables. Cependant la loi fait exception à cette règle pour les donations entre vifs et les testaments. Elle tient, dans ce cas, la condition apposée comme inexistante. Cette dis­ position de la loi oblige en conscience pourvu que la condition soit réellement illicite. Il peut arriver en effet que le législateur déclare immorales des conditions qui sont parfaitement justes et licites. Voici les principales espèces de conditions : 1. La condition suspensive affecte l'existence même de l'obligation et la fait dépendre d'un événement futur. Exemple : je prends à bail votre maison moyenn ml 5000 francs par an, si dans un mois je suis nommé colonel dans cette ville. 2. La condition résolutive est celle qui opère la révo­ cation de l’obligation et remet les choses au même état que si l’obligation n’avait pas existé. Elle ne suspend point l’exécution de l'obligation, elle oblige seulement *- créancier à restituer ce qu’il a reçu dans le cas ou l'événement prévu par la condition se produirait. Code •:i> il. a. 1183. Ainsi je vous vends une maison 50000 francs payables comptant; mais je me réserve par une clause formelle du contrat le droit de rentrer dans la propriété 4e mon bien, en vous remboursant le prix dans un délai de cinq ans. C’est la vente à réméré, qui n’est quUne vente sous condition résolutive. 3. I.a condition casuelle est celle qui dépend du ha­ sard et qui n’est nullement au pouvoir du créancier ou de débiteur. Code civil, a. 1169. Exemple : si votre m>i, 2» La contrition doit être surnaturelle. — Conçue sous l'inspiration de la grâce divine, elle ne peut avoir q. t.xxvit; Layman, Theologia moralis, I. V, tr. VI, des motifs différents de ceux qui, en quelque façon, se c. iv, n. 3, t. n, p. 307; Lacroix, Theologia moralis, 1. VI, part. II. tr. IV, c. I, n. 737, t. II, p. 254; S. Al­ rapportent à Dieu, comme le serait, par exemple, la phonse. Theologia moralis, 1. VI, tr. IV, c. I, dub. n, laideur morale du péché, en tant qu’elle est opposée à la beauté surnaturelle de l’essence divine. Concile n. 438, t. v, p. 339-343. Pour la rémission des péchés véniels, il n’est pas de Trente, sess. XIV, c. iv. Regretter le péché pour un nécessaire que la contrition soit universelle, puisqu'ils motif humain, comme serait, par exemple, la crainte peuvent être remis, l’un sans l’autre, leur présence de l’infamie et du déshonneur, ne peut en rien servir à la justification. La proposition contraire fut condam­ n’empêchant pas l’infusion et la permanence de la grâce sanctifiante. Cf. Suarez, De pænitentia, disp. XX, née par Innocent XI, dans son décret du 2 mars 1679, sect, vi, n. 7, t. xtx, p. 239; De Lugo, De pænitentia, prop. 57 f Probabile est sufficere attritionem na­ disp. XIV, n. 118, t. vi, p. 160; Salmanticenses, Cursus turalem modo honestam. Denzinger, Enchiridion, theolog'. moralis, tr. VI, De sacram, pænitent., c. v, η. 1074. Les motifs salutaires sont : 1. la crainte de l'enfer; 2. le désir du ciel; 3. la laideur morale du p. m, n. 37 sq., t. I, p. 235. Plusieurs auteurs vont même plus loin. Ainsi, selon péché; 4. la bonté de Dieu. Le troisième motif est d’un De Lugo, disp. XIV, sect, ix, n. 133, t. VI, p. 163; ordre plus élevé que les deux premiers, et, dans bien des cas, il se ramène au quatrième qui est le meilleur. Tamburini, De method, confess., 1. I, c. ni, η. 9-10, t. n, p. 375, la contrition serait suffisante, dans le cas En effet, haïr le péché parce qu’il est en opposition où quelqu’un se repentirait de la multitude de ses avec la perfection infinie de Dieu, si digne d’être aimé, péchés véniels, ou de leur fréquence, sans que ce re­ c'est très souvent faire un acte de charité, et, par suite, pentir portât sur l’un ou l’autre de ces péchés véniels de contrition parfaite. Cf. Ferraris, Prompta biblio­ en particulier. De même que quelqu'un, ajoutent-ils. theca, v” Pænitentia, a. 2, n. 12-16, t. vu, p. 187; peut se repentir du trop grand nombre de distractions Lehmkuhl, Theologia moralis, part. Il, 1. I, tr. V, dans la prière, ou de l'excès dans le boire et le manger, sect. n. c. t, S 2. n. 286-288, t. n, p. 214-216. 3“ La contrition doit être souveraine. — Le pécheur sans arrêter sa pensée sur quelque point déterminé, doit détester le péché plus que tout antre mal, et se ainsi peut-il le faire de la multitude de ses péchés trouver dans la disposition de tout subir plutôt que de véniels. Saint Thomas semble incliner vers ce sentiment. commettre un péché. Il n’est pas nécessaire pour cela Sum. theol., 111·, q. t.xxxvn, a. 1, ad 2ura. Mais cette de se représenter successivement les maux les plus opinion ne se distingue pas cependant beaucoup de terribles qui puissent arriver, comme, par exemple, les ' l’opinion commune, et s’y ramené assez facilement, maladies les plus douloureuses, la mort, le martyre le car il est impossible de se repentir de la multitude de plus effroyable, etc., et de se dire : « Je préférerais ses péchés véniels, sans se repentir au moins des supporter tout cela, plutôt que de me rendre coupable derniers péchés véniels qui complètent cette multitude. Cette circonstance de l’excès ne peut pratiquement être d’un seul péché. » Les comparaisons de ce genre seraient considérée, abstraction faite des actes individuels qui le plus souvent très dangereuses, car elles frapperaient 1693 CONTRITION (QUEST. MORALES ET PRAT.) — CONTROVERSE 1694 la constituent. Ce repentir porterait donc formellement , Venise, 1721, t. I, p. 124-135: Sanchez, Opus morale in præceptis decalogi, 1. I, c. l-xxiv, 2 in-fol., Venise, 1614; Layman, et directement sur l'excès; mais implicitement sur les Theologia moralis, 1. V, tr. VI, De sacramento pænilentiæ. fautes elles-mêmes. Toutefois, si, en ne se confessant c. n-iv, 2 in-fol., Padoue, 1733, t. il, p. 302-310; Tamburlni, que de péchés véniels, on ne se repentait d'aucun Explicatio decalogi, 1. II, c. m ; Dr methodo confessionis, I. I. d'eux, ni formellement, ni implicitement, la confession c. ι-n. Opera omnia, t. I, p. 52: t. it, p. 373-376; Lacroix, Thro, serait sacrilège, et une faute mortelle serait commise logia moralis, 1. VI, part. 11. tr. IV. Dr sacramento pænitende ce chef, à cause de l'injure grave faite au sacrement, tire, c. 1, dub. II, q. xcn-xcvm, t. It, p. 240-250; Ferraris, Prompta bibliotheca canonica, moralis, theologica, v Pæni­ en le rendant volontairement nul. Cf. De Lugo, De lentia, Λ. 2, η. 1-44, 10 in-4·, Ven’se. 1782. t. vu, p. 184-193: pænilent., disp. XIV, sect, vin, n. 108, t. vt, p. 161 ; S. Alphonse, Theologia moralis, I. VI. tr. IV, De sacramento Laeroix, Theologia moralis, 1. VI, part. I, Ir. IV, c. I, pænilentiæ, c. 1, dub. n, § 1, n. 433-450, 9 in-8·, Malines, 1829 n. 681, t. n. p. 246; S. Alphonse, Theologia moralis, t. v, p. 328-366; Marc. Institutiones morales alphonsianæ, 1. VI, tr. IV, c. t, dub. n, n. 449, t. v, p. 364-366; part. Ill, tr. IV, De pænitentia, disp. Il, c. i, a. 1, n. 1665-1679, Palmieri, Opus théologie., tr. X, sect, v, c. I, dub. Il, 2 in-8·, Lyon, 1888. t. 11, p. 196-206; Ballerini, Compendium n. 112-114, t. v, p. 58 sq.; Lehmkuhl, Theologia theologiæ moralis, tr. V, l>; sacramento pænilentiæ, part 11. c. t, a. 1, n. 440-458, 2 in-8·, Rome, 1893, t. n, p. 307-342; Pal­ moralis, part. II, 1. 1, tr. V, sect, il, c. 1, § 2, n. 290-293, mieri. Opus theologicum morale in Busenbaum medullam, t. n, p. 217 sq. tr. X, sect, v, De sacramento pænilentiæ, c. i, dub. n. Éprouver de la douleur de ne pas se repentir, est-ce n. 34-141, 7 in-8‘, Prato. 1894. t. V, p. 22-75 : Lehmkuhl, Theolo­ avoir suffisamment la contrition? — Théoriquement, la gia moralis, part. Il, 1. I, tr. V, De sacramento pænilentiæ, réponse à cette question ainsi posée serait évidemment sect, n, c. I, § 1. 2, n. 274-292, 2 in-8·, Fribourg-en-Brisgau, 1902, négative. Regretter, par exemple, de ne pas avoir une t. n, p. 204-218. fortune, ce n’est pas la posséder en réalité. Pratique­ T. Ortolan. CONTROVERSE. En latin, controversia. - I. No­ ment, en ce qui concerne la contrition, les circons­ tion. II. Principales controverses et principaux contances sont parfois de nature à modifier profondément troversistes avant la Réforme. III. Principales contro­ la solution. Comment étre vraiment peiné de ne pas se verses et principaux coi.troversistes de l’époque de la repentir d’avoir péché, sans qu’à cette peine se joigne Réforme. IV. Controverse récente à Rome. V. Prescrip­ un certain regret du péché lui-même? Le pécheur ne tions canoniques. VI. Conclusions morales. s'en apercevra pas peut-être, car il n’analyse pas assez I. Notion. — 1° Dans son sens le plus général, la ses propres sentiments; mais ce qu'il regrette, c’est, ou de ne pas avoir la douleur sensible, ou de ne pas controverse désigne toute lutte, toute discussion plus avoir une douleur aussi grande qu’il le voudrait. Très ou moins scientifique, dans laquelle sont débattue: souvent aussi, celui qui éprouve ce regret a le ferme deux opinions opposées. — 2° Dans un sens moins propos de ne plus retomber dans ces mêmes fautes. Ce général, le mot se trouve réservé aux disputes en ma­ tière religieuse, et alors il désigne indifféremment les ferme propos est bien une preuve de l'eustencc de la contrition : il ne se concevrait pas sans elle. Le cas contestations mutuelles, soit entre catholiques, soit serait évidemment bien différent, si le ferme propos entre hétérodoxes. C'est ainsi, pour ce qui regarde lc« manquait, ou si le coupable refusait de restituer, ou de premiers, que l'on peut appeler et que l'on appelle parfois controverse la querelle entre saint Cyprien et fuir les occasions prochaines. Le manque de ferme propos alors trahirait clairement l'absence de contri­ le pape saint Étienne sur le baptême des hérétiques, la tion. Cf. Layman, Theologia moralis, 1. V, tr. VI, He discussion entre thomistes et molinistesdans les célèbres sacram, pænilent., c. tv, η. 5, t. n, p. 308; Bonacina, congrégations De auxiliis, les luttes de Bossuet et de Theologia moralis, tr. J, c. v, De pænilentiæ sacra­ Fénelon sur les fondements et les procédés du quié­ mento, q. v, sect. I, p. Ili, n. 7, t. I, p. 128; Ferraris, tisme, et, plus récemment, les disputes entre infailliPrompta bibliotheca, v° Pænilentia, a. 2, n. 16-17, bilistes et anti-infaillibilisles qui précédèrent la défini­ t. vu, p. 187 sq.; Palmieri, Opus théologie, morale, tion du concile du Vatican. Pareillement, pour ce qui tr. X, sect, v, De sacram, pænilent., c. 1, dub. II, regarde les seconds, l’on a pu aussi désigner et l'on dé­ signe parfois sous le nom de controverses les querelles η. 114-116, t. v, p. 59 sq. Combien de temps doit durer un acte de contrition de Luther contre les anabaptistes, celles des théologiens pour assurer la validité du sacrement? — Aucun laps luthériens contre les zwingliens ou les calvinistes, de temps n'est fixé, car la durée est tout à fait acciden­ celles des arminiens contre les gomaristes, ou encore, telle. L’essence de la contrition consiste dans la dou­ de nos jours, les dissensions qui se sont élevées, soit leur d'avoir offensé Dieu et dans la détestation du péché en Angleterre entre conformistes et non-conformistes, qui l’offense. Or, il suffit d’un instant pour que la soit en France entre protestants orthodoxes et protes­ volonté soit vraiment pénétrée de ce sentiment, et, par tants libéraux. — 3" De là, par une extension assez suite, vraiment contrite. Néanmoins, il es, prudent en naturelle, le mot en est venu à signifier un certain art pratique de s'arrêter davantage aux pensées salutaires de discuter les questions religieuses. L'on connaît, ■le haine du péché et de douleur d avoir offensé Dieu, dit-on, l’on sait la controverse, c'est-à-dire que l'on se dans la crainte que cet acte si important, fait avec trop connaît une certaine facilité, une certaine habileté pour de rapidité ou de légèreté, soit nul en substance et inu­ discuter en matière de religion. L’on a même donné le tile au salut. Cf. De Lugo, De pænilentia, disp. V, nom de controverse à cette partie de la théologie qui sect, vu, n. 88, t. vi, p. 32; Layman, Theologia enseigne la théorie ou la pratique de l’argumentation moralis, 1. V, tr. VI, c. IV, n. 2, t. Il, p.307; S. Alphonse, en matière religieuse; et par celte pratique, il faut en­ Theologia moralis, 1. VI, tr. IV, c. i, dub. Il, n. 433, tendre ces exercices où l’on argumente, comme l'on t. v, p. 331 ; Palmieri, Opus théologie., tr. X, sect, v. dit, en forme, contre les propositions soutenues par De sacramento pænilentiæ, c. 1, dub. n, n. 110, t. v, les hétérodoxes ou pour celles qu'ils combattent. L'on apprend ainsi l'art de la controverse. — 4° Dans un p. 57 sq. sens plus restreint, la controverse dénomme particu­ Suarez. De pænitentia, disp. IV, sect, i-vti; disp. V; XV, sect, m-vii ; disp. XX, sect. II-v. Opera omnia. ‘22 in-fol., Venise, lièrement toutes discussions, de quelque manière 1740-4751, t. xtx, p. 37-57, 158-175, 226-240; De Lugo, De qu’elles se traduisent, orales ou écrites, entre les catho­ pænitentia, disp. V, sect, ii-vin: disp. Vfl, sect, x-xm; disp. liques et les hérétiques. Dès l'origine de l’Église, il y XIV. sect, t-x, Opera omnia, 7 in-fol., Venise, 1718, t. vt, eut de ces disputes entre les défenseurs de l’orthodoxie p. 24-34, 61-74, 148-169; Salmanticenses, Cursus theologiæ moet les dissidents de toutes sortes; et l’on connaît les ralis, tr. VI, De sacramento pænilentiæ, c. v,6 in-fol., Lyon, controverses ou disputes gnostique, nestorienne. mo1-'7\ t. I, p. 229-237; Bonacina, Theologia moralis, tr. I, disp. nophysite, arienne, donaliste, pélagienne, etc. Aussi, V, b · pænilentiæ sacramento, q. v, sect, i, p. u-ix, 3 in-fol-. 1695 CONTROVERSE d'une manière générale, dit-on communément que les Pères de l’Église, durant les six premiers siècles, furent tous des conlroversistes. Dans la suite des temps, la plupart des théologiens de marque ont dû aussi faire de la controverse et se montrer conlrover­ sistes ; car, à toutes les époques, ils ont rencontré dis erreurs ou des hérésies qu'il 'eue a fallu combattre. A cet égard, Rat-an Naur el llincmar de Reims, dans leur lutte contre l’hérésie prédestinatienne de Gotescalc, au txe siècle; Lanfranc et Guillaume, dans leur résistance aux erreurs de Bérenger; saint Bernard, dans sa réfutation d’Abélard, au xn* siècle; Bossuet, au xvne siècle, dans son exposition de la fui el ses aver­ tissements contre le protestantisme, ont été de grands et vaillants conlroversistes. — 5° Enfin, dans un sens nettement déterminé, la controverse signifie propre­ ment une dispute réglée, ex professo, une discussion contradictoire et surtout orale entre catholique et héré­ tique. C’est le point de vue spécial qui nous intéresse principalement, dans cet article, au regard du droit, de la morale et de la théologie historique. Dans cette signification précise, controverse a pour équivalents français, colloque, conférence contradictoire, et pour équivalents latins, collatio, colloquium, disputatio. Ce dernier mot est celui que les canonistes et les théolo­ giens ont le plus habituellement employé. II. PRINCIPALES controverses et principaux controversistes avant i.a Réforme. — Nous n’avons pas évidemment à faire ici l'histoire complète et détaillée des différentes controverses, mais nous devons donner de chacune une idée précise bien que générale, avec les indications nécessaires. 1° Controverses de saint Etienne. — il semble bien que le diacre saint Étienne, sinon par son fait, du moins à raison des attaques dont sa prédication se trouva l’objet, fut amené à des débats réellement con­ tradictoires avec plusieurs membres des synagogues. Les Actes des apôtres en mentionnent toujours au moins une, peut-être deux, peut-être même cinq aux­ quelles auraient appartenu les divers contradicteurs d'Etienne. Ils parlent « de la synagogue qui est appelée des Affranchis, et des Cyrénéens, et des Alexandrins, et de ceux qui étaient de Cilicie et d’Asie ». Il s’agit, sans doute, d'hellénistes qui avaient dans Jérusalem leurs synagogues particulières, où l'Écriture se lisait et s’expliquait en grec. Plusieurs d’entre eux faisaient opposition à la doctrine prêchée par le diacre si dis­ tingué par son zèle et par le don des miracles. Ils se levèrent donc et entrèrent en discussion avec lui. Surrexerunt autem quidam de synagoga quæ appellatur Libertinorum, et Cyrenensium, et Alexandrinorum, et eorum qui erant a Cilicia et Asia, disputantes cum Stephano. Sur ce terrain de la discussion, ils ne pou­ vaient l’emporter, car ils ne savaient opposer aucune solide raison au vigoureux champion, par la bouche duquel la sagesse même et l’Esprit-Saint semblaient parler. El non poterant resistere sapienliæ et spiritui qui loquebatur. Act., VI, 9-10. 2e Controverses de saint Paul. — Nous trouvons dans les Actes plusieurs mentions qui rappellent certaines discussions publiques de saint Paul avec les adver­ saires de la doctrine chrétienne. I. Après sa conversion, Paul ne tarda pas à prêcher Jésus dans les multiples synagogues de Damas, et il confondait les Juifs, en ne cessant d’affirmer que Jésus est le Christ et qu’il est le Fils de Dieu. De leur côté, ceux-ci ne paraissent pas avoir laissé la prédication du nouvel apôtre sans protestation ni sans réplique. Act., IX, 20-25·. De Damas, Paul vint à Jérusalem, et là, comme les autres apôtres, il agit avec assurance au nom du Seigneur. Il parlait et disputait avec les hellé­ nistes, c’est-à dire avec des Juifs, dont la langue mater­ nelle était le grec. Loquebatur... et disputabat cum 1696 Græcis. Act., IX, 29. C’étaient ces hellénistes qui avaient martyrisé saint Étienne sous la direction même de Saul. Act., vi, 9 sq.; vu, 58 sq. Il était donc assez naturel que le nouvel apôtre se tournât d’abord vers eux pour les convertir. 11 ne parait cependant pas que ses dis­ cussions les aient convaincus : car ils cherchaient à le tuer : illi aulem quærebant occidere eum. 2. Une autre discussion, que sa conclusion à l’Aréopage a rendue plus célèbre, eut lieu à Athènes. Saint Paul était arrivé dans la grande métropole païenne; et, la voyant ainsi livrée à l’idolâtrie, il voulut lui annoncer la bonne nouvelle. Tout d’abord, il se mit à discuter avec les Juifs et les prosélytes, dans les synagogues, aux jours des assemblées religieuses. Puis, avec les gentils, c’esf tous les jours qu’il discutait sur l'agora. Il y rencontrait constamment, soit des groupes d’habi­ tants de la cité, soit des étrangers et des étudiants, alors très nombreux à Athènes. Disputabat igitur in synagoga eum Judæis et colentibus, et in foro, per omnes dies, ad eos qui aderant. Act., xvii, 17. Il y avait là des philosophes épicuriens et des stoïciens. Les uns et les autres, vivement attaqués dans leurs principes mêmes, fournissaient à l’apôtre la réplique et argumentaient avec lui. Au fond, les auditeurs étaient très partagés d'opinion sur la doctrine de Paul. Les uns, les plus légers, n'y comprenant rien, se de­ mandaient : Mais que veut donc dire ce semeur de paroles, ce bavard? Les autres, l'entendant parler de Jésus et de résurrection, croyaient comprendre que l’apôtre voulait leur faire connaître des dieux étran­ gers. Quidam autem epicurei el Stoici philosophi dis­ serebant cum eo. Et quidam dicebant : Quid vult seminiverbius hic dicere? Alii vero : Eovorum deemoniorum videtur annuntiator esse, quia Jesum et resurrectionem annuntiabat eis. Act., xvii, 18. En leur qualité d’Athéniens, ces gens étaient fort désireux d’entendre toutes les nouveautés. Aussi disaient-ils à Paul : Ne pouvons-nous savoir quelle est cette nouvelle doctrine que tu enseignes? Car tu apportes à nos oreilles des choses vraiment nouvelles. Nous voulons donc savoir ce qu’elles signifient. Possumus scire quæ est hæc nova, quæ a te dicitur, doctrina? Nova enim quædani infers auribus nostris. Volumus ergo scire quidnam velint hæc esse. Act., xvn, 19 20. C'est alors que pour satisfaire leur curiosité, ils le menèrent à l’Aréopage, sur le monticule qui se dressait au-dessus de l'agora et qui servait de local au tribunal suprême. Là, du moins, on pourrait entendre le discoureur plus à l’aise. L’apôtre saisit l’occasion de clore les discus­ sions, qui se poursuivaient depuis plusieurs jours, par son magnifique discours sur Dieu, sur l’homme, sur Jésus-Christ et Jésus-Christ ressuscité. En entendant parler de résurrection des morts, plusieurs se mo­ quaient, d’autres s’écriaient : Nous l’écouterons sur ce point une autre fois. Mais, en revanche, quelques conversions se produisirent : entre autres, celles de plusieurs hommes dont Denys l'Aréopagite, une femme nommée Dama ris, et encore d’autres avec eux. C. Fouard, Saint Paul et ses missions, Paris, 1892, p. 172 sq.; S.-E. Fretté, Saint Paul, Paris, 1898, p. 2Î9 sq.; Mor Le Camus, L’œuvre des apôtres, Paris, 1905, t. Il, p. 265 sq. 3. D’Athènes Paul vint à Corinthe, et, chaque samedi, il se rendait à la synagogue : c’était l'un des moyens accoutumés de son apostolat de se présenter ainsi aux assemblées religieuses des Juifs. Act., xiti. 5, 11; xiv, 1 ; xvi, 13: χνιι, 1, 10, 17. Bientôt il pressait ses frères d'Israël, leur démontrant par les Écritures que Jésus était le Christ. Ses instances et ses succès irritèrent les chefs de la juiverie de Corinthe. Ils se mirent à profé­ rer contre le Christ les blasphèmes en usage dans les synagogues. Puis, essayant d'argumenter, ils opposaient des textes de la Bible qui prouvaient, à les entendre, CONTROVERSE 1697 que Jésus-Christ n’est pas le Messie. Saint Paul les réfutait vigoureusement; mais, devant leur fanatisme, il quitta définitivement leur synagogue. DISPUTABAT in synagoga per omne sabbatum, interponens nomen Domini Jesu... Instabat verbo Paulus, testi/icans Judteis esse Christum Jesum. Contradicentibus autem eis et · blasphemantibus... Act., xvm, 4-6. Dès lors, saint Paul s'en fut, pendant de longs mois, continuer son apostolat et ses discussions dans la demeure d’un prosélyte, nommé Justus, demeure toute proche de la synagogue. De ces controverses, Paul emporta la conver­ sion de Crispus, le chef même de la synagogue, et de toute sa maison, celle de Stephanas et de sa famille, celle de Caïus. Beaucoup d'autres Corinthiens, ayant ouï Paul, crurent et furent baptisés. Crispus autem archisyna­ gogus credidit Domino cum omni domo sua, et multi Corinthiorum, audientes, credebant et baptizabantur. Act., xvm, 8. Parmi ces convertis se trouvait encore Éraste, trésorier de la ville; des membres de la colonie romaine, Tertius qui écrivit la lettre aux Romains sous la dictée de l'apôtre, Quartus, et d'autres portant des noms d'esclaves, Fortunat, Achaicus. L'on compta aussi de nombreuses femmes de tout rang, de tout âge, de toute race : grecques, italiennes, orientales, vierges, veuves, mères de familles : la riche Chloé, Phœbé qui eut probablement l'honneur de porter l’Épitre de Paul aux Romains, Marie, Tryphène, Tryphose, « Persis, la bien-aimée, qui avait beaucoup travaillé dans le Sei­ gneur. » Rom., xvt, 6, 12. C. Fouard, op. cit., p. 206208; Mar Le Camus, op. cit., t. n, p. 316-321. 4. Arrivé à Éphèse, Paul entre, comme toujours, à la synagogue et y discute avec les Juifs : Devenitque Ephesum... Ipse vero ingressus synagogam, DISPUTA­ BAT cum Judteis. Act., xvni, 19. Revenu en cette ville, après avoir parcouru la Galatie et la Phrygie, il fré­ quenta de nouveau la synagogue; il y prit la parole avec assurance pendant trois mois, discutant et persua­ dant au sujet du royaume de Dieu. Cum fiducia loque­ batur per tres menses, disputans et suadens de regno Dei. Act., xix, 8. Mais, à cause de l'obstination de plu­ sieurs, qui décriaient la voie du Seigneur devant le peuple, il se retira de la synagogue, emmenant ceux des Juifs qu'il avait convertis. Chaque jour, ensuite, durant deux années, il continua son apostolat et ses discussions dans l'école d’un certain Tyrannus, qui avait consenti â prêter ou à louer son local : Quotidie disputans in schola Tyranni cujusdam. Hoc autem factum est per biennium. Act., xix, 9-10. Comme le trmple de Diane attirait à Éphèse toute l'Asie, ceux qui demeuraient en Asie, tant Juifs que Grecs, purent de la sorte suivre les discussions de Paul et entendre la parole du Seigneur. 5. Il est encore plusieurs fois question aux Actes des discussions ou disputes de saint Paul. Mais, un dimanche, â Troas, il s’agit d'un entretien intime et prolongé de l'apôtre avec ses disciples, xx, 7-9. Et xxtv, 12, c’est Faut qui, à Césarée, se défend, devant le gouverneur Félix, d’avoir accepté ou provoqué des discussions ■ -me simplement individuelles, pendant son séjour à ■trusalem : Neque in templo invenerunt me cum alifnu disputantem. Quelques jours plus tard, Paul est, e- nouveau, appelé devant Félix et Drusilla, sa femme, p ur parler de la foi en Jésus-Christ. 11 en vint à discu­ ter. un plutôt à discourir sur la justice, la chasteté et Je Ikreuient futur, Félix le congédia effrayé. Disputante B·. ···' dlo de justitia et castitate..., xxiv, 25. Il ne donc plus ici de discussions contradictoires, au fc-- Je nos controverses. I Controverse de saint Justin. —Au n* siècle, nous ■ ntrons une dispute mémorable, tout entière con■a-tr e à repousser les attaques des Juifs contre le Mfenstianisme. Elle est rapportée, comme en une sorte 4» procès-verbal, rédigé sans doute et arrangé apres nier. DE T1IE0L. catiiol. 1698 coup, dans le Dialogue de saint Justin avec Tryphon. Plusieurs écrivains ont voulu dénier à cette dispute tout caractère historique. Cf. Leclerc, Hist. Eccl. duo­ rum prior, secui., p.632 ; Mûnscher, Dissert, an Dialog, cum Tryph. recte Justino adscribatur, 1799, t. I, p. 2, 194; Tzschirmer, Geschichteder Apologelik, t. I, p. 236; Bretschneider, Probabilia de Evang. Joan., p. 116. Mais si l’on a de justes motifs d'accorder que, dans le Dialogue, la fiction se mêle à l'histoire, que sa forme même décèle un travail de remaniement, il n'en est point pour prétendre que cette œuvre, dans son fond, ne re­ produit pas un entretien réel : il y a, au contraire, des indications très positives dans ce sens. En ellet, saint Justin déclare lui-même, au cours de la discussion, qu'il écrira un livre pour consigner les paroles pronon­ cées de part et d'autre. Ότι δ'ούκ έφ’ υμών μόνων τούτο λέγειν με έπίστασΟε, τών γεγενημένων ήμίν λόγων άπάντων, ώς δύναμί; μου, σύνταξιν ποιήσομαι* έν οι; καί τοΰτο όμολογοϋντα με δ και προ; ΰμα; όμολογώ, εγγράψω. Dialogus cum Tryphone Judeeo, n. 80, P. G., t. vi, coi. 665. Puis nous avons le témoignage d'Eusèbe, de qui nous apprenons que Tryphon était le plus célèbre des Juifs de son temps, et que la discussion entre saint Justin et lui eut lieu à Éphèse : Και διάλογον δέ προ; ’Ιουδαίου; συνέταξεν, δν έπι της ’Εφέσου πόλεοι; προ; Τρύφωνα τών τότε Εδραίων επισημότατου πεποίηται. Η. E., I. IV, c. χνιιι, P. G. t. xx, col. 376. Ce témoi­ gnage d’Eusèbe se trouve confirmé par saint Jérôme, De viris illuslr., 23, P. L., t. xxm, col. 641, et par Photius, Biblioth., cod. 125, P. G., t. cm, col. 466. Nous savons d’ailleurs que saint Justin proposait à Marc Aurêle d’entreprendre, en sa présence, une conférence pu­ blique et contradictoire avec Crescens le cynique. D’où il parait bien que le philosophe chrétien n’était nullement homme à éluder la discussion orale, si l’oc­ casion s'en présentait. La date de la controverse avec Tryphon doit être reportée après la première Apologie, qui s'y trouve mentionnée, c'est-à-dire après l’an 150. Au dire d'Eusèbe, le débat se déroula dans le xyste ou portique couvert d’Éphèse. 11 fut provoqué par le juif Tryphon que divers critiques ont voulu identifier avec le rabbin palestinien Tarphon, souvent nommé dans la Mischna, et dura deux jours entiers. La première journée, les deux champions eurent pour seuls témoins quatre amis du Juif. La discussion, interrompue par la nuit, fut reprise le lendemain, et dura jusqu'au soir. Elle porta successivement, d’après le Dialogue, sur les préjugés des Juifs touchant la loi de Moïse et la religion chrétienne ; sur les preuves scripturaires des dogmes de la divinité du Christ, de son incarnation et de sa rédemption ; sur les prophéties bibliques concernant la vocation des gentils eux-mêmes et l’Église. 4» Controverses avec les donatistes : saint Augustin. — Les disputes publiques furent nombreuses pendant la période de lutte contre le donatisme. Outre le schisme introduit par eux, les donatistes propageaient, on le sait, les erreurs déjà anciennes des rebaptisants d'une part, et des novatiens d'autre part. Comme les rebapti­ sants, ils soutenaient que la validité des sacrements dépend de la foi et même de la pureté morale de celui qui l’administre; avec les novatiens, ils prétendaient exclure les pécheurs du corps de l’Eglise. I. Pour remédier au schisme comme à l'hérésie, les évêques catholiques d'Afrique provoquèrent souvent les donatistes à des controverses ou colloques. C’est ainsi qu’en 377 ou 378, saint Augustin eut une conférence avec Forlunius, évêque donatiste de Tubursicum. Epist., xi.iv, P. L., t. xxxiii, col. 173-180. En 398, il soutint une controverse épistolaire à la demande du donatiste Honorai. Epist., xlix, ibid., col. 189-191. Vainement, en 399, il en proposa une troisième à l’évêque de Calama, Crispinus. Epist., Li. ibid., col. 191-191. Le 23 août 403, le VII' concile de Carthage décida d'invite r IL - 54 1699 CONTROVERSE les donatistes, par l’intermédiaire des magistrats civils, à envoyer des députés à une conférence commune, llefele, Hist, des conciles, trad.Leclercq, t. Il, p. 134; Mansi, Concil., t. ni, p. 787 ; S. Augustin, Cont. Crescon., I. 111. c. xlv, P. L., t. xui, col. 523. L’invita­ tion fut misérablement refusée. 2. Le 23 août 405, le Xe concile de Carthage pressait de nouveau les donatistes d’envoyer à une conférence des députés en nombre égal à ceux des catholiques, avec pleins pouvoirs, libera legatio. Puis, sans cesse, dans ses nombreuses lettres sur l’aflaire donatienne, saint Augustin rappelait l'invitation à un colloque, tant il était sûr du succès. Enfin, le 14· octobre 410. l’empereur Honorius publia un édit ordonnant qu’une conférence serait tenue entre les évêques catholiques et les évêques donatistes : il fallut bien se conformer à l’ordre impé­ rial. Les évêques catholiques s’engagèrent, dans une lettre collective rédigée par saint Augustin, à céder leurs sièges, si la conférence aboutissait à les convaincre d’erreur; ils promirent, au contraire, de conserver aux donatistes leurs évêchés, si le résultat de la confé­ rence leur était défavorable et s’ils consentaient à reconnaître leur égarement. C’est à Carthage que se rendirent, â l'appel de l’empereur, 286 évêques catho­ liques et 279 évêques donatistes. Les séances se tinrent dans le secretarium des thermes, les 1er, 3 et 8 juin de l'an 411. Le commissaire impérial Marcellinus les pré­ sida. Les champions catholiques furent Aurélius et sur­ tout saint Augustin; ceux des donatistes furent Pétilien de Constantine, Primien de Carthage et Émérite de Césarée. Les deux premières journées se trouvèrent absorbées par de misérables chicanes soulevées par les donatistes. Au troisième jour, saint Augustin put entrer dans le fond même de la querelle donatiste. Sur docu­ ments authentiques, il établit d’abord l’innocence de Céciiien, évêque de Carthage, illégitimement déposé par les évêques de Numidie, au profit de Majorin d’abord et de Donat le Grand, son successeur; il démon­ tra pareillement que Félix avait canoniquement con­ sacré Céciiien et n’était nullement le traditor qu'on prétendait. Ainsi tombaient les fondements du schisme. Ensuite le savant évêque d'IIippone prouva, par les Écri­ tures elles-mêmes, que l'Église militante peut, sans perdre sa sainteté, tolérer des pécheurs dans son sein en vue de les ramener C’était la ruine évidente de l’hérésie donatiste. Aussi le tribun Marcellinus, au nom de son maître Honorius, reconnut-il sur tous les points la victoire des catholiques. Dans le Breviculus collatio­ nis cum donatislis, P. L., t. xliii, col. 613-650, nous avons un abrégé des actes de la conférence, rédigé par saint Augustin à l’usage des fidèles, et aussi un appel aux donatistes qui fut suivi de nombreuses conversions. Voir t. I, col. 2279. 3. Quelques années plus tard, en 419, saint Augustin eut encore une conférence publique à Césarée, aujour­ d’hui Cherchell, avec Émérite, évêque de ce siège et l’un des champions donatistes à Carthage. Il nous en a laissé le récit dans son Sermo ad Cæsareensis ecclesiæ plebem Emerito præsente habitus, P. L., t. xliii, col. 689-698, et encore dans son De gestis cum Emerito Casareensi donatistorum episcopo, ibid., co). 698-706. 5° Controverse avec les vaudois, vers i190. — L’objet en est exposé par Bernard, abbé de Fontcald, Adversus Waldensium sectam liber, P. L., t. cciv, col. 793-840. 6° Controverses avec les albigeois: saint Dominique. — 1. Données générales. — Au commencement du xm· siècle, l’hérésie albigeoise avait gagné tout le midi de la France, et principalement le Languedoc, au grand détriment de la société civile comme de la société reli­ gieuse. En vain, les papes avaient-ils, depuis plus de cin­ quante 4ns, envoyé des légats. Au printemps de l'année 1205,ceux-ci se trouvaient réunis à Montpellier, dans le plus complet découragement. C’est alors que dom Diégo 1700 ou Didace, évêque d’Osma, en Espagne, et son chanoine, saint Dominique, vinrent les rejoindre, et leur persuadè­ rent que les hérétiques devaient être ramenés par l’attrac­ tion des bons exemples et par la force de la prédication. Après l’édification d’une vie toute simple, très mortifiée et toute surnaturelle, c’est principalement à la controverse que saint Dominique et ses compagnons eurent recours. On tenait des réunions assez semblables aux confé­ rences contradictoires d'aujourd’hui. Le lieu et le jour de l'assemblée étant fixés d'avance, les hérétiques s’y rendaient comme les catholiques, et l'on y trouvait mêlés les chevaliers avec les paysans et même les femmes. Une sorte de bureau était constitué, c’est-à-dire que l’on choisissait un ou plusieurs arbitres, un pré­ sident et deux assesseurs, dirions-nous, chargés de tenir la balance égale entre les deux partis. Souvent même les catholiques ne dédaignaient pas de prendre des adversaires pour juges de la dispute, et cette con­ fiance héroïque leur réussit assez communément. La discussion s’engageait alors. De part et d'autre, on apportait des libelli ou mémoires, rédigés d’avance sur les questions plus spécialement controversées dans l’endroit. Ils servaient de base aux argumentations opposées des différents chefs de groupes. Habituelle­ ment, la dispute se terminait, soit par la décision des arbitres, soit même, si nous en croyons le B. .Jourdain de Saxe, par un vote de l’assemblée exprimant son sen­ timent sur la discussion qu'elle avait suivie. Saint Dominique accepta et soutint un grand nombre de ces disputes publiques. Pendant deux ans, jusqu'à la conférence de Pamiers en 1207, il y parut toujours avec le vaillant évêque d’Osma. Celui-ci s’étant retiré, saint Dominique continua de se dévouer de même ma­ nière, soit avec les cisterciens, soit avec plusieurs prêtres zélés qui voulaient bien se faire les compagnons de ce laborieux apostolat. Mais, au printemps de l’an 1209, la croisade contre les albigeois et les nouvelles conditions politiques vinrent nécessairement modifier sa méthode et son action. 2. Conférences principales. — a) La première con­ férence contradictoire de saint Dominique eut lieu à Servian, près de Béziers. H y vint de Montpellier avec l’évêque d’Osma, et les légats du saint-siège, Arnault, abbé de Clteaux, Raoul et Pierre de Castelnau, moines du même ordre. Deux ministres cathares, Beaudoin et Thierry, prêchaient là fort librement, et le peuple les força d’entrer en controverse publique avec les nouveaux missionnaires. La dispute dura huit jours : son succès fut tel que les habitants voulaient chasser les hérétiques et qu'ils escortèrent pendant une lieue, à leur départ, sur le chemin de Béziers, saint Dominique et ses com­ pagnons. b) Béziers, par la connivence du vicomte, des con­ suls et de l’évêque lui-même, était devenue une cita­ delle de l’hérésie. La controverse s’y poursuivit quinze jours durant, mais sans obtenir tout le succès qu’elle méritait. La masse des habitants persista dans les erreurs vaudoises. c) La troisième station se fit à Carcassonne. Les dis­ putes publiques s’y succédèrent pendant huit jours consécutifs, mais sans résultat appréciable. 11 en fut de même à Verfeil, bourgade du voisinage de Toulouse, ou l’évêque d’Osma, devant l’obstination des hérétiques, renouvela contre eux la malédiction déjà prononcée en 1145 par saint Bernard. Vacandard, Histoire de S. Bernard, t. n, p. 222 sq. d) Au printemps de l’année 1207, c’est à Montréal qu'une conférence fut tenue entre albigeois et catho­ liques. Le légat Pierre de Castelnau y fut présent, et les catholiques choisirent pour arbitres quatre de leurs adversaires. Des deux côtés, on leur remit d'abord des mémoires écrits. La discussion orale et publique se pro­ longea ensuite quinze jours durant. Les arbitres alors 4701 CONTROVERSE constatant, d’une part, l’évident succès des catholiques, n'osant, d’autre part, se déclarer contre leur propre parti, se retirèrent sans vouloir se prononcer. Cette lâche retraite ne put empêcher la conversion de cent cinquante hommes qui abjurèrent l’hérésie pour rentrer dans le sein de l’Eglise. e) La plus importante de ces conférences eut lieu, en ce même début de l'an 1207, à Pamiers, entre vaudois et catholiques. Comme la plupart des seigneurs du midi, le comte de Foix, Raymond Roger, était acquis aux nouveautés hérétiques; pareillement, sa sœur Esclarmonde, qui les propageait avec un zèle ardent. Le comte se piquait de tolérance : il invita donc tour à tour les représentants les plus autorisés des deux par­ tis, et linit par les décider à une conférence qui se tint en son château, à Pamiers. Saint Dominique y vint avec Didace, et ils y rencontrèrent deux vaillants champions de l’orthodoxie, Foulques, évêque de Toulouse, et Navar, évêque de Conserans. Les catholiques lirent accla­ mer, en qualité d’arbitre, un de leurs adversaires, qui appartenait à la première noblesse de la cité, Arnauld de Campragna. La discussion fut très vive. La sœur du comte se permit d'y intervenir, et Frère Étienne eut l'audace de lui répliquer par cette mordante fin de nonrecevoir : « Allez filer votre quenouille; il ne vous sied pas de paraître en pareille affaire. » L’issue de la journée dépassa de beaucoup les espérances des catholiques. Non seulement l’arbitre se prononça en leur faveur, mais il se convertit, s'offrit, lui et ses biens, à l’évéque d'Osma, et, dans la suite, se montra constamment l'ami dévoué de saint Dominique. Le ministre vaudois, Durand de Huesca, non content d’abjurer l’hérésie et de revenir à la vraie foi, embrassa la vie religieuse et fonda, en Catalogne, la congrégation des Pauvres catholiques. Son exemple fut suivi par d’autres, et notamment par Durand de Najac, Guillaume de Saint-Antoine, Jean de Narbonne, Ermengaud et Bernard de Béziers. /) Le B. Jourdain de Saxe parle encore de nom­ breuses réunions contradictoires qui se tinrent, tantôt à Montréal, tantôt à Fanjeaux, dont saint Dominique avait fait sa résidence préférée et celle de ses compa­ gnons. Frequentes ibi disputationes fiebant, écrit-il. Or donc l’une de ces conférences fut marquée par un fait miraculeux que raconte, en ces termes, le B. Jour­ dain : « Il arriva qu’une grande conférence fut tenue â Fanjeaux, en présence d'une multitude de fidèles et d’infidèles qui y avaient été convoqués. Les catholiques avaient préparé plusieurs mémoires qui contenaient des raisons et des autorités à l’appui de leur foi; mais, après les avoir comparés ensemble, ils préférèrent celui que le bienheureux homme de Dieu Dominique avait écrit, et résolurent de l’opposer au mémoire que les hérétiques présentaient de leur côté. Trois arbitres furent choisis, d’un commun accord, pour juger quel était le parti dont les raisons étaient les meilleures, et par conséquent la foi plus solide. Or, après beaucoup de discours, ces arbitres ne pouvant s’entendre sur une d- cision, la pensée leur vint de jeter les deux mémoires au feu. afin que, si l'un des deux était épargné par les flammes, il fût certain qu’il contenait la vraie doctrine de la foi. On allume donc un grand feu, on y jette les deux volumes : aussitôt celui des hérétiques est con­ sumé; l'autre, qu’avait écrit le bienheureux homme de Dieu Dominique, non seulement demeure intact, mais il est repoussé au loin par les flammes, en présence de toute l’assemblée. On le rejette au feu une seconde et une troisième fois; autant de fois, l’événement qui se reproduit, manifeste clairement où est la vraie foi, et quelle est la sainteté de celui qui avait écrit le livre. » Jourdain de Saxe, Vie de saint Dominique, c. i, n. 20, dans Quétif et Echard, Scriptores ordinis prædicatot. i, p. 6; trad, par Lacordaire, Œuvres, t. i, Vie de saml Dominique, Paris, 1857, p. 179-180; Jean Gui­ 1702 raud. Saint Dominique, 3e édit., Paris, 1900, p. 35-36. III. Principales controverses et principaux conTROVERSISTES DF. L’ÉPOQUE DE LA RÉFORME. — Aucun temps ne fut fécond en controverses, ou, comme on disait alors, en colloques, et en colloques le plus sou­ vent stériles sinon funestes pour la cause catholique, comme l'époque de la réforme protestante. Les col­ loques furent alors multipliés, non seulement en Alle­ magne, mais en Suisse, en Hollande, en Pologne, en France. Il y en eut de plus heureux en Savoie. I. EN Allemagne. — 1“ Colloques entre catholiques et protestants. — La plupart des diètes furent, pour ainsi dire, autant de conférences où l’on discutait de la religion et de la réforme religieuse aussi bien que des intérêts politiques. Ces assemblées des électeurs et des princes allemands furent fréquentes dans l’empire, aux temps troublés de la réforme. Nous noterons seulement les conférences les plus célèbres, où des questions doc­ trinales furent débattues contradictoirement entre les théologiens orthodoxes et ceux de la réforme. 1. Colloque de Heidelberg, 26 avril 1518. — Jean Eck, vice-chancelier de l’université d’Ingolstadt et cha­ noine d’Eichstatt, avait, sur sa demande, remis à l’évê­ que de cette dernière ville, une série de remarques sur des thèses publiées par Luther. Il y démontrait que ces propositions se rapprochaient des théories de Jean Dus. Ces remarques, non destinées à la publicité, tombèrent cependant aux mains du moine de Wittenberg, qu’elles blessèrent vivement. Sur ces entrefaites, celui-ci fut invité à une réunion de son ordre qu’il présida au cou­ vent de Heidelberg. Il entendit bien profiter de cette circonstance pour se défendre dans une dispute pu­ blique. Elle s’ouvrit donc chez les augustins, le 26 avril 1518, et un grand nombre de professeurs, d'étudiants, de bourgeois et de courtisans y assistèrent. En 28 pro­ positions théologiques et 40 philosophiques, Luther s'efforça de réfuter Eck, et surtout il développa ses nou­ velles doctrines : le libre arbitre, depuis la chute ori­ ginelle, n’existe plus que de nom; l'homme, même en faisant ce qui dépend de lui, commet un péché mortel; le bien qu’il fait, c’est Dieu qui l’opère en lui; car pour lui, il en est incapable et demeure absolument passif : « L’homme, disait-il, est dans la main de Dieu comme la scie dans la main du charpentier. » La faculté de théologie de Heidelberg ne fut certes pas satisfaite de ces assertions. Mais elles attirèrent à leur auteur beaucoup d’amis dans l'Allemagne du sud : entre autres, Martin Bucer, Jean Brenz, Erhard Schnepf, et aussi son confrère André Bodenstein, surnommé Carlostadt ou Carlstadt, à cause du lieu de sa naissance. Hergenrœther, Histoire de l’Église, VII· période, n. 78, trad. Belet, Paris, 1891, t. v, p. 199-201; Jean Jans­ sen, L'Allemagne et la Réforme, trad. E. Paris, Paris, 1899, t. n, p. 84; Kirchenlexikon, t. ni, col. 1836, v° Disputation. 2. Conférences privées d’Augsbourg, 12-18 octobre 1518, entre le cardinal Cajétan et Luther. — Sur mandat du pape Léon X, Thomas de Vio, cardinal Cajétan, eut à Augsbourg, du 12 au 18 octobre 1518, plu­ sieurs conférences avec Luther, en vue de l'amener à rétractation. Mais celui-ci, après quelques concessions plus apparentes que réelles, finit par s’enfuir, le 18 oc­ tobre, « appelant du pape mal informé au pape mieux informé. » Hergenrœther, loc. cit., n. 10, t. v, p. 203204; J. Janssen, op. cit., t. H, p. 84 sq., notes; Bossuet, Hist, des variations, 1. I, n. 22, 23. 3. Colloque ou dispute de Leipzig, 27 juin-15 juil­ let 1519, entre Eck, Luther et Carlostadt. — Bien qu’on ait prétendu le contraire, il est maintenant établi que Jean Eck fut provoqué à ce nouveau colloque par Carlostadt et par Luther lui-même. C’est à la suite de ces provocations que Eck demanda au duc Georges de Saxe l'autorisation dune dispute publique. En latten- 1703 CONTROVERSE dant, il fit imprimer douze thèses sur l’indulgence et l'au­ torité du pape : elles irritèrent vivement Luther et forti­ fièrent sa résolution de combattre publiquement Eck à Leipzig. La faculté de théologie s’opposa longtemps à la dispute; les évêques de Mersebourg et de Brande­ bourg lui étaient absolument opposés. Mais finalement le duc céda, et l'interdiction de l’évéque de Mersebourg fut inutilement affichée à l’hôtel de ville de Leipzig. Tel fut le commencement de l’immixtion abusive du pouvoir temporel dans toutes les questions et querelles religieuses d» cette époque. Après de longs pourpar­ lers, les universités d’Erfurt et de Paris furent choisies pour arbitres des débats. Les deux parties firent impri­ mer et répandre les propositions qui allaient être sou­ mises à la discussion, et, comme si le sort de l’Église dépendait de ces disputes, beaucoup de savants accou­ rurent à Leipzig. Les débats durèrent du 27 juin au 15 juillet 1519. Eck se trouva d’abord aux prises avec Carlostadt sur le libre arbitre et la part qui lui revient dans les bonnes œuvres. L’adversaire fut amené à une concession qui contredisait son système. Aussi Luther, apprenant cette défaite, voulut-il donner immédiatement de sa personne et entrer en lutte à son tour avec le champion catholique. Il le fit sur la question, choisie par lui, de la primauté du pape. Comme on lui reprochait d'incliner à l’hérésie bohémienne, il lui prit un tel accès de colère que le duc s’écria : « C’est l'effet de la rage! » Le moine apostat n'attendit pas la fin de la dispute pour se retirer. Il était deux fois mécontent : d’abord à cause de son échec personnel; puis, il s’était senti doublement humilié, et par la place principale que son collègue Carlostadt avait prise dans les débats, et par les honneurs unanimement rendus à Jean Eck. On ne connaît pas le jugement de l’université d’Erfurt. Celui de Paris ne vint que deux ans plus tard. Mais, dès le 30 août, l'université de Cologne, et, le 5 novembre, l'université de Louvain, censuraient sévèrement les pré­ tentions hérétiques du moine de Wittenberg. Le plus clair avantage de ces discussions fut d’atïermir dans la foi le duc Georges, la ville et l’université de Leipzig· Hergenrodher, loc. cit., n. 14-15, t. v, p. 209-213; Jans­ sen, op. cil., t. n, p. 84-87, en note; Kirchenlexikon, t. in, col. 1837-1839; Lôscher, Volslàndige Reformations acta und documenta, Leipzig, 1720-1729, t. m, p. 203 sq. ; Seidemann, Die Leipziger Disputation, Dresde, 1843. 4. Conférences d'Augsbourg, juin-septembre 1530. — A la diète de 1530 tenue â Augsbourg, le cardinal de Campeggio vint assister en qualité de légat du pape. Le 25 juin, les protestants obtinrent de lire, devant l’empereur et l’assemblée, la confession luthérienne, rédigée par Mélanchthon, et plus tard dénommée Con­ fession d’Augsbourg. Les vingt premiers articles, rela­ tifs à la doctrine chrétienne, atténuaient sensiblement les assertions par trop brutales de Luther. Les sept derniers exposaient les abus supprimés par les protes­ tants : ils regardaient la communion sous les deux es­ pèces, le mariage des prêtres, les vœux monastiques, les messes basses, le détail des péchés dans la confes­ sion. la distinction des aliments, le pouvoir épiscopal. Le 27 juin, l'empereur institua une commission de vingt théologiens, tous présents à Augsbourg, avec mission d’examiner ou de réfuter la Confession. Les principaux parmi ces théologiens étaient Eck, Faber, Cochlée, Barthélémy Arnold de Usingen, Wimpina et Dietenberger. Leur première Réponse ou Confutation, remise le 18 juillet. fut trouvée un peu violente et trop amère. Ils la transformèrent donc et elle fut lue en diète le 3 août. Les nouveaux croyants en furent mécon­ tents et voulurent répondre. Pour éviter de voir les choses se brouiller tout a fait, les membres catholiques de la diète élurent, le 6 août, une seconde commission de quatorze membres, composée de deux princes, de 1704 deux juristes et de trois théologiens pris dans chaque parti, pour conférer à l’amiable sur tous les points controversés. Du côté catholique, nous retrouvons les théologiens Eck, Wimpina et Cochlée; du côté des protestants, Mélanchthon, Brenz et Schnepf. Les con­ férences s’ouvrirent le 16 août. On examina successi­ vement les articles de la Confession d'Augsbourg. De l’aveu même de leurs adversaires, les catholiques se montrèrent aussi conciliants que possible, et Mélan­ chthon put écrire le 10 septembre : ,4c fortasse pacem facere possemus, si nostri essent paulo tractabiliores. Corpus reformatorum, Halle, 1834-1840, t. II, p. 268, 361. En réalité, l'on convint que beaucoup d’articles de la Confession ne s’éloignaient pas de la profession de foi catholique; que plusieurs autres n’offraient qu’une certaine conformité, mais surtout que plusieurs s’en écartaient absolument. En l’état, l’union était et fut toujours impossible. Dans cet immense débat, l’on discuta, sans doute, sur l’un ou l'autre dogme, sur telle discipline à maintenir ou telle autre à réformer : il fut surtout longuement question de la juridiction des évêques, telle que l’en­ tendaient et l'admettaient les théologiens protestants. Mais, au fond, revenait sans cesse une question plus radicale : il s'agissait toujours, en dernière analyse, d'admettre ou de rejeter la mission doctrinale de l’Église, et son infaillibilité; de reconnaître ou non l’Eglise comme une institution tout â la fois divine et humaine, basée sur le dogme d’un sacrifice perpétuel, d’un réel et surnaturel sacerdoce. Or, les protestants s’étaient fait de l’Église une idée toute différente, et, par suile, ils étaient amenés à nier sa mission doctrinale et son infaillibilité. Us ne voulaient plus admettre, dans l’Église, la réalité des opérations surnaturelles dont Jésus-Christ est le véritable auteur; conséquemment, ils rejetaient tout ensemble et le sacrifice perpétuel, et le sacerdoce qui en est la condition. Pour ces motifs, tous les efforts de réconciliation n'aboutirent, cette fois, à aucun résultat; pour les mêmes raisons, iis devaient, dans l’avenir, demeurer toujours vains. Eck note ainsi sur le vif la parfaite impuissance de ces débats contradictoires : Quod si sancti Patres eis afferantur testes, clamant eos quoque homines fuisse; si citentur canones, obganniunt statim frigida hæc esse decreta; si eligendi forte sint judices, recu­ sant subito, dicentes verbum Dei non ferre judicem ; quod si allegentur concilia, clamitant ea sæpius errasse. Atqui e sacris litteris etiam si afferatur ali­ quid, et has suo ingenio tractant, suamque tantum expositionem ratam haberi volunt, contradicente etiam universa Ecclesia jam inde a temporibus apo­ stolorum. Rainaldi, Annales, an. 1530, n. 174. Les discussions, bien que conduites dans un sincère esprit de pacification, furent donc inutiles. Eck avait déposé son rapport le 21 août, Mélanchthon le 22. L’on décida de. s’en remettre à une commission moins nom­ breuse, composée d’un théologien et de deux jurist s de part et d’autre. Eck, Bernard Hagen, chancelier de Cologne, et Jérôme Vehus, chancelier de Bade, repré­ sentèrent les catholiques; Mélanchthon, George Bruck, chancelier de la Saxe électorale, et Sébastien Haller, chancelier de Brandebourg-Anspach, les protestants. Cette nouvelle commission délibéra du 24 au 30 août. On ne put davantage arriver à s’entendre sur le sacri­ fice de la messe, et les deux partis en appelèrent à un concile. Hergenrrether, op. cil., VIIe période, n. 76-80, t. v, p. 301-308; Janssen, op. cil., t. m, p. 181-198. 5. Nouvelle conférence de Leipzig, 29 et 30 av 1534. — Ménagée par l’électeur de Mayence et le duc d·. Saxe, elle n’eut aucun résultat, parce que les contr-dicteurs ne donnaient pas le même sens aux mots si lesquels ils discutaient, llergenrœther, loc. cit., η. Sô. p. 316-317. 1705 CONTROVERSE 6. Colloque d'Haguenau, juin 1540. — Les princes acquis à la Réforme, pour éluder la juste répression de Charles-Quint, ne cessaient d'avancer que la paix reli­ gieuse, comme la paix politique, devait plutôt sortir d'un « colloque pacifique ». En vain les légats pontifi­ caux représentaient à l’empereur « qu’on ne pouvait attendre aucun bon résultat des conférences religieuses, du moment ou les protestants rejetaient l’autorité de l’Église et de son chef suprême, et que de telles discus­ sions ne servaient qu’à aigrir davantage les esprits. Jamais, disait le cardinal Farnèse, les protestants n’ont tenu les promesses qu’ils nous ont faites en ces sortes d’assemblées ». Et il ajoutait : « Le seul remède à em­ ployer, c’est le moyen canonique du concile, et c’est aussi celui qui offre le moins de danger. » Janssen, o/i. cit., t. ni, p. 471 ; Rainaldi, Annales, an. 1540, n. 15-21; L. Pastor.Die kirchlichenReunionsbestrebungen uiâhrend der Regierung Karl’s V, Fribourg-enBrisgau, 1879, p. 169 sq. Mais l’empereur, poussé par ses ministres, et notamment par Granvelle, poussé aussi par le roi Ferdinand de Bohême, invitait, le 18 avril 1540, les membres du Saint-Empire à se réunir à Spire, pour l’accommodement prompt et pacifique des affaires religieuses. » Des plénipotentiaires, envoyés par le pape, devaient prendre part aux discussions, selon la volonté expresse de Charles-Quint. Par le fait, « l’assemblée de la concorde » s’ouvrit, non à Spire où sévissait la peste, mais à llaguenau, au mois de juin 1540. Les princes protestants, surtout l’électeur de Saxe et le landgrave de liesse, se gardèrent d’y paraître; et, comme l’avaient prédit les légats, les discussions n’abou­ tirent â rien. Le 26 août, Jean Eck écrivait au cardinal Contarini. au sujet de cette nouvelle conférence : Salis disputatum est; nolunt vinci rationibus, nolunt premi conciliorum aut sanctorum Patrum authoritate; Ec­ clesiæ consuetudinem aut usum /loccipendunt ; Scrip­ turas eis objectas lacerant et torquent; ideo frustra teritur tempus et novis libellis hæreticissimis edendis occasio datur. Fr. Dittrich, Gasparo Contarini, 1483/542, Eine Monographie, Braunsberg, 1885, p. 519 sq. Le Plat réédite une appréciation commune dans les milieux catholiques: Stomachari soleo, quoties de illis colloquiis mentio incidit, cum per ea colloquia factiosi temper audaciores et inipudentiores efficerentur, et omnia Ecclesiæ jura convellerent, nihilque eorum i rieslarent quæ per colloquia decernebantur. Monu­ mentorum ad historiam concilii Tridentini speclantium amplissima collectio, Louvain, 1781-1787, t. n, p. 674. Le roi Ferdinand eut vite acquis la certitude pie les conférences d’Haguenau seraient fatalement -•./■riles, et il proposa de les interrompre pour les rourir quelques mois plus tard â Worms : ce qui fut iccepté par l’empereur. Hergenrœther, loc. cit., n. 88, I. v. p. 321 ; Janssen, op. cit., t. ni, p. 473; Pastor, Reu■>> nsbestrebungen, p. 184-198; Rainaldi, an. 1540, n. 51. 7. Colloque de Worms, 25 novembre 1540-17 jann-*r 1541, Eck et Gropper avec Mélanchthon. — Les conférences reprirent donc, selon l’ordre de l’empereur, en la ville de Worms. Le 25 novembre 1540, le cardinal Granvelle, représentant impérial, ouvrit l’assemblée p r une émouvante description de la détresse en Alle■ agne. Sur les instances de Charles-Quint, le pape irait envoyé un légat, Thomas de Campeggio, évêque de Feltre. Celui-ci, dans la séance du 8 décembre, reprit le theme de Granvelle, en observant que « les papes, si ■: -ireux de remédier au mal, n'ont pu rien obtenir, ni ÿar leurs prières, ni par leurs exhortations et ambas­ sades répétées ». A ce discours. Mélanchthon répondit arec véhémence que l’Église était, par ses crimes, la cause unique de tous les troubles religieux. Le saints.-ge. en rejetant l'interprétation véritable de l’Évanfüe a pris pour son compte toule la responsabilité des ■aux actuels. A Mélanchthon s’opposèrent Jean Eck et 1706 Gropper. Mais les protestants étaient venus avec la ré­ solution bien arrêtée de s’en tenir à la Confession d’Augsbourg et de ne céder sur aucun point. Tout d’abord, l’on perdit un temps précieux à discuter sur la manière dont les questions religieuses devaient être débattues. Dès le 28 décembre, Thomas Badia écrivait de Worms à Conlarini qu’on n’entrevoyait aucun espoir de concorde; qu’on traitait les affaires religieuses comme de pures questions temporelles. Fr. Dittrich, Register und Briefe des Cardinals Conlarini, Brauns­ berg. 1881, p. 138, n. 524. Puis, il y eut de brèves ! discussions de doctrine, priais Ogier Van Melem, député de Francfort, pouvait en écrire le 3 janvier 1541 : « On ne fait rien de bon ici, sinon de s’aigrir de plus en plus les uns contre les autres. » Aussi bien Naves, le vicechancelier impérial, eut-il l’audace de prendre constam­ ment le parti des dissidents. « Il est d'avis,écrivait l’un d’eux, que nos docteurs sont plus forts que tous les théologiens espagnols et autres sophistes. » En face d’une telle stérilité, l'empereur ordonnait, le 17 janvier 1541, d'interrompre ces conférences et les ajournait à une prochaine diète qu’il présiderait en personne. Hergenrœther, loc. cit., n. 90, t. v, p. 324-325; Janssen, op. cit., t. ni, p. 475-476; Pastor, Êeunionsbestrebungen, p. 198-217 ; Fr. Dittrich, Gasparo Contarini, p. 258 sq.; Èirehenleæikon, t. ni, col. 1844-1845. 8. Colloque de Ratisbonne, 27 avril-8 juin 1541, Jean Eck, Jules Pflug, Jean Gropper contre Mélanchthon, Jiucer, Pistorius de Nidda. — Au mois de février 1541, l’empereur vint, selon ses engagements, tenir diète à Ratisbonne. Il y voulut un nouveau colloque re­ ligieux, qui commença le 27 avril. Le pape y avait délégué le cardinal Contarini et le nonce Morone. L’em­ pereur avait désigné pour la présidence son ministre Granvelle et le comte palatin Frédéric, deux politiques secrètement favorables aux novateurs. Il nomma aussi les collocuteurs des deux partis : Jean Eck, Jules Pllug et Jean Gropper pour les catholiques; Mélanchthon, Bucer et Pistorius de Nidda. Pour base des discussions, l’on prit un exposé de doctrine présenté par l’empereur et connu depuis sous le nom de Livre de Ratisbonne ou de l’empereur. Les deux partis parvinrent à s’en­ tendre, assez peu sincèrement du reste, sur une défini­ tion ambiguë de la justification et sur quelques autres points secondaires. Mais sur la notion de l’Église, sur la papauté, les conciles, l’eucharistie, le canon de la messe, il fut aussi impossible de s’accorder qu’à Augsbourg en 1530. La raison profonde en est qu'il n’est aucun moyen de concilier entre eux des principes et des doctrines radicalement incompatibles. Eck ne tarda pas à le constater, et sans plus tarder il s'empressa de rompre le lien vraiment trop frêle qui avait un instant paru réunir les deux camps. « Il n'y a point de milieu, et les plus belles phrases ne servent de rien, répétait-il; celui qui prétend rester attaché à la foi de l’Église, doit accepter le pape et les conciles, et croire tout ce que croit l’Église romaine. Tout le reste n’est que fumée, et cent ans de discussions ne changeraient point les choses. » Cité dans Janssen, op. cil., t. ni, p. 501. Cf. Th. Wiedemann, Johann Eck, Ratisbonne, 1865, p. 312. On convint de quelques points dits articles conciliés. En réalité, le colloque de Ratisbonne tourna à l’avantage des protestants, qui trouvèrent là une ex­ cellente occasion pour propager leurs doctrines. Il dis­ crédita, au contraire, la cause catholique, en laissant supposer que des points dogmatiques, dès longtemps définis par l’Église, devaient ou pouvaient être contrôlés par des juges laïques. « Ces conférences religieuses, observait Nauséa, archevêque de Vienne, dans un mé­ moire rédigé pour Ferdinand, livrent la religion chré­ tienne à la risée des nations étrangères, des incré­ dules et des infidèles, et l’exposent à d’innombrables outrages. » Le colloque avait pris lin le 8 juin; le 28, 1707 CONTROVERSE Charles-Quint publiait un formulaire très modéré qui, avec les articles convenus de part et d’autre, prit le nom d’intérim de Ratisbonne. En vertu de ces dispo­ sitions intérimaires, les deux partis devaient s'en tenir pratiquement aux dits articles jusqu’au prochain concile œcuménique ou national, ou bien jusqu'à la prochaine diète à laquelle l’empereur promettait d’amener un légat du pape. Hergenrœther, loc. cit·, n. 91-92, t. v, p. 325330; J. Janssen, op. cit., t. ni, p. 498-502; Kirchenlexikon, t. ut, col. 1845-1847; L. Pastor, Reunionsbestrebungen, p. 263 sq. ; Dittrich, Gasparo Contarini, p. 550772; Bossuet, Hist, des variations, 1. VIII, n. 3-5. 9. Deuxième colloque de Ratisbonne, 27 janvier 1540, Malvenda, Billik, Hofmeister, Cocldée avec George Major, Pistorius, Schnepf, Frecht. — Malgré l’opposition du pape, malgré celle des évéques réunis à Trente, l’empereur céda de nouveau aux instances des États protestants, qui éprouvaient la plus grande mé­ fiance vis-à-vis du concile œcuménique. Il accepta en­ core un colloque qui se tiendrait derechefà Ratisbonne. Il fut inauguré le 27 janvier 1546, sous la présidence de Maurice, évêque d’Eichstâtt, et du comte Frédéric de Furstenberg. Du côté des catholiques, la défense fut confiée au savant dominicain, Malvenda, confesseur de Charles-Quint, à Eberhardt Billik,carme de Cologne, Jean Hofmeister, provincial des augustins, et J. Cochlée. Les prétentions protestantes étaient soutenues, au dire des uns (Hergenrœther), par George Major, Pistorius, Schnepf et Frecht, selon d’autres (Kirchenlexikon), par Major, Bucer, Schnepf et Urenz. Tous cherchèrent à s’entendre sur la question dogmatique plus qu’à pré­ parer le rapprochement politique ou social. Les ques­ tions se rapportant à la conversion, à la foi, à la justi­ fication etaux bonnes œuvres furent amplement traitées. Mais bientôt les princes protestants éprouvèrent le besoin de rompre les négociations. Ils en trouvèrent le prétexte dans une ordonnance impériale qui associait aux présidents déjà nommés l’évêque Jules Pllug, or­ donnait d’observer le secret et de discuter oralement plutôt que par écrit. L’électeur de Saxe et le landgrave Philippe de Hesse rappelèrent leurs théologiens et le colloque se trouva ainsi dissous. Hergenrœther, loc. cit., n. 96. t. v, p. 337-310; Pastor, op. cit., p. 305 sq. ; Kir­ chenlexikon, t. m, col. 1847-1848. 10. Colloque de Worms, septembre et octobre 1557, entre Canisius, etc. et Mélanchthon, etc. — De tous les colloques allemands, un des plus célèbres, sans contre­ dit, et le dernier offrant un caractère d'ordre général, fut celui tenu en 1557. Une diète avait été convoquée à Worms, par l’empereur Ferdinand, frère et successeur de Charles-Quint en Allemagne et dans l’empire, en vue d’obtenir des secours contre les Turcs. Les hérétiques, dans l’intérét de leur cause, se mirent à refuser tout subside, afin d’emporter l’autorisation d’un nouveau colloque. Car, observait malicieusement l'électeur pala­ tin, « jusqu’ici nos colloques n’ont pas été sans fruits : c’est grâce à eux que la parole de Dieu s’est propagée. » Bucholtz, Geschichte der Regierung Ferdinand des Ersten, Vienne, 1831-1838, t. vil, p.361. Et Mélanchthon avait l'impudence d'exprimer l’espoir que, par ce moyen d’une conférence, « plusieurs princes et évéques seraient éclairés et se détermineraient enfin à embrasser la vraie doctrine. » Corpus reformatorum, Halle, 1841-1842, t. IX. p. 6-7. Ferdinand résolut de soumettre la ques­ tion à l'examen d'une commission composée de deux évéques, et de cinq théologiens ayant à leur tête le grand jésuite Pierre Canisius. Déjà, par sa sa nteté, sa doctrine et sa douceur, Canisius avait remporté des succès dans la controverse comme dans la prédication. A Vienne, en 1553, provo­ qué par deux notables luthériens, il avait accepté une discussion contradictoire qui eut lieu devant un nom­ breux public. Les deux hérétiques se répandirent en 1708 violentes invectives et en méchantes insinuations. Avec un calme extraordinaire, Canisius reprit un à un leurs arguments, rétablit l'exactitude des textes et mit en évi­ dence tous les artifices auxquels ils avaient osé recou­ rir. Cette réponse pacifique, précise et tranchante comme la vérité, recueillit les applaudissements una­ nimes, et les deux hérétiques durent s’avouer vaincus. L’un disparut pour jamais de la ville; l’autre abjura ses erreurs, et même entra dans la Compagnie de Jésus, où il mourut saintement. L. Michel, Fie du B. Pierre Canisius, Lille, 1897, p. 125. En réponse à la question posée par l’empereur, Cani­ sius écrivit avec une liberté tout apostolique que la voie du colloque n’était pas celle qui pouvait « mener à une durable et légitime entente. Dans les controverses religieuses, il ne faut point s’écarter des décisions de l’Église. Qui refuse de l’écouter, doit être tenu, selon la parole de Jésus-Christ, pour un infidèle et un publicain. L’expérience a suffisamment démontré que les discussions de doctrines ne servent qu'à aggraver le mal. On perd le temps en disputes sans résultat, on s’échauffe de part et d’autre, on creuse plus profond l’abime qui sépare les dissidents des vrais catholiques; les hérétiques ne songent qu’à faire prévaloir leurs idées, et dés qu'ils ne peuvent l’emporter, ils se répandent en injures et se jettent plus violemment dans la révolte et le désordre. Quelle que soit l'issue du colloque, ils ne manqueront pas de crier victoire et de présenter les débats sous un faux jour, au détriment de la foi et au scandale des fidèles. D’ailleurs, Sa Majesté ne peut, sans une autorisation expresse du souverain pontife, permettre ou sanctionner un tel colloque ». L. Michel, op. cit., p. 178; Fr. Sacchini, De vita et rebus gestis P. Petri Canisii, Ingolstadt, 1616, p. 118; P. Python, Vita R. P. Petri Canisii, Munich, 1710, p. 120; Riess, Der selige Petrus Cani­ sius aus der Gesellschaft .lesu, Fribourg-en-Brisgau, 1865, p. 195; Janssen, op. cil., t. iv, p. 121. Malgré cet avis si fortement motivé, Ferdinand accepta le colloque et en décréta l’ouverture pour le mois d’août suivant. Canisius ne consentit à s’y rendre que sur l'ordre formel de ses supérieurs et du pape Paul IV. Celui-ci, tout en désapprouvant la tenue de la nouvelle conférence, jugea cependant très oppor­ tune la présence et l’intervention du P. Canisius et d’un de ses confrères, le P. Nicolas de Gouda. Dans une lettre du 2 avril 1557, Canisius précise en ces termes, la nécessité, le but et le règlement du col­ loque : « Voici ce qui a été réglé touchant la question religieuse. Le péril est souverainement urgent, et, comme on ne trouve aucun moyen d’apaiser les dissi­ dences religieuses, soit par le concile général, depuis si longtemps commencé et non encore terminé, soit par un concile national qui pourrait susciter de nou­ veaux troubles, soit moins encore par l’autorité des princes séculiers, incompétents dans ces questions, il semble qu’il ne reste plus qu’à accepter le colloque proposé. La réunion se fera à Worms, au mois d'août; elle sera présidée par le roi et par quatre princes, c’est-à-dire par deux archevêques du côté des catho­ liques et deux princes du côté des luthériens. Le but du colloque est de conférer à l'amiable, pour essayer de faire cesser ces graves et longs dissentiments. Les notaires rédigeront les débats et les soumettront aux autorités des États, qui entendent, non se prononcer sur les questions de doctrine, mais simplement prendre connaissance de notre manière de voir, et essayer en­ suite de débarrasser l’Allemagne de tant de sectes. Otto Braunsberger, B. Petri Canisii S. J. Epistulæ et Acta, Fribourg-en-Brisgau, t. n, epist. ccxxxviii ; L. Michel, op. cit., p. 179-180. Le colloque, indiqué pour le 24 août 1557, eut de la peine à s’organiser, et ne put s'ouvrir que le 11 sep- 4709 CONTROVERSE 4710 tembre. Pour le remplacer à la présidence, l’empereur i Canisius du 20 septembre. Mais l'exclusion prononcée contre cinq des représentants de l'hérésie sur douze, Ferdinand avait désigné l’évêque de Spire. Rodolphe de rendait impossible la continuation des débats. Les Frankenstein, lequel, étant tombé malade, fut suppléé par théologiens catholiques, en effet, ne cessaient de rede­ l'évêque de Naumbourg, .Iules Pllug, assisté de quatre mander : « Lequel des deux partis devons-nous consi­ délégués des princes, deux catholiques et deux luthé­ dérer comme représentant la véritable Église protes­ riens. De chaque côté, six théologiens avec six asses­ tante? Avec qui aurons-nous à traiter à l’avenir? » seurs devaient prendre part aux débats. Canisius se fit Janssen, op. cit., t. iv, p. 28. Dans ces conditions d’in­ donner pour collègues des hommes de première valeur : Michel Fielding, évêque de Mersebourg, Dellius, coadju­ certitude sur l'adversaire, les catholiques refusèrent de continuer la discussion et Ferdinand mit fin au teur de Strasbourg, .losse Tiletan et François Sonn, colloque. docteurs de Louvain, et Frédéric Staphyl. Tandis que Canisius qui, au témoignage des hérétiques comme Canisius occupait le second rang parmi les théologiens, des catholiques, fut l’àme de la brillante défense de le P. de Gouda avait le troisième parmi les assesseurs. l’orthodoxie, donne à propos de ce colloque des appré­ Par le fait, c’est Canisius qui reçut le mandat de pré­ ciations générales â retenir : « Nous devons rendre de parer le plan de défense et de disposer librement du concours de tous. Du côté des protestants, citons Phi­ joyeuses actions de grâces à Dieu de ce qu’enfin ce lacet est rompu, et de ce qu'il nous est permis de lippe Mélanchthon, Ehrard Schnepf et Joachim Morlin, délégués de l’électeur palatin, Jean Brenz et Jacques partir sans que la religion catholique ait souffert, Andréa, délégués du Wurtemberg, puis encore des dé­ tandis que nos adversaires se sont débattus dans une honteuse division. N’espérant retirer aucun fruit du légués de Saxe, du Brunswick et d’ailleurs, Érasme colloque, les catholiques ont jugé bon de ne point con­ Sarcerius, Stofl’el, Striger, Flacius, Runge, Karg, Pis­ torius. Dès les réunions préparatoires, la discorde avait tinuer les débats, surtout quand s’est offerte l'occasion d’en finir. Nos adversaires ont vu avec un vif dépit que éclaté parmi les sectaires. His diebus, écrivait Cani­ nous profitions, pour nous en aller, du départ des ora­ sius, cum utraque pars ad colloquium se instruit, ad­ versarii convenire inter se non potuerunt ; et hærent teurs protestants qui se plaignent bien haut d’avoir été magnarum dissensionum inter ipsos semina quæ vix expulsés de force par leurs collègues. Nous aurions pu laisser passer cette infraction aux conditions posées; submoveri posse existimantur, ut impatientia fractus mais comme nous avions reconnu, dès le principe, etiam Philippus Mélanchthon dixerit : In me unum omnes incurritis. Plus enim injuriarum et concerta­ l’impossibilité d’arriver à un bon résultat, nous avons maintenu notre décision, sans vouloir essayer à nou­ tionum illi concitant domestici quos hucusque disci­ veau de vaincre leur opiniâtreté. Béni soit le Seigneur pulos habuit, quam a nostris accipiat. Rraunsberger, op. cit., t. n, epist. ceux. Cf. Bossuet, Hist, des varia­ qui nous délivre de cette triste engeance, sectaires aveugles, durs, méchants, astucieux, impudents, fourbes, tions, I. VIII, n. 22 sq. opiniâtres, orgueilleux, impies, el que jamais on ne Il y eut d’abord une première série de six sessions, les il, 13, 14, 15, 16 et 20 septembre. On s’exprimait ramènera à la vérité, parce que jamais ils ne s’avoue­ en latin, et le plus ordinairement les orateurs lisaient ront vaincus. Dieu, dans ses sages conseils, a permis, ou faisaient lire leurs discours écrits, et les remettaient pour le bien de l’Eglise. que ce colloque ou ce conflit ensuite aux notaires. Dans la première séance, Mé­ eût lieu. Et d’abord, on a pu constater parmi les catho­ liques une entente et une fermeté complètes, alors que lanchthon s’emporta au point de déclarer que les ca­ tholiques persécutaient sciemment la vérité; que les Dieu a mis la confusion parmi les hérétiques. Jusque dans les points de doctrine les plus essentiels, la dis­ décrets du concile de Trente n'étaient que blasphèmes. En revanche, l’évêque de Mersebourg, et surtout Cani­ corde a été tellement vive et persistante qu'ils en sont venus à se déchirer mutuellement. Au sujet de la sius parlèrent avec calme et modestie, tout en serrant de fort près leurs adversaires. La discussion s’étendit Confession d’Augsbourg, ils se sont livrés à de longues ardente sur le libre arbitre, le péché originel, le canon discussions, pour établir si Mélanchthon avec ses théo­ logiens de Wittenberg, ou Schnepf avec ceux d’Iéna, en des saintes Ecritures et d’autres points en litige. Mais, au nom des catholiques, chaque fois, Canisius faisait étaient partisans de fait ou seulement de nom. En remarquer que la Confession d’Augsbourg, l’4u.gu- second lieu, de bons esprits jugent que jamais, en pa­ stana, avait subi les changements les plus graves, si reil cas, résultat meilleur n'a été obtenu. Le troisième bien que 34 théologiens luthériens ont prétendu qu'elle avantage nous concerne. Il nous a été donné de con­ était devenue tour à tour « cothurne, pantoufle, botte naître par expérience les doctrines et la valeur de nos polonaise, ou plutôt un de ces larges manteaux sous adversaires, vrais bavards. Nous pouvons maintenant nous mesurer, sans crainte, avec ces faillies ennemis de lesquels plusieurs personnes peuvent s’abriter à l’aise ». l’Église. En quatrième lieu, les dissentiments survenus Janssen, op. cit., t. iv, p. 24. Aussi Canisius pres­ sait-il ses adversaires de faire connaître s’ils admet­ publiquement entre les représentants des diverses sectes taient, oui ou non, le texte primitif de VAugustana : contribueront, nous avons lieu de l’espérer, â raffermir et pour avoir une réponse nette et franche, il faisait dans la vraie foi plus d’un catholique hésitant. Les appel au président du colloque et à l’autorité des âmes indécises passeront plus rares dans le camp lu­ thérien, et de nombreux hérétiques, dégoûtés au spec­ assesseurs. Mélanchthon et les siens essayèrent bien d'échapper, mais à la VI· session, ils furent sommés tacle de ces altercations, se décideront à revenir au de déclarer quels chrétiens ils considéraient comme bercail de l’Église. Cinquième avantage : si les autori­ hérétiques et exclus de leur Confession d’Augsbourg, tés de l’empire veulent bien, comme cela est probable, parcourir les actes du colloque, elles constateront l’as­ car tous les sectaires, zwingliens, anabaptistes, adiaphoristes, cingliens, synergistes, frères de Bohême, tuce, la révoltante impudence des novateurs, et com­ majoristes, osiandristes, picards, etc., se vantaient éga- prendront qu’il est impossible d’amener à une entente !· nient d’appartenir à la Confession. Ce fut un coup sur le terrain religieux, des esprits qui nient les prin­ droit porté aux hérétiques. Dès lors, ils s’accusèrent cipes les plus indiscutables et s’opiniâtrent à défendre mutuellement d'avoir déserté VAugustana, pour em- les opinions les plus contraires à la piété de la primi­ t r .sser d’abominables hérésies. Sous l’inspiration de tive Église. De là, il résultera peut-être que les princes ne voudront plus de ces colloques qui ne rem· lient Mélanchthon, les plus violents exclurent de leur assemà rien, l'expérience le leur a prouvé; ils auront · ors t lêe Schnepf, Stoffel, Sarcerius, Striger et Morlin. On s. réunit encore les 6, 7 et 8 octobre, et ce dernier recours, pour restaurer la religion, au seul moy i. ■:< ■ r Mélanchthon fit lire une réplique au discours de nous reste, au concile œcuménique. Cost ce que «lé- 1711 CONTROVERSE sirent beaucoup de personnages dont la science éga'e la piété... Parmi les théologiens catholiques, aucun n’a combattu par la plume, la parole et les actes, comme nous l'avons fait avec l'aide de Dieu, le P. de Gouda et moi. Plus d’une fois, le temps nous fit défaut pour célé­ brer la messe. C'est merveille qu'au milieu de si grandes fatigues, nous ayons conservé notre vigueur d'esprit et nos forces corporelles. » Braunsberger, op. cit-, t. il, epist. CCI.XXI. Le même jour, 6 décembre, Canisius adressait à Jules Pllug un mémoire dans lequel il fait l’histoire des débats et justifie la conduite des catho­ liques. Ibid., epist. cct.xix. Cf. Hergenrœther, loc. cil., n. 262, t. v, p. 597-599 ; Janssen, op. cil., t. iv, p. 19-31 ; Forner, Historia hactenus sepulta colloquii Wormatiensis, Ingolstadt, 1624. Voir Canisws, t. n, col. 1514-1515. 11. Conférence à Bade, 18 novembre 1580, entre Pistorius, Jacques Andréa et Jacques Beerbrand; conférence à Emmendingen, 1500, entre Georges Hânlin el Pappus. — Pour achever la série des col­ loques entre catholiques et protestants en Allemagne, il convient de mentionner encore deux conférences tenues dans le grand-duché actuel de Bade. Elles ne présentent plus le caractère d'intérêt général de celles précédemment rapportées, et une conversion particu­ lière en fut la raison d’être. Le margrave Jacques de Baden-Durlach était résolu à embrasser la religion catholique ; de fait, il abjura le 15 juillet 1590 et mou­ rut le 17 août suivant. Or, pour justifier sa détermina­ tion, il eut l’idée de recourir à une conférence reli­ gieuse, qui se tiendrait en sa présence et à laquelle il pourrait au besoin prendre part. Fixée d'abord au 10 février 1589, elle commença seulement le 18 novem­ bre, au château de Bade, et fut soutenue par Pistorius et deux théologiens luthériens de Tubingue, Jacques Andréa et Jacques Ileerbrand. L’on devait, en s’ap­ puyant sur l'Écriture sainte, discuter sur la véritable Église du Christ et puis sur les autres articles de la foi. 11 avait été stipulé que les débats se dérouleraient en observant la forme scientifique et les règles de la dia­ lectique. Mais à la VP séance, Pistorius et Andréa des­ cendaient jusqu’à des subtilités sur le point de savoir s’il peut exister des hérétiques dans l’Église. Alors les théologiens de Tubingue refusèrent d'argumenter plus longtemps selon les règles de la dialectique, et le mar­ grave prit le parti de dissoudre la conférence. Il en réunit une seconde à Emmendingen, dans le comté de Hochberg, en 1590. Le docteur Georges Hânlin, de Fribourg, catholique, s’y trouva aux prises avec le protestant Pappus, de Strasbourg. Le margrave présidait et prit même la parole. En quatre jours et sept séances, l’on envisagea, sous tous ses aspects, cette question : L'Église est-elle toujours visible, et où était-elle avant Luther? Aucune entente ne fut possible. Kirchenlexikon, t. m, col. 1853; J. Pistorius, Jacobs Martgrafen von Baden Bekehrtingsmolire, Cologne, 1591 : Fecht, Historia colloquii Emend ingensis, Rostock, 1594. 2» Colloques entre protestants. — Les divisions iné­ vitables que le principe même du protestantisme devait semer parmi les nouveaux croyants, ne tardèrent pas â germer. Elles occasionnèrent aussi des colloques, et ils furent, au point de vue de l’union poursuivie, tout autant stériles que les conférences avec les catholiques. 1. Conférence de Marbourg, 1-30 octobre 1529, entre zwingliens : Zwingle, CEcolampade, Bucer, Hedio, et luthériens : Luther, Mélanchthon, Jonas, Üsiandre, Agricola, Brenz. — Zwingliens et luthériens étaient profondément divisés. Les premiers rejetaient l'eucharistie, toute présence réelle et toute communion ; les seconds en étaient venus à la théorie de l'impana­ tion et de l’ubiquité, afin de retenir la présence réelle au moment de la communion, tout en reniant la consé­ cration et le sacrifice. Luther ne dissimulait pas la gravité de ces dissensions. Pour lui, Zwingle s’était 1712 totalement séparé du Christ, ses livres étaient aussi dangereux que le poison de l’enfer, toute sa science n’était que bavardages et invectives. Cependant les villes du sud de l’Allemagne se montraient favorables à Zwingle. C'est alors que dans une pensée de politique personnelle, le landgrave Philippe de Hesse, assez porté vers le zwinglianisme, voulut tenter l’union des deux partis, et choisit le moyen d'une conférence qu'il indiqua pour le 1" octobre 1529, à Marbourg. Du côté des zwingliens, on y vit Zwingle d’abord, Qïcolampade, Bucer et Gaspard Hedio de Strasbourg, disciple de Capito, absolument dominé par Bucer. Du côté des luthériens, vinrent Luther. Mélanchthon, Juste Jonas, Osiandre, Étienne Agricola et Jean Brenz, encouragés par l'électeur de Saxe, Jean Frédéric. Malgré que les zwingliens se soient montrés plus condescendants que leurs adversaires, il fut néanmoins impossible de s’en­ tendre sur la doctrine de l'eucharistie. Luther maintint son dogme de la consubstantiation. Le corps de JésusChrist, disait-il, est dans le pain comme l'épée dans le fourreau; les paroles de Jésus-Christ sont un discours abrégé, comme lorsqu’on parle d'une épée et qu’on a également en vue le fourreau. A mesure qu'avançait la conférence, les esprits devinrent plus excités et plus sé­ parés que jamais. Les zwingliens se plaignaient de l’at­ titude blessante de leurs adversaires, et s'attribuèrent la victoire aussi bien que ceux-ci. Toutefois pour ne pas clore les réunions sans résultat que l’on pût montrer au public, l’on dressa quinze articles de foi et d'union sur lesquels on était plus ou moins d’accord, et on les signa le 30 octobre. Ces articles concernaient la trinité, la ré­ demption, la foi et la justification, l'autorité. L’art. 13 définit la tradition : des reglements humains portés sur des objets spirituels ou ecclésiastiques; quand elle n'est pas contraire à la parole de Dieu, on est libre de l’observer ou de la négliger. L’art. 14 approuve le bap­ tême des enfants. L'art. 15 déclare que l'on doit user de l'eucharistie. Bien que l'on ne pût s’entendre sur la doctrine eucharistique, on convint qu’il fallait témoi­ gner aux autres de la charité chrétienne, tant que la conscience le permettait et demander à Dieu, dans la prière, la véritable intelligence. Malgré cette résolution Luther ne cessa point de considérer comme hérétique la doctrine de Zwingle; et de leur côté les zwingliens persistèrent à rejeter les 17 articles de Torgau, dans lesquels, avant les réunions, Luther avait consigné les conditions possibles de l’union mutuelle. Bucer attri­ buait à Mélanchthon tout l’insuccès de la conférence : il n’a cessé, disait-il, de jeter de l’huile sur le feu. Hergenrœther, loc. cit., n. 74-75, t. v, p. 298-301; Jans­ sen, op. cit., t. ni, p. 166-168; Kirchenlexikon, t. ut, col. 1842-1844. 2. Concorde de Wittenberg, mai 1530, entre luthé­ riens et zwingliens. — Comme plusieurs villes d'Alle­ magne se montraient favorables aux opinions deZwingle, Bucer entra en négociations avec Mélanchthon d’abord, à Cassel, puis avec Luther, à Wittenberg. Dans la Concorde de cette dernière ville, on abandonna, en apparence seulement, le sentiment de Zwingle sur l'eucharistie. Hergenrœther, loc. cil., n. 85, p. 316-317. 3. Dispute de Leipzig, 1550, entre synergistes (Jean Pfef/inger) et luthériens rigides. — Jean Pfeffinger, nommé professeur à l’université de Leipzig en 1549, enseignait la nécessité de la coopération de l’homme dans l’œuvre de sa conversion. L’année suivante, 1550, il soutint publiquement cette doctrine dans une dis­ pute. De là. un grand scandale chez les luthériens ri­ gides. Flacius et Amsdorfi’ s’en firent l’écho dans des écrits virulents contre la « très savante et impie bande de Leipzig », composée de « chrétiens renégats » et de « mameluks ». Hergenrœther, loc. cit., n. 218, t. v, p. 523: J. Dœllinger, Die Déformation, Ratisbonne. 1846-1848, t. n, p. 119 sq., 320-328; t. ut, p. 437-493. 1713 CONTROVERSE 1714 4. Colloque de Gotha, 1558, entre Flacius et Strigel. i frères. Il s’agissait de la fraction du pain, qui n’appar­ — Le professeur Flach Francowitz d'Iéna, plus connu tenait pas à l’essence, mais seulement à l’intégrité de sous le nom de Flacius ou de Flaccus Illyricus, ensei­ l'eucharistie. Bossuet, Hist, des variations, 1. XIV, gnait avec Luther que la volonté de l’homme est im­ p. 113-116. puissante pour toute espèce de bien, et que la conver­ 7. Colloque de Maulbronn, avril 1564; les théolo­ sion est un acte de la toute-puissance divine sur la giens de Heidelberg ou du Palatinat, calvinistes, résistance de la volonté humaine. Aussi combattait-il contre ceux du Wurtemberg, luthériens : Brenz. — comme synergistes les théologiens de Wittenberg et L’électeur calviniste du Palatinat, Frédéric, à qui le . I Tod, Francfort et Leipzig, 1725; Otto, De Victo­ de la Saxe ducale demandaient que les principaux ria,, Strigelio, léna, 1843; Twesten, Flacius Illyricus, écrits de Mélanchthon fussent livrés aux flammes. Berlin, 1844. Ceux de la Saxe électorale répliquaient que ces écrits 6. Colloque de Cassel, 1561, entre calvinistes et lu­ avaient été presque tous imprimés du vivant de Luther. thériens. — Les calvinistes de Marbourg et les luthé« de sainte mémoire, » lequel les avait tous appro·.··, s r.c-r.s de Rintel se mirent d’accord, et se tinrent pour et loués. Le président de l’assemblée, Jean Guillaume, 1715 CONTROVERSE confessa que, de toute sa vie. il n’avait rencontré doc­ teurs plus turbulents et plus difficiles à diriger que ceux de la réunion d'Altenbourg. On invoquait bien le saint nom de Dieu au début de chaque séance : cepen­ dant injures et insultes devenaient chaque fois si vio­ lentes a qu’on se serait cru à la comédie ». Naturelle­ ment chacun des deux partis proclama la défaite honteuse de ses adversaires, véritables hérétiques. Hergenræther, loc. cit., n. 217-219, t. v, p. 522, 525; Janssen, op. cit., t. iv, p. 362-363; Kirchenlexikon, t. in, col. '1851-1852; Dœllinger, op. cit., t. ni, p. 533 sq.; Acta colloquii Altenburgensis, Leipzig, 1570; Lœber, Ad historiam colloquii Altenburgensis animadver­ siones, Altenbourg. 1776. 9. Colloque de Zerbst, 1570 : luthériens (Andréa) contre les théologiens de la Hesse et ceux de Witten­ berg, calvinistes occultes. — Andréa avait lui-même provoqué une réunion de théologiens au couvent de Zerbst. On devait y discuter et s’entendre sur la valeur qu’il convenait d’accorder à l’autorité traditionnelle de Mélanchthon. Durant ce colloque, où le landgrave de Hesse avait envoyé des théologiens et des conseillers, la discussion fut transportée à Wittenberg, à l’occasion de plusieurs soutenances pour le doctorat. Les thèses des candidats proposaient ouvertement diverses opi­ nions calvinistes, et le dogme luthérien de l’ubiquité fut ce jour-là vivement attaqué. Andréa, qui était venu de Zerbst pour suivre ces soutenances, rejeta avec horreur les thèses en question, les qualifia d’antichrétieuues et de mahométanes. Il quitta la séance acadé­ mique, en menaçant d’informer toute la Saxe que les docteurs de Wittenberg étaient zwingliens. Par le fait, il y avait des cryptocalvinistes à l’université, et notam­ ment Gaspar Peucer, gendre de Mélanchthon. Jaussen, op. cit., t. jv, p. 367-368. 10. Colloque de Torgau, mai et juin 1576 : douze théologiens de la Saxe électorale, avec Andréa, Chem­ nitz, Chytrée, Musculus, Koerner; puis Selneker; éla­ boration du Livre de Torgau et du Livre de Bergem. — L’électeur Auguste de Saxe voulait la paix, et la paix imposée par un décret des souverains. « Comme il est impossible, écrivait-il, d espérer que jamais colloque ou synode réussisse à réconcilier et à unir nos doc­ teurs, comme on ne peut non plus s'attendre à les voir s’expliquer tranquillement sur ce qui les divise, il me semble que les membres d’empire de la Confession d’Augsbourg ont le devoir d’agir, et qu’il serait bon que chacun d’eux présentât le formulaire en usage dans ses États. Alors des diverses pierres de l’édifice chrétien, il serait possible, avec le concours de quelques théolo­ giens pacifiques assistés de nos conseillers politiques, de dresser un corps de doctrine définitif, de le publier, et d’obliger tous les predicants à le signer. » Par les soins de l’électeur, une conférence se réunit donc à Torgau, en mai et juin 1576. Outre douze théologiens de la Saxe électorale, cinq autres y furent appelés du dehors : Jacques Andréa, chancelier de Tubingue, Mar­ tin Chemnitz, surintendant de Brunswick, David Chy­ trée, professeur de théologie à Francfort-sur-l’Oder, et Wolfgang Kœrner. Tous ces docteurs discutèrent sur le libre arbitre et plusieurs autres questions, et il sortit de leurs discussions et délibérations le Livre de Tor­ gau, rédigé surtout d’après les opinions des mélanchthoniens. Il accorde au libre arbitre la faculté de résis­ ter au Saint-Esprit, mais il enseigne que, seule, la grâce a le pouvoir de convertir la volonté, sans toutefois ex­ clure la synergie ou le concours libre de l'homme. Le Livre de Torgau fut envoyé â tous les États luthériens de l'Allemagne et de la Prusse, avec prière de faire connaître leurs observations. Vingt-cinq avis motivés revinrent et furent la cause d’une revision profonde. Chemnitz, Andréa et Selneker s'y appliquèrent tout d'abord, puis Musculus, Chytrée et Kœrner. Andréa prit 1716 la part ia plus importante au travail. Chytrée n’y eut qu'une influence à peu près nulle, et ne signa qu’avec dépit la nouvelle formule. On y avait omis ou modifié, en plusieurs endroits, les propositions favorables au synergisme; on y avait introduit, autant qu’on l'avait pu, le luthéranisme le plus pur, parmi d'ailleurs une grande obscurité. Aussi Chemnitz se réjouissait-il de voir ainsi effacée « toute trace de l’esprit de Mélanch­ thon ». Cette formule de concorde comprenait deux parties : un extrait de la vraie doctrine, une exposition détaillée, solida declaratio. Elle fut signée le 28 mai 1577, et fut connue plus tard sous le nom de Livre de Bergem. Hergenræther, op. cit., Vil· période, n. 223, t. v, p. 529-532; Janssen, op. cil., t. iv, p. 521-523. il. en suisse. — Les conférences religieuses furent nombreuses en Suisse, à l'époque de la Réforme, le plus souvent sous la poussée des magistrats civils déjà gagnés à la nouvelle doctrine. Ce furent les pro­ testants qui convoquaient ces réunions, et les impo­ saient aux catholiques, parce qu’ils se sentaient déjà les maîtres. Seuls, ils en déterminaient l’objet et la forme. Aussi ces disputes ont-elles communément marqué le point de départ de l’apostasie, de la profanation et du sac des églises, dans les divers cantons où elles se passèrent. 1» Colloques religieux de Zurich, 1533, 1534, Zwin­ gle, Faber, Conrad Hofmann. — Depuis le mois de décembre 1518, Ulrich Zwingle, ancien curé d’Einsiedeln, avait été nommé curé de la cathédrale de Zurich, et il profitait de sa situation pour propager toutes sortes de nouveautés. En matière de foi, il rejetait ce qu’il appelait l'autorité humaine et la tyrannie dogmatique, et par là il entendait la tradition, les conciles, les dé­ crets des papes. Puis il établit, dans un écrit rendu public, « que l’Évangile seul est une autorité irrécu­ sable, à laquelle il faut recourir pour terminer les in­ certitudes et décider toutes les disputes, et que les décisions de l'Église ne peuvent être obligatoires qu’autant qu’elles sont fondées sur l’Évangile. » D'un autre côté, il insistait sur le mariage des prêtres et demandait la communion sous les deux espèces. Mais Hugues, évêque de Constance, loin d’autoriser, comme Zwingle osait le lui demander, la prédication de ce pur Evangile, se plaignit au grand conseil du canton. De plus, il interdit toute discussion publique à ce sujet. Mais le conseil, favorable à Zwingle, décréta que, le 29 janvier 1523, s’ouvrirait à Zurich, une conférence solennelle, où chacun désignerait les opinions qu'il regardait comme hérétiques et les combattrait au moyen de l’Évangile. Pour sa part Zwingle proposa 67 articles qui prétendent établir les thèses suivantes : la Bible est l'unique règle de foi, et il faut rejeter toute espèce de tradition; Jésus-Christ est l’unique chef de l’Église, société composée de tous les élus; l’autorité du pape et des évêques n'a sa source que dans l’orgueil et l’usur­ pation; la messe n'est pas un sacrifice; l’intercession des saints, le purgatoire, l'absolution donnée parles prêtres, les œuvres sacrificatoires, le célibat et les vœux monastiques, sont autant de doctrines fausses ou d’in­ stitutions mauvaises. Zwingle demandait ou plutôt dé­ fiait qu’on le convainquit d’hérésie. Ayant répudié l’au­ torité doctrinale de l’Église, il sollicitait d'une autorité laïque un brevet d’orthodoxie! L’évêque de Constance avait été invité au colloque : il y délégua son vicaire général Jean Faber, avec l’unique mission, non de discuter avec les novateurs, mais simplement de pro­ tester contre leurs entreprises. Néanmoins le vicaire général se laissa emporter à la discussion sur plusieurs points. Zwingle parla beaucoup, et les magistrats bons bourgeois du conseil estimèrent qu’il n'était pas con­ vaincu d’hérésie, déclarèrent qu’il continuerait de prêcher. La controverse se continua par de nombreux écrits, dont l’un plus violent ; Jugement de Dieu contre les 1717 CONTROVERSE images, provoqua une nouvelle conférence. Elle avait pour but d’examiner si le culte des images est autorisé par l'Evangile, et s’il fallait conserver ou abolir la messe. L’assemblée s’ouvrit le 28 octobre 1523. Les évêques de Constance, de Bâle et de Coire ne se ren­ dirent pas à l’invitation qui leur avait été adressée, mais ils s’étaient fait représenter. Conrad Hofmann était l’un des délégués catholiques. Après trois jours de débats, l'on dut se séparer sans conclure en aucun sens. Une autre réunion fut encore tenue le 15 janvier 1524, et, cette fois, la messe fut abolie. C’est seulement en 4525 qu’elle fut remplacée par la cène, le saint jour de Pâques. L’on avait aussi disputé sur le célibat des prêtres. Zwingle s'était efforcé de prouver qu’il n’a pas de fondement dans l'Evangile; et bientôt, passant de la théorie â la pratique scandaleuse, il consommait son inconduite antérieure, en épousant une veuve, Anne Reinhardt, avec qui il entretenait depuis longtemps des relations criminelles. Hergenrœther, loc. cit., n. 6263, t. v, p. 284-285; Ehr. Hegerwald, Handlung der Versammlung der lœbliehen Stadt Zurich den 29 Jen­ ner 1523, in-4“, Zurich, 1523; Joli. Faber, Eine wahrlich Vnterrichtung, wie es zu Zurich den 29 Jenner 1523 ergangen sei. 2° Dispute de Bade, 21 mai-8 juin 1526, entre les catholiques : Eck, l aber, Mürner, Baer, Lempp, et les protestants zwingliens : (Ecolampade, Haller, Link, Hess, Immeli, Studer, Weissenburg. — Les cantons de la haute Suisse, où les bonnes et anciennes mœurs s’étaient conservées, gardaient en même temps la vieille foi catholique. Depuis déjà l’année 1524, ils dé­ siraient la réunion d'une grande conférence publique et contradictoire, à laquelle on devait inviter le célèbre controversiste, Jean Eck. Les négociations entreprises dans ce but duraient toujours. Finalement, à la prière des ducs de Bavière, Eck voulut bien accepter le poids de cette dispute, et après toutes sortes de retards et de difficultés, elle put s’ouvrir à Bade, le 21 mai 1526. Du côté des catholiques, s’y trouvèrent les théologiens Jean Eck d'Ingolstadt, Jean Faber, vicaire général de Constance, Thomas Mürner, le docteur Louis Baer, Jacques Lempp de Tubingue. On y vit encore les députés de douze cantons, les délégués de l’archiduc Ferdinand, des ducs de Bavière, des évêques de Bâle, de Constance, de Coire, de Lausanne, de l’abbé de Saint-Gall, et diverses autres personnalités. Du côté des protestants Zwingle, qui trouvait la ville de Bade trop peu sure pour sa personne, se garda bien de venir, mais il fut suppléé par son Mélanchthon à lui, Jean Hausschein dit (Ecolampade. Celui-ci fut ren­ forcé par Berthold Haller de Berne, Link de Schaffouse, Jean Hess d’Appenzell, Jacques Immeli de Bâle, Ulrich Studer de Saint-Gall, et Wolfgang Weissen­ burg de Bâle. Érasme, invité, refusa de venir, par rancune à l’endroit des amis de Zwingle qui l’avaient offensé dans un écrit anonyme. L’on nomma quatre présidents, deux ecclésiastiques et deux laïques, et deux notaires. Ces dispositions préparatoires s’ache­ vèrent par la fixation de la matière et de l'ordre du débat. Eck proposa une série de thèses sur l’eucharistie, la messe, le purgatoire, le péché originel; sur le culte de la sainte Vierge, des saints et des images sacrées; sur la différence entre le baptême de Jésus-Christ et celui de saint Jean. Pendant presque toute la durée des séances, il soutint la lutte avec (Ecolampade, Imelli, Stu­ der. Haller et quelques autres. Après lui, Faber et Mür­ ner défendirent les thèses par eux présentées, et ne rencontrèrent pas de contradicteur. A la fin, le 8 juin, la plupart des auditeurs, et, parmi eux, même quelques zwingliens, se prononcèrent pour les thèses soutenues par Eck. Seule, une petite minorité, composée surtout de prédicants zwingliens, osa les rejeter. Les déoutés 1718 autorisés des cantons proclamèrent la victoire de Jean Eck, et jugèrent que Zwingle devait être exclu, avec ses partisans, de la communauté ecclésiastique. Ils inter­ dirent, de plus, tout changement dans l'exercice de la religion, et prohibèrent l’impression comme la vente des œuvres de Zwingle el de Luther. Pour les catho­ liques, la conférence en elle-même eut, somme toute, d’heureux effets d'union et d'affermissement. Pour les hérétiques, ils s’en retirèrent plus mécontents et plus aigris que jamais, s’efforçant d’atténuer le succès des catholiques par de méchants libelles, par la provoca­ tion de nouveaux colloques, et surtout par les plus iniques violences contre les personnes et les biens des catholiques. Hergenrœther, loc. cil., n. 68, t. v, p. 2110291 ; Wiedemann, Jean Eck, p. 213 sq. ; Id., Le docteur Jean Eck à la dispute de Bade, dans (Esterr. Vierleljahrsschrift für Théologie, 1862, t. 1, p. 63-113; Kir­ chenlexikon, t. m, col. 1841-1842. 3“ Colloque de Berne, 7-26 janvier 1528; Zwingle, Bucer, Capito, Haller, contre quelques catholiques obscurs. — Après le colloque de Bade, les Bernois avaient ratifié les décisions prises, mais bientôt cepen­ dant la nouvelle doctrine s’infiltra chez eux, amenant â sa suite le pillage et la dévastation des églises. Jans­ sen, op. cit., t. ni, p. 93-104, rapporte, à ce sujet, des détails dont l’horreur fait songer aux plus mauvais jours de la Terreur en France. Le conseil de Berne, comme d’autres municipalités, recourut à la formalité accoutumée pour sauver les apparences et se créer un prétexte de pousser plus en avant la révolution reli­ gieuse. H fit annoncer une dispute publique pour le premier dimanche de janvier 1528, et y invita les évêques de Bâle, de Constance et de Lausanne, tous les cantons et États du pays suisse, et enfin les théolo­ giens catholiques de l’étranger. Du côté des protestants, il vint une assistance nom­ breuse tant de la région que du dehors : en tête se trouvaient Zwingle lui-même, Bucer, Capito, Berthold Haller. En fait.ee sont les protestants qui convoquaient ce colloque, comme la plupart des autres, précédents ou postérieurs. Ils avaient pris soin d’en bien poser comme règle fondamentale le principe même du pro­ testantisme : en matière d'Écriture sainte, l’on devait répudier le témoignage de la tradition et l'autorité de l’Eglise. Une telle condition rendait les discussions in­ terminables et constituait les seuls seigneurs protes­ tants juges réels des controverses. Du côté catholique, les évêques, bien qu’invités, ne parurent pas et n’en­ voyèrent aucun délégué. Les huit cantons catholiques, non seulement refusèrent de désigner la moindre députation, mais, de plus, ils s’opposaient au passage sur leur territoire de toutes personnes se rendant à la conférence. Ni Eck ne vint, ni non plus les théologiens étrangers. Il en était le plus souvent ainsi, soit parce que les évêques interdisaient de prendre part à ces réunions presque toujours funestes, soit parce que le concours des théologiens à ces assemblées eût été la reconnaissance d’une autorité sans compétence. Quel­ ques docteurs suisses se présentèrent cependant, notamment Tréger, provincial des augustins à Fribourg, qui ne tarda pas à se retirer. Les thèses annoncées se rapportaient au pouvoir de l’Église et du pape, aux commandements de l’Église, à la confession, à la présence réelle de Notre-Seigneur dans l'eucharistie. Sur ce point de l'eucharistie. Benoit Burgauer de Saint-Gall et Althammer de Nuremberg soutinrent contre les zwingliens la théorie de Luther. Les thèses concernaient encore la messe, l’intercession des saints, le célibat. Les catholiques ne prirent qu’une part insignifiante à la discussion, puisqu'on refusait toute autre démonstration que celles puisées dans la Bible. De la sorte les zwingliens remportèrent une vi . toire .facile, et introduisirent leur réforme à-Berne, â 1719 CONTROVERSE Bâle aussi et à Schaflbuse. Au mois d’août suivant, Eck publia une réfutation de cette dispute de Berne, s’atta­ chant à faire ressortir les contradictions dans lesquelles les zwingliens s’étaient jetés au courant de la discussion. Hergenrœther, op. cit., VII· période, n. 67, t. v, p. 289290; Wiedemann, Jean Eck p. 248 sq.; Kirchenlexikon, t. ni, col. 1842. 4" Colloque de Lausanne, Ie’ octobre 1536; Farel, Viret contre quelques prêtres catholiques contraints. — Des contestations en matière religieuse étaient pen­ dantes entre Fribourg et Berne. Ceux de Berne, espérant qu’on s’entendrait mieux dans un colloque, le convo­ quèrent à Lausanne pour le 1er octobre 1536. L’empe­ reur, le clergé et les habitants de Lausanne s’opposaient à la réunion : on passa outre, et Berne adressa les lettres de convocation à toutes les paroisses, avec les plus belles promesses d'impartialité. Cependant l’on contraignit les prêtres catholiques à se rendre à la conférence, sous peine d’amende et d’exil. On y appela les ministres de Genève, Guillaume Farel et Pierre Viret. Ils présentèrent dix thèses. La lr“ affirmait la jus­ tification de la foi sans les œuvres; la 2e soutenait que l'Écriture ne reconnaît que Jésus-Christ pour chef, pour souverain pontife et médiateur de son Église; la 3· était dirigée contre la messe et la présence réelle; la 4· déclarait que l’Église, qui est reconnue de Dieu seul, ne reconnaît pas le baptême et la cène du Sei­ gneur; la 5· portait que l’Église ne connaît d’autres ministres que les prédicateurs de la parole divine et les administrateurs des sacrements; la 6· rejetait la confession auriculaire; la 7'admettait le culte intérieur et spirituel; la 8· déclarait que l’Église ne connaît d’autre magistrat que le magistrat civil; la 9· condam­ nait le célibat des prêtres; la 10' rejetait le jeûne et l’abstinence. Λ la présentation de la lr« thèse, les chanoines oppo­ sèrent un déclinaloire, rappelant qu’en cas de doute sur la foi, c’est à l’Église seule de juger. S’ils accep­ taient le rôle de juges, ils empiéteraient sur le pouvoir de l’Église; et, d’ailleurs, s’il était permis à chacun de s’ériger en juge, la religion tomberait rapidement dans une confusion irrémédiable. Embarrassé, Farel répon­ dit par de virulentes attaques contre les papes et les conciles, qui brûlent, sans les entendre, ceux qui cherchent à discuter avec de bonnes raisons. Un domi­ nicain observa ensuite que l’Église a précédé l’Écriture et que cette Ecriture n'aurait aucune autorité si elle n'était approuvée par l’Église. Viret répondit simple­ ment que le religieux disait des blasphèmes : c’était plus facile à avancer qu’à prouver. Alors Farel, sans contradiction désormais, put consacrer deux ou trois jours en moyenne à chacune de ses thèses, mêlant à ses exposés toutes sortes d’injures et de plaisanteries grossières. Après ces interminables palabres de Farel, l'avoyer de Watteville, qui présidait, clôtura l’assem­ blée, et les seigneurs de Berne ordonnèrent à tous les baillis du pays de Vaud de renverser les autels et de briser les saintes images dans les églises et chapelles. C'était leur manière à eux d’inaugurer la réforme de la religion ! Quand on a affaire à de pareils fanatiques, l’on a beau avoir raison; il est difficile d'attendre un bon résultat des arguments les meilleurs. Darras. His­ toire de l'Eglise, continuée par Bareille, Paris, 1884, t. xxxill, p. 341-344. lit. es hollsndb. — C'est par la révolte ouverte et par la force des armes que le calvinisme s’était im­ planté dans le nord des Pays-Bas. Bientôt le fanatisme et l'intolérance des protestants firent peser sur les catholiques du pay-, les deux cinquièmes de la popula­ tion totale, un joug insupportable. Aussi ne trouvonsnous pas, en Hollande, trace de controverses publiques, entre catholiques et hérétiques, du moins de contro­ verses dignes d'être mentionnées ici. 1720 Entre hérétiques, il y eut quelques disputes, peu nombreuses toutefois, précisément parce que le parti le plus fort persécuta et finit par écraser l’autre. Parmi les calvinistes des Pays-Bas, deux partis s’étaient formés à proposée la doctrine de Calvin sur la prédestination. Les infralapsaires, appelés aussi arminiens ou remon­ trants, soutenaient que la prédestination au ciel ou à l'enfer n’a été délinitivement faite par Dieu qu’après la prévision du péché originel. Au contraire, les supralapsaires, dits encore gomaristes ou contre-remontrants, prétendaient qu’avant toute prévision de la faute originelle. Dieu a délinitivement prédestiné cha­ cun des hommes au ciel ou à l’enfer. Les chefs de par­ tis étaient deux professeurs de l'université de Leyde, Jacques Harmensen ou Arminius, soutenu par le monde des hauts fonctionnaires, et François Gomar, appuyé par la majorité des predicants et du peuple. Arminius avait demandé à justifier sa doctrine devant un synode. En attendant, on lui accorda de soutenir une discussion contradictoire avec Gomar, devant une députation des États. Elle eut lieu en 1608. Le rapport de cette députation fut favorable à Arminius, et l'on demanda aux uns comme aux autres de garder le silence désormais. Arminius mourut en 1609, mais il eut d’ardents successeurs en la personne de Jean Uytenbogart, Conrad Vorstius et Simon Episcopius. Ce sont ces trois champions qui présentèrent en 1618 une jus­ tification en cinq articles, appelée Remontrance, à laquelle les gomaristes opposèrent une Contre-Remon­ trance. Voir Contre-Remontrants, col. 1670-1671. La lutte continuait donc très vive, et pour l’apaiser, les États convoquèrent inutilement des colloques reli­ gieux, l’un à La Haye, en 1611, l’autre à Delft, en 1613. Mais les gomaristes, favorisés par le gouverneur gé­ néral Maurice d'Orange, ne tardèrent pas à opprimer leurs adversaires. Maurice convoqua, non plus un col­ loque, mais un synode, à Dordrecht, malgré l’opposition de plusieurs États. Ce pseudo-concile s’ouvrit le 11 mai 1618, et bien qu'on y eut accueilli vingt-huit théologiens étrangers, les remontrants n’y furent pas admis comme membres du synode, mais seulement comme accusés. Dans la XXII· session, Episcopius déclara qu'il était tout prêt à soutenir une conférence publique et contra­ dictoire; mais sa proposition, tout acceptable qu’elle fût au point de vue protestant, ne reçut même pas l’accueil d’une prise en considération. Le synode finit en mai 1619 par la condamnation des arminiens. Ils furent déclarés hérétiques et traités comme tels. Deux cents perdirent leur situation, quatre-vingts furent exilés, quarante passèrent aux gomaristes, et quel­ ques-uns se firent catholiques. Hergenrœther, loc. cit., n. 225-227, t. v, p. 536-541. Voir Arminius, t. I, col. 19631971 ; Gomar. IV. EN POLOGNE. — Colloque de Thorn, octobrenovembre 1645, entre catholiques et protestants de toutes sortes. — Le protestantisme s'était infiltré, dès le début du xvi· siècle, jusque dans la catholique Pologne. Il y rencontra, de la part du gouvernement, un mélange d’opposition et de faiblesse. Sous le règne de Sigismond III, la réaction fut vive contre les dissi­ dents, tant par les influences politiques que par l’action religieuse. Les hérétiques en furent tellement irrités qu'ils en vinrent à des tentatives de révolte et â des projets d'alliance avec l'étranger. C’est alors que le bon roi Ladislas IV, voulant éviter à son pays les malheurs dont les divisions religieuses avaient accablé déjà la plus grande partie de l’Europe, essaya de calmer les esprits en provoquant la réunion d’une conférence. H mellait d’autant plus sa confiance dans l'efficacité de ce moyen, qu'il avait observé le récent retour à la foi catholique de plusieurs protestants de marque, Berthold Nihns, Christophe Behold ou Besold, Barthélemy Ni­ grinus. D'un autre côté, l'attitude prise par Hugo Gro- 1721 CONTROVERSE tius dans les luttes entre arminiens et gomaristes, les efforts, tentés par Georges Calixtus de Helmstedt pour implanter le syncrétisme et faire l’union des sectes diverses dans la profession de certains articles fonda­ mentaux, n’étaient pas pour décourager la tentative et les espérances du roi. Correctement, le prince soumit son projeta l'autorité ecclésiastique, qui l’approuva au synode provincial de Warschau, tenu en 1643. Dés le 12 novembre de cette année, l’archevêque primat de Gnesen, Lubienski, invi­ tait tous les dissidents du royaume à une conférence qui devait s’ouvrir à Thorn, le 10 octobre 1644. D’autre part, le roi, pour ce qui le concernait, adressait la même invitation à ses sujets protestants, le 20 mars 1644. Après toutes sortes de retards, le colloque put effectivement commencer au mois d’octobre 1645. Les luthériens étaient représentés par Calov et Botsak, de Dantzig, par un docteur très rigide de Wittenberg, Hülsemann, par le predicant de la cour de Brande­ bourg, Bergius, et Georges Calixtus, délégué du duc de Brunswick. La présidence fut d’abord occupée par le prince Ossolinski, et ensuite par Leszinski. Un gros incident se produisit, avant même l’ouverture officielle de l’assemblée. Les luthériens extrêmes avaient appris que Calixtus entretenait des relations avec les réformés, c’est-à-dire avec les calvinistes. Même, il les aidait à rédiger la profession de leur foi. Aussi ces lu­ thériens décidèrent-ils de ne pas admettre Calixtus à leurs conciliabules privés. Le colloque ouvert, ils pro­ testèrent contre l’idée d’une profession de foi commune avec les réformés, et ne cessèrent de les attaquer per­ sonnellement. Bientôt les diverses confessions furent invitées à déposer la formule de leur foi. Les calvinistes indiquèrent, comme règle de la croyance, la sainte Écriture, les symboles de Nicée et de Constantinople, et la Confession d’Augsbourg. Les luthériens donnè­ rent, en outre, comme règle de foi, les décrets de l’Eglise contre Macédonius, Nestorius, Eutychès, PéJage, et, à côté de VAugustana, les autres formules de confession de foi. Comme cela n’avançait guère les choses, la présidence demanda à chacune des com­ munions de faire connaître ses objections contre la doctrine des autres. Le jésuite Schônhofer accomplit ce travail au nom des catholiques. Spécialement il montra que les idées, reçues chez les protestants sur le con­ cept catholique de la doctrine, n’ont aucun fondement dans les sources officielles et les exposés authentiques, notamment dans les décrets du concile de Trente ou dans le Catéchisme romain. Les adversaires refusèrent ces explications. Puis l’on vit les réformés s’attribuer le titre de catholiques tout simplement, tandis qu’ils appelaient catholiques romains les vrais enfants de l’Église. Le colloque fut clos d’autorité royale, le 21 no­ vembre 1645. Son résultat le moins douteux fut, comme toujours, d’accentuer les animosités réciproques. Pour sa part, Calixtus fut en butte à toute la haine des luthé­ riens rigides. Il fut attaqué par Jacques Weller à Dresde, Abraham Calov à Dantzig, Jean Hülsemann à Leipzig, par Werner et par Scharpf. Quant à la confes­ sion de foi catholique (calviniste) présentée à Thorn, -“lie fut reçue dans la communauté réformée, et surtout en Brandebourg, comme un symbole, et on la désigna sous le nom de Declaratio Thorunensis. Kirchenlexi);..n, t. tu, col. 1853-1855; Hergenrœther, toc. cit., n. 129, 224, t. v, p. 390-392, 533-535; Harlknock, I ■■ ■! uss. Kirchenhistorie, Leipzig, 1686, p. 934 sq.; Sehrôckh, Kirchengeschichte zur zeil der Reforma­ tion, t. vin, p. 102 sq. v. EN France. — 1° Colloques entre catholiques et réformés. — En France, à raison des oppositions di­ verses qu'ils rencontrèrent, les calvinistes ne réussi­ rent pas à multiplier les colloques avec les catholiques. II v en .eut deux cependant dignes d'être ici rapportés. 1722 1. Colloque de Poissy, 31 juillel-lt octobre 1561; le cardinal de Lorraine, Montluc, évêque de Valence, Laynez, contre Théodore de Béze et Pierre Martyr.— « Comme on s’ennuyoit en France des longues remises du concile général si souvent promis par les papes, et des fréquentes interruptions de celui qu’ils avaient enfin commencé à Trente, la reine abusée par quelques prélats d'une doctrine suspecte, dont le chancelier de l’Hôpital, 1res zélé pour l'Etat et grand personnage, appuyoit l’avis, crut trop aisément que, dans une com­ motion si universelle, elle pourroit pourvoir en parti­ culier au royaume de France, sans l’autorité du saintsiège et du concile. On lui fit entendre qu'une conférence concilieroit les esprits, et que les disputes qui les partageoient seroient plus sûrement terminées par un accord, que par une décision dont l’un des partisseroit toujours mécontent. Le cardinal Charles de Lorraine, archevêque de Beims, qui ayant tout gouverné sous François II avec François, duc de Guise, son frère, s’étoit toujours conservé une grande considération; grand génie,grand homme d’État, d’une vive et agréable éloquence, savant même pour un homme de sa qualité et de ses emplois, espéra de se signaler dans le public, et tout ensemble de plaire à la cour en entrant dans le dessein de la reine. » Bossuet, Histoire des variations, 1. IX, n. 91, Œuvres complètes, éd. Lâchât, Paris,1875, t. xiv, p. 396. C’est ainsi que les faiblesses ou les com­ plaisances de la cour et de plusieurs évêques prépa­ raient soit un concile national soit un colloque religieux. Michel de l'Hôpital, assez suspect dans sa foi, assez porté vers la liberté générale des cultes, inclinait dans ce sens. Mais la Sorbonne était opposée au concile na­ tional comme à tout colloque. Le pape Pie IV s’efforçait d’amener l'abandon de la réunion projetée. Il n’y put réussir. Ses efforts aboutirent à ce que l'assemblée ne fut pas dénommée concile : on l’appela colloque. 11 se tint à Poissy, entre les catholiques et les hugue­ nots ou les dévoyés de l’Eglise, comme les appellent les actes de l’assemblée. La reine mère et régente, Catherine de Médicis, y assistait avec le roi Charles IX et toute la cour. Le cardinal deTournon, archevêque de Lyon, présidait, entouré des cardinaux d’Armagnac, de Bourbon, de Lorraine, de Châtillon et de Guise. Qua­ rante archevêques et évêques, un grand nombre de doc­ teurs ou de canonistes, parmi lesquels on remarquait Salignae, Bouteiller, Claude Despence, Vigor, Dupré, Sénéchal, Claude de Saintes et Ciry, prenaient part aux discussions, du côté des catholiques. Le roi de Navarre, Antoine de Bourbon, le prince de Navarre, le prince de Condé représentaient les huguenots français. Ils étaient renforcés par vingt-deux députés des communes protestantes et par douze prédicants, à la tête desquels se trouvaient Théodore de Béze et un moine apostat de Florence, Pierre Vermigli, dit Martyr, senex decrepitus et inveteratus malarum dierum, comme le qualifient les Actes du clergé de France, in-fol., Paris, 1767, t. i, p. 25. Nommons encore Jean Malo, de la Tour, Ray­ mond, Nicolas des Gallards, Claude de la Boussière, Barbançon, Gabriel du Housset, Marlorat et Jean de l’Épine. Le chancelier de THôpital portait la parole au nom de la couronne. L’assemblée s'ouvrit le 31 juillet 1561. C’est seulement le 9 septembre suivant que les ministres calvinistes et leurs compagnons y furent introduits. De son côté, le pape, soucieux de conjurer le mauvais effet que l'on redoutait de ces débats, envoyait huit jours après un légat, le cardinal Hippolyte d'Este, accompagné de Lay­ nez, général des jésuites, et de Polanque, son admoniteur. Trois questions distinctes furent agitées dans la réu­ nion de Poissy : la subvention à payer au roi; la dis­ cussion avec les protestants; une tentative de réforme du clergé français. 1723 CONTROVERSE Pour la controverse avec les protestants, « on ne traita proprement dans cette assemblée que de deux points de doctrine, dont l’un fut celui de l’Église, et l’autre fut celui de la cène. C’étoil là que l’on mettoit le nœud de l’affaire, parce que l’article de l’Eglise étoit regardé par les catholiques comme un principe général qui renversoit par le fondement toutes les Églises nou­ velles; et que parmi les articles particuliers dont on disputoil, aucun ne paroissoit plus essentiel que celui de la cène. » Bossuet, op. cit., 1. IX, n. 92, p. 397. Le cardinal de Lorraine commença par une admi­ rable harangue, et accusa Bèze « d’avoir écrit, dans un de ses livres, que Jésus-Christ n’étoit pas plus dans la cène que dans la boue, non magis in cœna quant in ca-no ». Bossuet, ibid. Alors, Bèze rejeta la proposition comme impie et détestée de tout le parti. Or, plus tard, au nom de tous les ministres et de toutes les Églises protestantes, il présenta publiquement au roi, devant l’assemblée, la commune confession de foi dressée sous Henri II, dans le premier synode tenu à Paris. En même temps, Bèze prit la défense de celte confession, dans un long discours, « où, malgré toute son adresse, il tomba dans un grand inconvénient... Car, étant tombé sur la cène, il dit, dans la chaleur du discours, qu'eu égard au lieu et à la présence de Jésus-Christ considéré selon sa nature humaine, son corps étoit autant éloigné de la cène que les plus hauts cieux le sont de la terre. A ces mots toute l'assemblée frémit. On se ressouvint de l’horreur avec laquelle il avoit parlé de la proposi­ tion qui excluoit Jésus-Chris' de la cène, comme de la boue. Maintenant, il y relomboit, sans que personne l’en pressât. » Bossuet, op. cil., 1. IX, n. 93, p. 397-398. Si le cardinal de Lorraine parla fort bien et avec éloquence, Laynez parla mieux encore, et avec une victorieuse franchise. Il « avait écoulé les discussions sans y prendre part. Mais enfin l'audace des dévoyés de l’Église alla si loin qu’il ne put se contenir davan­ tage. Pierre Martyr surtout, ancien chanoine régulier de Saint-Augustin, dont il avait renié la règle, s’était signalé nar ses blasphèmes. Il était Florentin, et la reine, sa compatriote, lui avait demandé de se servir de la langue italienne plutôt que de la latine. Cette coquet­ terie de femme, espérant ainsi captiver le calviniste, tira Laynez de son silence ». Crétineau-Joly, Histoire de la Compagnie de Jésus, c. vm, Tournai, 1846,1.1, p. 137. Le 26 septembre, s’adressant à la reine-mère, il lui proposa deux moyens pour se défendre elle et son royaume contre les séductions de l’hérésie. « Le pre­ mier moyen, dit-il, ...c’est de bien comprendre qu’il n'appartient ni à Votre Majesté ni à aucun autre prince temporel de traiter de choses qui regardent la foi, parce qu’ils n’ont pas le pouvoir de décider ces sortes de questions et parce que d'ailleurs ils ne sont point exercés à approfondir ces matières subtiles et abstraites. El s’il est juste, comme dit le proverbe, de laisser son art à l’artisan, il faut aussi laisser aux prêtres le droit de s’occuper des affaires de la religion; il faut surtout laisser au souverain pontife et au concile général à prononcer sur les choses de la foi, causse majores, qui sont exclusivement de leur ressort. Maintenant donc qu'un concile général est ouvert, il ne me parait ni légitime ni convenable de tenir des assemblées parti­ culières... Voilà donc le premier moyen que j’ai à pro­ poser à Votre Majesté, moyen de tous le meilleur et le plus concluant : ce serait d’envoyer à Trente les pré­ lats. les théologiens et tous les religionnaires ici pré­ sents. Quant au second moyen, qui, sans être bon, n’est pas mauvais, le voici. Puisque Votre Majesté, par indulgence pour les modernes sectaires et pour essayer de les gagner, a bien voulu permettre des conférences, je demanderai qu’elles se tiennent seulement en pré­ sence de gens instruits, parce que, pour ces personnes, il n’y aurait point de danger de perwrsiun et qu elles 1724 seraient même capables de convaincre et d’éclairer les esprits plutôt entraînés par l’erreur que par l'entête­ ment de l’orgueil. Il y aurait encore cet avantage,qu’on épargnerait à Votre Majesté et à ces très honorables Seigneurs l’ennui de discussions longues et em­ brouillées. » Crétineau-Joly. op. cit., p. 137-140. Laynez avait parlé avec tant d’autorité de l’inutilité du colloque, des dangers qu'il offrait pour la foi. le cardinal de Tournon l'avait si bien secondé, que l’adhésion de la cour fut emportée. Ni la reine, ni le roi, ni les sei­ gneurs n’assislèrent désormais aux séances. Elles se poursuivirent entre les seuls évêques et les théolo­ giens. catholiques et protestants. La parole de Laynez avait mis un terme à ces harangues et à ces discus­ sions solennelles, dans lesquelles les protestants, en face du roi mineur et de toute sa cour de prélats et de gentilshommes, prenaient à partie les dogmes de la religion catholique. Dans les réunions suivantes les débats continuèrent sur la cène. On y entendit, du côté catholique, l’évêque de Valence, Duval, évêque de Séez, le docteur de Paris Claude Despence. D’autre part, des dissensions ne tardèrent pas à se faire jour parmi les ministres; des jalousies éclatèrent entre eux; Bèze luimême y montra d’incompréhensibles hésitations. Pierre Martyr « déclara souvent que pour lui il n’entendoit pas ce mot de substance, mais pour ne point choquer Calvin et les siens, il l’expliquoit le mieux qu'il pouvoit ». Bossuet, op. cit., n. 96, p. 401. La conclusion des délibérations devait être un formulaire sur la sainte eucharistie. Les deux partis devaient l’adopter, mais les huguenots refusèrent de le signer. Il devint de la sorte évident pour tous que c’élait la défaite complète de l'hérésie. Ce fut le résultat tout spéculatif du col­ loque. De pratique, il n’y en eut pas plus cette fois que les autres. « La réformation de la discipline ne réussit guère mieux. On lit de belles propositions et de beaux discours dont on ne vit que peu d'effet. L’évêque de Valence discourut admirablement à son ordinaire contre les abus et sur les obligations des évéques, principale­ ment sur celle de la résidence qu’il gardoit moins que personne. En récompense, il ne dit mot de l'exacte observance du célibat. » Bossuet, op. cit., n. 99. p. 403. C’est dans ces conditions que l’assemblée fut dissoute le 14 octobre 1561, et le roi décida dès lors d’envoyer au concile de Trente les évêques du royaume. Quant aux calvinistes, ils regardèrent comme un triomphe qu’on les eût seulement admis à une telle conférence et qu’on leur eût permis d’y lire leur confession de foi. Aussi devinrent-ils plus insolents que jamais. 2. Conférence de fontainebleau, 4 mai 1600, entre le cardinal Du Perron et du Plessy-Hornay. — En 1598, Philippe de Mornay, seigneur du Plessy-Marly, connu sous le nom de Duplessy-Mornay, publia son traité de l'institution de l'eucharistie. Cet ouvrage dirigé contre le sacrifice de la messe, et plus généra­ lement contre tout le culte catholique, contenait près de cinq mille passages tirés des Pères de l’Église ou de théologiens de marque. En réunissant et en publiant tous ces témoignages, Mornay n’avait pas pris soin d'en vérifier exactement la provenance et les textes, et il avait souvent cité à faux. Du Perron, évêque d’Évreux, enhardi par les succès déjà remportés dans plusieurs controverses, encouragé par les conversions éclatantes qu'il avait obtenues, et notamment celles de PalmaCayet et de Sancy, colonel général des Suisses, osa s'attaquer à celui qu'on appelait le pape des hugue­ nots. il signala donc les inexactitudes de Mornay. 11 déclara même publiquement qu'il se faisait fort de montrer cinq cents falsifications dans le traité de l’ins­ titution de l’eucharistie. Mornay, piqué au vif, porta à Du Perron l’imprudent défi de soutenir publique­ ment son accusation dans une conférence, et devant des arbitres choisis dans les deux partis. Leveque 1725 CONTROVERSE d'Evreux s’empressa d’accepter la gageure, et le roi indiqua rendez-vous pour le 4 mai 1600, à Fontaine­ bleau, devant la cour qui s’y trouverait. Pour les ca­ tholiques, les arbitres choisis étaient le chancelier Belliévre, de Thou et Pithou ; pour les protestants, ce furent Du Fresne-Canaye et Casaubon. Mornay fut assez convaincu d'inexactitudes pour que la victoire ait été unanimement adjugée à Du Perron. Les calvinistes impartiaux convinrent de la défaite de leur chef. Pour la constater, il suffit de lire ce qu’en dit. dans ses .Wémoires, le duc de Sully, zélé protes­ tant. Les conférences ne continuèrent pas, et le roi Henri IV proclama hautement que « le pape des pro­ testants avait été écrasé ». « Eh bien! que vous semble de votre pape, disait-il à Sully. — Sire, répondait le ministre, il me semble qu'il est plus pape que vous ne pensez, puisqu’en ce moment il donne le bonnet rouge à M. d’Evreux. » En effet, la victoire de Du Perron, jointe à ses autres titres, ne tarda pas à lui mériter l’octroi de la pourpre romaine. Quant à Mornay, il se retira dans son gouvernement de Saumur, toujours préoccupé d'inquiéter les catholiques. C’est là qu'il publia un récit de la conférence de Fontainebleau qui porta au comble l'irritation du roi contre lui. 2» Colloques entre hérétiques. Colloque de Montbé­ liard, 21-26 mars 1586, entre Théodore de Bèze et Jacques Andréa. — Le comté de Montbéliard avait, de bonne heure, embrassé le luthéranisme. D’autre part, des calvinistes, fuyant la France, étaient venus s’établir en ce pays. Ce que voyant, le duc Frédéric de Wur­ temberg conçut le projet de tenter, une nouvelle fois, l'union des deux communautés luthérienne et calvi­ niste. Dans ce but, il convoqua un colloque à Montbé­ liard. 11 eut lieu du 21 au 26 mars 1586. Théodore de Bèze et quelques théologiens, envoyés par Genève et Berne, représentaient l’Eglise réformée ; Jacques Andréa et plusieurs théologiens de Tubingue soutenaient la confession luthérienne. Bèze avait demandé que la discussion se fit en la forme classique du syllogisme, mais l'avis d'Andréa prévalut, et l'on s’en tint à la libre argumentation. Tout d'abord, le débat s’engagea sur l’ubiquité. Des deux côtés, l'on reconnaissait que l’homme ne commu­ nie efficacement et salutairement au corps et au sang de Jésus-Christ que par la foi. Mais, pour le surplus, les réformés étaient aussi éloignés de la consubstantia­ tion de Luther que ceux-ci l’étaient eux-mêmes de la doc­ trine catholique de la transsubstantiation. Les divisions s'accentuèrent si vivement sur ce point, que Bèze voulut un instant se retirer de la conférence. Alors, Andréa souleva d'autres questions, spécialement celles de la prédestination, du baptême, du culte des images. Sur la prédestination, Bèze soutint que Dieu a voulu mani­ fester tout ensemble et sa miséricorde et sa justice. Aussi a-t-il éternellement et immuablement choisi dans le Christ un certain nombre d’hommes pour la gloire, comme il a résolu d’en réprouver d’autres et de l« s laisser se perdre par leur propre faute. Si donc ils pochent et se damnent, ce n’est point par hasard, mais selon le plan providentiel. Bèze défendit encore avec b- aucoup de fermeté contre Andréa l'inamissibilité de la foi dans les élus. C’était élever un nouveau mur de séparation entre le luthéranisme et le calvinisme. Beaucoup de luthériens regardaient celui-ci comme plus dangereux que le papisme lui-même. Dans ces conditions, la réunion des deux partis fut impossible. Beze et Andréa refusèrent de se donner la main en s:gne de fraternité, ou même de simple amitié. Il avait été stipulé que rien ne serait publié au sujet de la con­ férence. Mais Andréa ne tarda pas à éditer à Tubingue 1. s .Actes du colloque avec des notes et éclaircissements. Cest alors que Bèze lui donna la réplique en contes­ tant la fidélité des Actes et en communiquant son récit 1726 personnel et sommaire des discussions et des faits. Vt. LES CONTROVERSES DE SAINT FRANÇOIS DE SALES avec LES RÉFORMÉS, — Parmi les controversistes qui luttèrent efficacement contre le protestantisme, il faut placer au premier rang saint François de Sales. Dans ses travaux apostoliques pour la conversion des calvi­ nistes du Chablais, il eut fréquemment recours aux conférences soit privées soit publiques. 1« Considérations générales. — Pour ces dernières, ce n'est pas qu’il les estimait grandement utiles pour la conversion : « Dans celles-ci, disait-il, on s’échauffe de part et d’autre, et, lors même qu’on réussit à con­ fondre l’hérétique, le seul fruit de sa confusion est une aigreur, un dépit qui se soulève dans son cœur et rend sa conversion plus difficile; au lieu que, dans la con­ férence particulière et secrète, l’amour-propre n’ayant rien à souffrir de la défaite, on agit plus efficacement sur l’âme. » Hamon, Vie de S. François de Sales, Paris, 1875, t. I, p. 197. Dans certaines circonstances cependant, où ce moyen lui sembla utile pour influen­ cer le peuple, il n’hésita pas à l’employer. « Ce n’est pas, déclarait-il, que je ne m’estime le moindre de tous ceux qui peuvent se présenter pour la défense de l’Église. Aussi ne comptai-je pas sur moi-même et sur mon propre esprit, mais uniquement sur la bonté de ma cause et l'autorité de ma mission. J'espère que Dieu, m’ayant envoyé par l'organe de mon évêque pour annoncer sa parole, me donnera l’intelligence pour confondre les ministres de l’erreur, lui qui, par douze ignorants, a confondu la sagesse de tous les philo­ sophes. » Ibid., p. 209. Aussi, provoqué, jamais il ne voulait paraître reculer ou craindre devant l’hésésie. Déjà évêque, il relate en ces termes les dispositions qui furent celles de tout son apostolat : « D'après les bruits qui ont couru au sujet d’une conférence sur la religion dans la ville de Genève entre moi, assisté de quelques prédicateurs catholiques, et les ministres de Genève, j'ai fait, signé de ma main et scellé de mon sceau le présent écrit, pour déclarer et attester que toutes fois et quantes que les ministres voudront entendre à des conditions raisonnables pour une telle conférence, je m'y rendrai avec toute promptitude et sincérité, espérant en la bonté de Dieu que son nom sera glorifié pour le salut et le bien de plusieurs âmes, ainsi que je l’en supplie. Fait à Annecy, le 6 août 1605. François, évêque de Genève. » Ibid., p. 555. 2° Conférences publiques et contradictoires de saint François de Sales avec les réformés. — Par le fait, saint François de Sales n’eut guère de conférences pu­ bliques à soutenir. Il les provoqua souvent, il fut par­ fois provoqué; mais toujours, au dernier moment, la défaillance et la lâcheté des ministres qui redoutaient justement le vaillant champion, firent manquer les réunions. C’est ainsi qu’en 1596, alors qu’il prêchait le carême à Thonon, François porta aux ministres le défi de pouvoir ne pas reconnaître leur erreur, après l'avoir entendu ; et il accepta joyeusement une conférence publique où il devait se mesurer, seul, contre tous les ministres du Chablais et du pays de Vaud. Au jour dit, tous les ministres firent misérablement défaut, sauf celui de Thonon, Louis Viret, qui vint avec l’unique mission d’excuser ses collègues et lui-même. Ibid., p. 195-196. La même année pourtant, devait aboutir une dispute publique avec le ministre La Faye, le pre­ mier après Bèze dans Genève. Il s’était vanté de venii à Thonon même confondre François devant les nou­ veaux convertis. Mais, comme il ne se présentait jamais, François prit le parti d’aller le trouver à Genève, i ; voulant pas, par-dessus tout, paraître fuir ou éluder i rencontre. 11 partit donc avec le baron d’Avully, le c anoine Louis de Sales, le premier syndic de Thonor : d'autres habitants de la ville, quelques-uns catholiqu· la plupart encore calvinistes. Dans ces condi'...as 1727 CONTROVERSE La Faye ne pouvait se soustraire. On se rendit donc sur une place publique, dite du Molard. Là, trois heures durant, le ministre promena la dispute, à son gré, sur l'unité de l’Église, le sacrement de l’eucharis­ tie et le sacrifice de la messe, sur les bonnes œuvres, le purgatoire, le culte des saints et divers autres poinls. Mais, poussé toujours dans ses divers retran­ chements et incapable d’échapper aux étreintes succes­ sives de son adversaire, il rompit tout à coup la confé­ rence dans une colère violente et un torrent d’injures. Ce que voyant, le baron d'Avully observa, séance te­ nante, que la cause des ministres devait être bien mau­ vaise puisqu'ils ne savaient répondre à d'excellentes raisons que par de pitoyables injures. Ibid., p. 209211. C’est encore à saint François de Sales qu’il faut rattacher la dispute publique qui eut lieu à Thonon, le 13 mars 1598, entre le ministre Lignarius, professeur de théologie à Genève, et le P. Chérubin, capucin. Le professeur, sachant François de Sales absent de Thonon, s’empressa de venir provoquer les capucins, espérant ainsi une victoire plus facile. La discussion se pour­ suivit, correcte et modérée, toute une première jour­ née sur les livres canoniques et sur l’autorité qui doit, en matière de foi, décider du vrai sens des Écritures. Des secrétaires avaient noté les objections et les ré­ ponses. Finalement la partie fut remise au lendemain. Mais, quoi que l'on pût faire, malgré les plus éner­ giques sommations, le ministre n'osa jamais plus se représenter. Ibid., p. 288-289. Voir Chérubin de Mau­ rienne, t. n, col. 2360-2361. 3° Conférences privées et contradictoires de saint François de Sales avec les réformés. — Comme il estimait les conférences privées incomparablement plus utiles que les disputes publiques, l’apôtre du Chablais s’y prêtait avec bonheur et sans compter. Il obtint de la sorte d’innombrables conversions ; men­ tionnons simplement le baron d'Avully; l’avocat Poncet; Pierre Fournier, 1" syndic de Thonon (1595); le gen­ tilhomme vaudois, Ferdinand Bouvier (1598) ; le colonel Brolty; Gaspard de Faverge (1600), proche parent de Calvin; le baron d’Yvoire (1683); M”e de Saint-Sergues (1610); le baron de Monthelon (1611). Rappelons aussi qu’en 1596, le pape Clément VIII donna mission à saint François de Sales de travailler à la conversion de Théodore de Bèze. Le vaillant apôtre eut, l’année suivante, avec le ministre, trois longues conférences; il l’amena à reconnaître intimement la vérité de la religion catholique, mais des considérations trop hu­ maines arrêtèrent jusqu’à la fin Théodore de Bèze sur la voie du retour public et avoué à l’Église catholique. Des conférences avec le ministre Galletier obtinrent un résultat semblable. IV. Controverse récente a Rome. — Dispute solen­ nelle sur la venue de saint Pierre à Home, entre MM. Fabiani, Cipolla et Guidi, catholiques, et MM. Sciarelli, Hibetti et Gavazzi, ministres évangé­ liques, 9-10 février 1872. — Le soir du 31 janvier 1872, le journal La Capitale, l'un des plus mauvais 4. 173G concernant les discussions publiques avec les hérétiques. Le décret de la S. C. de la Propagande, du 7 février 1645, résume de celte manière la législation qui est encore en vigueur : « 1. Les colloques et disputes publiques entre les catholiques et les hérétiques sont parfois licites, â savoir quand on a l'espérance d'un plus grand bien, et quand se rencontrent les autres cir­ constances déterminées par les théologiens, ainsi qu'on peut te voir par les discussions qu'eut saint Augustin contre les donatistes et autres hérétiques. — 2. LeSaint-Siègeapostoliqueet les pontifes romains, considérant que ces disputes, colloques ou con­ troverses demeurent souvent sans résultat, quand elles n'en amènent pas de mauvais, les ont maintes fois prohibées, ont donné des ordres aux supérieurs ecclésiastiques pour les empê­ cher. Quand ceux-ci ne peuvent y parvenir, du moins ils doi­ vent faire en sorte que les discussions publiques n’aient pas lieu en dehors de l'autorité apostolique, et qu'elles soient sou­ tenues par des personnages capables de faire triompher la vérité chrétienne. Bien des fois la S. G. de la Propagande a donné par écrit ces mêmes ordres à ses missionnaires, en les avertissant de ne point entrer en discussion publique avec les hérétiques. » L'un des motifs qui engagent le Saint-Siège à prohiber ce genre de discussions, se trouve indiqué dans un autre décret du 8 mars 1625, par ces paroles, qui ont aujourd'hui encore une douloureuse actualité : < Cest que souvent vu la fausse élo­ quence, ou l'audace des orateurs, ou la composition de l'audi­ toire font que l'erreur, couverte d'applaudissements, triomphe de la vérité. » Instruction de la S. C. des Affaires ecclés. etctraord. sur Taction populaire chrétienne ou démocraticochrétienne en Italie, n. 8. Cf. M·' E. Hautcœur, Les enseigne­ ments du pape Léon XIII, sur tes erreurs et les tendances funestes de l'heure présente, Lille, 1902. p. 18.19; Revue des sciences ecclésiastiques, février 1902, p. 151*152. 2. On aurait pu se demander s’il y a lieu d’assimiler les conférences contradictoires avec les socialistes aux discussions avec des hérétiques. On canoniste subtil, en se plaçant au point de vue exclusif du droit ecclé­ siastique. aurait pu trouver matière à distinction. а) La S. C. résout d’autorité la question par l’affir­ 5° Pour être complet, mentionnons simplement, dans mative, et en tire immédiatement la conclusion pra­ ce même sens de l’interdiction, un décret de la S. C. tique. Comme les doctrines socialistes, dit-elle, con­ du Concile, en date du 6 mars 1625, et un autre du tiennent dans leur ensemble de vraies hérésies, ceux Saint-Office, daté du 19 janvier 1644. Cf. Bucceroni, que l’on appelle les contradicteurs des socialistes sont Enchiridion morale, 4’ édit., Rome, 1905. p. 52. soumis aux décrets du saint-siège concernant les dis­ III. DIRECTIONS RÉCENTES DU SAINT-SIEGE. — Nous cussions publiques avec les hérétiques. Il n’est pas devons maintenant noter de récentes et très importan­ tes direclions pontificales sur ce sujet des controverses douteux, en effet, que certaines théories socialistes sont purement hérétiques, notamment en ce qui re­ avec les hérétiques et tous les adversaires de la foi. 1» A l'occasion du Congrès des religions, organisé â garde la providence de Dieu, le mariage, le droit de propriété, l’origine de l’autorité, etc. Le Syllabus, l’exposition de Chicago, Léon Xlll écrivit le 18septetnbre 1895, à Mor Satolli, son délégué apostolique à Washing­ d’ailleurs, a rappelé plusieurs condamnations portées ton; il lui mandait que les catholiques doivent s’abs­ contre le socialisme, § 4, dans Denzinger, Enchiridion, n. 1586; et Léon Xlll les a renouvelées et confirmées, tenir de favoriser de semblables réunions contradic­ dans ses encycliques Quod apostolici muneris, du toires et d’y prendre part : 28 décembre 1878, dans Acta Leonis Xlll, Lille, 1887, Cœtus in fœderatis Americæ civitatibus celebrari subinde novi- I t. t, p. 46-55; llerum novarum, du 15 mai 1891, ibid., mus, in quos viri promiscue proveniunt tum e catholico nomine t. iv, p. 177-209. 11 n’est pas douteux non plus que le tum ex iis qui a catholica Ecclesia dissident, simul de religione péril de la diffusion des erreurs socialistes est assuré­ rectisque moribus acturi. In hoc equidem studium agnoscimus ment plus grave et plus funeste aujourd’hui que le religiosæ rei, quo gens ista ardentius in dies fertur. At quamvis communes hi cœtus ad hunc diem prudenti silentio tolerati danger présenté par l’hérésie des monothélites ou îles sunt, consultius tamen videtur si catholici homines suos seorsum iconoclastes. conventus agant; quorum tamen utilitas ne in ipsos unice deri­ б) Il est bien vrai que cette instruction est adressée vetur, ea lege indici poterunt, ut aditus ad audiendum universis directement à l’Italie. Elle n’en a pas moins, cepen­ pateat, iis etiam qui ab Ecclesia catholica sejunguntur. Voir dant, un caractère d’utilité très pratique pour tous les Revue théologique, 1896, t. χχνιπ, p. 79. pays. Spécialement, l’article qui concerne le socialisme 2’ L’instruction, en date du 27 janvier 1905, de la est inspiré par des principes généraux partout appli­ S. C. des Affaires ecclésiastiques extraordinaires sur cables. D’autre part, il rappelle et maintient des règle­ l'action populaire chrétienne ou démocratico-chrétienne ments canoniques que personne, ecclésiastique ou en Italie, consacre tout un article à notre question. 11 laïque, ne saurait négliger sans manquer à l’esprit de est d’autant plus â remarquer et à retenir qu’il rappelle fidélité ou d’obéissance que tout catholique doit au et confirme la législation ancienne, et qu’il en fait offi­ chef de l’Eglise et à ses organes authentiques. ciellement l’application à un cas particulier et tout ac­ c) En vain, dira-t-on, pour fuir l’obligation officielle­ tuel. ment rappelée par la S. C. des Affaires ecclésiastiques 1. Le texte vaut d être cité tout entier. Nous le don­ extraordinaires, qu’il importe de laisser pleine liberté nons traduit de l'original italien : aux conférences contradictoires et aux conférenciers, afin de prémunir le peuple contre l’erreur socialiste. VIH. Comme les doctrines ~ ~ ilistes contiennent, dans leur ensemble, de vraies bérésirs. ceux que l’on appelle les contra- | Ce côté de la question n’a pas échappé à l’autorité; et de semblables considérations ne sauraient prévaloir dicteurs des socialistes sont soumis aux décrets du saint-siège i 737 CONTROVERSE 1738 contre une loi positive et parfaitement claire, pro­ Suarez étend justement cette condition à toutes opi­ mulguée par le pouvoir compétent. Aussi bien, ces nions diversement condamnables, à celles qui n’ont considérations n’ont aucune valeur réelle : car les faits aucune probabilité. Proportion gardée, les inconvénients sont là pour montrer que la contradiction est insuffi­ sont alors les mêmes que pour l’erreur et l’hérésie. sante à empêcher ou à réparer le mal fait par les con­ Ne errores contra fidem, etiam gratia disputationis férences socialistes. Cent fois l'expérience a constaté defendendi proponantur ; quia hoc et omnino prohi­ que la foule est souvent plus frappée par l’objection bitum est, et per se malum videtur, quia et nocere que par la réponse, si parfaite qu’on la suppose. Et un potest et scandalum afferre. Quod de tota materia journal, tout dévoué aux œuvres sociales, a pu écrire quoquo modo damnabili intelligendum est : et de mea avec autant de justesse que de sincérité : « Nous pen­ sententia, de omni doctrina improbabili est consulensons que si des discussions contradictoires sur un ! dum, quia ad defendendam hujusmodi doctrinam, sujet économique ou politique ne présentent pas grand consequenter multa improbabilia asseruntur, quse in­ inconvénient, il n'en est pas de même lorsqu’on veut sipientes et indocti facile credunt; præterquam quod toucher aux grands principes religieux et familiaux... per hujusmodi disputationes pervenitur ad affectum Ceux qui ne sont pas foncièrement chrétiens et n’ont talis doctrina·, et similia incommoda facile conside­ pas encore le caractère suffisamment formé, peuvent rari possunt. Suarez, ibid. — 3. Il ne faut jamais sou­ se laisser impressionner, et tôt ou tard les effets per­ tenir de ces discussions, même purement matérielles, nicieux de ces paroles peuvent se produire et cor­ devant le peuple, surtout en langue vulgaire. Car sou­ rompre l’intelligence et le coeur. » Le Peuple, de Lille, vent le monde des simples et des ignorants saisit plus 13 mai 1905. Et puis, il est, sans doute, d’autres facilement l’objection que la réponse. Cavendum est moyens de remédier aux inconvénients redoutés. Les ne hujusmodi disputationes publice coram vulgari et évêques de Lombardie, dans leur lettre collective déjà indocta plebe habeantur, praesertim in lingua vulgari, citée, envisagent précisément l'excuse alléguée, et y quia difficultates facilius intelligunt quam solutiones, répondent en ces termes : « En ce cas, il serait préfé­ unam que rem pro altera concipientes, facile deci­ rable de faire au peuple des conférences, soit avant, piuntur. Suarez, ibid. — 4.0n doit prendre bien garde, pour le prémunir contre les conférences des socia­ en ces discussions, à ne point se départir de la modé­ listes, soit après, pour en détruire le mauvais effet. » ration et de la mesure, sans lesquelles on se trouve faci­ V. Loiselet, op. cit., p. 13. lement entraîné· à de regrettables excès intellectuels ou VI. Conclusions morales. — Pour les établir de moraux. Il arrive, en ellet, que l’on perd la sûreté du façon plus nette, distinguons deux sortes de discus­ jugement dans la recherche constante de subtilités exasions ou de controverses. La controverse improprement I gérées, et qu’on se laisse glisser aux écarts de la vanité·, dite, matérielle, est celle qui se fait par manière d’exer­ de la sottise ou de la susceptibilité. Cf. S. Grégoire de cice. pour aiguiser l’esprit, apprendre l’art, la facilité Nazianze, Serm., xxvi, sur la mesure à observer dans et l'aisance de la discussion. La controverse proprement les disputes, P. G., t. xxxvt, col. 203, 206. dite, formelle, est celle qui se fait pour la défense réelle 17. CONTRO VERSE PROPREMENT DITE, FORMELLE. — et sincère de la vérité, afin d’en acquérir soi-mème ou Elle doit être envisagée sous deux rapports, suivant les d’en donner à autrui la persuasion. causes d’où elle procède. /. CONTROVERSE IMPROPREMENT RITE, MATÉRIELLE. 1° Controverse du doute personnel. — Parfois la dis­ — Elle ne revient pas directement au sujet de la dis­ pute procède d’un doute personnel chez le conlrovercussion avec les hérétiques. Mais puisqu’elle est cepen­ siste. Il se trouve hésiter sur un point acquis de la dant une vraie dispute, nous devons exposer sa légi­ doctrine, et l'amène en discussion pour découvrir la timité, et les conditions qu'elle exige. vérité. Pas n’est besoin de rappeler qu’une conférence, 1" Licéité. — Ce genre de controverse est, de soi, qui aurait pour point de départ le doute accepté sur un tout à fait légitime, bien qu’il porte sur des vérités de article de foi, serait intrinsèquement mauvaise. Si enim foi absolument certaines. Cela ressort de la coutume disputet tanquam de fide dubitans, et veritatem fidei qui en conserve l'usage dans les écoles de théologie, et pro certo non supponens, sed argumentis experiri in­ même parmi les fidèles. Et puis, il est clair que de tendens, procul dubio peccat tanquam dubius in fide et semblables discussions ne présentent en elles-mêmes infidelis. S. Thomas, Sum. theol., 11“ II*, q. x, a. 7. aucune malice objective, que leur but et diverses cir­ Elle se trouve même défendue par les saints canons. Suniilur, dit Suarez, ex concilio Chalcedonensi, act. Γ, constances peuvent les rendre parfaitement bonnes. Ne sont-elles pas utiles et même moralement nécessaires, in 2“ definitione fidei; clarius et copiosius in Leone papa, Epist., XLvnt, alias L, ad Martianum Augustum, tant pour s'instruire delà doctrine catholique que pour ubi inter alia dicit : In eam fidem quam evangelicis et en faire bon usage? Utilis etiam est ail discendum, écrit saint Thomas, humilis collatio et pacifica dispu­ aposlolicis prædicationibus declaratam per antiquos Patres nostros accepimus (nulla penitus disputatione tatio. Opusc. XXXVII, de erudit, principum, 1. V, cujiisquam retractationis admissa) omnium corda con­ c. x, Opera omnia, Paris, 1875, t. xxvn, p. 613. Ainsi iis soldats s’exercent-ils en des manœuvres où ils ap­ currant, ne per vanam fallacemque versutiam aut in­ prennent l’art des combats et se préparent à la vraie firma videantur, aut dubia, qute in Christo firmata sunt et sine fine mansura. Cf. Epist., Lxxin, txxv, lxxviii, guerre. Est utilis et morali ter necessaria ad acquiren­ ad Leonem Augustum, et t.xxvt, ad Analolium ; Geladum tam doctrinam quam usum ejus, sicut in aliis sii papie Epist., xt, ad episcopos Dardaniae. Op. cit., artibus ut militari et similibus, prterium exercitium, quasi lictum et materiale, necessarium est ad veram n. 2, p. 494. 2“ Controverse du doute ou de la négation des héré­ artem addiscendam. Suarez, op. cit., n. 1, p. 493. tiques et des infidèles. — Il s’agit, dans ce cas. de mettre 2° Conditions. — Il est plusieurs conditions naturellement requises pour que cette controverse, même pu­ en discussion des vérités religieuses très certaines, mais pour convaincre des hérétiques ou des infidèles qui en rement matérielle, demeure légitime. — 1. La première doutent ou qui les nient. est que la discussion ne soit pas inspirée ou motivée I. Légitimité en soi au point de vue objectif. — par un doute réel sur un point de la doctrine révélée. Il y aurait alors péché conlre la foi. — 2. Même sous a) Saint Thomas, et Suarez après lui, déclarent que dis prétexte d’exercices pratiques, on ne doit jamais propo­ cuter avec les hérétiques pour défendre la foi et con fondre leurs erreurs, n’est pas seulement permis, m ser la défense de l'hérésie ou de l’erreur. Cela est pro­ hibé, et serait d’autant plus mal qu’il en pourrait ré­ très louable. Ils démontrent cette conclusion par le té­ moignage de saint Paul, quand il déclare que levêque sulter plus facilement du dommage et du scandale. 1739 CONTROVERSE doit être en mesure de réduire la contradiction et les contradicteurs : Amplectentem eum qui secundum do­ ctrinam est fidelem sermonem, ut potens sit exhortari in doctrina sana et eos qui contradicunt arguere, Tit., I, 9; par le témoignage de saint Pierre quand il dit des chrétiens, sans distinction, qu'ils doivent pou­ voir rendre à qui la demande raison de leur espérance: Parati semper ad satisfactionem, προς απολογίαν, omni poscenti vos rationem de ea quæ in vobis est spe. I Pet., nt, 15. Aussi bien, Notre-Seigneur lui-même a-t-il donné l’exemple en discutant avec les pharisiens sa divinité et avec les Juifs d’autres sujets. Saint Étienne et saint Paul, nous l’avons vu précédemment, ont marché sur ses traces, et à leur suite d’illustres docteurs et de grands apôtres de l’Église. En réalité, on ne voit pas comment de telles discussions seraient mauvaises en elles-mêmes. Bien mieux, il apparaît clairement qu’elles sont, de la part du controversiste catholique, une véritable profession de foi. Objective­ ment, elles sont donc bonnes. Ajoutons qu’elles peu­ vent s’entreprendre pour les lins les plus élevées; qu’il n’est pas impossible de prendre des mesures pour qu'elles n’apportent aucun dommage et qu’elles soient réellement utiles. Ex hac parte est honesta ex objecto. Item de se ad optimos fines ordinatur, scilicet ad honorem ipsius fidei et majorem notitiam ejus, ad hæreticorum conversionem et catholicorum confir­ mationem; et in aliis circumstantiis potest ita fieri ut et fructus speretur, el damna non timeantur. Suarez, op. cit., n. 7, p. 495. Enfin, puisque l’Église a pris soin de régler les conditions de ces disputes, c’est donc qu'elle les suppose parfois légitimes el par consé­ quent bonnes en elles-mêmes. b) Il faut aller plus loin, et reconnaître que certaines conférences publiques et contradictoires sur des matières religieuses peuvent non seulement être bonnes, mais devenir obligatoires en conscience. L'on conçoit, en effet, qu'en des circonstances données, en de certains milieux, elles peuvent se trouver nécessaires pour le bien des âmes. Alors elles deviennent obligatoires en conscience, tantôt par raison de justice, tantôt par rai­ son de charité : Interdum potest talis actio esse neces­ saria ad bonum fidei et salutem animarum. Tunc ergo erit debita, vel ex justitia respectu pastorum Ecclesiæ, vel ex charitate respectu eorum qui suffi­ cientes fuerint ad talem actionem. Nam ut dixit Leo, epist. xctll, c. xv : Qui alium ab errore non revocat, seipsum errare demonstrat ; et Ambrosius, l Officior., c. lit : Sicut pro otioso verbo, ita pro otioso silentio ratio est reddenda. Suarez, op. cit., n. 16, p. 499. 2. Licéité, au point de vue juridique. — A cet égard, il y a lieu de distinguer les controverses publiques et les controverses privées. a) Une controverse est privée ou occulte, quand elle se passe secrètement entre deux personnes, l’une catho­ lique et l’autre hérétique. Elle est encore privée, quand elle se passe entre ou devant plusieurs personnes, mais en telles conditions qu'il n’y a pas de publicité, qu’on ne sort pas du cercle de l'intimité ou de la famille. En règle générale, tout laïque ou prêtre doit, autant que possible, éviter les discussions de ce genre. Nous avons vu qu'elles sont formellement interdites aux laïques par un texte du droit,, bien que la coutume ait quelque peu relâché la rigueur de la prohibition. En tout état de eau-. , on ne peut accepter ces disputes qu’en cas de provocation et sons certaines conditions que nous exposerons plus bas. Disons seulement qu’il faut un cas de nécessité urgente, soit pour éloigner le scandale des faibles, soit pour contirmer les simples dans la foi. soit pour réprimer l'audace et l'impudence des provocateurs. De plus, il faut qu'il y ait espoir d'atteindre un heureux résultat, du côté des provoca­ | teurs ou du côté des auditeurs : faute de quoi, la reli­ 1740 gion risquerait d’encourir le mépris, et les hérétiques se trouveraient confirmés dans leurs erreurs. Disputa­ tio privata cum hærelicis, écrit E. Muller, vitari debet nisi : a} sil urgens necessitas ad advertendum scanda­ lum pusillorum, ad simplices in fide confirmandos, ad petulantiam provocantium reprimendam ; et b) adsit spes fructus, sive in provocantibus, sive in audienti­ bus. Secus enim religio catholica facile despectui exponeretur, atque hærelici in suis erroribus confir­ marentur. Ίhéologia moralis, I. II, tit. i, §10, Vienne, 1884, t. II, p. 45. Pour ce qui regarde les prêtres, il leur sera toujours difficile, sinon impossible, de garder le silence quand devant eux la foi se trouverait attaquée, Leur silence serait souvent un réel scandale. Ipsa taci­ turnitas eorum qui resistere deberent pervertentibus fidei veritatem, esset erroris confirmatio. Unde Gre­ gorius in 11 Pastoral, (c. /r in princip.) : Sicut incauta locutio in errorem pertrahit, ita indiscretum silentium eos qui erudiri poterant, in errore derelinquit. S. Thomas, Sum. theol., 11“ Ilæ, q. x, a. 7. 6) Une controverse est publique, quand elle sort, en quelque façon, du domaine intime et privé; quand elle prend un caractère de publicité â raison de circons­ tances diverses, de sa provocation par exemple, de son acceptation, de son organisation, de son fonctionne­ ment, de son assistance surtout. Au regard de ces con­ férences publiques avec les hérétiques, nous mention­ nons ici les conclusions qu'imposent les textes juridiques précédemment cités. — a. Personne, ecclésiastique ou laïque, n’a le droit d’exposer ou de défendre les vérités surnaturelles ou religieuses, sans l'autorisation de l’évéque, qui est le gardien officiel du dépôt de la foi dans son diocèse. — b. Cette obligation générale se trouve spécialement confirmée, pour les laïques, par une défense expresse, contenue dans le droit canon. — c. Cette même obligation est plus stricte encore pour certaines régions, soit â raison de promulgations spé­ ciales ou de rappels dont elle a été l'objet, soit à raison de prohibitions parliculières. Ainsi en est-il des terri­ toires soumis â la Propagande, à cause des décrets que nous avons rapportés; ainsi en est-il de l'Italie, à cause de l'instruction que nous avons pareillement exposée. — d. En conséquence de ces principes et de ces docu­ ments, l'on peut avancer, d’une manière générale et sans exagération, qu'il est interdit aux catholiques de provoquer des conférences publiques et contradictoires sur les vérités qui touchent â la religion. S’il arrive qu’ils soient eux-mêmes provoqués, ils doivent faire en sorte de ne pas répondre. Que s'ils se croient obligés de relever tel ou tel défi à eux porté, ils doivent deman­ der l’autorisation expresse soit du souverain pontife, soit de l’évêque, son représentant. Ces conférences, en effet, emportent des conséquences trop graves pour qu'il n'appartienne pas à l’autorité suprême du saintsiège de décider â leur sujet. — e. Tout catholique, qui n’est pas couvert par une autorisation régulière, et qui, dans une conférence publique et contradictoire, s’expose à causer la baisse de la foi, à ternir la pureté intellectuelle et morale dans l’âme de ses auditeurs, encourt une responsabilité réelle. Elle peut être grave, si l’on prévoit que le dommage causé aura lui-même un caractère de gravité. — f. Les catholiques qui savent qu’une conférence est plus ou moins régulière dans telles ou telles circonstances, et qui néanmoins y prennent part, se font ainsi plus ou moins les complices des promoteurs de la réunion. Par conséquent, ils pèchent plus ou moins grièvement. 3. Conditions. — L'on comprend sans difficulté que ces conférences publiques, pour mériter l’autorisation pour commencer et s’achever de façon légitime, sup­ posent la présence simultanée de conditions multiples. II y faut, d'abord et tout naturellement, celles qui sont communément exigées pour qu'un acte quelconque 1741 CONTROVERSE 1742 soit moralement bon : il doit s’accomplir en temps arguments capables d’amener la conviction dans l'esprit des auditeurs. L'argument décisif, celui qui emporte opportun, dans le lieu convenable, de la manière re­ quise, et avec l’intention nécessaire. Hæc assertio per pièce dans les conférences publiques, n’est pas toujours se manifesta est de circumstantiis generaliter requi­ le raisonnement le plus scientifique, le plus logique­ sitis in quocumque actu honesto, scilicet ut opportuno ment conduit. Ce sera, d'ordinaire, l'argument le plus tempore, loco apto, et modo, ac intentione debita fiat. habile, celui qui exige un mélange de bon sens, d’es­ Suarez, op. cit., n. 8. p. 495. Mais il est d'autres condi­ prit, de clarté, toutes choses qui sont plus encore un tions particulières qui regardent soit le controversiste don de la nature qu'une qualité acquise. — d. Ajoutons catholique, soit l'hérétique son adversaire, soûles audi­ que la foi simple, profonde, édifiante du controversiste, teurs, soit la manière elle-même de discuter. La plu­ peut exercer, Dieu aidant, et a eu parfois une influence part de ees conditions s'appliquent aussi bien à la heureuse sur l’adversaire, plus peut-être que de puis­ conférence privée qu'à la conférence publique. Elles santes raisons. Sans négliger jamais celles-ci, par une sont assez nombreuses et diverses, et il arrivera facile­ présomption blâmable, il ne sera pas inutile de mon­ ment que l’une ou l'autre manque et vicie, en propor­ trer celle-là. tion de son absence, la moralité de la discussion b) De la part de l’adversaire hérétique. — a. Sous entreprise. Suarez estime toutefois que si, par cette ce rapport, il est nécessaire qu'on ait l’espoir fondé que négligence, il n’y a pas péril de dommage sérieux pour la discussion sera utile à l'adversaire ou aux adver­ le prochain, la faute ne sera que vénielle : Tam mulla saires. Sans cela, vaine serait la dispute, et il y aurait sunt necessaria ad hujusmodi actionis honestatem, lieu de s’abstenir comme l’on omet, en pareil cas, la ut facile sit in ea aliquid peccare, quia malum ex correction fraternelle. Habenda est ratio person»' eum quocumque defectu. Existimo tamen, si morale peri­ qua disputatur. Ex parte autem illius solum postu­ culum gravis nocumenti proximi non intercedat, latur ut aliquis fructus ab illo possit ex disputatione culpam esse tantum venialem. Suarez, op. cit., n. 16, sperari. Nam si jam experimento constet esse ita pro­ p. 499. Observons cependant que ce danger de scandale tervum et obduratum ut non sii spes fructus, omit­ ou de perversion pour les âmes n'est pas un mythe tenda est. Et juxta hanc assertionem intelligi possunt inventé par les moralistes intransigeants : il se ren­ verba Pauli... Tit., HI : llæreticum hominem, post contre plus souvent qu'on ne pense en de certains unam et secundam correptionem, devita... Notat au­ milieux. tem Chrysostomus... non esse facile seu statim despe­ a) De la part du controversiste catholique. — Lais­ randum, sed perseverandum patienter. Nam verbum sant de côté les conditions, déjà connues, imposées Dei sæpius repetitum solet tandem aliquando ope­ par le droit positif, et qui peuvent se ramener à l'auto­ rari... Unde concludit : Ab illis solis discedendum est, risation préalable, nous mentionnons celles que semble de quibus apertam possumus ferre sententiam, certique exiger la simple nature des choses : a. L’intention sumus quod, quantalibet faciamus, eos nunquam ad droite. — Cela va de soi. — b. La fermeté dans la veritatis viam revocabimus. Suarez, op. cit., n. 13, foi. — Il est, en effet, évident que si Je champion ca­ p. 498. L'un des signes sur lesquels on peut fonder tholique risque de compromettre sa foi, soit dans les j l'espoir de faire du bien à l’hérétique est cette convic­ lectures préparatoires, soit dans la discussion elletion, si l'on y arrive, que l’adversaire provoque des même, il ne doit pas se mêler de semblables contro­ explications ou la dispute avec le sincère désir de con­ verses. Supponenda imprimis est /irmitas disputantis naître la vérité. Dans le cas contraire, mieux vaut se in doctrina fidei, quia si periculum aliquod vel infir­ taire, à tous les égards. C’était aussi l'avis de saint Cymitatem in se limet, nullo modo se ingerere debet, prien : Melius existimamus errantis imperitiam silen­ aut talem disputationem admittere, ut per se clarum tio spernere, quam loquendo dementis insaniam pro­ est. Suarez, op. cit., n. 8, p. 495-496. — c. La science vocare. Epist. ad Demetrium, P. L., t. IV) coi. 544. suffisante et l'habileté necessaire. — Sans la science, b. Si l’on n’a pas l'espoir de faire du bien à l'adver­ en effet, le controversiste compromettrait l'honneur de­ saire lui-mêine, du moins faut-il qu’on ait celui d'être là religion et mettrait en péril le salut des âmes. Ne­ utile aux auditeurs. Il arrive, en effet, qu’on peut rame­ cessarium est ut sil sufficienter doclus, ut... sumitur ner l'un ou l’autre hérétique, qu'on peut soit diminuer ex Paulo, Til., t : Ampleclentem eum qui secundum l'audace, soit accentuer la timidité des adversaires de doctrinam est fidelem sermonem, ubi non solum fi­ la religion, ou encore qu’on a l'espoir d’aflermir les dem, sed etiam doctrinam fidei requirit in dispu­ catholiques dans la foi. Hoc autem etiam in eo casu tante, ut possit eos qui contradicunt arguere : et ra­ limitandum est, nisi fructus saltem in aliis audienti­ tio est per se clara, quia in omni munere tenetur bus speretur : sive ille sit quod aliqui haeretici conver­ unusquisque habere scientiam vel artem necessariam tentur, sire quod fient minus audaces vel timidiores, ad tale munus convenienter exercendum : ergo mullo sive quod catholici magis in fide confirmabuntur. Ut magis in tam gravi actione. Item quia alias et se, et enim Bernardus ait, Serm., i.xiv, in Cani.: Etsi hæhonorem fidei, et proximorum salutem periculo expo­ relicus non surgat ex fæce. Ecclesiatamen confirmatur nit. Suarez, ibid., p. 496. Evidemment, le degré né­ in fide. Nam quodeumque horum sufficit ut disputa­ cessaire de science sera variable suivant les adversaires tio non sil otiosa, sed honestissima. Et propterea catho­ ■ ·'. aussi selon les milieux : Quanta vero esse debeat lici viri laudabiliter contra haereticos scribunt, licet /xc doctrina, non potest generaliter et una regula de eorum conversione non multum sperent, quia sem­ definiri, sed considerandæ sunt circumstantias. Nam per aliquem ex diclis frudibus sperare possunt. Suarez, ad disputandum cum haeretico indocto vel vulgari, ibid. . inor doctrina in catholico sufficit. Item minor in re c. D’aucuns observent que, si une conférence se fait clara quam in difficili, et sic de aliis. Item hoc en dehors de ces conditions, sans espoir d’en obtenir maxime requiritur, quando disputatio est propria, quelque fruit, il y aura faute, sans doute, faute non et cum concertatione inter duos vel plures. Nam si point grave, mais simplement vénielle. A quoi Suan-z tantum sit per modum concionis seu simplicis per­ réplique que ceci doit s’entendre absolument parlant. suasionis, minor doctrina sufficiet, quamvis in debito Car si l’on tient compte des graves dommages qui s'enet proportionate gradu necessaria, etiam sit. Suarez, suiventsi facilement d'une discussion entamée en débor­ ·.*·id. — Il faut faire valoir des considérations ana­ dés conditions prescrites, la faute pourra devenir vrai­ logues en faveur de l’habileté. Car outre la science ment grave. En semblable occurrence, il y a toujours au anvenable. il est nécessaire d’apporter, en ces confé­ moins ceci à redouter : que l'hérétique ne s’obstine -t n< rences, une réelle habileté, un certain flair, le liait- des s'endurcisse davantage à cause de la contradic.ion . : 1743 CONTROVERSE 1744 lui est opposée, et qu'il ne commette dans la discussion cutée. In sua simplici fide quieti sunt, et ab haereticis même toutes sortes de péchés, dont on lui aura fourni non sollicitantur, el tunc nullo modo licet coram eis ile l'occasion sans excuse. Notant viri graves quod, licet fide disputare cum haeretico, praesertim in ea lingua disputatio sit sine ulla spe fructus, non erit peccatum quam intelligunt, quia sine causa in periculo consti­ mortale, sed veniale, tanquani actus otiosus. Quod in- tuuntur. Nam... facile percipiunt difficultates myste­ telligenduni est per se loquendo. Nam ratione nocu­ riorum fidei, ipsa autem mysteria et rationes eorum menti poterit esse peccatum grave; et communiter vix possunt distincte concipere; unde vel in errorem saltem hoc nocumentum timeri potest, quod haereticus inducentur, vel saltem concipient rem illam esse du­ disputans, et /it durior ipsa contradictione, et praeter­ bitabilem et jure controversam. Suarez, ibid. ea in ipsa disputatione multa peccata committit, quæ β. Si un peuple se trouve remué par l'action des hé­ alias non faceret : el vitanda esset eorum occasio, rétiques, qui cherchent à troubler ou à corrompre sa quando alias actio inutilis est. Suarez, ibid. religion ; s'il est à craindre que ce peuple n’abandonne c) De la part des assistants. — De toute évidence, ce la foi, ou du moins qu'il ne soit ébranlé, qu’il ne de­ titre ne concerne pas la conférence privée occulte, où vienne inquiet ou hésitant dans ses croyances, alors une seule personne entre en discussion avec une autre, il pourra être permis de recourir aux discussions pu­ sans témoin. Mais elle regarde toutes celles, publiques bliques avec les adversaires. Aut sunt sollicitati, dit ou privées, où se trouve une assistance quelconque, si saint Thomas, sire pulsati ab infidelibus, pula Judaeis, réduite qu'on la suppose. A cet égard saint Thomas vel haereticis, sive paganis, nitentibus corrumpere in distingue justement deux sortes d'assistances : celles qui eis fidem... In primo casu necessarium est publice sont instruites, et celles qui ne le sont pas. disputare de fide, dummodo invenientur aliqui ad a. Devant des personnes instruites, affermies dans la hoc sufficientes el idonei, qui errores confutare pos­ foi, les conférences publiques, dit saint Thomas, ne sint. Per hoc enim simplices in fide firmabuntur, et présentent moralement aucun danger : Coram sapien­ tolletur infidelibus decipiendi facultas. Ibid. Suarez tibus in fide firmis nullum periculum est disputare tient le même raisonnement et établit la même conclu­ de fide. Sum. tkeol., 11“ IIe, q. x, a. 7. On peut donc sion : Si fideles simplices ab haereticis sollicitati sunt, dire, d une manière générale, qu'elles sont alors per­ et periculum est ne cadant vel vacillent, tunc licita mises, puisqu’elles ne présentent par elles-mêmes aux est publica disputatio coram ipsis, quia tunc tacitur­ assistants aucune occasion d'erreur dans la foi. Si ce­ nitas vel limor disputationis magis posset nocere, et pendant ces personnes instruites cherchent ou saisis­ errantes in errore confirmare, ac dubitare incipientes sent dans une conférence quelque occasion de pécher magis infirmare. Ibid. Même dans ce cas, il est évi­ contre la vérité ou contre la foi, c'est à elles-mêmes el dent qu’une conférence contradictoire, où l'orateur non .ni controversiste qu'en remontera la responsabilité. catholique interviendrait seul ou presque seul devant Quando sunt prioris conditionis (doctæ), moraliter un auditoire presque complètement hétérodoxe, offri­ nihil est periculi, et ideo regulariter ac per se loquendo rait moins d'inconvénients qu’une autre ou les audi­ licita est talis disputatio ex parte audientium, quia teurs catholiques seraient nombreux ou seraient l'una­ non datur illis occasio errandi. Quod si ipsi fortasse nimité. illam sumpserint, eis, non disputanti imputabitur. γ. Sous le rapport des assistants, il va de soi que Suarez, op. cit., n. Ii, p. 498. Par personnes instruites, l’organisation d'une conférence contradictoire ne peut ii faut entendre ici. non pas seulement celles qui ont jamais être ainsi faite que les hérétiques soient consti­ une formation intellectuelle et scientifique achevée. L'ex­ tués juges de la doctrine. Ceci ne saurait être toléré, pression désigne toutes personnes qui peuvent suivre sous aucun prétexte, par des catholiques. et comprendre les vérités mises en question, et qui Ô. Nombreuses assurément et fort délicates sont les étudient encore quelque peu. Cela suffit pour que l'as­ conditions à observer pour ce qui concerne l'auditoire sistance à la discussion contradictoire ne crée pas un d’une conférence contradictoire, en matière religieuse. péril pour leur intelligence ou pour leur foi. Docti hoc Aussi, pour celte seule raison, de sérieux auteurs dé­ loco vocantur, non solum per/ecte litterati, sed omnes clarent-ils qu’il y a obligation d’éviter autant que pos­ qui capaces sunt talis doctrinae, el illi aliquo modo sible ces discussions publiques, d’autant que, trop student, quia hoc satis est ut ex auditione disputatio­ souvent, les champions de l’hérésie se montrent plus nis illis periculum non creetur. Suarez, ibid. difficiles et plus audacieux, quand ils se présentent b. Quan t il s’agit du vulgaire, des personnes simples pour discuter en public. C’est là une disposition natu­ et non instruites, il y a lieu de distinguer encore une rellement amenée par l’orgueil et la recherche de la double situation. faveur populaire. Hæc igitur omnia observanda sunt a. Tant qu'un peuple vit tranquille dans la simplicité ex hoc capite, ut licita sit disputatio. El ideo graves de sa foi; tant qu’il n'est pas travaillé par l'influence et auctores absolute dicunt regulariter hanc disputatio­ le prosélytisme des hérétiques, et qu'il demeure éloigné nem publicam cavendam esse, tum propter dicta, tum de toutes hésitations et de tout doute, il faut bien se etiam quia ipsimel hærelici disputantes solent hoc garder d’instituer devant lui, sous n’importe quel pré­ modo fieri duriores, et magis audaces, quando in pu­ texte, des controverses religieuses avec des hérétiques blicum prodeunt, propter superbiam el auram popu­ ou des infidèles. C’est l’avis formel de saint Thomas. larem quam valde amant. Suarez, ibid. A ut omnino non sunlsollicilali super hoc (/idem), sicut d) Dans la manière de discuter. — Pour qu’une in terris, in quibus non sunl infideles... In casu pericu­ controverse soit vraiment utile et par suite légitime, il losum est publice disputare de fide coram simplicibus : est nécessaire d'observer certaines conditions dans la quorum fides est firmior, quia nihil diversum audie­ manière même de discuter el dans les procédés qu'on runt ab eo quod credunt. El ideo non expedit eis ut y adopte. verba infidelium audiant disputantium contra fidem. a. D’abord, il faut prendre garde à éviter les pures Ibid. Ces fidèles simples el non instruits, si l'on discute discussions de mots, pour s’attacher aux choses et aux contradictoirement, devant eux el dans leur langue, les idées elles-mêmes. Primo observari debet ut sentent i vérités de la foi, apercevront sans peine les difficultés potius el rebus quam verbis agatur. Suarez, op. cil., qui se trouvent au fond de tous les mystères. Comme ils n. 15, p. 498. C'est ce genre de disputes verbales qiu· ont moins de facilité pour concevoir le mystère lui-même saint Paul veut voir éviter par Timothée, quand il lui et ses fondements surnaturels, il arrivera qu'ils seront écrit : « Evite les disputes de paroles, car cela ne sert portés vers l’erreur: du moins trouveront-ils que telle à rien, si ce n’est à pervertir ceux qui écoutent. · ou telle vérité est vraiment douteuse et justement dis­ I Tirn., n, 14. Et ici l'apôtre n’entend pas condamner 1745 CONTROVERSE toutes discussions, mais les discussions déréglées, comme sont celles où les disputes de mois l’emportent sur les débats d'idées : Apostolus non prohibet totaliter disputationem, sed inordinatam, quæ magis fit con­ tentione verborum quam firmitate sententiarum. S. Thomas, loc. cit., ad lum. b. Il Taut absolument s'abstenir de toutes paroles blessantes ou injurieuses. Car de tels procédés sont en eux-mêmes condamnables; ils sont indignes de chré­ tiens et surtout de chrétiens qui remplissent la noble mission de controversistes. De plus, ils sont de nature à empêcher tout le bon elïet qui peut résulter d’une explication ou d’une discussion sincère, loyale et digne. Maxime cavendum est a l'erbis contumeliosis et inju­ riosis, quia hoc et per se malum est, et indecens in homine catholico lam grave munus exercente, et præterea maxime impedire potest disputationis fructum. Suarez, ibid. c. La discussion doit être menée de telle manière que, réellement, le conlroversiste combatte, non la personne de l’hérétique opposant, mais bien son erreur. Il doit paraître qu’il ne cherche pas la confusion per­ sonnelle de son adversaire, mais qu'il veut uniquement lui manifester la vérité. Ila agendum est ut non con­ tra personam, sed contra errorem, nec ad confunden­ dum disputatorem, sed ad veritatem illi ostendendam agi videatur, ut recte dixit Hieronymus, lib. 1 contra pelagianos, circa medium : Non de adversario victo­ riam, sed contra mendacium quaeramus veritatem. Suarez, ibid. d. Enfin, il faut en tout procéder avec une parfaite modération, qui écarte la lenteur excessive comme le trop grand empressement. Denique, ail Naziamenus, dicta oratione xxvi, ea moderatione agendum esse, ut nec nimia tarditate, nec nimio fervore agatur, ex utroque, inquit, extremo sumendo quod utile est, ex priori mansuetudinem, et ex secundo zelum. Suarez, ibid. e. Sylvius ajoute qu'il ne faut pas manquer, dans ces conférences avec des hérétiques ou des infidèles, de prendre des secrétaires pour recueillir tous les actes et les débats. Déjà saint Augustin attachait une grande importance à cette organisation, et l’expérience a maintes fois prouvé qu’il y a là une sage précaution à ne jamais négliger. On voit par le long détail de toutes ces conditions la justesse de cette conclusion générale : c'esl que les conférences publiques et contradictoires, sur les questions religieuses, sont rarement légitimes. Car elles exigent un concours de circonstances si nombreuses et si déli­ cates qu'il est difficile, pour ne pas dire impossible, d’arriver à les réunir. Aussi bien, l’histoire atteste, nous l’avons vu, que les disputes de ce genre ne pro­ duisent guère d'heureux fruits, et que, pour toutes sortes de motifs, il est préférable pour les catholiques de ne pas s’y prêter. Déjà Tertullien, De praescriptioni­ bus, c. xiv sq., s’attache à prouver qu’il ne faut pas admettre les hérétiques à discuter sur la sainte Écri­ ture et il fait cette observation : In ipso vero congressu firmos quidem fatigant, infirmos capiunt, medios cum scrupulo dimittunt. P. L., t. it, coi. 28-29. Socrate constate aussi le fait historique de cette stérilité géné­ rale : Disceptantes non solum non reconciliare schis­ mata, sed potius hæreticos ad contentionem multo ma­ gis accendere. H. E., 1. V, c. x, P. G., t. lxvii, coi. 586. Voir une belle lettre de Constantin à ce sujet dans Eu­ sèbe, Vita Constantini, I. Il, P. G., t. xx, col. 1038 sq. Saint Bernard donne du fait une raison que nous avons indiquée ailleurs : Nec rationibus convincuntur quia non intelligunl, nec auctoritatibus corriguntur quia mm recipiunt, nec flectuntur suasionibus quia subversi sunt. Serm., lxvi, in Cant., P. L., t. ct.xxx, coi. 1100. Car s’ils aiment et recherchent les disputes, s’ils veulent coule que coûte y triompher, ce n’est pas 174G le souci de la vérité qui les inspire. Avec une extraor­ dinaire impudence et une ténacité pareille, ils ont la prétention de recueillir et de moissonner ce qu’ils n’ont pas semé : Non disputationem amant hæretici, sed quoquo modo superare impudentissima pertina­ cia, ut congregent quæ non pepererunt. Le mot est de saint Augustin, Contra l'austum, I. XV, c. xn, rapporté par Suarez, op. cit., n. 3, p. 494. A consulter : 1· Pour la définition : Nouveau Larousse illustré, v· Controverse, Paris, s. d.. t. m, p. 248; Kirchenlexikon, v· Disputation, t. m, col. 1833-1834 ; les théologiens cités plus loin. 2· Pour les controverses de saint Étienne : H. J. Crelier. Les Actes des apôtres, Paris, 1883, p. 75-76; L.-CI. Fillion, La sainte Bible, Paris, 1901, t. vu, p. 619-650; Knabenbauer, Com­ mentarius in Actus apostolorum, Paris, 1899, p. 116-117 ; Dic­ tionnaire de ta Bible de M. Vigoureux, art. Étienne (Saint)', P. Rose, Les Actes des apôtres, Paris, 1905, p. 54-67 ; 3· Pour les controverses de saint Paul : J. Knabenbauer. Com­ mentarius in Actus apostolorum, aux endroits cités des Actes; de même, L.-CI. Fillion, La sainte Bible, t. vu; H.-J. Crelier, Les Actes des apôlres, Paris, 1883; C. Fouard, Saint Paul, ses missions, Paris, 1892, p. 172-195, 196-210, 267-297, 485-505: S. E. Fretté, L’apôtre saint Paul, Paris, 1898, p. 5657. 65-71, 243-264 , 265-290. 291-318, 365-378; P. Rose, Les Actes des apôtres, p. 91, 17:1-183, 185-186; M·’ Le Camus, L’œuvre des apôtres, Paris, 1905, t. n; E. Beurlier, Saint Paul et l’Aréopage, dans la Revue d'histoire et de littérature reli­ gieuses, 1896, 1.1, p. 344-366. 4· Pour la controverse de saint Justin : P. Maran. Prxfatio ad opera S. Justini, part. Ht, c. vu. P. G., t. VI, col. 144-151 ; Freppel, Les apologistes chrétiens au tr siècle : Saint Justin, 19--21’ leçons, Paris, 1869, p. 375-446; ibid., Appendice, p. 449452; J. Fessier, Institutiones patrologiæ, §51, édit. B. Jungmann, Inspruck, 1890, t. i, p. 221-224; O. Bardenliewer, Les Pères de l'Église, § 16, trad. Godet et Verschaifel, Paris, 1898, t. t, p. 151-152. Voir Justin (Saint). I 5· Pour les controverses contre les donatistes : AUGUSTIN (Saint), t. i, col. 2277-2280. 2294-2296, où sc trouve rapportée toute la bibliographie augustinienne sur la question; Donat, Donatistes. 6· Pour les controverses avec les albigeois : Jean Guiraud, Saint Dominique, c. n, Paris, 1899, p. 19-52; Lacordaire, Œuvres, t. I, Vie de saint Dominique, c. IV, Paris, 1857, p. 177I 191 ; Jourdain de Saxe, Vie de saint Dominique, dans Quétif et I Echard, Annales ordinis prxdicatorum, t. i; R. P. Bahne, Cartulaire de saint Dominique, t. i; dont Vaissète. Histoire du Languedoc, édit. Molinier, t. vi ; Guillaume de Puylaurens, Chronique, 8; Pierre de Vaux-Cernay, Histoire de la guerre des albigeois, c. vi ; Acta sanctorum, 4 août; voir Albigeois, I t. I, col. 677-687. 7· En général, pour les colloques au temps de la réforme : I Ilergenrœther, Histoire de l’Église, trad Bvlet, Paris, 1891, t. V, où, après chaque article, l’auteur ajoute toujours une liste très abondante d'ouvrages à consulter et de remarques critiques; J. Janssen, L’Allemagne et la Réforme, trad. E. Paris, Paris, 1895, t. li-IV, où l’on trouvera aussi les indications bibliogra­ phiques les plus précieuses; Kirchenlexikon, v· Disputation, Fribourg-en-Brisgau, t. ut, col. 1833-1856; L. Pastor, Diekirchlichen Reunionsbestrebungen wiihrend der Regierung Karl's V, Fribourg-en-Brisgau, 1879 ; J. Dillinger, Die Reformation, Hire innere Entiuicklung und Hire Wirkungen ini Umfange des lutherischen Bckennlnisses, 3 vol.. Ratisbonne, 1846-1848; Raynaldi, Annales ecclesiastici, édit. Mansi, t. xn-xv. 8· Spécialement pour le colloque de Poissy : Ilergenrœther, op. cit-, VU· période, n. 184, t. V, p. 468-470; Kirchenlexikon, t. m, col. 1850-1851 ; Crétineau-Joly. Histoire de la Compagnie de Jésus, c. Vin, Tournai, 1846, t. i, p. 136-140; KlipITel. Le colloque de Poissy, Paris. 1867; Bohrbacher et Guillaume, Histoire universelle de l'Église catholique, 1. LXXt.V, § 5, Paris. 1882. t. X, p. 300-302, 651 ; Bossuet, Histoire des vas lu­ ttons, 1. IX. n. 91-104, Œuvres, édit. Lâchât, Paris, 1875, t. xtv. p. 395-407; Raynaldi, Annales ecclesiastici, édit. Mansi, n. 89, 99; Anquelil. Esprit de la Ligue, Paris, 1771, t. i, p. 86 sq. ; 9· Pour la conférence de Fontainebleau : J. Lévesque de [ Burigny. Vie du cardinal Du Perron, Paris, 1768; Férel. Le cardinal Du Perron, Paris, 1877; Du Perron, Œuvres, 3 in-fol . I Paris, 1622, et surtout le Traité du sacrement de l'eucharistie, en réponse à Du Plessis-Momay ; Du Plessis-Mornay, De in­ stitution. usage el doctrine du saincl sacrement de fewcharistie en l'Église ancienne, comment, quand, et par qu degrez la messe s'est introduite en sa place, en IV hv ss, 1747 CONTROVERSE — CONTUMACE in-4*,La Rochelle; Response h Vexamen du docteur Bulenger, par laquelle sont justifiées les allégations par luy prétendues fausses et vérifiées les calomnies contre la préface du livre De la sainctb euchatustie, par le sieur Dupuy, in-8·. La Ro­ chelle, 1600; Sommation du sieur Duplessis-Mortiay ù M*’ l'évesque d’Évreux, sur la sommation à lui faicte privément, in-8·, 1600; Discours véritable de la conférence tenue à Fontainebleau, in-8·, 1600; Response au livre publié par le sieur évesque d’Évreux, sur la conférence tenue à Fontaine­ bleau, le 4 may 1600, où sont traitées les principales ma­ tières controversées, in-4·, Saumur, 1612. 10· Pour le colloque de Montbéliard : Andréa, Acta colloquii Montisbetligardensis, Tubingue, 1587 ; Théodore de Bèze, Res­ ponsio ad acta colloquii Montisbelligardensis, Genève, 1587; Hergenrœther, op. cit., VII· période, n. 222, t. v, p. 528-529; Kirchenlcxikon, t. in, col. 1852-1853. 11e Pour les controverses de saint François de Sales : Histoire du Bienheureux François de Sales, par son neveu Charles Auguste de Sales, 2 in-8·, Paris, 1857; Œuvres complètes de S. François de Sales, 2· édit., 12 in-8·, Paris, 1862 sq. ; Hamon, Vie de S. François de Sales, 5* édit., Paris, 1875, et la biblio­ graphie indiquée dans la préface. 12· Pour la controverse récente sur la venue de saint Pierre à Rome : les actes officiels, Resoconto autentico della disputa avvenuta in Roma le sere dei 9 e 10 febbraio 1872 fra sacer­ doti cattolici e ministri evangelid intorno alla venu ta di S. Pietro in Roma, Rome, 1872; La venutadiS. Pietro in Roma dimostrata cogli spropositi che disse Alessandro Gavazzi nella sala dell* Accademia Tiberina la sera del 10 febbraio 1872. Per il professore D. Cataldo Caprara uno de' sei che accettarono la disputa, Rome, 1872; S. Pietro a Roma: Tre conferenze del P. G. M. Cornoldi d. C, d. G. Tenule alia chiesa del Gesù, Rome, 1872; Gustave Contestin, Saint Pierre à Rome, dans la Revue des sciences ecclésiastiques, mars 1872. avril 1873, t. xxv, p. 225-244; t. xxvir, p. 332-348, où l'on trouvera rapportée toute la bibliographie de la question; Florian Riess, Der hl. Petrus in Rom, dans Stimmen aus Maria-I.aach, l. n, p. 461-487; P. Martin, Saint Pierre, sa venue et son martyre à Rome, dans la Revue des questions historiques, 1873, t. xin, p. 5-107; 1874, t. xv, p. 5-92; 1875, t. xvni, p. 202-210; Kirchenlexikon, t. ni, col. 1855-1856; J. Chantrel, Annales catho­ liques, 1872, t. n, p. 20-23. 13* Pour les prescriptions canoniques : VI Decret., 1. V. tit. ir, De hæreticis. et tous les commentateurs de ce passage ; Ferraris, Prompta bibliotheca, v· Haereticus, η. 26, Migne, 1865, t. τν; Passerini, Commentaria in IV et V librum Sexti Decretalium, Venise, 1698, p. 42-46; Schmalzgi ueber, .lus ecclesiasticum uni­ versum, Rome, t. X. tit. vu, η. 44; ReifTenstuel, Jus canoni­ cum universum, I. V. c. x, η. 27; Suarez. De fide, disp. XX, sect. î, η. 9-13, Opera omnia, Paris, 1858, p. 496-497; Colle­ ctanea S. C. de Propaganda fide, Rome, 1893, n. 294, 1674, 302; Instruction de la S. C. des Aff. ecelé8. extraord. sur l’action populaire chrétienne ou démocratico-chrétiennc en Italie, 27 janvier 1902, n. 8; Victor Loiselet, Ce que pense l’Église des conférences contradictoires, Paris, 1905, p. 6-8. 14· Pour les conclusions morales : S. Grégoire de Nazianze, Orat., xxxii, De moderatione in disputationibus servanda et quod non sit cujusvis hominis nec cujusvis temporis de Deo disputare, P. G., t. xxxvi, coi. 173-212, le grand docteur y expose les règles les meilleures à observer dans les discussions doctrinales; S. Thomas, Sum. theol., Il* H·, q. x, a. 7, et ses commentateurs sur cet article, notamment Cajetan, et surtout Sylvius, Commentarii in totam IP- IP, q. x, a. 7, Anvers, 1697, t. ni, p. 60-61 ; les théologiens des xvr, xvn* et même du xvni· siècle, qui exposent longuement la question, à cause de son caractère pratique à leur époque. Comme saint Thomas, c’est dans leur traité de la foi qu’ils donnent leur solution, quand ils envisagent la communication ou les relations permises avec les hérétiques selon les uns, avec les infidèles selon d’autres, ou en général avec les ennemis de la foi. Grégoire de Valentia, De fide, disp. I, q. x, p. iv, Venise, 1608, t. m, col. 417-421 ; Fr. de Lugo, De fide, disp. XXII, sect, v, n. 128 sq., Venise, 1718, t. m. p. 396-398; Suarez, De fide, disp. XX, sect, i, Opera, omnia, Paris 1858, t. xn, p. 492-499 ; Billuart, Summa sancti Thomae, De fide, diss. V, a. 1, pet. 7, Arras, 1868. t. in, p. 256257; H. Toumely, Continuatio praelectionum theologicarum, De praeceptis decalogi, c. i, a. 1, sect, in, p. ni, § 2, conci. 1, Paris, 1743, t. v, p. 324-330; parmi les théologiens du xvir siècle, voir, au point de vue pratique, l'excellente méthode de contro­ verse de François Véron, intitulée : Methodus compendiaria sive brevis et perfacilis modus, quo quilibet catholicus, etiam scholis theologicis non exercitatus, potest solis Bibliis, sive Genevensia illa sint sive alia, et confessione fidei, religionis 1748 prætensæ ministrum evidenter mutum reddere et religionario cuicumque, quod in omnibus et singulis prætensæ reforma­ tionis suæ punctis errore teneatur, demonstrare; Véron éprouva lui-même l’efficacité de sa méthode, et, plus d'une fois, il lui arriva de réduire son adversaire au silence; les moralistes modernes, qui traitent la question à son endroit logique, comme leurs devancière, mais, en général, de façon beaucoup plus brève : P. Patuzzi. De præceptis fidei et de vitiis fidei oppositis, c. iv, § 3, dans Theologiæ cursus completus, Paris, 1862, t. vi, col. 630-631 ; J. Perrone, De virtutibus fidei, spei et caritatis, part. I, c. x, a. 1, Ratisbonne. 1865, p. 201-210; de tousles au­ teurs récents, Perrone est celui qui étudie la controverse avec le plus d’ampleur ; V. Jaugey. Prælectiones theologiæ moralis, De virtutibus theologicis, sect. i. part. Π. c. m, §3, n. 6, Langres, Paris, 1876, p. 184-186 ; E. Müller, Theologia moralis, I. II, lr. I, § 10, η. 7, Vienne, 1884, t. n, p. 45; P. Scavini, Theolo­ gia moralis universa, I. H, tr. VIII, disp. I, c. ni, a. 2. n. 841 Milan, 1882, t. n, p. 654-655; A. Lehmkuhl, Theologia moralis, Fribourg-en-Brisgau, 1896, t. i, n. 298, p. 187-188; E. Génicot, Theologiæ moralis institutiones, tr. V, sect. I, c. ill, § 2 η. 198, Louvain, 1898, t. i, p. 168; H. Holding, De praeceptis Dei et Ecclesiae, part. I, I. I, q. m, a. 3, n. 40, Inspruck, 1904, p. 41 ; Ad. Tanquerey, Synopsis theologiæ moralis et pastora­ lis, Tournai-Lille, 1905, t. u, n. 682, p. 387-388; quelques publi­ cations récentes : Capecelatro, Scritti vari e sociali, art. La polemica cattolica, Milan, 1873; E. Müller, Das verfanglic.he Warum, dans Linzer theol. praktische Quartalschrift, 1875, fasc. 4; L'ami du clergé, Tî avril 1905, p. 354-361 ; V. Loiselet, Ce que pense Γ Église des conférences contradictoires, Paris, 1905. H. Quilliet. CONTROVERSISTES. Voir Controverses. CONTUMACE. Étymologiquement le terme contu­ mace vient du mépris, a contemnendo, que l'on professe pour quelqu’un. Dans un sens plus précis, ce terme présente deux significations bien distinctes, selon les deux situations différentes auxquelles il s’applique. Lorsqu’on parle de la contumace requise par le légis­ lateur pour qu’une censure soil infligée à un délinquant, cette expression juridique a un sens actif; elle signale, en effet, l’obstination du coupable qui, ayant conscience de la responsabilité qu'il encourt, s’obstine à passer outre aux prescriptions ou aux prohibitions du législa­ teur. Aussi les canonistes définissent la censure : une peine médicinale, spirituelle qui frappe le contumace. Voir t. n, col. 2114, 2115. Dans la seconde acception, la contumace est en quelque sorte une résistance pas­ sive qui est opposée au jugement du législateur. Le prévenu fait défaut à l’audience, il ne se présente pas devant le tribunal. Celte distinction se trouve indiquée même dans les Décrétales qui signalent la censure por­ tée pour obstination dans le mal, quia videlicet jussus noluit maleficium emendare; et celle infligée à qui refuse de comparaître sur citation du juge : citatus stare noluit juri. — Nous examinerons ce terme juri­ dique sous ce double aspect. L Contumace requise pour encourir les censures ecclésiastiques. — 1° Conditions requises de la part du délinquant. — Le législateur ecclésiastique requiert dans le coupable qui est passible d’une censure, la connaissance de la loi et celle de la sanction qui l’accompagne. La raison de cette décision, c’est que la censure ecclésiastique est principalement médicinale, c’est-à-dire destinée à prévenir le délit, ou à provoquer la résipiscence du coupable, en l’empêchant de s'en­ durcir dans le mal. Mais dans quelles conditions peut se produire la contumace ou le mépris de la volonté du législateur? 1. Généralement, on requiert, pour l’application de la censure, que le coupable connaisse l’opposition de son acte non seulement avec le droit divin, mais avec le droit ecclésiastique. En effet, la censure étant de droit positif ecclésiastique, le mépris de l’autorité de l’Église ne peut exister qu’à condition de connaître les prescriptions de ce pouvoir. C’est la violation formelle de ces lois qui seule peut créer la contumace. Pour la 1749 CONTUMACE mime raison, il faut que le coupable connaisse, non seulement la loi promulguée par l’Église, mais encore la sanction dont elle a cru devoir l'appuyer. Comment, en effet, accuser quelqu'un délre contumace, c’est-àdire de ne pas tenir compte d une censure qu’il ne connaît pas? 11 résulte de là:a) que l’ignorance invincible, qui est la base de la bonne foi, exempte de toute censure. Peu importe que cette ignorance soit antecedente, ou concomitanle. L’ignorance antécédente est celle qui pré­ cède l’acte dont on ne soupçonne même pas la malice spéciale. Ainsi, quelqu'un se porte à des voies de fait contre un ecclésiastique, dont il ignore absolument le caractère sacré, il n'encourt pas l'excommunication, à raison de l’ignorance de fait invincible et antécédente. Il en serait de môme, dans le cas d’ignorance de droit. Ainsi, un rustre porte la main sur un religieux qu’il sait être tel; seulement, il ignore complètement la sanction attachée par l’Église à la violence exercée contre les ecclésiastiques de tout ordre. La censure ne l'atteint pas, parce que encore les conditions de la contumace ne se réalisent pas. b) La même solution s’impose à l’égard de qui serait disposé à frapper le clerc, lors même qu'il connaîtrait cette qualité, bien qu’il l’ignore dans l’espèce. Les cen­ sures étant d’interprétation stricte, on ne trouve pas une contumace suffisamment caractérisée dans le cas d'ignorance concomitante. Toutefois, si le perçussent' se déclarait hautement prêt à frapper la personne, lors même qu'elle appartiendrait à l’ordre ecclésiastique, le mépris serait formel. c) La connaissance que l’on doit posséder de la loi et de la sanction n'est pas telle, que le coupable doive savoir à fond toutes les conséquences de son acte de désobéissance. Si cela était, rarement se réaliseraient les conditions de la contumace. Il suflit que le délin­ quant sache d'une façon générale, que l'acte qu'il com­ met est interdit par l’Eglise, sous peine d’encourir des pénalités. 2. Toutefois, il y a certaines clauses de droit, qui requièrent d’une manière plus spéciale la connaissance de la loi, pour que le délinquant puisse être déclaré contumace, ou en étal de désobéissance formelle. a) Ainsi il y a de nombreuses dispositions législa­ tives, qui sont accompagnées de ces incidentes ou de leurs équivalents : si scienter consulto fecerit. Dans ce cas. que l'ignorance soit invincible, vincible, crasse ou affectée, pourvu qu’elle existe réellement, la contumace disparait; le législateur exige en eflet, d’une façon catégorique, la connaissance de la loi, déclarant qu’il ne veut appliquer la sanction qu’à un délit commis à bon escient. b) Si la disposition est libellée en ces termes : temere agentes, ausu temerario procedentes, facere prtvsumenles, les commentateurs concluent ainsi : si l’ignorance est crasse, plate, crassa aut supina, on ne peut dire que la contumace existe, puisque la lettre de la loi exige la présomption, la témérité. Or l'igno­ rance crasse, provenant de la négligence coupable de s’instruire, n’est guère compatible avec la notion de témérité et de présomption. Ces concepts s’excluent mutuellement. On pèche en négligeant de s’instruire, mais on ne viole pas une loi qui requiert dans le dé­ linquant la témérité. Mais si l'ignorance est affectée, affectata, les auteurs admettent l’existence de la contu­ mace suffisante pour rendre passible de la censure. Dans ce cas, en effet, il y a une malice spéciale qui brave la loi. On dédaigne de prendre connaissance des dispositions du législateur, soit parce qu'on méconnaît son autorité, soit parce qu’on présume qu'elle impo­ sera des obligations difficiles qu’on ne veut pas assu­ mer. Pour être indirecte, la désobéissance est bien circonstanciée; la contumace existe. 1750 c) Eu l’absence de toute clause, l’ignorance légère­ ment coupable enlève toute contumace. La déso­ béissance ne revêt pas, dans ce cas, un caractère grave, d'après tous les théologiens. Quelques moralistes vont même plus loin. Ils distinguent entre l'ignorance gra­ vement coupable et l’ignorance crasse. Ils ne nient pas l’existence de la contumace dans cette dernière, puisque le législateur s’est prononcé sur ce point. Ligari nolumus ignorantes, modo tamen ignorantia crassa non fuit aut supina. Mais en supposant une ignorance gravement coupable, distincte néanmoins de l’ignorance crasse ou affectée, ils veulent exempter de la censure les fautes commises par suite de l’igno­ rance, même gravement coupable. Les partisans de l’avis opposé répondent qu'il est bien difficile ou même impossible de nuancer, en pratique, l'ignorance grave­ ment coupable et celle qui est appelée crasse. Suarez, saint Alphonse de Liguori, etc., rejettent cette distinc­ tion qui enchevêtre encore une question déjà assez compliquée, et qui divise les canonistes et les théo­ logiens. 3. Une crainte grave peut également faire disparaître la contumace, ou la diminuer de façon à écarter l’appli­ cation des censures. Non incurrit censuram qui legem transgreditur ex gravi metu, licet quandoque mm excusai ur a gravi culpa : quia non censetur con­ tumax. S. Liguori. De censuris, 1. VU, dub. tx. n. 7. En effet, dans ces circonstances, celui qui enfreint la loi n'agit pas par mépris, mais bien sous la pression de la crainte. Il est de principe qu’une loi humaine n'oblige pas devant l’appréhension d'un dommage grave : on ne saurait davantage encourir la censure qui y est annexée, en semblable occurrence. Lorsqu’on se trouve dans l’impuissance morale d’observer un précepte imposé sous peine de censure, on n'encourt pas cette pénalité, parce qu’il n'y a pas contumace. De même, on ne peut infliger une censure, pour faute commise antérieurement, à moins que les mauvaises et persistantes dipositions du délinquant, la raison du scandale produit, ou un refus de restitution ne justifient la mesure du supérieur. En pareilles cir­ constances, les théologiens requièrent la contumace rigoureusement constatée, lorsqu’il s’agit du for in­ terne; pour le for externe, ils se contentent de la contumace présumée. 4. Les auteurs se sont demandé s’il y aurait contu­ mace dans le cas ou quelqu'un ratifierait un attentat frappé de censure. D'après les anciennes décrétales il faudrait recourir à une distinction. Si quelqu'un ratifie un acte semblable, par exemple, une agression contre un clerc, qu'il aurait commandée, la malice de l'acte et de la ratification s'unissent pour compléter la con­ tumace. Si la ratification vise une agression qui n’au­ rait été ni conseillée ni commandée, il y aurait culpa­ bilité à la ratifier, mais les éléments de la contumace requis pour encourir l'excommunication n’existent pas. Cum quis absque tuo mandato manus injecit in cleri­ cum tuo nomine violentas, si hoc ratum habueris, excommunicationem... incurris : ratihabitio retrotrahalur et mandato debeat comparari. Sivero injectio eadem tuo nomine non sil facta, tunc licet pecces ratum habendo eamdem, non tamen propter hoc excommunicationis ullius vinculo innodaris; cum quis ratum habere, nequeat quod ejus nomine non est ge­ stum. VI Decret., I. V, tit. xi, c. 23. Les commentateurs concluent de là, que la contumace nécessaire pour encourir la sanction se réalise : a. lorsque la ratification a lieu pour un acte qu’on a commandé ou conseil l·. b. lorsque la ratification a été formulée en termes exprès; c. lorsque l'acte a été commis à une époque où le mandant était aple à le prescrire ou à le conseiller; un dément n'est pas responsable. Serait-il cons · : comme contumace, par conséquent en rébellion cor — 1751 CONTUMACE la loi, celui qui rôt raclerait l'ordre ou le conseil donné pour outrage infligé à un clerc? Certains auteurs l'affirment sans réserve aucune, parce que, prétendentils, eet ordre ou ce conseil indue toujours sur l’exécu­ teur. D’autres se prononcent en sens contraire, parce que, disent-ils, l’Église ne frappe de censure que le contumace; or. dans la circonstance, il n'y a pas de violation formelle de la loi, ou. du moins, la transgres­ sion est matérielle, l'ordre ayant été rétracté avant l'exécution. Ils étendent cette conclusion, même au cas ou la rétractation n'a pu arriver à la connaissance de l'exécuteur, malgré les diligences faites par l’intéressé : dum postea evenit Ixsio, ille non est contumax. S. Al­ phonse de Liguori, I. VH, De censuris, n. 40. 5. Les théologiens admettent généralement que la contumace, c'est-à-dire la violation consciente de la loi, est requise pour être passible de l'excommunication, de la suspence et de l'interdit. L’accord entre eux n'est pas aussi complet lorsqu'il s’agit de l'irrégularité. Evi­ demment il ne peut être question, puisqu’il s'agit de contumace, que de l’irrégularité ex delicto. a) Les uns déclarent que la connaissance de la loi. el par suite la contumace, n'est nullement nécessaire pour, être soumis à l’irrégularité : il suffit que le cou­ pable ait conscience de la faute commise. Leur motif est. que l’Église par celle sanction veut châtier les vio­ lateurs de la loi divine el de la loi ecclésiastique ; puis, ajoutent-ils, les délinquants savent que toute faute entraîne une répression : qui vult antecedens vult etiam consequens. La seconde opinion, beaucoup plus généralement adoptée, requiert la contumace pour appliquer l’irrégularité ex delicto. Les partisans de ce sentiment s’appuient sur lec. Proposuisti, dist. LXXX II, d’innocent 1er, déclarant que les clercs incontinents, qui ignoraient le décret de déposition porté contre eux, n'étaient pas passibles de cette peine. La seconde raison est que lorsque l’Église sanctionne une prohibition divine, elle établit une loi nouvelle dont la connais­ sance est indispensable à ceux qu’on accuse de l'avoir violée. Ceux-ci ne sauraient enfreindre un précepte qu’ils ignorent, ils pèchent contre la loi de Dieu, mais non contre la loi de l’Église. b) La même divergence d'opinions se produit quand il est question, non seulement de la nécessité de la connaissance de la loi, mais de celle de la sanction elle-même. Un premier système pose en principe que, pour encourir l’irrégularité ex delicto, la connaissance de la sanction n’est pas requise, par conséquent, on est soumis à cette peine, sans qu’il y ait contumace; d’après cela, l’irrégularité est simplement une inhabi­ lité qui rend le prêtre impropre au ministère des autels. Ils déclarent encore que celui qui pose la cause doit en subir les conséquences. Les partisans du second système exigent, au contraire, la connaissance même de la peine, pour que le coupable y soit soumis. L’irré­ gularité ex delicto est infligée comme châtiment d’un crime. Or, pour encourir une sanction aussi sérieuse que l'irrégularité, il est indispensable que le délin­ quant sache à quoi il s’expose et s’obstine à braver la loi. Si, à la rigueur, on peut, en justice, imposer une peine ordinaire â un délinquant qui ignore la sanction attachée à un acte coupable, il n’en est pas ainsi pour l’application de l’irrégularité qui entraîne de très graves conséquences. 2° Conditions requises de la part du supérieur. — I. Le supérieur doit posséder juridiction sur le cou­ pable qu’il veut censurer. La raison en est manifeste. D'après les principes généraux, on ne peut désobéir à qui n'a pas droit de commander. Extra territorium jus dicenti non paretur impune! Dans cette circonstance, il ne peut y avoir de contumace. Il est superflu de rap­ peler que si, par exemple, les évêques et les autres chefs inférieurs au souverain pontife ont leur juridic­ 1752 tion limitée, le pape la possède pleine et entière sur les fidèles de toute la catholicité; par suite, il peut atteindre les réfractaires partout ou ils se trouvent. Voir t. it, col. 2127. 2. Il est requis de droit naturel, que le sujet soit suffisamment prévenu avant qu'une censure lui soit infligée. Le supérieur doit remplir cette obligation, d'après de nombreuses dispositions du droit positif, concernant l’excommunication, la suspense et l'inter­ dit. Debet esse provisum ut vindictam admonitio præeedat. Il Decret., caus. xu, q. u, c. 21. Pour consti­ tuer la contumace, le refus d’obéissance, il est néces­ saire que le législateur fasse connaître sa volonté. — a) Néanmoins, cette règle s’applique différemment aux censures a jure et à celles ab homine. Les premières sont promulguées comme des lois; aussi leur caractère public et permanent sert de monition perpétuelle. Les très rares exceptions, que le droit spécifie, confirment cette règle générale. — b) Quant aux censures dites al> homine, si elles sont portées d'une façon générale pour prévenir les délits futurs, on les considère encore comme des lois; les commentateurs ne requièrent pas pour elles une monition particulière ; ces dispositions portent avec elles leur mise en demeure. En y contre­ venant,on fait preuve manifeste de mauvaise volonté.— c) Mais quand il s’agit de censures ab homine, portées à raison de délits passés, la notification est indispen­ sable. Ainsi celui qui s’obstine à violer la loi, à refuser réparation ou restitution, ne peut être frappé de cen­ sures sans monition. A ce cas s'applique la règle du droit, VI Decret., 1. V, tit. xi, c. 5, qui interdit de frapper quelqu’un d’excommunication, lam specie quam in genere, sans avertissement. Il est tellement admis qu’un homme ne saurait être frappé sans avis préalable que le souverain pontife lui-même est tenu, de droit ordinaire, à cette procédure. Il ne pourrait s’en affranchir qu’exceptionnellement et pour motif grave, lorsque la contumace est par ailleurs notoire. — AT. 1S-1~6'>. t. I. p. 525. Les « élides règles pour prévenir les écarts des convulsion­ séens » honoraient le prophète Élie en la personne naires. Mais ceux-ci ne voulurent pas s'y astreindre. La d’un prêtre appelé Vaillant. division se mit alors dans le parti. Les convulsionnisles Un autre attrait, c'étaient les extases, les discours admiraient toutes les manifestations et les rapportaient des improvisateurs et des prophètes, soit en français, I toutes à Dieu. Les discernants voulaient qu'on fit un manifestement exalté et déséquilibré fut offerte à Louis XV et valut à son auteur un internement à la Bastille, puis à Valence. Il n’en continua pas moins ses extravagantes publications qui furent désavouées et ré­ futées par les jansénistes eux-mémes, tels que l'abbé des Essarts, dit Poncet, et le docteur Hecquet. Un déiste, converti au protestantisme, lord Georges Littleton, qua­ lifie ainsi ces prodiges: « Ne vous imaginez pas que la vertu émanée du corps du bienheureux Paris ait la force de ressusciter les morts, de rendre l'ouïe à un sourd, de faire marcher un cul-de-jatte;... non, c’est un abbé Bescherand qui, couché sur le tombeau, saute à se briser les os, et dans des accès convulsifs, fait le saut de carpe sans se faire de mal... Ce sont des fous qui avalent des charbons allumés, qui gobent comme pê­ ches, cailloux gros comme le poing, que l’on frappe des demi-heures sans qu’ils paraissent le sentir, qui souf­ frent dix hommes marchant sur leur ventre... Les jansénistes ne se font pas honneur de vouloir s’accré­ diter par des voies aussi frivoles et des moyens si oppo­ sés au caractère de la religion. » Cependant les scènes inouïes de Saint-Médard y attiraient un tel concours que, le 27 janvier 1732, le cimetière fut fermé, par ordonnance royale, avec dé­ fense de l’ouvrir sinon pour les enterrements; des gardes furent placés tout autour. L'opinion s’irrita hau­ tement; sur le mur, un mauvais plaisant écrivit la phrase bien connue : 1761 CONVULSIONNAIRES — COOPÉRATION 17G2 discernement de ce qui venait de Dieu et de ce dont le menteni nobis veni t, jansenianorum, per simulationem démon pouvait être l'auteur. Le second parti avait à sa pietatis jactare se volentium in Ecclesia, quam gra­ trie les évêques de Montpellier et de Senez, et les viter superbiam Deus perculerit, et peslilenlissimæ abbés Boursier et d’Ètemare. Mais il ne pouvait donner seclæ conatus ad hæc dedecora tandem rediisse permi­ des règles suffisantes de discernement. Le 7 jan­ serit. Bref à l'évêque de Sariat du 19 novembre 1764. vier 1735, trente docteurs de Paris, du nombre des Quoi qu'il en soit, aucun de ces phénomènes ne peut appelants, signèrent une Consultation sur les convul­ être attribué à l’intervention de Dieu ou des bons anges; sions. Ils ne pouvaient attribuer immédiatement à Dieu aucun de ces soi-disant prodiges ne présente les garan­ toutes les convulsions; ils rejetaient les prophéties des ties d’éclatante vérité, de moralité indiscutable, de convulsionnaires, condamnaient les secours et les gravité pleine d'une imposante simplicité, aucun ne épreuves, blâmaient les discours, les usurpations des semble le témoignage d'une volonté et d’une sagesse fonctions hiérarchiques, les tableaux mouvants et par­ toutes divines, tels qu'apparaissent toujours les actes, lants et pensaient que, si les guérisons étaient réelles, les paroles, les souffrances extraordinaires des saints elles ne pouvaient être attribuées qu'à un agent fort canonisés par l’Eglise catholique. D'ailleurs, loin de distingué de Dieu. D’autres appelants n'admettaient servir la cause du jansénisme, leur résultat le plus clair même pas le mélange du divin et du diabolique et fut de jeter le trouble dans les consciences, d’exciter étaient nettement anliconvulsionnistes. Les convulsionles railleries des philosophes et des incrédules qui, nistes répondirent à la Consultation, et la lutte fut vive dans leurs sarcasmes, les confondirent de parti pris dans le parti. Les écrits se multiplièrent pour ou contre avec ceux de l’Evangile lui-même. « Plus on creuse les les convulsions. Il se forma des sectes fanatiques : les matières religieuses, écrit Barbier à propos du diacre augustinistes, partisans d'un Augustin Coz, les vaillanParis, et plus on voit l’incertitude des miiacles reçus tistes, qui suivaient un prêtre du diocèse de Troyes, par l’Église, qui se sont établis dans ces temps reculés Vaillant, qui prétendait être le prophète Élie, les montavec aussi peu de fondement que ce qui se passe aujour­ geronistes, qui reconnaissaient le conseiller Montgeron d’hui sous nos yeux. » Journal, 2e édit., Paris, 1857, pour un écrivain manifestement inspiré de Dieu. I t. n, p. 363. C’est ainsi que les extravagances des conLes extraordinaires manifestations jansénistes se ( vulsionnaires, en même temps qu'elles satisfirent la produisirent à Paris jusqu'à la Révolution, et d'illustres frivole curiosité de la fin du xvili' siècle, causèrent le personnages, pousses par leur corruption ou leur scep­ plus grand tort à l'antique foi de la nation française à ticisme, voulurent les contempler. C’est ainsi que La la veille de la Révolution. Condamine et d’Alembert racontent tout au long des I. Sources. — Barbeau de la Bruyère, Vie de M. François scènes de crucifixion dont ils furent les témoins. Paris, diacre, in-12, Paris, 1731; Relations des miracles de En résumé, l'ensemble des faits attribués aux con­ saint Pàris, Bruxelles, 1731 ; Boyer. Vie de M. François de vulsionnaires de Saint-Médard constitue un épisode Paris, in-12, Bruxelles-Paris, 1731 ; Barthélemy Doyen, Vie de .11. de Paris, diacre, in-12. Paris, 1731 ; augmentée par Goujct, fort curieux de l'histoire du jansénisme français. IL Appréciation de ces faits. — Un peut admettre 1733-1713; Carré de Montgeron, La vérité des miracles opérés qu'un certain nombre de ces phénomènes sont des par l'intercession de M. de Pàris et autres appelants, démon­ contre M·· l’archevêque de Paris, in-4", Paris. 1737; le contrefaçons inspirées parle désir d’attirer des adeptes trée 2· vol. parut en 1741 sous ce titre ; Continuation des démon­ â la secte, ou encore pour obtenir aux prétendus mira­ strations des miracles, avec des observations sur les convul­ culés les faveurs matérielles des jansénistes; que sions, in-4; un 3· vol. suivit en 1748; une réfutation en fut faite beaucoup de détails ont été exagérés et faussés par en 1749 : Illusion faite au public par la fausse description que M. de Montgeron a faite de l’état présent des convulsion­ l'exaltation ou les idées préconçues de leurs témoins. Il semble néanmoins que plusieurs des soi-disant pro­ naires; Suffrages en faveur de M. de Montgeron, in-12, 1749; diges accomplis par les convulsionnaires restent encore Abrégé des S volumes de Montgeron sur des miracles de M. de Pàris, 3 in-12, 1799; La Taste (dom Louis, bénédictin, â peu près inexplicables par une cause naturelle : ainsi évêque de Bethléhem), Lettres théologiques sur tes convulsion­ dom La Taste affirme que, quand on présentait des naires, 2 in-4·, Paris, 1733-1740; Recueil de littérature, de phi­ reliques du diacre Paris soit à des enfants, soit à losophie et d’histoire, Amsterdam, 1730; Littleton, La religion d'autres personnes qui ne pouvaient s'en douter, même chrétienne démontrée par la conversion de l'apostolat de a des gens endormis, cette application suscitait chez saint Paul, 1747, trad, franç. par Guenée, in-12. Paris, 1754; eux des convulsions; aussitôt les reliques ôtées, les Bernard Picart, Cérémonies et coutumes religieuses de tous les peuples du monde, Amsterdam, 1736, t. IV ; D' Hecquet, Le convulsions disparaissaient. La femme Thévenet, toujours des convulsions, dans les maladies de l'épidémie d'après La Taste, s’élevait parfois dans les airs, à sept 1 naturalisme convulsionnaire, Paris, 1733; Barbier, Journal de la Régence on huit pieds de hauteur, tandis que ses jupes et sa et du siècle de Louis XV, 11184163, 1842 ; 2· édit., 1857. chemise se repliaient d'elles-mémes sur sa tète; elle II. Travaux. — Picot, Mémoires pour servir à l’histoire emportait même, à trois pieds de terre, deux personnes ecclésiastique pendant te xvnr siècle, 3' édit . Paris, 1853, t. u, p. 333-336, 352-356, 375-387; 1854, t. Ht, p. 4-6; Grimm, Corres­ qui pesaient sur elle de toutes leurs forces. Faut-il admettre, comme le prétend La Taste, l’intervention pondance, 1759-1761; P.-F. Mathieu, Histoire des miracles et des convulsions de Saint-Médard, Paris. 1864; llipp. Blanc, Le du d'mon dans ces derniers cas, et d’autres aussi merveilleuse dans le jansénisme, Paris, 1865; Richer. Études bizarres, en particulier dans ceux d’incroyable anes­ cliniques sur la grande hystérie, appendice, hystérie dans thésie soulagée p:ir les grands secours, il semble pour­ l’histoire, sect, lit, p. 866 sq.: Waffelaert. Convulsionnaires; tant qu’ils présentent une grande analogie avec nombre dans le Dictionnaire apologétique de la foi catholique do de faits aussi extraordinaires dus à des causes qu’on Jaugey, Paris, s. d. (1889), col. 628-642. L. Lœvenbri ck. peut ramener actuellement à la prestidigitation, â COOPÉRATION. — I. Définition. 11. Moralité. i occultisme, au spiritisme, au magnétisme et surtout III. Obligations qui en résultent. a l'hypnotisme. I. Définition. — On désigne sous le nom générique Il est évident, en effet, que la plupart des actes des onvulsionnaires sont d'une origine purement natu­ de coopération toute participation â un acte mauvais relle; ils proviennent soit de l’hystérie, soit d'un état que le prochain accomplit par sa propre détermination, morbide se ramenant à une même cause nerveuse. Le sans qu'on l'y ait soi-même aucunement porté par un scandale direct ou indirect. Cette participation est effec­ pape Clément XIII pensait que beaucoup de ces mani­ festations aussi impies qu’absurdes étaient le résultat tive ou non suivant qu'elle exerce ou non une r'elle naturel de l'aveuglement dont Dieu avait frappé une causalité, au moins partielle, sur l’accomplissement de l’acte du prochain. Le scandale et l’omission de la cor­ secte qui avait affecté surtout les dehors de l'austérité rection fraternelle, constituant la coopération non eilêcet de la sainteté : quas fæclitales cum legeremus, in 111.-56 Ota. DE TUÉOL. CATH0L. 1763 COOPÉRATION tive, purement occasionnelle ou simplement négative, seront l'objet d’articles spéciaux. Nous n’étudierons ici que la coopération effective ou coopération proprement dite que l’on définit strictement au point de vue théo­ logique : toule participation effective à l’acte mauvais du prochain déjà déterminé à agir. 1» Cette participation effective s’exerce par le com­ mandement, le conseil, le suffrage, l’approbation ou la protection, ou même par le laisser faire sciemment et coupablement donné â une mauvaise action ou enlin par le secours ou appui matériel fourni pour son accom­ plissement. Ainsi, à ces divers litres, coopèrent à d’in­ justes entreprises financières, les directeurs qui les commandent, les conseillers qui les votent ou les ap­ prouvent, les écrivains qui les louent ou s’en font les propagateurs et les employés subalternes qui aident sciemment à leur exécution. 2° La causalité effective est immédiate, si l’on parti­ cipe à l’action même du prochain, par exemple un as­ sassinat ou nn vol, ou si on la fait avec lui. La coopé­ ration m< diale, sans concourir à l’acte même du prochain, fournit des moyens qui, par leur nature ou grâce aux circonstances, exercent sur l’acte une véri­ table causalité; tels ceux qui aident à l’impression de livres ou de journaux mauvais, soit d'une manière éloignée en fournissant le local ou les matériaux, soit d’une manière prochaine en plaçant les caractères. La coopération médiale est éloignée ou prochaine suivant le degré d’efficacité des moyens ou leur connexité plus ou moins grande avec la fin à réaliser. Parfois même fournir des moyens un peu éloignés peut assez, facile­ ment devenir une coopération prochaine, quand de fait ils ne seraient fournis par aucun autre et que sans eux l'acte n’aurait point lieu. La distinction pratique entre ces deux modes de coopération importe grande­ ment pour la question de licéité morale. 3" Suivant l’intention du coopérant la participation est formelle ou materielle. Elle est formelle et toujours coupable, quand l’intention se porte sciemment sur l’action mauvaise du prochain ou sur un avantage ou une satisfaction que l’on ne peut obtenir que par elle. La coopération est simplement matérielle, quand le coo­ pérant, sans s'associer aucunement au péché du prochain, concourt à son acte uniquement en vue de l’effet bon qu’il en attend et pour des raisons dignes d’approbation. Avec ces restrictions elle peut être permise moyennant quelques conditions que nous étudierons bientôt. 4° Au point de vue de la responsabilité morale, la coopération peut être strictement injusteou simplement illicite. La première, étant une participation effective à quelque injustice, est elle-même une injustice formelle, toujours soumise, suivant l’étendue et le degré de son efficacité, aux strictes obligations de restitution ou de réparation équivalente. La coopération simplement illi­ cite, n'étant habituellement en soi qu'une violation de la charité, entraîne seulement l'obligation de satisfaire aux conditions de repentir et de ferme propos exigées pour l’absolution, toutefois avec le devoir de réparer le scandale, s'il y a lieu, ou d’observer les prescriptions ecclésiastiques destinées à empêcher toute rechute et à réparer le passé. Nous examinerons séparément la ma­ lice de ces deux coopérations, et les obligations qu'elles imposent. 11. Moralité. — t. malice de la coopération for­ melle STRICTEMENT INJUSTE OU SIMPLEMENT ILLICITE. — 1» S urces de cette malice. — 1. La malice de la coo­ pération formelle strictement injuste provient de ce que toute participation effective, consciente, volontaire et efficace â une injustice accomplie par le prochain est elle-même une injustice dans l’exacte mesure de sa causalité mauvaise. Ce principe s'applique strictement à lu double hypothèse d'une coopération injuste, posi­ tive ou négative. 176ί a) Dans l’hypothèse d’une coopération positive à une injuste damnification ou à une injuste détention du bien d'autrui, il n'est point douteux que la causalité mau­ vaise, quel que soit son mode d’opération, moral ou physique, immédiat ou médiat, principal ou secondaire, constitue un péché formel d’injustice, dés lors qu'elle est certaine et qu’elle s’accomplit avec l’adviTlance et le consentement suffisants. Si elle était douteuse et que l'acte ne fût point encore accompli, l'on ne pourrait agir légitimement, à moins d'acquérir directement ou indi­ rectement une certitude suffisante de la non efficacité mauvaise. Mais après l’acte accompli avec bonne foi ou ignorance invincible de l’injustice commise, le confes­ seur peut être autorisé à ne point troubler celte bonne foi, si le pénitent a pour lui des raisons assez, valables et que la monition présente d'assez graves difficultés, toute crainte de scandale étant d'ailleurs écartée. b) Dans l’hypothèse d’une coopération négative ayant une efficacité vraiment injuste et très déterminée, on est également responsable de toute l'injustice causée. Il est vrai qu'en principe, en dehors des questions de justice, une coopération simplement négative n’enlraine la responsabilité d’aucune faute particulière commise par le prochain. Mais il n’en est point de même en matière de justice, dans les cas où le devoir d’empê­ cher ou de réprimer l’injuste action du prochain est très strict et très déterminé. La coupable omission d'un tel devoir, accompagnée d’une suffisante prévision et volition du dommage, étant une injuste coopération vraiment efficace, entraîne toutes les obligations impo­ sées par la vertu de justice. Tel est le cas d'un si rviteur ou employé particulièrement chargé, en vertu d'un contrat tout spécial, de la surveillance ou de la garde d’un bien déterminé. Lehmkuhl, Theologia moralis, t. I, n. 1013. c) A l’injustice formelle peuvent se joindre acciden­ tellement les malices spécifiques du scandale, de la désobéissance formelle aux lois de l’Église ou du sacri­ lège. Toutefois le sacrilège proprement dit, supposant toujours une réelle injustice, peut ne point exister dans certaines coopérations purement matérielles et secon­ daires ou l’Église, pour de graves raisons d’ordre privé ou public, pourrait être présumée céder son droit, comme tout propriétaire est censé le faire en pareil cas pour éviter à quelque coopérant forcé un mal très grave. Wall'elaert, Elude sur la coopération au mal, 2e édit., Bruges, 1892, p. 67 sq. ; dom Bastien, Des cen­ sures gui atteignent la liquidation des biens ecclésias­ tiques et des congrégations religieuses, Paris, 190i>. p. 36 sq. De même il n’y aurait point désobéissance formelle aux lois ecclésiastiques si l’Eglise, pour de très graves raisons, déclarait qu’elle tolère une coopépération purement matérielle et secondaire à l’inique spoliation de ses biens. En fait, les récentes instructions pontificales (1906) sur l’application de la loi de sépara­ tion en France indiquent plusieurs tolérances de ce genre. Pour ce qui concerne les présidents, trésoriers et autres personnes préposées à l'administration et à la garde des biens ecclésiastiques, si l’ordinaire juge, d'après les circonstances particulières, que le refus des clefs entraînera pour ces personnes de graves dom­ mages, il pourra, après avoir examiné la queslion en conscience et devant Dieu, tolérer que ces personne-, après avoir explicitement protesté contre la violenc qui leur est faite, laissent les clefs in propriis locis, sans fournir aucune autre aide, ou sans souscrire aucun acte de la spoliation accomplie. On peut également tolérer que des fonctionnaires du gouvernement acceptent la charge d'administrateur sé­ questre, dés lors qu’ils ne peuvent réellement refuser sans s’exposer au danger de subir de graves dommages . mais l’on doit empêcher l’étonnement des fideles et il a· parvient à l'évéque de déterminer ce qui est néces­ 1765 COOPERATION saire pour cette fin. On permet enlin que les locataires des biens ecclésiastiques détenus par l'administrateur séquestre en vertu de la loi de confiscation puissent payer à celui-ci le prix de location quand le contrat ne peut être résilié sans un grave dommage pour le loca­ taire. Canoniste contemporain, janvier 1907, p. 53. 2. Pour la coopération simplement illicite, la malice formelle existe dans chacune des circonstances sui­ vantes : a) Quand la volonté du coopérant s’associe directement à l’œuvre mauvaise du prochain ou qu'elle poursuit une satisfaction, un avantage, un intérêt qui en est réellement inséparable; ce que font habituelle­ ment ceux qui fréquentent ou soutiennent les loges maçonniques ou les cercles socialistes, soit dans le dessein principal d’y exercer l'apostolat du mal. soit seulement pour en obtenir des avantages autrement inaccessibles. b} La malice est encore formelle, quand la participa­ tion, considérée dans toutes ses circonstances indivi­ duelles, est intrinsèquement mauvaise. Car un tel mal ne peut jamais être permis. — a. Ce caractère intrin­ sèquement mauvais doit s’apprécier principalement suivant l’enseignement du saint-siège ou le commun enseignement des théologiens. Nous citerons comme exemples de participation intrinsèquement mauvaise déclarée telle par l'autorité des Congrégations romaines : toute participation effective à la construction de temples païens servant au culte idolâtrique, Collectanea S. C. de Propaganda /ide, Rome, 1893, η. 1697, 1701, 1706, 1718, et toute participation directe, même éloignée, aux superstitions païennes, quelle que soit la direction intérieure donnée à l’intention qui ne peut enlever à l'acte son caractère évidemment idolâtrique. Op. cit., n. 1700, 1707, 1713, 1731. La coopération in divinis avec les hérétiques,quoique défendue par le droit ecclésiastique comme habituelle­ ment dangereuse ou scandaleuse, n’est cependant point intrinsèquement mauvaise et peut être parfois permise pour de graves raisons et avec certaines conditions dé­ terminées. Op. cit., n. 1811, 1814, 1833. Ce qui parfois peut être également vrai d’une coopération secondaire el purement instrumentale à l'application des lois ci­ viles contraires aux droits de l’Église, Waffelaert, op. cit., p. 69 sq.; dom Rastien, op. cit., p. 34 sq. Comme exemples de participation intrinsèquement mauvaise, proclamée telle par le suffrage commun des théologiens conformément aux principes de la loi na­ turelle, on peut particulièrement citer toute coopéra­ tion prochaine aux péchés opposés au sixième comman­ dement toujours réalisée dans toute occasion prochaine qui n’est point strictement nécessaire et dans toute par­ ticipation ou assistance qui de sa nature tend unique­ ment à l'accomplissement du péché. S. Alphonse de Liquori, Theologia moralis, 1. II, η. 64 sq. — b. Pour apprécier justement la malice intrinsèque d'une coopé­ ration, l'on doit encore observer que parfois un chan­ gement dans les circonstances particulières peut faire qu'un acte de cette nature cesse d’être réputé intrinsè­ quement mauvais. Suivant la remarque de Suarez, /><· legibus, L H, c. xiti, n. 6, le vol et l'homicide, toujours défendus par la loi naturelle, ne sont point toute appropriation du bien du prochain ni toute destruction de sa vie, mais seulement l’appropriation iniuste et la destruction injuste, faite sans nécessité d ordre privé ou d'ordre social et sans autorité. De même pour quelques participations prohibées par la loi naturelle, la défense immuable ne porte point né­ cessairement sur toutes les circonstances où elles peuvent s’accomplir. Ainsi, suivant l'encyclique de on XIII, Libertas præslantissinium du 28 juin 1888, réclamer, soutenir ou concéder l’absolue liberté de penser, d écrire, d'enseigner ou l'égale liberté des reli— puus comme aulaul de droits conférés a l'homme par 1766 la nature, est toujours un acte mauvais, parce que c’est la négation des droits de Dieu et la déification de la liberté humaine. Si cependant ces mêmes libertés sont concédées, réclamées ou soutenues seulement dans la mesure strictement nécessaire pour épargner â la société un plus grand mal, leur revendication, leur concession et leur usage peuvent être tolérés ou permis. Il est également interdit de voter le budget des cultes non catholiques dans le but d'aider à leur conservation ou à leur développement; mais il est permis même aux députés catholiques de le voter, dans le but d'empêcher un conflit religieux ou social et avec la seule pensée de ne point supprimer un droit politique que l’on sup­ pose exigé par de graves nécessités sociales. Lehmkuhl, Theologia moralis, t. 1, n. 660. De même, bien qu’il soit toujours défendu aux magistrats catholiques de coopérer à l'application de la loi civile du divorce avec une intention ou une volonté contraire au droit naturel ou aux droits de l’Eglise, cette coopération peut n’èlre point mauvaise, quand on vise uniquement les effets civils de la loi et qu’il y a nécessité pour le< ca­ tholiques de ne point se laisser évincer de toutes les fonctions publiques ou leurs ennemis pourraient leur nuire très gravement. c) En l’absence de ces deux causes d’illicéité, toute participation est encore interdite, quand aucune raison grave n’excuse du devoir de charité ordonnant, sauf inconvénient trop grave, d'empêcher la faute du pro­ chain ou de n’y point concourir, même matériellement. L'existence de ce devoir découle nécessairement du précepte de la charité spirituelle ou de la correction fraternelle par lequel on est tenu de secourir le pro­ chain dans une nécessité spirituelle comme est celle où il est, même par sa faute, décidé à commettre le péché. Devoir impérieux dont une vraie nécessité ou une raison grave peut seule excuser. Nous examine­ rons bientôt quelle doit être celte raison suivant la nature ou le degré de la coopération et la gravité de l'ell'et à redouter. d) A ces causes communes d'illicite participation effective peuvent assez souvent se joindre des raisons particulières : le scandale partiel ou général, mal très grave que l'on doit toujours éviter, le danger pour la foi ou la vertu du coopérant ou d'autrui, ou une in­ terdiction spéciale de l’Église fondée sur ces mêmes raisons ou sur d’autres considérations. Les décisions des Congrégations romaines en matière de coopération fournissent de nombreux exemples de ces interdictions ecclésiasliques, particuliérement pour ce qui concerne les relations avec les hérétiques, les mariages mixtes et les écoles neutres. 2’ Malice spécifique de la coopération formelle, strictement injuste ou simplement illicite. — 1. Ma­ lice spécifique de l'injuste coopération formelle. — a) Dans l'exacte mesure où elle est cause effective d’une réelle injustice, cette coopération est évidemment une faute spécilique d’injustice, qui se subdivise en di­ verses espèces suivant la nature de l'acte injuste auquel on coopère, vol, vol sacrilège ou vol par rapine. — b} Au péché spécifique d’injuslice peuvent souvent se joindre des péchés de scandale ou de coupable jouis­ sance intérieure du mal survenu à autrui. Souvent aussi à cause de lois ecclésiastiques gravement violées, il peut y avoir en même temps sacrilège ou rébellion formelle punie de peines très graves, comme dans le cas de participation au vol, à la confiscation ou à l'appropriation de biens possédant par leur spéciale destination un caractère sacré. 2. Malice spécifique de la coopération simplement illicite. — Nous parlons uniquement du péché de coopération, considéré dans sa relation avec la faute d'autrui. Car il est évident que l'acte de coopération, envisagé dans sa oropre individualité, a uue malice 1767 COOPÉRATION particulière qui doit s’apprécier suivant les principes généraux de moralité. — a) La coopération simplement illicite est toujours une violation de la charité, en ce qu'elle enfreint le précepte qui oblige, sauf inconvénient trop grave, d'empècher la faute du prochain ou de n’y point concourir même matériellement. Souvent aussi elle viole la charité d’une manière spéciale par le péché concomitant de scandale, dont la gravité dépend prin­ cipalement de la nature et de l'étendue du mal spirituel causé â quelques individus ou à un très grand nom­ bre. — b) La coopération illicite est-elle toujours aussi une faute contre la vertu particulière violée p: r le prochain? — a. Il y a certainement péché affectif interne contre cette vertu particulière toutes les fois que la volonté du coopérant se délecte dans la circonstance particulière de la coopération à telle faute du prochain. Lehrnkuhl, op. cit., t. i, n. 245. — b. Quant à la faute effective externe contre cette vertu particulière, elle existe seulement dans le cas ou le coopérant est vrai­ ment cause coupable, au moins partielle, du mal accompli par le prochain. Ce qui est réellement le péché de scandale, que nous ne supposons point dans la coopération proprement dite, bien qu’il puisse l'accompagner accidentellement. D’ailleurs on démon­ trera à l’article Scandale que si ce péché entraîne, outre la violation de la charité, une faute spécilique contre la vertu particulière enfreinte par le scandalisé, c’est seulement dans le cas ou le scandale est effecti­ vement produit par une vraie causalité mauvaise. Wafielaert, Dissertation sur la coopération au mal et l'espèce morale du scandale, p. 81 sq. — c) Dans la coopération illiciti· comme dans la coopération stricte­ ment injuste, d'autres malices spécifiques peuvent assez souvent se rencontrer, particulièrement la désobéis­ sance à des lois spéciales portées par l’Église avec ou sans pénalité et la violation de la vertu de foi quand on se place sciemment dans un grave danger de la perdre. II. LICÉITÉ DE LA COOPÉRATION MATÉRIELLE MOYEN­ NANT CERTAINES CONDITIONS DÉTERMINÉES. — 1° Les cas ou la coopération matérielle peut être permise, ainsi que les conditions, exigées par le droit naturel ou le droit ecclésiastique, découlent des principes pré­ cédents. — I. Le droit naturel exige deux conditions : a) La participation, de quelque manière qu’elle s’exerce, doit n'ètre point intrinsèquement mauvaise et rester purement matérielle. L’absence de tout ca­ ractère intrinsèquement mauvais doit s'apprécier sui­ vant les principes déjà énoncés. Le fait d’une coopé­ ration purement matérielle résulte à la fois de cette absence de malice intrinsèque et de la volonté posi­ tive de ne s’associer aucunement à l’acte mauvais du prochain. Cette volonté est suffisante dès lors qu’on veut uniquement l’effet bon et que l'on a une grave raison d'aji*. — b) Le droit naturel exige encore le concours de raisons ou d'inconvénients graves suspen­ dant momentanément le devoir de charité d’empêcher ou de ne point permettre la faute du prochain. liaisons qui doivent être d'autant plus graves que le mal à crain­ dre est plus considérable, ou que la coopération est plus immédiate et plus nécessaire. Ces raisons seront particulièrement étudiées pour chaque espèce de coo­ pération, aux articles spéciaux. Nous observerons seu­ lement que, parmi ces raisons, celle de procurer un bien commun souverainement important à la société, en maintenant aux charges et fonctions publiques des hommes favorables à la cause catholique, tient la pre­ mière place. Elle peut avoir de nombreuses applications dans nos sociétés actuelles. Mais pour éviter de mul­ tiples inconvénients, ces applications doivent toujours être soumises à l’appréciation de l'autorité ecclésiastique, guide autorisé de toutes les consciences. 2. Le droit ecclésiastique impose parfois des condi­ 1768 tions spéciales, fondées sur le droit naturel ou le dé­ passant entièrement, et pour lesquelles l’autorité ecclésiastique a seule le droit d’interprétation ou de dispense. Nous rappellerons comme exemple les ins­ tructions données par le saint-siège pour la ratification et la célébration des mariages mixtes, l'assistance pure­ ment matérielle à quelques cérémonies du culte pro­ testant ou schismatique dans des cas de vraie nécessité sociale, et la fréquentation d’écoles purement neutres, reconnue moralement nécessaire par l'autorité ecclé­ siastique. Sur ces points et sur d'autres semblables l’Eglise peut, quand elle le juge nécessaire, concéder bénévolement quelque tolérance dont elle fixe ellemême les limites et les conditions. Toutes ces régies ou tolérances ecclésiastiques seront exposées ultérieu­ rement à leurs places respectives. 2U Dans l’application de ces principes de droit naturel ou ecclésiastique, l'on doit toujours se rappeler qu’une même coopération peut, avec un changement de quelques circonstances, être tantôt permise, tantôt interdite pour les raisons et avec les réserves que nous avons déjà si­ gnalées. L’on devra donc soigneusement étudier ces diverses circonstances à la lumière des directions ou des instructions du saint-siège et de l’enseignement des théologiens autorisés. 3" Dans le cas de doute sérieux et persévérant sur la licéité morale d’une coopération, on doit habituelle­ ment, même quand la vertu de justice est hors de cause, consulter l’autorité ecclésiastique à qui il appartient de donner la direction nécessaire, surtout quand il s’agit d’actes intéressant gravement le bien de la société. Cette consultation est d’autant plus nécessaire qu’elle est le meilleur moyen de procurer l’uniformité d’action parmi les catholiques et d’arrêter ou de prévenir le scandale. Les recueils de décisions des Congrégations romaines contiennent beaucoup de réponses à des consultations de ce genre. Observons toutefois que dans ces réponses le saint-siège ne donne point toujours une décision doctrinale absolue. Assez, souvent il se contente de tracer pour le cas particulier une règle de conduite qui suffit à écarter toute incertitude pratique. Parfois même, c’est une decision, une concession ou une tolérance que l'on ne peut sans autorisation spéciale étendre à d’autres cas. Telles sont particulièrement plusieurs réponses relatives à quelques coopérations à l’application de la loi civile du divorce en France, Saint-Office, 26 juillet 1887; Pénitencerie, 23 septembre 1887 et 4 juin 1890, et la réponse du Saint-Office, 26 mars 1895, autorisant les catholiques anglais, moyennant cerlaines conditiondéterminées, à suivre les cours des universités d’Oxforo et de Cambridge. 4» Quand le pénitent ignore en toute bonne foi l’illicéilé d'une coopération déjà effectuée, le confesseur devra appliquer les principes généraux qui règlent cett situation de conscience. C’est donc pour lui un devoir de justice d’avertir et d'instruire les pénitents qui l'in­ terrogent sur ce point. C’est aussi un devoir de charit d’avertir ou d'instruire, quand la malice de la coop— ration n’est point communément ignorée ou l’est seul· ment pour un temps bien court, ou quand de l’omissiv de ce devoir résulterait pour la société un grave scan­ dale ou un réel danger d’oblitération complète de quelqti· obligation morale. Cependant celte obligation de cha­ rité, toute considérable qu’elle est, peut être momen­ tanément suspendue, quand son accomplissement cau­ serai t de graves inconvénients, surtout si le bien commu de la société peut être plus efficacement procuré o sauvegardé par d'autres moyens. Lehrnkuhl, Theolrgi moralis, t. n, n. 414; Berardi, Praxis confessariorun 3«édit., Faenza, 1899, t. iv, n. 340. Suivant ces principes dans la plupart des milieux actuels, le confesseur pei. n ôtre point tenu en charité d'avertir ou d'instruire le· pénitents qui, en remplissant mal leurs devoirs d'élec- 1769 COOPÉRATION — COORNHERT leurs, coopèrent plus ou moins coupablement à l’élabo­ ration de lois mauvaises. Génicot, Theologiæ moralis institutiones, t. i, n. 359. III. Obligations qui résultent de la coopération STRICTEMENT INJUSTE OU SIMPLEMENT ILLICITE. — 1" Toute coopération strictement injuste entraîne l'obligation de réparer intégralement le dommage causé, car l'injustice ne cesse que par l’exacte réparation que l'on en fait. S. Thomas, Sum. theol., 11“ 11«, q. I.xn, a. 2, 8. Si ce­ pendant la coopération pouvait, en certains cas de force majeure et avec le consentement présumé du proprié­ taire, cesser d’être injuste, même sans être entièrement permise, l'obligation à la restitution n'existerait point. Dans le cas de plusieurs coopérants injustes agissant de concert, la causalité de chacun s’étendant effective­ ment à tout le dommage intégralement voulu par le groupe des coopérants, chacun est, suivant la nature, l'efficacité et le degré de sa coopération, responsable de la totalité du dommage, soit principalement et avant tout autre, soit secondairement et à défaut des autres plus coupables. Toutefois cette obligation solidaire peut, en toute bonne foi, être assez facilement ignorée, du moins dans son intégrité, surtout à cause de ce pré­ jugé courant que la responsabilité personnelle est strictement limitée au tort' absolument causé par l’in­ dividu, bien que l'on ne puisse ignorer la culpabilité de son acte. S. Alphonse de Liguori, Theologia moralis, 1. HI, η. 579. Helativement â la restitution des biens ecclésiastiques pour ceux qui coopèrent à l’application de la loi de confiscation de 1905, plusieurs réponses particulières de la Sacrée Pénitencerie pour les diocèses d'Arras et de Soissons statuent pour des cas particuliers : a) que, vu toutes les circonstances, l'obligation personnelle de restituer n’est point certainement imposée aux maires et aux conseillers municipaux qui par leurs votes ont décidé pour l’usage de la ville l’achat de couvents ou de biens religieux, i>. Pénilencerie, 9 mai 1906, car il n'y a point détention personnelle de ccs biens, puis­ qu’ils sont détenus par la ville, ni vraisemblablement coopération personnelle effective à la confiscation, puisque celle-ci est réellement effectuée par la loi; — l · que l’obligation de restituer incombe aux particu­ liers qui deviennent acquéreurs des biens ecclésias­ tiques vendus en tout ou en partie par la ville qui les d tenait; cette obligation provient de l'injuste détention C i bien : teneri hujusmodi emptores, ratione rei actrnt.v, ad restitutionem congregationi vel saltem Ecft.siie; il y a cependant lieu â une composition qui pourra être fixée par l’ordinaire selon les pouvoirs qui Ir.i sont transmis, S. Pénitencerie, 7 juin 1906; — c que l’obligation de restituer n'est point suffisamment e-rtaine pour ceux qui ont librement accepté et géré la «barge de liquidateurs d'une communauté religieuse © nformément à la loi de spoliation de 1901. 4>. l'émw·eerie, 17 septembre 1906. 2’ Plusieurs circonstances particulières de la coopé­ ration strictement injuste et de la coopération simple■ rit illicite peuvent imposer quelque obligation spéeule : 1. Quand la coopération, de quelque nature :~elle soit, est punie par des peines ecclésiastiques, Bon reste soumis à ces peines, jusqu’à ce que l’on ait , donne à l’Eglise la satisfaction nécessaire. C’est parliMBlièrement le cas du conjoint catholique qui se senit présenté au temple hérétique pour y faire ratifier par un ministre un mariage mixte préalablement approuvé ou non approuvé par l’Église. — 2. Quand la lojpêration est accompagnée de scandale, comme la p ipart de celles que nous avons mentionnées, il y a lk ..ours obligation de réparer ce scandale suivant sa gravité ou suivant l’étendue du mal produit. Cette obliLp'i n est bien plus stricte, lorsque la coopération scana. ·. use suppose quelque faute grave contre la profession 1770 publique de la foi catholique. — 3. Si le coopérant s'est placé dans une occasion prochaine de péché ou s'il est particulièrement en grave danger de perdre la foi, il est tenu de se soustraire dans la mesure du pos­ sible à ces périlleux entraînements, surtout quand ils sont habituels. 3« En dehors de ces circonstances particulières, la coopération simplement illicite n’impose habituellement point d'autre obligation qu’un repentir sincère accom­ pagné d'un véritable ferme propos, toujours plus diffi­ cile à constater quand il y a récidive fréquente dans les mêmes fautes. 4° On exposera ailleurs les devoirs de correction, de monition et de vigilance, qui incombent spécialement aux confesseurs ou aux parents et aux supérieurs. Outre les ouvrages cités dans cet article on peut particulière­ ment consulter : S. Augustin, Epist., XLvu, n. 2 sq., t. xxxin, col. 184 sq. ; S. Thomas, Sum. the t., Il’ II·, q. i.xxvni, a. 4; S. Bonaventure. In IV Sent., L III. dist.XXXVII, dub. vit, Quaracchi, 1887. t. ni, col. 835 sq. ; Durand de Saint-Pourçain, In IV Sent., I. Ill, dist. XXXVII. q. iv; S. Antonin de Florence, Summa theologica, part. II, lit. 1. c. IX, Vérone. 1740, t. il, p. 144 sq. : Denys le Chartreux. In IV Sent., 1. HI. dist. XXXVH, q. m; Cajétan, In 11— II·, q. lx.xvui. a. 4; Azpicuelta ou Navarrus. Enchiridion sive manuale confessoriorum, c. xvil, n. 262 sq. ; Sylvius, In II— 11’. q. i.xxvm, a. 4 ; Laytnann, Theo­ logia moralis, I. Il, tr. Ill, c. xm, n. 4 sq., Lyon, 1654. p. 237 sq. ; Thomas Sanchez, Opus morale in prtecepta decalogi, 1.1, c. vir, Parme, 1723, t. 1, p. 21 sq. : Lacroix, Theologia moralis, I. II. n. 250 sq. ; Salmanticenses, Cursus theologia moralis, tr. XXI, c. vili, n. 76 sq.; Sparer, Theologia moralis super decalogum, tr. V, c. 1, n. 42 sq.. Venise. 1731, t. II, p. 77 sq. ; Elbel, Theologia moralis decalogalis, pari. 11, conf. xii ; S. Alphonse de Liguori, Theologia moralis, 1. II, n. 59 sq. ; Bouquillon, Tractatus de virtutibus theologicis, Bruges, 1877, p. 380 sq.; Mulier, Theo­ logia moralis, 7· édit., Vienne, 1894, t. n, p. 130 sq. ; Lehmkuhl, Theologia moralis, t. 1. n. 646 sq. ; Berardi, Praxis confesso­ riorum, 3* édit., Faenza. 1898, t. 1, n. 281 sq. ; Villada, Casus conscientia· his prieserlim temporibus accommodati, 3- édit., Bruxelles, 1895, traitant surtout dans le I" volume et dans une partie du il* les principaux cas de coopération dans nos sociétés actuelles ; Waffelaert, Etude sur la coopération au mal surtout en matière politique et religieuse, 2· édit., Bruges, 1892; .1. Didiot. Morale surnaturelle foiulainentule, théorème lix, Palis, Lille, 1896, p. 330-340. E. Dublanchy. COORNHERT ou KOORNHERT Théodore, per­ sonnage hollandais mêlé, au xvi» siècle, aux discussions politiques et religieuses qui agitèrent les Pays-Bas. 11 naquit en 1522 à Amsterdam d'une honorable famille de marchands. Doué de talents exceptionnels, il apprit, dans son enfance, le français, l'espagnol, la musique et la gravure. Dans sa jeunesse, il lit un voyage en Espagne et en Portugal. A son retour en Hollande, il épousa Cornélia Simons, qui appartenait à une pauvre mais honnête famille. Ce mariage lui attira bien des désa­ gréments; son père, étant mort sur ces entrefaites, l avait déshérité, et sa mère s'était opposée à cette union. Pour gagner sa vie, Théodore entra comme concierge dans une noble famille. Il ne larda pas à quitter cette place et s'établit à Harlem comme graveur. Il s’occupait en même temps de questions religieuses, mais dans un esprit de nouveautés. A celle occasion, il sentit le be­ soin d'apprendre les langues anciennes; il apprit donc, à l'âge de 30 ans, le grec et le latin, et se rendit si fort dans ces deux langues qu'il put traduire en hollandais les 12 chants de VOdyssée d’Homère et divers écrits de Sénèque. Sa culture littéraire lui permit d’orienter sa vie dans une voie nouvelle ; il devint notaire et ensuite secrétaire d’Êtal de Harlem. Il entra en relations avec Guillaume d’Orange, le chef des partisans de la supré­ matie espagnole dans les Pays-Bas. Comme il soutenait 1 des nouveautés en matière religieuse, il fut jeté, en I 1567, en prison et y passa plusieurs mois. A sa sortie de prison, il s’expatria et alla s’établir à Clèves et à Emmerich sur le bas Rhin, ou il vécut plusieurs an­ 1771 COORNIIERT — CORAN (SA COMPOSITION) 1772 nées, en exerçant son métier de graveur. En 1572, par examine et ipsa regis apologia refellitur, et summorum suite d’un changement de circonstances, il retourna en pontificum brevia ad catholicos Anglos missa defen­ Hollande, ou il s’occupa de brigandage et de piraterie. duntur, Eribpurg, 1610. Il s'attira par là la haine des pirates ou des Gueux ma­ Elsslus, Encomiasticon augustinianum, p. 429 ; Ossinger, rins. ce qui l’obligea à s’expatrier une seconde Ibis. Bibliotheca augustiniana, p. 259-260 ; Jiicher, Allgemeines Après la pacification de Gand, il retourna, en 1576, en Getehrten-Lexicon, t. t, coi. 2083 ; Toretli, Secoli agostiniani, Hollande, et s'établit de nouveau comme notaire à Har­ I Bologne, 1678, p. 373; Lanteri, Postrema sxcula sex religionis lem. Les disputes religieuses, auxquelles il se mêla, i auguslinianæ, t. n, p. 330; Cruseni, Pars tertia Monastici l'obligent à changer plusieurs fois de domicile. On le I augusliniani, p. 717 ; Hurler, Nomenclator, t. i, p. 159. A. Palmieri. voit successivement à Gravenhage, à Delft et en dernier COQUELIN François, religieux feuillant, né à Sa­ lieu à Gouda, ou il meurt le 29 octobre 4590. II publia lins en Bourgogne, mort à Pérouse en 1672.11 embrassa plusieurs écrits : politiques, littéraires, théologiques et la vie religieuse en 1623 au monastère de Sainte-Puascétiques. Sur le terrain religieux, il prit une position person­ denlienne de Rome et reçut le nom de Saint-Nicolas. nelle, qui lui attira l'animosité et les persécutions des Après avoir été procureur de son ordre en cour de Rome, il fut élu, en 1654, supérieur général pour suc­ calvinistes hollandais : d’un côté, il rejette les préro­ céder au cardinal Bona. A la fin de sa vie, il se retira gatives et l’autorité divine de l’Église catholique, et s’en sépare; de l’autre, il ne voit ni dans Luther, ni dans au monastère des feuillants de Pérouse. Il est auteur d’une vie de saint Claude : Compendium vil# et mira­ Calvin, ni dans aucun des autres chefs des sectes pro­ testantes le signe d'une .mission divine; il regarde culorum S. Claudii, in-8», Rome, 1652. comme des erreurs plusieurs de leurs doctrines, par Ch. deVisch, Bibliotheca scriptorum ord.cisterciensis, in-4·, exemple cellede la réprobation absolue. Voici les grandes Cologne, 1656, p. 111: [doni François,] Bibliothèque générale des lignes de son système religieux : la religion chrétienne écrivains de l’ordre de S. Benoit, in-8·, Bouillon, 1777, 1.1, p. 216. a subi une profonde décadence; il faut attendre que B. Heurtebize. Dieu suscite de nouveaux apôtres, marqués du signe CORAI DIAMANTIOS, un des savants et littéra­ évident de la mission divine. Jusque-là il y a pour teurs les plus illustres de la Grèce moderne, dont le tous les chrétiens une sorte d’intérim et une phase de rôle a été considérable dans la renaissance politique et liberté; il n’est nullement nécessaire de s’agréger à littéraire de sa patrie. Né à Smyrne le 27 avril 1748, il quelque communauté chrétienne; lui-méme mit ce prin­ est mort à Paris en 1833. Dans la liste de ses nombreux cipe en pratique : on peut cependant permettre aux écrits, on trouve quatre ouvrages de théologie : 1° Όρβόfaibles cette agrégation. Les prédicateurs doivent se δοξος Διδασκαλία εϊτουν σύνοψις τής χριστιανικής Οεολοborner à lire aux fidèles des passages de la sainte Écri­ γίας παρά τοΰσοφωτάτουκαι πανοσιωτάτου ένίερομονάχοι; ture, sans y ajouter, de leur propre autorité, aucun Κυρίου Πλάτωνος, Leipzig, 1782; Corfou, 1827; Munich, commentaire. Il fut conduit à cette idée par le principe 1834; Athènes, 1837; c’est la traduction grecque du fa­ de la libre recherche qu'il défendit dans ses discours meux catéchisme orthodoxe du métropolite Platon; et ses écrits. Ces nouveautés déplurent aux calvinistes 2“ Σύνοψις τής ίεράς ιστορίας καί τής κατηχήσεως, Leip­ hollandais; et il aurait souffert davantage de leurs per­ zig, 1782; Venise, 1834; 3° Συμβουλή τριών έπισκόπων, sécutions. s'il n’eût été protégé par les princes d’Orange έπισταλεισκ κατά το 1553 ετο; προς τον Πάπαν ’Ιούλιον et pard'aulres hauts personnages. D’ailleurs, il chercha τον I”, μεταφρασόεϊσα άπό τήν λατινικήν γλώσσαν, και μέ toujours à défendre dans ses écrits la religion et la σημειώσεις έξηγηΟεϊσα, Londres (Paris), 1820; 4° Συνέκ­ morale. Ces écrits, à l’exception de la traduction de δημος Ιερατικός περιέχων τας δύο προς Τιμόθεον και τήν l’Odyssée, ont été édités à Amsterdam en 1630 en 3 in­ πρός Τίτον έπιστολ&ς τοϋ ’Αποστόλου Παύλου μέ δύο κοι­ fol, avec sa biographie. νά; μεταφράσεις καί εξηγήσει; διεξοδικά;, Paris, 1831. Les Grecs lui reprochent d’avoir donné le mauvais exemple Van der Aa, Biographisch H’oordenboek der Nederlanden, de traduire en langue vulgaire les livres de l'Écriture 2' édit., t. in. p. 214: Alberdingk Thijm, Spiegel van Nedersainte et d'avoir, dans ses explications, nié la hiérarchie landsche Letteren, Louvain, 1877, t. n, p. 124; Kirchenlexikon, 2· édit., t. vu, col. 1008-1010. en mettant sur le même pied d’égalité les évêques elles V. Ekmoni. prêtres. COPPOLA André,oratorien italien, mort en!832. On Autobiographie de D. Kordi, Paris, 1833, réimprimée par a de lui : Morale sislema dei beato Alfonso de Liguori J. Rota dans Ι’Άπάνδιαμα ’Ετιατολ»* 'Αδαμάντιον Κοφαή, Athènes. discusso nella S. C. dei Bili con autorilà apostolica 1841, t. n, p. 1-22: Nouvelle biographie générale, Paris, 1856. difeso dai quattro sillogismi del Signor canonico I). t. XI. p. 776-769; Goudas, Βίοι παράλληλο, là, txt τής Δναγι ννήαιν ; τής Έλλάέος ί,ατριύάντων 4ν8φΰν, Athènes, 1870, t. B. p. 81-122 Gaetano de Folgore die I'oppugnano, Naples, 1824. Villarosa, Memorie degli scrittori filippini, Naples, 1837, t. I, p. 114-115 ; Hurter. Nomenclator, t. in, cot. 906. A. Palmieri, COPTES. Voir Égypte (Église d’). COQUÉE Léonard, de l’ordre des augustins, né à Orléans, mort à Elorence en 1615, célèbre par ses ou­ vrages de théologie et d'histoire, ayant pour but de dé­ fendre la papauté contre les calomnies et les attaques des protestants. Il a publié : 1· Commentaria in libros D. Augustini de civitate Dei, Paris, 1636; 2» Anti-Mornæus, id est confutatio mysterii iniquitatis, in quo eliicidata historiae verilate, Bomani pontifices vindi­ cantur ab adversarii calumniis, eorumque sacra au­ ctoritas ac fides orthodoxa asseritur, Paris, 1613; Milan, 1616; 3" Apologia pro summis pontificibus, in qua eorum auctoritas, et a Ii. Petro continuata succes­ sio demonstratur, Milan. 1619; 4° Examen praefatio­ nis monitoriae Jacobi 1 ifagna Brilannix regis prtemissæ apologi# su# pro juramento fidelitatis, in quo Sathas, Νιοιλληνιχή φιλολογία, Athènes, 1868, p. 662-672: A*ï<»· · ■γχνχλοη:αι8ιχόν, Athènes, 1893-1894. t. IV, p. 768-775. Les meilleurtravaux sur la vie et les œuvres de Coraï sont ceux de Mamvikas, dans Τα μιτά Οά.ατο-, «ύφιφίντα ανγγφάμματα Λ. Κοφαή, t. I. ρ. ζ’-ς·’. et la biographie très détaillée de D. Thérianos. Διαμάχη»; Κοεαής, Trieste, 1889, 1.1 ; 1890, t. n, lit. A. Palmieri. CORAN. On étudiera successivement sa composition sa théologie et sa réfutation par des chrétiens. t. CORAN. SA composition. — 1. Recension II. Chronologie. III. Sourates de La Mecque et de M dine. IV. Variantes. V. Influences païennes. VI. In­ fluences judéo-chrétiennes. I. Recension dl' Coban. — On trouve chez les prin­ cipaux historiens et traditionnistes arabes, nolamimt chez Bokliari, Tabari, Mas'oudi, Suyouti, Tinnidi, .. mention de certains faits relatifs à la recension d texte coranique. De ces renseignements résulte le nb: suivant : Du vivant de Mahomet et de son niiemigr successeu- 1773 CORAN (SA COMPOSITION) 1774 Abou Bekr, ses prédications avaient été conservées par I qui remonte à une époque très ancienne, se rapporte fragments sur des feuilles de palmiers, des morceaux de aux deux grandes périodes de la vie de Mahomet : cuir, de» omoplates, des tablettes de pierres; surtout celle qui a précédé l’hégire, c’est-à-dire l’émigration elles étaient gardées dans la mémoire des croyants; du prophète de La Mecque à Médine, et celle qui l’a Ceux d’entre eux qui en savaient de longues parties, suivie. Les savants d’Occidenl ont essayé de pousser plus étaient appelés « les porteurs du Coran, » hamalat tdloin que n'avaient pu le faire les musulmans, l’étude A’ordn. A la sanglante bataille dite du « Jardin de la de la chronologie du Coran. Il faut citer parmi ceux mort » conlre le faux prophète Moseïlimah, en l'an 11 qui se sont occupés de cette question les historiens de l’hégire, il périt beaucoup de ces porteurs du Coran, Sprenger, Weil, Muir, surtout Nœldeke qui écrivit sur et l'on put craindre qu’une grande partie du texte sacré l’exégèse du Coran un beau travail couronné dans un ne se perdit. Omar conseilla au khalife Abou Bekr d'en concours de [’Académie des inscriptions et bellesfaire une recension. Ce travail, commencé sous Abou leltres de Paris. Le savant sicilien Amari avait envoyé Bekr et achevé dans les premières années du règne sur le même sujet un mémoire qui fut également cou­ d'Omar. fut confié à Zéïd, fils de Tâbit, jeune homme ronné, niais qui n’a pas été livré à l’impression. L’An­ qui avait servi de secrétaire au prophète. Zéïd réunit glais Rodwell a publié une traduclion du Coran, dis­ tous les fragments qu'il put recueillir, puis il donna posée d'après l'ordre probable de la composition des son manuscrit au khalife. Après la mort d'Omar, ce sourates. livre vint à son successeur el de là passa aux mains de Les critères, employés par les orientalistes pour l.lafsah, lille d'Omar. veuve du prophète. Cette première rédaction, faite sous la surveillance d’Omar, qui en est apprécier la date des divers morceaux, sont de deux surtout responsable, ne fut pas revêtue d’un caractère sortes, et de valeur inégale. Les uns sont tirés du style, les autres de l'histoire. Pour le style, il est aisé officiel. de remarquer que l’éloquence de Mahomet est plus D'autres rédactions continuèrent de subsister à côté ardente, plus enflammée au début de sa prédication, de celle de Zéïd, et ces rédactions présentaient entre qu’elle va ensuite se refroidissant, et que peu à peu elles des différences de quelque importance. On pou­ l’apôtre chez Mahomet fait place au politique et au vait craindre qu'il n’y eût dans ces divergences ma­ législateur; on peut noter encore quelques indices, tière à conflit et à schisme. Ainsi Abou Mousa el-Ach'ari possédait une recension qui faisait autorité chez les dont nous donnerons tout à l'heure des exemples. Ces gens de Basrali ; Ibn Mas’oud en avait une qui faisait critères tirés du style sont assez sûrs en principe, mais peu précis dans les détails. autorité à Koufah; une troisième, appartenant à elLes critères tirés de l’histoire sont bien plus nom­ Mikdàd, tils d’el-Aswad, était employée à Emesse, et breux, et ils permettent une étude beaucoup plus mi­ ditlérait encore de celle dont on se servait à Damas. nutieuse. La vie de Mahomet, surtout à partir de Otmân jugea utile d'unifier le texte sacré. Il s’adressa encore à Zéïd, fils de Tàbit, qui avait travaillé à la re­ l’hégire, nous est connue dans de grands détails, au cension d'Omar; d’après les traditions les plus proba­ moyen d’une quantité de traditions dont beaucoup bles, il lui adjoignit pour collaborateurs 'Abd Allah ibn offrent une sérieuse probabilité d’exactitude histo­ ez-Zobéïr, qui devint plus bird célèbre par ses luttes rique. Ces traditions sont consignées, soit dans les contre les Oinéyades, Sa'idibn el-’As et Abd er-Bahmân ouvrages spécialement consacrés à la vie du prophète, ibn el-I.Iàrit ibn Hichàm. On prit pour base le texte comme ceux de Wâkidi, d’Ibn Hichàm et le Kilâb eld'Omar et des recensions appartenant à quelques KoKhands, soit dans les écrits des historiens, des tradiréichites; ces textes furent fondus ensemble. Lorsque tionnisles el des commentateurs. Dans ces ouvrages on le travail fut achevé, Otmân commanda de détruire trouve souvent des données concernant les circon­ tous les textes coraniques alors existanls. en épargnant stances où fut promulgué tel ou tel chapitre, tel ou tel seulement l'exemplaire de l.lafsah qui périt peu après. verset du Coran, et le nombre de ces données est assez Puis il lit faire des copies de sa recension, el les envoya considérable pour permettre un contrôle des unes par officiellement dans les provinces. C'est ainsi que fut les autres. De là la possibilité d’une analyse historique fixé le texte du Coran. du Coran; cette possibilité ne naîtrait pas du texte H. Chronologie du Coran. — Qu’est-ce donc que ce même du livre, assez pauvre en allusions historiques. texte? Comment doit-il être envisagé et étudié? Au moyen deces critères, on a obtenu certains résul­ Tout d’abord, il n’existe pas de doute sur l’authenti­ tats, qu’il serait trop long ou trop difficile de résumer cité générale du Coran. Le Coran est bien un recueil ici, mais dont voici quelques-uns, à litre d’exemples. des prédicalions de Mahomet; il est bien composé de III. Sourates de La Mecque et de Médine. — Parmi paroles du prophète écoutées avec attention, et conser­ les sourates de La Mecque se trouvent notamment les vées avec soin par ses adeptes. L'accord est universel sourates t.xxxt et lxxxii, celle du « soleil ployé » et du sur ce point. La question générale d’authenlicité ne se « ciel qui se fend »; leur situation à l'origine de la pré­ pose pas. dication coranique est reconnaissable à l'éclat du style, Mais le Coran est un recueil fait sans ordre; les sou- à l'accent d’enthousiasme dont elles sont animées. La rales (chapitres) les plus longues ont été placées en sourate xcvt est une des premières aussi ; elle commence tète, les plus courtes ont été rejetées à la fin, selon par les mots : « Prêche au nom du Seigneur qui a créé l'usage encore suivi en Orient dans la confection des tout, » par lesquels, selon la tradition, l'archange Diwans ou recueils des poètes. Parfois Zéïd ajouta de Gabriel aurait conféré la mission prophétique à Maho­ met. La sourate lxxiv commence par des versets petits fragments à de plus longues sourates, si le sens qui sont ceux que Mahomet aurait prononcés, le permettait; le cas est connu notamment pour la sou­ rate ix. Une tradition porte d’ailleurs que Zéïd réunit après une vision qu’il eut de l’archange tout au les sourates « avec beaucoup de peine et sans ordre ». début de sa mission. La sourate lui contient des Donc la question se pose de cherchera rétablir l’ordre versets relatifs aux fauxdieux de l’Arabie (versets 19-20) chronologique dans cette suite décousue de morceaux. qui, disent les historiens, auraient été suggérés à Mahomet par les conversations de musulmans Celte question a été étudiée un peu par les Orienrevenus d'Abyssinie, en l’an 5 de la mission. Au début taux. On trouve chez eux une tradition présentant cer: lines variantes, sur l'ordre des sourates, et quelques de la sourate xx sont des versets que l’on dit être ceux par lesquels Mahomet chercha à provoquer la essais de critique fondés sur le style. Au reste, le texte conversion d'Omar. conversion qui eut lieu effective­ du Coran porte la mention « médinoise » ou « mecquoise » en tète de chaque sourate. Cette répartition, ment en l'an 6 de la mission. Le premier verset de la 1775 CORAN (SA COMPOSITION) sourate xxx parle d’une défaite des Grecs, vraisembla­ blement survenue dans une guerre entre Byzance et la j Perse, l’an 7 ou 8 de la mission de Mahomet. On a cherché à décomposer en plusieurs périodes tout ce laps de temps qui s’écoule entre le début de la prédication mahométane et l'hégire. Muir a cru pouvoir distinguer cinq périodes; M. Nœldeke et Μ. H. Derenbourg en comptent trois. Dans la seconde période Allah (Dieu) est souvent appelé le Rahmân, titre d’une divinité antérieure du paganisme; dans la troisième apparaît fréquemment l’apostrophe : « O vous hommes ! » Le style va se refroidissant d’une période à la suivante. Les sourates de la troisième période mecquoise sont parfois mêlées de fragments appartenant à la période médinoise. La petite sourate, appelée la FâlHïak (l’ou­ vrante), qui a été placée en tète du Coran et qui est souvent récitée dans la prière musulmane, marque, croit-on, la transition entre la première et la seconde période. La sourate xtx est celle qui a été lue par un groupe de musulmans au Negus chrétien d’Abyssinie, en présence d’envoyés koréichites, encore païens. L’époque médinoise est celle où le prophète combat ses ennemis par les armes et organise l'islam. Les sou­ rates de cette période renferment des préceptes législa­ tifs et de nombreuses allusions relatives à des événe­ ments dont le détail nous est fourni par les historiens. Le prophète y attaque ses ennemis divers, « hypocrites » ou mauvais croyants, juifs, chrétiens, païens de La Mecque et d’ailleurs. L’importante sourate n, la plus longue du Coran, qui renferme des morceaux d’un grand intérêt au point de vue de la législation, est, en majeure partie, de l’époque qui a suivi immédiatement l’hégire. La sourate xvt est médinoise, parce qu'il y est clairement parlé des émigrés (mohàdjir) au verset 1 11 ; la sourate xxtx l’est de même, parce que le prophète y donne le conseil de ne controversée avec les juifs et les chrétiens que « de la plus belle manière », c’est-à-dire par la force, ce qu'il n’aurait pu dire avant l’hégire. Au verset 14 de la sourate XLVil, on voit Mahomet émigré regrettant sa patrie. La sourate lix contient des allu­ sions à la lutte contre les juifs de Nadhir; la sou­ rate xxxm, de même; la sourate lxiii se place après l’expédition contre les Banou Mostalik ; la sourate xt.vilt probablement après la paix de I.lodeïbiyah. Au verset 37 de la sourate xxxm, un homme est nommé, Zéïd, le seul contemporain de Mahomet expressément nommé dans le Coran avec Abou Lahab; Zéïd était fils adoptif de Mahomet qui, par ce verset, se donne l’autorisation d'épouser sa femme répudiée, Zéïnab. Le verset 29 de la sourate vu, faisant allusion à une modification dans les coutumes du pèlerinage, nous reporte au temps où les musulmans étaient devenus maîtres de La Mecque; enfin la sourate tx (versets 1 à 12 et 28) contient les versets que le prophète lit lire par Ali aux musulmans réunis pour le pèlerinage en l’an 9 de l’hégire; cette sourate est une des plus significatives au point de vue historique. IV. Variantes. — Il semblerait qu’il ne dût point exister de variantes du Coran, la recension d'Otmàn étant censée unique. Et de fait il n’existe pas de variantes importantes; mais on trouve nombre de petites diffé­ rences de lecture, tenant soit à quelque incertitude tou­ chant les signes de vocalisation, qui sont surajoutés à l’écriture arabe, soit au maintien de certaines traditions divergentes, par la mémoire ou autrement. En effet, la destruction des textes coraniques ordonnée par Otmân ne put porter sur les leçons qui étaient conservées dans i la mémoire des croyants, et d’autre part cette destruc- ! tion ne fut pas tout â fait complète : on sait qu’il sub­ sista plusieurs exemplaires du livre sacré, dont les plus célèbres sont celui dObay. fils de Ka b, et celui d’ibn Mas'oud ; ces recensions ne paraissent pas avoir présenté l de variantes très importantes par rapport a la version 1 1776 otmanienne. On peut se rendre compte, en étudiant un commentateur bon philologue, tel que Zamakbchari, de la nature et du peu d’étendue des variantes du Coran. Par exemple, au verset 2 de la sourate vu, ou il est dit : « Suivez la loi qui vous est venue de votre seigneur, et ne suivez pas (là tallabi'oii) d’autres patrons que lui. » Zamakhchari rapporte la variante là tablag'ou qui don­ nerait le sens ; « Et ne désirez pas d’autres patrons que lui. » Au verset 8 de la sourate xx.xvi, le texte porte : « Nous avons placé devant leurs mains (min beîn aîdlhini) un obstacle; » une variante d’ibn 'Abbâs donne fi aïdihim ; une autre d’ibn Mas'oud fi aimânihbn, qui sont des expressions synonymes. D’après la tradition, le Coran aurait été révélé en sept dialectes (al/rof), ce que l’on peut entendre en supposant que les divers morceaux en auraient été pro­ mulgués en divers dialectes, ou que l’ensemble du texte avait été recueilli en sept formes dialectales dislinctes; une tradition prétend que la première recension aurait réuni les variantes dialectales; c’est peu probable. Celte question des dialectes est obscure, et l’on peut sans doute interpréter la tradition comme signifiant que la langue du Coran faisait la synthèse de la langue de plusieurs tribus. Quelques parties du Coran, je veux dire de la prédi­ cation coranique censée révélée, ont été perdues. Cela se conçoit, étant donné le mode de conservation de la prédication mahométane; en outre, cette vérité probable est admise dans l’islam ; on y admet qu’il a pu « tomber quelque chose du Coran »; une tradition nous montre Omar cherchant en vain un verset dans son Coran, et quelqu'un lui faisant observer que ce verset était une partie de ce qui était tombé du Coran. On dit aussi que la sourate xcvtn devait être plus longue à l'origine, tin est certainement autorisé à croire que parmi les paroles attribuées à Mahomet, conservées par les hâdil (les traditions), il y en a qui ont été prononcées dans les mêmes conditions que celles du Coran, et qui sont vrai­ ment des fragments du livre, oubliés dans la collection. Les Chiites, schismatiques musulmans partisans d'Ali, se sont servis de celte possibilité générale de variantes et de lacunes dans le Coran, pour prétendre soit qu’on avait altéré le livre saint, soit qu’on en avait retranché des passages favorables à Ali. D’après eux, cinq cents passages du Coran auraient été altérés. Ces prétentions des Chiites ne sont pas recevables. Une prétendue sourate ou Ali est mis presque sur le même rang que le prophète, et qui a été éditée par Garcin de Tassy et par Kazem Beg, est sans conteste apocryphe. En dehors de ce texte chiite, on connaît deux courtes sourates qui auraient fait partie du Coran d’Obay et qui sont des prières sans grand intérêt. V. Influences païennes. — Nous avons assez indi­ qué comment l’étude du Coran se reliait à celle de la vie de Mahomet; nous n’avons pas à faire ici l’histoire de cette vie, mais nous devons analyser les influences sous lesquelles s’est formée la pensée mahométane. Ces influences sont celles du paganisme d’une part, d’autre part du judaïsme, du christianisme et des religions de la Perse. A l’égard du paganisme l’œuvre de Mahomet doit être considérée comme une réaction voulue et vio­ lente; c’est-à-dire que l’islamisme n’est pas sorti, par une évolution spontanée, du paganisme ancien; c’est ce qui a été bien mis en lumière, notamment par les travaux de M. Goldziher. L’islamisme s’est formé sous l’influence des autres religions que nous venons de citer, des deux premières surtout, le judaïsme et le christianisme; cependant cette influence ne parait pas s’être exercée sur Mahomet d’une manière directe, mais plutôt par l’intermédiaire de sectes judéo-chrétiennes, d’esprit syncrétique. Nous allons développer un peu ces points de vue. Le paganisme à l’époque de Mahomet régnait dans 1777 CORAN (SA COMPOSITION) toute l’Arabie. Au sud, dans le Yémen, avaient fleuri 1rs royaumes l.iimyarites qui ont laissé une épigraphie; au nord, vers la région de Médine, avaient habité divers peuples, Thamoudéens, Lihjanites, Nabatéens, qui ont laissé aussi quelques documents épigraphiques, mais d'une époque plus reculée que celle de l’épigraphie himyarite. On trouve dans le Coran l’adaptation de cer­ tains usages de l’antiquité païenne à la religion nou­ velle de l’islam, ou la modification ou la condamnation très énergique de ces usages ou simplement la men­ tion de faits, de coutumes, d’idoles et de légendes. Mahometa adapté à sa religion tout l’ensemble du culte qui était rendu, de temps immémorial, à la Ka’bah, « maison sainte » ou « oratoire sacré » de La Mecque; ce culte comportait un pèlerinage, des visites à divers lieux environnant le sanctuaire, accomplies avec cer­ tains rites, et des sacrifices. Ces divers traits de la religion païenne passèrent dans l’islam : la foi en la sainteté de ce sanctuaire, sour. Il, 90, 91; xxn, 25, 30; l’obligation du pèlerinage, II, 119-121; ix, 19, 28; la visite au mont 'Arafat, n, 194, aux collines de Safâ et de Merwah, n, 153; les sacrifices dans la vallée de Mina, la visite du puits de zemzem, la vénération de la pierre noire. Mahomet fut aussi contraint de reconnaître les « mois sacrés », ix, 5, 36; », 214, c’est-à-dire quatre mois de l’année pendant une partie desquels il était interdit de porter les armes. La réaction contre les usages païens, en dehors du renversement du paga­ nisme lui-même et des idoles, porta sur les points suivanls : Mahomet défendit aux pèlerins de tourner nus autour de la Ka’bah; il défendit l'intercalation d’un mois tous les trois ans, par laquelle les païens mettaient leur année d’accord avec l’année solaire, ix, 36; l’année musulmane fut lunaire. Mahomet défendit d’enterrer vives les filles, i.x.xxt, 8-9, ou simplement de se plaindre de la naissance d'un enfant du sexe féminin, xvi, 60-61 ; xliii, 16; en général, il interdit le meurtre des enfants pour cause de pauvreté ou de disette, vi, 138, 152. Il réagit contre le culte des morts, contre l'usage des lamentations en l’honneur des morts, des pleureuses à gages et des deuils prolongés; il con­ damna le culte rendu aux pierres ou stèles dressées sur les tombeaux des morts illustres, v, 92. Il flétrit aussi l'usage qu’avaient les tribus païennes d’exaller leur propre origine et de dénigrer celle d’autrui; il proscri­ vit la croyance à l'influence des astres sur la végétation, la consultation du sort par les flèches, v, 92, la sorcel­ lerie par les nœuds, cxm, 4. — On trouve mentionnés dans le Coraii, de façon explicite ou par allusion, cer­ tains faits dont le souvenir est resté de l’époque du paganisme : la rupture de la digue de Màreb, xxxiv, 15; le règne des tobba' ou rois de l’Yémen, xliv, 36; l'expédition du roi de l’Yémen Abrahah contre La Mecque, cv, 1-5, l’année même de la naissance du pro­ phète. On y trouve aussi la mention d’anciennes popu­ lations devenues légendaires, les ’Adites, les Tamoudites, et de certains devins ou sages, Çâlih, lloud, Khidr, Lokmân, dont les légendes, telles qu’elles se présentent dans le Coran, paraissent avoir été travaillées par les sectes judéo-chrétiennes. Enfin, Mahomet nomme diverses divinités du paganisme; il a adopté pour litre de son dieu le nom de l'une d’elles Ral.tmân, el peut-être même le nom d'Allah est-il celui d’une divinité païenne ; le Coran nomme el-Làt, Wadd, Sowa', Menât, Djibt, et el-'Ozza. Les noms de Sowa’ et d'el-'Ozza ont été retrouvés dans l’épigraphie himya­ rite; le nom de Wadd parait dans l’épigraphie thamoudéenne. VI. Influences judéo-chrétiennes. — Les grandes religions avec lesquelles l’Arabie païenne se trouvait en contact étaient, avons-nous dit, le christianisme, le judaïsme et le mazdéisme. Des chrétientés existaient dans l'Yémen, particulièrement à Nedjràn; en Abyssi­ 1778 nie, empire qui était en relations avec l’Yémen ; â l'est de la péninsule arabique, au Balyréïn, à l.latta et dans le pays des Katrayé, au nord de cette péninsule, dans le royaume des Lakhmites, vassal de l’empire perse, dans le royaume des Gassanides, vassal de l'empire grec, el du côté de la péninsule sinaïtique. Certaines tribus nomades étaient chrétiennes, par exemple l’im­ portante tribu d’iyâd, répandue dans les plaines de la Mésopotamie. — Le judaïsme avait existé dans l’Yémen ; le roi Dou Nowâs s’y était converti. Des communautés juives llorissaient â La Mecque, à Médine et se trou­ vaient en grand nombre dans la région de Médine ; Mahomet eut à combattre les tribus juives de Nadir et de Koraïzah, les juifs de Khaïbar, de Wâdi'l-Kora et de Teïtnah. — Les adeptes de la religion mazdéenne sont appelés mages par le Coran. Celle religion pouvait être connue en Arabie, à cause des rapports fréquents de ce pays avec la Perse. De plus, les Persans s’étaient em­ parés de l’Yémen du vivant de Mahomet et détenaient encore cette province à l’époque de l’hégire. Aucune de ces trois grandes religions n'agit directe­ ment sur l'islam. Le christianisme fut peut-être des trois la moins imparfaitement connue de Mahomet. Une légende veut que Mahomet ait connu un moine chrétien dans son enfance, lorsqu’il alla avec une cara­ vane en Syrie; ce moine est appelé Bahira, Sergius ou Nestor, et sa légende a été beaucoup développée dans la littérature arabe chrétienne. M. Cl. Huart la conteste ainsi que le voyage même de Mahomet en Syrie; on ne peut cependant contester les relations de La Mecque avec la Syrie chrétienne, ni le respect et la sympathie dont le prophète arabe fit preuve à l’égard des moines. Peut-être pourtant les relations de La Mecque avec les chrétiens de la région de IJirah, sont-elles connues d'une façon plus positive. — Les heures de la prière musulmane rappellent beaucoup les heures canoniques de la liturgie chrétienne. Les préceptes du jeûne et de l'aumône peuvent avoir été inspirés à la fois par le judaïsme et par le christianisme. L'Évangile, qui n'a pas été connu directement par Mahomet, fournit dans le Coran le fond de la légende de Marie et de Zacharie. Mahomet s’opposa avec force aux dogmes chrétiens de la Trinité et de la génération divine, IX, 30-31. Voir Coran, sa théologie. La Bible ne fut aussi connue du prophète qu’à tra­ vers des intermédiaires. Le Coran lui a emprunté la notion et le sentiment intense du monothéisme, le fond du dogme du prophétisme, et le fond de diverses légendes où figurent des personnages bibliques : Noé, Abraham, Joseph, Moïse, Salomon. Mahomet s’éleva contre les juifs qu’il prétendait coupables d'altérations du texte saint, et il les combattit par les armes. Le reste de la loi mahométane est emprunté à des judéo-chrétiens ou à des sectes syncrétiques détachées du déisme. Plusieurs deces sectes portaient le nom de Sabéens. La littérature arabe connaît deux sortes de Sabéens, ceux qui sont cités dans le Coran et ceux qui habitaient I.Iarrân; ces sectes avaient l’usage de l’ado­ ration des astres et la pratique des ablutions. Mahomet compte les Sabéens parmi les « gens du livre », c’est-àdire parmi les nations possédant des livres saints, une partie de la révélation. C’est d’eux apparemment qu’il reçut le développement de la doctrine du prophétisme, les légendes des prophètes et la coutume des ablutions; il s’éleva contre l’adoration des astres. Les descriptions du paradis, l'importance donnée aux anges et aux génies paraissent dériver aussi de l’influence des sectes persanes. Mahomet lui-même se donne comme banif et parti­ san de la « religion d’Abraham »; les l.Ianif étaient une de ces sectes dont nous parlons, plusou moins formel­ lement constituée. Le mot, à l’origine, veut dire qui dévie, hérétique »; il est au contraire pris en bonne 1779 CORAN (SA THÉOLOGIE) pari dans le Coran, ce qui indique que Mahometsubit l'inlluence de quelques personnages regardés comme hérétiques par le judaïsme. Probablement une partie delà doctrine professée par les hanif provenait, à leurs yeux, de révélations faites à Abraham. C’est du côté de la Perse que ces influences se propagèrent en Arabie; elles se répandaient par les voies du commerce; des questions religieuses étaient agitées dans les tavernes; des poètes en faisaient le sujet de leurs chants. On cite comme ayant pu instruire Mahomet en ce sens, ou comme ayant professé des opinions analogues aux siennes, les poètes Zéïd, fils d’’Amr, ûls de Nofaïl, et Omayah, fils d’Abou'ç-ijalt. 1· Principaux historiens et traditionnistes musulmans. — Tabari, Annales, édit, de Leyde, 1879sq.; Muçoudi, Les prairies d'or, édit, et trad. Barbier de Meynard et Pavet de Courteille, Paris. 1861-1877 : Maçuudt, Le livre de l'ave: tissement, édit, de Gœje, Leyde, 1891 ; trad. Carra de Vaux, Paris, 1897 ; Bokbàri, Les traditions islamiques, trad. Houdas. 1903 sq.; Wâkidt, Muhammrd in Medina, trad, abrégée par .t. Wellhausen, Berlin, 1882; Ibn Hlcbam, Dus Leben Muhammeds, édit. VVüstenfeld, Gœttingue, 1858,1860. 2· Principaux travaux européens sur la vie de Mahomet. — Sprenger, Dns Leben und die Lehre des Mohammed, 2' édit., Berlin, 1869; Weil, Dus Leben Muhammeds, Stuttgart, 1864; Krehl, Dus Leben und die Lehre des Muhammed, Leipzig, 1884; William Muir, The Life of Mahomet, Londres, 1858. 3· Travaux spéciaux sur la composition du Coran. — Nœldeke, Geschichle des Qorans, Gœttingue, 1860; 11. Derenbourg, La composition du Coran, dans Opuscules d'un arabi­ sant, Paris, 1905. — Traduction du Coran où les morceaux sont disposés d'après leur ordre chronologique présumé : Bedwell, Londres, 1861. — Sur les diverses inlluences ayant agi sur la composition du Coran : Caussin de Perceval, Essai sur l’histoire des Arabes avant l’islamisme, Paris, 1847 ; Goldziher, Muhammedanische Studien, Halle, 1888-1890: J. Wellhausen, /leste arabischen Heidenthums, 2· édit., Berlin, 1897 ; Dozy, Israélites à La Mecque, Leipzig, 1864; Carra de Vaux, La légende de Dahira ou un moine chrétien auteur du Coran, Paris. 1898; < dément Huart, Une nouvelle source du Coran, dans le Jour­ nal asiatique, 1904 (sur le poète Omayya); L. Cliéïktio, Poètes arabes chrétiens, p. 141 (sur te poète el-Barràq); E. Power, Uinayya ibn Abi ef-Salt, dans les Mélanges de la faculté orientale de l'université Saint-Joseph de Beyrouth. 1906. Carra de Vaux. II. CORAN. SA THÉOLOGIE. — L'inlluence person­ nelle de Mahomet sur l’histoire de l’humanité dépasse, au dire de Sprenger, les proportions humaines. Dus Leben und die Lehre des Muhammad, t. tu, p. iv. Il importe donc d'exposer fidèlement les vérités dog­ matiques et morales, disséminées dans le Coran. Pour faire cette étude, deux voies différentes se présentent. Suivant la première, il eût fallu analyser le Coran au point de vue critique, et suivre pas à pas, dans le dé­ sordre chronologique de ses chapitres, l'évolution pro­ gressive de la doctrine de Mahomet. Le Coran n’est pas une œuvre d'un seul jet, un exposé d’un système reli­ gieux conçu par un esprit supérieur après de mûres réflexions, et suivant l’unité d'un plan bien ordonné. C’est une œuvre fragmentaire, où entrent en jeu les passions humaines, les événements du jour, les in­ fluences d’autres religions et l'esprit du temps. C’est, dit Kenan, le recueil des prédications, et si j’ose le dire, des ordres du jour de Mahomet, portant encore la date du lieu ou ils parurent, et la trace de la circonstance qui les provoqua. Mahomet et les origines de l’isla­ misme, dans les Eludes d’histoire religieuse, Paris, 1857, p. 227-228. Cela explique pourquoi on y rencontre des contradictions. Les doctrines du prophète évoluèrent selon les besoins de sa cause, parce que la politique exerce aussi un rôle prépondérant sur la formation de la dogmatique et de la morale du Coran. Des arabisants célèbres ont cherché â assister, pour ainsi dire, à l’éclosion de la théologie coranique, à suivre son déve­ loppement, â surprendre, dans l'àme de Mahomet, les causes morales qui lui inspiraient ses maximes et ses 1780 préceptes. Voir Chantepie de La Saussaye, Manuel d'histoire des religions, Paris, 1904, p. 274. Mais en raison des incertitudes de la chronologie du Coran, une autre voie est préférable, elle consiste â exposer systématiquement la doctrine du Coran, en envisageant ce livre comme code religieux et à l'aide de nombreux commentaires dont il a été l'objet dans le monde islamique. C'est pourquoi nous étudierons : 1° la dogmatique ; 2° la morale du Coran. I. La dogmatique nu Coran. — La division de cette étude qu'on pourrait appeler théorique (imam) nous est fournie par le 1er article du symbole de la foi mu­ sulmane, ainsi conçu : « Je crois en Dieu, à ses anges, à ses livres, à ses prophètes (envoyés), au dernier jour, à la prédestination du bien et du mal de la part du Très Haut, et à la résurrection après la mort. » Léonardov, Essai d’exposé du mahoniélanisme selon la doctrine des Hanéfites (en russe), Kazan, 1897, p. 17-18. Le credo (kalimah) de l’Islam comprend donc sept articles, ou six, si l’on réunit, comme nous le ferons, ceux qui concernent le dernier jour et la résurrection des morts. /. dieu. — Le 1er article comprend tout ce quia trait à la nature divine, à sa vie intime et à son action dans le monde. 1° Les noms divins. — Les musulmans distinguent les noms (asmà allahi) et les qualités ou attributs (fifâlâ-ou ’llahi) de Dieu. Les noms divins se divisent en deux catégories. Les premiers sont beaux, très beaux (asmà ou llahi. al-l.iusny). Il faut joindre un nom spécial qui est dési­ gné par la qualification de grand (ism Allahi al-'a;im ciannou). Leur existence est mentionnée dans le Coran, vu, 178; xvn, 110; xx,7;lix, 25. H y en aurait 99 d’après un hadilh. Sabloukov, ÿlitchenie, etc., Kazan, 1872, p. 4. Les commentateurs arabes du Coran ne s’en tinrent pas à ce nombre : les uns en comptèrent jusqu’à 1001; les autres jusqu’à 4000. La liste des 99 noms très beaux de Dieu, qui se trouve dans plusieurs ouvrages de théologie musulmane, n’est pas entièrement puisée dans le Coran. La plupart se trouvent dans la sourate lvii : Dieu est puissant et sage. A lui appartient l’em­ pire des cieux et de la terre : il fait vivre et il fait mourir, et il est tout-puissant : il est le premier et le dernier, visible et caché, il connaît tout, y. 1-3; et dans la sourate lix : Il n’y a qu'un seul Dieu. Bien n’est caché à ses yeux. Il voit tout : il est clément et misé­ ricordieux. Il n’y a qu'un Dieu; il est roi saint, sauveur, fidèle, gardien, prédominateur, victorieux, suprême..., il est le Dieu créateur et formateur. 11 a tiré le tout du néant, ÿ. 23-25. Dans d’autres sourates Dieu est appelé ledispensaleur suprême, tu, 6; celui qui contient toutes choses dans ses limites, xi, 60; le savant, le sage, it, 30. Il est immense, 109; il est vivant, m, 1, terrible dans ses châtiments, 9, indulgent, xxiv, 5. Cependant toutes les 99 épithètes divines reproduites par Marracci, Refutatio Alcorani, p. 114; Palmer, The Qu’ran, p. lxviii xcvill, ne se trouvent pas dans le Coran. Il en manque 22. Selon les théologiens musulmans, ces épithètes, bien que ne figurant pas dans le texte sacré, sont tirées de verbes qu'on y rencontre, en vertu des lois d’analogie ou d'induction (qiyüs selon le terme employé par la logique arabe). La plupart ne répondent presque pas au sens du verset; ce sont des redon­ dances ajoutées pour la beauté du style et l'harmonie de la phrase (sadf). En quelques passages cependant l’épithète employée par le prophète répond au sens littéral, par exemple : « Il vous pardonnera, car il est miséricordieux, » n, 51. Voir encore iv, 20; XXXlil, 25; xxxiv, 25. Ce ne sont toutefois que de rares exceptions. En comparant les noms divins de la théologie cora­ nique et ceux de la théologie chrétienne, M. Sabloukov conclut : 1° que la théologie chrétienne attribue à Dieu 1781 CORAN (SA THÉOLOGIE) beaucoup plus d’épithètes qu’il n'y en a dans le Coran; 2° qu'elles donnent de Dieu une notion plus précise et plus conforme à la vérité; 3» qu'elles n’ont pas seu­ lement une valeur métaphysique, mais qu’elles pré­ sentent un aspect moral, puisque la méditation des per­ fections de Dieu, qu’elles expriment, excite à l’exercice des vertus correspondantes, p. 103-104. Le grand nom de Dieu, d’après la théologie musul­ mane, serait le centième, et comme le couronnement des 99 noms très beaux. Tous les miracles des pro­ phètes et des envoyés de Dieu ont été accomplis par son invocation. Sabloukov, p. 133. Il donne â ceux qui le connaissent le pouvoir d'apprendre les mystères de la nature, de disposer à leur gré de ses forces, de guérir toutes les maladies, de ressusciter les morts; il se trouve dans les livres inspirés, la Loi, le Psautier, l’Evangile et le Coran, mais celui-ci ne l’indique pas avec précision, et les commentateurs se sont divisés à son égard en deux partis. Les uns affirment qu’il est jusqu'ici demeuré inconnu ; les autres prétendent l’avoir découvert. Ibid., p. 135. Quelques-uns l'identifient avec le nom d'Allah ; d’autres avec celui de qayoum (vivant). Les hypothèses sont nombreuses mais divergentes et les théologiens musulmans sont obligés d’avouer leur ignorance sur le véritable nom de Dieu. Cependant le nom d'Allah, dont on a proposé plusieurs étymologies, Sprenger, t. i, p. 286-392, obtient le plus grand nombre des suffrages. Palmieri, I nomi di Dio nella leologia coranica, dans le Bessarione, 1906, 2« série, t. x, p. 121-136, 264-274 ; 3e série, t. 1, p. 115-131. 2» Unilé de Dieu (alt laoulpd). — Elle est le dogme fondamental du Coran, la pierre angulaire de son édi­ fice religieux, le trait caractéristique de sa foi. En la faisant reconnaître partout, Mahomet se proposait de faire cesser les luttes religieuses de l’humanité. Elle était à ses yeux la cause de la supériorité du Coran sur les codes des autres religions. La sourate cxn du Coran, la sourate de l’unité de Dieu (altaouhid), Sabloukhov, Svièdieniia o Koranie, p. 11, doit, selon Muir, être rangée parmi les plus anciennes. Nœldeke, p. 84. Il n'est presque aucune page du Coran, qui ne contienne la fameuse formule : « Il n'y a point d'autre Dieu que Allah. » Les musulmans la répètent souvent dans leur prière. L’unité de Dieu est affirmée, n, 158; iv, 169; vt, 19; xtv, 52; xvm, 110; xxi, 108; xxn, 35; xi.i, 5. La mis­ sion de Mahomet comme prophète est d’engager les Arabes à abandonner les divinités de leurs pères et à adorer un seul Dieu, vu, 68; malgré leur répugnance, xvn, 49; xxxix, 46. Aucune divinité ne doit être asso­ ciée au Dieu unique, XL, 12, 84 ; i.x, 4. Cependant Mahomet n’est pas arrivé d’emblée à la profession de l’unité de Dieu. Les sourates de la première période ressentent toute l’inlluence du paganisme arabe. Dieu est représenté comme le maître de l’univers, lxix, 43; le souverain, lxxxi, 29, de l’Orient et de l’Occident, i.XXlll, 9; le Seigneur Très Haut, qui a créé toutes choses, qui a fixé leurs destinées et les dirige toutes vers son but, lxxxvii, 1-3. Dieu n’y est pas appelé Allah, mais ar-Rabbou, nom qui indique plutôt sa sou­ veraineté et sa puissance dans l’ordre physique, nom commun à la théologie des peuples sémitiques. Hughes, Noles on Mohammedanism, p. 67. Mahomet adora d’abord trois divinités, Lût, Ouzzâ et Manàth. Sprenger, t. n, p. 16-17. Mais plus tard la révélation de Dieu le ramena dans le droit chemin et il reprochait à ses concitoyens le culte de ces trois idoles, lui, 22-23. Les inlluences juives et chrétiennes le poussèrent à réta­ blir parmi son peuple la religion d’Abraham, xxn, 77; II, 124, patriarche pieux qui n’associait point d’antres étres à Dieu, ni, 89, et qui a mérité aussi le titre d'or­ thodoxe et d’ami de Dieu, iv, 124; vi, 162; xvt, 125. Le Coran renferme toutefois des preuves philosophi- 1782 ques de l’existence d’un Dieu unique. Detlinger. Beitrâge zu einer Théologie des Korans, p. 14-22. Mahomet part de la création, II, 159. Si Dieu est créa­ teur, on ne peut lui associer les génies qu’il a créés; il n’a pas eu d’enfants, ni de compagne, vt, 100-101. Le Coran découvre encore l’unité de Dieu dans l’ordre de la divine providence, qui serait troublé, s’il y avait deux divinités dans le ciel et sur la terre, xxt, 22; la plura­ lité des dieux entraînerait la discorde parmi eux, et la supériorité des uns sur les autres; chaque Dieu s’emparerait de sa création et les uns seraient plus élevés que les autres, xxm. 92. La pluralité des dieux est un mensonge, x, 70; une ignorance et une parole coupable, xvin, 4. Le dogme de l’unité divine est for­ mulé dans le Coran « d’une manière rigoureuse et avec une évidence remarquable ». Mahomet en parle souvent; il en a la conviction la plus arrêtée; il l’in­ voque à tout moment comme le trait distinctif de ses croyants vis-à-vis des païens, des juifs et des chrétiens. Bogolioubskiy, L’islam, son origine et son essence, Kazan, 1885, p. 180. Toutefois, l’unité de Dieu a reçu dans le Coran son complet développement grâce aux inlluences chrétienne et juive. 11 serait inexact de considérer ce dogme comme une croyance nouvelle introduite dans la religion des Arabes. Ceux-ci admettaient un être suprême auquel ils donnaient le nom d'Allâh Ta'âlâ, le Dieu qui a toujours été. Dozy, p. 5. Ils le considéraient comme un Dieu personnel, placé en dehors de la sphère des choses créées; ils le vénéraient comme le créateur du ciel et de la terre, rempli de sagesse, ami de la vérité et souverain du monde. Krymski, Jlisloire du mahomé­ tisme (en russe), Moscou, p. 4. Allah n'élait pas, chez les Arabes, le nom d'une divinité particulière, d’une idole adorée par une de leurs nombreuses tribus. Wellhausen, Reste arabischen Ueidentums, Skizzen und Vorarbeilen, Berlin, t. m, p. 185. Il désignait un Dieu général, un Dieu élevé au-dessus des autres di­ vinités du panthéon arabe, un Dieu qui n’était pas en contact immédiat avec les hommes, mais qui des hauteurs célestes réglait le cours de la lune et du temps, et la chute de la pluie. Ibid., p. 189; Muller, Der Islam, 1.1, p. 185-189; Muir, p. xxxii-xxxvni. L’idée de l'unité de Dieu s’est donc dégagée peu â peu chez les Arabes des croyances du poly théisme et a préparé le triomphe du monothéisme. Revue de l’histoire des reli­ gions, t. xx, p. 73. L’œuvre de Mahomet a été précédée par une élimination progressive du polythéisme arabe qui s’accomplit d’autant plus facilement que l’idée d’un Dieu unique ne s'était jamais effacée en Arabie, et restait toujours au fond des croyances de ses habitants. Pal­ mer, p. xlix-li; Renan, op. cil., p. 273; Krehl, Ueber die Religion der vorislamischen Araber, Leipzig, 1863, p. 5. Mahomet ne s’est donc pas présenté à son peuple comme le prédicateur d’un dogme nouveau ; il eut seu­ lement le mérite d’avoir mis en pleine lumière l'unité de Dieu et d’en avoir fait le dogme fondamental de l’islam. Voronetz, L'unité de Dieu chez les Arabes (en russe), dans Pravoslaimy Sobesiednik, 1873, t. il. p. 493 494; Goklziher, Le monothéisme dans la rie re­ ligieuse des musulmans, dans la Revue de l’histoire des religions, t. xvi, p. 157-165; Machanov, Essai stn la vie des Arabes à l’époque de Mahomet (en russe , Kazan, 1885, p. 164-195. 3° Les attributs de Dieu. — La dogmatique du Coran dislingue des noms divins les attributs ou qualités qui découlent de l’essence même de Dieu, sans s’identil; r toutefois avec elle, ni sans être des réalités séparées de lui. Les théologiens musulmans ne s’accordent pas sur le nombre de ces attributs (sifâl Allah). Le pi.célèbre d’entre eux 'Ali ben Isma ïl el-Ach’ari, Huar . p. 262, en admet sept; Mohammed ben Mahmoud · Matouridi, né à Samarcande où il mourut en 91«. -a 1783 CORAN (SA THÉOLOGIE) compte huit, et sa liste est généralement acceptée. Ces huit attributs sont dits positifs (yi/dt tâbitah), parce qu’ils désignent ce qui est propre à l’essence divine, ce qui constitue sa perfection suprême. Le Coran affirme leur existence. Le premier attribut est la vie (al-hayyât). Dieu est vivant, XL, 67; il ne meurt pas, xxv, 60; sa vie est éternelle, u, 256, immuable, xx, 110. Il n’est pas sujet â la mort. Tout périra, excepté la face de Dieu, xxvm, 88; tout ce qui est sur la terre passera, la face seule de Dieu restera environnée de majesté et de gloire, lv, 26-27. Il est la source de la vie. C’est lui qui fait mourir et qui ressuscite, II, 260; il donne la vie et la mort, m, 150; vu, 157; tx, 117; x, 57; il dit de lui-même : « Nous faisons vivre et nous faisons mourir, » xv, 23; xxiil, 81; XL, 70; xliv, 7; lvii, 2. Sa puissance fait sortir la vie de la mort et la mort de la vie, m, 26; le vivant de ce qui est mort, et la mort de ce qui est vivant, vt, 95; il produit l’être vivant de l’être mort, x, 32; il vivifie la terre, xxx, 18. La vie en Dieu, selon l’enseignement coranique, suppose l’indépendance de l’être divin; Dieu est la cause suprême dont l’existence n’a pas eu de cause, ni de principe, et les deux termes de vivant et éternel se trouvent associés dans le Coran. Leonardov, p. 23. Selon le commentaire de Tadj-Eddin (xm· siècle), Ar-risàlah 'al-'azizah, Dieu n'est pas limité dans un lieu; il n’a pas besoin de corps, d'âme, de nourriture, et des autres conditions nécessaires à l’être vivant. Léonardov, p. 25. Sa vie est éternelle et en même temps immuable. Le second attribut de Dieu est l’omniscience ('Uni). Dieu sait tout, n, 131; il entend tout, n, 177; il entend et sait tout, vi, 115; vin, 63; x, 66; xxvi, 220; xxix, 4; xliv, 5; il est instruit de tout ce que nous faisons, xi, 113; il est le sage, l’instruit, xxxiv, 1. 11 sait tout ce que font ses serviteurs et il voit tout, xxxv,. 28; il connaît la condition des hommes, xlii, 20. Sa science est absolue, universelle. Il s’entend en toutes choses, π, 27, 231, 282; ix, 36, 175; il connaît tout ce qui se passe aux cieux et sur la terre, v, 98; vi, 101 ; vin, 76; ix, 116; xxiv, 32; xxix, 62; xxxm, 38; xlii, 10, elc. Bien ne lui est caché, ni, 4. Il a les clés des choses se­ crétes; lui seul les connaît. Il sait ce qui est sur la terre et au fond des mers. Il ne tombe pas une feuille qu’il n’en ait connaissance. Il n’y a pas un seul grain dans les ténèbres de la terre, un brin vert ou desséché, qui ne soit inscrit dans le livre évident, vi, 59. Le poids d'un atome sur la terre ou dans les cieux, ne saurait échapper à ton Seigneur, x, 62; il sait ce que portent les entrailles des mères, xm, 9; xxxi, 34. Il connaît l’homme dès qu’il est dans le sein de sa mère, lui, 33. Les cieux et la terre n’ont pas de secrets pour lui, il, 31. Il les connaît tous, xlix, 18. Il sait ce qu’il y a de plus petit ou de plus grand dans les cieux et sur la terre, xxxiv, 3; ce qui entre dans la terre et ce qui en sort; ce qui descend du ciel et ce qui y monte, xxxiv, 2: lvii, 4; il pénètre ce que les cœurs renferment, ibid., 6, ce qui est caché et ce qui est manifeste, xm, 10; xvi, 24; les choses visibles et invisibles, xxm, 93; xxxn, 5; lix, 23; lxiv, 7; les actions des hommes, LViii, 8; les pensées et les desseins du cœur humain, n, 72; ni. 27 : xi, 5-9; xvi, 19, etc.; il connaît les per­ vers, II, 89. les méchants, ibid., m, 56; ix, 47; XII, 7. et aussi ceux qui le craignent, ni, 111 ; IX, 44; 1. il connaît le fond des cœurs, ni, 115, 148; ses mys­ tères, v, 10, vin, 45; xxxi,22; xxxv,36; xxxix, 10,etc. En un mot. sa science embrasse tout, lxv, 12; xx, 98. Zwemer, The nioslem doctrine of God, Londres, 1905, p. 47-63. Le troisième attribut est la toute-puissance (al-qadr). Le Coran l'atteste en bien des endroits : Dieu est toutpuissant, n. 19, 100. 103, 143. 261. 284; son pouvoir s'étend à toutes choses, tn, 25. 27. 159, 186: v, 20, 22, 1784 44, 120; vt, 17; ix, 39; xi, 4, etc. Il attribue à Dieu la toute-puissance dans l’ordre physique et dans l'ordre moral. Grimme, p. 42. Le quatrième attribut est la vision, la vue (al-basav). Dieu voit les actions des hommes, n, 90, 104, 233, 238, 267; m, 150, 157; vin, 40; xi, 114; xxxv, 28; XL, 40; xlix, 18; lvii, 4; lx, 3; lxiv, 2. Sa vision s’étend aux phénomènes de la nature, â toutes les choses créées, lxvii, 19. Son regard se pose tout particulièrement sur ses serviteurs, ni, 13,19; mais les crimes des méchants lui sont aussi connus, v, 75. Le cinquième attribut divin est l’ouïe (as-sam'). Dieu entend tout, n. 131, 177; v, 80; vt, 13, 115; vm, 63; x, 66; xvn, 1; xxvi, 220; xxix, 4, 60; XL, 21; xlii, 9; xliv, 5; les prières, xn, 34; xxvi, 218-220; xi.i, 36; les plaintes des hommes, lviii, 1; les discours tenus au ciel et sur la terre, xxi, 4. La vision et l’ouïe de Dieu, remarque Tadj-Eddin, ne s’exercent pas comme celles des hommes par le moyen des sens intérieurs. Dieu entend de loin, tandis que nous ne percevons les sons qu’à peu de distance. De même, Dieu perçoit les objets que nous ne pouvons pas voir à cause de leur éloigne­ ment. Léonardov, p. 27. Le sixième attribut de Dieu est la parole (al-kalâm). Dieu a parlé aux prophètes, II, 254; à Moïse, IV, 162; vu, 140. Il parle aussi aux hommes, mais par inspira­ tion ou derrière un voile, xlii, 50. Sa parole ne s’adresse pas aux païens, bien qu'ils lui demandent de l’entendre, n, 112. Elle est le comble de la vérité et de la justice. Nul ne peut la changer, vi, 115. Elle est inépuisable : « Quand tous les arbres qui sont sur la terre devien­ draient des plumes, quand Dieu formerait des sept mers un océan d’encre, les paroles de Dieu ne seraient point épuisées, » xxxi, 26; xvni, 102. Elle n'est pas semblable à la nôtre. C'est une parole éternelle, et Dieu la prononce sans avoir besoin de langue, ou de sons articulés. D’après la théologie musulmane, le Co­ ran serait cette parole de Dieu incréée. Léonardov, p. 27. Le septième attribut de Dieu est la volonté (al-irâdah). Dieu veut, il, 24; il veut qu’on le glorifie de ce qu’il dirige les bons dans la voie droite, il, 181; sa volonté est toute-puissante, il fait ce qui lui plaît, xxil, 14; II, 254; il ne veut point de mal à l’univers, m, 104; il ne veut pas opprimer ses serviteurs, xl, 33, mais les puri­ fier et les combler de ses bienfaits, v, 9; il veut aider les hommes dans leur voie, en leur expliquant claire­ ment ses volontés, et en leur rendant son joug léger, iv, 31-32. Sa volonté domine la mort, m, 139. Elle est libre. Dieu ordonne ce qu’il lui plaît, v, 1; il fait bien ce qu’il veut, xi, 109; xvn, 17. Il veut punir l'homme coupable, v, 54. Il créé ce qu’il veut, m, 42; il donne l’existence à son gré, v, 20; xxiv, 44; xxvm, 68; xxx. 53; xxxv, 1; xlii, 28. La volonté de Dieu, dans la théo­ logie coranique, est liée à sa toute-puissance. Dieu n’a pas besoin du conseil ou du secours d’autrui. Le huitième et dernier attribut de Dieu est la puis­ sance créatrice (at-takouin). Dieu prononce un fiat, et les créatures sortent du néant, it, 111; vi, 72; xix, 36; xxxvt, 82; XL, 70; il est le Dieu créateur et formateur, Lix, 25; le créateur de toutes choses, vi, 102; xm, 17; xxxix. 63; XL, 64; de la vie et de la mort, lxvii, 2. Selon les commentateurs arabes, tout dérive de Dieu, et c’est lui qui du néant appelle les êtres â l’existence. Léonardov, p. 29. Il est la lumière des cieux et de la terre, lumière qui ressemble à un flambeau placé sur un cristal, xxiv, 35. Il est la vérité, xx, 113, la vérité même, xxn, 6; xxiv, 25; xxxi, 29; et son langage est l’expression de la vérité, xxxm, 4. Les attributs négatifs tels que l’éternité, l'unicité, etc. portent ce nom. parce qu’ils impliquent la négation de ce qui ne convient pas à la perfection sans limite de l’être divin. Gabrieli, Un capitolo di teodicea musul­ mane, p. 23. 1785 CORAN (SA THEOLOGIE) Les textes cités précédemment démontrent que la théologie coranique a de Dieu une notion élevée et exempte d’erreurs grossières. L'enseignement de Maho­ met sur Dieu trahit l'inlluence du judaïsme et, à un moindre degré, du christianisme. Nœldeke, p. 6. Le prophète recourt à des images et des comparaisons vul­ gaires pour exprimer les notions abstraites de la théo­ dicée, notions qu'il ne pouvait trouver dans le poly­ théisme des anciens Arabes. On peut cependant lui reprocher d'avoir confondu les noms et les attributs de Dieu, ou de n’avoir pas indiqué la raison de leur dis­ tinction. Le nom abstrait, dans la théologie coranique, devient un attribut divin, par exemple, la vie, et l’ad­ jectif substantif, un de ses noms les plus beaux, vivant. Tout en reconnaissant à Dieu les attributs métaphysi­ ques, Mahomet n'a pu éviter l’anthropomorphisme. Selon la remarque de Krehl, il était bien en cela le fils de son temps et de son peuple. Iteitrâge zur muhammedanischen Dogmalik, p. 194. Il trace de Dieu un portrait moral où figurent les passions humaines, la vengeance, ni, 3; v, 96; la moquerie, il, 14; la recon­ naissance, iv, 146, etc. Quelques lacunes aussi dans la notion des attributs métaphysiques, spécialement dans la notion de l’éternité qui, dans le Coran, est exprimée par le mot al-qayyüm (persévérant) accompagné du mot vivant, n, 256, sont énumérées par Krehl, p. 2002OI ; Gabrieli, op. cit., p. 11-12. 4° La Trinité. — Le Coran rejette d’une manière absolue le dogme de la Trinité. Plusieurs causes ont contribué â cette négation. Tout imbu de l’idée de l'unité de Dieu, et dépourvu d’une solide culture théo­ logique, Mahomet ne put jamais concevoir l’unité divine dans la trinité des personnes. Il ne concevait qu’un seul Dieu, ou trois. De plus, selon la juste remarque de Muir, les sources auxquelles le prophète puisait ses renseignements sur le christianisme, n'étaient pas de nature à lui donner une notion précise et exacte du dogme chrétien. Mahomet a subi l’inlluence des héré­ tiques qui de son temps avaient en Arabie des adhé­ rents. Quoi qu’il en soit, il est hors de doute que si l’unité de Dieu est la pierre de touche des vrais croyants, la Trinité est l’antithèse de leur foi. Mahomet reproche souvent aux chrétiens leur adhésion à ce dogme : « O vous qui avez reçu les Écritures, ne dé­ passez pas les limites de votre religion, ne dites de Dieu que ce qui est vrai... Croyez donc en Dieu et à scs apôtres, et ne dites point : Il y a trinité. Cessez de le faire. Ceci nous sera plus avantageux. Car Dieu est unique, » iv, 169. Infidèle est celui qui dit : Dieu est un troisième de la Trinité, v, 77. Le prophète considère comme un horrible blasphème la paternité divine : « Peu s’en faut que les cieux ne se fendent à ces mots (le Miséricordieux a des enfants), que la terre ne s’enlr’ouvre, et que les montagnes ne s’écroulent, de ce qu ils altribuent un fils au Miséricordieux. Il ne lui sied point d'avoir un tils, » xix, 91-93. Mahomet consi­ dérait Marie comme faisant partie de la sainte Trinité avec son divin Fils, v, 110, et celte opinion a été admise par un des plus célèbres commentateurs du Coran, Abdallah ben ‘Omar al-Beidâwi, dans ses Lumières de la rér< lalion et les mystères de T interprétation. Comment expliquer cette étrange bévue? Clodius et Marracei supposent que Mahomet n'arriva pas d’emblée à la n galion de la Trinité. L’hérésie des collyridiens, voir col. 369-370, qui vénérait Marie comme partici­ pant à la nature divine, μανίαν διασκεδάσω, llotlinger, Historia orientalis, Zurich, 1051, p. 227-228, aurait, d’apres les commentateurs arabes du Coran, été visée par Mahomet, Iorsqu'iI blâmait les chrétiens de regarder Marie comme une personne divine. Mais cette hypo­ thèse n'est guère fondée. Aucun document ne prouve l'existence et la diffusion en Arabie des erreurs colly ridienues. Le silence des écrivains grecs à ce sujet est I 1786 très suggestif. Zaborovsky. Doctrines du Coran puisées dans le christianisme (en russe), Kazan, 1875, p. 58. D’ailleurs, le Coran ne fait pas allusion à cette secte, et il paraît presque certain que le prophète, en attaquant la Trinité, avait en vue tous les chrétiens en général. L’idée de l'unité de Dieu lui faisait exclure toute parti­ cipation humaine dans l’œuvre de la providence divine. Le terme de Theotocos (mère de Dieu) lui paraissait abaisser Dieu au niveau de l’homme. Son impuissance à saisir les idées métaphysiques des dogmes chrétiens, Nœldeke, p. 4, lui faisait croire que la paternité en Dieu ne pouvait exister sans le concours de la femme. « Dieu, disait-il, n’a ni épouse, ni enfant. » LXXII, 3; il n’a point enfanté, et n’a point été enfanté, cxn, 3. Il revient à plusieurs reprises sur la négation de la paternité divine, xvn, 111; xvm, 3-4; xix, 91; xxm, 92; xxv, 2; xxxix, 6, sur l’absence en Dieu, d'épouse et de compagne, vi. 101. L’insistance même qu’il met à répéter que Dieu est unique, dans ca sens que, dans l’être divin, il n’y a pas d’hyposl;..es distinctes, la violence de son langage, lorsqu’il traite d'impiété et de mensonge le dogme chrétien, prouvent qu’il n’a jamais eu une conception exacte de la Trinité, et qu'il était convaincu que son admission était la négation de l’unité de Dieu. De l’enseignement chrétien, il n’a retenu que le prétendu polythéisme. La négation de la Trinité a facilité peut-être la diffusion de l'islamisme. Il est avéré que l'islam fait de continuels progrès en Afrique, et pénètre aisément dans les milieux d'une civilisation rudimentaire. Comme Marracei l'observait déjà, le monothéisme des musulmans gagne plus faci­ lement des adhérents chez les peuples plongés encore dans la barbarie, tandis que le christianisme, avec la sublimité de ses dogmes, rencontre parmi eux une plus forte opposition. La négation de la Trinité était, du reste, pour Mahomet, une nécessité logique du dé­ veloppement de son système religieux. S’il avait admis ce dogme, il lui eût été difficile de nier la divinité du Christ et sa mission rédemptrice, et de s'attribuer à lui-même la prérogative de prophète appelé par Dieu à combler les lacunes de la révélation divine contenue dans l’Ancien et dans le Nouveau Testament. 5“ Jésus-Christ. — 1. Ses noms. — Le Christ est appelé dans le Coran ‘Isa, nom qui n’a pas chez les Arabes une signification spéciale. Zaborovsky, p. 46. A ce nom, qui désigne le Christ comme le fils de Marie, Mahomet ajoute celui de Messie (Al-Masih), m, 40; iv, 156, 170; v, 19. Le Coran emploie aussi pour désigner le Christ l'expression de Verbe de Dieu (Kâlimat Allah) : « Le Messie est l’apôtre de Dieu et son Verbe qu’il jeta dans Marie, » iv, 169; ni, 34, 40. Cependant, selon les commentateurs arabes, il ne faut pas y voir une preuve de la divinité du Christ. Le Verbe de Dieu est créé comme les êtres qui n'existaient pas avant que Dieu les eût tirés du néant. Djélàl-eddin, cité par Marracei, enseigne que Jésus-Christ est dit « Verbe de Dieu » parce qu'il a été créé par la parole divine. El-Béïdâvi donne plusieurs explications de ce nom. Le Christ est appelé ainsi, parce qu’il est venu au monde par l'ordre de Dieu, sans qu’il eût un pere na­ turel. Il ressemble aux premières créatures, qui ont reçu l’existence par la parole divine. On pourrait en­ core entendre par là le livre de la parole de Dieu, ou le rôle joué par le Christ dans l’établissement de la religion. Marracei, Refutatio Alcorani, I. 111. p. 61 ; Zaborovsky, p. 55. Cependant Mahomet n'applique ce nom qu’au Christ. C’est pourquoi d’autres commen­ tateurs ont pensé qu’il voulait indiquer plus sp.’cialement que le Christ avait été créé par la parole de Dieu, et était un être privilégié. Mikhailov, Les récits du Coran touchant les personnes et les év· nements du Nouveau Testament (en russe), Kazan. L".·'·. p. 144. Cette explication ne parait pas satisfaisante. Le 1787 CORAN (SA THÉOLOGIE) termede Verbe de Dieu suppose dans le Christ quelque chose de divin de telle sorte que le Coran, en niant sa divinité, se contredisait. Gerock, Versuch einer Darslellung der Christologie des Korans, p. 87-88 ; Derenbourg, dans la Revue des Études juives, Ί888, t. xvm, p. 126-128; Nallino, Chrestomathia Qorani arabica, Leipzig, 1893, p. 49. Mahomet appelle encore le Christ l’esprit de Dieu (roûA Allah), iv, 169. Les commentateurs du Coran n’y voient pas une preuve de la divinité du Christ. Le Seigneur a souillé aussi son esprit sur Adam, xv, 29; xxxii, 8, et qui n’est pas pour cela le fils de Dieu, partageant avec Dieu la nature divine. 2. Naissance de Jésus. — Elle tient une place im­ portante dans le Coran. Le récit de Mahomet présente plusieurs analogiesavec celui de saint Luc, bien que le prophète n'ait point eu en mains les livres canoniques du Nouveau Testament. Il a connu les Évangiles apo­ cryphes, en particulier De nativitate Marne, et De infantia Jesu, mais il les a embellis au gré de sa fantaisie. La naissance de Jésus est miraculeuse. Marie, quittant sa famille, se retira du côté de l'est. Elle se couvrit d'un voile qui la déroba à tous les regards. Dieu lui envoya son esprit, qui lui apparut sous la forme d'un homme d'une figure parfaite. Elle lui dit: « Je cherche auprès du Miséricordieux un refuge contre toi. » il répondit : « Je suis l’envoyé de ton Seigneur, chargé de te donner un fils saint. — Comment, répon­ dit-elle, aurais-je un fils? Aucun homme n'a jamais approché de moi, et je ne suis point une femme dis­ solue. » Il répondit : « 11 en sera ainsi : ton Seigneur a dit : Ceci esl facile pour moi. Il sera notre signe de­ vant les hommes, et la preuve de notre miséricorde. L’arrêt est fixé. » Marie conçut et se retira dans un endroit éloigné. Les douleurs de l’enfantement la sur­ prirent auprès d’un tronc de palmier. « Plut à Dieu, s’écria-t-elle, que je fusse morte avant que je fusse oubliée d’un oubli éternel. » Quelqu’un cria de dessous elle: « Ne t’afllige point. Ton Seigneur a fait couler un ruisseau à les pieds. Secoue le tronc du palmier, des dattes mûres tomberont vers toi. Mange et bois, et console-loi; et si tu vois un homme, dis-lui : J’ai voué un jeûne au Miséricordieux; aujourd’hui je ne parlerai à aucun homme. » Elle retourna dans sa famille, por­ tant l’enfant dans ses bras. On lui dit: « O Marie, tu as fait une clio*e étrange. O sœur d’Aaron (I), ton pere n’était pas un homme misérable, ni ta mère une femme suspecte. «Marie leur fit signe d’interroger l'enfant : « Comment, dirent-ils, parlerions-nous à un enfant au berceau?... — Je suis le serviteur de Dieu; il m'a donné le Livre et m’a constitué prophète, » xtx, 16-32. la sourate ni raconte aussi la naissance du Christ. Les anges dirent à Marie : « Dieu t’annonce son Verbe. Il se nommera le Messie, Jésus, (ils de Marie, honoré dans ce Inonde et dans l’autre, et un des con­ fidents de Dieu. Il parlera aux hommes, enfant au ber­ ceau et adulte, et il sera du nombre des justes. — Seigneur, répondit Marie, comment aurais-je un fils? Aucun homme ne m’a approchée. — C’est ainsi, reprit l ange, que Dieu crée ce qu'il veut. Il dit : Sois, et il est. Il lui enseignera le livre et la sagesse, le Pentaleuque et l’Evangile, Jésus sera son envoyé auprès des enfants d’Israël, » 40-43. En beaucoup d’endroits, le Coran rép< te que Jésus est le fils de Marie, 11, 81, 254; iv, 156, Hf; v. 19. 50. 76, 79, 82, 109, 1)2, 114, etc. En comparant les deux récits on constate que celui de la sourate xix est plus complet. Quelques versets de la sourate m correspondent assez bien à saint Luc, t, 31-33, 35, 37. Mais I-. s traits sont plutôt empruntés aux apocryphes. L'Evangile aral>e de l'enfance cite les pa­ roles du Christ dans son berceau. Tischendorf, Evangelia apocrypha, Leipzig, 1876. p. 181. Certains détails ne se rencontrent ni dans l'Evangile de saint Luc ni 1788 dans les apocryphes, par exemple les reproches adressés à Marie par ses parents, la peur et la honte de la sainte Vierge en leur présence. Sayous, Jésus-Christ d’après Mahomet, p. 40-41. Mahomet les a imaginés. 3. Vie publique, miracles et prédication de Jesus. — Le Coran est très sobre de renseignements sur la vie cachée et publique du Christ. Mahomet n’a point connu les Evangiles canoniques; ce qu'il dit du Christ, il l’a appris de la tradition arabe ou des Évangiles apo­ cryphes. Ces renseignements tendent à exclure de la personne du Christ tout ce qui est divin. Le Christ est simplement le fils de Marie : il est né sans doute d'une manière miraculeuse, mais il ne doit pas être élevé à la hauteur de Dieu. Mahomet ignore les mer­ veilles accomplies par le Christ durant sa prédication. Il en parle d'une manière vague et indéterminée : Jésus façonne avec de la boue la figure d’un oiseau, il souffle dessus, et par la permission de Dieu l'oiseau est vivant; il guérit l'aveugle de naissance et le lépreux; il ressuscite les morts; il dit ce qu’on a mangé et ce qu’on a caché dans la maison, ni, 43. Ces miracles sont rapportés à la sourate v, 110. Le Coran ne dit pas à quelle époque s’est accompli le premier miracle dont il parle. L'enfance de Jésus, selon Mahomet, s’est écou­ lée sur un lieu élevé, sûr et abondant en sources, xxm, 52. Les commentateurs arabes identifient ce lieu avec Jérusalem ou Damas; Marracci croit y voir une allu­ sion au paradis terrestre. Refutatio Alcorani, p. 376. C’est à cette période de la vie cachée du Christ que doit se rapporter le premier miracle enfantin, que Ma­ homet a emprunté à l’Evangile arabe de l’enfance du Sauveur, Tischendorf, Evangelia apocrypha, c. xt.it, p. 203-204, à l’Evangile de Thomas en grec, c. Il, ibid., p. 141-142, et au même Évangile en latin, c. iv. Ibid., p. 167-168. Les commentateurs arabes mentionnent de nombreux éléments d’origine évangélique, dans les miracles de Jésus, mais mêlés à des traditions Islamites qui les déparent. Le Coran n'indique pas le temps où Jésus commença sa vie publique. Les anges dirent à Marie : « Jésus par­ lera aux hommes, enfant au berceau et adulte, » m. 41. Les commentateurs arabes, Ibn Koulaïba, Wahb, Maçoudi, fixent cette époque à l'âge de 30 ans. Mikhailov, p.154-155. Le Christ avait été instruit directement par Dieu qui lui avait enseigné « le livre et la sagesse, le Pentateuque et I’Évangile », m, 43; v, 110. Il venait en prophète, xtx, 31, béni partout où il se trouvait, chargé de faire la prière et l’aumône tant qu’il vivrait, xtx, 32. Sa prédication ne toucha point les juifs qui restèrent infidèles, m, 45. A la vue des miracles accomplis par le Christ, ils disaient : Ceci n’est que de la magie, v. 110; de la sorcellerie pure, lxi, 6. Une partie seulement des enfants d’Israël crut â la parole du Christ, lxi, 14. Il eut des apôtres, appelés haouâriyun, mot qui conli, ut l’idée de blancheur par allusion soit à leurs vêtements, soit à la pureté de leurs âmes. Sayous, Jésus-Christ d'après Mahomet, p. 46. Mahomet ne connaît pas leurs noms; il en cite trois qui visitèrent une ville sur l'ordre de Dieu, xxxvi, 13, mais sans les ni miner. Les apôtres furent pour le Christ des aides dans le sentier de Dieu, m, 45; lxi, 14. A leur sujet, le Coran raconte un mi­ racle qui est un rellet affaibli et sans dignité de la cène. Sayous, p. 46. Les apôtres prièrent leur maître de faire descendre des deux une table toute servie. Jésus adressa à Dieu celte prière : « Dieu, notre Seigneur, faites-nous descendre une table du ciel; qu'elle soit un festin pour le premier et le dernier d'entre nous, et un signe de ta puissance. » Le Seigneur dit alors : « Je vous la ferai descendre, mais malheur à celui qui, après ce miracle, sera incrédule : je préparerai pour lui un châtiment le plus terrible qui fût jamais préparé pour une créature, » v, 115. On a voulu voir dans ce récit une allusion aux menaces prononcées par saint Paul contre ceux qui 1780 CORAN (SA THÉOLOGIE) reçoivent indignement le corps du Christ, I Cor.,xi,27, mais cette hypothèse doit être absolument écartée. Sayous, p. 47. Mahomet ignore les paraboles et l’ensei­ gnement dogmatique et moral de .Jésus, dont la prédi­ cation, à en croire le Coran, se réduit à quelques véri­ tés rudimentaires. Le Christ recommande aux enfants d’Israël d'adorer Dieu et de ne lui associer personne dans ce culte, v, 76. Sa mission est de confirmer le Penlateuque, v, 50; d’enseigner lasagesseaux hommes et de leur expliquer l’objet de leurs discussions, xliii, 63. Le Christ est donc un prophète comme les autres. Sa supériorité consiste en ce qu’il expliquait plus clai­ rement la révélation divine. Mahomet appelle pour ainsi dire Jésus-Christ à rendre témoignage à son propre enseignement. Il lui met sur les lèvres la pro­ fession de l’unité de Dieu, dans le sens' qu'il donne à ce dogme, v, 76; il présente le Christ comme reniant sa nature divine, et adorant Dieu ni plus ni moins qu’un simple mortel, et le portrait qu’il en trace est de nature à fortifier dans l'âme de ses disciples la con­ viction que Jésus-Christ n'est pas réellement Dieu, et fils de Dieu. 4. La passion, l’ascension, et le second avènement du Christ. — Ce que Mahomet raconte de la passion et de la résurrection du Sauveur est très obscur et contra­ dictoire. « La christologie historique du Coran, observe M. Sayous, assez précise au début jusque dans ses er­ reurs, va se perdant de plus en plus dans les bizarre­ ries et les contradictions, » p. 51. Le Coran parle des artifices employés par les Juifs pour s'emparer du Sau­ veur et le mettre à mort. Leurs machinations ne réus­ sirent pas, parce que Dieu, qui est plus habile, déjoua leurs complots, ni, 47. Il attribue plusieurs fois à Dieu l’épithète d’habile ou d’astucieux, mâkir, vm, 30; x, 22; il l’appelle maître de toute ruse, xm, 42. Le Seigneur détourna du Christ les mains des Juifs, v, 110, qui ne le crucifièrent point; un autre individu qui lui res­ semblait lui fut substitué, et ceux qui uiscutaient à ce sujet sont demeurés eux-mêmes dans le doute, iv, 156. La tradition musulmane complète les données du Coran. Selon les uns, le remplaçant du Christ était un un homme qui lui ressemblait de visage; selon d’autres, ce fut Simon le Cyrénéen, ou un des apôtres, etc. Mikhailov, p. 350-353; Sayous, p. 48. L’enseignement coranique a subi sur ce point linlluence des hérésies judaïsantes et gnostiques des premiers siècles : cérinthiens qui enseignaient que le Christ avant la passion avait abandonné Jésus à lui-même; saturniens et basilidiens qui admettaient que le Christ n’avait eu qu’un corps apparent. Photius mentionne d’autres hérétiques qui soutenaient que le Christ n’avait point été crucifié, puisqu'un autre lui avait été substitué. Bibliotheca, ccd. 114, P. G., t. cm, col. 389. Mahomet a utilisé ces erreurs dans un but dogmatique. Dans son système, la négation du péché originel aboutissait logiquement à la négation de la nécessité de la rédemption par le Christ. La mort du Christ sur la croix était inutile, d'autant plus que, selon la théologie coranique, « toute âme sera perdue par ses œuvres, et il n’y aura pour elle aucun autre protecteur ni intercesseur hormis Dieu, » vi, 69. Mikhailov pense que le prophète est arrivé de lui-même ànier la mortdu Christ; le prophète aurait soumis à une analyse critique la doctrine du christianisme sur la rédemption, et n'aurait retenu du Christ que ce qui était conforme aux principes de son système religieux. Toutefois, les textes du Coran, qui traitent de la délivrance du Christ des mains des Juifs, n’excluent pas la réalité de sa mort, affirmée par d'autres textes. Le Coran enseigne aussi que toute âme sera par la mort ramenée à Dieu, xxi, 36. Le Christ lui-même parle dans le Coran du jour où il mourra, xix, 34. Dieu dit à Jésus : Je le ferai subir la mort, in, 48. Comment expliquer ces textes contradictoires? 1790 Les commentateurs arabes ont essayé de les concilier en les interprétant, afin d'éviter au prophète le reproche de contradiction, mais leur interprétation est contraire aux lois de l’exégèse et â la vérité historique. Mikhailov, p. 373-375. On pourrait â la rigueur admettre que, dans la pensée de Mahomet, le Christ, sujet à la mort comme tout homme, avait des mérites considérables devant Dieu,comme prophète et héraut de sa doctrine. Dieu, prenant en considération ses mérites, l'aurait trans­ porté miraculeusement au ciel au moment de sa mort. Celte hypothèse ne s'impose pas, parce que le Coran n'explique pas si le Christ est monté au ciel, étant en­ core en vie ou après sa mort naturelle. Le Coran rappelle, en effet, l'ascension du Christ. Dieu dit à Jésus : « Je t’élèverai à moi, » m, 48; puis­ sant et sage, il l'a élevé réellement â lui. iv, 156. mais c'est tout ce qui en est dit. On peut considérer celte élé­ vation au ciel comme le suprême bienfait accordé par Dieu au Christ prophète, v, 409. Mais elle ne prouve nullement la divinité du Christ. Le second avènement du Christ est attesté clairement dans la théologie coranique. « Au jour de la résurrec­ tion, le Christ témoignera contre ceux qui n'ont point cru en lui, » iv, 457; xi.m, 61. Les théologiens musul­ mans décrivent avec de nombreux détails ce second avènement du Christ, dont la mission serait de tuer l'Antéchrist, Arnold, L’islam, trad, russe, p. 16; ils lui attribuent, au jugement dernier, le rôle de juge, mais le Coran ne dit rien à cet égard, et comme les autres prophètes, le Christ sera tenu de rendre compte de ses actes devant Dieu. Gerock, p. 434. 5. La divinité du Christ. — Surce point, ladoctrinede Mahomet ne laisseplaceàaucundoule. Son monothéisme rigoureux ne s’accorde pas avec la notion chrétienne de la filiation divine. Mahomet nie d’abord la divinité du Christ; puis il lui fait rendre à lui-même témoignage contre cette divinité. Jésus est l’apôtre de Dieu. Ce titre lui suffit; ce serait obscurcir la gloire de Dieu que d’affirmer qu’il ait eu un fils, iv, 169. Ceux qui disent que Dieu est le Messie, fils de Marie, sont des infidèles, v, 19. S'il le voulait, Dieu pourrait anéantir le Messie, sa mère, et tous les êtres de ia terre. Le Messie n’est "'i’un apôtre ; d’antres apôtres l'ont pré­ cédé. Ibid., 79. Les hommes ont reçu l'ordre d’adorer un seul Dieu, et le Messie n’est que le fils de Marie, ix. 31. Les apôtres que Dieu avait envoyés avant Mahomet n’étaient que des hommes qu’il avait inspirés, xvi, 45. En parlant de lui-mème dans le Coran, le Christ dit : « Je suis le serviteur de Dieu; il m’a donné le livre et m’a constitué prophète, » xix, 31. Si cela est vrai, le Christ n'est qu’un simple exécuteur des ordres de Dieu. Il répugne d’admettre qu’investi de la mission d'amener les hommes â adorer Dieu, il ait usurpé la gloire et ie culte de Dieu. Le Dieu a envoyé le Christ comme pro­ phète, il s’ensuit que le Christ n’est pas Dieu, parce que la mission de prophète ne peut être confiée qu’à l'homme. Or, convient-il que l'homme, à qui Dieu a donné le livre de la sagesse et le don de prophétie, dise aux hommes : Soyez mes adorateurs? Non, répond Mahomet, il dit : « Soyez les adorateurs de Dieu, » ni, 73 Jésus-Christ lui-même, dans le Coran, proteste contre ceux qui voudraient lui donner l’auréole de la divinité. Il invite les enfants d’Israël à adorer le Dieu qui est son Seigneur, et le Seigneur de tous. Quiconque asso­ cie â Dieu d'autres dieux, Dieu lui interdira l'entrée du jardin et sa demeure sera le feu, v, 76. Du reste, le Christ n'est pas le plus grand des prophètes. Dans son Évangile, il est le héraut de la gloire de Mahomet, qu est l’apôtre de Dieu, le prophète illettré envoyé sur terre pour conduire les hommes dans le droit cherr vu, 455-157. Le Christ est venu confirmer le livre qui l’a précédé, et annoncer le prophète qui le suivra, et dont le nom est Achmed, lxi, 6. Le mot arabe 'ahmaâ 1791 CORAN (SA THÉOLOGIE) signifie glorieux, et Mahomet l’ajouta à son nom d’au­ tant plus facilement qu’il dérive de la racine liamida, hamad, il glorifia. En résumé, Mahomet avait du Christ une idée très éle­ vée, parce qu'il en avait entendu dire beaucoup de bien. Glagolev, Le Coran (en russe), p. 255. Aussi évite-t-il de lui imputer l'affirmation de sa divinité. Il reproche aux chrétiens cette impiété, que le Christ lui-même a condamnée. Jésus-Christ est l’envoyé de Dieu, un simple mortel, un prophète, un thaumaturge, semblable aux autres prophètes. Mahomet ne reconnaît point le carac­ tère surnaturel du Christ, ni la portée de son enseigne­ ment comme révélation divine parfaite: il rejette son crucifiement, sa résurrection et son rôle au jour du jugement dernier. La foi en un Dieu unique et en son prophète sont les deux principes auxquels il a adapté sa christologie, qui, en niant la divinité du Christ, est essentiellement anlichrélienne et opposée à l'Évangile. 6. Le portrait moral du Christ. — Le Coran a élevé le Christ au-dessus des autres prophètes, tout en niant sa divinité et sa mission de rédempteur. Les autres prophètes d’Israël ont reçu uniquement la mission d’enseigner les vérités de la foi, d’être les organes de la révélation divine. Jésus-Christ possède l’esprit prophé­ tique dans un degré supérieur, mais en même temps il a été seul proposé comme exemple aux enfants d’Israël, Xl.m, 59. Dieu l’a comblé de .aveurs, ibid.; il est le saint, xix, 19, le confident de Dieu, ni, 40, la preuve vivante de la miséricorde divine, xix, 21; il est du nombre des justes, tu, 41. Si ce texte est entendu de l’impeccabilité du Christ, de sa sainteté parfaite, il serait l’écho de ces paroles : Quis ex vobis arguet me de peccato? Joa., vm, 46. D’après une tradition très au­ torisée, Mahomet aurait dit en parlant du Christ . " Tout homme en naissant est saisi au côté par la griffe du diable, excepté Jésus fils de Marie. » Sajous, p. 75. Le Coran exalte la grandeur et la vertu du Christ : Mahomet se place lui-même à un degré inférieur. Sa naissance n’a pas été miraculeuse comme celle de Jésus. Le Christ n'a pas subi l'esclavage du péché, tan­ dis que, dans le Coran, Mahomet avoue ses fautes an­ ciennes et récentes, xi.vnr, 2; il en demande pardon à Dieu, dont il implore la miséricorde, xl, 57; xlvii,21; ex, 3. S’il se considère comme supérieur à Jésus dans sa mission de prophète, à s’en tenir au Coran, le Christ est plus élevé que lui au point de vue de la perfection morale. Gerock, p. 84-87; Ostrooumov, Les doctrines des mahomélans sur la personne de Jésus-Christ (en russe), p. 253-254. 6’ Le Saint-Esprit. — Dans la sourate xvt, 2, Maho­ met affirme que par sa volonté, Dieu fait descendre les anges avec son esprit sur celui de ses serviteurs qu’il choisit. Le terme d’esprit roùlj a plusieurs sens dans le Coran. Il signifie : 1° l’acte par lequel Dieu communiqua la vie au premier homme : « Lorsque j’aurai souillé dans lui mon esprit, » xv, 29; xxxn, 8; xxxvm, 72; 2“ l'inspiration divine, xvi, 1-2; xl, 15; 3° un être per­ sonnel. qu’on ne peut identifier avec les anges, et qui exécute les ordres de Dieu. C'est ainsi que l’esprit fidèle apporte du ciel le Coran, xxvi, 193. Il est associé aux anges au jugement dernier, i.xx, 4; XCVll, 4. L’es­ prit de sainteté, roûlj 'al-qoudsi, est donné à Mahomet pour affermir les croyants et les diriger, xvi, 105. JésusChrist a été fortifié par l’esprit de sainteté, n, 8l, 254; v, 109. Par cet esprit, les musulmans entendent l’ange Gabriel, Kasimirski, Le Coran, p. 477, note 2, et les ex­ pressions d'esprit fidele. d’esprit de sainteté n’indiquent que lui, et la supériorité de sa nature angélique. Zaborovsky, p. 49. L’esprit de Dieu fut envoyé à Marie sous forme humaine, xix, 17; xxi, 91; Marie reçut une par­ tie de l’esprit du Seigneur, lxvi, 12. Que faut-il entendre par ces mots? De quelle manière l'archange Gabriel a-t-il influé sur la naissance du Christ, si les textes du 1792 I Coran, ayant trait â cet événement, doivent lui être I attribués? Selon le texte arabe, c'est Gabriel qui est chargé lui-même de donner à Marie un fils saint : « Afin que je puisse donnera toi un fils, » li ahaba laki goulâman. Quelle a été la véritable pensée de Mahomet à l’égard du Saint-Esprit? Ses expressions obscures ont mis en défaut la sagacité des commentateurs. O trooumov. La doctrine des mahométans sur le Saint-Esprit (en russe), p. 375-376. H a changé aisément d’idées tou­ chant sa nature. Sprenger, t. il, p. 234. 11 l’a nommé dans le Coran, peut-être pour plaire aux chrétiens. Ibid., p. 231. Il a amalgamé le démiurge des gnostiques, l’ange Gabriel des Juifs et le Saint-Esprit des chrétiens. De ce mélange est sorti un être personnel, qui a son indivi­ dualité distincte, el dont les commentateurs arabes se plaisent à énumérer les hautes perfections. Sprenger, t. n, p. 229-230. Mais cet être n'a pas la nature divine. C’est une créature élevée par Dieu à un degré sublime de perfection. Lui reconnaître la nature divine, ce serait renier le monothéisme coranique. La tradition musul­ mane qui l’identifie avec l’ange Gabriel est très an­ cienne. Au n» siècle de l'hégire, elle avait pour défen­ seurs les célèbres théologiens arabes, Qatâda et Hasan Baçri, mort en 728. Sprenger, t. n, p. 230. 7° Dieu créateur. — Dans le Coran, Dieu est appelé hâliq. Sa puissance est universelle et n’a, pour ainsi dire, d'autres limites que sa volonté, m, 42. L’univers est son œuvre, xl, 6i. Sa puissance créatrice se révèle dans les phénomènes de la vie, et dans les forces de la nature, lvi, 57-72. Tout vient de lui et tout doit retour­ ner à lui. Cette idée est souvent exprimée par la for­ mule suivante : 'ilà 'allâhi turga'u al-’umür, n, 206; m, 105; vin, 46; xxn, 75, etc. 1. Dieu a créé le ciel et ta terre. — La cosmogonie du Coran se rapproche beaucoup de celle de la Bible. Dieu appelle à l’existence le ciel et la terre, par son pat tout-puissant, il dit : Sois, et le ciel el la terre sont vraiment créés, vt, 72. Le but de la création a été très noble. Dieu n’a point créé en vain, mâ... bâ/ilan, l'uni­ vers, m, 188; xxxvm, 26; en le créant, il n’a pas songé à se divertir, mâ... làibina, xxi, 16; xt.iv. 38; et ce qu’il dit du monde en général, Mahomet l'affirme aussi des hommes, xxm, 116. Avant la création, le ciel et la terre étaient un amas de fumée, xli, 10; ils formaient une masse compacte, ralq. Dieu y sépara le ciel de la terre, xxi, 31, qu’il créa en six jours, vu, 52; xi. 9. La terre a été créée avant le ciel, ou plus exactement avant la division du ciel en sept deux : « C'est lui qui a créé pour vous tout ce qui est sur la terre : cetle œuvre ter­ minée, il se porta vers le ciel et en forma sept cieux, » n, 27. La voûte des cieux, il l’a élevée pour abri aux hommes, n, 20; comme un toit solidement établi, xxt, 33; i.xxix, 28. Les cieux sont au nombre de sept, xvn, 46; le partage en sept cieux distincts se fit en deux jours, xli, 11; lxv, 12. Les sept cieux sont aussi appe­ lés dans le Coran voies, {arâ'iqa, xxm, 17; solides, sidüd, courbes, tibàq, lxxviii, 12; lxvii, 3; lxxi, 14. Les cieux sont élevés, xx, 3. Ils ne reposent pas sur des colonnes visibles, xin, 2; xxxi, 9; ils n’onl aucune fente, L, 6; I.xvtl, 3; ils ne s'affaissent pus, étant soute­ nus par Dieu, xxxv, 39; le ciel le plus voisin de la terre est orné de flambeaux et pourvu de gardiens, xli, 11. Les cieux ont des degrés (nia'aridj), par lesquels les anges et l’esprit monteront au jour du jugement, lxx, 4. A leur garde sont préposés des anges qui en écartent les démons, et les djinns, xv, 17-18: i.xxn, 89. Chaque ciel a des fonctions spéciales, xli. 11. Ils célèbrent les louanges du Seigneur, xvn, 46. Dieu les divise en fragments, kasaf, et de leur sein il fait sortir la pluie, xxx, 47. A la fin du monde. Dieu changera les cieux aussi bien que la terre, xiv, 49. Iben créa le soleil et la luue et les étoiles dans le ciel le plus voisin 1793 CORAN (SA THEOLOGIE) de la terre, xli. 11. Le soleil a ôté créé pour éclairer la terre, x, 5; Dieu l'a placé comme un (lambeau, sirâdj, i.xxi, 15; lumineux, i.xxvm, 13, qui poursuit sa course jusqu’au terme marqué par lui, xxix, 7. Sa création est un bienfait de Dieu, qui l’a soumis à son service, xvi, 12; xxxi, 19, 28; xxxix, 7; qui l'a établi de même que la lune pour le comput du temps, vi, 96; x, 5. Maho­ met condamne ceux qui se prosternent devant le soleil et la lune, au lieu d’adorer le Dieu qui les a créés, xli, 37, et oublient que les astres eux-mémes adorent Dieu, xxii. 18; Liv, 4. Au jour du jugement dernier, le soleil et la lune seront réunis, i.xxv, 9, et le premier sera ployé, tandis que les étoiles tomberont, lxxxi. 1-2. La lune et les étoiles furent aussi créées par Dieu, et sou­ mises par lui à certaines lois, vu, 52; xxxi, 28; xxxv, 14. La lune court dans une sphère à part, de même que le soleil, xxi, 34; xxxvi, 40. Dieu lui a ordonné de reflé­ ter la lumière du soleil, et a déterminé ses phases, ses stations (manàzit al-qamar] jusqu’à ce qu'elle devienne semblable à une vieille branche de palmier, xxxvi, 3-9. Les étoiles ont été placées par Dieu pour que les hommes, sur la terre et la mer, puissent se diriger dans les ténèbres, VI, 97 ; c’est pour cela qu’elles sont appelées les signes des routes, xvi, 16. Elles ont leur coucher, maouâqi', i.vi, 74; à la fin du monde, elles seront effacées, lxxvii, 8. La terre, ’ard, est la planète habitée par les hommes, et opposée au ciel, xi, 46; xxn, 18. Elle aussi a été créée en deux jours, xli, 8. Il y a autant de terres que de cieux, i.xv, 12; elle est étendue comme un lit, fars, comme un tapis, II, 20; Ll, 48, comme une couche, mahd, 1.XXV1H, 6; comme un berceau, xliii, 9. Elle est établie solidement, xxvn, 62. Sur sa surface, Dieu a fait surgir des montagnes et des fleuves, xm, 3; xvi, 15. etc. Tout ce qui est sur la terre a été créé en quatre jours, xt.t, 9. En faisant descendre de l’eau, Dieu a pro­ duit sur la terre des espèces de plantes variées, xx, 55, des herbes qui servent de nourriture, xv, 20; xxxvi, 36. L’eau a été la source de la vie, xxi, 31. Aussitôt que Dieu fait descendre de l'eau, la terre s’ébranle, se gonfle et fait germer toute espèce de végétaux luxuriants, xxn, 5. Tous les animaux aussi ont été tirés de l’eau, xxiv, 44. La création ne doit pas être considérée comme un acte de Dieu qui a été achevé dans l'espace de six jours. Elle se poursuit continuellement. Tout être qui vient à l'existence suppose l'influence directe de la puissance créatrice de Dieu, parce que la nature n’a pas en elle la force de communiquer l’étre ou la vie. Griinme, p. 55. En créant, Dieu voulut d'abord recevoir les hommages d’adoration et les louanges des créatures; mais en d’autres sourates, l'homme est cependant in­ diqué comme le centre de la création, Dieu ne se pro­ pose que de faire éclater sur lui sa bonté et sa miséri­ corde, xvi, 7. Toutes les créatures ont été soumises à l'homme pour qu'il soit reconnaissant à l'égard de Dieu. Ibid., 14; Zwemer, p. 64-76. La cosmogonie coranique révéle à la fois l’influence du sabéisme qui, à l'époque de Mahomet, était la reli­ gion dominante en Arabie, et les influences judéo-chré­ tiennes. Les sabéens adoptaient l’existence d’un Dieu . réateur de l'univers, la division du ciel en sept cieux superposés les uns aux autres comme les pellicules de l'oignon; la création du soleil, de la lune, des étoiles et des plantes. Ils croyaient que Dieu avait uni le ciel et la terre au moyen d'une échelle, par laquelle les anges montaient et descendaient continuellement, xvu, 95. Le Goran atteste l’existence de ces croyances religieuses chez les Arabes, xxm, 87-89; xxtx, 61, 63; xxxt, 24; xxxix, 39; xliii, 87; lxxi, 14-19. Au sabéisme, Maho­ met emprunta encore sa doctrine sur le trône de Dieu, irs, koursi, appelé le grand (’acini) trône du Seigneur, lx. 130, xxvn, 26; glorieux (karim), xxm, 116; s’éten­ dant sur les cieux et sur la terre, il, 256; porté sur les d:ct. de thèol. cxmoL. 1794 mains des anges, XL, 7. Dieu s’assit sur ce trône après la création du monde, vu, 52; x, 3; xx, 4, etc. De ce que le Coran ne range pas ce trône parmi les êtres créés, on peut conclure qu’il existe avec Dieu de toute éternité. De ce trône Dieu gouverne l'univers, x, 3. Grimme, p. 46. La cosmogonie biblique sert aussi de base à la cosmogonie coranique et celle du Talmud lui a fourni des détails. Arkhangelsky, La cosmogonie mahométane, Kazan, 1889, p. 74. La création du monde en six jours a été puisée dans la Bible, et la création des plantes et des animaux ressemble beaucoup au récit de la Genèse. La cosmogonie du Coran manque d'unité; elle n'y forme pas non plus un enseignement logique­ ment ordonné; elle est disséminée par bribes, par fragments. Arkhangelsky, p. 149. On y remarque encore des contradictions que les commentateurs s'efforcent d'aplanir. Mahomet affirme à plusieurs reprises que le monde a été créé en six jours, tandis que, dans la sou­ rate xli, 8-11, il semble fixer à huit jours la durée de la création. Il affirme que la terre a été créée avant le ciel, n, 27; xli, 8. Dans la sourate lxxix, 28-30, le ciel aurait été créé avant la terre. Béïdhavi a essayé de ré­ soudre ces difficultés, Commentarius in Coranum, édit. Eleischer, I. i, p. 46 ; t. n. p. 219, mais il n’en reste pas moins vrai que si l'on excepte l’affirmation catégo­ rique de l’origine de l’univers par un acte de la puis­ sance créatrice de Dieu, la cosmogonie du prophète est vague et indéterminée. 2. La création d’Adam et d’Ève. — Le Coran abonde en détails sur la création de nos premiers parents. D'abord, Dieu prit de la poussière (lotira b) pour former le corps du premier homme. 11 avait au préalable de­ mandé conseil aux anges, mais ceux-ci ne s’étaient pas montrés satisfaits devoir apparaître sur la terre un fi­ caire de Dieu, n, 28. Après avoir formé l'homme d’ar­ gile, Dieu lui dit : « Sois, » et il fut, ni, 52. Après lui avoir donné son complet développement, xxxn, 8 ; xcv, 4, il lui a donné l'ouïe, la vue et le cœur, xxxn, 8; il le rendit capable de sentir, lxvii, 23; xvi, 80; xxm, 79; xlvi, 25; enfin, il lui a donné son esprit, roiih min allàhi, xv, 29; xxxn, 8; xxxviil, 72. Au point de vue moral, l’homme a été créé faible, da'if, tv, 32; ou dans un état de faiblesse, xxx, 53, impatient, haloiï, i.xx, 19; prompt de sa nature, 'agoûl, xvu, 12; créé de pré­ cipitation (impétueux), xxi, 38. Sa volonté est libre de nier ce qui est devant ses yeux, lxxv, 5. Son intelli­ gence est supérieure à celle des anges, n, 29, 30. Il a reçu de Dieu la domination sur la nature créée, xx,55, 56; xliii, 12. Les anges, par l’ordre de Dieu, ont été même obligés de reconnaître la souveraineté d'Adam, et de l'adorer, n, 31 ; vu, 10. De cette sorte, tout ce qui est sur la terre et dans les cieux est à l'usage de l’homme, xxxi, 19; xi.v, 12. L'histoire de la création d’Adam est racontée plusieurs fois dans le Coran, n, 28-37; vu, 10-24; xv, 26-43; xvu, 63-67; xvm, 48; xx, 114-123; xxxvill, 71-85, en relation avec sa chute, et la révolte d’Iblis. La poussière, dont il a été créé, tantôt est dite limon, tin, vil, 11; ou argile, xxxn, 6; ou ar­ gile line, essence d’argile, sulâlal min (in, xxm, 12, boue dure, tin lâzib, xxxvn, 11, argile moulée en formes, hama' masnoun, argile sèche, falfül, xv, 26, 28, 33; lv, 13. Adam devait être l'image de .Jésus, m, 52. Il est rangé au nombre des prophètes, m, 30. Lorsqu’il eut d’Ève son premier enfant, il donna un associé à Dieu en retour de ce que Dieu lui avait ac­ cordé, vu, 189. Du premier homme Dieu créa la femme, vu, 189; xxxix, 8, et il fit un pacte avec lui, xx, 114. 11 le plaça dans le jardin avec son épouse, et il lui permit de se nourrir abondamment de tous les fruits du jar­ din, n, 33. Adam et Ève n’y soutinrent ni la faim, ni la nudité, ni la soif, ni la chaleur, xx, 116-117. Dieu leur avait défendu de toucher aux fruits d'un arbre de peur qu’ils ne devinssent coupables. II. 33; vu, : , Ml. - 57 1795 CORAN (SA THÉOLOGIE) il les avait mis en garde contre Satan, leur ennemi, qui essayait de les chasser du paradis et de les rendre malheureux, xx, 115. Mais Satan pénétra au paradis terrestre, et conçut le dessein de leur montrer leur nu­ dité. Il leur dit : « Dieu ne vous interdit l’arbre duquel il vous est défendu de vous approcher que pour que vous ne deveniez pas deux anges, et ne soyez pas im­ mortels. » Il leur jura qu’il était leur conseiller fidèle. Il les séduisit en les aveuglant; et lorsqu’ils eurent goûté de l'arbre, leur nudité leur apparut, et ils se mirent à la couvrir de feuilles. Le Seigneur leur cria alors : « Ne vous ai-je point interdit cet arbre? Ne vous ai-je point dit que Satan est votre ennemi déclaré? » Adam et Éve répondirent : « O notre Seigneur! nous sommes coupables, et si tu ne nous pardonnes pas, si tu n’as pas pitié de nous, nous sommes perdus. — Descendez, leur dit Dieu, vous serez ennemis l’un de l’autre. Vous trouverez sur la terre un séjour et une jouissance temporaire. Vous y vivrez et vous y mourrez, et vous en sortirez un jour, » vit, 18-24; il, 33-34; xx, 118-121. Koblov, Anthropologie du Coran, p. 125-178. Chassé du paradis, Adam se repentit de sa faute, Dieu agréa son repentir et lui apprit des prières, II, 35; vu, 22. Adam devint un des premiers prophètes, ni, 30; mais il ne sut rien de la promesse divine d'un rédemp­ teur. L’ignorance d'un rédempteur dans le Coran est conforme à la doctrine de Mahomet qui nie la transmis­ sion du péché originel. Tout homme n’est responsable que de ses actions. Les âmes ne font des œuvres que pour leur propr° compte, et aucune ne portera le far­ deau d’une autre, vi, 165; xvn, 16; xxxv, 19, etc. Le péché d’Adam ne fut point un péché d’orgueil, mais un péché de volupté, vu, 19, 26. Grimme, p. 62. L’humanité entière était dans Adam : Dieu nous créa tous d’un seul individu, xxxtx, 18; mais son péché ne passe pas à ses descendants. Ce simple exposé suffit à mettre en lu­ mière les relations d’analogie entre le Coran et la Bible; pour la création el la chute de nos premiers parents Mahomet a puisé dans la Bible ou dans la tradition juive. Il s'est borné à nier la nécessité de la rédemption. il. les anges. — 1" Les bons anges. — Le second dogme du credo musulman concerne les anges. Leur création a précédé celle des hommes. Dieu, en effet, révéle aux anges qu’il est décidé à établir sur la terre un vicaire, n, 28. Leur nature n’ist pas bien définie. Mahomet affirme qu’ils ont été tirés du feu, tandis que l’homme a été formé de limon, vu, 11 ; xxxvni, 77. Il les représente comme ayant deux, trois et quatre ailes, xxxv, 1. Les théologiens musulmans se sont abs­ tenus de se prononcer d’une manière décisive au sujet de l’iminatéxialilé ou de la corporéité des anges. Ils les considerent comme des êtres d'une lorme parfaite et d’une radieuse beauté. Les éléments les plus nobles font partie de leur nature qui n’a pas de sexe, n'est pas soumise aux faiblesses de la chair, aux infirmités humaines, aux passions grossières et sensuelles. Leur jeunesse ne se flétrit point. Irving, The life of Mahomet, Leipzig, 1850, p. 278. On peut conclure de là que la théologie musulmane penche à voir dans les anges des êtres corporels, plus forls que les hommes. Quelques textes du Coran paraissent insinuer que les anges sont aussi sujets â la mort, xv, 36-38; xvn, 64. Le Coran énumère leurs offices et leurs attributions Ils appro­ chent Dieu, mouqarraboûtia, iv, 170; l.xxxin, 21. Ils portent sur leurs mains le trône du Seigneur, XL. 7; les anges qui sont chargés de celte tâche sont appelés par les musulmans karoubioona (chérubins). Léonardov, p. 59. Ils célèbrent les louanges de Dieu, les uns de­ bout, les autres prosternés, et seront avec lui au jour du jugement dernier, lxix, 17. Ils adorent le Dieu unique, xxt, 24, ne parlent jamais devant lui, exécutent ses ordres, xxi, 27; xcvn, 4; à la fin du monde, ils pa­ raîtront devant ceux qui ressusciteront et les condui­ 1796 ront en présence de Dieu, xxv, 24, 27; lxxxix, 21. Devant Dieu, les anges sont remplis de frayeur, car Dieu lance la foudre, et atteint ceux qu’il veut pendant qu’ils se disputent à son sujet, Xlll, 14; xxi, 29. Mahomet admet l’existence des anges gardiens. Il en est parmi eux qui implorent le pardon de Dieu pour les croyants, leur salut, et leur préservation du péché, xi.. 7, 9. Cependant leur intercession est entièrement sou­ mise au bon vouloir de Dieu, lui, 26-27. Les anges gardiens ont reçu la mission de surveiller les hommes, Lxxxn, 10; hàfitoûna, vi, 61. Toute âme a un de ces gardiens célestes qui surveille et inscrit ses actions (kâtiboüna), lxxxvi, 4; Lxxxn, 11 ; tout homme a des anges qui se succèdent sans cesse, placés les uns devant lui, les autres derrière lui, et recueillent ses pa­ roles, L, 16, et les notent exactement. Ibid., ΑΊ. Dieu les envoie à l’aide des croyants dans leur détresse : par milliers ils volent au secours du prophète, et combat­ tent ses ennemis, Vïll, 9, 12, 52; Dieu les charge d'ôter la vie aux infidèles, vin, 52. Un des anges les plus puissants est Gabriel, Djibraîl, d’après l’orthographe du Coran, et Djabrail, d'après celle des musulmans de nos jours. Gabriel est le pro­ tecteur du prophète, lxvi,4, l’ange de la révélation, qui, d'après une tradition musulmane, apparut à Mahomet durant sa vie 24000 fois. D’Ohsson, Tableau de l'em­ pire ottoman, t. i, p. 58-59. A côté de Gabriel se place Mikâl, Michel, l’ange lutteur, dont la mission est de combattre pour la défense de la foi, n, 92. Un ange appelé l’ange de la mort, malak al-maouli, est chargé d’ôter la vie aux hommes, vu, 35; xxxn, 11. Le Coran ne lui donne pas de nom, mais les musulmans l'ont appelé 'Azraïl. Un autre sonnera la trompette pour annoncer la fin du monde et le jugement dernier. Le Coran ne lui donne pas non plus de nom, mais les mu­ sulmans l’appellent 'Isrâfil. Le Coran ne détermine pas le nombre des anges. H doit être cependant bien grand; le prophète les comple par centaines et par milliers. Les musulmans les divi­ sent en plusieurs catégories, qui remplissent les sept cieux de la cosmogonie coranique, volent incessam­ ment dans les airs, et vivent avec les hommes sur la terre. Léonardov, p. 55. La doctrine concernant les anges a été peu dévelop­ pée dans la théologie musulmane, qui s'est attachée de préférence à la spéculation sur les attributs de Dieu. Elle s’est appliquée cependant à mettre en relief le rôle de Gabriel, qui, « par la permission de Dieu, a déposé sur le cœur du prophète le livre destiné à confirmer les livres sacrés venus avant lui, » h, 91. Mahomet a puisé sa doctrine sur les anges à des sources différentes. On y trouve des traces des an­ ciennes traditions du paganisme arabe, qui considé­ rait les anges comme les filles de Dieu, Machanov. p.477-481; les croyances talmudiquesy ont exercé aussi une grande inlluence. L’opinion de Mahomet qui tire les anges du feu, est puisée dans le Talmud. Ibid. Malak dérive de l’hébreu malak. L'inlluence talmu­ dique se révèle surtout dans la conception de la nalure angélique. Mahomet s’écarte de la doctrine du chris­ tianisme. Sviétlakov, Histoire du judaïsme en Arabie (en russe), Kazan, 1875, p. 151. Il semble, en ellet, insinuer que les anges, comme toutes les créatures des cieux et de la terre, mourront, excepté celles dont Dieu disposera autrement, xxxix, 68. La tradition musul­ mane, exprimée dans le commentaire de Béidhâvi, exclut de la loi générale de la mort les anges Gabriel. Michel et Israfiel, qui toutefois mourront à leur tour après la fin du monde. Pravoslavnyi Sobesiednik, 1882. p. 6. Le sabéisme et les hérésies chrétiennes ont aussi contribué à la formation des théories coraniques con­ cernant les anges. Irving, p. 280; Sviétlakov, p. 140-152. 2° Les mauvais esprits el les démons. — Le Coran 1797 CORAN (SA THÉOLOGIE) 1798 A côté d'Iblïs, il faut pincer Satan, Say/ân, nom que n’adopte pas la dénomination d’anges mauvais on de Mahomet tire du judaïsme. Sprenger, t. Il, p. 212. C’est mauvais esprits. Pour désigner ceux-ci il emploie le lui qui a fait glisser les pieds d’Adam et d’Eve au nom de djinn, djinii, auxquels croyaient les Arabes. Les paradis terrestre, et les en a fait bannir, il, 34. Il les Arabes les associaient à Dieu dans le culte qu'ils lui rendaient, vi, ICO; xxxiv, 40. Ostrooumov soupçonne égara par ses suggestions et les aveugla, vu, 19, 21, 26; xx, 118. 11 est l’ennemi déclaré des hommes, n, 163, qu'ils ont reçu des Indes cette croyance aux djinns, 204; vi, 143; vu, 21; xn, 5; xvn, 55; xxxv, 6; xxxvi. Pravoslannyi Sobesiednik, 1872, p. 273, quoique leurs conditions ethniques, et la nature elle-même du pays 60; xi.m,62. Dieu lui a donné un pouvoir sur ceux qui qu’ils habitaient, suivant la remarque de Sprenger, t. I, ne croient pas. Dans leurs prières les musulmans p. 216, étaient très favorables à l'engendrer et à la déve­ désignent ce pouvoir du diable par le verbe de seconde lopper chez eux. Les djinns sont des êtres intermé­ forme sallala, qui veut dire rendre maître absolu. L'inimitié entre Satan et l’homme est confirmée par diaires entre les anges et les hommes, Grimme, p. 63, mais ils tiennent beaucoup plus de la nature diabolique la parole de Dieu, vu, 23. 11 s’ensuit qu’une portion que de la nature angélique ou humaine. Mahomet luidu genre humain est soumise au pouvoir de Satan, même les a identifiés avec Satan et son cortège d'anges vu, 26; xv, 42. Satan s’empare des âmes qui lui sont déchus. Ibid., p. 70. Les djinns ont été créés du feu destinées en les égarant, en leur inspirant des désirs, subtil, xv, 27, le Coran dit saniouni, qui signifie veni­ en leur ordonnant de couper les oreilles de certains animaux et d’altérer le création de Dieu (Mahomet meux, pe-tilentiel ; de feu pur sans fumée. Ibid., p. 14. Un texte du Coran permet de supposer qu’ils n'exis­ fait ici allusion à des superstitions arabes), iv, 118, taient pas avant la création du ciel et de la terre, xvm, et en leur faisant des promesses, 119. Il leur tend 49. Dieu les fit naître pour qu'ils l’adorassent avec les des embûches par des fantômes tentateurs, nazg, vu, hommes, Lt, 56. Un grand nombre d’entre eux ont été 199; il les entoure de pièges et de suggestions, hacréés pour remplir la géhenne, vu, 177; xi, 120; xxxn, mazât, xxiii, 99. Il s’en prend aux prophètes, en leur suggérant des erreurs dans la lecture du livre divin, 13; xxxviil, 85. Ils essayèrent de s’insurger contre Dieu xxii, 51, mais il n'a pas de pouvoir sur ceux qui el de pénétrer dans les cieux, mais ils furent repoussés croient et mettent en Dieu leur confiance, xvi, 102. par des gardiens forts et des dards flamboyants, lxxii, 8. Leur nature ne parait pas bien différente de la nôtre, Aussi la sainte Vierge a été préservée de ses ruses, m, 3I, et de même Jésus, fils de Marie, et Jahia, Jean, puisqu’ils ressentent les besoins physiques de l'homme, i.v, 56. Quelques-uns furent choisis pour prêcher la Ills de Zacharie. Satan prépare les actions des hommes, vraie foi, v, 130. D'autres, ayant écouté la lecture du vi, 43; vin, 50; xvi, 65. C'est ainsi qu'aux habitants de Coran, crurent à la parole du Seigneur, et répudièrent Saba, il lit paraître bon le culte du soleil, el les dé­ tourna de la vraie voie, xxvu, 24. Il fit de même pour le polythéisme, lxxii, 1-2. Dès lors, il y eut, dans leurs rangs, des génies vertueux, et d’autres qui ne le sont les tribus arabes d’ Ad et de lanioud, xxix, 37. Le but de Satan est de pousser les hommes en enfer, xxxv, 6; pas, ibid., 11 ; des génies qui se résignent à la volonté de Dieu et d’autres qui s’éloignent de la vraie route, 14. de jeter la discorde au milieu d’eux, xvn, 55; xn, 5; d'exciter en eux la haine et l’inimitié par le vin et le Ils peuvent exercer sur les hommes une influence funeste, car ils peuvent les égarer, xli, 29. Ils sont jeu, de les éloigner ainsi de Dieu et de la prière, v, 93; capables de gagner la bienveillance de Dieu, ou d'exci­ et de les amener à manger des viandes prohibées, vi, ter -a colère. Dieu condamnera ceux d’entre eux qui 143. Le Coran appelle Satan le lapidé, radjini, parce ont commis des crimes, xi.vi, 17, et il les donnera que, d'apres une tradition arabe, Abraham, tenté par comme aliment au feu de la géhenne, lxxii, 16. Quel­ lui, le chassa à coups de pierres, ni, 31; xv, 17; xvt, ques-uns cependant ont mérité la bienveillance divine, 101 ; i.xxxi, 25. parce que, après avoir écouté la lecture du Coran, ils Les deux noms d’Iblïs et de ftaitan désignent le même retournèrent comme apôtres au milieu des leurs, xlvi. ange déchu, tandis que les autres esprits mauvais s'ap­ 28. Par la permission du Seigneur, ils travaillèrent pellent l'armée, xxvi, 95, ou la race d’Iblïs, xvm, 48. sous les ordres de Salomon, en exécutant pour lui Selon Irving, la doctrine de Mahomet sur les démons toute sorte de travaux, des palais, des statues, des est vague et incertaine. Le prophète a mélé aux croyances plateaux larges comme des bassins, des chaudrons soli­ arabes des éléments judéo-chrétiens. Il a emprunté au dement étayés comme des montagnes, xxxiv, 11-12. christianisme les noms d’Iblis (mentionné dans le Coran Mahomet donne les noms de plusieurs de ces génies : une dizaine de fois) et celui de Saylan (quatre-vingts d'abord un des démons qui étaient au service fois). Mais, au fond, la doctrine de Mahomet sur les du roi Salomon, xxvu, 39; ensuite Iblis, oui répond démons dilfère considérablement de l’enseignement au mot grec όιάόολος arabisé. Il était un des anges chrétien. Tandis que le christianisme affirme que les du Seigneur, Dieu lui ordonna d’adorer le premier démons sont des anges déchus, d'après le Coran, ils homme. Il refusa dans son orgueil, et prit place parmi seraient le terme d’un acte spécial de la puissance créa­ les ingrats. II, 32. Dieu lui demanda ce qui le poussait trice. Le christianisme limite la puissance des diables, a ne pas se soumettre à ses ordres. Il répondit : s Je Mahomet reste fidèle â ses principes sur la prédestina­ •.aux mieux que l’homme. — Sors d’ici, lui répondit le tion des âmes, et en vertu de l’axiome : « Dieu égare Seigneur; il ne te sied pas de t’enfler d’orgueil dans i celui qu’il veut et dirige celui qu’il veut, » xxxv, 9. il ce lieu. Tu seras au nombre des méprisables. » Iblis attribue aux démons le pouvoir de détourner les hommes demanda du répit jusqu’au jour où les hommes seraient des voies du salut, et de pousser en enfer ceux que ressuscités. Il l'obtint, et alors il dit au Seigneur qu’il Dieu n’a pas comptés au nombre de ses serviteurs. Pour aurait tenté les hommes, les aurait assaillis et les les génies, Mahomet s’est borné à reproduire les croyan­ aurait guettés dans les sentiers droits, pour que la plu­ ces des Arabes qui leur donnaient un corps, différent part d’entre eux ne lui fussent pas reconnaissants. Dieu du nôtre, et les mêmes besoins que nous. Ils peuvei t le chassa chargé d'opprobre, et décida que ceux qui le manger, boire, se multiplier et mourir. Maclianov, suivraient seraient condamnés à l’enfer, vu, 10-17. p. 481, 485. Iblis se pl iil sur la terre à comploter, à circonvenir in. i.es Livnes saints. — Le troisième dogme du ceux qu'il vent perdre, excepté cependant les serviteurs symbole musulman est la croyance aux livres inspir. s ;idu- du diable, il ne rendra pas compte de ses actes au jugement dernier. Sycz, p. 79. dluiud) servait de messager à Salomon. Elle lui apporta des nouvelles de la reine de Saba, et c'est par Le Coran cite d'autres prophètes inconnus ; Iloud qui prêcha aux peuplades d’Ad dans l’Arabie méridio­ elle que Salomon envoya à la reine une lettre hono­ rable, xxvn, 29. La reine dut se rendre à la cour de nale, et les menaça des châtiments divins, s’ils ne Salomon, où elle admira les merveilles du palais pavé croyaient en lui, vu, 63-70; xi, 52-63; xxvi, 124-139; de cristal, répudia le culte des idoles, et se soumit à la Tali', envoyé comme prophète aux Temoudéens, peu­ volonté de Dieu, xxvn, 30-45. Lorsque Salomon mou­ plade arabe, vu, 71 ; xi, 64; xxvn, 46. 11 leur prêcha le culte du vrai Dieu, xi, 64-66, mais ils se divisèrent en rut, un reptile terrestre l'apprit le premier aux génies, et rongea le bâton qui étayait son cadavre, xxxiv, 13. deux partis, et neuf de ses adversaires les plus acharnés Salomon monta au ciel, et y occupa une très belle s'engagèrent par serment à tuer pendant la nuit Saleh demeure, xxxvm, 39. Sur la terre, il avait été favorisé et sa famille. Mais Dieu les extermina, xxvn, 46-52. Le du don de la révélation divine, tv, 161 ; Dieu lui avait prophète donna aux Temoudéens une chamelle, qu’il donné la science et la sagesse, xxi, 79; xxvn, 15. Weil, disait être la chamelle de Dieu, leur recommandant de p. 225-279. la laisser paître tranquillement, vu, 71 ; XI, 67. Mais ils Jonas (Yoiîmous) est appelé dans le Coran l’habitant ne crurent pas à sa parole, coupèrent les jarrets de la du poisson (c/ow’n-noun), xxi, 87; le prophète associé au chamelle et la tuèrent. Saleh les abandonna aux châ­ poisson, englouti par la baleine (çâl.àbou'l-houti), i.xvni, timents de Dieu; une commotion violente les surprit, 47. Il fut un des apôtres du Seigneur. Etant monté sur et le lendemain, on les trouva morts dans leurs mai­ un vaisseau chargé, il fut condamné à être jeté dans la sons, vu, 73-76; xxvi, 155-158; xxvn, 52-54. Chou alb mer. Un poisson l'avala, et puis le rejeta sur la côte est le prophète envoyé par Dieu vers les Madianites, aride. Jonas était malade. Dieu fit pousser à ses côtés vu, 82; xi, 85; xxix, 35, qui habitaient dans des forêts un arbre, et l’envoya ensuite vers un peuple de cent de chênes {'aykal), xv, 78; xxvi, 176. C’était un homme mille âmes ou davantage, qui crurent en Dieu, xxxvn, riche, xi, 90; ayant une famille, XI, 93. Il prêcha le 133 142. Dans le ventre du poisson, Jonas chanta un culte du vrai Dieu et de ses vertus aux Madianites qui hymne de louange au Seigneur et cela lui valut sa dé­ le menacèrent de le chasser de leur ville, s’il ne cessait livrance. XXI. 87-88; xxxvn, 127-138; x. 98. Cette der­ sa prédication et ne se prosternait pas devant les idoles. nière sourate est intitulée Jonas. Le Coran range Jonas Choub alb leur annonça le châtiment divin, et un vio­ au nombre des prophètes que Dieu a élevés au-dessus lent tremblement de terre le.-, lit périr, vu, 82-90; xi. de tous les êtres créés. VI, 86. 97-98; XXVI, 177-190. Job (Aynubi est un homme patient et un excellent Au nombre des prophètes, amis de Dieu, le Coran serviteur de Dieu, xxxvm, 43-44. Satan l'accabla de range Alexandre le Grand, nommé Dul-l-qarnayn maladies et d'infirmités, mais il se tourna vers le (l’homme aux deux cornes). Dieu lui donna les moyens Seigneur, et le pria d'avoir pitié de lui. Dieu l'exauça, nécessaires pour accomplir sur terre tout ce qu'il vou­ lui donna le pouvoir défaire jaillir une source en frap­ lait. Il marcha jusqu’au couchant du soleil . changeant pant la terre de son pied, lui rendit sa famille qu'il I alors de route, il parvint à l’endroit où le soleil se lève. accrut encore, et l'excita â battre sa femme à cause de D prit de nouveau uue autre roule, et il rencontra une 4809 CORAN (SA THEOLOGIE) tribu qui le pria d’élever une barrière entre elle et deux peuplades Yàdjüdj et Mâdjûdj,célèbres pour leurs brigandages. Alexandre le Grand combla leurs désirs, et les brigands ne purent ni escalader ni percer les murs qu’il avait élevés. Son ouvrage était un effet de la miséricorde de Dieu, xvm, 82-97. Ostrooumov, p. 189. Λ ces listes de prophètes, les théologiens musulmans ont ajouté beaucoup d’autres noms, entre autres ceux de Philippe le Macédonien et de Chosroês, roi de Perse. Le plus grand des prophètes, celui qui a en quelque sorte épuisé la révélation divine, est cependant Maho­ met. Sa prédication ne fut pas toujours couronnée de succès. On l’appelait menteur, xxtx, 17; trompeur, m, 155; imposteur, ibid., 181 ; poète (sü'ir), xxi, 5; xxxvu, 35; lu, 30; Tou, xxxvu, 35; sorcier, x, 2; devin, lu, 29; i.xix, 42; homme ensorcelé (mashour), xvu, 50; xxv, 9. Ses auditeurs lui demandaient des miracles, qu’il ne pouvait réaliser, ni, 179-180. Mahomet répon­ dait à ses ennemis qu’il ne possédait pas les trésors de Dieu, qu’il n’était pas un ange, vt, 50; qu’il était ce­ pendant un apôtre, ut, 138; et un prophète, ix, 1, 3; un envoyé de Dieu. XLVilt, 29, aux Arabes, ut, 90; iv, 135; vu, 157; ι.χιι, 2. Sa mission s’étendait aussi aux .lull’s et aux chrétiens, v, 18, 22; aux hommes et aux djinns, xi.vi, 28; LXXll, t, 13-15. Il était à la l’ois rasoul et nabi, le prophète des croyants, m, (il; l’apôtre de Dieu, vu, 156; vm, 65, etc.; le sceau des prophètes (hâlam an-nabiyina), xxxm, 38; sa mission a été prédite dans les saintes Ecritures, VU, 155. Abraham avait imploré sa venue sur la terre, 11, 123. Sous le nom d’Achmed, il avait été annoncé par Jésus dans (’Évangile, LXi, 6. Il a reçu la révélation divine comme les autres prophètes, iv, 161; xi.u, 1, 11. Cette révélation lui était communiquée par l’esprit de sainteté, xvi, 105; xxvi, 193, par l’ange Gabriel, II, 91; lui, 9-13; lxxxi, 19. Dieu lui-mème témoigna en faveur de sa mission, iv, 81, 164; vi, 19; xm, 43; xvu, 98; xxix, 49, etc.; les anges aussi lui rendirent témoignage, iv, 164. Oslroouinov, p. 189-195; Geiger, Was hat Mohammed aus dem Jndenlhume au) genonvmen? Leipzig, 1902, p. 95178. V. L.4 PHÉDÉTEBMINATION (TAQDtn) DIVINE DU BIEN fl' DU MAL. — La prédestination de l’homme aux joies du ciel ou aux peines de 1’enfer est le sixième dogme du symbole musulman. Mahomet le fait dériver direc­ tement de la puissance sans borne de Dieu, qui, dans le Coran, est exaltée avec un lyrisme ardent et une très grande richesse d’expression. C’est à celle doctrine que se rattache le fatalisme musulman. D’après la théologie coranique, la puissance de Dieu s'étend au mal autant qu’au bien; Dieu est l'auteur des bonnes o uvres et des péchés; le salut éternel ou la damnation des hommes dépend de sa volonté; l’homme n’est point libre dans l'exercice et le développement de ses facul­ tés, et il ne peut se soustraire à l’accomplissement en lui des décrets divins. Hughes, .4 dictionary of Islam, p. 472-474. Mais ici, comme sur d’autres points, la pen­ sée de Mahomet est indécise; si, d’un côté, il attribue à la toute-puissance divine la prédestination de l'homme à marcher dans les sentiers droits ou à s’en écarter, de l’autre, il parait admetire la liberté humaine et rendre l'homme maître de sa destinée. Voici quelques textes dans lesquels Mahomet attribue à l’homme la respon­ sabilité de ses actions. Il affirme que tout homme agit selon ses forces, vi, 135: c’est de lui-mème qu’il commet le mal, xi, 95; xxxix. 40. Quiconque prend le chemin droit ou se dirige dans le bon sentier, le fait pour son bien; quiconque s'égare, s’égare au détriment de son âme, x, 108; xxvn, 94. C’est de lui-mème aussi que l'homme doit pratiquer la vertu et embrasser la véri­ table foi, Vl, 158-159. Les hommes s’égarent par leurs < I | ' , I ' 4810 passions et leur ignorance, et puisqu’ils sont respon­ sables de leurs actes, ils seront rétribués selon ce qu'ils auront gagné, vi. 120. Dieu éprouve les hommes par la peur et la laim, par les perles temporelles et les mau­ vaises récoltes, mais c’est pour connaître leur fidélité, n, 150; m, 147; v, 53; vu, 162, pour discerner ceux qui se conduisent le mieux, xvm, 6, et leur donner la ré­ compense de leurs œuvres, xxxix, 70, car tout homme sera rétribué selon ses œuvres, et nul ne sera lésé, xlvi, 18. Dieu ne lésera qui que ce soit, pas même pour le poids d’un atome. Il payera au double une bonne action, et il accordera une récompense généreuse, iv, 44. Le bien que nous aurons fait sur la terre, nous le retrou­ verons auprès de Dieu, n, 104, qui condamne les impies aux peines de l’enfer, et réserve aux justes les délices du ciel, n, 75-76. Ces textes qui témoignent en faveur de la liberté hu­ maine et de la responsabilité personnelle de l’homme dans l’œuvre de son salut sont toutefois peu nombreux, comparés à ceux qui attribuent à la prédestination divine le mal et le bien, la foi et l’infidélité. Selon Tadj-Eddin, tout ce qui arrive à l’homme, ses péchés et ses bonnes œuvres, ses malheurs, ses honneurs, la sagacité de son esprit, les lumières de son intelligence, tout cela dé­ pend de la volonté divine. De même que Dieu crée notre corps et notre aine, ainsi il crée nos actions. Il est l’auteur de la foi et de l’infidélité, de l’obéissance et de la désobéissance. D’après le Coran, Dieu a assigné à foules choses leur destination, xxv, 2. Chaque nation a son terme, et quand ce terme est arrivé, personne ne saurait le reculer ou l’avancer, vu, 32, pas même d’une heure, x, 50. A tout homme aussi Dieu a assigné sa destination, xvu, 14; il l’a fixée invariablement, i.iv,3; il a attaché à chacun son oiseau {(ayr), métaphore arabe, pour indiquer que l’homme est absolument sou­ mis aux décrets de la prédestination divine; il a fixé un terme à notre vie, vi, 2, et rien ne lui est ajouté, rien n’en est retranché qui ne soit consigné dans le livre, xxxv, 12. La mort frappe au moment voulu par Dieu, et ses arrêts sont immuables, ni, 148; ix, 51; l.vi, 60. La prédestination divine ne détermine pas seulement les mouvements naturels des êtres créés, et le cours de notre vie. Elle s’étend aussi à l'œuvre de noire salut, et avec une vigueur inflexible, lixe le nombre de ceux qui seront sauvés et de ceux qui se­ ront damnés. Si Dieu avait voulu, il n'aurait établi qu'un seul peuple professant la même religion, mais il embrasse les uns dans sa miséricorde, tandis que les autres n’auront ni protecteur ni défenseur, xvi, 30-39; xi.ll, 6. il dirige les uns et laisse les autres dans l’éga­ rement, vu, 28; il égare celui qu’il veut et dirige celui qu’il veut, xvi, 85; xiv, 4. Il a créé pour la géhenne un grand nombre de génies et d'hommes qui ont îles cœurs avec lesquels ils ne comprennent rien, qui ont des yeux avec lesquels ils ne voient rien, qui ont des oreilles avec lesquelles iis n’entendent rien. Ils sont comme les brutes, ils s’égarent même plus que les brutes, vu, 177. Il met une enveloppe sur les cœurs afin que les hommes ne comprennent rien, et de la pesanteur dans leurs oreilles. Quand même ils verraient toute sorte de miracles, ils ne croiraient pas, vl, 25. Il couvre d'un bandeau les yeux des hommes, 11, 6; vi, 46, et ainsi il les fait errer sciemment, xi.v, 22. Il ren­ ferme le cœur dans plus d’une enveloppe, xvm, 55; il maudit les hommes, les rend sourds et aveugles. XLVill, 25; il les amène par degrés à leur perte sans qu’ils sachent par quelle voie, i.xvilt, 43. et ceux qu’il égare ne trouveront pas de guide, vu, 184. Il faut qu. i parole de Dieu s’accomplisse : « Je remplirai l’enfer génies et d’hommes à la fois, » xi. 120. Ces textes, qu’on pourrait multiplier encore, ne ba­ sent, à notre avis, aucun doute sur la port··.· ■!·· prédestination coranique. 11 y a des hommes nue ! 1811 CORAN (SA THÉOLOGIE) dirige, et d'antres qui ont été destinas à l’égarement, xvi, 38. Il est donc inutile que Dieu envoie des apôtres vers chaque peuple, chargé de leur dire : Adorez Dieu, et évitez le Tàijoul. Ibid. Les Mahometans ont interprété la doctrine du Coran dans le sens de la prédestination absolue. Il y a sans doute des exceptions: les mu'tazililes et en général les Chiites sauvegardent la liberté humaine, mais la grande majorité des croyants acceptent, comme un dogme, la prédestination absolue et la considèrent comme un corn1' :re de la toute-puissance souveraine de Dieu. Le fatalisme musulman, qui forme un obstacle sérieux à la pénétration des idées de progrès dans les masses Islamites, a ses racines dans le Coran. Muller, t. I, p. 186. On a voulu l’expliquer par des raisons naturelles, l'attribuer aux tendances de l'àme arabe et à l'influence du climat. Bogolioubsky, p. 194. On a même dit con­ trairement au témoignage explicite du Coran que ce fatalisme n'est pas un dogme de l’islam. De Castries, L'islam, p. 174. Mais même en donnant un rôle se­ condaire aux deux éléments naturels, qu’on indique, dans l’élaboration du fatalisme musulman, on ne sau­ rait méconnaître que le Coran a été pour beaucoup dans l’espèce de marasme dont sont frappés les croyants de l’islam à cause de leurs tendances fatalistes. L’an­ cien paganisme arabe et le judaïsme ont exercé aussi leur influence sur Mahomet dans le développement de sa doctrine sur la prédestination. Machanov, p. 466477. >7. L,l F/.V DU MONDE ET LA RÉSURRECTION DES MORTS; L’ENFER et le PARADIS. — 1» La fin du monde et la résurrection des morts. — Le jugement dernier, d’apr· s la théologie musulmane, comprend la fin du monde et la résurrection des morts. Celle-ci, le jugement der­ nier, le paradis et 1’enfer sont les quatre points de l'eschatologie du Coran. Grimme, p. 154. D'après Maho­ met, l’âme humaine (nafsj est un esprit qui vient de Dieu, xv, 29; xxxn, 8; xxxvm, 72. Après la mort, les âmes sont parquées dans un lieu entouré d’une barrière, et elles y resteront jusqu’à la résurrection des corps, XXIII. 102. Le Coran admet donc l'immortalité de l'àme et par conséquent la vie future. Dieu a créé la mort (maul), lxvii, 2, et l'ange de la mort (malak al-maut), xxxn, 11. Cet ange, appelé 'Azraël, est chargé d’ôter la vie aux hommes. Lorsque le cadavre est inhumé, deux anges aux traits horribles, que les musulmans appellent Mankir et Nakir posent au défunt des questions lou­ chant sa foi. Ils frappent les pécheurs à la figure et sur le dos, xcvn, 29. Ils recueillent ses paroles, en se tenant l'un à sa droite et l’autre à sa gauche, l, 16, et condamnent les coupables à la peine du feu, vin. 52. Immédiatement donc après leur décès, les hommes sont soumis à un jugement particulier. Ils attendront le jugement dernier, qui, dans le Coran, porte plusieurs noms, jour de la rétribution (yaum ad-dini), t, 3; xxxvn. 20; lxxxii, 17,18; jour du dénoûment ou de la révélation (yaum al-fatl.iil, xxxn, 29; jour du compte (yaum al-fiisâbi), xxxvm, 15; XL, 28; jour des re­ grets (yaum al-hasrali), xix, 40; jour de l’éternité (yauni al-fiulûdi), L, 33; jour de la décision, de la séparation (yaum al-fasli), xxxvn, 2I; lxxvii, 14; lxxviii, 17; jour de la réunion (yaum al-am'dj), xt.ll, 5; LXiv, 9; jour de la soudaineté, ou jour prochain lyaum al-âzi/ati), XL, 18; jour où les hommes s’ap­ pelleront les uns les autres (yaum at-lanüdi), XL, 34; jour de la déception mutuelle (yaum at-tagâbun), LXtv, 9; jour qui enveloppera tous les hommes (yaum mou/»n, xi, 85; jour difficile (yaum ’asir), Liv, 8; grand jour 'yauni kabir); jour terrible (yauni a;im), vi. I5; vil, 57; x, 16; xix. 38; xxvi, 135, etc. Ce jour arrivera inopinément. Il n'est connu que de Dieu, vu, 185-186; xxxi, 34; et de lui seul. xli, 47. C'est une heure qui surprendra les hommes à l'improviste, xt.ui, 1812 66. qui sonnera subitement, xlvii, 20; vt, 31, qui vien­ dra comme un clin d'œil, xvt, 80; une heure doulou­ reuse et amère, Liv, 46; elle pèse aux cieux comme à la ferre, vu. 185; les justes eux-mêmes l'attendent avec frayeur, xxt, 50; xi.ll, 17; toute âme sera alors rétri­ buée pour ses œuvres, xx, 16. Cette heure (as-sâ'al) sera précédée de plusieurs signes. Yüdjûdj etîladjüdj, franchiront l'enceinte impénétrable où ils sont ren­ fermés et descendront de leurs montagnes, xxt, 96, 97. Un monstre (dâbbat al ardi) sortira de terre, et reprochera aux hommes leur infidélité, xxvn, 84. La fin du monde sera annoncée par le son de la trompette, vt, 73, qui retentira trois fois. Au premier son, l.xi.x, 13, tout ce qui sera dans les cieux et sur la terre sera saisi d'effroi, xxvn, 89. Le ciel se fendra et sera comme une rose ou comme une peau teinte en rouge, lv, 37; en s’ouvrant, il présentera des portes nombreuses, lxxix, 19. Dieu le pliera de même que l’ange Sidjil plie les feuillets écrits, xxi, 104. Les montagnes seront mises en mouvement, et paraîtront comme un mirage, lxxviii, 20; lxxxi, 3; elles ressembleront à des flocons de laine teinte, agités par les vents, i.xx, 9; ci, 4, s’épar­ pilleront comme la poussière, xx, 105; lxxvii, 10, mar­ cheront réellement, lu, 10; comme les nuages, xxvn, 90, voleront en éclats, lvi, 5, deviendront des amas de sable, lxxiii, 14. La terre, elle aussi, emportée dans les airs avec les montagnes, sera réduite en poussière, i.xix, 14, en menues parcelles, ctx, 22, sera nivelée comme une plaine, xvm, 45. On ne trouvera plus les sinuosités, ni les élévations et dépressions des terrains, xx, 106. Malov, La doctrine mahomélane sur la fin du monde (en russe), Kazan. 1897, p. 43-45. Au second son de la trompette, toutes les créatures des cieux et de la terre expireront, excepté celles dont Dieu disposera au­ trement, xxxix, 68. Au troisième son, les morts sortiront de leurs tombeaux, et accourront en toute hâte auprès du Seigneur, χχχνι, 5I. Ils se dresseront et attendront l’arrêt, xxxix, 68; ils se presseront en foule, comme les flots, les uns sur les autres, xvm, 99, et paraîtront devant Dieu, xx, 102; lxxviii. 18, chacun accompagné d'un té­ moin et d’un conducteur (anges gardiens) qui le pous­ sera devant soi, L, 20. Les liens de parenté cesseront d’exister alors pour les hommes, xxm, 102. La résur­ rection des morts (qiyâma) est comparée à une création nouvelle, L, 14. Mahomet défend sa possibilité contre les objections de ceux qui la rejettent. Quand même les hommes seraient de pierre, de fer ou de tout autre mé­ tal, ils sortiront de leurs tombeaux à l’appel de Dieu, xvn, 52-53. De même qu'une contrée, brûlée par la sé­ cheresse, est vivifiée par l’eau qui descend du ciel et fait germer les fruits, ainsi Dieu ressuscile les morts, vu, 55; xxii, 5-6; xxx, 18; xxxv, 10; xli, 39; xi.m, 10; b, 9-11. Lorsque ceux-ci seront animés de nouveau, il leur semblera qu’ils ne sont restés dans le tombeau que très peu de temps, x, 46; xvn, 54; une dizaine de jours, xx, 103; un jour ou même une partie du jour, xxm, 114-115, une heure, xxx, 54-55. Aussitôt que les hommes seront rassemblés, Dieu apparaitra sur son trône, es­ corté par des troupes d'anges, xxv, 27, qui se dispose­ ront en rangs autour de lui, i.xxxix, 23. Les infidèles y paraîtront avec des visages noirs ou rembrunis, et les croyants avec des visages blancs ou rayonnants, m, 102103; xxxix, 6l; lxxv, 24; i.xxx, 38. 11 y aura des ba­ lances tenues avec équité. Ceux qui feront pencher la balance seront bienheureux ; ceux qui n'auront pas fourni le poids auront perdu leurs âmes, vu, 7-8. Nul ne sera lésé, pas même du poids d’un grain de moutarde. xxi, 48; xxm, 103-104; Cl, 5-6; pas une âme ne sera traitée injustement, χχχνι, 54. Une âme ne pourra plus satisfaire pour une autre; il n'y aura plus d’intercession, ni de compensation, ni de secours à attendre, il, 45,117. Ceux qui sont morts dans l’infidélité ne sauraient être rachetés du châtiment cruel, meme s'ils donnaient au- 1813 CORAN (SA THÉOLOGIE) 1814 tant d'orque la terre peut en contenir, m, 85; v, 40; 113; xxvi, 91; LXIX, 31, les idolâtres, et dans le χχχιχ, 48. C’est en vain que l'homme s’etlorcera de hüiuya, les hypocrites, ci, 8. Leop.ildov, p. 171. Un trouver des excuses ou de cacher ses fautes. Il sera un ange (mala'k) présidera aux tourments des réprouvés et témoin oculaire contre lui-même, et on lui récitera ce aura le pouvoir suprême dans leur royaume, xi.m, 77; qu'il a lait durant sa vie, ι.χχν, 13-15. Ses membres des gardiens veilleront à ses portes, xxxix, /2. Ces eux-mêmes, sa langue, ses mains et ses pieds rendront gardiens du feu sont des anges, au nombre de dixhommage à la vérité, témoigneront contre lui, xxiv, 24; neui; ce nombre a été déterminé, pour que les hommes xxxvi, 65; xu, 21. Les prophètes, en particulier Maho­ des Ecritures croient à la vérité du Coran, lxxix.30-31. met, iv, 45; xvi, 92; le Christ, tv, 157, et les Mahorné- On les appelle dans le Coran gardiens de la géhenne tans, xxii, 70, seront appelés comme témoins au jour ((lazanatu djahannama}, XL. 52, ou gardiens de l’enfer. de la résurrection. Les coupables auront alors les jeux lxvii, 8; zabâniya, xcvi, 18, et ashàbu l-nâri (gar­ gris (signe de mauvais augure), xx, 102, ou seront diens du feu), lxxiv, 31. Ce sont des anges menaçants comme des aveugles, 125, muets et sourds, xvn, 99. Ils et terribles, i.xvi, 6. A l’arrivée des damnés, ils leur occuperont la gauche, tandis que les justes se placeront reprocheront leur infidélité, et les obligeront à entrer à la droite, et ceux qui ont embrassé la foi seront les i dans les portes de la géhenne, χχχιχ, 71-72; lxvii, 8. plus rapprochés de Dieu, lvi, 7-11, 89; LXXIX, 41; xc, Les réprouvés leur adresseront des prières pour que Dieu adoucisse leurs tourments, mais ils ne se laisse­ 18-19. Schmidt, Exposé de l'eschatologie musulmane ront pas fléchir, XL, 52-53. Ils saisiront les méchants, d’après le Coran et la tradition, Genève, 1904, p. 7-48; les précipiteront en emer, et verseront sur leur tête Billing, Deitcage zur Eschatologie des Islam, Leipzig, 1895, p. 6-24. de l’eau bouillante, xliv, 48, et les chargeront de Ce simple résumé indique clairement que Mahomet, chaînes de soixante-dix coudées, lxix, 32. Les infidèles, dans la peinture de la résurrection finale et du juge­ précipités dans le gouffre, entendront les flammes ru­ ment dernier, a subi les influences chrétiennes. Celles-ci gir, lxvii, 8; des colonnes de feu et de fumée s’élève­ se révèlent même dans l'emploi des mots dont il lait ront au-dessus de leurs têtes, lxxvii, 30-32, et 1'enfer usage; ainsi le terme d’Aeure qui revient souvent dans crèvera presque de fureur. Les peines fadab) des dam­ le Coran pour désigner le jour du jugement dernier est nés seront horribles. Leurs vêlements seront taillés employé dans le même sens par les évangélistes, dans le feu, xxn, 20, leurs tuniques de poix, xiv, 51 ; Matth., xxiv, 36, 42, 44, 50; xxv, 13; Marc., xm, 32. des chaînes, des colliers et un brasier ardent seront Pour ce qui concerne l'immortalité de l’âme, il y avait les récompenses que Dieu leur prépare, lxxvi, 4. Ils sans doute bon nombre d'Arabes qui l'admettaient ainsi seront frappés de gourdins de fer, xxn, 21 ; de l’eau que la vie future, Machanov, p. 523, mais beaucoup n'y bouillante sera versée sur leurs tètes; leurs entrailles croyaient pas, et à plusieurs reprises Mahomet fut obligé et leur peau en seront consumées, xxn", 20-21. et toutes de réluter leurs objections, xm, 5; xvn, 52 54; xix,67les fois que, transis de douleur, ils voudront s’en éva­ 68; xxiil, 83-84; lvi, 47-50. der, les gardiens les y feront rentrer en leur criant : 2» L’enfer et le paradis. — La durée du jugement « Subissez Je supplice du feu, » xxn, 22. Le feu, en dernier, d’après le Coran, sera de cinquante milleans, effet, sera leur aliment, n, 22. Il consumera leurs i.xx, 4. Après le jugement, les hommes coupables seront visages, et tordra leurs lèvres, xxm, 105. Ce leu de voués aux peines de l’enfer, et les justes auront en Dieu, feu allumé qui prendra à leurs cœurs, les entou­ partage les délices du ciel. L'intervalle entre la mort et rera comme une voûte appuyée sur des colonnes, civ. la résurrection est appelé barzah. Durant cette période, 6-9, comme des parois, xvm, 28; xc, 20. Leurs douleurs le corps reste enfermé dans le tombeau, mais les âmes seront atroces, et ils pousseront des soupirs et des san­ ont un avant-goût des joies du paradis ou un specimen glots, xi, 108. Leur peau sera brûlée, mais Dieu les des souffrances de l'enfer. Les prophètes participent au revêtira d’une autre, pour leur laire subir un supplice bonheur du ciel. Irving, p. 283. Les croyants, qui suc­ plus cruel, iv, 59. Comme nourriture, ils n'auront que combent en combattant dans les sentiers de Dieu ne les fruits du zaqqouni, un arbre qui pousse au fond de meurent pas; ils vivent près de Dieu et reçoivent de l’enfer, et dont les branches ressemblent aux tètes des lui leur nourriture. Ils sont remplis de joie pour les démons, xxxvu, 61-63; lvi, 52-63. Il bouillonnera dans bienfaits divins qu’ils ont reçus, et se réjouissent de ce leurs entrailles comme un métal fondu, comme l'eau bouillante, xi.iv, 45-46. C’est un arbre maudit, xvn, 62. que ceux qui marchent sur leurs traces et qui ne les Ils mangeront aussi les fruits de dari (arbrisseau épi­ ont pas encore rejoints, seront à l’abri des frayeurs et des peines, ni, 161-164. Les simples fidèles voltigeront neux dont le fruit est très amer au goût), lxxxviii, 6. auprès de leurs tombes dans un état de paisible joie. Kasimirsky, p. 507. Comme boisson, ils n'auront que Les infidèles, poursuivis par les anges, seront privés de de l'eau infecte, qu'ils avaleront â petites gorgées, et elle la vue du ciel et de la terre, et parqués dans des ca­ aura peine â passer, xiv, 20; du pus qui coule du corps des réprouvés, lxix, 36; de l’eau bouillante, xxxvni. vernes obscures, où ils attendront, dans la frayeur du 57; vi, 69; x, 4. Ils passeront leurs jours dans l'obscu­ désespoir, les peines de l’enfer. L’enfer (djahannam) est représenté comme un fossé, rité d’une fumée noire, au milieu des vents pestilen­ tiels, lvi, 41-42. Dans leurs horribles tourments, ils ci, 6; lxxxv, 4, un gouffre, lxxiv, 27, comme une immense prison, comme un volcan dont la fumée appelleront la mort, xxv, 14; mais leurs cris de déses­ -échappera en trois colonnes, et qui lancera des étin­ poir ne seront pas entendus de Dieu. Dans l’enfer, ils ne mourront pas, et ne vivront pas, xx, 76; i.xxxvu. celles grosses comme des tours ét semblables à des 13. Ils y demeureront tant que dureront les cieux et la chameaux roux, lxxvii, 30-33. La géhenne a des portes, xvi, 3l ; xxxix, 71, au nombre de sept, xv, 44. L’enfer terre, â moins que Dieu ne le veuille autrement, xi, aura plusieurs sections, par exemple Val-holama (bri­ 109. Pour donner une idée des souffrances de l'enfer, Mahomet dit que si les méchants possédaient tout ce seur), où tout ce qui sera jeté sera brisé en morceaux, civ, 4-5; Kasimirsky, p. 518; dans le djahannam iront que la terre contient, et une fois autant encore, ils le les disciples du prophète qui auront commis des fautes donneraient pour se racheter du châtiment, χχχιχ. 48. sur la terre, et y brûleront suivant le nombre de leurs ■ Dans un passage qui rappelle quelques expressions de fautes; dans l’tiotama, iront les chrétiens; dans le , la parabole évangélique du pauvre Lazare, les habitants iazâ, lxx, 15; xcn, 14, seront enfermés les Juifs; dans du feu, pour soulager leur agonie perpétuelle, crieront aux habitants du paradis : « Répandez sur nous un peu le sa'ir, iv, 11, 58; xvn, 99; xxv, 12; xi.n, 5; lxvii, de ces délices que Dieu vous a accordées. — Dieu, ré— 5. brûleront les sabéens; dan- le saqar, i.xxiv, 26, 43, pondront-ils, a interdit l’un et l'autre aux infidèles, .es adorateurs du feu; dans le djahim, xxxvu. 95; n, 1815 CORAN (SA THÉOLOGIE) vu. 48. Tout appel â la miséricorde de Dieu restera sans réponse. Wolff, Muhammedanische Esclialalogie, Leipzig, 1872, p. 147-171; Meyer, Die Ilôtte ini Islam, Bâle, 1901, p. 5-90. Λ ce tableau effrayant des tourments des damnés, Mahomet oppose les jouissances voluptueuses du ciel, le bien-être physique et la vie heureuse des amis de Dieu. Mahomet a donné libre cours à son imagination j1 pour décrire l’éternelle volupté d’un ciel, où l’esprit repose dans un lourd sommeil, tandis que les sens goûtent des plaisirs sans cesse renouvelés. Le paradis | (Ijad) est appelé dans le Coran firdaus, xvn, 107; xxm, II; les jardins d'Eden (djannal 'adèn), tx, 73; xill, 23; xvi, 33; xxxv, 30; le séjour élevé [djannal ’âliya), I lxxviii, 10; jardins des délices (djannal al-na'im), v, 70; x, 9; xxn, 55; l.xvin, 33; jardin de l’éternité (djannal al-(iuld), xxv, 16; jardin du séjour (djannal al-maouâ), Lin, 15; xxxn, 19 (au pluriel); habita­ tion éternelle (dâr al-muqâmat), xxxv, 32. Le paradis est une demeure de paix (dâr as-salâni), vt, 127, avec de hautes galeries (al-gurufüt), xxxtv, 36. Son ex­ tension est immense. Il est vaste comme les cieux et la terre, ni, 127; i.vii, 21. 11 a des portes, gardées par· les anges, qui diront aux prédestinés : « Que la paix soit avec vous! Vous avez été vertueux; entrez dans le paradis pour y demeurer éternellement, » xxxtx, 73. Les justes y entreront et jouiront de la vue de jardins arrosés de courants d’eau, it, 23, el de fleuves, in, 13, 130. Le Coran nomme ces fleuves Salsabil, lxxvi, 18; Tasnîm, lxxxiii, 27, le Kaoutar, cvtn, 1. Ce mot du verbe arabe kajoura (être abondant) pourrait aussi signifier la richesse. A côté de ces fleuves où coule une eau incorruptible coulent des fleuves de lait, dont le goût ne s'altérera pas, des fleuves de vin doux à boire, des fleuves de miel pur, et poussent toutes sortes de fruits, xlvii, 16-17. Il y aura des lotus sans épines, et des bananiers chargés de fruits du sommet jusqu'en bas, i.vi, 27-28. Les bienheureux s’y pareront de brace­ lets d’or et de perles, se vêtiront dérobés de soie verte et de satin, xvin, 30; xxn, 23; xxxv, 30, et placés les uns en face des autres, xi.iv, 53, ils reposeront accoudés sur des divans; ils ne subiront ni la chaleur du soleil ni les rigueurs du froid, lxxvi, 13. Leurs sièges seront ornés d’or et de pierreries, lvi, 15, et auront des coussins disposés par séries, i.XXXVlll, 15. Des tapis seront étendus par terre. Ibid., 16. Dieu leur donnera en abondance les fruits et les viandes qu’ils désireront, LU, 22; et la chair des oiseaux les plus rares, lvi, 21; xxxvn, 41-42; xxxvm, 51. On leur présentera à boire du vin exquis et scellé, dont le cachet sera de musc, lxxxiii, 25-26. On fera circuler parmi eux des vases d’argent et des coupesen cristal, remplies de boisson mêlée de gingembre, lxxvi, 16-17, ou même de tout ce que leur goût pourra désirer, xliii, 71, des gobelets, des aiguières et des coupes, remplis de vin dont la vapeur ne leur montera pas à la tête et n'obs­ curcira pas leur raison, lvi, 19; lxxxviii, 14, ou d'une eau limpide et d’un goût délicieux pour ceux qui la boiront, xxxvn, 45. Ces coupes ne feront naître ni propos indécent ni occasion de péché, LH, 23; lxxviii, 34-35. Autour des bienheureux circuleront de jeunes ■ serviteurs, pareils à des perles renfermées dans leur ' nacre. Lit, 24; des enfants doués d'une jeunesse éter­ nelle, lvi, 17; lxxvi, 19. En compagnie de leurs épouses, ils se reposeront sous l'ombrage, xxxvi, 56; xi.ut. 70; auprès deux seront aussi des femmes au regard modeste, et leurs égales en âge, xxxvm. 52, des vierges aux grands yeux noirs et au teint éclatant, sem­ blables à celui d’une perle dans sa coquille, xxxvn, 47; xt.iv, 54; lu, 20. Ces vierges aux formes voluptueuses, lxxviii. 33, sont appelées hour. Elles ont été l'objet d'une création à part, et ont gardé leur virginité, lvi, I 31-25. pour être destinées aux hommes de la droite. 1810 Elles sont jeunes et belles, et renfermées dans des pa­ villons, l.v, 70-72; leur beauté ressemblera à celle de l’hyacinthe et du corail, lv, 58. Les épouses des élus leur prodigueront des marques de tendresse, lvi, 36. Toute tristesse, tout ressentiment est banni du ciel, vu, 41, 47. Les justes n’y entendront aucun discours futile, xix, 63. Sur leurs lèvres retentiront les louanges de Dieu, x, 10-11. Ils s’approcheront les uns des autres et se poseront des questions. Ils se demanderont même s’ils seront sujets à une autre mort, et s’ils per­ dront leur bonheur, xxxvn,56-5.. Les peines des dam­ nés ne leur seront pas inconnues, et ils loueront la miséricorde de Dieu de n’avoir pas été du nombre des réprouvés, ibid., 53-55; ils parleront aussi aux damnés et leur demanderont les causes de leur perte, t.xxtv, 42-48. Il y aura, au paradis, des degrés différents de béatitude, ni, 157; les bienheureux y formeront le parti de Dieu, car Dieu s’est complu en eux et ils se sont complus en Dieu, i.vm, 22. Quant aux divisions ou sections du paradis, le Coran mentionne quatre jardins différents, lv, 46, 62; dans ces sections toute âme occu­ pera un degré correspondant à ses œuvres, vt, 132. Le degré le plus élevé devant Dieu sera réservé â ceux qui auront combattu dans les sentiers de Dieu, ix, 20. Wolff, p. 185-207; Ruling, p. 35-37. On voit par là le caractère des joies que le prophète a promises à ses croyants dans l'autre vie. Sans doute, dans certains textes. Mahomet fait consister le bon­ heur des élus dans la vision de Dieu, dans ses louanges, dans la prière, dans la compagnie des anges, mais le ciel coranique est avant tout un ciel voluptueux. Sa conception est presque identique â celle du Talmud et justifie en quelque sorte l'opinion de Marracci : zlh-oranus Talmudem fere semper in suis fabulis, veluti canis canem, subodoratur, p. 300. Mahomet imagina un enfer et un paradis qui répondaient à ses fins poli­ tiques, qui pût amener â sa nouvelle religion les Arabes à qui n'aurait pas souri l’idée d’un ciel, privé des jouissances de la terre. D’après Marracci, quantum in suo paradiso spurcum, tantum in inferno suo ridicu­ lum se Mohametus ostendit, p. 591. On a essayé d’in­ terpréter dans un sens plus spirituel les expressions par trop matérialistes du Coran; mais cette tentative n'a pas abouti. 11 suffit de lire quelques sourates du Coran, par exemple la lxxvi·, pour se convaincre que la récompense dont Dieu gratifie les élus n’est compa­ rable en rien aux joies d’outretombe que Jésus-Christ a annoncées à ses disciples. Wollaston, The sword of Islam, Londres, 1905, p. 296-307. II. La morai.edu Coran. — Mahomet distingue entre l'impulsion de Dieu, qui à son gré pousse l’homme dans la voie droite, dans la voie du salut, et l’acquisi­ tion de la béatitude. Sans doute, l’élément premier du salut, dans la théologie coranique, est l'action de Dieu, qui prédétermine les âmes aux joies du ciel et au mal­ heur de l’enfer; mais il existe aussi un élément secon­ daire, la participation de l'homme par ses bonnes œuvres. La damnation pèse sur ceux qui sont dans l’erreur au sujet de la religion, et dont les actions sont differentes de celles que Dieu veut. xxm. 64. Dieu tiendra compte au jour dernier de ce que l'homme aura fait sur la terre, et les actions de chacun seront alléguées pour ou contre lui, n, 286. Grimme, p. 110. Dieu déclare d’abord aux hommes sa volonté, il leur révèle ce à quoi ils sont tenus, et dans le cas ou ils désobéissent, il les punit en les égarant, ix, 116. Ce­ pendant cette doctrine qui parait admettre des limites à la prédestination absolue de la part de Dieu, et accor­ der à l'homme une inlluence relative dans l’œuvre de son salut, ne découle pas des principes moraux nette­ ment énoncés dans le Coran. La théologie coranique ouvre un abîme entre Dieu et l’homme : Dieu est un maître capricieux et arbitraire, car il peut remplir a 1817 CORAN (SA THÉOLOGIE) 1818 s’allier â d'autres vertus pour que l’hommage qu’elle son gré la géhenne, et l’homme est son esclave. Le trait distincti Γ de la prédestination coranique est l'abso­ rend à Dieu lui soit agréable. Le fidèle musulman qui lutisme sans condition. Cela admis, il est difficile de : croit en Dieu doit le craindre : la crainte rend l’homme sauvegarder les droits de la liberté humaine, et partant , heureux, ni, 125; x, 32; xvi, 52-51; l’homme doitobéir les bases de la moralité. L’édilice moral de l’islam re­ à Dieu et â son prophète, ni, 29, 126; cette obéissance pose donc sur la négation des fondements de la morale, comporte une résignation complète â la volonté divine; car on ne saurait concevoir celle-ci sans admettre que l’âme s’attache fortement à Dieu, ni, 97-98; xi.n, 6. et l’homme est responsable de ses actions. Toutefois, cela met en lui une confiance absolue, m, 153-154; ix, 5I; ne nous autorise pas à condamner dans son ensemble l’homme doit être reconnaissant à l’égard de Dieu, le système moral du Coran. Il y a sans doute en lui xvi, 116; il doit l'aimer, et son amour doit surpasser un vice radical; mais quelques accessoires ne méritent celui qu’on porte à ses parents et à ses meilleurs amis, pas le blâme qui a été infligé aux principes fondamen­ ix, 23. Le bon musulman doit penser souvent à Dieu, taux du système. Mahomet a recueilli dans le Coran iv, 104, et lui adresser souvent ses supplications, des théories et des préceptes qui appartiennent soit â XVI, 55. la loi naturelle, soit â la morale évangélique, mais il n’y Mais ces exhortations à la confiance en Dieu et au a aucun lien logique entre eux et son enseignement. repos dans sa miséricorde et dans sa bonté ne répondent Ce sont là des conséquences qui ne découlent pas des pas â la notion coranique d’Allah, le Seigneur du ciel prémisses. Bogolioubsky, p. 225-226. et de la terre. Mahomet a creusé un abîme entre Dieu Les théologiens musulmans divisent la morale du et l’homme; celui-ci est un esclave, un jouet dans les Coran en deux parties. Il y a d’abord ce qu’ils appellent mains d’Allah, qui châtie sans miséricorde, voire même fard, c’est-à-dire l’ensemble des préceptes révélés par avec joie : Allah est le maître suprême qui impose Dieu et contenus explicitement dans le Coran; l’ob­ ses préceptes, non parce qu’il les trouve justes et saints, servance de ces préceptes est obligatoire pour tous. En mais parce qu’il lui plaît de les donner. Müller, Der second lieu il y a la sunnah, ou préceptes enseignés Islam, p. 185; Wellhausen, Die Heiligenverehrung im par Mahomet, soit de vive voix, soit par son exemple : Islam, p. 277-278. Le Dieu du Coran est donc plus apte ces préceptes sont conservés par la tradition, et leur à inspirer à ses fidèles une crainte servile, qu’une observance est libre. La première partie comprend les vénération découlant du respectet de d’amour. préceptes relatifs à la foi en l’unité de Dieu, l’esprit 2° La prière. — Le second fondement de l’islam, ou prophétique de Mahomet, la prédestination, la récom­ la seconde de ses prescriptions morales est la prière, pense éternelle des justes, la résurrection dernière, etc.; falâh, ηαηιάτ, l’acte par lequel le croyant s'humilie la sunnah embrasse les prescriptions relatives à la devant Dieu, reconnaît son propre néant et exprime sa circoncision, aux ablutions, etc. Léonardov, p. 200. reconnaissance pour les bienfaits reçus. Le précepte D’autres distinctions, qu’il serait trop long de rapporter, de la prière est souvent mentionné dans le Coran. sont mentionnées et expliquées par les théologiens « Appelez à votre aide la prière, il, 43; accomplissez-la musulmans. Nous nous bornerons à indiquer les cinq exactement, vi, 71 ; xx, 130; acquittez-vous de la prière, points principaux de la morale coranique, qu’on appelle xxix, 44; observez-la, xxx, 30; répète souvent le nom les cinq piliers de l’islam, à savoir : 1» la profession de de ton Seigneur, lxxiii, 8; chante ses louanges, » foi; 2° la prière; 3° l’aumône ; 4° le jeûne; 5° le pèle­ lxxvi, 26. La stricte observance de la prière est impo­ rinage à La Mecque. Nous ajouterons quelques détails sée comme un commandement de Dieu, xxiv, 37. sur : 6° la guerre sainte; 7° la condition de la femme L’objet de celte prière est le bonheur du ciel et le bon­ d’après le Coran. heur d’ici-bas, II, 196-197; xli, 49; le pardon des pé­ 1° La profession de foi. — Le premier devoir de chés, LXVlt, 21; le secours d'en haut, I, 4; II, 148; la tout bon musulman à 1’égard de Dieu est la foi en lui préservation des péchés impurs et de tout ce qui est et dans son prophète. Le Coran l’atteste clairement en blâmable, xxix, 44. Elle doit être faite ordinaire­ maints endroits : « Croyez en Dieu et à ses envoyés : ment au commencement du jour et à l’entrée de si vous croyez, vous recevrez une récompense géné­ la nuit, xt, 116; elle est prescrite aux croyants â des reuse, » ni, 174; « croyez en Dieu, en son apôtre, au heures fixes, iv, 104, c’est-à-dire le matin et le soir, livre qu’il lui a envoyé, aux Écritures descendues avant lxxvi, 25-26; xxx, 16; xxxm, 39; avant le lever et le lui, » iv, 135. Cetle foi consiste dans le repos du cœur coucher du soleil, L, 38; lu, 48-49; au déclin du soleil en sécurité dans le souvenir de Dieu, xm, 28. Quant à et au moment de l’arrivée des ténèbres de la nuit, la manière, dont elle est acquise par l’homme, les xvu, 80. Il faut y consacrer aussi la nuit, xi.ix, 38-39; affirmations du Coran sont contradictoires. Tantôt LXXIII, 2; cette prière nocturne ('idbâr an-noudjoumi), .Mahomet insinue qu’on arrive à la foi librement, par est une œuvre surérogatoire, xvu, 81, que l’on fait à ses propres moyens : « La vérité vient de Dieu : que l’exemple de Mahomet, qui parfois passait en prière celui qui veut croire croie, et que celui qui veut être les deux tiers de la nuit, parfois la moitié et parfois un infidèle, le soit, » xvm, 28; xxv, 59; xxx, 29; tantôt il tiers, lxxiii, 20. Elle peut être faite en n’importe quel attribue exclusivement au bon vouloir de Dieu le don lieu, n, 145, mais puisque chaque peuple a une plage de cette verlu : « Comment une âme pourrait-elle croire du ciel vers laquelle il se tourne en priant, tout sans la volonté de Dieu? » x, 100. C’est Dieu qui à son croyant doit tourner son visage vers l’oratoire sacré de gré rend l’homme croyant, et incroyant. Jbid., 99. Celte La Mecque, u, 143-144, et c’est un précepte divin. La foi en Dieu rend l’homme parfait, elle est le principe prière doit être précédée des ablutions ; celles-ci sont du salut, la source des bonnes dispositions, et des ac­ un moyen de se purifier, et Dieu aime ceux qui aspi­ tions dignes de mérites. Le péché d'infidélité est con­ rent à la pureté, ix, 109. Avant de prier, il faut se laver sidéré comme très grave, n, 214. et la malédiction de le visage et les mains jusqu'aux coudes ; il faut s’es­ Dieu frappera les apostats qui changent de religion, suyer la tête et les pieds jusqu'aux talons, v, 8. Cette iv, 136. Le Coran proclame l’inutilité des bonnes œu­ cérémonie est appelée : gousl. Après les souillures vres accomplies par les incrédules; elles sont comme contractées dans le commerce charnel, ou pour d’au­ le mirage du désert, que l’homme altéré de soif prend tres causes, énumérées par les théologiens musulmans, pour de l’eau, xxiv. 39; comme les ténèbres étendues les ablutions légales prennent le nom de tafhu·, iv. sur une mer profonde, que couvrent des flots tumul- 46; v, 8. Si l’eau manque, on peut se frotter le visage •fi, ux. Ibid., 40. Les incrédules sont comparés aux et les mains avec du sable fin et pur, ce qu’on appbrutes; ils sont même à un degré inférieur, et ils tayammoum. s’égarent plus que les brutes, vu, 177. La foi doit D’autres prescriptions visent à mettre en lumière 1819 CORAN (SA THÉOLOGIE) l'importance de l’acte de la prière, et le soin avec lequel il faut l'accomplir. Pour se rendre au temple, il tant revêtir ses plus beaux habits, vu, 29; se prosterner en présence de Dieu, fléchir les genoux devant lui, vu, 2G4; xxii, 76; ou rester debout, xxv, 65; lxxiii, 20. Si on craint un danger, on peut prier à cheval, II, 240. La prière ne doit être prononcée ni d’une voix trop élevée ni d'une voix trop basse, xvn, 110; laite à haute voix, elle est inutile, parce que Dieu connaît les secrets des cœurs, xx, 6. 11 ne faut pas imiter les hypocrites qui prient avec nonchalance, et par leur feinte piété, cher­ chent à s'attirer les louanges des hommes, tv, 141. La prière accomplie négligemment ou par ostentation attire les châtiments de Dieu, cvn, 5-6. En temps de guerre, il est permis d'abréger la prière : une partie des troupes s’y livrera, les armes à la main, tandis que l’autre se reposera, iv, 103. 11 ne sied pas aux croyants de prier pour les infidèles, puisque ceux-ci seront condamnés au feu, tx, 114, et même après leur mort, il faut s’abstenir de prononcer leur nom dans ses prières, tx, 85. La théologie musulmane a essayé de régler minu­ tieusement les moindres actes qui concernent la prière. Elle détermine dans quelles circonstances il faut prati­ quer les ablutions, et quelles invocations à Dieu doivent les accompagner, Léonardov, p. 203-207; elle précise les mouvements et la posture des membres, et com­ plète parfois les prescriptions vagues de Mahomet. La prière, par exemple, doit se répéter cinq lois par jour : le matin (jaldA çoublf; çabâh namâzy ; irlah namâzy); entre le lever du soleil et midi (falâh7.ohr; oeyleh na­ mâzy); le soir (jala/i a.yr.· ikindi namâzy); après le coucher du soleil (jalü/ι magrib; afrsâm namâzy), et la nuit (salüh 'iià; yâtsi namazy). Cette division de la prière en cinq heures différentes du jour ne se trouve pas implicitement indiquée dans le Coran, bprenger, t. t, p. 325, bien qu’on y mentionne la prière du ma­ tin, au lever, Ml, 48, celle de l'aube du jour, xvn, 80; celle du milieu, il, 239; et la prière nocturne, L, 39. Bogolioubsky, p. 229. Une autre condition fidèlement observée par les croyants est celle de se tourner vers la qiblah, la fameuse Ka'bah, le temple de La Mecque. Sabloukov, Les récits des Mahomélans sur la qiblah (en russe), Kazan, 1889, p. 4. D’abord, Mahomet n’avait donné sur ce point aucune indication spéciale: il disait que Dieu est en Orient aussi bien qu’en Occident, et qu’il n'était pas nécessaire de déterminer le lieu de la prière. Ensuite, pour flatter les Juifs, il conseilla â ses amis de se tourner vers le temple de Jérusalem, et se voyant enfin déçu dans ses espérances, il propose La Mecque. Léonardov, p. 209; Wollaston, p. 307-3I1. Pour les musulmans, la prière, dit Müller, consiste dans une craintive admiration de l’incompréhensible majesté de Dieu, dans l'adoration mêlée de frayeur, du terrible souverain de la terre et du ciel. Der Islam, t. 1, p. 192. Elle se réduit à un acte mécanique, ou le cœur ne joue aucun rôle. Il lui manque la vie, l’amour de Dieu, l’aliment de la piété. La prière musulmane est une série de vaines invocations. Hughes, Notes on Mohammedanism, p. 115. Dieu est tout-puissant, que son nom soit loué, qu’il exauce celui qui chante ses louanges, etc., Weil, Mohammed der Prophet, p. 70; Tikhov-Alexandrovsky, Aperçu sur les prières musul­ manes (en russe), Kazan, 1877, et ces invocations, les croyants les répètent partout, dans la maison, dans les rues, en voyage, a des heures fixes. Ils les répètent sans réfléchir à ce qu'ils disent, sans élever leur âme vers Dieu, sans ajouter au mouvement extérieur des lèvres, le travail intérieur de la pensée qui médite les perfections de Dieu. Ils se bornent à remplir les pres­ criptions du prophète, dont le code religieux a régle­ menté les actes externes, sans aucun souci des besoins et des aspirations de lame.Muller, p. 191. i 1 ' I 1820 3« L'aumône. — Le troisième fondement de l’islam est l’aumône. Sur ce point la doctrine de Mahomet se rapproche beaucoup de la morale évangélique, et quel­ ques expressions semblent puiséesdans nos Livres saints. L'aumône (çadaqah, çadaqàl) est un précepte divin. Le Coran le rappelle en bien des endroits : O croyants, donnez l'aumône de vos biens, n, 255; l'aumône est agréable à Dieu, tx. 105; il faut secourir ses parents, ses proches, les orphelins, les pauvres, les voyageurs, II, 211 ; elle doit servir aussi â ceux qui recueillent les pauvres, à ceux dont les cœurs ont été gagnés pour l'islam, au rachat des esclaves, aux insolvables, et à la cause de Dieu, IX, 60; xxx, 37. L'homme ne doit pas s'attacher aux biens de la lerre. Les jouissances de ce monde sont une pompe vaine, mais ce que Dieu tient en réserve pour ses élus vaut mieux et est plus du­ rable, xxvill, 60. La richesse doit donc être employée â secourir les indigents. L'aumône attire les grâces et les bénédictions de Dieu sur ceux qui la pratiquent; ceux qui dépensent leurs richesses dans le sentier de Dieu ressemblent à un grain qui produit sept épis et dont chacun donne cent grains, II, 263; ils recevront de Dieu une récompense, ibid., 275, 2ΊΊ, magnifique, iv, 114, car ils accomplissent une œuvre méritoire, lviii, 13. La crainte ne descendra pas sur eux; ils ne seront pas affligés, n, 275; leurs péchés seront effacés, v, 49; leur âme sera purifiée, lviii, 13. L’aumône rem­ place aussi certaines prescriptions légales, n, 192. Mais pour qu'elle soit agréable à Dieu, il faut qu’elle soit faite avec charité et bienveillance. Une parole honnête, l'oubli des offenses, valent mieux qu’une aumône suivie d'un mauvais procédé, II, 265. Il ne faut pas distribue! en largesses la partie la plus vile de ses biens. II, 269. Il ne faut pas dispenser l'aumône par esprit d’ostenta­ tion, ibid., 266; donner l’aumône au grand jour, c'est louable; mais la donner secrètement est plus méritoire. Ibid., 273. Du vivant de Mahomet, les aumônes affluaient en ses mains, et ses ennemis le calomnièrentau sujet de leur distribution, ix, 8. Elles se transformaient en impôt légal; ces revenus étaient affectés aux besoins de la guerre sainte. Cependant l’aumône ne perdit jamais â l’égard des pauvres le caractère d'offrande volontaire. Grimtne, p. 141-142; Wollaston, p. 311-314. 4» Le jeûne du Ramadan. — Le quatrième fonde­ ment de l’islatn est le jeûne. C'est un précepte du Seigneur; il est donc du nombre de ceux qui appar­ tiennent au fard- « O croyants, le jeûne vous est prescrit, » il, 179. Mahomet avait tout d’abord imposé le jeûne à ses disciples, pour imiter les Juils, et les gagner à sa religion. Sprenger, t. ni, p. 53-54. Le jeûne musulman ne consiste pas seulement dans l’abs­ tinence de la nourriture; les deux mots arabes qui le désignent, fiyâm, faoum, dérivent du verbe fânia, qui signifie interrompre une occupation habituelle. Ostrooumov, Le ieûne musulman du mois de Ramadan (en russe), Kazan, 1877, p. 4. Mahomet a fixé en détail les règles du jeûne. Il doit commencer avec la nouvelle lune de Ramadan, il, 181, qui correspond au neuvième mois de l'année lunaire, et signifie mois des grandes chaleurs (ramz). Hughes, A Dictionary o/ Islam, p. 533. Puisque l'année musul­ mane est une année lunaire, dans l'intervalle de 32 années, tous les mois de l’année coïncident tour â tour avec le jeûne de Ramadan. La nouvelle lune, dont on gnette l’apparition du haut des minarets, des mos­ quées et des maisons, ouvre le jeûne, comme la nou­ velle lune du mois suivant marque son terme. Ce der­ nier jour de jeûne constitue le petit bairam, une des grandes fêtes du monde musulman, distincte du grand baïram, qu’on célèbre le dixième jour du dernier mois de l’année. Le mois de Ramadan a été choisi de préférence, parce que, selon la croyance musulmane et l'affirmation du Coran, c'est pendant ce temps que 1821 CORAN (SA THÉOLOGIE) J 822 nage est un devoir envers Dieu pour quiconque est en le Coran est descendu d’en haut, pour servir de direc­ tion aux hommes, n, 181, que l'archange Gabriel a ni­ état de le faire, m, 90-91; faites le pèlerinage de La velé au prophète les vérités d’en haut. Sprenger, t. lit, Mecque, et la visite du temple en l'honneur de Dieu, n, 192. p. 59. Dans ce mois consacré au jeûne, les relations Le mois sacré, v, 98, établi pour cet acte de religion entre époux ne sont permises que durant la nuit; pendant le jour, il faut s’adonner à des actes de dévo­ est le douzième mois de l’année, et les cérémonies qui tion dans les mosquées. Depuis le moment ou l’on peut l'accompagnent doivent avoir lieu les 8«, 9» et 10’ jours distinguer le fil blanc du noir jusqu’à la nuit, il est de ce mois. Durant le pèlerinage il est défendu de se livrer à la chasse, v, 96 (il est permis cependant de se défendu de prendre de la nourriture, de la boisson, et même des médicaments. Ostrooumov, p. 54. Mais livrer à la pèche, ibid., 97); on doit s’abstenir des pendant la nuit, on peut avoir commerce avec les femmes femmes, des transgressions des préceptes et des rixes, et manger à satiété. Il y a cependant des dispenses n, 193; on est tenu de ne pas se raser la télé jusqu’à pour les malades, les vieillards et les voyageurs, II, 181. ce que l'offrande soit parvenue au lieu où l’on doit Spiess, Al-Koran, p. 57. immoler, II, 192. Le prophète conseille de prendre des Le jeûne est imposé aussi en d’autres circonstances provisions pour le voyage, et autorise les croyants à comme une œuvre d’expiation, ou pour remplacer des exercer durant ce temps le commerce, n, 193-194. Les prescriptions légales. Est tenu au jeûne celui qui, se cérémonies principales consistent dans les tours de rendant à La Mecque pour de justes motifs, est obligé dévotion de la Ka'bah, ou des processions, n, 195; xxn, 30, dans des prières, des génuflexions et des prostra­ de se raser la tête, il, 192; ou même a tué un animal à la chasse, v, 96; celui qui manque à son engagement tions, n, 119, xxn, 27, dans sept excursions (sa'j/) aux doit jeûner trois jours, v, 91 ; il jeûne deux mois celui collines de Çafa et de Mervva, à cinquante pas au nord du mur d'enceinte de la Ka'bah, n, 153; Sabloukov. qui lue un croyant involontairement, tv, 94, aussi bien Prilojenie, t. i, p. 226-227; dans une autre excursion que celui qui ayant juré de divorcer se repent de son au mont 'Arafat à une trentaine de kilomètres de La serment, lviii, 5. Mecque, il, 194, et dans l’offrande de sacrifices d’ani­ Heineccius blâme, comme frivole, le jeûne imposé par maux. On immole dans la vallée de Mina des chameaux le Coran à ses adeptes : pendant la nuit ils se livrent à des orgies et pendant le jour ils sommeillent. Fides is- et des brebis. Au moment de les abattre, on prononce lamitica, p. 56. Ce jeûne, d’après les polémistes chré­ sur eux le nom de Dieu. Le chameau du sacrifice doit tiens, est une caricature, puisqu’il ne dit rien à l’âme rester sur trois pieds; il est attaché par le quatrième. et qu’il n’est pas une mortification ni de l’esprit ni du Quand la victime tombe, il faut en manger, et en donner à celui qui se contente de ce qu’on lui donne, corps. C’est une prescription légale très onéreuse pen­ ainsi qu’à celui qui en demande, xxn, 37. On suspend dant le jour; mais son but n’est pas de mortifier la chair, puisqu'on est libre pendant la nuit de lui donner des ornements au cou des victimes, v, 2. Le pèlerinage accompli, on peut se livrer à la chasse, v, 3; au retour toutes les jouissances matérielles qu'elle réclame. on ne doit pas rentrer dans sa maison par une nouvelle Ostrooumov, p. 118-140. 5° Le pèlerinage à La Mecque. — Le cinquième fon­ porte, n, 185. Autrefois les Arabes, qui se croyaient sanctifiés par leur visite de La Mecque, en rentrant chez dement de l’islam est le pèlerinage à la Mecque, eux, faisaient ouvrir une nouvelle porte du côté oppose appelé hadidj. Ce pèlerinage n’était pas inconnu aux Arabes; ils l’accomplissaient avec grande pompe dans à celui de l'ancienne. la seconde semaine du douzième mois de l’année, Le pèlerinage de La Mecque est resté aujourd’hui dans la plaine située aux pieds de V'Arafât, mon­ encore une des grandes manifestations religieuses de l’islam. On s’y rend tous les ans par milliers de Con­ tagne à peu de distance de La Mecque. Cette ville, appelée aussi Bekkah dans le Coran, m, 90, devint, stantinople, du Caire, de Damas, des Indes; bien des pèlerins n'atteignent pas leur but, décimés par les ma­ grâce à Mahomet, le centre religieux du monde musul­ man. Mahomet annonça à ses concitoyens le précepte ladies contagieuses et les privations du voyage. La loi divin de s’y rendre des contrées les plus éloignées, et musulmane contient de nombreuses prescriptions rela­ d'y vaquer à la prière dans le temple de la Ka'bah. tives aux vêtements et à la nourriture des pèlerins, à la manière de voyager, et à d'autres cérémonies ou L’importance de ce temple, fameux pour sa pierre noire, badjar asvsad, est attestée à plusieurs reprises pratiques religieuses à accomplir dans le lieu saint de dans le Coran, qui raconte ses origines miraculeuses, et l’islam, par exemple, la cérémonie qu’on célèbre au mont ‘Arafat en souvenir de la première fois où Adam l’appelle le temple sacré, al-niasdjid al-harâm, vill, 34; connut sa femme Eve. Léonardov, p. 239. Les musul­ la demeure sainte, l’oratoire sacré, la maison de Dieu, mans visitent aussi le tombeau du prophète à Médina, al bayt al haràm, v, 2, 98; xtv, -40; xxn, 25; xlviii, 25; la maison antique, a/ bayat al-'atîq, xxn, 30, 34. D'après et quelquefois d'autres lieux saints, par exemple, le temple de Jérusalem, Sainte-Sophie de Constantinople, le Coran, c’est Dieu lui-méme qui donna à Abraham mais ces pèlerinages, bien que méritoires, n'appar­ l’ordre d’élever celte maison de prière, et Abraham en tiennent pas au far etirnne de 1810 à 1885, 9 livraisons. Liège, 1892-IID5; ta partie christianisme et l'islamisme, toute la dut rencc qui qui concerne l'islam el le Coran n'a point encore pure; Gi.ldz !.· r sépare le mouvement de l’immobilité, l'amour de Die Portschritte der Islam-Wissenschalt in den leizi-n - -: l’égoïsme, la vie de la pétrification, t. t. p. 328-329; t. Il, Jahrwhnten, duo Preussische Juhrbucher. luai>, u cxx,. p. 35-42. Par quelques-unes de ses duclriues le Coran p. 274-muO. 1831 CORAN (SA THÉOLOGIE) Pour la recherche et le groupement des textes du Coran, nous avons utilisé G. Fiügel, Concordant iæ Corani arabicas ad litterarum ordinem et verborum radices diligenter dispositae, Leipzig. 1842; Sabloukov, Prilojeniia k perevudu Korana (Additions à lu version russe du Coran), 2* édit., Kazan, 1898. Citons aussi Kazem Bek, Concordance complète du Coran, contenant tous les mots et expressions des textes pour guider les orientalistes dans les recherches sur la reli­ gion, sir la législation, sur Γhistoire et la littérature d·· ce livre, Saint-Pétersbourg, 1859 (éditée par l’Académie des sciences). Quant à la bibliographie générale, nous citerons parmi les œuvres les plus importantes pour l'étude du Coran : Marracci, Prodromi ad refutationem Alcorani in quo Mahumetis vita ac res gestæ ex probatissimis apud Arabes scriptoribus colle­ ctae ref· runtur (b parties). Padoue, 1G98; Chr. Reineccius, Muhamedis filii Abdallx pseudo-prophetx, tides islam itica, id est Al-Coranus ex idiomale arabico quo primum a Muhammeds conscriptus est, latine versus per Ludovicuin Marraccium... et ex ejusdem animadversionibus aliorumque observationi­ bus illustratus et expositus, praemissa brevi introductione et tutius religionis mohammedicx synopsi, ex ipso Alcorano, ubique suris et surarum versiculis adnotatis, congesta, Leipzig, 1721 ; Schroder, Muhammed testis veritatis contra se ipsum, Tureis verax, qui mendacia admittat, Christianis verax, qui veritatem dicat utrinque ex locis Alcorani utris­ que demonstratus, Leipzig, 1718; Gagnier, La vie de Mahomet, Amsterdam, 1732; Herhelot. Bibliothèque orientale, Paris, 1697; trad, allem., Halle, 1789-1790; Clodius, Muhammedis Religion ans dem Koran dargestellt, erlautert und beurtheilt, Altona, 1809; Weil. Mohammed der Prophet, sein Leben und seine Lehre, aus handschriftlichen Quellen in dem Koran geschôp/t und dargestellt, Stuttgart, 1843; Sprenger, Dos Leben und die Lehre des Mohammed nach bisher grô*8lentheils unbenutzten Quellen, 3 vol., Berlin, 1861-1865 (ouvrage capital); Muir, The Life of Mahomet and history of Islam to the era of the Hegira, with introductory chapters on the original sources for the biography of Mahomet, and on the pre-islamite history ofArabia, 4 vol.. Londres, 1858-1861 (œuvre capitale); abrégé en 1 vol., Londres. 1877 ; Nœldeke, Geschichte des Qorans, Gœttingue, 1860; Arnold. Islam, its history, character and relation to Christianity, Londres, 1874; trad, allemande, Gütersloh, 1878; Kremer, Geschichte der herrschenden Ideen des Islams, Der Gotlesbegriff, die Prophetic und Staatsidee, Leipzig. 1868; Id., Culturgeschichte des Orients tinter den ('dialifen. 2 vol., Vienne, 1875-1877 ; Hughes, Dictionary of Islam, being a Cyclopaedia of the doctrines, rites, ceremonies, and customs, together with the Technical and Theological Terms of the Muhanimrdan Religion, Londres. 189Ô; Id., Notes on Muhammedanism being outlines of the religious system of Islam, 3 édit., Londres, 1894; Keyzer et de GraalT, De Koran voorafgegnan door het leven van Mahomed, eene inleidh.g omirent de gudsdienstgebruiken der Mahomrdanen, Haarlem, 1878; Muir. The Corân, its composition, and tea­ ching, and the testimony it bears to the holy Scriptures, Londres, 1878; La Beaume, Le Koran analysé, d'après la traduction de M. Kasiniirski et les observations de plusieurs autres savants orientalistes, Paris, 1878; Green, The life of Mahomet, founder of the religion of Islam, and of the empire of the Sarracens, New-York, 1877; Reymond, L'islam el sun pruphete, Lausanne, 1876; Hermann. W’/e eine positive Religion entsteht. durgelhan an der Urgrschichte des Islams, Bonn. 1«77; Perron. L’islumisme. son institution, sun état present rt son avenir, Paris, 1877; Sabloukov, Sviedienia o Koranic zukunopolujitrlnui knighie Mukhammedanskgo vieroutch· niia (Renseignements sur le Coran, le code de la foi mu'U-mane), Kazan. 1884 ;GarcindeTassy. L’islamisme d'après le Curan, l’enseignement doctrinal et la pratique,2' édit., Paris, 187); Kœlle, Mohammed and Mohammedanism, Londres, 1889. Steck, Der Koran, Bàle, 1887; Muller, Der Islam im Murgen und Abmdland, 2 vol., Berlin. 1885-1887; Wellhausen, Sktzze·· und Vurarbriten, Berlin, 1887, t. ni (Reste arabischen Heid··· turns) 1889, t. tv (Medina vor dem Islam)·, Goldziher. Muhummedanische Studien, Halle. 1889, t. i; 1898, t. n «ouvrage capital); Grimme. Muhammed, part. I. Dus Leben, Munster, 1sy2: part. H. Einleilung in den Kuran : System tier kuramschen Thculogie, ibid-.A^Qô; Pautz. Muham­ meds Lehre von der ' tffenbarung quellenmassig untersucht, Leipzig, I898*très important»; Snouck Hurgronje, Une nouvelle biographie de M hammed. dans la Revue de l’histoire des religions, 13’ année, 1894. p. 1 »9-178: Krymsky, Istutchniki dlia istorii Mokhammedn i literaturn o nem (Les sources de Chistuue de Mahomet et leur lulcialute), Moscou, 1902; 1832 Jizn i utchenie Mukhammeda, ili dukh Islama (La vie et la doctrine de Mahomet, ou l’esprit de l’Islam), Berlin, 1902; Caetani. Annali dell' islam, Milan, 1905 (ouvrage capital), t. i; Sell, Historical development of the Quran, Londres. 1905; Traité de théologie musulmane, Alger, 1905; Goldziher, dans Die orientalischen Religionen, Leipzig, 1906, p. 87-135; Lhcreux, Étude sur l'islamisme, Genève, 1904. Citons parmi les études moins importantes, et ayant un carac­ tère général : Holtinger, Historia orientalis, Zurich, 1660; Schultz, Ecclesia muhammedana breviter delineata, Stras­ bourg, 1668; Turpin, Histoire de VAlcoran, Paris, 1775; Wiessner, Der Muhammedanismus : Geschichte und Lehre des Islams, nach dem Koran, der Sunna, und anderen Quellen, Leipzig, 1823; Dettinger. Beitrüge zur einer Théolo­ gie des Kurans, dans Zeitschrift fur Théologie, Tubingue, 1831, n 111, p. 1-74; Taylor, Geschichte der Mahomedanismus und seiner Sekten, Leipzig, 1837; Bourgade, La clef du Coran, Paris, 1852; Barthélemy Saint-Hilaire, Mahomet et le Curan, Paris, 1865; Ahmed Khan Baador, A series of essays on the life of Mohammed, Londres, 1870, t. i; Scholl, L’islum et son fon­ dateur, Paris, 1874; Delaporte, Vie de Mahomet d’après le Coran et les historiens arabes, Paris. 1874; Iline. Kratkoé izlojenie utchenia Mukhammeda (Court exposé de la doctrine de Mahomet), dans Pravuslavny Sobesiednik, Kazan. 1876, t. n, p. 239-263; Smith, Mohammed and Mohammedism, Londres, 1876; Razoumov, Istoritcheskue znatchenie Muhamnteda (L’importance historique de Mahomet), Kazan, 1876; Weil, Histurisch-kritische Einleilung in den Koran, Leipzig. 1R44; 2 édit.. 1878; Williams. Muhammed and his teaching, dans The Nineteenth y Century, 1882, p. 60-83; Wherry, A cumprensive Commentary on the Quran with additional nutes and emendations, Londres. 1883-1886; Krehl, Bvitrage zur muhammedanischen Do imatik. Berichte de la section historico-philologique de la Société royale des sciences, Leipzig, lt85, t. xxxvn, p. 191-236; Derenbourg, La science des reli­ gions el l'islamisme, dans la Revue de l'histoire des religions, 1886, t. xiii, p. 292-333; Hirschfeld, Bi-itrage zur Erklarung dcsKorans, Leipzig, 1886; Muir, Mahum et and Islam, Londres, 1887; Snouck Hurgronje. Contributions récentes à la connais­ sance de l’islam, dans la Revue de l’histoire d· s religions, 1889, t. xx, p. 64-90; Ali Syed Ameer, The life and teaching of Mohammed, or the spirit of Islam, Londres. 1891 ; Pool, Studies in Mohammedanism historical and doctrinal, Lon­ dres 1892; Soloviev. Magomet, ego jizn i relighioznoe utchenie (Mahomet, sa vie et sa doctrine religieuse). Saint-Pétersbourg, 1896; Sell, The Faith uf Islam, Londres, 1886; Léopoldov, Opyt izlujmiia mukhammedanstva pu utcheniu khanifltov (Essai d'exposition du mahométisme d’après les doctrines des Hanéfltesh Kazan 1897; Ostr«*ournov. Araviia i Kuran, pruiskhujdenie i khuraktrr Islama (L’Arabie et le Curan : origines et caractère de l’islam), Kazan, 1899; Hirschfeld, New Researches into the Composition and exegesis o/ the Qoran, Londres, 1902; Hondas, L'islamisme, Paris, 19<4: Blom, Mohammed ug Koranmn et Biik iud i Mohamntedanism, Hamar, 1903; Schm tz du Moulin, Der Islam, Francfort. 1905; Glagolev. Koran, Bogusluvsky Viestnik, Serghiev P<»sad, février, 190«. p. 248-28·; Wollaston, Muhammad, his life und doctrines, Londres. 11N*4. Sur les reiat.ons entre le Coran et les autres religions : Mill, Oratio inaaguralis de Muhammedanismo e veterum Hebrxorum script is magna ex parte cumposito, Utrecht. 1718; While, Vergleichung der christlichen Religion mit de· mahumetanischen. Halle. 1786; Luth, Quo successu Davidicos hymnus imitatas sit Muhammed, Upsale, 1806-18117 ; Bergmann. De religione Arabum anteislomica, Strasbourg, 18; 4: Veth, Oratio de religionis isla>niticse ••jusque hi ι·ηίχ Studio a the· lugis chnstianis minime wgligendo, Amster­ dam, 1843: Krehl. Uebrr die Religion drr vurislanns· hen A abrr, l.eipzg. 186»: Voronetz, Bervonatchalno-bugoutkrovennaia isttaa edm^tra Bujia v drevnei domukhammrthmSkui relighii aravthan (La vérité de la révélation primitive cuncrrnant l'unité dr Diea dans l'ancienne religion arube jusqu'à l'epoque de M a Innuet), dans Pravuslavny Sobesiednik, 1λ73. t. il. p. 364~400, 422-494; Gastfreund. Mahommed nach Talmud und Midrasch, Berlin, 1875; Hirschfeld. .Iud»che Elrmente im Koran, 1878; Schrameier, Ueber dm FatoUsmus der vur-slamischen Araber, Bonn. 1881 ; Hirschfeld, Essai sur l'histoire des Juifs de Médine, dans la Revu·· des étudrs j ires, 1833, n. 14, p. 167-193; G< Idziher. Islamisme et parsisme, du s U Revue de l'histoire des religions, 1901, t. xi.in. p. 1-29: Ge ger, Was hat Muhammed aus dem Judenlhumaufgenummen^ 2' édit., Leipzig, 191)2; Id.. A Baddhismus hatâsa az Isila^ra (Influence du bouddhisme sur l'islam), Budapest, lau3; 4833 CORAN (SA THEOLOGIE) cf. Journal of the royal asiatic society, janvier 1904, p. 125141; The Jewish Encyclopedia, 19υι, t. vil, p. 560; Weil, Biblische Leyenden der Musulmanner, Francfort, 1845; Caussin de Perceval, Essai sur l'histoire des Arabes avant l'islamisme, etc.. 3 vol., Paris, 1848; Smith, The Bible and Islam, or the influence of ihe Old and New Testaments on the » eligion of Mohammed, Londres, 1897; Baumgarten, Mohammed mid die Lileratur der Araber, dans Sliinmen aus Maria Laach, 1894, t. xlvîii, p. 442-464; Sycz, Ursprung und Wiedergabe der biblischen Eigennamenim Koran, Francfort, 1903; Weber, Arabien vor dem Islam, Leipzig. 1904; Jaspis, Koran und Bibel : ein komparativer Versuch, Leipzig, 1905. Sur Dieu, Haller, Mochammads Lehre von Gott aus dem Kor’àn gezogen, Altenbourg, 1779; Mœhler, On the relation of Islam to the Gospel, Calcutta, 1847 ; Petch, Der Gottesbegriff in den heiduischen Religionen des Allerthums, Fribourg, 1885, p. 105-109; Himpel, Der abstrakte Einheit^begriff Gottes und der Heiligenkult im Islam, dans Theoloyische Quartalschrift, 1882, p. 86-113; Goidziher, Le monothéisme dans la vie religieuse des musulmans, dans la Revue de l'histoire des religions, 1887, t. xvi, p. 157-165; Gabrieli, Un capitolo di teodicea musulmana, ovvero gli attributi divini seconda la Uumm al baràhin di as Sumùsl, Trani, 1901. Sur le Christ dans le Coran : Warner, Compendium histo­ ricum eorum, quæ Muhammedani de Christo et præcipnis aliquot religionis christianæ capitibus tradiderunt, Leyde, 1643; Bauer, Wtw hiell Mohammed von d r christlichen Reli­ gion undihrem Stifter?Nuremberg, 1782; Basse, De Mohammede, resurrectionis Christi teste, 1804; August. Christologiæ coranicæ lineamenta, léna, 1799; Gerock, Versuch einer Durstellung der Christologie des Koran, Hambourg, 1839; Zaborovsky, Mgsli Al-Korana, zaimstvovannyia iz khristianstvu (Pensées du Coran empruntées au christianisme), Kazan, 1875: A. Decourdemanche, Les légendes évangéliques chez les musulmans, dans la Revue de l'histoire des religions, 1883, t. vu, p. 213-233; Goidziher, Influences chrétiennes dans la littérature religieuse de Cislam, dans la Revue de l’histoire des religions, 1888, t. xvm, p. 188-199; Derenbourg, Le nom de Jésus dans le Coran, dans la Revue des éludes juives, 1889, t. XVIII, p. 126-128. Sur la création : Ostrooumov. Mokhammedanskoe utchenie o dukhuvnom mirie (Im doctrine de Mahomet sur le monde des esprits), dans Pravoslavny Sobesiednik, 1872, t. il, p. 129-147, 273-295; Arkhan^helsky, Mukammedanskuia kosmogonia, Kazan, 1889; Koblov, Antropologhia Koruna v sravnenii s khrisliunskim utchenien o cheloviekie (L'anthropologie du Coran comparée avec l’enseignement chrétien sur l’homme), Kazan. 1905; Jayakar, The angelology of the Arabs, dans le Journal de la Société d'anthropologie de Bombay, 1905, n. 6, p. 304-328. Sur les prophètes : Kortholt, Disputatio theologica inau­ guratis de enthusiasmo Mohummedis, Gœttingue, 1745; Ostrooumov, Istoria proiskhojdenüa i razvitiia mukhammedanskago utcheniia o prorokakh (Histoire de l’origine et du développement de la doctrine musulmane touchant les pro­ phètes). dans Pravoslavny Sobesiednik, Kazan, 1874, t. n, p. 13-58; Bogoliépov, Vzghad na sposoby, konni, po skazaniu Mukhun medan, soobchlchalis svyche Mukhammedu otkrovenita (Aperçu sur les moyens par lequels, d'après les récits des Muhométans, la révélation fut faite à Mahomet), Kazan, 1876; Decourdemanche, La légende d’Abraham d'après les musulmans, dans la Revue de l'histoire des religions, 1890, L xxii, p. 54-76. Sur la prédestination: Krüger, Dissertatio historico critica de fato Muhammedano, Leipzig, 1759; Spiet-s, Die Piàdestinationslehre des Korân, Programm des Gymmasiums zu Weilburg, 1873; Krehl, Ueber die koranische Lehre von der Pradestination und ihr Verhaltniss zu anderen Dugmen des Islàm, dans Berichte de la Société royale saxonne des sciences (classe hist-phil.), Leipzig, 1880; Vliéger, Kitàb al Qadr. Maté, taux pour servir à l'étude de la doctrine de la prédes­ tination dans la théologie musulmane, Leyde, 1903. Sur l'eschatologie musulmane : M ukhammedanskoe utchenie o zagrobnoi jizni tchelovieka, v sviazy s utcheniem o kontchinie mira (La doctrine musulmane sur la vie future de Γ homme dans ses relations avec la doctrine touchant la fin du monde), dans Pravoslavny Sobesiednik, Kazan, 1871, t. n, p. 298-329; Wolf, M uhammedanische Eschatologie, Leipzig, 1872 ; Knabenbauer, Das Zeugniss des Mensrhengeschlechts fïir die Unstrrblichkrit der Seele, Fribourg-en-Brisgnu, 1878, p. 98106; Abritch. Le paradis de Mahomet (suivi de l'enfer), d’après ’·' Coran et le prophète, traduit de Varabe. Paris, 1892; Ruling, Lettrage zur Eschatologie des Islams, Leipzig, 1895; Malov> 1834 M ukhammedanskoe utchenie o koncinie mira (La doctrine mahométane sur la fin du monde), Kazan, 1897 ; Bevan, The beliefs of early Mohammedans respecting a future existence, dans Journal of theological Studies, t. vi, p. 20-36; Meyer, Die Hoile im Islam, Bide, 1901 ; Schmidt. Exposé de l'eschatologie musulmane d'après le Coran et la tradition, Genève, 1904. Sur la morale et l'influence exercée par l'islam au point de vue de la civilisation : Michaelis. Disputatio academica de Muhammedanismi caritate morali, Halle et Magdebourg. 1708; Dollinger, Muhammeds Religion nach Hirer inneren Enlwickelung, und ihrem Einfluss auf das Leben der Vôlker, Ratisbonne, 1838; Palgrave. Une année de voyage dans l'Arabie centrale (traduit de l’anglais), Paris, 18CG ; Ostrooumov. Zamietka o znatchrnii Mukhammedanstva V istorii khnstianstva i v istorii tchelovietchestva voobchtche(Le rôle de Mahomet dans l'histoire du christianisme, et du genre humain en général), dans Pravoslavny Sobesiednik, 1872, t. m. p. 13-39; Voronetz, Kharakter mukhammedanstva po Palgrave (Le caractère du mahométisme, d'après Palgrave), dans Pravoslavny Sobe­ siednik, 1874, t. n, p. 236-272; Hauri, Der Islam in scinem Einfluss auf das Lebm seiner Bekenner, Leyde, 1882; Berezine, I Musulmunskaia relighiia v olnochenii k obrazovannosli (La religion musulmane dans ses relations avec la civilisation). [ dans Otetch. zapiski, t. xcvm, ir section, p. 92; Decourde­ manche, La morale religieuse chez les musulmans, dans la Revue de l’histoire des religions, 1887; Le Ghatelier, L'islam au xix· siècle, P.xis, 1888; Malcolm, Islam and Civilisation, ibid., avril 1883, p. 537-539 ; Ostrooumov, Istoritrheskii otcherk vzaimnykh olnochenii mejdu khrisiianslcom i musulmanstvom (Essai historique sur les relations mutuelles entre le christianisme et le mahométisme}, dans Strannik, Saint-Pé1 tersbuurg, 1888. t. I, p. 59-76; Washburn, Christianity and I Mohammedanism, (heir points of contact and co> bast, dans Contemporary Review, novembre 1893 p. 654-669; Islam and Christianity in India, ibid., février 1888, p. 161-180. Sur les pratiques religieuses : Galland, Sammlung von den Gebràuchrn und Ceremonien der Wallfahrtnach Mecca nebst verschiedenen Schriften welche die ReLgion, die Wissenschafien und die Sitten der Tiirken betreffen, Nuremberg, 1757; Tallqwist, Muhammedilaisten rukous (Prière). Valvoia, Helsingfors, I. xxn, p. 163-181 ; Tikhov-Alexandrowski, Uboznénie musulmanskikh molitv po ulcheniu sekty khanifltskoi (Aperçu sur 1rs prières musulmanes de la secte des Hanéfites), Kazan, 1876; Ostrooumov, Mukhammedanskii Post v miesiatzie Ramazan (Le jeûne mahométan du mois de Ra­ madan). Kazan, 1877; Burton, Narrative of a Pilgrimage to Meccah and Medinah, Londres, 1879; Sabloukov, Razskazy Mokhammedan o Kybtie (Les récits des Mahometans touchant la Ka'bah), Kazan, 1889. Sur la guerre sainte : Rosenmüller, Institutiones juris Mahommedani contra eos qui ab Islamo sunt alieni, Leipzig, 1826; Haneberg, Das muslimische Kriegsrecht, Munich, 1871; Agronomov, Mukhammedanskoe utchenie o voinie s neviernymi (La théorie musulmane de la guerre sainte), Kazan, 1877; Kamal Muhammed ben Mostefa ben el khodjia, La tolé­ rance religieuse dans l’islamisme, trad, franç , Alger, 1902; Id., Arguments réfutant le fanatisme religieux dans l’islam, Alger, 1904. Sur la femme : Sokolnicki, Mahomet législateur des femmes, scs opinions sur le Christ et les chrétiens, Paris, 1846; Machanov, Mukhammedunskii Brak v sravnenii s khristianskini Brakom, v olnochenii ikh vlianiia na semeinuju i obchtchestvennuju jizn tchelovieka (Le mariage musulman comparé avec le mariage chrétien, eu égard à leur influence respective sur la vie domestique et sociale de l'humanité), Kazan, 1876; Le harem et les femmes turques, dans la Revue britannique, Bruxelles, 1876, t. vi, p. 136-134; Osman bey, Les femmes en Turquie, Paris, 1877; The real status of women in Islam, dans The Nineteenthy Century, septembre 1891, p. 387-399; Loebel, La femme turque el la vie de famille chez les Turcs, Paris, 1896; Smith. Kinship and Marriage, in early Arabia, 2r édit., Londres, 1903; Lebedev, Ixs nouveaux droits de la femme musulmane, dans les Actes du xnr Congrès in­ ternational des Orientalistes, Leyde. 1904. p. 314-319; Koblov. Polojenie jenchtchiny musulmanski (La condition de la femme musulmane), dans Terzkovno-obchcheslvennma jizn, Kazan, 1906, n. 5, p. 179-183. Sur les conditions actuelles de l’islam : Dillmann. Der Verfatl des Dlûm, Berlin, 1876; Stephens, Christianity and Islam. Bible and the Koran, New-York, 1877; Lütlke, Der Istam i seine Volker : eine rehgions-cultur-und zeitgeschiei ti ■ r Skizzp, Gutersloh, 1878; Dabry de Thiersant, Le mai:· ' · · ^ · en Chine et duns le Turkestan oriental, Pans, IbTb. P ai.- 1835 CORAN (POLÉMIQUE CIIRÉ'l 1ENNE CONTRE LE CORAN) eiera. I Musulmani : Civiltà e deeadeiua, Florence, 187": Meronsky. Mohammedanismus und Christentum im Kampfe um die Negrrl&nder Afrikas, Berlin, 1894; Malcolm. Are reforms possible under Mussulman rule, dans Contem­ porary Review, août 1881. p. 257-281; Gabrieli, L'istamismo, il cristianesimo e la clvillà, dans Studi religiosi, Florence, t. il, p. 542-552: Monte!, La propagande chrétienne et ses adversaires musulmans, Paris. 1890; Arnold, Preaching of Islam, a history of the propagation of the muslim faith, Westminster, 1896; Ostrooumov. Koran i Progress, Tachkent, 1903: Contenson, Chrétiens el musulmans, Paris, 1901. A. Palmieri. III. CORAN. POLÉMIQUE CHRÉTIENNE CONTRE LE CORAN. — L’hisloire de la polémique théologique qui a été engagée en Orient et en Occident contre le Coran, n’a pas encore été écrite. On se bornera donc ici à retracer brièvement la suite historique de ces discus­ sions, qu’on peut grouper ainsi ; I. La polémique chré­ tienne contre le Coran en Orient. II. En Occident. III. L’apologie de l’islam. I. La POLÉMIQUE CHRÉTIENNE CONTRE LE CORAN EN Orient. — Du vivant déjà de Mahomet, les chrétiens entrèrent en lice avec lui pour défendre leurs doctrines. Une allusion directe y est faite dans le Coran même : « A ceux qui disputeront avec toi à ce sujet, depuis que tu en as reçu la connaissance parfaite, réponds : Venez, appelons nos enfants et les vôtres, nos femmes et les vôtres, venons vous et nous, et puis adjurons le Sei­ gneur chacun de notre côté, et appelons sa malédiction sur les menteurs, » m, 51. Les chrétiens du Nagrân, pays d’Arabie, sous la conduite de leur évéque Abûrijàrith, disputèrent avec Mahomet sur la passion du Christ. Sprenger, t. in, p. 488-502. Mais le prophète s’aperçut bientôt qu’il n’était pas à même de tenir tète aux théologiens du christianisme, ni de les gagner à sa secte; aussi roinpit-il toute relation avec eux, et engagea-t-il ses partisans à suivre son exemple. Le Coran à plusieurs reprises tâche d’élever un mur de séparation entre musulmans et chrétiens, et il défend aux pre­ miers les disputes religieuses avec les inlideles, tv, '143; v, 56; ijf, 29; lx, 13. Les chrétiens attaquèrent le Coran d’abord dans les pays nouvellement conquis par les Arabes après la mort du prophète, la Palestine, la Syrie et la Mésopo­ tamie. Mais, à quelques exceptions prés, ils ne produi­ sirent aucune œuvre importante,aucune réfutation scientilique du Coran. Selon la remarque de Krumbacher. la langue, la culture, la nationalité, le mépris pour le monde musulman ne permirent pas aux théologiens de Byzance de faire une élude approfondie de la théologie coranique. Geschichte der byzantinischen Litteratur, p. 50; Sheeld, Islam and oriental Churches : their historical relation, Philadelphie, 1904. Ils crurent inu­ tile de la prendre au sérieux, et s’en tinrent, pour la combattre, à des lieux communs. A l’époque où les croyants se mirent à répandre les doctrines de l’islam par l’épée plus que par la persuasion, la théologie chré­ tienne formait déjà un système complet de vérités logi­ quement enchaînées et étayées sur des preuves scrip­ turaires et rationnelles. C’est pourquoi les théologiens byzantins estimèrent que cet édifice solidement établi résisterait aux assauts des musulmans. Ils s’attaquèrent donc plutôt à la personne du fondateur de l’islam, à sa morale qu’à son enseignement dogmatique. Mahomet lui-même avait admis la révélation, les Livres saints, la possibilité du miracle, la mission divine des pro­ phètes, et en particulier celle de Jésus. Il s’ensuivait, au jugement des polémistes byzantins, que, pour dé­ crier le Coran, il suffisait de lui opposer les textes de l’Écriture sainte, qui prouvent clairement le mystère de la Trinité et le dogme de la divinité du Christ. D’autre part, la vie de Mahomet permettait â elle seule de l’identifier avec le diable : le tableau luxurieux de son paradis servait aisément â montrer que le pro­ 183G phète était un suppôt de Satan. Aussi les travaux des polémistes byzantins contre le Coran ne sont guère réputés aux yeux des arabisants. Reland se moque du zèle faux et loquace des græculi qui, bien que vivant au milieu des mahométans, négligeaient d’étudier leurs doctrines, d’apprendre leur langue, de connaître leurs traditions, et recherchaient toute sorte d’absurdités et d’inepties pour diffamer leurs adversaires. L’ignorance de la langue arabe, chez les théologiens de Byzance, était telle qu’ils traduisaient les mots Allahou as$aniadou de la sourate cxu, 2, par Θεό; σφυρόπηκτος, σφυρήλατος, όλόδολος, όλόσφυρος. On leur faisait accroire que Mahomet avait rétabli le culte de Vénus. Kourganov, A propos de la littérature byzantine contre l’islam (en russe), p. 108. Ces reproches, fondés pour quelquesuns, ne sont pas mérités pour tous. Théodore Ahoukara, Barthélemy d’Edesse, Samonas de Gaza étaient très versés dans la littérature arabe. D’autres connaissaient les traditions de leurs adversaires et s’ils n’ont pas pro­ duit des œuvres de grande valeur, cela tient au peu d’estime qu’ils avaient de la théologie musulmane, à leur aversion pour les barbares, et peut-être aussi à la conviction qu’ils avaient de l’inutilité de leur travail. Il est certain, en effet, que la controverse religieuse n’a jamais été un moyen efficace de conversion pour les musulmans. Tchérévansky, Mir islania i ego probujdenie (Le monde de l'islam et son reveil), Saint-Péters­ bourg, 1901, t. n, p. 231-232. Le premier polémiste byzantin contre le Coran est saint Jean Damascene. Dans l’hérésie des Ismaélites, il découvre les signes précurseurs de l’Antéchrist : πρό­ δρομος ουσα τού ’Αντίχριστου. P. G., t. xciv, col. 764. 11 la réfute dans son traité De hæresibus, P. G., loc. cil., col. 764-774. II a composé aussi deux dialogues entre un chrétien et un sarrazin, Διάλεξις Σαρρκίκνου καί Χριστιανού. Ibid., col. 1335-1318. Cf. Langen, Johannes ion Damascus, Gotha, 1879, p. 59-60, 158-160; Lupton, St. John of Damascus, Londres, 1882, p. 90-101. Théodore Abucara a consacré un dialogue à démon­ trer que Mahomet n’est pas l’envoyé de Dieu, et que ses disciples sont des brutes: βοσκηματόδη έθνη. P. G., t. xcvn, col. 1162-1602. Cf. dom Ceillier, Histoire gé­ nérale des auteurs ecclésiastiques, Paris, 1862, t. xit, p. 627. Voir t. i, col. 287. Le moine d’Edesse, Barthé­ lemy, contemporain de Photius, est l’auteur d’un tra­ vail où il réfute les musulmans avec une mordante ironie, et une connaissance approfondie de leurs doc­ trines, "Ελεγχος Αγαρηνού, P. G., t. civ, col. 1383-1448. Voir t. il, col. 435, et Krumbacher, p. 78. Un écrit anonyme Κατά Μωάμεθ, se lit P. G., t. civ, col. 14481457. Un chapitre de la Χρονογραφία de Théophane est consacré à l’œuvre de Mahomet. P. G., t. cvm, col. 684-688. Une lettre de Léon le Sage au calife Omar (dont l’authenticité est douteuse) a pour but d’expliquer aux musulmans les vérités du christianisme. P. G., t. evil, col. 315-324. Quelques écrivains l'attribuent à Léon l'Isaurien. Popov, Imperator Leo VI Mudryi i ego tzarstvovanie, Moscou, 1892, p. 201. Samonas, évêque de Gaza (xr siècle), dans un dialogue, expose à un musulman le mystère de la transsubstantiation, Διάλεξις προς Άχμέδ τον Σαρακηνόν, P. G., t. CXX, col. 821-833. Cf. Steitz, Jahrbüc.her für deulsche 7 heologie, 1868. p. 17-23. Le I. XX du Θησαυρός de Nicétas Akoiuinalos traite de la religion des Agarènes : περί τής βρησζ.έ.ας τών ’Αγαρηνών, P. G., I. CXL, col. 165-137. Le même sujet est très développé par Euthymius Zigabénos. Panoplia dogmatica, P. G., t. exxx, col. 1331-1359. Le Coran est d'après lui un recueil de 113 labiés absurdes, μυβάρια, le produit de l’ignorance et de la démence de Mahomet. Ibid., col. 1331. Nicétas de Bvzance nous a laissé un des meilleurs spécimens de la polémique byzantine contre le Coran, qu’il réfute 1837 CORAN (POLÉMIQUE CHRÉTIENNE CONTRE LE CORAN) έκ φυσικών λογισμών, P. G., t. CV, col. 6.3, sans né­ gliger toutefois les arguments puisés dans l'Écrilure· ’Ανατροπή τής παρά τού ’Άραβος Μωάμετ πλαστο-ραφηΟείσης βίβλου, P. G.,l. CV, col. 669-842. Cf. Pelrovsky, Nicetas de Byzance, considéré comme apologiste du christianisme contre les mahomélans (en russe), Saint-P l< r-bourg, 1882. Il ne trouve pas d'expression assez forte pouranathématiser le Coran, τήν μυσαρωτάτην καί ψευβςγόρον βίβλον, col. 704. Après lui, les meil­ leurs polémistes contre le Coran sont les empereurs .lean Cantacnzi ne et Manuel Paléologue II. Le premier appelle le Coran une collection de toutes les hérésies : συναγα-ών γάρ σχεδόν πάσαν αίρεσιν, P. G., t. CLIV, col. 5S9, voir t. Il, col. 1674; et le second, dans ses dia­ logues, nous a donné, dit Krumbacher, p. Ill, le plus grand ouvrage de polémique byzantine contre le Coran. G., t. CLiv, col. 371-692; t. ci.vm, col. 125-174. Gennados Scholarios est le dernier des polémistes byzantins contre le Coran. Son traité Περί τής ορθής και αληθούς πίστεως τών χριστιανών, dont l’authenticité n’est pas à l’abri du doute, Zinkeisen, Geschichte des osmanischen Reiches, t. n, p. 10, expose d’une manière simple et avec beaucoup de clarté les points du chris­ tianisme, qui sont rejetés par les musulmans. P. G., t. ct.x, col. 333-352. Cf. Lebedev, Istoriia greko-vostotchnoi tzerkri pod vlasliu Turok, Serghievo, 1893, I. i, p. 209-210. Après la chute de Constantinople, les Grecs ne s’occu­ pèrent presque plus de polémique musulmane. On ne cite qu’un court exposé de la foi des sarrasins, par Pachomios Roussanos, au xvi· siècle, Salhas, Νεοελληνική φιλολογία, p. 151 ; la version en grec vulgaire par Mélétios Syrigas (·[· 1664) de l’ouvrage de Jean Cantacuzène Sathas, p. 260; un ouvrage insignifiant de Cyrille Luca­ ris, Pichler, Geschichte des Protestanlismus in der orientaliseh en Kirche, Munich, 1862, p. 130; une dis­ pute de Panaghioles Nikousios (f 1673), publiée par Stamaliades, Βιογραφίαι τών έ/.λήνων μεγάλων διερμηνέων τού οθωμανικού κράτους, Athènes, 1865, ρ. 35-42; un écrit d’Anastasios Gordios (j- 1717), mentionné par Sathas, p. 438. Le Coran a été aussi réfuté par plusieurs écrivains syriaques, arméniens el arabes. Cf. Duval, La littéra­ ture syriaque, Paris, 1899, p. 378; Assérnani, Biblio­ thecae aposlolieæ vaticanæ codices manuscripts, Rome, 1756-17.59. t. il, in; Graf, bie ehristliih-arabische Lilteralur bis . zur frânkisehen Zeit, 1905. Kourganov, Zumietka k voprosu o vizanliiskoi protivomuSulmauskui litterarucie (Remarques au sujet de la littérature byzantine contre les musulmans), dans Prav. Subesiednik, Kazan, 1878. t. Ill, p. 97-121, 149-189; Sabluukov, Zumietka k voprosu o vnunliiskoi protiuo- musulnumskoi litleraturie, ibid., p. 3n3-327 ; Palmieri, Die Polemik des Islam, Salzbourg, 1902, p. 15-35. II. La polémique chrétienne contre le Coran en Occioent. — Les théologiens de l’Occident traitèrent le Coran et son auteur avec plus de sans-gêne encore que les théologiens de Byzance; iis donnèrent libre cours à leur imagination pour accabler la religion du pro­ phète d’injures les plus grossières, pour attirer sur lui la risée et la haine du monde chrétien. Les croisades tirent connaître en Occident l’œuvre de Mahomet, mais elle y arrivait déhgurée par l’ignorance, la mauvaise foi, le fanatisme religieux et les racontars fantastiques des croi-és. On se plut à considérer Mahomet comme un apostat du christianisme, que l’ambition déçue avait poussé aux forfaits les plus horribles,à la guerre la plus acharnée contre l’Église. Le Trésor de Brunetlo Latini répandait l’erreur que Mahomet était un cardinal nommé Pélagius, que la soif des honneurs et des richesses avait emmené en Orient. D’Ancona, La ■ggeuda di Maomelli o Occidente, dans Giornale 1838 storico della lelleratura ilaliana, 1889, t. xnt, p. 2. Mahomet étaitconsidéré comme un semeur de schismes et d’hérésies; on l’appelait la trompette du diable, /istula diaboli, chef des brigands, ibid., p. 36, un faux dieu, à qui I on offrait des sacrilices humains. Renan, Études d’histoire religieuse, p. 223. Il était à la lois un sorcier, un infâme débauché, un voleur de chameaux, un cardinal qui, n’ayant pas réussi à enlever la liare, s’était vengé de ses collègues, en déchaînant la tempête de l'islam. Sa biographie devint ainsi un répertoire de tous les crimes imaginables. Ibid., p. 224. Ludolphvon Ludheini débutait en ces termes au sujet de Mahomet: Anno Domini DCXX, diabolus, permittente Deo, hœresim seminarii machumelisiarum. Archives de 1’Orient latin, I. ii, p. 371. Dans le Coran, désigné sous le nom d'.4 Iterianus, Mahomet autorisait les pires dérèglements, ubi suis sequacibus totius turpidinis per quod magis traherentur, frœna remisit. Historiens des croisades, t. tv, p. 138. Les polémistes chrétiens du xn» siècle font générale­ ment bon accueil aux contes les plus étranges et les plus invraisemblables que les croisés colportaient d'Orient. L’abbé Guibert de Sainte-Marie de Nogent (-J-1124)avoue qu’il s’en tient pour la vie de Mahomet à des ouï-dire. P. L., t. clvi, col. 689. Le prophète est mort en état d'ivresse dévoré par les porcs : porcus ipse porcis devorandus exponitur. Gesta Dei per Francos, P. L., I. ci.vi, coi. 689-694. Ilildebert de Tours se livre à tous les écarts de l’imagination dans son récit de la vie de Mahomet, et dans l’exposé de ses doctrines. P. L., t. ci.xxt, col. 1345-1366. Pierre le Vénérable, qui eut le premier l’idée de faire traduire en latin le Coran, appelle le système religieux du prophète /æx universarum hæresum, omnium diabolicarum secta­ rum. La fausseté du Coran est démontrée par le carac­ tère moral de Mahomet, le grand imposteur. P. L., t.CLXXxix, col. 661-720. Alain de Lille, Contra hærelicos, se fait l'écho des légendes les plus absurdes sur le compte du prophète. P. L., t. ccx, col. 421-443. Le Coran, selon Alphonse Vivaldo, est un livre qui ne doit pas être lu, mais qui, au contraire, doit être bafoué, méprisé et jeté dans les flammes partout où on le trou­ vera; comme c’est une production tout à fait bestiale, elle ne mérite pas d’etre conservée dans la mémoire des hommes. De Castries, L’islam, impressions et éludes, Paris, 1897, p. 25; Scholl, L’islam el son fondateur, Neuchâtel, 1874, p. v-vni. Les franciscains et les dominicains eurent le mérite de connaître le Coran d une manière plus exacte. Ar­ chives de l'Urient latin, t. u, p. 259. Ils n’ont pas toutefois fait preuve d'impartialité dans leur polémique : Mahomet est toujours pour eux le prophète des ténèbres, scelerosus, lubricus, blasphemus contra beam el sacram Scripturam, bestia, mendacissimiis, unus de maxiriiis imitatoribus diaboli, famosus Anlichrisli precursor. Ibid., p. 268, 275, 278. 280. Ces épithètes et d’autres plus grossières encore sont semées à pleines mains dans les écrits des polémistes chrétiens de l’Occident jusqu’à la lin du xvn· siecle. Mais les fran­ ciscains et les dominicains puisaient des renseigne­ ments aux sources arabes, el inauguraient l’apologie scientifique du christianisme contre les mu-ulmans. Les plus illustres sont Raymond Lulle el Ricold de Montecroix. Le premier, dirigé par l'idée de convertir les musulmans à la foi chrétienne, se livra avec ardeur a l’étude de l'arabe, et dans son Ars major ou general;s il expose les arguments les plus aptes à combattre les doctrines du Coran. Zwemer, Haymond Lull, the fini missionary to Moslems, Londres, 1903. Le second (f 1320) a composé une Confutatio Ahorani, qu traduite en grec par Déinélrius Cydonius, et : r Rôhricht apprécie beaucoup pour la richesse d* son contenu théologique et la connaissance approiuuu.e uu 1839 CORAN (POLÉMIQUE CHRÉTIENNE CONTRE LE CORAN) 1810 Coran et de ses commentateurs. Archives de l'Orient I sunt confutationes multorum et quidem probatissi­ morum aulhorum, arabunt, græcorum et latinorum, latin, t. il, p. 263. Au xv« siècle la polémique contre le Coran a été una cum doctissimi viri Philippi Melanchtonis præcultivée avec succès. On peut citer le cardinal Nicolas monitione, Bâle, 1543. La seconde partie du recueil, de Cuse (Ί 1464), Cribratio Alcorani, publiée par qui porte un titre distinct, est consacrée à la polémique: Confutationes legis mahumeticæ, quam vocant Alco­ Bibliander, Bâle, 1543; Denys le Chartreux (j- 1471), ranum, singulari industria ac pietate a doctissimis Contra perfidiam Mahometi, Cologne, 1533, trad, atque optimis viris, partim latine, partim græce, ad tllemande, Strasbourg, 1540; Alphonse Spina, O. M. impiæ seclæ illius errorumque eius impugnationem (-f· 1491), Fi rlalitium fidei, Lyon. 1525; .lean Andréas, mahomélan converti, dont l'ouvrage en espagnol, publié et noslræ fidei christianæ confirmationem olim scriptæElle contient plusieurs traités contre le Coran, la Cri­ en 1573, eut plusieurs éditions et versions en italien, bralio Alcorani de Nicolas de Cuse, la Confutatio allemand, français, et latin, Hurter, t. tv, col. 849; legis Mahometans: de Ricold de Monlecroix avec la le cardinal Jean de Turrecremata, O. P. (f 1468), Tractatus contra principales errores perfidi ilahome- traduction grecque de Démétrius Cydonius, etc. Nous mentionnons encore spécialement Jean Callenberg tis, Paris, s. d.; Rome, 1C06. Hurler, t. iv, col. 731. (1694-1760), le fondateur de l'Institutum judaicum de Au XVIe siècle, nous citerons Louis Vives (f 1540), Halle, qui eut une typographie orientale, d’où sortirent espagnol. De veritate fidei christianæ contra ilahomedanos, Bâle, 1543, et le chanoine Jean Albrecht plusieurs ouvrages concernant le Coran. Fabricius a dressé la liste de théologiens protestants, Grotius, Re­ Widmansteller (j· 1557). Hurler, t. iv, col. 1299. sold, Zacharias G rapo. Esberg, Werenfels, Schwartz, Le xvti' siècle a produit les meilleurs apologistes du christianisme contre l’islam. Citons le carme Thomas Schroder, Haller, Hasse, Clodius, etc., qui réfutèrent de Jésus (-[- 1627), De procuranda salute omnium gen­ la théologie coranique. tium, schismaticorum, hærelicorum, Judænrum, Sa­ De nos jours, le Coran est surtout étudié au point de vue littéraire, juridique, philologique, historique, ou racenorum, cæterorumque infidelium libri XII, encore sous le rapport de l’inlluence qu’il a exercée Anvers, 1613; Bonaventure Malvasia, Ο. M., Dilucidatio speculi verum monstrantis, in quo Hamel sive sur la civilisation et le progrès de l’humanité. On ne pense plus â combattre l’islam sur le terrain dogma­ Ahmed F. Zin in fide Christiana instruitur, Rome, 1628; Philippe Guadagnoli, Apologia pro Christiana tique, et on s’attache de préférence à montrer que ses religione, adversus objectiones Achmed F. Zin Ala- doctrines religieuses et sociales ont contribué en grande partie à la décadence des races Islamites. bedini Asafensis Persie, Rome, 1631; Michel Nau, S. J., Ecclesiæ romance Græcæ vera effigies et con­ H y a toutefois un pays où les études polémiques sensus, et religio Christiana vont i a Alcoranum ex touchant le Coran ont été reprises avec succès. C’est Alcorano defensa el probata, Paris, 1680; trad, franç., la Russie. On évalue à 17 millions le nombre des mu­ sulmans qui l’habitent, et qui ont leurs centres prin­ 1684, Hurler, t. Il, col. 423; Ludovic Marracci, de la cipaux sur les bords du Volga. L’éparchie de Kazan Congrégation de la Mère de'Dieu (j- 1700), dont les Prodromi ad refutationem Alcorani et la Refutatio est peuplée par un million environ de Tatars musul­ Alcorani peuvent, à juste titre, être tenus comme mans, qui dans ces derniers temps ont réussi, par l’œuvre principale de la polémique chrétienne occiden­ leur activité, â ramener à l’islam plusieurs milliers de tale contre le Coran. Les volumes de Marracci sont un leurs coreligionnaires, que les Russes avaient con­ trésor de renseignements sur la théologie coranique; vertis au christianisme par la violence ou par l’appât ils contiennent sans doute des inexactitudes, l’érudition de privilèges civils et de dons pécuniaires. Les Tatars y est toullue et fatigante, certains arguments peuvent musulmans possèdent un grand nombre d’écoles, et paraître naïfs; mais leur valeur apologétique reste in­ leurs mollah savent tenir tête aux prêtres orthodoxes discutable. Hurter, t. n, col. 388; Turpin, Histoire de chargés de leur prêcher la foi chrétienne. Cf. Tzerkovl’Alcoran, Londres, 1775, t. I, p. xxi. nyia Viedomosli, 1906, n. 25, p. 1985-1987; Revue du Après Marracci, la polémique contre le Coran cesse. monde musulman, Paris, 1906, t. I, p. 125-129. Pour D’abord, sen ouvrage avait en quelque sorte épuisé le mieux préparer ses missionnaires à la lutte avec l’islam, sujet; ensuite les missionnaires latins avaient perdu (’Académie ecclésiastique orthodoxe de Kazan ouvrait tout espoir de gagner les Turcs au christianisme par en 1845 une chaire d’arabe et de tatar, et en 1854 un les discussions théologiques. Celles-ci n’étaient certes cours libre d·· polémique musulmane. Pravosl. bog. pas dépourvues de mérite littéraire, pour ceux qui s’y entziklopediia, Saint-Pétersbourg, 1906, I. vu, p. 669. livraient; mais elles ne présentaient aucune utilité Au mois de mars 1872, l’archiprétre E.-A. Malov, pro­ pratique. L’islam reculait devant le christianisme, sans fesseur à la même Académie, proposait la fondation se laisser entamer par ses idées et son inlluence. d’un recueil spécial de travaux, ayant pour but l’étude Les protestants n’ont pas non plus négligé la polé­ polémique du Coran dans ses relations avec la théologie mique avec les musulmans, ne fùl-ce que pour répondre chrétienne. Son idée fut agréée par le saint-synode, aux attaques des théologiens catholiques qui leur re­ qui en 1K76 assigna à cette œuvre une subvention de prochaient des accointances doctrinales avec eux. K«r- 2000 roubles. La première livraison de ce recueil anti­ racci les appelait genuini Mahomelanorum filii ac dis­ musulman (Protivomusulmansky sbumik) parut en cipuli. Prodromus, t. n. p. 70. Cf. Reland, De religione 1873; elle contient des Notices sur la section des mis­ mohammedica, p. 22-23. L’ouvrage le plus important sions adjointe à TA cadémie ecclésiastique de Kazan, des théologiens protestants contre le Coran est celui par Malov; un travail de E. Vinogradov sur la M thode de Théodore Bibliander (j- 1564), le successeur de de polémique à suivre contre les Tatars musulmans, Zwingle dans la chaire de théologie de Zurich : Machu- et l’étude de B. S. Pétrov sur les Causes de l’attache­ melis saracenorum principis ejusque successorum ment fanatique des Tatars musulmans à leur religion. vilæ ac doctrina ipseque Alcoran, quo velut authen­ Jusqu’à la lin de 1907, le Prolivomusulmansky Sbomik tico legum divinarum codice Agareni et Turcte compte 23 volumes. Signalons parmi les travaux les aliique Christo adversantes populi reguntur, quæ plus importants contenus dans ce précieux recueil, ante anno cccc rir mullis nominibus, divique Ber­ ceux de Leopoldov, sur les Croyances religieuses des nardi testimonio clarissimus, D. Petrus abbas CluHanéphiles, 1873, 1897; d’I ine et Philimonov, Les niacensis per viros eruditos, ad fidei christianæ ac preuves de l’inlr'grilé des livres de l'Ancien et du sanctæ matris Ecclesiæ propugnationem ex arabica Nouveau Testament contre les musulmans, 1874; de lingua in latinant transferri curavit : his adjunclæ l’archiprétre Ostrooumov, Examen critique de la 1841 CORAN (POLÉMIQUE CHRÉTIENNE CONTRE LE CORAN) doctrine de Mahomet sur les prophètes, 1874; de Koudiéevsky, Les idées et l’esprit du Coran, 1875; de Zaborovsky el Fortounatov sur Les emprunts faits par le Coran au christianisme, 1875; de Sviétlakov, Histoire du judaïsme en Arabie et son influence sur le Coran, 1875; Raëv, La vérité de l’orthodoxie el la fausseté du mahométanisme, 1875; Machanov, Le mariage musulman comparé avec le mariage chré­ tien, 1876; £ssai sur la vie religieuse des Arabes à l’époque de Mahomet-, 1885; Razoumov, L’importance historique de Mahomet, 1876; Bogoliépov, Les moyens dont Dieu se servit pour révéler le Coran à Mahomet, 1876; Tikhov-Alexandrovsky, Analyse des prières mu­ sulmanes, 1877; Agronomov, Les théories des musul­ mans sur la guerre sainte, 1877; Miropiev, La signi­ fication politique et religieuse du pèlerinage de La Mecque, 1877 ; Bobylev, Le patriarche Joseph d'après la Bible et le Coran, 1882; Sabloukov, Les récits des mahomélans sur la Ka'bah, 1889; Smirnov, Le lien entre la prétendue révélation de Mahomet el les cir­ constances politiques de sa vie, 1893; Mikhailov, Les récits du Coran concernant les personnages el les événements du Nouveau Testament, 1894; Jouzé·, Les moutazilites et leur dogmatique, 1899; Koblov, L’an­ thropologie du Coran comparée avec la doctrine du christianisme sur l'homme, 1905. Tous ces travaux sont rédigés sur les sources arabes, et quelques-uns témoignent d’une étude approfondie des commentateurs musulmans du Coran et de la littérature islamique. A ce réveil d’études coraniques a contribué le Pravoslavny Sobésiednik, organe de l'Académie ecclésias­ tique de Kazan, fondé en 1855. On y trouve un grand nombre de travaux concernant la théologie du Coran et ses rapports avec le christianisme. La commission, chargée de la publication du Protivom. Sbornik, a édité en même temps la Version du Coran par Sabloukov, Kazan, 1878; les Notices sur le Coran, Kazan, 1884, et la Doctrine des musulmans sur les noms de Dieu, Kazan, 1873; du même auteur, la Cos­ mogonie du Koran, Kazan, 1884; l’ouvrage d’Ostroournov sur Le jeûne du Ramadan, Kazan, 1875; La loi de Moïse selon la Bible et le Coran, Kazan, 1889, par Malov. A Tachkent, M. Smirnov a publié une série de volumes sous le titre général de : Matériaux pour l’étude du mahométanisme. On y trouve des mono­ graphies concernant L’état actuel duclergé musulman, Tachkent, 1898; La guerre sainte, ibid., 1899; Le pè­ lerinage de La Mecque, ibid., 1899. Le docens de l'Aca­ démie de Kazan, P. K. .louzé, a présenté aussi au synode de Saint-Pétersbourg le plan d'une revue men­ suelle Le monde de l’islam (Mit· Jslama), dont le but serait l’étude dogmatique et philologique du Coran, l'histoire du mahométisme et la controverse religieuse avec les musulmans. Tzerkovnyia Viedomosli, 1907, n. 4, p.48. Ces travaux font assurément honneur aux spécia­ listes de l'Académie de Kazan, et méritent d’être connus en Occident des orientalistes et des apologistes du chris­ tianisme; mais ils n’atteignent pas leur but, et l’islam gagne toujours du terrain en Russie; en dépit de tous les efforts, il s’y développe et s’y organise dans un esprit d'hostilité fanatique envers l’Église orthodoxe russe. Krasnoseltzev, Zapadnyia Missii protif totar ïazytchnikrvi osobeono totar mukhammedan (Les missions de l’Occident contre les Tutors païens et en particulier contre les Tatars musulmans), Kazan, 1872, p. 163-242 : histoire des missions catholiques et protestantes pour la conversion des musulmans; Hauri, Der Islam, etc., p. 320-322; Arnold, Der Islam, etc., p. 271 sq. ; Istoriceskoe i suvremennoe znacenie khristianskago missionerstva sredi musulman, Kazan, 1894, p. 91-94; Fabricius, Bibliotheca græca, édit. Harles, t. vin, p. 136-138; Schnurrer, Bibliotheca arabica, p. 231-335; Bourgade, La clef du Coran, Paris, 1852; Amirchanjanz, Der Koran, eine Apo­ logie des Evangeliums, Gütersloh, 1905: Geschichte dues Muhammedaners der Christ wurde, Berlin, 1965. 1842 III. L’apologie du Coran. — Marracci se plaignait du petit nombre de théologiens qui en Occident s'étaient adonnés â l’étude du Coran pour le réfuter. Les Arabes pourraient adresser le même reproche à leurs coreli­ gionnaires. Ils ont négligé de défendre leurs croyances contre les attaques des chrétiens. Renaudot en attri­ buait la cause à la défense faite par Mahomet de dispu­ ter avec les chrétiens. Historia patriarcharum Alexan­ drinorum, Paris, 1713, p, 159. Cependant il ne manque pas de circonstances, et Renaudot lui-même l'avoue, p. 377, où les musulmans ont argumenté sur des sujets religieux avec les chrétiens, Marracci, Prodromus, 1.1, p. 3, et ils nous ont laissé quelques écrits de polémi­ que, dirigés contre les dogmes fondamentaux du chris­ tianisme. Ces écrits sont presque tous inédits. Dans la Geschichte der arabischen Litteralur, Weimar, 1898, 1902, Brockelmann en mentionne plusieurs. Un pré­ cieux catalogue des manuscrits qui contiennent cette littérature polémique a été dressé par Steinschneider, Polemische und apologetische Litteralur, in arabischer Sprache zwischen Muslimen, Christen und Juden, Leipzig, 1877, Abhandlungen de la Deutsche Morgenlündische Gesellschaft, t. vi. M. F. .1. de Ham a publié le texte arabe d’un de ces documents des luttes théolo­ giques entre chrétiens et musulmans : Disputatio pro religione Mohammedanorum adversus chrisliauos, Leyde, 1877-1890. Il n'y a pas d’exagération à affirmer que cette littérature a été jusqu’ici ignorée de l'Occident. La difliculté de l’étude de l’arabe la rendait inac­ cessible. D’ailleurs, plusieurs siècles durant, on s’était habitué à considérer le mahométisme comme la quin­ tessence de toutes les hérésies, omnium el præcedentium et subsequenlium htereseon congeries et sentina (Marracci), qu'il était inutile de réfuter. Le premier qui essaya de présenter le Coran sous un jour favorable, et de dissiper les préjugés qui couraient sur son compte, fut l'orientaliste hollandais, Adrien Reland (1676-1718). En 1717, il publiait â Utrecht son ouvrage De religione Mohammedica libri duo, que David Durand traduisait aussitôt en français : La reliligion des mahomélans exposée par leurs propres docteurs, avec des éclaircissements sur les opinions qu’on leur a faussement attribuées, La Haye, 1721. Le but de l’auteur était d'exposer avec impartialité la doc­ trine du Coran contre ceux qui, « pour imprimer une note d'infamie à quelque dogme, bon ou mauvais, re­ courent aussitôt â l’épithète ordinaire : c’est un dogme mahométaii. » Mais avant de justifier le Coran, il fallait embellir la physionomie morale de Mahomet, le réhabiliter luiinéme devant l'histoire, tourner en ridicule les auteurs chrétiens qui avaient défiguré ses traits et discréditer leurs écrits. Aussi l'apologie du Coran, inaugurée par Reland, fut suivie à bref délai de l’apologie du pro­ phète. Le premier, qui entreprit cette tâche difficile, est l’ex-chanoine Gagnier, devenu après son apostasie pro­ fesseur de langues orientales à l'université d'Oxford, La vie de Mahomet traduite et compilée de l’Aleoran, des traditions authentiques de la Souna, el des meil­ leurs auteurs arabes, Amsterdam, 1732. Toutefois la tentative n’eut pas de succès, et les écrivains posté­ rieurs ne renoncèrent pas à appeler Mahomet le grand Imposteur. Voltaire prit aussi la défense du prophète, sans réussir davantage â le réhabiliter. « Il était ré­ servé à notre siècle, dit Scholl, de retrouver la véri­ table figure du fondateur de l’islam, figure toute hu­ maine, où les côtés sombres ne manquent pas, mais figure intéressante toujours et parfois sympathique. L'islam. et son prédicateur, p. vni. Gibbon. Caussin de Perceval, Dozy, Sprenger. les trois derniers surtout. · qui on ne peut dénier la connaissance approfondie c· l'islam, eurent une part notable dans ce réveil de symnathies pour Mahomet et son œuvre. Des êcriiams 1843 CORAN (POLÉMIQUE CHRÉTIENNE CONTRE LE CORAN) — CORAS glais et français lui ont dédié de véritables panégyri­ ques. Caryle le proclamait un demi dieu, un de ces hommes providentiels qui ont légitimement enchaîné ou fasciné· une partie de l’espèce humaine. Imberdis exalte le Coran, livre majestueux qui à côté du monde idéal fait une large part aux passions de la terre, Mahomet et l'islam, élude historique, Paris, 1876, p. 126, et invite les musulmans et les chrétiens à se mettre d’ac­ cord, â se traiter en frères pour le fond et pour la forme, p. 173. Renan affirmait n’êire jamais enlré dans une mosquée sans une vive émotion, sans un cer­ tain regret de u'étre pas musulman. Monlet, La propa­ gande chrétienne et ses adversaires musulmans, Paris, I860, p. 17-18. Barthélemy Saint-Hilaire se montra plein d’admiration pour la doctrine religieuse et morale du Coran. D'après Meynier, Mahomet est sans conlredit la plus étonnante personnalité de son époque, une des plus grandes ligures de l'histoire, et la morale du Coran ne laisse pas d'etre quelquefois sublime. Elude sur l'islamisme et le mariage des Arabes en Algérie, Paris, 1868, p. v, 27. Lake a mime comparé Mahomet à Jeanne d’Arc et a trouvé que leurs visions offrent une ressemblance frappante. Islam, ils origin, genius and mission, Lund es, 1878, p. 39. Boswort Smith a com­ paré le Coran au christianisme dans leurs doctrines et dans leur développement hislori |ue, et a prétendu que les reproches adressés aux musulmans en raison de leurs croyances religieuses peuvent aussi être faits aux chrétiens. Mohammed and Mohammedanism, Londres, 1876, p. 235, 356-337. Vambéry s’est plu à abaisser le christianisme devant le Coran. Der Islam im neunzehnlen .tatirhundert, Leipzig, 1875, p. 238-264. Le Dr Hans Batch, Tûrke, wehre dich, Leipzig, 1898, dans sa d fense de la religion coranique, en est arrivé jusqu'à la haine du christianisme. Le comte Henry de Castries, dans ses Impressions et études sur l'islam, Paris, 1899, s’est appliqué à montrer que les reproches des polémistes chrétiens contre la polygamie, l’intolé­ rance et le fatalisme prêches par le Coran, sont dénués de fondement. Et à côté de ces écrivains de l’Occident, qui se flattent d’avoir rétabli la vérité historique sur l’œuvre de Mahomet, des musulmans commencent à faire l’apo­ logie du Coran. A Constantinople, un rédacteur du Maalumal, Zéki bey, a écrit un Essai sur la culture islamique, traduit en français, ou il lâche de démontrer que le Coran n’a jamais été un obstacle â la civilisa­ tion et au progrès. En Russie, le représentant le plus autorisé de la défense de l’islam est l'imam Baïazitov, qui en 1887 publiait en russe la première apologie scienlilique de l’islam, Olnocheniia islama knaukie ik inovierlzam (Les relations de l'islam avec la science et les hétérodoxes), Saint-Pétersbourg, 1887; La ré­ ponse au discours de Renan sur l'islam et la science, Saint-Pétersbourg, 1883, et Islam i progress, SaintPétersbourg, 1898, tendant â présenter le Coran comme un code religieux qui, au point de vue de la morale et de l’inlluenee civilisatrice, n’a rien à envier à l’Evan­ gile. Les musulmans des Indes anglaises ont trouvé leur meilleur apologiste de l’islam dans Syed Ameer Aly, pour qui la religion de Mahomet est la religion idéale, t he life and teachings of Mohammed, or the spirit of islam, Londres, 1891, p. 281. Tous ces elforls pour la r habilitation du Coran n’ont pas été inutiles. On a éloigné de la vie de Mahomet ce qu’il y avait de légendaire, voire même les apprécia­ tions injustes que l'on rencontre si fréquemment dans les écrits de polémistes chrétiens. Le Coran est apparu sous un jour plus favorable, et l'on s'est aperçu sans peine que. comine code religieux, il n'est pas un amas de niaiseries ou de doctrines infâmes et impies. Il n'y a aucun danger â le reconnaître, en particulier si l'on reüéchitquelelégislateurduCoraua puise dans l'Aucien 1844 et le Nouveau Testament. Les apologistes même les plus fougueux du christianisme contre l'islam ont rendu parfois justice au Coran, et ont reconnu les bons côtés de son influence morale. Ricold de Montecroix ne ca­ chait pas son étonnement à ce sujet : Obstupuimus quomodo in lege tautæ per/idiæ poterant opera lanlæ perfectionis inveniri... Quis enim non obstupescet, si diligenter consideret quanta in ipsis Sarracenis solli­ citudo ad studium, devocio in oratione, misericordia ad pauperes, reverenda ad nomen Dei, et prophetas, in loco sancto, gravilasinmoribus, affabilitas adealraneos, concordia et amor ad suos. Cf. Arnold, p. 345. Marracei est du même avis. Mais en admettant la vérité partielle de la récente apologie de l’islam, on ne peut s’empicher de regretter la partialité, et bien souvent la fausseté de la méthode de ses tenants. Ils agencent quelques textes du Coran pour en déduire que l'islam marche de pair avec le christianisme dans la voie du progrès, que l'on se tromperait fort en lui attribuant l'état de stagnation morale et intellectuelle dans lequel se trouve le monde musulman. Ils ne veulent pas convenir que le Coran contient des doctrines qui pourraient difficilement s’accorder avec l’idée du progrès et l’élévation morale de l’humanité. Sous la plume de ces apologistes de l’islam, le paradis de Mahomet, malgré les textes expli­ cites du Coran, n’est pas un séjour de voluptueux ; le fatalisme musulman mimplique pas le renoncement à l’esprit d'initiative, aux efforts personnels, aux éner­ gies de l’âme; on s’évertue même à découvrir dans le Coran que l'intolérance du fanatisme musulman n’est pas un dogme de Mahomet. La civilisation des Maures en Espagne est surtout l’argument préféré de ceux qui veulent réconcilier l'islam avec la société moderne. L’on oublie aisément que l’arbre se juge à ses fruits, et que les conditions actuelles du monde musulman, partout où le croissant a été arboré, est ta meilleure réfutation de l’optimisme de ces apologistes. Le tort principal de ceux-ci est de mettre la religion de Maho­ met sur le pied d’égalité avec la religion du Christ. Leur prétention n'aboutit qu'à mettre plus en relief les taches originelles de l’islam. On pourrait à la rigueur soutenir que le code reli­ gieux de Mahomet, à cause de son monothéisme, peut servir de trait d’union entre les religions inférieures de l’humanité et le christianisme. Les peuplades sau­ vages ou moins civilisées, en passant à travers l'islam, pourraient atteindre le Christ. Après avoiradmis l’unité de Dieu, le dogme fondamental du Coran, il serait plus aisé ensuite de comprendre le christianisme. De.- his­ toriens de l'Église, tels qu’llergenrœther, ont partagé cette opinion. Voir De Castries, p. 253. Malheureuse­ ment l'expérience de plusieurs siècles a démontré que Cet espoir est chimérique. L’islam n’a pas d'apostat. Les antinomies entre l’Evangile et le Coran ne s'effaceront jamais, et l’islam ou bien reculera lentement devant le christianisme, ou même vivra à ses côtés, en évitant tout contact avec lui, en le regardant toujours comme un étranger, dont il faut détester la foi, la puissance matérielle et meme les conquêtes de sa civilisation. Réville, Une apologie anglaise de l’islamisme, dans la Revue des Deux Mondes, 1" juillet 1877, p. 125-155; Zarinsk y, Apolo­ gia tzlamizma. dans Prau. Subesiednik, 1878, t. il. p. 131-100, 252-288; Osman bey Kibrisli Zadé, Il genio d> tl'islamismo, Turin, 1890; Krymsky, Musulmaustvo i ego buditcbtch- ust tke mahométisme et son avenir). Moscou, 18‘‘2. p. H 5114: Palmieri, Die Polemik des Islams, p. 82-137; OsU-oouinuv, Koran i pro­ gress, Tacbkent, 1003, p. 230-2,8. A. Palmieri. CORAS (Jacques de), poète français, né· a Toulouse en 1630, mort en 1677. Par sa famille il appartenait à la religion réformée. Il suivit d'abord le métier des armes, puis étudia la théologie et fut ministre en CORAS — CORDIER 1845 Guyenne. Attaché pendant quelque temps à la personne de Turenne, il se convertit au catholicisme et publia : La conversion de Jacques de Coras dédiée à Nos­ seigneurs du clergé de trance, in-12, Paris, 1665. Dans la seconde partie de cet ouvrage, il rétracte un livre publié cinq années auparavant : L'impossibilité de l'union entre l’Eglise réformée el l’Eglise romaine. Les Œuvres poétiques de ./arques de Coras, in-12, Paris, 16ô5, sont complètement oubliées. B. IlEtIRTF.BIZE. des comtes de Calamandrana, né le 16 décembre 1704, à Alexandrie (Piémont), entra dans la Compagnie de Jésus à Rome le 20 dé­ cembre 1718, enseigna la rhétorique et la philosophie, et lut nommé, en 1742, historiographe de son ordre. Après la suppression de la Compagnie, il se retira à Alexandrie, où il mourut le 6 mars 1785. Nous n’avons pas à nous occuper ici des nombreuses pièces de cir­ constance, en prose et en vers, la plupart en latin, qui lui valurent un renom d'écrivain élégant, agréable, parfois caustique. L'histoire oflicielle (si l’on peut s'exprimer ainsi) de la Compagnie de Jésus, qu’il fut chargé de continuer, était arrivée, avec le volume publié en 1710 par le P. Jouvancy, à l'année 1616. Cordara la continua jusqu'en 1625, dans un lw vol. intitulé : Hi­ storiée Societatis Jesu parssexla complectens res gestas sub Mulio Vilellescho, tomus prior, in-fol., Rome, 1750. L’auteur nous apprend, dans ses mémoires, qu'il ne mit que cinq ans à rédiger ce gros volume; mais il en avait trouvé les matériaux déjà réunis et préparés par d’autres. Il avait aussi terminé le il· vol., allant de l'an 1625 à l'an 1633, quand la Compagnie de Jésus fut supprimée. Ce volume a été publié en 1859 par les soins du P. Ragazzini, qui a ajouté une préface et comblé une lacune du manuscrit de Cordara : Ilisloriæ Societatis Jesu pars sexta, tomus secundus, in-fol., Rome. Pour se délasser, comme il dit, des fatigues de sa grande tâche, Cordara écrivit aussi une relation de la vie et du martyre du II. Ignace d’Azevedo (1743); des notices sur la vie et les miracles du B. Grégoire Barbarigo, évêque de Padoue et cardinal (1761), de la Bst Euslnchium, bénédictine de Padoue (1765), du B. Simon de Boxas, trinitaire (1766), enfin, œuvre de plus grande portée, une histoire du célèbre collège germa­ nique de Rome : Collegii Germanici el llvngarici historia libris VI comprehensa... Accedit catalogus virorum illustrium qui ex hoc collegio prodierunt, in-4», Rome, 1770. Après la suppression de son ordre, il emploja ses loisirs forcés à rédiger les souvenirs de sa longue vie, passée pour la grande partie â Rome, en rapports fréquents avec la haute société romaine, ecclé­ siastique el civile. Dans ce travail, qu'il achevait â l'âge de ,5 ans et qu’il intilula : Julii Cordaræ de suis ac sum uni rebus aliisque suorum temporum usque ad occasum Societatis Jesu commentarii ad Franciscum fratrem Comitem Calamandranæ, le vieillard s’étend compl.iisamment sur ce qui le concerne lui-méme; mais les détails curieux sur les hommes et les choses de la cour romaine y abondent aussi. Cordara y parle très librement de ses anciens confreres, comme de tout le reste. Son ami le savant Cancellieri, à qui il légua ses manuscrits, a publié plusieurs fragments de ces mémoires; et Dœllinger en a inséré des extraits plus considérables dans le t. ni des Beilnige zurpolitischen, kirchlichen und Cullurgesclàchte, Munich, 1882. CORDARA Jules César, De Backer-Sommervogel, Bibliothèque de la C" de Jésus, L n, col. 1411-1433; Caballero, Bibliothecæ scriptorum Societatis Jesu supplementa, Rome, 1814, Suppl, i, p. 119-122; 1816, Suppl, il. p. 29 ; Hurter, Nomenclator, t. ni. col. 376. Reusch, Der Index, t. il, p. 797. parle d’une satire publiée par Cordara sous te pseudonyme de Secümus, De tota græculorum hujus •Eulû lUeiaturu, et qui a été mise à l'index, ainsi que les ré- 4846 pllques de ceux qui s'étalent sentis visés; Vindex de 1900 ne mentionne plus ni la satire ni les répliques. J. Brucker. CORDEMOY (Louis Génaud de), théologien fran çais, né à Paris, le 7 décembre 1651, fils de l'académi cien élu en 1675, mort dans celle ville le 9 février 1722. Entré jeune dans les ordres, il se fit recevoir docteur en théologie et s’employa de toutes ses forces à rame­ ner les hérétiques à l’Église catholique; tous ses écrits tendent à ce but. En 1679, il fut nommé abbé commendalaire de Féniers au diocèse de Clermont. Voici ses principaux écrits : Bécit de la conférence du diable avec Luther fait par Luther même, traduit du latin, in-12, Paris, 1681, 1684; Méthode dont les Pères se sont servis en traitant des mystères, in-4», Paris, 1683; Lettre de M'", avocat au parlement, à un de ses fils retiré en Angleterre contre le système de l’Eglise de M. Jurieu, in-4», Paris, 1683; Traité de l'invocation des saints, in-12, Paris, 1686; Traité de l’eucharistie, in-12, Paris, 1687; Lettres des nouveaux catholiques de Tile d’Arverl en Sainlonge à l’auteur des lettres prétendues pastorales, in-4», Paris, 1688; Lettre écrite aux nouveaux catholiques d’Arverl en Sainlonge, où on répond aux deux premières lettres que le ministre Jurieu a écrites contre l’Hisloire des variations des Églises protestantes, in-4», Paris, 1689; Traité contre les sociniens, ou la conduite qu’a tenue l’Eglise dans les trois premiers siècles en parlant de la Trinité et de l’incarnation du Verbe, in-12, Paris, 1696, dédié à Bossuet, voir Bevue Bossuet, du 25 juil­ let 1902, p. 182-183; L'éternité des peines de l'enfer contre les sociniens, in-12, Paris, 1697; Les désirs du ciel, ou les témoignages de l’Écriture sainte contre le pur amour des nouveaux mystiques, in-4», Paris, 1698; Divers traités ou lettres sur divers sujets de controverse, in-12, Paris, 1701, 1702; Réflexions im­ portantes sur la réponse des docteurs luthériens de Helmstadt à la question qui leur a été proposée par l’impératrice : Si l’on peut se sauver dans l’Église ca­ tholique; Dissertation sur le mariage des nouveaux réunis ; La dévotion au saint Cœur de Jésus; La véri­ table dévotion ά la Mère de Dieu; Traité de l’infailli­ bilité de l’Église, in-12, Paris, 1713; Traité des saintes images, prouvé par l’Écriture et par la tradition contre les nouveaux iconoclastes, in-12, Paris, 1715; Traité des saintes reliques prouvé par l’Écriture et par la tradition contre les protestants, in-12, Paris, 1719. Dupin, Table des auteurs ecclésiastiques du xvir siècle, in-8·. Pal is, 1704, col. 2689, 2945; Quérard, La France littéraire, in-8·, Paris, 1828, 1.11, p. 285. B. Heurtebize. 1. CORDIER Balthasar, né à Anvers le 7 juin 1592, entré dans la Compagnie de Jésus le 31 janvier 1612, enseigna le grec, la théologie morale, l'Écriture sainle â Vienne, où il avait pris ses grades, et mourut â Rome le 24 juin 1650. Son habileté dans la langue grecque lui permit de publier de nombreux écrits des Peres, qu'il avait trouvés en manuscrits dans diverses bibliothèques de l’Europe. Ses publications de Chaînes bibliques sur saint Luc (Anvers, 1628), saint Jean (Anvers, 1630), les Psaumes (3 in-fol., Anvers, 16431646), saint Matthieu (2 in-fol., Toulouse, 1646, 1647), et son commentaire sur Job (Anvers, 1646), ont été signalés dans le Dictionnaire de la Bible de M. Vigouroux, t. Il, col. 967-968. Mentionnons ses autres publications patristiques : Apologise morales S. Cyrilli, in-12, Amers, 1630; Joannis Philoponi in c. I Geneseos de mundi creatione libri septem, in-4», Anvers, 1630; Opera S. Dionysii Aeropagitie cum scholiis S. Maxim < et paraphrasi Pachymeræ, in-fol., Anvers,1634; 2 in-fol.. Paris, 1644; Venise, 1755-1756; et dans la P. G., ce Migne, Paris, 1857, t. tu et tv; in-8», Brixen, 1854 xeite 1847 CORDIER — CORGNE seul); S. Dorothei archimandrite) institutiones asce­ tics, in-12, Anvers, 1646; Prague, 1726; Vita S, Dosithei auctore coælano, dans Acia sanctorum, t. ni februa­ rii, p. 382-381; 8. Cyrilli, archiepiscopi Alexandrini, homiliæ xix in Jeremiam prophetam, in-80, Anvers, 1648. Sommervogel, Bibliothèque de la C1- de Jésus, t. n, col. 1438-1442. E. Mangenot. 2. CORDIER Philibert Louis, jésuite français, né à Langres, le 17 novembre 1696, entra au noviciat le 41 septembre 1711. Successivement professeur de phi­ losophie et de théologie, il devint chancelier de l'uni­ versité de Pont-à-Mousson. En 1746, parut à Amsterdam, sous l'anonymat, un Nouveau système sur la prédesti­ nation, appuyé sur l'autorité de VEcriture, des saints Pères et de la raison, publié par la Compagnie des libraires. Cet ouvrage, édité d'abord à Paris, avait été aussitôt retiré de la circulation. Dom Calmet, Biblio­ thèque lorraine, Nancy, 1751, col. 303, croit savoir que l'auteur s’était contenté d’une autorisation implicite du P. Général pour publier son livre et qu'il avait été blâmé par les supérieurs de la province, puis envoyé en disgrâce a Ensisheim. Le P. Cordier mourut en effet, au collège d'Ensisheim, le 5 février 1753. Mais en 1746, il était encore prédicateur à Pont-à-Mousson; en 1747 et 1748, sa résidence était à Strasbourg; en 1750 seulement on le trouve à Ensisheim : ce qui parait bien inlirmer les explications de dom Calmet. De Backer et Sommervogel, Bibliothèque de la C'· de Jésus, t. n, col. 1444; Hurter, Nomenclator, 1893, t. π, col. 1269. P. Bernard. CORESSIOS Georges, théologien grec, né à Chio, 1848 vaux théologiques. Allatius déclare que son ouvrage contre la primauté du pape et sur la procession du Saint-Esprit ne peut être lu sans nausée. Le plus com­ plet de ses traités théologiques est celui de la procession du Saint-Esprit : Εγχειρίδιου περί τής έκπορενσεως τού 'Αγίου ΙΙνευματος, διορΟωΟέν έν πολλοϊς, και διαιρείιέν εις κεφάλαια ζ' τμήματα παρά ΔοσιΟέου πατριάρχου Ιεροσο­ λύμων, qui a été inséré dans le Τόμος Καταλλαγής du patriarche Dosithée, Jassy, 1694, p. 276-412. Il y a ajouté trois chapitres sur la grâce incréée, la vision de Dieu et la lumière du Thabor. Il connaît la plupart des théo­ logiens scolastiques qui ont écrit contre les Grecs. Voici, d'après Démélracopoulo, les titres de ses autres ouvrages contre les Latins : 1° Διάλεξες μετά τίνος τών Φράρων περί τής έζπορεύσεως τοϋ αγίου ΙΙνευματος; 2° Εγχειρίδιου περί τής έζπορεύσεως τοϋ άγιου I Νεύμα­ τος; 3° Συντομία τών ιταλικών άμαρτημάτων; 4° Περί τής αρχής τοϋ ΙΙάπα; 5° ΙΙερΊ του έν δόξη -καθαρτηρίου πυρός; 6° Ιίερ’ι τής άπολαύσεως τών άγιων; 7° ΙΙερί τής έζπορευσεως τού άγιου ΙΙνευματος προς τον Γάλλον Λεονάδον; 8° Διάλογοι περί τής έζπορεύσεως τοϋ άγιου ΙΙνευματος κατά Λατίνων ; 9° Δογματική Θεολογία. Le premier ou­ vrage a été imprimé dans un recueil très rare d’écrits contre les Latins, par Cyrille Lucar, Constantinople, 1628, Vrétos, Νεοελληνική φιλολογία, t. I, p. 18-20; le troisième est inséré dans le volume de Simonidès, ’Ορ­ θοδόξων Ελλήνων Οεολογικαί γραοαί τεσσαρες, Londres, 1859. Dosithée, Περί τών Ιν Ίι^οσαλΰμσις τιατριαργιυσάνταν, Jassy,1715, ρ. 1178-1179; Τόμος Καταλλαγής, Jassy, 1694, préface; Mélétios, 'Εκκλησιαστική Ιστορία, Vienne, 1784, t. m, p. 488; Vrétos, Νιοιλληνική φιλολογία, Athènes, 1854, I. I, p. 209-210; Aymon, Alonumeuts authentiques de la religion des Grecs, La Haye, 1708, p. 70-73; Vlastos, Τά Χ'ακά, ήτοι ιστορία τής νήσου Χίου, Ilermoupolis (Syra), 1840,t.It, p. 88; Sathas, Νιοιλληνική φιλολογία, Athènes, 1868p. 247-250 ; Démélracopoulo, Όςθόδοςος Ελλάς, Leipzig, 1871, ρ. 153154: Zaviras. Αία 'Ελλάς, Athènes, 1872, ρ. 321-325; Démétracopouto, Προσθηκα·. καί διορβώσ,ις, etc., Leipzig,1871, ρ. 40-41 ; Procope, * Γΐΐΐτιτμηικίνη Ιααοίθμησις τών λογίων Γραικών; Sathas, Μισαιωνική βι­ βλιοθήκη, Venise, 1872, t. m, ρ. 481 ; Pékios, Πνιυματιχή ακοΰις τής τουρκοκρατούμενης 'Ελλάδος, Constantinople, 1880, ρ. 85; Rodocanachi, Αοχίμιον π<ρϊ το3 βίου καί τών συγγραμμάτων Γιωργίου Κοριτ­ σιού το! Χίου, Athènes. 1872; Nectaire (patriarche), 'Εγκώμιου ιίς Γιώργιον τλν Κορίσσιον, ΔιλτίοΧ τής ιστορικής καί ίθνολογιχής ΐταιρίας -ής 'Ελλάδος, 1801, t. ni, ρ. 521-528; Hypsilanti, Ta μιτά τήν &λωσιν, Constantinople, 1871, passim ; Papadopoulo Kerameus, Ίιροσολυμικιχή Βιβλιοθήκη, Saint-Pétersbourg, 1891,1.1, ρ. 219-223, 427-429 ; Id., "Εκ9ισ·.ς αιρΐ τών 1ν Τή βιβλιοθήκη τής σαλαιάς Φωχαίας ολληνικών χιιρογράρων, Smyrne, 1876, ρ. 4. 7; Id., Κατάλογος τών χιιροράρων τής <ν Σμύρνη βιβλιοθήκη:, Smyrne, 1877, ρ. 5, 10, 28; Allatius, De Ecclesiæ occidentalis utque orientalis perpetua consen­ sione, Cologne. 1648, col. 997-998; Fabricius, Bibliotheca græca, t. XII, p. 116-117; Renaudot, Opuscula seu appendix ad acta quæ circa Græcorum de transsubstantiations fidem relata sunt in opere de perpetuitate fidei, Paris, 1709, p. 173; Schelstrate, Acta Orientalis Ecclesiæ contra Lutheri hseresim, Rome, 1739, p. 365-390, contient Georgii ChiiCoressiicensura de synopsi fidei per Gregarium Hieromcmacum edita græcelatine; Papadopoli, Historia gymnasii patavini, Padouo, 1726, t. II, p. 296-297; Prænotiones mystagogicæ, Padoue, 1697, p. 231, 286, 302, etc.; Legrand, Bibliographie hellénique du xvir siècle, t. lu, p. 255-272; Kyriacos, Geschichte der Orientalischen Kirchen, trad. Rausch, Leipzig, 1902, p. 145-146. A. Palmieri, CORGNE Pierre, théologien français du xvni» siècle, en 1554. Il suivit les cours de médecine et de philoso­ phie aux universités de Pise et de Padoue, exerça sa profession de médecin à Livourne, et de retour dans i son Ile natale, travailla assidûment à rédiger des ou­ vrages de polémiquecontre les Latins. En 1635, le synode de la Grande Église l'appela à Constantinople pour y détendre contradictoirement les croyances orthodoxes contre les attaques du calviniste Antoine Léger, chape­ lain de l’ambassade hollandaise. Il laissa le manuscrit de ces conférences publiques aux archives synodales de Constantinople pour que ses compatriotes pussent s’en servir dans leurs démêlés avec la Réforme. D'après Papadopoli, il mourut en 1641. Mais cette date est fausse, puisque deux de ses lettres sont datées de 1654. Legrand, Bibliographie hellénique du xvn» siècle, t. m, p. 256. Coressios a été diversement apprécié. Le patriarche de Jérusalem Nectaire l'appelle « un homme très sage et d’une grande érudition : il s'adonna tout entier â renverser, par une exposition Odélede la saine doctrine, les nouveautés luthériennes ». Renaudot, Dé­ fense de la perpétuité de la foy, Paris, 1709, p. 47-48. Cyrille Lucardansses lettres le charge d'injures, Aymon, Monuments authentiques de la religion des Grecs, La Haye, 1708, p. 70-73, 108; Legrand, Bibliographie hel­ lénique du xvn» siècle, Paris, 1896, t. iv, p. 477, 479, 482, 483,488. Pour le patriarche Nectaire (7 1669), il est un théologien très savant et très érudit. Renaudot, Opusci la, etc., p. 173. Le patriarche Dosilhée ne tarit né à Corlay au diocèse de Quimper. Docteur en théolo­ pas d'éloges sur son compte. Τόμος καταλλαγής, préface. Papadopoli Comnéne le dit calomniateur émérite des gie, chanoine de Soissons, il est l’auteur des ouvrages Latins, Prænotiones myslagogicæ, p. 117, un homme I suivants : Dissertation théologique sur la dispute très vulgaire et d'une grande témérité, p. 156. De son entre le pape saint Etienne et saint Cyprien, in-12, côté, Allatius l'a jugé très sévèrement. De consensione Paris, 1725; Dissertation sur le pape Libère dans laquelle on fait voir qu’il n’est jamais tombé, in-12, Ecclesias orientalis et occidentalis, col. 998. Papadopoli affirme que, dans sa vieillesse, il se rapprocha des La­ Paris, 1726, 1736; Mémoire touchant les juges de la tins, et montra quelque repentir d’avoir tant diffamé foy, où l’on prouve que les évêques seuls sont juges de la foy, in-12, Paris, 1736; Dissertation critique et l’Eglise romaine. Mais l'autorité de Papadopoli est peu théologique sur le monothélisme et sur le VP concile considérable. Coressios a écrit un grand nombre d’ouvrages contre général, in-12. Paris, 1741 ; Les droits de l’épiscopal les Latins. Legrand cite 63 titres différents de ses tra­ sur le second ordre pour toutes les fondions du nu- 1849 CORGNE — CORINTHIENS (PREMIÈRE EPITRE AUX) 1850 Pères apostoliques citent parfois la lr" Épitre aux Co­ rinthiens. Cf. I Clementis, xlvii, 1-3, et 1 Cor., I, 11-12; I Clementis, xlix, 5, et 1 Cor., xm, 4-7, Funk, Patres apostolici, 2· édit., Tubingue, 1901, t. i, p. 160, 162; Ignace d’Antioche, Ad Ephes., xvm, 1, et 1 Cor., 1,18, Quérurd. La France littéraire, in-8·, Paris, 1828, t. n, p. 287 ; 23, 24; Ad Rom., v, 1, et 1 Cor., iv, 4, Funk, op. cit., Picot. Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique pen­ dant le xvur siècle, 3' édit., Paris, 1855, t. V, p. 450. t. i, p. 226, 258; Polycarpe, Ad Philip., xi, 2, et B. Heuhtebize. I Cor., vi, 2, Funk,op. cil., t. i, p. 308; Epist. ad Diognet., xu, 5, et I Cor., vin, 1, Funk, op. cil., 1.1, p. 412; 1. CORINTHIENS (Première Épitre aux). Le Didachè, x, 6, et I Cor., xvi, 22. Funk, op. cit., t. t, titre de celte Épilre varie suivant les manuscrits et les p. 24. Les Pères ou écrivains ecclésiastiques, qui éditions critiques; x ABCD ont : προ; κορινβιους ά; viennent immédiatement après, connaissent aussi cette FG portent : προς κορινθιους αρχεται ά, G omettant tou­ Épilre. Cf. S. Justin, Apol., i, n. 19, P. G., t. Vl, col. 357, tefois a); R. Estienne ( 1580) porte : η προς τους κορινet 1 Cor., xv, 53; Athénagore, De resurect., n. 18, 19, Ο'.ους επιστολή πρώτη; les Elzévier (1624) : παυλου του P. G., I. vi, col. 1012,et 1 Cor., xv,53,32; S. Irénée, Cont. αποστολου η προς κορινθιους επιστολή πρώτη; Grieshær., III, n, I, P. G., t. vu, col. 816, et 1 Cor., n, 6; ibid., bach et Scholz : προς κορινθιους επιστολή πρώτη. — 1. Ill, xxill, 8. col. 965, et ICor., xv, 22; ibid., IV, xxvti, 3, Exégèse. II. Théologie. l. Exégèse. — i. occasion et but de l’épitre. — col. 1059-1060, el I Cor., x, 1-12; Tertullien, De re­ surrect. carnis, c. lix, P. L., t. n, col. 881, et Des troubles agitaient la communauté de Corinthe; la I Cor., ni, 22; Clément d’Alexandrie, Psed., c. vi, P. G., paix et la tranquillité avaient cessé d’y régner; ces fer­ t. vin, col. 304, et I Cor., m, 2. Les hérétiques ments de discorde provenaient de causes intérieures et extérieures : 1° L’élément grec de la communauté du n· siècle recourent aussi à la I" Épitre aux Corin­ thiens; Marcion l'admettait dans son Aposlolicon; s'abandonna à ses défauts naturels; l’impureté, vice familier aux Grecs, ne tarda pas à se glisser dans la | d’après l'auteur des Philosophoumena, v, 12, P. G., t. xvi, col. 3162. les pérales s'appuyaient sur cette communauté de Corinthe; la célébration de la cène du Epitre; les partisans de Ptolémée, d’après saint Irénée, Seigneur devint peu à peu un somptueux banquet; les femmes virent dans la liberté chrétienne un moyen de 1 Cont. hær., 1, ni, 5, P. G., t. vu, col. 477, et lléracléon, secouer toute dépendance à l'égard de leurs maris; les d’après Origène, In Joa., torn, xm, 59, P. G., t. xiv, col. 516, agissaient de même. Enfin cette Épitre se assemblées chrétiennes ne tardèrent pas, sous l’inlluence de l'éloquence grecque, à se transformer en véri­ trouve dans les versions syriaques, les vieilles versions latines et le canon de Muratori, ce qui prouve tout tables clubs de discussions. — 2° Des influences exté­ ensémble et son authenticité et sa canonicité. — rieures s'ajoutèrent à ces désordres intérieurs : Apollo, juif alexandrin, converti à Éphèse par Aquila et Pris- 2° Preuves intrinsèques. — 1. La lexicologie. — cille. Act., xvill, 26, était arrivé à Corinthe après le Quoique cette Épilre contienne 110 άπαξ λεγάμενα, départ de Paul; homme doué de brillantes qualités, il elle a cependant des mots qui caractérisent la langue enseignait, avec toute l’ardeur d'un néophyte, la foi de Paul ; αισχρός, ανέγκλητος, άπειμι, άπεχδέχομαι, etc., qu’il venait d’embrasser, réfutait les Juifs en public, et ainsi que d’autres mots qu’il a le premier employés : prouvait par les Écritures mêmes la divinité de Jésusάπρόσκοπος, αρσενοκοίτης, ειδωλολατρία, οφειλή, συγκοιChrist; il acquit ainsi un grand prestige auprès des νώνος, φανε'ρωσις, χάρισμα, etc. — 2. Le style. — On y relève les mêmes figures de style que dans les autres lidèles de Corinthe, et cette inlluence offusqua, par la Épitres de saint Paul : l’antithèse, i, 18, 21; m, 2; force des choses, dans une certaine mesure, 1’aulorité iv, 10; vm, 1; la paronomase, n, 13; m, 17; vu, 31; même de saint Paul. Des chrétiens judaïsants étaient aussi revenus à Antioche qui contribuèrent à augmenter l'asyndète, ni, 15, 18; xm 4-8; l’anacoluthe, iv, 2, 6, 8; la division des esprits; ces chrétiens paraissent avoir at­ xn, 28; l’ironie, iv, 8; vin, I; l’euphémisme, v, 1; le taqué l’autorité de saint Paul, et avoir contesté son parallélisme, vu, 16; x, 23; xi, 4-5; la litote, xi, 17, titre d’apôtre, I Cor., ix, 1 ; xv, 9 ; il se forma ainsi di­ 22. — 3. L'accord avec les Actes. — Les Actes des apôtres racontent la plupart des faits historiques, aux­ vers partis dans la communauté de Corinthe. Ibid., i, 11-12. Informé deces disputespar les gens de Chloé, quels saint Paul fait allusion dans sa lettre; il a visité ibid., I, ll, saint Paul voulut y remédier; il se proposa les Corinthiens, II, 1, et il est leur père dans la foi, en même temps de résoudre certains cas de morale, iv, 15; cf. Act., xvm; il se propose de retourner à tels que la fornication, la virginité, vit, les viandes Corinthe, iv. 19; cf. Act., xx, 2; Apollo a prêché sacrifiées aux idoles, vin, sur lesquels on l’avait con­ dans celle ville, m, 6; cf. Act., xvm, 27, 28; Paul sulté. Le but de l’Épitre fut donc double : rétablir la travaille de ses mains, iv, 12; cf. Act., xvm, 3; xx, 34; paix dans la communauté de Corinthe, et résoudre il a baptisé Crispus, 1, 14; cf. Act., xvm, 8; il a été juif certaines questions de morale pratique. avec les Juifs, IX, 20; cf. Act., xvi, 3; xxi, 23-26; il ira à t/. date et lieu de composition de l’Épitre. — Corinthe en passant par la Macédoine, xvi, 5; cf. Cette Épitre fut écrite à Éphèse, vers la lin du pre­ Act., xix, 21. mier séjour de l’apôtre dans cette ville, comme il le IV. analyse de l’épitre. — On la divise commu­ laisse entendre lui-mèine. I Cor., xvi, 8. Les Actes nément en trois parties : 1» Prologue, i, 1-9; saluta­ tion à l’Église de Corinthe, 1. 1-3, et action de graces nous apprennent, xix, 22, que Paul envoya à cette pour les dons accordés aux Corinthiens, 4-9. — 2° Corps époque en Macédoine deux de ses cooperateurs, Timo­ de ΓÉpilre, I, 10-xvi, 58. — I. Correction des abus, thée et Éraste; la sédition, provoquée par Démétrius, 1,10-vi, 20 : a) Exhortation à l’unité, i, 10; on doit évi­ ibid., 23 sq., eut lieu quelque temps après. La lettre a ter les divisions, parce que Jér euxmêmes indillérents, qu’il n’est dès lors pas défendu d’en manger; il faut toutefois s’en abstenir si la con­ science y répugne, ou si leur usage est une occasion de scandale pour les faibles. Ce chapitre pose donc la question du scandale occasionnel. vin. l'eucharistie. — 1» Signification, x, 16-17. — La coupe est la communion au sang du Christ, et le pain est la communion au corps du Christ. A propos du calice, saint .Jean Chrysostome dit ; « Ce qui est dans le calice est ce qui a coulé de son côté, et à cela nous participons. » Τούτο τό έν τώ ποτηρίω ον, έκεϊνό έστι τό από τής πλευράς ρεύσαν, καί έκείνου μετέχομεν. Ibid., homil. xxiv, n. 1, col. 200. Et à propos de la fraction du pain : « Ce qu’il n’a pas soullert sur la croix [la rupture de son corps|, il le soutire pour toi dans l’oblation, et il souffre d’etre brisé pour remplir tous. » Ά/.λ ’όπερ ούκ επαθεν επί τοΰ σταυρού, τούτο πάσ­ χει έπ: τής προσφοράς διά σε, καί άνέ/εται διακλώμενος, 'να πάντας έμπληση. Ibid., n. 2, col. 200. Pour marquer cette union intimé, saint Paul ajoute, 17, que les chré­ tiens ne forment qu’un seul corps, puisqu'ils partici­ pent tous à un même pain : » Qu’est le pain? demande saint Jean Chrysostome. Le corps du Christ. Que de­ viennent les communiants? Le corps du Christ. Non plusieurs corps, mais un seul corps. » Ί'ί γάρ έστιν ό άρτος; Σώμα Χριστού. Ί'ι δε γίνονται ο’, μεταλαμδάνοντες; Σώμα Χριστού· ούχΐ σώματα πολλά, αλλά σώμα ëv. Ibid. Omîtes, dit saint Thomas, snmns unum in corpore ejus mystico. Ibid., c. x, 17, lect. iv. — 2» Institution et celebration, xi, 23-31. — Le récit de l'institution de l'eucharistie contient plusieurs instructions : 1. saint Paul déclare, 23, qu'il a appris du Seigneur ce qu'il a enseigné aux Corinthiens; 2. il rapporte, 24-25, les paroles prononcées par le Seigneur sur le pain et la coupe avec l’ordre d’avoir â réitérer la derniere cène en mémoire de lui; 3. il enseigne, 26, que, toutes les fois que l'on mange le pain et l'on boit le sang eucha­ ristiques, on annonce la mort du Seigneur; 4. il affirme, 27. que quiconque mange le pain ou boit le calice du Seigneur d’une manière indigne, se rend coupable du corps et du sang du Seigneur; il mange et boit par là meme, 29, son propre jugement; 5. enfin il engage. 28. 1854 le chrétien à faire un sérieux examen de conscience, avant de manger de ce pain et de boire dece calice. Ces versets contiennent donc un développement théologique assez accentué de la dernière cène; la spéculation de Paul met en relief à peu près tous les aspects de l’eu­ charistie : institution par Jésus-Christ, paroles consécraloires, caractère commémoratif de l'eucharistie, dis­ positions requises pour y participer, tristes effets, 30, pour ceux qui y participent indignement. — 3« Certains auteurs, cf. Batillol, Éludes d'histoire et de théologie positive, 1re série, Paris, 1902, p. 284, pensent que l'agape n’a jamais existé, comme une institution régu­ lière, dans la primitive Église : elle se serait, il est vrai, introduite dans l’Eglise de Corinthe, mais comme un abus; dans les versets 20-22, saint Paul réprouverait cet abus et condamnerait par là même la pratique de l'agape; la plupart des auteurs sont d’un avis contraire; ils croient que l’agape a existé comme un fait normal; dans les versets précités, saint Paul ne condamne pas la pratique même de l’agape, mais les abus qui en accompa naient la célébration dans l’Eglise de Corinthe. Cf. F. X. Funk, L’agape, dans la Revue d’histoire ecclésiastique (de Louvain), 15 janvier 1903; V. Ermoni, L'agape dans l’Église primitive, Paris, 1904, p. 9-16. IX. TRINITÉ ET DIVINITÉ DES TROIS PERSONNES, XII, 4-6. — On voit que dans ce passage saint Paul met sur le même plan les trois personnes diiines, chacune en connexion avec une fonction particulière : les dons sont divers, mais l’Esprit est le même; les ministères sont divers, mais le Seigneur est le même; les opéra­ tions sont diverses, mais Dieu est le même. Saint Jean Chrysostome, ibid., homil. xxtx, n. 3, col. 244, com­ mente ainsi ce passage : « Vois qu'il ne montre aucune différence dans les dons du Père et du Saint-Esprit; il ne confond pas les personnes, mais il manifeste la même dignité de substance. Il dit que, ce que l'Esprit donne, Dieu le fait et le Fils l’ordonne et l'accorde. » Όρας δτι ούδεμίαν διαφοράν, δείκνυσιν έν ταίς οωρεαΐς Ιίατρός καί Ιΐνεύμαιος άγιου; οΰ τάς υποστάσεις συναλείφων, μή γένοιτο, άλλα τής ο ίσιας τήν δμοτιμίαν έμφαίνων. "Οπερ γάρ τό Ιΐνεύμα χαρίζεται, τούτο και τόν θεόν ένεργεϊν, τούτο καί τόν Γιον διατάττειν καί παρέχειν φησί. x. l'église, χιι, 12-27. — L'Église est comparée à un corps, dont les fidèles sont les membres. Pris collecti­ vement, les fidèles forment le corps; considérés indi­ viduellement, ils constituent autant de membres par­ ticuliers, μέλη έκ μέρους, 27. Le rôle du Christ, dans cetle comparaison, est double : 12, saint Paul semble dire que le Christ est le corps meme dont les fidèles sont les membres : ούτως καί 6 Χριστός. Au conlraire, au verset 27, le Christ est la tête du corps formé par les lideles : 'Γμεϊς δε έστε σώμα Χριστού. Comme le terme Χριστός du verset 12 ne s’encadre pas bien dans la comparaison, saint Jean Chrysostome pense, peutêtre avec raison, qu’il tient la place du terme : ’Εκκλη­ σία, « Église. » « Devant dire: ainsi l’Église — ce qui était la suite — il ne l'a pas dit, et il a posé le Christ au lieu de l’Église... Ce qu’il dit le voici : Ainsi le corps du Christ, qui est l’Église. Car de même que le corps et la tête sont un seul homme, ainsi il a dit que l’Église et le Christ sont un. C'est pourquoi il a posé le Christ à la place de l’Église, appelant ainsi son corps. » Κάι δέον είπεϊν, Ούτω καί ή ’Εκκλησία (τούτο γάρ άκόλουθον ήν), τούτο μέν ον φησίν, άντ' έκεί/ης δε τόν Χρισ­ τόν τίθησι .. Ό δέ λέγει, τούτο έστιν. Ού'τω καί τού Χριστού το σώμα, όπερ έστιν ή ’Εκκλησία. ΚαΟάπερ γάρ καί σώμα καί κεφαλή εις έστιν άνθρωπος, οντω την ’Εκκλησίαν καί τόν Χριστόν ëv εφησεν είναι. Διό και τόν Χριστόν αντί τής ’Εκκλησίας τέθεικε, τό σώμα αυτού ούτως όνομάζων. Ibid., homil. XXX, n. 1, col. 250. Le même Père interprète aussi, d'une manière assez plau­ sible, l'expression « membres particuliers» du verset27 l’Église de Corinthe est une partie de 1’r.glise univ..r- 1855 CORINTHIENS (PREMIÈRE — SECONDE ÉPITRE AUX) selle, et du corps qui est composé de toutes les Églises; ...ότι ή ’Εκκλησία η παρ’ ΰμϊν μέρος βστί τής πανταχοΰ κείμενης ’Εκκλησίας, καί τοΰ σώματος τού δια πασών συνισταμένου τών ’Εκκλησιών. Ibid., homil. XXXII, n. 1, col. 264. Mais la meilleure interprétation consiste adiré que chaque Corinthien est un membre particulier du corps du Christ. xi. la hiérarchie, xii, 28-29. — Ces deux versets dessinent un cadre incomplet de la hiérarchie primi­ tive; l’apôtre n’y mentionne que trois groupes : les apôtres, les prophètes et les docteurs. Sur ces officiers, cf. V. Ermoni, Les premiers ouvriers de l'Evangile, Paris, s. d., t. I. A côté de ces groupes hiérarchiques, l’apôtre mentionne aussi certains dons particuliers : le don des miracles, les dons des guérisons, le don de se­ courir, de gouverner, de parler diverses langues. xn. les vertus théologales, xiii, 13. — L’auteur mentionne les trois vertus théologales : la foi, πίστις, l’espérance, έλπίς, et la charité, αγάπη, et déclare que la charité est la plus grande des trois. Sur ce verset, voir S. Jean Chrysostome, ibid., homil. xxxiv, n. 3, col. 289, et S. Thomas, c. xin, 13, lect. iv. xm. le culte. — 1° La prière, xiv, Ί5. — Saint Paul distingue dans ce verset deux sortes de prières : la prière par l’esprit, τώ πνεύματι, et la prière par l’intel­ ligence, τώ νοί. D’après saint Jean Chrysostome, ibid., homil. xxxv. n. 3, col. 300, la prière par l’esprit est le charisme même que l’on a reçu; on prie par l'intelli­ gence lorsqu’on comprend ce que l'on dit. — 2° La pro­ phétie et l'exhortation, xiv, 24-33. Xiv. symbole de foi, xv, 3-5. — Tous les critiques sont d’accord pour voir dans ces trois versets une for­ mule de foi en quatre articles que l’on peut disposer de la manière suivante : [ΙΙαρέδωκα γαρ ύμϊν έν πρώτοις, ο καί παρέλαδον], [1] ϊτι Χριστός άπέΟανεν ύπερ τών αμαρτιών ημών, [2] και ότι έτάφη, |3| καί ότι έγήγερται τή τρίτη ημέρα, |4] καί οτι ώφΟη Κηφά, είτα τοΐς δώο κα. Ainsi la mort du Christ pour nos péchés, son ense­ velissement, sa résurrection, son apparition à Pierre et aux douze formaient la substance de ce symbole. Cf. Lemme, Nette Jahrbücher /ür deulsche 7 heol., 1893, p. 7; R. Seeberg, Dogniengeschichte, 1895, t. i, p. 47 ; Kaehler, Der sogen. hislorische Jesus, 1896, p. 95; Clemen, Seue kirchliche Zeitschrift, 1895, p. 330; A. Seeberg, Der Catechisr.ius der trchristenheil, Leipzig, 1903, p. 45 sq. XV. RÉSURRECTION des corps, xv, 12-58. — 1° Le fait de la resurrection, 12-32. — Saint Paul établit le fait de la résurrection des corps par trois preuves : 1. Par la résurrection de J-sus-Christ, 12-28 : s’il n’y a pas de résurrection des morts, le Christ, non plus, n'est pas res­ suscité, 13. 16; or le Christ est ressuscité des morts, et il est les prémices de ceux qui dorment [= qui sont morts); comme le premier homme a été l'auteur de la mort, le Christ est l’auteur de la résurrection, 20-22; 2. Par le baptême des morts, 29 : si les morts ne ressus­ citent pas, pourquoi se fait-on baptiser pour les morts? Sur ce baptême des morts, voir t. h, col. 360-364; V. Ermoni, Le baptême dans l’Église primitive, Paris, 19u4. p. 40-41 ;3. Par un argument ad hominem fondé sur I s consequences immorales qu'en liraient les Corinthiens, 32 : si les morts ne ressuscitent pas, on n’a qua se livrer à tous les plaisirs de la chair : « man­ geons et buvons, car demain nous mourrons. » — 2° Le mode de la resur, .-cl'.··n, 35-41. —A la question : c Com­ ment les morts ressuscitent-ils? » saint Paul répond par une analogie empruntée a la nature : de même que le grain, jeté en terre, ne reprend vie, à moins q i il ne meure, ainsi le corps de l'homme ne peut res­ susciter s’il n’est pas mort. — 3· Qualités des corps 1856 ressuscités, 42-50,54. — Elles sont au nombre de cinq : le corps ressuscite incorruptible, έν αφθαρσία, 42 (cf. aussi y. 52). glorieuse, έν δόξη, 43“, plein de force, έν δυ.άμει, 43 b, corps spirituel, σώμα πνευματικόν, 44, immortel, ένδύσηται αθανασίαν, 54. Cf. J. Corluy, Spicilegium, t. i, p. 296-344. — 4» Fin du monde, 51-53. — Le ver­ set 51, le seul qui mérite une explication, se rapporte à la génération contemporaine de la fin du monde : les hommes de celte génération ne mourront pas : « Nous ne mourrons pas tous, mais tous nous serons changés. » Πάντες μέν ού κοιμνΟησόμεΟα, πάντες δέ άλλαγησόμεΟα. Nous voyons aussi, 52, que ce phénomène s’accomplira en un instant, en un clin d’œil, au son de la dernière trompette, et 54-55, que la résurrection est une victoire sur la mort. Ambrosiaster, Commentarius, P. L., t. xvn, col. 183-276: Pélage ou un pélagien, Commentarius, P. L., t. xxx, col. 717-772; Primasius d'Adrumète, Commentaria, P. L., t lxviii, col. 507553; Sedulius Scotus, Collectanea, P. L., t. cm, col. 127-161 ; W. Strabon, Glossa ordinaria, P. L., t. exiv, col. 519-550; S. Jean Chrysostome, In /·■ Cor. homil., P. G., t. i.xi, col. 11-584; S. Cyrille d’Alexandrie, Fragmenta, P. G., t. lxxiv, col. 855916; Théodore! de Cyr, Interpretatio, P. G., t. lxxxii, col. 225376 ; S. Jean Damascene, Loci selecti, P. G., t. XCV, col. 569-705 ; Œcumenius, Commentarius, P. G., t. cxvm. col. 639-905; Théophylacte, Explanatio. P. G., t. cxxiv, coi. 563-793 ; Haymnn d’Alberstadt, Expositio, P. L,, t. c.xvu, col. 509-605; Hugues do Saint-Victor, Quxsliones. P. L., t. ci.xxv, coi. 513-5'13; Pierre Lombard, Collectanea, P. L., t. cxci, col. 1533-1696; S. Thomas d’Aquin, Commentarius, Paris, 1880; Cajetan. I.iteralis expositio, Rome, 1520; B. Justiniani, Explanationes, Lyon, 1612; Estius, Commentarius, Douai, 1614; Picquigny, Triplex expositio, Paris, 1703; Noël Alexandre, Commentarius litterarius, Naples, 1741; Calmet, Commentaire, Paris, 1707; Corneille de la Pierre, Commentarii, Anvers, 1614; Mesmer, Erklàrung des ersten Korintherbriefes, Inspruck, 1862; Maier, Commentar über den ersten Korintlierbrief, Fribourg-enBrisgau, 1857 ; Comely, Commentarius in priorem Epist. ad Corinthios, Paris, 1892; Schneedorfer, Der erste Brief Pauli an die Korinther, Munster, 1907; Seidenplenning. Der erste Brief an die Korinther, Munich, 1893; A. L. Ch. Heydenrcich, Comment, in priorem Pauli ad Corinthios Epistolam, Marbourg, 1825-1828; J. F. Flatt et Hoffmann, Vorlesungen fiber die beiden Briefe Pauli an die Corinther, Tubingue. 1827; J. G. Fr. Billroth, Commentar zu den Briefen des Paulus an die Korinther, Leipzig, 1833; L. J. Riickert, Der erste Brief Pauli an die Korinther, Leipzig, 1836; J. E. Osiander, Com­ mentar über den ersten Brief Pauli an die Korinther, Stutt­ gart, 1847 ; J. F. Rabiger, Untersuchung· n fiber den Inhalt der Korinther Briefe, Breslau, 1847, 1886; A. P. Stanley, The Epistles of St. Paul to the Corinthians, Londres, 1855; A. Neander et H. Beyschtag, Auslegung der beiden Briefe an die Korinther, Berlin, 1859; F. Kling, Die Korintherbriefe, Bielefeld, 1865 ; T. S. Evans, Commentarg on the first Epistle to the Corinthians, Londres, 1881 ; Ch. Edwards, A Commen­ tary on the first Epistle to the Corinthians, Londres, 1885; Godet, Commentaire sur la première Épitre aux Corinthiens, Neuchâtel, 1886-1887; G. Heinrici, Der erste Korintlierbrief, 8‘ édit , Gœttingue. 1896; Ch. Ellicott, A critic and gramma­ tical Commentary on St. Paul’s first Epistle to the Corin­ thians, Andover, 1889; W. Schmicdel, Briefe an die Thessalonicher und Korinther, 2· édit., Fribourg, 1899; Bachmann, Der erste Brief des Paulus an die Korinther, Leipzig, 19'5; E. Kuhl, Der erste Brief an die Korinthier, Kœnigsberg, 1905; Bonnet, Der erste Brief an die Korinther, dans Die Schriften des N. T., 2· édit., Gœttingue. 1907, L il, p. 72 sq. Cf. Diction­ naire de la Bible, t. il, col. 9a3-995. V. Ermoni. 2. CORINTHIENS (Seconde Épitre aux). Le titre varie : x A B K ont : προς κορινΟιους β ; L : του άγιου αποστολου παυλου επιστολή προς κορινΟιους β’; l’édition des Elzévier (Ι624) porte : παυ’/ου του αποστό­ λου η προς κορινΟιους επιστολή δεύτερα; Griesbach et Scholz ont: η προς κορινΟιους επιστολή δεύτερα. — I. Exé­ gèse. 11. rhéologie. 1. Exégèse. — i. occasion et bvt de l’épitre. — La Ir» Epitre n’avait pas mis fin aux troubles qui agi­ taient la communauté de Corinthe. Paul y avait beau­ coup d’adversaires qui contestaient son autorité et lui 1857 CORINTHIENS (SECONDE EPITRE AUX) adressaient beaucoup do reproches. Un de ses adver­ saires l'avait même gravement offensé. H Cor., il, 5-8; vu, 12. Tite, qui avait ôté envoyé à Corinlhe, lui avait, il est vrai, apporté de bonnes nouvelles; il lui avait raconté, vu. 7, l’ardent désir des Corinthiens de le revoir, leurs larmes et leur attachement pour sa per­ sonne. de sorte que Paul en avait éprouvé de la conso­ lation; le plus grand nombre des Corinthiens avait infligé, II, 6. un châtiment à son insnlteur; on avait bien accueilli Tile, on se repentait et l’on revenait à Paul, vu, 8-16. Mais ces bonnes dispositions n’avaient pas désarmé l'opposition ; les partis hostiles continuaient d’attaquer l’autorité de l'apôtre. Sans doute, il n'est plus question des partisans de Paul, d’Apollo et de Cephas; le parti de l’opposition se réclame unique­ ment du Christ, x, 7; les adversaires de Paul se regar­ dent comme les apôtres par excellence, xi. 5; xn, 11, et des ministres de justice; ils se présentent avec des lettres de recommandation, ill, 1, et ils proclament qu'ils sont Hébreux, Israélites, de la race d’Abraham, ministres du Christ, xi, 22-23; ils dirigeaient contre Paul ues attaques multiples, 1, 17-29; iv, 2-3; x. 2-3, 10; xi. 1-16; xn, 1-10,16. Ces attaques avaient porté atteinte au prestige de Pau let ébranlé la confiance que les Corinthiens avaient en lui. Le but de la lettre est donc, pour ainsi dire, apologétique : saint Paul répond aux reproches dirigés contre sa personne et établit en même temps son autorité d’apôtre. il. date et lieu de COMPOSITION. — On peut dire que celte Epitre a été écrite à peu prés six ou dix mois après la lr“, suivant que l’on admet ou non que saint Paul écrivit une III' lettre entre la P' et la IIe, ce que nous examinerons bientôt sommairement. Elle a dû donc être écrite au mois de septembre de l’an 57 ou 58, ou vers le commencement de l’an 58 ou 59. On peut supposer qu’elle fut écrite à Philippes, et qu’elle fut probablement confiée à Tite et aux deux frères envoyés par saint Paul à Corinthe pour faire la collecte en faveur des pauvres de Jérusalem, vm, 17-24. m. i.'hypothesb d'une iiic épitre. — 1° La majorité des critiques admet généralement que saint Paul écri­ vit, entre la Ir“ et la II* de nos Epilres canoniques, une IIP Épitre, à laquelle il ferait allusion dans I Cor., Il, 3-4; vu, 7-12. Quelques-uns ont même parlé de deux lettres. Cf. A· Jülicher, Einleilung in das N. T., Fribourg-en-Brisgau, 1894, p. 59-60; A. Harnack, Die apokryphen Briefe des Paulus an die Laodicener und Korinther, in-8°, Bonn, 1905. Les critiques les plus modérés eux-mêmes admettent la possibilité de celte IIP Epitre : « Notre conclusion sans doute n’exclut pas l.i possibilité d’une lettre entre la 1" et la 11“ Epitre, mais cette lettre, si elle a existé, est probablement per­ due. » E. Jacquier, Histoire des livres du Nouveau Testament, Paris, 1903, t. I, p. 145. — 2» Toutes les tentatives faites pour reconstituer celte lettre n’ont donné aucun résultat appréciable. — 1. On a pensé à retrouver dans I Cor., ni, 10-23; IX, 1-x, 22; II Cor., xi. 2-3; xn, 20-21, des restes de la plus ancienne Epitre aux Corinthiens; mais c’est là une pure fantaisie. Une opinion plus sérieuse voit dans II Cor., νι, 14-vn, 1, un de ces restes; mais cette opinion n’est pas, non plus, probable, car : a) les six άπαξ λεγομένα, à savoir :έτερο?-γεϊν, μετοχή, VI, 14, σνμφώνησις, Βελίαλ, 15, σογχατάβεσ·.ς, 16, μόλυσμά;. vu,1,ne signifient rien; b) le terme; ταρξ, vu, 1, dans le sens d’« homme extérieur », a des analogies dans II Cor., ni, 3; iv, 10, 11 ; v, 16; vu, 5; Cal., iv, 13; e) le ton et les pensées ne détonnent pas avec ceux de saint Paul; d) si la suppression de cette p· ricope ne brise pas l’enchaînement littéraire, car ■ 2, se lie fort bien à VI, 13, ce n’est pas une raison pour la rejeter comme étrangère à l’Épitre. Cf. A. Jüli­ cher, op. cit., p. 63. — 2. Vhypothèse des quatre cha­ pitres a rencontré plus de partisans. Ad. Hausrath et DICT. DE THÊOL. CATHOL. 1858 Schiniedel pensent que les c. x-xm constituent la lettre visée par il, 3-4; vu, 7-12. Cette hypothèse s’appuie surtout sur les raisons suivantes ; a) il existe une grande différence de Ion entre l-vn et x-xm; b) les appréciations sont aussi diverses : vm, 7, Paul recon­ naît que les Corinthiens possèdent abondamment la foi, le discours, la science, la sollicitude et la charité; au contraire, xn, 20. il craint de les trouver, à son arrivée, en proie à bien des vices; c) enfin, ix. 15, parait être la conclusion d’une Épilre, et x, 1, le com­ mencement d’une autre. Mais ces raisons ne sont pas concluantes : a) la tradition ignore absolument celte hypothèse; b) le contraste entre les deux parlies s’explique par la diversité des lecteurs visés par saint Paul : dans la première partie, l’auteur s’adresse aux fidèles de Corinlhe qui lui sont restés fidèles; dans la seconde, au contraire, il prend à partie ses adversaires; c) d’ailleurs, après sa violente sortie contre ses adver­ saires, Paul reprend, xm, 11-13, le ton de calme et de douceur de la première partie, ce qui prouve que les chapitres x-xm sont partie intégrante de l’Épitre. Cf. Jacquier, op. cit., p. 143-145, et pour plus de détail, A. Jülicher, op. cil., p. 63-67. iv. authenticité. — 1» La tradition patristique. — On pourrait voir des allusions à la II' Épitre aux Co­ rinthiens dans certains passages des écrits des Pérrs apostoliques : /» Clementis, xm, I, et II Cor., x, 17, Funk, Patres aposlolici, 2' édit.. Tubingue, 1901, t. i, p. 116; S. Polycarpe, Ad Philip., n, 2, et II Cor., iv, 14; iv, 1, et II Cor., vi, 7, Funk, p. 298, 300; Épitre à Diognète, v, 13, et II Cor., vi, 10, Funk, p. 398. Les Pères qui viennent immédiatement après sont plus explicites. Cf. S. Innée, Cont. hier., IV. xxvm, 3, P. G., t. vu, col. 1063, et II Cor., n. 15-16; ibid., col. 1064, et II Cor., iv, 4; Terlullien, /Idr. Marcion., v, 12, P. L., t. n, col. 501-502; Clément d’Alexandrie, Slroni., iv, 16. P. G., t. vm, 1305. Marcion avait inséré cette lettre dans son Aposlolicon. Cf. Zahn, Geschichte des N. T. Kanons, t. n. p. 513-515. Elle se trouve enfin dans les anciennes versions latines, dans la Peschito, et le canon de Muratori en fait mention. — 2° Sa liaison avec la 1’· Épilre. — Les deux Epitres aux Corinthiens ont entre elles comme un rapport de cause à effet, dans ce sens que la II' semble être la suite naturelle de la Jr“. Donnons quelques exemples : I Cor., xvi, 5, saint Paul annonce aux Corinthiens qu’il les visitera, lorsqu’il passera par la Macédoine, et II Cor., n, 3. il annonce aussi sa venue, et IX, 2, il est en Macé­ doine ; 1 Cor., v, 5-6, il excommunie l’incestueux, et 11 Cor., n, 6-8, il invoque pour lui le pardon; I Cor., xvi, 1, il indique la manière de faire la collecte, et II Cor., vm, l, 2, 5, 7, 11, il constate qu’elle a été faite. — 3» Rap­ ports avec les Actes. — Cf. Act., tx, 23. 25, et II Cor., xi, 31-33; Act., xix, 23-40, et II Cor., I, 3-10; Act., xxm, 5, et Cor., i, 19. —4» La langue. — L’Épitre con­ tient 92 άπαξ λεγομένα, et quelques expressions nou­ velles, mais elle contient aussi des expressions que saint Paul a employées le premier, et qui se trouvent aussi dans les autres Epitres : άναζαινόω, tv, 16, et Col., m, 10; αντιμισθία, VI, 13, et Rom., I, 27; δυνάτεω, tx. 8; xm, 3, et Roin., xiv, 4; προεπαγγέλλοι, IX, 5. et Rom., I, 2; ύπερπερισσεύω, vil, 4, et Rom., v, £0; χάρισμα, 1, 11, et Rom., I, 11 ; XII, 6; ψευδάδελφο;, XI, 26, et Gai., II. 4; on y trouve aussi les figures habi­ tuelles du style de saint Paul : l’anacoluthe, 1, 7; vu, 5; ix, 1013; la paronomase, m, 2; iv, 8; v, 4; vm. 22; l’oxymoron, vi, 9, 10. 14; vm, 2; xn, 5, 9, 10; le paral­ lélisme, vu. 4-5: χιιι. 4; l’euphémisme, vu, 11; l’asindète, vm, 23; x, 16; xi, 20; la construction prégnante, x, 5; xi, 3; l’ironie, xi, 16; xn, 13. Cf. Jacquier, op. < ., p. 165-166. v. analyse. — Le prologue, i, 1-11, mis à part. l’Épitre peut se diviser en trois parties : Ie Apologie III. - 59 1859 CORINTHIENS (SECONDE ÉPITRE AUX) de l'apôtre, i, 12-vii, 16. — Saint Paul commence par se défendre contre les accusations portées contre lui et explique en même temps sa manière d'agir à l’égard des Corinthiens, 1, 12-11, 17 ; il répond ensuite aux re­ proches d'orgueil qu'on lui adressait et s'efforce de jus­ tifier son ministère, Ul, 1-18; il explique de quelle manière il a rempli son ministère, et montre où se trouve le secret de sa puissance et de sa faiblesse, iv, 1-v, 21 ; il insiste sur le dévouement avec lequel il remplit son ministère, vi, 1-13, et exhorte ses lecteurs à n'avoir rien de commun avec les infidèles, 14-18; il termine enfin par quelques explications tendant à jus­ tifier sa conduite, vu, 1-16. — 2° La collecte, vm, 1-ix, 15__ 11 exhorte les Corinthiens à donner avec largesse pour les pauvres de Jérusalem, vm, 1-15, et recommande à leur bienveillance les envoyés chargés de recueillir les offrandes, 16-24; il développe les raisons qui doivent les porter à se montrer généreux pour leurs frères de Jérusalem, IX, 1-15. — 3° Défense de son autorité apostolique, x, 1-Xlll, 10. — Il menace les Corinthiens d'employer à leur égard les armes spi­ rituelles, X, 1-6, et se défend de s’èlre glorifié, x, 7-18; il parle de la charité qu’il a pour ses adversaires, xi, 1-15, et énumère rapidement tous les travaux qu’il a entrepris et toutes les souffrances qu'il a endurées pour le Christ, 16-33; il passe en revue les faveurs qu'il a reçues de Dieu, xn, 1-21; il exhorte les Corinthiens à revenir au devoir et à ne pas l'obliger à employer à leur égard la sévérité, xur, 1-10. L’Épitre se termine par un épilogue, où l’on retrouve les sentiments ordinaires de Paul, 11-13. 48GO un membre du corps mystique de Jésus-Christ. Et comme le baptême comporte la réception du Saint-Esprit, l’apôtre ajoute que Dieu, en nous marquant du sceau baptismal, nous donne les arrhes du Saint-Esprit. Écoulons le beau commentaire de saint Jean Chrysos­ tome, ibid., n. 2, col. 417-418 : « Ainsi, par le baptême, toi aussi tu deviens roi, prêtre et prophète ; roi, parce que tu as jeté par terre toutes les mauvaises actions et tu as égorgé les péchés; prêtre, parce que tu t’es offert toi-meme a Dieu, tu as immolé ton corps, et es toi-même immolé...; prophète, parce que tu apprends les choses futures, tu es divinement inspiré et marqué d’un sceau. De même que l’on imprime un sceau aux soldais, ainsi le Saint-Esprit est imposé aux fidèles, et si lu abandonnes ton poste, tu seras en vue à tout le monde. Les Juifs avaient poursceau la circoncision ; mais nous nousavons [pour sceau] les arrhes de l’Esprit. » Οΰτω καί où γίνη βασιλεύς, καί ίερεύς, καί προφήτης έν τω λουτρώ-βασιλεύς μέν, πάσας χαμαί ριψας τάς πονηρός πράξεις, καί τάάμαρτήματα κατασφάξας- ίερεύς δέ, εαυτόν προσενεγκών τώ Θεώ καί καταΟύσας τό σώμα, και σφραγείς και αυτός...προφήτης δέ τα μέλλοντα μανΟάνων, και ενΟους γινόμε­ νος καί σφραγισάμενος. Κατάπερ γάρ στρατιώταις σφραγίς, οΰτω καί τοίς πιστοί; τό Πνεύμα έπιτίθεται- καν λειποτακτήσης, κατάδηλος γίνη πάσιν. ’Ιουδαίοι μέν γάρ είχον σφραγίδα τήν περιτομήν, ημείς δετόν αρραβώνα τού Ιΐνεύματος. Ht. LA TRANSFORMATION, in, 18. — La première partie de ce verset s’oppose à ce qui vient d’être dit. En voile cachait aux Juifs la Mie de Jahvéh. 11 n’en est pas ainsi du baptisé : celui-ci,le visaga découvert, contemple dans un miroir la gloire du Seigneur. Quelle est cette R. Cornely, Introductio specialis in singulos N. T. libros, image dans laquelle il est transformé?Saint Jean Chry­ Paris, 1880, p. 447-458; Jacquier, Histoire des livres du N. T., sostome, ibid., homil. vu, n. 5, col. 448, répond : Paris, 1903. p. 139-109; J. Belser, Einleitung in dos N. T., Fri« Lorsque nous avons été baptisés, l'àme, purifiée par bourgen-Brisgau, 1901, p. 489-507 ; A. Sabatier, L’apôtre Paul, 3* édit., Paris, 1896, p. 162-185; A. Jülicher, Einleitung in dus l’Esprit, devient plus brillante que le soleil; et non seu­ N. T.. 3' et 4'édit., Tubinguo et Leipzig, 1901, p. 67-79; F. Go­ lement nous contemplons la gloire de Dieu, mais nous det, Introduction au N. T.. Neuchâtel. 1893, t. 1, p. 364-403; en puisons quelques rayons. » Όμού τε γάρ βαπτιζόμεόα Th. Zahn, Einleitung in das .V. 7’., 2- édit., Leipzig, 1900, t. i, καί ύπέρ τον ήλιον η ψυχή λάμπει, τώ ΙΙνεύματι καύαιροp. 219 250: Me Le Camus, L’œuvre des apôtres, Paris, 1905, μένη- καί ού μόνον όρώμεν είς τήν δόξαν τού Θεού, άλλά t. ut, p. 228-303. καί έκείΟεν δεχόμεΟά τινα αί'γλην. II. Théologie. — La Π* Épitre aux Corinthiens n’est IV. la résurrection, tv. 14. — Ce verset affirme le pasaussi riche en enseignements théologiques que la 1". fait de la résurrection, et en indique la cause : Dieu, Recueillons les principaux éléments doctrinaux. qui a ressuscité Jésus-Christ, nous ressuscitera et nous I. christologie. — Saint Paul enseigne formellement fera paraître en sa présence. la divinité de Jésus-Christ : 1,3, Dieu est père de Notrev. la gloire éternelle, iv, 17; v, 1-4. — Le premier Seigneur Jésus-Christ, πατήρ τού χυρίου ήμών Ιησού de ces textes nous apprend que nos légères afflictions Χριστού; χι, 31, contient la même affirmation et dans du moment présent produisent, pour nous, au delà de les mêmes termes : 'O θεός καί πατήρ τού κυρίου ήμών toute mesure un « poids éternel de gloire », αιώνιον Ιησού Χριστού. Jésus-Christ, en tant que Fils de Dieu βάρος δόξης. D’après saint Paul, il existe donc un lien Je Père, lui est donc consubstantiel, 1, 19. L’apôtre de causalité entre les épreuves de la vie présente et la renverse les rapports et enseigne que Jésus-Christ est le récompense future. Commentant le terme « poids », Filsde Dieu: Ό γάρ τού θεού υιό; ’Ιησούς Χριστός,iv,4; saint Thomas, ibid., c. iv, 17, lect. v. s’exprime ainsi : le Christ est l'image de Dieu : δς έστιν είκών τοΰ Θεού. Et dicil « pondus » propter duo. Pondus enini inclinai, II. L'ONCTION ET LA SIC,ILLATION, I, 21-22; V, 5. — et trahit ad motum suum quæ subsunt sibi. Sic gloria Dans ces passages, saint Paul déclare que Dieu nous alterna erit tanta, quod lotum hominem faciet glo­ affermit pour le Christ, ό δέ βεβαιών... εις Χριστόν, qu'il riosum, et in anima et in corpore : nihil erit in ho­ nous a oints, και χρίσας ήμάς, qu'il nous a marqués d'un mine, quod non sequatur impetum gloria.·. Vel dicitur sceau, ό καί σφραγισάμενος ήμάς, et qu’il a mis dans nos « pondus » propter pretiositatem, nam pretiosa solum cœurs les arrhes de l’Esprit, και δούς τον αρραβώνα τού ponderari consueverunt. Au verset 18, saint Paul donne πνεύματος έν ται; καρδίαις ήμών. Quel est le sens de ces la raison de cette récompense en disant que les chré­ expressions? Saint Jean Chrysostome dit, Jn 11 ad Cor., tiens regardent, non point aux choses visibles, mais homil. Ill, n. 4. P. G., t. lxi, col. 411, que Dieu nous aux choses invisibles; car les choses visibles sont pas­ affermit pour le Christ, parce qu’il ne permet pas que sagères et les choses invisibles éternelles. « Quoi pie, nous défaillions de la foi dans le Christ : ό [Θεός] μή dit saint Jean Chrysostome, ibid., homil. tx, n.2, col.462. έών ήμάς πατασαί£ ίεσόαι έκ τής πίστεως τής εις τον Χρισ­ le présent soit doux, il n’est cependant pas éternel; τόν. Saint Thomas, In Ρα ad Cor., c. 1, 21, lect. v, mais sa douleur est éternelle et impardonnable. » El dit que Dieu nous affermit in rera prædicalione Christi, γάρ καί τό παρόν ήδυ άλλ' ού διηνεκές- τό μέντοι οδυνηρόν ...ex quo [C/irislus] est nobiscum et nos sumus in ' αυτού, διηνεκές καί άσύγγνωστον. — V, 1, est une com­ Christo, non mentimur. Les autres expressions font paraison sensible : le corps est comme la demeure, la très vraisemblablement allusion au baptême. Par la tente, οικία τού σκήνου, de l’âme. Homo enim, dit saint réception du baptême le chrétien est comme marqué Thomas, ibid., c. v, 1, lect. I, ut dictum est, dicitur d’un sceau, qui le distingue des non-baptisés et en lait mens, ami sit principalius in homine, quæ quidem 1861 CORINTHIENS (SECONDE ÊP1TRE AUX) mens se habet ad corpus sicut homo ail domum. Sicut enim destructa domo, non destruitur homo eam inha­ bitans, sed manet; sic destructo corpore, non destrui­ tur mens seu anima rationalis, sed manet. La demeure qui est l’ouvrage de Dieu, οικοδομήν is. Θεού, la maison éternelle qui n'est pas faite de main d'homme, et qui est dans les cieux, οικίαν αχειροποίητον, αιώνιον έν τοϊς ούρανοϊς, n’est autre que la gloire éternelle, ou le corps glorifié : Ædi/icium, dit saint Thomas, ibid., dico, « domum non manufactam, » id est non opere hominis, nec opere naturae, sed corpus incorruptibile quod as­ sumemus; quod quidem non est manufaclum, quia incorruptibilitas in corporibus nostris provenit solum ex operatione divina. Le verset 2 exprime le désir que l'on a d’étre revêtu du domicile céleste. « Quel domi­ cile, se demande saint .lean Chrysostome, ibid., hornil. x, n. 1, col. 467. Le corps incorruptible, τό σώμα το άφθαρτον..., il l’appelle céleste â causede son incorruptibilité, » έξ οϋρανου δέ αυτό φησί δια τό άφθαρτο?. Le verset 3 : « Si du moins nous sommes trouvés vêtus et non pas nus, » est assez obscur. Saint .Jean Chrysostome, ibid., propose deux interprétations, dont il préfère la seconde : « Si nous déposons le corps, nous ne nous présenterons pas là sans le corps, mais nous nous présenterons avec un corps incorruptible... Pour que tous ne se confient pas en la résurrection, il [saint Paul| dit : « Si du « moins nous sommes trouvés vêtus, » c’est-à-dire si nous avons l’incorruptibilité et un corps incorruptible; « et « que nous ne soyons pas trouvés nus, » de gloire et de sûreté. » Kîv άποθώμεθα τό σώμα, ού χωρίς σώματος έχει παρασθησόμεθα, αλλά και μετά τοΰ αύτοϋ άθάρτου γενομένου... "Ινα γάρ μη άηα τής άναστάσεως πάντες θαρρώσι, φησιν. Εί" γε καί ένδυσάμενο" τουτέστιν, αφθαρ­ σίαν χαί σώμα άφθαρτον λαβόντες οΰ γυμνο’ι εύρεθησόμεθα, δόξης καί ασφαλείας. C’est aussi au même Père qu’il faut demander l’explication du verset 4 : « Je ne dis pas que nous gémissons, à cause de la déposition du corps... mais parce que nous [aspirons] à le revêtir d'incorruptibilité. Ce qui fait que nous sommes accablés par le corps, ce n’est pas parce que nous avons un corps, mais parce que ce corps est corruptible et pas­ sible; c’est ce qui nous afllige ; lorsque la vie vient, elle détruit la corruption, mais non le corps. » Ούδέ έγώ τούτο λέγω, φησιν ότι διά τούτο στενάζομεν, "να αύτο άπο­ θώμεθα... άλλ’ ΐνα έπενδυσώμεθα αύτω τήν αφθαρσίαν. Και γάρ τοϋτό έστιν, ώ τό σώμα βαρυνόμεθα, ούχ ότι σώμα, άλλ’οτι Οαρτόν περικείμεθα σώμα καί παθήτον τούτο γάρ ήμϊν χαΐ τήν λύπην παρέχει" άλλα αναλίσκει καί δαπανά την θοράν ή ζωή παραγινομένη, τήν φθοράν, ού τό σώμα. Ibid., n. 2, col. 468. νι. le JUGEMENT dernier,N,W. — Tous les hommes sont appelés à comparaître devant le tribunal du Christ. Chacun recevra la récompense ou le châtiment pour les actions bonnes ou mauvaises qu’il aura faites par le corps, δια τού σώματος. Ce verset enseigne donc que le Christ sera le juge, έμπροσθεν τού βήματος τού Χριστού, et que l’âme et le corps seront également récompensés ou punis selon le bien ou le mal, είτε αγαθόν είτε κακόν, qu’ils auront faits dans la vie pré­ sente. Vil. JÉSUS-CURIST EST mort pour tous les hommes, v, 1-4-15. — Saint Paul affirme deux fois ce fait : 14 b, « si un seul est mort pour tous, » εί εις ύπέρ πάντων άπέθανεν, 15α. « Et il est mort pour tous, » και ύπέρ πάντων άπέθανεν. C’est là une vérité de foi définie dans le canon 4 du concile de Quiercy (849) contre Gottescalc. Cf. Benzinger, Enchiridion, 6« édit-, p. 97. La tin du verset 14 : « tous sonls morts » ne peut se rap­ porter qu’au péché originel. On voit ainsi l'enchaînernenl des idées de saint Paul. Jésus-Christ n'est mort pour tous les hommes que parce que tous les hommes étaient morts à la vie de la grâce; si tous les hommes notaient pas morts, Jésus-Christ ne serait pas mort 1862 pour tous : l’universalité de la mort des hommes est la condition de l'application universelle de la mort de Jésus-Christ; puisque le mal était général, le remède devait l’être aussi. Mais si la mort de Jésus-Christ a été occasionnée par le péché de l’homme, elle a aussi, d’après saint Paul, un but : c’est que ceux qui vivent, ne vivent plus pour eux-mêmes, mais pour celui qui est mort et ressuscité, c’est-à-dire pour Jésus-Christ. Totam vitam suam, dit saint Thomas, ibid., c. v, 15, led. in, ordinet ad servilium et honorem Christi... Et horum ratio est, quia unusquisque operans sumit regulam operis sui a /ine. Unde si Christus est finis vilæ nostrie, vitam nostram debemus regulare non secundum voluntatem nostram, sed secundum volun­ tatem Christi. vm. la rénovation intérieure,n, 17. — L’apôtre continue son argumentation et tire, pour ainsi dire, une conclusion : « Si quelqu’un [est) dans le Christ, [il est] une nouvelle créature, » εϊ τις έν Χριστώ, καινή κτίσις. « Les choses anciennes sont passées, τα αρχαία παρήλθεν, toutes choses sont devenues nouvelles, » γέγονεν καινά τά πάντα, «t Si quelqu’un, dit saint Jean Chrysostome, ibid., hornil. xi, n. 2, col. 475, croit en lui [au Christ], il entre dans une autre formation; car il a été engendré d’en haut par l’Esprit. » Εί τις έπίστευσεν αύτώ, φησιν, εις έτέραν ήλθε δημιουργίαν" και γάρ άνωθεν έγεννήθη διά Πνεύματος. Par cela même, que celui qui est dans le Christ, est une nouvelle créature, il s’est dépouillé de tout ce qui était en lui,et a comme revêtu une nouvelle nature. Cf. tv, 16. IX. LA RÉCONCILIA I ION PAR JÉSUS-CERIST, V, 18-19. — La cause principale de la réconciliation est Dieu ; Jésus-Christ est la cause médiatrice, διά ’Ιησού Χριστού. Dieu le Père s’est réconcilié le monde, dit saint Tho­ mas, ibid., c. v, 18, lect. v, per incarnatum Verbum Homines enim erant inimici Dei propter peccatum ; Christus autem hanc inimicitiam abstulit de medio, satisfaciens pro peccato, et fecit concordiam. Dieu était dans le Christ, ήν έν Χριστώ, se réconciliant le monde; l’expression : έν Χριστώ a, pour saint Jean Chrysostome, le même sens que ."διά τού Χριστού. Dieu se réconciliait le monde,en n’imputantpas aux hommes leurs offenses, id est, dit saint Thomas, ibid., }. 19, non habens in memoria illorum delicta tam actualia quam originalia ad puniendum, pro quibus Christus plene satisfecit. Et secundum hoc dicitur nos recon­ ciliasse sibi, in quantum non imputat delicia noslra nobis. Le verset 21 complete cette considération : pour nous justifier devant Dieu, il [Dieu] a fait péché pour nous celui [Jésus-Christ] qui n'a point connu le péché : Τον [Χριστόν) μή γνόντα αμαρτίαν, ύπέρ ήμών αμαρτίαν έποίησεν [ό Θεός], c’est-à-dire, observe saint Jean Chry­ sostome, ibid., n. 3, col. 478, il [Dieu] permit qu'il fût condamné comme un pécheur, et qu'il mourût comme un maudit, ώς αμαρτωλόν κατακριθήναι άφήκεν, ώς έπικατάρατον άποθανεΐν. x. LA TRINITÉ, χιιι, 13. — Cette doxologie contient l'affirmation du dogme trinitaire. Démarquons l'attri­ bution des dons, qui n’est pas toujours la même dans les Épitres de saint Paul : la grâce appartient à JésusChrist, la charité à Dieu [le Père] et la communica­ tion au Saint-Esprit. Saint Jean Chrysostome, apres avoir comparé ce passage à d’autres, ibid., hornil. xxx, n. 2, col. 678, fait la réflexion suivante : « Ainsi les choses de la Trinité sont indivises; là où se trouve la communication de l’Esprit, on la trouve aussi [appar­ tenant] au Fils; et là où est la grâce du Fils, [elle est aussi au Père et au Saint-Esprit. » Ούτω τά τής Τριάδας αδιαίρετα" καί ού τού Ιΐνεύματός έστι ή κοινωνία, ζ'.ζ:.χαι τού Πού" καί ού τού Γίοϋ έστιν ή χάρις, κα; τού Ιίατρ’ος και τοΰ άγιου Πνεύματος. S. Jean Chrysostome, In 11“ ad Cor. hom., P. G.. I. Lxr. col. 381-1610; S.CyriUed'Alexandrie,Fragmenta, P. G.,t. lxxî- 1863 CORINTHIENS (SECONDE EP1TRE AUX) — CORNEJO DE PEDROSA col. 915-951 ; Théodoret. Interpretatio. P G., t. lxxxii, col.376460; Œcuménius, Comment., P. G., t. cxvill, col. 909-1088: ’Vhéophylacte, Explanatio, P. G.,t. cxxiv, col. 795-952; Ambrosiaster, Comment., P. L., t. XXX, col. 771-806: Primasius d'Adrumëte, Comment., P. L., t. i.xvin, col. 553-584: Sedulius Scotus, Collect., P. L., t. Cl*l, col. 161-184; Walafrid Slrubon, Glossa ordin., P. L., t. cxiv, col. 551-570; Haymon d’Alberstadt. Expositio, P. L·., t. cxvii, col. 605-668: Hugues de SaintVictor, Quxst. el drcis., P. L., t. clxxv, col. 543-553; Hervée de Bourges. Comment., P. L., t. ci.xxxi, col. 1001-1126: Pierre Lombard. Collect., P. L., t. cxcii, col.9-94: S. Thomas d’Aquin, Comment., Paris, 1880; Cajetun, J.itéra lis exposil.^ Borne; 1529; Salmeron, Comment., Cologne, 1614, t. xiv; B. Justiniani, Explanat., Lyon, 1612; Estius, Comment.. Douai. 1614; Cor­ neille de la Pierre, Comment., Anvers, 1614; B. de Picquigny, Triplex expositio, Paris, 1703; Noël Alexandre. Comment, literalis, Naples, 1741; dom Calmet, Commentaire, Paris. 1707; Maier. Commentar über den zweiten Brief an die Corinther, Fribourg-en-Brisgau, 1865; Maunoury, Commentaire sur les deux Epitres de saint Paul aux Corinthiens, Paris, 1880; R. Comely, Comment. iwEpist. ad Corinthios alteram, Paris, 1892 ; Schneedorfer. Der zweite Brief Pauli an die Korinther, Munster, 1907; .1. G. Fr. Leun, Pauli ad Curint. epistola se­ cunda græce perp, annot. illustrata, Lemgo, 1805; E. A. G. Krause. Animadversiones in IP" Epistolam ad Cor., Kœnigsberg, 1818; Chr. Emmerling, Epistola Pauli ad Cor. posterior, Leipzig. 1823; L. J. Rückert, Der zweite Brief Pauli an die Korinther. Leipzig, 1837; E. Osiander, Commentar über den zweiten Brief Pauli an die Korinther, Stuttgart, 1858; A. Klopper, Commentar über das zweite Sendschreiben des Ap. Paulus an die Gemeinde zu Korinth, Berlin. 1874; G. Heinrici, Das zweite Sendschreiben des Ap. Paulus an die Korinther, Berlin. 1887 ; ld., Der zweite Brief an die Korin­ ther, 8· édit., Gœttingue, 1900: Plumptre, Commentary on Se­ cond Corinthians, Londres, 1881 ; Waite, Speaker's Commen­ tary on second Epistle to the Corinthians, Londres. 1881 ; Farrar, Pulpit Commentary on second Epistle to the Corin­ thians, Londres, 1883 : A. Beet, Commentary on the Epistles to the Corinthians, Londres, 1885; Reinecke, Der zweite Brief Pauli an die Korinther, Leipzig, 1886; Bousset, Der zweite Brief an die Korinther, dans Die Schriften des N. T., 2* édit., Gœttingue, 1907, t. n, p. 161-217. Cf. Dictionnaire de la Bible, t. n, col. 995-1005. V. Ermoni. CORNEILLE, pape, successeur de Fabien, élu en avril 251, mort en juin 253. A la mort du pape Fabien, martyrisé au commence­ ment de la persécution de Déce (20 janvier 250), le siège romain demeura vacant pendant seize mois. Durant une si longue vacance,tes prêtres de Rome qui avaient gouverné collectivement l’Église romaine s’étaient acquis une certaine notoriété, particulièrement le prêtre Novatien, auteur de plusieurs ouvrages et qui avait rédigé plusieurs des lettres que le clergé de Rome adressait aux Églises du dehors. Il était un candidat désigné pour le saint-siège, lorsque la lin de la persé­ cution permit d'élire un pape. Cependant les suffrages se portèrent en majorité sur le prêtre Corneille (avril 251). Novatien, élu par une minorité, se lit sacrer par trois évêques italiens qu'il avait mandés à Rome et expédia des lettres aux Eglises pour se faire reconnaître. Mani­ festement le bon droit était du côté de Corneille qui fut reconnu par Denys d'Alexandrie, par Cyprien de Car­ thage et par l'ensemble de l'Église. Ea lettre de Cor­ neille à Fabien d’Antioche, conservée par Eusèbe, est une des sources précieuses de cette histoire. Il y avait, à la source du schisme de Novatien, autre chose qu'une vulgaire déception d’ambitieux. Les deux rivaux ditli raient d'avis sur le traitement qu'il conve­ nait d'appliquer aux chrétiens qui avaient renoncé à la foi pendant la persécution. Le rigorisme de Novatien n'acceptait point les lapsi à la réconciliation avec l'Église, laquelle ne devait compter que des purs (en grec cathares). C’était, en somme, une reprise de la querelle plus générale qui avait agité les pontificats de Zéphirin (198-217) et de Calliste 217-222) au sujet de la réconciliation avec l'Église ou de l'exclusion perpétuelle des grands pécheurs. Les évêques d'Urient étaient en­ 1864 clins à la sévérité envers les chrétiens qui avaient suc­ combé dans la persécution et disposés à prêter l’oreille aux suggestions des novatiens. Tels étaient Méruzanes d'Arménie, Thélymidrès, évêque de Laodicée, Fabien d'Antioche, le plus notable de tous, auquel Denys d'Alexandrie écrivit en faveur du pape Corneille. Eusèbe nous a conservé une analyse de la lettre qu'il écrivit également à Novatien pour l’exhorter à la démission. Mais ce fut surtout Carthage qui fut troublée par l’affaire des lapsi, chrétiens tièdes qui avaient renoncé, sans grande lutte et seulement en apparence, à leur foi et qui redemandaient la communion de l'Eglise aussitôt le danger passé. Ils mettaient même en jeu d'une façon peu discrète l'intervention des confesseurs de la foi qui. au lieu de recommander simplement les coupables à l'indulgence de l'évêque, semblaient vou­ loir d'autorité réconcilier ces pécheurs avec l'Eglise. Saint Cyprien manœuvrait entre les deux écueils de l'indulgence excessive et du rigorisme désespérant. Il avait noué une correspondance très suivie avec le pape Corneille, qu'il avait reconnu après avoir reçu de la députation de l’Église romaine les éclaircissements néces­ saires sur la double élection au siège de Rome. Toute cette correspondance témoigne des sentiments person­ nels de confiance et d’amitié des deux évêques; elle offre aussi les documents les moins suspects sur la prééminence de l’Église romaine, et sur la nature el le mode des rapports qu'entretenaient les Eglises. Saint Cyprien à son tour eut affaire à un petit schisme local suscité par le diacre Felicissimus à propos des mesures qu’il avait prises à l’égard des lapsi, et il eut à deman­ der l’appui et la reconnaissance de l’évêque Corneille. De la lettre du pape Corneille à Fabien d'Antioche, à retenir ce renseignement statistique que l’Église ro­ maine comptait alorsquarante-six prêtres, sept diacres, sept sous-diacres, quarante-deux acolytes, et cinquantedeux exorcistes, lecteurs ou portiers. Exilé à Centumcellæ (Civitavecchia) en 252, le pape Corneille y mourut martyr en 253. Sa mort eut lieu au mois de juin ; mais la translation de ses restes à Rome eut lieu très vraisemblablement un 14 septembre, date de la mort de saint Cyprien, dont la mémoire demeura unie à celle de Corneille dans une fête commune. La date du 14 septembre fut ainsi accréditée par les mar­ tyrologes comme celle de la mort de Corneille. Le pape fut enterré dans une crypte voisine du cimetière de Calliste. Son épitaphe n'est pas rédigée en grec comme celle des papes du lit' siècle. Elle porte les mots : Cornélius martyr. E. P. Son successeur fut le pape Lucius. Jaffé, Regesta pontificum romanorum, 2· édit., 1885. t. i, p. 243; Duchesne, Liber pontificalis, 1886, t. I, p. 150; Eusèbe, H. E., 1. VI, c. xliii, xi.v; S. Jérôme, De «iris illustribus, 67; Acta sanctorum, t. iv septembres, p. 143 sq.; Lettres de saint Cyprien, édit. Hartel, spécialement epist. xi.iv, XLV, X1.VHI, XI.1X, i.v, lviii, i.tx, i.xi, i.xvn, Lxvui; Passio S. Cor­ nelii papæ, dans Catalogus cod. hagiogr. bibl. reg. Bruajell., 1886, t. I. p. 80. H. Remuer. CORNEJO DE PEDROSA pierre, carme espa­ gnol que le Dictionnaire des dictionnaires, de Paul Guérin, t. ni, p. 396, confond à tort avec son homo­ nyme et contemporain qui écrivit sur la Ligue, naquit à Salamanque en 1566. Il conquit le grade de maître en théologie dans une circonstance mémorable. Phi­ lippe III d'Espagne étant de passage à Salamanque, le corps professoral de la célèbre université de celte ville lui proposa d'assister à la soutenance d'une thèse; choisi pour cet honneur périlleux, le P. Cornejo dé­ fendit sa thèse avec un incomparable éclat. Devenu plus tard professeur à cette université, il acquit promp­ tement une grande autorité : les hommes les plus doctes, les princes, le roi Philippe recouraient yolou- 1865 CORNEJO DE PEDROSA tiers à ses lumières dans leurs afi'aires les plus im­ portantes. Le pape Paul V, qui l'avait en la plus haute estime et qui l'appelait vere dignus Ecclesiæ Dei do­ ctor, voulut à diverses reprises l’élever aux honneurs de l'épiscopal, mais l'humble religieux réussit chaque fois à les éviter, trouvant son bonheur, disait-il, dans la pauvreté évangélique. Son couvent édita ses écrits qu'une mort prématurée, arrivée le 31 mars 1618, ne lui permit pas de publier. '2 in-fol., Pintia, 1628, 1629. Le I. i. dédié à Philippe IV, comprend les traités De scientia Dei; De prædesl hiatione ; De Trinitate ; De voluntario et involuntario ; De actibus humanis; De bonitate et malilia; De conscientia. Le t. n traite De incarnatione; De scientia Christi; De. conceptione U. Γ. Mariæ; De sacratissima eucharistia; De censu­ ris; De matrimonio, Une 2' édition de cet ouvrage a paru à Bamberg, 1671. Cosme de Villiers. Bibliotheca carmelitana, Orléans, -1752, t n. col. 566: Moréri. Grand dictionnaire historique, Paris. 1712. t. n. p. 460; Le Mire, Bibliotheca ecclesiastica sæculi xvn, Anvers, 1639, p. 202. P. Servais. CORNOLDI Jean-Marie, jésuite italien, naquit à CORONEL I860 logie de la raison humaine ». Philosophie scolastique, trad, franç., p. 16. Hui ler, Nomenclator, t. m. col. 1215: Civillà cattolica, sé­ rie xv, t. i, p. 318; Sommervogel, Bibliothèque delà C· d Jésus, t. ix, col. 114. H. Dutouquet. CORONA Matthias est le nom latinisé dont signa son grand ouvrage un carme, d'une famille originaire de VVestphalie, né à Liège en 1598 et entré en religion en 1614. Le P. Matthias avait été reçu docteur de théo­ logie en Sorbonne ; il fut pendant de longues années prieur â Liège de son couvent, qu’il avait reconstruit, et il exerça la charge de commissaire dans la province belge. On le représente comme très zélé pour la régu­ larité de l’observance dans les communautés de sa fa­ mille religieuse, et l'ouvrage qu’il composa, sans arriver à l'imprimer en entier, reste comme témoin de sa pro­ fonde science théologique. Le P. Matthias mourut à Liège le 18 février 1676. Outre une vie de saint Albert éditée en français, il est auteur d'une véritable encyclo­ pédie théologique, en 12 in-fol., sous ce litre assez bi­ zarre : Sanctitas Ecclesiæ Romanæ in S. Elia pro­ pheta, carmelitarum protoparenle figurata, seu expositio litteralis, mystica et moralis sparsim a c. xvii libri III Regum usque ad c. xn; libri IV Regum inclusive, sanctitatem Ecclesiæ Romanæ de­ lineans. Le Ier volume parut à Liège en 1663 et le vit', imprimé après sa mort, fut édité en 1677. Les autres sont restés manuscrits. On trouve difficilement cet ou­ vrage complet qui traite : De existenlia, signis, origine, propagatione Ecclesiæ romanæ, Liège, 1663, t. t; De Ecclesia romana et ejus primatu ubique recepto, 1664, t. it : De S. Petri et successorum eius potestate spiri­ tuali et infallibili in rebus fidei, morum et regimine Ecclesiæ, 1668, t. m; De dignitate et potestate spiri­ tuali episcoporum, 1671, t. tv; De potestate judiciali episcoi orum et jure militari præsulum juridiclionem temporalem habentium, 1673, t. v; De missionibus aposlolicis seu de utilitate sacrarum missionum, vir­ tutibus, privilegiis, officio et potestate missionariorum, 1675, t. vi; Tractatus posthumus de potestate et digni­ tate S. R. E. cardinalium, nuntiorum, legatorum apostolicorum et inquisitorum fidei, cum auctario ad E. R. sanctitatem confirmandam, 1677, t. vu. Ce volume fut édité par le P. Timothée de la Purification, auquel l'auteur avait laissé ses manuscrits. Les autres volumes devaient traiter : Quomodo E. R. sil sancta : a princi­ pibus christianis ; a populo fideli ; quia sanctitatem Dei propugnat ; quia sanctitatem Dei defendit ; quia sep­ tem sacramenta sustinet. Venise, le 29 septembre 1822, entra au noviciat le 8 août 1840, et enseigna la philosophie à Modéne. à Feldkirch, à Padoue, à Vérone et à Fagnano. Il se dé­ voua avec une extrême ardeur à défendre la doctrine de saint Thomas et à propager le mouvement de retour à la philosophie scolastique, dont Liberatore, Kleutgen et Sanseverino avaient donné le signal et l’exemple. En vue de promouvoir ces idées, il fonda à Bologne, le 9 mars 1874, avec Travaglini, l’académie philosophieomédicale de saint Thomas, dirigea la revue : La scienza italiana, qui, à partir de 1876, en fut l'organe et s’unit en 1891 à la Scuola cattolica, de Milan. C'est encore lui qui à Rome eut l’initiative de la fondation de l’aca­ démie de saint Thomas et de son organe périodique L'Accademia romana di S. Tommaso, En 1880, il fut attaché officiellement à la rédaction de la Civillà caltolica, à laquelle il collaborait déjà depuis plusieurs années et qu'il dirigea durant trois ans. Il mourut à Rome, le 18 janvier 1892. Il a laissé des ouvrages im­ portants et de nombreux articles dans les revues qu’il avait fondées ou dirigées. Les principaux sont: en 1854, une brochure sur les systèmes mécanique et dyna­ mique; en IS68, il s'efforça de prouver, avec beaucoup d'ingéniosité, que saintThomas n'avait point nié l’imma­ culée conception de .Marie, et sa dissertation fut insé­ rée dans le t. xxv de l’édition de Parme des Œuvres de saint Thomas, 1873; en 1871, il réédita le Thesau­ rus philosophorum de Reeb. Son œuvre capitale fut Cosme de Villiers, Bibliotheca carmelitana, Orléans, 1752, t. π. col. 408: Foppens, Bibliotheca belgica, Bruxelles, 1739. les Lezioni di filoso/ia, Florence, 1872, qui, dans t. n, p. 872; Hurter, Nomenclator, t. n. coi. 86. leur 3· édit., 1882, prirent le titre de : La filosoiia P. Édouard d'Alençon. scolastica speculativa di S. Tommaso d’Aquiuo, et CORONEL Grégoire Nunez, Portugais, de l’ordre furent traduites en anglais, en français, 1878, et même des auguslins. Appelé à Rome pour enseigner la théo­ en lalin par le patriarche de Venise, 1878. En outre, il logie dans les couvents de son ordre, il fut nommé par publia un commentaire théologico-philosophique de la Clément VIII secrétaire de la Congrégation De auxiliis, Divine comédie, 1888; un autre commentaire : Della et y combattit vigoureusement le molinisme. En 1607, pluralità delle forme, Bologne, 1877, sur l'opuscule de saint Thomas dont Uccelli venait de découvrir la ■ Paul V voulut lui conférer l’épiscopal, qu’il refusa par humilité. Sa mort eut lieu bien avant 1650. (In a de lui : dernière partie ; plusieurs articles sur l’ontologisme en 1878, sur la doctrine de Rosmini en 1881; La conci­ 1» Libri X de vera Christi Ecclesia, Rome. 1594; 2» De optimo reipublieæ statu libri VI, Rome, 1597 ; 3° De liatione della fede cattolica con la vera scienza, materiis in congregatione de auxilii? agitatis, Franc­ Bologne, 1877; Dei principii /izico-razionali seconda fort, 1605 ; 4» De traditionibus apostolicis, Rome, 1597 S. Tommaso d'Aguino, Bologne, 1881; La sintesi chiOssinger, Bibliotheca augustiniana, p. 636-637; Berti, B··, mica, Rome, 1882; 5. Pietro in Rama, 1872, trois viarium ecclesiasticae historia* ; Herrera, Alphabetum conférences sur la venue de saint Pierre à Rome, et la slinianum, p. 304; Elssius. Encomiasticon augustiniannm r filiation d'un opuscule protestant sur ce sujet. Tout p. 249; Jucher. Allgemeincs Gelehrten-Lexicon, t. lit. coi. ·.<«? en louant son œuvre et l’heureuse influence de ses Narducci, Catalogus manuscriptorum bibliotheca A■:.? écrits, on a reproché au P. Cornoldi certaines exagéra­ Rome, 1893, p. 350; Lantech Postrenia sæcula sex r- : ■ ·> tions et surtout un dédain injustifié de la philosophie I augustinianæ, t. n, p. 280; Kirchenlexikon, t. in. · moderne, dont l'histoire n’est pour lui que « l’histoire Lupez, Monastici Crusenii additamenta, p. 194- Hurter A. Palmieri. des aberrations intellectuelles de l'homme..., la patho­ menclator, t. i, p. 152. 1867 CORPORATIONS CORPORATIONS. — I. Définition, d’après l’en­ cyclique Rerum novarem. II. Nouveauté du problème pour les théologiens. Ill. De quel droit les corporations existent. IV. Principes religieux des corporations. V. Principes sociaux d'organisation. VI. Rapports avec l’État. VII. Effets sociaux. VIH. Questions controversables. ·. 1. Définition, n’APBÈs l’encyclique Rerum nova­ rum (15 mai I89I). — Léon XIII recommanda for­ tement les sodalitia opificum, pour une honnête et chrétienne solution de la question sociale. Le traduc­ teur officiel de l’encyclique (cardinal Penaud) inter­ préta le mot par celui de corporations ouvrières (§ Po­ stremo domini ipsique opi/ices). Un peu plus loin, le texte original appelle sodalitia opificum des sociétés purement ouvrières et des sociétés mixtes d’ouvriers et de patrons. Dans un autre passage, le latin collegia se traduit par corporations ou syndicats (§Veruni tamen in his). Ainsi, dans l’usage de Léon XIII et de son interprète approuvé, corporation devient synonyme de groupement entre des travailleurs de la même industrie ou du même métier; et cela, dans un sens large qui inclut aussi bien le syndicat moderne, soit ouvrier, soit mixte. C’est un sens neuf du mot corporation. Dans l’usage ordinaire des historiens, sociologues ou économistes, le terme ne manque pas d'une saveur prononcée d’ar­ chaïsme, qui lui donne une toute autre compréhension : il signifie à proprement des groupements de maîtresartisans qui, par degrés, s’assurèrent le monopole des métiers, au moyen âge et dans l’ancien régime. L’acception nouvelle de ce vocable antique chez Léon Xlll répondit sans doute à sa spéciale acception parmi les groupes de catholiques allemands, autrichiens, belges, français, italiens et suisses, qui sont connus maintenant sous le nom de catholiques sociaux. Ces groupes constatèrent les graves injustices auxquelles son isolement expose l’ouvrier moderne, et en particu­ lier l’ouvrier de la grande industrie ; de là, cette con­ clusion que les anciennes corporations furent injuste­ ment supprimées par la Révolution et que de nouvelles sont réclamées par la justice, en vue des temps actuels. L’écho direct de ces pensées se retrouve dans l’exorde même de l'encyclique Rerum novarum. Ainsi le pape introduisait dans son propre enseignement un terme que les fidèles, des hommes d'action, en même temps que d’étude, prenaient l’initiative de rajeunir et de popu­ lariser. C’était comme une parole de l’Église enseignée, de l’Église chercheuse et apprenante, que l’Église en­ seignante vérifiait bonne et consacrait, par l’organe de Léon XIII. Observons, toutefois, une réserve incontestable du pontife. Il s'abstient de prendre parti avec tel ou tel groupe de catholiques, dans la définition controversée du régime corporatif. Association professionnelle entre ouvriers seuls ou bien entre patrons et ouvriers, tel est le sens général du mot corporation dans l’enseigne­ ment de Léon Xlll. C’est dans ce sens que le problème corporatif se pose comme relevant de la morale chré­ tienne; et. â ce titre, il intéresse la compétence des théologiens. IL Nouveauté nu problème pour les théologiens. — Cette nouveauté ressort de la comparaison entre le silence général des anciens et les paroles de Léon XIII ou de plusieurs contemporains; de part el d'antre, des raisons de temps et de circonstances expliquent l'oppo­ sition des attitudes. 1« Comment les anciens ignoraient le problème corporatif. — Contrairement à d’autres problèmes so­ ciaux, les anciens théologiens ne se posèrent jamais le problème des corporations; c'est que ce problème n’était pas directement inlluencé par des données de J’Écriture ou de la tradition, comme celui du mariage; 1868 il n'était pas non plus posé par Aristote, le philosophe des théologiens et leur initiateur méthodique à la phi­ losophie sociale; il n’était pas imposé par les événe­ ments et les discussions de l’époque, à la manière de la question juive chez saint Thomas; il était résolu pratiquement, sans discussions juridiques ni philoso­ phiques, entre artisans, en dehors du monde universi­ taire où spéculaient les théologiens. Par cet ensemble de causes, le problème corporatif leur demeurait étran­ ger. Cependant, une attitude existait déjà, dans l’Église, où se dessinait implicitement une doctrine générale sur le droit des ouvriers à s’assembler professionnel­ lement. » Du côté de l’Église qui est peuple, de l’Église en­ seignée, l’esprit chrétien des maîtres-artisans les por­ tait à des actes spontanés et collectifs de religion, tandis que leurs intérêts de métier les groupaient économiquement. A Toulouse, au xlll· siècle, les corpo­ rations possèdent chacune son patron et sa lampe, qu’elles allument devant l’autel du saint : les charpen­ tiers ont saint Joseph pour protecteur; les forgerons, saint Éloi; les boulangers, saint Pierre; les parcheminiers, Notre-Dame de la Chandeleur. Aux xiv· et xv' siècles, les corporations forment des sociétés reli­ gieuses, dénommées confréries. Celles-ci se réunissent dans une chapelle spéciale pour des services funèbres ou des solennités particulières. Le serment consacre l’observance des statuts. Cette dernière pratique atteste évidemment une certaine utilisation de la religion pour les fins et les intérêts de la corporation; mais elle n’atteste pas moins l’initiative religieuse des ouvriers, comme membres laïcs de l’Église : ils ont conscience pratiquement que Dieu bénit leur groupement profes­ sionnel. C’est le commencement instinctif d’une doc­ trine catholique dans la conscience des fidèles. L’Église dans sa hiérarchie partage cette attitude et les pensées qu’elle enveloppe. Si les prieurs, abbés, cha­ noines, recteurs, évêques, ouvrentleurs locaux réguliers, chapelles, collégiales et cathédrales aux assemblées corporatives et aux confréries, comme cela se voit pen­ dant des siècles, ces actes constituent la reconnaissance pratique d'une organisation religieuse et sociale. Or ils se retrouvent dans toute l’Europe, ces actes de bon accueil, dans toute la chrétienté. La hiérarchie catho­ lique prend là une attitude universelle. Sans rendre aucune sentence doctrinale, elle proclame usuellement le droit corporatif dans une foule de relations amicales, au bénéfice des corporations. Ce n’est pas que partout l’Eglise approuve en bloc tout ce que font les corporations. Elle proteste en par­ ticulier contre l'abus de certaines dévotions. Ces me­ sures de prudence accusent d'autant mieux l'approba­ tion tacite et pratique donnée au principe général de l’association ouvrière. Cependant, au point de vue de la doctrine, cette appro­ bation purement usuelle ne constitue qu’un état impli­ cite, un état imparfait de la pensée catholique. Il appelle des développements. 2° Les faits nouveaux qui posèrent le problème corporatif. — C’est depuis la Révolution française que les maux de la classe ouvrière et les problèmes consé­ quemment soulevés ont provoque ce développement. Dans un mélange de centralisation jacobine et de réaction contre des abus, la Constituante interdit toute assemblée particulière des citoyens pour motifs d'inté­ rêt commun. L’État devait pourvoir à tout, et, en dehors de son action, chaque ouvrier devait se suffire. Le Play, La Réforme sociale en France, t. ni, p. 352. Malheureusement, les anciennes corporations s’étaient aliéné l’opinion. Leurs exigences de monopole, si sou­ vent tyranniques et ridicules, allaient trop manifeste­ ment contre l’essor de la production par l'usage des 1869 CORPORATIONS machines hydrauliques, l’essor des affaires par la faci­ lité plus grande des cominunicalions, l'extension et les moyens accrus aussi de la clientèle. A ces communau­ tés oppresives, la Révolution substitua un isolement contre lequel bientôt les ouvriers réclamèrent et agirent, soit par pétitionnement, soit par des assemblées plus ou moins clandestines. Et bientôt, un fail social nouveau, propre au xtx* siècle, rendit plus manifeste encore le déni de jus­ tice que constituait l’interdiction des assemblées et sociétés ouvrières. L’àge de la houille et des machines à vapeur commençait ; c’était en apparence un fait éco­ nomique et non un fait moral, que l’emploi progressif des machines à vapeur, dans la fabrication, ,les mines et les transports. La machine plus coûteuse, plus pro­ ductive que l’outil à la main et le petit moteur méca­ nique, sans cesse perfectionnée par de nouveaux inven­ teurs, sans cesse utilisée à de nouvelles fins, devenue l'organe essentiel de l'industrie moderne, suscitait de tous côtés les grandes entreprises, la concurrence entre provinces, entre nations, d’un continent à un autre. De là une classe nouvelle de patrons, une classe nou­ velle d’ouvriers : le fait économique du machinisme à la houille engendrait un fait de classement social, également nouveau. D’une part des patrons, absolu­ ment étrangers au travail manuel, gérants de grands capitaux, organisateurs d'un outillage sans cesse per­ fectionné, acheteurs de matières considérables, devant pourvoir au mouvement et à la qualité de la produc­ tion, soutenir la concurrence de leurs pairs, s'ouvrir et se maintenir des débouchés nombreux. En face de ce nouveau type du patron, des salariés en foule, non plus les compagnons de son labeur et de sa vie domestique, mais les servants ou les surveillants de ses machines, sans aucun lien de famille avec lui. Le patronat cesse d’étre une extension de la paternité, comme le disait l’étymologie; c’est une location de bras et de journées par le même homme à des centaines d’individus. A la communauté de famille et d’atelier des maîtres-artisans avec leurs ouvriers, le machinisme substitue un pur contrat de location. Ce fait social nouveau, voilà ce qui soulève à notre époque des problèmes nouveaux de justice, et spécia­ lement celui de la corporation ou syndicat. D’acheteur à vendeur les intérêts s’opposent toujours distincts : l'un veut le plus bas prix, et l’autre, le plus haut. Mais ces oppositions s’atténuaient beaucoup entre artisans et compagnons, dans un régime d’intimité à la même table quotidienne ou au même atelier. La concur­ rence, moindre aussi, n’obligeait pas comme de nos jours à rogner âprement les frais de production. C’est ce que vise, au contraire, l’industriel achetant du travail à de nombreux individus, comme il achèterait du coton brut, de la houille ou de la fonte. 11 se désintéresse à proportion du coût de la vie chez ses ouvriers. Alors le marchandage du travail entre lui et chacun de ces individus entraîne chez ce patron, qui est surtout un acheteur, un oubli qui peut être cause des plus graves injustices : l'oubli des besoins nécessaires et du bienêtre suflisant au foyer de ses salariés. Au point de vue moral, voici une tendance et une tentation de l’état patronal dans la grande industrie. Mais les anciens théologiens ne pouvaient que l’igno­ rer, tandis que les moralistes contemporains la cons­ tatent puissante et générale. Parallèlement, ceux-ci observeront sans peine com­ bien l’ouvrier, demeurant isolé, demeure aussi impuis­ sant dans ce marchandage trop inégal. Sans doute, l’économie politique, dite libérale, avança que l’ouvrier demeurait libre de vendre ou de refuser son travail; théorie vaine, car, en pratique, cet homme a faim et il a des enfants, et il n'est pas muni de capitaux. Dans l'urgence de ses besoins, il est réduit 1870 . à subir des salaires diminués : d’autres le remplaceI ront, s'il quitte l’atelier. La raison du plus fort décidera en faveur du patron, contre cet isolé. L'isolement de l'ouvrier, voilà le fait injuste, que Leon XIII reconnaît sans détour dès les premières lignes de l’encyclique JReruni novarum : Factum est ut opifices, inhuma, nilali dominorum, effrsenalæque cupiditati, solita­ rios atque INDEFENSOS tempus tradiderit. C'est un fait d’oppression, sinon toujours pratiquée, du moins toujours possible, et qui ôte à l’ouvrier sa liberté dans la stipulation de son louage de travail. Dans leur instinct de leurs intérêts et de leurs droits, les ouvriers ne tardèrent pas à se coaliser dès les com­ mencements du xtx» siècle. A Paris, notamment, les charpentiers et les imprimeurs; ils réclamaient préci­ sément des salaires plus hauts et des journées moins longues. Des phénomènes analogues se reproduisirent ! en Angleterre où, cependant, des lois anciennes inter­ disaient sévèrement toute réclamation collective des compagnons-ouvriers. Un mouvement vers la justice existait là, visant à remplacer l'isolement des ouvriers par le contrat collectif. Ce mouvement représentait une idée juste en soi ; les théologiens ne sauraient le méconnaître, malgré l’abus anarchique ou révolutionnaire qui est aussi bien possible à toute action collective des ouvriers. Tandis que l’ouvrier isolé esl une espèce d'atome insigniliant au regard du grand patron, l’ouvrier associé à ses pairs est une force que le patron ménage, parce que de son concours dépend la marche de l'usine. Entre le ven­ deur et l’acheteur de travail, l’équilibre se rétablit par le contrat collectif, qui est l’ouvrage capital du syndicat ou de la corporation. Il convient, néanmoins, de ne pas oublier que le mouvement des ouvriers vers l'action collective ne se réalisa pas sans de regrettables déviations. C’est le sort inévitable de toute juste cause, lorsque des hommes inexpérimentés et naïfs la soutiennent. Dans la classe ouvrière, l’inexpérience des groupements libres, l’igno­ rance de la situation économique entraîna de cruels mécomptes et de longs apprentissages : avant d’en venir aux syndicats organisés et compétents, comme les Trade-Unions, les ouvriers s’exercèrent : 1’ aux grèves violentes, puis 2“ à des grèves plus calmes; 3° des syndicats de façade et de combat, menés par des politiciens, rendaient les plus mauvais services à la cause ouvrière; 4» enfin, au bout de toutes ces écoles, les ouvriers comprirent qu’ils devaient se grouper et se régir eux-mêmes, en étudiant eux-mêmes les conditions techniques, économiques et sociales de leurs ateliers. Les plus anciennes Unions ouvrières de l’Amérique et de l’Angleterre en sont à la quatrième phase de cette évolution; trop de syndicats industriels, en France, demeurent encore à la troisième; et malheureusement, elle semble devoir se prolonger sous les excitations des agitateurs. Mais ces déviations n’cmpêchent pas qu’une revendication juste se fasse jour dans le mouvement syndical. Voir notamment à ce sujet l’ouvage de M. Paul Bureau, professeur à la faculté de droit de l'institut catholique de Paris : Le contrat de travail, le rôle des syndicats professionnels, Paris, 1902. A raison même des abus, possibles et réels, de l’idée syndicale, il appartient aux moralistes chrétiens d'en circonscrire sans étroitesse les justes exigences. La crise morale du syndicalisme exige là elle-même l'in­ tervention éclairée de spécialistes impartiaux. 3« Les pionniers du problème syndical parmi ies catholiques. — Dans le cours du XIXe siècle, et sorte-: dans la seconde moitié, des catholiques se reconnurent un devoir de travailler à ce problème. Ils ne furent pas la majorité. Beaucoup de croyants demeurai· r ; apeurés du mouvement syndical, satisfaits de I ur con­ dition matérielle; dépourvus, par ailleurs, de tou: 1871 CORPORATIONS 1872 contact sympathique avec le monde ouvrier, ils se bor­ des maximes naturelles de la justice au cas nouveau naient à se lamenter entre eux sur le malheur des des ouvriers syndiqués. Puisque la charité chrétienne temps. Mais, en face d’eux, des évêques, comme Kette- 1 inclut éminemment la justice de l’honnête homme, 1er ou Manning, ues laïcs, comme Vogelsang, Decurlins, Léon XIII s’est regardé comme en droit et en devoir le comte de Mun, examinèrent les revendications d’authentiquer le droit syndical aux yeux des catholiques. ouvrières au point de vue de la justice et de la con­ Il fit même davantage. La tradition catholique ne science chrétienne. De leurs publications et de leurs tient pas toute dans l’enseignement officiel du saintactes, l’opinion bourgeoise et aristocratique, en Europe, siège : elle s’y formule à litre de règle pour tous, du fut remuée, parfois même scandalisée, en tout cas salu­ haut de la première chaire qui soit dans l’Église; aussi tairement éclairée. Le problème moral, le problème n’obliendra-t-elle son plein effet et ne jouira-t-elle de legal du droit d'association professionnelle se posa dans sa pleine vie que par sa diffusion dans l’Eglise ensei­ la presse, les congrès et les milieux catholiques. gnée. C’est pourquoi Léon Xlll n’achève pas son Lorsque des hommes d'Etat portèrent ces problèmes encyclique sans recommander le développement des dans les parlements, sous forme de projets de loi, des corporations au zèle des catholiques. Et il est incon­ catholiques-députés figurèrent parmi les plus actifs testable que ces enseignements pontificaux ont suscité promoteurs de ce progrès social. On sait, en France, pareillement des études et des eiforts, non pas univer­ l'action de M. de .Mun dans le vote de la loi de 1884 sels. mais dans une certaine élite, et dans toutes les sur les syndicats. nations. Les promoteurs de ce mouvement se sont En France, néanmoins, les catholiques amis de ce trouvés plus forts contre les dédains ou les suscipions mouvement et compétents pour le suivre avec fruit ne qui, plus d’une fois, les avaient visés, sous couleur de se multiplièrent pas comme en Angleterre, en Alle­ prudence ou de piété. 5» Objet formel de l’enseignement de Léon Xlll. magne, en Belgique et en Suisse. Avec l'Espagne et l'Italie, la France comptait beaucoup de croyants qui — Nous voici donc finalement, au terme d’une applica­ regardaient les promoteurs du mouvement syndical tion des principes de la justice; mais d'une application explicite, ce qui différencie l’attitude actuelle de comme des utopistes. On suspectait leur orthodoxie. On ignorait, d’ailleurs, que le groupe international l’Église dans la question syndicale, de son ancienne d'études, dit l’Union île Fribourg, se tenait en relations attitude en face des corporations. Celle-ci se bornait à suivies avec le saint-siège, et que, dans ce groupe, la reconnaissance tacite et pratique d’un droit exercé; s’élaboraient les doctrines des catholiques sociaux. l’attilude nouvelle consiste dans l’affirmation explicite Quoi qu’il én fût de celle ignorance, une doctrine mo­ et déterminée d'un droit, nié d'abord par les gouverne­ rale, une doctrine catholique se préparait, en matière ments, au grand dommage des ouvriers, et ensuite d’associations professionnelles et ouvrières. Le théolo­ revendiqués par ceux-ci avec plus ou moins de justesse. gien reconnaît là une de ces manifestations de l’Eccle- En présence du mouvement ouvrier et des initiatives sia discens, qui est l’Église enseignée; mais l’Église catholiques, l’Église enseignante a formulé des prin­ enseignée, dans sa partie instruite, chercheuse, qui cipes, jadis latents dans sa pratique elle-même. élabore les données explicites sur lesquelles un jour Ces principes sont essentiellement des principes de où l'autre se prononce VEcclesia docens. justice et de droit naturel. S’il est vrai que la vertu 4» L'Eglise enseignante se prononça par l’organe de chrétienne et, notamment, la charité fraternelle manque Léon Xlll. — Individuellement, le pontife était prêt de son intégrité, quand elle ne commande pas la justice, de longue main a cet acte de son magistère. Depuis le droit corporatifest matièred'enseignement catholique. longtemps le cardinal Pecci s'intéressait aux mouve­ Ce n'est donc pas une doctrine révélée que Léon Xlll propose directement dans son encyclique; mais une ments et aux problèmes des temps nouveaux, avec la compétence d’un ferme théologien et d'un esprit ou­ doctrine de morale naturelle, immédiatement comprise dans la pratique intégrale de la vie chrétienne. vert. Dès les commencements de son pontilicat, Cependant le pape invoque à bon droit deux passages Léon XIII appela, reçut, interrogea, observa les promo- | bibliques, où l’Esprit-Saint consacre le bienfait naturel teurs de la doctrine sociale catholique; au terme de son enquête, il conclut que les promoteurs avaient des groupements volontaires : Melius est duos esse si mul quam unum; habent enim emolumentum socie opportunément rappelé ou développé les principes tatis sute : si unus ceciderit, ab allero fulcietur. Vie traditionnels de la justice chrétienne ; et l'encyclique soli : quia cum ceciderit, non habet sublevantem. Herum novarum approuva en principe, en termes gé­ Eccle., tv, I, 12. Frater qui adjuvatur a fratre, quasi néraux de morale, le mouvement corporatif ou syndi­ civitas firma. 1’rov., xvm, 19. Mais le pontife allègue cal. simplement ces deux textes comme disant la propension Sans promulguer aucune définition de foi, Léon ΧΠΙ naturelle de l'homme à la société; c’est seulement par publia une doctrine pour toute l’Église universelle, voie de raisonnement qu'il en conclut à la licéité des rappelant lui-méme qu'il agissait en vertu de sa charge apostolique. Ce n’était pas seulement une opinion pri­ sociétés privées comme de la société publique. Il s’en tient donc toujours à une simple revendication de la vée du théologien portant la tiare; mais bien un ensei­ gnement ordinaire et catholique du saint-siège, doté justice naturelle, et ne cherche pas à retrouver dans la révélation ce que Jésus-Christ ou les prophètes n’y ont de la certitude et de l’autorité pour tout fidèle. Voici ce qu'il recommandait quant au contrat collec­ pas mis. tif du travail : 1. Fixation du salaire et des autres con­ III. De quel droit les corporations existent. — 1° Ses fondements (S Virium suarum explorata ditions du travail réservée préférablement et en prin­ exiguitas). — L’expérience de nos étroites ressources cipe aux corporations ou syndicats (§ Verum tamen in nous rapproche de nos semblables : voilà le premier Ai. . *2. Dans les cas litigieux, arbitrage commun de fondement de toute société. Cette propension naturelle délégués ouvriers et de délégués patrons, dont les établit aussi bien la société politique et les sociétés statuts corporatifs doivent prévoir la mission (§ Socia­ particulières. Tandis que la première pourvoit aux ga­ lium legum posito in fundamento). ranties universelles de sécurité et de paix, les secondes Par cette doctrine, un problème de morale inconnu aux anciens théologiens s'incorporait à la tradition de I pourvoient aux avantages fragmentaires d’un groupe ou d'une classe de citoyens. Léon Xlll emprunte cetle l’Église enseignante. Ce n était pas une incursion du distinction à saint Thomas, Contra impugnantes cul­ pape sur le domaine des sociologues ou des économistes, tum Dei ac religionem, c n, iv; encyclique De con­ ni une juxtaposition artificielle de leurs doctrines à dit. opi/ic., § Privata autem societas. celle de l’Église; mais, au contraire, une application 1873 CORPORATIONS Il y a, dans cet enseignement, une inspiration tho­ miste et une application au temps présent : deux traits constants de la méthode sociale de Léon XIII; elle est également traditionnelle et observatrice des faits nou­ veaux. Le principe traditionnel est toujours un de ces principes de justice et de droit naturel que la révélation n’apporte pas elle-même, mais que la charité et la vie chrétiennes postulent; c’est à ce titre que le droit d’as­ sociation intéresse l’Eglise et la conscience catholique. Elles l’affirment toutes deux, en termes généraux, mais vigoureux, qui sont d'une grande portée pour limiter honnêtement les zones respectives de la puissance pu­ blique et des initiatives particulières. 2° L'application de ce principe aux syndicats ou corporations. — Au temps où l’encyclique paraissait (1891), des catholiques, nombreux encore, s’effrayaient des tentatives d’association ouvrière; l’approbation de ces tentatives par des chrétiens scandalisait ces effrayés. Parmi ceux-ci, se trouvaient des patrons de la grande industrie, généralement peu disposés à traiter de puis­ sance â puissance avec leurs salariés. A vrai dire, l’inexpérience de ces derniers, maintes revendications irréfléchies, extrêmes, violentes, paraissaient justifier les répugnances patronales. Même pour des chefs d’ate­ lier, personnellement humains et chrétiens, l’autocra­ tie chez eux se présentait sous apparence de nécessité. La bourgeoisie et les fonctionnaires partageaient cette mentalité. Elle se justiliait légalement, en France, par les art. 291 et 292 du Code pénal, interdisant le droit de réunion pour tout groupe supérieur à plus de vingt personnes; la loi du 10 avril 1834 étendait ces interdic­ tions à toute fraction de groupe inférieure â la vingtaine, avec ou sans réunions périodiques. Même lorsque la loi du 21 mars 1884 eut reconnu le droit syndical, ce ne fut pas sans le limiter étroitement au point de vue de la propriété collective, cette grande force des associa­ tions. Le légiste français ne donne jamais une liberté sans la reprendre au moins à demi, on quoi d’ailleurs il ressemble à ceux de l’Autriche, de l’Allemagne ou de l’Italie. Tels sont les préjugés contre lesquels l’encyclique établit le droit des corporations, non pas comme un octroi de l’État, mais comme un droit naturel : « De ce que les sociétés privées n’ont d’existence qu’au sein de la société civile, dont elles sont comme autant de parties, il ne suffit pas, à ne parler qu'en général et à ne considérer que leur nature, qu’il soit au pouvoir de l’Etat de leur dénier l’existence. Le droit à l’existence leur a été octroyé par la nature elle-niënie et la société civile a été instituée pour protéger le droit naturel, non pour 1’anéantir » (§ Privata autem societas). On ne saurait plus nettement répudier l’omnipotence de l’État. « Rendre à César ce qui est â César, » ne lui permet jamais de confisquer ce qui est aux citoyens. Naturellement, Léon XII! reconnaît aussi, dans le S suivant, Incidunt aliquando tempore, le légitime refus d’existence aux sociétés immorales ou anarchi­ ques; les pouvoirs publics doivent, en justice, les em­ pêcher de naître ou les dissoudre. « Mais encore faut-il qu’en tout cela ils n’agissent qu’avec une très grande circonspection, pour éviter d’empiéter sur les droits des citoyens et de statuer, sous couleur d’utilité publique, quelque chose qui serait désavoué par la raison, car une loi ne mérite obéissance qu'aulant qu’elle est con­ forme à la droite raison et à la loi éternelle de Dieu. » Contre les droits des particuliers à se réunir, le droit de l’État ne prescrit pas. A ce point de vue, la doctrine catholique engage une sorte de particularisme social, nettement opposé à la conception jacobine de l’État. L'Eglise réclame les droits de< associations libres à se former et à se constituer. IV. Principes religieux des corporations : doiventelles Etre chrétiennes? — Léon XIII le réclame 1874 d’abord « titre de préservation Profecto consocia­ tionum). De nombreux indices le confirment, dit-il, dans l’opinion que beaucoup d’associations ouvrières obéissent à un mot d’ordre occulte, également antiso­ cial et antireligieux. Ces sociélés influencées tâchent d’accaparer le monopole des engagements et de réduire à la misère les ouvriers indépendants. De là une alter­ native : on s’agrégera des sociétés dont la religion doit tout craindre, ou bien s’organiser entre ouvriers chré­ tiens. Il y a là, moins une doctrine qu’une conclusion pru­ dentielle, fondée sur un certain jugement de la situa­ tion ouvrière. Sans doute, Léon XIII faisait-il allusion aux tentatives des ouvriers allemands vers 1890. « Ils voulaient travailler eux-mêmes à l’amélioration de leur situation économique; mais comme l’orientation domi­ nante parmi les organisations syndicales en Allemagne était socialiste, et que les opinions politiques et reli­ gieuses des non-socialisles n’étaient pas suffisamment respectées, des conflits surgirent entre ouvriers chré­ tiens et ouvriers socialistes. C’était surtout le cas dans la Province Rhénane et dans la Westpbalie, en majo­ rité catholiques. D'abord les conflits se produisirent chez les mineurs. Après plusieurs essais infructueux d’unir les ouvriers chrétiens et les socialistes dans une organisation de tous les mineurs, les ouvriers chrétiens se résolurent â fonder une organisation professionnelle qui leur fût propre. De là naquit en 1894 le syndicat des mineurs chrétiens de l’Allemagne. » .1. Giesberts, Les syndicats chrétiens en Allemagne, dans l’Associntion catholique, 15 mars 1904, p. 214. Depuis l’encylique de Léon XIII, les mêmes raisons prudentielles ont inspiré l’organisation syndicale des catholiques belges. Le R. P. Rutten, O. P., secrétaire général des unions professionnelles, constate ce fait: « La propagande socialiste, facile et fructueuse partout où les agitateurs n’ont en face d’eux que des ouvriers isolés et éparpillés, échoue presque toujours complète­ ment là où les catholiques sont parvenus à grouper solidement les paysans, les ouvriers ou les petits arti­ sans. » A raison de ce fait le P. Rutten observe com­ bien juste est le dilemme de Léon XIII : Ou bien des syndicats pénétrés de christianisme, ou bien des syn­ dicats menés par des socialistes irréligieux. Un fait économique et social d’une très grande portée aggrave encore la portée de ce dilemme, chez les Belges. C’est le R. P. Rutten qui le constate : « La découverte du bassin houillier du Nord de la Belgique menace le Limbourg et la Province d’Anvers d’une invasion d’élé­ ments étrangers ; ils y propageront avec succès les doctrines socialistes, s’ils ne rencontrent, dès le début, des organisations déjà constituées, préparées et armées pour la lutte. » Cité par V. de Clercq, Notes sur la Bel­ gique, dans l’4ssociation catholique, 15 août 1904, p. 140, 141. En second lieu, Léon XIII réclame le christianisme des corporations en vertu d’un principe organique de la moralité chrétienne (§ Est profecto temperatio... Perspicuum vero est). « Il faut viser avant tout au perfectionnement moral et religieux; c’est surtout celte lin qui doit régler l’économie des corporations, d On ne saurait contrecarrer plus absolument l’esprit d'indifférence ou de neutralité religieuse, dont beau­ coup de contemporains se font comme un dogme social; mais l’Église possède son dogme de la lin dernière, d’où se conclut la subordination normale de toutes les lins intermédiaires et temporelles. C’est ce que Léon XIII considère avant tout. De même que, le 1" novem­ bre 1885, son encyclique Immortale Dei définit l’État comme tenu d’être chrétien, de même l’encyclique Rerum novarum professe que les ouvriers chrétiens doivent chrétiennement se grouper, au point de ·. professionnel. 1875 CORPORATIONS Ainsi le réclament la pleine vie et la parfaite logique de la foi vive qui cherche le régne de Dieu comme la (in de toutes les choses. Léon XIII s’en réfère expres­ sément à cette recherche première et prédominante du règne de Dieu, pour conclure au caractère chrétien des corporations; c’est bien chez lui une doctrine de prin­ cipe. Néanmoins, sous Léon XIII et sous Pie X, une grande élasticité d’application est prudemment re­ connue à ce principe de la corporation chrétienne. Le pape laisse faire et même approuve, comme on va le voir. Les cas les plus divers se produisent chez les catholiques, sous le rapport de la constitution religieuse des syndicats. 1° En Belgique. — Ce pays nous présente un type de syndicats ou de sociétés ouvrières proprement catho­ liques, dans la classe agricole : syndicats d'acheteurs, laiteries coopératives, mutualités. Principalement éta­ blis dans les paroisses du Luxembourg, des deux Flandres, du Limbourg, du Hainaut, ces groupements doivent leurs possibilités de recrutement et d’extension â deux causes fondamentales : 1. la vie chrétienne des masses; 2. la conliance inébraniée encore de celles-ci envers leurs curés et les propriétaires ruraux qui se vouent aux initiatives sociales de concert avec le clergé. On seraiten droit d’en conclure une sorte de loi sociale: le syndicat expressément catholique a chance de s'éta­ blir à proportion des deux causes énumérées ci-dessus. Mais, là encore, les tempéraments de l’application prudentielle font lléchir la rigueur du principe. D’après l’enquête de M. Max Turmann, Les associations agri­ coles en Belgique, Paris, 1903, les fondateurs et les chefs de ces groupes surent proportionner leur carac­ tère religieux aux circonstances locales avec une grande tolérance : plus marqué dans le Pays flamand, ce caractère s’atténue davantage en Wallonie. Par contre, « dans les grands centres industriels du pays, dans les quatre grandes villes, dans quinze au moins des vingt et une communes belges ayant une population de vingtcinq à trente mille habitants, la majorité des hommes adultes, appartenant â la classe ouvrière, persiste, malgré toutes les œuvres déjà créées, à rester hostile ou indifférente à l’influence catholique. » Association catho­ lique, 15 août 1904-, p. 140. Cf. R. P. Rutten, L’Union internationale des ouvriers chrétiens, dans l’Assoctalion catholique, 15 juin 1902, p. 473, 495. Cette der­ nière constatation marque très bien les limites ou le principe de l'association ouvrière formellement reli­ gieuse devient en fait inapplicable. 2° En France, l'indifférence ou même l’hostilité des masses ouvrières, la méfiance envers le clergé et les amis du clergé généralisent l’impossibilité pratique du syndical formellement chrétien. C'est ce que recon­ naît M. Max Turmann, L'œuvre des catholiques sociaux en France, depuis l’encyclique Rerum novarum, dans l’Association catholique, 15 mars 1904, p. 194. Comme le reconnaît encore le même observateur, des sociétés ouvrières ayant un caractère confessionnel ne pouvaient dès lors grouper que des minorités. 1. Mi­ norités éparses, exceptionnellement atteintes par des influences religieuses : à Paris, la Fédération du livre, qui groupe les employés et ouvriers des grandes imprimeriesellibrairies catholiques, Association catho­ lique, 15 juin 1899; les divers syndicats d’anciens éleves des Frères, notamment celui des Employés du commerce el de l’industrie comprenant près de trois milliers d'adhérents. Ibid., 15 mars 1904, p. 207. — 2. Il y a aussi des régions, ou les syndicats formelle­ ment catholiques se propagent un peu : dans l’Ouest, la Fédération du Centre-Ouest, ibid., loc. cit., p. 199; dans le Nord, les groupes formes sous l’influence d'ouvriers comme MM. Leclercq, Decopman et quelqaes-uns de leurs camarades, loc. cit., p. 2U7. Mais ces groupes sont '1876 plutôtrares, et ils demeurent la minorité dans l’ensem­ ble de la classe ouvrière française. Il y a aussi les Syndicats jaunes ; mais « les syndi­ cats jaunes ne sont pas des syndicats chrétiens; ils n’ont pas, comme tant de syndicats rouges, une attitude an­ tireligieuse ; mais ils ne sont aucunement des syn­ dicats confessionnels, dont la religion ait plus ou moins à répondre. De syndicats confessionnels proprement dits, il n’en existe pour ainsi dire pas en France : il y a seulement un petit nombre de syndicats d’ouvriers et d’employésse recommandant ouvertement des principes de la démocratie chrétienne ». H. Savatier, A propos de la grève des mineurs, p. 501. Cf. Max Turmann. Rou­ ges el jaunes, dans la Quinzaine, 1·Γ et 15 octobre 1902. Ce n'est donc pas un type d'associations expressé­ ment confessionnelles que la mentalité de l’ouvrier français permet d’établir; mais simplement un type professionnel, où il appartient aux chrétiens d’entrer et d’agir, comme sérieux et honnêtes entre tous. 3° Entre ce type laïcisé et le type catholique, l’A He­ rn agne et la Hollande présentent des associations mixtes de catholiques et de protestants, dites syndicats chrétiens. H. Savatier, Les syndicats chrétiens d’Alle­ magne, d’après le R. P. Rutten, dans VAssociation catholique, 15 février 1903, p. 166; R. P. Rutten. L’Union internationale des ouvriers chrétiens de l’industrie textile, ibid., 15 juin 1902, p. 478. Ces so­ ciétés interconfessionnelles s’unissent dans les principes généraux de la justice chrétienne, contre les socialistes et les révolutionnaires. Elles combattent la tactique de la « lutte des classes », par des elïorts de réconciliation et de paix sociale. « Les conflits entre travail et capital ne pouvant pas toujours être évités, les syndicats [inter­ confessionnels] cherchent les moyens de les apaiser et, pour cela, dans chaque usine, ils s'efforcent de faire régler les conditions nettes de salaire et de travail par les deux parties en cause, en fixant les tarifs par con­ trat, et en instituant des conseils d’usine. » Giesberls, Les syndicats chrétiens en Allemagne, dans l'Associa­ tion catholique, 15 mars 1904, p. 219. Pour assurer l’entente parfaite à cette fin, entre catholiques et pro­ testants, ces syndicats « excluent toutes les questions purement religieuses et politiques; ils limitent ainsi l’action du syndicat à la solution du problème écono­ mique, dans l’intérêt et au prolit de leurs forces con­ centrées », p. 216. D’ailleurs, cette fédération interconfessionnelle co­ existe avec des sociétés confessionnelles où se répar­ tissent leurs divers membres:en 1903, d’après M. Giesberts, l’Allemagne comptait 1 292 associations ouvrières catholiques, avec 204500 membres, dans l’Allemagne du Sud el de l’Ouest, p. 216. Quelle est l’attitude du clergé en face des groupes interconfessionnels? D’après M. Giesberls, elle dissipa ses craintes primitives au spectaclo des résultats obte­ nus : indépendance et dignité des ouvriers, diffusion parmi eux des notions économiques et sociales, des renseignements exacts sur les conditions de leurs diverses industries; puissance véritable sur le marché du travail en face des patrons; influence acceptée par les parlementaires et les hommes d’État, p. 222. Cependant, il y eut et il y a peut-être encore des opposants. Les associations ouvrières catholiques de l’Allemagne du Nord et de l’Est réclamèrent des syn­ dicats purement catholiques « sous l'inspection des prêtres », dit M. Giesberls, qui reproche à cette récla­ mation de diviser les forces morales et religieuses de la classe ouvrière allemande, et de repousser de nom­ breux ouvriers catholiques. Quoi qu’il en soit de ces oppositions, une note offi­ cielle de VOsservatore romano, 23 janvier 1906, montra les dispositions plus larges du saint-siège, disant : a Comme on a invoqué l’autorité du pape au prolit des 1877 CORPORATIONS Sections ouvrières [purement catholiques] contre les Unions professionnelles chrétiennes [mixtes], nous sommes autorisés à déclarer que le pape loue et en­ courage avec une égale bienveillance les unes et les autres, sachant très bien que, suivant les besoins parti­ culiers, les diocèses des provinces de 1 Allemagne sau­ ront se déterminer à donner la préférence aux Unions ou aux Sections. » C’est un remarquable exemple que, dans Vhypothèse de circonstances données, la thèse du syndicat confessionnel admet tous les tempéraments dictés par la prudence. V. Principes sociaux d’organisation syndicale. — Léon XIII les énumère très brièvement (§ Socialium legum posito in religione fundamento) : t° bien répar­ tir les charges; 2° bien administrer la caisse commune; 3° établir des conseils d’arbitrage; 4° procurer du travail aux membres; 5° former des caisses spéciales d’accidents, maladies, retraites. Ces recommandations générales suffisent, au point de vue des principes moraux, pour légitimer les institu­ tions diverses du syndicat devant la conscience; la discussion spéciale de ces moyens d'association et leur réalisation dépendent plutôt de la compétence des éco­ nomistes, des sociologues et de la libre initiative des associés. Il suffit au pontife d'y reconnaître des fins bonnes et honnêtes. VI. Rapports avec l’Ëtat. — Même sobriété que ci-dessus, dans cette nouvelle question d’un intérêt économique et social si considérable. L’Église n’est pas législatrice dans l'Etat : il est maître chez lui; mais cependant Léon XIII tient à marquer la limite morale des droits de l’État. C’est encore un principe de justice naturelle : « Que l’État protège ces sociétés fondées contre le droit; que toutefois il ne s’immisce point dans leur gouvernement intérieur et ne touche point aux ressorts intimes qui leur donnent la vie; car le mouvement vital procède essentiellement d'un principe intérieur et s’éteint très facilement sous l'action d’une cause externe » (§ Valde quidem laudandi, à la fin). Voir Etat (Intervention de l’État dans la question ouvrière). VIL Effets sociaux des corporations. — D’après Léon Xlll (§ Postremo domini ipsique opifices), les services que peuvent rendre les syndicats sont : 1° aussi étendus que les besoins de la classe ouvrière: ils réunissent en eux-mêmes les avantages particuliers des sociétés de secours mutuels, des caisses pour ma­ ladies, accidents, chômage, décès, des institutions de patronage pour enfants, jeunes gens ou adultes. Le pape semble là énumérer des intérêts et des œuvres qui relèvent surtout de l’économie sociale; mais leurs avantages représentent les biens de la famille ouvrière, les moyens de surmonter heureusement les crises qui menacent ces biens; en conséquence, il y a là un aspect moral des intérêts et des œuvres économiques, où la justice chrétienne intervient de plein droit. Sans doute, la gestion et l'organisation de ces forces ouvrières ne relève pas de la juridiction ecclésiastique, mais de l'initiative des syndiqués; mais les maximes du droit, consacrées par l’Eglise, consacrent elles-mêmes toutes ces institutions devant la conscience catholique. Tel est le but poursuivi par l’enseignement pontifical : il sanc­ tionne et encourage devant Dieu l’exercice de droits simplement naturels et franchement autonomes. 2" II insiste de plus sur la puissance réelle des ou­ vriers pour obtenir efficacement ces avantages. Si l’on veut se convaincre de cette puissance du syndicat professionnel pour l'amélioration du sort des ouvriers, il faut se reporter aux faits où elle s’est déjà réalisée, iln lira notamment avec fruit l’ouvrage de Howell, Trade-Unionism new and old, traduit par Le Cour Grandmaison, sous ce titre : Le passé et l'avenir des 7 > ade-Unions. Voir aussi le ténjoignage de M. Sullivan, 1«78 un des leaders du trade-unionisme américain. Circu­ laire du Musée social, n. 10. série B, 29 juin 1,897; Paul de Bousiers. La question ouvrière enAngleterre ; Le trade-unionisme anglais: Paul Bureau, Le contrat de travail, le rôle des syndicats professionnels, Pans. 1902. Les observations faites ou recueillies par ces divers auteurs démontrent que lassés, déçus par leur isole­ ment, par lesgreves tumultuaires, par les groupements que les politiciens exploitent et vicient, des ouvriers nombreux, surtouten Angleterre et aux États-Unis, oi.. peu à peu essayé des organisations purement profes­ sionnelles, se régissant elles-mêmes, par le moyen de mandataires ouvriers, instruits et choisis. Ces aptitudes organisatrices furent toujours le fruit d'expériences longues cl douloureuses; mais ce fruit vient sûrement, et de tels faits justifient la confiance de Léon Xlll dans les services à espérer finalement des corporations pour le bien de la classe ouvrière. VIH. Questions controversabi.es. — Sans empiéter sur le terrain des économistes et des sociologues, Léon Xlll se donna pour but, dit-il, de « mettre en évidence les principes d’une solution (des problèmes ouvriers) conforme à la justice et à l'équité » (§ Genus hoc argumenti, au début de l'encyclique). Ces prin­ cipes saufs, avec leurs conséquences, les savants, les catholiques demeurent libres d’examiner le choix et l’organisation des moyens les plus conformes pondes appliquer. Aussi, des opinions diverses se font jour sur l'organisation Corporative, dont aucune ne peut pros­ crire l'autre au nom de la justice chrétienne et des enseignements pontificaux. Il n'entre pas dans le programme de ce Diclionna-re de prendre parti entre ces opinions; mais il convi ut aussi bien de renseigner sur leur coexistence parmi de sincères, éclairés et dociles catholiques. On trouvera des documents à ce sujet dans l'ouvrage de M. Max Turmann, Le développement du catholicisme social, l'encyclique Rerum novarum : ces documents repré­ sentent, en ce qui concerne la France, l’opinion qui ne réclame pas seulement la liberté des syndicats, mais l’inscription d’office de tous les membres de chaque profession, par circonscriptions à déterminer, sur une liste spéciale que rédigerait l’administration publique. On serait inscrit boulanger, mineur ou forgeron, de même que sont catalogués les inscrits maritimes. Les membres de chaque profession ainsi inscrits sur ces listes constitueraient le corps professionnel ; et celui-ci édicterait les règlements de la profession, que les pou­ voirs publics homologueraient pour leur donner force de loi. Dans chaque corps professionnel se formeraient libre­ ment des syndicats, soit de patrons, soit d'ouvriers, soit mixtes; et le corps entier se réglementerait par un conseil de délégués syndicaux, composé de manière à assurer une représentation égale aux divers membres de la profession. Les règlements édictés par les conseils seraient passibles du referendum, quand un certain nombre de membres de la profession le demanderaient. Les conseils seraient investis de certains droits judi­ ciaires et taxitifs, à la manière des Chambres de com­ merce. Tel est le programme adopté par la Réunion des Revues catholiques sociales en 181)1. Tous les catholiques n'y adhèrent pas, notamment ceux de l'école de Le Play, La Réforme sociale; La Science sociale. Bien que cette école ne soit pas une école confessionnelle, des catholiques collaborent à ses travaux, comme se basant sur l’observation des sociétés, pour la constitution, non d’une morale géné­ rale des sociétés, mais d'une science des soci· :· s des faits sociaux, observés, comparés et classés en:r eux. M. Edmond Demolins, M. Paul de Bousiers, M. Pa· . Bureau ont, à ce point de vue, mis en lumière l'effic cité de l'association ouvrière libre, sans privilege oslolici, 2· édit., tuus est, « il est mort, » d'Hénoch l'auteur sacré Tubingue, 1901, t. 1, p. 134; Origène, In Malth., xvn, rapporte seulement : Non apparuit, « il cessa d'etre 29. P. G., t. xm, col. 1565; saint Cyrille de Jérusalem, vu, » c’est donc que, lui, ne mourut pas; mais Dieu Cal., xvni, 15, P. G., t. xxxm, col. 1036; saint Épiphane, l’enleva, comme il enleva Elie, en le faisant passer, sans Ancor., 99, P. G., t. Xl.lll, col. 196, y ont puisé un trépas, de l’état de vie mortelle â l’état de vie incor­ argument de la foi en la glorification future des corps ruptible el immortelle. Cette préservation du trépas ré­ ressuscités. Le dernier en parle ainsi : έως πάλιν γένωμαι και τό σώμα τούτο το αντλούν ταΰτα και άνα- sulte des paroles: Tulit eum Dominus, rapprochées des mots : Non apparuit, et des expressions pareilles de χαινιεΐς με. IV Reg., il. 3, 9. 10, au sujet d’Élie. L’Ecclésiastique, Il n’est pas jusqu’à saint Jean Chrysostome qui, tout xliv, 16. écrit aussi : Ilenoch placuit Deo et translatus en niant à plusieurs reprises, Epist., H, ad Olympiad., P. G., t. lu, col. 565, cf. t. lvii, col. 396, que Job ait est, et la Vulgate ajoute in paradisum (mais cette addi­ connu le dogme de la résurrection des corps, cependant tion ne se trouve pas dans le texte hébreu récemment découvert) et pour bien marquer le côté singulier et ne nous soit présenté, dans le Calena de Nicétas, Lon­ dres, 1637, comine tirant des paroles de Job la conclu­ strictement personnel de cette grâce, i) assure plus loin, xlix, 16, que nemo natus est in terra qualis Ile­ sion suivante : Hinc autem dogma Ecelesiæ docemur noch; nam et ipse receptus est a terra. La même guod corpus scilicet una cum anima resurgat, ut croyance a passé dans le Nouveau Testament et saint gloria cum illa simul [ruatur. P. G., t. lxiv, coi. 620. Paul s'en fait l’écho en attribuant à la foi d’Hènoch le Parmi les Pères latins nous signalerons seulement saint privilège d’immortalité dont il a été favorisé par Dieu : Ambroise, In Ps. ixvm, serm. x, n. 18, P. L., t. xv, Eide Henoch translatus est ne videret mortem et non col. 1336; De excessu fratris sui Satyri, I. II, n. 67, inveniebatur : quia transtulit illum Deus;anle trans­ P. L., t. xvi, col. 1334, ou il parle de la foi de Job en lationem enim testimonium habuit placuisse Deo la résurrection sans cependant citer le texte que nous Heb., xi, 5. étudions. Cf. Liber 1 de interpell. Job, c. VIII, P. L., I. xiv, col. 808; Rutin, De e.vposit. symboli, c. xliv, 2° Élie fut lui aussi enlevé par Dieu sans passer par P. L., t. XXI. col. 383; S. Jérôme. Episl. ad Paulila mort. Pendant qu’avec Elisée il allait et conversait, nuni, lui, n. 8. P. L., t. xxn, col. 545; Liber conl. voilà qu’un char de feu et des chevaux de feu les sépnJoan. Hierosol., n. 30, P. L., t. xxni, col. 381 ; S. Au­ I rèrenl et Êlie monta au ciel dans un tourbillon ; ecce gustin, De civitate Dei, 1. XXII, c. xxix, P. L., t. xli, j currus igneus et equi ignei diviserunt utrumque : et as­ col. 799. Cf. Cassiodore, De institutione divinarum cendit Elias per turbinem in cælum. IV Reg., ι, II. Cf. litterarum, c. vi, P. L., t. i.xx, col. 1118. Eccli.. XLvm, 13; I Mach.. II, 58. Quelle que soit l'opi­ En règle générale, les Latins qui se servaient de la nion que l'on soutienne sur la nature du char de feu traduction de saint Jérôme, bien plus explicite que le et des chevaux de feu qui emportèrent Elie, quel que texte grec, virent dans ce passage de Job une annonce soit le lieu ou il ait été transporté, il faut retenir de sa de la résurrection et de la transliguration des corps. translation qu’il ne mourut pas, qu'il vit encore de sa Celle doctrine passa jusque dans l’épigraphie et l’ico­ vie corporelle primitive, mais transfigurée. La perm a nographie, et les monuments funéraires de l’antiquité nence de sa vie corporelle est confirmée par l'opinion chrétienne représentèrent bien souvent le personnage des Juifs qui prirent un instant saint Jean-Baptiste, .le Job comme la ligure de la résurrection glorieuse de Joa., i, 21, ou même Jésus, Malth., xvi, 14, pour Élie; la chair. « Les premiers chrétiens étaient convaincus ils pensaient donc que celui-ci vivait toujours dans un que Job avait annoncé ce réveil suprême plus claire­ lieu caché et qu’il venait d'en sortir pour recommencer ment qu’aucun autre prophète. » Martigny, Diction­ à jouer un rôle surnaturel sur terre. Cette permanence naire des antiquités chrétiennes, v° Job, 3* édit., Paris, est encore contenue dans la croyance à l'avènement 1889, p. 396. Celte conviction était basée sur le d'Élie et d'Hénoch à la fin des temps. Cf. Matth., iv, 5; texte, xix, 25, 26, de la version de Job faite par saint Jé­ Apoc., xi, 3-6. Du reste au Thabor, Marc., tx, 3; Luc., ix, rôme sur l’hébreu en 402, texte qui « fut bientôt adopté 30-31 ; Matth., xvn, 3, Elie « apparut aux apôtres bril­ par toutes les Églises latines, il ne tarda même pas à lant et transfiguré, lui aussi, dans son propre corps et ■ tre introduit dans la prière liturgique. Il figure à il s’entretint avec Jésus de sa passion et de sa mort ». l'uflice des morts, dans les plus anciens manuscrits de Dictionnaire de la Hible, de M. Vigoureux, art. Êlie, ! Antiphonaire et du Besponsorial de saint Grégoire t. n, col. 1676. le Grand... Le premier mot est seul changé : credo pour 3» Des faits qui précèdent, il est possible de tirer scio quod redemptor ». Martigny, ibid. Cf. Martigny, quelques conclusions relatives à l’état des corps glo­ Explication d'un sarcophage chrétien du musée la- rieux. En effet, Hénoch et Elie, n’étant pas morts, pos­ pidaire de Lyon, Mâcon, 1864; J. Royer, Die Eschato­ sèdent maintenant le même corps qu'ils ont eu sur la logie des Bûches Job, dans Hiblische Sludien, Fribourgterre; et ce même corps ne jouit pas d'une vie iden­ eii-Brisgau, 1901. tique à la nôtre; elle s'est transformée; qu'elle soit glorieuse ou non, elle est autre et elle est meilleure, Pour l’exégèse du passage en question, voir Le Hir, Le puisqu’elle est immortelle. Dès lors, la possibilité d'une i rre de Job, Paris, 1873, p. 322-326; Rose, Étude sur Job, XIX, vie glorieuse et transfigurée dans nos corps demeurant 25-27, dans la Bévue biblique, 18.‘6, p. 39-55; Palrizi, De in­ personnellement identiques apparaît comme démontrée terpretatione Scripturæ sacræ. Rome, 1847, t. Il, p. 237-2Γ.3; et la destinée d’Hénoch et d’Élie en semble la surnatu­ ■ rluy. Spicilegium, Gand, 1884. t. I, p. 278-296; Lesélre, Le relle et miraculeuse garantie. rre de Job. Paris, 1886, p. 126-131 ; Knabenbauer, Comment. tu librum .lob, Paris, 1886, p. 247-257; Dictionnaire de la L le, art. Job {Livre de), t. m, col. 1576; Vigoureux, La Bible les découvertes modernes, 6’ édit., I. iv, p. 596-601 ; A. Loisy, /,·■ here de Job, dans L’enseignement biblique, Paris. 1893, • 7-11 ; J. Turmel, Histoire de la théologie positive, 1.1, c. XVI, Paris, 1904, p. 181. II. L’enlèvement d’Hènoch et d’Élie, — La question l’état des corps dans l’autre vie peut recevoir aussi quelque lumière de l'histoire d’Hènoch et d’Elie. I· D'Hénoch. il est dit dans la Genèse, v, 24 : Ambu­ Ilummelauer, Comment, in Genesim, Paris, 1895, p. 209; Clair, Les livres des Bois, Paris. 1879, t. n, p. 390; Diction­ naire de ta Bible, art. Élie, t. Il, col. 1670; art. Hénoch, t. ni. col. 594; Knabenbauer, Comment, in proph. minores, Paris. 1886, t. n. p.489 sq.; Commentar, in Matth., Paris. 1893, ·. u, p. 85; Hagen, Lexicon biblicum, v“ Elias, Henoch, Pans. 1907, t. il, col. 152, 485-486. III. Le fait de la transfiguration du Christ. — Ce fait apporte également des lumières et des argements au problème de la glorification des corps. 1883 COUPS GLORIEUX 1884 mortel, humble comme le nôtre, et il a arrêté aux fron­ 1" Dans ce mystère, la face de Notre-Seigneur devient tières de son être corporel le rayonnement de gloire brillante comme le soleil. Son enveloppe terrestre est qui descendait des sublimités de sa vision béatilique. transparente : ses vêtements sont imprégnés de lu­ L’état quotidien de son corps était donc violent et mière et tout éclatants d’une blancheur telle que nul l’état glorieux du Thabor, sa condition normale. Knafoulon sur la terre ne pourrait la reproduire. Luc., tx, benbauer, Commentar, in Matth., Paris, 1893, t. n, 28-43; Marc., tx, 2-29; Matth., xvn. 1-21. р. 82, résume ainsi l'enseignement exégétique de la Ici encore Notre-Seigneur passe de l’état ordinaire à l’état transfiguré, directement, sans que la mort inter­ tradition : Humana Christi anima cum Verbo æterno hypostatice unita /ruebatur visione beata divinitatis; vienne, et du reste au bout de quelques instants l’état transfiguré laisse place à l’étal ordinaire : c’est donc j hujus autem visionis effectus connaturalis est ipsa cor­ un même corps, gardant son identité el dans cette poris glorificatio. Hunc effectum Christus viator prop­ ter finem incarnationis hisce in terris cohibuit ; sed in idenlité passant à des modes de vie différents, comme transfiguratione aliquos ejus gloria: radios ab anima la même eau passe successivement par l’état solide de beata in corpus redundare coluit. Splendor igitur hic, la glace, l’état fluide du Ilot, l’état gazeux de la vapeur; comme le papillon, symbole des corps glorieux, a été ut Cajelanus dicit, ex gloria interna animte Christi auparavant chrysalide. Il est important de constater coæva ab initio creationis suæ divina dispositione ema­ que le même corps peut avec une même identité sous- navit. Et il rapporte un texte de saint Grégoire qui voit, jacente revêtir des formes vitales diverses et la transfi­ â cause de cela, dans la transfiguration l’annonce de la gloire suprême des corps ressuscités : In qua transfi­ guration en est la preuve manifeste. C’est bien le même corps, puisque les apôtres le reconnaissent sous guratione quid aliud quam resurrectionis ultima: l’état transfiguré et le distinguent de Moïse et d’Elie gloria nuntiatur ') Moral., 1. XXXII. c. vi, P. L., qui s’entretiennent avec lui. C'est bien une modalité t. lxxvi, coi. 640. 5° Suarez ne veut pas voir dans cet état glorieux du autre de vie, puisqu’il est transfiguré. 2“ Cette modalité autre, les Pères se plaisaient à la corps du Christ transfigure un rayonnement de son considérer comme l’état même des corps glorieux, el âme intuitive : par la raison, dit-il. que le principe de quelques-uns y voyaient quelque chose de superficiel ce rayonnement ne peutètreque la lumière de gloire ou et comme un éclat ajouté et pour ainsi dire violent, l’acte d'intuition. La lumière de gloire est une habitude accordé momentanément du dehors au corps du Christ intellectuelle, et a pour unique effet de rendre possible pour les besoins du mystère. Le vrai courant tradi­ la vision bienheureuse; la vision est un acte immanent tionnel a toujours envisagé cette splendeur comme la renfermé dans l’intelligence seule et n’ayant aucune propriété normale du corps glorieux du Christ : tel réalité en dehors. Dès lors, pour lui, l'union du Christ à ce corps fut à la transfiguration, tel il est au ciel la divinité serait la cause de l’état glorieux de son corps depuis son ascension, et la gloire du Thabor est un et c'est dans la présence du Eils de Dieu uni liypostaligage, une promesse, une manifestation de la gloire du q ne ment à la nature humaine qu'il faudrait chercher paradis. Les interprètes allaient même plus loin dans la cause de la gloire de celle-ci. C’est là, en effet, une leurs affirmations : pour eux, et pour nous, l’état glo­ cause bien suffisante, mais qui ne dédaigne pas de rieux du corps du Christ au Thabor est la condition recourir à la collaboration de causes inférieures et normale de la nature humaine du Sauveur; c’esl ainsi instrumentales, comme paraît être le rayonnement de qu’il aurait dû être toute sa vie mortelle, et s’il a paru l’intelligence intuitive. Quant à l'immanence de la lu­ semblable à nous, avec nos impuissances matérielles, mière de gloire et de l’intuition, il ne faut pas l’exa­ c’est par une réaction violente contre la tendance spon­ gérer : la réalité de la lumière de gloire et de l'acte tanée de son être. Et voici comment ils l’expliquent, de la vision intuitive est, en effet, immanente à l'intel­ donnant par le fait même la raison psychologique de ligence, dont elle est un accident et la perfection, mais la gloire des corps ressuscités. L’âme de Notre-Seigneur, elle peut être cause en dehors de l’intelligence, et de dès sa conception, fut dotée de la vision intuitive de la même que l’intuition agit sur la volonté et Je cœur pour divinité : elle fut donc immédiatement unie à la divi­ les fixer et les rendre heureux en Dieu, pourquoi le nité, non seulement par la voie de l’tinion hypostatique, rayonnement d’inlluence ne s’étendrait-il pas jusque sur mais encore par le face à face qui fait les bienheureux. le corps? Nos idées fortes sont immanentes à notre Cette vision intuitive est un principe dont le rayonne­ esprit et cependant se traduisent par l’éclat du regard ment doit gagner l’être tout entier ; dans la volonté, et l'attitude du corps : il ne faut pas nier l’effet du elle produit un attachement irrévocable à la divinité; psychique et du moral sur le physique. Cf. Suarez, dans le cœur, une félicité inaltérable : continuant son In 111··, q. xlv, Opera, Paris, 18(>6, t. xix. col. 503, qui expansion normale, elle devait dans le corps se mani­ s'exprime ainsi : Claritas gloriosa anime non est nisi fester par la gloire, l’éclat, la blancheur immaculée aut lumen gloriie aut visio beata : lumen autem gloria: que la transfiguration a laissés paraître. Régulièrement, est virtus quædam intellectualis quæ ex natura sua Notre-Seigneur, dès qu’il jouissait de la vue intuitive solum est principium sui actus secundi seu opera­ de la divinité, devait donc avoir un Corps resplendis­ tionis : operatio autem quæ est ipsa visio beata, est sant de lumière. quidam actus immanens qui per se et natura sua non 3’ Et celte théorie s’accorde très bien avec la doc­ est operations extra suam potentiam. trine de l’union de l'aine et du corps, de l’animation Cf. Ludolphe le Chartreux. Vita Jesu Christi, part. II, c. Π1, du corps par l’âme, de l’intluence qui en découle, de Paris-Home. 1870, t. m, p. 18 sq ; M·' Baunard. L'apûtrt sat· t l'âme sur le corps, du moral sur le physique. Toute Jeun. c. tu, £ 4. 4· édit., Paris, 1883, p. 53 sq. ; Fr. Jos. Rudigier. modification importante dans l’âme doit se traduire Vita beati Petri, led. ΧΠ, Fribourg-en-Brisgau, 1890, p. 114128; E. Le Camus, La vie de .V.-S. Jésus-Christ, 1. II. sed. m. par un changement dans l'animation qu'elle donne au с. vm, 6* édit., 1901, Paris, t. n, p. 163-171; Knabenbauer, Com­ corps. ment. in Evangelium secundum Matthaeum, Paris, 1893. 1.11. 4» La gloire du corps du Christ, tel est donc l’effet p. 78; Comment. in Evangelium secundum Marcum, Puris, qui devait d .ou!· r de la vision intuitive accordée â 1894, p. 228; Comment, in Evangelium secundum Lucam. son âme. Mais ce droit. Notre-Seigneur n’en a pas Paris, 1895, p. 312. voulu jouir, sauf pendant quelques instants au Thabor, sans doute pour mieux l’attester et du même coup IV. La P· Épître aux Corinthiens. — L’endroit montrer qu’il y renonçait par pénitence et aussi pour scripturaire classique où est défini l’état des corps nous. En fait, Notre-Seigneur a voulu, pour nous etre glorieux est le c. xv de la I" Épître aux Corinthiens. assimilé plus entièrement, avoir un corps passible, C'est cet enseignement de la théologie paulinienne qui. 1885 CORPS GLORIEUX pendant le cours des siècles, a fixé la foi de l’Église et inspiré les recherches des Pères et des théolo­ giens. I» Dans la première partie du chapitre, l’apôtre a démontré soigneusement la vérité de la résurrection : il a pris le problème sous tous les aspects afin de l’éta­ blir d'une façon définitive, il a démontré positivement le fait de la résurrection, fait ressortir les conséquences graves et inadmissibles de la négation. On sent un homme qui veut en finir avec cette question qui était souvent sans doute agitée dans ce temps-là et sur laquelle reposait l’apologétique apostolique. La résur­ rection du Christ était le principal argument de la di­ vinité du Sauveur et de la vérité de la religion chrétienne ; aussi afin d’épuiser le sujet autant que possible, après avoir établi la résurrection, il se demande quel en sera le mode, ou plutôt dans quel genre de corps iront les ressuscités: quali corpore venient ? I Cor., xv, 35. 2° Les sadducéens niaient alors la possibilité de la résurrection, parce que, pour eux, ce fait enfermait une contradiction ou du moins une antinomie insoluble. Nos corps ne pouvaient, selon eux, être que mortels et soumis aux faiblesses, nécessités et défaillances que nous leur connaissons, et qu’il nous faut subir, et d’autre part, des corps ressuscités doivent être au-des­ sus de pareilles misères. Dans l’impossibilité de con­ cilier des exigences aussi opposées, ils avaient pris le parti radical de nier la résurrection. Malth., xxn, 30. Notre-Seigneur leur avait répondu par un mot qui éclaire lui aussi le problème de l’état des corps : il avait affirmé la supériorité de la vie ressuscitée, sa si­ militude avec la vie angélique, son indépendance des conditions matérielles qui fondentle mariage : in resur­ rectione enim neque nubent nec nubentur, sed erunt sicut angeli Dei in cæto. 3° Saint Paul semble s’être trouvé en présence d’argu­ mentations pareilles à celles des sadducéens. Aussi s’appuyant sur des analogies fournies par la nature, il assure que le dogme chrétien de la résurrection atteste, avec l'identité du corps ressuscité, la variété de ses qua­ lités par rapport au corps mis en terre parla sépulture. Il y a donc un changement : il montre la possibilité, plus que cela la nécessité de ce changement avant l’entrée dans le royaume céleste. « Insensé, dit-il à son contra­ dicteur, ce que tu sèmes n’arrive à une nouvelle vie qu’après être mort, insipiens, lu quod seminas non vivi­ ficatur,nisi prius moriatur. » La comparaison cloche,si on la presse un peu : car la semence jetée en terre y pourrit sans doute avant de donner sa végétation, mais elle n'y pourrit pas entièrement, et elle contient en elle-même un germe, un principe vital qui va se développer natu­ rellement et devenir un vivant organisme. Le cadavre chrétien, mis en terre, n’a point, en soi, un germe de vie nouvelle dont l’épanouissement naturel devienne le corps glorieux. Cela est vrai. Mais, pour saint Paul qui vient de démontrer la résurrection future, en ce cadavre est déposée la promesse divine qui ne peut mentir et qui lui sera un principe de reviviscence. Poursuivant sa comparaison, l’apôtre ajoute : « Et ce que tu sèmes n’est pas le corps qui sera un jour; mais tu sèmes une simple graine, de blé par exemple ou de quelque autre plante, et Dieu lui donne un corps comme il veut et il donne à chaque semence un corps particulier. Et quod sentinas, non corpus quod futurum est seminas, sed nudum granum, ut putatritici aut alicujus ceterorum. Deus autem dat illi corpus, sicut vult, et unicuique I seminum proprium corpus. » 37, 38. De même donc que la semence, après avoir subi la corruption dans la I terre naît à la vie, ainsi le corps chrétien après avoir éprouvé la pourriture de la tombe renaît à la vie; de même que la semence obtient par la germination une vie nouvelle, plus vivante, plus large, en un mot supé­ 1886 rieure, ainsi les qualités vitales du corps ressuscité sont nouvelles, plus vitales, supérieures; mais, de même que la vie de la semence après la germination, tout en étant supérieure à sa condition antérieure, garde une certaine proportion avec la nature de cette semence, ainsi la vie nouvelle du corps ressuscité, tout en étant de qualité plus parfaite, garde une proportionnalité avec la condition temporelle de chacun de ceux à qui elle est accordée : c’est la proportion entre le mérite de cette vie et la gloire de l'autre vie. Cf. S. Augustin, Epist., en, c. v, P. L., t. xxxiil, col. 372; Semi., cxxi, De verbis Domini, η. 10,11, P. L., t. xxxvm, col. 711; Cont. Julian., 1. I, c. vin, n. 36, P. L., t. xliv, col. 666; Ad Consent, epist., ccv, n. 2, P. L., t. xxxm,col. 942; Tertullien, De resurrect, carnis, c. lu, P. L., t. n, col. 870. 4“ L’apôtre ne se contente pas de celte analogie tirée du monde végétal. 11 appelle en témoignage encore et le monde animal et les sphères célestes : « Toute chair n’est pas la même chair; mais autre est celle des hommes, autre est celle des troupeaux, autre celle des oiseaux et celle des poissons. Non omnis caro eadem caro, sed alia quidem hominum, alia vero pecorum, alia voluerunt, alia autem piscium, » ÿ. 39. Par une in­ terprétation forcée, Terlullien, Deresurr. carnis, c. i.ii, P. L., t. n, coi. 870, applique ces dilfêrences aux diverses catégories morales d'hommes : pour lui. l’homme simplement, c’est le fidèle, qui est vraiment homme; les pecora, c’est-à-dire les animaux terrestres, représentent les païens adonnés à la terre; les martyrs dont le supplice est un essor vers le ciel seraient sym­ bolisés par les oiseaux; les baptisés nés dans l’eau du baptême comme les poissons dans l'eau des mers et des lleuves seraient désignés sous le nom de ceux-ci, et d'après cet auteur, l’apôtre aurait ainsi affirmé directe­ ment la diversité des corps ressuscités suivant la diver­ sité des mérites. Celte affirmation est réellement con­ tenue dans le texte sacré, mais non sous cette forme. Saint Paul entend parler proprement des animaux, des oiseaux et des poissons et dire par comparaison que. de même qu’ils ont des organismes divers, ainsi après la résurrection, les hommes auront des corps diverse­ ment glorieux et immatérialisés. S. Augustin, Ad Con­ sentiunt epist., ccv, n. 2, P. L., t. xxxm, col. 942. Cf. A. d'Alès, La théologie de Terlullien, Paris, 1905, p. 151-152. C’est ce qui ressort de la suite des paroles de l’apôtre. « Il y a des corps célestes et des corps terrestres; mais autre est la gloire des corps célestes et celle des corps terrestres, autre est la clarté du soleil, autre la clarté de la lune, et autre la clarté des étoiles. Et même une étoile diffère en clarté d’une autre étoile. Ainsi est la résurrection des morts. Et corpora cælestiaet corpora terrestria : sed alia quidem cæleslium gloria, alia autem terrestrium. Alia claritas solis, alia claritas lume, et alia claritas stellarum. Stella enim a stella differt in claritate. Sic et resurrectio mortuorum, » |t. 40-42. C'est donc une chose acquise : les corps glo­ rieux n'auront pas le même éclat, mais leurs rayonne­ ments splendides seront variés comme les rayons des­ cendus des étoiles dans nos nuits les plus favorisées, comme les formes de la vie dans la faune la plus riche. Tertullien, in scorpiace, c. vi, P. L., t. Il, col. 133 sq.; S. Augustin, De sancta virginitate, c. χχνι, P. L., t. XL, col. 4I0; S. Chrysostome, Homil., xli, §3, P. G., t. t.xi. col. 358; S. Jérôme, Dialogus adv. Pelagium, P. L., t. xxm, col. 510. Cf. Joa., xiv, 2; I Cor., m, 8: 11 Cor., ix, 6. 5° Saint Paul a multiplié les analogies pour établir le dogme de la dilïérence des mérites et des récom­ penses et parlant celui de la variété des corps glori i s. Il revient maintenant à sa comparaison premiere pour décrire les qualités essentielles communes à tous les 1887 CORPS GLORIEUX corps glorieux et qui constituent comme la substance de l'état transfiguré. Seminatur in corruptione, surget in incorruptione. Seminatur in ignobilitate, surget in gloria. Seminatur in infirmitate, surget in virtute. Seminatur corpus ani­ male, surget corpus spiri­ tale (ÿ. 42-44). Le rarps est semé dans la corruption, il ressuscitera dans l'incorruplion. 11 est semé dans l'ignominie, il ressuscitera dans la gloire. 11 est semé dans la faiblesse, il ressuscitera dans la force. 11 est semé corps animal, il ressuscitera corps spirituel. Seminatur, c’est l’image chrétienne qui représente la sépulture : le fidèle est mis en terre pour en sortir comme une plante d'éternelle vie. Cette image des semailles était chère au christianisme primitif; aussi bien les chrétiens avaient-ils une peur très forte de ne pas être mis en terre et quand ils comparaissaient devant les persécuteurs, ils suppliaient Dieu de ne pas permettre qu'ils périssent dévorés par les bêtes, détruits par le feu, ou emportés par les Ilots, afin de pouvoir dormir dans la terre qui semblait leur promettre plus sûrement la résurrection. Cf. E. Le Blant, D'un argu­ ment des premiers siècles contre le dogme de la résurrection, dans la Revue de l'art chrétien, 1862; Dictionnaire d’archéologie chrétienne el de liturgie, art. Ad sanctos, 1.1, col. 482. C’est donc un corps corrup­ tible, tourmenté par la maladie, décomposé par la mort, qui est déposé dans la terre, et il en sortira incorrup­ tible, c’est-à-dire avec toutes les qualités qui empêchent la corruption : celle-ci cause la douleur, le corps glo­ rieux sera intact et suave et c’est à cause de cette im­ passibilité que l'auteur de l’Apocalypse a dit des élus qu’ils seraient si heureux qu’ils ne sentiraient plus ni la faim, ni la soif, ni les intempéries des saisons. Non esurient, negue sitient amplius, nec cadet super illos sol negue ullus æstus. Apoc., vil, I6. Cf. Is., xi.tx, 10. La corruption engendre dans la vie corporelle de ce monde toutes sortes de laideurs et de misères, de diffor­ mités et de disgrâces, seminatur in ignobilitate; l’autre vie fera disparaître tout cela, à la disgrâce suc­ cédera la beauté, à la laideur, la gloire et l’éclat. Ce sera la splendeur de l’ordre, c'est-à-dire un éclat indi­ cible auréolant el illuminant un corps harmonieuse­ ment constitué où les parlies possèdent un équilibre parfait el un rayonnement sans défaillance. Les inter­ prètes de la tradition théologique ont rapproché de ce texte la parole de Notre-Seigneur : Justi fulgebunt sicut sol in regno Patris eorum, Matth., xui, 43; cf. Sap., hi, 7; Dan., xit, 3, et y ont vu la seconde pro­ priété des corps glorieux : la clarté. La corruption n’engendre pas seulement la souffrance et la difformité, elle paralyse les forces actives de l'homme dont les membres sont lourds et lents, dont les énergies s’épuisent et se fatiguent vite, dont les sens s'émoussent, il s’ensuit une pesanteur qui a besoin de chercher dans le sommeil un renouvellement de force. Dans l’organisme ressuscité les membres garde­ ront toujours une entière souplesse, les forces ne s'use­ ront plus, les sens conserveront leur pénétration et leur vigueur. La tradition a traduit cela d’un mot : Yagilité, c’est-à-dire le jeu parfait, doux et puissant, sur et constant des forces de l'organisme ressuscité. 6° Ces trois qualités d’impassibilité, de clarté, d’agi­ lité ont leur source dans la transformation profonde et merveilleuse qui s’est faite par la glorification du corps el qui est exprimée par les pargles de saint Paul, qui résument et expliquent (cyfte théorie) En somme, dit l'apôtre, vous mettez en terre un corps animal. Dieu en tire un corps spirituel. Qu'est-ce à dire et qu’est-ce que cette animalité que l’homme possédait avant la mort et qu'il perd? Qu’est-ce que cette spiri­ tualité donnée à la matière? N’y a-t-il pas une contra­ diction ou au moins une antinomie dans ce corps spi­ 1888 rituel? N’est-il pas de l’essence du « spirituel » d’être « incorporel »? Saint Augustin nous aidera à résoudre ce redoutable problème. Pour lui l’animalité, c’est cette condition des corps qui les oblige à se nourrir, à éla­ borer leur nourriture, à se l’assimiler, à en rejeter les déchets; c’est, en un mot, l'alimentation et toutes les activités physiologiques qui la préparent, l'accompa­ gnent ou en résultent. La spiritualité étant ici opposée à l'animalité, le corps spirituel sera le corps qui. tout en gardant sa matérialité, cependant n’use plus aucune parcelle de sa substance, ne détruit plus la moindre de ses forces, ne dépense plus la moindre énergie. C’est une substance qui agit sans rien dépenser, comme l’âme; c’est une activité qui produit sans rien user. Dès lors le travail réparateur devient sans objet et disparait. Erunt sicut angeli. De même que la race se conserve sans perdre plus jamais aucun de ses membres et n’a plus besoin de la procréation qui remplirait les vides faits par la mort dans ses rangs, non nubent negue nubentur; pareillement, semblables à des esprits, ils ont une activité sans défaillance et une vie sans restau­ ration alimentaire, c’est la fin de la physiologie de ce monde et la naissance d’une physiologie nouvelle et céleste. Cf. S. Augustin, De Genesi ad litteram, I. XII, c. vu, 7, P. L., t. xxxiv, col. 459; Enchiridion, 9I, P. L., t. xl, col. 274; De civitate Dei, I. XIII, c. xx, P. L., t. xli, col. 393. A cet état de spiritualité, il faut joindre la subtilité que des auteurs ont voulu voir dans notre texte 'èbqui certainement est un privilège néces­ saire de la spiritualité. Notre-Seigneur en faisait preuve quand il arrivait soudain auprès des apôtres renfermés et pénétrait auprès d'eux, januis clausis. Joa., xx, 26. 7° Mais l’apôtre sent bien la difficulté de faire accep­ ter sa théorie du corps spirituel, et il y revient pour établir que la transformation du corps animal en un corps spirituel est premièrement possible et ensuite nécessaire. « S'il y a un corps animal il y a aussi un corps spirituel. Si est corpus animale est et spirituale, » jt. 44. La possibilité du corps animal entraine celle du corps spirituel et l’un n’est pas plus possible ou impossible que l'autre. Le corps par lui-même est indifférent à être animal, ψυχικόν, ou spirituel, πνευματικόν : il est animal quand il est informé par l’àme, ψυχή, et spiri­ tuel quand il est informé par l'esprit, πνεύμα. L’âme, la ψυχή, c’est l'âme végétative, qui est principe vital, qui donne la sensation, le mouvement et la vie maté­ rielle. Si cette âme est intellectuelle et sainte, si elle est ouverte au monde de la pensée et possédée par la vie surnaturelle, elle est πνεύμα. « Comme il a été écrit, le premier homme Adam a été fait avec une âme vivante. Sicut scriptum est, factus est primus homo Adam in animam viventem, » jt. 45. Le premier homme avait donc une âme pour principe vital, non une âme purement animale, il avait même été créé avec le πνεύμα et muni de tous les dons surnaturels. Mais les ayant perdus par le péché et ne les transmettant pas â ses descendants, son âme déchue de la dignité de πνεύμα,est devenue une simple ψυχή. « Le dernier Adam a été fait avec un esprit vivilicateur. Novissimus Adam in sp ritum vivificantem. » Descendu du ciel, conçu par l’op· ration du Saint-Esprit dans le sein virginal de Marie, le second Adam Notre-Seigneur Jésus-Christ est n· avec un esprit, πνεύμα, vivilicateur : esprit tellemci saint et surnaturel qu’il était en possession de touh s les grâces, de tous les dons, qu’il jouissait de la vuimmédiate de Dieu et que, s’il n’y avait mis obstacle, la vie glorieuse de son esprit aurait rayonné sur son corps dont elle aurait fait dès l'origine un corps glo­ rieux, un corps informé d’esprit, πνευματικόν, un corps spirituel. Notre-Seigneur, de droit, devait posséder un corps spirituel, de fait et par le dessein de sa miser corde, il eut, sauf au Thabor et après la resurrecti..,,, un corps comme le nôtre, un corps animal, ψυχικό». CORPS GLORIEUX 1889 1890 Le premier Adam ayant, avec son corps animal, précédé le second Adam avec son droit à un corps spirituel, l’apôtre a pu écrire : « Ce n’est pas premièrement ce qui est spirituel, mais ce qui est animal, ensuite ce qui est spirituel. Sed non prius quod spiritale est, sed quod animale; deinde quod spiritale, » y. Or nous sommes les descendants des deux Adam, du premier par la génération humaine, du second par la régénération spirituelle, nous participons donc succes­ sivement à leur condition corporelle et de même que, dans celte vie terrestre, nous avons un corps animal, c’est-à-dire informé par la ψυχή, ainsi dans la vie céleste, nous aurons un corps spirituel, c’est-à-dire informé par un esprit arrivé à la vie spirituelle consommée et faisant rayonner, dans le corps qui lui est rendu, les qualités éminentes de cette vie spirituelle consommée, t. 47-49. 8» lit cela est de toute nécessité. 11 ne peut se faire que le corps animal ne soit transformé en corps spi­ rituel. Ici l’apôtre ne parle que des fidèles, de ceux qui doivent hériter le royaume céleste. D’une étude critique certaine et que nous ne pouvons refaire ici, il apparaît que l’apôtre enseigne que nous ne mourrons pas tous, mais que tous nous serons transformés et passerons du corps animal au corps spirituel. Quand l’heure du second avènement du Christ sera venue, au son de la trompette fatale, au même instant, ceux qui seront morts se trouveront ressuscités avec un corps glorieux, et ceux qui vivront revêtiront, sans mourir, un mode nouveau de vie dans leur même corps trans­ figuré. Cette doctrine, ce mystère, ecce mysterium vo­ bis dico, est grave et capital pour montrer l'identité du corps ressuscité avec le corps possédé en cette vie, identité que le patriarche Eutychius, converti à elle par saint Grégoire 1er, affirmait en prenant la peau de sa main et en disant : Je confesse que tous nous ressus­ citerons dans cette chair. Leçon 1 V de l'office de saint Grégoire I" au 12 mars. Vifs ou morts, tous donc nous serons transformés, omnes non dormiemus, sed omnes immutabimur, ί. 50, et cela, dit l’apôtre, est nécessaire, car « la chair et le sang ne peuvent posséder le royaume de Dieu ni la corruption ne possédera pas l’incorrup­ tibilité. Caro et sanguis regnum Dei possidere non possunt, neque corruptio incorruptelam possidebit », ÿ. 50. La chair et le sang, c’est-à-dire le corps animal, la corruption, c'est-à-dire le corps corruptible, ne peuvent en restant corps animal et corruptible entrer au ciel, ni participer à une vie qui n'est qu’incorruptibilité et perfection. 11 faut donc ou renoncer à la vie céleste, ou perdre les caractères mortels incompatibles avec elleLa transformation des corps est même nécessaire pour assurer le triomphe du Christ sur la mort. La mort est l’arme du péché, c’est par elle que le péché a causé ses ravages et établi son empire. Le Christ n’aura accompli son œuvre de salut qu’en supprimant la mort et ce qui la prépare ou en découle, la douleur, la cor­ ruption. L'apôtre le dit : « Or quand ce corps mortel aura revêtu l'immortalité, alors s’accomplira la parole qui a été écrite : La mort a été absorbée dans la vic­ toire. Cum autem mortale hoc induerit immortalita­ tem, tunc fiet sermo qui scriptus est : absorpta est mors in victoria, » jv. 54. Cette question s'imposait à eux comme corollaire du problème si souvent et si fortement discuté de la résurreclion des corps. Nous n'avons pas à faire l’histo­ rique de ces controverses, voir Résurrection. Mais nous devons constater que la doctrine de saint Paul si expli­ cite trouva tous les auteurs ecclésiastiques fidèles à la reproduire et à la développer. Le dogme de la résur­ rection était combattu, d un côté, par les gnostiques qui,atlribuant le corps à un principe mauvais, l'ex­ cluaient du bonheur éternel, par les païens, et par les juifs imbus de sadducéisme; son affirmation, d'un autre côté, était un principe de courage pour les chrétiens persécutés. Il y a donc de nombreuses pages sur la cer­ titude et sur les privilèges d’une autre vie dans le ciel. 1° Les apologistes du n· siècle ont déjà de véritables traités ex professo consacrés à la défense du dogme de la résurrection, et dans lesquels se découvre leur pensée sur l’état futur du corps humain. 1. C^atienjcroit fermement « que les corps ressusci­ teront apres la fin du monde, non pas, comme le veulent les stoïciens, pour que les mêmes choses se produisent satis cesse et périssent selon la succession de certaines périodes, sans aucune utilité; mais, une fois les siècles de ce monde accomplis, définitivement, en considéra­ tion de l’état des hommes seulement, en vue du juge­ ment. » Oral. adv. Græc., c. vi, P. G., t. vi. col. 817. 11 y aura donc un état définitif, dans lequel les succes­ sions, corruptions, générations ne se suivront plus comme maintenant. Cependant les corps, dans cet état nouveau, garderont leur identité. « Si le feu détruit ma misérable chair, le monde conserve cette matière qui s’en est allée en fumée; si je disparais dans un fleuve ou dans la mer, si je suis mis en pièces par les bêtes féroces, je suis en dépôt dans le magasin d’un maître opulent... Dieu, le souverain maître, quand il le vou­ dra, reconstituera dans son état ancien la substance qui n’est visible qu'à lui seul. » Ibid. Il affirme donc bien que la substance ancienne sera reconstituée dans sa propre personnalité; et, en même temps, il accentue contre les craintes instinctives dont nous avons déjà parlé, l’assurance de la résurrection glorieuse, même pour ceux qui auraient péri dans les flots, par le feu ou par la voracité des bêtes féroces. Mais, si le même corps ressuscitera, il prendra un revê­ tement céleste d'où seront exclues toutes les apparences de notre mortalité : το ουράνιον έπένδυμα τής θνητότητας. Oral^adv. Griecos c. xx, P. G., t. vi, col. 852. 2,ÇSaintTüsïrnyecourt à l’argument de la puissance divine pour dtWîoiitrer la possibilité de la résurrection, et à la comparaison de la génération humaine pour faire admettre la transfiguration finale des corps. « Nous espérons que les morts déposés en terre reprendront leurs corps, convaincus que rien n’est impossible à Dieu. Quand on y réfléchit, qu’y aurait-il de plus incroyable, si nous n’avions pas de corps, que d'en­ tendre quelqu'un nous dire qu'une petite goutte de sperme humain est capable de produire les os, les nerfs et les muscles, tels que nous les voyons? Faisons pour un moment cette hypothèse. Si vous étiez autres que vous êtes, et d’une autre origine, et qu’on vint vous affirmer en vous montrant le sperme humain et le portrait d’un homme, que cela peut produire ceci, le croiriez-vous avant de l’avoir vu? Certainement non. Comely, Comm, in I Cor., Paris, 1890, p. 488 sq., Orach, Épipersonne n’oserait y contredire. De la même façon, tres de S. Paul, Paris, 1871, p. 224 sq. ; Suicer, Thesaurus pour n’avoir pas vu d’homme ressuscité, vous ne ecclesiasticus, v" Άν«»τ«σΐί et SSg«, Amsterdam. 1728, t. 1, p. 307 sq. ; t. II, p. 1 209 sq. ; Henri Couget, divinité de Jésuscroyez pas à la résurrection. Mais, de même que. tvut Christ. /.’enseignement de saint Paul. c. m, Paris, 1906, p. 41 ; d’abord, vous n’auriez pas cru possible que de la peti·.· Simar, Die Théologie des heiligen Paulus, Fribourg-en-Brisgoutte de sperme, un homme pût naître, et cependant gau, 1883. p. 254-258; Atzberger, Die chrislliche Eschatologie vous voyez qu’il en est sorti, songez aussi que, une t is in den Sladien Hirer O/fenbarung im A. und N. T., Fribourgles corps dissous et répandus dans la terre en guisen-Brisgau, 1890. germes, au moment voulu, sur l’ordre de Dieu, ii : ■ -t V. L’enseignement des Pères. — Les Pères ont de pas impossible qu’ils ressuscitent pour revêtir . tout temps traité de l’état futur des corps ressuscités. ruptibilité. Quelle idée se font-ils donc de la puis? :e D1CT. DE THÉOL. CATHOL. III. - 6Ù 1891 CORPS GLORIEUX divine, cenx qui prétendent que tout être retourne à ses éléments constitutifs et que là contre, Dieu luimême ne peut rien? En vérité, je ne saurais le dire. Ce que je vois bien, c’est qu’ils n'auraient pas cru possible leur propre naissance, ni celle de tout Puni­ vere, avec la nature et l’origine qu’ils lui connaissent. » Apol., I, ç, xvm-xix. P. G., t. vi, col. 356-357. 3/Théophile inulliplie les analogies tirées de la successiôîmês'Tsaisons, des jours et des nuits; de la ré­ surrection des graines et des fruits qui, jetés en terre s’y dissohent et en ressortent en épis et en arbres; du sort de ces graines qui, mangées par un passereau ou un oiseau quelconque, sont ensuite déposées sur une colline pierreuse ou sur un tombeau et deviennent des arbres, après avoir été avalées et avoir traversé une si grande « chaleur ». 11 invoque la résurrection men­ suelle de la lune; le retour des forces et des chairs perdues par la maladie et restituées dans la convales­ cence. « La sagesse divine accomplit toutes ces choses atin de nous prouver par là que Dieu est capable de faire la résurrection des hommes. » dd Aulolyc., 1. 1, C. \hi,.J?,_Q., t. Vl, col. 104! sq. 4^thénagorejt tout un traité spécial sur « la résur­ rection des morts », dont il ne se contente pas de prou­ ver la réalité, mais dont il décrit le mode. Il combat dans une première partie négative les objections des adversaires qui déclaraient la résurrection de corps incorruptibles impossible ou inconvenante. Impossible, elle ne peut l’être à Dieu : « Qu’il ait assez de puis­ sance pour ressusciter les corps, leur création en est une preuve... La puissance, en ellet, qui a su organiser la matière qu’on suppose informe, de manière à dispo­ ser en ligures diverses et nombreuses cette masse amorphe et confuse, ou bien réunir en un seul corps les atomes dispersés ou bien encore épanouir en un corps l’embryon qui est chose une et simple, donner forme et vie à ce qui n'en avait pas, cette même puis­ sance est capable de rassembler ce qui est dissous, de relever ce qui est abattu, de rendre la vie à ce qui est mort et de transformer ce qui est corruptible en un état d’incorruptibilité. » De resurrectione mortuorum, iv, P. G., t. vi, col. 980. La résurrection incorruptible de l'homme ne présente non plus aucune injustice ni inconvenance. « La ré­ surrection de l'homme, en ellet, ne saurait nuire aux créatures spirituelles ; elle n'est pour elles, ni un obs­ tacle à l'existence, ni un dommage, ni une injure. Elle né" nuit pas davantage aux créatures sans raison ou aux êtres inanimés; ils n’existeront pas après la résurrec­ tion, et il n’y a pas d'injustice à l’égard de ce qui n’existe pas. Supposons même qu’ils existent toujours; ils ne recevront aucune injustice de la rénovation du corps humain. Si, en effet, alors qu’ils sont maintenant soumis à la nature humaine, encore faible, et à tous ses besoins jusqu’à être sous le joug d’une complète servitude, ils ne souffrent aucune injustice, à plus forte raison, lorsque les hommes, devenus incorruptibles, n'auront plus besoin de leur secours, seront-ils affran­ chis de leur esclavage et n'auront-ils à se plaindre d'au­ cune injustice... Il ne sera pas davantage permis de dire qn'on trouve aucune injustice du côté de l'homme qui ressuscite. Il se compose, en effet, d’un corps et d’une âme. Or. il ne reçoitaucun dommage ni dans son corps, ni dans son âme. Aucun homme de bon sens ne dira que l’r Freppel, Les apologistes chrétiens au II· siècle, leçon x, Paris, 1887, p. 208. 2» L’Épitre à Diognète> salue la récompense incor­ ruptible que nousTêüévrons dans le ciel, τήν έν ούρανοϊς αφθαρσίαν, νι, 8. Funk, Patres apostolici, 2' édit., Tubingue, 1901, t. I, p. 4OO.(jpaint Irériiîi affirme la dif­ férence des mérites et l’inégalitTdés recompenses et pour mieux l'établir il distingue le ciel du paradis et de la cité sainte. L'ont, hær., 1. V, c. xxxvi, n. 1. P. G., t. vu. col. 1222; cf. 1. V, c. v, n. 1, ibid., col. 1135. Le Christ est monté le premier au ciel et nous en a assuré l’en­ trée. αυτός πρώτο- εις ούρανου; άναβα;. S. Hippolyte, Semi. in Elcanam et Annant, P. G., t. x. col. 861. Les prophètes, les martyrs, les apôtres sont réunis à NotreSeigneur dans son royaume et c’est là qu’on reçoit la couronne de vie impérissable, αφθαρσίας άποκείμενον ϋμΐν έν τοϊς ούρανσΐ; στέφανον, Pe Antichristo, 31, 59, Ρ. G., t. x, col. 752, 780 : il y a là évidemment un en­ seignement implicite des dons d'incorruptibilité dont jouiront les justes après la résurrection et de la dillérence de gloire qui leur sera accordée. Du reste, com­ mentant la parole de saint Paul que la chair et le sang ne posséderont point le ciel, saint Irénée observe que par là il faut entendre seulement4.es hommes adonnés aux œuvres de la chair; mais que, nonobstant, cette chair dont nous sommes revêtus ici-bas ressuscitera et gardera son identité dans la transfiguration du corps; ce qui sera détruit, c’est la convoitise de la chair. Cont. hær., 1. V, c. xn, n. 3, P. G., t. vit, col. 1153. Aussi s’élève-t-il avec énergie contre la théorie de la trans­ migration des âmes, car pour lui le corps associé icibas au péché et à la vertu de l’âme doit partager dans l’au-delà avec elle le châtiment et la récompense. Cont. hær., 1. H, c. xxxm, n. 5, P. G., t. vu, col. 833. Voir Ciel. _ 3» C’est surtout danslTertullien que l’on trouve une doctrine explicite sur lâ"con e la possession d'un bonheur sans ombre,qui garantira l'intégrité de leurs membres à ceux qui furen· ici-bas aveugles, paralytiques ou boiteux. Cette intê-r; · 1895 CORPS GLORIEUX des membres n’entraînera pas fatalement la nécessité de leur usage et le corps glorieux ne se livrera plus aux fonctions que sa nouvelle vie rend inutiles et sans objet. Ibid., 60. Et il donne cette conclusion qui est une force pour les martyrs : Toute chair ressuscitera identiquement, intégralement. Desurget igitur earo et quidem omnis et quidem ipsa et quidem integra. Ibid., 63. « Jésus-Christ médiateur entre Dieu et l'homme a fiancé dans sa personne la chair et l’esprit. Là où elle semble périr, elle ne fait réellement que s'éclipser pour un temps : après avoir passé par l'eau, par le feu, par l'estomac des bêtes, par les entrailles de la terre, elle reparaîtra un jour devant Dieu, pour s’entendre convier à la gloire. Telle est la charte du salut apportée à l'humanité par Jésus-Christ et, ajoute Tertullien, commentée en ces derniers temps par l'effu­ sion de la prophétie nouvelle due au Paraclet. » Adhémar d'Alès, La théologie de Tertullien, Paris, 1905, p. 152. Cf. M'Jr Freppel, Tertullien, leçon xxxvi, Paris, 1887, t. n, p. 387 sq.; Schwane, op. cit., t. i, p. 472 sq. Notons en passant l'affirmation de l’identité du corps glorieux avec le corps mortel. C'est là un point qui, s’il n'est pas un dogme formel de l’Église, y est cepen­ dant une doctrine à peu près universellement admise et professée. Si saint Jérôme semble hésiter, Adv. Jovinian., I. I, 36, P. L., t. xxm, col. 259, ailleurs, dans sa lettre xxvn·, il est fermement de l'avis de Tertullien, avis partagé par saint Augustin, De civitate Dei, 1. XXII, c. XIX, P. L., t. xli, col. 780. Cf. S. Thomas, Sum. theol., lllæ Suppl., q. i.xxx, a. I, 2; Pierre Lom­ bard. Sent., I. IV, dist. XLIV, n. 1-2. En sens opposé, voir Origène, De princip., L III, c. vi, 7, P. G., t. xi, col. 340; S. Grégoire de Naz.ianze, Oral., xx, P. G., t. xxxv, col. 1074; S. Basile, In Ps. CXtv, P. G., t. xWLc-eal^lSi. Cf. Schwane, ibid., p. 479. 4°fflrigéneyétait mis en opposition avec la théologie orthodoxe "sur deux points qui suscitèrent nombre de réclamations et de réfutations. Cf. S. Épiphane, Hær., l.xiv, n. 11, P. G., t. xli, col. 1087; S. Jérôme, Epist., cxxiv, ad Avitum, P. L., t. xxn, col. 1059; S. Augustin, Hier., xliii, P. L., t. xlii, col. 33; S. Théophile, Epist. pose., n, c. xi, P. G., t. xxn, col. 800. C’étaient le dogme de la trinité et celui de la résurrection générale. Au sujet de celle-ci, il a une théorie particulière relative à l’état des corps glorieux et qui est un corollaire lo­ gique de son enseignement sur la matière. Pour Origène, il y a en nous un corps mortel, gros­ sier, fruit de péché et imposé à notre âme pour une vie passagère de pénitence. Ce corps périt à la mort et se corrompt dans le tombeau. Mais, à côté de lui, en nous, existe une parcelle imperceptible de matière qui est comme un germe latent et une force matérielle. Au signal de Dieu, ce germe inséparable de lame qui, à l'instar des anges, ne vit jamais sans un corps plus ou moins parfait, plus ou moins éthéré, mais indissolu­ blement uni à elle, ce germe, dis-je, se développera et deviendra le corps glorieux destiné à partager pendant l'éternité la félicité de l'àme. Ce corps éthéré, λόγος σζέ-,αχτιζο;, appartient à la substance unique et uni­ verselle de la matière, substratum de toutes les forma­ tions corporelles, principe de tous les phénomènes matériels II appartient donc à la même nature géné­ rale que le corps mortel, il procède de la même source : ce qui permet d'afïirmer l'identité du corps ressuscité et du corps mort 1. L'âme et le corps subissent des pu­ rifications successives qui les affinent, les perfection­ nent sans cesse jusqu a ce qu'ils retournent à leur principe divin et redeviennent ce qu'ils élaientau sortir des mains du créateur. De pi incipiis, 1. II, c. x; L III, c. vi. P. G., t. xi. col. 233, 333; Cont. Celsum. L II, c. lxxvh; 1. V. c. xvm. xxn. xxui: 1 VII. c. xxxn, P. G., t. xi, col. 915. 1206. 1215. 1416; S. Épiphane, Hier., Lxiv, P. G., t. xlii, col. IÛ86. Cf- Schwane. t. I, 189? p. 505 sq.; F. Prat. Origène, Paris, 1907, p. 91-94; Mo’ FrenpeL Orioène. leçon χχι, Paris, 1888, t. il, p. 27. 5 pour tous, même paurles réprouvés : pour Tes élus seuls elle sera ^lorieiîsêT) Serm., CCLVI, n. 2, P. L., t. xxxvm, col. 1192; elle sera céleste et angélique, Serm., cclxiv, n. 6, ibid,, col. 1217; elle jouira d'une pderveilieuse liegTifèJSerm., CCXl.tn, n. 6-8, ibid., col. ÎTT6; d'une parfait^ agilité,’ Enchiridion, c. xci, P. L., t. xi., col. 274 ? Desurgent igitur sanctorum corpora sine ullo vitio, sine ulla de­ formitate, sicut sine ulla corruptione, onere, diffi­ cultate; in quibus tanta facilitas, quanta felicitas erit. Propter quod et spiritalia dicta sunt cum procul dubio corpora sint futura non spiritus; un peu plus loin il ajoute: Sed ideo ait apostolus .-seminatur corpus ani­ male, resurget corpus spiritale : quoniam tanta erit tuncconcordia carnis et spiritus vivificante spiritu sine sustentaculi alieujus indigentia subditam carnem, ut nihil nobis repugnet ex nobis ; sed sicut foris neminem, ita nec intus nos ipsos patiamur inimicos. Enchiri­ dion, c. xci. Et dans un autre texte il fait merveilleu­ sement ressortir comment les qualités du corps glorieux sont dues à l'information d’une âme béatifiée et comment elles dépassent toutes les conditions des corps les plus privilégiés de cette vie, même de ceux que nous aurions pu posséder sans la chute et les déchéances de la faute originelle : Sicut spiritus carni serviens non incongrue carnalis, ita caro spiritui serviens recte appellatur spiritalis, non quia in spiritum convertetur, sicut non­ nulli putan( ex eo quod scriptum est, I Cor., xv : Se­ minatur corpus animale, resurget spirituale; sed quia spiritui summa et mirabili obtemperandi facilitate -1897 CORPS GLORIEUX subdetur, usque ad immortalitatis indissolubilis se­ curissimam voluntatem, omni molestiæ sensu, omni corruptibilitate et tarditate detracta. Non solum enim non erit tale quale nunc est in quavis optima valetu­ dine, sed nec tale quidem quale fuit in primis homi­ nibus ante peccatum. De civitate Dei, 1. XIII, c. xx. P. L., t. XLi, coi. 393. 7° Bien qu’il n’ait pas de traités spéciaux sur la ma­ tière, sain^Jérôme^i eu à s'occuper, dans sa polémique avec RufinTilii sort corporel des élus. En 388. en commentant l'Épitre aux Éphésiens, il avait établi un parallélisme entre l'époux et l'épouse d’une part et le corps et l'âme d'autre part. La conclu­ sion de son parallèle inattendu avait été que le mari doit aimer sa femme et que l’âme doit chérir son corps, et cela, disait-il, « afin que les épouses soient changées en hommes, que les corps soient changés en âmes et qu'il n’y ait aucune diversité de sexes. Et comme il n’y a parmi les anges ni homme ni femme, ainsi nous qui devons être un jour semblables aux anges, nous devons commencer maintenant â être ce qui nous est promis. » In Eph., v, 28, P. L., t. xxvt, col. 533. Il y avait là une idée fort étrange, et Hulin, accusé d’origénisme par saint Jérôme, s’en arma pour montrer qu'il n'était pas seul origéniste et que son contradicteur avait bien emprunté, lui aussi, quelque chose au système qu’il attaquait si violemment. « Si les corps doivent se transformer en âmes, il n'y a plus de place pour la résurrection de la chair, dit-il. Et puis, je suis surpris de te voir si ardent â exiger des autres une profession de foi à la résurrection des sexes, quand toi-méme tu t'embrouilles tellement sur ce point. » Hulin, Apol.. I, 23, P. L., t. xxi, col. 561. Saint Jérôme répondit : « Les phrases dont Rufin se montre si scandalisé ne sont pas de moi, mais d’Origène. C’est Origène qui parle en cet endroit, ce n'est pas moi. On ne doit donc pas m'imputer ce qu’il pourrait y avoir de répréhensible dans les expressions en litige. D’ailleurs, qu’ont-elles de si répréhensible? J'ai dit et c’est ce qui choque le plus mon adversaire, que les sexes doivent disparaître. Ne me suis-je pas suffisamment expliqué en ajoutant que l’on devait commencer dés maintenant à être ce qui est promis? N’ai-je pas aussi laissé clairement entendre que les sexes subsisteraient au ciel comme ils subsistent sur la terre? » Apol., L I, c. xxix, P. L., t. xxm, col. 420. En 392, dans son livre contre Jovinien, 1. 1, c. xxxvi, P. L., t. xxm, col. 261, saint Jérôme parait encore hési­ tant : « Ou, dit-il, il n’y aura plus de sexe, comme chez les anges, ou certainement, ce qui est clairement dé­ montré, ressuscitant dans notre sexe propre, nous n’exercerons plus les fonctions de ce sexe, /lut sine sexu erimus quod angeli sunt, aut certe quod liquido comprobatur, resurgentes in proprio sexu, sexus non fungemur officio. » i Dans la suite, saint Jérôme fut plus explicite et con­ fessa toujours catégoriquement l’identité du corps et du 'sexe entre le chrétien mortel et l’élu ressuscité. Cf. Turrnel, Saint Jérôme, c. xvi, Paris, 1906, p. 261, 262. Dans son commentaire sur Isaïe, c. xx, cité par Turmel, ibid., il dit : « De même que l'esprit quand il est tombé sous l'esclavage de la chair, mérite d’etre appelé charnel, de même le corps mérite à bon droit d’être nommé spiri­ tuel lorsqu’il obéit parfaitement à l’esprit. Ce n’est pas certes qu'il soit changé en une substance spirituelle, comme quelques-uns l’ont prétendu sur celte parole de l'apôtre : c'est un corps spirituel qui se lèvera; c'est qu’il obéira avec une promptitude et une facilité mer­ veilleuse à la volonté de l'esprit, jusqu’à lui être com­ plètement uni par les indissolubles liens de l'immortalité bienheureuse. 11 n’éprouvera plus rien alors de ses souffrances, de ses infirmités, deses lenteurs actuelles. 11 sera incomparablement supérieur, non seulement à ce que nous le voyons dans la santé la plus florissante, 189S mais encore à ce qu’il était dans l'origine, avant qn'il eût été flétri par le péché. » Cf. c. li, P. L., t. xxiv, col. 485. !.. Alzberger, Geschichte der christlichen Eschatologie innerhatb der vornicünischen Zeit, Eribourg-en-Bi isgan, 1835. VI. Les JgCOLASTIQUES ET SPÉCIALEMENT .SAtNT^ THO­ MAS. —“Les scolasHquSt’se sont souvent occupés de Petat des corps glorieux. Citons les principaux : l' (£afnt Anselme?) dont la pensée, développée dans une conference â Clïiny.a été recueillie par Eadmer, un de ses auditeurs. Elle a été publiée sous le titre de Liber de bealitudine cælestis palriæ, P. L., t. eux, col. 587-606. Cf. A. Mignon, Les origines de la scolas­ tique et Hugues de Saint-Victor, Paris, s. d., t. Il, p. 267. Voir l’édition des Méditations par Mv Maloti, Liège, 1859, où se trouve reproduit un opuscule De quatuordecim beatiludinibus, attribué à saint An­ selme. Gf A^sp.i me^Smxt). t i, col. 1331. 2» {fugues de Saint-Victoi)qui enseigne que « le corps des bienheureux ressuscitera sans difformité, sans dé­ faut. il sera incorruptible, spirituel. Seminatur corpus animale, surget spirituale, une si parfaite concorde existera entre la chair et l'esprit que la chair sera com­ plètement soumise, l’harmonie régnera à l'intérieur et à l’extérieur ». De sacramentis, 1. Il, part. XVII, c. xix-xx. Le mérite de cette nature excellente qui s'appelle l'âme humaine peut faire que le corps soit enlevé au ciel, et puisque la condition des corps terrestres leur permet actuellement de déprimer les âmes, pourquoi les âmes n'auraient-elles pas la force d’élever les corps et de les maintenir dans les lieux supérieurs ? Ibid., 1. II, part. XVII, c. xxi. Cf. Mignon, ibid., p. 282. H se demande : « Tous ressusciteront-ils avec la même taille? » et il répond « que tous auront la taille qu’ils ont dû avoir dans leur jeunesse : ainsi les enfants recevront de Dieu ce qu’ils auraient eu s’ils étaient morts plus tard, » De sacramentis, 1. II, part. XVII, c. xix, question évidemment oiseuse et dont la solution ne peut être que très hypothétique, comme celles données par le moyen âge à une foule d’autres questions pareilles sur les corps ressuscités. S’^Rerre Loinbarif^dont la dist. XL1V du L IV des Sentences, P.L., t. cxctt, col. 945, est presque exclusi­ vement composée d'emprunts faits au De civitate Dei et à V Enchiridion de saint Augustin. ___________ 4° NousTdenianderons^i^aint Thomas ^de nous ren­ seigner sur l’ensemble du problème qui avait pris alors dans l’École toute son ampleur. Une foule de questions avaient été soulevées au sujet de la condition des corps ressuscités, l’acuité des esprits s’était exercée â y cher­ cher des réponses. Nul mieux que saint Thomas ne pouvait nous éclairer sur la nature de ces problèmes et de leurs solutions. Pour mettre le sujet dans tout son jour, il traite premièrement des choses qui sont com­ munes à tous les corps ressuscités bons ou mauvais, puis des qualités propres aux corps des bons et enfin des caractères corporels des réprouvés. La dernière série des questions ne nous intéresse pas ici. Nous résumerons ce qu’il dit des deux premières séries. 1. Et d'abord les caractères communs à tous les corps ressuscités sont l’identité, l’intégrité et la qualité. a) Au sujet de la première il se demande si l’âme re­ prendra. dans la résurrection, le même corps que celui qu'elle a quitté dans le trépas. La chose est d'impor­ tance et essentiellement liée à la déliflUion des corps glorieux; ^"réponse "de l'ange de l’Ecole est très fer: .e el très élevée, « U faut, pour qu’il y ait résurrecti que l'âme retourne dans le même corps ; car r< -(sursum surgere), c’est se relever, et celui-là r.-.· .e qui est tombé : la résurrection donc se rapport, corps qui est tombé par la mort, non à l'âme qui con­ tinue de vivre au-delà de la tombe. Si Pâme ne repre- 1899 CORPS GLORIEUX 1000 l’étre matériel. A ce règne, les fonctions animales ne naît pas le même corps, on ne dirait pas résurrection, sont plus nécessaires et deviennent dès lors sans objet, mais assomption d'un nouveau corps. » Sum. l/ieol., a. 4. Illæ Suppl., q. LXXXI, a. 1. Aussi « avancer que l'homme 2. Les caractères propres aux corps glorieux sont, ne ressuscitera pas numériquement le même, c’est une d’après saint Thomas, les mêmes qu'avait déjà indi­ proposition hérétique et dérogeant à la vérité de qués l’apôtre saint Paul : l’impassibilité, la subtilité, l’Écrilure qui enseigne le dogme de la résurrection », l'agilité, la clarté. a. 2. a) Que faut-il entendre par l'impassibilité? « Le mot b. L’identité ne suffit pas, il faut encore l’intégrité; aussi « tous les membres et tous les organes qui cons­ passion se prend de deux manières. D'abord en général : dans ce sens, toute action de recevoir s’appelle passion, tituent maintenant le corps de*l’homme seront rétablis soit que la chose reçue convienue au sujet et le perfec­ dans la résurrection », et la raison c'est que « l’homme qui doit revivre pour recevoir sa perfection dernière tionne, soit qu'elle lui répugne et le dégrade. Ce n’est point cette sorte de passion que doit bannir l'impassi­ ne peut revivre que parfait», q. lxxxii, a. 1. En plus bilité future, car les corps des saints ne perdront rien des membres et des organes nécessaires à l’intégralité des de ce qui peut concourir à leur perfection. Ensuite le fonctions principales humaines, il y a des portions mbt passion s’entend proprement : dans ce sens saint corporelles d'importance moindre : il y a les cheveux et les ongles. Ressusciteront-ils avec le corps ? Jean Damascène dit. De/ide orthodoxa,}. II, c. xxn : « La passion est un mouvement contraire à la nature: » « Parmi les parties du corps animé, les unes ont pour but d'accomplir les opérations de l’âme, comme le ainsi le mouvement immodéré du cœur est une pas­ cœur, le foie, les mains et les pieds; les autres, sem­ sion, mais le mouvement modéré en constitue l’action. Si donc on entend le mot passion proprement, les blables aux feuilles qui abritent les fruits, ont pour mission de conserver les organes plus précieux; et corps des saints ressuscités n’y seront plus sujets et c’est dans ce sens qu’on les dit impassibles, » q. i.xxxiv, voilà l'office que remplissent les ongles et les cheveux. a. 1. Si donc les cheveux et les ongles n’appartiennent pas à Nous savons ce qu'il faut entendre par leur impassi­ la perfection première du corps humain, ils appartien­ bilité. Mais la preuve de cette impassibilité? « Toute nent à sa perfection seconde; et puisque l’homme doit ressusciter dans toute la perfection de sa nature, il passion contraire à la nature (et c'est de celle-là qu’il s’ensuit qu’il ressuscitera avec les ongles el les che­ s’agit ici) trouve sa cause dans la victoire de l'agent sur veux », q. lxxxii, a. 2. le patient; car. sans celte prédominance, l’un ne pour­ rait entraîner l'autre dans le cercle de ses limites. Or, En somme, les hommes ressusciteront avec tous les éléments qui appartiennent « à la vérité de la nature l'agent ne peut obtenir la victoire sur le patient, qu’en humaine ». a. 3, mais non cependant avec tous ceux allàiblissanten lui le domaine de la forme sur la matière; qui ont appartenu à sa matière. Car « comme toutes car la matière, sollicitée par deux formes contraires, les parties matérielles qui ont existé dans l'homme du | ne cède à l'empire de l’une qu’après la destruction commencement à la lin de sa vie terrestre dépasseraient ou du moins l'alfaiblissemenl de l’empire de l'autre. les dimensions spécifiques de son corps; elles ne res­ « Dans la résurrection, le corps de l’homme avec toutes susciteront pas dans la totalité de la matière, mais ses facultés, sera soumis complètement à l’àme raison­ nable, de même que l’àme sera soumise parfaitement seulement dans la totalité de l'espèce », a. 4. c) Quant à la qualité des corps ressuscités, l’École se à Dieu : rien ne pourra donc altérer ni détruire le demandait s'ils ressusciteraient tous dans le même âge, domaine de l’àme sur le corps; donc les corps glorieux seront impassibles. » Ibid. c’est-à-dire dans l’âge viril, s’ils ressusciteraient tous dans la même taille, dans le sexe viril, et dans la vie Cette impassibilité sera évidemment pareille chez animale. A la premiere question saint Thomas répondait tous les bienheureux, a. 2; elle permettra l'exercice de tous les sens, a. 4, mais avec l'amendement suivant : que l'homme ressuscitera exempt de tout défaut corpo­ rel, dans toute la perfection de sa nature : que cette « Les organes des sens reçoivent l’action des choses nature étant défectueuse dans deux circonstances, dans extérieures de deux manières : d’abord par la modifi­ la jeunesse où elle n’a pas encore atteint sa perfection, cation naturelle, lorsque l'organe reçoit la qualité et dans la vieillesse ou elle l’a perdue, elle sera par la même des choses, comme lorsque la main devient résurrection ramenée pour les enfants et les vieillards chaude par le contact d'un objet chaud, ou qu'elle prend à son état de plus haute perfection, c’est-à-dire l’âge une odeur par le toucher d'un corps odorant; ensuite viril où finit l'accroissement et où commence le déclin par la modification spirituelle, lorsque l’organe reçoit la qualité non plus dans sa substance, mais dans son du corps, q. LXXXlll, a. 1. La réponse à la seconde question est la suivante : être spirituel, c’est-à-dire dans son image ou dans son idée, comme la pupille reçoit la blancheur sans deve­ Puisque la nature de l'espèce assigne aux individus des dimensions déterminées, les hommes ressusciteront nir blanche elle-même. La première manière de rece­ avec la taille qu'ils auraient eue au terme de leur voir l’action ne produit pas la sensation proprement accroissement ; et s’il se trouve quelque chose en dehors dite, parce que les sens ont pour loi de percevoir les de cette limite, soit par excès, soit par défaut, la toute- choses sans matière, je veux dire sans l'être matériel puissance divine ajoutera ce qui manque ou retranchera qu'elles ont hors de l'âme ; et puis cette intussusception ce qui excède, a. 2. change l’état du sujet, parce qu’elle communique la Cela n'empêchera pas la différence des tailles. Et de qualité matériellement. Les corps glorieux n'auront même qu'ils ressusciteront avec différentes tailles, donc pas la première sorte de perception; mais ils pareillement les hommes renaîtront dans des sexes auront la seconde, parce qu’elle produit la sensation divers, puisque cette diversité concourt à la perfection véritable et ne change pas l'état du sujet, » a. 3. de l’espèce humaine, a. 3. b) La sublililéimplique « la puissance de pénétration ». Quant aux actes de la vie animale, ils ne s’exerceront En efi'el, « on appelle subtil tout ce qui est pénétrant plus, bien que les organes nécessaires à l'intégrité de ou bien ce qui a la puissance de pénétrer dans les la nature humaine subsistent. Ces actes, en efi'et, secrètes profondeurs des choses. » Cette puissance ap­ avaient pour mission de produire, de développer, de partient tout particulièrement aux « corps rares » dans conserver l’être physiologique. Celui-ci étant assuré la proportion même de leur ténuité, de leur immaté­ d'incorruptibilité désormais, la résurrection a pour fin rialité et, par analogie, aux esprits qui sont immatériels de faire rayonner, par rejaillissement et comme par par essence et à cause de cela sont quelquefois appelés une sorte d'eflluve, le régne de l ame raisonnable sur « subtils ». Réciproquement les corps subtils sont 1901 CORPS GLORIEUX appelés en quelque sorte « spirituels ». La subtilité du corps glorieux lui vient de l’empire que l’âme bienheureuse exerce sur lui, q. lxxxv, a. 1. Elle ne lui enlève pas ses dimensions et ne lui donne pas la pro­ priété d'occuper un même espace avec un autre corps non glorieux. « Mais cela pourrait lui être accordé par une opération spéciale de la puissance divine; le corps de saint Pierre n'avait pas par lui-même le pouvoir de guérir les infirmes que son ombre touchait, c'était la puissance divine qui opérait ces prodiges pour l'édifica­ tion de la foi. Pieu pourra faire aussi, pour la perfec­ tion de la gloire, qu’un corps glorieux occupe un même espace avec un autre corps, » a. 2. Ün miracle peut donc faire que deux corps soient simultanément dans un même lieu, a. 3. Cependant cela ne convient pas aux ccrps glorieux : soit « parce que c'est en eux que l’ordre doit principalement briller et l'ordre exige impérieuse­ ment la distinction des choses »; soit « parce qu'un corps glorieux ne fera jamais obstacle à un autre »,a. 4. L'angélique docteur va jusqu'à déterminer que « la subtilité des corps glorieux ne les affranchira nullement de la nécessité d’occuper un espace proportionné à leur grandeur, par la raison qu'ils ne pourront jamais ni se raréfier, ni se condenser », a. 5. Enfin, de même que le Sauveur après la résurrection avait un corps glorieux et néanmoins palpable, les corps glorieux seront palpables de leur nature. Par miracle, ils pourront échapper au toucher, a. 6. c) La prépondérance de l'àme sur le corps explique, scion saint Thomas, l’agilité, aussi bien que la subtilité des corps bienheureux. « Le corps glorifié, dit-il, sera complètement soumis à lame bienheureuse, de telle sorte que non seulement il n’y aura rien en lui qui ré­ siste à la volonté de l’esprit, comme cela avait lieu dans le corps même d'Adam, mais qu'il possède encore une perfection spéciale, émanant en lui de l’âme glorifiée et ayant pour objet de le rendre en tout conforme à une telle sujétion. Cette perfection est l’une des propriétés des corps glorieux. L’âme est unie au corps comme forme et comme moteur. Or, sous l’un et l’autre rap­ port, il faut que le corps glorifié soit parfaitement soumis à l'àme bienheureuse. Par la subtilité, il est entièrement soumis à l’àme, en tant que celle-ci est la forme du corps, lui communiquant son être spéci­ fique; et de même par l’agilité il lui est non moins soumis, en tant que l’âme est son moteur; cette pro­ priété le rend apte à obéir sans efforts à tous les mou­ vements et à toutes les actions de l’âme, » q. lxxxvi, a. 1. Les corps des élus sauront donc se mouvoir à leur gré et par leur propre agilité, comme le corps du Sau­ veur s’est mù d’une manière évidente le jour de l’ascension, a. 2. Saint Thomas pense que « les corps glorieux conservant leur nature de corps et devant par là même occuper un lieu déterminé, se meuvent néces­ sairement dans le temps : tout ce que la puissance de l'àme glorifiée peut faire, c’est que ce temps soit im­ perceptible à force d’être court », a. 3. d) « Que les corps des saints doivent être après la résurrection revêtus de lumière, c’est ce dont les pro­ messes de l’Écriture sainte ne nous permettent pas de douter. Cette clarté est comme un rejaillissement de la gloire de l’âme. Nous savons, en effet, que c’est d'après le mode d'être du sujet, et non d'après celui de l’agent, qu'une chose est toujours reçue. Et voilà pourquoi la clarté qui est spirituelle dans l’âme, devient corporelle en passant au corps. Il suit encore de là que plus grande est la clarté de l'âme à cause de son mérite, plus l'est aussi celle du corps, comme le déclare l’apôtre. 1 Cor., xv. De la sorte la gloire de l’âme se verra à travers l'enveloppe du corps comme à travers le verre on voit la couleur de l’objet qui s’y trouve ren­ fermé, » q. Lxxxvn. a. 1. Cette clarté n’est pas telle- I ment transcendante, qu’elle ne laisse les corps visibles ) •1902 aux regards des mortels, a. 2, qui peuvent voir les corps des élus au gré de ceux-ci, a. 3. Nous avons tenu à citer intégralement les questions examinées par saint Thomas et à reproduire sommai­ rement ses réponses, parce qu'elles nous donnent d'une façon parfaite l’état du problème au moyen âge. L’école scotiste, en effet, ne soulevait pas d'autres questions et ne leur apportait pas d'autres solutions, comme on peut le constater par l'étude des œuvres du vénérable .lean Duns Scot. Cf. Jérôme de Montfortin, Ven. Joannis Duns Scoti Summa theologica ex universis operibus ejus concinnata juxta ordinem et dispositionem Summe angelici docloris S. Thomœ Aquinatis, 2'édit., Rome, 1903, t. vi, p. 787-862. VII. Objections modernes. — La théologie actuelle se trouve en face d’arguments nouveaux ou renouvelés des anciens, contre lesquels il lui suffit de s’inspirer des principes qui lui ont été transmis par les Pères ou la tradition thcologique. Ces arguments de la science moderne peuvent se ramener aux suivants : « De nos jours où l’esprit critique prévaut sur la foi naïve, les descriptions de la vie future ne sont plus guère prises au sérieux. » L. Bourdeau, Le problème de la mort, ses solutions imaginaires et la science positive, c. x, Paris. I893, p. 250. « La croyance à une existence fu­ ture ne repose sur aucun fondement de certitude. » Ibid., c. xn, p. 291. « Les rêves de la vie future écartés comme purement imaginaires, on n'a plus à considérer que la vie présente et à en tirer le meilleur parti. » Ibid., q. xm, p. 321. Telle est la conclusion. Sur quelles preuves l'établit-on, du moins par rapport à la prétendue impossibilité de transfiguration des corps. 1» D’abord, une série de difficultés relatives aux con­ ditions des corps ressuscités. « Il semble difficile de s'entendre théoriquement sur les conditions souhai­ tables d’une résurrection. Tous ne sont pas satisfaits de leur corps : beaucoup seraient heureux d’en changer, car la pauvre machine humaine est bien souvent dé­ fectueuse; ceux qu’aflligent ses imperfections, cause de gêne ou de souflrance, voudraient sans doute en être exempts et jouir d’une vie meilleure. Jésus affirme que, dans le royaume des deux, il y aura des boiteux, des borgnes, des manchots. Mallh., xvm, 8, 9. Peut-être en ce cas leur bonheur laisserait-il un peu à désirer. Il faudrait donc non seulement rappeler le corps à la vie, mais encore le réparer ou même le refondre. j Ibid., c. vu. p. 169-170. Précisément, la résurrection glorieuse sera une refonte et une réparation qui satis­ fera tous les désirs et enlèvera aux malheureux de cette vie le souhait de changer de corps. Quant à NotreSeigneur s’il a dit que les boiteux iraient au ciel, il n’a pas dit qu’ils y resteraient boiteux. On ajoute que si l’on doit ressusciter dans le plein épanouissement de santé, de force et de beauté, « tous n’ont pas joui de ces biens. Où les prendraient ceux qui en ont été dépourvus? Λ quel âge la résurrection ramènerait-elle les corps? Auraient-ils la grâce de l’en­ fance, l’éclat de la jeunesse, la vigueur de la virilité, la majesté de la vieillesse? Si le choix est laissé à la convenance de chacun, que de fantaisie et de dispa­ rates? Si la même règle s’impose à tous, que de mé­ contents! » Ibid., c. vu, p. 172. Nous avons vu que le moyen âge répondait ou essayait de répondre à chacun de ces pointsd'inlerrogalion. Évidemment les solutions de saint Thomas ou celle de Duns Scot, qui nous apprend que chacun ressuscitera avec la constitution pareille à celle que l’homme possède vers ses trente ans, ne sont que des hypothèses et des essais de solu­ tion. Mais qu'importe et à quoi bon ces détails? Il n'est pas nécessaire de pouvoir les fixer pour croir· grand fait de la résurrection glorieuse. Nos savants savent-ils la nature de l’électricité, et cependant i s . n affirment l’existence et l’utilisent pratiquement de u . > 1903 CORPS GLORIEUX manières. Il n’est pas nécessaire de pouvoir définir le tout d'une chose pour être autorisé à croire son exis­ tence, et quelques-unes de ses propriétés. 2» Aux difficultés nées des conditions de renaissance des corps glorieux viennent s'en ajouter d’autres surgies de l'impossibilité de trouver une cause à ce « miracle ». « Par l'action de quelle force, en effet, les matériaux de l'organisme, une fois soustraits à l’empire de la vie, ramenés à un état de composition plus simple, dis­ persés dans les milieux ambiants et retombés sous la domination des agents qui régissent la matière brute, pourraient-ils se rapprocher, s'unir et reconstituer le corps détruit? Vainement on invoque comme indice de résurrection éventuelle les faits de reviviscence, de métamorphose chez les insectes, de germination chez les plantes, d’évolution dans la graine ou l’œuf. Aucun de ces phénomènes n’a d’analogie avec le miracle annoncé... Entre la vie perdue et la vie retrouvée, la mort creuse un abîme que rien, sauf un miracle, ne pourrait combler, et la science ne fait pas entrer le miracle dans ses prévisions, parce qu’elle n’a la preuve d’aucun. » Ibid., c. vu, p. 169. Il est bien vrai que la résurrection exige un miracle; ce miracle, nous en avons la promesse de celui qui ne peut tromper et qui est au-dessus de toute science, comme sa parole est au sommet de toute certitude. La science ne saurait prouver ce miracle, qui cesserait d'étre un miracle le jour où il résulterait des lois qui sont l'objet de la science. Il n’en est pas moins vrai que la science doit en tenir compte et accepter ce fait démontré en dehors et au-dessus d’elle. — Quant aux analogies citées plus haut, elles sont bien réellement des analogies de la ré­ surrection, c'est-à-dire des faits qui, entre beaucoup <'e dissemblances, ont des traits de similitude avec ce mi­ racle et peuvent être utilement rappelés pour en donner quelque intelligence, sans jamais pouvoir baser la moindre preuve en faveur de la résurrection glorieuse. Elles ne peuvent davantage servir d’argument aux adversaires, car ces phénomènes ne sont pas tous les moyens possibles de prorogation de la vie, et leurs ca­ ractères ne sont pas dès lors exclusifs de toute proro­ gation de vie. Il est donc possible de supposer d’autres procédés avec d'autres caractères, c’est ce qui arrivera dans la résurrection des corps glorieux. 3» Les objections relevées jusqu’ici ne sont que des attaques secondaires, les principales sont puisées dans la notion des corps, la nécessite' de l'action et les lois de la société. « Un corps doit toujours, par définition, être matériel, et placé dans un milieu cosmique, subir son inlluence, réagir contre lui et s’acquitter ainsi de fonc­ tions déterminées. La conception d’un corps vivant qui subsisterait par lui-même, sans dépendre de ce qui l’en­ toure, sans pertes à réparer ni forcesà entretenir,sans obstacles à vaincre ni périls â éviter, sans changement d’aucune sorte, est hors des données de la science et des possibilités de la nature, parce qu’elle mécon­ naît la loi qui, dans un tout, subordonne chaque partie à l'ensemble. .Mais, si un corps matériel, colloqué dans un milieu matériel, doit subir les lois générales de la matière, cette condition entraîne forcément pour lui des sujétions de besoins, des recherches de satisfactions, une dépense d’eflbrts, des chances d’insuccès, d’acci­ dent, de privation et de douleur... Enfin cette vie même, malgré tous les soins qu’on en pourrait prendre, serait toujours précaire, exposée à des causes acciden­ telles de destruction : et si elle réussissait à les éviter, elle n’éviterait pas le terme fatal où l'évolution conduit tout organisme vivant. Ibid., c. XI, p. 254,255. Puis­ qu’on dit que « ces objections sont d'ordinaire passées discrètement sous silence par les théoriciens de la vie future », ibid., p. 255. nous avons tenu à les rapporter et nous ne croyons pas être par elles < acculés à des conséquences inconciliables soit avec la vraisemblance I 1904 si on les écarte, soit avec l’idéal si on les admet ». Ibid. Toute cetle argumentation repose sur l'affirmation suivante : qu’un corps matériel doit subir les lois générales de la matière, lois générales que le contexte montre être les lois que nous constatons ici-bas, comme si nous connaissions l’essence de la matière, comme si celle-ci ne pouvait avoir d’autres manières d'être que celles que nous expérimentons, comme si elle ne pou­ vait jamais avoir que les propriétés et les lois recon­ nues dans son état actuel. Or, il est une chose certaine, c’est que nous ne connaissons pas tous les états pos­ sibles de la matière et que celle-ci dans d’autres états aurait des propriétés fort différentes de celles que nous expérimentons. Les recherches des physiciens sur les températures thermodynamiques et la poursuite du zéro absolu sont intéressantes à ce point de vue. Plus on approche de cette limite du zéro, plus l'état, les pro­ priétés et les lois de la matière se modifient. « Dès maintenant les résultats obtenus sont énormes et le domaine de la science s’est élargi par l'ouverture d'ho­ rizons nouveaux : la moisson des faits est déjà immense. Signalons quelques découvertes précieuses. L’hydrogène liquide, contrairement à ce que l'on pouvait attendre, n'est pas un bon conducteur de l’électricité, malgré sa nature métallique; quatre fois plus léger que l’eau, il a une capacité calorifique deux fois plus grande. Les résistances métalliques décroissent, comme on l’avait prévu d'après les idées d’Ampère; mais elles décrois­ sent moins vite qu’on ne l’attendait; rien ne permet plus de croire que, au zéro absolu, ces résistances soient nulles. Le magnétisme augmente aux basses tempéra­ tures, l’élasticité augmente aussi et une balle de plomb rebondit sur le marbre comme une balle d’ivoire; les couleurs des corps changent et le vermillon pâlit; le bleu seul persiste. Les affinités diminuent ; le phosphore et le potassium flottent sans s'oxyder sur un bain d’oxy­ gène liquide; le fluor se conserve dans des flacons de verre inaltaquês. Les plalinocyanures deviennent lumi­ neux, l’azotate d'urane aussi; ce dernier attire à lui les corps légers. Un nouvel ordre de choses se révèle à nous au voisinage du zéro absolu; la matière nous apparaît dans un état inconnu jusqu'ici el le bagage scientifique de l’humanité s'accroît lout d'un coup d'une manière inattendue. » A. Witz, Les tempéra­ tures thermodynamiques et le zéro absolu, Paris, 1904, p. 27, 28 (extrait de la Revue des questions scientifiques, juillet 1904). Si le simple changement de température et de pres­ sion produit aux approches du zéro absolu une pareille révolution dans les lois et propriétés de la matière, pourquoi d'autres révolutions ne seraient-elles pas pro­ duites par une modification profonde dans l'âme qui anime la matière? Il y a union substantielle entre lame et le corps. Celui-ci est informé, animé, pénétré inti­ mement par celle-là qui lui apporte la vie, la sensation, la conscience, le mouvement, et voilà déjà bien des qua­ lités données à la matière, par la présence de l’âme. Que celle-ci s’élève, s’idéalise, soit surnaturalisée par Dieu, il faudra, en vertu même de la loi de dépendance qui lie le corps à l’âme, reconnaître la nécessité de phénomènes nouveaux dans le corps. Ainsi les lois mêmes de la matière rendent possible l’apparition d'un état nouveau et nécessaires des qualités autres, étant donnée la transformation surnaturelle de l'esprit qui l’anime. 4» Nous ne nous arrêterons pas à l’objection qui. se fondant sur l’appellation de s spirituel », prétend que les corps ressuscités ne sont plus des corps « mais des fantômes de corps », et « qu'il n’y a aucun moyen de comprendre l’existence des corps après qu’on les a vidés de matière ». Ibid., p. 257. Nous avons dit en quel sens métaphorique le corps glorieux devient spirituel, comme, suivant l’observation de saint Jérôme, l'aine du pécheur 1905 CORPS GLORIEUX — CORRADO devient charnelle. Le corps glorifié reste un corps. 11 ne s'est pas vidé de sa matière. Il l'a encore tout en­ tière, mais transfigurée, transformée. 5» On se base encore sur les théories théologiques du repos éternel et sur la nécessité naturelle humaine de faction, pour mettre la théologie des corps glorieux en contradiction avec l'anthropologie. « La vie présente nous contraint à faction par les multiples exigences de notre nature, besoins du corps, sollicitations du désir, aspira­ tions vers l’idéal, curiosité du vrai, pratique du bien, rapports sociaux, et elle engage noire initiative par un libre choix entre tant de devoirs simultanés... Mais si on transporte ce même être sans besoins et sans devoirs dans un monde soustrait aux lois de la contingence, toute activité s'arrête aussitôt et la personnalité morale, dispensée du vouloir et de l’épreuve, tombe dans l'iner­ tie ou elle s’anéantit... En supprimant l'action, on sup­ prime aussi la vie dont l’essence est une activité con­ tinue... Un éternel désœuvrement devrait effrayer tous ceux qui savent combien l'activité est nécessaire à l'homme, non seulement pour son amélioration, mais encore pour son bonheur. » Ibid., p. 268-270. Nous retrouvons ici encore la même méthode dé­ fectueuse. Ici-bas l’activité humaine s’exerce dans l'ef­ fort et la fatigue à satisfaire des besoins, à répondre aux sollicitations du désir, donc toute activité humaine suppose des efforts, de la fatigue, des besoins et des désirs; donc au ciel, avec la suppression des besoins et des désirs, serait supprimée toute activité. C'est un pur sophisme. L’activité humaine est le jeu des énergies vitales de l’homme; qu'ici-bas elle s'exerce surtout â satisfaire aux nécessités d’une nature faible, à défendre celle-ci contre les atteintes du dehors et les défaillances du dedans, c’est parfait et cela répond à l’état mortel de l’homme; mais à un autre état répondra une autre acti­ vité; à un état de plein épanouissement de la vie spiri­ tuelle répondra un jeu d’activités tout entier adonné à la vie spirituelle. La chair étant régénérée et assurée contre toute soulfrance et corruption, son activité se détour­ nera des préoccupations qu’elle y prenait pour se tourner toute vers les hauteurs de l'âme et s’abandonner aux influences de celle-ci, comme chez l'extatique le corps suspend un instant ses fonctions pour être tout au ser­ vice de l'intuition qui le saisit et l’élève. « Que feronsnous au ciel ? se demande saint Augustin, dans un sermon à son peuple d'Hippone. Ce que je sais, mes frères, c’est que nous n'y dormirons pas dans une triste oisiveté : car le sommeil nous a été donné pour répa­ rer nos forces qu’une contention trop prolongée finirait par briser. Donc, là, pas de sommeil; où il n'y a point de mort, on ne doit point trouver l'image de la mort. Que personne cependant ne redoute l’ennui parce qu'on lui parle d'une veille perpétuelle dans l’absence de tout travail, .le veux dire qu’il n’y aura nul ennui; comment cela se fera-t-il, je ne saurais te dire parce que je ne le vois pas encore, cependant je peux dire sans témérité, parce que je le dis d'après l’Écriture, ce que sera notre action. Elle sera tout entière dans les Amen et les Alleluia... Parce que Dieu est la vérité immua­ ble, sans défaut, sans progrès, sans diminution, sans mélange aucun de fausseté, la vérité perpétuelle, stable et toujours incorruptible; parce que, d’autre part, ce que nous faisons, dans la créature visible, au cours de notre vie mortelle, n’est que ligure des réalités à venir, et que nous marchons non dans la pleine lumière, mais dans la foi; lorsque nous verrons face à face ce que nous voyons en énigme et comme dans un miroir, alors d'un sentiment tout autre, inetfablement autre, nous dirons: c’est vrai; et dire c’est vrai, ce sera dire Amen, mais avec une insatiable satiété. »Ser»i., ccct.xn, n. 29, cf. n. 31, P. L., t. xxxtx, col. 1632. Voir .1.-13. Ter­ rien. La grâce el la glaire, I. Il, c. tv, Paris, s. d., t. Il, p. 287. 190G 6° Enfin, on veut de la notion de socie'lê tirer des impossibilités de vie future pour les hommes glorieux et ressuscités. « On les suppose généralement unis par des liens analogues à ceux de la vie actuelle, sans s’aper­ cevoir que la différence des conditions supprime la raison d’être de tels rapports et ne lui laisse aucun sens. Il est également difficile de s'en passer et de les ad­ mettre. » Nous ne voyons pas qu'il soit difficile de s'en passer. Les relations sociales tirent leur nature des caractères des individus qu'elles unissent, de la lin qu'elles tendent à réaliser. Dans l'au-delà céleste le ca­ ractère des citoyens de la société nouvelle est foncière­ ment transformé, il y n'a plus de nécessités matérielles à satisfaire, plus de criminels à réprimer, plus de ten­ dances mauvaises contre lesquels l’État doit assurer protection, plus de fins à poursuivre, mais une fin su­ prême atteinte à posséder éternellement. Les raisons d’être des relations sociales étant profondément modi­ fiées, les relations elles-mêmes seront tout autres. Le Christ a déjà dit : Λ'οη nubent neque nubentur : c’est la transfiguration de la famille. La société elle-même sera transfigurée, et c’est commettre toujours le même sophisme qui consiste à juger les choses de l’éternité d’après les conditions de la vie présente, que d’écrire : « Des relations privées paraissent assez superllues entre des êtres que ne rapprocherait aucune communauté d’intérêts ou de plaisirs. On ne pourrait pourtant pas vivre isolé dans la foule, ni frayer sans choix avec des gens de toute race, de toute condition, ou de culture. Tant de disparate n’aurait de chance de plaire qu’un moment, on ne voudrait de rapports suivis qu’avec une élite d’amis disposés à sympathiser par certaines affinités de sentiments, de goftts, d'esprit et de carac­ tère. L’embarras serait peut-être de les découvrir entre tant d’indifférents, de se les attacher par des liens par­ ticuliers. Peut-être aussi se heurterait-on encore à des préventions d'indigénat, de caste, de classe, de corps, de secte ou de coterie. Ces petits groupes mondains vivraient-ils en meilleur accord que les nôtres? Seraientils plus bienveillants, moins occupés de commérages et de médisances? Éviteraient-ils mieux les rivalités, les froissements, les divisions et les brouilles?... Une orga­ nisation politique et sociale, avec des droits et des de­ voirs nettement définis, une division par Etats, des systèmes de gouvernement, un appareil de lois et de réglements seraient encore plus nécessaires aux morts qu'aux vivants, pour mettre et maintenir quelque ordre dans leur multitude confuse. » Ibid., p. 270-277. Qui ne voit que tous ces raisonnements pèchent et s’écroulent par la base? Ils supposent une société d'hommes imparfaits. Il s’agit au contraire de raisonner sur une société d’hommes parfaits régis par un Dieu infiniment aimé, infiniment sage et tout-puissant. M·' Turinaz, La vie chrétienne ou la vie divine dans l'homme, c. vt, S 6, Nancy, Paris, 1898, p. 320 sq. ; Lescœur, La vie fu­ ture, 8' conférence, Paris, 1872, p. 243 sq. ; M1' Élie Méric, L'au­ tre vie, 1. lit, c. lv, VI, vu, 2· édit., Paris, 1900, p. 72,123, 137. Voir an t. ccxx de la P. L. de Aligne les références indiquées col. 287-200, sous ce titre : Quæ in corporibus qualitates vel immutationes et quomodo erunt in gloriam justis, dumnulis vero in confusionem. A. Chollet. CORRADO Jean-Baptiste naquit à Pérouse, vers 1530. C’est dans le couvent dominicain de celte ville qu’il embrassa la vie religieuse. Maître en théologi· il s’adonna d'une façon spéciale à l’étude du droit cano­ nique. Il mourut vers 1606. On a de lui : 1“ Kespi ad cujuscumque pene generis casus conscientia·. xsita 400 pro examinandis qui ad animarum curam vel confessiones audiendas promovendi sunt, P--ru -· . 1596; avec le Compendium de eambiis, Venise. !■'»; avec l’appendice De privilegiis regularium. Venise, 1603; 1606 ; 2 in-4", 1620 ; 2“ Tractatus de susp murne; 1907 CORnADO CORRECTION FRATERNELLE 3° Tractatus de indulgentiis, Camerino, 1583 ; 4» Tra­ ctatus de oratione cum expositione orationis Domini­ cans. 1908 in quod proximus aut lapsurus est, aut jam incidit el non adhuc emendatus est. Le saint docteur entend ainsi la correction fraternelle dans un sens plus large, embrassant la première des œuvres de miséricorde : Quétif-Echard, Scriptures ord. prædicat., t n, p. 361 ; Hurter, Nomenclator, t. I, p. 490, note 2. docere ignorantes, ou bien cette autre consulere dubi­ R. Coulon. tantibus. Nous adopterons ici cette acception. CORRECTION FRATERNELLE. — I. Nature. II. Obligation. — 1» La correction, fraternelle est IL Obligation. III. Ordre à suivre. obligatoire. — 1. La simple raison en fait un précepte I. Nature. — 1° Définition. — La correction, au sens qui est essentiellement de droit naturel. Si, de par la loi de tiiéologique le plus large, est, d’après saint Thomas, la charité, nous sommes tenus de venir en aide à notre pro­ Sum. theol., 11* 11», q. xxxm. a. 1, « le remède qu’il chain dans ses nécessités corporelles, à plus forte raison fautappliquerà la fauted’un particulier. » Correctio de­ le sommes-nous quand il s’agit de ses besoins spiri­ linquentis est quoddam remedium quod debet adhiberi tuels. — 2. Ce précepte est aussi de droit positif divin, contra peccatum alicujus. Or, on peut considérer un puisqu'il se trouve nettement formulé dans la sainte péché de deux manières, en tant qu’il est nuisible au Écriture. La sagesse juive faisait déjà celle recomman­ seul coupable, ou en tant qu'il nuit à un tiers ou au dation : « Reprends ton ami, de peur qu'il n'ait pas bien commun. Si, par un avertissement charitable, on compris et dise : Je n'ai rien fait, ou s’il l’a fait, pour veut porter remède au péché envisagé sous le premier qu’il ne recommence pas. Reprends ton prochain, qui aspect et qu’on ait alors principalement en vue le bien peut-être n’a rien dit, mais pour que, s’il a parlé, il ne du seul coupable, c’est la correction fraternelle. Si, au recommence pas. » Eccli., xix, 13, 14. Jésus-Christ dit contraire, on a surtout pour but de remédier au mal à ses disciples : « Si ton frère a péché contre toi, va et causé au préjudice d'un tiers ou du bien commun (ce reprends-Ie... ; s’il t’écoute, tu auras gagné ton frère, » qui est du ressort des supérieurs) et que l’on inflige au corripe eum, dans le grec έλέγξον, convaincs-le de sa délinquant un châtiment proportionné, c’est la correc­ faute. Matth., xvni, 15. Saint Luc, xvn, 3, emploie un tion juridique, qui est un acte de la vertu de justice. verbe plus énergique encore : έπιτίμ,ησον αύτω, incre­ S. Thomas, loc. cil. pa ilium. La leçon in te n'est peut-être pas origi­ La correction fraternelle peut donc se définir avec le nale. Mais les interprètes, qui la retiennent, prouvent docteur angélique, ln.IVSent., 1. IV, dist. XIX, q. Π, a. 1, eux-mémes que Notre-Seigneur, tout en ne parlant que Opera, Parme, 1858, t. vu, p. 828 : un avertissement des péchés commis contre nous par le prochain, a voulu charitable donné au prochain pour le retirer du péché, comprendre aussi toute offense faite à Dieu. Cf. Cor­ admonitio fratris de emendatione delictorum fraterna neille de la Pierre, In Matth., xvni, 25, Paris, 1857, caritate. Admonitio fratris, c’est l’acte lui-méme; de t. xv, p. 406; J. A. Van Steenkiste, Sanctum J. C. Evang. emendatione delictorum, c'est le but proposé ; fraterna sec. Matth., 3» édit., Bruges, 1880, p. 698; J. Knaben­ caritate, c’est le motif. S. Thomas, loc. cil. La correc­ bauer, Comment. in Evang. sec. Malth., Paris, 1893, tion fraternelle est donc une œuvre de miséricorde, t. Il, p. 120-121. Merz, Thesaurus biblicus, Paris, 1883, accomplie sous l’impulsion de la charité et la direction p. 120-122, a réuni tous les textes el les exemples bibli­ de la prudence. S. Thomas, Sum. theol., II» II», ques relatifs à la correction fraternelle. — 3. On peut q. xxxm, a. 1, ad 2““. dire en un sens que le devoir de la correction frater­ 2« Division. — Si cette correction est faite par un nelle est également un précepte ecclésiastique, car il est égal, elle porte le nom de correction fraternelle, pro­ clairement énoncé dans le droit canon, caus. XXVI, prement dite; si elle est faite par un supérieur, elle q. ni, c. Tam sacerdotes quam reliqui fideles, texte que est assez communément appelée correction paternelle. saint Thomas cite pour prouver que le précepte de la Marc, Institutiones mor. alphonsianæ, n. 498, 13» édit., correction atteint tous les hommes. Sum. theol., Il» Rome, 190(5, I. I, p. 322; Lehmkuhl, Theol. mor., n. 610, II’, q. xxxm, a. 3. Enfin les Pères y ont toujours vu un Fribourg-en-Brisgau, 1893, t. i, p. 365; Bucceroni, véritable précepte. S. Augustin, De correptione et Instit. theol. mor., n. 409, Rome, 1898, t. I, p. 181 ; gratia, c. ix, n. 25, P. L., t. xliv, col. 931; Contra Delama, Instit. theol. mor., 1. Il, n. 83, Trente, 1895, epist. Parmeniani, 1. Ill, c. I, P. L., t. xliii, col. 82; t. n, p. 49. Ce nom lui vient de ce que le supérieur S.Ambroise, Expositio Evang. secund. Lucam, I. VIII, agit alors comme père el non comme juge, el cette cor­ η. 21, P. L., t. xv, col. 1771 ; S. Bernard, Sermo in rection ne diffère de la correction fraternelle qu’en ce nativ. S. Joannis, n. 9, P. L., t. clxxxiii, col. 402. qu’elle ajoute parfois à l’avertissement charitable une 2» Pour qui est-elle obligatoire'? — Le précepte de pénitence légère, plutôt par manière de remède que de la correction fraternelle s’impose à tous ceux à qui châtiment, et qu'ensuite, tout en ayant principalement s’impose la charité. Il atteint donc tout le monde sans en vue le bien du coupable, elle a pour but en même exception. Talis correctio pertinet ad quemlibet cha­ temps de sauvegarder le bien commun. ritem habentem, sive sil subditus, sive prælalus. 3” Objet. — Saint Thomas, Ini V Sent., 1. IV, dist. XIX, S. Thomas, loc. cit. Il atteint en particulier les supé­ q. il. a. 1; Sum. theol., Il» 11’, q. xxxm, a. 1, assigne rieurs qui, en vertu de leur charge, ont une obligation à la correction fraternelle comme seul objet les fautes spéciale. « En effet, dit le docteur angélique, loc. cil., commises par le prochain. On ne peut de fait corriger ad l““,de même qu'on doit des bienfaits temporels plutôt que ce qui est défectueux, répréhensible. Toutefois bon à ceux dont l’existence temporelle nous est confiée, ainsi nombre d'auteurs rattachent au précepte de la correc­ devons-nous de préférence accorder les bienfaits spiri­ tion fraternelle l'obligation de prévenir la faute du tuels, tels que la correction et l'enseignement, à ceux prochain. S. Alphonse. Theol. mor., 1. Il, tr. Ill, c. H, dont nous avons la charge spirituelle. » Cf. Ezech., xxxm, dub. iv, n. 38. édit. Gaudé. Rome, 1905, t. I, p. 332; 8; xxxiv, 4-10. Cette obligation spéciale fera que, dans Laymann, Theol. n.or., 1. IL tr. III, c. vu, n. 1, Bam­ certains cas, la correction fraternelle sera de précepte berg, 1699. p. 182. Marc. loc. cil., n. 491; Ærtnys, pour un supérieur, alors qu elle serait seulement de Theol. mor., I. II. ir. III. a. 2. n 52, Paderborn, 1901, conseil pour un égal. Tous ces cas sont traités longue­ t. 1. p. 141; Lehmkuhl. . n. 611. Rien de plus ment dans Mayol, Præambula ad decal., q. m, a. 4, dans connexe, en effet, que le devoir de relever un frère après Migne, Cursus lheologiæ, t. xm, col. 914—916. Les infé­ sa chute et celui de Tempeeber de tomber. Aussi saint rieurs eux-mêmes ne sont pas dispensés de ce précepte. Alphonse, Homo apotlolicus, tr. IV. c. U, p. I, n. 20. La correction, en effet, doit s’exercer envers tous ceux Opere complete, Turin. 1887. t. vu. p. 80, dit-il : qu'on doit aimer et en qui l’on voit quelque péché à Materia correctionis est quodlibet peccatum mortale, reprendre, aussi saint Thomas, Sum. theol., 11» 11«, 1909 CORRECTION FRATERNELLE 1910 q. xxxm, a. 4, à la question : « Est-ce qu'on est tenu de I proprement parler, de correction, puisqu'il n’y a pas corriger son supérieur? » répond affirmativement, mais de péché. Non est tam correctionis quam dandi con­ en faisant observer justement qu'il faut alors agir avec silii vel doclrinæ. Suarez, In ID" //æ.disp. VIII, sect, n, un profond respect et une grande délicatesse, selon n. 6, Opera, Paris, 1858, t. xtr, p. 695. cette recommandation de l'apôtre : « Ne reprenez pas 2. Conditions. — a) 11 faut que le pécheur ait un réel durement un vieillard, mais exhortez-le comme s’il était besoin de notre intervention. Il n’existe pas une obliga­ votre père. » 1 Tim., v, 1. Les pécheurs enlin, c'est-àtion de faire l’aumônespirituelle. du genre de la correction dire ceux qui sont coupables de la même faute, sont fraternelle, si le prochain n'en éprouve un réel besoin. tenus, dans certains cas, de faire la correction. Généra­ La correction fraternelle n’oblige donc que si le pro­ lement, il est vrai, pareille correction a peu d'efficacité. chain a certainement commisle péché; faire la correc­ Mais personne n’ayant le droit de bénéficier de sa pro­ tion, lorsqu'il y a doute sur la faute, serait téméraire pre faute, le pécheur est tenu, comme un autre, de et injurieux, caritas non cogitat malum. I Cor.,xm, 5. faire la correction fraternelle, surtout s'il est supérieur, II faut, en outre, qu'il n'y ait pas d'espoir que le pécheur â l'égard deses inférieurs. S. Thomas, InlV Sent., I. IV, s'amende de lui-même ou sous l'inlluence d’une autre dist. XIX, q. n, a. 2, sol. 2·, ad 2"ra, Opera, Parme, personne qui doive remplir â son égard le précepte de 1858, t. vit, p. 832; Noldin, De præceptis, n. 96, 1nsla correction. Bref, comme le dit saint Thomas, Sum. pruck, 1905, p. 98. theol., II* II'’, q. xxxm. a. 3: Cadit sub præcepto 3« Quand est-elle obligatoire ? — Pour que la correc­ [correclio| secundum quod esi necessaria ad istum tion fraternelle oblige, il faut d'abord qu'il y ait matière finem [emendationem fratris]. — b) Il faut avoir espoir nécessaire et qu'en outre se trouvent réunies trois con­ fondé de réussite. On n’est pas tenu de prendre des moyens qui certainement n’aboutiront pas. Donc : a. s’il ditions indispensables. est certain que la correction sera inutile, on n’est pas 1. Matière nécessaire. — Il n’y a auciiç doute au sujet des péchés mortels. Tous les théologiens y voient une obligé de la faire; a fortiori, s'il est certain qu’elle sera matière obligeant sub gravi. Le péché mortel, en effet, nuisible; b. s’il est probable, à raisons égales, qu’elle prive le pécheur de la grâce. D’où la charité fait un pourra être utile ou nuisible, il faut l’omettre. « Dès précepte grave de le tirer de cet état, quand on le peut qu’on croit avec probabilité que le pécheur ne recevra et qu'on le doit. L’accord des auteurs n'est plus le pas l’avertissement, mais qu’il tombera dans des fautes même, s'il s’agit de péchés véniels. Les uns n'admettent plus graves, on doit s’abstenir de faire la corrrection aucune obligation, car, disent-ils, les paroles de Notrefraternelle. » S. Thomas, ibid., a. 6. On apporte cepen­ Seigneur : Lucratus eris fratrem tuum, ne se vérifient dant généralement deux exceptions à cette règle. Ainsi pas ici, puisque le péché véniel ne fait pas perdre la on devra avertir un moribond qu’une remontrance grâce. Cf. Ballerini-Palmieri, Opus theol. morale, tr. V, endurcira peut-être, mais aussi qu’un charitable aver­ sect, ni, c. n, dub. iv, Prato, 1899, t. n, n. 219, p. 163. tissement pourra sauver. On devra reprendre aussi un D'autres, .Marc, Institutiones alphonsianæ,n. 491, Rome, scandaleux. Le bien du grand nombre, dont on cherche 1906, t. I, p. 322, reconnaissent qu’il y a, de soi, une à écarter le scandale, passe avant le bien d’un seul obligation sub levi. Presque tous d’ailleurs ont soin de obtenu par le silence. Toutefois, on ne fera pas alors la correction fraternelle proprement dite, ayant pour dire qu’en pratique un simple particulier n’est pas tenu a cette obligation, à moins qu'il ne puisse très facilement but le bien du pécheur, mais plutôt celle qui regarde directement le bien d’un tiers. Enfin si la correction la remplir. Les théologiens se posent aussi cette ques­ doit probablement être utile et ne peut être nuisible, tion : « Les péchés d’ignorance sont-ils matière néces­ elle est obligatoire. Ærtnys, Theol. mor., 1. Il, n. 52, saire de la correction fraternelle ? » Tous admettent qu’il Paderborn, 1901, t. I, p. 141. — c) 11 faut que celui qui faut faire la correction dans un des cas suivants : a) si l'on est supérieur, quia ipsis specialiter incumbit docere remplit le devoir de la correction fraternelle ne coure par le fait même aucun grave danger. En effet, in subditos, S. Alphonse, Theol. mor., I. III. n. 36, Rome, 1905, t. i, p. 331 ; b) si, per accidens, l'infraction maté­ gravi necessitate proximi cari tas non obligat cum ma­ rielle porte un notable préjudice à un tiers, soit dans gno incommodo. En deux cas toutefois, on sera tenu de ses biens temporels, par exemple s’il s’agit d’une resti­ faire la correction même en subissant du fait un sérieux tution à faire, soit dans ses biens spirituels, par exemple dommage. C’est d'abord lorsque le pécheur à reprendre s'il s’agit un scandale à éviter; c si cette infraction est se trouve dans un danger extrême de mort spirituelle. Il faut appliquer le principe : In extrema necessitate nuisible au délinquant, si par exemple elle provenait proximi caritas obligat etiam cum maximo incom­ de l’ignorance des vérités nécessaires au salut, ou si modo. II est assez rare cependant qu’un simple parti­ elle devait engendrer une funeste habitude; d) enfin si cette infraction matérielle était spécialement injurieuse culier ait cette obligation, car il se persuadera difficile­ ment que, dans ces circonstances, la correction soit Dieu, telle que, par exemple, des blasphèmes proférés possible ou efficace. Le second cas est plus fréquent; il par ignorance. Mais l’infraction matérielle est-elle, per se, une raison suffisante d’obliger un particulier concerne le supérieur qui a la charge spirituelle de son prochain. Marc, Institut, alph., n. 493, Rome, 1966, d avertir son prochain ? en d'autres termes, le respect t. i, p. 323. dû â toute loi oblige-t-il de faire éviter aux autres les Toutes ces conditions doivent être réunies pour que manquements même purement matériels ? Ici commence la divergence entre les théologiens. Les uns, et saint l’omission de la correction fraternelle soit une faute. Les théologiens en concluent presque unanimement Alphonse, ibid., dit leur opinion plus commune et plus probable, répondent affirmativement, car, à leur juge­ que ce devoir de charité oblige rarement, au moins sub gravi, les personnes qui ne sont pas les supérieurs, ment, la transgression, bien que matérielle, d'une loi les amis ou les proches parents du pécheur. Ballerinin’est pas moins en soi, un mal, intrinsèque s’il s’agit Palmieri, Opus theol mor., tr. V, sect, m, dub. tv, Prato, de la loi naturelle, extrinsèque s'il s'agit de la loi posi1899, t. n, n. 224, p. '168; Marc, Instil, alph., loc. cil.; tive. Cf. Lacroix, Theol. mm·., 1. II, n. 214, Venise, 1757, t. I, p. 120. D'autres, surtout les modernes, ne recon­ Konings, Theol. mor., 1.1, n. 288, Boston, 1874, p. 120; Génicot, Theol. mor., 1. 1, n. 218, Louvain, 1902. t. i. naissent pas cette obligation. Cf. Noldin, loc. cit., 193; Noldin. De præceptis, n. 96, Inspruck, 1905, p. 99. p. 101; Ballerini-Palmieri, loc. cit., n. 221, p. 164. •juoi qu’il en soit, saint Alphonse, ibid., tient pour Cf. S. Thomas, Sum. theol., Il* II», q. xxxm, a. 2; q. lxxv, a. 4. probable, que l’on n'est pas obligé au moins sub gravi III. Ordre λ suivre. — Notre-Seigneur l’a tracé : : l'égard de l’infraction faite aux lois humaines. 11 est 1» 11 faut reprendre le prochain secrètement : « Si tvn a noter toutefois que, dans ce cas, il ne s’agit pas, à 4911 CORRECTION FRATERNELLE — CORRUPTICOLES 1912 frère a péché contre toi, va et reprends-le entre toi et en Egypte, depuis 518, l’apprit et en manifesta à ses amis son vif étonnement. Un ouvrage surtout de Julien, lui seul. » Matth., xvm, 15. — 2° Si le coupable refuse de se repentir, on doit le reprendre devant témoins : où celui-ci attribuait au corps du Christ l’incorruptibi­ « S’il ne t’écoute pas, prends encore avec toi une ou lité et l’impassibilité avant la mort et avant la résurrec­ deux personnes, afin que toute l'affaire soit réglée par tion, lui parut mériter de sa part les plus expresses l’autorité de deux ou trois témoins. » Ibid., 16. — 3» S'il réserves. Néanmoins, comme Julien était son ami et est encore récalcitrant, on doit déférer le cas au supé­ qu’il ne tenait pas à amener la division dans son parti, rieur: « S'il ne t'écoute pas, dis-leà l’Église. » Ibid., 17. Sévère s’abstint de le critiquer en public et même de le Cet ordre est fondé sur la nécessité de sauvegarder la réfuter. On fit part à Julien d’Halicarnasse de l’accueil réputation du prochain. De soi, il oblige donc sub gravi, peu favorable que Sévère d'Antioche avait fait à sa et aucun supérieur ne peut en dispenser. S. Thomas, théorie; il en demanda compte aussitôt à son ami dans Sum. theol., Il» II®, q. xxxni, a. 7, ad 4“™ et 5'"“. une lettre fort aimable, que nous avons encore en sy­ Toutefois, il est des cas où l'on peut et d'autres où riaque. Ahrens et Krüger, Die sogenannle Kirchengel'on doit dénoncer aussitôt le coupable au supérieur, I schichle des Zacharias Rhetor, Leipzig, 1899, p. 178sq.; Chabot, Chronique de Michel le Syrien, Paris, 1904, au moins si l’on considère celui-ci comme père. Ainsi: t. U, p. 225 sq. Il y expose brièvement ses idées sur le 1» On peut déférer immédiatement la faute au supé­ point en discussion, en s’appuyant de préférence sur rieur : 4. si elle estdu domaine public ou va le devenir l'autorité de saint Cyrille d’Alexandrie, et il ajoute : «Je bientôt, car alors le coupable n'a plus droit à la sauve­ ne suppose pas qu’on puisse dire que celui qui n’a pas garde de sa réputation; 2. si on prévoit que la correc­ tion faite par le supérieur portera plus de fruits; l'amen­ été corrompu (après sa mort) était sujet à la corrup­ tion (avant sa mort). » Mis en demeure de s’expliquer, dement du coupable, qui est le but de la correction Sévère répond qu'il a lu l’ouvrage et qu'il en a trouvé fraternelle, passe avant sa réputation ; 3. si le coupable plusieurs idées blâmables; il en fera la critique, comme a renoncé expressément à son droit, comme cela se Julien le lui a demandé, mais brièvement à cause du produit dans certains ordres religieux, par exemple, petit nombre de volumes dont il dispose dans son exil, dans la Compagnie de Jésus. Cf. Rodriguez, Pratique et il ne publiera pas cette réfutation, pour ne pas semer de la perfection chrétienne, part. Ill, tr. VIII, c. VI, la discorde dans le camp monophysite au seul avantage Paris, 182I, t. iv, p. 617. —2» On doit le faire : 1. quand on a lieu de croire que la correction secrète n’aurait des chalcédoniens. Ahrens et Krüger, op. cit., p. 179180; Chabot, Chronique de Michel le Syrien, t. H, aucun bon résultat, tandis que la dénonciation du cou­ p. 226-228. Cette réponse ne satisfit pas Julien, qui, pable au supérieur laisse l’espoir d'amendement; 2. quand dans une seconde lettre à Sévère, le presse de lui indi­ il ya inconvénient à avertir d’abord le coupable et qu'au quer ce qu'il y a de répréhensible dans ses idées, avec contraire il n'y en a aucun à s'adresser directement au supérieur : la raison qui excuse d’intervenir personnelle­ les témoignages des Pères â ce sujet, afin qu'il puisse défendre sa théorie ou la rétracter, s’il y a lieu. Ahrens ment ne dispense pas d'en référer au supérieur; 3. quand la faute du prochain porte un grave préjudice à un tiers et Krüger, op. cit., p. 180 sq. ; Chabot, op. cit-, p.228sq. Une seconde lettre de Sévère suit celle de Julien. ou à une communauté, s’il s'agissait, par exemple, de Ahrens et Krüger, op. cit., p. 181-187; Chabot, op. cil., reprendre un élève scandaleux dans un collège; le bien p. 229-235. Elle est plus longue que la précédente, de la tierce personne et, a fortiori, le bien général font parle d une réfutation manuscrite, rédigée par Sévère, une loi d'intervertir l’ordre régulier de la correction mais qu’il ne fera pas connaître au public, bien que fraternelle. l'ouvrage incriminé de Julien circule dans Alexandrie De toutes ces considérations, les moralistes concluent que, dans des communautés religieuses, collèges, sémi­ et un peu partout en Égypte. Sévère comptait ainsi par naires, etc., il est bon, la plupart du temps, plerumque cet échange de lettres ramener l’entente doctrinale expedit, surtout s'il s'agit d’une faute grave.de déférer entre lui et son ami. Peine inutile! Julien, qui n'avait pas les mêmes scrupules et que la réfutation de son immédiatement la chose au supérieur. Marc, Institut, alphonsianæ, η. 494, Rome, 1906, t. 1, p. 324; Sabetti, ami, pourtant bien délicate, avait souverainement froissé, leva le masque, parlant et écrivant contre Sé­ Compendium lheol. mm·., n. 181, Ratisbonne, 1902, vère et ses partisans, qu’il traitait de plitarlolâtres ou p. 127; Noldin, De præceplis, n. 97, Inspruck, 1905, « adorateurs du corrompu ». Sévère alors composa un p. 100; Génicol, Theol. mor., n. 220, Louvain, 1902, t. i, traité assez long contre Julien d’Halicarnasse, traité p. 195. que Mai a traduit du syriaque pour une partie et qu'il a S. Thomas, Sum. theol.. If II*, q. XXXIII: In IV Sent-, 1. IV, résumé pour l’autre partie. Spicilegium romanum, dist. XIX, q. il. Opera, Parme, 1858, t. vil, p. 828-836; Mayol, Rome, 1844, t. x, p. 169-198. La conclusion est que « le Prmambula ad decal., q. m, a. 4, dans Migne, Cursus corps pris par le Christ fut sujet aux passions non cou­ theologiæ, t. XIII, col. 910-929; S. Alphonse, Theol. mor., 1. II, pables, â l’exception du péché, jusqu'à la résurrection ». n. 34-43, édit. Gaudé, Rome, 1905, t. I, p. 331-336; Suarez, In Une réfutation de Julien d’Halicarnasse répondit à celle II— IP, De charitate, disp. VIII, Paris. 1858. t. XII, p. 692-707; de Sévère, et celui-ci riposta par un second traité, dont Lacroix, Theol. mor., 1. Il, n. 208-220, Venise. 1727, t. I, p. 119121; .Marc, Institut, alphonsianæ, n. 490-498, 13· édit., Rome. Mai a publié quelques fragments. Spicilegium roma­ 1906, t. 1, p. 322-326; Ærtnys, Theol. mor., 1. HI, tr. III. c. v. num, t. x, p. 198-201. Dès lors la brouille était com­ a. 2, n. 51-55, Paderborn. 1901, t. I, p. 140-144; Génicot, Theol. plète entre les deux amis et le parti monophysite des mor.. n. 218-222, 1-ouvain, 1902,1.1, p. 193-197 ; Noldin, De prae­ sévériens divisé en deux camps, celui des aphtartodoceptis, n. 94-99, Inspruck, 1905, p. 96-101; Ballerini-Palmieri, cètes ou phantasiastes, rangés sous la bannière de Opus theologicum mor., n. 216-249, Prato. 1899. t. n, p. 160Julien, celui des phlartolâtres ou ktistolâtres qui sui­ 178. et tous les auteurs de théologie morale, au traité De cha­ vaient Sévère. ritate. Les auteurs catholiques, comme Timothée, P. G., G. Blanc. CORRÉSIENS. Voir Coteiieaux. t. i.xxxvi, col. 44. 57; Anastase le Sinaïte, Viæ dur, P. G., t. lxxxix, col. 296-305; Jean Damascène, De hæresibus liber, P. G., t. xctx, col. 753; De fide ortho­ CORRUPTICOLES on PHTARTOLATRES. Pen­ dant son exil en Egypte, après l'année 518, Julien, doxa, P. G., t. xctv, col. 1018, 1097 sq., distinguent évéque monophysite d’Halicarnasse en Carie, avait parlé fort bien ces deux groupes de monophysites, mais ils et écrit contre les catholiques ou dyophysites et employé en parlent d'une manière si brève ou si obscure, qu'ils des expressions de tout point condamnables. Sévère, ne paraissent établir entre eux aucune distinction au patriarche monophysite d’Antioche, exilé comme Julien point de vue de la note théologique que mérite leur 4913 CORRUPTICOLES - CORYDALËE 1914 doctrine. Et pourtant, la distinction s’impose. Car si la I p. 446; Hurter, Nomenclator, 3· édit., Inspruck, 1906, t. 11, théorie de Julien est franchement hérétique et renou- ! col. 1112. B. Heurtebize. velle par un autre côté le docétisme primitif, n'attri­ CORTIVO Jean-Baptiste, théologien autrichien de buant en fin de compte au Christ qu'un corps humain i l'ordre des auguslins. mort à Vienne en 1787. On a de apparent et qui n'en est pas un; la doctrine de Sévère, lui : !■> Dissertatio de divinis nominibus, sive de usia, par contre, n'a rien que de conforme à la saine ortho­ homousia et hypostasi, de essentia, natura, substan­ doxie, du moins, si l'on en juge par les lettres et traités tia et subsistentia, et persona; de peculiaribus Hem qui nous ont été conservés. Aux documents cités cidessus, il faut joindre une lettre de Sévère à l’empereur divinarum personarum nominibus aliisque id genus Justinien, Ahrens et Krüger. Die sogcnannle Kirchen- grsecis lalinisque vocabulis, quorum disputantibus de Trinitate frequens est usus, Vienne, 1754; 2“ Disser­ geschichte des Zacharias Rhetor, p. 201-203, et di­ tatio de stupendo prodigio stationis solis et Iunx im­ verses lettres du même contre Julien ou ses partisans. E. W. Brooks, The sixth Hook of the select letters perante Josue, Vienne, 1755 ; 3° Lucubratio theologica Augustini germanum exhibens dogma de nobilissimis of Severus patriarch of Antioch, Londres, 1904, p. 6, status innocentiae dotibus supernisque praerogativis, 281. 316, 349-350. 358, 419. Pour jeter le discrédit sur l'opinion de Sévère et justifier le surnom de phtarto- sanctitate, integritate immorlalitaleque, Gratz, 1762. l.itre que lui appliquait Julien d’Halicarnasse, il fallait Ossinger, Bibliotheca augustiniana, p. 269-270; Lanteri, supposer que le corps du Christ avait été soumis à la Postrema saecula sex religionis augustinianæ, t. ut, p. 351 ; corruption, pendant les trois jours qu'il passa dans le Hurter, Scriptores ordinis eremitarum S. Augustini Germani, tombeau, calomnie mise en circulation par Julien et Belgae, Bohemi, Poloni et Hungari, dans La Ciudad de Dios, contre laquelle Sévère et ses disciples n’ont cessé de 1883, t. v, p. 579-580; Hurter, Nomenclator, t. m, coi. 231. A. Palmieri. protester. Léonce de Byzance, du moins, voit très bien CORYDALÉE Théophile, philosophe et théologien la dislinclion doctrinale â établir entre les deux théo­ ries, mais il prétend que, si la théorie de Julien est grec, né à Athènes en 1563. 11 étudia à l’université de Padoue et fut professeur de langue grecque à l'école hérétique, elle est par ailleurs plus logique que celle de la colonie grecque de Venise (1669-1614). De retour de Sévère. P. G., t. i.xxxvi, col. 229 sq.; voir aussi en Orient, il enseigna d’abord à Athènes (1614-1620), col. 1260. Il pourrait bien avoir raison, car si le corps ensuite à Zante et enfin à Constantinople, où il fut du Christ n’est pas incorruptible avant sa mort, il faut nommé directeur de l'Acadéinie patriarcale. Ayant em­ établir une différence entre lui et le Verbe de Dieu et, brassé la vie monastique sous le patriarche Parlhène Ier par suite, admettre deux natures après l’union hyposta(1639-1644), il prit le nom de Théodose, et en 1640 il tique, ce â quoi ne pouvait se résoudre Sévère. monta sur le siège épiscopal de Naupacte et Aria. Sur la querelle doctrinale se greffa bientôt une qneIl mourut à Athènes en 1646. Il a joué un rôle impor­ relle de personnes. A la mort du patriarche monophysite d'Alexandrie, Timothée, le parti sévérien fit nom­ tant dans la renaissance delà littérature néo-hellénique, et les historiens de ce mouvement citent avec éloges mer Théodose, tandis que les julianistes suscitaient une émeute populaire, qui renversait Théodose et lui ses commentaires sur la philosophie d'Aristote : Εις substituait Gaïanus, 536. L’empereur Justinien, mécon­ άπασαν τήν λογικήν τού Άριστοτέλους ύπομνήματα και ζητήματα, Venise, 1729. Malheureusement son ortho­ tent de ces troubles, lit arrêter les deux concurrents et les remplaça l'un et l'autre par un candidat catho­ doxie est suspecte. Mélétios l’accuse d’avoir partagé les doctrines de Cyrille Lucar. Hist, eccl., t. m. p. 451. lique. Mais les deux partis restèrent fidèles à leurs Dans son discours pour l’élévation de Parlhène I" (1639chefs, et l'on compta dès lors des théodosiens ou phtar1644) au siège patriarcal, il affirma que la Confession tolâtres. et des gaïanistes ou aphtartodocêles. Ceux-ci se mirent à faire des prosélytes, et bientôt leur doctrine de Lucar était la colonne de la vérité et qu’il (allait étayer sur elle l’Église orthodoxe; il alla jusqu’à nier se répandit, non seulement dans l'empire byzantin, h présence réelle de Jésus-Christ dans l’eucharistie. mais encore chez les Perses, les Indiens, les Ethiopiens, Mélétios Syrigos, qui avait été son élève, le nomma les llomérites de l'Arabie et surtout chez les Arméniens. l’ennemi de Dieu (μισόΟεος), plutôt que l’ami de Dieu, Chabot, Chronique de Michel le Syrien, t. il, p. 251, selon la signification de son nom (Οεόφιλος). Ses ten­ 263-265 ; et Revue de /’Orient chrétien, 4897, t. il, dances luthériennes ne l’empêchèrent point de recevoir p. -489. On sait comment, sur la fin de ses jours, Justi­ nien, qui avait bataillé toute sa vie contre les mono- la consécration épiscopale. Lebedev suppose que, revenu à des sentiments plus orthodoxes, il fut jugé digne pbysiies, finit par mourir aphlartodocète. La mort seule d’êlre promu au siège métropolilain d’Arla. Cette pro­ l'empêcha d'imposer celte nouvelle hérésie comme motion eut peut-être pour but de l’éloigner de Con­ symbole de foi à professer, alors qu'il avait déjà pris ses mesures dans ce but et déposé même quelques hauts stantinople, où son inlluence littéraire était considéra­ ble. Quoi qu’il en soit, il ne jouit pas longtemps de sa dignilaires de l’Eglise officielle. En Arménie, l'aphtardignité. On lui défendit d’exercer son ministère, et on lodocétisme parait être encore la doctrine dominante l’exila de sa métropole. 11 se réfugia à Athènes, où il au vm· siècle. passa ses derniers jours dans l’oubli et le dénuement. Bevue de I’Orient chrétien, nouv. série, 1906, t. 1, p. 358-361, Selon la curieuse expression d’Eugène Boulgaris, et surtout Ter Minassiantz, Die armenische Kirche in ihren Beziehungen zu den syrischen Kirchen, Leipzig, 1904, p. SO­ Théophile Corydalée était très versé en philosophie, IS?, passim. mais en théologie il boitait de deux pieds. On a de lui : S. Vailué. 1° 'Επιστολή δογματική προς Σωφρόνιον Ποκζάσην, πρώην CORTÈSE Paul, évêque italien, théologien, né en τής έν Κιαιβίω σχολής, τότε δέ έν Γιασίω τής Μολδαβίας 4465, à San Germiniano en Toscane, mort en 15I0. ήγουμενεύοντα, inséré dans Tractatus theologici ortho­ Secrétaire apostolique sous les papes Alexandre VI et doxi de processione Spiritus Sancti a solo Patre, ela­ Pie 111, protonotaire apostolique, il fut nommé évêque borati auctore Adamo Zoernicav (trad, grecq. d'Eu­ il T'rbin. Il commenta le livre des Sentences : Distin­ gène Boulgaris, Saint-Pétersbourg, 1797, t. ll); 2° Mélé­ ctiones in IV libros Sententiarum, in-fol., Bale, 1513. tios Syrigos lui attribue un ouvrage intitulé : ΆντίρρτIl publia en outre De cardinalatu libri 1res, in-fol., σις εις τά κεφάλαια Κυρίλλου του Λουκάρεως;3° Ιερά και 1510. Son ouvrage De hominibus doctis dialogus, in-4”, ασφαλής 'Οδοσοφία χριστιανού, ήν εις τής ’Ελληνικής Florence, 4734, fut publié par Alexandre Politi qui y ’Εκκλησίας ωφέλειαν άνέδειξε Θεόφιλος, 1732; frètes ajouta des notes et la vie de l'auteur. confirme celte attribution et ajoute que cet ouvrage a peut-être été imprimé à Venise, sans nom d'auteur pour Tiruboschi, Storia delta letteratura italiana, in-8·, Milan, t. vr, 1915 CORYDALÉE — COSMAS INDICOPLEUSTÈS 1916 ’Ελλάς, Athènes, 1872, p. 408-410: Chrys. Papadopoulo, Πιφΐ «oO ne pas exciter la défiance des Grecs; 4° Συγ/αριτήριος Κλαυδιουζόλιος Σιιναίάυ, Κονσταντινουκόλιως, ’Αλιςανδριίας Κοσμά, επιστολή προς τον Ιίατριάρχην Κύριλλον τον Λούκαριν, I dans Νία Σιών, Jérusalem, 1905, t. n, p. 894-899. inséré dans son ouvrage : Περί επιστολικών τύπων, A. Palmieri. Londres, 1624. 3. COSMAS INDICOPLEUSTÈS, i ΙνόιζοπλεύσDosithée (patriarche), Ehpî τ3ν lv Ίιροσσλύμοις πατριαο/ιυσάντΜν, ττ,ς, dont le surnom signilie: « navigateur dans l’Inde, » Jassy, 1715, p. 1171-1172; Papadopoli, Historia gymnasii pala· ôtait un négociant d’Alexandrie, qui, vers 520 de notre vini, Padoue, 1726, t. n, p. 298-299 : Corydalée y est appelé par ère, entreprit pour son commerce de lointains voyages, erreur Nicéphore; Aymon. Monuments authentiques de la re­ en Arabie, dans l’Éthiopie et jusque dans l’Inde. De ligion des Grecs, La Haye, 1708, p. 72; Schelstrate. Acta orien­ retour en Égypte, il se retira des all'aires, mena la vie talis Ecclesiæ contra Lutheri hæresim, Rome, 1739, p. 106; Mélétios, 'Εκκλησιαστική Ίστ^ία, Vienne, 1784, t. m, p. 451 ; éréinitique et composa plusieurs ouvrages. Trois qu’il Fabricius, Bibliotheca græca, t. xi. p. 597; Jocher, Allgemeimentionne dans sa Topographie chrétienne sont per­ nes Gelehrten-Lexicon, t. i. col. 2129; Sathas, Νιοιλληνιχή dus : 1» une Cosmographie, dans laquelle il décrivait χίΛολογία, Athènes. 1868, p. 250-254; Démétracopoulo, Όρϊόδσζος la terre entière et les pays situés des deux côtés de 'Ελλάς, Leipzig. 1871, p. 157-158; Id., Προσδήκαι και διοίβώσπς, etc., l’Océan, prol. i, P. G., t. i.xxxvm, col.53; 2° des tables I^eipzig, 1871, p. 39; Vrétos. Νιοιλληνική φιλολογία, Athènes, 1854, astronomiques, ibid., I. VII, col. 340; 3° un commen­ t. I. p. 67; Athènes, 1857, l. il, p. 285: Procope, Πιρί λογίω·/ Ι’φαιtaire du Cantique des cantiques, I. VIII, col. 388. χ«ίν, ilans Sathas, Μισαιννιχή βιβλιοθήκη, Venise, 1872, t. ni, p. 484; Katrami, Φιλολογικά άνάλιχτα ΖαχιΜου, p. 125; Gédéon, Χρονικά Quelques fragments de lui sur les Psaumes ont été τής πατριαρχικής ’Ακαδημίας, Constantinople, 1883, p. 74-86; Lebe­ conservés dans les Chaînes bibliques. Fabricius, dev. Istoria greco-vostotchnoi tzerkvi pod vlastiu Turok, Bibliotheca græca, t. îv, p. 2GI-262. D’autres sont Saint-Pétersbourg, 1901, p. 671-675; Pichler, Geschichte der manuscrits. Le seul ouvrage de Cosmas, qui nous soit Protestantismus in der orientalischen Kirche ini 17 Jahrparvenu à peu prés en entier, est sa Χριστιανική Τοπο­ hundert, Munich, 1862, p. 47-48; Gédéon, Τά χιιφόγφαφα τοΠ Κογραφία en douze livres dont le dernier est mutilé. Il a φυδαλίως, dans Ανατολικές Άστήρ, 1881, ρ. 264; Id., θιοφίλου του été composé, ou au moins achevé, en 547, sous le régne Κοψυδαλίνς έηστολαΐ άνίκδςτοι, dans Κόσμος (Constantinople), 1" année, p. 473-474; Kyriakos, Geschichte der orientalischen de Justinien. Photius, Bibliotheca, cod. 36, P. G., Kirchen, trad. Rausch, Leipzig. 1902, p. 147 ; Constantins, Συγγφα> t. cm, col. 68-69, a connu cet ouvrage, qu’il intitule : çat ίλ&σσονις, Constantinople. 1866, p. 147-148; Rangabé, Histoire Χριστιανών βίβλος en huit livres; il en parle avec littéraire de la Grèce moderne, Paris, 1877, t. i, p. 43 ; Pékios, dédain, et il a ignoré le nom de l’auteur. La Topogra­ Τίνΐυματική άκο·}ις τί|ς τουφχοχφατουμινης Ελλάδος, Constantinople, phie contient des idées singulières, mais elle n’est pas 1880,p. 84-85; Chassiotis, L'instruction publique chez les Grecs, dénuée d'intérêt, notamment au point de vue géogra­ Paris, 1881, p. 27, 36, 92; Zaviras, Χιά ’Ελλάς, Athènes, 1872, phique. Après avoir longuement réfuté dans le 1. 1« p. 312-315; Liimmer, Scriptorum Græciæ orthodox# biblio­ theca selecta, Fribourg, 1864, t. I, p. 9; Meyer, Die theolola sphéricité de la terre, Cosmas expose, dans le 1. II, gische Litteratwr dei' griechischen Kirche im sechzehnten que la terre est un grand carré, enclos de tous côtés Jahrhundert, Leipzig, 1899, p. 9-12; Papadopoulo-Keramevs, de murs qui se réunissent au sommet et forment la Άνάλιχτα ίιφοσολνμιτιχής Σταχουολογίας, Saint-Pétersbourg, 1894, voûte céleste ou le firmament. Les 1. Ill el IV sont t. π, p. 742- 752; un ancien élève du collège grec de Saint-Athaconsacrés à démontrer cette forme de la terre, par l’Écrinase. André Stavrinos de Ghio, publia une brochure contre le lure, dont le texte est interprété très littéralement. Le luthéranisme de Corydalée : Iliçt μιτουσιόσιως κατά Κοφοδαλο5 το0 1. V décrit le tabernacle de l’ancienne alliance et Καλβινολάτφου, Λόγοι δ io, Rome, 1640; Legrand, Bibliographic hellénique du xvn* siècle, Paris, 1894, t. I, p. 406-407. fournit des renseignements sur les écrivains sacrés, A. Palmieri. le but et le contenu de chacun des Livres saints. 1. COSMAS, prêtre bulgare, vécut au xie siècle. Il Le 1. VIII comprend l’explication du cantique d'Ézéa laissé un ouvrage, où il expose et réfute l’hérésie des chias et du récit de la rétrogradation du soleil sur le bogomiles. cadran du palais royal. Le I. XI contient la description des animaux rares de l’Inde. Le 1. XII, dont il ne Goloubinsky, Essai d'histoire des Églises orthodoxes bul­ reste que des fragments, cite les écrivains profanes gare, serbe el roumaine, Moscou, 1871, p. 169; Philarête, Aperçu qui ont connu Moïse et les prophètes, et parle de la sur la littérature ecclésiastique russe, Saint-Pétersbourg. 1884, version des Septante. Le reste de l'ouvrage est rempli p. 7 ; Hermogène, Essai d'histoire des Églises slaves, Saint-Pé­ tersbourg, 1899, p. 168-169. par la narration des Voyages de l’auteur. Quelques ins­ A. Palmieri. criptions y sont reproduites. Des figures terminent le 2. COSMAS D'ALEXANDRIE, théologien grec tout et illustrent les idées cosmographiques de Cosmas. du χνπ®-χνπιβ siècle, né à Scutari de Bithynie. Élevé La doctrine théologique du marchand alexandrin, de­ d’abord au siège métropolitain de Claudiopolis,ensuite venu moine, sur la trinité et l’incarnation, est ortho­ au siège archiépiscopal du mont Sinaï, il devint pa­ doxe ; il enseigne que chaque homme a un ange gar­ triarche d’Alexandrie en 1705, en 1714 patriarche de dien. Il exprime des doutes sur la canonicité des Constantinople; jl fut élu de nouveau patriarche Épltres catholiques. En herméneutique, en exégèse d’Alexandrie en 1723. Deux ans après, il renonça â son comme en théologie biblique, il se rattache très étroi­ siège et se relira au couvent grec du mont Sinaï. Il tement à Théodore de Mopsueste et à Diodore de mourut au Caire en 1736. On a delui un ouvrage contre Tarse. L’exposition manque d’ordre et de méthode, et la primauté du pape : Έγχειρίδιον περί των πρωτείων le style est peu châtié. Dom Bernard de Montfaucon a édité le premier la Topographie chrétienne de Cosmaτου Πάπα δτι μήτε οί κανόνες των νόμων, μήτε ό λογαριασυ.ός του δίδει να εχη καθώς κρατοΰσιν οί Ρωμάνοι. d’après un manuscrit du Vatican, du vu· siècle, et un autre de la bibliothèque Laurentienne à Florence : Μ itvi‘-- vsky, Otcherk istorii Aleksandriiskoi tzerkvi so vreCollectio nova Patrum et scriptorum græcorum, niet i Khalkidunskago sobora, dans Khristianskoe Tchtenie, Paris, 1706, t. H, p. 113 sq. Son édition a été repro­ 1856. L i, p 213-244; Démétracopoulo, Όφίόδοςος ’Ελλάς, Leipzig, duite par Migne, P. G., t. lxxxviii, col. 51-470. Les 1872. p. 176-177; Gédéon. Πατφ;αρχιχο·. Πίχαχις, Constantinople, illustrations ont été rééditées et expliquées par le 1890, ρ. 621-622 : Paradl’-Keramevs, Ίι^οσολυμιτιχή βιβλιοβήκη, Siiint-Pétersf-'Urg. 1>’*Λ t. îv, p. 316. Codex 373 de la Biblio­ P. Garrucci, Storia dell’ arte cristiaua, Prato, 1876, thèque du Metochion du Saint-S^puîcbre à Constantinople; Id., t. in, p. 70-83, tables 142-153. Cf. N. Kondakoll'. His­ Σημιιύσιις x.i\ >;%>*:ιίας Σαμουήλ Κακασούλη, toire de Tart byzantin, Paris, 1886, t. i, p. 136-151 dans Διλτίοχ ïr:. x»· »1-. ιτΒ ίίχς, Athènes. 1891, t. ni. p.511-512; Une traduction anglaise a été faite par Me Crindle, Matha, Κατάλοτος ΐστβφτχλς τ-ν i-rx-rw. καί τ2ν Ιφκής Londres, 1897. κατριαρχί» τής Κ*·»στ«.τ·. -..τι<ι·ς, Athènes. 1S84, p 144-145; Procope, Εκιτιτμημόη irs: ? - » τ-. -S» ·. w. fix »-.; Sathas, Μισαιωχιχή ριβλι&·ήχ/„ Ven se. 1872, L m, p- 494; Zaviras, Μια Galland, Fabricius. Montfaucon, dans P. G., t. Lxxxvin. col. 1-50: dom Ceillier. Histoire générale des auteurs sacrés 1917 COSMAS INDIGOPLEUSTÈS — COSOÏ et ecclésiastiques, Paris, 1748. t. xvi, p. 336-346: 2· édit., t. xt, p. 186-191; H. Gelzer, Kosmas der Indienfahrer, dans Jahrbü- . cher fur protestantische Théologie, 1883, t. ix. p. 104-141; J. Deramoy, dans la Revue de l'histoire des religions, 1891, t. xxiv, p. 316-365; Bardenbewer, Batrologie, 2' édit., Fri- I bourg-en-Brisgau, 1901, p. 489-490; Ktrchenleæikon, t. Ill, col. 1152-1153; Hurler, Nomenclator, 3* édit., Inspruck, 1903, t. i. col. 494-495. Sur les idées cosmographicpies de Cosmas, voir la littérature citée par Krumbacher, Geschichte der byzantinischen Litterator, 2· édit., Munich, 1897. p. 412-414. Cf. Ul. Chevalier, Répertoire. Bio~bibliographie, 2' édit., Paris, 1904 t. I, col. 1056-1057. E. Mangenot. COSME DE VILLIERS ou DE SAINT ÉTIENNE, carme français, né le 8 septembre 1683 à Saint-Denis. Après de solides études de philosophie et de théologie, il enseigna successivement ces deux sciences de 1709 à 1727. Il passa la plus grande partie de sa vie à Orléans, où il s’acquit une grande réputation comme prédica­ teur. Outre des biographies détachées, Cosme de Vil­ liers a édité une Bibliotheca carmelitana notis criticis et dissertationibus illustrata, 2 in-fol., Orléans, 1752, vaste nomenclature des auteurs carmes et de leurs ouvrages. Quelques redites et d’assez nombreuses erreurs dans l’orthographe des noms propres semblent accuser une certaine hâte dans la publication de ce travail. De même des réserves sont à faire sur la valeur de ses notis criticis et dissertationibus, d’où la saine critique est trop souvent bannie. Mais l’ouvrage est sincère dans son ensemble, et il n’en reste pas moins, en même temps qu’une source précieuse de renseigne­ ments, un témoignage irrécusable de l’activité que l’ordre du Carmel déploya dans tous les domaines. Cosmo de Villiers, Bibliotheca carmelitana, Orléans, 1752. t. I, col. 353; Richard et Giraud, Bibliothèque sacrée, Paris, 1822, t. vin, p. 304. P. Servais. COSOI Théodose, célèbre hérétique russe du xvi’siècle, connu sous le seul nom de Cosoî, quoique ce ne soit pas son nom de famille; ce n’est qu’un surnom qui signifie en russe louche, et qui fait allusion au strabisme de Théodose. Goloubinsky, Histoire de l’Église russe, t. H, p. 825. Sur sa vie, nous en sommes ré­ duits aux vagues indications fournies par Zinovii, moine de l’ermitage d’Olnia, à 50 verstes de Novgorod, qui a réfuté longuement les erreurs de Cosoï. l’hilarète l’appelle un vagabond libertin (rasputnyi brodiada). Ce jugement parait exagéré. Cosoï, dont on ignore l’an­ née de la naissance, était au service d’un boyard de Moscou. Serf de condition, il remplissait chez son maître l’office de sommelier. Un jour, il vola un cheval, et quittant la maison seigneuriale, il demanda l’hospitalité aux moines de Bieloezero. Ceux-ci, ne sachant pas qu'il fut serf, le reçurent et lui donnèrent l'habit religieux. Cosoï resta trois ans au monastère, et adopta les doctrines des judaïsants qu’un juif lithuanien, nommé Starie, avait préchées dans la seconde moitié du XVe siècle. En 1655, il fut arrêté et enfermé dans un monastère de Moscou. On n’a pas de documents relatifs â son procès. Cependant, d’après une description des pièces contenues dans les archives des tzars à Moscou, description qui remonte à l’époque d’Ivan Je Terrible t 1533-1581), un synode eut à s’occuper de ses erreurs. Emélianov, p. 177-178. Grâce à'la connivence de ses gardiens, Cosoï réussit â s’échapper de sa prison, et à se réfugier en Lithuanie. Il continua â prêcher ses doctrines, et à faire de la propagande jusque dans le Petite-Russie, à Vitebsk, ou il séjourna en 1562. Une lettre d'André Kourbsky, datée de 1575, le mentionne comme vivant à celte époque. La date de sa mort est inconnue. Il mourut probablement en Lithuanie dans un âge fort avancé, puisqu'il avait déjà 80 ans en 1562. Les erreurs de Cosoï dérivent en grande partie de l'hérésie des judaïsants russes, et ont bien des points | i 1 I ■ ' ! 1918 de contact avec celles de Mathieu Bakchine. Voir t. π, col.6-8.On a même soupçonné que celui-ci les luiavait enseignées. Goloubinsky, t. n, p. 826. Voici un résumé de son enseignement : 1» Les sources de la révélation sont les livres de Moïse (Cosoï les appelle fondamentaux. slolpovyia) ; les autres livres de l'Ancien et du Nouveau Testament sont entachés d’erreur et de mensonge, et il convient d'en défendre la lecture aux personnes simples et ignorantes. Cosoï rejette en particulier l’authenticité de l'Épilre aux Hébreux. 2» La tradition et les écrits des Pères ne doivent pas être acceptés intégralement. Les derniers surtout contiennent parfois les errements de la raison humaine. Les canons de l’Église ne sont pas non plus l’expression de la loi de Dieu : ils ont été inventés par les hommes. 3° Le mo­ nothéisme mosaïque, selon Cosoï, exclut le dogme de la Trinité. Le Verbe de Dieu n’est pas une personne divine : comme le verbe humain il se dissipe dans l'air. La naissance du Fils de Dieu est impossible, à moins de dire que Dieu a eu besoin d’une femme pour l'en­ gendrer. 4’ Cosoï rejette aussi le mystère de l’incarna­ tion. Le Christ prêché par les apôtres est un homme créé par Dieu. La foi en Jésus ne conduit donc pas au salut éternel. 5» L’incarnation est inutile. Dieu est toutpuissant, et si l’homme en réalité avait eu besoin d’un secours surnaturel. Dieu aurait pu choisir un instru­ ment de ses desseins, ou même renouveler dans l’homme son image divine, par sa parole qui créa le monde, ou par sa main qui donna à Adam l’être et la vie. 6° Cosoï nie la chute originelle et la nécessité de la rédemption. Jésus-Christ n’a pas apporté le moindre changement dans les conditions de l'humanité. On naît et on meurt comme dans le temps qui précède son avènement. La mort de Jésus ne nous a donc pas réta­ blis dans un meilleur état ; Jésus n’a pas fait cesser nos souffrances, ni rendu à l’homme sa ressemblance avec Dieu. 7° L’Église orthodoxe ne mérite pas cette épithète : elle est tombée dans plusieurs erreurs sur le culte des saints, des reliques, des images et de la croix du Sauveur. 8» Cosoï répudie énergiquement le culte des saints. Il le condamne par l'exemple de saint Pierre qui défend au centurion Corneille de se prosterner à ses pieds,et par un texte de l’Apocalypse. Il est inutile de s’adresser aux saints, parce qu'ils ne peuvent nous donner aucun secours. La parabole de Lazare et du mauvais riche l'atteste clairement. De plus, le culte des saints est nuisible à l’homme : en les vénérant, on se détourne de Dieu et on met son espoir dans les créa­ tures. Ce culte met l'homme sur les autels à côté de Dieu et favorise le superstition et l’idolâtrie. 9» Cosoï rejette aussi le culte des reliques en s’appuyant sur un texte de saint Matthieu, xxtit, 29, et sur les soi-disant canons de Nicéphore, patriarche de Constantinople, qui ordonnent d'enterrer les corps des saints et interdisent de leur témoigner une vénération spéciale. 10» Avec tous les judaïsants, Cosoï considère le culte des images comme une véritable idolâtrie, que n’autorise pas le Nouveau Testament et que l’Ancien Testament a for­ mellement prohibée. Les miracles qu’on prétend avoir été opérés par les saints, dont on vénère les icones, sont faux, et peut-être faudrait-il les attribuer à Satan. Ce culte est encore inutile. Cosoïconseillaitdonc ladestruction des images, que l'ancienne Eglise ignorait, et dont l’usage ne remonte pas au delà du VI' concile œcuménique. H» Il n'admettait pas le culte de la croix, un culte désagréable à Dieu, parce que la croix aurait été l’instrument de supplice de son divin Fils. La bain· de Dieu pour la croix atteint ceux qui la vénèrent. Dieu se réserve à lui seul le culte d’adoration. 12“ Codéfendait à ses partisans de se rendre à l'église qu’u appelait un temple des idoles. 13“ La liturgie était sidérée par lui comme un ensemble de rites païen» interdisait la sépulture ecclésiastique, la prière pour 1919 COSOÏ — COSTER les défunts, la communion, la confession et les pros­ trations. Défense était faite d'avoir des relations avec le clergé, qui n’était qu'un sacerdoce idolâtre. 14° La hiérarchie était l’objet d'accusations passionnées et sarcastiques de la part de Cosoï. Les évêques sont cou­ pables d'avoir substitué leurs propres inventions aux lois de Dieu. Ils défendent de manger de la viande, ou imposent le célibat, contre les prescriptions de l’Évangile. Ils quêtent de l’argent pour exécuter des chants que les Livres saints ne nous ont pas transmis. Ils méconnaissent la loi de l’amour promulguée par le Christ, et traitent durement les hérétiques, et s’appellent orgueilleusement les chefs de l’Eglise et les membres du Christ. Leur prudence est la prudence de la chair; il faut donc éviter tout rapport avec eux. 15° Cosoïjuge inutiles les jeûnes de l’Église orthodoxe. 16’ Les mo­ nastères ne sont pas d’origine apostolique, puisque l'Evangile ne les mentionne pas. Au lieu de reproduire la perfection des chrétiens primitifs, ils s’en écartent, en acquérant les biens de la terre, dont se dépouillaient volontairement les fidèles de l'âge apostolique pour mieux vaquer à la prière ou à la contemplation. 17’ Il ne reconnaissait pas les saints de l’Eglise russe, qui avaient accepté de la générosité des fidèles des biens pour enrichir les monastères. 11 niait leurs miracles ou les attribuait â Satan, ou affirmait qu'on peut être un thaumaturge sans être pour cela un saint. 18’ Enfin Cosoï n’admettait pas la distinction des péchés graves et légers : tous lui paraissaient égaux, et tous méri­ taient le même châtiment de la part de Dieu. Les erreurs de Cosoï, dit Emélianov, faisaient table rase de la religion révélée. La Russie n’était pas un sol favorable ou ce rationalisme pût éclore. Ce n’est pas dans les milieux russes du xvt’ siècle que Thêodose Cosoï a puisé ses erreurs dogmatiques. Elles lui vinrent de la Lithuanie ou de la Pologne, ou fermentaient, dans les esprits, les théories de la Réforme. Aussi demanda-t-il un asile aux Lithuaniens, lorsqu'il s’évada de sa prison. Ses disciples ne furent pas nombreux, mais luidemeurèrent très attachés. Quelques-unes de ses doctrines se sont conservées parmi les judaïsants qui en Russie sont dispersés dans le gouvernement d’Astrakhan et dans le Caucase. Les seules sources pour la vie et les erreurs de Cosoï sont : 1* l’ouvrage de polémique contre Cosoï, rédigé par te moine Zinovii et intitulé : Istiny pokazanie vosprosivchim o novom utcheniKDémonstrationde la vérité pour ceux qui demandent à être renseignés sur la nouvelle doctrine), Kazan, 1863 ; 2· le Puslanie mnogoslovnve (Lettre prolixe) d'un moine inconnu qui la composa sur les instances des orthodoxes de Lithuanie, au milieu desquels Cosoï répandait ses doctrines, édité par Nikolaevsky dans le Dukhovny Viestnik de Kharkov, 1865, t. XI, p. 24-54. Un résumé de ce document a paru dans Visioriiarossiiskvi tzerkoi (Histoire de l’Église russe) de Macaire, Saint-Pétersbourg. 1870, t. vt, p. 268-275; par A. N. Popov, dans les Tchteniia (Lectures) de la Société d'histoire et d'antiquités de Moscou, 1880. Le meilleur travail sur la vie et les erreurs de Cosoï' est celui de M. A. Émélianov, O proiskhojdenii utcheniia Bukchina i Kosago na Rusi (Sur l'origine de la doctrine de Bukchine et Cosoï en Russie), Troudy de l'Académie ecclésia­ stique de Kiev, 1862.1.1, p. 265-369; Id., Utchenie Theodos Ha Kosago (La doctrine de Théodose Cosoï), ibid., 1862, t. n, p. 176-215; ld., Polemika protiv utcheniia Kosago iLa polé­ mique contre la doctrine de Cosoï), ibid., 1862, t. lit, p. 88120. Cf. Koïahvitch, Théodose Cosoï et la société russe de son temps, dans Khristianskoe Tchtenie, Saint-Pétersbourg, 1871, t. 1, p. 278; Kalougbine. Zinovii, moine de l'Otnia, SaintPétersbourg ; Kostomarov. Thêodose Cosoï, dans les Oletchestvennyia Zapiski, 1862. t. cxi.tv. p. 317; Soloviev, Histoire de la Russie, t. vu. p. 124-130; Les synodes de Moscou contre les hérétiques du xi\-siècle, dans les Lectures de la Société d’his­ toire de Moscou, 1847, t ut; Philarète. Aperçusur la littéra­ ture ecclesiastique russe, Saint-Pétersbourg. 1884, p. 158; ld: Histoire de ΓÉglise russe, Saint-Pétersbourg. 1895, p. 380-382; Dobroklonsky, Manuel d’histoire de l’Église russe, Riazan, 1889, t. i, p. 271-272 ; Arsène, Chronique des événements 1920 ecclésiastiques (Lietopis tzerkovnykh sobytii), Saint-Péters­ bourg, 1900, p. 601; Goloubinsky, Histoire de l’Église russe, Moscou, 1900, t. il, p. 826-830. A. Palmieri. COSSART Gabriel naquit à Pontoise, le 22 no­ vembre'1615; il entra au noviciat des jésuites le 14 août 1633; etil professa pendant sept ans la rhétorique au col­ lège de Clermont à Paris. C’était un orateur de bon renom dont les discours ont été publiés après sa mort, sous le titre de : Orationes et carmina, in-12, Paris, 1675. Ce recueil comprend des sermons, des oraisons funèbres, des harangues, des tragédies latines et d'autres pièces de poésie; mais les vers du P. Cossarl sont moins bons que ses discours. Plusieurs des pièces do ce recueil avaient été imprimées séparément, du vivant de l'auteur et à l’époque de leur composition. La dernière collection générale des conciles avait été publiée on 164-4- par l'imprimerie royale. Les textes en étaient défectueux, et la collection fort incomplète. Le P. Labbe, jésuite de Bourges, entreprit un travail de revision et compléta de plus d’un quart cette ancienne édition. A la mort du P. Labbe, survenue le 17 mars 1667, les huit premiers volumes étaient imprimés ainsi que les quatre derniers, xn-xv, et le commencement du tx· et du x·. Le P. Cossart acheva ces deux volumes, donna le xt· ainsi que Pzlpparatus, et surveilla toute la publication. L'Apparatus est paginé de façon déplo­ rable. Il se compose de cinq parties dont les unes sont foliotées séparément, et les autres pas du tout. Cette collection est intitulée : Sacrosancta concilia ad reaiam editionem exacta, quæ nunc quarta parte prodit au­ ctior. Elle forme 17 in-fol.. Paris, 1671-1672. Le P. Cossart avait fait imprimer pour la première fois en grec et en latin : Parthenii,patriarchæ Constanlinopolilani, de­ cretum synodale super calvinianis dogmatibus Cyrilli Lucaris, patriarchæ Conslantinopolitani, in-8’, Paris, 1643. 11 avait établi, à l'entrée du faubourg Saint1 Jacques, une maison, qui subsistait encore en 1720, pour ' recevoir et entretenir gratuitement de pauvres écoliers qui étaient connus sous le nom de Cossarlins. Il mourut ; â Paris le 18 (et non le 16) septembre 1674. | Salmon, Traité de l'étude des conciles, Paris, 1724, p. 306 sq., 772, 784;Moréri. Dictionnaire (1732), t. m, p. 42; Biographie universelle de Michaud (1813), t. x, p. 39; Kirchenlexikon, t. in, col. 1158; Sommervogel, Bibliothèque de la C1* de. Jésus, t. n, col. 1495-1501 ; H. Quentin, Jean-Dominique Mansi et tes grandes collections conciliaires, Paris, 1900, p. 29-32: Hefele. Histoire des conciles, trad. Leclercq, Paris,1907, t. 1, p. 106-107, J.-B. Martin. COSTER François, jésuite belge, né à Malines, le 16 juin 1532, entra au noviciat de Cologne, le 7 no­ vembre 1552, mais bientôt après, envoyé à Rome, reçut encore les leçons de saint Ignace qui, en 1556, le ren­ voya à Cologne pour enseigner l’Écriture sainte et tra­ vailler au maintien de la foi catholique. Malgré sa jeu­ nesse, il lit preuve d’une sainteté si éminente et d’une science si profonde, qu’il excita l’admiration universelle dans toutes les provinces des Pays-Bas el des bords du Rhin et mérita le surnom de marteau des sectaires. Par ses soins furent établies dans ces contrées les pr- mières congrégations de la sainte Vierge, dont il tra. les règles dans un opuscule : Bulla super forma jura­ menti professionis fidei, cum piis el Christianis insti­ tutionibus in usum Ji. Maritc Virginis, Cologne. 1576 qui devint en 1586 le Libellus sodalitatis, maint. fois réédité, tant en latin que dans des traductions er toutes langues. Le P. Coster prit une part considérable aux contro­ verses de son temps, qu'il résuma dans un manu· devenu aussitôt populaire : Enchiridion controversi rum præcipuarum nostri temporis de religione, ·.·. gratiam sodalitatis lieatiss. Virginis Marite, in-8 Cologne, 1585, 1586, 1587, 1589; trois éditions ■ 1591, etc. Les protestants attaquèrent vivement l’oa- COSTER -1921 vrage, particuliérement François Gomar, dans I'.lnfiCoslerus, Anvers, en 1599 (cf. Baillet, Des satyres per­ sonnelles, t. i, p. 124 sq.); Philippe Marbach, dans les Dis/mtaliones theologicae..., Strasbourg, 1606; Osiander, dans V Enchiridion contra pontificios, Francfort, 1606; Alb. Grauwerl, dans les Disputationes Anli-Costerianæ, léna, 1614, etc. La polémique convenait excellemment à un homme si bien armé et si habile à se servir de ses avantages. Il réduisit d’abord au silence un calviniste de Grenoble, André Caille, qui l’avait pris direclemenl à partie au sujet du sacrement de l’eucharistie, par une verte ré­ plique : Ad analyticam assertionem Andreæ Callite calvinistæ Grationopolitani brevis responsio. Hieremiæ 33. Nolite audire verba prophetarum, qui pro­ phetant vobis, et decipiunt vos. Visionem cordis sui loquentur, non de ore Domini, Cologne, 1596. Puis, en réponse à un libelle d’un prédicant de Hotterdam, Gaspar Grevinchoven, il publia en flamand une Apo­ logie catholique, Anvers. 1598, traduite en latin sous ce titre : Apologia catholica : id est, catholica respon­ sio, historiarum de huius saeculi haereticorum moribus plena, ad libellum Gasparis Grevinchovii haeretici Roterodamensis, Cologne, 1609; Lyon, 1609. De mons­ trueuses et grotesques calomnies, répandues par les hérétiques des Pays-Bas, représentaient les jésuites comme les instigateurs de la tentative d'assassinat commise par Pierre Panne sur le comte Maurice de Nassau, en 1598. On répandait à foison des pamphlets dans le genre de celui-ci : Conspiration faite par les Pores Jésuites de Douay, pour assassiner le prince Maurice d'Orange, comte de Nassau; avec le portrait racourcy du Cousteau ά quatre tranchons, de l’inven­ tion jésuitique. 11 fallut que François Coster démon­ trât le ridicule de cette invention dans un opuscule flamand, aussitôt traduit en français : Response à la sentence donnée en Hollande contre Pierre Panne, Douay, 1598; trad, latine, Anvers, 1599. Viennent ensuite, de 1599 à 1603, des apologies, dialogues, lettres en langue flamande â l’adresse de Grevinchoven et de François Gomar. En 1604, commence la publicalion d’une série d’im­ portants ouvrages apologétiques : Apologia : Pro primo parle Enchiridii sui, contra Franciscum Gomarum, professorem calvinislam in schola Leidensi, Cologne, 1604; Lyon, 1604; Apologia pro secunda parte En­ chiridii sui de sacra Scriptura, ibid., 1604; Lyon, 1604; édit, flamande, Anvers, 1605 ; Apologia... pro tertia parte Enchiridii sui, de Ecclesia, i6id.,1604; eldivers écrits flamands contre le calviniste Cock, auquel il dédie ce verset du Deutéronome, xtv : Non coques haedum in lacte matris suæ. L’esprit du temps s’égayait à ces jeux de mots et le jovial P. Coster ne faisait que rendre à ses adversaires la monnaie, la menue monnaie de leur pièce. Car ceux-ci ne se privaient d’aucun trait mor­ dant, quelle qu’en fut la provenance. A VEnchindion d’Osiander, François Coster avait opposé une Apologia adversus Lucæ Osiandri haeretici lutherani refuta­ tionem octo propositionum catholicarum, Cologne, 1606. Osiander riposta par une Solida refutatio viru­ lentae illius Apologise quam Franciscus Costerus jesuila nuper edidit, Francfort, 1607, où il insérait cet ana­ gramme composé par lui sur le nom de P. Coster : Certo lu es Asinus Africanus. La réplique ne se lit pas attendre; elle était vigoureuse et sur le même ton : Ad stolidam refutationem Lucæ Osiandri, hæretici lutherani Responsio. Vaticinium Paulinum de Osiandrinis : Il Tim., nt, Insipientia eorum manifesta erit omnibus, Cologne, 1608. Osiander cessa la lutte. Mentionnons enfin comme dernier ouvrage, d’ordre polémiqu ■ et même satirique, des dialogues flamands sur la vie évangélique nouvelle des Réformés, publiés à Anvers en 1610 et traduits en allemand sous ce titre : D1CT. DE THÉOL. CATIIOL. COTELIER 192-2 Evangelium reformatum, Munster, 1617. Fr. Coster s’est acquis en Allemagne, par toutes ces œuvres, et garde encore aujourd’hui la réputation d’un controversiste et d’un polémiste de premier ordre. Les œuvres ascétiques ne sont pas moins conside­ rables ; mais, publiées pour la plupart en langue fla­ mande, elles sont beaucoup moins connues. Il convient de citer, parmi les ouvrages latins : De vita et laudi­ bus Deiparæ Mariæ Virginis meditationes quinqua­ ginta, Anvers, 1587; Venise. 1588; Ingolstadt. 1588. 1597; Anvers, 1600, etc.; De cantico Salve Regina septem meditationes, Anvers, 1587,1588, 1589; Venise, 1588; De quatuor novissimis vitæ humanae, Anvers. 1587; Cracovie, 1603, 1605; Paderborn. 1613, etc.; De universa historia Dominieæ passionis meditationes quinquaginta, Anvers, 1587, 1588; Dillingen. 1588; Anvers, 1600; Cologne. 1600, etc.; In hymnum Ave maris stella meditationes, Anvers, 1589; Rome, 1590; Lyon, 1593; Cologne, 1600, etc.; Exercitium Christia­ nae pietatis, Louvain, 1607. On se demande comment le P. Coster, tour à tour provincial de Belgique et Je la province rhénane, recteur de plusieurs collèges, pouvait trouver assez de loisirs pour composer et pu­ blier tous ces doctes travaux, se livrer à d’incessantes prédications, car il a laissé plusieurs recueils de ser­ mons, et diriger dans les voies du salut tant li âmes qu’il avait ramenées à la foi. Ce saint et savant hoinmc mourut à Bruxelles le 6 décembre 1619, âgé de quatrevingt-huit ans. Cordara, Historiae Societatis Jesu pars sexta, 1. IV, p. 198; Sotwel, Bibliotheca scriptorum Soc. Jesu, p. 221 ; Heiffcnberg, Historia provinciae Rheni infer., p. 41.157; d’Outrenian, Ta­ bleaux des personnages signalez, p. 373; Hartzbeim, Biblio­ theca Coloniensis, p. 81; de Backer et Sommervogel, Biblio­ thèque de la C· de Jésus, t. n. col. 1510-1.53'1 ; Hurler. Nomenclator, 1892, t. I, p. 162-163; Kirchenlexikon, t. ni, col. 1156-1157. P. Bernaud. COTCHÉTOV SÉMÉNOVITCH Joachim, théolo­ gien russe, professeur d’histoire à l’Académie ecclésias­ tique de Saint-Pétersbourg, mort en 1854. Il a publié un ouvrage intitulé : Les traits de l’enseignement pratique de la foi, ou petit manuel de théologie mo­ rale chrétienne, rédigé, dans l’esprit de l’Eglise ortho­ doxe gréco-russe, Saint-Pétersbourg, 1824, plusieurs fois réédité. Cet ouvrage est divisé en deux parties dans la première, l’auteur discute les questions géné­ rales de la morale chrétienne, et dans la seconde, il parle des devoirs de l'homme à l’égard de Dieu, de soimême, de l’Église et de la société. Cette seconde partie fut éditée â part sous ce titre : Esquisse des devoirs du chrétien d'après l'enseignement de l'Eglise ortho­ doxe, Saint-Pétersbourg, 1827. Philarète, Essai sur la littérature ecclésiastique russe, Saint-Pétersbourg, 1884. p. 472: A. Bronzov, La théologie mo­ rale en Russie au xix· siècle, Sninl-Pélersbourg. 1901, p. 75-81. A. Palmieri. COTELIER Jean-Baptiste, né â Nîmes en décembre 1627, de Jean Cotelier, ancien professeur protestant converti au catholicisme, et de Marie Deyronie. Celle-ci descendait de la vieille famille des Gros à laquelle avait appartenu le pape Clément IV. 11 fut baptisé à Beaucaire. Instruit par son père qui possédait à fond le latin, le grec et l'hébreu, il fit dans ces langues des progrès incroyables, ainsi que dans tous les genres de littérature. A l’âge de sept ans, il composa en vers un éloge des vertus morales, et le 10 juin 1634. compli­ menta en vers français Henri de Bourbon Corni· i ■ 11 novembre de la même année, il récita des vers d· composition â Charles Schomberg, duc de H, gouverneur de la Narbonnaise; celui-ci en fui ' que, le 15 février 1635, il conduisit Cotelier a Avign auprès du cardinal de Richelieu qui se rendait · i ir. Le 20 décembre 1636, Cotelier reçut la tons-:' 111. — 61 1923 COTELIER — COTEREAUX ricale, mais ne poursuivit pas plus loindans la carrière ecclésiastique. Au mois d’octobre 1637, au collège des jésuites de Nitnes, il récita le combat d’Ajax et d’Ulysse tiré des Métamorphoses d’Ovide. Son père le con­ duisit à Paris, en octobre 1638. Le 11 novembre, il fut présenté au cardinal de Richelieu et prononça le pané­ gyrique de ee prélat. Le 20 mars 1639, mandé chez le grand ministre, il fut interrogé par le Père Joseph, et répondit à toutes les questions qui lui furent posées. Pierre Séguier le lit venir chez lui, le 28 novembre 1639. et les nombreux invités furent émerveillés de sa science précoce. Henri, duc de Ventadour, le condui­ sit, le 13 avril 1640, au collège de Clermont, tenu par les jésuites : Coteiier y répondit aux questions les plus ardues qui lui furent posées par Sirmond et Petau, et il prononça le panégyrique du cardinal de La Roche­ foucauld. En octobre 1640, il félicita, dans un discours latin, Matthieu Molé qui venait d'être élevé à la dignité de premier président du parlement de Paris. En 1641, il fut invité à assister à l’assemblée du clergé qui se tenait à Mantes. Il y parut le 30 avril, présenté par l’évéque de Chartres. Ce prélat rappela que Coteiier le père recevait de l’assemblée une pension annuelle de 600 livres pour élever son fils dans la science sacrée. Pour s'assurer que cette somme était bien employée, on interrogea l'enfant, alors âgé de treize ans et demi, sur le texte hébreu de la Bible qu’il expliqua à livre ouvert, puis sur le texte grec du Nouveau Testament, enfin sur les définitions d’Euclide. L’assemblée émer­ veillée éleva la pension à mille livres et ajouta trois cents livres pour achat d’ouvrages. La même année 1641, l’enfant prononça une harangue pour féliciter Richelieu à son retour de Belgique. Il entra à cette époque au collège des Grassins pour y étudier la phi­ losophie et passa, le 14 juillet 1643, ses thèses sur la philosophiegrecque; elleslui valurent le titrede maître es arts. Le 22 juillet de l’année suivante, il parut devant le roi et la reine qui furent émerveillés de sa science, puis il s’adonna à l'étude de la théologie. Le 13 février 1647. il fut reçu bachelier et le 24 décembre 1649, doc­ teur. En 1651, Coteiier perdit son père. Trois ans plus tard, Georges d'Aubusson, archevêque d'Embrun, l'em­ mena dans sa ville épiscopale ou Coteiier séjourna pen­ dant quatre ans, plutôt avec regret, parce qu’il n'y trouva aucune société intellectuelle. De retour à Paris, en 1659, il commença â publier des travaux d’érudi­ tion. On lui envoya en 1660,de la bibliothèque de l’Escurial, quatre homélies inédites de saint.lean Chrysostome sur les Psaumes ainsi que le commentaire de ce Père sur le prophète Daniel, il publia en 1661 : Ilomiliæ iv in Psalmos et interpretatio Danielis græce et latine, in-4». En 1667, J.-B. Colbert le choisit pour cataloguer les manuscrits grecs de la bibliothèque royale. Coteiier y travailla avec le savant Du Cange pendant cinq ans, et recueillit de nombreux documents patristiques iné­ dits. C'est ainsi qu'il publia, en 1672, une édition des Pères apostoliques bien supérieure à toutes celles qui l'avaient précédée : Sanctorum Patrum qui tempori­ bus aposlolicis floruerunt, Barnabæ, Ilermæ, Cle­ mentis, Ignalii, Polycarpi opera, una cum Clementis, Ignalii, Polycarpi actis alquemarlyriis,in-to\., Paris, 1672. Cette premiere édition fut presque entièrement détruite dans l'incendie du collège Montaigu. Une édi­ tion plus complete, faite par Le Clerc, porte ce soustitre: .41 cesseront Beveregii codex canonum Ecclesia1, J. Gsserii «Zi-.s elationes Igiialianæ el .1. Pearsonii rindiciæ epistolarum sancti Ignalii, 2 in-fol., Anvers, 1698 ; 3e édit.. 2 in-fol.. Amsterdam. 1724. Les textes patristiques sont accompagnés de notes et de commen­ taires d'une haute érudition. Un certain nombre des textes patristiques de cet ouvrage avec les notes de Coteiier ont été réimprimés plus tard, par exemple : Sancti Clementis epistolæ duæ ad Corinthios, inter­ 192i pretibus P. Junio et J.-B. Cotelerio, 1687, 1694, 1870; ’ Clementis Bornant homiliee,versionem latinam Colelerii, 1847,1853; Evangelium infantile Christi adscriptum Thomæ apostolo cum versione J.-B. Cotelerii, dans Fabricius, Codex apocryphus Novi Testamenti, 1703, 17I9; S. Justini philosophi apologia I pro Chri­ stianis, sub/unelis emendationibus et nolis Cotelerii, in-8", 1700; Taliani oratio ad GrmeoS arlnotationibus C. Gesneriselectisque Cotelerii suas adjecit It'. Worth, in-8°, 1700; Barnabic epistola catholica, una cum ver­ sione latina, dans Russei), Sanctorum patrum aposto­ lorum opera, 1746. Comme récompense de ses travaux, Coteiier fut nommé, le 12 juillet 1676, professeur de langue grecque an Collège royal, depuis Collège de France. Son principal ouvrage est une collection d’au­ teurs grecs ecclésiastiques comprenant de nombreux écrits dont plusieurs inédits, et tous tirés des manus­ crits de la Bibliothèque, du roi ou de celle de Colbert : Ecclesiæ Græcæ monumenta, 3 in-4·’, Paris, 16771686. Le t. m parut deux jours avant la mort de l’auteur. Un t. tv ajouté plus lard n'est autre chose que les zln«leclagræea publiés par dom Bernard de Montfaucon en 1688, avec un titre nouveau et la date de 1692. Cf. Itlig. De bibliothecis et catenis Patrum, Leipzig, 1707, р. 402-413. Les textes grecs sont accompagnés d'une traduction et de notes critiques de haute valeur. Coteiier mourut à Paris, le 12 août 1686, et fut in­ humé dans l’église Saint-Benoit près de son père, ο II ! peinait beaucoup en faisant ses ouvrages, ayant loti! jours le texte grec et la version à côté de sa main lors­ qu’il écrivait, ne citant rien dans ses notes, qu’il ne vérifiât sur les originaux, et étant quelquefois plusieurs , jours à chercher un passage. 11 était d’une probité, d'une simplicité, d'une candeur digne des premiers temps, sans faste, sans ostentation et d'une modestie surprenante. Il vivait dans une grande retraite, ne fai­ sait et ne recevait presque point de visites, se commu­ niquant peu et à peu de gens, paraissant mélancolique et réservé, mais était dans le fond bon et familier. » Beaucoup de ses papiers sont conservés dans les biblio­ thèques de Paris. Notice sur Coteiier par Baluze adressée au savant Bigot et in­ sérée dans l'édition des Pères apostoliques de Coteiier par l.e Clerc, 1698: Elites du Pin, Nouvelle bibliothèque, Ancillon, t. xvm, p. 186 sq. ; Mémoires concernant la vie el les ouvrages de plusieurs modernes célèbres dans la république des lettres, Amsterdam, 1709. p. 379 sq. ; Nicéron, Mémoires, t. IV, p. 243 sq. ; Moréri, Dictionnaire, 1732, t. tu, col. 48-49 ; Midland, Biogra­ phie universelle, t. X, p. 64-65; Kirchen texikon, t. ni, col. 11571159; Bealencyclopadie, t. iv, p. 305-306. J.-B. Martin. COTEREAUX ou CÔTEREAUX, COTTEREAUX, en latin cotarelli, coterelli, cotherilli, scotelli (cette dernière appellation se trouve dans la Philippide de Guillaume le Breton, édit. II.-F. Delaborde, Paris, 1885, p. 36), bandes d’aventuriers et de pillards qui ont sévi principalement au xn» et au xni» siècle. On les appelait encore routiers : Cotherilli qui vulgo dicun­ tur ruptarii, dit Rigord, Gesta Philippi Augusti, с. xxm, édit. ll-.F. Delaborde, Paris, 1882, p. 36. Sur l’étymologie du mot cotereaux. cf. Ducange, Glossarium ad scriptores mediæ et in/imæ latinitatis, Francfortsur-le-Main, 1681, t. i, col. 1248; Littré, Dictionnaire, Paris, 1878, t. i, p. 829. Ils comptèrent au premier rang parmi cette populace errante de mercenaires aux noms multiples, aragonais, basques, navarrais, mainades. triaverdins, brabançons, etc., qui, â partir du milieu du xii«siècle, se répandirent sur la France entière, « armée si diverse dans ses éléments, si unie dans le but de ses opérations, le désordre et le pillage. Dés lors com­ mença une guerre d'extermination contre toute espèce de propriété; l’Église surtout, opulente à cette époque, mais presque toujours trop faible pour défendre ses trésors, était exposée à toute la fureur des routiers. 1925 COTER EAUX Du reste, les efforts de l’Église pour établir la paix ne pouvaientqu'irriler des hommes « qui ne vivaient que de désordre, de violences et de larcins. Il put même y avoir à la haine des routiers contre l’Église une cause plus directe, plus personnelle; ce fut la guerre d’exter­ mination que leur firent sur divers points de la France les populations soulevées ou au moins dirigées par le clergé. » II. Géraud, dans la Bibliothèque de l'école des chartes, Paris, 184!-1842, t. ni, p. 126-127. Sur l’échec que leur infligèrent les capuciés, en 1183, voir t. n, col. 1695. Non seulement ils pillèrent les biens du clergé et saccagèrent les églises; mais parfois ils égorgèrent clercs et moines avec des raffinements de cruauté et de moquerie, tournèrent les choses saintes en dérision et les profanèrent indignement. Cf., par exemple, le récit de Rigord, op. cit., p. 36-37, traduit presque littéralement dans Les grandes chroniques de France, édit. P. Paris, Paris, 1836, t. tv, p. 20; de Rigord encore, c. Lit, p. 79-80. le récit des blasphèmes des cotereaux devant une image de la Vierge el du miracle qui suivit, à rapprocher du récit d’Étienne de Bourbon. Anecdotes historiques, publiées par A. Lecoy de la .Marche, Paris, 1877, p. 111; le récit du concile de Lavaur (1213), conservé par Pierre de Vaux-Cernay. Historia albigcnsium, dans Recueil des historiens des Gaules et de la France, Paris, 1833, t. xtx, p. 73. Faut-il aller plus loin et voir dans les cotereaux des hérétiques? Il ne le semble pas. Qu’un certain nombre d’entre eux se soient recrutés parmi les hérétiques, c’est possible. Qu’ils aient été les alliés des hérétiques albigeois, c’est chose certaine, mais il n’est pas moins sûr qu’on trouve des cotereaux dans l’armée qui entre­ prit la croisade albigeoise. Cf. Géraud, op. cit., p. 438•441. C’étaient des gens sans scrupules, qui se livraient au plus offrant. Les documents ecclésiastiques dans lesquels ils sont condamnés les représentent comme des brigands ou même comme défenseurs des héré­ tiques, non comme des hérétiques proprement dits. Le IIP concile oecuménique de Latran (1179), après avoir anathématisé les cathares de tous noms, dénonce les cotereaux, avec d’autres bandes, pour leurs pillages et leurs assassinats, el frappe des mêmes peines qu’il a portées contre les hérétiques ceux qui les prendront ou les garderont à leur solde ou les protégeront dans les pays où ils exercent leurs fureurs. Cf. Labbe el Cossart, Sacrosancta concilia, Paris. 1671, t. x, col. 1522. Pons, archevêque de Narbonne, exécuta, la même année, le décret du concile autant qu'il dépendait de lui, par un mandement « contre les hérétiques et leurs fauteurs et défenseurs, brabançons, a.-agonais, cotereaux », etc. Cf. Devic et Vaissete, Histoire générale de Languedoc, Toulouse, 1879, t. VIII, col. 341. De même, le pape Célestin III, dans une lettre à Imbert, archevêque d'Arles, du 5 novembre 1191, distingue entre les héré­ tiques et les bandes de mercenaires qui leur prêtent main forte. Cf. .1. H. U. Albanéset Chevalier, Galliachrisliana novissima. Arles, Valence, 1900, col. 265. Au concile de Saint-Gilles (1209), le comte de Toulouse s’engage à ne pas favoriser les hérétiques et à renvoyer les routiers de ses terres. Cf. .1.-.!. Percin, Monumenta conventus Tolosani ordinis frat, praedicatorum primi, Toulouse, 1693, 2' pagination, p. 21-22; Labbe et Cos­ sart, Sacrosancta concilia, Paris, 1671, t. xi, col. 37-38. Percin, ibid., p. 22, dit que le concile d'Avignon (1209) agit conira aragones, brabanzones, basculas, ruptarios, seu quocumque nomine vocentur hæretici, mais le texte du concile porte seulement : seu quocumque alio nomine censeantur, et ne voit en eux que des hommes de désordre, des auxiliaires des albigeois. Cf. Labbe et Cossart, op. cil., t. Xl, col. 46. Enfin, dans la lettre du concile de Lavaur (1213) à Innocent 111. figurent, comme nettement distincts, hinc hæretici inde ruptarii. Ci. Pierre de Vaux-Cernay, Historia albigensium, dans COTON Recueil des historiens des Gaules et de la France, t. nx, p. 73. Aucun texte contemporain ne taxe les cotereaux d'hérésie formelle. Ils ont été pourtant qualifiés d’hérétiques, au xv” siècle, par saint Anlonin de Florence, Summa historialis, t. H, lit. vu, § 17, el, au xvi· siècle, par Baronius, Annales ecclesiast., an. 1183. n. 7, qui a copié saint Antonin. On ne s’en est pas tenu à cette accusation générale. Une fois introduite dans les livres, l'erreur historique, d'ordinaire, a la vie dure et il est rare qu'elle ne grandisse pas. Dans le cas présent, elle s’est passablement développée. L. Moréri, Le grano dictionnaire historique, Paris, 1725, t. ni, p. 436. appelle les cotereaux « cathares ou corriers », les défi­ nit : « secte sortie de la source des pétrobrusiens, » et ajoute que, n'ayant d’abord, pour la plupart, pas de religion, « ils embrassèrent depuis les erreurs des albigeois. ■· Richard. Dictionnaire universel des sciences ecclésiastiques, Paris, 1760, t. il, p. 240. brode sur ce thème; les cotereaux, qu’il nomme coterelliens ou corrériens, auraient soutenu « quatre erreurs principales qu’ils avaient tirées des pétrobrusiens: ils disaient : 1° que la sainte Vierge était un ange véritable: 2° que les âmes des hommes étaient propagées de leurs pa­ rents esc traduce; 3» que le corps de Jésus-Christ n’était pas glorieux dans le ciel et qu’après le juge­ ment dernier ce ne serait qu’un cadavre infect; 4° que les âmes des saints n'entreraient en possession de la gloire qu’après le jour du jugement. » Est-il besoin de noter que ce sont là des doctrines cathares, voir Concorézien’S, et qu’elles n’ont rien de commun avec le pétrobrusianisme? Voir t. Il, col. 1153-1154. Bergier, Dictionnaire de théologie, Lille, 1844, t. i, col. 682. s’est mépris moins lourdement. Toutefois, il les appelle « hérétiques ou plutôt assassins et malfaiteurs », et dit qu' « on les nommait encore cathares ». J.-.l. Claris, Dictionnaire des hérésies (dans l'Encyclopédie catho­ lique de Aligne ), Paris, 1847, t. i, col. 658, s’est borné à reproduire l’article de Bergier, en supprimant ces mots : « ou plutôt assassins et malfaiteurs. » G. Moroni. Dizionario di eruditione storico-ecclesiastica, Venise, I842, t. xvn. p. 255, traduit à peu près littéralement Richard. Dans l'Encyclopédie catholique de Glaire et Walsh, Paris, 1846, t. IX, p. 542, on remarque seule­ ment que ni le concile de Latran (1179) ni Baronius ne disent que les cotereaux fussent hérétiques, ce qui, nous l’avons vu, est faux de Baronius. mais vrai du concile. Dans son Dictionnaire universel des sciences ecclésiastiques, Paris, 1868, I. I, p. 510, J.-B. Glaire, moins réservé que dans V Encyclopédie, a présenté les cotereaux comme des hérétiques qui « avaient adopté les erreurs des pétrobrusiens. » Espérons que cette légende de l'hérésie des cotereaux disparaîtra des ouvrages consacrés à l'histoire ecclésiastique. I. Sources. — Les plus importantes ont été indiquées au cours de cet article. Voir, en outre, celles qui sont signalées par Ducange, aux mots CoterelU et Ruptarii, Glossarium ad scrip­ tores mediae et inflmæ latinitatis. Francforl-sur-le-Maiu. 1681, t. I, col. 1248: t. m, col. 640-642. et par Géraud. II. Travaux. — H. Géraud, Les routiers au xir siècle, et Mercadier, Les routiers au sur siècle, dans Bibliothèque de l'école des chartes, Paris, 1841-1812, t. m, p. 125-147, 417-443; P. Alphandéry, Les idées morales chez les hétérodoxes latins au début du xtir siècle, Paris, 1903, p. 15-16. Voir en ore U. Chevalier, Répertoire des sources historiques du moyen âge. Topo-bibliographie, col. 2632. F. Vernct. COTON Pierre, jésuite français, théologien et pré­ dicateur, l’un des personnages les plus represent:· ifs de la controverse catholique, au début du xvn· siêcie. en face des protestants. Né le 7 mars 1564, au clr-teau de Chenevoux, près Néronde, en Forez, il entra dans la Compagnie de Jésus, au noviciat d'Arona. le 3û sep­ tembre 1583. De 1585 à 1591, il suivit les cours oe 1927 COTON philosophie et de théologie, à Milan, à Rome, à Lyon. Ses maîtres, an collège romain, sont Gabriel Vasquez et Jean Azor, et son directeur spirituel, Bellarmin. De bonne heure, il est appliqué à la prédication. Sous le régime de l’édit de Nantes (1598), il entreprend une campagne active de controverse contre les pasteurs protestants, à travers le Dauphiné, la Provence, le Languedoc. 11 a pour adversaires principaux les mi­ nistres Caille, Cresson, et surtout Daniel Charnier, avec lequel il se mesure dans la courtoise mais chaude conférence de Nîmes, sur la transsubstantiation, du 26 septembre au 3octobre 1600. Les huguenots rendent hommage à la modération du P. Coton, le « premier de sa profession qui eût tant honoré Calvin que de l’appeler Monsieur », et non pas le démon incarné. L’éloquence du jésuite séduit partout les foules et attire beaucoup de calvinistes : en vain, pour détourner ceux-ci. le consistoire de Nîmes et le synode provincial condamnent-ils à la réprimande, à l’exclusion même de la cène, les imprudents qui « vont ouyr Couton ». Lesdiguièresa parlé avec éloges du P. Coton à Henri IV. Aussi, pendant le vojage de Lorraine en 1603, lorsque le roi se décide à traiter avec les jésuites l'affaire de leur rétablissement, témoigne-t-il le désir que le pro­ vincial de Paris se fasse accompagner à la cour par le P. Coton. Ce dernier conquiert bientôt l'affection et la confiance du monarque et remporte de brillants succès oratoires à Paris et à Fontainebleau. Son influence est mise au service de toutes les œuvres de contre-réforme catholique, en France et à l’étranger. 11 décide Henri IV à signer, puis à faire enregistrer et appliquer, l’édit de Rouen, 1er septembre 1603, qui révoque la sentence d'expulsion rendue contre les jésuites, en 1594, par le parlement de Paris. Pierre Coton, à la cour, trouve encore du temps pour la controverse et pour des écrits de vulgarisation théologique. Ses manières gracieuses et son adresse à gagner les âmes lui font obtenir bien des conversions. En 1608, il est nommé confesseur ordinaire du roi. Le crédit du P. Coton attire à sa personne de violentes haines : il est l'objet d une ten­ tative d’assassinat, le 13 janvier 1604; on essaie l’année suivante de le couvrir de ridicule en publiant une série d’interrogations étranges qu’il aurait formulées dans un exorcisme : questionnaire dont certain historien protestant commet la regrettable erreur de soutenir, aujourd’hui encore, l'authenticité. Après le meurtre de Henri IV, en 1610, Pierre Coton doit défendre son ordre d'avoir professé le régicide. Il reste à la cour jusqu’en 1617, chargé de diriger la conscience et l’édu­ cation religieuse du jeune Louis Xlll. Il reprend en­ suite le ministère de la parole et parcourt diverses régions du royaume. Entre temps, il continue ses publications. En 1622, il devient, dans son ordre, pro­ vincial d'Aquitaine; en 1624. provincial de Paris; et meurt le 17 mars 1626. Sa dernière épreuve avait été l'orage soulevé au parlement de Paris contre la Com­ pagnie de Jésus par la publication intempestive du livre de Sanlarelli : Tractatus de hæresi, schismate, apostasia. Les supérieurs jésuites signèrent une décla­ ration un peu vague, ménageant les idées gallicanes, sans contredire la doctrine romaine. Toujours, au reste, le P. Coton, qui avait tant lutté pour l’Église, avait écarté les questions irritantes et joué le rôle de conciliateur, là ou la conciliation n'était pas impos­ sible. Dans la Bibliothèque du P. Sommervogel, se trouvent indiqués très complètement les multiples écrits du P. Coton, avec leurs éditions et traductions diverses, ainsi que les principales réponses » qu'ils ont pro­ voquées. Nous n'avons rien à dire ici de son œuvre oratoire ni de son œuvre ascétique, notables pourtant l’une et l’autre. De ses écrits pour la défense de son ordre, mention­ 1928 nons uniquement la Lettre déclaratoire de la doctrine des Pères jésuites conforme aux decrets du concile de Constance, adressée à la lloyne, Mère du Boy, Régente en France. Le privilège est du 26 juin 1610. L’opuscule fut développé dans les éditions suivantes. Le P. Coton y énumère douze docteurs de la Compagnie de Jésus qui condamnent le meurtre, par l’action privée, de quelque prince que ce soit, même en cas de tyran­ nie. H montre que le général Claude Aquaviva désa­ voue la doctrine de Mariana. Viennent ensuite quinze propositions très nettes sur le respect dû au pouvoir civil, sur la réprobation du tyrannicide, sur le spécial amour mérité par la monarchie française. Enfin, un hommage ému à la mémoire de Henri IV. Bientôt après fut publié l’Anticoton, ou Réfutation de la « Lettre déclaratoire » du P. Coton. Livre où est prouvé que les jésuites sont coulpables et autheurs du parricide exécrable commis en la personne du Roy très chreslien Henry IIII d'heureuse mémoire, in-8", 1611. L’honneur sacerdotal du P. Coton est âprement mis en cause, p. 65-71. Ce pamphlet anonyme provoqua un déluge d’apologies et de satires en sens divers. De 1600 à 1608, les principales publications du P. Coton contre les calvinistes sont les suivantes : en 1600, un traité Du très saint et très auguste sacrement et sacrifice de la messe, in-8". et une Apologétique, in-12. En 1601, Lettres et articles envoyés au sieur des Dignières; mais surtout les Actes de la conférence tenue à Nimes entre le R. P. Pierre Coton, de la Compagnie de Jésus, et M. Charnier, ministre, in-8", Lyon, 1601 ; à quoi Charnier répondit par Les actes de la conférence tenue à Nimes entre Daniel Chantier, ministre du saint Évangile, et Pierre Coton, jésuite, in-8", Genève, 1601. En 1606, Trente-deux demandes, avec les solutions. En 1608, Pourparlé entre le R. P. Coton et le S. Gigord, ministre de la religion m'étendue réformée à Mont-pélier, in-12. En 1610, Coton fait paraître l’institution catholique, en quatre livres, in-4", Paris, 1610. De bons juges trouvent ici une adaptation claire, et dans un joli style, parfois réjouissant, de Bellarmin et autres controversistes. Après chaque chapitre, est indiqué le terrain d’entente et de conciliation, ou voye d'accord. Plus considérable, mais peut-être moins heureux, est le livre intitulé : Genève plagiaire ou vérification des dépravations delà parole de Dieu qui se trouvent ès Bibles de Genève, in­ fol., Paris, 1618. Dix parties, embrassant tous les sujets controversés entre catholiques et protestants. La discus­ sion porte sur 180 textes de l'Ecriture sainte. A propos de chacun d’eux, cinq chefs de développement : d’abord, la traduction française et latine des catholiques et celle des calvinistes, en regard de la formule grecque ou hébraïque; en second lieu, la « dépravation » que les protestants infligent au sens du texte; puis, le sed contra, ou les raisons qui appuient, exégétiquement et patrisliquement, l’interprétation des catholiques ; ensuite, le « motif » de la « dépravation », c’est-à-dire la doctrine protestante quel’on appuie sur le texte discuté;enfin, « à l’opposite, »lestémoignagesdel’Écriture,desPèresgrecs, des Pères latins, de la raison, en faveur de la doctrine catholique. Dans ce travail énorme, on rencontre mainte argumentation excellente contre l’exégèse et la théologie calvinistes. IMais certaines preuves sont un peu pué­ riles, et, comme il était inévitable, certaines parties semblent compilées superficiellement. La réponse la plus notable à Genève plagiaire fut la Défense de la fidélité des traductions de la sainte Bible faites à Genève, parle pasteurBénédictTurretin, in-4·,Genève, 1619. Ce volume ne porte que sur l’eucharistie et les fins dernières. L’ne imicerius advocatorum, ou defensorum, parait avoir alors rempli les fonctions attribuées plus tard, d’une manière spéciale, au secrétaire des mémo­ riaux. Benoit XII, élu à Avignon, en 1334, ordonna que toutes les concessions de faveurs fussent enregistrées, et que l’on gardât les documents originaux. Ainsi prit naissance, dans la cour pontificale, l’habitude d'avoir un registre des suppliques. Au commencement du siècle suivant, sous le pontificat d’Alexandre V (I4091410), il est fait mention d’une pièce réservée dans le palais apostolique, pour y conserver les registres des mémoriaux. Cf. Munitori. Berum Halicarum scriptores, 28 in-fol., Milan. 1723-1751, t. ni. p. 822; Gattico, Acta selecta cœremonialia sanctæ romanæ E'cclesiæ, in-fol., ' 1948 Rome, 1753, c. xxxm. De registrations supplicum, р. 272. Au milieu du xvi» siècle, dans les rôles du palais de Paul IV (1555-1559), sont indiqués deux enre­ gistreurs des suppliques, due registratori delle suppliche, outre le gardien du registre, custode del registre. Dans le rôle de Sixte-Quint (1585-1590), un des secré­ taires est préposé à la garde des mémoriaux, alla cura de' memoriali. Dans celui d’Urbain VIII (1623-1644), on trouve aussi deux substituts du secrétaire des mé­ moriaux, due soslituli dei segretario de’ memoriali. Lunadoro, Belazione della corte de Borna, 2 in-8", Rome. 1774, t. n. p. 18, dit que le secrétaire des mé­ moriaux est d’ordinaire le maître de chambre du pape. Sous Clément XI (1700-1721), le secrétaire des mémo­ riaux avait aussi deux substituts. Chatlard, Descrizione del palazzo apostolico vaticano, 2 in-4·’, Rome, 1768, с. xvm, 1. n. fait la description des appartements affectés au secrétaire des mémoriaux. Ils se trouvaient au second étage des- Loges, et ne comprenaient pas moins de dix-sept pièces, sans compter les cuisines el les dépendances. Cf. Lunadoro, op. cil., e. xxxt, Del segretario de’ memoriali, t. n. p. 20 sq. La charge de secrétaire des mémoriaux fut très long­ temps simplement prélatice. Voilà pourquoi le titulaire qui la gardait après son élévation au cardinalat, ou qui en était investi après avoir été décoré de la pourpre, était appelé prosecrétaire. Ce n’est qu’à partir de 1775 qu’elle fut toujours confiée à un cardinal. Le premier auquel elle fut alors donnée fut le cardinal Rezzonico, de Venise, neveu de Clément XIII. créé cardinal par Clément XIV et fait prosecrétaire des mémoriaux par Pie VI en 1775. Pour cette charge, il recevait du palais apostolique le traitement fixe de douze cents écus ro­ mains par an. soit de six à sept mille francs de notre monnaie. 11 resta à ce poste jusqu’en 1783, et ne fut pas remplacé, la charge devenant vacante pendant les dernières années du pontificat de Pie VI. Elle fut réta­ blie. en 1800, par Pie VII, avec des pouvoirs très éten­ dus: mais ils furent un peu restreints par Pie VIII (1829). et beaucoup par Grégoire XVI. qui remit aux diverses congrégations et tribunaux compétents, l'exa­ men des affaires au sujet desquelles des grâces lui étaient demandées. Pie IX, le 23 janvier 1847, divisa la secrélairerie des mémoriaux en deux sections : l'une pour les affaires ecclésiastiques, et l’autre pour les affaires civiles. Il régla également que les suppliques, exaucées ou non, ne seraient jamais rendues, mais enregistrées et conservées dans les archives de la secrêtairerie des mémoriaux, pendant dix ans. Cf. Diario di Borna, 1847, n. 10. La liste des secrétaires des mémoriaux, avec quelques notices biographiques sur chacun d’eux, depuis la pre­ mière moitié du xvt" siècle jusqu’au milieu du ponfilicatde Pie IX, fut dressée,après de multiples recherches, et publiée par Moroni, Dizionario, t. XL1V, p. 188-193. Un des premiers en date est saint Charles Borromée, qui, neveu de Pic IV, fut secrétaire des mémoriaux, en 1559, avant d'être cardinal et secrétaire d’Etat. Danla suite, plusieurs autres prélats devinrent secrétaires d’État, après avoir été secrétaires des mémoriaux. Comme cardinal palatin, le secrétaire des mémoriaux avait une somptueuse habitation dans le palais aposto­ lique du Quirinal.il était reçu par le pape, en audience particulière, deux fois par semaine, le lundi et le ven­ dredi matin. Les bureaux de la secrélairerie des mémoriaux étaient également au Quirinal. Après l’occupation ■ Quirinal par le roi d’Italie, ils furent transportés au palais Mignanelli, près de la place d’Espagne; puis. 1900, transférés au premier étage du palais de la Chan­ cellerie. Le dernier titulaire de cette charge fut le cardinal Ricci-Paracciani, mort le 9 mars 1894. 11 n’a jamais été I'Ji'J COUR ROMAINE remplacé, et, depuis lors, les fonctions de la secrétairerie des mémoriaux, dont le personnel fut de plus en plus réduit, se trouvèrent progressivement absorbées par les autres Congregations cardinalices. Cf. M»· Battandier, Annuaire pontifical catholique, in-12, Paris, 1899, 1900, 1907, passim. '2° Prélats palatins. — Ils sont comme les cardinaux palatins, au nombre de quatre : le majordome de Sa Sainteté; le maître de chambre du pape; l'auditeur du très saint-père; le maître du sacré palais. Le premier d’entre eux est du nombre des prélats dits de fiocchetti, ainsi appelés parce qu’ils sont autoris s â suspendre aux harnais de leurs chevaux, comme signe distinctif, des houppes (fiocchetti) de soie violette, comme les patriarches. Comme ceux-ci également ils ont le titre d’Excellence, et, dans les chapelles pontifi­ cales, ont le pas sur les archevêques et évêques non assistants au trône. Ils timbrent leurs armes d'un cha­ peau violet, orné de dix glands roses, à moins qu’ils ne soient évêques. En outre, ils peuvent, dans l'anti­ chambre de leurs appartements, dispose!· un baldaquin au-dessus de leurs armes. Leur charge est cardinalice, comme celle des nonces auprès des grandes puissances, et celle des secrétaires des principales Congrégations. A moins de démérite, en effet, ils ne quittent leur charge que pour entrer dans le sacré-collège, car, en dehors' du cardinalat, il n’y a pas d'emploi plus honorable que le leur. Les prélats de fiocchetti sont au nombre de quatre seulement : le premier des prélats palatins, c'est-à-dire le majordome de Sa Sainteté, et les trois premiers dignitaires de la Chambre apostolique, c'està-dire le vice-camerlingue de la sainte Église, l’audi­ teur général de la révérende Chambre apostolique, el le trésorier général de la même Chambre. Parmi ces quatre prélats primaires, dits de fiocchetti, le major­ dome occupe le quatrième rang. Les prêtais palatins, de fiocchetti, ou non, s’ils de­ viennent cardinaux, ont le privilège de diviser leur écusson en deux parties, dans l une desquelles (celle de droite) ils mettent les armes du souverain pontife qui les crée cardinaux, et dans l'autre (celle de gauche) l écusson de leur propre famille. Autrefois, ils pou­ vaient ajouter à tern's armes, même avant d'être cardi­ naux, celles du pape qui les avait fait entrer dans la famille pontificale, et ce privilège se trouve parmi ceux que Pie VI accorda à ses familiers, par le bref qu'il leur adressa, la première année de son pontificat, le 22 juin 1775. Ce bref très étendu est rapporté par Mo­ roni, Dizwnario, v» Famiglia pontificia, t. xxm, p. 96108. Les successeurs de Pie VI n’ont pas cependant renouvelé ce privilège, de sorte que le majordome et ‘e maître de chambre de Sa Sainteté sont presque les seuls à en user actuellement. Cf. Parisi, Islruzioni per ια segreleria, l. m,p. 166; Moroni, op. cil., Palatino, t. t., p. 197. I. Le majordome de Sa Sainteté, Magister domus papæ, ou aulæ præfectus, ou præfectus sacri palatii apostolici, est le préfet des sacrés palais apostoliques du Vatican, du Quirinal, du Latran et de Castelgandolfo, dont il est le gouverneur perpétuel. A lui est commise la garde de la personne du pape, et la surintendance de toute la cour. Il est donc le supérieur immédiat de tous les membres de la famille pontificale, non cardi­ naux. Le majordome a, de tout temps, joui de grandes prerogatives honorifiques, et exercé une autorité très tendue. Il avait même autrefois, et jusqu’à la lin du xi.vsiècle, sur tout le personnel des palais apostoliques, juridiction criminelle et civile. Il était, en outre, comme grand économe du palais, chargé de toutes les dépenses qui se rapportent, en quelque façon, aux palais apostoliques, soit pour le traitement du person­ nel, soit pour les réparations à faire aux édifices, soit pour l’entretien des collections et musées du Vatican, 1 du Latran, et, avant 1870, du Capitole. A travers les siècles, ces attributions varièrent suivant la volonté des souverains pontifes. Ainsi la préfecture des palais apos­ toliques a été quelquefois séparée du majordomat, comme elle l’est encore de nos jours, depuis le ponti­ ficat ue Pie X. Quelquefois, elle constituait alors un office a part; quelquefois aussi, elle était unie à une autre charge, comme elle l’est maintenant à celle du cardinal secretaire d’Êtat. Comme chef de la famille pontificale, le majordome appose sa signature à tous les billets de nomination aux différents titres honorifiques ou rétribués du palais, comme ceux de camériers. clercs, chapelains, etc., qui expirent à la mort du pontife et doivent être renouvelés. Il ne signe pas ceux qui se donnent par bref, et qui sont ail perpetuam rei memoriam. De lui dépendent la garde noble du pape, la garde suisse, la garde palatine; en un mot, tous les membres du personnel affecté à la garde des portes et escaliers du palais, ou au service des antichambres pontificales. Par suite de ses attribu­ tions si nombreuses el si importantes, le majordome jouit, pour lui et ses familiers, de somptueux apparte­ ments dans le palais même habité par le pape. Vu le degré qu'il occupe dans la hiérarchie, le majordome est nommé généralement par bref apostolique émanant de la secrétairerie d’Êtat. Cette charge ne devient pas vacante à la mort du souverain pontife; mais, pendant la vacance du Saint-Siège, le majordome remplit les fonctions très importantes de gouverneur du conclave. L'institution du majordomat est très ancienne, soit pour la cour des papes, soit pour les cours des rois et princes séculiers. Il est né, en etlet, de la nature même des choses. Chez toutes les nations, il y a eu, de tout temps, dans les maisons des souverains, un personnage distingue par ses qualités ou ses talents, et à qui en était confiée l'administration générale. Dans l'empire romain, le majordome du palais impérial avait le titre de Magister officiorum, et c’était une des charges les plus considérables de l'empire. Code de Justinien, 1. Ill, til. xxvi, leg. 6; 1. XII, tit. v, leg.3. Cf. Ducange, Glossarium medial et infimæ latinitatis, v» Magister officiorum, I. tv, p. 179. Il en fut ainsi chez les rois goths et lombards, du vi· au vin· siècle. Cassiodore, Epist., L V, epist. xtv, P. L., t. lxix, col. 654; Muratori, he anlichità italiane, 2 in-fol.. Modène, 1717, diss. IV; Ughelli, Italia sacra, 10 in-fol., Venise,17171722, t, t. Chez les rois francs de la première race, les majordomes, ou maires du palais, prirent un tel ascen­ dant, qu'ils finirent par déposséder leurs maîtres, et s’emparant du sceptre, fondèrent la dynastie des carlovingiens. En Espagne, le majordome était appelé alcade decode, et. dans les cours d'Italie, il gran siniscalco. Cf. Morcelli, Lexicon epigraphicum, 4 in-fol., Bologne, 1835-1813. A la cour pontificale, dès les premiers siècles, quand les papes habitaient le palais patriarcal de Latran que Constantin leur avait donné, le majordome avait le titre de vice-dominus. Il remplaçait, en etlet. le pape, Do­ minum aposlolicum, pour l'administration intérieure du palais, et pour l'entretien des familiers pontificaux, sur lesquels il avait juridiction, et dont il tranchait les différends ou punissait les fautes. Cf. Giorgi, De lilurgia romani pontificis in celebratione solemni missa­ rum, 3 in-4'·, Rome, 1744, 1. 1, c. tv, t. i; Catalani, Notæ in cæremon. sanctæ romanæ Ecclesiæ, 2 in-fol., Rome, 1751, I. I. lit. ut, § 5, t. t, p. 152; Cohellio, No­ titia cardinalatus, et romanæ aulæ of ficialihiis, in-4·, Rome, 1653, p. 8 sq.; Rasponi, De basilica et patriarchio lateranensi, in-4», Rome, 1656, 1. IV, c. xm; Galletti, Del primicerodellaSanta Sedeedi altri uffizia.: maggioridelpalazzo lateranense, Rome, 1766,p. llsq., 96 sq. A cause de ses fonctions si étendues, le riredominus avait dans le palais patriarcal de Latran de 4951 COUR ROMAINE vastes appartements à son usage personnel. Cf. Severano, Memorie sagre, p. 568. Le plus antique majordome ou vice-dominus, dont l'histoire nous ait conservé le nom, est le prêtre Ampliatus, qui suivit le pape Vigile dans son voyage de Rome à Constantinople, pour la fameuse affaire des Trois Chapitres, en 544, Nous connaissons aussi celui du pape saint Grégoire le Grand (590-604); c'étail l'ar­ chidiacre Anatolius. Cf. S. Grégoire, Epist., 1. I, epist. xi ; 1. VI, epist. lv, P. L., t. i.xxvn, col. 458, 840; Décret de Gratien, part. I, dist. L.XXXIX, c. 3, Diaconum. Depuis cette époque, le vice-dominus est souvent mentionné dans la correspondance des papes. Cf. Decretal. I. V, lit. ni, c. 38, Consulere; Calogera, Reccollà di opusculi scientifici e filologici, 20 in-12, Venise, 1755-1765, t. xx, p. 56 sq.; Renazzi, Notizie storiclie degli antichi vice-domini del patriarchio Lateranense, e de' moderni prefetli del sagro palazzo aposlolico, ovvero maggiordomi ponti­ ficii, in-4», Rome, 1794, ouvrage dédié au neveu et majordome de Pie VI. Après le pontificat d’Alexandre V, mort en 1410, fut créée une nouvelle charge, qui, sous le nom de pré­ fecture des sacrés palais apostoliques, absorba une grande partie des attributions données jusque-là au vice-dominus. Celui qui en fut investi, s’appela dès lors Magister domus pontificiæ, dont les Italiens ont fait le Maestro di casa del papa. On le voit figurer dans les rôles de Pie II (1458). C'était un prélat, qui, d'ordi­ naire, devenait cardinal, après avoir partagé, pendant plusieurs années, la surintendance du palais aposto­ lique, avec le maître du Saint-Hospice, officier laïque de grande noblesse. Cf. Ciaconius, Vitæ et res geslæ summorum pontificum romanorum et S. B. E. cardi­ nalium, 2 in-fol., Rome, 1602, t. n, p. 668; Renazzi, Notizie storiclie degli antichi vice-domini e de' mo­ derni prefetli del sagro palazzo aposlolico, p. 20 sq. ; Baluze, Vitæ paparum avenionensium, 2 in-4», Paris, 1693, t. i, p. 1089; Mabillon, Musæum italicum, Paris, 1724, 2 in-4», t. H, p. 122; Catalani, Notæ in cœremon. sanctæ romanæ Ecclesiæ, 2 in-fol., Rome, 1751, I. I, tit. m, § 5, t. i, p. 152; Gattico. Acta selecta ca·remonalia sanctæ roman» Ecclesiæ. 2 in-fol., Rome, 1753, t. i, p. 265 ; Novaès, Storia de’ pontefici, t. xm, p. 4sq. C'est plus tard, sous le pontificat d’Urbain VIII (16231644), que le préfet des palais apostoliques reçut le nom de majordome. La série chronologique des préfets des sacrés palais, ou majordomes, depuis le milieu du xv» siècle jusqu’à nos jours, avec des notices biographiques assez éten­ dues sur chacun d’eux, a pu être dressée avec exacti­ tude après de nombreuses recherches dans les archives du Vatican. Mais il a été impossible de faire le même travail, aussi complet du moins, pour les siècles précé­ dents, les archives d'alors ayant péri dans le sac de Rome, par le connétable de Bourbon, en 1527, sous Clément VII. On trouvera la série des majordomes de ces trois derniers siècles, dans le Dizionario de Moroni, v» Maggiordomo, t. xli, p. 247-280. Quelques-uns d’entre eux ayant gardé leur charge après leur promo­ tion au cardinalat, furent appelés, alors, promajordo­ mes. Mais ces cas sont rares, et ce provisoire dura tou­ jours très peu. Pendant la captivité de Pie VII à Savone, le général Berthier, qui le tenait enfermé, prit le titre de major­ dome, ou maître du palais du pape. Il voulut même cumuler avec celles-ci les fonctions de maître de chambre et de maître de cérémonies, soit pour les au­ diences, soit pour tout le reste. En 1848, Pie IX s;para de la charge de majordome les attributions de préfet des palais apostoliques. Depuis l'élection de PieX, elles sont confiées au cardinal Merry .del Val, secrétaire d'Etat. Cf. Battandier, Annuaire pon­ 1952 tifical catholique, in-12, Paris, 1907, p. 479. Pendant la vacance du saint-siège, le majordome est gouverneur du conclave. Ces fonctions lui ont été conférées par Clé­ ment XII, dans sa constitution Apostolatus officium, du 4 octobre 1737. Cf. Bullar. roman., >.. xm, p. 302. A ce titre il garde les clefs des « roues » ou tours, 1. Voij· Con­ clave, col. 718 sq. La haute charge, dont il est alors investi, donne au majordome le droit, pendant la vacance du Saint-Siège, de faire frapper des médailles à ses armes. Il accompagne les cardinaux et les ambassadeurs qui demandent et obtiennent audience du sacré-college. 2. Le maître de chambre de Sa Sainteté, Præfectus cubiculi Sanctitatis Suæ, ou Magister admissionum, en italien, Maestro di camera del papa, et introdutlore, ou introduci tore, est chargé de tout ce qui est relatif au service des audiences pontificales. Il est donc le chef de la partie du palais apostolique comprise sous le nom d'anticamera pontificia. C’est à lui qu'on doit recou­ rir. si l'on veut être reçu par le pape. Comme le ma­ jordome, il est institué par billet de la secrétairerie d'Etat. Généralement il passe de cette charge à celle de majordome, et arrive ainsi au cardinalat; mais sa charge devient vacante à la mort du pape, quoique le titulaire y soit ordinairement maintenu par le successeur du pontife défunt. Les fonctions de maître de chambre de Sa Sainteté correspondent à celles de grand chambellan dans la plupart des cours séculières, excepté celles où le rôle d'introducteur est rempli par le grand maître des cérémonies. Cf. Sestini, Il maestro di camera, in-4", Florence, 1625; Mazzucchelli, Scrittori d'ilalia, 6 in­ fol Brescia, 1753-1763, t. v, p. 1895. Dans l'antiquité chrétienne, au palais patriarcal du Latran, les fonctions de maître de chambre paraissent avoir été dévolues à celui qu'on appelait le secundi­ cerius. Le sous-maitre de chambre s’appelait proximus ab admissione. Cf. Galletti, Del primicero ed altri uffiziali maggiori della sanla sede et palazzo Latera­ nense, p. 91 ; Bonanni, Gerarchia ecclesiastica, in-4», Rome, 1720, p. 472; Lunadoro, Relazione della corte di Borna, Rome, 1774, t. n, p. 230 sq. La série chronolo­ gique des maîtres de chambre du pape, depuis le xv» siècle jusqu'à Pie IX, a été donnée par Moroni, Dizio­ nario, v» Maestro di camera, t. xi.i, p. 132-139. Parmi les prérogatives du maître de chambre, est celle d'être le gardien du sceau pontifical, appelé anneau du pêcheur. A la mort du pontife, il doit le remettre au cardinal camerlingue, qui le fait briser. Cette coutume existait déjà sous le pontificat d’Innocent X (1644-1655). Pour tout ce qui concerne les fonctions de maître de chambre par rapport aux audiences pontifi­ cales, voir Francesco de’ -Medici, Begolamento per il servizio interno dell’ anticamera pontificia, in-4 . Rome, 1843. Cette charge est actuellement vacante, et provisoirement unie à celle de majordone, dans la per­ sonne de Mgr Bisletti. 3. L’auditeur du très saint-père, Auditor papæ, en italien, Udilore di Sua Santità, Uditore di Nosl: Signore, Udilore santissimo; cette dernière appellation est une traduction fautive du texte latin, Auditor Sat clissimi. Ce prélat est nommé, lui aussi, par billet de £ secrétairerie d’Êtat; mais sa charge expire à la mudu souverain pontife. Cf. bulle de Clément XII, Aposl,latus officium, du 4 octobre 1732, Bullar. roman . t. xm, p. 302. Anciennement la charge d'auditeur du très saint-p.-r était très importante, car il avait une juridiction sup· rieure sur les causes civiles et criminelles. On avait droit d’en appeler à lui de toutes les décisions des tri­ bunaux et des Congrégations, dont il pouvait, au noi du pape, casser les sentences. C’était comme la Coure cassation en France, mais concentrée en un seul homn;· jugeant, en dernier ressort, au nom du souverain. Aussi, le pape le recevait-il en audience particulier* COUR ROMAINE 1953 19.‘>4 d-mx fois la semaine, le jeudi et le samedi après-midi. d'envoyer le billet de nomination à un évêché, an nom 11 était, en outre, comme le jurisconsulte, le théologien du souverain pontile ; puis, de recevoir des nouveaux élus el le conseiller intime du pape. Chaque jour, étaient le serment et la profession de foi. Cette commission déférées, de tous les pays de l’univers, des causes si nom­ tenait ses réunions au Vatican, à la secrétairerie d’Etat; breuses et si complexes au souverain pontife, qu’il avait, mais elle fut supprimée par Pie X, peu après son élec­ en effet, besoin d’avoir à côté de lui un homme très tion (19 décembre 1903), et ses fonctions furent dévolues versé dans les lois, et auquel il confiait l'étude de ces au Saint-Office. Depuis lors, la charge d’auditeur du □ flaires, dont rapport devait lui être soumis. L'auditeur très saint-père est vacante. Le plus ancien auditeur du ■ tait donc choisi parmi les plus savants et les plus habiles pape, dont on ait pu retrouver le nom, est celui de Paul des prélats, ou des avocats. Cf Lunadoro, Relatione Il (1464-1471). La liste chronologique des auditeurs du della corte di Roma, c. xxvu, Dell’ Uditore di Nostro pape a pu être reconstituée, pour ces trois derniers Signore, Rome. 1774. t. n. p. 222. Sa juridiction était siècles: mais moins complètement cependant que celle cependant trop étendue pour un seul homme. Elle annu­ des maîtres de chambre et des majordomes. Elle a été lait trop parfois celle des tribunaux, où cependant sié­ publiée par Moroni, Dizionario, v» Uditore del papa, t. lxxxii, p. 201-205. geaient des hommes de très grande valeur. Elle fut donc restreinte, à diverses reprises, et diminua sensi­ ■4. Le maître du sacré palais apostolique. Magister blement, dès les premières années du xixc siècle. Pour sacri palatii apostolici, en italien. Maestro del sacro 1rs variations qu’elle subit à diverses époques, voir palazzo apostolico. Il est comme le théologien du pape, bulle de Paul V, Universi agri, du 12 mars 1612; bulle chargé de surveiller, au point de vue de la foi. la publi­ cation des ouvrages qui s’impriment à Rome. A lui d’Innocent XI, Licet ronianum pontificem, du 28 juin 1689; d’innocent XII, Ad radicitus, du 30 août 1692, et aussi incombe le soin de recevoir le texte des sermons qui doivent être prononcés devant le pape. En outre, il U imanus pontifex, du 17 septembre de la même année; est de droit consulteur du Saint-Office, des Rites, des de Clément Xlll, Licet curandum,du 28décembre 1762; Indulgences et des Reliques, de l’index, de l’examen des de Pie VH, Post diuturnas, du 30 octobre 1800; Motu proprio de Pie VH, Quando per ammirabile, du 16 évêques, de la correction des livres de l’Église orientale, de l’examen des curés des paroisses de Rome. H est juillet 1816, et .\ello stabilire, du 22 novembre 1817; Molu proprio de Léon XII, Dopo le orribili calamité, aussi le président du collège, ou faculté de théologie, dans l’université romaine de la Sapience, pour la colla­ du 5 octobre 1824; Bullar. roman., t. v, p. 23; t. vin, tion des grades de licencié et de docteur en théologie. p. 527; t. tx, p. 264; liullar. roman, continuât., t. il, p. 373; t. xi, p. 48; t.’ xiv, p. 47, 444; t. xvi, p. 128. Cf. Cette charge si importante et si honorable est â vie. Villetti, Pratica della curia romana, c. IX, Del tribu­ Comme les précédentes, elle est conférée par billet de nal# dell' uditore del papa, in-4", Rome, 1815. Pour la secrétairerie d'Etat, et toujours à un dominicain, ses jugements, l’auditeur du très saint-père tenait une choisi parmi les plus distingués et les plus instruits de audience publique, une fois par semaine, généralement l’ordre. Il n'a pas le titre de monsignor, quoiqu’il lui le mardi, dans une salle contiguë aux appariements ait été attribué dans le rôle du palais de Sixte-Quint, qu'il occupait dans le palais du Quirinal. pour l'année 1589; mais ce titre ne lui a pas été conLa juridiction de l'auditeur du très saint-père, déjà servé dans la suite, et a été remplacé par celui de i ien restreinte par Pie VII et Léon XII, le fut encore Reverendissimo que même les cardinaux doivent lui plus par Grégoire XVI. dans son édit du 5octobre 1831, donner. Il ne porte pas l'habit prélaticc, mais celui de intitulé Regolamenlo organico per l’amministrazione son ordre, même dans les chapelles et fonctions ponti­ della giustizia civile,§ 11, publié dans laRaecoltà delle ficales, ou il prend rang à côté des auditeurs de Rote. leggi, t. v, p. 1, 400; et dans celui du 10 novembre 1834, Avec ceux-ci, en temps de vacance du saint-siège, il est intitulé Regolamenlo legislative e giudiziario per gli chargé de garder l’une des « roues » ou tours du con­ affari civili, S 277-279, Raccoltà delle leggi, t. x, p. I sq. clave. Voir Conclave, col. 718. Cf. Bernini, Il tribunal Vingt ans plus tard, Pie IX la restreignit davantage della sacra rota romana, m-tf. Rome, 1717, p. 100; Ca­ encore, et n'en laissa subsister que quelques vestiges. talan!, De magistro sacri palatii apostolici libri duo, Cf. (liornale di Roma, 1854. n. 60, 61. quorum alter originem, praerogativas ac munia, altoL’auditeur du très saint-père avait une autre fonc­ eorum seriem continet qui eo munere ad hanc usque tion, également très importante autrefois. Il était le diem, donati fuere, in-4°, Rome, 1751. p. 39. secrétaire de la Congrégation cardinalice pour l'élection Comme familier intime du pape, placé dans la hiérar­ des évêques. Instituée par Innocent XI (1676-1689) et chie parmi les prélats palatins, avant même les camétombée ensuite en désuétude, elle avait été rétablie par riers secrets, des appartements lui sont réservés dans Benoît XIV, bulle Adaposlolicæ servitutis, du 17octobre les palais pontificaux. Avant 1870, il habitait le palais 1740, Bullar. magn., t. xvi, p. 7; mais elle dura peu, du Quirinal; il a maintenant son logement au Vatican, probablement à cause de l’opposition des ambassadeurs au rez-de-chaussée de la cour Saint-Damase, à gauche en des diverses puissances. L’auditeur du très saint-père entrant. Il reçoit généralement dans la matinée, de n'en resta pas moins chargé de prendre les informations 9 heures à midi. Cf. Mgr Batlandier, Annuaire pon­ secrètes et conlidentielles sur les sujets qui paraîtraient tifical catholique, in-12, Paris, 1901, p. 474. dignes de l’épiscopat, et de les proposer ensuite au pape, L'origine de celte charge éminente est fort ancienne, â mesure que les vacances se produiraient. Cf. bulle de car elle remonte au commencement du xm® siècle. Saint Dominique fut le premier maître du sacré palais. Grégoire XIV, Onus apostolicie servitutis, du 15 mai 1591, Bullar. magnum, t. v, p. 268. Nommé à cet office par Honorius III, en 1218, il le Léon XIII, par sa bulle Immortalis, du 21 septembre conserva trois ans. Cf. Fontana, Syllabus magistrorum 1878, remit en vigueur l’institution d’Innocent XI et de sacri palatii apostolici, in-4°, Rome, 1663, p. 1; Catala­ Benoît XIV, mais presque uniquement pour les évêques ns, De magistro sacri palatii apostolici, p. 2. Saiut i Italie. Quant aux autres nations, elle n’avait pas à Dominique venait d'obtenir pour ses religieux l’église - en occuper, vu l'existence, pour la plupart, de concor­ et le couvent de Sainte-Sabine, sur le mont Aventin, dats entre le Saint-Siège et les chefs d’Etat. Ce ne fut avec une partie du palais attenant, et habité alors par le lus une Congrégation cardinalice, comme au temps de I pape. Pendant que les cardinaux, les prélats ou d’autres hauts personnages étaient en audience chez le soir.eBenoît XIV, mais simplement une commission De eliiendis Italiie episcopis. Elle était composée de cinq rain pontife, le saint remarqua que leurs serviteurs, ou familiers, perdaient le temps dans les anticham ■ -. < irdinaux, et l’auditeur du pape en était le secrétaire. A lui incombait le soin de dresser le procès canonique; soit en jeux inutiles, soit en conversations vaines . t Dllt. DE THÉOL. CATHOL. III. - 62 1955 COUR ROMAINE souvent en médisances sur le compte du prochain. Aflligé de cet état de choses, et désireux d'y remédier, il conseilla au pape de désigner un prêtre instruit, pour leur donner, pendant ce temps-là, des conférences sur les vérités chrétiennes du dogme et de la morale. Honorius goûta ce conseil, et le chargea lui-mème de ce travail. Saint Dominique commença par leur expliquer les Épilres de saint Paul. Les fruits de cette prédication furent si abondants que le pape voulut rendre permanente celte institution si salutaire. Saint Dominique continua, plusieurs années, aux familiers du palais apostolique ce cours d'instructions suivies. Après lui, un religieux de son ordre en fut chargé avec le titre de Maître du sacré palais ; et il en est ainsi depuis bientôt sept siècles. Dans la suite, l’usage s'introduisit, à la cour ro­ maine, de faire aux cardinaux et aux prélats, en pré­ sence du pape, des prédications pendant l’Avent et le Carême, tandis que, dans une autre salle, on en faisait aux familiers et domestiques des cardinaux et des pré­ lats. Pour ces prédications aux familiers, le Maître du sacré palais se fit alors remplacer par un de ses com­ pagnons; mais il assista lui-mème à celles qui avaient lieu dans la chapelle pontificale. Calixte 111, par sa bulle Licet ubilibet ad seminandum verbum dominicum, du 13 novembre 1456, rapportée par Fontana, Syllabus magistrorum sacri palatii, p. 7, et par Catalan·, De ma­ gistro sacri palatii, p. 18, lui avait donné le droit de reprend re, même en public, les orateurs qui prêcheraient en la présence du pape, dans le cas où ils s’écarteraient des règles de la foi. Calixte III prit cette détermination sévère, dans la crainte qu’une erreur échappée au pré­ dicateur en présence du pape, ne fût ensuite attribuée au Saint-Siège par les nombreux fidèles qui accouraient à Rome, de tous les points de l'univers. 11 décréta, en même temps, la peine de l'excommunication pour tout prêtre, séculier on régulier, qui prêcherait dans la cha­ pelle pontificale sans la permission expresse du Maître du sacré palais. De là vint, pour les prédicateurs des cha­ pelles papales, l’obligation de soumettre au préalable leur sermon au maître du sacré palais, et de lui en laisser une copie que celui-ci parcourt des yeux, en même temps qu’ils débitent eux-mêmes leur discours. Dans le Ve concile œcuménique de Latran, sess. X, par le décret Nos ne id quod ad Dei gloriam, du 4 mai 1515, Léon X ordonna que nul livre ne fût imprimé â Rome, ou dans la province romaine, sans l'approba­ tion du cardinal vicaire et du Maître du sacré palais. Paul V renouvela ces ordonnances, et Urbain VIII alla même plus loin. 11 ordonna que l’auteur d’un livre, s’il habitait les États de l’Église, ne pourrait le faire imprimer, même ailleurs, sans la permission du Maître du sacré palais. Cf. Fontana, Syllabus magistrorum sacri palatii, p. 11, 16 sq., 29 sq. ; Catalani, De magi­ stro sacri palatii, p. 32. Cette défense fut renouvelée par Benoit XIV, mais il n’en est pas fait mention dans la récente constitution de l'index, Officiorum ac mune­ rum, publiée par Léon XIII, le 6 février 1897. A toutesces fonctions, le Maître du sacré palais joi­ gnit, pendant quelque temps, celle de professeur de théologie, dans le palais apostolique. Dés le commen­ cement du XV· siècle, en 1409, il avait été chargé par Alexandre V d'y enseigner la théologie, et de répondre à toutes les questions qui lui seraient proposées, sur ces matières. Cf. Gatlico, Acta selecta cæremonialia sanclæ romance Ecelesiæ ex variis manuscriplis, codi­ cibus et diariis sæculorum xv, xvi et xvrt, in-fol., Rome, 1753. p. 271. Saint Pie V, dans le même but, créa dans la basilique vaticane une prébende de cha­ noine théologal, et l'assigna à perpétuité au Maître du sacré palais, avec l’obligation d'enseigner aux membres du chapitre et au personnel du palais la pure doctrine de saint Thomas d'Aquin. Cf. bulle de saint Pie V, Jn eminenti militantis Ecelesiæ specula, du 26 juillet 1956 1570, rapportée par Fontana. Syllabus magistrorum sacri palatii, p. 36 sq.; Bullar. roman., t. tv, part. Ill, p. 117 sq. Le P. Manriquez, espagnol, en fut le premier titulaire. A sa mort, survenue trois ans après, Grégoire XIII, par déférence pour les chanoines, enleva cette prébende au Maître du sacré palais, et régla qu'elle serait attribuée, à l’avenir, à l’un des membres du clergé romain, docteur en théologie. Collectio bullarum, bre­ vium, aliorumque diplomatum sacrosanclæ basilicæ valicanæ, 3 in-fol., Rome, 1747-1752, t. m, p. 102 sq.; Novaès, Storia de’ ponlefici, t. vu, p. 246. Le Maître du sacré palais reçut, en retour, une large compensation. Cf. bulle de Sixte-Quint, Romanum decet pontificem, du 29 octobre 1586, publiée par Fontana, Syllabus ma­ gistrorum sacri palatii, p. 51 sq. Il garda cependant la faculté qu’il avait, depuis fort longtemps, de conférer aux séculiers et réguliers les grades de docteur en phi­ losophie et en théologie. Ce droit, comme celui de pré­ sider le collège de théologie à l’université de la Sapience, lui fut confirmé par plusieurs papes, entre autres par Léon XII, bulle Quod divina sapientia, du 26 août 1824. Cf. Caterini, Collectio legum et ordin. de rec.a stu­ diorum ratione, t. I, p. 17; t. n, p. 53, 271. Depuis saint Dominique (1218) jusqu’à nos jours, la charge de Maître du sacré palais a toujours été confiée à un dominicain. H n'a jamais été dérogé à cet usage sept fois séculaire, quoiqu'il n'y ait aucune prescrip­ tion écrite à ce sujet. Ce poste n'est pas, à proprement parler, cardinalice; mais un bon nombre de ceux qui l’ont occupé, ont été élevés aux honneurs de la pourpre romaine. Comme prélat palatin, le Mailre du sacré palais timbre ses armes d’un chapeau noir, d'oû pendent six glands de la même couleur. L’histoire des Maîtres du sacré palais a été écrite par le dominicain Fontana, jusqu'à la biographie de Raymond Capizucchi, élu en 1654, et créé cardinal en 1681. par Clément X. Syllabus magistrorum sacri palatii apostolici, in-4», Rome, 1663. Elle l'a été aussi par l’oratorien Catalani, jusqu'à la vie de Ridolti. élu par Clément XII, en 1738, et mort en 1749. De magistro sacri palatii apostoloci libri duo, quorum aller originem, prærogalivas ac munia ; aller eorum seriem continet qui eo munere ad hanc, usque diem donati fuere, in-4», Rome, 1751. Au point de vue de la critique histo­ rique, l’ouvrage de Catalani est plus estimé. La série chronologique des Maîtres du sacré palais a été conti­ nuée par Moroni, depuis l'an 1751 jusqu'au pontificat de Pie IX, Dizionario, v» Maestro del sagro palazzo aposlobco, t. xi.t, p. 209-218. Ceux qui viennent ensuite, depuis le pontificat de Pie IX jusqu'à nos jours, sont indiqués par Ms· Battandier, Annuaire pontifical catholique, 1901, p 482. Les papes, pendant leur résidence à Avignon, eurent prés d'eux les Maîtres du sacré palais. Durant le grand schisme d’üccident, les antipapes voulurent en avoir aussi. Parmi ceux-ci, le fameux et tenace Benoit XIII (Pierre de Lune) choisit, pour remplir ces fonctions auprès de lui, le dominicain saint Vincent Ferrier, qui était de son obédience. Le saint conserva cette charge jusqu'à la tenue du concile de Constance et à l’élection de Martin V (14'17). Dans la partie du palais du Quirina), habitée par b Maîtres du sacré palais jusqu'en 1870, se trouvaient d· fresques représentant les portraits de tous ceux qui occupèrent ce poste, depuis l'origine jusqu’au pontifie. : de Pie IX. Ces fresques sont actuellement détruites, mais une gravure en a été faite. Elle a été reproduite par les soins du P. Lepidi, actuellement Maître du sacrpalais. On en voit un exemplaire réduit dans quatre planches insérées par Mo·· Battandier, dans l'Annuaire pontifical catholique, 1901, p. 475-481. Autrefois, le Mailre du sacré palais avait une audience du pape chaque semaine, le mardi malin. Maintenant, 1957 COUR ROMAINE 1958 vaient de ceux-là. Quelquefois, ils les servaient euxil ne l’a plus que deux fois par mois : le premier et le mêmes à table, et leur lavaient les pieds, comme il est troisième mercredi, dans la soirée. Cf. Horaire des raconté de saint Grégoire le Grand. Mais, comme les audiences approuve par Sa Sainteté Pie X, le 31 oc­ suppliques qu'on leur adressait pour obtenir des secours tobre 1903, dans M«r Batlandier, Annuaire pontifical étaient nombreuses, et que le contrôle en était indis­ catholique, 1907, p. 75. pensable, ils confièrent ce soin délicat à l'un de leurs 3’ Camériers secrets participants, Cubicularii summi familiers, en qui ils avaient pleine conliancc. Les pre­ pontificis. — llssont comme les chambellans intimesdu miers aumôniers des papes furent les diacres, et souverain pontife et rangés parmi les prélats palatins. Ils ont le titre de monseigneur. Leur nomination est saint Laurent fut de ce nombre. Dans le principe, en effet, l’aumônier secret n'était pas revêtu du caractère faite par un billet signé du majordome, et leur charge épiscopal, et sa charge n'était pas à vie. Dès le xm· siè­ expire à la mort du souverain pontife. Au début d'un nouveau pontificat, ils ne la gardent que si le succes­ cle, on voit l’aumônier du pape figurer dans le rôle de Nicolas III (1277) comme familier intime. Cf. Galletti, seur du pape défunt les confirme. Ils dépendent, à la Memorie di tre antiche chiese di Itieti, in-4, Rome, fois, et du majordome, comme préfet des palais aposto­ 1765, p. 172, reproduisant un vieux parchemin du liques, et du maître de chambre, comme préfet des Vatican, conservé dans le t. vin des Miscellanee antichambres pontificales. Cf. Ducange, Glossarium Ludovisiane. Les papes, durant leur séjour â Avignon, niediæ et infinite latinitatis, v’ Cubicularius, l. κ, eurent également leur aumônier secret. Cf. Martène, p. 683 si].; Galletti, Del primicero della sanla sede, e di alteri uffiziali maggiori del palazzo laleranense, Thesaurus novus anecdotorum, 5 in-fol., Paris, 1717, p. 50; Gallico, Acta selecta cæremonialia, p. 263. Leurs t. n, col. 905; Mabillon, Musæum ttalicum, 2 in-4·, Paris, 1724, t. Il, p. 257. 486. privilèges sont exposés dans la bulle de Grégoire XV, Les sommes distribuées par les soins de l’aumônier Non solum, du 3l mars 1621, et dans les décrets de Paul 111, Ne amplius, du 22 décembre 1531. et de secret furent, de tout temps, fort considérables. Sous Pie V, elles furent de plus de 60000 écus par an, c’estJules III, Solvit, du 13 février 1553, rapportés par Guerra, Epitome pontificiarum constitutionum,4 in­ à-dire plus de trois cent mille francs de notre mon­ naie, sans compter ce que le pape donnait par ailleurs. fol., Venise, 1772, t. i, p. 183, 384. Sur leur costume, Cf. Fanucci, Traltato di lutte, le opere pie dell' aima voir Moroni, Dizionario, v» Camerieri del papa, t. vu, città di Huma, in-4·, Rome, 1601. p. 11 sq. Elles se p. 28 sq.; v» Mantelletta, t. xl, p. 150-154; v· Mantelmaintinrent dans ces chiffres, au cours des siècles lone, t. xl, p. 155-160. suivants. Cf. Moroni, Dizionario, v· Elemosiniere del Les camériers secrets participants se divisent en deux papa, t. xxi, p. 166-174. Malgré la pauvreté actuelle classes : 1. les camériers secrets participants assimilés des papes, dépouillés de tout leur domaine temporel, aux prélats; 2. les camériers secrets participants de ces largesses royales n’ont pas diminué. En 1895, service ordinaire auprès du souverain ponlife. I. Camériers secrets participants assimilés aux Léon XIII, par le moyen de son aumônier secret, lit prélats. — Ils sont au nombre de cinq : l’aumônier distribuer près de 430 000 francs, sans compter ce qu’il avait prélevé sur sa cassette particulière, et les autres secret; le secrétaire des brefs aux princes; le substitui secours qu'il lit parvenir à une foule de personnes par de la secrétairerie d’Etat, ou secrétaire du chiffre; une voie différente de celle de l'aumônerie apostolique. le sous-dataire; le secrétaire des lettres latines. a) L'aumônier secret. — Il a toujours un titre d’arche­ Cf. Mur Batlandier, Annuaire pontifical catholique, in-12, Paris, 1899, p. 470. Le dernier aumônier secret vêque in partibus, est au nombre des évêques assistants au trône pontifical, et, d’ordinaire, est, en outre, cha­ a été Msr Costantini. archevêque titulaire de Patras, qui, après avoir occupé ce poste pendant une dizaine noine d une des basiliques patriarcales de Rome. Ses d'années, est mort le 14 novembre 1906. appartements, autrefois, étaient tantôtau Quirinal, tantôt bj Le secrétaire des brefs aux princes, ab epistolis au Vatican, selon que le pape habitait lui-même l’un ou ad principes; en italien, segrelario de’ brevi a’ principi. l’autre de ces palais. A côté de ses appariements per­ sonnels, étaient les vastes locaux de l’aumônerie apos­ Cette charge est à vie, et le prélat palatin qui en est titulaire est généralement chanoine d'une des basiliques tolique dont il est le préfet. Cf. Chattard, Del Valieano, patriarcales de Rome. Autrefois, il était reçu en au­ t. ni, p. 72, 310, 327. De lui dépendent un certain dience particulière par le pape, deux fois la semaine, nombre d'employés. Il est, en outre, supérieur de le lundi et le jeudi après-midi. Maintenant, il ne l'est plus plusieurs orphelinats, écoles gratuites et hôpitaux de Rome, entretenus par le saint-père. Il avait aussi sous que deux fois par mois : les second et quatrième lundis ses ordres beaucoup de médecins qu’il envoyait soigner vers le soir, après l'aumônier secret. Cf. Horaire des les malades, et des pharmaciens chargés de leur donner audiences approuvées par Sa Sainteté Pie X, le31 oc­ tobre 1903, dans Mur Baltandier, Annuaire pontifical les remèdes: car, depuis fort longtemps, les papes catholique, in-12, Paris, 1907, p. 75. Ses fonctions sont avaient institué, soit à Rome, soit dans leurs États, de rédiger les lettres pontificales aux souverains, aux cette assistance médicale gratuite dont l’Église a eu, princes, aux évêques, et autres personnages haut placés. comme de toutes les bonnes œuvres, l'initiative. Cf. CarIl leur répond également au nom du pape. D'ordinaire, della, Memorie sloriche de1 cardinali, t. vi, p. 10; t. vu, il souscrit les lettres écrites sur parchemin et scellées de p. l33:Novaès, Vita de’ pontefici, t. ix, p. 18; t. x, p. 126. Avec des attributions si étendues, l'aumônier secret l'anneau du pêcheur. Les autres sontsignées par le pape et revêtues de son sceau personnel et privé. Le secrétaire avait, chaque semaine, une audience du pape, le mardi des brefs aux princes est aussi chargé de composer les matin. Il lui rendait compte des demandes de secours reçues, et du résultat des enquêtes faites pour contrô­ allocutions latines que le pape prononce en consistoire. ler la vérité des motifs invoqués. Maintenant, cette au­ Il collabore également, en très grande partie, à la rédaction des encycliques et des autres lettres aposto­ dience n’a lieu que deux fois par mois, le second et le quatrième lundis dans la soirée. Cf. Horaire des au­ liques adressées parle souverain pontife, soit à l'épisco­ diences approuvées par Sa Sainteté Pie X, le 31 octo­ pat du monde entier, soit à quelque nation particulière. Comme il est choisi parmi les prélats les plus instruits bre 1903, dans Mor Baltandier, Annuaire pontifical et les plus versés dans la connaissance approfondi, de catholique, in-12, Paris, 1907, p. 75. la langue latine, il est. en outre, employé par le pape, L’aumônerie pontilicale est certainement d’origine dans beaucoup d’autres affaires très importantes. Seul, très ancienne, car, de tout temps, les souverains pon­ il ne pourrait suffire à cette tâche. Sous ces ordres, il tifes furent les intermédiaires enlre les riches et les donc un substitut et plusieurs aides. pauvres, donnant largement à ceux-ci ce qu’ils rece­ d959 COUR ROMAINE Dans les cérémonies solennelles des canonisations, le secrétaire des brefs aux princes répond au nom du pape aux inslances faites, à trois reprises différentes, par les avocats consistoriaux, au nom des postulateurs de la cause, pour obtenir que le bienheureux soit inscrit au catalogue des saints. Voir Canonisation, col. 1655. Pour l'histoire des prélats ayant occupé cette charge, et touchant les prérogatives dont ils jouissent, lire Buonamici. De claris ponli/icarum epistolarum scripto­ ribus, in-4”. Rome, 1753. Plusieurs deces prélats sont devenus cardinaux; quelques-uns même devinrent papes. Parmi ceux-ci, on cite Pie II, Marcel II et Clément IX. c) Le substitut de la secrétairerie d'État et secrétaire Martinucci, le 5 octobre 1877. Comme leur titre ne leur donne aucun rang dans la hiérarchie sacrée, les camériers secrets surnuméraires, dans la célébration de la messe, ne se distinguent en rien des simples prêtres. Ils n'ont donc pas droit au bougeoir, ni à l’anneau, et ne peuvent prendre les or­ nements sur l'autel. Ils appartiennent à la famille pri­ vée du pape, et ne sont pas exempts de la juridiction de leur ordinaire. Leurs armes se timbrent d’un cha­ peau violet, d’où descendent, de chaque côté, deux ou trois rangées de glands de la même couleur. Ils ont droit au titre de monseigneur, et, les jours d’audiences solennelles, ils se tiennent à tour de rôle dans la pre­ mière antichambre secrète avec le prélat maître de chambre. Leur charge n'est pas à vie; mais elle cesseà la mort du pontife qui les a nommés. S'ils veulent la conserver, ils sont donc obligés, à chaque changement de pontificat, d'en solliciter le renouvellement par l'in­ termédiaire du majordome. Pendant la vacance du saintsiège, ils ne sont donc plus camériers et doivent en déposer les insignes. On ne connaît pas au juste la dale de leur institu­ tion, mais elle est certainement très ancienne. Celte catégorie de camériers secrets surnuméraires s’est for­ mée peu à peu, à mesure que les papes voulurent ho­ norer des ecclésiastiques de mérite, en les faisant en­ trer dans leur famille, pour les rapprocher de leur personne : ce furent et ce sont encore les employés des secrétaireries romaines ou palatines, les auditeurs de nonciatures, ou ceux que les papes envoient au loin remplir quelque mission en leur nom, comme par exemple les ablégatsou envoyés extraordinaires, choisis pour porter la barrette rouge aux cardinaux étrangers nouvellement créés. 1973 COUR ROMAINE Le nombre des camériers secrets surnuméraires a varié, suivant les époques, car il dépend uniquement de la volonté du souverain pontife. Il y en avait neuf, sous Alexandre VII; onze, sous Clément X; seize, sous Benoit XIV; trente-trois, sous Clément XIII; soixante, sous Grégoire XVI. Actuellement il y en a plusieurs centaines. Cf. Caron, La cour de Rome pour 1869, t. i, p. 395-398; Msr Battandier, zlnnuatre ponti/irai catholique, 1903, p. 414-421; 1907, p. 481 sq. Auparavant, ils recevaient un traitement en argent et une parte di palazzo; mais, depuis Pie VI, cette cou­ tume a été abolie. Leur titre est donc maintenant sim­ plement honorifique. Néanmoins, il est toujours très recherché. C'est le premier pas dans la carrière prélatice. D’ordinaire, ils sont ensuite admis parmi les eamériers secrets participants. Beaucoup se sont ainsi élevés peu à peu aux plus hautes charges de la cour romaine, et jusqu’aux honneurs de la pourpre; quel­ ques-uns même jusqu'au souverain pontificat, comme, par exemple. Innocent XIII. Cf. Moroni, Dizionario, v» Camerieri del papa, § 2, Camerieri segreti soprannunierarii, t. vu, p. 34-37. 2° Camériers secrets de cape et d'épée, en latin, cubicularii intimi ab ense et lacerna. — Ce sont des laïques appartenant pour la plupart à la haute noblesse romaine, et chargés de faire le service, soit auprès de la personne du pape, soit dans les antichambres pontifi­ cales. Ils sont appelés « de cape et d'épée » à cause de leur costume. En tenue ordinaire, ils ont l’habit de soirée à la française en drap noir, mais avec le col et les revers des manches en velours rouge, brodés de feuilles d’olivier en or. La cravate et le gilet sont blancs; le pantalon est noir avec un galon d'or à la couture extérieure. Mais leur costume d'étiquette ou de céré­ monie est le costume dit à la Henri IV. Il justifie vrai­ ment leur titre, car ils portent la cape, ou petit man­ teau de velours noir, qui se fixe sur l’épaule gauche et sous l’épaule droite; collerette blanche à plusieurs rangs de plis; tunique de drap noir, avec, au revers des manches, des dentelles anciennes; béret de velours noir, avec une longue plume noire d’autruche, retenue par une boucle. Sur la tunique ils portent une sorte de collier vermeil, formé de trois chaînes entrelacées, et descendant jusque vers le milieu de la poitrine. Ses larges mailles sont séparées, à intervalles égaux, par une dizaine de médaillons en émail rouge, au milieu desquels se détachent, bien apparentes, les deux lettres C. S. (Cubicularii secreti}. C’est Grégoire XVI qui l'a ainsi voulu, afin de distinguer, par ces deux lettres, les camériers du pape de ceux des cardinaux. Le collier soutient en sautoir, sur le milieu de la poitrine, l’em­ blème de la tiare et des deux clefs symboliques. Ces dé­ tails sont tirés du document officiel que remet le major­ dome aux camériers de cape et d’épée, lors de leur entrée en charge, en vertu d'une décision prise par le souverain pontife, au mois de novembre 1902. Cf. Msr Battandier, Annuaire pontifical catholique, 1902, p. 415-420; 1903, p. 435. L'origine des camériers secrets de cape et d'épée est très ancienne, mais les titulaires n’en sont connus que depuis le milieu du xvt· siècle, par les rôles du palais de Paul IV (1555-1559 . Ils se divisent en trois classes : 1. camériers secrets décapé et d’épée participants; 2. camériers secrets de cape et d'épée di numero; 3. camériers secrets de cape et d’épée surnuméraires. 1. Les camériers secrets de cape et d’épée partici­ pants sont au nombre de cinq. Ils ont chacun un titre spécial et des fondions en rapport avec ce titre. ai Le maître du Saint-Hospice. — C’est une charge très ancienne, dont nous avons déjà parlé, en traitant du majordome et du cardinal camerlingue. Elle avait été instituée en vue d’une foule d’emplois importants, 1974 pour lesquels un laïque pouvait, plus qu’un ecclésias­ tique, exercer son autorité. Cf. Moroni, Dizionario, v» Maestro dei sacro Ospizio, t. xli, p. 181-191. Aujour­ d’hui, elle ne comporte que des privilèges et des hon­ neurs. b} Le fourrier major des sacrés palais, en latin, forerius major. — Après le majordome, c’est le premier officier du palais. De concert avec lui, il s’occupe de tout le matériel des palais apostoliques, des réparations à faire, des meubles à acheter, à remplacer, etc., ainsi que des aménagements aux jardins. Autrefois quand le pape allait en voyage, ou en villégiature, c’était au fourrier major qu’incombait le soin de le précéder, quelques jours à l’avance, dans les villes où il devait passer, afin de faire préparer, à chaque étape, les loge­ ments pour tous les membres de la cour. Cf. Moroni, Dizionario, v° Foreria aposlolica, et Foriere maggior del papa, t. xxv, p. 104-110, 185-192. Cette charge est à vie. c) Le grand écuyer de Sa Sainteté; en latin, prœfectus stabuli,ou præfectus equilis pontificii. — Il a la haute surveillance des écuries pontificales : chevaux, carrosses, personnel, etc. Cette charge expire à la mort du pontife qui l’a concédée; mais elle est généralement continuée au même titulaire par le successeur du pon­ tife défunt. Cf. Moroni, Dizionario, v» Cavallerizzo maggiore del papa, t. xi, p. 24-30. d} Le surintendant général des postes pontificales. — Autrefois il avait pour mission de précéder, lui aussi, le souverain pontife dans ses voyages ou ses déplace­ ments, afin de préparer tout ce qui était nécessaire pour les relais et les voitures de la cour qui accom­ pagnait le pape. Cf. Moroni, Dizionario, v» Poste pon­ tificie, t. i.iv, p. 297-314. Cette charge est à vie; mais, vu les circonstances présentes, elle n’a pas à s’exercer d une façon effective. e) Le porteur de la rose d'or aux souverains. — Il est chargé, de nos jours encore, de porter cette marque de haute distinction aux monarques ou aux hauts per­ sonnages que le pape veut ainsi honorer. 2. Les camériers secrets de cape et d'épée di nu­ mero. — En raison des diverses charges qui leur sont confiées, et dont nous venons de donner un aperçu, les camériers secrets de cape et d’épée participants ne peuvent se tenir, d’ordinaire, dans les antichambres secrètes du palais, pour y faire le service des audiences. D’autre part, les camériers secrets de cape et d’épée surnuméraires, n’étant pas astreints à un service régu­ lier, ont besoin, quand ils viennent, d’être dirigés par l’un d’entre eux, connaissant à fond le service très compliqué, en fait d’étiquette, vu le rang et la qualité des personnes qui se rendent, chaque jour, chez le souverain pontife. De même donc que le pape a quatre camériers secrets ecclésiastiques, n’ayant d’autre fonc­ tion que le service des audiences, de même, il a dû avoir, à cette même fin, quelques camériers secrets de cape et d’épée di numero, n’ayant pas d’autre occupa­ tion. Ils font, à tour de rôle, le service dans les anti­ chambres secrètes, assistés des autres camériers sur­ numéraires, et des camériers d’honneur. Ces camériers de cape et d’épée di numero sont actuellement six. 3. Les camériers de cape et d’épée surnuméraires. — Leur origine est très ancienne, quoique on ne puisse pas en préciser exactement la date; ils existaient cer­ tainement sous Clément VIII (1592-1605). Pour être admis parmi les camériers secrets de cape et d’épée surnuméraires, il faut être de famille noble, soit d’Italie, soit d'ailleurs. Le costume de ces camériers est le même que celui des autres camériers secrets de cape et d’épée. Leur mission est de se tenir dans l’anti­ chambre secréte avec le camérier de cape et d’êp--e <>· numero, et de l’aider, en tout ce qui concerne le ser­ vice des audiences. Ceux qui résident habituelle^.·si 4975 COL’R ROMAINE l'étranger, dés qu’ils arrivent à Rome, se présentent au maître de chambre, et lui indiquent le laps de temps qu’ils comptent passer dans la ville éternelle, Une semaine de service leur est alors assignée. Les voitures du Vatican vont chaque matin les chercher, et les recon­ duisent chez eux, quand le service a pris fin. Leur semaine terminée, ils sont reçus eux-mêmes en audience par le pape. Cf. Moroui, Dizionario, v» Camerieri del papa, § 4, t. vu, p. 43-47. Cette charge cesse à la mort du pape qui l’a concédée, mais le successeur la conti­ nue d’ordinaire à ceux qui en ont été précédemment investis. Le nombre des camériers secrets de cape et d’épée surnuméraires est très variable, et dépend uniquement de la volonté du souverain pontife. 11 s’élève actuelle­ ment à plusieurs centaines. Msr Battandier. Annuaire pontifical catholique, 1900, p. 421-426; 1907, p. 557567. 3« Camériers d’honneur, ou honoraires. — Ils se divisent en trois classes : 1. camériers honoraires en habit violet; 2. camériers honoraires extra urbem; 3. camériers honoraires de cape et d’épée. 1. Les camériers honoraires en habit violet ont le même costume que les camériers secrets, partagent les mêmes privilèges honoriliques, et timbrent leurs armes de la même façon. Dans les diverses fonctions pontifi­ cales, soitau Vatican, soit à la basilique de Saint-Pierre, comme aussi dans les consistoires et les chapelles papales, ils aident les camériers secrets dans les divers emplois qui leur sont confiés, comme par exemple de porter les flabelli, auprès de la sedia gestatoria, les cierges, les bâtons du dais, etc. Ils peuvent également faire, à leur tour, une semaine de service dans les an­ tichambres pontificales, après s’être entendus, dans ce but, avec le maître de chambre. Cependant, ils n’ont pas le droit de séjourner dans l'antichambre, secrète, réservée aux camériers secrets; mais ils doivent se tenir dans l’antichambre d'honneur, c'est-à-dire dans celle ou est dressé le trône du souverain pontife. Cf. Moroni, Dizionario, v» Camerieri del papa, S 5 Camerieri d’onore in abilo paonazzo, t. vu. p. 47. Le nombre des camériers d'honneur en habit violet varie avec la volonté du pape qui les nomme. Ainsi, par exemple, Benoit XIV, au commencement de son ponti­ ficat (1741), en avait trente-deux. Un an avant sa mort, en 1757, il avait porté leur nombre à quatre-vingtdouze. Cf. Moroni, foc. cil. Actuellement leur nombre dépasse deux cents. Cf. Mtr Battandier, Annuaire pon­ tifical catholique, 1900, p. 426-431; 1907, p. 557-567. Leur charge cesse à la mort du pontife; mais généra­ lement le successeur la renouvelle, par l’intermédiaire du majordome. 2. Les camériers honoraires extra urbem. — Leur institution est relativement récente, car elle ne remonte qu’à Pie VI. Ils ne furent même que trois, sous ce pape. Ce nombre s’éleva à quatorze sous Pie VII; mais, ni Léon XII, ni Pie VIII n’en nommèrent. La série recom­ mença sous Grégoire XVI, et, depuis, s’est considéra­ blement augmentée, car elle comprend maintenant plus d'une centaine de membres. Considérés comme fami­ liers du pape, ils ont droit au titre de monseigneur, et leur costume est à peu près le même que celui des camériers d'honneur; mais ils ne peuvent le porter dans Rome, car ils ne sont camériers d’honneur qu’exlra urbem. Si le pape avait à quitter la ville éternelle, il trouverait ainsi, au cours de ses déplacements, et dans la plupart des villes importantes qu’il traverserait, des camériers d'honneur, pouvant entrer immédiatement en service auprès de sa personne. Cette charge expire avec le pontife qui l’a concédée. Cf. M»r Battandier, vlnnuaire pontifical catholique, I960, p. 431-434. 3. Camériers d’honneur de cape et d’épée. — Pour être camérier de cape et d’épée, même surnuméraire, 1976 il faut appartenir à la noblesse. Cette condition rigou­ reuse écartait bien des gens qui, par leurs qualités per­ sonnelles et leur attachement au Saint-Siège, auraient cependant mérité d’occuper une place à la cour ponti­ ficale. C'est en leur faveur que fut créée la classe des camériers honoraires de cape et d’épée. Leur costume est le même que celui des aulrescamé­ riers de cape ■ et d’épée, sauf quelques légères diffé­ rences. Ainsi, les médaillons du collier, au lieu de porter les initiales C. S., ont les lettres C. H. (cubicu­ larii honoris). De même, pour la petite tenue, le col et les revers des manches sont de velours bleu, au lieu d'être de velours rouge. Cf. Règlement du mois de novembre 1002 pour les camériers de cape et d’épée, dans M»r Battandier, Annuaire pontifical catholique, 1903, p. 435. Comme les camériers d’honneur en habit violet, ils ne peuvent entrer dans l’antichambre secréte; mais se tiennent dans l’antichambre d’honneur. Leur nombre est essentiellement variable, et ne dépend que de la volonté du souverain pontife, mais il dépasse la centaine. Les quatre premiers ou plus anciens sont â vie. La charge des aulres cesse à la mort du pontife. Sans avoir un traitement en titre, ils reçoivent cepen­ dant une légère compensation pour leurs services. Cf. Moroni, Dizionario, v» Camerieri del papa, § 7, Ca­ merieri d’onore di spada e cappa, t. vit, p. 43 sq.; Mtr· Battandier, Annuaire pontifical catholique, 1900, p. 434-436. v. chapelains. — Sous cette appellation, on com­ prend : 1’ les chapelains secrets proprement dits; 2° les clercs secrets;3° les chapelains communs; 4° le confes­ seur de la famille pontificale; 5° le prédicateur aposto­ lique; 6° le sous-sacrisle des palais apostoliques; 7° les maîtres des cérémonies pontificales; 8» le college des chantres pontificaux. 1» Les chapelains secrets, en latin, capellani intimi. — Ils.se divisent en trois classes : I. les chapelains secrets di numero; 2. les chapelains secrets d’honneur, ou honoraires in urbe; 3. les chapelains secrets hono­ raires extra urbem. 1. Les chapelains secrets di numero. — Ils ont le titre de monseigneur et les privilèges de la prélature. Leur costume est celui descamériers secrets participants, et, comme eux, dans les cérémonies ils portent la cappa rouge. Leur mission est d’assister le souverain pontife dans les diverses fonctions ecclésiastiques qu’il accom­ plit dans sa chapelle privée. Quand le pape a célébré, l'un d'entre eux dit, après lui et en sa présence, la messe d’actions de grâces. En outre, ils sont attachés plus spécialement au ser­ vice de sa personne. Us l’aident pour le dépouillement de sa volumineuse correspondance; pour la lecture des journaux, dont ils font des coupures à son usage; pour ses commissions personnelles. Ils récitent avec lui le bréviaire et le chapelet, l’accompagnent à la promenade, dans les jardins du Vatican, et, somme toute, remplis­ sent auprès de lui le rôle de secrétaires particuliers et de confiance. L'origine des chapelains secrets est très ancienne. Leur nombre est essentiellement variable, car il dépend uniquement aussi de la volonté du souverain pontife. Nommés par billet du majordome, ils voient, à la mort du pape, cesser leurs fonctions qui étaient d’ordre tout à fait intime et personnel. Le premier et le chef des chapelains secrets a le titre de caudataire pontifical. U est, en effet, chargé de soutenir la soutane du pape, quand celui-ci monte en voiture ou en descend. Le second chapelain est appelé crucigère, parce qu’il porte la croix devant le pape, dans les consistoires et dans quelques autres circonstances. Il y a, en ce moment, quatre chapelains secrets. Cf. Mt>r Battandier, Annuaire pontifical catholique, 1907, p. 568. 2. Les chapelains secrets honoraires in urbe, eu latin, 4977 COUR ROMAINE 1978 cappellani intimi 'ad honorem in urbe. — Leur cos­ mais, depuis Benoit XIV, ces fonctions furent attribuées tume est celui des chapelains secrets, et, comme eux, exclusivement aux capucins. Cf. Moroni, v» Cappella ils ont le titre de monseigneur. A leur sujet, la S. C. de pontificia, § 9, a. 2, t. vin, p. 236-241 ; v» Predicatore la Cérémoniale a publié, par l’entremise du majordome, aposlolico, t. lvii, p. 74-81. des instructions officielles dont on trouvera la traduc­ 6” Le sous-sacrisle des palais apostoliques. — Voir tion française dans VAnnuaire pontifical de Msr Battance que nous avons dit, col. 1960, du sacriste. dier, 1900, p. 437 sq. 7» Les maîtres de cérémonies pontificales. — Leurs Le nombre des chapelains honoraires in urbe est fonctions sont considérées comme des plus importantes variable. Dans ces dernières années, il s’élevait à la au palais apostolique, car elles s’étendent à tout ce qui centaine. Leur nomination se fait par billet du major­ a rapport à la pratique de la liturgie. Leur costume est dome, et leur charge cesse à la mort du pontife. le même que celui des camériers secrets; mais, pendant 3. Les chapelains secrets honoraires extra urbem. — les cérémonies, ils mettent la colla sur le rochet. Ils Celle catégorie répond à celle des camériers honoraires ont le titre de monseigneur. Après l’élection d’un nou­ extra urbem. Si le pape quittait Rome, il trouverait, veau pontife, ils remplissent auprès de lui les charges dans les principales villes, des ecclésiastiques décorés de camériers secrets et de maître de chambre, jusqu’à du titre de chapelains honoraires extra urbem, et qui ce qu'il ait nommé lui-même les titulaires qui doivent pourraient exercer auprès de lui les fonctions que les composer sa noble antichambre. chapelains secrets remplissent auprès de sa personne, Ils se divisent en deux classes. dans le palais du Vatican. Ils ont le titre de monseigneur Les maîtres de cérémonies de ces deux classes sont et le même costume que les chapelains honoraires in nommés par billet de la secrétairerie d’Élat, mais à la urbe; mais ils ne peuvent le porter qu'en dehors de suite d’un concours qui a lieu en présence du cardinal Rome. Leur nombre est variable, et il dépasse actuel­ préfet de la S. C. des Rites et du cardinal préfet de la lement la centaine. Nommés par billet du majordome, S. C. de la Cérémoniale. Parmi les juges, siègent égale­ ils perdent leur charge à la mort du pontife. ment les prélats secrétaires de ces deux Congrégations •2° Les clercs secrets. — Leurs fonctions spéciales et divers autres dignitaires. embrassent tout ce qui concerne le service de la cha­ 1. Les maîtres de cérémonies di numero reçoivent pelle privée du souverain pontife. Ils préparent l’autel un traitement du palais. Ils sont actuellement cinq. Cf. pour sa messe et pour celle d’action de grâces que le Annuaire pontifical, 1907, p. 572. Leurs privilèges sont chapelain secret célèbre après lui. Ils ont aussi le titre très nombreux. Leur préfet est protonotaire ad instar. de monseigneur et le costume des camériers secrets. Cf. Moroni, Dizionario, v» Maestro delle ceremonie Leur nomination est faite par billet du majordome, et pontificie, t. xli, p. 163-181. — 2. Les maîtres de céré­ leur charge cesse à la mort du pontife. Cf. Moroni, monies surnuméraires ne reçoivent pas de traitement Dizionario, v“ Chierici della cappella pontificia, t. xi, fixe, et .n'ont droit qu'à des gratifications à l’occasion des p. I92-195. Actuellement, ils ne sont que deux. services extraordinaires, qu’ils sont appelés à rendre. 3" Les chapelains communs. — Auparavant, ils ne se Mais ils sont admis dans la classe de maîtres de céré­ distinguaient pas des chapelains secrets. C’est sous Clé­ monies di numero, à mesure que des vacances se pro­ ment Vil (1592-1605) qu'ils commencèrent à former une duisent dans la première classe. Leur nombre est catégorie â part; etc’eslsous Alexandre VU (1655-1667, variable. Il y en a, en ce moment, cinq. Cf. Annuaire qu’ils reçurent le nom sous lequel ils sont, depuis lors, pontifical, 1907, loc. cit. connus. Ce pape leur accorda aussi le privilège d’exer­ 8° Collège des chantres pontificaux. — Communément cer les fonctions d'acolytes et de céroféraires dans les on les désigne sous le nom de chantres de la chapelle chapelles pontificales. Ils revêtent alors la cotta sur la Sixtine. Beaucoup de privilèges leur ont été concédés soutane violette. Depuis Pie IX, ils ont droit au litre de par les papes. Chanoines de la Sixline, ils ont la soulane monseigneur. D'après une concession d’Alexandre VU, violette avec le collare de la même couleur, ceinture en date du 10 juin 1657, ils sont nommés par bref, et violette, boutons et boutonnières de soie rouge. Dans ils conservent leur charge, toute leur vie durant, à la I les chapelles, ils prennent, en outre, la colla; mais, dilférence des chapelains secrets, dont la charge expire ailleurs, au-dessus de la soulane violette, ils mettent le a la mort du pontife. manteau de soie noire. Ceux qui appartiennent à un Leur fonction est d’assurer les différents services ordre religieux conservent, néanmoins, le costume de soit dans la chapelle privée du pape, soit dans les cha­ leur ordre. pelles intérieures du palais. En raison de leurs fatigues, ils sont dispensés des Les chapelains communs se divisent en deux classes : jeûnes et abstinences de l’Eglise. Le Vatican leur four­ 1. Les chapelains communs di numero, ou de service nit un traitement fixe, et ils ont droit, en outre, à des ordinaire. Ils sont habituellement au nombre de six, et gratifications spéciales, ou à un casuel, à l'occasion de reçoivent un modeste traitement. Le premier d’entre certaines cérémonies. eux est le sous-chargé du vestiaire pontifical, ou sotloLeur origine est très ancienne. Elle remonte à saint guardaroba. — 2. Les chapelains communs surnumé­ Grégoire le Grand, qui fut leur organisateur et leur raires. Ils sont au nombre d'une douzaine, aident les premier directeur. La schola cantorum formait un éta­ chapelains communs di numero dans les différentes blissement à part, une sorte de séminaire qui se trou­ fondions de leur service,et prennent ensuite leur place, vait près du Latran. On y élevait les aspirants au sacer­ à mesure que des vacances se produisent dans leurs doce de la classe populaire. On l’appelait aussi l’orpharangs. nolrophium, l’orphelinat. Les chantres étaient tonsu­ 4° Le confesseur de la famille pontificale. — C'est rés; le clergé romain se recrutait régulièrement parmi toujours un religieux de l’ordre des servîtes. Cf. Moroni, eux. Depuis lors, le collège des chantres pontificaux n’a Dizionario, v» Confessore della famiglia pontificia, plus cessé d’exister, quoiqu’il ait passé par des phases t. xvi. p. 112 sq. bien différentes, le long des siècles. Cf. Moroni, Dizio­ 5» Le prédicateur apostolique. — Depuis Paul IV nario, v» Cantori pontificii, t. vin, p. 27-42. >1555-1559), un prédicateur spécial est attaché au palais A la suite de l'invasion de Rome par les Italiens, et apostolique, pour y prêcher, devant le pape, les cardi­ de la captivité du souverain pontife au Vatican, les cha­ naux et la famille pontificale, les stations de l’Avent et pelles papales devinrent très rares. Les occasions, pour du Carème. Pie V avait confié ces fonctions aux Pères les chantres, de se produire en public manquèrent de la Compagnie de Jésus; ses successeurs appelèrent donc entièrement, et, pendant plusieurs années, la à cet honneur les rnemb.es de divers ordres religieux; chapelle Sixline subit une éclipse. Les traditions me 1979 COUR ROMAINE naçaient de se perdre. Pour obvier à cet inconvénient, Leon Xlll réorganisa le collège des chantres pontifi­ caux, sous l'habile direction du maestro Mustafa, et lui fournit de nombreuses occasions de paraître en public. Le collège fut ainsi composé : une dizaine de soprani; autant de contralti, de ténors et de basses : en tout, une cinquantaine de chantres, tous choisis avec soin pour la beauté de leur voix et leurs connais­ sances musicales. On se montre d'autant plus difficile pour leur admission que, suivant une tradition immé­ moriale. la chapelle Sixtine chante sans l'aide d’aucun instrument, pas même de l’orgue. Les morceaux sont néanmoins très compliqués, et les chantres sont ainsi obligés, pendant un laps de temps considérable, de gar­ der le ton, sans avoir le secours d'un instrument qui les guide ou les soutienne. Au point de vue de la fac­ ture savante des morceaux dont elle a le monopole, et de la manière supérieure dont elle les exécute, la chapelle Sixtine fait l’admiration de tous les musiciens. Elle est regardée, sans conteste, comme la première chapelle du monde. Le directeur actuel est le jeune Mor Perosi, universellement connu par les nombreux et merveil­ leux oratorios qu'il a composés. Cf. Rome, 1904, t. i, p. 55 sq., 96, 133; 1905, t. il, p. 24, 225, 286. vi. familiers INTIMES. — 1« Les aides de chambre, en italien, aiulanli di caméra. — Ce sont des laïques attachés au service immédiat du souverain pontife. Ils ont la garde de son vestiaire personnel, el le servent à table. Leur nombre varia suivant les époques; mais il est de tradition que deux, à tour de rôle, sont de garde, chaque jour, auprès de lui. c’est-à-dire doivent se tenir prêts à répondre au moindre signe de sa part. Aussi restent-ils constamment dans la pièce contiguë à celle occupée par le pape. Quelquefois, pour l’intro­ duction des personnes admises à l’audience privée du saint-père, ils suppléent les camériers secrets de ser­ vice. Aux chapelles pontificales, revêtus de la cappa de soie rouge, ils sont dans le cortège immédiatement après les chapelains secrets, précédant les procureurs généraux des ordres religieux, ainsi que le prédicateur apostolique et le confesseur de la famille pontificale. Comme les camériers secrets, ils portent la soutane violette et le manteau de même couleur. Ils timbrent leurs armes du chapeau de la prélature. Pie VI, à la suite de beaucoup de ses prédécesseurs, les a déclarés comtes palatins et chevaliers de l’éperon d’or. Cf. Mo­ roni, Dizionario, v Aiulanli di camera, t. i, p. 167171. 2° L’écuyer secret, en italien, scalco segreto. — Sa mission est de veiller à tout ce qui regarde la table du souverain pontife. Il perçoit les fonds affectés à l'en­ tretien de la personne du pape, et, très souvent aussi, est chargé de ses dépenses privées. Ces fonctions, très anciennes, sont déjà indiquées dans les rôles du palais de Nicolas III, en 1277. Cf. Moroni, Dizionario, v· Scalco segreto del papa, t. lxii, p. 85-93. 3° Médecin particulier et chirurgien du pape. —Sur leurs attributions et leurs privilèges, on trouvera des détails intéressants dans Marini, Degli archiatri ponti/icii, in-4", Rome, 1784, et dans Moroni, Diziohario, v· Medico del papa e medici palatini, t. XLIV, p. 110143. 4° Les bussolanti. — Ce sont des camériers laïques de garde à la feussola di Damasco, c’est-à-dire au tam­ bour revêtu de damas rouge, situé à la porte de la première des antichambres précédant celle des gardes nobles. Leur costume consiste en une sorte de soutanelle, ou mantellone court, de velours rouge, brodé aux armes du pape, avec culottes et bas rouges. A la première antichambre, où ils se tiennent, ils reçoivent les personnes admises à l'audience du pape, et les accompagnent jusqu'au moment ou ils les remettent au camérier d'honneur qui est de garde. Ils font aussi 19S0 diverses autres commissions, comme de porter au camérier de service les objets qu'on désire faire bénir au pape, ou certains plis à l'adresse du souverain pon­ tife, etc. Ils sont également chargés de porter la sedia gestatoria, quand le pape s'en sert, dans les grandes cérémonies. Ils revêtent alors, au-dessus de leur cos­ tume ordinaire, une cappa de couleur rouge. Autrefois, les bussolanti se divisaient en trois classes : 1. les bussolanli proprement dits; 2. les bussolanti extra muros; 3. les bussolanti écuyers. Par son motu pro­ prio du 28 novembre I860, Pie VII essaya de fusionner ces trois classes, et Grégoire XVI, par un bref du 30 juillet 1832, acheva cette réforme. Le corps des bussolanti fut formé de dix-huit bussolanli princi­ paux, auxquels furent adjoints un certain nombre de surnuméraires, ou d'aspirants à ce poste, qu'ils sont appelés à occuper à mesure que des vacances se pro­ duisent parmi les participants. Cf. Moroni, v· Russolanli della corle ponti/icia, t. Vl, p. 173-183. vu. garde pontificale. — Elle comprend : I» la garde noble; 2° la garde suisse; 3° la garde palatine; 4° la gendarmerie pontificale. 1« La garde noble. — L’institution de la garde noble, telle quelle est actuellement, ne remonte qu'aux pre­ mières années du xix« siècle, au retour du pape dans ses États. Elle avait été précédée, dans le soin de veiller à la sécurité personnelle du souverain pontife, par un corps d’élite de l'armée pontificale, appelé les cavallegieri, ou chevau-légers. Vers le milieu du xvie siècle, ce corps se composait de deux compagnies, et ceux qui en étaient membres faisaient gratuitement leur service. Clément VII le réforma, et le changea en un corps de lanciers, auquel fut donné le nom de lande spezzate, lances brisées. Supprimé par Benoit XIV. en 1724, il fut rétabli ensuite, et dura jusqu'à la fin du xvni’ siècle. Il cessa à l'exil de Pie VI. Cf. Moroni, Dizionario, v» Lande spezzate, l. xxxvn, p. 94-98. Dans la garde noble instituée par Pie VII, et qu'il appela guardia nobile di cavallegieri, garde noble de chevau-légers, furent admis les jeunes patriciens de Rome et des États pontificaux. Comme c’était un grand honneur, non seulement ils l'acceptèrent à titre gra­ cieux, mais ils le recherchèrent avec ardeur. Quoi­ qu’ils n'eussent demandé aucune rémunération, on leur accorda cependant la somme nécessaire, au moins, pour l'entretien de leur cheval. Le nombre des gardes nobles ne devait pas dépasser soixante-deux, en y com­ prenant même les fourriers et les trompettes. Léon XII le porta à 76, par un décret du 17 février 1824. Ce corps étant un corps d'élite, tous y avaient un grade élevé dans l’armée pontificale. Les simples gardes étaient capitaines; les autres, lieutenants-colonels, co­ lonels et lieutenants-généraux. Napoléon Ier avait fait quelque chose d’analogue pour ses cent-gardes; car les moindres d'entre eux avaient le grade de sous-lieute­ nant. Pour honorer davantage ses gardes nobles, Pie VU, le 27 septembre 1801, leur accorda le privilège de rem­ placer les courriers pontificaux, pour porter la calotte rouge aux cardinaux étrangers. Cf. Regolamenlo di disciplina del corpo della guardia nobile ponti/icia, in-40, Rome, 1825. Ils sont maintenant une cinquan­ taine, et alternent, à tour de rôle, pour leur service au Vatican. Ils n’y sont tous, au grand complet, que les jours des cérémonies solennelles. Alors, le corps tout entier fait partie du cortège pontifical. Leurs trom­ pettes. connues sous le nom de trompettes d'argent, se font entendre dans la basilique de Saint-Pierre. La marche pontificale des trompettes d'argent, composée par Silver·, ne peut être jouée que là. Leur costume est bleu foncé brodé d’or, culottes blanches en peau de daim, grandes bottes vernies, casque de cuirassiers avec crinière noire et plumet. A la garde noble se rattachent les princes assistants 1981 COUR ROMAINE , ιι trône. Leur dignité est la plus grande que des laïques puissent obtenir à la cour pontificale. Depuis le xvt· siècle, elle est l’apanage de deux illustres familles patriciennes, les Colonna et les Orsini, qui, au xtn· siè­ cle, s'étaient signalées à Rome par leur rivalité. Dans toutes les cérémonies, le pape a toujours, à la droite de son trône, l’un des princes assistants. Cf. Cancellieri, Storia de' solenni possessi de’ somnii ponlefici dopo la loro coronatione, in-4·, Rome, 1822. p. 479; Moroni, Dizionario, v» Guardie nobili pontificie, t. xxxiii, p. 115-137; Mor Battandier, Annuaire pontifi­ cal catholique, 1902, p. 421-428; 1904, p. 525; Home, 1905, p. 50-57. 2· La garde suisse. — Depuis quatre siècles, les Suisses ont l'honneur de veiller à la sécurité person­ nelle du pape. Au commencement du xvt· siècle, sous Jules II (1505-1513), ils étaient deux cents environ. Ce nombre s’éleva à trois cents, sous Innocent X (16441055); mais il diminua ensuite, peu à peu, et il n’était plus que de cent trente-trois, sous Pie VI, à la lin du xvm· siècle. Licenciés à l’époque de l’invasion fran­ çaise, les Suisses revinrent à Rome avec Pie VII, qui n’en accepta d'abord qu'une soixantaine. Léon XII, par son décret du 18 octobre 1824, releva leur effectif au nombre traditionnel de deux cents hommes. Ce nombre diminua cependant, sous Grégoire XVI et sous Pie l.\. Il est maintenant de cent dix-sept hommes, d'après la récente réorganisation faite par Léon XIII, en 1902. Un détachement de Suisses monte constamment la garde à la porte de bronze du Vatican, contiguë à la place Saint-Pierre. C’est par là que pénètrent tous ceux qui vont à pied. Un autre piquet se trouve à la porte réservée aux voitures, dite porte des Suisses, près de la Zecca, ou ancien hôtel des Monnaies pontificales. Un troisième est établi dans la grande salle Clémentine, qui précède les antichambres pontificales. Enfin, des sentinelles sont postées à tous les paliers du grand escalier qui conduit aux appartements du pape. Cf. Mo­ roni, Dizionario. v» Svizzeri, guardia pontificia, t. i.xxii, p. 137-163. Les gardes suisses ont quatre costumes différents, qu'ils mettent suivant les circonstances, et qui sont vraiment curieux. On en trouvera la description dé­ taillée avec gravures à l'appui dans l’Annuaire ponti­ fical de Mur Battandier, 1904, p. 174-182, et dans Rome, 1905, p. 309-317; 1906, p. 18-21, 106-110. 3" La garde palatine. — C’est une sorte de milice nationale, composée de volontaires romains, nobles et bourgeois. Λ certains jours de fête, ou pour les céré­ monies solennelles, comme les canonisations et les consistoires, ils prêtent leur concours pour faire au pape une garde d’honneur, soit le long des galeries du Vatican qu'il doit traverser, soit dans la basilique de Saint-Pierre. 4· l.a gendarmerie pontificale. — Elle est chargée d'assurer, dans l'intérieur du Vatican, une partie du service d’ordre et de sûreté. Vlll. EMPLOYÉS SUBALTERNES DE LA COUR ROMAINE. — 1° Les maîtres portiers de bâton rouge, en latin, •magistri ostiarii a virga rubea. — Ce nom leur vient d'un bâton, long de cinquante centimètres environ, et recouvert de velours rouge, qu’ils portent, comme signe distinctif, dans les cérémonies. Ces maîtres portiers forment un collège remontant au xii· siècle, et auquel sont confiées les clefs de la Camera dei paramenli, c'est-à-dire de la salle où le Saint-Père revêt les orne­ ments sacrés avant les fonctions pontificales. Les maî­ tres portiers a virga rubea ont aussi la garde de la croix papale qu’ils remettent à l’auditeur de Rote chargé de la porter dans les chapelles papales et les consis­ toires. Leur costume est une soutane de soie violette avec ceinture, collare et manlellone de même couleur. Plusieurs sont chanoines. Les membres de ce collège 1982 se divisent en deux classes ; celle des participants, ou effectifs, au nombre de huit, et celle des surnuméraires. L'un d'entre eux a le titre de gardien des tiares. Ce>t l'orfèvre fournisseur ordinaire des palais apostoliques. Cf. Moroni, Dizionario, v· Maestro ostiario de virga rubea, t. xt.l, p. 191-199. 2" Les massiers. — Ils sont ainsi appelés de la niasse d'argent aux armes pontificales qu’ils portent sur l'épaule droite dans les cérémonies. Leur habit est noir avec collerette de dentelles, épée au flanc, boucles aux souliers, et une espèce de pourpoint violet à fausses manches. Ils sont de quinze à vingt, paraissent dans les chapelles papales et la plupart des cérémonies du palais apostolique, y remplissant les fonctions des bedeaux dans nos églises de France, ou des massiers dans nos anciennes universités. Cf. Moroni, Dizionario, v· Mazzieri del papa, t. xt.iv, p. 37-48. 3· Les huissiers apostoliques, en latin, cursores apostolici. — Leur rôle est de transmettre aux cardinaux, ambassadeurs, princes et autres personnages, l'invita­ tion officielle de se rendre aux chapelles papales, aux consistoires et aux autres fonctions solennelles. Us pu­ blient également et affichent aux portes des basiliques patriarcales et aux endroits désignes à cet effet, les bulles pontificales et les décrets du Saint-Office. Leur costume consiste en un manteau noir, recouvert d'un mantellone de mérinos violet avec des revers de soie de la même couleur. Leur origine est très ancienne, car, sous une forme ou sous une autre, ils ont toujours existé à la cour romaine. Leur collège se divise en membres participants ou effectifs, et en membres sur­ numéraires. Cf. Moroni, Dizionario, v° Cursori aposlo­ lici o pontificii, t. xix, p. 49-62. Outre les nombreux ouvrages cités au cours de cet article, nous signalerons les suivants qu'on lira avec avantage et prolit : Transsumptum litterarum, facultatum et privilegiorum R. R. D. D. cappellanorum domesticorum S. D. Λ’. D. Pii papa1 IV, in-fol., Rome, 1564: Tantouche, Traite de tout ce qui s'observe dans la cour de Rome, tant par notre saintpère que par messeigneurs les cardinaux, in-4·, Paris. 1623; Cohellius, Notitia cardinalatus, in qua nedum de sanctx Romanic Ecclesiæ cardinalium origine, dignitate, prxeminentia et privilegiis, sed de prtecipuis romance aulx officia­ libus uberrime pertractatur, in-fol., Rome. 1653: Michel Martin, Du gouvernement de Rome, où il esl truité de la religion, de la justice, de la police et de tout ce qui s'y passe de remar­ quable, in-fol., Caen, 1659; Cornaro, Relatione della corte di Roma, in-8·, Leyde, 1661-1663; card, de Luca, Relatio curite romane, in qua omnium congregationum, tribunalium, aliorumque jurisdictionum Urbis status ac praxis dilucide describitur, in-4·, Cologne, 1683; Sarnelli, Memoro· cronologiche de' vescovi ed arcivescovi delta Santa chiesa di Bene­ vento, in-4·, Naples, 1691. passim: Nodot, Relation de la cour de Rome, in-8-, Paris, 1701 ; Jacques Aymon, Tableau de la cour de Rome, dans lequel sont représentés au naturel sa politique et sa grandeur tant spirituelle que temporelle, in-4·. La Haye. 1707 ; Amati, Osscrvazioni sul core della cappella pontificia, in-4·, Rome, 1730; Allegri, Lo spirito della corte di Roma. Naples, 1725; Muratori, Dissertationi sopra le antichità italiane, 2 in-fol., Modéne, 1717-1740, diss. IV, Degli Uffizi della corte, t. t; de Vertot, Origine de lu grandeur de la cour de Rome, in-8·, Lausanne, 1745; Danielli, Institution's canonicæ civiles et ceremoniales cam recentiori praxi mante curiæ, 4 in-4·, Rome, 1757-1759; Gallelli, Vestiario délia santa romana Chiesa, in-4·, Rome, 1758; Del primicero della santa sede apostolica e di altri ufflziali maggiori del sayro palazzo lateranense, in-4·, Rome, 1766; card. Garampi, Suygt di osservazioni sul valore dette antiche moîtele pontifier . in-4·, Rome, 1765, ouvrage d une haute érudition ; Lunadom. Relaziime delta corte di Roma, riloccala, accresciuta ■ illustrata da Franc. Antonio Zaccaria, ora nuovamen:· relia, 2 in-8·, Rome. 1830: cet ouvrage publié pour ta pren, ■ fois à Padoue, en 1641, aeu, depuis, de très nombreuses ■ C : · Renazzi, Notizie istoriche degli autichi Vicedomini del p archio lateranense, e dc' moderni prefelti dei sagro j . ■ apostolico, ovvero maggiordomi pontificii, in-fol.. Hi v.··. ■-· Cancellieri, Storia de' solenni possessi de' sommi pontefiri dopo la loro coronatione, in-4·, Home, 1822; Novaès, Sr·.,- . 1983 COUR ROMAINE — COURTECUISSE ûi·’ fiovnrni ponteficii da santo Pietro al felicemente rognante Pio VI, 17 in-8“, Rome, 1821-1822. passim; Introduzione aile vite de” sommi pontifici, 2 in-8·, Rome. 1822; J.-F. André, Histoire politique de la monarchie pontificale au xtv* siècle, in-8·. Paris. 1845; Meyer, La curie romaine moderne, ses fonctionnaires et leurs attributions, Leipzig, 1847; Moroni, Dizionario di erudizione storico-ecclesiastica, 109 in-8·. Ve­ nise. 1840-1879; M«’ Battandier. Annuaire pontifical catho­ lique, 10 in-12, Paris, 1898-1907 ; Kirchenlexikon, t. m, col. 12451259. T. Ortolan. COURSOULAS Nicolas, théologien grec du Xvn' siècle, naquit à Corfou d’une famille originaire de la Dahnalie. et dont le nom, chez les écrivains néo­ grecs,est orthographié de diverses manières: Κούρσουλας, Κούρσολας, Κούρζουλας, etc. En 1616, il fut admis au collège grec de Saint-Athanase, et en 1625, il y obtint le diplôme, de docteur en théologie et en littérature. Ses études achevées à Rome, il suivit les cours de l'université de Padoue, et de retour dans son pays natal, il embrassa la vie monastique, et se distingua par son zèle et ses vertus. En 1631, à la suite de dé­ mêlés qu'il eut avec les notables de Zante, il s’en alla chercher asile à Alexandrie, où il acquit une grande renommée comme prédicateur. Les Hollandais lui pro­ posèrent de le faire nommer au siège patriarcal d'Alexandrie, à condition toutefois qu’il embrassât le calvinisme. Coursoulas rejeta ces propositions, et craignant en même temps les représailles des Hollan­ dais, il retourna à Corfou. A la mort de Nicodème Me­ taxas (1646), évêque de Zante et Céphalonie, il brigua son siège, mais il fut évincé par son concurrent Timo­ thée Sopramasaros, élu â une majorité de 198 voix contre 12. Il se retira alors au mont Athos, où il mou­ rut en 1652. Coursoulas est l’auteur d'une théologie orthodoxe en deux volumes, publiée par Serge Raphtani à Xante en 1862. Voici le titre de cet ouvrage : Σύνοψις τής ίεράς θεολογίας φιλοπονηθεϊσα εις ώφέλειαν τών ορ&οδόξων φιλομαθών παρά Νικολάου Κούρσουλα, ΖακυνΟίου διδασκάλου, φιλοσόφου καί θεολο'γου. Nicolas Papadopoli porte sur l'œuvre de Coursoulas le jugement suivant : Hoc opus grace pereleganter expositum et elabora­ tum, habeturque passim a nostris, sed non satis intelligilur. lia enim ad scholasticam pugnacemque theologiam omnia revocat, ut qui scholas e limine saltem non salutarunt, quæ ferat, quove acumine dogmata, deductasque inde consecutiones confir­ met, haud quaquam possint percipere, ea præsertim in parte quæ de auxiliis divinis agit et libero arbitrio, novamque et inauditam græcis auribus τής μέσης έπιστήμης, sciential mediæ vocabulum, remque ipsam exponere nititur. Le plus érudit des théolo­ giens grecs du xtx» siècle, Constantin (Economos, affirme que, en plusieurs points, la théologie de Cour­ soulas exhale un léger parfum occidental par manque d'attention du savant auteur. Selon lui, Coursoulas laisse en suspens la controverse du l'ilioque, parce qu'il ne considère pas comme absolument erronée la doctrine de l’Église romaine, et se borne à déclarer que le dogme de l'Eglise orthodoxe est meilleur (το κρειττο/); il admet que la sainte Vierge a été conçue sans b p'ché originel; il attribue la consécration aux seules paroles de Notre-Seigneur, et non â l'invocation du Saint-Esprit, comme l'enseigne l’Eglise orthodoxe; il penche vers l'enseignement latin des indulgences. Un biographe de Coursoulas, P. Chiotes, a essayé de le défendre contre l'accusation très grave pour les orthodoxes d'avoir côtoyé les erreurs latines. Papadopoli. His..ria gymnasii putavmi, Venise, 1726. t. il, p. 290-291 ; Rod--la, Storia del rùo greco in Italia. Rome. 1773, t. m, p. 181; Atlaliu... De Ecclesise occidentalis atque orientalis perpetua consensione, Cologne, KJ4s, coi. 9gq; Sathas. N>o»Âr. », Ath-ncs. isSB, p. 251-255: P. Chioles, en tête de la Théologie de Cuur- 1984 soulas. Zante. 1862. t. i. p. 9-32; Zaviras. Ns« 'Ελλάς, Athènee. 1872. p. 494-495; Katramis, Φιλολογικά ά-,άλικια Ζκκύνβ-ιυ, Zanlc. 1880, p. 314; Legrand. Bibliographie hellénique du xvn· siècle, Paris, 1903, t. v, p. 261-268. A. Palmieri. COURT Pierre, bénédictin, né à Provins en 1665, mort â l’abbaye de Saint-Vincent de Metz le 8 mai 1751. Il avait fait profession sous la règle de saint Benoit, dans la congrégation de Saint-Vanne à Verdun le 1er juin 1685 et fut pendant quelques années prieur de Saint-Airy. Nous avons de cet auteur : La relation, la vie et la mort de M. d'.l ligre, abbé de Saint-Jacques de Provins, in-12, Paris. 1712. Beaucoup de ses écrits sont demeu­ rés manuscrits et parmi eux nous mentionnerons une Histoire de l'abbaye de Saint-Vanne de Verdun; un Abrégé du Commentaire littéral de dont Calniet sur l’Ecriture sainte; des Paraphrases sur le Cantique des cantiques el le Dies iræ; un Recueil de séquences, proses anciennes et cantiques; et enfin Concordia dis­ cordantium theologorum circa gratiam Christi Salva­ toris et meritum hominis. (Doni François.] Bibliothèque générale des écrivains de l'or­ dre de S. Benoit. 4 in-4·, Bouillon, 1777, t. i, p. 124; Ziegelbauer, Hist, rei literarûe ordinis S. Benedicti, 4 in-fol., Vienne. 1754, l. m. p. 669: domCalmet. Bibliothèque lorraine, in-foL, Nancy. 1751, coi. 308-311. B. Heurtebize. COURTECUISSE Jean, ou BRIÈVECUISSE (Breviscoxa), un des premiers orateurs de l'université de Paris et du clergé de France à l'époque du grand schisme. Il était né à Haleine (Orne), dans l'ancienne province de Normandie, mais sur la limite de. la Mayenne, et au diocèse du Mans; c’est pourquoi on a dit Courtecuisse tantôt Normand tantôt Manceau. Vers 1367, il entra au collège de Navarre â Paris, ou il étudia successivement la grammaire, la philosophie el a théologie. En 1373, il fut reçu licencié ès arts, et entre 1378 et 1382, bachelier en théologie. H enseigna a Navarre et subit l'examen de licence, le 30 avril 1389. On ignore à quelle date il fut reçu docteur. Ses études avaient duré plus de 20 ans. En 1387, il était diacre du diocèse de Paris. Le 4 juillet 1391, il fut nommé à un canonical à Poitiers; il était aussi cha­ noine du Mans, en 1398, et peut-être encore de La­ vant·. En I408, il devint aumônier du roi, membre du grand conseil et recteur du collège de Navarre. Son enseignement lui mérita le nom de doctor sublimis. Le 16 mai 1409, il fut pourvu d’une prébende à NotreDame de Paris, dont il avait l'expectative depuis 1405. H fut doyen de la faculté, d’août 1416 à septembre 1421, et chancelier du chapitre de Paris de 1419 à 1421. Il assista aux synodes de Paris, de 1395 et de 1398. Dans l'affaire du grand schisme, il fut de toutes les assemblées et de toutes les ambassades, et il eut une entrevue avec Benoit XIII et Grégoire XII; il travailla à l'union. Quand Pierre de Lune (Benoît XIII) eut fulminé en 1408 l'excommunication contre les Français qui se détachaient de son obédience, Courtecuisse pro­ nonça contre lui, le 21 mai, un discours violent, dans lequel il accusait d’hérésie et de schisme le pape d'Avi­ gnon et déclarait sa bulle nulle et sans valeur. H assista aux conciles de Pise (1409) et de Rome (1418). Dans les affaires politiques, il fut un orateur éloquent et écouté plutôt qu’un chef de parti ; il était l'obligé du duc d'Or­ léans, dont il lit l'oraison funèbre en 1414 au collège de Navarre. La même année, au concile de la foi. réuni pour juger Jean Petit, il se prononça pour une con­ damnation conditionnelle. Le 27 décembre 1420, il tut élu évêque de Paris, par l'inspiration du Saint-Esprit, disait le parti armagnac; il fut installé, mais pas sacré â cause de l’opposition politique faite à son élection. Le 12 juin 1422, il fut transféré par le pape sur le siège de Genève, dont il prit possession le 22 octobre COURTECUISSE 1985 suivant, mais il mourut le 4 mars 1423, âgé de prés de 70 ans. La liste de ses ouvrages exégétiques et théologiques a été publiée par Launoy d'après les manuscrits des bibliothèques de Notre-Dame et de Saint-Victor ; elle a été rééditée par Oudin et par l’abbé Féret. Un seul a été imprimé dans les Opera omnia de Gerson, par Ellies Du Pin, Anvers, 1706, t. i, col. 805-903 : Tracta­ tus de fide et Ecclesia, Romano pontifice et concilio generali. C’est le même ouvrage que la question : l'irum Ecclesia Christo per fidem desponsata, etc. Dans la 111e partie, il enseigne que le pape peut errer dans la foi, mais non l’Église universelle. Il n’accorde l'infaillibilité qu'aux décrets des conciles généraux qui auraient été portés à l’unanimité ou à la majorité des docteurs. Si le pape était notoirement hérétique, le concile général devrait être convoqué par les évéques et, à leur défaut, par les rois et les princes; à la négli­ gence de ces derniers, par tous les catholiques. En 1103, Courtecuisse avait traduit en français le Traité des quatre vertus, alors attribué à Sénèque. Cf. P. Paris, Les manuscrits français de la bibliolhèqtte du roi, t. Il, p. 121. Ses ouvrages oratoires, discours et sermons, conservés dans le manuscrit latin 3516 de la Bibliothèque nationale et dans le manuscrit 2764 de l’Arsenal, ont été étudiés par A. Coville, Recherches sur Jean Courtecuisse et ses œuvres oratoires, dans la Bibliothèque de l'école des chartes, 1904, t. t.xv, p. 491-529. On en trouvera la liste, la date et l’analyse avec des extraits de la procédure à suivre pour juger les propositions de .Jean Petit sur le tyrannicide, de l'éloge funèbre du duc d’Orléans, el des serinons fran­ çais, curieux par leurs divisions alambiquées et l’éru­ dition profane, dont ils sont remplis. I .annoy, Hegii Navarræ gymnasii parisiensis historia, in-4-, Paris, 1677, p. 463; du Boulay, Historia universitatis pa­ risiensis, t. IV, p. 997 ; t. v, p. 887; Gallia Christiana, Paris, 1714, t. vu, p. 144; Oudin, Commentarius de scriptoribus ec­ clesiasticis, t. ni, p. 2258; Fabricius, Bibliotheca latina medii ævi. Florence, 1858, t. 11, p. 257; Haurêau, Histoire littéraire du Maine, Paris, 1871, t. ni, p. 149; Denifle et Chatelain, Char­ tularium universitatis parisiensis, t. m, p. 259; t. iv, passim; N. Valois, La France et le grand schisme d'Occideut, t. IV ; P. Féret, La faculté de théologie de Paris el ses docteurs les 1 lus célèbres, moyen âge, Paris, 1897, t. tv, p. 169-180; A. Co­ ville, loc. cit., p. 469-529; !.. Froger, Jean Courtecuisse, cha­ noine du Mans et évêque de Genève (vers 1350-1423). dans La province du Maine, 1905, t. xm, p. 22I-227: Hurler, Nomen­ clator, 3' édit., Inspruck, 1905, t. n, col. 755-756. E. Mangenot. COURTIN Pierre, originaire de Pertuis en Pro­ vence, fut provincial des carmes et professa la théolo­ gie à l'université de Paris, où il mourut en novembre 1599, après avoir publié, outre plusieurs volumes de sermons, Victoria veritatis contra hæreseos mendacia, vitia et omnium statuum abusus, in-8», Paris, 1584; Collatio saporum sacrosancti corporis et sanguinis Christi cum octo beati ludinibus ab eo enuntiatis, in8", Paris, 1585. Cosme de Villiers, Bibliotheca carmelitana, Orléans, 1752, L n, coi. 568. P. Servais. COUSSORD Claude, théologien français du milieu du χνι· siècle, a publié : Valdensium ac quorumdam aliorum errores, quæ nunc vigent, hæreses conti­ nentes : quibus accessit recens illorum impugnatio, necnon de œqua bonorum Ecclesiæ distributione et usu debito, deque eorumdem oppositis, et quibus ortæ sunt hæreses mullæ, declaratio, in-8°, Paris, I5I8; trad, franç., Sedan,1618. I nipin. Table des auteurs ecclésiastiques du xvr siècle, in-8", Paris, 1704, col. 1052; Hurter, Nomenclator, 3· édit., Inspruck, 1X6, t. II, col. 1589. B. Heürtebize. DICT. DE T1IÉOL. CAT1I0L. COUSTANT 1986 COUSTANT Pierre, bénédictin, né à Compïègne le 30 avril 1657, mort à Paris dans l'abbaye de SaintGermain-des-Prés le 18 octobre 1721. Il fit ses premières études dans sa ville natale, sous la direction des Pères jésuites, puis entra chez les bénédictins de la congré­ gation de Saint-Maurà Saint-Remi de Reims où il fit pro­ fession le 17 juin 1672. Il étudia la philosophie à SaintMédard de Soissons, ayant pour maître dom François Lamy. Après son élévation au sacerdoce, ses supérieurs l’envoyèrent à Saint-Germain-des-Prés pour travaillera l'édition des œuvres de saint Augustin. C’est â dom Coustan t que nous sommes redevables dans cette grande publi­ cation des tables qui terminent le me vol. etdes appendices des t. v et vi, où avec une grande sûreté de critique il sut séparer les sermons ou traités authentiques des apocryphes : Appendix tomi v operum S. Augustini complectens sermones supposilios in quatuor classes nunc primum ordine digestos quibus inserti sunt ser­ mones Cæsarii episcopi Arelatensis; Appendix tomi vi operum S. Augustini complectens subdititia opuscula. Il est en outre le principal auteur des tables générales qui terminent l'édition des œuvres de saint Augustin. En 1687, sur la proposition de dom Mabillon, le chapitre général de la congrégation de Saint-Maur chargea dom Constant de publier une nouvelle édition des œuvres de saint Hilaire. L'ouvrage parut en 1693 : 8'. Ililarii, Pictavorum episcopi, opera ad manuscript» codices gallicanes, romanes, belgicos, necnon ad veteres edi­ tiones castigata, aliquot aucta opusculis, præviis in locos difficiles disputationibus, praefationibus, admo­ nitionibus, notis, nova sancti confessoris vita et copio­ sissimis Scripturarum, rerum, glossarum indicibus locupletata el illustrata, in-fol., Paris, 1693. En 1730, parut à Vérone une nouvelle édition du travail de dom Coustant, revue et augmentée par les soins de Scipion Malfei, reproduite. P. L., t. xi. Pour répondre à diverses attaques contre les éditions des Pères faites par les re­ ligieux de la congrégation de -Saint-Maur et contre l’ouvrage de dom Mabillon De re diplomalica, dom Coustant publia contre le P. Barthélemy Germon : Vindicte manuscriplorum codicum a R. P. bartholomæo Germon impugnatorum cum appendice in quo S. Ililarii quidam loci ab anonyme obscurati el de­ pravati illustrantur el explicantur, in-8», Paris, 1706 L’appendice est une réponse à l’abbé Faydit qui lui avait reproché une mauvaise interprétation d'un texte de saint Hilaire. Le P. Germon ayant voulu continuer la lutte, dom Constant publia un second volume : Vin­ diciæ veterum codicum confirmâtes in quibus plures Patrum atque conciliorum illustrantur loci; Ecclesiæ de trina deitate dicenda traditio asseritur; Ratramnus et Gotescalcus purgantur ab injustis suspicionibus et quædam pyrrhonismi semina novissime sparsa rete­ guntur el convelluntur, in-8», Paris, 1715. Au moment où il terminait l’impression des œuvres de saint Hilaire, dom Coustant avait été nommé prieur de Nogentsous-Coucy. 11 demeura trois ans dans cette charge et en 1696 revint à Saint-Germain-des-Prés où il eut â surveiller une nouvelle édition du bréviaire de sa con­ grégation. On voulut lui confier le soin de continuer les Mémoires sur l'histoire ecclésiastique de Tillemonl. mais il déclina cet honneur pour se consacrer tout en­ tier à la préparation d'une édition des lettres des papes. De cet important travail, dont il publia le plan dans le Journal des savants du 4 septembre 1719, un volum >.· seulement a paru : Epistolæ Romanorum pontificum et quæ ad eos scripte sunt a sancto Clemente ·ι t Innocentium Ill quotquot reperiri potuerunt. novæ sive diversis in locis sparsim editæ, ad/uu ■;« fragmentis, spuriis segregatis, in unum secund im dinem temporum collecte, ad veterum codicum fidem recognite et emendate, præviis admonitionibus, ·.■·. opus fuerit, nolis criticis ac dissertationibus quæ '· ΙΠ. - 63 1987 COUSTANT - - COUTUME toriani, (togmata. disciplinam explicant. Τ.ι,αύ anno Christi 61 ad annum 440, in-fol., Paris, 1721. Ce vokime de dom Constant avec des suppressions et quelques additions des Ballerini fut réimprimé à Gœtlingue en 4796 par les soins de Schœnemann. Dans le 1er vol. de ses Analecta novissima, in-8°, Frascati, 1(885, p. 371461, le cardinal Pitra a publié une Apologie du pape Vigile, œuvre de dom Constant, et de dom Mopinot, son disciple, et trouvée dans les papiers des bénédic­ tins conservés à la Bibliothèque Vaticane. On attribue encore â dom Constant une Réponse à une dissertation sur un passage de saint Jérôme, in-12, publiée à Paris en 1707 sans nom d’auteur. Dom Mopinot, Éloge de dont Constant, dans le Journal des savants, janvier 1722; dom Filipe le Cerf de la Viéville. Biblio­ thèque historique el critique des auteurs de la congrégation de Saint-Maur, in-12, Paris, 1726, p. 62; Ziegelbauer, Historia rei literarix ord. S. Benedicti, 4 in-fol.. Vienne. 1754. t. l, p. 392; t. iv, p. 103, 104, 127, 410, 693; [dom Tassin,) Histoire littéraire de la congrégation de Saint-Maur, in-4·, Paris, 1770, p. 417 ; [D. François,] Bibliothèque générale des écrivains de Cordre de S. Benoit, 4 in-4·, Bouillon, 1777, t. i, p. 224; H. Constant d'Hyanville, Notice sur dom P. Constant, ίη·8·, Beauvais, 1863; Bibliothèque des écrivains de la congr. de Saint-Maur, in-12, Paris, 1882, p. 118; Ch. de Lama, Biblio­ thèque des écrivains de la congrégation de Saint-Maur, in-12, Munich et Paris, 1882, n. 332-335; cardinal Pitra, Analecta novissima, Spicilegii Solesmensis altera continuatio, gr. in-8·, Frascati, t. I, p. 10-12. 20, 24-27, 29-33, 370-461; abbé J.-B. Vanel, Nécrologe des religieux de la congr. de Saint-Maur décédés à Saint-Gcnnain-des-Prés, in-4·, Paris, 1896, p. 127. B. Heurtebize. COUSTEL Pierre, théologien français, né à Beau­ vais le 20 octobre 1621, mort en cette ville le 16 oc­ tobre 1704. Après avoir fait ses études à Paris, il entra comme professeur au collège de Beauvais, puisse retira à Port-Royal. Après quelques années de retraite, il se mit à voyager et devint précepteur des neveux du car­ dinal Egon, prince de Furstemberg. De retour en France, il demeura â Paris au collège des Grassins qu’il quitta pour revenir habiter Beauvais où il mourut. Il publia : Paradoxes de Cicéron, in-12, Paris, 1666, sous la signature de Du Clouset; Les règles de l'éducation des enfants où il est parlé en détail de la manière dont il faut se conduire pour leur inspirer les senti­ ments d’une solide piété et pour leur apprendre par­ faitement les belles-lettres, ouvrage dédié au prince de Furstemberg, 2 in-8», Paris, 1687; le même ouvrage sans l’épitre dédicatoire sous le titre : Traité d'éduca­ tion chrétienne et littéraire, 2 in-12,1749; Sentiments de l’Eglise et des SS. Pères pour servir de décision sur la comédie et les comédiens, opposés ά ceux de la lettre qui a paru depuis quelques mois sur ce sujet, m -12, Paris, 1694, ouvrage contre le P. François Callaro, théatin. 1988 fession l’année suivante. Son testament porte la date du 28 janvier 1510. L’ordre l’institua visiteur de la pro­ vince de France et le nomma successivement prieur des maisons de la Val-Dieu, dans le Perche, de Paris, de la Préo-lez-Troyes et du Parc-Sainte-Marie, ou la mort vint le frapper le 18 juin 1537. Son érudition fut profi­ table non seulement à ses frères en religion, mais encore à toute l’Église. Dom Cousturier a écrit les ouvrages suivants : I» De vita earlusiana libri duo, in-4», Paris, 1522; in-8», Louvain, 1572; Cologne, 1609. Ces deux livres, en forme de dialogue, relatent la vie de saint Bruno, la fondation de l’ordre des chartreux, ses prérogatives, sa liturgie, ses hommes illustres par la sainteté et par la doctrine, ses observances et ses avan­ tages. Dom Cousturier y répond à toutes les critiques et à toutes les objections que de son temps déjà on faisait contre le genre de vie des chartreux; 2» De triplici connubio Divæ Annædisceptatio, in-8», Paris, 1523, où il soutient l’opinion, alors répandue, du triple mariage de sainte Anne; 3» De translatione Bibliæ et novarum interpretationum reprobatione, in-fol., Paris, 1524, 1525; c’est une défense de la Vulgate contre les inno­ vations d’Érasme et de Le Fèvre d’Étaples. Erasme pu­ blia l’apologie suivante: zldversus Petrum Sutorem, quondam theologi Sorbonici, nunc monachi carthusiani, debacchationem Apologia, in-8», Bâle, 1525; dom Cousturier répliqua : /Idversus insanam Erasmi apologiam Petri Sutoris Antapologia, in-4», Paris, 1526 ; Érasme revient à la charge : Prologus Erasmi Bolerodami in supputationem calumniarum Nathalis Hedæ Besponsiunculæ ad propositiones a Beda notatas. Appendix de Antapologia Petri Sutoris el scriptis Jodoci Clichtovei, quibus additur elenchus erratorum in censuras Bedæ jampridem excusus, in-8», Bâle, 1526; Γ Apologia et cet appendice se trouvent dans les Opera d’Erasme, Bâle, 1510; Leyde, 1703, t. ιχ; 4» Apologe­ ticum in novos anlicomaritas, præclaris beatæ Vir­ ginis Mariæ laudibus detrahentes, in quo et mulla inseruntur quæ ad suffragia, merita, venerationemque sanctorum reliquiarum el imaginum pertinent, in-4», Paris, 1526 ; 5° In damnatam Lulheri hæresim de votis monasticis, in-8», Paris, 1531 ; 6» De potestate Ecclesiæ in occultis, in-8», Paris, 1534, 2 éditions; 3' édit., 1546; 7» De modo faeiendi testamentum saluberrimum, in-8». Paris, s. d.; 8" un grand traité De contemplatione, dont l’auteur fait tnenlion, De vita earlusiana, I. 1, tr. III, c. x, Cologne, 1609, p. 197. Quérard, La France littéraire, t. n, p. 324. B. Heurtebize. COUSTURIER, en latin SUTOR, est le véritable Petrejus, Bibliotheca earlusiana; Morozzo, Theatrum diranot. S. cactus. ord. : Le Vasseur, Ephemerides ord. carius., t. it, p. 346 ; dont Liron, Singularités littéraires et historiques, t. m; Hauréau, Histoire littér. du Maine, t. n; Féret. La fa­ culté de théologie de Paris et ses principaux docteurs, époque moderne, Palis, 1901. t. m, p. 392-395: Hurter. Nomenclator, 3‘ édit., Inspruck, 1906, t. H, coi. 1304-1305. S. Autobe. COUTUME. — I. Définition. II. Divisions. III. Con­ nom du célèbre dom Pierre Sutor, théologien chartreux du xvi' siècle. Ou le nomme aussi Le Couturier, mais personne n’a suivi Baillet, qui l’a appelé dom Corduanier, et bien moins encore M. de la Monnoye, qui a pré­ féré traduire Sutor par Le Sueur. Cf. Baillet, Juge­ ment des savons, Paris, 1722, t. vu, p. 342. Dom Pierre Cousturier naquit à Chemiré-le-Roi, au diocèse du .Mans. Dès l’enfance, il fréquenta ses voisins les char­ treux du Parc-Sainte-Marie et commença à estimer leur genre de vie. Après avoir fait ses études en la maison de Sorbonne, il fut r u docteur en théologie, enseigna la philosophie au college de Sainte-Barbe, à Paris, et se dislingua par son éloquence et sa vie vertueuse. Il fut prieur de Sorbonne, â une époque incertaine. Au com­ mencement de l’année 1509, il quitta l’enseignement et, à la grande surprise de ses nombreux admirateurs, se relira à la chartreuse de Vauvert-lez-Paris, et y lit pro- ditions de sa légitimité. IV. Effets de la coutume. V. Abrogation des coutumes. VI. Application à cer­ tains points de discipline ecclésiastique. I. Définition. — 1» D’une manière générale, le rôle de la coutume commence là où le texte de la loi fait défaut, ou bien, lorsque son texte obscur, équivoque, nécessile interprétation; enfin, lorsque ne répondant plus aux nécessités de la situation, les dispositions du législateur ont besoin d’étre modifiées, voire abrogé C’est donc le bien général voulu par le peuple, qui a donné son origine au droit coutumier, civil et ecclési -tique. Les auteurs discutent pour savoir si la coutuii est antérieure à la loi, ou bien si la loi a précédé L coutume. Cette controverse nous parait dépourvue d’intérêt. Il est impossible d’établir à ce sujet unthéorie fixe. Comme nous l’avons dit, la coutume inter­ vient, tantôt avant la genèse de la loi, tantôt durant s.a 1989 COUTUME plein exercice. Partant, son rôle dépend des circons­ tances de fait, qui peuvent se présenter. Ce qui est hors de conteste, c’est que toutes les législations ont eu égard aux usages légitimement introduits, et les ont consacrés par des dispositions spéciales. L’Église main­ tient sous ce rapport la valeur du droit coutumier. Une foule de décisions récentes confirment uniformé­ ment l’importance de son rôle. Le droit civil tend au contraire à restreindre de plus en plus son importance. Sa valeur juridique est presque nulle parmi nous. La loi du 30 ventôse an XII (21 mars 1804) a formel­ lement abrogé les coutumes qui réglaient les matières visées par le nouveau Code civil. L'art. 1399 du Code civil les annule également. Toutefois, il était impossi­ ble de les abroger complètement; aussi les articles 671, 674, 689, 1756, 1758, etc., du même Code prescri­ virent aux tribunaux d’en tenir compte dans certaines circonstances ou il est impossible d’appliquer la loi sans se référer aux traditions provenant des coutumes des anciennes provinces. Cette exception s’étend aussi à certaines coutumes locales que l'on prend en considé­ ration. 2° Dans son acception stricte, la coutume est définie généralement par les auteurs : un droit non écrit, in­ troduit par les actes répétés de la communauté, avec le consentement du législateur. Jus non scriptum, diu­ turnis populi moribus introductum, aliquo legislato­ ris consensu introductum. Sanli-Leitner, 1. 1, lit. iv. De consuetudine. 1. Dans son sens juridique, on appelle donc la cou­ tume jus, un droit, parce que, en toute circonstance, elle crée une obligation quand elle est légitimement établie. Par là, elle diffère de la simple répétition des actes qui ne constituent pas le droit. C'est ce caractère général attribué à la coutume par cette définition, qui a fait rejeter aussi l’ancienne notion des Décrétales, restreignant l’existence de la coutume aux cas d'absence de loi: pro lege suscipitur quando deficit lex. La cou­ tume conserve son rôle même en présence des lois existantes, comme nous le verrons plus loin. 2. Droit non écrit, non pas en cesens que le droit >·»■···■mier ne puisse pas être consigné dans les auteurs, afin d'élre maintenu dans sa lettre et son esprit; mais parce que,dès le début, il n’a pas étéofliciellement inséré dans le corps du droit par le législateur. Ainsi on comprend très bien que les commentateurs inscrivent dans leurs ouvrages les us et coutumes qu’ils étudient et discutent. Le législateur lui-méme peut donner place aux coutumes dans son code. S’il se contente de les consigner telles quelles, sans leur donner un titre légal, on ne saurait contester qu'on reste en face du droit coutumier. S’il leur confère le caractère légal, bien des commentateurs continuent à leur attribuer à la fois la notion du droit coutumier et légal. Ils estiment que ce double caractère n'est nullement incompatible. Cette dualité peut même avoir son avantage. En effet, si la loi est venue se greffer sur une coutume antique, il peut se faire que le législateur abroge la loi; néanmoins, les privilèges pourront continuer à survivre en vertu delà coutume, a moins que le législateur ne les abroge formellement. 3. Par les actes répétés de la communauté. C’est là que se trouve la différence capitale entre la loi écrite et la loi introduite par l’usage. La première émane du législateur,est promulguée par lui; la seconde procède des actes fréquents de la communauté, réitérés durant de longues années. L’une descend du haut et prend place de plain-pied, dans le code des lois; l’autre monte d'en bas et finit par se faire accepter par l’aulorite. En disant communauté, nous indiquons la société qui possède le pouvoir législatif, ou du moins qui est susceptible d’etre soumise à la loi. Ainsi une famille est incapable de transformer en loi un usage qu'elle aurait adopté, même avec l'agrément du supérieur. En 1990 revanche, les corps d'Etat, le clergé, la magistrature, un ordre religieux peuvent créer une jurisprudence pour leur direction respective. Le précepte seul appartient aux familles privées; le droit coutumier trouve sa place dans les corps constitués. 4. Avec le consentement du législateur. En elfet, il est rare qu’une coutume ne soit pas contraire en son début aux décisions de l’autorité. Mais comme le légis­ lateur humain ne saurait prévoir toutes les nécessités successives, la communauté peut, sous la pression des circonstances, introduire un droit nouveau, à côté et au besoin contre le droit écrit. Le supérieur qui a souci du bien général est censé ne pas s’opposer à ces pratiques raisonnables. En outre, le droit coutumier qui a force de loi, ne peut émaner que de l’autorité ; la multitude doit être régie. Par conséquent, la force de la coutume repose sur l’agrément du supérieur, exprimé d’une ma­ nière ou d’une autre. 3« Des indications données résulte aussi la différencequi existe entre la loi proprement dite, la tradition, la prescription, le style et le rite. Comme nous l'avons dit, la loi est préparée, discutée et promulguée par les autorités diverses selon les cons­ titutions nationales. Le droit coutumier se développe indépendamment de cette procédure, par les mœurs publiques. Les lois étant solennellement promulguées ne donnent guère de prise aux doutes concernant leur existence. La coutume, au contraire, prête le flanc à mille difficultés, sous ce rapport. La tradition concerne principalement les doctrines, les observances, les institutions disciplinaires, trans­ mises, en dehors de l’Écriture, par l’enseignement oral ou écrit des conciles el des Pères. Elle complèt les données scripturaires; elle émane de l’autorité. Elle est divine, apostolique ou ecclésiastique, suivant que son origine la rattache à Jésus-Christ, aux apôtres ou aux actes de l’Église primitive. La coutume, au contraire,, repose sur des pratiques introduites indépendamment de l’autorité, et de lois antérieures par des parti­ culiers qui ont fini par les faire prévaloir dans la com­ munauté. La prescription prend son origine dans les nécessités sociales, mais la coutume établit un droit public nou­ veau, obligatoire, parallèlement au droit officiel. La prescription, pour être légitime, exige la bonne foi et un titre coloré; à cette seule condition, l'accuisition d'un droit, ou la libération d’une charge restent régu­ lières. La coutume s'introduit fréquemment même par la mauvaise foi. Le consentement du législateur, fondé sur la présomption de son désir du bien public, l'accrédite. La prescription ne s’établit qu’en faveur de celui qui use de la chose; la coutume fait loi pour tous, en les obligeant à certains actes, ou en les exo­ nérant. La prescription s’acquiert au préjudice de l’un et à l’avantagé de l'autre; la coutume s’établit indiffé­ remment au profit ou au dommage de tous. La coutume d’après sa signification juridique peut s'étendre au droit général. Le style et le rite concernent certaines formes proto­ colaires, usitées dans la rédaction et l’expédition des­ jugements et actes officiciels. Ainsi, par les termes style de la curie, on désigne les clauses employées obligatoi­ rement pour les demandes en cour de Rome ou la rédaction des rescrits. Le rite est la manière habituelle dont on accomplit certains actes, spécialement I· s offices sacrés. 11. Division. — I» Selon les objets qu'elle régit, la coutume est canonique ou civile. Ainsi, l'instituti n primitive des métropolitains, les jeûnes, l'empêche , ’ ·. du mariage entre ceux qui sont baptisés et ceux qui : le sont pas en principe, et les usages concernar.·. : sonne et les biens des clercs, ont fait primitive;, - - ·. partie du droit coutumier canonique. Les usages .. a- 1991 COUTUME 1992 cernant les laïques et leurs intérêts temporels appar­ antérieurs, mais elles déclarent abusifs et déraison­ tiennent au droit coutumier civil. nables, tous ceux que l’on pourrait introduire à l’ave­ i" Au point de vue des conséquences, la coutume est nir. C’est ce qui a lieu lorsque les constitutions ponti­ positive, lorsqu'elle a pour résultat d’autoriser les mem­ ficales s’expriment dans les termes suivants : Consue­ bres de la communauté à pratiquer certains actes, à tudinem illam penitus improbamus. Cum hæc non exercer certains droits. Elle est négative, quand elle i tam consuetudo quam corruptela merito sil censenda. tend à exonérer les sujets de certaines obligations, par I 6» Eu égard au temps requis pour la légitimer, la exemple de l'audition de la sainte messe certains jours | coutume est régulièrement prescrite ou non prescrite. léries. Dans le premier cas, elle s’impose non seulement par 3° Eu égard à sa moralité,elle est bonne ou raisonna­ les conditions de fréquence des actes de la commu­ ble, mauvaise ou déraisonnable. Elle est bonne, quand nauté et du consentement du législateur, mais encore elle n'est pas contraire au bien public, au droit naturel par le laps de temps requis. C'est le contraire lorsque et au droit divin. Elle peut être mauvaise à un double le temps exigé ne se réalise pas; elle n’est pas pres­ point de vue : a) intrinsèquement, lorsqu’elle est oppo­ crite. Elle est encore appelée longue, lorsqu'on peut sée au droit naturel et divin, de façon que rien ne sau­ fixer une date à son origine, cinquantenaire, cente­ rait la justifier; dans ce cas, elle est toujours qualifiée naire. Elle est immémoriale, lorsque les plus anciens d'abus intolérable, corruptela; b) extrinsèquement, ne peuvent en déterminer l'origine : cujus exordii lorsqu’elle est mauvaise non par elle-même, mais parce nulla exstat memoria. que le législateur l'a interdite pour un motif particulier. 7» Quant à son étendue, la coutume peut être :1. très La circonstance qui l'a fait proscrire disparaissant, pa­ générale ou universelle; par exemple celles qui sont reil usage peut être canonisé. Le droit ecclésiastique communes dans toute l’Église catholique, comme le nous fournit un exemple de ce genre. Cum dilectus, signe de la croix, la récitation de l'Angelus au son des c. vin. De droit commun, l'abbé ou le prieur d’un mo­ cloches, la réception des cendres le mercredi, jour de nastère doit appartenir à la communauté; c’est qu’en l’ouverture du carême ; 2. générale, lorsqu’elle est en effet, un pareil élu a meilleure connaissance du monas- vigueur dans une nation, dans l’Église de France, 'ère qu'un étranger. Toutefois, le pape Innocent III d’Espagne, d’Italie; 3. spéciale, celle qui existe dans une reconnut la légitimité de l’usage contraire, en faveur province, dans un diocèse, comme l’habitude de payer de certains couvents, pour des raisons particulières. la dime, ou de fournir des redevances en nature pour 4» On appelle aussi coutume la tradition judiciaire, l’entretien des ministres sacrés, ou le service du culte; lorsqu'elle forme jurisprudence, c’est-à-dire lorsque 4. très spéciale, celle qui peut exister dans une famille, des décisions uniformes ont été itérativement énoncées ou une minime partie de la communauté; elle ne peut sur un point de droit. Dans le cas où deux jugements servir de fondement au droit. conformes auraient été portés dans une période décennale 8° La division la plus importante de la coutume estcelle sur une matière, la question passe à l’état de chose qui considère celle dernière sous le rapport de la con­ jugée, et forme la consuetudo judicialis. Si des juge­ formité ou de l'opposition avec le droit. A ce point de ments contradictoires ou même divers ont été pronon­ vue, la coutume peut être conforme au droit, en dehors cés, ou bien si l’on se trouve en face du seul usage de du droit et opposée au droit, secundum jus, præler jus la communauté, c’est la coutume ou la tradition extra­ et contra jus. — I. La coutume conforme au droit est judiciaire. celle qui a été appelée optima legum interpres. En exé­ 5" Au point de vue légal, la coutume peut revêtir plu­ cutant uniformément les prescriptions législatives, on sieurs caractères qu’il est nécessaire de bien définir, à les explique et on les renforce ; ainsi l’usage du frus­ raison des clauses qui reviennent fréquemment dans tulum et de la polio chocolalica confirme la loi du les documents émanés du saint-siège. Il y a des usages jeune et l’éclaire. — 2. La coutume en dehors de la loi. que le législateur ne réprouve pas, consuetudine non præler jus, est celle qui s’établit en l’absence de toute repuisa. 11 y en a d’autres qu’il déclare abrogés, pros­ prescription. Quelque étendue que soit une législation, crits et réprouvés, consuetudine quacumque abro­ il est impossible qu'elle embrasse tous les détails : elle gata, prohibita et reprobata. Ces clauses ont leur si­ laisse le règlement de nombre de points disciplinaires gnification précise. à la pratique des divers monastères ou des différents 1. La première ne présente pas de difficulté; le légis­ diocèses; de là les consuetudines præler legem. Elles lateur admet l’existence des moyens légitimes, consue­ comblent les lacunes inévitables de la loi générale. tudine non repuisa. Elles constituent le droit et obligent les parties inté­ 2. Abrogata; par ce terme, ce sont les usages déjà ressées à se soumettre à ce qu’elles ordonnent ou à ce antérieurement admis qui sont éliminés; mais rien n’est qu’elles interdisent. — 3. L’usage contraire à la loi. décidé pour les coutumes futures qui pourront s’éta­ contra legem, est celui qui tend à abroger les prescrip­ blir contrairement â la loi positive : car, par cette for­ tions légales, en tout ou en partie. Les commentateurs mule, il n’est point déclaré que la coutume abrogée a font observer que la coutume peut s'opposer même à la été ainsi abolie, parce qu’elle était intrinsèquement mise à exécution de la loi. Ainsi les prescriptions an­ mauvaise. La clause abrogatoire ordinaire des actes tiques de ne baptiser qu'aux solennités de Pâques et d· pontificaux est celle-ci. non obstante quacumque con­ la Pentecôte, hors le cas d’urgence; les défenses d· suetudine. Voir col. 33-34. prier à genoux le dimanche, de manger du sang.de> 3. Prohibita. Cette formule interdit, non seulement animaux suffoqués, n’ont jamais été retirées par des les usages antérieurs contraires à la loi que l'on pro­ constitutions apostoliques. C’est la coutume qui les a mulgue, mais mutes celles qui pourraient surgir ulté­ fait disparaître de l’économie générale de la vie chré­ rieurement. Toutefois, ici non plus, la formule n’in­ tienne. dique pas que toutes les coutumes prohibées sont mau­ 111. Conditions de légitimité.— En principe. l’Église vaises foncièrement. Le législateur peut les interdire accepte les coutumes raisonnables consacrées par le evinme moins bonnes, moins utiles que la loi. Aussi, temps. A raison de son universalité meme qui la met en les circonstances changeant, la coutume contraire contact avec tant de nationalités diverses, il lui est im­ pourra avoir sa raison de naître et de se développer. possible de n’avoir pas égard à leur tempérament, Les clauses ordinaires sont de ce genre : Nolumus leur histoire, à leurs préjugés. Toutefois, l’enseigne­ contra hanc legem aliquam consuetudinem valere. ment commun indique les conditions normales requis-> pour que la coutume soit apte à être légitimée. Les 4. Lorsque les danses réprouvent toute coutume con­ traire i la loi, non seulement elles abrogent les usages unes concernent le caractère de l'usage lui-même, les 1993 COUTUME autres, l’attitude de la communauté, puis le consente­ ment du supérieur, enfin la durée du temps requis. I» Caractère de l'usage. — Pour que la coutume soit apte à devenir loi, il est indispensable qu'elle soit rai­ sonnable. S’il y a eu des controverses parmi les au­ teurs, pour préciser le concept de l'usage raisonnable on non raisonnable, le principe de la ralionabililé n'a jamais été contesté. La loi doit être raisonnable; or la cout urne étant appelée à le devenir, ne saurait ne pas l'être ■ son tour. 11 résulte de ces principes : l.Que toute cou­ tume conforme à la loi est parfaitement raisonnable, puisqu’elle la confirme pratiquement, dans son existence et sa portée. — 2. De même l’usage præler legem peut ■ tre considéré comme raisonnable, jusqu’à preuve du contraire. Puisqu'il ne viole aucune loi, la présomption est en sa faveur. — 3. La coutume contraire à la loi peut être raisonnable dans certaines conditions. Il ne saurait y avoir contestation sérieuse sur ce point. En elfet, si une loi est utile dans son ensemble et pour la généralité des sujets, l’usage contraire peut être aussi et même plus utile pour certaines régions spéciales; du moins, elle ne saurait être mauvaise dans ces conditions. De plus, le législateur qui pourrait abroger la loi qu’il a promulguée, peut autoriser les habitants de certaines provinces à ne pas l’observer, à raison des circonstan­ ces. Par conséquent au nom du bien public, on peut ■ stimer que le supérieur consent à ce que des dérogations se produisent. Voilà comment le droit commun a reconnu la légitimité des usages raisonnables et régu­ lièrement prescrits. Si l’on objecte la difticulté qu’on éprouve à concilier les deux caractères en apparence contradictoires de la lui qui est raisonnable, et de la coutume qui pour exister doit être raisonnable, il faut répondre : sans aucun doute, ceux qui commencent à résister à la loi < listante prévariquent; ceux qui ensuite maintiennent l opposition, se réclamant de l’exemple de leurs aînés, j euvent certainement ne pas pécher, à raison de leur bonne foi ; ceux qui se contentent de suivre la coutume qu’ils trouvent déjà établie, ne pèchent pas: car à leur point de vue, ils obéissent à leur loi particulière. Nous avons indiqué une réserve en disant dans cer■ tines conditions. En elfet : a) Toute coutume contraire au droit naturel ou au droit positif divin, est dérai-mnable. Ce serait admettre la légitimité de la trans­ gression des commandements de Dieu. Si l'on peut invoquer le consentement présumé du législateur hu­ main en faveur des coutumes contraires à sa loi, il est impossible de recourir à cette fiction, lorsqu'il s’agit nsemble des choses, paroles et Les partisans de la seconde opinion, favorable à la actes, servant au culte extérieur de la divinité. La litur­ prescription des décrets disciplinaires du concile de gie est donc l’expression de la croyance en Dieu, la Trente, s’appuient également sur l'autorité intrinsèque manifestation publique du respect témoigné aux choses et extrinsèque. et personnes sacrées. Aussi les souverains pontiles, gar­ Les uns se placent au point de vue général. Ils éta- ! diens officiels de l'unité de foi et de prière, ont régle­ blissent qu'il ne saurait y avoir de loi â laquelle la cou­ menté la liturgie, par l'imposition du missel, du bré­ tume légitime ne puisse déroger, lors même que le viaire. du rituel, du pontifical, et du cérémonial des 2005 COUTUME COVARRUBIAS Y LEYVA évêques. Le tout a été complété par l’établissement de la S. C. des Rites, chargée de veiller à l’observation des rubriques et des cérémonies sacrées. Ces principes posés, les auteurs se divisent sur le point de savoir si les règles ordinaires du droit coutumier ont leur appli­ cation dans la liturgie. Les liturgistes modernes sur­ tout se prononcent pour la négative. Les canonistes, au contraire, prétendent que la coutume peut prévaloir dans les lois cérémoniaires comme dans toutes les aulres. Ceux qui rejettent la valeur de la coutume dans les matières liturgiques citent : a) les nombreuses déclara­ tions pontificales, qui peuvent se résumer dans les paroles d’Urbain VIII. insérées en tête du missel ; Non obstante quocumque prætextu et contraria con­ suetudine quam abusum esse declarat; b) les décrets de la S. C. des Rites. Nous n'en citerons qu’un seul : Non obstante contraria consuetudine quæ potius cor­ ruptela quam consuetudo dici debet, cum sit contra rubricis missalis romani et cœremonialis. In Perusiana, 27 novembre 1632. c) La raison fondamentale de leur sentiment est la suivante. Les circonstances peuvent exiger qu’un législateur modifie des règles politiques ou disciplinaires d'un peuple ou accepte les transformations introduites par la coutume ; mais rien ne l’oblige à accepter les coutumes dérogeantes, quand il s’agit du culte public, dont le pape est seul régu­ lateur suprême. Surtout depuis le concile de Trente, les souverains pontifes se sont réservé exalusivement le soin de réglementer la liturgie sacrée. Tel est le senti­ ment défendu par Cavalieri, Falise, de Herdt, Ferraris et les liturgistes en général. Les théologiens et les canonistes soutiennent que les coutumes immémoriales, non contraires aux rubriques et aux décrets, peuvent prévaloir dans les rites et les cérémonies sacrées. A leur avis, a) les lois liturgiques, comme les autres lois, doivent admettre les coutumes dans certains circonstances données; car les ritessacramentaux non essentiels et les cérémonies sont d’institu­ tion humaine. — 6) On ne saurait nier que fréquemment la S. C. des Rites autorise certaines coutumes particu­ lières, très anciennes. Ainsi, le 11 juin 1605, elle répon­ dait qu'elle ne réprouvait pas les coutumes immémo­ riales raisonnables : Librum cæremonialis, immémo­ riales et laudabiles consuetudines non tollere. La seule réserve qu’elle fasse, c’est qu elle réclame le droit de décider si ces coutumes sont louables : Recurrendum ad S. R. C. in casibus particularibus (6 mai 18-49). — c) Quant aux déclarations prohibitives de la S. C., elles concernent les usages passés, les coutumes déraison­ nables, celles concernant spécialement le bréviaire et le missel. —d) Enfin, les partisans les plus déterminés du premier système, de Herdt, Lerosey, admettent euxmêmes que les coutumes louables anciennes trouvent grâce devant la S. C. des Rites. On sait, par ailleurs, que la constitution Quod a nobis de saint Pie V, en imposant à l’Église entière le bréviaire romain, admet­ tait une exception. Les livres d’office dont l’usage re­ montait, par suite d'une coutume légitime, à deux cents ans auparavant, restaient autorisés pour les Églises qui voulaient en retenir l’usage. La bulle Quo primum du même pontife maintint la même exception pour le missel. Telle est l'opinion de Suarez, Schmalzgrueber. Pirhing, Leurenius, Bona, Icard, De Angelis, Duballet. 3° Usages particuliers de l’Église gallicane. — Une grave disscusion s’était élevée, il y a quelques années, au sujet des coutumes spéciales existant dans l’Église de France avant le concordat. Les uns établissaient que tous ces usages avaient été anéantis par les déclarations très catégoriques de la constitution Qui Christi Domini de Pie VII. On y lit, en effet, les paroles suivantes : Supprimimus, annul- 2006 lamus et perpetuo extinguimus titulum, denomina^ tionem totiimque statum praesentem infra scripta­ rum ecclesiarum archiepiscopalium et episcopalium, una cum respectivis earum capitulis, juribus, privi logiis et praerogativis cujuscumque generis. Les parti­ sans de cette opinion citent des réponses du saint-siège qui confirment la suppression radicale de tous les usages précédents de l’Église gallicane. Les adversaires protestent contre l'interprétation exagérée donnée au texte de la constitution Qui Christi Domini. Ils prétendent que, par cet acte, le pape n'a entendu que supprimer les sièges épiscopaux avec leurs prérogatives, leurs droits, leurs circonscriptions territoriales. Les coutumes qui étaient en honneurdans le clergé, les corps religieux, le peuple chrétien, ont été respectées. Cette interprétation est conforme à toutes les règles générales. Le clergé de France n'a jamais compris autrement la bulle de Pie VII; et le Saint-Siège n’a jamais exigé que le clergé se soumit absolument au droit commun; il n'a jamais improuvé ces coutumes.’ lorsqu’il le pouvait facilement. Cette discussion générale se précisait à propos des usages que les Eglises particulières voulaient mainte­ nir. Aussi, quelques évêques se croyaient en droit de régler les questions liturgiques concernant le bréviaire, le missel, le pontifical et le rituel. On considérait parfois les décrets disciplinaires du concile de Trente, comme non reçus ; les décisions des congrégations ro­ maines, spécialement celles de l’index, étaient rejetées comme non conformes aux privilèges et aux libertés de l’Eglise gallicane, aux anciens usages nationaux. On soumettait à un triage les cas réservés au Saint-Siège, les censures fulminées par le souverain pontife. Quel­ ques prélats s’arrogeaient le pouvoir de dispenser, en vertu du privilège de leur siège, dans certains empêche­ ments matrimoniaux que le droit réservait exclusive­ ment au pape, etc. Ces discussions, autrefois vives, passionnées, se sont apaisées. La promulgation de la bulle Apostolicæ sedis, les décisions du concile du Vatican, ont mis en vive lu­ mière l’autorité souveraine du pape, dans les matières disciplinaires comme dans les questions dogmatiques. Le mouvement de concentration, provoqué par tous les événements, a facilité la solution de bien des problèmes qui autrefois paraissaient presque insolubles. Plusieui-s auteurs donnent la liste sommaire des coutumes galli­ canes ou non,réprouvées parleSaint-Siège.Néanmoins, quelques anciennes coutumes de l’Eglise gallicane, con­ cernant le jeûne par exemple, ont pu persévérer légiti­ mement après le concordat, et, à supposer qu'elles aien' été abrogées alors, elles se sont rétablies depuis par l’usage. Suarez, De legibus, I. VII ; Schmalzgrueber, Jus ecclesiasti­ cum universum, pari. I, tit. IV, De consuetudine ; Ferrari,. Prompta bibliotheca, v· Consuetudo; Bouix, De principiis juris canonici, sect, vi, c. i; Phillips, Du droit ecclésiastique, § 156. Paris, 1851 : Icard, Prælectiones juris canonici, 1.1, De consue­ tudine; Santi-Leitner, Prælectiones juris canonici, 1. I, tit. iv, Ratisbonne, 1898; Gousset, Exposition de principes du droit canonique, c.xxv. Paris, 1859; Duballet, Cours complet dedruit canonique, Paris, 1898, t. 111. B. Doi.hagxray. COU VOUKLÉSIOS Daniel, théologien grec du xv« siècle, auteur de quatre discours sur la procession du Saint-Esprit, Λόγοι τέσσαρες περ’ι τής έχπορε·.σ:-ν; τοϋ Αγίου ΙΙνεύματος. Papadopoli. Praenotiones mystagogicæ, Padoue, 1697. p iy. 401; Fabricius, Bibliotheca græca, t. XI, p. 6.9; m±*Νιοιλλην»!; οΟοΧογία, Athènes, 1868, p. 111; Dèmélrac :■ . ’OfiôSoUt ’Ελλά;, Leipzig, 1871, p. 92; Id., Π;··*?.·*-. n ; wfc—r, . etc., Leipzig, 1871. p. 8. A. Palmieri COVARRUBIAS Y LEYVA Diego o- COVARRUVIAS. Fils de l’architecte de la ca.;.—.ra.e se 2007 COVARRUBIAS Y LEYVA Tolede, il naquit dans cette ville en 1512. Après de fortes études dans les langues et la jurisprudence, il lut nommé, n'ayant que vingt et un ans, professeur de droit canon à l'université de Salamanque. Il occupa cette chaire avec tant de distinction, qu'il fut chargé de réformer cette célèbre université, vieille déjà de trois siècles. Les statuts qu'il lui donna furent observés jusqu'en ces derniers temps. En 1549, l'empereur Cbarles-Quint le désigna pour le siège archiépiscopal de Saint-Domingue; et. en 1560, sur la présentation de Philippe 11, le pape le préconisa évêque de Ciudad-Rodrigo. En cette qualité, il se rendit au concile de Trente. Sa connais­ sance approfondie du droit le lit choisir par les Pères du concile, pour rédiger, de concert avec le cardinal Hugues Buoncompagno (plus tard Grégoire XIII), les décrets De reformatione. C'est à lui que nous devons le texte deces décrets, approuvés ensuite par le con­ cile et votés en assemblée solennelle, carlingues Buon­ compagno. pris par d'autres travaux, lui laissa, à peu près tout entier, le soin de celui-ci. Λ son retour en Espagne, Covarrubias fut transféré, en 1565, à l'évê­ ché de Ségovie. A la mort du cardinal Espinosa, prési­ dent du conseil de Castille, le roi Philippe II choisit Covarrubias pour le remplacer, et, deux ans après, en 1574, il le lit président du conseil d'Etat. Dans l’exer­ cice de ces hautes fonctions, Covarrubias montra une grande habileté dans les allaires, unie à beaucoup de tact et de souplesse. Au milieu des tracas de la cour, il n’en continua pas moins la composition de ses nom­ breux ouvrages sur le droit canon et le droitcivil. Ils lui acquirent une réputation universelle auprès des savants de l'époque, non seulement de l’Espagne, mais aussi de toute l'Europe. Cette réputation lui survécut, car, après sa mort, survenue le 27 septembre 1577. ses Opera omnia canonica eurent de nombreuses éditions. Nous citerons ici les principales : 2in-fol., Anvers. 1627, 1638 ; 2 in-fol., Lyon, 1568, 1606, 1661 ; 2 in-fol., Genève, 1679; in-fol., Genève, 1762. Celle-ci est la meilleure. Covarrubias avait composé aussi; quelques ouvrages d'un genre différent : De mutatione monelarum el Colleclionummornm veterum cum modernis,in-fol., Anvers, 1556. Dans ses Opera omnia se trouvent quatre livres Variarum resolutionum er pontificio, regio et cæsareo jure, ainsi que divers traités, De testamentis ; De spon­ salibus et malrimonio; De contractibus ; De restitutio­ ne; De regulis juris; De proscriptione; De immunita­ tibus ecclesiarum, etc. Il a laissé en manuscrit des notes sur le concile de Trente; un traité De pœnis, commentaire du I. V des Décrétales, et un travail historique en langue espagnole, Catalogo de los reyes de Espana, y de otras cosas. Fundacion de. algunas ciudades de Espana. Ad vertendas para enlender las inscripciones. Son frère et deux de ses neveux, qui portaient son nom et qui naquirent comme lui à Tolède, s’étant distingués dans la littérature et les sciences, autant que dans la vertu, (car de ses neveux, l'un fut chapelain du roi el chanoine de Cuença, et l'autre cha­ noine de Séville, puis évêque de Girgenti (Agrigente) en Sicile), le poêle Blaise Lopez lit, à leur sujet, le dis­ tique suivant : His non alta suos componat Borna Catones : Toletum jaciat quatuor; ilia, duos. .Michaud. Biographie universelle, t. X, p. 141 sq. ; Richard et Giraud, Bibliothèque sacrer, t. vin, p. 334: Philipps, Du droit ecclésiastique <1 articles ou bill du sang, 4 novembre 154". En conséquence, il rappela d’Allemagne sa seconde femme et lit reconnaître publiquement son mariage. L’article, qui conservait la présence réelle étant supprimé, il lit imposer la communion sous les deux espèces, et pour la réglementer publia un opuscule en anglais, intitulé: Ordre i oui· la communion. Ce rituel était provisoire, car il voulait supprimer la messe et la remplacer par la cène. Voir t. I, col. I286. Enlin pour activer le mou­ vement vers la réforme, il appela d’Allemagne des théologiens renommés qui remplacèrent dans les deux universités les docteurs trop liedes à seconder ses vues, Bucer, Pierre Martyr, Paul Fagius, Bernardin Ochino, Tremellius vinrent l'aider par leurs avis, leur enseignement, leurs écrits, et ainsi prirent une part très considérable dans l'établissement du vrai protes­ tantisme en Angleterre. Selon leurs conseils, il imposa pour les offices des lectures de la Bible en anglais et de la paraphrase d’Érasme sur le Nouveau Testament, y augmenta le rôle du sermon, lit paraître une traduc­ tion d'un catéchisme de Luther où il lui imputait beaucoup d’idées de Calvin sur la cène. Le 14 dé­ cembre I548, la Chambre des lords discuta longuement la question des sacrements, et Cranmer, de luthérien qu’il avait été jusqu'alors, s'y montra a peu près calvi­ niste. A la suite de celte discussion, il lit accepter le Book of common prayer, composé sur ses indications par une commission pour remplacer tous les autres rituels, et étendre à tout le royaume sa doctrine miluthérienne, mi-calviniste. Voir t. t, col. 1286. Gardiner publia en 1551 une interprétation du Prayer Book in­ titulée : Explication île la foi catholique sur le sacre­ ment de l'autel, dirigée contre l'ouvrage de Cranmer : Défense de la doctrine du sacrement de l’eucharistie. Dans sa réponse, Cranmer avoue que, « dans le livre de la sainte communion, nous ne demandons pas que I·· pain et le vin soient le corps el le sang du Christ, mais qu’ils soient pour nous le corps et le sang du Christ, c’est-à-dire que nous les mangions et buvions de sorte que nous puissions entrer en participation de son corps crucifié et de son sang répandu pour notre rédemption. » Du fond de sa prison Gardiner riposta en 1552 par une Con/ulalio cavillationum..., parue à Paris sous le nom de Marcus Antonius Constantius, théologien de Louvain. En cette année 1552, Cranmer publia une seconde édition du Prayer Book, ou la tendance calviniste était encore exagérée : l’extrême-onction, la crosse, les vête­ ments spéciaux pour l'ordination étaient supprimés. Voir t. t, col. 1287. Néanmoins, les non-conformistes qui devenaient plus influents n'étaient pas encore sa­ tisfaits. Cranmer, retiré dans son diocèse, y reçut du secrétaire d'Etat, Cecil, une lettre sévère blâmant la ri­ chesse des évêques; afin de complaire au Conseil, le primai dut ajouter â la seconde édition du Prayer Book une note pour expliquer que la génuflexion devant le sacrement n’était pas une marque de superstition. Ain-i lui-même se trouvait dépassé par les novateurs et il se 2039 plaint en ces termes : « Il y a des esprits glorieux et inquiets qui trouveraient à redire à notre livre même si on le modifiait chaque année; ils prétendent que l'Ecriture ne commande pas de s’agenouiller. Voilà la racine de toutes les erreurs des sectaires : s’ils ont rai­ son, plus n'est besoin d’un rituel ; ne prenons plus souci d'établir de l'ordre dans le culte ou même dans l’Etat. Si l’Ecriture n’ordonne pas de s’agenouiller, elle n'ordonne pas non plus de s’asseoir. Accroupissez-vous donc sur le sol comme les Turcs et les Tartares. » Les non-conformistes redoublerent leurs hardiesses reli­ gieuses, parcourant le pays, prêchant des doctrines qui battaient en brèche la base même de la société, et le principe de l’autorité royale; il fallut que Cranmer se résignât à lutter contre ceux qu’il avait tant encouragés, au moins secrètement, sous Henri VIII ; il résolut aussi de composer une série de points doctrinaux qu’on ren­ drait obligatoires pour les sermons. C’est dans ce but que fut rédigée la nouvelle Confes­ sion de l’Eglise anglicane, connue sous le titre de 42 articles de religion, inspirés â peu près tous des Confessions protestantes d'Allemagne. Ils furent pro­ mulgués le 19 juin 1553. Elisabeth les réduisit plus tard à 39 el ce sont ces derniers qui sont restés la règle de la foi actuelle de l’Église établie. Voir t. i, col. 1289-1291. De plus, Cranmer avait déjà jeté les bases d’un grand ouvrage de droit ecclésiastique qui abroge­ rait les règlements que l’Angleterre avait autrefois reçus de Rome. Celle Reformatio legum ecclesiastica­ rum décrétait des peines très sévères contre les impies, les hérétiques, les blasphémateurs, les adul­ tères, autorisait le divorce, etc., mais la mort du roi Édouard VI. arrivée le 6 juillet 1553, en empêcha la publication. IV. Sous Marie Tuttort. — Bien qu’Edouard eût dé­ signé pour lui succéder une de ses parentes, Jeanne Grey, le souvenir des Tudors était encore si populaire que la fille d’Henri VIII et de Catherine d’Aragon, la catholique Marie Tudor, fut proclamée reine par la na­ tion presque tout entière. Dès son avènement, elle se hâta de restituer au catholicisme romain tout ce que les deux règnes précédents lui avaient fait perdre en Angleterre; et pour la seconder, le cardinal Reginald Bole arriva de Rome avec le titre de légat du saintsiège. Le primat, qui avait reconnu Jeanne Grey, reçut l’ordre de se retirer en son palais de Lambeth; on lit courir le bruit qu’il avait offert à la nouvelle reine de rétablir lui-même l’ancien culte; mais il ne craignit pas de répondre à cette imputation par une déclaration violente où il publiait hautement sa fidélité· à la doctrine et au rituel établis sous les règnes précédents, en con­ formité avec les usages de l’Eglise primitive. Alors il fut conduit à la Tour pour crime de haute trahison; il obtint son pardon pour cette accusation, mais le 14 avril 1554, il fut traduit avec les évêques Ridley el Latimer devant une assemblée spéciale de docteurs pour discu­ ter avec eux sur le dogme de la transsubstantiation; il refusa de souscrire une formule de foi qui maintenait la présence réelle et le sacrifice de la messe; enlin il fut déclaré hérétique, et violateur de la loi du célibat ecclésiastique par son second mariage. Malgré son appel au tribunal de Dieu et au concile général, on le livra au tribunal séculier qui le condamna au feu : il dut attendre dans sa prison à Oxford que le rite de la dégradation d’un archevêque fût envoyé de Rome, et assista de sa fenêtre au supplice de Ridley et de L-ti­ mer. Ce spectacle ébranla sa fermeté, puisqu'il composa successivement six rétractations, quatre en anglais, courtes et peu claires; les deux dernières en ' ' r humbles et explicites; il n’en fut pas moins c:· i dans l'église Sainte-Marie d'Oxford pour désavou a s·: faules en public avant d'être exécuté. Celte foisé-^sesç- rant de sauver sa vie. il rétracta toutes ses abiurat: 2031 CRANMER — CRASSET < Je les ai faites, avoua-t-il, dans le désir de vivre. » On dit même qu’il ajouta : « Puisque ma main a péché en écrivant le contraire de la vérité, c'est elle qui brû­ lera la première. » « Le patriarche des hérétiques » subit avec courage le supplice du bûcher, le 21 mars 1556, à la place même ou périrent Ridley et Latimer, là oû se dresse le Monument des Martyrs. V. Appréciation et œuvres. — Les historiens qui ont raconté la vie de Cranmer varient beaucoup dans leur jugement. Ainsi Hume dépeint ce patriarche de la réforme anglicane comme un esprit droit, sincère, doué de toutes les vertus chrétiennes, ferme dans sa vie comme dans sa mort. Burnet voit en lui l'émule des Alhanase et des Cyrille. D’autres l’appellent parjure, hypocrite, apostat, blâment sa cruauté à l’égard des nonconformistes et lui attribuent une grande part dans les violences de Henri VIII. Bossuet dit de lui : « Quel homme, qu’un évêque qui était en même temps luthé­ rien, marié en secret, sacré archevêque suivant le pontifical romain, soumis au pape dont il déteste la puissance, disant la messe qu'il ne croyait pas, et don­ nant le pouvoir de la dire. » H est certain que s'il n'inspira pas directement nombre de supplices ordonnés par Henri VIII et Edouard VI, il signa avec complaisance de tels arrêts contre Thomas Morus, Fisher, évêque de Rochester, et beaucoup de catholiques, contre le duc de Sommerset et beaucoup de non-conformistes. Sa constance n’apparait guère dans ses opinions successives; d’abord catholique, puis luthérien, enfin calviniste; partisan de l’institution divine des évêques et de leur indépendance absolue, puis se déclarant amovible et fonctionnaire du roi. Ses historiens avouent aussi que son intelligence était un peu lente, mais sa mémoire prodigieuse; malgré les troubles et les préoccupations qui agitèrent sans cesse son existence, il se livra toujours à l'étude de la théo­ logie et attira dans son palais de Lambeth les théolo­ giens chassés du continent, leur procura des postes et des revenus; il envoya de jeunes Anglais étudier en Allemagne pour répandre ensuite les idées nouvelles en Angleterre. C’est donc avec raison que les anglicans le considèrent avec Henri VIII comme l'auteur principal de la réforme dans leur pays. Ses œuvres, composées dans un style assez négligé mais vigoureux et abondant, sont surtout des écrits de controverse en latin ou en anglais, contre Gardiner et le.catholique Richard Smith. La plus connue est sa Défense de la vraie et catholique doctrine du sacre­ ment du corps el du sang de Jésus-Christ, in-8», Emden, 1557. La bibliothèque de l'évéché de Londres possède deux manuscrits in-folio transcrits par Parker, qui contiennent un recueil de passages de la Bible, des Pères, des conciles et des théologiens scolastiques, afin de prouver la légitimité de la réforme anglicane et les innovations de l’Eglise romaine; la bibliothèque de Cambridge possède également plusieurs manuscrits de ce genre. J. S. Brewer et ,1. Gairdner, Calendar of letters and papers, foreign and domestic, of the reign of Henry VIII, 13 in-8·, Londres, 1862-1892; W. B. Turnbull, Calendar of state papers, foreign series, of the reign of Edward VI, in-8·, Londres, I860; Calendar, etc., of Af i .lu même hire que tout devenir et toute relation cau­ ai Pas d'objection concluante. — Il est vrai qu’un sale. — Le rapport d’antécédent à conséquent, celui de grand nombre de physiciens et de naturalistes prétendent cause à effet, se conclut s’il y a lieu, mais, si l'on excepte le contraire, mais leurs arguments font souvent pau­ la causalité interne, il ne se constate en soi par aucun vre figure au regard de la logique : le paralogisme est sens; il ne se représente pas autrement à l'imagination leur moindre défaut. que par la succession de deux images traduisant l'une La science, objecte-t-on, ne connaît pas d’origine ce qui était, l'autre ce qui est devenu; il s’explique à des choses. Hæckel, Les énigmes de l’univers, in-8», l’esprit avec la clarté que l’on sait. Même avec le fait Paris, 1903, p. 271. — C’est précisément pour ce motif sous les yeux, nous ne voyons rien au comment, et cepen­ qu’elle a le devoir, en tant que science d’observation, dant l’expérience force bien à enregistrer des relations el pour rester fidèle à sa méthode positive, de n’en spéciales entre certains antécédents et conséquents. — rien dire. Il ne se voit plus de création, donc il n’y en 6) Au litre spécial d'origine premiéte de l'être. — Si a jamais eu, est une conclusion à tout le moins hâtive. le devenir du moindre phénomène a son mystère, dans A étudier avec les meilleures lunettes la trajectoire l’hypothèse de la création, l’origine première des d’un obus, nous n'aurons pas le droit d'affirmer qu'il choses doit être plus obscure encore, en elle-même marche tout seul, parce que le mortier qui l’a lancé d’abord parce qu’elle atteint l'être d'une façon plus n'est pas dans le champ de notre objectif. Ainsi de la intime dans ces réalités sous-jacentes aux phénomènes science humaine : arrivée au lendemain de la création, dont nous savons si peu de chose, pour nous ensuite elle a le droit de dire que ce phénomène n’est pas parce qu'elle dépasse forcément et notre expérience qui dans son rayon d'observation, et le devoir prudent de commence au lendemain de la création, et notre acti­ ne rien dire de plus; ce serait pour elle dépasser vité personnelle qui se borne à des modifications d'état. l’expérience. Nos idées et nos termes de cause et d’effet, d'antécédent Plus de miracles, dit-on, donc plus de création. — et de conséquent expriment des rapports et des rela­ Mais, tout d’abord, la création n’est pas un miracle; tions sans les expliquer, pas plus qu’une formule de c’est une action toute-puissante, si l'on veut, mais il ne mécanique ou de physique ne nous explique le com­ saurait y avoir de miracle avant que l’ordre naturel ment en chiffrant un fait d’ailleurs certain. On peut soit constilué. Admettons même que tout miracle soit donc accumuler contre la création les difficultés sans impossible, que Dieu ne veuille pas intervenir à nou­ avoir encore ébauché une réfutation. Il suffit que la veau dans le monde qu’il a produit : qu’est-ce que formule abstraite creatio ex nihilo apparaisse malgré cela prouve sur l’origine première du monde? Le tout comme la seule acceptable pour chiffrer tant bien mortier ne relance plus l’obus; donc il ne l’a jamais que mal le premier a pparaitre des choses. Cf. Mm d'Ilulst, lancé? Mélanges philosophiques, Paris, 1892, p. 568 sq.; Les arguments posilifs n’ont pas une force probante A. Vanhoonacker, De rerum creatione ex nihilo, in-8", plus appréciable. Le télescope et le microscope dé­ Louvain, 1886, part. 1, sect. It, p. 48-80. montrent, assure-t-on, l’infinité du monde dans l’infini5’ Possibilité d'une création. — Ramenée aces termes inent grand et dans l’inliniment petit. — Mais de ce ' Absolu peut-il réaliser ses idées, poser de l’être hors que la science ne voit le bout dans aucun des deux sens, de soi, » la possibilité de la création peut être envisagée a-t-elle le droit d’affirmer que le monde n’a pas de soit a priori, soit a posteriori. Sous ces deux aspects, bornes : la trajectoire de notre obus doit-elle s’affirmer le dogme attend encore des objections péremptoires. infinie parce que notre objectif n’embrasse ni le point 1. .4 priori. — a) Nulle contradiction dans le concept de départ, ni le point d’arrivée?— A supposer même que le monde soit de fait infini — au cas où un infini ■ produire de rien », nous venons de le voir. « Celte doctrine n’ofi’re d’elle-même de difficultés insolubles, quantitatif, imparfait, muable ne serait pas un concept que parce qu’on l’entend d’une manière grossière contradictoire — en quoi ce genre d'infinité prouve-t-il comme si par exemple le rien pouvait servir à faire la nécessité, l’aséilé du monde? Le gros scandale de la philosophie n'est-ce pas au contraire qu'un être fini et quelque chose. «Janet, Le material isme contemporain, Paris, 1888, p. 154. Produire sans rien n’est pas non imparfait soit l’œuvre de l'infini et du Parfait? L'infi­ plus contradictoire. Produire dit simplement influx sur nité du monde, si elle était possible, le rendrait plus un effet, ordinem ad efleclum, et non pas exigence digne de son auteur. Mais à vrai dire ce n’est pas d'un sujet préexistant, ordinem ail passum. Suarez, l'infini que la science enregistre, c'est Vindé/ini dans Disp, met., disp. XX, sect. I, n. 11. — b) La raison la divisibilité et Vincommensurable pour ses instru­ ments de mesure : la réalité la dépasse ainsi dans les oit même quelque vraisemblance à ce que la création deux sens du tout petit et du très grand; cela prouve■ xnihilo soit possible. Agir, en effet, est une perfection ; t-il quelque chose contre la création? si donc il existe un être qui soit toute perfection, on On objecte la loi de conservation de l'énergie, on si ne voit pas pourquoi son action ne pourrait se ma­ l’on veut, ce que Hæckel nomme « la loi de substance. nifester que sous cette forme limitée : agir sur quel­ que chose de préexistant ; on ne voit pas davantage op. cit., c. Xli, p. 245-267, c’est-à-dire la double indestructibilité de la force et de la matière. — Tenons cette quelle pourrait être son action spécifique, celle qui loi pour certaine, malgré les réserves qu'elle appelle. serait immédiatement proportionnée à sa nature et caractéristique de son infinité, si sa causalité était Que) lien peut-il bien y avoir entre Vindeslrwlibii té de la matière créée et la non-création de la m.t’-r restreinte comme celle des êtres finis. Suarez, loc. cit., Vous retrouvez, dans le travail mécanique de l'c-b s .t. 43, 14. arrivé au terme et dans la chaleur dégagée, l’équivalent On peut donc au moins affirmer que la création rigoureux de son énergie potentielle : rien de perdu x nihilo n'est pas une association de mots qui jure 2039 CREATION dans la circonstance, rien de créé. En quoi cela démontre-t-il que l’obus se meuve d'un mouvement autonome? La loi de conservation prouve admirable­ ment l’inaptitude des causes secondes à rien détruire; elle ne prouve absolument rien contre l’aptitude de la cause première à produire du néant ce qu’il lui plait. Il en faut dire autant de toute objection tirée de la per­ manence des lois physiques et chimiques. L’évolution des espèces, affirmée comme un fait, est encore invoquée fréquemment comme une démonstra­ tion péremptoire. A vrai dire, pour qu’elle démontrât quelque chose, il faudrait établir que cette évolution n’est pas seulement un changement d’état par utilisa­ tion de forces préexistantes, mais qu’elle constitue une introduction dans l’existence de substances ou d’énergies nouvelles. En ce seul cas, si du néant quel­ que chose peut sortir tout seul, ou le plus sortir, par évolution, du moins, l’évolution est le plus terrible des arguments contre la création : mais cette hypothèse, outre qu’elle est contradictoire dans les termes, renverserait la loi précédente : rien ne se perd, rien ne se crée. S’il arrive seulement qu’en utilisant les forces existantes certains individus se perfectionnent, en quoi cela démontre-t-il que cette évolution n’est pas l’aboutissement normal des lois fixes données dans le principe au cosmos? S’il ne répugne pas au créateur de faire une nature immobile et morte, en quoi cette perfection plus grande de son œuvre, d’étre mobile et vivante, pourrait-elle devenir une objection contre lui? Rien ne s’oppose donc à ce qu’on soit à la fois créatianiste et évolutioniste et c’est tant pis pour certains savants, s’ils perdent toute leur sérénité scientilique à la seule pensée d’un pareil accord. On se souvient de l’intéressante polémique entre le P. Wasmann, S. J., le myrmécologue si connu en Allemagne, et le profes­ seur Hæckel d’Iéna, Cf. de Sinéty, L’hæckelianisme et les idées du P. Wasmann sur l’évolution, dans la Bevue des questions scientifiques, janvier 1906, et les polémiques récentes, Germania, des 15,16,19,20 février 1907. Cf. Wasmann, Die moderne Biologie und die Enlwickelungslheorie, in-80, Fribourg-en-Brisgau, 1904, c. ix, q. 271 sq. ; H. Haan. Der deutsche Monistenbund, dans les Stimmen, 1907, t. txxtr, p. 299-311. Des kantistes même se chargent de rappeler le biolo­ giste au respect de l’expérience. Ludwig Goldsmith, Kant und Hæckel, in-8°, Gotha, 1906. C’est ici, s’il faut faire appel aux arguments d’autorité, que se manifeste de façon singulière la légèreté de certaines productions pseudo-scientifiques. Tous ces principes féconds dont se glorifie à juste titre la science moderne, toutes ces hypothèses grandioses ont été introduites par des hommes qui les croyaient plus conformes à la sagesse du créateur : simplicité du plan, perfection plus grande de l’œuvre rejaillissant en définitive sur son auteur. C’était la pensée de Descartes: s Dieu a si merveilleusement établi ces lois, qu’encore que nous supposions qu’il ne crée rien de plus que ce que j’ai dit, et qu’il ne mette en ceci ni ordre ni proportion, mais qu’il en compose un chaos... elles sont suffisantes pour faire que les parties de ce chaos se démêlent d’elles-mèmes, et se disposent en si bon ordre, qu’elles auront la forme d’un monde très par­ fait. » Discours de la méthode, V· part., vi, in-4°, Ams­ terdam, 1650. p. 37. Le même auteur déduisait la loi de conservation de la notion d'immutabilité divine. Cf. Principes, II· partie, c. xxxvi, p. 51. Même mentalité dans Leibniz, et dans Kant. M. Faye proteste contre l’anecdote qui prête à Laplace ce mot : « Dieu est une hypothèse dont je n’ai pas eu besoin. » Newton, expli­ que-t-il, avait invoqué l'intervention divine pour raccom­ moder de temps â autre la machine du monde; Laplace ne croyait pas cette intervention nécessaire. « Ce n’était pas Dieu qu’il traitait d’hypothèse, mais son interven­ 2040 tion directe en un point déterminé. » Sur l’origine du monde, 2' édit., in-8°, Paris, 1885, p. 130 sq. « Il est faux, dit le même auteur, que la science ait jamais abouti d'elle-même à celte négation (de Dieu]. Celle-ci se pro­ duit à certaines époques de lutte contre les institutions du passé... Que la lutte cesse, et bientôt les esprits re­ viennent aux vérités éternelles, tout étonnés, au fond, de les avoir combattues si longtemps. » Op. cit., intro­ duction, p. 4. Et, pour laisser la critique à une voix auto­ risée, on connaît le mot de Pasteur après son discours de réception à l’Académie : « Il faut dire souvent ces choses et ç’a été pour moi une grande satisfaction de marquer tout ce qu’il y a de niaiserie dans le positi­ visme, ou il n'y a rien que ce que la science y a mis. Cf. Études, t. xcvnt, p. 710-713. On ne peut donc que s’étonner de la désinvolture avec laquelle certains au­ teurs expédient ces graves problèmes et, recevant de ces maîtres des hypothèses que leur génie croyait plus glorieuses â Dieu, prétendent, sans apporter une seule preuve nouvelle, tirer des mêmes principes la négation du créateur. « Faut-il donc, écrit M. Janet, dans urn· excellente réfutation de Viardot, tant de raisonnements pourcroire â Dieu? — Non,sans doute, le sens commun y suffit; mais on peut dire avec Bacon, que si peu d>· science nous éloigne de Dieu, une science plus profond·· nous y ramène. » Le matérialisme contemporain. 1888, p. 142. Cf. Caro, Le matérialisme et la science, 2e édit., in 12. Paris, 1868, c. vi sq., p. 151 sq. b) L'expérience, non seulement ne nie pas la créa­ tion, mais, peut-on dire, elle met sur la voie qui mène à la reconnaître. — Comment cela? En nous monlrant une échelle de causes de moins en moins dépendantes de la matière, et en même temps de plus en plus inal­ térables et immobiles dans leur action. Au dernier des échelons, se trouve la causalité physico-chimique : elle réclame toujours un objet corporel qui reçoive l'action, et cette action n’est qu’un échange; la cause ne pro­ duit, en quelque sorte, qu'en cédant tout ou partie de son mouvement, de sa chaleur, etc. On en pourrait donner comme type l’expérience des vases communi­ cants : l’eau monte d'un côté parce qu’elle baisse de l'autre. Au degré suivant, se trouve la causalité de l'idée. Sans doute, c’est par un abus de mots qu’on appelle une idée nouvelle une création; nos idées les plus neuves sont un rapiéçage d’éléments empruntés à l'expérience. Quel progrès cependant! Ces éléments mis en œuvre n’ont plus rien de matériel; ce sont des notes abstraites de la matière, des concepts universels que l’esprit agence comme à son gré. S’agit-il non plus de la conception de l’idée, mais de son exécution, plus elle est puissante, plus elle apparaît indépendante des conditions contingentes de temps, de lieu, de ma­ tière : elle en arrive toujours â ses fins. Et voici sur­ tout ce qui importe : ici l’effet et le mouvement ne sont plus du tout en rapport direct; au contraire, plu< l’esprit est puissant moins il s’agite; action et agitation chez lui sont en rapport inverse. S’il y a déperdition concomitante de forces physiques, l’esprit pour sa part, loin de perdre en agissant, s’enrichit. Le pur esprit doit être plus indépendant encore, soit dans la conception de l’idée, puisqu’il ne la tire pas de l’expérience sen­ sible, soit dans son exécution, puisqu’il ne peut luimême éprouver de mouvement local. Pourquoi n'y aurait-il pas dans l’Ètre qui est tout esprit, et tout être parce qu’il est sans limite, une causalité indépendante non seulement de la matière, mais de tout élément préexistant, immobile dans son acte, non seulement quant au mouvement local, mais même quant à tout· altération ou modification d’état? Ce raisonnement ne saurait certes pas nous permettre d’af inner l'existence d’une telle causalité immobile et a nihilo ; mais il nous prédispose à soupçonner sa possibilité, et si la preuve nous en est fournie par ailleurs, à la reconnaître plus 2041 CRÉATION 2042 l’homme ait été créé un peu plus tôt ou un peu plus olontiers, comme étant au moins dans le prolonge­ tard, ou même formé par l'adjonction d'une âme rai­ ment normal de l'expérience. sonnable au plus parfait des simiens, cela ne change c) Il y a plus, l’expérience nous oblige à affirmer la ni la loi naturelle, ni l’ordre surnaturel. L'une création. — En étudiant mieux notre obus, nous con­ statons que sa trajectoire est une parabole, soumis qu’il I et l’autre croulent, si l’homme est simplement un phénomène dans les évolutions nécessaires du grand est à une double inlbience du milieu plus ou moins Tout. résistant qu’il traverse et de la terre qui l'attire. En 11 importe donc de distinguer les questions et de présence de cette constatation, la science peut-elle dire : savoir de quoi l'on parle. Concédons, si l'on veut, que bien que ce mouvement apparaisse comme uniformé­ ment ralenti, il est à n’en pas douter autonome et le monde soit sorti d’une seule nébuleuse, el tous les vivants d’une seule cellule. — Renvoyant à l’article éternel? Et quand il s'agit de mondes jetés à travers Hexaemeron l’histoire mosaïque de la création et l'espace, si nous voyons qu'ils sont soumis à des varia­ l’histoire de son interprétation, nous nous occuperons tions, aurons-nous le droit de dire : voilà pourtant ici de ce sujet exclusif : le monde ou la nébuleuse pri­ l'être immuable et nécessaire? Si nous constatons dans mitive, ou cette cellule initiale a-t-elle été créée oui l'ensemble du cosmos une tendance à l’équilibre et au repos, pourrons-nous admettre que son mouvement est ou non? 11. Aperçu historique. — i. ancien testament. — cependant éternel? — Ces données de l’expérience, Voir l'article Création de M. Vacant dans le Diction­ nous essayerons de les interpréter plus loin. Pour le moment, il suffit de réclamer des savants, qu’ils enre­ naire de la Bible de M. Vigoureux. Les textes de l'Écriture y sont groupés selon cinq classes d'affirma­ gistrent simplement les faits et qu’ils ne nient pas la tions : 1“ c’est Dieu et Dieu seul qui est l'auteur de création, en tant que savants, puisque cette négation tous les êtres finis; 2« le monde est l’œuvre de la touten'est pas dans l'expérience. S’ils le font, c’est en philo­ puissance de Dieu; 3» le monde a été produit par un sophes et sur ce terrain nous marchons de pairs à acte libre de la volonté de Dieu; 4° le monde a été fait égaux. Le dogme de la création n'a rien à craindre de la science : principes certains, méthode, résultats défi­ pour la gloire de Dieu; 5° le monde a été fait de rien. A côté de celte exposition, il y aura quelque intérêt à nitivement acquis, comme le prouve excellemment Mar d’ilulst, il peut tout admettre. Principes philoso­ suivre le développement historique du dogme de la création. phiques, in-12, Paris, 1892, p. 393 sq. L'attribution à Dieu des prérogatives du créateur, tj» Objet de celle elude. — Deux questions se posent au sujet de l’origine du monde : 1. A-t-il ou non été souverain pouvoir de production, de gouvernement,etc., n’est pas par elle-même une preuve suffisante de la créé? C’est le problème du fait. 2. De quelle manière croyance à une création première ex nihilo. Les défi­ a-t-il été produit? C’est celui du comment. Elles sont nitions de mots sont libres; les mêmes qualificatifs non seulement distinctes, mais indépendantes. Admet­ sont appliqués aux faux dieux dans la mythologie. C’est tons que les sept jours de la Genèse ne soient ni des l'amplitude et la compréhension des concepts qu'il jours de vingt-quatre heures, ni des jours-périodes : en quoi cela prouvera-t-il que le monde existe par lui- convient de déterminer. On ne cherchera donc ici qu une seule chose, la plus délicate de la question : le même? Supposons que l'homme soit beaucoup plus Dieu de la Bible a-t-il créé du néant absolu; est-il le ancien sur la terre que ne le donnent à croire certaines créateur de la matière cosmique primitive? chronologies fondées sur la Bible, aura-t-on établi en 1° l.a Genèse. — La Bible s’ouvre par un récit des rien que l'homme ni la terre n’ont pas été créés? Mais, origines. Gen.,i, 1, 2. Au commencement Éloliim créa, dira-t-on, si l’auteur de la Genèse trompe sur un point, Nia, le ciel et la terre. La terre était déserte et vide, pourquoi ne pourrait-il tromper sur l'autre? A celte 1Π31 tnn; Vulgate : inanis et vacua, Septante : αόρατος objection le philosophe répondra sans doute que la xxt άκατασζενα-ος; version d'Aquila : κένωμα καί ούδέν; création est une vérité d'ordre naturel avant d'être un Thvodolion : κενόν καί ούδέν; Symmaque : αργόν καί dogme couvert par l’autorité divine, et que si la science lui prouve quelque erreur dans l'histoire gënésiaque άδιάζριτον; Onkelos : desolata seu deserta et vacua; de la création, la raison l'oblige à rester d'accord avec pseudo-.lonathan : informis, inanis, desolata. 1. Interpretations diverses. — Traduire au commen­ la Genèse pour admettre au moins une création. Le cement des temps est présupposer la question. A fidèle, qui lient à défendre l'inerrance du livre inspiré, defaut de régime qui précise de quel commencement s'appelant précisément sur cette remarque qu'en toute il s’agit, c’est le contexte qui doit le déterminer. La hypothèse il faut expliquer l'origine première des choses, et que le but manifeste de l'auteur sacré est seule traduction légitime esl la suivante : au début de ce qui suit, tout d'abord, en premier lieu. Ce sera le avant tout de le renseigner sur ce point capital en dé­ commencement des temps, si la suite du récit expose signant Dieu comme l’auleur de tout ce qui esl, s’en l'origine de tous les êtres finis, anges, hommes ou tiendra sans trop de peine aux principes de saint mondes, ou bien le commencement de notre temps, Augustin et de saint Thomas. Puisqu'il ne peut y avoir s'il s'agit seulement du seul système des êtres contin­ d’erreur dans un livre inspiré, le jour où il lui sera gents compris dans Cette narration, l'.de llummelauer, In prouvé qu'une conclusion scienlifique cerlaine est en Genesim, in-8”, Paris, 1895, p. 85; Lahousse. De Deo contradiction avec la Bible, il avouera non l'erreur du creante et devante, in-8°, Bruges, 1904, p. 23. note 1. texle. mais l'erreur de son exégèse, il relira le livre de L’interprétation du mot ΝΊ3 soulève des difficultés plus prés et peut être interprétera comme une allégorie, plus graves. Peu importe sans doute qu’à la forme piel, ou une histoire large, ou une expression plus populaire souvent plus voisine du sens étymologique, le verbe que savante ce qu'un goût exagéré de concordisme lui avail l'ail prendre pour une histoire stricte et un ensei­ N-3 signifie tailler, couper, émonder : c'est l’usige qui est juge souverain du sens usuel. Peu importe eir ure gnement rigoureusement scientifique. S. Augustin, De que d'autres verbes πΊ·7, ts>, “:3 soient souvent em­ Gen. ad lilt., I. J, c. xvnt, n. 37, P. L., t. xxxiv, ployés pour désigner les mêmes actions : il est loueurs col. 260; c. XIX, n. 39; c. xx, n. 40; c. xxr. n. 41, loisible d'employer le terme générique au lieu du col. 201 sq.; I. II, c. I, n. 2, col. 263; et S. Thomas, terme propre, bien que le contraire soit une faute; Sum. lheol., 1% q. i.xvin. a. 1; q. i.xvu, a. 4, ad 2“” nous pouvons dire Dieu fait le monde et Dieu et 301"; q. i.xx, a. 1, ad 3“m; In IV bent., I. II, dist. XII, l'homme fait une maistn, il ne la crée pas. Il en faut a. 2, etc. dire autant du terme ίττοΐησεν employé par les c :e Indépendantes en droit, les deux questions ont aussi Vacant, toc. cil., col. 1103. De tels raisvimuiuents ne une portée morale et religieuse toute dillérente. Que 2043 CRÉATION sauraient prouver que le mot Nia ne puisse signifier une creatio ex nihilo. Ils établissent seulement, comme Petau l’a noté, Theolog.dogmat., in-fol., Venise, 1745, t. in, De opif. sex dierum, 1. I, c. i, n. 8, p. 116, qu’il n’a pas ce sens par lui-méme et de manière exclu­ sive. Il est en effet employé 47 fois dans la Bible aux voix kal et niphal et pour des actions bien différentes : formation de l’homme, Gen., I, 27; v, 1, 2; Eccl., xu, 1; production de la terre, Gen., i, 21; n, 3, 4; Is., XL, 28; production de la vie chez, les animaux, Gen., i, 21; opéralion des miracles. Exod., χχχιν,ΙΟ; Num., χνι,30. Il est remarquable en tous cas que le verbe Nia dé­ signe une intervention toute spéciale de la puissance divine : cela fonde quelque présomption en faveur d’une action créatrice. Le mot n'ayant pas de lui-même ce sens de produc­ tion ex nihilo, il reste à savoir s’il l'a, dans le cas pré­ sent, en vertu du contexte. Parmi les exégètes, les uns regardent Gen., i, 1, comme un prologue : c’est le résumé de tout le cha­ pitre Gen., i, 1-24 b; d'autres y voient l'affirmation de la creatio prima, production préalable de la matière chaotique avant son ordination en un système cosmique harmonieux, creafio secunda. Les partisans de chaque opinion se divisent encore dans le détail. Cf. F. de llummelauer. In Genesim, c. I, p. 49 sq. On voit, en effet, que dans la première hypothèse (Gen., i, i, résumé de Gen., i) Nia peut signifier : a) soit une création ex nihilo, creatio prima, et dans ce cas, Gen., i, 2, peut s’entendre ainsi : or la terre, comme Dieu créait, apparut d’abord informe et vide; la narration commence au néant. Cf. Petau, loc. cit·., I. I, c. n, n. 10, p. 121 ; Lagrange, Demie biblique, 1896, p. 380 sq.; — b) soit une elaboration de la ma­ tière cosmique dé/ά existante, creatio secunda. Gen., i, 2, devrait s’entendre : la terre, quand Dieu la travailla, se présentait à lui, informe et vide. La narration com­ mence au chaos. « La conception plus tardive d'une création ex nihilo est â regarder comme l'antithèse de cetle doctrine que la matière préexistait indépendante de Dieu et s’opposait a lui. Peut-être l’auteur de Gen., i, connaissait-il cetle doctrine, mais il ne jugeait pas qu’il y eut lieu pour lui de prendre position à son sujet. » Smend, Lehrbuch der allteslam. Deli'/ionsgeschichte, 2· édit., in-8°, Fribourg-en-Brisgau, 1899, p. 438; Holzinger, Genesis erklârl, Fribourg-en-Brisgau, 1898, p. 1; IL Schultz, Allteslamenlliche Théologie,& édit., Gœllingue, 1896, p. 450; Loisy, Les mythes babylo­ niens et les premiers chapitres de la Genèse, Paris, 1901, p. 16. — Les partisans de la seconde opinion (Gen., 1, créalion préalable ex nihilo) se divisent seulement sur le sens de Gen., i, 2. a) Pour les uns, qui ont surtout en vue l’accord avec les données scientifiques actuelles, Gen., i, 2, exposerait l’état dans lequel,après de longues périodes,l’univers serait retombé de manière à exiger l'œuvre réparatrice et ordonnatrice des six jours. C’est la théorie dite reslilulionnislede l’anglais Buckland, Vindiciæ geologicœ, Oxford, 1820; Beliquiæ diluuianæ, Londres, 1823, proposée par le card. Wiseman, Discours sur les rapports entre la science et la religion révélée, in-8·, Paris, 1841, t. i, 5e édit., p. 221 sq.; Kurtz, Bibel und Astronomie, Berlin, 1842; Dr Michelis, Datur und Oftenbarung, Munster, 1855,1.1.— b. Pour les autres. Gen., 1, 2, décrit le monde dans le premier étal ou Dieu le produisit ; le monde, quand Dieu créa, commença par etre tel, que ce soit dès l’abord ou après des révolutions plus ou moins longues. F. de llummelauer, loc. cit., p. 91. Il est facile à ces auteurs de réfuter l’exégèse un peu arbitraire des précédents. En effet: a. le récit n'a aucune prétention scientifique; il ne faut donc pas tout y chercher pour tout y mettre; b. certains même diront que le lien entre Gen., i, 1, et Gen., i, 2, et l'emploi de w, erat, et non facta est, 2041 semblent plutôt exclure l’hypothèse de révolutions in­ termédiaires. 2. Critique de ces opinions. — Le débat peut donc se restreindre entre les trois autres explications propo­ sées : a) Dieu d’abord créa toutes choses dont énumé­ ration suit, i, 2 sq.; b) Dieu d’abord ordonna toutes choses dont énumération suit, 1,3 sq.; c) Dieu d’abord créa toutes choses, et comme elles étaient au premier stade informes et vides, i, 2, pour y mettre l’ordre et la vie, il dit, i, 3 sq. Cette troisième hypothèse est évidemment très simple en soi. Elle établira le sens du mot Nia par les mêmes raisons que la première. Quanta son interprétation de Gen., I, 2, elle se heurte à quelques difficultés : a. mal­ gré l'importance de l'œuvre et le dessein du rédacteur de rattachera l'activité de Dieu et à son repos l'institu­ tion des jours ouvrables et du sabbat, elle met la pro­ duction du monde en son premier étal en dehors de l’œuvre des six jours; b. elle a le tort de désigner par le même mol terre et ciel l’étal chaotique du début et l'état parfait d'organisation. Si Dieu donne à la terre et au ciel leur nom à ce dernier moment seulement, l, 8, 10, c’est donc qu’ils ne le mérifaientpas-auparavant: l’écrivain pouvait employer ces mots pour résumer ce que Dieu allait faire, non pas pour désigner ce qui n’était pas encore; c. le mot terre peut être employé, i, 2, sans prêter à égale critique : il est pris à défaut d'autres, corrigé par la description qui l’accompagne : la terre (ce que nous nommons terre aujourd'hui) était un désert et un vide, dit l'hébreu. — Ces objections toutefois ne paraissent pas décisives. La seconde hypothèse a pour elle des raisons philo­ logiques et historiques. En effet : a. Nia peut se ponc­ tuer Nia, cequi entraînerait la traduction, cum crearet ou cum creasset, et si l’on adopte crearet, il faut lire : comme Dieu créait... or la terre était..., i, 2; Dieu dit, i, 3..., de telle sorte que rien n'est affirmé en aucun sens sur l’origine des choses. De plus, Gen., n, 4l>, et IV Esd., vi, i sq., présentent une construction de phrase analogue, qui semblerait de ce chef apparlenir aux lois ordinaires de ces récits; b. au point de vue historique, l’hypothèse a pour elle l'analogie avec les cosmogonies ethniques, qui conçoivent la création comme l’organisation d’une matière préexistante. Voir Hexaemeron. Elle s’appuie encore sur Gen., n, 46-24. Ce chapitre en effet présente un second récit de la création différent du précédent non seulement par le nom qu’il attribue au créateur, Jahvé Élohim au lieu de Elohim, mais par le caractère moins poé­ tique, les détails plus anthropomorphiques de la des­ cription et même des divergences appréciables dans l’ordre des faits. Zapletal, Le récit de la créalion dans la Genèse, trad, franç., in-8“, Paris, 1904, p. 1-8. Or,si l'on attribue Gen., Il, 4a,au récit précédent,ou si on Je regarde comme interpolé, de llummelauer, op. cit., p. 121, cetle seconde cosmogonie suppose aussi une matière préexistante. On objecte cependant à ces raisons: a. que la possibilité de ponctuer Nia ne prouve pas que de fait celle ponctuation soit la véritable, si d’autres raisons font préférer Nia; b. que IV Esd.,vi, 1, ne peut être invoqué en preuve, puisque nous n’avons pas le texte hébreu; c. que Gen., n, 46 sq., n'ayant pas pour but de rapporter l'origine première du monde, mais celle de l'homme, n'est pas à proprement parler une cosmogonie. Zapletal, op. cil., p. 3. Quant aux rappro­ chements que l’on pourrait faire avec les mythes baby­ loniens et phéniciens — et il en est de bien outrés —des différences plus grandes encore suffisent à condamner comme peu scientifique une assimilation absolue. Qu'il suffise de noter ici : a. que celte préexistence du chaos ne s'impose nullement dans la Genèse, tandis qu’elle est manifeste dans les mythes panthéistes ou dualistes 2045 CREATION qu'on lui compare; b. que la production e.r nihilo est au moins affirmée de la lumière et de l’àme. Seraitce de la masse aqueuse que l’auteur sacré la fait sortir, i, 3, ou l’aurait-il, en bon physicien moderne, considérée comme une vibration imprimée à la ma­ tière ? Même remarque pour l’âme, il, 7. Si elle est formée d'un souffle de Dieu, n'est-ce pas précisément pour signifier qu’elle se distingue par son origine du monde matériel ou animal; et si l'on ne peut songer dans ces pages à une émanation panthéistique, le sym­ bole peut-il signifier autre chose qu’une production spé­ ciale ex nihilot L’idée de création stricte n’est donc pas étrangère à ce passage, c. La matière n’y est certes pas conçue comme indépendante de Dieu. L’idée de lutte contre le chaos, si apte à faire ressortir la puissance d’un démiurge, si habituelle aux autres poèmes cosmo­ goniques, est absente de Gen.,i et H. Le créateur fait tout ce qu’il veut : une parole y suffit et les choses arrivent du premier coupaudegré de perfection qu'il a marqué, et erant valde bona. Gen., I, 13, 18, 21, 25, 31. Un créateur ex nihilo ne peut guère se peindre autrement. Pour ces raisons on peut déjà affirmer que les deux récits, Gen., I et il, ne sont pas dualistes. Tout au plus pourrait-on dire que la matière chaotique, Gen., 1, 2, est présentée comme préjacente bien que dépendante : la Bible n’enseignerait rien sur la creatio prima, mais seulement sur la creatio secunda. Cependant cette opi­ nion même ne parait guère solide en présence des rai­ sons invoquées par les partisans des autres opinions. Défendable, si l’on s’en tient à l’exégèse du texte isolé, l’hypothèse rcstitulionniste semble condamnée, si Ton considère : a. la place de ce récit dans le plan du livre; 6. l’interprélalion juive traditionnelle. En fait, a. le but de l’auteur du Penlateuque est manifestement d’établir le monothéisme et de fonder sur la souveraine puis­ sance de Dieu son droit souverain â l’obéissance. Ce but n’est pas atteint, s'il laisse planer quelque doute sur l’origine première du chaos mentionné imprudem­ ment, Gen., i, 2. Il ne suffisait pas à l’écrivain de montrer Élohim ordonnateur du monde au même titre que Mardouk ou Zens, puisqu'il ne l’eût pas fait supérieur à ces faux dieux. Se fût-il contenté de cela, nous devrions, comme dans toutes les religions dua­ listes, retrouver dans les récits génésiaques de même main les traces ordinaires de ce dualisme initial : l'idée de lutte contre le chaos, la matière regardée comme la cause du ma) physique ou moral, le destin et la fatalité qui s’imposent au dieu suprême lui-méme et l’excusent en quelque manière; ce n’est pas là le Dieu du Penlateuque. Si Ton admet comme probable une certaine dépendance des mythes babyloniens et chaldéens, il est d’autant plus invraisemblable que le rédacteur de Gen., i, qui s’est séparé des légendes païennes par les caractères relevés plus haut, ait laissé indécis le point peut-être le plus grave de tous. Ne pas parler assez clairement pour que le doute fût impossible, c’était approuver dans son peuple ce qu’il ne corrigeait pas. b. Or la tradition juive vient dire, que le texte lui a semblé explicite et qu’elle l’a toujours compris dans le sens d'une création du chaos lui-méme. C’est là une autorité grave en la question, qu’il est difficile de mé­ connaître. Si Gen., i, 1, 2, ne dit rien de l’origine du chaos, nous devrions dans les âges postérieurs retrou­ ver quelques traces de cette tolérance première, soit par des conceptions dualistes, soit au moins par un re­ fus de rattacher l’origine première de la matière cos­ mique à ce texte du Penlateuque. C'est le contraire qui a eu lieu, tant dans les écrits canoniques, que dans la littérature extracanonique. Voir plus loin. 3. Conclusion. — En résumé : a) le terme sra par lui-même, en tant que désignant toujours une action spéciale de la puissance divine, favorise plutôt l’idée d’une production ex nihilo; cette interprétation se 20 ί 6 confirme, si l’on considère : 6) l’amplitude du terme produit, cælum et terram, c’est-à-dire toules chose-: c) le mode de production : celui qui opère par sa parole n’a pas besoin de matière préjacente; d) le but de l’auteur : établir le souverain domaine de Dieu en prouvant que tout est son œuvre. Ces raisons, c) jointes surtout à l’autorité des exégètes juifs qui ont toujours compris Gen., 1, dans ce sens, semblent établir que la création ex nihilo se trouve sinon évidemment, du moins très probablement enseignée dans ce verset. Est-il besoin de fairé remarquer que la va’eurde ces considérations est absolument indépendante du carac­ tère d’histoire plus ou moins strie te de Gen., tel II? Qu’on y voie un document d’histoire rigoureuse mêlé seulement de quelques métaphores, ou le récit vrai de visions par lesquelles Dieu aurait symboliquement révélé les origines du monde, F. de liummelauer, op. cit., p. 72, ou le récit du fait très réel de la création, mais dans un cadre artificiel, Lagrange, loc. cil., p. 393, en tout cas, puisque l’auteur a pour but de nous rensei­ gner sur le commencement des choses,ces discussions, quant au point précis qui nous occupe, portent sur la forme non sur le fond de son enseignement. C’estassez pour que nous puissions ici en fa ire abstraction. 2» L’Exode, m, 14. — 1. Origine du texte. — Don nombre de critiques s’accordent à regarder ce passage comme appartenant à un antre rédacteur que celui de Gen., 1,1; ιι,4α — et différent lui aussi de celui de Gen., ti, 4Z> sq. Sans discuter celte opinion, notons seulement la valeur dillérente de ce passage dans l’une ou l’autre hypothèse. Si les deux textes, Gen., i, et Exod., ni, dépendaient du même auteur, ils pourraient s’éclairer mutuellement. Il reste, dans le cas contraire, que le compilateur les a considérés au moins comme exprimant deux concep­ tions acceptables et conciliables pour la thèse mono­ théiste qu’il défend. Le récit, Exod., ill, a d’ailleurs sa valeur propre. Dieu vient de donner à Moïse une mis­ sion grave près du peuple : « S’ils me demandent quel est [votre] nom, dit Moïse, que leur répondrai-je? — Je suis celui qui suis, ->πν n»nn. Cf. Vulgate: ego sum gui sum ; Septante : εγώ etu.t ί ών ; Aquila et Théodotion : “Εσομαι εσομαι. C’est là mon nom pour l’éter­ nité. » Exod., ni, 13-16. 2. Origine du mot. — Il est presque impossible de décider si ce nom est révélé pour la première fois dans celte circonstance, ou s’il était déjà connu. Aussi bien le fait est sans conséquence pour notre étude. Voir Dic­ tionnaire de la Bible, art. Jéhovah, col. 1231 sq. 3. Sens du mot. — Il exprime, selon les uns, l'être historique de Dieu, un état dans lequel Dieu se trouve et selon lequel il lui plait d’etre connu ; selon les autres, son être métaphysique, son essence. Sans doute, Dieu n’cnlend pas, dans la circonstance, donner la définition scolastique de sa nature, mais comme il veut qu'on lui obéisse avant tout autre, Exod., m, 16 sq., il se fait connaître sous un nom qui révèle sa supériorité sur tous les êtres, et par la même sa nature propre. Voir Dictionnaire de la Bible, loc. cit.; Darns (Lagrange), dans la Bevue biblique, 1893. p. 338; 1903, p. 362 386. Petau, op. cit., De Deo, 1. VIII, c. ix, t. i, p. 338 sq. 4. Preuve de la création. — Le mot n’ns par luiméme ne forme pas un argument absolu. Pour Platon aussi, Dieu est l’Èlre et le sempiternel présent, parce que seul il est αγέννητος el immuable, Timée, 27, d sq.: 37, e sq., édit. Didot, Paris, 1883, t. Il, p. 20i, 209, « : l'on discute cependant, non sans de graves raisons, sur le dualisme de ce philosophe. Mais l’argument s-..mL-le solide pour exclure toute hypothèse de conceptior dualiste dans le Penlateuque : a) si l’on lient compte delà mentalité israélite si étrangère aux subtilités : physiques de l’élre et du non-être platoniciens un :nom a un sens exclusif dans un tel milieu, a; si ■ 2047 CREATION considère que, dans l'usage, on appuie sur la préroga­ tive <|ii il signifie un pouvoir divin sans limite aucune : s’il n’était pas l'étre unique, serait-il ainsi regardé comme la source suffisante par elle-rnéine de toute ma­ nifestation d’activité: c) si le nom lui eût été donné seulement à titre excellent, on eût pris soin de noter ce qui distingue son être de l’étre infime, mais inengendré lui aussi, de la matière ou du chaos : or, on ne le distingue que des fausses idoles ou du monde orga­ nisé et pour dire que tout n’est rien devant lui. Voir plus loin. Cf. Lahousse, De Deo creante, p. 9-15. D'apres Nestle, Jahvé se rencontre 6000 fois dans la Bible, Élohim 2570 fois, El 226, etc. Lagrange, Études sur les religions sémitiques, 2e édit., Paris, 1905, p. 71. 3» Les prophètes. — Comme le note Zschokke, Théo­ logie der Propheten des Allen Teslamenles, in-8’, Fribourg-en-Brisgau, 1877, p. 135 sq., l’enseignement prophétique semble partout se réclamer de Gen., i; l’idée d’une existence nécessaire en dehors de Dieu, tout comme l’idée de hasard, sont absolument étran­ gères à l’Ancien Testament. Ibid., p. 138. Le même auteur groupe les textes des prophètes sous divers chefs de doctrine. Sans les reprendre tous ici dans l’ordre chronologique, il semble bon de signaler les plus importants. En dénonçant les colères prochaines de Jahvé, Amos rappelle sa toute-puissance créatrice : il vient celui qui a formé les montagnes... et Jahvé Sebaolh est son nom, iv, 13; il a fait les Pléiades et Orion... Jahvé est son nom, v, 8; tx, 5-7. L’argument est fréquemment repris par les prophètes postérieurs. Jérémie le présente avec plus de force : [C’est le Seigneur) qui a fait la terre dans sa puissance,qui pré­ pare le globe dans sa sagesse, x, 12-17 ; le y. Il, écrit en chahléen, semble interpolé. La même idée est répé­ tée littéralement, Ll, 15-20. Le Dieu d'Israël n’est pas semblable aux idoles qu'on fabrique de bois ou d’or, « car celui qui a formé toutes choses c’est lui-même, et Jahvé Sebaoth est son nom, » x, 16. Parce qu’il a tout produit, il donne toute chose à qui il lui plaît, xxvn, 5, et la création garantit sa puissance : « Aucune chose ne vous sera difficile, Jahvé Sebaolh est voire nom, » xxxn, 17. Ainsi que le premier homme, Gen., n, 7, Israël est dans la main de Dieu, comme l'argile aux mains du potier, xvni, 1-7. Ézéchiel, xxvm, 13, se réfère aussi à la Genèse, mais la sainteté de Jahvé, plus que sa puissance, fait le fond de son enseignement. Nulle part les prérogatives du créateur ne sont accen­ tuées aussi nettement que dans ces chapitres que cer­ tains. critiques allribuent au second Isaïe, XL-LVI. On remarquera que la comparaison du potier, xi.v, 9, se retrouve et dans les chapitres précédents, xxix, 16, et dans la dernière partie, lxiv, 8, avec la même allusion probable à Gen., n, 7. On lit de même xxxvn, 16 : «Jahvé Sebaoth... c'est vous qui avez formé le ciel el la lerre, » et lxvi, I : « toutes ces choses c’est ma main qui les a faites, et elles ont été faites toutes, dit Jahvé. » Entre les différentes parties du livre, s'il y a rédaction diffé­ rente, il n'y a donc pas sur ce point divergence de vues; mais l'argument est traité avec plus d'insistance, xi.LVi. Si I on adopte la division en poèmes du P, Condam n. S. J., Le Here d'Isaïe, in-8°, Paris, 1905, que l’on voie par exemple dans le poème xi., 1-xi.i, 29 : Ne savezvous pas...ne vous a-t-on pas dit dès le commencement, XL, 21, que Jahvé est un Dieu éternel, qui crée..., qui ne se fatigue ni ne se lasse, 28, pour qui les nations ne sont que vide et n'ant. 15, 17. Condamin, op. cit., p. 240-257. Voir aussi. dans le poème xlix, 1-1.1, 16, les textes xlii, 5; t.t. 13, i/o L, p. 298, et surtout, p. 267286, le poème, xliv. 6-xi.vi. 13 : « La puissance souve­ raine de Jahvé qui dirige le grand conquérant [Cyrus) est mise en contraste avec l'impuissance radicale des 2U48 divinités païennes. » Condamin, p. 281. « Oui, ainsi parle Jahvé, lui qui a créé, uns, les cieux, le Dieu qui a formé la terre, lui qui l’a faite et affermie. Il ne l'a pas créée en vain (hébreu : il ne l'a pas faite un irtn, chaos, cf. Gen., i, 2), mais afin qu’elle fût habitée il l'a faite. C’est moi Jahvé et personne d’autre, » xlv, 18. Condamin, p. 277. On se persuadera difficilement que quelque chose, même le chaos, puisse échapper à la causalité divine, quand on lit, xlv, 6, 7 : « C’est moi Jahvé et personne d’autre. Je forme la lumière et je crée, ΝΊ3, les ténèbres; je fais la paix et je crée, sts, le malheur. C’est moi Jahvé qui fais tout cela. » Cette conception de Dieu auteur des ténèbres et du mal met un abîme entre les vues du prophète et toute doctrine dualiste. Zschokke, op. cit., p. 90, 137. Aussi Jahvé in­ siste-t-il sur ce fait qu’en dehors de lui. il n’y a rien : « Je suis le premier et le dernier, et hors de moi il n’y a point de Dieu, » xliv, 6; cf. 8, 23. « Moi je suis Jahvé qui fais toute chose; je déploie les cieux moi tout seul, ('affermis la terre et qui est avec moi, » xlv, 24. Dans le 5’ poème : Dieu, qui est le premier et le dernier, a fait le ciel et la terre : « C’est moi qui les appelle et les voilà présents, » xlviii, 12, 13. Dans le 9'poème: « Son nom est Jahvé Sebaoth..., il s'appelle le Dieu du monde entier », Liv, 5. Condamin.op. cil., p.344. A moins de demander à un poète d'exprimer toujours dans les termes abstraits de l’Ecole l’aspect négatif et l’aspect positif de tout sujet, on ne peut, ce semble, exiger déclarations plus claires. Smend, Lehrbuch der altteslamenll. Religiongeschichle, 2e édit., in-80, Fri­ bourg-en-Brisgau, 1899, p. 348,435, attribue une grande influence à Isaïe pour la diffusion de ces idées. Ce n'est pas qu’il ait innové, puisqu'il prétend, xi., 21, 28, s'ap­ puyer sur la tradition, voir col. 2047; mais il est vrai qu’il a mis en singulière évidence les prérogatives qui découlent du nom de Jahvé, l'amplitude du pouvoir créateur, et les conclusions immédiates de cette toutepuissance. Les critiques qui admettent un second Isaïe le placent généralement vers le milieu du vt' siècle. 4° Les Psaumes. — Il esl vrai que les psaumes qui ont la créalion pour motif exclusif, Ps. cm (Vulg.) ou principal, Ps. vin, xvm, xxxn (Vulg.l, sont assez rares, Bousset, Die Religion des Judenlums, in-8°, Berlin, 1903, p. 295; mais le fait de la créalion est fré­ quemment rappelé. 1. Opposition avec les cosmogonies païennes. —Ce qui frappe dans celle littérature, c'est son opposition avec les poèmes analogues des peuples voisins. De fait, c’est surtout Γο/ms ordinationis el ornamenti, l’ordon­ nance et l’embellissement du monde qui est chanté, et cela se conçoit : c’est là que brille davantage la perfec­ tion divine, et c'est la créalion consommée qui intéresse le plus, sinon la spéculation du philosophe, du moins la foi des simples. Il esl en tout cas bien singulier que nous n’ayons aucun poème sur la lutte du créateur avec le chaos, ou rien qui nous représente Dieu tra­ vaillant une matière originairement indépendante de lui. On ne saurait rien tirer en ce sens de l'expression : l'œuvre de vos mains. Ps. ci, 26; xvni, 2; vin, 4. Ce que les psaumes exaltent en dépendance évidente de Gen., I, c'est la toute-puissance de la parole de Dieu. Ps. xxxn,6,9. Il a commandé et ils ont été créés, Ni:. Ps. CXI.VIII, 5. Toute-puissance de sa volonté. Ps. cm; cxin, 3 (héb. cxv); cxxxiv, 6. Avec dessein probable de s’opposer aux religions astrales des peuples voisins, Dieu est célébré comme le créateur des astres. Ps. vin. 4; xvm, 2; c.xxxv, 5-10; xxxn, 6; ci, 26; cm, 19. Qu'il y ait ou non allusion à des mythes populaires, Léviathan devient, Ps. cm, 26, un simple animal à qui Dieu n’a donné la puissance que pour se jouer de lui. 2. Intelligence des conséquences de la création. — Le fait de la créalion est l'argument que l’ou imvque CRÉATION ‘2049 contre les idoles pour les humilier. Ps. cxxxiv, 5, 1318; cxxxv, 3, 4; cxm, 3-9 (héb., cxv). On le rappelle à Jahvé pour émouvoir sa bonté toute-puissante. Ps. t.xxxvm, lxxxix, ci. On le chante à sa louange. Ps. vm; xvu, 1-5; xxm, 1-2; xxxn, 6 sq. ; cm; cxxxm, cxxxiv; cxxxv, ou pour s’exciter à la confiance, xxn, 1; cxn; cxm (héb.,cxv); cxi.v, etc. 3. l’ucs sur les relations entre le nom de Dieu et ses attributs. — Remarquable encore la liaison que ces poèmes établissent entre le nom de .Jahvé et sa puis­ sance : «Non pas à nous, Jahvé..., mais à votre nom donnez la gloire..., de peur que les nations ne disent où donc est leur Élohim, » Ps. cxm, 1, 2 (héb., cxv); Jahvé que ton nom est glorieux, Ps. vm, 2; Jahvé est grand sur tous les Elohim; tout ce que veut Jahvé il le fait. Ps. cxxxiv, 5; cxi.vm, 5, 6, 13. Le Ps. cxxxiv, 13, fait d'ailleurs allusion à Exod., m, 15; de même aussi, semble-t-il, Ps. cl, 13 : « mais toi tu es, Nin, et tes années nepasseront pas, » 25, 28. Sans doute, on ne voit pas encore dans le tétragramme la doctrine de l’acte pur, mais on le déchiffre mieux et l’on est en voie de l’y reconnaître. Pour la date de ces différents psaumes, voir, d’après Minocchi, Revue biblique, 1906, p. 169 sq. On a cru pouvoir exposer la doctrine qu’ils renferment sans dis­ tinction de temps. Elle semble partout la même et ne marquer nulle part un progrès notable. La transcen­ dance du Dieu créateur et sa toute-puissance y sont net­ tement affirmées. Celui qui est, est représenté sans limite aucune comme le Dieu unique, le Dieu vrai et le Dieu fort. 5“ Les livres sapientiaux. — La doctrine de la créa­ tion fait avec les livres sapientiaux un progrès considé­ rable. Démêler les influences qui le provoquèrent est chose trop délicate. Outre l’éveil naturel de la raison philosophique, outre ce besoin naturel de la foi de pé­ nétrer davantage son objet sous l’assistance constante de la providence, rien n’empêche d’admettre une in­ fluence des religions voisines aboutissant, paranlilhèse, à une articulation plus précise des dogmes contre les doctrines opposées, et par synthèse, à une assimilation plus ou moins parfaite des éléments acceptables. Ainsi est-il probable que le parsisme provoque à la fois une affirmation toujours plus ferme de l’unicité du principe créateur, et par contre une évolution de l’angélologie et de la théorie des intermédiaires. Hackspill, Revue biblique, 1901, p. 629, 630. Ainsi de la théorie du Logos sous l’influence hellénique. Lebreton, Les théories du Logos au début de l’ère chrétienne, dans les Etudes, 1906, t. cvi, p. 85 sq., 310 sq. Avec leurs témoignages sur la création, les livres sapientiaux nous apportent les premiers linéaments de la doctrine du démiurge. Le livre de Job, dans la question présente, est d'un haut intérêt. Il présente, dans l’exemple d’un juste persécuté, l’une des objections les plus fortes contre la -ohilion créalianiste, celle où sont venues butter toutes les religions dualistes : le désordre apparent du monde t la prospérité des impies. Or, pour résoudre le pro­ blème, Dieu se contente d’en appeler à ses œuvres et d humilier Job par la comparaison de sa faiblesse avec sa sagesse et sa toute-puissance. Il a créé les étoiles adorées ailleurs, ix, 9; xxxvm, 31-34, les monstres mêmes, Léviathan et Béhémoth, « que j’ai fait comme loi. » Job, xxvi, 13; xl, 15; xi.i, 24. Cf. Knabenbauer, In librum .lob, in-8». Paris, 1886, p. 316, 447, 451 ; Dic­ tionnaire de la Bible, art. Béhémoth, Léviathan. S’il y a dans ces termes allusion à des mythes babyloniens, Sqiend, Lehrbuch der alttest. Beligionsgeschichle, p. 371, 435, celte dernière assertion n’en est que plus grave pour marquer l’opposition de doctrine. La créa­ tion el ses merveilles, ix, 5,10; xxvi, 7-14; xxxvut-xi.ii, sont décrites avec des images et une affirmation de la puissance créatrice qui rappellent le second Isaïe. Job DICT. DE THEOL. CATHOL, 2050 comprend par là qu’il a péché en osant demander rai­ son à Dieu, XLtt, 1-7. Ainsi l’objection soulevée contre la providence est résolue par un appel à l'insondable perfection du créateur. La réponse philosophique est très incomplète; au point de vue qui nous occupe, elle est des plus significatives, puisqu’il est difficile d’en trouver de plusopposéeau dualisme ou au panthéisme. Il est très vrai qu’on ne saurait arguer de xxvt, 7 : ce rien sur lequel la terre est posée, c’est le vide et non le néant métaphysique, H. Schultz, Alltestamentliche Théologie, 5» édit., in-8», Gœttingue, 1896, p. 447 ; mais on ne saurait non plus voir dans le créateur de Job un pur ordonnateur du chaos. L’hypothèse est exclue par cette doctrine que le livre développe : « q-i donc m’a obligé pour que j’aie à lui rendre; tout ce qui est sous le ciel est à moi, » xi.i, 2. Les discours d’Éliu, xxxtl-xxxvn, entrent davantage dans la solution philosophique du problème, sans ré­ véler plus de traces d’une mentalité panthéiste ou dua­ liste. Cf. Dictionnaire de la Bible, art. Job, l. ni, col. 1567, 1573. Le livre des Proverbes précise les descriptions de la Sagesse ébauchées par Job, xxvm, 12-28. Dans Prov., t, 20-33, elle est surtout la crainte de Dieu personnifiée; mais dans Prov., m, 19, 20, elle est la vertu par qui Dieu créa la terre. La personnification s'accentue, Prov., vm, 22-32; et voici, ce semble, une affirmation très nette de la création ex nihilo; l’auteur en suivant l’ordre de Gen., i, expose que la Sagesse a été établie dés l’éternité avant toutes les œuvres de Dieu, avant la terre et les abîmes, les tehomolh. En même temps affirmation du caractère temporel de la création. La Sagesse coopère aux œuvres de Dieu en se jouant, Prov., vm, 30 : l'idée de lutte est absente. L’Ecclésiaste ne s’élève pas à ces conceptions poé­ tiques. Le problème qui l’angoisse, c’est le problème moral, vu, 25; vm, 1, 16, 17; ix, 1. La création n’est mentionnée qu’en passant,m, 11; xt, 6;xil, 1. Ce livre cependant, comme celui de Job, prouve bien que l’au­ teur est créalianiste. Affirmant, en effet, les deux ex­ trêmes du problème, l’universelle action de Dieu dans la création et dans tout événement, il, 25, 26; m, 1-9, 14-19; v, 17-19; vi, 1-3; vu, 13-15, et d’autre part le désordre apparent des choses, vm, ix, il ne lui vient d’autre solution que de s’en remettre à la justice rému­ nératrice de Dieu. Pour la date de composition, Pelt, Histoire de C'A. T., t· édit., in-12, Paris, 1904, t. n, p. 80, note 1; Zapletal, Das Buch Kohelet, in-8», Fri­ bourg, 1905, p. 66, note 4; Condamin, Revue biblique, 1900, p. 375, et pour l’authenticité de l’épilogue, Zrpletal, op. cit., p. 71. Entre ces affirmations nulle place pour une conception dualiste. Le livre de la Sagesse marque un progrès sur les précédents. Le rôle de la Sagesse s’éclaire, vu, 21-Vlll, 19. Quand elle est décrite comme le souffle de la vertu de Dieu, son émanation, son reflet, son miroir et son image, vu, 25. 26, celle qui choisit entre les œuvres de Dieu, vm, 4, elle apparaît plus nettement comme un attribut divin, et la théorie de la cause exemplaire se trouve esquissée. Cf. Heb., i, 3. Quand elle est dite toute-puissante, toute agissante bien qu'immuable, καί μένουσα εν αύτή τά πάντα ζαινίζει, vu, 27, ouvrière de tout ce qui est, vu, 21,23, 27; vm, 1, 6; ix, 2, 9, sa fonction de cause efficiente et de démiurge s'affirme de plus en plus. Trop divine pour être une créature,vu, 25, 26 ; vin, 3; trop distincte de Dieu pour n’ètre qu'un attribut, vm, 4; ix, 4, 9, elle se dessine déjà par les traits propres au Fils dans les écrits de saint Paul et desaint Jean. Hackspill, Heimeèibfique, 1901,p. 2o2sq On peut voir par cet ensemble, quelle force peut bien avoir l’objection que l’on tire du i. 18, c. ΧΙ,κτισασα τ-. κόσμον έξ άμόρρου ύλης. La réponse que l’on donne renvoyant à I, 14, έκτισε γάρ εις το είναι τά πα.τα ne III. - 65 2051 CREATION vaut point; il ne s’agit pas là du néant comme point de départ, mais de l’existence comme but visé : Dieu veut la vie et non la mort. Un emprunt à la philosophie de Platon est bien vraisemblable : άμορφαν ον έκείναιν «πα­ σών τών Ιδεών δσας μέλλοι δέχεσθοα πόΰεν, Platon, Tintée, 50, in-4®, édit. Didot. 1883, t. it, p. 218; άνόρατον καί άμορφαν, 51, p. 2Ι9. Ritter, Historia phil. græcee, 8» édit., in-8®, Gotha, 1898, p. 255. L'ensemnle du livre exclut suffisamment toute conception dualiste. Voir surtout, xi, 22, 24, 25, ou l’auteur établit la dépendance absolue de toutes choses à l’égard de la volonté divine, soit dans le devenir, soit dans la durée. De même qu’il n’a pas fait du monde un dieu, τόν ποτέ έσόμενον θεόν, Tintée, 34, édit. Didot, p. 207; Ritter, p. 258, l’auteur pouvait, quitte à ne comprendre que superficiellement la pensée du philosophe, appliquer ses paroles à la matière chaotique. Dans ΓEcclésiastique, même personnification de la Sagesse. Antérieure à tous les êtres, t, 3, 4; créée de Dieu, κτιζειν. i, 4,9; xxiv, 12, 14, sortie de la bouche du Très Haut, άπο στόματος... έζήλθον, xxtv, 5, aussi distincte comme personnalité que les anges au milieu de qui elle parle, xxiv, 2. elle proclame elle même son rôle dans la formation de l’univers, xxiv, 5-15. La des­ cription de la Sagesse, comme hypostase, est ici moins riche de traits suggestifs que Sap., vu, 21-vin, 19. La théorie de la création s’accroît par contre de quelques notions précieuses, Eccli., xvt, 24-xvn, 9 (mais xvi, 25 b, e, est une addition de la Vulgate), rappelle manifes­ tement Gen., I, el précise : Dieu dans le commencement tSX-i, cf. Gen., i, I, a ordonné ses œuvres, xvt, 20, et leur a fixé des lois immuables, xvt, 27-29. Le même sujet est repris xxxix, 20-xt, 1. Ailleurs l’auteur ré­ pond à celle grave objection à laquelle va se heurter le mouvement gnoslique et manichéen. Il affirme Dieu créateur de toutes choses, reconnaît le mal physiqueet moral, et proclame cependant quetoutest bon dans les œuvres de Dieu. Vulg., xxxix, 21, 26, 30-38, 39-41 ; héb., xxxix, 16, 17, 21, 24-32. Qu’on lise, xxxix. 28, il y a des vents créés pour la vengeance, ou : il y a des esprits... (en h breu Ni'.?) la pensée demeure la même; c’est celle de l’Ecclésiaste : ce qui nous semble mauvais vient pourtant de Dieu, Vulg., xxxix, 34, 35, a sa raison d’être et sera quelque jour trouvé excellent, Vulg., xxxix, 26, 39, 40; héb., xxxix, 33, 34. Autres passages importants : Dieu est créateur de tout, Vulg., xui, 15; xi.ui, 37, héb., 33; par sa parole, Vulg., xlii, 15; xi.ni, 28, héb., 26; Jahvé est admirable dans ses créatures. Vulg., XLllt, 1-27. Deux traits nouveaux marquent une pensée plus profonde : du lait de la création,® rien n’a été ajouté à son être et il n’en a été rien ôté. » Vulg., Xl.tl, 21. Enfin, Vulg., xi.m, 29, héb., 27 : « pour résu­ mer notre discours il est le tout, ban ni-, » c’est-à-dire toute la raison d’élre de ses créatures. Une explicalion panthéistique, comme le reconnaît Ryssel, est ici im­ possible. Kaulzsch, Die Apokryphen und Pseudepigraphen des A. T., in-8®, Fribourg-en-Brisgau, 1900, t. i, p. 448, note i; p. 246. 6® Le livre des Machabées nous apporte un témoi­ gnage du 11® siècle. La mère des Machabées exhortant le dernier de ses fils lui dit : « Je t’en conjure, mon enfant, regarde le ciel et la terre..., sache que Dieu les a créés de rien, εξ ού* οντων,βΐ que la race des hommes est ainsi arrivée à l’existence. » H Macli., vu, 28; Vigouroux. Bible j lyglolte, Paris, 1906, t. vt, p. 838; Barclav Swete, 1 be aid Testament, Cambridge, 1899, où* έξ όντων. Kautzsch. op. cit., t. I, p. 100, traduit : die niebt waren; Vacherot, Histoire critique de l'école d'Alexandrie, in-8-. 1846. t. I, p. 132, note : non entia fecit esse el non ex nihilo. Pour Smend, op. cil., p. 437, note 2, l’expression signifie seulement que les choses n'existaient pas auparavant. Origêne, au conraire, In Joa., tom. I, n. 18, P. G., t. xiv, col. 53; 1 T052 Periarch., 1. Il, c. i, n. 5, P. G., t. xi, col. 186, l’inter­ prète dans le sens de ex nihilo, et ces mois sont de fait les termes reçus chez les Pères pour signifier du néant. L’emploi d’une pareille formule au sens d’une modification de la matière, ποιεω, creatio secunda, équivaudrait dans la bouche de celle femme du peuple â une subtilité bien invraisemblable, et elle serait fausse appliquée à la seconde partie de la phrase : et c’est ainsi... D’après Gen., 1, 26; n, 7, l’homme tout entier n’a pas été façonné de la matière. Le texte est d’autant plus intéressant que la mère des Machabées n’est donnée ni pour plus instruite, ni pour plus inspirée que le reste du peuple. F. de llummelauer. in Gen., p. 87. 7“ Conclusion. — Cette enquête ainsi terminée avec le dernier des livres canoniques, si imparfaite qu’elle soit, on peut essayer d’en dégager les conclusions. Nous avons évité de traiter comme l’œuvre d’un auteur unique des textes que séparent des siècles entiers et peut-être une mentalité tout autre. Ayant ainsi interrogé isolément chacun des écrivains inspirés, arguant de leurs paroles expresses, des doctrines professées sur les points connexes, de leur silence même sur les théories opposées, quand ils auraient eu l’occasion de laisser voir qu’ils les partageaient, nous croyons pouvoir résu­ mer ainsi les caractères communs de leur enseigne­ ment sur la création. Cf. 11. Schultz, Alllestanient. Théologie, p. 446-452. —1. Distinction absolue de Dieu et du monde : tout procède de Dieu, les anges, les bené Élohini, les astres, les monstres, le mal même; el tout procède comme le résultat d’une action extérieure, non par évolution interne comme dans le panthéisme; 2. nulle opposition entre Dieu et le monde : le chaos n’est pas indépendant de lui, ni rebelle â sa voix; la matière n’est pas un principe mauvais qui lui résiste comme dans les systèmes dualistes; 3. nulle sépara­ tion entre l’univers et son auteur : ni évolution méca­ nique à laquelle Dieu serait étranger, ni intervention désordonnée de Dieu. Chaque chose suit la loi qu’elle a reçue sous la providence toute-puissante de Dieu. Ces caractères qui ne se démentent pas d’un bout à l’autre des hires de l’Ancien Testament constituent en faveur d’une création stricte ex nihilo un argument autrement sùr que quelques textes isolés. La revue précédente a permis par ailleurs de juger quelle parenté peut avoir avec l’Ancien Testament chacune des thèses du dogme actuel : liberté de l’acte créateur, son exécution dans le temps, la bonté pour cause, la gloire de Dieu comme fin, etc. Voir plus loin. 8° La création dans les écrits exlracanoniques. — Les écrits canoniques ne reflètent pas tout le mouve­ ment des idées. Si nombreux cependant que soient les écrits extracanoniques et apocryphes à quelque époque que ce soit, on ne saurait les mettre sur le même rang que la littérature orthodoxe et officielle : celle-ci est approuvée; ils ne le sont pas. Us renseignent du moins par leur conformité plus ou moins grande avec les livres canoniques sur l’intensité et l’extension de l’or­ thodoxie au temps de leur apparition. Aristobule, juif alexandrin, cf. Schürer, Geschichle des jûdischen Volkes, in-8®, Leipzig, 1898, t. ni, p. 386 sq.; Hackspill, Revue biblique, 1961, p. 379, prétendait, vers 150 avant notre ère, retrouver dans la Bible toute la philosophie grecque. Philon mérite une attention spéciale, et comme repré­ sentant de la pensée juive, et pour l’inlluence qu'il exercera par la suite sur les Pères alexandrins. Sa dépendance â l’égard de Platon, sans s’étendre égale­ ment à toute son œuvre, comme le donne à penser M. Horowitz, Vnlersuchungen über Philons und Pla­ tons Lehre von Weltschôp/ung, Marbourg, 1900, p. 14, est considérable dans le De opi/icio mutidi : transcen­ dance divine, mouvement de bonté qui porte Dieu à 2053 CRÉATION créer, théorie de l’exemplarisme, nécessité d’un intermé­ diaire, toutes doctrines qu’il trouvait spécialement dans le Timée et qu'il pouvait, au moins pour une part, appuyer sur l’ficriture. Sur la création de la matière, sa pensée est fort douteuse. Quelques passages semblent nettement dualistes. Cf. De cherubim, c. xxxv, édit. Wendland, in-18, Berlin, 1896. I. i. p. 197; De mundi opi/icio, e. it, ibid., p. 2, etc. Il est curieux par ail­ leurs qu'Eusèbe nous ait conservé, en témoignage de la créalion ex nihilo, un extrait d’un ouvrage de Philon aujourd'hui perdu. Preep. evangel., 1. VII, c. xxi, /’. G., t. xxi, col. 568. Pour la discussion des textes pour et conlre le dualisme de Philon, Drummond, Philo Judæus, in-80, Londres, '1888, t. i, p. 299-307; Schûrer, op. cit., t. ni, p. 557. Le fait qu'il eût inter­ prélé dans le sens d’une matière éternelle Gen., I, 2, prouverait seulement un dessein de concordisme plus érudit qu’éclairé, et ce ne serait pas le seul cas où, malgré ses intentions, la philosophie profane l’aurait entraîné hors de la doctrine traditionnelle. Ailleurs, dans « sa théorie sur le monde, sur sa constilution intrinsèque, sur le rôle qu’y joue la raison et la loi, » la pensée di docteur juif se nuance fortement de stoï­ cisme. Lebrelon, dans les Éludes, 1906, t. cvt.p. 764 sq. Nous aurons à rappeler les positions qu'il a prises presque en chacune des études qui vont suivre. Un témoin de grande autorité, lui aussi, puisqu'on en trouve dans les livres canoniques des réminiscences, et même une citation, Jud., v, 14; cf. Hén., i, 9, c’est le livre d'Hénoch. La doctrine de la créalion y est ensei­ gnée. Hén., ι,χιχ, 15 sq., Kautzsch,op. cil., t. n, p. 276; cf. Lxxxiv. 3, ibid.,p. 289. On y retrouve Gen., i, avec plus de détails. En même temps qu’il accuse un déve­ loppement considérable et plus ou moins cohérent de l’angélologie, Hén., lxix, ibid., p. 275 ; vi, p. 238, ce livre apporle aussi son témoignage sur le rôle de la Sagesse. Elle esl près du trône de Dieu, Hén., Lxxxvt, 3, p. 289; elle juge la terre, Hén., xcn, 1, p. 301, et n’ayant pas trouvé de place sur terre demeure au ciel. Hén., xlu, I. 2, 3, p. 261. Cf. Martin, Le livre d'Hénoch, in-8», Paris, 1906, p. xx sq. Les mythes babyloniens et parsistes ont marqué dans le livre leur inlluance, ibid., p. c sq., et ont été modiliés dans un sens créatianiste. Le livre des Jubilés, i»r siècle après Jésus-Christ, témoigne dans le même sens, I, 27; n, 1 sq. Kautzsch, t. π, p. 41. Même affirmation de la création sans noter expressément qu’elle a pour point de départ le néant; même encombrement de l’angélologie. L’Assomption de Moïse, parue dans les premières années après Jésus-Christ, prétend rapporter la pro­ phétie que fit le patriarche g l’an 120 de son âge, le 250> de la création du monde ». Sur ce calcul, Kautzsch, op. cit., p. 317, note 6. Dieu a créé le monde pour la Loi, i, 12. Kautzsch, t. n, p. 319; il ne l'a pas manifestée plus tôt pour ancrer les gentils dans la con­ viction de leurs péchés. Le IV” livre d'Esdras, 81-96 après Jésus-Christ, III” vision, c. vi, 38-vn, 1, Kautzsch, t. Il, p. 367, s’ex­ prime ainsi en commentant Gen., 1 : « Seigneur, au commencement de la création, au premier jour, tu as dit : Que le ciel et la terre soient. Et ta parole a accom­ pli cette œuvre. Il n'y avait alors qu’esprit flottant, ténèbres à l'entour et silence..., la voix de l’homme n’avait pas encore retenti devant toi. Tu ordonnas alors qu’un rayon de lumière sortit de tes trésors pour éclai­ rer les œuvres... » On notera que Gen., i, 1, y est expliqué de la création du ciel et de la terre à l’état chaotique, ÿ. 39, appelés, au ÿ. 40, les œuvres de Dieu. La création a été faite pour le peuple élu, VI, 59-vn, 1. Kautzsch, p. 368, 319, note b. Hénoch (sic) et Lévia­ than sont produits par les eaux sur l’ordre de Dieu, et soumis à Dieu, VI, 48 sq. Curieuse adaptation, à ce qu’il semble, de traditions babyloniennes. Cf. Martin, op. cil., 2054 p. 120. Ailleurs, IV Esd., tv, 1-11; vi, 38, 54, le créa­ teur humilie par sa puissance l'impuissance humaine et proteste que la fin des temps lui appartient tout comme leur commencement, vi, 1-7. Ces écrits extracanoniques semblent donc prouver eux aussi, cf. Boussel, Die Religion des Judenlums im neutetiamenllichen Zeitaller, in-80, Berlin, 1903, p. 296, notes 1-3, que le peuple juif, en s’appuyant tou­ jours sur Gen., i, professait une créalion au sens strict. Cf. Josèphe, A nt. jud., 1. I, c. n. Opera, in-fol., Genève, 1635, p. 4. Seules les formules ab-trailes de l'Ecole ne s’y trouvent pas; aussi bien n’est-ce pus leur place naturelle. Cependant la théologie juive ne persévéra pas dans cette stricte orthodoxie. Elle mêle, par la suite, aux explications de la Genèse des rêveries incohérentes. La ilechilla, qui commente vers la première moitié du lit” siècle les premiers livres du Penlateuque, garde encore la pure doctrine : Dieu crée d'un mol. Le Tal­ mud de Jérusalem, v” siècle, traité llaghiga, it, I, trad. Schwab, Paris, 1883, t. vt. p. 268-269, 275-277, quoique relatant les avis dillérenls des rabbins sur la manière dont Dieu a créé le monde, reconnaît que Dieu a tout créé, et entend le chaos de l’obscurité et des ténèbres. Le plus ancien des Midraschim, Bereschil rabba, vi” siècle après Jésus-Christ, montre déjà l'uni­ vers insoumis à la parole créatrice. Dieu est obligé de s’y reprendre à plusieurs fois pour former la femme, etc. D’autres Midraschim renchérissent, comme si la matière, aussi bien que dans le dualisme païen, avait une force propre et indépendante. Weber, Jüdische Théologie, in-8», Leipzig, 1897, p. 200; Bousset, op. cil., c. tv, p. 326 sq. C’est bien plus tôt que ces fantaisies auraient dû se donner carrière, si Gen., I, avait laissé quelque doute sur la nature du chaos et si Dieu n'avait veillé â ramener constamment son peuple du polythéisme qui le tentait, aux leçons qu'il lui avait données. il. nouveau testament. — 1° Les Synoptiques. — Chez les trois premiers évangélistes l’apport matériel des textes est presque nul; l’apport formel des idées est considérable. Aucun enseignement direct sur la création ex nihilo : il n'y avait donc pas, ce semble, d’erreur grave à dissiper sur ce point. Par ailleurs, la narration mosaïque, Gen., I, II, est partout supposée. Elle était reçue également des Samaritains etdes Juifs; Jésus y renvoie ses interlocuteurs. Matth., xtx, 4; Gen., I, 27. Les idées de paternité divine et de création se trouvent associées dans Matth., XI, 25; Luc., x, 21 : Confiteor tibi, Pater, Domine cæli et lerræ; Matth., xxv,34: Venite,benedicti Patrismei, possidete paratum vobis regnum a constitutione mundi. La création es! impliquée dans les déclarations du Sauveur sur la toute puissance du Père, sursa providence, etc. Matth., vi, 8, 26; v, 45. A défaut de théories explicites, l’histoire évangélique elle-même esl ici de la plus haute importance. Par le fait de la mission du Fils, el par ses déclarations expresses à ce sujet, se trouvent enseignées : 1° l’iden­ tité du Dieu suprême, du Dieu créateur et du Dieu rédempteur, puisque c'est lui, loin de se désintéresser de son œuvre, qui lui envoie son Verbe pour la recréer, Is., lxv, 17; 2° la paternité de Dieu déjà proclamée dans l’Ancien Testa ment, HackspiII,BeL'uefci6fir Duchesne, Histoire ancienne de l’Église, 3° édit., in-8°, Paris, 1907, t. t, c. xi, p. 153 sq. Le premier des apologistes, Aristide, réfute tour à tour les conceptions idolàtriques de Chahlée, de Grèce, d'Égypte. En voyant le mouvement nécessaire de toutes choses, il a conclu à un moteur divin, άπροσδέης, en qui lout subsiste, δ:’ αύτοΰ τά πάντα συνέστηχεν, qui a tout créé pour l’homme, c. i; les éléments ne sont pas dieuXj mais corruptibles et muables, produits du néant, έκ τού μή δντος παραχΟέντα, par l'ordre du Dieu véri­ table. c. iv; quant aux chrétiens, « ils connaissent Dieu et croient en lui, créateur du ciel et de la terre, en qui sont toutes choses et de qui sont toutes choses. » Cf. Robinson, dans Texts and Studies, in-12, Cam­ bridge. 1893, 1.1, p. 48; Hahn, Bibliolhek der Symbole, 3'édition, in-8°, Breslau. 1897, p. 3; Vie de Barlaam el de Joasaph, c. xxvi-xxvm, P. G., t. xcvt, col. 11681124. Que l’Epitreà Diognète soit ou non, comme le veulent Kihn et Doulcet, de la main d'Aristide, on notera sur le sujet présent de frappantes analogies. Cf. Robinson, op. cil., p. 95-97. Dieu y est aussi celui qui a fait le ciel et la terre, ούδενός άν προσδέοιτο, c. Ill, 4; les choses ont élé produites, εις χρήσιν ανθρώπων, c. tv, 2. Ce ne sont pas les hommes mais Dieu même, άλλ’ αυτός αληθώς δ παντοκράτωρ καί παντοκτίστης καίάόρατος Θεός, qui a enseigné la doctrine chrétienne, ayant envoyé le démiurge, αυτόν τον τεχνίτην καί δημιουργόν τών όλων, c. νπ, 2; νιιι, 10. Funk, op. cit., p. 137,139. La pensée de saint Théophile d’Antioche est remar­ quable de netleté. Dans un traité où s’accuse fréquem­ ment la dépendance du Tiniée el du De opificio mundi de Philon, cf. Freppel, Saint Irénée, in-8», 3’ édit., Paris, 1886, xm» leçon, Platon, dit-il, reconnaît Dieu, άγέννητον καί πατέρα καί ποιητήν τών όλων, mais si la ma­ tière est aussi αγέννητος, Dieu ne peut être celui qui a tout fait, ποιητής τών όλων, inengendrée, la matière se­ rait égale â Dieu. Or c'est le caractère propre de Dieu de produire du néant, Θεού δέ ή δύναμις έν τούτω φανεροΰται, ϊνα έζ ούκ δντων ποιή όσα βούλεται. C’est là ce qui fait son excellence, τό έξ ούχ δντων ποιεΐν χαι δσα βούλεται, καθώς βούλεται. .4d Aulol., 1. II, c. tv, P. G., t. vi. col. 1052, 1053; cf. c. xm, col. 1072. C’esf, dit-il, l'enseignement inspiré des prophètes : tout de rien, rien de coélernel à Dieu, ού γάρ τι τώ Θεώ συνήκμασεν..., rien de préexistant au monde que le Verbe, c. x, col. 1064. 1065; cf. I. I, c. m, iv, col. 1028, 1029. Athénagore est loin de cette précision. Le Verbe, dit-il, esl engendré pour devenir la forme et l’acte, Ιδέα καί ένέογεια, de la matière. Legal., c. x, P. G., t. vt, col. 909. S’il distingue Dieu de la matière, c'est par les termes platoniciens, τό άγένητον καί τό γενητόν, τό ·, ■ και τό ούχ δν, et dans le rapport de l’argile au potier, ώς γάρ ό κεραμεύς καί ό πηλός, ibid., c. XV, col. 920, et si la matière n’est pas plus ancienne que Dieu. ce;>endant la matière appelle l’ouvrier, comme l’ouvrier appelle la matière, δεϊδέ χαίτη υλη τεχνίτου και ΰλη; τ τεχνίτη. c. Xis, col. 929. Le pouvoir d’ordonner la matière informe, άμορφαν ούσαν, entraine d'ailleurs celui de ressusciter les morts. De resur., c. in, col. 980. Sans doute, notre auteur écrit sa Legatio, pour faire ressortir les analogies de doctrine, plutôt que pour accentuer les divergences. Cf. dom Maran, ibid., col. 37. La restriction την παρ’ αυτοί: νενομισμένην άμορφαν ούσαν, De resur., c. III. col. 980, sa disserta­ tion sur l'unicité de Dieu, Legal., c. vui, col. 905. 2060 doivent être prises aussi en considération, mais en somme on chercherait en vain chez lui un texte décisif sur la création ex nihilo. Tel est aussi, à ne prendre que les textes sûrement authentiques, le cas de saint Justin, dont les deux Apologies avaient paru peu avant la Legatio. Sa doctrine serait hors de tout soupçon, si la Cohortatio était son œuire indiscutée. On y distingue ποιητής et δημιουργός, n. 22, P. G., t. vt, col. 281; une matière incréée serait, dit-on, égale à Dieu et indépendante, n. 23, col. 284; n. 25, col. 286. Cf. Dial, ami Tryph., n. 5, col. 489. Quant à ses ouvrages d’attribution certaine, on peut trouver une bonne présomption dans l’emploi prédominant qu’il fait des expressions πατήρ τών όλων, κτίστης, γεννητώρ τών απάντων ; voir la liste, Borneman. Zeitschrift fur Kirchengosehichte 1879, t. il, p. 8, 10, complétée par Katteubusch, cil., t. n, p. 520, et note 65, 66; de même dans l’oppo­ sition qu'il accentue entre 1’άγέννητος unique et les γεννητά; mais en tirer avec quelques auteurs une preuve absolue de sa croyance à la créaiion ex nihilo, c'est oublier que le langage de ce Père est tout platoni­ cien et que ce même langage se rencontre dans Platon avec des conceptions plutôt dualistes. Cf. A. Vanhoon­ acker, De rerum creatione ex nihilo, p. 159-175 Il conviendrait de distinguer ses écrits apologétiques et ses traités polémiques. Dans les premiers, ou bien il argumente ad hominem; ainsi dans le fragment d’attribution douteuse, De resurrectione, c. vt, col. 1581, ou bien il insiste sur l’aflinilé des dogmes chrétiens avec la philosophie profane : On nous croira platoni­ ciens, A/iol., I, n. 20, col. 357; c’est que Platon a pris à Moïse sa matière amorphe, ϋλην αμορφον. Ibid., n. 59, col. 415; cf. n. 10, col. 340. C'est pour­ tant conclure trop vite que l’accuser d'être incon­ sciemment dualiste, de l’être « plus que Platon luimème ». De Faye, Influence du Tiniée de Platon sur la philosophie de Justin martyr, dans la Bibliothèque des Hautes Études, 2e série, t. vit, p. 182, 184. Cf. Vacherot, op. cit., t. I, p. 231. C’est oublier son but : faire ressortir les analogies, pour prouver qu’on poursuit, non les doctrines chrétiennes, τά όμοια λέγοντες, mais le seul nom du Christ, μονοί μισούμεθα δι’δνομα τού Χριστού, I, n. 24, col. 364; c’est négliger ses réserves : l’identité n’est qu’apparente, Πλάτωνος δόζομεν λέγειν δόγμα, I, n. 20, col. 357, ou partielle, ένια δέ καί μειζόνως καί [Οειοτέρως] λέγομεν. Ibid. Écrivant à un prince qui professait le monisme, il n’était pas tenu de réfuter le dualisme, et pouvait par­ ler du démiurge et du père de toutes choses sans être platonicien strict, tout comme il parlait du λόγος σπερματικός sans être stoïcien. L. Feder, Justins des Mârlyrers Lehre von J. C., in-8°, Fribourg-en-Bri-gau, 1906, p. 135 sq. Il réfute en elle! le stoïcisme, en mon­ trant la contradiction qui existe entresa morale élevée et le déterminisme qui découle nécessairement du pan­ théisme. Apol., n, n. 7, 8, col. 456 sq. Mieux vaut dire que « l’intelligence de cet écrit [le Tiniée] n'est pas en rapport avec la séduction qu’il exerce sur les esprits ». De Faye, op. cit., p. 181, note. Le concordisme de saint Juslin, comme il arrivera tant de fois, est plus verbal que réel; il a pris à tort la matière amorphe de Platon, 'limée, 30, 51; cf. Ritter, ttistor. phil. græc., 8· édit., in 8°, Golha, 1898, n. 33l sq.. pour la matière chaotique de l’Écriture. Gen., i, 2: Sap., XI, 18. De ses ouvrages polémiques, en dehors du Dialogu· avec Tryphon, rien ne nous est parvenu. C’est beau­ coup de savoir pourtant que le premier de tous, dans son Syntagma, il réfutait les thèses gnostiques. Com­ ment le faire sans s'expliquer sur l'origine première de la matière? C’est aussi un fort argument en faveur de son orthodoxie, que, d’une part, en énumérant ses 2061 CRÉATION ouvrages, Eusèbe, II. E., 1. IV, c. xvin, xxix. P. G., t. xx, col. 373, 400, et Photius, Bibliulh., cod. 125, P. G., t. cm, col. 40.7, n'aient rien trouvé à lui repro­ cher sur ce point, que, d’autre part, ceux qui dépendent de sa pensée, comme saint Irénée et Tatien, soient des plus expliciles sur la création ex nihilo. Il convient encore de mentionner ici ses spéculations sur le dé­ miurge, Feder, o/>. cil., p. ni, 79 sq., 123 sq., 131 sq., et leur inlluence sur les apologistes suivants. Les déclarations de Tatien, son disciple, sont for­ melles. Avant loutes choses bien est seul : tout préexiste en lui, et son Verbe soutient tout en lui; il naît le premier, τούτον ισμεν τού ζόσμου τήν ά;,χήν. Oral. adv. Grève., n. 5, P. G., t. vi, col. 813, 815. Cf. S. Justin, Dial., n. 61, 62, col. 613, 617. Le Verbe produit luimême la matière dont il a besoin, αυτός έαυτώ τήν ΰλήν δηνιουργήσας; car la matière n’est pas sans com­ mencement, -ζναρχος, comme Dieu. Oral., n.ô, col. 817. L’exégèse commune de Prov., VIII, 22, εζτισέ με αρχήν, la comparaison commune de la torche, Oral., n. 5, col. 817; S. Justin, Dial., n. 61, 128, col. 616, 776, l’idée commune de la génération du Verbe dans la créalion, ibid., rendent bien vraisemblable, dans ces passages mêmes, 1'inlluence du maître sur le disciple. Saint Irénée, par ailleurs, qui nous garantit l’orthodoxie deTatien tant qu'il étudia sous saint Justin, Conl. hier., 1. I, c. xxvill, n. I, P. G., t. vu, col. 690, aurait sans doute repris l'un et l'autre, s'il les eût trouvés en faute. Il sera donc difficile de ne pas tenir la pensée de saint Joslin comine pleinement justifiée par les expli­ cations très nettes du discours aux Grecs. L'orthodoxie de l’évêque de Lyon nous garantit aussi celle du saint martyr. La réfutation du gnosticisme fait tout l'objet île son livre, et la tradition ecclésiastique sur la création de toutes choses, la matière y comprise, est l'argument auquel il se réfère constamment. Cont. hær., I. I, c. x, n. I, P. G., t. vu, col. 550; c. xxn, n. 1, col. 669; I. II, præf., col. 709; c. x, n. 2, 3, col. 735 sq. Cf. llahn, Hibliolhek der Symbole, n. 5, p. 6 sq. Il affirme expressément, comme doctrine apostolique, un Dieu unique, créateur de toutes choses, celui même à l’égard de qui le Christ « a prêché l’adoption des en­ fants qui est la vie éternelle ». L. Il, c. xi, n. 1, col. 737. Or c’est le propre de Dieu, remarque-t-il, de créer ex nihilo, I. Il, c. x, n. 4, col. 736; il a tout fait par ses mains qui sont le Verbe et le Saint-Esprit, I. V, c. XXViii, n. 4, col. 1200; ainsi la création est œuvre commune des trois personnes. Cf. I. IV, c. xxxvm, n. 3, col. 1108. A signaler au passage cet argument : tout panthéisme émanatif est condamné de ce chef que l'émanation ne saurait être d'autre nature que son principe. L. H, c. xvn, n. 7, col. 764. Enfin contre toutes ces sectes qui présentent l’univers comme l’œuvre d'un démiurge mauvais, saint Irénée affirme au contraire qu’il a pour principe la bonté de Dieu, non quasi indigens Deus hominibus, sed ut haberet rn quem collocaret sua beneficia; il ne crée point pour son avantage, car au service d'un tel maître ce sont les serviteurs qui profitent, qui in lumine sunt, non ipsi lumen illuminant sed illuminantur.I,. IV, c. xiv, n. 1, col. 1010. La Demonstratio aposlolicæ prtediealionis, récemment découverte, Dr Karapet, Des heiligen Ircnâus Schrifl zum Enveise der aposlolischen 1 crlcündigung, in-8», Leipzig, 1907, dans Texte und Enters., t. xxxi, l’asc. 1er, sous forme catéchélique, et non plus polémique, expose la même doctrine, l'unicité du créa­ teur, son identité avec le Dieu suprême, sa bonté, le rôle du Eils et de l’Espril, mains du l’ere. C. tv, v, vi, n. 3 sq. Nous aurons l’occasion, dans l’examen plus détaillé des problèmes, de renvoyer fréquemment au Contra hæreses. Si l'ordre y manque et si la documen­ tation est parfois en défaut, il abonde du moins en dé­ clarations précises. Platon a exercé sur le saint évoque. 2062 comme sur les auteurs précédents, un ascendant véri­ table; mais c’est un maître que l'on quille à l’occasion, et dont Irénée sait reprendre, dans la gnose, l’influence fâcheuse. La lutte contre cette hérésie se poursuit en Occident avec Tertullien et saint Hippolyte. Le dogme de la créalion est affirmé par le célèbre juriste en formules singulièrement précises, regula est autem fidei... unum omnino Deum esse, nec alium prieler mundi creatorem qui universa de nihilo produxerit per Verbum suum. Cf. De prescript., c. xiii, P. L., t. n, coi. 26. Tel est l’enseignement de Home, unum Deum novit creatorem universitatis. Ibid., c. xxxvi, coi. 49; Apologet., c. xvm, P. L., t. i, coi. 378. Dans le traité contre Hermogene, le seul qui nous reste des deux ouvrages dirigés par lui contre cet hérétique, il utilise, ce semble, saint Théophile d’An­ tioche, et se raille des materiarii, partisans d’une matière éternelle, Adv. llernwg., c. xxv, col. 219; superest uti Deum omnia ex nihilo fecisse constet. Ibid., c. xvt, col. 212. Ainsi Dieu sera-t-il le premier des êtres, sic omnia post illum, quia omnia ab illo, sic ab illo quia ex nihilo, c. xvn, ibid., et il résout l’objection qu'on pourrait lirer de Gen., 1, 1, 2. Ibid., c. xxv sq., col. 219 sq. Marcion lui donne occasion d'articuler la même doctrine, Adv. Marcion., I. I, c. H sq., col. 218 sq. : une matière éternelle serait égale à Dieu. Ibid., c. xv, col. 263. Le modalisme de Praxéas l’amène à définir que la nature divine étant unique, il n’est en Dieu qu’une seule puissance, puisqu'il n’est qu'une seule substance, zldr. Prax., c. It, col. 157. Dieu est seul créateur, en tant que la créalion n’est l'œuvre d’aucune autre nature; il ne crée point seul cependant, en tant q u’il opère par son Fils, c. xtx, col. 178. Le traité contre les Valentiniens est une expo­ sition préliminaire plutôt qu’une réfutation scienti­ fique, mais exposer ces rêveries, c'est, dit-il, les réfu­ ter : etiam solummodo demonstrare destruere est. Ado. valent., c. in, vt, col. 546, 550. Au c. v, l’auteur nous indique ses sources et rend hommage à ses devanciers Justin, Miltiade, Irénée, dont il résume ici le I. I, et Proculus. Vers le début du in« siècle, saint Hippolyte publiait sa somme (Syntagma) contre toutes les hérésies, puis une trentaine d’années plus tard l'ouvrage aujourd'hui connu sous le nom de Philosophoumena. Le premier ouvrage, décrit par Photius, Biblioth., cod. 121, P. G., t. cm, col. 401, ne nous esl point parvenu, mais de graves raisons donnent lieu de croire que nous en aurions un epitome dans le Syntagma du pseudoTertullien. Cf. De priesevipl., c. xt.v sq., P. L., t. n, col. 60 sq.; A. d’Alès, La théologie de saint Hippo­ lyte, c. n, in-8’, Paris, 1906, p. 71 sq. Le fragment contre Noet, P. G., t. x, col. 804 sq., devrait être con­ sidéré, non comme la finale du livre contre Artémon, Bardenhewer, Geschichte der allchr. Lilt., t. n. p. 514-, mais comme la dernière des hérésies réfutées par le Syntagma. Cf. Drœsccke, Zum Syntagma des Ilippolytos, dans Zeitschrift fur wissenschafII. théo­ logie, 1903, p. 58 sq.; d’Alès, op. cil., p. 75 sq. Comme il la jugeait plus importante, il la traitait avec plus d’ampleur. P. G., t. xvi, col. 3370. Utilisant luimême les écrits de saint Irénée et peut-être de sain: Justin el de Tertullien, il est lui-même mis a Contribu­ tion par Tertullien, cf. Noeldechen, 'lertullian vider Pra.ieas, dans Jahrbuch fur protest. théologie. 1SS8, t. xiv, p. 576 sq., plus encore par saint Epi:·' · q le transcrit parfois mot pour mot, et par saint I Iritis. D'Alès, op. cil., p. 72 sq. H nous si factoriser en quelques mots la doctrine de saint lyte en ce qui concerne le dogme présent. Ce qui lui est commun avec ses devanciers - r: Irénée et Tertullien, qui ont formulé s» txalcii. 2063 CRÉATION 20C4 l’argument de tradition, c'est l'attachement à cette auteur aurait été mystifié par quelque faussaire. Ces même règle de foi : laissant de côté le sens propre et documents présenteraient avec quelques éléments au­ les rêveries de la gnose, il faut se résigner à ne savoir thentiques un ensemble de variations habiles sur les de Dieu que ce qu’il en a enseigné lui-même. Philo­ thèmes classiques de la gnose. A l’encontre de cette sophy proœm., P. G., t. xvi, col. 3011 ; Adv. Noet., opinion, M. de Faye, Introductionà l’histoire du gnos­ c. ix, P. G., t. x, col. 816 sq. C’est ensuite l'affirma­ ticisme, dans la Revue de l'histoire des religions, 1902, tion des mêmes points de doctrine. Le Père est le t. xt.vi, p. 161 sq., met en relief les divergences de ces principe unique « de qui vient toute paternité, par qui, écrits et conclut à la multiplicité des auteurs. En tous de qui toutes choses existent et nous-mêmes en lui ». cas, l'on s’accorde à reconnaître que nous n’aurions Ibid., col. 808; cf. n. 11, col. 820. Rien de coéternel à dans ces textes ni des pièces de première main, ni Dieu, n. 10, col. 817; mais son isolement n’est pas so­ l’écho fidèle de la gnose primitive. — 2. L'exposition litude, μόνος ών πολύς ήν. Ibid. Π a en lui-même son différente des systèmes chez saint Irénée, saint Hippo­ Verbe, par qui il opère toutes choses. Ibid. Ce Verbe, lyte, Clément d'Alexandrie, saint Épiphane, cf. Lipsius, φώς i/, φωτός, n’est pas un autre Dieu, ibid., n. 10, 11, Zur Quellenkrilik des Epiphanias, Vienne, 1865, avertit col. 817, car le Père et le Fils ne constituent qu’un d’elle-mème que nos auteurs ont eu sous les yeux des seul principe d’opération, une seule vertu, όσον μέν textes divergents ou qu’ils ont entendu diversement κατά δύναμιν, είς έστι βεός, η. 8, col. 816; η. 10, col.817. des documents identiques. L’exégèse la plus profonde Le Père commande, le Fils obéit, l’Esprit enseigne, n'est certes pas celle du polémiste de Carthage. A-t-il n. 14, col 821. Dieu crée par un acte immobile de sa vu dans les mythes Valentiniens l’idéalisme panlhéisvolonté, ibid., fragm. t, col. 832; fragm. tt, col. 861, tique qu’ils cachent et le grave problème qu’ils pré­ quand il veut, comme il veut, Θεός γαρ ?,v, vide. Nuet., tendent résoudre? Ici encore, ce semble, les Philoso­ η. 10, col. 817, et si le comment de la création reste phoumena marquent un réel progrès. L’auteur a signalé un mystère, le fait du moins s’impose à nous. Ibid., avec justesse toutes les dépendances doctrinales de la n. 16, col. 825. gnose relevées par la critique moderne : influence égyptienne, Amelineau, Essai sur le gnosticisme égyp­ Ce qui est plus spécial à saint Hippolyte, c’est sa tien, Paris, 1887, dans les Annales du musée Guiniet, tentative pour expliquer l'origine de ces hérésies. Ce sont, dit-il, des déformations de doctrines philoso­ t. xiv ; influence des ophites, Schmidt, Gnostische phiques, « qui l’emportent par l’antiquité et la piété, » Schriften in koptischer Sprache, dans Texte und l’nterPhilosophy proœm., P. G., t. xvi, col. 3021, et les such., 1892, t. vin, fasc. 1, 2; influence baby lonienne, hérétiques ne sont que des plagiaires κλεψίλογοι. Ibid. Anz, Zur Erage nach dem Ursprung des Gnostizismus, A vrai dire, de même que sa connaissance des philo­ ibid., 1897, t. xv, fasc. 4; influence des philisophes sophes n’est pas de première main, mais paraît dériver grecs déjà signalée par l’évêque de Lyon. Freppel, de deux manuels contemporains, Deels, Doxographi Saint Irénée, 1886, xiv« leçon. Dans cette besogne græci, Berlin, 1879, p. 133 sq., ses explications sont délicate, saint Hippolyte pèche sans doute par des rap­ parfois contestables : tels les rapprochements entre prochements malheureux el forcés. « Dans l’ensemble, Marcion et Empedocle, entre le monisme d’Heraclite il a vu juste sur l'origine de la gnose. Moins sommaire et le monarchisme de Noel. II est plus heureux, quand que celle d’Iién;e, moins indulgente que celle de Clé­ il expose l’évolution interne des sectes gnostiques et ment d’Alexandrie, sa critique apparaît à qui l’envisage dans un recul suffisant fort instructive et d’ordinaire leurs rapports de filiation. D’ailleurs, avant de quitter ces héréséologues d’Occi- équitable. Un besoin excessif de simplification l’a trompé quelquefois sur la vraie nature du syncrétisme dent, il peut être utile de résumer leur œuvre à tous gnostique et lui fait renouer mal à propos le fil de cer­ et d’esquisser une appréciation. Or, 1» au point de vue taines tradilions particulières... En dépit de certaines dogmatique : 1. le créatianisme s’affirme chez eux très net, à l'opposé du monisme panthéiste et du dua­ précisions malencontreuses, l'ensemble de ses juge­ ments demeure. » A. d’Alès, op. cit., p. 103; cf. p. 92lisme, avec tout ce qui le caractérise : unicité stricte du premier principe, liberté souveraine de son acte, 105. bonté qui l'inspire; 2. le rôle du Logos est décrit par Autre est la valeur de nos héréséologues comme té­ moins de la foi, autre leur mérite comme historiens eux avec complaisance. C’est le démiurge. Toutefois leur Logos n’est pas un principe immanent comme et apologistes. Docteurs chrétiens, ils ont affirmé la dans le panthéisme d’Héraclile, d’Épicure ou de Chry­ création dés la première heure avec grande netteté. Même à l’égard de saint Justin, on ne saurait garder un sippe; ce n’est pas davantage un intermédiaire au sens gnostique. Par contre, certaines explications de son doute prudent. Historiens, leur documentation a ses rôle ministériel, sa génération dans la création et pour lacunes. Apologistes et philosophes, leur réfutation la création, la distinction du Verbe interne, ένδιάβετος, reste dans ses grandes lignes comme sure et solide, si l’on considère qu'une ogdoade de plus ou de moins et du Verbe externé, προφορικός, décèlent quelques traces de subordinatianisme. Les spéculations de la phi­ dans la série des éons augmente ou diminue bien peu les répugnances foncières de l’émanatisme ou du dua­ losophie profane, sans les faire disparaître, ont altéré du moins quelque peu les données traditionnelles. — lisme. 2» Les Pères grecs jusqu’au vttp siècle. — Nous re­ 2° Au point de vue critique, on peut rechercher sur les sujets qu'ils réfutent la valeur de leurs informations trouvons la gnose en Orient. C’est là son pays d’origine et de leur exégèse : 1. les difficultés de la documen­ et le sol ou elle s’est le plus développée. La Judée et tation apparaissent de ce seul fait, que toutes les sectes la Palestine comptent les dectes des cbionitcs, des gnostiques, comme ils l’ont noté, s’entouraient d'un élcésaïtes, des nicolaïtes, l’Égypte les naasséniens, les profond mystère. Saint Irénée semble avoir fait des pérates, les ophites. Basilide professe â Alexandrie vers 130, Valentin vers 140, Carpocrate, un peu plus efforts appréciables, les Philosophoumena marquent un progrès. Saint Hippolyte s'est procuré des textes nou­ tard, sous Hadrien. La Syrie, d’où est sorti Simon, le veaux. Par ailleurs, leur style tourmenté, les similitudes patriarche de la gnose, voit dogmatiser à Antioche, au temps même de saint Justin, Ménandre, puis son dis­ de mots, les rencontres frappantes d’idées mettent en défiance. Cf. G. Salmon. The cross references in the ciple Saturnin. Philosophoumena. dans Hermathena, 1885. p. 389-402; L’école natéchétique d’Alexandrie se trouve donc en plein foyer d'hérésie; elle se trouve de plus au Staehelin, Die gnostischen Queilen les Hippolyts in seiner Hauptschrilt gegen die Hsereliker, dans Texte I centre du mouvement philosophique le plus intense. und Gnlersuch., 1890. t. vi. fasc. 3, estiment que notre I Le platonisme, eu grand honneur dans ce milieu, n'est '2065 CRÉATION pas sans y ressentir l’influence du judaïsme avec Aristobule.Cf. Clément d’Alexandrie, Strom., I, xxn, P. G., t. vin, col. 893. M. Bouillet a cru pouvoir conclure que les idées essentielles de Philon ont passé chez Plotin ». Cf. Picavet, Esquisse d’une histoire générale et com­ parée des philosophies médiévales, in-8», Paris, 1905, р. 56. C’est Aristobule, cf. Eusébe, Præp. evangel., I. XIII, c. xm, P. G., t. xxi, col. 1097; c’est le pytha­ goricien Numénius, vers 160, qui voient dans Platon un plagiaire de Moïse, τί γάρ έστι Πλάτων ή Μωϋσή; άττικίζων. Clément d’Alexandrie, loc. cit., et Origène louent dans ce philosophue ne connaissance égale de Pla­ ton et des Ecritures. Cont. Cels., 1. IV, c. t.i, P. G., t. xi, col. 1112; I. I, c. xv, col. 684, et note 72. Ammonius qui sera le maître commun de Plotin et d’Origène, cf. Eusébe, //. E., 1. VI, c. xix, P. G., t. xx, col. 564, avant de devenir le docteur du platonisme avait été chrétien. Sur la confusion entre les deux Origène et les deux Ammonius, P. G., ibid., col. 565, note 17; cf. Plotin, édit. Didot, in-4", 1885, prolegom., p. xvi sq. et noies; Zahn, Forschungen zur Geschichte des neutesl. Kanons, 1881, t. I, p. 3I-34. A vrai dire, ce sont un peu toutes les philosophies, qui, dans l’éclectisme alexandrin, concourent à modilier le platonisme, mais il convient de relever spéciale­ ment l’influence de l’aristotélisme. Or llieroclès nous apprend que ce même Ammonius s’appliquait â montrer dans les dogmes essentiels l’accord de Platon et d’Aris­ tote. Photius, Iliblioth., cod. 214, P. G., t. cm, col. 701 sq., 705. Porphyre de son côté, Plotini vita, с. xiv, fait voir dans la doctrine de Plotin la métaphy­ sique d’Aristote condensée tout entière; il atteste, ibid., c. xiv sq., qu’il s’inspirait librement d’un autre maître alexandrin, disciple duStagyrite, Alexandre d’Aphrodise. Il importait, sans oublieren rien l’influence stoïcienne, de signaler le rôle de ces facteurs dans le néoplato­ nisme. Si le platonisme parait ensuite aux docteurs alexandrins et bientôt â saint Augustin et au pseudoDenys, d’assimilation si aisée, c’est qu’il a profité chez ses nouveaux interprètes d’influences monothéistes, sio­ nistes, pourrait-on dire en un sens avec Exod., ni, 14; c’est encore qu’il a reçu de l’aristotélisme une première correction. La crise averroïste donnera lieu de signaler les affinités de la métaphysique aristotélicienne avec celle qu’implique, semble-t-il, le dogme chrétien de la créa­ tion; elle fera de plus assister à une seconde retouche du platonisme par l’aristotélisme, ou du moins par ses interprètes scolastiques. L’école chrétienne de saint Pantène devra à ces divers stimulants et son activité polémique et son effort plus profond de spéculation philosophique. Chez Clément, les titres de χτίστη;, πατήρ τών όλων, etc., sont si fréquents qu’il est inutile de les relever. Cf. Kattenbusch, op. cit., t. il, p. 520, 522. La compa­ raison entre le feu, ισχυρότατων τών στοιχείων καί πάντων κρατούν,et Dieu, παντοδύναμο; ζα'ι παντοζράτωρ, Eclog, prophet., n. 26, P. G., t. ix, col. 712, forme antithèse cu­ rieuse au système d’Iléraclile, pour qui le feu était le Lo­ gos immanent. Aux stoïciens Clément concède l’existence du Logos, mais il l’exige transcendant, ήμεϊς δέ ποιητήν μόνον αύτόν ζαλοϋμεν χαϊ Λόγω ποιητήν. Strom., V, χιν, I. IX, col. 132; cf. 1, n, t. vin, col. 749; Prolrepl., c. v, ibid., col. 169. Aux basilidiens dualistes il repré­ sente que la matière n’est pas mauvaise pour n’ètrepas bonne en soi; qu’il n’existe qu’une seule substance et un seul Dieu, μια; μέν τή; ουσία; ουσης,ένδς δετού Θεού. Strom., IV, χχνι, ibid., col. 1373,1376. II affirme avec Philon que Dieu crée par bonté comme le feu brûle, Strom., VI, xvi, t. ix, col. 369, mais il affirme aussi sa liberté, έζουσιος οέ η τών αγαθών μετάδοσι; αύ:ό>, Strom., VII, νπ, col. 457, et il étend à l’encontre de Philon la providence jusqu’aux détails. Strom., I, xi, 1. vin, col. 749. II s’appuie sur Platon, mais parce que 206G le nom même de non-être qu’il donne à la matière et les réserves qu’il fait sur la difficulté du problème, lui donnent lieu de croire, dit-il, que Platon tenait au fond pour l’unicité du premier principe, και μή τι μυστικό­ τατα μίαν τήν οντω; ούσαν αρχήν είδώς. Strom., V, XIV. t. ιχ, col. 132. Cf. Eusébe, Præp. evang., 1. XIII. c. Xlii, P. G., t. xxi, col. 1105. Aussi Clément consentil, avec Platon, à appeler Dieu père du monde, ώ; Sv έκ μόνου γενομένου και έκ μή δντο; ΰποστάντος. Loc. cit., col. 136. Dieu, d’ailleurs, n’a besoin de rien : vouloir pour lui c’est faire. Protrept., c. iv, P. G., t. vin, col. 164. Il est le principe de toutes choses, sans principe lui-même, ό Θεό; δέ άναρχο; αρχή τών όλων παντελή;. Strom., IV, χχν, ibid., col. 1372. Rien n’existant que s’il lui plaît, il ne hait rien de tout ce qui est. Paid., 1. I, c. vm, ibid., col. 325. Il est la raison d’être de toutes choses, Strom., V, xu, t. ix, col. 121 ; en conséquence il est indémontrable par rien qui lui soit antérieur, et donc seul rigoureusement innommable. Ibid., xu, Xlll, col. 124. Voir Clément d’Alexandrie, col. 155. « Ritter donne ici la note juste, dit M. Denis, La phi­ losophie d’Origène, in-8», Paris, 1884, p. 140. Il admet la création dans son texte, mais il ajoule dans une note que la création de la matière est à peine affirmée et que néanmoins on chercherait vainement dans Clément un dualisme proprement dit. » Le jugement parait sévère. Il est en tout cas exact de noter que nous trou­ vons chez Origène des déclarations plus nombreuses et plus claires que chez son maître Clément. La création ex nihilo est affirmée dans le Periarchon comme un dogme de tradition apostolique, unies est Deus qui omnia creavit atque composuit, quique cum nihil esset (ailleurs ex nullis\ esse fecit universa, I. I, præf., n. 4, P. G., t. xi, coi. 117. Plus explicite encore : il s’étonne que de si grands philosophes aient pu professer la non-création de la matière, hanc ergo materiam... nescio quomodo tanti ac tales viri ingenitam, id est non ab ipso Deo faciam... sed fortuitam... dixerunt... quod mihi perabsurdum videtur,et il établit le dogme par la raison, par l’Écrilure, II Mach., vu. 28, έξ ουζ ό’ντων, et par l’autorité d’Hermas. Mand., 1, Funk, p. 165. Cf. Periarch., L 11, c. i, n. 4, 5, col. 185, 186. Il est difficile que des passages de cette importance aient été interpolés par Rufin; d'ailleurs, des affirma­ tions aussi explicites se rencontrent dans ses autres écrits. In Joa., torn, xxxn, n. 9, P. G., t. xiv, col. 784; loin, i, n. 18, col. 53; Hahn, Bibliothek der Symbole, p.H. Le commentaire sur la Genèse auquel Origène iuirnêine renvoyait Celse, Coni. Cels., 1. VI, c. χι.ιχ,Ρ. G., t. xi, col. 1376, est perdu. Eusébe en a du moins con­ servé un fragment important, dont nombre de Pères se sont inspirés. Præp. evang., I. Vil, c. xx, P. G., t. xxi, col. 565. Cf. Origène, In Gen., P. G., t. xu, col. 48. L’éternité de la matière y est longuement ré­ futée. L’un des arguments tiré de l’exacte proportion entre la quantité de la matière et le plan du créateur semble emprunté à Philon. Eusébe, ibid., c. xx, col. 565; cf. c. xxt, col. 568. — Le démiurge dont la personnalitédislincteest douteuse chez le docteur juif a son individualité très nette chez Origène. 11 demeure ce­ pendant chez tous deux inférieurau Père, δεύτερο; θεό;. Voir Logos. Lien, vertu, harmonie du monde, le Logos est chez l’un et l’autre presque tout stoïcien, Periarch.. 1. II, c. I, n. 2,3, P. G., t. xi, col. 183, 184, mais il es’, sûrement extérieur au monde non immanent. C· ut Cels., 1. VI, c. I.XXI, ibid., col. 1406; 1. IV, c. xiv. col. 1045, et note 54. Cf. Prat, Origine, in-12. 1 < 1907, p. 39 sq. La création temporelle, du moins s s’agit de notre monde actuel, parait à Origine tr-s z- tement enseignée par la tradition, mais soit ίηιϊ^-.η-ττ de Philon déjà perceptible dans Clément. Iv; cit., p. 146, 147, soit influence de l’apoca’-cs-ue staê- £067 CRÉATION 2063 cienne, soit désir d'expliquer le titre de παντοκράτωρ I δντο; Πατρο'ς. Epist., i. η. 12. ibid., col. 565. Cf. Hahn, qui, à la différence de παντοδύναμο;, implique exercice Bïbliothek der Symbole, p. 19. actuel de puissance, et dessein de justifier Dieu, aux Cette distinction entre la procession par création et la yeux des hêr tiques, de toute apparence de changement, procession par lilialion naturelle, saint Alhanaseen fait il admettra que Dieu a créé de toute éternité des le centre de toute son argumentation. L Ecriture, mondes dont le nôtre n'est que l'évolution dernière. observe-t-il, ne connaît le temps que pour les créatures, Periarch., I. I. c. n, n. 10, col. 138; I. Ill, c. v, n. 1,3, la seule éternité pour le Fils. C'est que les unes sont col. 325 sq. Telle était aussi la solution néoplatoni­ tirées du néant, έ; ούκ όντων, tandis que le Fils est cienne. Cette explication ne sauvegarde l'immutabilité l’image du Père. Oral., t, n. 13, P. G., t. xxvi, col. 40. divine qu’aux dépens de la liberté; encore ne sauve-tComme il est avant toutes ses œuvres, c’est impiété que elle l'immutabilité que bien imparfaitement, si le créa­ de le dire produit aussi έξ ούζ. ow ,v. Ibid., η. 20, teur reste la raison de ces changements dans les col. 63. Le Verbe est œuvre nécess.jre de la nature mondes. Certaines formules donneraient aussi à en­ divine, la créature procède de la zolonté libre de Dieu; tendre que la puissance créatrice est limitée : Dieu n'a aussi est-il éternel, tandis que celles-ci sont tempo­ créé d'êtres que ce que sa providence pouvait en em­ relles ayant commencé par n’étre pas. Ibid., n. 29, brasser. Periarch.., I. II, c. ιχ, η. 1, t. xi, col. 225. — col. 72. Il est Dieu puisque seul il peut créer du néant, L’objet de la création c’est tout ce qui est, même la comme il l'a fait. Oral., n, n. 21, 27, P. G., I. xxvtl, matière. Dieu n’est pas l’auteur du mal, Cent. Cels., col. 190, 204. C’est parce que l'homme, tiré du néant, 1. VI, c. i.v, coi. 1382, mais, dans la solution de ce pro­ n·.· peut comprendre Dieu, que le Seigneur a créé le blème de l'origine du mal et delà nature de la matière, monde par son Verbe pour se faire connaître dans la pensée du philosophe est. loin d'être toujours claire son œuvre. Oral. cont. genles, n. 34, 35, P. G., t. xxv, et toujours à l'abri de reproche. Pour en lever aux gnos- col. 69. Toutefois Dieu n’a pas besoin d'un intermé­ tiques l'occasion d'accuser Dieu de partialité, il admet diaire pour produire. Oral., n, n. 24. 25, P. G., I. xxvi, qu'il n'a été créé à l’origine que des substances spiri­ col. 197-200. Un instrument de cette sorte, ordonné à la tuelles tonies égales; la matière créée est répartie sui­ créature, lui serait subordonné. Ibid., n. 29, col. 208. vant les mérites antérieurs des esprits. Periarch.,1. II, Telle est la nature intime de tout ce qui est tiré du c. ιχ, n. 5. (i, col. 229, 230; I. Il, c. i, η. 1, 2, col. 182; néant, qu'il tend à y retourner de son propre poids; Huet, Origeniana, I. Il, c. n, q. xn. P. G., t. xvn, aussi Dieu qui est bon. cf. Platon, Tintée, 29, édit. col. 1047 sq. La matière corporelle n'appartenait pas, Didot, t. n, p. 205, envoie-t-il son Logos pour soutenir ce semble, au plan primitif de Dieu, à moins, dit Oritoutes choses dans l’existence, non pas ce Λόγο; σπερ­ gène, que l'incorporéité ne soit le privilège exclusif de ματικό; inné en toutes choses, mais le Λόγο; image la Trinité. Periarch., 1. Il, c. u, η. 1, 2, col. 186 sq. On adéquate du Père, εΐκων απαράλλακτος. Orat. cont. sent combien intimement sont mêlées dans ces thèses gentes, η. 40, 41, Ρ. G., t. xxv, col. 81, 84. les influences platoniciennes, philoniennes,stoïciennes. Il y a dans l'expression de ces pensées réminiscence C'est à la même source qu'Origène prendra ses vues sui­ visible du stoïcisme et du platonisme; les divergences le monde intelligible, et sa conception du monde de doctrine sont parailleurs assez, sensi blés. Dieu trans­ comme d'un grand animal. Periarch., 1. II, c. I, n. 3, cendant et principe unique : le dualisme est réfuté. col. 184. Oral. cont. genles, n. 6, 7, t. xxv, col. 12 sq.; la parité Dans l’ensemble, Denis, op. cit., p. 150 sq.: Pral, établie entre Dieu et l'ouvrier humain qui ne peut rien op. cit., p. 68 sq., plus le docteur alexandrin prend de faire sans matière première est proposée comme type liberté dans les questions qu'il ne juge pas tranchées d'objection ridicule, Cont. arian., 1, n. 22, t. xxvt, par la foi, Periarch., 1. I, præf., n. 3, col. '116, plus col. 60; la création est prérogative exclusive de Dieu, son affirmation explicite et constante de la création ex œuvre du Verbe, mais dans l’unité indivise de la nihilo a de force pour établir l'aposlolicilé de ce dogme. nature divine, et nécessairement temporelle. Mais sa spéculation, en nombre de points, toute grecque, A mentionner à la même époque Marcel d'Ancyre et cf. Porphyre dans Eusèbe, 11. E., 1. VI, c. xix, P. G., son symbole. Hahn, Bibliothek der Symbole, p. 22. t. xx, col. 565, jointe à l’ascendant de son talent, pré­ Du côté des semi-ariens, Eusèbe de Césarée. Très pare;! l’Eglise les contradictions tenaces de l'origénisme. justement il explique le dessein de Moïse : en ouvrant La tradition alexandrine se continue par Denys. son code par l’histoire de la création, il voulait mon­ Eusèbe nous a conservé sa réfutation de l’atomisme trer au préalable dans le législateur de l’ordre moral, épicurien. Præp. evang., I. XIV, c. xxiii-xxvn, P. G., le législateur même de la nature. Præp. erang.,l. VH, t. xxt, col. 1272 sq.; cf. t. x, col. 1219 sq. Platon — et c. ix, x, P. G., t. XXI, col. 532 sq. La création ex nihilo ce fait peut éclairer sur l'exégèse reçue à Alexandrie — de la matière elle-même est présentée comme une y est rangé avec ceux qui tenaient pour l'unicité du doctrine propre aux Hébreux. Ibid., I. VII, c. xvm, principe premier. LTn autre extrait réfute l’éternité de col. 561. Puis pour démontrer que la matière n'est pas la matière. Deux contradictions de ce système ; s’il incréée, Eusèbe transcrit des fragments très précieux existe deux incréés, il faut, pour expliquer qu'ils sont de Denys d'Alexandrie, d’Origène, de Philon, d< deux, admettre un principe antérieur cause de leur Maxime. Ibid., c. xix-xxtn, col. 564 sq. Le rôle du ressemblance; c'est l'argumentation platonicienne, démiurge est abondamment décrit avec citation d'Aris('unité principe du nombre; s’ils sont deux par eux- tobule, de Philon, de Platon, de Numénius, de Plotin mêmes, comment expliquer dans deux natures iden­ et d’Amélius. Ibid., 1. VII, c. xn xvt, col. 541 sq.; I. Xl, tiques ne telles divergences. In Sabellium, P. G., c. xv-xxt,coi. 884 901. De ces citationset des réllexions t. x, col. I2C.9. Eusèbe, op. cil., 1. VU, c. xix, col. 564. d’Eusébe se dégage un subordinatianisme très net. Le Des li r -ies nouvelles vont fournir l'occasiîm d'alstoïcisme est aussi réfuté, l.XV.c. XIV sq., col. 1341 sq. firuier encore le dogme de la création, l'arianisme, le On notera de plus, pour comprendre la pensée des manichéisme, l'origénisme. Pères sur Platon, avec quel soin cet écrivain relève Du eût·' des ur ! luxes, saint Alexandre d’Alexandrie les réticences calculées du philosophe et les traces d’éso­ reproche aux ari· ns d'· tendre au Fils la condition des térisme dans son enseignement. Op. cil., 1. XI. c. xm, créatures tirées du néant. ούχ ό'ντων. Ei-ist., I, n. 2, xx, col. 881, 901; 1. XIII, c. v, xm, col. lOtO, 1105. 4, P. G., t. xvm, col. 552, 554. Entre les deux partis Numénius avait fait la même remarque. Ibid., 1. XIV, l’accord existe donc sur le faitde la création ex nihilo; c. v, col. 1197. En empruntant aux penseurs grecs leurs saint Alexandre se contente de marquer nettement les vues sur la transcendance divine, l'exeuiplarisme, la prérogatives du Fils, ούζ έκ τοϋ μη owe;, ά> > ’ έχ τοΰ bonté comme cause de la création, le rôle du Logos 20G9 CRÉATION 2070 comme démiurge, voire même sur la matière amorphe, . le sens biblique les théories platoniciennes. Quand a cf. Gen., 1, 2, on s’imaginait donc leur reprendre ce qu’ils « prédication ecclésiastique » n'a pas la même nette’.··. avaient pris à l’Écriture. C’est la thèse du plagiat, Clément et Origène admettent des hypothèses plus admise par Nuinênius, affirmée par saint.luslin et Clé­ grecques que chrétiennes, que nous retrouverons dans ment : Platon doit à Moïse non seulement ses dogmes, l’origénisme. La gnose combattue surtout par ces der­ mais les mots eux-mêmes qui les expriment, άλλα και niers et par saint Epiphane a servi du moins à faire τάς λέξεις αύτάς. Ibid., 1. XI, c. IX, col. 809. affirmer de plus en plus l’unicité du créateur, sa dis­ L'argumentation citée par Eusébe sous le nom de tinction absolue d’avec le monde, le rôle du Verbe dé­ .Maxime, probablement de saint Méthode, Bardenhewer, miurge. — b) Le dualisme, qui va persister longtemps Geschichte der allchrisl. Litleralur, t. i, p. 492 sq.; encore sous la forme plus grossière du manichéisme, a t. n. p. 297 sq., ne manque pas de vigueur. Ibid., 1. VII. trouvé de vigoureux adversaires dans Hégémonius, c. xxn, /’. G., t. xxi, col. 569sq. Point de matière incréée, P. G., t. x, col. 1405 sq.; Alexandre de Lycopolis, P. G., car quel principe distinguerait, χωρίζει·?, deux άγέννηνα, t. xvm, col. 409 sq., païen peut-être, Sérapion de col. 569; si les qualités ou les formes ne sont pas na­ Thrnuis, P. G., t. xl, col. 899 sq., Titus de Bosra, P. G., turellement dans la matière, Dieu qui les y met, peut t. xvm, col. 1069 sq., et plus tard dans saint Basile, donc créer de rien, col. 572; el si l’on veut une ma­ Didyme l’aveugle, et Diodore de Tarse. La théorie néo­ tière incréée pour ne point faire de Dieu l'auteur du platonicienne qui voit dans la limite, dans le caractère mal, on ne le laisse pas moins convaincu d'impuis­ fini des êtres, la raison première de l'imperfection et sance ou de malice pour n’avoir pas pu, ou pas voulu du mal, est adoptée parles Pères et opposée par eux aux empêcher tout le mal possible, col. 580. hérétiques. Mais si l’on excepte quelques termes dont La même doctrine, en dépendance marquée des spé­ le sens n’est guère douteux, que nous retrouverons chez culations de Philon el d Origène, se constate chez. les saint Augustin, chez le pseiido-Denys et même chez les Pères cappadociens. Avec les alexandrins, ils tiennent scolastiques, rien ne passe chez les Pères du panthéisme pour la création de toutes choses non pas en six jours, de cette école. — c) L’arianisme professe, avec le chris mais en un instant, abandonnant d’ailleurs la théorie tianisme orthodoxe, le fait de la création et le rôle créa­ de mondes antérieurs au nôtre et celles des épreuves teur du Verbe; ses thèses subordinatiennes fournissent successives, affirmant contre Philon la liberté de l’acte occasion de préciser, au point de vue qui nous occupe, créateur. Les deux premières homélies de saint Basile, la nature intime du démiurge et celle des créatures, In Hexaem., présentent une bonne argumentation leur dillérence d’origine et leurs relations réciproques. contre les erreurs dualistes du platonisme, du gnosti­ Nous en trouverons la formule dans les conciles de cisme et du manichéisme, « cette gangrène de l’Eglise. » Nicée et de Constantinople. En excluant tout subordiSi la matière est incréée, elle est éternelle et adorable natianisme, ces deux conciles purifient le dogme chré­ comme Dieu; la puissance de l’ouvrier divin trouve tien de ce que les spéculations philosophiques des en elle sa mesure; ce départ des rôles entre les deux écoles de Rome, de Carthage et d’Alexandrie y avaient principes, l'un actif, l’autre passif, reste inexpliqué, etc. introduit d’incorrect ou laissé d’imprécis : génération In Hexaem., homil. i, il, spécialement homil. il, temporelle du Verbe, rôle de ministre inférieur et n. 2, P. G., t. xxix, col. 32 sq. On notera son explica­ d'intermédiaire nécessaire. — d) L’origénisme, en ou­ tion du ferebatur super aquas, Gen., i, 2, l'esprit de trant quelques hypothèses du grand Alexandrin, pro­ Dieu couvant les eaux, et son influence sur saint Am­ voque des précisions nouvelles sur d’autres points du broise, saint Jérôme et saint Augustin. Homil. il. n. 6, problème. A vrai dire, vu le crédit considérable de sa col. 44, et note 41. pensée, et l’intluence parallèle du néoplatonisme, il y Pour saint Jean Chrysostome nier la création ex ni­ a lieu d’admirer l’épuration que subissent ses thèses hilo est le signe de la dernière démence, In Gen., I, chez ses plus chauds partisans, plutôt que de s’étonner homil. n, n. 2, P. G., t. lui, col. 28; le texte, Gen., 1,1, des hétérodoxes qui se réclament de son nom. Au sur­ suffit à réfuter Valentiniens, marcionistes el gentils, n. 3, plus, les moines origénisles ne se recommandent pas col. 30. Cf. In Gen., xvn, homil. xi., n. 2, col. 370, etc. précisément par leur valeur philosophique, et le nombre Bien plus, le saint docteur a noté avec une grande de ces hérétiques doit être réduit à de justes proportions. netteté, comme une conséquence de la création, cette Prat, dans les Éludes, 1906, l. evi, p. 13 sq.; Origène. nécessité d’un concours constant de Dieu pour soutenir Paris, 1907, p. xlix. On sait l’acrimonie de ces contro­ dans l’étre ceux qu'il a une fois tirés du néant. Cont. verses. Tandis que Rufin adoucit les textes incriminaanoni., homil. xn, n. 4, P. G., t. xlviii, col. 810; bles, interpole ou supprime, saint Jérôme va jusqu'à In Epist. ad Heb., homil. n, n. 3, P. G., t. i.xm, accuser Origène de panthéisme pour avoir dit que tou< col. 23, etc. L’école d'Antioche a un intérêt spécial ceux qui participent à une même perfection ont même pour l'histoire de l’Hexaemeron; pour le fait de la nature. Periarch., 1. IV, c. xxxvt, P. G., t. XI, col. 411; créalion, il suffit de signaler son plein accord avec la S. Jérôme, Episl. ad A vil., cxxtv, c. tv, n. 14, P. L., tradition. Ce sont les pensées de saint Basile, des deux t. xxn, col. 1072. Avec plus de justice il condamne la Grégoire, de saint Chrysostome que l’on pourra re­ théorie de l’égalité primitive et des épreuves successives. trouver chez Théodoret, Procope de Gaza, Zacharie de Epist., CVlli, n. 22, ibid., col. 899. Saint Méthode com­ bat, au nom de la liberté divine, l'idée origéniste d'une Mily lène et Théophylacte. A repasser l'histoire du dogme présent depuis les créalion éternelle. P. G., t. xvm, col. 333sq. Théophile ' débuts de l’école alexandrine jusqu'au vi° siècle, nous d’Alexandrie attaque cette opinion qui restreint la puis­ pouvons voir comment les influences de la philosophie sance divineà produire non ce qu'elle veut, maiscequ’el profane platonicienne, stoïcienne, néoplatonicienne, et peut; dans saint Jérôme, Episl., xcvill, n. 17, P. L., les contradictions hérétiques ont amené une explicita­ t. xxn, col. 805. Saint Epiphane réfute entre autres ces /abies grecques de la préexistence des âmes et de I apo­ tion progressive des données traditionnelles, et une catastase, .4da. hær., xliv, n. 4 sq., P. G., t. r.: précision plus grande des formules dogmatiques. col. 1076 sq. ; nous avons signalé déjà sa dépendance Entre toutes les erreurs, le gnosticisme, le mani­ chéisme. l’arianisme, l’origénisme ont un rapport plus l’égard de saint Hippolyte dans la réfutation oe la gr. s ou moins direct avec le dogme de la création. — a) Gnos- Les docteurs alexandrins, Denys, Théognivs. i. r.o Athanase, les Peres cappadociens, plus m-ti- . _ tirji es etanlignostiques empruntent largement à Platon, mais c’est, chez les premiers, pour déformer l’enseigne­ Origène, s'étaient en général plus préoccup - ·. . r’ ment de l’Êcriluieet tomber dans l’émai alisme panthéiste donner ce que ses thèses avaient de liasun' , poursuivre sa mémoire. ou le dualisme; chez les Pères, c’est en interprétant dans 2071 CRÉATION Vers le début du vl' siècle. Bar Sudaïli, moine d’Édesse, réfuté par Philoxène, cf. F’rothingham, Stephen Bar Sudaili, the Syrian mystic, Leyde, 1886, emprunte le langage d’Origène pour professer une,sorte de pan­ théisme émanatîf. Prat, Origine, p. i.v; Éludes, loc.cit., p. 25. En 543, Justinien lancesesanalhémathismescontre I’origénisme; le 8' atteint cette opinion déjà signalée qui limite la puissance créatrice. Mansi, Concil., t. tx; J’. G., t. i.xxxvt. col. 981, 989. En 553, une nouvelle lettre de l’empereur, ibid., t. lxxxvi, col. 1035-1041, signale les mêmes erreurs aux censures du concile (ecuménique. On y reconnaît un mélange de panthéisme et de manichéisme : tout part de l’hénade primitive et tout y retourne. Un tel système n’a guère plus rien de commun avec I’origénisme. L’abandon de toutes ces spéculations marque la première victoire décisive de la tradition. Harnack, Lehrbuch der Dogniengeschichte, 3' édit., t. Il, p. 63. En somme, si les problèmes connexes à la création ont reçu, à l’encontre de toutes ces hérésies, des solu­ tions dogmatiques plus nettes et dont l’accord avec l’Écriture est facile â montrer, la synthèse philosophique n’en est pas encore achevée. Elle n’a pas du moins chez les auteurs précédents l’ampleur et la profondeur que nous allons lui trouver parmi les Latins chez saint Augustin, parmi les Syriens chez le pseudo-Denys. 3» Les Pères latins jusqu’au tx· siècle. — Nous avons exposé précédemment les positions prises par les écoles chrétiennes de Home et Carthage à l’encontre des erreurs gnostiques. Au tv· siècle, ces erreurs per­ sistent encore; de plus les Pères ont à défendre le dogme de la création contre les théories cosmologiques platoniciennes, aristoléliciennes, stoïciennes, épicu­ riennes, toujours en faveur dans les écoles; ils trouvent encore devant eux le manichéisme qui fait de rapides progrès dans l’empire romain; le priscillianisme, qui sévit en Espagne, leur oppose un mélange de spécula­ tions gnostiques et dualistes assez voisines des doc­ trines de Manès; enfin, les controverses de l’arianisme et de i’origénisme. sans être aussi aiguës dans le monde latin que dans le monde grec, ont leur écho en Occident. Contre la philosophie profane se distinguent spécia­ lement Arnobe et Lactance. Les éi.'its du premier témoignent plus d’habileté dans la réfutation du poly­ théisme, que de profondeur et de cohérence dans rétablissement des dogmes chrétiens; ceux du second ont une portée tout autre. Un monde composé de par­ ties mortelles, observe-t-il, ne saurait être éternel, nec enim potest id totum esse immortale quod mortali­ bus constat. Divin, instil., I. II, c. Il, P. L., t. vt, col. 315. Quant à la malière, que nul ne cherche, ditil, de quels éléments Dieu a formé ces œuvres merveil­ leuses, omnia enim jecit ex nihilo. Ibid., 1. H, c. ιχ, col. 297. Il réfute la solution panthéiste, 1. Vil, c. III, col. 741 sq., et la solulion dualiste : Dieu n’a pas besoin de matière, comme l’ouvrier humain, facit sibi ipse materiam quia potest. Posse enim Dei est ; nam si non potest, Deus non est, 1. 11, c. ix, coi. 300. 11 pré­ vient l’objection de la génération spontanée, ibid., t col. 301. el note avec raison que l’impossibilité de comprendre le comment de la création ne saurait être un motif raisonnable de nier le jait : que dé choses pource motif on devrait nier! Ibid., col. 305, 306. L’argumenlalion de Lactance est reprise par saint Zé­ non, solus Deus es' Hague principium, qui ex se ipso dedit sibi esse p> :»cï/>iuni,LH, tr.ll, P. L., t.XI,col.391. Saint Hilaire de Poitiers écrit : Manent ex nihilo sub­ stituta el gratiam ex eo quod sunt creatori suo debent. In Ps. cxLvtll, P. L., t. ix, col. 880, 881; In Ps. r, col. 251; In Ps. LXVH, col. 458. Saint Philastrius re­ produit contre la gnose l'argumentation de saint Hippo­ lyte. lueres., lv, P. L., t. xn, col. 1169. 2072 Contre les trois principes de Platon, contre les deux principes d’Aristote, contre les atomes d’Épicure, saint Ambroise argumente du texte de la Genèse. En prévi­ sion de toutes ces erreurs Moïse a enseigné dans Gen., I, 1, trois choses : initium rerum, auctorem mundi, creationem materia: comprehendens, In llexaeni., 1. 1, c. n, n. 5, P. L., t. xiv, coi. 124, n. 9, 15, coi. 126, 129; hanc tantam pulchritudinem mundi ex nihilo fecit esse quœ non erat et non de exstantibus aut rebus aut causis, n. 16, coi. 130; la matière elle-même a été créée, c. vu, n. 25, 27, col. 136,137. Très dépen­ dant de Philon et d’Origène, le saint docteur a cepen­ dant filtré toutes leurs théories pour n’en garder que la partie saine. La remarque est de saint Jérôme, s H a, dit-il, compilé l’Hexaemeron d’Origène de telle sorte qu’il suit plutôt les doctrines d’Hippolyle et de Basile. » Episl., XLvni, n. 7, P. L., t. xxn, col. 749. Ses ouvrages contre les ariens donnent lieu à la même obseivation. Le Verbe y est toujours le démiurge, De jid. ad Gral., 1. 1, c. xiv, n. 88, P. L., t. xvi, col. 549; I. III, c. iv, n. 43, col. 625, mais sa consubstantialité avec le Père y est, suivant la foi de Nicée, expressément affirmée, ibid., 1. Ill, c. xv, n. 123 sq., col. 613; De ineam, sacram., c. VI, n. 52, col. 831, et toutes les œuvres ad extra sont présentées comme l’aclion commune des trois personnes. De fide ad Grat., 1. IV, c. v sq., xi, col. 628 sq., 645. Cette dernière idée est de celles que saint Augustin inculquera plus fréquemment; une influence particulière de son maître Ambroise n’est pas improbable. Le saint évêque d’Hippone offre un intérêt spécial pai la crise psychologique qu’il traversa, par les influences qu’il subit, par son rang de docteur universellement consulté sur les hérésies du temps. Manichéen lui-même, il a senti le problème d'une angoisse plus profonde; il l’a scruté plus que tous en philosophe. La question de l'origine du mal, mal phy­ sique de la possibilité des êtres el du désordre cosmique apparent, mal moral des âmes, l’avait jeté dans la so­ lulion dualiste; presque converti, ce problème le tour­ mente encore. Confess., 1. VII, c. v-vn, P. L·., t. xxxn, col. 736 sq. Ce sont les ouvrages néoplatoniciens qui lui apportent la solution : tout est bon en tant qu’être, quæcunique sunt bona sunt. Seules, deux choses sont incapables de mal, le souverain bien el le néant, car le mal suppose le bien n’étant dans l’être qu’une privation du mieux et du parfait, si autem nulla bmia essent, quod in eis corrumperetur non esset. Jbid., c. xvin, coi. 743. Dieu est tout bien et seul il est, el inspexi cætera infra te et vidi nec omnino esse, nec omnino non esse. Ibid., c. xi, col. 742. Celle réponse et ce qu’il trouve dans le néoplatonisme l’enivre au premier instant jusqu’à l’orgueil. Ibid., c. ιχ, xx, col. 740, 746. On voit, en effet, comment cette explication du mal par la limite, qui rend l'être de nécessité métaphysique imparfait et passible, est capitale dans le néoplatonisme : inutile dés lors d’en appeler à la matière comme au principe du mal; le dualisme n'a plus (le raison d’étre. Reste à expliquer l’origine de cette limite dans l'être fini. C’est pour le faire que Plotin introduit ses émana­ tions successives et ses intermédiaires depuis le Logos jusqu'à la matière comme terme infime. Saint Augustin rejette cette explication pour celte raison que toute substance tirée de Dieu serait égale à Dieu, non de te, nam esset æquale Unigenito tuo ac per hoc el libi, Confess., 1. XII, c. vill, col. 829; non autem de illo tanquam pais ejus. Retract., I. I, c. xv, η. I, ibid., col. 608; 1. I, c. xi, n. 4, col. 602. Il cherche la raison de la limite dans ce fait que l'être fini est tiré du néant : n’étant plus de Dieu, il n’est pas Dieu; il est dès lors nécessairement imparfait : nec inlelhgis, cum dicitur Deus de nihilo jecisse quod jecit, non dici aliud nisi quia de se ipso non jecit, Opus imperf. 2073 CRÉATION contra Julian., 1. V, c. xxxi, P. L., t. xt.iv, col. 1470; c. xxxix, col. 1475; quoniam de nihilo facta sunt non de Deo, c. xuv, col. 1480, 1481; De nupt. et concup., 1. Il, c. xxvm, n. 48, col. 464. Il est donc impossible que la matière, au dernier degré de l’imperfection, quam fecisti, [Domine] de nulla re pene nullam rem, Confess., 1. XII, c. vm, P. L., t. xxxn, col. 829, ne soit pas tirée comme tout le reste du néant absolu. Absit enim ut dicatur omnipotens non potuisse facere, nisi unde faceret, inveniret. Cont. advers. leg. et proph., I. I, c. vm, P. L., t. xlii, coi. 609. Ce serait penser de Dieu comme d’un ouvrier humain. De fide el synib., c. It, P. L.,l. XL·, col. 182; De vera relig., c. xvm, n. 35, t. xxxiv, col. 137; De act. cum Felice Manich., 1. 11, c. xvm, P. L., t. xlii, col. 547. On trouvera abondance de textes dans ses ouvrages contre les manichéens, voir Augustin (Saint), t. i, col. 2292 sq., dans ses commen­ taires sur la Genèse. Ibid., col. 2300. La théorie néoplatonicienne de l'émanation entraînait comme conséquences logiques : le panthéisme, la né­ cessité des intermédiaires, l’attribution de la création au Logos seul, la nécessité de l'acte créateur, l’éternité de la création. Toutes ces thèses sont expressément re­ jetées par saint Augustin. Par contre, il approuve tout ce qui s'accorde avec le dogme : la conception de Dieu comme du seul être qui soit vraiment, Exod., m, 14, et du souverain bien, la bonté assignée comme cause de la création, la théorie, mais modifiée, du Logos créateur, la doctrine de l’exemplarisme, le concept de l’échelle des êtres avec les anges, purs esprits, au plus haut degré et la matière informe au dernier, unum prope te, alterum prope nihil; unum quo superior tu esses, alterum quo inferius nihil esset, Confess., 1. XII, c. vm, t. xxxii, coi. 829; c. vil, coi. 828, le système des raisons séminales, etc. Sur sa règle dans l’adoption ou le rejet des doctrines platoniciennes, voir Augustin (Saint), 1.1, col. 2326; sur ses emprunts, ibid., col. 2328 sq., 2348. Il porte ces idées dans la lutte contre toutes les héré­ sies, contre le manichéisme, contre le priscillianisme et l’origénisme. Voir son opuscule Contra priscill. et origen., P. L., t. xi.n, col. 669 sq., réponse au commonitoire d’Orose. Schepss, Priscilliani quæ super­ sunt, Vienne, 1889, Corpus, t. xvm, p. 149 sq. Sur sa connaissance de l’origénisme, Prat, dans les Etudes, 1906, t. cvi, p. 114, note 1. Nous aurons à reprendre en détail chacune des thèses du grand docteur; il importait d’en donner ici un aperçu d’ensemble. Comme affirmation de la création ex nihilo, il con­ signe seulement la doctrine traditionnelle. Ses vues profondes sur la limite et son origine, sur ses consé­ quences pour la passivité de l’être fini, pour la néces­ sité du concours el de la conservation, sur l’immobilité et la simplicité de l’Etre premier, sur les idées éter­ nelles, marquent pour le dogme présent un progrès philosophique dont on exagérera difficilement l'impor­ tance. 11 en faudrait dire autant des sages principes posés par lui pour l’interprétation de l’Hexaemeron. Malheureusement les pensées que ses successeurs vont lui emprunter ne seront pas toujours les plus péné­ trantes, mais souvent les plus subtiles. Le priscillianisme que nous venons de voir combattu p^r l’évéque d'Hippone trouve en Espagne des adver­ saires dans Olympius, cf. Gennade, De viris illustr., c. xxn, P. L., t. Lvm, col. 1074, Pastor et Syagrius. Dom Germain Morin, Revue bénédictine, 1893, t. x, p. 385-394, pense retrouver l’écrit de Pastor dans une profession de foi attribuée au concile de Tolède de 447, et dirigée contre les priscillianistes. Les anathèmes, 1, 9, 11, concernent le problème cosmologique et reven­ diquent le fait de la création, son attribution au Dieu unique de Gen., i, 1, la différence de substance entre Dieu el l'âme humaine. Künstle, Anlipriscilliana, Fribourg-en-Brisgau, 1905, p. 44, 45. Le concile de 2074 Braga, en 563, reprend les décrets de Tolède et l*s proclame à nouveau dans une forme plus nette et plus simple, can. 13. Mansi, Concil., t. ix, col. 775. On sait l’influence prépondérante de saint Augustin sur les docteurs d’Occident jusqu’au moyen âge. La doctrine du grand évêque se trouve résumée par saint Fulgence dans le De fiilead Petrum : Principa­ liter itaque tene omnem naturam quæ non est Tri­ nitas Deus... creatam ex nihilo... Quia summe bonus est, dedit omnibus naturis quas fecit ut bonæ sint... non tamen bonæ quantum creator... nullum habens defectum, quia non ex nihilo, c. m, n. 25-27, P. L., t. xl, coi. 761 sq.; c. vil, n. 51, coi. 770. L’impossibi­ lité d’une identité de substance entre Dieu et son œuvre est plusieurs fois affirmée. Cf. c. lit, n. 27; c. xxn, n. 65, ibid., col. 762, 773. Ce sont encore les théories de saint Augustin que l’on retrouve dans saint Grégoire le Grand. Tout être fini, dit-il, tiré du néant, ne se soutient dans l’existence que par la vertu de l’Étre premier, cuncta ex nihilo facta sunt, eorumque essentia rursum ad nihilum tenderet, nisi eam auctor omnium regiminis manu teneret. Moral., I. XVI, c. xxxvn, n. 45, P. L., t. lxxv. coi. 1143; 1. II, c. xn, n. 20, coi. 565. L’Hexaemeron du vénérable Bède, P. L., t. xci, col. 13 sq., utilisera les travaux de saint Basile, de saint Ambroise et de saint Augustin. On peut juger de son crédit par les emprunts que lui font Raban Maur, Walafrid Strabon et les premiers sententiaires. Sous l'inlluence de cette même philosophie alexan­ drine à qui saint Augustin, et par lui l’Occident,sont si redevables, une autre synthèse s’est élaborée en Orient dont le rôle ne sera guère moindre à l’égard de la théologie médiévale. C’est celle du pseudo-Denys et de saint Jean Damascène. Il reste à la signaler, en re­ voyant en même temps les principaux docteurs de l’Eglise syro-palestinienne. 4° Les palestino-syriens. — On pourrait relever dans cette Église le témoignage de la Didascalie des apôtres, vraisemblablement issue de ce milieu vers la seconde moitié du ni· siècle, Funk, La date de la Didascalie des apôtres, Louvain, 1901 : δηλοϋμεν ΰμΐν θεόν παντοκρά­ τορα ενα μόνον υπάρχειν. Hahn, Bibliothek der Sym­ bole, 3e édit., p. 15. Au IV· siècle, Aphraate écrit : la foi c'est de croire « en Dieu, Seigneur de toutes choses, qui a créé le ciel, la terre, la mer, et tout ce qu’ils ren­ ferment ». Hahn, ibid., p. 20; Forget, De vita et scriptis Aphraatis, p. 241. Voir aussi Jacques de Saroug, dans Abbeloos, De vita el scriptis S. Jacobi Batnarum Sarugi episcopi, Louvain, 1868, p. 122 sq.. cité par Lahousse, De Deo creante, 1904, p. 34. Les Constitutions apostoliques, remaniement de la Didas­ calie, nous apporteraient un texte du ιν· siècle ou du commencement du Ve : Nous professons un seul Dieu, των ό’ντων δημιουργόν παντοκράτορα, παντάρχην, παντεξοΰσιον... ενα δημιουργόν διαφόρου κτίσεως διά Χρίστου ποιητήν. Hahn, ibid., p. 13. Pour le pseudo-Denys, comme pour Proclus, Dieu est l'Ètre, l’Un, l’innommable, suressence, supersubstanliel, etc. H est la subsistance de toutes choses, πάντων υποστατικόν, dit Proclus, Instil. theolog., XXV, in-4·, édit. Didot, Paris, 1855, p. lxi; ΰπόστασις πάντων, dit le pseudo-Denys, De div. nom., c. i, § 5. 7, P. G., t. m, col. 593, 596, et même il est l’être de tout être, αυτό; έστι το είναι τοϊς ούσι. De div. nom., c. V, § 4,5, col. 817. 820; c. tv, § 1, col. 157. Il est le principe du multip'· comme l’unité l’est du nombre. Proclus, op. cit., c. t. р. i.n;c. xxn, p. i.ix; pseudo-Denys, c. v, §6. co 82 с. xm, § 2,3, col. 977. Tout procède de lui. tout ri­ en lui, tout y rentre, dit l'Alexandrin, Hid., c xxxv. p. lxv; tout vient de lui, se conserve en lui. se mine à lui, écrit le pseudo-Denys, c. v, § 8. c-ί. s'il c'est la circulation, ce mouvement admirable du Soc- 2075 CRÉATION 2076 verain Bien aux êtres et des êtres au Souverain Bien. ment n'a pas de fin ; ce qui change, ce qui se corrompt Proclus, ibid., xxxm, xxxvu sq., p. lxiv; pseudon’est pas sans avoir commencé d'être. Cont. manich., Denys, De cæl. hierarch., c. i, § 1, col. 120, citant n. 42, P. G., t. xciv, col. 1545; n. 5, col. 1512; De /ide Horn., xi, 36. A mesure qu’on s’éloigne de l’Un, la per­ orthod., I. I, c. ni, col. 796. Dès lors l’être fini appelle fection des êtres diminue de degré en degré depuis hors de soi un principe distinct, et ce principe est les dieux ou les anges déiformes, Proclus, ibid., xxvi, unique. En effet, s’ils sont deux, ils diffèrent en quel­ р. lxv; pseudo-Denys, De cæl. hierarch., c. vu, § 12, que manière et cette dilférence emporte quelque imper­ col. 206 sq., jusqu’à la matière seule pleinement inac­ fection qui les empêche d’étre premiers tous deux. De tive et inféconde. Proclus, ibid., xxv, χχνι, p. i.xi; /ide orthod., 1. I, c. v, col. 801. Et comment seraientpseudo-Denys, De div. nom., c. iv; §28, col. 729. Enfin ils opposés entre eux, ayant comme marque d’une sur le problème si important de la limite et du mal, nature identique d’être tous deux substances, sans le pseudo-Denys, comme l'a établi le P. ,1. Stiglmayr, principe, sempiternelles; l’être peut il être opposé à Das Aufkommen der Pseudo- Dionys. Schri/len... bis l’étre? Cont, manich., n. 11-17, col. 1516 sq. Et s'ilsont zum Lateran. Konzil, 649, in-8», Feldkirch, 1895, in­ même nature, comment seraient-ils tous deux premiers : troduit simplement dans son texte De div. nom., c. iv. la multiplicité suppose l’unité comme source commune, § 18-34, col. 713 sq., un extrait du De malorum subsis­ προς δέκαί φυσική ανάγκη μονάδα είναι δυαδος αρχήν. Dt tentia de Proclus. fide orthod., 1. I, c. v, col. 801 ; Cont. manich., n. 3, Mais si l’Ecriture que le pseudo-Denys professe rece­ 18, 19, 51, 52, col. 1509, 1524, 1549. Ainsi comme prin­ voir comme règle souveraine, ibid., c. i, § 1, 2, cipe de tous les êtres, l’Étre ineffable, De /ide orthod., col. 585 sq., si saint Paul qu'il nomme son manuduc1. I, c. t, xiv, col. 790, 798, 799, substance supersubteur, ibid., c. n, § 11, cul. 649; c. lit, § 2, col. 681. et son stantielle, ουσία ύπερούσιος. Dialed., c. IV, col. 537, soleil, c. 1, § 1, col. 865, lui permettent de faire siennes porté à créer par l’excès de sa bonté, υπερβολή αγαθό' toutes ces idées, l'un el l’autre lui interdisent toute τντος, ibid., I. II, c. Il, col. 864, 866, même lorsqu'il conception émanatiste, toute confusion de Dieu et du crée ceux qui se damneront. Un acte immobile de sa monde. Le choix des termes dans les passages déjà volonté suffit à cette production de toutes choses, ibid., cités, Proclus, Jnstit. lheol., c. xxxv, p. LXV; καί μένειν I. II, c. xxix, col. 963, le seul changement qui survient παν έν τώ αίτίω, καί προιεναι άπ’ αύτοΟ, καί έπιστρέφειν de ce fait étant en dehors de Dieu dans l'objet produit. προς αυτό, et le pseudo-Denys, De div. nom., c. v, n. 8, Ibid., 1.1, c. vin, col. 812; Cont. manich., n. 6, col. 1512. col. 821, καί έξ αυτοΟ άρχόμενα, καί έν αύτώ φρουρόμενα, Cet acte, tout différent de la génération du Fils, De/ide καί εις αυτόν περατόυμενα, a bien déjà quelque valeur. orthodoxa, col. 812, commun aux trois personnes, Voici la déclaration explicite : tel est le caractère de la κτίζει δέ έννοών, και το έννόημα έργον ϋφίσταται Λόγω divinité : communiquée tout entière à chacun de ses συμπληρούμενον καί ΙΙνείματι τελειούμενον, ibid., I. II, copossesseurs (les trois hypostases divines), à personne c. n, col. 864, est prérogative exclusive de la substance elle n’est communiquée par partie, De div. nom., c. il, divine. Ibid., I. Il, c. ni, col.873. Tout ce qui existe est §5, col. 644; on peut la comparer au sceau. Cf. Plotin, par lui venu du néant à l'existence, εκ τού μή δντος εις III Enn., 1. II, c. i, édit. Didot, p. 118. Or le sceau ne τό είναι παράγει καί δημιουργεί τα σύμπαντα, ibid., 1. II, demeure en rien dans ses multiples images; encore c. n, col. 864, et tout, du fait de cette origine, dilfère de l’exemple est-il impropre à traduire l’imparticipabililé Dieu, sinon par le lieu, du moins par la nature, ου divine:elle n’admet même ni contact.ni union.Pseudo- τόπω άλλα φύσει. Ibid,, 1. I, c. xm, col. 853. Comme la Denys, ibid.; cf. Proclus, ibid. C. xxxv, p. lxv. Bien seule volonté de Dieu a été action créatrice, elle est que Dieu soit en un sens le tout de tous, il n'est ni dans encore conservation et providence. Ibid., col. 856; aucun des êtres, ni quoi que ce soit des êtres, ού:ε έν 1. Il, c. xxix, ccl. 963. Intimement présent à son τινι τών δντων, ουδέ τι τών δντων ον, De div. nom., œuvre, transcendant et immanent à la fois, qui veut с. v, § 10, col. 825; il n’est ni la partie, ni la collection, voir Dieu le trouve partout, car il est le tout de tous, ibid., c. il, § 11, col. 649, αμιγής καί άπζήόυνος, ibid.; I. I, c. xm, xiv, col. 856, 860. ούδέν έστι τών πάντων, C. V, § 8, col. 824; Proclus, Tel est l’ensemble de ces conceptions que peu de temps c. XXX, p. ι.νιιι. Autre différence aussi considérable : au avant la composition des Sentences de Pierre Lombard, lieu d’être, comme les hypostases divines, chez Plotin, Il la traduction de la ΙΙηγή γνώσεως due à Burgundiode Pise Enn., 1. IX, c. i; III Enn., 1. II, c. i, n, édit. Didot, p. 94, devait apporter à l’Occident. Avant de passer à cette 118, et Proclus, c. xxxv, xxxvu, ibid., p. lxv, des dégé­ phase importante, éclairés par l’étude qui précède sur nérescences de l’Un et des intermédiaires nécessaires la pensée des Pères et sur le sens de leur terminologie, entre lui et les créatures inférieures, les personnes de essayons de déterminer la portée dogmatique des sym­ la Trinité constituent pour le pseudo-Denys un seul el boles et des définitions conciliaires. unique principe d’opération ad extra. De div. nom., 5» Documents ecclésiastiques. — 1. Avant Nicée. — c. n, § 1 sq., col. 637 sq. ; c. xm, §3,col. 980. Si malgré a) Le symbole romain qu’on a tout lieu de croire an­ tout ses formules ne sont pas toujours aussi nettes que térieur au texte de Nicée puisqu’il en inspire, à ce celles de saint Augustin, on tiendra compte de ce fait qu'il semble, la rédaction, KaLenbusch, Das apostoqu’il écrit en mystique non en polémiste. Cette préci­ liche Symbol, in-8», Leipzig, 1894-1900, 1.1, p. 388 sq.; sion parfaite nous la trouvons plus tard, en dépen­ t. n, p. 957; Apôtres (Symbole des), t. i, col. 1669, et dance certaine de son œuvre, chez saint .lean Damascene. dont le témoin le plus ancien serait le texte de Marcel Tout ce que les sept premiers siècles ont conçu de d’Ancyre, cf. S. Épipliane, Ilær., lxxii, P. G., t. xlii, mieux sur le problème qui nous occupe a été en quel­ col. 385; Hahn, Bibliolhek der Syncbole, § 17, et les que sorte drainé par cet auteur. On relèvera chez lui symboles qui lui sont apparentés comme ceux du roi les traces des mêmes spéculations philosophiques, mais Ethelsban, Hahn, § 18, 36, de Turin, § 34, de Ravenne, on notera surtout l'élimination des théories moins § 35, d’Aquilée, § 36. ne comportent dans le premier solides Je Pl.iloO, d'Origène el même des Pères caparticle que ces seuls mots : Credo in Deum patrem padociens, indice frappant qu'il y a dans la vie du omnipotentem. Le texte découvert par M. Bratke, dogme, comme dans la vie corporelle, pour diriger la voir Apôtres (Symbole des), t. i, col. 1662, probable­ synthèse des éléments chimiques, un principe distinct ment d'un symbole gallican antérieur à 400, et même des principes philosophiques et des systèmes que la au vi» siècle, le sy mbole de saint Césaire d’Arles, Hahn, foi parait s'assimiler. On pourrait résumer ainsi, sinon § 62, ne connaissent pas encore les mots que nous lisons l’histoire de sa pensée, du moins l'ensemble de sa doc­ à la suite des précédents : creatorem cæli et lerræ. Voir trine sur la création. Ce qui n’a pas eu de commence­ cependant Césaire d'Arles (Saint), t. n, col. 2174,2175. 2077 CRÉATION La question desavoir si )e texte romain primitif por­ tai: : Credo in unum Deum omnipotentem, comme le donne à penser Tertnllien. Hahn, £ 7, et comme le croient Zahn, Das aposlolische Symbolum, Leipzig, 1893, p. 22-30; dom Baümer. Das aposlolische Glaubensbekennlniss, Mayence, 1893, p. 125, ou bien s'il portait -.Credo in Deum patrem omnipotentem, comme le croient M. Harnack, Zeitschrift fur 7heologie und Kirche, 1894, t. iv, p. 130 sq. ; Kaltenbusch, op. cit., 1900, t. n, p. 524 sq.; M. Duchesne, Bulletin critique, 1893, t. xiv, p. 383, importe peu au but présent de cette ' lude. II se pourrait qu’on eût modifié à Rome, lors de la crise monarchienne du ut» siècle, la rédaction pre­ mière et substitué au mot unum le mot patrem que nous lisons en fait dans la formule de Novatien. Hahn, S li­ rions l'une et l'autre hypothèse c’est le sens du terme omnipotentem, παντοκράτορα, qu’il importe de dé­ terminer. Si on lit avec MM. Harnack et Kaltenbusch patrem omnipotentem, trois interprétations sont possibles -.a. je crois à Dieu comme père, comme toulpuissant; b. je crois à Dieu le père, comme tout-puis­ sant; c. je crois à Dieu, comme au père tout-puis­ sant. Celle dernière seule représente le sens historique de l'expression. ΙΙαντοκράτορα se rencontre souvent chez les Septante, cf. Kaltenbusch, op. cil., t. ll, p. 525, qui traduisent meme Sebaolh par παντοκράτωρ. C'est un commentaire 'plus qu'une traduction, mais il est instructif : qui commandait aux armées célestes était donc le maître de tout. Ibid., p. 526, note 79. Le mot παντοκράτωρ se trouve dans 11 Cor., vi, 8; Apoc., i, <8; iv, 8; xi,17; xv, 3; xvi, 7, 14; xix, 0, 15; xxi, 22; il est des plus fré­ quents chez les Pères. Kaltenbusch, op. cit., t. n, p. 519 sq.; Harnack dans Hahn, op. cil., p. 369, ji 3. Après son étude sur saint Clément de Rome, M. Kattenbusch conclut justement : « 11 me semble que dans tous ces passages... on a essentiellement la conceplion qui commande le πατέρα παντοκράτορα dans le sym­ bole. » Op. cil., t. ll, p. 536. Cette conceplion c’est celle de Dieu maître souverain parce qu’il est auteur de toutes choses. Voir plus haut. La réunion des mots πατέρα παντοκράτορα se trouve, comme premiers témoins, chez saint Justin, Dialog., n. 139, P. G., t. vi, col. 796, et dans le Martyrium Polycarpi, mais il manque dans nombre de manuscrits de ce dernier ouvrage. Kaltenhuscli, p. 520, note 64. H faut la rapprocher des ex­ pressions πατήρ πάντων, πατήρ τών όλων, et sembla­ bles si usitées vers cette époque soit en Occident, chez fallen, chez saint Irénée, Kaltenbusch, op. cil., t. Il, p. 49 sq., soit en Orient chez Clément, Origène, etc. Ibid.,t. n, p. 520, note 68. H est bien vrai par ailleurs que le omnipotens, équivalent à παντοδύναμος, ne rend pas exaclement le παντοκράτωρ, omnitenens, du texte très probablement grec du symbole romain primitif. ■p.cil., t. I. p. 69; t. n, p. 331, 534; que tout-puissant n'est pas non plus équivalant à créateur, mais l’impré­ cision de la formule prise en soi ne saurait laisser de doule sur la formule prise dans-son emploi historique. C’est même, semble-t-il, parce que le sens de l’Église ne faisait point de doute dans le cas présent, qu’on a pris quelque liberté avec les mots : παντοκράτωρ signi­ fie uikexercice actuel de puissance, παντοδύναμος, une possibilité d’exercice; mais c’est manifestement le pre­ mier sens qu’on voulait exprimer el qui importe sur­ tout à la piété. Par ailleurs l'idée de création qui n’est pas dans παντοκράτωρ se trouve avec l’idée d'origine dans πατήρ. Ce qui a fait, préférer celte expression à κτίστης, creator, c’est d’abord que le créateur est réel­ lement le Pere, c’est ensuite l’exemple de saint Paul, πατήρ πάντων, Eph., iv, 6, et pour une bonne part, ce semble, le platonisme des premiers Pères. Ils ont trouvé dans le Tintée cette thèse, qui est aussi celle de 2078 la Bible, de la bonté du créateur, et ce mot de γεννήσα,πατήρ, πατήρ τών όλων. a paru bien plus propre â tra­ duire celte idée que celle de κτίστης on de ποιητής : la locution a prévalu. Apres l'élude qui précède, on croit inutile d’établir qu’on ne saurait admettre que le pater omnipotens du symbole soit un simple organisateur de la matière. Malgré le vague de la formule, il faut com­ prendre creator ex nihilo; on eût précisé plus sans doule. si la contradiction sur ce point avait été plus tenace. b) En Orient, nous n’avons pas à rechercher une formule fixe analogue au symbole lalin. Voir Apotbes (Symbole des), t. 1. col. 1668. On remarquera seule­ ment, comme dans les professions de foi de Tertnllien, Hahn, § 7, p. 9, dans ce milieu plus travaillé par les hérésies dualistes etgnosliques, une précision beaucoup plus grande. Origène écrit, Periarch., I. I, præf., n. 4, P. G.,t.xi, col. 117: Hahn, §8, p. 14 : Unus Deus est qui omnia creavit atque composuit qui­ que cum nihil esset (quique ex nullis, S. Pamphile. Apo­ logia] esse fecit universa... Jesus Christus ante omnem creaturam natus em Patre est. Qui cum in omnium conditione Putri ministras­ se!, per ipsum enim omnia facta sunt... Il n’est qu’un seul Dieu, qui a créé et ont- nné toutes choses, qui, rien n’existant, a fait tout exister... Jésus-Christ avant toute créature est né du Père. Après avoir servi son Père dans la production de toutes choses, car c’est par lui que tout a été fait... Saint Grégoire le Thaumaturge, Hahn, § 185, p. 253: Un seul Dieu, père du Verbe Εις Θεός, πατήρ Λόγου ζώντος... Εις κύριος, Θεός vivant... Un seul Seigneur, έκ Θ-οϋ... λόγος ενεργός, Dieu de Dieu..., parole agis­ σοφία τής τών 'ίλών συστά- sante. sagesse qui contient tout σεως περιεκτική και δύνα- l'édilice du monde, puissance μις τής όλης κτίσεως ποιη­ qui a produit toute la création. τική... Voir la première formule d’Arius, Hahn, § 186, p. 255, mêlée d’erreur sur le Verbe, et celle d’Alexandre d’Alexandrie, Hahn, § 15, p. 19 : Nous croyons... au seul Père ΙΙιστεύομεν... εις μόνον άγέννητον πατέρα... και εις inengendré, et en un seul Sei­ ένα κύριον Ίησοϋν Χρίστον gneur Jéaus-Christ engendré γεννηΟέντα ούκ έκ τοϋ μή non du néant, mais du Père, οντος, άλλα έκ τοϋ οντος qui est... πατρός... Les symboles d’Eusèbe de Césarée, Socrate, II. E., 1. I, c. vm, P. G., t. [.xvn, col. 69; llahn, § 123, p. 131, de. saint Cyrille, Cal., v, append., P. G., t. xxxm, col. 534, cf. col. 523; Hahn, § 124, p. 132, et les divers symboles orientaux, dérivés tous du symbole romain, donnent, si l’on élimine leurs divergences pour ne con­ server que leurs traits communs, voir Apôthes (Sym­ bole des), t. t, col. 1668 : ΙΙιστεύομεν ε’ις ένα Θεόν παντοκράτορα, τόν τών απάντων ορατών τε και αοράτων ποιητήν. Καί εις ένα κύριον Ίησοϋν Χριστόν, τον έκ τοϋ πατρός γεννηΟέντα πρό πάντων τών αιώνων, οι’ ού καί τά πάντα έγένετο. On notera, avec Hahn, § 122, p. 127, ces difl"rences principales entre ce lexle et les symboles occiden­ taux : la désignation expresse de Dieu comme créateur de toutes choses, une description plus détaillée des relations du Fils â l'égard de son Père et du mon te. 2» Symbole de Nicée. — Remaniement du texte com­ posé par Eusèbe probablement d'apres le type du sym­ bole romain, il s’exprime ainsi : ΙΙιστεύομεν εις ένα Θεόν Nooscroynosen e-Γ-ec. πατέρα παντοκράτορα πάν- le Père tout-pussax: uesr 2079 τον ορατών τε κα1. αοράτων ποιητήν. Καί εις ένα κύριον ΊησοΟν Χριστόν... φώς εκ φωτός,.. γεννηΟέντα ού ποιηΟέντα, όμοούσιον τώ πατρί, 8ε* ού τά πάντα έγένετο τά τε έν ούρανωκαι τά έν τη γή. Hahn,S142, ρ. 160: Denzinger, Enchiridion, η. 17. CRÉATION de toutes choses visibles et in­ visibles. Et en un seul Seigneur, Jésus-Christ... lumière de lu­ mière..., engendré non pas fait, consubstantiel au Père, par qui toutes choses ont été faites celles du ciel et celles de la terre. Les hérésies gnostiques et manichéennes ne sont pas encore éteintes; il est remarquable cependant que le concile ne croie pas nécessaire d’exprimer plus explici­ tement que tout est tiré, έξ ούκ οντων, du néant : il garde les mots consacrés, πατέρα παντοκράτορα. L’em­ ploi de ποιητήν, l'opposition entre γεννηθέντα et ποιηΟέντα montrent assez le sens que ποιέω avait pris dans l’usage, de préférence même à κτίστης, κτίζειν. Les Pères se contentent d'affirmer que rien n’échappe, ni matière ni esprit, à la causalité divine. C’était le sens qu’avait pris ορατών τε καί αοράτων; les choses invisibles pour les Pères grecs ce sont les anges. Enfin le concile appli­ que cette fois à la génération éternelle du Logos la comparaison, inlroduitc par saint Justin et son école, pour traduire plutôt sa génération temporelle dans la création. 3« Symbole de Constantinople, 381. — Ce symbole, plus connu sous le nom de symbole de Nicée, Hahn, §144, p. 162; Denzinger, Enchiridion, n. 47, ne com­ porte d’autre modification intéressant la question pré­ sente que l’addition des mots πρό πάντων των αιώνων, pour distinguer l’éternité du démiurge du caractère temporel des créatures. C’était déjà implicitement dans la formule de Nicée et explicitement dans les textes d’Origène, d’Eusèbe, desaint Cyrille. 4’ Ve concile œcuménique, Constantinople, 553. — Le can. 1 de ce concile consacre des expressions chères aux Pères grecs pour signifier le rôle commun des trois personnes divines dans la création : Είς γάρ Θεός και πατήρ, έξ ον τά παντα, και εις κύριος ’Ιησούς Χριστός, δι’ ου τα πάντα, καί έν πνεύμα άγιον έν ω τα πάντα. Hahn, § 148. ρ. 168; Denzinger, Enchiridion, n. 172. Voir col. 1210. Quant aux canons contre l'origénisme, en les tenant pour authentiques avec M. Diekamp, Dieorigenistischen Slreiligkeiten imsechsten Jahrhundert, Munster, 1899, il semble plus sûr, avec le P. Prat, Origéne, p. lvii sq., de penser qu’ils n’ont pas été confirmés par le pape Vigile, ni dans sa lettre au patriarche de Constantino­ ple, 553, ni dans sa constitution de 554, ni par ses successeurs. Pour le texte, Diekamp, op. cil., p. 90-97; Denzinger, Enchiridion, n. 187 sq. IV. ÉPOQUE SCOLASTIQUE. — 1« Du ix‘ au XIII’ siècle. — Le renouveau de la vie intellectuelle en Occident devait forcément rappeler l’attention sur le problème de nos origines. Le fait de la création n’est pas l’objet de négations directes. On assiste plutôt à ce spectacle curieux de systèmes philosophiques bâtards : l'aboutis­ sement logique en est le panthéisme strict; la foi cepen­ dant empêche d’adopter ces conclusions et l’accord se fait au moins dans les mots malgré l’incompatibilité des idées. Saint Augustin, le pseudo-Denys traduit par Scot Érigène, quelques traités d'Aristote commentés par Boèce, le Tîm-;e de Platon dans la traduction de Chalcidius. Porphyre dans les traductions de Victorinus et de Boèce ont une influence prédominante. Voir dans de Wulf, Histoire de In philosophie médiévale, in-8», Lou­ vain, 1905, l'excellent chapitre, Bibliothèque philoso­ phique, n. 133, p. 149-157. La solution réaliste du problème des universaux conduisait à affirmer l’exist nce objective de la réalité désignée par le concept de tous le plus universel, l’être. De Wulf, op. cit., p. 165. 2080 Cependant, si l’on excepte J. Scot, les réalistes des tx·, x· et xi» siècles, par d'expresses réserves, prétendent maintenir la distinction de Dieu et du monde et le dogme de la création. Tout autre est Scot Érigène. Son Περί φύσεως, professe le panthéisme émanatiste. « De la superessence de sa nature, dans laquelle il est nonêtre, in qua dicitur non-esse, par un premier degré il se crée lui-même, a se ipso creatur, dans les causes pri­ mordiales et devient le principe de toute essence, de toute vie, de toute intelligence... Puis descendant des causes primordiales qui constituent comme un inter­ médiaire entre Dieu et la créature, il se réalise dans leurs effets, in effectibus ipsarum fit... Ensuite, par les formes multiples de ces effets, il s’en vient jusqu’au dernier ordre de la nature entière, qui comprend les corps. Ac sic ordinal in omnia proveniens facit om­ nia, el fit in omnibus omnia, et in se ipsum redit revocans in se omnia, et dum in omnibus fit super omnia esse non desinit. Ainsi fait-il toutes choses du néant, de nihilo, produisant de sa suressentialité les essences, de sa survitalité la vie. » Dediv. nat., I. II!, n. 20, P. L., t. cxxii, col. 683; n. 4. col. 632. Toutes choses sont donc à la fois créées et éternelles. Scot prétend trouver cette doctrine dans l’Écriture, dans saint Augustin, dans le pseudo-Denys. Ibid., 1. III, col. 616. Voir l'argument de l’unité principe du nombre, col. 652. Les autres choses qu'on dit être, ne sont que des théophanies, ipsius theophaniæ sunt. « Dieu est par conséquent, comme dit saint Denys l’Aréopagite, tout ce qui est vraiment, parce qu’il fait toutes choses, et se fait en toutes, facit et fit. » L. IJI, n. 4, col. 633. Il résume lui-même sa doctrine en distinguant quatre classes de causes : a) quo: creat et non creatur; &) quæ creatur et creat; c) quæ creatur et non créai; d) quæ nec creatur nec creat. L. Ill, n. 23, col. 689. Ainsi par delà le pseudo-Denys et saint Augustin qui les avaient christianisés, c’est Proclus et Plotin que J. Scot retrouve ou reconstruit. Il garde le mot de création, mais comme les monistes modernes, le mot sans le sens- Le concile de Valence qui condamne ses erreurs sur la prédesti­ nation, 855, met en garde contre le reste de sa doctrine. Denzinger, Enchiridion, n. 288. Des condamnations expresses frapperont son De divisione naluræ, lorsque les écoles chartraines essayeront de ressusciter ses doctrines. Le réalisme outré trouve, en effet, ses partisans tout spécialement dans ce milieu. De Wulf', op.cit., p. 195 sq. Si les premiers maîtres, Bernard et Thierry, se gardent encore du panthéisme en affirmant très nettement la création de la matière dans le temps, Amaury de Bène et sa secte font revivre bientôt les spéculations pan­ théistes et mystiques de .1. Scot. Omnia unum, quia quidquid est Deus. Elles sont reprises aussi vers le même temps par David de Dînant, Clerval, Les écoles de Chartres au moyen âge du v· au xvi’ siècle, in-8·, Paris, 1. Ill, c. Ill, sect, iv, p 244sq.; de Wulf, op.cit., p. 233 sq., et la liste de ces erreurs dans Denifie. Chartularium, t. 1, p. 70. En 1210, au concile de Paris, les erreurs d’Amaury et de David sont condamnées, et plusieurs hérétiques brûlés. Ibid., p. 72. En 1215, la même proscription est renouvelée par le légat Pierre de Courçon, ibid., p. 79, et par le IV· concile de Latran. Denzinger, Enchiridion, n. 359. Le concile de Sens, pour atteindre le mal dans sa racine, vers 1224. condamne le De divisione naluræ de J. Scot, sentence confirmée, le 22 janvier 1225, par Honorius HI. Denilie, Chartularium, t. I, p. 106. Albert le Grand et saint Thomas viseront plusieurs fois ces erreurs. Le dogme de la création voit du xi· au xin· siècle comme un retour du manichéisme. Qu’il y ait avec cette hérésie dépendance de fait ou pure affinité logique, voir Albigeois, Bogo.mii.es, Cathares, Vaudois, c’est bien le dualisme avec ses conséquences que professent CREATION 2081 ;W2 les cathares et les albigeois. Les premiers dispa­ 1 facientis. Ibid., c. vm. ix, col. 155 sq. Comme raissent après l’exécution de Monlwimer, en 1239; les l’être créé ne se soutient dans l’existence que par li autres se développent dans le midi et profilent de vertu de l’étre incréé, celui-ci est tout en tous, c. xiv, l'hérésie de Pierre de Bruys et de Henri. Frappés par col. 161, mais l’excellence même de sa nature le de nombreux conciles provinciaux, les albigeois sont maintient absolument distinct de tout ce qui existe condamnés au III· concile de Lalran, 1179, et au IV·, hors de lui, c. xxvi, col. 179. Saint Anselme par ses 1215. Denzinger, Enchiridion, n. 338, 355. Ce dernier études sur les idées divines et sur le Verbe créateur exerce une notable influence. concile définit ainsi la foi de l’Eglise contre le dualisme: Abélard traite de la création pour prouver l’existence Firmiter credimus... quod Nous croyons fermement et l’unicité de Dieu. Introd. ad lheol., I. III, c. I, unus solus est verus Dcus..., qu'il n'est qu’un seul Dieu vé­ P. L., t. ct.xxvm, col. 1087 sq.; Theologia Christiana, tresquidem personæ,sed una ritable..., trois personnes, mais 1. V, col. 1316 sq. Son argument est au fond celui de essentia, substantia, seu na­ une seule essence, une seule saint Augustin : l’imparfait postule le parfait; .l’expo­ tura simplex omnino..., con­ substance ou nature rigoureu­ substantivi. s et coæquales et sement simple..., consubstan­ sition manque pourtant de nerf et de profondeur. eoomnipotentes...,unum uni­ tielles, coégales, et copuis­ Loin d’être tenté de nier le dogme, il réfute les réalistes versorum principium, crea­ santes..., principe unique de en leur montrant le panthéisme comme un aboutisse­ tor omnium visibilium et tout, créateur de toutes choses ment logique de leur système. Par contre, sa prétention invisibilium, spiritualium et visibles et invisibles, spirituel­ d’expliquer les mystères le fait tomber dans l’erreur corporalium, qui sua omni­ les et corporelles, qui par sa au sujet du rôle des personnes divines dans l’acte potenti virtute simulabinitio vertu toute-puissante a pareil­ créateur; son désir de rendre raison des décrets temporis utrumque de nihilo lement [?] au commencement condidit creaturam spiritua­ des temps créé du néant l’une divins l’amène, comme tous ceux qui veulent trouver lem et corporalem, angelicam et l’autre créature, spirituelle une cause déterminante ou une formule mathématique scilicet et mundanam, ac et corporelle,à savoirles anges des actes libres, â nier en fait la liberté du créateur et deinde humanam quasi com­ et le monde, puis la créature à limiter sa puissance aux seules choses que de fail munem ex corpore et spiritu humaine, comme un composé il produit. constitutum. Diabolus enim ducorpsetde l’esprit. Lediable, Saint Bernard le réfute et le fait condamner à Sens. et aiii dxmones a Deo qui­ en elfet, el les autres démons dem natura creati sunt boni, Voir Bernard (Saint}; Abélard. On trouvera la ont été créés par Dieu naturel­ sed ipsi per se facti sunt mali. lement bons; c'est par euxpensée de ce docteur sur la création, De considera­ Homo vero diaboli sugge­ mémes qu'ils sont devenus tione, 1. V, c. vi sq., P. L., t. ci.xxxn, col. 795 sq.. et stione peccavit. mauvais. Pour l'homme, c'est contre le dualisme cathare, dans les sermons qu’il par la suggestion du diable rédigea à la demande d’Evernin. In Canlic. cantic., qu'il a péché. serm. i.v, lvi, P. L., t. clxxxiii, col. 1088. Ainsi le concile enseigne : 1° l’unicité du principe Nous suivrons l’inlluence d’Abélard en notant, à créateur, malgré la trinité des personnes; 2» le fait de propos de la liberté, de la toute-puissance, de l’immu­ la création ex nihilo; 3° son objet; 4° son caraclère tabilité divine, les posilions prises par Ogmbene, Ro­ temporel ; 5“ l’origine du mal du fait de la liberté. land, Pierre Lombard et l’école de Saint-Victor. Comparé aux textes conciliaires précédents, ce décret, A signaler, comme caractéristique de celte dernière, contre une hérésie plus opiniâtre, apparaît plus précis l’argumentation de Hugues. Les docteurs précédents et plus développé. prennent en général pourpoint de départ de leur argu­ La nature de la création, sans doute par inlluence mentation la mutabilité des créatures : elles changent, des écoles, est pour la première fois désignée par la donc elles ne sont pas l’être nécessaire; ainsi encore formule philosophique : condidit ex nihilo. Son objet, Hugues, De sacram., 1.1, part. III, c. tx, x sq., P. L., ce ne sont pas seulement « les choses visibles et invi­ t. clxxvi, col. 219 sq. De plus Hugues, comme plus sibles » comme à Nicée, Denzinger, n. 47, mais la tard Descartes, part d’un fait de conscience : l’homme créature matérielle, la nature humaine, et le monde comprend qu’il n’a pas toujours existé, parce qu’il des purs esprits, n. 355; donc tout venant de Dieu est n’a pas toujours pensé, restat ut quern non semper bon en soi, et tout est bon dans l’homme, même le intellexisse cognoscimus non semper fuisse, ac per hoc corps. aliquomodo cœpisse credamus. Ce principe spirituel, Quant à la distinction des substances spirituelles et l’àtne, id ipsum quod vere homo est, ne pouvant venir mat· rielles,spiritualem et corporalem, quant au pro­ ni de la matière, ni de soi-même, vient donc de Dieu. blème qu'occasionne la double traduction des mots Cf. Erudit, didasc., 1. VII, c. xvn, t. ct.xxvi, col. 825; simul ah initio : soit de même manière à l'origine, soit De sacram., 1. I, part. Ill, c. vi-vm, col. 219. Voir en même temps à l'origine, ces expressions étant Erudit., loc. cit., c. xvm, col. 826, la preuve par le reprises par le concile du Vatican, nous en renvoyons quadruple mouvement. à cet endroit la discussion. 2“ Le xm· siècle. — I. L’averroïsme. — Toute ques­ Les thèses dualistes des albigeois et des cathares n’ont tion logique sur la valeur des concepts impliquant une pas été, semble-t-il, des hérésies d’école, le dogme de question ontologique sur la nature des choses, le la création est en telle possession, qu'à part les maîtres problème des universaux, qui avait tant préoccupé le charlraius. il est professé par tous. Inutile par consé­ moyen âge, aurait dû mener les scolastiques à scruter quent d accumuler les professions de foi; mieux vaut les lois mêmes de l’être. Mais le problème avait été sans doute signaler les maîtres' les plus inlluenls et mal posé. Entrés dans celle étude par la petite porte, leurs arguments principaux. les premiers docteurs avaient manqué de vues pro­ Saint Anselme, bien que réaliste, défend sur les rap­ fondes et de vues d’ensemble : les solutions, nous ports de Dieu el du monde toutes les thèses augusli- l’avons noté, demeuraient souvent imparfaites et juxta­ nienne's. La création ex nihilo est prouvée par l'argu­ posées plutôt que fondues dans une synthèse cohérent: . ment des degrés. Monologium, c. Ill, iv, P. L., t. ÇLVHI, Le double courant grec qui s’établit par l’Orient cl col. 147 sq. Toutefois, remarque-t-il,si les chosesavant par l’Espagne, par les traductions gréco-laliues et l’acte créateur sont pur néant, quia non erant quod arabes-latines, cf. de Wulf, op. cit., Histoire et c’.--nunc sunt, nec erat ex quo fierent, c’est-à-dire quant à nologie des nouvelles traductions latines, p. 237-·?.' leur être formel et leurs causes matérielles, elles remet le moyen âge en contact avec la pensée philcsc préexistent en quelque manière dans la pensée et la pliique la plus puissante du monde ancien. Jamais, ce puissance de Dieu, leur cause efficiente et exemplaire; semble, la raison naturelle n’est venue heurter > elles ne sont donc pas néant quantum ad rationem dogme d’un assaut aussi sérieux. D1CT. PE THÊOL. CATIIOL. m. — ω 5’083 CREATION El. Farabi (ψ 950) avait ramené la philosophie arabe vers la théorie de l’émanation; Avicenne (f'1036) admit avec une procession analogue des êtres la coexistence éternelle de la matière. Le Premier produit le premier causê; la connaissance qu’il en a produit une intelli­ gence nouvelle, etc. De l’intellect agent, la der­ nière engendrée des intelligences pures, découlent toutes les formes substantielles qui vont informer la matière. Cf. Carra de Vaux, Avicenne, Paris, -14X10, p. 247 sq. La création semblait à Averroès (■[· 1198) une conception bonne tout au plus pour le vulgaire : omnia ista sunt existimationes vulgares valde suffi­ ciemus secundum cursum secundum queni nutriuntur homines in eis, non secundum sermonem sufficientes. Cité par Mandonnet, op. cit., Introd., p. ci.viii. II énumère six étages de causes : a) Dieu, b) les intel­ ligences premières, c) l’intellect agent, d) l’àme, e) la forme, f) la matière : Quod est in primo gradu non potest esse plura... ; quæ autem sunt in ahis sunt plura. Cf. Averrois Cordub. Opera, in-fol., Venise, 1550, t. ix, fol. 66. Conlre le dualisme arabe prennent position deux docteurs juifs. Avicebron (vers 1050) dans son Funs vitæ professe le panthéisme émanatif : à l’origine procèdent de Dieu une matière et une forme, principes univer­ sels d’où s’engendrent par de multiples degrés et par combinaison de formes et de matières secondaires tous les êtres. Maimonide (j- 1204) admet aussi une hié­ rarchie des sphères. Très proche d’Averroès en plus d’un point, il se sépare de lui en niant l’éternité du monde. Ses principes sur l’accord de la science et de la foi le rapprocheront des docteurs scolastiques qui tantèt le combattent et tantôt lui font des emprunts. A l’opposé de cette tendance concordiste, Siger de Brabant propose la doctrine des deux vérités : on peut tenir une proposition comme vraie suivant Aristote et la science, et comme fausse suivant la foi. Il est avec Boêce le Dace et Bernier de Nivelles le principal champion des doctrines averroïstes au xm· siècle. Cf. Mandonnet, op. cil. L’histoire de ces luttes a déjà été signalée ici. Voir Aristotélisme, t. n, col. 1882 sq. ; Augusti­ nisme, col. 2506 sq. En 1210, décret de Pierre de Corbeil. cf. Denille, Chai lutarium, t. I, p. 70; en 1215, celui de Robert de Courçon, ibid., p. 79; en 1241. condamnation de 10 articles par Guillaume de Paris, ibid., p. 170 sq., n. 128, cf. n. 130; articles transcrits par saint Bonaventure, In IV Sent., 1. Il, dist. XX1I1, a. 2, Quaracchi, t. n, p. 547. En 1270, treize articles averroïstes sont censurés par Étienne Tempter. Denille, op. cil., n. 432, p. 486, et note, p. 487. Le 5« ufiirmail l’éternité du monde, le 6° l’éternité des générations humaines, nnnqi-am fuit primus homo. Probablement un peu avant celle condamnation, Gilles de Home, cf. Mandonnet, op. cil., p cxxi. cxxiv, les avait signal’s à Albert le Grand en indiquant les prin­ cipes erronés qui les inspiraient ; rien ne devient que par une mutatio proprie dicta; or tout changement proprement dit exigeant pour cause un mouvement propie.... ni dit, le monde et le mouvement lui-mème ne pouvaient être qu’éternels. Op. ail., appendice, p.üsq. Le 7 mars 1277, proseriplion de 219 propositions class’es dans le plus grand désordre, dont un bon nombre concernent le problème cosmologique : a)éter­ nité du monde, 6) création des êtres inférieurs par I inlerm ï ■ ire di-s supérieurs, c) restriction de la liberté «liv ine aux seules choses qui de fait se produisent, d) émanation nécessaire de l’intelligence première, e) négulion de la cr ulion proprement dite ex nihilo. Denille, op. cil., p. 543 -q. La censure portée à Oxford quelques jours plus larti. IS n. ars. ne contient rien sur ’eternit·’· du monde, mais elle vise comme la précé­ dente plusieurs theses de l’école alberuno-tbomiste. 2084 C’est une victoire de l’augustinisme, ibid., p. 560; ses partisans avaient été moins heureux, ce semble, en 1270. Mandonnet, op. cit., p. exxiv. Il est impor­ tant de le noter : ce n’est donc pas sans de vives con­ tradictions que l’aristotélisme prit une telle importance dans la scolastique. 2. La synthèse scolastique. — 11 ne semble pas que l’explication rationnelle des dogmes ait perdu au rude choc de l’averroïsme. Comparer, même à titre provi­ soire, l’épaisseur matérielle des volumes, esl un critère trop insuffisant. Pieavet, op. cil., p. 211. Il y a lieu de rechercher surtout si le progrès formel de la méthode et des doctrines est en proportion. Nous le tenterons pour le dogme présent. La réponse ne semble guère douteuse : 1. Tout d’abord, la difficulté de la question des origines aux yeux de la raison naturelle est sentie comme elle le mérite. Que l’on compare, par exemple, Pierre Lombard, Sent., L II, dist. I, c. i, P. L., t. cxcn, col. 65I ; cf. sur l’origine du texte, S. Bonaventure, Opera, Quaracchi, t. tt b, note 5, avec Albert le Grand. In IV Sent., I. II, dist. 1, a. 1, Opera, in-fol., Lyon, 1651, p. 3 sq. Il s’agit de savoir si le principe des choses est un ou multiple. Moïse, répond Pierre Lombard, « écrase l’erreur » avec Gen., 1, 2, elidens errorem quorumdam, et la question esl expédiée en quelques mots. A voir Albert discuter toutes les opi­ nions des philosophes sur le sujet, il est permis de lui prêter une pointe de critique, quand il écrit, reprenant l’expression : utrum error manichæorum... bene elidatur a Magistro. Même remarque pour Alexandre de Halés. Les philosophes pouvaient-ils par la raison naturelle connaître la création? Putuissent, dit-il, si ultra materise considerationem progressi essent. Summa, part. II, q. vt, m. Il,a. 6,in-fol., Cologne, 1622, p. 18. Saint Bonaventure, le Bienheureux Albert, saint Thomas seront moins tranchants. La constata­ tion est peut-être plus frappante si l’on considère le problème de la limite. Celte difficulté, l’une des plus graves qu’on puisse élever, n’est pas touchée par Pierre Lombard. Sent-, 1. I, dist. Vlll, n. 4 sq., P. L., t. cxcn, col. 544 sq.; Alexandre de lialès la sent à peine, op. cit., part. II, q. xn, m. n, a. 1, p. 35. Saint Bonaventure commence à l’apprécier à sa va­ leur : difficile est intelligere. In I P Sent., I. II, dist. I, p. n, a. l,q. i, t. n, p. 40. — 2. Les problèmes étant mieux compris, les discussions sont plus sérieuses : ainsi celle question de la limite est-elle envisagée sous toutes ses faces par Albert le Grand, saint Bonaven­ ture, saint Thomas : cause exemplaire de la multi­ plicité, de la composition, de la matière prime, du mal lui-même, et les solutions vont se perfectionnant. Les nécessités de la controverse et l’usage métho­ dique de Vapoiie aristotélicienne, du videtur quod non, cf. de Wulf, Introduction à la philosophie néo-scolas­ tique, in-8“, Louvain, 1904, p. 40, notes 1 et 2, devaient ainsi ménager un progrès dont une revue rapide per­ mettra de juger. Nous signalerons avec quelques dé­ tails dans l’exposé dogmatique qui suit les arguments principaux de l’École. a) Cause efficiente. — Au sommet des choses Dieu, « l’ÊIre qui esl » de TExode. celui que les Pères ont vu dans le Tiniée, le Bien de Plotin el du pseudo-Denys, le moteur immobile el l’acte pur d’Arislole, au-dessus de touleespéce el de toutgenre, rigoureusement innom­ mable d’un nom propre et inconnaissable d’une con­ naissance adéquate. Cf. S. Thomas, Comment, in Dionys., prolog., Paris, t. xxix, p. 374. Aucun terme créé ne peut s’appliquer à lui que par analogie. Cf. Lessius, De perfeci, moribusque divinis, I. Le. nt, η. 16 sq., in-fol., Lvon, p. 5 sq.; de San, De Deo uno, in-8°, Louvain, 1894, t. t, p. 231-262. note; Serlillanges, dans la Itevue du clergé français, 1905, p. 317, 318. 2085 CRÉATION C’est l'agnosticisme modéré des Pères, Petau. De Deo, I. VII, c. I sq., in-fol., Venise. 1745, p. 275 sq.; et des scolastiques. Suarez, Disp, met., disp. XXX, sect, xn, xm, Paris, t. xxvi, p. 159 sq.; de la Taille, dans les Lludes, 1905, t. cm, p. 355-360. Source de tout être, il possède en soi lout ce qu’il y a de perfection dans les types les plus opposés : en ce sens tous les contraires subsistent en lui, au degré infini, par identité. Dieu donne la mesure de son activité dans la pro­ cession interne des personnes divines; il en donne une idée affaiblie dans ses œuvres externes, c’est-à-dire dans la production des créatures. Agissant par la pen­ sée, il agit donc par son Verbe, à qui pour cette raison la créalion est attribuée. Le Verbe ne formant avec le Père el l’Esprit qu’une seule nature, la création est ce­ pendant l’œuvre commune de tous ceux qui possèdent cetle nature indivise; c’est pourquoi la création ne lui est qu'appropriée. b) Cause matérielle. — Ces œuvres, la Trinité les tire toutes du néant,c'est-à-dire que la créalion sera l'appa­ rition première, de par la volonté toute-puissante de Dieu, au lieu et place du néant, si l’on peut dire, de quelque chose de nouveau, distinct de Dieu même. C’est là, nous l'avons vu, le sens que la scolastique précise et répète, à l’encontre de toute fausse interprétation de la formulé ex nihilo. Voir col. 2035. c) Cause /Diale. — Puisqu'il est l’infini, la plénitude du Bien et de la richesse, Dieu ne saurait créer par besoin, et donc il n’y a pas de cause finale de son acte créateur; celui qui agit pour une cause, dépend en effet de cette cause et l’infini ne peut dépendre de rien. Comme il est doué d’une intelligence, encore que ce soit de tout autre manière que nous, il a pourtant une raison d’agir, une lin qu'il trouve raisonnable et suffi­ sante, parce qu’elle est digne de lui, bien qu’elle ne s'impose pas à lui. Cette fin, c'est sa propre glorification, digne de lui premièrement parce que l'infini mérite cet hommage d’être connu et loué par d’autres, et sur­ tout parce que, comme il possède déjà en lui-méme une gloire infinie, facta par lequel il recherchera cette gloire extérieure aura cette dignité unique d’être à la fois un geste beau, harmonieux et pleinement inutile à son auteur; en ce sens il est vraiment royal et divin. Har­ monieux, parce que raisonnable : il est ordonné à la gloire de l'absolu, comme il convient. Inutile, parce que l'infini ne pouvant rien acquérir, il n'est profitable d'un profit réel qu'à la seule créature. En effet, Dieu ne peut se glorifier sans se faire connaître, ni se faire connaître sans communiquer aux êtres quelque chose de ses per­ fections; cette participation est le bien de tous ceux qui en sont gratifiés. Les scolastiques rendent cette doctrine en distinguant la fin première de la création, le bien de Dieu, et la fin secondaire, le bien de la créature, et en montrant commenl, l’une ne s’obtenant que par l'autre, l'acte créateur avantage la créature sans rien ajouter au créateur. Ainsi expliquent-ils philoso­ phiquement cette doctrine, qui est celle de l'Ecrilure et que les premiers Pères avaient si volontiers relevée chez Platon et les néoplatoniciens, que Dieu crée par bonté. d) Cause exemplaire. — L’artiste souverain du monde crée, comme l'artiste humain produit, d'après des idées ou archétypes, qui sont la cause exemplaire de son œuvre; il y a du moins en Dieu quelque chose qui correspond à l'id'al de l’ouvrier créé. Les scolas­ tiques n'ont garde d'oublier les différences. C’est la théorie de l'exemplarisme. Elle est dans Platon, dans Philon, dans Plotin, chez les Arabes; les scolas­ tiques, apres les Peres, la poussent et la rectifient. Dans l'ensemble tous sont d’accord sur ces points : — a. l'exemplaire ne s'impose pas à Dieu du dehors; il le trouve en soi en contemplant son essence. Par le fait seul qu'il est L'Être, il pose comme possibles tous les 2086 êtres finis; parce qu’ils sont possibles, ils sont pensa­ bles. Ici cependant les avis se partagent pour définir de quel principe chaque type possible obtient d’être tel type déterminé. — b. Dans tous les cas ces pensées ne sont pas des moments réellement distincts de l'intelli­ gence divine, ni des déterminations actuelles de son essence analogues à des ronds tracés sur un tableau noir : elles n’ont d’autre existence que l'existence de Dieu et elles existent ab ælemo dans la simplicité de sa nature. — c. Le nombre de ces idées est infini, en ce sens que l'essence divine étant être infini ou infinie puissance d'etre pose la possibilité de produire une in­ finité de types ou espèces différentes, et même une infinité d’individus du meme type. Au sujet des purs esprits cependant les docteurs se partagent. Voir ANGÊlologie. Toutes ces imitations de l’infini s’étagent de degré en degré depuis la pure passivité ou puissance — et c'est la matière prime — jusqu'aux types supé­ rieurs qui se rapprochent de Dieu sans l’égaler jamais, non pour cette raison du néoplatonisme que tout être engendré est nécessairement inférieur au principe qui l’engendre, cf. Garrigou-Lagrange, dans la Revue des sciences philos, el theol., '1907, p. 265, mais parce que l’excellence de l'être infini exclut la possibilité d'une communication adéquate ad extra : l'Absolu, précisé­ ment parce qu’il est Tout, ne permet pas de concevoir un autre absolu en dehors de lui Ainsi le problème de la limite est-il résolu, non par une déchéance de l’in­ fini, comme dans l’émanalisme, ni par appel à un autre principe mauvais, comme dans le dualisme, mais par la perfection même du principe premier. Entrée par là, comme une tare originelle, dans le monde créé, l’imperfection croit dans les différentes essences, à mesure qu'elles sont des images de plus en plus dé­ gradées de Dieu, des refiels plus éteints de sa splen­ deur, un écho plus affaibli de sa voix : toutes ces images néoplatoniciennes peuvent être gardées, mais elles n'expliquent rien dans un système panthéiste. Seule une distinction originelle de substance peut jus­ tifier cetle inégalité de perfection, — d. Ce monde in­ telligible des idées n’étant plus séparé de Dieu, comme dans le platonisme, ni même distinct en Dieu de l’essence divine, n’a aucune causalité indépendante. Les scolastiques, tout en embrouillant parfois cette question plus que de raison, s’accordent à le dire, les idées ne sont productrices qu'aulant que la volonté divine choisit celles qu’il lui plaît et s’applique à les réaliser. e) Liberté, immutabilité. — Maître desonacte parce qu'il n’a besoin de rien pour le produire, ni besoin aucun de le produire, n'y ayant même aucun profit, Dieu est libre de créer ou de ne pas créer. Contre l’averroïsme qui enseigne la création ab ælemo, pour ne pas admettre de changement en Dieu, la scolastique établit que lout acte divin est éternel, immuable comme l’essence divine. Dieu créant par sa volonté, le terme qu'il veut produire apparaît non à l’instant de sa volition — cet acte est éternel — mais à l’instant marqué par sa volonté. De même, comme Dieu n'agit pas comme nous en s'agitant, comme il ne veut pas comme nous par une modification accidentelle de sa volonté, parce que l’infinité de son être suffit à tous les contraires, sans changement, les docteurs établis­ sent qu'on ne saurait, en aucun cas, arguer d’une im­ perfection quelconque pour établir que celui qui en toute hypothèse reste le même soit nécessité à pu-er, ou à omettre, ou à anticiper, ou à différer une manifes­ tation quelconque de son activité créatrice. Suarez, Disp, met., disp. XXX, sect, vm, tx. Paris, L xxn, p. 113-137. /') Rapports avec le temps. — Si Dieu est l la création n’est donc pas nécessairement ai c-s.—.x D'accord en cela avec l’averroïsme contre les 2087 CRÉATION niens, contra murmurantes, saint Thomas professera même qu'on ne peut démontrer avec évidence qu’une création éternelle soit impossible. Mais tous les docteurs admettent que le temps, comme l’espace, commence avec le monde sensible : quantité, espace et temps sont termes corrélatifs. L’École, suivant le goût du temps, résume sa doctrine en un distique : Efficiens causa Deus est, formalis idea, Finalis bonitas, materialis hyle. Albert le Grand, Summa, part. I, tr. XIII, q. liv, L xvii, p. 311. g) Le problème de la coexistence du fini et de l’in­ fini. — a. Hors de Dieu. — En affirmant si nettement le dogme de la création, la scolastique ne résout pas ce problème; on pourrait presque dire qu’elle le pose, puisqu’elle accentue la distinction radicale des deux termes. Disons plutôt : elle le constate dans toute sa rigueur. Elle reconnaît deux réalités, l’une perçue expérimentalement, le fini, l’autre inférée comme la seule explication possible du contingent, l’infini. Dés lors, cherchant leurs relations, puisque le fini ne peut être dans l’infini, comme sa substance, ni de lui comme son émanation, elle conclut qu’il ne peut être que par lui, c’est-à-dire par sa puissance qui le fait devenir, alors qu’il n’était pas, ex nihilo : c’est la créa­ tion. Le mystère reste tout entier. Cependant si la scolastique, pas plus d’ailleurs qu’aucun autre système philosophique, n’a résolu cette difficulté, elle a du moins singulièrement éclairé les conditions dans lesquelles elle se présente comme acceptable. L’être peut s’envisager sous un double rapport : le rapport qualitatif ou d’essence, le rapport d’actualité ou d’existence. Sous le rapport qualitatif, elle professe qu’aucune essence créée ne saurait avoir autre chose qu’une pure relation d’analogie avec l’essence incréée, nec æquivoce, nec univoce, sed analogice. C’est-à-dire qu’il existe entre elles non seulement une différence de degré, mais une différence substantielle qui pé­ nètre sans les supprimer leurs ressemblances mêmes. S. Thomas conlre Maimonide, De potentia, q. vu, a. 7. En rigueur créé et incréé sont donc des unités disparates qu’on ne saurait ni nommer d’aucun nom commun, ni additionner en une somme commune. On ne peut même dire que ce sont au moins deux quelque chose, car ce quelque chose ne peut s’affirmer en un même sens des deux catégories d’essences. C’est ce que les docteurs signifient en disant que l'être n’est pas proprement un genre dont fini et infini soient les espèces; du moins n’est-ce pas un genre physique, mais tout au plus un genre logique, une classification commode qui ne vaut point en dehors de l’esprit. Ce serait donc une erreur de concevoir l’opposition du fini et de l’infini, comme celle de deux unités de même espèce. Λ pousser l’analyse, on verra même qu’il n’y a pas deux espèces. Par rapport à l’existence, en effet, l’être est ou pos­ sible ou actuel : en l’un ou l’autre cas l’être créé n’a rien comme de soi ou à soi. Possible, il ne se peut concevoir qu’en fonction de l’incréé : c’est une imita­ tion à tel degré — rapport d’essence — de l’ÈIre infini, que celui-ci pourra réaliser hors de soi grâce à sa puissance — rapport d’existence. Actuel, c’est une imi­ tation de soi que l’infini produit hors de soi. S’il de­ vient, c’est l’Alisolu qui le pose — création; s’il dure, c’est l’Absolu qui le soutient dans l’existence, par une création continuée —conservation. Et il faut bien qu’il en soit ainsi, sinon le premier instant de la création passé, nous aurions deux êtres qui se maintiendraient dans l’existence par une vertu actuellement sinon ori­ ginellement personnelle; entre eux pure dillérence de 2088 degré : c’est le dualisme du fini et de l’infini dans toute sa rigueur. Cette théorie de la conservation était nécessaire dans l’émanatisme néoplatonicien : la source suivant la comparaison de Plotin, III Enn., 1. VIII, c. vin, édit. Didot, p. 188, reste à chaque instant la raison d’être des fleuves qui sortent d’elle. Cf. Proclus, Inst, theol., c. xxx, xxxv, édit. Didot, p. i.xm, lxiv. Elle revient aux scolastiques par le panthéisme arabe et par Maimo­ nide, cf. Albert le Grand, Sum. theol., part. II, tr. I, m. m, a. 3, ad 1··, par saint Augustin et le pseudoDenys. Mais à la dillérence du néoplatonisme, il y a pour ces derniers distinction absolue de substance entre Dieu qui soutient el les créatures soutenues dans l’être. En conséquence de cette dépendance, comme on ne peut additionner les essences, on ne peut additionner les existences, puisqu'il n'y a rien dans l’existence créée que l’incréée ne lui ait donné et ne lui donne encore à chaque instant : le reflet ne renforce pas la lumière, l’écho ne fait pas deux voix avec la voix qui le produit. Avec cette explication pour l’aspect statique de l’être, même explication pour l'aspect dynamique de l’agir. Créé et incréé ne font pas deux causes indépendantes; et c’est logique, s’il ne font pas deux êtres indépendants, agere sequitur esse. A vrai dire, Alexandre de Halés admet encore une activité propre de la cause seconde sinon pour l’induction des formes substantielles, du moins pour préparer dans la matière les dispositions nécessaires à cette induction, Summa, part. IV, q. tx. m. vin, p. 28, mais Albert le Grand rejette cette expli­ cation pour accepter l’explication aristotélicienne : toutes les formes préexistent en puissance dans la ma­ tière; la cause première et la cause seconde concourent à produire les formes par une action commune. In IV Sent., 1. II, dist. I, a. 12, Opera, t. xv, p. 19. C’est la théorie du concours; ici encore accord sur le principe, divergences dans le détail et l'explication. Voir CON­ COURS. Ainsi impossibilité de compter ou deux essences, ou deux existences, ou deux agents; il n’y a rien dans le créé qui ne relève de l’incréé, qu’il ne lui donne à chaque instant sans le perdre, ou dont il puisse s’aug­ menter en le retirant à soi. « La subordination absolue de l’être mélangé d’acte et de puissance vis-à-vis de l’actualité pure, écrit après Ritter M. de Wulf, supprime l’inexplicable dualisme du fini et de l'infini auquel se heurte Aristote et une partie des philosophes anciens. » Histoire de la philosophie médiévale, p. 318, n. 293. b. En Dieu même. — Les scolastiques poussent plus loin leur solulion. Le problème aplani, sinon sup­ primé, hors de Dieu, subsiste en elfet en Dieu : comment concevoir dans la simplicité de l’infini ce dualisme interne : connaissance du fini, amour ou volonté du fini? C’est ici que se manifeste l’abîme qui sépare le panthéisme de la doctrine scolastique. Le panthéisme résout la difficulté en transportant le fini et l'imparfait en Dieu même : le lini est la limite que l’infini se donne à lui-méme, ou la modalité qu’il pro­ duit en soi. Comprenne qui pourra celte explication des deux termes parleur identité! La scolastique main­ tient les deux termes, mais établit que Dieu connaît et airne le fini sans sortir de soi et sans changement de soi. Elle distingue en effet, pour l'intelligence comme pour la volonté divine, objet premier et objet secon­ daire, l’un adéquat lux quasi-facultés de Dieu, l’autre qu’elles atteignent en même temps, non indépendam­ ment, mais dans et par les précédents. Ainsi, Dieu, en connaissant son essence, objet propre de son intelli­ gence, connaît du même coup, en elle et par elle, toutes ses imitations, ou possibles parce que seule elle les fonde, ou actuelles parce que seule elle les produit ; en s'aimant lui-même, il aime toutes ces images qui 2089 CR RATION rlléchissent sa perfection : amour inefficace et impro­ ductif des êtres, s'il se borne à cette simple com­ plaisance, efficace et productif, s’il lui plaît de se glori­ fier, en se manifestant ad extra. Dans l’un et l’autre cas, il n’y a pas dualité en Dieu ou mouvement divergent vers le fini : il n’envisage et ne veut rien que par soi et pour soi. C’est logique, si l’on veut échapper au dualisme; c’est possible, si le fini est en essence ou en existence tout pénétré d’infini. Une dernière explication achève la théorie. Si grande que soit celte compénétration, celle immanence de l’infini dans le fini, dés qu’il reste la moindre dislinction de l’un à l’autre, il reste une multiplicité quel­ conque, infinitésimale, si l'on veut, mais réelle. Conti­ nent donc en fin de compte ne pas voir en Dieu deux connaissances et deux amours : la difficulté subsiste. A quoi les scolastiques répondent que cela fait bien deux ternies objectifs de connaissance ou d’amour, terminalive, mais non forcément deux actes subjec­ tifs distincts, principialive. En effet, disent-ils, il est certain qu’un seul acte, s’il est infini, correspond à tout ce qu’il y a d’énergie dans une multiplicité d’actes finis. Parlant, on ne voit pas pourquoi la même essence divine infinie n’aurait pas dans l’unité et la simplicité absolue de son acte tout ce qui correspond à une infi­ nité de déterminations particulières et finies. PseudoDenys, De div. nom., c. vu, n. 2, P. G., t. lit, col. 869; S. Bonaventure, In IV Sent., I. I, dist. XXXIX, a. 2, en entier. Comment? Encore une fois c’est le mystère, et la scolastique ne cherche pas à le dissimuler. Seule­ ment au point d’arrivée où nous sommes rendus, voici le bilan qu’elle dépose : l’expérience enregistrée, la conscience et la raison respectées par l’affirmation des deux termes comme réellement distincts; la difficulté • planie autant que faire se peut par la subordination •lisolue d’un terme à l’autre, la raison satisfaite en partie en voyant qu'il en peut être ainsi du moins sans . idenle contradiction et que le problème doit rester obscur, si l’être contingent ne peut légitimement préendre â comprendre adéquatement l’infini. 3. Les facteurs de la synthèse scolastique. — Autre est la question de savoir sous quelles inlluences cette synthèse s’est élaborée. La thèse récente de M. Picavet, op. cit., c’est que l'inlluence plolinienne y est prédo­ minante. M. de Wulf la réfute trop imparfaitement en opposant seulement que c'est chose impossible, puisque la scolastique condamne la thèse centrale du plotinisme, l’émanation. Histoire de la philosophie médié­ vale, p. 348; Bevue d’histoire et de littérature chré­ tiennes, janvier 1905. Relevons rapidement analogies et dillérences, pour démêler, au moins au sujet du problème des origines, la part de vérité. a) Dépendances. — Les dépendances néoplatoni­ ciennes sont sensibles : a. Aux mots : educlio, ema­ natio, ef/luxus ab ente primo. S’il est ridicule d’oublier le contexte et d’en prendre occasion avec Günther, cf. Kleulgen, Philosophie scolastique, diss. IX. c. ni, u. 998, trad. Sierp, t. iv, p. 183 sq., d’accuser la scol.xstique de panthéisme, on ne saurait nier que ces mots ne relèvent du vocabulaire de Plotin et de Proclus. Mais saint Thomas ne les emploie pas au sens pantfiéiste; M. Harnack le note aussi, Lehrbuch der Dogengeschichle, 1.-94, t. Π, p. 63; b. aux arguments : - I l’argument platonicien des degrés, cf. Kleutgen, • r. cit., c. ni, a. 2, p. 446 sq.; tel celui de l'unité prin­ cipe du nombre, Plotin, Ill Enn., 1. VIII, c. vin, édit. Didot, p. 187; Proclus, Instit. theol,, c. v, ibid., ρ. un, etc.; c. aux théories générales; ainsi de l'expli­ cation du mal par la privation et la limite, de l'échelle les êtres depuis la matière jusqu’à Dieu, du mouve­ ment circulaire des êtres de Dieu leur auteur à Dieu •eur fin : c’est la grande idée de Plotin, de Proclus, le ; an du pseudo-Denys et celui de la Somme de saint 2090 Thomas. Ainsi encore, pour une part, de l’immanence de l'infini en toutes choses. Cependant, cette dépendance n’est pas immédiat··. Le nombre des ouvrages néoplatoniciens qui circulent, au xni· siècle, est restreint. De Wull, op. cil., p. 264. Elle s’exerce en bonne partie par le Fons vilæ d’Avicebron. Sur les divergences enlre Plotin et lui, voir Witt­ mann, Zur Stellung Avencebron’s im Enlwickelungsgang der arabischen Philosophie, dans Beitrâge zur Gesch. der Philos, des Hillel., 1905, t. v, fasc. 1. Elle s’exerce surtout par saint Augustin, saint Jean Damascène, et le pseudo-Denys dont on a vu l’influence de­ puis Scot Erigène jusqu’aux maîtres chartrains. Cf. liste des citations du pseudo-Denys dans saint Thomas. P. G., t. ni, p. 90 sq. Tandis que par Scot, Amaury et David le néoplatonisme retournait au panthéisme, par les Pères il arrivait déjà amendé et corrigé. 6) Divergences et corrections. — Les divergences vont en s’accentuant à mesure que la théologie médié­ vale se développe, précisément parce que l’aristotélisme gagne en faveur. L’averroïsme arabe et latin qui pro­ voque les luttes du xm» siècle est un aristotélisme chargé de platonisme; le néoplatonisme du pseudoDenys et de saint Augustin est un platonisme déjà tra­ vaillé à Alexandrie par l'aristotélisme. L’œuvre du xm· siècle consistera dans une seconde retouche du platonisme par l'aristotélisme et conclura aux dépens communs de Plotin et de saint Augustin. On s’en con­ vaincra en voyant l’aristotélisme provoquer le rejet des thèses augustiniennes, voir Augustin (Saint), t. i, col. 2503, en se rappelant la résistance qu’il rencontra. Ibid., col. 2506; voir Aristotélisme, col. 1871 sq.; Mandonnet, op. cit., p. i.xv sq.; de Wulf, op. cit., p. 371 sq. Entre les thèses d’Aristote qui concernent le problème présent, celles-ci sont capitales : a. le rôle de la limite comme principe d’être, non pas positif comme telles expressions de Hégel porteraient à le croire, mais néga­ tif, S. Thomas, Comm, in lib. physicorum, 1. I, led. xi, xn, Paris, t. xxn, p. 324 sq. ; In lib. metaph., I. XII, lect. m, t. xxv, p. 192 sq.; 6. l’antériorité de l'acte sur la puissance, In lib. melaph., 1. IX, lect. π sq., ibid., p. 75sq.; In lib. Xll, lect. iv, ibid., p. 199 sq.; γ. la définition du principe premier par l’acte pur, ibid.; δ. l’immobilité absolue du premier moteur. Ibid. On voit comment ces idées introduites dans le pla­ tonisme ont pu donner la synthèse de Plotin et de son école, ramener au monisme de l’école alexandrine le dualisme apparent ou réel de Platon, et inspirer la théorie des intermédiaires en qui la privation progres­ sive explique l’imperfection croissante. C’est en poussant les principes aristotéliciens qu’Albert le Grand et saint Thomas vont achever la réaction contre Platon et faire ce que le Stagyrite vraisemblablement n’avait pas fait, aller jusqu’au bout de ses principes ou du moins accen­ tuer catégoriquement l’expression de leurs légitimes conséquences. Ils notent à sa suite que la pensée phi­ losophique s'est élevée progressivement de la considé­ ration des causes particulières à l’étude plus générale de l’élre en tant qu’être, S. Thomas, Sum, theol., I·, p. xliv, a. 2; S. Bonaventure, InIV Sent., 1. Il, dist. I. p. I, a. 1, q. i, et s'attachant aux principes plus abstraits et plus généraux d’Aristote, ils les opposent fréquem­ ment à Platon : a. Unicité du premier principe. — Les scolastiques reprennent sur ce point les arguments Stagyrite et de Plotin. Voir leurs thèses contre la ma­ tière incréée et contre la pluralité des principes pre­ miers en général, In IV Sent., I. Il, dist. I. — b. Ex­ clusion des intermédiaires. — On se demandes: Plat n’a pas confondu le plus parfait avec le plus g--> xl, si l'Un de Plotin n’est pas une indétermination . Au contraire, l'Acte pur d'Aristote apparaît au ; . degré de la détermination. Ce concept est de la pi as Wl CRÉATION grande importance. En effet, précisément parce que sa j cause première est indéfinissable, innommable, Plotin sera obligé de recourir à ses émanations en dégénérés- 1 cence l'une sur l'autre pour arriver à trouver des causes particulières et des ellets finis déterminés; les scolas­ tiques de leur côté n’auront qu’à presser la notion d’acte pur pour établir contre certains raisonnemenlsd’Ari-tote lui-même que cet acte infini égalant avec surcroît l’acte limité de toutes les causes particulières, rien ne l’em­ pêche d’etre cause immédiate de tous les effets finis. Les émanations ne sont nécessaires ni comme instru­ ments du créateur, quia quanto aliquid simplicius, tanto potentius, S. Bonaventure, In IV Sent., I. II, dist. I, p. t, a. 2, q. n, ni comme explication de Ia limite et de la multiplicité, a principio uno, quia pri­ mum et unum, exit multitudo. Ibid., p. n, a. 1, q. i. — c. Création ex nihilo. — De l’actualité infinie el de l'impassibilité du premier moteur, il sera facile de faire sortir la notion et le fait de la création ex nihilo. Saint Bonaventure doute qu'Aristote soit parvenu à dégager cette conséquence, loc. cil., dist. I, p. i, a. 1, q. i, et argue pour son compte de l’antériorité de l’acte sur la puissance. Saint Thomas note qu’en affirmant le ciel et le mouvement éternels, le philosophe ne les affirme point pour cela incréés. In lib. melaph., I. VI, lect. i Paris, t. xxiv, p. 59i; In lib. phys., 1. VIII, lect. m, t. xxn, p. 633. En fait, disent-ils, si les formes pures sont créées ex nihilo, comme ces philosophes le laissent supposer, pourquoi la matière qui est plus imparfaite serait-elle incréée. Si les émanations restent en Dieu, que sont-elles autre chose que des modifications de sa substance : plus d'acte pur; si elles ne sont ni produites de sa substance, ni demeurant en elle, d’où peuventelles venir que du néant? —d. Immutabilité, liberté, éternité. — Aristote ne s’est pas expliqué sur la liberté de l'acte créateur, el Ton peut croire comme plus pro­ bable qu'il l'eut niée pour sauvegarder l’immutabilité divine. Pour réfuter sur ce point Plotin, l'averroïsme et le Slagyrite, les scolastiques n’auront encore qu’à arguer du même principe. Celui qui est tout acte est immuable quoi qu’il fasse, et libre par conséquent, à l’égard de tout contingent, soit quant à l’exercice, soit quant au temps de sa création. 4. Conclusion. — a) L'œuvre scolastique. — En ré­ sumé, si l'on fait abstraction du morcellement gênant des thèses, des subtilités d’école, de certaines objections purement dialectiques, de quelques réponses purement verbales, ces solutions marquent un moment consi­ dérable de la pensée philosophique, qu’on se doit, semble-t-il, de prendre en considération. La division provisoire des problèmes a permis de pousser l'élude; qu’on refasse la synthèse. Le xm· siècle apporte sur le dogme de la création une théorie complète des causes aristotéliciennes : efficiente, exemplaire, finale. Il a développé! les thèses du concours, de la conservation, de l'analogie, qui achèvent les solutions précédentes en expliquant les relations du fini et de l’infini sous le rapport de l’action, de l'existence, de l'essence. Que l'on juge du progrès accompli en comparant par exemple cette doctrine de l’analogie au point ou l’a laissée Origène, Periarch., 1. IV, n. 36, P. G., t. xi, col. 411 ; cf. S. Jérôme. Episl. ad Avit., cxxiv, c. tv, n. 14. P. L., t. xxn. col. 1072, avec les explications encore flottante- de saint Jean Damascène, Dialectica, c. xvi. xxxi-xxxv. P. G., t. xctv, col. 580, 596-601, et les principes de saint Thomas. Dans l'ensemble, denx traits caractérisent la synthèse scolastique qui la rapprochent à deux doigts du pan­ théisme et Ten séparent à la fois radicalement : imma­ nence intime et sous tous rapports de l’incréé dans le créé, tn omnibus rebus et intime, S. Thomas. Sum. theol., I·, q. vm, a. 1, et pourtant distinction absolue des deux termes. 2092 b) Les dépendances philosophiques. — La dépen­ dance de la scolastique, dans le problème présent, à l'égard des néoplatoniciens, bien qu’indirecte, puis­ qu'elle s'exerce surtout par le pseudo-Denys, saint Jean Damascène et saint Augustin, demeure considérable et plus grande en fait qu’on ne la signale souvent. Il y a lieu cependant de noter que le néoplatonisme est déjà en bonne part une correction du platonisme par l'aristotélisme alexandrin, et qu'il a subi dans la philo­ sophie médiévale une seconde revision de l’aristotélisme scolastique : c’est donc avec quelque justice que cette philosophie se réclame avant tout d’Aristote. On connaît les deux artisans principaux de cette réforme, Albert le Grand, parfois trop oublié, et saint Thomas. Deux des ouvrages de ce dernier ont ici une importance considé­ rable : ses commentaires sur le pseudo-Denys et ses commentaires sur Aristote. Picavet, op. cit., p. 2I0. L'un et l’autre sont deux essais d'explication objective du texte, soit contre le panthéisme chartrain, cf. Cent, gent., L I, c. xxvt; In Dionys. de div. nom., c. v, lect. i, Paris, t. xxtx, p. 499, col. 2, soit contre l’averroïsme : ce sont, comme travail scientifique aussi, les deux plus rudes coups portés au néoplatonisme hété­ rodoxe, et cela par un aristotélicien. Il peut paraître superflu de rappelerqu’à cette époque la règle suprême, dans ces inquisitions philosophiques, ce n'est pas Γαύτός εφα à l’égard du Stagyrile lui-mème, cf. Talamo, L’aristotelismo della scolaslica, p. 127-152; voir Aristotélisme, t. i, col. 1875 sq., mais la foi et l’Écriture, non qu’elles dictent à la philosophie ses conclusions — règle positive — mais qu’elles lui garan­ tissent les vérités dont elle ne peut se départir sans dévier — règle négative. Par là si les explications sco­ lastiques évoluent et profitent, les conclusions demeurent celles de la tradition. Tout en allantaux cours de Platon et d’Aristote, la scolastique avait d’autres maîtres. 3° Derniers scolastiques. — Après le grand travail du xm· siècle, la synthèse scolastique reste en posses­ sion jusqu’à Descartes, avec ses thèses principales de l'acte pur, de l'exemplarisme, de la création ex nihilo, avec celles qui découlent de la création : conservation et concours. Les divergences qui séparent les docteurs portent ou sur la critique des preuves, ou surdes pro­ blèmes accessoires dont le cadre de cette étude ne nous permet pas de rendre compte. A côté de l'école auguslinienne qui s’efface el de l’école alberlino-thomiste qui progresse, l’école scoliste inaugure une crili<|ue toujours subtile, souvent pro­ fonde, mais plus habile à reprendre le côté faible des formules qu'à les corriger par des explications meil­ leures; les obscurités de la distinction formelle aparté rei ne simplifient pas les solutions. K. Werner, J. Duns Scolus, in-8°, Vienne, 1881, c. xi, xn, p. 372 sq. Le volontarisme et l'excès de la dialectique déter­ minent une tendance sceptique et fidéiste qui s’accuse très nettement dans Ockam et l'école lerministe. Telles les spéculations de Thomas Bradwardin. De Wulf, op. cit., p. 445 sq., 474. Sous l’iniluence d’Ockam, Douille. Chartul., t. Il, p. 587, 590, note 4, 7, Nicolas d’Autrecourt enseigne des propositions qui vont à ruiner toute connaissance certaine de la causalité, de la créature et du créateur. Denille, t. il, p. 576, 587; Denz.inger, En­ chiridion, n. 457 sq.; de Wulf, p. 476, 479. Par une déformation curieuse des théories thomistes, maître Eckart arrive à enseigner que les essences créées, distinctes de Dieu, sont soutenues dans l'être par l’existence même Ça Dieu. Plusieurs de ses propo­ sitions condamnées par Jean XXII, en 1329, respirent un panthéisme mystique. Denille, p. 494; Denzinger. n. 428 sq. La création est éternelle. La renaissance ramène avec les études des Gemistos. Bessarion. M. Ficin, et sans grande critique, les thèses de Platon et de Plotin, échelle des êtres, exemplarism··. 2093 CRÉATION âme du monde. De Wull, op. cil., p. 498sq. Elle aboulit au panthéisme de Pairizzi et de G. Bruno. Ibid., p. 508. La synthèse scolastique trouve enfin ses derniers grands interprètes dans D. Soto, Jean de Saint-Thomas, Valentia, et surtout Suarez el Vasquez, pendant que Pelau et Thomassin dans leurs beaux ouvrages de théo­ logie positive marquent, plus qu’on ne l'avait fait par le passé, les dépendances platoniciennes el néoplato­ niciennes de la théologie palrislique,spécialement dans saint Augustin et le psoudo-Denys. F. PB DESCARTES Λ NOS JOURS.— [«Jusqu'à Hégel.— Descartes retient, après discussion des doctrines reçues, et le dogme chrétien de la création et la théorie scolas­ tique de la conservation ou création continuée. Pour accentuer l'indépendance divine, il veut que le créateur ne produise pas seulement les existences, mais les essences el les vérités éternelles : la liberté de Dieu est absolue. Par ailleurs, le critère de l'idée claire el ses habitudes d'esprit l'utnênenl à concevoir le monde comme régi par des lois stables el simples, suffisantes à rendre raison de sa formation depuis le chaos initial jusqu'à l’étal actuel, Dieu ne faisant autre chose « qne prêter son concours ordinaire à la nature et la laisser agir suivant les lois qu’il a établies ». Discours sur la méthode, part. V, le monde, c. vi. Cf. Bouillier, His­ toire de la philosophie cartésienne, 3e édit., in-12, Paris, t. i, c. iv. p. 98 sq. ; c. Vin, p. 185 sq. ; c. ix, p. 195 sq., etc. — Vues fécondes sans doute, mais mé­ thode bien apriorislique et qui pouvait se retourner contre la thèse de la liberté divine, de « n’appuyer ses raisons sur aucun principe que sur les perfections in­ finies de Dieu. » Discotirs, loc. cil. On devait le voir bientôt dans Malebranche et dans Leibniz. Le célèbre oratorien conçoit la causalité comme une perfection si haute qu'il la réserve à Dieu seul. Sup­ poser quelque elficace dans la créature, c’est la divini­ ser, » car toute efficace est quelque chose de divin et d'infini, s Méditât, chrétiennes, IX, 7, édit. J. Simon, in-12, Paris, 1842, p. 337; Recherche delà venté, vi, 3, ibid., 1877, p. 333. Dieu est donc créateur et agent exclusif. Puis la méthode déductive l'amène à la théorie de l’optimisme. Dieu, restant libre d'agir ou de n'agir pas, se doit pourtant au cas où il se décide à créer de ne produire : a) que le monde le meilleur, b) par les voies les plus simples, c) avec l'incarnation du Verbe comme terme dernier, seul ce motif infini justifiant l’acte de l’Inlini. La théorie de la vision en Dieu ame­ nait par ailleurs Malebranche à frôler le panthéisme. 11 est réfuté par Fénelon dans une œuvre à laquelle Bossuet mit aussi la main. Œuvres, iu-4°, Paris, 1838; Réfuta­ tion i/« P. Malebranche, c. il sq., p. 226 sq. Nous sommes en plein panthéisme avec Spinoza.Une senle substance, la monade, principe infini de toutes ■ Hoses, nature naluranle, qui s'exprime en modes va­ riés, le momie fini, nature nalurée. Entre ces deux termes el pour ménager le passage de l’un à l’autre,des modes multiples. Ethique, part. 1, prop. 16, édit. Saisset, >n-12, Paris, 1842, t. il, p. 21; telle entre autres l'idée que Dieu a de soi. Cet Infini qui n'a ni entende­ ment ni volonté, prop. 17, schol., p. 22, produit néces­ sairement le monde tel que nous le voyons, prop. 33, schol. 2, p. 31 si|., mais celte nécessité qui procède uni­ quement de sa nature intime est la suprême et unique liberté. La théorie de l’optimisme, juge-t-il, ruinerait an contraire l'indépendance divine en imposant à Dieu comme un idéal venu du dehors. Ibid., t. il, p. 34. Voir sa réfutation par E. Saisset, Traduction de Spi­ noza, 2« édit., gr. in-18, Paris, I860, t. i. Si le fini est un mode de 1 Infini, de quelque façon que l’on s’explique, ne voit-on pas que l’imparfait et le contingent sont affirmés en lin de compte de (’Absolu Ini-inéme? « Cette corruptibilité, au dire de Bayle, 2094 soulève le sens commun. » Dictionnaire historique critique, in-fol., Rotterdam,1720, art. Xenophane, t. r . p. 2895. Dans la distinction entre natura naturans et natura naturala, « vous trouverez un tas de contra­ dictions. » Ibid., p. 2896. Le spinozisme est par lui vigoureusement combattu. A ses yeux la créalion est la seulesolution raisonnable du grand problème. Op. cit., art. Epicure, t. n, p. 1081, note 1. Dieu n'a pas créé le monde pour sa gloire, mais «c par un excès de bonté, c’est-à-dire afin de faire du bien aux créatures qui se­ raient capables de bonheur. » Œuvres diverses de P. Bayle, in-fol., La Haye, 1737, t. tu, p. 652. Cette dernière doctrine, qui semblait nier l'existence du mal, devait provoquer une vive querelle. Leibniz, admettant avec Bayle la création non adeo admissu difficilem, cf. Théod., i, n. 7; cf. ni, n.398,édit. Dutens, t. i, p. I26. 394, et même,sauf réserves, la conservation de toutes choses par une création continuée, op. cil., t. m, n. 385 sq., p. 389, le laisse ensuite avec Male­ branche professer l’occasionalisme et n’admet avec Des­ cartes « le surnaturel que dans le commencement des choses ». Præfat., n. 30, ibid., p.52. La matière évolue avec « le concours ordinaire de Dieu » suivant les luis qu elle a reçues. Au sujet de la liberté dans l'acte créa­ teur. il prend parti entre la liberté absolue professée par Descaries el l’absolue nécessité enseignée par Spi­ noza.Dieu est obligé, s’il veulcréer, de créer le meilleur monde possible. El voici ou se montre, par une assimi­ lation illégitime aux sciences exactes, le vice de ces déductions. « De même que dans les mathématiques, ou il n'y a ni maximum ni minimum, rien enfin qui se distingue du reste, tout se fait également, ou, si cela n’arrive pas, rien du tout ne se fait, de même peut-on dire de la parfaite sagesse, qute-non minus quant mathematicæ disciplime ordinata esl, que si, entre tous les mondes possibles, il ne s’en trouvait pas un qui lut le meilleur. Dieu n’aurait rien produit. » Loc. cit., i, n. 8, p. 128. Or le monde n’est pas possible sans im­ perfection : l'origine du mal est dans la nature idéale de la créature, c’est-à-dire dans les essences éternelles qui sont dans l'entendement de Dieu indépendantes de sa volonté; elle est « dans celte imperfection originelle delà créature d’être essentiellement limitée ». Ibid., I, n. 20, p. 136; cf. m, n. 380, p. 387. Si donc Dieu veut le bien d’une volonté antécédente, en présence de celle nécessité de 1 imperfection, il se résout, d’une volonté conséquente, au meilleur. Ibid., i, n. 22.23, p. 137 sq. Ce meilleur n’est pas à définir par l'utilité immédiate de l’homme, mais par le bien de l’ensemble, ibid., i, n. 119, p. 210, ni par l'ensemble considéré â un mo­ ment précis de la durée, mais dans l'infinité de scs ré­ volutions. ibid., n. 195, p. 270; il est faux que toutes choses aient été produites pour l’homme. Cf. Adnot, in lib. King., c. Il, n. 7, ibid., p. 441. Dans cette con­ troverse Bayle est directement pris à parti. Pour tous ces philosophes, chez qui l'influence de Descartes est si grande, nous ne pouvons mieux faire que de renvoyer à Bouillier, Histoire delà philos, car­ tésienne, 3e édit., t. n, c. vu, Malebranche; c. xm, Bossuet; t. i, c. xvi, Spinoza; t. il, c. xxiv, Leibniz. L’essai sur l’homme de Pope, 1733, reprenant la thesi optimiste de Leibniz provoqua en Angleterre de vives discussions. Voltaire les fil revivre en France lorsqu' publia à la suite du désastre de Lisbonne, 1755, su poème sur le tremblement de terre. On sait sa queri IIà ce sujet, avec Rousseau, cl. Janet, Ganses final·. ». in-8°, Paris, 1882, appendice VI, p. 632, et sa cm, : :. nettement dirigée contre celle de Pope el de Le.. : .. Un jour tout sera bien, voilà nuire espérance. Tout est bien aujourd'hui, voilà llllusion. Ce ne sont pas là des négations de la création. Voltaire admet même cette théorie que Dieu fait uut es 2095 CRÉATION tous. Bouillier, op. cit., t. Il, c. xxix, p. 567. Tout le xvii· siècle, en dépendance des grandes thèses scolas­ tiques, avait en somme admis cette explication du com­ mencement, de la durée, de Vagir des êtres par la création, la conservation et le concours divin. La réaction va se produire en un sens tout opposé à l’aboutissement d'un double courant, l’un sensualiste, sous l'influence de Locke, l’autre idéaliste, sous la con­ duite de Kant. L'empirisme anglais aboutit en France au pur matérialisme de Lamettrie et de d’Holbach : on n'oserait traiter leurs ouvrages comme des œuvres philosophiques. Diderot de son côté professait une sorte de panthéisme. En réaction contre le phénoménisme sceptique de Hume, Kant reprend les théories de Leibniz et le pro­ cessus géométrique de ses déductions. La raison pra­ tique, suppléant la raison spéculative, retrouve Dieu comme cause première. Ce monde est le meilleur possible, et Dieu l’a créé non pour soi, mais pour l’homme, ou plutôt pour conduire l’homme à la lin absolue de la moralité. Cf. Critique du jugement, § 85. Si nous ajoutons qu’il adopte les vues de Descaries sur le chaos initial s’organisant de lui-même d’après les lois physiques, que ces hypothèses vont être élaborées et précisées par Laplace, ce n’est pas pour entrer dans le problème cosmogonique, que nous avons à dessein réservé, mais seulement pour remarquer que ces grands penseurs, de qui se réclament nombre d’esprits mo­ dernes, n’avaient pas compris le lien qu’il peut bien y avoir entre la théorie de la nébuleuse et la négation de la création ex nihilo. A défaut de lien objectif qui permit d’en arriver là, 1e. progrès naturel du relativisme kantien devait y conduire rapidement. L’impossibilité de connaître la chose en soi amenait à lui dénier même toute existence, pour donner toute la réalité à l’idée. Fichte, après avoir professé dans la première partie de sa vie une sorte de panthéisme moral où l’accomplissement du devoir est l’expression et comme la production du divin, dans la seconde semble retrouver le panthéisme idéaliste des alexandrins : Dieu est la lumière et cette lumière se réfracte en des rayons infinis distincts entre eux, et distincts de leur source. — Pour Schelling, le fini sort de l’infini par voie de dégradation. Par une image qu’on croirait prise aux sectes gnosliques, le fini, dit-il, est un saut, une chute hors de l’absolu, ein vollkommenes Erbrechen, ein Abfall von déni Absoluten. Pour Hégel, rien n’existe que l'idée qui se développe suivant le processus triadique de la thèse, de l’hypo­ thèse et de la synthèse. Indétermination absolue au premier stade, elle s’extériorise au second et par là devient autre qu’elle même — c’est la Nature; puis elle revient sur elle-même et prend conscience de soi — c'est l’Esprit. C’est dans l’homme que ce Dieu prend conscience de lui-même; d’âge en âge la pensée humaine s'élève; elle aboutit au système de Hégel, « d’où il suit que la plus haute conscience de Dieu est la con­ science de Hégel. Dieu c’est Hégel. » Janet et Séailles, Histoire de la philosophie, p. 877. Nous retournons à l'idéalisme alexandrin et à la gnose, cf. Mo» Freppel, Saint Irênée, xvt· leçon, et à maître Eckart pour qui d'ailleurs le philosophe allemand ne dissimulait pas sa sympathie. La réfutation composée par le P. Gratry, Logique, in-12, Paris, 1858, t. 1,1. H, p. 109-272, solide dans le fond, puisqu'elle s'appuie sur le principe de l'antériorité de l'acte sur la puissance, ne distingue pas assez, semble-t-il, ce qu'il y a dans ces spécula­ tions audacieuses de données acceptables et de vues profondes. 2° Semirationalisnie hermésien. — A côté de ces indépendants pleinement étrangers au dogme, se déve­ loppait le semirationalisme des hermésiens. La même année 1831 voit la mort de Hégel et celle de Hermès. 2090 L’hermésianisme, comme le cartésianisme dont il relève par la méthode du doute, marque une réaction violente contre la scolastique « ou pour mieux dire contre la scolastique telle que la connaissait Hermès d'après certains travaux de seconde main ». Goyau, L'Allemagne religieuse et le christianisme, in-12, Paris, 1905, t. il, p. 4; cf. p. 142 sq. Développées par Günlher, Knoodt, Trebisch, etc., vulgarisées pendant vingt ans par la Zeitschrift fur kalholische Philoso­ phie und Théologie, les thèses de cetle école pro­ voquent les réfutations érudites du jésuite allemand Kleulgen, Théologie der Vorzeit, 3 in-811, Munster, 1853; La philosophie scolastique exposée et défendue, trad. Sierp, 4 in-8», Paris, 1869, t. m, diss. VI, Vil, c. vu; t. iv, diss. IX, c. ni. Condamnés, le 26 septembre 1835, par un bref de Grégoire XVI, et le 7 janvier 1837, Den­ zinger, Enchiridion, n. I486 sq., 15L9 sq., 1513 sq., les hermésiens sont spécialement visés par les décrets du Vatican. Voir plus loin. Les scolastiques, au dire de Günlher, n'ont rien dit qui vaille sur la création, Kleutgen, op. cit., t. tv, p. 478; ilsont enseigné le panthéisme, p. 479 sq. Selon lui la création est nécessaire; acte nouveau en Dieu elle augmente sa science. Ibid., p. 541. H professe avec Hermès que Dieu, égoïste, s’il avait créé pour soi, a tout produit pour l’homme et pour sa plus grande félicité. La création est en somme Fade par lequel la pensée divine conçoit le non-moi. L’explication est assez voisine de celle de Fichte. 3° Gioberti et Rosmini. — Gioberti semble conce­ voir la création comme une pure modification de l'idée divine. Plus proche encore de Hégel, Rosmini admet comme premier principe de toutes choses l'être indé­ terminé conçu par l’abstraction de l'esprit. Cf. Denzin­ ger, op. cit., n. 1739 sq., prop. 4-6, 8, 9. Cet être se développant en Dieu sans limite, parce que sa quiddité est entité, s’achève au contraire dans la créature par des limites, parce que sa quiddité est limitation. Ibid., prop. 10-12. La création n'est autre chose que l'acte de l'imagination divine rattachant à des limites diverses des parties découpées dans cet être initial, ibid., prop. 14-16; aussi n’est-ce point une ejfeclion, mais une position d'être. Jbid., prop. 18. Cette matière pre­ mière, materia invisa, Sap., XI, 18, dont sont faites toutes choses, c’est le Verbe. Ibid., prop. 19. Et voici comment se résout la coexistence du lini et de l'infini : il n’y a pas entre ces deux termes différence de sub­ stance, mais différence bien plus grande, unum enim est absolute ens, alterum est absolute non ens, à savoir la différence de ce qui absolument est être, à ce qui absolument est non-être. Cependant l’étre lini peut se dire relativement être, relative ens. H n'y a pas davan­ tage unité de substance, mais unité d’étre; en fin de compte, absolu et relatif ajoutés l’un à l’autre ne don­ nent pas plus d'être. Ibid., prop. 13, cf. prop. 11. Ainsi, comme dans Hégel, identification de la Pensée et de l'Êlre, production des individus par voie de limi­ tation; mais chez le philosophe allemand Dieu même ne devient réel qu’en se limitant, chez Rosmini Dieu se distingue par la vertu de son être qui exclut la limite. Or, si le fond commun, l’être initial, c'est l’étre indé­ terminé et abstrait, rien ne doit pouvoir se concréter que par la limite. Parti d’un principe hégélien, le phi­ losophe italien ne sauve donc quelque chose du dogme qu'au prix d'une contradiction. « Hégel emporte sur Rosmini la palme de la logique. » Mo» d'Hulst, Mélan­ ges philosophiques, Paris, 1892, p. 481 sq.; Annales de philosophie chrétienne, 1889. Les propositions rosminiennes ont été condamnées par Léon XIII, le 14 décembre 1887. Denzinger, op. cil-, n. 1736 sq., cf. n. 1522. 4· Idéalisme et matérialisme contemporains. — Tout en combattant le panthéisme, en dénonçant dans une 2097 CRÉATION 209« lettre «presque prophétique » de 1833, le péril des idées ' l’inconséquence de la pensée », c. XV, p. 331. L’origine d’Outre-Rhin, cf. Revue (le Paris, 1er décembre 1897, du mouvement s'explique « par l'hypothèse que le Lamennais pouvait-il sans recourir à des explications mouvement est une propriété de la substance aussi analogues affirmer « que la nature de Dieu est essen­ immanente et originelle que la sensation », c. xm, tiellement différente de la nature de la créature, bien p. 277. L’hypothèse de Kant et de Laplace, mais enten­ que la substance de la créature ne soit radicalement due au sens athée du monisme, « a trouvé une confir­ que la substance de Dieu? » Esquisse d’une philosophie, mation dans l'hypothèse que ce processus cosmogonique in-8·, Paris, 1810, t. Il, part. J, 1. Il, c. I, p. 112. Le n’avait pas eu lieu une fois, mais se serait reproduit système de l’abbé Moigno, dans les Annales de philo­ périodiquement, » p. 276; « le jeu éternel recommence sophie chrétienne, t. xvm, p. 9, 10, prête aux mêmes à nouveau, » p. 279. Des vues profondes sur le dualisme, critiques. « l'amphithéisme. » parmi toutes les différentes formes L'influence hégélienne en France, cf. de Margerie, de croyance aux dieux la plus raisonnable, celle dont Théodicée, in-8’, Paris, 1865, t. n,c. vil, vm, p. 117 sq. ; la théorie s’accorde le mieux avecune explication scien­ V. Giraud, Essai sur Taine,3e édit., in-12, Paris, 1902, tifique de l’univers, c. xv, p. 320 — l’explication mo­ c. I, § 2, p. 35 sq., se fait sentir de manière plus spé­ niste probablement! — des aperçus originaux sur le ciale avec les leçons de Cousin en 1828. « Dieu, s’il est papisme, le polythéisme chrétien et sa mythologie, une une cause absolue, ne peut pas ne pas créer; et en conviction puissante et peut-être communicative ne créant l’univers il ne le tire pas du néant, il le tire de laissent en tin de compte à désirer, au dire des philo­ lui-même. » Cours de philosophie, in-8’, Paris, 1828, sophes, qu'un peu de logique, et, au dire des savants, v· leçon, p. 26 sq. « Créer est une chose très peu dif­ qu’un peu de sérieux. Cf. Grüber, Le positivisme depuis ficile à concevoir; car c’est une chose que nous faisons Comte jusqu’à nos jours, in-12, Paris, 1893, p. 301 sq. a toutes les minutes; en effet, nous créons toutes les La réaction en France a aussi son origine dans un fois que nous faisons un acte libre. » Op. cit., p. 25. mouvement scientifique. Le déterminisme physiolo­ Le même philosophe, vers la fin de sa vie, faisait un gique réserve encore les causes transcendantes avec retour prudent à Descartes et à Leibniz. De Dégel encore Cl. Bernard. Il les nie avec A. Comte. Cf. Grüber, relèvent Vacherot et Renan, mais avec influence simul­ Auguste Comte, in-12, Paris, 1892. Sous l'inlluence tanée sur le premier de l’idéalisme el du mysticisme mêlée de Spinoza, de Hegel, de Stuart Mill et d'A. de Plotin, sur le second d’A. Comte. C’est le panthéisme Comte, 11. Taine se prononce aussi pour l’explication que professe Vacherot, cf. Histoire de Técole d’Alexan­ panthéiste. Toutes choses ne sont que le retentisse­ drie, 1846; La métaphysique et la science, 111-8’, Paris, ment prolongé d'un axiome éternel qui se prononce au 1858, t. il, p. 606 sq., même en son dernier ouvrage. Le plus haut de l’éther lumineux. La page est connue. nouveau spiritualisme, 1884, bien qu’il s’en défendit. Cf. Cf. V. Giraud, Essai sur laine, p. 116 sq.; L. Roure, M ·· d'ilulst, Mélanges philosophiques, p. 433 sq. Pour H. Taine, in-12, Paris, 1904, p. 22 sq. M. L. ViarRenan, Dieu est l’id al que le monde en progrès réalise, dot, dans son Libre examen, in-12, Paris, vulga­ et qui, suivant le mot de Diderot, « sera peut-être un rise les doctrines de Büchner. Voir la critique péné­ jour. » trante de M. Janet, Le matérialisme contemporain, L’idéalisme allemand se raillait de l'expérience, cf. 1888, c. vm, p. 135 sq. Les publications allemandes Janet, Le matérialisme contemporain, 1888, p. 10; le de Büchner, Vogt, llæckel, introduites et reproduites Jeux matérialisme devait se charger d une réaction chez nous, apportent aux objections populaires contre iolente. Pendant que la gauche hégélienne avec Strauss, le dogme biblique de la création tout leur arsenal hégélien dans sa Glaubenslehre, 1840, matérialiste dans scientilique. Cf. Delépine, L’enseignement populaire lier allé und der nette Glaube, 1872, el avec Michelet el la vulgarisation scientifique, dans la Revue pratique de Berlin distinguait encore Idée et Nature, l’extrême- d’apologétique, 1er août 1906. Les citations que nous gauche avec Feuerbach, Bruno Bauer, Max Stirner et venons de faire en laissent entrevoir la portée philo­ Arnold Ruge ne les distingue plus: c’est le matérialisme sophique et l’esprit. Après une série de publications pur. Moleschott arrivait au même point, non par déduc­ analogues, cf. Gény, dans les Études, 1905, t. cil, tion transcendante, mais par positivisme scientifique, p. 202 sq., M. Le Dantec semble, dans son livre son livre, Kreislauf des Lebens, 1852, formule le L’athéisme, porter un jugement assez juste sur la va­ grand principe, « sans matière point de force, sans leur de ces thèses athées et anlicréalianistes : « Je suis force point de matière. » En 1856, parait l’ouvrage de assez sage pour me dire, avec M. de la Palisse, que, si Büchner, Kraft und S tofi. La même thèse y est dé­ je ne crois pas en Dieu, c'est que je suis athée; c'est veloppée dans un style nerveux et clair avec grand là la seule bonne raison que je puisse donner de mon luxe de faits. Bientôt traduit en treize langues, il at­ incrédulité. » Cf. Revue pratique d’apologétique, 1907, teint près de vingt éditions en Allemagne, huit en p. 414. Loin de nous la pensée que tous se permet­ France. Cf. abbé Tanguy, L’ordre naturel et Dieu, tent de trancher de si graves questions avec une telle étude critique de la théorie moniste du Dr L. Buch­ désinvolture; les diflicultés du problème sont assez ner, in-8’, Paris, 1906. A la même tendance appar­ grandes pour qu’on puisse errer de bonne foi. Il est tiennent Fr. Rohmer, Carus, German, Vogt, etc. En permis d'enregistrer du moins ce fait, que la science 1866, llæckel entrait en scène avec sa Morphologie n’a ni objection péremptoire à l’existence de Dieu, ni générale des organismes; en 1868, il publiait son His­ démonstration absolue du monisme. Inutile aussi de toire de la création des êtres organisés d’après les lois décrier la valeur scientilique de tant de chercheurs: naturelles — entendez auto-création — 9 éditions, c’est la portée philosophique de leurs conclusions qui 12 traductions. Son récent ouvrage, Les énigmes de est en cause : elle semblera des plus faibles. « Berthe­ univers, in-8°, Paris, 1903, condense en une somme lot meurt, écrivait-on récemment; ses découvertes du­ naniable les travaux de ses devanciers : c'est le testament rent dans la mesure où le fait survit â la décrépilu •ni professeur d'Iéna. La « loi de substance », c’est-à- de la théorie. » L. Daudet, Les funérailles du maté­ dire la double conservation de la matière et de la force, rialisme, dans le Gaulois du 20 mars 1907. Ce sera mais entendue au sens d'éternité »t d’aséité, est don­ sans doute le résultat de ce grand effort du monisme née comme la « clef de voûte de tout le système ». contemporain. La valeur philosophique des conclusions Enigmes, c. XII, p. 245, 267. De nombreux naturalistes, n’égale pas toujours la compétence professionnelle. il est vrai, pensent encore pouvoir concilier ce principe Poussé lui aussi par « ce besoin d'unité qui a j-orté de conservation avec le théisme, mais ces efforts, quand I les esprits scientifiques à maintenir une seule sorte :.s sont sincères, ne reposent que « sur l’obscurité ou d’explication — l'explication mécanique — tout le long 2099 CBÊATION 2100 de l'évolution physique et biologique, » M. Fouillée, tien des temps modernes, des modemen. innerchrislliL. valut ionisme des idées-forces, in-8", Paris, 1890, chen lleidenlhums s, beaucoup plus antimonulliéistes p. 265 sq., propose lui-même un monisme qu'il définit et antithéistes que les anciennes, sont par le fait plus « un êvohitionisme à facteurs psychiques et non plus à radicalement opposées au dogme. C'est donc inconsé­ facteurs exclusivement mécaniques s. Ibid., introd. quence ou hypocrisie, dit le même auteur, ibid., p. 693, p. i.i sq. 11 condamne celte habitude de diviser l’uni­ de garder encore le mot de création. Est-il permis cependant d'espérer entre ces diverses vers en « domaines séparés par des fossés béants... i tendances un rapprochement? « Aux sommets les plus Alors le lien monistique refusé à la nature même, on le transporte au-dessus, dans un Homme-éternel », un élevés desdeux doctrines, les penseurs les plus profonds Jéhovah qui produit tout par des fiat distincts. Ibid., sont tentés d’employer un langage commun... L'ubi­ p. xt.tx. Il raille même dans Spencer, dont il relève à quité divine... la création continuée... le concursus tant de tilres, la distinction absolue des faits physiques divinus... ne sont-ce pas de fortes concessions en faet des faits psychiques, du mouvement et de la pensée. veurd’une certaine immanence divine? » Janet, Histoire Pour lui toute idée est force, et tout est pensée; il de la philosophie, 1887, p. 889. L’immanence ne seraitsemble même incliner de plus en plus â dire avec elle pas ce terrain de conciliation? C’est l’espoir sage­ Schopenhauer : tout est volonté. Le fond commun de ment tempéré du philosophe que nous citons. On ne saurait douter que ce besoin d'expliquer la toutes choses c’est le mental, dont le mouvement et la vie se traduisent par des appétits phis ou moins déve­ multiplicité· des êtres par une unité primordiale, que loppés. Cf. Roure, Les idées-forces de M. Fouillée, le sentiment religieux partout où il est sincère, ne dans les Études, t. lxi, p. 389 sq. puissent préparer une entente. La synthèse scolastique que nous avons esquissée, voir plus haut, développée Monisme matérialiste ou monisme idéaliste, la phi­ losophie hétérodoxe oscille entre ces deux formes. A d’ailleurs par les nêoscolastiques, l'immanence intime l'encontre de ce toile général, peu de voix, en dehors quelle professe après l'apôtre, in ipso erant vivimus, du camp catholique, se prononcent en laveur de la créa­ el movemur, et suntus, Act., χνπ, 28, sa cohérence tion. Il faut citer en France .). Simon et sa réfutation remarquable dans l'explication delà coexistence du lini vigoureuse, La religion naturelle, 7'édit., in-12, Paris, el de l'infini, donneront peut-être lieu de réfléchir â 1873, c. ni. Mais il écrivait en un temps où l’on croyait ceux que tourmente surtout l’aspect métaphysique du encore au principe de causalité : « un principe que problème. Mais, qui ne le voit, c’est la réponse faite à personne ne songe à contester. » Ibid., p. 87. Tels la question de l’origine première qui donne au mot sont encore Caro. L'idée de Dieu; Le matérialisme d'immanence son sens précis. Dieu est-il en nous chez et la science; M. Janet, Les causes finales; Le matéria­ soi ou chez nous? Sommes-nous sa substance ou lisme contemporain, etc., et avec une manière de con­ quelque chose produit hors de lui à son imitation? cevoir dont le dogme catholique ne peut guère s’accom­ Impossible d'esquiver la difficulté. Impossible d'arriver moder, MM. Saisset, Ravaisson, Renouvier, Secrélan. à un accord, non pas de mots, mais de pensée, si l’un Conclusion. — A résumer les diverses altitudes de quelconque de ces systèmes mettait à la base de ses l'esprit moderne à l’égard du dogme présent, on pour­ recherches un postulat absolu : rien que la matière, ou rait distinguer : a) l’agnosticisme spencérien : la cause rien que l'idée, ou rien en dehors de l’expérience transcendante étant en dehors de l’expérience, on pro­ immédiate. Mais aussi bien cet exclusivisme n'est pas fesse n'en rien pouvoir connaître; si on l’affirme, el dans l'expérience, el n’est plus de la science. Impossible si l'on parle de ses œuvres, c’est par un appel irra­ encore d’arriver au dogme chrétien, si le présupposé tionnel à l'instinct de la foi; b) le monisme. Idéaliste, de toule recherche devait être ce principe de l’orgueil humain : rien au-dessus de moi. C’est, en effet, â trou­ plus ou moins apparenté â Kant et à Hegel, il conçoit le monde ou les phénomènes comme une objectivation ver un supérieur que nous expose celle loyale enquête. Mais le premier devoir de celui qui veut la lumière, ou un moment de l'idée. Par une sorte d’anthropo­ loin de se fermer en soi, n'est-ce pas d'aimer la v-rité morphisme intellectuel, il explique la vie et les opéra­ tions de l'Ahsolu par assimilation plus ou moins rigou­ jusqu'au sacrifice de soi, s'il est reconnu nécessaire? reuse avec l'activité de la pensée humaine. Matérialiste, Celle disposition subjective n’est jamais plus indispen­ il n'admet rien que la force et le mouvement ; déformant sable que lorsqu’il s’agit du problème capilal de notre origine. C’est au prix de cette passion commune du vrai à son profit toutes les hypothèses et toutes les décou­ vertes scientifiques, il en fait arme contre les ensei­ et de cette humilité, que tous ceux qui cherchent ont gnements bibliques sur la création. Dans les données chance de parler quelque jour la même langue, et ce pourrait être celle de ces belles prières que Zacharie de de l'expérience, il lit l'exclusion de ce qui la dépasse, dans la permanence actuelle des lois physiques, leur Mitylène écrivait à la dernière page de son traité De nécessité, etc. ; c) le créatianisrne, fort surtout des mundi opificio, P. G., t. txxxv, col. 1141, et Lessius à difficultés et des contradictions logiques des autres la fin de son livre De dominio Dei. Cf. De perfect, systèmes; il établit le fait de la création sur des raisons moribusquediv., 1. X, c. vu, in-fol., Lyon. 1651,p. 58 sq. Apres avoir exposé les diverses preuves philoso­ qu’on peut juger péremptoires, bien qu’elles n'éclai­ rent pas, tant s’en faut, d’une pleine lumière ce geste phiques et théologiques de la création ex nihilo et des i; créateur que nul n’a pu voir et que sans doute, problèmes connexes, nous donnerons, en conclusion, faute d'etre à sa taille, nul n’aurait compris. l’étal du dogme chrétien d’après les décrets du Vatican. 111. Exposé dogmatique. — z. fait de la créatiok. La pensée philosophique a-t-elle progressé au cours des âges dans la solution de ce problème? — Oui sans — 1» Preuves théologiques, voir Aperçu historique. doute, si l'on considère que l’hypothèse dualiste a paru 2° Preuves de raison. — En débarrassant les argu­ trop grossière el n’a plus de partisans, que la pensée ments de FÉcole de ce qu’ils ont de caduc, théories contemporaine, par un besoin senti d'unification, se physiques de la lumière, des sphères célestes, etc., □renonce pour un monisme rigoureux ; non, si l’on voici le fond de sa demonstrat ton. — Le point de départ : les faits et spécialement ce caractère des choses don­ réfléchit qu'un monisme matérialiste n’a guère de l’unité que le nom, el. avec un apparat scientifique considé­ nées par l'expérience d'être variables, passibles, mul­ rable, marque un retour aux vieilles écoles grecques, tiples, finies, etc. — Le principe formel du raisonne­ ment : ce n’est pas le principe de causalité, mais un hylozoïstes et atomistes. Au point de vue chrétien, il faut reconnaître, avec principe plus général, celui de raison suffisante. Etant donnés les caractères précédents, on cherche à les Fauteur de l’art. Schôpfung dans Pealencyklopidie, p. 691 sq., que les théories « du paganisme iutrachré- expliquer, et cela non pour justifier une vue systéma­ 2101 CRÉATION 2102 tique quelconque, mais uniquement par besoin inné core indéterminé, indifférent â l’égard de telle on t> i' de ne pas nier le principe de contradiction, en affirmant modification possible, il n’est pas nécessaire, mais contin­ que. avant ou après le changement, toutes choses sont gent. Par contre, il est de la définition du mouvement même chose, et par besoin d'assigner une raison de la d’être un changement continu : il n'y a pas de mouve­ dillérence là où l’expérience donne diversité certaine. — ment du même au même, mais uniquement du même Le critère : ce n’est en rien la facilité de concevoir le à l'autre. Un être en mouvement nécessaire esl donc, comment, ni la possibilité de se représenter une image parce que nécessaire, toujours le même, et, parce claire, mais sera considérée comme sûre la solution qu’en mouvement, toujours autre, il est d’une part qui respectera les données de l'expérience et l’évidente toute actualité, de l’autre toujours en puissance de vérité du principe d’identité ou de raison suffisante. devenir. Deux voies, l'une directe, l'autre indirecte : Il ne semble pas qu'on réfute cet argument en dis­ 1. Voie directe. — a) En présupposant prouvée tinguant une nécessité relative et une nécessité abso­ l'existence d’un être premier, existant par lui-même lue. Les divers éléments du mouvement, dirait-on, ne et nécessairement. — C’est la marche adoptée très fré­ sont pas absolument nécessaires, puisqu’étant successifs quemment par les scolastiques, cf. S. Bonaventure, In ils n'exislent pas toujours, mais chacun d’eux est nécesIV Seul., I. II, dist. 1, p. i, a. 1, q. r, Quaracchi, t. n, I saire relativement au moment et pour le moment p. 14; Albert le Grand, In IV Sent., 1. II, disl. 1, auquel il apparaît, parce qu’il est lié aux éléments qui in-fol., Lyon, 1651, t. xv, p. 3 sq.; Sum. theol., U·, le précédent d’un lien nécessaire pour un certain mo­ tr. 1, m. i, a. 1, partie. 1, t. xvni, p. 34; S. Thomas, ment. — Un tel milieu entre absolument nécessaire et Sam. theol., I“, q. xliv, a. 1. On a dès lors en présence absolument contingent est concevable pour îles modifi­ lieux termes, l’un contingent, sans cesse déterminable cations qui se produisent hors de l'être nécessaire : par de nouvelles modifications, l’autre pleinement dé­ ainsi des créatures au temps et pour le moment ou Dieu terminé. parfait, nécessaire, et l’on cherche leurs rela­ les veut, S. Thomas, Coni, gentes, 1. Il, c. xxx; pour tions. « Ici les données du problème entendues et des changements au sein même de l’être nécessaire, acceptées, dit M. de Margerie, conduisent immédiate­ il ne peut être admis. En effet, chaque élément du mou­ ment à sa solulion. Osons dire davantage : pour tout vement n'ayant pas sa raison d’être en soi, puisqu’il esprit qui possède la vraie notion de Dieu et la vraie n’a pas toujours été.la trouve dans l’élément précédent; notion du inonde, il n’y a plus de problème; dans celui-ci tiendrait donc de sa perfection individuelle, l'une comme dans l'autre, le dogme de la création est sans introduction extérieure de rien de nouveau, la contenu el implicitement affirmé. » 1 héodive, Paris, nécessité de devenir autre chose; la même perfec­ 1365, t. n, p. 13. Si les deux termes sont en effet concé­ tion physique par laquelle l'Un est ce qu'il est à un dés dislincts et inégaux, le panthéisme et le dualisme instant donné serait la raison nécessaire pour laquelle exclus, la création s'impose. Voir voie indirecte. Mais il doit devenir une autre perfection l'instant qui suit. celle distinction de Dieu et du monde est universelle­ N’est-ce pas aller contre les principes d'identité et de ment niée par le monisme contemporain. raison suffisante, qui se refusent à expliquer le di­ i») Sans présupposer prouvée l’existence d'un absolu vers par l'identique? Ainsi l’on justifie le changement distinct du monde. — On admet seulement qu’il par sa nécessité, mais celte nécessité par une contra­ existe de fait un absolu quelconque. Et cela nul ne diction. peut le nier. S’il n’exisle pas au moins un être néces­ Les mêmes considérations valent encore pour réfuter saire. rien n’existe, cars’il lut un temps ou rien n’élait, celle autre distinction, que l’on pourrait proposer, d’une c’est le cas ou jamais de dire : de rien rien ne se fait; nécessitéabsolue de la substance et d’une nécessité rela­ éternellement rien ne sera. Prêter à un être simple­ tive de ses modes ou étals : l'Un existerait d'une néces­ ment possible une force d'expansion capable de le faire sitéabsolue invariable et immobile; seules ses modi­ apparaître à un moment donné, ce serait déjà le fications seraient multiples et se succéderaient dans un reconnaître non purement possible, mais existant, ordre nécessaire. Mais on le voit, l’Un ne saurait être puisque seul un sujet existant peut supporter une force immobile, si toutes ces modifications diverses sont en réelle. lui, et ces modifications ne peuvent se succéder di­ On pourrait proposer trois arguments; on essayera verses, puisqu’elles ne sont pas à elles-mêmes leur d’en peser la valeur. raison d’être, sans une raison nouvelle venant de la a) Argument du mouvement. — On constate du substance. Mais alors d’où vient à la substance, qui est mouvement dans le monde, non seulement des modifi­ par hypothèse nécessairement ce qu’elle est, cette néces­ cations de lieu — mouvement local, mais des modilica- sité de causer diversement suivant les instants? Répon­ lions d’état — mouvement métaphysique : les parties dre : « parce qu’elle évolue nécessairement, » n'est s’altèrent, les individus se transforment, toutes choses point répondre, puisque c’est cette nécessité qu’il faut sont en passage plus ou moins continu d’uue manière expliquer. Et que l'on veuille bien noter la grande d'etre à une autre. Or il est impossible que des êtres de dillérence qui existe sur ce point entre les thèses celte nature soient eux-mêmes nécessaires, puisque le créalianistes et les thèses monistes : les premieres affir­ nécessaire est toujours ce qu'il est nécessairement· Ils ment bien, à l'origine, un être qui s'explique tout ne sauraient être parties de l'étre nécessaire, pour la seul par ce qu'il est : c’est mystérieux; les secondes, meme raison Ils ne sont donc rien par eux-mêmes ; admettant aussi ce point qu’elles seraient donc ma! dès lors, s’ils exisienl, ils sont produits de rien. venues à critiquer chez les autres, ajoutent de plus que Critique. — Cette argumentation est universellement cet être qui s'explique tout seul est en mouvement rejetée par les modernes : le monisme ou mécaniste nécessaire ; ainsi devient-il sans cesse autre qu'il n'est ou dynamisle tient pour dogme premier l’existence du précisément parce qu'il esl ce qu'il est : c’est une con­ mouvement nécessaire : l'Un évolue suivant une loi fixe tradiction. et fatale. Autre contradiction. Tout mouvement suppose pas­ On reconnaîtra peut-être assez vite que si le mouve­ sage d'un point de départ à un point d’arrivée. Lepcir,: ment nécessaire est pour l'esprit une image facile et d'arrivée est-il nécessairement te même, pua;· commode, c’est par ailleurs un concept conlradicloire. mouvement. Est-il quelque chose de mm, « i-: .·:··. Qui dit en efiet mouvement dit devenir; qui dit néces­ voilà donc l’absolu en décrépitude nécessaire. Es·.-: saire, dit sempiternel présent. Un mouvement néces­ quelque chose de plus parfait, c’est Le pl de saire est donc par nécessité souverainement déterminé toute nécessité doit sortir du moins : imposait : ma­ sous tous les rapports à être actuellement : s’il est en­ nifeste dont la philosophie athée se joue po«r. :in‘. a-»ee 2103 CRÉATION une aisance étonnante. Telles les spéculations de Renan sure le nisus... qui sera peut-être un jour conscient, omniscient, omnipotent... ». Feuilles détachées, examen de conscience philosophique, p. 429, 430. — Est-il seu­ lement équivalent, il reste au moins la difficulté suivante : Dire mouvement, c’est affirmer quantité ei limite, car un changement, fût-il infinitésimal, ou d'équivalent à équivalent, prouve que l’être qui le subit n’est pas in­ fini. Dire mouvement nécessaire, c’est donc affirmer que le même principe par lequel l’absolu est nécessaire­ ment existant est le même par lequel il est nécessaire­ ment limité, en d’autres termes qu’il est, en vertu de la même perfection, parfait et imparfait, et même, car ces deux caractères sont essentiels au même titre, qu’il ne peut être qu’à la condition d’être limité et de chan­ ger, el que ces deux imperfections, limite et mouve­ ment, sont une raison positive de son existence : la raison de l'être, c’est pour une part au moins le nonêtre. De ce qu’ « il y a plus dans la transition... plus dans le mouvement que la série des positions, c’est-à-dire des coupes possibles », Bergson, L'évolution créatrice, in-8», Paris, 1907, c. tv, p. 339 sq., de ce que le devenir est la forme sous laquelle l'être nous apparaît, il ne s’ensuit pas que Je mouvement soit la forme essentielle et première de l’èlre. Si l'on réclame à l’origine du mouvement l’immuable et l’immobile, ce n’est pas « parce que le devenir choque les habitudes de la pen­ sée et s’insère mal dans les cadres du langage, » ibid., p. 3i0, c’est parce que tout mouvement impliquant limite et changement réclame de ce chef hors de lui un autre être pour expliquer qu’il est lui-même fini et toujours autre, c’est parce que la nature une de l’Un peut bien être la raison suffisante de l’exister qui est puissance, mais non de la limite qui est impuissance, de la durée immobile qui est identité, mais non du changement qui est diversité. C’est donc faute de pou­ voir expliquer l’imperfection dans l’Absolu qu'on rejette un absolu limité et en mouvement. Enfin, et ces considérations frapperont davantage cer­ tains esprits, cette théorie du mouvement nécessaire, loin d’être appuyée sur les faits, semble bien plutôt les contredire. On hésitera sans doute à appuyer une preuve de la création sur les lois de l’entropie spécialement mises en lumière par les travaux de Clausius. Cf. Folie, Clau­ sius, sa vie, ses travaux, leur portée scienti/ique, dans la Revue des questions scientifiques, 1890, t. i, p. 419; D. Cochin, Le monde extérieur, l’énergie, la théorie de Clausius sur la création, dans les Annales de philo­ sophie chrétienne, 1895, p. 519. Une expression ma­ thématique chiffrant à titre provisoire une loi physique approximative ne saurait fournir un argument péremp­ toire. Par ailleurs, Büchner et son école ont beau répéter que force et matière sont même chose, c’est là une assertion gratuite. Sans doute on ne peut guère conce­ voir de matière qui ne soit douée d'une force sinon actuellement agissante du moins capable d’agir. On peut dire que tout être fini a ce pouvoir par cela seul qu’il est, comme tout corps doué d’une certaine masse est apte à exercer une pesée, tout mouvement à influer sur un autre mouvement; mais ce n'est pas cela qui importe. — Le mouvement local est-il essentiel à la matière? — Non. Ce que l'expérience nous apprend bien au contraire c'est l'inertie de la matière, c’est-àdire son indifférence au mouvement ou au repos, son inaptitude à sortir par elle-même de l’un ou de l’autre de ces étals : elle ne passe an mouvement que sous l'action d'une force; elle retourne au repos dès qu’elle a transformé en travail sa force utilisable. De plus les énergies se transforment les unes dans les autres et 2104 produisent du travail en se dégradant. Des actions et réactions réciproques de toutes les parties de l'univers les unes sur les autres, il résulte ainsi comme un ni­ vellement général des énergies, une tendance générale à l’équilibre et au repos. De là, ce semble, une double conséquence : puisque la matière est par elle-même indifférente au mouvement et au repos, quelque cause en dehors d'elle a dû lever cette indétermination et provoquer la première mise en train; puisque le mou­ vement dure encore, il n'existe donc pas de toute éter­ nité. Cf. Le matérialisme contemporain dans l’.4mi du Clergé, 1903, p.938sq.; P. Schanz, Apologie des Chrislentums, in-8», Fribourg-en-Brisgau, 1895, t. i, p. I56, n. 5; A. Stock!, Der Malerialismus, in-8», Mayence, 1877, p. 36 51. On souhaiterait de M. Hæckel autre chose que les affirmations de sa « foi moniste », de sa « conception moniste et rigoureusement logique du processus cos­ mogénétique éternel ». I.es énigmes de l'univers, p. 284. L’hypothèse de Laplace, la réduction de toutes les forces physiques à des modes du mouvement n'ont rien encore qui établisse l’éternité de la matière ou son identité essentielle avec la force. Seule sa « foi mo­ niste » a besoin de ces déformations de la science et de ces postulats. On objectera sans doute avec plus de fondement les théories récentes des mouvements browniens, qui nous montrent la matière dans une agitation continue et comme essentielle, ou ce dynamisme nouveau qui ra­ mène la notion de masse à celle de charge électrique, celle d'inertie à celle de résistance du milieu, qui « dématérialise la matière » et la réduit en dernière analyse « au jeu des forces centrales attractives ou répul­ sives appelées électrons ». Voir l’intéressant travail de M. Véronnet, La matière, les ions el les électrons, dans la Revue de philosophie, Paris, 1907, p. 156; cf. 1906, 1907, trois articles. Est-il besoin de faire remarquer qu’il manque peut-être à ces théories d'être définitive­ ment constituées. De cela les hommes de science ont à juger. Seraient-elles indéniables, il leur resterait à prouver qu’elles excluent du même coup non seulement la physique aristotélicienne, dès longtemps démodée, mais les vieilles thèses métaphysiques. La science, en tant que telle, se borne à enregistrer des rapports, et c’est prudence; mais il y a lieu de remarquer que la philosophie dans ce qu’elle a de plus solide raisonne aussi sur des rapports, accusant de plus en plus des réserves prudentes sur l'explication intime des substances. Qu’elle abandonne ou garde la « matière prime » scolastique, c'est une thèse cosmologique dis­ cutable; quand elle raisonne sur les relations de mo­ teur, de mobile, de mouvement, la position est plus stable. En effet, quelle que soit la nature dernière du moteur ou du mobile (substance ou non), il restera que le mouvement implique diversité, passage du même à l’autre, potentialité, contingence, et qu'à moins de nier le principe d'identité, il faut bien donner quelque rai­ son de celle modification. La matière ne fût-elle qu'une « charge électrique », il resterait à dire pourquoi il y a des charges individuelles et non une électricité, pour­ quoi il y a rupture et variation dans l’équilibre élec­ trique, mouvement et non repos. Toulefois ce n’est pas de la difficulté d'une explication que nous arguons, mais de l’impossibilité d'expliquer le mouvement par lui-même et par sa nécessité. Il semble aussi contra­ dictoire dans les termes d’admettre un mouvement nécessaire, que le mouvement soit subjecté dans un mobile matériel ou qu'il soit lui-même le tout de la matière. Si différent que soit le « dynamisme nouveau » du mécanisme el de l'atomisme anciens, il lui reste cette note commune qu’il explique tout par le mouve­ ment. Comme cette affirmation dépasse l’expérience et relève de la philosophie, le philosophe a droit d'objec­ 2105 CRÉATION ter que tout être affecté de mouvement nécessaire est nécessairement dépendant lui et son mouvement d'un autre être extérieur â lui, parce que dans une nature donnée on peut bien trouver la raison d’une identité qui persiste, mais non pas dans l’identité la raison du changement. X tout prendre, pour expliquer IOrigine des choses, on préférera sans doute la sotulion difficile d'un Absolu qui remue le monde, à cette con­ tradiction d'un Absolu qui se remue. Cl. Mar d’Hulst, Conférences de Notre-Dame, in-12, Paris, 1891,3· conf., p. 117 sq., et notes, p. 375 sq. 6) Argument de la multiplicité. — On constate dans le inonde plusieurs individus de même espèce, même espèce dequalités dans un grand nombre d'individus. Or, la où se rencontre une même perfection en plusieurs individus distincts, il est nécessaire d’expliquer cette multiplicité par une communauté d'origine, et par une source distincte de tous les individus. En effet, le même principe restant un en lui-méme ne peut être cause de la multiplicité numérique : le même sujet, un, ne peut exiger par sa nature propre d’être en même temps un autre individu,cum utrumque, secundum quod ipsum est, ab altero distinguatur; par conséquent, « comme en toutes choses qui se trouvent, quant à ce qu’elles sont, distinctes les unes des autres, on constate que l'être est une perfection commune, il faut que de toute nécessité l'être leur vienne non d’elles-mèmes, mais de quelque principe unique. Et telle est, semble-t-il, l’ar­ gumentation de Platon, qui voulait avant toute multi­ tude une unité quelconque, non seulement dans les nombres, mais dans les substances. » S. Thomas, De potentia, q. ni, a. 5; Sum. theol., I“, q. xliv, a. 1 ; Cont. gent., 1. Il, c. xv, n. 1. Nous connaissons cette argu­ mentation pour l’avoir rencontrée, en dépendance cer­ taine de Platon et des alexandrins, chez saint Augustin, le pseudo-Denys, saint,lean Damascène,etc. En d’autres termes, puisqu’il y a des individus numériquement distincts malgré leur ressemblance spécifique, il faut, pour expliquer qu'ils ne sont pas un même être, admettre qu'ils dérivent tous d'un autre, principe commun de leur origine. Saint Anselme développe ainsi celte argumentation : « S’ils sont multiples, ils sont donc à reporter à quelque principe unique par qui ils sont; ou bien ces mêmes êtres multiples sont cha­ cun par eux-mêmes, ou chacun les uns par les autres. » La première hypothèse est celle de la création; la troi­ sième est purement absurde, quoniam irrationalis cogitatio est ut aliqua res sit per illud cui dat esse. Comment à deux, ou en série infinie, arriver à se don­ ner réciproquenu ni ce qu'individuellemenl on n’a pas même en germe? La seconde amène à conclure l’exis­ tence d’une nature qui existe par elle-même; mais une t Ile nature est unique. Monolog., c. in, P. L.,t. CLVill, col. 447. Le nombre suppose en elfet la limite, la limite l'imperfection, et l’imperfection exclut la souveraine actualité de l'être nécessaire : c’est par conséquent l'unité qui préexiste au nombre. Critique. — Pour énerver cet argument, il suffit de nier la distinction substantielle des êtres : multiplicité des phénomènes, dira-t-on, unité de la substance. Rien de plus facile, il est vrai, si l’on tient compte des pa­ roles seules. I.st-il aussi aisé de faire admettre à la raison et à la conscience que les choses ne différent que dans leur apparaître, que notre moi n’est qu’une collection de phénomènes, que notre conviction d’être un principe individuel d'opération, une substance à certains égards autonome, n’est que pure illusion? Ici encore il tant choisir entre une solution difficile et la négation d'un fait d’expérience : ou le multiple existe et la raison exige hors de lui l’unité comme sa raison suffisante, ou le multiple n'existe pas et il faut admettre contre l'expérience l'identité substantielle de toutes choses, coulre la conscience l'identité numérique des 2106 personnes. Cette argumentation a d'autant plus ■··’ force contre le panthéisme et le monisme, qu'eux aus1. -~-rad esse. S. Thomas, Coot, genl., 1. 11, c. x ... — b. Impossibilité île communiquer à la cr :■ ■feclion infinie, disproportionnée qu'e.le serait a»ec si 2111 CREATION nature. Or la puissance créatrice semble infinie. En effet elle ne peut être limitée en nulle manière, ni par la résistance de l’objet — c’est le néant; ni par l’im­ puissance du sujet — atteignant l’étre en tant qu’être il pourrait produire tout être; ni par une défense mo­ rale — elle pourrait rendre l’acte illicite non invalide. 11 semble de plus qu’elle doive être nécessairement infinie pour faire franchir l’infinie distance du non-être à l’être. Scot et Mastrius nient cette infinité, la distance devant se mesurer, à leur avis, sur la grandeur et la perfection du terme produit. Mastrius, In IV Sent., 1. Il, dist. I, q. i, a. 1, 2, Venise, in-fol., 1719, p. 1-12. Albert le Grand, saint Thomas, saint Bonaventure jugent au contraire qu’entre être et non-être, quels que coït la quantité et le degré de l’être, l’opposition étant contradictoire reste infinie. S. Bonaventure, InlV Sent., 1. I, dist. XL1II, a. 1, q. 1, ad 4"1”, Quaracchi, t. I, р. 767. En somme, si l’on se partage sur la preuve, on est d’accord sur la conclusion. Durand cependant tient pour indémontrable que Dieu ne puisse communiquer un tel pouvoir, au moins en le restreignant à certains objets. In IV Sent., 1. II, dist. I, p. I, a. 2, q. tv. b) Une créature peut-elle devenir cause instrumen­ tale de la création? Cause principale, si elle se suffit après collation de cette puissance, elle serait cause instrumentale seulement, si même alors elle avait be­ soin de voir sa vertu complétée par une assistance de Dieu : ainsi d’un outil, si parfait soit-il, qu’il faut encore manier. Nul ne fait difficulté d’admettre qu’une créature ne puisse ainsi devenir instrument moral de la création, si par exemple — pure hypothèse — sa prière déterminait Dieu à créer des mondes nouveaux. Sur le point de savoir s’il est possible qu'elle soit, en partici­ pant physiquement à la production de l’être, instrument physique, Pierre Lombard tenait pour l’affirmative, Sent., 1. IV, dist. V, n. 3, P. L., t. cxcn, col. 852; les autres docteurs, en général, tiennent pour la néga­ tive. Quelle pourrait être en fait la part active d’un instrument, quand il s’agit de travailler sur le néant? lis se séparent pour déterminer si cette impossibilité peut se prouver par la raison, et c’est l'opinion de saint Thomas, Scot, Vasquez, ou par la seule révélation, c’est celle d’Ockam, de Grégoire de Valentia, de Suarez. Au surplus, la discussion du pour et du contre n’a d’autre inconvénient que d'être oiseuse. Sur toute cette question, voir S. Thomas, In IV Sent., 1. II, dist. I, q. I, a. 3; Sum. theol., I*. q. XLV, a. 5; Cont. gent., 1. Il, с. xx, xxt ; De potentia, q. m, a. 4; S. Bonaventure, In IVSent., I. It, dist. I, p. I, a. 2. q. n: dist. VII, p. 11, a. 2, q. I ; Scot. In IVSent., 1. II, dist.l, q. t; Suarez, Disp.met.,disp. XX,sect. n. 2° La creation œuvre commune des trois personnes. — lui présence en Dieu de trois personnes réellement distinctes, l'attribution de la création tantôt au Fils, tantôt au Père, donnent lieu de se demander le rôle respectif des personnes el de la nature divine dans l’acte créateur. Examinant ici la question de fait, nous traiterons plus loin la question de droit. Il esl de foi définie, quant au fait, que les trois per­ sonnes divines ne forment qu’un seul principe d'opé­ ration. C’est l'enseignement du symbole dit de saint Athanase, non 1res omnipotentes sed unus omnipotens, Denzinger. Enchiridion, n. 136; la définition du con­ cile de Latran sous Martin 1er, unam eamdenique... virtutem, potentiam..., operationem... creatricem omnium. Ibul., n. 202. Elle est exposée dans le concile de Tolede. inseparabiles in eo quod sunt et ineo quod faciunt. Ibid., η. 227, 231, 232. Le IV» concile de La­ tran la définit contre les albigeois, coæquales, coomni­ potentes, unum universarum principium. Ibid., η. 355. Elle est encore consignée dans la profession de foi prescrite aux vaudois par Innocent III. ibid., η. 366, 367, el dans le décret d’Eugcne IV pour les jacobiles. Ibid., n. 598. 2112 1. L’Écriture enseigne le fait au concret en attri­ buant indifféremment l’action créatrice tantôt au Père, Ps. ci, 26; Luc., x, 21; Act., iv, 24; tantôt au Fils. Joa., t, 3; Ileb., I, 2; I Cor., vin, 6; tantôt appliquant au Fils les textes qui exprimaient l’activité du Père. Ps. ci, 26; Heb., I, 13. Où les titres sont communs, l'action doit être commune. Quelques auteurs voient encore une attribution analogue â l'Esprit-Saint dans Ps. χχχνι, 13; cru, 30; Job., xxvi, 13. Mais le mot spiritus dans ces passages ne désigne en rien la troi­ sième personne. A défaut de textes précis, la raison d’analogie permet d'ailleurs d’étendre à celle-ci ce qui est dit des deux autres. 2. Les Pères. — Le premier des apologistes, Aristide, écrivait avec une précision remarquable . « Les chré­ tiens reconnaissent le Dieu créateur et démiurge de toutes choses dans son Fils unique et dans l'EspritSaint. » The apology of Aristides, dans Texts and Studies, in-12, Cambridge, 1893, t. i, fasc., 1, et P. G., t. xevi, col. 1121. « Le Dieu de toutes choses, dit saint Irénée, n’a besoin de rien, mais par son Verbe et par son Esprit il fait toutes choses ; il dispose, il gouverne, il donne l'être à tout. Voilà celui qui a fait le monde, car le monde est l'œuvre de tous (les trois], etenim mundus ex omnibus. » Cont. hær., 1. I, c. xxn, η. I, P. G., t. vir, col. 669. Le Verbe et l’Esprit-Saint sont les mains du Père : quasi ipse suas non haberet ma­ nus. Adest enim, ei semper Verbum et Sapientia, Filius et Spiritus Sanctus per quos et in quibus om­ nia libere et sponte fecit. Ibid., I. IV, c. xx, η. I, coi. 1032; cf. I. IV, præf., n. 4, c. xx, n. 3, 4, coi. 975, 1033, 1034. Quant à la puissance, dit saint Hippolyte, Dieu est un, όσον μέν κατά την δύναμιν εΐ; έστι Θεός. Adv. Noet., c. vin, P. G., t. x, col. 816; c. xtv. col. 82I. Mais l’inégalité et même l’unité d’opération n’excluent pas toujours toute trace de subordinatianisme. Très non statu sed gradu..., nec substantia sed forma, nec potestate sed specie : unius autem substanliæ, el unius status, et unius potestatis. Tertullien, .•Idu. Praxeam, c. n, P. L., t. n, coi. 157. Quelques expressions donneraient à entendre que le Verbe est un intermédiaire nécessaire pour la créa­ tion, comme pour toute manifestation divine ad extra. S. Justin, Pial., 60, 127, 128, P. G., t. vi, col. 612, 772 sq.; Athénagore, Legat., n. 10, ibid., col. 909. Les controverses sur la nature du Fils et du SaintEsprit devaient amener à élucider cette question, le sabellianisme en faisant des personnes des modes d’une même substance, voir Modalisme, l'arianisme en faisant du Fils l’inférieur du Père, voir Arianisme, Sunoiitnnatianisme. La foi de l’Église s’affirme dans celle for­ mule des Pères grecs si souvent employée alors : le Père crée par le Fils dans le Saint-Esprit. S. Irénée, Cont. hær., 1. IV, c. xx, n. 1, 4, P. G., t. vu, col. 1032, 1034. C’est donc une opération indivisible. Les définitions de Nicée viennent éclairer la 'octrine présente : l’identité d'opération est une conséquence stricte de la consubstantialité. Saint Basile réfute longuement ceux qui s’appuyaient sur l'usage différent des particules έχ, διά, év pour éta­ blir une participation différente des personnes divines à l’œuvre de la création. De Spiritu Sancio, c. π, n. 4, P. G., t. xxxn, col. 73. L’apôtre, dit-il, n’a pas voulu par là distinguer les natures mais les personnes. Ibid.. c. v, n. 7, col. 80. L’emploi alternatif de ces mêmes particules pour chacune des personnes montre assez l’identité de nature et d’activité. Cf. S. Grégoire de Nysse, Quodnon sinl 1res dii, P. G., i. xt.v, col.125 sq.; et surtout S. Cyrille d’Alexandrie, De Trinitate, dial, vi, P. G., t. i.xxv, col. 1033, 1056; Procope de Gaza. In Gen., P. G., t. i.xxxvn, col. 77. Même doctrine très explicite chez saint Ambroise, De fide ad Grat., 1. I, c. i, n. 8 sq., P. L., t. xvi CREATION *113 col. 531; c. xvn, η. 112, col. 554; I. IV, c. v, n. 59 sq., col. 028 sq.; c. xi. n. 147, col. 645 sq. IJ est particulièrement intéressant de relever l’affir­ mation formelle du dogme chez ceux que la philosophie profane aurait du naturellement entraîner loin du cou­ rant traditionnel. C’est le cas de saint Augustin et du pseudo-Denys. Dans le néoplatonisme, comme dans lout panthéisme émanatif, la série des intermédiaires ■ st nécessaire pour arriver de ('Absolu au dernier des •1res finis. Or ces auteurs, qui gardent tous deux la belle idée de l'échelle des êtres, professent très nette­ ment l’unité d'opération des trois hypostases divines; toutes trois entrent en contact immédiat avec le fini. Comme le Père et le Fils sont un seul Dieu,et. relati­ vement à la créature, un seul créateur et un seul Sei­ gneur, ainsi ne sont-ils relativement à l’Esprit-Saint qu’un seul principe. A l'égard de la créature cependant l’ere. Fils et Saint-Esprit ne sont qu’un seul principe, comme un seul créateur et un seul Seigneur. » De Trinitate, I. V, c. xiv, n. 15, L., t. xlii, col. 921; Cont. sermonem arianorum, c. xv, ibid., col. 694. Cf. Dr eii ilate Dei, 1. XI, c. xxiv, t. xi.i, col. 337; De Gen. •"I tilt., 1. 1, c. vi, n. 12, t. xxxiv, col. 250, 251. Le pseudoDenys appuie la même doctrine sur l’unité et la sim­ plicité absolue de la nature divine, την ύπερηνωμένην iviôa, et sur l’usage de l'Ecriture dans une foule de passages « trop nombreux pour êlre comptés ». De div. nmi., c. n, η. 1, P. G., t. m, col. 637. « Seules les œuvres de l'incarnation sont propres au Fils, à moins que l’on n’entende cependant cette opération ineffable... que parmi nous il exerça en tant que Dieu et Verbe de Dieu. » Ibid., n. 6. col. 644. On distingue donc les noms communs relatifs à la nature divine, les noms individuels relatifs aux per­ sonnes, cf. S. Grégoire de Nysse, Oral, de fide, P. G., t xi.v, col. 144. les œuvres communes, theologia copuata, et les œuvres individuelles, theologia discreta. Pseudo-Denys, loc. cit., n. 3, col. 640. C’est la distinc­ tion que reprend saint .lean Damascene, De fide orth., I, c. x, P. G., t. xciv, col. 837. « Quand je dis Dieu créa, ajoute-t-il ailleurs, j’entends Père, Fils et SaintEsprit. » L. II, c. n, col. 864; I. Ill, c. xiv, col. 1036. Dans la conception de ce dogme, quelque différence xiste entre la mentalité grecque et la mentalité latine. Les Orientaux, accentuant d’abord la trinité des per­ sonnes, les associent ensuite par un jeu multiple de particules et affirment par là l’unicité de leur opéra­ tion. Les Occidentaux, concevant avant tout l’unité de substance divine, marquent plus directement l'unité d’opération, et attribuent ensuite l’acte indivis aux trois nypostases. Le même dogme s'exprime ainsi de deux manières différentes. Cf. de Régnon, Éludes sur la sainte Trinité, Paris, 1892, t. i, étude VI, c. v, n. 3, p. 432 sq. Les formules grecques cependant seraient facilement décevantes. Saint Augustin, par la netteté de ses déclarations et la solidité de ses raisonnements, contribue à prévenir ces illusions et à appuyer la doc­ trine sur •■on vrai fondement. Voir Augustin (Saint), t. I, col. 2348 sq. 3. Les pensées de saint Augustin rentrent dans la scolastique par Ruban Naur, hi Gen., 1,7, P. L., t.cvn, col. 459, et par la Glose ordinaire. Strabon, In Gen., 1.26, P. L·., t. cxm, col. 80; In Rom., xi, 36, t. exiv, col. 510. Cf. P. Lombard, In h. I., P. L., t. cxci, col. 1493; Sent., I. I, dist. XXXI, n. 7, t. cxcil, col.605; Bandin, In IV Sent., 1. I, dist. XXIX, ibid., col. 1007. Une grande influence revient aussi à Abélard. On le voit citer saint Ambroise et s’appuyer surtout sur la raison et sur les concepts notionels des personnes di­ vines. « Les œuvres des trois per-onnes sont dites in­ divises... parce que tout ce que la puissance opère, la sagesse le règle et la bon’é l’imprègne, quia quidquid potentia geritur, id sapientia moderatur, et DICT. DE TIIÊOL. CATI10L. 2114 bonitate conditur. » Introd. ad theol., I. I. n. 10, 13. P. L., t. ci.xxvm, col. 992, 993, 999. Cf. Epitome, c. vi, xix, col. 1702, 1722; Theol. christ., I. IV, col. 1282. Cette pensée est susceptible d’une bonne explication et l’on peut croire qu’elle fut entendue dans un sens or­ thodoxe par l’école de Saint-Victor. En fait elle s'inspi­ rait chez Abélard de principes faux et condamnés à Sens en 1141. Voir Abélard, t. I, col. 44 sq. Elle est reprise et développée par la suite en considérations fort belles. Gietl, Die Senlemen Bolands, p. 48. Hugues de SaintVictor écrit : « Trois choses invisibles en Dieu : puis­ sance, sagesse, bonté. D’elles trois tout procède, en elles trois tout subsiste, par elles trois tout se gouverne. La puissance crée, la sagesse gouverne, la bonté con­ serve. Ces trois choses pourtant, de même qu'elles n'en constituent en Dieu qu'une seule, de même dans leur opération ne se peuvent nullement séparer. La puis­ sance par la bonté crée avec sagesse. La sagesse par la puissance gouverne avec bonté. La bonté par la sagesse conserve avec puissance. » Erudit, didasc., 1. VII,c. r, P. L·., t. cxxvi, col. 811. Cf. De sacrant., 1. 1, part. II, c. vi, ibid., col. 208; disciple de Hugues, Summa, tr. I, c. xi. ibid., col. 58 sq.; Alexandre de Halés,Sum., part. 11. q. VI, m. i. Saint Thomas, Sum. theol., I·, q. xi.v, a. 6; III·, q. m, a. 4, délaisse Ab lard et reprend l'argumenta­ tion que nous avons signalée dans le pseudo-Denys. Il s’appuie comme lui sur l’inelfable simplicité de la na­ ture divine et distingue dans les opérations ad extra ce qui relève de la nature ou de la fonction hypostatique. 4. Preuves de raison. — Le raisonnement d'Abélard avait l’avantage d’olfrir une manière commode de con­ cevoir : l'ouvrier humain n’agit pas sans idée, ni sans volonté, donc Dieu non plus sans son Verbe ni son Esprit. Mais il a l’inconvénient de montrer comme une indigence, une incapacité dans chaque personne prise isolément, et de rattacher la production des créaluresà la notion de personne plutôt qu’à celle de nature et de toute-puissance. Telle était bien l’erreur d’Abélard. Au Père seul, disait-il, appartenait en propre la puissance, au Fils seul la sagesse, au Saint-Esprit seul la bonté. 11 devenait tout naturel de requérir les trois personnes pour constituer un principe adéquat d’opération. Le mystère était expliqué, mais le dogme supprimé. Cf. S. Bernard, Epist. ad Innoc. II, c. ni, P. L., t. ci.xxxn, col. 1058 sq.; Concil. Senon., can. 14. Voir Abélard, t. i, col. 45, 46. Le raisonnement de saint Thomas, s'il est plus abs­ trait, est par contre plus profond et plus juste. Le prin­ cipe de l'activité dans un agent, c'est, dit-il, la nature et non la personne. La personnalité n’est pas une éner­ gie active qui entre pour une part quelconque dans la constitution de la force agissante : elle est sa qualité, sa perfection d’être tel individu désignable de tel nom, et non pas un autre, principium quod. Le principe d'opération, la force, c'est donc la nature et non la personne, principium quo. L’œuvre, par conséquent, sera commune à tous ceux qui posséderont en commun la même nature : les trois personnes divines sont donc en commun le principe immédiat de toute action exté­ rieure. Cette explication.on le voi>, doit être restreinte à l’activité externe de Dieu; elle ne saurait s'appliquer à son activité immanente. La génération n’est pas com­ mune aux trois personnes, parce qu’elle est logique­ ment antérieure à la constitution de chacune d’elles, ou, si l'on veut, parce que dans cet acte éternel qui est la vie intime de Dieu, ce sont les oppositions r de relations qui constituent les personnes r ·. · distinctes. Engendrer et être engendré étant 2..: termes opposés ne peuvent convenir simul -.r. au même sujet. Parlant, tout en possédant c:;j~r. même nature divine qui engendre, chacuns - III. — 67 2115 CREATION personnes ne peut la posséder à la fois en tant qu’elle engendre et en tant qu'elle est engendrée; la nature est commune à tous, puisque le Père la donne, le Fils la reçoit, tous deux la communiquent à l’Esprit-Saint, mais la génération, la filiation, la spiration, puisqu’elles s’excluent mutuellement, ne con­ viennent pas à toutes également. S'il s'agit au contraire d’action transitive, c’est le Père, le Fils et le SaintEsprit qui produisent Pellet par cette puissance unique qu'ils ont indivise. C’est ce que l’École exprime parcelle formule:» Toutest commun en Dieu à moins que n’y mette obstacle quelque opposition de relation: omnia sunl vuum, ubi non obviat velationis opposi­ tio. » Cf. Decret. pro jacobilis, Denzinger, n. 598. Cependant les relations d'origine, comme le note saint Thomas, Sum. theol., 1“, q. xlv, a. 6, font préci­ sément que la même nature ou essence divine n’est pas en chaque personne de la même manière ou du moins au même titre, et cela met quelque différence dans la causalité respective des personnes divines à l'égard des créatures. Si le Fils crée, c’est par cette nature que lui donne le Pére, le Saint-Esprit par celte nature qu’il reçoit de l'un et de l'autre. Le mode d’action de chacun, sans aucune différence physique, sans inégalité aucune de perfection, garde cependant, pourrait-on dire, cette marque d’origine. La créature relève de la puissance divine innée dans le Père, engendrée dans le Fil», spirée dans le Saint-Esprit : elle rélève donc de chaque personne à un titre spécial. Tel est le fonde­ ment de la théorie des appropriations. Voir Αρρποιίιιλtion. C’est ce que l'argument d'Abélard met bien en lumière, en insistant sur ce fait que le Fils dans son ■concept nolionel est la Sagesse, et le Saint-Esprit l’Amour : il est excellent, si on l’entend bien. Celle dillérence, non physique mais morale, dans la manière dont la créature dépend de chaque personne, lui crée à l’égard de chacune des devoirs que sa piété peut approfondir. Tout don qui lui est fait, découlant d’une source unique, lui vient de trois personnes •distinctes et d'un triple amour. Pelau. De Trinitate. 1.1V,c. xv. S3 sq. :c. xvi. t. n, p.248sq., "253 sq. : de Régnon, Éludes sur la sainte Trinité, Paris. 18.2, 1.1, étude VI. c. IV. p. A09 sq. : S. Bonaventure. In IV Sent., 1.1, dist. XX. a. 1. Quaracchi, U 1, p. 371, cf. p. 516; t. m, p. 13. 3» Appropriai ion de la création au Verbe. — Sans exposer ici toute la théologie du Logos, il y a lieu d'éludicr sommairement : 1. l'intervention spéciale du Verbe dans la création; 2. la nature du démiurge chrétien; 3. sa génération temporelle dans l’acte créa­ teur; 4. le fondement de cette appropriation. 1. Intervention du I erbedans lacréalion. — a) L'Écri­ ture, semble-t-il, insinue la pluralité des personnes divines dans Gen., 1, 26, faciamus hominem... D’après Fritz Homme), Expository Times, 1900, t. xiv, p. 341345; 1902, p. I03 sq., il y aurait aussi dans la liste chaldéenne des patriarches rapportée par liérose deux formes divines el comme des associés de Dieu dans la création. Le Irait est à peine marqué dans Gen.. t, 26. C’est en raison de son rôle dans la production du monde, et non de ses rapports avec la vie intime de l’Èlre divin, que le Verbe entre lentement dans la spéculation inive : la théorie des intermédiaires favorise cette évolution. Tandis qu'un insistait avant l’exil sur la proximité de Dieu, sa paternité, el comme son immanence, après l’exil on parait surtout frappé de sa transcendance. Dieu n’est plus mis en rapport direct avec l’univers, mais seulement par l'entremise de ses attributs personnifiés, Sagesse, Parole, Esprit. Ilackspill, Etude sur le milieu religieux el intellectuel du Nouveau Testament, dans la ïievtte biblique, 1900, p. 570 sq.; 1901. p. 201 sq. Vers fépoque grecque, le rôle de la Sagesse se dessine de plus en plus net dans les Livres sapientiaux. 21 If» D'abord pure personnification poétique, Job, x.xviti, 12-28, elle apparaît dans les Proverbes, III, 19-20; vin, 22-32, et l'Ecclésiastique, xxiv, xxv, comme intermé­ diaire entre Dieu et l’univers. Sous l'influence alexan­ drine une terminologie plus abstraite amène une préci­ sion croissante. « en tout cas ni essence, ni filiation divines n'y sont enseignées. » Loc. cil., p. 215. Entre la spéculation profane et la théologie biblique s’il est facile de multiplier les rapprochements, une connaissance plus approfondie des multiples théories qui se cachent sous le même nom de Logos met on garde contre des conclusions hâtives et superficielles. Dans le panthéisme d’iléraclile, le Logos est le leu immanent, raison et loi du monde. Il est chez Platon intermediaire dans la formation du cosmos; encore ne trouve-t-on pas, à proprement parler, chez ce philo­ sophe, une théorie du Logos : ou la lui prête plus tard sous i’inlluence de documents apocryphes et d'idées néoplatoniciennes et chrétiennes. Aall, Geschichte der Logosidee in der griechischen Philosophie, Leip­ zig, 1896, p. 69. Le Logos du panthéisme stoïcien est le principe actif et la force de la nature; celui de Philon, comme celui de Plutarque, quoique fortement imprégné de stoïcisme, est transcendant. Le travail érudit de M. Lebreton est des plus précieux pour distinguer ces nuances et démêler ces influences, Les théories du Lagos au début de l'ère chrétienne, dans les Études, 191)6, t. cvt, p. 54 sq., 320 sq. Le Logos philonien mérite de nous arrêter quelques instants. Principe de force et de d termination, Quis rev. div. her., 118, 119; De opi fie. mundi, 43, soutien et lien du monde, De plantat. Noe, 8, 9; De fuga, 112; Quis rer.div. her., 188, destin et loi morale selon l’occur­ rence, à tous ces litres il relève de Chrysippe; lieu des idées, De opif. mundi, 20, 24; Leg. alley., it,86, extérieur au monde. In Exod., n. 68, intermédiaire de sa production, De cherub., 125 sq., principe de spécifi­ cation. λόγο; τομεύς, Quis ver. div. hcr., 130 1 40, 166. 215, il accuse une origine platonicienne. Sous tous ces rapporls.il est plus apparenté à la philosophie grecque qu'aux théories bibliques. Lebreton. loc. cil., p. 775-787. Est-il personne distincte ou attribut personnifié? Après une critique minutieuse, M. Drummond conclut : « Le Logos n'est pas un démiurge qui agisse pour Dieu ou à la place de Dieu, mais c’est l’énergie propre de Dieu, énergie rationnelle agissant sur la matière. » Philo Judnms, Londres, 1888, t. n, p. 192; cf. p. 119-154. Il pourrait être l'aspect relatif de Dieu, dont l'essence absolue est inconnaissable et nous dépasse : ce serait l'action et l'éclat qui le mettent en rapport avec la créature. Lebreton, loc. cit., p. 787-794. Vers le Ier siècle après Jésus-Christ, la doctrine biblique de la « Sagesse » est remplacée à Alexandrie par Celle du « Logos », en Palestine par celle de la « Parole ». Au lieu d'etre qualité intellectuelle abstraite, la Sagesse est par là conçue comme un acte divin : c'était un progrès très appréciable vers la théorie du Logos personnel et démiurge. Cependant I’inlluence helléniste faisait courir au dogme un grave danger. En accen­ tuant sa transcendance, on isolait Dieu de l'humanité; on risquait par ailleurs de faire de la Sagesse, comme du voô: d'Anaxagore ou de Platon, l’âme du monde ou quelque émanation gnostique ou quelque divinité secondaire. La mission du Verbe prévint ces déviations : la révélation trinilaire, d'une part, profitait d'un terrain tout préparé rar la théorie des intermédiaires, de l'autre, elle corrigeait, elle complétait les spéculationantérieures. On comprend facilement la richesse des faits évan­ géliques et tout ce qu’ils fournissaient de documents nouveaux soit en paroles soit en actions : tôt ou tard la théorie du Logos devait profiler de cet apport. Les vues profondes de saint Paul sur le rôle du Cliristdans 2117 CRÉATION 2118 la création, Col., i, 16-17; I Cor., vm, 6; cf. Heb., l, j point la sagesse humaine qui est en cause, mai* i , 2, 3, 10-13; in, 4,doivent-elles être attribuées à ses ré­ vertu de Dieu qui les fait parler, r Apol., i, n. 60. flexions personnelles, à ses études des livres sapien- , ibid., col. 420. tianx, ou à l'influence de l'alexandrin Apollo? Aucun Rien sur le Verbe dans l'exposition de la cn’ation de ces facteurs naturels n’est vraisemblablement à chez saint Clément, / Cor., 33,36. Funk, Aposiol. Vüler. négliger, encore qu’il soit, dans le détail, impossible 1901, p. 50 sq. Pour saint Ignace, c’est Lui qui a de préciser leur action respective, pourvu qu’on n'ou­ prononcé le fiat créateur. Ad Eph., 15, ibid., p. 85. blie pas quelle lumière supérieure dirigeait cette ma­ Dans le Pasteur, ilsupporte toute la création, Sim., IX, turation de sa pensée. La théorie du Verbe-créateur, c. xiv, n. 5, ibid., p. 224; cf. Heb.. t, 3; le messager en germe dans les Synoptiques, est déjà tout entière du Père, ce n'est pas un ange, mais le démiurge luidans saint Paul avant d'etre dans saint Jean. Voir même. Epist. ad Diognel., c. vu, ibid., p. 139. Dictionnaire de la Bible, art. Logos, col. 324 sq.; Les Pères apologistes développent la doctrine de Reuss, Histoire de la théologie chrétienne, 3” édit., saint Paul et de saint Jean. Aristide, Apol., c. xv. in-8», Strasbourg, 1864, t. n, I. VII, c. xvi. Texts and Studies, 1893, t. i, fasc. 1, p. 110; cf. P. G., De l'apôtre des gentils au quatrième évangéliste il y t. xcvt, col. 1121, S. Justin, Dial., n. 62. P. G., a non seulement accord parfait, mais influence pro­ t. vi, col. 620; 4/>oL, n. n. 6, ibid., col. -453; S. Théo­ bable. Ce n’est pas en tous cas dans le logos platoni­ phile, Ad Aulol., I. II, n. 10, 22, ibid., col. 1064, cien qu’il faut aller chercher le parallèle du logos 1088; Tatien, Oral., n. 5, 7, ibid., col. 813, 820. johannique. « C'est ainsi, concluait M. Loisy après les Saint Irénée délinit ainsi la « règle de foi » : « Un seul avoir rapprochés, que dans l'ordre cosmique le Verbe Dieu tout-puissant, quia produit toutes choses par son de Jean était créateur et dans l'ordre humain révéla­ Verbe, les a formées et faites de ce qui n’était pas pour teur. » — « Tout cela est fort juste, dit le P. Lagrange, que toutes existent, comme l’enseigne l'Ëcrilure. si on change c’est ainsi que en tandis qu’au contraire. » Ps. xxxii, 6; Joa., 1, 3. Le Père a tout lait par Lui... » Bulletin de Toulouse, 1904, p. 8, note. Même remarque Conl. hær., 1. I, c. XXtt, n. 1, P. G., t. vu, col. 669; cf. I. Il, c. n, n. 4, col. 714. à faire pour le logos philonien : a) notion abstraite et non personne distincte; b} ordonnateur de la matière Si l'on réserve le problème délicat du comment, la et non créateur ; c) Ills de Dieu, comme le monde, et question de [ail, c’est-à-dire la doctrine de la pro­ non par nature comme le Verbe de saint Jean. Dic- duction de toutes choses par le Verbe, ne fait histori­ tionnairede la Bible, loc. cit., col. 326. A tout le muins quement aucune difficulté. Qu'il suffise d'indiquer chacun de ces caractères du Logos est accusé chez quelques chefs de preuves : a. l'usage constant, in/inilo l'évangéliste avec un relief inconnu au philosophe juif. in usa, dit Petau, de celte expression : le Père a fait Saint Paul et saint Jean continuent, à la lumière de toutes choses par le Fils, cf. De Deo, I. V, c. vm, § 12, l’histoire évangélique, la théologie des livres sapien­ Venise, 1745, t. t, p. 229; 6. les noms spécialement tiaux; Philon s’en montre beaucoup plus indépendant; donnés au Verbe de force, de puissance du Père, l'hellénisme, malgré qu'il en ait, l’entraine en plus δΰναμις, δΰναμις και σοφία, ενέργεια, δΰναμις ένεργενική, d'un point hors de l'orthodoxie. Que maintenant Petau, ibid., § 7, p. 227, de main ou de bras du Père, saint Jean ait emprunté le titre de Logos, puisque ibid., § 8, de volonté, ou conseil, ou volition, βουλή, Jésus-Christ ne l'avait pas pris, Origéne, In Joa., θέλημα, δημιουργικός λόγος, ibid., § 10; c. l’exégèse tom. I, n. 23, P. G., t. xiv, col. 65, aux Grecs de non seulement des textes qui fournissent à ce dogme Corinthe ou aux Alexandrins, c’est de toute probabilité : une base scripturaire incontestable : Rom., xi, 36; voluit ergo Johannes accommodate ad usum loqui, 1 Cor., vm, 6; Col., t, 16, 17; Heb., i, 2, 10-13; m, 4, voluit inlelligi... — erat quoque [nomen] ad ea quæ Joa., t, 3 sq., mais de plusieurs autres encore dont dicturus erat accommodatum, Maldonat, In t V Evang., l’interprétation prèle à critique. Ainsi lorsque la tète Paris, in-fol., 1668, p. 1233, n. 31; mais tandis que est pleine d'une doctrine aimée, s'imagine-t-on facile­ la spéculation juive hésitait entre la personnalité et la ment la rencontrer partout. Cette exégèse garde du moins un haut intérêt dogmatique. Dans Gen., Il, 1, personnification métaphorique, saint Jean « à l'énigme obscure et embarrassante substitua clairement et har­ les mots in prineipio sont traduits in Verbo ou in Filio. diment le mystère : le Verbe est de nalure divine et il S. Théophile, Ad Aulol., 1. II, n. 10, P. G., t. vi. col. 1066; Origene, In Gen., homil. I, P. G., t. xn, existe de toute éternité comme hypostase distincte ». Pour accentuer cette dilïérence — λόγος et non pas col. 145; cf. de Hummelauer, In Gen., Paris, 1895, p. 85; Petau, Deopif. sex dier., I. I, c. t, § 16, t. m, νους — « il usa dans l'exposé de sa doctrine d'un certain parallélisme avec Gen., I, 1, et releva l'activité p. II8. On retrouve celte traduction jusque dans la du Verbe dans la création. » Hackspill, loc. cil., 1902, scolastique. S. Bonaventure, Opera, Qiiaracchi. t. n, p. 72. C'était moins accepter les spéculations humaines p. 37, et note 9. — C'est au Verbe que le cr'ateur que les réformer par la révélation. s’adressait en disant Gen., i, 26, faciamus hominem. 6) Les l’ir.-s, dans un milieu aussi accoutumé que le Barnabæ epist., v, 6, Funk, Aposl. Vüler, p. 50; monde d'alors aux théories du logos, useront d'une S. Théophile, Ad Autol., I. Il, n. 18, P. G., t. vi, • accommodation » semblable. Il yavait d'ailleurs grande col. 1081 ; S. Justin, Dial., n. 62. ibid., col. 617; S. Irénée, Conl. hær., I. IV, c. xx. n. I, P. G., t. vu. satisfaction pour les Justin, les Clément, les Origéne, col. 1032; Terlullien, Ado. Praxeam, c. xn, P. L., I. Il, à retrouver dans la dogmatique chrétienne tout ou partie de leur philosophie préférée et comme un point col. 167, 168; Novalien, De Ί rinil., 26, P. L., t. m. d’honneur à prouver au monde grec que l'on n’avait rien col. 936; Eusèhe, Priep. evang., I. VII, c. xn, P. G . t. xxi, col. 544; cf. Petau, De Triait., I. II. ··. vu. J 6. à lui envier : ομοίως τινά... ένια δέ καί μειζόνως και t. n, p. 88. — Les Septante ayant traduit Prov..vm. [9ειοτέρως| καί μόνοι μετά άποδείξεως. S. Justin, A pol., t, η. 20, P. G., t. vi, col. 537. Quelques-uns défendront 22, le Seigneur m’a créée, on m'a constitué·· prier έκτισε με àp/ήν, au lieu de 1 hébreu « ma . même la thèse du plagiat : Platon doit à Moïse ses έζτήσατο, les Pères entendent ces mots de .. > dogmes les plus élevés. Si celte affirmation est peu que Dieu a enfantée, en vue de la création solide, la remarque que saint Justin lui adjoint a du S. Justin, Dial., n. 61, 62, P. G., t. vi. col. ’ ’ i" moins sa valeur pour réfuter celte accusation que la Athénagore, Legat., 10, ibid., col. 909; S. Ir n e. théorie du Vei be-créateur et telles autres seraient un Cont. hier., I. IV, c. XX, n. 3, P- G., t. vu. cul ! .v;. emprunt du christianisme à l'helénisme. C'est que les plus illettrés des lideles parlaient en cela comme les Terlullien, Ado. Prax., c. vu, P. L., t. i . c.·; 161 Ado. Uermoj., c. xvtil, ibid., cul. 213, plus instruits, « d'où il est à conclure, que ce n’est 2119 CREATION De princip., I. I, c. Il, n. 2, G., I. Xl. col. 131 : In Joa., tom. I, n. 22, 39, P. G., t. xiv, col. 56, 89; Eusèbe, Præp. evang., I. VII. c. Xli, P. G., t. xxi, col. 541. L’évangéliste, conclut Eusèbe, ne faisait donc que reprendre la doctrine an­ tique, το προφητικόν καί πάτριον δόγμα, quand il écrivait : Au commencement était le Verbe. Joa., i, I. Eusèbe, ibid., col. 544. Saint Athanase juslilie le mot έκτισε, Conl. arian., il, n. 78, P. G., t. xxvi, col. 312. Cf. IJackspill, loc. cit., 1901, p. 210, note 2. — C’est du Verbe qu'il s’agit encore Ps. xxxn, 6: Verbo Domini cæli firmati sunt. S. Irénée, Cont. hær., I. I, c. xxn, n. 1, P. G., t. vu,col., 669; S. Ambroise, Defide, 1. IV. c. iv, n. 45. P. L., t. xvi, col. 626, etc. — d. Enfin comme ils trouvaient celte doctrine même dans des textes de l’Écriturc où elle n’était guère, les Pères la lisaient chez les philosophes où elle n’était pas davan­ tage. S. Augustin, Confess., 1. VU, c. ix, n. 13, P. L., I. xxxn, col. 740; In Joa., tr. I. c. i, n. 12 sq.; tr. H, c. I, n. 4; P.L., t. xxxv, col. 1385, 1390; Deciv.Dei, 1. X, c. m, n. 1, P. L., t. xli, col. 281. Eusèbe appelle en témoignage Platon, Philon, Plotin, Numénius, Præp. evang., 1. XI, c. XIV sq., P. G., t. xxi. col. 884 sq., et nous garde un extrait d’Amélius sur saint Jean. Ibid., c. xix; cf. I. IV, c. il, tv, v, x; 1. V, c. vn-xxx, P. G., t. xxt, col. 900. 2. Nature du démiurge. — Saint Jean affirme la divinité du Logos au moment même où il le met en scène, Joa., 1,1, et celte divinité au sens strict, par éga­ lité parfaite avec le Père, suffit à le distinguer du dé­ miurge platonicien ou philonien. Toutefois renvoyant ailleurs la démonstration rigoureuse de la divinité du Verbe, nous n’entendons ici que signaler rapidement, comment, d’accord avec les philosophes pour attribuer au Logos la constitution du monde, les Pères se sépa­ rent d’eux sur des points considérables : a) Sur la nature de son action. — Ce n’est pas une organisation de la matière, mais une création exni/iilo. Qu’ils semblent se rapprocher davantage des vues pla­ toniciennes comme saint Justin, saint Théophile d’An­ tioche, saint Irénée, saint Hippolyte, en montrant dans le Verbe la cause exemplaire et la cause efficiente de l’univers, ou mêler ces conceptions de notions stoï­ ciennes, en le décrivant comme le principe d’union, d’ordre, d’harmonie, le lien des êtres créés et la forcequi les gouverne, comme Clément d’Alexandrie, Origène, saint Athanase, tous sont d’accord sur ce point. b) Le Verbe est une personne distincte du Père et distincte du monde. La mission personnelle du Fils a tranché cette question de la personnalité si douteuse chez Platon et chez Philon. e) Le Verbe n’est pas immanent, comme le logos stoïcien, mais extérieur au monde : cette conception d’un dieu immergé dans la matière est constamment repoussée par les Pères. C’est donc en un sens tout diilérent du stoïcisme que saint Justin admet un λόγος σπεραατικός, une participation du Verbe dans les créa­ tures. A/iol., n, n. 7, 8, P. G., t. vt, col. 456, 457; Apol., I, n. 32, ibid., col. 380; n. 46, col. 397. Même idée chez Clément d’Alexandrie, Strom., 1, XI, P. G., t. vnt. cul. 748, 749; V, xm, P. G., t. ix, col. 129. «Les stoïciens veulent que Dieu pénètre toutes choses, διήχειν διά πόση: τϊς ούσίας, mais nous nous ne l’appelons que l'auteur de toutes choses, ποιητήν μόνον, et auteur par Je Verbe, χαι Λόγω ποιητήν. ·· Ibid., t. xiv, col. 129. Ainsi dans Origene est attribué au Logos personnel et trans­ cendant le rôle du logos stoïcien. De prine., 1. II, c. i, n. 2, P. G., t. xi, col. 183. Cf. S. Athanase, Orat. cont. gentes, n. 40, P. G., t. xxv, col. 81 ; n. 82, col. 84. Le logos créateur n’est pas, affirme-t-il, le λόγος σπερμα­ τικός. d) Le Verbe n’est pas davantage un intermédiaire créé, un être distinct de Dieu et par qui, comme par un 2120 instrument indispensable, la cause première entrerait en rapport avec le fini. Peut-être serait-ce la conception de Philon; ce fut celle des gnostiques, du néoplato­ nisme, de l'arianisme et de l’averroïsme. Les premiers apologistes chrétiens, en distinguant le Logos de toute créature, se séparent en principe de cette manière de voir. Toutefois quelques expressions font difficulté. Les premiers représentants des écoles de Borne et de Car­ thage, en insistant sur ce fait que le Père est inconnais­ sable, innommable, qu’il ne peut se manifester direc­ tement aux créatures, donnent lieu de penser que le Fils est précisément cette divinité secondaire, engen­ drée en vue de la création et apte de ce chef à entrer en contact avec le monde. S. Justin, Dial., n. 60, 127, P. G., t. vi, col. 612, 772; S. Théophile, .4rf Autol., I. 11, n. 22, ibid., col. 1088. Un être intelligent, il est vrai, n’agit pas sans son idée, son Verbe, el sous ce rapport le Logos est médiateur obligé; s’il est conçu comme la puissance active du Père, c’est encore par Lui que le Père doit nécessairement se manifester, mais ces manières de concevoir ne sont pas rigoureu­ sement correctes, car le Père est intelligent et puissant par lui-même et non par son Fils. On pourrait cepen­ dant se contenter de cette explication, si l’égalité par­ faite du Père et du Fils était, chez ces mêmes écrivains, hors de conteste. Ce n’est pas le cas. La doctrine est claire après Nicée:.le Logos est consubstantiel au Père et donc identifié rigoureusement avec lui quant à la nature; tout médiateur est inutile; créant parsa volonté seule, Dieu n’a besoin que de vouloir pour créer. C’est l’argumentation de saint Athanase et de saint Cyrille. Cf. Petau, De Deo, 1. V, c. vnt, t. t, p. 225. Au fait, toute théorie qui exige un intermédiaire se heurte à d’insurmontables difficultés. Un tel médiateur est im­ possible et inutile. Impossible, car il devrait à la fois être infini, pour que Dieu puisse le produire sans dé­ choir et le faire participer à l’infinité naturelle de la puissance créa trice sans amoindrissement, et par ai Heurs fini, pour pouvoir lui-même se mettre en contact avec le fini. Infini pour être divin, lini pour être principe de la limite : deux qualités contradictoires. Inutile, il le serait, car si Dieu peut sans intermédiaire produire ce démiurge comme distinct de soi et moindre que soi, il peut donc créer quelque nature finie par lui-même et le médiateur n’a plus de raison d’être; inutile encore, car pourquoi la perfection de l’étre infini devien­ drait-elle pour lui une raison d’impuissance; pourquoi ne pourrait-il pas opérer immédiatement ce qu’un autre agent ne ferait en somme que par une vertu reçue de lui? e) Enfin le Logos est consubstantiel au Père. C’est la dernière et radicale dillérence entre la philosophie et le dogme. Bien que l’on puisse, même chez les écri­ vains des premiers temps, recueillir des témoignages en faveur de ce dogme, il est vrai cependant de dire que la littérature anténicéenne porte des traces de subordinatianisme. Petau, De Trinitate, I. I, c. lit sq.; 1. Il, c. il sq., t. n, p. 20 sa-, 67 sq. Certaines formules de l’Êvangile, l’habitude de présenter le démiurge comme ministre et exécuteur des desseins du Pere, op. cit., 1. II, c. vu, 7, 8, t. 11, p. 88, la difficulté très réelle de comprendre les rapports de paternité et de filiation, de distinguer par des concepts et des termes précis la dépendance d’origine et la dépendance de nature — la première exigeant seulement antériorité logique du principe premier sur l’être qui procede de lui nécessairement, éternellement, la seconde exigeant de plus une antériorité de temps de la cause sur son ell’et — enfin le danger naturel destentatives trop hâtées de concordisme entre la philosophie et Je dogme, expliquent facilement ces hésitations ou ces illogismes de la spéculation des premiers âges. Celte grave ques­ tion ne peut être ici traitée. Voir Consubstantiel, 2121 CRÉATION SuBontilNATiANlSME. Nous n'en signalerons avec quelque détail qu’un seul aspect plus spécialement en rapport avec le dogme de la création. Toutes les questions qui ont trait au rôle du Verbe dans la création sont spécialement développées à l’âge scolastique, à la fois pour coordonner les données tra­ ditionnelles et pour réfuter les théories averroïstes, qui ramèneraient le dogme aux intermédiaires néoplatoni­ ciens. La consubstantialité parfaite reçue sans conteste dans l’Ecole oblige à rejeter toute idée d’un démiurge inférieur. Une conception plus profonde, ce semble, de la cause première, amène â rejeter les intermédiaires pour ce motif même au nom duquel l’averroïsme l’exi­ geait, parce que la cause première est infinie. Cf. S. Bo­ naventure, In IV Sent., 1. Il, dist. I, p. I, a. 1, q. ll. Si elle est infinie,elle peut tout. On explique par ailleurs qu’elle peut sans déchoir créer le fini et l’imparfait, parce qu’il répugne métaphysiquement qu'il y ait en dehors de Dieu autre chose que du fini. La raison de la limite, ce n’est pas l’impuissance du créateur, c’est l'imperfection essentielle de la créature, qui tirée non pas de Dieu, car elle lui serait égale, mais du néant, ne peut sans contradiction se concevoir comme infinie avec un tel vice d’origine. Tout ce qui subsiste des intermédiaires aristotéliciens et néoplatoniciens, c’est une certaine subordination des causes créées, et cela même est bien caduc. Quant au Verbe, on concède qu’il peut être dit inter­ médiaire entre la créature et le Père, considéré comme premier principe, parce qu’il est la Sagesse par qui Dieu crée; on nie qu’il soit intermédiaire entre Dieu et la créature, parce qu'il est en Dieu et Dieu luimême, Joa., t, I; quia ipsum Verbum etiam est Deus creans. S. Thomas, De veritate, q. tv, a. 1, ad 3um; q. iv en entier; Dont, gent., I. IV, c. xi. 3. Génération temporelle du Verbe dans la création. — Un trait commun aux premiers apologistes, c'est l'affirmation d’une sorte de naissance du Verbe au mo­ ment de la création. A vrai dire l’Écriture ouvrait la voie â de telles spéculations. Saint Paul avait nommé le Eils de Dieu premier-né de toute créature, CoL, i, 15, appuyant ce titre sur son rôle dans la création et sur son universelle primauté, ibid., I, 16-19; cf. Rom., I, 29, comme aussi sur ce fait que le Fils et les êtres créés viennent tous de Dieu, lleb., I, 6; Π, 11. Mais surtout le texte, Prov., vin, 22, εκτισέ με αρχήν (Eccli., xxiv, 5, primogenita ante omnem creaturam, ne se lit pas dans le grec), donnant un appui aux théories sur le Logos, amenait à rechercher comment le Verbe avait été constitué principe de toutes les œuvres de Dieu, et quel pouvait être cet acte divin rendu par le κτίζειν des Septante? Saint Justin parle du Logos » qui avant toute créature se trouvait avec le Père et a été engendré, lorsqu’à l'origine il créa et ordonna par lui toutes choses, προ τών ποιημάτων και συνών καί γεννώμενος δτε την αρχήν δι’αϋτοϋ πάντα εκτισε ». Apol., II, η. 6, Ρ. G.,t. VI, col. 453. Avant tous les êtres Dieu l’engendre, comme principe de ses œuvres, Prov., vm, 22; c’est une cer­ taine puissance intellectuelle ou force verbale, δύναμίν τινα λογικήν. Dial., n. 61, col. 613. Pour expliquer cette génération, il a recours â deux comparaisons. L’une est destinée à montrer en nous quelque image de cet '■nfantement : quand nous proférons en effet un verbe, nous engendrons un verbe, λόγον γάρ τινα προβάλλοντες, λόγον γεννώμεν. Ibid., col. 616. L’autre explique comment l’immutabilité divine peut être pleinement sauvegardée : cela se fait sans abscission qui amoin­ drisse, quand nous l’émettons, le verbe qui est en nous; ainsi voyons-nous un feu naître d’un autre sans diminution de celui qui l’enflamme. Ibid. Cette com­ paraison est reprise sous la forme de deux torches allumées l'une par l'autre. Dial-, n. 128, col. 776. 2122 On a quelque chance de comprendre la pensée du philosophe en la rapprochant des spéculations stoï­ ciennes sur le λόγος ενδιάθετος et le λόγο; προφορικός. Zeller, Die Philosophie der Griechen, t. iv, p.67, n. t. Elles avaient déjà exercé leur influence sur Philon. Drummond, Philo Judæus, t. n, p. 156 sq. Sans les faire siennes, saint Justin du moins s’en inspire. Le P. Feder. Justins des ilârlyrers Lehre von Jesus Christus, p. 98103. parait entendre les expressions citées plus haut, συνών και γεννώμενος, du Λόγος προφορικός. Μ. d’Alès qui a suivi ces mêmes théories chez les premiers apolo­ gistes, Théologie de Tertullien, in-8°, Paris, 1905, p. 86-96; Théologie de S. Hippolyte, in-8<·, Paris, 4906, p. 21-31, juge plutôt, Etudes, 1907, t. ex, p. 114 sq., que συνών fait allusion à la préexistence du Verbe dans le sein du Père, λόγος ενδιάθετος, tandis que γεννώμενος s’appliquerait à cet éveil ou naissance du Verbe, λόγο; προφορικός, au moment où Dieu médite et décrète le plan du monde. Cf. τούτο το τώ ό’ντι άπό του Πατρός προβληθέν γέννημα προ πάντων τών ποιημάτων συνήν τώ Πατρί καί τοΰτω ό Πατήρ προσομιλεϊ. Dial., n. 62, col. 617, Ce fils, le seul qui soit véritablement fils, Apol., i, n. 23, col. 364; Apol., il, n. 6, col. 453, est donc à la fois de nature intellectuelle, δΰναμις λογική, Dial., n. 61, 62, col. 613, 616. et relève de la volonté du Père, δυνάμει καί βουλή, Dial., n. 128, col. 776, θελήσει. Ibid., n. 62, col. 616. 11 y aurait ainsi indication de deux états du Λόγος. Dans l’une ou l’autre hypothèse, issu du Père il est Dieu, Dial., n. 48, col. 580; n. 56, col. 600; n. 61, col. 616; exécuteur-né des desseins du Père, loc. cit., col. 600, 613, 616, il est antérieur à toute créature, loc. cil., col. 580, 613, 616, 617. Tatien reflète la pensée de son maître, reprenant, Orat. adv. græcos, n. 5, col. 814· sq.. et son exégèse de Prov., vin, 22, et sa double comparaison de la parole humaine et de la torche. « Dieu, en tant que son œuvre n’existait pas encore, était seul ; en tant qu’il était lui-même toute-puissance et la subsistance, ύπόστασις, des choses visibles et invisibles, avec lui — car il se trouvait avec lui, συν αΰτώ γάρ — soutenait toutes choses par sa puissance verbale le Verbe, même qui était en lui. II s’élance ce Verbe par la volonté de sa simplicité... il devient l’œuvre première-née du Père, εργον πρωτότοκον. Nous savons quec’est lui le principe du monde. » Poussant plus loin l’image Tatien ajoute : « Quand j'émets ma voix, on peut dire que j'ordonne la matière inordonnée qui est en vous; » ainsi du Verbe, qui créant lui-même la matière, y imprime en­ suite la pensée du Père. Loc. cil-, col. 817. A ce qu’il semble, l'existence éternelle est plus accentuée; la géné­ ration temporelle plus rapprochée de la création : n'estce pas proprement l'entrée en jeu de l’activité créatrice? Athénagore témoigne de spéculations analogues, encore que plus dégagéesdes réminiscences stoïciennes : « le Fils de Dieu, c'est le Verbe du Père dans son concept et son activité. Par lui |?j et par son entremise tout a été fait, le Père el le Fils n’étant qu'un... Que si vous voulez savoir du Fils ce qu'il en faut entendre, je dirai brièvement que c’est la progeniture première du Père, non pas qu’il soit devenu tel. ούχ ώς γε-όυενον, car Dieu dès le principe esprit éternel, νους, avait en soi-même son Λόγος, étant éternellement λογικός, mais parce qu’il s'est élancé pour être l’idée et l'agent, ίδια και ενέργεια, de toutes les choses matérielles... /.< ,-j· , n. 10, P. G., t. vi, col. 909. Le titre de Fils est encore rattaché à la création, mais il ne parait pas qu i: y ait lieu de dire avec Petau. De Trinitate, 1. i, c. m. ; 4. Venise, 1745, p. 21, que cet apologiste confond, avant ·. création, le Père avec le Fils. Saint Théophile d’Antioche donne à ces théories une formule célèbre, et il l'emprunte au vocabulaire stoï­ cien, en distinguant un Verbe interne, e: un externe, λ.όγος ενδιάθετος, λόγος προφορικός. Le λ crue 2123 CRÉATION interne qui est toujours avec le Père, Ad Autol., I. II, n. 10, 22, P. G., t. vi, col. 1064,1088, est son conseiller, σϋμόουλον, ibid., col. 1088, son ministre, υπουργόν, col. 1064. Quand il veut produire les créatures, Dieu l’externe, i ένννοε προφορικόν, et c’est le premier-né de toute créature. Dieu ne le perd pas en le proférant, mais il l’engendre, et ce Verbe, vraiment Dieu lui-mème, esl l’instrument naturel des theophanies. Ibid. A tort encore, ce semble, Petau concluait de ces passages, loc. cil-, § 6, p. 22, que saint Théophile reconnaissait deux Verbes distincts. Les textes ne requièrent qu’une ditlérence quelconque d’état et ne peuvent guère s’en­ tendre de deux individualités séparées Cf. τούτον τον Λόγον έγέννησε. Nous retrouvons l'héritage certain de saint Théophile dansTertullien et dans saint Hippolyte. On rapprochera entre autres les aflirmations communes sur l'immensité divine, αυτός τόπος ών, S. Théophile, op. cit., I. Il, n. 10, col. 1061; ipse sibi el mundus et locus et omnia, Tertullien, Ado. Prax.,c.v, P. L., t. n, col. 160, le σύμβουλον οΙΓύπουργόν de saint Théophile, /oc.rit., du σύμβουλον καί εργάτην de saint Hippolyte. Adv. Noet., n. 10, P. G., t. x, col. 817. La distinction entre les deux Verbes se traduit chez saint Hippolyte par la distinction entre le λόγος ενδιάθετος et la φωνή, Adv. Noet., n. 10; chez Tertullien par la différence établie enlre la ratio et té sermo. Ado. Prax., c. v, col. 160. Tertullien critique l'emploi peu judicieux des termes λόγος et sermo, l'usage étant déjà reçu, per simplici­ tatem interpretationis, de dire que dés le commence­ ment le Sermo était en Dieu, c. v. Ces termes φωνή, sermo, λόγος, parole, impliquant quelque rapport à l’extérieur, ne peuvent, au sentiment de cet apologiste, convenir à Dieu éternellement. Quant à la génération du Logos, il la décrit ainsi : ante omnia Deus erat solus... ceterum ne tunc quidem solus: habebat enim secum, quam habebat in semelipso, rationem suam scilicet... Son sermonalis Deus a principio, sed ratio­ nalis Deus etiam ante principium. Cependant bien que Dieu n’eût pas encore émis sa Parole, sermo, en tant qu'il méditait avec sa liaison, il faisait d’elle une Parole. Ainsi en va-t-il de nous, quand nous méditons en nous-mêmes, ita secundus quodammodo in te est sermo ner quem loqueris cogitando, et per quem cogitas .oquendo. Ipse sermo alius esl... Quanto ergo plenius hoc agitur in Deo. hoc. cit., col. 160. Au moment où Dieu veut réaliser ses desseins, « il profère cette première parole, primum sermonem, qui a en soi pour compagnes la Raison et la Sagesse, alin que toutes choses soient produites par elle, par qui elles avaient été pensées, ordonnées et même faites du moins dans la pensée de Dieu, » c. VI, col. 161. De là deux paroles, l'une dans la pensée de Dieu, conditus ad cogitatum, l'autre dans son opération, generatus ad effectum, et c'est cette seconde qui constitue la génération parfaite, hœcest nativitasperfectasermoniS, c. vu, col. 161; à rapprocher du De anima, c. VI, P. L., t. 1, col. 656. Cette émission diffère des émana­ tions gnostiques en ce que la Parole proférée est insé­ parable de celui qui la profère; elle a pour corps pour ainsi dire l'esprit même de Dieu : sermonis corpus est Spiritus... Sermo ergo et in Patre semper... et nun­ quam alius a Patre, c. VIII, coi. 163. Mais il n’est guère douteux que la Parole ne soit inférieure à Dieu même, secundum a Paire, c. vm, col. 162; c. xut, col. 170; Paler tota substantia, Ulins derivatio totius et porlio, c. ix, col. 161; ce n'est que le rayon par rapport au soleil, c. Xlll, col. 170. Il est impossible de juger désignée par cette première voix la créalion elle-même; comment expliquer entre autres les mots habentem in se individuas suas, c. vi, el l’antériorité de cette première parole sur la créalion qu’elle doit opérer, generata ad effectum, c. vu. et ce passage où 2124 s’accuse avec la même différence le caractère temporel de cette génération : comment la matière serait-elle éternelle, objecte Tertullien au dualisme d'Hermogène, si en Dieu même la Sagesse est née dans le temps, si enim intra Dominum quod ex ipso et. in ipso fuit sine initia’non fuit — Sophia scilicet ipsius exinde nata et condita ex quo in sensu Dei ad opera Dei disponenda cœpit agitari — multo magis non capit sine initio quiquam fuisse, quod extra Dominum fuerit. Adv. Hermog., c. xvtn, coi. 213. On retrouvera, pour une bonne part, la source de ces idées dans l’Adw. Noetunt de saint Hippolyte. Cf. Noeldechen, Tertullian wider Praxeas, dans Jahrbuch fier protestanlische Théologie, 1888, t. xiv, p. 596 sq. Dieu, écrit ce Père, préexiste seul à toutes choses, seul et pourtant multiple, υ,όνος ών, πολύς ήν· ούτε γάρ άλογος ούτε άσοφος. Adv. Noet., c. χ, col. 817. Comme principe, comme conseiller, comme artisan de la créa­ tion il engendre le Logos. Ce Logos qu’il portait en lui invisible au monde créé, il le rend visible, prononçant une première parole, lumière qui engendre la lumière. Il le députe à la créature... pour le salut du monde. Ainsi eut-il prés de lui une personne distincte, και ούτως παρίστατο αύτώ έτερος, c. XI, col. 817. Le Tout c’est le Père, de qui procède, comme sa puissance, le Logos. Il est cette intelligence qui se produisant dans le monde fut manifestée comme l’enfant de Dieu. Ibid. L’explica­ tion ne laisse pas que d’être obscure. Encore n’est-ce ni par l’incarnation, ni par la création que le Logos peut devenir une autre individualité à côté de Dieu, ούτως παρίστατο έτερος. Il accomplit les Ordres du Père, c. xiv, col.821. Et saint Hippolyte s'en vachercher dans l’incarnation l'explication du titre de Fils donné au Logos, c. xv, col. 824. Même doctrine dans les Philosophoumena, séparêsdu précédent traite par une trentaine d’années. Sur l'har­ monie des deux écrits en ce point, cf. d’Alès, Théologie de S. Hippolyte,p. 23, note. Dieu, seul à l'origine, produit d'abord par la pensée son Verbe immanent, ού λόγον ώς φωνήν, άλλ' ένδιάΟετον τού Παντός λογισμόν. Ce Verbe, qui porte en lui toutes les idées du Père, est de ce chef l'agent naturel et parfait de loutes ses œuvres. Philos., I. X, c. xxxiii, P. G., t. xvi, col. 3447. Il suffit que Dieu le profère. Ayant ainsi marqué plus nettement que ses devan­ ciers une certaine préexistence du Verbe, πολύς ήν, et la double explication de sa génération, comme προτέρα φωνή, et comme Verbe incarné, notre auteur a poussé plus loin qu'eux ce qu’ils avaient indiqué de la dépendance du Verbe à l'égard de la volonté divine : Dieu, dit-il, peut faire un Dieu, s’il lui plaît, puisque nous avons l’exemple du Logos, έχεις του Λόγου παράδιγμα. Philos., ibid., col. 3450. Des expressions analo­ gues de Tertullien, dispensationem constitutam in quod Deus voluit, Adv. Prax., c. iv, P. L., t. it, col. 159; cf. c. x, col. 166, pouvaient encore recevoir une inter­ prétation bénigne, que le texte de saint Hippolyte ne supporte plus. Sans aller jusqu'aux exagérations des sociniens, cf. Chr. Sand, Nucleus historiæ ecclesiastics:, Amster­ dam, 1668, réfutées par l’anglican G. Bull, Defensio fidei Nicænæ,2· édit.. Oxford, 1688, et à sa suite par Bossuet, VP Avertissement aux protestants, Œuvres, in-l’, Paris, 1846, p. 55l sq., en évitant même les sé­ vérités de Petau, atténuées d’ailleurs dans sa préface, op. cil., praif., c. v, t. 11, p. 12, en laissant à part Alhénagore, plus indépendant, et même Talien, pour considérer spécialement les représentants étroitement apparentés des écoles de Rome et de Carthage, il semble difficile de ne pas reconnaître dans ces textes une dé­ formation de la doctrine chrétienne par la philosophie profane. « On a voulu, écrit sur les premiers apologistes M. Tixeront, interpréter leurs paroles dans le sens d'un 2!25 CREATION 2126 simple rapport nouveau établi ad extra par l’acte créa­ I mules que ces premiers apologistes ont reçues de lui, teur entre le Verbe et les êtres créés eux-mêmes; ' qu’ils ont gardées malgré l'incohérence de certaines explications; mais il les comprendra mieux grâce à leurs mais cette explication ne rend pas compte des textes. efforts et à leur insuccès. Des images analogues tradui­ Ces textes supposent qu’au moment de la création un changement s’est produit dans l'état intérieur du Lo­ ront le rôle du Verbe sans qu'on y puisse rien reprendre. Au temps de Nicée cette intervention du Logos est dite gos. » 'théologie au lénicéenne, p. 236. Telle esfaussi descente ou condescendance du Verbe dans la création, dans l’ensemble l'opinion de M. d’Ales, pins sévère cf. S. Athanase, Oral. cont. arianos, n, n. 62, σογκαmême a l’égard de saint Hippolyte en raison des Philosojdioumena qu’il lui restitue. Théologie de S. Hippolyte, τάοασιν; n. 61, συγζαταδένηκεν, P. G., t. xxvi, col. 280, 281; έπιίέόηζ-ν, Cont. gentes, n. 41, t. xxv, col. 81, elle p. 29. noie 3; Tixeront, op. cit., p. 328. saint docteur explique qu’en vertu de celte condescen­ Les éléments traditionnels sont encore reconnais­ sables, non seulement quant au rôle de démiurge attri­ dance, la Sagesse incrééea pu dire, s'appropriant ce qui bué au Fils de Dieu par saint Paul et saint -lean, mais Convenait en fait au reflet d'elle-même qu’elle a mis dans quant à la nature du Verbe : a) sa divinit·1 est expres­ ses œuvres et s’appliquait proprement à la sagesse créée : le Seigneur m'a créée, εκτισέ μ,ε. Dont. arian., il, 78, sément affirmée chez tons par le nom de Dieu qu’ils lui t. xxvi, col. 312. C'était résoudre par une autre métaphore attribuent, par la différence qu’ils signalent entre sa le texte dillicile, Prov., vm, 22. Le pseudo-Denys dira, naissance ex Deo et celle des créatures ex nihilo, par une certaine consubstantialité exprimée dans cette dans une pensée analogue, que Dieu se multiplie en comparaison désormais classique de la torche, φώς εκ quelque sorte dans la création, De div. nom., c. Il, φωτός, que retiendra le concile de Nicée; voir cepen­ n. Il, P. G., t. m, col. 619; cf. S. Thomas, De div. nom., c. n, lect. vi, Paris, t. xxtx, p. 415, c'est-à-dire dant saint Athanase, De synodis, P. G., t. xxvi, qu'en multipliant les êtres qui réfléchissent ses per­ col. 709. ούδ' ως... λύχνον άπό λύχνον; s’appuyant en fections, il semble agrandir d’autant son propre éclat. bonne part sur Prov., VIH, 22, il est même remarquable Ainsi de son Verbe; il parait l’engendrer au mo­ qu'ils se sont refusés à entendre έκτισε d’une création ment où ses œuvres le font connaître. En ce sens stricte, ou d’une production ad extra analogue à celle même, en lant qu'œuvres du Verbe, son écho, son re­ des dieux platoniciens; β) sa préexistence éternelle est flet. les créatures peuvent être diles le Verbe de Dieu. affirmée en quelque manière jusque chez Tertullien et saint Hippolyte, πολύς ήν, ne tunc quidem solus, par S. Thomas, Cont. gent., 1. IV, c. xm; In IV Sent., 1. I, dist. XXVII, q. I, a. 2, q. il, ad 3““. celte pluralité qu'ils reconnaissent en Dieu des le 4. Fondement de l’appropriation. — L’appropriation, principe : le Verbe est donc là au moins à titre d’attri­ au sens théologique du mol, suppose comme matière, but distinct, ou comme l'embryon avant sa naissance. une action ou un attribut commun aux trois personnes, M. Harnack est donc trop absolu en allirmant de l’en­ sinon ce serait une qualité personnelle; comme fin, semble des Pères apologistes, que chez eux seul le Λόγος celle utilité de faire ressortir par ressemblance et dis­ προφορικός est une personnalité distincte. Lehrbuch der Dogniengeschichte, 3' édit., Fribourg-en-Brisgau, semblance l'excellence des pirsonnes divines par rap­ port aux personnes humaines; comme condition, une 1897, t. t. p. 491. Si Pacte créateur n’entraine qu’une pure modification accidentelle, la personne préexistait convenance spéciale de ce qu’on approprie avec le donc. Mais il se pourrait que ces premiers théologiens caractère personnel de l'hypostase à qui l’on approprie. Tel est bien le cas dans l'attribution de la création au n’aient pas vu celte conséquence avec une telle netteté. Verbe : c'est une œuvre ad extra, donc commune; Le logos des philosophies alors en cours, platoniciennes, stoïciennes, gnostiques, est surtout envisagé dans son appropriée au Fils, elle montre sa puissance, son éga­ lité comme principe de toutes choses avec le Père; rôle cosmique, et c’est dans ses rapports avec le monde que les Pères ont surtout étudié le Verbe chrétien : la elle lui convient spécialement en tant que Verbe. génération éternelle semble hors de leur pensée. En elfet, le Fils procédant du Père par l'intelligence La spéculation les a amenés, ce semble, à noter la a pour caractère personnel d’être la Sagesse, la raison relation qui existe entre l’œuvre de Dieu et sa pensée : subsistante. S. Thomas, De. veritate, q. iv, a. 2. A ce la création est son idée et sa parole, puisqu’elle exprime titre, les saints Pères ne craignent pas de dire et les l’une et l'autre; l’acte créateur est donc bien l’expres­ scolastiques après eux, qu'il a une relation toute spé­ sion et comme l’enfantement de son Verbe. Toutefois ciale avec les créatures. S. Thomas, ibid., a. 5; Sum. il parait impossible d'expliquer par celle seule méta­ theol-, Ia, q. xxxtv, a. 3; S. Bonaventure, In IV Sent., phore les descriptions que ces premiers auteurs nous 1. I, dist. XXVU, p. n, q. n; de Régnon, Eludes sur donnent de la naissance du Verbe à ce moment. Sa per­ la sainte Trinité, t. m, p. 450 sq. Cette relation, il sonnalité ne se constitue pas alors, puisqu’il est déjà est vrai, est, au sens de l’Ecole, de pure raison, relulio avec le Père, σννών, mais elle parait se dégager; à tout rationis, c’est-à-dire qu’elle ne suppose aucune propor­ le moins elle s'accentue. Théorie inacceptable sans tion mesurable ou ordination physiquedu Verbe incréé doute et illogique : le moindre changement dans le à l’étre créé, comme serait la disposition naturelle Verbe, la moindre liberté dans sa génération est en d'un instrument à l’égard de tel elfet qu’il doit pro­ somme la n galion de sa divinité; elle porte atteinte duire : le Verbe est infini. Son caractère de Verbe, cependant, est un titre spécial et 1res juste à ce que la à l’immuliibilité du Père, duns l'unité de qui il naît création lui soit attribuée. On pourrait l’expliquer ainsi, et subsiste. « La philosophie de nos auteurs ne leur a pas fuit méconnaître en eux-mèrnes les éléments tradi­ en décomposant, pour le comprendre par analogie avec tionnels, mais elle leur en a dissimulé la portée et notre propre activité, ce qui n’est en Dieu qu’un acte voilé les conséquences, v Tixeront, op. cit., p. 239; unique, simple, éternel et infini. Comme Verbe, il est l’acte éternel qui représente au Père et l'essence divine Petau, 0/·. cit., I. Il, p. 12, § 1. Au surplus, ces erreurs sont le fait de quelques lettrés; el toutes les créatures possibles, copies de ses perfec­ un même désir d'expliquer le dogme provoquera chez tions : il est donc la premiere idée du monde, sa cause exemplaire, comme l'idéal dans l'esprit de l’ar­ Origène un subordinatianismeanalogue : c’est unecrise tiste — idea; comme tel, il sollicite le Pere a la r décroissance. L'enseignement ecclésiastique qui se garde indemne chez saint In née, Petau, loc. cit., § 7, p. 23; salion de ces êtres, de même que l'idéal conçu s ite l’ouvrier humain par son charme et son alu . . · t cet cf. Demonstrat. apostol. prædic., c. x, 7exle und l uaurait c'est celui qu'exerce l'essence divine, pei · ·. . n tersuch., t. xxxi, fasc. 1, p. 7, et chez les autres Pères, per simrlicitafem interpretationis, moins érudit mais infiniment aimable jusque dans la plus dégrad e de plus sur, se retrouve après Nicée avec les mêmes forses images — consilium; comme Sagesse, il assiste 2127 CRÉATION Dieu dans le choix des mondes possibles, en lui pré­ sentant dans chaque hypothèse les attributs spéciaux qui, brillant plus ou moins, seront par là plus ou moins glorifiés — imperium; comme exemplaire encore et comme sagesse, il dirige l’exécution de l’œuvre — exsecutio, et cela non seulement au premier instant de la création, mais tant que le monde subsiste, puisqu’il ne dure que si Dieu le conserve. Cause exemplaire et Sagesse pratique, le Verbe est encore raison finale de la créalion. En effet, la fin du monde, c’est la gloire de Dieu. Voir plus loin. Cette gloire, Dieu ne peut la réaliser qu’en se manifestant hors de soi, en donnant quelque idée de lui-même dans ses œuvres, et par conséquent quelques copies de ses perfections, invisibilia enim ipsius... per ea quæ fada sunt intellecta conspiciuntur. Rom., î, 20. Agir pour sa gloire, c’est en somme agir pour que d'autres êtres col­ laborent à cette gloire que Dieu se donne en se con­ templant et en s’estimant dans son Verbe. Ainsi la fin ultime de la créature, c'est la glorification du Verbe de Dieu; le moyen d'atteindre cette fin, c’est de produire les créatures à l’image du Verbe. Le Logos apparaît donc à la fois comme le principe et la lin de la création, l'a et Ι’ω. D’autres considérations légitimeraient aussi une cer­ taine appropriation de la création au Père en tant qu’il est la source de l’être, au Saint-Esprit en tant qu’il est la volonté qui décide, l'amour qui choisit, exécute et réalise la création jusqu’à la lin des temps. On s’appuie­ rait même sur ce fait que les Pères grecs ont souvent appelé le Saint-Esprit verbe et image. Rien de plus vrai; aussi bien appropriation n’est pas exclusion. 11 resle ce­ pendant que la révélation et la tradition ont insisté plus spécialement sur le rôle du Fils et que la raison peut apporter quelques considérations sérieuses en faveur de celte préférence. S. Thomas, De veritate, q. iv, a. 3; Pelau, De Deo, 1. V, c. x, t. I, p. 230 sq.; De Trinit., 1. V, c. v, § 5, t. n, p. 230. Voir Appuopriation, t. i, col. 1712 sq., 1717. 4» Personnes el nature dans l’acte créateur. — Quel est le rôle respectif des personnes et leur influence sur la production des êtres? Question scolastique en ce sens que ce sont les théologiens et les philosophes du moyen âge qui ont poussé jusqu’à ce point l’analyse de l’acte créateur, en ce sens encore que les définitions de foi n’atteignent pas directement ces problèmes ab­ straits; mais question théologique eu ce sens que la ré­ ponse laite peut amener à des conclusions en désaccord plus ou moins certain avec le dogme. Les scolastiques nomment nature le principe d’opé­ ration : principium quo remolum, si l’on désigne la substance même qui agit, principium quo proximum, si l’on entend la faculté par laquelle la substance entre en contact immédiat de causalité avec l'elîet. La sub­ stance, si elle est complète en elle-même et distincte comme individu, est dite suppositum ; si elle est de plus douée d'intelligence, c'est une personne, hypostasis ou persona. On peut se demander dans quelle mesure et de quelle manière, fût-ce d’une façon purement analo­ gique, toutes ces notions peuvent s’appliquer à Dieu. i. Les personnes. — Elles concourent à l’acte créa­ teur, a) comme absolument indispensables toutes trois, dit Henri de Gand. Quodlib., VI, q. n. Sans les personnes l’essence divine est impuissante. Mais Henri de Gand se rétracte. Summ., a. 54, q. vi; a. 60, q. vi; — b) par pure concomitance : il se trouve qu'elles sont en Dieu, elles coopèrent; — c) de toute nécessité, mais sans rien ajouter à l’énergie de l’essence. Ruiz de Montoya, De Trinitate, disp. Π1, sect. I sq. Cette dernière opinion semble de beaucoup la plus probable. La meilleure justification qu'on en puisse apporter est celle qui se tire des rapports de la nature et de la per­ sonne. Chr. Pesch, Prælectiones dogmaticæ, in-8», Fri­ 2128 bourg-en-Brisgau, 1899, t. iv, n. 79 sq. La personne n’est pas une réalité distincte de la nature, qui Viennese sura­ jouter à elleel puisse augmenter sa puissance. C'est l'état d'une nature raisonnable qui, complète en elle-même, dispose librement de ses actes. La personnalité ou le mode de subsistance n'inllue donc pas dans l'action comme un principe actif et comme une énergie dis­ tincte de celle de la nature, mais seulement comme une condition indispensable : la nature ne peut agir à titre de personne, à moins d’être complète quant à ses constituants spécifiques et libre de ses actes, sui juris. En conséquence, la nature ou l'essence divine ne peut agir avant d’avoir l’hypostase qui lui convient. Or l'hypostase divine, et cela nous ne le savons que par la foi, est triple, et puisque l’infini est simple et immuable, les trois hypostases sont nécessaires en Dieu comme l’essence elle-même. Il en résulte que la création qui requiert l'essence divine comme cause efficiente, prin­ cipium quo, requiert de même, comme condition sine qua non, les trois hypostases, qui sont le mode né­ cessaire de sa personnalité. Que l'on ajoute après cela avec Ruiz, loc. cit., sect, vin, des raisons comme cellesci : les trois personnes sont requises : a) parce que le Père sans le Verbe ne peut dire, c’est-à-dire concevoir sa pensée; b) ni sans l’Esprit-Saint qui est amour aimer sa créature et par conséquent la vouloir d’un amour effectif, ce sont là des manières de penser qui nous aident à mettre de l’ordre dans nos concepts ou des raisons suasives d’analogie; il semble que la vraie démonstration, autant qu’il s’en peut trouver dans ces mystères, soit plutôt dans la raison invoquée plus haut. C'est par un raisonnement semblable que nous avons établi la communauté de toute opération divine ad extra. Ces mêmes vues sur les rapports essentiels de personne et de nature permettent de répondre aux autres ques­ tions que l’on peut poser sur le rôle des personnes divines. Dieu crée-t-il ut trinus, c’est-à-dire sous le rapport précis où il est triple en personnes? H a déjà été exposé que la création est œuvre commune des trois personnes; donc celui qui crée est trinité, qui trinus. De plus, comme la création, à ce qu’il semble, requiert la toute-puissance divine et que l’être infini exige sa triple hypostase, on peut dire encore que la créalion requiert la Trinilé, ut trinus. Par contre, comme ce n’est pas la qualité d'élre une personne, mais le fait d'avoir telle nature, qui rend puissant ou impuissant, fécond ou infécond, on peut nier en ce sens que Dieu crée en tant que Trinité, ut trinus. Socrate, a pari, n’est pas père en tant que Socrate, mais en tant qu'il est homme. Palmieri, De Deo creante, Rome, 1878, th. vit, n. 4, p. 81 sq. 2. La nature. — Puisqu’il y a en Dieu toute la per­ fection d'un agent intelligent et libre, il faut dire de lui tout ce qu’on dirait d'un pareil ouvrier, sans oublier toutefois que notre connaissance reste inadéquate, que la réalité dépasse infiniment les petites perfections que nous affirmons, et que, si raisonnables et légitimes que soient ces affirmations, ce sont des abîmes d’ignorance que nous dissimulons sous ces mots. H y a de cela en Dieu, devons-nous dire, mais en beaucoup mieux : ni distinction de facultés, ni succession d'actes, etc. Ces réserves faites, l’essence divine peut être conçue comme principium remolum quo; la volonté comme principium proximum quo. La toute-puissance divine n’est en elfet que la volontéen tant qu’elle emporte l’infaillible produc­ tion de tout ce qu'elle veut ad extra. Dire volonté libre, c'est aussi présupposer l’intelligence qui propose l’objet de la volition. 11 appartient de ce chef à l’intellect di­ vin de représenter la série des êtres qui peuvent être le ternie de l'activité créatrice, scientia simplicis intelligenliæ, de représenter encore, quel qu'en soit le moyen mystérieux, tout ce qui serait dans la multiplicité 2129 CRÉATION des conjonctures possibles, afin que la providence choi­ sisse les movens appropriés à ses desseins, scientia media. Et après avoir affirmé ainsi tout ce que la raison exige, à faute de faire de l’infini un être inintelligent et imparfait, après avoir répété que tout cela ne con­ vient à Dieu qu'analogiquemc-nt, à faute de tomber dans ranllii'opomorphisme, il convient de professer bien net­ tement, qu'étant donné ce qui nous reste à connaître, le peu que nous savons est comme rien, ut sic post ontne illud... hoc ipsum quod Deus est remaneat occultum et ignotum. S. Thomas, De div. nom., Paris, t. xxtx, p. 374. m. l’acte créateur, sa nature. — 1° Acte d’in­ telligence et de volonté. — 1. Données bibliques et patrisliques. — Pour créer l’homme, Dieu le modèle avec de la terre et lui insuffle un souffle de vie. Gen., il, 7. Dans Gen., i, Dieu produit toutes choses par sa pa­ role. Il y a anthropomorphisme évident, mais le moyen de nous faire soupçonner quelque chose de ces mys­ tères sans recourir à des images analogues? En tous cas, l’élévation de cette description frappe les plus pré­ venus, surtout si on la compare aux cosmogonies ethniques. Taisant par la suite allusion à l’œuvre des six jours, la Bible reprend l'image reçue : elle exalte la parole créatrice. Ps. xxxn (xxxm), 6, 9; CXLvm, 5; Eccli., xlii, 15; Judith, xvi, 17, etc. Les saints Pères s'en tiennent aussi â cette méta­ phore et, dans l'exégèse de Gen., i, font ressortir la toute-puissance de Dieu, εΐπεν καί έγε'νετο. S. Ignace, Ad Ephes., xv, Funk, Aposlol. Vâter, p. 85, n. 20. Saint Théophile raille le verbiage laborieux des autres cosmogonies, πολυλογία εύρίσκεται ματαιοπονία, Ad Autol., I. fl, n. 12, P. G., t. VI, col. 1009; Dieu fait tout ce qu’il veut et par son Verbe. Ibid., I. 11, n. 10 sq., col. 1062 sq. Ainsi s’expriment les premiers héréséologues à rencontre des mythes gnostiques. Théodore de Mopsueste interprète le dixit de la Genèse dans un sens plus grossier. Il note que Dieu ne parle pas, Gen., t, 2, tandis qu’il le fait, Gen., i, 3, 6, 9. C’est, dit-il, que lors de la création du ciel et de la terre, Gen., 1, 1, nul n’élait là pour entendre sa voix; le reste de la création s'accomplit au contraire en pré­ sence des anges : comme ils ne peuvent connaître Dieu en lui-rnéine, il importe qu'il leur manifeste ses actes par une voix articulée. Jean de Philopon raille à bon droit cette conception. Cf. Petau, De opif. sex dierum, I. 11, c. vi, Venise, 1745, Opera, t. m, p. 127. Elle eut ses partisans ; cf. Basile de Séleucie, Orat., I, n. 2, P. G., t. t.xxxv, col. 29, 32; Tliéodoret la consigne, Qusest. in Gen., q. ix, P. G., t. i.xxx, col. 89 : l'ordre de Dieu c'est sa volonté; s'il fait usage de quelque voix, φωνή, c’est en raison des anges présents. L'opinion, générale c'est que l’expression « parole » est loute métaphorique; il ne faut pas songer à des sons matériels. S. Basile, In Ilexaem., homil. n, n. 7, P. G., t. xxix, col. 45. Sermo Dei voluntas est, dit saint Ambroise; encore n'est-ce pas un ordre que l'exécution suivrait de près; sa parole réalise l'œuvre, non ideo dixit ut sequeretur operatio, sed dicto absol­ vit negotium. Jn Ilexaem., I. I, c. ix, n. 33, P. L., t. xiv, coi. 142. Même pensée dans saint Grégoire de Nysse, In Ilexaem., P. G., t. xt.iv, col. 72, 73 : sa parole c’est son œuvre même, το εργον λόγος έστί, en tant que l'œuvre exprime au dehors la pensée de l’ouvrier, comme une statue l'idée du sculpteur. Aussi, dit Procope, y a-t-il dans le monde des paroles de Dieu de perfection diverse. In Gen., i, 3, P. G., t. lxxxvii, col. 48. De même, continue Petau, l'illumination par laquelle Dieu manifeste aux anges sa pensée, c’est la parole de Dieu aux anges, la procession du Fils, c'est la parole éternelle qu'il se dit à lui-méme, c’est son Verbe. Loc. cit., p. 128. Mais en interprétant ainsi <> la parole de Dieu » par 2130 « l’œuvre de Dieu » on n’explique pas encore ce que peut être en Dieu l'acte créateur. Les Pères apologistes exposent que le créateur porte en lui son Logos de toute éternité, λόγος ένδ-.άύετος, il l’exprime quand il crée, λόγος προφορικός; la créalion est pensée, volonté, parole : κόσμον εννοηθείς, Οελήσας τε και φΟεγξσμενος έποίησεν. S. Hippolyte, Adv. Noet., n. 10,11, P. G., t. x, col. 817. Ces explications montrent la création comme un acte d'intelligence et de volonté; elles font difficulté en attribuant au Verbe comme une génération temporelle dans le monde. Voir plus haut. Saint Augustin rejette de même, comme charnelle et absurde, l'idée d’une parole sensible prononcée par Dieu à l’origine des temps. De Gen. ad lilt., I. I. c. Il, n. 5, P. L., t. xxxiv, col. 248; cf. c. ix. n. 16; c. xvm, n. 36, etc. On peut croire que cette parole est la con­ naissance que les anges ont eue des idées divines. Ibid., n. 4, col. 248; cf. 1. II, c. vin, n. 16 sq., col. 269 sq. Ce n'est pas un ordre donné au Fils, puisque le Fils est précisément la parole du Père. Ibid., 1. II, c. vi, n. 12, col. 267. C’est en Dieu, avant l’action, la notion immuable de son œuvre, ipsius sui facti incommuta­ bilis ratio; elle ne comporte aucun son qui retentisse, mais une force éternelle agissant dans le temps. De ci­ vitate Dei, 1. XVI, c. vi, n. 1, P. L., t. xi.i, col. 484, cité par Abélard, Introd. ad theol., 1. I, c. xi, P. L., t. Cl.xxvill, col. 997. Cf. S. Augustin, De Gen ad litt., I. 1, c. n, n. 6, P. L., t. xxxiv, col. 248. C’est une parole unique, unum quippe Verbum ille genuit in quo dixit omnia priusquam facta sunt singula. Ibid., I. II, c. vt, n. 13, col. 268. Sans aucun mouvement d'esprit ou de corps, comme dans l’ouvrier humain, la création est donc l'aboutissement dans le temps d’une idée et d'une complaisance que les trois personnes divines ont eues de loute éternité. De Gen. ad. litt., 1. I, c. xvm, n.36; cf. 1. Il, c. vi, n. 14, ibid., col. 260, 268. Dieu pense, dit saint Grégoire de Nazianze, et sa pensée c’est son œuvre, καί το έννόημα εργον ήν, accom­ plie par le Verbe, parfaite par l’Esprit. Orat., xxxvm, n. 9, P. G., t. xxxvi, col. 320. La formule est reprise par saint Jean Damascène, De fide orlh., 1. II, c. il, P. G., t. xciv, col. 865, el Zacharie de Mitylène expose toute cette doctrine d'une manière claire et profonde. De opif. mundi, P. G., t. t.xxxv, col. 1066, 1097,1116. L’acte créateur, dans ces descriplions diverses, appa­ raît donc comme un acte d'intelligence et de volonté commun aux trois personnes. Il n'est en rigueur, for­ mellement, ni multiple, ni successif, bien qu'on puisse dans le langage courant le décrire ainsi; il est virtuel­ lement tel, puisque ses effets sont multiples, successifs et temporels. Il n'est pas davantage distinct de Dieu comme une modalité contingente : l’acte infini est toute chose dans la simplicité, Petau, De Deo, I. I, c. xn, xm. t. i, p. 76 sq. ; I. V, c. iv, g 12, p. 211 ; c. x sq., p. 232 sq. ; le terme produit est seul â changer. Ces idées sont reprises et développées par les scolas­ tiques, avec cette préoccupation constante d’écarter de l'acte pur toute ombre de mutabilité ou de composition. Examinant les rapports de l'action créatrice avec leur classification des diverses actions, ils témoignent d'une subtilité parfois excessive ; dans l’ensemble, sauf qu'eux aussi ont écarté avec soin tout ce que la Genèse pou­ vait suggérer d’anthropomorphisme, progrès tout néga­ tif, on peut dire que l’explication positive n'a pas fait un pas. En peut-il d'ailleurs être autrement dans un tel mystère? 2. Données rationnelles. — La raison dit que Dieu est intelligence et volonté; elle affirme que dans l'êtr ■ nécessaire tout est nécessaire, qu'on ne peut patconséquent admettre en lui ni succession, ni composi­ tion de modes el de substance, de puissance et d’acte. On pourra donc dire que l'essence divine correspond à ce qu’est en nous la nature, principe dernier d'opéra- 2131 CRÉATION 2132 drines, qui doivent rendre l’école spiritualiste indul­ lion, principium quo remotum, que l’intelligence et la gente pour toutes les énormités du panthéisme. » Le volonté divine répondent à ce que sont en nous ces nouveau spiritualisme, in-8", Paris. 1881, p. 135. mêmes facultés, principes immédiats d’opération, prin­ Les difficultés philosophiques du dogme présent sont cipium quo proximum. On niera ensuite toute distinc­ trop sérieuses pour que nous nous croyions permis de tion physique et réelle, dis linelio real is, et même toute distinction rigoureuse de concepts, distinctio rationis jeter l’injure à quelque penseur que ce soit cherchant en pleine sincérité. Toutefois, à beaucoup qui rejettent major, entre les facultés divines : toutes ces divisions avec dédain « l'anthropomorphisme » de la Bible, ne de nature et de facultés ne sont que manières de con­ peut-on reprocher un anthropomorphisme au moins égal cevoir commodes, parce que nous comprenons de la sorte quelque chose par analogie avec ce que nous ! et des contradictions autrement graves que les sommes, et légitimes en un sens, parce que la cause I difficultés du dogme chrétien? — a. Anlhropomorpremiere possède ces mêmes perfections, encore que ce i phisrne au point de départ. On ne veut admettre aucun mode d’activité en Dieu, que par analogie avec soit de manière différente et excellente. On dira encore, l’activité humaine, soit sensible, soit intellectuelle. Qui Dieu n'agissant pas sur une matière préjacente ni par prouve donc que ce soit le seul type possible de cau­ un organe sensible, que la création doit st concevoir salité? Cela n'est vrai que si l'on prend pour premier comme un acte de la volonté éclairée par l’intelligence principe ce pur postulat : l’homme esl la mesure de et efticace par lui-mème. On apportera ensuite les cor­ Dieu. — b. Anthropomorphisme au point d’arrivée. rections nécessaires pour écarter toute idée de mutabi­ C’est chose manifeste dans l’idéalisme contemporain. lité, toute proportion physique entre telle détermination Cette évolution de l’idée est copiée plus ou moins divine et tel ellet Uni, toute ordination réelle, relatio fidèlement sur le processus de la pensée humaine, et realis, de créateur à créature, analogue à celle d’un voici la contradiction notée déjà par saint Irénée. On effort musculaire donné à un travail mécanique déter­ proclame l’absolu transcendant, inconnaissable, igno­ miné. Que si l’on définit l'acte du créateur, la cause ou tum omnibus, puis on transporte en lui, pour expliquer raison suffisante de telle créature, creatio principial’origine des choses, toutes les affections et les passions live, on pourra le concevoir : a) comme un acte de vo­ de l’homme. Cont. hær., I. Il, c. xm, n. 3 sq., P. G., lonté, b) éternel et inlini quant à sa réalité physique, t. vu, col. 743. Il se connaît, il se pose, il évolue : entilative, c) définissant de toute éternité, sans mettre anthropomorphisme intellectuel. Saissel, Essai de phi­ en Dieu aucune détermination actuelle, les conditions losophie religieuse, 3e édit., t. n, p. 74. Le matérialisme spéciales de perfection, de temps, de lieu, etc., de l’étre n’échappe pas à cette erreur. « Ce qui fait i lésion aux qu’il lui plait d’appeler à l’existence : ce n’est donc en métaphysiciens de l'athéisme, écrit Mur d'IIulst, c’est Dieu qu'une détermination virtuelle, d) tel enlin que que, après avoir refusé à la matière initiale toute par la toute-puissance de cette volonté l’étre fini devient autre propriété que la masse et le mouvement, ils lui quand et comme Dieu l'a voulu. S. Thomas, Cont. restituent furtivement par la suite toutes les propriétés gentes, I. II, c. xxxv, n. 2. Ces explications données, de la cause première, » Mélanges philosophiques, l'action qui produit et constitue la créature reste mys­ р. 259, 264, et cette matière veut, pense, tend vers un térieuse. « L'art de créer n’est point de ceux dont l'es­ idéal, etc., tout comme nous. — c) Contradiction prit humain puisse surprendre la recette, et nous partout. Pour ne pas accepter le dualisme du créé et sommes aussi incapables de la connaître, que de l’em­ de l'incréé, on proclame que l’absolu est le relatif, l'im­ ployer. » Ou détermine seulement par ces déductions parfait le parfait par identité : c’est du moins l’abou­ rationnelles « quels caractères conviennent ou répu­ tissement logique de tout monisme. Les philosophes gnent à l'acte créateur. » De Margerie, op. cit., t. n, monistes ne sauraient être très sensibles au reproche p. 19. Un certain agnosticisme s’impose. La raison re­ d’impiété, puisqu’ils n’admettent pas un Dieu person­ marque en ellet que la puissance infinie d "'bordant a nel et transcendant ; il est du moins inconcevable nôtre a des ressources et des modes d'activité que nous qu'ils prennent leur parti de tant d’illogisme : une ne pouvons comprendre : à l'Etre ineffable correspond telle manière de résoudre la difficulté en l'exaspérant une action ineffable; elle note encore que la première n’est pas pour satisfaire précisément ceux qui de­ production des choses ne peut ressembler en rien aux mandent à peser les raisons et les mots. J. Simon, La modifications accidentelles des substances existantes, et, religion naturelle, in-12, Paris, 1873, p. 85 sq.; l'arges, ceci posé, comme le fait de la création se conclut né­ L'idée de Pieu, in-8», Paris, 1894, p. 456 sq.; Saisset, cessairement, elle se résout, à défaut de lumières plus op. cit., p. 73 sq. vives, à ces explications provisoires et imparfaites, On trouvera, col. 2037, la réponse aux difficultés qui mais coin renies. Et peut-être esl-il bon de s’en con­ concernent la possibilité a priori, l'intelligibilité d’une tenter, si toutes ces données affirmées à la fuis restent, création ex nihilo, et, col. 2038 sq., le développement des malgré leur obscurité, plus lumineuses encore que les idées que nous venons d'indiquer sur les contradictions solutions qui se présentent pour les remplacer. 3. Explications hétérodoxes. — Il suffirait, ce semble, du monisme. A voir les inextricables difficultés que pour en juger la valeur, de constater les critiques vio­ soulèvent, non pour l'imagination, mais pour la raison pliilosophtque, tous ces essais d'explication, on se lentes que se renvoient de l’un à l’autre leurs inven­ prend à soupçonner qu'une inspiration providenti. Ilea teurs. Voir.lanet, Le matérialisme contemporain, in-12, dû suggérer à l'écrivain des expressions si heureuses, Paris, I88S. p. 1 sq. On renverrait ces philosophes, Gen., t, 3 sq., et dixit Dominus, etc., qui nous comme faisait saint Justin, dos à dos, jusqu’à ce qu’ils exposent de l’acte divin ce que nous pouvons en entre­ se soient mis d’accord. Ce sont les « émanations » voir, inlelligere, sans épuiser ce qu'il contient de gnosliques, les énigmes de l’idéalisme contemporain : connaissable pour Celui qui Seul peut le comprendre, processus ternaire de llégel, « axiome éternel » de comprehendere. Et sans doute l'image est naïve et Taine, « saut hors de l’absolu » de Schelling. « Qui laite pour les simples, descendens ad parvulorum capa­ peut comprendre des assertions aussi contradictoires, citatem, disait saint Augustin, De Gen. ad Lil., I. Il, écrit M. Janet après l'examen de ce dernier système, el en quoi sont-elles plus claires que le dogme de la créa­ с. vt, n. 13, P. L., t. xxxtv, col. 2C8; mais elle offre assez à penser à qui rélléchit. Simple et riche de sens, tion ? » Janet et Séailles. Histoire de la philosophie, elle a le cachet des maîtres; si la prétention et l’obs­ in·"’, I887, p. 876. M. Ravaisson explique la création curité de quel pies autres trouve des admirateurs, par une sorte d'an antissement. se ipsum exinanivit (!), est-on bien sûr que ce succès soit de Ion aloi? Le d’activité divine suivi de réveil et de résurrection. dogmatisme confiant de ceux qui les proposent n'étant « Voilà, écrit Vacherot, de ces subtilités trop alexan­ 2133 CRÉATION point tempéré, comme dans la théologie catholique, par de justes professions d'ignorance, n'est-ou pas mis en singulière défiance à les voir expliquer la conslitulion et les actes de l’Absolu avec moins d'hésitalion que l'histoire des vues politiques d'Alexandre ou de César? 2° L'acte créateur et les théories scolastiques de l'action. — Pour préciser, au tant que faire se peut, l’acte créateur, on examine à quel point ce que l’on en sait cadre ou non avec les classifications philosophiques adoptées. Ces discussions ont eu l’avantage de mettre en pleine lumière les notions que nous venons d’expo­ ser et sur lesquelles, semble-t-il, tous les théologiens sont d’accord. Le reste est question d’école et dans une certaine mesure, question de mots. 1. La création n'est pas une mutation au sens striet. — L’averroïsme posait le problème en ne recon­ naissant d’autre action que la modification d’état, mutatio ou motus, et en exigeant comme cause de tout changement de ce genre un mouvement proportionné de l’agent. Il en résultait, comme le notait Gilles de Rome, dans le traité adressé par lui à Albert le Grand, cf. Mandonnet, Siger de Brabant, p. cxxi, 5 sq. ; 1’enifle, Chartularium unir. Paris., t. i, p. 487, que le mouvement était éternel et ne pouvait procéder de Dieu immédiatement. De là, condamnation, en 1241, par Guillaume de Paris de cette proposition, primum nunc et creatio-passio non est creator nec creatura lailleurs : possit non esse create], Denille, op. cil., t. i, p. 170, n. 128; cf. n. 130; en 1277, condamnation de la suivante, par Etienne Tempter : quod creatio non debet diei mutatio ad esse. Ibid., t. I, p. 543 sq., n. 217. La censure ajoutait pour cette dernière : « erreur, si on l’entend de toute espèce de mutation. » On peut en effet distinguer une triple mutation : ad esse ou créa­ tion, ab esse ou annihilation, in esse ou modification d'état. La dernière seule est, de fait, une mutation proprement dite dont les deux termes sont réels; les deux premières, du néant à l'être on de l’étre au néant, emportent cependant un réel changement, et réduire l'action au seul concept de mutatio in esse, c’était ex­ clure par un postulat la possibilité de la création. Jus­ qu’ici l'enlente est facile. S. Thomas, Sum. theol., I", q. xlv, a. 2, ad 2U“; De potentia, q. m, a. 2; S. Bona­ venture, In IV Sent., I. Il, dist. 1, p. i. a. 3, q. 1 sq., Quaracchi, t. il, p. 31 sq. 2. Ce n’est pas un intermédiaire, un milieu phy­ sique entre la cause première et l’effet. — Cette question, par où se poursuit normalement le problème précédent, se complique des sens multiples que l'on donne au mot d’action et du caractère tout spécial de l’action créatrice ex nihilo. Un exemple éclaircira le sens des termes. Un artiste prépare une statue. Le mouvement de ses mains et de son ciseau s’appelle parfois son action, plus exactement c’est la cause pro­ haine du travail accompli, aclio principialive. La statue qui se fait se nomme aussi son action ; c’en est plutôt le résultat,aclio lerminalive. Ou côté de l’agent, ce travail de ses membres est un intermédiaire entre lui et l'œuvre réalisée, c’est la mise en jeu préalable d’une force au repos, aclualilas virtutis. S. Thomas, Contra gentes, 1. 1, c. xlv; 1. II, c. IX; Sum. theol., 1», q. Liv,a. 1. Du côté de l’effet, la série des transforma­ tions, de l'ébauche grossière au dernier poli, est inter­ médiaire entre l'état de bloc informe et celui de statue parfaite. La création n’étant pas une mutation au sens strict du mot, il est clair qu'elle ne peut être dite intermédiaire : d’une part, en effet, Dieu crée sans mouvement, S. Thomas, loc. cit.; de l’autre, la créature ne passe pas par degrés du non-être à l’étre; cela se fait en un instant indivisible, bien qu’elle puisse par la suite se perfectionner avec le temps. Si l’on veut dire cependant qu'une chose est logique­ ment connue comme en voie de production, in fieri, 2134 avant d’étre produite, in facto esse, on pourra concéder qu’en ce sens l’action créatrice est un intermédiaire, mais logiquement seulement, non physiquement, entre le créateur et son œuvre. S. Bonaventure, loc. cil., q. II. Si l’on veut que toute action soit un mode de l’elfet, cause de son devenir et séparable de sa substance, l’affirmation prèle à même critique que les modes suaréziens du moins ainsi présentés. Si ce mode est créé lui-même sans intermédiaire, pourquoi serait il requis? S’il en requiert lui-même un autre, il en faut une in­ finité. 3. C’est une action formellement transitive. — En plus des sens précédents il en est un plus essentiel, actio formaliter : c’est l’action au sens propre. Ce n’est ni son principe, aclio principialive, ni son ré­ sultat, aclio lerminalive, mais la qualité qui permet de nommer la cause une cause actuellement agissante. Si l’action ainsi entendue demeure une perfection interne de l’agent, elle est dite immanente — ainsi d'un acte de volonté; elle est dite transitive, si elle a pour ré­ sultat de produire quelque perfection nouvelle dans un sujet extérieur — telle l'impulsion donnée à un mobile. Dans quelle classe d'action, immanente ou transitive, convient-il de ranger la création? Les anciens scolastiques, faute de distinguer en chaque réponse les diverses acceptions du mol action, semblent favorables tantôt à une opinion, tantôt à l’autre. Chacun des modernes les tire à soi. Suarez pro­ fesse que c’est une action transitive et un modedislinct de l’elfet. Disp, met., disp. XX, sect, iv, n. 21. Cf. Mo­ lina, 1», q. xlv, a. 3; q. xxv, a. 1; Lossada, Cursus philosophise, in-12, Barcelone, 1883, t. vi, tr. Ill, disp. 1, c. ni, n. 7 sq. Vasquez rejette le mode, avec quelque raison, ce semble, In Ian> S. Thomte, disp. CLX.MII, c. il sq., in-fol., Lyon, 1620, p. 250 sq., a la création-action n’est ni la volonté, ni l'intelli­ gence divine, car ce sont là les principes de la créa­ tion, principia creandi, non la création elle-même; la création n'est autre chose qu’une relation dans la créature. » Ibid., c. tv; cf. disp. CL1X, n. 41. Ainsi pour Suarez, comme pour Vasquez, la création serait une action formellement transitive; ils se séparent quand il s’agit de déterminer ce qu’elle est dans l’effet. Vasquez semble peu conséquent avec lui-méme en admettant que l'action (erealio-aclio) serait en Dieu, s’il agissait comme l'agent créé par une modification accidentelle de son être, ibid., disp. CLXXIII, c. il; disp. CLIX, n. 41 : celte modification ne serait cepen­ dant, comme il le disait lui-même, que le principe prochain de l'agir, non l’agir lui-même. La plupart des modernes adoptent une solution mixte. La création, disent-ils, est une action immanente, mais d'une perfection et d’une efficacité telles qu'un effet extérieur en résulte, formaliter immanens, vir­ tualité)· transiens. Cf. Palmieri, De Deo creante et elevante, 1878, part. I, c. I, a. 1, th. v, p. 6I sq.; Mazzella, De Deo creante, in-8’, Woodstock, 1877, disp. 1, a. 2, p. 22 sq.; dom L. Janssens, De Deo creante, in-8», Fribourg-en-Brisgau, 1905, part. I, sect, n, a. 2, 3, p. 139 sq.; Urraburu, Cosmologia, in-8’, Valladolid, 1892, disp. II, c. Il, a. 3, p. 205 sq. Un très petit nombre reprennent la solution de Vas­ quez, la complètent et l'appuient sur la théorie aristo­ télicienne de l’action. Cf. Âlendive, Institut, lheodic., in-12, Valladolid. 1887, c. iv, a. 3, sect. Il, η. 2I2; Tilm. Pesch, Institut, logic., in-8’, Fribourg-en-Brisgau, 18FO. t. π, p. n, n. 1558; Institut, philos, naturalis, in-8*. Fri­ bourg-en-Brisgau, 1897, I. n, n. 531. — La création formaliter sumpta serait donc l’étre même de la cr alure en tant que produit dans le temps sous l’inlluence de Dieu, acte éternel. Prise en elle-même, c'est ut ac­ tion formellement transitive; considérée dans son prin­ cipe prochain, c’est un acte immanent de volonté. 2135 CREATION 213G Est-il besoin de dire que dans un problème de cette il est. dit l'Ëcole, virtuellement multiple, parce qu'il nature on ne songe à revendiquer autre chose, pour est infiniment puissant. Nous n'avons pas à prouver l'immutabilité en géné­ celte dernière opinion, qu'une probabilité un peu plus ral, cf. Petau, De Deo, I. III, c. 1, in-fol., Venise. 1745. grande? En fait, pour trancher la question, ne conviendrait-il t. t, p. 123 sq., mais à expliquer seulement que la pas d’établir d'abord la thèse d’Aristote? L’action est | création temporelle du monde ne saurait lui porter dans le patient; c’est toute la réalité de l'elfet en tant préjudice en rien. Ibid., c. Il, p. 129 sq. L'objection qu’elle connote par son devenir l’influx du sujet agis­ est née dans l’antiquité avec la philosophie plus pro­ sant. La passion ou l'effet est cette même réalité en fonde des Éléates el de Platon, dès que l’on commença tant que reçue dans l’objet. De Régnon, Métaphysique à chercher la raison du mouvement, non dans le mou­ des causes, in-8», Paris, 1886, 1. III, a. 3, p. 191 sq. vement lui-même, mais dans l’immobile et le parfait. Ce théorème bien démontré ferait éviter les confusions L’Etre premier, qui seul est vraiment, est immuable, dit Platon. Tintée, 38 a, édit. Didot, t. Il, p. 209. si fréquentes entre l’action formelle et le principe de l’action. 11 resterait à déterminer le nom qui convient C'est la pensée qu’Arislote développera dans la théorie de l'acte pur. Mais celle immobilité de l’infini l'arrête à l’action créatrice ainsi comprise, et peut-être qu’on dés qu’il s’agit de déterminer si l’Ètre premier est abandonnerait ce concept singulier d’une action for­ mellement immanente et virtuellement transitive. Im­ cause efficiente, comme il est cause finale, et la ques­ tion du commencement temporel du monde lui semble manente, n’a-t-elle pas pourtant un but propre et un elfet extérieur, c’est-à-dire ce qui partout ailleurs spé­ insoluble. Topicorum, I. I, c. x, édit. Didot, t. t,p. 179. Il penche visiblement pour l’éternité du monde, et le cifie l’action transitive; et comment deviendrait-elle néoplatonisme marche sur ses traces en affirmant caté­ transitive du fait seul de sa perfection entitative et goriquement son éternité et sa nécessité. Nous avons de son efficacité considérées indépendamment de son entre autres documents de ces controverses la réfuta­ but? tion de Proclus par Jean de Philopon, et le traité de Il est manifeste que les partisans de cette opinion Zacharie de Mitylène contre Ammonius Hermiæ. Au l’adoptent pour sauvegarder l'immutabilité divine; or xme siècle, l’averroïsme s’appuiera sur les principes on constaterait vite que la solution opposée la défend aristotéliciens pour défendre la même thèse de l'éter­ encore mieux. Elle s'appuie en elfet sur ce théorème nité. S. Thomas, Coni. genl., 1. II, c. xxxn, xxxv; De général : la cause en tant que cause ne change pas; potentia, q. ttt, a. 17. L'hérétique Hermogène arguait parlant la cause première est nécessairement immuable. De Régnon, loc. cit., a. 2, p. 177 sq. Mais, objectera- aussi de l’immutabilité divine. Tertullien qui le réfute se laisse entraîner ailleurs à des exagérations: on con­ t-on, si la perfection de l'agent est ainsi dans le patient, clurait sur ces principes à la nécessité de la création. celle de Dieu sera dans la créature. Sans doute, mais il Contra Marc., I. I, c. xi, xn, P. L., t. tr, col. 258 sq. n’y a là nul inconvénient, si l’on s’entend bien. Ne voit on On sait encore comment Origène, pour écarter de Dieu pas que si la cause en tant que cause est immuable, tout reproche de changement, le faisait créateur ab elle ne peut acquérir autre chose du fait de son action, qu’une pure relation non pas d’elle-mème à la créa­ æterno d'une série de mondes. Voir col. 2067. Grave en soi, la difficulté présente a donc été sentie ture, mais de la créature à elle? Cette relation n’est plus vivement par les plus grands philosophes. Le autre chose que la dépendance physique de l'effet in panthéisme gnostique avec ses émanations successives, fieri à l’égard de la cause; est-elle précisément un mode, ou une relation accidentelle, ou une relation transcen­ le stoïscisme et l’atomisme épicurien, cf. Origène. Cont. Cels., 1. IV, n. 14, P. G., t xi, col. 1045, le mo­ dentale c’est-à-dire essentielle à tel elfet précisément nisme contemporain avec son évolution de l’idée ou de parce qu’il est tel individu, c’est une difficulté à dé­ la matière seraient mal venus à la faire valoir. Pour battre, el l’on préférera peut-être, avec Scot, la dernière résoudre le problème du mouvement, ils l’exaspèrent : solution comme plus logique. Ce qui est certain, c’est que cette relation de dépendance proclame à la fois et dire que le mouvement est nécessaire, c'est affirmer l'indigence de l’effet et la puissance de la cause; c’est que le changement est l’expression de la nécessité. La contradiction semble un peu forte. Essayons de mon­ la gloire de cette dernière, et c’est la seule perfection, trer, pour justifier la solution chrétienne, que le mou­ dont puisse s’accroître un être immuable. Dieu, étant vement peut exister par Dieu, sans être en Dieu. acte pur, possède ab æterno toute la perfection d'une L'objection est à double face : si la création tempo­ cause en acte et rien ne le perfectionne, ni ne l’accroit intrinsèquement; créant dans le temps, il n’acquiert relle entraîne quelque nouveauté en Dieu, l’être pre­ mier change; il n’est par conséquent ni nécessaire, ni que dans le temps cette gloire extérieure d’agent ad infini. Si elle ne suppose rien de nouveau, comment extra de voir des êtres proclamer sa puissance par ce expliquer qu’elle n’est pas éternelle comme le créateur? fait qu’ils viennent à l'existence par sa seule influence : 1° Nul changement moral en Dieu. — La forme la c'est sa gloire extérieure, et de ce chef il demeure plus commune de l'objection est la suivante : qu’est-ce immuable en soi. Au surplus, 1’accord entre les théologiens est mani­ que ce Dieu qui sort tout à coup de son oisiveté, à qui il prend soudain la fantaisie de créer des mondes? Mais feste sur les principes, et c’est l’essentiel; il n’existe elle procède en somme d'un anthropomorphisme in­ de divergence que sur la manière de les défendre mieux. Ce sont là questions d’école dont on cherche­ conscient. Le rationalisme de tous les temps, très prompt à dénoncer ce vice dans les solutions qu'il rait en vain la solution dans l’Écriture ou chez les Pères. A dessein nous avons omis de faire appel à leur combat, est souvent moins frappé de la part qu'il occupe dans les objections qu'il soulève. Celle-ci vient de ce témoignage. qu’on se représente l’activité divine sur le même typi­ IV. IMUrr.lBIUTi DIV1NB DANS L’ACTB CRÉATEUR. — que la nôtre, quia quidquid novi faciendum ven.il in L'acte créateur que nous avons décrit, par analogie mentem novo concilio faciunt. Cf. S. Augustin, De civi­ avec notre manière d'agir, comme un acte de volonté tate Dei, 1. XII, c. xvn, n. 2, P. L., t. xi.t, coi. 367. éclairé par l’intelligence, n’est pas un acte accidentel Nous voulons par volontés successives; Dieu n'a qu'une et temporel comme les nôtres, mais immuable, éternel, volonté éternelle embrassant toute la série des modifi­ pleinement identifié, quant à sa réalité physique, avec cations qui se succéderont dans le temps. S. Augustin. l'essence divine. L'infinité de l'être divin équivaut en ibid. « Il ne passe pas du non-vouloir au vouloir, dit effet, dans sa simplicité, à tout ce qu’il y a d’énergie ou de perfection dans la multiplicité de nos actes succes­ saint Jean Damascéne, mais il a toujours voulu que la création eût lieu au temps par lui défini. » Dial, contra sifs. Formellement un, parcequ'il est infiniment simple, 2137 CRÉATION manich., n. 6, P.G., t. xciv, col. 1512; cf. S. Hippolyte, l'ragm., n. P. G., t. x, col. 861 ; Zacharie de Mityléne, De mundi opif., P. G., t. l.xxxv, col. 1116; Hugues de Saint-Victor. Ve sacram., 1. 1, part. II, c. x, xi, P. L., I clxxvi, col. 210. H ne change pas de volonté; mais il veut le changement. S. Thomas, Sum. theol., I·. q. xix, a. 7, in c. et ad 3"'". Le monde commence et toutes choses se succèdent dans l'ordre précis et voulu ab ælerno. 2° Nul changement physique. — Il reste encore à comprendre comment la réalisation dans le temps de ces desseins éternels n'entraîne pas un changement en Dieu; car enlin si Dieu ne commence jamais à vouloir, il commence au moins à agir, puisque les choses qui apparaissent dans le temps ne commencent que par lui. Ici encore, l’objection provient du même anthro­ pomorphisme. Nous agissons, il est vrai, par à-coups, et nulle action ne va sans quelque agitation. Il n'en est pas ainsi de Dieu. Il est créateur ab ælerno, car il a toujours dans son infinité ce qui constitue le créateur, son plan, savolonlé, sa puissance. Zacharie de Mityléne, op. cit., col. 1066, 1097; S. Jean Damascène, loc. cit., n. 9, col. 1513. Il est créateur possible, potentia, objectera-t-on, mais non créateur actuel, aelu. Sans doute il ne crée pas ab ælerno, mais il a en lui ab æterno toute la perfection intrinsèque d'un créateur actuel : tout le changement sera donc dans la créature qui deviendra, non dans l’infini qui ne peut ni dimi­ nuer, ni s’accroître. Pseudo Justin, Quæst. ad orlhod., q. cxm, P. G., t. vi, col. 1361. Le fiat créateur est pro­ noncé ab ælerno; c’est un ordre donné pour tel ins­ tant : la créature parait au temps marqué; le créateur n’a pas varié. Supposez que le Père engendre son Fils dans le temps, voici la mutation en Dieu; admettez qu'il crée ou qu’il ne crée pas, ce sont variations hors de lui et donc indifférentes. S. Cyrille d’Alexandrie, Dialog., II, De Trinitate, P. G., t. t.xxv, col. 781 sq.; S. Jean Damascène, De fide orlh., I. I, c. vm, P. G., t. xciv, col. 812 sq. Mais la créature ne vient pas toute seule; l'infini qui la fait venir du néant à l'existence a donc passé du non-agir à l’agir? Non pas, il était en acte ab æterno, car à la différence des êtres contingentsqui passent â l'action, Dieu est simple et son essence est son action, c’est-à-dire que la réalité inlinie de son être équivaut, dans son immobilité, à toute l’efficacité des mouvements et agitations par lesquels nous agis­ sons, sans « mise en train » qui complète sa puissance, el, quand il agit, sans usure ni altération. Abélard, In:rod. ad theol., 1. III, n. 6, P. L., t. CLXXVm, coi. 101 sq.; S. Thomas, Cont. gent., 1. Il, c. xxxv.ad l“™, 2“m. Si l'imagination est déroutée par ces notions, la rai­ son se convainc qu’il en doit être ainsi, si hoc non possit capi propter imaginationem conjunctam, potest lumen necessaria ratione convinci. S. Bonaventure, hi JV Sent., I. II, dist. I, p. 1, a. 1, q. 11, ad 5"nl, Quaracclii. t. n, p. 24. Elle met sur la voie aliquo modo en montrant d’autant moins de mutation dans la cause qu’elle est plus parfaite. Au dernier degn1, un instru­ ment matériel par exemple a besoin d’être mis en jeu et s’use à proportion du travail qu'il fournit. Au degré supérieur, un professeur produit d’autant plus d'effet que la pensée enseignée est plus compréhensive et plus simple, et s'agite d'autant moinsqu’il sait plus et mieux. Au dernier terme, ce serait la causalité créatrice : Dieu peut tout, parce qu'infini, et tout sans altération, parce que simple. Perfectius capiet, si quis ista duo potest contemplari... quia perfectissimus omnia qnæ sunt perfectionis ei attribuuntur ; quia simplicissimus,nul­ lam diversitatem in eo ponunt. S. Bonaventure, loc. cit.; M'Jr d'Ilulst, Mélanges philosophiques, 1892, p. 386-390. L'induction mène ainsi à conclure que si la cause change en produisant, ce n’est pas en tant qu'agissante, mais en tant que limitée et par consé­ 2138 quent passible à l’égard des réactions de l’effet, ou en d’autres termes, en tant que toute cause finie est mêlée de non-cause, comme tout être fini est mêlé de nonêtre. S’il en était autrement, l'altération de la cause agissante devrait toujours être en raison directe de l’effet produit, ce que l'expérience contredit, et l’on devrait conclure que le pâlir est de l’essence de Vagir, ce que la raison a peine à admettre. De là ce théorème aristo­ télicien qui peut servir à éclairer la solution précédente : la cause en tant que cause ne change pas; l’action de l’agent est dans le patient, l’acte du moteur dans le mobile. De Régnon, Métaphysique des causes, in-8·, Paris, 1886, I. Ill, c. n, a. 2, 3, p. 177 sq. ; Baudin. L’acte el la puissance dans Aristote, dans la Revue thomiste, 1899, t. vu, p. 292 sq. 3° Changement d’attributions ou de relations. — A tout le moins, objectera-t-on, Dieu n’ayant pas créé ab æterno n’est pas éternellement créateur, ordonna­ teur, conservateur du monde, maître, Seigneur, roi des êtres finis. Il s’accroît donc de titres nouveaux, quand il devient tout cela du fait de la création. C’était la grosse difficulté d’Origène, et saint Augustin, après avoir proposé sa solution, préférait rester sur la réserve. ne facilius judicer affirmare quod nescio, quam docere quod scio, heureux d'ailleurs de donner en cela une petite leçon de modestie, ut qui hæc legunt videant a quibus quæslionum periculis debeant temperare, nec ad omnia se idoneos arbitrentur. De civitate Dei. 1. XII, c. xv, n. 13, P. L., t. xli, coi. 365. On peut cependant éclairer cette question de quelques observa­ tions : 1. Si, comme nous l'avons expliqué à l'instant, le changement produit par l'acte créateur est tout entier dans la créature, il ne résulte du fait de la création qu'une relation nouvelle entre Dieu et le monde. D’ailleurs, si l’apparition première du monde fait difficulté à cet égard, il en faudra dire autant à l’occa­ sion de toute àme nouvelle créée par Dieu, ou du moindre insecte qui se remue sur terre, puisque aussi bien i) ne se remue pas indépendamment de Dieu. Mais à vrai dire un tel changement de relation n’intro­ duit dans la cause première aucune modification, pas plus qu’une pièce de monnaie n’est modifiée en soi du fait que donnée comme caution, ou payée comme dette, ou prêtée à intérêt, elle devient gage, prix, ou capital productif, S. Augustin, De Trinitate, 1. V, c. xvi, n. 17, P. L., t. xlii, col. 922; pas plus que vous n’étes modi­ fié du fait qu’une autre personne vient prendre placeà votre droite ou à votre gauche, bien que vousacquériez, elle seule changeant, une relation nouvelle àson égard. Boèce, De Trinitate, c. v, P. L., t. lxiv, col. 1254; S. An­ selme, Monolog., c. xxtv, P. L., t. CLViti, col. 177 sq. Encore convient-il bien de remarquer qu'il ne peut y avoir en Dieu aucune relation réelle et réciproque à la créature, comme serait cette relation locale de deux personnes assises l'une près de l’autre : infini et fini ne sont pas dans le même ordre; il n’y a entre eux aucune proportion ; il nesauraitdonc y voir, du côté de l'infini, que relation de raison. 2. De plus, il y a lieu déconsidérer que l’imagination nous trompe toujours. Ne conçoit-elle pas les rapports du temps à l’éternité â peu près comme ceux d’une grande ligne à une ligne plus grande qui la déborde par les deux bouts? C'est un leurre : a) puisque le temps commence avec les créatures, ubi enim nulla creatura est cuius mutabilibus molibus tempora peragantur, tempora omnino esse non possunt, il faut dire que Dieu est toujours créateur et seigneur puisqu'il est tout cela pendant toute la durée du temps, S. Augustin, De civitate Dei, loc. cil., col. 364; ft) puisque l’éternité n’est pas une succession mais un continuel présent l'image des deux lignes est fausse. L’éternité, en tant que cause première du temps, touche la ligne du temns 2139 CRÉATION par tous ses points, sans être pourtant étendue et quantitative connue elle. S. Thomas, Cont. genl., 1. Il, c. xxxv, ad 5““. Quels sont exactement ces rapports mystérieux? Un pourra peut-être attendre qu’ils soient bien éclaircis pour en tirer une objection péremptoire contre l'immutabilité divine. Ainsi, si la créalion temporelle implique quelque changement de relation, une modification de ce genre n'enlraine aucune mutation dans l’étre même de Dieu : cette réponse semble suffisante pour garantir l'immuta­ bilité divine. Que si l’on voit quelque répugnance à ce que des relations æterno? la raison suffisante posée, l'elfet doit suivre. C’élait encore une des objec­ tions d’Aristote, du néoplatonisme et de l’averroïsine. Or — 1. si elle était fondée, il faudrait conclure, remarquons-le, que la cause première ne saurait élre une cause libre; en d’autres termes, il lui sérail refusé, de par sa souveraine perfection, d’avoir celte perfection des êtres inférieurs, la plus élevée pourtant en dignité, l’indépendance et la maîtrise de ses actes. Qui le croira ? — 2. Puisque Dieu est sans changement interne la raison suffisante de tous les possibles, tous les possibles sans exception devraient aussi venir à l'existenceab ælerno. 11 faudrait de même renouveler, â propos de l'espace et de la quantité, l'objection que l'on formule à propos du temps : toutes ces notions sont connexes. Puisque l'infini, sans modilicalion aucune, esl la raison suffisante d'une créalion de masse indéfiniment plus considérable, pourquoi le monde ne procède-t-il pas indéfiniment plus gros? La meme réponse vaut pour toutes les ques­ tions semblables : parce qu’il a voulu telle mesure de temps ou de masse plutôt que telle autre. S. Thomas, De putentia, q. ni, a. 17. — 3. Et voici la dernière réponse dans la nature même de la volonté : pouvoir n'est pas agir dans les causes libres; la volonté n’agit pas forcément dans la mesure adéquate de ce qu’elle peut, mais de ce qu'elle veut, non secundum modum suiesse.scd secundum modum sui propositi. Conl. genl., I. Ill, c. xxxv, η. 3. Au degré inlini, on peut nier de la volonté tout ce qui est détermination el modilication subjective, determinatio sub/ecli, mais il ne faut pas lui refuser la faculté de déterminer et de limilerlobjet qu'elle choisit, determinatio objecti, puisque c’est l'essence même da vouloir. Dans toutes ces difficultés très réelles, il y a lieu de se délier des illusions de l'imagination et du sentiment : Dieu n é·1;.nt pas ce que nous sommes ne doit pas être jugé, ou défini a notre mesure. Par ailleurs le désir de rendre rais n de foules choses ne doit pas aller jusqu'à nous faire oublier la nature de l'acte libre, que l'on nie en fait, des qu'on prétend donner sa formule mathéma­ tique. Sur ce problème, voir Lessius. De perfectionibus moribus­ que tlirû'is. in-fol.. L;.· n. tuât, L lit. p. 14 sq. ; l-’éiiclon, Traité de l'existence de Dieu, II' part., c. v. a. 3. (Enures, in-4·. Pans, 1838.1. I, p. 1. G sq. ; Suarez. Disp, melapli..disp. XXX, sect. VUI, ix, Paris, t. xxvi, p. 113-137. v. i.iBEnrÉ ηκ l'acte créateur. — C'est un dogme de foi articulé par le concile du Vatican dans les 21W termes les plus explicites, que l’acte créateur est plei­ nement libre, liberrimo consilio. Denzinger, Enchiri­ dion, n. 1632, 1652. Voir plus loin. Cf. ibid., n. 316. 428, 436. 503, 600,1509, 1522, 1753. On peut distinguer une liberté d’exercice, pouvoir de faire ou de ne faire pas, el une liberté de spécification, pouvoir de faire une chose plutôt qu’une autre, ou de telle manière de préférence à telle autre; le terme de l'action est. du fait de la première, contingent dans son existence, puisqu’il pouvait n’élre pas, du fait de la seconde, contingent dans sa maniéré d'être, puisqu'il pouvait être dillérenl. Ni l’Écriture, ni les Pères ne distinguent sous ces termes d’école les qualités de Pacte créateur; ils reven­ diquent seulement sa liberté absolue. Nous invoque­ rons donc les preuves positives pour l'une et l’autre espèce de liberté à la fois; nous prouverons à part l'une et l’autre par la raison. 11 est à peine besoin de noter que l'Eglise n'entend pas assimiler en tous points le libre arbitre de l'homme et celui de Dieu. I» Elle affirme que tout ce qu’il y a de perfection dans la liberté humaine existe en Dieu et par conséquent : a) l’acte créateur n’a pas été imposé à Dieu par un agent extérieur, liberlas a coactione; b) il ne procede même pas d'un mouvement indélibéré de sa nature, liberlas a necessitate. — 2» Elle nie ce­ pendant tout ce qui est imperfection dans le nôtre : hésitations avant le choix, versatilité après la décision prise, détermination de la faculté par une modilication accidentelle correspondante à chaque volition. 1» L'Écriture. — L’élection et le choix supposent la faculté de se déterminer librement; or l’Écriture montre Dieu délibérant; ainsi. Gen., I, 26, Dieu se consulte sur la création de l’homme. Anthropomor­ phisme évident, mais très expressif de la liberté qu’on suppose à Dieu. — De même, dans l’usage ordinaire, le commandement suppose l'autorité, l’autorité implique pouvoir sur autrui et avant tout maîtrise de soi et pouvoir sur son acte. Par un symbolisme analogue au précédent, la Genèse montre Dieu ordonnant au chaos : fiat lux..., fiat firmamentum..., germinet herba..., pro­ ducant aqua:... — Enfin, la liberté divine, partout sup­ posée dans le pouvoir souverain et réfléchi que l’Écriture reconnaît à Dieu sur toute son œuvre, Eslh., xm, 9; Is., xl, xi.t ; Il Mac!)., vin, 18, est expressément affirmée. Ps. cxm, 3 (héb., cxv, 3); Ps. cxxxtv, 6 (héb., cxxxv, 6) : notre Dieu est dans le ciel; tout ce qu'il veut il le fail; cf. Sap., xtl, 18, et surtout dans le pouvoir discrétionnaire de vie et de mort : tu leur retires le souille, ils expirent; lu envoies ton souffle, ils sont créés. Ps. eut, 29 (héb., Civ). Si vous aviez haï une chose, vous ne l’auriez pas faite; el quel être pourrait subsister, si vous ne le vouliez. Sap., xi, 21. 25. 2" Les Pères. — En fait, la liberté de l’acte créateur présente une difficulté considérable, mais c’est une difficulté d'école : l'acuité de la réflexion philosophique ne fait que la rendre plus sentie, tandis que le bon sens vulgaire conclut à la liberté, comme nalurellemeul. de la richesse souveraine el de l’indépendance absolue de l’être divin. La foi chrétienne n’en jugea pas autre­ ment. La contradiction commence avec la spéculation gnoslique el néoplatonicienne. Dieu n’a pas besoin d intermédiaires, proteste saint Irénée; il a toujours présents le Eils et l'Ésprit par qui librement et spontanément libere el sponle il a fait toutes choses. Cout. hær., L IV, c. xx, n. 2, P. G., t. vu. col. 1032; omnia fecit libere et quemadmodum voluit, I. Ill, c. vin, η. 3, col. 868; selon son gré el librement. sua sententia el libere, parce qu’il est seul créateur. I. II. c. t, η. I, col. I70; créant les hommes il les fait libres à son image, L IV, c. xxxvm, n. 4, col. 1109. Saint Hippolyte est aussi explicite : il fait ce qu'il 21 il CRÉATION veut, comme il veut, quand il vent, πάνια πσιών ως θέλει, καθώς (Ιέλει, όνε (Ιελει. Adv. froet., c. vin, P. G., t. x, col. 816. Clément d'Alexandrie reprend une image de Philon : Dieu fait le bien comme le feu brûle; mais il la corrige. Naturel de part et d'aulre, l'acte est de plus en Dieu pleinement libre, ού γάρ izr«... é ούσιο: ôi. Strom., VII, vu, P. G., t. ix, col. 457. S'il dit donc que pour Dieu cesser de faire du bien, ce serait cesser d'être, VI, xvi, col. 369, les mots ne sont pas à prendre en rigueur. Affirmer la liberté, disaient les gnostiques et les néo­ platoniciens, c'était mettre en Dieu la mutabilité. Ori­ gène croyait donner satisfaction à ces objections en re­ connaissant l'éternité non pas de notre monde, la foi affirmant qu’il a commencé, Periarch., 1. Ill, c. v, η. 1, P. G., t. xi, col. 325, mais d'une série de mondes dont le nôtre est la dernière évolution, I. I, proœm., n. 7, col. 119; c. n, n. 9, 10, col. 138; 1. III, c. v, n. 3, col. 327. Solution incomplète, puisque dans cette hypo­ thèse Dieu modifie cependant de temps à autre l'étal primitif, el dangereuse, car elle supprime en Dieu la liberté de créer ou de ne pas créer. Autre atteinte à la liberté divine : pour excuser la justice divine, il affirme l'égalité primitive des substances spirituelles; Dieu ne peut créer que des âmes égales. Periarch., I. I. c. vm, n. 4, t. xi, col. 179; i. II, c. ix, n. 5, 6, col. 229, 230. Enlin, Dieu n’a pu créer que le nombre d’êtres que sa puissance pouvait embrasser. Periarch., 1. II, c. tx, η. I, col. 235. Saint Basile, au contraire, note que Moïse a dit ; au commen ement Dieu /il... Gen., i, 1. Par ces mots, il condamne ceux qui voient dans le monde l’ombre né­ cessaire ou le rayonnement nécessaire de Dieu. In Hexaem., homil. t, n. 7, P. G., t. xxix, col. 17. Saint Ambroise s'est inspiré de ce passage. Hexaem., 1. I, c. v, n. 18, P. L., t. xiv, col. 131. Même doctrine dans saint Augustin, Contra priscill., c. n, n. 2, P. L., t. xlii, col. 670, 671; De civil. Dei, 1. XXII, c. xxx, n. 3, t xu, col. 802. Commentant Ps. cxxxtv, 6, quacumque voluit fecit, le saint docteur oppose liberté humaine et liberté divine : « 11 est faux qu’il ait été forcé de faire tout ce qu’il a fait ; mais il a fait tout ce qu’il a voulu. Vous bâtissez une maison; c'est le besoin qui vous contraint... Dieu agit par bonté; il n'avait besoin d'aucune de ses œuvres; aussi a-t-il fait tout ce qu'il a voulu. » In Ps. cxxxtv, n. 10 sq., t. xxxvtt, col. 1745 sq. Supposer à sa volonté une cause, c'est supposer quelque chose d’antérieur à sa volonté, quod nefas est credere. Cf. De Gen. contra ntanieh., I. I, c. ll, n. 4, t. xxxtv, col. 175; Lib. quasi. l.XXXllt, q. xxvm, t. XL, col. 18. II est vrai qu'il écrit : si Dieu ne pouvait faire du bien, ce serait im­ puissance; si le pouvant, il ne le voulait pas, ce serait grand égoïsme, magna invidentia, De Gen. ad lilt., I. IV, c. xvi, n. 27, t. xxxiv, col. 307, raisonnement qu’il reprendra à propos de la génération du Verbe, qui pourtant est nécessaire, Contra Maximum, I. 11. c. vu, t. xlii. col. 762; Lib. quasi, l.xxxttl, q. J., t. XL, col.32; mais ces difficultés sont à résoudre dans l'ensemble de sa doctrine. II prévoit le reproche magna invidentia; il montre comment Dieu y a répondu, sans tenir qu'il fût forcé d'y r· pondre. C'est en ell'el son enseignement constant que Dieu agit par bonté et non par besoin, ne per indigentia necessitatem, poliusqiiam per abun­ dantiam beneficienlia Deus amare putaretur, De Gen. ad. lilt., I. I, c. vu, n. 13, t. xxxtv, coi. 251, et plus explicite, De Gen. contra manich., 1.1, c. ll, n. 4, t xxxtv, coi. 175. La pensée du pseudo-Denys reste obscure. Le soleil, dit-il, n'a nul besoin de délibérer, ού λογιζ .μένος η προ« ρούμενος, mais par cela seul qu’il est, αύτώ τώ είναι, il éclaire tout ce qui peut recevoir sa lumière; ainsi de Dieu : parce qu’il est la bonté, αύτώ τφ είναι 2142 I το αγαθόν, il étend sa bonté sur tous les êtres. De div. nom., c. tv, n. 1, P. G., t. lit, col. 693. D'après les scholiesde Maxime, Denys exprime seulement que répan­ dre la lumière ou les bienfaits est de part et d'autre un acte naturel; d'après saint Thomas, Sum. theol., I*. q. xix, a. 4. ad 1“™, il signifie que l’un et l'autre font du bien à tous indistinctement. Cf. Petau, De Deo, I. V, c. iv, Venise, 1745, t. i, p. 211. A vrai dire, la première explication semble plutôt la vraie : Diet: et le soleil sont causes universelles, l'un de la lumière. 1'aulre de l'étre. tous deux conformément à leur nature, loc. cit., 4, col. 697 sq.; la comparaison ne visant pas le mode d'aclion n’affirme et ne nie pas davantage la liberté. C'est en ce sens aussi que saint Jean Damascene l'a comprise. De /ide orlh., I. I, c. x, P. G., t. xciv, , col. 840. Ses expressions au premier abord feraient ; croire qu'il lient lui-même la création pour nécessaire : « Dieu qui est bon par nature, et par nature démiurge, j el par nature Dieu, n’est pas cela par nécessité. Qui en effet lui imposerait cette nécessité? >> Loc. cit., 1. III. c. xiv, col. 1041. Il définit le libre arbitre par la vo­ lonté, ibid., col. 1037, et l’on pourrait en conclu·' · qu'il confond lui aussi acte volontaire et acte libre. Mais il distingue si nettement ailleurs l’acte spontané de l’acte délibéré, 1. II, c. xxiv, col. 956, il réclame si expressément pour l’acte libre la possibilité du choix. I. 11, c. xxvi, col. 960, que l’on se convainc plutôt qu'il n'a pris pour volontaire que le seul acle libre. Par ailleurs comme il explique que l'homme est l’image de Dieu précisément par le libre arbitre, I. II. c. xn. col. 920; 1. III, c. xiv, col. 1037, il parait clair que les expressions, φύσει αγαθός ών κα'ι φύσε: δημιουργός και φύσει Θεός, doivent s’entendre non d'une nécessité de nature, mais d'un privilège de nature, qui le mettant au-dessus de toute autre, l’exempte de toute coac­ tion, I. 111, c. xiv, col. 1041. II dira de même que l'homme et l'ange sont libres parnature, φυσικώς. Ibid. Sa pensée paraît même pouvoir éclairer celle du pseudo-Denys. De div. nom., c. iv, n. 1, P. G., t. ni. col. 693. Que la liberté divine ne soit pas comme la nôtre hésitante, délibérante et tunable, rien dans cetle doctrine que de juste et de profond. Ibid., col. 1041; 1. 11, c. xxii, col. 945; c. xxvn, col. 960, 961. On trouvera chez Petau, loc. cil., p. 210 sq.. des témoignages très explicites de Jules Africain, de saint Cyrille, de Zacharie de Milylène, etc. 3° Les scolastiques. — Au moyen âge la doctrine d'Abélard sur la liberté divine fut l’occasion de graves controverses. A vrai dire, il affirme catégoriquement le libre arbitre de Dieu, Inlrod. ad theol., I. Ill, c. vu, P. L., t. ci.xxvm, col. 1109, mais ses explications laissent soupçonner qu'il confond acle volontaire et acte libre. Ibid., col. 1110.1111. D'ailleurs, étudiant longuement si Dieu peut faire autre chose que ce qu’il fait, il conclut à la négative, constat id solum posse facere Deum quod aliquando facit, ibid., I. Ill, c. v. col. IG96, bien que celte opinion n'ait que peu ou point d'approbateurs, / ancos aut nullos, et qu'elle paraisse contredire beaucoup, plurimum, et la manière de parler des Pères, ei même quelque peu la raison. aliquantulum. Ibid., col. 1098. II prétend s’appuyer sur saint Augustin, si potuit et noluit invidus est. cf. Lib. quasi. LXXXlit, q. L, P. L., t. xi., col. 32, et sur saint Jérôme, non enim quod vult hoc facit, sed quod bonum est hoc vult Deus, In Dan.,iv, 32, P. L. t. xxv, coi. 518, et surtout sur l'impossibilité d'assigner une raison du choix divin, si faire et ne faire pas son: égaux aux yeux de Dieu. La théoried'AbélardjVivemenlcombaltue pars ainlBernard, Ca/dl. hares., c. tu, P. L., t. CLXXXII, col. 1050. fut condamnée au concile de Sens, voir ArÉLAr.:·. t. t, col. 44; Denzinger, Enchiridion, n. 316; die st rétractée par lui. P. L., t. clxxviu, col. 107. 2143 CRÉATION Son opinion esl adoptée cependant par quelques-uns de ses disciples, par l'Epitome, par le sententiaire de Saint-Florian, par Ogniliene, Gietl, Die Sentenzen Ilolands, p. 54 sq.; mais Roland se sépare nettement de lui, ramène les textes scripturaires invoqués à une exégèse plus saine et lui prouve qu’il est conduit à nier l'infinité de Dieu, puisqu’en fin de compte tout ce que Dieu fait étant fini, l’œuvre est la mesure de l’ou­ vrier, à moins qu’il ne puisse toujours faire plus et mieux qu’il ne fait. Gietl, ibid., p. 52 sq. Cf. Hugues de Saint-Victor, De sacram., 1. I, part. Il, c. xxn, /'. L., t. Cl.xxvi, col. 214; disciple de Hugues,Summa, Ιι·. I, c. xm, xiv, ibid., col. 64 sq. Roland affirme que créer ou ne pas créer sont pour Dieu deux biens égaux et en appelle avec saint Augustin, cilé par la Glose ordinaire, In Horn., ix, 14, P. L., t. cxiv, col. 501, au mystère insondable des décrets divins. Pierre Lombard, sans le nommer, attaque manifeste­ ment Abélard, quidam de sensu suo gloriantes, Sent., I. I, dist. XLIII, XLIV, P. L., t. cxcn, col. 635, et la question ainsi posée par ce philosophe — Dieu peut-il plus, ou mieux, ou autre chose que ce qu’il fait — est désormais toujours résolue par l'affirmative. Cf. Bandin, Sent., I. J, dist. XLII, XLIII, P. L., I. cxctl, col. 1021; S. Thomas, ibid., dist. XLIII, q. Il; Coni. gentes, I. If, c. xxiii-xxx, etc. ; Scot, ibid., I. I, dist. VIII, q. v; S. Bonaventure, ibid., dist. XLIII, XLIV, Quaracchi, t. 1, p. 772. Nous présenterons plus loin les arguments principaux de ces docteurs. D’accord sur le fond, ils se séparent cependant sur la question de savoir quelle perfeclion physique dans l’acte libre de Dieu constitue la formalité de liberté. S. Thomas, Sum. theol., I», q. xix, a. 10, note, Paris, 1871, t. i, p. 154 sq.; Salmanticenses, Cursus lheolog., Paris, 1876. t. il, tr. IV, disp. VII, p. 101 sq. Pro­ blème accessoire d’un intérêt fort restreint. Sur la question principale, d’après Pluzanski, Essai sur ία philosophie de D. Seal, in-8», Paris, 1887, p. 197, on verrait Scot aller plus loin que les autres, montrer Dieu libre jusque dans la constitution des essences, et reprocher à saint Thomas de rechercher avec excès les raisons de convenance dans le plan de la providence : on en viendrait à croire que ce sont des motifs déter­ minants. Critique inexacte en somme; en juger ainsi c’est perdre de vue les principes si souvent posés par le docteur angélique : la recherche de telles explica­ tions n’a d’autre but que d’aiguiser l’esprit et d’alimenler la piété, ad fidelium quidem exercitium el sola­ tium. Coni. genl.,1.1, c. ix. Nul plus que lui d’ailleurs ne l’a alfirmé : la volonté de Dieu a toujours de sages raisons, jamais des causes. La thèse d’Abélard est reprise par J. Wiclef, cf. Tho­ mas Waldensis, Doctrinale fidei, in-fol., Venise, 1757, t. I, c. x sq., p. 71; par Luther, approuvant Wiclef. Tout arrive par nécessité, zlsseri. art., xxxvi; par M. llucer, De concordia doclrinæ, c. De lib. arbitrio; enlin par .1. Calvin, d’après llellarinin, De gratia el libero arbitrio, I. HI, c. xv; cf. De controversiis,in-fol., Ingolstadt, 1593, t. ni, col. 694, qui parait s’étre mé­ pris sur sa pensée. Cf. Calvin, Institutionum christ, fidei, I. IV, in-fol., Leyde, 1654, I. I, c. xvi, § 3, p. 60; Institution chrétienne, in-4», Paris, 1888, p. 90 sq. Jansénius nie également la liberté divine ; prorsus periit, hoe ipso quod semel immobili voluntate voluit. De gratia Christi, 1. VI, c. xi.Cf. Decbamp, De hæresi janseniana, in-fol., Paris, 1728,1. III, disp. II, c. xvsq., p, 67 sq. De nos jours, la liberté de la création est également niée, non seulement par les systèmes panthéistes et rnonisles, qui le doivent faire logiquement, mais par plu­ sieurs représentants de l’école spiritualiste. Cousin, Cours de philosophie, in-8», Paris, 1828, v» leçon, p. 26, 27 ; Vacherot, Le nouveau spiritualisme, Paris, 1884, 2144 p. 355. Tel est encore le cas de l’école hermésienuc, cf. Kleutgen, La philosophie scolastique, trad. Sierp, 1869, t. n, diss. V, c. iv, p. 455-519; Denzinger, Enchi­ ridion, n. 1509; tel le cas de Rosmini, ibid., n. 1573. cf. n. 522. A l’encontre de ces thèses, M. Secrétan dé­ finit Dieu par la liberté : comme il est ce qu’il veut, il fait ce qu’il veut. 4» Preuves de raison. — 1. Liberté d’exercice : le monde n’existe que si Dieu veut. Quelques preuves peuvent l’établir. — a) Le fait que tous les êtres pos­ sibles ne sont pas réalisés, puisque nous concevons comme possibles bien d’autres individus des espèces existantes, ou bien des modifications des types spéci­ fiques existants, prouve qu’une nécessité aveugle n’a pas produit toutes choses : comment dans cette hypo­ thèse expliquer ce choix? — b) L’existence de la liberté dans l’homme amène naturellement à conclure que pa­ reille qualité existe en Dieu : c’est une perfeclion; comment n’existerait-elle pas dans celui qui est toute perfeclion? Il est vrai qu’elle est en nous mêlée d’im­ puissance, de changement, mais il apparaît à la ré­ flexion que ces défauts ne lui sont pas essentiels : in­ décision, versatilité, propension au mal viennent eneffet de ce que la volonté est faible et finie; la faculté dechoisir procède au contraire de sa nature d'appétit rationnel; elle peut donc subsister sans les défauts précédents dans l’être infini. C’est ce que la raison suivante peut mettre encore en lumière en montrant: c) Le fondement de la liberté. Dans la doctrine de saint Thomas, c’est la spiritualité de l’âme, son intelleclualité. Les corps matériels sont déterminés dans leurs actions par les affinités chimiques et par les lois physiques. Il en va autrement des substances spiri­ tuelles : les réactions vitales par lesquelles elles ré­ pondent aux excitations matérielles ou morales ne sont pas fatales; c’est que, par delà le bien qui leur est ac­ tuellement proposé, elles peuvent concevoir un bien égal ou supérieur qui contrebalance pour elles l’atlrait du précédent; bien plus, toute substance spirituelle peut concevoir l’idée d’infini et par amour exclusif de ce bien parfait se refuser à tous les biens linis. Le fondement prochain de la liberté, c’est donc cette suffi­ sance de l’âme spirituelle assez noble de sa nature pour ne se laisser charmer, si elle le veut, que par le seul infini. A ce même titre Dieu est libre ; a. Son intellcctualité souveraine, sa simplicitéabsolue fondentchez lui une connaissance et un amour plus parfaits du souve­ rain bien el une estime plus juste de tout le reste; b. l’infini qu’il trouve en soi, qu’il aime nécessairement d’un amour proportionné, S. Thomas, De potentia, q. m, a. 15; Coni, gent., 1. I, c. lxxx, le rend capable de mépriser tout ce qui esl fini : tout en un sens lui est égal, même l’univers entier, parce que tonie chose finie est également méprisable à l’égard de l’infini, qu'il aime et qu’il possède; il est donc libre pour tout en dehors de soi. S. Thomas, Sum. theol., I», q. xix, a.3. Une analyse de l’acte de volonté complétera celle preuve. Toute volition procède de l’amour d’un bien apparent ou réel dont on recherche la possession ; ce bien, c’est ou le terme dernier de l’elfort, telle fin, ou la voie qui y conduit, tel moyen. Encore n‘aime-t-on et ne veut-on pas le moyen pour lui-même, mais en vue de la fin et pour le service qu’il rend. H faut donc, si le monde procède de Dieu nécessairement, qu’il soit pour lui une lin ou un moyen nécessaire. Mais la seule fin nécessaire de Dieu, c’est celle qui seule est propor­ tionnée à sa puissance de connaître et d'aimer, c’est l’infini; il s'aime donc et comme il trouve tout en lui, le monde ne lui est. ni comme moyen, ni comme fin, aucunement nécessaire : « il voit tous les cires finis, comme des images réfléchies de sa bonté·, non comme ses principes constituants, ejus principia; parlant il tend vers eux comme vers des objets convenables L ’■ CRÉATION 2145 2146 ou ne pas créer sont pour lui deux biens également in­ bonté, nullement comme à des termes nécessaires. » différents : ou est la raison de la préférence, si rien S. Thomas, Cont. gent., 1. I, c. lxxxii, n. 3. On a donc en soi n’est préférable ? Cette énigme n'est pas propre raison de dire que créer ou ne pas créer sont pour lui à la liberté divine; elle se rencontre dans tout act. deux actes égaux : il ne gagne ni à l’un ni à l’autre. libre et il faut qu’elle s’y trouve : si c’est le motif ob­ Suarez, Disp, met., disp. XXX, sect, xvi, n. 20 sq., jectivement le plus fort qui entraîne l’assentiment, Paris, t. xxvi, p. 189 sq. d) Par voie indirecte et réfutation des objections la nous sommes déterminés; plus de libre arbitre. Il est de l'essence de l'acte libre d'avoir toujours une raison même thèse se confirme. Les difficultés métaphysiques suffisante — sans quoi il cesserait d'être raisonnable — qui amènent à nier la liberté de la création sont en fait très graves. I) est bien vrai qu’il y a un lien néces­ jamais de raison nécessitante — sans quoi il cesserait saire enlre Dieu et le monde : par le seul fait que d’être libre. .Mais alors la préférence elle-même est l'iùre infini existe, l’étre fini est possible par participa­ sans raison! Nullement, mais le motif dernier de la préférence se lire du bon plaisir du sujet, non de tion ; dés lors, dit-on, il est pensable et dans l'Etre l'attrait naturel de l'objet. La liberté, dit très bien infini il est pensé nécessairement et comme distinct de .ΜοΓ d'ilulst. « est une balance qui meut elle-même lui : cette pensée nécessaire, voilà le monde. On re­ marquera cependant qu’a moins d'assimiler injustement ses plateaux. » Conférences de Notre-Dame, in-12, Paris, 1891. p. 110 sq. Là ou le motif n'est pas déter­ la pensée divine à celle de l’homme, on ne saurait la minant, elle y met du sien : le motif de l'acte devient concevoir comme une modalité distincte de son essence: bien le plus fort mais subjectivement, parce que la vo­ elle est Dieu même. Il est vrai que cette affirmation, lonté consent à l'aimer et à l'aimer plus, ne fùt-ce que qui parait de toute nécessite, semble d’abord coinplipour s’affirmer à elle-même qu’elle met son amour où uer la question plutôt que l’éclairer : comment Dieu elle veut. Ainsi, toutes proportions gardées, en est-il de peut-il connaître dans le même acte infini et simple, le Dieu : il arrête ses regards sur un acte convenable, sans 'ini et l’infini, le moi et le non-moi? On peut cepenêtre nécessaire; il l’aime pour ce qu'il a d'aimable, et 'ant soupçonner quelque chose de la solution. Le fini, il le préfère parce qu'il lui plaît d’exercer à son propos en effet, est en quelque sorte plein de Dieu comme ce pouvoir souverain de ne devoir qu'à soi-même la terme possible de son imitabilité, comme terme actuel raison dernière de ses déterminations. Quant aux qua­ de sa puissance. L'Etre incréé est sous tous les rapports lités qu'il a pu aimer et vouloir dans l'acte créateur, le prototype et la raison suffisante de l’étre participé : quant aux graves difficultés qu’on peut encore soulever il peut donc connaître en soi tout ce qu'il met en lui. Le créé s’oppose à l'incréé par la limite, soit; mais en arguant de l'immutabilité divine, voir col. 2135 sq.; la limite n’étant rien de positif ne peut être l’objet quant aux restrictions qu'il convient d’apporter à cette thèse de la liberté divine, il va sans dire que Dieu ne d’un concept positif distinct; il suffit de nier plus ou peut vouloir ni le mal, ni çe qui est contradictoire, et moins du parfait pour connaître l'être plus ou moins que telle ou telle volition peut être commandée par limité; la lumière peut connaître les ténèbres sans sortir d’elle-même en niant de son contraire lout ou une autre, necessitas ex suppositione : qui veut la lin veut les moy ens, et plus la fin est restreinte et limitée, partie de la perfection qui est en elle. Par ailleurs cette plus le choix est réduit dans le nombre des moyens. seule connaissance n'est pas un acte de la puissance S. Thomas. Cont. gent., I. 1, c. l.xxxitl, lxxxvi; Kleutproductrice, pas plus que nous ne réalisons nos idées ou nos projets d'action en les pensant : necesse est gen, Philosophie scolastique, t. », p. 457-519. Drum alia scire, non autem relie. S. Thomas, Cont. 2. Liberté de spécification. — La liberté de Dieu genl.. I. I, c. i.xxxi, 5; Sum. theoL, I», q. xix, a. 3, sous ce rapport est encore absolue, que l’on considère : a) l’espèce ou degré de perfection de son œuvre, b) ou ad fi"1". De ce qu’un artiste sait tout ce qu’il peut faire, il ne s'ensuit pas qu'il produise tout ce qu'il sait. les espèces physiques de telles ou telles classes d'êtres Cont. gent., I. Il, c. xxvr, n.5. dont il veut composer son œuvre, c) ou les détermina­ tions accidentelles de temps, de lieu, d'espace, de I n insistant sur la difficulté précédente, on ferait remarquer que ces êtres possibles ne sont pas seule­ quantité, qu'il veut lui donner. a) De la perfection requise dans le monde. — ment objets de pensée, mais termes nécessaires de a Dieu n’est pas tenu de créer le monde le plus par­ 1 amour, parce qu’ils sont une participation de l'infini: cet amour nécessaire, c'est la création. Non pas. 11 fait possible. — Les partisans de Ir doctrine contraire est vrai que Dieu s’aime en eux nécessairement, mais (voir Optimisme) sont amenés à cette solution par le besoin d'expliquer la rationabilité du choix divin. Les cet amour peut rester inefficace; ainsi d'objets que nous reconnaissons beaux, bons, utiles en soi, et que uns disent avec Abélard, que si les réalités présentes nous laissons à d'autres n'en ayant que faire : il aime n'avaient pas eu de quoi être préférées à d'autres, Dieu ne ces essences nécessairement, sans vouloir nécessaire­ les exit pas préférées; qui Dieu ne pouvant faire le ment leur existence, que leur nature n’exige pas et moins bien est nécessité au mieux, et que ce monde, le qui ne lui importe en rien. Nouvelle objection : les seul qu, existe de fait, était donc h meilleur. Tel est jugements de Dieu se réglant sur sa sagesse et les ju­ aussi à peu près le raisonnement de Günlher. Kleutgen. gements de sa sagesse étant nécéssaires, l’acte du créa­ op. cit., t. n, p. 495. Cette théorie pèche, on le voit, teur qui procède deces jugements est nécessaire aussi: par une fausse explication de l'acte libre : la préférence !.< création n’est donc pas libre au moins quant aux tire sa raison du sujet et non de l’objet; le seul monde êtres que la sagesse montre à créer. Il y a ici encore qui soit n’est donc pas le seul possible (voir col. 2144), confusion. Fatalement l’acte créateur, puisque Dieu est et qu’il ne soit pas le meilleur des possibles, c’est chose parfait, aura toute la rectitude que la sagesse inspire; évidente : «car qu’il y ait du mal, nul de ceux qui par­ et c’est précisément pour cela qu’il sera libre, car la ticipent à la vie ne le niera. » S. Basile, In flexaem., sagesse infinie représente à Dieu qu’il est à lui-même homil. n, 4, P. G., t. xxix, col. 37. D'autres sont le seul objet digne de son amour et que tout le reste frappés surtout de la nécessité d’expliquer non pas -t indifférent à sa perfection. Ainsi en est-il chaque tant le fait du choix divin entre plusieurs hypothèses, fois que nous avons le choix entre des actes également que la convenance du motif : de là impossibilité de Ions : la conscience éclaire, elle ne commande pas; concevoir un motif qui n’étant pas parfait ne serait paelle met à l'aise en montrant précisément que rien ne digne de Dieu. Mais il suffit de considérer que ce c ns'impose. cept d’une créature ou d’un monde le plus parfait pos­ Mais à résoudre ainsi le problème, on tombe dans sible est contradictoire dans les termes. Dés qu'on se jne autre difficulté : pourquoi Dieu crée-t-il, si créer trouve dans l'ordre fini et quantitatif, entre la dernière DICT. DE THEOL. CATIIOL. HL — 68 2147 CREATION des grandeurs assignées par la pensée et l’infini, il reste une inlinité d'autres quantités possibles. Aussi les scolastiques sont-ils tous d’accord sur ce point : « à parler proprement, il n'est chose que Dieu fasse, qu'il ne puisse en faire une meilleure. » S. Thomas, Stem. lheol., I·, q. xxv, a. 6, ad I01". Le monde le plus par­ tait doit donc être considéré, comme le nombre infini en mathématiques, non pas comme une réalité pos­ sible, mais comme une limite vers laquelle on peut tendre sans l'atteindre jamais. S. Bonaventure, In IV Sent., I. I, dist. XLIV, a. 1, q. Ι-tn, Quaracchi, t. t, p. 781-787. Cette limite, c’est le monde infini, l’infini créé, niais il est impossible, parce que la souveraine excellence de l'infini exclut la multiplicité, ou, ce qui revient au même, parce que la créature ne peut rece­ voir, tirée qu'elle est du néant, la communication adé­ quate de l'infini : c’est là son vice essentiel, celte im­ perfection idéale dont parle Leibniz. Théodicée, 1, Ji 20; ni, § 380, édit. Dutens, t. i, p. 136, 387. On voit par là comment il faut comprendre la toulepuissance de Dieu : ad intra un acte infini et éternel, la génération du Fils; ad extra possibilité de créer, en nombre indéfini, des êtres indéfiniment plus par­ faits, infinitum in potentia, mais impossibilité de produire un être infini, infinitum in aclu. Hugues de Saint-Victor, De sacram., I. I, part. II, c. x.xn, P. L., t. ct.xxvi,col. 216; S. Bonaventure, loc. cil., dist. XLIII, a. 1, q. n, Quaracchi, t. 1, p. 772. Il n’y a donc pas lieu de renoncer à parler de la toute-puissance divine, puisque Dieu peut tout ce qui n'est pas contradictoire. Impuissance relative, cf. Maillet, La création et la pro­ vidence, p. 117, est une expression choquante, parce qu’elle semble indiquer une imperfection en Dieu; or. bien que cette puissance ad extra soit en fait limitée, la cause en est dans l’imperfection essentielle de la créature et non dans la nature du créateur. Aussi des penseurs comme Malebranche et Leibniz ont-ils eu garde de présenter ainsi la thèse de l’opti­ misme. L’un et l’autre pour trouver un motif digne de Dieu ont cherché à mettre quelque infinité dans le des­ sein du monde. Malebranche a recours au plan de l’in­ carnation : mais trouver la justification de l’ordre naturel dans l'ordre surnaturel est, on le voit, une solu­ tion inadmissible. Voir la solide réfutation de Male­ branche par Fénelon et Bossuet, Œuvres de Fénelon, édit. Didot, in-4», Paris, 1838, t. Il, Réfutai, du P. Malebranche, c. xxi sq., p. 267 sq. Leibniz distinguant en Dieu une volonté antécédente par laquelle il veut le bien, et une volonté conséquente par laquelle, vu l'impossibilité métaphysique de réaliser le parfait, Dieu se résout au meilleur, professe que ce monde est bien le meilleur possible, parce qu’il est infini, non pas à un moment quelconque de sa durée, mais dans l'ensemble de ses révolutions, qui doivent s’étendre pendant toute l’éternité. Bouillier, Histoire de la phi­ losophie cartésienne, 3’ édit., t. n, c. xxiv, p. 459 sq. Cette solution même ne saurait être admise, pas plus que la thèse de l’infini créé, soutenue en dépen­ dance manifeste des principes de Descartes et du P. Malebranche dans l'opuscule intitulé : Traité de l’infini crée, in-12, Amsterdam, 1769, attribué au célèbre oratorien probablement par l'abbé Terrasson. Bouillier, op. cil., t. n, c. xxxi. p. 610 sq. L’infinité du monde en nombre, en grandeur, en durée, lut-elle possible, ou supprimerait la liberté, si l'on veut y trouver la raison du choix divin, ou plus exactement n'explique­ rait ri. n. En etlet, a) Dieu n'est pas libre, s'il ne peut produire qu'un infini de cette nature; b) un infini pareil n’a rien encore pour déterminer les préférences de Dieu : de toute maniéré, en effet, ce monde extérieur ne peut rien ajouter de bien-être, de perfection, de quoi que ce soit à l’infinité que Dieu trouve en luiméuie; il lui est donc, même infini, aussi indifférent •2148 que la créature isolée la plus infime : ni l'un ni l'autre ne passeront donc à l’existence que sur un mouvement pleinement gracieux et libre du créateur; c) un infini pareil n’excuse pas Dieu de n’avoir pas produit plus parfait. En effet, de même que, si l’on admet une série infinie de générations animales, on n’empêchera jamais que le nombre total des pattes de quadrupèdes ne soit quadruple de celui des tètes, de même on n'em­ pêchera pas qu'un infini composé de combinaisons finies ne soit plus ou moins parfait qu’un autre, puisque de toute façon il reste à chaque instant, dans la série des révolutions, indéfiniment de manières indé­ finiment plus parfaites d’occuper autrement l’infinité de la durée. La réfutation foncière de l’optimisme se tire donc tout entière du caractère de la créature forcément limitée, quoi qu’on fasse, et par là même pleinement indifférente, par elle-même, à l’infini, Elle ne lui importe que s'il s'y intéresse. Au surplus, s’il lui plait de mettre quelque rellet d'infinité dans son œuvre, l’élévation à l’ordre surnaturel du plus infime des mondes, si l'on admet cette thèse que la grâce est au-dessus même de toute nature crêable, lui permet de tirer de cette créa­ tion une gloire spécifiquement divine que ne pourrait lui donner l'ordre naturel le plus parfait. Le meilleur des mondes est donc impossible en soi et inutile. Urraburu, Onlologia, p. 585, n. 205. Telle est la conclusion de toute l'École, sauf peut être de Scot, In 1VSent., 1. Ill, dist. XIII. q. 1, etde Durand, In 1 V Sent., I. I, dist. XLIII, q. i; dist. XLIV, q. n. b. Ce monde est pourtant le meilleur d’une perfec­ tion relative. — S’il n’est pas, en effet, le plus parfait en soi, il est le plus parfait qui puisse être relative­ ment à son auteur, en raison de la dignité surêminente de l’ouvrier, ratione causse efficientis, en raison de la pensée divine qui l'a conçue, rationecausæ exemplaris, de la lin qui lui est assignée, car c’est en somme Dieu même, ratione causæ finalis, de la concordance parfaite entre le plan conçu et l’œuvre exécutée, ratione exsecu­ tionis, de son mode d’exécution sans effort et par une seule parole, ratione modi quo fit. Mais il esta remar­ quer que toutes ces qualités se rencontrent dans n'importe quelle création divine; ainsi de toutes les œuvres d’un artiste accompli, qui toujours parfaites sous le rapport de l’art différeraient seulement par la masse ou par le sujet traité. Disciple de Hugues de Saint-Victor, Summa, tr. 1, c. xtv, P. L., t. ct.xxvt, col. 70; Pierre Lombard, Sent., I. I, dist. XLIV, n. 23, P. L., t. cxcn, col. 640; Bandin, ibid., col. 1023; Alexandre de Halés, Summa, part. I, q. xxt, m. in, a. 2; S. Thomas, S. Bonaventure, loc. cit. L’absence de cette perfection arguerait une imperfection de l'ou­ vrier. c. Dieu seul juge de la perfection qui convient à son œuvre. — M. Guyau écrit avec son âpreté ordinaire : « S’il y a un créateur, il est responsable. Son action est susceptible au même litre que toute autre d’être appréciée au point de vue moral; elle permet de juger son auteur; le monde devient pour nous le jugement de Dieu. » Cité par Maillet, La création et la provi­ dence, p. T19. Orgueil, ce semble, et inconsé |uence. Juger, estimer, suppose une règle. Quelle sera-t-elle? La comparaison avec l’infini ? Mais ces censeurs oublient que tout fini, parce que fini, est défectueux. Telle ou telle vue personnelle sur la fin et le plan du monde? Mais si Dieu a voulu autre chose que ce qu'ils pensent, tout leur jugement est faux, comme leur règle. Si le créateur, par exemple, s’est proposé de faire du monde un lieu d’épreuve momentané, le jugement à porter sur son œuvre est tout autre que s’il a voulu en faire une « demeure permanente » et un paradis de délices. Le fidèle sait à quoi s'en tenir sur ce point; à tout homtn· de bon sens on peut demander au moins, sans lui ‘2149 CRÉATION imposer en rien la solution de la foi, de ne pas imposer à Dieu ses petites vues par cet anthropomorphisme intellectuel que nous avons déjà signalé. L’œuvre n’est pas indigne de Dieu : a. si, au milieu d’imperfections métaphysiquement nécessaires, on y lit assez de per­ fections pour y reconnaître une pensée qui, débordant la nôtre par tant de points, lui inspire quelque humi­ lité prudente; β. si la raison peut aisément soupçonner quelques raisons satisfaisantes des dispositions pro­ videntielles qui l’étonnent au premier abord. Ainsi ont fait les saints Pères : ils n’ont pas nié le mal; ils ont essayé de montrer que le créateur l’avait ordonné à un bien plus grand. Au surplus la première disposi­ tion qu’on puisse demander à quiconque entreprend de déchiffrer les énigmes du monde, c’est l’humilité et la bienveillance pour son auteur. b) Perfection des espèces requises dans le monde. — a. Dieu n'est tenu de créer aucune espèce détermi­ née. — Est-il possible, en dehors du monde spirituel des anges, du monde matériel des corps, du monde mixte de l'humanité, de concevoir une classe d’êtres spécifiquement distincts? Au fond, nous ne pouvons donnera cetle question aucune solution éwdente. Dieu était-il tenu d'appeler à l’existence ces trois ordres que nous connaissons? Ici encore il faut dire non, et telle a été, à n'en pas douter, la doctrine commune. Cependant la solution n'a pas chez tous les scolastiques cette netteté. Cetle grande conception néoplatonicienne de I échelle des êtres, vulgarisée par Origène, saint Augus­ tin, le pseudo-Denys, saint Jean Damascène, les ame­ nait à dire que la cause première, ne pouvant créer une image adéquate de soi dans un être unique, devait se reproduire, depuis l’ange jusqu’à la matière, à tous les degrés possibles de l'étre. Leur manière de parler laisserait à entendre qu’ils voient là comme une nécessité. Il échappera même à Suarez de dire que si une créature capable de créer eût été possible, elle •ùt été produite, Disp, met., disp. XX, sect. 11, n. 12, Paris, t. xxv, p. 756, parce que la réalisation de ce type importait ad perfectionem universi. Mastrius le reprend et le corrige par la doctrine que le même Suarez professe ailleurs. In II Sent., disp. I, q. 1, a. 2, in-fol., Venise, 1719. p. 4, n. 13. Il ne faut voir dans ces explications de l'Ecole, que des raisons de convenance, non pas de nécessité. Voici une déclaration formelle. Il lallail, avait dit saint Grégoire, qu'il y eût une nature intermédiaire entre l’ange et la matière. « Le mot il faliail, remarque saint Jean Damascène, ne marque autre chose que la volonté du démiurge. [Il jugea bon, non il était bon.) C'est elle qui est la loi et la règle de toute convenance et personne ne peut dire à celui qui l’a fa­ çonné ; pourquoi m'as-tu l’ait de la sorte? » Rom., IX, 21. De fide orlh., 1. II, c. xu, P. G., t. xciv, col. 920. b. Cependant Dieu peut être lié par ses décrets antérieurs, et la création d’une espèce peut être exigée comme la conséquence d'une autre. Ainsi ayant dessein Je créer l'homme, il devait nécessairement pourvoir par quelque moyen à sa subsistance; créant tel système sidéral, il rendait nécessaire des genres spéciaux de plantes et d'animaux et vice versa : plus un projet est arrêté dans le détail, plus les moyens d'exécution se trouvent commandés, quicumque vult aliquid, neces­ sario vidt ea quæ requiruntur ad illud. S. Thomas, gen!., L 1, c. txxxiii, n. 4; lxxxv, n. 4; lxxxvi, n. 3. C'est ce que l’École appelle nécessité hypothétique, necessitas ex suppositione. Une telle nécessité ne lie fagent libre, en délinitive, qu'envers lui-même dans la mesure où il continue à vouloir exécuter son plan. « Nous pouvons, dit saint Thomas, procéder de la sorte en rendant raison de la volonté divine : Dieu veut que l'homme ait la raison pour que le type humain existe; il veut que l'homme soit pour la perfection de funivers, ad hoc quod completio universi sil : il veut 2150 le bien de l'univers parce qu'il convient à sa bonté. » Cont.gent., 1. 1, c. lxxxvi, n. 3; lxxxvii; Uccelli, p. 116, 117. S'il est nécessaire ou non que Dieu crée, outre le monde matériel, des créatures raisonnables, voir plus loin. c) Perfections des déterminations accidentelles, grandeur, temps, espace. — Libre à l’égard de toutes les espèces, Dieu l’est aussi par conséquent à l'égard de la masse ou de la quantité qu'il lui plaît de déter­ miner pour chacune et pour l’ensemble; par le fait, il l’est aussi pour toutes ces relations qui sont liées à la quantité, l’espace et le temps. vi. cause exemplaire. — 1· Notion. — Tout ouvrier qui produit un ouvrage est dirigé dans son travail par une idée dont il poursuit la réalisation. Ce modèle de l’artiste, c’est l’exemplaire ou la cause exemplaire de son œuvre, a Les choses produites en vertu de l'art, dit Aristote, ont une forme dans l’âme. J'appelle forme, είδο;, la quiddité de chaque chose et sa première essence. » Melaphys., 1. VII, c. vu. n. 5, édit. Didot, t. n, p. 544. Cf. 1. IV. c. n, η. 1, p. 515. Le philosophe expose ensuite par des comparaisons la nature et le rôle de cette forme ou idée : c’est la théorie de l’exemplarisme. S. Thomas, Comment, in Aristol. melaph., 1. V, lect. Il, Paris, t. xxiv, p. 514 sq.;cf. 1. Vil, lect. vi, ibid., p. 638; de Régnon, Métaphysique des causes, in-8°, Paris, 1886, p. 342; cf. 1. V, en entier, p. 327 sq. Si nous éludions les rapports de celte théorie avec le dogme de la création, ce n'est pas qu'elle fasse corps avec lui. Ces seuls points sont de foi : 1. Dieu distinct du monde; 2. auteur du monde; 3. intelligent et libre, créant en conséquence d’une manière consciente et raisonnable; 4. en vue d’une fin. Mais ces données dogmatiques s’accordent de telle sorte avec l’exemplarisme, dans ses grandes lignes du moins, et l'usage des Pères et des théologiens est tel, que nous pouvons re­ garder l’application de cette doctrine au dogme comme commune en fait et sûre en droit. Nous nous contenterons d’indications sommaires, la question méritant d’être reprise à part avec plus d’ampleur. 2° Exemplarisme dans la philosophie antique et dans la Bible. — Aucune théorie de la cause exemplaire dans la Bible, mais elle offre des éléments très riches qui fourniront aux penseurs les moyens de la cons­ truire, qui donneront aux simples, sans même soulever le problème, la solution religieuse qui importe : 1. Dieu personnel et distinct du monde, comme l'artisan l’est de son ouvrage; 2. créant par sa parole, ce qui sup­ pose intelligence et pensée, Gen., i, 3, 6, 9; 3. jugeant que son œuvre répond suffisamment à ses vues,et donc à son idée, pour être dite bonne et très bonne, Gen., 1, 4, 10, 12, 31; 4. se prenant enfin lui-même, quand il fait l’homrne à son image, comme le modèle de sa créature. Gen., I, 26. Histoire large ou allégorie, ces affirmations contrastent singulièrement, soif avec les in­ cohérences des cosmogonies ethniques, soit avec les incertitudes où se débat la pensée grecque des pre­ miers âges. Au Ve siècle, Platon, par la bouche de Socrate, raille les philosophes, ses devanciers, qui expliquent toutes choses par les causes matérielles et les constituants physiques. Phédon, 96 a, édit. Didot, t. I, p 75 sq. Anaxagore avec sa théorie du νούς lui donne l’espoir de voir résoudre le problème par la causalité de l’in­ telligence; illusion bientôt déçue. Phédon, 97 b, op. cit., p. 76. Cf. Janet, Les causes finales, 1882, appen­ dice xu. p. 730 sq. Cherchant toujours la solution, le philosophe est amené à la théorie des idées. Phédon, 100 b sq., ibid., p. 78. Aristote nous expose quell· s inlluences l’v ont amené : Héraclite, Cratyle, Socrate, les py thagoriciens, Melaphys., 1. I, c. vi, édit. Didot, t. n, p. 447; cf. 1. XI, c. iv, op. cil., p. 615, et Paruié- t 2151 CREATION nide, ibid., 1. XIII, c. π, p. 630. Cf. H. Cazac, Polé­ mique d’Aristote contre la théorie platonicienne des idées, in-8», Tarbes, 1889, p. 16, note. Ainsi les choses sont ce qu'elles sont, non seulement parce qu'elles sont composées de tels ou tels éléments, mais parce qu'elles répondent à un type, l’idée, et à un but. Platon, Philébe, 53, 54, édit. Didot, t. i,p. -430 sq.; Phédon, 100 sq., ibid., p. 78. Qu’est-ce au juste que ces idées? Les êtres existent-ils par participation, μέβεξις, de ces réalités supérieures, ou sont-ils seule­ ment créés â leur imitation, μίμησις? Dans le premier cas, Platon nous mettrait sur le chemin de l’idéalisme alexandrin; dans le second, nous aurions réellement, avec un dieu transcendant, la théorie de l’exemplarisme. L’hypothèse la plus probable est peut-être la suivante : Platon a partagé successivement les deux manières de voir. Le Tiniée, s’il en était ainsi, el Republ., 1. X, si favorables à la μίμησις, marqueraient moins une syn­ thèse de ses vues antérieures, qu’une seconde époque de sa pensée. Janet, op. cit., p. 745 sq. Mais ce dieu transcendant du Timée porte-t-il en lui le monde des idées ou le conlemple-t-il hors de lui? Les néoplatoni­ ciens en général et les Pères de l’Église mettent les idées en Dieu; Aristote, Jean de Philopon, les scolas­ tiques estiment que Platon les supposait hors de Dieu; les modernes sont fort divisés sur ce point d’exégèse. Il semble acquis cependant que l’interpréta­ tion qui présente les idées comme les idées de Dieu n’est pas antérieure à 1'ére chrétienne. Cf. Zeller, Phi­ losophie der Griechen, t. n, p. 664, n. 5; t. v, p. 120. Au surplus ce qui importe ici, c’est moins la reconsti­ tution objective de la pensée platonicienne, que l'histoire de son influence. Voir les textes, Ritter et Preller, His­ toria philosophise græcæ, 8· édit., in-8», Gotha, 1898, n. 318, p. 238 sq. Cf. Petau, De Deo, 1. IV,c. ix, in-fol., Venise, 1725, p. 486 sq. Aristote, son disciple, combat les idées en tant que subsistantes hors de la cause première. Metaph., 1. I, c. vt, ix; 1. II, c. v, vt; 1. VI, c. vu, vin, xiv, etc., édit. Didot, t. n, p. 477 sq., 498 sq., 544 sq. Cf. Commen­ taires de S. Thomas, In Arist. metaph., 1. I, lect. ix, x; 1. Ill, lect. ix, x; 1. Ill, lect. tx, xtv; 1. VII, lect. vt, vu, xtv, Paris, t. xxtv, p. 384 sq., 439 sq., 633 sq.; t. xxv, p. 27 sq. On affirme ces idées séparées, dit le Stagyrile, sans raison, et la raison conduirait à en admettre d’inadmissibles. Metaph., 1. I, c. IX, n. 2 sq., ibid., p. 482; texte repris, Metaph., 1. VI, c. xvi, n. 7, ibid., p. 556. Ce sont des notions générales auxquelles on accole les mots « en soi », par exemple, « l’homme en soi, » Metaph., 1. VI, c. xvi, n. 7, ibid., p. 556; impossible que ces types séparés servent d’exemplaires. Metaph., 1. VI, c. Vlll, n. 8, ibid., p. 546. Mais en la corrigeant le disciple garde et développe la théorie du maître. Dubois, De exemplarismo divino, in-4”, Rome, 1899, t. I, part. Ill, 1. I, c. I, p. 300 sq. Les mêmes causes qui avaient amené le développe­ ment de la théorie des intermédiaires, cf. Hackspill, Éludes sur le milieu religieux et intellectuel du Nou­ veau 'Testament, dans la Revue biblique, 1901,p. 201 sq., et l’éveil de la spéculation philosophique sous l’iniluence gréco alexandrine, devaient provoquer dans la théologie juive des théories analogues. On sait la place que tiennent dans les livres sapien­ tiaux les descriptions de la Sagesse, de ses prérogatives, de son rôle. Mais le nom de 4 sagesse » y est pris en des sens multiples : sagesse humaine et vertu de reli­ gion, Prov., 1, 1-9, loi de la nature, Ls., XL, 12-14; Job, xxxvm, xxxix; Ps. civ, 24, ailleurs ensemble des attributs divins qui se manifestent dans la création et que l’homme doit, pour être sage, reproduire en sa vie. Eccli., xxiv; Job, xxvin. « Jéhovah m'a possédée au commencement de ses voies. Lorsqu’il disposa les cieux, j'étais là,... lorsqu'il posa les fondements de la terre. ., 2152 j'étais à l’œuvre auprès de lui me réjouissant chaque jour [ou : j’étais ses délices] et jouant en sa présence... et trouvant mes délices parmi les enfants des hommes. » Prov., vin, 22 sq.Cf. Hackspill, dans la Revue biblique, 1901, p. 202 sq., 377 sq.; 1902, p. 58sq. Dans ces allégories poétiques si complexes, on peut trouver les éléments d’une théorie de la cause exem­ plaire, et les Pères l’y reconnaîtront spécialement à l’occasion de la traduction des Septante, έχτισε με αργήν. Prov., vm, 22, il m’a- créée ou constituée principe de ses voies; i) est difficile de juger qu’elle y soit explici­ tement formulée. La littérature extracanonique montre des tendances analogues. Telles les spéculations sur l’homme intelli­ gible etl’homme sensible, tantôt d’originejuive, Bousset. Die Religion des Judentums im neutestanientlichen Zeitalter, in-8», Berlin, 1903, p. 347, tantôt en dépen­ dance plus marquée de l’hellénisme. Aucher, Philonis Judæi paralipomena, Venise, 1826, p. 6. On reconnaît à certains êtres, personnes, institutions ou choses, une certaine préexistence dont il est difficile de déterminer la nature. Le texte: « Regarde et fais suivant le modèle qui t’a été montré sur la montagne, » Exod., xxv, 40, a pu avoir quelque influence sur ces théories. Tixeront. Théologie anténiccenne, c. I. p. 38; cf. Dalman, Die Worle Jesu, in-8», Leipzig, 4898, t. i, p. 245. C’est par Philon surtout que se développe la théorie de l’exemplarisme. Drummond, Philo Judæus, t. Il, p. 187-489, 275-279; Lebrelon, Les théories du Logos au début de l’ère chrétienne, dans les Études, 4906. t. evi, p. 764 sq. Il cite ses devanciers juifs et dans le De opificio mundi s’appuie surtout sur le Timée. « Dieu concevant... qu’une belle copie ne peut exister sans un beau modèle, ayant résolu de produire ce monde visible, τον όρατόν, commence par former le [monde] intelligible, τον νοητόν, afin de former, par le moyen de cet exemplaire incorporel... le monde corporel, πρεσδυτέρου νεώτερον άπειχόνισμα, renfermant autant de genres sensibles qu’il en était dans le premier d’in­ telligibles. » De opif. mundi, c. iv, édit. Wendland. t. i, p. 4. n. 46. Ainsi de l'architecte humain qui cons­ truit tout d’abord son œuvre dans sa tête. Ibid., c. vu, p. 7, n. 29. Ce monde des idées n’a d’autre place que le Logos divin, c. v, p.5, n. 20, ουδέ έτερον τί ίστι η ό τον άρ/ιτέχτονος λογισμό;, c. νι, ρ. 6, η. 24, et ce dogme, ajoute-t-il, est de Moïse, non de moi, car s’il dit que la partie, l'homme, est créée à l’image de Dieu, Gen., i. 26, combien plutôt l’univers. Ibid., n. 25. Ct. Platon. Timée, 30, édit. Didot, t. u,p. 205; Philon, De confus. Unguar., c. xxvm, t. il, p. 247, n. 445 sq.; Petau, De Deo, 1. IV, c. ix, § 12, t. 1, p. 490. Si grande qu'ait été la vogue des idées platoniciennes et philoniennes, il semble impossible d’en voir un écho dans Rom., 1, 20. Ces choses invisibles que révèle le monde sensible, ce ne sont pas les idées divines, mais les attributs transcendants de Dieu. Comely, Comment, m S. Pauli epistol., in-8», Paris, 4896, t. i, p. 84, 85. Les textes de la lettre aux Hébreux offrent une ana­ logie plus frappante. Cet autre monde, le vrai, dont le nôtre n’est que l'antitype, ressemble au monde des in­ telligibles, Heb., vm, 5; ix, 23, 24, mais la suite du raisonnement montre bien que l’auteur entend par la le « sanctuaire céleste ». C’est le sens qu’il donne i Exod., xxv, -40. Les deux idées sont voisines, nullement identiques. Ces siècles créés ex invisibilibus pourraien: aussi s’entendre du monde des idées invisibles, si le texte des Septante n’avait rendu Gen., i, 2, inanis et vacua de la Vulgate, par αόρατος καί άχατασχενατος, dHummelauer, In Genesim, 1895, p. 91, et si la suite du discours, Heb., xt, 3 sq., ne nous montrait l’auteur pas­ sant en revue la Genèse pour y signaler tout ce que, par elle, la foi nous enseigne. Il s’agit donc non du mond· des idées, mais de la matière chaotique. Gen., i, 2. A 2153 CRÉATION égale dislance de l’exégèse de certains Pères qui vou­ laient trouver dans la théorie de Platon l’influence de Exod., xxv, 9, 40; Ps. cxm, 16, ou croyaient du moins dans ces passages lire toute la théorie des idées, et de lexégèse moderne qui prétend retrouver toute la pen­ sée grecque dans la Bible, on jugera peut-être plus critique, sans résoudre le problème jusqu’à plus ample informé, denoter avec soin les analogies.Trop de ren­ seignements manquent encore pour établir les influences avec quelque certitude. 3° Les Pères. — Un étude complète de l’exemplarisme exigerait qu’on examinât à la fois la doctrine patristique : 1. de l’intelligence divine; 2. des idées divines; 3. du Logos; 4. de l'image de Dieu dans l’homme et dans le monde. On trouvera plus haut ce qui concerne spécia­ lement le Logos. Nous noterons uniquement ici les textes qui accusent une dépendance spéciale du plato­ nisme. Saint Irénée, Cont. hær., L II, c. Xlv, n. 3, P. G., t. VH, col. 751, a signalé l’influence de l’exemplarisme sur les rêveries gnostiques.Si les paradigmes ou exemplaires, répond-il, subsistent indépendants, il devient nécessaire d’admettre une série infinie d’exemplaires se copiant l'un l’autre; si l'abîme a pu les tirer de lui-même, pourquoi le démiurge ne le pourrait-il pas? Ibid., c. xvt, n. 1 sq., col. 759. Combien il est plus sùr et plus exact de confesser de suite la vérité : un créateur unique qui s’est donné lui-même son exemplaire. Ibid., n. 3, col. 760; cf. c. vu,en entier, col. 726 sq.; c. ιιι,η. 1, 2, col. 717 sq.; L V. c. xvt, η. 1, 2, col. 1167. A la suite du saint évêque, Terlullien constate le lien de parenté entre Platon et la gnose : la préférence donnée au monde intelligible a conduit à mépriser le monde sensible. De anima, c. xvm, P. L., t.n,col.678sq. Lui-même d’ailleurs admet les idées : voluit enim Deus et alias nihil sine exemplaribus in sua dispositione molitus, paradigmate platonico melius. Ibid., c. XLin, col. 723. Le pseudo-.Iustin, pour son compte, estimait que Pla­ ton avait puisé sa théorie dans l’Ècriture, Exod., xxv, 9. 40; Ps. cxm, 16; Cohort, ad grau·., n. 29, 30, P. G., t. vi, col. 296; il signalait le désaccord sur ce terrain entre Platon et Aristote. Ibid., n. 6, col. 253. Même opinion chez Clément d’Alexandrie. Le philo­ sophe a pris à Moïse sa conception de Dieu « lieu des idées », Strom., V, xi, P. G., t. tx, col. 112; xtv, col. 137 sq.; νοΰς δέ χώρα ιδεών, νους δέ ό Θεός, IV,XXV, t. vm, col. 1364. La pensée d’Origène marque un effort de spéculation plus personnel. Tout a été fait par le Verbe, mais « c’est sans lui que le néant a été fait ». En effet, point d’idées « pour le péché ni le mal, car le mal, au dire de certains Grecs, n’est rien de subsistant ». 7>, Joa., torn, il, n. 7, P. G., t. xiv, col. 135 sq. Et pour­ tant, en un sens, puisque le mal suppose le bien, et puisque le péché suppose la Loi, on peut dire que tout a été fait en Lui. Jbid., n. 9, col. 140. Ailleurs, In Joa., t-jm.i, n. 22, col. 56, il reprend la comparaison de l’architecte produisant en sa pensée, avant d’agir, le plan de sa maison. Puis l’audacieux penseur pousse plus loin son étude. Appuyé sur le texte des .Septante, Prov., vm, il cherche à quel titre le Christ est principe de la création. Ibid., col. 56. C’est, dit-il,en tant que Sagesse, col. 57 ; et cette réponse ne mérite pas, ce semble, toutes les critiques de Petau, De Trinitate, I. I, c.iv, n. 4 sq., n, p. 24 sq.; L VI, c. tv, n. 6, ibid,, p. 310. Le nom de ■ Logos », selon Origène, appartenant au Fils par relation avec les êtres raisonnables, τά λογικά, loc. cit., col. 56, celui de Sagesse désigne bien le titre qui fonde sa relation spéciale avec la création prise dans son en­ semble. Tertullien, Adv. Praxeam, c. v, P. L., t. n, col. 160. Mais voici qui devient inexcusable : ό Θεός τα.τη έν έστι και άπλοϋν* ό δέ Σωτηρήμώνδιάτα πολλά... πολλά γίνεται, loc. cit., col. 57. Ce serait donc la mul­ 2154 tiplicité et la quasi-composition du Logos, qui lui don­ nerait cette aptitude radicale à entrer eu rapport avec la multiplicité des créatures. Ne faut-il pas voir ici l’inlluence très regrettable de la spéculation néoplato­ nicienne? On rapprochera de ces mêmes textes ceux de Plotin. Pour lui aussi l’Un est simple, άπλούστατον, II Enn., 1. IX, c. i, édit. Didot, p. 94, et de lui ne peut procéder que le νοΰς unique; mais ce νοΰς, bien que portant en soi tous les types et toutes les idées dans l’unité, est déjà virtuellement multiple du fait qu’il se connaît lui-même et connaît l’Un. Ibid., p. 95. Il est le monde véritable, κόσμος αληθινός, celui des intelli­ gibles ; c’est de lui que va procéder le monde composé et multiple qui est le nôtre. Ili Enn.,1. II, c. t, p. 118. Si Plotin reproche aux gnostiques de déformer l’exemplarisme platonicien, II Enn., 1. IX, c. vt, p. 98, telle est pour son compte l'interprétation contestable qu'il en donne. Ill Enn., 1. IX, c. i, p. 190. Ammonius est-il l'audacieux de qui Origène tient cette opinion, ώς ε’ιπεΐν άν τινα τεθαρρηζότως, loc. cit., р. 57, et de qui Plotin l’a reçue? Nous la retrouve­ rons dans l’averroïsme. Elle marque à tout le moins un grand progrès du dualisme indécis de Platon à l'unicité stricte du premier principe. Eusébe a transcrit dans ses Préparations évangé­ liques, sur la théorie des idées, les textes de Platon, 1. XI, c. ΧΧΠΙ, P. G., t. xxi, col. 908; cf. 1. XII, c. xix, col. 984, de Philon, L XI, c. xxiv, col. 912, de Clément d’Alexandrie, ibid., c. xxv, col. 913, el la diatribe d’Atticus contre Aristote, 1. XV, c. xm, col. 1337. L’accord des vues platoniciennes avec la Bible, ici encore, lui semble l’indice certain d’un emprunt. C’est du néoplatonisme que saint Augustin et le pseudo-Denys, dont l’inlluence sera si grande sur l’exemplarisme scolastique, recevront la théorie de Platon. Saint Ambroise la rejetait, mais, ce semble, en tant que les idées constitueraient un monde distinct du nôtre et distinct de Dieu. De fide, 1. IV, c. tv, P. L., t. xvi, col. 625, 626. L’évêque d’IIippone traite en particulier des idées dans un passage souvent cité par les scolastiques. Lib. quæst. i.xxxiti, q. xi.vi, P. L., t. XL, col. 30. H les défi­ nit ainsi : Sunt namque ideæ principales formée quædam... quæ ipsæ formates non sunt... quæ in divina intelligentia continentur... et secundum eas... formari dicitur omne quod oriri et interire potest. Loc. cit. La théorie de Platon lui parait si certaine qu’il a peine à croire que ce philosophe l’ait conçue le premier, car nisi his intellectis, sapiens esse nemo potest. Loc. cit., col. 29. Il avait cru trouver mention du monde intelligible dans ces mots du Sauveur, regnum meum non est de hoc mundo, Joa., xvm, 36, cf. De ordine, c. xi, n. 31, 32, P. L., t. xxxn, col. 993; plus tard il désapprouva cette exégèse. Retractat., 1. 1, с. m, n. 2, ibid., col. 588. Mais il met les idées en Dieu même, non enim extra se quidquam positum intueba­ tur... nam hoc opinari sacrilegum est, ibid., col. 30; De civitate Dei, 1. XII, c. xxvi, t. xi.i, col. 376, ubinisi apud ipsum, apud quem Verbum erat. De Gen. ad litt., 1. V, c. xm, n. 29, t. xxxiv, col. 331. 11 ne discute même pas la question de savoir si Platon les mettait aussi dans l’intelligence divine : vraisemblablement, bien qu'il connût le Timée, il l’avait lu à travers les explications alexandrines. Pour justifier ces vues, rien qu’un argu­ ment de bon sens : Quanquam sufficere debeat, ut quisque... inconcusse credat quod Deushæc omnia/ecerit, non opinor eum esse tam vecordem, ut Deum quod non noverat fecisse arbitretur. De Gen. ad Hit., 1 V. c. xm, n. 33, P. L., t. xxxiv, coi. 333. Affirmer le con­ traire serait dire que Dieu crée à l’aveugle : quis ανdeal dicere Deum irrationabiliter condidisse : Singula igitur propriis sunt creata rationibus. Lib. quæst. Lxxxill, loc. cit., coi. 30; De Gen. ad litt., loo. cit., 2155 CRÉATION col. 331.333. Le saint docteur confirme sa pensée par une comparaison tirée de l'activité humaine. In Joa., tr. I, c. i, n. 9, P. L., t. xxxv, col. 1384. Toutes ces idées sont en Dieu dans l'unité, car il est simple; et les choses, identifiées ainsi quant à leurs types avec l’essence divine, sont en Dieu plus parfaites qu’en ellesmêmes. De civitate Dei, 1. XI, c. xxtx, P. L., t. xi.t, col. 343. Cf. Proetus, Instit. theolog., c. cxxtv, édit. Didot, p. xci. Remarque profonde, par ou saint Augustin corrige ou précise le platonisme et répond aux difficul­ tés de saint Ambroise : les créatures dans le Verbe ne sont pas créées niais engendrées, non facta sed genita, De Gen. ad litl., I. II, c. vm, n. 16. P. L., t. xxxtv, col. 269; cf. c. vi, n. 12, col. 268. Il semble admettre pour l’âme purifiée certaine possibilité de contempler les idées, quarum visione /it beatissima, Lib. quæst. Lxxxttt, q. xlvi, P. L., t. xi., col. 31 ; cf. Plotin, IV Enn., 1. IV, c. t sq., édit. Didot, p. 221; mais il le nie. De Gen. ad lilt., 1. V, c. xvt, n. 34, col. 333. La théorie de l’exemplarisme est ainsi résumée dans Boéce, De consol, philos., 1.III, metr. tx, P. L., t. i.xtti. col. 758 : Tu cuncta superno Ducis ab exemplo, pulchrum pulcherrimus ipse Mundum mente gerens, similique in imagine formans. Nul, pas même saint Augustin, n’a pénétré d’une vue plus profonde et ne s’est mieux assimilé ce qu’il y avait de meilleur dans l’exemplarisme alexandrin, que le pseudo-Deuys. Cf. Petau, op. cit., I. IV, c. xi, xn, р. 190 sq. ; cf. 1. I, c. xm, § 9 sq., p. 81 sq. Nous aurons l’occasion de renvoyer à ses écrits en exposant les thèses médiévales. Dubois, op. cit., t. i, part. Ill, 1. I, с. n, m. 4° Les scolastiques. — L’Ecole aura pour les élaborer outre les belles pages de saint Anselme, Monolog., c. tx sq., xxtx sq., P. L., t. clviii, col. 157 sq., 182 sq., les textes du pseudo-Ar>'opagite, de saint Augustin, ceux d’Aristote et les commentaires de saint Thomas. L’averroîsme arabe la pressera d’étudier le problème en reprenant à son compte, pour expliquer l’origine du fini, la solution néoplatonicienne des intermédiaires. C’est là le point délicat de l’exemplarisme et on ne pourrait esquiver la difficulté. 1. Existence des idées. — Les docteurs voient dans cette doctrine, avec saint Augustin, une pure consé­ quence de ce fait que Dieu est intelligence. S. Anselme, Monolog., c. tx, P. L., t. clviii, col. 157; quia mundus non est casu factus, S. Thomas, Sum. theol., I», q. xv, a. 1 ; Cont. genl., I. I, c. L, n. 2. non ignorans agit. De ventate, q. m, a. 1. En ce dernier endroit se trouvent réunies presque toutes les autorités invoquées par l’École. A rlifex non potest producere nisi præcognoscat. S. Bonaventure, In IV Sent., 1.1, dist. I, p. I, a. 1, q. i, object. 3; cf. 1. I, dist. XXXV, XXXVI. Sur ce point accord complet, S. Bonaventure, Opera, Quaracchi, t. 1, p. 1X12, scholion. Les difficultés commencent dès qu’il s’agit de donner â cette théorie une expression plus philosophique. Sous ces mois « Dieu crée d’après ses idées » se cacherait un anthropomorphisme inacceptable, si après avoir prouvé par analogie avec l’activité des êtres intelli­ gents que Dieu a son modèle, on n’essayait pas de déterminer comment on peut concevoir dans l'infini la notion de cause exemplaire. On dit donc : 2. Les idées sont en Dieu, Urées de lui-même, et Dieu même. — C'est une première conclusion qui s’impose, â faute de concevoir Dieu comme dépendant de quelque chose hors de soi, et d'admettre quelque réalité subsis­ tant indépendamment de lui. L’ouvrier humain em­ prunte à l'expérience les éléments de ses créations, componendo partes quas ex rebus cognitis in memo­ riam attraxit, S. Anselme, loc. cit., c. xi, col. 160; Dieu ne s’inspire que de soi-méme. Nouvelle différence : 2150 si l’on ne veut porter atteinte à l’absolue simplicité de l’infini, en supposant en lui des déterminations mul­ tiples analogues à celles que nos pensées introduisent en nous, il faut dire que les idées ne sont en rien dis­ tinctes, quant à leur réalité, de l'essence divine. En Dieu, le principe de l'action immanente, l’action ellemême et son terme sont une seule immuable réalité. « Et de la sorte les idées, forma· rerum, sont éternelles parce qu’elles sont Dieu. Et si Platon l'a conçu ainsi, il faut l'approuver; c’est là ce que lui fait dire saint Augustin, et sic imponit ei Augustinus. S'il a été plus loin, ut imponit ei Aristoteles, sans nul doute il a erré... car, comme dit le Philosophe, des formes hors de Dieu, séparées des individus, n’ont d’utilité aucune ni pour l’action ni pour la connaissance. « S. Bona­ venture, In IV Sent., I. II, dist. I, p. t, a. 1, q. I, ad S0"1. Ainsi tous les scolastiques prennent-ils parti pour Aristote et saint Augustin contre Platon. S. Thomas, Sum. theol., I*, q. xv, a. 1, ad 2"m; Cont. genl., 1. I, c. i.i. n. 2; c. lu; Scot, In IV Sent., I. 1, dist. XXXV, q. I; dist. Ill, q. iv. 3. Les idées, selon leur notion propre, formaliter, sont Tessence divine en tant qu’imitable. — Si l’on demande, non plus à quelle réalité physique, entitalive, mais à quelle essence ou concept, /ormaliter, et par conséquent à quel aspect ou perfection spéciale de l'essence divine correspond notre terme d'idée, saint Thomas répond que l’idée n’est point cette essence précisément en tant qu’essence, non quidem ut essentia, sed ut est intellecta. De veritate, q. ni, De ideis, a. 2. Dans l'essence il n'y a rien que l’être simple, un seul acte et une seule note. Mais si l’intelligence divine con­ sidère cette essence suivant toutes les perfections qui lui conviennent, elle l’atteint comme participable â tel ou tel degré : ce degré, c’est précisément le concept de telle ou telle créature, et ideo ipsa divina essentia coinlelleclis diversis proportionibus rerum ad eam est idea uniuscujusque rei. Ibid. Cf. Sum. theol., 1·, q. xv, a. 2, in c. et ad 1“”; Cont. gent., 1. I, c. liii, i.iv. L'idée c’ast donc l’essence connue en tant qu’imitable. Telle est aussi, ce semble, l'opinion de saint Bonaven­ ture. Cf. Trigosus, Summa, q. xi, a. 3, dub. il Au con­ traire, Barthélemy de Barberiis, Cursus theol., I.disp. V. q. it, VI, prétend constater quelque divergence. Cf. S. Bonaventure, Opera, Quaracchi, 1.1, p. 602 Sur l'essai de conciliation de .luvénal d’Anagni, cf. Couailhac, Doc­ trina de ideis divi Thomæ divique Bonaventuræ con­ ciliatrix, in-8«, Paris, 1897. Scot, considérant qu’une relation suppose un terme, ne veut pas définir l'idée l’essence divine selon ses re­ lations aux créatures, puisque la créature n’existe pas encore; il la définit : « les créatures elles-mêmes, selon leur caractère d'être possible, connues dans l'intelli­ gence divine. » In 1 V Sent., 1. I, dist. XXXV, q. 1; 1. IV, dist. L, q. m, n. 4; cf. S. Bonaventure, foc. cil.; Kleutgen, Philosophie scolastique, diss. VI, n. 582. 583, trad. Sierp, t. m, p. 96 sq. A cette manière de voir peuvent se ramener Durand, In IV Sent., I. 1. dist. XXXVI, q. ni, et bon nombre de nominalistes. Cela n’empêche pas l’accord sur les points essen­ tiels : existence des idées, rôle, indistinction absolue de leur être et de l’essence divine. 4. Les idées, quant à leur origine, ont leur fonde­ ment premier dans l’essence divine. — Ayant expos­ ce que sont proprement les idées, /ormaliter, si l'on cherche à concevoir quel principe ou quelle opération les constitue, causaliter ou principialive, dans leu· existence de cause exemplaire, on peut dire qu l’essence divine est leur fondement premier, remote. l’intelligence leur constituant définitif et immédiat. proxime. L’essence divine, en tant que telle, ne contient qu virtuellement, éminemment, l'idée de toutes choses . 2157 CRÉATION ce ne sont pas en elle des notes distinctes. Que dire en effet de l’Acte pur? Parce qu’il est l’infini, il pos­ sède infiniment toutes les perfections imaginables; parce qu’il est simple, il les contient sans différentia­ tion de l’une à l'autre, dans l’unité absolue. En lui donc préexistent identifiés tous les contraires, voir Augustin (Saint), t. i, col. 2346; συνειλημμένω: zal ένιαίως, pseudo-Denys, De div. nom., c. v, n. 6. P. G., t. lit, col. 820; μονοε-.δώς ζαΐ ήνωμένως, ibid., n. 7, col. 821 ; cf. n. 9, 10, col. 824, 825; omnia in se præhabet... non secundum compositionem, sed secundum simplicissimam unitatem. S. Thomas, In Dionys., c. v, lect. in, Paris, t. xxtx, p. 508. C’est qu’en effet toutes les perfections imaginables s’opposent entre elles non par ce qu'elles ont de perfection, mais par ce qu’elles ont de limite. Ainsi les nombres ne sont-ils pas opposés entre eux par l’affirmation de quantité, qui leur est commune, mais par leur limite, par la détermination de telle quantité, qui les oblige à n’étre que 8, 9, 40, respectivement et les oppose en les distinguant. Chacun d’eux, élevé à l’infini, prend donc ce qui l’opposait aux autres, sans diminuer ses qualités propres. Ainsi au degré infini, si l’on peut dire, toutes les perfections imaginables se fondent dans l'unité. On voit comment cette manière de concevoir se rap­ proche et se différencie de celle des néoplatoniciens, quos mullum in hoc opere Dionysius imitatur, S. Thomas, loc. cit., c. v, lect. i, p. 500, et de celle de Hegel. Tous les contraires sont en Dieu, si l'on veut, non dans la confusion, mais dans l’unité, non dans l'indétermination, mais au summum de l'actualité. Dieu n’est ni vie, ni intelligence, ni essence, mais survie, surintelligence, suressence; n’étanl rien comme nous il est vraiment tout ce que nous sommes avec surcroît. Pseudo-Denys, De div. nom., c. tv, n. 3, col. 697; S. Thomas, loc. cit., c. iv, lect. n, p. 431. La limite est principe négatif, cause il est vrai de differentiation, et, en ce sens impropre, cause de détermination, mais non constituant physique de l’être; partant, elle n’est requise en Dieu ni pour le constituer ni pour l’individuer. Ce qui individuera l’absolu, ce n’est plus l’im­ perfection, qui l’empêche d'être tout ce que sont les autres, mais son excellence, qui fait de lui l’L'n, rUnique, parce qu’il est l'infini, unde commentator dicit quoti causa jtrima ex ipsa puritate sute bonitatis ab omnibus altis distinguitur et quodammodo individualttr. S. Thomas, Cont. gmt., 1. I, c. xxvi, n. 2; De potentia, q. I, a. 2, ad 7"m; Quodlib , VII, a. 1, ad 1“m. Dans celle essence d’une perfection infinie, il n'y a donc actuellement, qu’on excuse ce terme, qu'un seul modèle tout préparé, puisqu’il n’y a qu’une seule note actuelle. La copie, c’est le Verbe, qui traduit à Dieu l’être divin. Ce type excepté, tous les autres ne sont dans l’essence divine qu'en puissance, de même que dans une lumière très vive toutes les clartés inférieures sont concevables, potentia, sans être représentées avec leur degré propre distinctement, actu; de même que dans une quantité donnée toutes les quantités infé­ rieures sont connaissables sans exister actuellement à titre d'individus. 5. Les idées, quant à leur origine, exigent l’intel­ ligence divine pour les constituer définitivement. — Cela semble se déduire des considérations précédentes. L’essence divine est simple : donc une seule note, un seul type. Mais l'intelligence qui considère ce modèle peut comprendre, et cela — qu’on excuse ces méta­ phores grossières — d’un seul coup d’œil, tout le parti qu’on en peut tirer : ex cujus consideratione divinus intellectus adinrenit, ut ita dicam, diversos modos imitationis ipsius; chaque mode différent d'imitation est une idée différente, in quibus pluralitas idearum consistit. S. Thomas, De veritate, q. m, a. 2, ad 6“m. Toutefois le désaccord est grand, surtout parmi les 2158 modernes, pour expliquer comment l’intelligence divine constitue chaque idée. Au dire des uns, l'intelli­ gence est requise pour constater tous ces modes ou toutes ces idées possibles et en faire des idées actuelles. Schiffini, Principia philosophica, in-12, Turin, 1886, p. 646, n. 605; Urraburu, Ontologia, in-8», Valladolid, 1891, p. 677, n. 243; llontheim, Theologia naturalis, in-8», Fribourg-en-Brisgau, 1893, p. 74I, n. 950. Selon les autres, elle est requise même pour déterminer les notes individuelles. Palmieri, Institutiones philos., in-8», Rome, 1876, th. xxni, p. 169 sq.; Piccirelli, De Deo, in-8», Paris, 1885, p. 223; van der Aa, Ontologia, in-8», 2» édit., Louvain, 1888, prop, xxin, p. 159. Il semble aux partisans de cette dernière opinion, qu’il n’y a pas d’idées particulières, exemplar formale, si l’esprit n'a rien déterminé dans cette note uniqui­ que représente l'essence divine : c’est un modèle sug­ gestif, si l'on veut, mais il n'y a pas encore de types distincts d'imitation. Le regard de Dieu s’arrêtant à tel degré d'imitation distinguerait par là tel type indivi­ duel. Suivant quelques auteurs, la volonté intervient même pour associer diversement ces notes primitives, comme la volonté de l’artiste humain combine ses diffé­ rents éléments. On argue ainsi de nécessités logiques. D'autres philosophes arguent de la dignité et de la toute-puissance divines. Il leur parait impossible d'ad­ mettre des types éternels que Dieu, en quelque sorte, trouverait tout formés. Il ne reste au créateur « que le seul mérite de l’exécution ». Th. Reid, Essai sur les facultés intellectuelles, IV, c. il, trad, franç., Paris, 1828, t. iv, p. 145. s Certainement, il ne fait rien de plus qu'un tailleur lorsqu'il revêt un homme de son habit, » Gassendi, Objections contre la Ve méditation, et M. Janet, à qui nous empruntons ces citations : « Dans l'hypothèse de l'exemplarisme, Dieu montrerait en créant moins d'invention et de génie que le plus médiocre des artistes. » Causes finales, p. 561. Le même auteur conclut à une création idéale des types, avant la création concrète, historique, des choses. Aux difficultés logiques les partisans de la première opinion répondent d'ordinaire : a) que l’intelligence ne crée pas son objet, ne le détermine pas, mais le sup­ pose déterminé; b) que de fait, avant tout acte d'intel­ ligence divine, sans qu'il y ait dans l'essence divine la moindre détermination, chaque type a ce qu'il faut pour être individué. En effet l’infini, du seul fait qu'il existe, pose comme possibles tous les degrés d'être, et chaque degré correspond à une imitation bien caracté­ risée de l’essence divine, précisément parce que — note simple ou collection de notes — il vient à tel rang de perfection dans l’échelle des êtres possibles. A l’autre classe de difficultés ils répondent que c’est une perfection pour Dieu de poser tous les possibles comme possibles du seul fait de son existence, comme c’en est une pour la lumière d’éclairer nécessairement. C’est parce qu’il est l’Être dans sa plénitude, qu’il fonde toute possibilité de participation, et tous degrés de participation à l'existence. Et cela ne crée pour lui aucune sujétion humiliante, puisqu’il n’est nécessité à créer ni le plus ni le moins parfait des individus ou des mondes. Cette création idéale, qu’on lui attribue pour exalter son excellence, le ravale en fait à la taille des artistes humains : c'est faute de pouvoir lire d’une seule intui­ tion tous les types possibles, qu'ils doivent composer péniblement les leurs à chaque œuvre nouvelle. On devra dire — car on ne veut pas que l’intelligence ou la volonté divine crée la possibilité interne des types — qu'ayant connu de manière indéterminée, in confuso. que quelque chose était possible, au lieu de voir d'un seul coup d’œil, in individuo, tous les possibles, Dieu s’est comme mis à l’œuvre pour créer l'idée de ligne, puis l'idée de triangle, puis l’idée de polygone. Est-ce 2159 CRÉATION 2160 possibles d’êtres — multiplicité des idées ex parte bien le relever que l’obliger â ce processus? Ne se trompe-t-on pas, par ailleurs, sur ce qui fait la joie et connotatorum ; par contre, il ne peut pas sans déchoir la dignité des créations idéales de l’art : sentiment de de sa simplicité les connaître par des modifications la puissance personnelle, plaisir de l’activité exercée, proportionnées de son essence — unité de toutes les satisfaction de connaître un beau type de plus? Tout idées ex parle Dei. Le terme de Pacte est multiple, l’acte lui-même est simple, multiplex secundum ratio­ cela se trouve, moins les imperfections, dans l’acte de l’intelligence inlinic qui s’atteint comme la source nem intelligendi. Par là encore les docteurs du moyen nécessaire de toute possibilité d’être, qui connaît tous âge s’opposent à la théorie averroïste qui ne plaçait en Dieu qu’un concept unique. S. Bonaventure, In IV Sent., ces degrés de possibilité distinctement, et parce qu'elle est nécessairement toute perfection, nécessairement. 1. I, dist. XXXV, Quaracchi, 1.1, p. 599 sq.; S. Thomas, Au surplus, si l’on écarte avec soin de Dieu tout De veritate, q. lit, a. 2, non sequitur quod ideæ sint processus discursif et toute succession de puissance et imcquales sed inæqualium. Ibid., ad 5“”. Ils appuient d'acte, si l'on veut simplement distinguer des instants cette conclusion sur un raisonnement obvie : si Dieu n'a qu’une seule idée tout le reste arrive sans sa con­ de raison, ces opinions sont certainement conciliables naissance, lota distinctio creaturæ casualiter accidet. avec le dogme. Libre à chacun d'abonder dans son S. Thomas, loc. cit. Ainsi se séparent-ils encore de la sens. théorie bien indécise du platonisme, qui ne semblait Autre est encore la question de savoir si les idées ou exemplaires relèvent de ce que nous nommons en nous admettre d'archétypes que pour certaines classes d’êtres. connaissance directe, ou de ce que nous appelons Jusqu'à la matière, même chez Albert le Grand, Summa, connaissance réllexe. Ne peut-on dire que Dieu con­ part. II. tr. I. q. iv, m. I, a. I, partie. 4, in-fol., naissant tous les possibles — connaissance directe — Lyon. 1651. p. 41. et saint Thomas. De veritate, q. m, possède en lui de ce chef les exemplaires des choses? a. 5. ad 1um ; Sum. theol., I“, q. xv, a. 3, ad 3“”, tout a Est-il nécessaire que Dieu revienne en quelque sorte son paradigme en Dieu. Cf. De veritate, ibid., a. 5-7. sur sa connaissance et sache qu’il porte en lui ces Quelle que soit la difficulté de concilier ainsi deux idées? Non, ce semble; le type existe comme idée affirmations qui s'excluent, quand il s’agit d'intelli­ actuelle, s’il est actuellement pensé; oui. s'il n’y a à gence finie, on concevra cependant que ce n'est pas proprement parler de cause exemplaire qu'au moment chose impossible, pour cette raison qu’il faut invoquer ou l’idéal dirige l'artiste. L'ouvrier, quand il agit, con­ si souvent, quand il est question de la cause première : temple son idée pour se guider — connaissance réllexe. un acte infini, dans son unité, doit équivaloir à la En fait, toutes ces études n’ont d’autre but que de multiplicité de tous les actes finis. Heste, il est vrai, la rechercher comment on peut parler de Dieu par difficulté de concevoir comment une seule image, analogie avec l’activité humaine. Pour éviter de tomber l’essence divine, où ne se trouvent ni limitations, ni dans l'anthropomorphisme, il convient de se rappeler déterminations actuelles, mais une note unique, peut sans cesse les corrections que réclame la simplicité donner occasion de connaître en soi une infinité d'images ou représentations déterminées. On s'essaie à parfaitede l’Être infini. 6. Les idées sont dans le Verbe el engendrées avec l'imaginer par des comparaisons. « La lumière, dit le pseudo-Denys, pour connaître les ténèbres ou les lui. — C'est par ces considérations surtout que la degrés inférieurs de clarté, n'a pas besoin de sortir scolastique dépasse l’exemplarisme néoplatonicien, en substituant le Fils de Dieu â l’intelligence premiere d'elle-inéme. 11 lui suffit de concevoir ce que serait de Plolin ou au monde intelligible de Platon. Avec un être plus ou moins privé de son propre éclat : celte notion d'une seconde personne en Dieu, distincte ούκ όίλλοΟεν εΐοώς το σκότος η άπ’ο τοΰ φωτός. Ainsi la comme hypostase, identique comme nature, le mystère divine Sagesse, en se connaissant, connaît tout, l’être entre, il est vrai, dans l’exemplarisme : mais aussi matériel sans la matière, les êtres distincts sans divi­ disparaissent les contradictions d’un acte d’intellection sion, le multiple dans l’unité, ώς έξ εαυτού όντα και έν inadéquat à son principe el d’une intelligence première ; έαυτώ προϋφεστηκότα. » De div. nom., c. VU, n. 2, P. G., à la fois finie et infinie pour répondre à sa mission. t. ni, col. 869; cf. c. v, n. 6, ibid., col. 820; Albert le Il faut dire, au jugement de l'École, non seulement Grand, Sum., part. I, tr. XIII. rn. il, a. 1, p. 317. Dieu que le monde intelligible est en Dieu, mais encore n’étant pas limité à représenter uneseule chose, comme qu’il n’est pour tous les intelligibles, Infini ou finis, la copie qu'on tire d'un original, mais étant le premier qu’un acte unique et simple, uno igitur eodem Verbo archétype de l’être, domine et contient tous les types dicit seipsum et quæcumque fecit. S. Anselme, d'êtres, similitudo exprimens, non. impressa nec ex­ Monolog., c. xxxnt sq., P. L., t. ci.vm, col. 187 sq. pressa, S. Bonaventure, In IV Sent., I. 1, dist. XXXV, Le même Verbe, la parole unique qui exprime au Père a. 1, q. It; quia infinitum et immensum ideo extra son essence, lui exprime aussi toutes les idées. omne genus. El hinc est quod existens unum potest S. Thomas, De veritate, q. iv, a. 4. Le même acte esse similitudo expressiva multorum. Breviloquium, éternel représente â Dieu tout ce qui existe de con­ i, 8. Ou encore, explique saint Thomas en s’appuyant naissable, l'essence divine comme premier intelligible, sur Aristote, il en vades essences comme des nombres. et tous les intelligibles qu’elle fonde, c’est-à-dire les On connaît les nombres inférieurs dans les supérieurs idées des choses, hinc qui negal ideas esse, negat par soustraction ; ainsi des essences : nam una diffe­ l'ilium Dei esse. S. Bonaventure, In IV Sent., I I, rentia addita vel substracta variat speciem : en niant dist. VI. q. ni. En conséquence, procédant du même de l’homme la vie raisonnable, je connais la vie acte d'intelleclion que le Verbe, les idées ne sont ni animale. Ainsi l’Être infini peut-il connaître en soi créées, ni faites, mais engendrées comme lui. S. Au­ tous les êtres possibles selon qu'ils approchent de sa gustin, De Gen. ad lilt., I. II, c. vin, n. 16, P. L., perfection ou s’en éloignent. Cont. gent., I. I, c. i.iv. t. xxxiv, col. 269; S. Anselme et S. Thomas, loc. cil. ; 8. La limite, l’imperfection, le mal et leur cause De ce chef, le Verbe a donc un titre spécial à ce que la exemplaire. — De toutes les objections philosophiques création lui soit attribuée : il est l'idéede toutes choses. [ qu’on peut faire à l’exemplarisme et même au dogme S. Thomas, ibid., q. iv. a. 5; Petau, De Deo, 1. IV, entier de la création, celle-ci est assurément la plus c. Xi, § 8, t. t, p. 197 sq. profonde : comment peuvent provenir de l’infini le 7. Les idées sont multiples. — Deux choses sont fini, le multiple, l’impartait et le mal? Et si Dieu ne également certaines. L'Infini ne peut rien ignorer sans produit rien qui n’ait en lui son idée propre, quelles imperfection, ni rien connaître de précis que suivant peuvent être les idées de ces réalités, et quel leur fonde­ ment dans la perfection divine? ses notes individuelles; il connaît donc tous les tvpcs 21G1 CRÉATION Si le mal est considéré comme une substance, le problème ne peut se résoudre que par le dualisme et c'est un système contradictoire. Pratiquement, cette solution était exclue par la Bible déclarant que tout était l’œuvre d’un Dieu unique et que tout était bon et très bon. Gen., i, 10, 12, 31; cf. Platon, Timée, 37 c, édit. Didot, t. n. p. 209. La solution philosophique restait à trouver. Il arrivera à Origéne d'assimiler le mal dans la création aux déchets inévitables dans une grande bâtisse. Cont. Celsum,]. VI, c. l.v, P. G., t. XI, col. 1384. La réponse est inacceptable. On remarquera qu’il ne suffit pas d’expliquer le désordre de détail par une ordination supérieure, la multiplicité des êtres par un dessein spécial de la providence. Il faut en effet (qu’une chose soil possible avant qu'on puisse la vouloir, et comme la possibilité exige une cause exemplaire en Dieu, répondre en assignant une cause finale n’est pas résoudre le problème. En fait, â l'époque patristique comme à l’époque scolastique, c’est une confusion qui fut souvent faite : on explique le mal moral par la liberté, le mal physique par une utilité d’ensemble, la multiplicité par la beauté de l’ordre. La réponse de fond, au moins chez les premiers docteurs du moyen âge, est souvent plutôt touchée que mise en lumière; elle est noyée dans des considérations accessoires. Le principe de solution avait été donné par Aristote : le mal est une privation du mieux. Le néoplatonisme l’avait développé : tout être est bon en Jant qu’être, défectueux en tant que mêlé de non-être, c est-â-dire de limile. Plotin. I Enn., I. VIII, e. I sq.. édit. Didot, p. 40 sq.; Ill Enn., I. Il, c. tv, p. 120 sq. Restait â expliquer cette origine de la limite : le néoplato­ nisme ne l'a pas fait. Il a beau dire que ce qui procède ne peut jamais égaler ce dont il procède, et que l'intelligence première esl de ce chef inférieure à l’Un ; c’est là précisément ce qu’il fallait prouver. III Enn., I. VIII, c. vu, vni, édit. Didot, p. 187 sq. Un panthéisme émanatif devait rencontrer à cette preuve de spéciales diflicultës. Ç’a été le grand progrès des docteurs chré­ tiens et notamment de saint Augustin de résoudre le problème par le double Bogine de la trinité et de la création. Dieu donne sa mesure dans la génération immanente qui produit le Fils, et cette intelligence première lui est égale précisément parce qu’elle est l'acte éternel par lequel il se connaît adéquatement tel qu’il esl. Mais dans toute production ex nihilo, il y a impossibilité absolue de réaliser autre chose qu’un être imparfait. La raison, unique au fond — c’esl l’excellence de l'infini — peut se présenter de double manière : du côté de l’infini, c’est ce fait qu’étant Tout, il exclut de par sa perfection la possibilité d'un égal en dehors de I soi; du côté de l’essence créée, c’est ce fait que n’étant n'en de soi, ex nihilo, elle ne peut avec cette tare essentielle recevoir autre chose que des perfections également mêlées d’imperfection. Ainsi toute création est forcément limitée, parce qu’elle implique quelque chose de distinct de Dieu, quelque chose qui commence ex nihilo. a) De cause exemplaire de· ta limite, il n’y en a pas et il ne peut y en avoir, car la limite en tant que telle n'est pas une réalité positive; mais il y a en Dieu une perfection, et c’est son infinité, qui exclut toute possi­ bilité d’un autre infini. Si l'image créée est donc imparfaite, ce n’est pas la faute de l’archétype ou du ca­ chet infini qui l'imprime, mais de la cire qui ne peut en recevoir l’empreinte adéquate. Pseudo-Denys, De ‘Hr. nom., c. π, n. 6, P. G., t. ni, col. 611. Cf. Albert le Grand, Sum. theol., part. Il, tr. 1, m. Ill, a. 2, ad 4“·", citant Proclus,· ad 6“"·, actus creationis a creante non nabet distinctionem nec pluralitatem, sed potius abeo urca quod est, ibid., ad llu™, Lyon. 1651, p. 16; cf. I», tr. XIII. m. il, t. XVII, p. 316 sq.; e/fectus nequii ; I ' ( 2102 eequari virtuti ipsius causa; prima:, S. Bonaventure, In IV Sent., 1. Il, dist. I, p. n, a. 1, q. 1, It ; cf. I. I, dist. VIII, p. π, a. 1, q. II, ad lliro, ipsa ratio crcati repugnat infinito... ex hoc ipso quod /it ex nihilo. S. Thomas, De potentia, q. 1, a. 2, ad 4“m. Après avoir établi ainsi que la limite est un mal métaphysiquement nécessaire, on prévoit la réponse que les scolastiques pouvaient donner aux problèmes connexes. b) Pourquoi ta multiplicité des êtres? — Parce que, s’il est impossible qu’un seul reproduise l'infinie perfection, il devient convenable, Dieu créant pour sa gloire, qu’un grand nombre en traduise chacun pour sa part quelque aspect : le nombre doit suppléer â l’imperfection et à l’impuissance de chaque type, quia per unum ad finem universi devenire non potuit, Albert le Grand, Sum. theol., part. II, tr. I, m. Ill, a. 2, р. 15; imago increala quæ est perfecta est una tantum; sed nulla creatura repraesentat perfecte exemplar... et ideo potest per plura repræsentari. S. Thomas, Sum. theol., I“, q. xi.vn, a. 1; Coni, geni., 1. II. c. xxxix-xi.vi. Ainsi la multiplicité en tant qu’elle argue une imperfection n’a point en Dieu de cause exemplaire propre, mais elle a sa raison suffisante dans l’unicité de l’infini, qui exclut tout égal, et dans la multiplicité virtuelle de ses perfections, que nul fini ne peut traduire, même s’il est reproduit en nombre, et à plus forte raison, s'il est seul. c) Le mal non plus, n’étant rien de positif, n'étant « ni un être, ni rien dans les êtres », pseudo-Denys, De div. nom., c. tv, 34, P. G., t. ni, col. 733, n’a pas et ne peut pas avoir de cause exemplaire, cum aliquid dicatur-malum ex hoc ipso quod a participatione di­ vinitatis recedit. S. Thomas, De veritate, q. III, a. 4. Par ailleurs, il est une conséquence de la limite : c'est parce qu’elles sont limitées que les créatures sont pas­ sibles dans leurs actions et réactions réciproques — mal physique — que les volontés libres sont muables et peccables — mal moral. Ainsi le mal métaphysique, la limite dans l'être, est le fondement dernier du mal physique et moral. Mais le mal lui-même suppose le bien, comme la maladie suppose la vie, et en ce sens le mal a la raison de sa possibilité dans la possibilité de l’étre et du bien. Il faut renvoyer sur ce point aux pages profondes de Proclus et du pseudo-Denys, De div. nom., c. iv, n. 18-34, P. G., t. m, p. 713 sq., ainsi qu’auxeommentaires du docteur angélique. In Dionys., с. iv, lect. xm sq., Paris, t. xxix, p. 463 sq. Cf. S. Au­ gustin, De natura boni, P. L., t. xlii, col. 551-572; S. Thomas, Cont. gent., I. III. c. x sq., Paris, t. xn, p. 264 sq. Que l'on recherche ensuite pourquoi Dieu a produit tels types imparfaits plutôt que tels autres, et préféré à tel autre le mélange actuel des biens et des maux, c’est une étude qui relève de la providence et de la cause finale; nous n’avons pas â la traiter ici. Il suffit de montrer comment Dieu peut être la cause exemplaire de l’imparfait et du fini. 9. Causalité des idées. — Quelle inlluenceappartient aux idées dans la création des êtres? Le seul fait que Dieu porte en lui les types de tous les possibles et que les possibles cependant n'existent pas tous prouve que les idées ne sont pas causes efficientes par elles-mêmes. « Il ne suffit pas que l'artiste ait conçu son idée, pour que la statue soit produite. Il faut de plus qu'il se dé­ cide à la reproduire dans la pierre. » De Régnon, op. cil., I. V, c. iv, p. 361. Les scolastiques concluent dans le même sens : les idées ne sont causes efficientes qu’unies à la volonté divine. Quelle est la nature de leur inlluence? Elles repré­ sentent un type à l'image duquel l'agent va mod< er Fellet : en ce sens leur causalité peut se rapprocher de la causalité formelle: elles sont des formes, niais exté­ rieures â l'ellet. Ce type ou modèle agit sur l'agent : il 2163 CRÉATION 2164 lonté divine, une tendance double et divergente, qui semble en contradiction avec la simplicité souveraine de l'infini. De plus dans une telle hypothèse les peines du péché ne sauraient être que médicinales et non vin­ dicatives, puisque c’est le bonheur de la créature qui est le terme, non l’honneur de Dieu; les peines éter­ nelles n'ont point de raison d'etre, si ce n’est peutêtre d’effrayer les hommes pendant la vie. Cf. Scheeben. Dogmatique, trad. Belet, in-8°. Paris, 1881, t. ut, n. 96. La théorie de Kant est reprise par M. Janet. La fin de la création, c’est l’homme, mais la fin de l’homme, c’est la Thomassln, Dogmata theologica, 1.i,e. xi sq., in-fol., Venise, moralité, fin absolue, c’est Dieu. « Dieu a pour fin une 1730, p. 121 sq. ; Petau. De Deo, 1.1V, c. IXsq., p. 187sq.: Dubois, nature dont il serait lui-même la fin. » Op. cit., p. 592. op. cit., t. I, I. Il, III, p. 579-896. En dehors des objections qu’on peut faire à celte déno­ mination de fin absolue, la difficulté, on le voit, reste vu. fin de LA création. — 1° Le problème. — Le la même : Dieu s’est-il cherché dans son acte, c’est mot fin dans le langage courant reçoit des acceptions multiples; occasion de confusion à laquelle l’École l’unité complète dans sa volonté comme dans son être, mais il semble égoïste el indigent. A-t-il cherché autre tente d'échapper par une classification méthodique des sens. Il peut désigner : 1. le terme objectif visé, finis chose que soi, il n’est pas égoïste, mais il se manque à qui [intenditur]; 2. la satisfaction subjective cherchée lui-même et ce mouvement divergent reste inexpliqué. A ce problème la doctrine catholique répond : Dieu dans l’aclion, finis quo [movetur ajens]; 3. le sujet à agit pour une fin — cette fin est sa propre gloire — l’avantage de qui l'agent travaille, finis cui [fit optes]. c’est aussi, et par identité, Je bien de sa créature — il Distinction équivalente : 1. la fin de l’ouvrier, finis operantis ; c’est le résultat qu’il se propose d'atteindre; agit donc par pure bonté — par une hiérarchie provi­ 2. la fin de l’œuvre, finis operis : c’est le but que l’ou­ dentielle les créatures inférieures sont subordonnées à vrier lui assigne. Cf. S. Thomas, In IV Sent., 1. II, l'homme. dist. I, q. it, a. 1 sq. ; cf. dist. XXXVIII ; S. Bonaventure, Il suffira, semble-t-il, dans une question où la tradi­ tion catholique est si claire, de présenter rapidement In IV Sent., L Π, dist. I, a. 2; cf. dist. XXXVIII, a. I, l'enseignement de la Bible et des Pères, pour établir q. l-m; Lessius, De perfect, moribusque divinis, L XIV, c. 1, η. 1 sq., in-fol., Lyon, 1651, p. 199 sq.; | ensuite par la raison chacune des propositions précé­ dentes. Suarez, Disp, metaph., disp. XXIII, sect, n, Paris, t. xxv, p. 817 sq. 2» L'Ecriture. — 1. Dieu crée pour une fin, et il est lui-meme la fin de son œuvre, l'a et Γω. Apoc., i, 8; Au point de vue moral, le problème présent est, pour xxi, 6; xxn, 13. C’est de lui, par lui, pour lui que sont les créatures raisonnables, celui du « sens de la vie ». Toute leur activité devra s’orienter vers le but voulu de toutes choses. Rom., xi, 36; Heh., n, 10. On lit dans la Vulgate : e le Seigneur a opéré toutes choses pour luiDieu. Au point de vue métaphysique, ce problème n’est même, » Prov., xvi, 4; mais les Septante portent» avec qu'une autre face de la difficulté centrale de la coexis­ tence du fini et de l’infini. Comme elle se rencontre justice », et l'hébreu « pour un but ». Vigoureux, Bible polyglotte, in h. I. ; Palmieri, De Deo creante, dans l'ordre de l’existence — comment peut-il exister autre chose, si Dieu est l'infini? — elle se présente iei 1878, p. 99. Les saints Pères ont fréquemment admis et dans l'ordre de la volition — comment l'infini, s’il a commenté le premier sens si conforme au moins à tout en soi, peut-il vouloir quelque chose hors de soi? l’esprit de l’Ecriture. Tout sera consommé, ajoute I Cor., La difficulté, réelle quand il s'agit de déterminer la fin xv, 28, quand toutes choses auront fait retour à Dieu. de l’œuvre, finis gui, finis operis, est plus grande, on 2. Celle fin c'est sa gloire : Exod.,xiv, 17, 18; Deut.. le voit, quand on cherche à déterminer les desseins du x. 12; spécialement dans ses œuvres plus éclatantes. créateur, finis quo, finis operantis. C’est à cet aspect Deut., xxvi, 19; Ps. cv, 8. « Quiconque m'invoque, c’est de la question que nous nous attacherons spécialement. pour ma gloire que je l’ai créé, que je l’ai formé, que Aussi bien l'un commande l'autre : en étudiant ce que je l’ai fait, » Is., xliii, 7; Eph., i, 4,6,10,12; I Cor., x, Dieu a voulu pour soi, on précise ce qu'il veut de nous. 31 ; Rom., 1, 21 ; Col., i, 16; cf. Luc., il, 14; Joa.. ix,3; Pour écarter de Dieu toute idée de subordination, aussi toutes les créatures sont-elles invitées à louer cerlains philosophes visés par saint Thomas, Conl. celui qui les a faites, Ps. cxLvm; Daniel, m, 57 sq. ; gent., L 1. c. i.xxxvn; Sum. theol., 1«, q. xix, a. 5, ne aussi le monde est-il propre à faire connaître le créa­ voulaient pas qu’on cherchât de raison au choix divin : teur, Sap., i, 13sq.; xi, 6; xm, 5; Ps. xvm, 1 ; lxxxviii, Dieu veut parce qu’il veut. Cette solution marque bien 6; cm, 24; cx.xxv; Eccli., xvn, 7, 8; Rom., i, 20, et Dieu l’indépendance de Dieu, mais n’explique ni la rationarenvoie à son œuvre, Is., XL, 12, se refusant à en céder bilité de son choix, ni la possibilité d'une volition ayant la gloire à un autre : et gloriam meam alteri non dabo. pour objet le terme fini. Is., xlii, 5-10. Dans une pensée analogue, ce semble, M. Ravaisson 3. Il crée par bonté, non par besoin. Job, xxn, 3. présente la création comme un amortissement de l’acti­ Les Septante et la Vulgate traduisent Ps. xv, 2 : Vous vité surabondante de Dieu. Philosophie en France au êtes mon Dieu, car vous n'avez pas besoin de mes biens. XJX' siècle, in-4’, Paris, 1868, p. 262; mais, outre qu’il L’idée est chère aux exégètes chrétiens. Cf. Ps. xxvm, 9; y a là une image plus qu'une explication, comme le Is., xxxm, 7. C’est pourquoi Dieu conserve parce qu’il note très bien M. Janet, Causes finales, p. 580 sq., aime, et pardonne parce qu’il est puissant, Sap., xi, l'excès répugne dans l'Absolu autant que l'indigence. A 23 sq.; il veille sur le dernier des passereaux. Matth., moins donc de comprendre cette formule dans un sens x. 29. 3I. émanatiste, la difficulté subsiste entière. 4. C'est à l’homme qu’il a soumis la création, Gen., Kant, Bayle, Hegel, Hermès, à qui répugne la con­ I, 26, 28, crescite... et dominamini... ; Deut., iv, 19; ception égoïste d'un Dieu créant pour soi-même, Ps. vin, 5, omnia subjecisti sub pedibus ejus. I Cor., veulent que l'homme soit la fin de la création. En fait, 111,15; cf. Rom., vm, 19 sq. c’est dire ce que Dieu veut, non pourquoi il le veut; Ainsi chacun de ces enseignements a de solides ce mouvement de l'infini vers l’extérieur reste sans attaches dans la Bible. explication. Il y a là une sorte de dualisme dans la vo- 1 3° Les Pères. — Il suffirait de suivre dans les chaîne le sollicite parson charme â produire l'effet; puis quand l’agent s’est décidé à produire, il le dirige jusqu’à ce que la reproduction soit parfaite. Sans cause exem­ plaire la cause efficiente n'agirait pas. En ce sens son influx peut se rapprocher de la causalité efficiente : ita et exemplar, quatenus est forma artificis qua ope­ ratur, ad effidentem causam pertinet. Suarez, Disp, metaph., disp. XXV, sect. n. n. 2. Les auteurs sont frappés tantôt par l'un, tantôt par l’autre de ces aspects, cf. Vasquez, In 7am div. Thomæ, disp. LXXIJ ; Ruiz, De scientia Dei, disp. LXXXH. 2165 CRÉATION bibliques l’exégèse des principaux de ces textes pour voir comment ces idées se transmettent jusqu’à nous, en Occident sous l'influence prédominante des com­ mentaires de saint Ambroise, de saint Augustin et de Bède, en Orient en dépendance plus marquée de saint Grégoire et de saint Chrysostome. Il devenait d'ailleurs plus facile, après la mission du Verbe incarné, de com­ prendre la lin que s'était proposée le créateur et le motif d’amour qui l’avait porté à produire le monde. Si les Pères empruntent librement à Platon et à Philon, ce sont les mois qu'ils prennent, cédant au plaisir de faire des citations et du concordisme; les idées sont celles des Ecritures. Au fait, Platon avait eu des expressions singulière­ ment heureuses pour expliquer l’origine de l'univers : « Dieu était bon ; or celui qui est bon ne saurait à l'égard de quoi que ce soit concevoir de jalousie. Exempt de jalousie, il a voulu que toutes choses fussent autant que possible semblables à Lui. » Timée, 29 e, édit. Didot, t. n, p. 205; Kilter, Historiaphil. græcæ, 8e édit., р. 257, n. 331. Philon pouvait à bon droit sur ce point adopter les vues de Plalon, sans renier celles de Moïse. « .le n’errai pas en disant ce qu’a dit un des anciens... En raison de la bonté de sa nature, il n'a pas été jaloux, etc. » De mundi opific., c. v, in-fol.. édit. Turnèbe, p. 4; édit. Wendland, p. 5, n. 21. C’est la même pensée que l'on retrouve dans saint Justin, Apol., i, n.10, P. G., t. vi, col. 340; Clément d’Alexan­ drie, Pædag., 1. I, c. ix, P. G., t. vm, col. 356. Cl. Strom., V, xiv, t. ix, col. 136 : « Si Dieu cesse de faire du bien, il cessera d’être, » ibid., VI, xvi, col. 369; S. Athanase, De nat. hum. a Verbo assumpta, η. 3, P. G., t. xxv, col. 102; Cont. gentes, n. 41, col. 81; S. Grégoire de Nazianz.e, Oral., xxxvm, c. ix, P. G., t. xxxvi, col. 320 ; Zacharie de Mitylene, De mundi opi­ ficio, P. G., t. lxxxv, col. 1069, 1081, 1084; S. Jean Damascène, De fide orlh., I. II, c. n, P. G., t. xciv, col. 864. De même se perpétue la comparaison de Philon : la bonté de Dieu rayonne et produit l’être, comme le soleil ou le feu produisent la chaleur. Oui, dit Clément d’Alexandrie, mais c’est librement, Strom., VII, vu, P. G.,t. ix,col. 457; cf. S. Basile, In Hexaem., homil. i, n. 7, P. G., t. xxix, col. 17; même image, pseudoDenys. De div. nom., c. iv, n. 1, P. G., t. m, col. 693; S. Jean Damascène, Contra manich., n. 15. 38, 47, 72, P. G., t. xciv, col. 1520,1544, 1548, 1572. Les Pères devaient se réjouir de trouver dans le néoplatonisme les mêmes affinités de doctrine. Plotin contre les gnostiques définissait Dieu par la bonté. 1 Enn., 1. IX, c. I, édit. Didot, t. n, p. 94; cf. III Enn., 1. Vlll, c. x, p. 188sq.; Proclus, Instil. theolog.,c. Vlll, ibid., p. lui. Le pseudo-Denys reprend la même défini­ tion, De die. nom., c. I v, η. 1 sq., P. G., t. m, col. 693 sq.; с. xi, n. 6, col. 956 sq. ; c. xm, n. 3, col. 981 ; Decæl. hierarch., c. ιν, η. 1, col. 177, et montre dans la créa­ tion le rayonnement naturel du souverain Bien. On sait aussi la place que ces idées tiennent dans la philosophie de saint Augustin. Confess., I. VII, c. xu, n. 18, P. I.., t. xxxn, col. 743; De civ. Dei, 1. Vlll, c. iv, t. xli, col. 229; c. vm, col. 232; I. XII, c. i, col. 349; In Ps. cxxxtv, n. 3. t. xxxvu', col. 1740. Voir Au­ gustin (Saint), t. i, col. 2328. Les scolastiques se trans­ mettront entre autres ce mot : in quantum bonus est sumus. De ductr. Christiana, 1. I. c. xxxn, t. xxxiv, col. 32. Cette doctrine, que les Pères aimaient ainsi à relever dans la philosophie profane, ils l'ont précitée : a) contre l’idolâtrie. S. Théophile, Ad Aulol., 1. I, c. iv sq., P. G., t. vi, coi. 1029 sq.; S. Athanase, Contra gent., loc. cit.; Laclance, Divin, instil., I. VII, c. vi. P. L., I. vi, col. 757. Alhénagore l’a présenlée très nettement, en distinguant la lin des êtres intelligents de celle des 2166 créatures inférieures : « Ce n’est pas sans raison Dieu a tait l’homme, car il est sage...; ni pour sa propre utilité, car il est sans besoin..., ni pour une quelconque de ses œuvres.... car aucun être doué d’intelligence et de jugement n’est créé pour le service d’un autre, προς i-iρου χρείαν... C’est donc pour lui-même, pour la bonté, pour la sagesse qui se manifeste dans son œuvre.. Tout être produit pour l'utilité d’autrui périra, quand cessera sa raison d'être... Ceux qui ont été faits pour exister [pour une fin personnelle], ayant toujours même raison d’étre, vivront éternellement. » De resurrect, morluor., n. 12, P. L., t. vt, col. 996 sq. — b) Elle avait encore une opportunité spéciale contre le gnosticisme; elle opposait à la méchanceté du démiurge gnostique la bonté du Père créant uniquement afin d'avoir « un débouché » pour ses bienfaits : non quasi indigens, sed ut haberet in quem collocaret sua beneficia. S. Irénée, Cont. hær., I. IV, c. xiv, n. 1, P. G., t. vu, col. 1010. — c) Même utilité contre le manichéisme : la création est œuvre du principe bon, pour le bien des créatures. S. Augustin, De Gen. ad litt., 1. I, c. iv, n. 11, P. L., t. xxxiv, col. 250 ; cf. ibid., c. VII, vm, col. 25I ; S. Jean Damascène, Cont. manich., 32, 34, P. G., t. xciv, col. 1540. — d) Les Pères l’ont exposée surtout aux fidèles dans leurs œuvres exégétiques et leurs homélies : bonitate facit, nullo quod fecit eguit. S. Augustin, In Ps. cxxxtv, n. 10, P. L., t. xxxvu, coi. 1745; cf. n. 3 sq., coi. 1740 ; De doctr. Christiana, 1. I, c. xxxi sq., t. xxxiv, coi. 32 sq.; De correpi, et grat., c. x, n. 27, t. xi.iv, coi. 932; De civ. Dei, 1. XXII, n. 2, t. xli, coi. 751. 4“ Les scolastiques et les arguments de raison. — Nous avons signalé ce qui importait dans la termino­ logie de l’Ecole. En proposant ici ses arguments, nous essayerons, s’il y a lieu, de les pousser et de les com­ pléter. 1. Dieu agit pour une fin. — La foi le définit impli­ citement en déterminant expressément quelle fin Dieu s’est proposée. Voir plus loin. C’est une pure consé­ quence de ce fait que Dieu est personnel et souveraine­ ment parfait : intelligent, il n’agit pas sans raison. Cependant, comme l’ont enseigné les Pères et les théologiens, le même motif de la perfection divine oblige à reconnaître une grande différence entre la fin d’une volonté créée et celle de la volonté incréëe. L'être fini subit de la lin qu'il conçoit une influence véritable : elle ne le détermine pas fatalement à agir, s'il est libre, mais elle l'attire physiquement et moralement par le charmeet le désir du bien qui est en elle et qui manque en lui. L'être infini au contraire n’ayant aucune indi­ gence semblable, incapable d'ailleurs d'éprouver dans son être la moindre modification, ne peut subir un tel attrait : la bonté qu'il reconnaît à telle ou telle fin peut être une raison suffisante de son choix, jamais une cause finale. « Si la volonté de Dieu avait une cause, dit saint Augustin, il y aurait donc quelque chose de premier par rapport à la volonté de Dieu, est aliquid quod antecedat; ce qu’il est impie d'admettre. > De Gen. contra manich., 1. I, c. II, n. 4, P. L., t. xxxiv. col. 175; In Ps. cxxxtv, n. 10, t. xxxvu, col. 1745. La cause première ne cède donc pas à une impulsion exbrieure; elle est elle-même sa règle et son principe. S. Jean Damascène, De fide orlhod., 1. Il, c, xu. P. G., t. xciv, col. 920. Les motifs exercent sur elle une , lion non physique, mais uniquement métaphorique. « aussi Platon a-t-il dit que le premier moteur se n.· :t lui-méme. » S. Thomas, Sum. theol., I», q. xix, a. f. Le docteur angélique exprime encore celte pens e pat cette distinction subfile. On peut dire : Dieu veut . telle chose soit pour telle raison; mais non : II· u ·.· ut pour telle raison, cult ergo hoc esse propter i. ··-. - : non propter hoc vull, ibid., a. 5; Cont. gent.. 1 i. c. lxxxvii, etc.; il y a des considérants qui rendent ses 2167 CRÉATION volitions raisonnables, non des motifs qui le poussent proprement à vouloir. 2. La fin de Dieu, c’est Dieu même comme /in princi­ pale, finis primarius. Les scolastiques nomment lin première, /inis primarius, celle qui est aple par elle-même à solliciter efficacement l’agent, et à travers laquelle il envisage toutes les lins particulières qu'il peut se proposer. Elle n’est pas exclusive; son nom l'indique. Elle est spécifique en ce sens : a) qu’elle a un rapport immédiat de proportion avec la perfection propre de l’agent — ainsi l’animal ne cherchera-t-il en tout que le bien sensible; b) qu'elle n'est pas juxtapo­ sée aux autres, mais qu'elle les pénètre, étant en lin de compte la raison qui détermine à les choisir. Ainsi un homme sage recherchera-t-il le bien sensible non comme tel uniquement et pour une fin animale, mais pour une utilité humaine. Ces notions rappelées, on reconnaîtra : a) que Dieu est, en ce sens, à lui-même sa lin première. Que l'on considère, en effet, l’excellence de 1 Infini, Non seule­ ment tout ce qui est fini est inapte à le déterminer, mais il y a désordre moral pour lui à se déterminer pour un motif fini, et par conséquent impossibilité mé­ taphysique qu'il ne rapporte pas tout à soi. S’il existait au-dessus de lui quelque être supérieur, il devrait dans son action marquer sa soumission à son égard et lui rendre hommage; l’ordre exige donc qu'il respecte de même cette dignité souveraine quand il la trouve en soi. « Étant le bien suprême, il a droit à tout honneur, dit Scheeben, et il ne le réclame que parce qu’il a pour lui-mèine l’estime qui est due au souverain bien. » Op. cit., n. 92. Sa sainteté, sa perfection exigent qu’il ait pour soi-même les égards dus à son rang. Lessius, op. cit., 1. XIV, De ultimo fine, c. ni, n. 56, 61, p. 209, Dire que Dieu étant l'être nécessaire doit être le premier moteur en quelque genre que ce soit, et par conséquent dans l’ordre des causes finales, comme dans les autres, c’est présenter le même argument sous une forme plus abstraite. S'il est celui de qui les fins parti­ culières tiennent leur bonté et leurs attraits, quel autre que lui-mêine pourrait le solliciter à agir? S. Thomas, Conl. genl., I. III, c. xvn sq. — b) Celte fin première de Dieu, c'est sa propre gloire. S’il n'est, en effet, qu'un bien divin qui puisse être la fin d’un acte divin, il reste que ce bien soit ou la production de quelque perfection nouvelle en Dieu lui-même, ou l’assécution de quelque bien hors de lui, ou la manifestation très glorieuse pour lui de son excellence infinie. Les deux premières hypothèses répugnent à la nature divine, qui possède dans son infinité tout bien possible; la troi­ sième seule est admissible. A vrai dire, comme Dieu est unique en nature et que seul il se connaît adéqua­ tement, seul il peut s’estimer comme il le mérite. Cette connaissance et celle estime constituent de toute éter­ nité unegloire interne, gloria intrinseca,qui ledispense d’en souhaiter aucune autre : elle est infinie. Ainsi d’un homme d'honneur à qui suffit le témoignage de sa propre conscience. Cependant, tandis que le bonheur de Dieu ne peut en rien s’accroître, sa gloire est suscepti­ ble de rayonner à l’extérieur. Si des créatures innom­ brables chantent ses perfections, sans doute il n’y gagne rien, pas plus qu'il ne profite de l’encens brûlé sur ses autels; mais il y a en soi dans ces louanges, comme dans cet encens, un hommage qui convient souveraine­ ment à la divinité, gloria e.ctrinseca. Il peut dès lors le vouloir comme convenable et raisonnable, sans le chercher comme nécessaire ou profitable. Lessius, op. cit., 1. XIV, c. t, n. 7, p. 200. Ainsi Dieu n'est pas obligé de créer, car il n'a besoin de rien; mais s'il veut créer librement, il est obligé de créer pour sa gloire, parce que toute autre raison est indécente à sa dignité. 11 en résulte pour la créature l’obligation absolue de tendre vers ce but. et pour Dieu 2168 le devoir de faire concourir à sa gloire, par la justice vindicative, la créature qui aurait refusé de la procurer par l’arnour. Ce serait désordre et non bonté dans l’in­ finie justice de se montrer indifférente au bon ou au mauvais usage de ses dons. Les objections cependant se présentent d’elles-mêmes à l'esprit. Rapporter tout à soi, n’est-ce pas l’égoïsme que l'on hait dans la créature? — Il est vrai, mais ce qui est péché dans la créature, parce qu’elle se traite ainsi en fin absolue et rapporte à soi plus qu’elle ne doit, est devoir dans le créateur, qui de la sorte se pro­ cure uniquement ce qu'il se doit. Si l'on objecte encore, avec Spinoza, que si Dieu crée pour sa gloire, il fut donc un temps où il en était privé, il est aussi facile de remarquer qu’agir pour soi n’est pas nécessairement agir par besoin, non propter desi­ derium sed propter amorem. S. Thomas, Jn 1 VSeni., I. II, dist. 1, q. n, a. I. Dieu n’avait pas celle gloire extérieure ab ælerno, mais il n’en était pas privé. En l’obtenant dans le temps, il ne s'est pas enrichi, puisqu'aussi bien il est l'infini et ne trouvera jamais dans sa créature que ce qu’il voudra bien y mettre. Il a aimé comme convenable la beauté de l’acte créateur; s’il a voulu que la gloire lui en revint, ce n’était pas par besoin de gloire, mais par besoin de justice : il le de­ vait à sa dignité. c) Cette gloire doit-elle nécessairement être une gloire formelle, c'est-à-dire Dieu peut-il se contenter de mettre dans la création matérielle un reflet de ses perfections glorieuses, gloria objectiva, ou doit-il vouloir que quelque nature intelligente les contemple et lui en renvoie le mérite, gloria subjectiva seu for­ malis? Sans doute, puisque Dieu se suffit à lui-même, rien ne l'obligea chercher d'autre spectateur de ses œuvres : l’exercice de la puissance créatrice est admirable, la créature matérielle est belle des perfections divines qu’elle participe; Dieu seul est bon juge de l’une et de l'autre et n’a besoin d’aucun autre admirateur. Schee­ ben, op. cit., t. ni, n. 99, p. 66 sq., appuie cette raison de la suivante. Beaucoup de merveilles, soit dans les abîmes inabordables, soit dans les infiniment petits imperceptibles, ne sont et ne seront probablement jamais connues; Dieu serait donc frustré, s’il était né­ cessaire que la créature raisonnable, en en renvoyant à Dieu la gloire, leur fit atteindre leur fin. Cepen­ dant cet argument semble moins solide; la difficulté peut recevoir une solution meilleure : Dieu a créé toutes ces choses non pour qu'on les vit, mais pour qu’on le vit prodigue. N’est-ce pas en effet l'un des arguments les plus glorieux à sa puissance, que les infiniment grands comme les infiniment petits pro­ mettent à l’homme d'autant plus de merveilles que ses moyens de connaissance se perfectionnent : plus on découvre, plus on s’assure qu'il reste beaucoup à dé­ couvrir. Malgré tout, comme le monde matériel n'a pas conscience d'exister el en ce sens ne profite pas plus que Dieu du don qui lui est fait, d’autres auteurs ont peine à comprendre un acte qui ne serait utile en somme ni au créateur, ni à la créature. Hontheim, Institutiones lheodiceæ, in-84, Fribourg-en-Brisgau, 1893, p. 757 sq. En tout cas, c’est là question acces­ soire et problème libre. 3. La fin de la création, c’est la créature secondai­ rement. — On vient d'établir que la fin première de la création, c’était la gloire de Dieu; l'affirmation doit être complétée par la proposition qui précède. Il suffit pour la prouver de concevoir ce en quoi consiste et ce par quoi s’obtient la gloire du créateur. Sa gloire, c’est la manifestation extérieure de son être; cette manifestation ne se peut obtenir, Dieu étant inconnaissable en soi, que par une communication plus ou moins libérale de ses perfections; cette corn- 2169 CREATION munication du souverain bien est nécessairement un bien pour tous ceux qui y participent : dés lors Dieu qui aime et veut les essences selon ce qu’elles ont d'aimable a dû nécessairement aimer et vouloir ce bien de la créature : c'était donc une des fins naturelles de son acte. Lessius, op. cit., 1. XIV, c. I, n. 3, 8, p. 200 sq-, rend heureusement la même pensée. L'homme souhaite des fils pour se survivre en eux, parce qu’il s’aime, et pour que ses fils participent aux mêmes avantages qui lui font chérir la vie, parce qu'il les aime. Ainsi de Dieu : toute création est une génération, et comme cette fécondité fait la gloire du Père, πατήρ τών όλων, elle fait aussi le bien de tous ses fils. L’exemple est même des plus aptes à faire bien voir que fin primaire et tin secondaire ne sont pas deux fins juxtaposées, mais unies et comme fondues ensemble : une même réalité, l'existence de la créature, du fils, fonde la gloire de Dieu, du père, en tant qu’elle est la manifestation extérieure de ses qualités, finis prima­ rius; elle est le bien de la créature, en tant que c’est un bien de participer â ces perfections excellentes, finis secundarius. On demande de ces deux aspects lequel a été voulu le premier : il faut dire le premier parce qu’il est en soi plus aimable, mais il était impos­ sible de vouloir l’un sans l'autre, et cette nécessité qui découle de la perfection de sa nature le créateur ne l'a pas subie, il l’a aimée comme elle méritait de l’être. En conséquence, plus grande devait être la gloire qu'il voulait se prouver, plus excellent devait être le bien fait à la créature. S’il entend se contenter de la gloire objective et du seul monde matériel, c’est déjà un don; s’il veut sa gloire formelle, le voici obligé de faire participer la créature à cette prérogative plus élevée de son être, la vie de l’intelligence; s’il veut la gloire supérieure d'un hommage libre, il devra faire à la créature le présent plus précieux de la liberté; s’il veut enfin qu'elle lui rende quelque chose de l’amour qu’il se porte à lui-même, il faudra qu'il se fasse con­ naître comme il se connaît lui-même : c’est la vision intuitive et l’élévation à l’ordre surnaturel. Dieu, dans cette hypothèse, recevra de sa créature une gloire spé­ cifiquement divine, mais la créature, par là même, participera à un bonheur spécifiquement divin. Ainsi est-ce l'honneur du père d’avoir des fils qui lui res­ semblent le plus possible, et c’est le bonheur des fils de ressembler à leur père autant qu’il se peut. Par là, au lieu d’un mouvement divergent de l’Absolu vers le contingent, nous ne constatons en Dieu qu’un seul mouvement toujours vers soi, mais à double eifet. A ne considérer cette solution que pour sa valeur phi­ losophique on jugera sans doute qu’elle résout mieux que les autres les difficultés du problème. Elle parait de plus s’appuyer sur une conception plus profonde de l'Être nécessaire. Les autres, avec leurs scrupules d’écarter de lui le reproche d’égoïsme, n’en jugent en somme qu’à la mesure de notre humanité. 4. Dieu crée par pure bonté. — C’est là une consé­ quence des principes précédents. Saint Bonaventure écrit presque dans les mêmes termes que le concile du Vatican : « Dieu a tout fait pour lui-même, Prov., xvt, 4, par conséquent pour sa gloire, non pas, clis-je, pour l'augmenter, mais pour la manifester et pour la com­ muniquer; et dans cette manifestation et participation il a eu en vue l’avantage considérable de la créature, summa utilitas, à savoir sa glorification ou béatifica­ tion. » In J V Sent., 1. Il, dist. 1, p. Il, a. 2, q. i, Quaracchi, t. il, p. 43. C’est la doctrine commune des scolastiques. « Ce bien qu’il était lui-méme et qui faisait sa béatitude, la bonté seule, non la nécessité l’a poussé à le communiquer, quoniam optimi erat pro­ desse velle et potentissimi noceri non posse, i> Hugues de Saint-Victor, De sacram., 1. I, part. Π, c. tv, P. L.. 2170 t. ci.xxvi, coi. 208; disciple de Hugues, Sum., tr. II, c. i, ibid., col. 79; et en dépendance du même maître, Pierre Lombard. Sent., 1. Il, dist. I, n. 3, 4, P. I. . t. exen, col. 653 sq. Seule la créature tire avantage d·* la création, in hoc ergo proficit serviens, non ille cui servitur. Ibid., η. 6, col. 653. Le R. P. Monsabrê ré­ sumait la même doctrine en termes excellents : a Oû trouver l’égoïsme dans un acte dont la bonté est le principe et la fin? Si Dieu ne nous crée pas, tout nous manque; en nous créant il n’ajoute rien à son infinie béatitude... C’est à la créature que revient en définitive tout le bien communiqué par le créateur. Ce bien re­ connu, estimé, admiré, goûté par les êtres intelligents, devient la gloire de Dieu, mais il n'est gloire que parce qu’il est bien, et la gloire n’est si grande que parce que le bien est le don parfait d’un amour parfaitement désintéressé. » Conférences de Notre-Dame, in-8·, Paris, 1874, 12' conf., p. 290 sq. La plus grosse objection que l’on puisse faire à cette doctrine se tire de l'existence du mal. Il a été déjà exposé que le mal était une conséquence du caractère fini de la créature, etc. Qu’il suffise ici de quelques mots sur la difficulté plus considérable du mal moral et de la sanction qu’il entraîne. Si excellent que soit le don de l’existence, quel père, dit-on, le ferait à son fils, s’il prévoyait que par le mauvais usage de ce bienfait, il devait mériter des tourments éternels? Où voir la bonté de Dieu dans la création de ceux que sa prescience éternelle lui montre comme destinés à l'enfer? Saint .lérôme ne donne pas, semble-t-il, la dernière réponse, en disam que Dieu punit non les fautes pré­ vues, mais les fautes commises, prxsentia judicat, non futura; que c’est donc œuvre merveilleuse de sa bonté d’offrir, même à ceux qui doivent en mésuser, la possi­ bilité de se convertir et de faire le bien. Adv. pelag., 1. III, n. 6, P. L., t. xxtn, col. 575. Celte prescience ne devrait-elle pas bien plutôt l’empêcher de faire cette offre dangereuse? Le problème est poussé plus sérieusement dans saint Augustin. Le saint docteur justifie Dieu, parce qu’il sait tirer du mal des damnés le bien des justes, scivit magis ad suam omnipotentissimam bonitatem perti­ nere etiam de malis bona facere, quam mala esse non sinere. De correpi, etgral., c. x, n. 27, P. L., t. xi.iv, coi. 932; De civitate Dei, 1. XXII, n. 2, t. xu, coi. 751. II reste que Dieu pouvait convertir toutes ces volonté-s rebelles. Pourquoi ne l’a-t-il pas fait? C’est son secret, répond-il : Penes ipsum est. Debemus enim non plus sapere quam oportet sapere. De Gen. ad lilt., L XI, c. x, n. 13, t. xxxtv, col. 434; cf. c. vu, n. 10 sq., col. 433. Aussi bien est-il des natures qui ne se main­ tiennent dans le devoir que par la vue du châtiment. Supprimer la sanction, c’était aussi supprimer ces créatures libres : on n’augmentait donc le nombre des créatures de genre plus parfait, qu'en restreignant celui des genres de créatures bonnes, aucta numero­ sitate excellentioris generis, ipsorum generum bono­ rum numerus minueretur. Ibid., n. 13 sq. Ainsi Dieu serait justifié par ce fait qu'il tire le bien du mal. L’excuse est incomplète. Les scolastiques exalteront à leur tour la bonté de Dieu dans ce présent redoutable de la liberté : un tel trésor valait un tel risque, « car il est plus glorieux pour la créature de ne pas consentir, que de ne pouvoir être tentée. » Pierre Lombard, Sent., 1. Il, dist. XXI11, n. 1, P. L., t. cxcn, col. 700; Bandin. tiurf.. col. 105!. Mais le risque est excusable pour qui ignore le dernier résultat; il semble bien cruel, quand 1 c final est prévu. C'est donner encore une réponse assez bonne le dire que les bons et les méchants naissant ind; :■ rment de parents vertueux, Dieu ne pouvait sans f,:· du miracle une loi habituelle empêcher la général, n 2171 CREATION des uns, favoriser celle des autres, be Bonniot, Le problème du mal, in-12, Paris, 1888, 1. VII. c. iv, p. 334 sq. Mais on objectera toujours, si l’on admet la science moyenne, que Dieu pouvait, parmi les mondes possibles, n'appeler à l’être que celui ou de fait tous feraient leur salut. La solution dernière est donnée, semble-t-il, par saint Jean Damascene. « Si, quand ils allaient être appelés à l’existence de par la bonté de Dieu, le fait que de leur propre choix ils deviendraient pervers les avait empêchés d’être, c’est le rnal qui l’emportait sur la bonté divine, τό χαζόν ένίκα αν την τού Θεού άγαβότητα. » De fide orth., I. IV, c. xxi, P. G., t. xciv, col. 1197 ; cf. Conl.manich., n. 70,72, ibid., col. 1568sq., 1572. Et ceci est une conséquence fort juste de la na­ ture de l’Ètre nécessaire : comme il répugne qu’il fasse rien dont il ne soit le principe et la fin, il répugne aussi que la malice de la créature l’empêche de poser un acte qui est toute bonté et toute gloire en tant qu'il procède de lui. Les comparaisons que l’on établit sou­ vent entre le présent de la liberté fait par Dieu au damné et le don d’une arme dangereuse fait par un père à son fils peuvent frapper vivement l’imagination : elles pèchent toutes en établissant une parité inaccep­ table. Nous avons entre nous des devoirs de charité fondés précisément sur une égalité de nature; Dieu qui domine toute nature par son infinité, s’il a le de­ voir de ne nuire à personne, a le devoir envers soi de ne pas s'abstenir de l’acte très bon et très glorieux de la création, parce qu'une volonté créée va se poser à l'encontre de ses desseins : c’est au mal en ce cas qu’appartiendrait le dernier mot. Saint Jean Damascene est moins bien inspiré, et va, semble-t-il, jusqu’à l’exagération, quand, appuyé sur cette vue néoplatonicienne et dionysienne que tout être est bon par cela même qu’il est participation de l’É.tre premier, il établit que Dieu est bon même en créant Lucifer, L'ont, manich., n. 34, t. xciv, col. 1450, parce qu’il vaut mieux encore être en enfer que n'être pas du tout. Ibid., n. 36, col. 1544. 5° La création matérielle est subordonnée à l’homme. — C’est une idée exprimée dès les premiers versets de la Genèse, l, 28, crescite... et dominamini... universis, et mise en cantique dans le Ps. vm, 7. 8, omnia sub­ jecisti sub pedibus ejus. Cette théorie a excité les cri­ tiques de Celse, Origéne, Conl. Cels., L IV, c. xxmxxx. t.xxiv-Lxxvm, xctx, P. G., t. xi, col. 1060 sq., 1144 sq., 1180, l’hilarité de Voltaire, Micromégas, c. vu, (Kuvres, in-8·, Paris, 1823, t. XLIII, p. 177. Elle défraie fréquemment la presse moderne. Les arguments —nouveaux peut-être dans le Discours véritable — sont surtout l’immensité des astres, la per­ fection des instincts animaux, la dégradation de cer­ tains humains : le moyen après tout cela de croire à une telle importance de l’homme ! Leibniz de son côté désapprouve cette idée. Opera, édit. Dutens, t. i, Adnot, in libr. de origine mali, n. 8, p. 443. Descaries la regardait comme peu vrai­ semblable, « encore que bonne et pieuse, » car trop de choses existent ou ont existé dont l’homme n'a aucune connaissance. « Cette doctrine anthropocentrique, dit M. Janet, parait liée à la doctrine géocenlrique... et doit disparaître avec elle. » Causes finales, I. II, c. v, p. 579. On aura chance de comprendre mieux les racines historiques et philosophiques de cet enseignement, en se rendant compte qu'il contredit l'idolâtrie dans son principe. L'homme n'a pas à adorer les astres et les éléments, puisque les uns et les autres sont créés pour lui. C’est pour ce motif que ces idées sont inculquées dans le Pentateuque. Deut., tv, 29; Clément d'Alexan­ drie, Cohort, ad gent., c. tv, P. G., t. vm, col. 163. u Le soleil et la lune sont créés pour moi ; comment I 2172 donc adorerais-je mes serviteurs? » Tatien, Oral. adv. græc., n. 4, P. G., t. vi, col. 813; S. Irénée, Cont. hær., 1. V, c. xxix, n. l, P. G., t. vu, col. 1201. Cf. Demonsl. apost. prædicationis, c. ix sq., dans Texte und Vnlersuch., 1907. t. xxxt, fasc. 1, p. 7 sq. Si l’on ne considère pas le seul monde physique, mais l'ensemble des êtres, on peut dire que tout ce qui vaut à l’homme quelque utilité est fait pour lui. Quelle que soit, en ell'et, la fin propre de ceux qui lui rendent service, anges ou hommes, puisque ce service est prévu et voulu de Dieu, chaque individu qui en profite peut dire que cela a été créé pour lui et doit rendre grâce de ces dispositions providentielles. C’est en ce sens que saint Paul a pu écrire, en parlant même des prédica­ teurs de l'Evangile : « Tout est à vous, Paul. Apollon, Cephas, le monde..., mais vous au Christ et le Christ à Dieu. » I Cor., xv, 21 sq.; Cf. S. Thomas, in h. L, Paris, t. xx, p. 640. En ce sens, les scolastiques ont pu enseigner que tout ce qui existait existait pour l'homme : la trinité et les anges au-dessus de lui, les hommes à ses côtés, le monde matériel au-dessous de lui, su­ periora ad perficiendum, æqualia ad convivendum, inferiora ad serviendum. Pierre Lombard, Sent., I. II, dist. I, n. 8, 9, P. L., t. cxcn, col. 654. On peut donc dire, sous ces réserves, que même des créatures ayant une fin individuelle et indépendante, quæ habent par­ ticipationem divinæ bonitatis absolutam, des « fins en soi » sont faites pour d’autres. Cf. S. Thomas, InIVSent., 1. II, dist. I, q. n, a. 3, et les commentateurs des Sen­ tences sur ce passage. L’homme n’est pas la fin dernière de toute créature, mais il tire profit de toutes. Si l'on se borne à étudier la création matérielle, il demeure plus vrai encore que l’homme en est le centre et l’âme, s’il est l’intelligence qui prend connaissance de ses merveilles et en renvoie la gloire à Dieu. Par là, s’il sert au monde et lui fait atteindre sa fin, le monde lui sert, en lui donnant occasion de connaître Dieu et de l’aimer. Sans s'occuper de savoir si Dieu pouvait de jure se borner à la création matérielle, tous les Pères et les théologiens considèrent l’homme de fado comme le couronnement providentiel du monde sensible : tout est ordonné à lui, puisque sans lui tout manque son but; la nature serait sans voix pour louer Dieu. S’il existe dans d'autres planètes d'autres animaux raisonnables, il en faudra dire autant à leur sujet. A la suite de la Bible, Philon enseigna cette royauté de l'homme. De opif.mundi, 25, 28. L’homme est créé le dernier, disent les Pères, précisément parce qu’il convenait, avant d’introduire le roi de cet univers, que tout fût préparé. Cf. S. Jean Chrysostome, In Gen., homil.viii, n. 2, 3, P. G., t. un, col. 71, 72; homil. x, n. 3, col. 85; Procope de Gaza, In Gen., P. G., t. lxxvii. col. 116; Zacharie de Milylène, De mundi opif., P. G., L i.xxxv, col. 1124; Raban Maur, In Gen., 1. 1, c. vu, P. L., t. evu, col. -460; Walafrid Strabon, In Gen., 1, 26, P. L., t. cxill, col. 80; Hugues de Saint-Victor, De sacram., 1. I, part. II, c. 1, P. L., t. clxxvi, col. 205. Aux philosophes cet expose prouvera peut-être que la théorie présente n’est nullement liée au système de Ptoiémée, qu'elle gardera une valeur, non seulement religieuse, mais philosophique, en toute hypothèse scientifique. Aux pamphlétaires matérialistes et rationalistes on fera remarquer aisément : que si les choses s’estiment au poids et à la masse, il n’est pas nécessaire de recou­ rir aux évaluations effrayantes de la science moderne pour humilier l'homme en lui montrant plus gros que lui; qu’il y a dans l'impéritie d’un homme plus d'esprit et plus de dignité que dans l’instinct merveilleux des bêles; que les déchéances morales des individusarguent la liberté et donc l’excellence de l’espèce. Enfin, si l’on considère avec la philosophie spiritualiste la raison 2173 CRÉATION comme un reflet plus divin du créateur, on comprendra sans trop de peine que Dieu n'ait pas regardé aux mètres cubes de matière ou à la profondeur des espaces pour donner aux milliards d'êtres humains qui devaient se succéder sur terre une idée moins indigne de lui-mème; qu’il n'était pas forcé, comme un archi­ tecte humain, de dire tout son secret au premier habitant du inonde, et qu’il était assez digne de lui d'user d’une prodigalité telle, qu'on fût certain, â chaque progrès des sciences naturelles, qu’il reste encore plus à apprendre qu’on n’en sait. « Car, je le répète, dit saint Jean Chrysostome, ce n’est pas pour notre utilité seule que Dieu a tout produit, mais par souci de sa gloire, afin qu'en voyant le nombre et la multitude de ses œuvres, la puissance de l’ouvrier nous frappât de stupeur, έζπληττώμεΟα, et que nous pussions connaître avec quelle sagesse et quelle indicible philan­ thropie, φιλανθρωπία, il avait opéré toutes choses. » bi Gen., hoinil. vm, n. 5, P. G., t. lui, col. 66; Lessius, op. cil., n. 67, p. 210. Ne serait-ce pas le cas de répéter, en voyant les objections d'une certaine littérature et la simplicité avec laquelle le peuple chrétien, sans le moindre orgueil, accepte la théorie précédente, la pensée de saint Augustin : « Si quelqu’un veut comprendre la volonté de Dieu [ce pourquoi il a créé], qu’il devienne son ami, fiai amicus Dei. Si quelqu'un prétendait pénétrer la volonté d'un homme dont il ne serait pas l'ami, tous railleraient son impu­ dence et sa sottise... Or on ne devient ami de Dieu que par la pureté de la vie et la charité... quod isti si haberent non essent hæretici. » De Gen. contra manich., 1. I, c. tt, n. 4, P. L., t. xxxtv, col. 175. vm. rapports avec le TEMPS. — 4« Question de fait. — 1. Le monde a été créé dans le temps, ou mieux, avec le temps. L’Écriture l’enseigne à maintes reprises : Dieu existait avant lui et sans lui. Prov., vm, 22; Ps. Lxxxtx, 2; Joa., xvn, 5; Eph., I, 4, etc. L’ensei­ gnement des Pères est aussi net : contre la thèse néoplatonicienne, ils arguent de la liberté divine et de l'immutabilité de la cause première en toute hypothèse; contre l’arianisme, ils arguent de l’éternité du Verbe à sa divinité, c'est dire qu’ils tiennent même l’impossi­ bilité d'une créature éternelle. Voir plus loin. 11 suflit de voir les commentaires et homélies sur Gen., i, et les chaînes bibliques sur les mêmes versets. Zacharie de Milylène rélute la thèse de l'éternité du monde dans son traité spécial contre Ammonias Hermiæ. P. G., t. t.xxxv, col. 1011-1143. Cf. Schwane, Hist.des dogmes, trad. Degeri. 1903, t. tv, p. 291-302. Enfin c’est un dogme défini au IV· concile de Latran, Denzinger, Enchiridion, n. 355, était concile du Vatican, dans les mêmestermes, ibid., n. 1632; la proposition contraire a été condamnée par Jean XXII dans maître Eckart. Ibid., n. 429. La raison pour sa part établit que notre monde n'est point éternel d'une éternité incréée; il est même théologiquement certain que ce caractère d'etre créé esl connaissable avec certitude par la raison naturelle. Autre est la question de savoir si la raison peut aussi connaître par elle-même que le monde est créé dans le temps. On peut dire que les Pères ont tenu ces deux idées, créé et créé dans le temps, comme essen­ tiellement liées entre elles; la possibilité de connaître le fait de la création entraînerait donc la possibilité de connaître l’origine temporelle. Saint Thomas n'en juge pas ainsi, sola fide tenetur et demonslalive probari non potest. Sum. theol., I“, p. xi.vi, a. 2; Kleutgen, Philosophie scolastique, t. tv, diss. IX, p. 529 sq. Comme il le montre, on ne saurait conclure le commen­ cement temporel d'aucune raison a priori ; par ailleurs, le- raisons a posteriori que l’on peut invoquer prouvent bien que tel état du monde, n’a pu être éternel, par exemple son état igné, son mouvement, puisqu’on les voit décroître et que, depuis l’éternité, ils auraient 1 , i ' I | , I | 2174 atteint déjà leur minimum; mais elles n'établissent pas que sa substance n’a pas été créée de toute éternité. En tous cas cette seconde question logique paraît d’ordre purement philosophique, et assez indillérente en soi ; c’est la question réelle, le fait de la création, et l'autre question logique, la possibilité de l'établir par la raison, qui importent à notre vie religieuse. Scheeben, Dogmatique, trad. Bélet, 1881, p. 19 sq. 2. En quel temps le inonde a-t-il été créé? Voir Hexaemeron. 2“ Question de droit. — 1. La création est-elle nécessairement ab ætemo t — Ce problème est tranché par la solution que la foi donne au précédent : le fait emporte la possibilité, ab aclu ad posse valet illatio. En faisant abstraction de ce motif de foi, on arriverait, bien qu’avec une certitude moindre, à une conclusion analogue. A vrai dire, ce motif que Dieu est libre, S. Thomas, Sum. theol., Ia, q. xlvi, a. 1 ; Cont. genl., I. II. c. xxxt, n'est pas un argument décisif : de la pleine liberté de Dieu il résulte bien que Dieu peut créer ou ne pas créer s’il lui plaît, non pas encore qu’il puisse créer quand il lui plaît : il ne le peut faire que si cela est possible en soi, et c’est celte possibilité même qui est en question. Pour établir cette possibilité ceux-là sont dans une situation privilégiée qui admettent la répu­ gnance intrinsèque dune création ab ælerno : ils arrivent ainsi à se prouver la possibilité positive d’une création dans le temps. Pour les autres, il leur suffit d’établir, pour qu’il n’y ait pas désaccord entre la ques­ tion de fait tranchée par la foi et la question de droit étudiée a priori, que la notion de création temporelle n’entraîne pas d’évidente contradiction. L’objection la plus forte contre cette possibilité se tire de l’immuta­ bilité divine : un créateur qui passe du non-agir à l’agir parait changer. Nous avons exposé la solution, voir col. 2137. La raison ne peut donc prouver cette nécessité d’une création ab ætemo. Suarez, Disp, met., disp. XX, sect, v, n. 6 sq. 2. La création est-elle possible ab ælerno ? — a) Le problème est très nettement posé par saint Thomas, Op/usc., XXIII, contra murmurantes, Paris, t. xxvn, p. -450 sq. : la question de lait étant résolue par la foi, on se demande s’il était théoriquement possible que le monde existât de toute éternité, non pas indé­ pendant de Dieu, ce qui supposerait l’erreur panthéiste, mais créé par lui intégralement. — b) Ainsi limitée, la question est-elle théologique ou philosophique? De ce que les Pères l’ont traitée, il ne s’ensuit pas qu’elle soit devenue théologique, s'ils ne parlent pas, dans l'espèce, en juges et témoins de la foi, sur les questions de foi. Or, ce qu'ils ont tenu à affirmer sur ce point, c'est, contre le panthéisme, l'impossibilité d'une éternité quelconque indépendante de Dieu, mais ici on la suppose due tout entière au créateur; c’est, pour sauvegarder la transcendance divine, l'impossibilité d'une éternité identique en tout à celle de Dieu, mais ici on la suppose essentiellement différente, imr'-ée et simple, tota simul d'une part, créée, successive et purement analogue d'autre part. Les attributs divins ainsi sauvegardés, on se borne à chercher si l’éternité est une perfection communicable au même titre que l’existence, la beauté, la sagesse. C’est là une question de pure philosophie, si elle n’est préjugée par la foi. Or les textes de l’Écriture que l'on peut accumuler pour prouver que Dieu revendique pour lui seul l'éternité reçoivent une explication, semble t-il, très suffisante, si on les comprend en ce sens que Dieu est le seul â qui l'éternité appartienne en propre et défait, sans qu’il soit nécessaire d'ajouter encore oue de dr ■ elle est même imparlicipable. Quant aux Peres, s'ils sont témoins de la foi pour les deux dogmes signalés à l’instant, il ne parait pas qu'ils le soient pour la troi- ‘2175 CRÉATION simie question. Quand Valentia déclare devoir se ran­ ger à leur sentiment, parce qu’ils ont du avoir quelque raison cachée, aliquam rationem licet ea nondum sa­ tis comperta videatur, Comment, theolog., disp. Ill, q. ni, p. n. in-fol., Lyon, 1603, col. 832, il semble qu’il y ail là quelque confusion. Pareille réserve esi destricte sagesse en certains problèmes où le sens catholique peut trancher d'instinct sans pouvoir expliciter une raison précise; mais on hésitera à remettre au sens catholique la solution de théorèmes aussi abstraits. c) Aperçu historique. — Les Pères ont occasion de se prononcer en réfutant les hérétiques qui niaient le fait d’une création temporelle; c'était le cas du dua­ lisme et du panthéisme. Tertullien contre Hermogène ne parait avoir en vue qu’une éternité indépendante de Dieu et en tous points égale à l’éternité divine. .Idr. Herniog., c. îv, P. L., t. n, col. 201. Saint Am­ broise louche du moins une raison qui vaudrait pour toute créature en tant que telle : tout ce qui a une fin n nécessairement un commencement. Hexacm., I. I. c. lit. n. 11, P. L., t. xiv, col. 127. Saint Augustin fait allusion au raisonnement d’Aristote affirmant l’éternité du monde pour écarter de l'acte pur toute ombre de mutabilité, et il le réfute. Confess., L XI, c. x, n. 12, P. L., t. xxxii, col. 814; ibid., 1. XII, c. xv. n. 19. col. 833; De civil. Dei, I. XII, c. xvn, t. xt.i, col. 367; voir Augustin (Saint), t. i, col. 2329, 2350. En dépen­ dance de ce saint docteur, saint Fulgence écrit : dedit rebus... ut sint, non tamen sine initio, quia nulla creatura ejusdem naturæ est cujus est Trinitas. De jide ad Pet., c. m, η. 25, P. L., t. xi., col. 761. Les Pères grecs ont une aulre occasion d'exposer leurs vues sur ce sujet dans la controverse arienne. Le Verbe est éternel, proteste saint Athanase; donc il est incréé. Orat., I, contra arian., n. 29, P. G., t. xxvi, col. 72: n. 14. col. 42; Orat., il, η. 1, col. 148; n. 22, col. 193; n. 57, col. 269. Partout la même pensée, la créature ne saurait être éternelle, έξ ούχ οντων ιάρ έστ< zxi ούζ ήν πρΙν γένητα·.. Episl. ad Afros, η. 1, col. 104-4. Saini Athanase ignore manifestement cette distinction a nihilo et post nihilum, être néant de par nature, être nénnl avant que d’exister ; l'un pour lui entraîne l’autre. Même manière de voir chez saint Basile, Arfe. Eunom., I. Il, n. 17, P. G., t. xxix, col. 608; chez saint Grégoire de Nysse. Contra Eunom., 1. I, P. G., t. xlv, col. 364; chez saint Cyrille d’Alexandrie surtout, Thesaurus, asseri, χχχιι. col. 492, 496, 497, 513, 529, etc., et dans le traité de Zacharie de Mitylene : si le monde est co­ éternel à Dieu, il est impossible qu’il ait Dieu pour cause efficiente, De mundi opificio, col. 1112, 1113; celte coéternité est impossible, à moins que ce qui pro­ cède ne soit ou consubstantiel à son principe, comme le Fils an Père, ou n’en soit le complément nécessaire, comme l’ombre au corps, l’éclat au soleil. Ibid., col. 1113. Même restriction, col. 1096, pour ce qui pro­ cède comme l'ombre ou la lumière par nécessité de nature. N’est-ce pas faire brèche à sa thèse : que la cause libre soit aeluée de toute éternité et l’on ne voit plus pourquoi l'elfet ne pourrait être coêternel ? Pour saint Maxime, la créature est nécessairement temporelle, puisqu’il est de sa nature d'être finie sous tous les rapports. De charilale, cent, tv, n. 6. P. G., t. xc. col. 1049. Pour saint .lean Damascène, la création procédant, à la difference de la génération du Fils, de la volonté libre de Dieu, ne saurait être éternelle; car ce qui est tiré du néant ne saurait avoir une commune éternité avec ce qui est sans principe et toujours, άνάρχω και άεΐ όντι. De fide orlhod., I. 1, c. VII, P. G., t. xc.iv, Col. 813. On peut critiquer le raisonnement et celle union des deux termes άνάρχω; et άεί; du moins est-il clair que notre auteur n'a pas cru possible de les séparer. Sur l'opinion des Pères, voir Petau. Theol. doym., De Deo, J El, c. VI, in-fol., Venise, 1745, 1.1, p. 145 sq. 2176 L'éternité du monde fut remise en question avec l'averroïsme. Les arguments d’Aristote revenaient am­ plifiés des gloses de ses commentateurs arabes, Avicenne. De definitionibus et quæsilis, Venise, 1546, fol. 136. et Averroès, Destructio destructionum, Opera, in-fol., Venise, 1550, t. ix, fol. 8. Algazel et Maimonide les réfutent. Ce dernier dont on exagère parlois l’influence sur saint Thomas, Michel. Philos. Jahrbuch der GôrresGesellschaft, IV. v. prélude à la sage réserve du docteur angélique, quando enim defectus et infirmitas ratio­ num illarum detegitur, tum anima debilitatur ad fidem adhibendam ei rei de qua probationes afferun­ tur, des raisonnements faibles, à son sens, nuisant plus qu’ils ne servent. Doctor perplexorum, part. Il, c. xvi sq. Saint Bonaventure se prononce avec grande sévérité pour la négative. In IV Sent., L II. dist. 1, p. i, a. I, q. n, Quaracchi, t. n, p. 19 sq. Il rappelle et résout les principales objections tirées d'Aristote, p. 19, 20, et prenant l'offensive, argue des répugnances diverses d’un nombre infini, p. 21, et de la nécessité absolue d’un commencement pour tout être, quod habet esse post non esse, qui possède l’existence étant néant de par soi. La question est, dit-il, si claire, ut nullum phi­ losophorum quantunicumque parvi intellectus credide­ rim hoc posuisse. Ibid. Chose curieuse, il admet ce­ pendant aussitôt que la répugnance cesse dans l'hypo­ thèse d’une matière éternelle. Deux images éclairent sa pensée et, ce semble, le jeu d’imagination qui le séduit : la créature est à la fois et le vestige et l’ombre du créateur; or posez comme éternels et le pied qui puisse imprimer sa trace ou la lumière qui puisse éclairer, et la matière qui puisse recevoir l’empreinte ou l’illumi­ nation, rien n’empêche plus que ces deux effets ne soient éternels. — On se demandera sans doute ce que devient dans sa pensée la raison invoquée plus haut esse post non esse. Si la contradiction existe pour l’être produit secundum totum esse, comment ne se pose-telle pas pour une quelconque de ses modifications, et réciproquement, s’il est possible qu’une forme soit re­ çue ab ælerno dans une matière éternelle, comment est-il impossible qu’une forme subsistante, ou même un être quelconque soit produit de toute éternité? Cf. Alexandre de Halés, Summa, part. I, q. xn, m. vin; part. II, q. xiv, m. i, a. 1, 2; q. ix. m. ix; Pierre de Tarentaise, In IV Sent., 1. II, dist. 1, q. n, a. 3. Albert le Grand, après avoir professé la non-éternité comme plus probable, probabilius etiam secundum rationem, avec Maimonide, In IV Sent., 1. II, disl. 1, a. 10, est beaucoup plus affirmatif dans Ia suite. Summa, part. Il, tr. I, q. iv, m. 11, a. 5, partie. 1 sq., in-fol., Lyon, 1651, p. 53, 58, 59 sq., 62. La question est du moins posée avec une netteté parfaite : ulrum hæc duo sint compassibilia secundum intellectum... factus... et æternus. Les averroïstes entre temps enseignaient non seule­ ment la possibilité mais le fait de l'éternité du monde. Nous les voyons condamner par E. Tempier, en 1270. Denitle, Charlul., t. i, p. 486, 487, et en 1277. Ibid., p. 546, 547. Siger de Brabant expose ses idées sur ce point dans l’opuscule spécial De æternilate mundi; cf. Mandonnet, Siger de Brabant et l'averroïsme latin, in-4·, Fribourg, 1899, p. 71-84, et dans le De anima intelle­ ctiva, p. 99-104. Cf. ibid., Introd., p. ci.l sq., ci.xxx sq.; Ilevue thomiste, 1896, p. 135 sq. Tout en se retran­ chant derrière le philosophe, recitando non asserendo, il nie la possibilité de la création, De æternilate, p.80, affirme l’éternité de la matière, p. 82, du mouvement. De anima, p. 101, et du temps, p. 74. Gilles de Rome, dans son bref traité De erroribus philosophorum, a très bien noté le principe de ces erreurs : conception de la création comme une mutation, op. cit., p. 5 sq., 2177 CRÉATION 2178 appelant pour cotise immédiate un antre mouvement: ab ætemo, il s’ensuivrait qu’il y a maintenant, actu, d’où série infinie et éternité. L’aulre raison principale un nombre infini d'àmes séparées de leur corps : ilia est le désir de sauvegarder l'immutabilité divine. objectio fortior est, dit-il, In IV Sent., loc cil., Paris, Op. cit., p. 80. Cf. M. Worms. Die Lehre von der t. vin, p. 22, et sa réponse est évasive. Même conduite, Anfanglosigkeit der Well bei den miltelalterlichen Sum. theol., I“, q. XLVI, a. 2, ad 8um ; il cite les solutions arabischen Theologen, Munster, 1900. I proposées, parait réserver la sienne et se contente de Saint Thomas s'écarte de la solution d Albert dés les noter, hæc ratio particularis est : c’est une objection Sentences, mundum incepisse non potuit demonstrari, dont la force tient à la nature particulière de l’âme, sed per revelationen divinam esse habitum et credi­ non à la notion générique de créature ou d’étre fini, tum, et l’on retrouve là un écho de Maimonide, qu'il unde posset dicere aliquis quod mundus fuit æternus, cite d'ailleurs dans l'article : et hoc ostendit debilitas vel saltem aliqua creatura ut angelus, non autem rationum quæ ad hoc inducuntur pro demonstrationi­ homo. Pour lui, abstrayant de ce cas particulier, il bus, quæ omnes... sunt solutæ, et ideo potius in deri­ prétend ne traiter que le cas général, intendimus universaliter utrum aliqua creatura fuerit ab ætemo, sionem quam in confirmationem fidei vertuntur. In Sum. theol., ibid., et ailleurs, quod autem de anima­ I V Sent., 1. H, dist. I, q. i, a. 5, sol.. Paris, t. vm, p. 18. Cette position ne va pas sans soulever de vives contra­ libus objicitur difficilius est, sed tamen ratio non est dictions, cf. Mandonnet, Revue thomiste, 1886, p. 689, et multum utilis quia multa supponit, Coni, genl., 1. II, saint Thomas publie son De œternitate mundi contra c. xxxviii, fin, non est ad propositum. Cf. Contra murmurantes, où quelques traits mordants contrastent murmurantes. avec la sérénité ordinaire de sa polémique. Il y voit, Des difficultés il y en avait en effet de très grandes ce semble, une question de principe, celle du départ pour saint Thomas : toutes ces âmes séparées ne res­ rigoureux entre les questions de foi et les questions taient individuées dans son système que par leur rela­ libres; de là sa précision dans la position de la ques­ tion à la matière de leurs corps. Où trouver dans une tion, Opera, Paris, t. xxvn, p. 450, et du sérieux dans quantité finie de matière de quoi sauvegarder l'indivi­ la polémique, cf. inde est quod mullorum inexperti ad duation d’un nombre d’àmes infini ? Enfin, et c’est la pauca respicientes enuntiant facile, p. 451, 452. II se difficulté qui semble surtout dans sa pensée, toutes ces borne à réfuter les objections principales; plusieurs en âmes constituaient un infini réalisé actu. Voir Cajetan sur ces paroles multa supponit. In 1““, q. xlvi, a. 2. i lfet sont si faibles que par leur faiblesse elles semblent rendre probable l’opinion contraire, p. 453. Sa position Or saint Thomas voyait, avec beaucoup d’autres, comme est la même dans la Somme, I“, q. XLVI, a. 2; enfin le une contradiction manifeste dans ces mots, nombre problème est traité avec le rnéme scrupule de méthode. infini. Sum. theol., I», q. vit, a. 4; Quodlib., XII, q. Il, Cont. gentes, 1. II, c. xxxi-xxxix. Il s'applique à a. 2. On peut douter qu’il tint le raisonnement par montrer comment aucune des réfutations n’est péremp­ lequel il le prouve comme apodictique, Cont. gent., I. II, c. xxxvill, ad 6um; Contra murmur., fin ; réservant toire. Voir dansl'édit. Uccelli, les Scholies de Geollroy de du moins ce cas particulier des âmes humaines qui fontaine, in-fol.. Rome, 1878, p, 9-11; cf. Quodlib., III, occasionnait la difficulté, il ne voyait pas d’impossibilité a. 31; Quodlib., XII, q. VI, a. 7; De potentia, q. m, à admettre ni une infinité de révolutions sidérales, a. 13, 14; Th. Esser, Die Lehre des hl. Thomas von Cont. gent., 1. Il, c. xxxvill, ad 4um; ni une série de Aq. üher die Môglichkeil einer anfanglosen Schôpfung, mutations pour un ange ou quelque autre créature, Munster, 1895; Stock!, Die thomislische Lehre von Sum. theol., 1’, q. xlvi, a. 2, ad 8“", l’infini successif Weltanfange in Dirent geschichtlichen Zusammenne donnant pas lieu aux mêmes difficultés logiques, hange, dans Der Kalholik, 1883, t. I, p. 225 sq. On ne saurait ni suspecter l’authenticité du Contra qu’un infini actuel composé d'unités distinctes. murmurantes à cause des derniers mots, adhuc non On retint l’objection tirée du nombre infini des âmes, est demonstratum quod Deus non possit facere infinita comme la plus forte, on crut même voir une difficulté actu, qui semblent aller contre l’opiaion ordinaire de analogue dans l’infini successif, et l’on pensa les évincer saint Thomas sur l’impossibilité du nombre infini, en restreignant la possibilité d'une création éternelle à des créatures immobiles et impassibles comme les Stentrup, De Deo uno, c. vt, th. χι.ιχ, in-8°. Inspruck, 1879, p. 637, ni avec le P. Hontheim, Institutiones anges. Durand, In IV Sent., I. 11, dist. I, q. n, a. 3. Suarez admit cette solution et la compléta en concédant theodiceæ, 1893, c. xxiv, a. 5, p. 713, note, en appeler la même possibilité pour des créatures corruptibles à de saint Thomas jeune au saint Thomas plus mûr de condition d’écarter les causes de corruption ou de la Somme, I“, q. vu. a. 4: q. xlvi, a. 2, ad 8“m; Quodlib., IX, a. I : non admisisset si putavisset inde changement. Disp, melaph., disp. XX, sect, v, n. 14 sq., Paris, t. xxv, p. 783. On s’étonnera sans doute de pa­ sequi numerum actu infinitum, ut patebit si Summam legeris. En elfet, la Somme écrite pour les débutants reille réponse, qui s’appuie sur une noie tout acciden­ hu/us doctrines novitios, I·, prolog., ne nuance pas sa telle de la créature, d’élre soit par nature, soit provi­ pensée comme ses traités polémiques ou spéciaux; eide dentiellement immuable, et non sur la sociabilité ou l’insociabilité essentielle des concepts de création et plus, dans la Somme même ou il professe l'impossibilité d'un nombre infini, il tient aussi que la possibilité d'un d’éternité, et qui aboutit à celte conséquence singulière de concéder à Dieu le pouvoir de créer ab ætemo, inonde éternel, mundus vel saltem aliqua creatura, non autem homo, I“, q. xi.vi, a. 2, ad S"01, ne peut se pourvu qu’il garde sa créature sans mouvement pendant réfuter par la raison. C'est dire qu’il considère l’objec­ l’éternité. Comment le fait d’avoir créé ab ætemo pourrait-il lier Dieu à ce sujet? D'ailleurs l'immobilité tion proposée comme bonne pour un cas particulier de la créature ne fait guère échapper aux difficultés seulement. Pendant que Gilles de Rome, In IV Sent., 1. II, qu’on voulait éviter, S. Thomas, Sum. theol., I·. q. x, a. 4, ad 3um : le temps ne mesure pas seulement le dist. I. q. iv, a. 1, 2, et llervée, De æternilate mundi, mouvement, mais aussi le repos de l’étre qui est apte q. n: In IV Sent., I. II, dist. I, se rallient à la pensée de saint Thomas, Scot, In I V Sent., 1. 11, dist. I, q. in, au mouvement et ne se meut pas. Qu’il y ait dune dans le monde une autre créature soumise au change­ considère la question comme douteuse, tout en marquant ment, elle fournira une unité de temps au moyen ·> quelque faveur pour la solution thomiste. Ce sera aussi laquelle on pourra mesurer l’immobilité de la pr-\··la position des principaux scotistes. dente à partir d'un moment donné, et l’on obtiendra Entre toutes les objections que le docteur angélique s: appliquait à résoudre, il en était une qui semblait précisément un nombre infini a parte ante, 'in. a parte post, cela même qu'on redoutait. On croit donc lui faire plus d’impression. Si le monde était créé III. - 69 PICT. DE TIIÉOL. CATHOL. 2179 CRÉATION pouvoir dire avec le P. Hurter : on ne voit nulle raison suffisante d’admettre cette possibilité pour les substances incorruptibles et de la nier pour les autres. Compen­ dium, in-8°, Inspruck, 1900, t. n, n. 266. Depuis celte époque, la solution suarézienne semble avoir rallié un assez bon nombre de partisans. Valen­ tia, à ne considérer, dit-il, que les preuves de raison In disp. Ill, q. ni, p. n ; Jean de Saint-Thomas, Physic., q. xxiv; Billuart, Summa, 1855, t. n, De op. sex dierum, diss. I, a. 6; Janssens, De Deo creante, p. 201. Quelques-uns tiennent pour l’impossibilité absolue. Tolet, Physic., 1. VIII, c. Il, q. Il; Lessius, De per), div., 1. IV, c. il, n. 8-11; Tanner, disp. VI, q. I, dub. ni; Palmieri, De Deo creante, th. xm; Cosmologia, th. xxxi; llontheim, Jnstit. theod., c. xxiv, a. 5; Hurler, i ompendium, loc. cit. D’autres imitent la ré­ serve de saint Thomas et attendent qu’on ait apporté quelque argument décisif en un sens ou en l'autre. Schilîlni, Disp, metaph. specialis, t. n, disp. IV, sect, iv; Liberatore, Cosmologia, c. I, a. 6. Cf. Stentrup, Das Dogma von der zeillichen II eltschôpfung, Inspruck, 1870; Janssens, op. cit., p. 188 sq. d} Discussion philosophique. — Quelques mots suffi­ ront sur les arguments principaux de l'une et l'autre opi­ nion. On omettra de discuter, comme moins logiques, les solutions mixtes de saint Bonaventure et de Suarez. — a. Pour la possibilité théorique d’une création éter­ nelle. — Elle ne parait impossible ni de la part de l’agent, ni de la part de Pellet, ni de la part de l’action. L’agent est en effet tout-puissant ab æterno in æternum ; rien ne peut l’empêcher d’exercer sa puissance, ni rien qui existe, ni le manque de quoi que ce soit. L’effet est possible ab æterno, puisque la raison de sa possibilité c’est l’existence de Dieu source infinie de l’étre; s’il est impossible qu’il participe de manière adéquate et univoque aux perfections divines, on ne voit pas au contraire pourquoi il ne pourrait y avoir, comme il existe une sagesse créée analogue à l’incréée, une éternité créée purement analogue. L’action enfin, l'acte créateur n’exige pas le temps : en effet, si les actions successives, mutationes, le réclament — ainsi réchauffement graduel d’un corps froid — les actions instantanées ne le demandent pas; comme il n’y a pas d'intermédiaire entre rien et quelque chose, entre être et n’élre pas, on naît par exemple ou on meurt instan­ tanément. On ne saurait objecter que « tirer du néant » suppose précisément que la non-existence a précédé l’existence et par conséquent implique commencement temporel. H y a bien une priorité, dit saint Thomas, mais de nature el non de temps, c’est-à-dire que la na­ ture même d'être créé emporte qu'on est étant néant de par soi, esse ab alio, et non pas qu’on est ayant été quelque temps néant, esse post non esse. Que la pre­ mière priorité de nature n'emporte pas priorité de temps, l'on en a un exemple non seulement dans la génération éternelle du Verbe, mais dans l'existence éternelle d»s possibles, qui sont dès que Dieu est. Chr. Pesch, Prælectiones dogmal., in-8», Fribourg-enBrisgau, 1899, t. ni, p. 26. Cf. Sertillanges, L’idée de création dans S. Thomas d'Aquin, dans la Revue des sciences philos, et theol., 1907, t. I, p. 239-252. b. Pour l'impossibilité. — Une première raison tirée de la contradiction apparente des concepts, créé signi­ fiant appelé du non-être à l'être, éternel désignant ce qui a toujours été. On vient de voir la réponse du doc­ teur angélique : créer,c’est faire être ce qui n’est rien de soi, et non pas forcément ce qui n'a pas été. Autre raison tirée des conséquences : il faudrait admettre un nombre infini de révolutions terrestres déjà accomplies, un in/ini limité à aujourd’hui et ce nombre infini au­ rait été franchi pas à pas par le monde, au jour le jour, et cet infini s'accroîtrait chaque jour; enfin, si la race humaine avait été créée ab æterno, il faudrait 2180 aussi admettre un nombre actuel infini d’âmes sé­ parées. On remarquera que les trois premiers arguments concernent l’infini successif, et le quatrième l’infini actuel : la réponse doit être tout autre pour ces deux cas. Les objections que l’on tire de l’infini successif vien­ nent en général d’une confusion de concepts et de mots. On peut bien admettre qu’il peut exister à titre de créature, un infini étendu, quantitatif, dimensif. qui n’est et ne peut être réalisé tout entier à la fois; mais alors ce qui est infini, ce n’est pas une partie de cette étendue, c’est toute l’étendue qui correspond à l’infini véritable. Il y a donc duperie de mots, quand on dit : si Dieu avait créé ab æterno, il y aurait aujourd'hui un nombre infini de jours écoules; ce nombre est in­ commensurable, non in/ini, précisément parce qu'il ne correspond pas à toute l’extension virtuelle de l'éter­ nité. Il faut dire résolument : c'est une partie d'infini; ce n'est pas une partie proportionnelle, qui, répétée un certain nombre de fois, puisse servir à évaluer la durée infinie; ce n’est même pas une partie mesurable elle-même, puisqu'elle est infinie par un bout, a parte ante, et c'est pour cela qu’on peut l’appeler infinie; le mot d'infini cependant n’a pas le même sens appliqué soit à toute l'extension virtuelle de l’éternité, c’est-àdire à toute la durée créée qui lui correspond, soit à une partie seulement de cette durée. On répondrait donc : a. que le nombre des révolu­ tions terrestres déjà accomplies ne serait pas un nombre, puisqu'il n’y a pas eu de première révolution : aussi haut que l'on remonte, on trouvera un jour, un an, un siècle précédent, mais précédent n’est pas syno­ nyme de premier; secondement celte quantité, incom­ mensurable déjà par un de ses bouts, n’est pourtant pas strictement infinie, pour la raison signalée plus haut; b. franchir une distance infinie, pas à pas, ou compter un nombre infini, un par un, n’est impossible que pour l’infini strict défini plus haut, mais quelle répugnance à ce que le monde, depuis l'éternité, c’està-dire dans un temps incommensurable, ait pu en quel­ que sorte compter ce nombre incommensurable de jours? c. Qu'un tel infini puisse s’accroître, cela n'a rien d’étonnant, puisqu’à vrai dire ce n'est pas un infini strict et qu'il s'accroît seulement sous le rapport où il est limité, a parte post, à partir du moment présent. Quant à l'infini actuel, si les réflexions précédentes sont justes, on pourrait dire que ce nombre des âmes, pour n'étre pas évaluable, n’est pas non plus un nombre, ni strictement un infini. e) Conclusion. — Si chaque opinion a ses difficultés, il resterait que le problème est encore à débattre, et c'est sans conséquence pour la foi, qui n'est pas obligée d’avoir sur toutes les questions philosophiques des solutions faites. Par contre, c’est à grand tort qu'on arguerait de l’incertitude de ce problème pour affirmer qu’une matière incréee ne répugne pas. L’étude précé­ dente prouve tout au plus qu’une matière créée ab æterno n'est pas évidemment inadmissible; mais les caractères mêmes de la matière prouvent qu elle ne saurait être incréee. La thèse panthéiste ou matéria­ liste n’a ici rien à gagner ni rien à perdre. Voir Ami du clergé, 1901, t. xxvi, p. 881 sq. ; Civiltà caltolica, 1881, 2” série, t. vu, p. 20 sq. 3» La création est-elle possible en un autre temps:’ — Le monde a toujours existé, il n’aurait pu être cr é ni plus tôt, ni plus tard, S. Augustin, De civil. Dei, 1. XII, c. xv sq.. P. L.,t. xi.i, col. 36i si).; c. xn. col. 359 sq. ; De Gen. ad. lilt., I. V, c. xtx. n. 38. cf. n. 19, P. L., t. xxxiv, col. 335, manières de parler philosophiquement justes, qui n'ont d’autre tort que d'aller au rebours de l’usage vulgaire. Ces expressions sont exactes, parce que le temps et le monde sont deux 2181 CRÉATION 21 82 notions qui s’appellent l’une l’autre, dans tout système ou hypothèses qu’on peut rencontrer sur les questions philosophique, qui ne fait pas du temps une forme sub­ connexes la note théologique qui convient, nous inspi­ jective du connaissant ; ce sont deux corrélatifs qui ne se rant surtout des travaux excellents de Granderath, peuvent séparer que par la pensée. Ainsi en est-il de Constitutiones dogmaticae sacrosancti concilii Vaticani toutes les relations basées sur la quantité. Sans être ex ipsis ejus actis explicatae atque illustratae, in-8°. quantitatif dans le monde, pas d’espace réel, puisque Fribourg-en-Brisgau, 1692 ; Geschichte des Vaticanisl'espace se définit par les relations qui existent entre chen Konzils, 3 in-8Q, ibid., 1903, t. n, I. I. c. vi; les points matériels; par voie de conséquence, pas de I. II, c. vi sq. ; trad, franc., Bruxelles, 1907 (en cours mouvement local possible, et puisque le temps se défi­ de publication), et de Vacant, Eludes théologiques sur nit par les relations des divers mouvements locaux les constitutions du concile du Vatican, d'après les entre eux, par exemple par le retour régulier des mêmes actes du concile, 2 in-8°, Paris, 1895. — Nous intro­ révolutions sidérales, sans mouvement local plus de duisons dans le texte, pour la commodité de cette étude, temps. Il est donc certain, comme le répètent après saint des divisions en paragraphes et en sections. Augustin tous les scolastiques, que le monde n’a pas Proœmium. — Après s’être félicité des heureux ré­ été créé dans le temps, mais avec le temps. Hugues de sultats du concile de Trente, Pie IX déplore les maux Saint-Victor, De sacram., part. V, c. iv. P. L., t. clxxvi, très graves que le mépris ou la négligence de ses décrets col. 248; disciple de Hugues, Summa, tr. II,c. i, col.81 ; ont entraînés. 11 continue : Pierre Lombard, Sent., I. Il, dist. II, n. 4, 5, P. L., t. cxcn, col. 655; 1.1, dist. XXX, c. i, col. 302; S. Bo­ ïVos itaque inhaerentes pro­ Aussi marchant sur les naventure, In IV Sent., I. II, dist. II, Quaracchi, t. n, decessorum nostrorum vesti­ traces de nos prédécesseurs, p. 69; S. Thomas, In IV Sent., I. II, dist. I, q. i, a. 6, giis, pro supremo nostro en raison de notre suprême ad 3“'“; Sum. theol., I*, q. xlvi, a. 3; Opusc., IX, q. C. apostolico munere, veritatem charge apostolique, nous n’a­ catholicam docere ac tueri, vons jamais cessé d’enseigner Si donc l’on parle en rigueur philosophique, la ques­ perversasque doctrinas re­ et de défendre la vérité catho­ tion que l’on pose : Le monde pourrait-il être ou plus probare nunquam intermi­ lique de réprouver les doc­ jeune, ou plus vieux?à vrai dire n’a pas de sens,comme simus. Nunc autem, sedenti­ trines etperverses.A présent, au le note Duquesnoy,/!nnalesde philosophie chrétienne, bus nobiscum et judicantibus milieu de tous les évêques de 1894, t. xxxi, p. 55-65. Elle peut cependant prendre un universi orbis episcopis...in­ l’univers siégeant et jugeant sens raisonnable, que lui concède l’usage courant. Au nixi Dei verbo scripto et tra­ avec nous, ...appuyés sur la dito, prout ab Ecclesia ca­ delà de l’espace et du temps réels, nous concevons le parole de Dieu de l’Écriture et tholica sancte custoditum et de la tradition, telle que nous temps el l’espace imaginaires, que nous évaluons en genuine expositum accepi­ l’avons reçue de l’Église ca­ fonction d’unités réelles empruntées à notre monde. mus, ex hac Petri cathedra... tholique, gardée avec piété, L’ne telle question signifie donc : aurait-il été possible salutarem Christi doctrinam expliquée dans sa pureté, nous de donner au monde de quoi remplir d’une quantité profiteri et declarare consti­ avons décidé de professer et et d’une durée réelles l’espace et le temps imaginaires? tuimus, adversis erroribus de déclarer... du haut de cette S. Thomas, Sum. theol., Ia, q. xlvi, a. 1, ad 8um. Tou­ potestate nobis a Deo tradita chaire de Pierre, la doctrine proscriptis atque damnatis. tefois, suivant la manière dont on conçoit les choses, salutaire du Christ, et de pro­ scrire el condamner les erreurs cette même manière de parler peut être ou ridicule ou contraires en vertu du pouvoir sensée. Supposez qu’il n’existe autre chose qu’une I que nous tenons de Dieu. flèche en mouvement, que peut bien signifier dans celle hypothèse la question . pourrait-elle aller plus à droite C. I. DE UEO OMNIUM CHEATI) HE C. /. DE DIEU CRÉATEUR DE ou plus à gauche? Mais si l’on prend dans la direclion TOUTES CHOSES qu’elle vient de parcourir une distance rectiligne AB, a. La sainte Église catho­ § 1. a. Sancta catholica et si l’on demande : peut-elle aller dans une direction lique apostolique et romaine apostolica rom ana Ecclesia qui soit à 45° ou 90° avec ce terme de comparaison, la credit et confitetur unum croit et confesse qu’il existe question prend un sens. Ainsi de l’âge du monde. Le un seul Dieu vrai et vivant, esse Deum verum et vivum, créateur et Seigneur du ciel creatorem ac Dominum cæli inonde est tout le temps et tout l’espace réels. Pourquoi et de la terre, tout-puissant. et terræ, omnipotentem, — ne pas le créer plus tôt? Pourquoi ne pas le créer ail­ b. éternel, immense, incom­ b. aeternum, immensum, inleurs? Si l’on ne donne aucun point de comparaison, les préhensible, infini en intelli­ com prehensibilem, intellect u deux questions ne peuvent recevoir une solution sensée. gence, en volonté et en toute ac voluntate omnique per­ Duquesnoy, loc. cit., p. 57. Au contraire, si l’on prend fectione infinitum; — c. qui perfection; c. qui, substance comme point de départ le moment présent ou quelque cum sil una singularis sim­ spirituelle unique, absolument instant précis, on peut légitimement demander : outre simple, immuable, doit être plex omnino et incommuta­ affirmé en fait et de par son bilis substantia spiritualis, les milliers de révolutions qui précèdent ce temps dési­ essence distinct du monde, praedicandus est re et essen­ gné que nous supposons fixe, était-il possible qu’il y en eût auparavant des milliers d’autres*. La réponse est tia a mundo distinctus, —d. d. bienheureux en lui-même et in se el ex se beatissimus el par lui-même et indiciblement facile. Kleutgen, op. cit., t. iv, p. 536. super omnia qux praeter ip­ élevé au-dessus de tout ce qui, On comprend aussi ce que veulent dire les expressions : sum sunt et concipi possunt en dehors de lui, existe ou se avant la création, avant tous les temps, qui peuvent ine/fabiliter excelsus. peut concevoir. s’autoriser d’exemples illustres. Joa., xvu, 5; Prov., § 2. a. Hic solus verus a. Ce seul Dieu véritable, en raison de sa bonté et par sa vin, 22. C’est là une vraie priorité non de temps, mais Deus bonitate sua et omni­ potenti virtute, non ad au­ vertu toute-puissante, non d excellence et de nature. S. Thomas, Sum. theol., gendam suam bealiludinem, pour augmenter sa béatitude, I*. q. xi.vi, a. I, ad 8u,n; q. x, en entier; S. Bonaven­ nec ad acquirendam sed ad ni pour acquérir quelque per­ ture, In IV Sent., 1. Il, dist. II, p. i, a. 1, q. ι-m; a. 2, manifestandam perfectionem fection, mais puur manifester q. i.ii. Quaracchi, I. II, p. 55-67. On sait la différence que suam per bona quae creatu­ celle qu’il possédé par les ces docteurs établissent entre le temps et l’éternité : ris impertitur, — b. liberrimo biens qu’il accorde aux créa­ elle est partout où le temps arrive el passe, ayant ainsi consilio simul ab initio tem­ tures, b. par un dessein poris utram que de nihilo Jument libre ensemble (?rnu dans la simplicité (extension virtuelle) tout ce que le condidit creaturam,— c. spi­ commencement du temps a tenuff possède dans l’étendue (extension formelle). ritualem et corporalem, an ­ fait de rien l’une et l'autre (TVJLa création et le concile du Vatican. — i. texte. videlicet et munda­ créature, c. la spirituelle et La — Toute la doctrine catholique sur la création se trouve gelicam nam, ac deinde humanam corporelle, c’est-à-dire tes résumée dans les décrets du Vatican. Nous essayerons, quasi communem ex spiritu anges et le monde, pu s La en les commentant, de dégager avec précision les doc­ et corpore constitutam. créature humaine «estito-e trines qu’il définit, el de donner ensuite aux opinions comme par une partie* pat-oa CRÉATION 21 S3 21 Si § 3. Universa vero quæ condidit, Deus providentia tua tuetur atque gubernat, attingens a fine usque ad finem fortiter et disponens omnia suaviter. Omnia enim nuda et aperta sunt oculis ejus, ea etiam quæ libera creaturarum actione futura sunt. simultanée à la nature de l’es­ prit et du corps. Tout ce qu’il a produit, Dieu par sa providence le garde et le gouverne, atteignant avec force d’une extrémité à l’autre et disposant tout avec suavité. Toutes choses en effet sont à nu et à découvert devant ses yeux, même celles que doit produire dans l’avenir l’action libre des créatures. spirituales et materiales, secundum totam suam sub­ stantiam a Deo ex nihilo esse productas; b. aut Deum dixerit non voluntate ab omni necessitate libera, sed tam necessario creasse, quam necessario amat -seipsum ; c. aut mundum ad Dei glo­ riam conditum esse negave­ rit, a. s. II. DE REVELATIONE H. DE LA RÉVÉLATION C. U. DR REVELATIONE C. H. DE LA RÉVÉLATION § 1. Eadem sancta ma­ ter Ecclesia tenet et docet, Deum, rerum omnium prin­ cipium et finem, naturali hu­ mante rationis lumine e re­ bus creatis certo cognosci posse ; invisibilia enim ipsius a creatura mundi per ea quæ facta sunt intellecta conspiciuntur ; attamen pla­ cuisse ejus sapientiæ et boni­ tati, alia eaque supernaturali via se ipsum ac ætema voluntatis suæ decreta hu­ mano generi revelare. La même sainte Église, notre mère, tient et enseigne que Dieu, principe et fin de toutes choses, peut, au moyen des choses créées, être connu avec certitude par les lumières na­ turelles de la raison, car de­ puis la création du monde [?J ses perfections invisibles se laissent connaître dans ses œuvres qui les manifestent; que cependant il lui a plu dans sa sagesse et sa bonté de se révéler au genre humain par une voie différente et celle-là surnaturelle, lui et les décrets éternels de sa volonté 11 faut attribuer à cette di­ vine révélation que les vérités concernant Dieu qui ne sont pas d'elles-mêmes inaccessi­ bles à la raison de l'homme, dans la condition présente du genre humain, puissent aussi cire connues de tous sans diffi­ culté, avec une ferme certitude et sansmélange aucun d’erreur. 1. Si quis dixerit Deum nnum et verum creatorem et Dominum nostrum, per ea quæ facta sunt, naturali rationis h umanæ lum ine cer­ to cognosci non posse, a. s. 1. Si quelqu’un dit que le Dieu unique et véritable, not ri · créateur et Seigneur, ne peut être connu avec certitude, au moyen des êtres créés, et pur les lumières naturelles de lu raison humaine, a. S 2. Huic divinæ revela­ tioni tribuendum quidem est, ut ea quæ in rebus divinis humanæ rationi per se im­ pervia non sunt, in pressenti quoque generis humani con­ ditione ab omnibus expedite, firma certitudine et nullo admixto errore cognosci pos­ sunt... C. III. DE FIDE c. m. DE LA FOI § 1. Quum homo a Deo tanquam creatoreel Domino suo totus dependeat et ratio creata increatæ Veritati pe­ nitus subjecta sit, plenum revelanti Deo intellectus et voluntatis obsequium fide præstare tenetur... Puisque l’homme dépend tout entier de Dieu comme de son créateur el Seigneur, et que la raison créée est absolu­ ment sujette de la Vérité incréée, nous sommes tenus de témoigner par la foi à Dieu qui révèle une pleine obéissance d’intelligence et de volonté. CANONES. I. DE DEO OMNIUM CREATORE CANONS. /. DE DIEU CRÉATEUR DE TOUTES CHOSES 1. Si quis unum verum Deum visibilium et invisibi­ lium creatorem ac Dominum negaverit, anathema sit. 2. Si quis prxter mate­ riam nihil esse affirmare non erubuerit, a. s. 3. Si quis dixerit unam eamdemque esse Dei el re­ rum omnium substantiam vel essentiam, a. s. fi. a. Si quis dixerit res finitas, tum corporeas tum spirituales, aut saltem spi­ rituales, e divina substantia emanasse ; b. aut divinam essentiam sui manifestatione vel evolutione fieri omnia; c. aut denique Deum esse ens universale seu indefinitum, quod sese determinando con­ stituat rerum universitatem in genera, species et indivi­ dua distinctum, a. s. 5. a. Si quis non confitea­ tur mundum resque omnes, quæ m eo continentur, et 1. Si quelqu'un nie le seul vrai Dieu, créateur et Seigneur des choses visibles et invisibles, qu’il soit anathème. 2. Si quelqu'un ne rougit pas d’affirmer qu’il n’existe rien en dehors de la matière, a. 3. Si quelqu’un dilque Dieu et toutes choses n’ont qu'une seule et même substance ou essence, a. 4. a. Si quelqu’un dit que les êtres finis tant corporels que spiriluelsoudu moins les spiri­ tuels sont une émanation de la substance divine; b. ou que l'essence divine en se manifes­ tant ou en évoluant devient toutes choses ; C. ou enfin que Dieu est l'être universel ou in­ défini, qui constitue en se déterminant l'universalité des êtres en genres, espèces et in­ dividus distincts, a. 5. a. Si quelqu’un ne confesse pas que le monde el tout ce qu’il renferme, esprit et ma- tière, dans Io totalité de sa substance a été produit par Dieu du néant; b. ou s’il dit que Dieu a créé non par une volonté exempte de toute né­ cessité mais aussi nécessaire­ ment qu’il s’aime nécessaire­ ment lui-même; c. ou s’il nie que le monde ait été fait pour la gloire de Dieu, a. HI. DE FIDE III. DE LA FOI 1. Si quis dixerit ratio­ nem humanam ita independentem esse ut fides ei a Deo imperari non possit, a. s. 1. Si quelqu’un dit que la raison de l'homme est à ce point indépendante que Dieu ne peut lui commander de croire, a. 4. Si quelqu’un dit qu’aucun miracle n'est possible..., a. 4. Si quis dixerit miracula nulla fier i posse, a. s. U. VALEUR ET PORTÉE RESPECTIVE DES CHAPITRES ET des canons. — 1° Les chapitres. — Le texte des cha­ pitres au premier abord ne semble pas à regarder comme une définition dogmatique. Puisque les ana­ thèmes sont réservés aux canons, les chapitres ne seraient-ils pas un pur exposé préliminaire aux défini­ tions? Un examen plus altentif établit le contraire. 1. Les formules qui introduisent les chapitres ne laissent aucun doute sur l’intention des Pères, c. i, S. Ecclesia credit et confitetur; c. ii- Ecclesia tenet el docet; c. ni, Ecclesia profitetur; iv, Ecclesiæ con­ sensus tëraai cl tenet. — Le prologue de la consti­ tution témoigne a une volonté expresse non seulement de condamner, mais d’enseigner : le pape, pour justi­ fier son dessein, en appelle au double devoir de la mis­ sion apostolique, docere ac tueri, Christi doctrinam pro­ fiteri et declarare·., erroribus notatis. —3. Les pandes de l’approbation pontificale couvrent les chapitres elles canons, illa [dccre/aj et illos [canones]. — 4. L’histoire du concile confirme cette manière de voir. Dans la XLV® congrégation générale, « pour réfuter de manière plus expresse l’erreur de ceux [et nommément de Ben­ zinger] qui prétendaient que seul devait être tenu pour délini dans les chapitres ce qui avait son correspondant dans les canons annexés, » Acta el decreta SS. conci­ liorum recent iorum, Collectio Lacensis, Fribourg-enBrisgau, 1890, t. vu, p. 221, un Père proposa d’ajouter au préambule une formule plus explicite. Le rappor­ teur du concile s’opposa au changement, la pensée étant déjà exprimée suffisamment, non quiaeni expressis verbis sed vere tamen. Le texte, disait-il, faisait assez comprendre qu’entre la doctrine des chapitres et celle des canons il n’y avait qu’une différence d’aspect, posi­ tif dans les premiers, négatif dans les seconds, prima [doctrinal edicit quid sit de fide tenendum, altera vero quid sit de fide vitandum et damnandum. Acta, p. 231. Nulle distinction à établir par conséquent entre les uns et les autres. Cependant comme les chapitres sonld’une rédaction plus large, il y a lieu de distinguer avec soin ce qui est directement affirmé des raisons invoquées ou des idées accessoirement consignées dans le texte. Ni les unes ni les autres, à la différence de lout ce qui est parole formelle de l’Eglise, n’ont la garantie d'in­ faillibilité, inserta non asserta. Quant aux titres des chapitres, puisque « ils ont été promulgués avec la constitution, et qu’ils font corps 2185 CRÉATION avec elle », ils ont la mime valeur que Je texte qu’ils introduisent. Ainsi en est-il en droit canon, quand les titres des décrets émanent de l'autorité même qui les a rédigés. Vacant, op. cit., t. i, p. 56-59. 2“ Les canons. — 1. Leur raison d’être sembla si dis­ cutable â quelques-uns, qu’un Père du concile proposa qu’on se contentât, sans anathématiserles erreurs oppo­ sées, d’exposer la vraie doctrine. Acla, p. 1647, col. 1. Le rapporteur. Ms' Gasser, lit rejeter l’amendement. Ibid., p. 112, 113, 1671. Il fallait, pensait-il, s’opposer par une affirmation nette à cet esprit flottant et scep­ tique du siècle qu’elfarouche toute articulation caté­ gorique de la vérité ou du magistère infaillible de l’Église. Il y avait, il est vrai, des raisons spéciales pour nepas ajouter de canons au c. t ; ceux qui profes­ saient les doctrines contraires ne pouvaient en aucune manière appartenir à l’Eglise. L'évêque de Brixen, en citant l'exemple des semi-rationalistes allemands, prouva que des catholiques en pouvaient venir à s’ima­ giner que le panthéisme même était conciliable avec la foi, Acla, p. 100, emend, xxvm, p. 112 sq., et qu’ils faisaient par ces conciliations œuvre utile à l’Eglise, p. 234. Il importait de prévenir ces illusions. — 2. Leur valeur dogmatique ne fait aucun doute : ce sont des définitions au sens rigoureux du mot. Toutefois les textes conciliaires sont de stricte interprétation. Nous n’avons pas â rappeler ces règles précises. 3» L'approbation. — 11 importe peu que la constitu­ tion Dei Filius, à laquelle appartiennent les textes présents, par suite de l’interruption du concile, n’ait pu recevoir la signature authentique de tous les évê­ ques 1. Ils ont été sanctionnés par le vote formel des Pères el approuvés en session par Pie IX : Sacro ap­ probante concilio illa [decreta] et illos [canones] ut lecta sunt delinimus el apostolica auctoritate confir­ mamus. Vacant, op. cit., t. II, p. 444; Acta, p. 258. 2. L'acte authentique de cette approbation et de cette promulgation a été dressé et certifié conforme par M»r Eessler. « Or, d'après les règles reçues, celte attes­ tation du secrétaire du concile fait foi, comme celle du pape et des évêques qui composaient cette assemblée. » 111. COMMENTAIRE. — Puisque canons et chapitres se correspondent comme les deux faces d’une même question, thèse el antithèse, nous les rapprocherons pour qu’ils s’éclairent et se complètent. (Chaque fois que nous aurons l’occasion de renvoyer aux amende­ ments le 1«· chiffre renvoie dans les Acta, I. vu, au texte de l'amendement, le 2* aux observations du rapporteur, le 3e au vote des Pères.) i·. I. De Dieu créateur de toutes choses, § 4. — Le plan du chapitre est exposé par le rapporteur, Mur Gasser, évêque de Brixen. Acta, p. 102. « Le paragraphe 1er, dit-il, commence : a. par une solennelle profession de foi en Dieu dans laquelle on a réuni les noms de Dieu, dont se sert ordinairement la sainte Ecriture... [Il ex­ prime ensuite] tout d'abord ce que Dieu est en luiméme, et l'on affirme : b. tous ces attributs divins que les théologiens disent constitutifs de l’essence divine... éternel, immense, infini en intelligence, en volonté, en toute perfection... La seconde partie de ce paragraphe exprime la distinction de Dieu et de l'univers, et cela doublement, en disant que cette distinction est : c. premièiement essentielle et d. secondement infinie... » Ainsi quatre sections traitant : a. de l'existence de Dieu ; b. de ses attributs; c. des différences essentielles qui le distinguent du monde; d. de la distance infinie de l’un à l’autre. Vacant, op. cit., t. 1, p. 159. Quatre canons furent annexés répondant au § 1 : le canon 1·Γ condamne l'athéisme, le canon 2« le maté­ rialisme. le canon 3' le principe du panthéisme, le canon 4' ses trois formes principales : panthéisme substantiel ou émanatiste, panthéisme essentiel de Schelling, panthéisme hégélien. 2186 Ces textes. S '1, et canons 1-4, ont une souveraine im­ portance pour le dogme de la création. Il n'est pas d’erreur qui lui soit plus opposée que le panthéisme, puisqu'il affirme l’identité des deux termes créature et créateur; à l’encontre le concile les maintient tous deux et les affirme, en un sens, irréductibles l’un à l'autre. Les définitions du § I et du canon l,r déclarent donc dogme de foi catholique : a. l’existence de Dieu; b. ses attributs essentiels, éternité, immensité, incompréhen­ sibilité, déjà définies dans les conciles antérieurs, infi­ nité définie ici pour la première fois. Les mots de § t, a. creatorem ac Dominum cæli et terræ omnipotentem donneraient lieu de croire que la création est ici définie ; mais les déclarations du rapporteur du concile ne lais­ sent pas de doule. Un seul dogme est affirmé dans a, celui de l’existence de Dieu; les autres mots sont en apposition : solemnis confessio ubi adduntur nomina Dei, Acta, p. 102, 98, 104, et omnipotentem n’est pas rangé par lui au nombre des attributs visés par le con­ cile, p. 102. Les canons 1 et 2 confirment cet exposé de doctrine en condamnant l’athéisme et le matérialisme. Le monisme divinise ce que l’on avait presque universel­ lement regardé comme l’infime degré dans les manifes­ tations de l'étre : la matière. Aussi le concile a-t-il main­ tenu le mot erubuerit qui marque sa répugnance pour de telles conceptions. Acta, emend, xxxtv, p. 100, 114, 117. Est condamné par là tout système qui ne reconnaît rien en dehors des substances ou des forces exclusive­ ment matérielles, et par conséquent le matérialisme de Moleschott, Büchner, Hæckel, tout comme celui de Lôwenthal. Vacant, op. cit., 1.i, p. 210. Le S 1. c, d, et les canons 3« et 4· condamnent de manière plus précise le principe de tout panthéisme en déclarant de foi, prædieandus est, la distinction de Dieu et du monde. Le concile donne comme raison de cette distinction trois qualitésde Dieu : I» la singularité de sa nature, qui la rend inapte à être communiquée ou multi­ pliée telle qu’elle est en soi; — à dessein les Pères ont maintenu ce pléonasme una singularis, Acla, emend., xiii,p.99,406,109. pouraffirmerplusexpressémentl'unicité essentielle de Dieu; 2" sa simplicité; 3° son immu­ tabilité opposées toutes deux à la contingence des êtres créés. Invoquer ces trois attributs à titre de preuves n'est certes pas les définir, mais ils sont de foi par ailleurs. — Distinction reelle, re el essentia, est-il dit § 1, c; substantiam vel essen tiam, dit le canon 3', et le concile ici encore se refusa à supprimer ce pléonasme apparent. Acla, emend, xvn, xvm, p. 99, 107, 1U9. L’expression re distinctus constate un fait réel : « ce n’est pas une distinction de raison, comme celle que nous faisons entre Léon Xlll et l’ancien cardinal Pecci; ce n’est pas une distinction virtuelle, comme celle que nous faisons entre l’éternité et l’immensité de Dieu; c’est une distinction réelle, en vertu de laquelle Dieu et le monde ne sont pas une chose, mais deux choses. ■> Vacant, op. cit., t. i, p. 205. — Distinction essentielle. Progredimur ulterius, dit le rapporteur, et dicimus non solum re sed etiam essentia. Acta, p. 107. Non seule­ ment Dieu et le monde sont deux individus réellement distincts, mais ce sont deux individus essentiellement séparés et par conséquent d’espèce différente. Ici se fait particulièrement sentir l’avantage de celte définition en partie double adoptée par le concile. Le S 1 J» chapitre affirme une différence essentielle, aspect positif; le canon 3" en condamnant l’erreur, aspect négatif, termine et précise le dogme. Est hérétique toute doc­ trine enseignant que Dieu et le monde ne sont qu’une seule et même substance ou essence, unameamdem.p e substantiam vel essentiam. En définissant seulement une différence, le concile n'atteignait pas les systèn s panthéistes pour qui le monde est un accident ou une mo­ dalité de Dieu. En disant que le monde et Dieu constituent 2187 CRÉATION deux substances, il embarrassait inutilement la définition d'une question hors de propos; celle de savoir s’il existe de véritables substances dans le monde; de plus il n’attei­ gnait pas les panthéistes pour qui Dieu est Fàme du monde. En renonçant â l’expression substantia vel essen­ tia, si le concilese conformait davantage au langage reçu, pour qui essence et substance divine sont même chose, il laissait une échappatoire aux panthéistes qui distin­ guaient entre essence et substance. Acta, emend, xxxv, p. 100,114, i l" ; cf. le rapport du P. Franzelin, p. 1619. Le texte adopté exclut ces interprétations en termes simples et précis : la substance ou l’essence de Dieu et des choses n’est pas una cademque. « Elle n’est pas unique; par conséquent Dieu et le monde ne forment pas un composé substantiel ; Dieu n’est pas un principe vital qui anime le monde, comme la forme des scolas­ tiques anime la matière. Elle n’est pas la même; par con­ séquent sans avoir besoin de savoir si le monde esl fait de substances, nous sommes sûrs que sa substance n’est point la substance divine, par conséquent qu’il n’est pas un mode essentiel de Dieu. » Vacant, op. cil., p. 205, 206. — Distinction entre Dieu et toute créature possible, — Le texte primitif portait, en elfet. ab hoc mundo distinctus. Sur la proposition d’un Père, le pronom hoc fut supprimé, cette correction rendant la pensée plus claire encore, quia rem longe clariorem facit. Acta, emend, xvi. p. 99, 107, 109. — Distinc­ tion infinie. — C’est la conséquence de ce qui précède et ce qu'exprime S 1. d. Le concile l'enseigne de deux manières, en affirmant la pleine béatitude et la trans­ cendance absolue de Dieu : in se et ex sese beatissimus, ayant tout en soi et de soi, Dieu est à lui-même sa lin el se suffit, à la difference de toute créature, seul à luiméme; ineffabililerexcelsus, étant infini il reste indici­ blement au-dessus de toute conception des créatures. De ces deux dogmes de foi le premier, la béatitude absolue de Dieu, contient en germe les vérités que le S; 2 exposera sur les motifs de la création; le second, la transcendance de Dieu et son incompréhensibilité par la créature n’a pas autrement à nous occuper ici. Voir Agnosticisme. Le principe du panthéisme a été formellement con­ damné par l’affirmation d'une distinction absolue entre Dieu et le monde S I, c, d, can. 3. Quelques Pères ayant demandé de plus qu'on censurât expressément les formes principales du panthéisme, la députation de la foi prépara un projet qui fut proposé au concile. Acta, p. 76. Après discussion et légères corrections, Acta, emend, χχχνι-χι,ι, p. 101, 115, le texte actuel fut adopté, p. i 17, censurant en un seul canon trois formes de cette doctrine : a) le panthéisme substantiel expli­ que l’origine des choses par l’émanation. Les êtres ne sont que l’écoulement d’une substance unique qui se dégrade progressivement jusqu’aux êtres les plus hum­ bles : tel le panthéisme néoplatonicien, tel celui de quelques sectes gnostiques et des philosophes arabes du xli' et du xm' siècle. Chez les sectes gnostiques en particulier, il s’est rencontré associé à des conceptions dualistes: l’âine chez les pneumatiques était émanation de Dieu, la matière relevait du principe mauvais. De là l'utilité de la di-tinction : tum corporeas tum spiri­ tuales, c’est la forme absolue; aut saltem spirituales, c'est la forme dualiste. Acta, emend, χχχιχ, ρ. 115. — b) Le panthéisme de Schelling est spécialement visé dans b. Il est dit essentiel, parce qu’il affirme l’identité de l’essence de toutes choses. Toutes, il est vrai, se distinguent entre elles, elles se distinguent aussi de l'absolu, mais elles s'identifient dans l’absolu comme dans leur essence commune. Elles ne sont, en elfet, pour le philosophe, que les manifestations diverses d'une essence unique, qui évolue. — c) Le panthéisme de l’être universel, condamné dans c, est celui de Hégel. Rien n’existe que l’idée sans limite aucune au premier 2188 stade, mais qui se limite suivant le processus triadique de la thèse, de l'antithèse et de la synthèse. A tous les termes de son évolution elle appelle son contraire et trouve sa détermination, et donc son être individuel, en s’identifiant avec lui. Nous avons signalé rapidement, col. 2097, l’inlluence de ces thèses sur la pensée contem­ poraine. — Les autres formes de panthéisme, dont il n’est pas fait ici mention, sont atteintes par ce canon, si elles rentrent dans l’une des précédentes; si elles s’en distinguent, elles sont condamnées par le canon 3e. Ainsi en est-il du panthéisme éléatique : rien n’existe que l'Absolu, unique et immuable; les changements ne sont que de pures apparences. Ainsi du panthéisme de Fichte. Est condamnée en un mot toute doctrine qui identifie créature et créateur, ou même qui ne main­ tient pas entre ces deux termes la distinction définie par le concile. Cette erreur seule d'ailleurs est censu­ rée par notre texte, qui n’atteint nullement la part de vérité mêlée aux conceptions les plus hétérodoxes. — L’ontologisme est-il aussi déclaré hérétique? Msr Simor, primat de Hongrie, fit remarquerai! concile dans son rapport que le S I et le canon 3e frappaient les ontologistes déjà condamnés parle Saint-Office, le 8 septem­ bre 1861. Denzinger, Enchiridion, n. 1516-1524. Ontologislæ nempe æque feriendi erant, gui nempe docent quod universa per se considerata non differant ah ipso Deo. Acta, p.85, 86. On remarquera cependant. Granderath, op. cit., p. 75, que les paroles du concile ne tombent pas de même manière sur le panthéisme et sur l’ontologisme. Malgré les analogies profondes de doctrine, l’ontologisme prétend maintenir la dillérence entre Dieu et les créatures. Dieu est simple, infini; les créatures sont contenues en lui tanguant pars in loto, non guident in toto formali, sed in toto infinito; elles sont distinctes de lui, puisque Dieu les produit actu quo se intelligit et vult tanquam distinctum a creatura, précisément par l’acte par lequel il voit et veut son être comme distinct de leur être. On peut prouver aux ontologistes qu’ils sont malgré tout obligés de nier ou le dogme de la simplicité divine, ou celui de la distinc­ tion de Dieu et du monde : de ce chef, leur doctrine est théologiquement erronée; elle n’est pas hérétique, puis­ qu'elle n’est pas directement atteinte par notre texte. Denzinger, Enchiridion, n. 1736-1776. La suite des idées dans le S 2 fut exposée en ces termes par M»r Gasser : « Il traite de la création et cela sous un double rapport : de l'acte de la création et de son effet. Quant à la première partie, elle comporte, elle aussi, deux subdivisions, à savoir exposition de la doc­ trine catholique sur l’acte créateur d’abord tel qu’il est en lui-même, puis en opposition avec les erreurs de noire temps. A la 1'· subdivision appartiennent § 2, a, à la seconde § 2 l>. Quant à l'autre partie de ce para­ graphe, elle concerne l'effet de la création, à savoir la créature spirituelle et la créature corporelle, » S 2. c. Acta, p. 109, 110. A ce paragraphe 2 correspond le canon 5e qui condamne, mais dans un ordre inverse, les erreurs opposées : a) sur l'objet et la nature de la création, b) sur la liberté du créateur, c) sur les raisons et la lin de la création. Les règles de construction laline ayant seules motivé, ce semble, l’ordre adopté dans le § 2, nous suivons l’ordre du canon 5e, pour traiter du fait avant ses motifs. Le fait de la créalion et la nature de cet acte sont enseignés dans les termes consacrés depuis les premiers siècles, έξ οΰκ ό’ντων, ex nihilo, et par les scolastiques, secundum totam substantiam. Mais le seul concept vulgaire appartient au dogme : faire de rien. Cette action est-elle immanente ou transitive, question libre pourvu que les solutions proposées respectent les autres articles de foi : liberté, immutabilité, toute-puis­ sance. L'objet de la création est indiqué can. 5 a. et plus 2189 CRÉATION explicitement § 2, c. Le IVe concile de Latran, contre les albigeois restaurateurs du manichéisme, avait pré­ cisé surce point les déclarations des conciles antérieurs. Benzinger, Enchiridion, η. 17, 47. C’est le texte de ce concile, Denzinger. n. 355, que le Vatican reproduit en le complétant sur deux points : liberté el fin de la créa­ lion. Le canon 2" avait condamné cette erreur, rien n’existe que la matière; le § 2 c affirme : a) l’existence et la différence de la nature "p’ ituelle, de la nature matérielle, et d’une troisième nature intermédiaire, non pas mélange, communem, mais analogue à un mé­ lange des deux autres, parce qu’elle participe aux pro­ priétés de l’une et de l’autre, quasi communem ; b) la production de ces substances par une création propre­ ment dite. Quant â la différence de la matière et de l’esprit, il va sans dire que le concile entend parler uniquement de la matière sensible, définie par les qualités que nous connaissons et qui participent toutes de la quantité dimensive et locale : résistance, mouvement, gravité, couleur, chaleur. Il n’entend proscrire en rien cette vue d’école qui consiste à attribuer une certaine matière, mais fondée sur la quantité intensive, à toute réalité susceptible de déterminations ultérieures. En ce der­ nier sens, Dieu seul serait immatériel, car il est seul immuable, et les êtres sont de plus en plus matériels à mesure qu’ils ont moins de perfection actuelle et plus de passibilité. Le mot matière est purement analogue dans ces deux sens. S. Thomas, Cont. gent., 1. II, c. xvi, fi. 8. Les augustiniens et nombre de scolastiques n’avaient pas cru davantage que le décret du Latran, en définissant l’immatérialité des esprits, eût défini par là meme leur simplicité, ou exclu toute composition en eux d’une certaine matière spirituelle et d’une forme. S. Bonaventure, In IV Sent., I. II, dist. Ill, p. I, a. 2, Scholion, édit. Quaracchi, t. n, p. 93. Voir Augusti­ nisme, t. I, col. 2505. La conception, d’ailleurs si naturelle, de 1’homme comme d’un intermédiaire entre la matière et l’esprit, se trouve dans Philon, De opici/io mundi, n. 51, édit. Wendland, p. 42, n. 146. Saint Grégoire l’avait vulgari­ sée. Oral., xxxvni, c. ix-xn, P. G., t. xxxvi,col. 320sq. ; Orat., xi.v, c. vi sq., col. 629 sq. Saint .lean Damas­ cene l’exprime après lui dans les termes du Latran. De /ide orlh., 1. Il, c. n, P. G., t. xciv, col. 864; c.xn, col. 920. Les problèmes anthropologiques tranchés ici par le Vatican : de nihilo condidit... deinde humanam... ex spiritu el corpore constitutam, spiritualité de l’âme humaine, son origine par voie de créalion, unité sub­ stantielle du composé humain, Vacant,op.cit., p.233sq , ne relèvent pas de notre étude. L’existence des corps, dillérents des esprits par na­ ture, est définie contre l’idéalisme comme une vérité de foi; encore y a-t-il lieu de remarquer que la définition du concile visant seulement la diltérence des esprits et des corps n’approuve ou n’iinprouve par elle-méine aucune théorie spéciale qui, maintenant celte distinc­ tion. s’appliquerait à expliquer leur composition res­ pective. L’existence des substances est impliquée très nette­ ment dans ces mots, condidit secundum lotam suam substantiam, mais ce n’esl pas là une de finition. Le phénoménisme pour qui toute la réalité, esprits, corps et monde, est constituée par le pur apparaître des choses n’est donc pas atteint directement par ce texte. Cepen­ dant l’existence de substances, au sens vulgaire d’une réalité distincte des apparences, est manifestement dans la foi de l’Eglise et théologiquement certaine du fait de sa doctrine sur la transsubstantiation dans l’eucha­ ristie. L’existence d’au 1res substances que les trois substances énumérées, ou d’autres mondes distincts de notre momie, n’est pas touchée par le concile : il affirme sans 21CO rien exclure; la question est simplement hors de sa pensée. Ortolan, Astronomie et théologie, in-8", Paris. 1893. Deux vérités importantes sont affirmées au § 2, b, et au canon 5e, opposées toutes deux à des erreurs qui découlent logiquement 11, n. 13-15, et Suarez pense qu’il serait au moins téméraire de le contester. De Deo creatore, 1. I, c. ni, n. 15, Paris, t. n, p. 7. L’assertion est cependant très discutable. Le concile de Latran, dit-on, avait en vue cetle erreur de l’origénisme : la matière a été créée après la faute des âmes pour servir d’instrument à leur punition et à leurs épreuves. Mais, même dans cette hypothèse, on voit qne le mot simul offre une réfutation suffisante de l’origénisme, qu’on le traduise par en même temps ou par semblablement, dans un même dessein et un plan unique. Plus certai­ nement le concile avait en vue les albigeois. Pour ces hérétiques c’était le démon qui avait créé le corps et la matière, l’un et l’autre mauvais en soi. Il y avait donc lieu d’affirmer que la matière tout comme l’esprit avait une commune origine, que les esprils mauvais, et l’homme lui-même, sont devenus tels parleur faute; de là le texte : simul... condidit de nihilo... sed ipsi per se facti sunt mali. Le mot simul n’affirmerait donc pas même date de création, mais même plan du créa­ teur el même auteur. C’est ainsi qu’il s’explique d’or­ dinaire dans Lech., χνιιι,Ι : Deus creavit omnia si­ mul. Cf. Ps. xm, 3. 11 est vrai qu’au xti' siècle, si nous en croyons Hugues de Saint-Victor, l’on tenait plutôt pour une simultanéité de temps, fere omnes doclores. In Epist. Il ad limolh., q. m, P. L., t. clxxv, col. 603; cf. Suarez, loc. cit., n. 6, p. 8, theologi com­ muniter... et omnes moderni. Cependant Hugues pré­ férait l’opinion contraire, loc. cil. Saint Thomas.59ans après le concile, parait juger qu’on n’avait pas défini autre chose que l’unité du plan divin, In I Decretal., с. n, Paris, t. xxvil, p. 429, et il enseigne,Hum. theol., I“, q. LXI, a. 3, que la doctrine de la création des anges avant le monde, bien que peu probable, n’est pas â tenir pour erronée. Cf. De potentia, q. lit, a. 18. Sua­ rez reprenait Silvestre de Ferrare de donner l’opinion comme de foi, loc. cit , n. 14, p. 11; Vasquez, In 1·“, disp. CCXXIV, c. iv, juge que cetle doctrine non seule­ ment n’a pas été définie, mais ne peut pas être l’objet d’une définition, n’étant appuyée ni sur {’Écriture, ni sur la tradition. Plusieurs Pères grecs avaient professé l’opinion contraire, cf. Lequien, dans saint Jean Damascène, P. G., t. xciv, col. 873, noie 53, et les autorité-s pour et contre dans Suarez, loc. cil., c. Ill en entier, p. 7 sq. A cette objection que deinde dans le texte du concile indiquant certainement le temps, simul doit avoir un sens analogue, il est aisé de répondre que l’opposition d’époque entre les deux créations est suf­ fisamment indiquée dans ab initio tenip·'» ■ : dacs deinde. Le P. Hurter juge que la créalion simultanée des anges et du monde n’est pas définie, mais ua 2191 CRÉATION 2192 muni Iheologicecerta. Theologiæ compendium, 10'édit., et se contenter d’une gloire objective, sans gloire lor1900, t. n, p. 331. n. 401,402. H est sûr en tout casque melle. cette thèse n’est point définie en aucun des deux con­ Le S 3 n’existait pas dans le premier projet soumis, à ciles. « D’ailleurs, disait le P. Franzelin, consulteur du l’étude du concile, Acta, p. 72, mais le §1,6, portait concile, en note de son rapport à la seconde session de parmi les attributs de Dieu, providissimum. Un Père la députation, même si [le mot simul] est considéré proposa de donner au dogme de la providence l’im­ comme un adverbe de temps, il est certain qu’une par­ portance qu’il méritait en lui consacrant un para­ ticule incidente de cette sorte ne peut contenir la défi­ graphe spécial. Son texte légèrement modifié est le § 3 nition du temps auquel les anges furent créés. » Acta, actuel. Acta., emend, vin, p. 99, 105, 109. Un autre p. 1625, note2; Granderath, op. cit., p. 75, note3. amendement proposait de définir la doctrine de la Le temps de la création de l'homme, c’est au moins conservation, dans les termes mêmes de saint Grégoire la partie de l’opposition faite §2, ab initio... deinde..., devenus classiques chez les théologiens scolastiques. est affirmé comme séparé par un intervalle de la créa­ La proposition, quamvis omnia sint verissima, fut tion des anges et du monde. écartée comme n’ayant pu être à loisir discutée et mûrie par le concile, quia est materia utique gravis­ Y a-t-il eu création distincte du règne végétal et du règne animal, le texte n’en dit rien. Voir Hexae­ sima quæ conciliariter tractata non fuit. Acta, emend, xxn, p. 99, 110, 112. meron. L’entière liberté de l'acte créateur est enseignée La cognoscibilité naturelle de la création est traitée, au § 2, b, et au canon 5« en termes si précis, que loute c. tt, § 1, et can. 1. — Les mots Deum rerum omnium insislance a été jugée superflue. Acta, emend, sxvi, principium et finem donneraient lieu de croire p. 100, 111, 112. Les erreurs de Günther et d’Hermès que cette cognoscibilité naturelle est ici définie. Il ont ainsi provoqué cette définition que nul concile n’en est rien. Cependant du dogme ici exposé la thèse de la cognoscibilité naturelle découle, semble-t-il, général n’avait encore portée. Quant â sa justification par les preuves historiques, voir col. 2140sq. II est de foi comme une conclusion théologiquement certaine. En effet : le but du concile : a) est de définir la possibilité catholique que la créalion est un acte pleinement libre. Les différentes causes de la créalion sont exposées I naturelle de connaître l’existence de Dieu. La députa­ au § 2 a et au canon 5«, c. La cause efficiente ou l’au­ tion de la foi l’a expressément affirmé en exposant aux Pères dans quel esprit avait été remanié le texte de la teur, c’est ce Dieu que confesse l’Église, § 1, a, can. I ; et il en est l’agent exclusif : hic solus Deus. Il est donc commission prosynodale. Schema, c. n, lit, tv; cf. Acta, de foi catholique que de fait Dieu seul a créé notre p. 507. Est directement visé le traditionalisme strict, monde. Que de droit ce pouvoir soit propre à Dieu, pour qui nulle connaissance de Dieu n’est possible c’est ce que le consentement unanime des Pères el sans révélation. Acta, p. 520, n. 6; cf. p. 79. 129. Le traditionalisme mitigé à qui quelques amendements des théologiens permet d’affirmer à tout le moins comme théologiquement certain. 11 reste licite de paraissaient favorables, .Ida, emend, ni. tv, p. 120, 130, 134, tandis qu’un autre réclamait sa condamna­ penser, si maigre que soit la probabilité de cette thèse, que Dieu puisse communiquer par faveur exception­ tion directe, emend, vm, p. 121, 130, 131, se trouve lui aussi atteint, comme le notait Ms' Gasser, par la nelle, ex potentia obedientiali, à une simple créature une partie au moins de sa puissance créatrice. condamnation du principe général. A plus forte raison, sont censurés l’agnosticisme spencérien et l'opinion La cause exemplaire est indiquée §2, a, par les mots ad manifestandam perfectionem suant. Une rédac­ qui nierait toute possibilité d'une connaissance cer­ tion plus explicite, il est vrai, sur la causalité finale a taine. Acta, p. 79. — 6) Le concile réserve au contraire été écartée par les Pères, précisément parce qu’elle ne la question de la création. « Bien que dans le canon signalait pas la causalité exemplaire de l’essence se lise le terme creator, disait la députation, .il n’est divine, guia... sermo est solummodo de fine movente, point défini par là qu’une création proprement dite non vero de fine quie descendit ex causa exemplari. puisse être démontrée par la raison; maison retient ce Acta, emend, xxm, p. 100,111, 112. mot dont l’Ecrilure se sert pour révéler celte vérité, La raison finale de la création est double. Le §2, a, sans rien ajouter qui en détermine le sens. » Acta, l’indique : a) ad manifestandam perfectionem suam, p. 79. En s’appuyant précisément sur cetle déclaration, c’est, pour Dieu, de proposer sa perfection infinie à un Père demanda la suppression des mots creatorem ac l’admiration qu’elle mérite; c’est sa propre gloire, Dominum du canon 1«. Le texte, à son avis, malgré comme le définit encore contre les hermésiens le les explications fournies, restait obscur et avait l’air canon 5, c; b) bonitate sua... per bona quæ creaturis d’une définition. Le rapporteur en rappelant le texte impertitur; c’est aussi un motif de bonté, celui de Sap.. xm, 5, a magnitudine speciei et creatura: poterit faire du bien à ses créatures en les appelant, par l’exis­ creator horum videri, Acta, emend, xlvii, p. 149, dé­ tence, à la participation de ses propres perfections et, clara que, traitant le même sujet de la connaissance par la récompense promise, au partage de son bonheur de Dieu, il ne se croyait pas permis d’omettre le quali­ infini. L’exprc»i:on per bona, en montrant que Dieu ficatif de créateur précisément employé par l’Écrilure. cherche la gloire par le moyen du bien qu’il fait à ses Acta, except, cxvm bis, p. 229, 243, 245. — c) De créatures, indique que les deux fins se compénétrent, même, le concile ne considère que la question de droit, et donne par là la clef des difficultés : elle venge Dieu omettant à dessein de décider si de fait dans le passé de lout soupçon d’égoïsme. Bien que la doctrine ainsi l’humanité est parvenue à ce résultat etquelles sont les proposée réponde pleinement aux thèses scolastiques conditions requises pour y atteindre. Acta, p. 520, n. 6. qui distinguent fin première, la gloire de Dieu, el fin Sur la connaissance naturelle de Dieu, voir Dieu. Conséquences sur la cognoscibilité de la création. — secondaire, le bien de la créature, et montrent, au lieu d’une juxtaposition de deux buts, l’union intime de Il est de foi définie par le concile, c. It, can. 1, qu’il ces deux intentions, il est clair qu’un seul fait est existe quelque moyen d’arriver à connaître l'existence du vrai Dieu par la raison; or le seul moyen de défini : la création a pour motif et la gloire et la l’atteindre comme vrai Dieu, c'est de l’atteindre comme bonté de Dieu. Libre aux théologiens de chercher le meilleur système pour expliquer ces deux motifs tout créateur, donc la raison naturelle peut l’atteindre comme tel. Par ailleurs, si la majeure de ce raisonne­ en sauvegardant les autres attributs de Dieu; ils sont ment est dogme de foi, si sa mineure est une proposi­ encore plus libres, car la question a des rapports tion certaine, la conclusion qui en découle mérite la moins évidents avec les points définis, de discuter si note que nous lui attribuons. Dieu peut borner ses œuvres à des créatures matérielles 2193 CRÉATION 2!9ί certaine du vrai Dieu, c. Il dit possibilité de connaître Cette mineure demande à être expliquée et prouvée. le vrai Dieu qui est créateur, et cela seul est de loi; Le moyen de connaissance affirmé par le concile ne mais logiquement il est impossible d’arriver à une peut être la vision immédiate en Dieu que proposent certitude, autrement qu’en connaissant Dieu en tant les ontologistes, puisque ce système, déjà condamné en que créateur : il s’ensuit, comme une conclusion théo­ 186'!, Denzinger, Enchiridion, n. I5l6sq., et condamné logiquement certaine, qu’il est possible à la raison hu­ après le concile en 1887, ibid., n. 1736 sq., était juste­ maine, sinon à tous les individus, d’arriver par ellement suspect et devait être jugé par lui. Acta, p. 85, même, naturali lumine, à saisir la nécessité d'une 86; entend., n, p. 120, 128, 134; entend., i.xii, p. 127; création stricte ex nihilo. 153; postal., ni, p. 849. Ce ne peut être non plus en Objections. — Comme on opposait à Me* Gasser aucune manière une expérience immédiate du divin, puisqu'il s’agit dans notre texte d’une connaissance . qu’aucun philosophe avant Jésus-Christ n’était parvenu à connaître la création, le rapporteur cita quelques parfaite et réflexe aboutissant à faire savoir que l’on connaît Dieu, ce qu’on ne sait nullement lorsqu'on est passages d’Aristote, Morale à Eudème, 1. VII, c. xiv, n. 23; c. xv, n. 15, 16, édit. Didot, in-4«, 1850, t. n, affecté du divin, lorsqu'on le goûte directement par le senliment, ou l’instinct; puisqu’il s’est agi dans toutes col. 240, 242, qui lui semblaient établir le contraire. Or l’authenticité de ces textes est contestée, Barthé­ les discussions du concile d'une connaissance discur­ lemy Saint-Hilaire, Morale d’Aristote, in-8°, Paris, sive, rationnelle, et par voie d'argumentation. Il reste qu’en raisonnant sur les choses linies, per ea quæ facta 1856, m, p. 465. De plus le concile s’appuie sur une exégèse discutable du texte, Rom., i, 20. Cf. Comely, stint, ce qui est la seule voie rationnelle possible, il Cursus..., in h. I., p. 85. Il faut dire de cette exégèse, faut nécessairement atteindre Dieu ou comme anté­ que le concile a interprété Rom., i. 20. invisibilia cédent nécessaire, ou comme raison suffisante, ou enim ipsius, a creatura mundi, per ea quæ facta comme cause première de tout ce qui est ; à chacun de ces titres on l'atteint comme créateur, puisqu'il est sunt, en un sens dont la contradictoire ne pourra jamais dans ces cas l’origine première et absolue de la réalité être vraie, puisqu’il fait du sens qu'il lui donne une définition de foi; mais il n'a pas forcément entendu le finie dont on cherche l’explication. texte au sens de l’original. De fait, les livres multiplient les arguments : cosmo­ Pour l'une et l'autre erreur, si erreur il y a, c'est le logique, psychologique, historique, téléologique; mais cas de rappeler les principes du cardinal l'ranzelin, ordre du monde, providence de Dieu dans l'histoire, alors théologien consulteur au concile. L'assistance que finalité des êtres, tout cela est lini et donc ne nous le Saint-Esprit donne aux Pères n'est pas une inspira­ mène pas directement à un principe premier distinct tion : c'est une direction extérieure des événement.-, du monde par tous les attributs signalés dans le texte un appel intime à la conscience, par lesquels il fait du concile, c. I, §1. La loi morale absolue ne justifie en somme qu’aucune décision ne soit prise sans une elle-même son absolutisme aux yeux de la raison, que prudence humaine non pas parfaite, mais suffisant·', si elle procède d'un principe ou législateur absolu : c’est-à-dire sans que les Pères n'aient travaillé de m i­ pour obliger de la sorte, il doit être distinct de celui à nière à retrouver, de quelque manière que ce soit, sur qui il commande, indépendant, premier en tout et sans les points contestés, la doctrine traditionnelle, l'ranlimites, ou bien il dépasse ses droits. Aucune de ces zelin, De Script, et tradit., 3e édit., in-8», Rome, 1882. preuves ne mène donc à Dieu à moins que l’on ne th. xxv, p. 30I. Pour cette raison les motifs ou les .■■ ncherche la raison dernière qui explique tout sans avoir sidi'rants de toute définition ne sont pas des dogmes besoin d'être expliquée, et cette raison c’est la cause définis. première, l’Étre qui crée de rien. Quant à la question de droit, il serait facile d’établir Cette conception de Dieu comme cause première et que les Pères et les scolastiques ont professé· n-t'e créateur peut être atteinte de trois manières, a) Sans cognoscibilité de la création, creationem esse non tan­ même sentir la difficulté d’une création ex nihilo, du comment, un homme peut se contenter d'une ré­ tum fides tenet, sed etiam ratio demonstrat. S. Tho­ mas, In IV Sent., I. II, dist. I, q. I, a. 2, Paris, t. vm. ponse de fait .· il y a quelqu'un qui a tout produit. p. 9; ratione demonstratur el fide tenetur, De potentia, Est-ce de rien ou de quelque chose? Le problème ne q. nt, a. 5, t. xiii, p. 50; Alexandre de Hales. Summa, se pose pas. Ce cas est sans doute très fréquent. — part. II, q. vi, a. 6; Scot, In IV Sent., I. II. dist. 1. q. i. b) D’autres, précisément parce qu'ils raisonnent, sont au C’était donc par une erreur grossière, confondant leur rouet : il faut une cause pour produire quelque chose, et il faut quelque chose à l'agent pour produire; ce sont doctrine sur la cognoscibilité naturelle d'un commen­ là deux certitudes presque invincibles. D'aucuns satisfont cement temporel du monde avec leur théorie sur la cognoscibilité naturelle de son origine créée, que Gun­ aux exigences apparentes de la raison en attribuant à une cause première toutes les prérogatives qui convien­ ther accusait les scolastiques d’avoir nié cette cognos­ cibilité. Kleutgen, Philosophie scolastique, t. tv, nent, et en imaginant une matière préjacente, réduite à p. 433 sq. Cf. Suarez, Disp, metaph., disp. XX, sect. I, presque rien, mais suffisante en somme pour servir de « matière première » au grand ouvrier. Si des philo­ Paris, t. xxv, p. 745. Quant à la question de fait, saint Bonaventure dou­ sophes comme Platon et Aristote se sentent encore mal à l'aise d'une solution qu’ils sentent vaguement tait qu’Aristote lui-même en fût arrivé à reconnaître une création stricte; saint Thomas notait cependant incohérente, beaucoup peuvent s’en tenir pour satisfaits. — c) Solution ardue, mais la seule qui n’implique pas que son opinion sur l'éternité du monde n’entraînait de contradiction : Dieu crée tout de rien. 11 nous est aisé pas qu'il professât une matière incréêe, et même sel. n lui, d'après le P. Serlillanges, sans la création au à nous de le dire : plus scit modo una vetula... quant moins ab æterno, le système aristotélicien n'a pas ,i quondam omnes philosophi. Uccelli, S. Thomæ et sens. .Revue des sciences philos, et théol., 1907. t. . S. Bonaventuræ sermones anecdoti, Modène, 1869, p. 71, dans Mandonnet, Siger de Brabant, p. cxxvt; S. Bona­ p. 250, 25I. Suarez discute longuement ce point : toire, Disp, met., disp. XX, sect i. n. 23 sq t xxv. venture, In IV Sent., 1. II, dist. I, p. i, a. 1, concl., p. 751 sq. Au fait, l’opinion de Platon et d'Ari-t. · - Quaracchi, t. n, p. 16. La raison seule est-elle capable ï’Être véritable, αγέννητος, immuable, eic.. la t de faire ce pas? aristotélicienne de l'antériorité de l'acte sur ■ Le texte du concile nous oblige à dire oui. En effet, il ne traite d’une connaissance de Dieu, ni purement sance sont peu compatibles avec la these d unincréée. Les recherches du Philosophe sur les . -· subjective et respective, a; ni d’une connaissance mêlée de l’être en tant qu’être, ses doutes sur le commence­ d'erreur, b; mais d’une connaissance rationnelle et 2195 CRÉATION 2196 ment temporel du monde, problème insoluble à son i relles de sa créature. La vision intuitive, le bonheur sens, et au sujet duquel on peut invoquer des raisons spécifiquement divin qui caractérisent cet ordre nouveau pour et contie. sont assez, significatives. « Toutefois, ne sont, il est vrai, tant que dure ce monde, qu'une dit fort bien le P. Kleutgen, si l’on ne peut affirmer promesse, mais il suffit à la démonstration présente que quelqu'un ait professé toutes les erreurs qu'on que cette promesse nous révèle un même dessein de peut déduire de ses opinions, on ne peut non plus munificence dans le créateur et nous apparaisse comme soutenir qu'il ait connu toutes les vérités qu'il est le prolongement merveilleux de ce mouvement qui possible de prouver par ses doctrines. » Op. cil., p. 4i3. l’a porté à appeler des êtres à l’existence · sa bonlé Le fait qu'il ne nous reste dans la littérature antique resplendit, son litre de Père, πατήρ τών δλών, rayonne aucune preuve péremptoire sur ce point, ne prouve d'un éclat nouveau et incomparable et les objections nullement que le dualisme ou le panthéisme fussent trouvent une solution plus aisée. — 3. Le dogme de la seule solution reçue, surtout des simples qui voyant l’incarnation parachève la réponse en montrant un moins de difficultés arrivent souvent plus vite au terme; créateur qui n'hésite pas, pour instruire et relever la il n’établirait pas que la pensée philosophique ayant créature, à lui envoyer son Fils unique, sic Deus approché avec ces derniers philosophes si prés du dilexil mundum, Joa., m, 16, et à faire annoncer par terme ne fût arrivée quelque jour à aller par elleson propre Fils, avec l'Évangile du royaume, la double même au bout de leurs principes. paternité dont il se glorifie, Patrem meum et Patrem A relever enfin le lien que le concile établit, c. ni, vestrum. ,loa., xx, 17. § 1, et can. 1, entre le souverain domaine du Dieu 3» Limitée dans sa perfection morale, la créature créateur el le devoir de la foi dans la créature; dans raisonnable semblerait incapable de procurer à Dieu une pensée analogue sans doute il affirme dans le cette gloire qu'il a, dit-on, cherchée dans la création. can. 4 la possibilité du miracle : c’est parce que le Les cieux peuvent chanter ses louanges, Ps. xvm, 2; créateur dépasse son œuvre de toute son infinité et bien peu les entendent, et beaucoup soupçonnent qu'il qu'il est maître de tout ce qu'il fait, qu’il a droit de y a mieux à dire. Les mêmes dogmes font tomber les commander l'obéissance de l'intelligence comme celle objections, non qu’ils soient la réponse unique el né­ de la volonté, qu’il a le pouvoir d'intervenir avec cessaire, mais parce qu’ils sont la réponse surabon­ sagesse dans son œuvre, sans être lié irrévocablement dante, du moins en ce qui concerne l'ordre surnaturel. par les lois qu’il lui a originairement données. 1. C’est dans la vie future que celte glorification doit V. Pl.ACE DE Ι.Λ CRÉATION DANS Ι.Λ THÉOLOGIE CHRÉ­ être atteinte : le monde présent ne dit de Dieu que ce TIENNE, LA PHILOSOPHIE, L'APOLOGÉTIQUE. — 1. HARMONIE qu’il en faut pour le faire soupçonner et désirer. — avec les autres DOGMES chrétiens. — A. prendre 2. L’élévation à l’ordre surnaturel, en donnant aux individuellement les dogmes, on esl frappé, même créatures ainsi divinisées le moyen de connaître et après démonstration, des difficultés qu’ils présentent; d’aimer Dieu d’une manière spécifiquement divine, â les voir dans l’ensemble de la dogmatique, on les montre une seconde fois le même dessein du créateur comprend les uns par les autres. Il convient de consi­ de se communiquer pourse faire connaître et par con­ dérer la création dans l'ensemble du symbole. séquent pour se glorifier lui-même. — 3. L’incarnation I» Limitée dans son être, la création apparaît comme apporte la dernière lumière en montrant dans le com­ une œuvre indigne d’un ouvrier infiniment parfait. posé théandrique le chef-d’œuvre du souverain ouvrier. On a vu comment les plus grands penseurs ont été C’est par cette voie d'une union hypostatique avec la impressionnés par cette considération. Si l’on prouve créature que Dieu supplée à l’impossibilité métaphy­ que hors de Dieu rien ne peut exister que de limité et sique de créer une créature infinie, en qui il épuise à d'imparfait, la raison reste encore mal à l’aise de n’avoir la fois tout ce qu'il a de puissance, tout ce qu’il a de pas rencontré un acte adéquat à l’énergie infinie. — Le bonlé, pour recevoir d'elle toute la gloire qu'il mérite. dogme de la trinité vient en ce point compléter celui Et remarquons-le, dans le Christ aussi apparaît cette de la création, en montrant dans la procession imma­ intime union que nous avons signalée entre l’utilité de nente des personnes divines une activité digne enlin la créature et la gloire du créateur. Que Dieu s'incarne, d'une pareille nature. C’est un mystère de plus, dira-t-on. rien n'est plus utile à l'homme, et rien non plus n'est Sans doute, mais la raison, quoi qu’on dise, ne rejette plus glorieux à Dieu, que de manifester, par tant que la contradiction, non le mystère, et deux mystères, d'abaissement, tant de miséricorde et de bonté. En lin si leurs données se concilient, s'éclairentau moins d'au­ de compte, comme l’infini ne peut s’accroître, la créa­ tant. s’ils ne s’expliquent, et cela même est un soulage­ ture est seule à tirer un profit réel de toutes ces ment. œuvres de Dieu. Cf. Monsabré, Conférences de Notre2» Limitée dans son bonheur, la créature raisonnable Dame, in-8”, Paris, 1877, 25e conf., p. 3 sq. semble dans certaines conjonctures plutôt le jouetd'un Ainsi c'est dans l’Homme-Dieu que s’achève toute la autocrate impassible, que l’objet d'une providence création et que doivent se résoudre toutes les objec­ paternelle. L'affirmation catholique, que Dieu a créé tions. Encore une fois tes difficultés du comment n'y par pure bonté, fait sourire ceux que leur éducation font rien, dès que la raison ne peut articuler une premii.e n'a pas accoutumés à ce langage. Or, (P) le contradiction évidente, si elle esl acculée par ailleurs dogme ne la vie future ici encore complète celui de la à conclure à la nécessité du fait. De ces dogmes dont création : en enseignant que la fin de la créature nous indiquons très imparfaitement l'harmonie, les uns raisonnable n'est pas dans ce monde sensible, non s’établissent par la raison, d’autres par l'histoire, d’au­ hujus creationis, Heb., tx, 11, elle fait tomber l’objec­ tres par la voie d'une autorité authentiquement démon­ tion; en apprenant que cette tin dernière est une trée : à chacun sa preuve. Par contre, si chacun indiviparticipation au bonheur de Dieu, il rend vraisembla- duellemmt, fait merveilleux, isolé comme un bloc erra­ bleque le créateurait pu vouloir, comme lieu d’épreuve tique dans l'histoire du monde, nous déconcerte par momentanée, un monde ou l'on est en fait très mal son étrangeté, un groupe de faits qui se répondent, où pour être heureux, mais, dans le mélange présent des se dévoile une même pensée, diminue quelque peu jouissances et des soulfrances, juste assez bien pour cette épouvante naturelle de la raison en présence du prendre patience et très bien, en fin de compte, pour mystère : c'est un langage qui devient plus intelligible être éprouvé. —(2?) Le dogme de l'élévation à l’ordre parce qu'il se répète, et auquel on commence à en­ surnaturel vient confirmer les deux précédenis en tendre quelque chose. il. place dans la théologie. — Les considérations montrant un créateur qui concède une participation de lui-mème au delà des exigences et des puissances natu­ précédentes laissent voir que le dogme de la création 2197 CRÉATION n'est pas le dernier mot de la dogmatique chrétienne : l'incarnation, la rédemption, la filiation adoptive, l’eu­ charistie... ont une tout autre valeur religieuse et morale, par cela même que l’amour de Dieu s’y mani­ feste d’une manière plus évidente et plus attrayante. Mais tous ces articles de foi n’ont pas de sens, si l'on ne suppose à la base, la distinction absolue de Dieu et du monde, et la production ex nihilo. Sous ce rapport de même que. dans l'ordre ontologique, notre création personnelle est la condition première pour que nous profilions des grâces ultérieures de Dieu, de même, dans l’ordre logique, la connaissance de la création ex nihilo est la condition première pour que nous arri­ vions à la profession normale du symbole. En ce sens, le dogme présent est fondamental, aussi important comme vérité d'ordre naturel que comme article de toi. Il reste donc à signaler : m. place os.vs la piiilosopihr. — 1« Problème ine­ vitable avant tout. On a beau dire qu’on se contente d'enregistrer les rapports des êtres sans se préoccuper de leur origine, de leur nature et de leur lin, histori­ quement c’est une position qu’un homme n’a jamais su tenir, philosophiquement c'est une attitude que la morale et la raison condamnent et à laquelle la pente naturelle de notre esprit ne nous permet pas de nous tenir long­ temps. l.a raison en est dans la nature même de Fa question présente. — 2° Problème fondamental, en effet. I. En métaphysique. Les mots d’être, d'individu, de nature, qui ne le voit, prennent un sens tout différent dans la doctrine créatianiste et dans le système moniste. Origine et nature sont ici inséparables : si Dieu produit les êtres en soi, tout est Dieu ; s’il les tire du néant, ils sont autre chose que lui et souverainement dépendants de lui ; dans le premier cas, phénomènes et lois sont des maladies de l’Être nécessaire, dans le second, des accidents hors de lui. Il faut donc se résoudre au phé­ noménisme, ou adopter l'une des deux solutions; et nul n’a le droit de s'en tenir au phénomène, par cela même que cette attitude pratique absolue suppose un principe spéculatif absolu, et donc un dogmatisme justiciable, comme tout autre, de la raison. S’il arrivait par ailleurs que sur ce point capital on adoptât une solution fausse, sur une base de cette sorte, on le voit, les constructions philosophiques du génie le plus puis-ant ne peuvent être que ruineuses. En ce sens, s’il est vrai que le dogme de la création est la seule solution non contradictoiredu problème des origines, il devient juste de dire qu’il est le premier mot de la science. C’est dire qu’avec cette solution vraie, la philosophie chrétienne dépasse toutes les philosophies panthéistes ou dualistes avec leurs irréductibles incohérences; c’est dire encore qu’ayant respecté la raison au point de départ, elle peut, en restant fidèle â cette solution, s’agréger par la suite tout ce qu’elle découvrira de solide et de pro­ fond dans les philosophies hétérodoxes anciennes et modernes : elle a son critère. Telle est en fait son his­ toire. De Margerie. Théodicée, t. Il, p. 358 sq. — 2. En morale, les conséquences sont aussi graves. L'obligation morale est aussi bien supprimée dans le monisme maté­ rialiste que dans le monisme idéaliste. Il faut applaudir â l’élévation de certaines âmes qui. par un heureux illo­ gisme, autrefois comme aujourd’hui, bâtissent une morale sévère et pure sur des principes faux, mais on ne peut voir dans ces systèmes une morale scientifique. Que peut-il rester de l’éthique, si, en supprimant la distinction de Dieu el du monde, on supprime en fait le législateur souverain, l'individualité des substances, la liberté, l’immortalité personnelle et la sanction? — 3. En théodic 'e, mêmes remarques â faire. Avec le créa­ teur personnel et transcendant disparait logiquement tout culte et toute religion. « Le panthéisme n’est que la forme savante de l’athéisme. Le monde divinisé est le monde sans Dieu. ■■ .1. Simon, La religion naturelle, 2198 préface de la 1" édit., 1873, p. tx. Nous n’avons ici qu'à le rappeler. Il paraîtrait que cette importance capitale du dogme de la création n’est pas pour rien dans la guerre qu'on lui déclare. On a quelque honte à citer ces lignes : « Toute-puissance de la loi de substance. Notre ferme conviction moniste, que la loi fondamentale cosmologique vaut universellement dans la nature entière, est de la plus haute importance. Car non seule­ ment elle démontre positivement l'unité foncière du Cosmos et l’enchaînement causal de lotis les phéno­ mènes que nous pouvons connaître, mais elle réalise négativement le suprême progrès intellectuel, la chute définitive des trois dogmes centraux de la métaphy­ sique : Dieu, la liberté et l’immortalité. » Hieckel, Les énigmes de l'univers, Paris, 1903, p. 265. Cet idéal de progrès intellectuel explique assez bien certaines diatribes extra-scientifiques de fauteur. Serait-il sans influence sur ses conclusions scientifiques ellesmêmes? On voit par là comment la défense du créatianisme intéresse non seulement lechristianisine, mais le spiri­ tualisme et toute doctrine philosophique qui n’a pas. comme M. Hæckel, cette conception du suprême progrès. Avant d'être article de foi, la création est une vérité rationnelle et qui commande toute la philosophie. Qui blesse l’une blesse l'autre. De Margerie, op. cit., t. il, p. 362 sq. IV. LA CRÉATION ET L’APOLOGÉTIQL'B CATHOLIQUE.— On sait à quel point ce dogme est attaqué dans les publications populaires d'allure scientifique, Delépine. L’enseignement populaire et la vulgarisation scien­ tifique, dans la Revue pratique d'apologétique, Paris. 1" août 1906, et quel est son discrédit presque absolu dans le monde savant. La gravité de ce fait exige qu’on se rende compte de ses causes et qu'on essaie d’y porter remède. 1° « Avant tout, les savants contemporains, écrivait Miud'Hulsl, ignorent jusqu’aux éléments de la philo­ sophie. Ce n’est pas leur faute, c’est le malheur des temps. » Mélanges philosophiques, 1892, p. W9. Parole sévère, à qui bien des faits semblent cependant donner raison. Et cela se traduit entre autres : 1. par une confusion presque reçue entre l’image et l’idée, comme si la possibilité ou l'impossibilité d’imaginer une notion équivalait à l’impossibilité ou à la possibi­ lité de la penser. De là des notions irreprésentables par des images propres, parce qu'elles sont, comme la création, hors de l’expérience, sont tenues pour im­ pensables et rejetées a priori; 2. par une inaptitude plus ou moins grande à mesurer la portée philoso­ phique des faits. D’une érudition étonnante, d’une merveilleuse rigueur de méthode dans l'élude des sciences physiques et naturelles, nombre de savants manquent de cette formation philosophique et dialec­ tique générale qui permet de déjouer les sophismes. Leur dogmatisme est par ailleurs d’autant plus intran­ sigeant, qu’il se croit légitimement appuyé sur des recherches plus méticuleuses. 2" N’y a-t-il pas lieu de signaler aussi la manière souvent défectueuse dont on présente le dogme? —1. Le manque de sympathie intellectuelle. Le zele des âmes ne la donne pas toujours. Familiarisé que l'on est avec la solution chrétienne, on oublie les difficultés trop réelles qu’elle offre à l’imagination et à la raison : les esprits se ferment ne pouvant croire qu’on leur ré­ ponde, quand on n’a pas l’air de les comprendre. Ne convient-il pas de rappeler que les plus grands philo­ sophes ont senti plus vivement la gravité du pr> .· me’ Ne doit-on pas avoir toujours présent à l’esprit sur quel abîme on prétend ainsi jeter un pont avec ces trois mots si vite dits, creavit ex nihilo? — 2. Le- systèmes étroits d'exégèse biblique compliquent encore U diiû- 2199 CRÉATION 2200 1905. p. 1-47. et les nombreux auteurs cités chez les précédents. culte. Au lieu d’imiter la prudente réserve des Augustin Voir Hexaemeron. et des Thomas d’Aquin, cf. Chr. Pesch, Praelectiones III. Études théologiques. — Pour les premiers scolastiques, dogmaticæ, in-8°, Fribourg-en-Brisgau, 1899, t. m, voir les scolies des éditeurs de saint Bonaventure, Quaracchi, р. 31-35, n’arrive-t-il pas que l’on confonde le dogme In IV Sent.. I. II. ·* st. I sq., t. n. p. 14 et passim. ; pour les der­ avec des concordismes privés ut aventureux, avec des niers : Suarez. De divina substantia, I. III. c. v sq., in-4·. Pa­ opinions exégétiques contestables? Ne mêle-t-on pas ris, 1856, t. I. p. 210 sq. : De opere sex dierum, t. m. p. 1 sq.; maladroitement la question de fait et celle du mode, Disp, metaph., disp. XX, t. xxv, p. 745 sq.; Valentia, Com­ l'interprétation des jours génésiaques avec l’enseigne­ mentariorum theologicorum libri IV, 3· édit., in-toL, Lyon, 1003. t. i. disp. Ill, p. 793 sq. ; Lessius, Opuscula varia, in-fol.. ment biblique de la production ex nihilo, au lieu de Lyon. 1651, De perfectionibus moribusque diuinis, spéciale­ faire ressortir que ce dogme n’a rien à craindre des ment 1. III. X. XIV. p. 14 sq.: in-12. Paris, 1881, loc. cit., p. 36 sq.; opinions diverses sur l’âge de l’univers, ou sur l’an­ en abrégé dans Theologia Wirceburgensis, 2· édit., in-8·, Pa­ tiquité de l'homme sur la terre, ou sur la pluralité des ris. 1852, t. n, p. 491 sq. ; Collegii Salmanticensis cursus com­ mondes ni de la théorie de l’évolution, ni decelledela né­ pletus, in-8·, Paris. 1876. t. Π, tr. IV. disp. Ill, V, VII, VIII. buleuse initiale. Le créateur est-il moins nécessaire pour p. :5 sq. ; A. Pisanus, Theses de creatione mundi circa c. t... un atome que pour une nébuleuse, pour une seule cel­ Geneseos, in-4·, Ingolstadt. 1564; J. Le Prévost, Commentarii in /·· part. S. Thomæ de Deo, de opere sex dierum, in-fol.. lule primitive, que pour un monde peuplé dès la preDouai, 1631 ; J. Der-Kennis. De Deo uno, trino, creatore, in-8·, n ière heure de milliers d’espèces? — 3. Les réponses Bruxelles, 1655; CI. J. Montagne. De opere sex dierum, in-12, philosophiques arides, étriquées, font déplus mauvaise Paris. 1732, reproduit dans Migne, Theologiæ cursus, t. vu, figure auprès des synthèses monistes. Il est très vrai que p. 1201 sq. ; Billuart, édit. Lequette, in-4·. Paris, 1872, De opere, ces constructions sont ruineuses, mais leur faux air de sex dierum, t. n, p. 85 sq. ; J. Conradi, De opere sex dierum. simplicité et d'unité leur donne parfois une apparence in-4", Olmütz, 1761; B. Skrzynecki, De opere sex dierum, in-4·, séduisante de grandeur. Ne serait-il pas à souhaiter | Posen, 1762: H. Scholliner, De Deo mundi, angelorum et homi­ num creatore, in-8·, Salzbourg, 1764; Al. a Bulsano, institu­ qu'on opposât synthèse à synthèse? Les scolastiques du xin* et du xvif siècle ont dessiné la synthèse catho­ tiones theologiæ theoretic*, in-8·, Turin. 1875, t. n ; Schrader, De Deo creante, in-8·, Paris, 1875; J. Scheeben. Handouch der lique de telle sorte qu’elle n’a rien â craindre d'aucune Dogmatik, in-8·, Fribourg-en-Brisgau, 1878, t. n, comparaison. Qu’on laisse tomber leur physique suran­ katholischen I. III. c. i; trad. Belel, La dogmatique, in-8". Paris, 1881. t. m, née, et tout ce qui est subtilité dialectique; il y a dans part. I, c. 1 sq.; Die Mysterien des Ch>-istenturns, 2' édit., inleurs vues sur l’acte pur, le Verbe, les idées exemplaires, 8·, Fribourg-en-Brisgau, 1898, p. 175 sq.. 657 sq. : Palmieri, Dt le processus des créatures de Dieu â Dieu, assez de Deo creante et elevante, in-8· Rome, 1878: Mazzella, De Dm creante et elevante, in-8·, Rome, 1880; J.-B. Heinrich, Dogprofondeur el d’élévation pour satisfaire, à défaut de matische Théologie, in-8·, Mayence, 1888, t. v, I. I, c. i; mieux, de bons esprits. Et sans doute la synthèse sco­ J.-B. Liagre, De Deo creatore, in-8·. Tournai, 1888; L’rralastique n’est pas le dernier mot de la philosophie, buru, Cosmologia, in-8·, Valladolid, 1892, diss. II. c. ir. a. 2, mais c’en est une bonne ébauche. Peut-être nombre de p. 188sq. ; Hontheim, Institutiones theodiceæ, in-8·, Fribourg-ensavants gagneraient â se familiariser avec elle, autant Brisgau, 1893, p. 7U5-717; Vacant, Études théologiques sur les qu'elle gagnerait à ce que leur travail consciencieux la constitutions du concile du Vatican, 2 in-8·, Paris, 1895, loc. remit â jour. Nous ne croyons pouvoir mieux faire que cit.; T. Peach, Institutiones philosophiae naturalis, in-8·, Fribourg-en-Brisgau, 1897; P. Einig, De Deo creante, in-8·. de renvoyer pour le développement de ces idées à la parole autorisée de Mor d’ilulst, Mélanges philoso­ Trêves, 1898; Chr. Pesch, Praelectiones dogmaticae, t. m, De Deo creante et elevante, in-8·, Fribourg-en-Brisgau, 1899; phiques, 1892, p. 393-432, La science de la nature et la P. Minges, Compendium theologiæ dogmat. specialis, in-8", philosophie chrétienne, publié dans les Annales de Munich, 1901,p. 91 sq.; P. Mannens, Theologiæ dogmat. insti­ philosophie chrétienne, 1885. tutiones, in-8·. Ruremonde, 1902. t. n, p. 198 sq. ; G. van Noort. Voir les ouvrages cités dans le corps de l’article; nous ne rap­ pellerons que les principaux. I. Au point de vue historique. — L’index très défectueux de Aligne. P. L., t. ccxi.x, col. 29 sq. : Thomassin, Dogmata theologico in fol., Venise, 1730, t. 1, 1. V; t. n, 1. V; t. ni, tr. I, с. xvm; n. n, c. x; Petau, De theologicis dogmatibus, in-fol.. Venise, 1745, t. i, De Dco, loc. cit. : t. n. De Trinitate,loc. cit.; t. m. De opificio sex dierum, p. 113 sq., reproduit dans Migne, Theologiæ cursus completus, in-4·, Paris, 1841. t. Vil, p. 913 sq. ; H. Klee. Manuel de l’histoire des dogmes chrétiens, trad.franç., in-8·, Paris, 1848, t. i, part. II, c. m. p. 313 sq.; Ginoulhiac, Histoire du dogme catholique, in-8·, Paris, 1852, t. l, 1. VI, c. vu sq., p. 482 sq.; t. Il, I. X, c. ni sq.;l. XI, c. ix sq., p. 313 sq., 534 sq. ; Zockler, Geschichte der Beziehungen zwischen Théologie und Naturwissenschaft,2in-8·, Gutersloh, 1877-1879; Klcutgen, Philosophie der Vorseit, 2" édit., in-8', Inspruck, 1878; trad. Sierp. La philosophie scolastique, in-8·, Paris, 1870, loc. cit. ; Schwane, Histoire des dogmes, trad. Degert, in-8·, Paris, 4903, 1.1. appendices 7“·, 26b'·. F. A. Lange, Geschichte des. Materialisnius und seine Bedeutung in der Gegenmnrt, in-8’, Iserlohn, 1866; Histoire du matérialisme, trad. Pommerol, 2 in-8·, Paris. 1877-1879; L. Mabilleau, Histoire de la philosophie atomistique, in-8·, Paris, 1895; Lukas, Die Grundbegriffe in den Kosmogonien der allen Volker, in-8·, Leipzig, 1393; Vestiges of the natural history of creation, 2* édit., in-12, Londres, 1844; A. Bastian, VorgeSchichtliche Schdpfungsliede?· n ihren ethnischen Elementargedanken, in-8·, Berlin, 1893; G. Saint-Clair, Creation records discovered in Egypt. Studies in the « Buok of the deal s, in8·, Londres, 1898: The seven Tablets of creation or the Baby­ lonian and Assyrian legends concerning the creation, in-8·, Londres, 1902. II. En relation spéciale avec Gen., i. η. — F. de Hummelauer. Commentarius in Genesim, in-8·, Paris, c. I, p. 4975; Pelt. Histoire de ΓAncien Testament, 4' édit., in-12. Paris. 1904, t. I, p. 21-45; Guiberl, Les origines, édit., in-8·, Paris, De Deo creatore, in-8-, Amsterdam. 1903; Fr. J. Lotti ni, Insti­ tutiones theol. dogmat. specialis, in-8·, Paris,1903, t, i,c. Livsq., p. 367 sq.; H. de Dorlodot, Quaestionum quodlibetalium, q. i. De vera rerum creatarum notione, in-8·. Louvain, 1903; Hur­ ter, Compendium, in-8·, Inspruck, 1903, t. n. p. 201 sq. ; Lahousse. De Deo creante et elevante, in-8·, Bruges, 1904; dom L. Janssens. De Deo creante et elevante, in-8·, Fribourg-enBrisgau, 1905; Pignataro. De Deo creatore, in-8·. Rume, 190.’·; Souben, La création selon la foi et la science, in-8·, Paris, 1906: H. del Val, Sacra theologia dogmatica, in-8·. Madrid, 1906, p. 343 sq. ; et les autres manuels de dogmatique catholique. Pour la dogmatique protestante, de Pressensé, Les origines. Paris, 1883; boumergue, La création et l'évolution, Lausanne. 1884; J. Bost, Création et évolution, thèse, in-8·, Montauban, 1885; W. H. Dallinger, The Creator and what we may know of Ute method of creation. Londres. 1887: trad. J. Hérivei. Le créateur et la méthode de la création, in-18, Paris, 1889; G.-J. Durmeyer, Le programme du créateur, thèse, in-8·, Tunis. 1894; Zockler, Darwinismus und Materialisnius beim Beginn des xx Jahrhunderts, Gütersloh, 1900, 1902, 1903; E. G. Stende, Christentum u. Naturwissenschaft, Gütersloh. 1895, et les ouvrages cités dans la Healencyklopadie. art. Schôpfung. IV. Ouvrages d’apologétique. — Cardinal de la Luzerne, Œuvres, in-8·, Paris. 1842. Dissertation sur l’existence et les attributs de Dieu, t. vu, p. 51 sq., p. 192 sq. ; A. Henry, Les magnificences de la religion, 1·· série, t. îv, La création, in-8·, Paris, 1866; Gutberlet, Lehrbuch der Apologetik, in-8n. Munster, 1888, p. 120-216; Duilhé de Saint-Projet, Apologie scientifique, 3· édit., in-12. Paris, 1890, p. 132-209; Apolo­ get ische Vortrage, in-8·, München-Gladbach. 1904, p. 41 sq.; F. Hettinger, Apologie a es Christentums, in-8·, Fribourg-enBrisgau, 1905, t. i; Apologie du christianisme, trad. J. Lalobo de Felcourt, in-8·, Bar-le-Duc, 1869, t. i, p. 113 sq.; H. Schell, Apologie des Christentums, in-8", Paderborn, 1905, t. n : Γ. Schanz, Apologie des Christentums, Fribourg-en-Brisgau, 1905, t. II. 2201 C R É A T10 N—C R É DIBILIT É V. Traités et articles divers. — Bossuet, Élévations, 3· semaine, (Euvres, in-4·, Bar-le-Duc. 1863, t. ix. p. 20 sq.: Heydenrelch, Num ratio humana sua vi et sponte contingere possit notionem creationis ex nihilo, in-4·, Leipzig, 1790: II. Gerdii. Opere, in-4·, Bologne. 1784, t. n, p. 414 sq., 429 sq.: t. m. Démonstration mathématique contre l'existence éter­ nelle de la matière, p. 7 sq.; H. Maret, Essai sur le pan­ théisme dans les sociétés modernes, in-8·, Paris. 1840; Tits, Théorie de la création, dans Choix de mémoires de la Société littéraire de Louvain, in-8·, Louvain, 1842 ; Ulrici, Dieu et la nature, Leipzig. 1862; A. Vanhoonacker, De rerum creatione ex nihilo, in-8·, Louvain, 1866; E. Caro, Le matérialisme et la science, 2' édit., in-12, Paris, 1868; P. de Broglie, Le positivisme et la science expérimentale, 2 in-8·, Paris, 1880-1881 ; C. Gutberlet, Das Sechstagewerk, in-8·, Francfort, 1881 ; Epping. Der Kreislauf im Kosmos, Fribourg, 1882; Paul Janet. Le matéria­ lisme contemporain, 5* édit., in-18, Paris, 1888; E. Pesnelle. Le dogme de la création et la science contemporaine, 2· édit., in-8·, Arras, 1891; L. Bremond. L'origine du monde, dans la Science catholique, 1892, t. vi, p. 762 sq.; Constant./.a création devant la science et devant la foi, ibid., p. 289 sq.: L'univers d'après la science et d’après la révélation, ibid., p. 193 sq.: Constans, La conception scientifique de l’univers et le dogme catholique, in-8·, Paris, 1892; T. Pesch, Die grossen Weltratsel, 2 in-8·, Fribourg-en-Brisgau, 1893 ; Ortolan, L’erreur géocentrique, la pluralité des mondes habités et le dogme de l’incarnution, in-8·, Paris, 1894: Braun, Kosmogonie, in-8·, Munster, 1895; F.. M. Gaucher, Essai sur les six jours de la création, leur symbolisme, etc., in-16, Paris. 1896: E. Combe, Le panthéisme moderne, exposition et réfutation directe et indirecte, in-12. Paris, 1896; A. Cros, Les nouvelles formules du matérialisme, in-8·. Paris, 1897; Kaufmann, Die Methode des mecanischen Monismus, dans le Compte rendu du Congrès des cathol. de Fribourg.1897, Sciences philosophiques, p. 196sq.; Serlillanges, La preuve de l’existence d·· Dieu et l’éternité du monde, ibid.. p.590sq. ; G. Mivart, Le monde et la science, trad, franç., in-12, Paris, 1897 ; Meyer, Das Weltgebaüde, Leipzig, 1898 ; Plassmann, Himmelskunde, Fribourg-en-Brisgau, 1898; Pohle, Die Sternenwelten und ihre Bewohner, Cologne, 1899; Desfaux, Genèse de la matière et de l'énergie, formation et fin du monde, dans les Annales de philos, chrét., 1900, p. 490 sq.; Alaux, Dieu et le monde, ibid., 1901, p. 680; de Kirwan, Le véritable concept de la pluralité des mondes, dans la Revue des questions scien­ tifiques, 1902, p. 5-40; de Ligondès, Les dimensions de l’uni­ vers, ibid., 1904, p. 71-88; Lechalas et de Ligondès, Le problème des mondes semblables, ibid., 1904, p. 597-604; Le matérialisme contemporain, dans l’Ami du clergé, 1903, p. 929 sq., 1153 sq., 1185 sq.; J. Mausbach. Weltgrund und Menscheitsziel, München-Gladbach, 1904; F. Ballard, Hæckefs monism false, Lon­ dres, 1905; G. Wobbermin, Ernst Hæckelim Kampf gegen die chrislliche Weltanschauung, Leipzig, 1906; E. Dennert, Hæckels Weltanschauung naturiuissenschaftlich-kritisch beleuchlet, Stuttgart, 1906: Lamine, L’univers d’après Hæckel, in-18, Paris, collection Science et religion); de Lapparent, Science et apolo­ gétique, in-16, Paris, 1906; La providence créatrice, in-16, Pa­ ris, 1907 (collection Science et religion); W. Mann, Christenlum >md Hæckeltum, Dresde, 1907; J. Engert. Der naturalistische Monismus Hæckels auf seine wissenschaftliche Haltbarkeit geprüft, dans Tneologische Studien, Vienne, 1907, t. xvn; T. Brandt, Der naturalistische Monismus der Neuzeit, in-8·, Paderborn. 1907 ; E. Wasmann, Der Kampf um das Enttuicklungsproblem in Berlin, in-8·, Fribourg-en-Brisgau, 1907. VI. Dictionnaires des sciences religieuses. — Diction­ naire de la Bible, de Vigoureux, art. Cosmogonie, t. il, col. 1084; Création, col. 1101 ; Dictionary of the Bible, de Hastings, art. Cosmogony, t. ι, p. 506 sq.; Creature, p. 516; Encyclopaedia bibhea, de Cheyne el Black, art. Creation, t. I, col. 9o8; Realencyklopadie, art. Schbpfung, t. XVII, p. 684 sq.; Kirchenlexikon, art. Schôpfung, t. X, p.1851. II. Pinard. CRÉDIBILITÉ. — I. Définition. II. Caractères i I I . ! 2202 l’aptitude d une assertion â être crue. En philosophie, ce sens varierait en fonction du sens que l’on donnerait au mot croyance. Voir ce mot. En théologie, ce sens est déterminé par le sens précis du mol foi divine auquel il correspond. La foi divine est la vertu théolo­ gale par laquelle nous croyons ce que Dieu révèle, parce que c’est Lui. le Dieu absolument véridique, qui le révèle. La crédibilité sera donc, en théologie, l’aptitude d’une assertion révélée par Dieu â être crue de foi divine, c’est-à-dire parce que Dieu l’a révélée. Deux choses sont à remarquer dans celte définition : la première est que la crédibilité se rattache strictement à cette sorte de vérité qui résulte du témoignage, verum ex testimonio. Il ne faudra donc pas la confondre avec d’autres qualités objectives, qui ont de l'affinité avec elle. Par exemple,les « raisons du cœur », l’harmonie de la révélation avec nos dispositions morales intimes, peuvent nous rendre aimable ou vénérable une vérité de foi ; elles ne la rendent pas précisément croyable, eredibilis. Pour engendrer la crédibilité, il faut que de telles raisons fassent un détour en passant par l’anté­ cédent obligatoire de la crédibilité qui est la véridicité du témoignage. On dira, par exemple, avec Pascal : « Qui donc a si bien connu le cœur de l’homme si ce n'est Dieu?» Et ainsi, les raisons du cœur, transformées en arguments à l’appui de l’existence du témoignage divin, deviendront des motifs de crédibilité. Aupara­ vant elles n’étaient que des moteurs d'origine subjec­ tive, qui pouvaient écarter les obstacles et favoriser l’adhésion, mais étaient impuissantes à la légitimer adéquatement. En résumé, la crédibilité n’est ouverte que du côté de sa cause propre. Elle est essentiellement du vrai ressortissant â un témoignage. Et, deuxième remarque, ce témoignage est le témoi­ gnage divin. Tant que la foi surnaturelle aura pour motif formel le témoignage de la Vérité première qui est Dieu, la crédibilité ne signifiera, à strictement par­ ler, en théologie, que le verum ex testimonio divinn. Et comme le mot crédibilité n’a cours qu’en théo>ogi<\ et est, même étymologiquement, emprunté au vocabu­ laire de la traduction latine officielle du Ps. xcn, 5, ou il est pris, il est vrai, dans un sens large, il se trouve que la définition donnée renferme le sens usager t premier du mot crédibilité. Cajetan. In Sum. theol., II· II·, q. i, a. 4. n. 2 sq.; Billot, Tr. de Ecclesia, introd., S 3, p. 47; Gonet. Clypeus, De fuie, disp. I*. 8·, 1, prob. 2, S 2, obj. 1*. n. 227-229; Wilmers, De fide divina, 1. I, c. i, a. 4, p. 10 sq.; Kipalda, Deente superna­ tural!, de fide divina, disp. VI, sect, i, n. 1, 2; Jean de Saint-Thomas, Cursus theol. de. tide, q. I, a. 3, n. 1-3; Suarez. De virtute fidei, disp. IV, sect. H, n. 2, 4; Coninck. Adu.< supernal., disp. XIII, n. 1; Ditton, La vérité de la religion chrétienne, c. vi, vu, dans les Démonstrations évangéliqu'sâe Migne, t. vu, col. 363 sq., spécialement prop. 15, col. 3o2 sq.; Vacant, De certitudine judicii, etc., p. 43. II. Caractères généraux. — 1° La crédibilité se présente comme une propriété objective intellectuelle des assertions révélées. Quelle que soit, en elle!, la part de métaphore que contiennent ces expressions témoignage divin, parole de Dieu, etc., l’acte révéla­ teur n’en est pas moins une manifestation de la science de Dieu, qui s’adresse directement â la connaissance, en lui donnant un objet, objet qu’elle n’avait pas auparavai t, du moins dans son significat essentiel. L’esprit peut être en possession, par exemple, des données de généraux. Hl. La crédibilité dans la genèse de la foi : Verbe et de Dieu par l’elfet de sa propre fécondité; sa place et ses degrés. IV. Particularités -de la crédibi­ mais le sens de ces mêmes données, qui résulte de cette lité rationnelle. V. La démonstration de la crédibilité. VI. Les suppléances subjectives de la preuve de la cré­ révélation : Et le Verbe était Dieu, Joa., 1, 1, est dû dibilité. VH. Les motifs de crédibilité. VIII. La crédi­ à l'initiative de l’acte révélateur, lequel a donc, par soi. une vertu d’illumination intellectuelle et objective. Cf. bilité et l'apologétique. IX. Décisions canoniques. X. La crédibilité dans l’Écriture sainte. XL Chez les A. Gardeil, La relativité des formules dogmatiques, dans la Revue thomiste, 1904, t. XII, p. 52. A rapprocher saints Pères. XII. Dans la théologie scolastique. la proposition 20du décret Lamentabili sane exitu du Xlll. Étal moderne de la question. 4 juillet 1907 : Revelatio nihil aliud esse potuit quam L Définition. — La crédibilité peut se définit* : 2203 CRÉDIBILITÉ 2204 ac.'/uisita ab homine suie ai! Deum relationis eon- I III. La crédibilité dans la genèse de l’acte de foi ; scientia. La crédibilité, se présentant de prime abord ' SA PLACE CT SES DEGRÉS. — I. SA PLACE. — L’aCte de comme une relation des assertions révélées à celte vertu foi, tout surnaturel soit-il. ne laisse pas d’être un acte illumiuatrice, participera de son caractère objectif et humain. 11 doit, de ce chef, rentrer dans le dynamisme intellectuel. général des actes organiquement liés, dans la dépen­ 2“ La crédibilité est une propre té commune de toutes dance de notre fin ultime et obligatoire, qui constitue les assertions révélées. « L’objet de foi, dit saint Tho­ notre vie psychologique et morale. La raison de lin mas d'Aquin, peut être considéré en deux manières : suprême, en effet, fait abstraction des notions de natu­ d’abord, dans ce qui le constitue spécialement; ensuite, rel et de surnaturel qui la divisent analogiquement. en général, sous la raison commune de crédibilité. » Elle est notre bien sans épithète, et la réalisation de ce Sum. theol., Π* II”, q. I, a. 4, ad 2“m. Sous le premier bien s’impose à nous comme le devoir absolu et pre­ aspect, les assertions révélées relèvent de la dogmatique mier. L'adhésion à la prédication évangélique dont spéciale; sous le second, elles fondent une propriété l’objet représente un bien particulier dont la con­ générale analogue à la propriété transcendantale de nexion nécessaire avec la tin ultime reste à établir doit, vérité que fonde l’être en général; celte propriété est le à ce titre, être considérée comme appartenant à l’ordre vrai de crédibilité, qui s’attache à tous les dogmes, des moyens. Le premier acte inaugurant cette adhésion, sans égard pour leur contenu intrinsèque, parce qu'il à savoir la perception de l’assertion révélée, auditas ne les considère que dans leur rapport avec l’antécédent fidei, suppose donc déjà existants et en exercice les commun â tonies les vérités révélées,letémoignagedivin. quatre mouvements psychologiques qui intègrent l’ordre 3° La crédibilité nenonce qu’une vérité extrin­ suprême de l’intention humaine, à savoir : la connais­ sèque. Elle dit que telle assertion, en tant qu’attestée sance de notre bien en général, son amour également et témoignée, est vraie; elle ne découvre pas sa vérité général, la dictée de la syndérèse nous intimant de ne intérieure. Par là, la crédibilité diffère de la vérité rechercher notre bien propre que dans une fin en rap­ scientifique, au sens large et traditionnel de ce mot. port avec notre nature rationnelle considérée non Celle-ci résulte de l’évidence interne des choses con­ seulement dans ses exigences de nature, mais aussi nues, premiers principes dont les termes s’incluent, dans ses capacités obédientielles, l’adhésion de la vo­ démonstrations rigoureuses ou faits manifestes. L’irré­ lonté à cette dictée par une intention efficace. Voir Acte ductibilité entre ces deux sortes de vérités est absolue. remain, 1.1, col. 3i3. C’est une vie morale déjà en acti­ Quelles que soient la véridicité d’un témoin et la cer­ vité que la proposition de la doctrine révélée vient titude du fait de son témoignage, lors même que cette surprendre pour lui ouvrir de nouvelles perspectives. véridicité serait métaphysiquement nécessaire et ce fait La proposition de la vérité révélée contient deux manifeste, la vérité conséquente au témoignage ne assertions principales : 1“ Vous devez croire telle vérité change pas de nature. Elle est nécessairement vraie qui a rapport à votre fin ultime, à votre salut; 2“ vous comme attestée; mais je n’en ai pas la science, la vision devez la croire, parce que Dieu la révèle. Ces deux intellectuelle; elle n’est pas vraie, absolument parlant, assertions font appel aux deux principes de la syndé­ pour moi. Cajetan, hi Sum. theol., 11« II”, q. t, a. 4. rèse, à savoir : le principe de l’obligation qui incombe 4° La crédibilité a une signification pratique. Elle à tout homme de tendre à sa lin ultime; le principe n’est pas pure vérité spéculative. Elle énonce qu’une de l’obéissance que la nature intellectuelle créée doit à assertion est bonne pour la foi divine. D'ailleurs, cette Dieu, obéissance qui se rattache elle-même à l’obligation bonté pratique n’est donnée que si l’assertion en ques­ de tendre à la fin dernière dont elle représente l’une tion est évidemment apte à être crue. Et celle-ci ne des issues. Il n’y a rien dans l’énonciation el la recon­ sera véritablement apte à être crue que si le fait du naissance de ces principes qui dépasse la portée de la témoignage véridique divin ne fait pas de doute au syndérèse complétée par la science morale. Si l’entrée point de vue spéculatif. II s’agit, en effet, d’autoriser en scène de la prédication évangélique nous suggère l’acte de foi divine qui est une adhésion absolue de d’y avoir recours, la raison seule suffit à les justifier. l’intelligence à l’assertion révélée, et l’on comprend Ils renforceront donc la dictée de la syndérèse nous qu’une adhésion intellectuelle absolue exige du juge­ intimant de ne rechercher noire bien propre que dans ment de crédibilité qui l’autorise pratiquement des une fin rationnelle, et ce dietamen, explicité par ces garanties non seulement morales mais intellectuelles, deux jugements, se traduira aussitôt, dans la volonté, qui excluent toute hésitation de l’esprit. La crédibilité, rectifiée par l’appétit du bien rationnel, par une in­ bien qu’appartenant à l’ordre du vrai pratique, doit tention efficace de croire à la parole d’un Dieu qui donc, pour être adéquate à ce qu’elle autorise, pour révèle une vérité salutaire. L’ordre d’intention morale offrir une bonté vraie, qui légitime l’acte absolu de la présupposé par la foi est dès lors intégral. loi, présupposer la certitude intellectuelle de son bien il faut noter que la dictée de la syndérèse ainsi fondé, que cette certitude soit le résultat d’une illumi­ complétée, et l’intention conséquente, tout en étant en nation divine, comme c’est le cas pour ce que nous soi d’ordre naturel et rationnel, peuvent dans certains appellerons la crédibilité surnaturelle, ou qu’elle cas, spécialement celui où un homme est prédestiné effi­ provienne d’un examen rationnel portant sur les mo­ cacement à croire, être déjà sous l’inlluence de la grâce tifs dits de crédibilité, comme c’est le cas pour la crédi­ qui aboutira à la foi. Dans le cas cité, en ellet, les juge­ bilité naturelle. ments en question expediunt ad salutem el, pour autant, Ces quatre propriétés d’ailleurs conviennent toutes sont visés par le 7’ canon du II’ concile d’Orange, aussi bien à la crédibilité surnaturelle, qui ressortit Denzinger, Enchiridion, n. 150, où il est dit que nous au témoignage intime de la vérité première, qu’à la ne pouvons avoir la pensée, cogitare, d’un bien qui a crédibilité naturelle qui ressortit à la preuve ration­ •rapport au salut éternel, ut expedit ad salutem, sans nelle de ce témoignage. Voir plus loin. une illumination et une inspiration du Saint-Esprit. Il semble bien, d’ailleurs, que la pensée du devoir de Billot, De vi'tutibus infusis, th. xvn, § 2, p. 296; S. Tho­ croire pour réaliser sa fin ultime el pour obéir à Dieu mas et Cajetan, loc.cit.; Guillaume d'Auvergne, Tr. de fide, p.15, est celle d'un bien qui a rapport au salut éternel. Cf. des Opéra omuia, 1591; Vacant, Études tMologii/ues sur la concile du Vatican, const. De fide, c. ni, au commen­ const. Dei Filius, η. 561 ; Perrone, Predict. theol., t. it, cement et passim. Chez ceux qui doivent aller jusqu’à col. 1362; Tolet, In Sum. theol., II· 11·, q. t, a. 4, concl. 3 ; Al­ la foi, ces jugements el la volonté de croire qui les bert le Grand, In IV Sent., 1. Ill,dist. XXIII, litt. G; (list. Xlll, suit, encore que cette volonté soit conditionnelle quant ad 2—; Itipalda, De /Ide divina, disp. VI, sect, v, η. 43 sq. ; à l’adhésion à une vérité déterminée et malgré leur Ferré, Tr. de fide, q. tv, sect, t, n. 2. CRÉDIBILITÉ 2205 teneur objective purement rationnelle, doivent donc être regardés comme étant sous l’excitation de la grâce : Etenim benignissimus Dominus... et errantes gratia sua excitat atque adjuvat ut ad agnitionem veritatis venire possint. Concile du Vatican, loc. cit. De cette intention générale il s’agit de passer â l’adhésion à telle vérité salutaire proposée de la part de Dieu. A l’ordre d’intention succède l’ordre d’élec­ tion. L’acte de foi, étant un acte humain, suivra dans ce second stade les phases psychologiques des actes humains ordinaires. De fait, tous les théologiens admet­ tent dans la genèse de l’acte de foi des mouvements psychologiques qui ont une analogie frappante avec ceux de l’acte humain en général. Le conseil est re­ présenté par la recherche de la crédibilité; celle-ci aboutit à un jugement pratique ferme et obligatoire, le jugement de crédentité, l’analogue du jugement obliga­ toire qui termine le conseil; le consentement et l’élec­ tion qui suivent sont représentés par le pius creduli­ tatis affectus; Vimperium fidei et Vobsequium intel­ lectus final ont leurs noms en toutes lettres dans la psychologie de l’acte humain. Il est facile de faire cadrer toutes ces données avec le tableau descriptif des éléments psychologiques d’un acte humain complet que nous avons établi d’après saint Thomas. Voir Acte humain, t. J, col. 343. Justifier ce tableau nous entraî­ nerait sur le terrain du mot Foi. Il est nécessaire cependant de le présenter ici pour manifester le rôle de la crédibilité. Pour sa justification, voir A. Gardeil, La crédibilité, dans la Revue thomiste, mars 1905, р. 3-16, et dans La crédibilité et Vapologétique, I. I, с. i, Paris, 1907. RÉSUMÉ DE LA GENÈSE DE L’ACTE DE FOI Z. ACTES QUI REGARDENT LA FIN ORDRE DE L'INTENTION Actes d’intelligence. 1· Idée Actes de volonté. de notre bien. 2· Volonté de notre bien (simplex velle). 3· Jugement rationnel pro­ 4· Volonté efficace, inten­ posant le bien rationnel total tio, d’adhérer au bien rationnel comme objet nécessaire de notre total comme à son objet néces­ volonté. saire. Ce jugement s’explicite dans Cette intention s’explicite les deux jugements suivants dans les deux intentions sui­ (raisons de croire) : vantes : a) Tout homme doit vouloir sa a) Je veux efficacement ma fin dernière, mon salut. fin dernière, son salut. b) Je veux obéir intellectuelle­ b) Tout homme doit l’obéis­ ment à Dieu s'il me révèle sance intellectuelle au Dieu révélateur. quelque vérité. N. B. Chez ceux qui doivent croire effectivement, ces deux actes 3· et 4· sont surélevés par l’illumination et l’excitation de la grâce. AUDITUS FIDEI : INTERVENTION DU MESSAGE DIVIN PROPOSANT LA VÉRITÉ SALUTAIRE II. ACTES OUI REGARDENT LES MOYENS 1* Ordre de l’élection. 5· Conseil touchant le rap­ 6· Consentement de la vo­ port de la fui au message avec lonté au rapport de la foi au le bien total de l’homme. message avec le devoir de a) Avec le devoir de tendre tendre au salut, avec Je devoir au salut. d’obéir â Dieu.’ b) Avec le devoir d’obéir à Dieu révélateur. La détermination de ce rap­ Ce consentement s’explicite port se fait au moyen des mo­ dans les deux consentements tifs dits de crédibilité qui doi- subordonnés suivants : vent établir que Dieu révèle véritablement l’assertion. Ils aboutissent à deux jugements : a) Jugement rationnel de créa) Croyance naturelle de la 2206 dibiiité : Credibile est, vérité intrinsèque de l’as­ crédibilité simple. sertion, foi scientifique. b) Jugement rationnel qui b) Consentements à la foi à constate que le rapport l’assertion comme repré­ cherché est établi, que sentant un bon moyen : l’adhésion à l'assertion ré­ 1) de tendre à la fin der­ vélée constitue pour une nière; 2) de remplir le de­ raison un bonum, hones­ voir d’obéissance au Dieu tum. révélateur. 7· Jugement surnaturel 8· Élection surnaturelle de crédentité. Credendum de la foi à l’assertion pro­ est, crédibilité nécessitante. posée, pius affectus. 2* Ordre de 9* Commandement. Crede, imperium fldei, crédibilité im­ pérative. 11· Acte de foi, émis par l’intelligence spéculative : executio intellectus — obsequium fldei ; crédibilité impérée ac­ tuelle ou consommée. l’exécution. 10· Acte exécutif de la volonté (executio activa fldei). 12· Jouissance, qui, dans l’acte de la foi vive, est un eftet de la charité, dans l’acte de la foi informe, est la délecta­ tion qui accompagne toute opé­ ration normale. il. DEGRÉS DE LA CRÉDIBILITÉ. — Dans le tableau précédent on voit la crédibilité intervenant â quatre reprises en qualité de moteur objectif des actes de volonté correspondants, avec une progression d’effica­ cité qui détermine une croissance proportionnelle de l'adhésion volontaire. Nous avons caractérisé ces degrés de la crédibilité par ces expressions : crédibilité simple, crédibilité nécessitante, crédibilité impéra­ tive, crédibilité impérée. Nous devons maintenant expliquer ces expressions. 1° Crédibilité simple. — C’est la propriété que l’asser­ tion révélée manifeste devant l’intelligence naturelle â la suite de la recherche et de l’examen rationnel des motifs de crédibilité. Les motifs de crédibilité sont des arguments d’ordre spéculatif, destinés directement à établir le fait de l’attestation par Dieu de l’assertion proposée comme révélée. Indirectement et par contre­ coup, ils meuvent la raison pratique â juger que l’as­ sertion proposée peut être crue de foi divine, et cela sans aucune imprudence, attendu que, autant que la raison spéculative peut se prononcer en pareille ma­ tière, c’est vraiment Dieu qui la révèle. Vis-à-vis du fait du témoignage divin, les motifs de crédibilité sont donc des preuves; vis-à-vis du jugement rationne) pra­ tique de crédibilité et surtout du jugement conséquent qui déclare l’assertion proposée bonne pour la foi divine, ce sont des motifs. D’où leur nom. Nous donnons à la crédibilité ainsi obtenue le nom de crédibilité simple, parce qu’elle répond, adéquate­ ment et sans la dépasser, à la signification du mol cré­ dibilité, lequel, d’après la synonymie et l’homonymie, ne dit qu’une pure possibilité vis à-vis de la foi divine. C’est là, en ellet, tout l’aboutissant du jugement de crédibilité en tant que basé sur les seuls motifs de cré­ dibilité. Il rend la foi divine possible pour un être humain, agissant selon ses exigences rationnelles; il ne la rend pas nécessaire. Elle esl, de ce fait, rationi consentanea, concile du Vatican, const. De fide, c. m. Denzinger, Enchiridion, n. 1639 : rien de plus. C’en serait assez pour nécessiter un acte de foi naturelle, où Dieu serait considéré comme un témoin ordinaire; c* n’est pas suffisant pour nécessiter un acte siirnaturellement motivé et libre, comme est l’acte de foi divine. C’est peut être en considérant le droit à la foi natu­ relle qu’implique la preuve de la crédibilité que cer­ tains théologiens parlent de la crédibilité simp> comme d’une crédibilité nécessitante, comme saint Thomas dans ce passage : non crederet nisi ri dem esse credendum vel propter evidentiam signorum rei aliquid hujusmodi. Sum. theol., Il· II», q. i. a. i. ad 2um. A moins que l’on ne préfère expliquer cette crédentité anticipée par une manière spéciale de consi- 2207 CREDIBILITE £2ύ3 crédibilité, de simple possibilité qu’elle était, est de­ durer la crédibilité simple et les motifs de crédibilité eux-mêmes, qui consisterait à les envisager, non dans venue nécessitante. leur teneur naturelle, mais comme des instruments au Le jugement de crédentité est surnaturel. En effet, autant que l'intelligence peut être cause efficace visservice des grâces actuelles qui préparent l’acte de foi, ou de la foi déjà existante, dans ce cas, le mot creden­ à-vis de la volonté, ce jugement doit gouverner de si dum désignerait un véritable droit à la foi surnatu­ lumière l’acte d’élection, qui, sous son intluence, relle, ayant sa source non pas uniquement dans la choisit la foi divine. Or, un acte de volonté qui dé­ vertu propre des motifs de crédibilité, mais dans cette cide de l’acte de foi divine ne peut être que surnaturel. même vertu, pour autant qu’elle est déjà sous l'empire Cette essence surnaturelle du jugement de crédentité d'autres influences, de l'ordre surnaturel. Il reste que, peut s'expliquer de deux manières. Si l’on admet, prise en soi, la crédibilité simple, résultant du motif comme nous l'avons proposé col. 2207, que le jugement de crédibilité, rend la foi divine humainement possible de la syndérése qui édicte le devoir de croire était déjà el ne l’exige pas. surnaturel, le caractère surnaturel du jugement de crédentité s’explique de lui-même. Si l’on admet au Le jugement de crédibilité sous sa formule native, credibile est, ne répond qu'implicitement à la ques­ contraire, ce qui est possible à ne considérer que sa tion pratique proposée à la délibération du conseil par teneur objective, que le jugement de la syndérése est l'intervention du message évangélique. Cf. .1. Pontius, le fruit de la raison naturelle, comme le jugement de In Scot. Sent., part. 111. dist. XXV, q. π lateralis, crédibilité simple est lui-même naturel, c’est avec le n. 124. D’où la transformation que nous proposons jugement de crédentité que le surnaturel devra débuter dans notre tableau n. 5 de la formule a) en une autre dans la genèse de l’acte de foi, sous la forme d’une b) équivalente, mais où est mise en relief la relation illumination, d’un affermissement, d’une surélévation pratique de moyen à lin. qui existe entre la foi à l’asser­ de ce jugement. Cela est de tonte nécessité, car un ju­ tion reconnue croyable et le devoir de croire. Celte gement purement naturel ne peut édicter une obligation formule pratique n'est pas encore le jugement de crécatégorique à l’égard d’un acte qui dépend de causes dentité. lequel édicte un droit et un devoir, mais elle divines. La première solution est la plus conforme à le prépare cependant en ménageant la transition. Avec l’économie de la préparation à la foi telle qu’elle a lieu elle, la crédibilité garde vis-à-vis de la foi son caractère I d’ordinaire. La seconde est logiquement possible. en quelque sorte facultatif en raison du caractère sur­ La crédibilité nécessitante s’impose à la manière naturel de l’adhésion de la foi divine qu’elle condi­ d’un verdict de conscience, verdict qui laisse place à tionne. Le mouvement de volonté qui suit, consacre la liberté tant d’exercice que de spécification. C’est cette constatation, par un consentement conditionnel, une proposition urgente de mon devoir; ce n’est pas qui porte sur le moyen en tant qu’il est utile et bon pour encore un ordre contraignant. La volonté peut non la fin. bonum honestum, non en tant qu’obligatoire. seulement se dérober mais encore opter pour un parti C’est le jugement de crédentité qui va le déclarer contraire; mais, ce ne sera qu’en allant contre la obligatoire, et c’est la pieuse affection qui, recueillant conscience, ou en se mettant en contradiction soit avec l'arrêt de la raison pratique, va. par une démarche l’intention vertueuse par laquelle elle adhérait antérieu­ libre, le fixer en termes de volonté. rement au devoir d’obéir â la Vérité première lui révé­ 2° Crédibilité nécessitante. — La crédibilité nécessi­ lant son salut, soit avec le consentement légitime donné tante, qui constitue la modalité de l’objet du jugement au jugement de crédibilité simple, c’est-à-dire à la vue de crédentité, est ainsi nommée parce qu'elle mani­ de l’aptitude à être crue de foi divine qu'offrait l’asser­ feste, dans l’assertion proposée comme révélée, une tion proposée. Elle est libre absolument parlant : elle aptitude à la foi divine qui rend cette foi, non plus ne l’est pas moralement, c’est-à-dire, si elle veut tenir seulement possible, mais exigible. compte des droits sanctionnés par le jugement de cré­ Les jugements de crédibilité simple, sous ses deux dentité et de son acquis légitime antérieur. formules, ne sauraient être qu’un jugement provisoire Si l’on admet que l’intention ferme de croire au Dieu subordonné à l'issue du conseil, semblable à ces juge­ révélateur du salut, tableau, n. 4, qui constitue la par­ ments successifs que, dans un conseil formé dp plu­ tie fondamentale de cet acquis, est déjà surnaturelle, sieurs personnes, on émet, sans préjudice de la déci­ l’élection de la foi qui la consomme l’est à plus forte sion finale, en regard de chacune des solutions qui raison. Si l’on considère, au contraire, cette intention peuvent convenir au cas proposé. Le jugement de cré­ comme l'effet d’un jugement naturel de la syndérése, il dentité clôt le conseil et contient celte décision finale. faut en pareil cas reconnaître comme surnaturelle Gomme tout jugement prudentiel, il lie la mineure l’élection de la volonté qui suit le jugement surnaturel fournie par les recherches du conseil avec la majeure de crédentité et précède le commandement de croire. de principe formulée antérieurement dans la syndérése C’est pourquoi les canons 5 et 7 du H' concile d’Orange et son verdict est, par conséquent, absolu et obliga­ déclarent œuvre du Saint-Esprit ce pius credulitatis toire, de tout l’absolu et de tout l’obligatoire de son affectus quo in eum credimus qui justificat impium, principe. l'élection, le consentement catégorique à la prédication Dans l'espèce, la majeure, formulée antérieurement salutaire. par la syndérése et acceptée par la volonté (actes 2 et3), C’est à ce caractère de verdict prudentiel proposé à édicte les droits de la fin dernière et l'obligation un choix libre et à celte intervention nécessaire de la d'obéir intellectuellement à la révélation divine, sur­ grâce dans ce choix libre que sont dus d’une part ces tout si elle révéle ce qui concerne la fin dernière; la iluctuations des convertis arrivant au moment décisif, mineure formulée par les jugements provisoires du ces retours en arrière vers les motifs de crédibilité, conseil, acceptés par la volonté, atteste qu'une asser­ vers l’urgence même du devoir de croire, pour en tion déterminée, portant d’ailleurs sur une .vérité salu­ opérer une suprême vérification, et, d'autre part, chez taire, est vraiment révélée par Dieu, ou, en d’autres ceux qui font le pas, le sentiment d'une démarche termes, que la foi à cette assertion est le moyen de spontanée et cependant obligatoire, l'expérience du satisfaire au devoir exprimé dans la majeure. Dès lors, « coup de grâce ». sous l’empire de la nécessité contenue dans cette ma­ La conséquence de cette liberté et de cette interven­ jeure, et des consentements antérieurement accordés tion surnaturelle qui caractérisent l’élection de la foi à à la majeure et à la mineure, la raison prudentielle une assertion déterminée, c’est que la crédibilité néces­ conclut : il faut croire de foi divine l’assertion pré­ sitante n’est pas encore immédiate. Elle nécessite sentée. C’est le jugement de crédentité. Avec lui la objectivement la résolution de faire l’acte de foi ; mais CRÉDIBILITÉ 2209 elle n'a de rapport avec l'acte de Toi lui-même, que par l'intermédiaire d'une élection libre et surnaturelle. Moralement parlant, celle élection est chose due; elle n’en reste pas moins libre et, de plus, incapable de se produire sans un secours divin Iris spécial. C’est un intermédiaire soi juris à ce double point de vue, et duquel dépend l'efficacité définitive de la crédibilité obligatoire. 3’ Crédibilité impérative. — Dans la psychologie de l'acte humain (voir ce mot), nous avons distingué entre le jugement pratique obligatoire et le commandement. C’est, quant au fond des choses, les modalités mises à part, la distinction du verdict, sententia, et de l’arrêt, decretum, dans le processus de la justice humaine. Le premier jugement concerne la décision intérieure que prend la volonté; le second, qui suppose cette décision, oriente vers l’acte extérieur la volonté déjà décidée : d'où son caractère impératif. Dans la psychologie de la foi. nous retrouvons ces deux moments : après s’être décidée intérieurement à la foi, la volonté doit mou­ voir l'intelligence à la foi. Dans cet ordre exécutif, la raison ne lui dit plus senlentieusement : Credendum est, mais, prenant acte de sa décision antérieure, elle lui dit impérieusement : Crede. La volonté toujours libre dans son fond, dès qu’il s’agit d’un bien particu­ lier, peut résister à ce commandement : elle a la liberté de contradiction; mais, s'étant interdite toute autre issue par l’élection libre qu’elle a faite de la foi. elle n’a plus, à moins de tout remettre en question, ce qui est un acte de la liberté de contradiction, la liberté de contrariété ou d'option. La crédibilité impérative, que d'-veloppe le jugement contenu dans l’imperium fidei, est en ce sens immédiate. L'acte de l'intelligence obéis­ sant à la volonté, l'acte de foi proprement dit, l'obsequium fidei, reconnaît dans la crédibilité impérative son justificatif objectif immédiat. Dans l’imperium la crédibilité est en plein exercice de crédibilité. Cf. S. Thomas, De virtutibus in communi, q. I, a. 7. La crédibilité impérative est, au point de vue con­ cret, l’équivalent de la crédibilité actuelle, et d’ordinaire on les confond. Cependant, au point de vue de l'ana­ lyse psychologique, elle en diffère. Un acte d’intelligence comme est l'imperium fidei ne saurait actionner un autre acte d’intelligence comme est l’obseqttium intel­ lectus sans un acte intermédiaire d'utilisation. C’est par la médiation indispensable de cet acte volontaire que la crédibilité impérative est séparée et distinguée de la crédibilité actuelle, terme propre de l'acte de foi. 4" Crédibilité impérée. — Les théologiens se servent constamment du mot credibile pour désigner l’objet de foi lui-même, l'article de foi. Cf. S. Thomas, Sum. theol., Π“ II®, q. t. a. 6 : Utrum credibilia sint per certos articulos distinguenda. Le mot credibile est, dans ce cas, équivalent de creditum. 11 n’en dill'ère que par son mode de signification qui est celui, non d’une chose réalisée, mais d’une aptitude à la foi sinon potentielle du moins encore virtuelle. Y a-t-il place dans cet em­ ploi du mot credibile pour un quatrième degré de la crédibilité? Nous ne pouvons en douter et l'expliquons ainsi. La crédibilité impérative peut être considérée de deux manières : d’abord, dans le rapport du décret qui la formule à l’acte de volonté antérieur de l’élection, impe­ rium est actus formalite)· intellectus virtualité)· volun­ tatis : ainsi considérée, elle participe de la nature agis­ sante de l’imperium lui-mème; ensuite, dans le rapport immédiat qu'établit el impose l’imperium fidei entre i < vérité de foi et l’illumination de la Vérité première, rapport qui la rend actuellement recevable en vertu du témoignage de cette Vérité première. C’est de la vérité de foi ainsi conçue que saint Thomas dit : Non habet quod sil actu CREDIBILIS nisi ex veritate prima sicut culer est visibilis ex luce. In 1I’ Sent., I. III, dist. XXIV, DICT. OE T1IÉO1.. CATUOU 2210 q. i. a. 1. sol. 1. Dans le premier sens, elle devait la modalité de sa crédibilité au contre-coup sur l’intelli­ gence de l'acte volontaire de l'élection, elle était une cause de l'acte formel de foi; entendue dans le second sens, elle fait corps avec lui,elle devient son terme ac­ tuel; là agissante, ici agie : là impérative, ici impérée. Considérée comme impérative, elle spécifie l’acte dé­ nommé imperium fidei; considérée comme impérée, ou comme actuelle, selon le mot de saint Thomas, elle spécifie l’acte dénommé obsequium intellectus. Ce der­ nier acte n’est autre que l’acte formel de foi dont l’ob­ jet propre est la vérité crédita. Entre le credibile actu et le creditum, il n’y a que la distinction qu'établissent les intermittences de l'acte de foi. Une fois la vérité de foi dans l’état de crédibilité impérée, sans nouvel im­ perium, puisque celui-ci est acquis, par l'effet d'une simple motion applicalrice mettant en acte l'habitus de foi, elle passe à l'état de vérité actuellement crue. La crédibilité impérée ou actuelle peut être donc consi­ dérée comme l’achèvement de l’ordre de la crédibilité, comme une crédibilité consommée. Avec la crédibilité consommée, nous avons achevé de justifier les quatre formes étagées de la crédibilité : la crédibilité simple, nécessitante, impérative, impérée ou actuelle. Si nous considérons ces degrés au point de vue spécifique, nous les voyons se partager en deux espèces irréductibles. La crédibilité simple est, en effet, de l’ordre naturel comme ses deux antécédents : le devoir de croire et la preuve rationnelle du fait de l'attestation divine. La crédibilité nécessitante, la crédibilité impé­ rative. la crédibilité actuelle ou consommée ne sonl.au contraire, que trois degrés d’intensité d'une seule et même crédibilité, la crédibilité surnaturelle, qui s’ac­ centue à mesure que le progrès du fonctionnement psychologique de l’acte de foi, sous l’action divine, voit s’affirmer de plus en plus urgents et immédiats les droits de la Vérité première. Il y a donc seulement deux espèces de crédibilité. Dans ces deux acceptions spécifiques, la crédibilité constitue une propriété de l'objet de foi relative à l’intelligence humaine, propriété analogue à la pro­ priété transcendantale de visibilité que développe l'essence divine vis-à-vis de l'intelligence du bienheu­ reux et que saint Thomas, Sum. theol., I», q. xn, a rangée parmi les attributs de Dieu, et à la propriété de cognoscibilité que l’être divin manifeste en regard de l’intelligence créée capable de connaître l’être univer­ sel. S. Thomas, ibid., a. 12. La crédibilité surnaturelle sera donc la propriété transcendantale que possède la révélation divine objec­ tive en regard de l’intelligence enrichie, ou en voie d’être enrichie, de la vertu de foi surnaturelle. La cré­ dibilité rationnelle sera la propriété transcendantale que possède la révélation divine objective en regard de l'intelligence naturelle. L’intelligibilité divine se proportionne par ces quatre propriétés : cognoscibilité naturelle, crédibilité ration­ nelle, crédibilité surnaturelle, visibilité, à l'effort con­ tinu de l’intelligence créée, soutenue par une illumi­ nation divine progressive, pour entrer dans la connais­ sance de l’Être divin, et assure ainsi la soudure des quatre ordres de connaissances par lesquels elle l’atteint: métaphysique, apologétique, théologie, science des bienheureux. I. S. Thomas, Sum. theol., I· 11·, q. vm, xi-xvu; Π· II·. q. ι-v; Quiestiones disp., De veritate, q. xiv, De fide; Salm:·Li­ censes, De fide, disp. 1. dub. V, S 3. η. 200 sq.; S. Antonin. Summa theol., part. IV. De fide, c. I, col. 425; Sylvius, In .Su m theol., IP 11·, q. t, a. 4, t·; Bafiez, In Sum. theol., U· U·.q. t. a. 4, dub. n, concl. 3·, 4·, col. 47; Conînck, Actus sup-.· isp. XIII, dub. il, n. 12, 15; Alexandre de Halés, Sum. th- . art. 111. q. Lxviii. a. 2; Poncius, Suppl, in comment. Scoti :n- ΙΠ. - 70 2211 Cr.ÉDIDILITÉ 2212 de crédentitê, qui, moralement nécessitant vis-à-vis de l’élection de la foi surnaturelle, veut être autorisé abso­ lument au point de vue de la moralité humaine. Tout acte qui ne procède pas de la vue certaine de mon de­ voir est un péché. Je ne puis m’imposer catégorique­ ment, sans esprit de possibilité de retour, un acte de soumission intellectuelle, surtout à une assertion qui concerne ma fin dernière obligatoire, comme je le fais dans le jugement de crédentitê, que si cette assertion m’est évidemment croyable. Et comme les grâces illuminatrices qui surnaturalisent le jugement de crédentitc ne font pas d’ordinaire la lumière sur ce que je dois croire, c’est à ma raison de mettre l’objet qui m’est proposé dans cette lumière où croire m'apparaîtra comme un acte souverainement moral. La crédibilité rationnelle devra donc être absolue par le côté ou elle conditionne le jugement de crédentitê, c'est-à-dire en tant que propriété pratique, mais d’un caractère pra­ tique spécial, ne l'oublions pas, puisque c’est un acte intellectuel absolu qu’elle garantit. 2° L’antécédent spéculatif de la crédibilité, la preuve IV. Particularités he la crédibilité rationnelle. rationnelle du fait du témoignage divin, considéré dans — La crédibilité rationnelle ou crédibilité simple de­ mande un examen spécial. Elle est située, en effet, au sa valeur intrinsèque, peut être relatif. De fait, la plu­ nœud de la psychologie tie l acte de foi, là ou s’entre­ part des motifs de crédibilité en sont là. En droit, il doit en être ainsi. Car. ce n'est pas dans un but de croisent l’illumination divine prête à le fonder surnaturellement, et les lumières rationnelles qui l'auto- : science spéculative et abstraite que cette preuve ra­ tionnelle est incorporée au processus de la genèse de risent moralement. Elle constitue, dans le genre crédibilité, l'une de ces espèces de transition qui dans l'acte de foi, mais dans un but pratique et concret. les sciences naturelles attirent davantage l’attention des Il s'agit de fixer intellectuellement une conscience éveillée vis-à-vis du devoir de croire sur ce que la savants à raison de la lumière que leurs caractères mixtes semblent appelés â projeter sur la genèse des êtres. parole d’un prédicateur lui représente en regard de ce devoir. Or, cette conscience sera fixée dans le sens de La crédibilité rationnelle, comme toute crédibilité, voir plus haut, col. 22(13. est une propriété pratique. l'affirmative si ses exigences en fait de preuves sont Elle ne résulte pas uniquement, comme une consé­ satisfaites. Mais rien de plus variable que ces exi­ quence logique, de son antécédent spéculatif, de la gences. Les esprits rigoureux sont en nombre infime, seule preuve du fait de la révélation divine. Mais, con­ et d’ailleurs de nombreuses causes subjectives peuvent formément à ce que nous avons exposé, col. 2204, elle limiter leurs exigences rationnelles. La rigueur aposuppose de plus, reconnu et accepté par la raison, ce dictique nous apparaît donc comme la limite d'une principe : ce que Dieu révèle, c'est un devoir moral force probante spéculative relative, exigible seulement de le croire. C'est sous cette majeure qu’elle conclut dans un cas donné. Pratiquement, elle est l’exception que la foi représente pour l’homme un bien honnête tout comme les suppléances totales de la preuve ration­ et dont la réalisation, toutes conditions de possibilité nelle de la crédibilité. Relative aux exigences intellec­ posées, s’imposera comme un devoir moral. On ne doit tuelles du sujet appelé à la foi, telle est la note de la donc jamais considérer la crédibilité rationnelle soli­ preuve rationnelle du fait de l'attestation, considérée tairement, dans son seul rapport spéculatif à la preuve dans sa valeur probante intrinsèque. du fait de l’attestation divine. 3"· Cette relativité n’a aucun contre-coup sur l'évi­ Mais il ne faut pas non plus supprimer cet antécédent dence de la crédibilité. Si la preuve rationnelle du fait rationnel. Sans doute, des suppléances même totales de l'attestation divine est vraiment proportionnée aux sont possibles et nous verrons que per accidens, lors­ exigences intellectuelles du sujet, elle ne laisse en lui qu’il n’y a pas moyen de faire autrement, elles s'im­ aucune prise à une opinion raisonnable contraire; posent. Mais nous parlons ici selon la loi ordinaire qui elle l’établit dans un état de certitude, qui pour n'ètre veut que la grâce ne perfectionne qu’une nature en son pas scientifique, n'en a pas moins le caractère d’une plein exercice. A ce point de vue, la crédibilité simple certitude spéculative et spéculativement fondée, qui n’est pas une propriété morale quelconque, comme celle, d'ailleurs est la seule dont il soit capable. Certain du par exemple, qui suffit à motiver moralement un acte devoir de croire à un Dieu qui révéle, certain d’autre d'aumône ou d’humilité. Ce qu'elle doit justifier, c’est I part, autant qu’il peut l’être, que Dieu révèle celte vérité, un acte d'adhésion intellectuelle. Or, un pareil acte ne l'homme voit avec évidence que cette vérité a droit à saurait se dispenser de garanties spéculatives. Il serait son assentiment, videt esse credendum, et c'est seule­ immoral pour un être rationnel de gager en aveugle ment parce que l’acte de foi divine dépasse sa capacité son assentiment rationnel. Sauf donc le cas, qui est naturelle, que, renfermé dans ses limites, il se borne â une exception, où Dieu lui-même, par des moyens à le déclarer apte à être cru, credibile. La valeur probante lui, fait pour ainsi dire la preuve, la véridicité du des deux prémisses est donc absolue en ce qui regarde témoignage humain qui, au nom de Dieu, présente les la manifestation de l’évidence de la crédibilité. vérités à croire, doit être soumise à un examen ra­ Dans le concret, des grâces actuelles prévenantes, tionnel. puis coextensives à tout ce labeur psychologique intel­ A ces considérations se rattachent plusieurs parti­ lectuel et moral, concourent souvent à la formation de cularités de la crédibilité rationnelle : valeur pratique l’évidence de la crédibilité et en sont la garantie supé­ intrinsèque, absolue; relativité possible intrinsèque de rieure. Ces grâces vont plus loin, car elles sont ordon­ son antécédent spéculatif considéré isolément; valeur nées à l’acte de foi lui-même, mais, en passant, pour absolue de l'antécédent spéculatif et de l'antécédent ainsi parler, elles complètent, par des renforcementpratique réunis sous la raison de motifs de crédibilité. surnaturels, ce qui pourrait manquer à l'objectivité des I» La valeur pratique de la crédibilité rationnelle est arguments qui prouvent la crédibilité. Au rebours de ce absolue, car elle est la garantie du jugement surnaturel qui se passe dans la formation de la foi humaine, s'il Sent.. 1. III. dist. XXV, q. n lot., n. 122-124; J. de Lugo. De fide divitia, disp. V, sect, n ; Seheehen, La dogmatique, 1. 1, c. VI, n. 42, "56 sq. ; Mazzella, De virtut. infusis, disp. 111. a. 6, I n. 7'i'J sq. ; Kilber. Tract, de fide, pari. II. c. 1, a. 1-2: Wilmers, De fide divitia, I. IV, c. I, prop. 71: Zigliara, Propœdeutica, 1. I, c. xvi sq.; de Groot, Summa apotog., q xx, a. 3; Billot, De virtutibus infusis, Proleg. de fide, S3, p. 201 sq. ; J. Didiot, Logique surnaturelle objective, c. it. sect, lit, a. 3; Hurler, Theolog. dogm, compend., t. I, n. 85 sq., 467. II. Salmanticenses, ibid.; Jean de Saint-Thomas. Cursus theol. de fide, disp. Ill, a. 2; Suarez, De fide, disp. V, sect. VIII, n. 12; disp. VI, sect. Vlll, n. 12-14; disp. IV, sect. 11, n. 8; Itipalda, De ente sup.. De fide divina, disp. XV, sect. 11, n. 39; sect, in, n. 50; sect, iv, n. 72; J. de Lugo, De fide divina, disp. XI, sect, t, n. 3, 25; Coninek, Act. supern.. disp. Xlll. dub. nt, n. 21 ; Schifllni, De fide divitia, disp. Ill, sect. Vlll, n. 156, p. 280 ; Scheeben, Dogmatique, t. I, c. VI, n. 799 sq. III. S. Thomas, Dr virtutibus in communi, a. 7. in corp. ; cf. Sum. theol., I* II·, q. xvu. a. 6. IV. Itipalda. De ente sup., De fide div., disp. VI. sect, v, n. 41, 42; G. de Valentia, De fide, disp. 1, q. i, p. i, S ”, 8; Mazzella, De virtutibus infusis, disp. Ill, a. 6, n. 749 sq. 2213 CRÉDIBILITÉ y a des erreurs spéculatives dans l’appréciation des motifs de crédibilité, ces erreurs ne rejaillissent pas nécessairement sur leur résultat, et il pourra arriver que l’on ait l’évidence de la crédibilité à la suite d'une preuve défectueuse, non certes par la vertu d'une telle preuve, mais par reflet de la grâce du Dieu véridique dont l’action fait prime dans la genèse de la foi. I. Peur l'évidence de la crédibilité : S. Thomas, Sum. theol., Il· II", q. i, a. 4, ad 2“·; cf. le commentaire de Cajetan: Ca­ preolus, In IV Sent., I. III. dist. XXXI-XXXII, q. 1, a. 3, S 2, ad 3··; Baùez.’fn Sum. theol., IP II*. q. 1. a. i.dub. III. conci., col. 49: Cano, De locis, 1. II. c. vm, S quarto prius, l. 1, p. 5357 ; Valentia, Comment, theol., q-1, p tv; Suarez, De fuie div., disp. IV. sect. H, n. 3-7; sect. V. n. 7: Granado, Comment, in Sum. theol., tr. Il, disp. Ill, sect. t. n. 3; De Lugo. De fide di­ vitia, disp. V, sect. 1. n. 3. p. 244: Ripalda. De ente sup., de pile div.. disp. VI, sect, v, n. 43, 48: Viva, Damnatœ theses ah Innoc. XI, prop. 49, 20. n. 12. p. 49: Patuzzi, De virtutibus theol., Ir. IV, § 5, n. 15, S tamen; S at vero hæc, p. 5: De .Marinis. Expositio comment, in D·· IT. q. v, c. vi ; .lean de Saint-Thomas, Cars, theol., de /Ide, q. t. disp. Il, a. 3, n. 45 sq.; Hurter, Theol. dogm. corn pend., t. i. n. 98; Vacant, De certi­ tudine assensus, etc., c. ni, a. I. p. 116: Schifiini. De virt. infu­ sis, disp. Ill, sect. vil. n. 450-152. p. 268. IL Pour la relativité de la preuve de l'attestation divine : S. Thomas, Sum. theol. Il- II*, q. vi, a. 4 : S. Bonaventure, In IV Sent., 1. Ill, diet. XXIV. a. 2, q. il, conci.; Capreolus, loc. cit. ; Baùez, loc. cit.. ad 3··: Th. Sanchez. Theol. mor., I. Il, c. I, n. 7; De Lugo. loc. cit., sect. n. n. 25, 36, 37; Paluzzi, loc. cit., c. 11. n. 44. 44. 45: Jean de Saint-Thomas, loc. cil.. n. 5 sq., p. 46; Lefranc «le Pompignan. n. 734 , 759, 849, Aligne, Curs. theol., t. vu. col. 4070: Kilber, Tr. de fide, part. Il, c. I. a. 2, Migne, Curs, theol., I. VI, col. 472; Vacant, Etudes sur la const. Dei Filius, η. 690 sq. ; De certitud. assensus, etc., loc. cit.; Scheeben, La dogmatique, 1. I, c. vi, s 4*2: Hurter. Theol. dogmat. comp., I. I, n. 469, § 4. 471, g G, p. 494; Schifiini, disp. Ill, sect. vit. n. 450-152; Billot, De virt. inf., thés, xvt, § 3, p. 300 sq. : S 4, p. 304; Wilmers, De fide divina, I. II. c. 1, prop. 22: Gardeil. La crédibilité et l’apologétique. 1. 1, c. lit; Bainvel, La foi et facte de foi, part. Il, c. n. S3. V. La démonstration m: i.a crédibilité. — La rela­ tivité de la force probante spéculative des motifs de crédibilité admet une exception. C’est lorsque les exi­ gences intellectuelles d'un sujet donné sont telles que la crédibilité ne peut être pour lui évidente que moyennant une démonstration rigoureuse du fait de la révélation divine. D'aucuns ont affirmé la nécessité absolue de cette démonstration, tandis que d'autres onl contesté sa possibilité. Nous devons donc examiner la question sous ces deux aspects contradictoires. I. LA DÉMONSTRATION DE LA CRÉDIDII.ITÉ EST-ELLE NÉCESSAIRE? — Celte nécessité peut être envisagée, soit en regard de la foi individuelle, soit en regard de la foi collective de l’Eglise. I» Au point de vue individuel, nous n’avons que fort peu de choses à ajouter à ce que nous avons dit plus haut, col. 2211 sq., à savoir : I. L’on ne doit pas me­ surer l’absolu de l’assentiment de foi divine à la force probante des motifs rationnels d’adhésion. — 2. Le but moral des motifs de crédibilité est atleint du moment que le croyant a l'évidence de l'aptitude d'une proposi­ tion à être crue de foi divine, évidence qui est celle d une donnée pratique très spéciale, requérant des mo­ tifs de l'ordre intellectuel, mais non des motifs néces­ sairement démonstratifs. — 3. Les raisons demonstra­ tives ne sont nécessaires que dans le cas d’exigences intellectuelles rigoureuses. — 4. Encore est-il que, dans ce cas, comme dans les autres, c'est l'illumination di­ recte de la Vérité première qui communique la certi­ tude spéculative absolue à l’acte de foi. L’absence de démonstration rigoureuse de la crédi­ bilité· n’autorise jamais le rejet de l’assentiment de la foi déjà accordé, car, entre l’évidence de la crédibilité et l’acte de foi, Dieu intervient, d’abord pour inspirer le jugement surnaturel de crédentilé dont le principal motil n’est pas l’évidence de la crédibilité, ensuite pour 2214 mouvoir la volonté au pius credulitatis affectus, enfin pour motiver l’acte de foi proprement dit. Une fois donc que l’évidence de la crédibilité a rempli son rôle pru­ dentiel de garantie morale dans l’ordre intellectuel, c’· st Dieu qui a repris l’œuvre de la foi commencée par lui et qui, directement, a inspiré la conviction de la foi, argumentum non apparentium. Ileb.. xt, 1. C’est à cause de cette conviction surnaturellement produite n nous par Dieu que le rejet de la foi est toujours cou­ pable. C’est ce que manifeste la lecture des propositions con­ damnées par Innocent XL La condamnation de la propo­ sition 20e, laquelle autorise le rejet de la foi antérieure­ ment acceptée, n’est que la conséquence de la condam­ nation de la proposition précédente, â laquelle elle est reliée par le mot him·, laquelle affirme que la volonté (surnaturalisée, évidemment, pius affectus consommé) ne peut rendre plus ferme l’assentiment de la foi natu­ relle que ne le comportent les motifs de crédibilité. Ce n’est donc pas la thèse de la relativité probanti? des motifs de crédibilité considérés dans leur teneur in­ trinsèque qui est condamnée, mais la prétention de faire passer cette relativité dans l’assentiment de la foi. La proposition 20e interdira de même de la faire passer dans la connaissance subjective, nolilia, du fait de la révélation, laquelle doit être certaine pour chaque sujet individuel, et produire en lui l’évidence rationnelle de la crédibilité. Et c’est, ce qu’a marqué à son lour le concile du Vatican, lorsque, aprèsavoir exposé les motifs de crédibilité dans toute leur force probante, avant de conclure à l’illégitimité du rejet de la foi contractée, il a intercalé ce passage : Cui quidem testimonio efficax subsidium accedit ex superna virtute, etenim beni­ gnissimus Dominas, el eos quos de tenebris transtulit in ad mirabile lumen suum, in hoc eodem lumine ut perseverent, gratia sua confirmat, non deserens, nisi deseratur. Le mot etenim appelle l’attention sur Ia vraie cause de l'illégitimité du rejet de la foi ; c’est la légitimité d'une conviction surnaturelle qu’opère dans l’âme la grâce de Dieu. L’expérience des âmes atteste, d’ailleurs, que ceux qui sont tentés d'infidélité, à cause de l'imperfection de leurs motifs de crédibilité, même au milieu des plus profondes ténèbres, éprouvent ce sentiment et entendent ce verdict intime de conscience, à savoir que, s'ils déser­ taient leur foi, ils feraient une mauvaise action. 2» Au point de vue de la foi collective de toute l’Église, l'urgence d’une démonstration semble s’imposer davan­ tage. En ellet, le fidèle, pour justifier l'insuffisance objective de ses motifs personnels d’adhésion, peut toujours en appeler aux motifs d'adhésion supérieurs de la collectivité dont il fait parlie, et c’est ce qu’il fait d’ordinaire en invoquant les lumières des majores qui font partie de l’Église et de l’Eglise elle-même. Pour que ce recours soit fondé, il semble que ces lumières doivent être telles que le bien fondé rationnel delà foi de l’Église soit au-dessus de tonte discussion, cequi ne peut être que si sa crédibilité est démontrée en perma­ nence. Nous répondrons par une distinction : à prendre la chose en elle-même, la foi de l’Eglise n’élant rien de plus, subjectivement, parlant que la somme des foi in­ dividuelles et dépendant, par suite et uniquement, de l’illumination divine et non des motifs de crédibilité, rien ne nous oblige absolument à admettre que la preuve scientifique et évidente de l’attestation divine lui soit nécessaire. Mais il semble cependant nécessaire, de celte nécessité qui relève de la suavité du gouvermment de la divine Sagesse, que quelques hommes aient reçu de Dieu la révélation des choses de foi, de telle sorte qu'ils aient eu l’évidence de leur révélation divine, et devinssent ainsi les docteurs attitrés des autres hommes. « Il est dans la nature de l'homme de sins- 2215 CRÉDIBILITÉ 221G divin ne peut avoir de vertu démonstrative, â l’endroit de la crédibilité, ou si la liberté et le surnaturel de l'acte de foi sont incompatibles aver une crédibilité dé­ montrée, il ne peut plus être question de cette démons­ tration. 1» Possibililé d'une démonstration de la crédibilité du côté du témoignage divin. — Toujours, la théologie a reconnu que le plus grand nombre des motifs de crédibilité n'ont qu'une valeur probable, suffisante pour mettre le commun des esprits dans l'état de certitude pratique qui légitime prudentiellement la foi, incapable de causer l'assentiment scientifique, ou d’oll'enser en quoi que ce soit le caractère spécifique du vrai de crédi­ bilité. Toujours, cependant, elle a réservé et mis à part, comme étant doués d'une efficacité plus grande en soi, les miracles et les prophéties. Dieu a voulu joindre aux secours inférieurs de l'Esprit-Sainl des preuves extérieures de sa révélation, dit le eoncile de Vatican, à savoir les effets divins, principalement des miracles et des prophéties, qui, en montrant clairement l’inlervention de la toute-puissance et delà sagesse infinie de Dieu, sont des marques de la divine révélation très certaines el adaptées aux exigences de tous les esprits. Const. Dei Filins, c. m, Denzinger, Enchiridion, n. 1639. C’est donc sur l’un de ces motifs principaux que nous devons faire porter l'épreuve de la possibilité d’une dé­ monstration évidente du fait divin de l’attestation. Pour fixer les idées, puisque aussi bien il est nécessaire de faire un choix, nous choisirons le miracle. La preuve par le miracle soulève deux difficultés : la première, qui n'est pas de notre ressort, a trail à s i possibilité ontologique, à la possibilité de son discerne­ ment d’avec les phénomènes analogues, â la possibililé de sa constatation par l'histoire; la seconde concerne sa force probante en matière de doclrine, nous nous atta­ cherons à la seconde, nous contentant de donner, rela­ tivement à la première, quelques indications de solution. Voir Miracle. 1. Première difficulté. — a) Le déterminisme nie la possibilité du miracle au nom de la nécessité des lois naturelles. — Solution. — Le déterminisme des lois na­ turelles est l’œuvre de la sagesse et de la liberté divines, el Dieu, pour un but supérieur, peut déroger aux lois qu'il a établies; le déterminisme absolu est convaincu d’erreur par le contingentisine que les derniers pro­ grès de la méthode scientifique regardent justement comme la condition naturelle des lois physiques. Cf. Poincaré, La valeur de la science, Paris, 1905; Duhem, La théorie physique, Paris, 1907, etc. L'ne fois dégagée du déterminisme absolu, la question du miracle de­ meure avant tout une question de fait : contra factum non valet ratio. b) Le contingentisme scientifique professe que les lois de la nature, telles que la science les formule, ne sont jamais qu’approchées. Elles sont donc toujours ouvertes à des exceptions. Sur cetle base le conlingentisme philosophique contemporain établit une théorie de l’indiscernabilité du miracle, lequel peut toujours être, à l’entendre, une des exceptions prévues par Pour la première conclusion on pourra consulter les ouvrages l’idée de la loi naturelle. Ci tte conception est appuyée indiqués col. 2213; Durand de Saint-Pourçain, In I V Sent.. I. lit, par quelques philosophes appartenant à la religion ca­ dist. XXVI, q. m. p. 224 ; Salmanticenses, Curs, theol., de fide, disp. I, dub. V,§3, n. 172: Suarez. De fide div., disp. IV, sect. V, n.7; tholique, sur certains textes des Pères de l’Eglise. par­ Wilmers, op. cit., I. 11. c. I. prop. 21, coroll. — Pour la seconde ticulièrement de saint Augustin, In.loa. Evang., tr. IX. conclusion : Cajetan, toc. cit.; Salmanticenses, Cars, theol., de η. I, P. L., t. xxv, col. 1458. — Solutions. — Le con­ fide, toc. cit., n. 169; Suarez, ibid. tingentisme scientifique n'est ouvert aux exceptions que dans certaines limites conditionnées par le point de vue n. possibilité ο'ι:μ: d é.voxsrdation de la cbédide chaque science, parses hypothèses, par ses emprunts IUt.lTÉ. La crédibilité rationnelle est, comme nous conscients ou inconscients à d’autres sciences ou théo­ l'avons dit, située enlre la preuve du témoignage divin ries, elles-mêmes relatives et hypothétiques : il n'a qui la fonde et l'assentiment surnaturel et libre de la foi dont elle est la condition. L’impossibilité d'une J aucun rapport avec des exceptions qui sont en dehors démonstration de la crédibilité ne pourra provenirque I de son point de vue et en dehors des hypothèses que suggère la science. Certains miracles pourront être du côté de ces antécédent et conséquent, auxquels elle critiqués par lui, mais non tous. Par exemple, la guéest essentiellement relative. Si la preuve du témoignage truire auprès des hommes, cl il est dans l’ordre de la providence de Dieu de gouverner les inférieurs par ceux qui leursont supérieurs. S’il n’est pas nécessaire qu'une époque déterminée ait cette évidence, il est nécessaire que l’Eglise l'ait ou l'ait eue : autrement, dans son quant-àsoi. l’Église ne serait pas, humainement parlant, certaine des choses de la foi. ne possédant parmi ses membres aucun témoin oculaire. Si, au contraire, ceux qui n'ont pas vu peuvent s'appuyer sur ceux qui ont vu, les uns et les autres vivent en toute sécurité dans la foi. en régie avec les garanties que suppose ce mot de saint Jean : Ce que nous avons vu, nous le témoignons et vous l annonçons. » Cajelan, In Sum. theol., II· 11®, q. ct.xxi, a. 5. n. 5. Les faits semblent appuyer cette manière de voir. Il était bien difficile au prophète, que l'on nous présente recevant immédiatement la révélation, de ne pas per­ cevoir évidemment, dans certains cas tout au moins, le fait de cette révélation. S. Thomas, Sum. theol., Il· II"·, q. ci.XI, a. 5 ; q. ci.xxil, a. 4; De veritate, q. Xll, a. I, ad 4“m. La bienheureuse Vierge n'a-t-elle pas eu, dans la conception miraculeuse du Christ, un motif de crédibilité évident de sa divinité '? De veritate, q. xtv, a. 9, ad 7"m. Saint Paul et Moïse, à entendre saint Thomas, ont eu des preuves directes dans des ravisse­ ments intellectuels, et satis congruenter nam sicut Moyses fuit primus doctor Judaeorum, ita Paulus fail primus doctor gentilium. Sum. theol., Il· II®, q. ct.xxxv, a. 3, ad I»™. Enlin le cas typique d'un prophète qui res­ suscite un mort en témoignage de sa parole n'a-t-il pas été le cas des apôtres en présence des miracles? D'où cette constatation de saint Thomas que tous les moyens par lesquels la foi nous esl parvenue sont au dessus de tout soupçon, suspicione carent, car nous ne croyons aux prophètes et aux apôtres qued'après le témoignage que le Seigneur leur a donné de la vérité de sa doclrine par ses miracles, et à leurs successeurs qu'autant qu’ils nous redisent ce que les apôtres ont laissé dans leurs écrits. De veritate, q. xtv, a. 10, ad 11·"”. Si la preuve démonstrative de la crédibilité n’est pas absolument nécessaire, même à la foi de l’Eglise, elle est cependant de la plus haute convenance du point de vue providentiel. Il ne faut pas d'ailleurs oublier que, selon le concile du Vatican, l’Eglise est par elle-même une preuve permanente, vivante et convaincante de la crédibilité de son enseignement. Ne serait-ce pas, entre autres motifs plus personnels, parce que, point de convergence de tousles motifs de crédibilité, ad solam enim Ecclesiam catholicam ea pertinent omnia, quæ ad evidentem /idei christiame credibili tatem tam mulla et tam mira divinitus sunt disposita, const. Dei Filius, c. m, elle peut toujours rendre compte ra­ tionnellement à tous ceux qui le demandent, et donc d'une manière démonstrative, là où cela est exigé, de la divinité de ses origines et de ses droits. Il semble bien que ce complément soit indispensable à la dignité de son divin magistère et à l'efficacité de son ministère universel. 2217 Cil ÉDI BI LITE 2218 rison de la belle-mère de saint Pierre pourra être inter­ me misisti. Joa., xi. 42. Dans le même ordre de choses, prétée comme une exception explicable, mais non la la guérison du paralytique est donnée comme signe du résurrection ad nutum, par un simple commandement pouvoir de remettre les péchés, Malth., ix, 6; Marc., Il, oral, d'un mort vraiment mort. Ce fait appartient au 10; Luc., v, 24: pouvoir qui vient d’être proclamé par domaine de l'observation brute antérieure à l'interpré­ les assistants n'appartenir qu'à Dieu. Marc., n. 7 ; Luc., v, talion des théories, se présente dans des conditions 21. On peut dire que le lien du miracle et de la vérité telles qu’il est logiquement impossible de le ranger de l'assertion qu'il confirme est fondamental dans parmi les faits scientifiques. Le conlingenlisme phi­ l'Evangile de saint Jean, v, 30: i.x.33; Xll,37;xv, 24, etc. losophique manque donc du fondement scientifique j Cf. const. Dei Filius, c. ill, Quare Moyses et prophetæ. qu'il revendique, lorsque,, transformant en doctrine La solution de saint Thomas est nette : ex hoc signe explicative universelle les théories hypothétiques de la convinceretur intellect us ridentis, ut cognosceret »mscience, cf. Duhem, op. cil., il nie a priori la discer­ nifesle hoc dici a üeo qui non mentitur. 11 s'agit bien d’une conviction intellectuelle et le saint docteur a du nabilité du miracle. — Sa doublure patristique, peu nourrie, et faite de textes triés, isolés des contextes, reste mis sa pensée hors de cause par les expressions interprétés à un point de vue moderne, subtil et non du contexte qui l'illustrent. Les démons qui sont, à soupçonné par les Pères, n'a aucune solidité objective. l'entendre, des témoins oculaires de premier ordre, On peut, par exemple, commenter le texte cité de saint vident mulla indicia ex quibus percipiunt doctrinam Augustin par le texte du serin, cxxvt, n. 5, L., Ecelesite a Deo esse quamvis res ipsas quas Ecclesia t. xxxix, col. 708. qui le reproduit et y ajoute des comdocet non videant. C’estdonc une perception équivalente menlaires qui réduisent à néant les conclusions qu’on à une vision claire. Dæmonum fides est quodammodo en tirait. On peut opposer des textes, en bien plus coacta ex evidentia signorum... Dæmones... coguntur grand nombre et formant une trame traditionnelle sui­ ad credendum ex perspicacitate naturalis intellectus. vie, de l'Ecriture. des Pères, de l’enseignement officiel Le miracle a donc, selon saint Thomas, une force pro­ bante nécessitante, comme léserait celle d’une démons­ de TEglise, devant lesquels il est étonnant que des ca­ tration. tholiques n'aient pas renoncé à leur invraisemblable thèse, surtout après que le concile du Vatican s’est Celle solution parait, au premier abord, difficile à prononcé si nettement. Const. Dei Filius, c. m, can. 3. concilier avec la nature de phénomène purement phy­ Cf. plus loin col. 2232 sq. sique qui est celle du miracle. Admettons que les mi­ <■) Enfin certaine critique historique, qui regarde « racles sont en rapport immédiat et nécessaire avec priori tout récit de miracle comme invraisemblable, la toute-puissance de Dieu, comme le dit le concile du Vatican : miracula et prophetias quæ cuit. Dei omni­ soutient l’impossibilité de la constatation et de la trans­ potentiam et infinitam scientiam luculenter com­ mission historique du miracle. Langlois et Seignobos, monstrent, quel rapport peuvent-ils bien avoir à la Introduction aux éludes historiques, 2e édit., Paris, vérité de la révélation? Ils sont aussi bien des indices 1899, p. 176 sq. — Solution. — Le miracle, s’il existe, de la sainteté du personnage qui les accomplit. Sum. est un fait comme les autres, constatable dans ses mo­ theol., Ill’, q. XLIII, a. 1, et, de fait, on voit saint Tho­ dalités sensibles, enregistrable dans des documents et, mas les considérer de cette manière dans plusieurs partant, transmissible. L'historien comme tel n'a pas de passages de la vie du Christ. Ibid., et a. 4. philosophie spéciale. Il doit reconnaître le fait brut s'il se présente avec des garanties historiquesqiii feraient d'un On répond que la jonction entre le miracle et la fait ordinaire un fait historique. L'interprétation méta­ crédibilité d’une doctrine s’établit par l'affirmation du physique ne le concerne pas. Or, si la mort d'un indi­ thaumaturge, qui déclare opérer le miracle pour la vidu donné peut être un fait historique, pourquoi la prouver. 11 n’en faudrait pas conclure que cette jonc­ tion dépend de la véridieité du témoignage du thauma­ résurrection sensible et la survie visible avec toutes turge et ne donne ainsi qu'une certitude morale. Tout les circonstances de ces événements, ne le seraient-elles pas? De Smedt. Principes de la critique historique, au contrahe, la preuve de la crédibilité par le miracle, Paris, 1883, c. Il, p. 35 sq. dans le cas considéré, a un caractère d'évidence expé­ Deuxième difficulté. — Saint Thomas a mis en scène rimentale et de nécessité métaphysique. la force probante du miracle en matière de doctrine En effet, l’affirmation du prophète et tout ce qu’elle dans un passage typique et que nous prendrons comme renferme : énoncé à croire, affirmation mettant cet thème. énoncé sous la garantie de l'attestation divine, présen­ ■ La volonté, dit-il, peut émouvoir l’intelligence à tation du miracle comme motif à l'appui de cette affir­ (assentiment de deux manières : d'abord, par l'elfet de mation, tout cet ensemble, dis-je, est un fait physique, la tendance de la volonté au bien : et dans ce cas, l'acte et accessible à l'expérience. De même, c’est un tait de foi est vertueux; en second lieu, par l’etlet d'une physique que l'apparition ad nutum du miracle. Or. conviction purement intellectuelle : l'intelligence juge ce deuxième fait physique est, par définition, en rela­ < n ce dernier cas que l'on doit croire à ce qui est tion nécessaire d etl'et à cause avec une intervention affirmé, bien que ce ne soit pas l'évidence de la chose efficiente libre de Dieu, en sorte que l'on peut considérer affirmée qui convainque. Si, par exemple, un prophète cette intervention hic et num- comme physiquement prédisait au nom du Seigneur un événement futur, et évidente. De ces deux faits physiques rapprochés l'un faisait la preuve de ce qu'il avance en ressuscitant un de l’autre, d’une part l’affirmation d'un prophète attes­ mort, ce signe convaincrait l'intelligence du témoin, tant qu’il parle au nom de Dieu et que Dieu va inter­ en sorte qu’il connaîtrait que ce que prédit le prophète venir pour l'appuyer, d’autre part l'intervention divine est manifestement dit par Dieu qui ne ment point; survenant, on conclut nécessairement que l’énonciation encore que l'événement futur qui est prédit ne fût pas du prophète est vraie. Car autrement, Dieu serait témoin en faveur d’une fausseté et d'un mensonge. < · ■ -identen lui-mêine : la raison d'être de la foi ne serait donc pas supprimée. » Sum. theol., 11“ Ilæ, q. v, a. 2. qui est métaphysiquement impossible. Celle explication Le cas n'est pas chimérique. Il semble être inspiré à | exclut tout élément moral : le témoignage y est pris ' < lettre du I. III des Bois. c. xm, comme le remarque lui-même comme un fait physique; elle rapprocl. Nicolai dans ses notes sur cet article, bien que le signe deux faits physiquement existants et conclut, en vertu utilisé par le prophète dans ce récit ne soit pas une d'un principe métaphysique, à savoir l'impossibilitresurrection. Si l'on veut un cas de résurrection, on a qu'il va pour Dieu à mentir, que, si le miracle a lieu, celle de Lazare qui est mise en relation dans l’Évan- ! l'énonciation est vérifiée. La non-vérification de l'énon­ gile avec la mission divine de Jésus, uteredant quia tu ciation du prophète est inconciliable, incomposs'b-.li.. 2219 CRÉDIBILITÉ avec 1'exislence objective el de fait du miracle. Ce sont deux positions physiques contraires et qui s’excluent nécessairement. Telle est la doctrine de saint Thomas sur la force probante du miracle en matière de doctrine : « Per­ sonne, dit-il, ne fait de véritables miracles contre la foi, car Dieu n’est pas le témoin de la fausseté. Quel­ qu'un, donc, qui prêcherait une fausse doctrine, ne pourrait faire de miracle. » In II Thés., c. il, lect. H. C’est sur elle qu’il fonde sa « démonstration de la divinité » du Christ. ■.< il ne peut arriver, dit-il. qu'un homme qui annoncerait une fausse doctrine fasse de véritables miracles, qui ne peuvent être que l’elfet de la puissance divine : car, ainsi, Dieu serait le témoin de la fausseté, ce qui est impossible. Puis, donc, que le Christ se disait Fils de Dieu et l’égal de Dieu, cette doctrine est prouvée par les miracles qu’il faisait; et, dés lors, les miracles qu’il faisait prouvaient sa divi­ nité. » Quodlib.,11, a. 6, ad 4“™; Sum. theol., 1I1“, q.xi.ni, a. 4. Et c’est sans doute à cause de l’immédiat de cette conclusion que le saint docteur rnet sur le même rang la force probante du miracle à l’égard de la puissance divine et de la divine vérité : « Le miracle, dit-il, est une indication divine de la puissance el de la vérité divines. » Quæst. disp., De potentia, q. vt, a. 5. C’est une signature, c’est le sceau même de Dieu. Sum. theol., Ill", q. xt.m, a. 1. On pourrait objecter le texte : Videntium enim unum et idem miraculum et audientium eamdeni prædicalionem quidam credunt et quidam non cre­ dunt, Sum. theol., Il·' llæ, q. vi, a. 1 ; mais,le contexte et les termes de ce passage témoignent manifeste­ ment que ce n'est pas une insuffisance de la preuve de la crédibilité qui est ici relevée, mais seulement l'in­ capacité de cette preuve, alors même qu’elle est suffi­ sante, de produire l’assentiment de la foi surnaturelle elle-même. Albert le Grand. In IV Sent., 1. HI. dist. XXIV, a. 2. ad 4"·; Suarez. De fide divina, disp. IV. sect, ni, iv; Salmanticenses. De fide, disp. II. dub. m, n. 59-81; Scheeben, 1m ilogm., t. i, c. vi, § 42. n. 748 sq., 755; Vacant, Études sur la const. Dei Filius, a. 99-103, t. u, p. 40 sq. 2° Possibilité de la démonstration de la crédibilité du côté de l’acte de foi. — Nous avons vu que l’aboutis­ sant de la démonstration par le miracle nécessitait l'adhésion de l’esprit. Comment celte nécessité toute naturelle se concilie-t-elle avec la liberté naturelle et la transcendance surnaturelle de l’acte de loi? La réponse à celte question est donnée dans le passage de saint Thomas que nous avons cité. Le témoin du miracle, dit-il, serait convaincu que l'assertion du pro­ phète est la parole même de Dieu qui ne ment point : hoc dici a Deo qui non mentitur. Il y aurait donc foi naturelle nécessitée et obligatoire, mais cette foi natu­ relle aurait pour objet non pas la vérité intrinsèque de l'assertion, mais l'évidence du fait de l’attestation divine et par suite l’évidence de la crédibilité, convinceretur hoc dici a Deo. Tant que la vérité qui ressortit au témoi­ gnage ne sera que la vérité qui ressortit au témoi­ gnage on ne pourra tirer rien de plus de sa force démonstrative; son dernier mot est : crédibilité néces­ sairement déduite et évidente. Il y a donc forcément de l'obscurité dans la proposi­ tion de la vérité révélée, quelle que soit l’évidence de sa crédibilité. La nécessité métaphysique de la véridicité du témoignage divin n’y peut rien changer renforcer les motifs d'adhésion à la parole de Dieu, ce n'est que renforcer les droits de l’obscur à être accepté par notre esprit : ce n’est pas l’éclaircir. Saint Thomas l’a dit : Convinceretur intellectus videntis ut cognosceret ma­ nifeste hoc diei a Deo qui non mentitur, licet illud futurum quod prædicilur in se evidens non esset. D'où, conclut le saint docteur, la raison d’être de la 2220 foi ne serait pas supprimée. En eifel, certain par une preuve extérieure que telle formule de la foi est vraie, j'ai encore à adhérer â cet objet dans tout ce qu’il est intérieurement. Qu'est-il intérieurement? Je ne le sais pas, mais Dieu le sait. Il me faut donc me tourner, avec respect et obéissance intellectuelle, vers ce Dieu qui sait ce que j'ignore, et adhérer à ce que j’ignore parce que Dieu le sail. Les démons n’ont pas ce second mouvement qui part de la spontanéité libre, d’une vo­ lonté sous l'empire de l'amour surnaturalisé de la lin dernière et de la règle supérieure de ses pensées. Ils en restent à la foi naturelle et contrainte d’un objet incom­ plet. Le fidèle, au contraire, fût-il pécheur, a cette adhésion intégrale et libre qui l'incline à croire de foi divine, sous l’inlluence de l'amour du Bien. Sum. theol., Il» llæ, q. v, a. 2, réponse aux objections. La démonstration rationnelle de la crédibilité n’est donc pas contradictoire à la liberté et au surnaturel «le l'acte de foi, pourvu que l’on entende la crédibilité dans son sens théologique d’aptitude d’une assertion à être crue de foi divine. Même démontrée croyable, l’asser­ tion révélée demeure obscure, et cette obscurité requiert nécessairement, pour être levée, une communication de la science de Dieu qui ne nous est pas donnée ici-bas. Mais la volonté droite et surnaturellement aidée peut et doit incliner l'intelligence à adhérer à la révélation toute entourée d’obscurité que le Dieu véridique nous fait de sa science. Cette adhésion au mystéredivin dans tout ce qu’il est en lui-même, à cause de la révélation divine, est la foi, sperandarum substantia rerum, argu­ mentum non apparentium. S. Bonaventure, In IV Sent., I. IV. dist. XXIV, a. 2. q. m, obj. 4, in corp., ad 4··: Cajetan, In Sum. theol., Il- H', q. v, a. 2; Banez, tn Sum. theol., II* IP, q v. a. 1, 2* conel., col. 421 ; Suarez, De fide divina, disp. Ill, sect, vm, n. 3; .lean de SaintThomas, Cursus theol., De tide, q. i, disp. Il, a. 2. n. 4 sq. ; a. 3. n. 10, p. 48; Boyvin, Theol. Scoti, De tide, q. Il, quæres 5; Salmanticenses, Cursus, De fide, disp. I, dub. v, S 6, n. 196.197 ; disp, lit, dub. i, n. 1-32; Siri, Universa thomistica theol., syntagma xi. q. u. De fidei pugna cum evidentia, col. 505; Ferré, De virtutibus, tr, de fide, q. iv, §3, p. 65; §9; Gonet, Clgpeiis. De fide, disp. I, a. 7; Hurler, Theol. compendium, t. i, n. 477, p. 503; Schiftini, De virtutibus infusis, disp. II. sect. IV, th. xn, p. 124; Bainvel. La foi et l'acte de foi, spécialement c. vu, VI. Les suppléances seujectives de la preuve de i.a crédibilité. — C'est un principe incontestable que les arguments ordonnés à un but pratique impressionnent différemment notre intelligence selon les différentes dispositions où elles nous trouvent. L'intelligence, en elfet, toutes les fois qu'il s’agit d’un but pratique, n'a pas â réaliser son égalisation propre à l’être des choses, mais elle doit bien plutôt apprécier et détermi­ ner le rapport de convenance d'un objet à l’appétition du sujet. Or, avec les dispositions changeantes de l'être humain, ce rapport varie sans cesse. Talis unusquisque est talis finis videtur ei, dit l'Ecole, écho d'Aristote et de l’expérience universelle. Ce qui est le bien du ver­ tueux, n’est pas le bien du criminel; à un homme fon­ cièrement honnête parleront toutes les délicatesses de l’honneur; on n’en pourraitdire aulantd’un aventurier. Aussi les dispositions dessujetsont leur retentissement dans les objets, elles les « teignent de leurs qualités ». comme dit Montaigne, elles émigrent pour ainsi dire, en masse, dans les objets qui nous flatten t, s’y installent, et deviennent autant d'amorces jetées à nosappélilions. S’il s’agit de vérité, quelle avance n'a pas sur toute autre une proposition qui nous agrée? Ainsi se ren­ force la puissance nue de la vérité de toutes les conve­ nances de l’ordre du bien, qu’elle offre à nos besoins et à nos convoitises. Car l’esprit n’est pas isolé dans l'organisme humain; c’est une de ses puissances, et, s’il a son objet propre qui est le vrai, toutes les fois que ce vrai recouvre un bien, l'homme tout entier est 2221 CRÉDIBILITÉ 2222 aux aguets. A un point de vue abstrait, ces influences a Qui n'a renconlré sur sa route de ces âmes sincères, tergo sont mauvaises ouvrières de vérité. Mais, il est I éprises du bien, fidèles à Dieu comme par nature, pré*au moins deux cas où, tout au contraire, leur action destinées à saisir partout les rayons de sa face, réagis­ s’exerce dans le sens d’un accroissement de. vérité. Ces sant sous son empire avec la ponctualité de l’aiguille deux cas sont d’abord le cas d’une vérité dont la portée qui sc tourne vers le pôle, fermées au mal, le regard est morale, et ensuite le cas d'une vérité dont la portée lucide à force d’être imprégné par des rectifications est surnaturelle. intérieures? Or, ces âmes, c'est surtout parmi les Si j’hésite sur la valeur morale d’un énoncé, rien ne simples, parmi les ignorants qu elles se trouvent. Elles peut davantage faciliter à mon regard intellectuel la vue ont comme un sens de la Beauté, de la Vérité, du Bien. du vrai comine la rectitude antérieure de mon état d’âme Et lorsque l'Evangile se présente à elles, elles vont à vis-à-vis des principes certains de la morale. L'habi­ lui comme à la lumière. Donnez-leur une garantie tude de la sincérité, la haine du mensonge, le dépouil­ tant soit peu sérieuse du fait de l'attestation divine, et lement des tins illusoires, l'amour des fins véritables, l'accent convaincu, l’attitude sainte du prédicateur suf­ la veritas vitæ, pour me servir d’un mot énergique de fisent. elles ne la discutent pas; la crédibilité renforcée saint Thomas, sont autant de dispositions morales dont de tout ce qui se remue en eux de moralité effective, le contre-coup se fait ressentir dans l’objet vraiment leur apparait évidente : elles sont conquises d’emblée. moral et exalte son aptitude à être ou à ne pas être Il y a en elles comme deux forces, venues de direc­ accepté comme tel. tions différentes mais non opposées, qui se rencontrent Si je me trouve en présence d une vérité de l’ordre el se combinent pour se fonder en une résultante surnaturel difficile à admettre, se peut-il rencontrer un unique et victorieuse. Le dogme est le point de leur meilleur adjuvant de ma docilité que l'action antérieure convergence et c’est lui qui s'impose à l’intelligence et vécue du surnaturel dans mon âme? N'y a-t-il pas, avec la toute-puissance convaincante d’un objet bon dans la correspondance habituelle aux sollicitations pour la foi, apte, à n’en pas douter, à être cru de foi divines, une réserve de lumière qui réserve l’acuité de divine. mon intelligence, ou encore la ferme, par une sainte 11 importe de noter que ces suppléances morales, si obstination, aux attraits de ces lumières troubles, enne­ elles sont souvent décisives, ne sauraient déterminer mies de Dieu, qui tirent â elles le regard de celui qui dans le détail les vérités à croire. Sans doute, en soi, est moins bien partagé? le bien coïncide toujours avec le vrai; mais nous pou­ 11 n'est pas douteux que ces considérations ne soient vons nous tromper dans l'appréciation de cette coïnci­ applicables aux vérités de la foi et que leur application dence. La crédibilité rationnelle ne saurait être sup­ ne manifeste des suppléances de crédibilité qui, pour plantée totalement par elles. Leur rôle est de l'ordre être subjectives dans leur origine immédiate, n’en sont moteur; c’est à la crédibilité rationnelle de déterminer pas moins légitimes ouvrières de vérité. objectivement l’objet à croire. Pour que leur interven­ La crédibilité, en effet, toute spéculative qu’elle soit tion soit infaillible, il faut que Dieu la dirige. C'est, du dans son fondement, à savoir la recherche et la preuve reste, ce qui ne manque pas d’arriver lorsque les âmes de l’attestation divine, est la propriété d'un objet dont ont eu une bonne volonté totale. Et c’est ici un second la portée est morale et qui relève de l’ordre surnaturel, ordre de suppléances, auxquelles nous devons donner d'autant plus d'attention qu’elles se mêlent souvent, l'objet de foi. La présentation de l'objet de foi, avons-nous dit, n’est dans le fait concret, aux recherches de la crédibilité les pasun phénomène isolé et comme erratique : elle vient plus rigoureusement entreprises. s’intercaler dans le processus d'une vie morale en exer­ « Si le Christ, dit saint Thomas, n'avait pas fait de miracles visibles, il resterait d’autres moyens d'an eaer cice; elle prétend lui ouvrir sur le terrain du surnatu­ à la foi auxquels les hommes devraient se rendre, rel de nouvelles issues, c’est-à-dire de nouveaux devoirs: devoir intellectuel d’obéissance aux manifesta­ d’abord l'autorité de la loi et des prophètes. Puis la tions spéciales de la Vérité première, principe premier vocation intérieure à laquelle ils ne devraient pas ré­ de notre puissance de penser; devoir moral de consen­ sister, cette vocation dont Isaïe a dit : « Le Seigneur tement â de nouveaux aspects du bien, en connexion « m'a ouvert l’oreille; et moi je n’ai pas dit non. je ne « recule pas, » comme ceux dont il esl dit ailleurs : avec notre fin ultime, raison dernière de notre puis­ « Vous, vous avez toujours résisté au Saint-Esprit. » sance de vouloir. Il est bien évident qu’une âme à la moralité intégrale sera plus accessible à cette présen­ Quodlibet, II, a. 6. tation qu’une âme fruste ou mal disposée. Or. l’éveil Il semble bien, si l’on pèse les termes de ce passage du côté de la fin ultime, de la règle première, des droits et le sens qui ressort de ces conjonctions : d’abord, de Dieu sur l’intelligence et la volonté constitue puis, qu’à défautdes signes de crédibilité extérieure, mi­ l'appoint foncier de cette moralité intégrale. Impuis­ racles ou prophéties, l’appel intérieur puisse, selon sante dans certains cas à se démontrer la vérité de saint Thomas, remplacer en certains cas les motifs de l'assertion proposée, l'âme moralisée lui accorde cepen­ crédibilité. Mais, au fond, il ne les remplace que parce dant toute son attention, car elle saisit tout ce qui se qu'il en est un lui-même, le plus direct et le plus effi­ joue d'important pour elle dans cette intervention d’un cace, car, continue saint Thomas, « parmi les œuvres Dieu qui parle : elle sent tout ce qu’il y aurait de cala­ que le Christ a faites pour prouver sa mission confor­ miteux à passer à côté de la parole d’un Dieu et, peutmément au texte : Si opera non fecissem in eis allocutions et encycliques, Paris, 1865, p. 173 sq. La passage déjà cité de l’encyclique du 9 novembre l'i". proposition 3' du même document met en évidence Ibid., col. 528-529. i influence de la grâce sur la recherche de la crédibi­ Le motif des décisions prises est que, sans les crît· · < lité. Loc. cil., col. 1021. A rapprocher de ces deux extrinsèques, nullus amplius remanet modus reilvs < ries de propositions la proposition 7e du Syllabus de discernendi revelationem veram a fictilia. Le s- r 1864. Le troisième document est fourni par le concile pro­ intérieur, le témoignage du Saint-Esprit sont, en · sujets à des illusions. C’est, de plus, la porte ou · r' vincial de Cologne de I860. Le c. v, De fidei el scientist 2235 CRÉDIBILITÉ 2236 Can. 4. Si quis dixerit miracula nulla fleri posse, prointoutes les défections sous le prétexte que la religion deque omnes de iis narrationes, etiam in sacra Scriptura catholique ne satisfait plus ni l'expérience intime ni le contentus inter fabulas et mythos ablegandas esse; aut mira­ sens religieux. Ibid. Dans les explications données à la commission théo­ culo certo cognosci nunquam posse, nec iis divinam religionis Christiana originem rite probari, anathema sit. logique par le rapporteur, .l.-B. Franzelin, S. .1., sur ce c. vu, on note la variabilité des motifs de crédibilité en Ce canon est dirigé contre les panthéistes et contre regard des exigences personnelles, mais on maintient certains Allemands dont Ms* Gasser a voulu taire les la nécessité, rnéme pour les ignorants, d'un motif de noms. Collectio Lacensis, t. vil, col. 56-57, et qui sont, crédibilité caplui accommodatum, toutes réserves faites d’après M. Vacant, Max Müller, Kuhn, Strauss. Études pour les suppléances divines nécessaires pour parer à théologiques sur la constitution Dei Filius, t. n, p. 56,57. l’imperfection de la présentation externe de la foi. Il Can. 5. .Si quis dixerit assensum fidei christian.v non esse est insisté sur ceci que ce chapitre est dirigé contre les liberum, sed argumentis humanae rationis necessario pro­ partisans du critère interne. Collectio Lacensis, col. 1622· duci aut... anathema sit. 1623. Dans la deuxième forme de la constitution De fide, Dirigé selon Mu' Conrad Martin contre Hermès, dont Je c. vu n'est plus et ne sera plus désormais qu'une les ouvrages avaient été déjà notés par l'index h· 7 jan­ partie du c. m de la première partie, la seule qui vier 1836 comme contenant des erreurs touchant les devint définitive. A partir de ce moment, on n’y fera motifs de crédibilité. Collectio Lacensis, t. vu, cul. 181. plus que des modifications accidentelles. Nous pouvons Cf. bref de Grégoire XVI. Denzinger, Enchiridion, n. 1187. donc passer à la cinquième forme qui est la forme Can. 6. Si quis dixerit parem esse conditionem fidelium actuelle. atque eorum qui ad fidem unice veram nondum pervenerunt, Dans le c. ni de la constitution De /ide catholica, la ita ut catholici justam causam habere possint, fidem, quam raison d’étre des motifs de crédibilité est énoncée en ces sub Ecclesiis magisterio jam susceperunt, assensu suspenso termes: «t nihilominus /idei nostræ obsequium rationi in dubium vocandi, donec demonstrationem scienlificam creconsentaneum esset, ou l’on a évité de reproduire le dibililatis et veritatis fidei sux absolverint, anathema sit. mot rationale obsequium de l'encyclique de 1846 et du Dirigé d'après Mti' Gasser, ibid., contre Hermès et c. vil, lequel est emprunté à saint Paul, mais a chez d’autres erreurs signalées par les évêques allemands. lui un sens littéral qui n’a pas de rapport avec la ques­ Ce seraient, d’après Vacant, loc. cil., p. 167. les erreurs tion de la foi. Les motifs de crédibilité y apparaissent : de l'indifférentisme condamnées par la proposition 15e 1° comrnedes preuves externes de la révélation adjointes dn Syllabas. par la volonté de Dieu aux secours intimes du SaintDans l’encyclique Æterni Patris, 4 août 1879, Esprit; 2» comme des faits divins, imprimis miracula Léon XIII ne lait que répéter la doctrine du concile du el prophetias ; 3» comme manifestations de l’ordre divin Vatican. H regarde comme l’un des usages normaux de dans l’ordre d’eflicience et d'intelligibilité et par suite; la raison la preuve dé la crédibilité et revient sur son 4° comme signes à la fois très certains de la révélation efficacité, particulièrement sur celle de l'argumentation divine et adaptés à la force intellectuelle de tous; qui considère l’Eglise elle-même comme motif de cré5” comme preuves tradiliia-nelles utilisées par Moïse, I dibilité. les apôtres et le Christ lui-inéme. Enfin le décret du Saint Office Lamentabili xanee.rilu L'expression célèbre dans la théologie, Sam. theol., du 4 juillet 1907 contient plusieurs propositions qui con­ Il» Ilæ, q. i, a. 6. ad 2““'. non crederet nisi rideret esse cernent, de près ou de loin, la crédibilité, parmi les­ credendum, du c. vil a été supprimée de la rédaction quelles celle-ci qui est la 25' : Assensus fidei ultimo définitive, mais uniquement parce qu'elle exprimait la innititur in congerie probabilitatum. Pie X. dans môme chose que ces paroles : licet autem fidei assen­ sus nequaquam sit motus animi cæcus, qui les sui­ I l’encyclique du 8 septembre 1907. reproche aux philo­ sophes catholiques modernistes de détruire, par leur vaient et qui sont demeurées : defendi possunt cer­ agnosticisme, les motifs de crédibilité, part. I. S I. tissime sed non sunt neccessaria, dit le rapporteur. Cf. Collectio Lacensis, col. 174, emend. 37. Viva, Damnatæ theses ab Innocentia XI; Milanle. Exerci­ tationes in propositiones Innocenti* XI. η. ix. p. 11'8 sq. ; Van Pour mieux justifier le canon 6’ qui définit que les Baust, Veritas in medio seu D. Thomas p· op* sitioncs prxfidèles n’ont jamais de justes raisons d'abandonner la damnans, § de fide, p. 105; Patuzzi, Theol, mor. de fide, c. n, foi qu’ils ont acceptée sous le magistère de l’Eglise, un n. 9, 10; Perrone. De locis theologicis, part. HI, sect. 1, c. i, dernier paragraphe enseigne qu'à l’Église catholique a. 2. S 2. De hermesianismo. dans Præleclioues theol., édit. appartiennent tous les signes quæ ad evidentem /idei Migne. t. n. col. 1355; Id.. Deflexions sur une méthode théolo­ chrislianæ credi bili latent tam multa el tam mira gique ihcnnes), dans les Démonstrations évangéliques de divinitus sunt disposita, et que l’Eglise elle-même, par Migne, t. XIV, col. 954 sq.; Vacant, Etudes thêulogiques sur la son étonnante propagation, par sa sainteté, parla fécon­ const. Dei Filius, t. Il,c. Ill, a. 98: Granderalli, Constitui, dog­ mat hæ, part. I, c. m. p. 81 sq. ; ScliilOni. De virtutibus infusis, dité des bonnes œuvres, par l’unité catholique, par sa disp. Ht. sect, vu, n. 146; Billot. De virtutibus infusis, c. xvn. stabilité invincible, est un grand el perpétuel motif de S 2. p. 296. crédibilité et un témoignage irréfragable de l’autorité de son message. X. La crédibilité dans L’Écriture sainte. — 1» An­ cien Testament. — La notion de la crédibilité ration­ Les quatre derniers canons du c. ni ont rapport à la crédibilité. nelle apparaît pour la première fois dans l’Exode, iv, 1-9 : Respondens Moyses ail : Non credent mihi, neque Caii. 3. Si quis dixerit revelationem divinam externis audient vocem meam, sed dicent : Non apparuit tibi signis credibilem fleri nun posse, ideoque sola interna cu­ Dominus. Les miracles de la baguette changée en ser­ iusque. experientia aut inspiratione privata homines ad fidem pent et de la lèpre guérie sont la réponse du Seigneur, moveri debere, anathema sit. ul credant, inquit, quod apparuerit libi Dominus Deus, Cette dëlinition est dirigée, dit le rapporteur Mor Con­ 5; si non audierint sermonem signi prioris, credent rad Martin, contre les partisans d’une vague sentimen­ verbo signi sequentis, 8. Ce passage a été utilisé par saint talité, Collectio Lacensis, t. vu, col. 184; contre les Jean Damascène et Innocent 111 pour donner l’idée protestants, contre les tenants de la 21· proposition de la crédibilité. Voir col. 2248, 2264. Les miracles sont condamnée par Innocent XI, contre les thèses des tra­ mis en relation avec la foi. Num., xtv, II. Quousque ditionalistes condamnées en 1810, d’après le rapporteur non credent mihi, in omnibus signis quæ feci coram Mor Gasser. Collectio Lacensis, t. vil, col. 87. eis. Délit., xm, 1, on apprend à limiter la preuve par 2237 CR ÉD1BIL1TË la prophétie et à juger du miracle par la doctrine; par contre, Dèul., xvm, 21, à l’objection tacite : comment puis-je juger que telle doctrine est parole de Dieu, Moïse répond : Hoc habebis signum quod in nomine Domini propheta illa prædixerit, et non evenerit, hoc Dominus non est locutus. Ces textes ont été utilisés pour la crédibilité par Rupert de Deulz. Voir col. 2260. Dans les Juges, vi. 17, à l'appel de l'ange du Sei­ gneur, Gédéon répond : Si inveni gratiam coram le, Ία mihi signum quod lusis qui loqueris ad me. L'ange se rend à son désir, un feu miraculeux consume le sa­ crifice; et Gédéon, videns quod essel angelus Domini ait : Heu! mi, Domine Deus, quia vidi angelum Do­ mini facie ad faciem. Au I. Ill des Rois, xm. 3; cf. xvm, 25 sq., à l'appui de la promesse de la naissance de Josias, in sermone Domini — expression répétée six fois dans le texte — le prophète annonce un miracle qui ^’opere aussitôt. Selon Nicolaï, se basant sur la concordance générale des circonstances et l'emploi de l’expression typique in sermone Domini, c'est ce passage qui aurait inspiré à saint Thomas son texte le plus décisif en faveur de la rigueur de la preuve de la crédibilité par le miracle. Sum. theol., 11“ II”, q. v, a. 2, édit. Nicolaï. Paris, 1663. p. 14, in margine. Isaïe, vu, 9, d’après la version de Théodotion et de saint Jérôme, a fourni le texle : .Visi credideritis, non inlelligetis ; cette version, acceptée par saint Chrysostome et saint Augustin, lut utilisée au moyen âge contre la recherche des raisons de croire; le texte de l’Ecclésiastique, xix, 4 : Qui credit cito levis est corde, a servi à définir le rôle prudentiel des motifs de crédibilité; la version de la Vulgate du Ps. xcti, 5, Testimonia tua cre­ dibilia facta sunt nimis, a été'citée comme formulant la crédibilité évidente, par nombre de théologiens. Saint Augustin lisait encore credita, au lieu de credi­ bilia, dans Vltala. Le sens du mot έπιστώβησαν que lisaient les Pères grecs se rend plutôt par fidelia. Le contexte du psaume semble indiquer le témoignage rendu à Dieu par les créatures. L’original hébreu veut tout simplement dire que les commandements ou les promesses de Dieu ne trompent pas. Cf. Ps. cxvm. C’est donc par pure accommodation, pour ne pas dire plus, qu’on applique ce texte à la crédibilité dont il est d’ail­ leurs une formule heureuse. 2° Nouveau Testament. — I. Les Synoptiques. — a) Saint Matthieu. — Dans la guérison du paralytique, le miracle est mis en relation avec l’affirmation du pou­ voir de remettre les péchés : Lit autem sciatis quia filius hominis habet potestatem in terra dimittendi peccata, tunc ait paralytico : Surge, elc.. Matth.. ix, 6, pouvoir qui vient d’étre déclaré appartenir en propre a Dieu. Marc., Il, 7; Luc., v, 21. L’incrédulité est blâmée a raison des miracles accomplis. Væ tibi Corozdin. Matth., xi, 21 sq.: xn. 41 ; cf. Luc., xi, 30. La marche de Pierre sur les flots est suivie de la confession : Vere Filius Dei es. Matth.. xiv, 33; cf. vm. 27. — b) C’est â joint Marc que nous devons le texte spécifique de la crédibilité : HH autem profecti prædicaverunt ubique, Domino coopérante et sermonem confirmante sequen­ tibus signis, Marc., xvi, 20 (ne pas séparer confirmante de sequentibus). Le texte, ix, 38 : Nemo est enim qui faciat virtutem in nomine meo et possit cito male­ loqui de me, formule à souhait le rapport nécessaire entre la vérité de la prédication évangélique et le mi­ racle accompli à son appui. — c) Saint Luc rapporte le motif de crédibilité donné par l’ange à la bienheu­ reuse Vierge : Et ecce Elisabeth... concepit in sene­ ctute sua, 1, 36. Après la résurrection du fils de la veuve de Nairn : magnificabant Deum dicentes : Quia pro­ pheta magnus surrexit in nobis. Luc., vn, 16. 2. Soinl Jean. — Son Evangile a une importance exceptionnelle pour la question â cause du caractère 2238 de formule de ses textes et du grand nombre de com­ mentaires des Pères et des théologiens auxquels ils ont donné lieu. — a) Très souvent le miracle est représent suivi de l’adhésion de la foi : Quia dixi libi : vidi te sub fieu, credis, I, 50; hoc fecit initium signorum Jesus in Cana Galilete... el crediderunt in eum discipuli ejus, n. 11 ; multi crediderunt in nomine e/'us videntes signa quæ faciebat, n, 23; cf. II, 22; multi crediderunt in emu Samaritanorum propter verbum mulieris testi­ monium perhibentis : Quia dixit mihi omnia quæcumque feci, iv, 39; cf. tv, 53; Tu quid dicis de illo qui aperuit oculos liais'! Ille autem dixit : Quia pro­ pheta est, ix, 17. — b) Les contemporains de Jésus voient une relation étroite entre le miracle et l’adhésion de la foi : Quod signum ostendis nobis quia hæc facis'! H, 18; scimus quia a Deo venisti magister; nemo enim potest hæc signa facere quæ tu facis nisi fuerit Deus cum eo, ill, 2; quod ergo tu facis signum, ut videa­ mus, et credamus libi! vi, 30; Christus, cum venerit, numquid plura signa faciei quam quæ hic facit, vn. 31 ; nisi essel hic a Deo, non poterat facere quidquam, ix, 33. — c) En présence de cette mentalité. Jésus a deux attitudes : a. il l’approuve : Ipsa opera, quæ ego facio, testimonium perhibent de me, quia Paler misit me, v, 36; cf. x, 25; sed ut manifestentur opera Dei in illo, ιχ, 3; si non facio opera Patris mei, nolite credere mihi, x, 37, 38; infirmitas hæc non est ad mortem, sed pro gloria Dei, ut glorificetur Filius Dei per eum, xl, 4; ut credant quia tu me misisti. Hæc eum dixisset, voce magna clamavit : Lazare, reni foras. xi. 42, 43; alioquin propter opera credite, xiv, 12; si opero non fecissem quæ nemu alius facit, peccatum non haberent, xv, 21; infer digitum tuum hue... et noli esse incredulus, sed fidelis, xx. 27. — Même atti­ tude pour la preuve par les prophéties : Scrutamini Scripturas... illæ sunt quæ testimonium perhibent de me, v. 39; si enim crederetis Moysi, crederetis forsi­ tan et mihi; de me enim ille scripsit, v, 46. — 6. II réprouve une foi qui ne serait fondée que sur ces si­ gnes : iVisi signa et prodigia videritis, non creditis, tv. 48; et il ouvre l’horizon de la foi spontanée et surnaturelle : Hæc testimonium perhibent de me, -sed vos non creditis quia non estis de ovibus meis, x. 26. Cf. des exemples de celte foi suivant la conviction produite par les signes : les Samaritains, jam non profiler tuam loquelam credimus, ipsi enim audivi­ mus et scimus quia hic est vere Salvator mundi, iv. 42; l’aveugle né, ix, 38; Thomas Didyme. xx, 29, aliud vidit et aliud credidit, dit saint Grégoire, hi Evang.. I. IL homil. χχνι, P. L., t. lxxvi, col. 1201. Par ailleurs, absence de celte foi, à la suite de ces arguments, v, 40; vin, 47; ix ;4I. Sa cause : cum autem tanta signa fecis­ set coram eis, non credebant in eum... propterea non poterant credere, quia iterum dixit Lsaias : Excæcavit oculos eorum, et induravit cor eorum, ut non videant oculis et non intelligant corde..., xn, 37-43, etc. De la comparaison de ces deux altitudes il résulte que les preuves naturelles de la crédibilité ont, selon (’Évangile de saint Jean, une valeur efficace en soi pour la crédibi­ lité, mais que la foi, non plus la crédibilité, demande en outre des dispositions du cœur et le don de Dieu. Fi­ nalement, la conclusion de l’évangéliste est que ces preuves prouvent : Multa quidem et alia signa fecit Jesus... Hæc autem scripta sunt ut credatis quia Je­ sus est Christus, Filius Dei, xx, 30, 31. 3. Les Actes et les Epilres. — Dans Act., n, 22, nous trouvons mise dans la bouche desaint Pierre, l’expres­ sion : Jesum Nazarenum, virum approbatum a Deo in vobis, virtutibus, et prodigiis, et signis, quæ fecit Deus per illum in medio vestri... Le miracle de Pierre. Act., m, 16, est donné comme une preuve de la vérité de la foi au nom de Jésus; cf. iv, 10, le prophète an­ noncé par Moïse, Act., ut, 21, 26; par Isaïe, vm, 25, 2239 CRÉDIBILITÉ 2240 phéties ou au témoignage de l’Eglise, ou encore en A noler, xm, 12, ce tour ■- s·. reclion. Car celui-là était plus digne de foi qui pou. ut dire : celui qui mangeait, buvait et a été crucifié, c'est lui qui est ressuscité. » In Act. apost-, homil. ni. t 3. P. G., t. l.x. col. 38. Cf. In Matlh., homil. xxix. G. t. lvii, col. 360; Sur saint Babylas, etc., n. 3, 4. P. G., 2247 CRÉDIBILITÉ 2248 t. !.. col. 588*539; In Joa., homil. txxxvn. G., Même idée dans l'ouvrage contre Julien. « Nous avons t. i.ix, col. 473. vu le Eils, comme un homme parmi les hommes, invi­ Conclusion îles textes sur les miracles : « Notre-Seisible avec le Père selon sa nature divine; visible ce­ gneur Jésus-Christ, admirable qu'il était par ses pré­ pendant aux esprits dans son unité avec le Père, par sa ceptes non moins que par ses miracles, est justement divinité et la grandeur de ses œuvres : car il accomadoré et cru Die u. » Sur saint Dabylas, etc., n. 2, P. G., plissaità même des miracles divins. » Cont. Jul., 1. X, t. L, col. 535. i P. G., t. i.xxvi, col. 1016. — A signaler, pour être com­ d) L’argument tiré des prophéties conclut chez lui de plet, dans ce même I. X, col. 1054, l'exigence d'un signe par l’interlocuteur Julien pour prouver la vérité énon­ la manière classique : « Comment oses-tu demeurer incrédule, après de pareilles démonstrations de sa puis­ cée. La réponse de Cyrille n'est pas favorable à celte sance, voyant d'une part les choses annoncées si long­ exigence, ce qui tient sans doute à ce que le signe temps d’avance, d'autre part leur réalisation parfaite, dont il est ici question veut être tiré des divinations sans rien d’omis? Ce ne sont pas là de nos inventions : païennes. Cyrille se rejette d'abord sur ce que la con­ nos témoins sont ceux qui ont reçu et conservé ces naissance de la vérité suit la foi. col. 1056; mais plus livres, nos ennemis. » Que le Christ est Dieu, η. Il, loin, il argue des témoignages des prophètes plus con­ P. G., t. χι,νιιι, col. 828. vaincants que les aruspices, col. 1057 ; ce qui, même e) Le grand miracle est d'ailleurs celui de la conver­ en ce passage, montre qu'il tient pour la preuve de la sion du monde : « Quelles sont donc les choses qu'un foi par ces signes. païen est obligé d'avouer, qu’il ne peut nier? — Que le Théodoret (·[· 458). — Sa Thérapeutique des maladies Christ ait fondé la race des chrétiens : il ne niera pas des Grecs met d'abord en lumière le caractère indé­ qu'il a établi les Églises à travers le monde. C’est de là pendant de la foi. La foi est l’œil qui regarde les que nous tirerons la démonstration de sa puissance, i1 choses divines, Serm., t, P. G., t. i.xxxm, col. 811: nous montrerons qu’il est vraiment Dieu. Ce n'est pas « elle est l'adhésion volontaire de l’âme; elle ne peut le fait d'un pur homme, dirons-nous, d’envahir un tel pas plus se passer de la connaissance que la connais­ globe, terre et mer, en si peu de temps, d’appeler à une sance ne peut se passer de la foi. » Ibid., col. 815-818. telle vie des hommes accoulumésà des inouirs absurdes, La foi précède, la gnose suit, col. 822 : « Ce que l'ai­ adonnés à une telle perversité... » Que le Christ est mant est au fer, la parole divine l'est à lame du fidèle.» Dieu, n. 1, P. G'., t. xi.vm. col. 814. Cf. In Act. apost., Serm., v, col. 923. « Si les pythagoriciens donnaient homil. i, n. 4, P. G., t. i.x, col. 19. pour toute preuve : le maître l’a dil, combien plus /) « Tout se tient dans l'œuvre de Dieu, prophéties, devons nous écouter Dieu, Serm., t, col. 806; si Platon miracles,établissement du christianisme, etc., et c’est la exigeait la foi sans preuve à des fables obscènes, il loi qui le fait voir, et c'est encore ici une contre-épreuve est bien plus juste de croire les apôtres et les pro­ de vérité. On reprochait à la foi de n'être pas une chose phètes que ne disent rien de fabuleux ni d'incroyable apodictiquement démontrable, bien plus, d’être une mais des choses dignes de Dieu, saintes et salutaires, » tromperie. Paul répond que c'est par la foi que se font col. 807. Suit le thème fondamental de l'ouvrage : Ce les grandes choses, non par les raisonnements. Comment qui empêche les Grecs de voir, ce sont des maladies, cela? Par la foi, dit-il, nous avons l'intelligence de l’arrogance, l'aveuglement, etc. — Mais, comme les l'organisation des siècles par la parole de Dieu, le visi­ Grecs reprochent aux croyants leur crédulité, prol., ble sortant de l’invisible. » hi Epist. ad Ileb., c. xi, col. 784, et de n’apporter aucune démonstration de leurs homil. xxii. P. G., t. i.xin, col. 154. dogmes, il faut, pour les guérir, réfuter cette calomnie Saint Cyrille d'Alexandrie (y 444). — Il utilise ordi­ et prouver nos paroles par des faits, col. 806. C’est nairement les miracles d'une manière spéciale, non poser la question apologétique. Ces faits sont : d'abord comme preuve de la crédibilité de la doctrine, mais les enseignements des philosophes eux-mêmes qui, comme preuve directe de la divinité de la cause qui les « dépouillés de ce qu'ils ont de nuisible, préparent la produit. Saint Thomas a relevé cette modalité, déjà foi, » col. 824-825 : puis ce sont les motifs de crédibilité : rencontrée chez Mélilon de Sardes, de la preuve de la supériorité morale du christianisme, la vie des chré­ saint Cyrille. Dans l’article où il prouve que les miracles tiens et spécialement des moines, l'efficacité de la doc­ du Christ suffisaient à établir sa divinité : Secundo, trine chrétienne comparée à la stérilité des philoso­ propter modum miracula faciendi : quia scilicet quasi phies, Serm., ni. col. 892; v. col. 951; xn, col. 1132; ex propria potestate miracula faciebat ...Per quod ostenla conversion du inonde obtenue avec une pauvreté aitur, sicut Cy ritius dicit, quod non accipiebat alienam admirable de moyens, Serm., v, col. 948; VI, col. 988; uirlulem, sed cum esset naturaliter Deus, propriam vin, col. 1009; ix, col. 1044; l'impuissance des lois virt utem stiper infirmos ostendebat et propter hoc innu­ persécutrices pour arrêter l’Évangile, Serm., ix, merabilia miracula faciebat. Sum. theol., 111“, q. xi.m, col. 1041-1045, et la toute-puissance des lois de simples a. 4. Cf. S. Cyrille, In Luc.,VI, 19, P. G., I. i.xxn,col.587. pêcheurs. Τοσαύτην εϊργάσαντο τών έθών μεταβολήν τών On trouve nombre de textes de même note dans les άλιεων οί νόμοι. Serm., IX. col. 1047. Enfin, l'accomplis­ fragments sur Matthieu et Luc. Mais c’est dans le com­ sement des prophéties que l’auteur résume avec force. mentaire sur l'Evangile de saint Jean, source de celte Serm., vi, col. 989. La preuve de la crédibilité ration­ doctrine, que se trouvent les plus significatifs : « Le nelle se présente donc chez Théodoret, à l'encontre de Christ ne rejette pas le témoignage de Jean..., mais ce qui existe chez Eusèbe, plutôt comme destinée à ayant affaire à l'obstination des Juifs, il passe à de plus guérir une faculté originellement faite pour voir et à fortes preuves et se manifeste plus clairement que par réfuter des calomnies des païens que comme une dé­ la voix d’un homme, par la puissance naturellement monstration. C'est là sa note originale. réservée à Dieu et l'éclat de ses miracles..., » In Joa., Saint Jean Damascène (y 750). — La synthèse dogma­ v. 34, I. Il, P. G., t. i.xxm, col. 397; même idée, v, tique le préoccupe plus que l'apologétique. Je n'ai ren­ 36, 37. 1. 111, col. 408; et, de plus : « Voici de quelle contré qu'un passage qui s’y rattache, mais il est par­ manière j'e-.time que cela prouve. S’il fait les œuvres fait: ce n’est pas parce qu’ils prêchaient et enseignaient du Père, si. ce qui convient au seul Père, il le fait par que le Christel Moïse étaient dignes de foi, car Maho­ sa propre puissance, n'esl-il pas manifeste qu'ils sont met serait lui aussi digne de foi, puisqu'il a enseigné identiques en nature? » P. G., I. i.xxm, col. 409. Cf. In et prêché. Ecoute ce qui a fondé la crédibilité de l'un Joa., x, 33, 1. VI, col. 1003; xv, 24, I. X, tj Θαυματουρet de l’autre. Quand Moïse lut envoyé par Dieu, il lui γοντι, P. G., t. i.xxiv, col. 416; In Joa., xiv, 8, 10, 11, répliqua : Je vais, mais ils me diront : Dieu ne t’a pas 1. IX, col. 204, 214, 216. apparu et il ne t’a pas envoyé, etc. Voir la suite plus 22 iO CRÉDI RIL1TÉ 2250 haut, col. 2236. Exod., ιν, I. Moïse ayant été envoyé en par la méthode d’immanence qui prétend aboutir >u cette manière lit ainsi, et à cause de ses actions on eut christianisme intégral, quoi qu’en pense M. Tunnel, Ter­ foi à ses paroles... Le Christ vint à son tour et prouva tullien, p. 29. C’est une prélace.dit justement Adhémar qu’il était envoyé par Dieu, se rendant digne de foi d’Alès, p. 3. C'est une invitation à faire le premier pas. non seulement par le témoignage de la prophétie de mais il faut ensuite, pour spécifier la foi surnaturelle, Moïse, mais par des signes, des prodiges, des miracles la connaissance de son objet propre, la vérité révélée, et variés. Disputatio chrisliani el Saraceni, ex Theodori la manifestation du témoignage divin qui seule peut Abuearæ concertationibus, ex ore Joannis Damasceni, déterminer la crédibilité de telle ou telle assertion. P. G., t. xciv, col. 1595. Saint Cyprien (-|-258). — 11 regarde l'accomplissement 2« Les Pères latins. — Helativement aux causes di­ des prophéties par le Christ comme un moyen adéquat vines, el aux dispositions subjectives, prière, vertus de le faire reconnaître pour ce qu'il est et déclare utile morales, etc., qui encadrent la recherche de la crédi­ pour former les premiers linéaments de la foi la lec­ bilité, nous trouvons des Indices assez complets à la ture du livre où il narre cet accomplissement. Testi­ fin de la Patrologie latine. Index de virtutibus, P. L., moniorum liber, prolog., P. L., I. tv, col. 677. Tout t. CCXX. col. 590 sq., ce qui n’existe pas pour la Patro­ le L II est la mise en œuvre de ce programme. Cf. Li­ logie grecque. D’ailleurs, pour la littérature apologé- ■ ber de idolorum vanitate, η. II. 14. Une reconnais­ tique des Pères, M. .Iules Martin, Apologétique tradi­ sance du Christ par la constatation de la réalisation tionnelle, 3 vol., Paris, 1905, a traité copieusement, et des prophéties, ordonnée ad prima fidei lineamenta même trop exclusivement, nous semble-t-il, ce point formanda, c’est bien la description d'une connaissance de vue. On trouvera dans cet ouvrage et au mot Foi les de la crédibilité de son mystère, Christi sacramentum. textes des apologistes afférents. Nous ne nous occupe­ A la preuve par la prophétie s'ajoute la preuve par la rons de cet aspect complémentaire du problème de la résurrection du Christ, ut vim divinœ majestatis osten­ crédibilité que chez les Pères théologiens et surtout deret. De idolorum vanitate, η. 14. La preuve par le chez saint Augustin, où il a une importance si excep­ témoignage du martyr, qui veritatis testis esl, a peuttionnelle que la séparation est difficile et serait préju­ être inspiré le mot de Pascal sur les témoins qui se diciable. font égorger. Dolor, qui veritatis testis est, admovetur, Tertullien (243). — Ce serait une erreur que de re­ ut Christus Dei Filius, qui hominibus ad vitam datus gardin' le texte connu de Tertullien : El mortuus est creditur, non tam præconio vocis, sed el passionis tes­ Filius Dei : prorsus credibile est quia ineptum, De timonio praedicaretur. De idolorum vanitate, n. 15, carne Christi, c. v, P. L., t. Il, col. 761, comme l’ex­ P. L., t. iv, coi. 582. pression totale de sa pensée touchant la crédibilité. Ce texte nous ouvre les perspectives documentaires D'abord, il est manifeste que ces paroles sont, en ce des Actes des martyrs, où nous trouverions épars de passage, une réminiscence du Stulta mundi elegit, nombreux éléments en rapport avec la notion de crédi­ cf. ibid., c. ιν, et donc doivent s’entendre avec les mo­ bilité. Nous ne pouvons qu'indiquer le filon, sans entre­ dérations que comporte l’exégèse de tout paradoxe. prendre de l'exploiter. Cf. dom Leclercq, Les martyrs, Puis, ce n’est pas tant pour l’ineptie en général que Paris, 1903. En ce moment même une controverse Tertullien réclame la foi; c’est pour la vérité de la chair est ouverte sur la portée de ce témoignage pour ta du Christ, et cela à cause de l’utilité de cette croyance. crédibilité. Cf. Labertlionnière dans les Annales de phi­ Voir le contexte. Cf. inepta, attamen utilia, si qui­ losophie chrétienne, septembre 1906. Voir Martyrs. dem meliores, fieri coguntur. Apologet., c. xi.ix,/’. Lactance(325). — Que Laclance mérite tout le dédain t. t, coi. 528. En réalité, comme le conclut d’une en­ irrité dont l’accable M. .1. Martin, L'apologétique tradi­ quête approfondie M. Adhémar d'Alès, dans la pensée tionnelle, Paris, 1905, I. I, p. 227 sq., 281, ce n'est pas de Tertullien, l'adhésion à la religion chrétienne est un le lieu de l’examiner. Sa notion de la crédibilité est la acte éminemment raisonnable. La théologie de Tertul­ notion traditionnelle : ad veram nobis religionem sapienliamque veniendum esl, quoniam est, ut docebo lien, c. t. S 5, Paris, 1905, p. 33. Sans doute, la foi a, selon lui, un objet incompréhensible et connu de Dieu utrumque conjunctum; ut eam vel argumentis, vel idoneis testibus asseramus el stultitiam... ut nullam seul. Apologet., c. xvn. Elle est un don qu'on peut re­ pousser. De patientia, c. ni, P. L., t. i. col. 1254. Pour penes nos, sic totam penes ipsos esse doceamus, hi'. y croire, il faut écouler les hommes inondés de l’Esprit insl., I. III. c. xxx. P. L., t. vi, coi. 446. La disjunctive vel argumentis vel idoneis testibus convient fort bien divin que Dieu a envoyés pour prêcher le Dieu unique. Apologet., c. xvm, P. J.., t. i. col. 377 sq. Mais leur té­ aux deux sortes de vérités, vérités philosophiques -t moignage est corroboré par les prophéties. Idoneum, opi­ mystères révélés, qui intègrent l'objet de foi. I.’idonéitnor, testimonium divinitatis, veritas divinationis. Apo­ du témoignage du Christ est établie par les miracles et les prophéties : Disce igitur si quid libi cordis esl, mm loget., c. xix, P. L., t. I, col. 391. Les miracles, à leur tour, prouvent la divinité du Christ. Virtutes spiritum solum idcirco a nobis Deum creditum Christum quia Dei, passicnes carnem hominis,probaverunt. De carne mirabilia fecit; cf. ibid., I. IV, c. xv. coi. 491 ; sed quia vidimus in eo esse omnia quæ nobis annuntiata Christi, c. v, P. L., t. n, coi. 762; Apologet., c. xxvi, P. L., t. i, coi. 400. Le témoignage des démons les sunt vaticinio prophetarum. Fecit mirabilia : magum appuie. Apologet., c. xxi-xxm, col. 403 sq. Les mœurs putassemus... sinon illa ipsa factyrum Christum pro­ des chrétiens et leur martyre témoignent dans le même phétie omnes uno spiritu prtedicassent, etc. Div. instil., 1. V, c. m. P. L., I. vi, coi. 561 ; cf. L IV, c. x, sens. Apologet., c. xxxix.col. 468; c. χι,ιχ,ι., col.528sq. Cf. d’Alès, loc. cit.; Tunnel, Tertullien, Paris, 1905, xi, coi. 470, 476. A ces preuves de fond, Lactance ajoute p. 1-42. Le témoignage divin a d’ailleurs comme des l'héroïsme des martyrs, le miracle de la conversion du anticipations dans le testimonium animæ naturaliter monde, la réfutation des fausses religions et des faus-es christianæ. Apologet., c. xvn, col. 377. Ce témoignage philosophies. Pour les références de ces titres, cf. J. Martin, loc. cit. ne porte pas sur les dogmes surnaturels proprement Arnobe (327). — Arnobe a vigoureusement exprim dits, ni sur les points historiques du dogme, mais seu­ lement sur les vérités que la raison peut atteindre ou le l’idée de la crédibilité extrinsèque : le miracle a y. ir ., cœur plus ou moins vaguement désirer. C’est dans ces but : ut homines duri atque increduli scirent limites qu’a lieu la coïncidence. Si on lit sous le béné­ esse quod spondebatur falsum, a) Le miracle s'adresse aux incrédules; b) il produit en eux une connais- nce fice de cette remarque le De testimonio, P. L., t. i, rationnelle vraie, scirent; c) dont l'objet est la noncol. 607, on se convaincra que la pensée de Tertullien n'a rien de spécifiquement commun avec VApologélique fausseté d'une assertion. C'est complet. Adi. gent., 1. I, CRÉDIBILITÉ n. 47, P. L.. t. v, col. 779; cf. n. 42, col. 772; n. 45,46, c. in. n. 21. P. L., t. xiv, col. 428. Mais, cette affirma­ col. 775-779; 1. 11. n. 11. col. 826; n. 34, col. 863. Il tion faite de la foi d’autorité, le saint docteur admet, s’est posé le problème de la vérification des miracles pour ceux qui n'en sont point encore là, une intelli­ anciens et l’a résolu par l'autorité de la tradition histo­ gence préliminaire, basée spécialement sur les miracles : rique : Sed non creditis gesta liæc. Sed qui ea conspi­ Intellectus ergo datus est etiam his qui perfectam cati sunt fieri... lestes optimi, cerlissimique auctores, sapientiam non haberent, dum muli loquuntur, mor­ et crediderunt hæc ipsi, el credenda posteris nobis tui ressuscitante)·. His enim signis intellectum est ab haud exilibus eum approbationibus tradiderunt, etc. his qui rudes erant et adhuc quasi in cunabulis fidei Instil., I. I, η. 54; cf. η. 55. P. L., t. v, col. 792-793. constituti, ut erat populus nationum, ipse venisse qui Si saint Augustin qui a un mot approchant : vera­ exspectabatur. In Ps. cxvm, sect, xvn, n. 8, P. L., cissimis libris, ne fait jamais appel à l'autorité histo­ t. xv, col. 1443. Cette preuve a la portée d’une manifesrique des Évangiles pour prouver l’existence des mi­ ; talion évidente : Dominus autem salvos volens facere racles, Tunnel, Histoire de la théologie positive, 1. I. peccatores, et occultorum cognitione Deum se esse de­ c. I, p. 12. telle n'est pas l'idée d’Arnobe : témoins monstrat, et admiratione factorum... In Luc., I. V, oculaires et excellents, historiens très sûrs, qui ont cru n. 12, cf. 13-15, P. L., t. xv, col. 1639. Elle est carac­ eux-mêmes sincèrement, et ont transmis leurs preuves, téristique de 1'Evangile : Interrogatus de se, non verbo rien ne manque dans ce texte pour parfaire le concept aliquo, sed factis se esse signavit. Ile, inquit, nuntiate de la tradition historique. Ceux qui de nos jours pro­ Joanni, quæ audistis et vidistis ; cæci vident... Ergo non cèdent par cette voie pour atteindre la crédibilité ra­ humanae ista set! divinae virtutis insignia sunt, cæcis tionnelle peuvent donc se réclamer tout au moins perpetuae nodis tenebras aperire, etc. Hæc, ante Evan­ d’Arnobe. gelium, vel rara vel nulla. In Luc., I. V, n. 99 sq., Saint Hilaire (366). — L'Index des œuvres de saint P. L., I. xv, col. 1663. Et l’on est un impie quand on Hilaire, P. L., t. x, col. 953 sq., nous offre les éléments s’y soustrait : A'os vero impii, qui divinitatis fidem, d'un traité complet de la foi. L’auteur insiste sur son miraculis operum colligendam, contemplatione corpo­ caractère de don, sa liberté, son indépendance vis-àris negabamus. In Luc., L IV. n. 45, P. L., t. xv, vis de la raison. La foi précède la raison; elle peut col. 1626. C'est la part faite aux dispositions morales. demander cependant la démonstration de la chose Et c’est bien le témoignage divin qui est directement crue. Il s’agit dans ces deux affirmations de la raison l'objet de la preuve par le miracle: .Von interfuimus théologique. L’œuvre spéciale d'Hilaire ne comportait cum a Patre Dei Filius nasceretur : sed interfuimus pas une étude de la crédibilité. Cependant il est facile cum a Patre Dei Filius diceretur. Si Deo non credi­ de reconnaître qu’il professait la doctrine commune mus, cui credimus? Omnia enim quæ credimus, vel sur l’évidence rationnelle de la crédibilité. H fait appel visu credimus vel auditu : visus sæ/æ fallitur, audi­ aux miracles pour justifier la foi en la naissance du tus in fide. est. An asserentis persona discutitur? Si Eils du Dieu. Volens itaque Filius nativitatis suie viri boni dicerent, nefas putaremus non credere; fidem facere, factorum suorum nobis posuit exem­ Deus asserit, probat Filius, refugiens sol fatetur, plum... cum aqua fit vinum, cum quinque panes sa­ tremens terra testatur. In Luc., L IV, n. 71, P. L., turatis quinque millibus virorum... Habueras in t. xv, col. 1654. La crédibilité en résulte : Testis doexemplo operationum, ut crederes Deum efficere ctrinæ virtus est, ut quia quad praedicatur, incredibile posse, quorum intelligere efficientiam non possis. De mundoesl, gestis fieret credibile. In Epist. ad Hani., Trinitate, I. 111, n. 18, cf. 20, P. L., t. x, col. 86. II c. t, P. L., t. xvn. col. 50. On ne peut rendre en termes prélude au célébré dicton de Richard de Saint-Victor, plus exacls la notion de crédibilité rationnelle extrin­ en rejetant sur Dieu, s'il se trompe, l'erreur de sa foi : sèque. A rapprocher ce passage de l'Ambrosiaster : Ma­ Quid me miserum de te fefellisti... Decepit me post nifestum est quia semper in Deo est veritas, hoc esl : rubri maris divisionem gloria descendentis de monte Amen, mani/estata per Christum, post, per apostolos Moysi... Huic ego de te verbis tuis credidi. Perdidit prædicata ad gloriam Dei, signorum virtutibus testi­ me repertus secundum cor tuum David. De Trinitate, monium perhibentibus vera esse, quæ promisit Deus 1. VI, n. 20, col. 172. A propos du texte : Tanto tem­ per Christum Dominum nostrum. In Epist. II ad pore vobiscum sum ; et non nostis me, Philippe, il Cor., c. t, 20, P. L., t. xvn, col. 280. se demande sur quoi est fondé le reproche du Sauveur, Saint Jérôme (f 420). — Il n’a pas de théorie sur et il répond : Cum enim va quæ gereret propria Deo les rapports de la foi et de la raison : c’est un témoin d'autant plus impartial et plus objectif des idées cou­ essent, calcare undas, jubere ventis, ininlellecla de­ rantes de son temps. H lui échappe, dans ses commen­ mutatione vini, incrementoque panum cum gestorum taires, des vues qui reproduisent la doctrine commune fide gerere, fugare domiones..., vitam mortuis reddere, de la crédibililé extrinsèque. 11 paraphrase ainsi le et hæc agere carnalem et Dei se Filium inter ista protexte d’Isaïe : Quæ prima fuerunt, ecce venerunt, fitentem, hinc querelle omnis orta conquestio est- De XLll, 9, Quæ loculus sum, quæ per Moysen propheTrinitate, I. VII, n, 36, col. 230. On remarquera la tasque pollicitus sum, universa completa sunt. Hunc mise en relation du témoignage avec le miracle : Dei se auleni annuntio vobis Evangelium, vocationem gen­ Filium inter isla profitentem, qui développe la notion tium, passionem Christi, novitatem fidei : ut quo­ très précise du verum credibile ex testimonio mira­ modo priora cernitis rebus expleta, sic et ea quæ culis confirmato. - Le commentaire sur les Psaumes nunc polliceor credatis esse ventura. In Is., I. XII, est d'un bout à l'autre une argumentation en faveur de c. l.n, P. L., I. xxiv. col. 423. C'est la crédibilité la divinité du Christ tirée des prophéties. La foi en prouvée par l’accomplissement des prophéties. l'avènement du Messie dans le Christ est selon saint Ailleurs il la prouve par les miracles : Eeque enim Hilaire la clef même de l’intelligence des Psaumes. In potuissent omnes gentes in tam brevi tempore cre­ hbr. Ps., prolog., n. 5. 6. P. L., t. tx, col. 235 sq. dere nisi signorum miraculis fides eorum esset quo­ Saint Ambroise (~ 397). — Il revendiqué énergique­ dammodo extorta. In Is., I. XVIII, c. l.xvt, P. L., ment l'indépendance de la foi vis-à-vis des arguments t. xxiv, col. 650. A l’appui, plusieurs brèves remarques philosophiques : Aufer hinc argumenta ubi fides du commentaire sur saint Matthieu : ut per virtutem quaeritur, etc. De fide, I. 1. c. xm, P. L., t. xvi, miraculi prælerilus apud audientes sermo firmetur. col. 548. Il ne veut pas. dans l’acte de foi. que l'on In Matth., vin, I, P. L., t. xxvi, col. 50. — Ostende demande raison de sa foi au Seigneur : Etenim quam te sacerdotibus... ut mundatum videntes leprosum, aut indignum ut humanis testimoniis de alio credamus, crede· eut Salvato· i, aut non crederent. Si crederent, Dei oraculis de se non credamus. De Abraham, 1. 1, 2253 CRÉDIBILITÉ 225ί salvarentur; si non crederent, inexcusabiles forent. cedit fidem, η. 3, P. L., t. xxxm, coi. 453, si l'on a Ibid., coi. 51 ; cf. ibid., c. ιχ, 3-6, coi. 55. — Arguit in hoc égard au contexte, ne parle pas formellement de la loco Porphyrius el Julianus... stultitiam eorum qui slacrédibilité. Cf. Episl., cxx, n. 4, § quoniam si a me tim secuti sint Salvatorem, quasi irrationabiliter quem­ infidelis, P. L., t. xxxm, col. 454. Plus clair : nullus libet vocantem hominem sint secuti, cum tantos vir­ quippe credit aliquid, nisi prius cogitaverit esse cre­ tutes, tanlaque signa præcesserunl, quæ apostolos dendum. De pried. sanet., c. n, n. 5, P. L., t. xlv. antequam crederent, vidisse non dubium est. In coi. 963. C'est l'origine du non crederet nisi videret Maith., 1. 1, c. ix, 9, P. L., t. xxvi, coi. 56. C'est la cré­ esse credendum de saint Thomas. dibilité rationnelle dans les termes mêmes, comme le c) Les deux ouvrages qui mettent en lumière la pen­ montrent les expressions : quodammodo extorta; sée de saint Augustin sur ce sujet sont le traité De fide inexcusabiles forent; irrationabiliter; quæ apostolos, rerum quæ non videntur, P. L., t. xl, col. 471, et la antequam crederent, vidisse. lettre cxlviii ou Liber de videndo Deo, P. L., t. xxxm. Saint Augustin (f 430). — a) Il nous a retracé luicol. 596. La question est posée sur son véritable aspect, méme le chemin qu’a suivi son esprit dans l'acquisition de l’aspect prudentiel, et est résolue par la notion d'une vé­ la notion de crédibilité. Il vient de loin, car, au début, rité extrinsèque, dès le début du premier de ces livres : sa disposition mentale est de n’admettre que des certi­ Nos ergo ad hos refellendos qui prudenter sibi viden­ tudes équivalentes aux mathématiques : Quod septem tur nolle credere quod videre non possunt, etsi non et tria decem sint. Confess., 1. VI, c. ιν, η. 6, P. L., valemus humanis aspectibus monstrare divina quæ t. xxxn, col. 722. Mais bientôt il remarque à combien credimus, tamen humanis mentibus etiam illa quæ de choses il croit qu'il ne voit pas : quæ nisi crede­ non videntur credenda esse monstramus, n. 1. Il le rentur omnino in hac vita nihil ageremus, ibid., c. V, montre en effet par deux arguments, le premier tiré η. I; de là, passant aux Livres saints, il demeure per­ de l'impossibilité de se passer de la foi, n. 4; voir suadé que ce ne sont pas ceux qui croient à ces livres col. 2253; le second tiré des indices visibles qui ma­ reçus dans toutes les nations qu'il faut blâmer, mais nifestent l’autorité du magistère de l’Église, n. 5, plutôt ceux qui n’y croient pas. Ibid., n. 7 Car, il n'a col. 174. Le principal est l’accomplissement des pro­ jamais douté que Dieu s'occupât des choses humaines phéties, n. 7, col. 176, spécialement dans le miracle de et. parlant, il en vient à croire que Dieu n'aurait pas la conversion du monde. Ibid., et n. 10, col. 179. Leur accordé une telle autorité aux saintes Lettres s'il ancienneté est garantie par les Juifs. n'avait voulu qu’on crût à lui par elles. Ibid., n. 8. Le Liber de videndo Deo n'a pas. à vrai dire, de rap­ D'ailleurs, ayant entendu les explications, selon le sens port direct avec la crédibilité. Saint Augustin se pro­ spirituel, de saint Ambroise, il rapportait à des sens pose d’enseigner à être bon juge des écrits, y compris mystérieux les absurdités qui le choquaient, eoque des siens, lorsqu’ils concernent des choses qui échap­ mihi illa venerabilior et sacrosancta fide dignior ap­ pent aux sens, de peurqu’on ne croie témérairement ce parebat auctoritas, quo et omnibus ad legendum esset qui n’est ni évident, ni confirmé par les Écritures ca­ in promptu, et secreti sui dignitatem in intellectu noniques, n. 5, P. L., t. xxxm, col. 599. La règle qu’il profundiore servaret, c. v, n. 8. Dieu et l’exemple de donne est celle-ci : Creduntur ergo illa quæ absunt a Victorious et de saint Antoine tirent le reste. 1. VIII, sensibus nostris si videtur idoneum quod eis testimo­ c. H-vu. On le voit, la genèse de la foi chez, saint Au­ nium perhibetur, n. 7, coi. 599. Il n’est pus douteux gustin a pour intermédiaire un motif de crédibilité que ce témoignage idoine ne soit au premier chef celui bien accusé, la foi du genre humain, œuvre de la pro­ des Ecritures canoniques, cf. n. 5, 9. C’est donc ici vidence divine; son objet est le mystère divin incom­ une simple règle de lieux théologiques, que saint Au­ préhensible en soi bien que non contredit par la rai­ gustin applique â la question De ridendo Deo à partir son. Ce sont les lignes de fond sur lesquelles bâtiront du c. v, n. 12. Mais de nombreux théologiens, consi­ ses œuvres. dérant ce texte isolément, ont vu dans l'idoneum testi­ b) Saint Augustin a beaucoup insisté sur ceci que la monium le témoignage approuvé par les signes qui foi divine est l'acte initial, que l’intelligence n'inter­ fonde la crédibilité. C'est une interprétation extensive, vient qu'ensuite. Trois espèces de credibilia selon voir Augustin (Saint), t. t, col. 2337, dont l'idée n'est pas lui : alia quæ semper creduntur et nunquam intellid’ailleurs étrangère à saint Augustin, mais est plus ex­ guntur, ce sont les vérités de pur témoignage, par plicite en d’autres endroits, par exemple serm. cxxvi, xemple, les faits historiques; alia quæ, mox ut cre­ n. 5 : Ista divina sunt sed isle, homo est. Duo ergo vides divina el hominem. Si divina non possunt fieri duntur, intelliguntur, ce sont les vérités rationnelles; nisi a Deo, vide ne in homine lateat Deus. Attende, tertium, quæ primo creduntur, et postea intelliguninquam, quæ vides: crede quæ non vides. Aon te tur, ce sont les vérités de la foi, qui ne peuvent être deseruit qui vocavit ut credas : quamvis juberet te entendues que par les cœurs purs. De LXXXltl quæillud credere quod non poles videre, tum tamen te slionibi s, q. xi.m, P. L., t. XL, col. 3t. Cf. Crede ut inleldimisit nihil videntem, unde possis credere quod non ligas, serm. xt.iv, n. 4, 7, P. L., t. xxxvm, col. 255, 257; Crede quod nondum vides, serm. i.xxxvm. n. 4, vides. Parva ne signa, parvane indicia sunt creatoris ipsa creatura? Venit etiam, fecil miracula. P. L., L., t. xxxvm. col. 541, etc. Mais dans ces textes et d'autres il ne s’agit que de l'intelligence intérieure de t. xxxvm, coi. 700. Quem judicem inventuri sumus? l'objet de foi due à la comtemplation mystique et à Discussis omnibus hominibus, nescio utrum meliorem l'élude théologique. C’est â cette intelligence postérieure judicem invenire possimus quam homo per quem lo­ à la foi que se rapporte cette formule imitée par saint quitur Deus... non inter nos judicet poeta sed pro­ Thomas, Sum. theol., IIa llæ, q. I, a. 1, ad 3um, habet pheta. Serm., xi.iv, n. 4, 5, 7, ibid., col. 256. Cf. / ■ vera religione, n. 46, § nostrum est considerare, n. 47 am que fidei oculos suos quibus quodammodo videt P. L., t. xxxiv, coi. 142. ierunt esse quod nondum videt. Epist., cxx, n. 8, d) Les principaux motifs de crédibilité de saint Augus­ P. L., t. xxxiii, coi. 456. Voir le contexte n. 7, 8, et tin sont l’accomplissement des prophéties, les mir. n. 2. ligne 8, avec son commentaire col. 463, note I; la conversion du monde et le miracle de la cf. la lettre précédente de Consentius à saint Augustin. l’Église. Pour les prophéties, voir Serm., xxxix. n '0: « xix, n. 6. Un autre texte, utilisé par Arnaud et Nicole, Lege, vide, quia omnia quæ vides prædicla surit Logique de Port-Royal, 1. IV, c. xn, et par Havet, à et crede le visurum esse quod nondum venit, nu­ l'appui d'une pensée de Pascal, a. 13. n. 2, note; cf. Augustin [Saint}, t. i, col. 2337 : procul dubio I merans quanta venerunt. P. L., t. xxxvm. col. 241. In Joa., tr. XXXV : Quis est Christus dicit payaquanlulacumque ratio quæ hoc persuadet ipsa ante­ 2255 CRÉDIBILITÉ nuis? Cui respondemus : quem prœnuntiaverunt prophetæ (lire tout le passage), etc., n. 7, P. L., t. xxxv, col. 1661. De catechizandis rudibus, c. xxiv. n. 45 : El quemadmodum primi Christiani quia non­ dum ista provenisse ridebant, miraculis movebantur ut crederent ; sic nos quia omnia ista completa sunt, sicut ea in Libris tegimus, qui longe antequam hire implerentur conscripti sunt..., sine dubitatione fu­ tura credamus, P. L., t. XL, coi. 341. Cf. De unitate Ecelesiie, c. xxv. P. L., t. xi.m, coi. 444; Cont. fau­ stum, I. XII, c. v, P. L., t. xlii, coi. 256. — Pour les miracles, voir De utilitate credendi, c. xvt, n. 34 : Non est desperandum ab eodem ipso Deo auctoritatem ali­ quam constitutam, quo celui gradu certo innilenles, attollamur in Deum. Hæc autem... dupliciter nos movet : parlim miraculis, parlim sequentium multi­ tudine. Nihil holum est necessarium sapienti ; quis negat? Sed id nunc agitur ut sapientes esse possi­ mus, id est inhterere veritati... : homini ergo non valenti verum intueri, ut ad id fiat idoneus, purgarique se sinat, auctoritas præsto est : quam parlim miraculis... Miraculum voco, quidquid arduum aut insolitum supra spem vel facultatem mirantis ap­ paret. P. L., t. xlii, coi. 89, 90. Tout le chapitre est à lire en regard de la controverse actuellement soulevée sur la portée du miracle, comme motif nature! de cré­ dibilité, chez saint Augustin. D'ailleurs, la constatation du miracle est un fait naturel : Omnis homo habet oculos quibus videre potest mortuos resurgere, Serm., xcvin, n. 1, P. L., t. xxxvm, coi. 591, et, Je fait, saint Augustin raconte le miracle accompli à la trans­ lation des corps des saints Protais et Gervais, Semi., CCI.xxxvi, P. L., t. xxxix, col. 1299, et le miracle de Carthage, De civitate Dei, I. XXII. c. vm, n. 2, 3, à l’appui de la preuve par les miracles évangéliques, n. 1. Cf. Logique de Porl-floyal, I. IV, c. xiv. De ces textes, et d'autres, on peut tout au moins conclure avec M. Turmel que saint Augustin considère sans doute les miracles accomplis par le Sauveur comme des motifs de crédibilité. Hist, ile la theol. positive, I. 1, c. vi, 2* édit., p. 12. On a essayé d'appuyer sur un passage du commen­ taire sur saint .lean, tr. IX, n. 1, P. L., t. xxxv. col. 1458, une doctrine qui limite la connaissance de la force probante du miracle à ceux qui sont déjà mûrs pour reconnaître l'action de Dieu dans les événements les plus ordinaires, et cela, parce qu'il n’y a, si l'on va au fond des choses, rien de plus dans le miracle que dans le moindre des faits ordinaires. M. Blondel, Lettre sur l'apologétique, dans les Annales de philosophie chrétienne, janvier 1896, p. 345; cf. I.aberthonnière, Le problème religieux, ibid., mars 1897, p. 623, note, etc. La première de ces affirmations nous semble contredite par le passage ci-dessus rapporté· du De. utilitate credendi, η. 34, où le miracle est oll’ert mm valenti verum intueri ut ad id flat idoneus; par le lexte également cité du serm. cx.xvi. n. 5, mm lumen te dimisit nihil videntem unde possis credere quod non vides, etc.; cf. n. 4. Ajouter : Unde tempo­ ribus eruditis, et omne quod fieri non potest res­ puentibus, sine ullis miraculis nimium mirabiliter incredibilia credidit mundus?... Aut incredibilis rei, quæ non videbatur, alia incredibilia (les miracles) quæ tamen fiebant et videbantur fecerunt fidem, aut certe res credibilis, ut nullis quibus persuaderetur mii aculis indigeret, istorum nimiam redarguit-infidelila­ tent. llocad vanissimos refellendos dixerim. Nam facta esse miracula... negare non possumus. De civitate Dei, I. XXII, c. vm, n. 1. P. L-,\. xi.l, coi. 760. La deuxième affirmation est juste en ce sens que le miracle est, comme le moindre des faits ordinaires, l’œuvre de la toute-p'nissance de Dieu : Utraque miranda sunt quia opera Dei sunt. Serm., cxxvi, n. 4, P. L-, t. xxxvm, 225G col. 699. Cf 7» Joa., loc. cit., P. L., I. xxxv. col. 1458, Mais, par rapport à nous, il y a quelque chose de plus : Parvane signa, parvane indicia sunt creatoris ipsa creatura:’ Venit etiam, fecit miracula. Serm., cxxvi, n. 5. Largiebatur el nemo mirabatur. Venit ergo... venit suscitare mortuum, mirantibus reddere luci hominem. Ibid., n. 4. Evidemment, il ne suit pas de là. ainsi que le remarque M. Jules Martin, L'apologé­ tique traditionnelle, t. I, c. V, Paris, I905, p. I7I, que le miracle soit considéré· par saint Augustin comme un invincible moyen de conversion. La conversion est, selon saint Augustin et la foi catholique, l’œuvre propre de Dieu, de la correspondance à sa grâce et de la bonne volonté. Mais il y a, selon lui. un motif, en soi décisif, de crédibilité, unde POSSIS credere quod non vides. Plus justement, M. Turmel fait remarquer que saint Augustin ne fait pas précisément appel â l’autorité historique des Evangiles pour établir le fait des mi­ racles du Christ et des apôtres. Il estime que l'expres­ sion veracissimis libris, du De .civitate Dei, I. XXII. c. mil η. I, s’explique par le texte : Ego vero Evangelio non crederem nisi me calholicœ Ecclesiæ com­ moveret auctoritas, Contra epist. fundamenti, c. v, n. 6. P. L., t. xlii, col. I76. Histoire de lu theol. posi­ tive, t. i, L I, c. t. C’est possible, bien que le saint docteur admette la possibilité de la transmission du motif de crédibilité per famam. In Joa., tr. XV, n. 33, P. L., t. xxxv. col. 1522. Saint Thomas reprendra l’expression per famam en ce sens. In 11' Sent., L III. disl. XXIV. a. 1, q. iv, ad 4""’. Il semble, en tout cas. que l’autorité de l'Eglise apparaisse ici comme un organe de transmission providentiel digne de foi humaine, aussi bien que surnaturelle, et que la preuve par le miracle au temps de saint Augustin ne suppo­ sait dans certains cas qu'une foi naturelle, en l’Eglise. Cf. Serm., i.i. n. 4. P. L., t. xxxvm, col. 335. D'autres raisons d'ailleurs ont engagé saint Augustin à ne pas insister sur le miracle comme argument de crédibilité : la supériorité de la foi sans preuves pal­ pables. Serm., i.xxxvm, n. 2, P. L.,l. xxxvm, col. 510; les objections tirées de la magie, lu Joa., tr. XXXV. n. 8. P. L., t. xxxv. col. 1661: Serm., xi.lll. n. 5. P. L., I. xxxvm. col. 256. 11 les claie alors soit sur les prophéties qui les ont prédits, ibid., soit sur les ellets •le conversion et autres, encore persistants, qu'ils ont produits. Parmi ces ellets au premier rang est la conversion du monde, cf. Serm., t.i. n. 4, P. L., t. xxxvm, col. 335; cxm, n. (>, col. 660; cxx.x, n. 3, col. 727: De utilitate credendi, c. xvt. n. 34. P. L., I. xt.li. col. 90; De vera religione, c. iv, ou il dit que. si un philosophe ancien revenait et voyait pratiquer par les chrétiens les ensei­ gnements sublimes des philosophes, il se convertirait, P. L., I. XXXIV. col. 126; cf. n. 47. col. 142, etc.: enlin, et surtout De civitate Dei, L XXII. c. v. le célèbre tableau dont la finale renouvelée de saint Jean Chrysoslome. lu Act. apost., homil. i. n. 4, P. G., t. i.x, col. 19. a. par saint Thomas, limit, gentes, L I, c. vi; Expositio in symbolum, i. inspiré ces vers à Dante; Sel mondo si rivolse al cristianesmo, Diss’io. senza miracoli. quest' uno E lai, die gti allri non sono’l centesmo. Paradiso, c. xxiv Enfin le grand et permanent motif de crédibilité 36). - Il a nettement exprimé la destination aux infidèles des prophéties el des mira­ cles. Quibus omnibus testimoniis cogendus est infide­ lis, ul eligat sibi de duobus, aut Christum Filium Dei credere, aut mendaces putare prophetas, qui ista cecinerunt. De fide catholica contra Judmos, I. I. c. i. n. 8. P. L·., t. lxxxiii, coi. 452. Ecce signum non est fi­ delibus necessarium, sed infidelibus, ut convertantur. Nam Paulus pro non credentium infidelitate patrem Publii .· intelligetis, aperte nos monet intentionem ad intelle­ ctum extendere. Liber de fide Trinitatis, præf.. P. I.., i. ci.vut, col. 261. Ct. Cur Deus homo, 1. I. c. i. col. 361. Mais il sait distinguer entre le chrétien qui a la foi et l’infidèle : Fides enim nostra contra impios defen­ denda est : non contra eos qui se chrisliani nominis honore gaudere fatentur. Ab his juste exigendum est ut cautionem in baptismale factam inconcusse teneam; illis vero ii.tnoyUUUTHH ostendendum est quant ·> ra­ tionabiliter nos contemnant. Epist.ibid.,col· 1193. On constate chez, saint Anselme l'absence «le la prêocctipation d'amener les incrédules à la foi. L apologétique est une pure défense contre des adversaires. On sent que désormais la foi possède et qu’elle aspin- « ne considérer la raison que comme un instrument du dév, loppement théologique interne. Mais Abélard est pr< ct ne la laissera pas s’endormir sur ces positions Hermann de Cologne (1122). — Avant d'entrer d.u < l’époque troublée par les innovations d'Abélard, l'esprit de l'historien se repose, comme en un port tranquil!. . dans l’épisode de la conversion d'Hermann, racont par lui-même. Amené par des raisons d'ordre mercantile à vivre dans la société d'un évêque catholique et d,· >n entourage, sous l'influence du motif «le crédibilité qui ressort de l'attrait de leur doctrine et «le leur «.tiu, le juif Hermann se convertit, par le seul effet, semble-til, de causes intérieures divines. C'est un beau cas .le suppléance surnaturelle de la crédibilité. A noter la doctrine de l'évêque Eckbertussur l'inefficacité des mi­ racles pour la conversion, c. v, col. 814: il ne soup­ çonne pas, semble-t-il. le besoin d'une crédit.il:' rationnelle. Opusculum de sua conversione. P. I. . I. ci.xx, col. 8011 sq. Cette histoire d ôme clot pou: « question de la crédibilité la période patrislique . verte par une autre histoire d'âme, celle de saint Justin, et, si elle esl au pôle opposé en ce «pii concern.· ! préoccupation rationnelle, elle complète son enseigm ment, en faisant valoir le rôle purement instrument >1 «pie jouent les motifs de crédibilité· dans la gênés.· d· foi, par rapport â la grâce du Dieu qui peut - n passer. XII. LA CRÉDIBILITÉ: IlAXS LA THEOLOGIE SCOLASTim E. — A partir «lu xn* siècle, la notion de la crédibilité commence à être étudiée en fonction d une syst.-m · salion rationnelle des données scripturaires et paît -tiques touchant la foi. Cette systématisation al· t ■ a poser nettement h? problème de la resolutio «le I «-- liment de loi surnaturelle. Les solutions «.·->■:"■ ·. rationalisme absolu représenté par Abélard, li ■.■■■■ Lulle, Hermès, â un piétisme qui, tantôt .1 ' côté vertueux, méritoire, affectif ou volontaire «le i de foi aux dépens du côté raison, tels sont les \ ie: nus ou, selon Suarez, Guillaume de Paris, tantét supprime ce second aspect, comme chez I·1- p- . - les traditionnalistcs, etc. 2259 CRÉDIBILITÉ Nous classerons les doctrines scolastiques en quatre grcu es : 1° d'Abélard à Guillaume d’Auvergne, 1120123o; 2° de Guillaume d’Auvergne à Capreolus, 12301450; 3" de Caprëolus aux Salmanlicenses, 1441-1679; 4» lin du xvn·. xvm· el xix· siècles. /" PÉRIODE, 1120-1230. — Abélard (7 1142). — La niasse de textes contradictoires touchant le motif de la foi, mis en circulation par Abélard, la position extrême qu’il choisit, la virulence avec laquelle il la défend, déterminent une rupture dans le courant pai­ sible des idées de cette époque de foi. Son intervention doit surtout sa fécondité aux réactions et aux études qu'elle provoque durant plus d’un siècle. C’est, pour la foi, une crise analogue à celle qu'a suscitée de nos jours, pour la pensée philosophique, l’œuvre de Kant. Comme l’a remarqué le R. P. Portalié, voir Abélard, t. t, col. 45, Abélard n’a pas une notion nette de la foi d’autorité, propter testimonium divinum. Ce n’est pas que dans la Theologia Christiana, qui reproduit le De unitate et Trinitate divina, édit. Stozle, Fribourg-enBrisgau, 1. Il,condamné à Soissonsen 1121, il n'avance une juste idée du magistère intérieur de la Vérité pre­ mière, Theologia, 1. III. P. L., t. ci.xxviit. col. 1220, 1224-1226, qu’il ne reproche aux dialecticiens de vouloir tout comprendre par leurs petits raisonnements, ibid., col. 1221, et qu’il n'attribue une intelligence supérieure des mystères à la foi qui est sous 1'iniluence de la purification du cœur el de la charité, col. 1221. .Mais, déjà, malgré ces précautions, il revendique le droit do se servir de la raison, avec piété, dit-il, pour entendre les vérités divines. Ce n’est qu’une clef de bois, mais elle ouvre, col. 1215. Elle est nécessaire pour réduire l'impudence des dialecticiens, col. 1227. De unitate, etc.. I. Il, p. 24. Les Pères avaient les miracles pour convaincre les ennemis de la foi, les miracles ne sont plus : pugnemus verbis, col. 1212. Cf. De unitate et Tri­ nitate divina, p. 20. 11 avoue d'ailleurs que la raison ne donne que des similitudes de la vérité pleine, col. 1228, aliquod verisimile, col. 1227. Cf. De unitate, ibid., p. 30. Avec V Introductio ad theologiam, le ton change. Abélard a, durant toute sa vie, été frappé par l'antinomie régnante entre les textes des Pères qui tiennent pour la foi aveugle el ceux qui la disent intelligente. Les listes qu’il en donne dans ses principaux ouvrages trahissent sa constante préoccupation. Theol. christ., P. L., t. CLXXVin, col. 1216-1220; Inlrod. ad theol., col. 984-986'; surtout Sic et non, col. 1349-1353. Le texte de saint Grégoire : Nec /ides habet meritum, cui humana ratio præbet experimentum, lui fournit, dans V Introductio, l’occasion d'uneexplicalion décisive : saint Grégoire ne dit pas. dit-il. qu’il ne faut pas raisonner sa foi ; il dit que cette foi, que détermine la raison plus que ne l'incline l'autorité, ne doit pas son mérite à la r.iison. Et donc, la foi divine qui mérite, qui s’appuie sur le témoignage divin, telle la foi d’Abraham, déve­ loppe comme des prodromes, /idei noslræ primordia, qui sont l’œuvre de la raison: la charité survenant donne à cette foi acquise ce qui lui manquait. Intro­ ductio, P. L., t. CI.XXIII, col. 1050-1051. Le motif formel de l’assentiment delà foi est la raison : Nec quia Deus id dixerat creditur, sed quia hoc sic esse convincitur, recipitur. Ibid., col. 1050. Il repousse énergiquement la foi sans preuve, col. 1050, 1051. H admet d’ailleurs que le résultat de l'argument de raison n'est qu'une opinion, existimatio non apparentium. Ibid'., col. 1051. C'est cette définition de la foi que saint Bernard pren­ dra si vivement à partie. 11 dit encore ■ ue ce n’est pas une connaissance manifeste. Aliud est mlelligere seu credere, aliud cognoscere seu manifestare. Ibid. Quels motifs poussent Abélard à cette théorie extrême où le surnaturel n’est donné dans la foi que comme charité; où le motif de croire est la preuve rationnelle, 22G0 impuissante d'ailleurs, du mystère lui-même? Des mo­ tifs assez analogues à ceux que donneront les théolo­ giens orthodoxes pour réclamer l’évidence de la crédi­ bilité. Ce serait agir avec légèreté que d’acquiescer avant que la raison ait discuté, quantum valet, an scilicet adhiberi /idem conveniat, Inlrod., P. L., t. Cl.xxvrn. coi. 1051 ; cf. Dialogus inter philosophum judieum et Christianum, coi. 1641 ; il est impossible de croire sans avoir l'intelligence de ce qu’on croit, col. 1053; il y au­ rait danger pour la foi à ne pas savoir ce que l’on croit, col. 1054: il faut, en elfet. pouvoir repousser les héré­ tiques, col. 1047, confondre les incrédules, col. 1212. Finalement, la justification de cette manière de conce­ voir la foi est dans l'exemple des Pères, col. 1046. Cf. col. 980. Abélard admet d'ailleurs le témoignage de ces derniers à figurer parmi les preuves à l'appui de l'opinion de la foi, mais au même titre, semble-t-il. que le témoignage des philosophes païens, col. 1035. 1139. H résume lui-même le but et la portée de l’introduction de la raison au soin de la foi, lorsqu'il dit que la rai­ son seule permôt de distinguer : utrum ita scilicet credi oporteat vel non, coi. 1049. Abélard, on le voit, a senti avec plus d'acuité que les générations précé lentes la nécessité d'une vue intellec­ tuelle qui justifiât rationnellement la présentation de l'objet de foi. Mais il a abordé la solution avec une dis­ proportion de moyens qui n’a d'égale que sa fougue et son obstination. Il a cru pourvoir suffisamment au côté piété de la foi en expliquant sa vertu méritoire par la charité; il a livré en entier son côté connaissance à la raison, sans distinguer entre la vérité intrinsèque et la vérité extrinsèque de l’objet de foi. Pour lui crédibilité = rationabililé du mystère. Là est son erreur fonda­ mentale dont de récents critiques ne l'absolvent qu’incomplètemenl. Cf. Kaiser. Pierre Abélard critique, Fribourg (Suisse), 1901. D’ailleurs, trop critique pour ne pas s’apercevoir de la faiblesse des arguments ra­ tionnels, de pure convenance à l'endroit des mystères, il n'a pas craint d’en tirer celte conclusion que la foi dans son côté connaissance n’était qu’une opinion. Et c’est sa seconde erreur, celle qui fit le plus de scandale, et dont la réfutation obligea ses adversaires à un travail considérable pour mieux préciser les divers sens du mot vérité en tant qu’elle concerne la foi, travail d’où devait sortir systématisée, après un siècle, la notion précise du vrai de crédibilité. Rupert, abbé de Deutz, 1135. — Rupert ne subit pas l’inlluence des idées d’Abélard sur la foi. Il ne les con­ tredit pas directement, bien que le développement mesuré et bien équilibré de sa conception de la crédi­ bilité présente un contraste frappant avec l'exclusivisme abélardien. A l'entendre, si la recherche rationnelle précède la foi, c’est dans un but prudentiel : Quia jam. non propter luam loquelam credimus... Cur hoe, nisi quia de illo per mulierem quidem primitus audierunt, sed ne levitate duci... viderentur, ipsius Salvatoris verba judicio propriie rationis diligenter examinave­ runt. In Joa., I. IV, P. L., t. CLXtx, coi. 378, cf. coi. 384, en bas. Ce jugement rationnel ne scrute pas l'intérieur mêmede la parole divine, mais ses alentours, sa sagesse, sa douceur. Ibid.,col. 379. Il est provoqué par ses miracles: 7auto, inquit, tempore vobiscum sum, tam veri ser­ monis, tamque admirandorum operum testificatione instructi, adhuc el ros sine intellectu estis, neque co­ gnoscitis me... invisibilem Deum esse. Ibid., I. XI. col. 699. Sur la vertu probante du miracle, ibid., 1. X, col. 642; I. II, col. 275, et dans le Dialogue entre un chrétien el un juif : Christ. : Unde seis quia Deus lo­ cutus est Moysi·? I nde scis quia Deus loculus est pro­ phetis? Jud. : Scriptura hoc mihi denarravit et testi­ monia fidelia prædiela sunt signis, prodigiis atque portentis. Christ : El mihi similiter de patribus meis apostolis Scriptura denarravit, quia Deus loculus 22G1 CRÉDIBILITÉ 2262 est eis, Domine coopérante et sermonem confirmante, ter quod prophetæ et alii qui per Spiritum Sanctum sequentibus signis. Ibid., I. III, P. L., t. CLXX, col. 609. loculi sunt, super illis dixerunt, quod Deus nullo modo Après le miracle, la prophétie, qui établit l’autorité du falleret, cum in eis loqueretur et miracula faceret. Et prophète, selon la règle du Deut., xvm, 22 : Sed dici­ cum ex magna parte videam completa quæ dixerunt, tis ; Visite ut frustra vel leviter credamus tibi? Num extera non dubito complenda quæ restant. Sun . credere debemus omni spiritui? Te dicente quod Sent., tr. I, c. I, P. L., t. clxxvi, coi. 43. Christus sis, quod Filius Dei sis, qualiter experiemur Des motifs d'un autre onire sont aussi invoqués par quod verum dixeris? Ad hæc inquam : Plane expe­ Hugues pour persuader l’adhésion à l’objet de loi, rimini, sed quomodo lex preecipit. Probate sed legi­ l’exemple des saints qui n’auraient pas méprisé la vie time. In lege enim quid scriptum est? Quomodo le­ présente s’ils n’avaient épiouvé la vérité de foi. De gitis? Quod in nomine Domini, inquit lex, propheta sacramentis, 1. I, part. X, c. il, col. 329; la sécurité où prædixif et non evenerit, hoc Dominus non est locu­ sont les simples en se fiant aux parfaits. Ibid., c. lit. tus... v. g., cum dico, quia occisus, post tres dies resur­ col. 332. Ce sont là des raisons de croire plutôt que gam, si non evenerit quod dico, hoc Dominus non locu­ des motifs de crédibilité proprement dits. Il signale tus est... In Joa., 1. IV, P. L., t. ci.xxix, coi. 384, 385. aussi, à l'intérieur de la foi, une sorte de dialectique où Cf. 1. XI, col. 699-700. Et si l’on objecte que le miracle les lumières rationnelles s’entrecroisent avec les dispo­ ne prouve pas davantage l’intervention divine que les sitions morales pour élever le croyant à l’intelligence laits ordinaires, Rupert répond : Nam licet in vitibus de ce qu’il croit. Ibid., c. iv, col. 333. omni anno Deus idem eadem potentia, terrie gremio, En résumé, la considération des motifs de crédibilité susceptam, in vinum transire faciat aquam... illo ( à l’appui de la présentation de l’objet de foi est nette­ namque naturali usu monstratur id quod omnibus ment, quoique sobrement, indiquée par Hugues. Mais, notum est, Deum esse omnipotentem : hoc autem novo ce n'est pas sur elle, mais sur l’inspiration divine agismiraculo probatur id quod solis fidelibus creditum I sant par l'intermédiaire du cœur, qu'il a fait reposer la est, Deum omnipotentem facium esse hominem. Ibid., j certitude supérieure de l’assentiment de la foi. col. 276. Non quia majora sunt hæc, sed quia, cum Saint Bernard (j· 1153). — La lettre, où il condamne ipso miraculo, divines præsentiæ signum, atque volun­ la notion de la foi-opinion d’Abélard, est très remar­ tatis ejus et cures vigilantis super nos evidens præslant quable. Le ton spontané de l’épltre qui s'inspire de indicium. Ibid., col. 277. 1 Cor., xx, ne permet pas de douler que la notion de Ce qui ne l'empêche pas de confesser l’influence des la crédibilité très nette qu'elle met en évidence ne fût dispositions morales : Ille, inquam, qui hune Jesum déjà commune. Voici le Irait le plus significatif : Sed Christum vult omnino non esse Christum, et ex Scrip­ absilul putemus in fide vel spe nostra aliquid, ut is turis suffragium adipisci desiderat, quo videatur eum putat, dubia xslimalione pendulum : et non magis rationabiliter negare ; ipse est qui optat oculos suos totum quod ineaest, certa acsolidaverilate subnixum, obscurari... Dialog, inter, christ, et .ludieum, 1. I, oraculis et miraculis divinitus persuasum, stabilitum P. L., t. ci.xx, coi. 576. At illi non audiebant, et cum et consecratum partu virginis, sanguine redemptoris, loqueretur quod sciebat, cum testaretur illud quod gloria resurgentis. Testimonia ista credibilia facta viderat, illi testimonium ejus'non accipiebant, licet sunt nimis. Ce texte est formel pour la crédibilité signa multa ab eo fieri viderent. Bene ergo non ait extrinsèque, persuasum, coïncidant avec la crédibilité lanium : nisi videritis, sed : nisi signa et prodigia vi­ intrinsèque, subnixum. Cf. col. 355, n. 4. Saint Ber­ deritis non creditis. In Joa., 1. IV, P. L., I. ct.xtx, nard sait d'ailleurs qu'il y a des suppléances de la cré­ coi. 383. dibilité, car il poursuit : Si quo minus, ipse postremo La notion de la crédibilité extrinsèque, comme on le Spiritus reddit testimonium spiritui nostro quod filii voit, est complète chez Rupert, et tous ses éléments Dei sumus. Quomodo ergo fidem quis audet dicere æsessentiels sont équilibrés de manière à ce qu’aucun timalionem,nisi qui Spiritum istum nondum accepit, d eux ne supprime les autres. quive Evangelium aut ignoret, aut fabulam putet? Hugues de Saint-Victor (j- 1141). — Plus proche Scio cui credidi et certus sum, clamat apostolus; et .1 Abélard, il réagit contre son rationalisme en revendi­ tu mihi subsibilas : Fides est æslimatio. Tractatus de quant à maintes reprises l’indépendance surnaturelle erroribus Abxlardi, c. iv, P. L., t. ci.xxxn, coi. 1061de la foi. Pour lui, croire est princip lement un acte 1062. r ■ dion, nous trouvons un passage plus significatif encore, fidelium confessionem, verbo signoque pariter concur­ parce qu'il met à nu le mode selon lequel opèrent le rentibus in testimonium fidei. Testimonia ista < · iimiracle et la prophétie, à savoir en démontrant la vébilia facia sunt nimis. Iu Cantica, serui, i.tx, n 9, T idicitê du prophète: lit si quis quærerel unde scis par­ P. L., t. CLXXXIII, coi. 1065-1066. Tout le passage est a tum virginis, futurum etiam statum electorum : non lire. habeo aliud argumentum nisi quod credo indubitan­ Les suppléances de la crédibilité sont insinuées tout 2203 CRÉDIBILITÉ au long du sermon xxvm. Le centurion a reconnu le l'ils de Dieu à sa voix, et non ex fade. Non aillent credidit ex eo quod vidit, n. 5. C'est le procédé du Saint-Esprit de former l'ouïe avant de réjouir la vue. Quid intendis oculum Ί aurem para, n. 7. C'est avec raison que le Christ a défendu de le toucher à Made­ leine qui croyait plus à ses sens qu’à la parole de Dieu : Quem enim mortuum vidit, ressuscitation non cre­ didit,eum tamen hoc promiserat ipse. I’. L., t. CLXXXiit, col. 922-926. Dans la lettre cccxxxvm à llaimeric, il reproche à Abélard de suspecter Dieu en ne voulant croire que ce qu'on peut démontrer. Il lui oppose la foi prompte de la bienheureuse Vierge, du bon larron. P. L., t. ci.xxxit, col. 543. Cependant la foi des mages qui n'ont pas vu de miracles, lui parait supérieure à celle du centurion et du bon larron, in eo superexcellere videntur isti, quod jam tunc miracula mulla fecerat. Et il conclut cette comparaison par le mot cé­ lèbre : Rogo vos, intuemini et videte quant oculaiasit /ides ; quam lijnceos oculos habeat. In Epiphania Do­ mini, serm. m, /'. L., t. ct.xxxm, coi. 149. Sa doctrine sur la nécessité du baptême dans la lettre à Hugues de Saint-Victor, P. L., t. clxxxii, col. 1034, renferme le germe de la doctrine des suppléances pour les infidèles de bonne foi que développera plus tard saint Thomas. Guillaume de Saint-Thierry (f 1148). — Le Speculum fidei et VÆnignia fidei sont consacrés à établir le ca­ ractère surnaturel, libre, indépendant, de la raison d’etre de la foi. Ils formulent une méthode piéliste pour faire taire les doutes, par l'humilité, l’amour. L’auteur n’a pas eu en face de lui de purs incrédules. Malgré· cela, il laisse une place, e nplusieurs endroits, pour la crédibilité rationnelle. Adsciscal sibi prudens animus munimentum fidei ad confirmandum cor, ad illumi­ nandam fide, conscientiam magna Ecclesiæ lamina­ ria, summos viros spiritualis scientia·, summae sapien­ tiae, sanctitatis probatæ, doctrinas et scripta eorum, opera eorum et martyria, dicatque sibi contra motus lenlalionum suorum: Tunc istis melior est, aut sapientior, sanctior aut perspicacior, qui hoc in mundo do­ cuerunt quod a Deo didicerunt, magnifice praedica­ verunt, luculenter descripta ad nos transmiserunt, vita et miraculis confirmaverunt, morte et martyrio consecraverunt·’ Speculum fidei, P. L.. t. ct.x.xx, coi. 388. Il ne croit pas pouvoir prouver le mystère du Christ par ses miracles, que les incrédules déclarent n’avoir point vus, ni par les miracles toujours actuels dans l’Église qui ne se font pas ad voluntatem haesi­ tantium, vel ad quaestiones incredulorum, et qui con­ viennent par là aux fidèles, non ut credant, sed quia credunt. Ibid., col. 389. Il regarde la conversion du monde comme le grand miracle et s'inspire pour le décrire desaint Augustin. .Enigma fidei,ibid.,col.101402. Il donne cette formule de la crédibilité : Primus gradus (cognitionis divinæ) in auctoritate fundatus, fidei est, habens formam fidei, probatæ auctoritatis probabilibus testimoniis fundatam. .Enigma fidet, ibid., col. 414. Les mots probatæ auctoritatis probabi­ libus testimoniis se rapportent à l'autorité de l’Église et des Pères, cf. S précédent, ibid., col. 413, qui ont souffert pour la foi. Cf. le passage du Spéculum fidei, col. 388, cité plus haut, pour avoir le sens plénier. Koland Bandinelli (Alexandre III en 1159). — Malgré la dépendance de ses Sen lences vis-à-vis de la Théologie d’Abélard. Roland suit la doctrine d'Hugues de Saint-Victor sur la crédibilité. Il reproduit mot à mot le passage de la Summa Sententiarum déjà cité ; Veluli si quis quæreret, P. J.., t. ci.x.xvi, col. 43. Il corrige en l'interpolant heureusement la délinition de la foi donnée par Abélard : fides est (chuta) existimatio rerum absentium, et déclare que celle délinition. si elle convient à la foi catholique, ne convient pas à elle seule. A. M. Gietl, O. P., Die Senlenten Rolands, Fri­ i ί j I ' ; I i 22Gi bourg, 1891. p. 10-12. Il remarque que lorsque la foi semble avoir pour objet quelque chose d’évident, ce n'est pas ce qui est évident qui est cru, non lamen quod creditur apparet. Ainsi lorsque je crois qu'un homme est juste et sage, parce que c’est évident, ni la justice ni la sagesse ne m'apparaissent. Ibid., p. 13-14. Parces distinctions il échappe aux inconvénients de la théorie d'Abélard, et tout en conservant son langage se rapproche de la doctrine commune. Pierre Lombard (-j- 1160). — On s’attendrait à trouver chez le grand sententiaire une doctrine de la crédibi­ lité. Elle fait à peu près complètement défaut. Sous l’inlluence de la réaction contre Abélard, et spéciale­ ment de lluguesde Saint-Victor, il s'attache principale­ ment à manifester quod proprie fides non apparen­ tium est, Sent., I. Ill, dist. XXIII, 7: dist. XXIV. 1, P. I.., t. exen. col. 806-809; et l’antériorité de la foi sur l'intel­ ligence : nisi credideritis non inlelligetis. Ibid. On voit cependant par son commentaire sur l’Épitre aux Hébreux, n, 1-5, qu'il avait une juste idée de la por­ tée de la preuve par les miracles. Per quod ostenditur quod non simpliciter est eis creditum, sed per signa et prodigia. Ideoque, dum credimus, non illis, sed Deo nos credere declaratur. P. L., t. exen, coi. 415. C’est complet, mais c'est court. Robert Pulleyn (-j-1150). — A signaler au 1. III de ses Sentences le c. xxvm. ou la force probante des mi­ racles du Christ en matière de doctrine est à plusieurs reprises mise en relief, par exemple dans ce trait : l't per miraculum quod ab ipsa fiebat visibiliter, invisi­ bilis peccaminum dimissio ab eadem fieri crederetur. P. L.,t. CLXxxvi, coi. 803. Richard de Saint-Victor (-J- 1173). — Il mérite une mention à part à cause de la fortune qu'a eue dans la théologie le célèbre passage du c. n du I. 1 de son De Trinitate : Nonne cum omni confidentia Deo dicere poterimus'.’ Domine, si error est,teipso decepti sumus: nam ista in nobis laniis signis et prodigiis confirmata sunt et talibus, quæ nonnisi per te fieri possunt. P. L., t. exevi, coi. 891. Tout ce chapitre est à lire comme expression parfaite de la notion devenue classique : rôle formel de révélation ; confirmation par les miracles et autres signes à l’appui; leur effet immédiat qui est la certitude naturelle, hujusmodi /idem faciunt et dubitare non sinunt; leur effet conséquent, à savoir la sécurité de la conscience de celui qui croit; rôle de ces motifs de crédibilité vis-à-vis des Juifs et païens; enfin, cette conclusion, que les vérités de la foi sont authentiquement attestées par Dieu. L’auteur tient d'ailleurs la doclrine caractéristique de son école sur l’indépendance et l’antériorité de la foi-volonté vis-àvis de la raison : Nisi credideritis non inlelligetis. Ibid., c. i. Il semble que chez les Victorins l'usage des motifs de crédibilité est surtout de confirmer la foi que l’on a déjà. Cependant ils admettent, on vient de le voir, leur eflicacilé sur ceux du dehors. Ttinam allendecent Judæi, illinam adverterent pagani. Ibid., c. it. Innocent 111 (1199). — 11 décrit brièvement, mais luci­ dement. la crédibilité ressortissant au témoignage, et la nécessité de prouver la véridicité divine du témoin, en ces termes : Nonsufficitcuiquam nude tantum asserere quod ipse sit missus a Deo cum hoc quilibet hæreticus asseveret : sed oportet ut adstruat illam invisibilem missionem per operationem miraculi vel per Scriptu­ ra· testimonium speciale. Unde cum Dominus vellet mittere Moysen in Egyplum , p. 406. Le cogitatum de credibili, l'équivalent C’est que, dans cet âge de foi. le problème des anté­ de crédibilité rationnelle, n’a qu'un rôle matériel vis-à- cédents rationnels à la foi ne se posait pas avec autant vis de la foi : à celle-ci de donner la science des credibi­ de précision que plus tard. C’est aussi que la distinc­ lia. Fides, in eo quod est simplex lumen simile veritati tion de la nature et de la grâce, de la raison et prinuv, dat sim ulicem scientiam veritatis credibilium. de la foi, n'avait pas encore le relief que lui donna saint In I V Sent., I. Ill, dist. XXIII, lit. B, a. 3. ad lu,n. p. 4I0. Thomas. Pour les augustiniens, la raison est déjà une Il semble qu’Albert ou bien ignore la théorie delà foi illumination divine, lumen inditum, qui est coordon­ acquise introduisant la foi divine, sicut tela filum, née à l'illumination de la foi, lumen infusum, et est d'Alexandre, ou bien ait voulu réagir là-contre, en se destinée à se résoudre en elle. Les arguments rationnels refusant à considérer le rôle de la crédibilité autrement sont donc déjà sous l’empire d'une grâce, de la foi que de l’intérieur de la foi. commencée. Ils constituent des auxiliaires intérieurs, Saint Bonavenlure. — Son commentaire In Senten­ qui, s'ils ne sont pas homogènes à la foi, sont sous sa tias est commencé, selon Jeiler, en 1243. Nous suivons direction. C’est là l'explication profonde de l'attitude de l’édition de Quaracchi, 1887, t. MV. Il semble connaître saint Bonaventure, et lui-même ne nous le laisse pas la terminologie concernant la foi acquise de Alexandre ignorer : Si ergo quærilur : quid movet ad illud cre­ de Halés, mais, comme Albert le Grand, il n'examine dendum, utrum videlicet Scriptura, vel miracula, vel son rôle que dans l'intérieur de la foi divine. Il distingue gratia, sive ipsa veritas æterna? dicendum est quod deux sortes de foi acquise, l’une simple présentation principaliter movens ad hoc esi ipsa illuminatio quæ d'objet, l'autre accompagnée d'un assentiment naturel : inchoatur in lumine infuso, quæ quidem facit nos non Si loquamur de fide... quantum ad cognitionem illam solum alte, verum etiam pie senlire de Deo tel ho·, qua cognoscimus qui sunt articuli fidei... Sic conceden­ quia illuminatio procedit ab ipso lumine æterno in dum est quod fides est per auditum et per acquisitio­ cujus obsequium nostrum captivat intellectum et... nem secundum legem communem... Si autem loqua­ reddit habilem ad credendum quacumque cut div­ num honorem et cultum spectant, etsi sint su/ier ra­ mur de fide quantum ad formale videlicet quantum ad illud quod facit assentire; sic dicendum est quod tionem nostram. Moventia autem sicut ADMINH t t. i vTIA,et quodam modo inducentia, plurima sunt : quia quadam fides informis est per acquisitionem, quadam per infusionem. Nam quidam assentiunt veritati aumovêiii Scripluræ testimonia authentica, movent Sam ­ ditæ moli humana persuasione, utpote propter... mi­ iorum exempla et martyria, movent doctorum argu­ menta et ipsius universalis Ecclesia sententia, morent racula... et talis fides est simpliciter acquisita. Quidam autem assentiunt veritati fidei propter divinam illus­ et ipsa miracula irrefragabilia. Quasi. disp, de Tri­ trationem. In IV Sent., I. Ill, dist., XXIII, a. 2, q. n, nitate, q. i, a. 2, sol. Quamvis ergo Deum esse trinum sit credibile ex ratione mera, est tamen credibile ex conclusio, Opera, t. Ill, p. 491. C'est, semble-t-il, cette foi ratione adjuta per gratiam et lucem desuper infu­ informe acquise, qu’ont les démons : manifesta ratione coguntur credere /idem credentium in Christum veram sam. Et quod sic est credibile non irrationabili 1er creditur quia gratia et lux desuper infusa potius esse. Ibid., q. ill, conci., p. 493. Quia ipsi videbant miram Christi virtutem in suis effectibus,cui nullate­ rationem dirigit quam pervertat. Ibid., ad 3““,t. v. p. 56, 57. nus possent resistere, cognoscebant ipsum non purum Saint Thomas d’Aquin. — Le principal apport de saint hominem sed etiam Deum esse. Ibid., ad 3“m, p. 494. Thomas à la théologie traditionnelle est la précision Saint Bonaventure se refuse à regarder cette foi in­ avec laquelle il distingue l'ordre naturel et l'ordre sur­ forme acquise comme une introductrice à la foi, sicut naturel. Cf. A. Vacant, Etudes comparées sur la phi­ tela filum. Il distingue d’abord le cas où elle n’a qu’une losophie de saint Thomas et de D. Scot, Paris, 1891, simple probabilité, comportant la crainte de son con­ traire, et, dans ce cas, devançant Innocent XI, il la dé­ p. 12 sq. Nous venons de le voir, on supposait toujours dans la nature comme un germe du surnaturel. L’his­ clare incompatible avec la foi. Si sa probabilité est telle qu'une adhésion ferme en découle, elle n'est pas incom­ toire révélée montrait la nature et la grâce agissant de concert dans l'étre humain concret, innocent, coupable, patible avec la foi. quoniam multi fideles habent ad ea racheté, sans préciser philosophiquement le p >int cri­ quæ credunt multas verisimiles rationes elmullasprotique où finit ia nature, où commence la grà- e. La psy­ telbi les quæ habent generare opinionem. In IV Sent., I III, dist. XXIV, a. 2, q. n, Opera, t. Ill, p. 521. Mais chologie toute vivante et faite d'expériences intimes de l'opinion favorable ainsi engendrée ne fonde, ni ne pré­ saint Augustin, qui domine presque exclusivement la cède, l'assentiment de la foi: ainsi, toc. cil., ad 2“'", in spéculation Ihéologique occidentale jusqu'à saint Bona­ oppos., fides vera non stat cum opinione, ita quod inni­ venture, n’était pas armée pour résoudre ce problème tatur opinione tanquam fundamento, immomulloma- ontologique; et la métaphysique platonicienne, dont usait ce Père, métaphysique du bien et de l'action réi ■ gis acceptio illa probabilis, ex rationibus acquisita, de plulôtquede l’élreel des predicaments, entretenait l'i.l—· qua didam est, quod potest opinio dici, innititur ipsi de la fusion des deux ordres. Sur un point ou sur un vo­ fidei tanquam firmiori... Ideo magis illa acceptio tre, contre Pélage etaulres hérétiques, l'Église et les P> r innititur fidei quam e converso licet aliquo moi o illa paraient aux inconvénients de celte conception >-n limi­ fidem foveat et delectet, sicut dictum est. Ibid.,p. 521. tant sur tel ou tel point le domaine naturel, ci. 11' c· nLe contexte auquel le saint docteur vient de se référer se trouve dans la solution. L'édition de Quaracchi ren­ cile d’Orange, sans,parvenir à formuler une donn d'ensemble qui marquât la distinction radicale de.-d-ux voie aussi au prrœmium du In 11' Sent., I. I. q. n, 1.1, p- 11. Là est expliquée la triple utilisation de la raison ! règnes. L’aristotélisme enlin,en jetant dans lacireul tion théologique une psychologie laite de l’homn par la foi : contre les adversaires, pour soutenir les nature, sans aucun alliage de surnaturel, prove ; faibles, pour réjouir les parfaits. Tout cela ne dépasse 2271 CRÉDIBILITÉ l'apparition d'une nouvelle position de la question. Saint Thomas se trouve là. juste à point nommé, pour tirer parti de ces ressources. La doctrine de la puissance oliédientielle en sortit. Le surnaturel fut rendu à ses causes propres, divines, mais rattaché à la nature pure par la propriété radicale qu'a celle-ci, en tant qu’être dérivé, d’être soumise absolument au gouvernement de l’Étreparfait pour tout ce qui n’implique pas contradic­ tion. La nature put librement développer ses ressources naturelles, sous la condition qu'arrivée à la limite supé­ rieure de ses forces, elle ne présentât plus en regard du surnaturel qu’une puissance passive obédientielle vis-à-vis du premier principe de cet ordre. Dans la question des rapports de la raison et de la foi, cette limite supérieure des forces rationnelles fut l’établisse­ ment de la crédibilité rationnelle du dogme révélé. Nous partagerons en trois étapes la marche de la pensée de saint Thomas : 1» le commentaire sur les Senlences. 1253 sq.; 2° les questions disputées De veritate, la Summa contra gentes, vers 1261 ; divers; 3° le Quodlibct, H. 1268; la Somme tiiéologique, 11“ 11·’. q. l-vin, vers 1270; I11*, vers 1272. Nous suivons l'édition de Parme et. pour la Somme, l'édition léonine. I" Le commentaire sur le I. Ill· des Sentences, édit. Parme, t. vu. — Dés le principe, saint Thomas est fixé sur la cause propre de l’assentiment de la foi : Credibile non habet quod sit actu credibile nisi ex Verilate prima, sicut color esl visibilis ex luce. Dist. XXIV. a. I. ■■■·· atum, In Sum. theol., 11“ II», q. I, a. 1, Cajetan dit : 2283 CRÉDIBILITÉ 2284 tenendum est, n. 2. II insiste sur ce point que l’on ne Fides innititur Deo dicenti seu revelanti sic ut nihil saurait assimiler cette connaissance de la crédibilité à credat nisi ab eo revelatum, édit, leonine, n. 9; /ides la connaissance de l’existence, an est, quia est, d’une ex parte assensus a solo Deo dependet ut agente, ob­ jecto, fine et regula, ibid., n. 10; fidei actus conjun­ chose dont on ignore l'essence, quid, propter quid est, car la connaissance angélique se termine à l’évidence gitur... creditis per hoc medium quia Deus dixit seu de la révélation, Deum revelantem ; et non ultra pro­ revelavit, ibid. ; divina revelatio, qua celera credun­ cedebat, nisi ad ejus correlativum scilicet, enuntiata ut tur, est credita seipsa, ibid., n. 11; non est possibile rerelata. Ex hoc non videbat Deum esse trinum sed aliam in fide resolutionem quærere, quare credis Deo credebat, quia Deus ita dicebat sibi. Cajetan ne sort revelanti, ibid., ce qui revient à ceci que nous fidèles, pas de cette distinction. C’est son réduit central; par utimur Deo ut revelatore articulorum fidei, ita quod elle, il entend résoudre et résout mordicus toutes les actus fidei inhæreat Deo ut revelanti articulos fidei. difficultés qui naissent de l'évidence scientifique du té­ Ibid. Bien qui ressemble à la foi discursive dans cette moignage divin. Les Baùez, les Jean de Saint-Thomas, doctrine. Le révélé, revelatum a Deo, dont parle saint les Salmanticenses n’oseront pas maintenir sur toute Thomas, n'est pas pour Cajetan, la vérité autrefois la ligne l’absolu de cette position. C'est elle que nous révélée par Dieu, mais cette même vérité considérée avons cependant adoptée dans notre exposé dogmatique sous le témoignage actuel et intime de Dieu, selon le de la notion, voir col. 2203, car c’est certainement la mot de saint Jean : Qui credit in Filium Dei, habet doctrine impliquée dans les textes de saint Thomas. testimonium Dei in se. I Joa., v, 10. Cf. Salmanticenses, De fide, disp. III, n. 7, p. 189. Par là, se trouvent totalement exclus du motif formel de l’assentiment de la foi divine, la foi humaine 2. Ainsi définie, l’évidence de la crédibililé est-elle nécessaire à la foi? Capréolus répondait : oui, à condi­ (Scot), la foi à l’Église organe du Saint-Esprit (Durand). tion qu’on entende le mot videre dans un sens large. L'Église est ministra objecti fidei, η. 19, ce qui n'est en soi qu'un rôle accidentel, car ni les anges, ni ceux Cajetan repousse d'abord cette réponse. — Oui, disaient auxquels Dieu s’est révélé directement n'en ont eu d'autres, mais cette vue de la crédibilité vient de la foi besoin, n. 12. A son tour, la crédibilité naturelle, ration­ elle-même, comme saint Thomas le déclare, ad 3unl. nelle, n’est indispensable que comme condition extrin­ Lumen fidei facit videre ea quæ creduntur, etc. Dans l’ad 3““. répond Cajetan, il s’agit d’un autre point de sèque de l'objet de foi. C’est ce que Cajetan explique magistralement dans une exposition d'ensemble qui vue : pour le moment nous avons affaire à une vue de sert de base à tous les commentaires thomistes posté­ raison et non de foi, puisque saint Thomas déclare rieurs sur le célèbre passage de la II· !Iæ, q. r, a. 4, qu'elle est établie sur l’évidence des signes, c’est-à-dire ad 2llnl, que nous allons brièvement passer en revue. des miracles. Bendons à son lieu et place la question La notion de crédibilité rationnelle y est précisée d’une des suppléances et parlons connaissance naturelle de la manière qui ne laisse rien â désirer. crédibilité. Solution : Vere ac virtuose credere exigit 2» La crédibilité selon Cajetan. — Ce commen­ evidentiam quod illud sit credibile : Nullus audiens taire contient trois parties : la première ou est définie aliquid vere ac prudenter credit illud nisi ad sensum la crédibilité naturelle; la seconde ou est décrit son cognoscat a viro fide digno illud asseri. Le but de l’évi­ rôle spéculativo-pratique; la troisième où il est question dence de la crédibilité est donc un but de prudence et des suppléances. de bonté morale. Et c’est pourquoi, dans l'évidence de 1. Voir la crédibilité d’une chose, n’est pas, dit Caje­ la crédibilité, il peut régner une certaine relativité. tan. la voir dans sa vérité scientifique : si constat ali­ Stat enim unum et idem dictum, ab uno videri in ra­ tione credibilis, et ab alio non : exeo enim quod eviden­ quid esse credibile, non constat propterea illud esse verum, sed testimonia esse talia ut illud sit credibile. tia ista non convenit credibili ex parte rei semper, sed Ou'est-ce à dire? Cajetan emprunte un exemple aux quandoque ex parte nostri, ideo variatur in diversis témoignages rendus en justice. Tous les témoins et exigit aliquam conditionem objecti relative ad nos. s'accordent et l'accusé lui-méme convient de son crime : Ces paroles qui mettent la variabilité dans l'évidence non habetur certa evidentia quod ita sit, possunt enim même de la crédibilité sont à noter. On n'ose plus se omnes mentiri : habetur tamen evidentia quod ita servir de cette formule. Du reste, il est maniteste qu’en esse est credibile judicabileque absque alterius partis dépit de cette relativité, pour Cajetan, la certitude est formidine, n. 2; in voluntate non in intellectu, n. 3, assurée, certa notitia; c'est du côté de ses motifs que, § 1. Mais que devient cette distinction dans le cas où l’on pour des raisons subjectives, l’évidence de la crédibilité a la certitude absolue que le témoignage du témoin est varie. Il n’est pas de chrétien qui n’ait l'évidence de la vérace, certitudinem ex veritate constante testis veri crédibilité ainsi entendue, audientes a fide dignis clare, §2 ? C’est le cas du témoignage divin reconnu mundi scilicet conversionem ad Christum pauperem de science certaine comme donné. La solution de Caje­ per pauperes piscatores, idiotas, inter tot persecutio­ tan demeure identique : on a la certitude que les choses nes, tormenta et mortes, et postmodum a tot doctissi­ attestées, ut attestata, sunt vera, non qu’elles sont mis viris, cum vitæ propriæ castigatione mundique vraies absolument parlant. Stant enim hæc duo simul hujus contemptu, approbata innumerisque miraculis quod intellectus sit certus ex evidentia signorum vel firmata, n. 6. Dei leslantis quod Trinitas attestata est vera Trinitas L’évidence de la crédibilité, exigée pour la moralité de personarum, et simul credatur; el tamen non videat l’acte de foi, ne suffit pas d'ailleurs à faire croire. Té­ Trinitatem secundum se esse, ac per hoc verum esse. moin l'incrédulité des Juifs au tombeau de Lazare. Car Ibid. Cajetan se réfère ici à son commentaire sur la foi la foi dépend d'un autre facteur, la bonne volonté. des anges, q. v. a. 1, qui savaient de science excluant Cajetan, qui est probabilioriste, n'a pas fait de différence toute loi, et que Dieu ne pouvait mentir, et que Dieu entre la gravité des motifs de crédibilité el celle des leur révélait ce mystère, par exemple, la Trinité. La ré­ motifs prudentiels d'un acte de vertu ordinaire. Les pro­ ponse est invariable. Non sctr Deum esse trinum et babilistes doivent au contraire insister sur ce point, unum, quoniam hoc neque per propriam rationem surtout s’ils soutiennent la théorie de la foi discursive divinæ naturæ nec per effectum scit. Sed scit Deum qui donne aux motifs de crédibilité une influence spé­ qui non potest mentiri, sibi hoc attestari. Quod est ciale sur la certitude de la foi. afin de se mettre en scire attestata a Deo esse credibilia... esse vera ut attes­ 'règle avec la proposition 21· condamnée par Innocent XI. tata ; quod est scire ea quæ sunt fidei, secundum com­ 3. Les suppléances de la crédibililé. — Dans l’ad 3““ de l'article de saint Thomas que commente Cajetan. se munem rationem attestatorum a Deo. esse vera. Cajetan conclut : et hoc est quod indubie ex doctrina auctoris rencontre ce texte : lumen fidei facit videre ea quæ 2285 CRÉDIBILITÉ creduntur. Cajetan estime que cela peut et doit s’en­ tendre de l’évidence de la crédibilité. Ita quod videre credibili tatem eorum convenit fideli ex duplici capite scilicet ex sensu /Ide digni testimonii, juxta doctrinam resp. ad 2'“”,· et ex lumine fidei intus existence, juxta pressentis resp. doctrinam. Preuve : deux textes paral­ lèles, Sum. theol., II· II®, q. i, a. 5, ad 1“”; et q. vm, a. 4, ad 2“", qui attribuent à la lumière de la foi de faire voir, non plus en soi ea quæ creduntur, mais ea esse credenda, ce qui était la formule même de la crédibi­ lité dans l’ad 2um. Que si Ton insiste sur l’expression ea quæ creduntur, Cajetan répond que si la foi, sens divin, a le pouvoir de projeter sa lumière sur son con­ tenu objectif, dans une mesure suffisante pour que l’on discerne ce qui est de foi de ce qui n’est pas de foi, à plus forte raison fait-elle discerner sa crédibilité, n. 9, S 2. Que si l’on objecte qu’un habitus ne fait pas voir avec évidence, mais bien plutôt fait apparaître tel son objet quoi qu’il en soit de l’évidence, il répond que cela peut être vrai des habitus purement moraux, mais non d’une vertu comme est la foi qui est, en défi­ nitive, une vertu de l intelligence et donc doit nous perfectionner dans l’ordre intellectuel. Silvestre de Ferrare (-j-1528). — Son commentaire sur le Contra gentes, publié plus tard, est terminé l’année qui précède la publication des commentaires de Cajetan sur la II· II®, soit en 1516. Echard, Scriptores, p. 60. Donc, vraisemblablement, pas de dépendance. L’auteur profite de la question posée Contra genles, 1. III, c. XL, pour donner sa pensée sur la foi et ses rapports avec la crédibilité. Par la foi, on ne voit pas l’objet de foi in particulari, neque mediate neque immediate, bien que la lumière de la foi faciat intellectum videre ea quæ fidei subsunt esse credenda, § 1. L’intelligence est déterminée en regard de l’objet de foi par la volonté du croyant qui eligit determinate adhærere uni parti quia est aliqua ratio qua jud icatur bonum esse et conveniens assentire revelanti... utpote quia revelans est dignus fide et non falleret, quæ quidem ratio in quantum ostendit bonum esse ut rei proposite adhaereatur, suf­ ficit movere voluntatem et ipsam inclinare ad eligen­ dum assentire illi determinate, licet non sufficiat per se movere intellectum ad assentiendum, cum nullam rei evidentiam faciat, § 2 ; et encore : non crederet quis proponenti non visa nisi existimaret eum de illis perfecliorem notitiam habere quam ipse habeat, S 3. II faut joindre ce passage du 1. I, c. vi : miraculorum o/ieratio non sic confirmat fidem Christianam quasi particiilaritervidere faciat ea quæ sunt fideivera esse... sed movent voluntatem ad hoc ut videns ea velit cre­ dere. Ex illis enim judicatur conveniens credere fidem priedicatam quia ostendunt in universali vera esse. Peut-être le Ferrarais n’a-t-il pas distingué suffisam­ ment entre le jugement naturel de crédibilité et le ju­ gement surnaturel de crédentité, ce qui semble tenir à ce que. pour lui, le jugement de crédibilité n’est pas tellement provoqué par des raisons naturelles qu’il ne soit aussi éclairé par la foi, car il revient à plusieurs reprises, pour l’expliquer, à l’ad l“m de l’article de saint Thomas où il est dit que per lumen fidei viden­ tur esse credenda. .Melchior Cano (f 15601. — 11 regarde comme néces­ saire à la présentation de l’objet de foi la présence à'incitamenta exteriora quibus ad Evangelii fidem in­ ducamur. Dieu se sert des miracles et autres signes pour nous porter à croire les vérités de foi, comme un maître use de toutes sortes d’explications a posteriori et de suggestions pour faire comprendre à son disciple les principes premiers, auxquels on n’adhère cependant pas à cause de ces explications. Cf. S. Thomas. In IV Sent., 1. Ill, dist. XXIII, q. u, a. 2, q. ni; Sylvester Ferrariensis, Cont. gentes, I. Ill, c. xl, n. 2. Ces incita­ menta n out donc pas l’efficacité de produire la foi. 228(5 Selon son habitude, c’est par un lot bien choisi de citations de la sainte Écriture, que Cano prouve son dire. Môme procédé pour manifester la contre-parti,·, à savoir que Dieu seul est la cause de la foi. il exprime â ce propos, comme le remarque Suarez, la ménu· opi­ nion que Capreolus et que Cajetan sur le motif formel de la foi, la lumière révélante crue par la foi même : Necessaria est insuper causa interior, hoc est divinum quoddam lumen incitans ad credendum et oculi qui­ dam interni Dei beneficio ad videndum dati. De locis, 1. II, c. viti, § quarto prius. Cano passe ensuite à la réfutation de la théorie de Scot et de Durand sur la résolution de la foi dans une foi humaine à l’Église et exprime cette pensée que : nunquam hominem quemvis ita per fidem acquisi­ tam existimamus esse veracem, quin formidemus eum posse vel falli vel fallere; or, celte crainte d'une erreur va contre l’assurance propre à la foi chrétienne, telle que l’exprime saint Paul, Gal., 1, licet nos aut angelus. Par des textes appropriés, Cano montre au contraire la foi des prophètes et des apôtres s’appuyant, au lond, sur le témoignage de Dieu à travers le témoignage hu­ main, § Cui et tertium. Michel Medina, O.M. (1570). — Son ouvrage De recta in Deum fide, tributaire des nominalistes et des forma­ listes, défend cette opinion spéciale, à savoir que la résolution de la foi se faiten 1’autoritéde l’Église, crue non par la foi acquise, mais par la foi infuse. En croyant à l’Église, on croit, en effet, à Dieu qui parle par elle, 1. V, c. xi. p. 169. Il le prouve par cinq raisons, р. 163 sq. A l’entendre, Scot n’a pas pensé que la réso­ lution de la foi se faisait en la foi acquise de l’autorité de l’Eglise. Il n’a professé cette doctrine qu’accidentellement dans le but de montrer que l’on pouvait à la rigueur se passer de la foi infuse. Ibid., p. 165. Cette interprétation, que l’auteur étend à Biel et à Almain, est à noter; Durand n’aurait pas voulu dire autre chose de son côté, sinon que la première vérité crue, le primum credibile est : Ecclesiam regi a Spiritu Sancto. Sa thèse sur la crédibilité comprend deux affirmations: les premiers chrétiens ont cru à Dieu directement â cause de l’autorité divine confirmée par les miracles; nous, qui n’entendons pas la révélation divine, nous croyons â cause de l’Église. L’obéissance à l’imperium de l’Église, voilà la foi. Ibid., p. 166. Mais, dans tous les cas, la foi ne laisse pas d’être rai­ sonnable. Ilabet is voluntatis consensus quem fidei generandæ necessarium docuimus, duplicem causam... intrinsecam, scilicet divinum impulsum..., extrinsecam, ipsam fidei rationabilitatem; humanus enim animus non temere credit, sed religionis quæ illi sug­ geritur rationabilitate ad credendum inducitur, 1. I, с. III. Le 1. II est consacré à développer les 11 motifs de crédibilité que l’auteur attribue à Scot. De recta in Deum fide, Venise, 1564. Tolet, S. J. (f 1596). — Sa doctrine est substantielle­ ment conforme à celle de saint Thomas. Les motifs de crédibilité produisent l’évidence de la crédibilité des articles de foi, sans produire l’évidence de leur vérité. In Sum. theol., II* II»·, q. I, a. 4, 1* et 2* concl. D’où la liberté de l’acle de foi. Ibid. La cause de l’insuccès des motifs de crédibilité est, soit dans les passions que répriment les vérités de la foi, soit dans l’élévation, inac­ cessible à la raison, de ces vérités. Le lumen /<■/<■; concourt avec les motifs de crédibilité pour produire l’évidence de la crédibilité : il peut même la pr< duire seul, 4* concl. Quamvis motiva per se sufficiant, ta­ men auget multum lumen fidei. Ibid. II se refuse : l’opinion dite de Capréolus d’une évidence imparfaite de la crédibilité et admet celle de Cajetan de !’· absolue, tout en se séparant de lui sur la nécessité absolue de cette évidence, salis est si humana upado 2287 CRÉDIBILITÉ præcedat, 1* conci. Par là il semble frayer la voie à Ripalda. Molina (-f-1600). — Il ne touche qu’accidentellement dans la Concordia à la question de crédibilité à propos de la grâce nécessaire pour le premier acte de foi qui inaugure la justification. Et c’est pour rappeler l'im­ puissance relative des raisons humaines : difficile sola prædicalione Evangelii et explicatione rationum, quæ afferri solent ad credendum, inducentur fideles. Con­ cordia, disp. VIH, Paris, 1876, p. 35. Cependant, et bien que l’inilium fidei soit de Dieu, les molifs qui persuadent la foi gardent, sous la grâce prévenante, toute leur utilité, en harmonie avec la liberté de l'acte de foi, disp. IX, p. 39. Molina donne de l'entrecroise­ ment de ces motifs avec les prévenances de la grâce un tableau très vivant, très réel. Ibid., p. 40; Commenta­ ria in 1·™ partem, Lyon, 1622, Appendix, disp. VII, col. 722. Baùez (j-1604). — Sur la résolution dernière de l'acte de foi en la Vérité première révélante et son indépen­ dance absolue, Baùez est aussi énergique que Cajetan. In Sum. lheol., 11“ IIæ, q. i, a. 1, dub. I, § decisio auc­ toris, p. 11. La présentation de l’objet de foi s’opère par une persuasion humaine, ibid., dub. iv, 1* conci. ; mais l’assentiment de la foi ne se résout pas en une foi acquise dont le motif serait la véracité de l’Église (Scot), même considérée comme régie par l’EspritSaint (Durand), concl. 2 et 3. C’est un acte de la vo­ lonté surnaturalisée qui met l'intelligence sous l'em­ pire de la révélation, a. 4, dub. il, concl. 1. Pour que cet acte soit prudent, il faut qu'il soit précédé d'une persuasion intellectuelle produite, soit intérieurement par une divine inspiration, soit extérieurement par des motifs humains comme les miracles, concl. 3. L’objet de foi est donc évidemment croyable non seulement d’une évidence pratique, mais aussi d'une évidence spé­ culative, car, dans cet ordre de choses, il n’y a pru­ dence que là où il y a raisons spéculatives, dub. ni, concl. Toutes ces notions sont d’ailleurs communes à la foi divine el à la foi humaine qui, selon Baùez, ont même structure. Avec Cajetan, l’auteur remarque que l’évidence de crédibilité ne produit jamais la vérité scientifique, ibid., ad 1"m, et que, partant, celui qui a cette évidence ne croit pas nécessairement. Il note que Cajetan n’a pas dit que tous les fidèles avaient, par la lumière de la foi, cette évidence, mais seulement les parfaits croyants. ibid., ad 3um. Il donne pour les autres fidèles une liste de huit chefs principaux de molifs de crédibilité, dub. iv. Contre Cajetan, in hac sententia perpetuus, II* Ilæ, q. i, a. 1 ; q. v, a. 1 ; q. clxxi, a. 5, dont il résume les arguments, q. v, a. 4, § sententia, Baùez lient que l’évidence de l'attestation, evidentia in testi/icante, n’est pas conciliable avec la foi, parce qu’elle produit dans l’esprit l’évidence de fait du mystère, du lien entre le sujet et le prédicat de son énoncé, ce qui, selon lui, assimile l'argument, quant au résultat, à un argument a posteriori par les effets ; car les eflets de Dieu ne re­ présentent pas plus clairement Dieu, tout au contraire, que son témoignage. Ibid., 2“ concl.; cf. ad 4um. Il con­ cède cependant, sans conviction, que l’opinion de Ca­ jetan est autorisée : Multi enim viri doctissimi eam tenent atque defendunt, mihi tamen non placet. Ibid., ultim. concl. Suarez (f’1617), — 1° Sur le motif formel de la foi, Suarez suit saint Thomas interprété par Capréolus et Cajetan, In Sum. theol., II* II®, q. i, a. 1, édit, léonine, n. 9, à savoir que le témoignage divin révélateur est cru par lui-même, per seipsum, par un assentiment immédiat, lie fide, part. I, disp. Ill, sect. XII, n. 7-12. D'où, indépendance de la foi surnaturelle vis-à-vis de la foi acquise, ibid., n. 13, 14, contre Scot, Durand, Ga­ briel, etc., auxquels s’ajoutent Medina et Vasquez; et 2288 réfutation de la théorie de la foi discursive. De fide, disp. VI, sect. iv. 2° La crédibilité est formelle ou fondamentale. Par crédibilité formelle Suarez entend celte dénomination qui convient à l’objet de foi en raison de la vertu même de foi, c’est-à-dire du témoignage intime de la Vérité première. C’est notre crédibilité surnaturelle actuelle. Par crédibilité fondamentale Suarez entend la crédibi­ lité qui échoit à l’objet de foi en vertu de la connais­ sance naturelle du fait du témoignage divin. C’est notre crédibilité simple ou rationnelle. Voir col. 2206. L’une et l’autre, remarque-t-il, sont des dénominations ex­ trinsèques de l’objet de foi, prises du témoignage divin considéré de deux manières différentes. De fide, disp. IV, sect. H, n. 8. D’où différence entre la crédi­ bilité des mystères et la possibilité de démontrer qu’ils ne sont pas impossibles, cette dernière, à prendre ri­ goureusement les termes, impliquant une crédibilité naturelle intrinsèque qui ne saurait être admise. Ibid., n. 9. 3° La crédibilité fondamentale ou dispositive est ordonnée à la foi divine et non pas à la foi humaine qu’elle est d’ailleurs apte à produire. Cependant, comme il y a deux choses dans la foi divine, à savoir, qu’elle s’appuie sur l’autorité divine et qu elle ne peut être produite dans l’âme que par Dieu, l'ordination de la crédibilité à la foi divine ne saurait concerner celle-cî sous ce second rapport. La crédibilité dispositive des vérités de foi dira donc l’aptitude de ces vérités à être crues en raison de l'autorité divine qui les révèle, sans préciser de quelle manière cette foi sera produite dans l’homme, habitudinem ad fidem, quæ ab homine dari possit quocumque modo et quibuscumque viribus adjuto, disp. IV, sect, v, η. 4; ce qu’un thomiste tra­ duirait en disant que l’on réserve et sous-entend les capacités obédientielles de la nature humaine vis-à-vis du surnaturel. 4° Ainsi entendue, la crédibilité dispositive est néces­ saire à la foi, dans un but prudentiel; mm salis esse objectum proponi tanquam dictum a Deo sed neces­ sarium saltem esse cum talibus circumstantiis proponi ut prudenter appareat credibile, ex modo quo pro­ ponitur, disp. IV, sect, n, n. 3. La foi, en effet, est régie par une providence spéciale de Dieu, qui ne s’accommode pas de l’imprudence. D’ailleurs, sans cette condition, comment éviter les erreurs? Un troi­ sième motif à l’appui de celte nécessité est, que l’on a toujours le droit de rejeter un assentiment imprudent, tandis que nul ne peut rejeter ou mettre en doute sa foi. Ce dernier argument abstrait des causes surnatuturelles qui conservent dans les fidèles la foi divine déjà contractée. Cf. concile du Vatican, const. Dei Filius, c. m. 11 doit donc être entendu cum grano salis. Voir plus loin. 5“ La crédibilité doit être évidente, et, insiste Suarez, spéculativement évidente. Elle doit être évidente, parce que le jugement qui la prononce, doit, pour atteindre son but prudentiel, être certain. Mais, certitudo propria, et objectiva ac prudens non datur sine evidentia. De fide, disp. IV, sect, il, n. 4. Et que l’on ne réponde pas que l’évidence requise est l'évidence pratique de la possibilité et du devoir de faire l’acte de croire. Suarez qui est probabiliste et admet que pour légitimer moralement les actes ordinaires, suf­ ficit judicium probabile de honestate objecti, ibid., η. 5, fait ici une différence que n'avait pas à faire Cajetan, voir col. 2284, entre la foi humaine et la foi divine. La première peut se contenter de principes pro­ bables, mais la foi chrétienne est si certaine que, semel concepta mutari non possit, juxta testimonium Pauli sæpe citatum, ad Gal., t, Si angelus de coelo. Le cre­ dendum est doit donc être fondé, non sur une probabi­ lité morale, mais sur une évidence absolue et une certi- 2289 CRÉDIBILITÉ tude spéculative majeure de la crédibilité. Autrement, on pourrait plus tard légitimement douter de sa foi, ou la rejeter, sous prétexte que les probabilités sur la vue desquelles on l’avait gagée ne tiennent plus. Ajoutez, dit-il, que la certitude de la crédibilité doit être spécula­ tive. Ibid., n. 5. 6° En conséquence, Suarez, déclare que, pour avoir l'évidence requise, la vérité de foi doit être si croyable qu'elle défie la crédibilité de tout autre objet ou doc­ trine contraire. Alias lalis credibilitas necessario pare­ ret formidinem, ibid., η. 6, et cela doit s’entendre non seulement de la crédibilité simple, qui rend possible la foi, mais de la crédibilité rationnelle obligatoire : credendum est secundum rectam rationem. Cette exigence d’une évidence spéculative, omni exceptione major, de la crédibilité, est une conséquence des positions de Suarez touchant le jugement surnatu­ rel de crédentité. Le jugement de crédentité n’est, en effet, pour lui, surnaturel, que quoad modum, non quoad substantiam, disp. VI, sect, vm, η. 14, c’està-dire que c’est identiquement le jugement naturel : credendum est, mais surélevé, renforcé en certitude, par le secours divin. Cf. Franzelin, Analysis fidei, Itome, 1870, p. 576. Il garde donc en soi ses attaches à ses motifs rationnels, tout en étant surnaturalisés, comme initium /idei, c’est-à-dire en tant qu'il exige, objectivement s’entend, l’acte de foi. Si ces motifs ration­ nels sont caducs, le devoir de croire se trouve sans jus­ tification substantielle, puisque le secours divin n’a qu’un rôle complémentaire. Evidemment ceux qui admettent que le jugement de crédentité est surnaturel quoad substantiam n’ont pas à redouter cet inconvénient. Cf. Schiflini, De virtutibus theol., de fide, disp. III, sect. vu. n. 148, 151, 152. 7» L’évidence spéculative majeure des assertions de la foi n’exclut pas la liberté de la foi, tant à cause de la certitude plus grande que doit avoir l’acte de foi, que par suite de l’obscurité où, même pour les hommes instruits, cette évidence laisse la vérité en elle-même, disp. IV, sect, v, n. 6; chez les simples, la crédibilité n’est pas au même degré que chez les savants, hanc evidentiam non esse æqualem in omnibus. Ibid., n. 8. Mais cette relativité n'aflecte pas l’évidence ; elle ne concerne que les motifs sur lesquels l’évidence est fondée. Ibid. D’ailleurs, la certitude du jugement de crédibilité est renforcée chez eux, s’il en est besoin, par des suppléances surnaturelles. Ibid., n. 9. 8" Y a-t-il des suppléances totales de la crédibilité? Fidèle à son principe du surnaturel quoad modum, Suarez ne l’admet pas. La lumière de la foi crée dans le fidèle une disposition subjective qui l’aide à percevoir la crédibilité rationnelle, mais ne la supplée pas. Disp. IV, sect. Vl, n. 4. A ce propos, il prête à Cajétan l'idée que le jugement de crédibilité serait toujours • licite par la lumière de la foi. Ibid., n. 1. C’est une méprise, car Cajelan tient au contraire que ce jugement est tantôt rationnel, In Sum. theol., 11“ U1, q. i, a. 4, ad 2“m, n. 4-6, tantôt élicité par la foi. Ibid., ad 3,,œ, n. 7. Voir en particulier n. 5, § In littera reserva­ tur,... dicendum est ergo quod auctor loquitur in 2» de­ risione proprie, et η. 8 : convenit fideli ex duplici capite. Il est très vrai de dire, d’ailleurs, que, normale­ ment. le jugement de crédibilité n’est pas élicité par la foi. disp. IV, sect, vi, n. 2, puisqu'il est prudentiel, ce qui n'empêche pas la foi d’atteindre son contenu, non ut objectum sed ut conditio objecti, dira plus tard Jean de Saint-Thomas. 9» Le dégagement du jugement surnaturel de cré­ dentité est le principal progrès que Suarez a fait faire à la doctrine de la crédibilité. Fere nil inveni de illo dictum adoctoribus, dil-il, De fide, disp. VI, sect, vin, η. I, ce qui n'est pas tout à fait exact, puisque l’auteur réfute longuement l’opinion de ceux qui veulent un o.x>, I jugement de crédibilité surnaturel quoad substa·· , η. 6, par cette raison principale que ce serait la foi avant la foi. A quoi ces auteurs répondent qu’ils le regardent comme un jugement prudentiel émis - . une illumination objective spéciale, mais toujour- ! · l’ordre prudentiel. Pour Suarez, le jugement de ci - dentité a un contenu naturel, fruit des motifs de cré­ dibilité, mais ce jugement est élevé par une excitation surnaturelle pour pouvoir servir de principe > !.< volonté de croire, pius affectus. C’est uniquement · η vue de cet effet qu’il doit être reconnu surnaturel, n. 12-14. Et cela suffit pour se mettre en règle avec saint Paul, saint Augustin, saint Célestin 1er, et le con­ cile de Milet. n. 3. Jean de Saint-Thomas (γ 1644). — Sur la con­ ciliation avec la foi de l’évidence de la véracité divine de l’attestation, il émet ces deux proposi­ tions : 1° Evidentia testificationis se sola et formaliter non contrariatur fidei; 2° Facto discursu qui nititur non soli evidential in attestante sed etiam evidentiae aliarum propositionum, scilicet, quod Deusnon potest dicere falsum, quod evidenter cognoscitur sensus in quo loquitur, etc., probabile est quod tollitur obscu­ ritas fidei, et probabile est quod manet fides, hi Sum. theol., 11“ II1, q. t, disp. II, n. 3,4, p. 38. C’esl une concession à Baùez contre Cajétan. Quant à l’évidence, non plus de l’attestation, mais de la crédi­ bilité même des mystères, elle va de soi et se con­ cilie avec la foi. Ibid., a. 3, n. 6, p. -46. Cette évidence, considérée dans la teneur objective du jugement qui la formule, est le fruit d’une expérience, d'un raison­ nement prudentiel, ou encore d’un instinct du Saint-Esprit (suppléances). Ibid., n. 13. Cependant la foi la considère à sa manière, in ipso exercitio ·■■··dendi per modum conditionis requisite e.r parle objecti. Ibid., n. 15, p. 50. Cette trouvaille de Jean de Saint-Thomas donne la solution d’une difficulté· pendante depuis Hugues de Saint-Victor et fixe le sens de nombreux textes de saint Thomas qui attribuent à la foi la vue de la crédibilité. Cf. ibid. Pour le reste, Jean de Saint-Thomas suit la doctrine commune des thomistes qu'il rend d’une manière très pénétrante. Cursus theologicus, Paris, '1886, t. vu. Ripalda (t 1645). — 1° Sur les motifs de la foi. — Contemporain de J. de Lugo, dont il connaît et critique les théories, Ripalda n’admet pas plus que Suarez la foi discursive. Il tient, avec Scot et les nominalistes, que, dans certains cas, l’assentiment de la foi peut être émis sans dépendance de l’autorité de Dieu et de la révélation, De fide divina, disp. 11. sect, v, n. 30 sq., mais il se sépare d’eux en ce que, même en pareil cas, il exige une connaissance antérieure, prælucentia, de l'autorité divine, n. 52. Dans la plupart des cas, la con­ sidération de l’autorité divine entre dans l’assentiment de la foi. Il la tient d’ailleurs pour naturellement évi­ dente, comme de Lugo, bien qu’on y adhère surnaturellement, disp. II, sect. vu. vm; disp. Ill, sect. I, il ; mais il est très éclectique sur le formel constitutif de l’autorité divine. Ce n’est pas nécessairement la vérité· de Dieu, in cognoscendo et testificando. Ce peut être, pour la foi aux promesses du moins, la fidélité de Dieu, disp. II, sect, ιχ, n. 74; ce peut être, pour la foi en général, veritas divina in essendo. Ibid., sect. XI- La révélation active de Dieu, veritas in testificando, n ■ pas exclue. Disp. II, sect, XIII, n. 124. L’existence de la révélation est, elle aussi, connue naturellement, bien qu’on y adhère par un assentiment surnaturel. Ripa j , récuse la résolution de la foi divine en une foi hum contre Scot et les nominalistes, disp. III. sect. in. n cf. disp. VI, sect, il, mais il ne veut pas davan ... en­ tendre parler de l’opinion opposée de Cano ·■’ Baùez qui fait du lumen fidei divinæ la cause de l’assentiment à la révélation. Disp. Ill, sect, m, η. Jï. 2291 CRÉDIBILITÉ Il récuse de même l'opinion de Durand, n. 37, celle de Suarez, n. 41, et enfin celle de Lugo qui substitue à la révélation active de Dieu une révélation médiate que contribuentà formerlesdocumentsqui nous transmettent le fait passé de la révélation active de l'Ancien et du Nou­ veau Testament et les arguments rationnels à l’appui de son autorité. Ibid., n. 45, § Duobus ab ea dissentio ; cf. n. 46, 76 et n. 52. Pour de Lugo, les motifs de crédibilité sont un élément intrinsèque de l'assenti­ ment surnaturel à la révélation formant la deuxième prémisse du syllogisme de la foi. Ripalda craint qu'il n’y ait là du rationalisme. Disp. Ill, sect, ni, η. 52. Pour lui, les motifs de crédibilité n'ont qu’une vertu persuasive, ils rendent le fait de la révélation croyable et non évident. Disp. Ill, sect, iv, n. 54. 11 estime ainsi mieux expliquer que de Lugo l’obscurité de l’assenti­ ment à la révélation et par suite de l’assentiment de la foi. 2" Comparaison de cette théorie, avec celle de Lugo et des thomistes. — En réalité, il n’y a péril que si l'on admet avec de Lugo et Pierre Hurtado que la con­ naissance du fait de la révélation, en tant que mani­ festé par les motifs rationnels, est le principe formel de l'assentiment de la foi. Il faut en ce cas, à tout prix, sauvegarder l’obscurité de l’acte de foi divine définitif, en supposant l’obscurité dans son antécédent la con­ naissance du fait de la révélation. Si, au contraire, on admet avec l’école thomiste et Suarez que les motifs de crédibilité n'ont pas d'action directe sur la manifesta­ tion même de la révélation divine à nos intelligences, et qu’ils ne servent en définitive qu’à rendre morale­ ment légitime l'imperium /idei qui, lui, met notre intelligence sous l’illumination toujours actuelle de la Vérité première, on peut admettre l’évidence, même scientifique, du fait de la révélation sans compromettre l’obscurité et le surnaturel de la foi. Or Ripalda n'admet pas plus que les thomistes la foi discursive. Disp. Ill, sect. VI, η. 73, 75. Il semble qu’il eût pu con­ céder l’évidence naturelle du fait de la révélation, qui ne rend pas le mystère évident, mais seulement croyable. S’il ne l'a pas fait, c’est qu’il ne conçoit pas la révéla­ tion active de la même manière que les thomistes. Pour ceux-ci, elle est une manifestation directe, immé­ diate, de la Vérité première actualisant l’acte révélateur d’autrefois, par l'infusion du lumen fidei, en sorte que, par l'effet de la pia motio voluntatis, l’objet matériel de la foi se trouve, en face de l'intelligence, sous l'in­ fluence de Dieu, Vérité première agissant actuellement el l’imposant par sa propre efficacité, comme une lumière impose la vue de ce qu’elle éclaire. Pour Ri­ palda, la révélation active est donnée dans une connais­ sance surnaturelle, dont le caractère surnaturel pro­ vient non ex motivo objecto, d’un ébranlement suscité par l’objet, mais ex modo tendendi in objectum, n. 71. En d'autres termes, nous adhérons surnaturellemenl à la révélation, mais la révélation n’est pas actualisée pour nous, au moment de l'acte de foi par un témoi­ gnage spécial, actuel, de la Vérité première, nous la certifiant à nouveau par une illumination mystérieuse et surnaturelle, comme chez les thomistes; elle l’est par les arguments de raison qui établissent l’existence de la révélation, et mettent ainsi nos esprits en contact avec elle. Or, sans admettre la foi discursive, Ripalda estime qu'à la révélation ainsi reconnue par la raison s'origine l'assentiment de la foi surnaturelle, uni assentilur propter aliud, η. 75. Cf. disp. VI, sect, v, n. 42. Il était donc obligé de n'accorder aux motifs de crédi­ bilité qu’une inlluence persuasive. 3° Double influence, spéculative et morale, des mo­ tifs de crédibilité. — Cette inlluence sera double, selon les deux jugements de crédibilité auxquels, chez Ripalda comme chez Lugo. les arguments extrinsèques donnent lieu, sect, vi, n. 70; quippe revelatio bijariam con­ 2292 stituitur credibilis per argumenta extrinseca, primo physice, quatenus notæ exlrinsecæ manifestant verita­ tem existentiæ revelationis..., secundo moraliter, qua­ tenus proponunt honestatem moralem, prudentia con­ sentaneam, assensus revelationis. Le second jugement ne se prononce que sur la bonté morale de l'assentiment à donner, le premier intéresse la vérité de l'objet; le second est évident, le premier obscur; le second est antérieur à la libre volonté de croire, le premier pos­ térieur; le second rend la révélation moralement croyable, le premier physiquement. 4° Place de la crédibilité dans l’organisme psycho­ logique de l'acte de foi. — Les éléments psycholo­ giques de l’acte de foi semblent devoir s’ordonner ainsi : 1. jugement prudentiel évident de crédibilité; 2. pia motio; 3. jugement surnaturel de crédibilité, émis sous la double influence de la persuasion spéculative des motifs de crédibilité et de la pia motio qui défend toute appréhension contraire; ce jugement est, par suite, obscur et très certain; il ne se distingue pas substantiellement de l'assentiment surnaturel à l’exis­ tence de la révélation qui va suivre, n. 70; 4. assenti­ ment surnaturel à l’existence de la révélation : il est surnaturel non ex objecto, sed ex modo tendendi in objectum; 5. l’assentiment de la foi proprement dit. Ainsi, selon Ripalda, la crédibilité s’attache d'abord, non à l’objet de foi en lui-même, mais au fait de l'exis­ tence de la révélation. Cette position est curieuse, mais elle est dans la logique du système qui exige que l’au­ torité du témoignage ne soit pas évidente. Du reste, la distinction de la double efficacité physique et morale des arguments extrinsèques ne semble pas être tou­ jours suivie de très près par Ripalda, car il fait dispa­ raître la première un peu plus loin. Parlant de l'in­ fluence de ces arguments sur la connaissance de l'existence de la révélation : Hæc cognitio movetur propter illa, non quia judicatur adesse connexio ne­ cessaria cum existentia revelationis, sed quia sub iis signis relucet veritas revelationis, luce sufficienti ut prudentissimus quisque possit præstare et impe­ rare assensum imperio voluntatis etiam supernaturali. Loc. cit., n. 73. 5° Doctrine erronée de Hipalda sur le manque d'évidence de crédibilité chez les ignorants. — La cré­ dibilité, tant physique que morale, bien que visant directement le fait de la révélation, finit par concerner l’objet révélé lui-même. C'est ce que suppose la thèse de la dist. VI, sect, v, touchant l'évidence de la crédi­ bilité des mystères. Leur crédibilité physique étant l’œuvre d’une persuasion surnaturelle, mais obscure, du fait de la révélation ne saurait être évidente. La crédibilité morale, au contraire, est évidente. Ripalda suit ici la doctrine commune des théologiens, n. 43 sq. Il s’en écarte à la section VI, où il s’agit des motifs de crédibilité des ignorants. Il n’accepte pas qu’il y ait chez eux une évidence même pratique de la crédi­ bilité, n. 59, et il s'exprime ainsi : Sunt aliqui assen­ sus fidei eo imperfecti et infirmi qui non supponunt evidentiam credibilitatis. Le motif invoqué est la fai­ blesse des raisons qui les persuadent, n. 60. 11 va jusqu’à dire, n. 60, que l’assentiment de la foi divine peut être émis avec une simple probabilité de l'apti­ tude d une assertion à servir d'objet à la foi divine, lui appliquant ainsi le principe du probabilisme qui, selon lui, règle l'honnêteté des mœurs. Cette doctrine de Ripalda est sinon visée, du moins atteinte par la pre­ mière partie de la 21e proposition notée par Inno­ cent XI, comme le constate Viva, Damnatæ theses, part. 11, prop. 21*, § 1, 3, p. 51. Si l’on objecte à Ri­ palda la crainte qui va envahir l’acte de foi des igno­ rants, il oppose une triple réponse : 1. Après l’impe­ rium, et avant l’acte de foi, grâce au jugement surna­ turel ex modo tendendi in objectum par lequel nous 2293 CRÉDIBILITÉ adhérons au fait de la révélation, la crédibilité devient intrinsèquement certaine, n. 70, 75. C’est, sous une forme appropriée à son système, la doctrine commune des suppléances surnaturelles de la crédibilité. Cette réponse sauve Ripalda de la condamnation qui atteint la seconde partie de la proposition. 2. D’ailleurs, continue-t-il, il peut arriver qu’en présence du motif pro­ bable aucun motif probable opposé ne se présente, et que 1? crainte soit ainsi exclue, n. 76. C’est par cette considération, que Viva entreprend de sauver Ripalda, loc. cil., et il le ferait efficacement, si, comme il semble l’insinuer, le cas, où la probabilité est solitaire, était le seul ou Ripalda soutint sa thèse. Mais il n'en est rien. 3. Enlin, Ripalda estime que, par la probabilité, on peut aboutir à l’évidence de la crédibilité, en vertu du principe réflexe : honestum est et prudens seclari opi­ nionem probabilem, η. 78. Il semble bien que ce n’ait pas été l’avis d’Innocent XI. •lean de Lugo, S. J. (t 1660). — 1° La foi discursive et la crédibilité. — Rompant avec Suarez, Jean de Lugo estime que l’assentiment de la foi est constitué par un raisonnement, au moins virtuel, qui est celui-ci : la révélation divine ne peut se tromper; or Dieu a révélé le Verbe fait homme; donc le Verbe s’est fait homme. De fide divina, disp. I, sect. I, η. 77. La pre­ mière proposition est l’objet d’un assentiment immé­ diat. Mais il n’est pas nécessaire que cet assentiment soit fondé sur la connaissance rationnelle de la véra­ cité divine, non plus que sur un acte de foi surnatu­ relle par lequel le témoignage de la vérité serait reçu propter seipsum dicentem, opinions respectivement attribuées par l’auteur à Cajetan, Comment, in Epist. ad Heb., et à Suarez. Il suffit que la première proposi­ tion soit reconnue sous cette forme hypothétique : Si Dieu parle, il dit la vérité. Ibid., n. 100. Car ce raison­ nement conclut : si Dieu parle, il dit vrai; or Dieu dit ceci ; donc ceci est vrai. La conditionnelle qui lui sert de majeure est évidente pour quiconque en a compris les termes. Elle a pour raison de sa vérité la nature divine elle-même. Sous l'influence de la lumière de la foi, elle peut donc être crue de foi surnaturelle, car pour de Lugo comme pour Suarez, l’évidence de l’objet ne s’oppose pas à la foi, et elle doit même être crue ainsi pour pouvoir en­ trer comme prémisse dans un discours qui se termine à l'acte de foi surnaturel, p. 104. Croire à cette proposi­ tion constitue l'assentiment à l’objet formel de la foi. Cet assentiment est immédiat : d'ailleurs, il est bien l’ultime résolution de la foi, puisqu’il repose sur une évidence analytique. La mineure, qui concerne le fait de la révélation, est, selon de Lugo, également analytique, ex apprehensione terminorum, sicut assensus primorum principiorum, et donc naturellement certaine. Mais cette certitude analytique ne va pas sans quelque obscurité. D'où la possibilité d’adhérer, à cette deuxième proposition, comme tout à l’heure à la première, par un assentiment surnaturel obscur. Disp. I, sect, vu, n. 116. C’est dans la preuve de la nature analytique de cette proposition qu’interviennent les motifs de crédibilité. En effet : inter Ecclesiæ propositionem lot miraculis confirmatam, testificatam a martyribus, acceptatam a doctis et probis, etc., ex una parte, et inter locutionem media­ tam Dei ex alia, quæ sunt extrema illius propositionis, licet non appareat evidenter, apparet tamen obscure tanta connexio, ut ex ipsa connexione extremorum possit intellectus immediate assenliri et, accedente imperio voluntatis, possit etiam dicere sine formi­ dine : Hoc proponitur ex parte Dei, n. 123, § Hoc ergo. 11 n’y a pas trace ici d’inférence, mais simple compa­ raison, et donc assentiment immédiat. Et cet assenti­ ment peut être un assentiment de foi surnaturelle, quia licet non assenlior propter Dei testimonium... sed im­ 2294 mediate ex ipsis terminis, ut dictum est, quia tamen assenlior obscure et captivando intellectum... ide·, dicor credere revelationem; est tamen hoc credere valde diversum ab illo quo credo incarnationem; quia illud prius esl credere per modum principii, hoc autem posterius est credere per modum conclu­ sionis et propter aliud, n. 129. Mais, comment justifier cet imperium de la volonté qui captive l'intelligence et la fait sortir de l’état d’opi­ nion qu’engendre la vue obscure de la connexion des motifs de crédibilité et du fait de la révélation ? De Lugo le justifie par un jugement prudentiel, appuyé à son tour sur les mêmes motifs de crédibilité, mais considé­ rés d’une manière réflexe; sufficiunt item ut intelle­ ctus judicet reflexe ex apprehensione eorum, licet non appareat evidenter revelatio, apparere tamen eviden­ ter credibilitatem revelationis, id est, voluntatem posse prudentissime imperare, quod ille assensus immedia­ tus fiat sine formidine. Ibid., n. 121. De cette théorie résulte que les motifs de crédibilité et la proposition de l’Église ont, comme chez Ripalda. un double rôle vis-à-vis de l’assentiment à la révélation. Ils en sont, dit l’auteur, la raison formelle, au moins partielle, quia ex his omnibus, ut mihi proponuntur, integratur hic el nunc locutio mediata Dei mihi facta, propter quam credo, n. 129. Ils me rendent actuelle la parole de Dieu dite dans le temps. Ils sont aussi la con dition de l’assentiment de la foi, quatenus eorum co­ gnitio generat prius judicium prudentis credibilitatis mysteriorum ex quo judicio movetur voluntas ad imperandum assensum fidei. Ibid. 2° Comparaison avec d’autres doctrines. — Ce qu’il faut remarquer dans cette exposition, c’est le relief dans lequel est mise l’antique thèse halésienne de la résolution partielle de l'assentiment de la foi, non plus absolument, il est vrai, dans une foi humaine, mais dans la présentation de l’objet de foi par l’Église ou le prédicateur,appuyée sur les motifs de crédibilité. C'est à tort d'ailleurs que de Lugo, n. 131, cite Banez parmi les tenants de l'opinion de Durand, et qu'il croit voir son opinion dans deux passages de saint Thomas. In IV Sent., I. HI, dist. XXIII, q. il, a. 2, q. il, ad 3”“; Sum. theol., 11« II», q. n, a. 9, ad 3“". Aussi sujets à caution sont les textes scripturaires qu’il apporte, ibid., qui peuvent tous être interprétés dans le sens d'une influence indirecte sur l’assentiment de la foi, à savoir par l’intermédiaire du jugement prudentiel de crédibi­ lité. La comparaison, d'ailleurs frappante, de la présen­ tation motivée de l'objet de foi avec l'appareil d’un am bassadeur, manifeste sans doute la manière dont Dieu parle dans l’Église et les prophètes et, par suite, la crédibilité rationnelle de ce qu’avancent Église et pro­ phètes. Rien de plus : rien qui influence l’assentiment surnaturel de foi, si l’on veut ne pas faire dépendre celui-ci de causes intellectuelles naturelles. Cf. Ripalda, disp. Ill, sect, m, n. 52. Sur l’évidence requise de la crédibilité, Lugo s’écarte de Ripalda et suit la doctrine commune, disp. V; contre Suarez, avec Hurtado,disp. LXIII,§6, il regarde le juge­ ment de crédibilité qui précède l’élection de la foi. comme surnaturel quoad substantiam. Disp. XI. sect. I. Il ne distingue pas d’ailleurs entre le jugement de cré­ dibilité, qui pour lui est surnaturel, et le jugement de crédentité. Disp. XI, sect, n, n. 26, 27. Le jugement surnaturel de crédibilité est, pour lui, un acte de 11 prudence infuse, ibid., n. 25, non pas de la vertu mo­ rale qui suppose déjà la foi, mais d'une vertu de ;<_· dence surnaturelle spéciale à la foi, n. 29. 33 ·■'. reste dans le pécheur conjointement à la foi inf ra n. 32. Il n’admet pas d’ailleurs, comme Ripalda. :u r. simple appréhension de la crédibilité, sans juge­ ment formel, puisse motiver l’acte surnaturel de foi. Disp. XI, sect. ni. 2295 CRÉDIBILITÉ 2296 Salmanticenses, 0. C. (1631-1679). — Ils résument taire de tout le mouvement théologique antérieur. Les et critiquent, au point de vue de la tradition thomiste, principaux points de vue ont été explorés et fixés. la plupart des théories citées de la crédibilité. Person­ Désormais les théologiens scolastiques seront plutôt bons nellement, ils tiennent que l’évidence de l’attestation disciples des maîtres précédents. peut se concilier avec la foi; à plus forte raison, l’évi­ Frasscn, O. M. (1680), a clarifié et mis dans un ordre dence de la crédibilité. De fide, disp. Ill, dub. t, § 2sq., méthodique les doctrines de Scot, en les rapprochant p. 188,205. Une thèse très complète sur celte question : des doctrines communes. Cf. son traité De virtutibus Utrum Deo repugnet facere miracula quibus confir­ theol., disp. I, a. 1, q. n, et surtout q. vi, concl. 2·, où metur falsa doctrina, constitue un apport original. On il introduit dans la synthèse de Scot la doctrine comy établit le mécanisme de la confirmation de la foi par I mune de la crédibilité. Frassen, Scotus academicus. les signes avec une très grande netteté. La solution est Rome, 1901. t. vin. d’ailleurs allirmalive dans le cas où il s’agit d’un vrai Gonet, O. P. (ÿ 1681), donne un résumé de la doctrine miracle, reconnu comme tel, avec tous les adjuncta qui de saint Thomas dans son Clypeus, tr. X, De virtutibus en font un signe divin. De fide, disp. II, dub. ni, theol., disp. I, a. 7, 8. où, contre Jean de Saint-Thomas, p. 126-139, Cursus theologicus, Paris, 1879, t. xi. il lient pour la conciliation avec la foi, de la preuve évi­ Pascal (f 1662). — Bien que n’appartenant pas à la dente de la véracité divine du témoin; dans une Di­ lignée scolastique, Pascal veut être cité à son rang dans gressio utilis el jucunda on rencontre une originale cet historique. Sa théologie de la foi est fortement tein­ mise en œuvre des principaux motifs de crédibilité. tée d’augustinianisme et elle a exercé une influence sur Clypeus theol. thomislicse, Lyon, 1681. t. IV, p. 237. les scolastiques apologistes. Pascal insiste surtout sur la Leibniz (f 1716). — Il trouve inélégante l'expression : préparation morale et religieuse à la foi. C’est là son [ motiva credibilitalis, Annotaliunculæ subitaneæ ad œuvre spécifique. Mais il admet aussi l'intervention de I Toland i librum, Opera, t. v, p. 144, ce ,ui ne l’em­ la raison : « Il est juste quelle se soumette quand elle pêche pas de l’utiliser couramment et d'en donner une juge qu'elle doit se soumettre. » Pensées, édit. Havet, notion très étudiée. Il désavoue cette interprétation des a. 13, n. 2. On connaît les quatre moments de son apo­ Pensées de Pascal : « Croire tout ce que l’on nous en­ logétique: montrer que la religion n’est point contraire seigne sans exception, parce que, s’il n'est rien de ce à la raison; ensuite qu'elle est vénérable, en donner que nous croyons, il ne nous arrivera aucun mal de respect; la rendre ensuite aimable, faire souhaiter aux nous être ainsi trompés, mais si ce que l'on nous bons qu’elle fût vraie; et puis montrer qu’elle est vraie. enseigne est effectivement comme on nous le dit, nous Jbid., a. 24, n. 26. Ce quatrième point est représenté courons grand risque; » car. dit-il, il ne s'agit pas tant chez lui par l'argument de la réalisation des prophéties, ici de la foi que de la pratique. Ce raisonnement ne a. I8, des miracles, a. 23, de l'établissement de l’Église, donne pas proprement une croyance; mais il oblige a. 18, n. 12, de la personne et de la doctrine de Jésusd’agir suivant les préceptes de la croyance. Jugement Christ, a. 17. Il faudrait ici tout citer, tant est puissant sur les œuvres de Shaftesbury, n. 32, ibid., p. 53. La le relief des preuves et la force de conviction qu’il sait dissertation, De conformilate fidei cum ratione, est leur donner. consacrée à établir le caractère d'incompréhensibilité A noter comme caractéristique ce passage : « Les pro­ des articles de foi et à le distinguer de l'invraisem­ phètes, les miracles mêmes et les preuves de notre blance et de la contradiction. En deux endroits cepen­ religion, ne sont pas de telle nature qu'on puisse dire dant la preuve de crédibilité est touchée : Cum fides, qu’ils sont absolument convaincants. Mais ils le sont quoad rationes, ejus veritatem comprobantes, ab expe­ aussi de telle sorte qu'on ne peut dire que ce soit être rientia pendeal horum hominum qui miracula, quibus sans raison que de les croire, » a. 24, n. 18. C’est, dans revelatio innititur, viderunt, η. I ; cf. 2,3, Opera, t.i, la langue de Pascal, la thèse de la relativité en soi des p. 65. Hinc apud theologos, suo muneri pares, extra motifs de crédibilité, influencée peut-être par des aleam omnem positum est, per motiva credibilitalis, idées jansénistes sur la prédestination. Ainsi il y a de coram tribunali rationis, semel omnino comprobari l’évidence et de l’obscurité, pour éclairer les uns et auctoritatem Scriptures sacrie. Suit l'exemple clas­ obscurcir les autres. Ibid. sique de l'ambassadeur qui présente ses titres de Mentionnons ici dans la Logique de l'ori-Hoyal, créance. Ibid., n.29, p. 85. Aussi, dans les petites anno­ Paris, 1632, d'Antoine Arnauld et de Nicole, le c. xn de tations au livre de Toland, déjà citées, il se refuse à la IV· partie, qui offre cette originalité que la notion de admettre l'évidence comme critère universel, si l'on ne la crédibilité rationnelle et sa nécessité y sont incorpo­ prend soin de spécifier que l’évideuce de l’autorité y est rées à la Logique. Dans les deux chapitres suivants, au comprise, évidence propre aux motifs de crédibilité. même titre, sont édictées des règles pour bien con­ Opera, t. v, p. 144. Or, cette autorité, lorsque c’est duire sa raison dans la croyance des événements qui Dieu, qui summa ratio est, qui parle, est celle d'un dépendent de la foi humaine. Suit leur application à la témoin, testis, imo judicis, irrefragabilis. Ibid., croyance des miracles. p. 146. Dans sa lettre n à Spizelius, Leibniz trace les Bossuet (f 1704). — A citer le passage de la Confé­ grandes lignes d'une apologétique scientifique. La base rence avec M. Claude, Œuvres complètes, Paris, 1863, est la théodicée naturelle. Elle supposée, aucune reli­ p. 545-548, où Bossuet regarde les motifs de crédibilité gion ne peut soutenir la comparaison,et ainsi compen­ comme suggérés aux lidèles par le Saint-Esprit luidiosior erit ad victoriam via. Opera, t. v, p. 245. II même, el le rôle précis qu'il leur attribue et qui est non veut que l'apologétique soit critique pour s'imposer pas d’établir la foi â l’Église universelle, foi reçue au davantage. Episl., III, ad Huetium, ibid., p. 457. Il la baptême et contenue dans le symbole, mais de reconnaître voudrait constituer mathématiquement, par des établis­ si l’Église dans laquelle on est né est la véritable. Cette sements, c'est-à-dire des thèses achevées et hors de dis­ limitation d'objet vient de l’erreur que l’auteur a pour pute pour gagner du terrain, ce qui est proprement la but de combattre, le libre examen. Bossuet a d'ailleurs méthode mathématique. Et il en trace le plan général en mis en valeur la force probante pour tous de plusieurs conformité avec ses idées sur la logique universelle. motifs de crédibilité, prophétie et victoire de l’Église, Lettre à M. Burnet, Opera, t. vi, p. 246. Le caractère en particulier dans le Discours sur l'histoire univer­ intellectualiste, logicisle, de la preuve de la crédibilité selle, c. xxx sq. Voir Bossuet, t. n, col. 1060; Claude, est poussé ici par Leibniz à l’extrême. Dans le Sys­ t. ni, col. 10. tema theologicum, Paris, 1845, p. 8 sq.; trad. A. de IV· PÉRIODE. FIN DU XVII·, XVIII· ET XIX· SIÈCLES. — Broglie, Paris, 1846, p. 16 sq,, nous trouvons un en­ L’œuvredes Salmanticenses a le caractère d’un inven­ semble doctrinal mieux équilibré où sont notées : la 2297 CRÉDIBILITÉ nécessité du secours divin, outre les motifs humains de conviction; l'existence de suppléances même totales: la nécessité des motifs de crédibilité pour déterminer la vraie foi; la réduction au miracle de toutes les démons­ trations de la révélation divine. Mais si on y trouve reconnue comme un fait la relativité des motifs de cré­ dibilité, on sent que l'idéal personnel de Leibniz, reste une logistique du croyable. Ce besoin d'intellectualité parfaite, joint à un reste de préjugé protestant, lui fait commettre une curieuse ignoratio elenchi au sujet d'une certaine analyse de la foi, romanam, seu curia­ lem, quam tuentur jesuitæ. Celle-ci prouverait que Dieu a révélé, quia papa definivit; tandis que l'analyse « gallicane » établirait le fait du témoignage divin par les motifs de crédibilité. Leibnitiana, n. 72. Opera, t. vi. p. 507. Il y a ici confusion entre le critère naturel du fait de la révélation et le critère surnaturel des dog­ mes de foi, qui ne vaut que pour les fidèles. Opera omnia, Genève, 1768; cf. pour les principaux passages, Emery, Pensées de Leibnitz, sur la religion et la mo­ rale, 2e édit., Tours, 1880. Huet (-J-1721).—Toute sa doctrine, trèsjuste, tientdans quelques lignes des Alnelanæ quæsliones de concordia talionis et fidei, I. I. c. nt, Leipzig. 1719. Pour que les vérités de foi méritent l'assentiment de l’intelligence, il faut qu’elles lui soient d’abord proposées comme croyables. Elles ne paraîtront croyables que grâce aux motifs de crédibilité. C'est là l’œuvre de la raison qui d'ailleurs fait appel en cela aux directions de la grâce. Ce n'est en tout cas que par l’influence de la grâce que l'inielligence donne ]’as:*ntiment de la foi proprement dite. C’est sous le bénéfice des réserves que commande celte notion de la crédibilité qu’il faut entendre les prétentions à la démonstration rigoureuse du christia­ nisme que présente la Démonstration évangélique du même auteur. Cf. Démonstrations évangéliques de Migne. Montrouge, 1811, t. v. Billuart. O. P. (-j-1757), reproduit saint Thomas dans son traité de la foi, en s’arrêtant de préférence aux po­ sitions de Cajetan et de Jean de Saint-Thomas. Kilber, S. J. (-}-1716). dans son traité De fide, définit heureusement la crédibilité : meritum exlrinsecum ut aliquid firmissime credatur tanquam a Deo revela­ tum. De fide, part. I, a. 2. Cet article 2 et l'article 3 exposent très clairement la thèse de l'évidence de la crédibilité et ses limites. Bien qu’il se rattache ordinai­ rement à Suarez, Kilber se sépare de lui en n'admet­ tant pas la certitude spéculative absolue des preuves de la crédibilité et en tenant pour la certitude relative, part, il, a. 2. A ce propos, il expose la théorie du dis­ cerniculum experimentale par lequel certains théolo­ giens, Perez, Palavicini, Esparza, prétendaient fortifier la force convaincante des motifs de crédibilité de valeur très relative qu’ont pour l’ordinaire les ignorants. Il se prononce contre la nécessité et l'utilité de ce discerni­ culum, ibid., § Dico S", col. 548, dans une thèse qui, pour ce sujet spécial, est devenue classique. Nous citons le De fide, qui fait partie de la théologie de Würzbourg, d’après le t. vi, du Cursus theologicus de Migne. Montrouge, 1841, col. 435 sq. Lefranc de Pompignan (f 1790). — A la conférence de Claude et de Bossuet se rattache la Controverse pacifique, publiée dans Migne, Cursus theologiæ com­ pletus, t. vi, col. 1070, spéciale pour ce point que la conférencede Bossuet avait seulement effleuré: comment la foi des enfants et des adultes ignorants est-elle une foi ferme et raisonnable? Les deux lettres du Savant de Genève, son correspondant, mettent en lumière la confusion que font les protestants de l’époque entre la cogitatio de crédibilisa recherche des motifs de crédi­ bilité par les croyants, et le libre examen qui équivaut à une mise en doute formelle de l’objet de la foi. Les réponses de Lefranc, plus prononcées que celles de 2298 Bossuet en faveur de l'examen méthodique que peu faire l’adulte de sa foi, ne contredisent pas la position de Bossuet, mais la complètent. La relativité des motifde crédibilité et le principe des suppléances sont excel lemment mis en lumière dans les deux lettres de l’évêqudu Puy. Pendant le XIXe siècle, la notion de la crédibilité a continué à être exposée dans des traités de la foi, ma­ nuels ou Cursus de théologie, qui ne font que repro­ duire l’enseignement des anciens maîtres. S'il y a eu des progrès au point de vue pédagogique, les idées sont restées ce qu’elles étaient. Parmi les événements les plus récents, il faut noter l’abandon, encore partiel, des maîtres de sa Société par le P. Billot dans l’intro­ duction du De Ecclesia Christi, Rome, 1903, et dans son De virtutibus infusis, Rome, 1901, et sa tentative de retour pur et simple à saint Thomas. Cf. Bainvel, La foi et l'acte de foi, Paris, 1898. Un fait qui n’a pris toute son importance qu’au xixe siècle est la constitution, comme doctrine théolo­ gique distincte de la théologie, de l'apologétique, soû­ le nom de traité De vera religione et de Écclesia, que l’ancienne théologie jusqu'à Billuart lui-méme, ne connaissait que comme discipline dépendante du traité de la foi. Nous ne décrirons pas cette discipline nou­ velle que tout le monde connaît et dont la bibliogra­ phie se trouve à l’article Apologétique, t. i, col. 15521572. Signalons seulement un grave inconvénient de la séparation. En devenant autonome, l’apologétique n’a pas toujours tenu un compte suffisant des liens qui, dans la pratique, rattachent l'évidence de la crédibilité aux causes morales et surnaturelles qui influent sur la genèse de l’acte de foi réel. On a conçu l’apologétique non plus comme une défense, organisée par la théolo­ gie contre les adversaires de l’objet de foi. supposé admis, mais comme un « pont » construit avec des arguments rationnels, qui de l'incrédulité totale amè­ nerait les esprits, par l'effet de l’évidence naturelle, à la connaissance scientifique de la crédibilité. La pré­ tention est, en soi, admissible, et nous avons essayé de le montrer. Voir col. 2227 sq. Mais, la réalisation d’une apologétique, satisfaisant à des exigences proprement scientifiques, est devenue de plus en plus difficile, d’abord en raison des difficultés opposées par la critique à la connaissance rationnelle elle-même, ensuite en raison des exigences, d'ailleurs justifiées, des sciences si nombreuses que l’apologétique est obligée de mettre à contribution. De l’insatisfaction causée par des apo­ logétiques qui se présentaient comme démonstratives et qui parfois « feignaient de retrouver à l'arrivée » la foi au surnaturel, qui était à leur point de départ, sont nées diverses théories, en partie fautives, mais qui rendent ce service de rappeler aux théologiens que la crédibilité n’est pas un vrai rationnel ordinaire, mais l’espèce de vérité qui affecte l'objet de la foi surnatu­ relle, laquelle est essentiellement actus intellectus moti a voluntate. Elle a donc en définitive une signification pratique, encore que ce rôle ne puisse s’exercer, sauf exceptions d ordre divin, que par la mise en lumière de motifs rationnels. Rien d’ailleurs, du côté de la foi, ne s'oppose à ce que ce travail rationnel puisse consti­ tuer une véritable science, mais rien ne l’exige absolu­ ment. Si l’apologèle a celle prétention, il doit la justi­ fier devant les sciences. Le but ordinaire des apologies est de présenter des arguments capables de satisfaire des esprits prudents, sincères, voulant la vérité totale et faisant ce qu’ils en savent, par des raisons d'ailleurs valables en soi, mais non toujours et nécessairement scientifiques. Les dispositions morales des sujets, sou­ vent elles-mêmes effet de la gràcedivine, sont complé­ mentaires des évidences ou certitudes rationnelles, et c’est sous leur influence conjugue, et non sous l'in­ 2299 CRÉDIBILITÉ fluence solitaire des motifs de crédibilité qu’est émis le jugement de crédentité. Les prédicateurs et les apologistes de circonstance ont davantage évité cet inconvénient. Se trouvant en face des âmes elles-mêmes, et constatant, comme un élément sur lequel ils pouvaient tabler, les dispositions de leurs auditeurs, d'ailleurs rectifiés par l’expérience de l’insuccès pratique des démonstrations intellectua­ listes, ils ont mieux équilibré leur apologétique. De là vient que c’est plutôt chez les grands apologistes chré­ tiens qu’il faut chercher au XIX· siècle une notion inté­ grale de la crédibilité que dans les manuels théologi­ ques. Un modèle du genre est sans doute l'introduc­ tion au dogme catholique, du P. Monsabré, Paris, •1865 sq. Nous devons ajouter, pour être complet, qu’une réaction est commencée dans le sens de l’admission même dans les manuels d’une propédeutique subjective préparant la démonstration objective, et que la théologie scolastique ne tardera pas à être munie d’apologétiques plus compréhensives, grâce à la fusion, en regard des exigences manifestées au cours de controverses ré­ centes, des éléments du traité De fide, concernant la crédibilité, avec ceux qui constituentactuellemenl l’apo­ logétique. Dans une suite d'articles sur la crédibilité, Revue thomiste, 1905-1906, réunis en volume sous ce titre : La crédibilité et l'apologétique, Paris, 1907, nous avons tenté, dans cet esprit, de rédiger quelques prolégomènes théologiques à une apologétique se pré­ sentant comme intégrale. XIII. État moderne de la QUESTION. — Avec la Ré­ forme a commencé une nouvelle phase de l’histoire de la notion de crédibilité. Dans un esprit de violente réaction contre l’intellectualisme de la scolastique, le protestantisme supprime la région mitoyenne de la préparation rationnelle à la foi. L’ordre naturel et l’ordre surnaturel, au lieu d’être superposés, sont désormais juxtaposés, « sans communication possible, ni lien intelligible, unis seulement, prétendait-on, dans la mystérieuse intimité de la foi individuelle. » M. Blondel, Des méthodes de l’apologétique, dans les Annales de philosophie chrétienne, 1896, p. 480. L’homme spiri­ tuel, comme l’appelle Luther, devient le juge en der­ nier ressort de ce qu’il fautcroire. Bellarmin, De verbo Dei, 1. Ill, c. ni, col. 126; Suarez, De fide, disp. IV, sect, i, n. 1. Aussi dans le schéma primitif de la cons­ titution Dei Filius, le c. vit, De necessitate motivorum credibililalis, fut déclaré viser les protestants, qui unice provocant ad internam experientiam, ad sensum religiosum, ad testimonium Spiritus, ad immedia­ tam certitudinem fidei. Cette déclaration est accompa­ gnée d’un texte des Institutions de Calvin, 1. I, c. vi, n. 1,5, Collectio Lacensis, t. vu, col. 528, note. Cf. Den­ zinger, Vier Bûcher der relig. Erkenntniss, t. il, p. 304 sq. ; Kleutgen, Théologie der Vorzeit, t. m. Le point de départ ainsi posé évolua différemment dans les divers pays de culture moderne ou il convient d’en suivre le développement. 1« En Allemagne. — Kant fut, en un certain sens, le théoricien de la nouvelle conception de la foi. A la notion scolastique de la foi d'autorité qui consiste à « selier sans vue directe à celui qui sait etsc fier à lui par des raisons extrinsèques à ce qui est affirmé », M. Blondel, Vocabulaire philosophique, dans le Bulle­ tin de la société française de philosophie, Paris, mai 1903, p. 203, il substitue la notion suivante : quand le jugement n’est suffisant que subjectivement et qu’en même temps il est tenu pour objectivement insuffisant, cela s’appelle la foi. Critique de la raison pure. Méthodol. transe., c. n, sect, ni, trad. Barni, t. Il, p. 381. Cf. Mazzella, De virtutibus infusis, disp. Ill, a. 6, Rome, 1879, p. 397. La suffisance subjective est produite, soit par des mo­ tifs individuels, d’intérêt,Méthodologie, ibid., p. 382 sq., 2300 de sentiment moral, p. 387, soit par des principes aux­ quels on reconnaît une valeur universelle, comme la moralité ou l'unité de la connaissance théorétique du monde. Transportée sur le terrain de la foi religieuse, cette foi sans témoignage qui l’autorise objectivement devient, lorsqu’elle est autorisée par des principes, une croyance rationnelle pure, libre, fides elicita, dont l’objet se trouve en particulier dans l’enseignement chrétien du Nouveau Testament. Cf. La religion selon les limites de la raison, part. IV, c. Il, Le christia­ nisme comme religion naturelle. « C’est donc une reli­ gion complète : tout homme peut la comprendre et s’en convaincre par sa propre raison ; elle propose un idéal... sans que, ni la vérité de la doctrine, ni l’autorité, ni la dignité de celui qui l’a enseignée, aient besoin d’aucun autre titre à la foi que l’adhésion de la raison : autre­ ment la science ou les miracles, ce qui n’est point du ressort de tous, seraient nécessaires. » Ibid., trad. Trullard, Paris, 1841, p. 289. Cependant, la croyance chrétienne, considérée, non plus comme religion naturelle, mais comme enseignée — ce qui est nécessaire selon Kant pour que ses dogmes soient transmis sans falsification essentielle — s’appuie sur l'histoire et la science critique. Ibid. Cet enseigne­ ment ne peut « commencer par une foi absolue à des propositions révélées, essentiellement inconnues à la raison, et continuer par les leçons et par l'étude, car alors la croyance chrétienne serait une croyance non seulement imperata mais servilis. Elle doit donc tou­ jours au moins être enseignée comme fides historice elicita, c’est-à-dire que la science doit non point suivre mais précéder la foi ». Ibid., p. 293, 294. De quelle manière cet enseignement historique rapportera-t-il les miracle et autres événements? « On conçoit, dit M. Delbos, glosant ici la pensée de Kant, ibid., p. 291, 299, qu’une religion nouvelle invoque des miracles pour enlever à la religion ancienne son appui, et qu’elle se donne comme l’accomplissement de ce qu’avait pré­ paré l’ancienne. Mais une fois la religion morale éta­ blie, il est oiseux de discuter sur les miracles qui en ont signalé l’origine. On peut vénérer en eux l’enveloppe symbolique grâce à laquelle la religion nouvelle a pu se répandre; ce qu’il ne taut point, c’est faire de la connaisance et de l’aveu de ces miracles une partie intégrante de la religion. » V. Delbos, La philoso­ phie pratique de Kant, part. II, c. vu, Paris, 1905, p. 638. Kant a gardé, on le voit, la notion protestante d’une foi sans motif extrinsèque d’adhésion ; il a seulement substitué an témoignage intérieur de l’Esprit le témoi­ gnage intrinsèque de la raison, sous l’empire de nécessités ou de besoins moraux. Cette conception de la religion morale exerce son influence non seulement sur les théologiens protestants, mais aussi sur certains catholiques parmi lesquels, avec M. Delbos, ibid., p. 665, on peut citer Hermès. Jacobi (f 1819). y En réaction contre Kant sur le reste, mais adhérant aux conclusions négatives de la Critique de la raison pure, Jacobi refuse à la foi toute justification scientifique. Il érige en théorie l’eflicacité du sentiment humain pour la conviction légitime. Le sentiment rationnel est le critère de la réalité objective. « La philosophie de la foi de Hamann a la Bible pour base; le grand coeur de Jacobi lui tient lieu de Bible. » Haffner, dans Kirchenlexilton, v» Jacobi, 1889, col. 1185. De là, des conséquences religieuses que Perrone ré­ sume dans un paragraphe consacré aux systèmes qui s’opposent à la réception de la foi : la vraie religion n’a pas de forme extérieure; l’aspect historique du christianisme n’a pas d’importance, son mysticisme est toute sa vérité; peu importe que le Christ ait été quel­ que chose en dehors du concept que j'en ai. La crédi­ bilité, comme l’Évangile, serait donc, pour Jacobi, 2301 CRÉDIBILITÉ Sâmmtliche IVerke, t. ni, chose individuelle, allairede sentiment personnel. Schleiermacher (j· 1834). — Un passage de son ouvrage, Der chrislliche Glaube, est cité dans les annotations du premier schéma de la constitution De doctrina Christiana du concile du Vatican, c. vu. Collect. Lacensis, t. vu, col. 528, comme document à l'appui de l'erreur moderne signalée qui consiste à subs­ tituer à la crédibilité extrinsèque, critérium de la vraie foi, le sens religieux ou les besoins de l’âme religieuse. Cette doctrine déjà contenue dans les lleden über die Beligion, Leipzig, 1868, prononcées de 1799 à 1831, a son expression définitive dans le c. i de l’ouvrage déjà cité. Berlin, 1835. Le texte cité par la Collectio Lacensis; cf. Der chrislliche Glaube, § 11, p. 77, dit que l'auteur renonce à avancer aucune preuve pour la vérité ou la nécessité du christianisme, et suppose au contraire que tout chrétien, avant d’admettre une recherche de ce genre, a déjà en soi la certitude, que sa piété ne peut prendre aucune autre forme que celle-là. C’est de ce point de vue qu'il examine, § 12, le rapport du christia­ nisme au judaïsme, qui ne lui parait pas plus étroit que son rapport avec le paganisme, auquel les premiers apologétes recourent, dit-il, indifféremment. L’argument par l’accomplissement des prophéties est ainsi sup­ primé, p. 80, cf. p. 94. L’apparition du Sauveur dans l'histoire n'est ni surnaturelle, ni incompréhensible, § 13. Il n’y a pas d’autre manière de se rallier au chris­ tianisme que la foi pure et simple à Jésus comme Sau­ veur, § 14. En particulier, le rapport des miracles avec la vérité de la foi ne peut être compris que par ceux qui ont déjà la foi, p. 92-93. Ce paragraphe tout entier est à lire en regard de la controverse actuelle sur la reconnaissance et la force probante des motifs de cré­ dibilité, avec ou sans une foi préexistante. Hermès (7 1831). — Pour lui, la raison théorétique est condamnée au doute, sauf en ce qui regarde les données immédiates de la conscience, Introd. philoso­ phique, Munster, 1831, p. 198, parmi lesquelles quel­ ques vérités métaphysiquement nécessaires, spéciale­ ment le principe de raison suffisante, ibid., que nous sommes obligés de tenir pour vraies, quoi qu’il en puisse être de la chose en elle-même, ibid., p. 191 ; d'où l’on peut lirer une démonstration de l’existence de Dieu par la contingence du monde, la seule .qu’Hermés accepte, p. 415. Quant aux vérités et faits historiques qui concernent la révélation, la raison théorique ne peut donner que des probabilités, pas de certitude, p. 121. Il faut donc recourir à la raison pratique laquelle nous permet d'admettre pour vrai, avec une certitude morale, tout ce qui est nécessaire pour assurer l'accomplissement de nos devoirs indis­ pensables. Lorsque l'existence d'une chose est suppo­ sée par l'impératif moral, par exemple la vérité de l'objet perçu par nos sens externes, lorsque le devoir est urgent de venir au secours de notre prochain, p. 227, nous avons une certitude morale que nos sens ne nous trompent pas, que le misérable qui mendie existe, ce qui est indispensable pour légitimer notre action. Nous n'avons pas à hésiter pratiquement, quels que soient les fondements de douter persistant théorique­ ment. Douter serait non seulement aller contre notre devoir, mais aussi contre la vérité objective, car il fau­ drait admettre, pour nier les réquisits de l’action morale, que la faculté la plus sublime, la raison pra­ tique, chargée d'assurer les fins morales, est en conllit avec la vérité objective, et cela lorsqu’elle s'impose à moi avec toute la nécessité morale qui lui est propre. Ce conllit est possible, sans doute, mais je ne puis I’admettre, de même que ce que tient la raison théorétique peut n’étre pas vrai, mais, dans ce cas, je ne puis le tenir. Cf. Perrone. De locis theol., part. Ill, sect. 1, a. 2, § 2, De hermesianisnm philo­ 1 ; I I 2’302 sophico, édit. Migne, col. 1353-1354. C’est à ce point de vue de la raison pratique que peuvent être main­ tenues les bases historiques du christianisme,existence du Christ et des apôtres, leur véracité, leurs miracles, les prophéties, etc., p. 258. Le miracle d'une résurrec­ tion, par exemple, exige que le fait de la mort existe. Ce fait est mis en relation par Hermès lui-méme, à propos de la résurrection de Lazare, avec le devoir pratique d’ensevelir les morts, ce que l’on ne pourrait faire en conscience si l’on n'était certain que la mort est bien ce que nous pensons, Introd., p. 587; ce qui lait dire au grave Père Perrone que la résurrection de Lazare doit être un argument particulièrement à la portée de l’esprit des fossoyeurs. Reflexions sur une méthode théologique, dans Démonstrations évangé­ liques de Migne, t. xtv, col. 956. Voir, ibid., un exposé et une réfutation approfondis de cette conception des motifs de crédibilité quia été nommément censurée dans le décret condamnant les œuvres d’Hermès le 26 septembre 1835, § circa motiva credibilitatis. Den­ zinger, Enchiridion, n. 1487. Aux idées rationalistes se rattachent encore Wegscheider (7 1849), qui soutient que la foi religieuse rationnelle est le résultat d’une pression intime, qui s’extériorise légitimement par le droit usage de la rai­ son, Institutiones theologiæ christ.dogm., Halle, 1815, proleg., c. 1; Günther (7'1863), pour qui la foi est l’équi­ valent de la science a posteriori et qui prétend ainsi démontrer le dogme lui-même, Vorschule zur speculaliven Théologie, 1846; Kirchenlexikon, t. v, col. 1333; Frohschammer (j- 1893), nominalement condamné par Pie IX, Epist. adarchiep. Monacensem, 11 décem­ bre 1862, Denzinger, Enchiridion, n. 1527, pour faire de la connaissance des dogmes, quels qu’ils soient, une affaire de science rationnelle et d’histoire. Cf. überwegsHeinze, Grundriss der Geschichte der Philosophie, Berlin, 1902, t. îv, p. 322. La crédibilité suit, dans ces systèmes, le sort de la foi d'autorité qui en est exclue. Au contraire, Kuhn dans sa Dogmatik, 1859; Philo­ sophie und Théologie, 1860; Hillen, Apologetik des Chrislenthums, etc., 1863, font la transition entre le mouvement de Jacobi el de Schleiermacher et les idées nouvelles en apologétique, basées sur la vie immanente, dont on trouve l'expression, transposée du mouvement français, dans A. Ehrard, Das religiose Leben in der katholischen Kirche, 1904. La théologie catholique officielle maintient d’ailleurs partout avec solidité les positions traditionnelles tou­ chant la crédibilité avec Kleutgen, Scheeben, Heinrich, Ottinger, Hettinger, Schanz, tout en les adaptant avec intelligence aux exigences nouvelles et en les défendant avec science et érudition. Les manuels latins de Hurler, S. J., Theologiæ compendium, 3e édit., Inspruck, 1903, t. t, et de de Groot, O. P., Summa apologetica, 3· édit., Ratisbonne, 1906, sont des modèles du genre. 2» En Angleterre. — Jusqu’à la lin du xvn· siècle, la crédibilité n’a pas d’histoire dans l’Angleterre réformée. L’âme anglicane est absorbée dans la polémique romaine. L'avènement du déisme réveille la question el décide la première attitude de l'apologétique anglaise pendant la. première moitié du xvt· siècle. La démonstration chrétienne prend son point d’appui dans les principes de la morale et de la religion naturelle. Elle est de forme philosophique. Son principal argument est que. sur plusieurs points importants, les lumières naturelles sont insuffisantes pour la bonne conduite de la vie et pour la pratique efficace de la religion naturelle. D’où convenance et avantages de la révélation chrétienne. Le premier qui abandonne la traditionnelle controverse contre Rome pour inaugurer cette nouvelle apologéti­ que est Stillingfieet (f1699), évêque de Worcester. Le seul nom vraiment grand de cette période est celui de l'évêque Butler, que Newman appelait « la principale 2303 CRÉDIBILITÉ lumière de l’Église d'Angleterre » (ÿ 1752). Ouvrages principaux : Rolls sermons, 1726; Analogy of .Reli­ gion, natural and revealed, to the constitution and course of Nature, 1736. Butler fait de la conscience la plus haute des facultés humaines. Ses exigences sont les titres les plus solides que la révélation chré­ tienne puisse faire valoir en faveur de son accepta­ tion. Tel est le thème des Sermons. Bans VAnalogy, il se contente de montrer que la révélation chrétienne ne renferme rien d’irrationnel et de contre nature. A remarquer le dernier chapitre consacré aux miracles. 11 lui parait établir la probabilité du fait de la révé­ lation. Il complète la démonstration par l’argument du « pari » à la manière de Pascal. Ainsi, les motifs de crédibilité extrinsèques sont admis par Butler comme donnant une probabilité. L’évidence morale de la crédibilité est produite par le supplément apporté par la convenance de la révélation, les exigences de la conscience, l’argument du pari. C’est une doctrine complète, bien qu’insuffisante au point de vue spé­ culatif; la prépondérance est donnée à l’élément moral. Cf. L. Carrait, Philosophie religieuse en Angleterre, Paris, 1888, c. 11. Un revirement se produit durant la seconde moitié du xvm' siècle. On délaisse les arguments philoso­ phiques pour l’argument tiré du miracle et de l’accom­ plissement des prophéties. C’est ce qu'on appelle ['Evidential School. Le représentant type de cette école est l'archidiacre W. Paley (·[· 1805). Son principal ouvrage est : A view of the Evidence of Christianity, 1794. C'est à cette école qu’appartiennent plusieurs des apologétiques anglaises des Démonstrations évangé­ liques de Migne : Lesley, t. tv, p. 855; Sherlock, t. vu, p. 439, etc. Un mouvement accentué de réaction se produit dès le début du xt.v siècle contre la conception de Paley. L’initiateur en est le poète théologien S. Taylor Coleridge (-f· 1834). Ouvrage principal à ce point de vue, Aids lo Reflection, etc., 1825. II a subi l’inlluence , de la philosophie de Kant. II distingue dans l’homme l'entendement de la raison. L'entendement ne sort pas de la catégorie expérience sensible. Seule la raison caractérise l'homme. 11 distingue la raison spécu­ lative et la raison pratique. Cette dernière est la plus haute et c'est par elle que nous joignons la révélation chrétienne. La loi est décrite comme la reconnaissance pai un homme de la présence au-dedans de lui de la raison universelle, représentant la pensée el la volonté de Dieu et dans la soumission de sa propre volonté à la I raison universelle en tant que représentant la volonté divine. L’homme est en étalde déchéance parce qu'il s'est | attaché à sa volonté propre. Il cherche à se relever. Seule la religion, et en particulier le christianisme, lui en fournit le moyen. II repousse la démonstration type Paley. 11 écrit à la lin des Aids to Reflection : « Preuves du christianisme ! ce mot m'afflige. Faites sentir à un homme qu'il a besoin du christianisme; élevez-le, si vous pouvez, jusqu’à percevoir ce besoin; et vous pourrez vous en lier à cette intime évidence, vous souvenant seulement de la déclaration expresse du Christ luiméme : Personne ne vient à moi, si mon Père ne le conduit. » La clef de son système est cette idée que ' Dieu est immanent à l'homme. Le contenu de Dieu est objet d'évidence immédiate. II est nécessairement et absolument; non susceptible de démonstration scienti­ fique. Dans ce système, la crédibilité apparaît comme le résultat d'une coïncidence immédiate entre le contenu surnaturel du christianisme et les besoins de la raison pratique; le détour par le témoignage divin et sa preuve sont éliminés. C’est donc plutôt à une crédulité, c'est-à- l dire à un état subjectif, qu'à une crédibilité déterminée, qu'aboutit l'apologétique de Coleridge. L’inlluence de Coleridge sur le mouvement d’Oxford 2304 est avouée par Keble et Newman, quoique ce dernier au point de vue philosophique relève davantage de Butler. Voici comment .1. Martineau délinit les données com­ munes à Coleridge et à Newman. Ils sont d'accord pour chercher le germe de la foi pieuse dans la conscience; pour reconnaître le caractère essentiellement religieux de la moralité; pour faire de la foi la condition préa­ lable de la connaissance spirituelle et pour établir le principe : Credo ut intelligam. Essays, t. 1, p. 253. La théorie de la foi religieuse de Newman peut être considérée comme une protestation à la fois contre la philosophie de Locke et contre la théologie de VEvidenlial School. Le but des apologistes chrétiens de celte école a été d'isoler les preuves historiques externes de cette révélation et d’entreprendre de les juger par un procédé purement critique. Mais Newman perçoit clai­ rement que, en matière religieuse à tout le moins, ce procédé est impossible. Les preuves externes du chris­ tianisme ne peuvent être séparées de ce qui les en­ toure et appréciées à part de la révélation dont ils sont les « credentials o. Et surtout c’est se mettre tout à fait en dehors de la question que d’aborder la considéra­ tion de ces preuves sans certaines conditions subjec­ tives présupposées, idées préalables et dispositions mo­ rales. La préparation morale à la foi intervient, semble-t-il, chez Newman, en deux manières différentes, selon que l’on voit dans le christianisme un lait historique ou un fait moral. 1° Elle donne aux preuves propres du fait historique l’efficacité qui leur fait défaut pour la con­ viction. Spéculativement ces arguments ont leur valeur; pratiquement ce sont plutôt des occasions de croire au gré de nos dispositions intérieures; les motifs de cré­ dibilité ne sont pas la condition sine qua non de la foi. Ils en sont plutôt l’instrument. — 2» Le christianisme est avant tout un fait moral. «Pour l’aborder, il faut partir du credo moral intérieur, dont le credo extérieur n’est que la réplique. La crédibilité résulte ici de la coïncidence des réquisits de la conscience et du con­ tenu de l’enseignement révélé. Cette coïncidence est d’ailleurs moins perçue par l'intelligence que vécue el expérimentée intérieurement par chacun. D’où un nou­ veau caractère de la crédibilité newmanienne, sa person­ nalité et son incommunicabilité, d’un mot son égotisme. Cf. Brémond, La psychologie de la foi, selon Newman, Paris, 1905; Dimnet, La pensée catholique dans l’Am gleterre contemporaine, Paris, 1906. On trouvera une réfutation péremptoire du système dans E. Baudin, La psychologie de la foi chez Newman, 4 articles de la Revue de philosophie, 1906. Cf. pour la réfutation du moralisme en général : L. Couturat, La logique et la philosophie contemporaine, dans la Revue de méta­ physique et de morale, mai 1906, p. 328 sq. L’inlluence de Coleridge fut bien plus profonde sur le groupe de jeunes gens, état-major de la Broad Church, l’archidiacre Hare, l'archevêque Trench, John Sterling, Fr. Denison Maurice surtout, qui s’emparent de l'im­ manence de Dieu dans l’homme et en font le point de départ de leur foi religieuse. De même Ch. Kingsley, disciple de Maurice. A signaler comme œuvres représentatives du mouve­ ment contemporain, W. Mallock, Is Life worth living? 1881. Deux traductions françaises ont paru simultané­ ment en 1887. Contre le positivisme, la vérité de la religion est prouvée par ce fait que sans elle tout mo­ tif solide de vivre nous est enlevé et cela parce que les biens indispensables à l’àme humaine s’évanouissent. A. J. Balfour, The Emendations of Belief, 1899, traduit en français la même année. Balfour est qualifié de nou­ veau Butler par les Anglais. Son argument apologétique est celui-ci : La raison n’aboutit qu’à détruire; la foi et le principe d'autorité peuvent seuls nous fournir le corps des vérités qui nous sont indispensables. 2305 CREDIBILITE Dans les Essays on sonie theological questions of the Day, Londres, 1905, œuvre des professeurs de l'univer­ sité de Cambridge, nous trouvons un article de M. Murray sur la connaissance scientifique du miracle, où est justifiée cette assertion que l’évidence requise pour établir un fait merveilleux est essentiellement la même que celle requise pour tout autre événement historique. Application à la résurrection du Christ. Dans le même recueil, M. Barnes met en lumière le point de vue de ce que Bossuet nommait la suite de la religion, une correspondance plus profonde que celle des mots (des prophéties verbales) entre l’Ancien et le Nouveau Testament. M. Chase conclut d’une étude sur les Évangiles envisagés selon les méthodes critiques, que la résurrection du Christ, ses miracles, etc., con­ servent leurs droits devant l’histoire. M. Mason ne doute pas que le progrès incontestable de la connais­ sance dont le Christ est l’objet n’ait son point de dé­ part dans des évidences primitives. L’ensemble de ces articles manifeste un effort scientifique d’autant plus remarquable qu’il vient de Cambridge, la rivale théo­ logique libérale d’Oxford, pour maintenir, sur la valeur persistante de la crédibilité rationnelle et de ses motifs, les positions traditionnelles. Actuellement l’apologétique anglaise semble devoir partiellement s’orienter vers l’utilitarisme pratique. Le pragmatisme bien yankee de W. .James et l’huma­ nisme de Fr. Schiller proclament la non-valeur des éléments rationnels de la connaissance en dehors de leur appropriation à la vie réelle. Cf. Dessoulavy.Rerue de philosophie, juillet 1905, qui donne la bibliographie. G. Tyrrel estime que c’est là placer pour la première fois la métaphysique sur une base stable. Annales de philosophie chrétienne, décembre 1905. L’avenir mon­ trera ce qu’a au contraire d’instable et de compromet­ tant pour la vérité ce dernier avatar de la substi­ tution, au primat de la raison spéculative, du primat de la raison pratique, envisagée ici non plus comme rai­ son supérieure et ordonnatrice, à la manière de Kant, mais comme pure fonction ministérielle. En attendant, il est permis d’en relever l’illogisme. Qui dit utilité dit ce qui sert à quelque chose. Tant vaut la fin tant vaut le moyen. C’est donc du côté de la valeur des fins en soi que l’on doit chercher la valeur de l’utilité. Or, cette recherche n’est pas du domaine de la raison practico-pratique, qui n’est qu’une raison serve. Et l’on est ainsi ramené à la raison pratique supérieure, qui n’est que la raison spéculative s’appliquant à découvrir les lois du Bien, propriété de l’élre. On trouvera des notions plus étendues sur l'histoire de la notion de crédibilité dans l’Angleterre moderne, dans l’ouvrage de F. W. Macran, English apologetic Theology (Donnellan Lectures, 1903-1901), Londres, 1905, auquel nous avons fait pour cette contribution de nombreux emprunts. 3° En France. — La réforme n’exerça en France qu'une influence restreinte sur le mouvement des idées théologiques. Sa doctrine de la connaissance religieuse fut reléguée à l’arrière-plan par le succès des doctrines cartésiennes. Au lieu de s’enfoncer, comme en Alle­ magne, dans des doctrines métaphysiques, la pensée protestante fut de bonne heure orientée dans la con­ troverse relative aux marques de la véritable Église. Au xvme siècle se produit, contre les déistps, un mouvement apologétique analogue au mouvement an­ glais, dont on trouvera la bibliographie à l’article At>ol.OGÈTIQUE.C’est la notion traditionnelle de la crédibilité. verum ex testimonio, qui inspire l’apologétique comme les manuels. Après la disette d’idées théologiques de la Révolution et de l’Einpire, l’apologétique se relève sous l’égide du traditionnalisme. Pour de Bonald, la crédibilité résulte de l'accord d’une assertion avec la raison so­ D1CT. DE THÉOL. CATHOL. 2306 ciale. Voir Bonald, t. u, col. 960. Avec Lamennais, elle résulte du seul fait pour une doctrine d’être ensei­ gnée par la plus grande aulorité visible, laquelle est I l’Église catholique. Preuve de cette dernière affirmation : les quatre notes de l'Eglise. Essai sur l'indifférence, ' c. xxn sq., t. ni. Lamennais n'exclut pas d’ailleurs les preuves par les miracles et par les prophéties, c.xxxm, xxxiv, par l’établissement du christianisme, etc., ce qui prouve que, s’il récusait la raison abstraite, il ad­ mettait cependant une certaine efficacité de la raison individuelle dans la recherche des motifs de crédibilité. Dégagée de ses attaches au traditionnalisme, cette idée de partir de l’Église comme fait divin pour arriver à la crédibilité, idée déjà formulée par saint Augustin, a été reprise par le P. Lacordaire, Conférences, Paris, 1872 cf. Folghera, L’apologétique de Lacordaire. dans la Revue thomiste, mars 1904·; Julien Favre, Lacordaire orateur, Paris, 1906; et par le cardinal Dechamps. CEuvres complètes, Malines, 1874, t. i, iv, xvt; cf. t. t, pré­ face de la 4' édition. Ce dernier auteur insiste sur la préparation morale et religieuse du sujet, cf. Mallet, L’œuvre du cardinal Dechamps, dans les Annales de philosophie chrétienne, octobre 1905, sans diminuer pour cela, quoi qu’on en ait dit, le rôle de la crédibilité objective, qui est pour lui aussi nécessaire que pour les scolastiques. Dans le sillon traditionnaliste se situe l’apologétique selon la méthode d’autorité qui, chez. Brunetière, semble n’avoir en vue qu’une crédibilité de caractère utilitaire et social. Voir Apologétique, t. t, col. 1573 sq. Nous avons parlé, col. 2233, des thèses que durent souscrire Bautain et Bonnetly. Avec l’introduction en France des doctrines de Kant, la situation change. C’est surtout sous la forme du néo­ criticisme de Renouvier, fusion des idées d'Auguste Comte et de Kant, que le kantisme prépara les voies à une conception nouvelle de la crédibilité et de l’apolo­ gétique. Pour le phénoménisme rationnel, tout, sauf le phénomène actuel, y compris, et surtout, le sujet < t l’objet, n’est donné dans la conscience qu’à l'état relatif. Chacun des phénomènes qui constituent l'unique réa­ lité, est donc solidaire d’autres phénomènes, et, par ceux-ci, de l’ensemble des phénomènes. C'est l’imma­ nence universelle diversement interprétée par les di­ verses philosophies qui ont été touchées par l’influence du néocriticisme. La plus significative de ces interpré­ tations est celle qui par l’idéalisme et le criticisme s’est orientée vers un positivisme nouveau. Cf. L. Weber, Vers le positivisme absolu par l’idéalisme, Paris, 1903; les ouvrages de Bergson ; les articles de E. Le Roy, etc. Dans le système de Renouvier, la foi ou croyance, seul procédé représentatif qui produise la certitude, résulte de trois fonctions inséparables : l’intelligence, la passion et la volonté. Cf. Séailies, La philosophie de Renou­ vier, Paris, 1905; E. Janssens, Le néocriticisme de Charles Renouvier, Louvain, 1904, où se trouve une abondante bibliographie. La théorie renouviériste de la connaissance religieuse, toute de négation à l’égard du surnaturel chrétien, n’a pas sa place dans une his­ toire de la crédibilité, mais l’influence, exercée par son phénoménisme critique sur toute la philosophie en France, a suscité de la part de philosophes catholiques un effort pour renouveler l’apologétique en se plaçant au point de vue de l’immanence. En face de ce rationa­ lisme positiviste qui nie l’ancien rationalisme objectif et le surnaturel, et fait ainsi de la notion d’immanence la condition de toute philosophie, « la question est aujourd'hui de savoir si, dans l'ordre seul conservé, ne reparaît pas impérieusement le besoin de l'autre, l'ordre surnaturel. » M. Blondel, Lettre sur l’apologétique, dans les Annales de philosophie chrétienne, 1906. p. 480. Tenter de mettre ce besoin en évidence est l'ob­ jet de L’action de M. Blondel, Paris, 1893, qui a été III. - 73 2307 CRÉDIBILITÉ l’origine de tout un mouvement apologétique, pour et contre. Citons outre la Lettre : .M. Blondel, Principe élémentaire d'une logique de la morale, 1900; Histoire et dogme, dans la Quinzaine, 1904; Le point de départ de la recherche philosophique, dans les Annales, 1906; Laberlhonniêre, Essais de philosophie religieuse, 1905; Le réalisme chrétien et l'idéalisme grec, Mano, Le problème apologétique ; les articles et ouvrages de Ch. Denis; et d’innombrables articles dans toutes les re­ vues théologiques ou philosophiques, principalement de langue française, rédigées par des catholiques. C’est à titre d’hypothèse, semble-t-il, que l'apologé­ tique selon la méthode d'immanence se place sur le terrain de l'immanence. Dès lors, la crédibilité, enten­ due comme propriété rationnelle de l’objet de foi, est déclarée en dehors de ses prises. On l'ignore et l'on ne peut rien pour elle, car on ne peut détacher, comme le fait le rationalisme, une de nos activités du phénomé­ nisme intégral pour l'ériger en critère d’absolu. Tout se tient et s’enveloppe dans notre dynamisme phéno­ ménal. Ce que l’on peut faire, c’est étudier ce dyna­ misme immanent considéré dans son intégralité, noter ses égalisations et ses exigences. Or, et c’est ici le nerf de l'apologétique de l'action, cette étude ne tarde pas à manifester l’existence en nous d'une volonté profonde, qui est notre vraie vo­ lonté. et d'une volonté effective dont la loi est de s’éga­ ler à la volonté profonde. C’est la loi de l'action, sans l'observation de laquelle nous ne pouvons qu'avorter ou périr, que d’établir l'équation entre les deux. C'est là un problème pratique dont les termes se posent diffé­ remment pour chacun, mais le devoir est le même pour tous. A priori, et catholiquement parlant, la thèse de l’apo­ logétique de l’immanence est que la volonté profonde, comprenant, comme l’enseigne la foi catholique, non seulement des ressources naturelles, mais des influences divines de grâce, qui conduisent l’homme au surnatu­ rel et à la foi, la mise en équation, dans la conscience de chacun, de ce que l’on veut réellement et de ce que l’on réalise effectivement, doit aboutir, si l'on est sin­ cère, au besoin d’un surcroît surnaturel, à une volonté du salut surnaturel, et donc à sa reconnaissance par la foi en la manière où il existe, c’est-à-dire tel que l’Eglise catholique l’enseigne. Si l’on ne marche pas vers le catholicisme et si au dernier moment on n'y a pas abouti, au moins implicitement, c’est qu'il v a eu manque de sincérité dans la mise en équation, ou dans la volonté de réaliser le devoir qu’elle avait manifesté. La tâche de la philosophie de l’action sera de mettre en évidence, au sein de notre phénoménisme interne, les éléments qui composent l’équation et les lois qui en résultent, de manière à facilitera chacun la reconnais­ sance et la volonté de son devoir. On le voit, cette apologétique est moins une apologé­ tique de la foi qu’une apologétique de la bonne foi. Et il n’est pas douteux que celui qui l'aura pratiquée inté­ gralement pour son compte personnel n’aboutisse à la vraie foi. Facienti quod in se est Deus non denegat gratiam. Ipsi sibi sunt lex. II n'en reste pas moins une grande difficulté pour la détermination générale des conditions de la mise en équation de notre phéno­ ménisme interne, qui constitue la tâche à peine ébau­ chée de la philosophie de l’immanence. Quant â la crédibilité des vérités de la foi, elle appa­ raît dans ce système comme un aboutissant variant en fonction de l'état de crédulité légitime du sujet, et non comme une propriété de l’objet de foi fixée, une fois pour toutes, par une relation rigide au témoignage véri­ dique, en regard de tous les sujets. Il y aura, ce nous semble, non plus une crédibilité, mais des crédibilités (ou crédulités) multiples. Cf. de Groot, Summa apolo­ getica de Ecclesia, 3' édit., Ratisbonne, 1906, p. 11, 15, 23û& note 19. Ces crédibilités seront de caractère infiniment varié, puisqu’elles doivent uniquement ce qu'elles valent aux dispositions infiniment multipliées de nos phénoménismes individuels qui servent comme d'ins­ truments à la volonté profonde pour se faire jour. De plus, les dispositions ou phénomènes internes étant relatifs et immanents les uns aux autres, la crédibilité ne sera jamais simple, quoiqu'elle puisse être régie par un caractère prédominant, aspect relatif aux besoins moraux, pour tel sujet, aux besoins affectifs, intellec­ tuels, etc., pour d’autres. Enfin, en aucun cas, cette crédibilité subjective n’aura, par elle-même, de valeur absolument déterminante objectivement, bien qu'elle prépare réellement la détermination subjective, que le seul don divin est capable d'efiectuer. Nous rentrons ici dans la doctrine des suppléances. Quoi qu'il en soit de la vérité de son point de départ philosophique, on voit par la structure même de l’apo­ logétique immanentiste, que sa prétention pratique n'est que de préparer à l’acte de foi, en écartant les obstacles du cœur et de l’esprit, en amenant à regarder le pro­ blème religieux comme l'ununi necessarium, en faisant désirer la réponse avec une parfaite bonne foi. Tout cela fait, la place reste pour une apologétique objective qui détermine la vraie foi en regard de la bonne foi, ou, si on ne peut s’y rendre, car il semble bien difficile de coordonner une doctrine rationnelle à une doctrine immanentiste, il reste la grâce de Dieu et les suppléances divines de la crédibilité. On trouvera dans la 3e édition de la Summa apolo­ getica de de Groot, O. P., Ratisbonne, 1906. q. i, a. 3, un exposé très irénique et une critique théologique, aussi bienveillante que possible, de l'apologétique selon la méthode d’immanence. Il n'y a pas, à proprement parler, de bibliographie spéciale à la notion de crédibilité. 11 est nécessaire, pour se documenter, de s'adresser à des ouvrages généraux, conciles et patrologies, traités De (lle la Saussaye, op. cit-, p. 344-345. La crémation est encore en usage dans l'Inde. Pour la description des bûchers de Bénarès, voir P. Loti, L’Inde sous les Anglais, p. 395-466. On a supposé que la crémation avait pris naissance dans l’Inde. 8° Chez les chrétiens. — A aucune époque de son histoire, l’Église n’a adopté le rite de la crémation pour la sépulture des morts. Dès son origine, elle a consacré l’inhumation, usitée chez les Sémites, par une pratique inviolable; et les premiers fidèles recueillaient, au péril de leur vie, les restes de leurs martyrs pour les ensevelir pieusement. Cf. Martigny, Dictionnaire des antiquités chrétiennes, 2« édit., Paris, 1877, p. 751. Cependant il arrivait souvent que la cruauté ou la cupi­ dité des païens profanait les tombes chrétiennes : sacrilège qu'aurait pu facilement empêcher l’usage de la crémation. Les persécuteurs faisaient parfois à des­ sein brûler les corps des martyrs et jeter leurs cendres au vent ou dans les fleuves. Les cendres des martyçs de Lyon furent jetées dans le Rhône. Lettre des Églises de Lyon et de Vienne aux Églises d’Asie, dans Eusèbe, H. E., 1. V, c. i, P. G., t. xx, col. 432. Ils croyaient par là sévir contre la foi en la résurrection. Cf. Minu­ tius Félix, Octavius, 11, P. L., t. ni, col. 267. Mais les chrétiens répondaient que, les corps fussent-ils réduits en poussière ou en cendres, Dieu conservait leurs élé­ ments pour la résurrection. Ibid., 34, col. 347. De cette absolue fidélité que l’Église témoigna toujours envers le rite de l'inhumation, on possède une preuve saisissante, pour les premiers siècles de l’ère chrétienne, dans l’existence des catacombes romaines, et, pour les âges suivants, dans cette magnifique floraison de cathédrales et de cloîtres qui s’est épanouie, on peut le dire, au milieu des cimetières. L'Église lutta contre la pratique de la crémation païenne, qui était accompagnée de rites incompatibles avec la foi chrétienne. Toutefois il arriva qu’un jour certains chrétiens es­ sayèrent plus ou moins de remettre en honneur parmi eux le rite de la crémation, ou quelque autre du même genre. Mais cette tentative partielle ne dut pas tenir longtemps contre les prohibitions et les peines pro­ mulguées par les papes. Tel parait être le sens de la décrétale Deteslandæ feritatis, til. vi, De sepulturis, I. Ill, Extrarag. commun., oû Boniface VIII décrète que ceux qui feront subir un impie et cruel traitement par l’action du feu aux corps des défunts, plutôt que de les déposer intacts dans la sépulture de leur choix, seront excommuniés par le fait même, et, en outre, que les restas de ces cadavres seront privés de la sé­ pulture ecclésiastique. L’occasion de ce décret fut la 2319 CRÉMATION 2320 pratique, introduite par quelques fidèles, nonnulli puissance divine, que dans l’hypothèse de l’inhumation ; fideles, de faire bouillir, aquis immersa exponunt d’autre part, il n’existe point de loi divine qui la dé­ ignibus decoquenda, les cadavres, surtout de person­ fende formellement. Cependant on ne saurait nier que nages élevés en dignité ou de noble race, quisquam ex ce rite ne soit en opposition avec la discipline pratique eis genere nobilis vel dignitatis titulo insignitus, constamment adoptée par l’Eglise depuis les premiers pour les transporter plus commodément dans leur temps de sa fondation. C’est pourquoi, en face de la propre sépulture. Mais le souverain pontife a voulu recrudescence des idées favorables à la crémation, que user de son autorité apostolique, apostolica auctoritate patronnaient surtout les sectes, ennemies de la foi statuimus, d'une manière générale contre ceux qui, chrétienne, l’Église s’est prononcée dans trois décrets au lieu de leur donner aussitôt la sépulture chrétienne, mémorables, par l’organe du Saint-Office. infligeront quelque traitement impie et cruel aux corps Dans le 1" décret, du 19 mai 1886, sont d’abord ex­ des fidèles défunts, par exemple en les faisant bouillir pliquées les circonstances qui ont amené le Saint-Office pour séparer les os d’avec les chairs, ou en se livrant à à se prononcer sur cette question de la crémation. En leur égard à d'autres abus du même genre, y com­ présence des tentatives auxquelles se livraient certains pris sans doute la pratique de la crémation. Ordina­ hommes, recrutés spécialement parmi les membres mus ut circa corpora defunctorum hujusmodi abusus des sectes maçonniques, pour remettre en honneur les vel similis nullatenus observetur... sed ut sic impie pratiques païennes de la crémation, allant même jus­ ac crudeliter non tractentur. qu’à former dans ce but des sociétés particulières; Il faut arriver aux temps inaugurés par la Révolu­ dans la crainte que des âmes ne se laissassent séduire tion de 1789 pour assister à une nouvelle tentative de par leurs artifices, et qu'ainsi peu à peu ne vint à la part des sectateurs de la crémation. Encore doit-on s’ébranler le respect qui est dû à la coutume chrétienne avouerque le rapport présenté en faveur de la crémation, de l’inhumation toujours observée dans l’Église et con­ le 21 brumaire an V (11 novembre 1796), au conseil sacrée par elle en des rites solennels; un grand nombre des Ginq-Cents, resta presque sans écho. Voici ce que d’évêques et de pieux fidèles, afin de posséder une règle disait ce rapport : « Le champ du repos se trouverait à précise qui pût les guider en cette matière, portèrent Montmartre; dix hectares de terre seraient acquis, devant le Saint-Office les doutes suivants : autour desquels on élèverait un mur de 81 centimètres 1* An licitum sit nomen dare 1· Est-il permis de donner d’épaisseur; dans la construction de ce mur on prati­ societatibus, quibus proposi­ son nom à des sociétés qui se querait des voussures dans lesquelles on déposerait tum est promovere usum com­ proposent de promouvoir l'u­ des urnes cinéraires. Quatre grandes portes dédiées à burendi hominum cadavera? sage de brûler les corps des l’Enfance, à la Jeunesse, à la Virilité, à la Vieillesse défunts? 2· An licitum sit mandare ut 2” Est-il permis de laisser serviraient d’entrées, etc. » Ce ne fut toutefois que dans le dernier quart du i sua aliorumve corpora com- pour soi ou pour d’autres un ] burantur? mandat de crémation ? xix' siècle que l’idée de la crémation prit quelque negative : et, si aga­ A la 1·· question, négative­ consistance en Europe, lorsque les sociétés maçon­ turAdde1··, societatibus massonicte ment; et, s’il s'agit de sociétés niques obtinrent des gouvernements la reconnaissance sectæ filiabus, incurri pcenas affiliées à la secte maçonnique, officielle de ce rite. C'est en Italie que s’ouvrit la cam­ I contra hanc latas. on encourt les peines canoni­ pagne. Les premières expériences furent faites en 1872 ques portées contre celle-ci. Ad 2·", negative. A la 2·, négativement. par Brunetti à Padoue. Au mois d’avril 1873, le Sénat autorisa les familles à recourir pour leurs morts aux De ces décisions relation fut faite à Léon XIII qui pratiques de la crémation. La première crémation eut les approuva et les confirma en donnant l’ordre de les lieu à Milan, le 22 janvier 1876. De nombreuses sociétés communiquer aux Ordinaires, afin qu'ils pussent mettre se fondèrent â Dresde, à Zurich, à Gotha, à Londres et en garde leurs fidèles contre le détestable abus de la â Paris pour la propagation de l’idée. Un congrès fut crémation. tenu en 1876, à Dresde, ville où lady Dilke avait subi Le 15 décembre 1886, une nouvelle sanction émana la crémation en 1874. La législation allemande avait du Saint-Office, en vertu de laquelle doivent être privés rendu cette pratique facultative. En France, la Chambre de la sépulture ecclésiastique ceux qui, de leur propre des députés adopta, au mois de mars 1886, un amende­ volonté, ont destiné leur corps à la crémation, et ont ment à un projet de loi sur la liberté des funérailles persévéré de façon certaine et notoire jusqu’à leur d'après lequel tout majeur ou mineur émancipé pouvait choisir librement le mode de sa sépulture, l’inhuma­ mort dans celte coupable disposition, qui propria vo­ luntate cremationem elegerunt, et in hac voluntate tion ou l’incinération. On établit au Père-Lachaise, à Paris, un four crématoire. Cette loi fut votée le 15 no­ certo et notarié usque ad mortem perseveraverunt. Dans le troisième décret, du 27 juillet 1892, plusieurs vembre 1887 et rendue exécutoire par décret, le questions pratiques touchant la crémation furent défi­ 27 avril 1889. « La crémation est aussi autorisée en Allemagne, en Angleterre, en Suisse, en Suède et Nor­ nitivement résolues par le Saint-Office : vège, en Danemark, et dans les États-Unis d'Amérique. 1· Utrum liceat sacramenta 1· Est-il permis d'adminis­ Il y a 27 établissements crématoires en Italie, 20 aux morientium ministrare fideli­ trer les derniers sacrements États-Unis, 6 en Allemagne. La France en possède 3, bus qui massonicæ sectæ non aux fidèles, qui, sans avoir adhærent nec ejus ducti princi­ adhéré â la secte maçonnique, un à Paris au cimetière du Père-Lachaise, un à Rouen, piis, sed aliis rationibus moti, ni s'être inspires de ses prin­ un à Reims. L'usage de la crémation ne fait pas de progrès; l'ensemble des fours crématoires existants corpora sua post mortem cre­ cipes, mais mus par d'autres manda mandarunt, si hoc man­ raisons, ont laissé le mandat dans le monde (le Japon excepté, car on incinère, pa­ datum retractare nolint ? de brûler leur corps après leur rait-il, volontiers en ce pays) ne brûle pas plus de mort, et refusent de revenir quelques centaines de corps par an, défalcation faite de sur cette résolution ? ce que les amphithéâtres d'anatomie font brûler, entre 2· Utrum liceat pro fidelibus, 2* Est-il permis d’offrir publi­ quorum corpora non sino ipso­ quement le sacrifice de la autres à Paris. » Dr G. Arnould, Nouveaux éléments rum culpa cremata sunt, missæ messe, ou encore de l’appli­ d'hygiène, part. II, p. 662. IL Discipline ecclésiastique. — La crémation, con­ sacrificium publico offerre vel quer secrètement, de mémo etiam privatim applicare, itemque d’accepter dans ce but des sidérée en elle-même, ne contient rien sans doute qui que fundationes ad hunc finem fondations en faveur des fidèles répugne intrinsèquement à aucun dogme catholique, acceptare? dont les corps ont été brûlés, pas même à celui de la résurrection des corps qui non sans une certaine culpabi­ n’est pas rendue plus difficile, en regard de la toutelité de leur part? 2321 3· Utrum liceat cadaverum cremationi cooperari, sive man­ dato ac consilio, sive priest i la opera, ut medicis, officialibus, operariis in crematorio inser­ vientibus? Et utrum hoc liceat saltem, si flat in quadam neces­ sitate, aut ad evitandum ma­ gnum damnum? 4· Utrum liceat taliter coopé­ rant i bus ministrare sacramen­ ta, si ab hac cooperatione desi­ stere nolunt, aut desistere non posse affirmant? Ad : si moniti renuant, negative. Ut vero liat aut omit­ tatur monitio, serventur regulæ a probatis auctoribus traditie. habita praesertim ratione scandali vitandi. Ad 2— : circa publicam S. missæ applicationem, negative;circa privatam, affirmative. Ad 3“· : nunquam licere for­ maliter cooperare mandato vel consilio. Tolerari autem ali­ quando posse materialem coo­ perationem, dummodo :1· cre­ matio non habeatur pro signo protestât i vo massonicæ sectæ ; 2· non aliquid in ipsa continea­ tur quod per se, directe, at­ que unice exprimat reproba­ tionem calholicæ doctrinæ et approbationem sectæ : 3· neque constet officiales et operarios catholicos ad opus adstringi vel vocari in contemptum catholicæ religionis. Cæterum, quamvis in hisce casibus relinquendi sint in bona fide, semper tamen monendi sunt ne cremationi cooperare intendant. Ad 4·“ : provisum in præcedenti. Et detur decretum, feriæ iv, 15 decembris 1886. CRÉMATION 3· Est-il permis de coopérer à la crémation des cadavres, soit à titre de mandat et de conseil, soit d’une manière effective, comme font les mé­ decins, les fonctionnaires et les ouvriers, employés au ser­ vice du four crématoire? Cette coopération est-elle licite au moinsdans lecasd'une certaine nécessité, ou lorsqu’il s’agit d’éviter quelque grand dom­ mage ? 4' Est-il permis d’administrer les sacrements à ceux qui se prêtent à une telle coopération et refusent d’y renoncer ou affirment que la chose leur est impossible ? A la Γ· question : si, après avoir été avertis, ils relusent cette rétractation, négative­ ment. Mais, pour juger s’il y a lieu de faire ou d’omettre une monition de ce genre, il faut suivre les règles données par les auteurs approuvés, et sur­ tout tenir compte de la raison d’un scandale à éviter. A la 2* : négativement, pour l'application publique de la sainte messe : affirmativement, pour l’application privée. A la 3· : la coopération for­ melle. à titre de mandat ou de conseil, n’est jamais permise. Quant à la coopération maté­ rielle. elle peut être tolérée, pourvu que : 1· la crémation ne soit pas un signe protestatif en faveur «le la secte maçon­ nique; 2· elle ne contienne rien qui de soi, directement, et uniquement, implique la ré­ probation de la doctrine ca­ tholique et 1'approbation de la secte: 3- il soit bien évident que les fonctionnaires et les employés catholiques qui coo­ pèrent ainsi matériellement à la crémation n'ont pas été as­ treints ou appelés à cet office en haine de leur religion. D’ail­ leurs. quoique, dans tous ces cas, on doive les laisser dans leur bonne foi, il faut toujours les avertir qu’ils n'aient pas l’intention de coopérer à la cré­ mation. A la 4’ : il y a été pourvu précédemment, et on doit se reporter au décret du mercredi 15 décembre 1886. I : Cependant il ne faudrait pas interpréter ces prescrip­ tions disciplinaires dans un sens trop absolu; car il existe des circonstances extraordinaires où l’Église, soit expressément, soit tacitement, autorise la créma­ tion; ainsi en arrive-t-il lorsque l’usage de la crémation devient une nécessité pour le bien public, par exemple dans certains cas d’épidémie, ou encore en temps de guerre. Sur quels motifs l’Église s’est-elle basée pour con­ I damner l’usage de la crémation? La première raison qui puisse justifier la législation de l’Eglise louchant 1 la crémation est que, dans la plupart des cas, celle-ci apparaît entourée de circonstances particulières qui en font une profession publique d’irreligion et de maté­ ' rialisme. Mais, dans l’hypothèse même où la crémation ne porterait point ce cachet d’irreligion et de scandale, on ne devrait pas moins lui préférer la pratique de 2322 l’inhumation, et cela pour plusieurs motifs : d’alxii. pour un motif de sens chrétien, et qui plus est, de simple humanité. En effet, quelle manière indigne de traiter ce corps qui, au contact de l’âme, a été l’instrument de tant de vertus, ce corps que les sacrements ont sanctifié et dans lequel la sainte eucharistie a déposé une se­ mence de résurrection! Et puis la piété liliale, l’amour conjugal, l’amour fraternel, l’amitié même, s’accommo­ deront toujours difficilement de cette destruction hâtive et brutale d’un corps qui, durant sa vie, a été entouré de tant d’affection et de tant d’égards. En outre, plu­ sieurs des rites et des prières de la sépulture chré tienne perdraient leur signification, si belle et si an­ tique, si on les appliquait à un défunt, dont le cadavre devrait passer au four crématoire. L'Eglise, fidèle gar­ dienne de ses cérémonies, est en droit de les refuser à quiconque en méprise le sens si profondément reli­ gieux. On peut aussi alléguer une raison d’ordre médicolégal qui n’est pas sans importance : c’est qu a l’excep­ tion de certains cas d’empoisonnement, la crémation fait disparaître toute trace de mort violente, et rend impossible un examen ultérieur du cadavre; tandis qu’une autopsie judiciaire est toujours possible après une inhumation datant même de plusieurs mois. Enfin, l’objection que les partisans de la crémation prétendent tirer des lois de l’hygiène, que semblerait mettre en péril la pratique de l’inhumation, ne repose sur aucun fondement scientifique. En effet, les conclusions de l’expérience, jointes au témoignage de la plupart des médecins, démontrent que « le principe des inhumations a une valeur hygiénique réelle et indiscutable. » Mode de destruction des cadavres plus lent, mais moins bru­ tal que la crémation, l’inhumation aboutit à un résul­ tat aussi complet et plus en harmonie avec le grand principe physique de la matière. La putréfaction nor­ male des corps dans le sol équivaut â une crémation lente dont les termes définitifs sont inoffensifs, dont les produits intermédiaires ne présentent aucun danger sérieux ni pour les eaux ni pour les couches aériennes ambiantes. « Les eaux provenant des terrains d’inhuma­ tion ne peuvent, grâce au pouvoir naturel d’épuration du sol qui s’exerce pendant la durée de leur filtration â travers les couches géologiques, être contaminées par les produits chimiques de la décomposition des cada­ vres ou par la présence d’êtres organisés inférieurs. La composition de l'atmosphère des nécropoles est identique à celle des villes dont elles dépendent, et aucun méphitisme ne peut exister dans celle des cimetières exploités suivant les principes de l’hygiène, pas plus que la couche aérienne qui les enveloppe n’est le récep­ tacle de germes pathogènes, plus nombreux el plus virulents qu’ailleurs. » Cf. Dr Ch. Le Maout. Essai sur l'hygiène des cimetières, p. 95. Cependant il est cer­ tain que pour ne pas être en contradiction avec les lois de l’hygiène, la pratique des inhumations doit être entourée de précautions nombreuses el conformes aux données de la science. « Dans un projet de revision de la réglementation des sépultures, Brouardel et Du Mesnil ont demandé notamment que tout nouveau ci­ metière soit installé â au moins 100 mètres de toute agglomération, dans un terrain où les corps ne se­ raient jamais en contact avec la nappe souterrain» . que le cimetière pùl être simplement entouré de hait ? ou palissades et non point de murs; que le sol lut drainé; que l’extrémité des tuyaux de drainage fût «l.>tante d’au moins 100 mètres de tout cours d’eau : qu au­ cun puits ne fût creusé â moins de 100 mètres du cime­ tière. Ce projet fut approuvé par le comité consultai f d’hygiène publique de France. » Dr .1. Arnould. · cit., part. IL p. 661-662. Cf. Brouardel et Du M snii. Conditions d’inhumation dans les cimetières, dans les Annales d’hygiène, 1892; Les sépultures. Projet de 2323 CRÉMATION CRESPI Y BORGIA revision du decret du 23 prairial an XII, 1896, t. xxxvi. 1· Pour la partie historique, en dehors des travaux cités au cours de l'article, voir Perrot el Chipiez, Histoire de l'art dans Vantiquité, Paris, 1882-4908, t. VI, p. 561-568; t. vu, p. 39, 4142, 51 ; Perrot, La religion de la mort, et les rites funéraires en Grèce, inhumation et incinération, dans la Revue des Deux Mondes du V' novembre 1895, p. 96-127. 2· Pour la discipline ecclésiastique. Corpus juris canonici, 1. Ill, tit. vi; Canoniste contemporain, 1886, t. ix, p. 290; 1890, t. xm, p. 186-188; 1892, t. xv, p. 664; 1895. t. xvm, p. 161162: De Angelis, Prælectiones juris canonici. 1. Ill, tit. vi, Rome. 1878; Sanguinetli, Institutiones juris canonici, n. 428, 2'édit.. Rome, 1870; Cavagnis, Institutiones juris publici ecclesiastici, 4* édit., Rome, 1900, t. m, p. 166; La civiltù cattolica, t. en, evi; Revue des sciences ecclésiastiques, décembre 1886; La controverse, 15 février et avril 1887 ; Revue pratique d'apolo­ gétique, 15 février 1907, p. 613-615. Pour la question hygiénique. Le Maout, Essai sur l’hygiène des cimetières, Cherbourg, 1899; H. Thompson, Modem créma­ tion, Londres, 1899; J. Arnould, Nouveaux éléments d’hygiène, 5* édit., Paris, 1905, part. IP, p. 660-663; Brouardel, Les dépôts mortuaires, dans les Annales cfhygiène, 1890 ; Brouardel et Du Mesnil, Conditions d’inhumation dans les cimetières, ibid., 1892; Les sépultures, ibid., 1896, t. xxxvi ; voir aussi le Bulle­ tin de la Société pour la propagation de la crémation, Paris, 1882 sq.: Congrès d'hygiène et de démographie, 1889, sect. vm. E. Valton. CREMER Bernard-Sébastien, théologien protes­ tant allemand, né en 1683, mort le 14 septembre 1750, professa la théologie et les antiquités à Harderwick. On a de lui : Prodromus typicus, continens exercita­ tiones philologico-theologicas in Veteris et Novi Testa­ menti loca, in-4», Amsterdam, 1721; Prophelico-typicarunt exercitationum ex Veteri Testamento tetras, in-4», Amsterdam, 1723; Naziræus, sive commentarius litteralis et mysticus in legem naziræorum et Simsonis historiam, in-4», Amsterdam, 1729; ces trois ouvrages furent réunis en un seul : Typologia, sive doctrina de vera typos exponendi methodo, variis exer­ citationibus philologico-theologico-prophetico-typicis in Veteris et Novi Testamenti loca illustrata, in-4», Amsterdam, 1724; Summa theologiæ supernaturalis, in-4°, Harderwick, 1722; Antiquitates mosaico-typicæ, in-4», Amsterdam, 1733; Commentatio in vindicias lo­ corum generationem Filii Dei unam modo eamque naturalem adserentium, in-4», Amsterdam, 1733; Theo­ logia naturalis, in-8», Amsterdam, 1729; CEdipus evangelicus, sacrarum antiquitatum ex Mose, prophe­ tis el psalmis enigmata clave cognitionis resolvens, in-4», Amsterdam, 1745. Bibliotheca theologica, t. i, p. 241 ; t. IV, p. 232-233. B. Heurtebize. CRESCENS, Κρήσχης, philosophe païen du n»siècle, un cynique dans le genre de ceux qu’ont si bien dépeints Tatien, dans son Oratio contra Græeos, 19, 25, P. G., t. vi, col. 849 sq., et Lucien, dans les Fugitifs, 12-19, et le Pêcheur, 45. Vers le milieu du II» siècle, en effet, Rome comptait quelques disciples d’Antisthènes, de Cratès et de Diogène, facilement reconnaissables à leur extérieur négligé, et bien inférieurs à leurs ancélres de la Grèce. Revêtus du manteau traditionnel, portant les cheveux longs et toute la barbe, les ongles sales, ils parcouraient la ville, la besace sur l’épaule et le bâton à la main, à la fois grossiers et bruyants, pares­ seux et parasites, corrompus et corrupteurs, se livrant à tous les vices, pratiquant la pédérastie et censurant les mœurs. Leur attitude semblait une critique de la conduite intéressée et fastueuse des autres philosophes, ce qui ne les empêchait pas de se faire rémunérer eux-mêmes, de porter sous leurs haillons des bijoux, de l’or, des parfums, et d’être d’un orgueil outré qui n'avait d’égal que leur impudence et leur ignorance. Aussi exerçaient-ils la plus déplorable influence sur les classes inférieures, non seulement par l'immoralité Watch, 2324 dont ils donnaient l’exemple, mais encore par les théo­ ries les plus subversives contre la famille et la société. Ils s’en prenaient au travail, à l’économie domestique, à l'amitié, à la fidélité conjugale, au patriotisme. Et comme en ce temps-là le christianisme s'imposait à l'esprit de certains philosophes au point de les conver­ tir et obtenait de ses adhérents une pratique de la vertu, qui était la condamnation de leurs mœurs dépravées, les cyniques lui vouèrent une haine impla­ cable. A la différence de la plupart des gnostiques qui spéculaient librement, ils essayaient de supplanter la foi chrétienne par leurs systèmes philosophiques et pré­ tendaient posséder une science supérieure ; les cyniques, moins préoccupés de spéculations métaphysiques, en voulaient au christianisme en raison de sa supériorité morale. L’un deux était Crescens, qui se posa en adversaire de saint Justin et de Tatien. Pour plaire au peuple, il accusait publiquement les chrétiens de n’être que des impies et des athées. Mais ce n’était qu’un φΰόψοφος, un charlatan, un amateur de bruit, un orgueilleux, un imposteur, un fanfaron de vices. Dans une conférence publique, saint Justin le convainquit d’ignorance, d'inintelligence ou de mauvaise foi. « En nous accusant d'impiété et d’athéisme, lui dit-il, vous parlez de choses que vous ignorez complètement; ou bien vous connais­ sez un peu notre doctrine, et alors vous n’avez rien compris à son excellence; ou bien vous l’avez com­ prise, et alors vous êtes trop lâche pour la pratiquer et affronter l'opinion. » Apol., il, P. G., t. vi, col. 448-449. Confondu publiquement, Crescens éclata en menaces et jura de se venger. Saint Justin, dans sa requête aux empereurs, prit soin de rappeler cette discussion. « Je lui ai posé des questions, écrit-il, et j'ai pu constater qu'il ne sait rien; du reste, je suis prêt, si vous l’or­ donnez, à lui en poser de nouvelles en public et à le confondre une fois de plus. » Ibid. Vain appel. Cres­ cens, au dire de Tatien, était payé par le fisc. Oral, cont. Græeos, 19, ibid., col. 848-819. 11 dénonça ses deux adversaires. Mais Tatien avait quitté Rome; quant à saint Justin, il expia sa victoire par le martyre. Eusébe, Chron., Olymp. 234, P. G., t. xix, col. 560; H. E.. îv, 16, P. G., t. XX, col. 364-368; S. Jérôme, De vir. ill., 23. P. L., t. xxiii, col. 643; Kirchenlexikon, t. ni, col. 1186; Smith et Wace, Dictionary of Christian biography, art. Saint Justin. G. Bareille. CRESPI Y BORGIA Louis, évêque et théologien espagnol, né â Valence, le 2 mai 1607, entra dans la congrégation de l'Oratoire dont il avait fondé une maison dans sa ville natale. En 1652, il fut nommé à l’évêché d’Alicante, d'où il fut, en 1658, transféré à celui de Pla­ cencia. Philippe IV l’envoya en ambassade près d’in­ nocent X pour demander à ce pape de confirmer par l’autorité apostolique la croyance à l’immaculée concep­ tion de la très sainte Vierge et de condamner à nouveau la doctrine contraire. Il revenait de Rome à Placencia, lorsque la mort le surprit à Novès près de Tolède le 12 ou le 19 avril 1663. On a de ce prélat : Propugna­ culum theologicum dif/inibilitatis proximæ sentenliæ piæ negantis B. F. Mariam in primo suæ concep­ tionis instanti originali labe fuisse infectam, in-4», Valence, 1653; Quæsliones seleclæ morales in quibus novæ aliquæ doctrines Joannis Caramuelis episcopi Missiensis refutantur, in-4», Lyon, 1658; Tractatus de origine et progressu præpositurarum sanclæ eccle­ siæ Valentines, in-4», Rome, 1641. Il publia en outre La vida de Ban Felipe Neri, in-4», Valence, 1651, traduit de l’italien. N. Antonio. Bibliotheca Hispana nova, In-tol., Madrid. 1788, t. n, p. 31 ; Villarosa, Memorie degli scrittore fllippini. Naples, 1837. t. i, p. 116-121 ; Hurter, Nomenclator, 3· édit.. 1907, t. ni, col. 932. B. Heurtebize. 2325 CRESPO — CRIME Ώ:_6 La jurisprudence française actuelle a établi une dis­ tinction entre les crimes, les délits et les contraven­ tions, non point d'après la gravité des faits, mais plu ·, d’après la gravité de la peine : « L'infraction que 1-s lois punissent des peines de police est une contravention. L’infraction que les lois punissent de peines correctionnelles est un délit. L'infraction que les lois N. Antonio, Bibliotheca Hispana nova, in-fol., Madrid, 1783, punissent d'une peine afflictive ou infamante est in 1.1, p. 47 ; [dom François, | Bibliothèque générale des écrivains crime. » Code pénal, a. 1. Cette classification, plus pra­ de l’ordre de saint Benoit, i in-4·, Bouillon, 1777, t. i, p. 226. B. Heurtebize. tique que logique, correspond aux trois degrés, aux trois ordres de tribunaux établis par la loi pour la répression CRIME. Après avoir envisagé : 1° le crime en géné­ des faits illicites. Aux tribunaux de simple police appar­ ral, nous étudierons : 2° le crime, empêchement de tient le jugement des contraventions; aux tribunaux mariage. I. Le crime en général. — 1° Notion. — Le mot la­ correctionnels celui des délits; enfin aux cours d'assises celui des crimes. tin crimen désignait l’accusation, ce que nous appel­ 2» Division. — Les crimes se divisent en plusieurs lerions aujourd’hui l’incrimination. Dig., XLVIII, il, De catégories, à raison, soit de leur objet, soit des per­ accusationibus, 7, §1, Fr. Ulp. : Perseveraturos se in sonnes, soit du for dont ils relèvent, soit enfin de leur crimine usque ad sententiam. Ce n'est que par exten­ notoriété. sion qu’il fut appliqué à l’acte coupable, à l’acte incri­ miné lui-même. Par son étymologie (du verbe latin 1. A raison de leur objet, on distingue les crimes commis directement contre Dieu, savoir l’apostasie, cernere, cribler, tamiser; cribrum, crible, tamis), le l’hérésie et le schisme, le blasphème et le sortilège, le mot indiquait assez avec quel soin il fallait examiner parjure et la violation du vœu ; les crimes commis et passer au crible les faits imputés avant de les faire contre les choses sacrées qui se rapportent à Dieu, servir de base à une accusation ou incrimination; savoir la simonie, le sacrilège et l'abus des sacrements; d'autant plus que la loi romaine menaçait de la peine les crimes commis contre les biens du prochain, sa vie, du talion l’accusateur qui succombait. Or, comme il son honneur, sa fortune, savoir l'homicide, l’avorte­ n’y avait véritablement accusation ou incrimination ment et le duel, le rapt et l'adultère, le concubinage, etc., qu’à l’égard des faits donnant lieu à un publicum ju­ le crime de faux, l'usure et le vol. dicium, c’est-à-dire ceux qui, en raison même de leur 2. A raison des personnes, on distingue les crimes immoralité intrinsèque et de la culpabilité de leur au­ propres aux clercs, savoir les crimes qui répugnent à teur, pouvaient constituer pour l’ordre social un péril la vie ecclésiastique et à son honneur, ou ceux qui vio­ considérable, on voit comment la dénomination de lent les obligations spéciales de l’état ecclésiastique; et « crime » a été, dans notre langue, réservée de préférence aux délits les plus graves. les crimes qui sont communs aux ecclésiastiques et aux laïques. Le crime peut se définir : un acte extérieur et im­ 3. A raison du for ou du tribunal dont ils relèvent, putable qui viole une loi humaine et qui porte atteinte on distingue les crimes purement ecclésiastiques, qui en même temps au bien général de la société. Au crime ne transgressent que la loi de l’Église (apostasie, héré­ correspond la peine qui, par l’épreuve et la souffrance sie, schisme, etc.) : ils sont tous soumis à l’autorité de inlligée au coupable, est destinée à réparer la blessure l’Église, même lorsqu’ils sont commis par des laïques; faite à l’ordre social, et à compenser le dommage causé les crimes civils, qui ne violent que la loi civile : leur au bien public. Le crime diffère donc du péché dont la signification beaucoup plus large s'applique également répression appartient aux tribunaux laïques, excepté pourtant lorsqu'il s'agit de crimes commis par des à des actes intérieurs et à des actes extérieurs qui, clercs; ceux-ci en effet doivent être réservés au for de tout en étant contraires à la loi naturelle ou divine, ne l’Église, en vertu du privilège dit privilegium fori,c. Di­ transgressent directement aucune loi humaine, ecclé­ ligenti, De foro competenti; c. Quanquam, De censi­ siastique ou civile; ces actes ne sont, en effet, justicia­ bus, Decret., lib. VI; Ve concile du Latran, sess. ix; bles que de Dieu, et relèvent du for interne de l’Église. Les termes de crime et de délit s’emploient le plus concile de Trente, sess. xxv, c. 20, De reform.; enfin souvent indifféremment l’un pour l'autre, surtout dans les crimes mixtes, qui tombent à la fois sous la loi pé­ le droit ecclésiastique, quoique l’acte délictueux prenne nale civile et sous la loi pénale ecclésiastique : leur répression relève des tribunaux des deux pouvoirs, qui plutôt le nom de crime, lorsqu’il est très grave et qu’il est public. Voir Délit. doivent s’entendre au mieux de leurs mutuels intérêts, pour juger et punir, chacun dans sa sphère respective. Cependant, dans l'ancienne jurisprudence civile, d'a­ 4. Au point de vue de la notoriété, les crimes sont près un usage tiré de la langue et du droit des Ro­ occultes ou publics. Cette distinction est de la plus mains, le terme de crime servait strictement à désigner haute importance à cause des conséquences juridiques les délits graves portant atteinte directement à l’ordre qui peuvent en résulter. social, et méritant une punition exemplaire, ceux par conséquent qui étaient qualifiés de délits publics et qui Le crime est dit public, d’une manière générale, constituaient le grand criminel; au contraire, on ap­ lorsque, soit en droit, soit en fait, il apparaît tellement pelait proprement délits ceux qui étaient de moindre certain et indiscutable qu’il ne peut plus être ni caché importance, et qui causaient préjudice plutôt au bien ni nié. Il peut en effet exister deux publicités dans le particulier de tel ou tel citoyen, ceux, par conséquent, crime : la publicité de droit et la publicité de fait. La première a sa source dans la loi ou le jugement; c · -t qui étaient qualifiés de délits privés, et qui constituaient le petit criminel. La poursuite des délits de grand cri­ ainsi que le crime peut être rendu public, par l'a u minel était ouverte à tout le monde, en ce qui concer­ spontané du coupable, fait en présence du tribunal. ■·: nait l’accusation; tandis que les délits de petit criminel nullement rétracté, ou par des preuves judiciaire- : ne pouvaient être poursuivis que sur l’action de la partie font pleinement foi, ou par une sentence définitif lésée, les gens du roi ne devant se joindre au procès, même interlocutoire qui est passée en chose ju^.-e 1 a notoriété de fait a lieu lorsque le crime a été cou.·· s pour requérir, s'il y avait lieu, l’application de la peine, que lorsque cette action civile était intentée. Voir l’or­ en public, ou bien est connu d’un nombre sufl - < témoins pour être prouvé juridiquement. La ; . donnance de Louis XII, de 1498, a. 106-110, et les au­ tres, depuis celle de François I", de 1539, a. 150, jus­ 1 d’un délit est, on le voit, susceptible de plusieurs degr-s, 1 avant d’arriver au crime notoire et tlagrant qui ne re qu’à celle de Louis XIV, de 1670, tit. xx, a. 1 sq. CRESPO François, bénédictin espagnol de la con­ grégation de Valladolid, vécut dans le xvn· siècle, il enseigna la théologie à Lérida et à Salamanque et fut abbé du Montserrat et visiteur de sa congrégation. On a de ce théologien : Tribunal thomisticum de immacu­ lata Deipara, conceptu, in-4», Barcelone, 1657. 1 2327 CRIME quiart plus, pour ainsi dire, aucun débat judiciaire, mais appelle de lui-même la sentence définitive. Le crime occulte est celui qui a été commis en secrel, et qui ne saurait être prouvé juridiquement, ni condamné au for externe. Tel est le crime dit simple­ ment occulte, occultum simpliciter. Cependant le crime peut être seulement quasi occulte, quasi occultum, s’il peut être prouvé de quelque manière, quoique diffici­ lement et par peu de personnes. Tel serait un crime qui ne pourrait être prouvé que par quatre ou cinq témoins. Un délit de ce genre ne saurait être véritable­ ment considéré comme public; car une chose connue par quatre ou cinq personnes, surtout si elles sont discrètes et si elles résident au milieu d’une agglomé­ ration assez considérable, peut encore être regardée comme secrète. Mais si le délit était déféré au juge ou révélé à un plus grand nombre de personnes, il pourrait devenir public. L'importance de celte distinction provient de ce qu’elle précise le mode d'exercice de l'autorité judi­ ciaire dans l’Eglise. Vis-à-vis des crimes publics, la procédure qui s’impose est la procédure judiciaire ordi­ naire qui est expliquée dans le 1. Il des Décrétales. Toutefois si le crime est manifeste au point d’être notoire, il existe une autre procédure judiciaire simpliiiée, qu’on appelle procédure extraordinaire ou sommaire de droit commun ; elle se trouve résumée dans la formule : simpliciter et de piano, ac sine stre­ pitu cl /igura judicii, c. Dispendiosam, De judiciis, et a été exposée par Clément V, au concile de Vienne. Mais une nouvelle procédure, plus en harmonie avec les circonstances de notre temps, a été inaugurée par la S. C. des Évêques et Réguliers, le Tl juin 1880, pour les évêques u'Italie, et le '13 janvier 1882, pour les Or­ dinaires de l’Église de France : cette procédure regarde les causes disciplinaires et criminelles des clercs, et concerne naturellement les délits publics ; elle laisse d’ailleurs intacte l’ancienne jurisprudence judiciaire des Décrétales. En particulier aussi rien n’a été modifié à la discipline établie par le concile de Trente, sess. xiv, c. 1. De reform., pour ce qui regarde la procédure extrajudiciaire ex informata conscientia, vis-à-vis des crimes occultes. Corpus juris canonici, édit. Richter, L. V Decretalium ; Schmalzgrueber, Jus ecclesiasticum, Ingolstadt, 1726. 1. V, part. I, tit. ι,η. 1-15; Leurenius, Forum ecclesiasticum, Venise, 1726, 1. V, tit. 1; Iteilfenstuel, Jus canonicum universum, An­ vers, 1755, 1. V, til. i: De Angelis, Praelectiones juris canonici, Rome. 1847, 1. V, tit. ι ; Santi, Prælectiuncs juris canonici, Ratishonne, 1898,1. V, tit. i; Vering, Droit canon. Paris, 1881, p. 431; Tilley, Traité théorique et pratique de droit canon, Paris, 1895, tit. tv, c. i; Ortolan, Droit pénal, Paris, 1859, p. 270 sq. ; Blanche. Etudes pratiques sur te Code pénal, Pa­ ris, 1861, p. 2 sq. : Le Sellyer, Traité de la criminalité, de la pénalité, etc., Paris, 1871, passim: Boitard, Droit criminel, Pa­ rie, 1889, p. 22 sq. ; Vidal, Droit criminel, Paris. 1901. p. 86 sq. : Garraud, Précis de droit criminel, Paris, 1907, passim. II. Le crime empêchement de mariage. — Le mot « crime » est pris ici dans une acception tout à fait spéciale, et désigne un empêchement particulier du mariage, qui reçoit cette dénomination, pour ainsi dire, par appropriation ; car il existe d’autres empêchements de mariage qui procèdent, eux aussi, d’un acte délic­ tueux, par exemple, le rapt, l’affinité ex copula illicita, mais qui pourtant conservent leur appellation propre dans le droit. Or l’empêchement de crime peut se vérifier dans une triple hypothèse, étant données certaines conditions, comme il ressort des c. 2, 7. tit. vu. De eo qui duxit, 1. IV des Décrétales : 1° dans le cas d’adultère seule­ ment; 2° dans le cas de conjugicide seulement; S’dans le cas d’adultère et de conjugicide réunis. Voir Adul­ tère, t. t, col. 510. 1« L’adultere seul, c'est-à-dire sans le conjugicide, 2328 peut constituer l'empêchement de mariage, si trois conditions se vérifient ; 1. si l’adultère est véritable, c’est-à-dire qu’au moins l'un des complices est déjà engagé dans les liens d’un mariage valide, même sim­ plement ratifié et non consommé : il ne suffit donc pas que l’adultère existe seulement dans la pensée des complices; s’il est formel de part et d’autre, c’està-dire si les deux complices savent que l’un ou l’autre est engagé dans les liens du mariage; s’il est complet dans son genre, c'est-à-dire consommé par des relations charnelles qui soient aptes à la génération. — 2. Si avec l'adultère concourt la promesse du mariage, ou encore la tentative du mariage, matrimonium attenta­ tum, comme serait le mariage civil, célébré après la déclaration du divorce civil. Un simple concubinage, ou une cohabitation, si longue fût-elle, ne seraient point suffisants pour constituer l’empêchement. S. C. de la Propagande, Resp. ad vicar, aposl. Cocincinnæ, 14 jan­ vier 1844. Or cette promesse du mariage doit être véri­ table, sérieuse et au moins acceptée expressément de part et d'autre. — 3. Si ces deux éléments, adultère et promesse ou tentative du mariage, se vérifient durant le même mariage légitime : car tout le dommage doit être infligé à un seul et même époux; peu importe ce­ pendant que la promesse précède ou suive l’adultère, ou qu’entre l'un el l’autre se soit écoulé un long inter­ valle de temps, pourvu que les deux actes se soient accomplis du vivant de l’époux trompé. Sanchez, De matrimonio, 1. VII. disp. L.XX1X; Pirhing, Decreta­ lium, 1. IV, tit. vu; Schmalzgrueber, Sponsalia et matrimonium, L IV. tit. vu ; Leurenius, Forum eccle­ siasticum, I. IV, q. CLXXX1V-CLXXXVII. 2« Le conjugicide seul, c’est-à-dire sans l’adultère, peut s’opposer à la validité du mariage si les trois con­ ditions suivantes se trouvent réunies : 1. si les deux complices concourent à la mort de l’époux, soit physi­ quement, par exemple en fournissant le poison, soit moralement, parexempleen incitantau meurtre, can.5, caus. XXXI, q. t. Une simple ratification de l’assassinat ne serait pas suffisante, puisque la ratification ne saurait inlluer comme cause sur la perpétration du crime. Sanchez, loc. cit-, n. 6; Leurenius, loc. cit., q. exet. — 2. Si la mort elle-même de l’époux innocent a été réelle­ ment la conséquence de la coopération physique ou morale de l’un ou l'autre complice, can. 5. caus. XXXI ; c. 1, tit. xxxni, I. III. — 3. Si le conjugicide est commis avec l’intention formelle de contracter le mariage; d’où il suit que le meurtre commis pour tout autre motif, par exemple pour cause de vengeance, ou afin de vivre plus librementdans le libertinage avec l’époux complice, ne peut entraîner un empêchement de ma­ riage, ni au for interne, ni au for externe; dans cette dernière juridiction pourtant, la personne coupable de conjugicide qui voudrait s’unir à l’époux survivant se­ rait présumée avoir consommé son crime avec l’intention de contracter mariage. Schmalzgrueber, loc. cit., n. 54; Leurenius, loc. cil., q. CXCI. 3“ L’adultère et le conjugicide réunis peuvent con­ stituer un empêchement dirimant pour le mariage, même sans qu’aucune machination de meurtre ou pro­ messe de mariage ait précédé la mort de l’époux inno­ cent, pourvu que les trois conditions suivantes soient observées : 1. que l’adultère soit véritable, formel, com­ plet, et antérieur au meurtre de l’époux innocent; 2. que le conjugicide ait été, au moins par l’une des deux parties, physiquement ou moralement consommé, même si l’autre partie l’avait ignoré ou encore s’y était opposée ; il est nécessaire en outre que le conjugicide ait été com­ mis en vue de contracter mariage avec l’époux complice d'adultère; 3. que la mort de l’époux innocent ait bien réellement suivi la coopération physique ou morale de l'un ou l’autre complice. Sanchez, loc.cit., disp. LXXVIII; Pirhing, loc. cit., n. 19; Mansella, De impedimentis 2329 CRIME CRITIQUE 2330 sins and trials : containing fifty-two sermons on.- · al ■matrimonium dirimentibus, p. 159 sq.; d’Annibale, select texts of Scripture. To which are added notes Summula theologiæ moralis, part. Ill, §308. explanatory, with memoirs, by Use late Dr Gill, 2 inL’empêchement de crime est de droit ecclésiastique, 8°, Londres, 1791. comine il est prouvé dans les chapitres déjà cités des Décrétales; et l’Église l’a institué afin de venger la B. Heurtebize. fidélité conjugale et de protéger la vie des époux. L'Église CRISTO (François de), théologien portugais de peut donc dispenser de cet empêchement; mais, en pra­ l’ordre des augustins, né à Villaviciosa, province de tique, elle procède diversement selon que l’empêche­ Alentejo. Docteur en théologie de l’université de Coimbre, il fut très apprécié pour son érudition et ses vertus. ment de crime suppose une machination préalable de la mort de l’époux innocent, ou découle simplement Sa mort advint en 1587. On a de lui : I" Prælectionum sive enarrationum admirabilis divini Verbi incarna­ de l'adultère uni â la promesse ou à la tentative du mariage. Si le conjugicide a été public, l’Église n’a pas tionis libri sex, in quibus omnia quæ a scholasticis authoribus de hoc abditissimo mysterio subtilius tertio coutume d’accorder la dispense à cause de l’énormité du scandale. Benoit XIV, Inst, eccles., inst. lxxxvii, Sententiarum libro disseruntur accuratissime tractan­ tur el lucidissime explicantur, Coimbre, 1564; 2° Enar­ n. 21 ; Giovine, De dispensationibus matrimonialibus, rationes in Collectanea primi libri Magistri Senten­ §229; Gasparri, De matrimonio, §654. Si, au contraire, le conjugicide esl resté secret, il arrive que l’Église tiarum, Coimbre, 1579 ; 3» Commentariorum in ter­ dispense de l’empêchement, mais rarement, et seule­ tium librum Sententiarum libri duo, Coimbre, 1586; ment pour une cause très urgente. Quant à l’empêche­ 4° Commentarium in tertium librum Sententiarum : ment de crime résultant d’un simple adultère, aveepropars posterior quæ de virtutibus theologicis est, Coim­ messe ou tentative de mariage, l’Eglise en accorde la bre, 1585 ; 5» Incitamentum amoris erga Deum, dispense, pour une cause canonique. Aussi bien la Coimbre, 1550. faculté de dispenser n'est-elle concédée aux ordinaires Barbosa Machado, Bibliotheca Lusitana, t. it, p. 134; Gra­ qu'avec la clause : neutro machinante, c'est-à-dire à tianus, Anastasis augustiniana, p. 68; Ossinger. Bibliotheca condition qu’il n’y ait pas eu entre les complices une augustiniana, p. 230-231 ; P. Antoine de la Purification, De viris machination de la mort de l'époux innocent. Cependant, 1 illustribus provinciæ Lusitanæ ord. S. Augustini, p. 75-76; Herrera, Alphabetum augustinianum, t. t, p. 251 : Jdcher, dans le cas de grave danger de mort, l’évéque a le Allgemeines Gelchrten-Lemcon, t. i, col. 1898; Lanteri. Po­ pouvoir de lever l’empêchement de crime, quelle qu’en sxcula sex religionis augustiniame, t. ti, p. 273; Mo­ ait été l’origine, quomodocumque ortum fuerit : telle strema ral, Catalogo de escritores agustinos Espaûoles, Portugaises est. en effet, la portée de l’induit du 20 février 1888, qui y Amtricanos, dans La Ciudad de Dios, 1899, t. xi.ix, p. 597n’excepte que l’empêchement de l’ordre de la prêtrise, 600; Crusenii, Pars tertia monastici augustiniani, p. 715: et celui de l’affinité en ligne directe ex copula licita. Hurter, Nomenclator, 1.1, p. 44. Cf. Giovine, loc. cit., §229; De Angelis, Prælectiones l A. Palmieri. juris canonici, 1. IV, tit. vu ; Gasparri, loc. cil., n. 653 sq.; 1 CRITIQUE. - I. De la critique en général. II. De De Becker, De sponsalibus et matrimonio, p. 171 sq. la critique biblique en particulier. III. De la critique Il faut noter enlin que l'empêchement de crime, encore dans les autres branches de la théologie. qu’il ait un caractère pénal, puisqu’il est fondé sur un I. De la critiqie en général. — 1° Nature. — Étymo­ délit, constitue cependant par lui-même et principale­ logiquement, la critique, κριτική τέχνη, κρίσις, des anciens ment une inhabileté au mariage, ainsi que les autres signifie jugement, discernement, art de juger. Depuis empêchements résultant d'un acte délictueux, par le xviii' siècle, ce nom est devenu un terme technique exemple le rapt et l’affinité ex copula illicita. Or il suit de l’art du discernement, et on l’a défini l’examen rai­ de là qu’il n’est pas nécessaire de connaître l’empêche­ sonné des productions de l’esprit humain. C’est un art, ment de crime pour l’encourir, et, d’après une opinion qui exige des connaissances étendues, un talent d’ob­ plus probable, ceux même qui l'ignorent sont sujets de servation, du tact et du jugement pour discerner, dans cet empêchement. Telle est d'ailleurs la pratique de la toutes les productions de l'esprit humain, le vrai du Pénitencerie et de la Dalerie, et telle est aussi, en faux, ce qui est de bon aloi de ce qui ne l'est pas. général, la portée des inhabiletés introduites par le C’est une méthode de travail, applicable partout ou il y droit, comme sont les irrégularités pour les ordres, a quelque chose à apprendre, à contrôler, à apprécier les bénéfices, etc. Cf. Sebastianelli, Prælectiones juris ou à rectifier. Son objet est donc aussi étendu que canonici, Decretalium lib. IV, η. 100. l’activité humaine. Suivant les objets auxquels elle s’applique, on a la critique artistique, la critique scien­ Sanchez, De matrimonio, Nuremberg, 1706,1. VII, disp. LXXIX, tifique, la critique philosophique, la critique historique n. 6; disp. LXXV11I; Pirhing, Jus canonicum, Decretalium et la critique littéraire, etc. Le discernement du vrai et Gregorii IX 1. IV, tit. vit, Dilingen. 1722; Schmalzgrueber, du faux est nécessaire en toutes les matières, dans les­ Sponsalia et matrimonium, Ingolstadt, 1726, 1. IV. tit. vn; quelles l'erreur peut se mêler à la vérité. Leurenius. Forum ecclesiasticum, Venise, 1729,1. IV, q. CLXXXIVCLXXxvn; Benoit XIV, Institutiones ecclesiaslicæ, Rome, 1750, Mais le terme de critique, pris absolument, désigne inst. lxxxvii, n. 21: Giovine, De dispensationibus matrimo­ spécialement la critique historique et littéraire, c’est-anialibus, Naples, 1866. § 229; De Angelis, Prælectiones juris dire la critique appliquée aux documents de l'histoire canonici, Decretalium 1. IV. tit. vu , Rome, 1847: Gasparri, et aux productions de la littérature ancienne. En tant De matrimonio, Paris, 1892, § 654 sq.; Sebastianelli,Prælectio­ qu’elle s’exerce sur les documents écrits de l’antiquité, nes juris oanonici, Decretalium 1. IV, De re matrimoniali, on peut la définir l’art de vérifier l’authenticité d’un Rome. 1897, n. 100: De Becker, De sponsalibus et matrimonio, Bruxelles, 1896, p. 171 sq. texte et d’en apprécier la crédibilité. Les buts diff’érents E. Valton. ou les fonctions variées de la critique historique ont CRISP Tobie, théologien anglican de la secte des amené à distinguer diverses espèces de critique. antinomiens, né â Londres en 1600, mort dans cette ioEspèces. — Elles ne coïncident pas toutes et ne sont souvent que des aspects différents du même but. — ville le 27 février 1643. 11 étudia à Éton, à Cambridge, 1. On a parfois distingué, en raison de l’importance puis â Baliol College à Oxford. En 1675, il était ministre plus ou moins grande de son objet ou de son but, mais à Brinkworth, dans le Wiltshire, poste qu’il abandonna pour venir à Londres ou ses opinions sur la grâce lui assez improprement, la haute et la basse critique. La première consiste à rechercher si un écrit est authen­ attirèrent de nombreux adversaires. Ses sermons ont été souvent réimprimés. Une des meilleures éditions tique, c’est-à-dire s’il est bien de l’auteur â qui il est porte le titre : Christ alone exalted, in the perfection ; attribué ou au moins de l’époque à laquelle on le rap­ porte. Voir Authenticité, t. t, col. 2586. On l'appelle und encouragements of the saints notwithstanding 2331 CRITIQUE 2332 mie, qui n’est que la négation a priori du miracle et du aujourd'hui plus exactement critique de provenance. surnaturel, n’est pas de l’essence de la critique. Selon La seconde consiste à vérifier la conservation du texte, l’expression de Pie X, cette négation du surnaturel n’est son intégrité, de façon à le rétablir, autant que possible, qu’un postulat d’une fausse critique historique. La cri­ dans son état primitif, tel qu’il est sorti des mains de tique, ajoute le pape, n’est pas de soi responsable des son auteur. C’est la critique plus justement dite tex­ abus qu’on en fait; elle n’est pas une démolisseuse et tuelle. Elle se fait par la comparaison des manuscrits, elle reste un moyen légitime d'heureuses investigations. des versions anciennes, s'il y en a, et elle consiste à Encyclique Jucunda sane pour le 13'centenaire de saint rejeter les fautes de transcription à choisir parmi les Grégoire le Grand, du 12 mars 1904, dans le Canoniste variantes la leçon originale et parfois à constater que le contemporain, 1904, t. xxvn, p. 288. Toutefois les ratio­ texte est altéré, sans avoir le moyen certain de le cor­ nalistes, quelques protestants et les catholiques dits riger, sinon par conjecture. La critique textuelle, fondée modernistes ont vicié l'emploi de la critique historique sur les documents, est dite scientifique ; faite par con­ par l’introduction d’idées philosophiques, qui, selon jecture, on la nomme conjecturale. On ne doit recourir l'énergique expression de Pie X, dans l’encyclique à la conjecture que quand on n’a à sa disposition aucun Pascendi du 8 septembre 1907, n'aboutit qu’à la défigu­ moyen scientifique de restituer un texte évidemment ration de 1’histoire. Leur méthode, toute subjective, altéré; on est alors en droit de proposer modestement n'est pas admissible, et le pape l’a justement condam­ une emendatio ou correction. Quelques conjectures, née. — 5. A la critique de provenance, ou authenticité, faites par de véritables critiques, ont été parfois véri­ à la critique de restitution ou critique textuelle, on fiées, après la découverte de nouveaux documents. Mais certains criliques abusent de la conjecture et pro­ ajoute la critique d’interprétation du document, dé­ montré authentique et rétabli dans son texte primitif. posent des reconstitutions fort discutables des textes Mais cette critique rentre plutôt dans une autre disci­ qu'ils étudient ou qu’ils éditent. Cf. Langlois etSeignopline qu'on appelle herméneutique. Comme nous ne bos. Introduction aux études historiques, 2e édit., Pa­ faisons pas ici un traité de critique historique, nous ris, 1899, p. 59-60. — 2. La critique de provenance est dite externe,si l’authenticité est prouvée par des témoi­ l nous bornons à la signaler et nous renvoyons le lecteur gnages extrinsèques, attestant expressément l’attribution ! aux manuels de critique. Voir Ch. de Smedt, Principes à l’auteur ou par citations et emprunts l’existence du de la critique historique, c. vu, vin, Liège, Paris, 1883, p. 99-136. Notons enfin qu’on appelle parfois critique livre à telle époque ou il était déjà connu et employé. interne cette critique qui consiste à comprendre le sens Elle est dite interne, lorsqu'elle s’appuie sur le contenu du document, à contrôler son affirmation, à juger de sa du livre pour confirmer son attribution à l’auteur ou à vérité et à en apprécier la portée. D’autres la nomment l’époque auxquels on le rapporte, ou bien pour prouver qu’il ne peut être de cet auteur ou de cette époque. Voir critique réelle. 3» L’hypercritique. — C’est l'excès de la critique; Authenticité, t. i, col. 2590-2591. On oppose quelque­ fois ces deux sortes de critique; c'est à tort. Toutes les « c'est l’application des procédés de la critique à des cas qui n’en sont pas justiciables. L’hypercritique esta fois qu’elles coïncident, elles doivent s'unir et se soute­ la critique ce que la finasserie est â la finesse. Certaines nir. Les preuves externes ne sont valables qu’autant gens flairent des rébus partout, même là ou il n’y en qu’elles sont confirmées par les preuves internes, et a pas. Ils subtilisent sur des textes clairs au point de les celles-ci ne peuvent contredire les témoignages que rendre douteux, sous prétexte de les purger d’altéra­ lorsqu’elles montrent évidemment la fausseté d'une tions imaginaires. Ils distinguent des cas de truquage attribution et l’inauthenticité d'un ouvrage pour l’époque dans les documents authentiques. État d’esprit singu­ â laquelle on le rapporte. Ne tenir compte que d'elles lier! A force de se méfier de l'instinct de crédulité, on seules et négliger de parti pris les preuves extrinsèques se prend à tout soupçonner. Il est à remarquer que ou de témoignage, c’est une méthode que Léon XIII a plus la critique des textes et des sources réalise de blâmée dans son encyclique Providentissimvis Deus du progrès positifs, plus le péril d’hypercritique augmente. 18 novembre 1893 sous le nom de critique sublimior. En effet, lorsque la critique de toutes les sources histo­ — 3. On distingue parfois la critique de provenance en critique négative et en critique positive, selon les résul­ riques aura été correctement opérée (pour certaines périodes de l'histoire ancienne, c'est une éventualité tats auxquels elle aboutit. Mais ce sont plutôt deux prochaine), le bon sens commandera de s’arrêter. Mais fonctions différentes que deuxespècesdecritique.Celle-ci on ne s’y résignera pas : on raffinera, comme on est négative, quand elle déclare non authentique un raffine déjà sur les textes les mieux établis, et ceux document jusqu’alors attribué faussement à un auteur ou â une époque déterminée; elle est positive, lors­ qui raffineront tomberont fatalement dans l’hypercriqu'elle démontre l’authenticité du livre qu’elle a exa­ tique. » Langlois et Seignobos, op. cit., p. 107. L’hyper­ critique démolit le travail de la critique; elle nuit aussi miné. Si les arguments sont démonstratifs dans un sens ou dans l’autre, les résultats sont acquis et inattaqua­ au bon renom de la critique avec qui on la confond à bles. Mais parce que certains critiques ont trop facile­ tort. II. De la critique biblique en particulier. ment. et pour des raisons insuffisantes ou purement 1“ Son utilité et sa nécessité. — Appliquer la méthode subjectives, déclaré l'inauthenticité de plusieurs écrits, le nom de critique négative a pris un sens péjoratif et critique à la Bible, n'est-ce pas une impiété? Quelquesuns seraient peut-être portés à le penser età le dire. La sonne mal aux oreilles du public, parce qu’elle suppose des conclusions hâtives ou mal fondées. De soi pour­ considération de sa nature et de son objet propre suffit tant, la critique n’est pas nécessairement négative et à écarter ce soupçon. La critique n’est pas par ellemême opposée à la révélation. C'est, répétons-)e, une destructive, et si elle dissipe une erreur, elle n'est pas méthode d'investigation, un instrument de travail, qui moins réelle et positive que si elle établit ou confirme une vérité. — 4. On parle parfois aussi de critique indé­ s’applique à toute production littéraire. D’ailleurs, elle pendante, autonome. Si on veut parler de cette auto­ n’étudie pas la Bible comme livre divin. On ne s’en sert pas pour vérifier le fait de l’inspiration des Livres nomie qui fait que la critique historique a, comme art, ses règles propres et sa méthode spéciale, il va de soi | saints, qui, attesté par la révélation et par l’Église interprète de la révélation, échappe aux prises de la que la critique doit être indépendante de tout préjugé, critique, aussi bien que la canonicité, nonobstant la et il est inutile d'affirmer son indépendance. Mais en prétention des protestants. Voir Canon des Livres employant ce nom, on parle ordinairement de l’indé­ saints, t. n, col. 1555-1569. Elle n’est pas chargée non pendance de la critique â l’égard du dogme catholique plus de fixer l'objet propre de la révélation divine couet de la révélation divine. Or, cette prétendue autono­ 2333 CRITIQUE 2334 sit, omni industria lectionem. Il est donc avant tout tenue dans la Bible; une autorité infaillible est néces­ nécessaire de le faire et d’y apporter toute son indus­ saire et elle existe dans l’Église catholique. La critique trie. C’est que le texte est parfois fautif : Fieri quidem peut seulement aidera préparer les définitions de l’au­ potest, et quædam librariis in codicibus describendis torité compétente. Mais la Bible est, par le fart même minus recte exciderint ; quod considerate judicandum de sa composition dans le temps et de sa rédaction par est, nec facile admittendum, nisi quibus locis rite sit des hommes inspirés, un livre humain, comme elle l’est demonstratum. Encyclique Providentissimus Deus. par sa transmission, soumise aux mêmes lois que celle Cf. J. Didiot, Traité de la sainte Écriture, Paris. 1891, des a u 1res documents de l’antiquité et exposée aux mêmes périls et aux mêmes vicissitudes, bien que cette trans­ p. 34, 55, 181-183. Mais Pie X, encyclique Pascendi du mission se soit accomplie sous une direction spéciale de 8 septembre 1907, ajustement réprouvé l'abus de cette la providence dans et par l’Église. De ce chef, en tant critique, mise au service des fausses idées philoso­ phiques et théologiques des modernistes. que livre humain selon sa forme extérieure, ayant son La critique textuelle s’exerce tant sur les textes ori­ origine et son histoire parmi l’humanité, la Bible parti­ cipe à la condition générale de tous les livres et parti­ ginaux des deux Testaments que sur les anciennes ver­ sions. Elle n'a commencé, à proprement parler, sur le culiérement des livres anciens, et à ce titre elle est texte hébraïque qu'au xvn» siècle, et il n’existe pas nécessairement et légitimement l’objet de la critique. encore d’ouvrage d’ensemble. Beaucoup de savants On a toujours admis qu'elle pouvait et qu'elle devait allemands ont publié des travaux partiels, mais ils in­ en être l’objet, el la critique, appliquée à l’Écriture troduisent trop facilement dans le texte des modifica­ sainte, a pris le nom de critique sacrée. Aussi Léon XIII tions arbitraires. Sur la critique textuelle de l'Ancien a-t-il chaudement recommandé son emploi dans les Testament, voir A. Loisy, Histoire critique du texte et études bibliques, au même rang que l’étude des an­ des versions de la Bible, dans L'enseignement bi­ ciennes langues orientales. Cette connaissance de l'art de la critique, qu’on estime si fort aujourd'hui, est né­ blique, 1892, p. 187-313; Buhl. Bibeltext des A. T., dans Bealencyclopâdie für protestantische Théologie und cessaire au clergé. Les professeurs d’exégèse biblique Kirche, t. n, p. 713-728. Il n’existe pas encore d'édition et les théologiens « doivent être plus savants et plus critique de la Bible hébraïque, et les éditions, conte­ exercés que les autres dans l’art de la vraie critique ». Encyclique Providentissimus Deus du 18 novembre nant des variantes, sont de date très récente. D. Gins­ 1893. burg, Biblia hebraica. Massoretisch-kritischer Text des Alten Testaments, 2· édit., Londres, 1906; R. Kittel, 2» Critique de provenance. — C’est précisément au sujet de l’origine des Livres saints que Léon XIII, tout Biblia hebraica, 2 in-8», Leipzig, 1906. Mieux connue en condamnant la critique dite supérieure, toute sub­ et plus avancée est la critique textuelle du Nouveau jective, a recommandé au clergé la culture de la cri­ Testament. Voir les Prolegomena de Gregory â la tique. Pie X, dans l’encyclique Pascendi du 8 septembre 8· édition majeure de Tischendorf, Leipzig, 1884-1894, et Textkritik des N. T., du même auteur, 2 in-8° parus, 1907, a plus énergiquement encore signalé les procédés subjectifs et arbitraires, appliqués par les modernistes Leipzig, 1900, 1902. Cf. O. von Gebhardt, Bibeltext des à la critique de provenance des Livres saints. L’authen­ N. T., dans Bealencyclopâdie, etc., t. il, p. 728-773. ticité de ces Livres, bien que n’étant pas définie de foi L’histoire des éditions du Nouveau Testament grec a été écrite par E. Reuss, Bibliotheca N. T. græci, catholique, est cependant très importante, et quand elle repose sur une tradition ferme de l’Église, elle doit être Brunswick, 1872. Il existe plusieurs de ces éditions maintenue et défendue avec force et vigueur. Voir Au­ faites au point de vue critique. Il suffit de nommer thenticité, t. i, col. 2591-2593. Le 27 juin 1906, la celles de Tischendorf, Hort et Westcott, B. Weiss, Commission biblique déclarait, avec l’approbation de Nestle, etc. Aucune n’a la prétention d’être définitive. Pie X, que les arguments, accumulés par les critiques Malheureusement, ce genre d’études a été trop exclusi­ pour attaquer l’authenticité mosaïque du Pentateuque, vement laissé aux protestants, et les travaux catholiques n’avaient pas assez de poids pour contrebalancer la tra­ (Aug. Scholz, Brandscheid, Hetzenauer) sont inférieurs, dition juive et chrétienne qui affirme que Moïse est il faut bien le reconnaître. Il est à souhaiter que la l’auteur de ces cinq livres. Le 29 mai 1907, la même critique textuelle du Nouveau Testament soit chez nous Commission reconnaissait que l’authenticité johannine plus en honneur. Si nous ne la cultivons pas, il fau­ du quatrième Évangile est fondée tant sur des témoi­ drait au moins nous tenir au courant des résultats, gnages extrinsèques que sur des arguments intrinsèques. acquis; ce qui n'a pas toujours lieu. 3° Critique de restitution ou critique textuelle. — Les anciennes versions de la Bible, représentant les La critique est encore nécessaire pour établir la pureté textes originaux dans un état antérieur au texte des et l’intégrité du texte sacré. L’histoire de la transmis­ plus vieux manuscrits qui nous soient parvenus, ont sion séculaire de ce texte fait constater l'existence de une importance capitale pour la reconstitution du texte nombreuses variantes, de négligences des copistes, de primitif. Malheureusement, leur étude critique est peu fautes évidentes et d’altérations de détail. Il est donc avancée et il reste encore beaucoup à faire. La toute nécessaire de rechercher parmi les diverses leçons celle première, celle dite des Septante, est déjà mieux connue, qui était originale, de corriger les fautes de copie et Ses éditions diverses reproduisent différents manus­ de rendre au texte sacré, si c'était possible, sa pureté crits et d’autres codices ont été collationnés déjà. On première sans mélange d’éléments étrangers. Loin connaît donc déjà la valeur critique des divers groupes d'être contraire à la religion, comme on semble le de manuscrits, et on dispose de nombreuses ressources croire parfois, ce travail d’épuration est un acte de pour une édition vraiment critique. Voir A. Lois;. religion et de respect pour la parole de Dieu. Aussi Histoire critique du texte et des versions de la Bible, a-t-il toujours été en honneur dans l’Église. Origène a dans L’enseignement biblique, 1893. p. 32-163; Swete. entrepris ses Hexaples dans ce but, el saint Augustin An introduction to the Old Testament in gi eek. Cam­ bridge, 1900. Ce savant a publié une édition critique donnait ce sage conseil : Codicibus emendandis pri­ mitus debet invigilare solertia eorum qui Scripturas du texte des Septante : The Old Testament in grvek, divinas nossc desiderant, ut emendatis non emendati according to the Septuagint, 2· édit., 3 in-12. Camcedant, ex uno duntaxat interpretationis genere ve­ 1 bridge, 1897. Les versions latines, antérieures a .elle de nientes. De doctrina Christiana, 1. II, c. xiv, n. 21, saint Jérôme, dérivent des Septante. Depuis le monu­ P. L., t. xxxiv, coi. 46. Léon XIII, lui aussi, conseille mental ouvrage de dom Sabatier, Bibliorum sa»-et r·.m à l’exégète de déterminer avant tout la véritable leçon versiones antiquæ, sive vetus Itala, etc . 3 in-fol., dn texte qu’il doit expliquer : Post expensam, ubi opus Paris. 1739-1749, les documents se sont multipliés. 2335 CRITIQUE Voir Dictionnaire de la Bible de M. Vigoureux, t. iv, col. 99-111. L’Académie de Munich fait exécuter les travaux préparatoires à une édition critique de ces vieilles versions. De la Vulgate de saint Jérôme nous ne possédons pas encore d'édition critique. L’édition officielle de Clément VIII, de l’aveu du pape, n’est pas parfaite. Wordsworth et White publient une édition critique du Nouveau Testament. Les quatre Evangiles et les Actes ont déjà paru : Novum Testamentum Domini Nostri Jesu Christi latine secundum edi­ tionem sancti Hieronymi, in-4», Oxford. 1889-1898, t. I en 5 fasc.; 1905, t. II, fasc. Ier. En 1907, le président de la Commission biblique a chargé l’ordre bénédictin de continuer le travail, inauguré par le P. Vercellone, barnabite, et de recueillir dans les manuscrits latins les variantes de la Vulgate en vue de préparer les maté­ riaux nécessaires à une revision officielle et critique de celle version. Nouvelle preuve, s’il en était besoin, que l’Église, loin de redouter la critique textuelle, la favorise et espère en tirer profit pour la correction et l'amélioration du texte sacré. 4» Critique d'interprétation. — Les Livres saints, élant à la fois des livres divins et humains, exigent d'être interprétés en dehors des règles d’herméneu­ tique communes à tous les documents anciens, suivant des règles spéciales conformes à leur caractère divin et inspiré. Voir Interprétation de la sainte Écriture. 5° Fausse critique el hypercritique. — Dans son en­ cyclique Jucunda sane pour le 13“ centenaire de saint Grégoire le Grand, du 12 mars 1904, Pie Xa dénoncé plu­ sieurs abus de la fausse critique, qui nie a priori le sur­ naturel et prétend l’exclure de l'histoire : Ejusmodi sunt Jesu Christi divinitas, mortalis ab eodem assumpta caro Spiritus Sancti opera, sua ipse virtute a mor­ tuis excitatus, omnia denique fidei nostræ cælera capita. Canoniste contemporain, 1904, t. xxvn, p. 288. C’est pour la même raison que M. Sanday a dit que ta critique est infiniment redoutable dès qu’elle devient un instrument servant à justifier empiriquement un postulat de l’ordre spéculatif. Cf. Mor Batilïol, La ques­ tion biblique dans l'anglicanisme, Paris, s. d. (1905), p. 34-44. D’autre part, il est juste de dire encore avec Mu· Batiffol, op. cit., p. 31-34, que l’intempérance hypercritique a toujours sévi spécialement dans l’étude de la Bible. Sans vouloir épuiser le sujet, il suffira de citer comme exemples les conclusions de MM. Havet, Maurice Vernes, Dujardin, sur la modernité des pro­ phètes d’Israël, dont les écrits seraient postérieurs à la captivité des Juifs à Babylone et de l'époque grecque ; celles de l’école hollandaise sur l’authenticité et la date des Epitres de saint Paul, et, dans l’ordre historique, l’importance accordée par Cheyne dans son Encyclopae­ dia bibhca, 4 in-4°, Londres, 1899-1903, au petit clan de Jérahméélites, mentionné deux fois seulement dans tout l’Ancien Testament. De tels excès font tort à la cri­ tique biblique, et il est nécessaire, spécialement en ces matières, de faire le départ très exact entre la critique et l’hypercritique, la critique objective et la critique subjective, entre les résultats certains et les hypothèses creuses, entre l’emploi légitime et l’abus. 2336 i t. t. p. xi.v-i.tt; P. Lagrange, La méthode historique, 2'édit., I Paris, 1904, p. 9-3't ; .1. Corluy, dans le Dictionnaire apologéI tique de la foi catholique de Jaugey, Paris, s. d. (1889), col. 659670; M·· Legendre, De la critique biblique, dans la Revue des Facultés de l'Ouest, 1905, 1906. HL De i.a critique dans les autres branches de la théologie. — 11 n’est, en dehors de la Bible, aucune des branches de la théologie à laquelle les diverses sortes de critique ne puissent s’appliquer. Ouvrages des Pères, des scolastiques et des théologiens modernes eux-mêmes sont soumis à la triple critique de prove­ nance, de restitution et d’interprétation, comme ils peuvent donner lieu à l’hypercritique. Bornons-nous à I quelques indications comme simples exemples. I» Critique de provenance. — Il est clair qu’il im­ porte grandement au théologien d’être exactement ren­ seigné sur l’authenticité des écrits patrisliques et théo­ logiques qu’il cite ou qu’il utilise. Ses citations n’ont de valeur qu’autant qu'elles sont empruntées à des ouvrages qui ont été réellement composés par le Père ou le théo­ logien. dont le témoignage est invoqué. Or. il est de notoriété que certains ouvrages ont été attribués fausse­ ment à des auteurs qui ne les avaient pas composés. Il I suffit de nommer les œuvres du pseudo-Denys l’Aréopagite et les Fausses Décrétales pseudo-isidoriennes. On a déjà fait ici même le triage entre les écrits authentiques et les écrits apocryphes de saint Athanase, 1.1, col. 21542165, de saint Augustin, ibid., col. 2286-2310, de saint Anselme, ibid., col. 1330-1334, et de saint Bonaventure, t. n, col. 966-974. On a démontré que Ia Summa senten­ tiarum, attribuée à Hugues de Saint-Victor, ne pouvait être de lui, mais devait être rapportée à un de ses dis­ ciples ayant subi l'influence d’Abélard, t. i, col. 52-54. Dans les notices de divers théologiens, on fait, à l’occa­ sion, la part de l’authentique et de l’apocryphe dans leurs œuvres. 2» Critique de restitution ou textuelle. — Les édi­ tions critiques des Pères et des théologiens, lorsqu'elles existent, doivent être citées de préférence à toute autre. Cela se comprend, puisque le texte en a été fixé d’après les meilleurs manuscrits et à l'aide des ressources combinées de l’érudition moderne. Les éditions des Pères par les mauristes sont ordinairement de bonne marque. Pour les Pères apostoliques, il faut de toute nécessité recourir aux éditions récentes, non seulement à cause de textes nouveaux récemment découverts, tels que la Didachè, mais aussi en raison des améliora­ tions que leur texte a subies grâce aux travaux de divers critiques. Les éditions du Corpus scriptorum ecclesiasticorum latinorum de Vienne et des Griechischen christlicheu Schriftsleller der ersten drei Jahrhunderle, publiés à Leipzig, sont ordinairement supé­ rieures à leurs devancières. On les utilise ici à l’occasion et on Ta fait spécialement pour Clément d'Alexandrie. Pour des raisons analogues l’édition des Opera de saint Bonaventure, faite à Quaracchi, et l’édition dite léonine de saint Thomas d’Aquin ont un texte plus sûr et plus critique que toutes les précédentes. Il n'y a pas jusqu'à l’édition toute récente de la Theologia moralis de saint Alphonse de Liguori par le P. Gaudé, qui ne présente, sous le rapport du texte, plus d'exactitude. 3“ Critique d’interprétation. — 11 est manifeste aussi J. Danko, De sacra Scriptura ejusque interpretatione com­ que les textes d'un Père de l’Église, d'un théologien mentarius, Vienne, 1867, p. 134-142; Encyclopédie des sciences scolastique et même d'un théologien moderne ne ecclésiastiques de Lichtenberger, t. ni, p. 475-479; Kirchenpeuvent être pris isolément en dehors du contexte, de lexikon, t. vu, col. 1197-1209; Realencyclopadie fur protestanl’ensemble de la doctrine de Fauteur et du milieu tische Théologie und Kirche, t. XI, p. 119-146; A. Loisy, De la critique biblique, dans L'enseignement biblique, 1892, n. 6, historique dans lequel il a vécu. On courrait de graves Chronique, p. 1-16, et dans Études bibliques, Paris, 1901, p. 7risques d’erreur d'interprétation en ne tenant pas 25; F. Godet, Introduction au .V. T., Neuchâtel, 1893, 1.1, compte de divers facteurs et de tous les éléments de p. 3-70; V. Ermoni, Du rôle et des droits de la critique en exé­ contrôle. C’est pourquoi on s’elforce, dans les articles gèse, dans la Science catholique, 1895, t. ix, p. 402-414,432-505, spéciaux de ce Dictionnaire, d’exposer fidèlement la 703-712; M·'Mignot, L’apologétique et la critique biblique, dans doctrine de chaque Père ou grand théologien, aussi la Revue du clergé français, 1901. t. xxvn, p. 14-45 : ld., Pré­ bien que les enseignements propres à chaque époque face du Dictionnaire de la Bible de M. Vigoureux, Paris, 1895, 2338 CRITIQUE — CROISET 2337 théologique. On peut faire rentrer dans le même ordre d’idées la vérification des citations faites des Pères et des théologiens antérieurs par les théologiens posté­ rieurs. Elle permet de constater de fausses attribu­ tions d'opinions, des citations tronquées et le recourse des ouvrages apocryphes. Les éditions critiques four­ nissent d’ordinaire le résultat de ces vérifications. Signalons en particulier la revision critique que les Pères Ballerini et Palmieri, Opus theologicum morale in Rusembaum Medullam, ont faite de toutes les citalions et références de saint Alphonse de l.iguori et celle que le P. A. Waller a faite dans sa traduction latine des écrits dogmatiques du même saint docteur : S. Alphonsi Mariæ de Ligorio Ecelesiæ doctoris Opera dogmatica ex ilalico sermone in lalinum, 2 in-4», Rome, 1903. Si ce travail de rectification se générali­ sait, bien des erreurs, qui ont cours dans le monde théologique, disparaîtraient des manuels, où elles four­ millent et ou elles persévèrent, même après qu’elles ont été signalées, tant elles ont la vie dure. 4“ llypercritique. — L'hypercritique peut se donner libre carrière soit au sujet de l’authenticité ou de l'interprétation des documents anciens. Bornons-nous à rappeler les interprétations extravagantes données récemment à l’inscription d’Abercius, voir 1.1, col. 59-64, et les soupçons d'inanlhenticité de la bulle linani san­ ctam de Boniface VIII. Voir t. Il, col. 999-1003. Citons encore les doutes soulevés contre les écrits de l'ab­ besse Hroswitha. Ces exemples sont non moins ridicules que ceux du P. Hardouin attribuant à des moines du moyen âge les œuvres de Virgile et d’Horace. En ces matières, l'extrême méfiance est aussi funeste que l'extrême crédulité. E. Mangexot. CROCUS Corneille, humaniste et controversiste néerlandais, né à Amsterdam vers la lin du xv· siècle, étudia les belles-lettres et l'éloquence à Louvain, sous Adrien van Baarlan. Ordonné prêtre après de solides éludes théologiques, il devint, dans sa ville natale, rec­ teur d'une école latine qui acquit bientôt une juste cé­ lébrité. 11 se proposait avant tout de défendre le cœur et la foi des enfants contre la licence des mœurs et l'invasion des erreurs nouvelles. Dans ce but, il composa une grammaire latine, « afin de pouvoir, disait-il, éloigner des mains de la jeunesse celle de l'impie Mélanchlhon; » il écrivit des dialogues fami­ liers : Colloquiorum puerilium formulai, Anvers, 1536, pour les opposer à ceux d’Érasme; une comédie latine : Josephus castus, Anvers, 1548, afin de détruire dans les jeunes esprits l’influence exercée par la lecture de VEunuque de Térence. Comme ouvrages relevant de la pédagogie, on a encore de lui : Lima barbarici, sive farrago sordidorum verborum, Cologne, 1520; Silvula vocabulorum, puerilis lectionis exercitationi accommodata, Solingen, 1539; Paraclesis ad capes­ sendam sententiam Josephi casti, Anvers, 1548. La controverse lui doit quelques œuvres remar­ quables par la vigueur de la pensée et l’élégance du style : Epistola de fide et operibus ad Juannem Sar­ torium fidei orthodoææ desertorem, Anvers, 1531 ; Disputatio contra anabaplislas de baptismo parvulo­ rum, ibid., 1535; De vera Ecclesia seu de nolis et si­ gnis Ecelesiæ, Cologne, 1548. Sa réputation d'huma­ niste et de théologien s’étendait au loin. Le roi de Porlugal, Jean 111, jaloux de ménager d’illustres pro­ fesseurs à l’université de Coïmbre, qu’il fondait alors, lui lit des ollres avantageuses pour une chaire de théologie. Le pieux recteur, qui nourrissait déjà le projet de «initier le monde et d'entrer dans la Compagnie de Jésus, refusa, et, à l’âge de cinquante ans, lorsqu’il ut rendu les derniers devoirs à sa vieille mère, se mit en roule pour Rome. C’était l’année du jubilé. Par esprit de pénitence, il voulut accomplir à pied ce long nier. DE THÉOL. cathol. pèlerinage et contracta une maladie d’épuisement, l’emporta bientôt, après qu’il eut été admis pa> - ■ : Ignace à prononcer ses vœux de religion. Outre les écrits précédents, Sotwel mentionne ·■:>·■■ rde lui divers discours el méditations : Méditai ■,ci piæ in passionem dominicam, Cologne, 1532; Orat’, te Christi vita, Anvers. 1548; lu Decalogum, publié- d ePia opuscula Cornelii Croci Datavi, Anvers, 1612. , Orlandini, Historiæ Soc. Jesu, part. I, 1. X, η. 73, p. 236; Pi at, Mémoires pour servir à l'histoire du P. Broét et des ori­ gines de la Compagnie de Jésus, Le Puy, 1885, p. 250: Sotwel. Bibliotheca scriptorum Soc. Jesu. Homo. 1676. p. 159; Poppens, Bibliotheca bclgica. Bruxelles. 1739, t. I, p. 197 ; Sommervogel, Bibliothèque de la O· de Jésus, t. il, col. 1660-1661 ; Hurler, Nomenclator, 3* édit., Inspruck, 1906, t. n, col. 1418-1449. P. Bernard. CROISET Jean, écrivain ascétique très estimé, na­ quit à Marseille, le 28 août 1656, entra au noviciat de la Compagnie de Jésus, le 16 décembre 1677. En 1689. avant son sacerdoce, il lit la connaissance de la B. Mar­ guerite-Marie, et devint bientôt son intime conlident et son plus fidèle collaborateur. Nous possédons dix lelli s de la sainte visitandine de Paray-le-Monial, adressées au P. Croiset, où elle l’appelle : « Mon Révérend Père et mon frère très cher au Sacré-Cœur de Notre-Seigneur Jésus-Christ. » Après le P. de La Colombière, personne peut-être n’a autant fait pour répandre la dévotion au Sacré-Cœur. Stimulé par la B. MargueriteMarie, il traite à fond de la nature de la dévotion et de sa pratique dans La dévotion au Sacré-Cœur de NoireSeigneur Jésus-Christ, in-12, Lyon. 1691. Ce livre se répandit rapidement, il renfermait en germe quelquesunes des pratiques de dévotion aujourd'hui en honneur. Mais la dévotion paraissait nouvelle et inquiétait les es­ prits. Les supérieurs éloignèrent le P. Croiset de Lyon où il enseignait la rhétorique et dirigeait des œuvns florissantes, et l’envoyèrent enseigner la philosophie à Arles, à Avignon, enfin la théologie â Marseille, jus­ qu’en 1704, ou il devint supérieur dans cette dernière ville. Rome même, comme on le sait, se montra d’abord très réservée à l’égard des pratiques de la dévotion au Sacré-Cœur ; soit en raison de cette défiance, soit pour manque de formalités ou plutôt encore à cause de l’of­ fice qui était joint au livre et n’était pas approuvé, l’ou­ vrage du P. Croiset fut mis à l’index, le 11 mars 1704. Ce n’est que le 29 août 1887 qu’il a été retiré du cata­ logue des livres défendus, à la demande de Mor Stadler, archevêque de Serajewo. Le livre modifié et augmenté continua à se répandre en nombreuses éditions et tra­ ductions. Le P. Croiset a publié en outre : Detraile spirituelle pour un jour de chaque mois, in-12, Lyon, 1694; Réflexions chrétiennes sur divers sujets de mo­ rale utiles à toutes sortes de personnes et parliculirI renient à celles qui font la retraite spirituelle un jour par mois, in-12, Paris, 1707. Devenu recteur du collège des jésuites à Lyon, il lit paraître de 1712 à 1720 ses Exercices de piété pour tous les jours de l'année, conte­ nant ('EXPLICATION DES MYSTERES 01' LA VIE DO SAINT DE chaque JOUR,arec des réflexions sur l'Epitre,et un·· méditation sur l'Evangile de la messe, el quelques pratiques de piété propres à toutes sortes de personnes. 12 in-i2, Lyon. Cet ouvrage,sous le litre d’Année chré­ tienne ou de Vies des saints, eut un très grand succès. Les l ies de Noire-Seigneur et de la Très Sainte Vierge qu’il renferme, ont aussi été publiées à part. On doit | encore au P. Croiset : Règlemens pour Messieurs ’■■■ I pensionnaires des Pères jésuites du collige de Ly qui peuvent leur servir de règle de conduite pour toute leur vie, in-8», Lyon, 1711 ; Parallèle des mœurs de e siècle (et de la morale de Jésus-Christ), 2 in-12, Ly· et Paris, 1727; Le parfait modèle de la jeunesse ή - tienne dans la vie de S. Louis de Gonzague, Avignon. 1735; Des illusions du cœur dans toutes sortes à'élati 111. - 74 H. Marucchi, op. cil., p. 99. Peu â peu. il apparaît triomphant sur la croix comme sur le trophée de sa victoire. Toutefois, à partir du xm· siècle, l'usage pré­ vaut de le représenter à l’état de victime expiatoire pour le genre humain, nu, souffrant et mourant. Cf. 2351 CROIX (ADORATION DE LA) Marligny, op. cit., v» Crucifix,, p. 225 sq.; II. Marucchi, dans le Dictionnaire de la Bible, v" Croix, loc. cit. : R. P. J. Iloppenot, Le crucifix dans l'histoire, dans l’art,dans l’âmedes sainlsel dans notre vie, Lille, 1902. 5° Après cela, on s’explique comment le culte de la croix prit, dés le temps de Constantin, un tel développe­ ment que les fidèles retraçaient partout le signe de la croix. Saint .lean Chrysostome déclare que, de son temps, l’effigie de la croix était adorée et employée par les fidèles comme ornement, comme remède, comme pro­ tection. Les rois, dit-il, déposant leurs diadèmes, pren­ nent la croix, symbole de la mort du Sauveur. Sur la pourpre, la croix; dans les prières, la croix; sur la table sacrée, la croix; dans tout l’univers, la croix; la croix brille plus que le soleil : Nihil enim imperato­ riam coronam sic exornat, ut crux universo mundo pretiosior; et quod omnes olim exhorrescebant, ejus nunc figura ita certat ini exquiritur ab omnibus, ut ubique reperialur, apud principes el subditos, apud mulieres et viros, apud virgines et nuptas, apud ser­ vos et liberos. Nam illud omnes signum frequenter imprimunt, in membrorum nobiliori parte; el in fronte ceu in columna figuratum quotidie circumfe­ runt. Hoc in sacra mensa, hoc in sacerdotum ordina­ tionibus, hoc rursum eum corpore Christi in mystica cuma refulget. Hoc ubique celebratum videre est, m domibus, in foro, in desertis, in viis, in montibus, in saltibus, in collibus, in mari, in navibus, in insulis, in lectis, in vestimentis, in armis, in thalamis, in con­ viviis, in vasis argenteis el aureis, in margaritis, in parietum picturis, in corporibus brutorum male affectis, in corporibus a dxmone obsessis, in bellis, in pace, in diebus, in noctibus, in choreis tripudantium, iu sodalitiis sese macerantium ; adeo certalim donum hoc mirabile, ejusque ineffabilem gratiam omnes per­ quirunt. Nemo pudore afficitur vel erubescit, dum cogitat hoc maledictu: mortis symbolum esse; sed illo omnes magis exornamur quam coronis, diademati­ bus, et mille margaritarum monilibus : ita non modo non aversamur crucem, sed etiam amabilis illa desiderabilisque omnibus est : ubique illa fulget, in pa­ rietibus domorum, in lectis, in libris, in urbibus, in vicis, in incultis, in cultis locis. Homil. Quod Christus sit Deus, n. 9, G., t. xi.vm, coi. 826. Saint Asterius. évêque d’Amasée, faisant l’éloge de sainte Euphémie, dit expressément que l’adoration de la croix était prescrite aux chrétiens par une loi. Pen­ dant qu’elle (Euphémie) prie, un signe apparait sur sa tôle que, par une prescription légale, les chrétiens adorent et tracent sur leurs personnes : signum quod ex PR.usent prit i.kgis chrisliani adorant, et inscribunt sibi. Marligny, op. cil., p. 218. Pour le v* siècle, Théo­ dore! observe que les Grecs, et les Romains, et les Barbares, confessent la divinité du crucifié et vénèrent le signe de la croix : "Ελληνες, και ’Ρωμαίοι, και Βάρβα­ ροι τον εσταυρωμένου Οεολογοϋντες, και τού σταυρού το σημ-ΐον γεραίροντες. Graecarum affectionum curatio, orat, vi, De providentia Dei, P. G., t. ι,χχχιιι. col. 989. Et Sedulius, dont on pourrait citer nombre d autres témoignages, écrit au 1. V de ses poésies : Nove quis ignoret speciem crucis esse colendam. Quæ Dominum portavit, ovans ratione potenti. Carmen paschale, 1. V, vs. 188-189, P. L., t. xix, coi. 724. Aussi devint-il bientôt nécessaire de porter des lois pour interdire toute représentation de la croix en des lieux ou des positions peu convenables. Ainsi une loi de Théodose et de Valentinien III défendit de peindre, graver ou sculpter la croix sur le pavé des temples, afin que ce signe sacré ne fût pas exposé à être foulé aux pieds des fidèles : Cum sit nobis cura diligens per omnia superni numinis religionem tueri : signum 2352 1 Salvatoris Christi nemini licere vel in solo, vel in silice, vel in marmoribus humi positis insculpere vel pingere : sed quodcumque reperilur tolli, gravissima pania mulctando eo, qui contrarium statutis nostris tentaveril, specialiter imperamus. Codex Justinianus, 1. I, lit. vm. Le concile in Trulla, tenu en 692, renou' vela celte disposition, en ajoutant la peine d'excomj munication contre les transgresseurs : « Les ligures de la croix, décide-t-il, que quelques-uns retracent sur le i sol ou sur le pavé, nous ordonnons absolumenlqu’elles soient effacées, de peur que les pieds des passants ne profanent le trophée de notre victoire. Ceux donc qui. à l’avenir, se permettraient de représenter le signe de la croix sur le sol, nous décrétons qu'ils doivent être retranchés (excommuniés). » Can. 73, dans Labbe, I. vu, p. 1176. Il faut même invoquer en faveur de notre thèse ce fait qu’en général les iconoclastes, Léon l'Isaurien. Constantin IV Copronyme. Li on IV, Nicéphore. Mi­ chel II Balbus, Théophile, tinrent absolument à faire briller la croix sur leurs monnaies. Bien mieux, l’histo­ rien Nicéphore va jusqu’à prétendre que des icono­ clastes poussèrent le culte de la croix jusqu’à une véri­ table idolâtrie, adorant la croix matérielle, sans diriger leur intention vers le Dieu crucifié : il mentionne notamment les sla urolà 1res. secte d’Arméniens dé­ nommée aussi Chazingarii, de Chazus, croix. H. E., I. XV111, c. i.iv. 6" Une preuve très ancienne et toujours actuelle du culte traditionnel rendu à la croix se remarque dans la liturgie. Les fêles de l’invention el de l'Exallalion de la sainte croix vont aussi à rendre un véritable culte religieux aux images de la croix. La solennité de Paraseeve est tout entière consacrée au culte des images de la croix. « On ne pouvoit, écrit Bossuet, choisir un jour plus propre à lui (la croix) rendre ces honneurs que celui du vendredi-saint : tout l’appareil de ce jour-là ne tend qu a faire sentir aux fidèles les merveilles de la mort de Jésus-Christ; l’Eglise les ramasse toutes en montrant la croix, où. comme dans un langage abrégé, elle nous dit tout ce que le Sauveur a fait pour nous; on les voit tonies dans ce seul signal, et comme d'un coup d’oeil cl. de même que ce sacré caractère nous dit, comme de la part de Jésus-Christ, tout ce qu'il a fait pour nous, nous lui disons, de notre côté, par les actes simples du prosterm-menl el du saint baiser, tout ce que nous sentons pour lui : des volumes entiers ne rempliroient pas ce qui est exprimé par ces deux signes : par celui de la croix, qui nous dit tout ce que nous devons à notre Sauveur, et par celui de nos soumissions qui expriment au dehors tout ce que nous sentons pour lui. » Lettre sur l'adoration de la croix, Œuvres complètes, t. xvn, p. 278. Ajoutons encore l'usage du signe de la croix dans les fonctions liturgiques. Au saint sacrifice de la messe, dans l'admi­ nistration des sacrements, dans les bénédictions, dans ! tout le culte extérieur, l’Église ne cesse de répéter le signe de la croix, pour marquer qu’aucune cérémonie ne peut produire son effet qu’en vertu du divin sacrifice accompli sur la croix. 7“ C’est ainsi que le culte de la croix passa peu à peu de l’ordre des faits dans la prédication et l’enseigne­ ment de l’Église. I. Saint Jean Chrysostome célèbre la croix avec en­ thousiasme et lyrisme dans son homélie De cruce et latrone, tout entière à citer ici. La croix, s’écrie-t-il, autrefois était le nom de la condamnation et du sup­ plice, aujourd'hui elle est une chose vénérable et désirable. La croix auparavant était un objet de déshon­ neur et de peine; maintenant elle est une occasion de gloire et d'honneur. Ό σταυρός πρότερον καταδίκη; ονομα καί τιμωρίας ήν, ·,ΰν δε πράγμα γε'γονε τίμιον και ποθεινόν ό σταυρός πρόςερον αισχύνης ήν και κολά- 2353 CROIX ADORATION σεω: ΰπόΟεσις, ·<0ν 5ε γίγονε δόξης χαι τιμής άφορμή. Homil., Il, de cruce el latrone, n. 1, P. G., t. xt.tx, coi. 407. De son côté, sa.int Léon le Grand dit que la croix esl le signe du salut que doivent adorer tous les royaumes de la terre : Signum salutis, adorandum regnis omnibus, inferebat. Serm., vin, de passione Domini, c. vt, P. L., t. i.tv, col. 340. Le diacre Rusti­ cus constate que tous adorent la croix : El adoramus omnes crucem. Disputatio contra acephalos, P. L., t. i.xvn, coi. 1126. Et à partir de cette époque, il n’est guère de Père ou d’écrivain ecclésiastique dont on ne puisse apporter le témoignage. 2. De la prédication, le culte de la croix est passé dans l'enseignement authentique de l’Eglise. — a) La vraie croix est une relique insigne entre toutes. Aussi toutes les décisions doctrinales de l’Eglise concernant le culte des reliques sont autant de principes généraux dont il peut être fait application particulière et très légitime au culte de la vraie croix. Voir Reliques. Cf. Denzinger, Enchiridion, n. 245. 365. 573, 861, 866. La croix, nous l’avons vu, doit être aussi consi­ dérée comme image ou comme symbole. A cet égard, tous les décrets généraux de l’Eglise, concernant les images, peuvent s'appliquer aussi bien el plus encore à ce signe auguste de notre salut qu'à toutes les saintes images. Voir Images. Cf. Denzinger, op. cil., n. 243-245, 247, 273,573, 861, 866, 872, 873, 1824. — b) Il est des décisions authentiques qui concernent expressément et spécialement le culte de la croix. Il convient de les rapporter, puisqu'elles constituent la théologie de notre question. — a. Le concile de Constantinople, dit in 'I rullo, tenu en 692. n'a pas, sans doute, été confirmé parle pape Sergius, mais les Grecs l’ont toujours regardé comme un concile général : ses canons ont toujours formé un corps de discipline pour les Eglises d’Orient. <>r, le canon 73 ordonne la vénération pour le signe, salutaire de la croix : Cum crux nobis vivifica salutare ostenderit ; nos omne studium adhibere oportet, ut ei, per quam ab antiquo lapsu salvati sumus, eum quem par est honorem habeamus; unde et mente, et ser­ mone, et sensu adorationem ei tribuentes. Labbe, t. vr, p. 1176. — b. Au vni' siècle, le VIIe concile œcumé­ nique, assemblé à Nicée, proclama la doctrine catho­ lique contre les iconoclastes, el porta le décret sui­ vant : Delinimus in omni certitudine ac diligentia, sti'ur figfiiam i‘itt:iios.E ai: vivific.e cnucts, ita venerabiles ac sanctas imagines proponendas, tam quæ de coloribus et tessellis quam quæ ex alia mate­ ria congruenter iu sanctis Dei ecclesiis, el sacris rasis et vestibus, et in parietibus ac tabulis, domibus el siis... ita ut istis stcuri figur.e phetios.h ac vivu icæ cnucts, et sanctis Euangeliis, et reliquis sacris monumentis, incensorum et luminum oblatio ad harum honorem efficiendum exhibeatur, quemad­ modum et antiquis pise consuetudinis erat. Denzinger, op. cit., n. 243-244. 11 faut, sans aucun doute, rendre de véritables honneurs religieux à l’image de la pré­ cieuse et vivifiante croix, comme aux saints Evangiles; mais il faut tout aussi bien les rendre aux saintes images; que ces images ou ces croix soient peintes ou en mosaïques, qu'elles soient dessinées ou gravées, produites de quelque manière que ce soit, si elles sont convenables, peu importe. Le concile va donc jusqu’à prononcer l’anathème contre ceux qui rejetteraient 1 Evangile, ou la croix, ou les saintes images : Eos ergo qui audent... secundum scelestos hæretieos ecclesiasti­ cas traditiones spernere et... projicere aliquid ex his quæ sunt Ecclesiæ deputata sive Evangelium, sire itGVnAM cntiris, sive imaginalem picturam..., si qui­ dem episcopi aut clerici luerint, deponi prtecipinius; monachos autem vel laicos a communione segregari. Denzinger, n. 245. — c. Le VIII” concile œcuménique, réuni à Constantinople en 869. promulgue à nouveau la ί l i l DE LA) même doctrine, déclarant qu’il faut honorer de nœme manière, et l image de Noire-Seigneur, et le lin< .. saints Evangiles, et l’image de la croix : iconæ /« vo­ rentur et adorentur æque ut sanctorum sacer Ε· '·getiorum liber atque ï'17>t;s 1‘RETIOSÆ CEI cis. D nzinger, n. 275. Voir col. 1296-1299. — d. Panni les erreurs que Henoil XII reprocheel condamne chez les Arméniens, se trouve mentionnée celle qu’ils n’accep­ tent pas plus l'usage des crucifix que celui des images des saints : 74. Quod apud Armenos majoris Armenite non sit imago CRUCIFIXI, nec aliæ imagines tenentur sanctorum. Denzinger, n. 1824. Voir l. n, col. 699. 704. — e. Le concile de Trente ordonne, lui aussi, contrai­ rement aux prétentions de la Réforme, qu’il faut con­ server, surtout dans les églises, les images du Christ, et, par conséquent, les crucilix et la croix. Et il con­ vient, ajoute-t-il, de leur rendre de légitimes honneurs et une religieuse vénération. Imagines porro Christi... in templis praesertim habendas et relinendas eisque debitum honorem et venerationem impertiendam. Denzinger, n. 861. — /’. De ces documents, il s’ensuit qu'il est de foi qu’un culte religieux est dû à la croix, en tant quelle est pour nous l’image ou le symbole de Jésus crucilié. Cette conclusion s'applique aussi bien à la vraie croix qu'à ses diverses images. Dicendum est ergo, écrit Suarez, usum crucis per modum imaginis Christi crucifixi, quam catholica Ecclesia temper tenuit, honestum et religiosum esse. Hæc veritas de fide esl, definita in VI synodo, can. 73; VII synodo, act. vu; VIII synodo, can. 3. Suarez, De incarnatione, disp. LVI, sect, il, n. 2, Opera omnia, Paris, 1866, t. xvill, p. 664. 8“ Après ces définitions, la jurisprudence comme la pratique universelle de l’Église sont venues apporter au culte de la croix une singulière confirmation. 1. Dans son rituel, l’Eglise a introduit des formules authentiques de bénédictions pour les croix et les cru­ cilix. Cf. Biluale romanum, Benedictio novæ crucis. Benedictio imaginum D. A'. J. C. Au concile de Trente, elie a décidé que l’exposition de croix comme de statues nouvelles, dans les lieux destinés au culte, dépend de l’autorisation de l’ordinaire. Sess. XXV, decret. De imaginibus. Les croix, nouvellement plan­ tées, sont inaugurées solennellement avec les formules rituelles. D'autre part. l’Eglise a réglé la confection des croix à indulgencier pour la bonne mort, et elle a lixé les conditions auxquelles les indulgences peuvent être attachées à ces croix. Cf. Beringer, Les indul­ gences, leur nature el leur usage, trad. Abt el Feyerstein, 2e édit., Paris, 1893, t. t, p. 337, 345, 348, 353; t. u, appendice n, p. 26-28. 2. Par ailleurs, l’usage liturgique de la croix est de­ venu d’une fréquence habituelle dans les églises et hors des églises. Même d’autres usages non liturgiques se sont introduits avec l’approbation, l’encouragement et les bénédictions de l’Église. C’est ainsi, par exemple, que la croix sert comme ornement d'autel et de taber­ nacle, comme châsse d'une parcelle de la vraie croix, comme ornement du ciboire des malades. Nous la revoyons sur les autels portatifs, sur la pierre d'autel placée au dessus des reliques, aux murailles de l'église, dans le chœur, par dessus le lutrin, sur l’autel, la cré­ dence, la chaire, les sarcophages, le suaire des cata­ falques, les catafalques. On la retrouve toujours dans la sacristie, sur les ornements sacerdotaux, le linge employé à la messe, les vases sacrés, les bannières, les hampes de bannières. Elle sert comme croix de procession, de station, de convois, de chapelle. Il y a la croix archiépiscopale, la croix du cardinal légat, la croix patriarcale avec doubles bras, la croix papale à triples bras. On aperçoit la croix comme ornement du sommet des coupoles, des tours, des flèches, des églises, des couvents, des institutions charitables et d’enseigne­ 2355 Choix (adoration de la) ment, des portes d’églises, de couvents ou d’institu­ tions. On la rencontre dans les cimetières, sur les tombes, les chapelles funéraires, sur des places de mis­ sion ou d’exercices populaires, auprès de sources visi­ tées comme but de pèlerinage, sur les chemins, les places des villes, sur des rochers, des cavernes, des précipices, des chutes d'eaux, des collines, avec ou sans chapelle. On pose des croix comme ex-voto en souvenir de maladies épidémiques, de la peste ou du choléra; à l'occasion d’une délivrance inespérée d’un danger mortel; aux lieux où sont morts subitement ou par accident certaines personnes; sur des champs de ba­ taille; à la place d'anciennes églises, d'anciens cou­ vents ou d’anciens cimetières; aux stations du chemin de la croix. On place la croix indulgenciée enlre les mains des mourants, sur la poitrine ou les mains croi­ sées d’un défunt dans son cercueil. Nous voyons la croix aux mains et au cou du missionnaire, la croix pectorale des évéques et des abbés, la croix pectorale aussi des chanoines tilulaires et honoraires. La croix se remarquait sur le manteau des croisés, et elle a été retenue comme forme fondamentale du plan architec­ tural des églises; cornu e ornementation des édifices publics, des maisons particulières, comme emblème sur les navires, les couronnes, le globe impérial, sur les usten-iles domestiques, les armes, les instruments, les livres et les habits, sur les monnaies et les écus­ sons; comme bijoux pour hommes et pour dames. Elle s'emploie encore comme décoration pour les ordres de chevalerie et pour les ordres religieux; comme insigne pour le mérite civil et militaire; comme sort dans les épreuves par la croix ; comme signe représentant la signature sur des documents; comme signe héral­ dique, musical, etc. 9° A ces confirmatur d’ordre humain, bien que diversement surnaturel, l’on pourrait ajouter, en faveur du culte de la croix, des autorisations ou des encoura­ gements d’ordre tout divin. Depuis l'apparition de la croix à Constantin, el les faits merveilleux qui ont accompagné ou suivi l'invention de la sainte croix, de vrais miracles se sont accomplis, soit par l’entremise des parcelles de la vraie croix, soit par l’emploi des images de la croix, bénites ou non bénites. Bellarmin mentionne diverses apparitions de la croix, notam­ ment celle advenue sur le mont des Oliviers. Elle est attestée par une lettre de saint Cyrille de Jérusalem à l'empereur Constantin, en date du 7 mai 351. De signo lucidæ crucis Hierosolymis viso, quod in cælis appa­ rui/, D. H., t. xxxiii, col. 1165-1176. L’éditeur y a joint d’autres anciens récits du fait. Ibid., col. 1175-1178. Bellarmin rapporte encore les apparitions de croix arrivées du temps de Julien l’Apostat et racontées par saint Grégoire de Nazianze, Orat., I, II, in Julianum ; celle advenue quand l'empereur Arcadius entreprit la guerre, par motif de foi, contre les Perses persécu­ teurs des chrétiens. Cf. Prosper, De promissionibus divinis, part. Ill, c. xxxtv. Bellarmin invoque ensuite le miracle de saint liilarion arrêtant l’invasion de la mer par trois croix tracées sur le rivage, ce dont témoigne aussi saint Jérôme. Le Vénérable Bède a consigné d'autres faits merveilleux arrivés en Angle­ terre. Hist. Angl., 1. III, c. n. Cf. Bellarmin, Septima controversia generalis, De Ecclesia triumphante,\. Il, De reliquiis et imaginibus sanctorum, c. xxvm, p. 263265. Il serait facile d'allonger cette liste jusqu’à nos jours, et même d’y ajouter la mention des crucifix miraculeux. Mais nous n'avons pas à insister sur ce point. Il suffit de l’avoir indiqué et de rappeler que ces faits sont bien l'approbation indéniable et l'autori­ sation donnée par Dieu lui-méme au culte de la vraie croix et de ses images. 10° A la lumière de cette doctrine, et avec ces auto­ rités, l'on peut apprécier sainement et sûrement les 2356 objections recueillies et propagées par tes protestants. 1. Honorer la croix, disent-ils, c’est une véritable impiété, analogue à celle que commettrait un fils, en vénérant le gibet auquel fut pendu son père, ou l'épée qui le transperça. — L'objection confond à dessein des situations de tout point différentes.'!! est bien évident que si le père du malheureux enfant était coupable, il ne saurait y avoir pour son fils aucune raison plausible d'honorer le gibet ou l'épée de justice : ils sont et de­ meurent des monuments de honte au regard du père coupable. Mais si l'homme est noblement tombé pour sa religion ou sa patrie, l’on conçoil que le gibet ou l’épée sont en réalité des monuments qui attestent le courage héroïque de la victime, et, à ce litre, ils méri­ tent l'honneur et la vénération filiale. Or. si nous ado­ rons la vraie croix et ses images, ce n’est pas certes pour l’ignominie el les souffrances qu'elle apporla au divin Agneau; mais, tout au contraire, comme nous l'avons expliqué, nous vénérons la croix, parce qu elle a été le monument de la vaillance et de la générosité du Sauveur, l'instrument de son exaltation, de sa victoire, de son triomphe et de sa gloire, l'instrument aussi de notre rédemption et de notre salut. 2. On l’accordera pour la vraie croix. Mais s’il faut aussi honorer, à cause d’elle, ses images, alors il con­ viendra pareillement de vénérer tous les sépulcres, tous les clous, tous les fouets, toutes les colonnes et toutes les crèches, à cause du sépulcre de Jésus-Christ, des clous du crucifiement, du fouet et de la colonne de la flagellation, à cause de la crèche de Bethléhem. S'il en est ainsi, nous devrons honorer la croix de ha­ sard formée par deux nuages qui se croisent, ou par des pailles ou des brindilles : et tout cela devient ridi­ cule. — Nous ne prétendons pas qu'un rapport ou qu’une ressemblance quelconque, purement matérielle, suffise à autoriser le culte de tout ce qui se présente en forme de croix. Mais nous demandons un rapport, une ressemblance formelle, intentionnelle, avec la croix du Christ. Ce n'est pas le cas des nuages ou des pailles fortuitement croisés. Semblablement, si des objets sont, par le fait, consacrés à des usages vulgaires, à d'autres usages que la représentation du Dieu crucifié, flagellé, enseveli, ils sont, par ce fait, inaptes â soutenir un rapport ou une ressemblance avec Jésus-Christ. Cepen­ dant si une crèche, par exemple, est dressée pour rap­ peler celle du Christ, elle mérite, sans aucun doute, honneur et vénération, et la croix tout aussi bien. IV. Nature du culte religieux dû a la vraie croix et A SES REPRÉSENTATIONS. — A eet égard, nous devons envisager la vraie croix, en tant qu'elle est une relique insigne, consacrée par le contact du corps très saint de Jésus-Christ, et par le sang divin dont elle fut inondée. Nous devons aussi considérer la vraie croix et ses re­ présentations, quelles qu'elles soient, en tant qu'elles sont pour nous autant d'images de Jésus crucifié. Que ces croix soient nues, qu'elles portent l'image du corps du Sauveur, peu importe. La croix simple et nue est tenue par les chrétiens comme un crucifix. Car, à rai­ son du rapport intime el tout obvie que le sacrifice du Calvaire a créé entre la croix et Notre-Seigneur, celleci, même nue, demeure une réelle image du divin Sau­ veur attaché à l’instrument de son supplice et de sa victoire. 1" Observons, avant tout, que le culte en question est tout relatif; il ne s'arrête pas à la croix elle-même, mais il passe, se rapporte, se réfère tout entier au Dieu crucifié. 1. Evidemment, que la croix soit une relique ou un.· image, ce n’est ni le bois, ni la pierre, ni le métal que nous honorons, ni l’assemblage des couleurs, ni l’objet peint, gravé ou sculpté. L’homme n'a pas à faire acte de soumission, à rendre hommage à des êtres ina­ nimés. considérés comme tels et en eux-mêmes. Ce se­ 2357 CROIX (ADORATION' DE LA) 2.*rs rait là comme une profanation de la dignité humaine. quel esprit l’Église honore les images, par l’honneur Si donc nous rendons un culte à la croix, c’est parce qu’elle rend à la croix et au livre de l’Évangile. Tout que nous la considérons expressément comme une momie voit bien que, devant la croix, elle adore ce! relique ou comme une image. Saint Thomas dit très qui a porté nos crimes sur le bois, 1 Pet., n, 21; -t bien à propos des images de Noire-Seigneur : Imagini que si ses enfants inclinent la tête devant le livre <1Chrisli in quantum est res quædam (puta lignum l’Évangile, s’ils se lèvent, par honneur, quand on le sculptum vel nictum), nulla reverentia exhibetur, porte devant eux, et s’ils le baisent avec re-pect. tout quia reverentia nonnisi rationali naturæ debetur. Re­ cet honneur se termine à la vérité éternelle qui n us linquitur ergo quod exhibeatur ei reverentia solum vest proposée. Il faut être peu équitable pour appeler in quantum est imago. Sum. theol., III», q. xxv, a. 3. idolâtrie ce mouvement religieux qui nous fait découvrir Or, une relique, une image, comme telles, sont quelque et baisser la léte devant l’image de la croix, en mémoire chose d’essentiellement relatif. Elles ne sont telles de celui qui a été crucifié pour l’amour de nous; et ce que parce qu’il y a un ferme, un prototype, un ori­ seroit être trop aveugle que de ne pas apercevoir l’ex­ ginal, dont c’est la relique, dont c’est l’image. C’est trême différence qu’il y a entre ceux qui se confioient ainsi que la croix est essentiellement, à nos yeux, la aux idoles, par l’opinion qu’ils avoientque quelque di­ relique ou l’image du Sauveur crucifié. Dans ces con­ vinité ou quelque vertu y étoit pour ainsi dire attachée, ditions, le culte de la croix ne peut qu’être formelle­ et ceux qui déclarent comme nous qu’ils ne veulent se ment relatif. En la vénérant, c’est principalement celui servir des images que pour élever leur esprit au ciel, dont elle est la relique ou l’image que notre hommage afin d’y honorer Jésus-Christ. » Exposition de la doc­ veut atteindre. Si nos actes extérieurs de culte ou trine catholique sur les matières de controverse, v. d’adoration s’adressent immédiatement à la relique de dans Œuvres complètes, édit. Lâchât, t. xni, p. 60 61. la vraie croix ou aux représentations de la croix, cepen­ 4. Cette doctrine de la relativité du culte rendu à la dant notre hommage intime et les actes intérieurs de croix a été la pensée comme la pratique constante de notre soumission se portent tout entiers au Dieu cru­ l’Eglise. Nous en donnerons, col. 2362, à propos de cifié pour notre salut. l’adoration de la croix, des témoignages formels em­ 2. C’est la doctrine promulguée à Nicée, au VIIe con­ pruntés aux premiers siècles. cile œcuménique. 11 prescrit, sans doute, que l’on 2° Le culte relatif rendu à la croix est-il de même rende hommage à la vivifiante et précieuse croix, ordre que le culte absolu rendu au Christ lui-même'' comme, du reste, à l’Evangile étaux autres monuments | — Sur cette question assez subtile, il semble qu’il v ait et objets sacrés. Mais il explique que l’honneur rendu dissension parmi les théologiens. Est-elle dans les à l’image passe au prototype; et celui qui adore l’image, choses? N’est-elle pas plutôt dans les mots? Nous adore la personne de celui qui s’y trouve dépeint : l’allons voir. Imaginis enim honor ad primitivum'transit, et qui 1. Saint Thomas donne une solution toute simple et adorat imaginem, adorat in ea depicti subsistentiam. générale. Les images du Christ, et, par conséquent, la Denzinger. n. 2i4. Ainsi, quand nous vénérons la croix, croix, ne méritent honneur que précisément parce c’est à Jésus crucifié que monte notre hommage. qu’elles sont images. Il suit de là que le même culte Le VIIIe concile œcuménique a tenu le même lan­ est rendu à l’image du Christ et à sa personne : Relin­ gage. Il parle du culte rendu à la croix dans les mêmes quitur ergo quod exhibeatur ei (imagini Chrisli) so­ termes que du culte rendu aux Evangiles etaux images; lum in quantum est imago,et sic sequitur quod eadem et, puisque tout cela se rapporte au terme principal, reverentia exhibetur imagini Chrisli et ipsi Christo il déclare que ces images méritent honneur et vénéra­ Sum. theol., III», q. xxv, a. 3. Puis, faisant application tion, quoique de façon dérivée : Quia ad principalia à la croix, l’ange de l’École conclut très nettement : ipsa referuntur, etiam derivative iconæ honorentur Respondeo dicendum quod, sicut supra dictum est, et adorentur seque ut sanctorum sacer Euangeliorum honor seu reverentia non debetur nisi rationali natu­ liber atque rrpus metiosi·: cnucts. Denzinger, n. 273. ræ ; crealuræ autem insensibili non debetur honor vel En face des calomnies protestantes, le concile de reverentia, nisi ratione rationalis naturæ. Et hoc du­ Trente a pareillement maintenu la doctrine tradition­ pliciter : uno modo, in quantum repræseulat ratio­ nelle des honneurs dus à toutes les images du Christ, nalem naturam ; alio modo, in quantum ci quocum­ et par conséquent, à la croix Mais il défend expressé­ que modo conjungitur. Primo modo consueverunt ho­ ment d’y croire aucune divinité ou vertu pour laquelle mines venerari regis imaginem ; secundo modo, ejus on les doive révérer; il interdit de leur demander vestimentum. Utcumque autem venerantur homines aucune grâce et de mettre en elles sa confiance, comme eadem veneratione qua venerantur et regem. Si ergo faisaient jadis les païens à l’égard de leurs idoles; il loquamur de ipsa cruce, in qua Christus crucifixus exige que tout l’honneur se rapporte à l’original que est, utroque modo est a nobis veneranda; uno scilicet l’image, et dans le cas présent la croix, représente : modo, in quantum repræsenlat nobis figuram Christ ° Non quod credatur inesse aliqua in iis divinitas vel extensi in ea; alio modo, ex contactu ad membr i virtus, propter quam sint colendie, vel quod ab eis Christi, et ex hoc quod ejus sanguine est perfusa. sil aliquid petendum, vel quod fiducia in imaginibus I nde utroque modo adoratur eadem adoratione cum sit figenda, veluti olim fiebat a gentibus quæ in Christo, scilicet adoratione, latriæ. Et propter hoe idolis spem suam collocabant ; sed quoniam honor, etiam crucem alloquimur et deprecamur quasi ipsum qui eis exhibetur, refertur ad prototypa quæ illæ recrucifixum. Si vero loquamurde effigie crucis Christi præsenlanl ; ita ut per imagines quas osculamur et in quacumque alia materia (puta lapidis vel ligni, coram quibus caput aperimus et procumbimus, argenti vel auri), sic veneramur crucem tantum ut Christum adoremus. Denzinger, n. 861. Λ la vérité, imaginem Christi, quam veneramur adoratione la­ bien loin de croire que quelque divinité ou quelque triæ, ut supra dictum est, a. 4. puissance cachée habite dans la croix, nous ne lui 2. Bellarinin semble partir d’un principe tout opposé: attribuons d’autre vertu que celle d’exciter en nous le le culte, rendu aux images, n’est pas le même que ce­ souvenir du Sauveur immolé; en sorte que si nous lui accordé aux originaux; il est d’ordre inférieur. Mais, baisons la croix ou fléchissons le genou devant elle, par analogie, on peut, suivant les cas, l’appeler un culte c’est le Christ que nous voulons adorer et que nous d’adoration, d’hyperdulie ou de dulie secundum quid. adorons. En conséquence, le culte rendu à la croix n’est pas 3. Bossuet a expliqué magistralement ce point de la exactement le même que celui rendu à Notre-Seigneur doctrine catholique : « Ou peut connaître, écrit-il, en crucifié. C’est, sans aucun doute, un culte relatif,ce n - -t 2359 CROIX (ADORATION DE LA) pas un culte d’adoration ou de latrie proprement dit. (»n ne peut lui donner ces noms que par analogie et très improprement. I maginibus Christi non debetur la tria vere et simpliciter, sed cultus sine compara­ tione inferior, qui tamen reducitur ad lalriam ut imperfectum ad perfectum. De Ecclesiatriumphanle, 1. II. c. xxv, p. 248. Plus loin, liellarmin applique sa théorie â la vraie croix : Ex his habemus etiam quid sit dicendum de vera cruce Domini, de clavis, spinis, aliisque reliquiis. Sunt enim hæc omnia honoranda minori cultu quam Christus... sed tamen tali qui analogice et reductive pertineat ad speciem cultus quo Christus colitur. Jbid. La théorie de Bellarmin, reprise en partie par Franzelin et par Jungmann, trou­ vera son exposition complète et sa critique détaillée à propos du culte des images. 3. Pour ce qui regarde le culte de la croix, notons que le désaccord pourrait bien être simplement dans les mots et dans la manière de s’exprimer, plutôt que dans la doctrine elle-même, .lungmann l’avoue : Quæslio hæc potins verbaet modum loquendi spectat quam ipsam rem. De Verbo incarnato, n. 397, Ralisbonne, 1897, p. 3-48. Même, quand Bellarmin déclare, par exemple, qu’il y a une distance incommensurable entre le culte du Christ et celui de sa croix, cultus sine comparatione inferior, peut-être n’a-t-il voulu mar­ quer rien autre chose que la différence entre le culte absolu de la personne divine et le culte relatif de la croix. A ce point de vue, les deux cultes sont irréduc­ tibles. et la dissension dont nous avons parlé s’éva­ nouit. Au surplus, remarquons qu’il ne s’agit pas. dans celte controverse, si controverse il y a, des actes du culte extérieur, sur lesquels tout le monde est d’accord, même dans l’expression. Mais il s'agit, en fait, des actes du culte intérieur. La question est de savoir si un même acte de culte intérieur atteint tout à la fois la croix et le Sauveur crncilié. ou si, dans l’analyse de l’acte d’adoration de la croix, il faut distinguer un acte d’adoration relative imparfaite, secundum quid, qui s’adresse à la croix, et un autre acte d’adoration par­ faite, absolue, qui atteint le divin Sauveur. Or. différents cas de psychologie cultuelle peuvent se présenter : a\ Ou bien la croix est simplement le signe qui éveille en nous la pensée du crucifié : à l’occasion de la croix et en sa présence, nous rendons nos hom­ mages au Sauveur crucifié. Dans ce cas, il n’y a aucun culte même relatif rendu à la croix elle-même, mais un culte absolu du Sauveur immolé. — b) Ou bien la croix est, pour notre esprit, l’image sensible qui lui re­ présente actuellement le divin crucifié. Alors, substi­ tuant, dans nos hommages extérieurs, l’image à son ori­ ginal. nous nous inclinons devant elle et lui témoi­ gnons nos sentiments de vénération. Dans ce cas. il peut se présenter que l’esprit considère directement le crucifié, en union pour ainsi dire avec la croix, sur laquelle et en laquelle il nous est représenté. C’est ce que fait l’Eglise, à la fonction du vendredi-saint, quand adorant la croix, elle s'écrie: O crux, ave, spes unica, Doc passionis tempore, Auge piis justitiam Reisque dona veniam. Tout le monde en convient, même Franzelin; dans ces conditions, un seul el même acte d’adoration atteint directement le divin crucifié, et la croix, par rapport à lui et à cause de lui. Mais il peut aussi se faire que l’esprit s’arrête directement à la croix, pour des motifs diversement sacrés, et qu’il ne se porte qu’indirectement au divin crucifié. C’est le cas le plus ordinaire, dit Jungmann. Alors, prêlend-il, un acte de culte infé­ rieur s’adresse immédiatement à la croix, uu autre 2360 acte de culte supérieur et parfait atteint indirectement le Sauveur. Que le cas ainsi décrit soit plus fréquent que le précédent dans la piété chrétienne, il peut être permis d’en douter. Qu’alors il y ait deux actes et deux cultes différents, d’aucuns en doutent aussi. Peut-être peut-on soutenir que si, dans le premier cas. notre pensée el notre intention descendent du crucifié à la croix, ici la pensée et l’intention montent de la croix au crucifié. Mais, dans un cas comme dans l’autre, quand la lumière de pensée et la direction d’intention ont fait leur œuvre, un même acte de culte incline et soumet la volonté devant la suprématie souveraine du Christ représenté par et dans sa croix. Ce culte unique est absolu, en tant qu’il atteint le Seigneur, relatif, en tant qu’il touche la croix. 4. Quoi qu’il en soit, au point de vue doctrinal, il importe surtout de retenir que, dans l'adoration de la croix, il s’agit d'un culte essentiellement relatif en ce qui regarde la croix elle-même, mais vraiment absolu en ce qui concerne le Christ représenté ou entrevu sur la croix. 3“ Le culte rendu à la croix est-il el peut-il être appelé un culte de latrie relatif, respectif? — Saint Thomas, nous l'avons vu, et à sa suite les scolastiques, l’affirment expressément : utroque modo adoratur (crux vera) eadem adoratione cum Christo, scilicet adoratione latriæ. Sum. theol., Ill·, q. xxv. a. 4. Saint Thomas et les scolastiques connaissaient-ils le canon du concile de Nicée? Il se peut que non. Toujours est-il que le concile de Nicée déclare nettement qu’on peut baiser la croix, qu’on peut lui rendre une adoration d’honneur, honorariam adorationem. Mais il dit aussi qu’on ne peut rendre à la croix un véritable culte de latrie, qui appartient à la seule nature divine : non tamen ad veram latriam, quæ secundum /idem est, quæque solam divinam naturam decet. Denzinger, η. 244. Le concile établit donc une distinction entre la προσχύνησις ou l’adoration qui est permise à l'égard de la croix et la λατρεία qui ne doit être rendue qu’à Dieu seul. Voir Adoration, t. t, col. 435. A la question posée, il devient ainsi facile de répondre : il suffit sim­ plement de fixer le sens précis attaché au mot latrie. — a) Si l’on admet que le mot λατρεία désigne exclu­ sivement le culte absolu et suprême rendu au souverain mailre de toutes choses, il est clair que le culte de la croix ne saurait être appelé un culte de latrie. Tel est le sens accepté par le concile de Nicée : Veram la­ triam... quæ solam divinam naturam decet. — b) Si l’on admet que le mot λατρεία peut désigner et le culte absolu rendu à Dieu, et le culte relatif accordé à ses images à cause de lui et pour lui. l’on pourra conclure que le culte de la croix est un culte respectif de latrie. C’est la pensée évidente de saint Thomas, qui ne con­ tredit pas en cela la doctrine du concile de Nicée. — c) Si, comme il convient, l’on tient compte de l’usage et de la tradition qui se sont maintenus jusqu’ici et qui sont la grande loi du langage théologique, il y aura lieu de s’abstenir des expressions, latrie respective, latrie relative. Car. par le fait, le mot latrie n’est pas com­ munément employé, sauf par quelques théologiens, pour signifier un autre culte que l’hommage suprême et absolu que nous rendons à la divinité. — d) Aussi Bossuet écrit-il : « Saint Thomas attribue à la croix le culte de latrie, qui est le culte suprême, mais il s’ex­ plique en disant que c’est une latrie respective, qui dès là en elle-même n’est plus suprême, et ne le devient que parce qu’elle se rapporte à Jésus-Christ. Le fon­ dement de ce saint docteur, c’est que le mouvement qui porte à l’image est le même que celui qui porte à l’original, et qu'on unit ensemble l’un â l’autre. Qui peut blâmer ce sens? Personne, sans doute. Si l’expres­ sion déplaît, il n’y a qu’à la laisser là, comme a fait le Père Petau. Car l’Église n’a pas adopté cette expression 2361 CROIX (ADORATION DE LA) de saint Thomas. Mais on seroit bien foible et bien vain, si on est étonné de choses qui ont un sens si raisonnable. En vérité, cela fait pitié, el quand on songe que ces chi­ canes sont poussées jusqu’à rompre l’unité, cela fait hor­ reur. » Lettre sur l'adoration de la croix, dans Œuvres complètes, édit. Lâchât, Paris. '1875, t. xvn, p. 282. 4» Le culte rendu à la croix est-il et peut-il être appelé «n culte d'adoration1? — 1.Au point de vue doc­ trinal, il faut, avant de répondre, bien fixer le sens attaché au mot adoration. — a) C’est la très juste observation préalable que Bossuet oppose à l’objection protestante : '< C’est une trop basse chicane, dit-il. de disputer des mots : en particulier, celui d’adorer a une si grande étendue, qu’il est ridicule de le condamner, sans en avoir auparavant déterminé tous les sens. On adore le roi. 1 Reg., xxiv, 9: on adore l'escabeau des pieds du Seigneur. Ps. xcvm, 5, c’est-à-dire l’arche; on adore la poussière que les pieds des saints ont fou­ lée. et les vestiges de leurs pas, Is., xlix, 23; lx, 14; on se prosterne devant; on les lèche, pour ainsi dire; et Jacobadora le sommet du bâton de commandement de Joseph, comme saint Paul l’interprète. Heb., xi. 21. Voilà pour les expressions de l’Ecriture. En les suivant, les Pères ont dit qu'on adore la crèche, le sépulcre, la croix du Sauveur, les clous qui l’ont percé, les reliques des martyrs et les gouttes de leur sang, leurs images et les autres choses inanimées. Avant que de condamner ces expressions, il faut distribuer le terme d’adoration à chaque chose selon le sens qui lui convient; et c’est ce que fait l’Eglise en distinguant l’adoration souveraine d’avec l’inférieure, el la relative d’avec l’absolue, avec une précision que les adversaires eux-mêmes... sont obligés de reconnoitre. » Lettre sur l'adoration de la croix, ibid., p. 281. — b, Si donc l’on entend par ado­ ration le culte absolu et suprême rendu à Dieu seul, il est évident que les hommages ou respects dont nous entourons la croix, ne sont point hommages d’adora­ tion. « Selon cette distinction, écrit encore Bossuet, l'on doit dire que Dieu seul e~t adorable, parce qu’il l'est avec une excellence qui ne peut convenir qu’à lui. On dit dans le même sens qu’il est seul digne de louange, seul aimable, seul immortel, seul sage, parce qu’encore que ses créatures participent en quelque façon à toutes ces choses, ce n’est qu’en lui, ce n'est que par lui, ce n’est que par rapport à lui. Il faut donc s’expliquer avant que de condamner et ne pas chicaner sur les mots. » Ibid., p. 282. — c) Si l’on prête au mot une signification un peu plus générale, telle qu’il si­ gnifie sans doute le culte spécial rendu en dernière analyse à Dieu seul, mais aussi bien le culte absolu qui s'adresse à Dieu directement que le culte relatif qui va toujours à lui, mais indirectement, alors il sera vrai de dire que le culte de la croix est un culte d'adoralion. Ainsi pourra-t-on adorer tout ce qui est for­ mellement une représentation de Dieu. — d) Si la signification du mot s’étend encore au point de dési­ gner toutes les marques de respects, bien que de res­ pects différents, rendus soit à Dieu ou à son Christ, soit à la Vierge et aux saints, soit aux saintes reliques et aux saintes images, alors encore et a fortiori pourrat-on dire que les catholiques adorent la croix. 2. Au point de vue historique, il faut constater qu’un langage différent a été tenu aux diverses époques et dans les divers pays, suivant le sens particulier attaché au mot adoration. — a) Aux premiers siècles, les chré­ tiens ont souvent pris le mot dans son sens le plus restreint, l’appliquant au culte spécial dû à Dieu seul. C'est pourquoi, accusés de staurolàtrie, les fidèles nie­ ront énergiquement et protesteront qu’ils n’adorent que Dieu. Cf. Minutius Félix, Octavius, c. tx. xn, et réponse, c. XXIX, P. L., t. ni col. 260 sq.; Tertullien, Apologet., xvt, P. L., t. I, col. 363 sq.; Ad nationes, 1. I, n. 12, P. L., t. I, col. 577-578. — b) A partir du 2362 Vs siècle, et principalement en Orient, la significati -, du mot adoration s’est peu à peu étendue, tandis . :■■ le sens de la λατρεία restait fixe. On disait alors ad - r les images des saints comme on disait adorer la cr x. Voir Auobation, t. I, col. 240. C'est ainsi que le con­ cile de Nicée déclare qu’il faut rendre une adorati n d’honneur à la croix et à toutes les saintes im.i. Denzinger, n. 273. Il est clair que le mot adorer r. ■ ici que la signification générique de nos mots fran­ çais : honorer, vénérer. En ce sens, le terme adoration a été employé et retenu longtemps par la plupart oes théologiens. — c) En Occident toutefois, la signification du terme ne se modifia ni si rapidement ni si généra­ lement. De son côté, le concile de Trente, tout en maintenant la doctrine fondamentale acceptée dans l'Église d’Occident comme dans l’Église d’Orient. n’a pas repris le mot d'adoration pour qualifier le culte des images. Il parle de l'honneur, de la vénération qui leur est due. Aujourd'hui, dans le langage théologique commun, l'adoration désigne le culte absolu de Dieu, et le culte relatif de toul ce qui esl sa représentation directe, comme la croix, de tout ce qui est honor·· pour lui et à cause de lui. Telle était, sur ce sujet, la mentalité de saint Am­ broise quand il écrivait : Invenit ergo titulum iHe­ lena), regem adoravit, non lignum utique : quia hic gentilis est error et vanitas impiorum ; sed adoro · it illum qui pependit in ligno, scriptus in titulo, illum, inquam, qui sicut scarabeus clamavit ut persecuto­ ribus suis peccata donaret. Orat, de obitu Theodosd, P. L., t. xvt, coi. 1401 sq. Contre l’abus fait de texte et d’autres semblables par les protestants, Bossuet élève celle protestation : « C’est ce qui fail l'explication du passage de saint Ambroise que vous alléguez, et le parfait dénoùment de tous les passages qui semblent contraires en celte matière. Ce grand docteur, en par­ lant de sainte Hélène, mère de Constantin, dit qu’ayant trouvé la vraie croix ou Jésus-Christ avoit été attaché, elle adora le roi, et non pas k bois; il a raison : per­ sonne n’adore le bois, sa figure est ce qui le rend digne de respect, non à cause de ce qu’il est, mais cause de ce qu’il rappelle à la mémoire. Le même saint Ambroise n’a pas laissé de dire ailleurs qu’on adore dans les rois la croix de Jésus-Christ, on adore donc la croix, et on ne l’adore pas, à divers égards. On l’adore, car c’est devant elle qu’on fait un acte exté­ rieur d’adoration quand on ‘t prosterne. On ne l’adore pas, car l’intention et les mouvements intérieurs, qui sont le vrai culte, vont plus loin et se terminent à Jésus-Christ même. » Lettre, etc., p 282. Saint Jérôni·· nous dit pareillement que sainti Paule, « prosternée devant la croix, l’adorait, comme si elle avait vu le Seigneur suspendu : >· pr.strataqui ante crucem, quasi pendentem Dominum cerneret, adorabat. Epist , CVlll, ad Eustochium, n. 9, P. L., t. xxti, coi. 883. Le diacre R usticiis tient le même langage : Et adora­ mus omnes crucem, Er peu IPSAM It.LUM cujus E>r crux. Disputatio contra acéphales, P. L., t lxvii, coi. 1126. Ainsi, quand, au ιν· siècle, Julien l’Apostat avait renouvelé contre les chrétiens le reproche de staurolàtrie, saint Cyrille répondait qu’en mourant sur la croix, Jésus-Christ a racheté, converti, sanctifié le monde. La croix nous en fait souvenir, ajoutait-il. Nous l’honorons donc parce qu’elle nous avertit que nous devons vivre pour celui qui est mort pour nous. Τούτων άπάντων ημάς εις άνάμνησιν τό σωτήριον άπορέρει ξύλον, άναπείΟει τε προς τούτοις έννοεϊν δτι, κχόά φησιν ό Οεσπέσιος Παύλος, είς υπέρ πάντων άπέΟανεν, ινα οί ζώντες μηκέτι έαυτοις ζώσιν, άλλα τώ ύπ’ερ αύτο’,ν άποΟανόντι κα’ι άναστάντι. Cont. Julianum, L VI, P. G., t. lxxvi. col. 797. d) A cette lumière, on peut juger la futilité d’une der­ nière objection des protestants. Que la croix soit véné- 23G3 CROIX (ADORATION DE LA) r.-ible en raison de ce qu’elle représente, des souvenirs qu’elle réveille, des pensées qu elle inspire, soit. Mais de lui adresser la parole; de lui supposer du sentiment, de l'action, de la vertu, de la puissance; de rappeler qu’elle a entendu les dernières paroles de Jésus-Christ mourant, qu'elle accomplit des prodiges, qu'elle met en fuite les démons, qu'elle est la source du salut et notre unique espérance, voilà qui est bien le langage de la plus grossière idolâtrie. — Non. en vérité, mais c’est le langage qui jaillit spontanément de l’âme chrétienne. Qui pourrait lui interdire d’user de ligures eide méta­ phores pour rendre ses sentiments les plus vifs, les plus délicats el les plus profonds, ceux que fait germer en elle le souvenir du rédempteur immolé pour son salut? Aussi bien Jésus-Christ a-t-il employé lui-même la métaphore sur ce sujet, quand il veut que le chrétien porte sa croix. Sai d Paul recourt à la même ligure, en demandant qu’on ne rende pas vaine el vide la croix de Jésus-Christ, en appelant sa prédication la parole de la croix, en sc glorifiant dans la seule croix de Jésus. I railleurs, toute la liturgie de l’Eglise est faite de ces métaphores, et, après ce que nous avons dit, personne ne s’y méprendra. Il n’y a, dans notre langage catho­ lique, ni superstition, ni idolâtrie. Mais il y a simple­ ment que, devant la croix el en la contemplant, nous adorons Jésus crucifié et nous l’interpellons. Il y a que, devant la croix et en la contemplant, nous rappelons les mérites du crucifié, et nous attendons de lui, el non de la croix, grâce el miséricorde. Rien de plus correct en doctrine et de plus digne en matière de religion. Pour les renseignements généraux, voir : 1· Adoration, t i, col. 437 sq. ; Dictionnaire de la Bible, v Croix, t. n, col. 1427 sq.; v Adoration, l. 1, col. 233 sq.; Martigny, Dictionnaire des antiquités chrétiennes, v Croix, Paris, 1877, p. 212-225; v Crucifix, p. 225-231; Goschler, Dictionnaire encyclopédique de lu théologie catholique, v Croix, Paris. 1869. t. v, p. 450471; Bergier, Dictionnaire de théologie, v· Croix, Lille, 1830, t. n. 256-262; v· Adoration, Besançon, 1841, t. i, p. 42-43; 2* les ouvrages des théologiens, qui traitent habituellement la question dans leurs traites De Verbo incarnato, ou De incar­ natione, ou même De virtute religionis; consulter particuliére­ ment : S. Thomas, Sum. theol.. Ill*, q. xxv. a. 3-6; Bellarmin, Septima controversia generalis, De Ecclesia triumphante, 1.11, <·. xxv-xxx, p. 248-274; Suarez, De incarnatione, disp. LVI, Paris. 1866, t. xvm, p. 659-663: Theologia Wirceburgensis, De incarnatione Verbi divini, diss. V, sect, m, a. 3. Paris. 1879, t. iv, p. 343-346; Franz.elin. De Verbo incarnato, thes. xlv; Petau, De incarnatione, I. XV, c. vn-xi;C Pesch, Praelectiones dogmatic#, l. iv, Appendix de cultu sanctorum, prop. LV, schul. 3. Fribourg-en-Brisgau, 1896, t. iv, p. 329-331; Bossuet, Exposition de la doctrine catholique sur les matières de controverse, v, édit. Lâchât, t. xm. p. 59-62; 3· les traités spé­ ciaux : Juste Lipse, De cruce libri très. Anvers, 1595: J. Gretser, De sancta cruce, dans Opera omnia. Ratisbonue, 1734. t l-iii; Bossuet, Lettre sur l'adoration de la croix, dans (Enures complètes, édiL Lâchât. Paris, 1875, t. xvn, p. 275-2S4. II. Quiluet. CROMER Martin, historien polonais, né à Biecz en 1512, mort le 23 mars 1589. Après avoir étudié le droit et s’être fait recevoir vers 1538 à Bologne docteur in ulroque jure, il fut secrétaire de Pierre Ganirat, évêque de Cracovie, et archevêque de Gnesen. Sigisinond Auguste le créa sénateur et lui conlia diverses missions diplomatiques. En 1579, il fut nommé évêque de Warmie par le roi Étienne lialhori. Martin Cromer composa les ouvrages suivants : l ier Dialoge liber die wahre und falsche Heligion, 1548, traduit en latin sous le titre : Monachus seu colloquiorum de reli­ gione libri I V, Cologne, 1508; Joannis Chrysoslomi ora­ tiones octo in lalinum versæ, in-8°, Mayence, 1550; Polonia, sive de origine el rebus gestis Polonorum libri triginta, Bale, 1558; Oratio in funere Sigismundi, Bâle, 1558; Orechovius, sive de conjugio el cælibalu sacerdotum commentatio ad Slanislaum Orechovium, in-8°, Cologne, 1564; Polonia, sire de situ, populis, moribus, magistralibus el republica regni Poloniæ CROYANCE 23G4 libri duo, Cologne, 1578; Phadydis poema, græce et latine, in-8’, Cracovie, 1587; Epistolæ ad regem, pro­ ceres equüesque Polonos, Cologne, 1589. La meilleure édition des œuvres historiques de Marlin Cromer fut publiée à Cologne, in-fol., 1589. Divers écrits de Cromer ont été publiés par llipler, Monumenta Cromeriana, dans Zeitschrift fur Geschichte und Allerlumskunde für Ermland, Braunsberg, 1892. t. x. p. 145-290. Hurter, Nomenclator, 3* édit-, 1907. t. m, col. 212-213. B. Heurtebize. CROYANCE. -I. Définition. II. Objet. 111.Causes. IV. Critique de sa valeur. V. Rôle providentiel. I. Dêi inition. — La grande difficulté du sujet a été augmentée par l'ambiguité du terme, dont il faut soi­ gneusement distinguer les divers sens. 1’ Sens très large. — Parfois, chez les philosophes contemporains, « croyance », « croire », se dit de toute affirmation, de tout jugement. « Nous croyons, dit Stuart Mill, toul ce à quoi nous donnons notre assen­ timent. d Examen de la philosophie de Hamilton, p.75. La philosophie du xvn’ siècle avait parfois donné l’exemple; Bossuet dit des axiomes : « De telles pro­ positions sont claires par elles-mêmes, parce que qui­ conque les considère et en a entendu les termes, ne peut leur refuser sa croyance, o Connaissance de Dieu, c. 1, n. 13. 63. Les scolastiques avaient noté une sem­ blable extension du terme. El adhuc magis extenso nomine, dit saint Thomas, omnis certitudo quæ fil per rationem /mmanam, etiamsi ad visionem inducat, dicitur /ides. In IV Seni., I. HI, dist. XXIII. II observe aussi que chez les Arabes tout jugement est appelé foi. De veritate, q. xiv, a. I. Divers passages de Platon, d'Aristote el de Ch inent d'Alexandrie, où le mol πίστις a déjà ce sens très large, sont cités par Ollé-La prune, Cer­ titude morale, c. iv, p. 216 sq. Les scolastiques ne s’ar­ rêtèrent pas à ce sens très large, et restreignant le mot fides à une catégorie de jugements, l'opposèrent à scien­ tia ; credere à scire. Les modernes font de même. Kant a opposé lesavoir(diviser adé­ si pour nous la croyance n'était qu'un acte d’amour quatement toutes les affirmations de l'intelligence hu­ présupposant l'appréhension d’un objet, si elle ne maine en trois classes, il est clair que dans celles qu’il 2307 CROYANCE 23GS appeile fides rentrent ces convictions fermes mais vo­ Le Vocabulaire n’admet pas, mais indique en note, lontaires qui ne sont point basées sur le témoignage, un dernier sens (donné par M. Blondel), qui ne nous dont nous verrons de nombieux exemples, et dont parait être qu’une variété spécialement intéressante du l’existence ne pouvait échapper au grand docteur. Le quatrième. Nous pouvons, en effet, dans la croyance cardinal de Lugo, parlant des actes rationnels qui au témoignage d’autrui, distinguer deux cas bien diffé­ doivent précéder la foi divine, et en particulier de rents. Dans le premier, la croyance est une simple celui qui, s'appuyant sur les preuves de l’apologétique, connaissance par ouï-dire, qui n’implique ni respect, affirme enfin le fait de la révélation, se demande si cet ni aflection pour le témoin; on en trouvera un exemple acte appartient par sa nature au scire ou au credere, dans ces détails géographiques ou historiques que nous et conclut pour le credere, bien qu’il y reconnaisse tenons pour certains à cause de la seule convergence une évidence immédiate d’après son système : Respon­ de témoignages nombreux, sans nous inquiéter de la deo dici potius credere, quia licet non assentiar propter valeur et de la moralité de chaque témoin; ou encore Dei testimonium..., sed immediate ex ipsis terminis..., dans la croyance que nous donnons, même à un quia tamen assenlior obscure et captivando intellec­ homme de véracité suspecte, quand il parle contre sou tum ad assentiendum sine formidine, ideo dicor cre­ intérêt, sur ce principe qu’on ne inent pas â son propre dere revelationem. « Croire » répond bien ici aux deux détriment. Dans le second cas. les qualités habituelles seuls caractères de la croyance d’après les modernes du témoin, sa grande compétence et sa parfaite probité, (voir col. 2365), une certaine obscurité dans l'objet sont reconnues tout d’abord et autorisent sa parole; on (obscure), et une influence de la volonté pour exclure fait honneur à qui l’on croit ainsi; on a pour lui du le doute de l’intelligence, captivando intellectum ad respect, sinon de l’amour. Dans cette seconde catégorie assentienduni sine formidine. De fide, disp. I, n. 129, qui met l’accent sur le témoin plutôt que sur le témoi­ t. t, p. 74. Citons enfin un théologien de nos jours, gnage, rentre la foi divine, puisqu'elle s’appuie sur les peu suspect de concessions exagérées aux modernes : perfections du divin témoin et présuppose essentielle­ « Par le fait même que les preuves laissent place à l’in­ ment un pins a/l'eclus. Voir Foi. C'est ainsi que nous fluence de la volonté, il y a une certaine participation comprenons ces mots d’un ami de M. Blondel : « Le de l’acte de croire,et c’est ainsi qu'on dit vulgairement : mot foi éveille l’idée de confiance personnelle et totale..., Je crois à l’existence de Dieu, lorsqu’on l’admet abs­ la confiance d’âme â âme; la confiance portant sur le traction fai te de toute révélation positive, et en argu­ fond de l’être, non pas d’un être quelconque, mais mentant des effets à la cause. On veut dire par là que d’une personne morale, que l’on connaît et que l’on l’évidence des preuves ne saisit pas l’intelligence au estime... Si j’ai confiance en vous, j’estime d’une part pointde rendre impossible tout doute même imprudent que vous êtes homme de sens, de jugement, de carac­ et, par suite, de rendre inutile l’intervention de la vo­ tère, et que, décidant d’agir ou d’affirmer, vous ne le lonté. » P. Billot, De virtutibus, p. 202. faites pas à la légère, que vous ne vous trompez pas... 4. On objectera que de cette manière de parler il Croyant en vous, je crois â ce que vous m’attestez; je peut résulter un danger pour le concept de la foi théo­ suis assuré que vous ne me trompez pas; j’y mettrais logale, essentiellement basée sur le témoignage divin : ma tête parce que j’y ai aussi mon cœur. » F. Mallet, si le nom même de s foi » ne réveille plus nécessaire­ Qu’est-ce que la foif Paris, 1907, p. 5, 6. ment l’idée de témoignage, l’ignorance ou le parti-pris IL Objet. — Au domaine de la croyance ainsi déter­ d'un système arrivera facilement à retrancher de la foi miné appartiennent d’innombrables vérités; signalonsdivine cette notion fondamentale. — Mais ce danger en quelques classes principales. pourra toujours être écarté, soit par des définitions I» Les vérités connues par le témoignage, soit précises de la vertu de foi, comme celle qu’a donnée le humain, soit divin: elles ne sont admises, le plus sou­ concile du Vatican, Denzinger, Enchiridion, η. 16138, vent, que par l'influence de la volonté et, comme telles, soit encore par le soin que l'on prendra, dans l’usage sont des « croyances » soit au sens scolastique, soit au philosophique et théologique de notre langue, de ne sens moderne. Ainsi en est-il de quantité de faits his­ pas donner au terme foi la même amplitude qu'au toriques, réputés certains. terme croyance. Bien qu’ils soient synonymes, le 2“ Beaucoup et des plus importantes vérités mondes second est certainement, dans l’usage, le plus vague et religieuses; leur preuve philosophique, si solide des deux; rien n’empêche de consacrer le premier à qu’elle soit, a besoin d’un appui moral, d’une bonne l’usage religieux, comme font les Anglais pour le mot disposition de l'âme : soit nature spéciale des preuves faith (foi) par opposition au terme plus général belief I employées, soit ell'et des passions que ces vérités-là (croyance), et de conserver ainsi au mot foi le sens contrarient et qui facilement suscitent contre elle des très restreint. Concluons que nous avons le droit sophismes et des doutes. « Si les hommes y avaient d'attribuer au mot croyance le 3' sens ci-dessus, et quelque intérêt, ils douteraientdes élémentsd’Euclide. » ainsi ferons-nous dans cet article. Hobbes, Système de la nature, n, 4. Déjà saint Tho­ Le Vocabulaire de la Société française de philoso­ mas disait avec Aristote : Delectationes corporales phie, à l’article Croyance, omet le premier sens men­ corrumpunt existimationem prudentis, non autem tionné col. 2365 (sans doute comme trop large et existimationem speculativam cui delectatio non con­ impropre). Il appelle le second (où « croyance » est tradatur, puta quod triangulus habet tres angulos equivalent d'« d’opinion ») le « sens faible et large ». sequales duobus redis. Sum. theol., I* Il“, q. xxxnt, Passant au troisième, il définit la croyance « un assenti­ a. 3. ment parfait en ce sens qu’il exclurait le doute, sans « C’est une suite de Ia nature des vérités morales cependant avoir le caractère intellectuel et logiquement que, la volonté élant rebelle ou insouciante, l’esprit communicable du savoir. » Il rattache cette significa- i puisse échapper à leurs prises par quelque endroit. Il tion précise du mot à l’inlluence de Kant, et la subdi­ trouve toujours des difficultés dont il profite, des obscu­ vise en deux variétés, suivant que les motifs intellec­ rités dont il tire parti, des apparences de raisons con­ tuels qui fondent la croyance « ont une valeur purement traires qu’il exploite. Il n’y a rien à en conclure ni individuelle, ou une valeur universelle. » Nous ferons contre l’existence objective de la vérité ni contre la une distinction semblable, quand nous parlerons de la légitimité des preuves destinées à l’appuyer. » Ollévaleur des croyances. Voir plus loin. Enfin notre qua­ Laprune. Certitude morale, p. 389. Ces vues ne sont trième sens (qu’il désigne par cette phrase « faire cré­ pas nouvelles; on les rencontre chez, les scolastiques. dit à un témoin ») est appelé « le sens étroit, littéral « Dans une catégorie d’objets très évidents et sans et scolastique du mot. » i rapport avec la vie morale et religieuse, comme sont CROYANCE 23G9 les mathématiques, dit Vasquez, le sentiment et la bonne disposition de la volonté ne sont pas nécessaires au succès de la démonstration. Mais dans cel ordre de doctrines où la piété est engagée, comme sont l'unité de Dieu, sa science et sa providence, bien qu’il y ait démonstration selon le mode propre à ces vérités, un pieux sentiment est nécessaire. Ces vérités, en effet, sont fort éloignées des sens, et elles ont des consé­ quences déplaisantes pour nos inclinations sensibles et nos passions; d’où il arrive que plusieurs, étant mal disposés, quand vous leur proposez les preuves, ne donnent pas leur assentiment. Ici donc, les bons senti­ ments ont un grand rôle : non pas dans ce sens, qu'étant donné la perception de l’accord entre le sujet et l'attribut de la proposition, il taille une intervention de la volonté pour ajouter l’assentiment : car dans cette perception l’assentiment se trouve déjà; mais le rôle du sentiment ou de la volonté est de faire intérieure­ ment saisir et former cette proposition a une manière qui fasse apparaître l'accord de ces termes. » In q. t, disp. 1, a. 1, p. II. Voir aussi Lugo cité col. 2367. 3" Même en dehors de l'ordre moral et religieux, il est des vérités de sens commun, qui bien qu'admises généralement avec certitude, n’ont qu'une évidence confuse, et laisseront toujours ait philosophe une lumière plus distincte à désirer : aussi faudra-t-il par­ fois contre le doute un effort de la volonté, en présence de subtiles objections dont la pleine et directe solution nous échappe. Telle est la vérité objective du monde extérieur, toujours certaine et toujours attaquée par le subjectivisme; telle est la certitude qu’en jetant les dés on n'amènera pas mille fois de suite ie même nombre, qu’un chef-d'œuvre de la sculpture n’est pas l’effet du hasard, etc. 4» L’exactitude de notre souvenir, au moins quant â la substance des faits, souvent nous la tenons ferme­ ment, malgré l'impossibilité de la démontrer, malgré les détails dont nous ne sommes pas si sûrs, malgré les objections qui nous traversent l’esprit, et que la volonté aide à négliger; nous en croyons notre mémoire. 5“ La prévision de l’avenir en vertu d’une loi obtenue par l’induction. L'induction incomplète qui nous four­ nit les lois de la nature, el qui soutient toutes les sciences physiqueset naturelles,est difficile à analyser, son principe même est exposé à des objections subtiles. De plus, le nombre des expériences faites est-il suffi­ sant à établir telle loi avec certitude? On ne peut le constater mathématiquement, mais seulement par une appréciation confuse et morale. Enfin 1'applicalion de cette loi à la prévision de l’avenir pour un cas particu­ lier reste subordonnée â des exceptions qui ne sont pas absolument impossibles, par exemple le miracle. Voilà des raisons dont une seule suffirait à introduire h doute, et pourtant le doute disparaîtra ordinaire­ ment, souvent sous l’inlluence de la volonté. Les pré­ visions certaines fondées sur l’induction remplissent notre vie. A chaque instant voyant un objet nous croyons que notre main le rencontrera telle distance, que la parlie de l'objet que nous ne voyons pas est faite de telle façon, etc. Et la vérilication vient ensuite confirmer la croyance. Cet usage de la croyance est d'autant plus fréquent et plus nécessaire, que l'objet propre du sens de la vue est plus restreint. C'est dans les souvenirs et les prévisions qu’après James Mill une école moderne considère la croyance. Payot, De la croyance, p. 15. Mais ce point de vue est trop exclusif. Trois remarques nous dispenseront de pousser plus loin notre énumération. — 1» Comme une vérité peut se séparer de sa parfaite démonstration, et n'étre admise que sur un témoignage des savants, ou sur une preuve tant soit peu confuse, ce qui est objet de science pour l’un peut devenir objet de croyance pour l’autre. nier, de tuéol. cathol. ! i ( j ' 1 2370 S. Thomas, Sum. theol., 11“ II”, q. i, a. 5; q. Il, a. 4. Combien croient savoir par exemple que la terre tourne, et n'en ont qu'une preuve trop imparfaite pour que ce soit chez, eux de la science, quoiqu'ils n'en doutent nullement? Aussi, pour savoir exactement s'il y a science ou croyance dans un cas donné, il faut re­ garder plutôt l'acte du sujet, dans l'ensemble concret de ses motifs et de ses causes, que la vérité en soi avec la démonstration maximum que la raison humaine pourrait en obtenir. — 2° Plus on a. de nos jours, ana­ lysé dans chaque science les bases premières ou elle s'appuie, plus on y a découvert ce que l’on a appelé des croyances; ce sont des principes philosophiques d’une analyse difficile (par exemple le principe de causalité), dont bien des modernes, tout en les tenant fermes par une certitude implicite sans s’en apercevoir, ne se font pas faute de douter explicitement quant à leur valeur objective, ce qui peut donner lieu à une inter­ vention de la volonté, et à une sorte de croyance. Voir le P. delà Barre, Certitudes scientifiques, Paris, 1897, p. 24 sq. — 3° Plus on a fait la critique de la connais­ sance humaine, plus s’est manifestée notre immense et triste faculté de douter : mécontent de ne pouvoir tout démontrer ni tout analyser à sa guise, réclamant plus de lumière, l’homme se prend à douter des prin­ cipes les plus fondamentaux, doute obsédant que la volonté doit arrêter, sous peine de laisser l'intelligence tomber dans un scepticisme qui serait l'anéantissement de la raison. Voircol. 2384 sq. — Observons ici, à propos du doute, que ce mot a deux sens différents, opposés du reste tous les deux â cette conviction ferme, élément de la croyance. « Doute » signifie : t. un état négatif de l'esprit, qui de peur de se tromper n’ose rien affirmer sur une question, et reste en équilibre entre les deux assertions opposées; 2. une crainte de se tromper qui, se mêlant à l’affirmation, la tempère et l’affaiblit. Dans ce 2e cas, l’intelligence est sortie de l'état négatif, elle a rompu l’équilibre en faveur d’une des deux thèses opposées : mais en penchant d’un côté, elle reconnaît, par un jugement secondaire, le risque qu’elle court : cet acte complexe est l'opinion. Saint Thomas a très bien distingué ces deux états d’esprit. De veritate, q. xiv. a. 1. Comment expliquer plus profondément encore ce « doute » au second sens, cet élément qui caractérise l'opinion, et que la croyance rejette? Plu­ sieurs scolastiques en ont tenté l’analyse psychologique, l’ont discutée entre eux et poussée assez loin. Voir cette discussion dans Haunold, Theologia, p. 376 sq.; De Benedictis, Logica, t. i, p. 513 sq. 111. Causes. — Question psychologique des plus inté­ ressantes et des plus complexes. Nous la traiterons en purs psychologues, sans nous inquiéter encore de la valeur ou de la non-valeur des diverses croyances. « Ainsi considérées, elles ne sont que des produits for­ més dans des conditions naturelles, comparables à la flore età la faune des continents et des mers. » Balfour, Bases de la croyance, p. 148. De cette formation nous distinguerons des causes nombreuses, dont quelquesunes n’interviennent pas toujours. Nous omettrons la cause surnaturelle, la grâce, dont l'étude appartient à d'autres articles. Voir, Eot, Grâce. 1° L'habitude et l’association des idées. — C’est une loi générale de nos actes, qu’étant souvent répétés, ils créent en nous une facilité à les reproduire, une force qu’on nomme habitude. Pourquoi nos jugements échapperaient-ils à cette loi commune de nos opéra­ tions? D’ailleurs, l'expérience est là : on ébranle plus difficilement une conviction enracinée par une longue habitude, ce qui prouve que la certitude ou fermeté d’adhésion a grandi en intensité. Parfois même Thaï ·.tude transformera peu à peu, sans nouvelles preuves, une forte opinion en certitude. Mais il ne faudrait pas se borner à cette première III. — 75 2371 CROYANCE cause, avec James Mill et les autres qui ont tente une explication complète de la croyance (et même de toute connaissance humaine) par Vassociation des idées. L’enfant a vu la couleur de l'orange, il en a palpé le relief et la forme, il en a senti la molle résistance, le parfum. La répétition de ces expériences simultanées a produit entre leurs données diverses une association qui n’est qu’une variété de l'habitude : qu'une de ces données se présente maintenant à lui, par exemple la couleur de l’orange vue à distance, toutes les autres s’éveilleront par un mécanisme automatique. Et voilà, d'après eux, toute la croyance, même la croyance aux vérités morales. L’éducation a par exemple associé chez l’enfant l'idée du vol et l'idée du mal, de socle que la première amènera infailliblement la seconde ; de valeur objective, il y en aura bien peu comme on voit, la croyance provenant uniquement de coïncidences fac­ tices. — Mais cette psychologie est superficielle, comme le remarque le P. Maher, Psychology, p. 312. On con­ fond ici l’assentiment de l’esprit, en quoi consiste la croyance, avec un mécanisme aveugle, qui n’est pas cet assentiment, et qui ne peut suffire à le produire. Cf. Ribot, Logique des sentiments, p. 1. Ce mécanisme peut même persister lorsque la croyance ne subsiste plus. Ainsi, les apparences nous ont fait associer avec l’idée de la terre l’idée d’immobilité : plus tard la croyance à l’immobilité de la terre disparait, mais l'association reste, l'idée d’immobilité est irrésistible­ ment suggérée, et nous ne pouvons nous défaire de l'impression de la fixité de la terre, bien que nous opposions à cette aveugle impression une croyance nouvelle, un jugement plus éclairé. Enfin, dans ce sys­ tème, toute croyance ne devrait se produire qu’à la longue, par l’effet de la répétition des actes, ce qui est contraire aux faits : on voit l’enfant croire dès qu'on lui présente pour la première fois des objets de croyance; il faut donc admettre, antérieurement à l’ha­ bitude. un penchant inné, d’autant plus fort dans l’en­ fant qu'il n'a pas encore été contrecarré par l'expérience des erreurs reconnues après coup, et des certitudes démolies; penchant qui est une cause première et plus fondamentale de la croyance. 2° Le penchant naturel à la certitude, que nous venons d'étre amenés à considérer. Voir Certitude, t. n, col. 2155-2156. — Cette impulsion naturelle à croire fer­ mement se constate non seulement chez les enfants et les ignorants, mais encore chez les gens instruits. « Quelle peine n’avons-nous pas, la plupart du temps, à ne point généraliser hâtivement! Et quelle contrainte que de suspendre son affirmation jusqu'après une en­ quête complète! Cette impulsivité à croire prend les noms de précipitation et de prévention, et Descartes y voyait avec raison la cause essentielle de nos erreurs. » Payot, De la croyance, p. 143. Abus d'une tendance bonne en elle-même, la tendance de notre intelligence vers la vérité, et vers la certitude qui s'y repose. 3» Les motifs intellectuels. — Sont-ils toujours né­ cessaires à la croyance? On dirait que non, à lire dans des auteurs modernes « l'identité fondamentale de la croyance et de la volonté. » Payot, p. 139. L'expression doit trahir leur pensée : la volonté est une des causes de la croyance, mais ne peut s’identifier avec elle, soit parce que croire, c’est reconnaître quelque chose comme vrai, ce qui appartient directement au con­ naître et non au vouloir, soit parce que la volonté ne peut être cause unique de cette connaissance, mais requiert un motif intellectuel pour la baser. Quand M. Payot dit, p. 187 : « Très souvent la croyance n’a pas de raisons intellectuelles, » on voit qu’il entend parler de raisons bien conscientes et bien explicites. Le docteur Bain avait d’abord défini assez obscurément la croyance « un développement de la volonté à la poursuite de lins immédiates. » Mental Science, 1. IV, 2372 c. vin, de la lri édition. Arrivé après mûre réflexion à une conception plus vraie et plus intellectualiste de la croyance, il la définit « un accident de notre nature intellectuelle, quoique dépendant, quant à sa force, de nos tendances actives et émotionnelles. » Loc. cit., 3· édit. Cf. Emotions and will, 3e édit., p. 536. Pascal lui-mème admet que la volonté « ne forme pas la créance », mais seulement fait regarder ce qu’elle aime, et « détourne l'esprit de considérer » ce qu’elle n'aime pas. Pensées, t. il, p. 25. Déjà du temps des scolastiques. Cajetan avait ima­ giné, contre le sentiment commun, que la volonté pouvait forcer l'intelligence à tenir une proposition « neutre », c'est-à-dire qui n'a pour elle ni contre elle aucun motif intellectuel, comme serait celle-ci : « Les astres sont en nombre pair. » In I*m IP, q. lxv, a. 4, p. 321. Mais l’expérience nous montre assez que faute d’une ombre de raison pour affirmer le pair plutôt que l’impair, l'affirmation, malgré tous les efforts de la volonté, reste pour nous, je ne dis pas seulement im­ prudente, illégitime, mais matériellement impossible. Les mots peuvent être prononcés, l'intelligence n’aflirme pas. Cf. Banez, In Iltm II*, q. i, a. 4, p. 24. Aristote l’avait déjà remarqué : « L’imagination ne dépend que de nous et de notre volonté, et l’on peut s’en mettre l’objet devant les yeux... Mais avoir une opinion » là plus forte raison une croyance) « ne dépend pas de nous. » Traité de l'âme, 1. Ill, c. ni. traduction de Barthélemy Saint-Hilaire, p. 279. 11 veut dire qu’il y a dans l’imagination créatrice une liberté qui n’est pas ailleurs : elle n’a besoin d’aucun motif objectif, d’au­ cune raison intellectuelle pour appuyer ses construc­ tions capricieuses et ses rêves, précisément parce que ce ne sont que des rêves. L’opinion et la croyance, qui prétendent atteindre la réalité, ont besoin d’une raison au moins apparente, que nous ne pouvons pas trouver à volonté, au moins du premier coup. C’est cette pensée d’Aristote que Pic de la Mirandole avait appliquée à la foi théologique, et reproduite dans ses 900 thèses De omni re scibili. La thèse, peut-être à cause de son ambiguité, fut censurée avec quelques autres par les consulteurs dont Innocent VIII avait demandé l’avis, et le recueil entier fut mis à l’index. Observons toutefois que la note erronea et hæresim sapiens, attribuée à cette proposition par Denzinger, Enchiridion, n. 620, n’a d’autre autorité que celle de ces consulteurs, et n’est pas un jugement de l’Église; que Pic obtint ensuite du saint-siège des documents plus favorables; et que dans son Apologia quæstionum, livre qui re fut point prohibé comme l’autre, il donne une explication très ample et très satisfaisante d’une thèse que sa briè­ veté avait rendue obscure, et pour la défendre invoque, avec l’expérience et le raisonnement, l’autorité de l’uni­ versité de Paris et celle de tous les docteurs. Une conséquence, c’est que le pouvoir de douter s’étend beaucoup plus loin que celui d’aflirmer avec certitude, ou aussi de nier avec certitude. L’homme arrive malheureusement à douter de l’existence de Dieu et de la vie future : mais d’après Kant lui-même, il ne peut arriver à les nier absolument, faute de motif intellectuel pour cetle croyance négative; il ne peut se donner à lui-même « la certitude qu’il n’y a pas de Dieu et pas de vie future »; et la probabilité suffisant pour la crainte, il ne peut, s'il y réfléchit, « s’empêcher de craindre un Être divin et un avenir. » Critique de la raison pure, trad, franç., p. 640. 4° L'ignorance des difficultés. — Si la raison humaine était un instrument aussi parfait que se le sont figuré les rationalistes, elle ne jugerait jamais qu'en pleine connaissance de cause, et l’état de certitude se rencon­ trerait rarement chez les ignorants. Mais on a souvent observé le contraire. « Chez les ignorants... les croyances sont provoquées par une vue incomplète des choses, et 2373 CROYANCE 2374 rien n’égale la rapidité avec laquelle ils croient, sinon réalisateur. On retrouve ici la psychologie profonde la rigidité de ces croyances si vite formées. » Payot, De des procédés classiques de la mystique chr.'tienr. la croyance, p. 143. Dans toute question il y a le pour de ses exercices, tant individuels que collectifs. Lun et le contre, les raisons d’aflirmer et ce qu’on peut peut envisager les méthodes manrézienne, sulpicivnne leur objecter. L'ignorant, le simple, n’entend très sou­ ou autres, de méditation et d’oraison, comme des mé­ vent qu’une cloche, et il se rend à son appel; et pour­ thodes de « réalisation » détaillée de dogmes généraux. quoi? Parce que rien ne le sollicite en sens contraire. Et cela met en vive lumière tout le mécanisme et toute C’est l’explication que donnait un théologien du concile la finalité des « préludes r, des « applications .1. s de Trente : « Nous pouvons adhérer avec certitude non sens » et des « affections et résolutions ». M. Baudin. seulement quand, après contrôle, nous voyons que nous La philosophie de la foi chez Newman, dans la Re ne ne pouvons pas nous tromper, mais aussi quand une de philosophie, 1er juillet 1906, p. 39; l"r septembre, apparence de vérité nous saisit sans que le moindre p. 263. Cf. .1. de Tonquédec, Eludes, 20 mai 1907, p. 436. Newman a-t-il voulu dire davantage par cette motif de doute se présente à notre esprit. » Véga. De « réalisation »? A-t-il cru, comme le pense M. Baudin, justificatione, I. IX, c. χι,νιι, p. 221. Voyez, disent d’autres théologiens, une balance en équilibre. 11 y a à une faculté distincte de la raison, â une faculté d’indeux moyens d’obtenir qu’un des côtés l’emporte abso­ tuilion qui serait la croyance, et qui, par une expé­ lument. On peut y ajouter un nouveau poids; on peut rience directe, atteindrait le réel, surtout dans l’ordre aussi laisser ce plateau comme il est, et enlever à des vérités religieuses? Avant et après lui, certains protestants ont admis une faculté semblable, sans né­ l’autre la charge compensatrice; dans les deux cas le résultat sera le même. Ainsi, sur une question où cessité et sans preuve. La foi, dit Morell dans sa Phi­ d’après les meilleurs esprits le pour et le contre se losophie de la religion, est « l’intuition des vérités balancent plus ou moins, deux moyens de valeur iné­ éternelles. · C’est « un organe spécial pour l’éternel et gale peuvent également produire dans un cas particu­ le divin », dit Eschenmayer, Die einf'achste Dogmatik, lier la lixité de la certitude : voir mieux le pour, en Tubingue, 1826, p. 376. D’autres encore admettent pour découvrant de nouvelles preuves qui soient décisives; la foi un sens spécial (Gefiïhl). Cf. Wilmers, De fide, ou simplement, ne pas voir le contre; le pour prend p. 123. Mais nous Dépensons pas que le grand cardinal alors une sorte d’évidence apparente et d’origine par­ doive nécessairement être ainsi interprété. « Tout ce tiellement négative, qui imite les résultats de l’évidence que Newman voulait dire, c’est que le réel affecte l’âtne réelle et positive. Gormaz, De virtutibus theologicis, plus vivement, d’une manière plus dramatique que le disp. X, sect, tv; Mayr, Theologia, t. 1, tr. Vil, p. 130. notionnel. Il ne croit pas avoir rien inventé, une faculté 5» L’imagination et l’action. — Le raisonnement inconnue moins qu’autre chose : il est seulement per­ purement abstrait fait peu d’impression sur la plupart suadé que l’abstraction est moins vivante que le con­ des esprits. « Ces démonstrations, dit Pascal, ne frap­ cret. » M. E. Dimnet, Newman el l'intellectualisme, pent que pendant l'instant qu’on les saisit; une heure dans les Annales de philosophie chrétienne, juin 1907. après, elles sont oubliées. » A la raison froide et terne, Autre manière de rendre une vérité concrète, et par l’homme préfère naturellement la raison colorée el là d’en augmenter la croyance : c’est de la vivre, de la échauffée par l’imagination, comme toutes les littéra­ faire descendre dans la pratique de la vie quotidien n-. tures en font foi. Cela porte mieux la conviction dans L’action extérieure ne crée pas la vérité comme le vou­ son Ame; tellement qu'une image, un trait brillant, drait le pragmatisme, mais elle lui donne de la net­ donne parfois le coup décisif à l’esprit ébranlé par les teté, comme l’écriture précise et soutient la pen- · . preuves, et que l’on a dû se garantir par l’adage : Quand on voit toutes choses à la lumière d’une grande « Comparaison n’est pas raison. » Mais pourvu que vérité, quand on prend soin d’y conformer ses actes, l’imagination ne supplante pas la preuve rationnelle, quand surtout on arrive à se sacrifier parce qu’on en notre nature elle-même ne demande-t-elle pas qu’elle est convaincu, elle s’allermit en nous par la sincérité et se mette au service de la vérité? C’est en ce sens que la richesse de ses applications. Alors nous la « réali­ Newman fait appel à l’imagination dans la croyance : sons » plus pleinement encore. Évitons seulement de « Je parle, dit il, de l’effet naturel et légitime des actes prétendre qu’une conviction abstraite, ou peu efficace de l’imagination sur nous, lequel n’est pas de créer sur la vie, n'est nullement réelle; qu’un homme dans l’assentiment, mais de le rendre plus intense, » not to ces conditions n’a pas la foi, n’est pas chrétien. Ce create assent but to intensify it. Grammar of assent, serait une dangereuse exagération, qui nous achemi­ c. tv, § 2, p. 82. Il en donne cet exemple entre autres : nerait vers cette erreur protestante, que la foi sans les l’injustice de la traite des noirs était depuis longtemps œuvres n’est pas une vraie foi, qu’avoir la foi sans la admise en théorie; mais comme tant de vérités ab­ charité n’est pas être chrétien. Voir le concile de straites, elle planait dans les nuages, sans force, sans Trente, sess. VI, can. 28, Denzinger, n. 720, Ce serait action siiffisante; pour la faire entrer dans les âmes, confondre l’état parfait de la foi, de la croyance, avec il a fallu organiser une campagne de presse, s’emparer l’essentiel rigoureusement requis pour qu’il y ait foi, de l’imagination du public par des tableaux, des récits. croyance. Newman n’avertit pas assez son lecteur de Op. cit., p. 77. De même le simple catéchisme nesuffit cette confusion à éviter, et nous la retrouvons chez des pas â enraciner les croyances religieuses; sans parler catholiques qui se réclament de lui. De ce que la vie de l’action de la grâce, elles s’affermiront naturelle­ mauvaise peut conduire à perdre la foi. n’en concluons ment par les cérémonies et les cantiques, par les pas que cette destruction des salutaires croyances se tableaux et les images, par les récits de la vie du Christ fasse toujours, et du premier coup, ,et qu’on ne croie et des saints. La religion catholique en a toujours eu plus à l’Évangile, du moment qu’on a quelque int· lét le sens profond ; elle a toujours concrète les abstrac­ à ce que (’Évangile ne soit pas vrai. « La foi qui n igit tions dans les faits, personnifié les vertus dans les point » est inconséquente, privée de la perfection ·.. saints qui les ont magnifiquement pratiquées, encou­ rieure à laquelle elle est ordonnée, exposée a p i r. ragé les arts qui parlent à l’imagination populaire. d’ailleurs insuffisante dans l’ordre moral. Mai- . A ce propos, qu'est-ce que « réaliser » une vérité, l’ordre intellectuel elle peut être « sincère »,et al’.·.. dans le style de Newman? C’est « faire passer une le vrai. Même pour le bien, elle n’est pas inutile idée de l’intelligence, où elle est abstraite, dans Lima- > dation de l’édifice qui reste inachevé, elle est un. re­ gination où elle se fait concrète, prend un corps et des serve pour l’avenir et peut servir plus tard. muscles, et nous apparaît désormais individualisée, Ajoutons à propos de l’imagination, que si nous ,3■ de M. W. James, pour « l'humanisme » de M. Schiller; chez, eux c'est la croyance qui crée la vérité! Nous n’avons pas dans cet article à réfuter de tels systèmes, qui Redonnent pas de la croyance elle-même une théorie spéciale, ni à défendre contre eux l’objectivité de la connaissance : nous la supposons comme un point fondamental, et en conséquence, nous ne nous recon­ naissons pas le droit d’esquiver le difficile problème. Il nous faut donc passer de la psychologie à la critique, et abordant sous un nouveau point de vue l'influence des diverses causes el surtout de la volonté, séparer tout d'abord les influences abusives et celles qui ne le sont pas. 1’ Croyances illégitimes, ou mal formées. — 1. Les unes viennent des passions déréglées, qui tendent à pervertir le jugement moral. N’insistons pas sur un sujet bien connu; qu’il suffise de citer saint Thomas : Secundum quod homo est in passione aliqua, videtur sibi aliquid conveniens quod non videtur ei extra passionem existenti. Sum. theol-, I» II*, q. ix. a. 2. II compare la perversion des jugements par les passions à ces fausses appréciations du goût, qui proviennent de l'altération de l’organe; dispositionem linguas sequitur judicium gustus. I’ II», q. l.xxvil.a. I > ; r la répétition des actes la passion se change en vie. si la volonté ne réagit pas, ce qui n'était d’abord qu'un jugement hésitant peut se transformer en jugement ferme, en croyance illégitime dont la volonté sera re- : nsable, l’ayant librement laissé se former. 2. D’autres croyances illégitimes sont plus directes nt et plus positivement le fait de la volonté libre. > :i physiquement impossible pour elle de produire la 2379 CROYANCE croyance sans aucun motif intellectuel, voir col. 2377, il ne l’est pas d'échafauder sur un motif peu sérieux une certitude subjective, en faisant glisser l'esprit de l’opinion hésitante à la ferme croyance, c'est-à-dire en supprimant le doute sérieux el prudent qui se mêlait à l’opinion. L’expérience prouve jusqu’où peut aller l'opiniâtreté dans un système, et comment l’on peut proclamer très certaines des théories qui ne le sont que pour leur auteur. « Certitudes en paroles, dira-ton : affirmation des lèvres, et non pas de l’esprit. >> Au début, oui, l’esprit avait phis ou moins conscience d’af­ firmer Irop fortement, la volonté cherchait à s'encoura­ ger et à s’étourdir du bruit des paroles, Mais en s'obsti­ nant elle finit par avoir raison du scrupule intérieur, du malaise primitif; l’esprit finit par'affirmer avec sérénité, il ne distingue plus cette certitude factice des certitudes les mieux fondées. « La certitude d'adhésion, dit saint Thomas, appartient non seulement à la croyance vraie, mais encore à la croyance fausse; car la croyance, comme l'opinion, se divise en vraie et en fausse; et l’on adhère avec la même fermeté à l'erreur qtt a la vérité. » Quodlib., VI, a. 0. Ainsi le fait est matériellement possible. Est-il légi­ time? Non. Si la volonté a le pouvoir de régir et de mouvoir toutes les facultés humaines et même l’intelli­ gence, comme un père de famille gouverne tous les membres de la société domestique, elle a aussi le devoir de « se conduire en bon père de famille », de ne pas léser les facultés, de ne pas les employer contre leur propre nature. Or, la nature de l’intelligence est d’affirmer comme certain ce qui parait certain, mais aussi comme probable ce qui ne parait que probable. « C’est une partie de bien juger que de douter quand il faut, dit Bossuet. Celui qui juge certain ce qui est certain, et douteux ce qui est douteux, est un bon juge.» Connaissance de Dieu, c. I, n. 16, p. 68. La volonté n'a donc pas le droit d'arracher l’intelligence à un doute sérieux et prudent, pour la précipiter dans l’affirmation absolue. Lui donner ce droit, ce serait justifier tous les fanatismes, toutes les illusions, toutes les folies. Il est vrai, quelques penseurs contemporains ne craignent pas ces redoutables conséquences. M. Payot, ne trouvant à la morale aucun fondement certain, parce qu’il faut pour la fonder, d’après lui, pénétrer dans « l'inconnais­ sable », croit toulefois sortir de la « crise morale » par la volonté qui feradq certain avec de l’incertain, qui sur la base branlante d’une « hypothèse métaphysique » de son choix, bâtira le ferme édifice de la croyance, et décrétera qu'il n'y a plus à douter : sic volo, sic jubeo, stat pro ratione voluntas. « La moralité, dit-il, est une affaire de choix intelligent entre les hypothèses métaphysiques concernant la signification de la vie humaine, mais le choix fait, nous avons le pouvoir de le transformer en une croyance d'une énergie incoercible. » Préface, p. xn. Par tout ce qui précède on voit combien fausse est la thèse qui, au nom d’un intellectualisme exagéré niant I’inlluence de la volonté sur nos jugements, proclame que personne n’est responsable de ses étals d'esprit, conviction, doute, etc. : pas plus qu’un miroir n'est responsable de refléter ce qui se présente â lui. C’est la thèse, par exemple, de Samuel Bailey dans ses Essays on the formation and publication of opinions. Il est vrai, dans les questions difficiles et complexes, bien des hommes sont parfaitement excusables de douter de la vérité, parce que n'ayant pas tous les éléments nécessaires, sans qu’il y ail de leur faute, ils sont dans l’impossibilité de croire, ou bien parce qu'ils subissent à leur insu l’influence de sentiments ou de préjugés dont ils ne sont pas responsables; tous les théologiens admettent qu'il y a des incroyants auxquels la foi n’est pas suffisamment présentée pour qu'ils soient tenus de croire, qu’il y a des hérétiques de bonne foi. des erreurs invincibles et excusables, même contre la foi naturelle; 2380 que la théorie, qui fait de toute erreur un poché, est extrême el fausse. Mais c'est tomber dans l’autre extrême, et contredire également la révélation et la raison, que de considérer généralement les convictions et les doutes comme des fatalités de l’esprit, dont notre personne morale ne serait jamais responsable. Elle l’est souvent : soit qu’elle se montre actuellement infidèle à sa conscience qui l’avertit, soit que le mal remonte plus haut et que la responsabilité apparaisse plus indirecte et plus éloignée. 2° Croyances légitimes dont le motif intellectuel n’a qu’une suffisance relative. — Prenons comme exemple les croyances que nous voyons l’enfant retirer de son éducation. Ce ne sont pas des assertions chancelantes, des opinions; ce sont bien des convictions très fermes, des croyances. Quelques vérités, d'une démonstration courte et facile, sont retenues par l’enfant avec leur démonstration même : alors la certitude vulgaire qu’il en a ne diffère pas essentiellement de la certitude scientifique, bien qu’elle manque de formules précises, d'analyse et de réflexion. Mais la plupart des convictions de l'enfant ne s'appuient que sur des motifs intellectuels qu’un esprit plus développé jugerait insuffisants pour lui-rnême, par exemple, celui-ci. perçu à l’état confus et implicite : « Mes parents me disent la vérité. » Ce motif, qui ne suffirait pas à tout le monde, a pour lui une suffisance relative, grâce â la coopération de certaines causes que nous avons étudiées, voir col. 2372 sq., l’ignorance des difficultés, l’imagination et l’action, le sentiment, l’influence d’autrui, l’habitude. Ces circons­ tances subjectives suppléent â ce qui manque au motif objectif pour produire la fermeté d'adhésion. Mais par le fait même au'elles sont subjectives et n’ont pas dans le détail un lien nécessaire avec la vérité, elles ne garan­ tissent pas chacune des croyances qu’elles contribuent à former, si vraies soient-elles par ailleurs; elles per­ mettent même à l'ivraie de croître au milieu du bon grain. Et cependant cette ferme adhésion de l’enfant est légitime, et suffisamment justifiée; car non seulement elle est conforme au naturel développement de l’esprit, mais elle est la base nécessaire de l’éducation intellec­ tuelle et morale. Veut-on que, sous prétexte de suppri­ mer toute chance d’erreur, les enfants se mettent à douter des plus graves assertions de leurs parents et de leurs maîtres, remplacent la croyance par l’opinion, fassent de la critique, exigent des documents? Qu’arrivera-t-il? Ils entreprendront desenquètes impossibles à leur âge, ils n’aboutiront qu’à se rendre ridicules, ils manqueront des bases nécessaires de toute science, des vérités indispensables à la vie, ils rendront impossible l’éducation de leur esprit et de leur cœur, ils tomberont dans un scepticisme précoce, qui les rejettera dans l’animalité et qui sera bien autrement difficile à guérir que la trop naïve crédulité de l’enfance. Cf. Balfour, op. vit., p. 155, 171. El ce qui est vrai pour les enfants l’est aussi pour la grande multitude des esprits que les conditions de la vie condamnent à ne pas monter, intellectuellement, beaucoup plus haut, surtout dans les peuples peu ou point civilisés. Voilà ce qu'auraient dû méditer ces rationalistes el ces critiques, grands dévots de la « vérité à tout prix », toujours préoccupés du but négatif d’arracher à quelque prix que ce soit tout préjugé et toute erreur, même inoffensive, et pas assez soucieux du but positif de donner à tous les esprits la formation la plus nécessaire et la santé fonda­ mentale. Ils ressemblent â ces scrupuleux de l'hygiène, qui passent leur vie à fuir toutes les maladies, qui absorbent leurs forces dans les soins les plus minutieux, et nuisentà leursantê enypensant toujours. « De même, observe Ward, si tous les hommes étaient ainsi occupés à élaguer ce qu’il y a de trop dans leur adhésion intel­ lectuelle, el à renverser les certitudes dont ils ne peuvent 2381 CROYANCE pas suffisamment rendre compte, ils diminueraient misérablement leurs énergies pour une plus importante action. » Dublin Review, avril 1871, p. 258. Mais alors vous fondez la vie intellectuelle sur l’er­ reur? — Non; quand l’enfant part de ce principe: « Mes parents me disent la vérité, » cette base de son éducation n’est pas une erreur, c'est une de ces propositions ordinairement vraies, vraies sauf excep­ tion, que nous appelons des « lois morales » comme celle-ci : « Les mères aiment leurs enfants. » Les ex­ ceptions, l’enfant ne les discernera pas, et il sera par­ fois trompé en tirant de son principe une application particulière, sans réfléchir que ce principe comporte des exceptions et n'est pas applicable toujours. Mais enfin, étant donné l’amour naturel des parents pour leurs enfants, et le soin qu’ils ont de bien les instruire et de leur transmettre les vérités de sens commun, patrimoine du genre humain, le principe reste généra­ lement vrai, et seul propre à fournir à l'enfant les vérités dont il a besoin. Vous contestez donc à la raison ses droits, et comme l’école traditionnaliste vous cherchez en dehors d’elle un critérium du vrai? — Non; si nous admettons d’autres causes légitimes, dans la formation des croyances, « ce n'est pas parce que, dans un accès de désespoir intellectuel, nous aurons été poussés à re­ garder la raison comme une illusion, ou que de propos délibéré nous aurons résolu de nous soumettre désor­ mais au courant irrationnel ou non-rationnel, mais bien parce que la raison elle-même nous assure qu’à tout prendre celte voie est encore la moins irrationnelle de celles qui s’ouvrent devant nous. » Balfour, op. cil., p. 186. Ainsi la raison philosophique elle-même ap­ prouve, d'une manière générale et indirecte, des croyances dont elle n’a pas l'initiative ni la principale direction : à peu près comme un supérieur approuve tacitement des coutumes qui se forment en dehors de son action. Mais, en élargissant ainsi la suffisance des motifs intellectuels, en la faisant relative aux individus, vous méconnaissez le caractère absolu de la vérité et de la vraie certitude ! — Cette objection vaudrait, si nous mettions sur la même ligne les motifs intellectuels que nous déclarons suffisants seulement pour l’esprit peu développé, et ceux qui suffisent d'une manière absolue, en d'autres termes, ceux qui ont une valeur purement individuelle, et ceux qui ont une valeur universelle. Or il n’en est rien : aux seconds seulement nous reconnaissons la vérité liée d’une manière in­ faillible, et pour tous les cas; avec les premiers il y a chance d'erreur, il n’y a pas certitude infaillible et proprement dite, mais certitude par analogie, certitude » relative » ou « respective », comme l’entendent de nombreux théologiens en traitant de cette crédibilité qui chez les enfants et les simples précède la foi divine. Voir Crédibilité. Des deux éléments de toute certi­ tude, fermeté dans la conviction, perfection des motifs liés infailliblement au vrai, cette certitude relative ne possède que le premier. Ellese distingue pourtant de la croyance illégitime, par le fait que l’esprit de l'enfant n’est pas averti de l’imperfection de ses motifs, et qu’il agit avec prudence, la prudence étant essentiellement relative aux circonstances et n'exigeant pas du sujet plus qu’il ne peut connaître. Par ailleurs, cette certitude relative, en tant qu’elle exclut le doute, tranche nettement sur la simple opi­ nion, sur le jugement probable. A vrai dire, en se plaçant au point de vue tout extérieur d'un observa­ teur parfaitement éclairé, les motifs intellectuels de cet enfant pourraient prendre le nom de « probabilités », parce que leur effet sur l’esprit de cet observateur ne pourrait s'élever au-dessus d'un jugement probable; mais pour le sujet lui-même en qui réside cette certi­ 2382 tude relative, rien n’apparaît alors comme purement probable; pas d’opinion chancelante, mais fermeté d’adhésion. On voit dans quel cas et dans quel sens on pourrait expliquer bénignement Newman, quand il dit que la foi, même la foi divine, est fondée sur des « probabilités ». Mais celte assertion, qui sonne mal. est faussée dans sa généralité. Voir le décret Lamen­ tabili, prop. 25·. Comment une croyance formée dans l’enfance peut ensuite, par l’apport d’éléments nouveaux et de preuves meilleures, monter d’une certitude relative à une cer­ titude infaillible et absolue; comment un esprit déve­ loppé peut raisonnablement garder la foi de son enfance avec plus de lumière, c'est une question qui se pose à propos de l'irrévocabilité de la foi divine, et que nous n’avons pas à traiter ici. Voir Foi. Qu’il suffise de noter que l’on a de nos jours attaqué avec trop de généralité et peu de justice ces « raisonnements de justification » d’une croyance : ce qui serait la con­ damnation en bloc de toutes les apologétiques. « Une croyance, une opinion, un préjugé nés du caractère ou de l’éducation, dii M. Ribot, La logique des sentiments, p. 113, agissent inconsciemment sur les explications et les théories qui prétendent sincèrement à l’objec­ tivité scientifique... La forme est celle de la logique rationnelle. La structure du raisonnement est ferme, sans lacunes, irréprochable; mais c'est un état d’âme extra-rationnel qui a l'initiative et la haute direction. Ce qui parait démonstration n'est que justification. La logique de la raison semble maîtresse; en réalité elle est servante... A côté de cette forme de raisonne­ ment dont la valeur objective est si faible, » etc. Pourquoi serait-elle toujours « si faible »? Qu’importe l’initiative du sentiment, si les preuves trouvées sont bonnes par ailleurs? N’ai-je pas la critique, les méthodes, pour les examiner et les juger? Parce qu’un argument favorise ma foi. suis-je forcé de le reconnaître comme bon? Saint Thomas a-t-il approuvé l’argument de saint Anselme en faveur de l’existence de Dieu? Cette condamnation a priori de tout raisonnement introduit par un sentiment n’irait à rien moins qu’à refuser à l’homme toute vérité objective, puisqu’il ne cherche la vérité que parce que d’abord il aime à la posséder. Aussi M. Ribot se réfute-t-il lui-même dans la conclu­ sion de son livre, p. 193: « Par hostilité conlre l'esprit scientifique, on s'est plu à soutenir que la recherche et la possession de Îa vérité n’ont pas une valeur absolue, en alléguant cette raison qu'elles sont le résultat d’une préférence, qu'on les choisit parce que cela plaît... Ceci est simplement une preuve du rôle primordial de la vie affective dans toutes les manifes­ tations de l’esprit, thèse que j'ai soutenue ailleurs sans restriction et que je ne suis pas disposé à contester. Mais préférerla vérité n’est pas la constituer. Elle est ce qu’elle est, indépendante de nos préférences et de nos répudiations. » M. Ribot admet du reste (soyonslui reconnaissants) que les idées préconçues et les pous­ sées afl'ectives ne sont pas seulement le fait des apolo­ gistes, mais aussi des philosophes. Il cite Nietzsche, qui s’emporte contre « la tartuferie du vieux Kant, nous attirant dans les voies détournées de la dialectique qui mènent à son impératif catégorique », et contre tous les philosophes « qui font semblant d’avoir découver t leur opinion par le développement spontané d'une dia­ lectique froide, pure, divinement insouciante. Et il ajoute que Nietzsche « est lui-même un très bel exemple du défaut qu'il critique. » 3° Croyances légitimes dont 1e. motif intellectuel a une suffisance absolue. — Nous avons jusqu'ici sup­ posé un motif intellectuel de valeur médiocre, insuf­ fisant pour l’universalité des esprits au jugement de ceux qui sont le plus à même d’en juger : soit que cette insuffisance dérive de la nature du motif, soit qu elle 2383 CROYANCE provienne seulement de la façon imparfaite dont il est présenté à l’esprit. En présence de celte lumière par trop incomplète, nous avons distingué trois sortes d'affirmations : l'opinion, qui sur cette lueur se hasarde à affirmer, mais, perçant à jour la médiocrité du motif, tempère son affirmation par uncertain doute, qui est prudent; la croyance illégitime, où la volonté, malgré la conscience de l'insuffisance du motif, tend, par un coup de force, à supprimer le doute prudent contre les lois de l’intelligence, et arrive â obtenir une certitude d’entêtement; enfin la croyance légilime, où la certitude d’adhésion est obtenue sans imprudence, parce qu’on n'est pas assez éclairé pour découvrir la médio­ crité du motif, qui se trouve ainsi pourvu d’une suffisance relative, au moins avec le concours de cer­ taines suppléances d'ordre affectif. Passons au cas d'un motif tel que les meilleurs juges l'estiment vraiment digne, par sa valeur intrinsèque et sa manifestation, d’obtenir la certitude proprement dite. En face d'un tel motif, est-il possible que certains esprits conservent parfois un doute qu'à bon droit nous qualifierons d'imprudent? I. Existence de doutes imprudents et déraison­ nables. — L'expérience la prouve. Voyez le sceptique, rejetant les vérités que la nature humaine, que l’en­ semble de l'humanité reconnaît comme les plus pal­ pables et les plus assurées, par exemple l’existence d'un monde extérieur distinct de nous-mêmes. Quand il nous affirme qu’il en doute réellement, ne disons pas avec certains dogmatistes que c'est mauvaise foi ou folie; le sceptique leur retourne ces gros mots: « il en résulte qu’il n'y a plus en présence que des gens qui s’injurient, ou qui se renvoient mutuellement au médecin. » P. Laberthonnière, Dogmatisme moral. Dire que c'est folie, ce n'est point d’ailleurs parquer les sceptiques en dehors du genre humain, comme des êtres à part dont l'élude ne nous regarde pas. D'après les meilleures aliénistes, le monde est peuplé de «demifous «; et c'est une étrange illusion des rationalistes, des libéraux, des réformateurs xle la société par la science, que de supposer dans chaque individu une raison parfaitement saine, qui manque en un grand nombre, bien plus, une raison idéalement parfaite, qui n'existe nulle part ici-bas. Le scepticisme, à des degrés divers, s'étend donc fort loin. « Les pensées de don le, même de scepticisme universel, se présentent à l'intelligence et la sollicitent; parfois elles sont si importunes, si pressantes, si absorbantes, qu’elles peuvent troubler gravement le fonctionnement du système sensitif, dont l’exercice normal est cependant nécessaire pour le bon fonctionnement de la rai­ son et de la libre volonté. Ces épreuves, ces tentations de la foi ne changent assurément rien aux rapports objectifs de l'intelligence et de la vérité. » Didiot, Logique surnaturelle objective, p. 611. Voyez encore le scrupuleux. Le bon sens, les direc­ teurs qu'il consulte, les principes de morale qu’il connaît, lui disent assez haut qu’il peut agir en sûreté de conscience, qu’il n'a point failli dans telle action. Malgré tout, il craint où il ne faudrait pas craindre, il doute où il ne faudrait pas douter. Maladie tant que vous voudrez, mais maladie atteignant plus ou moins beaucoup d’âmes, très dignes d’intérêt et de pitié. 11 faudrait décrire ici bien d’autres classes d’esprits : ces timides par tempérament ou par habitude, qu’épou­ vante trop facilement toute objection, qu’elle soit sérieuse ou purement sophistique ; ces soupçonneux qui flairent partout des pièges, et reculent devant toute affirmation catégorique; ces originaux pour qui l'essentiel est de penser autrement que les autres; ces esprits légers, vite fatigués de la vérité, devenue banale pour eux. et commençant à en douter, et lui préférant une soltise pourvu qu’elle soit nouvelle; ces 2384 entêtés de leur propre jugement, s’armant de tous les sophismes pour défendre l'erreur où ils se sont enga­ gés; ces esprits trop modestes au contraire, trop dé­ liants d'eux-mêmes, trop préoccupés de ce qu'on dit autour d’eux, et dans l’évidence même n osant se pro­ noncer parce qu'un prétendu penseur aura dit le con­ traire; ces hommesd’une seule méthode, qui voudraient par exemple des démonstrations mathématiques dans les choses morales, et doutent quand ils n’en ont pas; ces dialecticiens aussi subtils que les sophistes grecs, el chez qui le raisonnement, comme dit Molière, a banni la raison. « Il y a donc une préparation du doute obstiné et systématique, comme il y a une préparation de la certitude, l'n esprit soupçonneux, jaloux, qui s·· tient à distance, qui s'exagère ses droits, qui prévoit sans cesse des offenses, un esprit froid, capricieux, incertain, y sera naturellement enclin : ce sera merveille s’il y échappe. » Bazaillas, La crise de la croyance, p. 148. Il existe donc le doute imprudent et déraisonnable, qui n’a aucun droit de rester dans l’esprit, et qui pour­ tant y séjourne par suite d'un état morbide, en sorte que l’intelligence en soit réduite à appeler la volonté à son secours, pour être par elle fixée dans la certitude. Voluntas determinat intellectum... propter imbecilli­ tatem intellectus, dit saint Thomas, In IV Sent., I. HI, dist. XXIII, q. it, a. 2, sol. 1. Tandis que notre corps est la proie de tant de mala­ dies et nos nerfs de tant de faiblesses, de neurasthénies et de névroses, il serait étrange que nos états d’esprit, comme la conviction et le doute, n'aient jamais rien de déséquilibré, liés comme ils sont à ce corps el à ces nerfs. L'expérience, si on veut bien la consulter, démo­ lit ces naïves illusions d'un optimisme a priori, qui ferme les yeux sur les infirmités de la raison, tant qu'elles ne vont pas jusqu’à exiger une maison de santé. A part ce cas extrême, qui tombe du ciel sans préparation et sans prodromes, toute raison humaine est pour l'optimisme rationaliste un instrument de pré­ cision donl l'aiguille ne se trompe jamais ; quand, en face des motifs présentés, elle subit la moindre oscil­ lation du doute, il est de toute nécessité que les preuves soient défectueuses; quand elle prend la position fixe de la certitude, il faut que les preuves soient parfaites et que la vérité objective soit. Qu'on ne vienne donc pas leur parler de précautions à prendre contre les moments de crise et de défaillance, d'industries de la volonté pour fortifier une croyance fondamentale, pour se mettre dans un milieu favorable à sa conservation. L'instrument de précision doit pouvoir se conserver tout seul; et la liberté avec laquelle on l’exposera à tous les risques, guérira les cassures qu'elle lui fera. Avezvous donc peur du libre exercice de la raison? C’est avoir peur de la vérité; c’est n’en avoir pas l'amour sincère; c’est fausser l’intelligence pour lui faire dire ce qu’on veut, etc. Voilà la thèse rationaliste et libérale. Mais nous, qui avons de la raison humaine une idée plus humble, l’ayant observée en nous-mêmes et dans les autres, nous trouvons tout naturel qu’elle ait besoin d’hygiène comme le corps, et que l’homme, même ins­ truit, travaille par sa libre action à fortifier une croyance, non que les preuves en soient faibles, mais parce qu'elle est de sa nature exposée aux sophismes des passions, parce que l'homme est faible surtout à certains moments, et parce qu'il est sage de tout pré­ voir et de se prémunir contre sa propre faiblesse. 2. Rôle de la volonté dans l'élimination du doute imprudent. — Si le doute est suspect de déraison, dira l'optimiste dont nous parlions, l'intervention de la volonté est inutile. L’intelligence, en reconnaissant cette déraison, est fixée par elle-même dans la certitude contraire. Ou du moins qu'elle se remette à l’étude, qu'elle fasse de nouvelles recherches, le doute devra finir par se dissiper tout seul. 2385 CROYANCE Eh bien! dites au sceptique d'entreprendre de nou­ velles analyses, au scrupuleux de se plonger dans de nouvelles études morales : celle voie, loin de les sortir de leurs doutes, les y embourbera davantage. Pourquoi? Parce que ces doutes viennent de ce qu’ils exigent à tort une clarté impossible, qu’ils n'auront jamais. Et alors même que les doutes imprudents seraient susceptibles d'une solution intellectuelle et directe, combien de temps serait nécessaire à un esprit plus ou moins malade? Doit-on, en attendant, le laisser languir dans une région inhabitable, dans un état malsain? Le coup de force de la volonté ne sera donc pas inu­ tile. Sera-t-il suffisamment justifié? Oui. puisque le doute dont il s’agit est sans valeur, et que le malade lui-même le reconnaît dans ses instants lucides, quand, par exemple, il est rappelé au bon sens par le contact des réalités de la vie. « Je mange, je joue au trictrac, disait le sceptique Hume, je parle avec mes amis, je suis heureux de leur compagnie, et quand après deux ou trois heures de récréation, je reviens à mes spécu­ lations, elles me paraissent si froides, si en dehors de la nature, si ridicules, que je n’ai pas le courage de continuer. Je me vois absolument et nécessairement forcé de vivre, de parler, de travailler comme les autres hommes dans le train commun de la vie. » Fort bien : mais il retournera bientôt à ses « spéculations » et à son doute. Seule, la volonté est capable de lui donner, non pas la lumière trop passagère qui déjà s'impose à lui par intervalles, mais l'état subjectif de certitude, qui comporte un certain repos de l’esprit, une certaine fixité dans la vérité. Seule aussi, elle est capable de mettre lin à ces oscillations maladives entre « douter » et « ne pas douter >■, par lesquelles saint Ignace, définit si bien l’état du scrupuleux. Sentio in hoc turbationem, scilicet, in quantum dubito, el in quantum non dubi­ to : istud est proprie scrupulus. Exercitia S. Ignalii de Loyola, trad. Roothaan sur l'autographe espagnol, Paris, 1865, p. 195. Invoquera-t-on contre cette analyse le principe de contradiction? Un même esprit peut-il en même temps douter et ne pas douter? Il le peut au moins dans une succession rapide, où il passe conti­ nuellement de l’un à l’autre par une sorte d’oscillation. D'ailleurs, les sentiments ne craignant pas la contra­ diction autant que les idées, quand deux états d'esprit contradictoires sont d'origine affective, ou du moins l’un d’entre eux, une coexistence est possible, « Fré­ quemment, la contradiction existe chez un homme entre une affirmation raisonnée et une affirmation affec­ tive... Il y a peu de gens, même très rationalistes, qui n’aient quelque superstition éphémère qu'ils tiennent d'ailleurs pour absurde. On a connu des esprits forts qui jugent impossible l’apparition d’un fantôme ou d’un revenant et qui pourtant en ont peur dans l’obscurité. » Th. Ribot, La logique des sentiments, p. 55. Réfléchissant donc â ces perpétuelles et douloureuses alternatives, à l'état anormal où elle est plongée, aux réclamations passées du bon sens contre ces doutes, l'intelligence elle-même les condamne et si elle ne trouve pas de nouvelles solutions spéculatives, découvre du moins la lumière d'un principe réllexe et pratique : « En pareil cas, la volonté a le droit d'intervenir. » Subissant l'évidence de ce principe, elle en dérive ce jugement pratique de «crédibilité», également évident, qu’en ce moment il est bon, il est prudent pour la volonté d’entrer en action. Voir Crédibilité. C’est le malade qui reconnaît la nécessité de l’intervention mé­ dicale. Et comment opérera la volonté? Reconnaissons-le d'abord, elle peut recourir à une sorte d'hygiène in­ tellectuelle et morale, combattre patiemment ces défauts de l’esprit ou du caractère dont nous avons donné plus haut des exemples, et qui sont la cause profonde de la maladie du doute, combattre aussi celte passion actuelle­ 2386 ment régnante, qui met sur pied les sophism. l'intelligence pour défendre son propre terrain. Γ. r souvent, comme dit Pascal, « tout notre raisonn· lo­ se réduit à céder au sentiment... La raison est pi. ■· , à tout sens... » Pensées, t. II. p. 199. Il y a des rai- s qu'on trouve après, et que la passion seule fait trouver, p. 200. Si la passion tombait, ces raisons ou objections tomberaient avec elle. J'aurais bientôt quitté les plai­ sirs, disent-ils, si j’avais la foi. Et moi je vous dis Vous auriez bientôt la foi. si vous aviez quitté les plaisirs, p. 159. A l'athée, il dit : « Travaillez donc, non pas à vous convaincre par l'augmentation des preuves de Dieu, mais par la diminution de vos passions, » p. 153. Seulement, cette voie d’un traitement moral est plutôt à longue échéance: on se demande s'il n'y aurait pas une voie plus courte et plus rapide pour la volonté. L'hygiène, l'adoption d'un régime sévère, est de rigueur : mais elle ne remplace pas l'opération chirurgicale par­ fois nécessaire, et n'a pas un si prompt résultat. Que fera donc la volonté ? Chaque fois que les sophismes ramèneront le doute dans l’esprit, elle appli­ quera l’intelligence à les mépriser, c’est-à-dire à réité­ rer la condamnation sommaire qu’elle en a prononcée : sur quoi, la volonté usera du pouvoir qu’elle a d'appro­ cher ou d’éloigner l'intelligence d'un objet, de produire l'attention ou l'inattention; elle la rendra inattentive à ces difficultés méprisées, qui disparaissant du champ de la pensée, ne pourront comme auparavant y faire germer le doute. Ainsi le voyageur qui chemine la nuit, saisi de terreur à l'idée d'un péril fantastique, ni qu à mépriser ces vaines imaginations et à les chasser de sa pensée en s’occupant d'autre chose, pour faire cesser la crainte dans son âme. En même temps qu'elle enlève l'obstacle, la volonté applique de nouveau l'intelligence aux raisons pour, aux motifs déjà vus, excellents par eux-mêmes qui, l’obstacle disparu, produiront natu­ rellement la certitude, et l'expliqueront intellectuelle­ ment. Celte certitude pourra d'autre part être appelée volontaire, à raison d'une influence toute spéciale de la volonté, et par opposition à la certitude arrachée par une évidence mathématique, ou toute difficulté est scientifiquement résolue, ou aucune n'est écartée de force, par voie de condamnation sommaire et de mépris. C’est à peu près ainsi qu’un vieux docteur de Sorbonne, Ysambert, expliquait l'influence de la volonté libre dans le cas de la foi divine : Licet ex parte objecti divinæ fidei occurrant aliquæ sufficientes rationes (voilà les motifs intellectuels de croire suffisants en eux-mèines), aliæ tamen etiam occurrunt in contrarium ex parte sensuum, quæ generant difficultatem credendi (voilà les difficultés qui motivent le doute imprudent)... Him· fit ut noster intellectus ad sese determinandum indi­ geat pia eaque libera motione voluntatis, quæ applicet intellectum ut consideret e! expendat tenacius et for­ tius illas rationes quæ sunt pro dando assensu (voilà l’esprit applique aux raisons de croire), animadvertatque quam frequenter rationes illæin humano sensu fundatæ deprehendantur fallaces, nisi corrigantur ali­ quo superiori judicio (voilà une condamnation sommaire des motifs contraires, qu'il appelle plus loin rationes appareilles et secundum sensum plausibiles). Il dit encore : Determinatio illa {intellectus per voluntatem consistit m ita applicando intellectu objectis sibi "d credendum propositis ut fortius et majori considera­ tione intendat divinæ revelationi, (piam humams rationibus pro contraria parte occurrentibus. De fide, disp. XXIII. a. I et 5. Cette explication convient a la croyance en général, el n'a rien qui la réserve exclu­ sivement à la foi divine. Quant à celle-ci, nous ne pré­ tendons pas avoir donné une explication complète du rôle qu'y joue la volonté, el qui parait plus complexe. Voir Foi. L’oscillation maladive entre la croyance et le doute, 2387 CROYANCE 2388 qu'avec cela la passion s’en mêle, le doute naîtra facile­ et la nécessité dime intervention de la volonté et de la ment : et bien qu’au fond de la conscience une vague grâce, se font plus vivement sentir dans les combats violents d'un homme en qui s’opère un grand change­ protestation s'élève par moments contre ce doute, il faudra la volonté pour produire la ferme croyance. ment de vues, par exemple dans une conversion à la foi. « Le nouvel ordre d'idées est sans harmonie avec Toutefois cette croyance une fois produite sera une l'ancien, et nous ne pouvons nous attendre à les voir certitude dans toute la force du terme, et Descaries a tort de ne pas voir combien elle différé de la grande se combiner tranquillement ensemble. Il y aura une probabilité qu'au sens pratique on appelle « certitude période de trouble et de fermentation jusqu'à ce que morale ». Outre la certitude mathématique, il n’admet tout soit en place et qu'on soit dégagé des vieilles or­ qu’une certitude morale, « c'est-à-dire suffisante pour nières de la pensée, du sentiment et de l'action... régler nos mœurs; ou aussi grandequecelle deschoses Perplexe et chancelant, c'est bien alors qu’on s’écriera dont nous n’avons point coutume de douter touchant la (avec cet homme de l'Evangile) : Je crois, Seigneur, conduite de la vie, bien que nous sachions qu’il se peut mais aidez-moi dans l'espèce d incrédulité qui me faire, absolument parlant, qu’elles soient fausses. reste. , Venn, Characteristics of belief, p. 78. 3. Objections de l'intellectualisme exagéré contre Ainsi ceux qui n’ont jamais été à Rome ne doutent point que ce ne soit une ville en Italie, bien qu’il se la légitimité de celle intervention de la volonté dans pourrait faire que tous ceux desquels ils l’ont appris la certitude. — « La volonté, dit Élie Rabier, Psycho­ logie, p. 270, n’est pas une preuve et ne peut tenir lieu les eussent trompés. » Comme si en pareil cas cette hypothèse de témoins trompeurs était autre chose qu’un de preuve; elle ne peut pas faire que ce qui est, ne doute déraisonnable! Principes de la philosophie, soit pas, ou que ce qui n'est pas. soit. » — Mais nous ne parlons pas de prendre la volonté comme preuve; IVe partie, n. 205, t. I, p. 310. Cf. Ollé-Laprune, Certi­ nous supposons les preuves existant déjà. Nous ne par­ tude morale, p. 242. lons pas d’additionner à ces preuves la volonté comme « De deux choses l’une, dit à son tour Pau) Janet : une preuve complémentaire : addition monstrueuse ou vous répondez complètement aux objections, etalors entre choses hétérogènes et incommensurables. De il n’y a plus d’obscurités; ou vous n’y répondez pas même que la volonté (c'est une comparaison de .complètement, et il reste un fond de difficultés non résolues, dès lors, votre affirmation ne peut être que Gladstone), quand elle applique son action aux muscles du bras, ne fait pas plus de muscles, ainsi quand elle proportionnée à la lumière de votre esprit, et dans la applique son influence à l'intelligence, elle ne fait pas mesure où il reste des difficultés non résolues, il manque plus de preuves. Son action n'en est pas moins néces­ quelque chose à la certitude de votre affirmation. » saire dans les deux cas. Elle ne peut faire la vérité Principes, t. tt. p. 483. — Réponse. — Souvent par la logique naturelle nous sommes légitimement certains comme le dit le pragmatisme, ni changer l’objet : mais elle peut changer le sujet, et guérir un état morbide du vice d'un raisonnement, sans pouvoir montrer en qui s'oppose à ce que des preuves d’une valeur absolue, quoi consiste ce vice; ou bien nous donnons à une objection une solution suffisante pour la certitude, mais et confusément reconnues comme telles, produisent tout leur effet. seulement indirecte. Il reste alors quelque obscurité, M. Rabier pose encore ce dilemme : « Ou nos raisons faute de solution directe, brillante et scientifique; et c’en est assez pour arrêter un esprit prédisposé au intellectuelles de croire nous semblent suffisantes, ou elles nous semblent insuffisantes. Si elles nous semblent doute, surtout sous l’inlluence de la passion; mais suffisantes, il n'est que faire de la volonté pour pro­ l’obscurité n’est pas une preuve d'erreur. duire la croyance. Si elles nous semblent insuffisantes, Enlin l’on objecte à notre explication, que cette action qu'on explique comment la volonté pourrait dissimuler de la volonté pour appliquer l'intelligence à ceci ou à ce manque de raison ou se prendre elle-même pour cela se retrouve également dans la certitude la plus une raison. » p. 271. — Réponse. — Elles nous semblent scientifique : pourquoi donc en faire un trait caracté­ suflisantes : mais l’évidence que nous en avons, évi­ ristique de la croyance, et l’opposer à la science? — Réponse. — Dans ce procédé intellectuellement plus dence confuse du bon sens qui devrait nous suffire parfait, que l'on nomme savoir, et que l’on oppose â (sans être « l'idée claire et distincte » de Descartes), celui de croire, la volonté a sans doute encore un rôle. n'empêche malheureusement pas un esprit trop avide Voir Certitude, t. n, col. 2162 sq. Toutefois, quand il de lumière de réclamer plus, et, dans son dépit, de s’accrocher à des raisons apparentes qui lui permettent s'agit de savoir, la volonté ne peut appliquer l'intelli­ gence à condamner sommairement les raisons contrai­ de douter : et voilà pourquoi la volonté a quelque chose à faire. Ysambert disait déjà, loc. cit. Patet affec­ res; ni l'évidence confuse du bon sens, ni la logique tionem voluntatis non requiri ex defectu alicujus naturelle ne suffisent plus, les objections doivent être Sufficienliæ in objecto ad convincendum intellectum, directement et complètement résolues; la volonté n’a pas à détourner l'esprit de certaines raisons, mais plu­ sed potius e.c indis posit ion e, seu illo defectu intellectus quo hanc sufficientiam objecti non apprehendit evi­ tôt à l'appliquer également aux arguments pour et contre, et à les laisser agir : le contraire ne serait pas denter (evidentia perfecta); nihilque juxta nostram scientifique. Ainsi la certitude de la croyance, si légi­ sententiam per hanc motionem voluntatis suppleri, quod sese teneat ex parte objecti. time et si sûre qu’elle soit, différera toujours cependant Voici, par exemple, un fait prouvé par une multitude de la certitude de la science, dans la manière dont elle de témoignages indépendants et convergents. Cette a été obtenue. preuve est en elle-même un motif suffisant de certi­ 4. Conséquence de cette doctrine pour la théorie de l’évidence. — L’évidence est une manifestation de la tude légitime, au jugement de tous ceux qui ont le sens de la preuve historique et l'habitude des méthodes. vérité. Mais la manifestation peut se faire de deux Ce motif sera suffisamment proposé à tout esprit, dès manières différentes. Parfois, elle saute aux yeux avec qu’il aura la vue synthétique de cette multitude de I tant de clarté, que l’assentiment est emporté d'assaut, témoignages et d'indices convergents. Mais il y a dans sans résistance possible. Parfois, moins éblouissante, elle laisse place à une résistance quoique illégitime, à celte vue quelque chose de confus, une sorte de fouil­ un doute quoique imprudent; on sera illuminé comme lis qui déroute les esprits habitués à raisonner surdes idées simples. Même en voyant parfaitement les élé­ par éclairs, contraint par instants à reconnaître la soli­ ments de celle preuve, ce n'est pas sans un certain dité et la sûreté des raisons de croire, mais sans perdre malaise qu'ils en viendront à porter définitivement le pouvoir de leur résister bientôt après. Ce faits posés, une double terminologie est possible. une appréciation morale, un jugement d’ensemble 2389 CROYANCE On pent, c’est le style ordinaire des scolastiques, voir Lugo, De /ide, disp. II, n. 10. p. 207, réserver le nom d'« évidence » à la première manifestation. Par suite, on dira de la certitude obtenue par la volonté dans le second cas, que c’est une certitude sans évidence; tout au plus y a-t-il alors, comme parle Franzelin, ■ évidence delà valeur des raisons de croire, » mais il n’y a pas « évidence de la vérité manifestée par ces raisons. » De traditione, p. 575, 576. D’autres préfére­ ront dire : Il y a évidence du jugement pratique de cré­ dibilité, mais non évidence de la chose à croire. On peut aussi élargir le terme d’« évidence », le rendre générique, de manière à y comprendre la se­ conde espèce de manifestation de la vérité que nous avons décrite. C’est en ce sens qu'on parle couram­ ment de « résister à l’évidence », el quOllé-Laprune a dit : « L’évidence morale ne subjugue pas de vive force; elle laisse quelque place à une résistance possible, tant que la volonté n’est pas consentante. » La philosophie el le temps présent, p. 262. C’est aussi au sens géné­ rique qu'on doit prendre le mot « évidence » dans cette thèse aujourd’hui commune parmi les philosophes catholiques : « L’évidence est le critérium universel de la vérité, de la certitude légitime. » Voir Certitude, t. n, col. 2160-1263. Gardons-nous de prendre ici l'évi­ dence dans le sens le plus rigoureux. Des preuves bien examinées, dont le bon sens nous force au moins par instants à reconnaître l'absolue solidité, bien qu'elles laissent place à un doute imprudent, seront toujours, comme nous l'avons montré, un excellent critérium du v>ai, préférable même à une impossibilité de douter qui n'aurait pas été contrôlée, el qui pourrait naître de l'inadvertance et de la surprise; et ces preuves d’une valeur suffisamment reconnue, pourvu qu’ensuite la volonté fasse son devoir, produiront dans l'esprit une certitude aussi solide et aussi sûre que la certitude scientifique; et la philosophie, qui n'est pasune branche îles mathématiques, se contente souvent de cette évi­ dence-là, comme on s'en convaincra en analysant les arguments quelle fournit et les certitudes qu’elle met en ligne. Ce serait donc un rigorisme intolérable que d'exiger, comme critérium unique de la vérité, cette manifestation claire et distincte qui ne laisse jamais aucune liberté de douter d’une vérité, même impru­ demment :en d'autres termes, l'évidence mathématique à l’exclusion de l'évidence morale. Tel fut le rigorisme de Descartes avec son exigence de l’évidence absolue, où l’on retrouve bien le grand mathématicien, et aussi le grand simplificateur qui ramène lout à un seul cas très simple, et ne tient pas compte de la réelle complexité de nos états d'esprit. Mieux inspiré était Leibniz, quand en dehors de l’évi­ dence « où l’on ne doute point, à cause de la liaison qu'on voit entre les idées », il admettait une vraie cer­ titude, « où l’on ne saurait douter sans mériter d'être fort blâmé..., sans un grand dérèglement d’esprit : » le doute est possible, mais il est déraisonnable. Nou­ veaux essais, 1. IV, c. xi, p. 470. D'ne telle certitude doit suffire, même en philosophie. Exiger l'évidence au sens strict, celle qui rend le doute absolument impossible, c’est arbitraire autant que dan­ gereux. Brunetière disait bien : « Demandez-vous ce qu'il adviendrait de l’humanité, si, conformément au précepte cartésien, chacun de nous ne voulait admettre pour vrai que ce qu’il connaîtrait évidemment être tel'? » Discours de combat. lr« série, p. 295. Et pourtant ce rigorisme de Descaries a été jusqu’à nos jours l'évangile du rationalisme. Écoutez plutôt Paul Janet répondant à Ollé-Laprune : « Je déclare, en tant que philosophe, que je ne reconnais qu'un seul devoir, celui de « n’affirmer comme vrai que ce qui me paral« Ira évidemment être tel. c’est-à-dire ce que je verrai • si clairement et si distinctement que je ne saurais le 2390 « révoquer en doute ». Voilà la règle absolue. Descartes l’a posée au début de la philosophie moderne, et c'est par là qu’il l’a créée, constituée... C’est son Évangile. Principes, t. il. p. 478. Qu'un rationalisme prompt à surfaire les forces et les exigences de la raison s'attarde à traiter ainsi la question du critérium, à une époque où la croyance a été plus étudiée que du temps de Descaries, cela se comprend encore. Ce qui se conçoit moins, c’est que des catholiques trop intellectualistes n’adinettent pour tout critérium que l’évidence au sens le plus rigoureux, tout en faisant une exception (il faut bien la faire) pour l'acte de foi divine, qui se passe certainement de cetle évidence-là. — Déjà quelques scolastiques (mais nulle­ ment l'opinion commune) avaient eu cette idée : Qui­ busdam videtur non posse dari certitudinem natura­ lem, saltem melaphysicam aut physicam, nisi simul sil evidentia (au sens rigoureux desscolastiquesj.quamvis detur certitudo supematuralis, nempe fidei theologicae, sine evidentia. Ani. Mayr, Philosophia peripatetica, t. I, n. 965. Mais cette différence que l’on veut établir ici entre la foi divine et les autres assentimenls est une pure inconséquence. C’est en vertu d’arguments tirés de la nature même de l’intelligence, que l'on prétend condamner le critérium d’une évidence de second ordre, d'une évidence de crédibilité, laissant place aux doutes imprudents. Cf. Frick, Logica, η. 434, p. 291, 292. Si ces arguments avaient quelque valeur, ils devraient condamner la foi divine elle-même; car celte vertu ne peut pas s'exercer contre la nature de l’intelligence, le surnaturel ne détruit pas la nature, et le concile du Vatican nous présente l’acte de foi comme un acte rai­ sonnable. Denzinger, n. 1639. On invoque Suorezjmais pour un passage qui favorise ce rigorisme, t. xn.p. 117, on en trouve d'autres en sens contraire, comme celui-ci; Hoc tamen solum esl certum, mm autem evidens, De fide, disp. IV, sect. Il, η. 9, ibid., p. 119; donc il con­ sidère au besoin la certitude proprement dite comme s’étendant plus loin que l’évidence rigoureuse. Et. p. 180, il dit de la certitude proprement dite : Non est expli­ canda per evidentiam, neque ad illam limitanda, sed per infallibililalem exponenda est. Nani si objectum seu ratio assentiendi talis sit, ut ei non possit subesse falsum, nata est causare certitudinem simpliciter et perfectam, sive objectum illud evidenter cognoscatur, sine non : quia excludit omne periculum falsitalis. Disp. VI, sect, v, n. 6. Cf. C. Pesch, t. vm, n. 422. p. 174. 5. L’équationnisme de Locke. — En défendant contre le scepticisme et le lidéisme la valeur de la raison et le critérium de l’évidence, sachons donc éviter l'écueil opposé, les théories de Descaries et de Locke, spécieuses dans leur simplicité et plus répandues qu’on ne le croirait. Le système de Locke, auquel W. G. Ward donnait le nom d’« équationnisme ». part de ce principe, que nous devons toujours, si nous aimons sincèrement la vérité, établir une équation, une égalité parfaite entre la force de notre conviction et les preuves que nous pouvons fournir pour la justifier : point « de surplus d’assurance » au delà dece que garantissent ces preuves. Essai sur l'entendement humain, 1690, 1. IV, c. xix. Cf. Newman, Grammar of assent, p. 162. Ainsi l'en­ tendement est une sorte de baromètre, qui se borne à enregistrer passivement le degré de pression des motifs intellectuels distinctement perçus. Ce système tend à nier la légitimi té de toute croyance; aussi Ward observet-il que c’est le point capital attaqué par Newman dans sa Grammar of assent, parce que c’est aussi la citadelle des ennemis de l’Église. Dublin Review, avril 1871. 11 est bon de noter qu’innocent XI a condamné une théorie semblable à propos de la foi divine : lilunlas non potest efficere, ut assensus fidei in seipso sit ma- 2391 CROYANCE gis /imius, quam mereatur pondus rationum ad assen­ sum impellentium. Denzinger, Enchiridion, n. 1036. Contre cette théorie arbitraire de Locke, toute a priori, on peut d’abord invoquer, entre autres faits, ces certi­ tudes intimement reconnues comme absolument suies, et dont on serait bien embarrassé de fournir des preu­ ves proportionnées. Ainsi en est-il de ce travail latent de l’esprit, que Newman décrit si bien sous le nom d'implicit thought, Grammar of assent, c. vnt et ix, cette longue accumulation de petits faits en grande partie oubliés, qui m'ont amené par exemple à con­ naître par induction le caractère d’un ami : j’ai de ce caractère une certitude très sûre, mais qui dépasse de beaucoup les preuves dont mon esprit a une conscience distincte, et qu’il peut exprimer. Et puis la volonté n’a-t-elle pas le droit, comme nous l’avons vu, de dé­ tourner l'intelligence des arguments sophistiques, de la faire passer d’un doute imprudent à la pleine assu­ rance? Voilà, en dehors des preuves qui apparaissent à l’esprit, un autre facteur pour produire légitimement la certitude; voilà un principe actif, à la place d’un appareil passif et purement enregistreur. Enfin la volonté, orientée qu’elle est vers le bien plutôt que vers le vrai, suivra honnêtement sa propre loi. lorsque entre deux vérités certaines elle s’appliquera à fortifier la certitude morale de celle qui est la plus importante pour la lin de l'homme, et à la préserver des doutes que peuvent ramener les passionset linlirmitéhumaine. « C’est ainsi qu'à une vérité d'une certitude seulement morale, mais d’une grande importance pour le gou­ vernement de la vie, nous pouvons donner une plus ferme adhésion qu’à une vérité métaphysiquement Certaine, mais inutile. » T. Pesch, Institutiones logi­ cales, par». I. p. 570. En faveur de cette vérité plus im­ portante, la volonté libre aura donc le droit d'employer les moyens qui peuvent donner plus d'intensité à la certitude acquise : fréquente répétition des actes pour produire une habitude de croire, appel à l’action qui fait vivre cette vérité, à l’imagination qui la colore, au sentiment qui nous y lient affectionnés. Pourvu que la volonté respecte d’ailleurs les exigences essentielles de l'intelligence, elle a le droit de la diriger vers la lin de tout l'homme, fin dont cette faculté partielle ne peut rester complètement isolée. Si la volonté libre accomplit avec droiture et persé­ vérance son devoir d'exercer l'esprit aux vraies mé­ thodes, el d'empêcher par l'hygiène morale l'influence perturbatrice des passions ; si dans les moments de fai­ blesse ou de crise intellectuelle elle résiste aux doutes déraisonnables; si d'avance elle prend soin d'attacher toute l’àme, y compris l’imagination et les affections, à la vérité reconnue, de créer de bonnes habitudes, d'amasser ainsi des forces auxiliaires contre les diffi­ cultés de l’avenir, et de prévenir les défaillances hu­ maines, qu'il serait orgueilleux de ne craindre jamais, il arrivera, avec l'aide de la grâce (dont il faut se sou­ venir quand la foi religieuse est en jeu), il arrivera que la certitude laborieusement obtenue ne sera plus guère troublée, que la santé de l’esprit prévaudra sur des germes morbides définitivement éliminés, et que, la lutte finie, l’intelligence ira tranquillement et comme spontanément a la lumière. Faudra-t-il encore appeler « croyance » cette certitude lumineuse et paisible, où la volonté n'a plus guère d’action spéciale? Oui, car Faction passée subsiste dans ses résultats. La certitude de la croyance n’est pas dite volontaire en ce sens qu'elle réside dans la volonté, à ia différence des autres certi­ tudes, mais seulement en ce serts que sa genèse ne s'explique pas sans une influence spéciale delà volonté: or, cette influence reste aussi ellicace, soit qu'elle pré­ cède de près ou de loin l'adhésion intellectuelle de la certitude, et dans les deux cas on aura le droit d’attri­ buer l'effet à la cause, la conquête au conquérant, la 2392 croyance à la volonté. Exiger comme élément essentiel de la « croyance » l’expulsion actuelle d'un doute im­ prudent réduirait arbitrairement le domaine de la croyance ou bien supposerait ces doutes beaucoup plus fréquents qu’ils ne sont. C'est l’erreur où sont tombés quelques théologiens, Lugo par exemple, en voulant plus fortement affirmer l'obscurité el la liberté de la foi divine. Voir Foi. Cf. Christian Pesch, Preelection'·* dogmatics, t. vnt, prop. 26; .1. Bainvel, La foi, p. 64. Nen'onspas la faiblesse de l’esprit humain,ses diverses infirmités possibles, ses crises, el l'état morbide où il tombe souvent, n'étant pas plus privilégié que le corps, son compagnon de route; mais ne nions pas non plus la force et la santé qu'il peut et qu'il doit acquérir, l’état de perfection relative et de paix conquise, où des combats d'autrefois il ne reste que l’heureux effet, l’émouvant souvenir, et la facilité de marcheren pleine lumière à des combats d'un autre ordre. A la lin de cette étude sur la difficile question des croyances légitimes, on peut plus facilement s’expliquer pourquoi nous les avons divisées en deux groupes.sui­ vant que leur motif intellectuel a une suffisance relative ou absolue. Si l'on ne fait pas cette distinction, on tombe fatalement dans quelque grave inconvénient. Si l’on nie sommairement la légitimité du premier groupe, celui auquel appartient par exemple la presque totalité des croyances enfantines, on est injuste envers un vaste ensemble de convictions très fermes qui, somme toute, malgré des erreurs accidentelles, sont bienfaisantes, indispensables à la condition humaine et à l’éducation, et formées avec une suffisante prudence. .Si au contraire on revendique pour ce premier groupe, dont la certi­ tude n’est que relative, la même espèce de légitimité que pour la certitude du second, on tend à infirmer la valeur objective de la vraie certitude, en y introduisant des produits de qualité inférieure, indignes d'être éle­ vés au même rang; on nie le développement possible de l'intelligence adulte, on canonise tous les préjugés d'enfance, on confond dans une commune apothéose toutes les croyances el toutes les religions, on s’enlève tout moyen de distinguer sûrement la véritable, tout critérium infaillible et toute apologétique plus décisive à laquelle les simples eux-mêmes puissent renvoyer leurs contradicteurs. Et le résultat sera à peu près le même si l'on ramène toute son étude au premier groupe, en passant sous silence le second : défaut que n'ont pas évité plusieurs des défenseurs les plus émi­ nents de la croyance; par exemple Newman, surtout avant sa conversion. Il ne semble pas voir de viamedia entre une évidence absolue, qu'à bon droit il rejette de la foi chrétienne, et cette croyance des simples, néces­ saire et suffisante à tant d’âmes comme préambule de la foi divine, mais dont les motifs, pour un esprit dé­ veloppé qui les mesure du dehors, ne sont que des « présomptions » et des « probabilités ». Par le fait qu'il insiste uniquement sur cette sorte de croyance, et n’en présente jamais d'autre avec une distinction nette, Newman semble la proposer comme l’idéal, comme l'unique ressource de tous les esprits en ma­ tière religieuse. D'où cette impression, qu'il n'admet rien entre le rationalisme incrédule et le fidéisme. « 11 ne parait pas voir de milieu entre l'attitude rationaliste qui exigerait, avant de croire aux dogmes de foi, une évidence de leurvérité intrinsèque; et l'attitude fidéisle qui, poussée par le besoin de croire, donnerait, sur de simples présomptions, une adhésion sans réserve à des doctrines répondant aux appels secrets de notre vie morale. » L. de Grandmaison, dans les Etudes, janvier 11107, p. 52. « Il est bon, sans doute, de glorifier la foi des simples, mais chez les simples. Il est mauvais d’en faire un idéal pour tous. » E. Baudin, La philosophie de la foi chez Newman, dans la Revue de philosophie, l'r septembre 1906, p. 261. °393 CROYANCE 2394 Si Ton tient compte des distinctions que nous avons 2" Rôle social de la croyance. — Ainsi la providence faites, on verra que la doctrine de la croyance, tout en a pourvu à ce qu'un petit trésor de vérités fondamen­ faisant une large part à des éléments subjectifs comme tales communément admises pût réunir tous les le sentiment et la volonté, dans les convictions hu­ hommes, et servir de base à leur société, en lui c mitaines, cependant ne favorise pas le subjectivisme ou muniquant l'unité et la durée; et seule la. croyance le scepticisme, et n'attaque nullement le caractère ab­ peut amener ce résultat d'ensemble : on ne l'obtien­ solu delà vérité et de la certitude parfaite. Au contraire, drait nullement, en appelant toute intelligence aux elle le soutient en donnant seule une vraie solution à procédés de la science et du libre examen. En dépit de la principale difliculté des relativistes et des sceptiques, l’individualisme protestant, des protestants même en qui nous objectent un fait, la contradiction entre les conviennent aujourd'hui. La critique rationnelle, de hommes sur les plus importantes vérités de la philoso­ l’aveu de M. Balfour, « se trouve être une force propre phie et de la religion. Ce fait qui est un scandale pour surtout à diviser et â désagréger; et si la division et la plusieurs, la doctrine de la croyance lui donne une ex­ désagrégation sont souvent des préliminaires indispen­ plication psychologiquement satisfaisante, en même sables au développement social, plus indispensables temps qu’elle le concilie avec l'objectivité deces vérités, i encore sont les forces qui unissent et raffermissent, et avec la valeur de la raison el l’existence d'un critérium sans lesquelles il n’y aurait point du tout de société à du vrai, et cela sans être obligée de traiter les trois développer. » Les bases de la croyance, p. 182. « Ima­ quarts du genre humain de menteurs, ou d'aveugles ginez, dit-il encore, p. 155, une communauté où tous volontaires qui ferment les yeux à la clarté du soleil. les membres s’imposeraient délibérément la tâche de V. Rôle providentiel de la croyance. — 1° La rejeter autant que possible tous les préjugés dus à croyance el Téducalion; la croyance el l’action; ex­ l’éducation; où chacun croirait de son devoir d’exa­ tension de la vérité à tous. — Grâce à la croyance, miner au point de vue critique les principes sur lesquels l'éducation devient possible, voir col. 2380; les vérités reposent toute loi positive et tout précepte de morale les plus importantes sont accessibles à tous; elles ne auxquels depuis l’enfance il était habitué à obéir; de sont pas le privilège d’une aristocratie intellectuelle; disséquer tous les grands devoirs qui rendent la vie personne n’en est exclu de ces petits et de ces humbles, sociale possible, et toutes les petites conventions qui la dont saint Augustin disait : Turbam non inlelligendi rendent plus facile; enfin de peser avec une précision vivacitas, sed credendi simplicitas tutissimam facit. scrupuleuse le degré exact d'assentiment â accorder Contra epist. Fund., c. iv, P. L·., t. xi.n, coi. 175. Ces aux résultats de ces diverses opérations... une telle vérités, si sublimes soient-elles, on peut les atteindre société, si un miracle la créait, se résoudrait assuré­ par une autre voie que les subtilités du raisonnement: ment aussitôt en ses éléments constitutifs. » Un docteur non in dialectica complacuit Deo salvum facere po­ de l’université de Berne est du même avis : « Sans pulum suum. S. Ambroise, De fide, I. I, c. v, P. L., l’uniformité de croyance, nulle société ne pourrait se t. xvi, coi. 537. Et ils sont une multitude imposante, maintenir. Car supposons une communauté où chacun ceux dont l’esprit ne se prête pas aux opérations com­ entreprendrait le libre examen de tout ce qui est pliquées de la raison. « Leurs intelligences, dit New­ admis..., cette communauté serait non seulement man. seraient surmenées par le travail logique... Peu vaincue dans le combat pour l'existence, mais elle d'hommes ont assez de vigueur intellectuelle pour coor­ n'arriverait même jamais à se constituer, enfermant donner, dominer et tenir ferme sous le regard une dans son sein un principe de mort. » C. Bos, Psycho­ multitude de pensées différentes. Nous plaisantons sur logie de la croyance, p. 170. les « hommes d'une seule idée»;mais beaucoup d’enlre Corollaire : on ne devrait toucher aux croyances dont nous sont nés pour être de tels hommes, et seraient vivent de fait les sociétés qu’avec une extreme réserve, plus heureux s'ils le reconnaissaient. Pour une foule surtout quand on n’en a pas d'autres à mettre à la de gens, les preuves savantes ne servent qu’à rendre place; les poliliciens, qui sous couleur de science et de plus douteuse la chose dont ils étaient persuadés, et à progrès attaquent cet ordre de croyances, sont des diminuer beaucoup l impression qu’elle produisait. » malfaiteurs publics qui détruisent la société qu’ils gou­ Grammar of assent, c. tv, p.94. Parmi ces réfractaires vernent. de l’argumentation et de la critique, il faut compter 3» La croyance, épreuve de notre liberté. — En souvent les hommes d'action, si éminents d'ailleurs et cette vie où avant tout nous subissons l’examen de si nécessaires dans le monde. Armés de la croyance notre valeur morale, il convient que l’usage de notre simple et ferme, ils font merveille; et l’on a souvent liberté soit mis à l’épreuve dans l’ordre même de la noté l'efficacité de la croyance pour l’action, qui lan­ pensée, et que notre adhésion au vrai dans les ques­ guirait au contraire dans les perpléxités de la recherche tions qui intéressent notre vie morale, dépende de notre rationnelle et se perdrait dans ce labyrinthe. « A l’ori­ tendance générale au bien, et rentre ainsi dans la caté­ gine de toutes les grandes actions, dit Brunetiére, c’est gorie de la croyance. C’est ce qu'expriment admirable­ la foi, c’est une croyance que vous trouverez..., c’est-àment les paroles du Christ dans saint Jean, ni, 19, 20; dire quelque chose que l’on ne sait pas, mais dont on v, 44. n'est pas pour cela moins sûr, dont on se sent même Par là se trouve résolue une difficulté « qui existe à presque plus assuré, puisque enfin nous connaissons l’état latent dans beaucoup d’esprits », comme l’a re­ iiien quelques martyrs de la science, et je n’ai garde marqué Gladstone avec sa grande expérience de la vie. Ici d'en vouloir diminuer le mérite ou la gloire; mais On part de cette idée, que « la question religieuse, vu combien n'y en a-t-il pas davantage de leur croyance sa gravité, devrait nous être présentée avec la plus ou de leur foi! » Discours de combat, lrs série, p. 311. complète évidence; qu’il serait indigne de la religion Grâce à la croyance, ils ne seront pas non plus bannis chrétienne et de son auteur, de supposer qu’il nous a du patrimoine commun de vérité, ces esprits trop com­ donné une révélation sans l’accompagner des preuves plexes, trop raffinés ou trop craintifs, qu’une sorte de les plus parfaites ». Studies, 11“ partie, c. x, p. 359. vertige semble pousser au scepticisme : la volonté, De là une espèce de scandale, en voyant les preuves venant à l’aide de la raison malade, peufla délivrer des moins brillantes qu’on les avait rêvées. sophismes et des doutes. C’est à une semblable inter­ Mais, dit Gladstone, il ne s’agit pas de savoir si la vention de la volonté·, faite autrefois dans un moment révélation, avec son cadre de preuves, répond exacte­ critique, que les esprits les plus fermes doivent la pos­ ment à nos goûts, â nos désirs, à nos prévisions, mais session paisible des plus hautes vérités : c’est donc si elle est, oui ou non, une révélation de Dieu. Et si encore la croyance. Dieu n'a pas voulu nous donner une preuve aussi 2395 CROYANCE C R Y P T Ο - C A L V1NIS T E S grande que possible, nous devons nous contenter de celle qu’il nous donne, el qui est en harmonie avec le genre de certitude que nous avons dans d'autres ordres de vérités. Il ne faut pas. dit-il, partir de cette suppo­ sition a priori : « la force des preuves doit augmenter avec l’importance de la chose à prouver. » Ce principe est faux. De même que les opérations de l'arithmé­ tique restent les mêmes, indépendamment de la nature des choses à additionner, que ce soient des grains de sable ou des montagnes : de même les lois générales de la croyance restent les mêmes, indépendamment de la nature des objets à croire. L’importance d’un objet n’a d’autre elfet que d’augmenter, pour la volonté libre, l’obligation de bien diriger l'intelligence et de la délivrer des doutes déraisonnables, avec un senti­ ment plus vif de sa responsabilité. Gladstone ajoute : en matière religieuse surtout, l’évidence parfaite, celle qui enlèverait la liberté de douter, conviendrait moins qu'une manifestation inférieure de la vérité, laissant à la bonne volonté quelque chose à faire, et permettant d’honorer la parole divine avec plus de mérite. « Celui qui nous offre les raisons de croire, dit à son •our Newman, c’est un Dieu qui nous aime. 11 veut sans doute que nous les discutions du meilleur de notre esprit, mais, en faisant cela, que nous ne ces­ sions pas de l'aimer... En ne nous accordant qu'une évidence incomplète, il éprouve l'amour que nous por­ tons à ce qui en est l'objet. Peut-être encore c'est une loi de sa providence, de parler moins fort à propor­ tion qu’il promet davantage. » N'est-ce pas une loi de la connaissance humaine, que les procédés les plus indubitables et les plus reposants pour notre esprit inquiet, portent sur des objets moins grands el moins élevés, et que l’on perd en évidence ce que l’on gagne en étendue et en dignité de l’objet? « De tous nos sens, celui qui offre le plus haut degré de garantie, est celui du toucher; mais c’est aussi le plus étroitement limité, on peut dire qu'il ne dépasse guère une longueur de bras; » tandis que le sens de la vue, plus accessible au doute, va saisir les astres du ciel à une distance extraordinaire. Notre raison, elle, s'étend au delà même des astres, « au delà du domaine des sens et des frontières du temps présent; mais aussi procèdet-elle par voie de détours et d'approches indirectes. » Ses abstractions ne la satisfont pas elle-même, quand elle les compare à l'intuition: « elles se dessinent en traits pâles et mourants, comme des objets que l'on aperçoit sur un horizon lointain. » Dans son propre domaine, elle saisit plus indubitablement la quantité abstraite avec ses déductions mathématiques, que la réalité riche et vivante, le visible que l'invisible, le fini que l'infini; aussi donne-t-elle occasion à bien des gens de se désintéresser lâchement de tous les nobles pro­ blèmes. Enfin, les plus belles inventions du génie n’ont pas été obtenues par les procédés les plus rassu­ rants pour la raison ordinaire, et que l'analyse peut justifier, « mais par des voies si mystérieuses et si cachées, dans la complication infinie des pensées qui y tracent leur sillage, que la masse des hommes sont obligés de les accepter de confiance, jusqu'à ce que l’événement ou toute autre preuve définitivement acquise vienne leur donner raison. » Dès lors rien de plus naturel que la vérité divine exige, pour être atteinte, une méthode indirecte, moins tangible, moins à la portée de l'analyse, au risque de « servir de cible aux objections et aux railleries des sophistes. » University Sermons, serm. xi, n. ‘23, 24. On trouverait encore dispersés, dans une foule d'ou­ vrages, bien des aperçus intéressants sur la croyance. Notre ambition ne pouvait pas être de tout recueillir ici, mais seulement de débrouiller une matière natu­ rellement vague et confuse, et dïndiquei· les grandes '2396 lignes où tant d’autres riches matériaux pourraient so­ lidement s’encadrer. I. Théologiens et philosophes scolastiques et néoSCOI.astiques. — S. Thomas. Sum. theol. cum commentariis Cnjelani, Padoue, 1698; Pic de la Mirandole, Opéra Ofnnia, Venise, 1519, Apologia quteslionum, q. vm, De libertate cre­ dendi; Vega, Tridentini decreti de justificatione expositio et defensio, Venise, 1548; Baùez, Scholastica commentaria in //·■ //', Douai, 1615; Suarez, Opera omnia, Paris, 1858, t. xn, De fide; Vasquez. Opera omnia, Paris. 1905, t. i; Lugo, Opera omnia, Montauban, 1869, t. 1 ; Ysambert, Disput. in II" II', Paris, 1648; Haunold, Theologia speculativa. Ingolstadt. 1670; De Benedictis, Philosophia peripatetica, Venise, 1723, t. i ; Mayr. Theologia scholastica, Ingolstadt, 1732, 1.1 ; Philosophia peripatetica, Ingolstadt. 1739, t. i; Franzelin. Tractatus de di­ vina traditione et Scriptura, '2' édit., Home, 1875: T. Peseli, Institutiones loyicales, Fril>ourg-en-Brisgau, 1888; Didiot, Lo­ gique surnaturelle objective, Paris, 1892; Mailer, Psychology, Londres. 1890; Frick, Logica, 2· édit.. Fribourg-en-Brisgau, 1896; Christian Pesch, Prtelectiones dogmatics, Fribourg-enBrisgau. 1898, t. vm; Bainvel. La foi et l'acte de foi, Paris, 1898: Billot, De virtutibus infusis, Rome, 1901 ; Wilmers, De fide divina, Ratisbonne, 1902. II. Philosophie moderne. — Descartes. Œuvres philosophi­ ques. Paris. 1835: Pascal. Pensées, édit. BrunschwicgfLes grands écrivains de la France), Paris, 1904; Bossuet, De la connais­ sance de Dieu et de soi-même, dans Œuvres complètes, édit, tacliat, Paris. 1861, t. xxiu; Leibniz, Œuvres philosophiques, édit. Janet. Paris. 1866. t. I, Nouveaux essais sur l'entendement humain: Kant, Critique de ta raison pure, nouv. trad, franç., Paris. 1905, De l’opinion, de la science et de ta foi, p. 634 sq. Cf. Sanger. Kants Lehre vom Gtauben, Leipzig, 19u3. C'est surtout l'Angleterre qui développe l'étude philosophique de la croyance, au XIX' siècle. Sans parler de Hume, ni de l'École écossaise, nous citerons Hamilton, Lectures on Metaphy­ sics and Logic, Londres, 1866. t. iv ; Bain, Emotions and Will, trad, franç., 1885; Gladstone. Studies subsidiary to the works of Buller, Oxford, 1896; mais surtout Newman, Grammar of assent, édit. Longmans, Londres, 1892; trad, franç., Gram­ maire de l'assentiment, Paris. 1907. Cf. Brémund, Newman, psychologie de la foi, Paris, 1905 ; Saleilles, Newman, la foi et la raison, six discours empruntés aux discours univer­ sitaires d’Oxford, Paris, 1905; Baudin, La philosophie de ta foi chez Newman, 1907 ; W. G. Ward, dans les articles cités de la Dublin Review: Balfour, Les bases de la croyance, trad, franç. avec préface de F. Brunetière, Paris, 1897 ; Encyclopédie britannique, 9" édit., art. Belief. En France, ce n'est que vers la fin du xix· siècle que l'on aborde avec ampleur l'étude philosophique de la croyance : L. ΰΙΙό-Laprune. De la certitude morale, Paris, 1880 ; Maurice Blondel. Léon Ollé-l.aprune, Paris, 1899; Élie Rallier, Leçons de philosophie, 3· édit., 1888, t. I, Psychologie ; J. Payot. De la croyance, dans la Bibliothèque de philosophie contem­ poraine, Paris, 1896: Paul Janet, Principes de métaphysique et de psychologie, Paris, 1897, t. 1, p. 68 sq. ; t. H, p. 467 sq. : L. Roure, Doctrines et problèmes, Paris, 1900. p. 268 sq., lx problème de la foi chez M. Paul Janet: F. Brunetière, Discours de combat, 1" série. Paris, 1900. p. 295 sq., Le besoin de croire; A. Bazaillas. La crise de la croyance dans la philo­ sophie contemporaine, Paris, 1901; C. Bos, Psychologie de la croyance, dans la Bibliothèque de philosophie contemporaine, Paris, 1902; Th. Ribot. La logique des sentiments, dans la môme Bibliothèque, Paris, 1905; Vocabulaire technique et cri­ tique de philosophie, publié par le Bulletin de la Société fran­ çaise de philosophie, en cours de publication. arL Croyance. S. Harem. CRYPTO-CALVINISTES ou PHILIPPISTES. - Appellation donnée aux réformés allemands, partisans de la doctrine mitigée de Philippe Mélanchthon. Toute sa vie. ce collaborateur de Luther s’était efforcé de concilier les partis extrêmes; déjà en 1530, afin de rapprocher catholiques et luthériens, il se signala dans la Confession d'Augsbourg par plusieurs coin promissions; ainsi il professait sa foi à la présence réelle de Christ dans le sacrement de TauteJ, mais il rejetait la transsub­ stantiation, et le caractère de sacrifice propre â la messe, qu'il déclare trop longue et qu’il faudrait abandonner. Après avoir essayé d'abord de se rapprocher des catho­ liques, il s’efforça ensuite de s’accommoder avec les sacramentaires. Dans ce but, il apporta à l'édition de 10 k1 2397 CRYPTO-CAL VINISTES de la Co.ifession d'Augsbourg, appelée Variata, quelques modifications surtout à l’article de la cène; mais Luther le lui reprocha vivement et les Églises luthé­ riennes ne l'acceptèrent jamais, aussi Mélanchlhon n'osa pas continuer ses concessions. Lorsque Luther fut mort en 1646, bien qu’il répugnât tout d'abord aux idées zwingliennes, Mélanchlhon se laisse entrainer par son désir de tout concilier; au lieu de continuer à soutenir le dogme luthérien de l’ubiquité, il n'ose s'expliquer clairement sur la cène, de peur d'augmenter les dis­ putes parmi les réformés; il biaise sur la question de la présence réelle : à son sens, le corps du Christ n’est présent que dans celui qui reçoit l'eucharistie, et non dans, sous ou avec les espèces, c’est ce qu'il expose dans sa nouvelle Confession appelée saxonique. Cette tendance de conciliation à tout prix déchaîna contre lui les attaques des luthériens stricts, ils préten­ dirent qu’il cherchait à substituer insensiblement, dans l’Église d’Allemagne, le calvinisme au luthéranisme et ils traitèrent ses partisans de crypto-calvinisles, ou calvinistes dissimulés, ou encore philippistes. La lutte éclata surtout lors des intérim d'Augsbourg et de Leipzig où furent essayées de nouvelles concilia­ tions. A Augsbourg, en 1548, les réformés de la Westphalie et des pays du Rhin obtinrent le mariage des prètreset lacominunion des laïquessouslesdeuxespéces; mais bientôt à l’intérim de Leipzig, l’électeur de Saxe obtint des concessions beaucoup plus larges qui furent publiées dans tout le pays; Mélanchlhon y avait éludé les questions les plus discutées : tout en semblant reconnaître la primauté d’honneur du siège de Rome et les sept sacrements, il présentait la plupart des anciens usages catholiques si délestés par les ré­ formés, comme choses indifférentes, ni bonnes ni mauvaises, adiaphora. Voir Adiaphoristes. De même, dans le mémoire envoyé à François Ier sur la Confession d’Augsbourg, il rangeait la transsubstantiation parmi ces questions sans importance indignes de faire l’objet d'une controverse. Cette fois, plusieurs théologiens de Wittemberg s’insurgèrent violemment contre cet excès de faiblesse, 1549. Tels furent surtout Arnsdorf et Matthieu Flacius Illyricus, qui, retiré à Magdebourg, démontra avec éloquence qu’en matière de foi il ne peut exister d'adiaphora : dès qu’il y a obligation de croire, la chose la moins importante n’est plus indiffé­ rente. De veris et falsis adiaphoris. Aux ardentes attaques de Flacius contre le crypto-calvinisme, se Joignirent en 1552, celles des théologiens de Hambourg et de Brème; bientôt il y eut en Saxe un véritable soulèvement religieux. Pendant ce temps. Mélanchlhon achevait sa Confession saxonique qu’il devait présenter au concile de Trente, il était en route pour se rendre à cette assemblée quand la révolte de Maurice de Saxe contre Charles-Quint obligea de suspendre les sessions, 1552. Les dernières années de sa vie se passèrent à discuter sans fruit avec les luthériens ubiquitaires; l’année d'avant sa mort, il fut encore pris à partie par Flacius dans sa Solida et confutatio condemnatio prae­ cipuarum corruplelarun, sectarum, etc., il y condam­ nait toute déviation de la pure doctrine luthérienne; ai­ gri par toutes ces luttes, Mélanchthon mourut le 19 avril 1560. Il avait alors à peu près adopté les idées de Calvin sur la cène et il laissait comme héritiers de sa doctrine crypto-calviniste uncertain nombre de théolo­ giens de AViltemberg, tels que Krell, Georges Major, Eber et surtout son propre gendre, Kaspar Peucer. Médecin du prince-électeur Auguste, ce dernier pro­ fila de son influence pour faire adopter en 1564 comme loi de l'État un recueil des Confessions de Mélanchlhon publié en 1560 sous le titre de Corpus doctrinæ philippicum seu misnicum. L’électeur lit même expul­ ser de l'université d’iéna deux partisans trop ardents de Luther, Hesshus el Wiegand ; plusieurs autres 1 i I I ! CUDSEM 2398 professeurs furent destitués. Cependant la liaison i·.· Peucer avec le calviniste Hubert Languet attira l’atten­ tion sur lui; ses adversaires l'accusèrent d'être-1 a u l ,r d'une Exegesis perspicua de cama Domini reproduisant la stricte doctrine de Zwingle. Il fut donc cité à Dresde en 1574 et mis en prison; alin d’en sortir, il signa une déclaration dictée par ses propres juges, où il avouait avoir formé un complot pour faire triompher le calvi­ nisme en Saxe. Il resta enfermé deux années; après quoi il devint médecin du duc d’Anhalt. Un grand nombre de ses partisans furent aussi exilés ou empri­ sonnés : ce fut le temps de la grande persécution des crypto-calvinistes. Une médaille fut frappéeen l'honneur de cette victoire de la « pure » doctrine de Luther, et pour la fortifier davantage, su:· la demande de l'élec­ teur de Saxe, le chancelier de Tubingue Andréa·, le surintendant de Brunswick Chemnitz composèrent la Confession de Torgau, revisée à Bergen, puis à Magde­ bourg, 1577. Cette concorde fut réunie en 1580 à la Confession d’Augsbourg, aux articles de Smalkalde et au catéchisme de Luther de 1529. sous le nom de Formules concordiæ, alin de protéger la vraie foi luthé­ rienne contre toute nouvelle tentative des philippistes; néanmoins elle fut rejetée par plusieurs États et la querelle continua. Sous le nouvel électeur Christian I"r, 1586, le cryptocalvinisme redevint prépondérant en Saxe; l’ami de Peucer. Nicolas Krell, devenu ministre, nomma à toutes les cures des partisans de sa doctrine; mais lorsque l’électeur mourut en 1591, le régent Guillaume d’Altenbourg était luthérien zélé, aussi le chancelier Krell fut-il puni de sa tentative de réforme par la prison, puis par la mort, 1601. Le régent lit aussi rédiger en 1592 par le théologien luthérien Gilles Hennius les Articles de visite, auxquels tous les fonctionnaires ecclésiastiques ou civils de Saxe furent contraints d'adhérer; la « pure » foi de Luther y était rétablie, et la doctrine de Calvin sur la cène et sur la grâce directement condamnée. De nouveau les crypto-calvi­ nistes furent poursuivis de toute manière, recherchés, dénoncés par les luthériens zélés; bientôt ils disparurent de Saxe, mais persistèrent plus longtemps dans le Palalinat. Gœschell, Die Concordien formulae, Leipzig, 1858; Frank, Die Théologie der Concordien formulæ, Erlangen, 1858; Corpus reformatorum, Melanchthonii opera, Halle, 1834-1850, 28in-i·, t. t-vn; Hering, Geschichte der kirchlichen Unionsversuclie, 1836; Pastor, Die kirchlichen Reunionsbestrebungen wàhrend der Regierung Karls F, 1879 ; Ranke, Deutsche Gcschichle im Zeitalter der Reformation, 1867; W. Prager, .V. Flavius Illyricus und seine Zeit, Leipzig, 1859; Henke, Kaspar Peucer und Nik. Krell, Marbourg, 1865; Callnich. Kampf und Unle··gang des Melanchlonismus in Kursachscn, Leipzig, 1866; Ch. Pfender. La Confession d'Augsbourg, Paris, 1872; Bossuet, Histoire des variations ; Janssen, L'Allemagne et la Réforme, trad. Paris, 1889, t. u; 1892, t. ni : 1895. I. iv, passim: Félix Kuhn. Luther, sa vie, son œuvre, 3 in-8-, Paris. 1883; Kirchenlexikon, art. Kryptocalvinisten, t. vu, cul. 1234-1237; Hcidencyclopàdie, art. Philippislen, t. xv. p. 322-331. L. LœVENBBUCK. CUADRADO François, théologien espagnol île l’ordre des augustins, né à Villasarrino (Palencia) en 1814. H mourut dans les missions des Philippines. On a de lui : Compendium tractatuum de virtutibus, do­ nis, bealitudinibus ac frudibus, tum in genere, tum in specie, ex præclariorum doctorum, praesertim M. P. Augustini ac divi Thomæ Aquinatis doctrina desumptum atque concinatum, Madrid, 1877. Morat, Catalogo de escritores espanoles, Portuguese*, y americanos, dans la Ciudad de Dios, 1901. t. Lt. p. 440-441. A. Palmieri. CUDSEM Pierre, théologien catholique allemand, né près de Dusseldorf, mort le 9 juillet 1649. Il appar­ tenait à une famille calviniste et pendant quatre années 2399 C L'D SE Μ étudia la théologie avec des professeurs appartenant i cette secte. Au cours d’un voyage, il vint à Avignon et s’y convertit au catholicisme changeant son nom de Samuel en celui de Pierre. Ce fut alors qu'il publia : De desperata Calvini causa tractatus brevis, lectu non minus utilis atque jucundus in quo seelie calvinisticæ non tam picta effigies quam vivunt corpus cuivis spectandum ad oculum exhibetur, in-8», Mayence, 1609; une 2e édition sous le titre : Vitium speculum in quo vera et apostoliea Christi Ecclesia cuivis intro­ spicienti ad oculum clare apparet pontificiorum, lutherannrum et calvinistariim trino calculo approbata, in-12, Cologne. 1610. Pierre Cudsein est aussi l'auteur des deux ouvrages suivants ; Liber apologeticus, in-8”, Cologne, 1612; Triumphus super desperata Calvini causa, Cologne, 1617. Il était docteur en théologie, chanoine de Saint-Georges et de Notre-Dame du Capi­ tole à Cologne. Huiler, Nomenclator, 3· édit.. 1907, t. ut. col. 1019-1020. B. Ηεγπτεβιζε. CUDWORTH Ralph (1617-1688), philosophe et théologien anglais, naquit à Aller, dans le Somerset­ shire, en 1617; son père était recteur de cette paroisse, et chapelain du roi Jacques I". A quinze ans. l'enfant entrait à cette université de Cambridge qu'il ne devait plus quitter; au milieu des sanglantes révolutions qui bouleversèrent sa patrie, il mena dans le calme le plus parfait sa vie d’étude et d'enseignement. Magister ar­ tium en 1639, et fellow d’Emmanuel College où il avait été élevé, il avait sous son toit de nombreux pen­ sionnaires. parmi lesquels William Temple. En 1645, il devint regius professor d’hébreu, et en 1654 master, ou principal, de Christ’s college. En 1655, il fut mem­ bre d'un comité qui devait rédiger les statuts du col­ lège de Durham, et en janvier 1657, consulteur d’une commission de membres de la Chambre des Communes chargée de reviser la traduction anglaise de la Bible; sa grande influence auprès de Thurloe, secrétaire d'Etat sous les protecteurs Olivier et Richard Cromwell, lui permit de faire arriver aux premiers postes de l’Eglise et de l’État ses meilleurs élèves. En 1678, tout en con­ servant sa situation à Cambridge, il obtint une prébende à la cathédrale de Gloucester; il mourut le 20 juin 1688, et fut enterré à Cambridge dans la chapelle de Christ's college. Birch, An account, p. 7 sq. ; Leslie Ste­ phen, dans Dictionary of national biography ; Janet, Essai, p. 9 sq. Cudworth est un des principaux représentants du groupe connu sous le nom de « plalonistes de Cam­ bridge », opposés aux péripatéticiens qui dominaient â Oxford. De ses premières années, on n'a conservé que quelques opuscules théologiques. Discourse concer­ ning the true notion of the Lord's supper, 1642. Ce traité est destiné à combattre la notion catholique du sacrifice eucharistique. « Ce banquet sacré que le Christ a ordonné aux siens de célébrer, et que nous appelons la cène du Seigneur, ressemble à ces banquets que les Juifs et les autres peuples de l’antiquité célébraient après leurs sacrifices; le Christ, en mourant sur la croix, a offert pour nous un véritable sacrifice à Dieu son Père; la sainte cène n’est autre chose qu'un ban­ quet sacrificial, dont la victime offerte est la matière; banquet symbolique, répété en mémoire de ce grand el unique sacrifice toujours présent à Dieu, et doué de la même puissance salutaire que s'il se renouvelait chaque jour pour nous. » Mosheim, Opera, l. π, p. 842. Dans cet ouvrage Cudworth témoigne d’une grande connais­ sance des religions de l’antiquité. The union of Christ and the Church a shadow, 1642. Ce traité montre les rapports symboliques qui existent entre le mariage chrétien et l’union du Christ avec son Eglise. Mosheim, Opera, t. n, p. 887 sq. L'ouvrage qui a fait la réputation de Cudworth est CU I) WORTH 2400 une importante réfutation de l’athéisme et du matéria­ lisme intitulée : The true intellectual system of the universe. Elle ne parut qu’en 1678, bien que l’impri­ matur lui ait été accordé dès 1671. L’auteur avait conçu primitivement un vaste plan qui devait, dit-il dans sa préface, être la réfutation complète des trois écoles qui, à son époque, s’efforçaient de ruiner la croyance à la liberté et à la spiritualité de l’âme, matérialisme qui supprimait, avec l’idée de Dieu, celle de toute substance spirituelle ; fatalisme religieux ou théologique, qui fai­ sait dépendre de la volonté arbitraire de Dieu les no­ tions de bien et de mal, de juste et d’injuste; fatalisme stoïcien qui, sans nier la providence et ta justice divine, s’efforçait de les confondit· avec les lois de la nature et de la nécessité. True intellectual, préf., t. i, p. 33 sq. Cf. Janet, Essai, p. 12. La première partie seule de ce plan est traitée dans le True intellectual system, tout entier consacré à la réfutation de l'athéisme et du matérialisme. Après avoir décrit les diverses sortes d’athéisme que présente l’antiquité païenne, Cudworth propose, pour les réfuter, son fameux système de la nature plastique. « C'est, dit-il. une certaine vie, inférieure à la vie ani­ male, agissant sous la direction de l'intelligence, raison et sagesse divine... pour des fins et pour un but bien déterminés, bien qu’elle-même ne se rende pas compte des raisons de son action... opérant fatalement, suivant les lois que lui prescrit l'intelligence infinie... Cette nature plastique est, soit une faculté inférieure de quelque âme consciente, soit une âme inférieure, en tout dépendante d'uiye intelligence supérieure... Bien que la moindre des vies, elle en est une cependant, distincte du mouvement local, et comme telle, imma­ térielle, toute vie devant être immatérielle. » True in­ tellectual, Ht, 37. 26, t. t, p. 271 sq. Cudworth déve­ loppe trois preuves de l’existence de Dieu : l'idée d'un être infiniment parfait; la nécessité d’une cause pre­ mière de toutes choses ayant en elle-même la raison de son existence; les idées et vérités éternelles. True intellectual, v, 1, 2, t. lit, p. 48 sq. Il y joint le témoi­ gnage de tous les peuples, qui porterait, d'après lui, même sur les dogmes précis de l'unité de Dieu et de la création; le polythéisme ne serait, en réalité, que l'adoration d'un même Dieu considéré dans ses divers attributs. Platon et les Alexandrins auraient eu sur la Trinité des idées analogues aux nôtres, t. i, p. 369 sq.; t. il, p. 321, 389, 409. Le True intellectual system eut un grand succès, mais fut aussi très discuté. Un catholique protesta contre l’interprétation que Cudworth donnait du poly­ théisme, el les prétendus emprunts que le catholicisme aurait faits aux cultes païens. Letter to M. R. Cud­ worth, 1679. D’autres, anglicans ceux-là, attaquèrent la comparaison de la trinité platonicienne avec la trinilé chrétienne, et accusèrent l'auteur d'arianisme, de soci­ nianisme et de déisme; d'autres estimèrent que les erreurs anciennes avaient été exposées par Cudworth avec tant de force que les réponses qu'il leur opposait paraissaient débiles. La cour libertine de Charles II lit à l'ouvrage une assez vive opposition. Ces critiques découragèrent l’auteur, qui renonça à publier le reste de son travail. Cinq volumes de ses manuscrits, con­ servés au British Museum, traitent du libre arbitre et des fondements de la morale; deux autres sont un commentaire de la prophétie de Daniel. Birch, An ac­ count, p. 24 sq. Un de ces traités fut publié en 1731 par Chandler, évêque de Durham, Treatise concerning immutable morality, reproduit à la suite du True intellectual system, t. ni, p. 517 sq. Cudworth y sou­ tient que les idées de bien et de mal, de juste et d'in­ juste, sontdes principes nécessaires, qui ne dépendent pas de la volonté arbitraire de Dieu, ni à plus forte raison des lois humaines; il réfute les théories erronées 2401 CUDWORTH CULLEN 2402 sul d’Angleterre, ami des triumvirs, Cullen recourut aux bons offices de Cass, consul des Etats-Unis, et celui-ci obtint que le collège, où se trouvaient plusieurs jeunes étudiants de sa nation, fût maintenu. Maziere Brady, The episcopal succession, t. i, p. 345 sq.; O’Byrne, Lives of the cardinals, p. 16 sq. ; Fitz-Patrick, Life of Dr Doyle, t. i, p. 76. L'énergie et l’habileté dont Cullen avait fait preuve dans ces difficiles circonstances achevèrent de le mettre en évidence. Dès l’année 1834, son maître, le Dr Doyle, évêque de Carlyle, l’avait demandé pour son coadjuteur avec succession « comme un homme éminent pour sa piété, sa doctrine, et son art de manier les allaires les I. Sources. — L’édition la plus récente du True intellectrial plus difficiles et délicates »; si les voles du clergé de system est celle de Harrison, 3 in-8·, Londres. 4845. Elle com­ Carlyle s'étaient portés sur d'autres candidats, l’indica­ prend, avec le texte de Cudworth. la traduction anglaise des notes tion n’avait pas été perdue. Fitz-Patrick, Life of Dr et dissertations de .Mosheim. Elle est précédée de VAccount Doyle, t. n, p. 497. Aussi, lorsqu’en 1849 le D' Crolly. de Birch, suivie du Treatise concerning immutable morality. archevêque d’Armagh et primat d’Irlande, eut été em­ En 4733, .Mosheim donna, à léna, la traduction latine des œuvres de Cudworth, alors imprimées, avec des notes et dissertations porté par le choléra, Pie IX donna son siège à Cullen fort érudites; réédition â Leyde en 1773. Un bon abrégé du True qu’il préférait aux trois ecclésiastiques désignés par le intellectual system a été publié à Londres, en 1706, par Tho­ chapitre d’Armagh. Le 24 février 1850, l’élu fut consa­ mas Wise. cré à Sainte-Agathe des Golhs par le cardinal Castrail. Travaux. — Bayle, Œuvres diverses, La Haye, 4727, cani, et data de Rome sa première lettre pastorale où t. m, iv: Birch, An account of the life and writings of il dénonçait les sociétés secrètes « qui sous prétexte de R. Cudworth (en tète de l’édition Harrison): Franck, art. Cudliberté s’attaquent aux pouvoirs établis de Dieu même. » worth, dans le Dictionnaire des sciences philosophiques, p. 325-329; P. Janet. Essai sur le médiateur plastique de CudLe 13 mai 1850, il faisait son entrée dans son diocèse Wurth. Paris. 4860; Le Clerc, Bibliothèque choisie, Amsterdam. O’Byrne, Lives, p. 20. 4703 sq., t. i-ix; Leslie Stephen, art. Cudworth, dans le Diet, En même temps que l’archevêché d’Armagh, Pie I.X of nat. biography, t. HI, p. 271 sq.; -Martineau, Types of ethi­ avait confié à Cullen la mission de convoquer et de cal theory, Londres, 1885, t. II, p. 396 sq. ; Mosheim, Vita présider, en qualité de délégué apostolique, le Ier con­ R. Cudworth, en tète des Opera: Scholl, art. Cudworth, dans cile national qui se fût réuni en Irlande depuis 1642. Reulencyklopadie, t. iv, p. 347 sq. ; Tulloch, Rational theo­ Ce concile s’ouvrit au séminaire de Thurles en juin logy. Londres, 1874, t. n, p. 492 sq. 1850. J. de la Serviere. En 1852, l’archevêque de Dublin, Mar Murray étant CULLEN Paul, cardinal, archevêque de Dublin, mort, Cullen fut choisi à l’unanimité comme dignissi­ naquit le 27 avril 1803 à Prospect, dans le comté de mus par le clergé du diocèse pour lui succéder, el le Kildare en Irlande, d'une famille de riches agriculteurs. 1« mai de celte année ce vote fut sanctionné par la Pro­ Il fut élevé au collège catholique de Carlow, où il eut pagande, le 3 mai par Pie IX. En passant d’Armagh à pour maître le célèbre docteur Doyle, plus tard évêque Dublin, le prélat gardait son titre de délégué aposto­ de Kildare, l'un des controversistes les plus distingués lique pour l'application des décrelsdu concile de Thur­ de son temps. Doyle devina bien vite les ressources du les et l’établissement de l’université catholique d’Irlande. jeune etudiant, et l’envoya à Rome, en novembre 1820, En 1853, il tint un concile provincial à Dublin; le pre­ se préparer au sacerdoce, au collège Urbain de la Pro­ mier où les évêques du Leinster aient pu se réunir pagande. Le 11 septembre 1828, Cullen terminait dei depuis la réforme. Ce concile se déclara nettement ■ ludes très brillantes par la soutenance publique de contre la participation des prêtres à l’agitation politique 224 thèses De universa theologia. Léon XII, qui prési­ connue sous le nom de Tenant league. Cette opposition, dait l'acte, conféra le bonnet de docteur au défendant qui ruina la League, lui enlevant l’appui du clergé, après l’avoir chaudement félicité. Prêtre l’année sui­ blessa au vif les ardents catholiques qui la dirigeaient. vante, Cullen, après quelques années de professorat au Frédéric Lucas, le rédacteur en chef du Tablet, alla collège irlandais, en fut nommé recteur. porter leurs plaintes â Rome, et Cullen dut s’y rendre Dés lors, il devient à Rome l’agent des évêques irlan­ pour fournir des explications à la Propagande. Il eut dais et est consulté par Grégoire XVI sur toutes les gain de cause; mais sa popularité souffrit beaucoup des affaires de son pays. C’est ainsi qu’en 1814, il empêche violentes polémiques engagées à cette occasion. Gavan une condamnation de l’agitation d'O'Connell que Peel avait sollicitée du pape; elle est remplacée par une ' Duffy, League of Korlh and South, p. 303 sq., 344 sq. ; lettre au clergé irlandais, l’engageant à s’abstenir des Kervyn de Volkaersbeke, La lutte de l’Irlande, p. 2185 sq.; de Pressensé, L'friande, p. 400 sq. luttes politiques. Nemours Godré, O'Connell, p. 355; Aplus forte raison l’archevêque de Dublin condamnaCorrespondence of D. O’Connell, édit. Fitz-Patrick, t. n, p. 334; de Pressensé, L'Irlande, p. 251. Lorsqu'on 1845, | t-il quelques années plus tard les attentats des Fénians; le 5 juillet 1865, les « Fraternités des Fénians » furent Robert Peel institua en Irlande trois collèges de la Reine, pour l'enseignement supérieur, dans lesquels [ déclarées illicites par Rome,et tout catholique reçut la défense d’y appartenir sous peine d’excommunication. l’instruction devait être strictement « non sectarienne », Kervyn de Volkaersbeke, La lutte de l'Irlande, p. 291 Cullen prit franchement parti pour O'Connell et ceux sq. ; de Pressensé, L’Irlande, p. 425. S’il était l’ennemi des évêques irlandais, qui condamnaient ces collèges des violences, Cullen, fidèle aux traditions dO’Connell, comme des écoles sans Dieu; el il contribua à obtenir soutint toujours la résistance légale aux mesures oppres­ la condamnation portée contre eux par la Propagande sives dont l’Irlande souffrait depuis trois siècles. C’est le 9 octobre 1847. Collectio Lacensis, t. ni, col. 802. ainsi qu’il encouragea, dans une pastorale du mois de Cf. de Pressensé, L’Irlande, p. 257. mai 1866, les pétitions adressées par les catholiques La révolution romaine vint bientôt donner à Cullen d’Irlande au parlement pour obtenir le « désétablisse­ l’occasion de montrer toute sa valeur. De mai 1848, ment » de l'Eglise anglicane en Irlande: le 26 juillet après le départ des jésuites, à janvier 1849, il eut la 1869, cette mesure, volée par les deux Chambres, était lourde charge de recteur du collège de la Propagande, approuvée par la reine Victoria. Killen, Ecclesiastical Mazzini était alors maître de Rome et avait décrété la history, t. n, p. 538 sq. fermeture de ce grand établissement. Se défiant du con­ III. - 76 DICT. DE TllÉOL. CATIIOL. des anciens à ce sujet, et termine en exposant les dif­ férences qui séparent la connaissance sensitive de la connaissance intellectuelle. Quelques années après la mort de Cudworth une vive controverse s'engagea de nouveau au sujet de ses théories. Bayle, dans sa Continuation des pensées diverses sur les comètes, dans Œuvres, t. m, p. 216 sq.. prétendit que le True/intellectual system fournis­ sait des arguments à l’athéisme. Jean Le Clerc et lady Masham, fille de Cudworth, prirent la défense de l’au­ teur, et la controverse se prolongea. Œuvres de Bayle, t. iv, p. 183, 853 sq. Cf. Janet, Essai, p. 58 sq. 2iO3 CULLEN — CULTE EN GÉNÉRAL L’archevêque s’occupa activement, en 1868, de l’orga­ nisation du bataillon de Saint Patrick qui, sous le com­ mandement d'O’Reilly, prit une grande part à la défense des États pontificaux. O’ Byrne, Lives, p. 25. L'université catholique d'Irlande s'ouvrit à Dublin, le 4 juin 1854. avec John-Henry Newman pour premier recteur. Pour préparer l’œuvre, celui-ci exposa dans plusieurs discours prononcés à Dublin, en 1852, ses idées sur le rôle que devait jouer une université catho­ lique; ils ont été réunis en volume sous ce titre : Idea of a University. Plusieurs illustres convertis, Allies, Aubrey de Vere, Thomas Arnold, furent appelés par Newman à collaborer à son entreprise. Malheureuse­ ment, plusieurs évêques irlandais avaient, contre les personnes et les idées des convertis d’Oxford, de fortes préventions, et ne soutenaient qu’à contre-cœur l’uni­ versité dirigée par eux. Le litre épiscopal que Cullen, d’accord avec Wiseman, avait demandé à Rome pour le recteur de Dublin, ne fut pas accordé; les étudiants anglais, sur lesquels on avait compté, ne vinrent pas. Après quatre années de lutte, Newman se retira (1858). Privée du seul homme qui eut pu assurer son avenir, n’ayant pas le pouvoir de conférer les grades, l’univer­ sité de Dublin n’a plus fait, depuis lors, que végéter. En 1866, Cullen tenta vainement de lui obtenir la recon­ naissance officielle. Cf. Thureau-Dangin. La renais­ sance catholique en Angleterre, t. n. p. 277 sq. ; Killen, Ecclesiastical history, t. it, p. 526. Cullen reçut la pourpre romaine au consistoire du 22 juin 1866 avec le titre de Saint-Pierre in Montorio; ce fut le premier cardinal de race irlandaise résidant en Irlande. O'Byrne, Lices, p. 26. Au concile du Vatican, l’archevêque de Dublin prit place dans les rangs de la majorité; il lit partie de la congrégation pour l’examen des propositions des Pères. Collectio Lacensis, t. vu, p. 710. C’est surtout à propos du schéma De Ecclesia que son intluence se fit sentir. Le 19 mai, dans la 54' congrégation, il répondit aux difficultés présentées contre l’ensemble du schéma. Le 18 juin, il proposa, dans la 73e congrégation, pour le c. iv qui devait contenir la définition de l'infaillibilité pontificale, une rédaction qui fut adoptée avec quelques modifications. Ibid., p. 1645, cf. p. 485. Aussi le 18 juil­ let 1870, après la définition du dogme de l'infaillibilité, il reçut une adresse signée de trente archevêques et évêques de race irlandaise, lui ofi'rant « leurs cordiales félicitations pour avoir, avec doctrine et succès, défendu au concile les droits du Saint-Siège et les traditions de l’Église d’Irlande sur cette matière. » Ibid., col. 1517. De retour à Dublin, Cullen fut bientôt l’objet d’une attaque, qui eut un grand retentissement dans tous les. pays de langue anglaise. Un prêtre irlandais, 0' Keelfe, suspendu par lui, le traduisit pour abus de pouvoir devant ta suprême cour de justice irlandaise. Le car­ dinal se défendit lui-même, et avec tant d’éclat, qu’il ne fut condamné qu'à un farthing d'amende (2 centimeset demi). Les détails de ce procès ont été publiés par Kirkpatrick, The 0' Kee/fe trial, Londres, 1874. En 1875, Cullen el ses sulTragants publièrent une lettre pastorale contre les doctrines matérialistes de Tyndall; les journaux protestants eux-mêmes en firent l'éloge. En août 1875, le cardinal convoqua le synode national de Maynooth, qui condamna le vieux-catholi­ cisme et le libéralisme, et renouvela les prescriptions précédentes sur l’altitude que devaient garder les prê­ tres dans les luttes politiques. Les évêques s’engagèrent à marcher de concert pour accepter les lois votées par le parlement anglais sur des matières religieuses, ou pour leur résister. Défense fut faite à tout prêtre, sous peine des censures, de déférer à un tribunal laïque une cause ecclésiastique. Cf. Acta el decreta synodi plenartæ... habille ajnid Maynutiam, Dublin, 1877, p. 62, 119. 123, 128, 138. 2i0i Cullen arriva trop tard à Rome pour prendre parlai! conclave qui élut Léon Xlll; il put du moins rendre hommage au nouveau pape; il mourut presque aussitôt après son retour à Dublin, le 24 octobre 1878. La presse anglaise, protestante aussi bien que catholique, rendit hommage à sa doctrine et à ses vertus. Cf. Times, 25 octobre 1878. Un journal nationaliste irlandais, le Freemans Journal, définissait ainsi son altitude dans les polémiques qui lui avaient aliéné plusieurs de ses diocésains : « Il aima ardemment son pays; et il l'aima à la façon d’O’ Connell. >· (25 octobre 1878.) Les Œuvres du cardinal Cullen ont été publiées à Dublin en 4883. Fltz-Palrick, Correspondence ο/' Daniel O'Connell, Lon­ dres, 1888: Id., Lifo, times ami correspondence of D' Doyle, Dublin, 4880; Gavan DutTy, The league of North and South, Londres. 4886: Kervyn de Volkaersbeke, La lutte de I'lrlatule, Lille, s. d. : Killen, The ecclesiastical history of Ireland, Lon­ dres. 4875; Maziere Brady, The episcopal succession in England, Koine. 4875 sq. : Nemours Godré, O'Connell, Paris, 4890; O'Byrne, Lives of the cardinals, Londres, 4878; F. de Pre— sensé, L'Irlande et l'Angleterre, Paris, 4889; The Tablet, 2 novembre 4878, p. 547, 549, et supplément; Thureau-Dangin. La renaissance catholique en Angleterre, Paris, 4903, t. Il; articles de Beliesheim dans le Firchenlexikon, de Thomson Cooper dans le Dictionary of national biography. .1. DE LA SEBVtÈBE. I. Notion et diverses formes. IL Nécessité et précepte du culte en général. III. Culte de Dieu et de la Trinité. IV. Culte de JésusChrist. V. Histoire du culte. VI. Erreurs doctrinales relatives au culte. I. Notion et diverses formes. — La vertu de reli­ gion, comme toutes les autres vertus, est une activité vivante de l’âme humaine. Sa vie se manifeste par le culte. Celui-ci appartient donc à la vertu de religion (voir ce mot) comme son activité, sa manifestation, sa vie. D’un commun accord, les théologiens, à la suite de saint Jean Damascène, Oral., ut, de imaginibus, n. 26, P. G., t. xciv, col. 1346, de Lessius, De virtutibus moralibus, L II, c. xxxvi, Louvain, 1605, p. 452, de de Lugo, De incarnatione, disp. XXXIII, sect, i, Venise, 1718, p. 302; De justitia et jure, disp. XIV, sect. 1, Venise, 1718, p. 238, avec Franzelin, De Verbo incarnato, th. XLV, Rome, 1874, p. 456, définissent le culte « une marque de soumission en reconnaissance de la supériorité et excellence de quelqu’un », nota submissionis ad agnitam excellentiam alterius. Fran­ zelin, loc. cit. Reprenons les multiples éléments de cette définition ; ils nous suggéreront des considérations où s’éclairera el se précisera la notion du culte, ou se distingueront ses divers aspects. 1° Nous avons parlé de la supériorité et excellence de quelqu’un. — 1. lin être, en efiet, peut manifester son excellence et sa supériorité de plusieurs façons et dans différentes sphères. Il peut être supérieur, éminent, par sa valeur personnelle. C'est un génie dont la science est immense, les intuitions merveilleuses et qui ouvre à l’humaine connaissance des horizons jusque-là insoupçonnés; c’est un héros dont le caractère et l'énergie s’imposent à l’admiration de tous el qui par la perspicacité et la puissance de son vouloir a triomphé de difficultés inouïes; c’est plus simplement un colosse dont la constitution physique el les muscles d’acier rappellent les géants d’autrefois : valeur intellectuelle, valeur morale, force physique en imposent et s’impo­ sent et donnent naissance à un sentiment d'admiration mêlé de déférence et de respect qui est un culte. Ces héros deviennent facilement des entraîneurs, et le lien qui soumet à leur ascendant les foules dociles est culte (culte individuel). — Un homme peut être supé­ rieur par la fonction qu’il remplit dans la famille : c’est un père; il a fondé un foyer, il le gouverne par celte autorité qu’il tient du contrat solennel conclu devant Dieu avec son épouse ou du fait de la procréa­ ■1. CULTE EN GÉNÉRAL. ‘2405 CULTE EN GÉNÉRAL 2406 tion de ses fils. Sa femme, ses enfants reconnaissent « Le cœur de Jésus, c’est Jésus-Christ même adoré sous son autorité, la respectent, témoignent de leur soumis­ le point de vue du cœur, de l'amour ; comme le pré­ sion ou de leur pieté liliale. C’est encore un culte cieux sang, c'est Jésus-Christ tout entier adoré sous (culte familial). — Si un homme a une mission so­ l'aspect du sang versé, du sacrifice; comme le culte du ciale et occupe dans la nation une charge qui le rend corps de Jésus est le culte de la personne de Jésusle chef de ses concitoyens, ceux-ci reconnaissent son Christ sous ce point de vue du corps immolé pour autorité et le prestige qui l'entoure, et manifestent nous; comme le culte de la croix est, au fond, le publiquement leur déférence pour sa personne; ils culte de Jésus-Christ sous le symbole de sa mort. pratiquent ainsi les actes d'un culte réel (culte social, Toujours vous avez devant vous la personne de Jésusqui peut se décomposer en autant de formes que la Christ tout entière, et non pas un lambeau de sa société nationale peut contenir d’associations particu­ personne. » Ch. Sauvé, Le culte du Sacré-Cœur, lières constituées pour poursuivre l'une quelconque 1” élévation, § 4, Paris, 1906, t. i, p. 24. des fins sociales). — 2. Enfin, au dessus de l'individu, 2° La notion du culte renferme, outre l'élément de la famille et de la patrie, existe une société qui objectif d'une excellence, d une supériorité chez celui relie les hommes à Dieu, leur créateur, leur roi et leur qu'on honore, qu’on >< cultive λ par les actes religieux, père, et les rend membres d'une même patrie divine, un élément subjectif, c’est-à-dire la connaissance el la d’une même famille religieuse. Cette société a sa hié­ reconnaissance de cette supériorité, la soumission vo­ rarchie dont Dieu occupe le sommet, et des personna­ lontaire et la déférence envers son autorité, enfin la lités éminentes dont l'excellence procède de l'excel­ marque extérieure de cette reconnaissance el de celte lence de Dieu. Connaître et reconnaître l’excellence soumission. Tout l’êlre est pris par le culte, depuis de Dieu et des ministres qu'il a constitués pour nous l’intelligence jusqu'à l’activité exécutive en passant par mener à lui, témoigner de respect et de soumission la volonté. Proprement et formellement, le culte consiste pour les personnes sacrées ou pour les personnes dans Pacte extérieur ou intérieur, symbolique ou re­ divines, c’est pratiquer le culte religieux. — 3. Le présentatif, par lequel l'être religieux manifeste qu'il culte religieux esl donc une reconnaissance de la per­ reconnaît la supériorité de Dieu et s'y soumet : c'est le fection divine, de l'éminente supériorité et excellence rite ou la parole exprimant à Dieu, à l'ange ou au saint de Dieu sur toute créature; il s’étend aussi à la re­ notre révérence religieuse et leur offrant nos hommages. connaissance des dignités et des supériorités émanées Il n’y a pas de culte sans ce signe, ce rite, cette parole. de Dieu dans la société religieuse soit naturelle, soit Mais cela présuppose des actes sans lesquels aucun surnaturelle, soit même préternaturelle. Mais comme rite n'est expressif, toute cérémonie est vide de sens les perfections divines sont infinies et d'aspects infini­ et de valeur. Je ne puis témoigner par mon geste ment variés, il importe de spécifier quelle est celle religieux, ma parole extérieure ou mon verbe inté­ qui est particuliérement reconnue el proclamée dans rieur, mon respect pour la divinité ou la sainteté, si je les actes du culte. Ceux-ci, enveloppant notre dépen­ ne connais auparavant par mon intelligence les droits dance et soumission, s’adressent donc directement aux de Dieu et de la sainteté, et si je ne décide au préalable droits de Dieu sur toute créature et en particulier sur par ma volonté d’agréer ces droits, de les reconnaître toute créature intelligente et libre. Les droits supé­ et de les respecter explicitement. Il faut une lumière rieurs de Dieu, sa puissance, sa domination, tel est qui éclaire ma religion, une motion qui la décide et la l'objet formel visé par le culte religieux; ceci fait commande à ma vie : celte lumière rationnelle et sur­ comprendre à combien juste raison les théologiens ont naturelle, cette motion libre constituent les éléments pris l'habitude de rapporter la religion ou le culte à psychologiques et préliminaires de tout culte conscient. la vertu de justice. — 4. Puisqu'il s'agit de « droits » A ces éléments essentiels doivent s’en adjoindre et que les droits ont un rapport spécial à la personne : d'accidentels et secondaires : « Quelles sont les formes celle-ci, en effet, se définit en philosophie un être plus ou moins précises, plus ou moins complexes, rationnel titulaire de droits, quie est sui juris, qui se plus ou moins fréquentes que devront revêtir cette possède de droit; il s’ensuit que le culte s’adresse di­ connaissance, cet amour et cette manifestation exté­ rectement à la personne, soit à la personnalité divine, rieure indispensables à la religion, ni la raison, ni considérée par abstraction, soit aux trois personnes la philosophie ne le peuvent décider par elles-mêmes, infinies ensemble ou à l'une d'entre elles, soit, s’il principalement s'il s'agit de la religion surnaturelle. s'agit d’un être créé dont on veut vénérer le caractère Voilà l’élément pour ainsi dire accidentel qui demande religieux, à sa personnalité angélique ou humaine. à être fixé par Dieu ou par ses représentants autorisés, Que je baise les pieds ou la mule du souverain pon­ qui deviendra obligatoire uniquement en vertu de tife. la main ou l’anneau d’un évéque, les plaies d'un leurs lois ou préceptes positifs. La prière, par exemple, martyr, ma vénération va directement à la personne du doit-elle être une imploration et non seulement une pape.de l'évêque ou du héros ch rétien; c'est ce qu’observe adoration? Doit-elle être non seulement une louange, justement l'ange de l’Ecole en écrivant : Proprie honor mais une action de grâces ou un repentir? Ici la phi­ exhibetur loti rei subsistenti. Non enim dicimus quod losophie hésite et balbutie. Ici la conscience devien­ manus hominis honoretur ; el si quandoque contingat drait incertaine, si Dieu ne lui commandait formelle­ quod dicatur honorari manus vel pes alicujus, hoc ment d’implorer de sa providence différents biens non dicitur ea ratione quod hujusmodi paries secun­ spirituelset matériels. Dès qu’il ordonne, l'élément acci­ dum se honorentur; sed quia in istis partibus hono­ dentel de la religion devient assurément très néces­ ratur totum ; per quem etiam modum aliquis homo saire à observer; mais il aurait pu ne pas le devenir potest honorari in aliquo exteriori, puta in veste, aut et il appartient par le fait à la catégorie des obligations i» imagine, aut in nuntio. Sum. theol., HI», q. xxv, sujettes à suspense et à dispense. » .1. Didiot, Morale a. l,cf. a. 2. Celte observation a son importance pratique surnaturelle spéciale. Vertu de religion, théor. vu, dans toutes les formes du culte, mais surtout lorsqu'il n.57, Paris, Lille, 1899. p. 42. Cf. de Lugo, De incar­ s agit d'interpréter les différentes dévotions relatives au natione, disp. XXXIJI, sect, n, n. 11, 12, Venise, 1718, Christ. Là, en effet, il esl essentiel de sauvegarder, à p. 304. côté des faits ou des éléments humains de la vie ou 3» Les différences de l’élément objectif ou de l'élé­ de la nature finie du Sauveur, ses titres divins à notre ment subjectif et leurs diverses combinaisons possibles adoration, et dans celle-ci de maintenir la reconnais- [ donnent naissance â des espèces et à des formes variées sance d’un Dieu, même lorsqu'elle s’adresse au corps, . de culte religieux. — 1. En effet, nous avons dit que, objectivement, le culte est fondé sur l’excellence, la au sang, aux plaies, au cœur, à la croix de Jésus-Christ. 2407 CULTE EN GÉNÉRAL râleur éminente d’un être supérieur qui est honoré précisément à cause de celte excellence et des droits qu'elle lui confère. Or, parmi les êtres, nous en dé­ couvrons un au sommet de l’univers, qui possède une valeur infinie, une perfection indicible, unique, in­ communicable. C’est Dieu. Il sera donc l’objet d’un culte supérieur, unique, que les théologiens appellent ~'.dte suprême, que les anciens appelaient Οεοσεόείαν ou λατρείαν. A sa perfection incommunicable, Dieu a voulu cependant faire participer ses créatures, et des hommes, des héros, par leur vertu, leur sainteté, ont fait briller en eux quelque étincelle des mœurs divines, et de l’excellence du créateur. Nous pouvons les révérer à cause de cette vie divine développée en eux pai· leurs vertus et la grâce de Dieu : ce culte sera dé­ pendant du premier dans lequel il trouve sa raison d’être, ce sera un culte subordonné, appelé par les anciens δουλεία. Parmi les âmes saintes qui ont par­ ticipé surnaturellement à la perfection de Dieu et du Christ, une s’est distinguée d’une façon incomparable et a atteint des hauteurs de vertu auxquelles nulle créature après elle ne saurait prétendre. C’est Marie dont l’excellence sublime et inimitable, quoique créée et finie, est ainsi, â cause de sa suréminence, l’objet d’un culte spécialement distingué, appelé hyperdulie, ύπερδουλεία. 2. Les expressions de dulie, d'hyperdulie, se com­ prennent facilement. Le mot grec δούλο; signifie es­ clave ou serviteur, les saints sont les serviteurs de Dieu; ils sont saints dans la mesure où ils furent ser­ viteurs de Dieu et ils sont honorés ou du moins ont des titres âdes honneurs religieux dans la mesure ou ils sont saints. On comprend dès lors que le culte rendu â ces serviteurs de Dieu prenne le nom de δουλεία ou dulie. Quant à Vkyperdulie, saint Bonaventure en légitime la dénomination dans ces termes . Beatissima Virgo Maria pura creatura est, et ideo ad honorem et cultum lalriæ non ascendit. Sed quoniam excel­ lentissimum nomen habet, ita quod excellentius purse creaturie convenire non potest, ideo non tantum debetur ei honor duliæ, sed ii iPEnDVLMt. Hoc autem nomen est, quod virgo exis lens, Dei mater est. Quod quidem ita tantæ dignitatis est, quod non solum viatores sed et coniprehensores, non solum homines verum etiam angeli eam revereantur quadam praerogativa speciali. Ex hoc enim quod Dei mater est, prselala esl celeris creaturis et eam præ ceteris docens est honorare et venerari. Ilie autem honor consuevit a magistris nYPERDULlA vocari el accipitur verbum illud de glossa super I Begum, ubi dicitur « dulia major », el « dulia minor ». In IV Sent., I. Ill, dist. IX, a. 1, q. Ill, Quaracchi. 1887, t. ni, p. 306. 3. La salutation angélique, ainsi que l’observe le com­ mentaire qu’en a fait l’ange de l’Ecole, marque la triple prééminence qui légitime le culte d’hyperdulie, même de la part d’un esprit céleste : « prééminence dans la plé­ nitude de la grâce : Je vous salue, la pleine de grâce, lui dit-il. Prééminence dans la familiarité avec Dieu : le Seigneur est avec vous; tellement avec vous que vous allez être sa mère, et par conséquent, reine et souveraine; prééminence en pureté : car la Vierge ne fut pas seulement pure en elle-même, mais elle répandit la pureté dans les autres. » Expositio super salutat, angel., Parme, 1864, t. xvt, p. 133. Certains auteurs paraissent souvent trouver la raison unique du culte d’hyperdulie dans la seule sainteté suréminente de Marie. Cette sainteté est, en effet, una raison du culte spécial accordé à Marie et la raison essentielle du culte absolu qui lui est rendu, maison ne peut la disjoindre de la maternité divine, fonction miraculeuse qui donne à Marie une dignité hors de pair. On vénère donc en elle non pas la sainte seule, non pas la mère de Dieu 2408 seule, mais la sainte et la mère. D’autres auteurs, ne considérant en Marie que la mère, y voyaient une raison de culte relatif de latrie qui devrait lui être accordé. En effet, de même que nous adorons la croix d'un culte de latrie, non parce qu’elle a une valeur intrinsèque, mais à cause du rapport qu'elle soutient avec Notre-Seigneur mis à mort sur elle, â plus forte raison devrions-nous adorer d’un culte de latrie Marie en qui Notre-Seigneur fut porté et de qui il reçut la vie. Cette doctrine est erronée, parce que, lorsqu'un objet de culte est véné­ rable simultanément pour sa valeur intrinsèque et pour une relation extérieure, c’est la valeur intrinsèque qui doit déterminer la nature du culte qui lui est ac­ cordé : en elfet. ce serait ravaler un saint que d’omettre sa valeur personnelle pour ne le vénérer qu’à cause d'un être étranger avec lequel il a eu quelque relation. 4. Le R. P. Terrien, en confirmation de cette doctrine, signale une décision du Saint-Office qu’il ne connaît que de la manière suivante ; « 11 m’est tombé jadis entre les mains un exemplaire du traité de l’incarna­ tion, formant le t. x du Cours de théologie des carmes de Salamanque : traité imprimé â Cologne en 1691... L’auteur après avoir démontré que les reliques des saints, considérées comme telles, doivent être honorées du même culte que les personnes auxquelles les reli­ ques appartiennent, poursuit en ces termes, tr. XXL dist..XXXVIII, dub. i, S 2, n. 6, p. 933 : « Mais si on « les regarde à un autre point de vue, il ne répugne « nullement qu’on leur rende un culte supérieur à celui « qui est dû aux personnes elles-mêmes. » Et pourquoi ? Quia fieri optime potest illud quod est alicujus sancti reliquia, esse miraculosum Dei opus in qua ipse spe­ cialissime splendeat el honorari possit. El tunc reli­ quia, licet quatenus perlinet ad sanctum adoretur solum dulia, tamen quatenus est miraculosum Dei opus, et illum subinde specialiter représentai, adorari potest latria... Donc des reliques personnelles, le cœur de sainte Thérèse par exemple (l’auteur cite encore les membres stigmatisés de saint François et le cœur de saint Nicolas), envisagées à raison des phénomènes miraculeux qu’elles présentent, comme une vive image de la toute-puissance, peuvent être adorées en même temps que Dieu, simul eum ipso Deo, d’un culte de latrie. Or, dans l’exemplaire ci-dessus mentionné, toute cette citation est enveloppée d’un gros et grand trait, et toutes les lignes sont effacées de telle manière pourtant qu’elles restent parfaitement lisibles. Et la même main qui a fait le trait et les ratures a écrit en marge : Todo este que esta sigilado esta mandado borrar y quilar por el Santo O/icio; « tout ce qui est « marqué a été barré et effacé par ordre du Saint-Office. Et de fait la thèse a disparu des nouvelles éditions. » J.-B. Terrien, La mère de Dieu el la mère des hommes d’après les Pères el la théologie, II’ part., 1. IX, c. il. Paris, s. d., t. n, p. 197, en note. 5. La dénomination de « culte de latrie » réservée â l’adoration de Dieu se trouve déjà dans l'Ancien Testa­ ment où le culte dû â Dieu seul est appelé par les Septante λατρεία, Dent., VI. 3 sq. ; on la rencontre dans le Nouveau Testament plusieurs fois, par exemple. Matth., tv, Ί0; Joa., xvt, 2; Rom., I, 9; les Pères grecs l’emploient souvent. Cf. Suicer, Thesaurus eccle­ siasticus, v» Λατρεία, Amsterdam, 1728, t. n, col. 215218. Cependant la signification précise et exclusive du mot λατρεία pour représenter le culte de Dieu, comme du mot δουλεία, pour indiquer le culte subordonn des saints, n’est pas immédiatement fixée; l'Ecritui par exemple, Lev., χχιιι, 7, 8, 21; Num., xxvm, 1S. appelle εργον λατρευτόν l’œuvre servile prohibée le jour du sabbat, et le Deutéronome, xxvm, 48, prescrit . λατρεύσεις τοϊ; εχθροί; σου, lu serviras tes ennemi.·. Par contre, le mot δουλεύει* est employé plus d’une fois pour exprimer le cul te dû et donné à Dieu ou au Seigneur 2409 CULTE EN GÉNÉRAL Jésus. Cf. Matth., vi, 24; Rom., xn, 11 ; xiv, 18; xvi, 18; Eph.. i, 7; Col., ni, 24. Quoi qu’il en soit, à l’époque de saint Augustin, le sens de ces mots est en train de s'établir définitivement. Il dit, en effet, De civitate Dei, 1. X. c. t, n. 2: Hic est enimdivinitati, vel, si expres­ sius dicendum est, deitati debitus cultus, propter quem uno verbo significandum, quoniam mihi salis idoneum non occurrit lalinum, græco, ubi necesse est, insinuo quod velim dicere; λατρείαν quippe nostri, ubicumque sanctarum Scripturarum positum est, interpretati sunt servitutem, Sed ea servitus quæ de­ betur hominibus, secundum quam præcipit apostolus, Eph., vi, 5: Servos dominis subditos esse debere, alio nomine grtece nuncupari solet ; λα>ρε:α vero secundum consuetudinem, qua loculi sunt qui nobis divina eloquia condiderunt, aut shnphii, aut tam frequenter ut PENE semper, ea dicitur servitus quæ perlinet ad colendum Deum. 7’. L., t. xli, coi. 277. Cf. Contra Faustum, I. XX, c. xxi, P. L., t. xlii, coi. 384. Voir Trench, Synonymes du Nouveau Testament, trad, franç., Bruxelles, 1869. p. 146-147. 4» Le culte est absolu ou relatif. — 1. En effet, la raison pour laquelle une personne ou une chose est objet de culte lui est intrinsèque ou extrinsèque, elle lui est jointe ou elle en est séparée. Dans le premier cas. le culte est absolu : dans le second, il est relatif. Ainsi on vénère d'un culte absolu Dieu pour sa perfec­ tion infinie, pour son souverain domaine sur toute créature, parce que cette perfection et ce domaine ne se distinguent pas réellement de sa personne; ainsi encore on vénère d’un culte absolu saint Pierre pour sa sainteté et sa dignité de premier des apôtres et des pontifes suprêmes, parce que cette sainteté et cette di­ gnité, bien que procédant d’une source étrangère à lui. le don de Dieu et la délégation du Christ, font cepen­ dant partie intégrante de sa personne; elles ne sont pas de lui, mais elles sont à lui, et en lui, elles sont lui. Ainsi enfin on vénère d'un culte absolu le corps ado­ rable du Christ dans l'eucharistie, parce qu'il y a union substantielle, c’est-à-dire hypostatique, entre la personne du Christ qui est adorée et le Corps eucharistique dans lequel cette personne est adorée. Supprimez l’union substantielle entre l'objet du culte et la personne dont lexcellence est la raison du culte, vous avez un culte relatif, ainsi nommé parce que ce qui fait vénérer cet objet est sa « relation » avec une personne sainte, véné­ rable ou adorable. Celte relation peut être entre deux personnes, comme si je vénère un ambassadeur à cause du prince qui l’envoie; ou entre une personne et une 1 chose, comme si je vénère la couronne d'épines parce qu'elle fut porlée par le Sauveur; elle peut être fondée sur un fait passé, comme si je vénère le sang précieux ! parce qu’il a coulé jadis du corps du Sauveur; ou sur | un lait présent, comme lorsque je vénère le portrait qui représente le souverain pontifeactuellement régnant. Enfin la relation peut être très variée. Toute relation réelle et décente peut fonder un culte relatif. 2. Le plus communément, c'est un lien vital, un lien de propriété, ou un lien de signification. Lien vital, mais à présent rompu qui unissait autrefois les membres au corps et à la personne d'un saint, de la bienheureuse ( Vierge Marie ou de Notre-Seigneur. Ainsi sont consti­ tuées les reliques proprement dites (voir ce mot), aux­ quelles un culte est accordé à cause du lien réel qui les unissait à une personne vénérée ou adorée. Lien de propriété, résultant de ce qu'une telle personne a produit ou possédé, occupé ou habité, employé ou dirigé et par le fait même sanctifié ou béni quelque objet, quelque local, devenus en conséquence des reliques n proprement dites. Enfin lien de signification, de symbolisme, par lequel une image (voir ce mot) ou un signe conventionnel représentent à noire esprit ou rappellent à notre mémoire une personne divine, un 2410 ange, un homme, ayant droit â nos religieux sentiments. Tels sont les gestes et actions du culte extérieur, les peintures et les sculptures, les gravures et les ciselures, qui ne sont ni proprement, ni improprement des reli­ ques, et qui n'ont avec la personne vénérée en eux qu'un rapport logique de représentation ou de souve­ nir. Il est aisé d'observer une gradation logique entre ces trois catégories d’objets religieux. Avoir fait partie d’un composé vital est certainement, à titre égal d'ail­ leurs, plus honorable que d’avoir été seulement possédé par lui; et avoir été possédé par lui est plus honorable que de l’avoir simplement signifié ou de le signifier encore. Une image de Jésus-Christ est plus digne de religion qu'un portrait de saint ou de sainte; mais elle est moins vénérable qu’une tunique ou qu'une robe du divin Maître; et ces vêtements le sont bien moins en­ core que ne le serait une partie de son sang ou de sa chair adorable, s'il en était resté quelqu'une attachée à la vraie croix. Celle-ci même est beaucoup plus digne de vénération qu’une croix bénite ou qu'une image mi­ raculeuse; mais elle l’est infiniment moins qu’une hos­ tie eucharistique. Il est aisé de voir aussi qu'il y a dans chacune de ces trois séries une gradation de dignité, de vénérabilité, dépendant principalement de leur union plus ou moins étroite avec les fonctions caractéristiques de leur objet. Didiot. Morale surnaturelle spéciale. Vertu de religion, t. vm, n. 67, 69, Paris, Lille, IS99, p. 49-50. Ainsi, parmi les reliques des martyrs, celle-là est insigne qui est une partie importante du corps ou une portion, si minime soit-elle, du membre qui a souffert le martyre, S. C. des Rites, décret du 13 janvier 1631; ainsi parmi les souvenirs de Notre-Seigneur, les instruments de la passion tiennent le premier rang. 3. Évidemment le culte relatif est inférieur au culte absolu, puisqu'il est moins honorable d’être vénéré pour une raison étrangère que pour un motif personnel; le culte relatif suppose le. culte absolu et l’enveloppe ; je ne puis vénérer les reliques d'un saint pour qui je n'au­ rais aucun culte; et la vénération de ses restes se tra­ duit finalement par un hommage rendu à sa personne et à sa haute verlu : « L'honneur rendu à l’image re­ monte jusqu’à son prototype, dit le 11·· concile de Nicée, VIIe œcuménique, en 787, et celui qui adore l’image, adore en elle celui qu elle représente. » Denzinger, Enchiridion, n. 244. 5« Il importe enfin de distinguer le culte surnaturel du naturel. A supposer que Dieu n’ait pas appelé l’homme à l'ordre surnaturel, nous eussions dû prati­ quer nonobstant la vertu de religion, rendre au créa­ teur un culte fondé sur la connaissance naturelle du Seigneur, sur nos moyens propres et témoignant de notre dépendance et de notre déférence pour le souve­ rain principe de toutes choses : c'eût été un culte naturel que les institutions sociales auraient pu développer et organiser. Ceux qui ne connaissent pas encore la révé­ lation sont tenus de rendre à Dieu les ho.... . de ce culte, de le prier, de l'adorer comme maître de la na­ ture. Mais Dieu nous a élevés à l’ordre surnaturel, lç Christ est venu restaurer cet ordre troublé par le péché; il a créé entre la divinité et l’homme de nouveaux rap­ ports de suprématie divine et de dépendance humaine, ces rapports exigent que nous les connaissions et que nous les reconnaissions par des marques extérieures qui constituent un culte. Celui-ci, comme les faits qui le fondent, comme le Christ qui l’a institué, est surnaturel. 6° Si des raisons objectives du culte, nous passons à ses manifestations subjectives, nous le verrons encore prendre plusieurs formes et se diversifier. Nous distin­ guerons, par exemple, le culte intérieur et le culte exté­ rieur. Le premier est celui qui se passe tout entier au fond de l'aine, c’est un langage dans lequel, dirigée par la volonté et le cœur, la raison exprime à Dieu la soumission, la vénération de l aine. Mais ces sentiments 2411 CULTE EN GÉNÉRAL 2412 intimes peuvent se traduire au dehors par des paroles, II. Nécessité et précepte du culte en général. — par des actes, par des signes sensibles, comme la gé­ Toutes ces formes de culle, culte intérieur et extérieur, nuflexion, l'inclination de la tête, les mains jointes ou culte privé et culte public, sont rigoureusement obliga­ levées et étendues à la façon de Forante antique, les toires, et la proposition est de foi. Cf. Suarez, De relibaisers, le prosternement du corps. I gione, I. II, c. i, n. 8. Une raison générale établira cette Ces signes deviennent alors un culte extérieur; s'ils I obligation. Nous devons témoigner de notre soumission sont organisés en un cérémonial complet et sacré, et dépendance à l'égard de Dieu sur tous les terrains ou fixé par l’autorité religieuse, ils constituent la liturgie. s’étend le domaine suprême du Seigneur. Or, ce do­ Des rapports étroits, analogues aux relations de l'âme maine prend non seulement notre àme créée par Dieu, et du corps, relient entre eux le culte intérieur et mais notre corps pétri par sa main, mais la société dont l’extérieur. Celui-ci procède de celui-là, le traduit, en toute autorité vient de lui. Il faut dés lors que nous est l’épanouissement et le complément, la dévotion lui témoignions spirituellement la dépendance de notre intérieure de l’âme a une tendance spontanée â se âme, sensiblement la soumission de notre corps, publi­ traduire au dehors par des signes religieux; elle est quement le respect de notre vie sociale. Des raisons avec eux dans le rapport de cause à ellet; mais cette spéciales fixent chacune des formes de celte obligation. action causale qu'elle exerce sur eux donne naissance Le culte intérieur trouve sa nécessité exprimée par la à une réaction qui fait que les manifestations exté­ parole du Sauveur : Spiritus est Deus, el eos qui ado­ rieures du sentiment religieux nourrissent, aiguisent rant eum, in spiritu et veritate oportet adorare, .loa., celui-ci, lequel devient ainsi dans une certaine propor­ tv, 24. Le culte extérieur fut pratiqué par le Christ tion dépendant et effet des rites qu’il a causés. Il et les apôtres dès l'origine, des institutions apostoliques s’ensuit que le culte intérieur, bien qu’il puisse à la l’organisent dans des prescriptions de prières, de rigueur exister séparément, d’ordinaire est joint au jeûnes, etc.; et l’Eglise nous en rappelle, l’opportunité culte extérieur et qu'inversement celui-ci, à moins dans ses oraisons : ut divinis rebus inhærenles el cord’être hypocrisie, ne peut exister sans celui-là. pore libi famulemur et mente, oraison Contra persecu­ Cf. de l.ugo. De incarnatione, disp. XXXIII, sect, Il, tores Eeelesiæ; cf. feria iv quatuor temporum Septem­ n. 14, 19, Venise, 1718, p. 304, 305. bris; Deus concede nobis propitius et mente el corpore 7° Le culte extérieur se subdivise en culte privé et en tibi semper esse devotos. Sabbato quatuor temporum culte public suivant qu’il est exercé pour traduire les Pentecostes. Toute la liturgie ecclésiastique, l'institu­ sentiments d'un individu ou pour manifester la défé­ tion même du sacerdoce témoignent de la nécessité du rence religieuse d’une société. Les sociétés, en effet, ont culle public, suivant cette parole de l’apôtre : Omnis leur base dans l’autorité divine : toute puissance vient namque pontifex ex hominibus assumptus, pro homi­ d’en haut et le bien social n’a de valeur et de force que nibus constituitur in his quæ sunt ad Deum ut offerat s'il est sanctionne par Dieu. Dés lors, il existe entre dona et sacrificia pro peccatis. Heb., v, 1. Voir Céré­ Dieu et les groupements humains un rapport de domi­ monies, l. n, col. 2140. nation et de dépendance analogue à celui qui soumet Les objets obligatoires ou facultatifs du culte sont les individus au Seigneur, les sociétés ont leurs obliga­ multiples. Nous ne parlerons ni du culte de la sainte tions religieuses el leur culte propre. Celui-ci s’exerce Vierge et des saints, ni du culte des reliques ou des par des représentants qui accomplissent les rites reli­ images, ni du culte de la croix, qui trouveront leur gieux au nom de leurs frères. Ces rites constituent le place dans ces divers articles : nous nous bornerons à culte public par opposition avec le culte privé qui est donner la raison du culte de Dieu et de Jésus-Christ. exercé par les individus en leur propre et privé nom. Des faits certains et divins exigent que l'homme rende Ne pas confondre le culte public avec le culte exercé un culte à Dieu. Le Seigneur nous a créés, il nous con­ en public; on peut accomplir en public un acte de culle serve dans l'être, il collabore â toutes nos activités, qui privé, telle la prière du soir récitée par le musulman ne pourraient s’exercer sans sa motion et sa coopéra­ en pleine place publique; on peut accomplir dans l’in­ tion, il dirige notre vie, il la termine en qualité de lin timité des actes de culle public, tel le bréviaire récité suprême, il la sanctionnera comme juge, sa bonté nous par le prêtre chez soi au nom de la société chrétienne, a appelés à la participation surnaturelle de sa vie propre; de l’Eglise. Le culte public tire son prix de la société de ce chef il nous a conféré des dons, des qualités d'un même au nom de laquelle agit le mandataire : ainsi, le ordre nouveau; à tous ces titres il est notre maître t prêtre coupable célèbre validement et récite le bréviaire Seigneur, il nous a obligés et il est notre bienfaiteur efficacement, parce que c'est l’Eglise qui célèbre par Pris en lui-même, il est l’être infiniment parfait ·; son organe et qui prie par sa bouche. transcendant. Nous sommes au dessous de lui, nous II Dans ses Lettres sur la métaphysique, Fénelon jus­ sommes soumis. Il est dès lors juste, convenabh nécessaire, indispensable que nous lui rendions ur tifie avec beaucoup de raison les rites extérieurs et la splendeur publique du culte. « N'est-il pas évident, hommage absolu à cause de titres qui lui sont person­ écrit-il, que les hommes attachés aux sens et dont la nels, un hommage supérieur à cause de litres qc sont hors de pair. raison est faible ont encore plus besoin d’un spectacle Ce culte nous tient tous et tout entiers, parce qupour imprimer le respect d’une majesté invisible et rien en nous ni en chacun de nous n'échappe à . contraire à toutes leurs passions, que pour leur faire providence ni à son domaine. D'où la nécessité d«j respecter une majesté visible qui éblouit leurs faibles soulignée plus haut d’un culte intérieur et extérieui yeux, qui flatte leurs passions grossières’? On sent la privé et public, individuel el collectif. Ce culte est, ■ nécessité du spectacle d'une cour pour un roi, et on ne le voit, de droit naturel et découle de notre naturveut pas reconnaître la nécessité infiniment plus grande comme de l’essence de l’ordre surnaturel auquel no d’une pompe pour le culte divin. C’est ne pas recon­ avons été appelés. La nature de nos relations avec Di· naître le besoin des hommes. » Cf. Taparelli d'Azeglio, exige ce culte sous toutes ses formes. Mais afin de i. Essai théorique de droit naturel, I. I, c. ix, n. 215sq., forcer encore, ou au moins de préciser cette obligati r trad, franç., Paris, Leipzig, Tournai, 1883. t. i. p. 99; Dieu en a fait l’objet d’un précepte positif et exprès A. Castelein, Droit naturel, I. Droit religieux, th. i, a dit aux Juifs : Dominum Deum tuum timebis et Paris, 1903, p. 61 sq. ; Id., Institutiones philosophise soli servies ac per nomen illius jurabis. Deut., νι, moralis et socialis, th. xi, Bruxelles, 1899, p. 223; 17. Le serment est un acte de religion et de culte, Theod. Meyer, Institutiones juris naturalis, II, Jus na­ ajoute : Custodi cæremonias quas præcepit tibi ; c · ■ turae speciale, sect. i. 1. I, c. t, a. 2, §2, n. 23, Fribourgle culle extérieur et public. Cf. x, 20. Notre-Seign en-Brisgau, 1900, p. 27 sq. 2413 Ci;I.TE EN GÉNÉRAL renouvela formellement le précepte : Dominum Deum tuum adorabis el illi soli servies. Matth., iv. 10. Gf. Luc., iv, 8. Aussi saint Paul s’appuie-t-il sur ce commande­ ment pour s’élever avec véhémence contre ceux qui détiennent la vérité dans l'injustice, veritatem in inju­ stitia detinent, Et pourquoi ? quia, eum cognovissent Deum, mm sicut Deum glorificaverunt aut gratias egerunt; sed... et mutaverunt gloriam incorruptibilis Dei in similitudinem imaginis corruptibilis hominis et volucram el quadrupedum el serpentium. Rom., 1, 18-23. On ne saurait, contre celte obligation d’honorer Dieu d'un culte extérieur et public, trouver d’objection sé­ rieuse dans ces paroles du Sauveur à la Samaritaine : « L’heure vient, et même elle a déjà sonné, ou les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité. » Joa., tv, 23. Notre.-Seignenr n’entend pas parla exclure le culte extérieur, mais montrer comment la religion se distinguent par une importance plus considérable el un accroissement du culte intérieur. Sous l’économie dont l’aurore a lui, l'adoration sera « en vérité », in veritate; c’est-à-dire qu’à 1’encontre du culte fau.r des Samaritains, le culte des chrétiens sera vrai et authen­ tique, et qu’à l'encontre du culte figuré des Juifs, celui des chrétiens sera réel, et atteindra son objet non plus in umbra, mais dans sa divine et adorable réalité ré­ vélée par la venue du Fils. En outre, l’adoration de l’avenir se fera in spiritu, « en esprit », c'est-à-dire que, par opposition à celle des Juifs qui se faisait plu­ tôt au moyen de cérémonies extérieures et de victimes animales et sanglantes, la religion du Sauveur recourra davantage à la pureté du cœur, à l'intention de l’esprit et remplacera les victimes sanglantes par le sacrifice de l'esprit et la victime spirituelle de l’eucharistie. Cf. Knabenbauer, Commentarius in Joannem, Paris, 1898, p. 169; Batiffol, L'enseignement de Jésus, c. tv, Paris, 1905, p. 113 sq. Il importe de remarquer qu’ici l'opposition n’est pas radicale entre la religion juive et la religion chrétienne et ne peut se traduire absolument par l'opposition qui sépare la chair de l’esprit. Notre-Seigneur compare simplement dans sa pensée les notes principales des deux Testaments. Dans l’Ancien, la religion officielle était surtout extérieure, la sainteté était surtout légale, mais elle n'excluait pas les sentiments intérieurs sans lesquels les rites ne sont que mensonge. Scindite corda vestra et non vestimenta vestra, s’écrie Joël, 11, 18. el convertimini ad Dominum Deum vestrum. Facere misericordiam et judicium magis placet Domino quam victimse. Prov., xxi, 3. Dans le Nouveau Testament, c’est la sainteté intérieure qui domine, c’est par la droi­ ture de l’intention que vaut le chrétien, mais le prix de la vie intérieure ne le dispense pas d’exprimer au dehors ses sentiments religieux. Le culte intérieur et le culte extérieur appartiennent tous deux aux deux Testaments, avec plus de relief pour celui-ci dans l'an­ cienne loi, avec plus de poids pour celui-là dans la loi nouvelle. Sans doute les actes de notre culte sont désintéressés: ils tendent uniquement à procurer gloire à Dieu et à lui témoigner notre reconnaissance, mais s’ils ont pour but de rendre hommage à Dieu, ils ont pour résultat de nous améliorer et de nous perfectionner. Saint Thomas rappelle, à ce propos, un excellent prin­ cipe : Quælibet res perficitur per hoc quod subditur suo superiori sicul corpus per hoc quod vivificatur ab anima. Sum. theol., Il» II"-, q. t.xxxt.a. 7. En effet, les êtres font partie d’un ensemble où ils ont leur place, auquel ils apportent l’appoint de leur valeur propre et de leur activité, mais duquel ils tirent en retour amélioration et profit. En respectant, et en re­ connaissant leurs rapports de dépendance, à l'endroit de Dieu, les hommes s’honorent, se tiennent dans 2414 l’ordre et tirent de cet ordre et de Dieu le profit et h s bienfaits de la protection de l'ordre et de la bénédic­ tion de Dieu. Deo non exhibetur aliquid (cultus) prop­ ter ejus utilitatem, sed propter ejus gloriam, nostram autem utilitatem. Sum. theol., Il* II", q. t.xxxt^a 6, ad 2“m. III. Culte de Dieu et de la Trinité. — Quelques précisions sont nécessaires pour déterminer les aspects sous lesquels la divinité peut être l’objet de notre cuit··. En effet, il faut distinguer en Dieu, l'unité et la trinit··. Pouvons-nous diriger notre culte vers l’une et l'autre, ou vers l'une seulement, l’unité ou la trinité, et laquelle Nous avons dit que le terme vers lequel va notre religion et notre culte est la personne, parce que le culte étant une reconnaissance de droits et les droits étant possédés et exercés par la personne, c’est celle-ci qui recueille les hommages dus à ses droits. Or liuiil» en Dieu, c'est la nature. La nature divine peut-elle être l’objet du culte? Nous répondons qu'au point de vue naturel, Dieu nous apparaît comme personnel, nous ignorons naturellement la triple personnalité divine, mais nous savons que Dieu a toutes les qualités qui constituent un être personnel, lotis les droits qui fon­ dent un culte, et notre religion naturelle peut et doit lui adresser les hommages de son adoration. Après la révélation des personnes divines, l’Eglise continue a adresser son culte à Dieu un, parce que ce Dieu un n’est pas réellement séparé des personnes, et que notre religion le considère comme personnel : l'esprit fait abstraction de la distinction des personnes entre elles, mais non de la personnalité divine qu'il joint dans ses hommages à l'unité, el ainsi son culte s'adresse à la fois à la nature, principe de notre être et siège des droits divins sur nous, et à la personnalité indistincte et titulaire de ces droits et de toute domination. Mais parfois l’Eglise, d une façon explicite, adresse ses hom­ mages, soit à la Trinité sainte, indistinctement consi­ dérée comme un tout, soit à chacune des personnes distinctement. C'est ainsi que l’Eglise célèbre la fête de la sainte Trinité. Des difficultés ont existé à l'ori­ gine sur l’adoration du Saint-Esprit et sur la façon de diriger le culte religieux vers une divinité, une en nature, triple en personnes; ces difficultés furent réso­ lues par les conciles. En 380, les anathémalismes portés par le pape Damase, dans le IV· concile romain, condamnent quiconque refusera de dire que le SaintEsprit doit être adoré comme le Fils el le Père par toute créature : Si guis non dixerit adorandum Spiri­ tum Sanctum ab omni creatura sicul Filium et Pa­ trem, anathemasit. Denzinger. Enchiridion, n. 43. Le concile romain visait les macédoniens et les apollinaristes; ses analhématismes sont renouvelés par Celes­ tin 1« et Vigile. Il s’ensuit que le Père, le Fils, le Saint-Esprit doivent être adorés tous les trois et tous d’une pareille adoration, puisque le Saint-Esprit doit être adoré comme le Père et le Fils. En 381, le 11· con­ cile œcuménique, Ier de Constantinople, dans son fameux symbole immédiatement adopté par la liturgie orientale et plus tard par la liturgie occidentale, con­ fessa sa foi dans « l’Espril qui est le saint... le coadoré et le conglorifié avec le Père et le Fils », το σύν τνατρ: καν υϊώ συμπροσκυνοόμενον καί συνδοξαζύμενον. Denzin­ ger, η. 47. Ici, il y a un pas nouveau fait dans la prcision dogmatique. L’Esprit-Saint ne doit plus seule­ ment être adoré comme le Père et le Fils, mais être coadoré et conglorifié avec eux ; c’est une marque plus explicite de l'unité profonde qui unit le Père, le Fils et l’Esprit-Saint dans la nature et qui doit se tra­ duire par l'unité d'adoration accordée simultanément aux trois. C’est ce que définira plus expressément encore le II· concile de Constantinople, V· œcumé· nique, en 553 : « Si quelqu'un ne confesse pas que le Père, le Fils et le Saint-Esprit n'ont qu'une seule 2415 CULTE EN GÉNÉRAL nature ou essence, une seule vertu ou puissance; qu'ils sont une divinité consubstantielle, une seule divinité qui doit être adorée en trois hypostases ou personnes, qu’il soit anathème. Car il n’y a qu’un seul Dieu et Père de qui sont toutes choses, un seul Sei­ gneur Jésus-Christ par qui sont toutes choses et un seul Saint-Esprit en qui sont toutes choses. » Denzinger, Enchiridion, n. 172. Voir col. 1240-1241. Il esl impos­ sible d’exprimer plus nettement que Dieu n’ayant qu’une même nature possédée par trois personnes, une seule puissance, une seule domination possédée par trois personnes, celles-ci doivent être adorées toutes trois, mais d’une seule adoration, d’un culte un et identique, inspiré par les mêmes motifs et dirigé uniformément vers les trois personnes divines. Nous comprenons maintenant le sens des mots coadoré, conglorifié, appliqués au Saint-Esprit : cette troisième personne divine doit être adorée, mais d'une seule et même adoration donnée également au Fils el au Père; la particule co indique distinction de personnes ado­ rées, unité d’adoration. Si donc on adore ou le Père, ou le Fils, ou l’Esprit-Saint, on peut les adorer sépa­ rément, mais non exclusivement, c’est-à-dire qu’on peut adorer le Père seul, sans faire mention du Fils ou du Saint-Esprit, mais il faut que cette adoration suppose implicitement le culte des deux autres per­ sonnes divines. Sur la dévotion spécialement accordée au Saint-Esprit, voir S. Thomas, Sum. theol-, IIP, q. vm, a. 1, ad 3llm; les lettres apostoliques de Léon XIII du 5 mai 1895; el son encyclique du 9 mai 1897, où il demande ut obsequii pietatisque studium in eum (Spiritum Sanctum) quam maxime intendamus. Id autem Christiani homines recte optimeque efficient,si eiimdem certaverint majore quotidie cura el noscere et amare el orare. IV. Culte de Jésus-Christ. — Le culte du Christa donné lieu à des questions spéciales fort agitées dans l'histoire de l’Église. En ellet, le Christ est Dieu et homme, il est personne divine el possède dans l’unité de personne deux natures infiniment distinctes. Quel culte pouvait-on lui accorder? De quelle religion hono­ rer son humanité? La réponse variait suivant qu’on lui accordait ou qu’on lui refusait la divinité ou suivant le genre d'union que l'on professait entre le Dieu et l'homme en lui. Rapportons d'abord les documents scripturaires ou ecclésiastiques relatifs au culte du Christ; nous en tirerons ensuite les conclusions théo­ logiques nécessaires. 1» L’Écriture sainte proclame si expressément la né­ cessité d’adorer Jésus-Christ, que la tradition ecclésias­ tique a pu, à juste titre, s’appuyer sur ses textes pour en déduire la divinité du Sauveur. Notre-Seigneur demande ul omnes honorificent Filium sicut honori­ ficant Patrem, Joa., v, 23 ; le contexte ne laisse aucun doute sur l’interprétation de celle parole : car cet hon­ neur pareil, plus que cela, identique à celui qu’ils accordaient au Père, Notre-Seigneur le réclame des Juifs au moment même où il se proclame l’égal de Dieu son Père, Ισον εαυτόν ποιάν τώ Θεώ, ÿ. 18. Partout dans l’Écriture est affirmée l'unité d'adoration au Père et au Christ, Phil., n, 10; Rom., xiv, 10-12; Heb., i, 6; Il Pet., iii,18; Apoc., v, 13; ils ont un même royaume, Eph., v, 5; Apoc., xi, 15; xn, 10; un seul trône, Heb., I, 13; Apoc., xxn, 1-3; une seule lumière, Apoc., xxi, 23; les mêmes prémices leur sont offertes, Apoc.. xiv, 4 ; les mêmes prêtres leur sont consacrés. Apoc., xx, 0. Le culte se traduit surtout par des actes de foi,d'es­ pérance et de charité, et ces actes sont prescrits en l'honneur du Christ aussi bien qu’en l'honneur du Père : Creditis in Deum, el in me credite, Joa., xtv, 1 ; et cette croyance dans le Christ est le principe de la rémission des péchés, de la justilication et du salut; aussi celui qui ne croit pas est-il déjà jugé el perdu, ) ‘2416 précisément parce qu’il ne croit pas dans le nom du Fils unique de Dieu. Joa., ni. 18,36; vt, 47; xi, 25; Act., x. 43; xvi, 31 ; xxvi, 18; Gai., n. 16: I Pet., t,8,9; I Joa., in. 23. La vie éternelle, c’est connaître le vrai Dieu et celui qu’il a envoyé, Jésus-Christ. Hæc est vita æterna ul cognoscant te solum Deum verum et quem misisti Jesum Christum. Joa., xvn. 3. Le Christ est aussi notre espérance, spes nostra, I Tim., i, 1 ; en son nom nous serons sauvés, Act., tv. 12; et tout ce qui sera demandé en son nom, nous l’obtiendrons, Mattli.. xvm, 19, 20: xxvm, 20; Luc., xxi. 15; Joa., xiv, 13, 14; xv, 5, xvi, 33. Il est plus que le motif et la raison, la garantie et la sécurité de notre espérance, il en est l’objet. quoniam videbimus eum sicuti esl. 1 Joa., in. 2, 3. Cf. Mattli., v, 8; xvm, 10; I Cor., xm, 12; Phil., i, 23; Tit., n, 13; Apoc., xxn, 17, 20. Il doit surtout être l'objet de notre amour, Joa.. xiv. xv; et d'un amour de préférence. Qui amat patrem aut matrem plus quam me, non est me dignus ; et quiamat /ilium aut filiam super me, non esl me dignus. Mattli., x, 37. Cf. Luc., xiv, 26. Et cette charité doit se traduire par les actes et envahir toute la vie. H faut omnia fa­ cere in nomine Domini Jesu Christi, Col., m, 17, vivre non pour soi, mais pour le Christ, non sibi vivant sed ei qui pro ipsis mortuus esl et resurrexit. II Cor., v, 15. Cf. Rom., xiv, 7-9. La formule d’initiation, celle du baptême, contient le nom du Fils ou du Christ. Mattli., xxvm, 19; Act., n, 38; vm, 16; x, 48: xiv. 5. II faut donc adorer, non seulement le Fils, mais JésusChrist, c’est-à-dire le Fils incarné, le composé de Dieu et de l’homme. 2® Plusieurs documents ecclésiastiques fixent la reli­ gion de l’Eglise et des chrétiens sur la nature du culte dû au Sauveur. Et d’abord le concile d’Epbèse définis­ sant l’unité personnelle du Christ dans la dualité de nature, anathematise « celui qui oserait dire qu'on doit coadorer, conglori/ier et coappeler Dieu, l'homme assumé et le Dieu Verbe, comme (si c'était) un autre dans un autre. La particule con oblige à entendre cela en effet. » L’Église entend par le préfixe con la significa­ tion de deux personnes distinctes unies par un lien qui laisse subsister la distinction des personnes : aussi tandis qu'elle confesse que l'Esprit est coadoré avec le Fils et le Père, parce qu’il y a distinction de personnes honorées d’un même culte; elle ne veut pas coadorer l'homme et le Dieu dans le Christ, parce qu’il y a unité de personne. H faut donc « honorer l'Emmanuel d'une seule adoration, et lui déférer une seule doxologie, puisque le Verbe s’est fait chair. » Au II® concile de Constantinople, il est à plusieurs reprises question du culte du Christ. Dans le 4®anathématisme,Denzinger, n. 175, le concile condamne» celui qui essaie d'introduire dans le mystère du Christ deux hypostases ou deux personnes et affirmant ouvertement l’existence de deux personnes, prétend ne parler d’une seule personne et d'un seul Christ qu'au point de l’ap­ pellation et de l’honneur et de la dignité et de l'ado­ ration. » Voir col. 1243-1245. Théodore de Mopsueste voulait, pour sauver la distinction des natures en Notre-Seigneur, maintenir aussi la distinction des per­ sonnes. Il y avait donc, selon lui. deux personnes en Notre-Seigneur, et s’il tolérait qu'on dit qu'il n'y en avait qu’une, c’était seulement dans ce sens que cha­ cune d’elles porte le même nom de Christ, que chacune d’elles est également honorée, ou qu’une seule d’elles, la personne divine, mérite et reçoit l'adoration. Quelle que soit l’hypothèse admise, l’Église condamne : elle ne veut pas de deux adorations données à deux personnes distinctes, elle ne veut pas d'une seule adoration accor­ dée à la seule divinité du Christ. Elle veut une seule adoration allant au Verbe incarné, c’esl-à-dire à la personne unique en qui se rencontrent la divinité et l’humanité C’est ce qui découle du 9' anathémalisme. 2417 CULTE EN GÉNÉRAL Denzinger, Enchiridion, η. 180 : « Si quelqu'un pré­ tend que le Christ est adoré en deux natures; ce que disant, on met en avant deux adorations, l’une s'adres­ sant au Dieu Verbe, l'autre à l'homme; ou si quel­ qu'un, pour supprimer en lui la chair, ou pour con­ fondre la divinité et l'humanité, ou imaginant cette chose monstrueuse une nature ou essence des éléments qui s'unissent, adore ainsi le Christ et n’adore pas dans une seule adoration le Dieu Verbe incarné, avec sa propre chair, suivant la tradition primitive de l’Église, qu’il soit anathème. » Voir col. 1250-1251. Le nestoria­ nisme et le monophysilisme sont attaqués par cet anathcmalisme; au premier, le concile interdit de pré­ tendre que l’adoration du Christ est double el vise deux natures. 11 ne faut donc donner au Christ qu’un seul culte; quelle que soit la différence de ses deux natures, il ne reçoit qu’une seule adoration, parce que celle-ci s’adressant à la personne n'en trouve qu'une en Notre-Seigneur. Mais cette adoration contient une profession de foi et cette foi doit confesser en NotreSeigneur deux natures : on doit comprendre que si l’adoration est une, elle ne prétend pas pour cela, et à aucun prix, attester l’unité de nature du Sauveur, soit que cette unité de nature provienne de la disparition de la chair, soit qu’elle se produise par la fusion de la divinité et de l’humanité. Finalement, le concile, ayant condamné les intentions hérétiques du culte de NotreSeigneur, établit l’intention droite et orthodoxe, celle que l’Église a toujours professée et qui consiste à honorer par une seule et unique adoration le Verbe incarné avec sa propre chair. Le 12' anathématisme, Denzinger. Enchiridion, n. 183, condamne celui qui dirait que, « comme il en est d’une image royale, le Christ est adoré en la personne du Dieu Verbe. » Voir col. 1252. Le concile prohibe ici le culte relatif donné à l’humanité du Christ comme si on la vénérait à la façon d’une image, non pour sa dignité propre, mais pour sa relation extrinsèque avec le Verbe, Fils de Dieu. C'est donc d’un culte absolu et direct qu'il faut adorer le Christ, Homme-Dieu. Nous ne rapporterons pas les décisions du Vil' con­ cile œcuménique, II' de Nicée, dans l’affaire des ico­ noclastes. ni celles du V' concile de Constantinople, VIII'œcuménique. Voir col. 1296-1299. Elles concernent le culte des images du Christ. Pour la croix, voir col.2339sq. Rappelons seulement le concile de Trente, sess. NUI, c. v, qui affirme la parfaite légitimité du culte de latrie rendu au très saint sacrement de l’au­ tel : Nullus ilaque dubitandi locus relinquitur quin omnes christifideles, pro more in Ecclesia catholica semper recepto, lalriæ cultum qui vero Deo debetur, huic sanctissimo sacramento in veneratione exhi­ beant... nam illum eumdem Deum pressentent in eo adesse credimus quem Pater celemus introducens in orbem terrarum dicit : Et adorent eum omnes angeli Dei. Ps. xcvt; Heb., I. Denzinger. Enchiridion, n. 759. Si quis dixerit in sancio eucharisliæ sacramento Christumunigenitum Dei Filium non esse cultu lalriæ etiam externo, adorandum... ejus adoratores esse idulolatras, anathema sit. Denzinger, n. 768. Enlin, fart. CiEt R SACRÉ de Jésus, col. 293, justifie la con­ damnation des deux propositions 62 et 63 du synode de Pistoie, relatives à la dévotion du Sacré-Cœur. Denzin­ ger. n. 1425, 1426. Nous retenons seulement la proposi­ tion 61, Denzinger, n. 1424. Les membres du concile de Pistoie prétendaient « qu’adorer directement l’huma­ nité du Christ et surtout quelqu’une de ses parties, c’est toujours rendre un honneur divin à la créature », et Pie VI réprouve cetle doctrine comme « fausse, cap­ tieuse, detractive el injurieuse pour le culte pieux el nécessaire que les fidèles ont rendu et doivent rendre à l’humanité du Christ. » En effet, les hérétiques enten­ daient « rejeter par le mot directement, le culte d’ado­ 2418 ration que les fidèles dirigent vers l’humanité du Christ; comme si une telle adoration, par . eau. 21, Mansi, Concit., t. u. col. 475. Celle organisation n'exis­ tait que dans la Gaule narbonnaise. Dans le diocèse de Tours, les premières églises rurales datent de saint Martin. Voir Imbart de la Tour, Les paroisses rurales duiv’au xi' siècle, Paris, 1900. Le 32e canon apostolique, cité par Denys le Petit, énonce le décret suivant : Si quis presbyter conlemnens episcopum suum, seorsum, colligent el aliud altare erexerit... deponatur quasi principatus amator exi­ stons... et ceteri clerici quicumque tali consentiunt deponantur laid vero segregentur. Telle était donc la discipline des quatre premiers siècles de ΓÉglise. Après celte époque encore, il n'était pas rare de rencontrer des diocèses privés d'organisa­ tion paroissiale; la preuve, c’est que le concile de Trente, au xvi» siècle, crut devoir obliger les évêques à compléter le système paroissial. Ut episcopi in iis civi­ tatibus el locis ubi nul lie sunt parochiales eeelesiæ quam primum fieri curent. Sess. xxiv, c. 13, De reform. Ces considérations nous conduisent à l'exa­ men de l’origine juridique des curés et à celui des erreurs accumulées à ce sujet par les jansénistes. 2” Origine juridique. — Les problèmes qui se ratta­ chent à ce point de vue, sont relatifs aux questions suivantes : Les curés sont-ils de droit divin? Sont-ils les successeurs des soixante-douze disciples? Sont-ils des pasteurs proprement dits? Constituent-ils le troi­ sième degré de la hiérarchie divine? Sont-ce des pré­ lats? Possèdent-ils, comme tels, juridiction au for externe ? I. Les curés ne sont pas d'institution divine. — Des hérétiques, dits presbytériens, puis Wiclef, Jean Hus, Luther, Calvin, etc., ont voulu établir que les simples prêtres étaient du même rang que les évêques. Le concile de Trente a condamné celle erreur. Les sorbonnistes du xme el du xtve siècle et les jansé­ nistes du xvne voulaient établir, de leur côté, que les curés étaient réellement d’institution divine, ayant reçu directement' de Dieu autorité sur les fidèles; tellement, que le curé étant institué époux de son église, comme l’évêque de sa cathédrale, étant pasteur, chargé de la 2431 CURÉS direclion de son peuple, au for interne et au for externe, nul ne pouvait exercer les fonctions sacrées dans une paroisse, sans l’autorisation du curé. Ce sont là les droits exclusifs, divins du parochial, préten­ daient-ils. Celle erreur cherche un point d’appui sur quelques textes bibliques : Qui bene præsunt presbyteri duplici honore digni habeantur. I Tim., v, 17. Et constituas per civitates presbyteros, sicut et ego disposui tibi. Tit., t, 5. Et ipse dedit quosdam quidem apostolos..., alios vero evangelistas, alios autem pastores. Eph.. tv, II. Seniores ergo qui in vobis sunt obsecro..., pascite qui in vobis est gregem Dei. I Pet., v. 1. Il est certain que ces textes ont besoin d'être interprétés, afin de préciser leur indétermination. Mais aucun d’eux ne se prèle à la démonstration de l'institution divine des curés. La raison fondamentale de cette conclusion, c’est que, de longs siècles durant, il n’a pas été ques­ tion d’établissement de curés dans l’Eglise catholique. Rome à raison de sa division en titres et Alexandrie à cause de ses laures (quartiers) possédaient une organisa­ tion paroissiale embryonnaire. Mais en dehors de ces deux grands centres, on ne trouve nulle part trace d’institution d'ecclésiastiques ayant une circonscription déterminée, des droits et des pouvoirs curiaux. Patsuite, l’interprétation traditionnelle a donné à ces passages scripturaires un sens tout différent. Le pre­ mier texte n’a aucun rapport avec la prétendue origine des curés: il s'agit du double honneur, c’est-à-dire du respect, et de l’entretien matériel dus aux prêtres, presbyteri, chargés du ministère des âmes. Le second parle également des prêtres, presbyteri, qu'il fallait établir dans les cités. Dans les temps apostoliques, on comprenait sous ce vocable les évêques et les simples prêtres, bien que la supériorité d’ordre et de juridic­ tion épiscopale fut incontestée. Les évêques eux-mêmes se transportaient, selon les besoins de l'évangélisation, d’une région à une autre, parfois d'un royaume â un autre royaume, il en était de même des simples prêtres; par conséquent, l'envoi des prêtres avec mis­ sion spéciale dans les villes, n’impliquait l’établisse­ ment des curés, ni au point de vue divin ni au point de vue apostolique. Ainsi, le presbylérat, qui est un sacrement, est d’ordre divin ; le parochial est simple­ ment un oflice, une création de la discipline ecclé­ siastique : deux points de vue essentiels qu’on ne sau­ rait confondre. Dans le troisième texte, le terme atios autem pastores est en vérité trop général, trop indé­ terminé pour qu'on puisse en déduire la fondation de l’ordre curial. Ce mot signilie, dans son étymologie, paître, nourrir un troupeau. Or, l'application de ce titre était amplement justifié par le ministère des évêques et des prêtres délégués. C’était presque la seule fonction usitée dans les temps apostoliques et longtemps après; les obligations curiales étaient abso­ lument inconnues. Enfin, le dernier texte de saint Pierre, seniores obsecro, pris dans sa signification litté­ rale, contient une prière aux vieillards déjà instruits, évêques, prêtres, fidèles ordinaires, de répandre l’en­ seignement sacré dans le milieu où ils se trouvent. Comme il est facile de le voir, essayer d’en tirer une conclusion favorable à la thèse de l’institution divine des curés, serait abusif. Autant déduire de ces paroles que la vieillesse, seniores, est d’institution divine. 2. Les cures ne sont pas les successeurs des soixantedouze disciples. — Les gallicans et les jansénistes, toujours désireux de battre en brèche l’autorité suprême, avaient imaginé le système de l'égalité absolue des ordres dans l’Église. Ils se basaient sur le texte : Designavit Dominus el alios septuaginta duos ; et misit illos binos ante faciem suam. Luc., x. t. Certes, nous sommes là en face d’une institution divine; il est plus exact de dire, d'une 2432 mission divine temporaire; car ces envoyés reviennent rendre compte de leur opération. Reversi sunt autem septuaginta duo cum gaudio, dicentes : Domine, etiam dæmonia subjiciuntur nobis innomine tuo, x, 17. A 1'instar des prophètes et du saint précurseur, ils devaient an­ noncer l’approche du royaume des cieux : Appropin­ quavit in vos regnum Dei, x, 9. Ces disciples n’étaient pas prêtres; le sacrement de l'ordre n’ayant été établi que le jeudi saint. Rien ne prouve que, même plus tard, quelques-uns de ces disciples aient été ordonnés. — Ils ne pouvaient non plus avoir été délégués pour ad­ ministrer les sacrements, qui n'étaient pas encore ins­ titués. Ils ne furent chargés de cette mission que plus tard, en des circonstances diverses. Par suite, aucune analogie ne saurait être établie entre le ministère paroissial et les fonctions des soixante-douze délégués. Vouloir trouver en eux les prédécesseurs des curés, serait œuvre de pure imagination. Les considérations précédentes répondent amplement aux objections tirées de quelques expressions d’Isidore Mercator, du Véné­ rable Béde et du pontifical romain faisant allusion aux soixante-douze disciples, à propos de l'organisation du synode. La doctrine de la Sorbonne était absolument erronée sur ce point, inspirée qu'elle était par les pré­ jugés et par un esprit de mesquine rivalité. Quant aux assertions de Gerson, de Guillaume de Saint-Amour, de •Jean de Poliac, de Juenin, etc., elles ne reposent sur aucun fondement sérieux. 3. Les curés sont-ils des pasteurs au sens strict du mot? — Les jansénistes affectaient d'attribuer aux curés le titre de pasteur; ils voulaient, par ce titre évangélique, confirmer leur théorie du droit divin du parochiat. En toute rigueur, cette dénomination de pasteur ne convient qu’aux évêques. Dans les princes de l’Église se réalisent les prérogatives contenues dans cette expression. Aux évêques a été confié, dans la per­ sonne des apôtres, le pouvoir divin de paître le trou­ peau du Christ, d’instruire les fidèles et de les régir. Les textes évangéliques en font foi; les commentateurs n'hésitent pas sur ce point, l’enseignement traditionnel est unanime. Eaut-il donc condamner l’application du titre de pasteur faite aux curés ? Oui, si on donnait à ce vocable la signification janséniste. On explique ainsi les paroles sévères de quelques théologiens qui réprouvent l'application de ce titre aux chefs spirituels des paroisses. Certum est pastoris titulum parochis non quadrare ; unde et ipsum hodie nunquam impar­ tit Ecclesia romana. Per pastores palam intelliguntur soli episcopi. Parochiales presbyteri nequaquam a Christo Domino auctoritatem habent in plebem suam, sed ab episcopo... hic eminens titulus solis episcopis de­ betur. Marius Lupi, De parochiis, Venise, 1789, t. it, p. 3'14. Nardi partage aussi ce sentiment. Mais les incon­ vénients résultant de l’emploi de ce qualificatif durant l’époque jansénienne ont définitivement disparu. Le peuple, en attribuant le titre de pasteur à ses curés, sait très bien qu’ils ne sont point tels au détriment de l’au­ torité des évêques; loin de là, il connaît qu’ils ne sont pasteurs que grâce aux évêques et tant qu’ils restent en union avec eux, soumis à leur juridiction. Leur situa­ tion dérivée est tellement notoire, que d’excellents théo­ logiens, des conciles provinciaux, approuvés par Rome, n’ont pas hésité à faire usage du titre de pasteur, pour désigner les curés. Suarez, dont l'autorité est considé­ rable, a rédigé une dissertation spéciale, afin de démon­ trer que les ecclésiastiques préposés à la direction stable des paroisses, méritent à certains égards le nom de pas­ teurs véritables, bien qu’ils ne possèdent pas juridic­ tion au for exterme. 4. Les curés ne forment-ils pas un troisième degré dans la hiérarchie divine? — La hiérarchie ou princi­ pauté sacrée est composée de personnes consacrées .t Dieu et placées dans des situations subordonnées. Cette CURES 2433 hiérarchie comprend le pouvoir d’ordre et de juridic­ tion : le premier donnant pouvoir sur le corps réel de Jésus-Christ et conférant le droit d’administrer les sacrements: le second donnant autorité sur l’Église, corps mystique de Jésus-Christ, avec le droit de for­ muler des lois pour la direction des fidèles. Les curés, comme tels, n’ont point place dans cette organisation divine. La hiérarchie d'ordre comprend les évêques, les prêtres et les ministres. Si qui s dixerit in Ecclesia catholica non esse hierarchiam divina ordinatione institutam, quæ constat ex episcopis, pres­ byteris et ministris, anathema sit. Concile de Trente, sess. xxnr, can. 7. La hiérarchie de juridiction, d’après les textes sacrés, ne comprend que le pape : Pasce agnos meos, pasce oves meas, et les évêques : posuit episcopos regere Ecclesiam Dei. Autorité suprême dans la personne du vicaire de Jésus-Christ; délimitée et subordonnée dans la personne des évêques. 11 ne reste donc pas de place dans la hiérarchie divine pour les curés comme tels. Ils remplissent un rôle consi­ dérable dans l’Eglise du Christ, pour le bien des âmes; mais leur institution est d’ordre purement ecclésias­ tique. 5. De ces principes il appert combien était erroné le sentimentde certains auteurs,qui s’appuyant sur l’autorité de la faculté de Paris, prétendaient que les curés étaient dans l’Église des prélats mineurs, iu-titués par JésusChrist. C’est là une opinion qui ne remonte pas au de­ là du xve siècle. La prélature proprement dite suppose, d’après le droit, une juridiction au for externe. Praela­ tum proprie dictum, illuni dumtaxat vocari qui juris­ dictionem [ori externi habet in subditos. Bouix, De parocho, part. I, c. vit. Saint Thomas déclare for­ mellement que les curés ne sont nullement des prélats: Sacerdotes qui plebibus praeficiuntur nonsunt simpli­ citer prælati, sed quasi coadjutores. Sum. theol., III” Suppl., q. xxvi. a. I. La distinction des prélats majeurs et mineurs et inférieurs est nettement caractérisée dans le droit ecclesiastique. Les évêques et surtout les cardi­ naux font partie des prélats majeurs, comme participant à l'administration générale de l’Église. Les prélats infé­ rieurs à ces derniers possèdent un degré d’honneur distinct, accompagné d'une certaine juridiction externe. Les principaux sont les ordinaires nullius, les exempts ayant droit aux ornements pontificaux, les généraux et les provinciaux des réguliers. En dernier lieu se pré­ sentent les supérieurs des couvents, les abbesses avec leur juridiction externe fort limitée, les gardiens des capucins. Par conséquent, les curés ne participent ni de près ni de loin à la prélature. Les jansénistes vou­ laient que les curés fussent des dignitaires, ou du moins, ils constituaient, d’après eux, des personnats dans l’Église. Mais ces qualifications ont leur sens déter­ miné dans le droit canon, et nulle part on n'a songé à les attribuer aux curés comme tels. La dignité est un titre qui donne la préséance sur les autres membres du clergé, avec la juridiction. Asseram cum canonists, cum sacra Kola, cum theologis, parochos nullam habere dignitatem. Nardi, Dei parocci, t. I, p. 391·. Le personnat dans la jurisprudence ecclésiastique implique aussi le droit de préséance sur les autres clercs à l'église, au chœur, aux processions. Or, en dehors de son église, et sauf usage contraire, le curé ne possède pas ce privilège. Comme curé, il occupe la place que son rang d'ordination ou la déférence de ses confrères lui assigne. 6. On a voulu donner encore aux curés voix délibé­ rative dans les conciles. Ce sentiment a été réprouvé comme destructif de la hiérarchie ecclésiastique. Les prêtres, que les évêques peuvent amener dans ces assem­ blées comme consulleurs ou secrétaires, n’ont jamais été considérés comme juges delà foi. Ils se sont toujours enfermés dans l’exercice du rôle inférieur que leur DICT. DE THÈOL. CATHOL. 2435 imposait l'évêque; et s’ils paraissaient dans les séances, ils se tenaient debout, tandis que les évéques avaient leurs sièges. Les canons étaient définitivement rédigés et promulgués par les évêques seuls. 7. Enfin, non moins inconsistante a été l'opinion des jansénistes, de Gerson et du synode de Pistoie, attri­ buant aux curés la juridiction du for externe. On sait qu'il y a la juridiction du for interne et du for externe. La première est celle qui s’exerce sur la conscience des particuliers, le plus fréquemment au tribunal de la pénitence. La juridiction du for externe s’exerce dans le gouvernement extérieur de la société des fidèles, par le pouvoir législatif, judiciaire et coercitif. C’est le pouvoir que les novateurs voulaient annexer de droit divin au parochiat. Mais les curés ne le possèdent ni de droit naturel, ni de droit divin; sinon l’Église n’aurait pu en dépouiller les titulaires. En outre, la juridiction externe n’est pas essentielle aux curés; la preuve en est manifeste, puisqu’ils existent sans en être revêtus. Elle n’est pas nôn plus indispensable de droit divin. Le parochiat étant de création ecclésiastique, Jésus-Christ, qui ne l’a pas fondé, n’a pu lui conférer ce droit. Si l’Église avait supprimé celte juridiction aux curés, il faudrait indiquer le siècle où ce fait d’abrogation se serait produit, citer l’auteur responsable de cette mesure, et signaler les réclamations qui se seraient néces­ sairement produites. Toutes choses qu’on ne pouvait faire et qu’on n’a pas essayé de faire. On voit par là combien était peu fondée la conclusion que déduisaient de ces faux principes les parochistes: à savoir que les curés avaient droit de fulminer des sentences d'excom­ munications. La doctrine commune, on peut dire aujourd’hui unanime, réserve ce pouvoir aux évêques Les curés ne l’ont point ex officio. Les canonistes prou­ vent même que semblable pouvoir serait plus nuisible qu’utileau ministère paroissial. Bien que le droit ecclésiastique dénie aux curés, comme tels, la juridiction externe, il leur reconnaît toutefois un droit d’administration paternelle écono­ mique. Ce pouvoir, dont l’efficacité et l’étendue dépend souvent des qualités du sujet lui-même, s’exerce par des avis, des remontrances et parfois des ordres opportu­ nément intimés, pour le bien spirituel et temporel de la paroisse. Ainsi, le curé pourra tracer des règles pour le maintien et le développement de la piété des fidèles, prendre des mesures appropriées pour prévenir ou déraciner les abus contraires aux lois de la morale. Mais précisément, parce qu’il ne possède pas juridic­ tion au for externe, il ne pourrait ni édicter des lois s’imposant à tous ses paroissiens, ni des préceptes par­ ticuliers obligeant en conscience et sous peine de péché aucun de ses paroissiens. Ce pouvoir de lier les con­ sciences provient ou de la juridiction du for externe, ou du vœu d’obéissance des réguliers à l’égard de leurs supérieurs, ou du droit de domination naturelle des parents à l’égard de leurs enfants. Toutes choses dont ne jouissent pas les curés à l’égard de leurs paroissiens. Les sanctions qu’ils pourraient annexer aux règlements dont il a été question plus haut, sont de même nature que ces règlements. Elles ne peuvent priver les fidèles des avantages auxquels ils ont droit, mais seulement de ce qui est de surérogation. II. Définition. — 1° Après avoir écarté les erreurs relatives au parochiat, il faut préciser les notions posi­ tives qui constituent essentiellement le concept du curé. D’après tout ce que nous avons dit à ce sujet, ce n’est pas le droit divin qiri nous en fournira les élé­ ments ; les curés ne sont pas d'institution divine. Ce n'est pas non plus le droit naturel, celui-ci exige des ministres pour travailler au salut des âmes; mais les évêques peuvent y pourvoir et y ont longtemps pourvu, indépendamment des curés proprement dits. C’est donc au droit ecclésiastique que nous demanderons la notion III. - 77 ‘2 ί 33 CURES 2i3G du parochial. Les décrets des souverains pontifes, ceux sous la direction du vicaire de Jésus-Christ dans les des conciles, les usages légitimement prescrits, les déci­ limites de son diocèse. Les vicaires généraux partisions des Congrégations romaines, l’enseignement des I cipent aussi à la double juridiction de l'évêque, dans docteurs autorisés, nous en fourniront les éléments. la mesure du mandat à eux confié. Les autres ecclésias­ La définition suivante paraît réunir les conditions tiques, chanoines, curés, aumôniers, chapelains, vicaires, essentielles requises pour caractériser le curé : C'est n'ont pas de juridiction au for externe. Nous avons déjà un ecclésiastique délégué par son évêque, en vue de expliqué dans quel sens restreint les curés pouvaient procurer d’office les secours spirituels à un peuple dé­ recevoir la qualification de pasteurs, réservée aux terminé, obligé île son côté jusqu’à un certain point évêques en droit strict. de recourir à son ministère. — C'est un ecclésiastique. 2. Il y a aussi la cure habituelle et la cure actuelle, Il n'est pas en etlet nécessaire qu’il soit revêtu de la créant des situations que le droit a spécifiées. La cure prêtrise. 11 suffit que le clerc ainsi promu arrive à l'or­ habituelle qui généralement réside dans un corps dination sacerdotale, dans l’année, infra annum, de moral, chapitre, communauté religieuse, est celle que son installation. — Délégué par son évêque. La source le titulaire ne peut el ne doit pas exercer. Sa préroga­ immédiate de la juridiction des curés se trouve en etlet tive consiste à élire, sous le nom de vicaire, le sujet qui dans l'évêque. Seul dans le diocèse, il peut déléguer les de fait exercera les fonctions paroissiales dans l’église pouvoirs spirituels et assigner un territoire. Tous les I ou la paroisse placée dans cette situation. La cure actuelle ecclésiastiques du diocèse sont soumis à son autorité et est confiée à celui qui est choisi pour assumer la res­ à sa surveillance. C’est le pasteur proprement dit. — ponsabilité de la charge des âmes. Il est de fait le seul et vrai curé; il en réunit toutes les conditions. 11 ne En vue de procurer les secours spirituels. C’est le but peut être révoqué par le chapitre, qu’après consente­ principal que s’est proposé l’autorité ecclésiastique par l’institution des curés. Par le moyen de ce ministère ment de l’évéque. Dès qu’il entre en fonctions, le cha­ pitre ne peut s’immiscer en son administration. stable, elle a voulu assurer aux peuples les biens éter­ nels, par la prédication de la paroleévangéliqueetl'admi3. Enfin, autrefois existaient des curés primitifs. Leur origine, leurs attributions sont assez peu connues. nistration des sacrements. — D'office. Par l’acceptation même de son titre, le curé s'engage à remplir les obli­ Ce qu’en disent les auteurs les assimile aux abbés comgations essentielles de son état. L'enseignement des mendataires, qui percevaient les revenus d’un bénéfice auteurs et une foule de déclarations de la Rote établissent sans en assumer les charges. Les conciles de Mérida en qu'un curé ne saurait être considéré comme tel s’il 666 et d’Aix-la-Chapelle en 836 parlent des prêtres que n’était pas tenu ainsi à assumer charge d’âmes. 11 le fait les évêques appelaient dans leur cathédrale, à raison en son nom propre, proprio nomine. H ne suffit pas de leurs mérites; ils étaient autorisés à se substituer qu’il soit député simplement pour la prédication et d’autres ecclésiastiques pour la direction effective de l'administration des sacrements. Les chapelains, les leurs anciennes paroisses. Mais ils continuaient à jouir vicaires, les coadjuteurs paroissiaux, remplissent toutes des revenus de ces dernières. Ainsi le curé primitif ces fonctions. Néanmoins ce ne sont point des curés, est celui qui, perse, restait le titulaire de la paroisse; parce qu'ils n’exercent ces charges qu’au nom de celui le clerc qui, en son nom l’administrait, était son sup­ qui les délègue. Un curé accomplit ces fonctions en son pléant. Le droit ne considérait pas d’un œil favorable nom propre et non vice alterius; sa juridiction est l'établissement des curés primitifs. Aussi ils furent ordinaire et non déléguée. — A un peuple déterminé. supprimés; ils ne figurent plus dans l’Eglise, que comme L’attribution d’une portion circonscrite du diocèse souvenir d'une discipline abolie. entre dans la notion essentielle de la paroisse et du 3“ Les auteurs se demandent s’il peut y avoir plusieurs parochial. Tellement qu’un évêque n’est pas un curé, curés dans une même paroisse? Voici l’exposé des rai­ dans le sens strict du mot, bien qu’il ait la charge sons des opinions opposées. d’âmes principale dans tout le diocèse. Pour le même Les uns considèrent cette simultanéité comme un motif, on ne saurait considérer comme curés les ecclé­ intolérable abus. Ils s’appuient pour le prouver, sur les siastiques chargés de porter des secours spirituels, dans déclarations du Corpus juris, sur l’enseignement com­ une région indéterminée, à des populations dissémi­ mun et sur le droit naturel. nées dans toutes les directions. Le concile de Trente 1. Les textes du droit (Cum non ignores, De præbenexige des évêques la répartition des fonctions ministé­ dis; In apibus, 7, q. i; Sicut una, 22, q. n) déclarent qu’une église ne doit appartenir qu’à un seul prêtre; rielles au clergé, dans des paroisses bien circonscrites. — Avec certaine obligation du peuple de recourir à qu'il n’y a qu'un seul évêque, un seul archiprêtre, un son ministère. Nous avons dit quelles étaient les obli­ seul archidiacre dans les églises; et que l’ordre ecclé­ gations du curé provenant de l’acceptation de son siastique repose sur les recteurs respectifs; qu'il y a titre. Mais il est aussi nécessaire qu’une certaine réci­ aulant d'inconvénient â adjoindre plusieurs curés â une procité existe de la part de la population envers celui église, qu'il y en aurait à donner plusieurs époux à qui est délégué vers elle. En effet, les décrets du saint- une seule épouse. Le concile de Trente exige que chaque siège ont proclamé plusieurs fois qu'une population circonscription paroissiale possède son curé particulier, unicuique suum perpetuum peculiaremque parochum s’adressant indifféremment aux prêtres des environs pour tous les sacrements, n’était pas constituée en assignent. Sess. xxiv. can. 13. 2. Le cardinal de Lucas, disc. IX, affirme que la paroisse el par conséquent n’avait pas de curé. On sait pluralité des curés dans une même paroisse entraîne qu'à certaines époques, on a maintenu sévèrement cetle trop d'inconvénients. Aussi, dit-il, la jurisprudence de obligation de recevoir tous les sacrements des mains la S. C. du Concile oblige les chapitres et les collé­ du propre curé. Cette discipline s’est adoucie; néan­ giales à nommer un vicaire pour exercer les fonc­ moins le principe est toujours en vigueur. Le baptême, tions pastorales. Barbosa. Gonzalez, Reilfenstuel, la communion pascale, l’extrême-onction et le mariage Thomassin, etc., partagent cette opinion d'une façon sont réservés aux curés par le droit ecclésiastique. 2° On distingue dans le droit plusieurs catégories de absolue. 3. Dans toute société bien organisée, qu’il s’agisse de curés : 1. Ceux qui possèdent juridiction complète pour la la famille, de la cité ou du royaume, la direction doit direction des âmes et ceux qui n’ont qu'un pouvoir partir d'un chef unique. La multiplicité des chefs d’un même ordre engendre la confusion dans les mouve­ restreint. Ainsi, le souverain pontife jouit de la pléni­ ments, les conflits dans l’action. L’oracle évangélique: tude de la juridiction au for interne et au for externe Unum ovile, unus pastor, doit se réaliser dans les pour l'univers tout entier. L’évéque en est aussi maître 2437 CURÉS moindres organismes catholiques; par conséquent, les paroisses doivent être ainsi administrées. 4. On peut citer plusieurs déclarations du Saint-Siège favorables à cet ordre d'idées. Une paroisse du MontCassin était administrée solidairement par plusieurs prêtres de la paroisse. Sur recours, la S. C. du Concile prescrivit la nomination au concours d’un vicaire per­ pétuel. Une collégiale du diocèse de Narni était dirigée par les chanoines qui se relayaient dans les fonctions de curé. Le 3 janvier 1846, la S. C. leur intima l’ordre de nommer un vicaire perpétuel. Les auteurs citent encore d’autres déclarations des tribunaux romains, qui indiquent les préférences du saint-siège pour l’éta­ blissement d’un seul vicaire, soit perpétuel, soit amo­ vible. Les partisans du sentiment opposé commencent par contester la portée attribuée aux textesdu droit par leurs adversaires. 4. Dans les dispositions citées, il n’est question que de la défense faite aux ecclésiastiques de posséder deux églises. Le concile de Trente est loin d’offrir une base d’argumentation péremptoire; après avoir indiqué la nomination d’un curé, il dit que l’évêque peut recou­ rir à tout autre moyen qu’il jugera opportun. Les ar­ guments cités par les canonistes, ou invoqués au nom du droit naturel, ne sont pas décisifs; ce sont des rai­ sons de convenance et de parité. 2. Bien ne s’oppose en fait et essentiellement à ce que deux prêtres soient solidairement chargés de prêcher la doctrine sacrée et d’administrer les sacrements à un même peuple. Les deux peuvent réunir les conditions que nous avons démontrées essentielles à la notion du curé proprement dit. 3. La S. C. du Concile, In Tyburlina, 18 juin 1757, a maintenu le système de la dualité des curés préposés à une paroisse, contre la sentence d’unicité portée par l’évêque. De fait, lorsque sur un même territoire se rencontrent des populations diverses d’origine, de langue, il est nécessaire parfois d’établir plusieurs centres religieux, avec pluralité de curés. En résumé, il n’est nullement prouvé d’une façon juridique, que la pluralité des curés est contraire au droit commun. Quant à la pratique, il est certain qu'à raison des inconvénients multiples de ce système, il vaut mieux ne donner qu’un administrateur à chaque paroisse. 4» La perpétuité est-elle de l’essence du parochial? On appelle fonction perpétuelle ou inamovible, celle dont on ne peut dépouiller le titulaire sans une sentence judiciaire basée sur les motifs déterminés par le droit. Au contraire, un office est manuel ou amovible, ou révocable ad nutum, lorsque le collateur peut en pri­ ver le titulaire pour des raisons à lui connues, non précisées par le droit, et sans observer les formes judi­ ciaires. Ces deux caractères sont admis par le droit ecclésias­ tique; partant, ils peuvent se concilier avec la notion curiale. Le parochiat consiste en ce qu’un ecclésiastique possède charge d’âmes en son norn personnel, sur un territoire déterminé. Or, ni à raison de l'of/ice « rem­ plir, ni à raison du bénéfice à obtenir, on ne saurait prouver que l’inamovibilité est plus essentielle que l’amovibilité. En effet, dans les deux situations, le prêtre peut remplir également l’office curial, tel que nous venons de le définir. Les décisions multiples des Congré­ gations romaines mettent le point hors de conteste. Au point de vue du bénéfice, l’inamovibilité ne parait pas plus indispensable. En effet, une cure peut être constituée, indépendamment d’un bénéfice perpétuel. Il n’est même pas démontré que l'établissement du bénéfice soit une condition sine qua non d'un litre parochial. Il est à dé­ sirer certainement qu’un mode normal de sustentation soit prévu et déterminé; néanmoins, il se rencontre 2Î38 des périodes historiques, ou les curés sont obligés de recourir à d’autres moyens de subsistance, voire au tra­ vail manuel. 5° Doit-on considérer comme curés : 1. le vicaire qui dessert une paroisse unie; 2. l’ecclésiastique desservant une paroisse vacante? — Dans le premier cas. il faut recourir à une distinction. Ou bien, le curé principal possède seulement la cure habit uelle ; alors, le vicair­ es! réellement curé, parce qu’il se trouve réellement et exclusivement délégué à l’administration spirituelle fi­ la paroisse. C’est ce qui a lieu d’après le concile de Trente, lorsqu'un vicaire est nommé dans les paroisses unies au chapitre, à une collégiale, à un monastère, à une dignité, à une prébende, à un lieu pieux. Au con­ traire, lorsque le curé principal retient et la cure habi­ tuelle et la cure actuelle, le vicaire ne conserve que son titre de vicaire, il n'agit pas en son propre nom, mais comme délégué. — Pour le second cas, il est de toute évidence que le desservant provisoire d’une paroisse vacante ne peut aucunement être considéré comme curé. Le concile de Trente, sess. xxiv, can. 48, De reform., précise ce point: Debet episcopus statim, ha­ bita notitia vacationis ecclesiæ, in ea vicarium consti­ tuere, qui onera ipsius ecclesia: sustineat, donec ei de rectore provideatur. Toutefois, la vacance peut se pro­ longer; des nécessités de poser des cas d’administration paroissiale peuvent se présenter; quelle sera la juridic­ tion de l'intérimaire? Jl y a discussion entre les auteurs à ce sujet. Les uns n’accordent au desservant intérimaire qu’une juri­ diction déléguée. Par conséquent, il ne pourrait sousdéléguer ses pouvoirs, que dans les cas particuliers, non d'une manière générale. D’autres considèrent sa juridiction comme ordinaire. Ils se basent sur ce mo­ tif, que, nommé pour remplacer le titulaire défunt, il doit posséder les mêmes droits et les mêmes charges, de façon qu’il pourrait confier ses pouvoirs à un autre. Une troisième opinion admet que cette juridiction est quasi-ordinaire ; de telle façon que le suppléant dont il est question ne pourrait pas transmettre à un délé­ gué tous ses pouvoirs, n’ayant pas la juridiction ordi­ naire; mais il pourrait lui confier chaque cause en gé­ néral, par exemple les causes matrimoniales, la surveillance des écoles, l'administration des sacre­ ments, etc. Sur cette question, il faut surtout avoir égard aux usages légitimement introduits. La S. C. du Concile, interrogée sur cette délicate controverse (12 septembre 1874), n'a pas voulu trancher la question de principe. Par conséquent, sauf défense des statuts diocésains, le suppléant d'un curé défunt pourra, du­ rant la vacance, confier à un autre l’exercice de toutes ses fonctions, en cas de besoin. 6“ Nous avons déjà prouvé que la perpétuité ou l'ina­ movibilité n’est pas essentielle au parochiat. De là, danl’Église, la distinction des curés amovibles et inamo­ vibles. La différence de ces deux situations a été établi, plus haut. Faisons toutefois remarquer que, avant la rupture du concordat, il y avait parmi nous l'inamovi­ bilité civile s’adjoignant à l’inamovibilité canonique. Celle-ci consislait, non dans l’irrévocabilité, mais dans le droit du titulaire d’être maintenu dans son poste, jusqu’à ce qu’un jugement canonique l’en dépossédât. L’inamovibilité civile consistait en ce que le titulaire était maintenu en fonctions jusqua ce que l’autorité civile eût confirmé la décision épiscopale. L’Église r. j jamais admis cette prétention abusive du pouvoir mais elle a dû la subir. L'inamovibilité canonique a été depuis très le temps admise dans la législation eccl .avait pour objet de réprimer Iincon.α x«ï Δημητρίου Κυδώνη, ίν τ<3 ταρισιαχΛ ηώδινι suppose que cette notice a été écrite par Cydonius de sa propre main. On trouve les mêmes versions dans 1213, Νιος Έλληναμνήμων, Athènes. 1905, t. 11, p. 299-323. A. Palmieri. les mss. 1235,1236,1237de la Bibliothèque nationale CYPARISSIOTES Jean, théologien byzantin du de Paris, Omont, t. (, p. 263, et dans le ms. CCLVt de la l Bibliothèque impériale de Vienne. Lambecius, Biblio­ xiv» siècle. On ne sait presque rien sur sa personne. Ses œuvres attestent qu’il fut un des adversaires les theca cæsarea Vindobonensis, Vienne, 1672, t. v, p.173. plus acharnés de Grégoire Palamas : 1» Παλαμιτικαί On attribue aussi à Démétrius Cydonius la version grecque du Liber ad Cantorem Antiochenum, Τοΰ i παραβάσεις, quatre discours dont deux seulement, le premier et le quatrième, sont insérés dans la P. G., Μακαρίου Θωμά κεφάλαια δέκα προς ένα ψάλτην 'Αντιό­ t. CLli, col. 663-738; en s’appuyant sur l’Écriture sainte, χειας μετενεχθέντα από τής τών ’Ιταλών γλώττης εις την et en citant largement les œuvres de Palamas, Jean Ελλάδα παρά Δημητρίου τοΰ Κυδώνη. Cod. vat. gr., Cyparissiotes réfute les théories de celui-ci sur la lu­ 1093,1122.Cf. Liimmer, p. xx. Fabricius cite comme mière du Thabor, sur la nature divine,et ses calomnies étant de lui un Liber de vita, doctrina et miraculis contre l’enseignement de l’Église; 2° Expositio mate­ Thomæ Aquinatis. Bibliotheca græca, t. xi, p. 404. riaria eorum quæ de Deo a theologis dicuntur, P. G., Démétrius Cydonius est aussi le traducteur de t. ci.ii, col. 937-796. Migne n’a publié que la version la­ saint Augustin, Μονολόγια ήτοι Ευ/αί πάνυ Οεολογικαί, tine, faite par le jésuite Torres. C’est le premier essai κατανυκτικαι και προς θειον έρωτα θεωρητικά:. Codices Athon.,2585,2890,6310, Lambros, Catalogue of the d’une dogmatique d’après les méthodes scolastiques de l'Occident. Il est divisé en 10 sections (décades), subdi­ greek manuscripts on mount Athos, Cambridge, 1895, visées en chapitres. Cyparissiotes explique avec précision t. I, p. 219, 259; 1900, t. n, p. 431. Ces prières ont paru les notions abstraites de la théologie, et il cite souvent dans Γ’Επιτομή έκ τών προφητανακτοδαβιτικών ψαλμών, les Pères. Il a en grande estime le pseudo-Aréopagite. απάνθισμα διαφόρων κατανυκτικών ευχών, περιέχον τάς Dans le 4»sermon de ses Παλαμικα'ι παραβάσεις, il men­ θεολογικάς και προς θειον έρωτα θεωρητικάς τοΰ Ιεροΰ tionne son ouvrage en cinq livres contre Nil Cabasilas. Αυγουστίνου επισκόπου Ίππώνος, par Nicodème HaCet ouvrage se trouve dans le codex 1246 de la Biblio­ ghiorites, Constantinople, 1799. Vrétos, Νεοελληνική φιλο­ thèque nationale de Paris : Adversus Nilum 7hessaloλογία, t. t. n. 357, p. 132. Le codex 131 de la biblio­ nicensem anlirrheticorum libri V. Omont, Inventaire thèque Vallicelliana contient la version grecque de quelques sermons de saint Augustin, du Liber de sommaire des manuscrits grecs, t. i, p. 276. Le même manuscrit contient les autres écrits inédits de Cyparis­ cognitione, De fide ad Petrum. Martini, Catalogo dei siotes contre Palamas : 1» Adversus Palamæ tomum manoscrilli greci esislenti nelle biblioleche italiane, ejusque novam fidem libri VIH^De lumine increato Milan, 1902, t. n, p. 202. Le cod. vat. gr. 1115 contient la version par Cydo­ adversus Palamam libri VIII; 3° Contra Palamilarum apostasiam. nius de deux ouvrages de saint Anselme : 1° Έζελληνισμδς Ανσέλμου επισκόπου Καντουαρίας περί τής έκπορεύσεως Cave, Scriptorum ecclesiasticorum historia litteraria, τοΰ αγίου Πνεύματος προς τούς Γραικούς; 2° Έξελληνι- Cologne, 1720, t. n, p. 65; Oudin, Commentarius de scriptoribus Eeelesiæ antiquis, Leipzig, 1722, t. ut, col. 1062-1063; Fabri­ σμός ’Ανσέλμου έπισκόπου Καντουαρίας περί άζυμων προς cius, Bibliotheca græca, t. xi, p. 507-512; Stein, Studien über Γαλλεριανόν επίσκοπον Νουεμβούργης. Cf. Liimmer, p. xx. die Hesychasten, dans lEsterreichische Vierteljahrschrift fur 11° Sermons — 1. Sur l'Annonciation : ce sermon katholische Théologie, Vienne, 1873, t. XII, p. 554-556; Langen, explique la chute d'Adam et d'Eve et la nécessité de la Zur Lehre von der Kirche, dans la Revue internationale de rédemption. Les arguments sont tirés de la III» théologie, Berne, 1885, t. in, p. 300-303 ; Krumbacher. Gtde la Somme de saint Thomas. Le codex Paris, consulté schichle der byzantinischen 7.itti'rutur,Munich,1S97,p.106-l07. A. Palmieri. parCombefis contient la remarque : Ού μήν έπ’ εκκλη­ 2159 CYPRIEN (SAINT) 1. CYPRIEN (SAINT). - I. Vie. 11. Ouvrages. HI. Doctrine. IV. Influence. I. Vie. — Cæcilius Cyprianus, surnommé, on ne sait trop pourquoi, Tascius, cf. Monceaux, Histoire littéraire île ΓΑ/rique chrétienne, Paris, 1902, t. n, p. 202 sq., la plus belle figure peut-être de l’Eglise latine du ni' siècle, naquit vers 210 dans l’Afrique proconsulaire, et probablement à Carthage. Païen de naissance, nul doute qu'il n'ait appartenu à la haute bourgeoisie locale et n’ait possédé une assez grande fortune personnelle. Cyprien, élevé par des maîtres habiles, se fit rhéteur et professa l’éloquence à Carthage avec beaucoup d’éclat. Idées et mœurs, rien en lui ne semblait présager la métamorphose d'où allait sortir un homme nouveau. Cependant, vers 246, le dégoût des vanités mondaines et plus encore le besoin de certitude, la lecture de la Bible, et l’influence d’un vieux et saint prêtre, Cæcilianus ou Cæcilius, décidèrent le brillant rhéteur, la grâce de Dieu aidant, à rompre avec les erreurs et les désordres du paganisme. A peine converti et peut-être même avant que d'être baptisé, Cyprien vendit ses biens, donna tout ou presque tout aux pauvres, et se dévoua sans réserve à l’étude des vérités comme à la pratique des vertus chrétiennes; on le vit, par un raffi­ nement d’ascétisme intellectuel, renoncer aux lettres profanes et s’interdire jusqu’à la lecture des classiques grecs et romains. Peu de temps après son baptême, au scandale des païens qui s’avisèrent, entre autres rail­ leries fort médiocres, de changer le nom de Cyprianus en celui de Coprianus (κόπρο;, fange, fumier), le néo­ phyte était élu prêtre; et, l’évêque Donatus étant venu à mourir, à la fin de 248 ou dans les premiers mois de 249, il montait, aux acclamations du peuple, nonob­ stant la cabale de cinq prêtres jaloux, sur le siège de Carthage. Il devenait ainsi le métropolitain de l'Afrique proconsulaire, et, en un sens, le primat de toute l’Afrique qui parlait latin. L'instinct du peuple ne s’était pas trompé. La clair­ voyance et la modération de l’esprit, la douceur et l’indomptable fermeté du caractère, le génie du gou­ vernement, le sens et l’amour passionné de l’Eglise, tout prédisposait Cyprien â son rôle providentiel. Évêque, il inaugura son épiscopat en travaillant au re­ lèvement de la discipline ecclésiastique et à la réforme des mœurs. Mais au début de 250, l’explosion de la persécution de Dêce l’obligea, convaincu qu’il était de remplir un devoir de sa charge, non toutefois sans soulever ici et là d'amères critiques, à chercher son salut dans la fuite. Cf. Jolyon, La fuite de la persécu­ tion durant les trois premiers siècles du christia­ nisme, Lyon, 1903. Il est à croire que Cyprien se réfu­ gia dans les environs de Carthage. En tout cas, du fond de sa retraite il ne laissa pas de surveiller et d’admi­ nistrer son Église. Le danger, de toutes parts, était extrêmement grave. Tandis qu’au dehors la persécution faisait rage et provoquait les apostasies par milliers (sacrificali ou thuri/icali, libellatici, acta facientes), au dedans quelques prêtres ambitieux et cupides se liguaient avec des confesseurs et des martyrs pour rui­ ner la discipline et la morale chrétiennes. Au déclin de la persécution, l’Eglise vit d..ns son propre sein deux partis s’élever contre elle. Dans l’un, ceux qui étaient restés debout, enivrés des félicitations enthousiastes que leur avait values leur héroïsme, rejetaient dédaigneuse­ ment les lapsi de leur communion et se rangeaient à Rome derrière Novatien; dans l'autre, dont Eélicissimus était à Carthage te chef nominal, on maudissait ce qu'on appelait le rigorisme de Cyprien, et des rené­ gats qui demandaient à rentrer au giron de l’Eglise, on exigeait simplement, à défaut de la pénitence cano­ nique, le billet d’indulgence d'un confesseur peu éclairé ou séduit. Heureusement, apres une absence de quinze mois (janvier 250-I’àques 231), Cyprien put se hasarder 2160 à reparaître sur son siège. En même temps que de sa plume il soutint la cause du pape saint Corneille et combattit le schisme de Novatien à Rome, par sa fer­ meté sans intransigeance, par son tact, son sang-froid, ses habiles concessions, il réussit assez vite à rendre la paix à la chrétienté de Carthage. D’autres épreuves l'attendaient. Pendant l'été de 252, une peste terrible, qui aussi bien fit reluire la bravoure et la charité de l’évêque, désola l’empire romain et décima notamment Carthage. Gallus, effrayé des progrès de l’épidémie, prescrivit partout, en 252, des sacrifices solennels it par là déchaîna de nouveau les haines populaires contre les chrétiens. Quand, au mois d'octobre 253, il fut ren­ versé par Valérien, la persécution cessa, et les fidèles, durant plus de trois ans, retrouvèrent le calme. Cyprien, toujours sur la brèche, profita de ces années de répit pour instruire son peuple et perfectionner dans les âmes la vie chrétienne, pour rétablir et fortifier la discipline ecclésiastique. Le rôle et le prestige de l’évêque allaient grandissant; il intervenait jusque dans les affaires d'Eglises étrangères, en Gaule, en Espagne; même à Rome, on aperçoit sa main. Toutefois la question du baptême des hérétiques, en mettant l’évêque de Carthage aux prises avec le pape saint Etienne, et en faisant éclater chez saint Cyprien une opiniâtreté regrettable, assombrira la fin de sa vie. C’était, depuis assez longtemps, la coutume en Afrique comme en Asie-Mineure et en Syrie, de tenir pour nul le baptême conféré par n’importe quelle secte hérétique et de rebaptiser les convertis. Après Tertullien, De bap­ tismo, 15, P. L., t. 1, col. 1216, qu'il se plaisait à nommer son maître, Cyprien regardait l'usage africain comme le seul légitime ; et, encore qu’avec une modé­ ration où peut-être il entrait un peu de tactique, cf. de Smedt, Dissert. sel. in primani ælateni histories eccle­ siastical, Gand, 1876, p. 247, il sè défendit de songer à l’imposer aux Églises qui ne le suivaient pas, il était résolu pour son compte â ne s’en pas départir. De l'unité de l’Église, par une conséquence nécessaire de prémisses incomplètes, il déduisait l'invalidité du bap­ tême des hérétiques. L'unité de l’Eglise, l'unité du bap­ tême et l’unité de la grâce s'impliquent â ses yeux et ne font qu’un. Epist., LXX, P. L., t. lit, col. 1036 sq.; lxxi, ibid., t. tv, col. 408 sq.; i.xxn, ibid., t. ni, col. 1046 sq.; lxxiii, ibid., col. 1109 sq.; ι.χχιν, ibid., col. 1127 sq. Trois conciles, célébrés à Carthage sous la présidence du métropolitain de l'Afrique proconsu­ laire, à l'automne de 255, P. L., t. ni, col. 1035 sq., au printemps de 256, ibid., col. 1044 sq., et le 1er sep­ tembre de la même année, ibid., col. 1051-1078, adop­ tèrent entièrement l'opinion de saint Cyprien. Mais le pape saint Étienne, au nom de la tradition des apôtres, condamna la coutume africaine et proclama la validité du baptême des hérétiques, sur ce fondement que les hérétiques, pour n'avoir pas la vraie foi au mystère de la Trinité, ne laissent pas, en baptisant, de vouloir con­ férer le baptême de Jésus-Christ, que leur baptême est donc valide et partant ne doit pas être réitéré. Epist., ι.χχιν, 1, P. L., t. m, col. 1127-1128. Le pape, en cas de désobéissance, menaçait les évêques d'Afrique, sinon peut-être de l’excommunication majeure, de l'anathème, du moins de la rupture des relations ordinaires. Jungmann, Dissert. sel. in historiam ecclesiasticam, Ratisbonne, 1880, t. I, p. 336-338.11 est probable, quoiqu'on dise M. Nelke, Die Chronologie der Korrespondenz Cy­ prians, Thorn, 1902, p. 116, que la décision pontificale n’était pas parvenue â Carthage le 1er septembre 256. IL Grisar, dans Zeitschrift für katholische Théologie, 1881, t. v, p. 193sq.; Ernst, ibid., 1894, t.xvin,p. 473sq. Ce qu’il y a de sûr, c'est que, sans méconnaître le ca­ ractère dogmatique de la question baptismale, Cyprien, aveuglé parses préjugéset persuadé qu'il luttait « pour l'honneur et l'unité de l’Église », Epist., lxxiii. H, -2£G1 CYPRIEN (SAINT) la main de l’évêque de Carthage. Harnack. Die Ci >oP. L.,t. ni, col. 1116, resta inébranlable dans sa con­ viction. Il ne contesta pas la nécessité de l’union avec nologie, t. Il, p. 336-338. — 3. La vigoureuse philippique contre Démétrien, Ad Demetrianum, P. L., t. i.. le siège apostolique; mais il contesta, dans l’espèce, le droit cupérieur dont le pape se prévalait et réclama, ' col. 544-564, fut lancée probablement à la lin de 251 au fond, pour chaque évêque une indépendance abso­ ou dans les premiers mois de 252. Les soup uns de M. Aube, quant à l'inauthenticité de l'opuscule. L'Ég se lue. S’est-il rétracté jamais, nous n’en savons rien. De el l'Etat dans la seconde moitié du ut’ siècle, Pans. fait, il y eut entre Rome, mais entre Rome seulement, et les Eglises d'Afrique une sorte de blocus spirituel; 1885. p. 305-308. manquent de base. De Démétrien on point de schisme formel néanmoins, ni d'excommuni­ ne sait rien, sinon qu'il était un personnage réel, point fictif, comme l'avait cru M. Schanz, Geschichte ·■ cation fulminée. Celte triste situation se dénoua par la mort du pape saint Etienne, arrivée le 2 août 257, peu rômischen Litteratur,t. Ill, p. 314, et un simple parliculier, cf. Harnack, op. cil., I. il. p. 365; peut-être après le premier édit de Valérien. Les relations furent était-ce un chrétien fort tiède et d’assez peu de foi. aussitôt reprises entre le successeur d’Étienne, Cf. Ehrhard, Die altchristliche Litteratur, FribourgSixte II, et Cyprien. Voir t. Il, col. 219-251. Au mois en-Brisgau. 1900, p. 462; Bardenhewer, op. cit., t. 11, de septembre 257, Cyprien était exilé à Curubis, au p. 416. Saint Cyprien réfute en détail l’accusation, qui sud-est de Carthage, de l'autre côté du golfe, el, le imputait aux chrétiens tous les malheurs des temps, et. 14 septembre 258, il était décapité aux portes de sa ville épiscopale, dans l’Ager Sexli. Voir Monceaux, en assignant aux lléaux qui désolent l'empire des causes op. cit., t. H, p. 232-237, 37l sq. Il fut le premier naturelles, il censure avec éloquence les désordres des évêque d’Afrique à recevoir la palme du martyre. païens; sa brochure esl une première esquisse de la II. Ouvrages. — Des écrits très nombreux qui portent Cité de Dieu. — i. Les trois livres des Témoignages le nom de saint Cyprien, les uns sont authentiques ou contre les Juifs, Testimonia adversus Judæos, P. L., tenus communément pour tels, les autres apocryphes. t. iv, col. 679-780, un recueil de textes scripturaires, re­ /. ÉCRITS authentiques. — Saint Cyprien nous a montent au début de l’épiscopat de Cyprien, et témoi­ laissé des traités ou opuscules, sermones, libelli, trac­ gnent de son ardeur dans l’étude de l’Ecriture sainte. Les tatus, et des lettres. Voir le diacre Pontius, Vita Cy­ deux premiers livres, dédiés à un certain Quirinus, vont priani, vu, P. L., t. m, col. 1487-1488, et un catalogue à prouver, d’une part, la déchéance des Juifs et la voca­ latin anonyme de 359, publié par Mommsen, Dermes, tion des gentils, d'autre part, la vérité du christianisme. 1886, t. xxi, p. 142 sq. ; 1890, t. xxv, p. 636 sq. Cf. Gœtz. Le 1. Ill', qui s’occupe des devoirs du chrétien, n'entrait Geschichte der cynrianischen Litteratur, Bale, 1891, pas dans le cadre primitif de l'ouvrage, il se relie surtout p. 32 sq.; Harnack, Geschichte der altchrist. Littera­ aux deux premiers livres par le nom de Quirinus à qui tur, part. I, Leipzig, 1893, p. 693 sq. ; Monceaux, il est pareillement dédié. L’authenticité de ce 1. Ill*, op. cit., t. It, p. 243 sq. ; Bardenhewer, Geschichte der pendant quelque temps suspecte, n'est plus aujourd'hui altkirchl. Litteratur, Fribourg-en-Brisgau, 1903, t. il, contestée. Cf. Harnack, Die Chronologie, t. n, p. 335. p. 403 sq. Par une bonne fortune assez rare, l’œuvre Avant que le catalogue de 359 n'eût mentionné l'ouvrage, de l’évêque de Carthage semble nous être parvenue l’auteur de 1Άdversusaleatores, Commodien, Lactance, presque entière, sauf quelques lettres, bien des ser­ Firmicus Maternus l'avaient connu et plus ou moins mons sans doute, et peut-être aussi un dictionnaire utilisé. Cf. Bardenhewer. op. cil., t. n, p. 423 sq. — slénographique, remaniement des Notæ Tironianæ, 5. Un autre recueil de citations bibliques, dédié à For­ qui a disparu depuis la Renaissance. Cf. Harnack, tunatus (sans doute cet évêque de Tuchabor dont on op. cil., part. 1, p. 721; Monceaux, op. cit., t. n, p. 245; retrouve le nom au concile de Carthage du 1" sep­ Bardenhewer, op. cit., t. 11, p. 453. tembre 256, P. L., t. m, col. 1061), et que M. Gœtz s’est 1° Traités. — Les traités de saint Cyprien se peuvent avisé, Geschichte der cyprianischen Lit teratur, p. 54. partager en deux groupes, qui comprennent, le premier de regarder comme apocryphe, date, selon toute appa­ les opuscules apologétiques, le second les opuscules rence, de l'automne de 257. Le sous-titre du recueil. ayant trait à la discipline. De exhortatione martyrii, P. L., I. iv, col. 651-676, en Dans le premier groupe on range les cinq livres sui­ indique l'objet principal; les huit dernières thèses, qui vants : 1. Un écrit de propagande, VEpistola ad Dona­ sont aussi les plus développées, vont à exhorter les tum, P. L., t. IV, col. 193-223, qui date environ de 246 chrétiens au martyre. Mais avec les cinq thèses du dé­ et où l'auteur, sous la forme d'un entretien dans le but, touchant le crime d'idolâtrie, le livre prend une genre des Tusculanes, justifie sa conversion au chris­ allure d'apologie etachève, après les Témoignages contre tianisme et prélude en quelque sorte aux Confessions les Juifs, de nous initier à la méthode apologétique de de saint Augustin. Si Donatus était un personnage réel saint Cyprien. Cf. Monceaux, op. cit., t. n, p. 284 sq. ; ou fictif, on ne sait. Le style de l’opuscule, travaillé avec Bardenhewer. op. cil., t. n, p. 430 sq.; Harnack, Die complaisance, trahit le rhéteur de la veille; et saint Chronologie, t. n, p. 365. Augustin, De doctrina Christiana, ιν, 14, P. L., t. xxxiv, Au groupe des traités de discipline appartiennent les col. 102. relève ce défaut, dont Cyprien ira toujours se huit opuscules ci-après, discours ou lettres pastorales: corrigeant. Selon M. Gœtz, Texte und Vnlersuch., Deux opuscules, nés à peu près des mêmes circons­ 1899, t. xtx, fasc. 1, le court fragment intitulé : Cypria­ tances, le De lapsis, P. L., t. iv, col. 463-494, et le De nus Donato, et relégué par M. Hartel dans les Spuria catholics Ecclesiæ unitate, ibid., col. 495-520, datent de son édition, t. Ill, p. 272, serait le début de VEpil'uu et l'autre du printemps de 251. Dans le De <«)·<■>. slola ad Donatum. Cf. Harnack, Die Chronologie der l’évêque de Carthage, à peine remonté sur son siège, altchrist. Litteratur, Leipzig, 1904, t. il, p. 338-339. célèbre en termes enthousiastes la constance et la gloire — 2. L'opuscule De la vanité des idoles, Quod idola d'une portion de son troupeau, flétrit la multitude des dii non sint, P. L., t. iv, col. 564-582, n’est qu'un apostasies el notifie fermement aux tombés la nécessité recueil de notes et d’extraits, formé sans doute par d'une pénitence en règle. Cyprien s'y attaque à la mo­ Cyprien peu après sa conversion, pour son instruction rale relâchée de Félicissimus et de Novat. Dans le De personnelle apparemment, et publié par des amis mala­ catholicæ Ecclesiæ unitate, phis célèbre encore, quoique droits comme une œuvre originale. Monceaux, op. cil., peut-être inférieur, comme œuvre littéraire, au De la/e t. n, p. 269 sq. Saint Jérôme, Epist., i,xx, 5, P. L., sis, il combat les schismatiques du temps et surtout les t. xxn, col. 668. a le premier attesté l’authenticité de adeptes de Novatien. Sur les traces de saint Ignace cet opuscule, non sans des éloges hyperboliques. Aussi d'Antioche, il établit et met en relief le dogme : hors plus d’un critique moderne a-t-il refusé d’y reconnaître de l’Eglise point de salut. Jésus-Christ a bâti son Église 2463 CYPRIEN (SAINT) sur un seul, sur Pierre; l’unité de la base fait l'unité de l’édifice. Les schismes et les hérésies viennent du diable. « On ne peut avoir Dieu pour père, quand on n’a pas l’Eglise pour mère. » P. L., t. iv, col. 503. L’unité de l’Église est la conséquence et le reflet de l’unité de Dieu. Dom Chapman. Revue bénédictine, 1902, t. xix, p. 246 sq., 357 sq.; 1903, t. xx, p. 26 sq., tient que le texte du c. iv n’est pas interpolé; l'interpolation pré­ tendue, qui remonte, selon l’opinion commune, au mi­ lieu du vic siècle, selon Benson, Cyprian, Londres, 1897, p. 200-221, 547-552, et Mercati. D’alcuni nuovi sussidi per la critica del testo di S. Cypriano, Rome. 1899, au IIIe siècle, serait de la main même de l’auteur, lorsqu'il envoya la seconde édition de son opuscule à Home. Voir aussi Harnack, Zeitschrift fur die neulestamentliche Wissenschaft, 1905, t. Vl, p. 71. Voir à l’encontre .1. Turrnel, Revue du clergé français, 1904, t. xxxix, p. 286-288. — L’instruction pastorale ou l’allo­ cution aux vierges consacrées à Dieu, pour les prému­ nir en particulier contre les dangers de la coquetterie, De habitu virginum, ou. mieux peut-être, Ad virgines, J’. L., t. iv, col. 439-464. remonte, selon toute appa­ rence. à 249 et n’est guère qu'un écho des livres de Tertullien, De cultu feminarum et De virginibus velan­ dis. — Le c’Ièhre traité De l’oraison dominicale, P. L., t. iv, col. 519-543, écrit peut-être vers 252, a presque fait oublier l’ouvrage analogue de Tertullien, qui lui a servi de modèle. — L’instruction pastorale De mortalitate, P. i.., t. iv, col. 583-602, provoquée par la peste qui, de 252 à 254, désola Carthage et ses environs, date pro­ bablement de 252 ou 253. C’est une des œuvres maî­ tresses de saint Cyprien ; l’évêque y a déployé, pour affermir son peuple contre l’abattement et le désespoir, tout son esprit de foi et tout son génie. — Une autre lettre pastorale, dont le texte n’indique pas la date précise, et que M. Watson, The Journal of theological stu­ dies, 1901, t. n, p. 433-438, a reculée jusqu’à 250, mais qui fut inspirée sans doute par les courses des barbares en Numidie, vers 253, Bardenhewer, op. cit., t. n, p. 419, le De opere et eleemosynis, P. L., t. iv, col. 601622, prêche aux chrétiens de Carthage le devoir de l’aumône. — La lettre pastorale De bono patientia, P. L., t. iv, col. 622-638, date du printemps ou de l’été de 256, cf. Harnack, Die Chronologie, t. n, p. 365; Monceaux, op. cit., t. n, p. 311 ; Bardenhewer, op. cit., t. n, p. 419; écrite au plus fort de la querelle baptis­ male sur le modèle du De patientia de Tertullien, et destinée spécialement au clergé de Carthage, elle réflé­ chit la sérénité dame de l’évêque et son amour de la paix. — A cette lettre s’ajoute, comme une sorte de sup­ plément, l'opuscule De zelo et Uvore, P. L., t. iv, col. 638-652, qui parut, selon Benson, op. cil., c. xxm, aussitôt après le Debono patientia, selon M. Monceaux. op. cit., t. n, p. 258, peut-être seulement en 257, et qui fait, lui aussi, ressortir la noble physionomie de saint Cyprien. 2° Lettres. — Le recueil de la correspondance de Cyprien comprend 81 lettres, dont 65 de la main du grand évêque, et 16 à lui adressées et de provenance diverses. P. L., t. ni, col. 699 838,851-862,972-976,990998, 1013-1019, 1021-1034, 1036-1044, 1046-1051 ; t. iv, col. 224-438. Ces lettres se rattachent toutes, les unes comme les autres, à l'épiscopat de Cyprien, et par con­ séquent ne remontent pas au delà de 248-249. Presque toutes, à · cinq près, elles portent leur date dans leur texte, sinon toujours leur date précise, du moins leur date approximative. Il s’en faut pourtant que, sur la question de leur ordre chronologique, l’accord soit en­ core complet. Toutefois, avec les travaux récents de M. Nelke, Die Chronologie der Korrespondenz Cyprians, Thorn, 1902, et de M. von Soden, Die cyprianische Briefsanimlung, 1904, dans Texte und Untersuchungen, nouv. série, t. xiu, fasc. 3, la question a fait un 246Î grand pas. Cf. O. Ritschl, De epistulis cyprianicis, Halle, 1885; Bardenhewer, op. cil., t. n, p. 431 sq. ; Harnack, Die Chronologie, t. Π, p. 339-361. Des lettres qui nous sont restées, il appert que nous avons perdu 11 lettres de l’évéque de Carthage. Cf. Bardenhewer, loc.cit.,p. 439; Harnack, Geschichte der altchristlichen Litteratur, part. I, p. 692. Mais, telle que nous la pos­ sédons, la correspondance de saint Cyprien nous offre un document du plus haut intérêt pour l'histoire ecclé­ siastique. C’est, en effet, aux affaires de l’Église que toute celte correspondance a trait, sans toucher â des faits d’ordre privé, encore moins d’ordre littéraire, et saint Cyprien n’y intervient que pour justifier son rôle d’évêque. En même temps qu'on y entend un écho des querelles doctrinales et de la discipline de l’Église au ni' siècle, on y voit se dessiner la personnalité de l'au­ teur, avec son mélange de douceur et de fermeté, d’en­ thousiasme et de modération, de prévoyance et d’habi­ leté pratique dans les conjonctures délicates. il. écrits apocryphes. — Bien plus que les œuvres authentiques de l’évêque de Carthage, ses œuvres apocryphes ont éveillé l’attention et provoqué les études de la critique moderne. On les partage en deux groupes, l’un antérieur, l’autre postérieur au concile de Nicée. Le premier comprend les dix opuscules ci-après, dout plusieurs tirent de leur date une particulière im­ portance : Un assez piètre discours à la gloire du martyre, Liber de laude martyrii, P. L., t. iv, col. 788804, qui figure déjà dans le catalogue de 359, mais où rien, ni le fond ni la forme, ne témoigne du faire de saint Cyprien, et dont, malgré les recherches de M. Har­ nack, Texte und Unlersuchungen, Leipzig, 1895. t. xm, fasc. ib, on n’a pas encore découvert l’auteur. Cf. Mon­ ceaux, op. cit., t. il, p. 102-106. — Un autre discours, qui figure aussi dans le catalogue de 359, sans doute à cause de l’analogie de son but avec celui des J'estimonia de Cyprien, le Tractatus adversus Judæos, P. L., t. iv, col. 919-926, dans lequel on avait cru d’abord re­ trouver la traduction d’une homélie grecque de saint Hippolyte, ’Αποδεικτική προς τον; Ιουδαίους, mais dont on a reconnu plus tard l’origine latine, sans pouvoir toutefois en préciser l’auteur. Cf. Bardenhewer, op. cit., t. n, p. 442. — L'opuscule en latin populaire. De mon­ tibus Sina et Sion, P. L., t. iv, col. 909-918, un inté­ ressant parallèle de l’Ancien et du Nouveau Testament, que l'on date en général de la première moitié du me siècle, cf. Harnack, Die Chronologie,!.. Il, p. 383sq., et qui est sans doute de provenance africaine. — L’opus­ cule contre les spectacles, De spectaculis, dans S. Cy­ priani opera, édit. Hartel, t. ni,p. 3-13, écrit probable­ ment, selon M. Monceaux, op. cit., t. il, p. 112, par un clerc de l’école de Cyprien, mais que la plupart des critiques attribuent, non sans de graves raisons, à No­ vation de Rome.Cf. Bardenhewer, op. cil., t. II, p. 443444. — L’opuscule sur les avantages de la chasteté, Li­ ber de disciplina et bono pudicitia, P. L., t. iv, col. 819828, qui semble trahir, comme l’opuscule précédent, la plume deNovatien. Cf. Bardenhewer, loc. cit., p. 444; Monceaux, op. cil., t. n, p. 107 sq. — Un opuscule assez virulent contre le rigorisme de Novatien, Ad Novalianum, dans 8'. Cypriani opera, édit. Hartel, t. ni, p. 52-69. adressé par un évêque à son troupeau vers 253. au lendemain de la persécution de Gallus et de Volusien, et composé, selon les uns, en Afrique, selon les autres, à Rome. Cf. Monceaux, loc. cil., p. 87-91. M. Harnack, Die Chronologie, t. Il, p. 387-390, 552 sq., et M. .1. Grabisch. dans les Kirchengeschichtliche Abhandlungen de Sdralek, Breslau, 1904, t. il, p. 257-282, l’ontattribué, celui-là sans raisons décisives, au pape Sixte II, celui-ci par suite d'une méprise au pape saint Corneille. Cf. Bardenhewer, Litterarische Rundschau, 1er novembre 1904, col. 332. — Un sermon vigoureux contre la fureur du jeu, Liber de aleatoribus, ou plus exactement, Ad- 2466 CYPRIEN (SAINT) 2465 versus aleatores, P. L., t. iv, co). 827-836, œuvre peut-être d’un évêque d’Afrique, cf. Monceaux, op. cil., t. n, p. 112-118, mais, plus probablement, œuvre d’un pape et de l’un des papes qui ont régné de 250 à 350. Cf. Bardenhewer, Geschichte deral tkirch lichen Literatur, t. n. p. 446-448. L’opinion de M. Harnack, op. cit., t. n, p. 370 sq., qui attribue ce sermon au pape saint Victor 1er et, partant, le tient pour le plus ancien opus­ cule chrétien delà langue latine, n'a pas prévalu. — Un âpre pamphlet contre la théorie de l’invalidité du bap­ tême des hérétiques, le Liber de rebaptisniate, édit. Bartel, t. ni, p. 69-92, lancé au fort de la querelle bap­ tismale, en 256, soit entre le II' et le III» concile de Carthage et du fond de la Mauritanie, cf. .1. Ernst, Zeitschrift für katholische Théologie, 1896, t. xx, p. 193-255, 360-362; 1898. t. xxn, p. 179-180, soit peu après le l«r septembre 256 et par un évêque novatien de l'Italie. Cf. W. Schüler, Zeitschrift für wissenschaftliche Théologie, I897, t. xi., p. 555-608; Nelke, Die Chronologie der Korrespondenz Cyprians, Thorn, 1902, p. 171-203. Peut-être le pamphlet a-t-il eu pour auteur cet Ursinus, homo romanus ou monachus, dont parle Gennade, De viris illuslr., c. xxvu, en le faisant vivre un siècle et demi trop tard. Cf. Bardenhewer. op. cit., t. n, p. 448 sq. ; Monceaux, op. cit., t. n, p. 91-97 ; Har­ nack, Die Chronologie, t. Il, p. 393-396. Voir, à l’encon­ tre, Ehrhard, Die allchristliche Litteralur, 1900, p. 464466. — Le De Pascha computus, P. L., t. îv, col. 939968, une étude du comput pascal écrite avant Pâques de 243, et dont l’auteur anonyme, un africain peut-être, s’est proposé de corriger sur quelques points le système de saint Hippolyte. Cf. Duchesne, Origines du culte chré­ tien, p. 247, 266, etc. ; Harnack, op. cit., p. 381 sq. — La dédicace d’une traduction latine, aujourd'hui disparue, du dialogue d'Aristonde Pella contre les Juifs, Ad Vigi­ lium episcopum de judaica incredulitate, édit. Bar­ tel, t. m, p. 119-132. M. Harnack, qui dans ce Vigile avait vu d'abord Vigile de Thapse, et, partant, avait placé notre opuscule au v« siècle, Geschichte der altcliristliehenLilleratur,pari. I. p. 93, 719, s’est ensuite décidé, provisoirement du moins,aie dater du ni” siè­ cle ou des premières années du îv. Die Chronologie, t. π, p. 390 sq. Dans le second groupe, parmi les écrits apocryphes post-nicéens, on distingue les opuscules suivants : Une lettre pastorale, De singularitate clericorum, P. L., t. iv, col. 835-870, laquelle prêche aux clercs la conti­ nence et flétrit le désordre des mulieres subintroductæ. Dom Morin, Revue bénédictine, 1891, t. vm, p. 234-236, et M. Harnack, Texte und Untersuchungen, 4SÎ03, t. xxiv, fasc. 3, s’accordent à l'attribuer au prêtre Macrobius, qui, vers 363-375, fut l'évêque des donatistes à Home. La thèse de M. Er. von Blacha, Kirchengeschichtliche Abhandlungen de Sdralek, Breslau, 1904, t. n, p. 191256. que cette lettre est l’œuvre de Novatien, ne s’ap­ puie que sur une base ruineuse. Cf. Bardenhewer, Litlerarische Rundschau, 1er novembre 1904, col. 331332. — L’opuscule De duodecim abusivis ou abusioni­ bus sæculi, P. I.., t. îv, col. 869-882, très postérieur au temps de saint Cyprien, cf. Harnack, Die Chronologie, t. n, p. 369, et de provenance tout à fait inconnue, n'a pas encore été étudié d'assez près. — L’opuscule De du­ plici martyrio ad Fortunatum, P. L., t. îv, col. 881906, est né en 1530 d'une fantaisie d'Érasme. Cf. Lezius, Neue Jahrbücher für deulsche Théologie, 1895, t. îv, p. 95 sq. — L'Exhortatio ad pænitentiam ou De pænitenlia, P. L., t. îv, col. 1153-1158, publiée aussi naguère par C. Wunderer, Erlangen, 1889, et par A. Miodonski, Cracovie, 1893, remonte probablement, à en comparer les textes scripturaires avec ceux de saint Hilaire de Poitiers et de Lucifer de Cagliari, au début du ve siècle, sinon â la lin du iv«. — Le méchant opuscule intitulé Cwna ou Coenæ disputatio, P. L., t. IV, col. 925-932, et DICT. DE THÉOL. CATHOL. les deux prières, ibid., col. 905-910, sont, d apres M. Harnack, Texte und Untersuchungen, 1899, t. xix. fasc. 3; Die Chronologie, t. Il, p. 369, l'œuvre de Cyprien, le poète gaulois du v· siècle. Cf. Ehrhard, Do allchristliche Litteralur, 1900, p. 469 sq. ; Bardenhewer, op. cil., t. n, p. 452-453. — Les six poèmes sur la Genèse, sur Sodome, sur Jonas, sur la Conversion d’un sénateur au christianisme, sur la Pâque, sur la Résurrection des morts, sont prêtés par les manuscrits, tantôt à Tertullien, tanlôt à saint Cyprien, et très cer­ tainement ne sont ni de l’un ni de l’autre. Migne. P. L., t. îv, col. 1027-1032, n'a recueilli que l’Ad Fla­ vium Felicem de resurrectione mortuorum ; avec ce même poème, R. Peiper a publié les deux poèmes sur Sodome et sur Jonas, Cypriani Galli poelæ heptateu­ chus, Vienne, 1891, p. xxvn-xxvtii, 212-226. Cf. Har­ nack, op. cit., t. n, p. 369,554-555. Voir l'article suivant. III. Doctiune. — Étranger aux spéculations méta­ physiques, saint Cyprien n'a pas laissé dans l'histoire de la théologie la trace d'un penseur profond, encore moins d’un penseur original; il s’est montré avant tout homme d’action et de gouvernement. Il n'a point attaché son nom à l'une de ces luttes dogmatiques où brillera le génie des Basile et des Augustin. C'est plutôt dans le domaine de la inorale et de la discipline ecclé­ siastique qu'il a déployé, avec son noble caractère, son rare bon sens et sa fermeté avisée. Là où par occasion il parle des plus hauts mystères du christianisme, de la Trinité et de l’incarnation, son langage et sa pensée sont également irréprochables. Mais l’Eglise, les sacre­ ments, la vie chrétienne sont bien plus le sujet de ses méditations et le théine de son éloquence. Ainsi, sans méconnaître le libre arbitre de l'homme, Epist., lv, 7, P. L., t. ni, col. 806, l’évêque de Car­ thage, De dominica oratione, P. L., t. iv, col. 527, 528, 530, 534, 537, se plait à faire ressortir le besoin indispensable que nous avons de la grâce pour nous sauver. La théorie de la sola fides ne lui en impose pas. et il prêche avec une particulière insistance la nécessité des œuvres. De unitate Ecclesiæ, n, P. L., t. îv, col. 496; De opere et eleemosyna, passim, P. L., t. îv, col. 601 sq.; Epist., i.x.xvt, 14, t. ni, col. 1150. La liste des sacrements s’ouvre naturellement par le baptême, lavacrum regenerationis el sanctificationis ; saint Cyprien en décrit les rites, qui s’accomplissent encore sous nos yeux, Epist., i.xx, 2, P. L., t. ni. col. 1040; lxxiv, 5, col. 1131; i.xxvi, 7, col. 1143; De idolorum vanitate, vu, P. L., t. îv, col. 575, etc., et reconnaît le droit de cité du baptême par affusion, Epist., i.xxvi, 12, P. L.,t. ni,col. 1146 sq.; cf. C. Bigg, Journal of theological studies, juillet 1904, comme celui du baptême des enfants nouveaux-nés. Epist., UX, 3, P. L., t. ni, col. 1015-1019. Le baptême de l’eau peut être suppléé par le martyre ou baptême de sang. De exhortatione martyrii, præf., n. 4, P. L., t. îv. col. 654; Epist., i.xxnt, 22, t. in, col. 1124. Du bap­ tême Cyprien distingue avec soin la conlirmation. Epist., lxxii, 1, P. L., t. ni, col. 1046; i.xxm. 9, col. 1115. On le voit aussi distinguer nettement les trois parties du sacrement de pénitence, la contrition, la confession, la satisfaction, De lapsis, 29, P. L., t. iv, col. 489; attester, avec l’obligation de la confession au­ riculaire, l’usage d’y révéler jusqu'aux péchés de pensée, du moins en matière d’apostasie, De lapsis, 16, 28, col. 479, 488; et reconnaître aux prêtres, à défaut de l’évêque, le pouvoir d’absoudre les pénitents. Epist., xn, 1, P. L., t. iv, col. 259; De lapsis, 16, ibid., col. 479. Dans cette même épilre, xn, 1, on s’étonne sans doute que saint Cyprien permette aux diacres, en cas de né­ cessité, d’imposer )es mains aux moribonds in pæni­ tentiam, ut veniant ad Dominum cum pace quam dari martyres litteris ad nos factis desideraverunt. J. Morin, De pænitent., 1. VIII, c. xxm, et dom MarIII. - 78 2167 CYPRIEN (SAINT) tone, De antiquis Ecclesia: ritibus, I. I, c. vi, a. 6, en ont conclu que, dans les premiers siècles, les diacres avaient le droit comme les prêtres, in casu necessita­ tis, de remettre les péchés. Toutefois, ne peut-on pas dire qu'il ne s'agit ici que d'une réconciliation exté­ rieure, officielle avec l’Église, et que, dés là, l’imposi­ tion des mains par le diacre n’est point un acte sacra­ mentel, mais seulement un de ces rites appelés depuis des sacra men taux? Cf. Schwane, Dogmengeschichle, 2« édit., Eribourg-en-Brisgau, 1892, 1.1, p. 513; C. Gœtz. Die Busslehre Cyprians. Eine Studie zur Geschichte îles Busssacraments, Kœnigsberg, 1895. Voir Confes­ sion, col. 844>. Quant à l’eucharistie, l’évéque de Car­ thage témoigne jusqu’à la dernière évidence du dogme de la présence réelle. De lapsis, 46, P. L., t. tv, col. 479; De oratione dominica, xvin, col. 531 ; Epist., x, 1, col. 254; lvi,9, col. 357; lxiii, 4,col. 377; lxxvi,6, t. m, col. 1142. Le pain et le vin sont tous les deux au même titre les éléments essentiels de l'eucharistie, et Cyprien s’élève fortement contre les encratites qui, au mépris de l’Écriture et de la tradition, ne se servaient que d’eau pour la célébration du mystère eucharistique. Epist., lxiii, 2 sq., P. L., I. iv, col. 374 sq. Le mélange de l’eau et du vin figure d’ailleurs l'union des fidèles, symbolisés par l’eau, avec Jésus-Christ, dont le vin nous donne le sang. Epist., lxiii, 3, col. 383 sq. Dans la messe, Cyprien se plaît surtout à relever le caractère de sacrifice : la messe, préfigurée par le sacrifice de Melchisédech, Epist., lxiii, 4, col. 375 sq., est en réa­ lité le renouvellement du sacrifice de la croix ; le prêtre à l’autel tient la place de Jésus-Christ et y reproduit exactement ce qu’a fait pour nous le Sauveur. On offre le sacrifice de la messe pour les vivants, Epist., 1.x, 4, P. L., t. iv, col. 362; on l’offre aussi pour les morts. Epist., i.xvi, 2, col. 399. L’idée de l’Église et de l’unité dans l’Église est le pi­ vot de la théologie de saint Cyprien et la raison der­ nière de son attitude durant son épiscopat. L’Église, aux yeux de Cyprien, est l’héritière de l’antique théocratie juive, le nouveau royaume de Dieu, l’institution surna­ turelle à qui est confiée la tâche et la puissance de ramener à Dieu l'humanité déchue. Elle est seule dé­ positaire des pouvoirs de Jésus-Christ et seule dispen­ satrice de ses grâces. Epist., i.xxm, 7, 10. Il, P. L., t. m, col. 1114-1117; lxxi, 1, t. iv, col. 409. Qui ne lui appartient pas, ne saurait prétendre aux promesses d’en haut. L’Église ne se compose pas seulement du clergé, mais encore des fidèles. Epist., lxix, 8, P. L., t. tv, col. 606. Société universelle et visible, elle comprend à la fois sur la terre des saints et des pécheurs, Epist., lu, 25. t. m, col. 791; la théorie luthérienne d’une Eglise invisible n'a pas ou se recommander de Cyprien. Mais le caractère essentiel de l'Église, celui que l’évéque de Carthage fait ressortir avec une particulière insis­ tance, c’est l'unité. L’Église est une. de par la volonté expresse de Jésus-Christ, et, hors de son sein, il n’y a pns de salut. De unitate Ecclesiœ, c. iv-vi, t. iv, col. 500504, et passim; Epist.. i.xxm, 21, t. tu, col. 1123; lxxiv, 7, col. 1132. Aussi saint Cyprien n’hésite-t-il pas à mettre sur la même ligne le schisme et l’hérésie, qu’il flétrit comme étant l’un et l'autre d’essence antichrélienne, Epist., xi.ix, 2. P. 1.., t. m, col. 727 sq.; lxix, 5, t. iv, col. 403, et d’origine satanique. De unitate Ecclesiae, c. m, col. 497 sq. Point de schisme qui ne porte en soi des germes d’hérésie; pas d’hérésie qui ne soit condamnée fatalement par son principe même, par l’intronisation du sens individuel et privé, à rompre avec l’Église. Epist., xi.ix, 2, t. ni, col. 764; lu, 24, col. 790. C'est la pensée maîtresse de saint Cyprien dans son opuscule De unitate Ecclesiæ, que l’unité de l'Eglise repose au fond sur la charité; mais elle est scellée par l'obéissance à l'évêque légitime et par l'union des évêques entre eux. L'unité des Eglises particulières 2i68 tient avant tout à leur constitution monarchique. A la tète de chaque Église préside l’évéque, qui en est le père et le principe générateur; on s’exclut de l’Église à ne pas vivre dans la communion de l’évéque. Epist., lxix, 8, P. L., I. lv, col. 406. Les évêques sont les suc­ cesseurs des Apôtres, et ils tirent leur autorité, non pas des libres suffrages de leurs ouailles, mais de leur voca­ tion divine, appelés qu’ils ont été par Jésus-Christ, avec et après les apôtres, à le représenter ici-bas. Epist., lv, 5, t. m, col. 802 sq.; lxv, 3, t. iv, col. 396 sq.; lxix, 4, 8, col. 403, 406. Comme les apôtres, les évêques, tous égaux en pouvoir et en dignité, De uni­ tate Ecclesiæ, c. lv, t. iv, col. 499 sq., indépendants chacun dans son ressort, Epist., lxxii, 3, t. Hl, col. 1050; lxxiii, 25, 1, col. 1126, ne forment ensemble qu’un seul corps. « L’épiscopat est un et chacun de ses membres y est solidaire des autres. » De unitate Ecclesiæ, c. v, t. lv, col. 501. L'unité catholique s’aflirme et se main­ tient par l’entente des évêques. Epist., lxix, 8, t. ni, col. 406 ; lv, 24, col. 790. Autour et au-dessous de l’évéque, s’échelonnent les prêtres, les diacres, les sous-diacres, les acolytes, les lecteurs, les exorcistes; la hiérarchie ecclésiastique comprenait, en Afrique, sept degrés. Monceaux, op. cit., t. Il, p. 13 sq., 335. Dans ce sénat d'évêques, la prééminence de l’évéque de Rome ne laisse pas d’être hors de conteste. La liste des passages où saint Cyprien relève la primauté ro­ maine, sans toutefois en déterminer la nature, est longue et décisive, notamment Epist., xi.v, 3, P. L., t. ni, col. 710; lv, 14, col. 818 sq. Cf. P. von Hœnsbrœch, Zeitschrift fur kalholische Théologie, 1890, t. xiv, p. 193-230. Ainsi, Pierre ayant figuré dans sa personne l'unité de l'Église, De unitate Ecclesiæ, c. lv, t. iv, col. 500, l’évéque de Rome, qui tient la place de Pierre, Epist., lu, 8, t. m, col. 772 sq., est par làmême le centre visible de la chrétienté. La communion de l'évêque de Rome est donc la communion de l’Église catholique, Epist.. xi.vm, 3, col. 711; il ne saurait y avoir jamais de raison pour s'en séparer. Epist., I.xxm, 11, col. 1116. Mais la primauté du saint-siège n’est-elle qu’un symbole de l’unité de l’Eglise? Le langage de Cyprien manque ici de précision; chez, lui, d’ailleurs, la pratique ne s'accorde pas toujours avec la théorie, et sa théorie ne répond pas toujours pleinement à la foi traditionnelle de son siècle. Dans la pratique, Cyprien reconnaît au saint-siège, du moins en certains cas d’une exceptionnelle gravité, outre la primauté d'honneur, la primauté de juridiction; loin de dénier d'une façon absolue aux Églises particulières le droit d'en appeler à Rome, et à l’évéque de Rome le droit d’intervenir dans les affaires des Eglises particulières, tantôt il le suppose, Epist., lv. 14, col. 818 sq.; lxviii, 5, col. 1028, tantôt il y recourt lui-méme. Epist., i.xvn, 1-4, col. 990-996. Néanmoins, l’évêque de Carthage ne parait pas avoir eu l'idée nette des conditions néces­ saires du maintien de l'unité catholique, ni de l’auto­ rité souveraine du pontife romain dans les questions de foi ou de discipline. Et les protestations véhémentes, qu'il a élevées contre les pouvoirs et les menaces du pape Étienne, semblent n'être après tout que les con­ séquences extrêmes, mais logiques, de sa théorie per­ sonnelle sur l'égalité parfaite des évêques et leur indé­ pendance réciproque. Sen tentiæ episcoporum, proœm., P. L., t. m, col. 1054; Epist., LXXII, 3, col. 1050; xxm, 26, col. 1126 sq. A prendre dans sa rigueur la i. théorie de saint Cyprien, l’Église universelle serait la simple collection des Églises particulières, groupées indispensablement autour de l’évéque de Rome; elle serait en réalité un corps acéphale. Car l’évéque de Rome, qui est le centre de l’unité, n’en est pas le gar­ dien; il est le représentant officiel de l’Eglise catho­ lique. sans en être le chef, puisqu’en droit il n’est pas armé de l’autorité que réclame sa situation. L’incohé- 2469 CYPRIEN 2470 ronce des idées est visible. Mais le génie de saint d’opuscules (De lapsis, De mortalitate, De rxhm-taCyprion est moins en cause que le temps ou il a écrit tione martyrii, De oratione, De unitate JEcclesim. et l'éducation théologique qu'il a reçue : il s’est pré­ soit de lettres de saint Cyprien (lettres xxx, lv. i.vi, occupé beaucoup plus de l’unité des Églises particu­ I.VII, LXI, I.XII, I.XI11, LX1V, LXV, I.XIX, I.XX, I.XX1I. LXXIII, lières, menacée par des schismes locaux, que de l’unité I.xxiv. i.xxvi, édit. Migne). Harnack, op. cit., t. n, de l’Église universelle, et en contestant au pape la p. 714 sq. L’évêque de Carthage enfin, par la gra' t·· qualité d’évéque des évêques, il n’a que trop suivi un peu solennelle du ton, par les proportions et !■· l’exemple de Terlullien. Voir .1. Delarochelle, L’idée moule de la phrase qui relève surtout de la tradition de l’Église dans saint Cyprien, dans la Revue d'his­ cicéronienne, par le maniement de l’Écriture, a été toire et de littérature religieuses. 1896, t. t, p. 519l’un des maîtres et des modèles du style ecclésiastique 533; J. Tixeront, La théologie anlénicéenne, Paris, en Occident. Le Provost, Etude philologique et littéraire 1905, p. 38'2-388; .1. Tunnel, Saint Cyprien et la pa­ sur saint Cyprien, Saint-Brieuc et Paris, 1889 : Watson, pauté avant la controverse baptismale, dans la Revue Studia biblica et ecclesiastica, 1896, t. iv, p. 189-324. catholique des Eglises, 1905, t. n, p. 454-471 ; Saint 1. Éditions. — Parmi les éditions complètes de saint Cyprien. Cyprien et la panaut·· pendant la controverse baptis­ on remarque celtes d’Érasme, in-fol., Bâle, 1520, de Morel, in­ male, ibid., p. 577-598. Paris, 1564, de Pamolius, in-fol., Anvers, 1568, de Kigault. IV. Influence. — Dans l’Église l’influence de saint fol., in-fol-, Paris, 1648, do Fell el Pearson, in-fol., Oxford, 1682. de Cyprien, faite de modération intellectuelle, de génie Baluze et dom Maran, in-fol-, Paris. 1726. L’édition de Migne. pratique et de vertu, a été vaste et durable. L’Orient P. L.. t. iv (voir aussi t. m, v) n’est qu’une copie très défec­ grec, avec son humeur particulariste, n’y a pas échappé, tueuse de l’éditiun de Baluze. C’est à G. Ilarlel qu’on doit, no­ nobstant les critiques parfois excessives de Lagarde. Sijmm icta, voir Harnack, Geschichte der allchrisllichenLiIteratur, Gœttingue, 1877, p. 65-78, la meilleure des éditions complètes de Leipzig, 1893, t. Il, p. 715-717 ; Monceaux, op. cil., t. ti, p. 360 sq.; nombre de textes, les uns insérés dans les saint Cyprien, Corpus scriptorum latinorum, Vienne, 1868, 1871, t. u. part. I-lll. Dans ses SS. Patrum opuscula, Hurter Analecta sacra du cardinal Pitra, les autres apportés donne, t. t. u. tv, v, divers opuscules desaint Cyprien. et t. xxt. par Watson dans The classical review, 1893, t. vu, un choix de ses lettres. L’abbé P. Martin a publié dans les .1 nap. 2-48, et par Laucherl, dans Internat, theol. Zeitschrift, tecta sacra du cardinal Pitra, t. IV, p. 79-80, 338-344, le texte 1893, t. i, p. 699, témoignent aussi de la vive et persé­ syriaque des deux lettres à Quintus, P. L., t. IV, col 408-411, et â Fidus. P. L., t. m. col. 1013-1019. vérante admiration de l’Orient pour les œuvres de IL TRAVAUX. — Freppel, Saint Cyprien et l'Éylise d'Afrique saint Cyprien. Mais c’est en Occident surtout que,le au uf siècle, 3· édit., Paris, 1890; E. W. Benson, Cyprian, his prestige de l’évêque de Carthage lui a survécu. La life, his times, his work, Londres, 1897; Fechtrup, Der h. Cy­ grande figure de Cyprien domine la fin du IIIe siècle et prian. Munster, 1878; O. Ritscbl, Cyprian und die Verfassung le IVe siècle tout entier; Cyprien est alors le docteur de der Kirchc, Gœttingue, 1885; M. Schanz, Geschichte der rbl’Eglise latine par excellence, κατ’ εξοχήν. Aucun autre mischen Litteratur, Ill· partie, 1896. p. 302 sq. ; Gœtz, Das ChrisPère, avant l’âge des Jérôme et des Augustin, n’a joui, tentum Cyprians, Giessen, 1896; Bardenhewer, Geschichte der alfkircnlichen Litteratur. 1903,1.11. p. 394 sq. : Id., Les Pères dans le champ de la morale chrétienne comme dans de l’Église. 2* édit franç., Pans, 1GQ5. t. i. p. 345 sq.; Moncelui de la discipline ecclésiastique, d'une autorité plus Histoire littéraire de l'Afrique chrétienne, Paris, 1902, haute ni plus étendue. A côté des Livres saints, on I ceaux. t u ; ld.. Chronologie des œuvres de saint Cyprien et des con­ dirait presque sur le même rang, le célèbre catalogue ciles africains du temps, dans la Revue de philologie, de lit­ de 359, que Mommsen nous a rendu, Hernies, 1886, térature et d'histoire ancienne. 1900, p. 333; Harnack, G’est. xxi, p. 142-156; 1890, L xxv, p. G36-638, nomme les chichtederaltchristlichen Litteratur, Leipzig, 1893, t. u, p.688723; ld.. Die Chronologie der altchrist. Litteratur, Leipzig, 19o4, écrits de saint Cyprien et compte jusqu’aux lignes de t. n. p. 334 sq. ; Wirth, Der Verdienstbegrijf in der christlichacun d’eux. Lucifer de Cagliari, Prudence, Optat chen Kirehe. il, Der Verdienslbegri/f bei Cyprian, Leipzig. de Milève, Pacien de Barcelone, saint Jérôme, saint 1901; H. Leclercq, L'Afrique chrétienne, Paris, 1904, t. i; Augustin, etc., tous attestent l’autorité hors de pair de A. Ehrhard, Die altchristliche Litteratur, Fribourg-en-Brisgau, Cyprien en Occident. Voir Hàrnack, loc. cit., p. 701 sq. 1900, p. 455 sq. : L. Atzberger, Geschichte der christlichen Dans la querelle de la grâce saint Augustin, entre Eschatologie, Fribourg-en-Brisgau, 1896, p. 521-546. Voir Fl. autres, ne se lasse pas d’opposer Cyprien à Pélage; en Chevalier, Répertoire. Bio-bibliographie. 2· édit., Paris, 1904, t. i, col. 1087-1090. face des donatisles qui se réclament de Cyprien, il P. Godet. s’évertue à leur ôter ce patronage, et jamais il ne ré­ 2. CYPRIEN, poète italien ou gallo-romain, vers fute le grand évêque qu’il ne lui prodigue en même l’an 400. Parmi les œuvres de saint Cyprien, évêque de temps les marques de son estime et de son respect. Si Carthage, des manuscrits contiennent : 1° un poème Rome est la chaire de Pierre, Carthage est la chaire de intitulé : Genesis et devenu, après les découvertes de Cyprien. S. Optat, I. I, c. x, P. L., t. xi, col. 904. Du Pitra, Γ Heptateuchus ; 2» les poèmes De Sodoma et Ve au vu» siècle, les lettrés et les clercs des pays latins De Jona; 3» le poème De pascha (ou De ligno vitæ ou continuent d'étudier et d’apprécier le inétropoUtain de De cruce); 4" le poème Ad senatorem ex Christiana Carthage; en Gaule et en Italie comme en Afrique, on religione ad idolorum servitutem conversum ; le le lit, on le goûte, on s'inspire de lui, on chante sa poème Ad Flavium Felicem de resurrectione mortuo­ gloire. Le moyen âge se l'est aussi rendu familier, rum (ou De judicio Domini); 6» la Coma ou Com e témoins les nombreux manuscrits de ses ouvrages et disputatio; 7» deux prières. l’influence de ses idées sur la discipline ecclésiastique. La Genesis avait été attribuée à Terlullien, à Salvien, Parlout. jusqu’en Angleterre, les recueils de droit ca­ à saint Avit, avec aussi peu de vraisemblance qu’à saint nonique ont emprunté plus ou moins leurs décisions Cyprien de Carthage. L’attribution â Juvencus parut aux œuvres, notamment à la correspondance de saint Cyprien, et les diverses recensions de cette correspon­ plus fondée; déjà acceptée par divers auteurs, elle fut reprise par le cardinal Pitra, Spicilegium Salesmens··, dance portent visiblement les traces de son emploi â Paris, 1852, t. I, p. xxxvi. et par lui appuyée sur le travers les provinces de l’Église. Bardenhewer, Les témoignage de deux manuscrits et sur des ressem­ Pères de l’Église, 2e édit, franç., Paris, 1905, t. I, blances de style qu'il crut apercevoir entre la Genesis p. 355. L’histoire de l’influence de saint Cyprien dans et 1’Historia evangelica de Juvencus. Ajoutons que i·· formation du droit canon de l’Occident n’est pas Pitra compléta le texte de la Genesis et publia les encore écrite. La première collection canonique où poèmes sur l’Exode. le Lévitique, les Nombres, le Deu­ l’on retrouve un texte du saint évêque, parait être celle téronome, .losué et les Juges, qui. réunis au poème sur de Cresconius, vers la fin du VIIe siècle. Au xn» siècle, la Genèse, ont formé l’Heplaleuque. A. Eberl, Histoire le Décret de Gratien fourmille de textes tirés, soit £i71 CYPRIEN générale de la littérature du moyen âge, trad. Aymeric et Condamin, Paris, 1883, t. i, p. 131, 132, 133, note, fut d'avis qu’« â partir de VExode, l'ouvrage appartient â un seul et meme auteur », que cet auteur « s’est formé à l’école de Juvencus », qu'il n'est pas impos­ sible que la première partie de la Genèse (600 vers) « ait seule Juvencus pour auteur et que, pour cela, on lui ait attribué tout l'ouvrage. » Plus tard, on a admis que l’auteur de VHeptateuque « était vraisemblable­ ment un gallo-romain, comme semblent le prouver certaines particularités de langage et la présence de VHeptateuque dans une sorte de Corpus des poètes chrétiens, dont les principaux sont Cl. Marius Victor et saint Avit. » P. Lejay, dans la Revue critique, nouv. sé­ rie, Paris, 1891, t. xxxn, p. 114. R. Peiper, Monumenta Germanise historica, Auctorum antiquissimorum, l. vi, pars poster., Alcimi Avili opera, Berlin, 1883, p. i.xm, avait d’abord pensé à saint Gyprien, disciple de saint Césaire d'Arles, évêque de Toulon, mort en 546. Après un nouvel examen, il conclut qu'on ne peut reculer jusqu'au VIe siècle la composition de VHeptateuque, et que l’auteur est un gallo-romain, du nom de Cyprien, qui a écrit entre 397 et 450, et ne peut être l'auteur du De Sodoma et du De Jona. Cf. l'introduction de son édition de VHeptateuque, dans le Corpus scriptorum Ecclesiæ lalinæ de Vienne, 1891, t. xxm, p. xxm, et, dans le même sens, K. Leimbach, Realencyklopâdie, 3e édit., Leipzig, 1898, t. tv, p. 374; 1901, t. tx, p. 664; O. Bardenhewer, Patrologie, Fribourg-en-Brisgau, 1894. p. 390; trad. Godet et VerschalTel, Paris, 1899, t. H, p. 297-298; S. Gamber. Le livre de la « Genèse » dans la poésie latine au Ve siècle, Paris, 1899, p. 8, 30. II. P. Best, De Cypriani quæ feruntur metris in Heptateuchum, Marbourg, 1891, distingua deux poètes: l'auteur de la Genesis, Cyprien, qui l’aurait composée en Italie, vers 410, et l'auteur des autres livres, un poète gaulois inconnu du v· siècle. Cependant l’atten­ tion de Harnack se porta sur la Cœna el sur les deux prières attribuées à saint Cyprien. Bans les Texte und Untersuchungen, nouv. série, Leipzig, 1899, t. tv, fasc. 3, il en assigna la paternité â un Cyprien qui aurait écrit dans la Haute-Italie, aux alentours de Brescia, entre 380 et 408. D’après lui, l’auteur de la Cœna serait le même que le poète de VHeptateuque. Le P. 11. Brewer, dans Zeitschrift fur katholische Théologie, Inspruck, 1904, t. xxvm, p. 92-115, a adopté cette manière de voir; l'auteur de la Cœna serait le même que celui de VHeptateuque et des poèmes de moindre importance attribués à saint Cyprien; il s’appellerait Cyprien (ce serait peut-être le Cyprien à qui est adressée la lettre cxt. de saint Jérôme, P. L., t. xxil, col. 1166-1179), el aurait vécu dans les environs de Brescia ou de Vérone, entre 360 et 430. Cf. aussi A. Baumgartner. Geschichte der Wellliteratur, t. IV, Die lateinischeund griechische Literalur der christliehen Vôlker, 3e édit., Fribourgen-Brisgau, 1905, p. 120. Cette opinion est ingénieuse et séduisante. Tout n’y est pourtant pas sûr. De nou­ velles découvertes la confirmeront-elles ou, ce qui est plus probable, la modifieront-elles, au moins en partie? C'est ce que l’avenir apprendra. Dès à présent, K. Mi­ chel, Gebet und Rild in frühchrisllicher Zeit, Leipzig, 1902, p. 2-22, a vu, dans les deux prières étudiées par Harnack en même temps que la Cœna, un texte qui, dans sa forme actuelle, est postérieur à Constantin, mais qui procède d’un original grec du il· ou du Ht’ siècle. Quelques passages méritent d'être relevés dans les œuvres dont le poète Cyprien passe pour être l’auteur. En général Vlleptateuquesuit de près la version Italique de la Bible. Il n’est donc pas étonnant que le verset 2 du c. vi de la Genèse, qui porte, dans l'italique, angeli Dei au lieu du filii Dei de la Vulgate, soit entendu du mariage des anges avec les filles des hommes. Genesis, 2472 v. 234-237, P. L., t. xtx, col. 353. Une explication plus rare et bizarre est celle de VAperientur oculi vestri... et aperti sunt oculi amborum, Gen.. m, 5, 7; 1'auteur l’entend dans un sens littéral, v. 81, 87-88, 98-100, P. L., I. xtx. coi. 348-349 : ...lumina promptim Candenti perfusa die, liquidumque serenum Affulsisse sibi, solemque, et sidera cseli. La Cœna, sorte de centon tiré de la Bible et de textes extra-canoniques, était destinée à être lue pendant les repas; les Acta Pauli y sont utilisés, mais Harnack a conclu trop vite que l’auteur les regarde comme un livre canonique. Les Acla Pauli sont également mis à contribution dans les prières attribuées à l’auteur de la Cœna. Ce sont deux morceaux d'un grand intérêt, prin­ cipalement le second, très utile â étudier au double point de vue de l’histoire de la préface et de celle du symbole des apôtres. Remarquons seulement cette mention de la descente aux enfers, une des plus an­ ciennes qui existent (surtout si l'on admet l’opinion de K. Michel sur l'origine de cette prière) : Qui passus es sub Pontio Pilato bonam confessionem, qui crucifixus descendisti, el conculcasti aculeum mortis. P. L., t. iv, coi. 908. I. CEUVres. — Les 165 premiers vers de la Genesis furent publiés, pour la première fois (ainsi que le De Sodoma;, en 1560, à Paris, par G. Morel. Dom Marlène publia toute la Genesis, sauf les vers 325-378, dans sa Veterum scriptorum... amplis­ sima collectio. Paris, 1733, t. IX; ce texte fut réimprimé, avec quelques corrections, par Arevalo dans son édition de Juvencus, Rome, 1792, d’où il a passé dans P. L., t. xix, col. 345-380; voir aussi P. L.. t. n, col. 1097-1101. On trouve encore dans P. L., t. Il, col. 1089-1098, sous le titre De judicio Domini, le poème qui se retrouve avec de nombreuses variantes, t. IV, col. 10271032, sous le titre De resurrectione mortuorum ; et t. n, col. 1101-1102. le De Sodoma ; col. 1105-1108, l’Ad senatorem ; col. 1108-1114, le De Jona; col. 1113-1114. le De Pascha (sous le titre De ligno vttæ)·, t. tv, col. 905-906. les deux prières (sous le nom de saint Cyprien d Antioche); col. 925-932, la Cœna Pitra a publié le texte complet de la Genesis et tout l'Heptatruque, dans Spicilegium Solesmense, Paris, 1852, t. 1, p.171258, et Analecta sacra el classica. Paris, 1888, t. I, p. 181-207. E. B. Mayor, The latin Heptateuch, Londres. 1889, en a lait un commentaire grammatical et philologique approfondi. R. Peiper. Cypriani Galli poetæ Heptateuchos, Vienne, 1891 (t. xxm du Corpus scriptorum Ecclesiæ latinæ) en a donné une édition nouvelle, mais non parfaite: cf. P. Lejay. Revue critique, nouv. série, Paris, 1891, L xxxn, p. 112-116. G. Ilartel, S. Cypriani opera, HP partie, Vienne, 1871 (t. m du Corpus scriptorum Ecclesiæ latinæ), n'avait pas connu l’Heptateuque, mais seule­ ment les 165 premiers vers de la Genesis. Hartcl et Peiper ont publié également les poèmes De Sodoma et De Jona, De pascha. Ad senatorem, De resurrectione mortuorum, mais non la Cœna qui a été rééditée par Harnack dans les Texte und Untersuchungen, nouv. série, Leipzig, 1899, t. IV, fasc. 3. IL Travaux. — H. Hagen, Eine Nachahmung von Cyprians Gastmahl dure h Hrabanus Maurus, dans Zeitschrift fur wissensch. Théologie, 1884, t. xxvn, p. 164-187; A. Ebert, Histoire générale de la littérature du moyen âge en Occident, trad. Aymeric et Condamin, Paris, 1883, t. I. p. 131-139; S. Gamber, Le livre de la « Genèse » dans la poésie latine au V siècle, Paris, 1899, p. 1-8,29-31, et passim : Harnack, Dreiwenig beachtete Cyprianische Schriften und die « Acta Pauli », dans Texte und Untersuchungen, nouv. série, Leipzig, 1899, t. IV, fasc. 3; O. Burdenliewer, Geschichte der allkirchlichen Literalur, Fribourg-en-Brisgau, 1903, t. H, p. 387, 452-453; H. Bre­ wer, Ueber den Heptateuchdichter Cyprian und die Cœna Cypriani, dans Zeitschrift fur katholische Théologie, Inspruck. 1904, t. xxvm, p. 92-115. Cf. Rivisla delle nviste, Macerata, 1904, t. ll, p. 151-155. F. Vernet. 3. CYPRIEN, métropolite de Kiev et de toute la Russie au xiv«-xv· siècle. II était serbe de naissance, ou pour mieux dire bulgare, ayant vu le jour dans la ville de Tirnovo. Goloubinsky, Istoriia russkoi tzerkvi, Moscou, 1900, t. n,p. 297. Dans sa jeunesse, il embrassa la vie monastique au Mont-Alhos, et s’appliqua avec zèle à l’étude des saintes Ecritures. La pureté de ses 2473 CYPRIEN DE GAMACHES mœurs et son savoir attirèrent sur lui l’attention du patriarche Philothée (1354-1355; 1364-1376), qui l'appela à Constantinople et le mit au nombre des dignitaires de la grande Église. Des discordes intestines régnaient alors dans l’Eglise russe. Olgerd (1345-1377) et les autres princes de la Lithuanie, tendant à se soustraire à la ju­ ridiction ecclésiastique du métropolite de Kiev, deman­ dèrent au patriarche Philothée de créer une métropole dans leur contrée, le menaçant, s’il n’accédait pas à leur demande, de passer à l’Eglise romaine. Philothée acquiesça â leurs désirs et consacra le moine Cyprien métropolite de Kiev et de la Lithuanie. Le patriarche Philothée avait établi qu’à la mort d’Alexis qui résidait à Moscou, Cyprien prendrait sa place, et réunirait sous sa juridiction les églises de Moscou et de Kiev. Mais à la mort d’Alexis (1378), le prince Dmitri Ivanovitch Donskoî (1363-1389) nomma au siège de Moscou son favori Miliaï (archimandrite Michel). Cyprien qui était déjà en route pour Moscou, reçut l’ordre de rebrousser chemin et de rentrer à Kiev. Mitiaï partit aussitôt pour se faire consacrer à Constantinople par le patriarche. La mort le surprit au cours de son voyage. Ses parti­ sans lui donnèrent un successeur dans la personne de l’archimandrite Pimène que le patriarche Nil consacra la première année de son patriarcat (1380-1388). Le prince Dmitri, l’ayant appris, prévint Cyprien qu’il l’élevait au siège métropolitain de Moscou. Cyprien déploya beaucoup de zèle dans l’exercice de sa nouvelle charge. Mais le prince Dmitri, changeant d’avis, appela Pimène au siège de Moscou. Cyprien dut reprendre pour la troisième fois le chemin de Kiev. Bientôt Pimène fut en désaccord avec son souverain. Il fut envoyé à Constantinople pour y être jugé, et Cyprien remonta sur le siège usurpé par son compé­ titeur. Accueilli à Moscou en 1390 avec de grandes manifestations de joie, il combattit les hérétiques, qui sous le nom de strigolniki niaient la résurrection des morts et rejetaient plusieurs livres du Nouveau Tes­ tament et les canons des conciles. La ville de Nov­ gorod était principalement infectée de cette hérésie. Cyprien rappela au devoir les Novgorodiens qui, en assemblée populaire, avaient décidé de ne plus s’adres­ ser au métropolite pour n'avoir plus à lui payer les dimes ou les droits attachés à l'administration des sacrements. Au témoignage des hagiographes russes, la Russie étant menacée de l’invasion de Tamerlan, Cyprien transporta de Vladimir à Moscou une image miraculeuse de la sainte Vierge, dont l’intercession con­ jura le danger. Il mourut l’an 1406. L’Eglise russe le vénère comme saint et célèbre sa fête le 17 septembre. Ses reliques furent transférées à la cathédrale de l’As­ somption (Ouspensky Sobor) en 1472, et on fête cette translation le 27 mai. Cyprien est considéré comme un des plus grands litterateurs russes du xiv« siècle. Par son intermédiaire, la littérature serbe exerça une influence bienfaisante sur le mouvement littéraire de l'ancienne Russie. Men­ tionnons ici ses lettres théologiques et liturgiques, son traité sur la juridiction ecclésiastique des paroisses (Poslanie o blagotchinii khrislianskom) et ses écrits hagiographiques. Il traduisit en russe le psautier, les Évangiles, ('Échelle de saint Jean Climaque, et les œuvres du pseudo-Denys l'Aréopagite. Il travailla aussi à la version des livres liturgiques et traduisit du grec le Sloujebnik, le Trebnik (missel et eucologe), et le Eomocanon. Ses lettres aux habitants de Pskov et à l'higoumène Athanase éclaircissent plusieurs rites et prières de la messe, et ne manquent pas d'intérêt pour l'étude de l’ancienne théologie sacramentaire de l’Église russe. Dans son Molitvennik (eucologe), Cyprien in­ séra un chapitre sur les livres utiles et les livres dé­ fendus. Pour dresser le catalogue de ces derniers, il s'appuie d’abord sur les canons du concile de Laodicée, qui défendent l’usage de nouveaux psaumes, et il olavaient depuis le premier jour vécu en mésintelligence; linaire dans plusieurs de ses écrits. Driiseke, dans Texte le patriarche avait bien fait quelques avances, mais und Enters., t. vu. p. 341 sq., 348 sq., 395 sq. 11 visait elles avaient été dédaigneusement repoussées. Cédant à un zèle mal éclairé ou à leur naturel trop bouillant, d'une façon générale l'enseignement dualiste de l'école des moines se mirent en tête de venger cette humilia­ d'Antioche. Mais l’homélie pascale de 429, Homil., xvn, P. G., t. lxxvii, col. 773, 788, fut plus précise et plus tion de leur évêque; ils vinrent en troupe jusqu’en ville et insultèrent le préfet. Un d'entre eux fut tué dans la détaillée sur le dogme de l'incarnation : bien que le nom de Nestorius ne soit pas prononcé, on sent très bagarre. Cyrille l’aurait d'abord fait honorer comme martyr. Plus tard cependant, mieux informé sans doute bien qu'il s’agit de ses erreurs, « Ce n'est pas un homme des vraies circonstances de sa mort, il laissa sa mé­ ordinaire que Marie a enfanté, c'est le Fils de Dieu fait moire tomber peu à peu dans l'oubli. Socrate, 11. E., homme; elle est donc bien mère du Seigneur et mère 1. VII, c. xiv, P. G., t. lxvii, col. 765. La célèbre Hypatie, de Dieu : Μήτηο Κυρίου κα·. ΘεοΟ. » Ibid., col. 776. 777. fille du philosophe Théon, platonicienne elle-même très Le mot Θεοτόκο; ne se trouve pas ici, mais on a l'équi­ inlluente, passait pour dominer l’esprit d’Oreste. Est-ce valent. parce qu’on la soupçonnait d’cmpêcher sa réconciliation A l'occasion des fêtes de Pâques, des moines étant avec le patriarche que des Parabolans la massacrèrent? venus à Alexandrie selon la coutume, Cyrille fut averti Peut-être; mais rien ne permet en tout cas de faire re­ par eux que les écrits de Nestorius avaient pénétré tomber sur Cyrille la responsabilité de cet odieux as­ jusque dans leurs solitudes, et y troublaient les esprits. sassinat. Schàfer dans The catholic university Bulletin, Il s’empressa, par une longue lettre dogmatique, Ad octobre 11)02. t. vm, p. 441 sq., examine sérieusement ce monachos Ægypti, P. G., t. t.xxvn, col. 9 sq., de les point d’histoire. mettre en garde contre l'hérésie. « Des étrangers, me Tous ces faits se sont passés entre 412 et 416. C’est dit-on, pénètrent jusqu’à vous, cherchant à surprendre probablement l’année suivante (417) que Cyrille con­ votre bonne foi et semant parmi vous la discorde. Ils sentit à inscrire le nom de saint Jean Chrysostome dans osent mettre en doute que Marie soit vraiment Θεο­ les diptyques de son Église. Jusqu’à cette époque, il s’y τόκος. Il eût été meilleur pour vous d’ignorer ces dis­ était toujours opposé, malgré les instances d'Alticus cussions subtiles qui dépassent la portée des intelli­ de Constantinople. P. G., t. lxxvii, col. 352 sq. Stilting, gences ordinaires, mais maintenant il faut empêcher Acta sanctorum, t. tv septeinbris, p. 678 sq., ne croit le venin de l'erreur de produire ses pernicieux effets. » pas à l’authenticité de la correspondance entre Atticus Ibid., col. 12. Alors, au moyen de l’Écriture et de la et Cyrille au sujet de Jean Chrysostome. Enlin, Cyrille tradition, il prouve l’unité du Verbe incarné et justifie se laissa lléchir, si l'on en croit Nicéphore Calliste, par le titre de Θεοτόκος. « Faut-il appeler Marie Θεοτόκο;? les prières d’Isidore de Péluse. H. E., 1. XIV, c. xxvm, Sans aucun doute, puisqu'elle a conçu et enfanté le P. G., t. cxlvi, col. 1152. Dieu Verbe fait homme. Ce mot est traditionnel : tous En 418, le pape Zosime lui annonça par lettre spé­ les Pères orthodoxes d’Orient et d’Occident l'ont ac­ ciale la condamnation des pélagiens. Jall'é, Regesta cepté; s'il ne se lit pas dans l’Écriture ni dans le sym­ rom. pont., n. 343; P. L., t. xx, col. 693. Et en 419, les bole de Nicée, on y trouve la doctrine correspondante, évêques d’Afrique, réunis en concile, lui demandèrent puisque l’Écriture et les Pères de Nicée affirment que une copie authentique et exacte des décisions de Nicée. celui-là qui est né de la sainte Vierge est Dieu par Mansi, t. Il, col. 835; Hardouin, t. 1, col. 946. nature. » Ibid., col. 16. Le terme Θεοτόκος va se ren­ Comme Athanase, comme Théophile, Cyrille compo­ contrer désormais dans tous les ouvrages de Cyrille; sait chaque année une homélie pascale pour rappeler il est à ses yeux la meilleure marque et le plus sûr le jeûne et fixer la solennité pascale. Il en profitait garant de l’orthodoxie ; il sera la tessère de la foi chrispour donner de fortes leçons à ses fidèles : il leur tologique, comme le όμοούσως l'avait été du dogme montre la grandeur et le but de leur vocation, le chemin trinitaire. que leur a tracé le Christ Jésus ; il leur répète la morale Des exemplaires de cette Lettre aux moines furent austère de (’Évangile, la nécessité de la mortification et portés à Constantinople, el beaucoup de personnes en de la victoire sur soi-même ; il ne leur ménage pas les tirèrent profit pour leur foi. Mais Nestorius, malgré le reproches, quand ils sont mérités. Voir par exemple les silence gardé sur son nom. s’en montra très offensé. Et Cyrille, prévenu par ses nonces, crut bon de lui en homélies de 419 et de 420, P. G., t. lxxvii, col. 544,561. 2479 CYRILLE D’ALEXANDRIE (SAINT) écrire directement. Tout en cherchant à le calmer, il tâchait par de fraternels avertissements de le ramener dans le droit chemin. « Les fidèles, lui dit-il, l’évéque de Rome Célestin lui-rnême, sont fort scandalisés... Consentez, je vous en prie, à donner à Marie le titre de Ίιοτί/.ος. Ce n’est pas une doctrine nouvelle qu’on vous demande de professer, c’est la croyance de tous les Pères orthodoxes. » P. G., t. lxxvii, col. 4L Nestorius répondit par quelques lignes dédaigneuses, et continua ses prédications et sa propagande. Pour dis­ créditer son rival, il alla même jusqu’à payer des gens tarés pour répandre sur « l’Égyptien » toutes sortes de calomnies. Cyrille s'en plaint doucement au début de sa Seconde lettre à Neslorius. P. G., t. lxxvii, col. 44 sq. Cette seconde lettre, qui sera bientôt approuvée à Éphêse, mérite, par son exposé clair et concis de la doctrine christologique, une attention toute spéciale. On y apprend ce que signifie « le Verbe s'est fait chair » ; comment le Verbe éternel est né dans le temps; com­ ment il est vrai de dire que Dieu a souffert, esl mort, est ressuscité; pourquoi il est impie de partager en deux le Verbe incarné; comment enfin la Vierge .Marie est véritablement Θεοτόκος. La réponse de Nestorius fut plus longue, mais aussi acerbe et méprisante que la première; elle cherchait â justifier le dualisme par des textes scripturaires, que Cyrille était prié de mé­ diter avec soin. P. G., t. lxxvii, col. 49 sq. Cyrille avait perdu tout espoir de gagner le novateur par ses conseils. 11 voulut au moins arrêter les effets de sa propagande. C’est dans ce but qu’il écrivit au vieil Acace, évêque de Bérëe; ce vénérable centenaire, à cause de son grand âge et de ses travaux, jouissait d’une grande autorité sur ses collègues. C’est dans ce but également qu’il s’adressa à l’empereur et lui envoya un long traité très précis Sur la vraie foi, P. G., t. lxxvi, col. 1133-1200, pour le prémunir contre les subtilités de son patriarche. Il lit parvenir aussi dans le même temps à la cour deux autres traités sem­ blables, le premier pour les Princesses Vierges, Arca­ die et Marine, sœurs de Théodose. P. G., t. lxxvi, col. 1201-1335, et le second pour les Impératrices, Pulchérie et Eudocie. Ibid., col. 1335-1420. Le pape Célestin 1er avait demandé dès le milieu de 429 au patriarche d’Alexandrie des renseignements sur la doctrine de Nestorius. Pendant près d’un an, Cyrille avait hésité à répondre, par désir sans doute de nepas donner à l'alfaire de trop grandes proportions. 11 se décida enfin à rompre le silence au printemps de 430, d'autant que Nestorius s’était lui-même adressé àRorne. Le diacre Posidonius partit d'Alexandrie avec une lettre qui racontait toutes les péripéties de la lutte de­ puis les débuts. P. G., t. lxxvii, col. 80 sq. Il était en même temps chargé de remettre au pape un Commo­ nitorium résumant en quelques lignes les points fon­ damentaux de l'hérésie nestorienne, et tous les écrits publiés parson maître pendant la controverse, c’est-àdire les diverses lettres dont nous avons parlé : aux moines et à Nestorius, puis les Scholia de incarna­ tione Unigeniti, P. G., t. lxxv, col. 1369 1472, les trois traités De recta /ide, et probablement aussi les cinq livres Adversus Neslorium. P. G., t. lxxvi, col. 9-248. Le messager alexandrin arriva vraisemblablement à Rome au commencement de l’été de 430. Au mois d’août suivant, Célestin réunit auprès de lui un synode d’évêques occidentaux pour examiner les pièces qui venaient de lui être remises et juger le cas de Nesto­ rius. Sur ce concile romain, nous avons fort peu de documents; nous savons du moins que la doctrine de Cyrille y reçut pleine approbation et que les opinions de Nestorius y furent condamnées. P. L., t. L, col. 461. Quand Posidonius se remit en route, il emportait pour Cyrille une lettre du pape qui lui donnait com­ mission de notifier à Nestorius les décisions prises â 2180 Rome : Nestorius devait, sous peine d'excommunication et de déposition, se rétracter dans l’espace de dix jours après réception de la sentence. Ibid., col. 463. Au mois d’octobre, Cyrille appela les évêques d’Égypte en synode; à la suite de leurs délibérations, une Lettre synodale fut rédigée le 3 novembre, pour être remise à Nestorius en même temps que la sentence papale : c’était un exposé de toute la doctrine christologique; elle se terminait par douze anathémalismes que Nes­ torius devait souscrire, pour prouver son orthodoxie. Epist., xvn, P. G., t. lxxvii, col. 105-121. Ce docu­ ment, l’un des plus graves et le plus discuté de tous les écrits de Cyrille, sera examiné plus loin, col. 2492. Cependant la convocation d'un concile général avait été décidée, et l’empereur avait expédié le 19 novembre à tous les métropolitains les lettres d’indiction ; la ville d’Éphèse était désignée comme lieu de réunion et tous les évêques devaient y être pour la Pentecôte. Lne lettre spéciale était adressée à Cyrille; c’était moins une invitation à venir siéger en juge de la foi, qu’une sommation de comparaître pour justifier sa conduite. Nestorius avait donc, semble-t-il, réussi à perdre son rival dans l’esprit de Théodose. A la réception de cette lettre, Cyrille fut un peu in­ quiet de la tournure que prenaient les choses; il écrivit au pape pour savoir s’il y avait lieu de revenir sur les décisions prises contre Nestorius et qui lui avaient déjà été notifiées. Célestin, avec indulgence, répondit qu'il fallait attendre, accepter le concile et essayer d’amender le coupable; s’il refusait de se soumettre, les anciennes résolutions seraient reprises, et il ne devrait alors imputer sa perte qu’à lui seul. P. L., t. L, col. 501 sq. Le pape désigna trois légats pour le représenter à Éphêse. Aussitôt après les fêtes de Pâques, Cyrille se mit en route, afin d’arriver à destination avant la Pentecôte. Il était à Éphêse,dans les premiers jours de juin. Nes­ torius l’y avait déjà devancé. A la date du 7 juin, fixée pour l’ouverture du concile, on n’avait encore aucune nouvelle du patriarche Jean d'Antioche et de sessuifragants. Les évêques attendirent une quinzaine de jours; à la fin, voyant que les retardataires n’arrivaient pas, on décida de commencer les séances : une lettre de Jean d’Antioche semblait d’ailleurs autoriser les Pères du concile à délibérer sans lui. Cf. P. G., t. lxxvi, col.472. La première réunion eut lieu le 22 juin, sous la présidence de « Cyrille, évêque d'Alexandrie et repré­ sentant de Célestin, évêque de Rome ». Mansi, t. iv, col. 1124. On y lut les lettres de saint Célestin et celles de saint Cyrille à Neslorius; on compara les écrits du novateur avec des extraits empruntés aux Pères ortho­ doxes; puis, en son absence, puisqu'il avait, au mépris des sommations canoniques, refusé de comparaître, on prononça contre lui une sentence de déposition et d’excommunication. Mansi, t. iv, col. 1211. Les textes patristiques, présentés et lus par le diacre Pierre d’Alexandrie, avaient sans doute été recueillis par Cyrille, puisque tous se rencontrent dans ses autres ouvrages. Comparer Mansi, t. iv, col. 1184 sq., avec P. G., t. lxxvi, col. 324 sq., 341 sq , 381 sq. Les Orien­ taux arrivèrent quatre ou cinq jours après (26 ou 27juin); en apprenant ce qui venait de se passer, ils refusèrent de se joindre aux autres évêques et se for­ mèrent en conciliabule sous la protection des agents impériaux : ils reprochaient à Cyrille et à ses partisans d’avoir condamné Neslorius avec trop de précipitation et d’avoir, en approuvant les anathémalismes, proclamé une doctrine apollinariste. Mansi, t. iv, col. 1372 sq. Ils lancèrent l’excommunication contre tous les mem­ bres du concile et prononcèrent la déposition de Cyrille et de son ami Memnon d’Éphèse. Par leurs faux rap­ ports et par leurs intrigues auprès de l’empereur, ils réussirent même, au commencement du mois d août, à 2-481 CYRILLE D’ALEXANDRIE (SAINT) faire emprisonner ces deux évêques. A partir de ce ; du début et de la phrase finale, cette profession de foi moment, le concile cessa d’avoir ses réunions; malgré n’était autre que le symbole présenté l'année précédei ■ à l’empereur par les députés orientaux à Chalcédoine. les persécutions de ses adversaires, il en avait tenu P. G., t. Lxxxtv, col.609. Malgré certaines incorrecti ri­ sept. Cyrille resta étroitement gardé pendant prés de trois mois, jusqu'au milieu d’octobre. Il profita de ces de terminologie, P. G., t. lxxvii, col. 197, 225.ee sym­ loisirs forcés, pour composer une Explication des bole parut acceptable à Cyrille, ibid., col. 172. 176 t la réconciliation allait être faite, lorsque Paul présenta anathéniatismes. P. G., t. i.xxvi, col. 293-312. C’était la troisième fois qu’il jusliliait cet écrit; il l’avait dé­ une lettre de.lean d’Antioche qui remit tout en question. On y remerciait Cyrille d'avoir bien voulu par ses expli­ fendu déjà contre André de Samosate el les Orientaux, cations améliorer les anathéniatismes; on prenait art·: ibid., col. 315-388, et contre Théodore! de Cyr. Ibid., col. 389-452. Enfin l’empereur résolut d’appeler au­ de la promesse faite par lui deles éclaircir encore da­ vantage; on était heureux surtout qu'il se fût contint· près de lui, à Chalcédoine, une députation des deux partis ; et les orthodoxes parvinrent à lui faire voir de du symbole de Nicée et de la lettre d’Athanase à Épicquel côté était le bon droit. La déposition de Neslorius tète. Il n'y avait pas un mot sur la condamnation de fut officiellement reconnue; on lui donna pour succes­ Nestorius. Or c’était la première condition exigée par Cyrille. Paul d'hmése s’offrit à l’accepter et à la signer seur un prêtre de Constantinople, nommé Maximien; et la dissolution du concile fut prononcée. Cyrille fut au nom de tous les Orientaux. Mais par prudence, le patriarche d’Alexandrie répondit qu’il lui fallait la signa­ mis en liberté et put rentrer vers la fin d'octobre à ture de Jean d’Antioche lui-même. En attendant, Paul Alexandrie. C'est de là qu’il répondit aux lettres de rédigea pour son propre compte un acte par lequel il communion du nouveau patriarche de Constantinople, reconnaissait Maximien comme évêque de Constanti­ P. G., t. lxxvii, col. 148 sq.,et qu’il envoya à Théodose nople à la place de l’hérétique déposé; et il fut admis un Mémoire justificatif pour expliquer sa conduite aussitôt à la communion (décembre 432). Puis il repartit avant et pendant le concile. P. G.,t. i.xxvi.col. 453-488. pour Antioche avec le document, préparé à l’avance par 4" Le différend avec les Orientaux et les dernières années de Cyrille, 431-444. — Les Orientaux avaient Cyrille, que le patriarche Jean devait signer. Quelques mois plus tard (433), il était de nouveau à Alexandrie; eux aussi repris le chemin de leur pays; mais ils res­ cette fois la réponse de Jean était satisfaisante : à part taient opposés à toute entente avec Cyrille; dans deux conciliabules, tenus l'un à Tarse, l'autre à Antioche, ils quelques modifications insignifiantes, dont il s'excusait décidèrent de ne communiquer avec lui qu’aprèsla con­ humblement, il souscrivait au formulaire de Cyrille. damnation de ses anathéniatismes. Cependant l’empe­ P. G., t. lxxvii, col. 165 sq., 173; cf. P. G., t. i.xxxiv, col. 826. La paix était rendue à l’Église : le schisme ne reur, voyant les dommages causés à la foi des fidèles comptait plus qu’une petite minorité, Cyrille laisse parces divisions des évêques, lit savoir aux deux partis qu'il voulait sans retard la réconciliation. Les Orien­ éclater son allégresse dans sa réponse au patriarche taux, par crainte de la disgrâce impériale, consentirent d'Antioche : ΕύφραινέσΟωσαν οί ουρανοί za’s άγαλ).·.άσθω à envoyer à Cyrille des propositions de paix. « Le sym­ ή γή (la lettre de Jean d’Antioche, P. G., t. lxvxii, col. 172 sq., et la réponse de Cyrille, col. 176 sq., con­ bole de Nicée, écrivaient-ils, contient toute la doctrine évangélique et apostolique et n’a besoin d’aucune addi­ tiennent le symbole d'union dont il a été question tout tion. La lettre d’Alhanase à Epictète en donne une à l’heure; nous l’étudierons, col. 2511 sq.. au point de explication claire et complète. Tout ce qui a été récem­ vue de la doctrine). Et il s’empresse d’annoncer la bonne nouvelle au pape Sixte III, P. G., t. lxxvii, col. 278sq . ment ajouté en fait de lettres ou de chapitres, doit être retranché comme superllu... » Si le patriarche d’Alexan­ à Maximien de Constantinople, col. 254 sq.. à Rufus de Thessalonique, col. 222 sq., à Donatus de Nicopolis, drie acceptait ces conditions, toute cause de mésintel­ col. 250 sq. ligence disparaissait. Mansi, t. v, col. 829; P. G., t. LXXVII, col. 157 sq., 161 sq. Mais Cyrille ne pouvait Cependant les préoccupations de Cyrille n’étaient pas accepter : au lieu d'approuver nettement, comme il eut encore à leur terme. Ceux des Orientaux restés insou­ fallu, la déposition de Nestorius, on osait réclamer mis n’étaient pas bien nombreux, mais ils étaient très l’abandon des anathéniatismes! Il répondit qu’il était remuants et ils continuaient à accuser d’apollinarisme prêt à pardonner toutes les injures dont il avait été les anathématismes. Les plus avancés du parti alexan­ drin, persuadés que leur patriarche, en acceptant le l'objet â Ephése, qu’il repoussait de toute l'énergie de symbole d’union, avait fait des concessions défendues, son âme l’arianisme et l’apollinarisme, qu’il reconnais­ sait la valeur du symbole de Nicée et de la lettre à Epic­ l’accusaient d’avoir trahi la foi orthodoxe. Cf. S. Isidore tete; mais il ne pouvait pas sacrifier ses anathéniatismes, de Péluse, Epist., 1. I, epist. cccxxiv. P. G., t. i.xxvm, car ce serait sacrifier la doctrine orthodoxe, condamner col. 369. Sa correspondance, pendanl les années qui vont le concile d’Éphèse et justifier Neslorius. Que les Orien­ suivre, n'a plus qu’un but; c’est de justifier la paix et taux acceptent la déposition de l’hérétique, et toute la de montrer l'orthodoxie du symbole d'union. Telles sont les lettres à Acace de Mélitêne, P. G., t. lxxvii, dispute sera terminée; les Églises pourront retrouver col. 182. 202, à Succensus de Diocésarée. col. 227. à la paix dans le Christ. P. G., t. lxxvii, col. 157 sq. A ce moment, la division se mit dans le camp des Valérien d'iconium, col. 255, au prêtre Eusèbe, col. 287; elles sont, on le comprend, de toute première impor­ Orientaux. Les uns, comme Alexandre d'IIiérapolis, tance au point de vue dogmatique. A tous ces corres­ li.axime d'Anazarbe, Helladius de Tarse, se déclarèrent pondants, il répète qu’il n'a rien sacrifié de ses ana­ obstinément opposés à toute relation avec « l’Egyptien » théniatismes, que les Orientaux, malgré certaines jusqu’à ce qu'il eût condamné tout ce qu'il avait fait expressions moins correctes, sont parfaitement ortho­ et écrit contre Nestorius. D'autres, avec André de Sa­ doxes et qu'ils ont souscrit à la déposition de Nestorius. mosate et Théodore! de Cyr, commençaient à regarder C’est pendant cette période que, pour se défendre dï la doctrine de Cyrille comme orthodoxe (ils semblaient favoriser le dualisme antiochien et pour mieux affirmer croire qu’il avait rétracté ses anathéniatismes); mais ils sa doctrine de l'union physique du Verbe avec l’huma­ refusaient de souscrire à la déposition de Neslorius. nité, il emploie et explique à plusieurs reprises la torEnfin la majorité, à la suite de .lean d’Antioche et mule célèbre μία φύσις τοϋ ΟεοΟ Λόγου σεσαρd'Acace de Bérée, formait le parti de la paix immédiate. Ceux-ci. pour arriver plus vite à une entente, envoyèrent χωμίνη. De leur côté l'empereur et Jean d’Antioche travail­ à Alexandrie un des leurs, l’évêque Paul d’Émèse; il laient à la soumission des récalcitrants. Théodose avait devait remettre à Cyrille en leur nom une profession recours aux mesures de rigueur : il allait choisir entre -’e foi qui prouverait leur orthodoxie. Abstraction faite 2483 CYRILLE D’ALEXANDRIE (SAINT) lu paix ou l’exil, et personne ne pouvait plus parler des écrits de Nestorius qui étaient condamnés au feu. Cf. Code tliéodosien, XVI, v, 66, édit. Haenel, p. 1572. Par crainte, un certain nombre firent semblant de céder, tout en gardant au fond du cœur leurs sentiments hété­ rodoxes. L’excessive condescendance de Jean d'Antioche était de nature, il faut le dire, à augmenter le nombre de ces soumissions apparentes. Par un désir exagéré de voir le schisme cesser à tout prix, il se contentait de professions de foi très imprécises et de promesses vagues. Cyrille dut s’en plaindre et lui rappeler que, « si la paix est désirable, elle ne doit pourtant pas se faire au détriment de l’orthodoxie : tous doivent con­ damner Nestorius et ses impiétés. » P. G., t. lxxvii, col. 325, 327. Les Orientaux finirent en effet par abandonner Nes­ torius et ses écrits, en apparence du moins; c’est qu'ils avaient trouvé un moyen moins dangereux de propager les mêmes doctrines. On se mil à traduire et à répandre partout et jusque dans les provinces voisines les livres de Diodore de Tarse et de Théodore de Mopsueste. Cy­ rille en fut informé pendant un voyage à Jérusalem. E'pist., t.xx. P. G., t. lxxvii, col. 341. Ses amis lui demandaient de faire officiellement condamner les écrits de Diodore et de Théodore, comme on l’avait fait pour ceux de Nestorius. Avec beaucoup de calme, le patriarche d’Alexandrie sut modérer la fougue excessive des siens : il n’y avait pas lieu de condamner des évêques qui étaient morts dans ('Église. Cependant il ne se dissi­ mulait pas les erreurs et les dangers de leurs écrits; et il s’indigne que Jean d'Antioche ait songéà comparer ces hommes à des Pères comme Athanase, Basile, Gré­ goire et Théophile. P. G., t. LXXVII, col. 332, 336. Il approuve donc le Tonie de Proclus aux Arméniens, cf. P. G., t. i.xv, col. 856 sq., et il écrit lui-même contre Diodore et Théodore des traités dont malheureusement nous n'avons que quelques extraits. Jean d’Antioche était mort en 441; Domnus, qui lui succéda, semble avoir entretenu avec son collègue d’Alexandrie les meilleures relations. Cf. P. G., t. LXXVII, col. 359. Cyrille mourut lui-même en 444. 2484 en 1528, et en grec en I638 dans l’édition Aubert. C’est un dialogue entre Cyrille et son ami Palladius. Le but du traité, indiqué dès les premières lignes, col. 133. 136, est de chercher « ce qu’a voulu dire Notre-Seigneur par cette parole : Je ne suis pas venu détruire la loi et les prophètes, mais (es perfec­ tionner, et ce qu’il faut entendre par l’adoration en esprit et en vérité dont il entretint la Samaritaine. » Les deux textes évangéliques, explique Cyrille, se com­ plètent et s’éclairent mutuellement : la loi et les pro­ phetes ne sont pas abolis, mais perfectionnés, précisé­ ment parce que les rites pratiqués matériellement par les Juifs se continuent dans l'adoration spirituelle ren­ due à Dieu par les chrétiens; les observances judaïques étaient l'ombre et la figure du culte nouveau. L'ouvrage se divise en 17 livres. Cyrille lui-même, selon une habi­ tude fréquente chez lui, cf. In Joa., præf., P. G., t. lxxiii, col. 160; Pusey, t. i, p. 7, nous donne en tête la table des matières : 1. I, du péché et de la pé­ nitence; comment l’esclavage du vice et la conversion à une vie meilleure sont figurés dans l’Ancien Testa­ ment, col. 133-209; 1. Il et III, la justification ne pou­ vait être opérée que par les mérites de Jésus-Christ; la loi ne faisait que la préparer et la figurer, c. . 212-301 ; 1. IV et V, générosité que leschrétiens rachetés et justifiés par Dieu, doivent montrer à son service, col. 301-408; I. VI, amour de Dieu; la loi ancienne commandait d'aimer Dieu seul; à plus forte raison, la loi nouvelle qui est une loi d’amour, col. 408-477; 1. VII et VIII, charité fraternelle et dévouement au prochain, col. 480588; 1. IX et X, le tabernacle de l’ancienne loi était le type de l’Église, col. 588-725; 1. XI-XIII, le sacerdoce légal était la figure du sacerdoce chrétien, col. 725-885; I. XIV et XV, la pureté; les adorateurs du Christ doi­ vent être purs et exempts de toute tache pour se présen­ ter devant Dieu, col. 885-1009; 1. XVI, des offrandes spirituelles; c’est nous-mêmes que nous devons offrir par la mort au péché, col. 1009-1061; 1. XVII, les fêtes solennelles sont un avant-goût des réjouissances célestes, col. 1061-1125. 2’ Les Γλαφυρά ou Glaphyres, P. G., t. LXIX, Acta sanctorum, au 28 janvier, t. il, p. 843-854: reproduit , col. 9-679. — Cyrille en parle dans une lettre â Rufus de Thessalonique. P. G., t. lxxvii, col. 224. Ils dans P. G., t. i.xvin, col. 9-40: Arnédée Thierry, Nestorius et Eutychès, 1879, p. 1-178: A. Largent, Saint Cyrille d'Alexan- | furent publiés pour la première fois en latin dans l’édi­ drie et le concile d'Éphèse, dans les Études d’histoire ecclésias­ tion de Paris 1605 (traduction du jésuite Schott); puis tique, Paris, 1892, extrait de la Hevue des questions historiques, en 1618 en grec et en latin à Anvers. Le but de cet juillet 1872, t. xn. p. 5-70; Schafer, Cyril of Alexandria and écrit, d’après le prologue, col. 13. est de prouver que the murder of Hypatia, dans The catholic university Bulle­ « dans tous les livres de Moïse le mystère du Christ se tin, Washington, 1902, t. vm, p. 441-453. trouve figuré ». C'est un complément de l’ouvrage pré­ II. Écrits. — L’activité littéraire de saint Cyrille cédent : on ne revient pas sur ce qui a été dit; on ne d'Alexandrie fut considérable : ce qui nous reste de prend d'ailleurs dans l’œuvre mosaïque que les passa­ ses ouvrages remplit dix volumes de la collection de ges d’où la thèse ressort plus directement. C’est là ce Migne. Cette édition (1859) qui reproduit celle du cha­ qu'indique le titre Γλαφυρά (explication de passages noine Aubert (1638) avec quelques additions emprun­ choisis): ΆρξόμεΟα τοίνυν τών επί τή Γενέσει γλαφυ­ tées au cardinal Mai, est la seule édition complète que ρών έρων οΰτω τε λοιπόν εφεξής τα πέντε Μωσέως δραnous ayons. Malgré ses défauts, c’est donc à elle que, μόντες βιβλία, περιεργασδμεΟα προς αΰτοΐς καί τα έκ τής jusqu’à nouvel ordre, il faudra recourir. Je prendrai έτέρας γραφής τώ προκειμένω χρήσιμα σκοπώ, lisonssoin cependant d'indiquer les références au travail nous dans la préface. P. G., t. LXIX, col. 16. Les sept plus scientifique de P. E. Pusey pour les écrits qu’il a premiers livres, qui s’occupent de la Genèse, col. 13réédités. 385, expliquent comment tous les patriarches, Adam, Les œuvres de Cyrille sont : 1» des œuvres exégétiAbel, Noé et ses fils, Abraham et Melchisédech, Isaac, ques : 2« des traités dogmatiques et apologétiques; 3° des Jacob et ses fils, sont des types de Notre-Seigneur. homélies ; 4° des lettres; 5° nous ajouterons quelques mots Dans les trois livres consacrés à l’Exode, col. 385-537, sur les ouvrages douteux ou apocryphes. l’histoire de Moïse (buisson ardent, agneau pascal, I. ŒUVRES EXÈGÈT1QUES —4“ Le ΙΙερι της Ιί πνεύματι manne, etc.), est interprétée comme figure des mystères καί al.rfisia προσκυνήσεων, ou De adoratione in spiritu du Christ. Les prescriptions du Lévitique, col. 540-589, el veritate, P. G., t. ι.χνιιι, col. 133-1125, est signalé figurent la passion du Christ et notre sanctification. Les par Cyrille lui-même, P. G., t. i.xix, col. 16; t. lxxvii, Nombres, col. 589-641. nous offrent comme figures du col. 221, et par André de Samosate, cf. Anastase le Christ les éclaireurs envoyés pour explorer la terre Sinaïte, llodcgos, P. G., t. i.xxxtx, col. 293; sans promise, la vache rousse immolée hors du camp, le ser­ parler des attestations plus récentes. Photius, Biblio­ pent d’airain. Enfin le Deutéronome, col. 644-677, four­ theca, cod. 49, 229. P. G., t. cm, col. 850, 997. Il parut nit, lui aussi, ses sujets typiques : la génisse que l'on pour ia premiere fois en lalin dans l’édition de Bâle tue dans la vallée; la femme captive, à qui le vainqueur 2485 CYRILLE D’ALEXANDRIE (SAINT) fait couper la chevelure et les ongles; les pierres en­ duites de chaux; l'élection de Josué. Voir la table des matières, P. G., t. t.xix. col. 9-12. 3° Les com mail ai res proprement dits sur l'Ancien. et le Nouveau Testament. — Ces commentaires se distin­ guent nettement des ouvrages précédents par leur but et leur caractère général. Ils montrent encore comment la loi ancienne préparait et figurait la loi nouvelle; mais ils visent avant tout à faire comprendre le texte sacré. L'allégorie subsiste, mais rejetée au second plan, après l’explication littérale. 1. Commentaire sur Isaïe. Έξήγησις ΰπομνηματιχη εί; τον προφήτην ΊΙσχίαν. P. G., t. LXX. col. 10-1449. — Cet ouvrage fut traduit en latin par Laurent Humfred et publié en 1566 à Bâle; la première édition grecque est celle d’Aubert. C’est à tort et sans raisons sérieuses que C. Oudin, Commentarius de scriptoribus Ecclesiæ antiquis, t. », col. 1023, refuse d’y voir une œuvre de Cyrille.il comprend cinq livres, subdivisés chacun en sections ou discours. Le 1.1, qui a 6 sections, commente Is., t, t-x, 32, P. G., t. i.xx, col. 13-304; le 1. II. avec 5 sections, est l'explication d is., x, 33-XXiv, 23,col.304556; le I. 111, avec 5 sections aussi, commente Is., xxv, 1-xlii, 9, col. 556-857; le I. IV, avec 5 sections en­ core, après une courte préface, explique Js., xlii, 10-t.i. 23, col. 857-1141; enfin le 1. V, qui a 6 sections, explique les 15 derniers chapitres, lii-i.v», col. 11441449. Les passages qui méritent une spéciale attention semblent être les suivants : P. G., t. lxx. col. 65 sq., sur le c. n d'Isaïe ; Église et conversion des peuples ; col. 192 sq., et surtout 204, sur le c. vtt : la Vierge qui enfante ;col.556sq., sur c, xxv : faveurs dont Dieu comble les siens ; col. 797 sq., sur c. xl-xli : grandeur et puis­ sance du Très-Haut; confiance qu’il faut avoir en lui ; col. 1168sq., sur c. lui : les souffrances du serviteur de Dieu, qui est notre Sauveur Jésus-Christ. 2. Commentaires sur les douze petits prophètes. P. G., t. lxx» ; t. lxxii, col. 9 364. — La première édition (latin et grec) fut publiée par le jésuite Pontanus à Ingolstadt en 1607. Après Aubert et .Vigne, Pusey en a donné une nouvelle édition à Oxford en 1868,2 in-8». Ici. comme dans l'explication d'Isaïe, les versets sont pris et interprétés les uns à la suite des autres. Les commentaires sur Abdias, Jonas, Nahum et Aggée n’ont d'autres points de repère que les chapitres et versets du texte sacré; les autres sont de plus, dans l'édition Pusey, divisés en tomes : Osée, 7; Joël, 2; Amos, 4; Michée, 3; llabacuc, 2; Sophonie, 2; Zacharie, 6; Malachie, 2. Oudin, loc. cit., col. 1024, refuse encore à Cyrille la paternité de ces commentaires; mais sans plus de fondements que pour le commentaire sur Isaïe. 3. Commentaire sur saint Jean. Ερμηνεία η υπό­ μνημα εις το ζα-ά Ίωάννην Εύαγγέλιον, P. G., t. Ι.ΧΧΙΙΙ; t. ι.χχιν, col. 9-756. — Ce commentaire parut pour la première fois en 1508 à Paris dans une traduction la­ tine de Georges de Trébizonde; lesl. V-VIII manquaient. Mais en 1524, Jodoce Clichtove, dans une nouvelle édi­ tion, combla cette lacune au moyen d’emprunts à saint Jean Chrysostome et à saint Augustin. Et malheureuse­ ment ce travail de Clichtove a été parfois cité comme œuvre de Cyrille! En 1638, Aubert supprima ces addi­ tions fantaisistes et publia le véritable texte des 1. V et VI avec des fragments des 1. VII et VIII. Migne, ici comme pour le reste, a reproduit Aubert. En 1872, Pu­ sey a réédité le commentaire sur saint Jean en 3 in-8»; il n'a, lui non plus, pour les 1. VII et VIII, que des fragments; mais il a pris soin de rejeter tout ce qui dans Migne avait été accepté â tort comme faisant parlie du commentaire sur saint Jean. Des notes au bas des pages indiquent, la plupart du temps, la prove­ nance des textes supprimés; beaucoup sont emprun­ tés au Thesaurus. Un certain nombre de fragments nouveaux ont été ajoutés, soit en grec, soit en syriaque. 2486 Ce n'est pas le lieu d'entrer dans le détail des n c : cations, mais une remarque s'impose, c'est qu n n·.· peut pour ces fragments se référera Migne qu’avec une extrême précaution. Le commentaire sur saint Jean comprend douze livres. Son but est de donner une explication dogma­ tique de l'Evangile pour réfuter les fausses doctrines des hérétiques (Arius, Eunomius, Aélius, et leurs par­ tisans). Voir préface, P. G., t. Lxxtll, col. 16; Pusey. 1.1, p. 7. Le 1. I, P. G., t. lxxiii, col. 17-188; Pusey. t. i. p. 9-165, explique le prologue de saint Jean, », 1-28. et démontre que le Eilsest éternel, consubstantiel au Père. Dieu par nature, créateur, avec le Père, seul Eils par nature. Le 1. Il, P. G., ibid., col. 189-397 ; Pusey. t. ». p. 167-362, à propos de Joa., », 29-v, 34, enseigne que le Fils n’est en rien inférieur au Père, qu'il ne reçoit pas le Saint-Esprit par simple participation, qu'il n'est pas au nombre des créatures, mais qu’il esl Dieu de Dieu, image parfaite du Père. Le 1. Ill, P. G., ibid., col. 400528; Pusey, t. ». p. 363-481, qui interprète Joa., v, 35vi, 37, est plus allégorique que les précédents. Après avoir indiqué comment le Christ est une lumière ardente et brillante, comment le Fils est l’image du Père et le « caractère de sa substance », il expose que la venue du Sauveur a été prédite au Deutéronome, que les dif­ férentes sorties du Seigneur hors de Jérusalem figurent l'abandon d’Israël et le transfert de la grâce aux nations; enfin que la manne est le type des bienfaits de la ré­ demption. Le 1. IV, P. G., ibid., col. 528-70-4 ; Pusey. t. i, p. 483-644, sur Joa., vi, 38-vn, 24, revient sur cette idée que le Fils n’est pas inférieur au Père; puis il explique que le corps du Christ est vivifiant, parce que le Fils est vie par nature et pas seulement par partici­ pation : admirables développements sur l’eucharistie, pain de vie. Et de nouveau ce sont des allégories : le tabernacle de l’ancienne loi, figure du Christ; la fête des tabernacles, figure de la résurrection et du triomphe final, etc. Le I. V, P. G., ibid., col. 704-892; Pusey, t. t, p. 645; t. n, p. 90, sur Joa., vu, 25-vin, 43, traite de la liberté humaine, de (’inhabitation du SaintEsprit dans les âmes; le Christ est mort librement pour nous sauver; il est Fils par nature, la Sagesse du Père et son égal. Le 1. VI, P. G., ibid., col. 8921056; Pusey, t. n, p. 91-241, sur Joa., viu, 44-x, 17, après avoir expliqué pourquoi Notre-Seigneur dit que les Juifs sont fils du diable et méconnaissent Abraham et le Dieu d'Israël, s’arrête sur Joa., tx, 2, 3, pour mon­ trer que les maladies du corps ne sont pas les conse­ quences des péchés passés el que personne, aux yeux de Dieu, n’est responsable que de ses propres fautes. Les 1. VII et VIII contenaient le commentaire de Joa.. x, 18-xn, 48. Les fragments se trouvent dans P. G., t. t.xxtv, col. 9-104, et dans Pusey, t. n. p. 243-299 (1. VU. Joa., x, 18-xn, 2) et p. 301-334 (I. VIII, Joa., xn, 3-48). Le 1. IX, P. G., ibid., col. 104-288; Pusey. t. u. p. 335488, sur Joa., xn, 49-xtv, 20, commente le lavement des pieds, la trahison de Judas, le discours de NotreSeigneur à la dernière cène, el enseigne que. par suite de l’identité de nature, le Fils est dans le Père. Le 1. X, P. G., ibid., col. 281-444; Pusey, t. il, p. 489-629, sur Joa., xiv, 21-xv», 13, revient encore une fois sur l’égalité du Fils avec le Père; le Fils n'est pas d une autre nature que le Père, il lui est consubstantiel; il insiste en même temps sur l'importance, pour les disci­ ples du Christ, de l'observation des commandements, et en particulier sur la grandeur du précepte de la cha­ rité fraternelle. Le 1. XI, P. G., ibid., col. 445-608; Pu­ sey, t. n, p. 631-737; t. ni, p. 1-40, sur Joa., xvi. 14-XVlll. 23,est une démonstration de la divinité du Saint-Esprit il est consubstantiel au Père et au Fils: il est dans le Père et dans le Fils; la gloire que le Fils est lit rece­ voir du Saint-Esprit n’est pas différente i- sa propre gloire : même en tant que Verbe incarne, il ne fait 2487 CYRILLE D’ALEX ANDRIE (SAINT) qu’un avec l’Esprit sanctificateur. Le 1. XII, P. G., ibid., col. 608-756; Pusey, t. ni, p. 41-171. sur .loa., xvm, 24xxi,25, commence par un exposé de la passion de notre Sauveur, et quand il arrive à la résurrection, il attire encore une fois l'attention sur la divinité du Eils : « Le Eils est Dieu par nature, bien qu’à cause de nous, il nomme le Père son Dieu. » A quelle date convient-il de placer la composition de ce commentaire sur saint Jean1, après l'ouverture de la controverse nestorienne ou avant, c'est-à-dire après ou avant 428? Suivant l’opinion courante, ce serait après 428 : ainsi pensent Bardenhewer, Patrologie, p. ,'139; Batiffol, La littérature grecque, Paris, 1897, p. 310; A. Ehrhard, Theol. Quarlalschrift, 1888, p. 204, note I. On appuie cette façon de voir sur deux raisons principales : a) L'interprétation allégorique, qui ca­ ractérise les œuvres de la première période, a fait place aux explications littérales; b les allusions au nesto­ rianisme sont ici très évidentes. Malgré l'autorité de ceux qui les proposent, ces raisons ne me paraissent pas convaincantes, a) D'abord, si l'allégorie est moins fréquente que dans le De adoratione ou les Glaphyres, il n’y a rien là qui puisse surprendre : le but même de l'auteur et la nature du sujet le veulent ainsi. 11 faudrait d'ailleurs se bien garder de croire que l'allégorie fait complètement défaut dans notre commentaire : on peut voir, par exemple, le I. III et la fin du 1. IV. b) Ensuite les allusions au nestorianisme ne sont pas plus évi­ dentes que dans l’IIomélie vm, qui est de 420. Ce qui au contraire me semble décisif en faveur d’une date antérieure à 428, c'est la terminologie cliristologique, dont l'imperfection ne s’expliquerait pas après les dé­ buts de la controverse. Et de fait, si on veut bien y prêter un peu d’attention, on s'apercevra sans peine qu’ici, comme dans le Thésaurus et le De Trinitate, voir plus loin, col. 2488-2489, les vrais adversaires sont les ariens de toutes nuances; la doctrine spécialement développée et défendue est le dogme trinitaire. Voir J. Mahé, Ladate du commentaire de saint Cyrille sur saint Jean, dans le Bulletin de littérature ecclésiasti­ que, février 1907, p. 41-45. 4. Fragments de commentaires perdus. — Quelquesuns sont très courts, comme ceux sur les Livres des Rois, P. G., t, i.xix, col. 680-697 ; sur les Livres sa­ pientiaux, ibid., col. 1277-1293; sur Jérémie, Baruch et Daniel, t. lxx, col. 1451-1461, et ne peuvent être utilisés qu’avec la plus extrême réserve. D’autres sont plus considérables : sur les Psaumes, P. G., t. i.xix, col. 699-1294; sur Saint Matthieu, /’. G., t. lxxii, col. 365-471 ; sur les Épitres de S. Paul, aux Romains, P. G., t. i.xxrv, col. 773-856; Pusey, t. m (à la suite du commentaire sur saint Jean), p. 173-248; aux Corin thiens, P. G., ibid., col. 856-952; Pusey, t. m, p. 249361 ; aux Hébreux, P. G., ibid., col. 953-1005; Pusey, t. m, p. 362-440 (qui ajoute plusieurs fragments syriaques). Les fragments grecs sur saint Luc, publiés par Aligne, P. G., t. lxxii, col. 475-950, doivent être contrôlés sur les éditions syriaques de R. Payne Smith, Oxford, 1858-1859, et de W. Wright, Londres, 1874. Pusey, t. m, p. 441-451, a montré que presque tous les fragments cités dans P. G., t. i.xxiv, col. 757-773 et 1008-1024, comme fragments de Commentaires sur les Actes des apôtres et sur les Épitres catholiques, appartiennent en réalité à d'autres œuvres déjà connues de Cyrille. Cyrille qui a commenté les Évangiles de saint Mat­ thieu, de saint Luc, de saint Jean, a-t-il négligé celui de saint Marc? Ou bien faut-il admettre que la Catena in Evangelium S. Marci, publiée par Cramer, Catenæ Græcorum Patrum, t. i, p. 259-447, soit son œuvre? Les manuscrits l’attribuent tantôt au prêtre Victor d'Antioche, tantôt à saint Cyrille. Cramer, dans sa pré­ face, incline pour Cyrille; mais il ne semble pas avoir 2188 été suivi par les critiques plus récents. Quoi qu’il en soit, cette chaîne renferme des passages publiés déjà comme œuvres authentiques de Cyrille. Comparer Cramer, p. 286, lig. 16 sq., avec P. G., t. lxxii, col. 392; Cramer, p. 423, lig. 8 sq., avec P. G., ibid., col. 909. //. CEUVEES DOGMATIQUES ET APOLOGÉTIQUES. — Nous distinguerons celles qui ont précédé et celles qui ont suivi l'ouverture delà lutte contre Nestorius. t" Avant la controverse nestorienne, ou avant 4"J8. — Ce sont des écrits sur la Trinité, contre l’arianisme et ses partisans de toutes nuances : le Thesaurus, et le De consubstantiali Trinitate. 1. Le Thesaurus. *11 βίβλο; τών θησαυρών περί τη; άγια; και όμοουσίου Τριάδο;. P. G., t. LXXV, col. 9-654. — Cyrille fait allusion à cet ouvrage dans son Commen­ taire su»· saint Jean, P. G., t. i.xxm, col. 93; Pusey, t. I, p. 81, et dans la préface du De Trinitate, G., t. lxxv, col. 657. Photius en faisait un très grand cas. Bibliotheca, cod. 136, P. G., t. cm, col. 416. La pre­ mière édition latine, traduction de Georges de Tré­ bizonde. parut en 1513 à Paris; le texte grec ne fut pas publié avant Aubert (1638). D’après la préface, ce traité a été écrit à la demande d’un ami, du nom de Némésius, et lui est dédié. C’est un recueil, un trésor, d’assertions généralement assez brèves sur les points du dogme trinitaire attaqués par les hérétiques. Sous une forme sévèrement didactique et sobre, nous trou­ vons, dans cette série d'affirmations, l’exposé des croyances traditionnelles et la réponse aux objections ariennes. Cyrille ne me semble pas y avoir mis rien de personnel et de nouveau; il dépend des Cappadociens, d’Epiphane, d’Athanase surtout ; son mérite est d'avoir réuni ce qui était épars chez ses prédécesseurs et de l’avoir souvent présenté d’une façon plus vive et plus convaincante. Il a divisé son œuvre en 35 cha­ pitres ou λόγοι (voir la table des matières, P. G., t. lxxv, col. 13-21) : trois (i-iiitsurles termes αγέννητο; et γεννητό;, col. 9-36 ; un (iv) sur le fameux ήν ποτέ ότε ούζ ήν, col. 36-57; trois (v-vil) sur la génération éternelle et naturelle du Verbe, col. 57-101 : sept (vnt-xiv) sur όμοοΰσιο;, pour démontrer la consubstantialité parfaite du Eils et du Père, col. 101-245; quatre (xv-xvm) sont employés à démontrer que le Eils n'est pas une créa­ ture, col.245-313; quatorze (xix-xxxii) à démontrer que le Eils n'est inférieur en rien à son Père, qu’il est Dieu par nature, col. 313-565. Deux chapitres (xxxmxxxiv) sont spécialement consacrés au Saint-Esprit, et prouvent qu'il est Dieu et de même nature que le Fils, col. 565-617. Le dernier chapitre (xxxv) est un recueil de textes scripturaires sur la génération éternelle du Fils, col. 617-656. D’ailleurs, comme le remarquait Photius, cod. 136, l'argument scripturaire joue un très grand rôle dans tout le traité. Dans son Opusculum contra errores Græcorum, saint Thomas d'Aquin re­ produit, d'après l’ouvrage anonyme Libellus de proces­ sione Spiritus Sancti, un certain nombre de citations en faveur de la primauté romaine, et les donne comme empruntées au Thesaurus. Mais ces textes ne se trouvent pas chez Cyrille, et il est évident à première vue qu'ils ne peuvent être de lui. Cf. Reusch, Die Fâlschungen in dem Traktat des Thomas von Aquin gegen die Griechen, dans Abhandlungen der kgl. bayer. Akademie der Wissenscha/ten zu München, 1889. 2. Le De consubstantiali Trinitate. Περί άγια; τε και όμοουσίου Τριάδοζ. P. G., t. LXXV, col. 658-1124. — Ce livre, comme le précédent, est adressé à Némésius: il traite d'ailleurs exactement le même sujet; mais cette fois, sous forme de dialogue et d’une façon moins sco­ lastique. On le cite souvent sous ce titre : De Trinitate ad Hermiam, parce que l'interlocuteur de Cyrille est désigné par le nom d’IIermias. La table, en tête de l’ouvrage, nous indique la division en sept dialogues : 24S9 CYRILLE D’ALEXANDRIE (SAINT) a) Le Fils est coéternel et consubstantiel au Père, Col. 600-712; b) il est engendré κατά φύσιν, col. 713785; c) il est vrai Dieu comme le Père, col. 788-860; d) il n'est pas une créature, coi. 860-929; e) il a par nature tout ce qu'a le Père, même gloire et même puissance, col. 929-1000; f) tout ce qui est dit du I ils et ne convient pas à la divinité, doit être rapporté à son humanité ; et à ce propos, d’excellentes indications sur la christologie; le Saint-Esprit est Dieu par nature. Ce De Trinitate a été composé après le Thésaurus, dont il fait mention, P. G., t. LXXV, col. 657; mais avant 426, du vivant d'Alticus de Constantinople; car c'est bien de ce traité que parle Cyrille dans sa Pre­ mière lettre à Nestorius, P. G., t. LXXVll, col. 41 : Καί περιόντος ετι τοΰ τής μακαρίας μνήμης ’Αττικού, συντέΟειταί μοι βιολίον περί τής άγιας και όμοουσίου Τριάδος, έν ω καί λόγος περί τής ένανΟρωπήσεως. Cf. Etj'hard, Theol. Quarlalschrifl, 1888, p. 185, note 2. C’est dans le dialogue vt, qu’il est question de l'incar­ nation. Par conséquent Lequien fait erreur, lorsqu’il place la composition du Thesaurus et du De Trinitate, après 433. Dissert. Damasc., I. P. G., t. xc.iv, col. 199200. 2“ Après 4’28, une fois la controverse commencée avec Nestorius, l'attention de Cyrille est tout entière absorbée par la christologie. Voici, dans l’ordre chro­ nologique. les principaux écrits qui s'y rapportent; nous omettons ici les Lettres dont plusieurs sont de vrais traités dogmatiques : 1. Les Scholia de incarna­ tione Unigeniti; 2. De recta /ide ad Imperatorem ; 3. De recta /ide ad Principissas (ad Reginas J); 4. De recta /ide ad Augustas (ad Reginas II); 5. Adversus Nestorii blasphemias.G. les 12 anathémalismes: 7. Apologeticus pro 1’2 capitibus contra Orientales; 8. Apo­ logelicus pro 12 capitibus contra Theodorelum ; 9. Explicatio' 12 capitum; 10. Apologelicus ad Theodosium ; II. Adversus nolentes con/iteri sanciam Virginem esse Deiparam; 12. Quod unus sil Christus; 15. Cyrille av; i encore composé d’autres ouvrages sur la christologie; mais ils ne nous sont pas parvenus en entier: nous dirons un mot des fragments que nous possédons; 14. nous terminerons par l’œuvre apologé­ tique Adversus Julianum. 1. Les Scholia de incarnatione Unigeniti. Περί τής ένανΟρωπήσεως τοΰ Μονογενούς. P. G., t. t.xxv, col. '13691472; Pusey, p. 498 sq. — On regarde communément cet écrit comme l'un des premiers qui aient paru après l’ouverture de la controverse. Cf. Garnier, dans P. G., t. LXXV, col, 1363 sq. Il avait pour but, croit-on, d’éclairer les lidéles, en leur expliquant les termes qu’il était le plus nécessaire de bien comprendre. C’est peut-être lui que mentionne Cyrille beaucoup plus tard, dans une lettre écrite après la paix de 433 : ’Έχει δέ έπ! τέλει το αύτό βιδλίον καί συντόμους έκΟε’σεις περί τής κατά Χριστόν οικονομίας σκόδρα καλάς καί ώφελήσαι δυναμένας. P. G., t. Lxxvn, col. 228. C’est un des ou­ vrages de Cyrille les plus fréquemment cités par les anciens. Théodoret lui-même en donne des extraits dans son Eranistes. P. G., t. i.xxxtll, col. 212 sq. Cf. L. Sallet, Les sources de ΓΈρανιστή; de Théodoret, dans la Revue d’histoire ecclésiastique, Louvain, avril 1905, p. 293. On s’est demandé récemment si « cet ouvrage de saint Cyrille, antérieur aux analhématisnies, n’avait pas joué un rôle important dans la con­ centration théologique qui a eu lieu à Chalcédoine entre Romains, Antiochiens et Alexandrins. » Saltet, ibid., p. 301. Photius, Bibliotheca, cod. 169. P. G., t. etn, col. 496, en donne un résumé qui correspond bien avec le texte que nous possédons ; « Les Scholies sur l’incarnation du Verbe traitent les questions sui­ vantes: Que signifie Christ (Χριστός)? Comment fautil entendre Emmanuel? Qu’est-ce que Jésus-Christ? Puis, pourquoi le Verbe de Dieu est-il appelé Homme? 2ί9υ Pourquoi le Verbe de Dieu est-il dit s’être anéanti (κεκενώσΟαι, s’être vidé)? Comment le Christ est-il un Comment l’Emmanuel est-il un? Comment expliquer l’union? Ensuite, il est question du charbon que Isaïe. Elil y a encore dix autres chapitres sembla!!, > Parmi les matières traitées dans ces dix autres cha­ pitres, il convient de remarquer les suivantes Que le Christ n’est pas un homme théophore; que veut dire : Et le Verbe s’est fait chair et il a habite part i nous . comment la sainte Vierge est Οεοτόκος; que touteks paroles dites du Christ se rapportent à un seul et non à deux, » On n’a guère que la moitié du texte grec; .nais la traduction latine que nous possédons e-: très ancienne : elle est citée par saint Léon, P. L., I. i.iv, col. 1186; Mansi, t. vi, col. 381 sq., et par Fa­ cundus d’Hermiane. P. L., t. i.xvn, col. 816 sq. il est très vraisemblable, comme le croit Garnier, quelle fut faite par Marius Mercator, du vivant même de Cyrille. 2. De recta /ide ad Theodosium Imperatorem. Πρός τον εύσε'οεστατον βασιλέα Θεοδόσιον πρασφωνητικός περί τής ορθής πίστεως τής εις τον Κύριον ήμών Ίησουν Χρισ­ τόν. P. G., t. ι.χχνι, col. 1133-12Ü0; Pusey, p. 1-10, 12152. — Ce traité fut composé dans le courant de 430, avant la convocation du concile d’Ephèse : l’empereur en parle dans la lettre d'indiction. Mansi, t. iv, col. 1109. Cyrille, lui aussi, y fait allusion plus tard dans son Apologelicus ad Imperatorem. P. G., t. ι.χχνι, col. 456; Pusey, p. 427. La première traduction latine est due à .1. CEcolampade (1528); mais c’est une autre version, publiée en 1608 dans les Acta concilii Ephesim, qui a passé dans Mansi, et de là dans Migne. Le grec fut édité pour la première fois par Aubert. Cet ouvrage se trouve dans toutes les grandes collections conci­ liaires; Pusey en a donné une édition critique en 1877. Le but de Cyrille — le titre el la préface de son traité l’indiquent — a été d’exposer bien clairement « la vraie foi sur l’incarnation du Seigneur », alin de mettre l’empereur et la cour en garde contre les subtilités de Nestorius (t-iv). Il commence par rappeler brièvement les différentes erreurs christologiques : gnostiques et manichéens, Marcel et Photin, qui ne veulent accorder au Christ qu'un corps apparent et sans réalité (v-ix . ceux qui prétendent que le Verbe a été changé en une chair terrestre (x-xt) ; ceux qui disent que le Verbe a commencé d’exister par sa génération dans le sein de Marie (xn); ceux qui refusent au Verbe une existence réelle et personnelle (xiti-xv); les apollinaristes qui privent le Christ d’âme raisonnable (xvi-xxiv). Enlin. sans nommer Nestorius, il arrive à son hérésie : il est impie de diviser le Christ (xxv), qui est un après comme avant l'incarnation (xxvt), Dieu et homme tout ensemble (xxvn, xxvitt). C’est au seul el même Christ, tantôt considéré comme Dieu, tantôt considéré comme homme, qu’il faut rapporter les paroles de l’iLcriture (xxtx); c’est le même qui est à la fois Fils unique (μονογενής) et premier-né (πρωτότοκος) (xxx'. L’Emmanuel est adorable comme Dieu-homme (xxxixxxni). L'union entre le Verbe et son humanité est intime et indissoluble (x.xxtv), comme le prouve l’Écri­ ture (xxxv-xlv); vrai Dieu et vrai homme, Jésus-Christ est médiateur. Dans le cours de ce traité, la sainte Vierge est très souvent désignée par le titre de δεοτόκος. Le dialogue publié dans P. G., t. t.xxv, col. 1189 1253, et par Pusey. p. 11-153 : Περί τής ένανΟρωπήσεως τού Μονογενούς, est, comme on l’a déjà plusieurs fois remarqué, une reproduction presque textuelle du De recta /ide ad Imperatorem. Pusey croit que c’est Cyrille lui-même qui aurait repris son premier travail : il lui aurait donné la forme dialoguée pour le rendre plus populaire el en faire une œuvre de propagande orthodoxe. Les differences entre les deux rédactions sont indiquées dans la préface de Pusey, p. ix. 3. Le De recta /ide ad Principissas lad Reginas I . 2491 CYRILLE D’ALEXANDRIE (SAINT) Προσφωνττικός ταΐς ευσεβεστάταις βασιλίσσαις. P. G., t. lxxvi, col. 1201-1336; Pusey, p. 154-263. — Cette seconde apologie fut adressée aux princesses Arca­ die et Marine, sœurs de Théodose (προ; τας αγίας παρθένους, lit-on ailleurs, P. G., t. lxxvi, col. 1341), vers le même temps on la précédente était envoyée à l'empereur. Mansi, t. IV. col. 1109; P. G., t. LXXVI, col. 464. Après un mot de félicitations et de louanges à l'adresse des jeunes princesses (l), l'auteur annonce qu'il va leur expliquer la vraie doctrine de l'incarna­ tion et leur rappeler comment l'Emmanuel est vrai­ ment Dieu et la sainte Vierge vraiment Θεοτόκος (n). Le symbole de Nicée (m) enseigne que le Verbe s’est incarné (iv, v), qu’il n’y a pas deux Fils (vi); donc l’Emmanuel est Dieu et homme en même temps (vu) et la Vierge est bien Θεοτόκος (vin, ix). Telle est d'ailleurs la doctrine des Pères; suivent des textes patrisliques ieu avec nous; il a fallu que le Verbe s'incarnât réellement, se fil homme; autrement la rédemption serait vaine, col. 1257-1268. Le Verbe a une double génération, éternelle comme Dieu, tempo­ relle comme homme. La Vierge Marie, de qui il tient cette génération, esl donc bien mère de Dieu, Θεοτόκος, col. 1272-1273. Les hérétiques montrent qu’ils n’ont pas compris la grandeur de ce mystère, quand ils parlent d’une simple union morale entre le Verbe et son humanité, col. 1277-1285. — b) Il ne faut pas diviser en deux l’Emmanuel, col. 1289. Évidemment la divinité n'est pas l'humanité, et elles ne sont pas fon­ dues l'une avec l’autre, maiselles se sont unies indisso­ lublement dans le Christ un. de la même façon que le corps et l’àme s'unissent pour former un homme, col. 1289-1292. II n’y a qu’un seul Fils, qui est Fils par nature, et non par grâce et par adoption, col. 1296, et c'est à lui que s'appliquent toutes les paroles dites dans l’ÉCriture sur le Christ, col. 1316 sq. — c) C’est lui, ce Fils de Dieu, Verbe incarné, qui a souffert dans sa chair, tout en demeurant impassible dans sa divi­ nité; c’est lui qui est mort en croix et est ressuscité, col. 1341-1350, 1356-1357. C’est dans sa mort que nous sommes baptisés, et c’est par sa chair que nous sommes vivifiés, col. 1360. 13. Fragments d’ouvrages dogmatiques qui ne sont pas parvenus complets jusqu'à nous. — a) Le Liber contra Synousiastas, Κατά Συνουσιαστώ» Λόγος, attesté par r-phrem d’Antioche, P. G., t. cm, col. 981, et par le moine Eustathius, P. G., t. lxxxix, col. 940, et cité par Justinien, P. G., t. lxxxvi, col. 1109, 1124; Pusey, p. 486. 479-480. Les fragments que nous avons ont été découverts dans une version syriaque par le cardinal Mai, qui les a traduits et publiés dans sa Bibliotheca nova Patrum, t. n, p. 445-451. Migne a reproduit cette traduction latine. P. G., t. lxxvi, col. 1427-1435. Pusey, à la suite du Commentaire sur saint Jean, p. 476-491, a publié le texte grec de ces mêmes frag­ ments, quinze; et en a ajouté deux autres en syriaque. Ce livre attaquait une secte d’apolliuaristes exagérés qui parait avoir été assez florissante en Egypte. b) Libri adversus Diodorum Tarsensem et Theodorum Mopsueslenum. Λόγος κατά Διοδώρου επισκόπου Ταρσών. Προς τά Θεόδωρόν λόγοι (2ou 3?). — Ces écrits sontattestés par Cyrille lui-même, Epist., lxix, P. G., t. lxxvii, col. 340. qui dit les avoir composés au moment où les Orientaux se mirent à propager lesouvrages de Diodore et de Théodore. Nous en avons quelques extraits en latin dans P. G., t. lxxvi, col. 1437-1452, d’après Mansi, t. ix, col. 230 sq. Pusey, p. 492-538, en a donné un plus grand nombre, les uns en grec, d’autres en sy­ riaque et d’autres en latin. Il semble que dans ces traités, comme dans ceux contre Nestorius, Cyrille commençait par citer textuellement son adversaire avant de le réfuter. c) Le Liber textuum, cité par Léonce de Byzance. P. G., t. lxxxvi, col. 1832. 11 s’agit sans doute d’un recueil de textes patristiques, comme celui dont parle Cyrille dans ses lettres. P. G., t. lxxvii, col. 85, 296. C’est là qu'il puisait les citations qui furent lues à Ephèse et celles que l’on trouve dans ses propres œuvres. Outre le passage indiqué par Léonce de Byzance, on a quelques fragments insignifiants dans P. G., t. lxxvi, col. 145. d) Le De synagogæ defectu, signalé par Gennadius, P. L., t. lviii, col. 1092, et dont Migne fournit un frag­ ment, P. G., t. lxxvi, col. 1421-1422, se confond proba­ 2493 blement avec le De adoratione ou les Glaphyres. e) Les écrits Contra pelagianos, dont parle Photius, Bibliotheca, cod. 54, P. G., t. cm, col. 93, ont complè­ tement disparu. 14. Le Contra Julianum imperatorem. Υπέρ της τών Χριστιανών εύαγοϋς θρησκείας προς τά τού έν άθεοις Ίουλιανοϋ. Ρ. G., t. lxxvi, col. 503-1064, et NeumannNestle. p. 42-63, 64-87. Cf. Paul Allard, Julien l’Apostat, t. m, p. 107-123. — L’empereur Julien avait écrit « trois livres contre les Evangiles et les chrétiens s ; ils avaient encore, parait-il. de l’inlluence au v· siècle; et Cyrille croit nécessaire de les réfuter. P. G., t. lxxvi, col. 508. Malheureusement, son œuvre ne nous est parvenue qu’en partie : les dix livres que nous possédons ne s'occupent que du 1er livre de Julien. Cf. Neumann, p. 102 sq. Selon son habitude, déjà plusieurs fois signalée, Cyrille commence par donner textuellement le passage de son adversaire (j’ai compté soixante-dix extraits), puis il le réfute longuement. Par ses nombreuses citations d'auteurs païens, le Contra Julianum prouve que son auteur était très au courant de l’antiquité grecque : on rencontre à chaque instant les noms d’Aristote, Platon, Alexandre d’Aphrodisias, Porphyre, Hermès Trisrnégiste, Plotin, Pythagore. Xénophon, Plutarque, Homère. Hésiode, Pindare, Sophocle, Euripide, Hérodote, etc. C’est après la paix de 433 que cet ouvrage fut composé, cf. Théodoret, Epist., i.xxxm, P. G., t. LXXXllt, col. 1273; il fut dédié à l’empereur Théodose. P. G., t. lxxvi, col. 504 sq. Notons les idées principales. L. I. Moïse est plus ancien que tous les sages de la Grèce; ce que ceux-ci ont dit de bon sur Dieu et sur la création, ils l’ont emprunté à Moïse ; par eux-mêmes, par les seules forces de leur raison, ils n’auraient pu le découvrir. — L. IL Pourquoi les chrétiens ont-ils pré­ féré la doctrine des Hébreux à celle des Grecs? Les Hébreux adoraient le vrai Dieu ; les Grecs n’ont su in­ venter que des fables monstrueuses. — L. III. Histoire de la création; la conversation d’Eve avec le serpent, et la chute; Dieu a permis cette faute pour exécuter l’in­ carnation. — L. IV. Dieu tout seul, sans aucun aide, gouverne l'univers qu'il a créé. L’homine n’est pas nécessité au bien ou au mal par sa nature ou par Dieu. La Trinité est indiquée dans la Genèse : « Faisons l’homme à notre image ». — L. V. Le décalogue : c’est à Moïse que les législateurs ont pris leurs bonnes lois; par elle-même, la nature de l'homme n'est pas capable de connaître le bien. — L. VI. Les plus sages entre les païens étaient adonnés au vice. Les miracles de Jésus prouvent sa divinité; l’efficacité du signe de croix. Nous adorons le Verbe fait homme; nous n’accordons pas le même culte aux martyrs. Saint Jean n’est pas le seul ni le premier à parler de la divinité du Christ. — L. VIL Les Hébreux ont des hommes célèbres de toutes catégories, au moins comparables à ceux des Grecs. Pourquoi les chrétiens ont-ils modifié la doctrine des Juifs? Parce que la loi ancienne est imparfaite; elle n'était qu'une préparation de la loi nouvelle; elle était un acheminement vers un culte plus spirituel. Le baptême n'est pas institué pour guérir les corps, mais les âmes. — L. Vlll. Les chrétiens justifiés par la foi au Christ sont les seuls vrais enfants d’Abraham. La divinité du Verbe n’a pas souffert, n’a pas été diminuée par son incarnation. — L. IX. Moïse, en plusieurs endroits, annonce le Fils de Dieu : c'était la figure autrefois, aujourd'hui les chrétiens ont la réalité. — L. X. Saint Jean proclame la divinité du Christ, comme l’admet Julien, mais il ne se contredit pas en l’appelant homme, puisque le Verbe incarné esl à la fois Dieu et homme. m. homélies. — Elles sont de deux sortes : 1" les homélies pascales; 2° les homélies diverses. 1° Homélies pascales. Λόγοι έορταστικοί. P. G., t. lxxvii, col. 391-981. — Elles sont au nombre de vingtneuf, une pour chacune des années 414-442; on ne 2497 CYRILLE D’ALEXANDRIE (SAINT) possède pas celles des deux dernières années (443 et 444). Celle de 414 doit être la première composée par Cyrille; il y parle de son prédécesseur et de son élec­ tion. On a cru, mais à tort, ne pas avoir la troisième : c'est par cette erreur que s’explique la numérotation actuelle où de l'homil. II, on passe à l’homil. iv. Cf. F. G., t. lxxvii, col. 452. La date pascale, indiquée à la tin de chaque lettre, permet d’en fixer l’année à coup sûr. Ces homélies furent publiées en 1618 par Saurnaise. Schott en avait aussi préparé une traduction latine, qui est restée en manuscrit. Cf. Sommervogel, Hibliothèque de la C‘‘ de Jésus, t. vu, p. 894-895. Dans les grandes lignes, elles se ressemblent toutes; le plan est toujours le même : a) Exorde où l’évêque explique pourquoi il s’adresse à son peuple : c’est par devoir pastoral, pour obéir aux usages de son Église, b) Exhor­ tations à profiter de ce temps sacré, pour se purifier et faire pénitence; il faut mortifier ses passions, jeûner, et pratiquer la vertu, afin d’avoir part à la rédemption qui nous a été préparée par le Christ Jésus, c) A cette occasion, Cyrille fait un bref exposé du dogme de la rédemption et de l’incarnation : c’est un commentaire du symbole, article par article, d) Comme conclusion, il fixe le temps du jeûne, la fête de Pâques el celle de la Pentecôte, par une formule stéréotypée, où les dates seules varient. Parmi ces homélies, les plus dignes d’attention sont la vu·, homil. Vlll, pour 420, col. 568-576, à cause de ses développements très caractéristiques sur l'incar­ nation; on la dirait écrite contre Nestorius; la ix*, honiil. x, pour 422, col. 605-633, qui renferme quelques passages intéressants sur l’incarnation, col. 609, mais surtout sur l'eucharistie, col. 617, et sur la sanctifica­ tion, col. 621 sq. ; la xvie, honiil. xvn, pour 429, col. 768-800, la plus célèbre de toutes : c’est le premier écrit contre Nestorius, avant la Lettre aux moines; la sainte Vierge y est appelée μήτηρ Κυρίου καί Θεού, col. 776, mais pas Θεοτόκος; ce mot se trouve dans la xviii'· homélie, honiil. xix, pour 431, col. 829. 2° Homélies diverses. — Elles ont dû être très nom­ breuses, si l’on en croit Gennadius. De viris ill., 58, P. L., t. Lviii, col. 1092. Il nous en reste fort peu de chose; et encore dans un état de mutilation telle qu’il est bien difficile d’y reconnaître d’une façon certaine la marque de Cyrille. Migne, P. G., t. lxxvii, col. 9811116, donne 17 homélies diverses, plus cinq fragments; Pusey. à la suite du Commentaire sur saint Jean, t. m, p. 452-476, 538-545, a publié lui aussi des Ilomiliarum fragmenta. Les fragments de Pusey ont grande chance d’être authentiques; mais pour les homélies de Migne, il y aurait besoin de faire un triage très soigneux.Sont probablement de Cyrille : l’homil. m prononcée devant Paul d’Émése à Alexandrie, col. 989 sq.; ce n’est qu’un fragment; l’homil. Xli, qui est faite de morceaux déjà imprimés comme Commentaire sur saint Luc (com­ parer P. G., t. lxxvii, col. 1041-1044, avec P. G., t. lxxii, col. 496-497 ; P. G., t. lxxvii, col. 1044-1045, avec P. G., t. lxxii, col. 500 501 ; P. G., t. lxxvii, col. 1045-1048, avec P. G., t. lxxii, col. 504; P. G., t. lxxvii, col. 10481049, avec P. G., t. lxxii, col. 505, etc.); l'homil. xx, contre l’expression Οεοφόρος άνθρωπος, Pusey, p. 459■460; l'homil. xxi, Ad Alexandrinos de fide. Pusey, p. 460. Sont certainement apocryphes l’homil. x, col. 1016-1029 : εις το μυστικόν δεΐπνον, écrite à une date bien postérieure, contre les moines acémètes, col. 1028, an temps des discussions sur ό είς τής άγια; Ί'ριάδος, col. 1028, 1029; l'homil. XI, col. 1029-1040 : Encomium in sanctam Mariam Deiparam, cf. Ehrhard. dans lliimisehe Quarlalschrifl, 1889. p. 97-113; l'homil. xm, co). 1049-1072, qui se fait remarquer par une christologie à tendance fortement antiochienne. Cf. col. 1060. 1061, 1064. Toutes les autres, même celles indiquées comme ayant été prononcées à Éphèse, même DICT. DE THÉOL. CAT Π O L. 2498 la IVe, sur la Vierge Θεοτόκος, col. 992-996, seraient, â mon avis, à examiner de près et à discuter. IV. lettres. P. G., t. lxxvii, col. 9-390. — La cor­ respondance de Cyrille, telle qu’elle a été recueillie dans Migne, compte en tout quatre-vingt-huit lettres. Mais il faut commencer par en retrancher deux, qui sont évidemment apocryphes : la LXXX’ à Optimus est de saint Basile, cf. P. G., t. xxxn, col. 953 sq. ; et la Lxxxvni' d’Hypatie â Cyrille, est un faux. Sur les 86 qui restent, 69 sont de Cyrille; les autres sont de ses correspondants: Nestorius (Epist., lit, v); saint Celes­ tin (xii); Jean d’Antioche (xxn, xxxv, xxxvt, xxxvm, XLVii, lxvi); Alypius (xxix); Maximien (xxx): saint Xyste (li, lu); Rabbulas (lxxiii); Atticus (lxxv). Quel­ ques-unes ne nous sont parvenues que dans une tra­ duction latine : xxxn-xxxiv; lix-lxii; lxiv. lxv, lxviii, lxxi, lxxiv, lxxxvi, i.xxxvn. Pusey a réédité en 1872. puis en 1875. sous le titre Epislolæ très cecunienicæ, la 11e et la lit" lettres à Nestorius, Epist., iv et xvn, et la lettre à Jean d’Antioche, Epist., xxxix. L’ordre chronologique des lettres est facile à déter­ miner jusqu'au moment de la paix de 433 : 1» Avant 428 : Epist., lxxvi, lxxxv. — 2» Entre 428 et 431 : Epist., t, n, iv, vi-χι, xm, xiv, xvi, xvm, xix, lxxxiv. — 3« /lu temps du concile : Epist., xx. xxi, xxm, xxvm. — 4” Après le retour à Alexandrie : Epist., xxxi-xxxn. — 5° Pendant les pourparlers avec les Orientaux : Epist.,χχχιιι, xxxiv, xxxix. — Mais il est extrêmement difficile de classer celles de la période suivante. Voici l'ordre préférable à mon avis : 6° Aussitôt après la paix. (433-435) : Epist., xi.vm-L. XL, xliii-xlvi, liv, i.vii, lviil — 7° Pendant les discussions sur Théodore de Mopsueste : Epist., lix, i.xiii-lxv, lxiv, lxvii, lv, i.xvm-Lxxn, lxxiv. — 8e Sur divers sujets, dates in­ certaines : Epist., lxxvii (à Domnus après 441); i.vi (avant la mort de Proclus, 446), xli, lxxviii, lxxix. LXXXI-LXXXIII, LXXXVI. Les plus importantes au point de vue dogmatique sont : Epist., i, ad monachos Ægypti, P. G., t. lxxvii. col. 9-40, qui explique comment le Christ est Dieu et homme et comment la sainte Vierge est Θεοτόκος ; Epist., iv, ou deuxième lettre à Nestorius, P. G., t. lxxvii. col. 44-49; Pusey, p. 2-12, qui commente le symbole de Nicée pour montrer que le Verbe s'est fait chair réellement, sans modification de sa divinité, par union hypostatique avec l’humanité; elle fut lue et offi­ ciellement approuvée à Éphèse, Mansi, t. iv, col. 11371169; la col. 45 dans P. G., t. lxxvii, est particulière­ ment remarquable; Epist., xvn, ou troisième lettre â Nestorius, P. G., t. lxxvii, col. 105-120; Pusey, p. 12-40; c’est la lettre synodale envoyée avec la sentence du pape; elle était faite pour préparer et donnera l’avance le vrai sens des analhémalismes qui la ter­ minent; à elle seule, elle suffit à donner une idée com­ plète delà christologie de Cyrille; elle fut lue à la pre­ mière séance à Éphèse, Mansi, t. iv, col. 1180, et, bien qu’on n'en ait pas l'attestation formelle, elle dut y être approuvée : toute l’histoire de la dispute avec les Orientaux le suppose; Epist., xxxtx : c’est la Lettre à Jean d’Antioche, où se trouve le symbole d’union, P. G., t. lxxvii, col. 173-181 ; Pusey, p. 40-54; la doctrine est exactement la même que dans les autres lettres; le symbole seul, par sa terminologie, trahit une origine antiochienne; mais entendu comme l'en­ tend et l'expliquera plus tard Cyrille, il est parfaite­ ment orthodoxe; Epist., XL : lettre « Acace de Mélitène, P. G., t. lxxvii, col. 181-201; la première partie, toute historique, raconte comment la paix s’est faite ; la seconde partie, dogmatique, montre que l’orthodoxie n’a en aucune façon été sacrifiée; malgré une certaine imperfection dans leur manière de s’exprimer, les Orientaux admettent la vraie doctrine : le δύο φύσεις du symbole n'est aucunement en contradiction avec la III. - 79 2499 CYRILLE D’ALEXANDRIE (SAINT) μία φύσις τού Θεού Λόγου σεσαρκωμένη, col. 192-193; on trouverait les mêmes idées dans les epist. χι.ιν et !.. P. G., t. lxxvii, col. 221-228, 256-277; Epist., xi.v, première lettre à Succensus ile Diocésarée, P. G., t. lxxvii, col. 228-237; c’est une réponse à un mémoire envoyé par l’évéque de Diocésarée; Cyrille se justifie des accusations que fou colportait contre lui; il re­ pousse surtout avec énergie l’apollinarisme, et il ex­ plique en quel sens l’expression δύο φύσει; est légitime; Epist., xlvi, deuxième lettre à Succensus, P. G., t. i.xxvn, col. 237-245; Cyrille répond à quatre objec­ tions que ses adversaires prétendent tirer de la fameuse expression μία φύσις τού Θεού Λόγου σεσαρκωμένη ; c’est la lettre qu’il faut consulter pour avoir la véritable pensée de Cyrille sur cette formule qui lui a été si souvent reprochée. Cf. J. Mahé, Les anathémalismes de saint Cyrille d'Alexandrie, dans la Revue d’histoire ecdesiaslit/ue, juillet 1906, p. 540-541. v. oüvhages douteux ou apocryphes. — 1° Dou­ teux : le traité Adversus anthropomorphitas, P. G., lxxvi, col. 1065-1'132. Il a été réédité par Pusey (1872) d’après un manuscrit de Florence, cod. medic. Law. Plut. VI, cod. 17, avec une autre disposition des cha­ pitres et avec d’autres titres, p. 545-602. Il est divisé en deux parties ; 1. De dogmatum solutione, qui corres­ pond aux c. i, n, v-ix, XVI. xm de Migne; 2. Respon­ siones ad Tiberium diaconum, qui reproduisent, après un chapitre en syriaque, les c. xvin, xix, xiv, xx, xxi, xv, x, xxn, m, xn, xi, xxm, iv, xvn de Migne; un tableau, Pusey, p. 545, donne la correspondance des deux textes. La Lettre à Calosyrius, mise par Migne en tête du traité, est considérée par Pusey comme indépendante, р. 603-607. La critique hésite à se prononcer nette­ ment sur l’authenticité de cet écrit. Bardenhewer, par exemple, après avoir dit dans la première édition de sa Patrologie, 1894, p. 338, qu’on n’avait aucune raison d’en douter, écrit dans sa seconde édition, 1901, p. 320, que le doute est très fondé*. Il faut évidemment retran­ cher du débat les cinq derniers chapitres imprimés dans Migne, c. xxiv-xxix, etqui se trouvent déjà parmi les Spwia de saint Grégoire de Nysse. P. G., t. xlvi, col. 1129-1137. Pour le reste, surtout si on tient compte de l’ordre établi dans l’édition Pusey, je ne vois rien qui empêche d’y reconnaître une œuvre de Cyrille et qui permette de contester l’attribution qui lui en est faite par les manuscrits. Cf. Pusey, préf., p. vin. Le с. xvt, P. G., t. lxxvi, col. 1104 sq., ou c. vin, De dogmatum solutione, Pusey, p. 564, se trouve aussi dans P. G., t. lxxii, col. 821. La première partie, De dogmatum solutione,explique comment il faut entendre les textes de l’Écriture qui parlent des mains, des yeux, etc., de Dieu, c. I; quelle est la véritable interprétation du verset de la Genèse, II, 7 ; Καί ένεφύσησεν είς τό πρόσωπον αύτοό πνοήν ζωής καί έγένετο ί άνθρωπος είς ψυχήν ζώσαν, c. 11? Y a-til une différence entre κατ’εικόνα el καθ’όμοίωσιν dans Gen., I, 26, c. lit, iv? L’ârne progresse-t-elle dans la vie fulure? Pourquoi sou lirons-nous de la faute d’Adam, c. vi? Suivent quelques mois sur la résurrection future, c. vu, sur la rétribution due à chacun, c. vin,et sur la toute-puissance divine, c. ix. La deuxième partie, Responsiones ad Uberium, traite d’abord diverses questions se rapportant au Verbe in­ carné : en se faisant homme el en venant sur la terre, il n’a pas quitté le ciel ni son Père.c. H, Illjil n’a rien ignoré, c. iv ; il faisait ses miraclesavec le concours de sa chair, c. v, ix, il est monté au ciel avec sa chair, c. vt ; grandeur du bienfait de l’incarnation, c. vin; puis viennent des chapitres assez disparates sur la con­ fection de l’eucharistie, c. XI, sur le soin de diminuer nos passions, c. xtl, sur l’impeccabilité du Christ, c.xm, sur les anges, c. xiv, sur les fils de Dieu et les filles des hommes, dont parle la Genèse, VI, 2, c. xvn. 2500 2» Apocryphes. — Je ne m’occupe pas de ceux qui ont été faussement attribués à Cyrille dans les anciennes éditions; je ne parle que de ceux conservés dans l’édi­ tion de Migne. 1. Le Περί της το0 Κυρίου ένανθρωπήσεως, De incar­ natione Domini, P. G., t. lxxv, coi. 1419-1478, a été publié pour la première fois par Mai sous le nom de saint Cyrille, sur la foi d’un manuscrit de la Vaticane. Bibl. nova Pal., t. n. p. 32-74. Mais All>. Khrliard a dé­ montré que ce traité n’était pas de Cyrille, que c’était une œuvre antiochienne, probablement de Théodoret de Cyr. Cf. Theolog. Quarlalschrifl, 1888, p. 179-243, 406-450, 623-653. De fait, une grande partie de ce Περί τής... ένανθρωπήσεως se trouvait déjà imprimée parmi les œuvres de Théodoret sous le nom de Pentalogium. On peut comparer, par exemple, G., t. lxxv, col. 1425, 1432-1433, 1437,1437-1444, 1444, 1445-1448, 1460-1461, 1461, avec P. G., t. lxxxiv, col. 68, 77-85, 65-68, 72-73. 2. Le De Trinitate, Περί τή; αγίας και ζωοποιού Τριάδος, P. G., t. lxxv, col. 1148-1189, a été trouvé par Mai dans le même manuscrit Vatican. 841, qui avait fourni le ΙΙερί τής του Κυρίου ένανθρωπήσεως; et il semble for­ mer avec lui un exposé complet de la doclrine chré­ tienne. P. G., t. lxxv, col. 420. La méthode est la même dans les deux traités; et l’un comme l’autre semble plutôt destiné à l’instruction des fidèles qu’à la polémique contre les hérétiques. C’est peut-être de cet ouvrage que parle Théodoret dans une lettre à saint Léon ; "Εστι γάρ μοι... συγγεγραμμε'να... ετερα δέ περί θεολογίας και τής θείας ένανθρωπήσεως, Epist., CXIll, P. G., I. lxxxiii. col. 1317; il aurait en ce cas été composé entre 430 et 437, c’est-à-dire douze, quinze ou vingt ans avant la date de l’epist. cxm. 3. Le De sancta Trinitate, P. G., t. lxxvii, col. 11191174, inter dubia. C’est le De /ide orthodoxa de saint Jean Damascene, reproduit textuellement, sauf quelques passages vers le milieu. Pour s’en rendre compte, il n’y à qu’à comparer P. G., t. lxxvii, col. 1120-1145 (c. i-x), 1145 (c. xi-xn), 1164-1172 (c. xxtu-xxvi), 1172 (c. xxvii), 1173 (c. xxvm), avec P. G., t. xciv, col. 789833,836-841, 1181-1192, 997-1000, 1108-1109. Lèse, xinxxii de P. G., t. lxxvii, manquent dans P. G., t. xciv. 4. Les Collectanea, imprimés dans P. G., t. lxxvii, col. 1176-1289, sont impossibles à utiliser comme œuvre de Cyrille, car on ne peut distinguer à coup sûr ce qui est de lui, ce qui est de saint Maxime ou d’autres interprètes. 5. Le De incarnatione Verbi Dei, P. G., t. lxxv, col. 1413-1420, et le Dialogus cum Eeslorio, P. G., t. lxxvi, col. 247-256, sont des écrits insignifiants; ce sont probablement des compilations de date postérieure faites avec des phrases prises çà et là dans l’œuvre authentique de Cyrille. I. ÉDITIONS complotes. — J. Aubert. 6 vol., Paris, 1638: Migne, Paris, 1869, reproduit l’édition d’Aubert, en y ajoutant les nouveaux écrits publiés par le cardinal Mai sous le nom de Cyrille, 10 vol,, P. G., t. lxvhi-lxxvii. II. Éditions partielles récentes. — Pusey avait commencé une édition plus scientifique que les précédentes, mais il n’a pas eu le temps de l’achever. Il a publié sept volumes à Oxford : S. P. N. Cyrilli arch. Alexandrini in xn prophetas, 2 vol., 1868; S. P. A’. Cyrilli arch. Alex. in D. Joannis Evangelium. Accedunt fragmenta varia (in Rom., in I, Il Cor., i» Ileb., Cont. synous., Cont. Diodorum et Theodorum, neenon tra­ ctatus ad Tiberium diaconum duo), 3 vol., 1872; S. P. N. Cyrilli arch. Alex. Epistolæ 1res œcumenieæ ; libri V contra Nestorium; xn capitum explanatio; xn capitum de/ensio utraque; Scholia de incarnatione Unigeniti, 1875; S. P. A’ Cyrilli arch. Alex, de recta fide ad Imperatorem (De incar­ natione Unigeniti dialogus); De recta fide ad Principissas ; Derecta fide ad Augustas; Quod unus Christus dialogus. Apologeticus ad Imperatorem, 1877. — R. Payne Smith a pu­ blié à Oxford en 1858 : S. Cyrilli Alex, archiepisc. commenta­ rii in Lucx Evangelium qux supersunt syriace. L’année suivante (1859), il en donna une traduction anglaise en 2 vol. : 2501 CYRILLE D’ALEXANDRIE (SAINT) .1 commentary upon the Gospel according to S. Luke by S. Cyril, patriarch of Alexandria, now first translated into english from an a,.cient syriac version. — W. Wright, en 1874, a édité à Londres, /''rwÿmeeis of the Homilies of Cyril of Alexandria on the Gospel of saint Luke, edited from a nictrianmanuscripl. — M·· Lamy a préparé l'édition syriaque des homélies de saint Cyrille sur saint Lue popr le Corpus scripto­ rum ecclesiasticorum orientalium de M. Chabot. Sa mort en retarde la publication. Dans l'ouvrage de Neumann : Juliani Imperatoris librorum contra Christianos quæ supersunt, Leipzig, 1880, E. Nestle a édité: Cyrilli Alex, librorum contra Julianum fragmenta syriaca, p. 42-63, et Neumann lui-mème a donné une traduction lutine des fragments grecs et syriaques des 1. XI-XX, p. 64-87. A signaler encore Pitra, Analecta sacra et classica, Paris. 1888, p. 38-46: ce sont quelques extraits du Thesaurus ; J. H. Bernard, On some fragments of an uncial ms. of saint Cyril of Alexandria, written on papyrus, dans Transactions of the royal irlsh Academy, part. XVIII, Dublin. 1892. t. xxtx, p. 653672 : ce sont des fragments des I. Vil et VIII du De adoratione; Mercati dans St udi e Testi, 1903, t. xi, Varia sacra, fasc. 1 ; Bouriunt, Fragments copies sur le concile d'Éphése, dans les Mémoires publiés par les membres de la mission archéolo­ gique française au Caire, Paris, 1892, t. vm; W. Kraatz, Koptische Akten zum Ephesinischen Konzil vom Jahre431 ; trad, allemande dans Texte und Unlersuchungen, nonv. série, t. xi, fasc. 1"; Fr. C. Conybeare, The arménien version of revelation and Cyril of Alexandria's Scholia on the Incar­ nation and Epistle on Easter edited from the oldest ms., and englished, Londres, 1907; Mercati, Zur lateinischen Ueberselzung des Osterfeslbriefes xvu des h. Cyrill von Alexan­ dria. dans Theolog. Revue. Munster. 1907, t. xxvt, p. 385. Une grande partie des œuvres de saint Cyrille se trouvent aussi dans les collections conciliaires de Labbe, t. t ; de Mansi, i. iv ; el de Hardouin, 1.1. Pour le détail des éditions anciennes, consulter Fabricius-Harles, Bibliotheca græca, L tx, p. 454-457. HL Travaux. — Photius, Bibliotheca, cod. 49. 54, 136,169, 229, 230, P. G., t. cm. col. 85, 93, 416, 493, 969,1024; A. Ehrhard, Die Cyril von Alexandrie» zugesehriebene Scltrifl Πιρ «o Kugio-, ΐνα-,Οοω-ήσϊος, ein Werk Theodoreis von Cyrus, Tubinguo, 1888. dans Theologische Quartalschrift, p. 179-243, 406-450, 623-653; Id., Eine unechte Marienhomilie des ht. Cyril von Alexandrien, il s’agit de l'Encomium in sanctam Mariam Deiparam (P. G., t. lxxvii, col. 1029-1040), dans Riimische Quartalschrift fur christi. A Itertumskunde und fur Ktrchengesch., 1889, t. m, p. 97-113; Hurler, Nomenclator, 3- édit., Inspruck, 1903, t. i. col. 350-360. HT. Doctrine. — Cyrille d’Alexandrie est avant tout, et presque uniquement, un théologien : ses œuvres exégétiques elles-mêmes ont des visées dogmatiques. Dans ses volumineux écrits, il a eu occasion de loucher â toutes les grandes questions doctrinales; cependant il n'a traité systématiquement et ex professo que la trinité et Vincarnation. La trinité l’a occupé pendant les quinze premières années de son épiscopat, jusqu'au jour où Nestorius a commencé ses prédications hété­ rodoxes. A partir de ce moment, il a tourné son atten­ tion sur l'incarnation du Fils de Dieu. Les autres ques­ tions sont abordées dans la mesure de leurs relations avec ces deux mystères fondamentaux. Pour montrer, par exemple, le but et le résultat de l’incarnation, il reviendra souvent sur l’état misérable de l’homme depuis la chute, sur la rédemption par la croix, sur la sanctification. Pour prouver la divinité du Saint-Esprit, il expliquera son rôle dans la déification des âmes justes. L’enchaînement de ses idées théologiques, tel qu’il nous apparaît en particulier dans les Homélies pascales, est très simple. Dieu à la fois un et trine, infiniment parfait el puissant, a tout créé, les anges, le monde visible et l'homme. L'homme, fait à l'image de Dieu et enrichi des dons les plus précieux, naturels et surna-· turels. a succombé à la tentation et perdu la grâce et le bonheur. Mais Dieu, dans sa miséricorde, lui a pré­ paré un moyen de salut ; et, dans les derniers temps, le Verbe s’est incarne dans le sein de Marie; il a sanc­ tifié notre chair en s’unissant à elle; il nous a remis 2502 dans le chemin du ciel ; et il est mort pour nous tous. Par son sang divin, l’homme a été racheté et la grâce a été acquise pour purifier et sanctilier les âmes. L’Eglise, fondée par le Sauveur, fournit aux fideles b.-s moyens de s'approprier cette rédemption salutaire. Ces moyens sont le baptême et l’eucharistie. Enfants .e l’Église, sanctifiés par le Saint-Esprit, nous sommes par le fait fils de Dieu et héritiers du ciel. Si â la i nous unissons les bonnes œuvres, nous recevrons une récompense éternelle, pendant que les méchants seront éternellement punis en enfer. L’exposé, souvent didactique comme une thèse sco­ lastique, est toujours précis el clair. Au premier abord peut-être, le style semble pénible; la phrase surchargée et enchevêtrée; le vocabulaire, peu assuré. Mais cette impression passagère disparaîtra assez vite, si l’on veut bien se donner la peine de surmonter les premières difficultés; et l'on se trouvera amplement payé de ses efforts. Rien de plus traditionnel que l’enseignement de Cyrille; il ne veut rien avancer que sur la foi de « l’Écri­ ture inspirée » ou des « Pères orthodoxes ». Les textes scripturaires fourmillent dans son œuvre. A chaque instant aussi, il en appelle à la croyance des saints évêques qui ont défendu la foi avant lui; il a même constitué un dossier patristique, dont il sait faire bon usage dans les circonstances importantes. Si par aventure des textes apollinaristes (pseudo-Athanase. pseudo-.lules, pseudo-Félix) y ont été admis, il faut re­ connaître d'abord que leur sens est pleinement ortho­ doxe et que d’ailleurs ils sont relativement peu nom­ breux. i. dieu un et trine. — La théodicée de Cyrille d'Alexandrie se trouve dispersée dans presque tous ses ouvrages, mais c’est principalement dans le Conlra Julianum qu’il explique et justifie le monothéisme juif et chrétien. L’ordre et la beauté de la créalion, écrit-il après saint Paul, Rom., 1, 20-21, prouvent l’existence d’un Dieu créateur et maître de toutes choses. Contra Julianum, I. II et III, P. G., t. lxxvi, col. 577,625, 654. Au reste, notre âme porte en quelque sorte en ellemême une connaissance innée de Dieu (νόμος ό έν ήμίν τής έμρύτου θεογνωσίας) qui nous incline à l'honorer et à le servir. Glaphyr. in Gen., I. I. P. G., t. lxix, col. 36; cf. Cont. Julian., I. IV, P. G., t. lxxvi, col. 688. Il nous est difficile de parler de Dieu comme il convient, car la nature divine est bien au dessus de nos concep­ tions. Cont. Julian., 1. I, P. G., t. lxxvi, col. 548-552. Nous sommes obligés de nous servir de notre langage humain, mais les mots que nous employons pour dési­ gner Dieu « ne disent pas ce qu’il est par essence; ils indiquent plutôt ce qu'il n’est pas ou le rapport qu'il a à un terme différent de lui ». Thésaurus, ass. 31, G., t. lxxv, col. 452. Cf. Cont. Julian., 1. V, P. G., t. lxxvi, col. 764. Nous ne pouvons arriver â pénétrer el â comprendre l’essence divine; cependant il ne faudrait pas en conclure que notre connaissance de Dieu est fausse; elle est imparfaite, c'est vrai, mais pas erronée. Thesaurus, ass. 31, P. G., t. t.xxv, col. 452. El puisque noire raison est impuissante â nous fournir tout ce que nous voudrions savoir de Dieu, recourons aux Ecri­ tures; elles nous apprendront qu’il est puissant, bon. juste, éternel, immortel, incorruptible. In Joa., vm, 55, P. G., t. LXXIH, col. 228; Pusey, t. Il, p. 124 sq. Son domaine est universel. In Amos, v, 7, P. G., t. lxxi, col. 493; Pusey, t. I, p. 458. Sa volonté règle tout.s choses; rien ne lui échappe, et rien ne peut lui résister. Sa providence s'étend â tout et dirige tout, même les plus minimes choses. Cont. Julian., 1. Ill, V, P. G., t. lxxvi, col. 653, 764. Il sail toutes choses ?; αρχή:μέχρι τέλους ; lui seul peut savoir ainsi. In Is., xliii, 9, P. G., t. lxx, col. 893. De toute éternité, il connaît tout, les pensées les plus intimes et les événements futurs. 2503 CYRILLE D’ALEXANDRIE (SAINT) 2304 seule divinité du Père, du Fils et du Saint-Esprit, μία γάρ Πατρός καί ΥΙοΰ καί ’Αγίου Πνεύματος ή Οεότης, In Joa., χ, 34, P. G., t. lxxiv, col. 29; Pusey, t. n, p. 260; il n’y a qu’une seule nature divine en trois hypostases, μία γάρ ή θεότητας φύσις έν τρισίν ϋποστάσεσιν ίδικαϊί νοούμενη. Adv. Nestor., 1. V, c. νι, P. G., t. lxxvi, col. 240. Dans cette Trinité adorable, il n’y a d’autre distinction que celle des hypostases et des noms Père. Fils el Saint-Esprit. De Trinil. dial., 1, vu, P. G-, t. lxxv, col. 712, 1092. Le Père est Père et non Fils; de même le Fils est Fils et non Père; et le Saint-Esprit est proprement Esprit. InJoa., xiv, 11, P. G., t. lxxiv, col. 216; Pusey, t. n, p. 431-432. Les noms sont relatifs, όνομα... τών προς τί έστι τό Ιίατήρ ϊσοτρόπως δέ τούτο, κα’ι το ϊ’ίός, De Trinit. dial., ιν, P. G., t. lxxv, col. 869; cf. P. G., t. lxxv, col. 553. 732, et indiquent les carac­ tères hypostatiques. In Joa., xvn, 6-8, P. G., t. lxxiv, col, 500; Pusey, t. n, p. 681 ; cf. P. G., t. lxxv, col. 869. Par ailleurs tout est commun, même gloire, même vo­ lonté, même opération; le Père opère tout par le Fils dans le Saint-Esprit. De Trinit. dial., vi,P. G., t. lxxv, col. 1053. Les trois hypostases sont consubstantielles. De Trinil. dial., i, P. G., t. lxxv, col. 669. Parfois cette consubstantialité est expliquée par ana­ logie avec la consubstantialitéqui existeentre leshommes en vertu de leur nature, mais il est évident que c’est là pour Cyrille une simple comparaison ; ailleurs l’identite, l’unité de nature en Dieu, ταυτότης ένότης φυσική, est expressément indiquée. De Trinit. dial., vu, P. G., t. lxxv, col. 1092; cf. P. G., t. lxxvi, col. 949; De Tri­ nil. dial., i, P. G., t. lxxv, col. 676. Les hypostases sont distinctes, mais inséparables l’une de l’autre, De Trinit. dial., i, P. G., t. lxxv, col. 697; In Joa., xiv, 11, 23, P. G., t. lxxiv, col. 237, 289 sq.; Pusey, t. il, p. 451, 496 sq.; le Père est dans le Fils, et le Fils est dans le Père. Thesaurus, ass. 12, P. G., t. lxxv, col. 181. La Trinité était déjà indiquée dans {’Ancien Testament, In Joa., xvn, 6, 8, P. G., t. lxxiv, col. 500; Pusey, t. n, p. 682 (à propos du texte : Faisons l’homme à noire image); cf. P. G., t. lxxvi, col. 532 (anges visitant Abraham); ibid., col. 533 (Moïse connaissait la Trinité). 1° Le Père, Πατήρ, ce nom est le meilleur, parce qu’il précise le caractère hypostatique, Thesaurus, ass. 1, P. G., t. lxxv, col. 25; cf. col. 712; il est préférable à Θεός, In Joa., xvn, 6-8, P· G., t. l.xxrv, col. 500; Pusey, t. Il, p. 681 sq., à ’Αγέννητος. Thesaurus, ass. 1, P. G., t. lxxv, col. 25. Le Père est appelé ό Θεός, ’Αρχή, Πηγή, parce qu’il est le principe, la source, la racine de la divinité. In Joa., i, 1, P. G., t. lxxiii, col. 25; Pusey, t. i, p. 18 sq. Cependant aucun de ces noms ne donne au Père une gloire spéciale, supérieure à celle du Fils ou du Saint-Esprit. In Joa., xiv, 28, P. G., t. lxxiv, col. 316-317; Pusey, t. n, p. 518sq.; cf. P. G., t. lxxv, col. 98. Quand Notre-Seigneur dit : le Père est plus grand que moi, ou bien il faut entendre : le Père est plus grand que le Verbe incarné considéré comme homme; ou bien il faut comprendre : le Père est le principe du Fils qu’il engendre. Thesaurus, ass. 1, P. G., t. lxxv, col. 141. Contrairement â ce que pense M. Turmel, Ilisloirede lathéologiepositive, Paris,1904, p.42-43, saint Cyrille a toujours admis simultanément les deux in­ terprétations comme possibles.Cf. 7ndoa.,xiv,28,P. G., t. lxxiv, col. 316 sq.; Pusey, t. il, p. 518 sq.; In Heb., i, 4, P. G., t. lxxiv, col. 957 ; Pusey, t. ni, p. 372. Si le Père est nommé avant le Fils et le Saint-Esprit, ce n’est Le Père, le Fils, le Saint-Esprit sont Dieu, et c’est pas pour indiquer une priorité d’origine dans le temps. pour cela que nous sommes baptisés au nom du Père In Ilabac., m, 2, P. G., t. lxxi, col. 897; Pusey, t. il, et du Fils et du Saint-Esprit. De Trinil. dial., n, P. G., p. 120. Le Père est Père ab æterno; il engendre son t. lxxv, col. 721 ; cf. P. G., t. lxxv, col. 1077. Cependant Fils ab æterno; il est Père en même temps que Dieu. il n’y a pas trois dieux, il n’y a qu’une seule divinité De Trinit. dial., n, P. G., t. lxxv, col. 780. Il est Père, dans ht Trinité, ού τί πού φαμεν εις τρεις ότι θεού; ή πίστις, άλλ’εΐς μίαν θεότητα τήν έν Τριάδι προσκυνητήν, De Tri­ , non par une génération charnelle, mais par une génénil. dial., tn, P. G., t. lxxv, col. 793; car il n’y a qu’une I ration spirituelle d’un caractère tout spécial et mjsté- Thesaurus, ass. 15, P. G., t. lxxv, col. 292; cf. Jn-Joa., vi, 72, P. G., t. lxxiii, col. 632; Pusey, t. i, p. 578, sans avoir besoin de raisonnements ni de réflexions. ('.ont. Julian., 1. I, P. G., t. lxxvi, col. 536. Entre lui et la créature il y a une distance infinie; pourtant il n'y a pas d’intermédiaires : tout ce qui n'est pas Dieu est créaiure. In Joa., I, 3; m, 31, P. G., t. lxxiii, col. 80, 272; Pusey, t. i, p. 67, 244. Ses œuvres sont souvent mystérieuses pour nous; nous n’avons pas le droit de lui en demander raison. Pourquoi a-t-il créé Adam qu'il savait devoir pécher? Pourquoi a-t-il choisi •ludas qu’il savait devoir trahir ? Mystères de la volonté divine que nous devons adorer en silence. 7n Joa., xm, 18, P. G., t. lxxiv, col. 128; Pusey, t. n, p. 357 sq. La doclrine trinitaire avait déjà été précisée dans tousses détails; Cyrille n’eut qu’à recueillir les fruits des travaux antérieurs. Il dépend surtout de son prédé­ cesseur Athanase, pour lequel il montre en toute cir­ constance la plus grande vénération. Il doit aussi beaucoup aux Cappadociens, spécialement pour le per­ fectionnement de son vocabulaire; par exemple, à la suite de saint Basile et de saint Grégoire de Nysse, il distingue nettement ούσία et ύπόστασις, qu’Athanase confondait encore. Cf. De Trinit. dial., I, P. G., t. lxxv, col. 697, 700. C'est dans le Thésaurus et dans le De Trinitate, qu’il faut chercher l’exposé complet et méthodique de la pensée cyrillienne sur la trinité. Le dogme trinitaire est un mystère inaccessible à l'intelligence humaine. De Trinil. dial., n, P. G., t. lxxv, col. 756. Il ne saurait donc être question d’en apporter des explications rationnelles convaincantes; tout ce qu'on peut faire, c’est de croire fermement par la foi ce qui a été révélé et d'essayer d’en prendre quelque idée très imparfaite au moyen d’analogies à notre portée. Thesaurus, ass. 6, P. G., t. lxxv, col. 80sq. Voici comment Cyrille résume sous forme de sym­ bole sa croyance à la Trinité. De recta /ide ad Reginas J, P. G., t. lxxvi, col. 1204; Pusey, p. 156-157. Πιστεύομεν.... εις ένα Nous croyons en un seul Θεόν Πατέρα παντοκράτορα, Dieu Père tout-puissant, créa­ πάντων ορατών τε και αο­ teur de toutes choses visibles ράτων ποιητήν καί εις ένα et invisibles; et en un seul Κύριον Ίησοϋντόν Χριστόν Seigneur Jésus-Christ, son τον Υίόν αύτοΰ, γεννηθέντά Fils, engendré de lui par na­ ture, avant tous les siècles et κατά φύσιν έξ αύτοΰ προ παντός α’ιώνος και χρόνου’ tous les temps, car il est, και γάρ έστι συνάναρχος comme son Père, sans com­ mencement dans le temps et κατά χρόνον καί συναίδιος τώ ιδίω γεννήτορι, σύνεδρός éternel; assis sur le même τε κα'ι ισοκλεής αύτώ, καί trône et jouissant de la même ισότητι κατεστεμμε'νος τή gloire; égal à lui en tout, car προς παν ότιοϋν, χαρακτήρ il est le caractère et le reflet γάρ έστι καί άπαύγασμα de son hypostase; nous croyons τής ύποστάσεως αύτοΰ’ πισ- aussi semblablement au Saintτεύομεν δέ όμοίως καί εις Esprit, ne le regardant pas το ΙΙνεΰμα το "Αγιον, ούκ lui-même comme étranger à άλλότριον αυτό τής θείας la nature divine, car il pro­ cède naturellement du Père, φύσεως καταλογιζόμενοι’καί rénandu par le Fils sur la γάρ έστιν έκ ΓΙατρός φυσικώς προχεόμενον δε* Υίοϋ créature. Et ainsi nous re­ τή κτίσει. Νοείται γάρ ού­ connaissons comme une et τως μία τε καί όμοούσιος και consubstantielle et dans l’iden­ έν ταυτότητι δόξτς ή αγία tité de gloire, la sainte et ado­ rable Trinité. προσκυνουμενη Τριας. 2505 CYRILLE D’ALEXANDRIE (SAINT) vieux. Thesaurus, ass. 5. P. G., t. i.xxv, col. 76 sq. •2" Le Fils, Υιός. — Le Fils est Dieu par nature, comme le Père, De Trinit. dial., ni, P. G., t. lxxv, col. 788 sq. ; coéternel et consubstantiel au Père. De Trinit. dial., I. P. G., t. I.xxv, col. 660 sq. ; Thésaurus, ass. 4, 5, 9- I 41, P. G., t. lxxv, col. 37 sq., 109 sq. Entre lui et son Père, il y a égalité parfaite, parfaite identité, sauf qu’il n’est pas Père et qu’il n’engendre pas. Thesaurus, ass. 43, 44, P. G., t. lxxv, col. 205 sq. ; cf. P. G., t. lxxiii, col. 37, 840. Tous les textes qui parlent d’une infério­ rité du Fils doivent être appliqués à l’incarnation. The­ saurus, ass. 45, 20-30, P. G., t. lxxv, col. 245 sq., 328 sq.; De Trinit. dial., vi, ibid., col. 4001 sq.; De recta fide ad Ueginas II, P. G., t. lxxvi, col. 4 344 sq.; Pusey, p. 267 sq. Il est engendré de toute éternité par une génération naturelle, et passimplement volontaire. Thesaurus, ass. 7, P. G., t. lxxv, col. 84 sq.; De Trimi. dial., n, ibid., col. 713 sq. Il a son hypostase pro­ pre, In Joa., vi, 27, P. G., t. lxxiii, col. 492; Pusey, t. i, p. 450; cf. P. G., t. lxxiii, col. 493; mais sans être séparé du Père. Il est l'image (είκών), la puissance (δΰναμις), la sagesse (σοφία) du Père, Thesaurus, ass. 4, 42, 32, 35, P. G., t. lxxv, col. 44, 485, 553, 637; il est le Verbe (Λόγος) du Père. De Trinit. dial., n, P. G., t. lxxv, col. 768; cf. P. G., t. lxxiii, col. 324, 844. Il semble bien que Cyrille met sur le même pied tous ces différents noms, et qu'il ne voit pas dans le mot Λόγος un nom plus personnel que dans είκών, δΰναμις, ou σο­ φία. Cf. de Régnon, Études sur la Trinité, 3e série, p. 400 sq. Quand il explique la génération du Fils par analogie avec la production de notre verbe humain, c'est au verbe externe (λόγος προφορικός) que toujours il pense; et par suite il ne s’agit plus que d’une impar­ faite comparaison (ύπόδειγμα, παράδειγμα), et nous sommes loin de la théorie augustinienne. Les textes principaux, sur lesquels on peut fonder son jugement à ce sujet, sont les suivants : In Joa., i, 4, P. G., t. lxxiii, col. 25; Thesaurus, ass. 4, 6, 16, 19,35, P. G., t. lxxv, col. 56, 80, 297, 300, 313, 325, 621 ; De Trinit. dial., n, ibid., col. 768. 3“ Le Saint-Esprit est Dieu par nature, lui aussi, Thesaurus, ass. 33, 34, P. G., t. lxxv, col. 565; De Trinil. dial., vit, ibid., col. 1076 sq. ; l’Écriture le déclare formellement. P. G., t. lxxv, col. 573, 1080. 11 est con­ substantiel et égal au Père et au Fils. Epist., LV, P. G., t. lxxvii, col. 316; cf. P. G., t. lxxiv, col. 261, 449. il a son hypostase distincte. In Joa., xvi, 44, P. G., t. lxxiv, col. 449; Pusey, t. n, p. 635; cf. P. G., t. lxxvii, col. 417; mais il est dans le Père et dans le Fils par identité de nature. In Joa., xiv, 11, P. G., t. lxxiv, col. 216; Pusey, t. n, p. 431 sq. Il est l’image, l’énergie, la puissance du Fils, et, si l'on peut parler ainsi, sa qualité (ποιότης) . P. G., t. lxxv, col. 572, 588, 604; t. lxxiv, col. 292, 541. Il est le complément (συμ­ πλήρωμα) de la Trinité, P. G., t. lxxv, col. 608; le fruit de l'essence divine. Ibid., col. 617. Il procède (προχεϊται, έκπορεύεται...) substantiellement, Epist., lv, P. G., t. lxxvii, col. 316; cf. P. G.,t. lxxv; col. 585; t. lxxiii, col. 244, de l’essence divine. P. G., t. lxxv, col. 585, de l'essence ou de la nature du Père, ou sim­ plement du Père, ibid., col. 4417 ; de la nature du Fils; il est le propre Esprit du Fils et procède de lui. P. G., t. lxxiv, col. 301, 444. 608; t. lxxv, col. 600, 608, 4420, 4093; cf. t. lxxvi, col. 308. 11 procède du Père par le Fils. P. G., t. lxxiv, col. 449, 709. 11 procède de la même façon du Père et du Fils. P. G.,t. i.xxi, col. 377; t. lxxiii, col. 173; t. lxxiv, col. 417; t. lxxv, col. 1009; · t. lxxvii, col. 417. Il procède du Père et du Fils, des deux. P. G., t. lxxv. col. 585; t. lxxvi, col. 1408. Comme il procède du Père et du Fils, il est envoyé par le Père et par le Fils. P. G., t. lxxvi, col. 173. Il est envoyé par le Fils, parce qu’il procède de lui. Ibid., col. 1188- 2506 Pour la procession du Saint-Esprit, comme pour toute la théologie trinitaire, Cyrille reste fidèle à la con­ ception athanasienne : il considère le Saint-Esprit comme le terme de la Trinité et le Fils comme interrnédiaire entre le Père et le Saint-Esprit. P. G., t. lxxv. col. 576 sq. Il emploie quelquefois l'expression έκ ΙΙατρος καί Υίού, ibid., col. 585; t. lxxvi, col. 4408; mais sa formule préférée est έκ Ιίατρός δε* Υίοΰ; et quand il parle d’une façon spéciale de la mission du Saint-Es­ prit aux créatures, c’est toujours de cette dernière phrase qu’il se sert. P. G., t. lxxiv, col. 257, 540, 921 ; t. lxxv, col. 576, 1017 ; t. lxxvii, col. 316. On a dit que Cyrille avait modifié sa doctrine sur la procession du Saint-Esprit : apres avoir, dans son ix" anathémalisme et ailleurs, écrit qu’il procédait du Fils, il aurait cessé d’enseigner qu’il « procédait du Fils ou par le Fils, pour l’appeler simplement le propre Esprit du Fils, comme lui étant consubstantiel ». C’est Théodoret de Cyr, qui, après avoir attaqué le ix· anathématisme, P. G., t. Lxxxm, col. 1417; t. lxxvi, col. 432, se félicite d’avoir obtenu ce changement. P. G., t. lxxxiii, col. 1484. Mais il calomnie en cela son adversaire; la doctrine de Cy­ rille n’a pas varié, comme on peut facilement en juger par les diverses défenses qu’il a faites des anathématismes, P. G., t. lxxvi, col. 357. 433,308-309, et parles écrits postérieurs à la paix de 433. Le Saint-Esprit est Dieu puisqu'il nous déifie en nous sanctifiant, P. G., t. lxxiv, col. 257, 292; et puisqu’il est saint par nature. P. G., t. lxxv, col. 593. Sur l'ac­ tion du Saint-Esprit dans les âmes, voir plus bas au sujet de la sanctification, col. 2517. il. création, ANGES et nosi.ME. — Cyrille parle de la création d'une façon détaillée en deux endroits de son œuvre, dans les Glaphyres, P. G., t. lxix, col. 47 sq., et dans le Contra Julianum. P. G., t. lxxvi. col. 584 sq. Il définit la création : ή έκ τοΰ μή δντος εις το είναι παρα­ γωγή. Ρ. G-, t. lxix, col. 1097. C’est une opération que notre faible intelligence ne peut comprendre. P. G., t. lxxvi, col. 584. Dieu seul la comprend, comme seul il peut l'accomplir. P. G., t. lxix, col. 47. Créer est une œuvre si proprement divine, qu’il ne peut pas en communiquer la puissance à la créature. P. G., t. lxxvi, col. 596; t. lxxv, col. 305. Pour la création, il n’y a pas eu de matière éternelle préexistante. P. G., t. lxxvi, col. 584. La seule volonté divine a donné naissance aux êtres : και νεύμα ή γένεσις. Ρ. G., t. LXIX, col. 20. Tout ce qui est créé a nécessairement commencé dans le temps. P. G., t. lxxv, col. 496. Tout ce qui est sorti du néant peut retourner au néant. P. G-, t. lxxvi, col. 304. Par nature la créature est corruptible; cependant Dieu avait tout créé έν αφθαρσία par un effet de sa bonté; l’Esprit au commencement avait donné à toutes choses la vie et l’incorruptibilité, et si la mort et. la corruption sont entrées dans le monde, c’est par la malice du démon et par la faute du premier homme. In Joa., I, 9, P. G., t. lxxiii, col. 445; Pusey. t. i, p. 426; P. G., t. lxxvi, col. 584. Le Verbe, apnavoir donné l'existence à la créature, la conserve et la soutient, en se mêlant pour ainsi dire à elle; selon !.. parole de l’évangéliste, Joa., i, 40, il se fait vie pour les créatures, afin de les maintenir chacune dans sa nature propre. P. G., t. lxxiii, col. 85; Pusey. t i. p. 74 sq. Dieu a créé les anges en très grand nombre et ies a groupés en ordres distincts. Homil. pas··.. xn. P ■· t. lxxvii, col.673 ; cf. P. G.,t. lxix,col.21.Cyrille nom . "Αγγελοι, Αρχάγγελοι, Θρόνοι. Έςουσ-.α:. Δ·. ■ : . Άρχαί. Σεραφίμ, Χερυδίμ. Les anges sont aiscrr.n .» création. P. G., I. lxxiii, col. 805. Il- <τ.'· r.: -;· · et n'ont pas besoin de nourriture matérielle Jn .’ :a vi, 48, P. G., t. lxxiii, col. 561; Pusey. t_ i. p. 5!‘. Theodoret., P. G., t. lxxv, col. 440. 11 est vrai de dire du Verbe incarné qu’il a pris naissance dans le sein de Marie, qu’il a grandi en âge et en sagesse, qu’il a eu faim et soif, qu’il est mort dans sa chair, qu’il est ressuscité, tout comme il est vrai de dire du même Verbe incarné qu’il est le créateur de toutes choses, qu’il fait des miracles. P. G., t. lxxvi, col. 340, 380; t. lxxvii, col. 788. Cyrille reconnaît la réalité de la croissance corporelle des fatigues, des souffrances, etc. ; mais il ne veut admettre qu’une augmentation apparente de science et de sagesse : le Verbe incarné n’a jamais pu rien ignorer: il a fait semblant d’ignorer en raison de 2514 ' son humanité, ou bien il a proportionné à son .ige !.i manifestation de sa science. Cf. Bruce, The humih ilion of Christ, p. 50 sq. Les textes caractéristiques se trouvent recueillis en appendice dans Bruce, p. 366-372. Ce sont : Adv. anthropomorph., c. Xiv, P. G.,t. lxxvi. i col. 1100; .-li/u. Orient., ibid., col. 340; Quad umts Christus, P. G., t. lxxv, col. 1332; Adv. Nestor.. P. G t. lxxvi, col. 153; Ad Beg. Il, 16, ibid., col. 1353; 77.— ; saurus, P. G., t. lxxv, col. 421, 368-380; Adt·. T/.e, ret., P. G., t. lxxvi, col. 416. On peut y ajouter les suivants P. G., t. L.xvm, col. 428; t. lxxii, col. 2.52; t. lxxiii, col. 165, 301, 337sq.; t.lxxv, col. 1072, 1073. 1388; t. lxxvii, col. 776, 780. Saint Cyrille a-t-il à un moment donné modifié sa doctrine christologique? On sait qu’il a eu à s’en dé­ fendre de son vivant. André de Samosate croyait voir des contradictions entre les anathémalismes et les ouvrages précédents du patriarche d’Alexandrie. P. G.. t. lxxvi, col. 325, 332. Après la paix de 433, plusieurs de ses amis l’accusèrent d’avoir sacrifié l’orthodoxie par des concessions illégitimes. Epist., XL, P. G., t. lxxvii, col. 184 sq. Dans l’un et l’autre cas, il ne lui fut pas dillicile de se justifier. Plus tard, Justinien, dans son traité Contra monophysitas, affirme avec raison que Cyrille a toujours enseigné la même doctrine, avant et après la condamnation de Nestorius. P. G., t. lxxxvi. col. 4136. El en effet, si l’on compare entre eux I. < écrits des diverses périodes de sa vie, on constatera que son enseignement n’a subi aucune variation dogmatique. On peut lire, par exemple, dans ce but, le I. VI du Üe Trinitate, l’IIomélie pascale vm, l’IIomélie pas­ cale xvii, ou la Lettre aux moines, la Lettre xvn avec les anathémalismes, la Lettre xxxix et le symbole d’union, les Lettres xlv et xlvi à Succensus. Tou­ jours, avant comme après l’ouverture de la contro­ verse nestorienne, Cyrille a professé que le Christ est Dieu parfait et homme parfait; toujours il a insisté sur l’union véritable, intime, substantielle du Verbe et de son humanité; toujours, pour bien marquer que, dans le Christ, la nature humaine est subordonnée à la na­ ture divine et ne subsiste que dans le Verbe, il a em­ ployé aux cas directs les termes qui désignent le Verbe, et aux cas obliques, quand il n'en a pas fait des adjec­ tifs, ceux qui désignent la nature humaine, par exemple, ό .Λόγος μετά τής ιδίας σαρκός, ό Λόγος έν σαρκί, δ Λόγος σαρκωθείς, etc. Pourtant il faut reconnaître qu'au moins à premiere vue, il y a un point sur lequel Cyrille semble avoir changé; la dernière phrase du symbole d’union parait contredire le 4e anathéinatisme; ici on refuse de « di­ viser » les paroles appliquées par l’Ecriture à NoireSeigneur; là, on distingue diverses sortes de paroles. Mais il faut y regarder de plus près et écouter les expli­ cations fournies par notre auteur lui-méme. P. G., t. lxxvii, col. 193, 196. Ce qu’interdit l’anathématisme, c’est de diviser les paroles, de façon à appliquer les unes au Verbe, les autres à l'homme considéré comme distinct du Verbe (ίδικώς νοουμένω); mais il ne nie I pas les différences entre la divinité et l’humanité, ni que, parmi les textes sacrés, certains conviennent au Christ en raison de sa divinité, et certains en raison de son humanité. Quant au symbole, il professe que, parmi les paroles de l’Ecriture, quelques-unes con­ viennent à la divinité, d’autres à l’humanité, et d’autres enfin indiquent à la fois les deux natures. Il n’y a donc aucune contradiction entre l’anathématisme et le sym­ bole. Et par suite, il n’y a pas eu, même sur ©e:te question, de changement doctrinal chez Cyrille. Mais il y a eu quelques changements dans le voca­ bulaire. Certaines expressions, employées d’abord, ont été ensuite abandonnées : par exemple, τύαα πεφσετι·, P. G., t. Lxviit, col. 293; . . φημί δέ τό ανθρώπινον σώμα, P. G., t. lxxiii, col. 484 2515 CYRILLE D’ALEXANDRIE (SAINT) περιεβάλετο σώμα, ibid., col. 164; τήν έκ τής σαρκος περιβολήν, ibid., col. 188; το φοροΰμενον, ibid., col. 161 ; τα περί σώματος περιβλήματα, ibid., col. 518; d'autres ont été formellement rejetées : κρδσις et ses dérivés. P. G., t. lxxv, col. 561; t. lxxvi. col. 33, 401, 413; t. lxxvii, col. 232, 1112; μίξις et ses dérivés, P. G., t. lxxiv, col. 557; t. lxxv, col. 397 ; t. lxxvii, col. 1113; ένοίκησις et ses dérivés, P. G., t. lxviii, col. 597; t. l.xxm. col. 565; t. lxxvi, col. 421 ; t. lxxvii, col. 24: des expres­ sions nouvelles ont été introduites au courant de la con­ troverse, pour mieux affirmer l’union hypostatique; ce sont en particulier ενωσις καθ’ ΰπόστασιν, ενωσις φυσική OU κατά φύσιν, et μια φΰσις τοϋ θ«οΰ Λόγου σεσαρκωμένη. 2° La sotériologie. — Gomme l’a remarqué M. Rivière, Ledogmede(arédemption,Paris. 1905,p. 189, lasotério­ logie de saint Cyrille se base principalement sur deux textes de saint Paul ; Heb., Il, 14, ou il voit la guérison de notre corps mortel; et Rom., vm, 3. qui lui révèle la délivrance de notre âme pécheresse. Un troisième texte est aussi très souvent cité; c’est II Cor., v, 15, d’où ressort la surabondance des mérites de la croix et la nécessité de nous les appliquer par notre vie. Le ré­ dempteur, nous dit saint Cyrille, avait pour mission de ramener toutes choses à l’état primitif, ou Dieu les avait créées; et pour tout restaurer ainsi, il devait condam­ ner le péché dans sa chair, détruire la mort par sa propre mort et nous faire enfants de Dieu. In Joa., xtv, 20, P. G., t. lxxiv, col. 273; Pusey, t. Il, p. 481 sq. il ne lui suffisait donc pas de s'incarner et de passer quelques années sur la terre; cela eût suffi, s’il n’avait dû être que notre modèle et notre docteur. P. G., t. lxxiv,col. 273; cf. t. lxxvi, col.724; t. lxxh, col. 686. Mais puisqu'il devait expier le péché, détruire la mort et nous réconcilier avec Dieu, il fallait qu’il mourût. In Joa., χ·ι. 23; xv, 12, P. G., t. lxxiv, col. 84, 384; Pusey, t. n. p. 311, 577. Paramour pour nous et selon la volonté de son Père, mais librement, le Verbe incarné a accepté les souffrances de la passion et la mort sur la croix. Quod unus Christus, P. G., t. lxxv, col. 1352, Pusey, p. 415; P. G., t. lxxh, col. 921-924. 11 s’est olfert en victime expiatoire pour noire rançon, P. G., t. i.xxv, col. 1337; il a souffert à cause de nous et pour nous, δι’ ήμάς καί υπέρ ήμών. Ρ. G., t. lxix, col. 424; t. l.xxm, col. 565. Les mérites infinis du sang précieux de notre Sauveur ont largement compensé nos fautes. P. G., t. lxxiv, col. 656. Lui seul est mort pour tous, et sa mort a été une satisfaction surabondante. P. G., t. LXIX, col. 548. Non seulement les hommes, mais encore les anges, doivent leur sainteté aux mérites du Verbe in­ carné. Ibid·, col. 549; t. lxviii, col. 625. Par son incar­ nation et par sa mort surtout, le Christ est devenu le second Adam, la racine et le principe de l'humanité régénérée, 7’. G., t. lxviii, col. 617, le médiateur entre Dieu et les hommes, P. G., L. l.xxm, col. 1045, la source de toute sainteté et de toute vie surnaturelle. Ibid., col. 773 sq., 1029 sq. La résurrection a mis le sceau à l’œuvre rédemptrice; elle nous a prouvé que le Sau­ veur est réellement Dieu et nous donne la ferme espé­ rance que nos corps ressusciteront aussi au dernier jour. P. G., t. lxxiv, col. 705, 769 sq. Saint Cyrille ne s’est jamais représenté la rédemp­ tion sous forme de rachat au diable; les textes cités en ce sens par M. Rivière, p. 426-429, sont empruntés au Ιίερί τής ένανΟρωπήσεως, qui n’est pas une œuvre authentique. 3° La mariologie. — Le sujet est traité très longue­ ment dans le Liber adversus nolentes confiteri san­ ctam Virginem esse Deiparam, P. G., t. lxxvi, coi. 256292. La sainte Vierge Marie est véritablement mère de Dieu, Οεοτόκος, Epist., i, ad monach., P. G., t. lxxvii, col. 13; non qu’elle ait donné commencement à la divi­ nité, P. G., t. lxxvii, col. 21, mais parce qu'elle a engendré le corps auquel le Verbe s'est uni substan­ j I ! j . I - ! j 251G tiellement. P. G., t. lxxvii. col. 48; t. lxxv, col. 1220. Telle est la doctrine traditionnelle, enseignée par tous les Pères et évêques orthodoxes de l’Orient et de l'Occident. Epist., xt, ad Cælest., P. G., t. LXXH, col. 84. Si le concile de Nicée n'a pas employé cette expression, c’est qu’alors elle n’était pas nécessaire; dans son symbole, il a proclamé en termes équivalents la maternité divine de Marie. P. G., t. lxxvii,coi. 64. L’Écriture ne dit pas non plus Οεοτόκος. mais elle dit μήτηρ Κυρίου, qui signifie la même chose. P. G., t. lxxvi, col. 284. Refuser ce titre de Οεοτόκος à la sainte Vierge, nier sa maternité divine, c’est détruire le mystère de l’incarnation. Ibid., col. 24. Si Marie n’est pas Θεοτόκος, elle n’est pas non plus χριστοτόκ.ο; ni Οεοδόχος, comme le prétend Nestorius. P. G., t. lxxvi, col. 265; t. lxxvii, col. 68. Il est inutile de l'appeler χριστοτόκος et άνθρωποτόκος, car ces titres ne lui sont pas spéciaux ; ils con­ viennent à d'autres mères. P. G., t. lxxvii, col. 20, 276. La vierge Marie est toute pure et toute sainte, P. G., t. lxxvi. col. 17: le Christ est né d'une souche saine. P. G., t. lxix, col. 353. Elle a conçu d'une façon vir­ ginale et par miracle sous l’inlluence du Saint-Esprit, In Joa., vm, 39, P. G., I. l.xxm, col. 876; Pusey, t. il, p. 77 ; Joseph ne fut que le père putatif et le gardien de l'Enfant-Dieu. P. G., t. LXXVI, col. 900. Elle est restée vierge après l’enfantement. Ibid., col. 260, 321. Elle n’avait pas besoin de purification; elle était dispensée de la loi. P. G., t. lxviii, col. 1005. Le miracle de Cana prouve la puissance de Marie sur son Fils, puisqu'elle a obtenu par sa demande ce qu’il voulait d’abord ne pas faire. In Joa., vil, 30. P. G., t. l.xxm. col. 225, 729; Pusey, t. i, p. 202, 671. Au moment de mourir sur la croix, Jésus a pris soin de confier sa mère à saint Jean, afin de montrer par ce dernier acte le respect que l'on doit avoir pour les parents et la sollicitude avec laquelle on doit pourvoir à leur avenir. Il voulait en même temps donner à sa pauvre mère un protecteur qui pût la consoler et la soutenir dans ses angoisses et ses doutes, InJoa., xix, 26-27, P. G., t. lxxiv, col. 664-665; Pusey, t. m, p. 91 sq., car sur le Calvaire, en voyant expirer son Fils, Marie eut le cœur transpercé d'un glaive, comme l’avait prédit Siméon, c’est-à-dire qu'elle douta de sa divinité. P. G., ibid., col. 661-665; Pu­ sey, t. m, p. 89-93; P. G., t. lxxvii, col. 1049; Smith, t. i. p. 27-28. Cette opinion, que Cyrille émet en deux endroits très authentiques de ses écrits, nous parait aujourd'hui fort choquante; mais il faut se rappeler qu’elle ne lui est pas particulière : à la suite d’Origène, lloniil., xvn, in Luc., P. G., I. xm, col. 1845. d'autres écrivains chrétiens avaient cru à ces doutes de la sainte Vierge au pied de la croix,cf. Rasile, Epist., I. II. epist. cci.x, P. G., t. xxxil, col. 965; Amphiloque d'Iconium. P. G., t. xxxix, col. 57; pseudo-Chrysostome, In Ps. xm, P. G., t. i.v, col. 555; ils ne voyaient pas quelle autre interprétation satisfaisante on eût pu donner de la pa­ role du vieillard Siméon. v. la grace et la sanctification.— La sanctifica­ tion est appelée par Cyrille d’Alexandrie une transfor­ mation de l’âme, P. G.,t. lxx, col.965; t.lxxh, col.205; un passage de l’état de mort et de corruption à l’état devie, P. G., t. lxviii, col. 1073; t. lxxvi, col. 1164, de la servitude à la liberté, P. G., t. lxxh, col. 676; Smith, t. i, p. 308; une purification de l'âme, P. G., t. lxix, col. 508; une réconciliation avec Dieu, In Joa., xvn, 18-19, P. G., t. lxxiv, col. 544; Pusey, t. il, p. 722; une rénovation, une renaissance, une nouvelle création. P. G., t. lxxvi, col. 880; un retour à l’état primitif où l’homme avait été créé, et même une élévation à un état meilleur que l’état primitif. In Joa., i, 32-33, P. G., t. i.xxiii, col. 205; Pusey. t. i. p. 183; P. G., t. lxviii, col. 1076. Bref, c'est l’élévation à l’ordre surnaturel avec tous les privilèges qui en découlent : l’adoption divine 2517 CYRILLE D’ALEXANDRIE (SAINT) 2518 qui nous fait fils de Dieu et frères du Christ, P. G., les fidèles dans la patrie des saints, sans avoir rien â t. ι.χιχ, col. 48; l. lxxvii, col. 897; fils par grâce sans redouter des tempêtes qui peuvent l’assaillir. P. «... doute, mais réellement semblables au Fils par nature, t. lxix. col. 1264. Elle a été établie par le Christ, qui en P. G., t. Lxxv, col. 749; une participation à la nature est la pierre angulaire. P. G., t. i.xx, col. 968. Elle · divine, qui nous déifie au plus intime de notre être. fondée sur la foi de Pierre, P. G., t. t.xxv. col. 865. Ibid., col. 905. Comme nous l’avons vu en parlant de qui a été constitué le pasteur des fidèles. P. G.,t- t X' la rédemption, c’est le Christ qui nous a valu par sa col. 424. Les apôtres sont les pierres fondamentales mort cette sanctification surnaturelle. Il est donc notre sur lesquelles sont édifiés les croyants, P. G., t. l.xx, justification et c’est de sa plénitude que tous nous rece­ col. 344, 940; c’est par leurs prédications qu’elle s -t vons. P. G., t. lxix, col. 552; In Joa., i, 16, P. G., répandue dans le monde, ibid., col. 1368. parmi les t. Lxxni, col. 169; Pusey, t. i, p. 148. Le Saint-Esprit, Juifs d’abord et surtout parmi les gentils plus dociles. vertu sanctificatrice du Fils, opère la transformation G., t. lxix. col. 208; t. i.xxiii, col. 864. Elle des justes et fixe sa demeure dans leurs âmes. P. G., commencé modestement. mais elle s’est développ· ■ t. t.xxv. col. 1088, 801. Cette inhabitation du Saint-Es­ très vite. P. G., t. LXVIII. col. 293. Les persécutions ne prit a, sous la nouvelle loi, un caractère tout spécial : lui ont pas manqué de la pari des hommes et île la les prophètes de l'Ancien Testament, bien qu’ils fussent part du démon, P. G., t. i.xxi, col. 760; mais loin dinspirés par le Saint-Esprit, ne le possédaient pas lui être fatales, elles ont servi â son accroissement. comme nous le possédons depuis la venue du Christ. P. G., t. l.xx. col. 1372. Quels que soient ses ennemis, Jn Joa., vu, 39, P. G., t. i.xxiii, col. 749; Pusey, t. i, elle triomphera toujours; elle ne peut périr, car te p. 690 sq.; cf. P. G., t. lxxix, col. 233. Avec le SaintChrist lui a promis que les portes de l’enfer ne prévau­ Esprit, toute la Trinité opère el habite dans les âmes draient pas contre elle. P. G., t. i.xxi, col. 405; t. l.xx. justifiées, mais le Saint-Esprit est par son caractère col. 569. L’Eglise est une; comme il n’y a qu’un seul hyposlatique le sanctificateur par excellence. In Joa., Christ, il n’y a qu'une seule foi et un seul baptême. xiv, 16-17, /’. G., t. r.xxiv, col. 257; Pusey, t. il, Tous les fidèles doivent rester unis dans cette foi. p. 468 sq. c’est pour leur perte que les hérétiques s’en sépa­ Cyrille parle souvent de la grâce (χάρις), qui embellit rent. /’. G., t. i.xtx, col. 552; Quod unus Christus, l’âme sainte et lui rend ce qui lui avait été enlevé par t. lxxv. col. 1256; Pusey, p. 335. Elle est apostoliq> ■ le péché. P. G., t. lxviii, col. 268, 272. 273, 752; t. i.xxi, ses ministres sont tes successeurs des apôtres et ils col. 65, 321; t. lxxii, col. 401, 445; t. i.xxiii, col. 153, prêchent la même doctrine que les apôtres. P. G.. 205; t. t.xxiv, col. 264; 572; t. lxxv. col. 1088; t. i.xxvi, t. i.xviii, col. 848; t. i.xx. col. 805. Elle est calholiq -·· : col. 1384; t. lxxvii, col. 617. En quoi consiste exactement ses sanctuaires sont répandus par toute la terre. P. <■' . cette grâce? Est-elle quelque chose de créé? Quel est t. l.xx, col. 1193; tous les peuples sont appelés a y son rôle dans la sanctification? Quelles sont ses relations entrer; personne cependant ne doit y être contraint avec le Saint-Esprit? Ce sont lâ des questions difficiles par la force. Ibid., col. 1336; In U Cor., x, 1, P. G.. à trancher. Certains passages l’appellent une qualité, t. l.xxtv, col. 948; Pusey, t. m. p. 357. Elle est saint- . ποιότης, P. G., t. lxxvii, col. 617; d'autres la décrivent P. G., t. l.xx, col. 1369, 1373; elle est la source dmétaphoriquement, comme l’ornement, le vêtement, toutes les grâces, G., t. i.xxi, col. 405, nécessaire au P. G., t. Ι.ΧΧΠΙ, col. 153, le sceau, P. G., t. i.xxvi, col. 1384, salut. P. G., t. L.xx, col. 1336. Il faut en référer a la force, P. G., t. i.xxn, col. 401, la richesse, G., l'évêque de Home pour toutes les affaires important--. t. lxviii, col. 272. de l’âme. Tout cela fait penser â une G., t. lxxvii, col. 80, 84.Toute la conduite de Cyrillqualité créée, déposée dans l'âme pour la transformer. dans la conlroverse neslorienneest une preuve indiscu­ Mais ailleurs, P. G., t. t.xxv, col. 1888, nous lisons : table de sa croyance à la primauté du pape. « Si ce n’est pas le Saint-Esprit lui-mèine, mais sa 2° Les sacrements. — Evidemment il ne saurait ■ tr·· grâce qui est imprimée dans nos âmes, il faudrait appe- ; question de retrouver chez saint Cyrille une théorie des 1er l’homme image de la grâce »; et un peu plus bas : sacrements; mais il est intéressant de recueillir ce « Si la grâce est quelque chose de distinct (séparé, qu’il a écrit sur chacun des rites désignés aujourd'hui détaché = οιεσχοινισμένη) de l’essence du Saintsous ce nom. Il ne parte qu’en passant de l’ordre, du Esprit. pourquoi le bienheureux Moïse n’a-t-il pas mariage, de l'extrême-onction, de la confirmation ; dit clairement qu’aprés avoir fait l’homme, le créa­ au contraire, il s'étend longuement et â plusieurs r teur lui insuffla la grâce'? Et de même, pourquoi le prises sur le baptême, l'eucharistie et la penita ■■ Christ n’a-t-il pas dit : Recevez la grâce que le Saint1. L’ordre. — La hiérarchie ecclésiastique compr-ml les évêques, les prêtres, les diacres. P. G., t. lxviii. Esprit communique? » Et encore, col. 1089 ; « Le Saint-Esprit est donc Dieu, lui qui transforme les col. 848. Ceux qui sont honorés du sacerdoce doive; : âmes à l’image de Dieu, non par une grâce qui lui veiller à ce que le culte rendu â Dieu soit digne de lu: serve d'instrument (διά χάριτος υπουργικής), mais en se P. G., t. lxxii, col. 272. Leur mission est de prêcher les mystères divins à tous tes fidèles, aux femmes donnant lui-même comme participation de la nature divine. » bien qu’aux hommes, P. G., t. i.xxiii, col. 317: r. n n doit les en détourner. P. G., t. lxx, col. 805. Le sacer­ La sanctification produit des effets admirables dans doce ne doit pas être conféré aux néophytes. P. G . l’homme justifié. Elle atteint non seulement son âme, mais son corps, tout son être. In Joa., xv, 1, P. G., t. LXXIII, col. 240, 316. Avant d'imposer les mains quelqu'un, l'évêque doit faire une enquêtes : t. lxxiv, col. 341; Pusey, t. n, p. 542; P. G., I. lxxii, n'ordonner que des hommes vraiment dignes. / ... col. -452. Elle diminue la concupiscence et la force des passions, In Hom., vm, 3-5, P. G., t. lxxiv, col. 817; t. lxxvii, col. 365. 2. Le mariage. — Notre-Seigneur a honoré te r Pusey, t. m, p. 212 sq.; elle fortifie contre les tenta- ! riage par sa présence à Cana. In J-a . i:. 1-4 ! fions et rend la pratique du bien plus facile, P. G., t. i.xxiii, col. 224; Pusey, t. i. p. 201. Le mariage est bon. t. i.xviii, col. 273; elle engendre les vertus, /’. G., l'union de l’homme et de la femme est _ Un t. I.XXVI. col. 128; t. lxxvii, col. 621 ; et elle donne droit elle a pour but de procréer des enfants. / . : ·. , à l'héritage éternel du ciel. P. G., t. i.xviii, col. 1076. col. 1092 ; mais le célibat et la contin- ; c- < - ■ VI. l'église, les sacrements, la vie chrétienne. — 1° L’Église, la mère des croyants, la véritable épouse P. G., t. lxviii, col. 690 Ce qui fait k vtiiiaWe Bariage, c'est le consentement légitime et l ur.:·;- - - du Christ, P. G., t. i.xxi, col. 120; 92 sq., la nouvelle t. i.xxiii, col. 301. Le mariage est i*£ssoM4e du Jérusalem, le vrai bercail du Christ, ibid., col. 389. 209; vivant des époux: 1e divorce es: interdit ssi chhtets un navire qui vogue sur les Ilots du monde et transporte 2519 CYRILLE D’ALEXANDRIE (SAINT) 2520 bien qu’il fût toléré dans l'ancienne loi. /’. G., t. lxxiv, pas cacher ses fautes au fond de sa conscience; mais il col. 876. Mais après la mort de l'un, l'autre peut se faut les révéler au médecin des âmes, bien qu’il les remarier. Ibid., col. 800. Les chrétiens solides dans connaisse déjà toutes. P. G., t. lxix, col. 956. Dieu leur foi ne redoutent pas les mariages avec les infi­ seul peut remettre les péchés, puisque c'est lui qui a été offensé; mais il a donné ce pouvoir aux apôtres et dèles. Ibid., col. 876. 3. L'extrême-onction. — Un seul passage y fait une â leurs successeurs. In Joa., xx, 23, P. G., t. lxxiv, rapide allusion en citant h· texte de saint Jacques, col. 720; Pusey, t. m. p. 140. « Nous aussi, dit Cyrille, v, 14. P. G., t. lxviii, col. 472. nous avons le pouvoir de remettre les péchés. » P. G., 4. La confirmation est indiquée deux fois très claire­ I. lxxii, col. 569; Smith, t. I, p. 84. Le pardon que ment sous le nom de χρίσμα τής τελειώσεως, In Joa., procure la pénitence est-il de même nature que celui xi. 26, P. G., t. lxxiv, col. 49: Pusey, t. it, p. 276; accordé par le baptême? Les textes de saint Cyrille ne In Joel., etc., P. G., t. lxxi, col. 373; il y est fait allu­ sont pas clairs à ce sujet. A certains endroits, il semble sion aussi P. G., t. lxix, col. 1160; t. i.xx, col. 561. distinguer et opposer Γάφεσις obtenue par le baptême Elle apparaît comme le complément du baptême, et se et Γέπικάλυψι; ou αμνηστία obtenues par la pénitence. confond avec lui dans une seule cérémonie. P. G., t. lxix, col. 865; t. lxx, col. 884. Ailleurs, tous 5. Le baptême est la porte d’entrée du royaume ces mots αφεσις, αμνηστία, ίπικάλυψις, etc., semblent des cieux, l'instrument de la sanctification; il lave être employés comme équivalents. De recta fide ad toutes les souillures de l’àme, sans qu'il soit besoin de Theodosium, P. G., t. lxxvi, col. 4185, 1188; Pusey, s'humilier par les exercices de la pénitence. P. G., p. 116, 120; P. G., t. lxviii, col. 717. Enfin un passage, t. lxviii, col. 504,853. Il unit les néophytes avec Dieu P. G., t. lxxiv, col. 721, dit expressément que, par la et tous les fidèles entre eux. P. G., t. i.xxi, col. 145,804. pénilence, les péchés sonl remis (άφιάσι) et que les Il donne au plus humble néophyte une dignité incompa­ pécheurs sont purifiés et lavés (διασμήχονται) dans le rable qui le met au-dessus de Jean-Baptiste, le plus grand Christ. prophète pourtant de l'ancienne loi. P. G., t. lxxiii, 7. L’eucharistie. — Saint Cyrille insiste beaucoup col. 757. Il n’est pas fait pour guérir les maladies du sur les effets de I’« eulogie mystique » dans ceux qui corps, mais celles de l’àme. P. G., t. lxxvi. col. 877. la reçoivent. On peut consulter spécialement : In Matlh., Il ne peut être réitéré; pour ceux qui tombent après le x.xvi, 26-27; In Luc., xxn, 14 sq., P. G., t. lxxii, baptême, il n’y a pas un second baptême. P. G., t. lxviii. ■452 sq.. 905 sq. ; In Joa., VI, 48 sq., t. lxxiii. col. 560col. 413. C'est de l’eau baptismale que vient la sanctifi­ 585; Pusey, t. i, p. 514 sq.; Adv. Nesi., 1. IV, c. IV, cation, P. G., I. lxx. col. 96; sous l'influence du P. G., t. lxxvi, col. 189-208; cf. Anath., xi, t. lxxvii, Saint-Esprit, elle a acquis une vertu ineffable et divine. col. 121. Voir J. Mahé, L’eucharistie d'après saint Cy­ P. G., t. lxxiii, col. 245. Selon la recommandation du rille d’Alexandrie, dans la Revue d’histoire ecclésias­ Seigneur, c’est au nom du Père et du Fils et du Sainttique, octobre 1907, p. 677 sq., où tous les textes sont Esprit que le baptême est administré; mais quand on indiqués et étudiés. La chair du Christ nous vivifie, parle du baptême au nom du Christ, ce n'est pas d'un nous sanctifie, corps et âmes. P. G., t. lxxiii, col. 481 ; autre baptême que l'on parle. In Rom., vt. 3. P. G., Pusey, t. i. p. 440. Elle nous rend forts contre le dé­ t. lxxiv. col. 792; Pusey. t. m. p. 188. Les ministres mon et contre la corruption. P. G., t. lxviii, col. 285; du baptême sont les apôtres et leurs successeurs, tous t. lxix, col. 428. Par la communion, nous sommes unis ceux qui ont reçu le Saint-Esprit avec le pouvoir de avec le Christ aussi intimement que deux morceaux remettre les péchés. In Joa., xx. 22-23, P. G., t. lxxiv, de cire fondus ensemble. P. G., t. lxxiii, col. 584; Pusey, col. 721 ; Pusey, t. ni. p. 140 sq. Baptiser faisait partie t. i, p. 535; P. G., t. lxxiv, col. 341. Nous sommes de la mission de saint Paul, mais pour réserver plus pénétrés et transformés par le Christ, comme la pâte de temps à la prédication, il laissait ce soin aux évêques. est pénétrée et transformée par le levain. La plus Jn I Cor., i, 17, J’. G., t. lxxiv, col. 860; Pusey, p. 252. petite parcelle d'eulogie suffit pour opérer cette trans­ Bien que l'institution du catéchuinénat fût encore en formation. P. G., t. lxxiii, col. 584; c’est que Notrepleine vigueur, P. G., t. lxviii, col. 836; t. lxxii, Seigneur y est tout entier. Quand on partage Veulogie col. 217, on conférait cependant le baptême aux nou­ entre plusieurs, le Christ n’est pas divisé. P. G., t. lxxiv, veau-nés. In Joa., xi, 26, P. G., t. lxxiv, col, 49; Pu­ col. 660; Pusey, t. m, p. 88 sq. Puisque les effets de sey, t. n, p. 276. Il arrivait souvent qu’on devait aussi l’eucharistie sont si grands, il ne faut pas s’en éloigner le donner aux moribonds, P. G., t. lxxiv, col. 49; mais par négligence ou par piété mal entendue. Il faut être Cyrille recommande avec insistance de ne pas différer pur assurément pour participer â l'eulogie sainte; de recevoir l’initiation chrétienne. «Celui, disait-il, qui mais ce serait mal de s’en laisser détourner par ses reçoit le baptême au dernier moment est sanctifié assu­ fautes et ses faiblesses ; on doit prendre la résolution rément. mais il n'obfient que la rémission de ses de bien vivre et participera l’eucharistie. P. G.,t. lxxiii, péchés; il remet au père de famille le talent qui lui ' col. 584. La communion, il est vrai, ne produira pas avait été confié, sans y avoir ajouté aucun profit. P. G., sur les âmes malades les mêmes effets que sur une âme t. lxix, coi. 432. Le baptême était précédé par une , sainte; mais elle leur donnera la force de s’abstenir triple profession de foi que devait faire le catéchumène. du péché, de mortifier leurs passions et leur procurera P. G., t. lxxiii, col. 1008; voilà pourquoi, chez. Cyrille, 1 la santé spirituelle. P. G., t. lxviii, col. 793. le baptême est souvent désigné par l’hendiadys πίστις L’eucharislie produit tous ces effets, parce qu’elle καί βάπτισμα. P. G., t. lxx, col. 40, 573; t. LXXIV, est la chair du Verbe incarné; la chair d’un homme col. 696. ordinaire en serait incapable. P. G., t. lxxiii, col. 601 ; 6. La pénitence. — Ceux qui pèchent après avoir Pusey, t. i, p. 551; P. G., t. lxxiv, col. 528; Pusey, été sanctifiés, perdent tout ce qu’ils avaient pu acquérir l. n, p. 707. Le corps et le sang du Christ sont réelle­ jusque-là; cependant ils ne doivent pas désespérer : ment présents sur les tables de nos églises. « Le Sei­ leurs souillures peuvent être encore lavées dans le gneur a dit d'une façon démonstrative (βεικτικώς) : Ceci Christ. P. G., t. t.xvni, col. 1048. Dieu est bon et est mon corps, et : Ceci est mon sang; pour que nous miséricordieux; il pardonne el oublie les fautes, si on ne considérions pas ce qui parait comme de simples les confesse avec humilité et si on prend la résolution figures, mais afin que nous sachions bien que les oblats de les éviter à l’avenir. P. G., t. LXX, col. 1268; t. i.xxi, ont été en toute vérité transformés au corps et au col. 669. Il n'y a pas de péché que Dieu ne remette, si sang du Christ par la puissance ineffable du Dieu qui on en a le repentir sincère, même le poché contre le peut tout. » P. G., t. lxxii, col. 452, 912. On peut con­ Saint-Esprit. P. G., t. lxxii, col. 409. H ne faut donc server l’eulogie; elle garde toujours sa vertu sanctili- 2521 CYRILLE D’ALEXANDRIE (SAINT) catrice. P. G., I. lxxvi, col. 1073; Pusey, t. m. p. 605. L’eucharistie est un sacrifice, un sacrifice pur et non sanglant, où le Christ est immolé. P. G., t. lxxii, col. 297, 905. Ce sacrifice ne doit être offert que dans les églises orthodoxes; les hérétiques n'ont pas le droit de l’offrir. P. G., t. lxix, col. 552; t. lxxvi, col. 1097; Pusey, t. m, p. 595. On l’offre tous les jours, et il ne cessera jamais d’être offert jusqu’à la fin des temps. P. G., t. lxvjii, col. 708. Et tous les huit jours, en souvenir de l'apparition de Notre-Seigneur aux apôtres le huitième jour, tous les fidèles ont une réunion solennelle pour le sacrifice, P. G., t. lxxiv, col. 725; Pusey, t. m, p. 6sq., et ils communient en mangeant le corps du Christ qu’ils reçoivent dans leurs mains. 3“ La vie chrétienne. — Cf. les Homélies pascales, P. G., t. lxxvii, col. 401-981; et le De adoratione, t. i.xviii, col. 133-1125. La perfection de la vie chré­ tienne est de joindre à une foi droite et pure les mé­ rites des bonnes œuvres. P. G., t. lxxvi, col. 1201 ; t. lxxii, col. 776. La foi dans les œuvres est morte et ne suffit pas au salut. P. G., t. lxxiv, col. 125; Pusey, t. Il, p. 355. Pour vivre d’une manière digne du Christ, il faut servir Pieu avec énergie et amour, mor­ tifier ses passions, éviter le péché ou s’en purifier dès qu’on l’a commis. P. G., t. lxxii, col. 801 sq. Dieu nous a fait libres, afin de nous permettre de mériter par nos bonnes actions; la vertu est au pouvoir de notre volonté. P. G., t. lxxiv, col. 129; Pusey, t. il, p. 358; P. G., t. lxxvi, col. 744. Nous devons toujours nous rappeler que pour bien vivre, nous avons besoin de faire des efforts généreux, mais que, sans le secours de la grâce divine, nous ne pouvons rien. P. G., t. lxxii, col. 776; Smith, t. n, p. 462; P. G., t. lxxiv, col. 524; Pusey, t. n, p. 703; P. G., t. lxx, col. 1010. A ceux qui ont été sanctifiés, le Christ donne une grâce invincible de force spirituelle. P. G., t. lxx, col. 1216. Ce n’est pas seulement par des paroles et des inspirations inté­ rieures que Dieu nous pousse à éviter le péché, il nous y aide encore par un secours efficace. P. G., t. lxviii, col. 173. vu. le salut éternel; la prédestina γιον et la vie future. — Dieu veut sauver tous les hommes. P. G., t. lxxvi, col. 1345. Son appel s’adresse à tout le monde sans aucune exception : Dieu ne rejette et n’aveugle personne. P. G., t. lxxii, col. 792; t. lxxiv, col. 973; Pusey, t. n, p. 328. Cet appel est gratuit; personne ne peut se flatter d’avoir rien fait pour le mé­ riter. P. G., t. lxxiii, col. 961 ; Pusey, t. u, p. 155 sq. Il est pressant, mais il ne force personne. P. G., t. lxxii, col. 792; t. lxxiii, col. 553; Pusey, t, i. p. 507. Dieu res­ pecte la liberté de ses créatures. P. G., t. lxxiv, col. 128; Pusey. t. n, p, 357. Et voilà pourquoi tous ne répondent pas à l'appel. P. G., t. lxxiv, col. 828; Pusey, t. ni, p. 220. Dieu a prévu de toute éternité l'usage que l'homme ferait de cetle liberté pour le bien et pour le mal. P. G., t. lxxiv, col. 128. C’est parce qu'il a prévu que Jacob serait bon, qu'il l’a aimé et favorisé; parce qu’il a prévu qu’Ésaü serait méchant, qu’il l’a haï. L’élection gratuite, ή κατ’ εκλογήν χάρις, est toujours accompagnée par la prescience (πρόγνωσις). P. G., t. lxxiv, col. 833; Pusey, t. m, p. 227; P. G., t. lxxi, col. 281. Cette pre­ science ne cause aucun dommage à notre liberté et nous laisse toute notre responsabilité. P. G., t. lxxiv, col. 521; Pusey, t. il, p. 701 sq. Bien que Dieu eut prévu la chute d’Adam, Adam est coupable de la faute qu’il a commise librement. P. G., t. lxxiv, col. 128. Bien que le Christ eût prédit la trahison de Judas et le reniement de Pierre, Judas et Pierre sont coupables, parce qu’ils pouvaient ne pas pécher. P. G., t. lxxiv, col. 521 ; t. lxxii, col. 928. Nous sommes faits pour une autre vie; sur cette terre nous sommes des pèlerins et des voyageurs de passage. P. G., t. lxix, col. 409. La vie d’ici-bas est pour n ·;le temps de l’épreuve et des bonnes œuvres, apres mort, c'est le temps du repos; on ne mérite plus / ,, _ t. lxxiii, col. 960; Pusey, t. il, p. 152 sq. Quand « âmes des justes quittent leurs corps, elles ne restent . pas à errer autour des tombeaux, comme prétend « superstition païenne; elles ne descendent plus aux -nfers, comme autrefois; mais elles sont reçues par !■·■ Dieu de toute bonté et entrent dans les demeans .:··lestes. Les âmes des pécheurs sont précipitées dans lieu des supplices. P. G., t. lxxiv, col. 669; Pusey. t. ut. p. 96; P. G., t. lxxvii, col. 405. Il convient de prier pour les morts et d’offrir pour eux le sacrifice mystique, afin de leur rendre Dieu propice. P. G., t. lxxvi. col. 1424; Pusey, t. m, p. 541 sq. Un jour, au second avènement du Christ, nous ressusciterons tous dans la même chair dans laquelle nous avons vécu. P. G., t. lxxiv, col. 904. Les corps des disciples du Christ, sanctifiés par le Saint-Esprit et l’eucharistie, ressusci­ teront les premiers. P. G., t. lxxiv, col. 901; t. lxxiii, col. 696. Mais les infidèles ressusciteront aussi. P. G., t. lxxiii, col. 285. Pour les bons, la résurrection sera glorieuse; pour les méchants, elle sera ignominieuse. P. G., t. lxxiv, col. 913; t. lxxiii, col. 1032. Tous pa­ raîtront devant le tribunal du souverain juge, P. G., t. lxxii, col. 248; chacun sera jugé selon ses œuvres. Ibid., col. 729. Ceux qui auront fait le mal seront punis pendant l’éternité dans les llammes de l'enfer; ceux qui auront pratiqué la vertu, seront heureux pour l'éternité dans le ciel. P. G., t. lxxiii, col. 285, 385. Quelques auteurs ont affirmé que Cyrille retardait la récompense des justes jusqu’après la résurrection gé­ nérale. Cf. Schwane, Dogmengeschichte, t. n, p. 586. Us basent ce jugement sur un texte du traité Adversus anthropomorphitas, P. G., t. lxxvi, col. 1104 ; Pusey, t. m, p. 564, reproduit dans le commentaire sur saint Luc. P. G., t. lxxii, col. 820. S’il fallait accepter cette interprétation, Cyrille se serait mis en contradiction avec lui-même; car il affirme clairement ailleurs, nous venons de le voir, que les âmes justes entrent dans la gloire céleste aussitôt après la mort. Mais une autre explication semble plus vraie : dans le passage en question, Cyrille veut dire que la parabole du pauvre Lazare et du mauvais riche ne doit pas être prise à la lettre, puisqu’elle nous représente Lazare heureux en | corps et en âme dans le sein d'Abraham; cette récom­ ! pense totale, du corps et de l’âme, ne sera accordée qu’après la résurrection et le jugement généra) qui n’ont pas encore eu lieu. Sur la théologie de saint Cyrille en général : Petau, Dogmata theologica, passim d après les tables, v· Cyrillus Alexandrinus; Tbomassîn, Dogmata theologica, passim d'après les tables; Harnack, Dogmengeschichte, 3· édit, sur­ tout t. n, p. 322-3i5 : Der nestorianische Streit; Seeberg, I.ehrbuch der Dogmengeschichte, Leipzig, 1895, 1.1, p. 205 sq.. 212 s>q., 221 sq. ; Loofs, Leit/aden zum Studium der Dogmen­ geschichte, 4e édit., Halle, 1906, p. 289-299; Schwane, Histoire . des dogmes, trad. Degert, 1.1, surtout p. 506-530; Tunnel, His­ toire de la théologie positive jusqu'au concile de Trente, Paris, 1904, passim, surtout p. 57-60. Sur Dieu un et trine : Allatius, Vindicte synodi ephesinse et sancti Cyi-itli Alexandrini, Borne. 1661; Lequien, Disserta­ tiones Damascenicæ, diss. I : De processione Spiritus Sancti, G., t. xciv, col. 193 sq. ; Hergenrœther, Photius. t. t. ; P. p. 684 sq. ; de Régnon, Études de théologie positive sur la sainte Trinité, spécialement les deux volumes de la 3· série : Théories grecques des processions divines; Michaud, Saint Basile de Césarée et saint Cyrille d'Alexandrie sur ta ques­ tion trinitaire, dans la Revue internationale de théologie, 1898, p. 354-371. Sur le péché originel : Turmel, Le dogme du péché originel 1 dans l’Église grecque après saint Augustin, dans la Revue d’histoire et de littérature religieuses, mai-juin 1904, p. 238 sq· Sur la christologie . Justinien, Adversus Origenem, P. G., i t. lxxxvi, col. 967 sq., 999 sq., 1007.1029 sq. ; Adversus Theo­ dorum Mopsuestenum, ibid., col. 1037 sq., 1055 sq., 1067 sq.. 2523 CYP. I L LE D’A LEX A NT) B IE 1075 eq. ; Contra monophysites, ibid., col. 1108 sq., 1124 sq., 1132 sq.; Episl. dogmat. nd ZdUum, col. 1148; Léonce de Byzance [ou •pseudo-LéoneeJ, Contra NestoriumetEutychen, p. G., t. LXXXV1. col. 1356 sq. ; * De seclis, col. 1221 sq.. 1236 sq., 1252 eq., 1260 sq. : * Contra monophysitas, col. 1801), 1813 sq., 1817, 1820 sq., 1824 sq.. 1825 sq. ; * Adversus fraudes apoUinaristarum, col. 1048-1976; Lequieu, op. cit., diss. II. P. G., t. xciv, col. 261 sq. ; Rehrmann. Die Christologie des hl. Cyrillus von Alexandrie», Hildesheim, 1902 : Gengler, Ueber die Verdammung des Nestorius, dans Tub. theologische Quartalschrift, 1835. p. 213-299; Sporlein, Die Gcgens&tze der Lehrs des hl. Cyrillus und des Nestorius von der Menschwerdung Gottes, Bamberg, progr.,1852-1853; [Brugnier?], Disputatio de •ntpposito, in qua plurima hactenus inaudita de Nestorio tanquum orthodoxo et de Cyrille aliisque in Ephesi synodum coactis tanquam hterelicis demonstrantur, Francfort, 1645; Loofs, Leontius van Bijzanz, dans Texte und Untersuchungen, t. m. fasc. 1 et 2, p. 40-60 ; Baur, Die christliche Lehre von der Dreieinigkeit und Menschiverdung Gottes in ihrer geschichtlichen Eutwickelung, 1” part., 1841, p.727 sq. ; Borner, EnlwiCklungsgeschichte der Lehre von der Person Christi, l. n, p. 60-86; Bruce, The humiliation of Christ, Édimbourg, 1881. p. 46-58, 366-372. 425-426; Voisin, L'apollinarisme, Paris et Louvain, 1901 ; Gore, Dissertations on subjects con­ nected with the incarnation, Londres, 1896, p. 149-154; Schwalm, La science du Christ d’après les Pères grecs, dans ia lievue thomiste, 1904. p. 281-297; Tixeront, Des concepts de nature et de personne dans tes Pères et écrivains ecclésias­ tiques des V et vr siècles, dans la lievue d’histoire et de litté­ rature religieuses, 1903, p. 583 sq. ; Mahé, Les anathématismcs de saint Cyrille d'Alexandrie, dans la lievue d’histoire ecclé­ siastique, Louvain, juillet 1906, p. 505-542. Sur la mariologie : Rehrmann. op. cit., p. 383-390; Schweitzer, Alter des Titels Huvôxs;, dans Kalholik, février 1903, p. 97-103. Sur la sotiriologie : Rivière, Le dogme de la rédemption. Paris, 1906, p. 187-201, 397 sq , 426-429: Weigl, Die Heilslehre des hl. Cyrillus von Alexandrie», Mayence, 1905, p. 45-125; Rehrmann. op. cil., p. 390-399. •Sur la grâce et la sanctification : Weigl, op. cil., p. 125325; Kohlliofer, S. Cyrillus A lexandrinus de sanctificatione, Wurzbourg, 1866; Oberdœrffer. De inhabitatione Spiritus Sancti in animabus justorum, Tournai, 1890, p. 21 sq., 67 sq., 94 «q. ; Isaac Habert, Theologiæ Græcorum Patrum de gra­ tia... libri 1res, Paris, 1646. Sur les sacrements : Bingham, Origines sive antiquitates ecclesiastics·, t. tv (baptême); t. vi (eucharistie); t. vin (péni­ tence) ; Weigl, op, cit., p. 166 sq. (baptême), p. 203 sq. (eucha­ ristie). p. 171 sq. (pénitence); Kohlliofer, op. cit., p. 102 sq. (pénitence). Spécialement sur l’eucharistie : Arnauld, Perpétuité de la foi de l’Église catholique louchant l’eucharistie, Paris, 1672-1674, t. il, p. 493-498, 515-540, 548-558, 649.650; t. Ill, p. 35-37, 444445, 475; Michaud, Saint Cyrille d’Alexandrie et l'eucharistie, dans la Revue internationale de théologie, t. X, p. 599-614, 675-692; Batiffol, Études d’histoire et de théologie positive, 2' série : l'eucharistie, la présence réelle et la transsubstantia­ tion, Paris, 1905, p. 278-285 ; Renz, Die Geschichte des Messovferbepriffs, Freising, 1901-1902, t. t, p. 438-458; Steitz, Die Abendmahlslehre der griechischen Kirche. duns Jahrbücher fur deutsche Théologie, t. xn, p. 211-286; Watterich, Der Konsekrationsmoment im heiligen Abendmahl und seine Geschichte, Heidelberg, 1896, p. 65 sq., 248 sq. ; Mahé, L’eucha­ ristie d'après saint Cyrille d’Alexandrie, dans la lievue d'his­ toire ecclésiastique, octobre 1907, p. 677-696. Sur la prédestination et les fins dernières : Weigl, op. cil., p. 302-310, 826-343. IV. Influence et caractère général. — 1. influence. — 1» Les héréliques. — Les uns après les autres, les hérétiques ont essayé de mettre leurs erreurs sous le patronage de saint Cyrille. Cf. Maxime le Confesseur, P. G., t. xct, col. 472. 1. Les monophysites. Cf. Rehrmann, op. cil., p. 343. — Eutychés, interrogé sur sa foi au synode de Constan­ tinople en 448, répond : « J’ai lu les écrits du bien­ heureux Cyrille et des saints Pères... Ils disent bien : de deux natures avant l’union : i·/. δύο φύσεων προ τής ενιόσεως; après l’union, ils ne disent plus deux natures, mais une seule. » Mansi, t. vi, col. 745. Dioscore d Alexandrie, le protecteur d’Eutychès et le plus violent promoteur du monophysisme, prétend se justifier à Cbalcédoine en faisant appel à la doctrine de son pré­ (SAINT) 2524 décesseur : « J’ai de nombreux textes des saints Pères, Athanase, Grégoire, Cyrille, prouvant qu’aprés l’union il ne faut plus dire deux natures, mais une seule nature du Verbe incarnée. » Mansi, t. vi, col. 684. Plus tard (531) à la conférence de Constantinople sous Justinien, les sévériens refusent d’adhérer aux décisions de Chalcédoine et de professer les deux natures, parce que « Cyrille d’Alexandrie disait une seule nature du Dieu Verbe incarnée. » Mansi, t. VIH, col. 825 sq. De nos jours encore. « Cyrille d’Alexandrie est la grande au­ torité des monophysites. » Cf. Duchesne, Autonomies ecclésiastiques, p. 34. 2. Au viilr siècle, les monothdlites essayèrent égale­ ment de tourner à leur prolit la terminologie de Cyrille. Cf. Rehrmann, p. 296. Les monophysites abusaient de la formule μία φύσις τού Θεού Λόγου σεσαοκωμένη; les monothéliles voulurent à leur tour utiliser une phrase du commentaire sur saint Jean : μίαν τε ζαΐ συγγενή δι’ άμφοΐν έπιδείζνυσι τήν ενέργειαν. P.G., I. LXXIII, Col.577; Pusey, t. i, p. 530. C’est, par exemple, Sergius de Constantinople, le premier fondateur de la nouvelle hérésie, qui écrivait à Cyrus de Phase : « Nous savons qu’entre autres Pères illustres, le très saint Cyrille, ar­ chevêque d’Alexandrie, a parlé dans quelques-uns de ses ouvrages d’une seule énergie vivifiante du Christ, notre vrai Dieu. » Mansi, t. xi, col. 525. C’est Pyrrhus de Constantinople qui répondait à saint Maxime: « Comment donc Cyrille, cette lumière de l’Église, a-t-il pu ensei­ gner le contraire de ce que nous voyons maintenant être la vérité, et dire, en parlant du Christ, qu’il a mani­ festé une seule et même énergie par ses deux natures : μιαν συγγενή δι’ άμφοΐν έπιδεδειγμένον ενέργειαν. » Ρ. G., t. xci. col. 344; Mansi, t. x, col. 752. Un peu plus tard, Théodose, évêque de Césarée de Bithynie, discutant avec le même saint Maxime, se réclamera du même texte de Cyrille. Cf. Combefis, Opera Maximi, t. 1, p. m. Le patriarche Paul de Constantinople, écrivant au pape Théodore, s’était appuyé sur la justification oppo­ sée par Cyrille à Théodore! à propos du iv« analhémalisme : il ne faut pas diviser entre deux personnes ou hypostases les expressions employées au sujet du Christ par l’Écriture. Mansi, t. x, col. 1025. Au VIe concile œcu­ ménique, Macaire d’Antioche prétend montrer, par le début du De recia fide ad Theodosium, que Cyrille admet une seule volonté. Mansi, t. xi, col. 216 sq., 384. 2° Les orthodoxes de leur côté ont toujours attaché une très grande importance à la doctrine de saint Cyrille, malgré l’abus qu’en faisaient leurs adversaires. Dès l’origine du monophysisme, au moment où Eutychés se réclame de Cyrille, Flavien de Constantinople dénonce â Rome le novateur, parce qu’il « pervertit la vraie foi... que Cyrille a enseignée dans ses lettres à Nestorius et aux Orientaux. » P. L., t. Liv, col. 725. Dans sa réponse, Epist. dogmatica ad Flavianum, ibid., col. 755-781, le pape saint Léon ne nomme pas Cyrille; mais deux ans plus tard, en 450. il fait un recueil de textes patristiques et il en emprunte trois aux Scholia de incarnatione. P. L., t. Liv, col. 1186. Cf. Saltet, dans la Revue d’his­ toire ecclésiastique, Louvain, avril 1905. p. 293. Cette même année, envoyant aux évêques de Gaule sa lettre â Flavien, il leur fait bien remarquer qu’elle est en par­ faite conformité de doctrine avec Cyrille d’Alexandrie. P. L., t. liv, col. 886. La même année toujours, il écrit à l’empereur Théodose II à propos du nouvel évêque de Constantinople, Anatolius : s Qu’il lise avec soin la lettre de Cyrille d’Alexandrie à Nestorius, où se trouve une explication claire du symbole de Nicée et il verra qu’elle s’accorde en tout avec l’enseignement des an­ ciens Pères, » ibid., col. 891 ; et à l’ulchérie, il ajoute: v Je demande une chose très simple, mais je l’exige. C’est qu’Anatolius accepte la lettre de Cyrille à Nesto­ rius, dans laquelle se trouve l’explication du symbole de Nicée, ou ma propre lettre à l’évêque Flavien. » Ibid., 2525 CYBILLE D’ALEXANDBIE col. 893. Si donc, en 451, dans une lettre à Paschasinus de Lilybée, il repousse la formule : Unam Verbi na­ turam incarnatam, ibid., col. 927. c’est au sens que lui donnaient les monophysites ; le contexte d’ailleurs ne permet pas d’y voir une condamnation de la doctrine cyrillienne. En 452, après le concile de Chalcédoine, saint I.èon continuera encore à recommander les écrits du patriarche d'Alexandrie. Ibid., col. 1079. Comme l'avaient fait les évêques du synode de Constan­ tinople en 448, Mansi, t. vt, col. 652. 657, 660-673, les Pères de Chalcédoine en appellent constamment à la foi de Cyrille, ibid., col. 953, 956, 957; on insère dans les actes des extraits de ses œuvres, ibid., col. 960, 971 : cf. Mansi, t. vu, col. 472, en les approuvant; on com­ pare sa doctrine avec celle de saint Léon et on les déclare conformes entre elles et orthodoxes, col. 971. Enlin on approuve officiel lenient « tout ce qui a été fait par Cyrille â Éphêse », t. vu, col. 9. Pendant les lulles qui suivirent, entre les partisans de Chalcédoine et les monophysites opposants, les or­ thodoxes n'eurent jamais la tentation de sacrifier les écrits de Cyrille, malgré les objections qu’y puisaient leurs adversaires. Ainsi, à la conférence de 531, Mansi, t. vu. col. 821. aux sévériens qui demandent pourquoi le concile de Chalcédoine n'avait pas reçu les analhëmatismes, qui avaient déjà été approuvés à Ephêse, les catholiques répondent que « les Pères de Chalcédoine ont accepté et confirmé tout ce qui avait été réglé à Ephêse; si on n'a pas nommé expressément les anatliématismes, c’est une simple question d’opportunité. » A la même époque, l’empereur Justinien citait et défendait Cvrille dans ses ouvrages dogmatiques, P. G., I. lxxxvi, col. 967. 1007. 1037, 1067. 1108 sq., 1116, 1132; il justifiait en général toute sa doctrine, col. 1045 sq., et en particulier les analhëmatismes el le μία φύσις το*3 Θεού Λόγου σεσαρκωμένη, col. 1055, 1112. Léonce de Byzance, lui aussi, se faisait le défen­ seur de la doclrine cyrillienne, P. G., t. lxxxvi, coi. 1252, 1848, 1849,1852; il expliquait, lui aussi, le μία φύσις τού Θεσϋ Λόγου σεσαρκωμένη, ibid., col. 1253 sq., 1796, 1804, 1813 sq., et pour bien montrer l’estime qu’il avait des écrits de l’évéque d'Alexandrie, il en citait de nombreux extraits. Ibid., col. 1260,1356 sq. Cf. Galland. I. xn, p. 673 sq., 684 sq.. 699), col. 1781, 1817. 1820. 1824, 1829, 1832.1833,1840, 1853,1856,1857,1860, 1861. 1876. Le Ve concile œcuménique (553) qui condamne les Trois-Chapitres, devait, on le comprend facilement, s’appuyer sur saint Cvrille. Cf. Mansi, t. ix. col. 231 sq., 244-216, 255, 259, 266, 268. 269, 290 sq., 308, 321. En face des monothélites, l'attitude des orthodoxes visà-vis de Cyrille ne changea pas. Maxime le Confesseur, l’un des plus illustres champions du dyothélisme, rap­ pelle le véritable sens des formules μία τε και συγγενής fit' άμβοΐν έπιόεδειγμενη ενέργεια, /'. G., t. XCI, col. 84, 100-109, 253,341-345, et μία φύσις τού Ηεοϋ Λόγου σεσαρ­ κωμένη, col. 477 sq., 481 sq., 501 sq., 524sq., 588; il base son argumentation sur saint Cyrille, ibid., col. 81. 176, 224, 273, 496, 565, et cite de longs extraits de ses œuvres. Ibid.,col. 121,281,284,472. A leur tour, les Pères du VIe concile œcuménique (680-681) rectifient le sens des citations invoquées par les hérétiques. Mansi, t. xi, col. 216, 409, 412, 417, 428, 429, 432. Parmi les textes palrisliques auxquels on demande la doctrine tradition­ nelle, plusieurs sont empruntés à Cyrille. Mansi, ibid., col. 260 sq., 265. L'édit, promulgué aussitôt après le concile par l'empereur Constantin Pogonat, se réfère également à la doctrine de Cyrille sur les deux volontés et les deux énergies, Mansi, ibid., col. 704, 708. Anastase le Sinaïte, qui se signala vers cette époque (fin du vit" siècle) par son zèle infatigable en faveur de l’orthodoxie, doit être aussi mentionné parmi les plus fermes partisans de la doctrine cyrillienne. P. G., I j I I I 1 ' ι (SAINT) 252G t. I.XXX1X, col. 92, 112 sq., 136, 145, 149 sq., 173 sq., I89 sq., I93 sq., 292 sq. On a écrit qu’en Occident la christologie de Cyrille n’avait d'abord été accueillie qu’avec réserve, et même avec défaveur. Les papes auraient à dessein évité de mentionner ses ouvrages, en particulier sa Lettre synodale à Nestorius et ses anathémalismes. Et la défiance n’aurait cessé qu’au bout d’un siècle, lorsque le pape Jean II (534) eut cité le douzième anathëmalisme. Cf. Schiifer, Die Christologie des ht. Cyrillus von Alexandrien in der rômischen Kirche, dans Theolog. Quartalschrift, 1895, p. 421 sq. ; Duchesne, Autonomies ecclesiastiques, p. 44. 11 y a dans ces affirmations, me semble-t-il, quelque chose de trop systématique. D’abord le silence n’est pas aussi absolu qu’on le fait entendre. Le pape Hilaire (462) a approuvé « tout ce qui a été fait à Ephêse. » Le pape Gélase (492496), à qui on reproche de ne pas avoir cité saint Cy rille dans son mémoire De duabus naturis (M. Sallet vient peut-être de donner le vrai motif de cette omission : le recueil patrisliquede Gélase serait la reproduction d’un dossier antiochien rédigé contre Cyrille, cf. Rerued’histoire ecclesiastique, 1905, Louvain, p. 513 sq.), indique les ouvrages de l’évéque d’Alexandrie parmi ceux que l'Église romaine accepte. Thiel, Epistolæ Romanorum pontificum genuina·, t. I, p. 457. D'ailleurs, ce silence prouverait-il nécessairement que la doctrine cyrillienne fût tenue en suspicion? Depuis le pape Vigile (553) jusqu’à Martin I" (649), pendant près d’un siècle, je ne trouve pas que les papes aient fait mention de Cyrille; on n’en conclura cependant pas qu’à cetle date, sa foi fût suspecte. La vérité est sans doute plus simple : Cyrille, comme les autres Pères grecs, a été relative­ ment peu connu et peu utilisé chez les Latins; à part les nécessités de certains événements, on n’a pas été amené à penser â lui et à le citer. Le pape Vigile a parlé de Cyrille, Mansi, t. tx, col. 93, 99,100; comment eût-il pu s’occuper des Trois-Chapitres sans le nommer? La même observation vaut pour Vigile de Tapse, P. L., t. i.xit, col. 104, 137, 148, 154, et pour Facundus d'Hermianc. P. L., t. i.xvn, col. 529. 530, 552-554, 600-608. 631-633, 816-820. Au concile de Latran, sous Martin 1", on cite des extraits de Cyrille, Mansi, t. xi, col. 1010 sq., 1076 sq., 1080 sq., 1093 sq., 1105 sq.; la question traitée y conviait, puisqu’on s'occupait du monothélisme. Il était presque inévitable aussi que Cyrille fût appelé à témoigner dans la controverse du iilioque; il fut en effet cité par Alcuin, dont la documentation patristique semble d'ailleurs avoir été très étendue; il le fut encore plus par Hugues Étliérien, qui avait vécu plusieurs années à Constantinople. Etdin, saint Thomas, écrivant contre les erreurs des Grecs, rapporte un grand nombre d'extraits de saint Cyrille; mais il cite de seconde main; et parmi les textes allégués, plu­ sieurs ne sont pas autîientiques. Cf. Beusch. op. cit. En somme, l'œuvre de Cyrille, qui a eu une si grande influence en Orient, paraît avoir été peu connue en Occident; mais nulle part on ne trouve que sa doctrine y ait été tenue en suspicion à un moment quelconque. II. CAUACTEKE GÉNÉRAL OE SAINT CYRILLE ET ' O.VCUIS1ON. — Saint Cyrille d’Alexandrie est un des Pères de l’Église les plus importants, un des p'.us ardents défenseurs de l’orthodoxie. A part Allumas- en Orient et Augustin en Occident, on trouver.·:*. diê ment son pareil. Sa manière est fort bien caracl n- par Arnauld, quand il dit, Perpëtuil de la