DICTIONNAIRE DE THÉOLOGIE CATHOLIQUE COM'ENANT L’EXPOSÉ DES DOCTRINES DE LA THÉOLOGIE CATHOLIQUE LEURS PREUVES ET LEUR HISTOIRE COMMENCÉ SOUS LA DIRECTION DE A. VACANT E. MANGENOT PROFESSEUR A L’INSTITUT CATHOLIQUE DE PARIS PROFESSEUR AU GRAND SÉMINAIRE DE NANCY CONTINUÉ SOUS CELLE DE É. AMANN PROFESSEUR A LA FACULTÉ DE THÉOLOGIE CATHOLIQUE DE L*UNIVERSITÉ DE STRASBOURG AVEC LE CONCOURS D’UN GRAND NOMBRE DE COLLABORATEURS TOME QUATRIÈME DEUXIÈME PARTIE DINOUART - EMSER PAR IS-VI LIBRAIRIE LETOUZEY ET 87, Boulevard Raspail, 87 1939 TOUS DROITS RÉSERVÉS ANE DICTIONNAIRE DE THÉOLOGIE CATHOLIQUE O DINOUART Joseph-Antoine-Toussaint, littéra­ teur, né à Amiens le l,r novembre 1716, mort à Paris le 23 avril 1786. Il embrassa la carrière ecclésias­ tique, et ayant justement encouru les reproches de son évêque, quitta son diocèse d'origine et vint se fixer à Paris. Il fut attaché à la paroisse de Saint-Eustache et devint précepteur d un des fils du lieutenant de po­ lice Marville. Dinouart fut ensuite chanoine de l’église Sainl-Benoit et membre de l'Académie des Arcades de Rome. 11 fut un des collaborateurs de l’abbé Claude •loannet dans les Lettres sur les ouvrages de piété ou Journal chrétien, 58 in-12, Paris, 1754-1764. En oc­ tobre 1760, il fonda le Journal ecclésiastique ou Biblio­ thèque raisonnée des sciences ecclésiastiques par une Société de gens de lettres, et il le continua jusqu'à sa mort. Dinouart publia un grand nombre de volumes et à bon droit s’acquit la réputation de plagiaire. Parmi ses publications on remarque : Lettres à M. l’abbé Goujet au sujet des hymnes de Sanleul adoptées par le nouveau bréviaire, in-4°, Arras, 1748; Le camouflet, ou réponse aux observations de M. l'abbé de la Varde, in-4°, Arras, 1748: ces observations se rappor­ taient à l’ouvrage précédent: La rhétorique des prédi­ cateurs, in-12, Paris, 1750, 1761, traduction de l’ouvrage dAgostino Valerio : Rhetorica ecclesiastica, L’élo­ quence du corps dans le ministère de la chaire, in-12, Paris, 1754, 1761 ; Indiculus universalis, ou l’Univers abrégé du P. Pomey. de la Compagnie de Jésus. Nouvelle édition corrigée, augmentée et mise dans un nouvel ordre, in-8, Paris, 1754; Abrégé de l’emi ryologiesacrée ou traité des devoirs des prêtres, des médecins, des chirurgiens et des sages-femmes sui­ le salut éternel des enfants qui sont dans le sein de leur mère, traduit du latin du Dr Gangiamila, in-12, Paris, 1762 : Dinouart fit cette publication avec Aide du médecin Roux et il y ajouta les décrets des tssemblées du clergé, des synodes et des conciles; Manuel des pasteurs, 2 in-12, Paris, 1764 : c’est un recueil de divers rituels; Vie du vénérable don Jean ■le Palafox, évêque d’Angelopolis et ensuite évêque d'Osma, in-8°, Cologne, 1767, ouvrage du P. Champion, jésuite, publié par Dinouart; République des juris­ consultes, in-12, Paris, 1768, mauvaise traduction de l’ouvrage de Gennaro : Respublica jurisconsultorum, 1731 ; Traité de l autorité ecclésiastique et de la puis­ sance temporelle conformément à la déclaration du clergé de France de 1682. suivi du rapport fait à "assemblée du clergé par M. de Choiseul-Prashn, évêque de Tournai, 3 in-12, Paris, 1768 : édition en 3 vol. d'un ouvrage de L.-E. Dupin, publié en 1 vol. in-8°, en 1707; Méthode pour étudier la théologie avec une table des principales questions à examiner et à discuter dans les études théologiques et les prin­ cipaux ouvrages qu'il faut consulter sur chaque (Suite) question, in-12, Paris, 1768, édition revue et augmen­ tée d’un ouvrage de Dupin; Abrégé chronologique de l’histoire ecclésiastique, 3 in-80, Paris, 1768, réimpres­ sion de l'ouvrage publié en 1751 par Ph. Macquer; le 3· vol. entaché de jansénisme est de Dinouart ; L art de se taire principalement en matière de religion, in-12, Paris, 1771 : Dinouart y insère presque entière­ ment 1 ouvrage du P. Jacques de Rosel, jésuite : Con­ duite pour se taire et pour parler principalement en matière de religion, publié en 1696; Exercitium diurnum seu Manuale precum in usum et gratiam sacerdotum; nunc denuo editum a sacerdote galli­ cane exule, in-8°, Vienne, 1797. Dinouart collabora en outre aux Anecdotes ecclésiastiques de l’abbé P. Jaubert, 2 in-8°, Paris, 1772. Daire, Histoire littéraire d’Amiens, in-4·, 1782, p. 347; Picot, Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique pen­ dant le xvnr siècle, Ί in-8·, Paris, 1853-1857, t. v. p. 477 ; Quérard, La France littéraire, in-8‘, 1828. t. n, p. 562. B. Heurtebize. DIOCÈSE. Circonscription territoriale soumise à lajuridiction d’un évêque. Le premier texte juridique qui parle de διοίκησις à propos des choses d'Église est la loi 13, De episcopis et clericis, du Code théodosien, puis vient le 2e canon du 11« concile œcuménique (Constantinople, 381) suivi, 70 ans après, du 9« canon de Chalcêdoine. Mais il faut noter que ces circonscrip­ tions sont immenses, et concordent avec les circon­ scriptions civiles de même nom, lesquelles comprennent de nombreux évêchés. Étymologiquement, le mot διοίκησή indique l'habi­ tation à part et par dérivation un territoire séparé sur lequel s'exerce le pouvoir d’un administrateur par­ ticulier, un gouvernement, un département, un res.-ort, quelle que soit d ailleurs 1 étendue de la subdivision ainsi délimitée. Cicéron emploie le terme pour dési­ gner des annexes de peu d’importance rattachées à une simple province, Epist. ad familiares, χιπ, epist. i.xvn, ou dans le sens général de simple ressort. Epist., Lin. Mais sous Dioclétien le diocèse devait en­ glober plusieurs provinces. Il y avait dans l’empire romain quatre préfectures du prétoire comprenant 14 diocèses (celui des Gaules comprenait 8 provinces). Godefroy, Commentaire du Code théodosien, au titre De médias et professoribus, 1. XIII, t. v. p. 38, 39, définit le diocèse : provinciarum in mm administrationem collectio. Cf. sa Topographia Theodosiana, t. vi, part. 2, p. 74, où il donne la nomenclature des préfectures, diocèses et provinces. Ces dernières, appelées éparchies en Orient, comprennent chacune plusieurs églises comme le prouve le canon de Nicée. Dans les deux canons de Constantinople et de Chalcédoine. c’est manifestement de ces grands diocèses civils sur lesquels on avait assez exactement calqué la 1363 DIOCÈSE — DIODORE DE TARSE 1364 hiérarchie supérieure de l’Eglise qu’il s’agit, en sorte abondamment plus tard ; seul contre tons, saint Jérôme, que les plus anciens textes ecclésiastiques, qui nous De rir. Ht., 119, P. L., t. x.xin, col. 709. s'est avisé de parlent de la διοίκησις, entendent ce mot du territoire prétendre qu'il demeura étranger aux lettres humaines. relevant d’un des cinq exarques d'Antioche, d'Alexan­ Ile ses divers maîtres d'Antioche, Eusèbe d’Êmêse fut drie, de Césarée, d'Ephèse ou d'Antioche dont trois celui qui, selon saint Jérôme, loc. cit., eut sur Diodore avaient le titre de patriarche. Διοίκτ,σις έστιν ή πολ'/άς l'influence la plus marquée; c’est grâce surtout à επαρχίας έχονσα έν έαυτη, dit Balsarnon commentant Eusèbe d’Emèse que Diodore se fera le champion de le II” canon de Chalcédoine. Beveridge, .Sj/nœ/ico», t. i, l'école exégétique d’Antioche, la relèvera de sa déca­ p. 122. Aussi Thomassin, Ancienne et nouvelle disci­ dence et y formera des disciples, tels que Théodore de pline, part. I, I. I, c. lit, n. 12. avertit-il son lecteur que, Mopsueste, Polychronius, saint Jean Chrysostome, pour éviter les confusions, il parlera toujours au fémi­ Théodoret. En même temps Diodore, épris de la per­ nin de ces grandes diocèses. fection chrétienne, s’adonnait, pour y atteindre, à toutes les austérités de la vie ascétique; au dire de Socrate, On pouvait, en effet,s'y tromper, car si Balsarnon, au H. E., \t, 3, P. G., t. Lxvn, col. 665, et de Sozomène, Xlll0 siècle, constatait encore en Orient la permanence 11. E., vin, 2, col. 1516, il gouverna, de concert avec deces immenses circonscriptions ecclésiastiques, sur­ Carterius, un couvent d’hommes, άσκηττ,ριον, situé à vivance d’une administration civile disparue depuis Antioche ou dans les environs. Les invectives de l’em­ des siècles, depuis bien longtemps il n'en était plus question en Occident. On en est même réduit à se pereur Julien, dans la lettre que Facundus d’Hermiane nous a conservée. Pro defensione trium capit., iv, 2, demander si jamais elles y avaient existé. Pierre de P. L., t. lxvii, coi. 621, témoignent de l’orthodoxie et Marea, Concordia sacerdotii et imperii, I. Ill, c. i, fait des vertus de Diodore comme de l’importance de son des efforts dignes d une meilleure cause pour justifier zèle religieux. les libertés de l’Eglise gallicane, en présentant cette L’hérésie et l'idolâtrie, dans la seconde moitié du Eglise comme un corps constitué depuis l’antiquité la iv» siècle, faisaient rage contre l'Église d'Antioche. plus reculée. Il cherches l’assimiler dans son ensemble Ariens et catholiques étaient aux prises, et, enflés de à une des grandes diocèses de l’Orient, mais sans pou­ la faveur successive des deux empereurs Constance, voir apporter aucun texte qui permette de constater en 337-361. et Valens, 364-378, les ariens osaient tout. En Gaule l’existence d'une circonscriplion ecclésiastique outre, Julien l’Apostat. qui, à la veille de sa campagne diocésaine en concordance avec le ressort civil de de Perse, avait pris ses quartiers d’hiver à Antioche, même nom. ne s’élait pas épargné pour y ranimer, pour y galva­ Ce qui est frappant, c’est que l’Afrique constituait niser, si je puis parler de la sorte, le polythéisme une diocèse, subdivisée en 6 provinces et en innom­ mourant. La situation voulait que Diodore alliât l'offen­ brables évêchés. Or, les premiers texles qui donnent sive à la défensive, et se montrât à la fois apologiste et au mot diœcesis un sens plus restreint, cf. III® concile polémiste; Diodore ne faillit point à sa tâche. Dèsavant de Carthage, can. 42, 46, Labbe, t. il, col. 1174, 1176, 357, sous l’épiscopat de l’arien Léonce, et plus encore nous viennent de là, et ont passé ensuite en Espagne et durant l’exil du patriarche orthodoxe Mélèce, 360-378, en Gaule comme le note de Marca, 1. VI, c. xvi, n. 2. Les Grecs donnaient le nom de παροικία (groupement | ce furent principalement Diodore et son ami Flavien, le futur successeur de Mélèce à dater de 381. qui, avec d’habitations) aux églises épiscopales, puisqu’ils réser­ des sacrifices et parmi des dangers de toute sorte, vaient le terme διοίκησις à tout autre chose. Cf. Renan, pourvurent à l'administration de l’Eglise et aux besoins Marc-Aurèle, 4’ édit., Paris, 1882, p. 410, note 4. En spirituels des catholiques. Théodoret, H. E., tv, 22, traduisant les lois canoniques à l'usage des latins, Denys P. G., t. Lxxxii, col. 1184. le Petit a traduit παροικία par parochia, de là les nom­ Obligé à son tour de fuir en 372, Diodore alla retrou­ breux textes canoniques où ce dernier mot est syno­ ver Mélèce en Arménie, et là il noua des relations avec nyme de diocèse épiscopal. Comme par ailleurs il saint Basile le Grand; la lettre cx.xxv de saint Basile, n'existait pas de paroisses au sens moderne du mot, les P. G., t. xxxil, col. 572-573, lui est adressée. Six ans deux expressions sont fréquemment employées l’une après, en 578, Mélèce, au retour de l’exil, élevait l’in­ pour l'autre, et chacun des mots a les deux sens. Les domptable lutteur sur le siège de Tarse en Cilicie. canons 46 et 42 du III" concile de Carthage emploient C’est à ce titre qu’en 381, on le voit prendre part au le mot diœcesis chacun dans un sens différent. Hefele, 11° concile œcuménique de Constantinople. Dans son Histoire des conciles, trad. Leclercq, t. n, p. 22, décretdu 30 juillet 3S1. Théodose, ratifiant les décisions note 2. donne des exemples de ces variations. Il arrive du concile, désigna Diodore de Tarse et Pelage de aussi que dans le même texte canonique la même cir­ Laodicée comme les deux arbitres de l’orthodoxie en conscription est nommée à quelques lignes de distance Orient. Hefele, Histoire des conciles, nouv. trad, franc., parochia et diœcesis. Cf. Décret de Gratien, caus. Xlll, Paris, 1908, t. Il, p. 41. Diodore mourut un peu avant 394. q. I, c. 1, qui parle de la parochia, et qui est intercalé IL Ouvrages. — Tète travailleuse et plume fertile, entre deux dicta Gratiani qui parlent du même objet Diodore, aussi bien que la plupart des membres de sous le nom de diœcesis. l’école d’Antioche, a beaucoup écrit. Suidas, Lexicon, à Depuis la constitution Sapienti consilio, du 28 juin l'art. Diodore, édit. Bernhardy, t. i, p. 1379; Ébedjesu 1908, c’est la Congregatio consistorialis, qui est chargée (f 1318), Catalogue des livres reçus par les nestoriens des érections, unions, séparations, délimitations de de Syrie, c. xvm, dans Assémani, Bibliolh. orientalis, diocèses. t. ni, p. 2 >-29. Exégète, il est également théologien, Aux articles Vicariat apostolique et Préfecture apologiste et polémiste. Mais, soit par la vengeance des apostolique, on verra en quoi ces deux institutions se ariens ou plutôt par l’orthodoxie ombrageuse des distinguent du diocèse proprement dit. Grecs de l’âge postérieur, sou œuvre a presque toute P. Fourneret. péri. DIODORE DE TARSE. - I. Vie. II. Ouvrages. ·!·> L’œuvre exégétique. d’abord. Léonce de Byzance, III. Doctrine. I. Vie. — Diodore naquit au iv°siècle d’une des familles De sectis, iv, 3, P. G., t. lxxxvi, col. 1221, nous apprend que Diodore avait expliqué l’Écriture tout les plus distinguées d'Antioche. Il étudia aux écoles entière. De ses commentaires il ne nous reste, quant d'Athènes, puis à celles de sa ville natale, et, fécon­ à présent du moins, que de faibles débris, épars dans dant par un labeur assidu ses talenlsnaturels, il amassa les Chaînes, et qui se rapportent exclusivement à dans toutes les branches de la science profane ou sacrée l'Ancien Testament. Ainsi, sous le nom de Diodore de les profondes connaissances qu’il devait répandre si 1365 DIODORE DE TARSE — DIOGNÉTE (ÉPURE A) Tarse, on a tiré de la Chaîne de Nicéphore, Leipzig, 177'2-1773, des fragments sur la Genèse, P. G., t. xx.xni, col. 1561-1580, sur l’Exode, ibid., col. 1579-1586, sur le Deutéronome, ibid., col. 1585-1586. sur les .luges et sur I Rois, ibid , col. 1587-1588. On a aussi tiré de Mai, Λ’υνα Patrum bibliotheca, t. vi b, p. '210-258, et de H. Cordier, Expositio Patrum græcorunt in Psalmos, Anvers, 1643, plusieurs fragments sur les psaumes t.i, lxxiv, Lx.xxi-xcv, d’après les Seplanle, ibid., col. 158716'28. Tous ces débris ont besoin d’être passés au crible. Les 23 scolies lalines sur l’Exode, publiées par dont Vitra. Spicilegium Solesmense, Paris, 1852, t. i, p.269'275, mais non recueillies dans P. G., sont pareillement d’une authenticité douteuse, et, de plus, n’ont aucune importance. A l’encontre de l’école d’Alexandrie, Diodore avait à cœur le triomphe sans partage de la méthode historique et grammaticale. La dissertation qu’il avait annexée en appendice à son commentaire des Proverbes, sans peut-être la faire paraître à part, « Sur la différence de la théorie et de l’allégorie, » n’a malheureusement pas survécu. Diodore, assurément, y mettait en relief ses principes herméneutiques; à l’interprétation origênisle, αλληγορία, laquelle tient peu ou point de compte du sens littéral et va en definitive à substituer la pensée de l’exégète à celle de l’auteur sacré, il opposait sans doute, comme légitime et nécessaire, l’interprétation prophétique et typique, θεωρία, sur la base inviolable du sens littéral et de l’histoire. H. Kihn, Ueber θεωρία und αλληγορία, nach den verlorenen hermeneulischen Schriften der Antiochener, dans Tûb. Quartalschrift, 1880, p. 531-582; ’fixeront, Histoire des dogmes,Paris, 1969, t. il, p. 13. '2'' Indépendamment de ses travaux d’exégèse, Diodore avaitlaissé nombred’ouvragesthéologiques, polémiques, apologétiques. 11 parait bien que le catalogue de Sui­ das, loc. cil., pour ample qu’il soit, n’est pas complet. Mais ces livres, à de très rares exceptions près, ne nous sont connus que par leurs tilres. On retrouve néanmoins dans Photius, Hibliotheca, cod. 223, P. G., t. cm, col. 829 877, la substance, avec de copieux extraits, d’un grand ouvrage en huit livres, Contre le destin, Κατά είρμαρμένη;, ou, selon Suidas, Contre les astronomes, les astrologues et le destin. Photius, ailleurs, op. cil., cod. 85, P. G., t. cm, col. 288, appré­ cie un écrit de Diodore contre les manichéens; et, d’un autre écrit contre les synousiasles ou apollinarisles, nous possédons les extraits qu’en a faits Léonce de By­ zance. Adv. best. et Eutych., m, 43, P. G., t. lxxxvi, col. 1385-1388. On projette en Allemagne un Corpus operum Diodori. P. de Lagarde a recueilli dans ses Analecta syriaca, Leipzig et Londres. 1858, p. 91-100, une version syriaque de quelques fragments dogma­ tiques. M. Harnack, Texte und Untersuchungen, 1901, nouv. sér.. t. vi, fasc. 4, reprenant une thèse de La Croze au xvni' siècle, Thesaur. epist. Lacroziani, 1736, t. m, p. 274 sq., attribuait naguère à Diodore de Tarse quatre écrits pseudo-justiniens, tous originaires de la Syrie ou plus exactement, d’Antioche : les Quæstiones et responsiones ad orthodoxos, les Quæstiones chrislianse ad gentiles, les Qmrstiones gentilium ad Christianos, et la Confutatio quorumdam dogmatum Aristotelis. Mais M. Funk, Jlevue d'histoire ecclesias­ tique, Louvain, 1902, t. iv, p. 4, au nom des critères internes — doctrine et terminologie trinitaires, pein­ ture de la situation de l’Eglise — abaisse la dale de ces écrits pseudo-justiniens jusqu’au milieu du ve siècle, et en dénie par conséquent la paternité à Diodore. Ill. Doctrine. — La théologie de Diodore acquit dans la suite une triste célébrité. Celui en qui Théodose avait salué « le boulevard de l’orthodoxie de Nicée », fut, peu après sa mort, accusé d’hérésie. Nul doute, en 1366 effet, que la doctrine de l’évéque de Tarse ne recelât les germes des erreurs qui s’épanouiront dans les ouvrag.es de Théodore de Mopsueste, et que l’Eglise condamnera tour à tour sous les deux formes, étroite­ ment apparentées entre elles, du nestorianisme et du pélagianisme. Dans le naufrage à peu près completdes écrits de Diodore, il est aujourd’hui malaisé desaisiret de pénétrer jusqu’au fond de sa pensée. Mais saint Cyrille d’Alexandrie, vers 438, dans un ouvrage en trois livres, dont il ne nous est resté que de courts fragments. Léonce de Byzance au νι· siècle, op. cil., m, 9, P. G., t. lxxxvi, col. 1364, et Photius au ixe siècle, op. cit., cod. 102, P. G., t. cm, col. 372, ont unanimement dénoncé Diodore comme l’ancêtre et le précurseur de Nestorius, comme le premier auteur des blasphèmes de Théodore de Mopsueste. Aussi bien, les fragments de Diodore qui ont survécu, leur donnent raison. L’ardeur de la polémique contre les ariens et contre les apollinaristes, pour garantir à la fois la divinité véritable et la parfaite humanité du Christ, a entraîné Diodore dans un excès contraire. Diodore, assurément, aurait pu enseigner deux hypostases en Notre-Seigneur, sans être de ce chef noté d’hérésie, le terme à’hypostase ayant été pris souvent chez, les anciens dans le sens de nature. Mais il admet expressément, P. G., t. xxxtti, col. 1559, la dualité des personnes en Jésus-Christ; il reconnaît en lui deux Fils de Dieu, l’un, le Verbe, qui l’est par nature, l’autre, qui ne l’est que par adoption, chacun d’eux avec sa naissance et sa personnalité distincte. A l’union hypostatique se substitue l’union morale. C’en est fait du mystère de l’incarnation; tout se réduit à l’inhabilation. ένοίζησι;, du Verbe dans un homme, qui devient ainsi comme le temple, comme le vêtement du \rerbe. C’en est donc fait également du dogme de la maternité divine de Marie. De bonne heure, la doctrine et les œuvres de Diodore furent frappées des censures ecclésiastiques. Elles ont été condamnées, en 499, par un concile de Constantinople, Hefele, op. cil., t. il, p. 947, et par un concile d’Antioche, en 508 ou 509. Id. ibid., t. il, p. 1004. Mais, dans les actes du Ve concile général, en 553, on ne trouve pas trace d’un anathème contre Diodore de Tarse. Tillemont. Mémoires, t. vin, p. 558-568, 802-804; Ceillier. Histoire générale des auteurs sacrés etecctésiastiques, 2* édit., t. v, c. v ; Fabricius, Bibliotheca græca, édit. Harless, t. ix. p. 277-282; Bardenlieuer, Les Pères de l'Égtise, nouv. édit., Paris, 1905, t. Il, p. 137-141 ; H. Kihn, Ueber 0·ω-(ία und nach den verlorenen hermeneulischen Schriften der Antio­ chener, dans Tüb. Quartalschrift, 1880, p. 531-582 ; 'fixeront. Histoire des dogmes, Paris, 1909. t. n, p. 9,13, 95; L. Duchesr.e. Histoire ancienne de l'Égtise, 3· édit., Paris, 1908. t. II. p. 60l602. P. Godet. DIOGNÉTE (ÉPITRE A).- I. Tradition. 11. Objet. III. Intégrité. IV. Auteur, destinataire, date. V. Carac­ tère. I. Tradition. — La célébrité, pour ne pas dire la popularité, de l’Épltre à Diognète ne remonte point au delà de l’édition princeps qu’Henri Estienne en a donnée, Paris, 1592. Ni l’antiquité chrétienne ni le moyen âge n’ont parlé de l’Épitre à Diognète. On ne l’a retrouvée que dans un seul et unique manuscrit. · Cod. Argenterai., 9. Manuscrit du xui'ou du xiv- siecle. qui probablement reproduisait un texte du vu ·· qui passé des mains de Jean Reuchlin vers !’<■ J .r.. l’abbaye de Munster en Alsace, puis, entre 17.· ·1795 dans la bibliothèque de Strasbourg, a péri du fait o; bombardement de cette ville, le 24 août 1870. Il nous en reste présentement deux copies, prises sur l’origi­ nal : l’une, en 1579, par M. Bern, llausius, et qui se conserve à la bibliothèque de Tubingue. M. b. 17. l'au­ tre, par Estienne lui-même, un peu à la hâte, en 1586. et que possède aujourd'hui la bibliothèque de Leyde. 1367 DIOGNÈTE (ÉP1TRE A) 1368 Cod. Voss. Gr. 30. Une troisième copie plus exacte, terme de Logos; tandis que les c. l-x, sauf néanmoins prise par Beurer entre 1587 et 1591, a malheureuse­ le c. vu, 2, parlent du Fils de Dieu; l'attribution à ment disparu. H. Kihn, Der Ursprung des Briefes an saint Paul dutitre d’apôtre par excellence,όαπόστολος; Diognet, Fribourg, 1882, p. 35 sq. ; Ad. Harnack, Gesune certaine couleur gnostique partout répandue; le chichte der altchrisll. Litt., t. i, 2, p. 757-758. caractère semi-poétique du morceau, qui décèle un II. Objet. — Un païen du nom de Diognète, grand fragment d'homélie. Bardenhewer, Geschichte der personnage, a prié l'un de ses amis, un chrétien, de allkirchl. Lileratur, t. I, p. 295, etc. 11 parait donc l’éclairer sur l’origine, sur le caractère particulier et hors de doute que ces c. xi-xn ne dépendaient pas l’efiicacité du christianisme, sur la raison enfin de son originairement de l'Epltre à Diognète. M. Bunsen, avènement tardif parmi les hommes, c. i. L’auteur de Hippolytus und seine Zeit, Leipzig, 1852, t. i, p. 137, la lettre commence donc par prendre à partie tour à les avait attribués à saint Hippolyte; de nos jours, tour le paganisme et le judaïsme, par réfuter l’idolâ­ M. Draeseke, Zeitschri/l für wissenschaft. Théologie, trie ou plutôt la forme la plus grossière de l'idolâtrie, 1902, t. XLV, p. 275 sq., et Bonwetsch, Gôlling. Nadir, le fétichisme, c. il, et les superstitions rabbiniques phil. hist. Klasse, 1902, p. 621-634, ont fait revivre les qui peu à peu ont dénaturé la loi de Moïse et institué conclusions de Bunsen un peu oubliées; M. Harnack y un culte purement extérieur, indigne de Dieu, c. ma souscrit, Die Chronologie,t. il, p. 232 sq.; M.di Pauli iv. Après quoi, l'auteur, abordant la deuxième question enfin, Theol. Quartalschrift, 1906, t. lxxxviii, p. 28de Diognète, sans avoir encore épuisé la première, 36, s’y rallie décidément et lient les c. Χι-xu. pour trace un tableau exquis de la vie des chrétiens de son l’épilogue des Philosophumena, pour un épilogue temps, c. v, et fait ressortir, dans une comparaison écrit afin d’être prononcé. restée justement c 'dèbre, le rôle de la religion nou­ IV. Acteur, destinataire, date. — 1» Auteur. — velle : « Ce que l’âme est dans le corps, les chrétiens L'Épitre à Diognète, dans le Cad. Argenlorat. 9, était le sont dans le monde,» c.vi.Une fois l’effet constaté, annexée aux œuvres de saint Justin ou plutôt à quatre notre auteur en montre la cause. L’intervention divine écrits pseudo-justiniens, et portait le nom du philoso­ peut seule expliquer une si prodigieuse transformation phe martyr. Sur la foi du manuscrit de Strasbourg, des mœurs. Le christianisme n'est pas une invention Henri Estienne, le premier éditeur de notre Épilre. lui humaine; il est d’origine divine. Dieu a député son conserva le nom de saint Justin et ne trouva pas, un Fils vers les hommes, « comme un ministre de clé­ siècle durant, de contradicteurs. Le judicieux Tillemence et de douceur, » pour les sauver. La mort mont, Mémoires, 2e édit., Paris. 1701. t. n, p. 372; cf. héroïque des martyrs et la rapide propagation du p. 494, rejeta le premier, en 1691, le témoignage du christianisme attestent une puissance surnaturelle, la manuscrit. Et, de fait, sans parler de la différence de présence du Fils de Dieu parmi nous, c. vu-vin, 6. style qui est fort sensible, le saisissant contraste des Vient ici la réponse, une réponse incomplète toute­ idées de l’auteur de notre Épilre avec les idées de saint fois, à la troisième question de Diognète : Pourquoi Justin ne permet pas de les confondre ensemble. L’opi­ Dieu a-t-il différé si longtemps notre rédemption? Pour­ nion qui voyait dans la Lettre à Diognète l'œuvre de quoi a-t-il laissé le genre humain plongé dans l’erreur saint Justin, est donc aujourd’hui abandonnée. Mais, et dans le vice tant de siècles durant? C'est qu’il vou­ sur le nom du véritable auteur, nul accord entre les lait nous faire sentir notre profonde misère et le critiques, et nulle chance d'accord.Tandis que M. Bun­ besoin indispensable que nous avions de son secours, sen, op. cil., et M. Draeseke, Der Brief an Diognet, c. vin, 7-1X. Enfin, après avoir exhorté Diognète à Leipzig, 1881, pour avoir aperçu dans notre Lettre un embrasser la foi, l’auteur énumère les avantages spi- | reflet du gnosticisme, 1'altribuent, celui-là à Marcion, rituels qui en découleront pour lui, notamment la I celui-ci au marcionite Apelles, concluant tous les deux, charité envers le prochain et la ressemblance avec Dieu en dépit de la logique, a posse adesse; M. l'abbé Doulmême, c. x. Dans les deux derniers chapitres par où cet, Beene des questions historiques, 1880, t. xxvm, se termine la Lettre sous sa forme actuelle, l'auteur p. 601-602; Annales de philosophie chrétienne, 1880, déclare â son ami qu’il n'a fait que lui transmettre p. 477-480, 555-567, y reconnaît la main du philosophe Renseignement des apôtres, dont lui-même a été le Aristide. Conjecture assurément ingénieuse, que disciple. M. Kihn, Der Ursprung des Briefes an Diognet, III. Intégrité. — Mais la plupart des critiques mo­ Fribourg, 1882, et M. Krüger, Zeitschrift für wissensdernes ont signalé entre ces deux derniers chapitres chafll. Théologie, 1894, t. xxxvn, p. 206-223, ont et ce qui précède une différence assez forte pour accueillie l'un el l’autre, ce dernier toutefois sauf à se qu'ils aient cru devoir les rejeter comme apocryphes. rétracter, Nachtrâge, p. 20,et qui, à défaut de preuves Le sujet de la Lettre, tel que les premiers mots de décisives, se recommande du moins de quelques ana­ l’auteur l'exposent et le limitent, est en effet épuisé logies entre notre Épitre et l'ouvrage du philosophe avec le c. x. De là aux c. xt et xn, point de transition athénien. Ici, on ne sort pas en définitive du champ des naturelle. Aussi le manuscrit de Strasbourg offrait-il hypothèses. â cet endroit même une lacune, et, non pas, selon 2» Destinataire. — Pas plus que le nom de l’auteur, toute apparence, une lacune de quelques mots. Ici et celui du destinataire de la Lettre n’est encore décou­ là d'ailleurs, style, cadre, idées, tout est contraste. La vert, et ne le sera très probablement jamais. Il se peut langue des c. 1-x, énergique et vivante, ne laisse pas que le destinataire soit, comme Bunsen l’a pensé d'être à la fois simple et translucide; les c. xi-xn res­ après le P. Halloix (1631), le philosophe stoïcien Dio­ pirent la recherche et l’afféterie, l’expression a quelque gnète, un des précepteurs de Marc-Aurèle; ou bien, chose de vague et de pénible. Notre Lettre, c. l-x. n’est selon Kihn, qui fait du nom de Diognète un titre d’hon­ qu'une réponse à des questions déterminées et pré­ neur, l’empereur Adrien lui-même. Mais rien de plus, cises; l’auteur des c. xi-xn se donne pour « un disci­ que des peut-être. ple des apôtres et un docteur des gentils. » Les c. l-x 3» Date. — La critique est unanime à repousser ne s’adressent qu’au seul Diognète et ne se servent en l’étrange fantaisie de M. Donaldson, .4 critical history conséquence que du singulier ; les c. xi-xil, au contraire, of Christian Literattire, 1866, t. Π, p. 126 sq., qui tient s’adressent en général à tous ceux « qui veulent être notre Lettre pour une œuvre de la Renaissance, comme disciples de la vérité », et se servent tantôt du singu­ aussi la thèse de M. Overbeck, Ueber den pseudojuslier, c. xi, 7; c. xn, 7,8, tantôt du pluriel, c. xi, 8; c. xn, lin. Brief an Dingnet, 1872, dans Sludien zxr Ges­ 1. Les c.xi-xn portent avec eux une date plus rappro­ chichte der alien Kirche, 1875, 1.1, p. 1-92, qui assigne chée de nous. Témoins l'emploi à peu près exclusif du à notre Lettre une date postérieure à Constantin. Til- 1369 D10GNÊTE (ÉPITRE A) — DIOSCORE 1370 lemont, qui en recule la composition avant la ruine du I Constantinople. IV. D’Eutychès. V. Sa condamnation. temple de Jérusalem en l’année 70, ne trouve plus de I. Sa conduite vis-a-vis des amis et des parents de saint Cyrille. — Dioscore, archidiacre de saint Cyrille, partisans. Il est donc sans conteste aujourd’hui que avait accompagné le grand évêque au concile d’Êphese l'auteur a vécu dans le ti° ou dans le m» siècle. Mais, dans ces limites, faute de critères extrinsèques et décisifs, et lui succéda sur le siège patriarcal, en 444. Selon il y a toujours divergence d’opinions. D’après M. Har­ l'usage, il fit part de son élévation aux membres de nack, Die Chronologie der altchristl. Li teratur, 1897, l’épiscopat, notamment à l’évêque de Cyr et au pontife t.1, p. 514-515, notre Épitre daterait du me siècle, peutde Rome. Dans sa réponse, Théodoret, Epist., lx.P.G., être de la fin du n·. M. Kihn, Theol. Quartalschrift, t. lxxxiii, col. 1232, témoigne que la renommée des 1902, t. xxxiv, p. 495-498, fait ressortir le parallélisme du vertus de Dioscore s’était répandue au loin, aux débuts c. x, 3-6, de l’Êpltre et du dernier chapitre des Philode son épiscopat. Léon le Grand profita de l’occasion sophuniena, P. G., t. xvi, col. 3454, pour remonter pour lui rappeler que l’Église d’Alexandrie doit être aux environs de l’an 230. Selon M. Bardenhewer, Ges­ d’accord avec celle de Rome, tout comme le disciple chichte der altkirchl. Literatur, t. i, p. 297; Les Pères Marc, qui l’avait fondée, le fut avec son maître saint de l’Église, nouv. édit, franç., t. i, p. 157, c’est bien Pierre. Il lui recommande spécialement l'uniformité de également un travail du n« siècle que dénotent la la discipline touchant les ordinations à faire le dimanche < nouveauté » du christianisme et la description de la et la réitération du sacrifice de la messe, au jour des vie des chrétiens entre les violences des païens et la grandes solennités, pour permettre à tous les fidèles haine perfide des Juifs. d’y assister. Epist., ix, P. L., t. liv, col. 624 sq. Loin V. Caractère. — L’Êpltre à Diognète, avec la sim­ de continuer les bons exemples de son prédécesseur plicité et la précision de son style, la netteté de son immédiat, Dioscore rappelle plutôt le triste souvenir de exposition, sa méthode dans la structure du discours Théophile. Sa vie privée comme sa vie publique sont et l’arrangement des matières, se rattache visiblement loin d’être à l’abri de tout reproche. Même en faisant la au genre apologétique. Elle va d’abord à réfuter tour à part de l’exagération dans les accusations formulées tour, au nom du sens commun, le paganisme ou plu­ contre lui, il n’en reste pas moins assuré qu'il mal­ tôt le fétichisme et les superstitions du rabbinisme traita indignement les parents et les amis de saint Cy­ judaïque; puis, des croyances et des mœurs des chré­ rille et se rendit coupable de plusieurs méfaits dans tiens elle fait ressortir la divinité du christianisme. son diocèse et en Égypte. L’intention apologétique en est donc l’essentiel. Mais A en croire Liberatus, Breviarium, x, P. L., t.Lxvm. nul recours aux miracles, sauf toutefois celui de la col. 992, il commença par extorquer aux héritiers de transformation des mœurs par la vraie religion et celui saint Cyrille d'importantes sommes d’argent pour les de la constance des martyrs; nul recours aux prophé­ prêter sans intérêt aux boulangers et aux cabaretiers ties. C’est à la supériorité de la morale évangélique et d’Alexandrie, dans le but, prétendait-il, de faire distri­ à son rôle dans le monde, que l’auteur en appelle; c’est buer au peuple un meilleur pain et un meilleur vin. de l’anlilhèse entre la vie chrétienne et la vie païenne Dans sa requête, adressée au concile de Chalcédoine, que la grande preuve de la divinité du christianisme Mansi, t. vt, col. 1008; llardouin, t. n, col. 322-323, le jaillit. L’auteur en même temps reconnaît et relève diacre Théodose l'accusa de mauvais traitements et l'importance, voire la nécessité, d’une bonne disposition d’expulsions à l’égard des amis de son prédécesseur, de de l'âme en fait d’apologétique; impossible, sans être meurtres, d’incendies, d’exactions et d’inconduite. Le devenu d’abord un homme nouveau, d’apprécier l’excel­ diacre Ischyrion, Mansi, t. vi, col. 1012; llardouin, lence du christianisme, c. i el il. t. n, col. 326-327, soutint qu’il avait intercepté le blé On retrouve, sous la plume de l’auteur inconnu, envoyé par les empereurs aux évêques de la Lybie, sinon à coup sûr tous les articles de son symbole, du l'accaparant pour le revendre plus cher en temps de moins plusieurs vérités capitales de l’ordre surnaturel disette et empêchant ainsi, dans cette région, la célé­ et chrétien. Notre Lettre atteste, entre autres, la bration du sacrifice et le soulagement des pauvres et nécessité de la révélation et de la foi pour connaître des étrangers. D’après le même Ischyrion, il avait dis­ Dieu. c. v et vin, 1-6, les dogmes de la divinité de tribué à des danseuses l’or qu’une pieuse chrétienne Jésus-Christ, de l’incarnation et de la rédemption, avait donné pour de bonnes œuvres. Lui-même avait c. vu, vm et ix, ceux de l’éternité des peines de l’enfer, été réduit par Dioscore à la mendicité; Dioscore ne c. x, 7, 8, et de la justification ; bien que deux ou trois s’était pas contenté de saccager son héritage et de Gir-xpressions, c. IX, 4, 5, semblent indiquer une justice brûler sa demeure, il avait essayé d’attenter à sa vie imputative, on ne saurait douter que l’Épître n’ensei­ dans l’hôpital où il l'avait fait enfermer. Un neveu de gne une justice intérieure et réelle, c. vu, 2; x, 2-6. saint Cyrille, le prêtre Athanase disait dans sa requête. L'auteur admet aussi, contrairement à saint Justin, Mansi, t. vi, col.1028; llardouin, t. n, col.332-333: « Dios­ l'immortalité naturelle de l’âme, c. vi, 2-9; x, 2. core nous a menacés de mort, mon frère et moi, dès le commencement de son épiscopat, et nous fit quitter Éditions principales : P. G., t. n, col. 4167-1186; von Gebhardt Alexandrie pour aller à Constantinople, où nous espé­ et Harnack. Patrum apostolicorum Opera, Leipzig, 1878. t. r, 2, rions trouver quelque protection; mais il écrivit à p.142-164 : Funk, Patres apostolici. Tubingue. 1901, t.i, p.390-413. Chrysaphius et à Nomus, qui gouvernaient alors toutes H. Doulcet. dans la Revue des questions historiques, 1880, les affaires de l’empire. On nous mit en prison et on t. xxviii, p. 601-612, et dans le Bulletin critique, 15 décembre nous maltraita jusqu a ce que nous eussions donné tous 1882; J. Draeseke, Der Brief an Diognetos, Leipzig, 1881; H. Kihn, Der Ursprung des Briefes an Diognet, Fribourg, nos meubles. Il nous fallut même emprunter de gr -s-1882; G. Krueger, dans Zeitschrift für wissensch. Théologie, sommes à usure. Mon frère est mort de ces n.au 1894, t. xxxvii, p. 206-223; Geschichte der altchristl. Litteratraitements, laissant une femme et des enfant-et -.r.· tur, Nachtrilge, Fribourg, 1897, p. 20; R. Seeberg, dans Forde dettes. Quant à moi, il m’a déposé de la pr r schur.gen, de Zabn, 1893, t. v, p. 240 sq.; Bardenhewer. Ges­ sans aucun motif. » A cette triple requête. chichte der altkirchl. Litteratur, t. i, p. 290-299; Les Pères de Sophronius en joignit une quatrième, Mansi, CÉglise, nouv. édit, franç., Paris, 1905, t. i, p. 151-158; Har­ col. 1029; Hardouin, t. il, col. 336-337, qui n'est pas nack, Geschichte der altchr. Litteratur, L il, p. 757-758; Die Chronologie, p. 513-515; Funk, Patres apostolici, p. cxm-cxxii. moins accablante pour la mémoire de Dioscore P. Godet. II. Sa conduite vis-a-vis de Théodoret, êvï:·.·! e i DIOSCORE, patriarche d'Alexandrie. — Sa con­ Cyr. — A l’extérieur, Dioscore se donna pour l'héritier duite vis-à-vis : I. Des amis et des parents de saint et le gardien jaloux de l’enseignement antirtrstorien Cyrille. II. De Théodoret de Cyr. III. De Flavian de de saint Cyrille et le défenseur de l'orthodoxie. Ûn 1371 DIOSCORE verra plus loin comment il entendit et joua son rôle. Ayant ouï dire que, dans un discours à Antioche, l’évêque de Cyr avait tenu quelques propos qui sen­ taient le nestorianisme, il le dénonça à son supérieur hiérarchique, Domnus, patriarche d'Antioche. L’accu­ sation était calomnieuse; et Théodoret protesta en rap­ pelant que jamais évêque n’avait rien trouvé à reprendre dans ses discours, qu'il avait été en relations épistolaires fort amicales avec saint Cyrille et avait anathe­ matise quiconque déniait à Marie le titre de mera de Dieu, ou prétendait que Notre-Seigneur Jésus-Christ est un pur homme, ou divisait en deux le Fils unique et le premier-né de toute créature. Epist.,lxxxhi,P. G., t. lxxxiii. col. 1269. « J'ai enseigné, disait-il, six ans sous Théodote, d'heureuse et sainte mémoire, treize ans sous le bienheureux Jean, qui prenait tant de plai­ sir à m'entendre que souvent il se levait et battait des mains... C'est la septième année de l’évêque Domnus, et jusqu’ici aucun évêque, aucun clerc n’a rien trouvé à reprendre dans mes discours. » Ibid., col. 1268. « Quand il (Cyrille) envoya à Antioche ses livres Contre Julien et le traité du Houe émissaire, il pria le bienheureux Jean d’Antioche de les montrer aux doc­ teurs les plus célèbres de l’Orienl. Jean me les envoya; je les lus avec admiration; j’en écrivis à Cyrille, qui me répondit en rendant témoignage à mon exactitude doctrinale. » Ibid., col. 1273. Celle lettre ne satisfit pas le chatouilleux Dioscore, car il persista à tenir pour vraie l'accusation d’hétérodoxie portée par la rumeur publique contre Théodoret; il alla même jusqu’à louer ceux qui anathémalisaienl l’évêque de Cyret lui repro­ cha lui-même d’avoir accepté une lettre synodique de Proclus. le prédécesseur de Flavien sur le siège de Constantinople, ce qui était méconnaître les droits des sièges d’Antioche et d’Alexandrie. Pour faire valoir tous ces griefs contre Théodoret, il envoya quelques évêques à Constantinople. Epist., lxxxvi, P. G., t. lxxxiii, col. 1280. Sur ces entrefaites éclata l’affaire d’Eutychès. Dios­ core profita habilement de la circonstance pour satis­ faire ses rancunes, tout en ayant l’air de poursuivre, au nom de l'orthodoxie, les prétendus amis de Nestorius. Maître absolu au concile d’Éphêse. dont l’empereur Théodose 11 lui avait donné la présidence, et dont une lettre impériale avait soigneusement exclu Théodoret. Dioscore n'hésita pas, au mépris de toutes les lois ca­ noniques, à déposer l'évêque de Cyr, sans l'avoir ni cité, ni entendu. La mesure était par trop criante. Théodoret s’en plaignit à bon droit au pape. Epist., cxm, P. G., t. lxxxiii, col. 1316 sq. ; P. L., t. Liv, col. 848 sq. Mais il ne put obtenir gain de cause que deux ans après, au concile de Chalcédoine. III. Sa conduite vis-a-vis de Flavien, patriarche de Constantinople. — En novembre 448, Eutychès, archi­ mandrite d'un couvent de Constantinople, était cité devant un synode présidé par le patriarche Flavien, pour répondre à une accusation d’erreur contre la foi. Adversaire acharné du nestorianisme, il avait fait part à Léon le Grand de son ardeur à combattre Nes­ torius et son hérésie; le pape ne put que l’en féliciter. Epist., xx. xxi, P. L., t. liv, col. 713-714. Mais son zèle trop peu éclairé l’avait conduit lui-même à pro­ fesser une erreur opposée. Il s'en tenait strictement à l'expression, dont saint Cyrille avait usé, sur l’autorité de saint Athanase : μία φύσις τού Θεού Λόγου σεσαρχωμένη, une nature incarnée de Dieu le Verbe, et il né­ gligeait les explications correctes qu’en avait données l’évêque d'Alexandrie et qui montraient clairement qu'il avait pris le mot μία φύσις au sens concret, c’està-dire pour désigner une seule individualité. Enten­ dant, au contraire, cette expression au sens abstrait. Eutychès enseignait un seul Christ de deux natures, έ* ôCo φύσεων, et non en deux natures, έν δύο φύσεσιν, 1372 l'humanité ayant été absorbée dans la divinité, le· deux éléments concrets, la nature divine et la nature humaine, s’étant fondus en une seule nature mixte. ’Ομολογώ εζ δύο φύσεων γεγενήσΟαι τον Κύριον ήμών προ τής ένώσεως, μετά δέ την ζνωσιν μιαν φύσιν ομολογώ. Mansi, t. νι, col. 473. Cela sentait l’apollinarisme et détruisait la notion de l'incarnation. Flavien dut con­ damner Eutychès et en avertit le pape. Epist., XXII, P. L., t. liv, col. 724. Eutychès, de son côté, se plai­ gnit à saint Léon d'avoir été injustement condamné. Sur la demande du pape d'avoir des renseignements circonstanciés, Flavien écrivit : « Eutychès, voulant renouveler les hérésies d'Apollinaire et de Valentin... a soutenu qu’avant l’incarnation il y avait deux natures en Jésus-Christ, la nature divine et la nature humaine, mais que, après l'union, il n'y a plus qu'une seule na­ ture..., que son corps, pris de Marie, n’est pas de notre substance; il l'appelle bien humain, mais il nie qu’il soit consubstantiel à sa mère et à nous. » Epist., xxvi, ibid., col. 746. Mais Eutychès s’était adressé en même temps a Dios­ core, Liberatus, Breviarium, xil, P. L., t. lxviii, col. 1004; et celui-ci vit là une excellente occasion de s’immiscer dans les affaires religieuses de Constanti­ nople ; il prit donc fait et cause en faveur de l'hérétique. D’accord avec le chambellan Chrysaphius, protecteur d’Eutychès et ennemi de Flavien, il obtint de Théo­ dose II la convocation d’un concile pour reviser la sentence de l'évêque de Constantinople. L’empereur convoqua ce concile à Ephése pour le 1« août 449, en exclut nommément Théodoret de Cyr, y appela Barsumas, un ami d’Eutychès, pour y représenter tous les archimandrites d’Orient, et en confia la présidence à Dioscore. Mansi, t. vi, col. 587-600. Celui-ci, entre autres documents, y fit lire ce qui avait été décidé au concile œcuménique d'Éphèse, notamment un décret qui interdisait, sous peine de déposition et d'anathème, soit de composer, soit d'employer une formule de foi autre que celle de Nicée, et il donna à entendre que le sens d’un tel décret était qu’on ne devait rien dire, ni discuterque dansles termes mêmes du symbole de Nicée. Flavien, y ayant contrevenu dans la condamnation d’Eutychès, devenait passible des peines indiquées; en conséquence il devait être privé de toute dignité sacerdotale et épiscopale : ce fut la conclusion de Dioscore. Mais quelques évêques trouvèrent que c’était aller trop loin; les envoyés du pape protestèrent énergiquement; Flavien récusa la sentence dont on le menaçait et le juge qui la portait. Dioscore. recou­ rant alors aux menaces et aux violences, fit signer de force tous les évêques sur papier blanc, brutalisa ou laissa brutaliser Flavien et le fit exiler. Quelques jours après, sur le chemin de l’exil, à llypepe, en Lydie, l’évêque de Constantinople mourait des suites des coups qu’il avait reçus au concile; dolore plagarum, dit Liberatus, Breviarium, xix. Dioscore s’était conduit en ■ puritatis lælilia conquiratur, sollicitius inveniar., custodire ac tenere intentius studeamus. Quodam­ modo enim negligentius custodiri solet, quidquut creditur facile posse reparari. Coli., iv, c. m, iv P.L., t. XLix, coi. 586-588. Saint Bernard, dans son sermon ix in Cantic.. P. L., t. clxxxih, col. 815, et dans son sermon xxn. col. 878. nous révèle les mêmes intentions provi­ dentielles cachées sous certaines désolations d'âmes. Ces documents suffisent pour indiquer comment la sollicitude de discerner les esprits auxquels ol" il ou résiste la volonté humaine, en tout cas qui l'assiègent de leurs influemces salutaires ou dangereuses, exista chez les premiers instituteurs de la vie monastique. 11 faudrait encore analyser toute la conférence vil, qui est De animas mobilitate et spiritualibus n·' : c’est-à-dire dans laquelle l’abbé Sérénus. parla plu:i · de Cassien, décrit les moyens par lesquels notre mol lité naturelle ou l’astuce diabolique nous éloignent de la perfection, et les signes auxquels on peut recon­ naître leur action. Citons seulement ce passage de la conférence xvin. c. ni, P. L., t. xi.tx. col. 1093, où i’abbê Piamoun donne comme signe de l'esprit mauvais la tendance de certains jeunes à discuteret à critiquer 1383 DISCERNEMENT DES ESPRITS les traditions des anciens, car « celui qui cherchant à s'instruire, commence par discuter, n’arrivera jamais à la vérité. L'ennemi voyant qu’il se fie plus à son propre jugement qua celui des Pères le poussera sans peine à trouver superflues et préjudiciables les choses les plus utiles et les plus salutaires; il flattera son esprit propre de telle manière que,en s’obstinant dans ses pensées déraisonnables, il ne jugera saint que ce qui lui semblera personnellement juste et droit. s Nun­ quam rationem veritatis intrabit quisquis a discus­ sione coeperit erudiri, quia videns eum inimicus suo potius quam patrum judicio confidentem, facile in id usque propellit, ut etiam illa quæ maxime utilia atque saluberrima sunt, superflua ei videantur et noxia. Atque ita praesumptioni ejus callidus hostis illudit, ut irrationabilibus definitionibus suis perti­ naciter inhaerendo, hoc solummodo sibi sanctum esse persuadeat, quod rectum atque justissimum suæ tantum obstinationis errore censuerit. Signalons en­ core quelques pages de saint Nil, où nous sont données les caractéristiques de l’esprit de Dieu et de l’esprit du démon; les premières sont la paix et la joie; les secondes, la paresse et la tristesse, Tr. ad Eulogium monachum, c. vi, vu, P. G., t. lxxix, col. 1061-1091·, 1102-1103, et de saint Jean Climaque qui voit dans l’humilité, le signe de la présence de l’esprit de Dieu et de son action dansune âme. Scala paradisi, grad, xxv, P. G., t. lxxxviii, col. 987 sq. Cette idée de l’humilité signe de l’esprit divin, et de l’orgueil signe de l’esprit du mal, jointe à l’image de l’échelle du paradis suggé­ rée aux auteurs sacrés par la vision de Jacob,a inspiré à Alard Gazet l’idée de construire une double échelle, celle de l’humilité d’après les préceptes de saint Benoit et celle de l’orgueil d’après la doctrine de saint Bernard. Dans l'une comme dans l'autre, il y a douze degrés qui sont antant de moyens de discernement. On en trouvera le dessin et l’explication dans P. L., t. XLix, col. 1329-1332. Les théories que nous venons de citer prouvent que les Pères du désert possédaient les règles et l’habitude du discernement acquis. De nombreux faits attestent que, bien souvent, les plus saints d'entre eux reçurent de Dieu la faveur du discernement infus. Le disciple de saint Antoine, « Paul le Simple, avait le privilège de voir ce qui se passait au fond des cœurs. Il lui suffisait de considérer attentivement le visage d'un moine au moment où il entrait à l’église pour savoir si ses pensées étaient bonnes ou mauvaises. » Dom J. M. Besse, Les moines d’Orienl antérieurs au concile de Chalcédoine, c. xxm, Paris, 1901, p. 516. Aussi découvrit-il un jour une crise salutaire qui s’était passée pendant un office dans l'âme d'un religieux. Il l’avait vu entrer dans le lieu saint entouré de démons qui le tiraillaient et l'enlrainaient par un anneau qu'ils lui avaient passé au nez, tandis que tous les autres frères avaient un ange pour compagnon. Au sortir de l'office, il revit ce frère, mais cette fois blanc et joyeux, accompagné de son ange et suivi de loin par les démons penauds et confus. H apprit que ce reli­ gieux avait, pendant l'exercice pieux, été touché de la grâce et s’étant repenti avait demandé à Dieu dans un élan de contrition parfaite le pardon des fautes graves dont sa conscience était souillée. Verba seniorum, CLXVii, P. L., t. Lxxtn, col. 795, 796. « Saint Pakhôme pouvait, lui aussi, connaître les pensées les plus intimes. Il s’est maintes fois servi de cette lumière pour con­ vertir de pauvres pécheurs. Son disciple Théodore avait la même perspicacité, quand il s’agissait de deviner les fautes commises dans le secret. Ammon, Epistola ad Theophilum, v, Acta sanctorum, t. ni tnaii, p. 349. Jean de Lycopolis avait, également, le don de lire au fond des cœurs. Pallade en donne quel­ ques exemples frappants. Historia lausiaca, xliii, 1384 P. G., t. xxxiv, col. 1112 sq. En voici un qui est rap­ porté par Rufin. Dieu lui faisait connaître la vie des religieux qui habitaient les solitudes du voisinage. Quand il avait reçu quelque lumière de ce genre, il écrivait à leurs supérieurs pour leur donner des avis en conséquence. Parfois les moines en recevaient de sa part qui étaient fort sages. Hist, mon., xv, P. L., t. xxi, col. 434-435. Saint Hilarion qui avait appris surnaturellement la mort de saint Antoine, devinait le vice auquel un homme était soumis d’après l'odeur qui s’exhalait de ses vêtements ou des objets qu’il avait touchés. S. Jérôme, Vita sancti Hilarionis, xvin, xtx, Acta sanctorum, t. xt octobris, p. 52. Au dire de Rufin, Evagre possédait le don du discernement des esprits à un degré tel que personne dans la région ne passait pour l'égaler. Ce privilège était accompagné d'une science peu commune des choses spirituelles. Rufin, Hist, mon., xxvif, P. L., t. xxi, col. 449. » Dom Besse, op. cit., p. 517-518. Nous ne prétendons pas que tous les faits de discernement infus attribués aux Pères du désert sont exacts, mais il faut reconnaî­ tre devant la multiplicité de ces faits, qu'un certain nombre au moins sont réels et que le don a certaine­ ment existé dans ce milieu privilégiéOn comprend maintenant ce qui est rapporté par Cassien sur une décision donnée par saint Antoine et adoptée unanimement par les Pères d’Egypte. Réunis en conférence, ils cherchaient à quelle vertu il impor­ tait d’attribuer la première place. Après qu’ils eurent tous donné leur avis, comme ils avaient émis des opinions fort diverses et parfois contradictoires, saint Antoine se leva et dit que, parmi toutes les vertus, il faut accorder la prééminence à la discrétion, laquelle est la mère, la gardienne et la régulatrice de toutes les autres. Elle conduit en toute sécurité les âmes à Dieu, les fait monlex· aux sommets les plus élevés de la perfection. Quand elle fait défaut, plusieurs, malgré de constants efforts, n’atteignent pas les sommets. Sans elle, il est impossible à la vertu non seulement d’être parfaite, mais même d’exister. ...Declaratur nullam sine discretionis gratia perfecte posse vel perfici vel stare virtutem. Et ita tam beati Antonii quam universorum sententia definitum est discretio­ nem esse quæ fixo gradu intrepidum monachum per­ ducat ad Deum, prædictasque virtutes jugiter conser­ vet illæsas, cum qua ad consummationis excelsa fa­ stigia minore possit fatigatione conscendi, et sine qua multi etiam propensius laborantes, perfectionis ne­ quiverint culmen attingere. Omnium namque virtu­ tum generatrix, custos moderatrixque discretio est. Coli., n, de discretione, c. iv, P. L., t. xlix, coi. 528. Cf. Scaramelli, Le discernement des esprits, trad. Brassevin, Introduction, Paris, 1893, p. 3-4. IV. Selon saint Thomas d'Aouin. — Nous citerons trois portions des œuvres de saint Thomas d'Aquin ou se trouvent les principes directeurs établis par lui pour la solution de la question qui nous occupe. — 1° Signa­ lons d'abord les articles de la Somme théologique où il demande si le démon peut être, dans le pécheur, cause de péché. Le saint docteur, tout en sauvegardant les droits et l’indépendance de la liberté humaine que le démon ne peut directement fléchir, ni immédiate­ ment déterminer, reconnaît cependant que, soit par la proposition extérieure des objets mauvais, soit par les suggestions internes, le démon peut nous incliner au mal ou nous solliciter à pécher. Son action est très étendue, ainsi qu’en témoigne saint Augustin quand il nous le montre « s'attachant à toutes les formes sen­ sibles pour pénétrer, à leur faveur, dans tous nos sens, s’incarnant dans les figures, s’accrochant aux couleurs, chevauchant avec les sons, se mêlant aux parfums. » Serpit hoc malum, scilicet quod est diabolus, per omnes aditus sensibiles, dat se figuris, accommodat ii 3!S e. il is ;a i, i:e ii it e s é Λ 5 s η r t 5 t t I 1385 DISCERNEMENT DES ESPRITS *e coloribus, adhæret sonis, infundit se saporibus. Liber LXXXIII quæstionum, q. XII, P.L., t. XL, col. 14. L .dion du démon n’est cependant pas universelle, et il y a des fautes commises par l'homme et la concupis­ cence, sans autre intervention du diable que son in’luence lointaine et originelle dans la faute de nos premiers parents. Il y a donc lieu à discerner les fautes qui viennent de l’homme, des fautes suggérées au pécheur par le démon. Sum. lheol., Il’ llæ, q. lxxx, ». 1-4. 2’ Une des manifestations les plus graves du démon se produit par les faux prophètes. Saint Thomas nous met en garde contre elle par ses questions sur la pro­ phétie, II’ 1I“, q. CLXXt-CLXXiv, plus particuliérement lxxiv, a. 3 ad 4"» ; clxxh, a. 5, ad 3uro; a. 5, ad 2“”. Tv son enseignement nous pouvons déduire les signes suivants auxquels se reconnaissent les prophètes con­ duits ou inspirés par l’esprit mauvais. 1. Les organes du démon apparaissent comme esclaves, et assujettis absolument à l’action de Satan; les vrais prophètes,au contraire, gardent la liberté de leur langage et restent maîtres de ce qu’ils taisent et de ce qu'ils disent, comme de la manière de l’exprimer. 2. Les premiers ont horreur du.nom de Jésus, les seconds l’invoquent et s’en couvrent volontiers. 3. Les vrais prophètes disent vrai et leurs prophéties se réalisent; la vérité rranque aux paroles des faux prophètes et leurs prédic­ tions ne se vérifient pas, au moins entièrement. 4. Les vrais prophètes ont une mission légitime, les faux pro phetes sont des intrus qui tirent d’eux-mêmes leurmandat. 5. Enfin ceux-là sont désintéressés et ne cherchent que le bien et le salut de leurs frères, ceux-ci sont égoïstes et cupides. Cf. Vallgornera, Mystica theologia divi Jhomæ, q. m, dis. V, a. 4, Turin, 1890, p. 522. 3· Dans son commentaire sur I Cor.,xn; Il Cor.,xi, saint Thomas traite des visions, rappelle que Satan se transfigure parfois en ange de lumière et indique les moyens par lesquels il est possible de dépister son astuce. Les vrais bons anges, dit-il, commencent par exhorter au bien et ne se départent jamais de cette attitude; les faux bons anges, c’est-à-dire les démons, s ils débutent par des excitations au bien, modifient : i« ntôt leur langage et mènent rapidement au mal. Les vrais bons anges éliraient parfois par leur venue, mais leur présence devient bien vile un principe de consolation et de force; la présence des faux bons anges ne cause que déception, trouble et tristesse; les uns rassérènent l’âme, les autres la déconcertent et la paralysent. Cf. Vallgornera, op. cit.,a. 4, p. 523 sq. V. Selon L'Imitation de Jésus-Christ. — L’auteur de flmitalion apporta son importante contribution au problème du discernement par lèse. Liv et Lvdul.III Au c. lv, il distingue à la suite de saint Paul, Rom., vu, 23.23, dans la nature déchue, la loi du péché et la loi de Uesprit, la première s’opposant à la seconde. La loi de 1 esprit a été mise en nous par Dieu quand il nous a créés à son image et ressemblance. La seconde est venue en nous par le péché originel et elle est en nous ie principe de mouvements mauvais et de décisions cou­ pables. « Car, depuis qu'elle est tombée par Adam le premier homme et a été corrompue par le péché, la peine de cette chute est passée dans tous les hommes, de manière que cette même nature, que vous avez créée bonne et droite, se prend maintenant pour le vice et la faiblesse de la nature corrompue, parce que les mouvements dont elle est demeurée maîtresse en­ traînent au mal et aux choses basses. » Nam per pri­ mum hominem Adam lapsa et vitiata per peccatum, û> omnes homines pœna huius maculæ descendit, ut :i sa natura, quæ bona et recta a te condita fuit, pro vitio jam et infirmitate corruptæ naturæ ponatur, eo quod motus ejus sibi relictus ad malum et inferiora 1386 trahit, c. lv, § 2, Paris. 1870, p.423. Les mouvements mauvais sont tellement puissants que la loi de l'esprit en est devenue à peu près impuissante et « le peu de vertu qui lui est restée n’est proprement qu’une étin­ celle cachée sous la cendre, » Modica vis quæ reman­ sit est tanguant scintilla quædam latens in cintre. Ibid. La raison naturelle, abandonnée à elle-même, chez qui la loi de l’esprit n’est qu’une étincelle sourde et la loi du péché un principe de mouvements tenta­ teurs, celte raison est encore capable d’un certain dis­ cernement naturel qui théoriquement lui fait voir dans une certaine mesure le bien et le mal et vouloir le bien, mais pratiquement n’a pas la force de retenir sur la pente du mal. Hæc est ipsa ratio naturalis, circumfusa magna caligine, adhuc judicium habens boni et mali, veri falsique distantiam, licet impotens sit adimplere omne quod approbat, nec pleno jam lumine veritatis nec sanitate affectionum suarum po­ tiatur. Ce discernement naturel étant environné d’épaisses ténèbres d'une part, et impuissant, d’autre part, à pro­ voquer efficacement la fuite du mal et la pratique du bien, il nous faut la grâce dont l’eflet sera double, sus­ citer en nous les mouvements du bien, donner à notre esprit la lumière qui discernera entre les mouvements de la nature dont nous avons parlé et qui obéissent à > la loi du péché » et les mouvements de la grâce qui ré­ veillent et surnaturalisent « la loi de l’esprit ·. O quant maxime est mihi necessaria, Domine, tua gratia ad inchoandum bonum, ad proficiendum et ad perfi­ ciendum... Ipsa fortitudo mea, i) sa consilium con­ fert et auxilium. Ibid., § 5, 6, p. 424, 426. Le discernement surnaturel demande une attention soutenue, car les mouvements de la nature et de la grâce sont extrêmement contraires et si subtils que difficilement sont-ils bien connus, sinon par les per­ sonnes spirituelles et intérieurement éclairées, fili, diligenter adverte motus naturæ et graliæ, quia valde contrarie et subtiliter moventur, et vix, nisi a spirituali et intimo illuminato homine, discernuntur, c. Liv, § 1, p. 412. Ce qui augmente encore la difficulté, c’est que « tous les hommes à la vérité cherchent le bien et ont en vue quelque chose de bien dans tout ce qu'ils disent et ce qu'ils font, aussi la fausse apparence du bien en trou pe plusieurs. » Ibid., p. 414. Donc il y a du bien, r- ·, i ou apparent au terme de tous les mouvements humains, qu’ils viennent de la nature ou de la grâce, et r ie du discernement sera de distinguer, parmi les t i-.-r. la volonté choisit et poursuit, ceux qui sont vrais ceux qui sont faux, ou plutôt ceux qui sont opportuns et ceux qui ne conviennent pas à l’humaine nature. Après avoir ainsi montré qu’il y a un discernement nature) et un discernement surnaturel, combien celuici est nécessaire et difficile, le saintauteurnous donne le principe, puis les règles du discernement surnaturel. Le principe gît dans ce fait de constatation quoti · dienne qu’il y a une opjosition profonde entre les fins poursuivies par la nature et par la grâce. La nature se recherche elle-même et n’est jamais sincèrement désin­ téressée, « elle n’a jamais en vue qu'elle-même; - la grâce « agit toujours purement pour Dieu dans qui elle trouve sa fin et son repos, » § 2, p. 414. La nature rap­ porte tout à elle, elle combat et elle dispute peur e” . la grâce rapporte tout à Dieu, de qui toutes ci .-· · viennent; elle ne s’attribue aucun bien. S 16. p 418. De ce principe vont découler facilement le- r-.j·'· du discernement. Elles se ramèneront à deux senes logiques : premièrement, la nature dans ses mouvements s’écarte de tout ce qui n'aboutit pas à elle comme tin ; deuxièmement, elle tend vers tout ce qui seconde sa finalité personnelle et égoïste. Quant aux mouvements de la grâce, ils s’écartent de la nature et vont vers 1387 DISCERNEMENT DES ESPRITS Dieu. L’auteur de Vlniitatfon entre dans des détails suggestifs à ce sujet. Appartenant à la première série, les régies suivantes sont établies. D’abord, la nature a horreur de tout ce qui tend à la diminuer ou à plus forte raison à la détruire. Cela se comprend, si elle a mis sa finalité en elle-même, elle ne peut supporter ce qui est l’ennemi de son moi hypertrophié. Elle « ne meurt qu’à regret, elle ne soutire jamais volontaire­ ment qu’on l'abaisse, qu’on la soumette et qu’on la dompte. Mais la grâce s’étudie à se mortifier, elle résiste à la sensualité, elle cherche à se soumettre, elle désire d’être vaincue, elle ne veut point se servir de sa liberté, elle aime à être sous la discipline d'autrui, elle ne veut point commander, elle veut toujours vivre, demeurer et être sous la main de Dieu et elle est toujours prête d’obéir à toutes les créatures pour l’amour de Dieu, » §3, p. III. Cf. I Pet., tt, 13. La nature a une seconde horreur, celle de tout ce qui menace de la déconsidérer et de la priver de tout ce qui peut l’entourer d’honneur et d'attentions. La grâce, elle, au contraire, « aime à souffrir dés affronts pour l’amour de .Jésus-Christ, » §6, p. 414. Cf. Act., v, 41. Troisième horreur de la nature non partagée par la grâce, c’est celle qui a le travail ou les privations pour objet. La nature aime l'oisiveté et le repos du corps; elle se plaintque quelque chose lui manque ou la fâche : jouir et ne rien faire, lui va. La grâce ne saurait être sans rien faire, travaille avec plaisir, supporte les privations avec confiance, § 7. 15, p. 414, 418. Les règles de la seconde série s'appuientsur les désirs on tendances de la nature et de la grâce. La première recherche tout ce qui datte ou satisfait son moi; la seconde poursuit ce qui mène à Dieu. Aussi la nature désire-t-elle sans cesse : « elle reçoit plus volontiers qu’elle ne donne, elle aime à avoir les choses en propre et en particulier, elle estime les choses tempo­ relles. les profits la réjouissent : c’est la cupidité, » § 10. 9, p. 416. La grâce se contente de peu et elle croit qu’ ·■ il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir. » Act., xx, 35. Elle n’a d'attention que pour l’éternité, elle n’a point d’attache pour ce qui est temporel, les pertes ne la troublent point. Ibid. A la nature il faut des consolations extérieures qui font plaisir aux sens; elle reçoit volontiers de la consi­ dération et de l'honneur. Aussi est-elle aise d'avoir des amis el des parents en grand nombre. Elle se glorifie de la noblesse de son origine et du lieu de sa naissance, elle i de la complaisance pour les puissants, elle flatte les riches et appiaudità ceux qui lui ressemblent, §12, 5, 11, p. 416, 414, 418. A l’opposé, la grâce ne cherche de consolation que dans Dieu et ne veut de joie que dans le souverain Bien qu’elle préfère à tout ce qui est visible..., elle attribue fidèlement «àDieu tout l’honneur et toute la gloire, » Ps. xxvrn, 2; ...elle aime meme ses ennemis et ne s’élève point pour le grand nombre de ses amis, elle ne fait aucun cas de la grandeur et du lieu de sa naissance s'il ne s’y joint une plus grande vertu; elle est favorable au pauvre et à l'innocent plutôt qu’au riche et au puissant. Ibid. Enfin la nature est tout au dehors, cherchant le brillant plutôt que le solide, avide de nouvelles, curieuse de savoir, heureuse de se montrer; tandis que la grâce, plus attachée au fond, plus adonnée à la vie intérieure, préfère le recueillement et le calme, l’hu­ milité et la pauvreté, §8, 16. p. 416. 420. L’auteur de l'imitation, si expert à signaler les carac­ téristiques des mouvements de la nature et de la grâce, n’excelle pas moins à dénoncer les procédés du démon et à décrire les voies par lesquelles le tentateurs’insinue chez nous pour y exciter les mouvements mauvais. « D’abord il ne se présente à l'esprit qu’une simple pens.-e; elle est suivie d’une forte imagination el puis du plaisir et enfin viennent les désirs déréglés et 1388 le consentement. C'est ainsi que petit à petit l'ennemi malicieux s'empare entièrement de nous, quand on ne lui résiste pas dans le commencement. Plus long­ temps on néglige de s’opposer à lui, plus on devient faible à chaque moment et plus l’ennemi se rend puis­ sant, » I. I, c. xm, §5, p. 42. VI. D'après Pierre d'Ailly. — Pierre d'Ailly a écrit deux traités, dont le second fort long De /alsis pro­ phetis. Le premier dénonce surtout les ruses el procé­ dés des hérétiques hypocrites et autres faux docteurs, qui se revêtent de la peau des brebis et ne sont que des loups ravisseurs. Ce sont les modernistes de son temps. Le second traité a pour objet de combattre les erreurs de l’astrologie. Nous pouvons y trouver un témoignage de la tradition chrétienne sur le discernement des esprits. Dans cette œuvre d’une ordonnance quasi mathématique el d’une forme logique rigoureuse, Pierre d'Ailly annonce trois questions, dont deux seu­ lement sont résolues, ce qui semble indiquer qu’il n'a pas pu ou voulu terminer son travail. La première question reprend le problème envisagé déjà dans le premier traité, des dissimulateurs, des modernistes, loups dangereux cachés sous les peaux de brebis. La troisième question annoncée mais non abordée devait être du discernement des miracles, la seconde, très longue, parle des prophéties. Elle en dit la nature et la ramène à l’annonce surnaturelle de l’avenir, futurorum contingentium supernalurales veritates. Duns Joannis Gersonii opéra, Anvers, 1706, 1.1, p. 528. Elle en dit la cause qui ne peut pas être naturelle. La nature peut seulement fournir des dispositions physi­ ques et morales qui facilitent le concours que l'homme peut apporter a l'action prophétique. El ici vient la dis­ tinction entre les diverses espèces de prophéties. Outre les vraies prophéties qui ne procèdent que du Seigneur, il y a des prévisions d'avenir faites par l’industrie ou la science humaine, en dehors ou à la faveur du sommeil, il y a des annonces d’événements futurs suggérées aux hommes par les démons. A ce propos le cardinal établit toute une dissertation sur la faculté qu’ont les démons de connaître l'avenir, de l’annoncer et sur la licéité du commerce avec eux pour savoir les choses occultes ou futures. Il pense donc qu’ils peu vent annoncer l'avenir, qu’ils l'annoncent parfois, et que tout en étant des instruments de mensonge, il leur arrive de prédire et de dire la vérité. Mais comment alors distinguer entre les vraies prophéties et celles du démon, si celles-ci disent parfois le vrai? Comment discerner les prédic­ tions suggérées par l’esprit divin et celles qu'inspire l’esprit mauvais? Dicendum quod, licet diabolus non sil causa vera prophetiæ proprie dictte, potest tamen esse veritatis enuntiator, etiam ad fidei confirma­ tionem. Tamen inter divinam et veram prophetiam qua propiie est confirmatio fidei el falsam prophe­ tiam dœmonum quas per accidens ad confirmationem fidei quandoque operatur potest, aliquo modo discerni, p. 577. Après avoir invoqué l'autorité de saint Jean Chrysostome el celle du Deutéronome, xvin. 21 ; après avoir observé que le vrai et le faux ne suffisent pas plus que les bonnes ou les mauvaises mœurs pour fournir un critérium suffisant, attendu qu’il arrive au démon de faire prophétiser le vrai, et à Dieu de se servir d’ins­ truments de mœurs discutables, il pose ses conclusions. 1" Il cherche d’abord à établir qu’il n'existe, ni dans la sainte Écriture, ni ailleurs, de documents suffisants pour démontrer avec évidence la distinction des vrais etdes faux prophètes, des vraies et des fausses prophé­ ties. D’après Pierre d’Ailly on ne peut prétendre à l’évidence, c'est-à-dire ici à la certitüde, dans l'art du discernement des prophéties. En effet, ajoute-t-il, en invoquant l'ange de l'École, les faux prophètes se dis­ tinguent des vrais par les causes qui les font agir ou qui concourent à leur action. Pour les faux prophètes 58 ni >n gnt s— ■it 3és, ÎS s. ~s ;e :s si 3 1il ■e e >a il fS ■e n e e a 1 i l 1389 DISCERNEMENT DES ESPRITS la cause efficiente est l’esprit mauvais ou leur esprit propre doublé d’imposture; pour les vrais prophetes l'inspirateur est Dieu qui leur parle directement ou par le moyen des bons anges. Pour ceux-là, la cause finale est leur cupidité personnelle ou le désir qu’a le démon de décevoir le genre humain ; pour ceux-ci, le but est toujours le bien et la vertu. La cause formelle delà prophétie pour les seconds est l’infaillibilité de la prescience divine; pour les premiers, c’est la science conjecturale du démon; d’où il suit que ceux-ci ont pour matière ou cause matérielle de leurs prophéties un mélange de vrai et de faux ou le faux pur, et ceuxlà le vrai seul sans aucune ombre de faux ou d’erreur. Or, observe Pierre d’Ailly, sur tous ces points il est impossible d’arriver à l’évidence dans la distinction entre les causes de vraies prophéties et les causes de fausses prophéties. De plus, ce qui est très grave sous la plume de ce théologien et ce qui ne peut être admis, de plus, dit-il, « s’il était possible de réaliser l’évidence sur le caractère des vraies et des fausses prophéties, il s'ensuivrait que la foi ou la loi du Christ pourrait être prouvée évidemment, ce qui est faux. On voit la conséquence : comme les saints prophètes ont prédit la loi du Christ et sa vérité, s’il pouvait être évident que ce sont de vrais prophètes, il serait par là même évident que la loi du Christ est vraie, » p. 577, 578. Aujourd’hui Pierre d’Ailly ne pourrait plus écrire de telles choses sous peine de se mettre en désaccord avec cette proposition imposée à la signature de l’abbé Bau­ tain, qui dut, Ie26avril 1811, promettre « de ne jamais enseigner que la religion ne puisse acquérir une vraie et pleine certitude des motifs de crédibilité, c'est-à-dire de ces motifs qui rendent la révélation divine évidem­ ment ooyable,tels que sont spécialement les miracles et les prophéties, et particulièrement la résurrection de Jésus-Christ. » Voir Bautain, t. il, col. 483. DenzingerBannwart. Enchiridion, n. 1627, note. 2° Pierre d’Ailly enseigne ensuite que, s’il s’agit de connaître seulement avec probabilité (il oppose ici la » probabilité » à « l’évidence », ce qui montre bien que par évidence, il entendait la certitude) les faux pro­ phètes, et si l’on se contente de vraisemblance dans la distinction des vrais et des faux prophètes, on peut trouver dans la sainte Écriture un art ou une doctrine suffisante. Il se base, pour établir cette conclusion, sur la distinction rapportée plus haut des quatre causes di s prophéties, et sur ce qu'il compte dire plus loin et qu'il n'a pas dit, relativement aux, vrais et aux faux miracles. Ad probabiliter cognoscendum falsos pro­ phetas et ad verisimiliter distinguendum veras et falsas prophetias, ars seu doctrina sufficiens tradita est per Scripturas sacras, p. 578. 3' Enfin, Pierre d’Ailly dit que, pour connaître les faux prophètes, et discerner entre les vraies et les fausses prophéties, la raison n’a pas encore établi d’art évident (et certain) et a seulement constitué une doc­ trine probable et conjecturale, probabiliter ad cognos­ cendum falsos prophet as et distinguendum inter veras et falsas prophetias rationabiliter, non est ars evidens tradita, sed solum doctrina probabilis et conjeclurativa, p. 578. Et il revient sur la raison erronée déjà allègue plus haut; l’évidence, dit-il, fait s'évanouir la foi et le mérite de celle-ci. au contraire, grandit avec les efforts de la recherche conjecturale et probable, ut scilicet fides non evacuetur per evidentiam cogni­ tionis, sed ut meritum fidei augeatur per exercitium inquisitionis conjecturae ? robabilis. Ibid. Il oublie de distinguer entre l’évidence interne des vérités de foi et l'évidence de leur crédibilité. La première n’est pas nécessaire, la seconde est indispensable et confère la certitude auxvérilésde foi. Cett·· doctrine de Pierre d’Ailly touche un aspect parti­ culier de la théorie du discernement des esprits. 1390 Jusqu’ici on s’était occupé de dire quelles sont les règles de ce discernement, le cardinal de Cambrai cherche à déterminer la valeur logique et le degré de certitude de ces règles. VII. D’après Gebson. — Le chancelierGersonapporte une importante contribution au problème du discerne­ ment par plusieurs de ses traités ou sermons, en par­ ticulier par ses traités, De examinatione doctrinarum, Opera, Anvers, 1706, t. t, p. 7-19; De probatione spiri­ tuum, Opera, t. t, p. 38-13; De distinctione verarum visionum a falsis, Opera, 1.1, p. 43 59. Après avoir reconnu que l'homme peut être le jouet d’illusions et croire qu’il est favorisé de révélations di­ vines quand il est seulement victime de manifestations de l'esprit mauvais, transformé pour la circonstance en ange de lumière; après avoir conclu la nécessité de règles pour discerner les phénomènes d'ordre diabo­ lique des faits d'ordre divin, Gerson observe qu'il est impossible à l'homme d’établir des règles générales certaineset deconstituer l'art spirituel qui permettrait de distinguer d’une manière infaillible les fausses ré­ vélations de celles qui sont vraies. La raison est tirée aussi d'une erreur théologique. 11 pense, à la suite de Pierre d’Ailly, que si l'on possédait un moyen évident et certain de s'assurer du caractère vrai ou faux des révélations, c’en serait fait de la foi. Il oublie de dis­ tinguer entre l'évidence de la crédibilité d'une révéla­ tion et l’évidence de son contenu, qui sciret evidenter aliquid esse a Deo vel ejus angelo revelatum, sciret profecto ali ter quam per solam/idem illud esse verum. p. 44. Il est donc, conclut-il. impossible d'établir un critérium rigoureux. Et pourtant, rien ne serait plus opportun. Le monde est sur son déclin, l'Antéchrist approche et les imaginations malsaines, les illusions dangereuses pullulent. In hac hora novissima in præcursione Antichristi, mundus tanquani senex delirus phantasias plures et illusiones somniis similes pati habet, p. 44. Il faut considérer la révélation comme une monnaie. De même qu’il y a la monnaie authen­ tique et la fausse monnaie, ainsi, il y a de vraies et de Russes révélations qui se reconnaîtront par la pré­ sence ou l’absence des caractères de la vraie monnaie. Or, celle-ci doit avoir cinq qualités : le poids légal, la malléabilité, la solidité qui la rend durable, l'efligie, la couleur. Dans les révélations, le poids est donné par l’humilité; la malléabilité par le discernement et la prudence; la solidité par la patience; l'effigie par la charité; la couleur par la charité, p. 45. Tou: ■ traité De distinctione verarum revelationum a /'-j.'jis est consacré à l’examen de ces cinq caractères. Les ieux autres œuvres, citées plus haut, de Gerson examinent la question d’une façon plus logique et plus cornpl. te. Dans son De examinatione doctrinarum, Gerson rap­ pelle d’abord les vers mnémotechniques suivants, qui seront tout le canevas de sa doctrine : Concilium, papa, prtesul, doctor bene doctus, Discretor quoque spirituum de dogmate censent. Qualis sit doctrina, docens quis, quique sodales, Si finis sit /astus, qiaestusque, sive libido. En premier lieu donc, il examine quels sont ceux qui ont autorité pour discerner les doctrines. Et par le discernement des doctrines ou par sa méthode on arrive au discernement des esprits. Il distingue plu­ sieurs modes : le mode authentique ou officiel. doctrinal, le mode expérimental, enfin celui pro­ cède d’un charisme spécial. Le concile g-n- rai est l’autorité supérieure qui, à titre officiel, authentiqué et définitif, peut juger des esprits et des doctrines. Apres le concile ou avec lui — on reconnaît ici la vieille erreur de la primauté du concile général par rapport au pape — le souverain pontife examine juridique­ ment et authentiquement esprits, doctrines et révéla- 1391 DISCERNEMENT DES ESPRITS 1392 d'elle, les ont commentées ou reproduites, en commen­ lions. Les prélats dans leur juridiction sont juges ordi­ tant le livre du saint et elles servent souvent aujour­ naires aussi de la valeur des affirmations ou inspira­ d’hui de base aux traités spéciaux sur la matière. tions surnaturelles. Les licenciés et les docteurs en On connaît la distinction entre la voie purgative et la théologie ont, dans leur grade et dans leur science, un double titre, l’un authentique et l’autre doctrinal, pour voie illuminative. La première fait l’objet de la pre­ mière semaine des Exercices et parmi les Éclaircisse­ se prononcer sur les questions de discernement qui ments ajoutés aux méditations de cette semaine se peuvent leur être soumises. Si quelqu’un a la science trouvent quatorze « règles pour discerner les mouve­ sans le diplôme, il peut encore s’occuper de ces ques­ ments que les divers esprits excitent dans l'âme afin tions, mais à titre doctrinal seul. En outre, il y a des d'agréer les bons et de repousser les mauvais. » La personnes qui n’ont pas étudié spécialement les divers seconde semaine a plus particulièrement trait à la vie genres d'esprits, ni les variétés de leurs manifestations, illuminative et est terminée elle aussi par huit «autres mais qui ont éprouvé leur action et sont arrivées par règles pour mieux discerner les esprits. » leur prudence naturelle, leur bon sens, et leur sagesse La première série commence par deux règles qui surnaturelle à pouvoir les reconnaître habituellement concernent les deux principales étapes de la vie pur­ Elles ont acquis ainsi une sorte de doigté qui leur gative. Dans cette vie, en effet, il y a des âmes lourdes, tient lieu de science, et leur permet parfois de résoudre embourbées, qui tombent souvent dans les fautes graves plus heureusement que les docteurs les difficultés du et ont peine à s’en détacher. A elles saint Ignace discernement. Enfin,â certaines personnes Dieu accorde adresse la ledon gratuitou charisme du discernement des esprits; celles-là distinguent avec certitude et elles seules ont Première règle. — Ceux qui tombent facilement dans des le privilège de l'infaillibilité dans un domaine ou les fautes mortelles et accumulent péchés sur péchés, sont ordinai­ nécessités de la foi et de sa liberté excluent la possibi­ rement troublés par l'attrait des plaisirs sensuels et par diverses illusions. C'est le démon qui agit en eux de cette manière pour lité d'un art certain et de règles absolues du discer­ qu'ils demeurent dans le péché et s'y enfoncent de plus en plus. nement. Mais il y a des âmes qui prétendent avoir reçu Au contraire, le bon esprit réveille en eux la conscience, excite ce charisme singulier et qui trompent ou se trompent. des remords et leur inspire de sérieux motifs de fuir désormais D’ou nécessité de recourir ici encore aux règles géné­ le péché. rales pour distinguer ceux qui ont reçu le charisme de ceux qui prétendent l’avoir et ne l’ont pas. Il y a des âmes plus avancées et chez lesquelles les Outre les règles données ci-dessus et relatives â l’au­ heures de grâce dominent et les efforts sont constants torité du concile, du pape, des évêques ou supérieurs et habituellement heureux. Pour elles la ecclésiastiques et des savants diplômés ou non, Gerson Seconde règle. — S’agit-il de ceux qui mettent tous leurs établit les suivantes qui concernent le caractère des soins à corriger leurs défauts et à se purifier de leurs péchés, idées professées, des intermédiaires employés, des au­ qui se dévouent de tout leur pouvoir au service de Dieu et font de diteurs, ou du but poursuivi. Il importe donc, dit-il, de jour en jour de nouveaux progrès, l'esprit malin les trouble par considérer la nature des idées émises. Le démon fait toutes sortes de scrupules, de tristesses, de désagréments, d'ennuis, parfois de la théologie, theologizat aliquando dæmon, de raisonnements faux, pour mettre obstacle à leur avancement. C'est au contraire le propre et la conduite ordinaire du bon esprit témoin celui qui tentait Notre-Seigneur et invoquait de fortifier l'âme de ceux qui s'adonnent à la pratique du bien, devant lui l'autorité de la sainte Ecriture. Scriptum est: de les consoler, de leur faire verser des larmes de dévotion, Angelis suis mandavit de te. Ps. xc. 11. Il faut donc d'éclairer leur âme, de leur donner ta tranquillité, d'écarter tous se rendre compte de sa théologie. Pour cela on rejettera les obstacles pour qu'ils soient plus aptes et plus ardents à s'éle­ toute théologie contraire à la sainte Écriture; on se dé­ ver toujours au moyen des bonnes œuvres. fiera de toute théologie insolite et dont le langage sort de la tradition des docteurs, p. 13. La consolation ou la désolation spirituelle, voilà donc Il faut encore, dit Gerson, considérer la condition de les deux grands signes sur lesquels s'appuiera l’auteur des Exercices. Une âme est-elle en consolation? Dieu celui qui, par sa parole ou par ses écrits, propage des la travaille. Est-elle en désolation? Le démon l’inspire doctrines nouvelles ou des révélations. Il n’est pas sans ou cherche à l’inspirer. Dès lors, toutes les règles sui­ intérêt de savoir s’il est instruit ou ignorant ; s’il est un vantes vont s’occuper de consolation et de désolation, vieillard ou un jeune homme; s’il est de bonne vie et mœurs ou de mauvais renom ; s'il est doué d’un grand de conserver la première, de supprimer la seconde. Mais auparavant il faut indiquer les signes auxquels bon sens ordinaire ou habituellement inconsidéré; enfin, si c'est un homme ou une femme, p. 14. — Il est aussi I on les reconnaîtra, car il y a une fausse consolation et nécessaire de voir dans quel monde les idées, révéla­ il y a une désolation, comme le repentir, qui est saine. tions et autres choses qu'il s’agit de juger, sont propa­ La troisième règle nous dit donc à quoi l’on recon­ naîtra la véritable consolation spirituelle. gées et reçues. Car, adoptées par des hommes graves, difficiles et pondérés, elles en reçoivent une autorité Troisième règle. — On reconnaît la véritable consolation spi­ qui leur fait défaut si elles ne sont admises que par rituelle. celle qui n’est mêlée d’aucune illusion, à ce caractère que des personnes inconsidérées ou flatteuses, p. 17, 40. l'âme est embrasée d'amour pour son créateur et qu'elle ne peut Enfin, il est indispensable de se rendre compte du aimer aucune créature sinon à cause de lui. Quelquefois l’ardeur but poursuivi par les esprits dont on veut faire le dis­ de cet amour est encore excitée par de douces larmes que fait cernement. Il est bien évident, en effet, que si leurs verser la méditation de la passion de Jésus-Christ, la douleur des péchés commis, ou toute autre cause se rapportant directement â entreprises respirent la passion, le désir du lucre ou la gloire de Dieu et à son culte. Enfin, tout progrès dans la foi, l'ambition, elles ne peuvent procéder de l’esprit sur­ l’espérance et la charité, toute joie spirituelle qui donne à l’âme naturel. Cette recherche du but doit être attentive, car un saint attrait pour la méditation des choses du ciel, le soin du il ne manque pas de personnes qui savent déguiser salut, le repos et la paix dans le Seigneur, peut aussi recevoir le leur égoïsme ou leur cupidité sous les apparences du nom de consolation. dévouement, p. 41. Par contre, la quatrième règle nous enseigne quels VIH. D’apbés saint Ignace de Loyola. — On ne sont les caractères de la vraie et donc malsaine déso­ saurait, dans une étude comme celle-ci, se dispenser de lation spirituelle. mentionner et même de rapporter les règles du dis­ cernement des esprits données par saint Ignace dans Quatrième règle. — Dans la désolation spirituelle au contraire son livre des Exercices. La grande fortune des Exer­ l’âme est remplie de trouble et plongée dans les ténèbres; elle cices a rendu ces règles classiques : une foule d auteurs restent de l’ircrmation pour ce qui est bas et terrestre; elle est en proie à l'inquiétude, à l’agitation, aux tentations de défiance et de ascétiques, dans la Compagnie de Jésus et en dehors 1393 DISCERNEMENT DES ESPRITS 1394 dérangement; elle est triste et abattue; la tiédeur et la torpeur ' des angoisses de la désolation, on doit s’affermir dans cette pen­ paralysent son action ; elle en est presque venue au point de dou­ sée que l’on peut beaucoup avec la grâce de Dieu et que l’on ter de la clémence de Dieu son créateur et de s’abandonner au triomphera aisément de tous ses ennemis pourvu qu’on mette desespoir. Désolation, consolation : ce sont deux termes opposés; toute son espérance dans la puissance de Dieu. ainsi les pensées et les affections qui proviennent de l’une et de Les trois dernières règles sont des comparaisons par lautre sont diamétralement contraires. lesquelles saint Ignace s'efforce de dénoncer au débu­ Que faire maintenant, quand on a reconnu l’exis­ tant les trois principaux caractères du démon et de tence d’un réel état de désolation spirituelle? Quels son action; le démon, sous des apparences de force et moyens prendre? Saint Ignace en indique quatre : d’opiniâtreté, est faible et facile à mettre en fuite. Il h ne rien supprimer ou changer aux résolutions anté­ n’est fort que de notre faiblesse. Il craint la lumière rieures ou à l’état de vie ordinaire; 2e ajouter plutôt et suggère le silence aux personnes qu’il tente. Il est quelques prières, ou pratiques de pénitence; 3° s’en­ habile et cherche toujours le défaut de la cuirasse afin tretenir dans les pensées d’espérance et de confiance de nous prendre par là. en Dieu; 4° s’armer de patience. Douzième règle. — Notre ennemi est faible mais opiniâtre. Cinquième règle. — Tant que dure l’état de désolation, il On peut le comparer à une femme qui cherche querelle à son Σ£ faut délibérer sur rien ni rien changer soit à ses résolutions, mari. Si elle le voit ferme et décidé à lui résister quoiqu’elle sod à son état de vie. On doit s’en tenir aux propos que l’on a fasse, tout son courage tombe et elle s’en va. Si, au contraire, il se fermés le jour précédent par exemple, ou lorsqu’on ressentait la montre timide, prêt à céder, son audace grandit d’autant et elle consolation divine. La raison en est que l’âme consolée est guidée ose tout. C’est ainsi que le démon se trouve ordinairement sans par le bon esprit, au lieu d’obéir à ses propres inspirations, tandis force aucune contre ceux qui, dans les combats spirituels, ne le que, dans la désolation, c’est l’esprit du mal qui agit sur elle et craignent pas et repoussent sans faiblir toutes ses tentations. jamais aucun bien ne se fera sous la conduite d’un tel guide. Mais si l’on tremble, si l’on perd courage-dès la première attaque, Sixième règle. — Quoique, dans la désolation, on doive se il n'y a pas de bête féroce plus cruelle et plus acharnée à la garder de rien changer à ses résolutions antérieures, il sera poursuite de sa proie que cet ennemi. A tout prix, il veut notre cependant utile de prendre et de multiplier les moyens de sortir perte; elle seule peut assouvir sa fureur obstinée. de cet état pénible. Ainsi, on priera davantage, on examinera plus Treizième règle. — Nous pouvons encore comparer le dé­ attentivement sa conscience, on fera quelques pénitences. mon à un homme de mœurs corrompues qui veut entrainer an Septième règle. — Aussi longtemps que dure la désolation, péché quelque pure jeune fille ou quelque honnête femme. Il met devons nous encourager par cette pensée que Dieu nous tous ses soins à ne rien laisser paraître de ses desseins pervers. abandonne ainsi de temps en temps à nous-mêmes pour nous Il redoute surtout que la jeune fille découvre à son père, ou èç tvuver et voir comment nous résisterons aux assauts de notre l’épouse à son époux, ses honteuses manœuvres, car il sait bien ennemi, avec nos forces naturelles. Il n’y a pas à douter que la que ses efforts deviendraient vains s'ils étaient dévoilés. Le dé­ victoire ne nous soit possible, car le secours de Dieu ne nous mon fait de même; il tient à ce que l’âme qu’il veut circonvenir fera jamais défaut, bien que nous ne sentions pas sa présence. et perdre tienne secrètes ses inspirations dangereuses. Il s'in­ nous a bien retiré ces ardeurs sensibles de charité dont nous digne surtout et souffre cruellement lorsque ses tentations sont étions pénétrés d’abord, mais il nous a laissé la grâce suffisante révélées soit au confesseur, soit à quelque diieclci r habile dans paur faire le bien et operer notre salut. la science de conduire les âmes,car il sait que ses pièges ne ser­ Huitième règle. — Rien n’est utile comme l’esprit de patience, viront plus de rien. krsqu'on eet troublé par la désolation. La patience est l’ennemi Quatorzième règle. — Le démon se conduit encore comme pr pre et direct de cet esprit qui nous inquiète et nous agite. 11 un habile général qui assiège une place forte pour s’en emparer faut aussi appeler l’espérance à notre aide et penser que la conet la livrer au pillage. Ce général étudie avec soin lu configu­ K ation reviendra bientôt. Il ne saurait manquer d’en être ainsi ; ration des lieux ; il examine les remparts et s’attaque à l’endroit «rtout si l’on se conforme aux indications données dans la qu’il reconnaît le plus faible. Ainsi le démon examine minutieu­ sixième règle. sement l’âme dont il veut faire sa victime. Il cherche à bien connaître quelles vertus morales et théologiques font sa princi­ Après la nature et les remèdes de la désolation, ses pale force ou lui manquent, au moins jusqu’à un certain point. causes:elles nous sont données par la neuvième règle. Quand il a reconnu le côté faible, il porte là tous ses efforts, Neuvième règle. — La désolation provient ordinairement parce qu'il espère s'introduire dans la place par ces endroits bien gardés et causer ainsi notre ruine. c -ne des trois causes qui suivent : 1· Nous avons mérité d’être privés des consolations divines à cause de notre tiédeur et de La seconde série de règles s’adressent â des âmes &itre paresse spirituelle pour suivre les exercices et remplir nos devoirs de piété; 2· Dieu veut nous éprouver. La désolation mon­ plus élevées en spiritualité et déjà entrées dans ■ vie trera ce que nous sommes et comment nous servons le Seigneur illuminative. Bême lorsque la consolation et les dons spirituels nous sont refu­ Ici encore le principe est le même : ce qui di-iingue sés : 3· C’est une leçon qui nous démontre, à n’en pouvoir douter, l’action de Dieu, c’est qu’elle s’exerce a\ec dem eur ·.: qoe nos propres forces ne suffisent pas pour acquérir ou garder produit la joie : Faction du démon, au contraire, fa ferveur de la dévotion, la véhémence de l’amour, l’abondance procède avec violence et durelé et engendre la tris­ des larmes ou toute autre consolation ntérieure. Ce sont autant de dons purement gratuits, et nous ne pourrions nous les attritesse et le trouble. La septième règle et la première fa»r comme venant de nous-mêmes, sans un péché d’orgueil et sont consacrées à ce principe : de vaine gloire, et sans compromettre notre salut. Septième règle. — Le bon et le mauvais esprit cherchent l'un et l’autre à s’insinuer dans l’âme de ceux qui font des pro­ Il ne suffit pas de traiter la désolation spirituelle; la grès dans le bien. Mais le bon esprit procède avec douceur; son consolation elle-même exige des soins; car, bien qu’elle action est paisible, suave, il pénètre l’âme comme l’eau pénètre soit l’indice de la présence et de l’action divines, elle l’éponge. L’esprit mauvais, au contraire, agit avec rudesse, dé­ n’est pas inamissible et elle peut présenter quelques sordre et violence, on croirait le bruit de la grêle terni ai· sur périls à cause de l’astuce du démon qui profitera d’elle un rocher. Pour ceux qui deviennent chaque jour plus mauvais, pour nous tenter d’orgueil ou de présomption. Enfin, il arrive exactement le contraire. La raison en est dan.- la dis­ position de lame et sa ressemblance avec l’un ou l'autreespr.:. elle contient des germes de guérison pour les états Si l’ange ou le démon trouve une âme qui lui soit cp; s· De proba­ tione spirituum, dans Opera, Anvers, 1706, t. i. p. 39 4. Il suit de ce que nous venons de dire qu il est indispensable dejoindreà l’expérience du discernemer la pratique des vertus. Il faut vivre le bien pour connaître mieux etsilae bonne volont·· est une x lente condition de foi et de connaissances surnaturel’·. pareillement l’usage des vertus, l’horreur du vice aider/, à en discerner tous les principes et mouvements. Richard de Saint-Victor écrit à ce sujet : « Il faut nous exercer en toutes sortes de vertus et éprouver ce que nous pouvons en chacune, avant que nous puissions en acquérir la pleine science et en juger suffisamment. 1403 DISCERNEMENT DES ESPRITS Nous apprenons à la vérité beaucoup de choses du dis­ cernement, en lisant, en écoutant, et par le jugement que la raison naturelle nous fait faire de toutes les choses qui se présentent. Mais nous ne nous instruisons jamais pleinement de celte matière sans le secours de l’expérience. Il faut que celui qui doit juger de tous, les suive tous en observant leur conduite et leurs voies. Il faut premièrement nous appliquer avec un grand et continuel soin à l’élude et à l'acquisition des vertus; et pendant que nous sommes dans cette application il nous est inévitable de tomber souvent dans des fautes. H faut donc nous relever souvent et apprendre par nos chutes fréquentes quelle vigilance, quelle attention et quelle précaution on doit employer pour acquérir les vertus chrétiennes ou pour les conserver. Ainsi nous instruisant par un long exercice dans la discipline et l’acquisition des vertus, notre âme enlin, étant longtemps exercée, arrive à la parfaite capacité de discerner sa­ gement les mœurs et d’en former des jugements équi­ tables. » De præparat. ad contempl., c. lxvii, P. L., t. cxcvt, col. 48. 5. Il faut encore que celui qui veut acquérir le dis­ cernement évite les obstacles à cette acquisition : d'abord ceux qui viennent de la tête, par trop de confiance en soi et en son propre jugement. Il se déliera donc de soi ; les anciens recommandaient pour cela une grande humilité et le soin d’interroger les personnes instruites ou expérimentées ou favorisées de lumières spéciales d’en haut; ensuite les obstacles qui viennent du cœur : «que le directeur ne s’afl'eclionne pas trop à ses pénitents parce que, excité plutôt par l’affection que par la raison, son jugement ne serait plus équitable : il déciderait toujours en leur faveur... Pour ce même motif, on ne doit jamais prendre aucune âme sous sa direction pour l'avantage temporel qu’on en pourrait retirer; parce que si l'intérêt a tant de force pour corrompre les juges terrestres, il n'en a pas moins pour altérer la manière de voir des juges spirituels des âmes. » Scaramelli, op. cil., c. v, n. 48, 49, p. 76, 77. 6. Enlin, il faut une grande prudence dans les juge­ ments par lesquels celui qui vent acquérir le discer­ nement s’y exerce peu à peu ; car l'habitude — et l’art du discernement doit être une habitude — s’obtient par la répétition des actes. 11 se mettra donc sur le terrain spirituel, évitera trop de crédulité dans l’acceptation des faits, et de subtilité dans les raisonnements, pèsera mû­ rement avec les poids du sanctuaire et ne se prononcera qu’après mûre réflexion. XII. L’exercice du discernement entre l’homme et les causes extérieures. — Ce discernement présente des difficultés particulières. En effet, les causes extérieures n'agissent jamais tellement en nous, que nous n’ayons notre part dans les mouvements quelles excitent; elles nous poussent, mais nous subissons et nous réagissons d'une façon vitale et là où nous sommes les plus passifs se mêle encore quelque action ou réaction immanente. — En outre, nous n'agissons nous-mêmes jamais d une façon si indépendante, qu’une intervention extérieure ne vienne fondre son action avec la nôtre. La chose est certaine pour nos actes bons et surnaturels où Dieu est toujours notre coopérateur et notre aide, où sa grâce est indispensable. Sans elle, nous ne pouvons même dire : « Seigneur, Seigneur. » La chose est possible et n’est pas dépourvue de probabilité pour nos actes mau­ vais où le démon a peut-être une part constante par ses tentations. Il n'est pas démontré, certes, que nous ne faisons le mal que sollicités parle tentateur, mais celui-ci est persévérant et si la chose n’est pas démontrée, elle est loin d’étre impossible. Dès lors on voit qu’il serait déraisonnable d’imaginer une cloison étanche entre les actes qui viennent de l'homme et ceux qui viennent d’un agent supranaturel. A ceux-là se mêle tou­ jours ou presque toujours quelque influence du second. 1404 aux autres est nécessaire la collaboration du premier. Le problème n'est donc pas de distinguer les mou­ vements exclusivement humains des mouvements ex­ clusivement divins ou diaboliques, mais de distinguer parmi les mouvements qui se produisent chez l'homme et donc sont humains, ceux qui ont leur source propre, leur cause excitatrice dans la psychologie de l’homme, d’avec ceux qui ont leur principe excitateuren dehors de l'homme. Ainsi les mouvements de la jambe sont toujours des mouvements du corps, mais ils peuvent venir de la volonté de l’homme, ou d'un agent extérieur qui s’empare de ce membre et le remue. Les règles suivantes président à ce discernement : 1« Il faut bien connaître la nature humaine afin de savoir quelles sont ses opérations normales, ses puis­ sances ordinaires et même extraordinaires : il y a des choses qu’elle fait habituellement, d’autres qui semblent impossibles, et qui deviennent possibles sous le coup de fouet d'une excitation très vive et insolite; il faut en particulier tenir compte des possibilités qu'offrent ces régions encore quelque peu ignorées de la psychologie subconsciente. Cf. Grasset, Le psychisme inférieur, Paris, 1906; Boirac, La psychologie inconnue, Paris, 1908; A. Chollet, La contribution de l’occultisme à l’anthropologie, Paris, 1909. Évidemment nous ne connaissons pas toutes les possibilités qu'offrent les énergies normales, ni surtout anormales de l’homme; mais il y a des limites certaines que nous savons qu'elles ne franchiront jamais et au delà desquelles se trouve le champ des opérations des agents supranaturelsi 2» Il faut tenir compte en outre du tempérament spé­ cial de chaque sujet, et de sa condition physiologique, pathologique, intellectuelle ou morale. Un névropathe, un somnambule facilement hypnotisable pourra pré­ senter des phénomènes surprenants qui, à première vue, sembleront extra-humains et ne seront que maladifs. Certaines intelligences supérieures et supérieurement intuitives pourront avoir des vues qui paraîtront à d’au­ cuns appartenir à la révélation particulière et seront simplement naturelles. 3° Ces connaissances présupposées, la conscience devra joindre sa voix à celle de la science. Dans bien des cas, en elfet, nous avons conscience parfaite d'être les auteurs de certains mouvements, de les avoir voulus, de les avoir provoqués ou émis en nous, de pouvoir les diriger ou les interrompre à notre guise; dans d’autres cas, nous avons au contraire conscience d’être purement passifs, de subir une force qui n’est pas nôtre, d’être, dans notre oraison par exemple, saisis par une puissance mystérieuse qui paralyse nos facul­ tés et leur fonctionnement ordinaire, nous immobilise dans un sentiment très vif de la présence etde la bonté divine, et contre laquelle nous sentons toute résistance impossible. Il est facile alors de dire que. dans les pre­ miers cas, nos mouvements sont de nous et que, dans les seconds, ils sont d’En-Haut. 4° Enfin l'observation peut aussi nous éclairer. Elle remarquera si les mouvements émis par nous sont faciles et spontanés, s’ils coulent pourainsi dire comme de source, s’ils ont une logique interne et s’enchaînent parfaitement par les liens de cause à effet ou si, au contraire, ils sont produits ex abrupto, accompagnés de violence interne et d'une certaine véhémence, s’ils n’obéissent pas aux lois de logique qui enchaînent nos actes entre eux, mais semblent comme un phénomène inattendu, soudain, sans préparation qui vient s'insé­ rer subitement dans la série rompue par lui de nos actes normaux. Dans la prenîière hypothèse, nous aurons affaire à des actes venus de l’homme, dans la seconde, à des mouvements suscités par une cause extra-humaine. Cf. Gagliardi, op. cit., c. I, p. 109-114 ; Scaramelli, op. cit., c. il, n. 17, p. 26. 11·>5 DISCERNEMENT DES ESPRITS .4111. L'exercice de discernement entre Dieu et le ■ · ·,. .N. LES FRUITS DE L'ACTION DIVINE OU DIABOLIQUE. — ill ne suffit pas de discerner si l’homme obéit à ses nrvpres inspirations ou s’il subit des impulsions du Bebors; quand l'existence de celles-ci a été constatée, il bu: avancer d'un nouveau pas et se demander leur jtoi_ine. Viennent-elles de Dieu ou du démon? D’où bs série d'opérations auxquelles doit se livrer celui cto veut pratiquer l’art du discernement. Il y a des itegnes certains de l’action divine ou diabolique; il y a Mes faits douteux qui font naître la suspicion, mais ■ engendrent pas la certitude; il y a enfin des illusions fréquentes, auxquelles l’âme se laisse prendre et qu’il importe de signaler. I1 Signes certains de l’action divine ou diabolique. Avant d’entrer darns leur énumération, il est utile de âire observer que ces signes sont nombreux. 11 n’est pas nécessaire qu'ils soient tous présents pour porter w jugement; mais la présence d’un seul ne suffirait pas pour décider de la nature de l’esprit auquel on a ■Kaire; il en faut plusieurs en un faisceau assez consi­ dérable pour éviter l’illusion toujours ou presque ■acjours possible. En effet, l'art du discernement des esprits a une fonction fort délicate, porte sur un objet tors variable et mystérieux, et ne peut, par suite, pré­ tendre à l’infaillibilité. ■ observez, en outre, qu’il est oiseux d’ordinaire de rw· -relier si Dieu agit ou inspire directement par iai-meme ou indirectement par ses anges. Que les ins­ pira lions ou révélations se fassent sous une forme ou ■nos l’autre, elles ont la même valeur surnaturelle et h même portée de vie spirituelle. Nous ne nous arrê­ terons donc pas à rechercher les signes de l’inlervenKen divine directeou de l’intervention divine indirecte pur le ministère des anges. I Enfin, comme il y a deux grandes puissances de tsm·.·. l'intelligence et la volonté, il y a également deux sur.·.·? de marques de l’intervention de l’esprit divin ou A, . esprit diabolique : l'action de Dieu ou du démon *e se manifeste pas de la même façon dans l’intelli­ gence ou dans la volonté, elle y porte des fruits diffé­ rents. Nous parlerons donc d’abord des marques de Βκϋοη divine, tirées de l’intelligence et de la volonté; pais des marques de l'action diabolique tirées égalè­ rent de l'intelligence et de la volonté. i Les marques intellectuelles de l’action divine sont: b v» rit'·. Dieu est vérité et ne peut inspirera une âme qae des idées vraies et nécessairement d’accord avec ressemble des vérités religieuses dont il a confié le dépôt à l'Ëglise. Si donc une personne se prétendant «< cela inspirée par Dieu, soutient des propositions manifestement contraires à l’enseignement de fÉglise, c-c doit conclure que Dieu n’est pas avec elle. Lagravi té. D.-u n’intervient pas pour des vétilles ou des frivolités : ■tond il presse ou meut une âme, c’est toujours pour des intérêts sérieux et importants. L'humilité. Le con­ tre: avec Dieu fait comprendreà l’homme qu’il sait peu de choses, que le Seigneur est principe et foyer de vérités infinies et transcendantes, qu’il veut bien nous en communiquer quelques-unes et encore en les pro­ portionnant, dans leur formule, à notre faiblesse intel­ lectuelle native : d’où une humilité profonde jointe à ■ne réelle docilité intellectuelle. Sachant son ignorance, ! esprit rnù par Dieu se laisse facilement inslruire et -conte docilement les leçons qu’il peut recueillir. De toutes ces qualités résulte une grande discrétion qui s- manifeste par des jugements droits, modérés, pru­ dents et toujours sages. 3· Dans la volonté, l'action divine se trahit par la paix, c’est un des signes les meilleurs de la présence <* Dieu : même quand l’imagination est déroutée et rrnand certaines ténèbres enveloppent l’âme, celle-ci sent en son fond une paix qui la calme. L'humilité. 1-406 Cette vertu régne dans la volonté aussi bien qu’en l’intelligence : dans l'intelligence elle est un jugement par lequel l’homme s’estime très bas; dans la volonté elle est une acceptation de cette bassesse, un amour d’être un néant en face de Dieu, une résolution de se traiter en conséquence. Un moine de Saint-Sabas, Antiochus, le disait déjà, vers 620, dans ses Pandectes de la sainte Écriture : « C’est une preuve évidente que l'on possède le Saint-Esprit d’abord quand on est doux, paisible, qu’on a de soi des sentiments très modestes, quand on s'abstient de tous les vains désirs des choses de ce monde et qu'on s’estime bien au-dessous de Ions les autres hommes, » c. cil, P. G., t. i.xxxix, col. 174.3. Cf. Gerson, Tr. de distinctione verarum visionum, sign. I, dans Opera, t. i, p. 45-47. — La confiance en Dieu, c’est la contre-partie de l'humilité, ne pouvant compter sur elle-même l’âme se tourne vers Dieu, sait qu'elle peut tout attendre de lui et se confie â sa bonté. Dans cette défiance de soi doublée de confiance en Dieu,elle trouve sa paix. — La souplesse. De même que l’intelligence conduite par Dieu se distingue par une grande docilité, ainsi la volonté que Dieu mène, se tient souple sous sa mainalin d’obéir vile et totalement à tous les mouvements qu’il lui imprimera. « Cette flexibilité consiste premièrement dans une certaine promptitude de volonté à se prêter aux inspirations et à l’appel de Dieu;... en second lieu... dans une cer­ taine facilité â suivre les avis des autres, surtout quand ils sont donnés par les supérieurs... De cette flexibilité naissent dans ï’àine une sainte inclination à découvrir aux supérieurs spirituels tous les secrets du cœur et une certaine soumission humble qui fait que non seulement on exécute leurs ordres, mais qu'on craint d’entreprendre aucune chose importante sans leur conseil. » Scaramelli, op. cit., n. 104-106, p. 156158. Cette marque de l'esprit de Dieu est rejetée — comme l’humilité, du reste, qui n'est qu’une vertu passive — par le modernisme. Ce système considère « la crise de l’autorité » comme un moment de l’évolu­ tion morale de l’humanité. « La notion d’autorité a été transformée dans la famille; elle l’a été aussi dans l'école, où le Magister dixit a fait place à la méthode d'excitation intime de l’individu par la pensée tradi­ tionnelle; elle l’a été dans l’État,oü le sujet est devenu citoyen; elle se transformera aussi dans le domaine reli­ gieux et là aussi elle s’intériorisera; » c'est-à-dire ■ si aujourd’hui encore « l’immense majorité de l’hm nité... ne peut pas se faire à l'idée d’une loi . .. : serait pas absolue et ne serait qu'une approx:: :::r_ pénible et graduelle... peu à peu le moment arrive où. pour respecter la loi, elle n’a plus besoin de la croire descendue du Sinaï, au moment où la loi oblige, là même où elle ne pourrait pas contraindre, simplement parce qu’elle répond à notre meilleur nous-même. Paul Sabatier, Notes d'histoire religieuse contempo­ raine. Les modernistes, ni, Paris, 1969, p. 85, 89. — La pureté d'intention. Ceci est capital. On n’ignore pas l’importance des lins dans les actes moraux : ceux-ci prennent leur valeur de la fin vers laquelle ils tendent et c’est l’intention qui les dirige et détermine la fin. Quand donc on verra une âme avoir des intentions pures et droites, surnaturelles et divines, on pourra dire qu'elle porte en elle la marque de l'esprit divin. — La patience dans les peines, épreuves et souffrances. « La patience, si elle n'est pas une dissimulation des ressentiments du cœur et une pure apparence· e -.ertn. mais une vertu réelle, ayant ses racines dans fon·; de l’âme, ne peut provenir de l'esprit mondain qui aime les honneurs et ne peut souffrir les outrages; ni de l'esprit charnel qui aime le corps et ne peut sup­ porter les peines; ni de l’esprit diabolique qui nous porte toujours à l'attachement aux biens de la terre et, par conséquent, à la crainte d’en manquer; ni de 1407 DISCERNEMENT DES ESPRITS l’esprit humain qui, allié de l'amour-propre, est si sensible à ce qui contrarie la nature. lien résulte donc que la patience ne peut provenir que de l’espritdivin. J'ajoute à ce propos qu’une grande marque de l’esprit droit et divin, c’est la patience, la résignation et la con­ formité à la volonté de Dieu dans les aridités, dans les désolations, dans les ténèbres et dans les tentations, même dans celles qui sont extraordinaires et que Dieu a coutume de permettre pour certaines âmes qu’il veut élever au sommet de la perfection. » Scaramelli, op. cit., c. vin, n. 108, p. 162. — La mortification inté­ rieure volontaire qui, non contente de supporter avec patience les privations envoyées ou permises par Dieu, s’en impose encore de nouvelles librement; la sincé­ rité accompagnée de simplicité qui sort de la droiture d’intention; la liberté d'esprit qui vient de ce que l’âme s’étant dépouillée de toute habitude mauvaise et de toute attache aux biens terrestres n’éprouve de ce côté aucune entrave aux mouvements spirituels; un vif désir d’imiter Noire-Seigneur. Le Sauveur étant le martyr de l’amour des âmes, désirer l'imiter, c’est aller contre l’esprit diabolique, s’élever au-dessus de l’esprit humain et suivre l’esprit divin; enfin la charité douce, obligeante et désintéressée, qu'inspire l’imitation du Sauveur. 4» Des données précédentes, il est facile de tirer et nous le ferons en quelques lignes, les marques de l'esprit diabolique. Celles-ci, en effet, sont aux anti­ podes et il suffit pour les obtenir de prendre le contrepied des marques de l’esprit divin. On reconnaîtra donc l'action du démon sur l’esprit, par les erreurs ou hérésies qu'il suggérera, par le goût des choses inutiles, légères et inconvenantes, par l’obstination dans les idées, par la vanité ou l’orgueil, l’indiscrétion qui ne garde pas la juste mesure et n’observe ni le temps ni le lieu convenables. Le spiritisme présente nettement tous ces caractères. Qu'on lise le Livre des esprits d’Allan Kardec, on y trouvera de nombreuses hérésies ou erreurs graves sur la nature des anges, créatures spirituelles, sur leur distinction d’avec les hommes, sur l'origine de l'âme humaine que, loin d’admettre la métempsycose, nous professons créée par Dieu au mo­ ment de la conception de chacun, sur l’union de l’âme et du corps, union substantielle et non transitoire et accidentelle, sur le péché originel, sur la grâce dont la doctrine spirite ignore l’existence et la vie, sur les sanctions de l'autre monde où l’éternité de l’enfer est niée par les spirites, etc., etc. Cf. J.-A. Chollet, La con­ tribution de l'occultisme à l’anthropologie, Paris, 1909. Les esprits manquent encore de sérieux et de morale. On lira dans l’ouvrage de Pierre Janet, L’auto­ matisme psychologique, IIe partie, c. ni, Paris, 1899, p. 4i0, 411, deux pages qui montrent leur frivolité et leur indécence. Dans la volonté l’esprit diabolique se manifeste par l’inquiétude, le trouble et la confusion, par l’orgueil ou une fausse humilité, par le désespoir, la défiance ou une fausse sécurité, par l’obstination dans la désobéis­ sance, par la mauvaise intention dans les œuvres, l’im­ patience dans les peines, le soulèvement des passions, par la duplicité, la feinte et la dissimulation, par l’atta­ chement à ses habitudes et aux choses temporelles, par l’éloignement de Jésus-Christ, l’absence de charité ou le faux zèle. Cf. Scaramelli, op. cil., c. ix ; Bona, op. cit., c. VI. XIV. Les modes ouverts de l’action divine ou dia­ bolique. — Il est indispensable au discernement de connaître les divers procédés employés par Dieu ou le démon pour agir sur l'âme, et par conséquent de fixer les modes de l’action divine ou diabolique. Les modes du démon, en particulier, sont variés suivant qu’il s'adresse à des pécheurs ou à des débutants ou bien à des âmes déj.i avancées dans les voies de la vie chré­ 1408 tienne et même de la perfection. Avec ceux-là il agit d’habitude à découvert, avec celles-ci il se cache, se transfigure en ange de lumière et se sert de nombreuses illusions : nous avons donc à examiner successivement la tactique ouverte et la tactique cachée du démon. Les procédés divins étant la contrepartie de l’attaque dia­ bolique seront décrits simultanément par opposition. 1° l’n double principe nous guidera pour déterminer les procédés de l’action supranaturelle diabolique et divine. Le premier principe, c’est que soit le démon, soit Dieu, agissent toujours conformémenlà leur nature et à leur fonction, le premier de tentateur, le second de rédempteur. En qualité de tentateur, le démon peut être comparé, ainsi que le faisait saint Ignace, lr“ se­ maine, règle xiv, à un « général d’armée » qui entre­ prend et soutient la guerre contre nous. Il a pour aide et pour armée, l’ensemble des esprits mauvais et des hommes pervers et corrupteurs. La citadelle qu’il veut prendre est la conscience humaine. Le Christ oppose au démon sa grâce qui est une énergie de lutte, sa doc­ trine qui est une stratégie, son Église qui est militante. En qualité d’être déchu et de vaincu du Christ, le démon ne peut mettre au service de sa fonction de tentateur qu’une puissance affaiblie, débile, mais obstinée. Il n'a, en elfet, de droit, aucun pouvoir sur nous; le pouvoir de fait qu’il exerce contre nous, lui vient de notre mollesse et de nos défaillances. C'est pour cela que saint Ignace le comparée â une femme » pour « son caractère faible mais opinâtre. » 1" semaine, règle xii. De ces deux idées de « général d'arrnée » et de « femme » découlent les caractéristiques de l’action diabolique. — 1. La première caractéristique est la lutte perpétuelle contre nous, mais une lutte dont le princi­ pal objectif sera de développer en nous ce qui fait la force du démon, c'est-â-dire la mollesse el les défail­ lances et pour cela « l'ennemi infernal emploie d’ordi­ naire les charmes de la volupté et toutes les amorces des sens. » t™ semaine, règle i. En un mot, il cherche à nous désarmer. L’esprit divin est caractérisé, au contraire, par le souci de nous fortifier et de nous rendre vigilants et prudents, afin de nous épargner toute surprise. — 2. L’autre caractéristique de l'action du démon sera, puisqu’il est faible, de nous envelopper dans les ténèbres et de nous isoler. Il arrivera â ce but par le silence. L’âme qui garde le silence, en effet, et ne communique pas ses inclinations ou tentations à un directeur, perd les lumières et les forces qu’elle aurait puisées dans la direction ; abandonnée à ellemême, aveuglée, elle est à la merci de l’ennemi. Le démon a mille moyens de suggérer le silence: la honte, la défiance, i’antipathie, la confiance en soi, la persua­ sion que ces choses sont légères, que leur communica­ tion sera à charge, etc. Ibid., règle xm. L’inclination à se confier, à s’ouvrir, à découvrir toutes les insinua­ tions du démon ou de la nature mauvaise est au con­ traire une marque de l’action divine. — 3. Quand il ne peut nous désarmer ni nous isoler et ainsi nous vaincre sans combat, le démon se résigne à combattre, mais alors il emploie une double ruse : il cherche en nous le défaut de la cuirasse, il nous attaque par les points faibles, par les brèches que lui offre notre tempérament physique et moral, flatte nos passions; puis il nous étudie dans nos premiers contacts avec lui afin de redoubler d'audace quand nous faiblissons ou de se replier prudemment devant nos résistances. Dieu, dans ces circonstances, nous éclaire sur nos défauls afin de nous mettre en garde sur les points menacés, et aux premières entreprises du démon nous anime à la vail­ lance pour nous rendre immédiatement maîtres de l’ennemi. Ibid., règle xiv. 2° Le second principe qui nous fournira de nouvelles règles de discernement, c’est que le démon et Dieu s'inspirent, dans leur conduite envers l'âme, des dis- DISCERNEMENT DES ESPRITS 1409 1410 n’en est pas moins vrai que l’esprit du Seigneur, qu’il positions qu’ils trouvent en elle. Quand le démon ren­ se découvre ou qu’il se cache, opère toujours dans les contre une âme pécheresse, il l’entoure de ses faveurs âmes bonnes. Quand il se découvre, il opère dans la e: 1 affermit doucement dans son état; il agite et trouble partie raisonnable et aussi dans le sens intérieur, e au contraire celle qu'il voit avancer dans le bien. Dieu quand il est caché, il opère seulement dans les puis­ se montre favorable aux bons; il envoie aux méchants sances raisonnables, en les fortifiant, et il laisse le sens 1 aiguillon du remords et de la crainte salutaire. désolé. » Scaramelli, n. 184, p. 278. En vertu de ce principe, le démon comble de biens Le démon ne fait pas moins de cas de la psychologie temporels les pécheurs, d’où souvent scandale des de chacun de nous. « Notre ancien adversaire se rend faibles qui s’étonnent de voir le vice prospère — à ces compte tout d'abord du tempérament de chacun de pécheurs le démon assure le succès des affaires, la nous et dresse en conséquence les artifices de ses ten­ fortune, la santé, les honneurs; il les détourne ainsi de tations. L’un est jovial, l’autre triste; un autre timide toute préoccupation spirituelle; il leur fait croire que et un autre hardi. Donc pour surprendre plus aisément leurs péchés sont véniels, que les pratiques surnatu­ ceux qu’il combat en cachette (et à plus forte raison relles sont enfantillages et mesquineries. S’il les trouve ceux qu'il combat ouvertement) il leur présente des sollicités par la grâce qui les trouble et veut les recon­ pièges en rapport avec leur humeur. Comme le plaisir quérir au bien, il leur fait voir la longueur de la vie, qu'ils ont bien le temps de songer à leur âme, que la va avec la joie, il propose la volupté à ceux qui ont l’hu­ meur joviale, et comme la tristesse se laisse facile­ diine miséricorde est infinie, et ainsi il creuse chaque ment aller à la colère, il présente aux gens tristes le jour plus profond le sillon des habitudes mauvaises et breuvage de la discorde. Comme les timides redoutent multiplie les chaînes. — Dieu, par ses inspirations, les châtiments, il inspire de la terreur aux peureux, et u.· ntre au pécheur le néant des choses humaines, la comme il voit les orgueilleux enlevés par les louanges, krievoté de la vie, la fragilité des biens de la fortune eu de lasanté, qu'il enlève même parfois pardesépreuves il les mène où il veut en leur tenant des propos llatprovidentielles; au lieu de permettre à l'homme de teurs. En un mot, il tend ses pièges aux hommes â s endormir dans la prospérité, il excite chez lui la crainte l’aide des vices qui leur sont familiers. Et, en effet, il du jugement, le repentir du mal, l’horreur du péché. ne les captiverait pas si aisément, s'il proposait aux AuLmt le démon séduit le pécheur, autant Dieu l’agite. hommes lascifs de l'argent, aux avares des filles de Quand l'homme est entré dans la voie du bien, les rôles joie, aux gourmands la gloire de l'abstinence et l'attrait chmgent : Dieu multiplie pour lui les séductions de la de la gourmandise aux jeûneurs; s’il cherchait à vertu, le démon lui en montre loutes les difficultés et prendre les gens paisibles parle goût des querelles, ou cherche à l’en dégoûter. Cette tactique, évidemment, les irascibles par la crainte. » S. Grégoire, Moral., ■'est pas toujours rigoureusement suivie soit par le 1. XXIX, c. xxii, P. L., t. lxxvi, col. 501. démon, qui parfois malmène les pécheurs et excite les XV. Les modes cachés de l’action diaboliqve. — bons â la ferveur excessive, mais toujours pour aboutir Nous avons dit après saint Paul, Il Cor., xi, 14. que finalement à la rechute et au vice, soit par Dieu, qui, le démon se transfigure parfois en ange de lumière lorsqu'il agite et trouble les consciences, ne le fait afin de mieux nous tromper et de s’emparer plus sûre­ jamais que provisoirement, pour les mener ensuite à ment des âmes. Ces procédés s’appellent « illusions »; -i consolation et â la paix. Sur tout ce paragraphe, ils sont employés surtout contre les personnes d'une consulter Gagliardi, op. cit., c. π, p. 114-129, et les vertu plus avancée; saint Ignace en fait pour cela l'ob­ regies du discernement de la première semaine, d’après jet des règles de la seconde semaine. Les illusions dif­ saint Ignace. fèrent des ruses auxquelles le démon, en qualité de chef 3-' Dieu et le démon ne s’inspirent pas seulement de d’armée et d'artisan d’embûches, a perpétuellement re­ Fêtât spirituel coupable ou vertueux dans lequel se cours contre tous les hommes. « Les ruses sont des trouvent les âmes, mais ils considèrent encore leur artifices pour induire l’homme à un mal qu'il sait être psychologie pour les mouvoir et les émouvoir par les réellement mal. Les illusions sont des industries facultés les plus ouvertes et les plus abordables. Aussi trompeuses pour attirer l’homme au mal sous l'appa­ les personnes expérimentées observent-elles que Dieu, rence du bien ou pour l’éloigner du bien sous 1 ap­ < voyant chez les personnes cultivées et lettrées meilparence du mal. « Scaramelli, n. 204, p. 307. Les i .4eur entendement, commence l’œuvre de leur perfection sions jouent, dans l’ordre du bien et en face de I '. für kalholisches Kirchenrecht, t. xi, p. 351 ; Palmieri, Opus theologicum morale, tr. X, sect, vin, Cab n, n. 1074 sq., t. vi, p. 532 sq. 31 Mais cet empêchement ne lierait pas deux personnes validement baptisées, quoique l’une d’elles fût tombée dans l’hérésie, le schisme ou l'incrédulité, et ignorerait même qu’elle eût été baptisée, comme cela peut arriver dans les pays infidèles, où un enfant val i— dsment baptisé dans son jeune âge et élevé ensuite parmi les païens, aposlasierait, et perdrait même jus­ qu'au souvenir de son baptême. Cf. concile de Trente, «ess. XXIV, De matrimonio, c. vi; S. Thomas, In IV Sent., I. IV, dist. XXXIX, a. 1 ; S. Antonin, Summa theologica, part. Ill, tit. I, c. vi; Salmanticenses, Cur­ sus theologiæ moralis, tr. IX, De sacramento malriMcnii, c. xn, p. vi, n. 750, t. n, p. 148 sq.; Schmalzpueber, Jus ecclesiasticum universum, 1. IV, tit. vi, f4. n. 132-136, t. iv, p. 502 sq.; Benoit XIV, const. Singulari nobis, § 13, Opera omnia, I. xvn, p. 13; S C. du Concile,23 septembre 1679; Perraris, Prompta bibliotheca, v» Matrimonium, a. 5, n. 95. t. v, p. 199; Palmieri, Opus theologicum morale, tr. X, sect, vni, e. π, dub. in. n. 1084-1095, t. vi, p. 539 547. VL Difficultés pratiques. — L’empêchement de disparité de culte crée une difficulté spéciale, quand il snrrient un doute au sujet du baptême reçu validement ou non, par l’un des deux futurs époux, soit que ee doute précède le mariage, soit qu’il arrive ensuite. 4 422 Cette difficulté a ceci de particulier que la solution semble, dans ce cas, dépendre non de règles objectives et fixes, mais de convictions subjectives, parfois même de simples présomptions plus ou moins fondées. 1» Principes généraux. — Très souvent consultées sur ces matières complexes, les Congrégations romaines ont donné un grand nombre de réponses qui peuvent se résumer dans les trois règles suivantes, qu'il est bon d'avoir sous les yeux, pour la solution des cas par­ ticuliers. 1. On doit considérer comme valide le mariage con­ tracté par un catholique, ou un non-catholique cer­ tainement baptisé, avec un non-catholique dont le baptême est douteux. Dans le doute, en ell'et, on doit regarder le baptême comme valide, tant qu'il ne conste pas de son invalidité : in dubio enim standum est pro valore actus, donec priesumplio debeat cedere veri­ tati. S. C. de 1'Inquisition, 17 novembre 1830 ; 20 dé­ cembre 1837 ; 20 juillet 1840; 5 février 1851; 3 avril 1878; 18 septembre 1890 ; 3 avril 1893. Cf. II’ concile plénier de Baltimore(1866), Appendice; Gasparri, liaelatus canonicus de matrimonio, c. iv, sect. π. a. 2. §6, n. 601, 1.1, p. 413; Archiv für kalholisches Kir­ chenrecht, t. XLI, p. 180 sq. 2. On doit également regarder comme valide le ma­ riage de deux non-catholiques, si un doute pruti· n: subsiste au sujet du baptême de l’un et de l'autre. S. C. de l’inquisition,47 novembre1830; 20 juillet 1810; 5 février 1851; Gasparri, Tractatus canonicus de ma­ trimonio, loc. cil., n. 602, t. 1, p. 414. 3. Pour la même raison que in dubio standum est pro valore baptismi in ordine ad matrimonium, on doit considérer comme invalide le mariage contracté par une personne dont le baptême est douleux, avec un infidèle certainement non-baptisé. S. C de l’inquisi­ tion,20 juillet 1840; 7 juillet 1880; 18 avril 1890 : 4 fé­ vrier 1891. Cf. De Angelis, Prælecliones juris canonici, I. IV, tit. i, n. 23; til. xix, n. 11, t. πι,ρ. 72-76.333sq. ; Gasparri, Tractatus canonicus de matrimonio, loc. cit., n. 603-605,1. I, p. 415-418; Lehmkuhl, Theologia moralis, part. II, 1. I, tr. VIII, De matrimonio, sect, m, c. n, § 8, n. 752 sq., t. n, p. 535 sq.; Ojetti, Synopsis rerum moralium et juris pontificii alphabetico ordine digesta, v° Cultus disparitas, 2 in-4s, Prato, 1905, t. I, p. 504 sq. ; Bucceroni, institution s theologiæ moralis, tr. De matrimonio, cm, n. 1016. 2 in-8°, Rome, 1908, t. II, p.442 sq. 2° Solution. — A la lumière de ces principes gênéraux, il est plus facile de résoudre les dilficu!·. s se rencontrent assez souvent en pratique. !. a notre époque. Elles sont si nombreuses les sect· s dissi­ dentes chez lesquelles, de nos jours, le baptême n'est conféré que d'une façon douteuse ! Ces dicufiiltés ne précèdent pas seulement la célébration du mariage. Assez souvent aussi, elles se présentent ensuite, quand, par exemple, des personnes appartenant l'une et l’autre à quelqu’une de ces sectes dissidentes, se con­ vertissent à la foi catholique après leur mariage. Il y a lieu, alors, de se demander si ce mariage précèdent est valide ou non; et si, par suite, en vue de sa validité, il convient de demander aux époux de renouveler leur consentement. 1. Deux catholiques ont, de bonne foi, contracté ma­ riage entre eux; mais, plus tard, le baptême a dû être réitéré à l’un des époux, sous condition etsecrêteiu-nt, à cause d’un doute prudent survenu au sujet de la va­ lidité de son baptême, doute qu’un sérieux exam-n na pu chasser. Celte réitération du baptême se fera dans ce cas, sans préjudice de la validité du mariage précé­ demment contracté. En effet, dans le doute de la vali­ dité du baptême, la présomption est pour la liberté contre l’empêchement, stante dubio de baptismos pos­ sidet libertas ab impedimento disparilalis cultus. 1423 DISPARITÉ DE CULTE et cette présomption ne doit céder qu’à la certitude du fait contraire dûment établi. S. C. de l'inquisition, 17 novembre 1830. Cf. De Angelis, Prælectiones juris canonici, I. Ill, tit. xlii, De baptismo el ejus effecti­ bus, n. 4, t. n, p. 324. La solution est identique, soit que le doute au sujet du baptême porte sur la validité, dubium juris; soit qu’elle porte sur le fait même de la collation du sacre­ ment, dubium facti. Dans l’un et l’autre cas, le bap­ tême, en pratique, doit être considéré comme valide par rapport à la validité du mariage futur, ou déjà con­ tracté, si ce doute subsiste, après un sérieux examen, c'est-à-dire si une enquête sérieuse ne démontre pas la non-validité du baptême. Il en serait également ainsi, même en l’absence d’enquête sérieuse, quand il n’a point paru opporlun de la faire; par exemple, s’il s’agit d’un concubinaireen péril de mort; ou si la ma­ lice de l’une des deux parties fait craindre de nom­ breux inconvénients. S. C. de l'inquisition, 29 sep­ tembre 1734; 17 novembre 1830; 5 février 1851 ; 9 sep­ tembre 1868 ; 3avril 1878 ; 7juillet 1880; 18 septembre 1890 ; 4 février 1891; S. C. du Concile, 12 décembre 1733 : 4 mai 1737; 27 août 1796; Collectanea S. C. de Propaganda fide, η. 1274, in-4», Rome, 1890, p. 428. Cf. Ballerini, Compendium theologies moralis, tr. De matrimonio, c. vi, a. 2, sect, ni, n. 831, t. n, p. 805 sq. ; l’eije, De impedimentis et dispensationibus matri­ monii, η. 461, in-8°, Louvain, 1867, '1884; Palmieri, Opus theologicum morale, tr. X,sect. m,c. III, dub.n, n. 1075, t. vi, p. 535; Gasparri, Tractatus canonicus de matrimonio, c. vi, sect, n, a. 2, § 6, n. 597, t. i, p.4ll ; Leitner, Lehrbuch des hath. Eherechts, p. 288sq. ; Berardi, Theologia moralis theorico-practica, tr. IV, De matrimonio, sect, n, a. 5, t. v, p. 505. Ainsi quand il s’agit de deux catholiques déjà mariés, il faut absolument,au for extérieur, se prononcer pour la validité du mariage précédent, quoique le doute, sur­ venu au sujet du baptême, n’ait pu être enlevé. Pour déclarer la nullité de ce mariage, il faudrait, en effet, une preuve certaine; et, dans le cas envisagé, elle n’existe pas, puisque le doute au sujet du baptême persévère. Pour tous les cas de ce genre, les Congré­ gations romaines consultées répondent invariablement: Non constare de nullilate matrimonii. Ce n'est pas à dire qu’il conste davantage de la va­ lidité du mariage, ab initio. Dans ces conditions,peuton dire que ce mariage a été, au commencement, valide in foro interno, si, plus tard, on acquiert la preuve certaine que l’un des deux conjoints n’avait réellement pas reçu le baptême, ou l’avait reçu invalidement? Quelques auteurs n'ont pas craint de l’affirmer par la raison que ce cas spécial n’est pas considéré par la loi déterminée par la coutume qui annule le mariage propter dispari tatem cultus. Cf. Gasparri, Tractatus ca­ nonicus de matrimonio, c. iv, sect, n, a. 2, § 6, n. 598, t. I, p. ill ; Leitner, Lehrbuch des hath. Eherechts, p. 291. Mais d’autres auteurs l’ont énergiquement nié, et ont combattu comme évidemment fausse l’opinion contraire. Selon eux, après le baptême de l’un des deux époux, ce mariage devrait être revalidé par la rénovation du consentement réciproque faite selon les règles du droit. Cf. Scherer, Handbuch des Kirchenrechts, p. 374; Lehmkuhl, Theologia moralis, part. II, 1. 1, tr. VIII, De matrimonio, sect, in, c. π, §8, η. 752, t. n, p. 536; Wernz, Jus Decretalium, t. iv, p. 743 sq.; Acta sanctæ sedis, t. xvm, p. 460 ; t. xxiv, p. 574. 2. Si c’est avant le mariage de deux catholiques que survient un doute prudent sur la validité du baptême de l’un d’eux, le remède est facile. Celui dont le baptême est douteux peut et doit se faire rebaptiser sous condition, afin de se procurer le bienfait du baptême, nécessaire de nécessité de moyen pour le salut étemel, et afin de se rendre, en outre, capable 1424 recevoir les autres sacrements, en parliculier celui du mariage dont il s’agit dans le cas proposé. Mais si le mariage est cependant célébré, sans que cette con­ dition ait été remplie, il ne doit pas moins être consi­ déré comme valide, in foro externo, du moins par rapport à l’empêchement de disparité de culte, abstrac­ tion faite des autres empêchements qui pourraient exister, car même ceux qui sont douteusement baptisés sont soumis aux empêchements dirimants établis par les lois ecclésiastiques. S. C. de l’inquisition, 9 sep­ tembre 1868 ; 7 juillet 1880; 4 février 1891. Cf. Acta sanctæ sedis, t. xxvi, p. 63. 3. Si celui des futurs conjoints dont le baptême est douteux, appartient à une secte dissidente, et refuse de se convertir à la foi catholique, on ne doit pas lui réitérer le baptême, même in ordine ad matrimonium. S. C. de l’inquisition, 3 et 13 avril 1878. Cf. Archiv fur katholisches Kirchenrecht, I. xi.i, p. 180-183. VIL Cessation de l’empêchement. — 1° En tant qu’il est empêchement dirimant de droit ecclésias­ tique, l’empêchement de disparité de culte cesse, ipso jure, dés que la partie infidèle se convertit à la foi catholique et reçoit validement le baptême; ou bien le reçoit validement et sûrement dans une secte chré­ tienne dissidente. 2» En tant qu’il est empêchement prohibant de droit naturel et divin, l'empêchement de disparité de culte cesse par la disparition du péril prochain de perversion à laquelle la partie fidèle et les enfants à naître étaient exposés. Pour contracter licitement ce mariage, il faut en même temps aussi une cause grave. C’est à l’autorité ecclésiastique compétente, et non aux intéressés eux-mêmes, qu’il appartient de por­ ter un jugement au sujet de l’absence de danger et de la gravité de la cause qui rend ce mariage licite. Cf. Van de Burgt. Tractatus de matrimonio, in-8°, Utrecht, 1871, p. 130. VIII. Dispense de l’empêchement. — Même lorsque, dans un cas particulier, l’empêchement prohibant de droit natnrel et divin a certainement cessé, l’empêche­ ment dirimant de droit ecclésiastique ne cesse point pour cela; mais il faut une dispense formelle du sou­ verain pontife, ou d’un prélat ecclésiastique : évêque, vicaire des missions, etc., muni par induit apostolique des facultés nécessaires, soit pour un laps de temps déterminé, soit pour un certain nombre de cas fixé par l’induit lui-même. S. C. de l'inquisition, 1er août 1759; 11 juillet 1866; 18 décembre 1872; 12 juin 1882; 4 mars 1887; 20 février 1888; 18 mars 1891 ; 6 juillet '1898; S. C. de la Propagande, 28 juillet 1760; 30 août 1865. Cf. De Angelis, Prælectiones juris canonici, 1. IV, tit. i, η. 22. t. ni, p. 68 sq. ; Acta theol. Œnip., t. xv, р. 390. 1. L'usage de la dispense n'est licite que dans le cas oû sont réalisées les conditions nécessaires indiquées plus haut, et dont mention doit être faite dans la supplique pour l'obtention de la dispense, par quelquesunes des formules suivantes reçues en style de curie : ut cohabitalio non adducat contumeliam erratoris; v. g., sine polygamia simultanea ex parte infideli;... nec sit pro parte fideli proximum periculum perver­ sionis;... sit obligatio universam prolem in vera re­ ligione educandi, necnon curandi conjugis infidelis conversionem. S. C. de la Propagande, 13 septembre 1760; S. C. de 1’Inquisition, 15 février 1880. Cf. Ballerini, Compendium theologiæ moralis, tr. De matri­ monio, c. vi, a. 2, sect, ut, η. 827 sq., t. n, p. 803 sq. ; Palmieri, Opus theologicum morale, tr. X, sect, vili, с. ni, dub. n, n. 1078, t. vi, p. 535; Gasparri, Tracta­ tus canonicus de matrimonio, c. iv, sect. Il, a. 2, § 6, η. 612-618, t. I, p. 422. 426: De Angelis, Prælectiones juris canonici, L IV. Ut- I, n. 21. t. III, p. 67 ; D’Anni­ bale, Seniniufa ι'.ί..' ·;:» moralis, part. Ill, 1. Ill, 1425 DISPARITÉ DE CULTE tr. VI. c. h, a. 1, n. 437, t. ni, p. 344 sq. ; Collectanea S. ' de Propaganda fide, η 1261, 1263, 1265, 1267, 1272. 1273, p. 421-425, 427 sq., 474-476; Ojetti, Synop­ sis, v» Cultus disparitas, t. I, p. 505. L'absence de mépris pour le créateur, absentia conf.meliæ creatoris, étant nécessaire de droit naturel pour la cessation de la loi qui défend de tels mariages, le souverain pontife lui-méme ne peut dispenser sur « point. Aussi le saint-siège répondit-il toujours que b dispense sollicitée ne peut être accordée, quand les conditions, requises de droit naturel et divin, ne se réalisent pas. Cependant, dans l’hypothèse absolument gratuite, que le souverain pontife accordât la dispense, en sachant que les conditions requises de droit naturel et divin ne sont pas réalisées, il commettrait une faute; ■tais la dispense serait valide, puisque l’empêchement dirimant ne provient que d une loi ecclésiastique. La dispense serait non seulement illicite, mais invalide, s;, dans de telles circonstances, elle était accordée par in prélat inférieur n'agissant qu’en vertu d'un induit. 2. Il faut non seulement que des promesses sérieuses soient faites par les parlies contractantes, en vue de la r a li-ation de ces conditions requises de droit naturel et divin, ut cesset contumelia creatoris, etc.; mais que. en outre, des garanties en assurent l’exécution. Qu•. lies doivent être ces garanties? On ne saurait pour cela préciser des règles générales; mais elles varient ■écessairement,suivant les cas. D’ordinaire, de simples promesses orales ne suffisent point. Elles doivent être faites sous serment, et, autant que possible, par écrit, afin de constituer comme une espèce de pacte, ou de contrat, qui soit le gage moralement sûr de leur exéestion. On peut alors présumer prudemment que cette exécution aura lieu. Cf. Instructio cardinalis Anto•eili, diei 15 novembris 1858, ad omnes patriarchas, •rc'àepiscoi>os et episcopos; S. C. de l’inquisition, 3? juin 1842; 17 février 1875; 17 avril 1879; 10 dé­ cembre 19(12 ; Collectanea S. C. de Propaganda fide, z 2188. p.880; Reilfenstuel,.Ius canonicum universum, L IV. tit. I, De sponsalibus et matrimonio, § 10, ■ .*>5, t. iv, p. 49 sq. ; De Angelis. Prælectiones juris I. IV, tit. i, n. 22, t. m, p. 69 sq.; Palmieri, Oyi -- theologicum morale, tr. X, sect, vin, c. m, dot· n. n. 1098-1102.· t. vi, p. 548-552; Santi, Prælectu, -.'s juris canonici, 1. IV, tit. i, § 4, η. 184, t. ιν, : 5»; Weber, Die canonischen Ehehindemisse nach Mem gemeinen Kirchenrecht, Fribourg, in-8°, 1886, 3. De plus, pour que la dispense soit accordée, il ii : une cause canonique grave, en proportion des cir­ constances de chaque cas particulier; car, même ■Mnd le péril prochain de perversion est éloigné, il y a to : ours quelque danger et de multiples inconvéet-nts à ces mariages. Nul ne doit donc s’exposer à ce - dangers, sans de justes et graves motifs. S. Ç. de < Propagande, 4 décembre 1862 ; 25 mars 1868. Cf ill concile plénier de Baltimore (1884), n. 131; Sanchez, Disiutaliones de sancto matrimonii sacra■ ento, 1. VII, disp. LXVI, n. 10-11, t. 11. p. 237 sq.; Palmieri, Opus theologicum morale, tr. X, sect, νιιι, c. n. dub. m, n. 1094-1097, t. VI, p. 546-548; Gasparri, Tractatus canonicus de matrimonio, c. IV, sect. Il, a. !. î 2, n. 455; a. 2, S 6, n. 619 sq., t. I, p. 303 sq., 426 sq.; Ojetti, Synopsis, v» Cultus disparitas, t. i, p. 506. Ces justes et graves motifs, ou causes canoniques, sont, par exemple : le défaut de dot, ou l’âge déjà avancé de la femme qui ne trouverait plus, ou du moins très difficilement, l'occasion de se marier, etc. Mais lotifs admis comme canoniques par le saint-siège, ... -nt exister pour la partie fidèle, à laquelle la dis­ se r.-· est directement concédée. S’ils n’existaient que pour la partie infidèle, la dispense ne serait pas accor­ 1426 dée. Cf. Zilelli, De dispensationibus matrimonialibus juxta recentissimas SS. Urbis Congregationum reso­ lutiones, in-4°, Rome, 1887, p. 63-67. Pour la concession des dispenses de ce genre, les prélats inférieurs agissant en vertu d’un induit, doivent se conformer à la pratique du saint-siège, au sujet de ces causes canoniques. Ils sont, en outre, obligés de s’en tenir rigoureusement aux termes de leur induit, comme aussi aux instructions spéciales émanées des Congrégations romaines. S. C. de la Propagande, 14 janvier 1806; S. C. de l’inquisition, 15 novembre 1858 ; 20 février 1888; 18 décembre 1898. Cf. Zitelli, Apparatus juris ecclesiastici juxta recentissimas SS. Urbis Congregationum resolutiones, 1. 11, c. II, § 5, in-4», Rome, 1886, p. 418; De dispensationibus matri­ monialibus, etc., p. 120 sq. ; Palmieri, Opus theologi­ cum morale, tr. X, sect, VIII, c. m, dub. n, n. 10801089, t. vi, p. 536-539; Gasparri, 'Tractatus canonicus de matrimonio, loc. cit., n. 413 sq., 455 sq., 620, t. I, p. 263 sq., 303 sq., 427. 4. La dispense de l’empêchement dirimant de dispa­ rité de culte a un autre résultat, selon l’intention de l’Église : c’est de dispenser aussi la partie fidèle des empêchements auxquels la partie infidèle n’est pas assujettie, comme n’étant pas soumise à la juridiction ecclésiastique. Vu l’indivisibilité du contrat de ma­ riage, l’exemption dont jouit la partie infidèle est com­ muniquée à l’autre partie. Ce sont les termes mêmes de la S. C. de l'Inquisilion : Ecclesia, dispensando cum parte catholica super disparitate cultus, ut cum infideli contrahat, dispensare inlelligilur ab iis etiam impedimentis, a quibus exempta est pars in­ fidelis, ut inde, hujus exemptio, propter contra­ ctus individuitatem, communicata remaneat et alteri (3 mars 1825). Cf. Gasparri, Tractatus canonicus de matrimonio, c. ivksect. n, a. 2, S 6, n. 622. t. 1, p. 428. 5. Dans les pays où les catholiques sont en majorité, cette dispense est rarement concédée, surtout si un catholique veut épouser une juive, ou réciproquement. Cf. S. C. de la Propagande, 14 janvier 1806; Gasparri, Tractatus canonicus de matrimonio, c. iv, sect, n, n. 2, § 6, n. 611, t. i, p. 421 sq.; Palmieri, Opus theo­ logicum, tr. X, sect, vin, c. in, dub. il, η. 1078, t. vi, p. 535; Collectanea S. C. de Propaganda fide, η. 1270, 1274,1277, p. 426, 428, 429; Archiv fur katholisches Kirchenrecht, t. vn, p. 278; t. lv, p. 161 sq.; t. lxiii. p. 118 sq.; t. i.xiv, p. 478 sq. Elle l'est plus ■ - · dans les pays de missions. Si, dans ces contr·- s. les chrétiens sont tellement peu nombreux qu ils ne : His­ sent se marier entre eux, et, en même temps, telle­ ment éloigné^ des centres de la mission catholique qu’ils ne puissent demander la dispense, à cause de la grandeur des distances et de la difficulté des communi­ cations, l’empêchement de disparité de culte cesse. Dans ce cas, en effet, le droit naturel au mariage l’emporte sur le droit ecclésiastique, de sorte que le mariage contracté dans ces circonstances entre chrétien et infi­ dèle est valide. Il ne serait cependant licite qu’à la condition qu'il n'y ait pas contumelia creatoris. S. C. de l’inquisition, 4 juin 1851 ; Collectanea S. C. de Pro­ paganda fide, η. 1275, p. 428; Gasparri, Tractatus ca­ nonicus de matrimonio, c. ιν, sect. ll, a. 2, S 6, n. 623. t. I, p. 429; Ojetti, Synopsis, v“ Cultus disparitas, t. I, p. 506. 6. La dispense est plus facilement accordée quand un chrétien veut épouser une infidèle, que si un infi­ dèle veut épouser une chrétienne. Instructio S. C. de Propaganda fide ad vicarium afiostolicum Foki-n., 13 septembre 1760. Cf. Gasparri, Tractatus canonicus de matrimonio, loc. cit., n. 610, t. 1, p. 420; Ojetii. Synopsis, loc. cit., 1.I, p. 505. IX. Difficultés provenant des législations mo­ dernes. — 1» Les législations civiles des nations tno- 1427 DISPARITÉ DE CULTE DISPENSES 1428 dernes, â l’exception de l'Autriche, ne reconnaissent passages concernant le mariage canonique, se trouve pas l’empêchement de disparité de culte, par rapport insérée la clause équivoque touchant la profession de au mariage, dont le contrat est réputé valide au civil, la foi catholique, considérée séparément du baptême; nonobstant cet empêchement. Ainsi, par exemple, les séparation qui, en Espagne, comme en Autriche, ouvre codes civils de France, de Belgique, de Hollande, la porte à toutes les apostasies. Cf. Levé, Code civil d’Angleterre, d’Allemagne, de Suisse, d’Italie, de Hon­ espagnol traduit et annoté, sect, n, tit. iv, a. 43-52; grie, comme aussi celui des États-Unis, ne font aucune c. π, a. 75-82; c. ni. a. 83 sq., p. 11-14, 19. 23; Archiv allusion à l’empêchement de disparité de culte. für katholisches Kirchenrechl, t. xl, p. 252 sq. Cf. Servais et Mechelynch, Les codes ou les lois spé­ Sanchez, Disputationes de sancto matrimonii sacramento, ciales les plus usuelles en vigueur en Belgique, in-8°, 1. II. disp. VIII. n. 2sq. : I. VII, disp. LXXI,3 in-fol., Lyon, 1637,1.1, Bruxelles, 1907; Bufnoiret Tanon, Code civil allemand, p. 122; t. U, p. 235-252; Bellarmin. De sacramento matrimonii, traduit et annoté, 3 in-8°, Paris, 1906; Lepelletier, 1. I, c. xxin, De cultus disparitate, Opera omnia, 8 in-4·, Code civil portugais, in-8°, Paris, 1894; Lomonaco, Naples, 1872, t. ill, p. 834-837 ; Salmanticenses, Cursus theo­ logice moralis, tr. IX, De sacramento matrimonii, c. xn, p. vi, /sliluzioni di diritlo civile italiano, 7 in-8°, Naples, 6 in-fol., Venise, 1728, t. II, p. 147-149; Reiffenstuel, Jus cano­ 1895; Collection des codes étrangers, publiée par le nicum universum, 1. IV, tit. i, De sponsalibus et matrimo­ ministère de la justice, comité de législation étrangère nio, § 16, n. 355-372.6 in-fol., Venise, 1730-1735, t. IV, p. 48-51; et comparée, 47 in-8“, Paris, 1889-1906. Gibert, Traditions de l’Église sur le sacrement de mariage, 2° Seul le code civil d’Autriche admet, en quelque tirées des monuments les plus authentiques de chaque siècle, façon, l'empêchement dirimant de disparité de culte. 3 in-4", Paris, 1725, t. H, p. 1 sq.; Sctimalzgrueber, Jus eccle­ siasticum universum, 1. IV, tit. vi, § 4, η. 120-151. 6 in-4·, L’art. 64 est ainsi conçu : « Les mariages entre chré­ Rome, 1843-1845, t. tv, p. 497-509; Benoit XIV, const. Singulari, tiens et personnes qui ne professent pas la religion nobis, du 9 février 1749, Opera omnia, 18 in-4·, Prato, 1839chrétienne, sont invalides. » Cet empêchement qui est 1847, t. χνιι,ρ. 10-15; Ferraris, Prompta bibliotheca canonica retenu par l’Autriche seule, car il n’est plus en vigueur ν· Matrimonium, a. 5, η. 91-98,10 in-4·, Rome, 1785-1790, t. v, en Hongrie, est bien différent, en réalité, de l’empêche­ p. 198 sq. ; Conférences d'Angers, Sur le mariage, XI- confé­ ment canonique de disparité de culte. L’Église catho­ rence, q. ni, 16 in-8·, Paris, 1830, t. xni, p. 412-435; Carrière, lique, en effet, pour l’existence de cet empêchement De matrimonio, part. TH, sect, il, c. it, S 1, n. 747-766, 2 in-8·, Paris, 1837, t. il, p. 75-101; Devoti, Institutionum canonica­ ne considère que la validité du sacrement de la foi, rum libri IV, 1. II, sect, ix, S 141, 2 in-8·, Gand, 1840, t. , c’est-à-dire du baptême reçu par l’une seulement des р. 545 sq. ; Santi, Praelectiones juris canonici juxta ordinem deux parties, et ne se base aucunement sur la profes­ Decretalium Gregarii IX, 1. IV, lit. I. De sponsalibus et matri­ sion de la foi chrétienne. Au contraire, la loi civile au­ monio, § 4, n. 169-186, 5 in-8·, Ratisbonne et New-York, 1886, trichienne n’attribue qu'à cette profession de foi la t. IV, p. 51-55; Zitelli, Apparatus juris ecclesiastici juxta force et l’efficacité de l'empêchement. La loi civile recentissimas SS. Urbis Congregationum resolutiones, 1. II, autrichienne semble donc, en quelque manière, décer­ с. n, §5, in-8·, Rome, 1886, p. 418; De dispensationibus ma­ trimonialibus juxta recentissimasSS.Urbis Congregationum ner une prime à l’apostasie. Si, par exemple, un catho­ resolutiones, in-4·, Rome, 1887, p. 63-67, 120 sq. ; De Angelis, lique certainement et validement baptisé, déclare qu'il Praelectiones juris canonici ad methodum Decretalium, 1. IV, n’appartient à aucune société religieuse, son mariage tit. 1, n. 21 sq. ; tit. xix, n. 11 sq., 4 in-8·, Rome, 1887-1891, civil avec une infidèle, ou une juive, est valide, selon t. IU, p. 65-76, 333 sq. ; Balterini, Compendium theologiae mo­ la loi autrichienne, nonobstant l’empêchement cano­ ralis, De matrimonio, c. vi, a. 2. sect, ut, 2 in-8·, Rome, 1893, nique dirimant de disparité de culte. Supposons, par t. n, p. 801-806; Gaspard, Tractatus canonicus de matrimo­ contre, un catholique qui n'a pas renoncé à la foi de nio, c iv, sect, n, a. 2. S 6, De impedimento disparitatis cul­ tus, 2 in-8·, Paris, 1891, 1.1, p. 410-430; D’Annibale, Summula ses pères. La femme qu'il veut épouser fut autrefois theologice moralis, part. Ili, 1. Ill, tr. VI, De matrimonio, c. n, validement baptisée; mais, dans la suite, elle a aposa. 1, n. 437,3 in-8·, Rome, 1889-1892, t. ut, p. 344; Palmieri, tasié. Elle déclare maintenant être juive ou mahoinéOpus theologicum morale in Busenbaum medullam, tr. X, tane, ou même ne professer aucune religion. Ce mariage sect, vui, De matrimonio, c. Ill, dub. II, n. 1067-1114. 7 in-8·. sera nul devant la loi autrichienne, plus sévère en cela Prato, 1889-1893, t vi, p. 528-563; Collectanea S. C. de Propa­ que l’Eglise elle-même, qui, dans ce cas, ne reconnaît ganda fide, in-4·, Rome, 1893, p. 421 sq., 424 sq., 470 sq., pas l'empêchement dirimant de disparité de culte. 554 sq., 663 sq., 880 sq.; Lombardi, Juris canonici privati institutiones, I. 11, sect, n, c. vit, § 4, 3 in-8·, Rume, 1901,1. n, Réciproquement, un juif, ou un infidèle non-baptisé, p. 274 sq. ; Lebmkubl, Theologia moralis, part. II, 1. I, tr. VIII, qui déclare n’appartenir à aucune confession reli­ De matrimonio, sect, ni, c. it. § 8, 2 in-8·, Fribourg-en-Brisgau, gieuse, ne peut, en Autriche, contracter mariage vali­ 1902, t. n, p. 539 sq. ; Berardi, Theologia moralis theoricodement avec une catholique restée fidèle à sa religion. praclica, tr. IV, De matrimonio, sect. 11, a. 5,5 in-S·, FaenzaCf. LéonXIII, encyclique Quod multum du22aoûtl886, 1905, t. v, p. 501 sq. ; Ojetti, Synopsis rerum moralium etju, aux primats, archevêques et évêques de Hongrie; Ar­ rts pontificii alphabetico ordine digesta, v· Cultus disparitas, chiv für katholisches Kirchenrechl, t. xxxvi, p. 126; 2 in-4·, Prato, 1905, t. I, p. 504-506; Wernz, Jus Decretalium, 5 in-4*, Rome, 1898-1907, Jus matrimoniale Ecclesue catholicis, t. xxxvii, p. 75 sq.; t. lv, p. 177; t. lvi, p. 194 sq.; part. IV, sect. 1. c. ill, tit. xxit, De impedimento disparitatis Scherer, Handbuch des Kirchenrechls, p. 375. cultus, t. IV, p. 757-782 ; Buceeroni, Institutiones theologice 3° Même en Espagne, ou cependant le code civil, moralis, tr. De matrimonio, t. ni, n. 1016, 2 in-8·, Rome, 1908, a. 83 sq., reconnaît comme empêchement au mariage t. n. p. 411 sq.; Archiv für katholisches Kirchenrechl, t. vu, civil les ordres sacrés et les vœux solennels de reli- [ p. 278; t. xi, p. 351 ; t. xxvi, p. 63; t. xxxvi, p. 126: t. xxxvn, gion, la législation ne considère aucunement l'empêche­ p. 75; t. XL, p. 252; t. xli, p. 180-182; t. lv, p. 161 sq., 177; ment dirimant de disparité de culte. Cf. Levé, Code I t. lvi, p. 194 sq. ; t. LXUI, p. 118 sq. ; t. lxiv, p. 478 sq. T. Ortolan. civil espagnol, traduit et annoté, 1. I, lit. iv, c. lit, DISPENSES. — I. Définition. II. Le pouvoir de sect, i, in-8», Paris, 1880, p. 22. Elle reconnaît cepen­ dispenser. III. La discipline actuelle. IV. Les motifs dant, a. 42, deux formes de mariage : le canonique que de dispense. V. Les espèces de dispense. VI. Les modes doivent contracter tous ceux qui professent la reli­ et les organes de dispense. VIL Les taxes. V111. Ces­ gion catholique, et le civil qui doit se célébrer en la forme déterminée par le code. Les conditions, formes sation de la dispense. et solennités de la célébration du mariage canonique, I. Définition. — 1“ Divers sens du mot. — Le mot sont régies par les constitutions de l’Église catholique dispense, dispenser, a deux significations différentes, et du concile de Trente, reçues comme lois du royaume, suivant qu’on le prend dans le sens de la langue clas­ sique ou même de la langue commune ancienne, latine a. 75-76. Ce mariage canonique produit tous les effets ou française, ou dans la langue technique du droit civils quant aux personnes et aux biens des époux et de leurs descendants. Mais, dans la rédaction de ces 1 canon. Dans le langage classique ancien, dispenser DISPENSES ■çniiie proprement, à l'origine, peser du métal mon■axe. æs pensare, et, par dérivé, faire l’office de celui •t. pesait la monnaie, payer; le dispensatur est l'es­ clave trésorier ou payeur, le dépensier. Daremberg et Eaglio, Dictionnaire des antiquités grecques et rofemiies,art. Dispensator. — Dispensatio est l'équivalent ■t notre français dépense en son sens primitif : il dé*t.n·· facte par lequel on paie les frais de l’adminisfeation domestique, l’acte professionnel de l'économe; B signifie administration. C'est par ce mot ou par sa ferme verbale dispensare que l’on traduit en latin «ίκονομία ou Γοίζ.ονομεϊν, le διοικείv des conciles d’AntKche in encœniis, can. 24 et 25; cf. Decret. Gratian., cas-. X, q. I, c. 5, et de Chalcédoine, can. 24; Gralien, Οα<. XVI, q. vu, c. 21; en ce sens, que saint Léon le e.·-.·!,.!, parlant du soin que les papes doivent apporter ■ maintenir intacts les privilèges des églises, les insKa.lions des saints Pères et particuliérement du concile ■t Xicee, dit qu'à lui en appartient la dépense, l'admi■■rtralion, et qu’il ne doit pour rien au monde les Β·.-~.·γ violer, quoniam dispensatio mihi credita est et ad meum tendit reatum. Epist., civ, c. ut, P. L., B. uv, col. 995; Gralien, caus. XXV, q. n, c. 2. C’est touΛ — ' le même sens que l’on retrouve dans les autres dations du mot dispensatio, dispensare, données par Catien, de Julianus l’omerius(l’seudo-Prosper), caus. III. q. i, c. 13, du pape Pelage II, dist. IV, De coneecr., c. 30, des Capitula de Louis le Pieux, Deo dis­ faisante, Gratien, caus. XVI, q. i, c. 59; ou bien c’est tus le sens tout voisin de distribuer, donner leur ^de-part a ceux qui y on aroit ou qui sont dans le kesoin : Episcopus habeat potestatem in rebus eccle■tilicis, ut dispenset necessitatem habentibus, caus. I. q. n, c. 7. Jta ut potestate ejus [episcopi] indigenomnia dispensentur per presbyteros etdiaconos, a: W (41) des apôtres, Gratien, caus. XII, q. i, c. 24; [pontificis] dispensatione portiones proveniant JMwuclæ, caus. XII, q. n, c. 25. Cf. aussi c. 0. dist. II, he cons. Au commencement du Xll» siècle, le mot rfiièiisaZio s'emploie encore dans le même sens ffeuiministration, dans le can. 4 du concile de Latran * 1123: animarum cura et pecuniarum ccclesiastianni dispensatio in episcopi /udicio et potestate per■seneat.caus. XVI, q. vu, c. 11. ■ Mais ce sens n’était pas le seul. Dès l’origine, on »rat' constaté que l'administration rend nécessaire, en «ertaines circonstances. quelque indulgence et une sus>ra-ion plus ou moins complète de la loi. Déjà le t;. |ase montre la dépendance mutuelle de Tadministration et de l’indulgence et indique ce rapport fcns le mot dispensatio : necessaria rerum dispensafe -·■ constringimur et apostolicæ sedis moderamine CHtvenimur, sic canonum paternorum decreta librare e: retro priesulum decessorumque nostrorum præcepta metiri. ut, quæ prtesenlium necessitas temporum restaurandis Ecclesiis relaxanda de noscit, adhibita msideratione diligenti, quantum fieri potest, tempe­ remus. Epist., ix. ad e nse. Lucaniæ, t. P. L., t. lix, eoi. 48. Et saint Cvrille d'Alexandrie, écrivant à Maximien, diacre d’Anlioche, touchant l'affaire du parnarche d’Antioche, emploie dans ce même sens d'ad­ ministration et de prudente indulgence le mot grec ·.·’< Il faut, dit-il, y aller avec beaucoup de mo­ dération et de bienveillance dans le jugement d'actes qui ne furent pas conformes à la règle stricte, et ne pas repousser la communion de Jean et des clercs attachés à Nestorius par les liens du cœur : οικονομίας έ»εκα μη άκριβολογουμενοι... οικονομία, γάρ δειται το τ·.ζ··ια πολλής. P. G., t. Lxxvii. col. 325-327. II n’y avait pas loin de cette dispensatio ou de cette οικονομία à notre dispense. Saint Thomas marque comment se fait le chemin de l'une à l’autre : Dispensatio proprie importat commensurationem alicujus communis ad 1430 singula. Unde etiam gubernator familiæ dicitur dis­ pensator, in quantum unicuique de familia cum pon­ dere et mensura distribuit et operationes et necessaria vitæ. Sic igitur et in quacumque multitudine c.r eo di­ citur aliquis dispensare, quia ordinat, qualiter ali­ quod commune præceptum sil a singulis adimplen­ dum. Sum. Iheol., 1“ II®, q. xcvil, a. 4. Estimer et déterminer dans quelle mesure chaque membre d’une communauté est tenu de supporter les charges com­ munes, exempter d’une partie ou du tout tel ou tel membre, qu'est-ce autre chose que le dispenser, au sens technique du mol dans le langagecanonique? 2° Sens technique du mot dispense. — La dispense, au sens proprement canonique, c’est l’acte par lequel le législateur exempte quelqu'un de l'observation d’une loi dans une circonstance particulière, la loi demeu­ rant en vigueur, Gousset, Théologie morale, t. I, n. 189; ou bien, selon la Glose, la dispense est l'acte par lequel celui qui a droit d’administrer exempte, en connaissance de cause, quelqu’un de l’observation du droit commun. Dispensatio est juris communis relaxatio facta cum causse cognitione ab eo qui jus habet dispensandi. Glos, in c. Requiritis, caus. I, q. vu, V» Ut plerisque. La dispense est donc bien distincte soit du privilège, soit de l’absolution avec laquelle plusieurs». surtout parmi les historiens de la discipline ecclésiastique, les de Marca, Bœhmer, l’ont trop volontiers confondue. Elle diffère du privilège, car celui-ci remplace le droit commun par un droit particulier, tandis que la dis­ pense ne supprime aucun droit et se borne à en sus­ pendre momentanément l’effet pour un cas particulier; elle diffère de l'absolution, en ce que celle-ci ne re­ garde que le passé et délivre de la peine ou efface la faute encourue, tandis que dans son concept total, et surtout dans son concept moderne, la dispense con­ cerne spécialement l’avenir. Nous verrons plus loin les relations entre la dispense proprement dite et l'inter­ prétation de la loi. II. Le pouvoir de dispenser. — I» La théorie juri­ dique. — Elle est brièvement indiquée dans la défini­ tion. De quelque formule qu’on se serve pour l’expri­ mer, elle exige que celui qui dispense ait le pouvoir législatif proportionnel à la loi de laquelle il veut sus­ pendre l'obligation, et qu’il dispense pour ses sujets seulement : cette seconde condition est requise plus strictement encore que la première, comme on va voir. A ce point de vue la théorie remonte assez haut Et pour nous arrêter au xir-xiir siècle, époque classique de la formation du droit, conlrnlons-nous de citer une décrétale particuliérement intéressante d'innocent 1Π, c. 20, Innotuit, X, De electione et electi polestate. Le pape disente s’il est lié par une décision d’Alexandre III et du concile de Latran de 1179 qui interdit d'élever à l'épiscopat un homme de naissance illégitime, et s’il en peut dispenser; il conclut en faveur de l'affirmative et pour la dispense, parce que ses pouvoirs sont égaux à ceux de son prédécesseur, per eum adempta non fuit dispensandi facultas, quum ea non fuerit prohi­ bentis intentio, qui successoribus suis nullum potuit in hac parte præjudicium generare, pari post eum immo eadem potestate functuris, quum non habeat imperium par in parem. N’est-ce pas supposer, < . mieux affirmer équivalemment que celui-là ne peu' dispenser qui n’a pas un pouvoir au moins .'gal au pouvoir du législateur, et que l’inférieur ne peut au­ cunement dispenser des lois portées par le supérieur : principe affirmé ailleurs par Clément V au concile de Vienne : lex superioris per inferiorem tolli non potest, Clementin, 2, iVe Romani, De elect., et duquel le pape tirait aussitôt la conclusion, que les décrets de Grégoire X sur le conclave ne pouvaient recevoir 1431 DISPENSES aucune modification valable de la part des cardinaux durant la vacance du siège pontifical. Cette théorie est demeurée ferme et règne sans con­ teste depuis lors. Il n'en fut pas toujours de même autrefois si l'on s'en tient à la discipline pratiquée. 2° Les dispenses dans l'histoire. — On s’est étendu, peut-être un peu longuement, plus haut, sur les divers sens du mot dispensare, dispensatio, précisément parce qu’il y avait dans ces notions des indications historiques intéressantes. En effet, la théorie juridique de la dispense, comme toutes les théories, est de beaucoup postérieure à la pratique. On a dispensé longtemps avant d'en tirer la formule. Et l'on a dispensé sous le couvert de mesures administratives. Il y a cette différence entre la dispen­ satio ou Γοΐκονομία de la société domestique et la dis­ pensatio ecclésiastique, que celle-ci est confiée non plus à un esclave, si élevé qu’il fût dans la hiérarchie des esclaves, mais au chef de la société. Prise au sens figuré, la dispensatio signifie donc la fonction de l'administrateur qui surveille et dirige la marche de la société, qui veille, en particulier, à ce que la loi soit observée. Mais, comme la loi n’a prévu que la vie normale, la situation commune, dans les circonstances anormales, la loi risquera ou bien d’être moralement inapplicable, ou bien, si on urge son application, à tout le moins odieuse et parfois nuisible à tel ou tel particulier: le sujet de la loi, ou de luimême ou par le conseil d’autrui, passe outre et omet ce qui lui était prescrit ou fait ce qui lui était interdit. Il appartient alors à l'administrateur ou bien d'impo­ ser à nouveau 1’applicalion de la loi, ou bien de feindre qu'il n’a pas vu, ou bien d’accepter le fait accompli en donnant même une valeur légale à ce qui a été fait en fraude de la loi. Ce dernier acte, le plus délicat de la dispensatio, en monopolisa peu à peu l'acception : la dispense fut le nom que l’on donna à cette exemption de la loi. C’était, au surplus, principalement dans le passé que se produisait l’effet rétroactif de celte me­ sure administrative, et l’acte d'indulgente tolérance avait une ressemblance toute particulière avec l’abso­ lution. Mais, si l'absolution n’était qu’un pardon, l'in­ dulgente dispensatio ajoutait à ce pardon quelque chose : des effets juridiques de validation pour l’avenir, qui dépassaient de beaucoup l’absolution. Historiquement, les dispenses, les exemptions de la loi en faveur d’un particulier, ne sont, normalement, durant des siècles, que des dispenses post faciunt, une validation, avec force juridique, de ce qui était nul et en contradiction avec la loi. On le constate surtout en ce qui concerne la discipline matrimoniale. Cf. can. 30 du concile d’Epaone : ut a pressenti tempore prohibe­ mus, ita ea, qute sunt anterius instituta, non solve­ mus, Maassen. Coneil. ævi Merovingici, p. 26; concile d'Orléans (538), can. Il, ibid., p. 76-77; concile de Verberie (753), can. 1. Monumenta German. Capital., t. t. p. 10. La dispense, dans ces circonstances, est un mal nécessaire qu’il ne faut pas demander, mais qu’un bon administrateur doit savoir donner â temps : dis­ pensatio quandoque est debita, scilicet ubi strages mullorum jacet... quasi qutedam misericordia... ta­ men peti non potest ; sicut episcopatus debetur bono, et tamen non potest eum petere. Gloss, in can. 25, dist. L, v» Detrahendum. On ne peut donc pas plus demander une dispense qu’on ne peut demander l'épiscopat. Toutefois, on a exagéré quand on a prétendu (De Marea : nullum edi posse testimonium, quo doceatur, a veteribus veniam infringendi canonis alicui collatam fuisse, sed tantum infracti, De concordia sacer­ dotii et imperii,l. lll,c.xiv, n.5; Thomassin, Ancienne et nouvelle discipline, part. II, I. Ill, c. xxtv, n.20; van Espen, Conferences ecclésiastiques de Paris, etc.) 1432 que « ces anciennes dispenses n’étaient accordées qu’après que les fautes avaient été faites, et lorsque la réparation en eût été plus dangereuse à l’Église que les fautes elles-mêmes. » Thomassin. loc. cit. Il est très vrai que ces dispenses post factum sont les plus nombreuses et que beaucoup de prétendues dispenses matrimoniales ad faciendum, citées par les auteurs et antérieures au xn· siècle, n'ont pas des attestations très certaines; maison n'en a pas moins des dispenses ad faciendum, de véritables dispenses par conséquent, dès une époque assez reculée. Nous ne savons toute­ fois si l’on peut donner à juste titre le nom de dispense à des atténuations de peine prévues et voulues par les conciles dans certaines conjonctures déterminées, car l’exemption de peine n’est pas alors purement el sim­ plement le fait d’un supérieur, mais une disposition légale dont l’usage est remis à l'arbitre de l'évêque. Voir concile d'Ancyre, can. 2, Bruns, Canones et con­ eil., t. i, p. 66 ; Hefele, Histoire des conciles, trad. Leclercq, t. i, p. 303. On doit certainement le donner à certains actes comme ceux de Gélase permettant aux évêques de Lucanie d’élever à la cléricature, vu les circonstances présentes, et la loi contraire demeurant toujours en vigueur, des personnes qui légalement n’eussent pas été promues, dist. LV, c. 1, ou de Pélage II accordant l’élévation au diaconat, vu son âge et les malheurs des temps, d'un veuf qui avait eu dans sa viduité des relations illégitimes, dist. XXXIV, c. 7 ; à celui de saint Grégoire le Grand concédant aux AngloSaxons nouvellement convertis, et tant que leur chris­ tianisme serait de trop fraîche date, de pouvoir con­ tracter mariage dans les degrés prohibés au delà du quatrième degré. Can. 20, caus. XXXV, q. II. Enfin, un demi-siècle à peine après saint Grégoire, l’un de ses successeurs, Martin I», énonçait la théorie ellemême de la dispense ad faciendum : Novit enim ca­ non afflictorum temporum persecutionibus veniam tribuere, in quibus contemptus non præcessit, prævaricationem redarguens, sed angustia magis et penuria, quæ propter necessitatem ex misericordia cogit mul­ tam diligentiam prietermittere. P. L., t. lxxxvii, coi. 159. En dépit de ces principes, on ne dispensait qu’avec peine. Non pas que l’on eût des scrupules touchant la légitimité des dispenses en général : il y avait long­ temps que saint Cyrille d’Alexandrie en avait donné cette théorie : de même qu'en mer, quand le vaisseau est en danger, on le soulage en jetant quelque chose afin de conserver le reste, de meme dans les affaires du monde, quand on ne peut tout sauver, on abandonne quelque chose pour ne pas tout perdre. Episl., LVI, P. G., t. i.xxvn, col. 319. Cf. caus. I, q. vu, c. 16. — Mais l’Eglise ayant en mains le pouvoir de se faire obéir préférait, à moins qu’il ne s’agit de besoin évident, urger l’observation de ses lois, plutôt qu’en donner dis­ pense, cf. le c. 20, De elect., surtout les partes deciste. Aujourd’hui, en présence d’un mariage nul, par exemple, la première pensée est de le valider par une concession de dispenses ; autrefois la première pensée était de faire examiner l'affaire par un évêque ou par un concile s’il restait quelque doute et, ensuite, d’im­ poser la séparation. Il va de soi que, simplement considérée comme un acte nécessaire d’administration, la dispense était accordée, quand on s’y croyait tenu, par tous les évêques. L’évêque, qui veillait à l’observation de la loi. et non seulement de sa loi strictement diocésaine ou provinciale, mais de toute la loi ecclésiastique, fût-elle imposée par un concile général ou par un pape, se croyait le droit d’en dispenser ses diocésains. La théo­ rie minutieuse et complète du pouvoir de dispenser n'était pas faite et. dans les cas communs, imprévus et urgents, on n'avait guère la possibilité d’attendre la 443:? DISPENSES réponse pontificale. Sans énoncer en principe quelle «ait l'étendue de leur droit, les évéques administraient avec la prudence qu’ils estimaient requise. Ce ne fut que peu à peu, soit en suite des protestations pontificales contre des dispenses indûment concédées, soit afin de se mettre en garde contre leur propre faiblesse eu l’importunité des puissants, que les évêques ren­ ièrent plus souvent les suppliants au souverain pon­ tife. Thomassin, op. cil., c. xxvi, n. 9; jusqu'au jour co fut créée la théorie complète de la dispense. On constatera dans un instant quelles demeurent dans la discipline actuelle les conséquences de la dispense administrative des premiers siècles. On lui doit plus d’un usage soit admis par les conciles soit canonisé par la coutume. 111. La discipline actuelle. — Quand la théorie ju­ ridique et précise du droit de dispenser fut constituée, oo put marquer plus exactement les limites dans les­ quelles devait s'exercer ce pouvoir, suivant que le dispen­ sator était pape ou évêque ou inférieur. 1 Le pape. — De la décrétale d’Innocent III, c. 20, I-· ' led., que nous avons citée, il suit donc que tous admettaient qu’un pape pouvait dispenser tous les membres de l’Eglise des lois portées par un autre pape, et de celle de Clément V, Ne Ilomani, De elect., que J inférieur ne pouvait dispenser des lois portées par un supérieur; en un mot, que seuls, le législateur, son égal, ou son supérieur peuvent dispenser d’une loi; que. par voie de conséquence, le pape étant législateur •cpréme a pouvoir sur toutes les lois ecclésiastiques; dans l’Eglise, il a tout pouvoir. Cependant on eut, dans la détermination pratique, parfois quelques scrupules. Les uns naissaient de fcxtes pontificaux qui fermaient aux dispenses certains domaines de lois ou de constitutions positives, d’autres d un respect particulier pour les grands et vénérés conciles œcuméniques des premiers siècles sur lesquels paraissait fondée toute la législation de l’Eglise. Que le pape lui-même ne pût dispenser quand s’y opposait le bon renom de l’Eglise, quæ recipi, nisi manifesta decoloratione non possunt, comme l’écri­ vait Gélase, cela paraissait évident, bien qu'il fût plus malaisé de dire toujours précisément quels étaient ces actes impossibles à tolérer par dispense. On attachait une plus grande importance à d'autres points. La Glose pose ainsi les objections : d’aucuns prétendent, sans faire entre eux aucune distinction, que l’on ne peut dispenser d'une loi portée par les quatre premiers conciles, ni d’une loi imposée par l’Evangile, ni d’un précepte imposé par l’apôtre : Dicunt quidam indi­ stincte, quod contra quatuor concilia non possit dis­ pensari... sicut nec contra Evangelium, vel præceptsan apostoli. In c. 5, caus. I, q. vil, v» Vt plerisque. r t I on s’appuyait sur divers textes, en particulier sur un texte apocryphe, caus. XXV, q. I, c. 6 attribué par Gralien à un pape Urbain qui n’était ni Urbain 1" ni Urbain II; d'où l’on concluait que le pape ne peut accorder dispense contre un statut général de l’Eglise, ni contre les articles de foi, alors même que tout le monde y consentirait. Mais d’autres textes et des faits historiques bien connus et maintes fois ci tés prouvaient que les papes avaient accordé dispense de certains préceptes imposés par l’apôtre. Aussi cette même Glose du c. 6, caus. XXV, q. I, avouait que le pape et les conciles dispensaient contre les préceptes de saint Paul et des canons apostoliques, que le pape dispensait même des lois générales de l’Eglise, puisque le pape Innocent III l’avait fait au IVe concile de Latran (1215), par le c. Non debet, qui restreignait les empêche­ ments de parentéet d’alliance. Dispense-t-il des préceptes de l'Evangile? Non; il interprète, il ne dispense pas : dispensat in Euangelio interpretando ipsum; mais il dispense contra apostolum, sauf ce qui est article de 1434 foi : non tamen in liis quæ pertinent ad articulo fidei. Glose, ibid., v» Apostoli. Par conséquent, la seule loi qui demeure intangible à la dispense pontificale est la loi divine, le droit di­ vin. Il peut l’interpréter, estimer et juger que telle obligation n'urge pas dans l’espèce et le déclarer; mais si elle urge vraiment, il n en peut pas dispenser. Durant de longs siècles, les dispenses accordées par le pape furent concédées par le pape même en per­ sonne, qui les notifiait aux intéressés de vive voix, par bulle ou par brefsuivant l’occurence,après avoir pris, ou non, selon qu’il l'estimait utile, le conseil des car­ dinaux. Avec l’accroissement réalisé des réserves pon­ tificales et, en même temps, du nombre des dispenses, il fallut instituer des organismes destinés à décharge! le pape de cet énorme surcroît. Ce ne fut plus, en règle générale, le pape en personne qui intervint, mais des bureaux ou des Congrégations de cardinaux à qui cette mission était confiée : le Saint-Office, l'index, le Con­ cile, la Pénitencerie, la Daterie, etc. Cependant lorsque l’une de ces Congrégations ou l'un de ces bureaux chacun dans la limite de ses attributions, dispense, ce n’est pas le Dataire ou le Pénitencier, par exemple, qui dispense, c’est le souverain pontife par leur intermé­ diaire; leurs pouvoirs sont des pouvoirs pontificaux. 2° Les législateurs inférieurs : conciles, évêques, prélats réguliers. — I. Conciles. — On ne fait que mentionner les conciles provinciaux ou nationaux : comme organes de dispense, leur rôle en pratique est tombé, comme celui du consistoire des cardinaux sous la présidence du pape. Autrefois, on leur réservait communément la dispense des lois qu’eux-mêines ou les conciles antérieurs de même juridiction avaient portées, ou parfois même celle de lois générales de l’Eglise quand il s’agissait de personnages importants ou d'affaires majeures. Depuis longtemps, leur activité trop intermittente a obligé à demander ailleurs ces exemptions. 2. Evêques. — a) Pouvoir ordinaire. — En vertu des principes énoncés plus haut l'évêque peut dispenser, de plein droit, ses diocésains, c’est-à-dire tous les chré­ tiens qui ont domicile ou quasi-domicile dans son dio­ cèse, de toutes les lois portées par ses prédécesseurs ou par les synodes diocésains, si elles n ont pas reçu du pape une approbation en forme dite spécifique Mais cette théorie ne rend pas compte de tous les faits réels qui se sont passés, et qui ont été acceptés dans a des siècles; elle ne rend pascompte non plus testes les dispenses légitimement accordées par . et qui portent au delà des lois ou des statuts pr;·. nciaux ou diocésains. Pour en rendre compte, il faut remonter à là discipline ancienne que nous avons exposée ci-dessus. Durant les siècles ou l'évêque dis­ pensait, en vertu de ses fonctions d'administrateur su­ prême de chaque diocèse, de toutes les lois qu'il jugeait impossibles à observer dans un cas déterminé, s’était créée la coutume de recourir à lui pour obtenir dis­ pense dans les espèces communes et d'occurrence quo­ tidienne en même temps que d’importance restreinte. Lorsque la théorie juridique eut été constituée, les cir­ constances de la vie courante n’avaient pas changé et l'on ne pouvait prudemment, uniquement pour se conformer â cette théorie, briser une pratique vcienne et souvent nécessaire. La dispense que la : ne permettait plus d'accorder, il fallait la conc-d-r un autre titre, afin de ne pas modifier trop brusque­ ment la vie de l’Eglise. L'un des premiers moyens : sr lesquels on essaya de résoudre le problème, fut de de­ cider que la réserve stricte au pape des dispet -es d’usage commun étant odieuse, elle ne s'appl; , ; que dans les cas où elle était bien spécifiée l'éve ,ue étant pratiquement en possession du pouvoir de dis­ penser n’en pouvait être privé que par une prohibition 1435 DISPENSES spéciale : generaliter ubicumque non prohibetur dis­ pensatio, intelligitur esse permissa. Gloss, in c. 4. De judiciis, v» De adulteiiis. C'est, continue la Glose, l’opinion de Vincentius (Hispanus), lequel affirme que l’évêque peut dispenser toutes les fois que cela ne lui est pas interdit et qu’il trouve des exemples antérieurs : Vine, dixit episcopum posse dispensare ubi non in­ venitur prohibitum, et invenitur aliquando dispensa­ tum. Mais celte réponse ne fut pas communément admise et les discussions recommencèrent. On peut lire dans une Additio de cette même Glose l’exposé bien compliqué des diverses théories en présence. Il est fort probable que l’on s’en tint pratiquement aux espèces prévues par des textes comme le c. 4, De judi­ ciis, 59, De elect., dans les Décrétales de Grégoire IX, 3 et 4, De elect. ; 1, De /iliis presbyteror., in 6°. A la lin du xv» siècle. Angelo de Clavasio dit qu’il est géné­ ralement admis que l’évêque peut dispenser dans tous les crimes moins graves que l’adultère, in omnibus criminibus minoribus adulterio, et même en quelques crimes plus graves d’hérésie, de schisme, de sacrilège; de plus, qu’il peut dispenser contra canoneni et conci­ lium, c’est-à-dire des lois générales et des décisions des conciles, même quand la faculté ne lui en a pas été concédée expressément, en trois séries de circons­ tances : quand la coutume lui en donne le droit, dans uncas de grande nécessité ou de grande utilité, cas nouveau et qui n’avait pas été prévu à l’époque où l’on avait fait la loi, enfin quand le texte même de la loi parle d’une dispense possible sans indiquer la per­ sonne à qui l’on doit la demander. Cf. Summa ange­ lica, v° Dispensatio, η. 5. En divers chapitres (sess. XXIII, c. xtv, De reform.; sess. XXIV, c. vi, De reform.), le concile de Trente re­ prit et résuma la discipline. L’enseignement des cano­ nistes la compléta. Ferraris, l’exposant, notait cinq cas dans lesquels l’évêque peut dispenser des saints canons, constitutions apostoliques et décrets des conciles gé­ néraux : 1° quand le droit lui-même l’indique, par exemple, le concile de Trente; 2» quand le texte même des décrets en attribue raisonnablement et au moins tacitement le pouvoir, par exemple quand une dispense est déclarée possible sans que l’on indique à qui il faut la demander; 3" quand il y a à cela grande nécessité, utilité évidente et de caractère nouveau, qu’il y a péril et qu’on ne peut facilement recourir au pape; 4’ quand il y a coutume légitimement prescrite du pouvoir de dispenser; 5» quand il est douteux que le cas soit com­ pris dans la loi et qu'il ait besoin de dispense. Ferra­ ris, Prompta bibliotheca, v° Dispensatio,η.23 sq. Dans toutes ces espèces le pouvoir de l’évêque est ordinaire et à ce seul titre lui appartient. Mais là' se bornent ses pouvoirs,et l’on ne doit pas admettre l’opinion énoncée par quelques gallicans que l'évêque peut dans son diocèse tout ce que peut le pape dans l’Église. Marc, Instit. mor., t. I, n. 235. Durant la vacance du siège épiscopal, ce pouvoir ordinaire de l’évêque, n’étant pas attaché au caractère d’ordre mais au pouvoir de juridiction, passe au cha­ pitre et au vicaire capitulaire. b) Pouvoirs extraordinaires. — A côté des dispenses accordées par les évêques en vertu de leur pouvoir ordinaire il en est d’autres qu’ils concèdent en vertu d’une délégation reçue du souverain pontife à-échéance plus ou moins longue. L’étendue de ces pouvoirs délé­ gués varie selon la volonté du déléguant; elle est donc infiniment variable, ne visant parfois qu’un seul cas, ou un nombre délimité, ou une seule série de cas, d’autres fois accordée pour une ou plusieurs années. Depuis le xvn* siècle au moins, on a pris l'habitedu d’accorder par une même feuille de délégation le pou­ voir aux chefs des diocèses de concéder telle ou telle série de dispenses durant un laps de temps qui varie 1436 en général d’un an à cinq ans, à échéance marquée ; ces induits, par exemple, ceux de la Pénitencerie, du 45 novembre, et le quinquennal, sont indéfiniment renouvelables. Ces induits, l'induit normal de la Pro­ pagande et quelques autres, sont devenus pour ainsi dire ordinaires. Afin de rendre plus aisé le gouverne­ ment des diocèses, on a demandé, lors du concile du Vatican, que les pouvoirs extraordinaires des évêques fussent encore étendus. Collectio Lacensis, t. vu, p. 837, 842, 873, 880, 1020, etc. Peut-être sera-ce une des consé­ quences de la codification actuellement préparée. Cette extension, au surplus, n’aurait aucune influence sur la théorie canonique, et d’autre part, de nouveaux induits pourront être demandés, en rapport avec les besoins de chaque époque et destinés comme ceux-ci à varier. 3. Prélats réguliers. — Ils ont sur leurs sujets une juridiction quasi épiscopale et peuvent à leur égard accorder les dispenses que, de pouvoir ordinaire, l’évêque accorde à ses diocésains; comme les évêques aussi, ils reçoivent des souverains pontifes, mais d’une manière plus permanente, des concessions particulières visant les détails de la vie religieuse. 4. Curés et confesseurs. — Ils n’ont aucun pouvoir législatif, aucune juridiction de for externe et par conséquent, si l’on s’en tient à la théorie stricte, ils n’ont aucun pouvoir de dispenser. Le pouvoir qu'on leur reconnaît de dispenser proviendrait donc de la coutume, comme le pouvoir des évêques dans les cas urgents. Mais en réalité ont-ils ce pouvoir de dispen­ ser? La réponse est controversée. Gousset paraît l’ad­ mettre, comme un droit consacré par l’usage; il ajoute que « le plus souvent, les dispenses dont il s’agit sont plutôt des interprétations de la loi que des dispenses proprement dites. » '1 héologie morale, t. I, η. 197. — A titre personnel ou à raison de leurs fonctions, ils peuvent avoir des induits de dispense, qui rentrent dans la catégorie de tous les pouvoirs délégués. 11 en est de même, et à plus forte raison, des confes­ seurs, qui n’ont qu’une juridiction de for interne. Les pouvoirs spéciaux que les uns et les autres pré­ tendraient posséder à ce point de vue devraient être· l’objet de preuves spéciales. Quiconque, ditGousset, a le pouvoir ordinaire d’accor­ der des dispenses peut le déléguer à un autre. Sur la délégation, voir t. n, col. 250 sq. IV. Les motifs de dispense. — Les lois étant faites pour le bien commun, il n’est pas permis d’en sus­ pendre l’observance arbitrairement et sans motif. Pour suspendre l'obligation d’une loi dans un cas particulier, il faut avoir un motif de nature équivalente à la gravité de la loi. Agir diversement ne serait pas raisonnable, ne serait pas digne d’un acte humain. Ce serait désor­ ganiser la société et y faire germer le désordre et l’anarchie. Quant à l’efficacité légale d’une dispense, il faut faire intervenir une distinction juridique : s'il s’agit de sa propre loi ou d’une loi de sa compétence ordinaire, le législateur qui l’a faite ou qui a le même pouvoir que l’auteur de la loi peut, validement, en dispenser à son gré. Son acte pourra être inconsidéré et peu moral, juridiquement il est valide. Voircol. 1425. Le sujet lui-même a pu pécher en demandant la dis­ pense, il pourra pécher en en faisant usage, mais il ne pèche pas contre la loi dont il est dispensé. Si, au contraire, la dispense est accordée par un autre que le législateur, son supérieur ou son égal, elle ne sera valide que si le délégué a, pour dispenser, des raisons sérieuses et justes. Toute dispense qui ne réunirait pas ces conditions, et qui aurait été considérée chez l’auteur de la loi comme injustifiée et gravement coupable, est, donnée par le délégué, nulle et de nul effet. Ajoutons toutefois que la valeur du motif ne doit pas être estimée en s’en rapportant strictement à la dis­ cipline ancienne, mais â l’appréciation présente. 11 y 1437 DISPENSES a eu, en effet, dans le cours des siècles, en ce qui con­ cerne les dispenses, comme une dégradation des motifs. On se montre aujourd’hui moins exigeant qu’autrefois; il n'y a pour s'en rendre compte qu'à comparer la dis­ cipline actuelle avec celle du c. 20, De elect., d'inno­ cent III : on a tout lieu de croire qu’aujourd’hui la dispense en question serait certainement accordée. A !'époque où fut constituée la théorie, les dispenses ne devaient être données que pour des motifs de bien public, d’ordre public. A cette époque, l’intérêt des classes les plus hautes et les plus puissantes de la société était censé représenter assez exactement l’ordre public; comme il était malaisé de délimiter bien strictement ces hautes clàsses, on consentit peu à peu â abaisser le niveau de cette exigence et l’on descendit graduellement au pointoù nous en sommesaujourd'hui : on dispense pour des motifs d'ordre privé et des per­ sonnes appartenant aux classes inférieures. Le concile de Trente décidait : in matrimoniis contrahendis vel nulla omnino detur dispensatio, vel raro concedatur... In secundo gradu nunquam dispensetur, nisi inter magnos principes et ob publicam causam, sess..XXIV, c. V, De reform, matr.; on sait ce qu’il en est dans h pratique. A vrai dire, on peut affirmer qu’il y a là toujours des motifs graves : l'Église, qui n’a plus la puissance extérieure et matérielle à sa disposition, aime mieux faire plier la rigueur desesloisque d'exposer des âmes faibles, entraînées par la passion, à con­ tracter des mariages nuis, garantis par l'État, des unions concnbinaires qui priveraient les coupables de toute vie chrétienne publique; aussi tient-elle plus fermement à l’observation de ses lois dans le domaine intérieur où elle est seule maîtresse. On admet toutefois qu'une dispense est valide si elle s'appuie sur des motifs convenables, lors même que le supérieur qui l’accorde estimerait, à tort, le motif insuffisant. Mais, à l'inverse, la bonne foi du supérieur qui dispense sans raison aucune ne rend pas cette dispense valide. Parfois la dispense que le supérieur croit légitimée par des motifs sérieux est nulle par suite d’obreption ou de subreption. La dispense obreptice est celle que Ton obtient sur un faux exposé, que la fausseté atteigne le fait lui-même ou les motifs que l’on allègue, si ce faux exposé est cause finale ou déterminante de la dis­ pense: elle est subreptice, lorsque l’on tait, dans la supplique, ce que l’on aurait dû, suivant la jurispru­ dence romaine, exposer sous peine de nullité. Dans le doute, la dispense accordée est présumée valide. Ajou­ tons que, d’après les Normie peculiares annexées à la constitution Sapienti consilio, et publiées le 29 septrmbre 1908, c. vu, 3, désormais, les dispenses minoris gradus accordées par la S. C. des Sacrements seront concédées sous une forme telle qu’on ne pourra les attaquer du chef de subreption ou d’obreption. Ibid., n. 21. V. Les espèces de dispenses. — On peut faire entre elles de multiples distinctions. Quant à l’origine de la dispense, on distingue celle qui est donnée par le droit lui-même (a jure), et celle qui est accordée par le supérieur (a6 homine); si l’on considère la matière, on distinguera entre dispenses de mariage, d’irrégula­ rités, d’obligations rituelles, religieuses, de jeûne, d abstinence, etc. ; si l’on considère l’ampleur, on comptera la dispense partielle et la dispense totale; au point de vue des sujets, la dispense locale et la dis­ pense personnelle; au point de vue de l'application, la dispense de for interne et la dispense de for externe. Ces diverses divisions n’ont pas grande importance, sauf que si la dispense est a jure, ou concédée motu proprio, ou pour une société, on a le droit de l’inter­ préter largement; sinon, il faudrait s’en tenir stricte­ ment aux termes de la concession. 1438 VI. Les modes et les organes de dispense. — 1° Des modes. — On sait que les dispenses peuvent se présenter sous trois formes : gracieuse, commissoireet mixte ; gracieuse, si l’on donne simplement au délégué la mission de fulminer la dispense accordée à l'inté­ ressé, dispense qui vaut dès le jour où elle a été signée à Rome; commissaire, si on lui donne simplement la mission de fulminer la dispense, après avoir constaté que les motifs allégués sont véritables; mixte, si on lui donne le pouvoir de dispenser pro suo prudenti arbi­ trio, après avoir vérifié si les conditions imposées sont remplies. De plus, le supérieur peut dispenser ou d’une façon tacite, si, sans accorder une dispense proprement dite, il impose sciemment un office ou une dignité à un clerc qui n’a pas les qualités voulues par la loi, par exemple, si le pape consacrait évêque un prêtre qui n’a pas l’âge requis; il dispense plutôt expressément, ou bien oralement, ou plus communé­ ment par écrit. Cet écrit lui-même peut être ou bien une simple signature, ou bien une bulle, ou bien un bref. La voie télégraphique est normalement exclue. La dispense in radice. — On a coutume de traiter, â l’occasion des dispenses et de la manière dont on les accorde, d’une dispense spéciale, qui ne s'applique ordi­ nairement qu’aux mariages, et que les canonistes nom­ ment sanatio, plutôt que dispensatio, in radice. On désigne sous ce nom un acte pontifical par lequel la revalidation d'un mariage nul produit un effet rétro­ actifjusqu’au moment même où fut accompli le premier acte, l'échange du consentement. Par cet acte, l'Église feint d’avoir donné dès avant le mariage la dispense qu'elle n’a, en réalité, conférée que plus tard. Il suit de là qu’il n'y a pas lieu de renouveler un consentement qui produit ses effets, ni de légitimer, par un acte par­ ticulier, les enfants nés dans l’intervalle. La dispense in radice contient donc trois éléments : 1» dispense de l’empêchement avec rétroactivité fictive; 2« dispense de la loi positive qui impose de renouveler le consentement; 3“ légitimation, ipso facto, des enfants. Cette dispense improprement dite se distingue donc des autres en ce qu’elle concerne le passé plus que le présent et donne au consentement encore existant un effet rétroactif. Par conséquent, elle ne peut être concédée et demeurerait inopérante s’il n’y a pas eu à l'origine ou s'il n'y a plus consentement, quand le mariage a été contracté â l’ori­ gine avec un empêchement de droit naturel ou divin duquel elle ne peut pas dispenser : Matrimonium con­ tractum cum impedimento juris naturalis vel non posse sanari in radice. Rép. du Saint-Office. 2 mars 1904, Collectanea S. C. de Propvg. ■■■:■■ n. 2188, t. π, p. 453. On cite volontiers comme une sorte de dispense in radice encore innommée la Clémentine Quoniam, De immunitate ecclesiar. Des auteurs (cf. Gasparri. De malrimon., n. 1447) affirment, d’après l’historien Mariana, que Boniface VIH aurait usé de cette dispense en 1301, en faveur du mariage deSanche IV de Castille et de sa femme défunte Marie. On peut concevoir, sur ce fait, quelques doutes provenant de ce que le célèbre canoniste Johannes Andreæ (1270-1348) qui a glosé tant de textes et à qui nous devons la première théorie de­ là sanatio inradice n’en parle pas. D'ailleurs, au temps du canoniste Panormitanus (mort vers 1453), la théorie du pouvoir considérée en elle-même était encore très discutée. Plus tard, elle ne fait plus de doute, quoi qu’on ait prétendu en apportant certaines déclarations empruntées, disait-on, à Grégoire XIII. Plusieurs déci­ sions de la Rote, dès 1608. en témoignent. Sur ce sujet, voir Benoit XIV, Quœsliones canonicœ, q. CLXXIv et clxxxih; De synodo diœcesana, 1. XIII, c. xxt, n. 7. 2° Les organes de dispense. — Les récentes consti­ tutions pontificales ont apporté des modifications no­ tables à l'ancienne discipline concernant les organes 1439 DISPENSES — DISSENTERS 1440 de dispense. Les voici telles que les indique la bulle loi : elle a pour but soit de compenser, en soutenant Sapienti consilio du 29 juin 1908. Le Saint-Office ou en créant de bonnes œuvres, le mal que fait à accorde les dispenses touchant le privilège paulin, les l’ordre public l’infraction de la loi, soit de diminuer empêchements de disparité de culte et de mixte reli­ le nombre de ces infractions en les rendant onéreuses. gion ; la Congrégation consistoriale accorde celles C’est ce qu’enseignait, à propos des taxes pour dispenses concernant les élections épiscopales, la visite ad de mariage, Pie VU dans son bref l'iat nova, du 17 fé­ limina et ce qui s’y rattache, les lois sur l’adminis­ vrier 1809, aux évêques et vicaires capitulaires des tration des séminaires; la Congrégation de la disci­ diocèses de France : Non negleximus ecclesiasticis pline des Sacrements donne désormais les dispenses viris paupertate et senio confractis ac seminariis de mariage au for externe, celles pour les ordinands diœcesanis subsidia qua· potuimus comparare, con­ du clergé séculier, du jeûne eucharistique, et des lois cedentes scilicet ut in eorum utilitatem mulctæ illæ sur les églises et la sainte réserve; la Congrégation du a vobis convertantur, quæ ad resarciendum aliqua Concile, de l'abstinence, du jeune, des conditions re­ ratione vulnus quod ex dispensationum matrimonia­ quises pour obtenir un bénéfice, et en ce qui concerne lium concessione ecclesiasticae disciplinée infligitur, les fondations de messes, etc.; la Congrégation pour et ad matrimonia inter personas consanguinitatis vel les affaires des Religieux dispensera en tout ce qui affinitatis vinculo invicem conjunctas rariora ac dif­ concerne les religieux, et de même la Propagande en ficiliora reddenda, juste ab Ecclesia salubriterque ce qui concerne les missionnaires comme tels; l'index, constitutae sunt. Si ces taxes paraissent aujourd’hui des règles dont il surveille l’observation ; la Congréga­ plus critiquées, c’est que, par la faute même de ceux tion des Rites, de sa législation touchant les rites ordi­ qui les réclament avec instance, elles sont plus fré­ naires et les règles de la procédure pour la béatifica­ quentes. A l’occasion du concile du Vatican, des tion et la canonisation; la Congrégation des Éludes, évêques de diverses nations d’Europe (Allemagne, Bel­ de ses prescriptions pour l’obtention des grades; la gique, Italie) demandèrent, non la suppression, mais Pénitencerie a gardé la concession de toutes les dis­ la diminution de quelques-unes. Il y a lieu de croire penses de for interne, et la Daterie les dispenses des que l’Eglise saura trouver ici encore le moyen de sau­ conditions requises in conferendo beneficio. vegarder en même temps et l’honneur de sa discipline 3° Les clauses. — Parmi ces dispenses, il en est et le maintien de ses bonnes œuvres. quelques-unes dont la concession est soumise à des VIII. Cessation de la dispense. — La dispense a été clauses qu'il faut respecter, parfois sous peine de accordée par le supérieur pour un motif raisonnable : rendre la dispense invalide. L’Église peut soumettre elle peut être révoquée par le supérieur, pour un mo­ les faveurs qu’elle accorde aux conditions qu’elle estime tif de même valeur; cette révocation doit être notifiée utiles et dont elle est seule juge. C’est le devoir de à l’intéressé. Elle cesse encore par la renonciation de ceux qu’elle choisit pour intermédiaires de ces dis­ la personne dispensée, notifiée au supérieur et accep­ penses de veiller à ce que toutes les conditions impo­ tée par lui. Elle cesse enfin par la cessation totale et sées soient remplies. certaine de la cause qui a motivé la dispense, surtout VII. Les taxes. — Pour parler plus exactement, il si ce motif est considéré normalement comme une con­ faut distinguer, dans le langage d’aujourd'hui, taxes et dition expresse ou tacite; mais si elle a été accordée componendes, la taxe représentant les frais de poste sans condition aucune, ni expresse, ni tacite, ou bien et d’agence, la componende une contribution supplé­ par mode d’absolution, par exemple d’une irrégularité, mentaire destinée aux bonnes œuvres. Mais dans le ; elle ne cesse pas à la cessation du motif qui l’a d’abord langage commun, on les entend l’une et l’autre sous le 1 légitimée. nom de taxe. La bibliographie du sujet est assez abondante, au point de vue Elles ont été et sont encore parfois l’occasion d’accu­ de la pratique plutôt qu'au point de vue de l'histoire. Mention­ sations injurieuses contre l’Église et les souverains nons en première ligne les traités plus ou moins classiques de pontifes; accusations qui sont passées des protestants droit canonique et de théologie morale. Nous citerons ensuite et des gallicans du xvi' et du xvn' siècle à certaine les ouvrages ou les traités spéciaux. Notons tout d'abord qu'il n'y a pas dans le Corpus juris, ni même dans le Liber Vil de presse contemporaine. Il ne parait pas douteux que, Pierre Matthieu, de titre De dispensationibus. non seulement les dispenses elles-mêmes, mais la taxe, Voici au surplus les principaux ouvrages sur la matière : aient donné lieu à des abus. Ces abus, au xvi« siècle, Suarez, De legibus, 1. VI ; Claude d'Espence, De continentia, en particulier, soulevèrent la réprobation et les plaintes libri sex, Paris, 1565 ; Florenz, Dedispens. eecles., Paris, 1648; et du pape Adrien VI et d’un certain nombre de car­ de Marca, De concordia sacerdotii et imperii, 1. Ill, c. xnidinaux s’adressant au pape Paul Ill et sur son ordre, xv, et les notes de J. II. Bœhrner ; Collet, Traité des dispenses ; en 1538. Cf. Consilium de emendanda Ecclesia dele­ Launoy, Epist., part. HI, V, passim; Thomassin, Ancienne et nouvelle discipline de CÉglise, part. II, 1. Ill, c. xxiv-xxtx; ctorum cardinalium... Paulo 111 jubente conscriptum Pyrrho Corrado, Praxis dispensationum apostoticarum ; Be­ et exhibitum an. 1538, dans Le Plat, Monumenta ad noit XIV, en particulier const. Magna nobis, 29 juin 1748 ; Van historiam conc. Trident, potissimum illustranda, Lou­ Espen. Disput. de dispensation., Opera omnia, t. n, Louvain, vain, 1782, t. n, p. 597, 601, 602 sq. On sait aussi que 1753; S. Alphonse de Liguori, Theol. moral., 1. I, n. 178 sq. ; les princes allemands s’en étaient plaints en termes un Feije, De impedimentis et dispensation, malrim.; d'Annibale, peu lourds et grossiers dans leur long exposé des Cen­ Summula theol. moral-, t. n; Ballerini-Paimieri, Opus théo­ tum gravamina fait à la diète de Nuremberg (1523). logie. moral., De legibus ; Daremherg et Saglio, Dictionnaire des antiquités grecques et romaines, v Dispensator ; Fiebag, Cf. Centum gravamina..., en particulier, c. i et n,dans De indole ac virtute dispens. secund, princip. jur. canon., Le Plat, op. cil., p. 164 sq. Et le concile de Trente Breslau, 1867; M. A. Stiegler, Dispensation, Dispensationslui-méme parait bien le reconnaître, quand il édicte wesen und Dispensationsrecht im Kirchenrecht, Mayence, 1901, qu’à l'avenir on n’accordera plus de dispenses, ou t. I (le seul paru). Il ne comprend l'histoire de la dispense que qu’on ne les accordera que rarement, pour des motifs jusqu'à Gralien inclusivement, mais c'est l’ouvrage aujourd'hui sérieux, et gratuitement, c. v, sess. XXIV, De reform, le plus important et, somme toute, suffisant au point de vue malr., et c. n, sess. VI. de l'histoire. Mais ces abus ne prouvent rien contre le principe A. Villien. même de la taxe dans les dispenses. Cette taxe, en DISSENTERS ou NON-CONFORMISTES. On comprend sous ce nom, en Angleterre, toutes les sectes effet, a un double caractère, comme on l’a insinué plus chrétiennes qui n'admettent pas la doctrine des trentehaut : elle représente les multiples frais de bureau, de neuf articles de l’Eglise établie. Voir Anglicanisme, t. i, poste, ou de chancellerie ; elle est comme une amende col. 1829. 11 ne faut pas oublier qu'en Écosse l’Église infligée aux personnes qui demandent à enfreindre la DISSENTERS — DIVINATION 1441 établie n’est pas l’église épiscopalienne, mais le presby­ térianisme. Le nom de non-conformistes fut donné aux membres des sectes qui, en 1662, repoussèrent l’Acte d'uniformité. Il apparaît officiellement pour la pre­ mière fois dans 1 Acte des cinq milles, par lequel il était défendu aux non-conformistes de s’approcher à plus de cinq milles d'aucune des villes dans lesquelles, avant l’Acte d'uniformité, ils avaient exercé leur minis­ tère! 1666). Cf. \V. Holden Hutton, The english church from the accession of Charles I to the death of Anne, Londres. 1903, p. 188 sq., 203 sq. Chacune des sectes dissidentes devant avoir son ar­ ticle dansle Dictionnaire, il est inutile de les énumérer ici. .1. DE LA SeRVIÈRE. DISTRACTION. Voir Attention, t. i, col. 2215 sq. DITHÉISME. Voir Manichéisme. DIVINATION. — I. Définition el distinction. II. His­ torique. III. Prohibitions. IV. Degrés de culpabilité. I. Définition et distinction. — 4» Par divination on entend, en général, la prédiction de choses futures ou cachées.Cf.S. Thomas,Sum. theol., 11*11’’, q. xcv, a. 1. 1. Parmi ces choses futures ou cachées, il en est que l'on peut facilement connaître dans leurs causes, quand celles-ci produisent toujours et nécessairement leurs effets. Ainsi, par exemple, en étudiant la marche des astres, les astronomes annoncent, longtemps à l'avance et avec une certitude mathématique, les éclipses de lune ou de soleil, qui auront lieu pendant une série indéfinie de siècles. En cela, rien que de très naturel. 2. Il est d’autres choses futures dont la connais­ sance est moins absolue, mais qui ne sont pas néan­ moins complètement inaccessibles aux investigations humaines. Ce sont celles qui résultent de diverses causes ne produisant pas toujours et nécessairement leurs effets, mais les produisant d’ordinaire, et sauf des ex­ ceptions plus ou moins nombreuses. L'expérience, le coup d’œil, la perspicacité permettent alors de faire à leur égard des conjectures, plus ou moins fondées, et qui se réalisent ou ne se réalisent pas, selon leur degré de justesse. Un médecin habile, par exemple, peut prévoir quelles seront vraisemblablement les consé­ quences d'une maladie, et si elle se terminera par la guérison ou par la mort; un tacticien, quelle sera Tissue d’un combat ou d'une longue guerre; un poli­ tique, quelles seront pour une grande nation les suites des transformations sociales qui s'opèrent en elle, etc. En cela encore, rien que de très naturel; mais chacun voit que les connaissances de ce genre sont sujettes â de nombreuses et profondes erreurs. 3. Enfin, il est des choses futures dont la connaissance échappe totalement â l'esprit humain : ce sont les futurs contingents qui dépendent delà volonté libre des créa­ tures intelligentes. La liberté se détermine par ellemême. Dans des circonstances identiques, elle peut produire des effets absolument contraires; comme, dans des circonstances diverses, elle peut produire des effets identiques. L'homme ne connaît ces futurs contingents libres, que lorsqu'il les voit réalisés. Dieu seul les connaît à l’avance, et d’une certitude absolue, car lui seul voit, dans son éternité, les choses futures, comme si elles étaient présentes. Cf. S. Thomas, Sum. theol., I*, q. xiv, a. 13; q. ι.νπ, a. 3; q. lxxxvi, a. 4. Cette connaissance des futurs libres a toujours été regardée, chez tous les peuples, comme un attribut ex­ clusif de la divinité. Dans l'Ancien Testament, Dieu luirnême en appelle à ce témoignage irréfragable contre les faux dieux des gentils : Annuntiate quæ ventura sunt in futuro, et sciemus quia dii estis vos; bene quoque aut male, si potestis, facite, et loquamur, et videamus simul. Is., xli, 23. mer. DE THÉOL. CATUOL. 144ώ Si donc, ajoute saint Thomas, Sum. theol., Il* 11», q. xcv, a. 1, des hommes ont la présomption de con­ naître el d’annoncer à l’avance les futurs contingents libres, et cela, sans que Dieu les leur révèle, ils s'attri­ buent manifestement une puissance qui n'appartient qu’à Dieu. Ils usurpent la divinité, se prétendent divins, et c’est pour ce motif qu’on les appelle divins, ex hoc divini dicuntur. Cf. S. Isidore, Etym., 1. VIII, c. ix. P. L., t. i.xxxh, col. 312. Ils se présentent à leurs admirateurs comme remplis de la divinité. Cependant, ils ne cherchent qu’à les tromper par leurs mensonges, leur prédisant ce qu’ils ne peuvent aucunement con­ naître. Cf. S. Augustin, De civitate Dei, i. VII, c. xxxv; I. XXI, c. vi, vu, P. L.,t. xi.i, col. 223,716. Voilà pourquoi le mot divination, dit saint Jérôme, est toujours pris en mauvaise part. In Michæam, I. I, c. m, P. L., t. xxv, col. 1236 sq. Cf. Schmalzgrueber, Jus ecclesia­ sticum universum, I. V, tit. xxi, De sortilegiis, n. 6, 6 in-4", Rome, 1843-1845, t. v, p. 808. 2° Il ne faut pas confondre, en effet, la divination et la prophétie. Dans celle-ci, selon l’expression de saint Paul. I Cor., xn, 8, 10; xm, 2, 8, les hommes sont illuminés par la lumière même de l’Esprit de Dieu. Dans ce cas, dit saint Thomas, loc. cit., ce n'est pas de la divination, car ce n’est pas l'homme qui devine, c’est-à-dire qui fait un acte divin, non ipse divinat, id est quod divinum est, facit; mais, par un don de Dieu, il reçoit en lui ce qui est divin, sed magis quod divi­ num est suscipit. 3° Au sens strict du mot, la divination est donc Pacte par lequel, sans le secours de Dieu, on prétend connaître et annoncer ce que Dieu seul peut savoir; soit qu'il s’agisse de futurs contingents libres; soit qu'il s'agisse de pensées secrètes, qui, elles aussi, ne sont connues que de Dieu seul, car lui seul scrute les consciences et les cœurs. Ill Reg,, VIH, 39. Cf. Suarez, De religione, tr. Ill, I. H, c. vu, n. 2 sq., Opera omnia, 28 in-4", Paris, 1856-1878, t. xm, p. 499. II. Historique. — 1« Dans l’antiquité. — Chez tous les peuples de l’antiquité, en Orient surtout, la divina­ tion jouait un grand rôle, et les devins pullulaient. La crédulité à leur égard était telle, que leur profes­ sion devint extrêmement lucrative. Selon un mot de Sophocle, les devins étaient, avant tout, des hommes d'argent : το μαντικόν ζάν φιλάργυρο·? γένος. .·! ntiyme. 1055. La Bible fait aussi plusieurs fois allusion à leur cupidité. Num., xxn, 7; Midi., ni, 11. Cf. Maspero. Histoire ancienne des peuples de l’Orient d.is-;·, 3 in-8°, Paris, 1895-1899, t. i, p. 780. 1. A la cour des rois d’Égypte, ils avaient rar>_ p ,rmi les principaux officiers. Ils formaient la class- rdotale des {«ρογραμματεις, savants, ou scribes sacrés. On les regardait comme les maîtres des secrets du ciel. Par suite, ils étaient chargés d'interpréter es songes, de prédire l’avenir, d’annoncer, au nom de la divinité, s’il fallait, ou non, commencer telle ou telle entreprise, el si elle aurait un bon ou mauvais résultat. Cf. Gen., XLI, 8-25; Is., xix, 11 sq.;de Hummelauer, Comment, in Genesim,in-8’, Paris, 1895, p. 545; Maspero, op. cit., t. i.p.145, 213, 281. 2. A Babylone, comme en Égypte, les devins formaient une haute caste sacerdotale, ayant une place privihgi . à la cour, entourant le roi, el exerçant pour son compte l'art de la divination. Le roi les consultait, avant d mencer une guerre, et pour tous les actes un ρ·. υ im­ portants concernant l’État, ou ses intérêts pers. γ·γ·. Cf. Dan., i. 20; II, 2. 4, 10, 13. 27; ni. 8, 48; rv. i · . Ezech., xn, 24; xm. 6, 23; xxi, 21. 26. 27 ; xxn, 28; vvx .. 5; Is., xt.vil, 12; .1er., xiv, I4;xxvn,9; xxix. 8;l .'A i. 57; Nahum, m, 4; S. Jérôme. In E:ech., vu. 21; In Daniel., n, P. L., t. xxv, col. 206. 502; Diodore de Sicile, Hist., 1. II. 29; Oppert, Histoire de Chaldée et d'Assyrie, in-8°, Paris. 1868; Lenormant, ) a dim­ IV. — »6 1443 DIVINATION nation et la science des présages chez les Chaldéens, in-8», Paris. 1875, p. 1-75; Hopf, Thierorakel, in-8*, Stuttgart, 1888, p. 4 sq. ; Maspero, op. cil., 1.1, p. 777 sq. ; P. Lagrange, Etudes sur les religions sémitiques, 2' édit., Paris, 1905, p. 232-240. 3. Il y avait aussi des devins et pythonisses chez les Philistins qui les consultaient souvent pour connaître l’avenir, et savoir quel parti il leur fallait prendre dans les circonstances graves et difficiles. I Reg., vi, 2-10; Is., n, 6. 4. Les Juifs, si enclins à l'idolâtrie et si portés à se conformer aux mœurs des peuples, leurs voisins, ne pouvaient manquer, malgré les prohibitions de la loi, Nurn., ΧΧΙΠ, 23; Lev., xix. 26, 35; xx, 6: Deut., xvm, 10-14, et les objurgations des prophètes du vrai Dieu, d’avoir une grande confiance aux devins. Le roi Saül lui-même alla .consulter la pylhonisse d’Endor, pour apprendre d’elle quelle serait l’issue de la guerre qu’il avait entreprise. I Reg., xxvm, 7, 2l. Il n’eut que trop d’imitateurs, surtout sous les régnes d’Achaz et de Manassé. III Reg., xx, 33: IV Reg., ix, 22; xvn, 17; xxi, 6; Il Par., xxxm, 6; Is., m, 3; vin, 19; xix, 3; xxix, 4; Ose., iv, 12; Mich., v, 11. Josias se distingua par son zèle à chasser les devins que ses prédécesseurs avaient favorisés. IV Reg., xxill, 24. Après la captivité, ils semblent avoir disparu. La Bible, du moins, n’en fait plus mention à partir de celte époque. 5. Chez les Grecs, malgré leur haute culture intellec­ tuelle et leur connaissance de la philosophie, les devins n’étaient pas moins nombreux que chez les peuples de l’Orient. La diversité des noms qu'on leur donnait, montre l’infinie variété des moyens dont ils usaient pour tromper les foules qui accouraient vers eux, et le rôle considérable qu’ils jouaient dans la société. On les appelait, αϋγουρε;, οίωνισται, οίωνομαντε:;, οίωνοπόλοι, οίωνοσζόποι, οί επ’ οιωνοί; Ιερείς. C’étaient principa­ lement les prêtres et les prêtresses d'Apollon qui faisaient profession spéciale de prédire l’avenir. L’oracle de Delphes est trop connu pour qu’il soit besoin d’insister sur ce sujet; mais il y avait, en outre, une multitude de devins inférieurs, charlatans, diseurs de bonne aventure, ou donneurs d’horoscopes. Cf. Platon, De republiea,n; Leg.,x.i; Hérodote, Hist., iv, 67; Xénophon, Entretiens mémorables, i, 13; Artémidore, Oneirocritie, in-8", Venise, 1758 : 2 in-8», Leipzig, 1805; Westermann, Scriptores rerum mirabilium greed, in-8°, Brunswick, 1839; Schell, De Tiresia, Græcorum vate, quotquot reperiri potuerunt fontes et dicta, in-8», 1851, dans Archiv für Philologie, t. xvn, p. 54-100; Journal des savants, 1853; Bouché-Leclerq, Histoire de la divi­ nation dans l’antiquité, 4 in-8°, Paris, 1882, t. ni, p. 39-84, 208-270; Daremberg et Saglio, Dictionnaire des antiquités, 8 in-fol., Paris, 1877-1909, t. n, p. 310316. 6. Parleur crédulité et la confiance qu’ils accordaient aux devins, les Romains n’étaient inférieurs ni aux Grecs ni aux peuples anciens de l’Orient. Les augures étaient chargés de prendre les auspices, c'est-à-dire d’interpréter les signes par lesquels on supposait que la divinité faisait connaître sa volonté. Le mot auspices vient de avis et de spicere, observer les oiseaux. Au­ gure, augur ou avigur, a, à peu près, la même étymolo­ gie : aeis et le verbe archaïque gurere. Ces auspices, ou manifestations des vouloirs divins, étaient groupés en plusieurs catégories : a) Les auspices célestes, ou phé­ nomènes météorologiques,surtout ceux qui se rappor­ taient à la foudre et au tonnerre, que l’on considérait comme les paroles ou les réponses de Jupiter. Si l’éclair se dirigeait de droite à gauche, c’était mauvais signe; mais s'il allait de gauche à droite, on pouvait se réjouir et être sûr du succès. Le signe était très lavorable, si l’éclair se produisait par un temps serein. C'était, alors, ce que les pontifes de la science sacrée, 1444 interprètes de Jupiter, appelaient Vaus/icium maxi­ mum, l'auspice par excellence. — b) Les auspices tirés de l’examen des animaux, surtout des oiseaux, et, parmi eux, principalement de ceux qu’on appelait aves augurales : par exemple, l'aigle, ou le vautour, oiseau de Jupiter; la chouette, oiseau de Minerve; le pivert, oiseau de Mars. On observait surtout avec soin leur vol ou leur cri. — c) Les auspices tirés des pou­ lets sacrés, auspicia ex tripudiis. Ceux-ci présentaient l’avantage d’être toujours à la disposition de ceux qui voulaient les consulter. Une armée romaine n’entrait jamais en campagne, sans emporter, dans ses bagages, un bataillon de poulets sacrés destinés aux auspices. Le général les consultait avant de livrer bataille, ou de s’engager dans un défilé. S’ils dévoraient leur nour­ riture avec avidité, c’était bon signe. Mais tout était à craindre, s’ils montraient de la répugnance pour les aliments, etc. La connaissance de ces nombreux auspices formait une vaste science, subtile et minutieuse, une sorte de jurisprudence sacrée, placée sous la sauvegarde du collège des augures, vu son extrême importance pour le bonheur des individus, et les intérêts supérieurs de l’État. Les Romains, en effet, n’entreprenaient rien, dans la vie publique comme dans la vie privée, sans con­ sulter lesdieux,c’est-à-dire sans prendre lesauspices. Le sort de l’État et des particuliers semblait dépendre du soin apporté à examiner ces signes de la destinée, et delà manière de les comprendre. Nihil belli domique, nisi auspicato, disait Tite-Live, Hist., 1. I, 36. Cf. Cicé­ ron, De divinatione, 1. I, 16. Ce collège des augures, augures publici populi ro­ mani Quiritium, était l’un des plus anciens collèges sacerdotaux de Rome. Les recueils des lois, des for­ mules à réciter, du cérémonial à suivre, des solutions intervenues dans les divers cas. formaient une collec­ tion volumineuse de livres rédigés par les augures, et conservés précieusement dans les archives de leur col­ lège. Ces recueils subsistaient encore au temps de Sénèque. Cf. Regel!, De augurum publicorum libris, in-8». Breslau, 1878. Cicéron qui ne croyait pas à cette science occulte, et qui la considérait comme une pure jonglerie, en montre l'inanité et le ridicule, dans son traité De divinatione, 1. 1, 2, 40, 47; I. Il, 38, etc. H était cependant augure lui-même. Aussi, par une su­ prême contradiction de son esprit sceptique, parle-til, dans un autre de ses écrits, de cette dignité, comme de l’une des plus éminentes de l’État, et il veut que la divination soit maintenue dans la République, et uni­ versellement respectée. De legibus, m, 8. Cf. De republica, II. 9; De natura deorum, I, 15 sq., 47; II, 3, 4; Horace, Carm., 1, 7, 27 ; III, 8, 27; Varron, De lin­ gua latina, 1. V,33; I. VI, 83; Valère Maxime, De dictis et factis memorabilibus, 1. 11, 1 sq. ; Denys d’Ilalicarnasse. Antiquités romaines, 1. II. 22, 64; 1. III, 6972, 3 in-fol., Paris, 1827; Tacite, Annal., I. XI, 27; De moribus Germanorum, 10; Juvénal, Salir., X, 366; Tite-Live, Hist., 1. I. 18; I. IV, 4; 1. X, 6; 1. XXVI, 41; Suétone, Oct., 7. 93; Ovide, Mélam., V, 549 ; Plutarque, Quæst. mor., 72; Dion Cassius. Hist, rom., 1. XXXIX, 17; I. XLII, 21 ; 1. XLVII1, 36, 54; 1. XLIX, 16. 3 in-8», Paris, 1852; Manutius, De auspiciis, dans Sallengre, Novus thesaurus antiquitatum romanarum, 3 in-fol., La Haye, 1716-1719, t. i, p. 805; Mascov, De jure aus­ picii apud Homanos, 3 in-4», Leipzig, 1721, 1874, t. I, p. 41; Rubino. De augurum et pontificum apud ve­ teres romanos numero, in-8», Marbourg, 1852; Maronski, De auguribus romanis, in-8», Neustadt, 1859; Lange, Hœmische Alterthiimer, in-8», Berlin, 1876; Mommsen, Handbuch der rom. Alterthiimer, 2 in-8», Leipzig, 1871.-1874; Marquardt, Deem. Alterthiimer, 6 in-8», Leipzig, 1885, t. iv, p. 346 sq. ; Bouché-Leclerq, Histoire de la divination dans l'antiquité, \ in-8", 1455 DIVINATION 1446 Paris, 1879-1882, t. iv. p. 180-283; Manuel des insti­ par divers auteurs : De pythonicis mulieribus, par tui unis romaines, in-8“, Paris, 1886. Ulric Molitor; De pythonico contractu, par Thomas 2« Aux temps évangéliques. — A l’époque où les Murner; De credulitate dœmonibus adhibenda, par apôtres se répandaient dans le monde pour le conque- I Malleoli; De strigibus, par Barthélemy de Spina; De rir à Jésus-Christ, les devins de toute sorte étaient lamiis, in-fol., Francfort, 1582. Cf. Boguet, Discours trop nombreux dans toutes les nations païennes, pour des sorciers, in-12, Rouen, 1606; Binsfeld, De confes­ que les messagers de la bonne nouvelle n'en rencon­ sionibus male/icorum et sagarum, in-12, Cologne, 1623 ; trassent pas souvent sur leur route. En voyant la puis­ Maraviglia, Pseudomantia veterum et recentiorum sance des envoyés de Jésus, plusieurs de ces devins explosa, in-4°, Venise, 1662; Maury. La magie et l’as­ cherchèrent à les imiter. Ne pouvant y réussir, ils trologie dans l'antiquité et au moyen âge, in-12, firent tous leurs efforts pour les combattre, comme de Paris, 1877, redoutables concurrents qui venaient les déposséder, 3. De nos jours, il est de bon ton de se moquer de ce et leur enlever le prestige dont ils jouissaient auprès qu’on appelle les préjugés des siècles d’ignorance. des foules. Outre Simon le Magicien qui opérait à Jé­ Grâce aux progrès des sciences modernes, on se pré­ rusalem même. Act., vin, 9, le Nouveau Testament en tend émancipé de toute attache dogmatique, et l'on nomme plusieurs. A Salamine, par exemple, le devin rejette comme des fables toutesles données de l’histoire Earj.'su, ou Élytnas, dit le sage et le voyant, voulait relatives au démon et à ses manifestations. La crédu­ empêcher le proconsul Sergius d’entendre la parole de lité humaine n’en reste pas moins grande. Bien des Dieu; aussi saint Paul frappa-t-il de cécité ce fils du gens, même instruits, avides de connaître l’avenir et diable, comme il l’appelait; cet ennemi de toute jus­ les choses cachées, emploient encore, pour arriver à tice, plein de ruses et de tromperies. Act., xiii, 6, cette connaissance, des pratiques ni moins bizarres, 53. A Philippes, une jeune esclave, possédée de l'es­ ni moins superstitieuses. Les moyens mis en œuvre prit malin, procurait de grands profils à ses maîtres ont changé, mais le but est toujours identique, comme par ses divinations. Act., xvt, 16. Saint Paul com­ est toujours la même cette curiosité maladive de l'esprit manda à l'esprit mauvais d’abandonner cette pauvre humain. Ce n’est plus la sorcellerie » des siècles d'i­ fille. ce qui attira sur lui la haine de ses maîtres, qui gnorance », ni l'art augurai des Romains, ni les con­ allèrent se plaindre aux magistrats d'avoir été privés vulsions épileptiformes des prêtresses de Delphes; mais par Pau) de ce qui faisait leur fortune. Une sédition ce sont les pratiques plus à la mode et à couleurs scien­ populaire s'éleva à ce sujet. Paul et Barnabe furent sai­ tifiques du somnambulisme, de l’hypnotisme, du magné­ sis, mis en prison, et battus de verges. Cf. Act., xvt, 17tisme, de l’occultisme, ou du spiritisme. Au xx'siècle, 40; xix, 13; II Pet., n, 1; I Joa., tv, 1 ; Josèphe, Ant. pour découvrir les secrets de l’avenir, on évoque les jud., I. XX, c. v, 1; vin, 6; Bell. jud., 1. II, c. xni, 4; morts, comme les évoquèrent les nécromanciens du i. VI. c. v, 2; I. VII, c. xi, 1 ; Tacite, Hist., 1. V, 13. moyen âge, et la pythonisse d'Endor devant Saül, il y a Rien d’étonnanl, d’ailleurs, que les apôtres aient plus de trois mille ans. On se proclame hautement trouvé souvent de pareils obstacles sur leur chemin. incrédule, et l'on est, pour le moins, aussi crédule que Le Sauveur leur avait prédit qu'il y aurait de ces de­ ceux dont on tourne en dérision la crédulité. vins, ou faux prophètes, jusqu'à la fin du monde, et C'est encore et toujours un recours plus ou moins que, par leur astuce, ils séduiraient non seulement des déguise à la puissance infernale, un culte plus ou moins individus, mais des multitudes entières. Matlh., xxiv, explicite rendu aux démons. La croyance aux devins 11. 24; Marc., xnt, 22; Luc., vt, 26. Dans ses révéla­ subsiste toujours, non seulement dans le peuple, mais tions sur les derniers temps, saint Jean nous en montre encore dans les classes soi-disant éclairées de la société. encore à côté de l’Antéchrist. Apoc., xvt, 13; xtx, 20; Les tireuses de cartes et les somnambules ont toujours xi. 10. une nombreuse clientèle, et, dans les salons, on fait 3» Depuis les apôtres jusqu'à nos jours. — 1. A tourner lestables pour interroger les esprits.Cf. Wahn, mesure que la vraie religion se répandait dans le Le spiritisme dans l'antiquité et dans les temps mo­ monde, l'empire de Satan était contraint de resserrer dernes, in-12, Paris, 1885. On se rappelle la vogue ses limites. Les oracles des temples païens se turent obtenue comme devineresse, au commencement du ,-s uns après les autres, et le nombre des devins di­ XIXe siècle, par Mlle Lenormant, que Napoléon I- luiminua de plus en plus. Cf. Plutarque, De defectu même alla consulter. Cf. Mémoires historiques et oraculorum. Les Pères de l’Église, cependant, eurent secrets de l’impératrice Joséphine, 2 in-S\ Paris. encore, bien des fois, à les combattre. Au commence­ 1820. Dans son opulent salon de la rue de Tounun, ment du V" siècle, saint Augustin dut écrire contre avaient successivement défi lé, pour connaître l'a v.-nir, les enx un traité ex professo : De divinatione dtemonum, plus hauts personnages de la République,du Directoire P. L., t. xi., col. 581 sq. Cf. Fessier et Jungmann, Insti­ et de l’Empire : Robespierre, Marat. Sainl-Just, et Ion tutiones patrologiæ, part. II, c. vi, § '165, 3 in-8°, Insnombre de généraux de Napoléon, qui se seraient crus pruck, 1890-1896, t. n, p. 288. déshonorés de mettre les pieds dans une église. 2. Mais comme le triomphe du bien sur le mal ne Cf. Prud'homme, Répertoire des femmes célèbres, saurait être complet ici-bas, les démons, malgré les A/11· Lenormant, 4 in-80, Paris, 1826-1827. progrès de l’Évangile, eurent encore, même chez les Ces errements, ces inconséquences, celle crédulité nations chrétiennes, la puissance, quoique bien res­ outrée, ce besoin de connaître l'avenir, et le fol espoir treinte depuis, d’abuser de la crédulité humaine. La de parvenir à cette connaissance, n’ont pas diminué connaissance de l’avenir que les anciens avaient de­ durant le xixe siècle. Tout cela subsiste encore actu vi­ mandée aux esprits de ténèbres par l’art augurai, lement. Le peuple croit toujours aux diseurs de tonne l'astrologie et les rites impurs du culte idolàtrique des aventure, bohémiens ou autres; les classes élevées fausses divinités, le moyen âge le leur demanda par les fournissent de nombreux adeptes au magnétisme ·-: ;.u pratiques de la sorcellerie, des maléfices, des sortispiritisme. Il n’est pas rare de lire dans les joumeux leges et des superstitions scus toutes sortes de forme. de notre époque des annonces ou réclames pour d. iOn en trouve l'exposé détaillé dans l’ouvrage du domi­ neresses, cartomanciennes, voyantes, etc. Fort riche nicain Sprenger, grand inquisiteur d’Allemagne au est encore, de nos jours, la bibliographie des ouvrages xv« siècle, Malleus male/icorum, in-fol., Cologne, de sorcellerie divinatoire et de pratiques supersti­ 1489, dont jusqu’à neuf éditions furent tirées en peu tieuses, en vue de soulever le voile qui nous d.-robe d’années. Un second volume, publié plus tard, contenait l'avenir. Cf. Julia Orsini, Le grand Ltteila, ■ u l'art plusieurs autres traités, composés sur ces matières de tirer les cartes, in-8% Paris, 1853; James Braid, 1447 DIVINATION Table turning and table talking, in-80, Londres, 1853; Boiteau, Les cartes à jouer et la cartomancie, in-4°, Paris, 1854; Salverte et Littré, Des sciences occultes, in-8”, Paris, 1856; Eliphas Lévi, Clef des grands mys­ tères, in-8», Paris, 1861;Mlle Lemarchand. Jïécréalions de la cartomancie, in-12, Paris, 1867; Blavatsky, Jsis unveled, in-8°, New-York, 1877; M“« Clément, Le corbeau sanglant, ou l’avenir dévoilé, in-8», Paris, 1879; Papus, Traité méthodique de science occulte, in-8°, Paris, 1891: De Guaita, Au seuil du mystère, in-8», Paris, 1890; Godard, L'occultisme contemporain, in-12, Paris, 1900. 4. Dans les pays de missions, les missionnaires ren­ contrent assez fréquemment encore, de nos jours, les devins, tels qu’ils étaient du temps des apôtres, au sein des nations païennes de l'antiquité. Cf. Verdun, Le diable dans les missions, 2 in-12, Paris, 1893. 111. Prohibitions. — 1» Législation mosaïque. — Les devins étaient si nombreux chez tous les peuples avec lesquels les Israélites se trouvaient en relation, et si prononcé était le penchant de ceux-ci à suivre les errements de leurs voisins, que la loi mosaïque fit, à ce sujet, des prescriptions très sévères. Elles furent, en même temps, assez détaillées, pour comprendre et interdire, à la fois, tousles genres de divination. 1. Moïse parle, d’abord, de la plus répréhensible de toutes : celle qui implique un rite idolàtrique et abo­ minable auquel se conformaient les adorateurs de Mo­ loch : Qu’on ne trouve chez toi personne qui fasse passer par le feu son fils ou sa tille, pour consulter sur l’ave­ nir les prétendus voyants. Deut., xvm, 10; Lev., xvm, 21 ; xx, 2, 27. — 2. Que personne n’ait la prétention d'interpréter les songes. Deut., xvm, 10; Lev., xix. 26. — 3. Que personne ne pratique l’art des augures et des sortilèges. Deut., loc. cit. — 4. Que personne n’ait re­ cours aux charmes, ou consulte ceux qui ont l’esprit de python ou les devins. Deut., xvm, '11; Lev., xtx, 31. — 5. Que personne n’évoque les morts, pour apprendre d’eux la vérité. Deut., xvm, 11. — 6. lr· pénalité : Si quelqu'un s’adresse à ceux qui évoquent les esprits, ou aux devins, il sera mis à mort par le Seigneur. Lev., xx, 6. — 7. 2e pénalité : Tout Israélite, nomine ou femme, qui aura voulu avoir en lui l’esprit mauvais, et, par son moyen, aura pratiqué la divination, devra être lapidé par le peuple. Que le sang des coupables retombe sur eux : leur mort ne peut être imputée qu'à eux-mêmes. Lev., xx, 27. — Car, ajoute Moïse, en forme de conclusion, et pour expliquer le motif de si graves châtiments, quiconque fait ces choses, est en abomination à Jéhovah, et c’est à cause des crimes de ce genre que Jéhovah ton Dieu va chasser ces nations devant toi. Elles écoutent les augures et les devins; mais, toi, tu ne dois écouter que le Seigneur ton Dieu. Lev., xvm. 24 sq. ;Deut., xvm, 12, 13, 14. Cf. Num., xxm, 23; 1 Reg., xv, 23; Eccli., xxxiv, 5 sq.; Is., m, 3; vin, 14; xliv; lvii, 3; Zach., xm, 2; Mich., v, 11. Ces prohibitions si sévères avaient pour but d’établir sous ce rapport, entre les Juifset leurs voisins, une barrière infranchissable. 2° Législation romaine. — 1. L’empereur Auguste et plusieurs de ses successeurs : Claude, Vitellius, Vespasien, Domitien, etc., firent des lois contre les devins; mais elles visaient, moins la divination elle-même, que quelques cas particuliers. Ainsi, par exemple, il fut défendu de prédire le décès, soit des individus, soit surtout des princes. Défense également de prophétiser des événements relatifs aux intérêts supérieurs de l’État. Défense pour les esclaves, sous peine d’être mis en croix, de consulter les devins sur la vie de leurs maîtres. Cf. Dion Cassius, Histoire romaine, 1. LVI, 9, 25; I. LV11, 18; 1. LXXV, 13; Tacite, Annal., 11, 32; XII, 52; Hist., II, 52. La multiplicité de ces mesures en dé­ montre l'inefficacité. Les devins et pronostiqueurs de 1448 tout genre n’en furent pas moins à la mode. Ils y ga­ gnèrent de pouvoir faire payer plus cher leurs consul­ tations, à ceux qui, en dépit des senatus consultes et des édits impériaux, ne cessaient de recourir à leurs bons offices. Cf. Juvénal, Satir., VI, 557 sq. Les princes, d’ailleurs, malgré ces prescriptions émanées d’eux, laissaient voir trop clairement qu’ils ne regardaient pas les devins comme des charlatans et des imposteurs; mais que, loin de les mépriser, ils comptaient avec eux, comme dépositaires de secrets redoutables. Au fond, ils ne cherchaient qu’à se réser­ ver à eux-mêmes la connaissance de ces secrets, en la soustrayant au public. Ainsi, tout en édictant des lois contre les devins, Auguste, Tibère, Vespasien, MarcAurèle lui-même, tout philosophe qu’il était, Septime Sévère et Alexandre Sévère en gardèrent dans leur pa­ lais, ou dans leur entourage, pour leur usage person­ nel. Avec de tels exemples venus de si haut, quel ré­ sultat auraient pu produire les lois, même les plus draconiennes? Cf. Suétone, Tiber., 63; Vitell., 14; Domit., 16; Lampride, Alex. Sever., 44; Mommsen, Ma­ nuel des antiquités romaines, 19 in-8», Paris, 18931907, t. xtx, p. 193 sq. 2. Sous les empereurs chrétiens, la répression devint plus efficace, parce qu’elle fut menée avec plus de persévérance et surtout plus de logique. Le peuple sa­ vait que les empereurs chrétiens ne croyaient pas à la divination qu’ils proscrivaient. Aux lois s’ajoutaient donc les exemples des législateurs, et les exemples ont tou­ jours plus de force que les édits. Ceux-ci furent parti­ culièrement sévères contre la divination et les devins. Constantin condamna à mort les devins, et à la dépor­ tation ceux qui recouraient à leur prétendue science pour connaître l'avenir (319). Code Théodosien, IX, xvi,4, 6, 16; X, xvt; 1. 2; XVI, x, 1, 2, 4, 6. Cf. Eusèbe, Vita Constant., 1. II, 26, 45; 1. Ill, 54; Socrate, H. E., 1. I, c. xvi; Sozoméne, H. E., 1. II, c. iv-v; 1. IV, c. x; Ammien Marcellin, Hist., 1. XIV, 7, 8; XV, 3, 5, 6; I. XVIII, 3; 1. XIX, 12,15; Zozime, Hist., 1. II, 31. Julien l’Apostat qui pratiquait lui-même l’art divinatoire, voulut rendre aux oracles païens leur ancienne renom­ mée (361); mais il mourut peu d’années après (363). Cf. Sozoméne, //. E., I. VI, c. xxxv; Ammien Marcel­ lin, Hist., 1. XXIX, 1, 2, 9. Les empereurs Jovien et Valentinien arrêtèrent l'œuvre néfaste de Julien l’Apos­ tat (363-375); puis, l’empereur Théodose le Grand, par une série d'édits publiés en 381, 385, 391, 392, renou­ vela les décrets de Constantin, statuant contre ceux qui s'adonnaient à la divination, la peine de mort et la con­ fiscation des biens. Avec l’énergie qu’apporta un tel prince, la répression eut des résultats appréciables, et, si la divination ne cessa pas complètement sur le terri­ toire de l’empire, du moins, elle diminua très sensible­ ment. Cf. Code théodosien, XVI, x, 7, 9, 10, II, 12; Mommsen,.Man. des antiquités romaines, t. xix.p. 194. 3° Législation ecclésiastique. — 1. Les Constitutions apostoliques, 1. II, c. i.xn, font une défense expresse aux chrétiens d’imiter les gentils dans la créance que ceux-ci accordentaux devins, aux augures et aux aruspices. Cf. Mansi, Concil., 1.1, col. 370 sq. Celte défense fut ensuite renouvelée bien des fois, dans les siècles suivants. Le concile d’Ancyre (314), par son canon 23«, soumet à une pénitence de cinq ans ceux qui consultent les devins ou qui les introduisent dans leurs demeures. Cf. Mansi, Concil., t. n, col. 534. Le prétendu IV· con­ cile de Carthage, tenu en 398, dit, canon 89«, qu'il ne faut pas admettre ces coupables aux assemblées de l’église. Cf. Mansi, Concil., t. ni, col. 957. Les conciles de Vannes (461), canon 16«, d'Agde (506), canon 42«, et d’Orléans (511). canon 30«. les excommuniaient. Cf. Mansi. Concil.. t. vu, col. 957; t. vin, col. 332, 356. La même peine est promulguée contre eux par les conciles d'Auxerre <578 . canon 4«, de Reims (630), ca­ 14-49 DIVINATION non 14e, le IVe de Tolède (633), canon 28e, et de Rome (721), canon 12e. Cf. Mansi, Concil., t. tx, col. 912; t. x, col. 596, 627; t. xn, col. 264. Dans le courant du IXe siècle, Raban Maur rappelle ces défenses toujours en vigueur et malheureusement toujours applicables. Pænitentiale, c. xxxt, L., t. ex, col. 491 sq. Elles durent être renouvelées encore par le concile de Lon­ dres, tenu en 1125, canon 15e. Cf. Mansi, Concil., t. xxt, col. 332. Ces canons de conciles passèrent presque tous dans le Corpus juris. Outre l’excommunication qu’ils encouraient, ceux qui consultaient les devins, les au­ gures ou le sort, y étaient déclarés infâmes, inhabiles à témoigner en justice, privés de toute dignité ecclé­ siastique, s’ils en possédaient, et, dans ce cas, enfermés dans un monastère pour y faire pénitence jusqu’à la lin de leurs jours. Cf. Décret de Gratien, part. II, caus. 111, q. v, c. 9, Constitutiones ; caus. XXVI, q. v, c. 1, Si guis ariolos; c. 2, Qui divinalores; c. 5, Si guis epis­ copus; c. 6, Aliquanti clerici; c. 7, Sortes; c. 8, Pervenit ad nos ; c. 9, Si guis clericus; c. 10, Contra; c. xi, Auguriis; Decretal. Gregorü ΙΧ,Ϊ. V, tit. xxt, De sorlilegiis, c. 1-3. On sera probablement étonné que, pour des matières de ce genre, l’Église ait dû fulminer même contre des clercs, des moines, des diacres, des prêtres et des évêques : Si quis clericus, monachus, vel sæeularis divinationem vel auguria crediderit observanda, Ier concile d’Orléans (511), Mansi, Concil., t. viti, coi. 356; Décret de Gratien, part. II, caus. XXVI, q. v, c. 9. Si guis episcopus, aut wesbyter, sive diaconus, vel quilibet ex ordine clericorum... aruspices, aut in­ cantatores, aut ariolos, aut augures, vel sortilegos consuluisse fuerit deprehensus, IVe concile de Tolède (633). Mansi, Concil., t. x, coi. 627 ; Décret de Gratien, part. Il, caus. XXVI, q. v, c. 5. En consultant le sort et les aruspices, ces clercs, moines, diacres, prêtres ou évêques, prétendaient, tant l’erreur est subtile, suivre les exemples des saints et s’appuyer sur l’Écrilure elle-même. Aussi les canons ecclésiastiques, en punissant les coupables, prennentils soin de signaler l’erreur et les ruses dont Satan se sert pour séduire les simples, ou ceux qui seraient de bonne foi. C’est là une religion feinte, dit le concile d’Agde (506), canon 42e, et c’est à tort qu’on invoque les exemples des saints pour ces pratiques si répréhen­ sibles : Student auguriis, et sub nomine /icite religio­ nis per eas, quas sanctorum sortes vocant, divinatio­ nis scientiam profitentur, aut quarumcumque Scrip­ turarum inspectione futura promittunt. Cf. Mansi, Concil., t. vin, coi. 332; Décret de Gratien, part. II, caus. XXVI, c. 6. Le Ier concile d’Orléans (511), ca­ non 30e, s’exprime de même : Sortes quas mentiuntur esse sanctorum. Cf. Mansi, Concil., t. vin, col. 356; Décret de Gratien, toc, cit., c. 9, Si quis clericus. Le concile d’Auxerre (578), canon 4e, stigmatise,à son tour, une erreur aussi préjudiciable. Cf. Mansi, Concil., t.ix, col. 912. 2. L’Église s’était prononcée avec non moins de vigueur contre ceux qui prétendaient connaître l’avenir, ou découvrir les choses secrètes ou les fautes cachées, par l’épreuve du fer rouge, ou de l’eau bouillante· Dans le courant du ix» siècle, le pape Étienne VI (888) écrivait à ce sujet à Humbert, évêque de Mayence, une lettre que Gratien a insérée dans son Décret, part. II, caus. II, q. v, c. 2Ô, Consuluisti. Ces préjugés persé­ vérèrent longtemps encore dans les mœurs. Quatre cents ans plus tard, le pape Honorius III (1225) dut sévir contre eux par une ordonnance insérée également dans le Corpus juris. Cf. Decretales, I. V, lit. XXXV, De purgatione vulgari, c. 3, Dilecti. Voir aussi S. Tho­ mas, Sum. theol., II’ 11«, q. xcv, a. 8, ad 3““. 3. Si les moyens barbares de divination disparurent peu à peu, il n’en fut pas ainsi de la divination par les 1450 augures, les aruspices, les présages, les sorts, les astres, etc. Jusque dans les temps modernes, l’Église fut contrainte de renouveler, à cet égard, ses défenses et ses anathèmes. Le Ier concile de Milan, tenu en 1565, part.I, c.x.etcelui de Toulouse, tenu en 1590,part. IV, c. xn, en traitent longuement. Cf. Mansi, Concil., t. xxxiv, col. 12, 1317. A la lin du xvi» siècle, le pape Sixte-Quint dut écrire longuement, ex professo, contre les devins, et renouveler contre eux toutes les condam­ nations des siècles précédents. Cf. const. Cieliel terrse, du 5 janvier 1585, Pullarium romanum, t. vm, p.616650; Ferraris, Prompta bibliotheca canonica, v» Su­ perstitio (divinatio), 10 in-4°, Rome, 1785-1790, t. vit, p. 523-526. Au milieu du xvme siècle, la S. C. de l’in­ quisition intervint encore, 5 août 1745. Cf. Ferraris, Prompta bibliotheca, v0 Sorlilegium, t. vu, p. 470. ΕηΙΐη,οη peut regarder aussi, dans une certaine mesure en tant que ces choses condamnées seraient employées comme moyens de connaître l’avenir, comme édictés contre la divination les décrets émanés des S. C. ro­ maines, jusqu’aux dates les plus récentes, contre les tables tournantes et parlantes, contre le magnétisme, l’hypnotisme, le somnambulisme, l’occultisme et le spi­ ritisme. Cf. S. C. de l’inquisition, 21 avril 1841 ;8 juil­ let 1847 ; 21 mai 1856; 30 juillet 1856 ; 4 août 1856; 2 avril 1864; S. Pénitencerie, 1er juillet 1841; 1er février 1882, Acta sancite sedis, t. t, p. 177 sq. 4“ Législations civiles modernes. — 1. Le code pénal français a plusieurs sanctions contre, les devins. II les condamne, non pour un motif de religion, mais pour un motif de simple honnêteté naturelle, parce qu’il es considère comme des voleurs, abusant de la crédulité des gens pour les tromper et leur soutirer des sommes plus ou moins considérables. Ceux, dit-il, qui font mé­ tier de deviner et pronostiquer, ou d’expliquer les songes, seront punis d’une amende de quinze francs, et pourront ’.tre condamnés, selon les circonstances, à un emprisonnement de cinq jours. En outre, les instru­ ments, ustensiles et costumes, servant, ou destinés à servira l’exercice du métier de devin, pronostiqueur, ou interprète de songes, seront saisis et confisqués. Si le devin, pronostiqueur, ou interprète de songes.se fait donner de l’argent, le code pénal qualifie ce fait d’es­ croquerie, et condamne les délinquants à une amende de 50 à 3000 francs, comme aussi à un emprisonne­ ment d’un an à cinq ans, a, 479-481. 2. Les codes des nations modernes ont, en général des dispositions analogues, et pour des motifs iden­ tiques. Cf. Dalloz, Dictionnaire pratique du ;t. in-foh, Paris, 1905, p. 376,573. IV. Degrés de culpabilité théologique. — Ie La divination est évidemment une faute très grave, quand, pour découvrir les secrets de l’avenir que Dieu seul peut savoir, on s'adresse explicitementou implicitement au démon. C’est reconnaître au prince des ténèbres une puissance égale à celle de Dieu, et, par suite, lui rendre un culte divin. Il y a donc, là, une véritable idolâtrie. Pour que cette invocation existe, et qu’il in­ tervienne ainsi une sorte de pacte entre l'homme et le démon, il n’est pas besoin de les formuler en pa­ roles. Il suffit d’un acte de volonté. Cf. S. Thomas, Sum. theol,, II" II”, q.xcv, a. 4; Suarez, De religion,·. tr. Ill, 1. II. c. vm, n. 1-14, Opera omnia, 28 in-4 . Paris. 1856-1878, t. χπι, p. 503-508; Schmalzgruel r. Jus ecclesiasticum universum, 1. V, tit. xxi. L·· s·, rt.legiis, n. 6 sq., 6 in-4°, Rome, 1843-1845, t.v.p. 80'-·;. ; Palmieri, Opus theologicum morale in Busenbaum medullam, tr. VI, De prœceptis decalogi, sect. i. De primo præceplo, c. i,dub. H, De divinatione, n.54-61. 7 in-8°, Prato, 1889-1893, t. H, p. 231 ; Berardi. Theolo­ gia moralis theorico practica, tr. II, De decalogo, sect. t. De primo decalogi præcepto, c. ni, n. 334 sq., 5 in-8°, Faenza, 1905, t. II, p. 155 sq. 1451 1)1 V 1 Ν Α'ΓΙ ON 2° Si l'on recourt au démon pour apprendre de lui des choses qu’il peut naturellement savoir, mais qui dépassent la portée de l’intelligence humaine, ou sim­ plement la capacité intellectuelle de l'individu qui l'invoque, il y a également faute grave. Ce n’est pas, alors, un acte d'idolâtrie; mais c’est une injure grave faite à Dieu, puisqu'on se met en rapport avec son en­ nemi irréconciliable, qu'on lui accorde sa confiance, et que l’on prend pour maître le père même du men­ songe. celui-là que Notre-Seigneur est venu chasser de ce monde. Joa., xn, 31. Si, dans ce crime, il n’ya point d'idolâtrie formelle,il y a, du moins, une réelle apostasie et un renoncement à Jésus-Christ, suivant la parole même de saint Paul : Quæ conventio Christi ad Déliai? Il Cor., vi, 15 sq. Cf. Matth., vi, 24; Luc., xvi, 13; I Thess., 1, 9; S. Thomas, Sum. theol., Il1 II”, q. xcv, a. 1-2, 4; q. xcvi, a. 1; Suarez, De religione, tr. III, l.II, c. vin, t. vin, n. 15-24, Opera omnia, t. xm, p. 508-511; Schmalzgrueber, .lus ecclesiasticum uni­ versum, 1. V, tit. xxi, De sorlilegiis, n. 12-17, t. v, p. 810-812; S. Alphonse, Theologia moralis, 1. IV, De præceptis decalogi, tr. I, De primo ; ræcepto, c. i, dub. n, n. 5,1.1, p. 360; Palmieri, Opus theologicum morale, tr. VI, sect, i, c. i, dub. n, n. 56, t. n, р. 227 sq. 3« Il n’est pas toujours besoin, dans la divination, d'un pacte explicite avec le démon, pour recourir à lui, afin d’apprendre par son intermédiaire ce qu'on ignore, et se rendre ainsi coupable d'idolâtrie, ou d’apostasie, suivant le cas. On se met implicitement en relation avec lui, toutes les fois que, pour connaître l'avenir, on emploie des moyens superstitieux, qui, par euxmêmes, ne peuvent fournir aucune connaissance supé­ rieure à celle que l’on possède naturellement. Par ces pratiques superstitieuses, l’homme cherche instincti­ vement un secours au-dessus de lui ; mais, par de pareils procédés, il ne peut l'obtenir, ni de Dieu, ni des bons anges. S’il arrive à un résultat, c’est donc par le démon, qui lui-même enseigne aux hommes ces vaines observances et ces rites bizarres, pour se les attacher par quelque prestige, et. par là, les conduire à leur perte, en les trompant. Ces pratiques, en effet, n’ont pas été établies par une autorité divine; elles sont donc illicites et superstitieuses. Cf. S. Thomas, Sum. theol., 11“ II”, q. xcv, a. 2-5; q. xevi, a. 1, 2; In IV Sent., I. II, dist. XV, q. i, a. 3; Contra gentes, 1. Ill, c. cliv; Ad Gai., iv, lect. iv; Suarez, De religione, tr. Ill, 1. II, с. ix, n. 1-5, Opera omnia, t. xm, p. 511-513; Palmieri, Opus theologicum morale, tr. VI, sect, i, c. 1, dub. n, n. 60. t. n, p. 231. S’adonner à ces pratiques superstitieuses qui amènent le démon à intervenir, pour faire connaître aux hommes ce que ceux-ci naturellement ignorent et désirent savoir, est une faute moins grave que celle qui consiste à invoquer formellement le démon, et à se donner à lui par un pacte explicite. Cf. S. Thomas, Sum. theol., 11“ II·”, q. xcv, a. 2, ad 1““; Palmieri, Opus theologicum morale, tr. VI, sect, i, c. i, dub. n, n. 56, t. Il, p. 228 sq. 4» La faute serait légère, si quelqu'un faisait de la divination par pure plaisanterie, frivolité, vanité, et sans y croire. Cf. S. Alphonse, Theologia moralis, 1. IV, tr. I, c. i, dub. il, n. 7, t. i, p. 361. Cependant, s'il obtient des effets qui ne peuvent nullement être attribués à un agent physique naturel, mais qui dé­ montrent l'intervention d'une intelligence supérieure, quoique celui qui se livre ainsi à ces pratiques, pro­ teste qu’il ne croit pas à l'existence des démons, on ne doit pas le juger moins coupable. Son ignorance, dans ce cas, est une ignorance affectée et voulue. Elle ne provient que de sa haine contre la foi catholique. Les effets obtenus par ses pratiques superstitieuses le con­ vainquent de duplicité, et sont â l’encontre de ses 1452 paroles, car ils lui démontrent clairement qu’il y a là plus que des agents physiques et naturels, même in­ connus. Il parle donc contre ses propres convictions. Tout en répétant qu’il ne croit pas à l’existence des démons, il agit précisément comme s’il y croyait, el àcauseniêmedecettecroyance.S. Pénilencerie, l'rjuiliet 1841. Cf. Suarez, De religione, tr. Ill, 1. U, c. vin, n. 14; c. tx. n. 9-19, Opera omnia, t. xm, p. 508 sq., 514-517; S. Alphonse, Theologia moralis, L IV, tr. I, c. I, dub. il, n. 8, t. I, p. 369; Palmieri, Opus theolo­ gicum morale, tr. VI, sect. I, c. i, dub. Il, n. 56, 60, 62-64, t. n, p. 229, 231, 233sq.; Ojetti, Synopsis re­ rum moralium et juris pontificii, alphabétisa ordine digesta, v° Divinatio, 2 in-4». Prato, 1905, t. i, p. 565; Bucceroni, Institutiones theologias moralis, De primo decalogi praecepto, § 4, n. 472, 2 in-8°, Rome, 1908, t.l, р. 235. La divination serait-elle vraiment faite par pure plai­ santerie, ou frivolité, et sans y ajouter la moindre créance, il conviendrait néanmoins de ne rien négliger pour en détourner les fidèles. Ces amusements sont toujours dangereux. Le démon ne s’y prête, même indirectement, que pour le mal qu’il espère accomplir par ce moyen. Cf. Palmieri, Opus theologicum morale, tr. VI, sect.l, с. i, dub. n, n. 60, t. n, p. 231. 5° En confession il faut expliquer, d’ordinaire, si la divination a eu lieu par invocation expresse du démon, et par un pacte conclu avec lui, ou seulement par invo­ cation implicite et pratiques superstitieuses. Dans le premier cas, en effet, l'invocation expresse ne va pas, en général, sans être accompagnée d'autres péchés extrêmement graves, tels que l'abjuration de la foi catholique, la renonciation au baptême et à Jésus-Christ; par suite, l'hérésie, l’apostasie, des actes de culte idolâtrique rendus au démon, la promesse de se donner à lui pour toujours, etc. Cependant, cette circonstance de l’invocation explicite ne doit pas nécessairement être accusée pour l’intégrité de la confession, si, de fait, le culte idolâtrique n’a pas lieu. Cf. Suarez, De reli­ gione, tr. Ill, 1. II, c. x, n. 1-15, Opera omnia, t. xm, p. 517 523; Salmanticenses, Cursus theologiae moralis, tr. XXI, De præceptis decalogi, c. xi, p. ni, § 2, n. 2534, 6 in-fol., Venise, 1728, t. v, p. 219sq. De même, et â plus forte raison, n’est-il pas absolu­ ment nécessaire d’expliquer comment la divination a été faite : si, par exemple, elle l’a été par le moyen des caries, par l’observation du cours des astres, ou du vol et du cri des oiseaux, ou par un des mille moyens de ce genre employés par les devins, pronostiqueurs et diseurs de bonne aventure. Cette circonstance, en effet, ne change pas l’espèce du péché. Cf. S. Alphonse, Theologia moralis, 1. IV, tr. I, c. i, dub. n, n. 6, 1.1, p. 360. 6° Il n'y a évidemment aucune faute à essayer de de­ viner les pensées secrètes de quelqu’un, ou les actions qu’il fera, par le jeu de sa physionomie et certains gestes ou signes extérieurs, parfois presque impercep­ tibles, qui dénotent, à la fois, son caractère, son tem­ pérament, ou les sentiments intérieurs qui se succèdent en lui, par l’impression que produisent sur lui et en lui les diverses circonstances de lieu, de temps, de climats, de saisons, etc. Il n’y a là qu’une connais­ sance d’ordre naturel. Cf. Salmanticenses, Cursus theologiæ moralis, tr. XXI. c. xi, p. vi, n. 73-74, t. v, p. 227 : Schmalzgrueber, Jus ecclesiasticum universum., 1. V. tit. XXI, De sortilegiis, n. 20, t. v, p. 813 sq.; S. Alphonse, Theologia moralis, 1. IV, tr. I, c. I, dub. n. n. 9, t. I, p. 363. Pareillement il n'y aurait aucune faute à prédire le temps qu il fera, d’après les cris, ou les agissements des oiseaux et autres animaux qui sentent mieux que Dosas es modifications atmosphériques. Il n’y a pas pics de faut·:· â cela qu’à consulter un baromètre. Cf. 1453 i)l VEXATION 1454 Maxime, Dedictiset factis memorabilibus, I. Il : Denys d Ha­ Suarez, De religione, Ir. Ill, 1. 11, c. XI, n. 1-15, Opera licarnasse, Antiquités romaines, 1. II, 22,64; I. Ill, 69-72,3 in-foL omnia, t. xin, p. 523-528; Schinalzgrueber, Jus eccle­ Paris. 1807; Tacite, Annal., 1. XI, 27 ; De moribus Germano. siasticum universum, 1. V, tit. xxi, De sorlilegiis, n. 17-18, t. v, p. 812 sq. ; S. Alphonse, Theologia mo­ 1 rum, 10; Juvénal. Satyr., 1. X, 36; Ovide, Métam., V, 549Artemidore, Oneirocrite, ou interprétation des songes, in-8·; ralis, toc. cit. Venise, 1518; 2 in-8". Leipzig, 1805; Dion Cassius, Hist, rom., Ί" De nos jours, il existe encore dans le peuple, et I. XXXIX, 17;I.XLI1.21 ; I. XLVHI, 36. 54; 1.XL1X.16, 3 in-8·. même dans les hautes classes, une foule de préjugés Paris, 1852; Plutarque, De Pythiæ oraculis; De defectu ora­ culorum ,S. Augustin, De divinatione dæmonum, P. L., t. XI, superstitieux, reste du paganisme ancien, et qui col. 581-592; S. Thomas, Sum. theol., II· II·, q xcv, a. 1-8; font trouver en beaucoup de choses indilférentes des In IV Sent., I. 11, disl. XV, q. i, a. 3; Contra gentes, 1. Ill, signes de mauvais augure pour l'avenir : par exemple, c. CLtv; In Isaiam, m, lect. iv; Wier, De præsligiis dæmo­ le cri d'une chouette dans la nuit; le nombre num, in-4·, Bàle, 1583; Fabricius. Bibliotheca græca, 1. Ill, treize; des jours néfastes, pendant lesquels on ne c. χχι, 14 in-4·, Hambourg, 1718-17-28; Suarez, De religione, doit jamais commencer une affaire, ou entreprendre tr. Ill, 1. II, c. vn-xtv, xix. Opera omnia, 28 in-4·, Paris, un voyage, spécialement le vendredi; l'apparition 1856-1878, t. XIII, p. 494-562, 595-601; Salmanticenses, Cursus theologiæ moralis, Ir. XXI, De præceptis decalogi, c. xi, d'une comète; un coup de tonnerre dans un ciel p. m, n. 1-99, 6 in-fol., Venise, 1728, t. v, p. 218-230; Thiers, serein; la première rencontre que l’on fait d’une Traité dessuperstitions, 4 in-12, Paris. 1679-1604, t. I,p. 143 sq., personne en arrivant dans une localité, ou le premier 124 sq. ; Reiffenstuel, Jus canonicum universum juxta titulos jour de l’an, etc. quinque librorum Decretalium, 1. V, lit. χχι, De sortilegiis, Celui qui, d’ordinaire, ferait de ces préjugés sa ligne n. 2-19, 6 in-fol., Venise, 1730-1735, t. v, p. 258 sq. ; Schmalzde conduite, ne pourrait être excusé de faute grave, grueber, Jus ecclesiasticum universum, 1. V, tit. xxi, De sor­ car manifestement Dieu ne gouverne pas les des­ tilegiis, n. 6-53, 6 in-4·, Rome, 1843-1845, t. v, p. 808-824; Lebrun, Histoire critique des pratiques superstitieuses qui tinées humaines par des moyens aussi puérils. Cf. ont séduit les peuples, et embarrassé les savants, in-8·. Paris. Salmanticenses, Cursus theologiæ moralis, tr. XXI, 1702, 1732 ; Sallengre. A’ovus thesaurus antiquitatum roma. c. xi. p. v, n. (54, t. v, p. 225; S. Alphonse, Theologia narum, 3 in-fol., La Haye, 1716-1719, t. i, p. 8o5 sq. ; Mascov, moralis, loc. cil., n. 8, t. 1, p. 362; Palmieri, Opus theo­ Dejure auspicii apud Romanos, 3 in-4·, Leipzig. 1721 ; Claude logicum morale, tr. VI, sect, i, c. I, dub. 11, n. 63, de Saint-Martin, Tableau naturel des rapports entre Dieu, t. n, p. 233 sq. l'homme et l'univers, in-8·, Lyon et Edimbourg. 1783; L'homme Mais si, dans une ou deux circonstances seulement, de désir, Lyon, 1790; Ferraris, Prompta bibliotheca canonica, juridica, moralis, theologica, v1· Sors, Sortilegium, Super­ quelqu'un se laissait guider par l'un de ces préjugés, stitio, n. 12-45,10 in-4·, Rome. 1785-1790, t. vit, p. 463-470, sans trop y croire, par surcroît de précautions, comme 523-527 ; De Sainte-Croix, Recherches historiques el critiques pourêtre plus sùr que rien ne lui arrivera de fâcheux, sur les mystères du paganisme, 2 in-8·, Paris, 1817; Vesteret parce que, après tout, il est aussi libre de faire une mann, Scriptores rerum mirabilium græci, in-8·, Brunswick, chose ou l’autre, quand elles sont indifférentes et éga­ 1839; Rubino, De augurum et pontificum apud remanas lement permises, dans ce cas il ne pécherait que numero, in-8·, Marbourg, 1852; Julia Orsini, Legrand Ltleila, vénielleinent. Cf. Salmanticenses, Cursus theologiæ ou l’art de tirer les cartes, in-8·, Paris, 1853; Boiteau. Les cartes à jouer et la cartomancie, in-4·. Paris, 18:4 : Hare. moralis, loc. cit., n. 64, t. v, p. 225; S. Alphonse, Experimental investigations of the spirit manifestations. Theologia moralis, loc. cit., n. 8, t. 1, p. 362; Palmieri, in-8·, New-York, 1858 ; Maronski, De auguribus romanis, Opus theologicum morale, tr. VI, sect, i, c. i, dub. il, in-8·, Neustadt, 1859; Levi, Clef des grands mystères, in-8·, n. 65-69, t. n, p. 234-238. Paris, 1861; Oppert, Histoire de Chaldée et d'Assyrie, in-8·, S0 C’est un péché mortel de consulter les diseurs de Paris,1866; M"· Lemarcband, Récréations de la cartomancie, bonne aventure, tireurs de cartes, chiromanciens, in-12, Paris, 1867 ; Merlin, Origine des cartes ά jouer, in-8·, bohémiens, ou tsiganes, si réellement on croit à la Paris, 1869; Mommsen.Handbuch der rom. AUerthiimer. 2 in-8·, Leipzig, 1871-1874; Edmonds, Derainerikanische Spirivéracité de leurs prédictions. Ce ne serait que faute tualismus, in-8“, Berlin, 1873; Sayce, The astronomy and légère, si on le faisait par simple curiosité ou plai­ astrology of the Babylonians, dans Transact, of thesociety of santerie. Cf. Schinalzgrueber, Jus ecclesiasticum uni­ bibl. Archæology, 1874, t. m, p. 145-339; Lenormant. L .· divi­ versum, 1. V, tit. xxi, De sortilegiis, n. 21, t. v, nation et la science des présages chez les Chaldéei.s. in-8·. р. 814; S. Alphonse, Theologia moralis, 1. IV, tr. I, Paris, 1875; Lange, Roemische Alterthùme·.·. in-8·. be: n. с. i, dub. n, n. 10, t. i, p. 364; Palmieri, Opus theolo­ 1876; Maury, La magie et l’astrologie dans fantiquité f -.u moyen âge, in-12, Paris, 1877; Blavatsky, Isis unie led, n-S·, gicum morale, tr. VI, sect, i, c. i, dub. n, n. 69, t. n, New-York, 1877; Saint-Yves, Les clefs de ΓOrient. in-12, P. : : р. 236; Bucceroni, Institutiones theologiæ moralis, 1877; Regel, De augurum publicorum libris, in-8·. Breslau, De primo decalogi præcepto, § 4, n. 472, t. i, p. 235. 1878; M·· Clément, L’avenir dévoilé, in-8·, Paris. 1879; 9° Les mêmes conclusions s'appliquent à la divina­ Bouché-Leclerq, Histoire de la divination dans l’antiquité, tion par le sort, par le jeu de dés, la courte paille, etc. 4 in-8·, Paris, 1882; Manuel des institutions romaines, m-8·, Cf. Salmanticenses, Cursus theologiæ moralis, tr. XXI, Paris, 1886; Marquardt, Roem. AUerthiimer, 6 in-8·, Leipzig, с. xi, p. vu, n. 80-98, t. v, p. 228-230; Suarez, De re­ 1885; Wahn, Le spiritisme dans l’antiquité et dans les temps modernes, in-12, Paris, 1885; Marc, Institutiones morales atligione, tr. Ill, I. II, c. Xli, n. 1-30, Opera omnia, phonsianæ, part. Π, sect, il, tr. I, De primo decalogi præ­ t. xill, p. 536-547; Schinalzgrueber, Jus ecclesiasticum, cepto, c. m, a. 1, § 2, n. 558 571, 2 in-8·, Lyon, 1885. t. i, universum, 1. V, til. χχι, η. 24-48, t. v, p. 814-822; р. 394-401 ; De Angelis, Prælectiones juris canonici ad me­ Ferraris, Prompta bibliotheca, v» Sors, t. vu, p. 467thodum Decretalium, I. V, tit. χχι, De sortilegiis, 4 in-8·. Home, 470; S. Alphonse, Theologia moralis, 1. IV, tr. I, c. I, 1887-1891, t. iv, p. 293-295; D'Annibale, Summula I',··.’ i,x dub. n, n. 11-13, t. i, p. 364 sq.; D’Annibale, Sum­ moralis, part. II. 1. I, tr. 11. c. It, n. 30-34, 3 in-8·, Rmne, 1·«9mula theologiæ moralis, part. II, 1. I, tr. II, c. n, 1892, t. π, p. 20-22; De Guaita, Au seuil du mystère, jn-8·. Paris, 1890; Papus, Le Tarot, Clef absolue de la scier.:·: re­ n. 30-34,3 in-8», Rome, 1889-1892, t. n, p. 20-22; Pal­ cuite, in-8". Paris, 1890; Traité méthodique de science mieri, Opus theologicum morale, loc. cit., n. 70-74, in-8·, Paris. 1891: Kiesewetter, Geschichle des nr:ie :n < 4t. n, p. 237-239; Ojetti, Synopsis, v» Divinatio, t. i, kultismus, in-8·. Leipzig, 1891; Palmieri, Opus th-. ::..n -:m p. 565; Bucceroni, Institutiones, n. 476-478, t. i, morale in Busenbaum medullam, tr. VI. De præcej tis p. 236. decalogi, sect. I. De primo præcerto. c. i, dub 11. n. 55-74. 7 in-8·, Prato. 1889-1893, t. II. p. 226-239: Aksakov. Animismus und Spiritismus, in-8·, Leipzig. 1894; Baudi de He-re. Jamblique, De mysteriis Ægyptiorum, Chaldæorum, Assy­ Storia dello Spiritisme, in-8·, Turin. 1896; Lombardi. Jiois riorum, in-fol., Oxford, 1678; in-8·. Berlin. 1857; Cicéron, De canonici institutiones, 1. HI. sect II. a. 2. n. 3, 3 in-8·. Rome, divinatione ; De tegibus, III. 8; De republica, II, 9; De na­ 1901, t. in, p. 88 sq. ; Lehmkuhl, Theologia moralis, I. 1. tr. Π. tura deorum. I. 15 sq.. 47; II, 3. 4 sq.; Varron, De lingua с. It, a. 2. n. 351-364, 2 in-8·, Fribourg-en-Brisgau, 1902. t. I. latina, 1. V, 33; I. VI, 83: Horace, Carm.. 1.7. 27: III, 8. 27; Tite-Live, Hist., 1. 1, 18,36; 1. IV, 4;1. X, 6; 1. XXVI, 41 ; Valero p. 219-228; Pesah, Prælectiones dogmaticæ, De virtutibus 1455 DIVINATION moralibus, sect, v. De religione, a. 2, prop, χχιιι, η. 426 sq., 9 in-8·, Fribourg-en-Brisgau, 1902, t. ix, p. 203 sq.; Berardi, Theologia moralis theorico-practica, tr. II, De decalogo, sect, i, De primo decalogi præcepto, c. m, 5 in-8·. Faenza, 1905, t. n, p. 152-183; Ojetti, Synopsis rerum moralium et juris pontificii, alphabetico ordine digesta, v· Divinatio, 2·η·4·, Prato, 1905, t. i, p. 565sq.; Bucceroni, Institutiones theoloqiæ mo> alis, De primo decalogi præcepto, § 4. n. 468-478, 2 in-8·, Rome, 1908, t. I, p. 234-237; Daremberg et Saglio, Dictionnaire dee antiquités, 8 in-fol., Paris, 1877-1909, t. Π, p. 310 sq. T. Ortolan. DIVINITÉ. Voir Dieu. DIVORCE 145ύ quer, semble-t-il, assez nettement l’indissolubilité du lien conjugal : les deux époux ne pouvant pas plus se séparer l'un de l'autre qu’un homme ne se sépare de sa chair. Mais il ne parait pas que la tradition ancienne l’ait bien compris ou l’ait compris bien longtemps. Car nous trouvons le divorce en usage, aussi haut que l’histoire nous permet de remonter, soit chez les peuples païens, soit chez le peuple juif. 1« Le divorce chez les peuples païens. — La perpé­ tuité du mariage est un bien de si grande valeur que les plus anciennes législations, tout en admettant le divorce, n’ont pas abandonné la dissolution du mariage au gré de chacun, mais l'ont réglementée autant que possible et ont marqué assez clairement dans quels DIVORCE. — I. Définition. II. L’institution primi­ cas seulement elles l'admettaient. La législation la plus tive. III. Le divorce dans l'Evangile. IV. Le divorce ancienne que nous connaissions, la loi de Hammourabi, dans les lois séculières, romaines et barbares. V. La s’exprime de manière à montrer que le divorce n’est pratique du divorce aux temps mérovingiens et caro­ lingiens. VI. Le divorce dans le cas de matrimonium pas permis universellement, qu’il n'est permis que dans cerlains cas déterminés; mais dans ces cas, à ralum non consummatum. Vil. Le divorce en droit naturel. VIII. Le divorce civil spécialement en France. , l’inverse de tant d’autres lois, celle de Hammourabi l'admet sur l’initiative de la femme aussi bien que sur I. Définition. — En latin et dans le langage cano­ nique, le mot divortium désigne à la fois et la rupture 1 celle du mari. Voici les motifs pour lesquels le divorce absolue du lien conjugal et une certaine rupture in­ I est admis : 1. sur la demande du mari : a) la stérilité de la femme; l'homme lui restituera sa dot et pourra la ren­ complète qui permet ou la simple séparalion de corps voyer, art. 138-140; b) le fait delà femme qui a « pro­ ou la séparation de corps et de biens. On distingue donc voqué la division, négligé son mari, dilapidé sa mai­ en lalin le divortium pur et simple ou divortium ple­ son, » art. 141 ; la seule maladie de la femme n'est pas mini,el le divortium semiplenum. Dans l'histoire disci­ un motif suffisant de répudiation, art. 148, à moins que plinaire ou canonique, on n’a pas toujours bien marqué cette femme ne demande elle-même â sortir ; 2. la femme celte distinction entre le divortium plenum et le divor­ peut se prévaloir des motifs suivants : a) « si un tium semiplenum; le mot divortium sans épithète a homme a abandonné sa ville, s’est enfui, el si, après été employé parfois indifféremment dans l’un et l’autre lui, sa femme est entrée dans une autre maison, si cet sens, ce qui ne facilite pas toujours à ceux qui ne sont homme revient elveut reprendre sa femme..., la femme pas inities ou aux distraits la bonne intelligence des du fugitif ne retournera pas avec son mari, » art. 136; textes. Cette ambiguïté n’a même pas été le privilège b) si un mari « néglige beaucoup » sa femme, quand du lalin, on l’a connue aussi, quoique moins souvent, celle-ci « est ménagère, sans reproche..., « art. 142. dans l’ancienne législation française où on trouve le La loi de Hammourabi, trad. V. Scheil, in-12, Paris, même mot signifiant et le divorce quant à l’habitation 1904. Cette législation est peut-être la seule dans l'anti­ et le divorce quant au lien. Aujourd’hui, l'usage a fait quité où l’on reconnaisse, tout en limitant assez étroi­ le départ entre ces divers sens, le mot divorce employé tement le divorce, une certaine égalité de droits entre seul désigne uniquement le divorce quant au lien, le le mari et la femme. Ailleurs, tantôt le mari seul peut divortium plenum : il signifie la rupture entière et absolue du lien conjugal. Il ne faut donc pas le con­ répudier sa femme, tantôt, si les droits de la femme ne fondre avec la séparation de corps qui laisse intact le sont pas niés, ils sont notablement plus limités. — En lien du mariage, ni avec la déclaration de nullité qui Assyrie, chez les Chaldéens, le mari ne peut être répu­ ne brise rien et se borne à déclarer que tel mariage dié que pour des fautes très graves, tandis qu’il peut apparent n'avait du mariage que l’apparence et non la plus aisément répudiei· sa femme, à condition de lui réalité, que paraissant exister il n’existait pas. En effet, rendre sa dot ou une indemnité pécuniaire et de lui tout mariage crée un lien entre les époux, donne nais­ donner une patère comme symbole du divorce; toute­ sance à lout un ensemble d’obligations qui résultent de fois, si le motif de répudiation est l'adultère de la celte union et des conséquences que Dieu créateur et femme, celle-ci ne pourra faire aucune réclamation Sauveur y annexe. Le divorce rompt ce lien. Alors que pécuniaire. De plus, afin de bien montrer qu'elle le divortium semiplenum permet la séparation, mais s’oppose en règle générale au divorce, la loi décide que ne permet pas de créer une nouvelle union, un nouveau l’époux dont la conduite a motivé la séparation subirait lien, le divorce brise le lien existant et permet de lui certaines pénalités. .1. Cauviére, Le divorce avant l’ère en substituer un autre, de remplacer le mariage rompu chrétienne, dans la Revue de droit, de législ., t. xm, par un nouveau mariage. p. 106 sq. — Dans l’Inde, le droit de répudiation est Dans l'enseignement de l'Église, le lien matrimonial strictement réservé au mari, et les causes à invoquer ne peut être brisé, l’union créée par le mariage est sont les suivantes : la stérilité constatée durant huit ans, indissoluble. Au contraire un grand nombre de légis­ certains défauts physiques ou moraux énoncés dans les lations permettent, plus ou moins largement, la rupture textes avec plus ou moins de précision, de même encore du lien conjugal, en se réclamant, les unes de l'Evan­ si la femme perd tous ses enfanls ou si elle n’engendre gile, d’autres des exigences de la nature humaine. Il que des filles. Jbid., p. 109. — On n’est pas moins ac­ sera utile d'étudier le divorce et dans l’institution pri­ commodant en Perse : le mari peut répudier sa femme mitive, et dans la loi juive, et dans la loi évangélique. pour cause d’insubordination ou de vie scandaleuse, à II. L’institution primitive. — Nous ne savons de raison de certaines impudences choquantes, et dans le l’institution primitive du mariage que ce que la Genèse cas où elle s’est adonnée à la magie. Ibid., p. 108. — nous raconte de nos premiers parents, Adam et Éve. Le Chinois peut répudier sa femme en sept cas diffé­ Quand Dieu eut créé la première femme. Adam s’écria, rents : mésintelligence de la femme avec le beau-père « sous l'inspiration du Saint-Esprit, «concile de Trente, ou la belle-mère, stérilité, manquement à la pudeur, sess. XXIV. Doctrina de sacr. matr. : « Voici l’os de rapports troublant la paix de la famille, une infirmité mes os. la chair de ma chair...; l’homme quittera son repoussante, intempérance de langue, larcins domes­ père et sa mere, et s’attachera à sa femme, et les deux tiques ; on y met toutefois quelques exceptions : si la seront une seule chair, o Gen., n, 23, 24. C'était indi­ femme, orpheline, n'a pas de lieu où elle puisse se re- 1457 DIVORCE 1458 mariage D'union conjugale des llamines de Jupiter con­ tirer, si elle est en deuil de ses père et mère depuis sacrée par la cérémonie de la confarreatio est indis­ moins de trois ans, si elle a enrichi son mari qu elle soluble. La loi des XII Tables admet aussi le divorce, avait épousé pauvre. Ibid., p. 110 sq. — En Egypte, où la femme demeurant l'égale de son mari conserve tout en réservant au mari le droit de répudiation. l'administration de ses biens, le mari parait cependant Encore la répudiation était-elle soumise à quelques avoir seul le droit de répudiation; mais ce droit fut formalités, en particulier celle de soumettre l'affaire très restreint par la pratique : en répudiant, le mari I au tribunal domestique, et, d'après Valère Maxime, devait reslituer la dot, souvent lictive, que sa femme 1. Il, c. i, n. 4, ce fut pour avoir répudié sa femme était censée lui avoir apportée; de plus, certaines con­ sans soumettre préalablement la cause au tribunal du ventions d’usage courant décidaient que le mari usant paterfamilias que Sp. Carvilius fut exclu du Sénat par les censeurs. Malheureusément les mœurs, puis la du divorce serait dépossédé de ses biens dont l’admi­ nistration passait au tils aîné; enfin les femmes finirent législation elle-même viendront briser les fragiles bar­ parse réserver presque le monopole de la répudiation. rières qui s’opposent encore au divorce. Il y avait déjà « La femme dotée, dit AL Maspero, s’émancipait donc ou obligation pour le mari de répudier sa femme, en cas à peu près de par la vertu de son argent. Comme son d’adultère, sous peine d'être inculpé lui-même de départ appauvrissait la maison d'autant, et parfois de lenocinium. Ce fut ensuite le mariage sine manu, qui plus que son arrivée ne l’avait mise à l'aise, on se laissant la femme même mariée sous la patria potestas gardait bien de rien faire qui la décidât à se retirer, de sa famille d’origine, permet à son paterfamilias de ou qui fournit à son père ou à sa mère un prétexte retirer cette femme à son gendre quand bon lui semble ; pour la rappeler près d’eux. » Hist. anc. des peuples c’est la femme demeurée sui juris qui a le droit de de l'Orient, c. x, La civilisation chaldéenne, p. 738. répudiation et qui peut contraindre son mari à dissoudre Cf. J. Cauvière, loc. cil. ; Paluret, La condition juri­ la manus, c’est-à-dire à renoncer au pouvoir qu’il avait dique de la femme dans l'ancienne Égypte; Eug. Résur elle; c’est le débordement d’immoralité qui nous villout, La question du divorce chez les Égyptiens, montre Caton d’Ulique cédant sa femme Martia à Hor­ dans la Revue égyplologique, 1880, n. 2 et 3. — Les tensius, Paul-Emile répudiant sa femme Papyria, Scylla, Grecs demeurèrent plus longtemps fidèles à l’indisso­ Pompée, César, etc., changeant de femme au gr· de lubilité du lien conjugal, le divorce parait à peu près leur caprice; c’est l’exemple des plus grands devenant inconnu chez, eux à l’origine et même au temps si contagieux que la cession mutuelle des femmes passe d’Homère. Il devient au contraire très fréquent à pour chose courante, au témoignage de Strabon. Plus l’époque classique. Il y avait, en particulier, un cas encore, est déclaré immoral Je pacte par lequel les universellement reconnu : celui de la femme, unique époux conviennent de ne pas divorcer, Loi 2, Cod. 8, héritière légitime de son père décédé qui, pour ce mo­ 39; et le divorce par consentement mutuel n'est limité tif, était attribuée à l’agnat le plus proche. D'autre pai· aucune réglementation. On en est venu au degré part, le père pouvait toujours reprendre sa fille, même de licence que flagellera Juvénal ; « Tu te mouches pour la donner à un autre mari. Enfin, â Athènes, trop souvent, dit le mari à sa femme; prends tes quand la femme avait commis l’adultère, le mari était hardes, et va-t-en. Une plus jeune la remplacerai » contraint de lui imposer le divorce, et une peine déter­ Satir., vi, 146-148. Tout ce qu’Auguste osa exiger minée sanctionnait cette obligation. En dehors de ces comme réforme, ce fut que la volonté de divorcer de­ espèces, on en connaissait une foule d’autres, non seu­ vrait être manifestée désormais devant sept témoins. lement le divorce par consentement mutuel et, dans ce On comprend que devant ces mœurs honteuses Tacite cas, en certaines régions, le mari n’avait de compte à ait vanté spécialement la fidélité conjugale des Ger­ rendre â personne, mais le divorce par la volonté d'un mains, bien que nous puissions craindre qu’il n’en seul, surtout du mari, à condition, généralement, qu’il ait fait un si brillant tableau que pour mieux faire le fit par devant témoins. On vit des maris donner leur honte aux Romains. De ces « barbares » et de leurs femme à leurs amis, ou même â des personnes de rang mœurs matrimoniales à cette époque nous ne dirons inférieur, tel, Périclès, tel, Socrate, le banquier, qui la pas plus; nous en savons si peu de choses précises! donne à Satyre, un de ses esclaves libéré. La femme C’est là, en vérité, que devait aboutir peu â peu la elle-même peut répudier son mari, quand elle croit que pratique du divorce : au mariage â l’essai, c'est-a-dire. sa vie, sa santé ou ses mœurs sont en péril; dans ce souvent, à l'abolition du mariage. C’est ce que nous constatons chez certaines peuplades de l'Amérique du cas, elle va trouver l’archonte, qui prononce le divorce après qu’elle a justifié dans une requête écrite qu elle Nord par exemple, ainsi qu’en témoignent plusieurs consultations adressées par les missionnaires à la avait de bonnes raisons pour divorcer. Cependant S. C. de la Propagande. Les sauvages de nos régions, quelques limites sont mises par des circonstances exté­ écrivait l'évêque de Saint-Albert au Canada, se marient rieures à cette liberté extrême : c’était, d’une part, pour ainsi dire à l’essai, un essai en quelque manière l’obligation de restituer la dot quand on répudiait sa perpétuel, car aucun des deux conjoints ne se croit lié femme sans motif suffisant, d’autre part, celui qui se à l’autre. L’homme achète sa femme sans lui demander refusait au divorce avait contre l’autre une action ci­ à elle-même un consentement quelconque. Si elle est vile ; l’opinion publique se montrait sévère pour les paresseuse, infirme, l'union dure tant que le mari n’a femmes qui répudiaient leur mari, et des peines frap­ pas trouvé mieux. Si elle se montre laborieuse et paient le mari qui renvoyait sa femme sans motif ou d’aimable caractère, l’essai se continue, mais si elle de­ qui lui donnait motif de le répudier. J. Cauvière, meure deux ou trois ans stérile, le mari la renvoie ou loc. cit. : E. Caillemer, art. Divortium, dansle Diclionn. en prend une autre avec elle. La perpétuité de I . des antiquités grecq. et rom., de Daremberg et Saglio. bitation ne s’acquiert qu’au bout de sept ou hui: ans, Chez les Romains, le divorce paraît dès la plus haute après la naissance de plusieurs enfants. Pourtant, meme antiquité. La loi attribuée à Romulus réservait au mari à cette date, ce n’est pas encore un vrai mariage, le le droit de répudiation, droit qu’on lui abandonnait sans réserve quand la femme se rendait coupable des seigneur et maître garde le droit de renvoyer sa femme fautes suivantes : empoisonnement, adultère, supposi­ d’en changer comme on change de donnstique. tion d’enfant, usage de fausses clefs pour pénétrer dans leclanea de la Propagande. 2' édit., n. 1127. Cf. l’ins­ la cave. En dehors de ces cas, la répudiation est va­ truction du Saint-Office, 24 janvier 1877, à l’évéque de lable, mais elle expose à des pénalités comme la perte Nesqually. ibid., n. 1465. des biens. De plus, une loi particulière montre claire­ 2» Le divorce chez les Juifs. — Il s'en fallut de peu ment en quelle estime on lient l'indissolubilité du que chez les Juifs eux-mêmes on en vint à ce point de 1459 DIVORCE relâchement moral; tant la morale naturelle et sociale est pratiquement infirmes! on ne la rattache constam­ ment à une révélation supérieure. — Toutefois, si la loi de la monogamie fut déjà violée, d’après lerécitdela Genèse, par un des patriarches antérieurs au déluge, Lantech, Gen., IV, 19, celle de l'indissolubilité du ma­ riage parait avoir été observée plus longtemps; les au­ teurs, cf. Perrone, De matrimonio cbrisliano, 1. Ill, sect.n,c. i, a. 2, menlionnentle faitd’Abraharn répudiant Agar, Gen., xvi, xvn, comme le premier exemple d’un divorce. Le seul motif invoqué par Sara pour inviter Abraham à renvoyer Agar fut que la servante était orgueilleuse et qu'lsmaël paraissait se moquer d lsaac. Ajoutons qu’Agar n'était qu’une épouse de second ordre. Abraham obéit : il renvoya Agar en lui donnant seulement des provisions de bouche nécessaires. Gen., xxi, 14. — Descendus en Égypte, les descendants d’Abraham virent le divorce établi partout autour d’eux, ils imitèrent sans doute les mœurs des Égyptiens au milieu desquels ils vivaient. Ce qui semble ressortir du texte du Deutéronome, c’est que le divorce existait lorsque Moïse le réglementa. Il est difficile de voir dans Deut., xxiv, 1, une permission proprement dite, l’autorisation de faire à l’avenir une répudiation inusi­ tée jusque-là; c’est bien plutôt la réglementation, la régularisation, la limitation d’une pratique établie. « Si un homme, dit le texte biblique, ayant pris une femme, vit avec elle, et qu’elle en vienne à ne pas trouver grâce à ses yeux, à cause de quelque chose de honteux, il écrira une lettre de divorce, la lui mettra en main et la renverra dans sa maison. » Si la femme renvoyée épouse un autre homme et lui déplaît aussi, celui-ci, pour la renvoyer, emploiera les mêmes rites, mais elle ne peut plus retourner alors à son premier mari, parce que, dit Moïse, «c’est une abomination devant le Seigneur. » Il n’est pas indiqué que la répudiation puisse être donnée par la femme, mais par le mari seulement; encore est-il des cas où celui-ci ne peut user de son droit, par exemple quand il a porté à tort une accusation d'inconduite contre la jeune fille qu’il vient d’épouser, Deut., xxti, 13-19, ou qu'il lui a fait violence avant son mariage, 29. La répudiation ne pou­ vait se faire sans motif, ni pour un motif quelconque, mais seulement quand la femme vivant avec son mari lui déplaît « à cause de quelque chose de honteux. » Le texte suppose donc l’usage du divorce déjà établi chez le peuple juif; il le régularise et le restreint en le limitant à certaines causes et en le soumettant à certaines formalités. La formalité principale, essen­ tielle, c’est le libellus repudii, la lettre livrée à l’épouse renvoyée et qui la déclarait libre désormais. Voir la formule ordinairement employée d’après le Talmud, dans Perrone, op. cil., a. 2, ou dans le Dictionnaire de la Bible, art. Divorce, t. n, col. 1449. L'essentiel de la formule consistait en ce que le mari, qui assurait son identité par l’indication de sa généalogie, livrait à sa femme qu'il désignait aussi par l’énoncé sommaire de sa généalogie, une lettre dans laquelle il lui rendait par la répudiation toute liberté. Les Juifs, peuple for­ maliste s’il en fut, demeurèrent fidèles à l'accomplis­ sement de ces formalités, cf. Is., l, 1; .1er., m, 8; Matth., v, 31; xix, 7; Marc., x, 4, qu’ils compliquèrent d'une foule de prescriptions minutieuses. — On eut plus de peine à s’entendre sur le sens des termes « à cause de quelque chose de honteux, propter aliquam foeditatem. » De quelle nature était cette 'érvâlt que Moïse considérait comme motif légal de répudiation? A lire le texte du Deutéronome, ce n’était certainement pas l'adultère, qui était puni de mort, xxti, 22, et tout porte â croire que ce devait être un défaut d'ordre physique plutôt que d'ordre moral, défaut qui eût été, ce dernier, d'une appréciation et d’une justification plus malaisée. H. Lesêtre. art. Divorce, du Diet, de la ' 146(f i Bible. Ce qui parait certain, c'est qu’il y eut dans la pratique de cette législation une sorte d’évolution. I L’adultère, puni de mort dans le Deutéronome, appa­ raît simplement comme motif de divorce dans Jérémie, ni, 8; de même en est-il dans la doctrine de Schammaï : on interpréta parfois de l’adultère le mot 'érvdh. L’école de Hillel, au contraire, étendit outre mesure la signification de ce mot : on en vint à répudier sa femme pour des motifs futiles, pis encore, parce que le mari trouve une autre femme plus belle que celle qu’il a. — Quant à la qualification de l’homme, on a remarqué que si le Deutéronome donne au premier mari le nom de « maître », le second n’a que le nom d’« homme ». IL Lesêtre, loc. cil. — Quoi qu’il en soit, la femme était absolument libérée par le libellus: mais, note significative et qui marque bien le caractère peu noble du divorce, la femme divorcée ne pouvait épou­ ser un prêtre, Lev., xxt. 7, 14; Ezech., xt.tv, 22; tan­ dis que celui-ci pouvait épouser la veuve d’un autre prêtre. Ezech., ibid. De plus, le prophète Malachie, n, 14, dit que le Seigneur hait les olfrandes de son peuple, parce que ce peuple est infidèle à la femme de sa jeu­ nesse, et il ajoute, suivant le texte hébreu du verset 16: « Je hais la répudiation. » Le peuple, trop fidèle aux leçons de l’école d'Hillel, n’en était pas moins venu à une pratique si étendue du divorce, que les femmes elles-mêmes prenaient l’initiative de la répudiation et que les Pharisiens osaient poser à Jésus de qui ils savaient les exigences touchant le mariage et contre lequel ils espéraient ainsi ameuter la foule : « Est-il permis à un homme de répudier sa femme pour quel­ que cause que ce soit? » Matth., xtx, 3, et qu’après la réponse négative du Maître, ses disciples lui disent : « Si telle est la condition de l’homme à l’égard de la femme, il n’est pas avantageux de se marier, » 10. III. Le divorce dans l’Évangile. — Celte question des Phari-'ens donna au Sauveur une nouvelle occasion de s’expliquer sur cet important sujet. Ce n’était pas, en effet, la première fois qu’il le faisait. Déjà dans le discours sur la montagne il avait proclamé en ces termes l’indissolubilité du mariage : « Il a été dit encore : « Que «celui qui répudie sa femme lui donne un acte derépu« diation. » Mais moi je vous dis que quiconque renvoie sa femme hors le cas d’infidélité la fait devenir adultère, et celui qui épouse la femme renvoyée commet un adultère. » Matth., v, 31. On savait donc, parmi les auditeurs de Jésus-Christ, quelle était sur ce point sa doctrine, et c’était à bon escient que les Pharisiens lui demandaient, « pour le tenter », d’après saint Marc, x, 4: « Est-il permis à un homme de renvoyer sa femme?» et, d'après saint Matthieu : « Est-il permis à un homme de répudier sa femme pour quelque cause que ce soit?» xtx, 3. On sait la réponse immédiate du Maître, réponse qui se terminait par ces mots : « Ainsi, ils ne sont plus deux, mais une seule chair. Ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare donc pas. » A cette sentence, les Pharisiens font une objection empruntée à leurs tradi­ tions et au texte de la Loi. « Ils lui dirent : Pourquoi donc Moïse a-t-il prescrit de donner à la femme une lettre de divorce et de la renvoyer? Il leur dit : C’est à cause de la dureté de votre cœur que Moïse vous a permis (il ne dit pas : vous a prescrit) de renvoyer vos femmes; mais il n’en était pas ainsi au commencement. » Puis il continue par une nouvelle affirmation de l’in­ dissolubilité. A cause des discussions qu’ont soulevées les différences de texte entre les trois synoptiques on donnera ici le triple texte parallèle. Matth., xix, 9. Marc., x, 11,12. Luc., xvi, 18. Or, je vous dis que Celui qui renvoie Quiconquerenvoie celui qui renvoie sa safemmeetenépou- sa femme et en femme, si ce nest seuneautre,commet épouse une autre pour infidélité, et un adultère envers commet un adultère, 4461 en épouse une autre, commet un adultère (ou, selon une autre leçon, la fait devenir adultère),et celui qui épouse une femme renvoyée, commet un adultère. DIVORCE elle (à l’égard de celle-là); et si elle (ou une femme), ayant renvoyé son mari, en épouse un autre, elle commet un adultère. et celui qui épouse une femme répudiée par son mari com­ met un adultère. Ces trois textes parallèles, auxquels on peut joindre celui de saint Paul, I Cor., vu, 10, 11, ont une partie commune et, quant au sens, entièrement identique ; « Quiconque renvoie sa femme et en épouse une autre commet un adultère, » et « celui qui épouse unefemme renvoyée par son mari commet un adultère. » Sur ce point aucune difficulté : la répudiation ne brise pas absolument le lien du mariage. La doctrine est extrême­ ment claire, et sous celte forme n’aurait donné lieu à aucune controverse. Le divorce est contraire à l'ins­ titution primitive : il laisse intact dans son principe le lien conjugal; après comme avant la répudiation ni l'un ni l’autre époux ne peut contracter, l’autre vivant, un nouveau mariage. Mais il y a dans le texte de saint Matthieu une incise : « si ce n’est pour infidélité, » qui a une grande importance, puisque sur elle on a établi toute une discipline chrétienne, la discipline de l’Eglise grecque. Aussi a-t-elle donné lieu à des discussions infinies. D’aucuns ont pré­ tendu y couper court en affirmant que l’incise : « si ce n'est pour infidélité » n'est pas historiquement authen­ tique, mais une interpolation, Cf. la leçon de WestcottHort qui omet les mots παρεζτός λόγου πορνείας, dont on ne retrouverait pas l’équivalentdans les plus anciens textes, et qui paraissent contraires non seulement à l'enseignement des autres synoptiques etde saint Paul, Rom., vu, 3; 1 Cor., vu, 10, 11, 39; mais à celui de l’ancienne tradition chrétienne, Hermas, Hand., ιν, 1, 4-10; Tertiillien, De monogamia; saint Cyprien, Testimonia, tu, 62,90; De lapsis, 6. Cf. Perrone,op. cil., c. n, a. 1. Pourtant l’incise n’en est pas moins très ancienne, car on la retrouve dans Théophile d'Antioche, Ad Aulolyc., 1. III, c. ΧΙΠ; Origène, Comment, in Malh., v, 32, et xix, 9; Clément d’Alexandrie, etc. — Bien que la théorie de l'interpolation ait été reprise par M. Loisy, Les Évangiles synoptiques, t. i.p.575-578, elle n'a pasobtenu un assentiment assez complet pour que nous puissions nous appuyer sur elle sans hésitation. En admettant donc l’authenticité de l’incise, il nous reste à examiner son vrai sens. Il ne faudra pas nous étonner que l’on en ait donné des interprétations très dilférentes, dont quelques-unes sont peut-être conditionnées par des faits extérieurs au texte considéré en lui-même. Les protestants ont admis assez communément que, d’après l’incise παρεζτόςλόγου πορνείας, l'adultère est un motif de vrai divorce avec faculté de se remarier; mais quel­ ques-uns ont donné au mot πορνεία un sens tellement large qu’il s’étend à tout acte honteux de même genre ou de genre analogue. Les Grecs et autres Orientaux ont compris l'incise dans le sens qu’elle permettait non seulement le divorce, mais aussi un mariage subséquent; toutefois ils se sont tenus plqs strictement au sens de πορνεία — adultère, et c’est dans le cas d’adultère seule­ ment qu’ils ont permis au conjoint innocent le divorce avec toutes ses conséquences. Voir Adultère, cause de DIVORCE DANS LES ÉGLISES ORIENTALES, t. I, Col. 505. C'était également la discipline des Grecs-Unis lors du concile de Trente, et ce fut là un des motifs pour lesquels on donnaau can. 7, De sacram. matrim., la forme singulière qu’il a. Voir ibid., col. 498 sq. Comme ce fut, dans l'Église, le seul cas où l’on admit la légitimité du divorce, nous n’avons qu’à renvoyer, pour son histoire, à l’art. Adultère, et en particulier III. Adultère [L’| ET LE LIEN DU MARIAGE D’APRÈS LES PÈRES DE L’ÉGLISE, 1462 col. 475, et IV. Adultère [L’] et le lien du mariage dans l'Église latine, col. 484 sq. 11 est certain qu'en dehors de ce cas le divorce est absolument contraire à l’enseignement de l'Evangile touchant le mariage.il s'agit ici du mariage complet, du mariageconsommé.On traitera plus loin ce qui concerne le divorce du mariage non con­ sommé,celui que les canonistes nomment ratum non con­ summatum, et ce que l’on nomme le privilegium paulinum. Ce que nous allons dire maintenant concerne le mariage consommé. — Pour celui-là, on s’en est tenu purement et simplement à l'enseignement de saint Paul : « Quant à ceux qui sont en l’élatde mariage, j'ordonne, non pas moi, mais le Seigneur, que la femme ne se sépare pas de son mari, mais si elle s’en sépare, qu'elle demeure dans l’état de célibat, ou qu’elle se réconcilie avec son mari ; et que l’homme ne renvoie pas sa femme. » I Cor., vu, 10, 11. On y joignit cet autre pas­ sage de l'Épitre aux Ephésiens qui, après avoir mis en parallèle l'union du Christ avec son Église et l'union des époux vivant en mariage, se termine par cette ex­ clamation si malaisée à bien traduire : τό μυστήριον τοΰτο μέγα έστίν, εγώ οέ λέγω είς Χριστόν ζαί εις τήν Έζκλησίαν. « Je le dis, ce mystère est grand dans le Christ et dans l’Église. » De même que le Christ chef et tète de l'Église ne l’abandonne jamais, qu’il la nour­ rit, la protège, se livre pour elle; ainsi l’union la plus intime doit toujours maintenir ensemble l'homme et la femme qu'il a épousée. La discipline, en tant qu elle dépendait de l'Église, fut scrupuleusement conforme à la doctrine rappelée par saint Paul. Edg. Loning, que l’on ne suspectera pas de partialité en faveur de l’Église caüiolique, a pu écrire cette phrase : « On ne trouve dans les trois premiers siècles aucune attestation que l’Eglise ail tenu pourconforme à l’Écriture le remariage, durant la vie de l’autre partie, d’époux séparés. » Geschichte des deutschen Kirchenrechls, t. n, p. 607. Con­ duite d’autant plus significative de la part de l'Eglise, si l’on se rappelle que la législation civile soit des Ro­ mains soit des Grecs, sous laquelle vivaient les chré­ tiens, admettait ledivorce pour beaucoupd'autrescauses que celle d’adultère; si l’on se souvient que plusieurs, même parmi les meilleurs, succombaient à l'exemple courant; que des évêques, dit Origène, permettaient à la femme de se remarier du vivant de son mari. In Mat th., t.xiv, 23, P. G., t. Xlll, col. 1246, que Fabiola, d'ailleurs si pieuse, qui s’était séparée d'un mari perdu de vices (S. Jérôme, Epist., lxxvii, ad Oceanum. c. Ill, P. L., t. xxii, col. 692) en avait épousé un autre, et le rude censeur qu’était saint Jérôme semble pi.-.id-r pour elle les circonstances atténuantes. C'était d anleurs un cas fréquent, comme en témoigne sa lettre ad Amandum, lv, ibid., col. 563, où il résumait ainsi l’enseignement ecclésiastique : tant que l’autre époux est vivant, quelques crimes qu'il aitcommis, dequelques souillures qu'il se soit couvert, si on peut le quitter, on ne peut cependant en épouser un autre. IV. Le divorce dans les lois séculières romaines et barbares. — Pour bien comprendre la conduite de certaines autorités ecclésiastiques touchant le divorce, soit dans les pays soumis aux lois romaines soit chez les nations gouvernées par les lois barbares plus u moins pénétrées de droit romain, il est nécessaire il ex­ poser en quelques mots cette législation. On a vu plus haut à quel degré de honteux relâchement en étaient venues la Grèce et Rome quant au divorce. Il faut noter, en effet, que la loi séculière, même des empereurs chrétiens, n’avait pas aboli le divorce : il demeurait à peu près dans le même état qu'à l'époque d’Auguste. En plus de la réduction en esclavage qui devenait pour la partie restée libre un motif légitime de divorce, Constantin reconnaissait encore la légitimité du divorce dans un certain nombre de cas : en faveur de la femme quand le mari est homicida, medicamen- 1463 DIVORCE 1464 tarius, sepulcrorum violator; en faveur du mari quand et carolingiens. — On a dit, Lôning, loc. cil., p. 624, qu’à l'époque mérovingienne l’Église n'a fait aucun la femme est adultera, medicamentaria, conciliatrice (ou lena). Loi 1, Cod. théod., 1. Ill, tit. xvi. Longtemps effort pour appliquer ses principes sévères d’autrefois relativement au divorce et au remariage; et on ajoute, aussi on maintint le divorce par consentement mutuel; comme preuve, que parmi les canons des conciles et dans les autres cas où i. se produisait avec lesformes francs un seul à peine s’occupe de cette question; ce légales, il était frappé de peines, dont l’une pouvait ne fut que lors de la grande réforme religieuse entre­ être l’incapacité de se marier de nouveau ; mais ordi­ prise en France par les fils de Charles Martel que l’on nairement les peines étaient moins graves, des amendes, parut se soucier vraiment de mettre en pratique l'in­ la perle des donations faites en vue du mariage; les terdiction absolue du divorce. Il y aurait beaucoup à autres effets civils du divorce demeuraient, avec la dire en réponse à des affirmations si générales. Quel­ dissolution du lien conjugal et la faculté de se remarier. que importants et considérables que fussent les pays Tout ce que crut pouvoir faire Justinien dans le cas où occupés par les Mérovingiens, ils n’étaient pas toute l'un des époux tombait en esclavage, fut d'exiger que l’Église, et on ne peut rendre l’Église universelle res­ le conjoint attendit au moins cinq ans avant de contrac­ ponsable des fautes ou des négligences qui purent ter une autre union. Novelles, XXII, c. vu. échapper à la faiblesse des évêques francs. De même en était-il dans la législation des peuples Cette observation faite, reconnaissons que la disci­ barbares qui province par province s’annexaient [’Em­ pline du mariage dans les États francs subit durant pire. Ce que nous connaissons de leurs lois les plus an­ plusieurs siècles des atteintes regrettables. La preuve ciennes nous montre le divorce légalement pratiqué. La s’en trouve, non pas précisément en ce que le can. 11 Lex Romana Burgundionum admet le divorce non du concile d’Orléans de 533 est le seul, comme le dit seulement par consentement mutuel, mais par la vo­ Lôning, à s’occuper du divorce et à l’interdire, sous lonté d'un seul, dans les mêmes conditions ou nous peine d’excommunication, même avec le prétexte d’inl’avons vu admis par Constantin et ses successeurs. La lirmité ou de maladie survenant au mariage; car trop Lex Romana Visigotharum également; de même la peu de documents conciliaires de cette époque nous Lex Romana Curiensis, qui admet parmi les motifs de sont parvenus, et parfois en quel état! et nous connais­ divorce la démence et d’autres défauts de ce genre, sons moins encore par le détail les avis qu’évêques et aliquæ tales /iis similia causæ; de même encore la prêtres donnaient à leurs ouailles; la preuve s'en peut Lex Alamannorum, Pactus, in, 2; VEdictum Theodo­ déduire et des pénitentiels et de certains textes syno­ rici, la Lex Bajuioariorum, le droit lombard ; bref, autant daux. Rappelons en premier lieu qu’aucun texte de dire toutes les lois des peuples conquérants. Les for­ concile ou d'assemblée vraiment synodale, composée mulaires mérovingiens et carolingiens prouvent que ces des seuls éléments ecclésiastiques, ne permet le divorce facilités légales étaient mises à profit. Cf. Formul. Tuou ne laisse même entrevoir qu’il soit permis. Les ronen., 19; Formul. Andegaven., 57; Formul. Marculft, décisions qu’on nous objecte sont empruntées aux 1. II. 30; Formul. Senonen.,t~, dans Zeumer, Formulae assemblées de Verberie et de Compïègne et appartien­ Merovingici et Karolini ævi, Monumenta Germaniae nent à l'époque carolingienne. Mais peu importe ce historica, Leges, t. v. Dans cel ensemble de documents point de chronologie. Ce qui importe beaucoup plus, onconslate parmi les motifs de divorce non seulement c’est de noter que, malgré les noms de concile et de le consentement mutuel, mais le consentement d’un synode, ni l’une ni l’autre de ces assemblées ne fut seul, l'incompatibilité d'humeur, des fautes d’impor­ composée uniquement des représentants de l’Église. tance médiocre (morum vitia et mediocres culpæ), M. Esmein a observé que dans ces deux synodes « le même la simple antipathie. Mais si le divorce fait pour des motifs légaux rendait aux parties toute leur liberté, pouvoir royal eut pour but d’atténuer autant que le divorce fait pour des motifs non prévus par la loi possible les divergences entre la discipline ecclésias­ exposait ceux qui en profitaient à des restrictions tique et la législation civile ». Le mariage en droit gênantes; même, s’il était fondé simplement sur l’anti­ canonique,t. n, p. 64. Atténuer,et non pas supprimer; pathie envers le conjoint, un autre mariage était inter- j c’est donc reconnaître que les décisions à prendre dit aux époux et la femme qui avait pris l’initiative de I seraient une sorte de conciliation où l’Etat et l'Eglise la séparation se voyait condamner à la déportation, le se feraient des concessions mutuelles, l’Etat restrei­ gnant législativement la pratique du divorce, l’Église tout sans préjudice d'autres peines comme la perte des cadeaux reçus, de la donatio propter nuptias, etc. n’urgeant pas outre mesure sa doctrine de l'indissolu­ Nous n’avons pas à entrer dans le détail de chaque bilité. Ce n’est pas là que nous trouverons la doctrine espèce ou les lois barbares admettaient le divorce : il de l’Église dans toute sa pureté : si les évêques et di­ suffit d’avoir indiqué que le divorce persistait chez ces gnitaires ecclésiastiques présents s'efforceront de main­ peuples, perpétuant leurs anciennes coutumes. Sans tenir la discipline de l’Eglise, les seigneurs laïcs plie­ ront cette discipline à un compromis. L’Église ne sera doute, il n'était pas aussi largement ouvert que dans le droit romain antérieur; il n'en existait pas moins, donc pas entièrement responsable des dispositions jusque dans le code deJustinien, Novelles, XXII,CX VII, prises. CXXXlV,etil fournit à l'Eglise l'occasion fréquente d’in­ Ces préliminaires établis, avouons très simplement sister pour l'observance de sa doctrine. On n’a pas à que le synode de Compïègne a concédé le divorce en revenir sur les textes des Pères et des conciles du iv" et plusieurs cas : 1» Si un homme franc, qui a reçu un du ve siècles touchant cette matière. En ce qui concerne beneficium de son seigneur dans un pays éloigné, y le mariage chrétien, le seul point discuté était celui de emmène son vassallus, et y meurt, qu'un autre lui l’adultère, parce que seul il se réclamait d'un texte succède dans ce beneficium et, afin de s’attacher le évangélique; or, on a montré plus haut, art. ADULTÈRE, vassallus, lui donne une femme du pays avec laquelle ce qu’en pensaient Orientaux et Occidentaux : des autres ce vassallus vit quelque temps; au cas où ce vassallus motifs invoqués par les peuples insuffisamment con­ renvoie sa femme, revient dans son pays auprès des vertis, aucun ne pouvait se couvrir d'un tel patronage, parents de son premier maître et y prend femme, c'est tous étaient également et universellement condamnés : celle-ci, et non la première, qu’il devra garder, flomo le catéchumène divorcé et remarié était refusé au bap­ francus accepit beneficium de seniore suo, et duxit tême, le pénitent ne pouvait bénéficier de la réconci­ secum suum vassallum, et postea fuit ibi mortuus liation. S. Augustin, De conjug. adultérin., n, 16. Cf. ipse senior et dimisit ibi ipsum vassallum ; et post hoc Codex canon. Eccles. Afric., can. 102. accepit alius homo ipsum beneficium, et, pro hoc ut V. La pratique du divorce aux temps mérovingiens melius potuisset habere illuni vassallum, dedit ei mu 1465 DIVORCE 1466 Herein cie ipso beneficio, el habuit ipsam aliquo tem­ donné par le légat du saint-siège au c. xtx de Compïègne pore; et, dimissa ea, reversus est ad parentes senio­ (consentement qui n'engage l’Eglise que dans une me­ ris sui mortui, et accepit ibi uxorem, et modo sure très restreinte comme on le verra), sont légion les textes authentiquement, officiel lenient ecclésiastiques habet eam. Definitum est quod illam quam postea accepit,ipsam habeat, c. IX. 2“ Si un homme a renvoyé qui interdisent le divorce ou tout à fait eu exception sa femme et lui a donné congé de se faire religieuse faite pour le cas d’adullère, les textes qui, même en dans unmonastéreou de prendre le voile dans le monde, admettant le divorce, interdisent aux époux séparés de afin de mieux servir Dieu, cet homme resté dans le contracter du vivant de l’autre un nouveau mariage. 11 monde pourra se remarier; de même en faveur de la suffira de rappeler tout d’abord le c. xi du concile femme si c’est elle qui a donné à son mari la permis­ d'Orléans (533), de citer ceux d’Hereford (673), c. x; sion d’entrer en religion. Le texte note que l’évêque Tolède (681), c. vm; Soissons (744), c. ix; Leptines Georges (évêque d'Ostie, légat du pape) a consenti : Si qui s (745), c. vu ; le capitulaire d’Aix-la-Chapelle (789), c. xliii; vir dimiserit uxorem suam el dederit comiatum pro reli­ le concile de Frioul (796), c. x, pour nous en tenir à celte gionis causa infra monasterium Deo servire aut foras époque; et parmi les déclarations authentiques des monasterium dederit licentiam velare sicut diximus papes, celles de Grégoire II (vers 721) à ses légats en propter Deuni, vir illius accipiat mulierem legiti­ Bavière : Alligatus es uxori, noli quærere solutionem, mam. Similiter et mulier faciat. Georgius consensit, id est, superstate conjuge ad alterius feminæ concubi­ c. xvt. 3° Si le mari est lépreux et la femme saine et tum non velle transire, c. νι ; du pape Zacharie ad que le mari veuille bien donner congé à sa femme Pippinuni... et proceres Francorum (747), resp. vu. d'épouser un autre homme, la femme pourra le faire. qui renvoie au canon 48 des apôtres et punit d’ex­ De même pour l’homme dans le cas inverse : Si quis communication le remariage du vivant d'un premier leprosus mulierem habeat sanam, si vult ei dare conjoint; du pape Étienne III, le même que re­ comiatum ut accipiat virum, ipsa femina, si vult, présentait le légat Georges à Compïègne, et qui, à accipiat. Similiter et vir, c. xtx. cette question : Siuxor a viro repudiata fuerit, utrum Le concile de Verberie, « plus sévère et plus correct liceat viro, illa vivente, aliam ducere, répond en au point de vue ecclésiastique, «dit M. Esmein, loc. cit., renvoyant à la lettre bien connuedu pape Innocent l,r à р. 65, permet aussi le divorce en certains cas, autres 1 Exupère de Toulouse, lettre qui interdit très nettement que celui de l’adultère. C’est : 1» dans le cas où une le divorce et traite d'adultère l'union qui serait alors femme a comploté avec d'autres hommes la mort de contractée; du même Étienne qui dit encore que « deux son mari : celui-ci en se défendant a tué un de ses conjoints mariés et vivant ensemble, s’il arrive que l’un agresseurs, et il peut faire la preuve du complot; il d’eux ne puisse plus rendre son devoir ou qu’il tombe peut renvoyer sa femme et en prendre une autre. Si malade, il ne leur est pas permis de se séparer (il ne quæ mulier mortem viri sui cum aliis hominibus parle même pas de divorcer) à moins que l’un d'eux ne conciliavit, et ipse vir ipsius hominem se defendendo devienne possédédu démon,ou lépreux : Si quis se i»i occiderit, et hoc probare potest, ille vi»· potest ipsam conjugio copulaverit et uni eorum contigerit ut debi­ uxorem dimittere, et, si voluerit, aliam accipiat, tum reddere non possit, non liceat eos separare, nec с. v. Cf. aussi c. vi, qui vise le cas où l’un des deux pro alia infirmitate, excepto sidœmonii infirmitas aut époux est tombé en esclavage. 2° Voici un autre cas plus lepræ macula supervenerit. >> Resp. n. Mentionnons complexe. Sous le coup d'une inévitable nécessité, un enfin les statuts de saint Boniface, archevêque de homme a lui dans un autre duché ou une autre pro­ Mayence, d’après lesquels chaque prêtre doit avertir vince, ou suivi son seigneur à qui l’engageait sa foi; sa son peuple que dans un mariage légitime aucune sépa­ femme, qui pourrait aisément le suivre, s’y refuse, ration — il s’agit de séparation et non de divorce — ne retenue par l'amour de ses parents ou de son bien : doit intervenir sinon en cas d’adultère ou bien pour le e"e ne pourra contracter un nouveau mariage du service de Dieu et alors avec mutuel {xmsentement. vivant de son mari; lui, au contraire, qui n’a fui que Admoneat unusquisque presbyterorum publice ple­ sous la contrainte de la nécessité, pourra, s'il ne peut bem... legitimum conjugium nequaquam posse άία occasione separari, excepta causa fornicat oms, contenir ses sens, épouser une autre femme, mais en se soumettant à une pénitence publique. Si quis neces­ cum consensu amborum el hoc propter servitium De·.. sitate inevitabili cogente in alium ducatum seu pro­ Statut, xxxv. Du siècle suivant, où la discipline in:· vinciam fugerit, aut seniorem Suum, cui fidem men­ sant le divorce ne fait plus aucun doute, on citera seu­ lement ce texle du concile romain tenu sous tiri non poterit, secutus fuerit, et uxor ejus, cum Eugène II (824-827) : Nulli liceat, excepta causa forni­ valet et potest, amore parentum aut rebus suis, eum sequi noluerit, ipsa omni tempore, quamdiu vir ejus, cationis, adhibitam uxorem relinquere et deinde quem secutanon fuerit, vivet, semper innupta perma­ aliam copulare, alioquin transgressorem priori con­ venit sociari conjugio. Si autem vir et uxor divertere neat. Nam ille vir ejus, qui, necessitate cogente, in pro sola religiosa inter se consenserint vita, nullatenus alium locum fugit, si se abstinere non potest, aliam uxorem cum poenitentia potest accipere, c. ix. C’est sine conscientia episcopi fiat, ut ab eo singulariter proviso constituantur loco. Nam uxore nolente aut là, aux yeux du synode, un cas de force majeure, car altero eorum, etiam pro tali re matrimonium non sol­ si le mari ne fuit que devant une vengeance privée, le concile avait décidé que ni l'un ni l’autre des époux ne vatur. Can. 36. pouvait, du faitde cette absence, contracter un nouveau Il y a cependant un autre texte pontifical,que plusieurs qualifient décrier canonislarum,eldont l’explication a mariage. On ne parlera pas du c. xvn : il ne vise qu'un fait couler des Ilots d'encre. 11 est du pape Grégoire 11 et simple cas de mariage non consommé suivi de divorce après que la preuve a été faite de la non-consommation; est inséré dans le décret de Gratien, c. 18, caus. X XXII, q. VH. Voici ce texte en son entier, afin qu'on le puisse c’est un exemple d’une discipline que nous retrou­ verons plus loin. Les autres cas de divorce permis à mieux saisir : Quod posuisti, si mulier infirmitati· cor­ la suite de certaines fautes particuliérement graves se repta non valuerit viro debitum reddere, qua rattachent à la discipline de la pénitence publique; il faciat jugalis : bonum esset, si sic permaneret, ut en a été brièvement question dans l’art. Adultère, 1.1, abstinentiae vacaret. Sed quia hoc magnorum st, ille, qui se non poterit continere, nubat magis ; non tamen col. 484, et le sujet relève de la conception ancienne ei subsidii opem subtrahat, quam infirmitas præpedit, des empêchements de mariage. En face de ces textes, où l'on ne peut prouver l'ap­ non detestabilis culpa excludit. «Tu me demandes Ia lettre est adressée à saint Boniface) : si une femme probation ecclésiastique que par le seul consentement 1467 DIVORCE saisie par la maladie ne peut rendre le devoir à son mari, que doit faire son conjoint? — Le meilleur serait qu'il demeurât ainsi et gardât la continence; mais comme c’est là chosequi demande une haute vertu, que celui qui ne pourra garder la continence se marie plutôt; cependant qu'il ne prive pas de ses secours celle que la maladie seule empêche, et qui n’est pas exclue de ses droits par une faute détestable. » — Quelle est cette infirmité au .sujet de laquelle saint Boniface a consulté le pape? Est-ce Vimpotentia antecedens, ou l'ini potentia superveniens, l’impuissance antérieure, ou l'impuissance postérieure au mariage? La consul­ tation ni la réponse ne distinguent, nous n'avons donc pas ici d’éléments qui nous permettent de dire à la­ quelle de ces deux s’applique exclusivement la ré­ ponse. Appliqué à l'impuissance antérieure au mariage, le texte ne crée aucune difficulté et n'aurait pas été allégué comme une objection. Avouons qu’on l’a plutôt compris comme résolvant un cas d’impuissance posté­ rieure au mariage. C'est le sentiment de Gratien dans son dictum : Illud Gregarii sacris canonibus, immo evangelicæ et aposlolicæ doctrina penitus invenitur adversum. La Glose s’escrime à lui donner un sens acceptable, en parlant soit d’impuissance antérieure, soit de restitution de dot, pour en arriver enfin à cette solution : Vel intellige de juvene, qui continere non potest, cui permittitur contrahere cum una perm issiva comparatione ne adplures accedat, en ajoutant qu’une décision semblable est donnée par le c. Si quod, 9, caus. XXX1IJ, q. n, où saint Augustin parlant d’un mari.qui ne pouvant, suivant la loi chrétienne, épouser une autre femme dn vivant de sa femme adultère, esttout disposé à se libérer par un meurtre, dit : Si enini facturus est quod non licet, jam facial adulterium, et non facial homicidium. C'est que la Glose s’expri­ mait à une époque où la doctrine tranchait clairement entre l'impuissance antécédente et l’impuissance subsé­ quente. Inutile de remarquer que cette permission n’était qu'une explication désespérée. Peut-être la vraie solution sera-t-elle de reconnaître dans la réponse de Grégoire 11 non pas une dispense, mais une simple to­ lérance, analogue à tant d’autres nécessaires à cette époque, tolérance d'autant plus explicable que si l’on savait que l'impuissance est une cause de nullité de mariage, la théorie canonique n’avait pas encore poussé jusqu’à son terme la distinction entre impuis­ sance antécédente et subséquente. Enfin, n’oublions pas, en rappelant ce texte, le commentaire indirect que lui donna saint Boniface dans le statut qu’on a cité plus haut, et qui montre bien que, vingt ans après la réponse de Grégoire, l'indissolubilité du mariage con­ sommé ne faisait pour luiaucun doute; n'oublions pas la réponse d'Etienne 111 que l'on a citée aussi et qui rend le même son. Nous avons parlé plus haut des pénitentiels comme attestant que la discipline du mariage avait subi dans les Etats francs des atteintes regrettables. Il ne fau­ drait pas en conclure que tous les pénitentiels se sont rendus complices de ce relâchement. Freisen, Geschichle des canonischen Eherechts,p.l8&sq.,a fait à ce point de vue une distinction entre pénitentiels romains et pénitentiels francs et anglais. On verra plus loin que cette distinction, qui repose sur les th 'ories de Mur Schmitz, a un fondement ruineux. Il n’est pas moins vrai que plusieurs textes de pénitentiels affir­ ment très fermement l’indissolubilité du mariage et l’interdiction du divorce en toutes hypothèses. Qu’il suffise de citer du pénitentiel de Vinniaus les §§ 41, 42, 45. voir les textes dans Freisen, lac. cil.; on en pour­ rait apporter beaucoup d'autres. Mais, à côté de ceux-là, nombreux sont les textes de pénitentiels qui recon­ naissant pratiquement le divorce, en soumettant par­ fois à la pénitence l'époux qui aurait contracté du 1468 vivant de son conjoint un autre mariage. Et, ce qui est intéressant dans l'espèce, c’est que les décisions sont souvent très diverses suivant les pénitentiels. Ainsi le Pænitentiale Theodori, it, 12.8 19 : Si mulier discesserit a viro suo dispiciens eum nolens rever­ tere et reconciliari viro, post V annos cum consensu episcopi aliam accipere licebit uxorem. Or ce même pénitentiel, en un autre endroit, donne la solution suivante : Si ab aliquo sua discesserit, I annum pieniteal ipsa, si impolluta revertatur ad eum, ceterum 111 annos, ipse unum si aliam duxerit, i, 14,8 '13. Le même, π, 12, S 8, Maritus, si se ipsum in furto aut fornicatione servum facit vel quocumque pec­ cato, mulier, si prius non habuit conjugium, habet potestatem post annum alterum accipere virum, di­ gamo autem non licet. De même au § 23 : Si cujus uxo­ rem hostis abstulerit et ipse eam iterum adipisci non potest, licet aliam tollere .-melius est quam fornicari. Et on pourrait citer d’autres textes dans les Capitula Theodori, les Canones Gregorii, le Pænitentiale Cummeani, le Confessionale Pseudo-Egberti. Mais ces textes n'impliquent pas la responsabilité officielle de l’Église. Il faut nous souvenir d une part des protesta­ tions élevées contre les pénitentiels, par divers conciles comme celui de Chalon (813) précisément à propos des solutions de ce genre : repudiatis ac penitus elimi­ natis libellis, quos pænilenliales vocant, quorum sunt certi errores,... de quibus recte dici potest: « morti­ ficabant animas quæ non moriebantur, et vivificabant animas quæ non vivebant; » qui... consuunt pulvillos secundum propheticum sermonem sub omni cubito manus et faciunt cervicalia sub capite universes ætatis ad capiendas anima i, c. xxxvni ; ou comme celui de Paris (829) qui ordonnait aux évêques de re­ chercher ces livres et inventos igni tradat; d’autre part, quoi qu'en ail affirmé M:r Scnmitz, Die Bussbücherund die Bussdisciplinder Kirche, M.Paul Fournier a prouvé qü’il fallait reléguer au rang des mythes « le pénitentiel romain qui aurait conservé, au vm® siècle, la tradition de la discipline canonique primitive, telle que l'appliquait l’Eglise universelle. » A ceux qui vou­ laient encore couvrir leurs débordements de la per­ mission que leur donnaient les lois séculières ou de la tolérance que leur accordait la coutume, Hincinar répon­ dait par ces paroles sévères : « Qu’ils se défendent tant qu’ils voudront,... s’ils sont chrétiens, qu’ils sachent bien qu’au jour du jugement ce n’est pas d’après la loi romaine, la loi salique ou la loi gombelte qu’ils seront jugés, mais d’après les lois divines ou apostoliques : Defendant sequanlum volunt, quiejusmodisu.nl... Tamen si christianisant, sciant se in die judicii nec Romanis nec salicis nec Gundobadis, sed divinis et apostolicis legibus judicandos. » P. L., t. cxxv, coi. 658. De fait, on réussit peu à peu à supprimer en pratique le divorce. « En principe, à la fin de l'époque carolingienne, dit M. Fahrner, Geschichle der Ehescheidung im /cano­ nischen Recht, t. i, p. 92, la victoire était assurée dans l’empire franc à la doctrine orthodoxe de l’Église romaine sur le divorce, bien que l’on n’eût pas encore surmonté en pratique tous les courants contraires. » Cette victoire fut le fruit de luttes nombreuses et vio­ lentes contre les personnages les plus considérables, contre les princes, les rois et les empereurs dont quelques-uns étaient des bienfaiteurs de l’Église : contre Pépin le Bref qui répudiait Bertrade pour épou­ ser Angla, contre Charlemagne qui renvoyait Ilmitrude pour épouser la fille de Didier, roi des Lombards, contre Lolhaire qui renvoyait Teutberge sous divers prétexles et se servait à celte fin d’imputations calom­ nieuses contre elle pour épouser Waldrade. Cette dé­ monstration pratique de l'indissolubilité du mariage était pour les peuples d’un plus frappant exemple que les déclarations de principe et contribua notablement 1461' DIVORCE au rétablissement de la vraie discipline. Désormais l'interdiction du divorce ne subit plus aucune défail­ lance, et les sévères leçons données par Alexandre II à l'empereur Henri IV, par Urbain II et Pascal II à Phi­ lippe-Auguste montrèrent que ('Église savait faire plier aux saintes lois du mariage les plus hauts potentats. VI. Le DIVORCE BANS LE CAS DE MATRIMONIUM RATUM non consummatum. — Si l'on veut comprendre exac­ tement la pratique actuelle de l’Église vis-à-vis de cer­ taines formes du divorce en la comparant avec ses déclarations incessamment répétées en faveur de l’in­ dissolubilité, il est nécessaire de connaître les théories qui en forment la base. Une question que l’on pose toujours en étudiant le mariage est celle-ci : Quand le mariage est-il vraiment constitué? Et l’on répond : il est constitué quand les deux sponsi ont échangé leur mutuel consentement de præsenli. Le prêtre, témoin officiel requis par l’Église. pose successivementà chacun d’eux la question rituelle : Voulez-vous prendre un tel, ou une telle, pour votre légitime époux, ou épouse? etc. Chacun répond en donnant son assentiment. Le mariage est constitué. Si le prêtre ne peut être présent, le mariage est conslitué par l’échange du consentement des deux parties fait devant les témoins. Autrefois, la réponse n’était pas aussi nette. La cause de l’hésitation ou de l’imprécision provenait des circonstances dans lesquelles le mariage était contracté. En droit romain, à l'époque où le chris­ tianisme faisait ses premières conquêtes, le mariage était un contrat familial qui n’était soumis ni préala­ blement ni dans l’acte même à aucune publicité légale. L'Église, sans doute, conseillait très instamment dés l’origine à ses fidèles de ne pas se marier sans deman­ der, pour inaugurer leur union, la bénédiction sacerdo­ tale, voir Bans, t. n, col. 161 sq.; mais comme elle n’en faisait pas une obligation stricte et juridique, que le consentement des époux n’était pas émis en sa pré­ sence, qu’elle n’était pas témoin nécessaire de ce con­ sentement, il advint souvent que ces unions étaient consacrées sans qu’elle fût appelée à les bénir, sans qn'elle fut officiellement informée. D'autre part, ce qu’on pourrait nommer les alentours du mariage, les cérémonies qui en précédaient et accompagnaient la célébration se composaient d’éléments multiples: pour­ parlers avec le père de la jeune fille, remise del'anneau, constitution de dot, deductio in domum accompagnée de solennités, etc. Quand parmi tous ces éléments était émis un consentement actuel, tout était clair. Mais on décomposait ces éléments, on en supprimait une partie plus ou moins notable. Le droit romain disait bien : nuptias consensus, non concubitus, facit; mais ce con­ sentement était présumé de la fille quand le père avait donné le sien, on ne le lui demandait pas toujours. Elle était présumée consentir quand elle n’avait pas refusé et qu'elle se soumettait à la deductio in do­ mum. Or les cérémonies étaient parfois réduites à la seule cohabitation. Un homme prenait une femme libre, l'entrainait chez lui, vivait avec elle, sans faire précé­ der son acte d’aucune des cérémonies rituelles; quoi donc distinguait cette cohabitation d'un simple concubinat? Si après une cohabitation plus ou moins longue il se séparait de cette femme, comment prouver qu’il l'avait réellement épousée et qu’il était lié à elle indissolublement? Sans doute, ils avaient dû échanger leur consentement. Peut-être s’étaient-ils auparavant promis, par devant témoins, de s’épouser; mais cette promesse d’un fait futur les liait-elle au point de prou­ ver que leur cohabitation postérieure était un mariage? Qu’elle fût un indice précieux, sans doute, mais une preuve, pas complètement. Fallait-il donc restreindre toute cette question à la preuve, souvent impossible, ou’un consentement matrimonial avait été échangé entre eux, et rendre la liberté à tout conjoint qui pré­ 1470 tendait après coup n’avoir voulu faire qu’un concubi­ nage? traiter comme des enfants illégitimes ceux qui seraient nés de cette union ? Qu’en serait-il advenu dans ce cas de la moralité publique? et quelles facilités données aux basses passions! Ne pouvant faire parfois la preuve du consensus, on attacha d’autant plus d’im­ portance à l’autre élément, le concubitus. D’autre part, le consensus n’empêchait pas que l’un des deux con­ joints ne fût parfois inapte aux devoirs fondamentaux du mariage et la discipline reconnaissait que, dans ce cas, on pouvait considérer ce mariage comme n’existant pas. On ne creusait pas plus profondément cette théorie, mais on en déduisait que le consensus n’était pas, sans le concubitus, une preuve assez certaine du mariage. Avec le consensus seul le mariage, disait-on, pouvait exister : avec le concubitus en plus on ne pouvait dou­ ter de son existence. Le fait de la cohabitation conju­ gale complétait la preuve restée jusque-là indécise. De là, à faire de la consommation le requisitum essen­ tiel du mariage, il n’y avait qu’un pas; il fut bientôt franchi. Le mot latin nubere signifia à la fois contrac­ ter mariage et accomplir l'acte conjugal. — D’autre part, l'union conjugale n’était dite indissoluble dans l’Écriture que lorsque les époux étaient devenus κιια caro; c’était après avoir appliqué à l’homme et s la femme Verunt duo in carne una de l’Écriture, que saint Paul, dans l’Epitre aux Ephésiens, résumait le parallèle entre l'union du Christ et de l’Église et celle des deux époux par celte affirmation solennelle : « Je le dis, ce mystère est grand dans le Christ et dans l’Église, » que la Vulgate a traduite : Sacramentum hoc magnum est, ego autem dico, in Christo et in Eccle­ sia. C'était par l'union charnelle, disait-on, que les époux accomplissaient le symbole de l'union du Christ et de l’Eglise. Et llincmar était l’écho d'une tradition déjà longue quand il écrivait : Sciat, ut traditione majorum docuimus..., non esse conjugium, quibus de­ fuit conjunctio sexuum. De nuptiis Stepkani et filiæ Regini. corn., P. L., t. cxxv, coi. 652. Dans cet état de choses, une discipline fermement éta­ blie ne tenait pour complètement indissoluble que le mariage consommé. Même après que le conflit de théories dont les principaux antagonistes furent, d’une part. Gralien et l’école de Bologne, et, de l’autre, Pierre Lombard et l’école de Paris, se fut apaisé, après avoir fait la distinction très nette entre sponsalia de future et sponsalia de præsenli, les docteurs eussent con­ que l’union contractée par les sponsalia de prseseuh était un vrai mariage, il resta de l’ancienne théorie un souvenir disciplinaire. Seul, le mariage non consommé étaittoutà fait indissoluble; au mariage non consommé, celui que les uns nommaient initiatum ou simplement ratum, on ne reconnaissait qu'une indissolubilité de second ordre. Toutefois, puisque même non consommé le mariage était un sacrement, était indissoluble, on ne pouvait abandonner au gré des époux la constatation ou l'affirmation qu'il n'était pas consommé, on ne pou­ vait leur permettre de se séparer comme si aucun lien n’existait entre eux. L’Église que l'on avait déjà fait inter­ venir pour examiner et décider dans des cas analogues, concile d’Agde, can. 25; Capitula Theodori, can. 70, 149; Pænitenliale pseudo-Theodori, c. iv, § 23, etc., interviendrait encore pour examiner et décider de la séparation et admettre le divorce. De là vient la pro­ cédure du divorce connu sous le nom de dispensi? de matrimonio rato non consummato, dispense que seul le pape peut accorder. On voit dans quel sens cette dis­ pense est la reconnaissance du divorce. De là vient aussi le droit reconnu aux époux d’entrer en religion et de faire les vœux solennels, vœux qui diriineront le ma­ riage, tant qu’il n’a pas été consommé, et qui permet­ tront à l’aulre époux de contracter un nouveau mariage, c. 2. De confers. conjug. 1471 DIVORCE VII. Le divorce en droit naturel. — 1° L- divorce des non-baplisés. — Ce que l'on a dit jusqu’ici s’ap­ plique spécialement au mariage chrétien, c’est-à-dire au mariage sacrement contracté par des chrétiens, et qui réalise en quelque manière le modèle qu'il a dans l’union du Christ et de l’Église. Ce mariage, consommé, est complètement indissoluble : aucune raison, aucun motif ne permet jamais de briser le lien matrimonial au point de laisser possible un nouveau mariage de l'un des conjoints du vivant de l'autre. Mais qu'en est-il du mariage qui ne parfait pas cet admirable et fécond symbole d’union? qui n'est pas sanctifié par la grâce sacramentelle que représente l'union du Christ el de l’Église? Est-il indissoluble? — Qu'il ne soit pas indissoluble au même degré que le mariage consommé des chrétiens, c’est pour ainsi dire une vérité évidente. Si, comme on l’a vu, le mariage non consommé des chrétiens, bien qu’il réalise en quelque manière, d'une manière spirituelle, le symbole du Christ et de l'Église, n’a qu'une indissolubilité de second ordre, à plus forte raison le devrons-nous dire du mariage des non-chrétiens, fût-il consommé, parce que, n’ayant pas reçu le baptême, ilssontincapablesde représenter cette union, sinon gros­ sièrement et d'une manière matérielle. 11 n’y a donc dans le mariage des infidèles qu'une indissolubilité d'ordre inférieur, en soi, à l’indissolubilité secondaire du mariage chrétien non consommé. Cette fermeté d’ordre inférieur est-ce encore de l'indissolubilité? Oui, certainement. Le mariage des inlidèles est de même ordre que le mariage contracté par les patriarches et par les Juifs de l’ancienne loi. C’est celui que Dieu établit à l’origine du monde. Or de ce mariage Jésus-Christ a dit : « N'avez-vous pas lu que celui qui créa l’homme au commencement créa un homme et une femme et qu'il dit : Pour cela l'homme quittera son père et sa ' mère et s'attachera à ÿa femme, et ils seront les deux en une seule chair? Ainsi, ils ne sont plus deux, mais une seule chair. Ce que Dieu a uni que l'homme ne le sépare donc pas. » Matth., xix, 4-6. C'est de ce mariage que Jésus proclamait l’indissolubilité originelle et encore obligatoire devant les Juifs et les Pharisiens; c’est ce mariage qu’il voulait ramènera son indissolubilité pri­ mitive. Moïse, leur affirme-t-il, Moïse ne vous a pas prescrit, imposé le divorce; il vous l’a simplement permis. Mais à l'origine il n’en était pas ainsi. C’est la même doctrine que rappelle l'exposé doctrinal sur le mariage qui ouvre la session XXIV du concile de Trente, la Doctrina de sacramento matrimonii : Matrimonii perpetuum indissolu bilemque nexum primus humani generis parens divini Spiritus instinctu pronuntiavit, cum dixit : Hoc nunc os, etc. L’indissolubilité est à la base de tout mariage. Jésus-Christ, en faisant du mariage un sacrement, n'a pas créé celte indissolu­ bilité, il l’a confirmée : gratiam vero, quæ... indissolubilitalem, unitatem confirmaret. C’est la doctrine unanime des théologiens catholiques, et en particulier de saint Thomas : l'indissolubilité appartient à tout mariage. Mais puisque ce caractère ne lui vient pas du symbole sacramentel, pourquoi Dieu a-t-il voulu que le mariage fût de soi indissoluble ? Est-ce uni­ quement parce qu'il plaisait à sa volonté qu’il en fût ainsi ? Au milieu d'une foule d'autres raisons saint Thomas relève celle-ci : c’est que les parents sont tenus de faire l’éducation de leurs enfants et de les préparer à remplir leur fonction en cette vie. Jn IV Sent., I. IV, dist. XXXIII, q. n, a. 2, q. r. C’est l’enseignement de Benoit XIV, qui affirme que le mariage, au simple point de vue naturel, doit de toute convenance, soit pour l’éducation des enfants, soit pour conserver les autres biens, être perpétuel et indissoluble. Matrimohii fœdus a 'Deo institutum, quod et quatenus naturæ officium est. pro educandæ prolis studio, aliisque matrimonii bonis servandis, perpetuum et indissolubile esse con- 1 147·? venit. Const. Dei miseratione, §1. C’est l’enseignement de Pie VI : le mariage, qui avant Jésus-Christ était in­ dissoluble, est devenu, après Jésus-Christ, l’un des sept sacrements. Dogma fidei est, ut matrimonium, quod ante adventum Christi nihil aliud erat nisi indissolu­ bilis quidam contractus, illud post Christi adventum evaserit unum ex septem legis evangelicæ sacramen­ tis. Epist. ad episc. Molulen., 16 septembre 1788. C’est celui de Pie IX qui insérait dans le Syllabus des propo­ sitions condamnées la proposition suivante : « De droit naturel le mariage n'est pas indissoluble, »n. 67. C'est celui que rappelait Léon XIII à toutes les pages del'encycliqueMrcanum. Et selon Benoit XIV, Quæst. canon., q. dxlvi, §33, l’indissolubilité appartient de droit natu­ rel non seulement au mariage consommé, mais au ma­ riage non consommé des non-baptisés. C’est l'enseigne­ ment de la raison et de l’expérience. L’indissolubilité seule protège dans le mariage les droits de la femme aussi bien que ceux du mari ; seule, elle nourrit l'amour mutuel des époux dont le bonheur, si nécessaire pour leur donner la force de remplir leur devoir quotidien, serait brisé par la perspective d'une séparation ; seule, elleresserre leur union en leur faisant consentirpour le bien de la paix les sacrifices sans lesquels il n’y a pas de grande œuvre ni de joie profonde; seule, elle pour­ voit au bonheur et à l'éducation des enfants en main­ tenant auprès d'eux des cœurs qui les aiment el une ex­ périence affectueuse qui les éclaire; seule, elle assure le bien de la société, en obligeant les passions basses à se contenir, en protégeant la pudeur dans les relations humaines, en formant comme un faisceau d'alliés et de parents qui s’entraident et se soutiennent les uns les autres, tandis que le divorce ferait des alliés de la veille d’implacables ennemis. Permettre la rupture du lien matrimonial, c’est, dit Léon XIII, donner l’incons­ tance comme règle dans les affections qui devraient durer toute la vie, changer le support mutuel en ai­ greur mutuelle, encourager les violations de la foi conjugale, rendre presque impossible l'éducation des enfants; c’est la discorde semée à pleine main, la di­ gnité et l’honneur de la femme foulés aux pieds, sa pudeur outragée, la moralité générale abaissée, tout frein enlevé aux passions honteuses, les nations affai­ blies et bientôt épuisées, anéanties : tels sont les fruits naturels inséparables du divorce. Encyclique Arcanum, passim. Ces graves et sévères jugements reposent sur de longues et douloureuses expériences, non seulement celles de l'antiquité, mais celles plus récentes de la Révolution française et d’autres encore. Que ce soit en Allemagne, en France, en Amérique, parlout les effets sont uniformes : la pratique étendue du divorce tuera les nations modernes comme elle a tué les civilisationsantiques. Ces conséquences inéluctables ne prouve­ raient-elles pas à elles seules que le divorce est con­ traire au droit naturel? Les théologiens se sont demandé s’il est contraire au droit naturel primaire ou au droit naturel secondaire. Mar Rosset, dans son grand ouvrage, De sacram, matrimon., n. 554 sq., établit clairement en deux proposi­ tions: indissolubilitasmatrimonii non est absolute de jure naturali primario; Jndissolubililas matrimonii est de jure secundario naturæ. On comprend donc que l'Église puisse admettre, en certains cas, le divorce du mariage des non baptisés comme elle admet, dans la mesure très restreinte que l’on sait, le divorce du ma­ riage non consommé des chrétiens. L’autorité civile, le Prince, comme on disait autrefois, a-t-elle le droit d’admettre pour les non baptisés la fa­ culté de divorcer? qu’elle ne l’ait pas quand il s’agit du mariage chrétien consommé ou non consommé, c'est un point absolument hors de doute : ce mariage est un sacrement dont la discipline est entièrement réservée à l’Église. Quand il s’agit du mariage des non- 1473 1474 DIVORCE chrétiens, la qneslVon •n’est pas aussi claire. Sanchez, | I Cor., vu, 12-15. Letexteest assez clair par lui-même. De sancto matrim. sacratu,, I. VU, disp. Ill, n. 9, se Si donc après la conversion de l’un des époux l’autre demande devant quel juge les infidèles qui demandent refuse de cohabiter avec lui et se sépare, l'époux le divorce doivent comparaître., et il répond que c’est converti n'est pas tenu de le suivre ni de le rechercher. devant le juge séculier qui est poureuxseul compétent. Λ ce cas on a joint celui où l’époux demeuré infidèle Faut-il en déduire qu’il reconnaît-à ce juge le droit de veut bien cohabiter avec le conjoint converti, mais veut porter une sentence de divorce? Peut-être, quoiqu’il lui imposer en cette cohabitation des actes contraires lie le dise pas; ne fausserait-on pas sa pensée en l'ad­ à la religion chrétienne ou aux devoirs essentiels du mettant. Plus prés de nous. Carrière, De matrimonio, mariage; et avec raison, car cette cohabitation maté­ part. II, seel, ill, -c. i, a. 1, n. 227, après avoir refusé rielle est pire que la répudiation. La discipline qui s’en­ nettement aux parties le droit de divorcer de par leur suivit et qui est attestée dés les origines, cf. le com­ seule volonté, n'ose pas refuser aussi nettement au mentaire de l’Ainbrosiaster, In 1 Cor., vu; l’homélie pouvoir civil le droit de porter une sentence de divorce : xix de saint Jean Chrysostome, In 1 Cor., vu, men­ il y a là, dit-il. plus de difficulté à se prononcer, parce tionnée par les pénitenliels, cf. Pænitenl. Theod., il, que l'on peut concevoir que l’intervention et la limi­ 12, S '17, 18; pseudo-Egbert , etc., reconnue par Gratien tation des cas par l’autorité civile supprime ou diminue et ses successeurs, fut enfin canonisée par Inno­ quelques-uns des inconvénients du divorce. Major cent III, c. Quanto, De divortiis, ou il énonça défi­ adest difficultas, quia concipitur per publicam au­ nitivement jusqu’où s’étendait le privilège exprimé par ctoritatem ita posse restringi et ordinari divortii fa­ saint Paul. Depuis lors les détails pratiques ont été cultatem, ut tollantur aut minuantur quædam ex précisés, soit en ce qui concerne l’interpellation à allatis incommodis .· unde non ita aperte auderemus adresser à l'autre conjoint, soit en ce qui concerne la pronuntiare. De celte concession, Rosset, op. cit., dispense de cette interpellation : ce sont là questions n. 55(1, le gourmande sévèrement; il lui objecte la pro­ dans lesquelles il n’y a pas lieu d’entrer pour notre position 67 du Syllabus, qui, toutefois, n’est peut-être sujet. On voulait simplement marquer dans quelle me­ pas très pertinente ad rem, car, d’une part, admettre sure l’Église, interprète du droit divin et du droit na­ que l’autorité civile puisse en certains cas permettre le turel, admet le divorce du mariage des non baptisés. divorce ne prouve pas qu elle nie l’indissolubilité du Cette décrétale d'Innocent Ill affirmait et restreignait mariage, pas plus que l’Eglise, en admettant le divorce à la fois une pratique un moment plus étendue. La d’un mariage non consommé entre chrétiens dans les question s’était en effet posée, si le privilège de l'apôtre deux cas que nous avons mentionnés, ne nie l’indisso­ ne visait que le mariage contracté dans l’infidélité de lubilité générale de ce mariage, et, d’autre part, l'allo­ deux époux dont l’un s’était plus tard conxerti, ou s'il cution Acerbissimum du 27 septembre 1852, à laquelle n’était pas applicable également au cas où de deux on renvoie aussi comme à l’un des documents auxquels époux chrétiens, mariés dans l’Église, l’un d’eux aposest empruntée cette proposition 67, parait bien parler tasiail ou tombait dans l’hérésie; si l’époux perverti surtout du mariage chrétien. Il parait donc malaisé refusait de cohabiter, ou s'efforçait d’entraîner l’autre d'englober cette théorie de Carrière parmi celles qui dans ses erreurs, celui-ci ne pouvait-il être délié du ontété condamnées dans la proposition 67 du Syllabus. lien matrimonial et, s’il le désirait, contracter un autre 11 n'en est pas moins vrai que l’opinion courante refuse mariage? Deux décrétales, l’une d’Urbain 111(1185-1187) ce droit à l'autorité civile. Cavagnis n’en parle pas can. 6, De divert., et l’autre de Célestin III, can. 1, De quand il examine la question de savoir si l’autorité convers. infidel, (le texte se trouve dans les partes civile peut établir des empêchements dirimants de ma­ decisæ, Friedberg, in loc.) l'avaient admis, celui-ci riage pour les infidèles, question à laquelle il donne dans le cas d’apostasie, celui-là dans le cas d'hérésie, une réponse affirmative, Institut, juris publ. eccles., à condition que le divorce eût été prononcé, aim part. II, 1. II, c. II,§ 4; mais Gasparri dit très nette­ assensu archidiaconi, ou bien judicio Ecclesiæ. Mais, ment que l’autorité civile ne peut le permettre même dans son édition des Décrétales, saint Raymond de pour les infidèles : Principem civilem, etiam in casi­ Pennafort laissa tomber le passage de Célestin III. et. bus in quibus divortium proprie dictum non esset à l’occasion de celui d’Urbain III, la Glose remarqu contra natures legem, non posse illud sancire nec pro sed hoc, quod in fine dicitur, corrigitur per cap. subditis infidelibus. Tract, canon, de matrim., 1904, sequens, c’est-à-dire le c. Quanto. n. 1320. Cf. Lehmkuhl, Theol. mor., Paris, 1902, n. 701. Enfin on ne s’étonnera pas que le mariage contracté 2» Le privilegium paulinum. — On a vu que l’Église entre deux infidèles puisse, après la conversion de l’un autorise légitimement, en deux cas déterminés, le di­ d’eux, être dissous par la profession religieuse solen­ vorce du mariage chrétien non consommé. Puisque le nelle du converti. mariage des non baptisés n’a qu’une indissolubilité VIII. Le ntvoncE civil spécialement en France. — inférieure à celle du mariage chrétien, il s’ensuivra Le divorce, qui avait disparu de la législation chré­ tienne sous les efforts incessants de l’Église, y reparut logiquement que l’Église pourra dans une mesure plus large en autoriser et sanctionner la dissolution. Mais à l’éclosion du protestantisme. Toutes les écoles pro­ testantes en admettaient la légitimité dans certaines là encore une longue discipline a déterminé dans quel limites. Les motifs pouvaient être, en premier lieu sens ou pour quel motif cette dissolution pourra être l'adultère du conjoint, les sévices et mauvais traite­ permise. C’est uniquement in fidei favorem, pour la ments, une absence longue et affectée, l’incompatibi­ conservation et l’extension de ce bien supérieur qu’est la pratique de la vraie religion. Le premier énoncé de lité d’humeur. Le concile de Trente condamna leur doctrine spécialement dans les c. v et vu, De sacram, ce droit et de cette discipline se lit dans la première matrim., sess. XXIV. Non pas que l'on remit au gré Èpitre de saint Paul aux Corinthiens. « Si un frère, de chacun l'appréciation des motifs et la liberté al écrit l’apôtre, a une femme non chrétienne et qu’elle lue; mais la brèche était ouverte, on ne tardera pas a consente à habiter avec lui, qu’il ne la renvoie pas. Et l’élargir. si une femme chrétienne a un mari non chrétien et D’autres théories empruntées plutôt à des arguments qui consent à habiter avec elle, qu’elle ne le renvoie philosophiques firent introduire le divorce dans la lé­ pas; car le mari non chrétien est sanctifié dans la gislation française à l’époque de la Révolution. C'était femme, et la femme non chrétienne est sanctifiée dans au moment où, entraînée par sa lutte contre la religion notre frère... Mais si le conjoint non chrétien se sépare, catholique, l'Assemblée législative prétendait asseoir qu’il se sépare : le frère ni la sœur ne sont enchaînés un ordre nouveau sur de nouvelles bases, en faisant dans ces cas. C'est dans la paix que Dieu nous a appelés. » 11TCT. OE THÉOL· CATI'OL. IV. - 47 1475 DIVORCE 1476 abstraction de tous les principes chrétiens. En vertu | intention le divorce n’eût été que la rupture du lien du principe que la liberté est un droit naturel inalié- 1 civil. La Pénitencerie interrogée répondit le 5 janvier nable, on décida que le mariage était un contrat ordi­ 1887 : Mulieri pænitenti in casu nihil aliud esse con­ naire, dissoluble donc par le seul consentement des sulendum, nisi ut a petendo divortio sub gravi se deux époux, puis, même par la volonté d’un seul plai­ abstineat. dant l’incompatibilité d’humeur. Loi du 20 septembre Le peuvent-ils pour un intérêt d’ordre supérieur? 1792. Les conséquences furent telles qu’on dut, le Par exemple, une femme, épouse d’un mari indigne, 15 thermidor an III, suspendre l’exécution de loi du pourrait-elle demander le divorce afin de se faire adju­ 4 lloréal an II. Ce droit au divorce, qui n’avait été ré­ ger à elle seule la garde et l’éducation des enfants qui clamé par aucun des cahiers de 1789, n’était pas popuserait gravement compromise entre les mains du père? llaire; les rédacteurs du Code civil, sans toutefois le Il n'y a pas, sur ce point, de décision officielle : celle supprimer, purent le restreindre notablement. Ils ne que l’on cite, du 3 juin 1891, n’est pas ad rem. et retinrent comme causes que l’adultère, les excès, in­ considère une hypothèse un peu différente. Le peuvent-ils pour sauvegarder l’honneur d’une jures, sévices graves, la condamnation à une peine in­ famante, et le consentement mutuel subordonné à une famille, désavouer la paternité d’enfants adultérins, foule de prescriptions sévères, art. 229-233. La loi du préserver les intérêts d’enfants légitimes compromis par exemple par les débordements odieux d’une mère? 8 mai 1816 le supprima, et les tentatives faites en 1830 Sur ce point les deux thèses en présence se prévalent et 1848 pour le rétablir n’aboutirent pas. En 1871, chacune d’une réponse. Dans les deux cas posés à la pendant la Commune, une proposition fut présentée Pénitencerie les apparences étaient, semble-t-il, les dans le même sens. mêmes. Pourtant la réponse fut différente. Le 7 janvier Le 16 juin 1876, M. Naquet présentait à la Chambre 1892, la Pénitencerie répondait : Non licere; le 30 juin des députés un projet de loi qui eut malheureusement de la même année, elle disait: Orator consulat probatos plus de succès. Après de longues discussions, le projet notablement amendé et adouci aboutit à la loi du auctores. Voici d’ailleurs la question à laquelle s’adres­ sait la réponse : Eduardus ob adulterium mulieris '27 juillet 1884; une nouvelle loi du 18 avril 1886 ne lui fit subir que des retouches concernant la procédure. notorium et scandalosum, ex quo etiam proles spuria Elle n'admet le divorce que pour « cause déterminée », exorta est, a judice ecclesiastico obtinuit sententiam les causes admises par le Code civil de 1804, moins pro separatione thori.— Ut vero talis sententia judicis ecclesiastici effectus civiles sortiri queat, prsesertim celle du consentement mutuel. Récemment, de nou­ quoad repudiationem paternitatis circa filios adulteri­ velles facilités ont été accordées, qui en rendent la pratique plus dangereuse et plus déplorable. Nous nos, horumque exclusionem a parte et bonis prolis ■n’avons pas à entrer dans le détail de ces dispositions; legitimie, lex civilis non aliud suppeditat medium ce que nous venons d’exposer suffit au but qui nous efficax quam divortium civile. — Unde Eduardus fa­ ■est fixé. miliis sute decori el bono providere volens, ad actionem Par suite de cette loi se posèrent un peu partout des pro consequendo divortio civili recurrere cogitat. Nullo cas de conscience douloureux. Il demeurait bien cer­ modo tamen vinculum sacramentale infrangere aut tain que le divorce ne pouvait être accepté par l’Eglise, novarum nuptiarum liberlalem pro se aut pro indigna ■que la loi était inopérante pour la conscience; qu’un muliere praetendere putat, paratus cæleroquin lalem chrétien ne pouvait y recourir pour briser le lien conju­ intentionem authentice coram parocho vel episcopo gal, c'est-à-dire pour se libérer absolument de son confirmare el declarare. Le reste de l’exposé n'est conjoint et contracter un nouveau mariage. Mais pouqu’une répétition plus détaillée de cette déclaration. vait-on recourir au divorce considéré uniquement A cette consultation la Pénitencerie n’a pas répondu : comme une rupture du lien civil, des sanctions civiles Non licere, mais : Orator consulat probatos auctores. que le mariage contracté devant l'autorité civile annexe Enfin, un époux contre lequel est intentée une action au lien matrimonial'? Et si l’Eglise interdit d’y recou­ en divorce, peut-il agir reconventionnellement contre rir, est-ce parce que le divorce est intrinsèquement le demandeur, par exemple afin d’obtenir la garde des mauvais? est-ce parce que, sans être intrinsèquement enfants qu’il n’obtiendrait pas en restant simplement défendeur? Sur ce point encore, aucune décision offi­ mauvais, il entraine de telles conséquences qu’on ne cielle publiée jusqu’ici. le peut tolérer que dans des circonstances exception­ nelles, circonstances qu'on ne peut viser dans une loi 2° Le juge. — Laissons de côté, comme n’appartenant générale ou une jurisprudence courante? Il s’agit, bien pas spécialement à notre sujet, le fait qu’en instruisant entendu, ici, de la dissolution civile d'un mariage chré­ une action en divorce, le juge s’immisce dans une ma­ tien, valide, et qui ne peut bénéficier d’une dispense tière ecclésiastique. Abstraction faite de ce point, le pontificale dans les conditions indiquées plus haut. juge peut-il prononcer un divorce civil? Nous avons Les théologiens ne sont pas complètement d’accord ici plusieurs réponses officielles. Le 25 juin 1885, à une sur ce point. Ils sont unanimes à considérer le divorce question conçue en ces termes : Utrum fas esset judi­ civil, considéré en simple rupture du lien civil, comme cibus laids in causis de separatione conjugum sive un mal; ils sont unanimes à dire qu’il le faut éviter, circa vinculum, sive circa habitationem tantum, jus mais ils se divisent sur la question de fond : les uns dicere ? (ces mots jus dicere visent la loi de 1884 d’après affirmant qu'il est intrinsèquement mauvais, les autres laquelle le juge ne prononçait pas le divorce, mais se admettant qu’il se peut rencontrer des cas assez graves bornait à déclarer : Il y a lieu de prononcer le divorce; pour qu’on ait le droit de le demander. Aucune décla­ la loi du 18 avril 1886 a modifié ce point : c’est le juge ration autorisée n’ayant tranché le différend, il ne reste maintenant qui prononce le divorce), à cette question, qu’à demander à l’Eglise ce qu’elle tolère en pratique le Saint-Office répondait que, vu les circonstances, pour diverses personnes qui peuvent être intéressées tolerari posse... dummodo catholicam doctrinam de dans une action en divorce : les époux, les juges, les matrimonio deque causis matrimonialibus ad solos avocats et avoués. judices ecclesiasticos pertinentibus palam profiteantur, 1° Les époux. — Il est certain qu’ils ne peuvent de­ el dummodo ita animo comparati sint... ut nunquam proferant sententiam... divino aut ecclesiastico jurs mander le divorce en vue d’un intérêt pécuniaire. Le cas fut posé à la Pénitencerie : une femme séparée de repugnantem, el in casibus dubiis vel difficilioribus corps d’avec son mari demandait la jouissance d’un suum quisque ordinarium adeat, ejusque judicio se dirigat... Ce n’était donc pas un refus absolu. Cette bureau de tabac, mais ne pouvait l’obtenir si elle n'ob­ tenait préalablement le divorce. D’ailleurs, dans son > réponse suscita de nouvelles questions auxquelles il fut ΜΊΊ DIVORCE répondu le 27 mai 1886 que n’était pas légitime interpre­ tatio per Gallias diffusaaceliam typis data, juxta quant satisfacit conditioni præcilatæ (celle qu’on a citée cidessus) judex qui, licet matrimonium aliquod validum sit coram Ecclesia, ab illo matrinionioveroet constanti animo abstrahit, et applicans legem civilem pronun­ tiat locum esse divortio, modo solos effectus civiles solumque contractum civilem abrumpere mente inten­ dat, eaque sola respiciant termini prolatæ sententiae. Cette réponse, adressée à des évêques de France, ayant excité unecertaineémotion en Belgique où le juge peut être appelé lui aussi à prononcer des sentences de divorce, le nonce en Belgique fut autorisé par le SaintSiège à déclarer « que le décret du 27 mai ne concerne pas la Belgique, et que par conséquent, rien n’est mo­ difié en ce pays en ce qui touche la matière du divorce. » Enfin l’évéque de Leçon ayant demandé si, dans un cas particulier, ou les juges avaient déclaré : Il y a lieu à prononcer le divorce, bien que le mariage fût valide devant l’Église, le maire pouvait prononcer le divorce avant de procéderait mariage civil du divorcé, ce maire élant disposé à confesser publiquement la doctrine de l’Église sur le mariage et sur le divorce la Pénitencerie répondit, le 23 septembre 1887 : Episcop. Lucien, in hoc casu particulari, si inspectis omnibus ejus ad­ junctis ita in Domino expedire judicaverit, tolerare, posse ut syndicus orator ad actum, de quo in precibus, procedat cum declarationibus ab ipso propositis, ita ut... ponat : solumque civilem contractum spectare posse. Puis elle déclara, le 4 juin 1890, qu'il n’était pas licite de déduire de cette réponse à un cas parti­ culier une solution générale. En pratique, c’est l’opi­ nion moins sévère qui l’a emporté. Gasparri le recon­ naît : In locis ubi lex divortii a mullo tempore saevit, judices catholici bona fide sententiam proferunt, ta­ centibus ordinariis et s. sede; e. g. in Belgio... Etiam in Galliis. jam hæc bona fides, ob data ab ordinariis responsa, in pluribus introducta est. Op. cit., n. 1557. Et il ajoutait : Hinc in praesentibus circumstantiis minus probamus illos, qui hanc actusilliceitatem alte et in publicis ephemeridibus praedicant. 3° Les avocats. — Un avocat peut-il être pour son client demandeur en divorce? Évidemment l’avocat peut être demandeur dans les cas où son client peut demander en conscience le divorce. — Le peut-il dans le cas où le client n’a pas le droit en conscience d’in­ tenter Faction en divorce? Pas plus que son client il ne peut agir en vue d’un avantage temporel ou pécuniaire. Bref, il faut lui appliquer les solutions données pour les époux; et ce que le décret du Saint-Oilice du 25 juin 1885 décida it pour les juges s'appliquait aussi aux avocats; la question parlait des uns et des autres, la réponse les visait également. — L'avocat pourrait-il agir s’il était désigné d’office pour assister le demandeur? (Notons que la nouvelle jurisprudence rend de plus en plus fréquentes ces désignations d’office.) Le motif qu’invoquent les tenants de la réponse affirmative, c’est qu’en refusant son ministère l’avocat chrétien s’ex­ pose à ne pouvoir plus exercer sa profession, au grand dommage de l'ordre social tout entier. Mais nous ne connaissons pas de réponse autorisée du Saint-Siège sur ce sujet. — Par contre, nous savons, par une réponse du Saint-Office à l’évêque de Southwark communiquée par le Saint-Office lui-même à l’évêque de Saint-Gall, le 3 avril 1877, qu’on peut tolérer que l’avocatassiste un défendeur en procès de divorce, dummodo episcopo constet de probitate advocati, et dummodo advocatus nihil agat, quod a principiis juris naturalis et eccle­ siastici deflectat. Il ne semble pas qu’il y ait lieu de se montrer sévère en ce qui concerne le ministère de l’avoué, qui est plutôt subalterne et surtout matériel; moins encore pour le ministère de l’huissier et du greffier. 1478 Nous résumerons tout cet exposé pratique par 1? déclaration suivante du card. Gasparri, touchant l'opi nion moins rigide : eam sire in theoria sive in ? rari retinent, saltem ut probabilem, non pauci antistites, docti, pii, prudentes et sedi aposlolicee addictissimi in Germania, Anglia, America, Gallia... Ex divortio sequitur effectus contrarius juri divino, nempe quod matrimonium religiosum privetur suis effectibus ci­ vilibus, sed hic effectus sequitur indirecte. Op. cit., n. 1540. La première partie de cette déclaration rappelle qu'en effet le divorce civil existe non seulement en France, mais en Allemagne, en Angleterre et en Amé­ rique. Voici une brève indication des pays où règne cette plaie malheureuse des législations antichré­ tiennes. En Europe : Allemagne, d’après le nouveau code civil entré en vigueur le 1er janvier 1900. Jj 1564-1587; Angleterre, surtout depuis la loi du 28 août 1857, com­ plétée par des lois postérieures de 1868, 1898, etc.; Autriche, sauf pour les catholiques, lois de 1820, 1870, 1874; Belgique, code civil de 1832; Hongrie, depuis la loi de 1894; Écosse; Irlande, où il faut, afin d’obtenir le divorce, une loi pour chaque cas; Luxembourg, comme dans le code civil français de 1804; Hollande; Suisse, spécialement depuis la loi fédérale du 21 dé­ cembre 1874; Danemark, Norvège, Suède; Russie, Grèce,Monténégro,Roumanie,suivantles lois de l’Eglise grecque-orthodoxe; en Pologne, pour les dissidents seulement, non pour les catholiques. En Amérique ; celle du sud : Costa Rica, Saint-Domingue, Équateur, Guatemala, Haïti, San-Salvador ; Amérique du nord : États-Unis, où le divorce est une vraie plaie sociale malheureusement très étendue; dans le Bas-Canada, il faut comme en Irlande une loi pour chaque cas. La bibliographie de cette matière est extrêmement nombreuse. On en donnera seulement un exposé restreint. En plus des ou­ vrages indiqués dans les pages qui précèdent, on pourra consul­ ter, en premier lieu, les moralistes et canonistes : Feije, BatleriniPalmieri. Opus theologicum morale, les décrétalistes, sur les titres De divortiis, et De conversione infidelium ; puis les suivants, donnés un peu au hasard : Westermarck, Origine du mariage dans l’espèce humaine, trad. H. de Varigny, Paris, 1895; de Donald. Du divorce, Paris, 1847; E. Glasson, Le mariage cii et le divorce dans l'antiquité et dans les princpalçs législa­ tions modernes de l'Europe, Paris, 1880 ;Luckock, The of marriage, Londres, 1894; Brenner, De divortiis n·.··; nos, Berlin, 1862; Perrone, De matrimonio Christian .. Liège. 1861 ; Palmieri, Tractatus de matrimonio christen B -e, 1880; Scaduto, H divorzio e il Cristianesimo m ·:;?·:-· Florence, 1883; J. Freisen, Geschichte des eanonischen Ehçrechls, 2' édit., Paderborn, 1893; Zhishmann, Das Ehertela der Orientalischen Kirche, Vienne. 1864;Launoy, Regia in matri­ monium potestas, Paris, 1674, et In librum magistri Launch theol. Parisien., qui inscribitur Regia in matrim. potestas, observationes, par Jacques l'Iiuillier, 1678; A. Esmein, Le mariage en droit canonique, Paris, 1891; Roskovany, Matri­ monium in Ecclesia catholica potestati ecclesiast. subjectum, Pestini, 1870; P. Damas, Les origines du divorce en France, Bordeaux, 1897; Baudier, La loi du divorce et la conscience chrétienne, Paris, 1885; E. Lehr, Le mariage, le divorce et te séparation de corps dans les principaux pays civilisés, Paris. 1899; Basdevant, Des rapports de CÉgliseet de l'État bow la législation du mariage, du concile de Trente au code civil. Paris, 1900; Quinquet de Monjour, Histoirede Findissolubiliu du mariage en France depuis le v· siècle jusqu’au concile :* Trente, Paris, 1901 ; R. Lemaire, Le mariage civil. Parts. F.ë ; A. Giobbio, Lezioni di diplomazia ecclesiastica. R -ï . ' enfin l’excellent livre de Μ. L Fahrner. qui peut tenir lieu de beaucoup d’autres, Geschichte der Ehescheidung tnt kamnischen Redit. Fribourg-en-Brisgau, 1903, t t (le seul paru jusqu - . Pourtes décisions des Congrégations romaines, voir les revues spéciales,comme Le canoniste contemporain de 1885a 1892. eu bien Craisson. Manuale totius juris canonici, 8· édit.. Paris. 1894, ou Laviatle, Décisions romaines sur le divorce civil, Périgueux, 1898. A. VlLUEX. 1479 DMITRIEVSKY DMITRIEVSKY Ivan Ivanovitch, écrivain ecclé­ siastique russe du xviir siècle, né dans le gouverne­ ment de Itiazan en 1754. On a de lui un livre très ap­ précié dans l'Église russe, un commentaire historique et théologique de la liturgie : Jsloritcheskoe, dogmatitcheskoe i tainslvennoe iziasnenie liturghii, Moscou, 1804. La dernière édition est celle de Saint-Pétersbourg, 1897. Il est aussi l’auteur de plusieurs ouvrages histo­ riques et liturgiques, mentionnés par Philarète. Philarèle, Obzor russkoi dukhovnoi literatury, Saint-Péters­ bourg, 1884, p. 411-412; Pravoslavnaia bogoslovskaia Entziklopediia, t. iv, col. 1103-1104. A. Palmieri. DOBMAYER Marianus, théologien de l'ordre de saint Benoit, né à Schwandorf le 24 octobre 1753, mort le 21 décembre 1803. Il avait obtenu son admis­ sion dans la Compagnie de Jésus; mais celle-ci ayant été supprimée, il entra chez les bénédictins où il fit profession en 1775 à l’abbaye de Weissenohe. De 1781 à 1787, il enseigna la philosophie à Neubourg-sur-leDanube; de 1787 à 1794, la théologie dogmatique et l’histoire à Amberg; et de 1794 â 1799, à Ingolstadt. Lors­ que l’université de cette ville fut réorganisée, Dobmayer fut nommé professeur de théologie à Munich. 11 refusa cette chaire et rentra dans son abbaye. Quelques an­ nées plus tard, en 1803, les monastères ayant étésupprimés en Bavière, le gouvernement de ce pays lui fit offrir une chaire de professeur; mais il ne voulut rien accepter désirant surtout reprendre son enseignement à Amberg. Dobmayer a publié : Conspectus theologies dogmaticæ, in-8°, Amberg, 1781. Après sa mort parut son ouvrage : Systema theologies dogmaticæ, opus posthumum cura et studio Th. Pant. Senestrey, 8in-8°, Soultzbach, 1805-1819. Senestrey publia en outre de ce même auteur : Regula fidei ac theologies calholicæ, in-8°, Soultzbach, 1821. Le bénédictin Em. Salomon fit paraître un abrégé du Systema theologies, sous le titre : P. M. Dobmayer institutiones theologicæ in com­ pendium redactæ, 2 in-8“, Soultzbach, 1893. Hurter, Nomenclator, Inspruck, 1893, t. in, col. 562; C. Sommervogel. Bibliothèque de la C'· de Jésus, 1892, t. in, col. 107; Kirchenlexikon, 1884, t. in, col. 1865; M. J. Scheeben, La dogmatique, trad, de l’abbé Belet, in-8·, Paris, 18'7-1882, t. I, p. 717. B. Heurteiiize. DOBROSIELSKI Chrysostome, théologien polonais de l’ordre de saint François, né en 1628, mort en 1676. On a de lui : 1° Summarium asceticæ et mysheæ theologias ad mentem D. Bonaventuræ, Cracovie, 1655, 1703; 2« Theologia ascetica ad mentem S. Bonaven­ turæ, Cracovie, 1703, 1731. Encyklopedja koscielna, Varsovie, 1874, t. iv, p. 247; Estreicber, Bibliografta polska, Cracovie, 1897, t, xv. p. 263. A. Palmieri. DOBROTVORSKY Ivan Mikhaïlovitch, un des plus savants polémistes russes contre le raskol. Né. en 1832 dans l’éparchie de Nijny-Novgorod, il fréquenta les cours de (’Académie ecclésiastique de Kazan et plus tard, en 1867, y professa l’histoire et la réfutation du raskol russe. Il mourut au mois de septembre 1883. Il a publié un grand nombre de monographies Ihéologiques et historiques sur les sectes russes. Le plus important de ses ouvrages est intitulé : Liudi bojii, russkaia sekta tak nazyvaemykh dukhovnykh khristian, Kazan, 1869. Il y expose les doctrines et la vie de la secte russe des Chrétiens spirituels ou des hommes de Dieu, qui rejettent le sacerdoce, le culte, et l’auto­ rité du pouvoir civil, et croient que le Christ est des­ cendu sur la terre 50 jours après sa résurrection, et y a fait le jugement dernier. Plusieurs de ses monogra­ phies touchent aux relations doctrinales entre le ca­ tholicisme et le raskol, par exemple, sa réponse au Père Gacarine sur la manière dont les raskolniks DOCÊTES 1480 russes envisagent les croyances de l’Église romaine, Pravoslavny Sobesiednik, Kazan, 1860, t. 1, p. 297-322; et son étude sur les relations du raskol avec l’Église et le gouvernement russe. Pravoslavnoe Obozrienie, Moscou. 1862. t. vu, p. 364-392. lia fait aussi un ré­ sumé historique des luttes théologiques et de la sépa­ ration des Églises au XI® siècle : Borba i razdielenie tzerkcei v polovinie XI vieka, Khrislianskoe 7 chlenie, Saint-Pétersbourg, 1868. t. il, p. 698-732, 871-899. La longue liste de ses écrits a été dressée par Zna­ mensky, p. 399-401. Izviesliia kazanskago Universiteta, 1882, t. xvm, p. 239241; Zephirov, Ivan Mihhaïlovitch Dobrotvorsky, ordinarnyi professor lmp. Kazanskago universiteta po Kathedrie kzerkovnoi islorii, Pravoslavny Sobesiednik, 1883, t. ni, p. 355396; Znamensky, Isloriia kazanskoi dukhovnoi Akademii, Kazan, 1892, t. 11, p. 391-401. A. Palmieri. DOC Jean, théologien et évêque de Laon, mort le 1« juillet 1560. Religieux bénédictin de l’abbaye de Saint-Denis, docteur en théologie et en dioit canon, il s’acquit une grande réputation comme prédicateur. Il fut grand-prieur de son monastère et prieur de SaintDenis de l’Estrée et de Saint-Denis-en-Vaux. Le cardi­ nal de Bourbon, abbé commendataire, le choisit comme son vicaire général et, en 1552, le fit nommer évêque de Laon. On a de ce prélat ; I ita, passio, sepultura, martyris Areopagitæ Dionysii sociorumque ejus, cor­ porum eorumdem inventio ac translatio per pium regem Dagobertum, in-8°, [Paris, 1549]; Enarratio. Dominicæ passionis, in-8°, Paris, 1552; De ælerna generatione Filii Dei et temporali nativitate, in-8°, Paris, 1554; De Domini resurrectione, in-8", Paris, 1560; Homiliæ quadragesimales, in-4®; Homiliæ in dominicas et festa anni, Paris, 1560; Homiliæ ad populum, Anvers, 1567. Dom M. Féllblen, Histoire de l’abbaye royale de SaintDenis, in-fol., Paris, 1706, p. 394 ; Ziegelbauer, Historia rei literariæ ord. S. Benedicti, t. iv, p. 159,168; [dom François,] Bibliothèque générale des écrivains de l’ordre de Saint-Benoît, 4 in-4·, Bouillon, 1777-1778, t. 1, p. 256; Hurter, Nomenclator, 1899, t. iv, col. 1176; Gallia Christiana, in-fol., Paris, 1751, t. IX, col. 555. B. Heprtibize. DOCÈTES. — I. Sources. II. Exposé du système. III. Critique. I. Sources. — Ce qui a fait le fond du docétisme, voir Docétisme, et ce qui le caractérise surtout, ce fut de soutenir que le Sauveur n’eut pas un corps fait de chair et de sang comme celui de l’homme, mais une simple apparence de corps ou un corps fantôme, et de supprimer ainsi deux des dogmes fondamentaux de la foi chrétienne, ceux de l’incarnation et de la rédemption. Mais cette erreur, avec des variantes de détail, fut commune, dès l’origine et pendant les premiers siècles de l’Église, à plusieurs sectes. Il y eut beaucoup d’hérétiques entachés de docétisme; mais y eut-il une secte spéciale dont les partisans por­ taient le titre distinct de docètes? L’allusion de Théo­ dore! porte à le croire quand il parle de ceux qui, de son temps renouvelaient l’hérésie de Marcion, de Va­ lentin, de Manès et des autres docètes, δοκηταί. Epist., lxxxii, P. G., t. lxxxiii, col. 1264. Ét pourtant des hérésiologues, tels que saint Epiphane etsainl Philastrius, très portés à multiplier le nombre des sectes, ne disent pas un mot de celle-ci; ni saint Augustin,ni, avant lui. Tertullien ou saint Irénée ne signalent une secte à part de ce nom. L’auteur des Philosophoumena est seul à le faire et lui consacre un article. Il parle, en effet, d’hérétiques qui se donnaient â eux-mêmes le nom de docètes. δοκηταί. D’autre part, d’après Clémenl d’Alexandrie. Jules Cassius, voir t. n, col. 1829, fut en Égypte le chef du docétisme, ô τής δοζήσεως έξάρχων, Strom., πι, 13, P. G., t. vm, col. 1192, en faisant de 1481 DOCÈTES la δόκησις le thème principal de son enseignement, et en prenant le nom de docètes pour distinguer ses parti­ sans.Quand il veutexpliquerles nomsdesdiverses sectes. Clément d'Alexandrie range les docètes parmi celles qui ont tiré leur nom particulier, non de celui de leur chef ou du lieu qui les vit naître, mais de la matière de leur enseignement. Strom., vu, 17. P. G., t. xi, col. 553. Un autre personnage, nous dit Sérapion, évêque d’Antioche, vers 190 et peu de temps avant Clément, appartient à la secte a de ceux que nous appelons docètes, » Marcion, Μαρκιανός. Eusèbe, H. E., vi. 12, P. G., t. xx, col. 515. Celui-ci se servait de l’Évangile de Pierre, qui était très favorable au docétisme, tandis que Cas­ sius usait de l’Evangile selon les Egyptiens. Strom., tu, 13, P. G., t. vin, col. 1193. Mais ici une difficulté se présente, celle de savoir si le chef anonyme de la secte, dont parlent les Philosophoumena, est le même que Cassius. Ilans l’état actuel des documents, l'identifica­ tion parait peu probable, elle est même impossible, car il n’est rien dit de ce chef qui rappelle le moins du monde ce que nous savons de Cassius. De plus, bien qu’il s’agisse de la même époque, c'est-à-dire de la lin du il’ siècle, l’explication du nom qu’on donne à ces hérétiques ou qu’ils prennent eux-mêmes, ne porte pas exactement sur le même point. Pourquoi ce nom, en effet ? En Orient, il rappelle bien l’erreur du docé­ tisme; mais, sous la plume de l’auteur des Philoso­ phoumena, i\ signifie encore autre chose; il viendrait, non pas de δόκησις, apparence, par allusion direcle à la théorie du docétisme, mais de δοκός, poutre, par allusion .i la poutre dont il est parlé dans l’Evangile, poutre que ces sectaires avaientdanslesyeux.ee qui les empêchait de voir la vérité et faisait faire à quelquesuns des folies, non en apparence, mais en réalité. τΩν où τώ δοκεΐν είναι τινάς κατανοούμε·? ματαίζοντας, άλλα τήν έκ τοσαύςηςΰλης δοκόν έν δφΟαλμώ φερομένηνδιελέγχομεν. Philosoph., VIII, ι, 11, édit. Critice, Paris, I860, p.408. C’est donc aux Philosophoumena, comme à l’unique source, que nous devons demander les renseignements indispensables pour connaître cette secte; malgré leur brièveté et leur obscurité, on s’apercevra facilement que ces docètes furent des gnostiques sans grande originalité. 11. Exposé du système. — Comme tous les gnosti­ ques, ces docètes de la lin du il’ siècle ont une théo­ gonie, une cosmologie, une christologie et une sotériologie à part : cadre semblable, explications un peu différentes. Nous allons en faire l’exposé aussi littéral que possible. 1° Théogonie. — Dieu est le principe de tout; mais il est semblable à la graine du figuier, qui est très petite quant au volume et très grande par sa puissance de développement. Le figuier rappelle l’arbre qui servit de refuge, d’abri et de voile de pudeur (à Adam et à Eve , et auquel par trois fois le Seigneur demanda vainement du fruit et qu’il finit par maudire. Or, le figuier pousse une tige, déploie des feuilles et porte des fruits aux germes sans nombre. De même de ce Dieu si petit et si réduit sortent trois éons, qui sont, à leur tour, principe de tout le reste. C’est ce qu’a fait entendre Moïse quand il a dit que les paroles de Dieu sont au nombre de trois: σκότος, γνόφος, Ολελλα. Deut., v, 22. Ils se développent, en effet, et atteignent leur perfection, qui est dans le nombre dix, et deviennent trente; ils ne différent entre eux que par la distance qui les sépare du premier germe, et leur puissance prolifique est en raison directe de ce voisinage avec Dieu. Ainsi le plus voisin, αμέτρητος, l’incommensu­ rable, se décuple et devient cent; le second, ακατάλη­ πτος, l'incompréhensible, étant un peu plus loin, se sextuple et devient soixante ; quant au dernier, qui n’est pas désigné, étant le plus éloigné des trois, il se triple etdevient trente. Ce développement rappelle celui 1482 de la parabole du Sauveur. « Des grains tombèrent dans la bonne terre, et ils produisirent des fruits, l’un cent, l’autre soixante, l’autre trente. Que celui qui a des oreilles pour entendre, entende! » Matth., xn. 8. Tous ces éons, les trois et ceux qui procèdent d’eux en nombre infini sont en même temps mâles et femelles. Sortis tous de ce premier germe de concorde et d’uni*·5 et s’étant tous concentrés à la fois dans un seul éon ils ont engendré un fruit commun, le Sauveur de tous ceux qui sont au milieu, égal en puissance au germe du figuier, sauf qu’il a été engendré, tandis que le premier germe est incréé. 2° Cosmologie. — Grâce à ces trois éons et à ce fils monogène, toute la nature spirituelle a été ordonnée. Et toutes les choses spirituelles et éternelles sont de la lumière, mais une lumière qui n’est ni amorphe, ni rude; n’ayant besoin d’aucun informateur, et pos­ sédant, à l’exemple du figuier, les idées sans nom­ bre de tout ce qui vit ici-bas, et illuminant d’en haut le chaos sous-jacent. Celui-ci, illuminé et formé tout à la fois par ces idées supérieures, s’est solidi’ · et a reçu du troisième éon les idées supérieures. Mais ce troisième éon, voyant que tous ses types lumineux étaient enfermés dans la nuée ténébreuse sous-jacente et n’ignorant pas le pouvoir du σκότος en même temps que la simplicité et la richesse de la lumière, n’a pas toléré qu’ils y fussent longtemps retenus et les a sou­ mis aux éons. Ayant donc affermi le firmament, il a séparé la lumière des ténèbres et a appelé jour la lumière d’en haut et nuit les ténèbres d’en bas. Or. de toutes ces idées infinies du troisième éon. enfermées dans les ténèbres, est sorti un feu vivant, d'où est né le grand Archon (le démiurge), dont Moise a dit ; « Au commencement. Dieu créa le ciel et la terre. Gen.. i, J. C’est ce Dieu igné que Moïse dit avoir parlé du sein du buisson, c’est-à-dire du sein de l’air téné­ breux. El c’est ce Dieu de feu, né de la lumière, qui a fait le monde, comme le raconte Moïse : Dieu non sub­ sistam, mais ayant le σκότος pour substance et insultant les types éternels et supérieurs de la lumière qui étaient retenus dans les ténèbres. Et c’est jusqu'à la manifesta­ tion du Sauveur que ce Dieu, né de la lumière, ou ce démiurge igné a été cause que les âmes n’ont cessé d’errer; car on appelle ainsi, ψυχαί, les idées parce qu’elles ont été refroidies dans les ténèbres: ces πέπονβεν ή οάρξ, ην άνείληφεν ό Κύριος. Strom., νι, 9, P. G., t. IX, col. 352. Du reste, à plusieurs reprises. Clément affirme la vérité de l’incarnation : sa formule est : δι’ ημάς άνθρωπο; έγένετο. Pæd., I, 5; It, 2, P. G., t. vni, col. 277,428. Le Christ a pris la chair qui, de sa nature, est passible, τήν σάρκα την έμπαθη φύσει γενομένην άναλαβών. Paramour pour les hommes, il n’a pas dédaigné la faiblesse de la chair humaine, mais il s'en est revêtu pour le commun salut des hommes, 3ς γε, διά την ύπερβάλλουσαν φιλανθρωπίαν, σαρκός ανθρώπινης εύπάΟειαν ούχ ύπεριδών, άλλ* ένδυσάμενος. Strom., νπ, 2, P. G., t. ιχ, col. 412.11 a bu, non avec excès, maisavec modération, il apris du vin, lui aussi, car lui aussi était homme. Εύ γάρ ϊστε μετέλαβεν οίνου καί αύτός, καί γάρ άνθρωπο; και αύτός. Pied., n, 2, P. G., t. vin, col. 428. Il a sauvé le genre hum-iin par son véritable sacrifice. Isaac l'a figuré; il était fils d’Abraham comme le Christ est fils de Dieu; il fut une hostie comme le Seigneur, mais il ne fut pas offert comme le Seigneur; il porta le bois du sacrifice comme le Seigneur, mais il ne fut pas immolé, ne souffrit pas et ne fut pas tué, laissant au Verbe ce privilège de la passion; il a souri mystique­ ment pour montrer que le Seigneur nous remplirait de joie, car c'est par le sang du Seigneur que nous avons été rachetés de la mort et de la corruption. Έγίλα οέ μυστικώς, ίμπλν.σαι ήμας προφητεύων χαράς τον Κύριον τούςαίματι Κυρίου έκ φθοράς λελυτρωμενους... τά πρωτεία τού πάθους παραχωρών τώ Λ4γω. Pæd·, I, 5, P. G., t. vin, col. 277. Dans un autre endroit, Clément d’Alexandrie dit que le Verbe est tout pour l’enfant, et père, et mère, et pédagogue, et nourricier; car il a dit : « Mangez ma chair, buvez mon sang. » Et voilà, ajoute Clément, les aliments convenables que nous ofl're le Seigneur, à savoir sa chair et son sang. Ταύτας ήμΐν οικείας τροφας ό Κύριος χορηγεί, καί σάρκα όρέγει, καί αίμα έκχεί. Pæd., I, 6, col. 301. A moins de textes nouveaux, notamment de ceux des Hypolyposes que nous ne possédons plus, ces passages suffisent pour montrer que, dans le Pédagogue et les Stromales, Clément est étranger au docétisme. 2“ Origène a-t-il professé le docétisme? — Oui, d’après les ennemis du célèbre docteur; car, parmi les reproches adressés à sa doctrine, se trouve l’accusa­ tion de docétisme, que saint Pamphile signale en qua­ trième lieu, Apol., I, v, P. G., t. xvn, col. 579; mais non, d’après saint Pamphile lui-même qui montre le mal fondé d’une pareille imputation. Ibid., col. 585-588. Huet, qui a étudié la question de près, se prononce égale­ ment pour la négative, et non sans raison. Origeniana, 1. II, c. H, q. ni, n. 11-13, ibid., col. 809-813. Quand on se rappelle les accusations portées par Celse contre l’impossibilité de l’incarnation du Verbe et les sarcasmes qu’il se permit contre tous les détails de la naissance, de la vie et de la mort du Sauveur; quand on sait la manière avec laquelle Origène réfuta cet imposteur, voir t. tt, col. 2095-2096, il est difficile d'imaginer qu’Origène ait été le docète qu’on prétend. Car il se garda bien de nier la réalité de l’incarnation, de la naissance humaine et de la mort sanglante de 1500 Jésus et de n’y voir qu'une vaine apparence. Il l’affirme au contraire, conformément aux récits évangéliques, et il montre la parfaite convenance de l’incarnation du Verbe, les raisons profondes de son état humilié, de ses souffrances et de sa mort. Rien ne parait plus probant pour détruire la fausse accusation de docé­ tisme portée contre Origène. Mais, en dehors de son traité contre Celse, ses autres ouvrages renferment trop de passages caractéristiques pour que puisse sub­ sister le moindre doute. Nous n'en relèverons que quelques-uns. Il est vrai que, dans son commentaire sur saint Matthieu, Origène rappelle une tradition d’après la­ quelle Jésus se montrait, tantôt sous une forme, tantôt sous une autre, de telle sorte qu’il était parfois diffi­ cile de le reconnaître; il ne la juge pas incroyable, mais il se contente de la rapporter sans en garantir la vérité. In Matth., comment, series, 100, P. G., t. xm, col. 1750. Et c’est vraisemblablement l’un des passages qui a donné lieu à l’accusation de docétisme, dont il fut l'objet de la part de ses ennemis; mais l’accusation reste une calomnie. « Qu’ils me répondent, dit-il, les hérétiques qui éludent la naissance du Christ comme un fantôme : pourquoi est-il appelé le fils de l'homme? » Il affirme, quant à lui, qu’il a été fils de l’homme. In Ezech., homil. 1, 4, P. G., t. xm, col. 672. Et dans un autre endroit : Suscipiens naturam carnis humante, omnes proprietates implevit, ut non in phantasia habuisse carnem existimaretur, sed in veritate. In Matth., comment, series, 92, P. G., t. xm, coi. 1743. Ailleurs encore, commentant ce passage de saint Paul, Rom., vi, 5-6 : « Si nous avons été greffés sur lui (le Christ), par la ressemblance de sa mort, nous le serons aussi par celle de sa résurrection, sachant que notre vieil homme a été crucifié avec lui, afin que le corps du péché fût détruit, pour que nous ne soyons pas les esclaves du péché, » Origène rappelle que des héré­ tiques (les docètes), l’entendant mal, en ont conclu que le Christ n’est pas vraiment mort, mais seulement en apparence. Leur répondre, dit-il, me serait trop facile et j’estime inutile de recourir à d’aulres textes de l’apôtre ou des Évangiles, où il est question simple­ ment de sa mort et non d’un semblant de mort, alors que je puis leur dire : s’il n’y a eu qu’un semblant de mort et non une vraie résurrection, nous aussi nous ne ressusciterons qu'en apparence et non en réalité, nous aussi nous semblerons mourir au péché sans mourir réellement; et donc tout ce qui a été fait ou se fait n’est qu’une pure apparence. Il n’y a plus dès lors qu'à conclure que nous avons été sauvés en apparence, et c’est autant d’absurdités. In Hom., V, ix, P. G., t. xiv, col. 1044; cf. Cont. Gels., il, ί&, P. G., t. xi, col. 828. Parlant du corps humain du Christ, c’est là, dit-il, le signe de contradiction, car les uns prétendent qu’il est descendu du ciel, d’autres qu’il a eu un corps sem­ blable au nôtre. Et Origène de blâmer ces derniers. In Luc., homil. xvn, P. G., t. xm, col. 1844. Faut-il en conclure qu’il estimait que le corps du Christ fût diffé­ rent du nôtre? Loin de là, car il s’en est expliqué en tète du Ιίερ'ι αρχών, 4, P. G., t. xi, col. 117. Le Christ, dit-il, a pris un corps semblable au nôtre, mais avec cette différence que ce qui est né de la Vierge est du Saint-Esprit. Et parce que Jésus-Christ est né et a souffert en vérité, et parce qu’il n’a pas subi la mort en apparence, il est vraiment mort et vraiment ressus­ cité. Inutile de poursuivre l’enquête; les passages qu’on vient de lire, dont quelques-uns visent spécialement l’erreur docète, suffisent pour disculper Origène du reproche de docétisme. La vérité est qu’il a combattu les gnostiqucs. tout comme Clément d’Alexandrie, en 1501 DOCÉTISME maintenant l’orthodoxie de la foi sur la réalité de l'in­ carnation et de la rédemption, qui comportent, pour le Fils de Dieu, la vérité d'une naissance et d’une vie humaines, d’une passion et d’une mort sanglantes. I. Sources. — S. Irénée, Conl. hær., P· G., t. vu; Philosophoumena, édit. Cruîce, Paris, I860, 1. VI-VIII, X, 4, 12-16, 19 sq.; Tertullien, De praescriptionibus, 30; Adv. Marcionem ; Adv. valentitiianos; De carne Christi; pseudo-Tertullien, De præscript., 46-53, P. L, t. u, col. 41, 243, 538, 774 sq. ; pseudoOrigène, De recta in Deuni fide, iv, P. G., t. xi ; S. Augustin, De hæresibus; Contra Faustum, P. L-, t. xi.ll; S. Epiphane, Hær., xxi-xxxm, P. G., t. xli, col. 286-555; Théodoret, Hæret. fab., V, xi-xiv, P. G., t. lxxxiii, col. 488 sq. II. Travaux. — Massuet, Dissert, in S. Irenæum, P. G., t. vu; Le Nourry, Dissert, in Clementem, P. G., t. ix; Huet, Origeniana, P. G., t. xvn; Tillemont, Mémoires pour servir à l'hist. eccl., Paris, 1701, Lu, p. 40, 50, passim; CeiUIer, His­ toire des auteurs sacrés et ecclésiastiques, passim; tous les auteurs qui ont traité de la gnose et du gnosticisme, et dont la bibliographie plus détaillée sera donnéeà chacun de ces articles; articles spéciaux dans Dictionary of Christian biography, Londres, 1877; Kirchenlexikon, Fribourg-en-Brisgau, 1880; Realencgclopüdie für protest. Théologie und Kirchc, Leipzig, 1897. G. Bareille. (vers 1250), franciscain, lecteur de théologie à l’université d’Oxford. Oudin, Comm. descript, eccl., Leipzig, 1722, t. ni, p. 526, en fait un chancelier d’Oxford. Il semble qu’il ait confondu le franciscain avec Thomas deBukyngham,qui eut cette charge en 1316. De même les Quæsliones in quattuor libros Sententiarum, publiées à Paris en '1505, et sou­ vent attribuées à Thomas de Docking, ne sont pas de lui, mais de Jean Buckingham ou Bokingham, évéque de Lincoln de 1363 à 1397. Les seuls ouvrages qu’on puisse attribuer avec certitude à Thomas de Docking sont des Commentaires sur l’Écriture, conservés encore manuscrits dans divers collèges d’Oxford, au British Museum, et à Lincoln. DOCKING (Thomas de) Pour plus de détails, voir l’article de R. L. Poole, dans le Dictionary of national biography, Londres, 1888, t. xv, p. 139. J. DE LA SeRVIÈRE. 1. DOCTEUR (du latin docere, enseigner) signifie littéralement celui qui enseigne, ou mieux celui qui a qualité spéciale pour enseigner publiquement, et, de façon plus précise, celui qui a été promu au grade suprême d’une faculté. — I. Définition. 11. Histoire. III. Privilèges. IV: Création. V. Surnoms des docteurs les plus célèbres. I. Définition. — Leterme « docteur ». pris dans_son acception la plus large, signifie une personne haute­ ment qualifiée pour enseigner en public: peu importe d’ailleurs que cette compétence spéciale qui distingue le docteur soit ou non consacrée par un titre universi­ taire. C’est ainsi que nous voyons, chez les Juifs, cette dénomination appliquée à celui qui était l’interprète officiel des divines Écritures et qu’on appelait pour cela « docteur de la Loi », « docteur » ou « maître en Israël ». Matth., xxh, 35; Joa., m, 10. A son tour. l’Église chrétienne honora de ce nom plusieurs de ses saints et de ses théologiens qui enseignèrent et défendirent la doctrine avec une science et une auto­ rité extraordinaires : ce sont les « docteurs de l’Église ». Voir ce mot. Enfin certains maîtres dé la scolastique se virent décerner ce titre auquel vint s'ajouter un qualificatif exprimant le caractère individuel de leur talent, de leur science, ou la méthode spéciale de leur enseignement. Voir plus loin les surnoms des plus célèbres. Mais, dans son acception rigoureuse, le terme < docteur » désigne une personne qui occupe le rang suprême parmi les gradués d’une faculté. Ceux-ci, en effet, sont au nombre de trois: le bachelier, le licencié et le docteur. Voir Grades. - DOCTEUR 15U2 Le« docteur » est ainsi appelé parce qu’il reçoit de l’université dont il relève un témoignage public de science qui le proclame apte à « enseigner » : cette proclamation a lieu afin que le docteur puisse être consulté par tous, que son jugement soit une règle de doctrine, et que son enseignement soit accepté des auditeurs comme un enseignement revêtu d’uneapprobation suprême, ut ab omnibus consuli queant, eorunique judicio fidatur, et scientia: ab eis dictatie ab au­ ditoribus accipiantur, quasi a docentibus cum appro­ batione summa. Schmalzgrueber, 1. V, t. v, n. 3. Au titre de « docteur » revient celui de « maître », et ordinairement ces deux expressions sont prises l’une pour l’autre : cependant le nom de « maître », qui est d’ailleurs tombé depuis longtemps en désuétude comme grade académique sinon dans les facultés de théologie et de philosophie, apparaît plus ancien que le nom de « docteur », et autrefois il s’appliquait indis­ tinctement à toute la corporation des professeurs. Le titre de « docteur » pouvant être conféré dans les diverses facultés, il s’ensuit qu’il existe autant d’es­ pèces de doctorats qu’il y a de facultés dans une uni­ versité : soit le doctorat en théologie, le doctorat en l’un ou l'autre droit, c’est-à-dire en droit canonique ou en droit civil, le doctorat en philosophie, le doctorat en médecine, le doctorat es lettres et le doctorat es sciences. On distingue encore un autre doctorat, dit doctorat d’université. C’est ainsi qu’en France « un décret du 21 juillet 1897 a autorisé les universités à instituer des titres d'ordre exclusivement scientifique qui ne con­ fèrent aucun des droits attachés aux grades par les lois et règlements. Les diplômes sont délivrés au nom de l’université; ils différent des diplômes de l’Etat en ce que les titres légaux exigés pour les obtenir peuvent être remplacés par d’autres titres de la valeur desquels l’université reste juge. L'université de Paris a institué le doctorat d’université dans ses facultés des lettres et des sciences par une délibération du 29 mars 1898. » A ce doctorat peut être assimilé le doctorat /imioris causa, que certaines grandes universités décernent parfois à des savants de premier ordre, dont la haute compétence, en la matière même où ils sont promus à cette dignité, est un fait notoire depuis longtemps établi. Telle a été la nombreuse promotion de docteurs honoris causa que l’université de Louvain promulgua, à l’occasion des fêtes de son jubilé fl909‘. dans —? facultés de théologie, de droit, de médecine, de phi­ losophie et lettres, dans son institut supérieur de phi­ losophie (École Saint-Thomas d'Aquin), et dans sa faculté des sciences. II. Histoire. — L’histoire du doctorat est intimement mêlée à l’histoire de l’université elle-même. Or. on sait que l’université, née d’un besoin de réglementa­ tion générale en raison de la multiplication des chaires et du nombre des élèves qui se groupaient autour, se constitua lentement et se développa graduellement â mesure que les circonstances l’exigèrent. 11 en fut de même pour les divers grades académiques. Si on prend pour exemple l’université de Paris, on voit un commencement d’organisation paraître au xn» siècle, puis se compléter au xm® grâce à la législation du roi Philippe-Auguste et à l’intervention du pape Gré­ goire IX, dont les bulles contiennent un modèle de règlement universitaire. Pour ce qui regarde la ques­ tion des grades universitaires ayant rapport au doctorat, nous voyons, d’après ces bulles, que la licence était déjà en usage depuis longtemps. Or la licence, c’està-dire la faculté d’enseigner, fut comme la forme pri­ mitive du doctorat. Pour avoir le droit d’enseigner, deux conditions étaient requises : la science et la mis­ sion. La science était constatée par l'examen: et la mission émanait ordinairement de l'examinateur lui- 1503 DOCTEUR même, chef de l’école, sous les noms d’ « écolâtre », « scolastique », « capiscol », et plus généralement en­ suite, sous celle de « chancelier ». C'est ainsi qu'il appartenait aux chanceliers de Notre-Dame et de Sainte-Geneviève d’examiner les professeurs et les maîtres qui se présentaient pour enseigner dans ces écoles, et de « licencier » après leurs études ceux qui prétendaient être « maîtres » et régents. Par les bulles de Grégoire IX nous apprenons également qu’outre la licence un grade universitaire, celui de bachelier < bacchalarii) existait à cette époque, c'est-à-dire dans la première moitié du χπι· siècle. Le doctorat, comme grade universitaire bien distinct, avait-il déjà faitson apparition? On ne peut l'établir sans conteste. Il est vrai que dans la bulle de Grégoire IX. datée de la pre­ mière année de son pontificat et adressée au chancelier de l'Église de Paris, il est question des doc tores theologiæ ac decretorum ac liberalium artium : mais ce terme doit-il être pris dans le sensgénéral de « maîtres», expression consacrée pour désigner les professeurs? On ne saurait préciser davantage. Cf. Féret, La l'acuité de théologie de Paris, Paris, 1891, t. I, Introduction, p. LVl, note 1. Quoi qu'il en soit de la question des origines, voici comment, dans l’ancienne université, s’échelonnaient les grades académiques. On distinguait trois classes de bacheliers : les biblici, les sententiarii, les formati, voir Grades. Pour les bacheliers formati, commençait la préparation immédiate à la « licence ». Quatre années furent d’abord assignées à cette prépa­ ration; puis ce laps de temps fut réduit à trois ans. Durant cet intervalle, le candidat à la licance devait être présent aux actes publics de la faculté, faire des conférences, et soutenir des argumentations. L’époque révolue, le candidat à la licence demandait à la faculté de le présenter au chancelier qui, au jour fixé, pro­ clamait solennellement les noms des lauréats. « Par la licence on entrait dans la période des actes solennels pour la maîtrise ou le « doctorat ». Ils étaient au nom­ bre de trois : les « vespéries », 1' «aulique », la « résompte ». Ces noms avaient leur origine dans trois mots latins : celui de « vespéries », dans vespera, soir, parce que l’acte avait lieu une après-dinée; celui d’« aulique », dans aula, parce qu'il avait pour théâtre la salle de l’évêché (c’est alors qu'il y avait remise des insignes du doctorat); celui de « resompte » dans resumpta de resumere, parce que c’était, pour une partie, la thèse adoptée par le licencié dans ses « ves­ péries ». Féret, op. cit., Moyen âge, t. in, p. 79. La collation des grades académiques pouvait s’opérer dans les diverses facultés. C’est qu’en effet la classification des connaissances avait bientôt amené dans l'ancienne université la division en facultés. Celles-ci sont nées graduellement, et, par suite, on ne saurait déterminer de façon précise leurs commencements. Le célèbre ouvrage d'un moine de Bologne, La concorde des ca­ nons discordants, connu sous le nom de Décret de Gratien, avait entraîné un partage dans la science théo­ logique. « Jusqu’alors la discipline de l’Église n’était pas séparée de la théologie proprement dite : on les étudiait ensemble. Mais cette vaste collection fil sentir le besoin de cours spéciaux. On commença naturelle­ ment à Bologne, où l'on professait le droit romain. En France, .Orléans d’abord, Paris ensuite, virent s’élever des chaires de droit canonique, lesquelles étaient d’ordinaire, à la fois, chaires de droit civil. La capi­ tale du royaume pouvait déjà s’enorgueillir, dans ce nouveau professorat, avant la fin du xn° siècle, des Gérard ou Girard la Pucelle, Mathieu d’Angers, An­ selme ou Anselle de Paris. » Féret, op. cit., Introd., p. xv. En somme, si on doit noter que la faculté de médecine est la dernière venue, il faut reconnaître que ies quatre facultés sont formellement désignées dans •xiu lettre adressée, en février 1254, par l’université. 1504 aux prélats de la chrétienté. On y parle, en effet, « delà théologie, de la jurisprudence, de la médecine, et de la philosophie rationnelle, naturelle, morale. » Du Boulay, Hist. univ. Paris., t. ni, p. 255. Dans sa bulle Quasi lignum, avril 1255, le pape Alexandre IV fait mention, avec la « faculté de théologie », des autres facultés, à savoir des facultés des canonistes, des physiciens, et des artiens. Ibid., p. 285; Féret, op. cil., Introd., p. Lt. L’institution de la faculté et du doctorat ès lettres date seulement de la fondation de FUniversité de France (art. 16 et 21, décret du 17 mars 1808). « Avant 1789, les facultés de théologie, de droit et de médecine, recevaient seules les docteurs. On considérait cependant comme équivalente au doctorat la maîtrise ès arts qui n’était qu’une conséquence de la licence, pour l'obieuiion de laquelle on soutenait un examen. Après que le candidat avait été déclaré licencié, le chancelier de Notre-Dame ou celui de Sainte-Geneviève lui plaçait sur la tête le bonnet doc­ toral en prononçant ces paroles : Quapropter in hujus potestatis signum hanc lauream magistralem capi­ ti luo impono. Étienne Pasquier, Recherches de la France,! ■ IX, c. x, etc. ; Taranne, Notice historique sur les collèges de l'ancienne Université de Paris; voir Journal de l’instruction publique, 26 mars 1845, n. 23. » Les maîtres ès arts exerçant étaient réputés et appelés <- docteurs de la faculté des arts ». Cette déno­ mination qui était encore en usage au commencement du xvii0 siècle finit par tomber en désuétude. Elle fut renouvelée en 1766 par l’institution du concours de l’agrégation qui conféra, avec le droit d’enseigner, le titre de « docteur agrégé ». Cf. Mourier et Deltour, Notice sur le doctorat ès lettres, Paris. 1880, p. IV sq. La faculté de théologie de Paris tomba avec l’ancienne université sous les coups delà Révolution. Bientôt, par le décret du 17 mars 1808, Napoléon Ior établit un centre unique d’enseignement, FUniversité de France, pour remplacer l'ancienne université de Paris et les autres universités de province. La nouvelle Université com­ prenait cinq facultés : lettres, sciences, droit, méde­ cine et théologie. Toutes ces facultés pouvaient confé­ rer le doctorat, mais d’après des règlements particu­ liers à chacune. Si la faculté de théologie survécut à Paris et en quelques villes de France, elle devint l'œuvre du gouvernement, sans l’assentiment du Saint-Siège; et, n’ayant point reçu l’investiture canonique, sa nomi­ nation aux grades académiques, spécialement au doc­ torat, resta toujours sans effet, et son enseignement fut condamné à peu prés à la stérilité. Cf. Féret, op. cit., Époque moderne, t. vi, passim. 111. Droits et privilèges. — Le droit romain et le droit des Décrétales reconnaissaient aux docteurs un certain nombre de droits et de privilèges dont plusieurs sont aujourd’hui tombés en désuétude. Ainsi : 1» Le doctorat était réputé un titre de noblesse, Jus Rom., I. II, § dernier; I. IV, § 1, De excusai, tutor.; en sorte que les personnes pourvues de ce grade jouissaient par le fait même, et sans autre autorisation spéciale de l’empereur, des insignes et des prérogatives accor­ dées aux nobles. Telle fut, au moins pendant longtemps, la pratique en usage en Allemagne. Cf. Schmalzgrueber, Jus ecclesiasticum, 1. V, tit. ν, §1, De gradibus et hono­ ribus litterariis, η. 5. — 2° Les docteurs étaient en outre exemptés des impôts tant réels que personnels. Cf. Schmalzgrueber, loc. cit., n. 8. — 3° Les docteurs, s’ils s'étaient rendus coupables de quelque crime, étaient punis avec une rigueur mitigée; et certaines peines infamantes, telles que les galères, la flagellation, leur étaient épargnées. Bien plus, on ne pouvait leur inlliger la peine de mort sans qu'ils aient été aupara­ vant l'objet d'une dégradation solennelle. Cf. Leurenius, Forum ecclesiasticum, 1. V. tit. v, q. exxv, η. 1; Schmalzgrueber, loc. cil., n. 9. — A ces droits et pré- 1505 1506 DOCTEUR absence vient à se prolonger pendant plusieurs années. vilêges, d’une portée plutôt archaïque, viennent s’en Le point de droit est incontestable s’il s’agit des pro­ ajouter d’autres d’une application possible autant que fesseurs de théologie. C. Super specula, tit. v; concile désirable. — 4’ Le doctorat est réputé dans le droit de Trente, sess. V, c. I, De reform. Mais la plupart des une « dignité », au moins au sens large du mot, et il auteurs voient également compris dans ce privilège les s'ensuit que les ecclésiastiques, en possession du titre professeurs de droit canonique. Fagnan, lit. cil., n. 4; de docteur, deviennent spécialement aptes à procédera Bockhn, Commentarius in jus canonicum universum, l’exécution des lettres apostoliques; l'existence de ce titre peut même devenir une condition sine qua non, 1. V, tit. v, η. 4; Leurenius, tit. cil., η. 2; Pirhing, til. cil., η. 9, et Garcia, De beneficiis, part. III. c. ni, pour la validité de l'acte, si quelque clause le requiert n. 54, ajoutent même que telle a été la jurisprudence comme indispensable chez l’exécuteur du reserit apos.olique: ainsi autrefois la Péuitencerie avait coutume de la S. C. du Concile. IV. Création. — 1° Pouvoir compétent. — Le pou­ de confier l’exécution de ses rescrits discreto viro con­ voir de créer les docteurs appartient, de droit propre fessori magistro in theologia vel decretorum doctore ex approbatis ab ordinario per latorem præsentium et direct, au chef suprême de la société. La raison en ad infrascripta specialiter eligendo. Cf. Gasparri, est que seul le chef suprême de la société, peut, de luimême et par sa propre autorité, approuver et régler ce Tractatus canonicus de matrimonio, t. I, n. 879. — 5f Le doctorat fonde chez celui qui en est investi une qui touche directement au bien public; or le doctorat, présomption, præsumptio juris, de science et de pru­ en conférant le droit supérieur d’enseigner en public, dence. Aussi bien l’interprétation d’une loi douteuse intéresse directement le bien général de la société; en outre, le doctorat implique par lui-même une sorte donnée par un docteur (interprétation doctrinale) doitelle être suivie, tantque l'erreur n'y parait point. Dans d’homologation suprême du pouvoir d’enseigner visà-vis de la personne qui est élevée à cette dignité et les jugements, le témoignage d'un docteur est qualifié et doit être tenu en particulière considération.— Pour qui devientainsi hautement qualifiée, chose qui réclame la collation des bénéfices et pour la réception des ordres l’approbation du chef de la société. De là il suit que, sacrés, le dogteur doit être régulièrement dispensé seul, le souverain pontife a le pouvoir de créer des de l'examen canonique. Concile de Trente, sess. VII, docteurs en théologie et en droit canonique, comme can. 13, De reform.; cf. Barbosa, In c. de Petro, il a, seul, le droit direct d'instituer des facultés en ces dist. XLVII, n. 1. 11 faut cependant faire exception sciences qui regardent immédiatement la lin spirituelle s'il s’agit d'un bénéfice paroissial, car le concile de de l’Église. D’autre part, le chef suprême de l'Etat a, Trente, sess. XXIV, can. 18, et le pape Pie V, dans de lui-méine, le pouvoir indépendant de fonder des fa­ sa bulle Insipiente, font de cet examen une condition cultés de sciences naturelles et d'y créer des docteurs. nécessaire. Enfin les docteurs sont, de par leur titre, Toutefois, dans cette sphère même, le droit social chrétien spécialement désignés pour les offices, dignités et béné­ confère à l’Eglise un certain pouvoir d'inspection et de contrôle, afin qu'elle s’assure que rien, dans l'ensei­ fices ecclésiastiques; et, toutes autres conditions égales par ailleurs, les docteurs doivent être préférés, autant gnement des sciences naturelles, n’entre en conflit avec que possible, à ceux qui ne le sont point dans la nomi­ la foi et les bonnes mœurs : en vertu de ce droit, il nation aux dignités et aux bénéfices: telles sont les dis­ appartiendrait à l’Eglise de faire subir aux nouveaux positions du droit des Décrétales, c. De multa; c. Cum docteurs, par l’organe de ses évêques, un examen sur in cunctis de elect., et surtout du concile de Trente, les questions de foi et de morale, avant qu’ils pussent sess. XXIV, c. xii, De reform. .-Hortatur etiam sancta être admis à inaugurer leur enseignement. Tel serait, synodus ut in provinciis, ubi id commode fieri po­ d’après l’opinion commune des théologiens, le sens des test, dignitates omnes, et saltem dimidia pars canopropositions 45 et 47 du Syllabus. Denzinger-Bannnicatuum, in calhedralibus ecclesiis et collegiatis insi­ warl, Enchiridion, n. 1744, 1745. gnibus conferantur tantum magistris vel docloribus, Cependant le chef suprême de la société, ne pouvant aut etiam licenlialis in theologia vel jure canonico. guère exercer par lui-même son droit de nomination au doctorat, le communique à des personnes, morale- ou En particulier, pour l’office d'archidiacre, le concile de Trente insiste pour qu'on nomme de préférence un individuelles, qui deviennent ses déléguées. C’-st nnsi docteur en théologie ou en droit canonique, ou au que le pouvoir de créer des docteurs est dévolu princi­ moins un licencié en droit canonique : Archidiaconi palement et d’une manière permanenleaux uni etiam qui oculi dicuntur episcopi sint in omnibus De plus, le droit de nommer des docteurs peut appar­ ecclesiis, ubi fieri poterit, magistri in theologia seu tenir à certaines personnes particulières, en vertu d'un doctores aut licentiali in jure canonico. Loc. cit. privilège spécial : tels sont, par privilège du souverain Mais, c’est surtout pour le choix des évêques que le pontife, les comtes palatins, les recteurs de plusieurs concile de Trente fait appel à ce principe, en exigeant collèges, entre autres du collège romain, du collège que celui qui doit être promu à l’épiscopal soit doc­ germanique, du séminaire romain, etc. teur ou licencié en théologie ou en droit canonique, 2° Forme. — 1. La première condition imposée pour ou bien qu’il se soit fait délivrer une sorte de certi­ l’obtention du grade de docteur est un examen rigou­ ficat d'aptitude auprès d’une académie ecclésiastique : reux, afin qu’on puisse s’assurer de la science et de l’érudition du candidat; quant à la procédure même Scientia vero ejusmodi polleat ut muneris sibi injun­ gendi necessitati possit satisfacere. Ideoque antea de cet examen, elle est très variable et dépend des i» universitates studiorum magister sive doctor, I règlements de chaque université. L. Magistros, c. De aut licenliatus in sacra theologia vel jure canonico profess, et medic. Cf. Schmalzgrueber, loc. cit.. n. 28. merito sit promotus, aut publico alicujus academiæ — 2. Il faut en outre que la noimnationau doctorat soit testimonio idoneus ad alios docendos ostendatur. précédée de la profession de foi récitée par le candidat Sess. XXII, c. n. De reform. Voir Evêques. selon la bulle de Pie IV; autrement, la collation lit: Outre ces privilèges communs à tous les docteurs, le grade serait sans effet juridique, ainsi que l’a déclare ia droit mentionne encore un privilège spécial pour ceux S. C. du Concile, à propos du c. 2. De reform., sess. XX'.. qui sont en même temps professeurs et enseignent la du concile de Trente. Cf. Schmalzgrueber, loc en., théologie ou le droit canonique dans quelque aca­ n. 29. — 3. Enfin au moment même de la promotion, les démie, université, faculté, etc., savoir : s'ils sont titu­ insignes du doctoral, savoir la robe, l'anneau et le laires d'un bénéfice ecclésiastique, ils en perçoivent bonnet carré, doivent être remis solennellement au les revenus, aussi longtemps qu'ils en sont absents à candidat, encore que l’usage puisse apporter bien des cause de leur enseignement, et cela même si leur modifications à ce cérémonial. DICT. DE THÉOL. CATHOL. IV. - 4b Ί5()~ DOCTEUR Le droit des Décrétales mentionne une dernière condilion à laquelle doivent veiller ceux qui confèrent le grade de docteur, savoir la gratuité de cette collation; telle est la portée du décret d’Alexandre III, c. ni, tit. v, 1. V, qui blâme énergiquement ceux qui, en France, adoptaient une coutume contraire. Quanto Gallicana ecclesia majorum personarum scientia et honestate præfulget et cautius nititur evitare quæ con­ fundere videantur ecclesiasticam honestatem, tanto vehementiori dignos eos esse animadversione cen­ semus qui nomen magistri scholarum et dignitatem assumunt in ecclesiis vestris, et sine certo pretio eccle­ siasticis viris docendi alios licentiam non impendunt. Cependant on ne saurait interpréter cette jurispru­ dence de façon trop absolue, et à ce principe de gra­ tuité n’est point opposé l’usage d’établir sur les exa­ mens pour le doctorat, comme pour les autres grades académiques, une taxe fixe e. modérée qui permette de subvenir aux frais de circonstance. V. Surnoms des docteurs les plus célèbres. — Nous rangerons ces docteurs par ordre chronologique, d'après la date de leur mort. 1» Docteurs en théologie. — Au xi Ie siècle : S. Anselme de Cantorbéry, 1109 : marianus. Anselme de Laon, 1117 : doctor doctorum. Guillaume de Champeaux, 1122 : columna doctorum. Gilbert de Londres, 1134 : universalis. Abélard, 1142 : scolasticus. S. Bernard, 1153 : mellifluus. Gilbert de la Porrée, 1154 : scolasticus. Pierre Lombard, 1164 : magister Sententiarum, sco­ lasticus. Aelred, cistercien, 1166 : mellifluus alter. Au XIII' siècle : Alain de Lille, 1202 : magnus, universalis. Pierre de Poitiers, 1205 : scolasticus. S. Jean de Matha, 1213 : eminens. Haymon de Faversham, 1244 : inter arislotelicos aristotelicissimus. Alexandre de Halés, '1245 : irrefragabilis, fons vitæ, monarcha theologorum. William Ware, 1270: fundatus. S. Thomas d’Aquin, 1274 : communis, angelicus, cherubinus. S. Bonaventure, 1274 : seraphicus. Albert le Grand, 1280 : universalis. Gilbert deCitcaux, 1280 : magnus. Henri de Gand, 1293 -.solemnis. Hoger Bacon, 1294 : admirabilis (mirabilis). Au xiv· siècle : André de Neufchâteau, 1300 : ingeniosissimus. William Mackellield, 1300 : inclytus. Jean Wallensis, 1300 : vitæ arbor. Godefroy des Fontaines, 1316 : venerandus. Richard de Mittleton, 1307 : aulhoratus, copiosus, fundatissimus et solidus. Jacques de Viterbe, 1307 : speculativus. Adam de Marisco, 1308 : illustris, ou illustratus. Pierre de Belle-Perche, 1308 : summus doctorum. Jean Duns Scot, 1308 : maximus, subtilis. Walter Brinkley, 1310 : bonus. Raymond Lulle, 1315 : illuminatus. Gilles de Colonne, 1316 : beatus et fundatissimus. Antoine André, 1320 : dulcifluus. Pierre Auriol, 1322: elegans et facundus. Hugues de Castro-novo, 1322 : scolasticus. François de Mayronis, 1327 : doctor abstractionuni, acutus et illuminatissimus. Pierre de Kaiserslautern, 1330 : præclarus. Bertrand de la Tour, 1334: famosus. Durand de Saint-Pourçain, 1334: resolutissimus. Robert de Cownton, vers 1340 : amomus. Nicolas de Lyre, 1341 : planus et utilis. 1D08 Gui de Perpignan, 1342 : Parisiensis. François d'Ascoli. 1344 : succinctus. Jean de Bacon, 1346 : resolutus, princeps averroistarum. Jean de Bassol, 1347 : ordinalissimus, ou ornatis­ simus. Guillaume Occam, 1347 : invincibilis et singularis. Gérald Eudo, 1349 : moralis. Thomas de Bradwardin, 1349 : profundus. Jean Le l evre de Bordeaux, 1350 : fundamentalis, subtilis et perspicacissimus. Landolf Caraccioli, 1351 : collectivus. Grégoire de Rimini, 1358 : authenticus. Nicolas Bonnet, 1360 : pacificus et proficuus (profitabilis). Jean Tauler. 1361 : illuminatus et sublimis. Pierre d'Aquilée, 1370 : ornatissimus et sufficiens. François de Bacon, 1372 : sublimis. Jean de Ruysbrœk. 1381 : divinus, ecstaticus. Jean Wiclif, 1384 : evangelicus. Denys le jeune, cistercien : clarus et subtilis. François Picenus : illustratus. Pierre Thomas : invincibilis. Pierre de 1’1 le : notabilis. Pierre de Mantoue : subtilissimus. » Au xv' siècle : Urbain. 1-403 : averroista et philosophise parens. Alexandre V, 1410 : refulgidus. Jean de Courlecuisse, 1423 : sublimis. Pierre Alberti, 1426 : famosissimus. Paul de Venise, 1428 : profundissimus. Gerson. 1429 : venerabilis et christianissimus. Thomas Netter oude Walden. 1431 .præstanlissimus. Nicolas de Cuse, 1-464 : Christianus. Denys le Chartreux. 1471 : ecstaticus. Laurent Gervais, 1-483 : emporium theologiæ. Sixte IV, 1-484 : acutissimus. Jean Wessel, 1489 : doctor contradictionum. Gabriel Biel, 1495 : profundissimus. François de Candie : fertilis. Alexandre Alamannicus : illibatus. Au XVI" siècle : Antoine Corsetti, 1503 : excellentissimus. Maurice O’Fiehely, 1513 : fias mundi. Jean Tissier, vers 1564 : eximius. Au xvn· siècle : Gabriel Vasquez, 1604 : acutus. Jean-Alphonse Curie], 1609 : profundissimus. François Suarez, 1617 : eximius. Louis de Montesinos. 1621 : clarus. Antoine Perez, 1649 : mirabilis. 2° Docteurs endroit. — Au xn» siècle : Bulgarus, 1166 : os aureum. Au xiii' siècle : Innocent III, 1216 : paler juris. Grégoire IX. 1241 : paler Decretalium. Innocent IV, 1254 : pater et organum veritatis. Henri de Saxe, 1267-1281 : fons juris utriusque. Clément IV, 1268 : lumen juris. Guillaume Durand. 1296 : speculator. Irnerius : lumen legum. Au xiv« siècle : Pierre de Belle-Perche, 1308 : pater peritorum. Walter Burleigh, 1337 : planus et perspicuus. Jean André, 13-48 : fons canonum. Barthol de Sessoferrato, 1359 : speculum juris. Jean Dondus, 1380 : Aristotelis anima. Au xv'siècle : Baldus de Ubaldis, 1400 : lucerna juris. Barthélemy de Saliceto, 1412: monarcha juris. Louis Pontanus, 1439 : memoriosissimus. Benoit Raymond, 14-40 : subtilis. Thomas Doctius, 1441 : verus. 151)9 DOCTEUR — DODWELL Nicolas deTudeschi, 1445 : lucerna juris pontificii. Philippe Corneo, 1462 : subtilis. François d'Accoltis, 1485 : princeps subtilitatum. Au xviesiècle: Anloine François, 1528 : doctor a doctoribus. Pour le droit, Leurenius, Forum ecclesiasticum, Venise, 1729. 1. V, tit. v, q. cxxv sq.; Schmalzgiueber, Jus eccle­ siasticum universum, Ingolstadt, 1728, 1. V, tit. v; Pirhing, Jus canonicum, Dilligen, 1712,1. V, tit. v; Bockhn, Commen­ tarium in jus canonicum universum, Venise, 1777,1. V.tit.v; Trombetti, De juribus et privilegiis doctorum ecclesiastico­ rum opusculum canonicum, Sorrente, 1900. Pour l'histoire, Crevier, Histoire de l'université de Paris, t. i, p. 26 sq.; Mourier et Deltour, Notice sur le doctorat is lettres, Paris, 1880; Féret, La faculté de théologie de Paris et ses docteurs tes plus célèbres, Paris, 1894, t. i. E. Valton. 2. DOCTEUR DE L’ÉGLISE. - I. Définition. II. Principaux docteurs de l’Église. I. Définition. - On appelle « docteurs de l’Église » les écrivains ecclésiastiques qui, non seulement à cause de leur sainte vie et de leur parfaite orthodoxie, mais encore et surtoulà cause de leur science considérable et de leur profonde érudition, ont été honorés de ce titre par une approbation solennelle de l’Eglise. Les « docteurs de l’Eglise » se distinguent donc des « pères de l’Église » (voir ce mot) pour trois raisons : ! ■ 11 n’est point requis, pour être docteur de l’Église, d’appartenir à une époque très reculée, tandis que l’antiquité est une condition nécessaire pour le titre de « père de l’Église ». 2° Chez les docteurs de l’Église, la science doit briller d’un éclat vraiment extraordinaire, en sorte qu’elle soit, pour ainsi dire, la note particu­ lière de leur mission; chez les pères de l’Église, au contraire, il n’est point nécessaire que la science, tout en devant être remarquable et sûre, atteigne ce degré exceptionnel. 3° Enfin, pour consacrer le litre de > docteur », il faut qu’une approbation plus solennelle intervienne de la part de l’Église, quoique la forme de cette approbation n’ait pas toujours été définie comme elle l’est aujourd’hui. Le pape seul ou un concile géné­ ral peuvent conférer le titre de docteur de l’Eglise. Les docteurs de l’Église occupent un rang liturgique à part dans le bréviaire et le missel. Dans l’office, ils ont une antienne propre à Magnificat : 0 doctor op­ time, Ecclesiæ sanctæ lumen, Beate N. Le missel leur réserve également une messe propre, de communi doctorum : In medio Ecclesiæ. A cette messe, le célébrant dit le Credo, en mémoire des services extraordinaires que le docteur a rendus â la foi chré­ tienne. II. Principaux docteurs de l’Église. — Au premier rang des docteurs de l’r.glise, et à un titre éminent que les siècles chrétiens ont consacré, on compte quatre Pères de l’Eglise latine, saint Ambroise, saint .Jérôme, saint Augustin, saint Grégoire le Grand, et quatre Pères de l’Église grecque, saint Athanase, saint Basile, saint Grégoire de Nazianze et saint Jean Chrysostome. En second lieu, sont honorés du nom de docteurs de l’Église saint Léon le Grand (décret de Benoit XIV, 1754i. saint Hilaire de Poitiers (décret de Pie IX, 1851), saint Pierre Chrysologue (décret de Benoît ΧΙΠ, 1729), saint Cyrille d'Alexandrie, saint Cyrille de Jérusalem, saint Jean Damascene (décret de Léon XIII. 1893), Bède le Vénérable (décret de Léon XIII, 1899), saint Anselme (décret de Clément Xi, 1720), saint Bernard (décret de Pie VIII, 1830), saint Pierre Damien (décret de Léon XII, 1828), saint Thomas d’Aquin (décret de Pie V, 1568), saint Bonaventure (décret de Sixte V, 15881. saint Alphonse de Liguori (décret de Pie IX, 1871), saint François de Sales (décret de Pie IX, 1877). Saint Léandre de Séville et saint Ildefonse sont honorés du titre de docteurs en Espagne et dans l’ordre bénédictin, comme le Vénérable Bède l’était chez les 1510 bénédictins avant le décret de Léon XIII. Saint Fulgence aurait le même titre en Espagne. Benoit XIV. De servorum Dei bealificatione, Rome, 1783. I. IV, c. il, n. I l ; Franzelin, De Scriptura sacra et traditione, Rome, 1877, tb. xiv, xv sq.; Billot, De sacra traditione contra novam lueresim evolutionism!, Rome. 1904, passim ; Newman, An Essay on the development of Christian doctrine, 9' édit., Londres, 1894, passim ; Didiol, La logique surnaturelle subjec­ tive, Paris, 1891, p. 153 sq. ; Vacant, Le magistère ordinaire de l'Église et ses organes. Paris, 1887, passim; Balnvel, De magisterio vivo et traditione, Paris. 1905, p. 73: De Groot, Summa apologetica de Ecclesia catholica, Rutisbonne, 1906, p. 784. E. Valton. 1. DODWELL Henry (l’aîné), théologien anglican, naquit en 1641 à Dublin, lit son éducation, d'abord à York, puis à Trinity college, Dublin. En 1675. on le voit accompagner en Hollande William Llojd, plus tard évêque de Saint-Asaph, auprès de la princesse d’Orange; à la même époque, il est l’ami du fameux Pearson, évêque de Chester. En 1688, iloblient la chaire d’histoire de Camden à Oxford, mais l'abandonne en 1691. pour ne pas prêter serment à Guillaume d’Orange et â Marie. Il vit dès lors dans la retraite, tout occupé de ses grands travaux sur l’histoire et la géographie an­ ciennes, et les antiquités chrétiennes. Brokesby. Life. p. 10sq. ; Overton, art. Dodwell.Dod well embrassa le parti des évêques « non jureurs », qui refusaient le serment à Guillaume d’Orange et Marie, et se virent, pour ce fait, priver de leurs sièges. Il protesta, par de nombreux mémoires doctes et éloquents, contre cette intrusion du pouvoir civil dans les alïaires de l’Église. Pourtant, à partir de 1710, il revint à l’Eglise établie, et engagea ceuxsur lesquels il avait influence à suivre son exemple. Brokesby, Life, p. 224 sq. Dodwell fut un écrivain très fécond. Nous ne signalerons, parmi ses ouvrages, que ceux qui ont rapport à la théologie. 11 fut toujours le type d’un théologien de la haute Église, combattant, à la fois, et les puritains et les catholiques. Tous ses ouvrages théologiques sont dirigés contre ces deux séries d’adversaires. Ses deux Lel très de conseils sur la réception des saints ordres et les études théologiques. Letters of advice, sont intéressantes à cause de ses idées sur l’étude des Pères des trois premiers siècles qu’il recommande aux étudiants à côté de celle dei'Écriture sainte. En 1673, il publie une traduction de 17 .troduction à la vie dévote, de saint François de Sales, avec une préface anonyme. En 1675. ses Considerat: . ; of present concernment, dans lesquelles il s <-ll. r ■ :■■■ démontrer qne la tolérance du catholicisme est incoti patible avec la paix de l’État. En 1676. ses Discourses against the Papists, pour leur reprocher leur rupture avec l’Église nationale, et répondre à leurs arguments. En 1681,- paraît son grand ouvrage contre les nonconformistes ou il établit que la séparation des églises de la hiérarchie épiscopale, telle que la pratiquent les non-conformistes actuels, est schismatique; en abrégé Book of Schism. Il lui vaut de furieuses attaques de Baxter et autres dissidents, qui l’accusent de papisme, à cause de son épiscopalisme et de son respect pour les Pères des trois premiers siècles. 11 polémique avec eux en 1681 par divers petits traités où il accentue encore ses positions. En 1683, il revient sur le même sujet dans son Dis­ course of the one altar and the one priesihm i, on décrit l’attitude des anciens Pères en face de.- - 1 ;smes En 1685, paraît son De sacerdotio laicomm, dirig· con­ tre Grotius, et dans lequel il prouve fortement la née- ssité de la hiérarchie. Entre temps, il donne un iuipor tant travail sur l’antiquité chrétienne. A la demande de Fell, évêque d’Oxford, éditeur de saint Cyprien, il publie en 1682 ses treize Dissertationes cyprianæ, sur des problèmes relatifs aux œuvres du saint docteur. C’est dans la onzième au'il soutient la thèse < que les 1511 DODWELL 1512 DŒLLINGER (DE) martyrs de la primitive Église furent beaucoup moins nombreux que ne le prétendent les inartyrologistes romains. » Dom Ruinarl répondit par sa belle disser­ tation sur le grand nombre des martyrs imprimée en tète des Acta martyrum. Brokesby, Life, p. 103 sq. En 1686, Dodwell publie en appendice aux œuvres deson ami défunt Pearson, le fameux évêque de Chester, sa Dissertatio de pontificum rontanorum primævasucces­ sione. En 1689, de nouveau à la demande de Fell, évêque d’Oxford, il donne des Dissertationes in Irenæuni. A partir de 1691, il multiplie ses écrits pour la défense des évêques « non jureurs », et proteste contre l’ingérence du pouvoir civil dans les causes purement ecclésiastiques. Brokesby, Life, p. 224 sq. Ses derniers ouvrages sont consacrés à l'antiquité chrétienne. En 1698, traité sur la légitimité de la mu­ sique instrumentale dans les églises. En 1702, discours contre le mariage entre personnes de différentes com­ munions. En 1709, que l'usage de l’encens n’est pas une tradition apostolique (publié en 1711). De la même époque sont ses lettres sur l’immortalité de l'àme, An. epistolary discourse concerning the Soul's immortality. Pour résoudre le problème du sort éternel des non-baptisés, Dodwell admet cette erreur fondamentale que l'âme humaine n’est pas naturellement immortelle, mais acquiert au baptême cette immortalité. Naturellement de vives protestations s’élevèrent contre cette doctrine; Clarke, entre autres, la réfuta avec science et logique. Brokesby, Life, p. 563 sq. Voir Clarke, t. ni, col. 3. Dodwell a laissé plusieurs ouvrages inachevés concernant l’antiquité profane et chrétienne, et la philosophie naturelle. Brokesby, Life, p. 499 sq. outré. Doddridge, Leland, Benson, Randolph réfutè­ rent Dodwell. et son propre frère, William Dodwell, chanoine de Salisbury et archidiacre de Berks, pro­ nonça, le 11 mars et le 24 juin 1744, deux sermons contre ses doctrines, devant l’université d’Oxford; ils furent publiés à Oxford en 1745. Dodwell se défendit toujours d’avoir voulu détruire la foi chrétienne dans l’àme de ses lecteurs, et prétendit leur avoir donné seulement une notion plus exacte de cette foi. Les méthodistes crurent d’abord pouvoir tirer parti de sa thèse, et s’employèrent à répandre son livre. Mais Wes­ ley lui-même comprit mieux la portée de l'œuvre de Dodwell; il écrivait justement : « Le dessein poursuivi dans cet ouvrage est de rendre odieuse et ridicule l'institution du christianisme... Il s’etforce de démon­ trer que le christianisme est contraire à la raison, que l’homme agissant conformément aux principes de la raison ne saurait être un chrétien. » Earnest appeal to men of reason and religion, Dublin, 1750, p. 16. Alibey et Overton, The english Church in the 18" century, Londres, 1878; Hunt, Religious thought in England, Londres, 1870 sq. ; Leland, A view of the principal deistical writers, Londres, 1807 ; Overton, art. H. Dodwell, dans le Dictionary of national biography, t. xv, p. 181 sq. ; Stephen (Leslie), History of the english thought in the IS" century, Londres, 1881,1.11. J. DE LA SERVIÈRE. DŒLLINGER (de). - I. Vie. 11. Ouvrages. Il n’existe pas d’édition complète des œuvres de Dodwell. Bro­ kesby. Life of Mr. H. Dodwell, toith an account o/ his Works, Londres, 1715; Overton, art. Dodwell, dans le Dictionary of national biography, t. xv, p. 180 sq. J. DE LA SERVIÈRE. 2. DODWELL Henry (le jeune), déiste anglais, mort en 1784, était le quatrième enfant du théologien Henry Dodwell. Il naquit à Shottesbrooke, dans le Berkshire, probablement après le début du xvm» siècle. Il fit ses études littéraires à Magdalen Hall, Oxford, puis se donna à la carrière juridique. En 1742, il devint tout d’un coup célèbre par un livre intitulé : Christia­ nity not founded on argument ; le livre était anonyme, mais l’auteur connu de tous. Dodwell y développe les trois propositions suivantes : « La raison, ou toute autre faculté intellectuelle, ne peut pas, soit à cause de sa nature, soit à cause de celle de la religion, être le moyen voulu de Dieu pour nous conduire à la vraie foi. En fait, il n’en est pas ainsi, si nous en jugeons par les données claires de la sainte Écriture. On peut décrire nettement, en s'appuyant sur la même indiscu­ table autorité, ce qu'est positivement la foi, et établir les moyens propres et voulus de Dieu pour parvenir à la connaissance des vérités divines. » Christianity, p. 7 sq. Il prouve les deux premières par la critique de la démonstration classique du christianisme, et des réflexions sur l’impuissance de la raison humaine. Et il développe ainsi la troisième : « Le motif qui amène l’homme à recevoir les mystérieuses vérités de l’Évangile est un don particulier, une munificence, spéciale du ciel, en dehors et au-dessus des communs privilèges de notre nature, » p. 57. Telle est la foi que décrit l’Evangile, celle que montre l’observation des âmes chrétiennes, celle qui a fait les martyrs. L’examen rationnel de celte foi ne peut qu’êlre fort dangereux, et conduit presque infailliblement au scepticisme, p. 81 sq. Etil conclut : « Mon fils, confiez-vous au Sei­ gneur de tout votre cœur, et non à votre propre raison, » p. 118. Naturellement une vive polémique s’en­ gagea â propos de cette profession du fidéisme le plus ; , | ' 1. Vie. — On y peut distinguer trois périodes : la première, qui s’étend de 1799 à 1861 et se clôt avec les Conférences de l’Odéon; la deuxième, qui va de 1861 au 17 avril 1871; la troisième, qui comprend les der­ nières années de Dœllinger, à dater de son excommu­ nication jusqu'à sa mort. 1° Première période, 1799-5 et 9 avril 1861. — JeanJoseph-Ignace de Dœllinger, le prince des savants catholiques de l’Allemagne au xix» siècle, et le chef, avec Mœhler, de l’école historique allemande, naquit à Bamberg, le 28 février 1799, dans une vieille et hono­ rable famille de médecins, où le zèle de la science était, ce semble, héréditaire. Ignace de Dœllinger, son père, mourra en 1841, membre de ΓAcadémie des sciences de Bavière et professeur à l’université de Munich; physiologiste éminent, son nom el son souve­ nir n’ont pas péri. L’enfant, au foyer paternel, sentira s’éveiller en lui de bonne heure une curiosité univer­ selle et insatiable; il y sera déjà possédé de la passion des livres, qui se confondait avec le désir de savoir et d'apprendre, comme aussi de la religion, autant dire, de la superstition de la science; il y déploiera une rare variété d'aptitudes, et restera jusqu'au terme de sa longue carrière, animé des mêmes goûts, empresse aux mêmes travaux. La littérature, la philosophie, l’histoire, la théologie, les mathématiques, les sciences naturelles et, en particulier, l'entomologie, le préoccu­ peront à la fois ou tour à tour. Mais c’est l’un des traits de cette curieuse physionomie, que Dœllinger, satisfait de son champ primitif d’études, gardera tou­ jours le souci de le creuser et de s’y fortifier, non de l’étendre et d’y annexer de nouvelles provinces. Les progrès de l’archéologie sacrée, de l’épigraphie, de l’histoire de l’art depuis plus d’un demi-siècle, seront presque pour lui chose non avenue; il n’y prendra point de part et point d'intérêt. En somme, Dœllinger sera l’homme du passé bien plus que l'homme du pré­ sent. Dans l’ordre politique, les remaniements contem­ porains de la carte de l’Europe n’entameront pas ses idées conservatrices, voire parlicularistes. de 1848; et, dans l'ordre religieux, les impressions de la légende d'un portrait de saint Bernard, qui lui tombera sous les yeux à l'âge de dix ans : l.’linam mihi liceret videre Ecclesiam sicut in diebus antiquis, ne s'effaceront jamais. 1513 DOELLINGER (DE) 1514 L'éruition classique de Dœllinger sera donc im­ n’ait été, entre les causes intellectuelles de sa chute, mense; on peut dire, sous la réserve indiquée, que j la plus active et la plus efficace. Dœllinger lira tout et connaîtra tout. Par malheur, il Ordonné prêtre à Wurzbourg le 23 avril 1822, un ne connaîtra pas les hommes. Faute de les connaître, peu contre le gré de son père, et vicaire pendant près il s'en laissera gouverner et trop souvent exploiter. d’un an de la paroisse de Scheinfeld, Dœllinger fut Dans toutes les phases de sa vie, l'influence heureuse nommé, le 2l novembre 1823, professeur de droit ca­ ou fâcheuse de ses entours sur ses productions litté­ non et d'histoire ecclésiastique-au lycée d’Aschatlenraires comme sur ses opinions et ses résolutions, saute bourg; il avait trouvé sa voie. Alors commencent, sous aux yeux. La fermeté du caractère n’était pas le fait du les auspices et à l'honneur de la science catholique, grand savant et contrastait crûment avec l’élévation et les relations de Dœllinger — relations affectueuses et l’envergure de son esprit; on dirait de lui un roseau confiantes, sans grandes effusions de tendresse — avec peint en fer. Simple, gai, bienveillant, caressant même les coryphées de l’école de Mayence, les Henri Klée, dans son intimité, ami fidèle, causeur charmant et les Nicolas Weiss, les André Ræss, qui réussiront long­ presque sans rival, Dœllinger sera surtout un cerveau. temps à le maintenir dans les sentiers de l'orthodoxie et Le culte de la science remplira seul et dirigera sa seront véritablement ses anges gardiens. Pareille fortune vie. lui échut, quand il se vit appeler, en 1826, à l'universilé Ainsi, ses préoccupations intellectuelles décideront de Landshut, que le roi Louis l"r venait de transférer dans pour une bonne part de sa vocation sacerdotale. Nulle sa capitale, pour faire de Munich le centre et le boule­ trace en lui, dans aucun moment, ni d’aspirations vard du catholicisme en Allemagne. Les amitiés douces mystiques ni de ferveur ascétique. Dès 1818, à moins et fortes que Dœllinger y noua, celles notamment de de vingt ans, la science lui tient lieu de tout; il avait Joseph Gœrres et des membres de son groupe, entre­ la faculté indéfinie de s’absorber dans l’étude; c'est tiendront et aviveront en lui l’amour de l’Église, la avec les armes de la science qu’il révait de servir haine du protestantisme et des entreprises de la l’Eglise, d’en défendre la liberté contre les ingérences bureaucratie bavaroise, l’intelligence du rôle et des du dehors et de ramener dans son sein les Églises conditions de la presse religieuse au xtxe siècle. En séparées. Lorsque, ses classes terminées avec éclat, définitive, c’est à ses amis de Munich et à ceux de Dœllinger fera sa théologie, d'abord à l’université de Mayence, que Dœllinger devra pour une large part les Wurzbourg trois ans durant, puis au séminaire de beaux jours et la gloire de son âge mûr. Bamberg, il n’y échappera pas à la contagion de l’air Heureux et lier de son incorporation à l'université ambiant. Le souffle de la réaction des premières années de Munich, le jeune professeur s’y vouera et dévouera du’xtx· siècle contre la philosophie et l’incrédulité du sans relâche; et, plutôt que de s’en séparer, il refusera siècle précédent, n’avait pas déraciné les vieilles mé­ les offres les plus flatteuses, d’où qu'elles viennent, de fiances de l’Allemagne contre Rome; et la prédomi­ Friliourg-en-Hrisgau, de Breslau, d’Angleterre. 11 ne nance des thèses fébroniennes comme des pratiques servira pas seulement sa chère faculté de théologie de joséphistes au delà du Rhin, n'était pas sans y affaiblir son nom et de ses talents; il s’efforcera aussi de lui singulièrement l’idée de la catholicité; l'idée d’une recruter un corps de professeurs très distingués. En Église nationale flottait dans l'air, n’eflrayant â peu 183ô, afin de lui assurer le concours de Mœhler. il près personne; et, pour préparer le retour des protes­ sacrifiera momentanément jusqu’à sa chaire d'histoire tants au bercail, on parlait beaucoup plus d’union que ecclésiastique, et, Mœhler mort, il obtiendra pour d’unité. Les éludes théologiques du jeune Dœllinger Henri Klée, après dix ans d’attente et de vives ins­ ne le défendront pas assez des préjugés et des erreurs tances, une chaire de dogme et d’exégèse sacrée. Luide son temps. A Wurzbourg, l’enseignement de ses même, en contribuant à la réorganisation de la faculté professeurs, terne, peu sûr, sans vie, le rebutera de de théologie, et en continuant de prendre part â son prime abord et il délaissera les bancs de l’université, I enseignement, il en accroîtra le lustre. 11 s'identifiera, pour fréquenter les bibliothèques ou s’enfermer dans pour ainsi parler, avec celte nouvelle institution, et de­ sa chambre avec ses livres. 11 s’y plongera dans la viendra peu à peu une sorte de personnage européen, lecture des Annales de Baronius et dans celle des une éminence européenne. A Munich, devenu comme le foyer d’une grande rénovation religieuse et art:?·.: .ce. Dogmes du P. Petau, à qui saint Thomas devra céder Dœllinger restera une puissance; mais partout, en lia le pas : il s’y familiarisera avec saint Vincent de Lérins, cependant bien moins qu’ailleurs à cause des diver­ non sans forcer le sens de la fameuse règle du Com­ gences de sentiments et de vues, il comptera des admi­ monitorium jusqu’à paralyser l’évolution et la vie du rateurs et des amis. Les Wiseman, les Newman, les dogme catholique. Dans le séminaire de Bamberg, Manning, les Gladstone, lui porteront à l'envi respect sans rien perdre de ses habitudes studieuses, il ne se et confiance. En 1832, Lamennais et Montalembert. retiendra pas de rogner la part de la théologie au pro­ revenant de Rome par le Tyrol, iront lui demander fit de l'étude des langues orientales. Dœllinger est un conseil; Montalembert se laissera même fasciner par autodidacte. Et de là les fentes inévitables de sa théo­ le talent et l’affabilité de Dœllinger, et leur commerce logie; de là ses méprises graves, étonnantes, sur la épistolaire, demeuré inédit, ne cessera qu'en 1870, à la nature de la tradition, sur le magistère de l’Église, sur mort de Montalembert. la liberté de la science, sur le rôle providentiel et Pendant que Dœllinger, par ses expositions lucides, l’autorité en dernier ressort des théologiens, des théo­ patientes et presque affectueuses, attirait les élèves en logiens allemands au premier rang; de là toutes les foule au pied de sa chaire, et que ses livres, monum-n's idée» en cours et en vogue dans l’Allemagne catholique de science, modèles de style, étendaient au loin sa de 1820 à 1840, et qui, obstinément couvées dans l’esprit renommée, depuis 1828 il guerroyait aussi d ms le de Dœllinger, longtemps contenues et refoulées par journal VEos, l’organe attitré du groupe de Gœrrvs. ses meilleurs amis, réveillées à la lin et déchaînées, pour la liberté et l'honneur de l’Église. Dœllinger détermineront sa triste chute. Théologien, au grand sens avait du journaliste les qualités maltresses, la promp­ du mot, Dœllinger ne le sera pas, quoique ses flatteurs titude, le trait, la clarté, sans apparat, non pas. le cas ne se soient point fait faute de saluer en lui le premier échéant, sans explosions d’indignation et sans envoles théologien de l’Allemagne et que ce titre ait chatouillé d’éloquence. Avec son immense lecture, il est toujours de son cœur l’orgueilleuse faiblesse. Il sera un érudit, prêt sur tout; avec sa dialectique vigoureuse et sans un écrivain, un historien hors de pair. Mais, à tout diversion, comme la flèche, son ironie hautaine et prendre, il n’aura qu’un brillant vernis de théologie, mordante, sa langue nerveuse, limpide et correcte. et nul doute que ce manque d'éducation théologique 1515 DŒLLINGER (DE; 1516 En 1854, il blâme, sans oser se déclarer, la promulgac'est un terrible jouteur, etses adversaires, protestants, francs-maçons ou bureaucrates, sortent de ses mains I tion du dogme de l’immaculée conception, qu'il tient pour inconnu de l’antiquité chrétienne; etl'on colpor­ tout, meurtris. Peut-être que les habitudes du polé­ tera, pendant le concile de 1870 à Rome, le mot dont miste ont trop influé sur l'historien, en provoquant l’attitude et le ton agressif de Dœllinger â l'égard des Marie Gœrres, en cette occasion, l’aurait souffleté : protestants durant la première phase de sa carrière. I « Vous mourrez dans la peau d'un hérétique . » En 1857, Dœllinger revient de son voyage d’Ilalie, la vanité Ce qu’il y a de sûr, c'est que Dœllinger était alors la blessée, l’esprit et le cœur aigris, et la claire prévision bête noire et le point de mire de la presse protestante qu’il rapporte de la ruine prochaine du pouvoir tem­ ou libre-penseuse; peu de publicistes catholiques ont porel des papes, n'est pas pour le troubler ni l’affliger. été plus haïs et plus insultés que lui ; au seul noiu de Le 5 et le 9 avril 1861, les deux célèbres Confèrences Dœllinger, Henri Heine, démasqué, bien et dûment de l’Odèon, en dépeignant le gouvernement pontilical convaincu de n'avoir ni foi chrétienne ni patriotisme, sous les plus noires couleurs et en légitimant de la écumait de rage. sorte l'usurpation piémontaise des Romagnes, provo­ Professeur, écrivain et polémiste de premier ordre, queront dans toute la catholicité un long cri de sur­ Dœllinger enlin descendra dans l’arène politique· prise et de colère; c'était, au fond, l’acte d’un mauvais L’université, dont il était le bibliothécaire en chef fils, c'était le crime de Chain. •depuis 1837, l’envoya siéger en 1845, un peu contre son 2“ Deuxième période, 5 et 9 avril 1861-17 avril 1871. gré, parait-il, à la Chambre des députés. Sur les bancs — Avec ou presque aussitôt après les Conférences de de la seconde chambre bavaroise comme dans sa chaire l’Odèon, s’ouvre la deuxième étape de la vie et de la d’histoire et dans les colonnes de l'Ê'os, partout Doel­ pensée de Dœllinger. La guerre à la papauté, une linger fut l’habile et ardent champion de la cause de guerre sournoise et généralement anonyme, caractérise l’Eglise. Le 1er janvier 1847, il était nommé prévôt de et remplit la période que nous abordons. H n'y eut la collégiale royale de Saint-Gaétan, et, dans le cou­ point pour le vieux savant un jour, une heure, un mo­ rant de l'année, il forçait, si je puis ainsi parler, les ment solennel où ses yeux se dessillèrent, el où, désa­ portes, trop lentes à s'ouvrir, de l'Académie des sciences busé, il se vit transformé. Pas d’orage, pas de déchi­ de Munich. L’université l’avait élevé, cette année-là rement, pas de coup de tonnerre, comine cela est ar­ même, à la dignité de recteur magnifique. Dœllinger rivé peut-être pour Lamennais et pour Joull'roy ; perdra son siège de député le 27 août '1847, lorsqu’à Dœllinger a eu son évolution, non sa révolution. « 11 la suite du scandale Lola Montés, le roi Louis I"· le ne lui manque rien pour être un hérétique, disait de mettra en congé temporaire et dispersera du même lui dés 1858 son ancien secrétaire Joœg, que d'avoir coup le corps professoral. Mais, l'année d’après, à la ses derrières assurés. » Qu’il estimât ou non ne les vive surprise et au plus vif déplaisir de la presse avoir point assez assurés en 1861, Dœllinger ne fil pas dite libérale, il entrera, plein d'espérances, dans le d’abord au Saint-Siège une guerre ouverte et sans parlement de Francfort et ira s’y asseoir au côté droit; ménagements Mais, éloigné par les circonstances ou l’émeute démagogique du 18 septembre 1848 faillit lui privé par la mort des anges gardiens de son âge mûr; coûter la vie. En même temps qu'il combat au sein du entouré et dominé par un groupe d’admirateurs de parlement pour l’indépendance de l’Eglise en Alle­ magne, qu’il y rêve à la constitution d’une Église na­ toute provenance et de toute croyance qui n'avaient entre eux rien de commun que l'aversion de Rome; tionale et qu’il y proteste avec la dernière énergie contre entraîné sans un contrepoids suffisant par les préjugés l’abolition du célibat ecclésiastique, on le voit prendre une part importante à la fameuse conférence épisco­ de son éducation et de sa jeunesse, plus ou moins pale de Wurzbourg, novembre 1848, promouvoir infa­ longtemps assoupis, jamais étouffés; victime surtout tigablement ces congrès généraux qui, de nos jours, d’une infatuation scientifique qui croît avec les années, exercent jusque sur l’épiscopat allemand leur puis­ Dœllinger descendra peu à peu et prudemment la sante inlluence, travailler à l’organisation et à la dif­ pente au bout de laquelle il trouvera l'apostasie. On fusion de la presse catholique, dont il proclame plus dirait un de ces villages, au penchant des montagnes, que personne la nécessité. Dans toutes les all'aires de qui glissent insensiblement du rocher sans secousse l’Église, sur le terrain politique comme sur le terrain avec leur fonds de terrain tout entier et se réveillent religieux, on reconnaît la main de Dœllinger. Il est un matin dans la plaine. un des chefs vénérés des catholiques de l’Allemagne; Entre temps, l'évolution mentale de Dœllinger se avec la renommée, il a l'autorité. poursuit sans fracas et son âme va s’ulcérant. Car, à Néanmoins, à y regarder de prés, un sourd travail mesure que le roi Maximilien II. qui lui a déjà rendu sa se fait dans la pensée de Dœllinger, et ses convictions chaire au mois de novembre 1849, se rapproche de lui, primitives ont déjà subi quelques accrocs; ainsi, ses et que la science officielle, tout imprégnée de l’esprit anciennes sympathies pour les jésuites se sont tour­ protestant et rationaliste, comble ses désirs, en l'appe­ nées depuis 1842 en froideur, avant de se tourner en lant, octobre 1863, au sein de la Commission histo­ haine. Un incident d’apparence très ordinaire aura rique, Rome laisse percer de plus en plus ses défiances pour lui les conséquences les plus graves. Dés 1849, et ses appréhensions. Quand Dœllinger, de concert avec Dœllinger a admis en pension, sous son toit, le jeune l’orientaliste Haneberg et l’historien Alzog, projettera Acton, venu d’Angleterre à Munich pour achever ses de convoquer à Munich, au mois de septembre 1863. un études; et l’élève aura vite fait,avec ses rares qualités congrès de théologiens et de savants catholiques d’Alle­ d’esprit et sa connaissance des hommes, de gagner magne, Rome en prendra naturellement de l’ombrage; l'affection et la conliance du maître. Affection sans mais elle s’inquiétera moins du caractère général de éclipse, influence surprenante, que lord Acton conser­ l’entreprise que du nom et des idées du prévôt de Saintvera jusqu’à la fin, et qui acheminera le vieux savant à Gaétan, et la preuve en est que les mesures édictées, sa chule; comme le professeur Huber, un ami d’enfance juillet 1864, contre les futurs congrès scientifiques sont de Dœllinger, lord Acton sera son mauvais génie. devenues lettre morte, sitôt que Dœllinger eut disparu. En 1850, on sent percer l'humeur de Dœllinger contre Pie IX, d’ailleurs, se montra satisfait de 1’adresse des le Saint-Siège : tandis que le monde catholique se serre congressistes de Munich au Saint-Siège. Lettre aposlol. avec un redoublement de vénération et de dévouement du '21 décembre 1863 à l’archevêque de Munich. Le autour de la chaire de Pierre. Dœllinger, par chauvi­ Syllabus du 8 décembre 1864. par son texte même et nisme et préjugé théologique, s’en éloigne chagrin, en par les prévisions auxquelles ce texte donn>ralieu, attendant qu'il se retourne haineusement contre elle. exaspérera le vieux savant bavarois ; il se sentira direc­ 1517 DŒLLINGER (DE) 1518 cile par Janus, pamphlet âpre et d’une insigne mau­ tement atteint dans ses théories ultralibérales ainsi vaise foi, concerté entre Dœllinger et le professeur que dans son chauvinisme aveugle, et verra poindre à l'horizon, comme un fantôme odieux, le dogmeabhorré Huber, son conseiller néfaste, mais dont Dœllinger doit porter seul toute la responsabilité; les Réflexions, de l'infaillibilité pontificale. Dans le pamphlet où il exhalera ses colères, et qui restera de son vivant inédit, octobre 1869, destinées aux Pères du concile, et qui ne maisqu'unimprudentami. 11. Reusch,publiera plus tard, diffèrent du Janus que par le ton et la forme adoucie du langage. L’adresse des laïques de Coblentz à l'évêque k'ieinere Schri/ ten gedruckte u. ungedruckte von J.-J. Ign. von Dœllinger, Stuttgart, 1892. p. 197-227, l’auteur de Trêves, œuvre au fond de deux prêtres de ce même contestera la force obligatoire du Syllabus en même diocèse, mi-mai 1869; l'adresse des laïques de Bonn à temps que sa valeur historique et théologique. Devant l’archevêque de Cologne. Il août; l’instruction collec­ les soupçons qui grossissent et sechangeront bientôt en tive des évêques allemands réunis à Fulda, 6 septembre; le mandement de Mir Ketteler, évêque de Mayence, certitudes, la popularité européenne de Dœllinger avril 1870, font aussi ressortir, dans leur ' dissemblances baisse; l'isolement moral — un isolement douloureux el inattendu — commence pour lui. Cependant, sans d'idées et de style, la puissance de l’action du grand e rendre compte encore nettement des craintes el des historien allemand. plaintes que son attitude soulève un peu partout, il lan­ Le concile ouvert, 8 décembre 1869, si visibles que cera, sous le voile de l’anonyme, en 1867 et en 1868, soient dès le premier joui’ les désirs personnels de dans l'. l llgemeine Zeilung et dans la Neue freie Presse, Pie IX et les dispositions de la majorité des Pères du une série de quinze articles haineux contre l’inquisition. concile, Dœllinger, loin de se décourager, redoubla de Défait, sa foi est déjà entachée des plus graves erreurs, haine et d'efforts contre l'infaillibilité pontificale. Ce et quant à la constitution de l’Église et quant au rôle de qu’il inspire ou écrit lui-même, en se nommant ou l’opinion publique dans l’élaboration des dogmes; bien sans se nommer, d'articles de journaux, de lettres, de avant le concile, Dœllinger, catholique de nom, n’était brochures, passe toute idée. De cette plume étonnam­ après tout qu’un rationaliste. ment alerte je ne citerai que les Lettres romaines, Pie IX, le I" juillet 1867, avait annoncé la convoca­ publiées dans Γ4llgemeine Zeilung, sous le pseudo­ tion du concile du Vatican, et l'on avait institué à nyme de Quirinus, du 17 au 27 décembre 1869, et deux Rome, vers la fin de la môme année, des commissions articles virulents parus dans le même journal, l'un. de théologiens tant romains qu’étrangers, pour préparer Quelques mots sur l’adresse de l’infaillibilité, le les travaux du futur concile. Malgré l'intervention dé­ 19 janvier 1870, l’autre, Sur le nouveau règlement du cidée du cardinal de Schwarzenberg, et quoiqu’un concile el sa valeur, le 11 mars suivant. Tandis qu’en infaillibilisle ardent, Mo1 Decbamps, archevêque de Allemagne, on votait bruyamment des adresses de féli­ Malines, eût déclaré net à Rome qu’«on ne pouvait pas citations à Dœllinger, l'indignation à Rome fut extrême; ne pas écouter Dœllinger,» les passions de parti eurent on y éclata en menaces contre le polémiste scandaleux le dessus et le professeur de Munich fut laissé définiti­ qui jonglait avec l’histoire et trahissait l’Église. llefele, vement à l'écart. Faute de conduite fâcheuse, qu’on a pour prévenir les effets de cette indignation, conjura cherché vainement depuis à pallier, et dont aussi bien tendrement, 2 avril 1870, l’opiniâtre lutteur de qiiittei personne n’a voulu endosser la responsabilité. Tout en provisoirement le champ de bataille et de se taire. Dœl linger s’y résigna et se tut. Mais sommé, le 15 février affectant de paraître insensible à cette exclusion, Dœl­ linger en sera blessé au cœur. Le roi Louis II, en le | 1871, d’adhérer à la définition conciliaire du 18 juillet nommant, au mois de novembre 1868, conseiller d’État précédent, il commença d’instinct par biaiser: enfin, à vie et pair de Bavière, hâtera l'explosion de sa rup­ après maints expédients dilatoires qui firent plus d’hon­ ture avec l’Eglise. Dojilinger, « ses derrières assurés, » neur à son esprit et à sa science qu’à sa candeur et à sa fera contre le Saint-Siège et le concile du Vatican le loyauté, fort du concours de l'opinion à Munich et de serment d’Annibal; il y sera, hélas! fidèle jusqu’à son la faveur du roi Louis II qui se plaisait à l'appeler son dernier soupir. Bossuet, le cauteleux vieillard jettera le masque et re­ fusera, le 29 mars, « comme chrétien, comme théolo­ Durant les préliminaires du concile, on le voit en gien, comme citoyen, » de'reconnaitre le dogme de 1 in­ appeler sans cesse à l’opinion publique comme à la faillibilité du pape. Le 17 avril 1871, l’archevêque de puissance suprême de ce monde, et réussir à créer Munich se verra obligé de fulminer contre lui mpartout, dans les divers cabinets européens, dans les munication. L’université de Munich ne laissera pas de universités, dans le clergé de l’Allemagne, un courant lui confier encore une fois le rectorat pour l’année sco­ d’opinion contre le dogme de l'infaillibilité, qu’il ne laire 1871-1872; après quoi, le vieux professeur descen­ manque pas, soit artifice de polémique, soit peut-être dra définitivement de sa chaire d’histoire. ignorance, de travestir. Sous sa plume, en effet, l'in­ 3° Troisième el dernière période, 1871-1890. — faillibilité du pape et sa domination de droit divin sur Dœllinger, nommément excommunié, s'abstient aussitôt tout l’ordre temporel sont liées entre elles indissolu­ et à jamais de toute fonction ecclésiastique. Il se plaira blement et, en définitive, ne font qu’un. Ce n’est donc dorénavant, avec une sincérité plus que suspecte, à pas derrière l’inopportunité de la définition qu’il se contester la légitimité de l'anathème qui pèse sur lui; retranche. L’inopportunité, cet unique argument de mais il ne s’avisera pas de l’enfreindre. Il ne s’avisera l’opposition conciliaire à quelques voix prés, d’un mot pas davantage de dresser autel contre autel; le rôle dédaigneux il l'écarte et la condamne. « Peut-il jamais d’un Luther ne le tentait point. A la veille de son ex­ être inopportun, dit-il, de donner aux croyants la clef communication, dans nne maison tierce, il avait certifié de tout l’édifice de la foi, de promulguer l’article fon­ au comte Bray qu’en aucun cas, il ne prendrait 1 ini­ damental d’où dépendent tous les autres? » C’est le tiative d’un «schisme». Dans le premier congres ieuxdogme lui-même que Dœllinger prend à partie et re­ pousse. Em. Olivier, L’Église et l’Etat au concile du catholique de Munich, 22-24 septembre 1871. : : prouvera la motion d’établir une Église autonome, en Vatican, t. u, p. 386. opposition directe à l’Église romaine; et lorsque les De cette époque datent les cinq articles de VAllgesectaires, passant outre le 4 juillet 1873. cho -ircnt meine Zeilung, 1015 mars 1869, où Dœllinger traça Je pour évêque le professeur Reinkens, c'est Dœllinger canevas de ses publications postérieures, menaçant qui décidera le ministre bavarois de Lutz à ne pas re­ l'Europe chrétienne des pires catastrophes, si la grande connaître officiellement le nouvel élu. L’attitude des adulation du concile du Vatican faisait dans l’histoire vieux-catholiques inquiétera, mécontentera, irritera le le pendant du Brigandage d’Ephèse; le célèbre Janus plus en plus Dœllinger. Dès 1878, écœuré de l’abolition ou, selon le titre complet, le livre Bu pape et du con­ 1519 DŒLLINGER (DE) 1520 rence? ou réalité? Mystère qu’on ne saurait éclaircir. Il du célibat ecclésiastique, il désespérera de l’avenir du ne nous est resté de Dœllinger aucun de ces mots à la vieux-catholicisme. La secte continuera de se parer de Luther qui, brusquement, déchirent lesvoileset mettent son nom. Mais, bien qu'en 1873 et en 1874, les sec­ le fond de l’âme à nu ; il a enseveli avec un soin jaloux taires eussent célébré avec un enthousiasme de com­ les secrets de son âme et s’est toujours gardé de toute mande deux dates de la vie de leur maître, le cinquan­ expansion. Les efforts tentés par Pie IX et par Léon XIII, tenaire de son entrée dans le professorat et le cinquan­ directement ou indirectement, pour ramener Dœllinger tenaire de son doctorat en théologie, Dœllinger, en somme, se retirera du vieux-catholicisme, et, reniant [ au giron de l’Église, échouèrent devant l’orgueilleuse obstination du savant, non sans provoquer parfois ses tout bas son œuvre, vivra dans l’isolement, « Je ne veux sarcasmes; les touchantes instances de ses anciens amis, pas être membre d’une Église schismatique, écrira-t-il dont l'affection pour lui avait survécu aux dissidences au nonce de Munich, le 12 octobre 1887 ; je suis seul. » religieuses et dont il avait lui-même conservé fidèlement On incline à redire de Dœllinger, comme on l’a dit de le souvenir, n’eurent pas un meilleur succès.L’adversaire Jansénius, « qu’il avait fondé une secte dont peut-être irréconciliabie de l’infaillibilité pontificale n'a jamais il n’était pas. » douté deson infaillibilité personnelle. Comment espérer Ni le poids de l’âge, ni les tristesses des mécomptes d'ailleurs qu'un tel homme se rétractât publiquement, ne ralentissaient son ardeur au travail; et, dans sa au risque de se perdre de réputation dans le monde de la retraite, il portait à toutes les branches du savoir cour et de la science officielle, et renonçât dés lors à vi­ humain un vif et sérieux intérêt; il publiait encore, à vre, ainsi qu’il s'y était accoutumé, au milieu d'un nuage la veille de sa mort, son histoire des hérésies du moyen d’encens? On a parlé en sens très divers d’une dernière âge, Geschichle der gnoslisch-nianichaischen Sekten tentative de conversion, faite en 1889, et dont les véri­ ini früheren Mittelalter, Munich, 1890, avec un se­ tables amis de Dœllinger avaient, ont-ils dit, beaucoup cond volume de documents; il n'a jamais aimé, jamais attendu. Le sphinx a emporté son secret dans la tombe. compris, jamais connu le repos. Ce qui toutefois carac­ La vieillesse pendant si longtemps n'avait pas osé le térise la troisième phase de la carrière de Dœllinger, toucher; la mort le frappa tout à coup, en pleine pos­ c’est sa haine de la papauté. Elle sera de plus en plus session de son esprit et de ses forces. Une crise d’inl’âme de sa vie; on retrouve en lui la monomania sine fiuenza le surprit le 1·Γ janvier 1890 et se compliqua delirio qu'il avait autrefois lui-même signalée et stig­ le 9 d'une attaque d’apoplexie qui le foudroya. Dœllinger, matisée dans Luther. Cette haine de la papauté l’enra­ dont la vigoureuse intelligence avait aussitôt et com­ cinera dans un projet caressé longtemps ou mieux, de plètement défailli, expira le lendemain soir, sans in­ tout temps, celui de poursuivre la réunion des Eglises quiétude comme sans douleur, dans la 91« année de séparées. Réunion sans fusion véritable, et qui n'exi­ son âge. Prêtre rebelle et infidèle, savant dévoyé et geait d'aucune famille religieuse le sacrifice de ses diminué. croyances particulières, pourvu que la substance du symbole primitif fût sauvegardée. Dœllinger, pour en II. Ouvrages. — Publiciste, homme politique, théo­ préparer les voies, prononcera là-dessus à Munich sept logien, et surtout historien, Dœllinger étonne par le discours, au commencement de 1872. Les deux confé­ nombre, la variété, l'importance de ses productions. rences de Bonn, tenues à cet efi'et en 1874 et en 1875, Articles de journaux et de revues, brochures, livres de longue haleine, sa plume a tout abordé, et l’on peut mirent en pleine lumière la science, l’éloquence, la dire qu’il a excellé dans tous les genres. Sans relever prodigieuse activité et les ressources d'esprit de ici les publications du journaliste et du polémiste, je ne Dœllinger, mais aussi son manque d'esprit pratique citerai que les œuvres de l’historien, et celles-là seu­ et, plus encore, les déchets successifs de sa foi. Elles lement qui ont illustré la période catholique de sa vie. demeurèrent l'une et l'autre stériles. Une troisième conférence, ardemment désirée par Dœllinger, n’eut Mais je rappellerai d’abord la descriplion des portraits cependant pas lieu, à cause de l’opposition des Russes ébauchés à Rome par le peintre Cornélius d’après la Divine Comédie, et donnés par lui, avril 1829, à la et des Anglais ; le fameux projet de réunion ne se re­ rédaction de l'Eos. Ce texte explicatif, Leipzig, 1830, leva pas de sa chute. qui honora les premiers pas de la littérature dantesque Dœllinger, au lendemain du concile, avait senti le de l'Allemagne et qui conserve sa valeur primitive, n’a besoin, parait-il, et en tout cas manifesté l’intention pas été réimprimé, non plus que la traduction fran­ « de soumettre son savoir historique et patrisfique à çaise qui en avait paru. une revision attentive, minutieuse, et de passer au 1° Dès 1826, en même temps que Mœhler fait paraître crible, les yeux fixés sur les sources, les principales son essai sur l’unité de l’Eglise, Dœllinger publie à conclusions de ses études antérieures. » De fait, il ira Ratisbonne son livre de V Eucharistie dans les trois toujours perdant le sens catholique et se laissera de premiers siècles : dissertation historico-théologique, plus en plus gagner à l’esprit rationaliste et protestant. d’un style facile et lumineux, d’une logique pénétrante L’idolâtrie de la science et de l'opinion oblitérera sa et pressante, d'une science étendue et solide, mais où foi; la haine et le mépris du saint-siège inspireront l’auteur, aux prises avec les théories de Luther et de tous ses écrits. Nommé par le roi Louis II, en 1873, Calvin, prend souvent le ton agressif de la polémique, président de l'Acadéinie des sciences de Munich, au lieu de garder la gravité du ton de l’histoire. Dœllinger profitera de son discours annuel pour essayer 2° En 1827, Horlig confiait à son jeune successeur le de répandre ses idées et de satisfaire ses rancunes. soin de continuer son Histoire de l’Église. Un an D'une rare perfection de forme et de style, les Discours après, Dœllinger avait refondu le travail d’Ilorlig, en le académiques de Dœllinger, 3 vol., Munich. 1889-1891, poursuivant jusqu’à l'année 1789. L’ouvrage fut publié trahissent, jusque dans le choix des sujets, les préoccu­ en deux volumes qui contiennent, le premier et la pre­ pations religieuses et les préventions nationales de mière partie du second l’œuvre d’Hortig, la seconde l’auteur; Dœllinger, soucieux avant tout de flatter les partie du second l’œuvre de Dœllinger. Le succès en fut préjugés et d’obtenir les applaudissements de la classe grand. Mais une méfiance bien allemande à l’égard du lettrée qui lui fournit son auditoire, y a fait œuvre de Saint-Siège, la peur du progrès et de l’excès de la cou· passion et de parti. Le tact de l'historien et la probité tralisation dans l’Église, une sympathie au moins impru­ de l'érudit en ont grandement souffert. dente pour les débuts de Luther, et la fascination de On ne se défend pas d’un senti men t d'étonnement et de l'antiquité chrétienne se reflètent dans l’ouvrage et 1. tristesse au spectacle de la tranquillité d’esprit et de déparent. l'assurance du malheureux vieillard durant ses dernières 3» Le même talent d’écrivain et le même art de !?. années. Cette fermeté et ce calme, qu’était-ce?pureappa- 1521 DŒLLINGER (DE) — DOGMATIQUE composition se retrouvent, avec te même esprit, dans deux abrégés d’histoire ecclésiastique, qui se rattachent, en dépassant la valeur, au livre d’IIortig, et que Dœllinger a publiés successivement sous les titres modestes de Handbuch et de Lehrbuch, le premier à Landshut, 18331835, 3 vol.., le second à Ralisbonne, 183(5, 2 vol.; malheureusement ils sont restés tous les deux inachevés. Celui-là s'arrête à l’an 680; celui-ci ne va pas au delà de 1517. Le Handbuch et le Lehrbuch ont été traduits en français, l'un par M. Léon Boré sous le titre d'Origines du christianisme, Paris, 1843, 2 vol.; l’autre par 11. Bernard, Bruxelles, 2 vol. 4° L’ouvrage sur la Réforme, vaste recueil de docu­ ments où les coryphées du protestantisme sont peints, tantôt de leurs propres mains, tantôt de la main de leurs contemporains, et d’où ressort un tableau fidèle des ravages de l’hérésie dans les intelligences, dans les mœurs, dans l’état social, est une réplique décisive à l'apologie que L. de Ranke, Deutsche Geschichle im Zeitaller der Reformation, 1839, avait présentée des idées et de l’œuvre de Luther. La Réforme comprend 3 vol., qui ont paru, le t. I, en 1846, le t. n, en 1847, le t. ni, au fort des orages de 1848; il y en a une traduc­ tion française de Perrot, Paris, ‘1847 sq. Les protes­ tants, désespérant de répondre, adoptèrent la tactique de ne pas parler. Dœllinger. dépité de leur silence et inquiet de l'avenir, interrompit son ouvrage et ne le reprit jamais. 5° Le livre (]7/ippoZj/te et Calliste ou l'Église ro­ maine dans la seconde moitié du IIP siècle, Ratisbonne. 1853. a résolu,aux yeux du moins delà science allemande, le problème de l'origine des Philosophumena,en y reconnaissant la main du célèbre docteur et martyr, saint Hippolyte, et vengé, avec l’orthodoxie du pape saint Calliste, les droits et l’autorité du pontife ro­ main. De Smedt, Dissertationes selectee, diss. Ill,p.89sq. 6» En 1857, un nouveau chef-d’œuvre mit le sceau à la réputation de Dœllinger. Dans Paganisme et Judaïsme, ce « vestibule de l'histoire de l’Eglise, » cet incompa­ rable résumé de la vie et de la pensée du monde avant Père chrétienne, on ne peut qu’admirer l’érudi­ tion, la sagacité, le style et Part de l’auteur. Il y en a une traduction française peu correcte, 4 vol., Bruxelles,· 1858. La science des religions comparées n’avait pas encore pris son essor. Dœllinger, dans Paganisme et Judaïsme, n’a pas étudié les vieux cultes de l'Inde et de l’Extrême-Orient; il a même relégué à l’arrière-plan les religionsde l’Asie centrale et de l’Égypte, pour envi­ sager avant tout le polythéisme gréco-romain. Cependant, quelques progrès qu’ait faits depuis lors la science de l’histoire des religions, les conclusions générales de Dœllinger restent hors d’atteinte et l’origine divine du christianisme hors de conteste. 7» En I860. Le christianisme de l'Église à l’époque de sa fondation clôt la maturité de Dœllinger, la grande phase catholique de sa carrière, et. avec elle, la série de ses livresd'un caractère éminemment positif et objec­ tif, écrits pour la défense et l’honneur de l’Église; tra­ duction de M. l’abbé Bayle, Paris, 1863. Dœllinger y établit le fait de la double primauté du Saint-Siège, primauté d'honneur, primauté de juridiction, et y pose avec éclat les prémisses d’où l’infaillibilité pontificale découle, sinon nécessairement, du moins naturellement. Plus tard, en 1868, dans la deuxième édition de l’ou­ vrage, il mutilera ou biffera sournoisement, sans crier gare, les passages qui militent en faveur du dogme de l’infaillibilité. 8<· En dehors de la première et glorieuse phase de la vie de Dœllinger, deux autres de ses ouvrages méritent d'être ici rappelés : l’un, L'Eglise et les Églises, la papauté et le pouvoir temporel, Munich, 1861, chefd’œuvre traduit en français par M. l’abbé Bayle, Paris, 1862; l’autre. Les fables papales du moyen âge, 1522 Munich, 1863, traduit, sous le titre d’Études critiques sur quelques papes du moyen âge, par Ch. Reinhar·.·. Nancy et Paris, 1865. Dans le premier de ces ouvrages, qui contientdeux parties de valeur très inégale, Dœllin­ ger relève d’abord l'autorité souveraine du Saint-Siège et dépeint de main de maître l'irrémédiable décadence des Églises séparées; mais il se plaît ensuite à puisera des sources suspectes l'histoire de l’État pontifical depuis 1814 et semble vouloir excuser l’invasion piémontaise en 1860 des Marches et de l'Ombrie. Dans Les fables papales du moyen âge, prélude d’une histoire des papes que Dœllinger a projetée, mais jamais écrite, l'auteur passe au crible d’une critique pénétrante et puissante, non toutefois sans laisser percer ici et là ses préoccupations religieuses du moment, quelques détails particulièrement importants de cette histoire des papes, le fait par exemple de la papesse Jeanne, la donation de Constantin, le cas de Libère etd’Honorius I". Les publi­ cations postérieures de Dœllinger ne seront générale­ ment, après tout, que des pamphlets, des œuvres de passion et non de science. Ad. Huhn. Doellinger's aile und neue Hoffnungen, discours. Munich, 1874; Egelhaaf, Deutsche Rundschau, 5 février 181·.·, р. 287-29t ; Reusch. Briefe und Erklürunge» von J. von Dœl­ linger ilber die Vatikanischen Dekrete, 1869-1887. Munich, 1898: L. von Kobell. Erinnerungen, Munich, 1891; Michael, S. .1.. Ignaz von Dœllinger, eine Charakteristik. Insprwk, 1892; 3· édit., fill'd., I894; H. Hurter, S..!., Nomenclator,2· édit-, Inspruck, 1895, t. m. col. 1312-1313; Friedrich, Ignaz von Dœl­ linger, 3 vol., Munich, 1899-1900; Fr. X. Kraus, Deutsche Litteralurzeilung, 1899, n. 1, col. 25-30: 1901, n. 31. col. 19501958; M·· Cecconi. Histoire du concile du Vatican, édit, franc-, 4 vol., Paris, 1887; E. Ollivier, L’Église it l’État au concile du Vatican, 2 vol., Paris, 1879. P. Godet. I. Définition. II. Méthode III. Divisions principales. IV. La dogmatique dans le Nouveau Testament. V. La dogmatique aux diverses périodes de son histoire. VI. La dogmatique et le ma­ gistère ecclésiastique. 1. Définition. — Selon la terminologie communé­ ment reçue depuis plusieurs siècles, la dogmatique est cette partie de la science théologique qui traite des dogmes ou vérités divinement révélées, contenant tout d'abord un enseignement spéculatif auquel est pre­ mièrement dù l’assentiment de la foi surnaturelle. Le terme dogme devant être défini à l'article suivant, il suffira d’élucider ici les autres parties de notr·· d-tininition. 1° Comme partie de la science théologique, la dog­ matique participe à tous les caractères généraux de cette science. — 1. Comme toute science thêologique, elle a pour principe unique de démonstration l'auto­ rité divine qui seule peut manifester les vérités surna­ turelles. S. Thomas, Sum. theol., 1", q. 1, a. 8. Tan­ dis que la science apologétique s'appuie exclusivement sur la raison pour démontrer l’authenticité et l'infail­ lible vérité du témoignage divin source de notre foi. la dogmatique, déjà en possession de la foi aux vérités surnaturelles, repose uniquement sur le témoignage divin, tel qu'il nous est manifesté par l’Ècriture et 1j tradition fidèlement interprétées selon les infailli: décisions du magistère ecclésiastique. Si la siu i le raison est parfois employée en dogmatique, c'est :■ quement à titre auxiliaire, soit pour montrer la n· nvaleur démonstrative des objections adverses, dans le sens indiqué par saint Thomas, Contra gentes. ï. 1. с. vu; soit pour faire ressortir les hautes convenances intellectuelles et morales d’une vérité déjà connue comme certainement révélée, au sens également signalé par le docteur angélique. Op. cit., 1. I, c. IX. 2. Parce que la dogmatique est appuyée uniquement sur le témoignage divin, elle étudie de Dieu seule­ ment ce qui nous est connu de lui par la foi, parti­ DOGMATIQUE. - 1523 DOGMATIQUE culièrement ce qui concerne l’ordre surnature) librement établi par sa munilicence et connu seulement par la révélation. Toutefois l’on s'occupe fréquemment en dogmatique, d’une manière incidente ou secondaire, des vérités rationnelles concernant Dieu et ses rapports avec les créatures. Ces vérités ne sont point alors traitées comme relevant directement de la théologie dogmatique, mais plutôt comme vérités philosophiques, adjointes à la théologie pour mieux manifester le solide fondement apologétique des vérités révélées, ou pour aider à une meilleure intelligence des mystères divins par l'analogie entre les vérités de l'ordre natu­ rel et celles de l’ordre surnaturel. Ainsi l’étude de la providence divine dans l’ordre nalurel donne une meilleure intelligence du gouvernement divin dans l’ordre de la grâce, et l'étude de la motion divine dans l'ordre de la nature fait mieux saisir le mode d’effica­ cité de la grâce surnaturelle. 2» Comme science spéciale, la dogmatique limite son champ d'étude aux vérités divinement révélées, conte­ nant tout d'abord un enseignement spéculatif auquel est premièrement dû l'assentiment de la foi surnatu­ relle. Assurément les vérités divinement révélées, qui ont pour but immédiat de faire connaître les préceptes surnaturels imposés par Dieu, pourraient être, non moins que les vérités spéculatives, l’objet de la dog­ matique, puisqu’elles nous sonl immédiatementconnues par la foi. Mais, depuis plusieurs siècles, on est com­ munément convenu de réserver â la théologie morale tonies les vérités révélées qui peuvent être principale­ ment considérées comme régies pratiques dirigeant noire volonté vers la lin surnaturelle. Cette division devenue classique a l'incontestable avantage d'élar­ gir des cadres devenus trop étroits, vu le développe­ ment considérable des questions morales tant spécula­ tives que pratiques et les proportions plus vasles juste­ ment accordées à la dogmatique positive. Mais cette nécessaire division du travail ne doit jamais entraîner entre le dogme et la morale une séparation effective qui serait souverainement désastreuse. De fait, l'expé­ rience a prouvé que la morale, étudiée sans aucune relation avec le dogme, courrait le grave danger d’être une pure casuistique, où les questions doctrinales seraient à peine mentionnées et qui ne mériterait guère le nom de science théologique. Bouquillon, Moral theology at the end of the nineteenth century, dans le Catholic University Bulletin d'avril 1899, Washington, 1899, p. 258; Kirchenlexikon, 2e édit., t. tn, col. 1892. Cel affaiblissement doctrinal de la théologie morale aurait aussi une funeste répercussion sur l'enseigne­ ment ascétique et mystique qui doit s’appuyer sur elle. D’autre part, il est non moins nécessaire que la théologie dogmatique soit étudiée dans ses relations avec la lin surnaturelle â laquelle la théologie morale doit immédiatement diriger. C’est à ce prix seulement que la souveraine utilité pratique de la dogmatique apparait manifestement, dans la direction effective qu’elle donne à la volonté pour s’orienter fortement vers la possession de la fin surnaturelle. En suivant une marche différente, on expose la dogmatique, sur­ tout quand elle prête peu d'attention aux questions de théologie positive et s’adonne presque exclusivement à des questions spéculatives, à être considérée comme une science uniquement abstraite, sans portée réelle sur la vie chrétienne habituelle. Sans examiner ici si quelques théologiens scolastiques, surtout à l’époque de la décadence, ont suffisamment évité cet écueil, nous ferons simplement observer qu'à notre époque, en face des erreurs modernistes sur le dogme, simple règle de vie pratique, et du reproche d’intellectualisme outrancier, il y a lieu d’insister davantage sur le vrai rôle pratique du dogme tel que nous le définirons à l’article suivant. 1524 3° Ce que la dogmatique recherche principalement» I i c’est donc une connaissance surtout spéculative des vérités révélées. Cette connaissance doit être : 1. Tout d’abord une connaissance positive du dogme effective­ ment contenu dans la révélation. Cette connaissance 1 s’acquiert par une étude régressive des sources de la I révélation, faite particulièrement pour chaque ensei­ gnement divin, non pour aboutir à la production de l’acte de foi déjà existant, mais pour justifier cette foi contre les attaques des hérétiques ou pour consolider la piété des lidèles. S. Thomas, Cont. gent., I. l,c. tx. Dans cette étude régressive où l'exégète et le critique gardent toute liberté relativement à la méthode scienilique à employer, il y a toujours pour eux obligation stricte d'observer fidèlement les règles tracées par Léon XIII dans l'encyclique Providentissimus Deus du 18 novembre 1893 et par Pie X dans l'encyclique Pascendi du 8 septembre 1907, et de se garder soigneu­ sement de tous les excès réprouvés par le décret La­ mentabili du 4 juillet 1907. Au travail critique l'on doit joindre une solide expo­ sition historique de la doctrine dont on poursuit la justification régressive. Cette exposition historique dont le but est de déterminer exactement l’objet de la con­ troverse avec les hérétiques, le sens réel des arguments apportés contre eux par les défenseurs de la vérité catholique, ainsi que l’exacte teneur des définitions ecclésiastiques au cours des siècles, aide puissamment à une meilleure intelligence de la démonstration exégétiqueou traditionnelle ou de la définition doctrinale de l'Église. Ainsi une histoire complète de la doctrine théologique du caractère sacramentel dans la période patristique enlève tout fondement réel à cette supposi­ tion de plusieurs théologiens spéculatifs du moyen âge que cette doctrine n'a aucune justification solide dans la tradition explicite antérieure au moyen âge. Pourrai, La théologie sacramentaire, Paris, 1907, p. 221 sq. Il serait non moins facile de prouver par un fidele exposé historique du dogme de l’infaillibilité pontificale que les objections habituelles des gallicans n’avaient aucun appui dans la pratique ou dans le témoignage des siècles précédents. 2. La connaissance que recherche la dogmatique est surtout une connaissance scientifique provenant de déductions théologiques principalement empruntées aux analogies entre les vérités révélées et les données de la raison et à la comparaison des mystères entre eux et avec leur fin. — a) Cette connaissance est appe­ lée scientifique, non dans un sens absolu, mais dans un sens purement relatif. Elle ne peut être scientifique dans un sens absolu, car toute connaissance des vérités révélées doit s’appuyer fondamentalement sur le témoi­ gnage divin qui peut seul nous en assurer authentique­ ment. S. Thomas, Sum. lheol., I“, q. t, a. 8. Cette connaissance est scientifique dans ce sens très restreint, que la raison, effectivement dirigée par la foi, se sert, pour perfectionner son concept des vérités révélées, de toutes les données fournies par les analogies créées, par la comparaison avec les autres enseignements révélés, particulièrement avec la fin surnaturelle vers laquelle doit converger tout enseignement divin. b) Connaissance scientifique provenant de déductions théologiques principalement empruntées aux analogies entre les vérités révélées et les données de la raison. — a. Parmi ces analogies, les unes sont explicilement ou implicitement révélées avec le mystère divin, les autres sont simplement employées dans les documents ecclésiastiques ou dans les écrits des Pères et des théologiens, pour mieux exprimer l'enseignement révélé. — a. Les analogies les plus importantes et les plus fécondes sont celles que la révélation appuie de son infaillible autorité. Tels sont particulièrement les con­ cepts de personne, de paternité et de filiation, de gêné- 1525 DOGMATIQUE ration el de verbe, appliqués à l’ineffable mystère de la sainte Trinité, et les noms multiples par lesquels l’Écriture inspirée désigne les perfections divines. A celle catégorie l'on peut encore rattacher, quoique d une manière moins immédiate, l’analogie entre la foi hu­ maine et la foi divine, de laquelle les théologiens tirent de très importantes déductions dans l'élude de l’acte de foi, l’analogie entre l'espérance et l’amour hu­ mains et l’espérance et la charité considérées comme vertus théologales, l’analogie entre les conversions substantielles dans la nature créée et l'admirable con­ version substantielle toute spéciale du pain et du vin eucharistiques au corps et au sang de Jésus-Christ. Il est facile de constater dans les théologiens scolastiques, particulièrement dans saint Thomas, tout le parti qu'ils ont liré de ces analogies explicitement ou impli­ citement révélées. — β. Les analogies qui ne sont ni explicitement ni implicitement révélées et qui sont simplement employées dans les documents ecclésias­ tiques ou dans les écrits des Pères et des théologiens pour mieux exprimer l'enseignement révélé, ont une valeur théologique correspondante à la valeur de l’au­ torité sur laquelle elles sont appuyées. Nous citerons quelques exemples : Analogie établie par le premier concile de Nicéeentre la procession de la lumière et la génération du Verbe, lumen de lumine. — Analogie mentionnée dans le symbole attribué à saint Athanase : sicut anima rationalis et caro unus est homo, ita Deus el homo unus est Christus. — Ana­ logie établie par saint Thomas, entre le mouvement local elle travail de réforme et de renouvellement in­ time par lequel le pécheur se dispose à la justification, en se séparant effectivement du péché par la contrition et en tendant généreusement vers Dieu par l'espérance et l'amour. Sum. theol., I" II®, q. cxin, a. 5. — Ana­ logie entre les dispositions physiques à la réception d'une nouvelle forme accidentelle et les dispositions préparatoires à la réception de la grâce sanctiliante, 1’ II®, q. exil, a, 2, analogie de laquelle l’école tho­ miste déduit de nombreuses conclusions. — Analogie entre le principe de vie dans l'ordre naturel et la grâce sanctiliante principe de notre vie surnaturelle, analogie existant similairement entre les facultés ou puissances de l’âme dans l’ordre naturel et les vertus clans l'ordre surnaturel. 1“ II®, q. CX, a. 4. — Analogie entre la matière et la forme dans le composé physique et les deux éléments du signe sensible constituant le signe sacramentel, III", q.LX, a. 6, analogie de laquelle la théologie scolastique déduisit de nombreuses con­ clusions ou applications. b. Pour que toutes ces analogies puissent conduire à une connaissance scientifique au moins imparfaite de la vérité révélée, un double travail est nécessaire : a. On doit se servir de toutes les données de la raison pour mettre en pleine lumière le terme humain de comparaison, afin qu’il puisse fournir une base solide à des conclusions fermes et étendues. C’est ainsi que, dans l’étude du mystère de la Trinité, saint Thomas commence chaque question théologique par une pro­ fonde analyse de l’analogie ou de la notion humaine qui doit servir d’intermédiaire dans l'argumentation théologique. Nous citerons comme exemples : l’étude de la génération dans les créatures, Sum. theol., I", q. xxvii, a. 2; la manière dont le verbe humain pro­ cède de notre intelligence, loc. cil., ad 2“m ; Cont. gent., 1. IV, c. x, xi ; l’explication rationnelle de la différence entre la procession de l’intelligence et celle de la vo­ lonté. I», q. xxvti, a. 4; q. xxxvii, a. 1; Cont. gent., I. IV, c. xxiii: la notion de la personne dans les créa­ tures. I», q. xxix, a. 1 sq. — β. En rapprochant de l'enseignement révélé ces données rationnelles, l’on doit s'efforcer d’établir nettement les similitudes et les dissimilitudes entre le terme de comparaison et 1526 l’enseignement révélé, dans la double intention d'at­ tribuer effectivement au concept révélé toutes les simi­ litudes dans la mesure strictement permise par la révé­ lation, et d’écarter positivement du même concept toutes les dissimilitudes évidemment nécessitées ou suggérées par l’enseignement divin, tel qu'il est pro­ posé à notre croyance par le magistère ecclésiastique. C’est encore le procédé suivi par saint Thomas signa­ lant aux endroits précédemment indiqués les dissimi­ litudes et les similitudes entre la génération humaine et la génération divine, entre la procession du verbe humain et celle du verbe divin, entre la personne hu­ maine et les personnes divines, entre l'union hypostatique et l'union de l’âme humaine avec le corps humain. — γ. Notons enfin que les conclusions aux­ quelles on aboutit en approuvant les similitudes et en rejetant les dissimilitudes, conduisent elles-mêmes à des déductions nouvelles. C’est ainsi qu'après avoir monlré la similitude entre le principe de vie dans l'ordre naturel et la grâce sanctifiante, et assigné aux vertus infuses le rôle de facultés dans l’ordre surna­ turel, S. Thomas, Sum. theol., I" 11“, q. ex, a. 2-4. on établit la classification de toutes ces vertus avec le rôle particulier de chacune, selon l’analogie avec les vertus naturelles et selon les exigences spéciales de l’ordre surnaturel, ce que saint Thomas expose dans toute la II" II“, sans omettre le rôle indispensable des dons du Saint-Esprit destinés à parfaire nos vertus surnaturelles. I» Û», q. lxviii, a. 1. c) Connaissance scientifique provenant des déduc­ tions théologiques en comparant, entre elles et avec la fin surnaturelle, les vérités révélées. — a. Les déduc­ tions théologiques obtenues en comparant entre elles les vérités révélées concernent : a. Les notions com­ munes appartenant à l'ensemble des vérités révélées ou â leurs divers groupes. C’est ainsi qu'en comparant entre eux les divers sacrements de la nouvelle loi tels qu'ils nous sont manifestés par la révélation, on mit en pleine lumière leur caractéristique commune qui est d’être des signes efficaces de. la grâce sanctifiante. Déduction ébauchée par Hugues de Saint-Victor, De sacramentis chrislianæ fidei, 1.1, part. CX, c. il. P. L., t. ci.xxvi. col. 317, puis complétée par Pierre Lombard, Sent., 1. IV, dist. 1, n. 2, P. L., t. cxcil, col. 839. et par saint Thomas, Sum. theol., III", q. lxii, a. 1. et de laquelle beaucoup de conclusions nouvelles furent ultérieurement déduites. De même, en comparant atten­ tivement tous les enseignements divins sur l'ordre surnaturel, on déduisit d'une manière plus précise ■ notion de la grâce strictement surnaturelle, sous sa double forme de grâce sanctifiante et de grâce actuelle, avec les propriétés qui leur sont inhérentes : grâce sanctifiante, principe de vie contenant en germe la lumière de gloire et capable de produire des actes méritoires de la vie éternelle, et grâce actuelle, aidant l’intelligence et la volonté pour chacun des actes sur­ naturels précédant la grâce surnaturelle ou produits par elle. — β. L’étude approfondie de ces mêmes no­ tions communes conduisit logiquement â une synthèse des divers principes nécessaires pour leur complete intelligence. Ainsi la nature des sacrements n- pou­ vait être parfaitement connue sans que l'on connût en même temps leurs diverses causes, leur mode de pro­ duction, leurs effets, les conditions requises pour leur validité ou pour leur licéité. C'est de cette maniéré que fut enfin constitué par les scolastiques, à la suite de Pierre Lombard, le traité général des sacrements qui, malgré toutes ses imperfections et ses lacunes, projette cependant quelque lumière sur l’étude de cha­ cun des sacrements. De même, les notions de grâce sanctifiante et de grâce actuelle ne pouvaient être plei­ nement possédées sans que l'on possédât en même temps leurs diverses propriétés, leur mode de pro- 1527 DOGMATIQUE duclion ou d’action : ce qui constitue toute la struc­ ture théologique du traité de la grâce. Ce fut encore dans le même but que l’on appliqua à l’étude de l’in­ carnation et de l’eucharistie les diverses questions dialectiques an sil, qualis sit, cur et unde sil, dont la solution fournit une connaissance plus approfondie de ces mêmes vérités. — γ. De ces notions et de ces principes communs l'on put ensuite déduire de nom­ breuses et solides conclusions que l’on eut soin de coordonner dans une forte synthèse, résumant et classifiant toutes les connaissances résultant de ce procédé comparatif. C'est ainsi que par l’apport des générations successives de théologiens, particulière­ ment dans la période scolastique, furent définitive­ ment constitués nos traités actuels de théologie dogma­ tique, du moins dans leur partie spéculative. d) Connaissance scientifique provenant desdéductions théologiques obtenues en comparant les dogmes chré­ tiens avec la lin surnaturelle de l’homme : a. Cette comparaison est indiquée par l’ordre providentiel comme devant servir à la connaissance des dogmes révélés. Car c'est une vérité certaine que Dieu, en nous communiquant son enseignement pour que nous y adhérions par la foi, veut avant tout nous fournir la lumière nécessaire pour que nous nous guidions nousmêmes vers le salut éternel. Marc., xvt, 15 sq.; Joa., m, 16 sq.; vi, 35, 40; xi, 25. C’est en ce sens que saint Thomas assigne à la révélation et à la foi le rôle capital de nous faire connaître la lin surnaturelle à atteindre et les moyens qui doivent nous en assurer la possession. Sum. theol., 11“ II", q. n, a. 3, 5; Conl. genl., 1. I, c. v. Puisque dans le plan providentiel il doit toujours y avoir harmonie entre les moyens et la fin, une attentive comparaison entre l’enseignement divin et le salut éternel vers lequel il est dirigé, pro­ jettera certainement quelque lumière sur cet ensei­ gnement lui-même. — b. En fait, celte comparaison projette une plus vive lumière sur chacune des vérités révélées, en même temps que sur l’admirable cohésion de tout l'ensemble de la révélation. Ainsi en regard de cette lin surnaturelle de la vision béatilique qui est une participation â l’intime connaissance que Dieu a de luimême, l’on comprend mieux la nature de la grâce sanc­ tifiante qui doit rendre l'homme capable de mériter cette vision intuitive, en lui donnant dès cette vie une participation initiale à la nature divine. Dés lors aussi se manifeste avec plus d’éclat toute l’économie de la révélation chrétienne comprenant ces trois grandes divisions : vérités à croire sur Dieu un et Irine et sur la création, particulièrement sur l’homme; lois mo­ rales naturelles et surnaturelles auxquelles nos actes doivent être soumis pour obtenir la possession de la fin assignée par Dieu ; et les moyens providentiels internes et externes conduisant à cette fin, particuliére­ ment la grâce, l’incarnation, l’Église et les sacrements. ] Plan qui en réalité synthétise merveilleusement toute la | théologie comme nous le verrons bientôt. — c. En regard de celte lin surnaturelle se manifeste, avec non moins d'évidence, une loi providentielle qui a présidé à toute la révélation chrétienne. En vertu de cette loi, les véri­ tés surnaturelles nous ont été principalement commu­ niquées, non dans la mesure nécessaire pour satisfaire toute la légitime curiosité de notre intelligence ou pour construire une synthèse scientifique entièrement com­ plète, mais plutôt dans la mesure où la connaissance de ces vérités est particulièrement utile pour diriger l’ensemble de l'humanité vers le bonheur éternel. Ce qui doit cependant s’entendre non du minimum de connaissance normalement exigé de chaque individu pour l’accomplissement des obligations imposées â notre foi, mais encore de ce qui At nécessaire pour que toute la société des fidèles puisse être efficacement dirigée dans la pratique de leur foi et suffisamment protégée 1528 contre les attaques de l’erreur et de l’infidélité. Car le devoir de satisfaire celte double nécessité pour toute la société chrétienne entre dans le pian providentiel, comme l'indique saint Thomas. Sum. theol., 11“ II®, q. n, a. 6. 3. zi la connaissance positive et scientifique des vérités révélées la dogmatique joint encore, au moins à titre auxiliaire, une apologie particulière de chacune des vérités révélées. — a) Bien distincte de l’apologé­ tique générale ou apologétique proprement dite, qui s’occupe d’une manière générale de la crédibilité du dogme catholique qu’elle veut prouver d une maniéré vraiment scientifique, cette apologie particulière a pour objet un mystère ou un dogme particulier que l’on veut justifier contre des attaques réelles, en employant des arguments qui ne sont pas toujours nécessairement scientifiques. Ce travail d'apologétique se ramène à ces deux points : montrer en détail la non-valeur démons­ trative des diverses objections alléguées par les incroyants contre chacune des vérités révélées et en mêmetempsfaire ressortir les harmonies intellectuelles, morales et sociales, de chaque vérité avec les divers besoins individuels et sociaux de l’humanité. Celle double apologie particulière déjà employée par les théologiens scolastiques, particuliérement par saint Thomas, Sum. theol., I“, q. I, a. 8; q. xxxil, a. 1; xt.vt, a. 2; 11“ II®, q. n, a. 3-5; 111", q. i, a. 1,2; Cont. gent., 1.1, c. vu, ix ;1. IV, c. 1 sq., reçut depuis le xvt’ siècle des développements considérables occasionnés surtout par les erreurs protestantes et par les attaques des rationalistes. — b) Cette apologie particulière qui est un complément de toute science théologique, S. Thomas, Sum. theol., I“, q. 1, a. 8, doit se rencontrer aussi en dogmatique dans la mesure exigée par les besoins de la défense catholique. Mais l'on doit soigneusement y observer les recommandations tracées par saint Thomas. Loc. cil. — a. Les arguments rationnels servant â l'apo­ logie d'un dogme ne doivent jamais être considérés comme des arguments démonstratifs. Ils ne font que montrer la non-valeur démonstrative des objections, S. Thomas, Sum. theol., I“, q. i, a. 8; Conl. gent., 1.1, c. vu, ou insinuer la convenance des dogmes déjà pos­ sédés par la foi. Cont. genl., 1. I, c. IX. — b. Gn doit être particulièrement prudent dans l’exposition ou pré­ sentation d’un dogme à ceux qui ne partagent point notre foi. On doit rigoureusement s’y interdire de donner comme démonstratives des preuves qui ne le sont point, de peur que les incroyants ne soient auto­ risés à conclure que notre foi repose sur de telles preuves : cum enim aliquis ad probandam fidem inducit rationes quæ non sunt cogentes, cedit in irri­ sionem infidelium. Credunt enim quod hujusmodi rationibus innitamur et propter eas credamus. Quæ igitur fidei sunt, non sunt tenlanda probare nisi per auctoritates his qui auctoritates suscipiunt. Apud aliosvero sufficit defendere non esse impossibile quod prædicat fides. S. Thomas, Sum. theol., I“, q. xxxil. a. 1. Doctrine également affirmée, I“, q. l-xviii, a. 1, et Quæst. disp., De potentia, q. iv, a. 4. 4° Des considérations qui précédent nous pouvons déduire trois importantes conclusions relativement aux principes immédiats sur lesquels repose la dogmati­ que : a) Les vérités divinement révélées et suffisam­ ment connues comme telles par la proposition de l’Église ou par la tradition catholique unanimeet cons­ tante. sont en réalité les seuls principes immédiats sur lesquels s’appuie la dogmatique. Car en celte science, comme en toute science théologique, c’est uniquement sur le témoignage divin que repose toute véritable démonstration. S. Thomas, Sum. theol., I", q. I, a. 8. — b) Les arguments de simple raison, tant négatifs que positifs, ne peuvent jamais être considérés en dogmatique comme principes eflectifs d'une véritable 1529 DOGMATIQUE xlémonstration. Ils servent uniquement à manifester la non valeur démonstrative des objections adverses, S. Thomas, Cont. genl., 1. 1, c. vu, ou à faire ressortir la haute convenance rationnelle de vérités déjà connues par la révélation. Op. cil., 1. I, c. IX. — c) Dans le cas ■de déductions théologiques simultanément empruntées à la révélation et à la raison, la vérité révélée est en réalité le principe fondamental sur lequel on s'appuie principalement. Car c'est à cette vérité d’où elle pro­ cède originellement que la conclusion théologique doit sa certitude spéciale, certitude inférieure sans doute Λ celle de la foi uniquement appuyée sur le témoignage divin, mais bien supérieure à celle d’une évidence purement rationnelle, reposant uniquement sur la pleine vision de l'intelligence. Dans l’occurrence on recourt au raisonnement humain, non pour prouver absolument la conclusion elle-même, mais seulement pour montrer son étroite connexion avec l’enseignement révélé, à tel point que rejeter la conclusion serait rejeter cet ensei­ gnement, sur lequel cependant le moindre doute n’est jamais permis à cause de l’infinie science et véracité de Dieu. 5° Complétons notre exposé par une autre conclu­ sion très importante concernant les relations qui doivent exister entre la dogmatique et les autres sciences théologiques, entre la dogmatique el les sciences humaines, philosophiques ou autres. — 1. Puisque toute science théologique repose principale­ ment sur le témoignage divin et que ce témoignage nous est surtout manifesté par la dogmatique, du moins pour tout ce qui concerne les vérités principalement spéculatives, l’on doit nécessairement conclure que c’est premièrement de la dogmatique que les autres sciences théologiques reçoivent les principes surnatu­ rels sur lesquels elles doivent s’appuyer. Cette conclu­ sion est particuliérement vraie de la morale et de l’as­ cétique. La théologie morale surnaturelle, surtout dans sa partie théorique ou spéculative, est redevable à la dogmatique de toutes ses conclusions sur la fin dernière dans l’ordre surnaturel, sur les vertus infuses, sur les sacrements, sur les commandements divins, sur l'obéis­ sance due à la divine autorité de l’Eglise. Sans le ferme appui donné par la dogmatique, la théologie morale ne serait bientôt plus qu’un ensemble de régies immé­ diatement pratiques, dépourvues de tout fondement solide. — De même, la théologie ascétique est tribu­ taire de la dogmatique pour presque tout son enseigne­ ment spéculatif sur la nature de la perfection et sur les états de perfection, sur les moyens généraux et spéciaux qui conduisent à la perfection, sur les conseils évangéliques, sur la nature de l’union à Dieu par la | charité, sur la nature de notre parlicipation à la vie de Jésus-Christ, sur le rôle des dons du Saint-Esprit dans les états supérieurs d’oraison. Dès qu'elle cesse de s’appuyer sur une dogmatique solide, la théologie ascétique ou mystique est exposée â beaucoup d'illusions ou d’erreurs, comme le démontre l'histoire des siècles chrétiens, tandis qu’avec ce ferme appui elle a pu, surtout chez les meilleurs théologiens scolastiques, le plus souvent très remarquables en l’une et l’autre science, édifier une solide synthèse où les polémistes ont pu prendre de solides arguments pour réfuter les erreurs jansénistes ou quiélisles el les praticiens puiser des règles sûres pour la conduite des funes dans les voies ordinaires ou extraordinaires de la perfection. — A leur tour, la morale et l’ascétique complètent et perfectionnent la dogmatique en aidant chaque individu et la société chrétienne tout entière ■ à mieux atteindre, par la voie des commandements ou par celle des conseils, la fin surnaturelle montrée par la dogmatique. 2. Quant aux relations entre la dogmatique et les sciences humaines, philosophiques, critiques ou autres : 1530 ra) Dès lors que l’enseignement divin, principalement I proposé par la dogmatique, ne peut être contredit par aucune légitime affirmation d'une science humaine quelconque, le vrai ne pouvant être opposé au vrai et Dieu ne pouvant se contredire dans ce double ordre de vérités, l’on doit nécessairement conclure que toutes les sciences humaines, philosophiques, critiques ou autres, doivent dépendre particulièrement de la dog­ matique, qui nous manifeste cet enseignement divin. Cette dépendance doit exister, non dans la méthode de ces sciences humaines qui doit toujours être leur méthode propre et scientifique, mais dans leurs conclu­ sions qui ne doivent jamais contredire ni l’enseigne­ ment certain de la révélation tel qu'il est proposé et légitimement interprété par l’Église, ni une proposi­ tion dont l’intime connexion avec la révélation est positivement enseignée par le magistère ecclésiastique. C’est l’enseignement formel du concile du Vatican : Inanis autem hujus contradictionis species inde potis­ simum oritur quod vel fidei dogmata ad mentem Ecclesiæ intellecta et exposita non fuerint, ve.l opinio­ num commenta pro rationis effatis habeantur. Om­ nem igitur assertionem veritati illuminatas fidei contrariam omnino falsam esse dicimus. Sess. 111. c. iv. Enseignement déjà inculqué par Pie IX dans la condamnation de celle proposition 10e du Syllabus : Quum aliud sit philosophus, aliud philosophia, ille jus el officium habet se submittendi auctoritati quam veram ipse probaverit ; at philosophia neque potest neque debet ulli sese submittere auctoritati, Denzinger-Bannwart, Enchiridion, n. 1710, et dans la lettre à l’archevêque de Munich du 21 décembre 1863 : Ejus­ dem vero conventus viro debilis prosequimur lau­ dibus, propterea quod rejicientes uti existimamus falsam inter philosophum et philosophiam distinctio­ nem, de qua in aliis nostris litteris ad te scriptis locuti sumus, noverunt et asseruerunt omnes catho­ licos indoctis suis commentationibus debere ex con­ scientia dogmaticis infallibilis catholicæ Ecclesiæ obedire decretis. Enchiridion, n. 1682. Dans cette même lettre, Pie IX enseigne que le devoir de sou­ mission des savants catholiques ne doit point être limité aux définitions infaillibles du magistère ecclé­ siastique, qu’il doit s'étendre aussi aux décisions doc­ trinales des Congrégations romaines et aux points de doctrine communément et constamment considercomme des conclusions théologiques tellement cer­ taines que leurs contradictoires, bien qu'elles ne soient point hérétiques, méritent cependant une autre cen­ sure théologique. Enchiridion, n. 1684. Puisque tout cetenseignement doctrinal auquel les sciences humaines doivent nécessairement être subordonnées, est habi­ tuellement proposé par la dogmatique, le devoir de dépendance de ces sciences vis-à-vis de la dogmatique est une conséquence rigoureusement nécessaire. b) Une telle dépendance des sciences humaines vis-àvis de la dogmatique, loin de leur être nuisible, est au contraire pour elles un principe de perfectionnement et de progrès, comme l’enseigne expressément le con­ cile du Vatican : Quapropter tantum abest ut Ecclesia humanarum artium et disciplinarum cultum obsi­ stat, ut hanc multis modis juvet atque promoveat. Sess. III, c. iv. Doctrine plusieurs fois répétée par Léon XIII dans ses encycliques : Quare non est causa cur germana libertas indignetur, aut veri ms scientia moleste ferat leges justas ac debitas ymtm* hominum doctrinam contineri Ecclesia simul el rati„ consentientes postulant. Encyclique Libertas du 20 juin 1888. Qua plena sapientiæ lege nequaquam Ecclesia pervestigationem scient iæ biblicæ i elardat aut coercet; sed eam potius ab errore integram præstat, plurimumque ad veram adjuvat progressionem. Ency­ clique Providentissimus Deus du 18 novembre 1893. 1531 DOGMATIQUE Cet enseignement est d'ailleurs confirmé par des faits constants. Qu’il nous suffise de rappeler ici, pour ce qui concerne les sciences philosophiques, les faits indi­ qués par Léon XIII dans son encyclique Æterni Patris du 4 août 1879. Quand sous l'impulsion des novateurs du XVIe siècle on se mit à philosopher sans aucun égard pour la foi et que l'on s'accorda pleine licence de laisser aller sa pensée selon son caprice et son génie, il en résulta tout naturellement que les systèmes de philosophie se multiplièrent outre mesure et que des opinions contradictoires se firent jour, même sur les objets les plus importants des connaissances hu­ maines. D’où l'on fut facilement conduit à beaucoup d'hésitations, de doutes et d'erreurs souverainement nuisibles à la philosophie elle-même. D’autre part, c’est un fait non moins certain que la philosophie, tant quelle était restée soumise à l’autorité tutélaire de la révélation chrétienne, telle qu’elle est proposée par l’Église, atteignit une plus grande perfection et pro­ cura aux individus et à toute la société de grands avantages : Dis rebus et causis, quoties respicimus ad bonitatem, vim prœclarasque utilitates ejus dis­ ciplines philosophicæ quam majores nostri adama­ runt, judicamus temere esse commissum ut eidem suus honor non semper nec ubique permanserit. Encyclique Æterni Patris. D’ailleurs, maintenant que le modernisme est manifestement dévoilé sous toutes ses faces, n’est-il pas évident que Pie X, en condam­ nant par l'encyclique Pascendi toutes les applications de ce système en philosophie, en théologie, en exégèse, en critique et en histoire, a vigoureusement défendu le véritable progrès et le vrai perfectionnement des sciences philosophiques, historiques et critiques, en même temps qu’il a protégé, contre toutes les négations audacieuses des incroyants, le dépôt intégral de la ré­ vélation confié à la garde vigilante de l’Eglise? II. Méthode. — Nous examinerons particulièrement pour la dogmatique : 1» le rôle que doit y avoir la méthode positive; 2° le rôle que l'on doit assigner à la méthode scolastique ;3°à laquellede ces deux méthodes on doit donner la préférence. /. .méthode positive. — 1« En quoi elle consiste.— i. L'expression de théologie positive, employée pour la première fois à fin du XVIe siècle, fut usitée dans des sens assez divers pendant le xvue et le xvm·. Tandis qu’elle signifie, pour Becanus (-|- 1624), la théologie oratorio stylo utens, par opposition à la scolastique avec ses procédés dialectiques, son style simple, précis et didactique. Summa theologiæ scholaslicæ, disp, proœm., q. I et Π, Lyon, 1690, p. 1, 3, sens encore adopté par Gonet (γ 1681), Clypeus theologiæ thomisticæ, disp, proœm., Anvers, 1744, t. i, p. 1; elle est pour Sylvius (f 1618), la théologie qui s’attache à l’ex­ plication de l'Écriture, pour en découvrir le sens ex sermonis contextu, vocum proprietate, sanctorum Patrum aliorumque interpretum auctoritate et qui, après avoir trouvé ce sens, pose et établit comme prin­ cipes les vérités ainsi contenues dans l'Écriture. Com­ mentarius in Sum. theol., in lam, q. I, a. 1, qurer. m, Anvers, 1698, t. i, p. 5. Philippe de la Sainte-Trinité (γ 1671) restreint la théologie positive à une exposition de l’Écriture per homilias, sermones, etc., et fait dériver le nom de positive de ce que cette science ponit aliquid supra Scripturam. Disputationes theologicæ, in lae“, disp. I, dub. r, Lyon, 1653, t. 1, p. 5. llenno (f 1713) reproduit simplement la notion de Becanus et de Gonet. Theologia dogmatica morali et scholastica, disp, proœm., q. i, concl. n, Venise 1719, t. i, p. 1. Frassen (f 1711), réunissant dans une même définition le concept de Becanus et celui de | Sylvius, enseigne que, dans la théologie positive, les vérités de foi sont posées comme des principes d’où la scolastique, avec ses procédés philosophiques et 1532 syllogistiques, déduit ses conclusions, et que d’ailleurs la positive est entièrement consacrée à l'exposé du droit divin positif comprenant la loi divine, les saintes Ecritures et les traditions divines ainsi que les décrets de l’Eglise. Scolus academicus, disp, proœm., a. 1, q. i et n, Rome, 1720, t. i, p. 7, 14. Les deux concepts de Becanus et de Sylvius sont pareillement unis par Tournely (j- 1729), Prælectiones de Deo uno et trino, Paris, 1725, t. ', p. 6, par le car­ dinal Gotti (f 1742), Theologia sco xstico-dogmatica, tr. I, q. 1, dub. i, Venise, 1750, t. i, p. 2, et par Billuart (f 1757), Summa sancti Thomæ, disp, proœm., a. 1, Paris, 1886, t. i, p. 3. Enfin au xix· siècle, écar­ tant définitivement la question toute secondaire du style et voulant marquer plus nettement le rôle pré­ pondérant de la tradition toujours vivante dans l’Eglise, on définit communément la méthode positive : celle qui, avec l’appui de l’Écriture, de la tradition et de l’enseignement de l’Eglise, recherche ce qui est contenu dans la révélation divine et comment il y est contenu. Franzelin, De divina traditione, 4e édit., Rome, 1896, p. 672; Hurter, Theologiæ dogmaticæ compendium, édit., Inspruck, 1883, p. 2 sq.; Pesch, Prælectiones dogmaticæ,4eédit., Fribourg-en-Brisgau, 1909, t. l,p.9; Th. Coconnier, lievue thomiste, 1902, p. 630; M. Jacquin, lievue des sciences philosophiques el théolo­ giques, janvier 1907, p. 99 sq. C’est encore ce que l’on a souvent désigné sous le nom de théologie historique, consistant principalement en une démonstration et une exposition historique des dogmes révélés, appuyées uniquement sur le témoignage historique de l’Écriture et de la tradition. Th. Coconnier, Èevue thomiste, 1902, p. 630. En réalité, la théologie positive ou historique a un double rôle : établir, par les preuves d’autorité, l'exis­ tence de tel dogme et en retracer en même temps le développement historique, tant dans les écrits inspirés de l'un et l’autre Testament que dans tout l’ensemble de la tradition des Pères et des théologiens. Restreinte à l’étude de la doctrine effectivement contenue dans les écrits inspirés, elle prend le nom de théologie biblique de l’un et l’autre Testament. Appliquée à la recherche du témoignage de la tradition au cours des siècles sous toutes les formes où celle-ci se manifeste, assertions des Pères et des théologiens, attestations documentaires de toute sorte et définitions de l’auto­ rité ecclésiastique, la théologie positive ou historique prend les divers noms particuliers de théologie patristique, théologie liturgique, symbolique ou conciliaire. Mais, quel que soit l’objet de ses investigations, elle doit, pour ce qui la concerne strictement, s’abstenir des déductions partiellement appuyées sur le raison­ nement et avoir uniquement recours à l’autorité scrip­ turaire, patristique ou ecclésiastique. 2e Nécessité de la méthode positive en dogmatique. — 1. Cette nécessité résulte du caractère même de la théologie dogmatique. Désireuse d’acquérir des vérités révélées une connaissance scientifique dans la mesure actuellement possible, la théologie dogmatique doit tout d’abord s’assurer de l’existence et de la vérité des principes révélés sur lesquels toutes ses conclusions ultérieures doivent être appuyées. Cette justification ne pouvant être faite que par la manifestation du témoi­ gnage divin, seule source authentique delà révélation, il est donc rigoureusement nécessaire de démontrer, en premier lieu, comment et dans quel sens ces vérités sont affirmées par l’enseignement divin contenu dans l’Écriture et dans la tradition et proposé par l’Eglise à notre croyance. C’est en ce sens que saint Thomas et après lui tous les théologiens scolastiques ont affirmé que la théologie repose principalement sur l’argument d’autorité : argumentari ex auctoritate est maxime proprium hujus doctrinæ, eo quod principia hujus 1533 DOGMATIQUE 1534 authentiquement défini, nous citerons particuliérement: doctrinæ per revelationem habentur. Sum. theol., I“, a) Joa., xx, 23, qui selon l’enseignement du concib de q. I, a. 8. Il est d’ailleurs évident que cette démons­ Trente, sess. XIV, c. r et can. 3, doit s’entendre de tration n’a point pour but de conduire à la foi qui est déjà possédée. C’est une démonstration simplement potestate remittendi et retinendi peccata in sacra­ régressive, destinée à justifier, pour chaque vérité mento pœnitenliæ; b) les paroles de l’institution de la sainte eucharistie, signifiant certainement le dogme révélée, la foi déjà possédée, en montrant comment cette vérité est contenue dans la révélation et en quel de la présence réelle, selon la déclaration du concile sens on doit l’interpréter. de Trente, sess. XIII, c. r; c) Luc., xxn, 19, qui, selon 2. La nécessité d'une solide démonstration positive l’interprétation du concile de Trente, sess. XXII. par la vérification régressive des sources authentiques c. t et can. 2, manifeste l’institution du sacerdoce chrétien; d) Matth., xvi, 18, et Joa., xxi, 15 sq., ex­ de la révélation est particuliérement impérieuse à primant certainement la primauté effective, accordée l’époque actuelle, en face des négations radicales et des multiples exigences de la critique historique ou à Pierre et à ses successeurs jusqu’à la consommation biblique. C’est le seul moyen d’écarter efficacement les des siècles, au jugement du concile du Vatican, attaques des adversaires et de préserver suffisamment sess. IV, c. t. la foi des fidèles. C’est ce que proclament hautement En demandant au théologien biblique de se sou­ mettre à ces définitions, l’Église ne veut aucunement les partisans les plus convaincus de la méthode scolas­ tique. Th. Coconnier, Revue thomiste, 1902, p. 632. le contrarier ou le gêner dans sa démonstration C’est surtout ce que recommande Pie X dans l’ency­ biblique. En lui donnant l'assurance que telle vérité clique Pascendi, exigeant que l’on donne aujourd’hui est véritablement enseignée par le texte inspiré, elle plus d’importance qu’autrefois à la théologie positive, à n’empêche point l’exégète catholique de prouver, la charge toutefois d’observer certaines conditions et d’une manière régressive et par des arguments stric­ restrictions: Addimus hic eos etiam nobis laude tement bibliques, l’appartenance effective de telle vé­ dignos videri qui incolumi reverentia erga traditio­ rité à l’enseignement scripturaire. Car c’est un principe nem et Patres et ecclesiasticum magisterium, sapienti très assuré que l’Eglise laisse aux diverses sciences la judicio calholicisque usi normis, quod non æque liberté de suivre leur méthode particulière, pourvu omnibus accidit, theologiam positivam, mutuato a que celles-ci rejettent les erreurs opposées â l’en­ veri nominis historiæ lumine collustrare studeant. seignement divin et qu’elles ne dépassent aucunement Major profecto quam antehac positives lheologiæ leurs propres attributions : Nec sane ipsa velat ne ratio est habenda; id tamen sic fiat, ut nihil scho­ hujusmodi disciplina: in suo quaeque ambitu propriis lastica detrimenti capiat, iique reprehendantur, utantur principiis et propria methodo; sed justam utpote qui modernistarum rem gerunt, quicumque hanc libertatem agnoscens, id sedulo cavet ne divinæ positivam sic extollunt ut scholasticam theologiam doctrinæ repugnando errores in se susci/ iant, aut despicere videantur. fines proprios transgresses, ea quæ sunt fidei occupent 3“ Conditions à y observer. — 1. Qu'il s'agisse de et perturbent. Concile du Vatican, sess. Ill, c. ιν. l'examen critique de la provenance des documents Enseignement particulièrement appliqué à la théologie employés, ou de l’étude critique du texte, ou de sa biblique par Léon XIII dans l’encyclique Providentis­ fidèle interprétation, on doit, dans tout ce qui est du simus Deus du 18 novembre 1893 : Qua plena sapientiæ domaine de la théologie positive, se garder avec soin, lege nequaquam Ecclesia pervestigationem scienliæ soit d'un recours exclusif ou excessif aux preuves biblicæ retardat aut coercet : sed eam potius ab errore internes aux dépens des preuves extrinsèques d’authen­ integram præslat, plurimumque ad veram adjuvat ticité, soit d’une liberté répréhensible vis-à-vis du progressionem. Nam privato cuique doctori magnus surnaturel, particulièrement vis-à-vis du miracle et patet campus, in quo, tutis vestigiis, sua interpre­ de la révélation et en général vis-à-vis du dogme catho­ tandi industria præclare certet Ecclesiæque utiliter. lique: double excès blâmé par Léon XIII dans l’ency­ b) Quand l’Église n’a pas défini l'interprétation qu< clique Providentissimus Deus du 18 novembre 1893 l’on doit donner à un texte particulier, il y a toujours et par Pie X dans 1’encyclique Jucunda sane du obligation slricte pour le théologien biblique de se 12 mars 1904 et dans l’encyclique Pascendi du 8 sep­ conformerà l'analogie de la foi, en n'admettant jam tembre 1907. On devra aussi se mettre en garde contre comme interprétation légitime du texte sacré, un sens les suppositions ou interprétations souvent bien fan­ qui soit en désaccord avec l'enseignement catholique tel qu'il est proposé par l’Église : In ceteris analogia taisistes de l’hypercritique. Voir Critique, t. ni, col. 2331. fidei sequenda est, et doctrina catholica qualis ex 2. Pour ce qui concerne particulièrement la théolo­ auctoritate Ecclesiæ accepta, tanquam summa norma gie biblique : a) il y a pour tout catholique obligation est adhibenda : nam cum et sacrorum librorum et stricte de se soumettre intégralement aux définitions doctrinæ apud Ecclesiam depositæ idem sit auctor de l’Église, déclarant authentiquement l’interprélation Deus, profecto fieri nequii ut sensus ex illis qui ab qui doit être donnée à tel texte scripturaire. C’est ren­ hac quoquo modo discrepet, legitima interpretatione seignement formel du concile de Trente, sess. IV, et I eruatur. Ex quo apparet eam interpretationem ut du concile du Vatican : Quoniam vero quæ sancta ineptam et falsam rejiciendam esse quæ vel inspiratos Tridentina synodus de interpretatione divinæ Scrip­ auctores in se quodammodo pugnantes faciat, vel ture: ad coercenda petulantia ingenia salubriter dedoctrinæ Ecclesiæ adversetur. Encyclique Providen­ erevit, a quibusdam hominibus prave exponuntur, tissimus Deus du 18 novembre 1893. nos idem decretum renovantes, hanc illius mentem c) Sans ignorer ni. à plus forte raison, désapprouver ese declaramus, ut in rebus fidei et morum ad ædiles conclusions légitimement déduites du text,· scrip­ ficationem doctrinæ christianæ pertinentium, is pro turaire, conclusions dont la connaissance et l'intelli­ rero sensu sacræ Scripturæ habendus sit, quem gence lui sont d’ailleurs, le pins souvent, très utiles, tenuit ac tenet sancta mater Ecclesia, cujus est judi­ le théologien biblique, pour ce qui concerne sa spécia­ care de vero sensu et interpretatione Scripturarum lité, doit se borner à la recherche de l'enseignement sanctarum; atque ideo nemini licere contra hunc réel de l’écrivain sacré. Pour atteindre convenable­ sensum aut etiam contra unanimem sensum Patrum ment ce but, il doit recourir à une fidèle analyse de ipsam Scripturam sacram interpretari, sess. Ill, tous les textes particuliers et à une complète synthèse c. ii. de tous ces mêmes textes rapprochés, comparés et Parmi les quelques textes dont le sens est ainsi replacés dans leur cadre historique intégral, pour que 1535 DOGMATIQUE 1536 autres vérités révélées, et surtout pour déduire des les développements ou compléments successifs de vérités révélées des conclusions aussi étendues que l’enseignement sacré puissent être plus facilement possible sur la nature des enseignements divins. C'est saisis. F. Prat, La théologie de saint Paul, Paris, 1908, en ce sens que Léon XIII déclare dans son encyclique p. I sq.;E. Tobac, Le problème de la justification dans Æterni Patris que ce qui est propre et particulier aux saint Paul, Louvain, 1909, préface, p. IX sq. théologiens scolastiques, c’est d'unir par un lien très Sans ce travail de synthèse on court souvent le étroit la science humaine et la science divine. C’est risque de ne point saisir l’exacte teneur du dogme d'ailleurs un fait évident pour quiconque étudie atten­ scripturaire. Ainsi le terme Fils de Dieu, bien qu’il tivement l’histoire de la scolastique. n’ait peut-être pas nécessairement, dans chacun des 2. Ce qui constitue simplement l'habituel accompa­ textes évangéliques, le sens Irès déterminé de Fils gnement de la méthode scolastique, c’est la forme consubstantiel de Dieu le Père, le possède très cer­ didactique, simple, brève, le plus souvent syllogistique, tainement dans l’ensemble des textes, ainsi qu’il où domine la constante préoccupation de la clarté et résulte de la condamnation formelle portée par le dé­ de la précision, oii tout est soigneusement dirigé vers cret Lamentabili contre cette proposition 30» : In l'unique lin immédiate de l’instruction ou de l’éduca­ omnibus textibus euangelicis nomen Filius Dei æquition de l’intelligence. C’est la foi me adoptée par saint valet tantum nomini Messias, minime vero significat Thomas selon l’indication qu’il donne lui-même dans Christum esse verum et naturalem Dei Filium. De le prologue de sa Somme théologique : propositum même, l’expression évangélique du dogme de la ré­ nostræ intentionis in hoc opere est, ea quæ ad Chri­ demption dans Matth., xxvi, 28; xx, 28, et dans les stianam religionem perlinent, eo modo tradere secun­ endroits parallèles des autres évangélistes, doit être prise conjointement avec les passages où saint Paul dum quod congruit ad eruditionem incipientium. formule explicitement cet enseignement. Rom., ni, D’où sa sollicitude que son exposition soit courte et lucide, breviter ac dilucide. Celte méthode n'est 24 sq.; v, Il sq.; II Cor., v, 21; Eph., v, 2; Colos., n, d'ailleurs qu’une application de ce qu’enseigne le 13 sq. ; Heb., v, 1 sq. ; vu, 27 ; tx, 14 sq. d) Si l'on ne peut exiger du théologien biblique saint docteur, expliquant comment le maitre doitaider qu’il poursuive habituellement dans ses investigations le travail de son .disciple, en se servant de ce qui est un but apologétique ou dogmatique, on ne peut non déjà connu pour conduire à la connaissance de ce qui est encore ignoré et en montrant au disciple comment plus le lui interdire. Car tout ce qu’on est en droit il doit se guider lui-même dans sa marche progressive d'exiger au point de vue scientifique, c'est que la mé­ thode propre à la science exégétique et à la science des principes aux conclusions. Sum. theol., I“, historique soit rigoureusement observée, en tenant q. cxvn, a. 1. Ce procédé qui a pour l’intelligence une particulièrement compte du caractère des livres sacrés. haute valeur éducative, produit d’excellents résultats D’ailleurs, selon l’encyclique Providenlissimus Deus, si on en restreint l’usage à l’enseignement technique qui est toute sa raison d'être et son unique but. la préoccupation dogmatique doit exister chez l'exégéte T. Richard, Étude critique sur le but et la nature de catholique, au moins pour les textes dont le sens est défini par les écrivains sacrés ou par l’autorité de la scolastique, dans la llevue thomiste, 1904, p. 179 sq. l’Église, et dont il doit, selon ses forces, justifier Universaliser ce procédé en l’employant pour d’autres scientifiquement l’interprétation authentique : Qua­ fins, s'en servir par exemple dans la chaire ou dans propter præcipuum sanctumque sit catholico inter­ des compositions littéraires ou liturgiques, est une application défectueuse de la scolastique ; si, à l'époque preti, ut illa Scripturas testimonia, quorum sensus authentice declaratus est, aut per sacros auctores, de la décadence, de tels abus ont été réellement com­ Spiritu Sancto afflante, uti multis in locis Novi Te­ mis, la scolastique elle-même ne doit point en être stamenti, aut per Ecclesiam, eodem sancto adsistenle rendue responsable. Spiritu, sive solemni judicio, sive ordinario et uni­ 3. A la méthode scolastique est en fait intimement versali magisterio, eadem ipse ratione interpretetur : associée la doctrine communément appelée scolas­ atque ex adjumentis disciplinai suæ convincat, eam tique, parce qu’elle a été habituellement admise par les meilleurs auteurs scolastiques. Cette doctrine spé­ solam interpretationem, ad sanæ hermeneuticæ leges, posse recte probari. cialement louée en saint Thomas par |e saint-siège, e) Puisque selon l’encyclique Providenlissimus Deus, notamment par Pie IX, Léon Xhi et Pie X, doit être bien que l’on doive tenir en grande estime l’interpré­ pour tous les catholiques l’objet d’une profonde estime tation des Pères, considérés même comme docteurs et d’une préférence toute particulière. C’est ce qui particuliers, il est permis, ubi justa causa adfuerit, résulte de la condamnation portée par Pie IX contre de recourir à une explication autre que la leur, rien celte proposition 15» du Syllabus : Methodus et prin­ n'empêche le théologien biblique de préférer des au­ cipia quibus antiqui doctores scolasliei theologiam teurs plus récents, toutes les fois que la question est excoluerunt, temporum nostrorum necessitatibus actuellement posée d’une manière bien différente, scientiarum que progressui minime congruunt. Cest comme il arrive souvent dans ces études encore nou­ aussi l’enseignement fréquemment répété par Léon Xlii velles. E. Tobac, op. cit., préface, p. x. et par Pie X, insistant sur la restauration de la doc­ il. MÉTHODE scolastique. — 1° En quoi consiste trine de saint Thomas en tout ce qui n’est point cette méthode·? — Il importe souverainement de dis­ ' infirmé par des documents postérieurs ou n’est aucu­ tinguer ce qui constitue essentiellement la méthode nement répréhensible, sans toutefois désapprouver les scolastique et ce qui est seulement son habituel doctes travailleurs qui emploient leur talent, leur accompagnement. — 1. Ce qui constitue essentielle­ érudition, ainsi que toutes les ressources des inven­ ment la méthode scolastique, indépendamment des tions nouvelles pour développer l’acquis philosophique circonstances accidentelles d'écoles et de systèmes, déjà possédé. c’est l’emploi habituel de la raison subordonnée à Ces recommandations pontificales sont d'autant plus l’autorité de la révélation chrétienne, telle qu’elle est I impérieuses que, selon les documents précités, la enseignée par le magistère de l’Église; non pour défense de la foi catholique contre les erreurs ratio­ prouver les dogmes toujours inaccessibles à toute nalistes ou modernistes y est gravement intéressée : preuve rationnelle, même après l’adhésion de la foi, Deinde, plurimi ex iis hominibus qui abalienato a mais pour écarter les objections de raison contre les I fide animo instituta catholica oderunt, solani sibi vérités révélées, pour montrer les harmonies intimes esse magistram ac ducem rationem j rufi teiitur. Aa .des dogmes avec les vérités rationnelles ou avec les hos autem sanandos et in gratiam cum fide catholica 4538 DOGMATIQUE lt>37 restituendos, præter supernaturale Dei auxilium nihil esse opportunius arbitramur quam solidam Patrum et scholasticorum doctrinam qui firmissima /idei fundamenta, divinam illius originem, certam verita­ tem argumenta quibus suadetur, beneficia in huma­ num genus colluta, perfectamque cum ratione con­ cordiam tanta evidentia et vi commonstrant quanta flectendis mentibus vel maxime invitis et repugnan­ tibus abunde sufficiat. Encyclique Asterni Patris. Dans le même sens, Pie X indique, comine premier remède conlre l’invasion et les funestes ravages du moder­ nisme, l’étude et l’enseignement de la philosophie scolastique, qu’il dit formellement être celle de saint Thomas : Primo igitur ad studia quod attinet, volu­ mus probeque mandamus ut philosophia scholastica studiorum sacrorum fundamentum ponatur. Quod rei caput est, philosophiam scholasticam, quam se­ quendam præscribimus, eam præcipue intelligimus quie a sancto Thoma Aquinate est tradita : de qua quidquid a decessore nostro sancitum est, id omne vigere volumus et qua sit opus instauramus et con­ firmamus, stricteque ab universis servari jubemus. Encyclique Pascendi. 2» Nécessité de cette méthode en dogmatique. — 1. Cette nécessité résulte de ce que la dogmatique se­ rait autrement incapable d'accomplir deux fonctions qui lui appartiennent essentiellement : réaliser, dans la mesure actuellement possible, la connaissance scienti­ fique des vérités révélées, et défendre efficacement contre les objections rationnelles chacun des enseigne­ ments divins. Ces deux fonctions ne peuvent être accomplies sans un fréquent emploi de la raison phi­ losophique, empruntant surtout aux analogies créées les lumières nécessaires pour établir de solides déduc­ tions Ihéologiques ou pour montrer la non-valeur d.-monstrative des objections adverses. C’est ce qu’en­ seigne le concile du Vatican, quand il définit que la raison éclairée par la foi peut, avec une recherche attentive et pieusement discrète, obtenir des mystères divins une très fructueuse intelligence, par l'analogie des choses créées et par la comparaison des mystères entre eux et avec leur fin, sess. III, c. iv. C’est parti­ culièrement aussi l’enseignement de Léon XIII, dans l encyclique Ælemi Patris du 4 août 1879, mention­ nant la philosophie chrétienne comme étant vraiment ce qui constitue la théologie comme science, par l’ordre et la cohésion qu'elle établit dans ses preuves et dans ses conclusions, par la puissance qu'elle lui donne de répondre aux objections adverses empruntées principaI· ment à la philosophie antichrétienne, et par la fruc­ tu use intelligence des mystères qu'elle retire surtout de la connaissance des analogies créées et de la com­ paraison des mystères entre eux et avec leur fin. C’est d ailleurs ce que recommandait déjà saint Thomas, quand il enseignait dans ses Quodlibeta que lespreuves d'autorité suffisent pour établir le fait de la révélation de telle vérité divinement enseignée, mais que le re­ cours à la raison est nécessaire pour donner l'intelligence de cette vérité : Quædamvero disputatio est ma­ gistralis in scholis non ad removendum errorem, sed ad instruendum auditores ut inducantur ad intelle­ ctum veritatis quam intendit; et tunc oportet ratio­ nibus inniti investigantibus veritatis radicem et fa­ cientibus scire quomodo sit verum quod dicitur; ali -quin si nullis auctoritatibus magister quaestionem determinet, certificabitur quidem auditor quod ita est; sed nihil scientiæ vel intellectus acquiret, sed vacuus abscedet. Quodlibet., IX, q. tx, a. 18. Or, suivant la définition précédemment indiquée, cet usage de la raison philosophique au service de la foi et sous la direction de l’Eglise. c'est précisément ce qui constitue essentiellement la méthode scolastique. Seule d'ailleurs, comme l’enseignent Léon Xlll dans DICT. DE THEOL. CXTHOL. l’encyclique Ætemi Patris et Pie X dans l’encyclique Pascendi, la scolastique possède la solidité et la coh sion nécessaires pour accomplir le grand œuvre désiré. Il est donc impérieusement necessaire de la joindre à la théologie positive dont nous avons précédemment montré la nécessité non moins rigoureuse. 2. La méthode scolastique est particulièrement re­ quise à notre époque pour lutter efficacement contre les multiples et dangereuses attaques de la cri tique contemporaine. Car si la méthode posilivepeut donner à la critique une réponse péremptoire sur telle donnée scientifique, sur tel texte ou tel document, elle est par elle-même incapable de combattre victorieusement les faux principes philosophiques, qui le plus souvent ac­ compagnent et dirigent les procédés de la critique actuelle. C’est la conclusion que tout lecteur attentif devra particulièrement retirer de l’encyclique Pascendi de Pie X. Puisque, selon l’enseignement pontifical, la critique dont s’inspirent le plus souvent ks ennemis de notre foi en matière historique ou exégétique, s’appuie généralement sur des idées philosophiques préconçues et très nettement arrêtées, il est souverai­ nement nécessaire que l’on combatte efficacement ces fausses conceptions philosophiques si l’on veut sérieu­ sement pourvoir à la défense religieuse. Or la philoso­ phie scolastique peut seule opposer une résistance logique et effective à ces faux principes philosophiques sur lesquels s’appuie la ïrilique moderniste : principe de l'agnosticisme, principe de la transfiguration des choses par la foi et principe de défiguralion. Seule la philosophie scolastique peut combattre victorieusement toutes les objections adverses et établir solidement les vérités attaquées jusque dans leurs fondements ration­ nels. Enfin la méthode scolastique peut seule aider à satisfaire pleinement les intelligences travaillées par le rationalisme ou préoccupées de répondre à ses questions ou à ses objections. C’est en ce sens surtout que Léon XIII, dans le texte déjà cité de l'encyclique Ætemi Patris, signale la philosophie scolastique comme étant, après le secours divin, le moyen le plus opportun de combattre le rationalisme contemporain. 3° Conditions à observer. — Pour que les avantages que l'on attend de la scolastique puissent être pleine­ ment réalisés, on doit soigneusement éviter certains excès ou abus, desquels beaucoup de scolastiques ne se sont pas toujours assez préservés. 1. La déduction scolastique ne doit jamais se substi­ tuer à la démonstration positive, scripturaire ou patristique dans les matières qui exigent cette démons­ tration, ni servir d'occasion ou de prétexte pourdiminuer le rôle qui appartient légitimement à la méthode positive. En faisant cette remarque, nous ne voudrions point qu’elle fût considérée comme s’appliquant à l’ensemble de la scolastique du moyen âge. Si l'on v a fait presque toujours une place assez restreinte à la méthode positive, ce ne fut point par manque d'eslime pour elle, mais plutôt à cause de la pauvreté des res­ sources documentaires, et à cause des préoccupations qui dominèrent toute cette époque et dirigèrent l'atten­ tion ipresque exclusivement vers la question fondamen­ tale de l'accord entre les données de la philos·, ph · - t les dogmes chrétiens. Qu’il nous soit encore | i-rmis d’observer que, si les scolastiques ont iji I·.· j lus s-ju­ vent très brefs dans leurs démonstrations exégétiques. on doit reconnaître que leur interprétation a · ■ tuellement juste. An lieu d’insister sur les in··?·. es lacunes de leur documentation critique, il s-rai' plus sage de nous adonner au travail vraiment fécond de vérification régressive de ce qu’ils ont eux-mêmes accompli, en nous servant de leurs conclusions théolo­ giques en ce qu'elles ont de légitime et en y ajoutant tout ce que la critique actuelle peut fournir. IV. - 49 1539 DOGMATIQUE 1540 2. Dans la démonstration des vérités révélées et des que l’obligation de l’admettre ne doit pas être imposée fails surnaturels dépendant de la libre volonté de Dieu, sans raison légitime. III. CONCLUSIONS RELATIVES A L’EMPLOI DECES DEUX l’on ne devra accorder aucune valeur probante aux ar­ guments de simple raison qui sont, tout au plus, de méthodes. — 1° Les considérations précédentes simples convenances contribuant à faire aimer et ap­ montrent que les deux méthodes doivent être nécesprécier l’enseignement déjà connu par la foi, comme j sairement unies dans l’enseignement théologique élé­ l'enseigne saint Thomas : Sunt tamen ad hujusmodi mentaire ou supérieur. Mais la proportion avec laquelle cette union doit s’accomplir n’est point nécessairement veritatem manifestandam rationes aliquæ verisimi•les inducendae, ad fidelium quidem exercitium et sola­ déterminée; elle peut varier suivant les pressants be­ tium, non autem ad adversarios convincendos; quia soins du moment et suivant le degré d'enseignement. ipsa rationum insufficientia eos magis in suo errore Ainsi à notre époque en face des attaques multiples de confirmaret, dum lestimarent nos propter tam debi­ la critique historique et exégétique, il est nécessaire les rationes veritati fidei consentire. Cont. gent., I, I, d’accorder une plus large place qu’autrefois aux argu­ c. ix ; Sum. theol., 1«, q. xxxn, a. 1. Enseignement ments critiques ou à l'exposition historique. C'est ce toujours fidèlement appliqué par l’angélique docteur que recommande fortement Pie X dans l’encyclique Pascendi : Major profecto quam antehac positivas par exemple, Sum. theol., I*, q. xxxv, a. 2, ad 1““·, theologiæ ratio est habenda; id tamen sic fiat ut nihil mais auquel beaucoup de scolastiques ne se confor­ scholastica-detrimenti capiat, lique reprehendantur, mèrent pas toujours suffisamment. Ainsi en discutant ulpole. qui modernistarum rem gerunt, quicumque la réalisation éventuelle de l’incarnation du Verbe au cas où l’humanité eût persévéré dans la justice origi­ positivam sic extollunt ut scholasticam theologiam nelle, il n’a point été rare d'étayer des affirmations despicere videantur. absolues sur des preuves a priori, qui ne pouvaient Cette juste proportion peut encore varier selon le degré d'enseignement. Dans l’enseignement théologique pas elles-mêmes déterminer un fait dépendant unique­ ment de la libre volonté de Dieu insuffisamment mani­ élémentaire, où le jugement théologique des étudiants festée en l’occurrence. L’abus, devenu plus accentué et n’est point encore suffisamment formé, il peut être assez souvent préférable d'insister plutôt sur la mé­ plus général au xv· siècle, est vigoureusement flagellé au siècle suivant par Melchior Cano qui refuse à de thode scolastique, qui est plus apte à donner une for­ mation solide et qui est particulièrement nécessaire tels auteurs le nom de théologiens scolastiques. De locis pour combattre efficacement, en soi et chez les autres, theologicis, I. VII, c. t, Venise, 1759,p. 188. Mais quels qu'aient été ces abus à l'époque de la décadence, ils les excès et les abus de la critique positive. Mais il est ne sont que des excès individuels dont la méthode sco­ toujours désirable que l'on fournisse, au moins pour les thèses les plus importantes ou les plus combattues, lastique elle-même ne peut être rendue responsable. de larges indications historiques ou critiques, faisant 3. Dans la réfutation desobjections rationnelles, l’on ne doit point exagérer la valeur démonstrative des rai­ bien connaître la méthode et prémunissant suffisam­ sons employées pour les combattre. Il serait souverai­ ment contre les objections de la critique. Dans l'ensei­ nement imprudent, en si grave matière, d'exposer gnement supérieur, où le jugement théologique des les vérités de foi aux risques d’une opinion philoso­ élèves est plus mùr, où l’on doit d'ailleurs immédia­ phique en elle-même discutable. D’ailleurs, il suffit tement préparer les spécialistes, une plus large culture positive devra être donnée en observant les précau­ que l’on prouve le manque de preuve solide chez les adversaires de notre foi, selon cette conclusion nette­ tions et conditions précédemment indiquées. Mais ment posée par saint Thomas : Ex quo evidenter col­ même dans cet enseignement, la méthode positive ne doit point, d’une manière générale, être prépondé­ ligitur quæcumque argumenta contra fidei docu­ menta ponantur, hire ex principiis primis natural rante; car elle ne pourrait l’être sans causer quelque inditis per se notis non recte procedere. Unde nec détriment à la scolastique; ce qu’elle n- doit cepen­ demonstrationis vim habent, sed vel sunt rationes dant jamais faire, selon l’instante recommandation probabiles, vel sophisticæ ; et sic ad ea solvenda locus de Pie X. relinquitur. Prudente réserve à laquelle plusieurs 2° En dehors de l'enseignement théologique élémen­ scolastiques ne se sont point assez assujettis, comme taire ou supérieur et des ouvrages qui y sont immédia­ le déplore aussi Cano dans le passage précédemment tement destinés, il est très opportun que l’on s’allranindiqué. chissede la rigueur de la méthode scolastique et que l'on adopte une exposition plus large et plus moderne, 4. On doit toujours se garder d’identifier avec l’en­ seignement de la foi ou avec la doctrine définie par apte à rendre l’enseignement scolastique plus attrayant l’Église, de simples opinions philosophiques ou des et à le faire pénétrer dans des milieux qui lui restent conclusions théologiqnes qui ne sont point strictement encore défavorables. C’est surtout par ce rayonnement démontrées. L'inobservance de cette sage précaution au dehors, plus nécessaire aujourd’hui que jamais, que pourrait facilement conduire aux plus fatales consé­ l’on aidera le mouvement de restauration scolastique quences. soit en augmentant les préjugés contre la foi dont le succès importe tant au bien de la société chré­ tienne. Th. Richard. Étude critique sur le but et la catholique ou contre la doctrine de l’Église, soit en nature de la scolastique, dans la Revue thomiste, 1904, exposant une vérité de foi au sort caduc d’une opinion philosophique ou Ihéologique. Graves écueils que l’on p. 431 sq. n’a pas toujours su éviter; témoin ces censures théolo­ III. Divisions principales. — 1° Chez les Pères de giques parfois prodiguées par des théologiens qui ont l’Église, depuis la fin de l’école apostolique jusqu’au déployé trop d'ardeur contre des opinions unanimement V” siècle, comme nous le montrerons bientôt, l'on ne reconnues indemnes de toute hétérodoxie à une époque rencontre aucune synthèse dogmatique. Les écrits dog­ postérieure; témoin aussi ces qualifications de certa matiques de loute cette période sont habituellement in /ide imprudemment données quelquefois à des pro­ des écrits d'occasion, ayant pour but particulier d'ex­ positions ne méritant point cette qualification théolo­ poser ou de défendre un dogme spécialement attaqué gique. Toutefois n'oublions point qu’il y a, de fait, des par une hérésie ou une erreur contemporaine. Parfois conclusions philosophiques certainement imposées à l’exposition ou la défense de la vérité catholique peut notre assentiment à cause d'une intime et évidente exiger ou occasionner des aperçus ou des vues plus connexion avec un enseignement révélé. Nous voulons larges sur des dogmes connexes, surtout quand il s’agit simplement affirmer ici que cette connexion ne doit de vérités très importantes comme l’incarnation ou la pas être proclamée certaine sans motif suffisant, et grâce, étendant leurs nombreuses ramifications dans 1541 DOGMATIQUE 1542 tout le domaine théologique. C’est ce qui se rencontre ( c’est-à-dire la pratique des vertus surnaturelles et particulièrement chez, saint Augustin défendant contre I l’observation des commandements divins. IV' livre des les pélagiens les dogmes si importants du péché origi­ moyens par lesquels la vie surnaturelle, méritée par nel et de la grâce. Mais si compréhensives que soient l’incarnation, nous est appliquée, c’est-à-dire des ces études de dogmes particuliers, elles ne contiennent sacrements, dist. I-XL1I: puis la consommation finale point de synthèse dogmatique intégrale. dans l'autre vie, ou la résurrection, le jugement, l’enfer, 2° Du v'au xi'siècle, en Occident, le même caractère le purgatoire et le ciel. dist. XLIIl sq. fragmentaire se rencontre dans les écrits dirigés contre Alexandre de llalès (γ 1245), dans son Universæ theo­ les diverses erreurs ou hérésies de cette période, telles logies stonma, donne une synthèse un peu différente, que l’adoptianisme, l'erreur sur la procession du Saintexcellente dans son ensemble, mais interrompue par Esprit, le prédestinatianisme ou quelques erreurs de trop fréquentes digressions : 1. Dieu considéré dans secondaires sur le mode de présence eucharistique. En l’unité de son essence, part. I, q. i-xlii, et dans la Orient, à la même époque, les écrits orthodoxes contre trinité des personnes, q. XLII-LXXIV. 2. De la création les nestoriens, les monophysites, les iconoclastes ou en général, des anges, du monde corporel, de l’homme autres hérétiques, présentent le même caractère, à dans sa nature et dans les dons surnaturels et préter­ l'exception du De fide orthodoxa de saint Jean Damasnaturels dont il fut primitivement orné; du mal en cène qui a une tendance assez prononcée vers un essai général et du péché, d'abord dans les démons, puis dans de synthèse dogmatique. Bien que la division en quatre nos premiers parents et dans les autres hommes, faute livres soit l'œuvre des traducteurs latins adaptant le originelle et faute personnelle, part. 11. 3. De l'incar­ De fide orthodoxa au plan des Sentences de Pierre nation par laquelle l'homme est restauré, part. Ill, q. iLombard, le cadre général des cent chapitres entre xxv, des préceptes qu’il est tenu d'observer, q. xxvi-lxi, lesquels se répartit l’ouvrage a quelque analogie avec et de la grâce qui doit l’aider à participer aux fruits de ce que fut plus tard la synthèse du x»° siècle, comme il l’incarnation et à observer les préceptes, q. i.xn sq. est facile de le constater par les indications suivantes : 4. Des sacrements soit en général soit particulière­ C l-v, incompréhensibilité de Dieu expliquée et ment sous la nouvelle loi; partie restée incomplète, prouvée contre les anoméens ; preuves rationnelles de l’auteur s’étant arrêté à la fin de la question de la son existence; ce que nous connaissons de sanature et pénitence sacramentelle. de son unité par la raison et par la doctrine révélée. Saint Bonaventure (f 1274) suit la classification de C. vi-vui. ce que la foi nous enseigne sur la trinité, sur Pierre Lombard, soit dans son commentaire sur les la personne du Verbe el sur le Saint-Esprit, et com­ Sentences, soit dans son Drevilor/uium. œuvre plus ment cet enseignement est montré conforme à la raison. personnelle ou il résume toute la doctrine contenue C. tx-xtv, élude des attributs divins. C. xv-xttl, étude dans son commentaire de Pierre Lombard. La forme de la création, des anges, des démons, du monde visible, synthétique du Hreviloquiuni, sa division en huit particulièrement de l’homme avec ses facultés, surtout parties et une meilleure coordination des chapitres son libre arbitre. C. XLlll-XLVl, de la providence, de la font mieux ressortir tout le mérite des divisions de predestination et de l’économie divine relativement à Pierre Lombard fidèlement gardées dans leur sub­ notre salut. G. XLVH-i.xxxt et Lxxxvn, xci, doctrine stantielle intégrité. sur le Verbe incarné. C. txxxn, i.xxxm, sur la foi et Saint Thomas (-}- 1274), en fusionnant dans sa Somme le baptême. C. txxxvi, doctrine sur l’eucharistie. théologique les deux classifications légèrement modi­ C. Lxxxtv, de l’adoration due à la croix. C. lxxxviii, fiées de Pierre Lombard et d’Alexandre de Halés, donne lxxxix, du culte des saints, des reliques et des saintes une synthèse plus parfaite où nous signalons principa­ images. C. XC, inspiration des Écritures et canon des lement ce qui appartient à la dogmatique actuelle. livres inspirés. C. xcit-xcv, conclusions contre les 1. Dieu un dans son essence, I», q. n-xxvi, et trine erreurs des manichéens sur l’origine du mal, sur dans les personnes, q. xxvii-xlhi. 2. De la création en l’existence des deux principes, sur la loi divine et sur général, particulièrement des anges, du monde cor­ la loi du péché. C. xcvi, conclusion contre les erreurs porel, de l’homme et du gouvernement divin de tous des judaïsants. C. xcv», de la virginité et du mariage. les êtres créés, q. xuv-cxix. 3. De la tin surnaturelle C. xcvm, de la circoncision. C. xctx, de l’Antéchrist. à laquelle l’homme doit lui-même se diriger >ous la C. c, de la résurrection générale des corps. conduite de Dieu et avec le secours de sa grâce, I" 11 *, 3“ Chez, les scolastiques du moyen âge, avant tout q. i-vi; des actes par lesquels il doit se diriger vers préoccupés de construire une puissante synthèse théo­ cette fin, particulièrement des vertus qu’il doit pra­ logique, la dogmatique prend place dans cette univer­ tiquer, des péchés qu'il doit éviter, incidemment du selle harmonie. Toutes ses ramifications même les plus péché originel en tant qu’il est cause des autres fautes, 1· lointaines sont groupées sous quelques divisions prin­ II», q. I.XXXI-LXXXVIU ; enfin des préceptesque l'on doit cipales, assez identiques chez les principaux repré­ observer pour se diriger vers sa fin surnaturelle, et du sentants de la méthode scolastique, au moins depuis secours de la grâce par laquelle l'homme doit être aidé la lin du xn' siècle. Nous nous bornerons à indiquer dans sa marche vers sa fin surnaturelle, 1· 11®, q. ctxles principales classifications, en omettant toutefois cxtv. 4. De l’étude particulière des vertus théologales ce qui, dans ce plan d’ensemble, est aujourd'hui et morales que l’on est tenu de pratiquer et des devoirs concédé à la théologie morale. spéciaux que l’on est tenu de pratiquer dans les divers états de vie, II" Ilæ. 5. De Jésus-Christ rédempteur de Pierre Lombard (-|-1160) établit ainsi sa classification. tous les hommes, III" q. I-Lix, et des bienfaits qu n 1" livre des Sentences, du mystère de la sainte Trinité et des attributs divins attribués par appropriation aux procure à l'humanité, spécialemeut de tous les sacre­ ments en général, q, lx-lxv, et en particulier, q.txvitrois personnes divines, c'est-à-dire de la science, de la xc. L’auteur de la Somme théologique n’a point ' rpuissance et de la volonté de Dieu dans le gouverne­ miné son étude sur le sacrement de pénitence. 1'n - s' ment du monde. Il- livre, de la création et des êtres en droit de présumer qu'il aurait suivi l'ordre ju'il · créés, particulièrement des anges, du monde corporel adopté â la lin de la Summa contra gentiles et qui es: et de l’homme et incidemment de la chute de l'homme d’ailleurs celui de son commentaire sur les Sentences orné des dons de la grâce, enfin de la nature du péché de Pierre Lombard. par lequel il s’est éloigné de Dieu. Il h livre, de la restauration de l'homme par le Christ; d’où doctrine La principale particularité de la synthèse de sain Thomas est de placer l'étude des vertus, des comman­ théologique sur l'incarnation et sur les conditions dements el de la grâce après l’étude de la tin de 1 homme nécessaires pour que ses fruits nous soient appliqués, 1ύ43 DOGMATIQUE et avant l’incarnation, dans une partie spéciale traitant de l’ensemble des moyens qui doivent diriger l’homme vers la fin derniere, 1" II®, partie qui est ensuite com­ plétée dans la 11“ II® par l’étude détaillée de chacune des vertus et par celle des obligations spéciales à cer­ tains états de vie. D’ailleurs, saint Thomas l’emporte sur ses prédécesseurs par des divisions plus métho­ diques, mieux accusées et plus fidèlement suivies. On sait qu’en fait dans toute la période du moyen âge la synthèse de f’ierre Lombard fut habituellement suivie dans ses divisions principales par presque tous les ouvrages de théologie ordinairement publiés sous la forme de commentaires des Sentences du Maître de la scolastique. 4° Au xvi' siècle et dans la première moitié du xvn», la plupart des théologiens restés fidèles à la méthode scolastique, prennent pour texte de leurs commentaires la Somme théologique de saint Thomas au lieu des Sentences de Pierre Lombard et suivent par le fait même la synthèse du docteur angélique, soit qu’ils se bornent comme Cajetan à un commentaire du Maître, soitqu'ilsaienteux-mêmes, comme Vasquez et Suarez, leurs divisions particulières ou leurs traités, harmo­ nisés au moins substantiellement avec l’ordre général de la Somme. Depuis le milieu du xvn» siècle jusqu'à la seconde moitié du xix», la synthèse de saint Thomas est rem­ placée, chez beaucoup d’auteurs, par un grand nombre de traités distincts, dont on se préoccupe assez peu de marquer l’ordonnance méthodique ou la connexion intime avec la synthèse générale de la dogmatique. D’où diminution sensible de la science dogmatique pour laquelle de larges vues synthétiques sont si né­ cessaires. De là aussi beaucoup de questions omises ou insuffisamment traitées par suite du morcellement trop considérable des matières ou du manque de plan d'ensemble. Inconvénients encore aggravés par la sé­ paration de la théologie morale définitivement constituée en science particulière et de laquelle d’ailleurs les questions spéculatives tendent de plus en plus à dis­ paraître pour faire presque exclusivement place â une casuistique toute pratique. Th. Bouquillon, Catholic University bulletin, Washington, 1899. p. 258 sq. Ajoutons encore qu’au xvm» et au xix» siècle l’apolo­ gétique fondamentale, dont l’importance devenait si considérable, fut souvent et bien à tort adjointe à la dogmatique, sous le nom de dogmatique fondamentale ou d'introduction à la dogmatique, comme l'attestent les manuels classiques de l’époque. Ce qui ne pouvait que nuire gravementaux méthodes diverses que doivent suivre l’une et l’autre science. 5° Depuis la restauration de la scolastique dans la dernière période du xtx» siècle, de louables efforts ont été faits pour adapter les grandes divisions dogma­ tiques de la Somme théologique de saint Thomas aux conditions actuelles de la science théologique. Il nous suffira de résumer ici dans un cadre général les indi­ cations fournies par les principaux auteurs. — 1. Étude préliminaire sur la nature de la théologie dogmatique et sur ses principes fondamentaux, où l’on indique particulièrement dans quelle mesure l’Ecriture sainte et la tradition doivent être considérées comme sources des dogmes. 2. Dieu considéré en luimême dans sa nature et dans ses attributs. 3. Dieu étudié dans la trinité des personnes. 4. Dieu opérant dans les créatures; de la création en général; et de l’action divine dans la conservation et le gouvernement des êtres créés; des créatures en particulier, principa­ lement des anges et de l’homme, avec les dons de la nature et de la grâce conférés par Dieu en vue de leur fin surnaturelle ; la chute des anges et ses conséquences; la chute de l’homme et ses conséquences. 5. De la fin surnaturelle â laquelle l’homme est destiné, de la grâce 1544 et des vertus surnaturelles nécessaires à l’homme pour se diriger vers sa fin surnaturelle. 6. De la restaura­ tion de l'homme par l’incarnation et la rédemption. 7. De l’Église dépositaire immédiat de tous les moyens de salut donnés par Jésus-Christ à l’humanité rache­ tée; d’où autorité de l’Église et devoirs envers elle. 8. Des sacrements établis par Jésus-Christ et confiés à son Église pour la sanctification et le salut éternel des fidèles; étude de ces sacrements considérés d’une ma­ nière générale et étude de chacun d’eux en particulier. 9. De la sanction divine établie par Dieu dans l’autre vie pour le bon ou le mauvais emploi de sa grâce en cette vie et pour l’observance ou le mépris de ses com­ mandements pendant la durée de l’épreuve, c’est-àdire du ciel, de l’enfer et du purgatoire. 10. De la communion spirituelle entre les fidèles de la triple Église militante, soutirante et triomphante. Quelques mots d’explication aideront à mieux com­ prendre la raison d’être de plusieurs divisions de ce cadre général, ou la place particulière assignée à quel­ ques-unes, ainsi que l’omission de traités autrefois rattachés sans raison à la dogmatique : a) L'apolo­ gétique tout entière est omise, parce qu’elle est une science distincte de la dogmatique, ayant un objet propre et une méthode spéciale. Voir Apologétique. b) L’étude des questions dogmatiques sur l'Écriture et sur la tradition doit être placée à l’entrée de la dogma­ tique pour fournir une direction sûre dans l'emploi théologique des preuves scripturaires. Cette forte di­ rection est particulièrement nécessaire à l’époque actuelle, en face du développement considérable des études scripturaires et parfois d’un manque de forma­ tion théologique en ces matières si délicates. — c) L’étude rationnelle de l’existence de Dieu et des attributs divins relève principalement de la philosophie. Ces données de philosophie rationnelle sont mention­ nées en dogmatique seulement à titre secondaire, pour faciliter la réponse aux objections contre les vérités de la foi ou pour montrer la convenance de l'enseignement révélé avec les conclusions rationnelles. Si l’on donne assez souvent à ces preuves un développement consi­ dérable en dogmatique à cause de leur importance apologétique en face des erreurs actuelles, leur nature intime n’est cependant point changée : elles restent des vérités en elles-mêmes rationnelles, ne relevant point par conséquent des principes surnaturels sur lesquels s’appuie la dogmatique. — d) La doctrine révélée sur la création en général et sur la création de l’homme en particulier, malgré les nombreuses questions scriptu­ raires ou critiques qu’elle suscite, appartient dans son ensemble à la dogmatique, et doit y être traitée, avec l'appoint fourni par l'exégèse et par les sciences cri­ tiques ou par les sciences naturelles. — e) Le traité de la grâce peut être placé, comme il est dans la Somme théologique de saint Thomas, avant l’étude de l’incar­ nation, parce que toute grâce, même concédée à l’huma­ nité, ne dépend pas nécessairement de l’incarnation; telle fut particulièrement, selon saint Thomas, la grâce conférée à nos premiers parents. D’ailleurs, l’étude de notre fin surnaturelle avec toute la merveilleuse éco­ nomie de notre principe de vie, de nos facultés et de nos actions méritoires dans l’ordre surnaturel, pré­ pare effectivement le traité de l’incarnation et de la ré­ demption, la notion de cette grâce sublime par laquelle nous participons réellement à la vie divine et que nous avions perdue par le péché nous faisant mieux com­ prendre la raison d’être, le mode d’accomplissement et les fruits de ces ineffables mystères. — f) Le traité dogmatique de l’Église, distinct du traité apologétique où la raison prouve simplement la divinité de l’Église catholique, a sa place marquée après l’étude de l’in­ carnation et de la rédemption, puisqu’en vertu de l'institution divine, l’Église continue sur ta terre 1545 DOGMATIQUE jusqu'à la consommation des siècles l’œuvre de JésusChrist, en enseignant sa doctrine, en administrant ses sacrements et en gouvernant les fidèles avec son auto­ rité. La divine constitution de l’Église est ici étudiée en détail, à la lumière des enseignements fournis par la révélation. — g) La dogmatique doit posséder ses traités spéciaux sur les sacrements en général et sur chacun des sacrements en particulier, que ces ma­ tières dogmatiques soient exposées à part ou qu’elles soient fusionnées avec les questions de théologie morale, de casuistique ou de liturgie. Il importe souve­ rainement qu'en ces matières le dogme ait une expo­ sition bien complète, car c’est de lui que tout le reste dépend. — Λ) Les lins dernières et la communion spiri­ tuelle de prières ou de satisfactions entre les trois parties de l’Église de Jésus-Christ couronnent logique­ ment toute la dogmatique. IV. La dogmatique dans le Nouveau Testament. — 1« On doit admettre contre tous les tenants du subjecti­ visme et du modernisme que nous réfuterons à l'article suivant, qu’il y a, dans les écrits inspirés du Nouveau Testament, un enseignement dogmatique donné par Jésus-Christ ou en son nomi et qui nous fournit une connaissance objective, si imparfaite qu'elle soit, des réalités divines. Si, à cause des étroites limites de notre intelligence toujours impuissante à saisir l’infini, ou à cause de l’emploi habituel d’analogies créées représen­ tant incomplètement la vérité divine et de l’inévitable défectuosité de toutes les formules humaines, il ne nous est point possible de saisir adéquatement le con­ cept divin, il reste cependant vrai que le dogme révélé nous en donne une connaissance qui, tout imparfaite qu'elle est, est en nous comme un épanchement de la parfaite science que Dieu a de lui-même, S. Thomas, Cont. gent., 1. IV, c. t; ce qui suppose manifestement une participation à la réalité objective de cette divine science. Voir Dogme. 2° Le catalogue des dogmes certainement enseignés dans les écrits néo-testamentaires, peut être pratique­ ment limité aux textes dont le sens est authentique­ ment défini, ou par les écrivains sacrés eux-mêmes, comme cela se présente souvent dans les écrits du Nou­ veau Testament selon la remarque de l'encyclique l’roriden Ussimus Deus, ou par l'autorité du magistère ecclésiastique, ou même par le consentement unanime des Pères, car selon la même encyclique : summa auctoritas est quotiescumque testimonium aliquod biblicum ut ad fidei pertinens morumve doctrinam, uno eodemque modo explicant omnes, nam ex ipsa ei rum consensione, ita ab apostolis secundum calhoiicam /idem traditum esse nitide eminet. Il n’est point nécessaire que nous donnions ici un relevé exact des textes ainsi définis : les indications précédemment données dans l’explication du concept de la théologie biblique peuvent suffire. On sait d’ailleurs que le nombre des textes ainsi délinis est très restreint : .It paucorum admodum textuum sensum ab Ecclesia definitum esse diximus et pauciorum, ni fallimur, explicatio habetur ex unanimi Patrum consensu, R. Comely, Historica "t critica introductio in utriusque Testamenti libros sacros, 2’ édit., Paris, 1894, p. 6'15; et que parfois leur interprétation n’a pas eu, avant leur définition, la même clarté chez tous les auteurs catholiques, particulièrement dans les premiers siècles. Notons encore que ce qui est arrivé dans les siècles passés peut se reproduire dans l’avenir, et que l’Église peut, à une époque plus ou moins reculée, expliquer et préciser le sens de textes non définis jusque main­ tenant, et l’imposer obligatoirement à l’acceptation des fidèles. On ne s’étonnera point que nous limitions prati­ quement le catalogue des dogmes n O-testamentaires aux textes dont le sens est fixé par les autorités pré­ 1546 cédemment indiquées, si l’on tient compte de l'en­ seignement commun des théologiens et des exégètes, qu’en dehors d’une telle détermination, il est difficile d’avoir une absolue certitude du fait de la révélation divine. Christian Pesch, De inspiratione sacra Scrip­ turis, Fribourg-en-Brisgau, 1906. p. 419. Il n’est cepen­ dant point douteux que si, en réalité, quelqu'un pos­ sède de ce fait une entière certitude, il est tenu d’adhérer, par un acte de foi divine, à l'enseignement divin ainsi connu. Voir Dogme. 3° La dogmatique néo-testamentaire, quelles que soient les limites qu’on lui assigne, ne doit jamais être donnée comme étant toute la dogmatique chrétienne. La nature même des écrits du Nouveau Testament s’y oppose absolument. Puisqu’ils sont tous des écrits d’occasion, composés pour un but particulier et nulle­ ment destinés à fournir un recueil authentique et complet de tout l’enseignement chrétien, il n’est point possible d’y trouver toute la dogmatique catholique. Il est d’ailleurs très certain que, selon l’institution divine, le principal organe de. l’enseignement chrétien est la prédication vivante des apôtres, perpétuellement con­ tinuée par l'infaillible magistère de l’Eglise, comme le témoigne la déclaration formelle du divin Maître. Matth., xxviir, 20. C’est ce que définit nettement le concile de Trente, déclarant que la vérité enseignée par Jésus-Christ et confiée pai· lui à ses apôtres et à leurs successeurs, est contenue in libris scriptis et sine scripto traditionibus quæ ipsius Christi ore ab apo­ stolis acceptae aut ab ipsis apostolis, Spiritu Sancto dictante, quasi permanus tradilæ ad nos usque perve­ nerunt. Sess. IV, Decretum de canonicis Scripturis. 4’ L’expression des dogmes néo-testamentaires, tels qu’ils ont été enseignés par Jésus-Christ, est réelle­ ment distincte des développements dogmatiques qui ont pu s’accomplir à l’époque des apôtres, aussi bien qu’aux époques subséquentes de l’histoire de l’Église et qui ont pu être utilisés par les écrivains sacrés. J. Tixeront, La théologie anlénicéenne, 3e édit., Paris, 1906, p. 62 sq. Mais comme il n'est point facile de discerner pratiquement ces développements dogma­ tiques, soit de l’enseignement qui a pu être donné oralement par Jésus-Christ, soit de celui qui a pu être communiqué aux apôtres par le Saint-Esprit, suivant la promesse du divin Maître, Joa., xiv, 26; xvi. 13. et la déclaration du concile de Trente, sess. IV, Decret, de canonicis Scripturis, nous n’essayerons point de rechercher quels ont pu être ces développements dog­ matiques présumés. 5» Si l’on compare les dogmes néo-testamentaires avec les développements dogmatiques auxquels ils ont donné lieu au cours des siècles, à l’occasion d’hérésies ou de controverses théologiques et sous l’action com­ binée du travail des Pères et des théologiens et de l’enseignement du magistère ecclésiastique, l’on cons­ tatera aisément qu’aucun de ces développements ne suppose une évolution dogmatique substantielle et que chacun d’eux s’explique sans peine par la mani­ festation plus complète du contenu dogmatique néo­ testamentaire, comme nous le montrerons à l’article suivant, en traitant du progrès accidentel dans la con­ naissance et la proposition des dogmes. Le fa t très certain d’une continuité substantielle entre lesdogtues néo-testamentaires et leurs développements "Jgmatiques postérieurs, est à lui seul une victoriens- réfu­ tation de la théorie de l’évolution substantielle des dogmes néo-testamentaires, telle qu’elle est soutenue aujourd'hui par beaucoup de protestants et par l’école moderniste. Voir Dogme. 6° Quant aux conclusions dogmatiques légitimement déduites des textes néo-testamentaires à l’aide d'un raisonnement formel : 1. Il est certain que n’apparte­ nant point à la dogmatique néo-testamentaire, évident- -1547 DOGMATIQUE nient restreinte à l’étude de l'enseignement révélé, elles relèvent uniquement de la théologie scolastique, à condition toutefois d'être appuyées sur des raisons assez solides pour pouvoir se réclamer au moins par­ tiellement de l’autorité du témoignage divin, la seule autorité réellement décisive dans toutes les sciences théologiques. S. Thomas, Sum. theol., I“, q. t, a. 8, ad 2um. D’ailleurs, le théologien scolastique doit tou­ jours soigneusement s’abstenir d’identifier ces déduc­ tions, si solides qu’elles soient, avec l’enseignement scripturaire lui-même, puisqu'en réalité elles sont au moins partiellement le fruit d'un raisonnement humain. En fait, cette sage réserve a-t-elle toujours été pratiquée par les théologiens? nous n'avons point à l'examiner ici minutieusement; qu’il nous suffise d’observer que des manquements individuels en cette matière ne peuvent être une raison de dénier à la théologie scolastique le droit de tirer, de l’enseigne­ ment scripturaire, des déductions proposées comme telles et ayant un fondement légitime et suffisant. 2. Il est non moins certain que les déductions dog­ matiques qui ont un solide appui scripturaire, ne doivent pas être négligées par le théologien biblique, bien qu'elles ne doivent point entrer dans la trame de son travail de spécialiste. Leur connaissance lui est utile, soit pour délimiter plus exactement l'enseigne­ ment révélé contenu dans le texte sacré, soit parce qu'il n’est point impossible que ce qui esl, à une époque, considéré comme une simple déduction scrip­ turaire, se manifeste plus tard comme une vérité réellement révélée dans tel texte scripturaire où elle est implicitement contenue, ainsi que cela s'est déjà réalisé précédemment pour quelques textes, dont le sens, maintenant défini comme vérité révélée, n’avait pas toujours été précédemment interprété comme tel. V. La dogmatique aux diverses périodes de son histoire. — Dans cet article nécessairement synthé­ tique nous nous bornerons à signaler les caractéris­ tiques principales de la dogmatique aux phases princi­ pales de son histoire. Z. PREMIÈRE PÉRIODE s'étendant jusqu’à saint Au­ gustin à la fin du iv’siècle, et caractérisée surtout par des écrits dogmatiques fragmentaires, composés à l'occasion des hérésies du temps et portant presque exclusivement l'empreinte de la méthode positive ou de l'enseignement positif. 1» C’est un caractère commun à toute cette période de ne présenter nulle part une synthèse dogmatique complète. Les écrits de ce temps sont habituellement des écrits d'occasion, où l’on se propose un but parti­ culier. tel que celui d’exposer ou de défendre un dogme spécialement attaqué par une erreur ou par une hérésie contemporaine. La nature de ces écrits varie d’ailleurs suivant les diverses époques de cette première période. Chez les Pères apostoliques jusque vers le milieu du il’ siècle, parmi les rares écrits que nous possédons actuellement, l’on n’en rencontre aucun qui soit exclusivement dogmatique. Les affir­ mations dogmatiques, habituellement dirigées contre les docètes ou contre les chrétiens judaïsants, sont faites incidemment, selon l’occasionqui en est fournie. L'époque des Pères apologistes, depuis le milieu du il’ siècle jusqu’au commencement du tv«, compte seulement quelques écrits exclusivement ou principa­ lement dogmatiques, tels que le Dialogue de saint Justin avec Tryphon, le Contra hæreses de saint Irénée, plusieurs courts opuscules de Tertu'lien et de saint Cyprien dirigés contre les juifs ou conlre les héréti |ues, et le Usai αρχών d’Origène. En même temps en dehors de ces ouvrages, les affirmations ou expositions dogmatiques sont beaucoup plus fréquentes et plus complètes qu’à l’époque précédente, soit parce que la meilleure réfutation des objections païennes contre les 1548 dogmes chrétiens était souvent un exposé loyal de ces mêmes doctrines, soit parce qu’il fut fréquemment nécessaire de combattre les attaques des hérétiques, en même temps que l'on faisait l’apologie du christia­ nisme contre leseunemis du dehors. Voir Apologistes. t. I, col. 1596 sq. Le iv’ siècle possède un assez grand nombre d’écrits exclusivement dogmatiques, dirigés contre les parti­ sans d'Arius, de Macédonius et d’Apollinaire. Tels sont particulièrement les écrits de saint Allianase, de saint Basile, de saint Grégoire de Nysse, de saint Grégoire de Nazianze et de saint Epiphane. Mais aucun de ces ouvrages, si complet qu’il soit pour le but particulier que se proposaient leurs auteurs, ne trahit la préoccu­ pation d'une synthèse dogmatique complète, bien que les sujets traités fournissent souvent, à cause de leur importance capitale, une occasion de donner beaucoup d’aperçus sur des dogmes connexes ; ce qui est surtout vrai du dogme de l’incarnation, véritable centre autour duquel gravitent toutes les autres vérités chrétiennes. En réalité, toute cette première période de l’histoire de la dogmatique n’olfre qu’un seul essai de synthèse dogmatique, celui que tenta l’école chrétienne d’Alexan­ drie et dont Origène nous a tracé l’esquisse encore bien imparfaite dans son Ihp't αρχών. Malheureuse­ ment cet ouvrage ne nous est guère connu que par la traduction défectueuse de Rufin, et son autorité a d'ailleurs été bien allaiblie par toutes les discussions sur l'origénisme et par la condamnation de cette erreur. 2° La méthode presque exclusivement employée pendant celte période est la méthode positive. Les démonstrations dogmatiques sont le plus souvent em­ pruntées au témoignage de l'Écrilure divinement inspirée et à l’enseignement de la tradition manifesté par la pratique de l’Eglise ou formulé dans les décla­ rations formelles des Pères qui ont précédé. Ici encore il y a diversité selon les trois époques entre lesquelles se répartit cette période. Chez les Pères apostoliques la démonstration tient une place très restreinte. C’est l'enseignement positif qui domine; il est assez souvent appuyé par des textes scripturaires, mais ces textes sont simplement indiqués. C’est particulièrement ce que l’on rencontre dans les lettres de saint Ignace d’Antioche. Depuis le milieu du n» siècle jusqu’au commence­ ment du iv’, la démonstration scripturaire occupe une place plus considérable. Dans les écrits apologétiques prouvant contre les païens les justes revendications du christianisme, le texte scripturaire est cité non comme organe de l’enseignement divin, mais comme écrit particulièrement digne de foi et indiquant authenti­ quement ce qu’est le christianisme; c'est ce que fait notamment saint Justin dans sa Ir« Apologie, n. 30 sq., P. G., t. vi, col. 373 sq. Dans les ouvrages dogmatiques dirigés contre le judaïsme ou contre l'hérésie, le témoignage scriptu­ raire manifeste l’enseignement formel de la révélation, auquel l'assentiment absolu de la foi est toujours dû. C'est ainsi que les textes scripturaires sont cités par saint Justin dans son Dialogue avec Tryphon, P. G., t. vi, col. 471 sq., où l’argument tiré des prophéties de l’Ancien Testament est longuement développé; par saint Irénée dans son Contra hæreses, P. G., t. vu, col.437 sq.; par Tertullien dans son De praescriptioni­ bus contra hærelicos, P. L., t. 11, col. 9 sq., dans ses livres contre Praxéas. col. 153 sq., contre Hermogene, col. 197 sq., contre Marcion, col. 246 sq., contre les juifs, col. 597 sq., dans son De carne Christi. col. 753 sq., et dans son De resurrectione carnis. col. 795 sq. ; par saint Cyprien dans son De unitate Ecclesiæ, P. L., t. rv. col. 495 sq., et dans ses Testi­ moniorum libri 1res contra judteos, col. 679 sq.. par 1549 DOGMATIQUE Clément d’Alexandrie dans plusieurs passages de ses Stromates, suivant la notion qu'il nous en donne luimême, Strom., II, c. iv; VII, c. xvi, P. G., t. vm, col. 914; t. ix, col. 533; et par Origène dans son llepl αρχών, P. G., t. xt, col. 115 sq. Bien que plusieurs de ces Pères ou écrivains ecclé­ siastiques, notamment Clément d'Alexandrie et Origéne, aient fréquemment recours à une exégèse allégorique qui ne respecte pas suffisamment le véritable sens scripturaire, le principe de l’autorité divine de l'Écriture inspirée reste à l’abri de toute atteinte. En même temps ces auteurs, dans leur lutte doctri­ nale contre les hérétiques de leur temps, insistaient avec non moins de force sur l'autorité de la tradition antérieure qu'ils présentaient de préférence sous la forme de l’argument de prescription. Déjà employé par saint Irénée, Cont. hær., I. Ill, c. ni, η. 1, 2, 4; c. iv, n. 1. P. G., t. vu, col. 848 sq., 853 sq., 855, et par Tertullien, De præscript., c. xxt, xxn, xxvi, xxvni, P. L., t. n, col. 33, 34, 40, 49, cet agument est utilisé aussi par Origène, Ιίερ'ι αρχών, præf., n. 2, P. G., t. xi, col. 115. Au IVe siècle, les défenseurs de la foi catholique contre les partisans d’Arius, de Macédonius et d’Apol­ linaire insistent, plus qu'on ne l’avait fait au ni’ siècle, sur la preuve scripturaire parce que l’attaque était surtout sur ce terrain. L’exégèse plus développée qu’à l'époque précédente et serrant de plus près le sens lit­ téral, est habituellement accompagnée de la réponse aux objections des hérétiques et de l’interprétation vraie des. textes dont ils se prévalaient. C’est la méthode particulièrement suivie par saint Alhanase qui, dans ses divers écrits contre les ariens, démontre la consub­ stantialité du Verbe par cinq ou six textes très clairs sur lesquels il revient fréquemment, et écarte habituelle­ ment les textes invoqués par les ariens, en les inter­ prétant de l'infériorité ou de la subordination ou de la création de la nature humaine assumée parle Verbe. La même marche est adoptée du moins en partie par saint Hilaire dans son ouvrage sur la trinité et par saint Basile dans ses livres contre Eunome et dans son livre sur le Saint-Esprit. La preuve de tradition est aussi invoquée quelquefois contre les hérétiques, particulièrement par saint Basile. De Spiritu Sancto, c. xxix, n. 72, P. G., t. xxxn, col. 201 ; Contra Eunomium, 1. II, n. 8, P. G., t. xxix, col. 585. 3° A la démonstration scripturaire et à l'autorité de la tradition l’on joignit aussi les arguments rationnels, non pour prouver la vérité elle-même déjà garantie par le témoignage divin, mais pour la défendre contre les objections adverses et montrer sa parfaite convenance avec la raison. Saint Justin, vers le milieu du n® siècle, fut le premier à se servir des données de la raison pour cette défense de l’enseignement révélé. Si dans cette œuvre si difficile de conciliation entre la philosophie et les dogmes les plus relevés, tels que le dogme de la sainte trinité et celui de la divinité du Verbe, l'apolo­ giste du n” siècle n'a point su éviter des expressions en désaccord avec la stricte orthodoxie, on ne peut en conclure ni qu’il ait méconnu ces dogmes sublimes, ni qu'il ait établi la raison comme critère principal en cette matière. Car il est certain, d’après l’ensemble de sa doctrine, que la source première ou Justin puise sa croyance est l’enseignement de la révélation chrétienne et que les idées ou expressions philosophiques sont pour lui un simple moyen d’exprimer plus ou moins parfaitement l’enseignement divin. D’où l’on peut pru­ demment déduire que le platonicien chrétien rejette certainement les conclusions de sa doctrine philoso­ phique dés lors qu’elles contredisent l’enseignement révélé ; mais on doit en même temps reconnaître que cette contradiction, par suite de l’iinoerfeclion de ses 1550 connaissances théologiques, ne lui a point toujours été suffisamment manifeste. Un peu plus tard Tertullien, tout en réprouvant en matière de foi l’usage d'une fausse philosophie, source habituelle des erreurs contraires à l’enseignement divin, Apolog., c. xlvi, P. L., t. I, col. 501 sq.; De præscript., c. νπ,Ρ. L.,t. n, col. 19; De anima, c. m, xxiii, col. 651 sq., 686, ne nie point les services que peut rendre la philosophie dans la mesure où elle est d’accord avec le christianisme sur les vérités fonda­ mentales du dogme et de la morale révélés. Apolog., c. XXI, xxn, xlviii, P. L., t. t, col. 398 sq., 405 sq., 527 sq. ; De anima, c. xx. P. L., t. H, col. 682 sq. Plus encore que Justin, Clément d’Alexandrie et Origéne font un fréquent appel aux arguments de rai­ son, non seulement pour appuyer leur apologie général du christianisme, mais encore pour exposer et défen­ dre les dogmes révélés, non en philosophes mettant dans la raison la source première de leurs doctrines, mais en croyants sincères utilisant, pour exprimer l’objet de leur foi, les concepts et les termes d’une philosophie qu’ils proclament éclectique, Clément d’Alexandrie, Strom., I, c. vu, P. G., t. vin. col. 732; S. Grégoire le thaumaturge. In Origen, oratio panegy­ rica, xtii sq., P. G., t. x, col. 1088 sq., sans que l'on ait le droit de les considérer comme asservis à aucune école particulière, stoïcienne ou néoplatonicienne. Voir t. i, col. 818 sq. Au iv» siècle, les objections philosophiques sur les­ quelles s’appuient souvent les hérétiques obligent les défenseurs de la foi catholique à se placer aussi sut le terrain philosophique pourrepousser toutes cesattaques, particulièrement pour ce qui concerne la connaissance que nous avons de Dieu par la raison, la manière dont nous concevons ses perfections, la notion de substance et d’hypostase, la génération du Verbe el les relations entre les trois personnes divines. Ces solutions philo­ sophiques se rencontrent principalement chez saint Basile et chez saint Grégoire de Nysse qui, tout en ne s’attachant exclusivement àaucuneécole philosophique, s’expriment de préférence en langage aristotélicien. C’est sans doute cet emploi des données rationnelles de la philosophie qui amena saint Basile, comme nous l’indiquerons à l’article suivant, à mieux préciser le sens jusque-là assez indéterminé des mots ούσια et ύποστασις, qu’il emploie dés lors dans le sens que nous donnons aujourd'hui aux mots substantia ·■: persr.a. 4° Comme complément de ces courtes indications sur l’histoire de la dogmatique dans cette période, nous signalons les principaux ouvrages dogmatiques qui lui appartiennent, en dehors des écrils simplement apolo­ gétiques ou des écrits traitant également de dogme et de morale. Au n» siècle ou au commencement du ni·. S. Justin, Dialogus cum Tryphone, P. G., t. vi, col. 471 sq.; S. Irénée, Contra hæreses, P. G., t. vu, col. 437 sq.; Tertullien, De praescriptionibus contra haereticos, P.L., t. n, col. 9 sq. ; Liber adversus Praxeam, col. 153 sq.; Liber adversus Hermogenem, col. 197 sq. ; Libri quin­ que adversus Marc ionem, col. 246 sq. ; Liber advenus judæos, col. 597 sq. ; De carne Christi, col. 753 sq. ; De resurrectione carnis, col. 793 sq. Au m® siècle, S. Cyprien (-j-258), De unitate Ec iesiæ, P. L., t. iv, col. 495 sq. ; Testimoniorum iibrt tres contra ludæos, col. .679 sq.; Origène 254 Penarchon, P. G., t. xi, col. 115 sq. Au IVe siècle, S. Athanase (-;· 373), Oratione* tr ad­ versus arianos, P. G., t. xxn, col. 10 sq.; KpisMla de nicænis decretis, P. G., t. xxv, col. 411 sq.; Epistola ad Serapionem, P. G., t. xxvi, col. 525 sq.; Epistola de synodis, col. 677 sq.; Epistola ad Epictetum, col. 1048 sq.; Epistola ad Adelphium, col. 1070 sq.; Ad Maximum philosophum col. 1083 sq.; S. Cyrille 1551 DOGMATIQUE de Jérusalem (ή-386), Catecheses, xxin, P. G.,t. xxxin, instructions précitées à Jérusalem pendant le carême de 348; S. Hilaire de Poitiers (-j· 366), Libri XI1, De trinitate, P. L., t. x, col. 9-471; Liber de synodis sen de fide orientalium, col. 471-546, et plusieurs autres opuscules; S. Basile (·}· 379), Libri adversus Eunomi«ni,dont les trois premiers seuls sont certainement de saint Basile, P. G., t. xxix, col. 497sq.; Liber de Spiritu Sancio, P. G., t. xxxn, col. 68 sq.; S. Éphrem (■j· 373 ou 379), Sermones polemics LVt adversus hæreses, dans Opera omnia, Rome, 1740, t. π, p. 436-560; Sermones polemici lxxx adversus scrutatores, t. ni, p. 1-150, et plusieurs autres opuscules; S. Grégoire de Nazianze (■}· 390), Orationes quinque de theologia, orat, xxvii-xxxi, P. G., t. xxxvi, col. 11 sq.; Epislolæ dogmatica: tres, dont deux au prêtre Cledonios, Epist., ci, ccii, P. G., t. xxxvil, col. 174 sq.; et une à Nectaire de Constantinople, Epist., en, col. 329sq.; S. Grégoire de Nysse (-j- 394), Oratio calechelica magna, P. G-, t. xlv, col. 9 sq. ; Libri seu orationes xncontra Eunoniium, col. 244 sq.; Anlirrheticus adversus Apollina­ rium, col. 1123 sq.; Tractatus de anima et resurre­ ctione, P. G., t. xlvi, col. 11 sq. ; S. Optai de Milève (■j- 385), De schismale donalistarum libri sex, P. L., t. xi, col. 883 sq.; S. Pacien de Barcelone 390), Opus contra novalianos, ou Epistolæ très ad Synipronianum novatianum, P. L., t. xm, col. 1051 sq. ; Sermo de baptismo, col. 1089 sq.; S. Ambroise(j-397), Libri V de fide, P. L., t. xvi, col. 527-698; Libri 111 deSpiritu Sancto, col. 703sq.; Liber de incarnationis dominicæ sacramento, col. 817 sq.; Liber de myste­ riis, col. 389sq. ; Libri duo de pænilentia, col. 465 sq. ; S. Épiphane (j- 403), Ancoratus, P. G., t. xuu, col. 9 sq. ; Panarium adversus i.xxx hæreses, t. xli, col. 173 sq.; t. xlii, col. 12 sq.; S. Jean Chrysostome (-j- 407), Homiliæ xn contra anomæos, P. G., t. XLVin, col. 701-812; Homilia de resurrectione mor­ tuorum, col. 417 sq. ; Homiliæ vin adversus Judæos, col. 843 sq.; S. Jérôme (-j· 420), Dialogus adversus luciferianos seu allercatio luci/'eriani et orthodoxi, écrit à Antioche en 379, P. L., t. xxni, col. 155 sq.; Liber adversus Helvidium de perpe­ tua virginitate M ariæ, composé à Rome, en 383, col. 183 sq.; Libri duo adversus Jovinianum, écrits vers l'an 392 au monastère de Bethléem, col. 211 sq. ; Contra Vigilantium liber unus, composé en 406, col. 339 sq.; Dialogus contra pelagianos, écrit en 415, col. 495 sq.; et quelques lettres dogmatiques, notamment Epist., xv, xvi, sur la question de trois hypostases en Dieu; xli, contre l’erreur de Montan; XLii, contre les novations; xlviii-li, contre Jovinien; cix, contre Vigilantius; cxxvi, sur l’origine de l’âme; cxxxtn, contre Pelage; cxlvi, sur l’épiscopat, le presbytératet le diaconat, P. L., t. xxn, col. 355 sq., 474 sq., 493 sq., 906 sq., 1085 sq., 1147 sq., 1192 sq. n. deuxieme pÈHiobE, depuis saint Augustin à la lin du IV' siècle jusqu’à saint Anselme à la tin du XIe, période caractérisée par une plus complète exposition dogmatique des vérités attaquées par les nouvelles hérésies. Dans cette exposition domine habituellement la méthode positive, avec un emploi très considérable de la raison philosophique, du moins chez saint Augustin. 1° L'œuvre dogmatique de saint Augustin. — Cette œuvre ayant été longuement appréciée dans l’étude si complète sur ce saint docteur, t. i, col. 2317 sq., nous nous bornerons à en rappeler sommairement ici les traits principaux, dans la mesure strictement nécessaire pour i’histoire générale de la dogmatique. — 1. Le mérite principal du grand docteur africain est d’avoir merveilleusement résumé toute la dogmatique anté­ rieure, particulièrement celle du iv' siècle, en y ajou­ tant beaucoup d'explications et de déductions nouvelles. OÙ se sont incessamment alimentées la dogmatique 1552 des siècles suivants et même celle du moyen âge. — 2. La méthode principalement employée par saint Au­ gustin est la démonstration scripturaire ou patrislique, surtout dans la controverse avec les donatistes et avec les pélagiens. Si l’exégèse augustinienne montre le plus souvent, en matière de prédication, une préférence marquée vers l’interprétation mystique et allégorique, elle est habituellement très prudente et très solide pour ce qui concerne les démonstrations dogmatiques, selon ce qu’il indique lui-même. De Genesi ad litteram, 1. I, c. xix-xxi, P.L., t. xxxiv, col. 261 sq. Tout en insistant plus qu’aucun de ses prédécesseurs sur la preuve biblique, Augustin utilise fréquemment la tradition toujours vivante dans l’Église et y manifestant l'ensei­ gnement révélé à l’origine par Jésus-Christ et promul­ gué par les apôtres en son nom, De baptismo contra donatistas, I. II, c. vn;l. IV, c. vi, xxiv; 1. V, c. xxn; 1. VI, c. v, P. L., t. XLin, col. 133sq., 159 sq., 174 sq., 192 sq., 200 sq.; Contra Julianum, 1. VI, c. v, P. L., t. xliv, col. 830; tradition qu’il recherche également dans les symboles de foi, De doctrina Christiana, I. Ill, c. n, P. L., t. xxxiv, col. 651 ; et dans les décisions doctrinales du magistère ecclésiastique. De bapl. con­ tra donat., 1. Il, c. iv, P. L., t. xt.m, col. 129. 3. L’emploi de la raison dans le but d’obtenir une plus complète intelligence des vérités que l'on possède déjà par la foi, est admis par saint Augustin, sinon avec la netteté des formules scolastiques du xil'ou du xm' siècle, du moins dans un sens qui n'est pas nota­ blement dillérent. C’est ainsi que saint Augustin affirme la distinction entre croire et comprendre, en s’appuyant sur la traduction que les Septante donnaient à Isaïe, vil, 9 : Nisi credideritis, non inlelligetis; intelligence qui, selon la parole de Jésus : Quærité et invenietis, Matth., vu, 7, est donnée en cette vie et dans la mesure du possible à ceux qui la cherchent avec soin. De libero arbitrio, 1. Il, c. n. n. 6, P. L., t. xxxn, col. 1243. En même temps que l'autorité divine exige l'assentiment de la foi, elle prépare l’homme à exercer sa raison pour obtenir l’intelligence de l’enseignement révélé. De vera relig., c. xxiv, P. L., t. xxxiv, col. 141 sq. C'est dans ce même sens que le saint docteur affirme : credimus enim ut cognoscamus, non cognoscimus ut credamus. InJoa., tr. XL, c. vin, n.9, P. L., t. xxxv, col. 1690. Pensée plus longuement développée dans 1’épitre exx, P. L., t. xxxm, col. 453 sq., dans Enarr. in ps. cxviit, serm. xvm, n. 3, P. L., t. xxxvn, col. 1552 sq., et dans le serm., xliii, c. vu, P. L., t. xxxviii, col. 258. Cette étude rationnelle des mystères si nettement entrevue par Augustin ne put être réalisée par lui pour chatun d’eux, à cause de la lutte constante qu’il dut soutenir contre les donatistes, les manichéens et les pélagiens, lutte qui réclama presque tous ses efforts et d’une manière continue. Ce fut seulement à l'occa­ sion, suivant les questions qui lui furent posées ou suivant le cours de la discussion, que saint Augustin se plaça sur le terrain de l'intelligence rationnelle des mystères. En fait, son attention se porta principalement sur le mystère de la sainte Trinité. Dans ses quinze livres De Trinitate, il s’employa particulièrement à montrer par des analogies créées, existant en l’homme ou dans les autres créatures, la nature des processions divines, en même temps qu’il lit mieux ressortir le con­ cept de l’unité de la nature divine et le caractère com­ mun de toutes les opérations divines ad extra. Voir t. I, col. 2347 sq. 2» Depuis saint Augustin jusqu’à saint Anselme la dogmatique se maintint en Occident dans la voie tracée par le grand docteur africain. — 1. Du v· au vin* siècle, dans la lutte contre les hérésies ou dans l’exposition de la foi pour les fidèles, la démonstration scripturaire ou patristique continua à occuper la place principale. 1553 DOGMATIQUE Parmi les écrits dogmatiques de cette époque nous citerons particuliérement : Jean Cassien (j· 433). De incarnatione Doniini libri Vil, P. L., t. L, p. 9 sq.; S. Vincent de Lérins (·}· 450), Commonitorium primum seu Tractatus peregrini pro cat/iolicæ fidei antiquitate el universitate adversus profanas omnium haeretico­ rum novitates, coi. 657 sq.;S. Pierre Chrysologue (-J- 450), Epistola ad Eutychen, P. L., t. Ltv, coi. 739 sq., et plusieurs sermons dogmatiques, notamment les sermons xxx, xxxti, xxxiv, lvi-lxii, lxxx, lxxxix, cm, CXL, CXVIII, CXLI, CXLVII, CLX7III, P. L., t. LU, col. 284 sq.; S. Léon le Grand (j· 461), dont nous possédons plusieurs lettres dogmatiques exposant d’une manière très parfaite le mystère de l’incarnation, notamment la lettre xxvm à Flavien universellement reconnue dans l’Église comme règle de loi en cette matière, les lettresLix, cxxiv, cxxtx, cxxxtx, ct.xv, P. L., t. lvi, col. 755 sq. 865 sq., 1062 sq., 1075 sq., U03sq., 1155 sq., et le sermon xcvt contre l’hérésie d'Eutychès, col. 466sq. ; S. Prosper d'Aquitaine (j- vers 463), Responsiones pro Augustino ad capitula gallorum calumnianlium, ad capitula objectionum vincentianarum, ad excerpta genuensium, P. L., t. Li, col. 155 sq., 177 sq., 187sq. ; Liber de gratia et libero arbitrio contra collatorem, c’est-à-dire contre les erreurs de Cassien sur la grâce et le libre arbitre dans sa xm» conférence, P. L., t. xlx, col. 1793 sq.; Carmen de ingratis, dirigé surtout contre les semipélagiens, P. L., t. u, col. 91 sq.; enfin une lettre à Augus­ tin et une à Rufin sur l’erreur des semipélagiens, col. 67 sq. ; Fauste de Riez (f 490), De Spiritu Sancto libri duo, P. L., t. lxii, col. 9sq. ; Libri duo de gratia et libero arbitrio, P.L., t. LVlH,col.783sq., dans lesquels il ne s’éloigne point assez de l'erreur semipélagienne; Gennade de Marseille (-j-493), dont le principal ouvrage encore existant est le Liber de ecclesiasticis dogmati­ bus, P. L, t. Lvm, col. 979 sq.; S. A vit de Vienne (•j-523), dont nous possédons quelques lettres dogma­ tiques, où il défend la divinité du Saint-Esprit et la doctrine catholique sur l’incarnation, Epist., l-m, XXVIII. P. L., t. lix, col. 199 sq.. 244 sq.; Vigile de lapse (j· vers 520), Dialogus contra arianos, P. L., t. lxii, col. 155 sq.; Libri quinque contra Eutychen, col. 95 sq.; S. Fulgence (f 533), Libri tres ad Mommum, P. L., t. lxv.coI. 151 sq.; Liber contra arianos, col. 205 sq.; Libri 1res ad Trasimundum regem Van­ dalorum, col. 223 sq. ; Liber de sancta Trinitate ad Felicem notarium, col. 497 sq.; Liber ad Victorem contra sermonem fastidiosi ariani, coi.507 sq.; Libri duo de remissione peccatorum ad Euthymium, col. 527 sq.; Liber ad Scarilam de incarnatione Filii Dei et vilium animalium auctore, col. 573 sq. ; Libri tres de veritate praedestinationis el gratiae Dei ad Joannem et Venerium, coi. 603 sq.; Liber de fide ad Petrum seu de regula verse fidei, coi. 671 sq. ; S. Gré­ goire le Grand (-j- 604), qui traite, dans beaucoup de lettres, de sujets dogmatiques que nous ne pouvons indi­ quer ici en détail, P. L., t. lxxvii ; S. Isidore de Séville t-j· 636), De ordine creaturarum, P. L., t. lxxxui, col. 913 sq.; De fide catholica libri duo, col. 449 sq., et plusieurs passages des Etymologiarum libri viginti, P. L., t. lxxxii. col. 73 sq., et des Sententiarum libri 1res, P. L., t. lxxxui, col. 537 sq. ; S. Ildefonse de Tolède (f 667), dont nous possédons seulement De vir­ ginitate sanctæ Mariæ. P. L., t. xcvi, col. 53 sq.; De cognitione baptismi, col. Il l sq.; De progressu spiri­ tualis deserti seu liber de itinere deserti quo pergitur post baptismum, col. 171 sq. 2. Du vin' au xte siècle, la même marche fut habi­ tuellement suivie dans la lutte contre les hérésies de celte époque, notamment contre l'adoptianisme d'Élipand et de Félix d'Urgel, contre l’erreur des Grecs sur la procession du Saint-Esprit contre le prédestina►ianisme de Gotlescalc et dans les controverses sur 1554 certains points secondaires du mode de présence eu­ charistique. Les ouvrages dogmatiques de celte période offrent généralement une riche documentation scriptu­ raire ou patristique, du moins selon les ressources do­ cumentaires de l'époque et la manière dont on y com­ prenait la critique. Nous citerons particulièrement : Alcuin (-j- 804), Libellas adversus hæresim Felicis, P. L., t. et, col. 87 sq. ; Adversus Felicem libri septem, col. 127 sq. ; Adversus Elipandum libri quatuor, col. 243 sq., et plusieurs lettres ou passages de lettres, voir 1.1, col. 689 sq. ; Paulin d’Aquilée (j-804), Sticrosyllabus contra Elipandum, P. L., t. xctx, col. 151 sq.; Libri très contra Felicem, col.343 sq. ; Agobard de Lyon (■j· 840), Liber adversus dogma Felicis Urgellensis, P. L., t. Civ, col. 29 sq.; Liber de imaginibus san­ ctorum, col. 199 sq. ; Raban Naur (-j· 858), sans avoir aucun ouvrage strictement dogmatique, traite incidem­ ment de plusieurs questions dogmatiques dans ses De universo libri XXII,P. L.,t. cxi, col. 9 sq., et dans ses De clericorum institutione libri tres, P. L., t. cvn, coi. 293 sq. ; Paschase Radbert (j- 860), De corpore et sanguine Domini, P. L.. t. cxx, coi. 1267 sq. ; Liber departu virginis, coi. 1367 sq. ; De fi de, spe etcaritate, coi. 1389 sq. ; Florus, diacre de Lyon (j- 860), Tria opuscula adversus Amalarium, coi. 71 sq.; Liber adversus Joannis Scoti Erigenæ erroneas definitiones sur la prédestination, la prescience divine et le libre arbitre, col. 101 sq. ; Prudence de Troyes (-j- 861), Epi­ stola ad llincmarum el Pardulum, P. L., t. cxv, col. 971 sq., sur les trois questions de la prédestination des réprouvés, de la mort de Jésus-Christ pour les seuls élus, et de la volonté de Dieu de ne point appeler et de ne point sauver tous les hommes; Liber de prae­ destinatione, contre Jean Scot Erigène, col. 1009 sq. ; et une courte lettre à Venilon. col. 1365 sq. ; Loup de Ferrières (·|· 862), Liber de tribus quaestionibus, P. L., t. cxix, col. 621 sq.; Collectaneum de tribus quaestio­ nibus, col. 467 sq. ; Ratramne de Corbie (f 868), De praedestinatione libri duo, P. L., t. cxxt, col. 13 sq.; Liber de nativitate Christi, col. 81 sq. ; De corpore et sanguine Domini, col. 103 sq. ; Contra græcorum opposita libri quatuor, col. 225 sq.; S. Remy de Lyon 875), Liber de tribus epistolis, col. 985 sq. ; De generali per Adam damnatione omnium et speciali per Christum exeadem ereptione electorum, col. 1067 sq.; De tenenda immobiliter Scripturae veritate et sanctorum orthodoxorum Patrum auctoritate fideliter sectanda, coi. 1083 sq.; au Xe siècle, Rathier de Vérone (j· 974), Epist., I, De corpore el sanguine Domini, P. L., t. cxxxvi, coi. 643; Gerbert ou Sylvestre II (γ 1003), Libellus de corpore et sanguine Domini, P.L.,t. cxxxtx, col. 179 sq. 3. Pendant toute cette période en Occident, les argu­ ments rationnels n'occupent qu’une place très restreinte dans les travaux ou dans les discussions théologiques. Du Ve au IXe siècle, les seuls auteurs qui suivent saint Augustin dans cette application de la méthode ration­ nelle sont Boèce (-{- 524), De sancta Trinitate, P. L., t. lxiv, col. 1247 sq.; Liber contra Eutychen el .Vstorium, col. 1337 sq. ; et Alcuin (f 804). De fide sanctæ et individuæ Trinitatis, P. L., t. ci, col. 11 sq.; De Trinitate ad Fredegisum quaestiones, col. 57 sq. On peut encore citer dans le même ordre d'idées l'insis­ tance avec laquelle Raban Maur recommande aux clercs de son temps d'étudier la dialectique et d en faire l’objet de méditations assidues · quapropter oportet clericos hanc artem nobilissimam scire ejusque jura in assiduis meditationibus habere, ut subtiliter haereticorum versutiam hac possint dignos­ cere. De clericorum institutione, I. Ill, c. xx. P. L., t. cvn, coi. 397. Mais au IXe siècle Tabus que Scot Erigène (f 820) fit de la métaphysique pour prouver dans son De divisione naturae, P. L., t. cxxil. J 555 DOGMATIQUE col. 441 sq., que tous les êtres créés retournent dans la nature incréée et qu’aprés la fin de l’univers il n’y aura plus que Dieu et les causes de toutes choses en lui, et. la déplorable intervention du philosophe irlan­ dais dans la controverse prédestinatienne par son De praedestinatione, col. 355 sq., el dans la controverse eucharistique par son De corpore et sanguine Domini, détournèrent, pour quelque temps, beaucoup d'esprits de l’application de la philosophie aux questions théolo­ giques el même de la culture de la métaphysique, à tel point qu'un théologien comme Paschase Radbert raille ceux qui voudraient perdre leur temps dans l’étude de la philosophie séculière, el que tous les écrivains ecclésiastiques, jusqu'à saint Anselme, délaissent les questions métaphysiques. Celte situation d’esprit se continua jusqu’aux hérésies de Roscelin etde Bérenger qui. en s’appuyant sur la seule raison, forcèrent saint Anselme à la lin du XI» siècle à introduire de nouveau les arguments de raison dans la discussion des matières de foi. 3« En Orient, du v« au vin» siècle, la dogmatique grecque garde, dans les controverses nestoriennes ou monophysites, à peu près l'allure et la méthode de la dogmatique du iv« siècle. Cependant plusieurs auteurs, comme saint Cyrille d'Alexandrie et surtout Léonce de Byzance, en même temps qu'ils s’appuient principale­ ment sur les preuves scripturaires et palristiques, donnent, du moins dans quelques-uns de leurs écrits dogmatiques, une assez large place aux arguments ra­ tionnels. Les principaux théologiens dogmatiques de cette période en Orient sont : S. Cyrille d'Alexandrie (f 444), Thesaurus de sancta et consubstantiali Trini­ tate, l’. G., t. lxxv, col. 9 sq.; Quod consubstantialis et coæternus Deo et Patri sit Filius, col. 657 sq.; Scho­ lia de incarnatione Unigeniti, col. 1369 sq.; Adversus Neslorii blasphemias contradictionum libri V, P. G., t. LXXVI, col. 9 sq. ; Explanatio duodecim capitum sive anathemalismorum, col. 293 sq.; Apologeticus pro duodecim capitibus adversus orientales episcopos, coi. 315 sq.; Liber contra Theodoretum pro duodecim capitulis, coi. 386 sq. ; Apologeticus ad imperatorem Theodosium, coi. 453 sq.; Liber de recta in Dominum nostrum Jesum Christum fide ad Theodosium impe­ ratorem, coi. 1133 sq.; Libri duo de recta fide ad reginas seu imperatrices, coi. 1202 sq.; Dialogus quod unus sit Christus, coi. 1253 sq. S. Nil (f vers 430) a laissé beaucoup de lettres dogmatiques où il traite de la plupart des vérités chrétiennes et combat les hérésies de son temps. De saint Isidore de Péluse (f 434), nous avons un grand nombre de lettres dogmatiques dirigées contre les hérétiques de cette époque. P. G., t. lxxviii. Théodoret, évêque de Cyr (j- 458), qu'il est difficile d'excuser de toute erreur sur la nature de l’union hypostatique, même après la définition du concile de Chalcédoine, nous a laissé plusieurs ouvrages dogmatiques : Eranisles seu Polymorphus, P. G., t. lxxxiii, col. 27 sq.; De providentia orationes decem, col. 555sq.; Tracta­ tus de sancta et vivi/ica Trinitate, t. lxxv, col. 1147 sq. ; Tractatus de incarnatione Domini, col. 1419 sq.; et un grand nombre de lettres dogmatiques. Léonce de Byzance(f 543), Scholia, P. G., t. i.xxxvi, col. 1193 sq.; Libri tres adversus neslorianos et eutychianos, col. 1268 sq.; Libri septem contra neslorianos seu adversus eos gui duas affirmabant Christi personas nullamque in ipso conjunctionem confitentur, coi. 1400 sq.; Liber contra monophysitas seu quae­ stiones adversus eos qui unam dicunt naturam com­ positam Domini nostri Jesu Christi, coi. 1769 sq. ; Capitula triginta contra Severum, coi. 1901 sq.; So­ lutio argumentorum Severi, coi. 1915 sq.; Liber contra fraudes apoliinaristarum, coi. 1947 sq.; S. Sophrone de Jérusalem if 638). Epistola synodica ad Sergium 1556· Constantinopolitanum, P. G., t. i.xxxvn, coi. 3148 sq.; Orationes in Christi servatoris natalilia et in sanctis­ simas Dei genitricis annuntiationem, coi. 3201 sq., 3217; S. Maxime abbé (f 666), Opuscula theologica et polemica ad presbyterum Maximum, dirigés surtout contre les erreurs des monophysites et des monothélites, P. G., t. xct, col. 9 sq. ; Disputatio cum Pyrrho,. col. 288 sq.; et plusieurs lettres dogmatiques, particu­ lièrement Epist., xn-xviii, col. 460 sq. A la fin du vil0 et au vin® siècle, saint Athanase le Sinaïte (f 700), dans son Vite dux adversus acephalos, P. G., t. lxxxix, col. 36 sq.. et surtout saint Jean Damascène (f 750), dans son De fide orthodoxa, P. G., t. xciv, coi. 789 sq., insistent, plus que leurs devanciers, sur les arguments rationnels empruntés à la philoso­ phie, d’une manière qui ressemble beaucoup à la méthode scolastique du moyen âge. Les autres ouvrages dogmatiques principaux de saint Jean Damascène sont: De hæresibus, col. 677 sq. ; Tres orationes pro sacris imaginibus, col .1231 sq. ; Contra jacobitas, coi. 1436sq. ; Dialogus contra manichteos, coi. 1505 sq.; Disceptatio Christiani el saraceni, coi. 1585 sq. Au tx« siècle, S. Theodore Studite (f 826), Antirrhetici 1res adversus iconomachos, P. G., t. xcix, coi. 328 sq.; Refutatio et subversio impiorum poematum Joannis, Ignalii,Sergii et Slephani recentium Chrislomachorum, coi.436 sq.; Quaestiones aliqua· propositae iconomachis, coi. 477 sq., et plusieurs lettres dogmatiques sur le culte des images, notamment Epist., 1. il, epist. i, tv, vin, xxi, xxiii, xxvi, ι.χχιπ, P. G., t. xcix, col. 1116 sq. Ut. troisième période, depuis saint Anselme â la fin du xi' siècle jusqu'au commencement du xvi“, pé­ riode caractérisée dans son ensemble par l’application méthodique des données de la philosophie à l’étude synthétique des dogmes révélés. Elie comprend deux époques : l'une de développement et de progrès, l’autre d'affaiblissement et de décadence. 1° Première époque, depuis saint Anselme jusque vers la lin du xtil® siècle, époque marquée surtout au xm® par un merveilleux développement de la théologie sco­ lastique. — 1. A cause de l’influence prépondérante exercée par saint Anselme sur tout le mouvement scolastique du moyen âge, nous devons rappe'er ici la caractéristique de son œuvre, en indiquant nettement le rôle qu'il attribua à la raison dans les matières de foi. Saint Anselme avait été amené, par les erreurs rationalistes de Roscelin et d’Abélard, à se servir des arguments de raison, non seulement pour la démonstration philosophique des attributs divins, mais encore pour l'étude des vérités enseignées par la révélation, non point, assurément, pour prouver leur existence déjà crue par la foi, mais pour les justifier aux yeux de la raison et en acquérir une plus complète intelligence. Que telle fut la véritable pensée de saint Anselme, c’est ce qu’attestent évidemment plusieurs de ses écrits, Monolog., præf.. P. L., t. clviii, col. 143; Proslog., præf. et c. i, col. 225, 227; De fide Τι initatis et de incarnatione Verbi, c. n, col. 263; Cur Deus homo, 1. I, c. i, col. 361. Si le saint docteur parait parfois attribuer à de tels arguments de raison une va­ leur nécessairement convaincante en dehors de l’au­ torité de l’Écriture, loc. cit., col. 143, 272, il explique lui-même, dans le Cur Deus homo, en quel sens il en­ tend cette raison nécessaire. Ce n'est point une raison produisant une nécessité antécédente qui lie la volonté divine, mais un argument montrant la très haute con­ venance de tel acte divin déjà connu par la foi : Nonne satis necessaria ratio videtur cur Deus ea quæ dicimus facere debuerit ; quia genus humanum, tam scilicet pretiosum opus ejus, omnino perierat : nec decebat ut quod Deus de homine proposuerat, penitus annihila­ retur; nec idem eius propositum ad effectum duci poterat, nisi genus humanum ab ipso creatore sue 1557 DOGMATIQUE liberaretur? Cur Deus homo, 1. T, c. iv, coi. 365. Conve­ nance qui. loin d’enchaîner ia volonté divine d'une manière antécédente, op. cil., 1. I, c. xvni.col. 421 sq., la suppose déjà connue par la foi et ia rend manifeste à la raison. D’ailleurs, comment accorder une valeur nécessaire à des preuves rationnelles ainsi qualifiées par l'auteur : videlicet ut si quid dixero quod major non confirmet auctoritas, quamvis illud ratione probare videar, non alia certitudine accipiatur nisi quia interim mihi ita videtur, donec mihi Deus melius aliquo modo revelet. Quod si aliquatenus quæstioni tuæ satisfacere potero, certum esse debebit quia et sapientior me plenius hoc facere poterit : imo sciendum est quidquid homo inde dicere vel scire possit, altiores tantos rei adhuc latere fines. Op. cit., 1. I, c. n, coi. 363 sq. Reconnaissons toutefois que les expressions du saint docteur en cette matière n’ont point la lucide exactitude de l’enseignement si nettement formulé par saint Thomas un siècle et demi plus tard, Cont. genl., 1. I, c. vu, ix, et que nous avons rapporté précédemment en exposant le rôle de la raison en matière dogmatique. En même temps saint Thomas exprime aussi, avec plus de netteté que le docteur bénédictin, ce principe toujours proclamé et :ippli<|uê par les théologiens scolastiques, que l’auto­ rité de la révélation est le fondement nécessaire de toute vraie démonstration théologique. Sum. theol., I·, q. i, a. 8. 2. 11 est bien vrai qu’à cette époque, en dehors de traités spéciaux contre le schisme grec, comme le Contra errores Greecorum de saint Thomas, on cite peu les documents positifs, scripturaires ou palristiques et que, quand on les cite, on le fait d'une manière brève qui est loin de satisfaire les exigences actuelles de la critique. Mais cette pauvreté dans la documen­ tation s'explique assez facilement par l’état assez rudi­ mentaire des sciences critiques pendant toute cette période, par l’absence à peu complète d'hérétiques que l’on dût nécessairement combattre par des arguments positifs.enlin par la préoccupation alors dominante dans tous les esprits de lutter énergiquement contre les faux systèmes philosophiques qui, comme i'averroïsine, attaquaient alors les vérités de la foi surtout par le côté rationnel ou cherchaient à faire admettre que les vérités rationnelles étaient entièrement indépendantes de la révélation. 3. Quant au reproche d’ar'.stotélisme exagéré, sou­ vent lancé contre les théologiens scolastiques, nous ne croyons point nécessaire de le réfuter ici. Cette réfu­ tation se dégage suffisamment de la lutte prolongée que l’école alberlino-thomiste dut soutenir contre l'aristotélisme outrancier des averroïstes latins. En se séparant ouvertement des averroîstes et en relevant dans Aristote un certain nombre d'erreurs positives, l’ensemble des scolastiques montrait clairement qu’il n’était point inféodé au Maître. Voir Aristotélisme, 1.1, col. 1877. 4. On doit observer que saint Anselme, en donnant l’élan au mouvement scolastique du moyen âge, ne réalisa point lui-même la synthèse théologique inté­ grale à laquelle ce mouvement devait conduire. En fait, il se contenta de montrer l’accord de la raison avec la foi sur les points plus particulièrement mena­ cés à son époque et surtout sur ceux qu’avaient atta­ qués des rationalistes tels que Abélard et Roscelin. D'où le grand nombre d'opuscules détachés qui,malgré l’importance des sujets traités et les larges vues de l'auteur, ne pouvaient par eux-mêmes constituer la synthèse désirée. Ce que saint Anselme n’avait point réalisé, fut tenté par les continuateurs de son œuvre. Nous avons indiqué précédemment ce que lirent sous ce rapport Pierre Lombard. Alexandre de Halès et saint Thomas, et comment la classilication du Maître des 1558 Sentences prévalut dans les écoles du moyen âge jus­ qu’au xvpsiècle, par le fait que son ouvrage élait le texle habituellement suivi el commenté. Voir col. 1541-1513. 5. Parmi les ouvrages de celte époque où le dogme occupe une place prépondérante, nous nous bornerons à mentionner, dans ce coup d’œil d'ensemble, ceux qui ont quelque notoriété : S. Anselme, Monologion, P. L.. t. clviii, col. 141 sq.; Proslogion, col. 223 sq.; De fide Trinitatis et de incarnatione Verbi, col. 259 sq.; De processione Spiritus Sancti contra Græcos, col.28(1 sq.; De veritate, col. 467 sq.; De libero arbitrio, col. 489 sq. ; De casu diaboli, col. 325 sq. ; Cur Deus homo, col. 359 sq.; De conceptu virginali et de originali pec­ cato, col. 431 sq.; De concordia prœscientiæ et prœdestinationis necnon gratiæ Dei cum libero arbitrio, col. 507 sq.; Alger (-{-vers 1131), chanoine de Liège, puis moine de Cluny, De sacramentis corporis el san­ guinis Domini libri Ilf, P. L., t. ct.xxx. col. -439 sq. ; Tractatus de gratia et. libero arbitrio, col. 969 sq.; Guibert de Nogent (f 1124), 't ractatus de incarnatione contre les juifs, P. L., t. clvi, col. 489 sq.; De pigno­ ribus sanctorum, col. 607 sq., où l’auteur traite spé­ cialement de la présence réelle de Jésus-Christ dans la sainte eucharistie. Abélard (-j-1142) contribua puis­ samment au développement de la méthode scolastique, particulièrement par son Introductio ad theologiam, qui fut la première somme entreprise avec Je but de coordonner en un seul ouvrage tout l’enseignement de la foi. P. L., t. Lxxvm, col. 979 sq. Les autres ouvrages dogmatiques d’Abélard sont : Tractatus de unitate et trinitate divina, condamné par le concile de Soissons en 1121, découvert et publié en 1891, Fribourg-enBrisgau ; Theologia Christiana, qui n’est qu’une seconde édition un peu modifiée du Tractatus de unitate et trinitate, col. 1123 sq.; Epitome theologiœ chrisliame, col. 1695 sq. Hugues de Saint-Victor (f 1142), De sa­ cramentis legis naturalis et scriptæ, P. L., t. CLXXVi, col. 17 sq. ; De sacrament is christianæ fidei, col. 173 sq., et plusieurs courts opuscules, Depotestale et voluntate Dei utra major sit, col. 839 sq.; De quatuor volunta­ tibus in Christo, col. 841 sq.; De sapientia animæ Christi an «qualis cum divina fuerit, col. 845 sq.; De beatæ Marite virginitate libellus epistolaris, coi. 857 sq.; Robert Pulleyn (f 1146 , Sententiarum libri VIII, P. L., t. clxxxvi, coi. 639 sq.; Roland Bandinelli, qui devint pape sous le nom d’Alexandre 111 (f 1181), Sentenliæ Rodlandi Bononiensis magistri auctoritatibus rationibusque fortes, ouvrage vraisem­ blablement composé entre 1142 et 1150, édité par le P. Gietl en 1891 sous le titre de Die Sentenzen Ro­ lands nachmals Papstes Alexander 111, in-8». Fribourg-en-Brisgau ; S. Bernard (f 1153), De gratia et libero arbitrio, P. L., t. clxxxh, col. 1001 sq. ; Tracta­ tus de baptismo seu epistola ad llugonem de Sancto Victore de baptismo aliisque quieslionibiis ab ipsi propos i I is, col. 1031 sq. ; Capitula hæresum Petri Abælardi, col. 1049 sq.; Guillaume de Saint-Thierry (γ 1150), Disputatio adversus Petrum Abælardum, P. L., t. clxxx, col. 249 sq.; Disputatio catholicorum Patrum adversus dogmata Petri Abælardi, coi. 283sq. ; De sacramento altaris liber seu epistola ad quemdam monachum qui de corpore et sanguine Donum s■■■■■ ipseral, coi. 341 sq.; Speculum fidei, coi. 365 sq.; cEnignia fidei, coi. 397 sq.; Gilbert de Ia l'um:e (•j-1154), Commentaria in opera theologica Boetii, P. L., t. LXtV, coi. 1255 sq., 1301 sq., 1355 sq. Pierre le Vénérable, abbé de Cluny (γ1156), Tractatus adver­ sus judæorum inveteratam duritiem, coi. 507 sq.; Adversus nefandam sectam saracenorum. coi 661 sq.; Traclatusadversuspetrobusianos hærelicos.col.719sq.: Pierre Lombard (f 1164). Sententiarum libri IV, P. L., t. cxcil, coi. 519 sq. ; Hugues, archevêque de Rouen (■{•1164). 'ji logorum seu quæslionum theologicarum 1559 DOGMATIQUE libri VII, col. 1141 sq.; Contra hæreticos sui temporis sire de Ecclesia et ejus ministris libri 111 ,co\. 1255 sq.; Richard de Saint-Victor(-j-1173), De Trinitate libri VI, P. L., t. cxcvt, col. 887 sq., avec une courte lettre à saint Bernard, De tribus appropriates personis in Trinitate, col. 991 sq.; Liber de Verbo incarnato, coi. 995 sq.; De missione Spiritus Sancti, coi. 1017 sq.; Jean de Salisbury (f vers 1180), Metalogicus, qui est surtout une condamnation des abus de la scolastique en ma­ tière de foi ; Alain de Lille (-j- 1202), De fide catholica contra hæreticos sui temporis præsertim albigenses, P. L., t. ccx, col. 305 sq. ; De arte seu articulis catho­ licas fidei libri V, col. 595 sq.; Regulæ de sacra theo­ logia, col. 621 sq.; Pierre de Poitiers (-j-1205), disciple de Pierre Lombard, Sententiarum libri V, P. L., t. ccxi, col. 789 sq.; Guillaume d’Auxerre (-j-1232), Summa aurea, sur les quatre livres des Sentences, Venise, 1591 ; Moneta de Crémone, O. P. (-J· 1235), Summa contra cathares et waldenses, éditée à Rome en 1743; Alexandre de Halés (j· 1245), Universes theo­ logiæ summa, dont nous avons donné précédemment l'analyse sommaire; Guillaume d’Auvergne ou de Paris (-j- 1249), De sacramentis in generali, Opera omnia, Venise, 1591, p. 389 sq.; De sacramento baptismi, p. 397 sq.; De sacramento confirmationis, p. 407 sq.; De sacramento eucharistiæ, p. 410 sq.; De sacra­ mento pænitenliæ, p. 431 sq. ; De sacramento matri­ monii, p. 485sq.; De sacramento ordinis, p. 500 sq.; De sacramento extremæ unctionis et de sacramentalibus, p. 523 sq. ; De causis cur Deus homo, p. 525 sq. ; De pænilentia novus tractatus liber tinus, p. 539sq.; enfin son principal ouvrage De universo, p. 561 sq.; Luc de Léon (f 1249), De altera vita fideique contro­ versiis libri III, contre les erreurs dos albigeois, édité à Ingolstadt en 1613; Rainerus Sacconi, O. P. (-J-1259), Summa de calharis et leonistis sive pauperibus de Lugduno, Paris, 1548; S. Thomas d'Aquin (-J-Î274), Com­ mentarius in IV Sententiarum libros; Summa contra gentiles; Quodlibeta seu quæsliones quodlibetales; Quæstiones disputatae ; Summa theologica; et beau­ coup d’opuscules théologiques dont les principaux sont: Contra errores græcorum ; Compendium theologiæ, commençant par les mots Æterni Patris Verbum; Contra græcos, armenos et saracenos, ou De rationi­ bus fidei ad cantorem auliochenum ; De articulis fidei et Ecclesiæ sacramentis ; Expositio symboli fidei; Res­ ponsio de articulis xt.it ad Joannem Vercellensem ; Responsio ad lectorem venetum de articulis xxxvi; Responsio ad lectorem bisun/inum de sex articulis ; De differentia divini Verbi et humani; Expositio in librum B. Dionysii de divinis nominibus; Expositio in Boethii librum de Trinitate, ouvrages et opuscules dont il est facile de trouver la référence dans les di­ verses éditions des œuvres de l’angélique docteur; S. Bonaventure (·[· 1274), Commentarii in IV libros Sententiarum, Quaracchi, 1882 sq., t. l-iv; Quæsliones disputatæ de scientia Christi, de mysterio sanctis­ simae trinitatis et de perfectione euangelica, t. v, p. 1 sq. ; Breviloquium, somme condensée de son commentaire sur le livre des Sentences, p. 199 sq. ; De reductione artium ad theologiam, p. 319 sq.;Col­ lationes de septem donis Spiritus Sancti, p. 455 sq.; le B. Albert le Grand (f 1280), Commentarii in Diony­ sium Areopagitam, Paris, 1890 sq., t. xlv; Commen­ tarius in IV libros Sententiarum, t. xxv-xxx ; Summa theologiæ, t. XXXl-XXXlit ; Summa de creaturis, t.xxxiv, xxxv; De sacrificio eucharistiæ, t. xxxvui: Pierre de Tarentaise, O. P., pape sous le nom d’innocent V (-j-1277), Commentarius in I V libros Sententiarum, Toulouse, 1652; Henri de Gand (Goethals) (q-1293), Quodlibeta seu quæstiones disputatæ in IV libros Sententiarum, Venise. 1613; Summa theologiæ, Ferrare, 1646; Raymond Martini. O. P. (-ÿ 1286), Pugio 1560 fidei, ouvrage dirigé contre les Juifs et contre les Maures, Paris, 1642 et 1651; Richard de Middletown, Ο. Μ. (ψ 1307), Commentaria in IV libros Sententia­ rum, Brescia, 1591 ; Duns Scot, O. M. (-j-1308), dont nous possédons deux commentaires in IV libros Sen­ tentiarum, l’un plus étendu et plus philosophique connu sous le nom de scriptum oxoniense, l’autre plus concis, plus limité aux questions théologiques et appelé scriptum parisiense; et les Quæstiones quodlibetales, au nombre de xxi; Guillaume de Paris, O. P. (-j-vers 1312), De septem Ecclesiæ sacramentis, ouvrage sou­ vent édité; le B. Gilles de Rome, O. S. A. (-|-1316), Commentarius in libros Sententiarum, n’allant pas au delà de la dist. XI du 1. Ill; Quodlibeta VI, Lou­ vain, 1646; Quæstiones vu de resurrectione mortuo­ rum, de prædestinatione, praescientia, paradiso, pur­ gatorio et infemo, peccato originali, de articulis fidei pro missionariis ad tartaros missis, Vienne, 1641; De corpore Christi, Bologne, 1481. 2“ Deuxième époque, depuis la fin du xnr siècle jusqu’au commencement du xvi«, caractérisée, surtout depuis le milieu du xtv» siècle, par un affaiblissement très marqué de la théologie scolastique, du moins chez beaucoup d’écrivains. — 1. Les causes principales de cet affaiblissement de la théologie scolastique furent, outre les graves troubles de la société civile et de la société religieuse, la propagation et la funeste influence de faux systèmes philosophiques, tels que l’averroïsme, système éclos au xtn» siècle mais qui garda encore beaucoup d’adeptes aux siècles suivants, et le nomina­ lisme renouvelé par Occam (γΙ349; et assez répandu dans la seconde moitié du xiv«et surtout au xv» siècle. Ces systèmes appliqués à la théologie y jetèrent le trouble. Les théologiens, fidèles à la méthode et à la doctrine du xni“ siècle, se firent plus rares surtout au xv» siècle. En même temps aussi disparurent, chez beaucoup d’auteurs, les larges synthèses théologiques pour faire place à des traités fragmentaires où l’ardeur de la polémique et les subtilités de la dialectique jouèrent le plus souvent un rôle trop considérable. De tels écrivains ne méritèrent que trop les reproches que leur adressait Melchior Cano, De locis theologicis, 1. VII, c. 1. Les principaux ouvrages de cette époque, donnant un rôle exclusif ou prépondérant aux questions dog­ matiques sont : Raymond Lulle(j-1315), Define omnium disputationum contra hæreticos, Majorque, 1665; Li­ ber quæslionum super IV libros Sententiarum,Lyon, 1491; Liberde conceptuvirginis Mariæ, Séville,1491 ; Gérard de Bologne, O. C. (-j-1317), Commentaria in libros Sententiarum, Venise, 1622; Pierre Auriol,0. M. (■j-1322), Commentarii in IV libros Sententiarum, auxquels sont ajoutés Quodlibeta XVI, Rome, 1596; Antoine André. Ο. Μ. (γ 1320), Commentaria in IV li­ bros Sententiarum, Venise, 1572, 1578,1584; Hervé de Nédellec, O. P. (fl323), Commentarii in IV libros Sententiarum, Venise, 1513; Paris, 1647; François de Mayronis, 0. M. (-j- 1327), Commentaria in IV libros Sententiarum,ouvrage édité avec XVI Quodlibeta, Ve­ nise, 1520; Durand de Saint-Pourçain, 0. P. (-j-1334), Commentaria in IV libros Sententiarum, Venise, 1586; Jean de Naples, 0. P. (ψ 1330), dont il a été édité seulement des Quæstiones disputatæ, Paris, 1618; Pierre de la Palu, O. P. (-j-1342), Commentaria in IIIum et in IV'"" librum Sententiarum, Paris, 1530, dans lesquels l'auteur s’occupe beaucoup de la solution de cas pratiques, surtout dans le commentaire du IVe livre; Jean de Bacon,O. C. (-j-1346), Commentaria super J V libros Sententiarum, auxquels ont été adjoints ses Quodlibeta, Crémone, 1618; Guillaume Occam, 0. M. (f!349), Super Sententiarum libros IV subtilissimae quæstiones eorumque decisiones, Lyon, 1495; Tractatus de sacramento altaris et septem quæ- 1361 DOGMATIQUE 1562 stiones quodlibetales, Paris, 1513; Tractatus de juris­ objections critiques des protestants sont fidèlem* r.: dictione imperatoris in causis matrimonialibus ; Dia­ exposées et savamment résolues à l’aide de toutes les logorum libri VII, Paris, 1476, ouvrage plusieurs fois ressources documentaires possédées à cette époque, édité et contenant beaucoup d’erreurs relativement à la soit dans des écrits à la fois dogmatiques et polémi­ nature et à l'étendue de l'autorité pontificale; Disputa­ ques, joignant à un exposé méthodique du dogme une tio super potestate prœlatis Ecclesiæ atque princi­ réponse plus ou moins détaillée aux principales objec­ pibus commissa, Paris, 1598; Robert Holcotb. 0. P. tions critiques. C’est ce qui explique pourquoi, chez la (γ 1349), Quæstiones super IV libros Sententiarum, plupart des auteurs, la démonstration scripturaire ou auxquelles on a joint des Conferentiæ sur plusieurs palristique surpasse de beaucoup celle de l'époque questions détachées, Lyon, 1518; Thomas de Stras­ précédente en solidité et en étendue, sans cependant bourg; 0. S. A. (ψ 1357), Scripta super IV libros Sen­ répondre complètement à toutes les exigences de la tentiarum, Venise, 1564; Grégoire de Rimini, 0. S. A. critique actuelle. (f 1358), Lectura in et llum librum Sententiarum, 2. En même temps se produisait une heureuse réno­ Venise, 1518; Alphonse de Vargas y Toledo, archevêque vation de la théologie scolastique. Cajetan en fut l'ini­ de Séville (f 1366). Lectura supra I"m librum Senten­ tiateur en reprenant fortement contact avec la meil­ tiarum, Venise, 1490. Pierre d'Aquilée ou Scotelius, leure scolastique du xni· siècle. Puis les dominicains 0. Μ. (φ1370), Quæstiones in IV libros Sententiarum, François de Victoria, Dominique Soto et Melchior Cano Venise, 1584; Pierre d’Ailly, archevêque de Cambrai et dirigèrent ce mouvement dans le sens d'une sage ré­ cardinal (f 1420), Quæstiones super J'"», ΠΙαιπ et forme, avec la conslante préoccupation d’écarter impi­ J V""> Sententiarum, Venise, 1500; Tractatus theolo­ toyablement les graves défauts dans lesquels on était gicus de sacramentis, Paris, 1488: et plusieurs opus­ tombé dans les deux siècles précédents, de garder tout cules sur le pouvoir ecclésiastique et sur les attribu­ ce que le passé contenait de bon et de rechercher les tions des conciles généraux, à l'occasion du schisme progrès impérieusement exigés par les besoins de dOccident; Jean Gerson (j- 1429),qui publiai l’occasion l'époque. Ce mouvement sagement réformateur fut du grand schisme plusieurs opuscules sur le pouvoir suivi par le grand nombre pendant cette heureuse ecclésiastique, sur les prérogatives du pape et sur la période, jusque vers le milieu du xvn· siècle. Cepen­ supériorité des conciles généraux : ces écrits ont été dant cette époque elle-même compte encore un assez réunis dans le t. n de ses Œuvres complètes, Anvers, grand nombre d'auteurs qui, avec des nuances assez 1706; Jean Capréolus.0. P. (ÿ!432), Defensiones theo­ diverses, restèrent un peu trop figés dans les cadres logiæ divi Thomæ Aquinatis, sous la forme de com­ théologiques du xtv”ou du xv· siècle ou qui, par contre, mentaires des quatre livres des Sentences, Venise, délaissèrent trop tes doctrines et la méthode de la 1589, ouvrage récemment réédité par les PP. Paban et scolastique. Pégues, Tours, 1900 sq. ; Thomas Netter ou de Wal­ 3. Cette période fut enfin marquée par quelques den, Waldensis, O. C. (·;'■ 1430). Doctrinale antiquita­ modifications dans la répartition des matières théolo­ tum fidei, contre les wicleflites elles hussites,Venise, giques. Les commentaires sur les Sentences se firent 1757 ; Nicolas de Cusa ( j· 1464), De concordantia catho­ assez rares. La plupart des grands ouvrages théolo­ lica libri III, et De auctoritate præsidendi in concilio giques de cette époque, surtout depuis la fin du generali, où l’auteur soutient la supériorité du concile XVI’ siècle, furent habituellement modelés sur le plan sur le pape, ouvrages édités dans ses Œuvres complètes, de la Somme théologique de saint Thomas, sous la Ratisbonne, 1847; Jean de Turrecremata ou Torqueforme de simples commentaires comme ceux de Caje­ mada, 0. P. et cardinal (j-4468), Summa de Ecclesia, tan, ou sous la forme plus personnelle de questions Rome, 1489; Venise, 1561 ; Quod non liceat appellare ou de disputations arrangées suivant le choix de a concilio ad papam, Mansi, Concil., t. xxx, col. 1072sq. ; l'auteur, mais prenant comme base le texte de saint Contra decreta concilii Constantiensis in quo deposi­ Thomas, ainsi que cela se rencontre chez la plupart tus fuit Joannes XXIII, et Contra gesta in concilii des grands théologiens de cette époque. Basileensi adversus Eugenium, col. 550 sq.; le car­ * Assez souvent de grands ouvrages théologiques, dinal Bessarion (J- 1472), qui publia plusieurs écrits ou comme ceux de Suarez et de Sylvius, traitent encore opuscules théologiques contre les grecs schismatiques; conjointement les matières thêologiques et morales, Gabriel Biel (ψΐ 495), Epithoma pariter et collectarium sans négliger même les questions casuistiques; maicirca IV Sententiarum libros, Tubingue, 1501; Lyon, la séparation de la théologie morale commence à 1514, ouvrage resté inachevé, l’auteur s'étant arrête à s’effectuer chez beaucoup d'auteurs, et devient définitive la lin de la dist. XXII du 1. IV; tout en commentant vers la fin de cette période. les Sentences, Biel prend le plus souvent Occam pour 4. Parmi les ouvrages exclusivement ou partielle­ guide; Pierre Tartaret, O. M. (-j-1494), Commentarii ment dogmatiques appartenant à celte période, nous in IV libros Sententiarum ad mentem Scoti, Venise, citerons particulièrement les suivants, en faisant 1583; Naples, 1607; Commentaria in quodlibeta Scoti, observer que plusieurs d’entre eux relèvent en partie Paris, 1519. de la morale et de l'apologétique. Cajetan, O. P. (ÿ 1534), iv. quatrième PÉRIODE, depuis le xvi· siècle jusqu’à Commentaria in Summam theologiæ S. Thomæ, publiés intégralement dans l'édition complète des l’époque actuelle; divisée en trois époques caractérisées Œuvres de saint Thomas, dite édition de saint Pie V. par des altitudes diverses vis-à-vis de la théologie po­ Rome, 1588, et dans l'édition léonine de 1888; et plu­ sitive ou de la théologie scolastique. sieurs opuscules dogmatiques dirigés contre les luthé­ 1° Première époque, depuis le commencement du riens; Sylvestre de Ferrare, O. P. (-j-1528i. Commen­ XVIe siècle jusque vers le milieu du xvn·, caractérisée taria in Summam S. Thomæ contra gentiles, souvent surtout par un développement considérable de la réédités et publiés avec le texte du saint docteur dans théologie positive, par une rénovation très marquée de l’édition officielle de Léon XIII ; Javelli, O. P. γ 15 - . la théologie scolastique et par quelques modifications Expositio praeclarissima in I·™ partem Summæ dans la répartition des matières dogmatiques. — 1. Le S. Thomæ, q. i-XLin, Lyon, 1580; Driedo (Jean Neys . développement considérable de la théologie positive fut docteur de Louvain (·}· 1535). De gratia et libéra occasionné surtout par les attaques multipliées des pro­ arbitrio libri duo, Louvain, 1537; De concordia liberi testants sur le terrain de la démonstration positive. arbitrii et prædestinationis, Louvain, 1537; De capti­ Les théologiens catholiques soutinrent vigoureusement vitate et redemptione generis humani, Louvain. 1548; la lutte, soit dans des écrits purement polémiques, De libertate Christiana, Louvain, 1546; De locis theo­ tels que les Controverses de Bellarrnin ou toutes les 1563 DOGMATIQUE logicis, 1543; Faberou Fabri deLcutkirch.O. P. (f 1541), Adversus nova quædam dogmata Martini Lulheri, Rome, 1522; Malleus i» hteresim lutheranam, Cologne, 1524; Antilogiarum Martini Lulheri liber unus. 1530; De fide et bonis operibus libri 111, Cologne, 1539; lean Eck (Maier) (j- 1543) publia surtout des ouvrages -le controverse contre Luther parmi lesquels nous mentionnerons: De primatu Petri, Ingolstadt, 1520; De pænitenlia et confessione secreta semper in Eccle­ sia Dei observata libri 11, Rome, 1524; De purgatorio libri III, Rome, 1523; De satisfactione et aliis pænitenliis, Rome, 1523; De initio pænitentiæ seu contri­ tione, Rome, 1523, et surtout Enchiridion locorum communium, Landshut, 1525, dirigé contre le traité de Mélanchthon et très souvent réédité; Clichtove (f1543), docteur de Sorbonne, dont nous citerons sur­ tout les œuvres de polémique dirigées contre Luther : Determinatio facultatis theologicæ Parisiensis super doctrina Lulheri hactenus per eam visa, Paris, 1521; De veneratione sanctorum, Paris, 1523; Antilulherus, Paris, 1524; Propugnaculum Ecclesiæ, 1526; De sa­ cramento eucharistias contra (Ecolampadium, Paris, 1527; Compendium veritatum ad /idem perlinentium, ex didis et actis in concilio Senonensi, Paris, 1528; Improbatio quorumdam articulorum Martini Lulheri a veritate catholica dissidentium et in quodam libro catholico non satis exacte et recte impugnatorum, .533; Jacques Latomus (f 1544), docteur de Louvain, dont les principaux ouvrages de controverse sont : De primatu romani ponti/icis; De confessione secreta, Anvers, 1523; De fide et operibus, Anvers, 1519; Fran­ cis de Victoria, O. P. (f 1546), Ilelecliones XII theo.ogicæ, Ingolstadt, 1580; Lyon, 1586, 1587; Summa sacramentorum Ecclesiæ, opus reportatum el ab au•tore approbatum, Rome, 1567; Holfmeister (-j- 1547), 0. S. A., Lun des principaux controversistes de cette époque en Allemagne, Dialogorum libri duo, Fribourgen-Brisgau, 1538; Judicium de articulis confessionis idei lulheranorum, Mayence, 1559; Articuli conciliati, Ingolstadt, 1546; Loci communes rerum theologicarum, Ingolstadt, 1546; Van den Bundere (f 1557), 0. P., Compendium dissidii quorumdam haereticorum atque theologorum, Paris, 1540, ouvrage réédité ensuite sous des titres un peu différents; Detectio nugarum Lulheri cum declaratione veritatis catholicæ et confutatione dogmatum lutheranorum, Louvain, 1551 ; De vero Christi baptismo contra Mennonem anabaptistarum principem, succincta quoque errorum ejusdem elisio, Louvain, 1553; Scutum fidei orthodoxae adversus ve­ nenosa tela Joann is Anastasii Velvani /idem, sacra­ menta ritumque ecclesiasticum explodere conten­ dentis, Gand, 1556; Reginald Pole (f 1558), Pro ecclesiasticae unitatis defensione libri IV, Rome, 1538; De summo pontifice Christi in terris vicario ejusque officii et potestate, Louvain, 1569; Pro pri­ matu romanæ Ecclesiæ, Strasbourg, 1555 : A treatise of justification, Louvain, 1569 ; Melchior Cano, 0. P. (j- 1560), De locis theologicis libri XII, sou­ vent réédité avec une Releclio de sacramentis in ge­ nere et de pænitenlia ; Dominique Soto, 0. P. (j- 1560), De natura et gratia, Paris et Salamanque, 1561; In 1 k’um librum Sententiarum commentarii, Douai, 1613; Ruard Tapper (j- 1559), docteur de Louvain, Explica­ tiones in articulos circa ecclesiastica dogmata hoc sæcuh' controversa, Louvain, 1555; Jean Slotanus, 0. P. if 1560), Disputationum adversus hærelicos iber unus, Cologne, 1558; De retinenda fide ortho­ doxa et catholica adversus hæreses et sectas et prae­ cipue lutheranam libri IX; De verbi Dei virtute et Ecclesiæ insuperabili potentia libri IV; toutes ses œuvres ont été éditées à Cologne en 1555; Pierre Soto, 0. P. (f 1563), Institutiones chrislianæ, Augsbourg, 1548; Assertio catholicæ fidei circa articulos confessio­ 1564 nis nomine ducis Wurtembergensis per legatos con­ cilio Tridentino oblatos, Anvers, 1552; Tilmann Smeling, 0. P. (f 1561), De septem sacramentis, Cologne, 1538; Henri Helm, Ο. Μ. (f 1560), De verbo Dei libri III, Cologne, 1560; Adversus captivitatem babylonicam Lulheri, Paris, 1553; Enchiridion de vera et perfecta impii justificatione, Cologne, 1554; Richard Smith (f 1563), docteur d'Oxford, De hominis justificatione, Oxford, 1550; Refutatio locorum com­ munium Melanchlhonis, Douai, 1563; De libero hominis arbitrio, contre Calvin, Louvain, 1563; Jacques Lainez, S. J. (f 1565), Disputationes Tridentinæ, Inspruck, 1886; Jacques Bologni de Païenne (f 1564), De æterna Dei prædestinatione et reprobatione, Pavie, 1554; Jean Hessel (f 1566), docteur de Louvain, Probatio cor­ poralis præsentiæ corporis et sanguinis dominici in eucharistia, Cologne, 1563; Confutatio novitiæ fidei et tractatus de cathedras Petri perpetua protectione et firmitate, Louvain, 1562; Declaratio quod eucharistia sub unica panis specie neque praecepto Christi adver­ setur neque minus fructuosa sil quam sub panis et vini specie, Louvain, 1566; Barthélemy Camerari de Bénévent (f 1564), De prædestinatione, libero arbitrio et gratia, contre Calvin, Paris, 1556; Michel de Medina, Ο. M. (f 1571), Christiana parænesis sive de recta in Deum fide libri Vil, Venise, 1564; Disputationes de indulgentiis adversus nostri temporis hæreticos, Venise, 1564; Martin de Ledesma, O. P. (f 1574), Commentaria in IV™ librum Sententiarum, Cdimbre, 1555; Antoine de Cordoue, 0. M. (f 1578), Commentaria in I V libros Sententiarum, Alcala, 1569; Arma fidei sive loca com­ munia et fundamenta generalia ad omnes hærelicos convincendos de suis erroribus, Alcala, 1562; Joseph Angles, de Valence en Espagne, O. M. (1587), Flores theologicarum quæstionum in I™ et II»"' librum Sen­ tentiarum, Lyon, 1584; Madrid, 1586; Opiniones super IV™ librum Sententiarum, Burgos. 1585; Michel de Palacios, docteur de Salamanque (f 1593), Disputa­ tiones theologicæ in IV libros Sententiarum, Sala­ manque, 1574; Barthélemy de Medina, O. P. (f 1581), Commentaria in I™ I Iæ, Salamanque. 1577. Commen­ taria in III™ partem, q, i-lx. Salamanque, 1578; Observationes novæ et additiones ad III™ partem S. Thomæ, Salamanque, 1597; Nicolas Saunders (f vers 1583), De visibili monarchia Ecclesiæ libri Vlll, Lou­ vain, 1571 ; Declare David seu regno Christi libri sex contra calumnias Acleri pro visibili Ecclesiæ monar­ chia, Rome, 1588; De explicatione missæ ac partibus ejus, Louvain, 1569; Sedes apostolica seu de militantis Ecclesiæ romanæ potestate romanorumque pontificum primatu et auctoritate, Venise, 1603; Tractatus quod Dominus in sexto capite S. Joannis de sacramento eucharistiæ proprie sit locutus, Anvers, 1570; De ty­ pica et honoraria sacrarum imaginum adoratione libri 11, Louvain, 1569; De justificatione libri VI, Trêves, 1585; Antoine Pelten, S. J. (f 1584), Doctrina catholica de purgatorio, Ingolstadt, I568; De librorum canonicorum numero, auctoritate et legitima inter­ pretatione, Ingolstadt, 1572; De nostra satisfactione et purgatorio libri II, Cologne, 1576; De originis pec­ cato disceptatio in tractatus XVHI distributa, item de Christi satisfactione et majestate, Ingolstadt, 1576; De tribus bonorum operum generibus, eleemosyna, jejunio et oratione libri III, 1580; François Oran­ tes, Ο. M. (-(-1584’, Locorum catholicorum pro romana fide adversus Calvini institutiones, Venise, 1564 ; Gaspar Casai, 0. S. A., évêque de Coïmbre (f 1585), De quadripartita justitia libri XI, Venise, 1563; De sacrificio missæ et de sacrosanctae eucharistiæ cele­ bratione per Christum in cena novissima libri HI, Venise, 1563; De cena et calice Domini quoad laicos et clericos non celebrantes libri 111, 1563; Axiomatum Christianorum libri U1 er diversis Scripturis et sanctis 1565 DOGMATIQUE 1566 Patribus adversus hærelicos antiquos et modernos, Pérouse, 1603; François Suarez, S. J. (7 1617). qui Coïmbre, 1550; Van der Linden, Lindanus (7 1585), traite, dans ses commentaires sur la Somme de saint Panoplia evangelica sive de verbo Dei evangelico Thomas, toutes les matières dogmatiques aussi bien libri V, Cologne, 1559; Thomas Stapleton (ψ 1598), que les questions morales, sans parler d’opuscules Principiorum fidei doctrinalium demonstratio metho­ théologiques spéciaux comme la Defensio fidei catho­ dica per controversias VII, XII libris tradita, Paris, licae et apostolicæ contre les erreurs anglicanes; Jean 158’2; Principiorum fidei doctrinalium releclio scho­ de Carthagéne, 0. M. ("j· 1617), De sacramentis in lastica et compendiaria, Anvers, 1596; Universa ju­ genere, Rome, 1609; De praedestinatione el reprobastificationis doctrina hodie controversa libris XII tra­ I tione angelorum et hominum, 1581; Disputationes in dita, Paris, 1582; De magnitudine Ecclesiæ ronianæ, universa religionis christianæ arcana, 1609; Jacques Anvers, 1599; De auctoritate Ecclesiæ circa sacram Davy du Perron, cardinal çj· 1618), Traité du sacre­ Script uram, 1591 ; Claude de Sainctes, O.S. A., évêque ment de l'eucharistie, Paris, 1620; Réplique au roi de d'Évreux (f 1591), Examen doctrinæ calvinianæ el la Grande-Bretagne, 1620; François Coster, S. J. bezanæ de cena Domini, 1566; De rebus euchari­ (T 1619), Enchiridion controversiarum præcipuarum sticis controversis repetitiones seu libri X, Paris, 1575; ’ nostri temporis, Cologne, 1585 ; De Ecclesia, Cologne, Faunt de Leicester (7 1591), De Christi in terris 1604; Grégoire Nunez Coronel, 0. S. A. (7 1620), De Ecclesia, quænam et penes quos existai libri III, vera Christi Ecclesia libri decem, Rome, 1594; De Posen, 1583; Cenæ lutheranorum et calvinistarum sacris apostolicis traditionibus, 1597; Jacques Gordon. oppugnatio, 1586; Apologia de invocatione ac venera­ S. J. (f 1620), Controversiarum christianæ fidei adver­ tione sanctorum, Cologne, 1589; Guillaume Allen de sus hujus temporis hærelicos epitome, Cologne, 1620; Lancastre (·[· 1594), qui publia, outre plusieurs ou­ Robert François Bellarmin, S. J. (ψ 1621), cardinal, vrages anglais de controverse : De sacramentis in Disputationes de controversiis fidei, Paris, 1608; genere,Anvers, 1576; leB. Pierre Canisius,S. J.(T'1597), Nicolas Coeiïetau, O. P. (1623), Les merveilles de la Commentariorum de Verbi Dei corruptelis liber 1">, sainte eucharistie, Paris. 1605; La défense de la sainte Dillingen, 1571 ; De Maria virgine incomparabili et eucharistie et présence réelle du corps de Jésus-Christ, Dei genitrice sacrosancta libri V, Ingolstadt, 1577; Paris, 1607 ; Traité des noms de l’eucharistie, 1622 ; ouvrages réunis ensuite en un seul volume, Ingolsladt, Pro sacra monarchia Ecclesiæ catholicae, apostolicæ et 1583; Paris et Lyon, 1584; Louis Molina, S. J. (·(· 1600), ronianæ, Paris, 1623; Jérôme Medices. O. P. (f 1622), Commentaria in I““' partem S. Thomæ, Venise, 1594; Summæ theologiae S. Thomæ formalis explicatio, Concordia liberi arbitrii cum gratiæ donis, divina Paris, 1657; Jean Gonzales de Albelda, 0. P. (7 1625 , praescientia, providentia, prædestinalione el reproba­ Commentaria el disputationes in I"1" partem Summæ tione, Lisbonne, 1588 ; Grégoire de Valence, S. .1. (■)· 1603), S. Thomæ, Alcala, 1621; Léonard Lessius, S. J. Commentariorum theologicorum tomi tv, Ingolstadt, (■7 1623), De perfectionibus moribusque divinis, Anvers, 1591; Analysis fidei catholicae, 1585; De sanctissima 16’20; De gratia efficaci, decretis divinis, libertate Trinitate libri V, 1586; De vera Christi majestate et arbitrii et praescientia Dei conditional a; de praedesti­ pnesentia contra lu theranos ubiquistas libri IV, 1582; natione el reprobatione angelorum et hominum, De numero sacramentorum novæ legis, de reali Christi Paris, 1878; De praedestinatione Christi, Anvers, 1610; I ræsentia in eucharistia et de priedestinalione I De summo bono et aeterna beatitudine hominis, An­ libri III, 1587; De sacrosancta: missæ sacrificio libri vers, 1616; Defensio potestatis summi pontificis, duo, 1580; De idololatria libri V, 1580; De praede­ Saragosse, 1611 ; Martin Becauus, S.J.(f 1624), Manuale stinatione et reprobatione, 1574; Examen et refutatio controversiarum hujus temporis, Mayence, 1623; praecipui mysterii doctrinae calvinistarum de re eucha­ Summa theologice scholasticæ, Mayence, 1623, et plu­ ristica, 1589; Dominique Bannez, 0. P. (7 1604), Com­ sieurs opuscules théologiques dirigés surtout contre les mentaria in /a™ partem S. Thomæ el in 7/»m II*, calvinistes; Thomasde Lemos, O. P. ("t 1629), Panoplia q. t-xi.vi, Salamanque, 1584; Relectio de meritoet gratiæ, Liège, 1676; Gilles de la Présentation, O. S. A. augmento caritatis, Salamanque, 1590; Jean d’Avila, (T 1626), Disputationes de animæ et corporis beatituΟ. Ρ. (γ 1601), De. gratia et libero arbitrio sive de dine, Coïmbre, 1609; De immaculata bealæ Virginis auxiliis divinæ gratiæ, Rome, 1599; De confessione conceptione, 1617; Adam Tanner. S. J. (7 1632 . I in­ per litteras sive per internuncium, 1599; Jean Domi­ versa theologia scholastica, speculativa, practica ad nique Montagniuoli, 0. P. (j- 1610), Defensiones theolo­ methodum S. Thomæ, Ingolsladt, 1626; Disputatio­ gicae ac thomisticæ, Naples, 1610; Jean de Rada, num theologicarum in omnes partes Summæ theolo­ O. M. (7 1608), Controversies theologicæ inter S. Thogicæ S. Thomæ, 1618; De verbo Dei scripto et non mam et Scotum super IV libros Sententiarum, scripto el de judice controversiarum, Munich, 1599; Venise, 1599,1618; Pierre de Lorca, cistercien (-j· 1606), Defensionis Ecclesiæ libertatis libri 11, Ingolstadt, Commentaria el disputationes in universam /»", //æ 1604; Wiggers (7 1639), docteur de Louvain, Commen­ et in JIam II*, Alcala, 1609; Madrid, 1614; François taria in l‘"< partem S. Thomæ, de Deo uno et trino, Zumel, de l’ordre de la Merci, Commentaria in /«“ S. de angelis et operibus sex dierum ; in Il"<" II*, q. 1-xlvi, Thomæ et in Zam IIX, Venise, 1597; Salamanque, 1594; de virtutibus theologicis, fide, spe el caritate; in 11PVariarum disputationum lomilres, 1608; Pierre Arrupartem de Verbo incarnato, de sacramentis, Louvain. bal, S. J. (j· 1608), Commentaria ac disputationes in 1651-1657; Diego Alvarez, 0. P. (7 1635), Disputationes I‘a partem S. Thomæ, Madrid, 1619; Gabriel Vasquez, theologicæ in lam II* S. Thomæ, Cologne, 1621 ; De S. J. (7 1604), Commentaria et disputationes in 1™ incarnatione divini Verbi disputationes octoginta . partem S. Thomæ,in l"m II* et in III*'" parlent, Lyon, quibus explicantur el defenduntur quæ in III* parte 1631; François Feuardent, O. M. (7 1612), Theomachia Summæ theologicæ docet S. Thomas, l-Xl.v, Lyon. calvinistica sexdecim libris profligata, Paris, 1604; 1614; De auxiliis divinæ gratiæ et humani arbitra Pierre de Ledesma, 0. P. (7 1616). Tractatus de divina viribus et libertate, Rome, 1610; André Duval 7 Itl··? . perfectione, infinitate el magnitudine, auquel est docteur de Sorbonne, Elenchus libelli de eccle-iastica ajouté le traité De perfectione actus essendi creati, et politica potestate pro suprema romanm-um y miSalamanque. 1596; De divinæ gratiæ auxiliis, 1611; ficum in Ecclesiam auctoritate, Paris. 1612; Commen­ De magno matrimonii sacramento, 1592; Diego Nunno tarium in Summam S. Thomæ, 1636; De suprema Cabezudo, O. P. 7· 1614), Commentaria el disputa­ romani pontificis in Ecclesiam potestate, 161 · ; De tiones in 11 /·”partem S. Thomæ, Venise, 1612; Séra­ summi pontificis auctoritate, 1622; Thomas Ramee. phin Razzi (7 1613), De locis theologicis praelectiones, Ο. P. (7 1631), De primatu 5. Petri apostoli el sum­ 1567 DOGMATIQUE morum pontificum ejus successorum, Toulouse, 1617; Claude Tiphaine, S. J. (-j-1641), De hypostasi et persona ad augustissimae sanctissimae Trinitatis et stupendæ incarnationis mysteria illustranda, Pont-à-Mousson, 1634; Paris, 1881; Nicolas Ysambert (j- 1612), docteur de Sorbonne, Commentarium in S. Thomæ Summam, Paris, 1639; Dominique Gravina, 0. P. (-[· 1653), Calholicie praescriptiones adversus omnes veteres et nostri temporis haereticos, Naples, 1619; Pro sacro fidei catholicae et apostolicæ deposito fideliter a romanis pontificibus custodito apologeticus, Naples, 1629; Pro sacrosancto ordinis sacramento vindiciæ orthodoxie, Naples, 1634; Hurtado, S. .1. (f 1647), De Deo, Madrid, 1643; De fide, spe et charitate, 1632; De incarnatione Verbi, Alcala, 1628; De sacramentis in genere et in specie, 1628; De eucharistia, sacrificio misste et or­ dine, 1620; De matrimonio, 1627; Jean-Baptiste de Lezana, 0. C. (7 1659), Summa theologiæ sacræ, Rome, 1651 ; Liber apologeticus pro immaculata Deiparæ Virginis Mariæ conceptione, Madrid, 1616; Jean de Saint-Thomas, 0. P. (-j- 1644), Cursus theologicus, embrassant à peu près toute la Somme théologique de saint Thomas, Lyon, 1643; Jean de Lugo, S. J. (-j- 1660), cardinal,dont les principaux ouvrages dogmatiques sont: De virtute fidei divinœ; De incarnatione ; De sacra­ mentis in genere; De venerabili eucharistia sacra­ mento et de sacrosancta misses sacrificio; De sacra­ mento pænitenliæ, dans ses Œuvres complètes, Lyon, 1652; Venise, 1717, 1751; Martinez de Ripalda, S. J. (-j- 1648), De ente supernatural! disputationes in theo­ logiam universam, Paris, 1870; De virtutibus fidei, spei et caritatis, 1632; François Sylvius (γ 1649), Com­ mentarii in Summam S. Thomæ, sur toute la Somme, Anvers, 1684, édition comprenant aussi divers opus­ cules théologiques; Denys Petau, S. J. (j- 1652), Theo­ logicorum dogmatum tomi VI, comprenant aussi plu­ sieurs opuscules théologiques, Venise, 1721, 1745; Mariales, 0. P. (j- 1660), Controversia ad universam Summam theologiæ S. Thomæ, necnon ad IV libros magistri Sententiarum, Venise, 1624. 2° Deuxième époque, depuis le milieu du xvn» siècle jusqu’au concile du Vatican, caractérisée par un appau­ vrissement considérable de la théologie scolastique et par un affaiblissement assez marqué de la théolo­ gie positive elle-même. — 1. Cet appauvrissement de la théologie scolastique fut particulièrement occasionné par la funeste invasion des nouveaux systèmes philoso­ phiques, depuis le cartésianisme jusqu’au kantisme, invasion contre laquelle bien des catholiques ne surent point se défendre suffisamment, comme Léon XIII le constate avecdouleur dans son encyclique Ætemi Patris du 4 août 1879. Après avoir montré comment, sous l’inlluence de la réforme protestante du xvt» siècle, on se plut à philosopher citra quempiam ad fidem res­ pectum, il constate que cette passion de la nouveauté parut avoir envahi l’esprit de beaucoup de philosophes catholiques qui, délaissant le patrimoine de la sagesse antique, aimèrent mieux rechercher des choses nou­ velles qu’augmenter et perfectionner les anciennes à l'aide d’un travail nouveau. Attitude qui ne fut point exempte d’imprudence ni de grave détriment pour les sciences : certe minus sapienti consilio et non sine scientiarum detrimento. Par suite de l’intime union entre la philosophie et la théologie scolastique, l’aban­ don ou l'appauvrissement de la première chez un grand nombre de catholiques, occasionna aussi chez beaucoup une grave diminution de la seconde; d’où résulta sou­ vent l'impuissance de répondre, avec assez de solidité, aux attaques des ennemis de la foi, comme le constate encore Léon XIII dans le même document. 2. La théologie positive elle-même subit une diminu­ tion assez marquée, soit parce que les solides principes de philosophie nécessaires pour soutenir et diriger 156S sûrement la méthode positive, firent souvent défaut; soit parce qu’un assez grand nombre d’auteurs subirent quelque influence des erreurs jansénistes, gallicanes, joséphistes, parfoisméme rationalistes. 11 est,d’aillleurs, à noter que beaucoup des meilleurs esprits de cette époque délaissèrent la théologie pour s’adonner exclu­ sivement aux travaux d’érudition historique; ce qui ne fut point sans occasionner indirectement quelque appau­ vrissement de la théologie positive. Aussi l’on ne doit point s’étonner de constater que, dans l’ensemble de cette période, la théologie positive fut souvent infé­ rieure à la lourde tâche qui lui incombait alors de ré­ futer efficacement les objections multipliées des criti­ ques protestants ou rationalistes. 3. Parmi les ouvrages exclusivement ou partiellement dogmatiques, nous mentionnerons particulièrement les suivants, en faisant observer que quelques-uns re­ lèvent également de l’apologétique et que désormais très peu d’écrits traitent conjointement la morale et la dogmatique. Pierre Jammy, 0. P. (f 1665), Veritates de auxilio gratiæ ab erroribus et falsis opinionibus vindicata, Grenoble, 1658; François de Arauxo, O. P. (-j- 1664), Commentaria in Summam S. Thomæ, Salamanque, 1635,1636, 1638; Dominique de Marinis, 0. P. ff 1669), Expositio commentaria, sur toute la Somme théolo­ gique de saint Thomas. Lyon, 1663,1666,1668; Rodrigue de Arriaga, S. J. (·}·1667), Disputationes theologicæ in Summam S. Thomæ, Anvers, 1643-1655; Lyon, 16441669; Isaac Habert, évêque de Vabres (-j- 1668), De la chaire et de la primauté unique de saint Pierre, Paris, 1645; Theologiæ græcorum Patrum vindicates circa universam materiam gratia, Paris, 1647; Wurzbourg, 1863; François Annat, S. J. (γ 1670), Opuscula theologica ad gratiam spectantia, Paris, 1666; Bona­ venture de Sainte-Anne, carme (j· 1667), Propugnata auctoritas summi pontificis, Metz, 1658; Dominique de Saint-Thomas, O. P. (j· 1671), Summa theologiæ seu tirocinium theologiæ, comprenant toute la théologie spéculative et la théologie morale, Lisbonne, 1670; Maurice de Lezana, O. P. (j· 1668), Commentaria in Pm partem S Thomæ, Madrid, 1668; Pierre de Godoy, 0. P. (f 1677), Disputationes theologicæ, sur toute la Somme théologique de saint Thomas, Venise, 1686; Jean Ferrier, S. J. (f 1674), publia en français plusieurs ouvrages de polémique contre les jansénistes; Christophe Vega, S. J. {-j· 1672;. Theologia mariana, Lyon, 1653; Naples, 1866; Gabriel de Saint-Vincent, 0. C. (j-1671), Commentaria in universam Summam S. Thomæ, Rome, 1656-1666; Mastrio de Meldola, 0. M. (ÿ 1573), Disputationes theologicæ in IV libros Sententiarum ad mentem Duns Scuti, Venise, 1655-1644; Hippolyte Maracci (j-1675), de la congrégation des clercs régu­ liers de la Mère de Dieu, Bibliotheca mariana alphabetico ordine digesta, Rome, 1648; Augustin Gibbon, 0. S A. (j-1676), Speculum theologicum seu theologia scholastica ad mentem S. Thomæ, avec plusieurs opuscules contre Luther, Coïmbre, 1740-1745; Vincent Contenson, 0. P. (T 1674), Theologia mentis et cordis, Lyon, 1673-1676; Paris, 1875; Pierre Labat, 0. P. (ψ 1670), Theologia scholastica secundum illibatam S. Thomæ doctrinam, Toulouse. 1658-1661; Léon AIla­ tins (y 1669), De Ecclesiæ occidentalis atque orientalis perpetua consensione libri III, Cologne, 1648; De utriusque Ecclesiæ occidentalis atque orientalis pe>·pelua in dogmate de purgatorio consensione, Borae, 1655. et plusieurs autres opuscules de polémique avec les Grecs schismatiques; Philippe de la Sainte-Trinité, 0. C. (j-1671), Summa theologiæ thomisticæ seu dis­ putationes in omnes parles Summæ S. Ί homæ, Lyon, 1653; Jean Nicolai, 0. P. (■{· 1673), Judicium seu cen­ sorium suffragium de propositione Antonii Arnaldiavec Theses theologicæ de gratia, Paris, 1656; A polo- DOGMATIQUE 15G9 1570 Scotus academicus seu universa doctoris subtilis dog­ gia naturæ et gratiæ seu de concordia utriusque mata, Paris, 1672; Rome, 1721; François Henno, O. M. juxta mentem Augustini et Thomæ, Bordeaux, 1665; (7 1713), Theologia dogmatica, moralis et scholastica, Bernard Guyard, 0. P. (T 1674), Discrimina inter do­ Venise, 1719; Gaétan Félix Verano, de l’ordre «les théactrinam thomisticam et jansenianam, Paris, 1655; tins(t 1713), Theologia polemica seu vindiciæ Ecclesiæ François de Bonne-Espérance, 0. C. (7 1677), Commen­ cat holico-rornante, cujus prærogalivæ, munia, leges, tarii tres in universam theologiam scholasticam, dogmata, ritus asseruntur et propugnantur contra Anvers, 1662 ; Guillaume Herinckx, 0. M. (j- 1678), judæos, schismaticos, hærelicos, atheos, Augsbourg, I ni versa theologia ad mentem sanctorum Augu­ 1719; Charles Witasse, docteur de Sorbonne (7 1716). stini et Thomæ, Lille, 1678; Adrien (■[· 1699) et Pierre De Deo uno et trino ; De incarnatione, Paris, 1722 (71675) van Walenburch, Tractatus generales de con­ De augustissimo altaris sacramento, 1720; De sacra­ troversiis fidei, Cologne, 1670; Vincent Ferre, O. P. (·|· 1682). 7 raclalus theologici, sur la 1“ II» de la Somme mento pænitenliæ, 1717 ; De sacramento ordinis, 1717. L’on doit observer que Witasse est un adversaire de de saint Thomas; Jacques Platel, S. J. (-{-1681), Synopsis cursus theologici, Douai, 1661 ; Jean-Baptiste Gonet, la bulle Unigenitus et que ses ouvrages publiés après O. P. (T 1681), Clypeus theologiæ thomistieæ, Anvers, sa mort durent pour cette raison subir des modifica­ tions; Antoine Boucat, de l’ordre des minimes (y 1718>, 1744; Manuale thomislarum, Anvers, 1736; Antoine Goudin, O. P. (-|- 1695), Tractatus theologici juxta in­ Theologia Patrum dogmatico-scholastico-positiva. Libère de Jésus, O. C. (T 1719), Controversiae dog concussa lulissimaque dogmata divi Thomæ, Cologne, malicæ adversus hæreses utriusque orbis occiden­ 1723; Louvain, 1874; Nicolas Arnu, O. P. (·[· 1692), Divi Thomæ Aquinatis divinæ voluntatis et sui ipsius talis et orientalis, ouvrage complété après la mort de in Summa theologicæ fidissimus interpres, Pavie, Libère par son confrère Jean-François de Sainte-MarieMadeleine.8 in-fol.. Milan, 1743-1754;François Palanco, 1691; Dominique de la Sainte-Trinité, 0. C. (T 1687), minime (j-1720), Opera theologica ail. mentem ί>. Tho­ Bibliotheca theologica, Rome, 1665-1676; Célestin Sfondrati, O. S. B. (y 1696), cardinal, Regale sacerdo­ mæ, Madrid, 1706-1731; Pierre Annat, de la congréga­ tion des clercs de la doctrine chrétienne(y 1715). Appa­ tium romano pontifici assertum, conlre les quatre articles de la déclaration du clergé gallican en 1682, ratus ad positivam theologiam methodicus. Würz­ Salzbourg, 1684; Nodus praedestinationis ex sacris bourg, 1726, édition corrigée; cet ouvrage fut mis à l’index par décret du 12 septembre 1724, donec corri­ litteris doctrinaque sanctorum Augustini et Thomæ, gatur; Noël Alexandre, 0. P. f-p 1724·), Theologia dog­ quantum homini licet,dissolutus, Rome, 1697; Boniface matica et moralis secundum ordinem Calechismi Marie Grandi, 0. P. (7 1692), Cursus theologicus, com­ concilii tridentini, Paris, 1703, édition revue et com­ prenant les principaux traités théologiques dans l’ordre de la Somme de saint Thomas, Ferrare, 1692 ; Venise, plétée; Jérôme de Montefortino. Ο. Μ. (f· 1728), publia 1697: Sylvestre Mauri, S. J. (7 1687), publia, outre ses sur le plan de la Somme théologique de saint Thomas, une Somme où il condensa toute la doctrine de son ouvrages philosophiques, Opus theologicum, traitant maître Duns Scot. Rome, 1728-1738; Jean Jacques des principales questions de la théologie, Roms, 1687; SchelTmacher (f 1733), Lettres d’un docteur allemand Ouæstionuni theologicarum libri VI, Rome, 1676-1679; de l'université catholique de Strasbourg à un gentil Martin de Esparsa, S. J. (t 1689), Cursus theologicus, homme et à un magistrat protestants, Strasbourg. selon l’ordre de la Somme de saint Thomas, Lyon, 1666; 1733; le cardinal Cienfuegos (7 1739), Ænigma theolo­ De virtutibus theologicis, Rome, 1673. gicum sub potius ænigmalum et obscurissimarum Nous mentionnerons ici le Cursus theologicus, pu­ quæstionum compendium, Vienne, 1717; Vita abscon­ blié pardes carmes de Salamanque de 1630 a 1701, réé­ dita std> speciebus eucharisticis velata, Rome, 1728; dité à -Paris, 1870 1883. Antoine de la Mère de Dieu Charlesdu Plessisd’Argentré, évêque de Tulle (7 1740 . (•j· 1641) composa les traités De Deo ; De t rinitate; Elementa theologica in quibus de auctoritate et t onDe angelis; Dominique de Sainte-Thérèse (-j- 1654), dere cujuslibet argumenti theologici disputatur. Paris De ultimo fine; De virtutibus et peccatis; Jean de 1702; Appendix posterior ad elementa in quæstu m i,, l’Annonciation (ψ 1701), De gratia; De virtutibus de auctoritate Ecclesiæ. Pavis. 1705 ; Collecti dirio­ theologicis ; De incarnatione; De sacramentis ; De rum de novis erroribus, Paris, 1733-1736; Analyse de eucharistia; le De pænitentia fut successivement la foi, et Traité de l’Eglise, contre Jurieu, Lyon. 1699 l'œuvre d’Antoine de Saint-Jean-Baptiste (y 1699), Louis Marie Lucini, O. P. (f 1745), Romani pontifias d'Alphonse des Anges (-f· 1724) et de François de Sainteprivilegia, adversus novissimos errores 1 indicata Anne (f 1707). Jean Thomas de Rocaberti (f 1699), Venise, 1734; Henri de Thyard de Bissy, évêque dO. P., De romani pontificis auctoritate, Valence, 1691 ; Meaux et cardinal (y 1737), Traité théologique sur la Augustin Reding, O. S. B. (j· 1692), Theologia schola­ bulle Unigenitus, Paris, 1722; Matthieu Petitdidier. stica universa, Einsiedeln, 1687, et plusieurs disserta­ O. S. B. (f 1727), Traité de l’infaillibilité du pape, tions polémiques dirigées contre les gallicans ou contre Luxembourg, 1724; Dissertation historique et théotoles jansénistes ; Laurent Brancati de Lauria, O. M. gique dans laquelle on examine quel a été le senti­ (·}· 1693), cardinal, Commentaria in lllam et I li­ ment du concile de Constance et des principaux thiobrum Sententiarum doc tori s subtilis, Rome, 1653, logiens qui y ont assisté, sur l'autorité du pape et sai­ Opuscula tria de Deo quoad opera prædestinationis, son infaillibilité, Luxembourg, 1724; HonoréToumely, reprobationis et gratiae actualis, Rome, 1687; Louis docteur de Sorbonne (y 1729), adversaire déclaré d , Thomassin, de l’Üratoire (-f-1695). Dogmata theologica, jansénisme, Prælecliones theologicæ, Paris. 1725. Paris, 1680; Jean-Baptiste Duhamel (fl 706), Theologia Paul Gabriel Antoine, S. J. (T 1733), Theologia u.··:speculatrix et practica juxta sanctorum Patrum dog­ versa speculativa et dogmatica, Pont-â-Mous-m. 1 72· mata per tractata, Paris, 1609; Antonin Massoulié, O. P. Paris. 1742; Mayence, 1765-1769; Jean Preign-; «· i (t 1706), Divus Thomas sui interpres dedivina motione (-J-1752), Theologia speculativa et moralis. Gand. 1715et libertate creata, de divina motione in ordine super1747; Charles René Billuart, O. P. (j-1757). Summa naturali seu dedivinis auxiliis. Rome,1692; Juénin,de S. Thomæ hodiernis academiarum moribus accom IOratoire(f 1707), Commentarius historicus et dogma­ modata sive cursus theologiæ universalis, Liège. 174«· ticus de sacramentis in genere et in specie, Lyon, 1696; Institutiones theologicæad usum seminariorum, Lyon, ] 1751, souvent réédité; Vincent Gotti. O. P. y 1750«. cardinal, Theologia scholaslico-dogmalica juxta men­ 1694 : notons que ce dernier ouvrage fut mis à l'index tem D. Thomæ, comprenant toute la Somme de sainl donec corrigatur par décret du Saint-Office du 22 mai Thomas. Bologne, 1727-1735; Venise, 1750; Charles et du 17 juillet 1708; Claude Frassen, O. M. (f 1711). DICT. DE TIIÊO1.. CATHOL. IV. - 50 1571 DOGMATIQUE Merlin, S. J. (f 1747), Traité historique et dogma­ tique sur les paroles ou les formes des sacrements de l’Église, Paris, 1745; René Hyacinthe Ürouin, docteur de Sorbonne (ψ 1742), De re sacramentaria contra per­ duelles hæreticos, Venise, 1737; Paris, 1773; Thomas de Charmes, capucin (-|- 1765), Theologia universa, souvent rééditée; Jean Laurent Berti, O. S. A. (-j-1766), De theologicis disciplinis, Rome, 1739-1745; Venise, 1750, et plusieurs dissertations théologiques; Charles Chardon, O. S. B. (f 1771), Histoire des sacrements, ou de lamanière dont ils ont été célébrés el adminis­ trés dans l’Église et de l’usage qu'on en a fait depuis le temps des apôtres jusqu'à présent, Paris, 1745; Bernard Marie de Rubeis, O. P. (-[- 1775), De peccato originali, Venise, 1757; Wurzbourg, 1857; De caritate virtute theologica, Venise, 1757; les trois jésuites Henri Kilber (f 1783), Thomas Holtzclau (-j-1783) et Ignace Neubauer (-j- 1795), composèrent l’ouvrage théologique intitulé : Theologia dogmatica, polemica, scholastica et moralis, Wurzbourg, 1766-1771 ; Paris, 1852-1854; Jean Chrysostome Trombelli (f 1784,) De cultu sancto­ rum dissertationes X, Bologne, 1751 ; Tractatus de sa­ cramentis per polemicas et lilurgicas dissertationes distributi, Bologne, 1768-1783; Herman Scholliner, O. S. B. (j-1795), Ecclesiæ orientalis et occidentalis con­ cordia in transubslanlialione, Ratisbonne, 1756; Prælectiones theologicæ, Augsbourg. 1769; De hierarchia Ecclesiæ catholicæ dissertationes JJ, Ratisbonne, 1757; Joseph Kleiner, S. J. (f 1786), Opuscula critica contra Febronii librum singularem, Heidelberg, 1765; Or­ thodoxa de necessitate baptismi parvulorum doctrina, Heidelberg, 1765; Sylvestre Bergier (γ 1790), Diction­ naire théologique, Paris, 1788, souvent réédité; JeanBaptiste Molinelli, de la congrégation des écoles pies (ψ 1799), Del primate dei Apostolo S. Pietro e dei ro­ mani pontifici suoi successori, Rome, 1784; Pierre Marie Gazzaniga, Ο. P. (f 1799), Prælectiones theolo­ gicæ, Vienne, 1775-1779; Sigismond Gerd il, barnabite (γ 1802), cardinal, De pontificii primatus auctoritate in Petri cathedra, Rome, 1803; De sacri regiminis ac præserlim pontificii primatus proprio ac singulari jure, Rome, 1808; De Ecclesia ejusque notis, et plu­ sieurs opuscules sur le bref apostolique condamnant Febronius et sur la bulle Auctorem fidei réprouvant les jansénistes de Pistoie; Jean Vincent Bolgeni, S. J. (γ 1811), Esame della Vera idea della santa sede, Macerata, 1785, ouvrage suivi de quelques réponses complémentaires; Della carità o amor di Dio, Rome, 1788, et deux opuscules destinés à expliquer son opi­ nion particulière sur le motif de la charité; Alphonse Muzzarelli, S.J. (f 1813), Infaillibilité du pape prouvée par les principes mêmes et le sentiment universel de l’Église gallicane, Avignon, 1826; De auctoritate ro­ mani pontificis in conciliis generalibus, Gand, 1815; Muzzani, S.J. (γ 1813), Il domina catholico della spiri­ tuale autorité della Chiesa, Venise, 1800; Della assoluzione sacramentale, 1801 ; Del motive formale e adequate del dolor di attrizione, 1802; Disserlazioni teologiche sopra le pin gravi e importanti controversie a giorni nostri suscitate, 1803, et quelques autres opuscules théologiques ; Jean Adam Mœhler (-j- 1838), Die Einheit der Kirche oder das Princip des Katholicismus, Tubingue, 1825; Symbolik oder Darstellung der dogmatischen Gegensâtze der Kalolischen und Prolestanlen nach ihren ô/fentlichen Bekenntnisschriften, 1832, successivement perfectionné dans les éditions suivantes, traduit en plusieurs langues et complété par Neue L’ntersuchungen der Lehrgegensâtze zwischen den· Kalholiken und Proteslanlen, Mayence, 1834, et plusieurs dissertations théologiques; Henri Klee (-j-1840), Lehrbuch der Dogmengeschichte, Mayence, 1832; System der kalholischen Dogmatik, Bonn, 1837 ; Éncyclopàdie der Théologie, Mayence, 157-2 1832; KatholischeDogmatik, 1834,1861 ; Bruno François Léopold Liebermann, Institutiones theologicæ, Mayence, 1819-1827, souvent réédité; François Patrice Kenrik, archevêque de Baltimore (f 1863), Theologia dogma­ tica, Malines. 1858; Primacy of the apostolic See vin­ dicated, Philadelphie, 1845; Albert de Bulsano (Knoll), capucin (f 1863), Institutiones theologiæ theoretic® seu dogmalico-poleniicæ, Turin, 1853; Inspruck, 1893; Nicolas Wiseman, archevêque de Westminster et car­ dinal (-,- 1865), Twelve lectures on the connection bet­ ween science and religion, Londres, 1861 ; Lectures on the catholic doctrine, 1836; Strictures on the High Church movement in Oxford, 1838; Lectures on the real presence of Jesus Christ in the Blessed Eucharist, 1842; Lectures on the catholic Church, 1844; Clément Schrader, S. J. (·[· 1875), outre plusieurs opuscules théologiques, publia De unitate romana, Fribourg, 1862; Vienne, 1866; Jean-Baptiste Malou, archevêque de Malines (·|· 1864), L’immaculée conception de la bienheureuse vierge Marie considérée comme dogme de foi, Bruxelles, 1857; Marie Achille Ginoulhiac, ar­ chevêque de Lyon (-j-1875), Histoire du dogme catho­ lique pendant les trois premiers siècles de l’Eglise et jusqu'au concile de Nicée, Paris, 1852; Jean Perrone, S. .1. (j- 1876), Prælectiones theologicæ, Rome, 18351842, souvent réédité ; De virtutibus fidei, spei et carita­ tis, Ratisbonne, 1865, et plusieurs opuscules ou disser­ tations théologiques notamment surl immaculéé concep­ tion et sur l'infaillibilité du pape; De matrimonio christiano, Rome, 1858; Edgard Edmond Estcourt (-j- 1848), The question of anglican Ordinations discus­ sed, Londres, 1873; Raphael Cercia, S. J. (-f 1886), De Ecclesia, Naples, 1849; De romano pontifice, 1850 ,De gratia Christi, Naples, 1853; De sanctissimo Trinitatis mysterio, Naples, 1880; Charles Passaglia (-|- 1887), De prærogativis B. Petri, Ratisbonne, 1850; Commenta­ riorum theologicorum partes tres, Rome, 1850; De Ecclesia Christi, Ratisbonne, 1853; De æternitate poe­ narum deque igne inferno, 1854 ; De immaculato Deiparæ semper virginis conceptu, Rome, 1854; Mathias Joseph Scheeben (·{-1888), llandbuch der katholischen Dogmatik, Fribourg-en-Brisgau, 1873-1887, ouvrage qu'il laissa inachevé; Joseph Antoine Schwane (ÿ 1891), outre plusieurs opuscules de polémique théologique, publia Dogmengeschichte, Munster, 1862-1869; Fri­ bourg, 1880-1891 ; la 2» édition a été traduite en fran­ çais par l'abbé Dégert ; Jean-Baptiste Vincent Heinrich (j- 1891), DogmatischeThéologie, Mayence, 1873; ouvrage continué, après la mort de l’auteur, par Gutberlet; Joseph Kleutgen, S.J. (-J-1883), Die Théologie derVorzeit vertheidigt, Munster, 1853; De romani pontificis su­ prema potestate docendi disputatio theologica, Naples, 1870; Théodore de Rêgnon, S. J. (γ1893), Éludes de théologie positive sur la sainte Trinité, Paris, 1892: Jean Franzelin, S.J. (f 1886), cardinal, De divina tra­ ditione el Scriptura, Rome, 1870, plusieurs fois réé­ dité; De Deo uno secundum naturam, 1870 ; De Verbo incarnato, 1870,1881 ; De sacramentis in genere, 1868, 1878; De sanclissiniæ eucharistiæ sacramento et sacri­ ficio, 1868,1878; De Ecclesia Christi, œuvre posthume, 1887. Notons, en terminant cette liste nécessairement som­ maire, que tous les détails concernant les œuvres des théologiens que nous avons mentionnés, ont été ou seront exposés à chacun des articles spéciaux sur ces divers auteurs. Nous n’avons voulu donner ici qu’un coup d’œil d’ensemble permettant au lecteur de faire lui-même, à l’aide des monographies particulières, une intéressante et utile synthèse. Nous désirons aussi faire observer que beaucoup d’auteurs ou d'écrivains, qui ne peuvent prendre rang dans une classification nécessairement restreinte aux auteurs exclusivement ou principalement dogmatiques, ne doivent cependant 1573 DOGMATIQUE DOGME 1574 des dogmes et dans les conclusions que l’on peut en point être négligés, si l’on veut avoir une idée bien déduire légitimement. C’est ce que nous montrerons exacte du mouvement théologique à une époque don­ particuliérement à l’article suivant en analysant le née: tels furent, par exemple, Bossuet et Fénelon au progrès dogmatique accompli au cours des siècles xvn' siècle particulièrement au point de vue de la théologie polémique, et le cardinal Pie au xix', pour chrétiens. Les éminents services ainsi rendus à la théologie l’exposé du dogme catholique en face des grandes dogmatique par le magistère ecclésiastique, appa­ erreurs contemporaines. raissent encore bien plus manifestes, quand on com­ 3° Période postérieure au concile du Vatican. — pare lliisloire de la dogmatique catholique avec celle Nous n’essayerons point de donner ici une esquisse, des sectes hérétiques ou schismatiques, impuissantes encore trop prématurée, de cette période qui s’annonce comme une époque de sage et féconde rénovation sco­ à se défendre contre les multiples attaques du ratio­ lastique, en même temps que d’intense développement nalisme, parce qu’elles sont privées de la salutaire et efficace direction que l’autorité doctrinale de l’Église de la théologie positive. Ce mouvement, fortement en­ couragé et sagement dirigé par l’Église,r promet de peut seule donner. très heureux résultats pour la défense de la vérité Pour la bibliographie, on peut consulter les nombreux catholique et pour le véritable progrès de la science ouvrages indiqués au cours de cet article. théologique. En même temps que l’on perfectionne les E. Dublanchy. instruments de travail par des éditions plus critiques DOGME. — I. Étymologie. II. Définition. III. Va­ d ouvrages anciens et par de vastes et complets réper­ leur objective et positive. IV. Sources théologiques. toires des sciences théologiques, on se montre plus V. Immutabilité substantielle des dogmes chrétiens. attentif à résoudre les difficultés bibliques, historiques VI. Progrès accidentel dans la connaissance et la pro­ ou philosophiques, soulevées contre les dogmes catho­ position des dogmes chrétiens. VII. Conclusions rela­ liques. De notables résultats ont déjà été obtenus par tives à l’histoire des dogmes. I. Étymologie et usage ecclésiastique. — Le mot ce travail constamment soutenu dans beaucoup d’ou­ vrages ou de brochures théologiques et dans de nom­ δόγμα, de δοζέω, d’après son étymologie et d’après l’usage habituel chez les anciens Grecs, signifie non breuses revues théologiques récemment créées à peu près dans tous les pays. Les articles spéciaux sur seulement une opinion qui parait fondée ou que l’on i Allemagne catholique et sur la Belgique ont déjà fait préfère, mais aussi une résolution formelle et bien connaître les principaux travaux dogmatiques récem­ arrêtée, comme un décret ou une loi. Chez les philo­ ment accomplis dans ces pays. Des renseignements sophes grecs antérieurs à Père chrétienne, ce mot est complémentaires seront fournis par des articles simi­ souvent employé dans le sens de vérités ou maximes laires sur les autres pays. D’ailleurs, l’ensemble des fondamentales, ou dans celui d’enseignements tant spéculatifs que pratiques d’une école philosophique, monographies dogmatiques déjà publiées dans ce dic­ tionnaire a rendu bien familiers à tous les lecteurs les au sens du terme latin decreta, sens encore em­ noms des principaux représentants de la théologie ployé par saint Justin, Apol., I, n. 26, P. G., t. VI, dogmatique dans la période contemporaine. col. 369. VI. La dogmatique et le magistère ecclésiastique. La version des Septante emploie plusieurs fois le — Les principes, exposés à l’article Dépôt de la foi et mot δόγμα dans le sens de lois ou de décrets royaux. ceux que nous développerons à l’article Dogme, nous Esth., ni, 9; Dan., n, 13; vi, 8. Chez les écrivains du Nouveau Testament, δόγμα signifie tour à tour édit, autorisent à formuler ici les deux conclusions sui­ vantes : 1“ En vertu de son triple droit exclusif de décret, prescription, loi, comme l’édit de César Au­ garder intégralement le dépôt de la foi, de le défendre guste, Luc., Il, 1, les décrets portés par les apôtres au efficacement contre les erreurs nouvelles et de décla­ concile de Jérusalem, Act., xvi, 4, les décrets ou lois rer authentiquement son contenu intégral dans la me­ de César, Act., xvn, 7; un décret de condamnation, sure nécesssaire ou utile pour le bien spirituel des έξαλείψας το καβ’ ήμών χειρόγραφον τοις δόγμασιν. fidèles, l’Église possède également le droit exclusif de Col., il, 14, ou un jugement porté selon les maximes du surveiller et de diriger l’enseignement dogmatique des monde, τ: ώς ζώντες έν κόσμοι δογματΐζεσΟε. Col.. II. 20. Chez les Pères apostoliques du t" et du il* siècle, l’on théologiens, pour en écarter ce qui est en désaccord rencontre les divers sens de lois fixes de la nature, μτ avec la vérité révélée, ou pour déclarer et interpréter δι/οστατοϋσα μηδέ άλλοιονσα τι των δεδογματισμενων ce qu’exige impérieusement cette même vérité ou du ϋπ’αΰτου, S. Clément, 1 Cor., xx, 1, Funk, Patres αροmoins ce qui est meilleur pour sa défense. Ce droit strict de l’Église impose aux théologiens dogmatiques stolici, 2'édit., Tubingue, 1901, t. i, p. 126, de préceptes du Seigneur, Epist. Parnabæ, p. 40, d’enseignements du le devoir rigoureux de se soumettre à toutes les déci­ Seigneur et des apôtres, S. Ignace, Ad Mugn., xm, 1, sions doctrinales de l’Église, non seulement à celles p. 240, ou d’enseignement humain : ουδέ δόγματός qui se rapportent directement au dépôt de la foi et qui ανθρωπίνου προεστάσιν, ώσπερ ενιοι. Epist. ad Diog.,v, 2. définissent infailliblement ce que l’on doit tenir pour p.398.Au nr siècle, Clément d’Alexandrie, Strom., VU. révélé, mais encore à celles qui, concernant le dépôt P. G., t. ix, col. 544, et Origène, Periarchon, 1. IV. de la foi d’une manière seulement indirecte, définissent n. 1, P. G., t. xi, col. 344; Contra Celsum, L I, n. 7; ce que l’on doit nécessairement admettre sur ce point, 1. III, n. 39, col. 668, 972; Comment, in Matth., ou du moins indiquent ce que l’on doit rigoureuse­ tom. xii, n. 33, P. G., t. xm, col. 1036, emploient le ment préférer comme s’accordant mieux avec l’en­ mot δόγμα pour désigner l’ensemble des enseignements seignement révélé ou comme plus utile pour sa chrétiens se rapportant aux vérités à croire ou aux défense. Cette stricte obligation est nettement formu­ commandements à observer. lée dans toute son ampleur par Pie IX, dans le bref à Ce n’est qu’au IV' siècle que plusieurs auteurs com­ I archevêque de Munich du 21 décembre 18153. Denzinmencent à réserver le nom de dogme aux seules vérités ger-Bannwart, Enchiridion, n. 1683 sq. — 2° En fait, qui sont l’objet de la foi, et qui sont nettement distin­ il est facile de constater historiquement que les inter­ guées des lois ou obligations enseignées par la révélaventions doctrinales du magistère ecclésiastique ont été éminemment utiles à la théologie dogmatique, pour ! tion chrétienne. S. Cyrille de Jérusalem. Cat., IV, n.2, P. G-, t. xxxiii, col. 456: S. Grégoire de Nysse, Epist., la prémunir contre les séductions de l’erreur, parfois même pour la délivrer de quelque entrainement dan­ xxiv, P. G., t. xlvi, col. 1089. Au v· siècle, ce sens restreint est généralement gereux. et surtout pour aider efficacement son progrès adopté par les auteurs ecclésiastiques et passe dès lors constant dans la connaissance ou dans l’énonciation 1575 DOGME Ians l’usage universel constamment observé depui s cette époque. II. Définition. — Suivant l’enseignement catholique, le dogme est une vérité révélée par Dieu et comm e telle directement proposée par l’Église à notre croyance . — 1° La révélation d’où procède le dogme, est la révélation absolument surnaturelle, manifestant des mystères cachés en Dieu, auxquels l’intelligence ne peut parvenir par ses seules forces et qui, après la manifestation divine, restent toujours intimement in­ saisissables à la raison. Concile du Vatican, sess. III, e. iv. Par cette révélation, nous participons vraiment à la connaissance même de Dieu, quoique d’une ma­ nière très imparfaite à cause de la faiblesse de notre intelligence et de l'imperfection des analogies humaines servant habituellement de véhicule à la vérité divine. S. Thomas, Cont. gent., I. IV, c. i. Nous nous bornons présentement à cette simple affirmation. Nous aurons bientôt l’occasion de la prouver en démontrant contre les modernistes la valeur objective et positive des dogmes chrétiens. Observons d’ailleurs que les vérités en elles-mêmes accessibles à la raison et révélées en fait au genre humain; parce que leur connaissance n’aurait pu être autrement possédée par tous expedite, firma certitu­ dine et nullo admixto errore, concile du Vatican, sess. Ill, c. n; S. Thomas, Sum. theol., II’ II®, q. ii, a. 4; Cont. gent., 1.1, c. iv, ne sont pas véritablement .les dogmes, bien qu’elles puissent être accidentelle­ ment crues par les intelligences qui ne saisissent point leur évidence rationnelle. S. Thomas, Sum. theol., Ia, q. n, a. 2, ad 1““ ; II» II”, q. I, a. 5, ad 3“ra ; a. 7; Quæst. disp., Deverit., q. xiv, a. 9, ad 5““>, 8um et 9“m. La révélation, source du dogme, n’est pas seulement la révélation complètement explicite, manifestant inté­ gralement la vérité divine dans son propre concept, comme la génération et l’incàrnation du Verbe; elle est aussi la révélation partiellement explicite, faisant connaître l’enseignement divin également dans son propre concept, mais non sous tous ses aspects parti­ culiers. Telle est, par exemple, la primauté effective de Pierre et de ses successeurs, formellement affirmée dans la révélation néo testamentaire selon l’enseignement du concile du Vatican, sess. IV, c. i, et subséquem­ ment expliquée par le magistère ecclésiastique d’une manière beaucoup plus complète, notamment en ce qui concerne l’infaillibilité du souverain pontife. Telle est encore la divine maternité de Marie, enseignée dans la révélation chrétienne en termes équivalents qui ne peuvent laisser aucun doute sur sa réalité, et proposée plus explicitement dans la suite des siècles sous les deux aspects particuliers de sainteté parfaite de Marie et de conception immaculée, appartenant évidemment à son concept intégral. Dans ces deux cas et dans beaucoup d’autres que nous signalerons en étudiant l’évolution accidentelle des dogmes chrétiens au cours des siècles, nous cons­ tatons une révélation primitive, à la fois explicite et implicite : explicite, en ce qu’elle manifeste au moins partiellement l’enseignement divin sous son concept particulier; implicite, parce que ne faisant point con­ naître formellement plusieurs vérités appartenant à l’intégrité de ce même enseignement, elle les contient cependant comme parties évidemment et nécessaire­ ment constitutives. Pour que la révélation ainsi faite implicitement apparaisse d’une manière certaine, il suffit que cette évidente et nécessaire connexion avec le dogme primitivement révélé soit, avec l’aide de quelque occasion providentielle, manifestée par le tra­ vail des Pères et des théologiens et formellement défi­ nie comme telle par le magistère ecclésiastique, au­ quel seul il appartient de proposer l’enseignement révélé. 1576 Notons cependant que cette intime connexion avec le dogme primitivement révélé s’est parfois manifestée très tardivement et même d’une manière graduelle, soit parce qu’aucune nécessité apologétique n’y avait attiré l’attention des fidèles ou des docteurs, soit parce qu’une fausse conception théologique sur des points connexes empêchait, pour un temps, l’entière percep­ tion de la vérité révélée, soit enfin parce qu’il avait longtemps suffi d’avoir sur ces matières une pratique nettement et universellement établie, sans que l’on eût besoin de formuler expressément le dogme qui y était nécessairement inclus. C’est ce qui advint parti­ culièrement pour les dogmes récemment définis de l’infaillibilité pontificale et de l’immaculée conception. Pour l'infaillibilité pontificale il avait suffi, pendant bien des siècles, de suivre la règle pratique universelle et indiscutable de se conformer absolument à l’ensei­ gnement du successeur de Pierre, ou il avait suffi d’affirmer, dans le vicaire de Jésus-Christ, la pléni­ tude de tout pouvoir, sans formuler expressément le magistère infaillible, jusqu’à ce que de dangereuses erreurs vinrent contraindre à une formelle déclara­ tion du dogme cru implicitement jusque-là. De même pour l’immaculée conception, la vérité révélée n’appa­ rut dans tout son éclat que quand on eut écarté les obstacles qui l’avaient, pour un temps, voilée aux regards humains, notamment une théorie inexacte sur la transmission du péché origine) et une fausse con­ ception de l'universalité delà rédemption individuelle. 3’ Pour qu’une vérité révélée soit un dogme au sens strict, il est nécessaire qu’elle soit directement propo­ sée à notre croyance par une définition solennelle de l’Église ou par l’enseignement de son magistère ordinaire et universel, au sens déterminé par le con­ cile du Vatican : Porro fide divina et catholica ea omnia credenda sunt quæ in verbo Dei scripto vel tradito continentur et ab Ecclesia tanquam divinitus revelata credenda proponuntur. Sess. III, c. m. D’où se déduisent ces trois conclusions : 1. On ne peut ran­ ger parmi les dogmes catholiques les vérités dont l’ap­ partenance à la révélation, bien que non définie par l’Église, apparaît de fait pour quelques individus en­ tièrement certaine. Toutefois dans cette hypothèse en elle-même possible, Lugo, De virtute fideichristianæ, disp. XX, n. 56 sq., bien qu’assez rare en dehors de toute proposition certaine faite par le magistère ecclé­ siastique, Christian Pesch, De inspirationesacræ Scrip­ tures, Fribourg-en-Brisgau, 1906, p. 419, il y a obliga­ tion indiscutable d’adhérer, par un acte de foi divine à une vérité positivement connue comme certainement révélée par Dieu. 2. N’appartiennent point non plus aux dogmes catho­ liques, les vérités non révélées et cependant définies par l’Église à cause de leurs rapports évidents avec la doctrine révélée ou de leur souveraine importance ou utilité pour la conservation, l’explication ou la défense de la vérité révélée. Tels sont particulièrement les faits dogmatiques affirmés par l’Église comme nécessaires pour maintenir l’intégrité du dépôt de la foi et les nombreuses conclusions théologiques enseignées par le magistère ecclésiastique comme se rattachant infail­ liblement à ce même dépôt de la foi. Ces vérités défi nies par l’Église s'imposent obligatoirement à la ferme adhésion de tout catholique, comme le démontrent d’innombrables documents ecclésiastiques, parmi lesquels nous citerons particulièrement l'encyclique Quanta cura de Pie IX du 8 décembre 1864, DenzingerBannwart, Enchiridion,n. 1699, le concile du Vatican n. 1820, l’encyclique Immortale Dei de Léon XIII dans le passage relatif aux erreurs précédemment condam­ nées par Pie IX, n. 1880, et le décret Lamentabili du Saint-Office du 3 juillet 1907 condamnant cette propo­ sition 7e : Ecclesia, cum proscribit errores, nequit a 1577 DOGME fidelibus exigere ullum internum assensum quo judi­ cia a se edita complectantur. Mais les vérités ainsi définies ne sont point des dogmes, parce que la révé­ lation fait défaut. Leur connexion même nécessaire avec les vérités révélées, dès lorsqu’elle est manifestée seulement par le raisonnement théologique, ne peut leur assurer le bénéfice de la révélation implicite. 11 est vrai que ces enseignements non révélés sont garan­ tis par Dieu lui-même comme certainement vrais, par le fait même de l'institution du magistère infaillible de l’Église. Mais le fait de cette divine garantie en faveur d'un enseignement proposé par l’Église comme certain, loin de transformer celui-ci en enseignement révélé, le laisse réellement ce qu’il est dans sa nature intime. Tout ce que l’opinion contraire de Suarez, De fide, disp. Ill, sect, xi, η. 11, et du cardinal de Lugo, De fide divina, disp. 1, n. 272 sq., contient de vrai, c’est que les négateurs opiniâtres d’un enseignement non révélé, proclamé par l’Église comme vrai, pourraient être faci­ lement présumés rebelles à l’autorité même de l’Église évidemment affirmée par la révélation, et conséquem­ ment opposés formellement â la révélation elle-même. 3. A plus forle raison, ne doit-on point ranger parmi les dogmes catholiques ces assertions doctrinales que l’Église n’a nullement définies et auxquelles elle donne une simple préférence, parce qu’elle les considère comme s’harmonisant mieux avec les doctrines définies, ou comme protégeant plus efficacement la vérité catho­ lique. Telles sont, dans les documents ecclésiastiques, particuliérement dans les bulles ou encycliques des souverains pontifes, beaucoup d’affirmations doctrinales auxquelles tout catholique doit une prudente adhésion interne, distincte de l’inébranlable adhésion de la foi ou même de la ferme adhésion due aux vérités non révëlées et positivement définies par l’Église. Franzelin, Tradalus de divina traditione el Scriptura. 4· édit., Rome, 1896. p. 118 sq. ; Bouquillon, Theologia moralis fundamentalist édit., p. 55; de Groot, Summa apologetica de Ecclesia catholica, 2· édit»., Ratisbonne, fiVi, p. 569; Christian Pesch,Prælectiones dogmaticæ, V édit., Fribourg-en-Brisgau, 1909. t. 1, p. 353; Billot, 7. artatus de Ecclesia Christi, 2° édit., Rome, 1903, p. 116 sq. Telles sont aussi les nombreuses décisions doctrinales portées par les Congrégations romaines avec l’approbation du souverain pontife, selon l'ensei­ gnement formel de Pie IX dans le bref du 21 décembre 1863 â l’archevêque de Munich. Denzinger-Bannwart, Enchiridion, n. 1684. i 11 est non moins certain que l’approbation ecclé­ siastique, donnée aux révélations privées, ne les assi­ mile point aux dogmes catholiques et ne les incorpore point au dépôt de la révélation chrétienne. Cette appro­ bation, dans la mesure où elle existe, est seulement une garantie que ces révélations ne contiennent rien de contraire à la foi catholique, aux bonnes mœurs ou , la discipline chrétienne et que l’on peut, d’une foi purement humaine, y adhérer prudemment et avec profit spirituel. Melchior Cano, De locis theologicis, i. XII, c. tu, conci, ni, Venise, 1759, p. 280; Salmanti■ nses, Cursus theologicus, tr. XVII, De fide, disp. I, n. 115, Paris, 1879, t. xi, p. 54; Benoît XIV, De servoI Dei bealificatione, 1. II, c. xxxtt, n. 11, Rome, 17»7, t. n, p. 402; Vacant, Études théologiques sur les constitutions du concile du Vatican, Paris, 1895, t. n, p. 291; Franzelin, op. cit., p. 256 sq.; Bainvel,De magisterio vivo et traditione, Paris, 1905, p. 129. Cette approbation suffit d’ailleurs amplement pour la réali­ sation du rôle providentiel des révélations privées: institution de quelques fêtes particulières, propagation de dévotions toujours soumises à lapprobation de l’Église et surtout instruction on édification des âmes. 5 II serait non moins injuste d’adjoindre aux dogmes Catholiques les systèmes philosophiques auxquels 1578 l’Église a, au cours des siècles, emprunté quelques expressions destinées à formuler ou â expliquer ses définitions, comme les expressions essence, personne, nature, substance, accident, matière, forme, cause instrumentale, habituellement employées dans l'exposition des mystères de la trinité. de l’eucharistie, ci dans l’explication de la nature des sacrements. Car dans la pensée de l’Église toujours attentive à borner'a définition â ce qui est strictement requis pour la dé­ fense du dogme révélé, toutes ces expressions ne s’identifient avec aucun système philosophique parb’culier. Elles n’ont qu'un sens général, courant, vulgaire, communément admis par les diverses écoles. Ainsi dans les définitions conciliaires sur la trinité et sur l'incarnation du Verbe, les mots nature et personne excluent tout sens qui favoriserait les erreurs sabelliennes ou ariennes, nestoriennes ou eutychiennes, ou se concilierait difficilement avec la réalité de l’union hypostatique, mais elles n’écartent aucune des opinions librement discutées entre catholiques sur ce qui cons­ titue vraiment la personnalité. De même, l'appellation de forme du corps humain, appliquée â l’âme rationnelle per se et sss, ntialiter par le concile de Vienne en 1311, ne doit point s’en­ tendre nécessairement au sens thomiste, de telle sorte qu’il soit vraiment défini que l’âme rationnelle est le principe de tout l’être appartenant réellement au corps Le concile n’a point employé le mot forma au sens particulier de l’école thomiste, mais dans un sens plus général, acceptable aussi dans l’opinion d'Albert le Grand sur le composé physique et dans la théorie de Duns Scot sur la forme de corporéité. Vacant, Études théologiques sur les constitutions du concile du Vati­ can, t. t, p. 256 sq. C’est encore dans un sens général que l’on doit comprendre les expressions des conciles de Florence et de Trente, relatives à la causalité des sacrements de la nouvelle loi. Les conciles n’ayant aucunement voulu définir que les sacrements sont causes physiques de la production de la grâce sanctifiante, au sens de saint Thomas, les expressions conciliaires doivent s’inter­ préter conformément à cette intention. D’où diversité d’opinions encore théologiquement permises après les définitions précitées. Pourrai, La théologie sacrai,,enlaire, Paris, 1907, p. 166 sq. L’on doit d'ailleurs observer que de tels procédés de langage sont habituels même en philosophie. Dans .a réfutation du subjectivisme ou du matérialisme, du dé­ terminisme ou du fatalisme, de l'athéisme ou de l’agnos­ ticisme, du socialisme collectiviste ou des faux systèmes sur le fondement de la morale, les mêmes termes de connaissance objective, d'âme spirituelle substantielle­ ment unie au corps, de liberté, de connaissance de Dieu, de droit de propriété ou de réformes sociales et beaucoup d’autres expressions ont, malgré la diver­ gence des systèmes particularistes, une même signi­ fication commune sur laquelle on s'entend contre l’adversaire commun. 6» Les remarques que nous venons de rappeler sur la nature des dogmes catholiques sont éminemment utiles pour leur apologétique générale. Car, comme le déclare le concile du Vatican, la vaine apparence de contradiction que l’on se plail â alfirmer entre ces dogmes et les données de la raison, repose tout entière sur ce que l’on a de ces dogmes un concept autre q·:· celui de l’Église et que l’on accepte comme données rationnelles indiscutables, de simples cpinii rs . hy­ pothèses : inanis autem hu,us contradiction . s species inde potissimum oritur quod vel fidei dogmata c. · mentem Ecclesiæ intellecta et exposita non fuerint, vel opinionum commenta pro rationis effatis habean­ tur. Concile du Vatican, sess. IU, c. IV. 7° D’après la définition du dogme, telle que nous ve­ 1579 DOGME nons de l’exposer, il est facile de comprendre ce que signifie le mot doctrine, quand il se distingue du dogme. — 1. Outre les vérités dogmatiques, il signilie encore la doctrine non révélée que l’Église définit Comme appartenant indirectement au dépôt de la révé­ lation, c’est-à-dire comme nécessaire ou utile pour la défense, l’explication ou la proposition des vérités ré­ vélées. Cette doctrine est l’objet non d’un acte de foi toujours exclusivement réservé à ce qui est révélé, mais d’un assentiment ferme et entier, inébranlablement appuyé sur la parole de Dieu garantissant l’infaillible magistère de l’Église. .1. fixeront, La théologie anlénicéenne, 3e édit., Paris, 1906, p. 2. — 2. Outre les vé­ rités dogmatiques et les vérités non révélées mais po­ sitivement définies par l’Église, le mot doctrine exprime aussi ce que l’Église ne définit point expressément, mais loue simplement ou recommande comme très utile pour la défense ou pour l’explication et la propo­ sition de renseignement révélé. Telles sont particuliè­ rement les propositions auxquelles nous devons donner un prudent assentiment intérieur, à cause d’une déci­ sion doctrinale portée par les Congrégations romaines avec l’approbation du pape, ou par le pape lui-rnème quand il parle avec une autorité non souveraine, sans définir positivement la vérité qu'il propose ou recom­ mande. Ce double sens se rencontre fréquemment dans le langage théologique et dans les documents ecclésias­ tiques. Nous n’en parlerons que d’une manière bien accidentelle dans cette étude exclusivement réservée aux dogmes proprement dits. III. Valeur objective et positive du dogme. — I. CONCEPT CATHOLIQUE DE CETTE VALEUR OBJECTIVE. — 1° A l’enconlre des divers systèmes subjectivistes, l’on doit admettre que le dogme révélé fournit une connaissance objective, si imparfaite qu’elle soit, des vérités divines. La réalité objective de cette connais­ sance résulte de la double notion de la révélation et de la foi, si manifeste dans les écrits du Nouveau Tes­ tament et dans la tradition chrétienne, ou la révélation apparait toujours comme un enseignement divin com­ muniqué à l'homme par Dieu lui-même, et la foi comme une adhésion absolue à la parole infaillible de Dieu, qui nec /alii nec fallere potest. Double notion d’ailleurs confirmée par la définition du concile du Vatican, sess. III, c. m, iv. Il est donc évident que l’on ne peut nier la réalité objective du dogme révélé, sans nier en même temps la révélation et la foi divine celles que le christianisme les enseigne. 2° Notre connaissance du dogme, tout objective qu’elle est, reste cependant très imparfaite. Cette imperfection provient de trois sources principales : les élroites imites de notre intelligence toujours impuissante à saisir l’infini, l'emploi habituel d'analogies 'créées re­ présentant incomplètement la vérité divine et l’inévi­ table défectuosité de toutes les formules humaines. De la première source nous n’avons pointa parler ici, car elle existe même dans la vision béatifique. S. Thomas, Sum. theol., I·, q. xn. a. 7, 8. 1. En cette vie les analogies créées sont pour l’intel­ ligence humaine le principal moyen de connaître Dieu dans l'ordre naturel, soit qu’elle lui attribue d'une ma­ nière infiniment supérieure les perfections disséminées dans l'univers créé, soit qu’elle écarte de lui tous les défauts inhérents à l’être fini; et ces analogies, quelles qu’elles soient, ne peuvent jamais fournir qu’une pro­ portion très lointaine avec la plénitude de l’être divin. S. Thomas, Sum. theol., I», q. n, a. 2, ad 3“m; q. tv, a. 3; q. xm, a. 2,5; Cont. gent., 1. I, c. xiv; 1. III, c. XLix. Voir Analogie, t. i, col. 1146 sq. Conclusions non moins vraies de la connaissance positive des mys­ tères divins, telle que nous la possédons par la foi, car dans l'ordre surnaturel où Dieu nous régit aussi d'une 1580 manière conforme à notre nature, c'est encore sous le voile de similitudes et d’analogies que Dieu nous com­ munique ses ineffables mystères, comme l'attestent fré­ quemment le langage de l’Écriture et celui de toute la tradition ecclésiastique, S. Thomas, Cont. genl., 1. IV, c. l; et ces analogies, aussi nécessairement que les ana­ logies créées, fournissent sur les mystères divins, une connaissance toujours imparfaite. Ainsi le mystère de la trinité nous est manifesté sous les concepts analo­ giques de procession, de génération, de paternité, de filiation, de spiration active et passive, de personne, de verbe, évidemment empruntés aux créatures. Ce n’est qu'en écartant de ces concepts toute idée d’imper­ fection et en attribuant à Dieu, sans aucune restriction, toute la perfection qu’ils contiennent, que nous pou­ vons obtenir de l’adorable Trinité quelque connaissance nécessairement imparfaite, puisqu'elle ne porte point directement sur sa nature intime. C’est cette méthode que suit saint Thomas dans l’étude des processions divines et particulièrement de la génération du Verbe, comme nous l'avons noté à l'article précédent. Sum. theol., I», q. χχνπ, a. 1, 2; q. XLI, a. 1 ; Cont. gent., 1. IV, c. xi, xiv ; Opusc., XII1, De differentia verbi divini et humani. C’est encore par un rapprochement entre les analogies créées et les termes scripturaires, et par l’analyse attentive de ces mêmes analogies, qu'il établit la différence entre la génération du Verbe et la proces­ sion du Saint-Esprit. Sum. theol., I“, q. χχνπ, a. 3, 4; q. xxxvi,a. I sq.; Cont. genl., I. IV, c. xxm. De même les analogies créées et surtout la comparaison avec l’union entre l’âme et le corps aident à mieux connaître le mystère de l’incarnation, après qu’il a été manifesté par la révélation. Sum. theol., Ill”, q. II, a. 1 ; Quæsl. disp., De unione Verbi incarnati, a. 1; Cont. gent., 1. IV, c. xli. C’est aussi le même procédé que l’on ren­ contre dans d’autres exemples cités à l’article précé­ dent et encore présents au souvenir du lecteur. Dans toutes ces occurrences le résultat théologique est le même. C’est en établissant nettement les similitudes et les dissimilitudes entre le terme de comparaison et l’enseignement révélé, en écartant positivement du concept révélé toutes les dissimilitudes évidemment nécessitées ou suggérées par l'enseignement divin et en affirmant effectivement toutes les similitudes dans la mesure strictement permise, que l’on obtient quelque connaissance de l'objet révélé; connaissance qui, toute précieuse qu’elle est, reste nécessairement très impar­ faite, puisqu’elle ne manifeste point l'intime nature de la réalité divine. 2. Une autre cause, qui contribue à l’imperfection de notre connaissance des dogmes révélés, est l’inévi­ table impuissance de toute formule humaine à expri­ mer les réalités divines, soit dans l'ordre naturel soit dans l'ordre surnaturel. Cette impuissance provient surtout de ce que les formules humaines, par lesquelles nous désignons les perfections divines, marquent seu­ lement le concept imparfait que nous fournissent les créatures et que nous attribuons à Dieu d'une manière suréminente, après l’avoir dépouillé de la gangue des imperfections créées. Or il est évident qu’un tel con­ cept ne peut jamais représenter d’une manière posi­ tivement adéquate les infinies perfections divines. S. Thomas, Sum. theol., I», q. xm. a. 2, 3. 3° Malgré cette double source d’imperfection, notre connaissance des dogmes révélés n’est ni fausse ni purement négative. — 1. Cette connaissance n’est point fausse. C’est l’enseignement formel de saint Thomas, que nous tenons à rapporter ici sommaire­ ment, parce qu’il a été très inexactement exposé par quelques écrivains catholiques dans la récente contro­ verse sur la notion du dogme. A cette objection que les affirmations que l’on porte sur Dieu, n’exprimant point Dieu comme il est en 1581 DOGME 1582 particulièrement visés par l’hérésie, comme le té­ réalité, ne peuvent être vraies, selon l’axiome omnis moignent les documents que nous citerons bientôt. En intellectus, inlelligens rem aliter quam sil,est falsus, vain voudrait-on aussi s’appuyer sur ce que le dogme le docteur angélique répond : l'axiome cité ne s’applique défini par l’Église dépasse tous les systèmes des écoles point au cas où aliter inlelligens signifie seulement que le mode de représentation intellectuelle est autre philosophiques ou théologiques sans s’identifier avec que le mode objectif de l’être. Ainsi, bien que nous aucun, ou sur ce que son but principal doit être la connaissions d’une manière immatérielle, notre con­ I direction pratique de la volonté. Car la transcendance naissance est vraie quand elle atteint la réalité objec­ du dogme relativement aux systèmes particuliers tive, du moins en ce que nous pouvons en percevoir. s’explique suffisamment par la constante volonté d: l’Église de maintenir le dogme catholique en dehors De même, relativement à Dieu, notre intelligence, en le connaissant par un ensemble de concepts fragmen­ de toute dispute d’école; et le but de la direction pra­ taires bien qu’il soit en lui-même infiniment simple, tique de la volonté, loin de s’opposer au caractère po­ n’est nullement entachée de fausseté, car elle n’attribue sitif de l’enseignement dogmatique, l’exige impérieuse­ â Dieu aucune composition, bien qu'elle le connaisse ment comme lumière directrice indiquant la fin sur­ d’une manière composée. Et en cela notre intelligence naturelle à atteindre et les moyens à employer pour y n’est point fausse. El similiter cum intellectus noster parvenir. intelligit simplicia quæ sunt supra se, intelligit ea 4° Notons enfin qu’en soutenant la connaissance secundum modum suum, scilicet composite, non tab­ objective du dogme dans le sens que nous venons men ita quod intel ligat ea esse composita. Et sic intel­ d’exposer, on doit en même temps réprouver absolu­ lectus noster non est falsus formans compositionem ment toute exagération anthropomorphique dans le concept que l’on se forme des réalités divines. C’est de Deo. Sum. theol., Ia, q. xni, a. 12, ad 3“,n. Dans le même ordre d'idées, le saint docteur affirme aussi la une conséquence nécessaire de l’incompréhensibilité vérité de nos concepts sur la science possédée par de Dieu et de l’inaptitude radicale de toute conception Dieu. Cette science que nous affirmons de Dieu est, humaine et de toute parole humaine â exprimer les non moins que l'essence ou la vie, aliquid quod in Deo perfections divines ou les mystères divins. D’ailleurs, est. En réalité, la science, la vie et l’essence ne diffèrent toute conception vraiment anthropomorphique a tou­ point objectivement, car en Dieu il n’y a qu’une seule jours été combattue par les théologiens catholiques à réalité infinie, eadem enim res penitus in Deo est la suite de saint Thomas, dont nous avons précédem­ essentia, vita et quidquid hujusmodi de ipso dicitur; ment cité quelques témoignages. mais notre intelligence se forme de cette essence, de Observons seulement qu’il serait souverainement celte vie et de cette science divers concepts fragmen­ abusif de condamner comme entaché d’anthropomor­ taires, bien que la réalité divine soit une. De ces con­ phisme l’usage même fréquent des expressions méta­ cepts, saint Thomas affirme expressément qu’ils ne phoriques, comparaisons ou analogies humaines, sont point faux : nec lamen islæ conceptiones sunt auxquelles l’intelligence humaine en celte vie, particu­ falsie. Ils sont vrais en ce qu'ils représentent per lièrement celle des gens peu cultivés ou peu instruits, quamdam assimilalionem la réalité connue; repré­ doit nécessairement avoir recours pour se former sentation cependant toujours imparfaite, parce qu’elle quelque concept des attributs divins. S. Thomas, est toujours distante de l’infinie perfection divine. Sum. theol., I“, q. i, a. 9. Tout ce que l’on est en Quæsl. disp., Deverit., q. n, a. 1. Parce que celte repré­ droit d’exiger, c’est que l’incompréhensibilité et la sentation est imparfaite, Dieu dépasse toutes nos concep­ transcendance de Dieu soient habituellement et nette­ tions et ne peut être renfermé dans aucune de nos défi­ ment affirmées. Avec cette précaution, les expressions nitions. Loc. cit., ad 9““. Mais aussi parce que cette ou analogies humaines, d’ailleurs toujours maintenues représentation hal/el aliquam modicam imitationem dans les limites convenables, ne courent aucun risque essentiel divinae, elle signifie vraiment une réalité en d’être mal interprétées. En fait, ces précautions ontDieu, ad 10um. elles toujours été suffisamment observées dans l'en­ 11 en est de même de la connaissance que la révéla­ seignement catholique, notamment dans l’enseignement catholique populaire, nous n'avons point â l’examiner tion surnaturelle nous donne des mystères divins qui surpassent notre raison. Cette connaissance, si ici. D’ailleurs, quelques manques individuels de pré­ minime qu’elle soit, donne à notre intelligence une caution théologique sur ce point, à supposer qu'ils très grande perfection, car c’est une très grande per­ fussent démontrés, ne prouveraient évidemment rien fection de posséder même une imparfaite connaissance contre la doctrine que nous venons de rappeler. des réalités les plus nobles : Ex quibus omnibus II. SYSTEMES OPPOSÉS A CETTE VALEUR OBJECTIVE apparet quod de rebus nobilissimis quantumcumque des dogmes. — 1’ Systèmes subjectivistes protes­ imperfecta cognitio maximam perfectionem animæ tants. — Le premier auteur protestant qui formule confert. Et ideo quamvis ea quæ supra rationem nettement le subjectivisme en religion est Schleiermasunt ratio humana plene capere non possit, tapien cher (1768-1834). S’inspirant des données philoso­ multum sibi perfectionis acquiritur, si saltem ea phiques de Kant et de Hegel, il déclare que toute la qualitercumque teneat fide. Cont. gent., 1. I, c. v. religion consiste dans le sentiment de dépendance absolue de l’homme vis-à-vis de Dieu ou dans le sens Cette connaissance, si imparfaite qu’elle soit, est comme un épanchement en nous de la parfaite science intime du contact avec Dieu. Dès lors, la révélation divine est en chaque homme un fait d'expérience que Dieu a de lui-même, Coni, gent., I. IV, c. t; ce intime. Les dogmes religieux, tels qu’ils sont formulés qui suppose manifestement une participation â la réa­ par chaque individu ou officiellement exprimés par la lité objective de cette divine science. 2. Il est également certain que la connaissance des communauté chrétienne, ne sont que des images, des représentations ou des symboles traduisant approxi­ dogmes n’est pas purement négative, sinon la doctrine mativement les sentiments individuels ou exp: a >nt. catholique sur la valeur objective des dogmes serait, d’une manière moyenne, les impressions reli, · u-ee comme nous l’avons montré précédemment, entière­ des individus formant la communauté. Ces symboles ment détruite. C’est en vain qu’on essaie d’étayer sont d’ailleurs nécessairement variables et sujets à l'hypothèse contraire sur la forme habituellement dé­ fensive des définitions dirigées par l’Église au cours diverses interprétations, ce qui explique les ch.ingements incessants dans les dogmes. G. Goyau. L'AI edes siècles contre les diverses hérésies. Le fait que ces magne religieuse, le protestantisme, Paris. 1898, définitions sont principalement défensives n’empêche p. 76 sq. ; Dealencyklopâdie für protestantische 1 heoaucunement leur enseignement positif sur les points 1583 DOGME 1584 D’ailleurs, l’auteur admet le relativisme philoso­ logie und Kirche, 3· édit., Leipzig, 1906, t. xvn phique en ce qui concerne toutes nos connaissances. p. 601 sq. Cette doctrine subjecliviste reproduite par Autour d’un petit livre, p. 190 sq. — 3. Apparemment Albert Bitsch) (1822-1889), avec une accentuation l’auteur accorde quelque rôle â l’autorité enseignante encore plus marquée, G. Goyau, op. cit., p. 96 sq.; de l’Église considérée comme divinement établie, Au­ Realencyklopâdie, loc. cit., p. 28 sq., fut propagée tour d'un petit livre, p. 206; mais en réalité celle-ci parmi les protestants français par A. Sabatier (1839ne remonte point à l’institution primitive et ce n’est 1901), particuliérement dans son Esquisse d'une qu’à une époque assez éloignée des temps primitiis que philosophie de la religion d'après la psychologie et le christianisme catholique prit une conscience plus l'histoire, Paris, 1897, et les Religions d’autorité et la claire de lui-même et se déclara d’institution divine en religion de l’esprit, Paris, 1903. Suivant Sabatier, la tant que société extérieure et visible, avec un seul chef révélation est simplement l'action continue de la pro­ possédant la plénitude de tous les pouvoirs. L’Evan­ vidence sur les âmes en contact avec le divin, action gile et l'Eglise, p. 131 sq., 135 sq., 199; Simples ré­ d’où résulte dans l’âme une impression ou expérience flexions, p. 187 sq. — 4. L'historien critique insiste religieuse personnelle, éveillant à la vie de justice et plus que ses devanciers sur l’autonomie absolue de la d’amour. C’est en prenant conscience de cette expé­ critique biblique, qui le conduit à admettre une sépa­ rience religieuse que l’on acquiert quelqne idée de ration absolue entre le domaine de l'histoire et celui Dieu et des rapports obligatoires avec lui. Toutefois, des dogmes ou de la spéculation théologique. Autour quand des individus possédant une même conscience d'un petit livre, p. 49 sq. D’où se déduisent logique­ religieuse se consliluent en société, il est nécessaire que l'autorité détermine officiellement les croyances ment des conclusions comme celles-ci : la divinité de collectives, d’une manière conforme à la conscience Jésus-Christ, quand même Jésus-Christ l’aurait ensei­ gnée, n'est pas un fait d’histoire; c’est une donnée commune des membres de la communauté et à leur état de culture intellectuelle suivant leur époque et religieuse et morale, dont la certitude s'obtient par la même voie que celle de l’existence de Dieu (c’est-âleur milieu. Les formules ou propositions doctrinales ainsi adoptées, avec une valeur purement disciplinaire dire par l’effort de la conscience morale aidée de la connaissance et du raisonnement), non par la simple et pédagogique, sont les seuls dogmes. Persévéramment identiques dans [’expérience religieuse qui est leur discussion du témoignage évangélique, Autour d’un source première, ces dogmes sont incessamment et petit livre, p. 215; l'institution de l’Eglise et des sa­ essentiellement variables dans les jugements intellec­ crements par le Christ est, comme la glorification de Jésus, un objet de foi, non de démonstration historique, tuels et dans les propositions doctrinales exprimant cette expérience intime. Variabilité d'ailleurs impé­ p. 217; les récits de Jean ne sont pas une histoire, rieusement exigée par la nécessité d harmoniser les mais une contemplation mystique de l’Evangile; ses dogmes officiels avec la culture intellectuelle de discours sont des méditations théologiques sur le mys­ tère du salut, p. 93. Après l'encyclique Pascendi, les l’époque et du milieu. Le maintien de cette constante harmonie est assuré affirmations du critique en toute cette matière sont encore bien plus audacieuses, Simples réflexions, par la critique théologique à laquelle incombe princi­ palement la laborieuse tâche de l'incessante épuration p. 61, 80,90, 150, 156; de négation en négation il est des dogmes. Op. cit., passim. amené à douter même de l’existence de Dieu considéré Ces idées subjectivistes ont, surtout de nos jours, comme être personnel et distinct. Quelques lettres, obtenu créance chez un grand nombre de protestants. p. 45 sq., 68 sq. ; Simples réflexions, p. 150. J. Lebrelon, L’encyclique et la théologie moderniste, 3° Systèmes modernistes admis au moins partiel­ Paris. 1908, p. 20 sq. On le constatera facilement en lement par quelques catholiques avant le décret lisant les articles sur la dogmatique et le dogme dans Lamentabili et l’encyclique Pascendi. — 1. On admet­ V Encyclopédie des sciences religieuses de Lichten­ tait plus ou moins ouvertement l’expérience religieuse berger, Paris, 1878, t. iv, p. 1 sq., et dans la Realencomme source première de la connaissance de Dieu et cyklopâdie für proleslantische Théologie und Kirche, de toutes les vérités religieuses. On disait de la con­ 3· édit., Leipzig, 1898, t. iv, p. 733 sq. Voir aussi l’ar­ naissance de Dieu qu'elle s’acquiert comme on acquiert ticle de G. Lapeyre, La crise du luthéranisme, dans la connaissance d’un ami en vivant de sa vie, en la Revue pratique d’apologétique du 15 janvier 1910, pénétrant dans son intimité, en devenant lui-même. Laberthonnière, Le dogmatisme moral, Paris, 1898, p. 589 sq. 2° Système de .V. Loisy. — Cet auteur incarnant, p. 52; Essais de philosophie religieuse, Paris, 1903, pour ainsi dire, en lui tout le modernisme, il nous p. 120. La révélation chrétienne ou l’inspiration ne consiste point à introduire dans l'esprit humain une suffira, pour donner une juste idée de celui-ci, d’indi­ vérité qui serait extérieure et étrangère â la réalité quer au moins sommairement les idées du maître, soit vivante que nous sommes et dont chacun de nous d’après les écrits antérieurs â l’encyclique Pascendi, soit d'après quelques brochures publiées depuis cette expérimente à sa façon l'élan infini; mais elle consiste à mettre en lumière ce qui se trouve dans cette réalité époque. — 1. Comme dans les systèmes précédents, la même, c’est-à-dire ce que Dieu fait en elle, avec elle et révélation n’a pu être que la conscience acquise pai· ce qu’il lui propose de faire avec lui. Laberthonnière, l’homme «le son rapport avec Dieu. Autour d'un petit ilvre, 2* édit., Paris, 1903, p. 195 sq.. l’idée commune Réalisme chrétien et idéalisme grec, Paris, 1904. de la révélation est un pur enfantillage ou une con- I p. 104 sq. Ce n’est certes pas que la foi ne comporte point de connaissance, mais la connaissance qu’elle ceplion puérile. Quelques lettres sur des questions actuelles et sur des événements récents, Paris, 1908, comporte relève essentiellement d’une expérience de vie et non d’une élude sur des faits et des documents, p. 162; Simples réflexions sur le décret du Saintp. 149. O/flce etsur l'encyclique, Paris. 1908, p. 149. — 2. Les dogmes sont pour l'historien critique une simple inter­ Un langage â peu près identique se rencontre en maints passages de l'ouvrage de M. Edouard Le Roy, prétation de faits religieux, acquise par un laborieux effort de la pensée théologique. L'Evangile et l’Église, Dogme et critique, Paris, 1907, où l'auteur a reproduit tous ses divers articles de revues ou de journaux, sur 3e édit., Paris, 1903, p. 200 sq. ; Autour d’un petit cette grave question. livre, 2' édit., Paris, 1903, p. 200. Aussi les dogmes, tels qu'ils sont officiellement formulés par l’Église, 2. On attribuait au dogme un rôle principalement n’ont-ils qu’une valeur relative. L’Evangile et l’Église, i négatif et presque exclusivement pratique, en même temps qu'on rejetait toute conception intellectualiste p. 216; Autour d’un petit livre, p. 206. 1585 DOGME du dogme comme absolument opposée à la philosophie moderne, la seule, afiirmait-on, qui compte désormais. — a) On assignait quatre motifs principaux à cette répulsion des intelligences modernes. — a. La philo­ sophie moderne interdit strictement toute adhésion intellectuelle à une proposition qui se donne ellemême comme n’étant ni prouvée ni prouvable, ce qui est le cas de tout dogme appuyé uni (uemenl sur une autorité tout extérieure. Édouard Le Roy, Dogme et critique, Paris, 1907, p. 6 sq. — b) Le dogme n’est pas même susceptible d'une démonstration indirecte. Car il faudrait avoir prouvé directement que Dieu existe, qu'il a parlé et qu’il a donné tel enseignement certai­ nement et authentiquement possédé. En d’autres termes, il faudrait avoir résolu par une analyse directe le pro­ blème de Dieu, celui de la révélation, celui de l'inspi­ ration biblique, celui de l’autorité de l'Église. Or ce sont là des questions de même genre que les questions purement dogmatiques, des questions à propos des­ quelles il est bien impossible de produire des raison­ nements démonstratifs, p. 8 sq. — c. Le dogme est, pour beaucoup d’intelligences modernes, inintelligible et impensable, parce que ses énoncés, le plus souvent formulés en un langage philosophique inacceptable, ne leur disent rien ou plutôt leur paraissent indisso­ lublement liés à un état d’esprit qu’ils n'ont plus et auquel ils estiment ne plus pouvoir revenir sans dé­ choir, p. 11 sq. — d) Les dogmes, soit par leur con­ tenu, soit par leur nature logique, n’appartiennent pas au même plan de connaissance que les autres proposi­ tions. Ils ne sauraient donc se composer avec celles-ci de manière à constituer un système cohérent, comme l'exige l'unité de l'esprit humain. Ils semblent ainsi sans usage, inutiles et inféconds. Reproche bien grave à une époque où l’on aperçoit de plus en plus nette­ ment que la valeur d’une vérité se mesure avant tout aux services qu'elle rend, aux résultats nouveaux qu’elle suggère, aux conséquences dont elle est grosse, bref à l'inlluence vivifiante qu’elle exerce sur le corps entier du savoir, p. 12. b\ Toutes ces difficultés, ajoutait-on, ne sont cepen­ dant point inhérentes au dogme lui-même; elles pro­ viennent uniquement d'une conception qui lui est injustement surajoutée, la conception intellectualiste qui fait du dogme quelque chose comme l'énoncé d’un théorème, énoncé intangible d'un théorème indémon­ trable. mais énoncé ayant néanmoins un caractère spéculatif et théorique et se rapportant avant tout à la connaissance pure. Conception d’autant plus inadmis­ sible qu'on veut à la Ibis définir le dogme comme jouant le rôle d’un énoncé théorique et lui attribuer cependant des caractères inverses de ceux qui font les énoncés corrects. Conception qui d’ailleurs pousse à deux exagérations très regrettables et malheureusement très fréquentes: l'une consistant à confondre les dogmes proprement dits avec certaines opinions ou certains systèmes théologiques, c’est-à-dire avec des représen­ tations intellectuelles accessoires, l’autre consistant à ne point voir qu'un dogme ne saurait jamais posséder aucune signification scientifique et qu’il n’y a pas plus de dogmes concernant, par exemple, l’évolution biolo­ gique qu’il n’y en a concernant le mouvement des planètes ou la compressibilité des gaz. Le Roy, op. cit., p. 15 sq. c) Toute conception intellectualiste étant ainsi écartée, le dogme ne peut avoir qu’un sens principalement négatif et une valeur exclusivement pratique. — a. Le dogme a un sens principalement négatif, en ce qu’il exclut et condamne certaines erreurs plutôt qu'il ne détermine positivement la vérité. Il ne tend pas à constituer par soi-même une théorie rationnelle, un système intelligible d’affirmations positives, mais il se borne a opposer des tins de non-recevoir à certaines j 1586 hypothèses et conjectures de l'esprit humain ; loin de limiter la connaissance ou d’en arrêter le progrès, il ne fait en somme que fermer de mauvaises voies, p. 19 sq. — b. Le dogme a surtout une valeur exclusi­ vement pratique, en ce sens qu’il énonce avant tout une prescription d’ordre pratique, p. 25 sq., 32 sq. Sans doute il contient, sous une forme ou sous une autre, une réalité suffisante pour justifier comme rai­ sonnable et salutaire la conduite prescrite, p. 25. 33, 47. Mais ce que le dogme nous impose, c’est essentiel­ lement et tout d'abord une attitude et une conduite; la réalité sous-jacente est manifestée par lui sous les espèces de l’action qu’elle commande en nous; le lan­ gage qu’il parle est un langage de connaissance pra­ tique traduisant la vérité par la réaction vitale qu elle provoque dans l'âme humaine. Une fois que le fait a été notifié, il peut et doit devenir matière de représen­ tations abstraites et de théories spéculatives. L’intelli­ gence de l’homme s'en empare et travaille sur lui. Mais les résultats qu’elle atteint ne sont pas en euxmêmes dogmatiques et ce n'est pas sur eux que porte jamais l’obligation d'adhérer par un acte de foi. L'éla­ boration philosophique du dogme reste libre, sous la seule réserve de ne pas altérer sa signification prag­ matique et morale, sa valeur vitale et salutaire. Si donc il y a une obligation intellectuelle dérivée de l'obliga­ tion dogmatique, c’est une obligation de caractère négatif, celle de rejeter certaines représentations et certaines théories incompatibles avec la règle pratique édictée par le dogme, p. 51. Toutes ces affirmations modernistes ou semi-moder­ nistes sur la notion du dogme, certainement dérivées des systèmes protestants précédemment cités, ont été positivement réprouvées par l’encyclique Pascendi de Pie X du 8 septembre 1907 et par le décret du SaintOffice, Lamentabili sane exitu, du 3 juillet 1907, que Pie X a fait sien par son Motu proprio Praestantia du 18 novembre 1907. Nous citerons particulièrement les propositions 20, 26 et 64, condamnées par ce décret : 20. Bevelalio nihil aliud esse potuit quam acquisita ab homine suæ ad Deum relationis conscientia. — 26. Dogmata fidei retinenda sunt tantummodo juxta sensum praclicum, id est tanquam norma præcept : a agendi, non vero tanquam norma credendi. — 64. Pro­ gressus scientiarum postulat ut reformentur cunceptus doclrinæ Christiana: de Deo, de irea ione, de revela­ tione, de persona Verbi incarnati, de redemptione. C’est contre ces divers systèmes protestants ou modernistes que nous devons prouver la valeur objec­ tive et positive du dogme. III. PREUVES DE CETTE VALEUR OBJECTIVE DU DOGME. — Ces preuves se déduisent des concepts de la révéla­ tion et de la foi, tels qu'ils sont manifestés dans le Nouveau Testament et dans l’enseignement constant de la tradition chrétienne. Bien que l’exposé de ces deux concepts ne soit pas du ressort immédiat du présent article, nous devons en donner ici un aperçu sommaire, autant que l'exige la thèse que nous avons à dé­ montrer. 1° Enseignement du Nouveau Testament. — 1. Dans VÉvangile, c’est surtout la nature de la foi qui est in­ diquée. Elle est dépeinte comme une pleine et absolue adhésion à l’enseignement divin annoncé par Christ lui-même ou prêché en son nom et avec son autorité par les apôtres. C'est ce qui résulte partie: :r rement de ces paroles de Jésus-Christ : Eun -■ :·. mundum universum, prædicate euangelium on. ni creaturae. Qui crediderit et baptizatus fuerit, soi us eril ; qui vero non crediderit, condemnabitur. Marc., xvi, 15 sq. Et si l'on compare ces paroles avec le pas­ sage parallèle de saint Matthieu, xxviii. 18 sq.. il est encore plus évident que la foi chrétienne est l’as-· mi­ ment à l'enseignement de Jésus-Christ lui-méme, per­ 1587 DOGME pétuellement reproduit par les apôtres et par leurs successeurs. D’ailleurs, l’expression credere in Christum, en même temps qu'elle signifie la croyance à la puissance miraculeuse et à la divinité de Jésus-Christ citant ses miracles comme preuve de sa divinité, implique aussi, comme conséquence nécessaire, la croyance intégrale à son infaillible enseignement. De cette notion de la foi et de celle qu’elle suppose sur la divine révélation, nous sommes dope autorisés à conclure indirectement que les vérités révélées auxquelles nous adhérons par la foi sont l’enseignement même de Jésus-Christ. b) Saint Paul, notamment dansl’Épitre aux Hébreux, xi, 1 sq., exprime encore plus nettement ce même con­ cept de la foi. Les expressions ελεγκος ού βλεπομένων indiquent que cette foi doit être une conviction ou ferme adhésion de l’intelligence et que les vérités aux­ quelles on adhère sont inaccessibles aux sens ou à la raison, c’est-à-dire qu’elles sont connues par la seule révélation divine. D’ailleurs, tous les exemples de foi loués par saint Paul en ce chapitre supposent une adhésion à la parole divine ou une entière adhésion au dogme de la divine providence, conduisant les hommes au salut éternel par les moyens que détermine son infinie sagesse. Ce même concept de la foi avait déjà été exprimé par saint Paul dans î'Epitre aux Romains, iv, 20 sq., où la foi d’Abraham proposée à l’imitation de tous les fidèles est une entière et ferme adhésion à la parole de Dieu. De ce concept de la foi et du concept qu’elle suppose de la révélation, nous sommes de nouveau autorisés à conclure finalement, que les vérités révélées auxquelles nous adhérons par la foi sont, à toutes les époques de l’histoire de l’humanité, l’enseignement même de Dieu. 2° Enseignement de la tradition chrétienne. — 1. Du au iv’ siècle, cet enseignement se manifeste surtout par l’insistance avec laquelle les Pères affirment l’obligation de croire intégralement à la doctrine con­ fiée par Jésus-Christ aux apôtres et enseignée par eux en son nom. Obligation qui n’aurait aucun sens ni aucune raison d'etre dans l’hypothèse de la non valeur objective des dogmes chrétiens, puisqu’il suffirait dés lors de garder un vague sentiment chrétien que l’on serait libre d'adapter à son choix aux divers besoins ou aspiralions des générations successives. Saint Ignace d'Antioche (-j- 107) laisse clairement entendre que la doctrine, à laquelle on doit adhérer sous peine d'étre traité comme hérétique, est la doctrine enseignée par Jésus-Christ et promulguée par les apôtres. Quiconque ne confesse pas cette doctrine, est un antechrist et un fils du diable. Toute doctrine con­ traire doit être rejetée pour faire place à la doctrine enseignée dès le commencement. Ad Phil., vu, Funk, Patres apostolici, 2' édit., Tubingue, 1901, p. 305. C'est encore dans le même sens qu’Ignace recommande aux Magnésiens de se fortifier έν τοΐςδόγμασιν τοϋ κυρίου καί τών αποστόλων. Ad Magn., XIII, op. cit., p. 240. A cette doctrine on doit une foi ferme et immuable. Ad Philip., vm, op. cil., p. 307. Quiconque corrompt par sa doctrine perverse cette foi divine pour laquelle Jésus-Christ est mort, ira au feu inextinguible, et encore celui qui l’écoute. AdEph., xvi, op. cit., p. 227. Selon saint Irénée (j· 202), la foi que l’on est tenu de professer est celle qui a été reçue des apôtres, qui aété disséminée par eux jusqu’aux extrémités de la terre, et que l’Église garde toujours une et toujours identique. Cont. hær., 1. 1, c. x, P. G., t. vu, col. 549 sq. Cette vraie et vivifiante foi les apôtres eux-mêmes l’ont reçue de Jésus-Christ qui leur a donné pouvoir d’annoncer sa doc­ trine, 1. III, præf. etc. I, col. 843sq. Ceux qui rejettent cette foi universellement et constamment enseignée par l’Église, se séparent de la vérité et de la lumière de | ' | | 1588 Dieu et méritent tous les anathèmes, 1. III, c. xxtv, col. 966 sq. Tertullien (j- 243) enseigne aussi que la doctrine que nous devons croire est celle qui a été reçue des apôtres et de Jésus-Christ et qui a été conservée intacte. Depræscriptionibus, c. xxi, xxv, xxvm, xxxt, xxxvn, P. L., t. n, col. 33, 37, 40, 44, 50. Qui ne la suit pas est hérétique et n'est plus chrétien; c’est un étranger et un ennemi des apôtres, c. xxxvm, col. 51. Clément d’Alexandrie (f 215) se sert de mots encore plus expressifs pour signifier que toute la doctrine à laquelle nous adhérons par la foi et toute la connais­ sance de ces vérités proviennent de l’enseignement de Jésus-Christ. "Εχομεν γάρ την αρχήν τής διδασκαλίας τον κύριον, διά τε τών προφητών, δια τε τοΰ Ευαγγελίου, και δια τών μακαρίων αποστόλων, πολυτρόπως και πολυμερώς, έξ αρχής εις τέλος ηγούμενον τής γνώσεως. Strom., VII, P. G., t. lx, col. 532. Quiconque se révolte contre son enseignement tel qu’il est proposé par l’Eglise, est comparé aux hommes qui, sous l’inlluence des poisons de Circé, sont métamorphosés en bêtes; il cesse égale­ ment d’être l’homme de Dieu et le fidèle de Dieu. Loc. cil. Même enseignement chez Origène (f 254). Après avoir rappelé que l'enseignement de Jésus-Christ est la règle de notre foi, il ajoute que nous devons adhérer à la proposition qui nous en est faite par la prédication ecclésiastique transmise depuis les apôtres et conser­ vée toujours intacte. De princip., I. I, præf., n. 1 sq., P. G., t. xi, col. 115 sq. Selon tous ces témoignages des premiers siècles, c’est donc vraiment l’enseignement de Jésus-Christ, fidèlement transmis depuis la prédication des apôtres, que l'on doit croire intégralement. Cette conclusion est encore confirmée, dans les trois premiers siècles, par la pratique constante de rejeter de l’Église quiconque persiste dans le refus de croire à la doctrine intégrale de Jésus-Christ, telle qu’elle est enseignée par l’Église, pratique attestée par les témoignages précités et assurément inexplicable dans l’hypothèse que nous combattons. 2. Du / v» au vi’ siècle. — Outre les preuves déjà indiquées pour la période précédente l'on peut citer particuliérement : a Les nombreuses définitions posi­ tives alors portées par l’Eglise contre diverses hérésies. Définitions où l'autorité ecclésiastique se bornait habi­ tuellement à la défense des vérités attaquées par l'héré­ sie actuelle, mais qui cependant proclamaient toujours quelque enseignement positif, comme le montre, au cours de cet ouvrage, l’étude particulière de chacune des vérités proposées. Il nous suffira donc d’esquisser ici cette démonstration pour quelques-unes de ces défi­ nitions. Ainsi c’est bien un sens positif que les Pères de Nicée voulurent donner au mot όμοούσιος dans leur définition conciliaire. Car c’est à dessein qu’ils choisi­ rent ce terme si lumineux pour écarter tous les sub­ terfuges des ariens qui s'efforçaient d'interpréter, dans leur sens hérétique, toutes les autres expressions déjà proposées en concile. Les Pères attachèrent nettement à ce mot le sens très déterminé de consubstantiel, signifiant à la fois pour le Verbe, divinité, unité de génération et filiation, et ils imposèrent sous peine d’anathème l’entière adhésion à cette formule dogma­ tique, non comme règle de conduite, mais comme règle de croyance. Voir Consubstantiel, t. ni, col. 1606 sq.; Hefele, Histoire des conciles, trad. Leclercq, Paris, 1907, t. i, p. 431 sq. De même, le concile de Constantinople en 331, en définissant contre les macédoniens la divinité du SaintEsprit, sa procession du Père et sa parfaite égalité avec le Père et le Fils, définit en réalité sa consubstantia­ lité avec le Père et le Fils, au sens précédemment fixé 1589 DOGME par le concile de Nicée pour le Verbe. Hefele, op. cit., t. n, p. 13 sq. Une valeur positive non moins certaine doit être attachée aux définitions portées au v» siècle par les conciles d’Ephèse et de Chalcédoine contre Nestorius et Eutychés. Le terme Οεοτόκο; est adopté par le con­ cile d’Ephèse dans le sens précis de mère de Dieu, selon la nature humaine hypostatiquement unie à la personne du Verbe, et imposé dans ce sens à l'adhésion de tous les fidèles sous peine d’anathème. C'est ce qu’indi­ quent les actes conciliaires. Hefele,· op. cit., t. n, p. 302 sq. La définition du concile de Chalcédoine sur la distinction des deux natures dans le Verbe incarné avait aussi un sens très précis et très posilif exprimé surtout par les paroles έν δύο φύσεσιν qui sont la for­ mule vraiment authentique. Voir Chalcédoine, t. n, col. 207. Par ces paroles qui écartaient radicalement la conception eutychéenne de l’unité de nature après l’union, les Pères du concile affirmaient positivement, après l’union hypostalique, la permanence des deux natures distinctes, comme le prouve la discussion con­ ciliaire. Loe cil., col. 2195 sq. Et c’est ce sens positif que le concile imposa à tous les fidèles par l'anathème final porté contre ceux qui auraient la témérité même de penser autrement. b) Dans les catéchèses alors définitivement organisées, on prenait soin de donner à tous les catéchumènes, même les moins favorisés au point de vue intellectuel ou les moins cultivés, une instruction positive sur la nature intime des mystères, instruction supposant néces­ sairement la croyance à la valeur objective et positive des dogmes, ainsi que l’obligation pour tous les fidèles d'adhérer aux dogmes ainsi compris. Nous citerons comme exemples les catéchèses de saint Cyrille de Jérusalem et de saint Augustin sur le mystère de la sainte Trinité et sur l'incarnation du Verbe divin. Selon saint Cyrille, bien que nous ne puissions avoir de Dieu une connaissance parfaite et que ce soit une grande science de confesser notre ignorance en ce qui le concerne, il est cependant vrai que nous savons quelque chose de lui et que nous pouvons avantageuse­ ment l’exprimer. Cal., VI, n. 2 sq., P. G., t. XXXIlt, Col. 540 sq.,545sq. Après avoir expliqué les attributs de Dieu, particulièrement sa très sage providence qui s’étend à toutes choses en ce monde et sa paternité surnaturelle dans l’ordre de la grâce, le catéchète de Jérusalem insiste sur la filiation divine de Jésus-Christ, filiation non par adoption mais par nature, filiation procédant d’une génération véritable, dont on doit cependant écarter toutes les imperfections inhérentes aux générations des créatures. Cal., xi, col. 692 sq. De cette filiation on doit particulièrement écarter toute idée de génération corporelle et de succession de temps, ainsi que les défauts inhérents à notre verbe humain qui, à la profonde différence du Verbe divin, n’est point subsistant, col. 697 sq. Cyrille donne aussi nue expli­ cation très nette de la double nature en Jésus-Christ, Cal., xn, col. 725 sq., et de la divinité du Saint-Esprit, consubstantiel au Père et au Fils, un avec le Père et le Fils dans la trinité des personnes.ύ'αί.,χνι,col.919sq. Saint Augustin, particulièrement dans les catéchèses où il explique aux catéchumènes le symbole et la double cérémonie de la traditio et redditio symboli, insiste également sur l’obligation de croire, relative­ ment aux mystères de la trinité et de l'incarnation, la doctrine positive qu’il enseigne. De symbolo ad catechumenos, P. L., t. XL, col. 627 sq.; Germ., ccxn-ccxvi, P. L., t. xxxviH, col. 1058 sq.; De fide et symbolo, P. L., t. xl, col. 181 sq. Attitude qui n'aurait aucune raison d’être, surtout vis-à-vis des intelligences les moins cultivées, si quelque croyance positive au contenu des dogmes n’était point effective­ ment nécessaire à tous. 1590 En même temps ces enseignements catéchétiques de saint Cyrille et de saint Augustin, parlesquelsd’ailleurnous pouvons juger l'enseignement catéchétique de toute cette époque, nous donnent la parfaite intelli­ gence de la double cérémonie de la traditio et redditio symboli. Voir Catéciiimenât, t. n, col. 1981 sq. En portant à la connaissance des catéchumènes dans la traditio symboli, peu de temps avant le baptême, la formule du symbole qu'ils devaient apprendre de mémoire pour en faire la règle de leur foi, et en leur demandant dans la redditio symboli, immédiatement avant on quelques jours après le baptême, un témoi­ gnage précis de leur connaissance des vérités du sym­ bole, on voulait fortement pénétrer les catéchumènes et les néophytes de la stricte obligation d’adhérer absolument et intégralement à la doctrine positive enseignée par Jésus-Christ et proposée en son nom par l’Eglise. 3. Depuis le vp siècle jusqu’à l'époque actuelle, la croyance universelle à la valeur objective et positive des dogmes continue à être manifestée par la constante et universelle pratique de l'Église d'écarter de son sein tous ceux qui n’adhèrent pas intégralement aux vérités qu’elle propose comme enseignées par Jésus-Christ, et par l’enseignement catéchétique donné â tous les fidèles sur la nature intime des dogmes, dans la me­ sure où ceux-ci sont accessibles aux plus simples intel­ ligences. C'est ce que démontre l’histoire des conciles de toute cette époque. C'est aussi ce qu’attestent les catéchèses ou instructions adressées aux fidèles et les catéchismes employés pour les instruire. Depuis le xn» siècle, il est vrai, le concept des dogmes prend, chez les théologiens, une forme plus scientifique, mais il ne subit aucune modification sub­ stantielle. Les théologiens scolastiques, toujours préoc­ cupés de construire un puissant édifice intellectuel où toutes les connaissances humaines fussent convenable­ ment harmonisées avec le dogme, insistent particu­ lièrement sur cet accord entre la raison et le dogme et sur toutes les conclusions que la raison guidée par la foi peut logiquement déduire des vérités révélées. Toutes ces conclusions méthodiquement groupées et coordonnées en un ensemble harmonieux constituent la science théologique, juxtaposée mais non substituée au dogme, dérivant de lui toute sa valeur mais ne le modifiant aucunement dans sa nature intime. D'ail leurs, l’on ne doit pas oublier qu’à ces conclusions ru - se joignent, comme dans toutes les sciences, des hypo­ thèses ou opinions dont la connexion avec le dogme est plus ou moins fondée ou simplement vraisem­ blable; hypothèses ou opinions sur lesquelles l'Église ne s’est aucunement prononcée et qui sont laissées à la libre appréciation des théologiens. Ranger parmi les dogmes ces hypothèses ou opinions théologiques ou même les déductions certaines, c’est donc travestir sciemment le dogme et en même temps calomnier la théologie scolastique considérée dans son ensemble. Et quand même une critique impartiale prouverait que des auteurs scolastiques ont parfois excédé- en cette délicate matière et porté trop loin leurs affirma­ tions dogmatiques, il n'en résulterait aucune fâcheuse conséquence pour la thèse que nous défendons. Car une doctrine ne peut être rendue responsable de quelques erreurs ou imprudences individuelles. Au XVI» siècle, en face du protestantisme et de toutes les erreurs auxquelles il a donné naissance, le concept du dogme resle le même chez les théologiens catho­ liques. C’est ce concept que le concile deTrente oppose aux erreurs protestantes: Disponuntur auleui ad ipsam justitiam, dum excitati divina gratia et adjuti, fidem ex auditu concipientes libere moventur in Deum, cre­ dentes vera esse quæ divinitus revelata et promissa sunt, atque illud in primis a Deo justificari impium 1591 DOGME per grat iam ejus per redemptionem quæ est in Christo Jesu. Sess. VI, c. vi. Ainsi le dogme auquel on adhère par la foi est l'enseignement révélé par Dieu lui-même, selon la doctrine de saint Paul, Heb., xi, 6, rappelée ici par le concile. Ce concept catholique du dogme, intégralement maintenu par les théologiens catholiques aux xvn» et xvni» siècles en face des nouveaux systèmes de philoso­ phie et des premiers développements du rationalisme cri­ tique. fut plusieurs foisdélini par Grégoire XVI et Pie IX contre les erreurs d'Hermès et de Günther, DenzingerBannwart, Enchiridion, n. 1618 sq., 1634sq., 1655 sq., 1666 sq., etplus solennellement encore par le concile du Vatican. Sess. Ill, c. m, tv. La définition conciliaire ex­ prime évidemment la valeur objective et positive des dogmes chrétiens, en les donnant comme l’enseignement positif de Dieu auquel nous devons absolument et plei­ nement adhérer propter auctoritatem ipsius Dei reve­ lantis qui nec falli nec fallere potest, c. m. Cette va­ leur objective s’applique même aux mystères cachés en Dieu et que Dieu nous manifeste par la révélation, c. tv. Cette même valeur objective ressort aussi de la manière dont le concile explique l’impossibilité de tout conflit entre la science et la foi. Les deux ordres de vérités naturelles et surnaturelles relevant respec­ tivement de la science et de la foi existent objective­ ment, et Dieu est, dans l'un et l'autre ordre, la source première et la mesure essentielle de toute vérité. Dès lors il ne peut y avoir contradiction entre l’une et l’autre vérité, cum idem Deus qui mysteria revelat et fidem infundit, animo humano rationis lumen indiderit, Deus autem negare seipsum non potest, nec verum vero unquam contradicere, c. iv. Il ne peut y avoir qu’une contradiction apparente, provenant d’une mésintelligence ou d’une mésinterprétalion des dogmes ou d'une fausse appréciation des données de la raison. Loc. cit. Tout cet enseignement conciliaire suppose évidemment la valeur objective des dogmes. En même temps le concile indique nettement que la connaissance des dogmes reste toujours imparfaite en cette vie; car les mystères divins surpassent telle­ ment l’intelligence créée que, même après la révélation déjà faite et la foi reçue, ils restent toujours en cette vie mortelle recouverts du voile de la foi et enveloppés de quelque obscurité. La raison éclairée par la foi et s'exerçant avec soin, avec piété et sobriété, ne peut jamais obtenir de ces mystères qu’une connaissance restreinte, soit qu’elle recoure aux analogies créées, soit qu'elle compare les mystères entre eux et avec notre fin dernière. Sess. III, c. tv. tv. RÉPONSE AUX OBJECTIONS PRINCIPALES. — Ln ob­ jection. — Si la conception intellectualiste du dogme était admise conjointement avec la nécessité de la foi au dogme ainsi compris, il en résulterait, pour cer­ taines intelligences moins favorisées, une incapacité réelle de parvenir au salut. Ce qui ne s’harmoniserait pas avec la divine volonté de sauver tous les hommes. — Réponse. — 1. La connaissance intellectuelle, strictelement nécessaire, est peu considérable et peut facile­ ment être atteinte même par les intelligences les moins favorisées ou les moins cultivées. Car les véri­ tés dont la foi est indispensablement nécessaire sont peu nombreuses, et quant au contenu de ces vérités il suffit, selon tous les théologiens catholiques, de saisir le sens des termes qui les expriment et d’adhérer à ce sens à cause de l’autorité de Dieu révélant, quand même on serait incapable de satisfaire aux interroga­ tions qui seraient posées sur cette croyance. Lehmkuhl, Theologia morulis, t. I, n. 279; Génicot, Theologiæ moralis institutiones, t. t, n. 191 ; Berardi, Praxis confessoriorum, 3' édit., Faenza, 1898, t. i, n. 66. D'ailleurs, en dehors des quelques vérités dont la loi explicite est nécessaire de nécessité de salut ou de 1592 nécessité de pçécepte, la foi implicite aux autres vérités révélées est suffisante, S. Thomas. Sum. theol., IDII®, q. n, a. 5; Quæst. disp., De verit., q. xlv, a. 11, du moins pour ceux qui ne sont point, en vertu de leur charge ou par charité, tenus à posséder une connais­ sance plus complète de l'enseignement révélé. S. Tho­ mas, Sum. theol., 11“ II®, q. n, a. 6. — 2. Le minimum de connaissance intellectuelle strictement requis est bien facilité dans l’Église catholique par la constante vigilance et direction de la hiérarchie catholique tou­ jours attentive au bien spirituel des fidèles, particuliè­ rement des plus humbles et des plus nécessiteux. — 3. D’ailleurs, toute âme chrétienne, surtout quand elle est humble et reste habituellement unie à Dieu, est puissamment aidée par les dons d'intelligence, de sa­ gesse et de conseil, qui donnent des lumières spéciales sur les vérités surnaturelles, ou tracent la voie pratique à suivre. S. Thomas, Sum. theol-, II’ II®, q. vin, ix, lui. Secours qui sont plus particulièrement abondants quand les moyens extérieurs font défaut, car la providence divine ne manque jamais de pourvoir â ce qui est in­ dispensablement nécessaire au salut. S. Thomas, Quæst. disp., De verit., q. xiv, a. 11, ad 1“”. 2° objection. — La conception intellectualiste du dogme, placée à la base de tout ce qui est nécessaire pour le salut, détruit l’ordre divinement établi, sui­ vant lequel la charité, du moins en cette vie, surpasse en dignité toute connaissance que nous pouvons avoir de Dieu en cette vie. — Réponse. — II est vrai, qu’en cette vie du moins où nous connaissons Dieu seulement par les créatures ou par le témoignage de la foi, la charité qui nous unit â Dieu l'emporte en dignité sur la connaissance que nous en avons. Car notre connaissance en cette vie ne perçoit que des mani­ festations naturelles ou surnaturelles des attributs divins, tandis que notre charité a pour terme immédiat Dieu considéré, non dans quelque manifestation de luimême, mais dans sa vie intime comme bien souverai­ nement parfait. S. Thomas, Sum. theol-, Ia II®, q. lxvi, a. 6; IIa II®, q. xxm, a. 6; q. xxvitl. a. 4, ad 2um. Or il est incontestable que le premier rang de dignité appartient à ce qui unit plus immédiatement à Dieu considéré dans sa nature intime. 1“ II*. q. lxvi, a. 3. Mais cette dignité suprême de la charité en cette vie n’est nullement compromise par la conception intellec­ tualiste du dogme, placée â la base de tout ce qui est nécessaire au salut. Car l’amour ne pouvant exister sans quelque connaissance, voir CHARITÉ, t. n, col. 2235, il est évident que cette charité prééminente doit être précédée de la connaissance du bien infini et des moyens que nous devons employer pour arriver à son élernelle possession. S. Thomas, Sum. theol., IIa II®, q. n, a. 3. Cette charité suppose donc nécessairement une connais­ sance surnaturelle antécédente qui est la connaissance intellectuelle du dogme. 3° objection. — En fait, la conception intellectualiste du dogme a conduit à beaucoup d’exagérations parmi lesquelles on doit surtout mentionner la prépondérance attribuée à la philosophie scolastique dans l’étude théo­ logique des dogmes; prépondérance particulièrement funeste, car c’est d’elle qu’est provenue l'extrême diffi­ culté d’harmoniser avec tout autre système philosophi­ que le dogme ainsi compris. — Réponse. — i. Quand même plusieurs théologiens scolastiques auraient outré la conception intellectualiste du dogme, ce qui n’est aucunement démontré, il n’y aurait point lieu de con­ damner la notion catholique du dogme telle que nous l’avons exposée. Car c’est un principe partout indiscu­ table que des abus individuels et accidentels ne peuvent jamais compromettre une doctrine en ellemême vraie et juste. —2. Les théologiens scolastiques, considérant toujours la science théologiqm· comme exclusivement appuyée sur l’autorité de la révélation, 1593 )OGME n'ont jamais assigné à la raison une valeur positive dans la détermination et la démonstration des dogmes. Selon eux, tout ce que la raison peut légitimement est de montrer la convenance d'une vérité déjà connue comme révélée et l'insuffisance des raisons invoquées contre elle. S. Thomas, Sum. theol., I*, q. i, a. 8; q. xxxm, a. 1; Cont. gent., 1. I, c. vu, ix. Selon eux aussi, remploi de la raison dans les déduc­ tions dogmatiques ne conduit jamais â la manifestation d’une vérité révélée, mais seulement à l’affirmation d'une nécessaire connexion entre telle proposition et telle vérité révélée. Celte conclusion est d'ailleurs rare­ ment certaine en dehors d’une approbation au moins tacite de l’Église garantissant sa vérité. Même en ce cas, ces conclusions simplement garanties ou définies par l’Eglise et gardant leur nature intime ne peuvent jamais être transformées en vérités révélées, faute de révélation explicite ou même implicite. Quelques théologiens, il est vrai, se sont exprimés diversement, notamment Suarez, De fide, disp. Ill, sect, xi, n. 11, et le cardinal de Lugo, De fide divina, disp. I, n. 27'2 sq., mais leur opinion insuffisamment motivée est communément rejetée. Vacant, Eludes théologiques sur les constitutions du concile du Vatican, t. Il, p. 292; Billot, De virtutibus infusis, Rome, 1901, p. 256 sq. — 3. Le recours fréquent aux arguments rationnels, appuyant les déductions théologiques ou écartant les nombreuses objections de raison, doit être considéré comme approuvé par l’Église, dans la mesure ou il constitue au moins partiellement la méthode scolastique souvent recommandée et soutenue par l’Église. Nous l’avons suffisamment démontré à l’article précédent. — 4. Notons enfin que la principale diffi­ culté d’harmoniser les dogmes avec la philosophie non scolastique, provient non d’une prétendue iden­ tification de la philosophie scolastique avec le dogme, mais de ce que la philosophie qu’on lui oppose contient beaucoup d’affirmations non prouvées, des­ quelles on ne veut point se départir, bien qu’elles soient formellement en désaccord avec l’enseignement révélé. 4· objection. — Chez les théologiens scolastiques et chez leurs disciples, la conception intellectualiste du dogme, en développant excessivement son aspect spéculatif, a virtuellement supprimé son rôle pratique qu'ils ne mentionnent jamais et auquel ils n’accordent aucune inlluence effective. — Réponse. —1. 11 est vrai que les théologiens scolastiques attribuent au dogme un rôle premièrement et principalement spéculatif, parce que l’objet premier et principal des dogmes con­ siste dans les attributs et les mystères divins, dont notre connaissance est tout d’abord spéculative. C’est la conclusion du raisonnement par lequel saint Thomas prouve que la science théologique est plus spéculative que pratique : Magis tamen est speculativa quam praclica : quia principalius agit de rebus divinis quam de actibus humanis : de quibus agit secundum quod per eos ordinatur homo ad perfectam Dei cogni­ tionem inqua ælerna beatitude consistit. Sum. theol., D, q. i, a. 4. Puisqu’il y a nécessairement analogie entre les conclusions d’une science et ses principes, ce que saint Thomas affirme de la science théologique est également vrai de ses principes qui senties vérités dog­ matiques. Ces vérités sont donc principalement spécu­ latives. — 2. Cependant, selon ces mêmes théologiens, le dogme a un rôle pratique très important, bien que secondaire etdépendant de la connaissance spéculative antécédente. Car a) les connaissances spéculatives pro­ venant du dogme et se rapportant toutes à notre fin surnaturelle ou aux moyens qui y conduisent, S. Tho­ mas, Sum. theol., IIa II®, q. n, a. 3 sq., peuvent être facilement utilisées pour aider la volonté dans la pra­ tique des devoirs chrétiens. Cette utilité pratique n’a 1594 pas besoin d’être déterminée en détail pour chaque dogme, surtout pour la vie commune des fidèles. Il suffit de montrer les avantages communs qui résultent de l’ensemble des mystères révélés, l’humilité, la foi, la gratitude et l’amour : l’humilité produite par l’infinie grandeur des mystères divins, la foi appuyée unique­ ment sur l’infaillible parole de Dieu, la gratitude et l’amour excités par la merveilleuse condescendance de l’incompréhensible majesté divine vis-à-vis de notre petitesse et de nos misères. S. Thomas, Sum. theol., 11“ II®, q. n, a. 3, 5, 7, 8; Cont. gent., 1. I, c. v. D'ail­ leurs, toute contemplation des mystères divins, surtout pour les âmes éclairées et unies à Dieu, est capable d’entretenir ou d’augmenter en nous l'amour divin qui est l’âme de toute vie spirituelle; et cette contem­ plation est toujours puissamment aidée par la connais­ sance du dogme, dés lors que cette connaissance est accompagnée d’une vraie humilité. S. Thomas, Sum. theol., 11“ II®, q. lxxxii, a. 3, ad 3““. L’on doit aussi reconnaître que l’utilité individuelle n’est point seule à considérer. Il y a encore l'utilité commune qui résulte pour la société chrétienne tout entière d’une plus profonde connaissance du dogme, possédée par ceux qui doivent par état ou par charité conduire ou aider les autres. De cette connaissance dépend en très grande partie le bien qu'ils peuvent produire pour la défense et le maintien de la foi dans les âmes chrétiennes et pour la diffusion de la vérité parmi ceux qui ne la connaissent point. Plus néces­ saire dans les milieux troublés par l’erreur ou l’infi­ délité, cette connaissance a été particulièrement recom­ mandée pour notre époque par Léon XIII dans l’ency­ clique Sapienliæ chrislianæ du 10 janvier 1890, et par Pie X dans 1’encyclique Acerbo nimis du 15 avril 1905. Traitant uniquement du dogme, nous n'avons point à parler ici des avantages pratiques provenant de la révélation accidentelle des vérités naturelles que l’homme doit nécessairement connaître pour atteindre sa fin. Nous nous bornerons à rappeler l’enseignement du concile du Vatican sur la nécessité morale de cette révélation et sur les avantages qu’elle procure à l'hu­ manité. Concile du Vatican, sess. III, c. il. Grâce à Cîtte révélation accidentellement annexée à celle des dogmes surnaturels, la religion chrétienne possède, pour la direction morale des consciences, une supériorité effective sur les religions non chrétiennes et sur les divers systèmes philosophiques. En réalité, c’est d’elle principalement que rayonnent, même en dehors de l’Église catholique, les connaissances mo­ rales encore existantes. b) A côté des dogmes principalement spéculatifs qu. peuvent avoir une puissante influence pratique sur la direction de notre vie chrétienne, l'on doit aussi men­ tionner les dogmes immédiatement pratiques qu. expriment les obligations à accomplir pour obtenir 1« vie éternelle. En renfermant dans la puissante syn­ thèse de la Somme théologique de saint Thomas la théologie dogmatique et morale, les enseignements pratiques avec les doctrines spéculatives, les théolo­ giens scolastiques exprimaient, plus fortement que nous, toute l'importance du rôle effectif des dogmes tant pratiques que spéculatifs. Les démembrements, effectués depuis cetle époque dans cette organisation méthodique de la théologie, ne doivent point nous faire oublier sa synthèse effective. c) D’ailleurs, les théologiens scolastiques, tout en assignant au dogme un rôle principalement spéculatif, n’ont aucunement méconnu le rôleaffeclifde la volonté dans l'étude ou l'enseignement des dogmes, ni l’utilité pratique que l’on doit s’efforcer d’en retirer. — a. Le rôle affectif de la volonté se déduit rigoureusement de cet enseignement de saint Thomas que la science théo­ logique, science entièrement une. â la fois spéculative 1595 DOGME et pratique doit être dirigée vers la béatitude éternelle qui consiste dans la connaissance de Dieu accompa­ gnée de son amour. Sum. theol., I", q. i, a. 4-7. C’est à cette science surtout que convient ce que saint Tho­ mas demande pour toute étude, qu’elle soit rapportée à sa fin légitime, c'est-à-dire à la connaissance de Dieu, Sum. theol., Il» II®, q. ct.xvn, a. 1 ; et qu’elle soit accompagnée de l’amour divin qui unit étroitement la volonté à celte fin dernière. Λ l'enseignement de cette science convient aussi très particulièrement ce que saint Thomas dit de tout enseignement, qu’il est un acte de la vie contemplative, dans la mesure ou il suppose une vérité nettement conçue dans la considé­ ration et l’amour de laquelle on se délecte, bien que ce soit un acte de la vie active quand on manifeste extérieurement cette vérité aux auditeurs.Sum. theol., Il» II®, q. clxxxi, a. 3. D’ailleurs, saint Thomas observe que cette élude, faite selon les conditions convenables, II" II®, q. CLXVti, a. 1, aide puissamment à la contem­ plation, soit en fournissant abondamment à l’intelli­ gence les matières sur lesquelles doit s’exercer la contemplation, q. clxx.x, a. 4, soit en écartant les dan­ gers d’erreur dans lesquels on pourrait imprudemment tomber sans une connaissance suffisante des choses divines, q. CLXXXvnt, a. 5. b. Quant à l’utilité que la connaissance du dogme peut procurer pour le ministère des âmes, surtout quand elle est approfondie, elle occupait certainement la pensée des théologiens scolastiques. Car saint Tho­ mas exige que ceux auxquels il appartient d’instruire les autres, possèdent une foi plus explicite et une plus ample connaissance des vérités de foi. Sum. theol., II" II», q. n, a. 6; Qwest. disp., De veril., q. xtv, a. 11. De même l'élude est particuliérement nécessaire aux ordres religieux qui doivent s’adonner à la prédication ou à d’autres œuvres de zèle. H" II®, q. clxxxviii, a. δ. c. Ces considérations, il est vrai, sont habituellement absentes des ouvrages de théologie, mais uniquement parce que l’on suppose qu’élèves, lecteurs et maîtres n’oublieront point de se conformera l’impérieuse obli­ gation morale de diriger vers la fin surnaturelle toutes les connaissances acquises. S. Thomas, Sum. theol., Il" II®, q. CLXvn, a. 1. Est-il nécessaire de rappeler que celte obligation a toujours été fidèlement remplie par les grands maîtres de la théologie scolastique, qui ont en même temps excellé dans la connaissance de la théologie mystique? C’ést un exemple constamment proposé à notre généreuse imitation. 5’ objection. — La conception intellectualiste du dogme n’accorde pas à la volonté individuelle dans l'acceptation personnelle du dogme un rôle suffisant. Elle fait de la vérité un système dont on peut s’emparer rien qu’en raisonnant, tandis que la vérité est une vie et qu’elle ne peut entrer en nous sans correspondre en quelque façon à un besoin d’expansion. — Dépense. — 1. Rien n’autorise à affirmer que le rôle légitime de la volonté dans la formation du jugement préalable de crédibilité et dans la production de l’acte de foi a été ignoré ou diminué par les partisans de ce que l’on appelle la conception intellectualiste du dogme. Les théologiens scolastiques ont pu, selon le but qu’ils se proposaient et à cause des préoccupations de leur époque, accorder peu de place aux questions psycholo­ giques qui excitent actuellement un si vif intérêt. Mais quelque restreinte que soit la place assignée à l’étude du rôle de la volonté vis-à-vis de la croyance surnaturelie, ce rôle est nettement indiqué. Il suffit de rappeler ici l’enseignement de saint Thomas sur ce point, Sum. theol., II» II®, q. it, a. '1 ; Qwest, disp.. De veril., q. xtv, a. I, en renvoyant tous les développements aux articles Crédibilité et Foi. 2. D’ailleurs, rien ne s'oppose à ce qu’à notre époque, en face d? besoins nouveaux et de préoccupations bien 1596 différentes, on accorde plus d’attention au rôle de la I volonté et que l’on en tienne plus de compte dans l’application de la méthode apologétique et dans le maniement des âmes. On peut en retirer des avantages considérables. Mais l'on doit se garder d'amplifier le rôle de la volonté en sacrifiant la vérité objective et le rôle absolument nécessaire de l’intelligence pour la direction de la volonté. Double écueil que l’on ne peut éviter dans la nouvelle conception du dogme. 3. En réalité, la conception nouvelle, loin de favoriser le rôle de la volonté, le supprime ou le rend inexpli­ cable. La règle pratique imposée à la volonté n’ayant aucun fondement objectif suffisant ne pourrait reposer que sur un fidéisme subjecliviste qui ne rendrait jamais raison de l’attitude spéciale commandée à la volonté. VVehrlé, Revue biblique, juillet 1905, p. 347. IV. Sources théologiques des dogmes chrétiens. — 1° Les sources théologiques des dogmes chrétiens sont les organes par lesquels la révélation se manifeste à nous avec son autorité divine toujours obligatoirement digne de foi. Ces organes de transmission sont les divines Écritures contenant l'enseignement divin puis­ qu’elles sont inspirées par Dieu lui-même, et les tra­ ditions divines que l’Église nous garantit commeayant été communiquées par Jésus-Christ à ses apôtres et fidèlement transmises jusqu'à nous. Ces deux sources fondamentales des dogmes chrétiens dépendent prati­ quement du magistère infaillible de l’Église qui nous garantit leur indéfectible vérité et interprète leurvéritable sens. 2“ En théologie dogmatique, ces deux sources peuvent être étudiées à un double point de vue : 1. dans le but de reconnaître, par la méthode régressive, les fon­ dements théologiques d’une vérité que le magistère ecclésiastique enseigne manifestement comme révélée; c'est le travail le plus habituel des investigations théo­ logiques; 2. pour rechercher dans ces sources, à la lumière des enseignements de l’Église et sous sa direction, les indications scripturaires et tradition­ nelles en faveur de la révélation d’une vérité non encore définie par l’Église, avec l'intention d'établir, s’il y a lieu, le fait de la révélation et d’en préparer la définition. A ce double point de vue, nous devons esquisser ici, dans une courte synthèse, l'enseignement théologique sur les deux sources théologiques du dogme révélé, en nous bornant strictement à ce qui relève du présent article. 1. L’ÉCRITURE SAINTE SOURCE DU DOGUE RÉVÉLÉ. — 1° Pour que l’enseignement divin contenu dans l’Écri­ ture inspirée soit vraiment un dogme révélé, deux con­ ditions sont nécessaires. —1. Le sens doit en être suffi­ samment manifeste. Car l’obligation stricte à la ferme croyance de ce dogme doit supposer son absolue certi­ tude, et l'infaillibilité divine s’oppose formellement à ce que le moindre doute ou la plus légère incertitude puisse jamais exister sur la vérité proposée à notre croyance. Condilionassez rarement réalisée en dehorsd’unedéfinition dogmatique de l’Église déclarant, avec la plénitude de son autorité, le sens d’un passage de l’Écriture, pour lequel elle demande noire adhésion. Car, sansce moyen, il est le plus souvent très difficile de posséder Incertitude strictement nécessaire sur ces trois points: authenticité indiscutable du texte de l’auteur sacré, détermination très claire du sens grammatical des mots, j et précision indubitable de l’enseignement que Dieu a voulu nous communiquer par ce moyen. Christian I Pesch. De inspiratione sacræ Scripluræ, p.419. 2. L'enseignement certainement manifesté par l’Écri­ ture doit être proposé par l’Église comme révélé et comme tel imposé à notre croyance, ainsi que l’exige la définition du dogme catholique. Condition réellement I absente dans beaucoup d’affirmations scripturaires qui 1597 DOGME ne se rapportent que très incidemment ou très accessoirernentà notre lin surnaturelle et qui ne sont point par elles-mêmes proposées à notre croyance. C’est en ce sens que saint Thomas répond : Dicendum est ergo quod fidei objectum per se est id per quod homo beatus efficitur, ut supra dictum est ; per accidens autem aut secundario se habent ad objectum fidei omnia quæ in sacra Scriptura divinitus tradita continentur : sicut quod Abraham habuit duos filios, quod David fuit filius Isai et alia hujusmodi. Quantum ergo ad prima credibilia quæ sunt articuli fidei, tenetur horno expli­ cite credere, sicut et tenetur habere fidem : quantum autem ad alia credibilia, non tenetur homo explicite credere quidquid divina Scriptura continet : sed tunc solum hujusmodi tenetur explicite credere quando hoc ei constiterit in doctrina fidei contineri. Sum. theol., 11“ 11«, q. n, a. 5. Cette doctrine est également soute­ nue par le P. Billot, De virtutibus infusis, Rome, 1901, p. 231. 2» Quand l’Eglise définit qu'un texte scripturaire contient un dogme révélé dont elle détermine le sens précis, c'est un devoir strict pour les exégètes catho­ liques d'adhérer à cette définition irréformable. C’est ce qu'enseignent formellement le concile de Trente, sess. IV, Decretum de editione et usu sacrorum librorum, le concile du Vatican, sess. III, c. n, l'ency­ clique Providentissimus Deus de Léon XIII du 18 novembre J893, et le décret Lamentabili du 3 juil­ let 1907 réprouvant les propositions 2-4 : Ecclesiæ interpretatio sacrorum librorum non est quidem sper­ nenda, subjacet tamen accuratiori exegelarum judicio et correctioni. — Ex judiciis et censuris ecclesiasticis contra liberam et cultiorem exegesim latis colligi potest fidem ab Ecclesia propositam contradicere hi­ storiae, et dogmata catholica cum verioribus christianæ religionis originibus componi reipsa non posse. — Magisterium Ecclesiæ, ne per dogmaticas quidem definitiones, genuinum sacrarum Scripturarum seniwn determinare potest. Il est d’ailleurs évident que celte soumission au magistère ecclésiastique n’entrave d’aucune manière la démonstration exégétique qui reste toujours libre de se développer sur le terrain scientifique avec sa méthode propre et ses ressources particulières : Kec sane ipsa Ecclesia vetat ne hujus­ modi disciplinae in suo quæque ambitu propriis utan­ tur principiis et propria methodo; sed justam hanc libertatem agnoscens, 'id sedulo cavet ne divinie do­ ctrina: repugnando errores in se suscipiant, aut fines proprios transgressae, ea quæ sunt fidei occupent et perturbent. Concile du Vatican, sess. Ill, c. ιν. Il est non moins évident qu’une définition dogmati­ que d’un sens scripturaire ne comporte pas toujours nécessairement la réalité historique de tous les détails d'un fait dogmatique défini par l’Église. Ainsi la défini­ tion du concile de Trente relative à la transgression du commandement divin par Adam, sess. V, De peccato originali, can. 1 sq., n'oblige pas nécessairement à admettre la réalité historique intégrale de toutes les circonstances du fait rapporté dans la Genèse. Car il n'est pas invraisemblable que ce récit transmis orale­ ment puisse, au moins pour quelques détails, appar­ tenir à la catégorie des traditions orales, dont l’inter­ prétation historique doit être moins stricte, parce qu’elles abondent habituellement en tours imagés et en expressions métaphoriques. Christian Pesch, De inspiratione sacræ Scripturae, p. 548 sq. 3 En dehors des textes définis par l’Eglise. on ne devra apporter comme preuves théologiques d'un dogme proposé par l’Église à notre croyance, que les textes dont la démonstration répond aux légitimes exigences de la critique biblique. La grave remarque de saint Thomas sur l'emploi abusif de preuves rationnelles insuffisantes pour démontrer une vérité de foi, ne forte 1598 aliquis quod fidei est demonstrare praesumens, ratio­ nes non necessarias inducat quæ praebeant materiam irridendi infidelibus existimantibus nos propter hujus­ modi rationes credere quæ fidei sunt, Sum. theol., I·, q. xi.vi, a. 2, doit, avec non moins de raison, s'appliquer à l’abus des textes insuffisamment démonstratifs en faveur d’un dogme proposé par l’Eglise comme révélé. Leur emploi n’est pas moins nuisible à la cause catholique dans des démonstrations qui doivent être probantes. Il n’y a d’ailleurs aucun inconvénient à ce que plusieurs vérités de foi ne puissent point être démontrées par les Écritures; car celles-ci n’ont point été composées poui· nous communiquer toute la révélation. Ce rôle appartient au seul magistère infaillible de l’Église. Quant à la détermination des légitimes exigences de la critique biblique, elle sera indiquée aux articles spéciaux. 4° Il est hors de doute que l’usage dogmatique des textes scripturaires chez les Pères et chez les théologiens n’a pas toujours été exempt de tout défaut. L’histoire de la théologie ne manque pas d’exemples-de textes en eux-mêmes non démonstratifs, apportés sans garantie suffisante en faveur de tel ou tel dogme révélé, puis éliminés par le travail critique des théologiens, comme le texte de saint Jacques : Confitemini ergo alterutrum peccata vestra, Jac., v, 16, employé par plusieurs théo­ logiens scolastiques pour prouver la nécessité du sacre­ ment de pénitence qu’ils supposaient n’étrepointprouvée par le texte : Quorum remiseritis. Joa., xx, 23. Ce fut notamment la pensée de Hugues de Saint-Victor, De sacramentis christianæ fidei, I. II, part. XIV, c. t. P. L., t. Ci.xxvi, col. 552; de Pierre Lombard, Sent., 1. IV, dist. XVII, n. 4, P. L., t. cxcn, col. 882; et de Richard de Saint-Victor, Tractatus de potestate ligandi et solvendi, c. v, P. L., t. cxcvi, col. 1163. Voir Confession dans la Bible, t. ni, col. 834 sq. Il est d'ailleurs bien avéré que l’emploi de ces textes non démonstratifs n'a eu aucune répercussion sur le dogme lui-même. II. LA TRADITION SOURCE DU DOGME RÉVÉLÉ. — Pour que la tradition transmettant l’enseignement divin non consigné dans l’Ecriture et promulgué par les apôtres comme révélé au moins implicitementpar Jésus-Christ, soit une source certaine du dogme révélé, elle doit, avec une succession constante et une suffisante unani­ mité, affirmer une vérité comme révélée et comme obligatoirement imposée à notre croyance. 1" La définition du dogme exige que la vérité à laquelle la tradition rend témoignage, soit enseignée par elle comme vérité au moins implicitement révélée et comme obligatoirement imposée à l’adhésion de tous les fidèles. Ainsi sont écartées les traditions, si unanimes qu'elles soient du moins à une époque, relatant simplement des opinions tout humaines telles que les anciennes interprétations de la cosmogonie mosaïque, ou relatant même des conclusions théologiques très certaines mais non proposées comme révélées, telles que l’existence de la grâce habituelle dans l’humanité du Verbe incarné ou l’existence d’une grâce sacramentelle distincte dans chacun des sacrements. 2° Le fait du témoignage constant et universel en faveur de cet enseignement révélé et évidemment obli­ gatoire, doit être certainement démontré ou par l’argu­ ment de prescription on par la discussion des textes ou documents appartenant aux diverses périodes de l’histoire de la théologie. — 1. L'argument de pres­ cription inauguré par saint Irénée, Contra hær., 1. Ill. præf. el c. I-V, P. G., t. vu, col. 843 sq., et Tertullien, De praescriptionibus, c. xxi sq.; xxxvi sq., P. L., t. n, col. 33 sq., 37 sq., 49., et depuis communément adopté par les Pères, S. Basile, Adv. Eunomium, 1. II. n. 8, P. G., t. xxix, col. 586; S. Augustin, Episl., liv, ad Januarium, n. 1, P. L., t. xx.xm, col. 200; S. Vincent de Lérins. Corn mon ilorium primum, n. 2 sq., P.L., 1599 DOGME t. L, col. 640 sq., est d’une constatation facile et d'un fondement très sûr; mais il ne possède point une valeur scientifique considérable, parce qu’il ne fournit aucune preuve critique immédiate et qu’il ne résout point directement les objections adverses. Bainvel, De magisterio vivo et traditione, p. 64. 2. Quant à la discussion scientifique des textes ou documents appartenant aux diverses périodes de l’histoire, on doit particulièrement observer qu’elle relève à la fois de la critique historique et de l’auto­ rité de l’Église. Tributaire de la critique historique, elle doit en suivre toutes les règles légitimes; mais elle doit en même temps être soumise à l’autorité de l’Église au moins quant à l’acceptation intime des vérités proposées par elle comme révélées ou comme certainement connexes à la doctrine révélée; et pour remplir ce devoir elle est tenue d’éviter les excès réprouvés par l’encyclique Pascendi dans la descrip­ tion du moderniste considéré comme critique, excès que Léon XIII avait déjà condamnés dans l'encyclique Providentissim us Deus du 18 novembre 1893. 3. Observons enfin que certains défauts de critique, historiquement constatés chez les Pères ou les théo­ logiens dans l’emploi dogmatique des témoignages tra­ ditionnels, ne compromettent aucunement ni la preuve traditionnelle ni le dogme catholique, soit parce que d’autres preuves valables ne font point défaut, soit parce qu’aucun développement dogmatique postérieu­ rement approuvé par l'Kglise n'est résulté de ces erreurs. 11 n’est point nécessaire de rappeler ici des faits universellement connus, comme de nombreux documents ou textes faussement attribués à Denys l'Aréopagite, à saint Augustin, à saint Jérôme ou à d'autres Pères et sur lesquels on s’appuyait souvent en majeure partie. Nous ne parlerons point ici de la raison comme source du dogme révélé. Car selon l'enseignement du concile du Vatican, sess. III, c. il, ni, il est certain que, même après la manifestation du fait de la révéla­ tion, la raison est totalement impuissante à démontrer le dogme révélé, puisque celui-ci dans sa nature intime reste inaccessible à la raison humaine. Tout ce dont la raison est alors capable, est de montrer la non-valeur démonstrative des objections de raison dirigées contre la vérité révélée, S. Thomas, Cont. gent., I. I, c. vu, ou de faire ressortir pour les croyants toutes les raisons de convenance qui nourrissent et fortifient la piété et l'amour de Dieu. Cont. gent., I. I, c. ix. On sait d'ailleurs le rôle que joue la raison dans la perception des motifs de crédibilité qui précède l’acte de foi. Voir Crédibilité. V. Immutabilité substantielle des dogmes chré­ tiens. — I. CARACTERE DÉFINITIF ET IMMUABLE DE LA RÉVÉLATION FAITE PAU JÉSUS-CHRIST ET ANNONCÉE — C’est ce caractère définitif et immuable qui distingue la révélation chrétienne des révélations faites par Dieu sous l’Ancien Testament. Tandis que celles-ci devaient, dans le plan divin, être complétées par Dieu à mesure que l’humanité appro­ chait de l’avènement de Jésus-Christ, S. Thomas, Sum. lheol., IIa 11», q. i, a. 7, ad 2“m et4um, la révéla­ tion faite par Jésus-Christ et annoncée par les apôtres, doit demeurer jusqu’à la fin des temps, sans être modifiée par aucune révélation publique et sans subir dans son contenu intégral aucune altération substan­ tielle; ce qui cependant n’empêche point quelque pro­ grès accidentel dans la connaissance et dans la pro­ position des dogmes chrétiens, comme nous le mon­ trerons bientôt. 1° Enseignement scripturaire. — 1. Enseignement évangélique. — Euntes ergo docete omnes gentes, bap­ tizantes eos in nomine Patris el Filii et Spiritus Sancti, docentes eos servare omnia quæcumque man­ par les apôtres. 1500 davi vobis, et ecce ego vobiscum sum omnibus diebus, usque ad consummationem sseculi. Matth.. xxvin. 19sq. Nous savons que, par ces paroles, Jésus-Christ a confié toute sa doctrine à ses apôtres et à leurs successeurs jusqu'à la consommation des siècles et qu’il leur a assuré à perpétuité, pour l’accomplissement de cotte charge, le privilège de l’infaillibilité doctrinale. Voir Église. En même temps, Jésus-Christ a fixé pour toute la durée des siècles, usque ad consummationem sæculi, ce que doivent enseigner les apôtres et leurs succes­ seurs toujours assistés par lui dans cette sublime fonc­ tion, docentes eos servare omnia quæcumque mandavi vobis. Dès lors toute révélation subséquente, dont la prédication des apôtres ne serait pas le point de départ, serait une déviation de cette institution primitive, que Jésus-Christ a cependant déclarée définitive. Hypothèse inadmissible puisqu’elle outrage l’absolue véracité et la parfaite sagesse du divin Maître. Cette conclusion est d'ailleurs confirmée par la promesse solennelle de Jésus à ses apôtres dans le discours après la cène : docebit vos omnem veritatem, Joa., xvi, 13; vos docebit omnia. Joa., xiv, 26. Promesse inévitablement violée dès lors qu'une nouvelle révélation publique s'accomplirait à quelque époque de l’histoire du monde, modifiant le dépôt de la foi confié aux apôtres et à leurs succes­ seurs. 2. Enseignement de saint Paul. — L’antithèse établie par saint Paul dans l’Épitre aux Hébeeux entre les multiples révélations successivement accomplies dans l’ancienne alliance et la révélation faite par Jésus-Christ έπ’ έσχατον, exprime clairement le caractère définitil et parfait de cette dernière révélation. — a) C’est ce qu'indique l’expression επ' έσ-χάτου signifiant littéra­ lement pour la dernière fois el définitivement, signi­ fication encore renforcée par le contraste si marqué avec πολυμερώς xal πολυτράπως πάλαι du verset 1er. —6) Celte interprétation est confirmée par Heb., xii, 2, où Jésus est appelé auctor el consummator fidei, τής πίστειος “,’Ζ’ίϊ0’' *’· τελειωτήν ; ce qui exprime nettement que la doctrine,à laquelle nousadhérons par la foi,a JésusChrist pour fondateur et chef, et que de ce fondateur et chef elle a en même temps reçu la dernière perfec­ tion. — c) Ce sens est entièrement conforme à la doctrine, souvent exposée ailleurs par saint Paul,que la nouvelle alliance est définitivement établie avec une perpétuelle stabilité sur le fondement de Jésus-Christ, unique média­ teur et rédempteur, el source unique de toute grâce pour tous les hommes jusqu'à la fin des temps. Col., 1, 518, n, 1 ; Eph., n, 10; Rom., v. 1 sq.; Heb., vu, Il sq.; x, 11.—d) Saint Paul enseigne d'ailleurs que l’on doit fidè­ lement garder la doctrine prêchée par les apôtres, II Tim., 1,13; m, 10, et que l’on doit rigoureusement écarter toute révélation qui publierait autre chose que ce qu’ont annoncé les apôtres. Gal., i, 8. 2» Enseignement traditionnel. — Cet enseignement se déduit évidemment des preuves précédemment apportées en faveur de la valeur objective des dogmes. Il suffira de les rappeler brièvement sous l’aspect parti­ culier à notre démonstration actuelle. — I. Dans les quatre premiers siècles, c’est un enseignement très for­ mel chez les Pères, que la doctrine à laquelle tous les fidèles doivent adhérer est la doctrine de Jésus-Christ publiée par les apôtres, doctrine conservée toujours une et toujours la même, à laquelle on ne doit rien ajouter et de laquelle on ne doit rien retrancher, sous peine d’être exclu de l’héritage de Jésus-Christ et séparé de son Église. S. Ignace d'Antioche, Ad Phil., vu, Funk, Patres apostolici, 2« édit., Tubingue, 1901, p. 305; Ad Eph., xvi, p. 227; S. Irénée, Cont. hær., 1. I, c. x; 1. III, præf. etc. i, xxiv, P. G., t. vu,col.549sq., 843sq., 966 sq.; Tertullien, De proscriptionibus, c. xxi, xxv, xxvin, xxxi, xxxvii, P. L.,t. n, col. 33,37,40,44,50 sq. ; Clément d’Alexandrie, Strom., VII, P. G., t. ix 4602 DOGME 4601 col.532;-Origêne, De ]»-incip., l.I,præf., η. I sq., P. G., Pie X dans le passage de l'encyclique Pascendi du 8 septembre 1907. ou le pape, après avoir décrit d'une t. XI, col. 115 sq. manière très complète la théorie moderniste sur l’évo­ D’ailleurs, pendant toute cette période, la pratique constante et universelle de l’Église de rejeter de son lution substantielle des dogmes, montre qu'elle contre­ dit formellement les enseignements très explicites de sein tous les hérétiques qui refusent de croire à la Pie IX dans l’encyclique Qui pluribus du 9 novembre doctrine intégrale de Jésus-Christ telle qu’elle est enseignée par l’Église, témoigne évidemment de la 1846 et dans la condamnation de la proposition 5' du croyance de l’Église à l’immutabilité permanente de Syllabus, ainsi que les solennelles déclarations du con­ cette même doctrine. Cette croyance s’affirme plus par­ cile du Vatican. Sess.III,c.IV.Cf. Denzinger, Baumwart, ticuliérement à cette époque par la réprobation de op. cil., p. 2095. l’illuminisme de Montan et de ses sectateurs, qui se 3° Ce caractère définitif et immuable de la révélation chrétienne ne subit aucune atteinte par le fait que donnaient comme les prophètes du Paraclet, annonçant l’Eglise donne son approbation à quelques révélations en son nom une nouvelle et plus complète révélation privées. — 1. Nous avons montré précédemment que obligatoire pour toute l'humanité. ces révélations privées, même quand elles ont été 2. Du IV’ au VIe siècle, pendant que se conserve la approuvées par l’Eglise, ne contiennent jamais de dogme même pratique universelle et constante de l’Église, nouvellement proposé à notre foi, et que l’Église. loin l’autorité ecclésiastique porte de nouvelles délinilions de garantir infailliblement leur authenticité et de les dogmatiques dans le but d’affirmer, de défendre ou d’expliquer, en face d'erreurs multiples, la doctrine imposer à notre acceptation, se contente de déclarer révélée. En prenant toujours le soin de rattacher ces qu’elles n’offrent rien de contraire à la foi ou â la délinitions aux vérités crues jusqu’alors et à la doctrine morale chrétiennes et que l’on peut en retirer prolit et enseignée par Jésus-Christ et confiée par lui à ses édification spirituelle. — 2. Ces révélations, principale­ ment destinées à diriger pratiquement les fidèles dans apôtres, l’Eglise témoigne hautement sa ferme croyance à l’immutabilité susbtanlielle de la doctrine enseignée leur vie individuelle ou même publique, n'ont jamais occasionné dans l’Église aucun développement dogma­ par les apôtres au nom de Jésus-Christ. tique. C'est ce que l’on doit particulièrement affirmer Le concept de cette vérité dogmatique chez les Pères de cette époque, particulièrement chez saint Augustin des révélations privées qui ont procuré l'extension du culte du saint sacrement ou du Sacré Cœur de Jésus, et chez saint Vincent de Lérins, résultera manifes­ voir Cœur de Jésus, t. ni, col. 293 sq., ou des nom­ tement de ce que nous dirons bientôt de leur doctrine breuses révélations individuelles qui fournissent aux sur un progrès simplement accidentel dans la connais­ sance et la proposition des dogmes chrétiens. théologiens mystiques un vaste et très utile champ d’ob­ servation psychologique. — 3. D’ailleurs, toutes ces révé­ 3. Du vi’ siècle jusqu’à l’époque actuelle, la croyance de l’Église à l’immutabilité substantielle des dogmes lations privées, loin de diriger le magistère ecclésiastique ou l'enseignement théologique, relèvent absolument de chrétiens continue à être manifestée par la même uni­ verselle et constante pratique de l’Eglise de rattacher l'un et de l’autre, au jugement de tous les théologiens. II. IMMUTABILITÉ SUBSTANTIELLE DU SENS QUE L’ON au dépôt intégral de la révélation chrétienne toutes les DOIT ATTRIBUER AUX DOGMES PROPOSÉS PAR L’ÉGLISE définitions dogmatiques subséquentes, et d’exclure ri­ COMME révélés pah Jésus-christ. — C’est une consé­ goureusement de la communion chrétienne quiconque quence rigoureuse de l’infaillibilité conférée à l’Église n’adhère point à cette immuable vérité chrétienne. dans l'exercice perpétuel de sa divine mission de conser­ Double pratique que l’Eglise continue à garder non ver, d’expliquer et de défendre le dépôt intégral de moins lidèlementen facedu protestantisme du xvPsiècle la foi placé sous sa garde vigilante. Concile du Vatican, et de toutes les erreurs auxquelles il a donné naissance. sess. III, c. tv; sess. IV, c. tv. — 1° C’est l’enseigne­ C’est ce que témoigne la définition du concile de Trente, ment immédiatement déduit de Matth., xxvm, 19sq. Las déclarant que la doctrine de Jésus-Christ, prêchée par apôtres et leurs successeurs jusqu’à la fin des siecl-s. les apôtres qui sont pour l’humanité tout entière la étant divinement assistés pour enseigner perpétue source de toute vérité, est contenue dans les livres ment toute la doctrine de Jésus-Christ, cette doctrine inspirés el dans les traditions non écrites que Jésus a intégrale devra toujours demeurer intacte dans la pro­ lui-même enseignées aux apôtres ou que le Saint-Esprit position officielle faite par l’Église. En même temps, leur a dictées, et qui ont été transmises jusqu'à nous. d'ailleurs, cet enseignement, parle fait qu'il doit inces­ Concile de Trente, sess. IV, Decretum de canonicis samment s’adapter aux besoins des fidèles de tous les Scripturis.C'eslce que témoigne aussi la condamnation temps, doit se présenter, au cours des siècles, avec récemment portée par l’Eglise contre les systèmes mo­ quelque progrès accidentel dont nous analyserons dernistes issus du protestantisme, systèmes qui rejettent bientôt la nature. nécessairement toute véritable révélation divine et qui, 2» C’est aussi l’enseignement traditionnel, comme le donnant aux dogmes une origine purement humaine, démontre, ainsi que nous l'avons observé précédem­ les soumettent conséquemment à un progrès substantiel ment, la pratique constante de l’Eglise d’appuyer toutes ininterrompu. C’est ce que montrent particuliérement ses délinitions dogmatiques sur la doctrine enseignée les propositions suivantes condamnées par le Saintpar Jésus-Christ et par ses apôtres et toujours lidele­ Oflice le 3 juillet 1907. Proposition 21 : /lerelatio, obje­ ment conservée en vertu de la divine assistance â jamais ctum fidei cat holicæ constituens,non fuit cum apostolis garantie par la promesse de Jésus-Christ. completa. —54. Doqmata, sacramenta, hierarchia tum Au xixe siècle, cet enseignement de l’Église est parti­ quod ad notionem tum quod adrealitatem allinet, non culièrement affirmé contre la thèse semi-rationaliste de sunt nisi intelligentiæ chrislianæ interpretationes evoHermès et de Günther,soutenant un progrès sut stantis lutiuncsque quæ exiguum germen in eeangelio latens opéré sur les dogmes par le travail de la raison, progrès externis incrementis auxerunt perfecerunlque. — 59. en vertu duquel la raison comprendrait de mieux en Christus determinatum doctrinæ corpus omnibus tem­ mieux les dogmes chrétiens et les transformerait à poribus cunclisque hominibus applicabile non docuit, mesure qu’elle en acquerrait une intelligence plus sed potius inchoavit motum quemdam religiosum di­ complète avec le développement des sciences humaines versis lemporibusac locis adaptatum vel adaptandum. et surtout de la philosophie. Cette erreur fut condamn-'-e — 61. Progressus scientiarum postulat ut reformentur par Pie IX dans l’encyclique Qui pluribus du 9 novemconceptus doctrinæ chrislianæ de Deo, de creatione, de revelatione, de persona Verbi incarnati, de redemp­ [ bre 1816, Denzinger-Bannwart. Enchiridion, n. 1636. tione. Condamnation solennellement renouvelée par ! et dans la proposition 5e du Syllabus : Divina e; DICT. DE THÉOL. CATI lot IV - 51 î 603 DOGME 1604 latio est imperfecta et idcirco subjecta continuo et i à l’aide d’une image ou d’un symbole matériel et indefinito progressui qui humante rationis progres­ qu’elles sont le plus souvent empruntées à la philoso­ sioni respondeat, n. 1703, ainsi que par la définition phie courante d une époque, elles contiennent presque solennelle du concile de Vatican : Neque enim fidei | toujours quelque imperfection et sont par conséquent doctrina quam Deus revelavit, velut philosophicum susceptibles d’amélioration. inventum proposita est humanis ingeni is perficienda, 2. De nouvelles formules dogmatiques peuvent être sed tanquam divinum depositum Christi sponsæ tra­ particulièrement nécessaires pour défendre plus effi­ dita, fideliter custodienda et infallibililer declaranda. cacement la doctrine chrétienne contre de nouvelles erreurs exigeant des explications ou des précisions Sess. III, c. iv, n.1800. nouvelles. S. Thomas, Sum. theol., 11“ II®, q. i, 3° En réponse aux objections rationalistes nous ferons a. 10, ad l”m. De la part de l’Église l’emploi de telles observer que l’immutabilité substantielle des dogmes expressions est une nécessaire conséquence de sa chrétiens proposés par l’Église à notre foi, n’est point divine mission d’enseigner intégralement la révé­ inconciliable avec l’autonomie qui appartient vraiment lation chrétienne aux fidèles de tous les temps, dans aux sciences humaines, ni avec leur progrès légitime. la mesure et de la manière exigées par leur bien spi­ Car, s’il est vrai que toutes les sciences humaines, même rituel. C’est ce que signifie implicitement le concile du les sciences critiques, doivent être subordonnées à la Vatican, déclarant simplement que le dépôt de la révé­ direction intellectuelle des dogmes, en tout ce qui con­ lation chrétienne confié à la garde vigilante de l’Eglise cerne la vérité révélée et ce qui a avec elle une néces­ n’est sujet à aucun perfectionnement humain : neque saire connexion, comme l’enseignent Pie IX dans sa enim fidei doctrina quam Deus revelavit, velut philo­ lettre à l’archevêque de Munich du 21 décembre 1863, sophicum inventum proposita est humanis ingeniis Denzinger-Bannwart, Enchiridion, n. 1683, et dans la perficienda. Sess. 111, c. iv. Le concile n’écarte aucu­ condamnation de la proposition 14« du Syllabus : Phi­ nement le perfectionnement accompli ou sanctionné losophia tractanda est nulla supernaturalis revelatio­ par l’Église dans la sphère de son autorité; il réprouve nis habita ratione, et Léon XIII dans l’encyclique simplement tout perfectionnement accompli par le Immortale Dei du 1" novembre 1885 et dans l’encyclique travail de la raison humaine, s’exerçant indépendam­ Libertas du 20 juin 1888, il est non moins vrai que ces ment de l’autorité de l’Église. sciences gardent toujours leur autonomie en tout ce qui n’a point de connexion nécessaire avec le dogme, 3. Quant à la manière de réaliser ce perfectionne­ particulièrement en ce qui concerne leur méthode ment, rien n’empêche qu’avant d’être définitivement propre et leur genre particulier de preuve, comme l’attes­ approuvé par l’Eglise, il soit d’abord préparé, pendant tent cette définition déjà citée du concile du Vatican : Nec un temps plus ou moins long, dans les écrits indivi­ duels des Pères ou des théologiens. Il suffit que l’Église, sane Ecclesia vetat ne hujusmodi disciplines in suo quœque ambitu propriis utantur principiis et propria par sa définition dogmatique, approuve, en se l’appro­ methodo, sess. Ill, c. iv, et cette déclaration de Léon XIII priant, le travail antérieurement élaboré. Nous en dans l’encyclique Libertas du 20 juin 1888 : Denique constaterons bientôt plusieurs exemples manifestes. praetereundum non est immensum patere campum in 4. Enlin rien ne s’oppose à ce que l’Église, dans quo hominum excurrere industria, seseque exercere l’avenir des siècles, perfectionne encore les formules ingenia libere queant, res scilicet, quæ cum doctrina déjà choisies par elle pour exprimer la doctrine chré­ fidei morumque Christianorum non habent necessa­ tienne. Car le droit de l’Eglise n’est point nécessai­ riam cognationem, vel de quibus Ecclesia, nulla adhi­ rement lié par le premier usage qu’elle en a fait. Il est bita sua auctoritate, judicium eruditorum relinquit simplement requis qu’elle garde immuablement lesens integrum ac liberum. D’ailleurs, suivant tous ces des dogmes précédemment définis, concile du Vatican, mêmes documents, des faits constants démontrent que sess. 111, c. iv, et que, pour éviter ledanger qui pour­ la nécessaire subordination des sciences humaines à rait naître de fréquentes modifications non motivées, la direction intellectuelle des dogmes, en même temps elle agisse ainsi seulement pour de très graves raisons qu’elle respecte intégralement leur autonomie normale, et dans la mesure strictement nécessaire. est pour elles une précieuse sauvegarde contre les 2» En fait, l’histoire des dogmes montre ce perfec­ entraînements ou les sollicitations de l’erreur. tionnement dans les formules dogmatiques, d’abord Toutes ces conclusions s’appliquent aussi en toute réalisé, souvent d’une manière assez lente, par les vérité aux relations entre le dogme et la critique, Pères et les théologiens, puis utilisé et définitivement pourvu que les deux conditions exigées par le concile sanctionné par le magistère de l’Eglise, sans qu’aucune du Vatican soient réalisées : que les dogmes de foi atteinte soit portée à l’identité substantielle du dogme, soient fidèlement compris et exposés selon la pensée et aussi sans que se rencontre un seul exemple bien de l’Eglise, et que du côté des sciences humaines l’on caractérisé de modification postérieurement introduite ne considère point de simples opinions comme des par l’Église dans les formules déjà adoptées par elle. données certaines de la raison. Sess. III, c. iv. Ainsi œ) les termes substantia, natura, persona, D’ailleurs, nous ne devons point oublier que s’il y a introduits dans le langage théologique par Tertullien une science critique vraiment digne de ce nom, loya­ pour exprimer les augustes mystères de la trinité et lement soumise à l’enseignement révélé et à l’autorité de l’incarnation, A. d’Alès, La théologie de Tertullien, de l’Église, possédant tous les droits que nous venons Paris, 1903, p. 81 sq.. sont bientôt universellement de revendiquer et digne d’être favorisée dans son pro­ auoptés chez les Latins. Chez les Grecs, les mots grès si légitime, il y a aussi une critique indépendante ούσία et ύπόστασις, d’une signification d’abord assez et insoumise dont le progrès, fatal à la raison en même indécise, sont employés pour la première fois par saint temps qu’à la foi, doit être énergiquement réprouvé et Basile dans le sens très précis des termes latins substan­ combattu, suivant les enseignements de Léon XIII dans tia et persona. Epist., xxxvm et ccxxxvi, n. 6, P. G., l’encyclique Providenlissimus Deusdu 18novembre 1893 t. xxxti, col. 325 sq., 884; Contra Eunomium, 1. II. et surtout ceux de Pie X dans l’encyclique Pascendi n. 28; 1. IV, η. 1 sq., P. G., t. xxix, col. 637 sq., du 8septembre 1907. Voir Critique, t. lit, col. 2332 sq. 689 sq. Cette signification, bientôt communément ni. l’immutabilité substantielle des dogmes adoptée chez les Grecs, est notamment employée par PROPOSÉS PAR L’ÉGLISE ET LA MUTABILITÉ DES FOR­ saint Cyrille d’Alexandrie dans ses célèbresanalhémaMULES dogmatiques. — 1° En droit. — 1. Dès lors tismes. Des écrits des Pères elle passe bientôt dans le que les formules dogmatiques employées par les Pères langage des conciles. Le concile de Nicée en 325 avait et les théologiens expriment habituellement les dogmes encore employé le mot ύπόστασι; comme synonyme de 1605 DOGME 1606 ούσ a. Benzinger-Bannwart, Enchiridion, η. 54. Ce jusqu’à Pierre Lombard. Avec Pierre Lombard com­ sens esl désormais abandonné. Le concile de Chalcémença la distinction bientôt classique entre sacramen­ doine attache définitivement au terme νπόστασις la tum et res. Sent., 1. IV, dist. IV, n. 1, P. L., t. cxctl, signification de personne et à φύσις celle de nature. I col. 846. Puis au χπι· siècle, surtout avec saint Thomas, Enchiridion, n. 148. les termes materia et forma deviennent les termes Terminologie fidèlement conservée par les conciles communs sous lesquels on désigne par analogie les subséquents, notamment par le V' et le VI® concile de parties constitutives du sacrement. Langage bientôt Constantinople. Enchiridion, n. 213 sq., 289 sq. On adopté dans les documents ecclésiastiques, notamment sait d'ailleurs que le concile de Nicée avait antérieu­ dans le décret ou instruction pratique d'Eugène IV rement consacré l’usage du terme όμοούσιος pour pro Ormenis, Denzinger-Bann wart, Enchiridion, η. 695, exprimer la divinité du Verbe et sa parfaite égalité et dans la session XIV, c. Il, du concile de Trente ou il avec le Père, et que le mot Οεοτόζος avait été approuvé est rappelé que l’essence de tout sacrement consiste par le concile d’Éphése pour signifier la maternité dans la matière et la forme. — c. Le mot character, divine de Marie. employé par saint Augustin pour exprimer le signacu­ b) Le terme satisfactio, pour la première fois em­ lum ou σφράγις provenant de certains sacrements, ployé par saint Anselme, Cur Deus homo, 1. I, c. XI, Epist., clxxiii, n. 3; clxxxv, n. 23, P. L., t. xxxm, P. L., t. CLVin, col. 376, pour exprimer l’œuvre ré­ col. 754, 803; Contra epistolam Parmeniani, 1. Il, demptrice accomplie par Jésus-Christ, fut bientôt con­ n.29,P. L.,t. xMii,col. 71, fut après lui communément sacré par l’usage théologique et admis dans les docu­ usité en ce même sens, d'ailleurs plus complètement ments ecclésiastiques, notamment dans les définitions défini par les théologiens scolastiques. Voir Caractère du concile de Trente. SACRAMENTEL. Un peu plus tard ce terme reçut la con­ En même temps les théologiens formulèrent plus sécration ecclésiastique, notamment dans le décret nettement la distinction entre la rédemption univer­ Ad Armenos, loc. cit., et dans plusieurs définitions du selle pro omnibus quantum ad suffidentiam, licet concile de Trente. Sess. VI, can. 9; sess. XXIII,can. 4. non quantum ad efficientiam, S. Thomas, In Epist. ad d. Pour les sacrements en particulier nous nous Pomanos, c. v, lect. v, et In I Tim., c.nject. i,Opera, bornerons à noter ici l’usage du terme transsubstanLome, 1570, t. xvt, fol. 18,177, formule postérieure­ lialio employé pour la première fois par Hildebert de ment introduite dans les définitions du concile de Tours (f 1137), Semi., xcm, P. L., t. clxxi, col. 776. Trente. Sess. VI, c. il, m. pour mieux exprimer la doctrine catholique en face c) La terminologie sacramenlaire reçut aussi un des négations de Bérenger de Tours, puis bientôt con­ perfectionnement considérable, a. Les formules théolo­ sacré par l’usage de l’Église au IV· concile de Latran, giques exprimant l'efficacité des sacrements furent, à Denzinger-Bannwart, Enchiridion, n. 430, et dans la l’occasion de l’erreur des donatistes, bien améliorées confession de foi de Michel Paléologue qui lui fut pro­ par saint Optât de Milèveet surtout par saint Augustin, posée par Clément IV en 1267 et que l’empereur pré­ distinguant plus nettement entre la réception valide et senta lui-même à Grégoire X au IIe concile de Lyon en la réception licite du sacrement, entre la grâce et le 1274. Enchiridion, n. 465. Cette formule fut aussi caractère, et montrant plus explicitement que l’effet du adoptée par le concile de Trente. Sess. XIII, c. iv et sacrement vient de ce que le rite sacramentel est can. 1,2. accompli au nom de Jésus-Christ et avec son pouvoir. Dans tous les cas particuliers que nous venons de Pourrai, La théologie sacramentaire, Paris, 1907, signaler, en même temps que l’on constate, à travers la p. 118. A la fin du xiu° siècle, à la suite de plusieurs diversité des formules, l'identité substantielle du dogme controverses relatives aux ordinations simoniaques ou révélé, on peut facilement s'assurer qu’en fait l’Eglise aux sacrements conférés par des ministres indignes, on n'a jamais modifié dans la suile des siècles une formule commença à distinguer entre le rite sacramentel luiprécédemment adoptée par elle. même, opus operatum,» la production duquel est atta­ Nous pouvons donc conclure que, si une telle modi­ chée la vertu de Jésus-Christ prêtre principal et fication de la part de l’Eglise n’est pas théoriquement i action personnelle du ministre, opus operans. Pierre invraisemblable, elle est pratiquement peu probable. si de Poitiers, Sent., L V, c. vi, P. L., t. ccxi, col. 1235. l’on en juge d’après l'histoire des siècles passés. < ne La formule ex opere operato, déjà mentionnée et se rencontre pas un seul fait bien caractérisé de u... iîlication réelle apportée par l’Église à des formules approuvée par saint Thomas, In 1V Sent., 1. IV, dist. I, q. i, a. 5, fut bientôt unanimement acceptée par les dogmatiques précédemment adoptées par elle. théologiens pour exprimer que les sacrements pro­ VI. Progrès accidentel dans la connaissance et duisent réellement la grâce qu’ils signifient, à moins LA PROPOSITION DES DOGMES CHRÉTIENS. — l°Ce progrès doit être, à toutes les époques de l'histoire de l’Église, •pie le sujet n'y mette obstacle, bien que les théolo­ giens scolastiques des diverses écoles aient interprété une conséquence de la mission que Jésus-Christ a confiée à son Église d’enseigner et d’expliquer aux dilléreminenl le mode de production signifié par ces paroles. Un peu plus tard, le concile de Trente, dans fidèles de tous les temps les vérités révélées et de les sa définition solennelle de l’efficacité des sacrements, défendre contre de multiples et incessantes attaques. adopta la formule ex opere operato, sans identifier sa Car une telle mission ne peut s’accomplir sans quelque doctrine avec aucune des opinions adoptées par les di­ développement ou progrès dans l’énonciation ile 1. nverses écoles théologiques. Sess. VII, De sacramentis seignement révélé. Il était d'ailleurs inévitable que. sous l'impulsion d'erreurs nouvelles ou de ).es ins «n genere, can. 8. nouveaux, on analysât plus soigneusement le dogme b. Les formules théologiques exprimant les éléments révélé et que l’on y reconnût plus clairement iù s ■ — constitutifs des sacrements subirent aussi diverses mo­ rités jusque-là plus obscurément perçues. I>\m ·!··. a difications. Saint Augustin avait déjà distingué dans le encore résulter, avec l'approbation de l’Église, nu pro­ signe sensible ou sacramentum, distinct de la virtus grès considérable dans l’énonciation des dogmes •aeramenti, deux éléments constitutifs dont l’union constitue le sacrement : elementum ou verbum, l’objet révélés. matériel et la parole. InJoannis Evangelium, tr. LXXX, 2° Mais la vérité théologique du développement dog­ n. 3, P. L., t. xxxv, col. 1840. Quel qu’ait été le sens matique ne nous suffit pas. Nous devons le constater attribué par saint Augustin au mot verbum et les in­ historiquement dans les documents authentiques, pour terprétations des auteurs du XIe et du xn· siècle, il est en étudier ensuite la nature intime. Toutefois nous certain que cette terminologie fut communément usitée bornerons nos investigations actueUes au progrès uans 1607 DOGME les dogmes cnrétiens définis par l’Église comme révé­ lés, sans atteindre directement le développement doc­ trinal des vérités non proposées comme révélées. 1. FAIT HISTORIQUE DE CE PROGRÈS DEPUIS LA FIN DE LA PÉRIODE APOSTOLIQUE JUSQU'A L’ÉPOQUE ACTUELLE. — t» Nous commençons ce cadre historique à la fin de la période apostolique, car c’est alors seulement que la promulgation de la révélation chrétienne reçut sa pleine consommation. Billot, De virtutibus infusis, Rome, 1901, p. 252. C’est l’enseignement du concile de Trente, déclarant absolument que la vérité, enseignée par.Jésus-Christ et transmise par les apôtres, est conte­ nue dans les livres inspirés et dans les traditions non écrites reçues de Jésus lui-même par les apôtres ou communiquées parle Saint-Esprit aux apôtres et trans­ mises par eux à l’humanité chrétienne. Concile de Trente, sess. IV, Decret, de canonicis Scripturis. C’est d'ailleurs une conséquence de l’inspiration des écrits du Nouveau Testament et de la mission spéciale du Saint-Esprit pour enseigner aux apôtres toute vérité. Joa., xtv, 26; xvt, 13. 2° En commençant notre esquisse à la fin de l’âge apostolique, nous ne voulons point écarter pendant cette période tout développement dogmatique aussi justifiable à cette époque qu’à toute autre. Mais nous nous abstenons de toute investigation dans ce sens, parce que les documents que nous possédons ne nous permettent point de distinguer nettement ce qui pour­ rait être un développement dogmatique, de ce qui est ou peut être une tradition provenant de l’enseigne­ ment oral de Jésus-Christ, ou d’une manifestation spé­ ciale du Saint-Esprit, selon la définition précitée du concile de Trente. Pour les mêmes raisons, nous n’avons aucunement la prétention de déterminer le contenu précis ou la formule exacte de l'enseignement explicite de l’Église au moment où se clôt l'âge aposto­ lique. Nous nous bornerons à mentionner ce qui, d’après la comparaison des documents écrits des di­ verses époques tels que nous les possédons actuelle­ ment, atteste clairement ou suppose évidemment, â un moment donné de l’histoire, un progrès dans l'énon­ ciation ou la proposition officielle des dogmes catho­ liques. lr« période, depuis la fin de l’ère apostolique jus­ qu’au commencement du ivc siècle. — 1. La principale caractéristique négative de cette période, c’est que l’on ne rencontre point de nouvelle définition dogmatique bien explicite, à s’en tenir du moins aux documents que nous possédons actuellement. Plusieurs erreurs, il est vrai, furentalors réprouvées par l’Église, notamment les diverses erreurs gnostiques, 1 montanisme, Tunitarisme de Théodote de Byzance et de celui de Paul de Samosate, le patripassianisme de Sabellius et le novatianisme, condamnés par plusieurs papes et par plusieurs conciles. Mais ces condamnations consistèrent plutôt en une ré­ probation de doctrine et dans une exclusion de l’Église, qu’en une définition explicite. 11 en fut de même pour la condamnation de plusieurs pratiques abusives, comme la pratique de renouveler le baptême des hérétiques. Ici encore, selon nos documents actuels, l’Église, sans faire aucune déclaration doctrinale bien explicite, ne fit guère que condamner la nouvelle pratique, au témoi­ gnage de saint Cyprien de Carthage et de Firmilien de Cappadoce qui nous ont conservé la réponse du pape saint Étienne. Voir Baptême, t. n, col. 227. 2. La principale caractéristique positive de toute cette période est un progrès notable dans l’affirmation ou la manifestation de diverses pratiques en usage universel dans l’Église et contenant ou supposant la croyance à quelque dogme, comme l’administration de chacun des sacrements déjà bien attestée à cette époque, la sou­ mission habituelle à l’évêque de Rome, impliquant évi­ demment sa primauté effective et même son infaillible 1608 magistère, l’exclusion constante de l’Église, prononcée contre quiconque n’accepte point la doctrine intégrale prêchée par l'autorité ecclésiastique au nom de JésusChrist, la célébration habituelle du saint sacrifice de la messe pour les fidèles morts en communion avec l’Eglise, l'invocation de la sainte Vierge et des saints, l’habitude d’exiger des candidats au baptême une formelle adhé­ sion au symbole intégral, et beaucoup d'autres pratiques connexes dont l’histoire détaillée est mentionnée aux articles spéciaux. Si l’évidence plus grande dont ces pratiques sont alors entourées n’est point par elle-même une démonstration péremptoire de progrès dogmatique, elle fournit cependant un indice très important, quand on la considère conjointement avec le développement doctrinal que nous allons constater chez les Pères de cette époque. 3. Mais si aucune nouvelle définition bien explicite n’apparaît pas pendant toute cette période, on observe ce­ pendant chez les principaux Pères un travail considé­ rable de préparation dogmatique, qui devait puissam­ ment contribuer aux définitions explicites des siècles suivants. Nous noterons particulièrement : a) Le progrès ac­ compli, surtout par saint Irénée et Tertullien, dans l'ex­ posé de l’argument théologique de tradition, si inti­ mement lié avec le dogme de l'immutabilité substan­ tielle de la doctrine confiée par Jésus-Christ à ses apôtres, pour être par eux fidèlement transmise jusqu’à la consommation des siècles. S. Irénée, Cont. hær., 1. 111, c. ut, n. 1 et 2; c. tv, n. 1, P. G., t. vu, col. 848 sq., 855; Tertullien, De præscript., c. xxt, xxitt, xxvi, xxxvi, P. L., t. n, col. 33, 34, 36, 38, 49; Origène, De princip., præf., n. 2, P. G., t. xi, col. 116. b) Le progrès accompli surtout par saint Cyprien dans l'exposition du concept de l'unité de l’Église et de la primauté effective du pontife romain successeur de Pierre. L’unité de l’Église, incidemment ou implici­ tement affirmée par saint Ignace, saint Irénée, Tertul­ lien, Clément d’Alexandrie et Origène, est formellement énoncée par saint Cyprien et appuyée sur l'institution de Jésus-Christ, conférant d’abord à Pierre seul tout le pouvoir qu’il devait ensuite communiquer aux autres, dépendamment de Pierre. De catholicæ Ecclesiæ uni­ tate, tv, P. L., t. iv, col. 499 sq. La primauté effective du pontife romain précédemment indiquée par saint Irénée, Cont. hær., 1. Ill, c. m, n. 2, P. G., t. vu, col. 848 sq., et Tertullien, De præscriplionibus, c. xxxvi, P. L., t. u, col. 49, est plus explicitement formulée par saint Cyprien, De habitu virginum, x, P. L., t. IV, col. 449; De uni­ tate Ecclesiæ, tv, P. L., t. tv, col. 500; Epist., xuv, n. 3, P. L., t. m, col. 710 sq.;Ll, n.8, col. 772 sq. ; liv, n. 14, col. 818 sq. ; i.xvt. n. 2 sq., col. 993 sq.; t.xix, n. 8. P. L., t. tv, col. 406; lxxi, col. 410; i.xxn, n. 3, P. L., t. in, col. 1050:lxxiii, n. 7, 11, col. 1114,1116; De exhortatione martyrii ad Fortunatum, xi, P. L., t. iv, col. 668, bien que la nature du pouvoir inhérent à cette primauté ne soit pas nettement précisée dans l'ensemble des écrits de l'évêque de Carthage. Voir Cyprien, t. m, col. 2468 sq. Aussi doit-on rejeter la thèse très téméraire de M. Turmel dans son récent ouvrage, Histoire du dogme de la papauté des origines à la fin du i v· Siècle, Paris, 1908, rejetant finalement tout témoignage vraiment dé­ monstratif de la primauté effective du pape avant la fin du IVe siècle. E. Portalié, Études religieuses du 20 août et du 5 septembre 1908, p. 525, 606 sq. c) Le progrès accompli dans les affirmations doctri­ nales relatives aux sacrements, notamment aux sacre­ ments de baptême, d’eucharistie et de pénitence. Saint Justin avait déjà parlé plus explicitement que ses devan­ ciers du sacrement de baptême, dont il nous fait con­ naître les éléments constitutifs, les effets et les céré­ monies principales. Apol., 1, n. 61 sq., P. G., t. vi, 1609 DOGME col. 420 sq. Saint Cyprien est encore plus explicite. Il mentionne formellement le baptême par infusion comme permis en cas de maladie, Epist., LXXVI, 12, P. L., t. m, col. 1147 sq., ainsi que le baptême des enfants aussitôt après leur naissance, Epist., lix, n. 3sq., col. IO15sq.;en même temps il donne une plus complète description de l’administration de ce sacrement. Epist., lxx, 2; lxxvi, 7, P. L., t. in, col. 1040 sq., 1143 sq. Quelque progrès se manifeste aussi relativement à I nonciation du dogme de l’eucharistie. Saint Justin avait mentionné explicitement la présence réelle de Jésus-Christ dans l’eucharistie en même temps que le sa­ crifice eucharistique et la communion. Apol., 1, n. 65 sq., G., t. vi, col. 428 sq.; Dialog, cum Tryph., n. 41, 117. col. 564, 745 sq. Saint Cyprien est encore plus formel sur la présence réelle, Epist., x, 1; tvi, 9, P. L., t. iv, col. 254, 357; Epist., lxxvi, 6, P. L., t. ni, col. 1142; De lapsis, 16, P. L·., t. iv, col. 479; De ora­ tione dominica, xvin, col. 531 sq., et sur le sacrifice eucharistique, Epist., lxih,4, P. L., t. iv, col. 372 sq., qui est offert pour les vivants et pour les défunts. Epist., lx, 4; lxvi, 2, P. L., t. iv, col. 362, 399. Un progrès se manifeste aussi dans l’exposition du dogme de la péni­ tence. Terlullien, avant son adhésion au montanisme, avait, en décrivant la pénitence publique, indiqué assez clairement son caractère sacramentel et le pouvoir d’absoudre conféré aux prêtres. De pænit., IV sq. ; IX sq., P. L., t. f, col. 1233 sq.; A. d’Ales, La théologie de Tertullien, p. 344sq. Saint Cyprien mentionne explicitement le pouvoir d’absoudre et la confession faite aux prêtres non seulement pour les péchés passibles de la péni­ tence publique, mais encore pour les fautes moins graves. Epist., xi, 2; xn, 1; De lapsis, xvi, xxvm, xxix, L., t. iv, col. 257, 259, 479, 488 sq. 2· période, depuis le commencement du IV· jusqu’au XH· siècle. — Celte période est surtout caractérisée parde nombreuses délinitions nouvelles, où se mani­ festent plus complètement ou plus clairement plu­ sieurs vérités jusqu’alors implicitement contenues dans quelque autre vérité expressément enseignée comme révélée. Nous signalerons particulièrement les délini­ tions sur la grâce et sur le péché originel, portées par le II· concile de Milève en 402, et par le concile de Carthage en 418 et spécialement approuvées par les papes saint Innocent 1er et saint Zosime, DenzingerBannwart, Enchiridion, n. 101 sq.; les enseignements sur la grâce ultérieurement donnés par saint Céles­ tin Ier dans sa célèbre lettre aux évêques de Gaule contre les erreurs des semipélagiens. n. 129 sq., voir Célestin Ier, t. n, col. 2052 sq., et par le II· concile d Orange en 529, n. 174 sq.; les déclarations positives sur la primauté effective et le magistère infaillible du pontife romain, contenues dans le formulaire de foi prescrit par le pape saint Hormisdas aux évêques orientaux, n. 171 sq., dans les décrets ou lettres dog­ matiques du pape saint Nicolas I”r, n. 326, 332, et dans la lettre de saint Léon IXà Michel Cérulaire, n. 351 sq.; renseignement formel du VIIIe concile œcuménique sur l’unité de l’âme humaine, n. 338, et celui du symbole de foi de saint Léon IX sur le fait de la créa­ tion de l’âme humaine par Dieu, n. 348; enfin les défi­ nitions portées contre Origéne, n. 203 sq., contre les priscillianistes, n. 531 sq., contre les monothélites, n. 289sq., contre les iconoclastes, n. 302 sq., et contre les adoptianistes, n. 309 sq. · 3" période, du xn· au xvi· siècle, troublée par un nombre très restreint d’erreurs et cependant marquée par plusieurs définitions nouvelles, donnant un exposé plus complet du dogme catholique. Nous mentionne­ rons particulièrement ia définition du deuxième concile de Lyon en 1270 sur la procession du Saint-Esprit ex Paire et Filio, Denzinger-Bannwart, Enchiridion, n. 460, la déclaration de Benoit XII sur le moment 1610 auquel les âmes entièrement pures ou purifiées com­ mencent à jouir de la vision béatifique, n. 530. voir Benoît XII, t. n, col. 669 sq.; la définition du IV» concile de Latran sur la présence réelle et la transsubstantiation, n. 430; l’enseignement du concile de Florence sur la primauté effective du pontife romain, n. 694, et sur la nécessité d’appartenir à l’Église catholique pour obtenir le salut, n. 714; la définition du concile de Vienne sur l’âme, forme sub­ stantielle du corps humain, n. 481; et plusieurs décla­ rations de l’Eglise sur les sacrements, notamment sur le baptême au IV” concile de Latran. n. -430, et au con­ cile de Vienne, n. 482 sq., et dans le célèbre décret d’Eugène IV Ad Armenos, n. 696;*sur la transsubstan­ tiation et les accidents eucharistiques au IV" concile de Latran, n. 430, et au concile de Constance, n. 581 sq., sur les sacrements de pénitence, d’extrême-onction, d’ordre et de mariage, dans l’instruction Ad Armenos, n. 699 sq. 4®période, du XV1· siècle à l’époque actuelle, période dans laquelle l’Église oppose à de nouvelles et plus fondamentales erreurs de nombreuses et importantes définitions, proposant d’une manière plus explicit·· des vérités moins clairement proposées jusqu’alors. Nous signalerons particulièrement les délinitions plus com­ plètes portées par le concile de Trente sur l’autorité de l’Écrilure et de la tradition, sess. IV; sur la consti­ tution de l’homme dans l’état surnaturel et sur le péché originel, sess. V; sur la liberté humaine, la jus­ tification, la grâce sanctifiante, les vertus surnaturelles et le mérite surnaturel, sess. VI; sur les sacrements en général et sur chacun d’eux en particulier, sess. VU sq., et beaucoup d’enseignements plus explicites du Saint-Siège résultant de condamnations formelles portées parles souverains pontifes contre leserreursde Baius, Denzinger-Bannwart, Enchiridion, n. 1001 sq., contre 101 propositions extraites de Quesnel, η. 1351 sq., et contre les assertions erronées des jansénistes de Pistoie, n. 1501 sq. Au XIX® siècle, mention particulière doit être faite des enseignements très explicites du saint-siège sur les relations entre la raison et la foi, particulièrement contre les erreurs de Hermès et de Gûnther, dans plusieurs lettres ou encycliques de Grégoire XVI et de Pie IX, n. 1618 sq., 1634 sq., 1655 sq.. 1666 sq., 1679 sq., dans le Syllabus, n. 1708 sq., et dans le con­ cile du Vatican, n. 1795 sq. ; de la définition dv-m ai-iue de l’immaculée conception de la très sainte Vierge Marie par Pie IX dans la bulle Ineffabilis Deus du 8 décembre 1854; des définitions portées par le concile du Vatican sur l’inspiration des Ecritures, sur la foi, sur l’Église, sur la primauté effective du pape et sur son magistère infaillible, et plusieurs enseignements dogmatiques proposés par Léon XIII à tous les fidèles, par exemple sur le mariage chrétien, sur l’origine du pouvoir civil, sur l’Église et sur ses relations avec la société civile. Dans cette courte esquisse contenant d’ailleurs, avec beaucoup de définitions dogmatiques nouvelles, de simples déclarations doctrinales sur des matières appartenant indirectement au dépôt de la foi, il n’est point nécessaire que nous distinguions, avec une minu­ tieuse exactitude de détail, entre ce qui est simple progrès dans l’expression ou dans la formultique, et ce qui est un véritable développement dogma­ tique d’une vérité jusque-là crue ou enseignée d’une manière simplement implicite. Ce travail sera apli, aulant qu’il est possible de le faire, dans l’étude particulière de chacun des dogmes révélés. 11 nous suffit présentement de retenir, comme soli­ dement prouvée par plusieurs des faits précités, cette conclusion très certaine que, dans toute l’histoire de l’Église, se rencontrent des exemples bien caractérisé 1611 DOGME de progrès dogmatique, accompli non seulement dans l’expression ou dans la formule, mais encore dans une vérité plus explicitement crue ou enseignée, après une période plus ou moins longue de croyance ou d'ensei­ gnement moins explicite. On doit considérer comme tels, non seulement les dogmes récemment proclamés de l’immaculée conception de la bienheureuse Vierge Marie et de l’infaillibilité pontificale, mais encore quelques dogmes plus anciens, définis à diverses époques, et que nous rencontrerons bientôt. II. OCCASIONS ET FACTEURS PRINCIPAUX DE CE PRO­ selon la teneur des documents historiques. — 1° Occasions de ce progrès. — Les documents histori­ ques, démontrant le fait d’un progrès dogmatique, attestent en même temps l’existence de trois occasions principales, dont le mode d'influence a été très varia­ ble selon les diverses circonstances de personne, de sujet, de temps ou de milieu. — 1. Influence occasion­ nelle des hérésies. — A. C’est un fait constant que chaque erreur ou hérésie nouvelle, en forçant les défen­ seurs de la foi catholique à scruter et à analyser plus minutieusement l’enseignement catholique et à l'étudier plus attentivement dans l’Écriture et dans la tradition, a toujours puissamment contribué à son élucidation plus parfaite et à sa plus complète exposition. — a. Ainsi à la fin dum«et au commencement du iv« siècle, après lesdi verses erreurs unilariennes de Théodote de Byzance, de Paul de Samosate et de Sabellius, après les affir­ mations subordinatiennes émises d’une manière plus ou moins complète par plusieurs auteurs du II* et du ni· siècle, et en face de l’hérésie naissante d’Arius, les défenseurs de la foi catholique, particulièrement saint Alexandre,évêque d’Alexandrie,et saint Athanase, furent contraints de préciser les formules exprimant la nature du Verbe divin, sa distinction du Père, sa génération éternelle el sa consubstantialité avec le Père. Les expres­ sions apparemment favorables au subordinalianisme. assez fréquentes chez les Pères du il· et du ni’ siècle que l’on doit cependant reconnaître comme substan­ tiellement orthodoxes sur les points principaux du dogme Irinitaire, furent dès lors complètement aban­ données. L’expression όμοούσιος, précédemment con­ damnée, au sens sabellien ou modaliste de Paul de Samosate, par un concile d’Antioche en 269 et employée depuis par le pape saint Denys en un sens orthodoxe contre l’erreur subordinatienne, Hefele, Histoire des conciles, Irad. Leclercq, Paris, 1907, t. I, p. 202 sq., 434 sq., fut choisie comme plus apte à exprimer la consubstantialité du Eils avec le Père, en même temps que la distinction des personnes, et délinitivement approuvée par le I»·· concile de Nicée en 325. Depuis celte époque, les expressions subordinatiennes dispa­ raissent entièrement chez les auteurs orthodoxes. Ce progrès dans l’énonciation du dogme trinilaire, à l'occa­ sion de l’hérésie arienne, est spécialement signalé par saint Augustin. Enarratio inps. Liv, n.22, P. L., t. xxxvi, col. 6i3. — b. Au v· siècle, les erreurs pélagiennes aidèrent au développement du dogme du péché originel. La transmission du péché originel à tous les enfants d’Adam avait été affirmée d’une manière plus ou moins explicite par les auteurs des n», in’ et tve siècles, anté­ rieurs à saint Augustin, notamment par ceux que men­ tionne l’évéque d’Hippone dans son Contra Julianum, 1. I, c. m sq., P. L., t. xi.iv, col. 643 sq. Mais la plupart de leurs affirmations présentent encore un caractère incomplet, surtout à cause des préoccupations domi­ nantes chez ces auteurs, de mettre en garde contre les erreurs alors particulièrement dangereuses du gnosti­ cisme, du manichéisme ou de l’origénisme et qui exi­ geaient que l’on mit en relief l’absence de corruption de l’homme par nature, ou l’absence de faute, c’est-àdire de faute personnelle, avant l’existence actuelle. Schwane-Degert, Histoire des dogmes, 2e édit., Paris, GRES, 1612 1903, t. tu, p. 32 sq. Tandis que ces auteurs avaient plutôt indiqué le côté pénal ou afflictif de la faute ori­ ginelle, saint Augustin, dans sa lutte contre Julien d’Éclane et ses partisans, fut amené à mettre principa­ lement en relief l’aspect moral de la faute du genre humain en Adam. Non content de montrer les consé­ quences qu’elle entraîne pour toute la postérité d'Adam, il expliqua comment elle est, dans chaque individu, une transgression moralement imputable, non par une rébellion actuelle de la volonté, mais par quelque dépen­ dance de la volonté d'Adam chef de l’humanité, et quel rôle la concupiscence joue dans la transmission du péché originel. Voir Augustin, t. I, col. 2394 sq. Les souverains pontifes, en approuvant les conciles tenus en Afrique à cette époque, Denzinger-Bannwart, Enchiri­ dion, n. 101 sq., ou en enseignant directement la doc­ trine catholique sur ce point, comme dans la lettre de saint Célestin Iar aux évêques de Gaule en 431, Enchi­ ridion, n. 130 sq., choisirent dans la doctrine de saint Augustin ce qu’ils jugèrent être l’expression exacte du dogme, en omettant certaines explications secondaires concernant surtout le rôle de la concupiscence dans la transmission du péché originel. Ces explications que les théologiens scolastiques n’écartèrent point entière­ ment, ne disparurent effectivement qu’après les défini­ tions plus explicites du concile de Trente et la con­ damnation des erreurs de Baius et des propositions jansénistes. — c. Aux v· et vr siècles, les erreurs péla­ giennes et semipélagiennes aidèrent aussi au dévelop­ pement du dogme de la grâce. Les Pères antérieurs au v« siècle avaient substantiellement affirmé ce dogme, comme le prouvent les fréquents appels de saint Augus­ tin à leur témoignage. Mais Augustin dut, contre les négations pélagiennes et semipélagiennes, insister plus fortement sur ces deux points fondamentaux : nécessité de la grâce pour la rénovation ou régénération intime de l’âme et pour l’accomplissement des actions ou œuvres ayant quelque rapport direct avec le salut surnaturel, et gratuité absolue de cette grâce, dépassant essentiel­ lement tout mérite provenant des forces naturelles de la volonté humaine, ce qui est plus particulièrement vrai de la premièregrâced’illumination ou de conversion surnaturelle. En développant toutes ces affirmations doctrinales, solidement prouvées par l’Écriture e par la tradition des siècles précédents, Augustin mêle à l’expres­ sion du dogme catholique des opinions ou explications personnelles, particuliérement sur le mode d’efficacité de la grâce. L’Eglise,en approuvant la doctrine du grand docteur de la grâce, surtout par la confirmation spéciale donnée au IIe concile d’Orange tenu en 529, Denzinger, Enchiridion, n. 174 sq., laissa ce qui ne lui parut point apte à exprimer le dogme catholique et fit porter son enseignement uniquement sur la nécessité de la grâce pour tout acte surnaturel en rapport direct avec le salut et sur la stricte gratuité de cette grâce, â l’ex­ clusion de tout mérite naturel, particulièrement pour l’inilium fidei et le credulitatis affectus qui l’accom­ pagne. De ces définitions les théologiens déduisirent ulté­ rieurement de nouvelles conclusions qui préparèren’ les définitions plus complètes encore du concile de Trente, ainsi que les condamnations portées contre les . erreurs de Baius et des partisans de Jansénius. — d. Aux IVe el Ve siècles, les erreurs des rebaptisants et des donatistes furent, particulièrement chez saint Augustin, l'occasion d’une distinction plus marquée entre la vali­ dité des sacrements et leur efficacité. Jusqu’à l’évêque d’Hippone, on s’était à peu près borné à l’affirmation de la pratique de ne point rebaptiser, sans en donner la véritable raison. Saint Optat avait, il est vrai, montré que l’elT’et du sacrement ne vient pas du ministre ou operarius, mais de Dieu lui-même; toutefois il n’avait point expliqué ce que produit le baptême validement administré par un hérétique ou à un hérétique. Saint 4613 DOGME Augustin montre que l’effet produit n'est autre que le caractère du baptême qui, sans doute, ne produit point par lui-même la rémission des péchés, mais qui peut suffire pour la produire, dès lors que l'obstacle à la rémission des péchés est écarté par un vrai repentir. Contraepislolam Parmeniani,!. ll,c. xm, n. 29, P. L., t. XLin, col. 71; De baptismo contra donatistas, I. V, c. ΧΧΙΠ, n. 33; 1. I, c. xn, n. 18, col. 193, 119. Cette notion du caractère sacramentel, ainsi mise en évidence par le grand docteur africain du Ve siècle, et plus tard com­ plétée par les travaux théologiques des scolastiques du moyen âge, conduisit aux xv· et xvi» siècles aux décla­ rations positives du concile de Florence dans le décret Ad Armenos, Denzinger-Bannwart,Enchiridion, n.695, et à la définition du concile de Trente, sess. VII, can. 9. — e. De même les premières tentatives du schisme grec et sa consommation définitive amenèrent au ix* siècle et aux siècles suivants des définitions plus explicites sur la primauté effective du pontife romain. Nous citerons particuliêreinentlesdéclarationsdu pape saint Nicolas I·1, dans un synode romain en 863, Enchiridion, n. 326, et dans sa lettre à l’empereur Michel en 865, n. 332; la lettre du pape saint Léon IX à Michel Cérulaire, n. 351 ; et la définition du concile de Florence, n. 694·. Ces défi­ nitions furent d’ailleurs complétées par le concile du Vatican, sess. IV, qui détruisit les derniers restes du gallicanisme. — f. Comme dernier exemple, signalons sommairement les nombreuses définitions dogmatiques portées par le concile de Trente, à l'occasion des erreurs protestantes du xvi® siècle, notamment sur l'inspiration des Livres saints, sur le péché originel, sur la grâce sanctifiante, sur les sacrements, particuliè­ rement sur les sacrements de pénitence et de mariage, et sur le sacrifice de la messe : définitions qui, sur beaucoup de points, marquèrent un progrès considéra­ ble non seulement dans la formule mais encore dans le concept du dogme catholique, comme on le démon­ trera aux articles spéciaux. Notons toutefois que, pour tous les exemples précités, les définitions solennelles portées par l'autorité ecclé­ siastique ont été le plus souvent précédées, du moins pendant quelque temps, d'un enseignement ordinaire de l'Église proposant ces vérités comme devant être pratiquement crues par tous les fidèles, et qu’ainsi la définition ultérieure n’a bien souvent fait que déclarer d'une manière plus formelle ce que l’on croyait déjà auparavant. B. Tout en constatant, selon les documents histo­ riques, cette inlluence occasionnelle des hérésies, l'on doit remarquer qu’en fait elle ne fut régie par aucune loi uniforme relativement au développement dogma­ tique qui put en résulter. Ce développement dogma­ tique dépendit le plus souvent de la nature de l'erreur ou de l’hérésie, des circonstances particulières de son éclosion ou de sa propagation, de la manière dont la controverse fut conduite par les défenseurs de la vérité révélée et du mode d’intervention de l’autorité ecclé­ siastique; ce qu’il nous suffira de signaler brièvement d'après les exemples déjà indiqués. — a. Ainsi des hérésies attaquant des dogmes souverainement impor­ tants avec lesquels tous les autres ont une intime connexion, comme la trinité, l’incarnation, le péché originel et la grâce, conduisirent à des résultats dog­ matiques plus considérables qu’une controverse avec les iconoclastes ou avec les adversaires de l’immédiate possession de la vision béatifique pour l’âme suffi­ samment justifiée au moment de la séparation du corps. En même temps il est facile de constater que les défi­ nitions portées par l’Église sur des vérités très impor­ tantes furent, d’une manière très particulière, le point de départ de nouvelles déductions théologiques qui habituellement préparèrent des définitions ultérieures. — b. Le développement dogmatique résultant des con- i 1614 traverses avec les hérétiques dépendit aussi en très grande partie de la manière dont la question fut origi­ nairement posée des deux côtés, des arguments employés au cours de la controverse et des réponses ou distinc­ tions présentées par les défenseurs de la foi catholique. Ainsi, au ut· siècle, la controverse avec les rebapti1 sants, restreinte presque uniquement à la question de pratique universelle et constante dans l'Église, ne con­ duisit à aucun développement dogmatique. Au iv« siècle, la défense de la vérité catholique contre les rebaptisants amena saint Optai à affirmer, avec plus de netteté qu’on ne l’avait fait jusque-là, l’action simplement instrumen­ tale du ministre du sacrement; l’effet du sacrement provenant non de la sainteté du ministre mais de l'action divine par l'invocation de la sainte Trinité. De schismate donalistarum, 1. V, n. 4, P. L.,t. vi, col. 1051 sq. Ce I ne fut qu’un peu plus tard que saint Augustin montra dans la doctrine du caractère sacramentel la vraie solution du problème. Il indiqua nettement la différence entre la production du caractère baptismal résultant de toute administration valide du sacrement, même quand il est reçu par les hérétiques, et la production ou réception de la grâce supposant le repentir des péchés et la détestation de l’hérésie. Contra epist lam Parmeniani, 1. Il, n. 28 sq., P. L., t. xliii, col. 70sq. Cette doctrine du caractère sacramentel ainsi mise en lumière, du moins pour le sacrement de baptême, et complétée plus tard parles théologiens scolastiques du moyen âge, conduisit un peu plus tard aux définitions explicites du concile de Florence, Denzinger, Enchiri­ dion, n. 590, et du concile de Trente. Sess. VII, De sacramentis in genere, can. 9. Dans d’autres controverses, la question fut dès le début plus nettement posée, ce qui as“sura un résultat dogmatique plus prompt et plus complet. Qu'il nous suffise de rappeler· les éminents services ainsi rendus à la cause de la foi catholique par saint Athanase et par saint Cyrille d'Alexandrie dès le début des hérésies ariennes ou nestoriennes, ou par le pape saint Lçon le Grand, condamnant très promptement l’erreur d’Eutychès et formulant d’une manière précise l’enseigne­ ment catholique. c) Enfin l’influence occasionnelle des hérésies sur le développement du dogme dépendit toujours très nota­ blement de la manière dont le magistère ecclésiastique y intervint. Celte intervention, toutes les fois qu'elle se manifesta par une définition positive et finale, déter­ mina exactement la formule et le sens précis du d _ i.· attaqué par l'hérésie. Ce qui fut laissé en del ur< ■!cet enseignement doctrinal imposé à tous les :; i -. put être considéré comme très recommandable à divers titres, mais sans pouvoir jamais être rangé au moins à cette époque parmi les dogmes catholiques. Ainsi dans les expositions dogmatiques faites par saint Athanase sur la personne du Verbe, par saint Cyrille d’Alexandrie sur l'unité de personne et la dualité des natures dans le Verbe incarné, ou par saint Augustin sur la question de la grâce, toutes les assertions doctrinales ne furentpoint approuvées par l’Église de manière à être incorporées à ses dogmes. Observons toutefois que des points non définis à l'époque où se clôtura officiellement la con­ troverse avec les hérétiques, furent parfois définis à une époque postérieure, après de nouveaux tra rax théologiques sur les définitions déjà faites, comme nous l’indiquerons bientôt. En résumé, puisque l’histoire du développemen: des dogmes provenant occasionnellement des hérésies, n est soumise à aucune loi précise et uniforme, elle doit être étudiée attentivement pour chaque cas particulier selon les diverses circonstances que nous venons de signaler. 2. Influence occasionnelle de controverses entre théo­ logiens catholiques. — A. Parmi les controverses de ce genre qui de fait conduisirent d'une manière plus ou 4615 DOGME moins immédiate à quelque développement dogmatique nous citerons particuliérement : a.Les controverses théo­ logiques relatives au nombre des sacrements. Pendant le haut moyen Age les auteurs ecclésiastiques, se plaçant à des points de vue différents, avaient diversement énu­ méré les sacrements parmi lesquels ils avaient souvent rangé de simples sacramentaux selon notre termi­ nologie actuelle. Au XI· siècle, saint Pierre Damien (-J- 1072) compte encore douze sacrements, Serm., lxix, P. 1.., t. cxi.iv, col. 897 sq., et un passage de Fulbert de Chartres (f 1029) n’en mentionne que deux, le baptême et l’eucharistie. Serm., vm. P. L., t. cxn, col. 334. Au commencement du xn· siècle, Hildebert de Tours (j- 1134) compte neuf sacrements et saint Bernard, sans donner une énumération complète, in­ dique le lavement des pieds comme sacrement et laisse entendreque le nombre des sacrements est considérable. Sermo incena Domini, η. 1 sq., P. L., t. lxxxiii. coi. 271. Pour remédiera cette déplorable confusion, l'école d'Abé­ lard d’abord, puis Pierre Lombard, insistèrent sur la délinition du sacrement delà nouvelle loi au strict sens théologique de signe efficace de la grâce. L’application rigoureuse de cette définition fit écarter tous les sacra­ mentaux et conduisit à la liste des sept sacrements telle que nous la possédons actuellement. Celte doctrine dès lors communément admise par les théologiens et solennellement approuvée par le deuxième concile œcu­ ménique de Lyon en 1274, Denzinger, Enchiridion, n. 465, fut de nouveau formulée parle concile de Florence dans le décret aux Arméniens,Enchiridion, n. 695 sq., et expressément définié par le concile de Trente. Sess. VII, De sacramentis in genere, can. 1. b. Controverse sur la nature du caractère sacra­ mentel. Au xm· siècle, les théologiens essayèrent de déterminer la nature du caractère sacramentel dont l’existence était affirmée d'une manière bien explicite depuis saint Augustin. Si les opinions furent divergentes relativement à la catégorie d’être où l’on doit placer le caractère et aux relations qu’il donne avec JésusChrist, l’accord unanime se fit sur les poinls qui devaient êtr« bientôt expliqués ou définis parles conciles de Flo­ rence et de Trente : quoddam spirituale signum inde­ lebile in anima impressum. Enchiridion, n. 695,852. c. Controverse sur l’intention nécessaire pour l’admi­ nistration valide des sacrements. Aux xne et xm· siècles, deux opinions sont en présence : Roland Bandinelli, le futur pape Alexandre III, et Robert Pull (ψ 1221), entre autres, soutiennent que l’administration est toujours valide, dès lors que le ministre accomplit le rite sacramentel selon les prescriptions de l’Eglise; tandis que Hugues de Saint-Victor, l’auteur de la Summa sententiarum, Pierre Lombard, saint Thomas et la plupart des théologiens admettent la nécessité de quelque intention positive de faire ce que fait l’Église, parce que, selon la doctrine patristique, le ministre du sacrement agit avec le pouvoir et au nom de Jésus-Christ et de son Église; ce qu’il ne peut vraiment accomplir d une manière humaine et raisonnable qu’en subor­ donnant de quelque manière son intention à celle de Jésus-Christ et de son Eglise. Cet accord presque unanime des théologiens à partir du xm® siècle sur la nécessité de quelque intention positive prépara la dé­ claration formelle du concile de Florence dans le décret aux Arméniens sur l’intention requise dans le ministre pour la validité du sacrement, Enchiridion, n. 590, et la définition du concile de Trente. Sess. VII, De sacra­ mentis in genere, can. 1. La controverse postérieure au concile de Trente, sur l’opinion de Catharin renou­ velant celle de Roland Bandinelli et de Robert Pull, sans conduire à une définition formelle, amena cepen­ dant une déclaration assez explicite d'Alexandre VIII condamnant le 7 décembre 1690 cette proposition attei­ gnant au moins indirectement l’opinion de Catharin : 1616 Valet baptismus collatus a ministro qui omnem ritum externum formamque baptizandi observat, intus vero in corde suo apud se resolvit : non intendo quod facit Ecclesia. Enchiridion, n. 1185. Voir Alexandre VIII, t. i, col. 761. d. Controverse relative à la nature du pouvoir d'ab­ soudre les péchés dans le sacrement de pénitence. Quelques théologiens scolastiques du moyen âge, à la suite de Hugues de Saint-Victor et de Pierre Lombard, tout en reconnaissant dans l'Eglise le pouvoir d’absou­ dre les péchés, contre l’erreur déjà condamnée dans Abélard, faisaient dériver la rémission des péchés de la seule contrition parfaite et restreignaient le pouvoir d’absoudre à un pouvoir simplement déclaratif, auquel se joignait la faculté de remettre la peine temporelle due au péché ou la satisfaction pénilentielle déjà impo­ sée. Voir Absolution, t. i, col. 172 sq. Leur opinion victorieusement combattue par saint Thomas disparut bientôt de l’arène théologique. La doctrine de saint Thomas sur l’efficacité réelle et entière de l’absolution, appuyée sur la constante tradition patristique et com­ munément admise par les théologiens après le xin» siè­ cle, prépara la déclaration du concile de Florence, Enchiridion, n. 699, et la définition formelle du con­ cile de Trente. Sess. XIV, c. vi, can. 9. e. Controverse sur la sufflsance de l’attrition avec la réception du sacrement de pénitence. Quelques théo­ logiens du moyen âge, parmi lesquels Pierre Lombard et saint Bonaventure, avaient soutenu que seule la con­ trition peut procurer la rémission des péchés dans le sacrement de pénitence. Contre cette opinion saint Tho­ mas et presque tous les théologiens subséquents ensei­ gnaient que l’attrition pouvait suffire avec le sacrement de pénitence, bien qu’il n’y eût point parfait accord dans leurs explications doctrinales. Voir Attrition. Jusqu’au xvi« siècle, aucune question n’avait été posée relativement au motif sur lequel doit s’appuyer cette attrition. A cette époque la question posée par Victoria, Dominique Soto et Melchior Cano, de la valeur de l’attrition dictée par la crainte des peines de l’enfer et considérée ou non en toute bonne foi comme contrition suffisante, souleva une controverse entre contritionistes et attritionistes, les attrilionistes adoptant eux-mêmes diverses explications. Celte controverse eut pour résul­ tat la définition du concile de Trente, sess. XIV, c. v, de laquelle se déduit rigoureusement la suffisance de l’attrition surnaturelle, pourvu qu’elle exclue la volon­ té de pécher et qu’elle soit accompagnée de l’espérance du pardon. Aussi après le concile de Trente, la contro­ verse, encore subsistante parmi les théologiens, ne porte plus sur la suffisance de cette attrition, mais seulement sur les qualités qu’elle doit posséder, particulièrement sur la mesure d’amour dont elle doit être accompagnée ou qu’elle doit nécessairement renfermer. f. Controverse sur l’immaculée conception de la très sainte Vierge. Bien que la doctrine de l’immaculée con­ ception eût un solide fondement dans la tradition pa­ tristique, elle fut niée par un assez grand nombre de théologiens scolastiques à partir du xn· siècle, soit à cause de leur opinion sur la transmission du péché originel par la concupiscence charnelle, soit parce que l’Église n’avait pas encore approuvé la fête de la con­ ception. Leur opinion fut combattue par Duns Scot à la fin du xin» siècle. En se prononçant nettement pour la possibilité, la convenance et le fait de l’immaculée conception de -Marie dès le premier instant de sa con­ ception, il inaugura un grand courant théologique qui alla toujours en se fortifiant, grâce surtout aux encou­ ragements successifs donnés par le saint-siège. L’accord presque unanime des théologiens, surtout à partir des constitutions apostoliques de Sixte IV un peu avant la fin du XV' siècle, prépara la déclaration du concile de Trente affirmant sa volonté de ne point comprendre 1617 DOGME .Marie dans l’àssertion dogmatique sur universalité du péché originel, sess. V, Decretum de peccato origi­ nali, et conduisit finalement à la définition formelle prononcée par Pie IX le 8 décembre 1854. B. Encore ici nous constatons, d'après les documents, que l’influence réellement exercée sur le développe­ ment dogmatique, ne fut régie par aucune loi uniforme. - x C’est un fait bien avéré que plusieurs discus­ sions thcologiques où l’enseignement de la foi n’était point immédiatement intéressé et dans lesquelles d'ail­ leurs on ne put démontrer aucune vérité révélée por­ tant certainement sur la matière en litige, n’eurent point de résultat dogmatique direct. Telles furent par­ ticulièrement la plupart des controverses entre tho­ mistes et scotistes, celle des thomistes avec les molinistes et les discussions de potentia Dei absoluta sur beaucoup de questions spéculatives. Il ne serait cepen­ dant point juste d’affirmer qu'aucun avantage théologi­ que ne résulta de ces controverses ou discussions. Elles eurent souvent pour elfet de rendre plus circons­ pect dans l'usage des formules dogmatiques ou dans l'explication de l’opinion à laquelle on donnait la pré­ férence. Elles aidèrent souvent aussi à fournir des hypothèses aptes à expliquer ou à justifier le dogme, sinon pour toutes les intelligences, du moins pour celles qui étaient disposées à les accepter. Car, dès lors que les hypothèses réalisant les conditions né­ cessaires peuvent être utiles dans toutes les sciences, on ne peut refuser ce même avantage aux opinions ou hypothèses proposées en théologie, pourvu qu'elles se tiennent dans les limites permises. b. Pour les controverses qui ont abouti à quelque résultat dogmatique, l’histoire montre que ce qui con­ tribua le plus à cet heureux résultat, fut une exacte position de la question au début ou au cours de la discussion. Ainsi dans la discussion théologique sur l’immaculée conception, tant que la question roula simplement sur le fait de la transmission du péché ori­ ginel dans toute conception où la concupiscence char­ nelle se rencontre, l’on ne put trouver de solution favorable au privilège et l’on soutint uniquement la sanctification de Marie avant sa naissance; conclusion adoptée même par saint Thomas et saint Bonaventure. La question différemment posée par Duns Scot, qui donnait une autre explication de la transmission du péché originel et montrait comment l'immaculée con­ ception de Marie pouvait se concilier avec le fait de sa rédemption et son titre de tille d’Adam, conduisit aussitôt à cette conclusion que le privilège était pos­ sible et souverainement convenable, et que dès lors on devait l’affirmer. Conclusion désormais soutenue par beaucoup de théologiens de toutes les écoles. c. L’altitude du magistère ecclésiastique eut toujours aussi une profonde répercussion sur les controverses idéologiques. Ainsi dans la controverse sur l’imma­ culée conception, la non célébration de cette fête dans l’Église romaine à l’époque de saint Thomas est consi­ dérée, à tort sans doute, par le grand docteur comme défavorable au privilège. Quodlibet., VI, q. v, a. 7. Un peu plus tard, au contraire, l’intervention du saintsiège approuvant cette fête et déclarant qu’elle avait pour but d’honorer la conception immaculée a primo instanti, amena promptement le consentement à peu près unanime des théologiens sur ce glorieux privilège, consentement encore confirmé par la déclaration subséquente du concile de Trente. De même, la recom­ mandation faite par le concile de Vienne en 1311 de choisir tanquam probabiliorem et dictis sanctorum et doctorum modernorum theologiæ magis consonam l'opinion théologique affirmant que l’âme des enfants, non moins que celle des adultes, est, dans ie sacrement de baptême, informée par la grâce et par les vertus infuses, Denzinger, Enchiridion, n. 411, fit bientôt 1618 accepter cette doctrine par presque tous les théolo­ giens. d. Quant à la décision finale du magistère ecclésias­ tique statuant avec une souveraine autorité sur quelque controverse théologique, ce qui la détermina habituel­ lement, ce fut : a) l’éclosion de quelque nouvelle erreur qui, intervenant â une période quelconque delà discus­ sion ou même après qu’elle se fût assoupie, obligea le magistère ecclésiastique â se prononcer sur la ques­ tion en litige et à définir ce que tout catholique doit croire ou nécessairement admettre sur ce point. C'est ce qui motiva particulièrement les définitions formelles portées par le concile de Trente sur le nombre des sacrements, sur leur efficacité, sur leur institution divine et sur le caractère sacramentel, à l’encontre de toutes les négations du protestantisme. C’est encore ce qui advint pour les définitions du concile du Vatican sur I inspiration, sur la foi, sur les relations entre la raison et la foi, sur l’Église, sur la primauté effective du pape et sur son magistère «infaillible, et pour les définitions de Pie IX et de Léon XIII sur le mariage chrétien. Toutes ces définitions, en même temps qu > îles affirmaient une vérité dogmatique contre une erreur nouvelle ou nouvellement agissante, arrêtaient défini­ tivement les controverses théologiques antérieurement existantes. — β) La décision fut parfois aussi déter­ minée par la nécessité de donner aux fidèles une ins­ truction pratique qui pût les diriger effectivement dans l’observance de leurs devoirs chrétiens. C'est pour celte raison que le décret Ad Armenos, approuvé par le concile de Florence pour l’instruction complémen­ taire de fidèles désireux de vivre dans la pleine union avec l’Église romaine, lit plusieurs déclarations posi­ tives sur des points autrefois discutés par des scolas­ tiques du xit'el du xin» siècle; déclarations complétées un peu plus tard par les définitions formelles du con­ cile de Trente. — γ) Quelquefois la définition du magis­ tère ecclésiastique est motivée simplement par l'absolue conviction que telle vérité désormais pleinement élu­ cidée appartient certainement à la révélation divine, et qu'il est souverainement sage et opportun de la proposer comme telle à l’acceptation et à la croyance des fidèles. C’est ce qui advint particulièrement pour le dogme de l’immaculée conception quand, après les déclarations successives de l’Église et l’accord unanime des f ■-· ogiens pendant plusieurs siècles, le fait de la rév· lation divine fut pleinement manifeste. En résumé, puisque l’infiuence des discussions tiiêologiques sur le développement dogmatique n'est r· gie par aucune loi bien déterminée, elle doit être ■ m.ii-e par l’historien des dogmes dans chaque cas particulier et avec toutes ses circonstances concrètes. Toutefois il y a lieu de tenir exactement compte des observations précédentes. Sans être des lois historiques, elles se dégagent suffisamment de l'ensemble des faits et aident â mieux les comprendre. 3. Influence occasionnelle d'une étude approfondie du dogme révélé, en dehors de toute impulsion ini­ tiale donnée par quelque hérésie ou par des discussions entre théologiens catholiques. Deux exemples princi­ paux peuvent être signalés : A. Le remarquable exeu : · de saint Vincent de Lérins, formulant le premier · concept explicite d’un réel progrès dogmatique jusque-là n’avait guère apparu qu’implicitement con­ tenu dans des formules assez générales. Celt· · -ition si nette du moine de Lérins. selon toute prviobilité, ne fut occasionnée par aucune erreur ni par aucune controverse contemporaine. Elle résulta sim­ plement d’une profonde considération du rôle que doit incessamment accomplir jusqu'à la fin des siècles le magistère infaillible de l’Église, avec une constante et inépuisable vitalité, en face de nouveaux et multiples besoins sans cesse renaissants. 11 est toutefois bi-n 1619 DOGME remarquable que ce concept du progrès dogmatique, si explicite chez cet écrivain du Ve siècle, ait eu si peu d’inlluence sur les auteurs des siècles suivants, jus­ qu'au xix· siècle où l’attention universelle fut attirée sur le grave problème de la conciliation entre la néces­ saire immutabilité des dogmes et les incontestables développements manifestés surtout par les travaux récents de la critique historique. Mais quelles qu’aient été les causes de ce manque d’inlluence, saint Vincent de Lérins n’en eut pas moins un très grand mérite d’avoir si nettement formulé, à une époque aussi reculée, un enseignement que le concile du Vatican devait, dans des termes assez analogues, définir quatorze siècles plus tard. B. Un exemple non moins remarquable, mais qui eut une influence plus heureuse presque dès les débuts, fut celui de saint Anselme arrivant, par le labeur per­ sonnel d’une étude très approfondie, à donner le pre­ mier, au xr siècle, une formule très explicite et assu­ rément très neuve du dogme de la rédemption satisfactoire accomplie par Jésus-Christ. J. Rivière, Le dogme de la rédemption, Paris, 1905, p. 498 sq. A l'ancienne exposition dogmatique, insistant d’une ma­ nière générale sur la délivrance intégrale accomplie par l’incarnation et par la mort du Fils de Dieu, le grand initiateur de la scolastique au XIe siècle substitua une proposition très nette de l’expiation satisfactoire accomplie en toute justice par le Verbe incarné; expia­ tion qui ne pouvait être ainsi offerte que par une per­ sonne divine unie à la nature humaine, puisqu’une satisfaction d’une valeur infinie était rigoureusement nécessaire. Ce concept explicite de la rédemption salisfactoire, réellement contenu dans la tradition patristique dont il n'était que le développement légitime, fut peu après, grâce surtout aux erreurs d’Abélard, perfec­ tionné par le génie théologiquede saint Thomas; mais le rôle considérable de saint Anselme, en dehors de toute influence occasionnelle d’hérésie ou d’erreur, n’en est pas moins remarquable. En résumé, ici encore se manifeste la conclusion déjà mentionnée que le développement dogmatique au cours des siècles n’est régi par aucune stricte loi, ni dans les causes ou occa­ sions qui lui donnèrent naissance, ni dans la marche progressive ainsi occasionnée. 2° Ecuteurs immédiats de ce progrès. — Les consta­ tations historiques, que nous venons de rappeler, nous autorisent à déduire en toute sécurité les conclusions suivantes : 1. Il est historiquement prouvé que les définitions nouvelles, portées par l'Église, sont habi­ tuellement préparées par le travail des Pères et des théologiens, accompli sous la direction et avec les encouragements ou l'approbation de l’Église. A. On doit bien observer que ce travail ne peut être qu’un facteur préparatoire, puisque l’Église, seule chargée par Jésus-Christ de garder intégralement et d’inter­ préter infailliblement le dépôt de la révélation chré­ tienne, a le pouvoir exclusif de proposer les dogmes chrétiens et d’en indiquer, avec une pleine autorité, le véritable sens. Le travail des Pères et des théologiens est donc simplement de mettre en évidence le fait de la révélation divine, tel qu’il est manifesté par les organes de cette révélation, l’Écriture divinement ins­ pirée et la tradition catholique constamment maintenue et infailliblement interprétée par le magistère de l’Église. Cette mise en évidence s’accomplit principale­ ment par l’explication des textes et des témoignages, par la solution des objections adverses et par l’inter­ prétation des définitions ou décisions de l'Église. Après ce travail intégralement accompli, quand le fait de la révélation de telle vérité apparaît indubitable au théo­ logien ou à celui qui étudie son travail, il y a dès lors obligation certaine d'adhérer à la vérité ainsi mani­ festée, bien qu’il soit difficile de posséder réellement 1620 celte certitude en dehors de toute proposition faite par le magistère ecclésiastique. Il est donc très certain que le travail des théologiens ne peut que manifester une vérité primitivement en­ seignée par Jésus-Christ et confiée par lui à ses apôtres et à ses successeurs jusqu'à la fin des temps. Il est non moins certain que la conscience individuelle ou collective des fidèles des premiers siècles ou des siècles suivants, n’a jamais pu et ne peut jamais être, en dehors de l’autorité de l’Eglise qui l’approuve, le point de départ initial ni le facteur constitutil d’aucun dogme. L’enseignement contraire a été formellement réprouvé par le décret Lamentabili et par l’encyclique Pascendi. C’est ce qui résulte de la condamnation des proposi­ tions suivantes dans ce décret : 3I. Doçtrina de Christo quam tradunt Paulus, Joannes el concilia Eicænum, Ephesinum, Chalcedonense, non est ea quam Jesus docuit, sed quam de Jesu concepit conscientia Chri­ stiana. — 36. Jiesurreetio Salvatoris non est proprie factum ordinis historici, sed factum ordinis meresuperna tura I is, nec demonstratum nec demonstrabile,, quod conscientia Christiana sensim ex aliis derivavit, — 40. Sacramenta ortum habuerunt ex eo quod apostoli eorumque successores ideam aliquam et inten­ tionem Christi, suadentibus et moventibus circum­ stantiis et eventibus, interpretati sunt. —54. Dogmata, sacramenta, hierarchia, tum quod ad notionem, tum quod ad realitatem attinet, non sunt nisi intelligentiæ christianæ interpretationes evolutionesque quas exi­ guum germen in Evangelio latens externis incrementis auxerunt perfeceruntque. — La condamnation portée par l'encyclique Pascendi dans le paragraphe concer­ nant le moderniste théologien n'est pas moins for­ melle. Après avoir longuement exposé le système mo­ derniste sur l’évolution des dogmes opérée par le tra­ vail de la conscience individuelle ou collective, Pie X rappelle solennellement que cette doctrine, suivant laquelle il n’y a rien de stable, rien d'immuable dans l'Église, a déjà été condamnée précédemment par Pie IX dans l'encyclique Qui pluribus du 9 novembre 1846 et dans la proposition 5° du Syllabus, et par le con­ cile du Vatican. Sess. III, c. iv. B. En étudiant ce travail préparatoire des Pères et des théologiens, l'on doit se garder d’attacher une trop grande importance aux diversités accidentelles d’exposition ou de forme qui peuvent s’y rencontrer. a. Ces divergences accidentelles dans l’exposition des dogmes peuvent provenir des différences du génie personnel ou de l'éducation antérieure ou des habitudes intellectuelles précédemment acquises. Ainsi l’exposi­ tion que Terlullien nous donne de l’argument de pres­ cription, se ressent de sa forte éducation juridique. A. d’Alès, La théologie de Tertullien, p. 261. De même, l’esprit synthétique de Clément d’Alexandrie devait naturellement le porter à imiter les habitudes des Juifs alexandrins et des philosophes grecs dans l’usage fréquent de l'allégorie. Voir t. ni, col. 140. Chez Au­ gustin, l’amour profond avec lequel il se porte vers la vérité pour la saisir tout entière et la communiquer pleinement aux autres, fait qu'il envisage les dogmes moins en eux-mêmes et d’une façon spéculative, que dans leurs rapports avec l'âme et avec les grands devoirs de la vie chrétienne, comme le montre la manière habituelle dont le saint docteur expose les questions théologiques. Voir t. I, col. 2453 sq. On doit aussi observer que cette même passion pour la vérité, si caractéristique chez Augustin, le conduit parfois à des exagérations et à des erreurs, en fixant trop son attention sur un seul côté d'une question complexe. Chez saint Thomas et chez la plupart des scolastiques, si l’on ne trouve pas la même vie et le même élan, l'on rencontre, avec une critique plus rigoureuse, plus de justesse et de précision dans les termes. 1621 DOGME b. Ces divergences accidentelles dans l'exposition des dogmes proviennent aussi des milieux bien différenls où les auteurs ont vécu. Ainsi dans la période patristique, l’on observe une différence caractéristique entre l’esprit romain ou africain d'un Ambroise ou d'un Cyprien porté surtout vers les questions pratiques et le génie grec d’un Origéne ou d'un Grégoire de Nysse s’arrêtant de préférence aux questions spéculatives. L’excellent ouvrage du P. de Régnon, Études de théo­ logie positive sur la sainte Trinité, Paris, 1892, peut donner une juste idée des spéculations du génie grec dans la plus belle période de sa métaphysique théolo­ gique. c. Ces divergences accidentelles dans l’exposition des dogmes résultent encore de l'influence de systèmes philosophiques, auxquels on emprunte des expressions ou des formules, pour exprimer des idées chrétiennes plutôt que pour représenter les concepts particuliers d'une école. C’est ce que l’on peut observer spéciale­ ment chez Clément d’Alexandrie et chez Origène qui, en réalité, ne se rattachent à aucune école philosophique déterminée. Quant aux opinions platoniciennes dequelques Pères, notamment de saint Augustin, elles ne peuvent être considérées comme ayant eu une influence appréciable sur leurs idées théologiques. Ainsi saint Augustin, franchement néoplatonicien tantque sa philo­ sophie concorde avec ses doctrines religieuses, n’hésite point, dans le cas contraire, à subordonner sa philoso­ phie à sa foi. Quand il adapte quelques théories néopla­ toniciennes à ses explications dogmatiques, en réalité il n'emprunte à cette philosophie que l’expression re­ présentant avant tout, pour lui, la pensée chrétienne. D’ailleurs, ces doctrines empruntées à la philosophie néoplatonicienne, appartiennent en grand nombre à la véritable et saine philosophie de tous les temps. Voir t. I, col. 2325 sq. Les mêmes remarques doivent être proportionnellement appliquées à l’usage que les sco­ lastiques ont fait de l'aristotélisme dans l'explication des dogmes. Voir Aristotélisme de la scolastique, t. I, col. 1875 sq. d. Quelque notables que puissent paraître ces diver­ gences accidentelles dans l'exposition ou l'explication des dogmes, on doit, au point de vue strictement dog­ matique, y attacher très peu d’importance. Ce que l'on doit surtout rechercher et observer, c’est la pensée dont ces expressions ne sontque le vêtement extérieur, c’est le concept dogmatique qui est pour tous ces auteurs la première préoccupation. Et si l’on constate, comme cela se rencontre de fait le plus souvent, que, malgré tant de causes apparentes de doctrines divergentes, il y a vraiment identité substantielle, on devra conclure qu’un tel accord doctrinal, indépen­ damment de toute autre considération, crée par luimême une forte présomption en faveur des vérités sur lesquelles il se maintient avec une telle constance. 2. L’histoire atteste en même temps que le principal facteur constitutif de ce progrès dogmatique fut tou­ jours l'action du magistère infaillible de l’Église; facteur constitutif non en ce sens qu’il crée le dogme, puisque celui-ci ne peut provenir que de la révélation divine explicite ou au moins implicite; mais en ce sens que l’Église détermine, avec une souveraine auto­ rité. ce qui, dans le travail antérieur des Pères ou des théologiens, occasionné par quelque controverse avec les hérétiques ou entre théologiens catholiques, pré­ sente vraiment, dans toute sa pureté et dans toute son intégrité, le dogme révélé. Ce que le magistère ecclé­ siastique ne propose point comme tel, n’a point droit à être rangé parmi les dogmes catholiques, bien qu’il puisse appartenir indirectement au dépôt de la foi, quand l’Égliseaffirme son intime connexion avec l’en­ seignement divin. Il est vrai que ce que l’Église ne définit d'aucune manière, peut parfois apparaître au 1622 jugement privé des théologiens comme certainemer.·. révélé; et que, dans cette hypothèse, d'ailleurs diffi­ cilement réalisable, ces théologiens doivent y donner l’adhésion de la foi, mais cette vérité n’est point un dogme, parce que la proposition de l’Église fait défaut. En fait, ce qui n’est aucunement défini par l’Église ou qui n’est point ratifié par un consentement unanime des théologiens supposant une approbation tacite de l’autorité ecclésiastique, rentre habituellement dans le cadre des opinions librement discutées, du moins jusqu’à ce que sa connexion avec une vérité révélée ou même son appartenance implicite à la révélation divine, soit devenue manifeste au jugement des théologiens et surtout au jugement de l’Église. A l’appui de ces conclusions historiques, il nous suffira de rappeler quelques-uns des faits précédemment cités : la définition de la consubstantialité du Verbe au premier concile de Nicée,sans que l’on eût nécessaire­ ment approuvé toutes les positions prises par saint Athanase et par les autres défenseurs de la foi catho­ lique au cours de la discussion avec Arius; la défini­ tion de la maternité divine de Marie et de l’unité de personne dans la dualité des natures en Jésus-Christ, aux conciles de Chalcédoine et d’Éphèse, sans que l'on eût, même implicitement, approuvé toutes les expressions ou affirmations de saint Cyrille d’Alexandrie, le prin­ cipal champion de l'orthodoxie catholique; les défini­ tions ecclésiastiques portées contre Pélage et ses dis­ ciples et contre les semipélagiens aux IVs et v» siècles, sans que l’on eût, par le fait même, approuvé toutes les assertions ou opinions de saint Augustin, le grand docteur de la grâce. Nous sommes donc autorisés à conclure que le magis­ tère infaillible de l’Église, statuant avec une souveraine autorité sur le travail préparatoire des théologiens, est le principal facteur constitutif du progrès dogmatique. 3. Enfin l’histoire témoigne que les définitions du magistère ecclésiastique ont, à leur tour, souvent occasionné un nouveau développement dogmatique, en fournissant aux recherches et aux discussions théolo­ giques une base plus solide, en limitant le champ des controverses et en resserrant l’union des catholiques. Vacant, Études théologiques sur les constitutions du concile du Vatican, t. n, p. 306 sq. Ce développement dogmatique, d’abord effectué dans les écrits des théo­ logiens, a parfois conduit, avec l'approbation de l’Eglise. à un progrès dans les définitions explicites du magis­ tère ecclésiastique. Ainsi les déclarations du concile de Florence dans le décret Ad Armenos sur les sacre­ ments fortifièrent le consentement des théologiens et préparèrent les définitions positivesdu concilede Trente. Nous rappellerons aussi particulièrement l'heureuse influence de beaucoup de décisions dogmatiques des conciles de Trente et du Vatican, écartant des opinions reconnues peu conformes à l’enseignement ecclésias­ tique, et réalisant même parfois, parmi les théologiens, un accord doctrinal bien apte à préparer des définitions subséquentes. Ainsi l’affirmation du concile de Trente déclarant qu’il n’avait aucune intention de comprendre, dans le décret sur le péché originel, la bienheureuse Vierge immaculée, mère de Dieu, et insistant sur la fidèle observance des constitutions apostoliques de Sixte IV sur cette matière, écarta les dernières oppo­ sitions et conduisit au consentement unanime qui pré­ para la définition portée par Pie IX. De même ensei­ gnement du concile de Trente sur l’inspiration des Écritures, à propos de leur canon intégral défini dans la IV'session, statuant simplement que Dieu est l auteur des écrits justement considérés comme saints et cano­ niques, fixa le consentement des théologiens du moins sur la substance de la notion de l’inspiration : ce qui prépara la définition plus complète donnée par le concile du Vatican. 1623 DOGME 1624 IV. INDICATIONS HISTORIQUES SUR LE CONCEPT THÉOMême quand le progrès théologique, réalisé à la suite LOGIQUE DU PROGRES DOGMATIQUE AUX DIVERSES PÉRIO­ des définitions ecclésiastiques, ne s’étendit point jusquelà, il fut néanmoins appréciable; c’est ce que l'on peut DES de l'histoire ecclésiastique. — ir« période, des facilement constater pour les controverses théologiques temps apostoliques jusqu’au XIIIe siècle, caractérisée post-tridenlines sur l'efficacité des sacrements, sur leur I chez la plupart des Pères ou des auteurs ecclesiastiques institution divine immédiate et sur l'intention requise par un concept simplement implicite du progrès dog­ dans le ministre du sacrement. Pourrat, La théologie matique, et, seulement chez quelques rares auteurs, par un concept assez explicite. — 1. Le concept impli­ sacramen taire, p. 166 sq., 356 sq. Donc, en résumé, c’est uniquement l'approbation du cite, tel qu’il se rencontre le plus souvent à cette épo­ que, résulte de deux assertions assez fréquentes et assez magistère ecclésiastique qui réalise effectivement, sui­ vant l’ordre établi par Jésus-Christ, le progrès dogma­ nettement formulées. La première assertion est que la tique préparé par le travail des Pères et des théologiens révélation chrétienne confiée par Jésus-Christ à son Eglise doit être conservée intégralement jusqu'à la fin sous la direction de l'Eglise. des temps, de telle sorte que toute doctrine nouvelle, III. LOIS SELON LESQUELLES SE SONT ACCOMPLIS LES développements DOGMATIQUES. — 1° Dans le domaine par le fait qu’elle est nouvelle et qu’elle n'a aucun appui historique où les volontés humaines s’exercent libre­ dans la tradition, est pour cela convaincue d'erreur. ment au milieu de circonstances très diverses, bien .C’est en réalité toute la substance de l'argument de aptes à inlluencer le cours des événements, il ne peut tradition que nous avons signalé précédemment et qui être question de lois proprement dites dirigeant, d'une se rencontre si fréquemment chez les Pères des pre­ manière antécédente et constamment uniforme, une miers siècles après saint Irénée, Tertullien et Origène. succession de faits. Il s’agit uniquement d'une certaine La deuxième assertion a traita la divine mission de ΓΕanalogie dans les résultats, pour un ensemble de cir­ glise d'enseigner aux fidèles de tous les temps la doc­ constances au moins très semblables, où les mêmes trine de Jésus-Christ et à la stricte obligation qui causes, quand rien d’extraordinaire ne modifie leur incombe à tous de se soumettre pleinement à l’autorité jeu normal,produisent habituellement les mêmes effets. doctrinale de l’Église; assertion d'ailleurs nettement confirmée par la pratique constante d’exclure de 1 ÉAu lieu de lois antécédentes au cours des événements, il y a seulement des déductions postérieurement faites glise quiconque refuse d’adhérer à l’enseignement par l’historien, qui étudie attentivement les faits déjà qu’elle donne comme révélé par Jésus-Christ. Or de ces accomplis et qui groupe dans une synthèse régressive deux assertions il résulte évidemment que l'Eglise doit, les résultats ayant entre eux et dans leurs causes une autant que l’exige la réfutation de nouvelles erreurs, similitude marquée. Dans la mesure où ces déductions proposer des définitions nouvelles éclairant, expliquant s’appliquent ainsi à un groupement de faits analogues, ou défendant, dans la mesure nécessaire, l’enseigne­ on peut, dans un sens très large, les désigner sous le ment révélé par Jésus-Christ; et il est non moins requis nom de lois historiques, lois sans doute assez impré­ que ces définitions nouvelles soient toujours appuyées cises, mais dignes cependant de l’attention de l’histo­ sur la doctrine antérieurement crue et sur l'enseigne­ rien. parce qu’elles sont le principal fruit pratique de la ment primitivement confié par Jésus-Christ à la garde science historique, et ce qui lui assure, en majeure vigilante de son Église. Cette conclusion, que nous partie, le titre de science. nous bornons à mettre ici en relief, était véritablement 2° Les lois historiques des développements dogmati­ présente à la pensée des Pères du tv° et du V’ siècle, ques, au sens que nous venons de définir, concernent : comme le démontrent leurs fréquents appels à l'ensei1. les diverses occasions ou causes de ces mêmes déve­ gnementetà la pratique des premiers siècles, en même loppements, telles que nous les avons précédemment temps qu’ils donnent eux-mêmes une plus complète exposées, c’est-à-dire les controverses dirigées contre explication de la doctrine nouvellement attaquée. C’est les hérésies nouvelles et se différenciant les unes des ce que l'on peut particulièrement observer dans saint autres par beaucoup de circonstances souvent très nota­ Athanase, De decretis nicænæ synodi, n. 25 sq., P. G., bles; les discussions entre théologiens catholiques sur t. xxv, col. 460 sq., et dans saint Hilaire, De Trinitate, des points encore non définis; parfois une étude théo­ 1. II, η. 1 sq., P. L., t. x, col. 50 sq., relativement à la logique plus approfondie, faite sans le stimulant d'au­ consubstantialité du Verbe divin, dans saint Augustin cune controverse avec les ennemis du dehors ni d’au­ pour le dogme de la nécessité et de la gratuité de la cune discussion entre catholiques; enfin la définition grâce. De prædestinatione sanctorum, n. 27, P. L., du magistère ecclésiastique proposant, avec son autorité t. xi.tv, col. 980; De dono perseverantiæ, c. xx, n. 53, infaillible, comme certainement contenue dans la révé­ P. L., t. xi.i, col. 1026; De civitate Dei, 1. XVI, c. n, lation faite par Jésus-Christ, une vérité finalement n. 1, P. L., t. xli, col. 477. mise en lumière par le travail préparatoire des Pères 2. Chez quelques Pères cependant le concept du pro­ ou des théologiens. grès dogmatique se rencontre d’une manière explicite. Les remarques faites précédemment sur chacune de Omettant le témoignage d’Origène qui ne parait point ces occasions ou causes du progrès dogmatique, per­ assez formel, De princip., præf., n. 2 sq., P. G., t. XJ, mettant de conclure facilement en quel sens restreint col. 116 sq., nous mentionnerons en premier lieu saint elles sont régies par certaines lois, nous ne nous y arrê­ Grégoire de Nazianze. Orat. theol., v, c. xxvisq., P. G., terons point davantage. t. xxxvi, col. 161 sq. Après avoir observé que l’Ancien 2. On doit aussi admettre, au moins dans un sens Testament prêche clairement le Père et indique obscu­ large, des lois concernant la nature intime des dévelop­ rément le Fils, l’évêque de Nazianze reconnaît que le pements dogma tiques réellement accomplis au cours des Nouveau Testament a clairement manifesté le Fils et siècles, lois logiquement déduites du plan divin tel seulement indiqué, ύπεδεϊξε, la divinité du Saint-Esprit, qu’il se manifeste dans le fait de la révélation chrétienne qui, à l’époque où l’orateur parlait, était très ouvertement et dans l’institution du magistère infaillible de l’Église. enseignée. Car, ajoute-t-il, de même que, sous l'ancienne Nous exposerons bientôt ces lois comme couronnement alliance, il n’eût point été prudent de prêcher ou vertement de tout cet article, sous le titre de conclusions dogma­ le Fils quand la divinité du Père n’était point encore tiques sur la nature du progrès dans la connaissance reconnue, de même dans l’économie chrétienne, tant et dans la proposition des dogmes. Il nous suffit de les que la divinitédu Fils n’étaitpoint pleinement admise, indiquer ici pour donner une idée d’ensemble de ce , il convenait de ne point ajouter la doctrine du Saintque l’on est convenu d’appeler les lois du progrès dog- I| Esprit qui eût pu être alors, pour des intelligences ! encore faibles, une nourriture trop forte. Il convenait matique ou des développements dogmatiques 1625 DOGME qne par des manifestations progressives la lumière de la Trinité brillât d’un éclat plus resplendissant. C’est pour cette raison que Jésus suit une marche progressive dans son divin enseignement; c’est pour cela aussi que certaines vérités, que les apôtres ne pouvaient encore porter, leur furent manifestées postérieure­ ment par le Saint-Esprit. Parmi ces vérités pleinement manifestées seulement à une époque relativement tar­ dive. Grégoire signale la divinité du Saint-Esprit, col. 161 sq. Saint Vincent de Lérins (t 450) est encore plus explicite. A près avoir reproduit l’enseignement de saint Irénée, de Tertullien et d’Origène sur l’apostolicité et l’immutabilité des dogmes chrétiens, il se de­ mande si une telle immutabilité ne s’oppose pas absolumentà tout progrès dogmatique. Il répond négativement, mais il exige que ce progrès nesoitpasun changement. Ce doit être un accroissement de chacun et de tous dans toute l’Eglise; accroissement dans l'intelligence, dans la science et dans la sagesse et aussi dans la perma­ nence du même dogme : Crescat igitur oportet et mullion vehementerque proficiat tam singulorum quam omnium, tam unius hominis quam totius Eccle­ siæ, ælatum ac sæculorum gradibus, intelligent ia, scientia, sapientia, sed in suo duntaicat genere, in eodem scilicet dogmate, eodem sensu, eademque sen­ tentia. Commonitorium primum, c. xxm, P. L., t. t.. coi. 668. Pour faire comprendre l'intime union de cette immutabilité et de ce progrès, le moine de Lérins se sert de deux comparaisons empruntées au dévelop­ pement du corps humain et à la germination de la plante. C’est vraiment le même corps humain qui per­ sévère depuis l’enlai. e jusqu’à la vieillesse en passant par l'adolescence et i âge mûr, bien qu’il y ait une nota­ ble diltërence dans sa forme et dans sa stature. Il y a identité non mo.us réelle entre la semence jetée dans le sol par l’agriculteur et la plante qu’il récolte, puis­ que le développement s’accomplit toujours selon la nature de chaque semence, bien qu’il y ait accroisse­ ment en tout ce qui constitue la nature et la forme par­ ticulière de la plante. De même, les dogmes, en se con­ solidant avec les années, en s’amplifiant avec le temps et en grandissant avec l’âge, gardent leur parfaite inté­ grité. Ils ne subissent aucun changement, ne perdent rien de ce qui leur est propre et ne sont l’objet d’au­ cune variation dans leur définition. Ils sont avec le temps soigneusement travaillés, limés, polis, mais non changés ni mutilés. Ils gagnent en évidence, lumière et distinction, mais ils gardent, en tout ce qui leur est propre, leur parfaite intégrité, col. 668 sq. Le rôle de l'Église dans la conservation et l’enseignement des dog­ mes révélés est aussi indiqué très nettement. L’Église, vigilante et prudente gardienne des dogmes qui lui ont été confiés, n’y change jamais rien, n’y diminue ou n’y ajoute rien, n’en retranche point le nécessaire ni n’ajoute de superfluités ; elle ne perd rien du sien, ni n'empiète sur ce qui est d’autrui, mais elle s’attache, par tout moyen, à polir avec soin ce qui a déjà été anciennement ébauché, à consolider et à affermir ce qui a déjà été exprimé et expliqué, à garder ce qui a été confirmé et défini. Enfin que s’est-elle jamais efforcée de procurer par les décrets de ces conciles, sinon de faire croire avec plus de soin ce qui auparavant était simplement cru, de faire prêcher avec plus d'instance ce qui auparavant était annoncé avec moins d’activité, de faire cultiver avec plus de sollicitude ce qui aupa­ ravant était pratiqué avec moins d’attention? C’est tout ce que l’Église catholique, excitée par les nouveautés des hérétiques, a jamais accompli par les décrets de ses conciles, si ce n’est qu’elle prit soin de consigner par écrit l’antique tradition en renfermant beaucoup de doctrine dansde courtes formules et en marquantd’une appellation nouvelle et bien choisie un sens non nou­ veau dans les vérités de foi, col. 669. 1626 Toute cette citation de Vincent de Lérins nous fait comprendre quel sens il attache lui-même aux deux comparaisons précédemment citées. Etendre ce sens au delà des limites positivement tracées par l’auteur lui-même et se réclamer cependant de son patronage, comme l’ont fait quelques auteurs récents, n’est point œuvre de bonne critique. Malgré ce témoignage si formel du moine de Lérins. c’est le concept principalement implicite de saint Au­ gustin qui, sur ce point comme sur beaucoup d’autres, se maintint chez les auteurs ecclésiastiques de toute cette période. Outre le prestige dont jouissaient alors toutes les doctrines soutenues par l’évêque d’Hippone, on doit ajouter le fait bien notable qu’aucune contro­ verse n’attira sur ce point l’attention des théologiens, 2e période, depuis le XIIe jusqu’au xvie siècle, ca­ ractérisée surtout par l'indication formelle d’un pro­ grès dogmatique dans l’énonciation ou l’explication des dogmes chrétiens et par l’indication au moins impli­ cite d’un progrès réel dans les concepts eux-mêmes. — 1. L’indication formelle d’un progrès dogmatique dans l’énonciation ou dans l’explication des dogmes chrétiens est nettement formulée au χιιιβ siècle par saint Thomas, en réponse aux objections des schisma­ tiques grecs contre les définitions nouvellement por­ tées par l’Église romaine. Après avoir enseigné qu’il appartient au pape de formuler les symboles de foi, le saint docteur se fait celte difficulté qu'un tel pouvoir ne peut exister sous le Nouveau Testament, parce que tout l’enseignement révélé y est définitivement fixé par la doctrine de Jésus et des apôtres. Il est vrai, répondil, que les vérités de foi sont suffisamment explicites dans la doctrine de Jésus-Christ et des apôtres; mais parce que des hommes pervers corrompent cette doc­ trine pour leur propre perdition, ideo necessaria fuit temporibus procedentibus explicatio fidei contra insurgentes errores. Sum. theol., Il» II®, q. i, a. 10, ad 1“®. Le saint docteur donne le même enseigne­ ment, II» II®, q. i, a. 9, ad 2»®, et I», q. xxtx. a. 3. Ce qui est vrai, non seulement pour le passé, mais encore pour l’avenir, car le souverain pontife a ce pouvoir jusqu’à la consommation des siècles, et la même raison de défense et de préservation s’applique à toutes les époques où surgissent de nouvelles erreurs, a. 10. En même temps, saint Thomas laisse assez claire­ ment entendre qu’il y a aussi quelque progrès dans les concepts dogmatiques eux-mêmes. Nous citerons comme exemples ces deux assertions de l’angélique docteur que la procession du Saint-Esprit ex Fii'm, bien qu'elle ne se rencontre point textuellement dans l’Écriture, y est conlenue quoad sensum, Sum. theol., I», q. xxxvi, a. 2, ad 1"®, et que la maternité divine de Marie se déduit nécessairement des paroles de l’Écriture, III», q. xxxv, a. 4, adl“®; double vérité qui. au jugement de saint Thomas, était cependant de foi puisqu’elle était définie comme telle par l’Église. Cet enseignement de saint Thomas est communé­ ment reproduit par les théologiens scolastiques. Nous citerons particulièrement Durand de Saint-Pourçain. In IV Sent., 1. Ill, dist. XXV, q. il, Venise, 1636, fol. 259; Gabriel Biel, In IV Sent., 1. III. dist. XXV a. 3, dub. ni, Bâle, 1512, sans pagination. 2. Au XVe siècle, commence à se dessiner un concept plus explicite du progrès dogmatique dans les concepts eux-mêmes. La première indication de ce genre parai· avoir été fournie par le cardinal Turrecremata iÿ 1468). dans sa Summa de Ecclesia. Il y donne comme vérité catholique non seulement celle qui provient immé­ diatement de la lumière de la révélation divine ;n propria verborum forma, mais encore celle qui pro­ vient médiatement par une déduction nécessaire, im­ plicite bona et necessaria continentia, comme cette vérité Christus habuit animam rationalem. Dans cette 1627 DOGME deuxième catégorie sont particulièrement rangées : a) sous le n. 2, les vérités qui sont déduites du contenu scripturaire, continentia necessaria el formali, car elles ont la même certitude et elles sont aussi néces­ saires à croire que les vérités dans lesquelles elles sont ainsi nécessairement contenues; b) sous le n. 4, les vérités qui ont été définies par l’Église universelle en concile plénier comme appartenant à la foi de la religion chrétienne, bien qu’elles ne se rencontrent pas expressément dans les livres inspirés ; c) sous le n. 6, les vérités qui ont été positivement enseignées par les docteurs approuvés de l’Église universelle comme devant être obligatoirement crues, bien qu’elles ne se rencontrent point expressément dans le texte sacré; .·r.s interprétant en ce sens l’enseignement du concile de Trente, sess. VII, De sacramentis in genere, car 1. s’appuyant sur le témoignage assez constant de la Tra­ dition, bien que pour ces quatre sacrements, comme pour le sacrement de pénitence, il y ait eu. l e- ■ suite des siècles, un progrès marqué dans la proposi­ tion des vérités dogmatiques qui les concernent. On doit donc, ce nous semble, rejeter l'opinion - mise par P. Pourrai. La théologie sacramentaire, p. 273 sq., d'une institution immédiate simplement implicite pour 1643 DOGME les cinq sacrements de pénitence, de confirmation, d'extrême-onction, d'ordre et de mariage, de telle sorte que Jésus aurait simplement posé les principes essen­ tiels desquels, après un développement plus ou moins long, seraient sortis les sacrements pleinement cons­ titués. Il n'y a, croyons-nous, aucun lieu d’affirmer que cette opinion coïncide substantiellement avec celle des théo­ logiens qui admettent que Jésus a laissé â son Eglise le pouvoir de déterminer in specie la matière et la forme de quelques sacrements; car il est bien avéré que, suivant la plupart des théologiens qui soutiennent cette opinion, la détermination in specie faite par l’Eglise, selon la commission donnée par son divin fondateur, n’affecte aucunement la validité des sacre­ ments, toujours entièrement sauvegardée dès lors que l’on emploie une matière et une forme répondant à l’institution divine, si générique qu'elle fût. Billot, Ve Ecclesiæ sacramentis, 2’ édit., Rome, 1896, p. 157. d) La primauté effective du pape, explicitement for­ mulée dans la révélation néo-testamentaire et dans la traditionprimilive,estcependant exprimée d’une manière beaucoup plus complète dans les définitions subsé­ quentes, surtout celles du concile du Vatican. Ces quelques exemples feront aisément comprendre que la plupart des développements dogmatiques qui se sont réalisés avec l’approbation finale de l’Eglise, appar­ tiennent de fait au second genre de vérités révélées. Il est en même temps évident que leur perfectionnement se concilie sans peine avec l'immutabilité substantielle de la révélation chrétienne primitive, qui apparaît dès le début avec quelque caractère explicite. Quant à la connexion intime des développements dog­ matiques avec la révélation chrétienne primitive dans le cas de vérités révélées d’une manière simplement implicite, si cette connexion est moins évidente au pre­ mier abord, elle devient cependant bien manifeste par le travail successif des Pères et des théologiens mettant graduellement en pleine lumière le concept intégral de la vérité révélée, finalement sanctionné par l'approba­ tion définitive de l’Église. 2. Relativement aux preuves servant â établir qu’une vérité a été primitivement révélée d’une manière explicite au moins à quelque degré minimum, nous proposons les observations suivantes : A. La démons­ tration scripturaire, en dehors des cas très peu nom­ breux ou l’Église a défini que telle vérité révélée est certainement contenue dans l’Écriture, est difficile­ ment assez certaine pour produire par elle-même cette ferme adhésion de l'intelligence qui constitue l’acte de foi. Mais, même en dehors d'une telle définition stric­ tement obligatoire, on agira prudemment en suivant les simples préférences doctrinales de l'autorité ecclé­ siastique quand elles sont suffisamment marquées, ou l'autorité des Pères et des théologiens quand elle est solidement appuyée et qu’il n’y a point de raison évi­ dente de rejeter leur témoignage. Toutefois il est bien entendu que la démonstration scripturaire proprement dite, dans la mesure où elle peut être faite, doit être appuyée uniquement sur des preuves exégétiques. B. Pour le témoignage de la tradition chrétienne : a. On doit admettre que la simple absence de documents positifs, à une époque où ces documents sont très rares et sur un po.int ou il n’y avait alors aucune nécessité particulière d'affirmer expressément une doctrine, ne peut être par elle-même un argument dé­ monstratif en faveur de l'absence de toute révélation explicite, surtout quand, à une époque très rapprochée, se rencontre une tradition désormais universelle et constante, qu’il est difficile d'expliquer si l’on n’admet dès le début quelque révélation explicite. C’est ce qu'affirme particulièrement Newman dans son Essay j on the development of Christian doctrine. Après avoir ' 4644 cité de nombreux faits d’absence de preuves positives dans des documents profanes ou ecclésiastiques en faveur de faits contemporains, aux diverses époques de l’histoire, il conclut ainsi : « Par ces remarques je puis paraître préparer la voie pour une large admission dans le christianisme primitif de l’absence de toute preuve en faveur de sa forme médiévale, mais je ne le fais point avec celte intention. Ce n'est point à cause de mécomptes de ce genre, mais au nom des droits d’une saine logique que je crois juste d’affirmer avec insistance, que, quels que soient les témoignages anciens que je puisse apporter en faveur de développe­ ments doctrinaux subséquents, ils sont dans une large mesure cités ex abundante, par choix et non par nécessité. L’onus probandi incombe à ceux qui atta­ quent un enseignement qui est et qui a été depuis longtemps en possession. Quant aux preuves positives en noire faveur, ils doivent accepter ce qu’ils peuvent obtenir, s'ils ne peuvent obtenir tout ce qu’ils pour­ raient désirer, d’autant plus que des probabilités anté­ cédentes, comme je l’ai dit, vont si loin dans le sens d’une dispense de la preuve positive, » p. 419 sq. Assurément on ne peut demander à la critique histori­ que de fournir, en faveur d’une vérité révélée, des preuves positives quand celles-ci font réellement défaut. Mais on a le droit de réprouver la prétention, certaine­ ment opposée à toute vraie et saine critique, de rejeter, à cause de l’absence de documents scientifiques vrai­ ment démonstratifs, toute existence d’une révélation oralement transmise et manifestant sa vitalité â la première occasion. En même temps que l’on doit réprouver cet excès du documentarisme, on doit être non moins sévère contre l’injuste prétention des dog­ matistes, si tant est qu’elle ait jamais existé, de vouloir imposer à la critique des conclusions positives sur le caractère explicite d’un dogme même dans les deux ou trois premiers siècles, quand les documents néces­ saires pour de telles conclusions font réellement défaut. b. Il n’est pas douteux qu’une pratique constante de l’Église, même si elle n'est pas, dès le début, accom­ pagnée de quelque déclaration doctrinale formelle, puisse autoriser à considérer comme explicitement révélée, au moins à quelque degré minimum, la doc­ trine qu’elle implique nécessairement. Cette conclusion est particulièrement vraie quand, pendant la suite des siècles, cette même pratique se maintient substantiel­ lement identique et que la doctrine â laquelle elle est associée apparait explicitement attestée, dès que l’exige une occasion impérieuse, telle qu’une attaque faite par quelque hérésie ou un besoin urgent d’expliquer plus complètement ce que l’on avait cru jusque-là. Ainsi l’exclusion constante de l’Eglise, prononcée, même dès les premiers siècles, contre quiconque n’accepte point la doctrine intégrale préchée par l'auto­ rité ecclésiastique au nom de Jésus-Christ, impliquait manifestement, dès cette époque, quelque croyance explicite à la nécessité d’appartenir à l’Église et de se soumettre entièrement à son autorité pour obtenir le salut, même indépendamment de toute affirmation doctrinale de l'une ou l'autre nécessité. De même l'habitude fréquente du recours à l’évêque de Rome, même dans les premiers siècles, et de se soumettre pleinement à ses décisions, comporte évidemment quelque croyance à la primauté effective et même au magistère infaillible du successeur de Pierre, bien que l’un et l’autre concept ne soient pas encore proposés bien explicitement. De la pratique de chacun des sa­ crements, suffisamment constatée même dans les pre miers siècles où les affirmations doctrinales sont rares et peu explicites, on peut déduire des conclusions semblables, ne laissant aucun doute sur l'institution divine de chacun des sacrements, bien que leur nature 1645 DOGME particulière ne soit pas encore l’objet d’un enseigne­ ment formel. L'importance doctrinale d’une pratique tradition­ nelle, universelle et constante, se manifeste particu­ liérement dans la controverse avec les rebaptisants. Ce fut par l’affirmation de cette universelle et constante tradition que le pape saint Étienne I" (f 257) décida en faveur de la non-itération du baptême des héré­ tiques : Si qui ergo g quacumque hæresi venient ad vos, nihil innovetur nisi quod traditum est ut manus illis imponatur in pænilenliam, Denzinger-Bannwart, n. 46; et cette affirmation traditionnelle, qui trancha cette grave controverse, conduisit bientôt saint Optat et saint Augustin à des conclusions doctrinales beau­ coup plus compréhensives, sur l’action simplement instrumentale du ministre du sacrement et sur l’exis­ tence et la nature du caractère sacramentel, comme nous l’avons indiqué précédemment. Dans la suite, celte doctrine de saint Optat et de saint Augustin com­ munément acceptée, dans son ensemble, par les théologiens prépara les définitions plus explicites de l’autorité ecclésiastique notamment aux conciles de Florence et de Trente. De même, au jugement de saint Augustin, la pratique constante de recourir fréquemment à la prière, telle qu’elle avait toujours existé dans l’Église, était contre les pélagiens une preuve irrécusable de la croyance de l’Église à la nécessité de la grâce : Frequentationibus autem orationum simpliciter apparebat Dei gratia quid valeret : non enim poscerentur de Deo quæ præcipit fieri, nisi ab illo donaretur ut fierent. De prædeslinalione sanctorum, c. xiv, n. 27, P. L., t. xliv, coi. 980; De dono perseverantiae, c. xxm, n. 63 sq., t. xlv, coi. 1031 sq.; De gestis Pelagii, c. xiv, n. 31, P. L., t. XLIV, coi. 338. Dans la même controverse contre les pélagiens sur l’existence du péché originel dans chacun des descendants d'Adam, saint Augustin s'appuie également sur l’universelle et constante pratique d'administrer le baptême à tous les enfants issus de la race d'Adam. De cette pratique attestée par d’innom­ brables documents des quatre premiers siècles et con­ cédée par les pélagiens eux-mêmes, l’évêque d’Ilippone concluait : Profecto nec baptismus est necessarius eis qui illo remissionis et reconciliationis beneficio quæ fil per mediatorem, non opus habent. Porro quia par­ vulus baptizandos esse concedunt, qui contra auctori­ tatem universas Ecclesiæ, procul dubio per Dominum et apostolos traditam, venire non possunt; concedant oportet eos egere illis beneficiis mediatoris, ut abluti per sacramentum caritatemque fidelium, ac sic incor­ porati Christi corpori quod est Ecclesia reconcilien­ tur Deo ut in illo vivi ut salvi, ut liberati, ut re­ dempti, ut illuminati fiant : unde nisi a morte, vitiis, reatu, subjectione, tenebris peccatorum ? quæ quoniam nulla in ea ælale per suam vitam propriam commi­ serunt, restat originale peccatum. De peccatorum meritis et remissione, 1. 1, c. xxvi, n. 39, P. L., t. xliv, coi. 131 ; Opus imperfectum contra Julianum, 1. 1, c. Lit, P. L., t. xlv, coi. 1074. Conclusion que saint Augustin fortifie encore par l’analyse des cérémo­ nies du baptême, telles que l’Eglise avait coutume de les pratiquer : Ipsa sanctæ Ecclesiæ sacramenta satis indicant i arvulos a partu etiam recentissimos per gratiam Christi de diaboli servitio Uberari. Excepto enim quod in peccatorum remissionem non fallaci sed fideli mysterio baptizantur etiam prius exorciza­ tur in eis et exsufflatur potestas contraria : cui etiam verbis eorum a quibus portantur se renuntiare res­ pondent. De peccato originali, c. XL, n. 45, P. L., L xliv, coi. 408. Ces quelques exemples suffisent pour faire com­ prendre qu'un témoignage d'une révélation au moins partiellement explicite, peut se rencontrer dans cer­ 1646 taines pratiques universelles et constantes, sanctionnées par l’Église. c. On doit encore observer que le témoignage formel de la tradition chrétienne sur plusieurs vérités explici­ tement révélées, ne peut être infirmé par quelques imprécisions ou inexactitudes se rencontrant à quelque époque chez les auteurs ecclésiastiques, et portant non sur l’existence de la vérité révélée, incontestablement admise à cause de l’autorité du témoignage divin, mais sur les explications que l’on s’efforce de donner de la nature du mystère; imprécisions ou incertitudes provenant soit de la défectuosité des formules em­ ployées, soit de concepts philosophiques auxquels on a recours, non pour prouver une foi appuyée unique­ ment sur l’autorilé de Dieu, mais pour faire mieux saisir, à l’aide des analogies créées, la nature du mys­ tère révélé. C’est ce que l’on observe particulièrement chez plusieurs auteurs ecclésiastiques antérieurs à l'hérésie arienne, parlant avec quelque inexactitude, de la divinité et de la génération du Verbe et de ses rapports avec le monde créé. Tixeront, La théologie anlénicéenne, 3' édit., Paris, 1906, p. 233 sq. Il en est de même du langage de beaucoup d’auteurs antérieurs au V" siècle, sur les dogmes christologiques, sur le péché originel et sur la grâce, selon la remarque spécialement faite par saint Augustin pour ce qui con­ cerne le péché originel et la grâce : Quid igitur opus est ut eorum scrutemur opuscula qui, priusquam ista hæresis oriretur, non habuerunt necessitatem in hac difficili ad solvendum quæstione versari? quod pro­ cul dubio facerent, si respondere talibus cogerentur. Unde factum est ut de gratia Dei quid sentirent, breviter quibusdam scriptorum suorum locis et trans­ eunter attingerent ; immorarentur vero in eis quæ adversus inimicos Ecclesiæ disputabant, el in exhor­ tationibus ad quasdam virtutes quibus Deo vivo et vero pro adipiscenda vita æterna et vera felicitate servitur. Frequentationibus autem orationum sim­ pliciter apparebat Dei gratia quid valeret.-non enim poscerentur de Deo quæ præcipit fieri nisi ab illo donaretur ut fierent. De prædestinatione sanctorum, c. xiv, n. 27, P. L., t. xliv, coi. 980. Saint Augustin s’exprime de même relativement au péché originel, à propos d’un lexte de saint Jean Chrysostome niant le péché dans les enfants que l’on baptise : At, inquies, cur non ipse addidit propria? Cur, putamus, nisi quia disputans in catholica Ecclesia, non se aliter intelligi arbitrabatur, tali quæstione nullius it,.sabatur, vobis nondum litigantibus securius loquebatur? Contra Julianum pelagianum, 1. I, c. vi, n. 22. P. L., t. xuv, coi. 656. Aussi doit-on réprouver comme dénuées de toute critique sérieuse les assertions de M. Turmel ampli­ fiant et travestissant des inexactitudes de ce genre, jusqu’à affirmer qu'avant l’époque de saint Augustin on avait réellement fait bien peu pour le dogme de la Tri­ nité, en dehors de la préservation de la formule d'abord faite par le pape Calixte, puis retouchée par le pape Denys, ce qui se bornait â une juxtaposition de la notion de l’unité de la substance divine et de celle des trois personnes. Louis Saltet, La question BerzogDupin,Paris, 1908, p. 166, 277 sq.; E. Portalié. Études du 5 septembre 1908, p. 617. On doit porter le même jugement sur des assertions du même auteur, relatives au dogme du péché originel inconnu avant saint Augus­ tin, el au dogme de la papauté réellement inexistant jusqu’à la fin du tv» siècle. 3. Nous n’essayerons point de dresser ici un cata­ logue des vérités révélées d’une manière simplement implicite. Les observations précédemment faites font aisément comprendre qu’un tel catalogue présente des difficultés insurmontables dans beaucoup de cas par­ ticuliers, surtout si l'on veut nettement délimiter les 1647 ijOGME vérités révélées d'une manière simplement implicite des vérités explicitement révélées à un degré minimum. Pratiquement on peut s’en tenir aux conclusions sui­ vantes : a) Une vérité doit ou peut être considérée comme implicitement révélée, quand il est certain qu’elle a été postérieurement définie par l’Église comme révélée, et que d’autre part sa révélation partiellement explicite n’est prouvée ni par des documents scriptu­ raires ou traditionnels assez démonstratifs, ni par une pratique suffisamment établie comme constante et uni­ verselle. Toutefois l’on doit reconnaître que les apprécia­ tions sur la valeur probante de ces documents tradition­ nels sont assez souvent divergentes. Une telle diversité, d’ailleurs inévitable en une matière aussi délicate rele­ vant immédiatement de la critique historique, n’a, en réalité, aucune importance doctrinale. Tous les théolo­ giens et les critiques admettent unanimement, au point de vue doctrinal, l'immutabilité substantielle de l'ensei­ gnement proposé par l’Église comme révélé. Tous aussi admettent la valeur dogmatique de l'argument de pre­ scription appuyé sur celle immutabilité substantielle. L’unique question débattue est cette question documen­ taire : y a-t-il des preuves historiques suffisantes pour établir positivement, â une époque donnée, l'affirmation explicite de telle doctrine? ou doit-on, en l’absence de telles preuves, s’abstenir de tout jugement historique posilifsurce point? Dans cettedeuxième hypothèse, l’ab­ sence d'un tel jugement n’autorisant pas, comme nous l'avons montré précédemment, à émettre une assertion doctrinale formelle, ne peut donc avoir aucune consé­ quence dogmatique, bien que l’on doive en tenir compte dans l’exposé des arguments. Théologiens et critiques restant ainsi sur leurs terrains respectifs, rien ne doit troubler l’accord entre le dogme et la critique histo­ rique. 6) Le strict minimum nécessairement requis pour qu’une vérité postérieurement définie par l’Église puisse être considérée comme implicitement révélée dans une autre, ne pouvant être défini a priori, en dehors de cette affirmation générale que son concept doit faire partie du concept intégral de la vérité primi­ tivement révélée, on devra, dans l’appréciation con­ crète des développements dogmatiques historiquement constatés, ne point écarter facilement les hypothèses qui ne présentent aucune opposition dogmatique avec ce concept de la vérité primitivement révélée. Mais, d’autre part, l'on ne doit point oublier qu’il y a lieu d’admettre une révélation purement implicite, seule­ ment au défaut de preuves suffisantes en faveur d une révélation plus explicite, à cause de la présomption toujours existante, jusqu’à preuve contraire, en faveur de quelque révélation oralement faite par Jésus-Christ et transmise par la tradition toujours vivante dans l’Église. VU. Conclusions relatives λ l’histoire des dogmes. — 7re conclusion, — Du principe général précédem­ ment établi sur la subordination nécessaire de toutes les sciences humaines à l’autorité de la révélation et aux définitions du magistère ecclésiastique, nous de­ vons conclure que la science de l’histoire des dogmes, nécessairement connexe à la dogmatique bien qu’elle soit en elle-même une simple division de l’histoire ecclésiastique, est également tenue d’observer cette même subordination. Elle doit donc ne jamais contre­ dire, par aucune de ses assertions, opinions ou hypo­ thèses critiques, un enseignement certainement ré­ vélé ou une conclusion certainement enseignée par l’Église comme intimement liée à cet enseignement révélé. Mais il reste toujours vrai que la science de l’histoire des dogmes, comme toute science humaine, selon les documents précités, notamment le concile du Vatican : Nec sane ipsa vetat Ecclesia ne hujusmodi disciplinée in suo quosque ambitu propriis utantur i 1648 principiis et propria methodo, sess. III, c. iv. garde toujours son autonomie en tout ce qui n’a point de connexion nécessaire avec le dogme, particulièrement en ce qui concerne sa méthode propre et son genre particulier de preuve. 2e conclusion. — La nécessaire subordination à l’en­ seignement révélé exige particuliérement que l’histoire scientifique des dogmes ne soutienne aucune asser­ tion, opinion ou hypothèse supposant une évolution substantielle des dogmes, de quelque manière que celle-ci soit défendue. Car c’est un dogme de foi catho­ lique, selon les documents précités, qu’une telle évolu­ tion n’a jamais existé et ne pourra jamais exister, et qu’aucune hypothèse historique contredisant un dogme ne peut être vraie. Ainsi doivent être écartées comme radicalement fausses toutes les opinions ou hypothèses attribuant une origine purement humaine à la doc­ trine du Logos divin ou à la constitution de l’Église, à l’institution des sacrements ou à quelque autre dogme. L’erreur opposée est particulièrement réprouvée par Pie X dans l’encyclique Pascendi au paragraphe concernant le moderniste historien, et dans le décret Lamentabili aux propositions 23, 24, 29, 32. 3e conclusion. — Puisque, en dehors-de cette néces­ saire subordination, l’histoire scientifique des dogmes reste autonome en ce qui concerne sa méthode particu­ lière, on ne peut exiger qu’elle fournisse des preuves historiques en faveur de l’enseignement révélé, quand des preuves critiques solides font défaut. Tout ce que l’on est en droit de demander, c’est que la science historique ne soutienne rien de contraire au dogme. Ainsi, dans les cas précités, on ne peut exiger que l’histoire des dogmes fournisse des preuves décisives et historiquement indiscutables en faveur de la pratique de plusieurs sacrements dans les deux premiers siècles, bien que le fait de leur institution divine et celui de leur usage pendant cette période soient dogmatiquement ou théologiquement certains. 4e conclusion. — On ne peut exiger que l’historien des dogmes poursuive toujours dans ses investigations un but apologétique ou dogmatique, mais on ne peut non plus le lui interdire au nom delà science. — 1. Le seul devoir imposé à Thistorien des dogmes est de ne point contredire la vérité révélée ou l’enseignement proposé par l’Église comme certainement connexe à cette vérité. Travailler positivement à la défense del’enseignement catholique n’est en soi l’objet d’aucun pré­ cepte, c’est tout au plus un conseil de perfection dont l’omission ne constitue de soi aucune faute, surtout s’il était à craindre que, dans des circonstances très particulières et à cause de préjugés difficiles à com­ battre, l’on ne puisse montrer des préoccupations évi­ demment apologétiques ou théologiques, sans s’exposer à perdre, au point de vue scientifique, toute considé­ ration ; hypothèse qui, dans certains milieux, peut n’étre pas irréalisable. 2. Mais toute préoccupation apologétique ne peut être interdite au nom de la science. Tout ce que l’on a le droit d’exiger au point de vue scientifique, c’est que la méthode propre à la science historique soit rigoureusement observée. D’ailleurs, si la prétention contraire était vraie, il en résulterait nécessairement que l’on ne pourrait convenablement cultiver une science quelconque sans être un sceptique parfait, puisqu’une conviction quelconque pourrait fausser les recherches ou déductions scientifiques. 3. En fait, surtout dans les circonstances actuelles où la foi catholique est constamment attaquée sur ce terrain de l’histoire des dogmes par une science hostile ou incroyante, il ne nous parait guère possible qu’un catholique, attaché à sa foi et soucieux de la défendre dans la mesure de ses forces, s’abstienne, dans ses travaux habituels sur l'histoire des dogmes, de toute 1649 DOGME préoccupation apologéti |ue ou dogmatique. Une telle abstention, dans des circonstances aussi critiques, serait le plus souvent une omission injustifiée d'un grave devoir de charité. 5» conclusion. — Avec quelque intention qu elle soit poursuivie, i’histoire scienlilique des dogmes fournit toujours à la science théologique un appoint très consi­ dérable, dès lors qu'elle garde, vis-à-vis de l’ensei­ gnement révélé et du magistère de l’Eglise, la subordi­ nation nécessaire. — 1. L'histoire des dogmes aide à mieux comprendre les délinitions de l’Eglise, en les replaçant dans leur milieu, en faisant mieux connaître les erreurs contre lesquelles ces définitions furent dirigées et en aidant à une complète intelligence de la terminologie ecclésiastique. On le comprendra faci­ lement par les nombreux exemples que nous avons cités au cours de cet article, sans que nous ayons besoin de les répéter ici. — 2. L'histoire des dogmes aide encore à mieux établir la preuve théologique de la tradition, par les témoignages qu'elle nous fait connaître et dont elle nous donne l'exacte interprétation. Rappe­ lons simplement l’exemple précédemment indiqué du caractère sacramentel. L'histoire des dogmes nous montre son solide fondement théologique dans la tradi­ tion. surtout depuis la controverse avec les donatistes; ce qui écarte définitivement la supposilien émise par quelques anciens théologiens et approuvée par Cajetan lui-même, que la doctrine du earoclère sacramentel qui n’est point dans l'Écriture, est enseignée uni­ quement par l’autorité de l’Église et seulement depuis une époque assez récente. P. Pourrai, La théologie sacramenlaire, p. 222. 3. L’histoire des dogmes sert aussi à mieux différencier la doctrine catholique strictement obligatoire, des opi­ nions théologiques librement controversées. L’accord constant des Pères et des théologiens sur les matières de foi, comparé avec la diversité de leurs opinions en matières considérées comme libres, fait nettement ressortir l’élément accessoire ou humain dans leurs ex­ positions dogmatiques, en même temps que la substance du dogme toujours identique malgré quelques change­ ments accidentels. C’est ainsi, par exemple, que le dogme de l'efficacité des sacrements de la nouvelle loi, tel qu’il a été défini par le concile de Trente, apparaît d une manière beaucoup plus manifeste quand on l’étu­ die conjointement avec les multiples opinions théologi­ ques antérieures ou postérieures au concile de Trente. 4. L’histoire des dogmes · fournit encore l’insigne avantage de mettre dans une très vive lumière la sou­ veraine autorité du magistère ecclésiastique, règle suprême du travail théologique individuel ou collectif, sanctionnant ou encourageant ce qui est digne d’appro­ bation et désapprouvant ou réprouvant tout ce qui contreditou met en péril l’enseignement révélé, comme nous l’avons montré précédemment. Ces conclusions générales sur l'histoire des dogmes font assez comprendre quelle direction l'on doit donner à cette étude particulièrement importante à l’heure actuelle, en face de toutes les attaques d’une critique hostile ou indifférente. Les détails de l’histoire de chacun des dogmes particuliers seront étudiés aux ar­ ticles spéciaux. En terminant cette étude d’ensemble sur les dogmes chrétiens, qu’il nous soit permis de faire observer que nous avons dû, pour plus de clarté dans notre exposé, indiquer, sur chacun des points particuliers, la doctrine de l'Écriture et celle de la tradition ainsi que les défi­ nitions de l’Église. Le lecteur désireux d’établir la syn­ thèse de l'enseignement scripturaire, de l'enseignement patristique ou théologique et de l'enseignement ecclé­ siastique sur l’ensemble des points particuliers étudiés au cours de cet article, pourra facilement grouper lui-même, sous ces titres généraux, ce que notre étude DOMAN1N1 1650 analytique devait nécessairement fractionner,sous pei..e de manquer de clarté et de précision. On peut consulter les ouvrages indiqués au cours de cet article, et ceux qui ont été signalés dans l’article précédent, ainsi que les très nombreux articles publiés depuis quelques années dot , les diverses revues, notamment sur· le développement des dogmes, etGardeil. Le donné révélé et lathéologie. Paris. 4910; A. Lépicier, De stabilitate et progressu dogmatis,2· édit.. Rome. 1910; A. Palmieri, Il progresso dommatico net concerto cattolico, Florence, 1910; Pinard, art. Dogme,dans le Dictionnaire apologétique de d’Alès, t. 1, col. 1121-1184. E. Dublanchy. DOLERA (ou DE OLERA) Clément naquit près de Gènes, à Moneglia, d’où son nom de Monilianus. le 20 juin 1501. Entré chez les mineurs de l’observance, dans la province de Bologne, la science et la piété dont il avait fait preuve comme lecteur de dialectique et de théologie lui valurent les premières charges dans celte province, en attendant qu’il devînt vicaire-général de son ordre, à la mort du P. .lean Calvi, général, décédé à Trente pendant le concile, en 1547. Le chapitre tenu à Assise cette même année lui confia la direction de la fa­ mille cisinonlaine des observantset le suivant, réuni à Salamanque en 1553, l’élut général des mineurs. Son premier soin fut de réunir les Statuts qui régissaient la famille cismontaine qu'il édita sous te litre de Statu ta generalia cismontanarum partium ord. S. Francisci reg. obsere. per Julium 111 approbata, Venise. 1554 Ancône, 1582. Paul IV qui l'avait en haute estime ie créa cardinal le 15 mars 1557, et le 13 mars 1560 Pie IV le nommait évêque de Foligno. Dolera mourut à Rome le 6 janvier 1568 et fut enseveli dans son titre de Sainte-Marie d'Aracæli. Étant cardinal, il publia : Theologicarum institutionum compendium, in-fol., Foligno, 1562; Rome, 1565. A ce livre qui dans la pre­ mière édition renfermait les traités De symbolo apos­ tolorum, De sacramentis, De præceplis divinis, De consiliis evangelicis, De œcumenico concilio, il ajouta, dans la 2e édit., in-4", Rome, 1565, ceux De cirlibatu existenlium in sacris ordinibus, et De peccatis in genere, de divisione et de/inilioneeorumdem, que l'on trouve édités séparément, in-4°,s. l.n. d.On lui attribue aussi des Commentaires sur les Epitres de saint Paul. Wadding et Sbaralea, Scriptores ordinis minorum .Ciaeconiue, Historiæ pontificum Humanorum et S. It. E. r.r hna· lin»»,Rome, 1677, t. lit, col. 860; Ughelli. Italia sacro. Ven;se. 4717, t. 1, col. 714; Ricliard et Giraud. Dizionari·.· ■>>·:' dette scienze ecclesiatiche, t. lv, p. 185; Armâtes »><< Quaracchi, 1899, t. XX, passim; Hurter. Xemmlah 3' edit . 1907, t. HI, col. 49. P. Édouard d'Alencon. DOMANINI Lacta nee, carme de la congregation de Mantoue, professa la théologie après avoir conquis a Bologne le diplôme de docteur. Son activité inted·. ■ tuelle était extraordinaire : à l'âge de 33 ans. il avait la foi~me de la république ecclésiastique. Le Christ est le vrai chef de l’Église; son influence s’exerce en­ core sur elle par la grâce. Quoi, qu’en aient dit les théo­ logiens romains, Bellarmin et Saunders en particulier, point n’est besoin de représentants visibles du Christ en terre, c. I, p. 1 sq. Les apôtres ne furent, après la mort du Christ comme de son vivant, « que des ouvriers et ministres du Christ, » car leur grande fonction fut la prédication; « ils ne reçurent rien autre que le mi­ nistère de propager la foi du Christ par la prédication de l’Évangile et par l’usage salutaire du baptême. с. il, p. 13 sq. Tous furent égaux, et tous, au même titre que Pierre, eurent droit au titre de vicaires du Christ dans le sens indiqué plus haut.c. ut, iv. p. 21 sq. Diverses prééminences doivent étre cependant recon­ nues en saint Pierre; appelé le premier, le pren i - par la charité, le premier prédicateur de l’Évangile après la Pentecôte, on peut lui concéder la primauté d ·. nneur « d’un doyen parmi les cardinaux, d’un aîné parmi ses frères; » mais cette primauté ne constitue « aucun pouvoir monarchique et est parfaitement com­ patible avec l'autorité égale des apôtres dans le gouver­ nement de l’Église, » c. v, p. 36 sq. Tous les textes sur lesquels les théologiens romains fondent la primauté de Pierre sont interprétés d’après ces principes. 1671 DOMINIS c. VI sq., p. 43 sq. Dominis va plus loin, et prétend montrer « que la primauté entre les apôtres est con­ traire à l’Écriture et à renseignement des Pêres, » c. XI, p. 123sq. La forme « de la république ecclésias­ tique sur la terre » n’est donc pas «la monarchie, mais plutôt l'aristocratie. » Cependant on peut affirmer en deux sens la monarchie ecclésiastique : l’évéque est monarque dans son diocèse ; l’épiscopal uni des diverses églises est la première autorité de l’Église universelle, c. xn, p. 137 sq. Dans le 1. II·, il est question des chefs et ministres de l'aglise. Les apôtres ont reçu du Christ pouvoir de se choisir des successeurs, eux-mêmes furent consa­ crés évêques par le Christ, et ont, de la même façon, consacré leurs successeurs, c. 1 sq., p. 157 sq. Entre l’évêque et le simple prêtre il y a des différences fon­ damentales; l'évêque reçoit directement ses pouvoirs du Christ; tous les évêques sont au même titre vicaires de Jésus-Christ, et égaux dans leurs pouvoirs ecclésias­ tiques reçus directement du Christ lui-même, c. insq., р. 191 sq. Ces pouvoirs ne sont pas, de droit divin, restreints à tel ou tel lieu; cette restriction s’est faite dés le temps des apôtres; elle doit être observée. Lorsque de nouveaux évêques doivent être consacrés et envoyés, ils peuvent l’être par tout évêque légitime, et il est faux que le pape seul ait ce droit de mission, с. vu, p. 266 sq. Dominis décrit ensuite les diverses fonctions des prêtres inférieurs. D nie que le célibat ecclésiastique puisse être une obligation, bien qu’il en reconnaisse la haute convenance ; la permission du mariage pour le clerc étant de droit divin ne peut être supprimée par l’Église, c. x sq., p. 291 sq. Les moines ne font pas partie des ministres de l’Église; purs laïques, ils cessent d'être moines, quand ils reçoivent la cléricature; Domi­ nis réédite contre eux, et contre les clercs réguliers, les plus violentes attaques des protestants, c. XII, p.347sq. Le 1. 111« traite de la hiérarchie entre les chefs de l’Église. Aucune hiérarchie n’existe de droit divin entre les sièges épiscopaux ; le seul droit humain ecclé­ siastique l’a constituée; bien des causes lui ont donné naissance, origine apostolique de certains sièges et pureté de la doctrine et de la discipline qu’ils ont conservée, surtout importance civile et politique de certaines villes, c. I sq., p. 379 sq. L’élection de l’évêque doit se faire par le clergé et le peuple, sous la présidence du métropolitain; celui-ci doit consacrer le nouvel évêque; les changements de sièges sont licites, mais doivent être rares, c. m sq., p. 398 sq. Le métropolitain a, sur ses sulfragants, des pouvoirs étendus de surveillance, de correction, il est leur juge ordinaire; de leurs tribunaux on peut en appeler au sien. Les patriarches, qui doivent leur dignité à celle de leurs villes, sont tous égaux entre eux; tous peuvent concéder à leurs sulfragants le pallium, qui du reste ne confère aucune autorité spéciale, c. vil sq., p.452sq. Ce livre se termine par un exposé très sombre « du trouble et de la confusion apportés actuellement à la hiérarchie » par la politique romaine; une vive cri­ tique est faite, en particulier, du concordat conclu pour la France entre François Ier et Léon X, et du régime ecclésiastique qui en est la conséquence, c. xn, р. 504 sq. Le 1. IV· est consacré spécialement à VÉglise romaine. Dominis admet la prédication et le martyre de Pierre à Rome, mais nie qu’il ait établi son siège dans cette ville particulière; de fait, Paul, à meilleur titre que Pierre, peut être dit le fondateur de l’Église de Rome, с. i, p. 525 sq. L’Église romaine n’est qu’une église particulière, comme les autres; la dignité de la ville de Rome, les concessions des empereurs, l'origine apostolique, les grands services rendus pendant les siècles de persécutions et les premiers temps du 1672 moyen âge, « la pureté et la sincérité de la doctrine apostolique conservées pendant plusieurs siècles, » les immenses domaines concédés par les princes tempo­ rels « par un zèle peut-être imprudent et qui devait devenir pernicieux aux donateurs, » tout cela a valu à cette Église sa dignité métropolitaine et patriarcale, et même le premier rang parmi les Églises patriarcales. Si l’on interprète exactement les prédictions de l’Apo­ calypse, il semble du reste que Rome ne doit pas con­ server longtemps ces prérogatives, c. ni, p. 544 sq. L’Église de Constantinople a, pour des raisons ana­ logues, les mêmes privilèges que l’Église romaine, et n’est en rien soumise à celle-ci, c. iv, p. 569 sq. Le clergé romain n’a de prérogative sur les autres en vertu d’aucun droit divin ni humain, et les cardinaux ne sont que les premiers membres de ce clergé; leur titre ne signifie rien autre chose que l’administration de l’église titulaire, c. v, p. 584 sq. Le pape n’esl pas plus particulièrement le successeur de saint Pierre que les évêques des autres églises fondées par l’apôtre, c. vi, p. 610 sq. Il est faux que l’Église universelle ait une tête unique sur terre, et s’ils étaient logiques, les Sorbonnistes devraient admetire cette conséquence; jamais les meilleurs dans l’Église n’ont enseigné la juridiction universelle du pontife romain; les seuls privilèges reconnus aux papes par les Pères sont ceux de patriarche et de métropolitain, et ils sont de droit humain ecclésiastique, non de droit divin, c. ix, p. 677 sq. L’élection du pape est, de droit, soumise aux mêmes règles que celle des autres évêques; c’est à tort que le clergé et le peuple romain n’y ont plus part, et l’ingérence des princes temporels dans l'élection est légitime, c. x sq., p. 687 sq. Enfin les envois de légats par l’Eglise romaine aux autres Églises, jadis bienfai­ sants, sont devenus maintenant, « un instrument d'exaltation pour la papauté, d’oppression pour les Églises, d’abaissement pour les évêques, d'usurpation, pompe, faste, lucre, amour des biens temporels, » qu’il s’agisse de légats perpétuels ou temporaires, c. xn, р. 754 sq. Le pape est exhorté à renoncer à ces vaines et pernicieuses ambitions, obstacle principal à la paix, à l’unité de l’Église. La II» partie de la République ecclésiastique parut à la fois à Londres et â Francfort sur le Mein en 1620. Elle comprend les I. V et VI et est également dédiée à Jacques I». Le 1. V traite du pouvoir propre de l’Église. Ce pouvoir est purement spirituel; il n’im­ plique aucune juridiction coactive, aucune peine tem­ porelle contre les délinquants, c. i sq., p. 1 sq. Il con­ siste à produire, par des actes extérieurs, prédication et administration des sacrements, la grâce dans l’âme des fidèles, c. iv, p. 40 sq. Dominis donne à ce propos sa doctrine sur les sacrements. Le baptême est un vrai sacrement, non la confirmation. Sur l’eucharistie il enseigne les erreurs calvinistes, niant « la présence réelle, c’est-à-dire corporelle et charnelle, du corps du Christ » et n’admettant « qu’une présence spirituelle, figurée, mais efficace; » il réprouve en conséquence non seulement la transsubstantiation, mais la consub­ stantiation. La messe n’est pas pour lui un sacrifice proprement dit, mais seulement commémoratif; il ter­ mine en blâmant les messes privées, et la commu­ nion sous une seule espèce, à moins de raisons graves, с. v sq., p. 52 sq. La pénitence du pécheur, et même la pénitence extérieure ecclésiastique,ont une influence salutaire, mais ne sont pas un sacrement, c. vu, p. 298 sq. Dominis nie le purgatoire, la satisfaction et les indulgences, c. vm, p. 337 sq. Il admet que le pou­ voir des clefs s’exerce par l’excommunication, non par aucune autre censure, et blâme à ce sujet l’interdit lancé sur les terres de Venise dont il raconte l’histoire à sa manière, c. ix, p. 399 sq. Pour lui. ni l’extrêmeonction, ni le mariage ne sont des sacrements propre­ 1673 DOMINIS 1674 ment dits; le mariage ne relève pas proprement du à personne une juste cause de schisme; on peut établir pouvoir ecclésiastique; c'est un contrat naturel et la concorde entre les diverses sectes hostiles; Dominis humain, auquel le Christ a surajouté la double obliga­ se rallie pleinement aux tentatives de « pacification » tion de l’unité et de '.’indissolubilité, c. xi, p. 429 sq. de Cassander et de ses amis; au nombre de ces ques­ tions indifférentes, qui peuvent être laissées à la libre Le 1. VI· est une attaque violente contre les théories de Suarez et de Bellarmin sur le pouvoir de l’Église discussion des écoles, il met le culte des saints, le culte en matière temporelle. Pour Dominis, le Christ, en de leurs images et de leurs reliques, les prières pu­ tant qu'homme, pendant sa vie terrestre, n’a pas eu bliques, les rites des ordinations et d’autres cérémo­ de règne temporel ; les princes et rois tiennent leur nies, c. n sq., p. 198 sq. Le 1. IX· traite des biens temporels dans l’Église. puissance immédiatement de Dieu; les deux pouvoirs laïque et ecclésiastique sont pleinement distincts sans Avec un cynisme remarquable chez un homme dont aucune subordination, c. I sq., p. 493 sq. Le prince a l’avidité et l'avarice scandalisèrent les anglicans. Dodroit à l’obéissance de tous ses sujets, même ecclésias­ minis fait un pompeux éloge de la pauvreté de cette tiques; il a, en vertu de ses fonctions, droit el devoir Église primitive, « qui sans possessions terrestres se de surveiller l’Église et ce qui la concerne, c. tv sq., contentait pour sa vie frugale des libres oblations des p. 5-47 sq. Le domaine temporel et le glaive matériel fidèles, » c. I, p. 3 sq. Il admet, du reste, que le droit répugnent à la profession ecclésiastique; les évêchés et à la dîme subsiste dans le christianisme, que l’origine autres bénéfices sont justement conférés par la main des bénéfices ecclésiastiques fut légitime, mais que du prince; quand celui-ci se dérègle, il convient que cette institution peut donner lieu aux plus graves les chefs spirituels l’avertissent avec douceur et res­ abus; il rappelle les devoirs des ecclésiastiques dans pect, mais ni l’Église ni le pape n’ont aucun pouvoir l’usage des revenus de ces bénéfices, c. m sq., p. 19sq. sur les royaumes temporels et les rois, c. vu sq., Les princes gardent leur autorité sur les biensd’Eglise p. 668 sq. 11 est faux que la translation de l’empiredes comme sur tous les autres biens de leurs sujets ; les Grecs aux Francs, et l’institution des sept électeurs, évêques sont maîtres et administrateurs des biens de soient l'œuvre des papes; et les attaques de Baronius leurs Églises; c’est par un intolérable abus que le pape contre la Monarchie de Sicile sont injustes, c. xi sq., se substitue à eux fréquemment dans ces fonctions, et р. 818 sq. Un appendice à ce 1. VI·, dirigé contre la qu’il confère tant de bénéfices dans les divers pays, Defensio de Suarez, s'efforce de prouver la légitimité c. vi sq., p. 56 sq. Le livre se termine par des cri­ du serment d’allégeance imposé par Jacques 1« à ses tiques justifiées, mais que Dominis moins que personne sujets. Append., p. 879 sq. avait le droit de formuler, contre les abus tolérés par La III' partie, parue â Hanovre en 1622, devait con­ la cour romaine, bénéfices accordés à des indignes, tenir les 1. VII-X; elle est incomplète, et ne com­ commendes et pensions, c. ixsq., p. 93 sq. prend en réalité que le 1. VII, qui traite de l’Écriture On le voit, soit désir de fiatter le roi Jacques d'Angle­ et de la tradition, et le 1. IX, consacré aux biens terre, soit influence des hommes d'Eglise anglicans au ecclésiastiques. La sainte Écriture est, pour Dominis, milieu desquels il vivait quand il composa son livre, < la première et la plus certaine des règles sensibles l’archevêque de Spalatro a adopté des positions égale­ de la foi. » Il admet cependant que l’Église peut « non ment éloignées du catholicisme et du puritanisme; son pas décréter, mais attester, en s’appuyant sur la tradi­ ouvrage reproduit les théories en faveur à la cour du tion, quelles sont les Écritures canoniques. Cette canoroi Jacques, et dont l’archevêque Laud sera le meilleur nicité est un objet non de foi divine, mais seulement défenseur. Dominis ayant pris la peine, après sa sortie de certitude humaine; » Dominis comprend parmi les d'Angleterre, de réfuter lui-même son livre, on peut se livres « non canoniques » Tobie, Judith, la Sagesse, demander jusqu’à quel point il fut de bonne foi en 1 Ecclésiastique, les Machabées. Il prend, en revanche, l'écrivant, et quelles furent ses idées réelles sur la h défense de l’Apocalypse et de l’Épitre aux Hébreux, République ecclésiastique. Un de ceux qui réfutèrent с. t. p. 4 sq. L’Écriture seule est « le trésor de tous les le mieux les théories de l’archevêque de Spalatro. ■ dogmes que nous devons croire de foi divine; » la jésuite Martin Becan, lui disait rudement, mais r · tradition ne saurait imposer la croyance à un dogme sans vérité:® Tu n’es ni catholique, ni luthérien, ni non contenu dans l’Écriture, c. 11, p. 21 sq. Les conciles calviniste,... tu l’es fait un nouveau symbole, en part ne jouissent d'aucune infaillibilité particulière pour emprunté aux livres des autres, en partie né dans ton définir le véritable sens de l’Écriture; Dominis admet cerveau. Deux passions t’ont poussé à écrire, la haine cependant, par une inconséquence notoire, que les du pontife romain, l'amour de ta grandeur et de ta ri­ quatre premiers conciles ont des définitions infaillibles; chesse. » De re publica ecclesiastica, Mayence, 1618. p. 2. il fait, en particulier, la plus vive critique des délibéra­ I. Œuvres de Dominis. — De republica ecclesiastica, tions et des décrets du concile de Trente, c. ni, p. 39 sq. 3 in-fol., Londres, 1617, 1620; Hanovre, 1622; Écueils du nau­ Dans les controverses sur la foi, l’Église® n’est pas frage chrestien, La Rochelle, 1618; Sermon... faict le premier juge de la vérité, mais seulement gardienne et témoin Dimanche de l'Advent de l'année Ί61Ί. à Londres, en lu de cette vérité; » « elle garde les vérités communiquées chapelle des Merciers, Charenton, 1619; Marci Antonii de par le Christ à ses apôtres, et les révèle au monde; Dominis.■■ causse profectionis suæ ex Italia, Londres. 1616; c est ainsi qu’elle dirime les controverses avec une Marcus Antonius de Dominis... sui reditus ex Anglia con­ silium exponit, Paris, 1623 ; M. A. de Dominis. De pace re­ autorité infaillible; elle n’a, du reste, aucun pouvoir ligionis epistola ad ven. Jos. Hall archipresb. Vigomiensem, judiciaire pour imposer ses décisions, » c. iv, p. 68 sq. Besançon, 1666 ; sous le voile de l’anonymat, Papatus ronia·. ns. Le pontife romain n’est pas, bien entendu, le juge Londres, 1617. universel et infaillible des controverses sur la foi, c. v, II. Ouvrages. — Benrath.art. Dominis, dans la Healer -. ■.■ р. 78 sq. Les Pères ne sont pas juges infaillibles, mais padie fle Herzog-Hauck, t.iv; Boccalini (Trajano), Letters C z, seulement témoins de la vraie foi, c. VI, p. 98 sq. Ce Sgr Mutio, dans la Bilancia politica de Gregorio Leti ' At ­ n est pas au pape seul, c’est aux évêques et aux coniana, 1678, t. tu; Frère, A history of the englm. church in rhe cilesqu’il appartient de discerner et de condamner les . reigns of Elizabeth and James I, Londres, 104: Fuiier, Church history of Britain, Londres, 1655; S. R Gard ter. hérésies; du reste, pour propager ou conserver la foi catholique, la force matérielle ne doit pas être employée, 1 History of England from the accession of James I. Lndres. 1896, I. iv; Godfrey Goodman, Court of King James l, Londres, с. vit sq., p. 105 sq. Les schismes sont le mal suprême 1839, t. 1, π; I.obelus, Sorex primus oras chartarum primi de l’Église; on doit les éviter à lout prix; actuellement, libri de Bepnblica ecclesiastica corrodens, Londres. 1618; ni les controverses sur les dogmes ecclésiastiques, ni Nelle, M. Ant. de Dominis, his shiftings in religion, Londres celles sur les rites du culte divin, ne sauraient fournir 1624; Id., Alter Ecebolius, Marcus Antonius de Dominis... 1675 DOMINIS pluribus dominis inservire doctus, Londres. 1624 ;H. Newland, Life, Londres, 1859; Percy, art. Dominis, dans le Dictionary ôf national biography, t. XV, p. 291 sq. ; Perry, History of tlie church of England, Londres, 1863, t. i; Relation sent from Rome of the process ofU. A. de Dominis, Londres, 1624; Turmel, Histoire de la théologie positive, Paris, 1906, t. il; L. Veith, S. J., Edm. Richeri systema de eccl. et polit, potesta­ te confutatum... accessit discursus de vita elscriptis M. A.de Dominis. Malinos, 1825. Sur les censures et réfutations de Domi­ nis, cf. Benrath, art. cit., p.781 sq. .1. DE LA SERVIÈRE. DOMMAGE. — I. Notions générales. II. Dommage au point de vue de la théologie morale. III. Dommage dans le droit civil. I. Notions générales. — On entend par dommage le tort fait à quelqu’un dans ses biens matériels ou immatériels. Ce dommage peut enrichir son auteur ou ne lui procurer aucun avantage direct. Celui qui vole une montre à son prochain, retire de cet acte un profit; celui qui, dans un accès de colère ou de haine, brise cette montre, cause un dommage, dont il ne retire aucun bénéfice matériel. En le distinguant du cas où le dommage est causé par un vol, la théologie morale s'occupe spécialement du dommage causé au prochain, ou plus exactement de l’obligation de conscience contractée par celui qui a fait tort à son prochain, dans le cas où l’auteur de l’action nuisible n’en a retiré aucun avantage. Le droit civil rend le ciloven responsable des effets de ses actes : il détermine celte responsabilité dans les délits ou quasi-délits. 11 considère donc lui aussi la réparation des dommages; maiscette réparation s’effec­ tue le plus souvent sous forme de compensation pécu­ niaire : ce sont les dommages et intérêts dont le Code civil réglemente l’existence, la quotité et le mode de recouvrement. Nous traiterons donc de la réparation des dommages au point de vue de la conscience et dans le droit civil. Ces deux aspects de la même question coïncident la plupart du temps; ils diffèrent cependant sur quelques points de détail. II. Dommage au point de vue de la théologie mo­ rale. — 1» Conditions requises pour oblige.)· en con­ science à la réparation du dommage. — Ces conditions sont au nombre de trois. 11 est nécessaire que l'action dommageable : I. soit contraire à la justice commu­ tative ; 2. qu'elle soit cause efficace du dommage réelleir.ent causé; 3. qu’elle constitue une faute théologique. 1. Pour être obligé en conscience à réparer le dom­ mage causé au prochain, il est nécessaire que l’action nuisible soit contraire à la justice commutative. Il est d’abord évident que la réparation dont il est ici question est un acte de justice stricte, de justice com­ mutative. En effet, seule parmi toutes les autres vertus, la justice jouit de cette propriété d’établir une sorte d'égalité entre les choses, d’« ajuster » pour ainsi dire la dette et la prestation, comme il apparaît clairement dans le contrat de vente ou d’échange. Or voilà préci­ sément ce que fait la réparation du dommage, qui a pour but de rendre à la personne lésée ce qui lui a été enlevé, ce à quoi elle a droit. Réparer un dommage injustement causé au prochain, n’est-ce pas restituer celui-ci dans son état juridique primitif, et donc faire acte de stricte justice ? D’autre part, la justice commutative inspire l’obli­ gation de rendre à chacun ce qui lui est dû, de réparer le droit blessé. Or, par l’action dommageable, le pro­ chain est lésé dans son droit, il subit un détriment in­ juste. C’est donc une obligation de stricte justice de réparer le dommage injustement causé. Au reste, l’obligation de réparer ne peut provenir d'aucune autre vertu. La justice seule oblige l’homme par rapport à l'homme, seule elle crée, un lien juri­ dique entre les hommes; toutes les autres vertus, cha­ DOMMAGE 1676 rité, prudence, force, tempérance,etc.,obligent l'homme par rapport à Dieu, elles sont une norme de rectitude morale subjective, tandis que la justice porte une règle objective et réalise une égalité de choses. Suarez, De justitia; Vermeersch,1904, n. 157 sq. Des considérations précédentes, il ressort que pour être obligé en con­ science à réparer le dommage causé au prochain il est nécessaire que l’action nuisible soit contraire à la jus­ tice commutative. De cette règle nous pouvons lirer les conclusions suivantes : a) Celui qui fait du tort à son prochain, sans blesser la justice commutative, n’est pas tenu en conscience à réparer le dommage. Il peut se faire cependant qu'il pèche contre une autre vertu. Pierre par haine de Paul conseille à Jacques de ne pas faire son testament, sachant que ledit Jacques avait l'intention de laisser ses biens à Paul. Peu de temps après, Jacques meurt ab intestat, et Paul s’empresse de réclamer des dommages et intérêts à Pierre. Or, celui-ci n’est pas tenu en conscience à restitution, parce que l’action dont il est l’auteur, le conseil, ne blesse pas la justice. Que si Pierre, pour écarter Paul du tes­ tament de Jacques, avait employé des moyens injustes, tels que la calomnie, la violence, etc., alors il serait soumis à l’obligation de réparer le tort fait à Paul. b) Celui qui involontairement pose la cause d'un dommage et n’arréte pas l'effet de cette cause, lorsqu'il peut le faire, pèche contre la justice et se trouve ainsi obligé à restitution. On doit, en effet, empêcher que l'acte dont on est l'auteur ne nuise au prochain, pour autant qu’on peut arrêter l'effet nuisible de cet acte. Par exemple, le voyageur qui met le feu à une forêt par inadvertance, le pharmacien qui par erreur donne un remède mortel, le conseiller qui sans le vouloir donne un conseil pernicieux, doivent réparer intégra­ lement le dommage causé, lorsque, ayant découvert leur erreur, ils n'ont pas empêché l’effet de se produire. Si, par erreur involontaire, vous avez accusé votre prochain d’un crime grave, vous n’êtes pas tenu de révoquer votre accusation, dans le cas où votre répu­ tation devrait gravement en souffrir. Sans doute, la charité pourra vous imposer le devoir de cette démarche, mais celte obligation cesse devant une grande difficulté ou un inconvénient majeur. c) Celui qui ayant la charge de nommer à des emplois ou dignités publiques, choisit un candidat simplement digne au détriment de celui qui est plus digne, ne pèche pas contre la justice commutative et donc n’est pas tenu à restitution. Assurément, il est obligé en stricte justice, vis-à-vis de la société, de nommer un candidat qui soit digne et apte, et d’écarter les indignes, mais rien ne l’oblige à choisir les plus dignes. Cepen­ dant, il peut arriver que le candidat ait un droit strict à être choisi. Par exemple, dans un concours où l’on promet, sous une condition onéreuse, de désigner le plus digne. C’est le cas du concours où, par ordre de mérite, on distribue des prix aux plus dignes. Ici la justice intervient et il y aurait obligation de réparer le tort causé à un candidat injustement évincé. Pour les bénéfices ecclésiastiques conférés au con­ cours, suivant les prescriptions du concile de Trente, il est certain, et tous les docteurs sont d’accord sur ce point, que les collateurs ou examinateurs doivent choi­ sir le plus digne. Mais il y a désaccord sur la question de savoir si le candidat plus digne a un droit strict d’être nommé, avec éviction du candidat moins digne. L’opinion commune tient pour 1’affirmative; mais le sentiment des théologiens qui nient le choix strict du candidat plus digne, conserve sa probabilité. S. Alphonse, 1. IV, n. 109; Ench. quæst. reform., q. xlvii ; Lehmkuhl, t. i, n. 972. 2. Pour qu’il y ait obligation de réparer le dommage, il faut que l'action nuisible soit réellement la cause 1677 DOMMAGE efficace de ce dommage. Celui-là seul, en effet, peut être obligé à réparer qui est l'auteur du dommage : cela résulte du principe fondamental de l’imputabilité. Mais, pour être auteur, il faut être cause efficace, soit immédiatement par son action, soit médiatement par l’intermédiaire d’un agent secondaire. Dès lors, il n’y aura pas obligation de restituer, si l’action dommageable est simplement occasion du dommage. L’occasion n’est pas une véritable cause, c’est uniquement ce en présence de quoi la vraie cause agit. Il en va de même si l’action est condition sine qua non, c'est-à-dire sans laquelle la cause est incapable de produire son effet, ou encore si elle est seulement cause per accidens, c'est-à-dire une cause d’où l’effet pourrait résulter, mais sans que cela soit probable, sans qu'on puisse raisonnablement prévoir cet effet. La justice n'oblige pas à éviter les actions dommageables qui n’offrent qu’un danger éloigné et dont on ne sau­ rait raisonnablement prévoir les funestes effets. Éclair­ cissons ces considérations par des exemples. Par suite d'une erreur judiciaire, Pierre est con­ damné pour un vol commis par Paul; cette action cri­ minelle est l’occasion de la condamnation de Pierre, la cause du malheur de celui-ci est la sentence erronée du juge. Je prête à un de mes amis un fusil dont il se sert pour tuer sa belle-mère, cette arme n’est que la condi­ tion sans laquelle (sine qua non) le meurtre n’aurait pas été commis. La cause perse est celle qui produit son effet par sa propre nature, par elle-même. Mettre du feu dans un grenier, c’est être cause per se de l’in­ cendie. La cause per accidens est celle qui par ellemême ne saurait produire tel effet et ne le produit que par le concours d’autres causes étrangères. Celui qui allume du feu loin d’un grenier, si le vent soufflant à l'improviste pousse la flamme vers cet endroit, ne sera que la cause per accidens de la conflagration. Ainsi, la cause per accidens influe réellement sur l'effet, tandis que l'occasion et la condition sine qua non n'ont sur lui aucune influence positive. Mais le lien entre l'effet et la cause per accidens n’est ni certain ni pro­ bable, il est simplement possible, et par conséquent l'effet ne peut pas être prévu par l'agent ni lui être im­ puté. Ces principes vont nous permettre de donner quelques solutions pratiques. Celui qui par son mauvais exemple entraîne les autres à des actions nuisibles, n’est pas tenu en con­ science à réparer le dommage causé par ceux qui ont suivi cet exemple. Au vrai, la cause efficace du dom­ mage, ce n'est pas le mauvais exemple donné, mais c'est uniquement l’action nuisible. Je suppose bien en­ tendu le mauvais exemple sans plus, car celui qui se servirait du mauvais exemple pour exciter les autres à des actes dommageables, serait sans aucun doute res­ ponsable du tort causé au prochain. Je rappellerai en quelques mots un cas de conscience, longuement examiné et discuté par les moralistes. Un crime a été faussement imputé à quelqu’un, le véritable coupable est-il tenu à réparer le tort causé par cette fausse accusation? Il faut distinguer avec soin deux circonstances dans lesquelles peut se produire cette fausse accusation : a. Le dommage n'a pu être prévu, ou même s’il a été prévu, le coupable n'a employé aucun moyen propre à diriger les soupçons sur un autre; alors il n’est point obligé à réparation. En effet, il n’est pas cause, mais seulement occasion du dommage : la cause du dom­ mage, c’est l'erreur ou plus exactement la volonté de ceux qui attribuent l’action dommageable à un inno­ cent. En réalité, le vrai coupable n’est que l’occasion de l'erreur judiciaire. b. Si, au contraire, le coupable a non seulement prévu le dommage, mais de plus a employé des moyens 1678 propres à fournir de graves motifs d’imputer l’action à un autre, dans ce cas, il est contraint de réparer le tort puisqu'il en est la cause per se. Exemples : pour commettre un vol, Pierre emprunte les vêtements d’un autre, pour tuer son ennemi Paul s’est servi du revol­ ver de Jacques et le crime accompli a caché l'arme dans la maison de celui-ci. Vous demanderez peut-être : le coupable doit-il se dénoncer lorsqu’un innocent est accusé ou condamné à sa place? Voici la réponse : dans le premier des cas considéré plus haut, comme il n’est pas la cause effi­ cace du dommage causé, c’est-à-dire, dans le cas pré­ sent, de l’arrestation ou de la condamnation d'un innocent, le coupable n’est pas obligé de se dénoncer. Sans doute, la charité lui demande de délivrer son prochain injustement condamné, mais la charité n’oblige pas sous de si dures conditions : Caritas non obligat cum tanto incommodo. Dans le second cas, il doit se dénoncer; en effet, étant la cause efficace du dommage il est tenu en jus­ tice à le réparer : d'ailleurs la vertu de justice oblige, même à de dures conditions. 3. La faute théologique se distingue de la faute juri­ dique. La faute théologique est celle qui constitue un véritable péché, mortel ou véniel; la faute juridique consiste dans l'omission des mesures de précaution de sécurité, requises par le droit positif pour éviter les dommages ou les accidents. Il n’importe que la négli­ gence soit ou non accompagnée de péché, mais si le dommage est produit sans aucune faute, sans aucune advertance, la faute est alors purement juridique. La loi civile impose une longue série de précautions, de garanties aux architectes pour la construction des édifices, aux patrons dans la direction de leurs usines ou ateliers, aux mécaniciens dans la conduite des machines. Ceux en faveur desquels ces mesures sont prises ont le droit d’exiger qu’elles soient exactement observées. Ceci posé : a) Pour qu’une action dommageable oblige en con­ science à réparation, il est nécessaire qu'elle contienne une faute théologique. La raison de cette règle est ma­ nifeste. Personne ne peut être obligé en conscience à réparer un dommage s'il n'a commis ce dommage en conscience, or ceci suppose évidemment une faute théo­ logique. En outre, personne n’est responsable de s· s actes ou des effets de ceux-ci, s’ils ne sont volontaires . or causer volontairement du tort à autrui constitue une faute théologique. Appliquons cette règle à quelques cas particuliers. Celui qui de bonne foi possède la chose d'autrui et l’a détruite ou consommée, sans pour cela devenir pius riche, n’est point obligé à restituer. Les enfants qui commettent des vols à l'égard de leurs parents, mais sans faire attention à la faute théo­ logique de leur action, dont ils ne considèrent que la sanction pénale, sont également dispensés de restituer. Le médecin qui, par suite d’une erreur involontaire, donne à son malade un remède nuisible, n’est pas tenu en conscience à réparer le dommage résultant de sa méprise. Dans ces différents cas, en effet, il manque une condition à l'obligation de conscience, à savoir la faute théologique. Il peut arriver que le coupable ré­ tracte sa volonté perverse avant que la cause du dom­ mage n’ait produit son effet. Est-il néanmoins oblige ■· restitution? Assurément, car l'obligation de restituer existait tout entière dès l'instant que le coupable a mis en jeu la cause du dommage. Que le repentir ■. ■■■ > faute initiale, l’obligation de restituer n'en demeure pas moins. &) L’obligation de restituer provenant d'une faute juridique prend naissance seulement après la sentence judiciaire, à moins qu’il n’en soit décidé autrement par une convention particulière. 1679 DOMMAGE Les lois qui imposent l’obligation de réparer le dom­ mage provenant d'une faute purement juridique doivent être regardées comme parfaitement justes. Elles sont, en effet, portées dans l’intérêt du bien commun de la société, puisqu’elles ont pour objet de faire éviter, grâce à des mesures préventives des accidents, des infor­ tunes, des malheurs. D’ailleurs les lois justes obligent en conscience. Remarquez toutefois que ces lois pro­ hibitives sont pénales : elles imposent une peine à ceux qui négligent les précautions prescrites. Or la loi pénale n'oblige pas avant la sentence du juge : personne, en effet, n’est forcé à s’imposer à soi-même une sanction pénale. Le dommage causé, sans qu’il y ait de faute théolo­ gique, à une chose détenue en vertu d’un contrat (commodat, dépôt, etc.), ne doit pas être réparé en conscience avant l'injonction du tribunal. Cette obli­ gation est, en effet, en dehors des clauses du contrat. Sans doute, rien n’empêche que, par une convention spéciale, le dépositaire s’engage à réparer avant la dé­ cision judiciaire, le dommage provenant d’un cas for­ tuit ou d’une faute purement juridique, mais il est bien entendu que cette nouvelle obligation ne ressort point du contrat primitif. Le dommage causé dans l’exercice d'une profession juge, avocat, médecin, etc.), sans qu’il y ait faute théo­ logique, n'est pas soumis, avant l’action judiciaire, à l’obligation de restituer. Dans l'exercice de sa profes­ sion, l’homme doit apporter un soin, une vigilance, une attention ordinaires et s’il en était autrement, personne ne voudrait remplir des fonctions qui postu­ lent habituellement l’héroïsme. Quelques théologiens ont soutenu que, dans le quasi-contrat, contenu dans l’exercice de ces profes­ sions, se trouvait un pacte implicite de réparer, même avant la décision du tribunal, le tort causé dans l’exer­ cice de la profession. Mais d’autres moralistes en plus grand nombre ont nié l’existence de ce prétendu pacte, que ne réclame point la loi naturelle etdonl ne parle pas la loi positive. Ainsi, par exemple, le locataire pour la perte de la chose louée, le médecin pour le tort causé involontairement au malade, en l’absence de faute théologique, ne sont point tenus à restitution, à moins d'y être contraints par voie judiciaire. 2» Quotité de la restitution. — D’une manière géné­ rale, celui qui a causé du dommage à autrui doit restituer : 1. l’équivalent de la chose endommagée; 2. l’équivalent du tort causé par l’action nuisible. Exemple : Pierre détruit les instruments de travail d'un ouvrier, il doit non seulement lui fournir l’argent nécessaire pour acheter d’autres instruments, mais encore l’indemniser pour la perte de salaire subie par le chômage forcé. En effet, la personne injustement lésée dans ses intérêts doit recouvrer tout ce qu’elle a perdu par la faute d'autrui; or, dans le cas présent, l'ouvrier a perdu non seulement ses instruments de travail, mais encore le salaire provenant de l’incapa­ cité de travail à laquelle il a été momentanément réduit. L'obligation de restituer s’étend aussi aux dommages causés dans les biens spirituels, soit que ces biens appartiennent à l’ordre naturel (science, arts, réputa­ tion), soit qu’ils se trouvent compris dans l’ordre sur­ naturel (l’état sacerdotal, l’étal religieux). Celui donc qui par des moyens injustes (fraude, mensonge, vio­ lence) cause à son prochain un dommage spirituel est tenu de réparer ce dommage, si toutefois celui-ci peut être réparé dans le même ordre. Vous avez blessé la réputation «lu prochain par une calomnie, si vous ne pouvez pas réparer cette calomnie, vous n’êtes pas obligé à donner une réparation matérielle, une somme d'argent par exemple. L'honneur et l'argent sont des biens d’ordre essentiellement différent. Voir Calomnie. 1680 3° Cas du doute ou de l’erreur. — i. Le doute. — a) Celui qui doute si le dommage a été réellement commis, c’est-à-dire si l’acte posé par lui a été cause du dommage, doit d’abord procéder à un examen sé­ rieux, mais si le doute persiste il n’est pas tenu à resti­ tution. La raison de cette solution, c’est le principe fondamental de la morale pratique : on ne doit pas imposer une obligation dont l'existence n'est pas cer­ taine. Exemple : Pierre a calomnié un négociant de ses concurrents, celui-ci fait de mauvaises affaires. Comme il doute que cette calomnie ait été cause de la déconfiture de son rival, il n’est pas tenu à restitution. b) Pour le même motif, n’est pas soumis à l'obliga­ tion de restituer, celui qui a posé un acte dommageable, mais qui doute si le tort provient de cet acte ou d une cause naturelle. c) Voici un cas plus compliqué : Le dommage est certain, il a été commis par plusieurs complices dont chacun était une cause suffisante du dommage, mais le doute porte sur celui qui a été réellement cause efficace du dégât. Si les complices se sont entendus explicitement ou tacitement pour que leur action com­ binée empêche de découvrir le vrai coupable, alors ils sont tenus solidairement à restituer. Chacun d’eux, en effet, par cette manière d’agir, est la cause pourlaquelle l’auteur du dommage reste douteux et ainsi empêche celui qui est lésé dans son droit d'exiger une juste réparation. Si, au contraire, il n’y a eu entre ces agents aucune entente préalable, mais simple rencontre for­ tuite, en ce cas, à cause du doute existant, aucun d'eux n’est soumis en conscience à l’obligation de restituer. Voici une autre question d’un intérêt plus général. A quoi est tenu le débiteur qui doute s’il a déjà payé sa dette? a) Si le doute est négatif, le débiteur est certai­ nement tenu de solder sa créance, c’est évident : il faut payer ses dettes, à moins d'avoir déjà accompli cette obligation, b) Le doute est positif. J’ai de bonnes raisons de croire que ma dette est éteinte, et de sérieux motifs me portent à penser que je n’ai pas encore payé. Le créancier conserve le droit d’exiger le paiement, car la dette ne peut être éteinte que par un paiement certain. Mais le débiteur est-il tenu en conscience de payer spontanément celte dette douteuse, sans attendre d’être mis en demeure judiciairement? C’est une opi­ nion très controversée parmi les théologiens. I es uns obligent au paiement intégral de la dette, d’autres imposent une partie de la dette au prorata du doute, d’autres enlin exemptent purement et simplement de tout paiement. Une obligation douteuse, remarquent ces derniers, ne saurait lier la conscience. Au vrai, l’égalité entre le donné et le reçu, qui est l’essence de la justice commutative, ne saurait s’établir dans le cas du doute. Il n’y a pas de raison pour que le créan­ cier plutôt que le débiteur reçoive plus que de droit. Waffelaert, De justitia, t. n, n. 261; De principiis, n. 214. 2. L'erreur. — Celui qui par erreur invincible cause un dommage dont il ignore l'importance, ne doit répa­ rer que la partie de ce dommage, dont il est la cause volontaire, c’est-à-dire dont il a connu l’importance, au moins confusément. Quant à la partie dont il n’a eu aucune connaissance, étant involontaire, elle n’est pas soumise à l’obligation de la restitution. Voici deux applications de ces principes : а) Quelqu’un jette à la mer un diamant croyant que c’est du verre; ayant reconnu son erreur, il n'est tenu à restituer que la valeur connue au moment de son geste malheureux. б) Celui qui met le feu à une maison, est tenu à réparer intégralement le dégât causé, alors même qu'il ne se serait pas rendu un compte exact de la valeur de l’immeuble incendié. 11 suffit, en effet, qu’il ait prévu que son acte était la cause d'un grand dégât, d’une 1681 DOMMAGE manière générale. Pour que le dommage soit regardé comme involontaire, il est nécessaire que l’auteur de l’acte n’ait même pas pu soupçonner l’existence de ce dommage. Que devient l'obligation de restituer provenant d'une faute légère? a) Celui qui cause un dommage grave, avec une faute légère provenant d'un défaut d’advertance, n'est point tenu à réparation. En effet, il n’est pas obligé sub gravi, une obligation grave ne pouvant être produite par une faute légère; il n’est pas davantage obligé sub levi, parce qu’il n’y a pas de proportion entre une faute légère et un dommage considérable. De Lugo, disp. VIII, n. 57; S. Alphonse, 1. I, n. 552; Vogler, p. 109, etc. b) Celui qui a causé un tort grave à la même personne, par plusieurs fautes légères, est tenu à restituer. En effet, ayant été libre et volontaire, le dommage inté­ gral lui est imputable. En outre, il est bien difficile en pratique que le délinquant ne se soit pas aperçu, au moins confusément, qu’il causait un tort notable. Si, au contraire, l’auteur s’est rendu coupable de torts légers envers plusieurs personnes, il n’est pas soumis â l’obligation sub gravi de restituer. L’obligation grave ne saurait provenir de la faute qui est légère, ni du dommage qui est minime à l’égard de chaque personne en particulier, III. Le dommage en droit civil. — 1° Réparation du dommage causé par un délit ou quasi-délit. — 1. Défi­ nitions. — Le mot délit a un sens différent dans la langue du droit criminel, et dans celle du droit civil. Dans la langue du droit criminel, il désigne tout fait illicite prévu et puni par notre loi pénale. Dans la langue du droit civil, le mot délit désigne tout fait illicite et dommageable accompli avec l’intention de nuire. Voir Délit. t >n voit par la comparaison de ces définitions : a) que 1 intention de nuire, nécessaire pour qu’il y ait délit civil, ne l’est pas ou au moins dans tous les cas pour qu’il y ail délit criminel, et que par suite tel fait, qui con-titue un délit criminel, peut ne pas constituer un d- lit civil. Ainsi, l’homicide par imprudence est un délit criminel, Code pénal, art. 319; mais il ne constitue pas un délit civil, puisque l’intention de nuire n existe pas chez son auteur. b Qu’en sens inverse, un fait peut constituer un d· lit civil, sans constituer un délit criminel, parce qu’il existe des faits illicites et dommageables, accomplisavec intention de nuire, que notre loi pénale ne punit pas. Ainsi le recel d’effets, dépendant d’une succession, c .institue un délit civil, niais non un délit criminel art 792 et 801). l’ne autre différence entre le délit civil et le délit criminel, c’est que l’action civile, née d’un délit pure­ ment civil, n’est jamais de la compétence des tribunaux criminels : les tribunaux civils peuvent seuls en connatire. Au contraire, l'action en réparation du préju­ dice causé par un fait qui constitue tout à la fois un délit criminel et un délit civil, peut être portée, soit par voie principale, devant les tribunaux civils, soit incidemment à l’action publique, devant le tribunal criminel saisi de cette action. D’ailleurs, le tribunal criminel, saisi de l'action civile, peut allouer des dom­ mages et intérêts à la partie civile, mais à la condition de relever, à la charge du défendeur, une faute qui serve de base à la condamnation, et qui soit distincte du fait délictueux définitivement écarté par la sentence d acquittement. Le délit civil se divise en délit propre­ ment dit et en quasi-délit. Ce qui distingue le quasidélit du délit proprement dit. c’est l’absence de l’inten­ tion de nuire. Le quasi-délit n’implique que l’impru­ dence ou la négligence, le délit suppose en outre l'in­ tention malicieuse de nuire à autrui. Le même fait peut constituer un délit civil ou un quasi-délit, suivant que 1682 l’intention de nuire existe ou n’existe pas chez son auteur. Ainsi, envisagés au point de vue civil, les coups et blessures constituent un délit, si celui qui en est l'auteur a agi volontairement et méchamment, et seu­ lement un quasi-délit, s’il a agi involontairement et n’est coupable que d’imprudence. 2. Conditions nécessaires. — Au reste, il n'y a délit ou quasi-délit que si ces trois conditions concourent : il faut que le fait soit : a) illicite, c’est-à-dire non permis par la loi; b) dommageable, c'est-à-dire ayant porté préjudice à quelqu'un ; peu importe d'ailleurs, qu'il s’agisse d'un fait de commission ou d'omission: c) im­ putable à son auteur, c'est-à-dire dépendant de sa libre volonté. Ainsi les faits illicites accomplis par une per­ sonne en étal d'aliénation mentale, ou par un enfant qui n’a pas encore l'usage de la raison, ne peuvent cons­ tituer ni un délit, ni un quasi-délit. Le délit et le quasi-délit sont l'un et l'autre visés par cette disposition du Code civil : » Tout fait quelconque de l'homme, qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé, à la réparation · (art. 1382). Mais il est à peine besoin de le faire remarquer, l’exercice régulier d’un droit ne constitue jamais une faute. Qui jure suo utitur neminem lædit. disait-on en droit romain. Ainsi, en creusant un puits dans ma propriété, je tombe dans la veine d’eau qui alimenté le puits voisin et je letaris. Je ne devrai aucune indemnité, parce que je n’ai fait qu'user de mon droit. Pour que l'obligation de réparer le préjudice causé à autrui prenne naissance, il faut que le préjudice soit le résultat d’une faute commise par l’auteur (art. 1382». L'article 1383 va nous dire ce qu'il faut entendre ici par faute : « Chacun est responsable du dommage qu'il a causé, non seulement par son fait, mais encore par sa négligence on par son imprudence, » ce qui revient à dire, que la faute la plus légère, une simple impru­ dence, suffit pour faire encourir la responsabilité édictée par l'art. 1382. Mais au moins faut-il qu’il y ait quelque faute. Il adoncélé jugé avec raison qu’un entrepreneur, qui avait construit solidement une estrade pour des courses, n’était pas responsable du préjudice causé par la rupture de cette estrade, due à l'invasion d’une foule compacte et frémissante, qui s’y était précipitée pendant une pluie d’orage. Le préjudice éLiit ici le résultat d'un cas fortuit, dont l’entreprene ur r. pas à répondre. 2» Responsabilité. — Nous parlerons suce -: : de la responsabilité qui incombe à une per-c n raison du dommage causé par une autre, de la respon­ sabilité qui lui incombe à raison des choses dont elle a la garde. 1. De la responsabilité qui incombe à une personne en raison du dommage causé par une autre. — La loi déclare (art. 1384) que les père et mère sont respon­ sables du dommage causé par leurs enfants min· . s habitant avec eux. On a considéré que les père et mère sont en faute de n’avoir pas élevé et surveillé leurs enfants de manière à les empêcher de commettre des délits ou quasi-délits. De même, les instituteurs et les artisans sont légalement responsables du dommage causé par leurs élèves et apprentis pendant le temps qu'ils sont sous leur surveillance (art. 138i . Mais cette responsabilité des père et mère e: au-si celle des instituteurs et artisans cesse lors lue ceux qui en sont tenus prouvent qu’ils n'ont pu empeci.rr ie fait dommageable, qu'ils ont exercé sur l’auteur du dommage toute la surveillance utile et possible -t qu’ils se sont efforcés de lui donner une bonne educa­ tion, de détruire en lui les mauvaises habitudes. Les maîtres et commettants de leur côté sont res­ ponsables du dommage causé par leurs domestiques et préposés dans l'exercice des fonctions auxquelles 1683 DOMMAGE ils les ont employés ; il suffit que les actes dommagea­ bles du préposé se rattachent à l’objet de son mandat, et qu'ils aient lieu à l’occasion de l'exécution de ce mandat. Mais à la différence des père et mère, des instituteurs et des artisans, les maîtres et commettants ne seraient pas admis à dégager leur responsabilité en établissant qu’ils n’ont pas pu empêcher le fait dom­ mageable de leur domestique ou préposé. On a voulu par là les obliger à ne prendre chez eux comme do­ mestiques ou préposés, que des hommes expérimentés, irréprochables et propres aux fonctions qu’ils leur Confient (art. 1384). Ainsi mon cocher, en conduisant mal ma voiture, occasionne un accident : un passant est blessé, .le suis civilement responsable, parce que j’ai eu tort de choisir comme cocher un homme qui n’avait pas les qualités requises pour remplir cette fonction. Aussi ne pourrais-je même pas échapper à la responsabilité, que la loi m’impose, en prouvant qu’il m'a été impossible d’empêcher le fait qui a donné lieu à cette responsabilité. La loi, en effet, ne réserve pas ici la preuve contraire, comme elle le fait pour les père et mère, instituteurs et artisans (art. 1384, alinéa final). 2. Responsabilité qui incombe à une personne en raison des choses qu’elle a sous sa garde. — a) Dom­ mage causé par un animal. — Le propriétaire d’un animal, ou celui qui s’en sert, est pendant que cet animal est à son usage, responsable du dommage que celui-ci a causé, soit qu'il fût sous sa garde, soit qu’il fût égaré ou échappé (art. 1385). Cette responsabilité est basée sur une présomption légale de faute. La faute consiste à n’avoir pas surveillé l’animal, pour l’empê­ cher de commettre le dégât, ou même à avoir possédé un animal dangereux, sur lequel la surveillance la plus active devait être inefficace. La responsabilité ne pèse pas en principe sur le pro­ priétaire d’un animal, lorsqu’il est entre les mains de quelqu'un qui en a l’usage, à titre d’usufruitier par exemple, ou de locataire, ou d’emprunteur; car alors le soin de surveiller l’animal incombe à celui qui en a l'usage. Voilà pourquoi ia loi déclare responsable le propriétaire de l’animal, ou celui qui s’en sert; mais non pas l’un et l’autre. b) Dommage causé par la ruine d’un bâtiment. — Aux termes de l’art. 1386 : « Le propriétaire d’un bâti­ ment est responsable du dommage causé par sa ruine, lorsqu’elle est arrivée par une suite du défaut d’encretien ou par le vice de sa construction. » Celui qui de­ mande la réparation du dommage que lui a causé la ruine d'un bâtiment doit prouver que cette ruine est arrivée « par une suite du défaut d’entretien ou par le vice de sa construction, » car l’une ou l’autre de ces conditions est nécessaire, pour engager la responsa­ bilité du propriétaire. Le preuve une fois faite, le pro­ priétaire du bâtiment sera nécessairement condamné à réparer le dommage sans pouvoir se disculper en alléguant qu’il ignorait le mauvais état du bâtiment et qu’il n’a pas pu en empêcher la ruine. 3° Réparation du dommage résultant de l’inexécu­ tion d'une obligation. — 1. Le créancier a le droit de demander l'exécution de l'obligation et en cas d’inexé­ cution, la réparation du préjudice qu’il subit, c’est-àdire des dommages et intérêts. On ne peut, en principe, exercer aucune violence physique sur la personne du débiteur pour le contrain­ dre à exécuter l'obligation dont il est tenu. Une obli­ gation de faire ou de ne pas faire se résout ainsi, né­ cessairement, en général, à des dommages et intérêts. Le plus souvent, en effet, la loi ne reconnaît pas au créancier le choix de recourir aux tribunaux et à l’inter­ vention de la force publique, à l’effet d’obtenir le bé­ néfice réel et effectif de l’obligation (art. 1421). Il n’y aurait d’exception à ces principes, que si l’obligation pouvait être utilement exécutée par un 1684 autre que le débiteur. Dans ce cas, au lieu de con­ damner le débiteur récalcitrant à des dommages et intérêts, les tribunaux pourraient ordonner que l’obli­ gation soit exécutée à ses frais. Enfin, s’il s'agit de l'obligation de livrer un objet individuellement déterminé, ou un corps certain, le créancier pourrait être autorisé à se mettre en posses­ sion de cet objet, à l'aide de la force publique et à main armée. L’inexécution d'une obligation peut faire subir au créancier une perte, damnum : elle peut, en outre, l’empêcher de réaliser un gain, lucrum, double préju­ dice dont le débiteur doit naturellement la compensa­ tion, si l’inexécution de l'obligation lui est imputable. Comment fournira-t-il cette réparation? En payant au créancier une somme suffisante pour l’indemniser. Le créancier sera ainsi replacé dans une situation équivalente à celle où il se fût trouvé, si l’obligation avait été exécutée. Ces deux éléments de la réparation sont représentés dans l’expression dommages et inté­ rêts (dommage, damnum, intérêts, lucrum) qui constitue ainsi presque une définition de l’indemnité dont il s'agit. 2. Conditions requises pour qu’il y ait lieu aux dom­ mages et intérêts. — Pour qu’il y ait lieu à des dom­ mages et intérêts, trois conditions sont requises. 11 faut :a) que l’inexécution ou le retard dans l'exécution ait causé un préjudice au créancier; b) que cette inexé­ cution ou ce retard soit imputable au débiteur; c) que le débiteur soit en demeure. 1™ condition : il faut que l’inexécution de l’obli­ gation ou le retard dans l’exécution ait causé un préjudice au créancier. — Sans dommage, on ne comprendrait pas une action en dommages et intérêts: le préjudice est l’élément essentiel d’une action qui est destinée à procurer la réparation d’un préjudice. Ainsi Pierre adonné mandata un notaire, qui s’est chargé de cette commission, de faire inscrire une hypothèque pour son compte. Le notaire néglige de remplir son obligation. Pierre ne pourra de ce chef lui réclamer aucuns dommages et intérêts si l’événement démontre que son hypothèque, au cas où elle aurait été inscrite, ne serait pas venue en ordre utile. 2« condition : il faut que l’inexécution de l’obliga­ tion ou le retard dans l'exécution soit imputable au débiteur. — Car c’est seulement en ce cas qu'il peut être considéré comme étant l'auteur du préjudice subi par le créancier et que par suite il peut être tenu d’en fournir la réparation. L’inexécution de l’obligation ou le retard dans l'exécution est imputable au débiteur, lorsqu’elle est le résultat de son dol, de sa faute, ou même de son simple fait. La faute consiste dans une négligence commise sans intention de nuire. Si l'in­ tention de nuire existe, il y a dol. Enfin il y a simple fait, quand le débiteur, sans être coupable de dol, ni même de faute, est cependant la cause du préjudice subi par le créancier. L’imputabilité cesse, et avec elle la responsabilité civile qu’elle engendre, lorsque l’inexécution de l’obli­ gation est le cas d’une cause étrangère, c’est-à-dire d’un cas fortuit (art. 1147 et 1148). Le cas de force majeure ou le cas fortuit désignent tout événement qu’on ne saurait prévoir et auquel on ne saurait résister quand même il serait prévu, comme le feu du ciel, un tremblement de terre, la grêle, la maladie, la mort, la guerre. Ce sont là des faits complè­ tement étrangers au débiteur et dont il ne saurait être responsable. Si l’exécution de l’obligation est devenue impossible, par suite de l'un de ces faits, le débiteur est libéré : parce que à l’impossible nul n’est tenu (art. 1302). Il ne suffirait pas que le cas fortuit ait rendu l’exécution très difficile; il faut qu’il l'ait rendue impossible. 1685 DOMMAGE — DOMNUS Ie' 1686 3‘ condition : il faut que le débiteur soit en c'est-à-dire la capilalisation des intérêts. On ne peut capitaliser, c'est-à-dire réunir au capital pour les rendre demeure. — La demeure (de mora, retard) résulte de productifs d’intérêts, que les intérêts actuellement la constatation légale du retard du débiteur.Tant que le créancier n’a pas accompli cet acte de rigueur, la loi échus. La capitalisation anticipée des intérêts à échoir suppose que le retard ne lui est pas préjudiciable et est prohibée. De plus, ne peuvent être capitalisés que qu'il autorise tacitement le débiteur à prendre son les intérêts dus pour un an. D’après le Code, on ne temps. Voilà pourquoi elle exige que le créancier pouvait donc pas prêter un capital à 5 p. 100 sous la mette le débiteur en demeure, pour avoir droit à des condition que l’intérêt échu chaque mois, ou moins encore chaque semaine, se capitalisera et s'adjoindra an dommages et intérêts. Le débiteur peut être mis en demeure par une sommation ou tout autre acte équi­ capital, pour devenir comme lui productif d'intérêts. C’est ce qu’on appelle prêter â la semaine. L'art. 1155 valent. La sommation est un acte d'huissier par lequel consacre des exceptions à ce principe, que les intérêts le créancier somme son débiteur de s’exécuter. L’assi­ gnation en justice, la citation en conciliation devant ne peuvent être capitalisés qu'autant qu'ils sont échus le juge de paix, sous certaines conditions, sont des pour un an. 4. Évaluation des dommages et intérêts. — En actes équivalents de la sommation. Code de procédure, art. 57. principe, la valeur des dommages et intérêts doit égaler la perte que le créancier éprouve par suite de la Par exception le débiteur est en demeure, sans som­ non-exécution de l’obligation. Or, comme nous l'avons mation, par la seule échéance du terme: a. lorsqu’elle dit plus haut, cette perte peut consister, soit en une a été la convention formelle et expresse des parties diminution du patrimoine du créancier (damnun (art. 1139); b. lorsque la nature de l’obligation est telle emergens), soit dans la privation d’un gain (lucntm qu'elle ne peut être exécutée d'une manière utile pour cessans), sur lequel celui-ci avait le droit de compter le créancier que dans un temps fixé et déterminé. Mais, dans certains cas, il peut y avoir doute sur la Exemple : Pierre donne mandat à un avoué d’interjeter question de savoir si le dommage éprouvé par le appel en son nom, et celui-ci laisse passer le délai. 3. Régies spéciales aux obligations de sommes créancier doit être entièrement imputé à l'inexécution de l’obligation. Il peut se faire, en effet, que des cir­ d'argent. — Dans le cas d'inexécution d’une obligalion constances étrangères: l’imprudence, la faute, la négli­ de somme d’argent, c’est la loi elle-même qui fixe inva­ gence du créancier lui-même, en se joignant à l'inexé­ riablement le chiffre des dommages et intérêts. Le créancier reçoit toujours, alors même qu'il n’a éprouvé cution de l’obligation augmentent considérablement aucun dommage, mais il reçoit uniquement, à titre la perte que celui-ci éprouve. Supposons, par exemple, qu’un vendeur livre des d'indemnité, quel que soit le préjudice qu'il a éprouvé, poutres de mauvaise qualité. Si l’acheteur emploie l’intérêt légal de la somme due, c’est-à-dire 5 p. 100 en matière civile, 6 p. 100 en matière commerciale, pour ces poutres à la construction d’un bâtiment et que ce bâtiment s’écroule, le vendeur devra-t-il lui payer le retard que le débiteur a mis à exécuter son obliga­ non seulement la valeur de la construction, mais ti n, à compter du jour où il a été mis en demeure, jusqu'au paiement (art. 1153). encore tous les dommages qui ont pu ou pourraient En outre, encore bien qu’en matière ordinaire, la résulter de la ruine de l’édifice? Le débiteur, d'après l’art. 1151 du Code civil, ne doit répondre que de ce demeure du débiteur résulte d’une simple sommation, qui est une suite immédiate et directe de l’inexécution les intérêts moratoires d’une somme d’argent ne sont de l'obligation. Mais à cette formule qui manque de dus qu’en vertu d’une demande en justice, et suivant précision, on peut en substituer une autre qui se quelques-uns, à partir du jour où dos conclusions for­ dégage des textes du droit romain : « Le débiteur ne melles ont été prises à cet égard devant le tribunal j répond que du dommage qui est une suite nécessaire (art. 1153). et inévitable de l'inexécution de son obligation. Mais cette règle générale reçoit de nombreuses S’il est de bonne foi, le débiteur ne doit même exceptions; on peut même dire, en retournant la propo­ répondre de ce dommage, qu’autant qu'il l'a prêrn, sition, qu’en principe, les intérêts courent de plein ou qu’il a pu du moins le prévoir au moment où il droit, et que c’est seulement par exception, qu’il faut s'est obligé. Il serait injuste, en effet, de luj imposer une demande en justice pour les faire courir. Voir les une responsabilité qui ne pouvait entrer dans ses art. 474, 856, 1440, 1570, 1652, 1846, 1996, 2001, 2028. prévisions au moment où il a contracté. Si c’est par un Au surplus, une loi du 3 septembre 1807 ayant limité dol, au contraire, que son obligation n’a point été au taux légal le taux maximum de l’intérêt conven­ exécutée, il devra être tenu, même aux dommages, tionnel, il résulte de cette limitation que les parties qu’il était impossible de prévoir au moment du con­ peuvent bien, au moyen d’une clause pénale, diminuer trat. le chiffre des intérêts moratoires, tels qu’ils sont fixés par la loi, mais qu’elles ne pourraient pas,au contraire, C. Antoine. l'augmenter. Autrement, leur convention serait frappée DOMNULUS, poète latin du v* siècle, ami et cor1 respondant de Sidoine Apollinaire. Epist., iv, 25. U de nullité, comme usuraire. est fait mention de manuscrits signés Fl. Rusticus La quotité des intérêts à payer par le débiteur se Helpidius Domnulus. Aussi plusieurs critiques voientréglait, pendant la période révolutionnaire, et même ils dans le Domnulus de saint Sidoine le Rusticus après la promulgation du Code civil, avant la loi du Helpidius ou Elpidius, auteur de l’élégant poème De 3 septembre 1807, par une convention libre entre les Christi Jesu beneficiis, P. L., t. lxii, col. 545-5*8. et parties, comme se règle encore aujourd'hui le prix du des vingt-quatre épigraphes tristiques hi histcr am loyer d'une maison ou de toute autre chose. Mais on Testamenti Veteris et Novi carmtna. Ibid., col. >*3ne tarda pas à comprendre combien il est facile aux détenteurs de capitaux d'abuser des besoins, urgents 546. C. Verschaffel. peut-être, de celui qui demande à emprunter, d’exciter 1. DOMNUS I" ou DONUS, 676-678. Élu au s ses passions et d’en profiter ensuite pour le pressurer d’aoùt 676, consacré le 2 novembre, il régna 1 >n. et le faire consentir, à titre d’intérêts, à des rémuné­ 5 mois, 10 jours et fut enseveli le 11 avril 678 â Saintrations exagérées. C’est sous l’influence de ces idées Pierre. L’auteur de sa notice dit qu'il orna de marbres que la loi du 3 septembre 1807 a limité la teneur de superbes l’atrium de Saint-Pierre, qu'il restaura et dé­ l’intérêt conventionnel. Déjà le Code civil lui-même, dans l'art. 1154, avait dia l’église des apôtres sur la voie d'Ostie. ainsi qie pris sou* de limiter ce qu’on appelle l'anatocisme, | celle de Sainte-Euphémie sur la voie Appienue, qu'il 1687 DOMNUS Ier DONAT 1688 du nouveau primat. Mais à leur confusion et au grand déplaisir d'une très riche matrone, Lucilia, qui avait un candidat sous la main, le choix se porta sur Cécilien, diacre de Mensurius, et Félix d'Abtughi ou d'Aptonge sacra le nouvel élu. S. Optat, ibid., I, 18, col. 919. Cécilien de réclamer alors les biens de son église aux deux Jaffé, Regesta, 1.1, p. 238; Liber pontificalis, édit. Duchesne, dépositaires, mais vainement. Une cabale fut vite t. I, p. 348-349. montée entre ces deux détenteurs infidèles, les deux A. Clerval. prêtres évincés et l’irritable et vindicative Lucilia. 2. DOMNUS II ou BONUS, DONUS. Ce pape Donat des Cases Noires, leur inspirateur, s'avisa que n’a pasexisté. MM. Duchesne et Giesebrecht expliquent, l’évêque de Carthage devait être sacré par celui des chacun à sa manière, par quelle erreur d’écriture, dans primats dont le siège était le plus rapproché, à savoir tous les catalogues, sauf dans Irois, les mots Domnus, par Secundus de Tigisi; il proposa donc de faire inter­ Domnus de Sur, Domnus de Suri, se sont glissés entre venir les prélats de Numidie. L'or de Lucilia rendit la les noms des papes Benoit VI et Benoit Vil. Le mot chose aisée. Domnus estsynonyme de papa et la durée du pontificat On vit donc, en 312,70 évêques de Numidie se rendre convient à Benoit IV (Giesebrecht) ; ou bien, les mots Domnus de Suri conviennent à Benoit VII, évêque de à Carthage, s’y réunir en concile et citer Cécilien à comparaître pour juger son cas. Sur le refus de Céci­ Sutri, avant son élévation au souverain pontificat lien, ils instruisent sa cause, déclarent son sacre nul, (Duchesne,. Quelques-uns ont fait de ce Domnus un attendu que le consécrateur avait été traditeur, pro­ pape distinct; mais il n’y a certainement pas de place noncent une sentence de déposition, élisent et con­ pour lui dans la suite de ces papes et l’on se rend sacrent le favori de Lucilia, le lecteur Majorinus. C’était bien compte de l’intrusion de son nom. le schisme, car Cécilien, avec raison, ne voulut point Liber pontificalis, édit. Duchesne, t. il, p. xvin, 255, 256; céder. Donat des Cases Noires crut alors trouver la so­ Jaffé, Regesta, t. i, p. 479; Giesebrecht, Jahrbücher des deutlution dans un recours direct au pouvoir civil, qui schen Reichs unter dem Sachs. House, t. n, p. 141. n'avait aucune qualité pour en connaitre.il inspira donc A. Clerval. 1. DONAT. Évêque des Cases Noires, en Numidie, la rédaction et l’envoi d’un libelle accusateur à Cons­ tantin. C’est pour cela sans doute que la supplique jointe au moment de la persécution de Dioclétien, ce Donat qu’il ne faut pas confondre avec son homonyme de I au libelle porte les signatures des cinq évêques, d’ailleurs Carthage, le grand chef et l’âme du donatisme, fut un l inconnus, avec ces mots : et cæteris episcopis partis Dunati, S. Optât, ibid., 1, 22, col. 930, Donat des puritain, indulgent envers lui-même, rigoriste envers Cases Noires étant le principal accusateur. En tout cas, les autres et, sous les apparences d’un ami de l’ordre dans l’Église, un vrai brouillon malfaisant. Il n’avait le document scellé, remis au proconsul Anulinus et transmis par lui à l’empereur, porte : Libellus Ecelepas hésité, pour son compte, à pratiquer la réitération siæ calholicæ criminum Cæciliani tradilus .t parte du baptême et à imposer les mains aux évêques qui Majorini, ainsi que l’indique à plusieurs reprises saint avaient failli pendant la persécution. Sans être l’auteur exclusivement responsable du grand schisme qui allait Augustin. troubler pour plus de trois siècles toute l'Afrique du Constantin remit au pape Melchiade ou Miltiade le Nord, depuis la Mauritanie jusqu’à la Tripolitaine, il soin de trancher le différend. Epist. ad Melchiadem, n'en fut pas moins l'un des instigateurs et l'une des P. L., t. vm, col. 477. Les deux partis opposés furent causes déterminantes, dans des circonstances qu’il im­ donc convoqués à Rome en octobre 313. Donat se trou­ porte de relater succinctement. vait là. Mis en demeure de prouver le schisme qu’il Au lendemain de la persécution, l’évêque de Carthage, reprochait à Cécilien, il ne put produire que des té­ Mensurius, écrivait au primat de Numidie, Secundus moins qui affirmèrent n’avoir rien à formuler contre de Tigisi, une lettre dans laquelle il ne craignait pas Cécilien. Faute de preuves authentiques, la cause de de blâmer certains chrétiens, qui s’étaient dénoncés Cécilien restait inattaquable sur ce point. Ce fut lui, au eux-mêmes comme détenteurs de Livres sacrés, afin contraire, qui tout à coup d’accusateur devenant accusé, d'obtenir le martyre 11 laissait clairement entendre fut convaincu d’avoir fomenté le schisme du temps que la persécution avait été pour ces fanfarons l’occasion même de Mensurius, quand Cécilien n’était encore que de liquider leurs affaires embarrassées et de se refaire diacre. 11 dut même reconnaître que, contrairement à une réputation compromise; ils n’avaient dès lors aucun l’usage de l’Eglise romaine, il n’avait pas hésité à pra­ droit aux honneurs dus aux martyrs. Lui-même, pour tiquer la réitération du baptême, ni même à imposer tromper les exécuteurs des édits impériaux, avait les mains aux évêques qui avaient failli pendant la per­ substitué aux Livres saints des ouvrages hérétiques sécution. Aussi souleva-t-il un autre chef d’accusation, bien dignes du feu. Donat des Cases Noires profita de en rappelant la condamnation dont Cécilien avait été l’occasion pour décrier la conduite du primat d'Afrique l’objet de la part du concile de Carthage pour avoir été auprès de ceux qu'il avait mécontentés par son refus sacré par un traditeur. La réplique fut immédiate; les d'honorer les victimes et même pour l’accuser d’avoir vrais traditeurs, c’étaient les évêques de ce concile, été traditeur; si bien qu'on dénonça aux magistrats sa corrompus par l’or de Lucilia. Mais le pape refuse supercherie. S. Augustin, Brev. collât., m, 25, P. L., d'aborder ce point du débat pour ne s’en tenir qu'à t. xi.m, col. (538. Il n'en fallut pas davantage pour sus­ l’accusation de schisme. Or, celle-ci, sans le moindre citer quelques troubles à Carthage. doute, était tranchée en faveur de Cécilien, et l'accu­ Mensurius, ayant refusé de livrer à l’autorité publique sateur Donat fut seul â être condamné. S. Optat, ibid., le diacre Félix, qui s'était réfugié chez lui, fut mandé 1,24.col. 933; S. Augustin, Epist., xi.lti, 4,16; Post col­ d'office à Rome. Avant de partir, il eut soin de confier lât,,56; Brev. follat.,m, 31, P. L..t.xtiii, col. 687, 643. à deux vieillards les ornements sacrés et les trésors de Avec une obstination qui devait caractériser tous les son église et d’en remettre la liste détaillée à une chré­ donatistes dans la suite, Donat des Cases Noires se tienne. Renvoyé indemne de la cour, il rentrait à Car­ plaignit de la décision du pape et du concile de Rome. thage quand il mourut; c’était en 311. S. Optat, De Sur ses instances, les évêques de Numidie en appe­ schism. donat., t, 17, P. L., t. xi, col. 917-918. On dut lèrent de nouveau à l’empereur, S. Optat, ibid., i, 25, procéder â son remplacement. Deux prêtres, Botrus et col. 934, qui décida la convocation d’un nouveau con­ Célestius, briguaient sa succession et prévinrent les cile à Arles, en 314. Mais là aussi Cécilien se trouva pleinement justifié; et par surcroît la question des traévêques voisins pour procéder à l'élection et au sacre combla d’honneurs son clergé. 11 ajoute qu'il dispersa un monastère de moines nestoriens syriens et le rem­ plaça par des moines romains, et enfin qu'il reçut la soumission de l'archevêque de Ravenne Reparatus, dont le prédécesseur s’était déclaré indépendant. DONAT IGîStl diteurs y fut traitée. Le canon 13’ condamna à la dépo­ sition tout clerc convaincu par acte public d'avoir livré les Écritures, les vases sacrés ou le nom de ses frères; il déclare valide l’ordination reçue de la main d'un évêque traditeur. Hardouin, Act. concil., t. I, col. 265. Malgré cette double décision, les donatistes ne se tinrent pas pour battus; ils tirent de nouveau appel à Cons­ tantin qui, en 316, ratifia pleinement la sentence des juges ecclésiastiques. Voir Donatisme. Que devint Donat des Cases Noires après toutes ces condamnations ? On l’ignore. Du reste, en ce momentlà. un autre homme avait pris la tête du parti schis­ matique, celui que ses partisans appelaient le grand Donat. S. Optat, De schismate donat istarum, i, 15-25, P. L., t. xt, col. 915-935; S. Augustin, lietract., I, xxi, 3, P. L., t. xxxu, col. 618; Hær., lxix, P. L., t. xlu, col. 43; Brev. coll., m, 25, 31, P. L., t. xun, col. 638, 643; Ellies Dupin, Historia donatis­ tarum, P. L., t. xi, col. "71 sq. ; Tillemont, Mém. pour servir à l'hist. eccl., Paris, 1704, t. vi, p. 3 sq. ; Duchesne, Le dossier du donatisme, dans Mélanges d'arch. et d'hist. de l'école fran­ çaise de Borne, 4890, p. 589 sq. ; dont Chapman, Donatus the Great and Donatus of Casse Nigræ, dans Revue bénédictine, 1·' janvier 1909, p. 13-23 ; Chevalier, Répertoire. Bio-bibliogra­ phie, 2· édit., col. 1222. Voirla bibliographie de l'art. Donatisme. G. BAREILI.E. Saint Optat, dans son histoire du schisme des donatistes, ne distingue pas entre les deux Donat, celui des Cases Noires et celui de Carthage; mais il trace du second un portrait pris sur le vif, car il en appelait aux témoins oculaires encore vivants quand il répliquait au donatiste Parménien, et à des faits de notoriété publique. Lorsque saint Augustin entreprit sa campagne en faveur de l’unité contre le schisme, qui durait depuis près d’un siècle; il ne prit pas garde tout d'abord qu’il y avait eu deux Donat, dont le nom resta attaché au grand schisme africain ; il attribuait à celui de Carthage ce qui avait été le fait de celui des Cases Noires. Dans la suite, il dut se raviser et, avec sa loyauté ordinaire, il reconnut son erreur, n'en maintenant pas moins avec raison que le Donat des Cases Noires avait été le premier instigateur du schisme par son intervention funeste dans les affaires de Carthage avant et après la mort de Mensurius. Detract., I. xxi, 3, P. L., t. xxxu, col. 618. La confu­ sion des deux Donat persistait encore chez le plus grand nombre des catholiques lors de la célèbre confé­ rence de ill; mais elle cessa devant la protestation des donatistes. On reprochait aux dissidents d’avoir eu pour chef un évêque condamné par le pape Miltiade; aussitôt Pétilien, évêque donatiste de Constantine, protesta contre une telle imputation, qui ne regardait en rien Donat de Carthage, Gesta coll., rv, 32, P. L., t. xi, col. 1368; en effet, le condamné du pape avait été Donat des Cases Noires. S. Augustin, Brev. coll., m, 31, P. L., t. xun, col. 643. La méprise des catho­ liques pouvait très bien provenir de saint Optat qui, à propos du libelle envoyé â Constantin par les évêques de Numidie après l’élection et le sacre de Majorin, parle du parti de Donat, alors qu’il n’y avait pas encore de parti de Donat, mais seulement le parti de Majorin, leur élu. Et c’est bien du parti de Majorin, non de celui de Donat, qu'il est question dans les actes officiels, entre autres dans le rapport du proconsul Anulinus bien connu de saint Augustin et inséré par lui dans l'une de ses lettres. Epist., lxxxviii, 2, P. L., t. xxxm, col. 3023i3. L'expression de saint Optat ne pouvait être qu’un lapsus ou une erreur matérielle de rédaction. « Il est sûr. dit M'Jr Duchesne, Le dossier du donatisme, dans Mél. d’arch. et d’hist. de l’école franç. de Rome, Paris, 1890, p. 608, que les deux derniers mots partis Donati (du texte actuel de saint Optat) ne peuvent avoir figuré dans l’original. Au moment où la pièce fut rédigée, les dissidents, bien qu’ils comptassent au nombre de leurs 2. DONAT. 1690 chefs les plus agissants un certain Donat, évêque de Caste Nigræ, ne se désignent pas par son nom, mais par celui de Majorin, le compétiteur donné par eux â Cécilien. » Ellies Dupin a tiré au clair la distinction des deux personnages, Hist, donat., P. L., t. xi, col. 792, et cette distinction doit rester acquise. Quant à l’hypothèse de l’Aubépine, Observ. in S. Optatum, obs. ni, P. L., t. xi, col. '1165-1166, d’après laquelle deux évêques schismatiques du nom de Donat, l’un pouvant être Donat des Cases Noires, qui dans ce cas aurait été transféré au siège de Carthage, ou tout autre, et le second Donat le Grand, auraient succédé à Majorin avant Parménien, elle est à rejeter pour deux raisons : la première, c’est qu’elle est en contradiction avec saint Optat, qui ne parle jamais que d’un seul intermé­ diaire entre Majorin et Parménien; la seconde, c’est que le fait de la translation d’un évêque d’un siège à un autre siège est aussi inconnu à cette époque chez les donatistes que chez les catholiques. Donat de Car­ thage n’est donc pas Donat des Cases Noires, et il est le seul à avoir occupé, à titre d’évêque schismatique, le siège de la métropole africaine, depuis la mort de Majorin survenue vers 315 jusqu’à Parménien, c’est-àdire pendant plus de 40 ans. C'est ce Donat de Carthage qui a vraiment donné son nom au parti schismatique; il prit en mains sa direc­ tion, l’organisa fortement et lança l’Église d'Afrique pour plus de trois siècles dans la pire des aventures. C’était un homme de réelle valeur, de mœurs intègres et d'une tenue digne d’un meilleur rôle. Il avait l’esprit cultivé; il était érudit et parlait avec éloquence; il s’imposa à tout son parti par son habileté, son action incessante et son indomptable énergie. Malheureuse­ ment il était infatué.de lui-même,d’un orgueil démesuré, se croyant supérieur à tout le monde, considérant les évêques de son parti comme ses humbles serviteurs, traitant de la façon la plus altière les magistrats civils et les empereurs eux-mêmes, toujours autoritaire, parfois cassant. Quand on venait le voir, son premier mot était : « Que dit-on de mon parti dans vos régions?! Il écrivait un jour, en 336 ou 337, au préfet Grégoire cette parole insolente : « Vous êtes la honte du Sénat et l’infamie des préfets. » En 347, quand Paul et Macaire, envoyés par Constant pour distribuer de larges secours aux misérables chrétiens d'Afrique, se présentèrent a lui, il les accueillit par ces mots : « Qu’y a-t-;l de n.mun entre l'Égliseet l’empereur? i Deschisi.i. douai.. Ill, 3, P. L., t. xi, col. 999. Il oubliait trop facilement que les premiers fauteursdu schisme avaient été les premiers à recourir avec instances à l’ernpereur. Quoi qu'ii en soit, en quelques années, sous sa direction reconnue et acceptée, le parti prit un grand développement et s’organisa en Église séparée; les évêques se multi­ plièrent au point qu’à leur réunion en concile, en 330, ils étaient présents au nombre de 270. Puis, à la faveur des circonstances, quand parurent les circoncellions, voir t. Il, col. 25'14, loin de désapprouver de tels bri­ gands, les donatistes les utilisèrent contre les catho­ liques; et s’il est vrai que, devant les horreurs qu'ils commirent, plusieurs évêques donatistesaient demandé au comte Taurinus de réprimer leurs méfaits. De schism, donat., nt, 4, P. L., t. xi, col. 1008. il est cer­ tain que le nom de Donat n’est pas cité parmi eux; il est certain aussi que le même Donat avertit les manda­ taires impériaux, Paul et Macaire, qu'il allait écrire partout pour qu’on leur fermât les portes. Et l’on sait que, trop dociles à l’avertissement de ce chef redouté. Donat de Bagaïet Marculus s’empressèrent de demander le concours des circoncellions pour repousser â main armée les présents et les secours matériels de l'empe­ reur. Il est vrai qu’ils payèrent de la vie leur crimi­ nelle audace, ce qui leur valut, auprès de leurs coreli­ gionnaires, les honneurs des martyrs. De schism. 1691 DONAT donat., m, 6, col. 1014. Macaire, en effet, voyant que les procédés de douceur étaient complètement illusoires avec de pareils fanatiques, réclama des troupes et ré­ pondit à la force par la force. Une fois maître de la révolte armée, il n’eut plus de ménagements pour les donatistes et mit en demeure leurs évêques d’avoir à rentrer dans l’unité sous peine de se voir appliquer la rigueur des lois déjà portées contre eux. Plusieurs s’en­ fuirent, d’autres se soumirent, quelques-uns refusèrent d’obtempérer à ses ordres. Parmi ces derniers se trouvait Donat de Carthage. En conséquence, il fut con­ damné à l’exil, et la paix régna jusqu’à l’avènement de Julien l’Apostat. Cet orgueilleux primat des donatistes qui poussait la fatuité jusqu’à se croire plus qu’un homme, presque l’égal de Dieu, ut sibi jam non homo sed Deus fuisse videretur, qui exigeait des évêques la vénération et la crainte, tantum sibi de episcopis suis exegit ut eum non minori metu venerarentur quam Deum, De schism, donat., ni, 3, coi. 1002-1003, réalisa, au dire de saint Optat, la prophétie d’Ézéchiel, χχνιιι, 2 sq.,surle prince deTyr; il mourut, en effet, en exil, De schism, donat., Ill, 3, col. 1088, sans qu’on sacheà quel endroit ni à quelle date exacte, mais vraisemblablement vers 355. 11 est à peine besoin de dire que sa mémoire fut vénérée par lestdonatisles à l'égal de celle d'un saint et d'un martyr. Et Pétilien, à la conférence de Carthage de 411, le salua comme le chef du parti donatiste de bienheureuse et sainte mémoire, dont le mérite avait jeté un tel éclat que le temps n’avait pas été capable d’en ternir la gloire. Gest. collât., ni, 32, P. L., t. xi, col. 1368. Un tel homme, semble-t-il, avec la culture intellec­ tuelle qu’il avait et l’activité qu’il déploya au cours de son long épiscopat, dut entretenir une vaste corres­ pondance et composer des ouvrages pour le soutien de sa cause. Tout a péri. C'est à peine si l’on parlait, au commencement du v» siècle, d’une lettre qu’il reçut des dissidents orientaux du concile de Sardique réunis à Philippopolis, et d'une autre qu’il écrivit sur des matières religieuses. La première était vantée par les donatistes comme une preuve que les Pères du concile de Sardique pensaient comme Donat au sujet des traditeurs; mais saint Augustin, qui finit par se la pro­ curer, remarque que ces prétendus Pères n’étaient que des ariens, car ils y condamnaient le pape Jules et le grand Athanase; ignorant sa vraie provenance et la croyant réellement du concile de Sardique, il traita ce concile d’arien; dans tous les cas, elle ne pouvait servir à justifier l'erreur des donatistes. Epist., xliv, 6. P. L., t. xxxm, col. 176; Cont. Crete., ni, 38; iv, 52, P. L., t. xliii, col. 176, 516. Quant à la lettre écrite par Donat, elle traitait, au dire de saint Augustin qui la réfuta, de matières relatives à la controverse dona­ tiste, notamment du baptême comme ne pouvant être conféré validement que dans le parti donatiste. La ré­ futation de l’évêque d'Hippone est perdue ainsi que la lettre de Donat; mais saint Augustin dut reconnaître, contrairement à ce qu’il avait avancé, que Donat n’avait pas été l’initiateur, chez les schismatiques, de la réité­ ration du baptême, et qu’il n’avait pas tronqué de sa propre autorité un texte de l’Ecclésiastique, xxxiv, 30, car ce texte ainsi tronqué se trouvait avant Donat dans des manuscrits africains. Retract., I, xxi, P. L., t. xxxii, col. 617-618. Des autres ouvrages de Donat de Carthage, qui durent être nombreux, saint Jérôme ne signale qu’un traité De Spiritu Sancto, qui sentait l'erreur arienne. De vir. ill., 93, P. L., t. xxnt, col. 695. De son côté, saint Augustin constate qu’il restait de son temps des ouvrages de Donat, dont il ressortait que le chef du parti schismatique n’avait pas eu des idées orthodoxes sur le dogme trinitaire; car, bien qu’il maintint l’unité IG92 DONATION de substance dans les trois personnes divines, Donat, prétendait que le Fils est inférieur au Père et le SaintEsprit inférieur au Fils; erreur qui, à vrai dire, était complètement passée inaperçue dans son parti. Hær. lxix, P. L., t. xlii, col. 43. A part cet ouvrage signalé par saint Jérôme et cette allusion de saint Augustin provoquée par le même traité, Donat avait composé d’autres œuvres dont le titre n’est pas indiqué. « Il est difficile de croire, note Mar Duchesne, loc. cit., p. 590, qu’il n’ait pas rencontré de contradicteurs, et que la polémique catholique n'ait produit aucun livre pour réfuter les siens. De ces livres, cependant, la trace même est perdue. » Il est surtout étonnant, ajouteronsnous, que jamais, ni saint Optat, ni saint Augustin, n’y aient fait la moindre allusion dans leurs controverses avec les donatistes. Leur silence ne serait-il pas une preuve que l’épiscopat catholique d'Afrique, du temps du grand Donat, ne compta point parmi ses membres un évêque qui fût à même de réfuter les arguments du chef donatiste? Cet évêque se rencontra, mais plus tard, et ce fut surtout celui d’Hippone. S. Optat, De schismate donatistarum, ni, 3, P. L., t. xi, col. 998-1006; S. Augustin. Retract., I, xxi, P. L., t. xxxn, col. 617-618; Epist., clxxxv, 1, P. L., t. xxxm, col. 800; Hær., lxix, P. L., t. xlii, col. 43 ; Brev. colt., ni, 31, P. L., t. xliii, col. 643 ; Ellies Dupin, Historia donatistarum, P. L., t. xi, col. 792-794; Tillemont, Mémoires pour servir à l'hist. ecclés., Paris, 1704, t. vi, p. 63 sq. ; Harnack, Geschichte der aUchristl. Literatur, 1893, t. I, p. 688, 724; Duchesne, Le dos­ sier du donatisme, dans Mélanges d’arch. et d'hisl. de l’école française de Rome, 1890, p. 589 sq. ; dom Chapman, Donatus the Great and Donatus of Caste Nigræ, dans la Revue béné­ dictine, 1·'janvier 1909, p. 13-23; Chevalier, Répertoire. Bio­ bibliographie, 2· édit., col, 1222. Voir la bibliographie de l’art. Donatisme. G. Bareille. Généralités. IL Donateur. III. Donataire. IV. Formalités prescrites. V. Révoca­ tion. I. Généralités. — La donation est un contrat par lequel on se dépouille et on s’appauvrit gratuitement d’une chose, au profit d’une autre personne qu’on veut gratifier et enrichir. La donation a pour effet de dépouiller le donateur, sans qu’il reçoive rien en retour; il importe donc qu'elle ne soit jamais que le résultat d’une volonté libre et rélléchie et non celui d'un entrainement passa­ ger ou du caprice d’un moment. D’autre part, la dona­ tion enlève aux héritiers leurs légitimes espérances, elle fait passer, sans aucune compensation, les biens donnés, d’une famille dans une autre. Notre ancien droit, dont tous les efforts tendaient à assurer la con­ servation des biens dans les familles, ne pouvait donc ne pas voir sans une certaine défaveur les donations, Aussi, dans l’intérêt des familles, chercha-t-il le moyen de restreindre les libéralités et ce moyen il le trouva dans l’intérêt personnel des donateurs. Il reconnaît aux personnes le droit de donner, mais à la condition qu’elles donneraient réellement, c’est-à-dire se dé­ pouilleraient actuellement et irrévocablement, de là la règle : donner et retenir ne vaut. Cette condition fut un bien pour empêcher les libéralités excessives.On hésite en effet, naturellement, à se dépouiller actuel­ lement et irrévocablement. Il n'y a plus dans notre droit que deux modes de disposer à titre gratuit, savoir, la donation entre vifs et le testament. C’est ce qui résulte de l’article 893 ainsi conçu : « On ne peut disposer de ses biens, à titre gratuit, que par donation entre vifs, ou par testament, dans les formes ci-après établies. » Ce titre proscrit implicite­ ment un troisième mode de disposer à titre gratuit, c'est la donation à cause de mort, donatio mortis causa. La donation à cause de mort est un contrat : par DONATION. : ' i j — I. DONA TION consequent elle ne devenait parfaite que par l’acceptztion du donataire; à ce point de vue elle res­ semblait à la donation entre vifs. Elle était cependant faite en vue d'un danger de mort plus ou moins immi­ nent, auquel le donateur se voyait exposé, par exemple à la veille d’un combat ou pendant le com's d une maladie, et elle était résolue de plein droit si le do­ nateur échappait â ce danger. De plus, elle était révo­ cable ad nutum par le donateur et devenait caduque par le prédécés du donataire : ce qui la rapprochait des donations testamentaires. La donation à cause de mort pouvait offrir deux variantes, suivant qu'elle était faite sous la condition suspensive de la survie du dona­ taire ou sous la condition résolutive de son prédécès. Dans le premier cas, le donataire n'acquérait qu'un droit éventuel ; dans le deuxième, il acquérait un droit actuel, mais résoluble. Les donations à cause de mort suscitaient dans la pratique des difficultés assez graves, â raison surtout de leur couleur indécise et c'est probablement pour ce motif que notre législation le; a abolies. Toutefois, ces sortes de donations restent valides en droit naturel, et tant que la nullité n'a pas été pro­ noncée par les tribunaux, le donataire peut, en con­ science, rester en possession de la chose donnée. 11 n'y a pas donation à cause de mort, lorsqu’une per­ sonne se trouvant en danger de mort fait des libérali­ tés irrévocables. Telles sont les dispositions par Les­ quelles un malade donne actuellement, à ses parents, à ses amis, ou à ses domestiques, des objets mobiliers ou même des immeubles. La donation entre vifs est ainsi nommée, parce que ■ivens viventi donat, à la différence de la donation testamentaire, qui, étant faite pour le temps où le dis­ posant n’existe plus, doit être considérée comme l’ex­ pression de ses dernières volontés et se trouve ainsi être l'œuvre d'un mort ou tout au moins d'un mourant. Le Code civil définit la donation en ces termes : .· La donation entre vifs est un acte par lequel le dona­ teur se dépouille actuellement et irrévocablement de la chose donnée, en faveur du donataire qui l’accepte. » La donation entre vifs est un contrat solennel, parce qu'il est soumis à des formes particulières, prescrites a peine de nullité. C’est un contrat gratuit ou de bienfaisance, le donateur procure en effet au dona­ taire un avantage gratuit, puisqu’il ne reçoit pas la contre-valeur de ce qu’il donne (art. 1105). Enfin par la donation le donateur s’appauvrit pour enrichir le donataire. La donation se distingue par là des autres contrats de bienfaisance, tels que le prêt à □sage : le prêteur ne se dépouille pas, puisqu’il a droit à la restitution de la chose et par suite l’emprun: ur ne s'enrichit pas. Il en est de même dans le dépôt. Au point de vue du droit naturel et de la conscience, les conditions de validité de la donation sont les m.ines que les contrats gratuits en général. Voir Contrat. Le Code civil exige en outre certaines conditions sociales qui se rapportent au donateur, au donataire et à la forme delà donation. D'une manière générale, ces prescriptions — pourvu qu'elles ne tombent pas sur un bien d’Église — ne lient la conscience, qu'après la sentence du juge. IL Le donateur. — 1° Des personnes incapables. — Voir Contrat. Sont incapables de disposer par dona­ tion ou par testament : 1. Le mineur de seize ans. Le mineur peut toutefois faire des donations dans son contrat de mariage (art. 903). Il peut faire les mêmes donations que s’il était majeur, mais ne le peut» qu’avec le consentement et l’assistance de ceux dont le consen­ tement et l'assistance sont requis pour la validité de son mariage » (art. 1095). 2. L'interdit (art. 5021). Voir Contrat. 1C34 3. Celui qui n’est pas sain d’esprit (art. 90l . On peut toujours établir par témoins, que le donateur n'était pas sain d'esprit au moment de la donation. Il n'est point nécessaire de s'inscrire en faux contre la déclaration contraire qui aurait été insérée dans la donation, l’acte de donation fût-il d’ailleurs authen­ tique. De même les donations peuvent être attaquées pour cause de démence après la mort du donateur, alors même que l'interdiction de ce dernier n'aurait été ni prononcée ni provoquée et que la preuve de la démence ne résulterait pas de l’acte attaqué. L’art. 204 du Code civil est, en effet, inapplicable en matière de donation. On avait même admis dans notre ancien droit que la colère ou la haine pouvait entraîner la nullité d’une donation faite comme on disait alors ab irato, c’est-àdire par colère ou par haine. On considérait la colère ou la haine comme des passions qui tout en laissant subsister la possession de soi-même et le libre arbitre viciaient néanmoins la moralité de l’acte. De même, les donations pouvaient être annulées par suite du dé­ faut de liberté qui peut résulter de la suggestion et de la captation, notre jurisprudence a consacré en partie ces principes. Pour les conditions qui produisent le manque de liberté, voir Contrat. Sont capables de tester, mais incapables de donner : 1. Le mineur de seize ans accomplis (art. 904 . Ce mineur ne peut du reste tester que de la moitié des biens dont il aurait In disposition s’il était majeur. 2. Celui qui est pourvu d’un conseil judiciaire. 3. La femme mariée. La femme mariée ne peut en général faire aucune aliénation de biens sans l’autori­ sation de son mari ou de justice. Les donations faites entre époux sont soumises à des règles spéciales. Pendant le mariage, les époux peuvent se faire réciproquement, ou l’un des deux à l’autre, toutes les donations qu’un tiers serait autorisé à leur faire. Mais les donations que les époux se font pendant le mariage sont essentiellement révocables. L’époux qui a donné peut toujours changer sa volonté, revenir sur ce qu’il a fait et révoquer sa donation. Cette révo­ cation n’est soumise à aucune forme, elle peut être faite par un simple acte sous seing privé, même tacite­ ment el en secret. Ainsi l’époux donateur a le droit d’aliéner les biens qu’il a donnés pendant le mariage, puisqu’il peut révoquer la donation. Mais cor. · a faculté de révocation est exclusivement attaci · sa personne, ses créanciers ne pourraient pas fair ire les biens qu’il a donnés, pour se payer sur le prix. 2° Quotité dans la donation. — La valeur de la donation entre vifs ne peut jamais dépasser la quotité disponible, c’est-à-dire la partie des biens dont on peut disposer par testament (art. 913). La partie de ia donation en excès sur la quotité disponible est déclarée par la loi de nul effet (art. 920). Celui qui n’a pas d’héritier nécessaire peut donner tous ses biens pré­ sents. La donation des biens futurs est toujours inva­ lide, sauf dans le contrat de mariage (art. 943, lUbà). Cependant la donation peut comprendre les biens dont on a l’espérance déterminée, par exemple, la récolte de cette année. 11 faut excepter toutefois les biens héréditaires en expectative, au sujet desquels aucun contrat ne peut être conclu (art. 1130). Entre époux, la quotité disponible est. en général, plus étendue que la quotité disponible ordinaire. Celui qui a des enfants, peut donner à son conjoint un quart en pleine propriété et un quart en usufruit, ou bien la moitié de ses biens en usufruit seulement. Celui qui ne laisse que des ascendants, peut donner à son conjoint d’abord ce qu’il pourrait donner â un étranger, c’est-à-dire la moitié ou les trois quarts de sa fortune suivant qu’il y a des ascendants dans les deux lignes ou dans l'une d’elles seulement. 1695 DONATION Toutefois en cas de second mariage, celui qui a des enfants d'un premier lit, ne peut laisser à son nouveau conjoint qu'une part égale à celle de l’enfant le moins prenant dans la succession et jamais plus du quart de sa fortune (art. 1098). 3» Donation faite à un absent. — La donation faite à un absent par lettre à lui nommément adressée ou encore par messager ou procureur est valide en soi, aussitôt qu’elle est acceptée soit par lettre du dona­ taire. soit en présence du messager ou du procureur. Mais le Code exige que cette acceptation soit notiliée au donateur. Il peut se faire que le donateur, après l’envoi du messager, révoque la donation, mais alors celle-ci reste-t-elle valide? Si le messager a connais­ sance de la révocation faite par le donateur, il n’a plus le pouvoir d'efl'ecluer la donation. Ignore-t-il le chan­ gement dans la volonté du donateur; dans ce cas, de deux choses l’une : ou bien le messager a tous les pouvoirs d’un mandataire, d’un procureur, et alors, à cause de la bonne foi du mandataire, la donation est valide; ou bien le messager n’est que l’organe de transmission de la volonté du donateur, et alors la donation est invalide puisque la volonté du bailleur était inexistante au moment de la conclusion du con­ trat de donation. Les théologiens moralistes se sont demandé ce que deviendrait la validité de la donation, si, après avoir envoyé son messager, le donateur venait à mourir avant l’acceptation de la donation? Comme ils apportent de bonnes raisons pour ou contre la validité de la do­ nation, on peut tenir les deux opinions comme égale­ ment probables et donc en pratique suivre l’une ou l’autre. III. Le donataire. — Au point de vue du droit naturel pur, tous ceux-là peuvent validement accepter une donation qui sont sujets du droit de propriété, par conséquent même les enfants et les aliénés. Mais le droit positif prononce uncertain nombre d’incapacités absolues ou relatives. D'une manière générale, ces incapacités légales, pour autant qu’elles sont ajoutées au droit naturel, n'obligent en conscience qu'après la sentence du juge. L’Incapacité absolue derecevoir. — 1. Les personnes qui ne sont pas encore conçues au moment de la donation. 2. Les personnes dites de main-morte, c’est-à-dire les personnes morales : hôpitaux, hospices, corpora­ tions, congrégations religieuses, etc. Ces personnes morales ne peuvent en effet recevoir qu’en vertu d’une autorisation du gouvernement délibérée en Conseil d’État. La donation faite à l’une de ces personnes morales serait donc nécessairement caduque, si le donateur mourait avant qu'elle eût été régulièrement acceptée. Lorsqu'il s’agit de personnes morales de l’ordre ecclésiastique, pieux instituts ou congrégations reli­ gieuses, les formalités prescrites par la loi ne sauraient lier la conscience. De pareilles dispositions législatives sont en contradiction formelle avec le droit indépen­ dant de posséder et d’acquérir des biens temporels, que l’Église a reçu de son divin fondateur Jésus-Christ. Ce droit, l’Église le communique aux sociétés infé­ rieures, à savoir les pieux instituts et les ordres reli­ gieux approuvés par elle. Ainsi toute donation faite à une personne morale ecclésiastique doit être tenue pour valide au for de la conscience, à condition, bien entendu, que la donation soit valide en droit naturel. 2° Incapacité relative de recevoir. — Sont frappés d’une incapacité relative de recevoir : 1. Le tuteur dans ses rapports arec son pupille. — « Le mineur, quoique parvenu à l’àge de 16 ans, dit l'article 907, ne pourra, même par testament, disposer au prolit de son tuteur. — Le mineur, devenu majeur, 169'y ne pourra disposer, soit par donation entre vifs, soit par testament, au profit de celui qui aura été son tu­ teur, si le compte définitif de la tutelle n'a pas été préalablement rendu et apuré. » Au reste, cette incapacité n’atteint pas les ascendants. « Sont exceptés, ajoute le même article, dans les deux cas ci-dessus, les ascendants des mineurs, qui sont ou qui ont été leurs tuteurs. » 2. Les enfants naturels dans leurs rapports avec leurs père et mère. — Aux termes de l’art. 308 du Code civil modifié par la loi du 28 mars 1896, les en­ fants naturels légalement reconnus ne peuvent rien recevoir par donation entre vifs au delà de ce qui leur est accordé à titre successoral. Mais cette incapacité ne peut être invoquée que par les descendants du dona­ teur, par ses ascendants, par ses frères et sœurs et les descendants légitimes de ses frères et sœurs. D’autre part, le père ou la mère peuvent léguer aux enfants qu’ils ont reconnus, tout ou partie de leur quotité disponible, sans toutefois qu'en aucun cas, lorsqu’il se trouve en concours avec des descendants légitimes, un enfant naturel puisse recevoir plus qu’une part d’en­ fant légitime le moins prenant. Remarquons que les enfants naturels et même adultérins et incestueux lé­ gitimés par le mariage subséquent (art. 331; loi du 7 novembre 1907) sont assimilés aux enfants légitimes. De même, les enfants adultérins ou incestueux ne peuvent rien recevoir, soit par donation, soit même par testament, au delà de ce qui leur est accordé par la loi, à titre d'aliments. Suivant les articles 763 et 764, ces aliments doivent être réglés eu égard aux facultés du père et de la mère, au nombre et à la qualité des hé­ ritiers légitimes. En outre, lorsque le père ou la mère de l'enfant adultérin ou incestueux lui ont fait apprendre un art mécanique ou lorsque l'un d’eux lui a assuré des aliments de son vivant, l’enfant ne peut élever aucune réclamation contre la succession. Les donations faites aux enfants naturels reconnus, si elles dépassent la quotité fixée par la loi, sont certai­ nement invalides, au for interne, après la déclaration du tribunal, mais avant l’action judiciaire le donataire peut en conscience retenir les libéralités dont il a été l’objet. Pour ce qui est des enfants adultérins et inces­ tueux, d’après un grand nombre de théologiens et de jurisconsultes, la donation est nulle de plein droit, pour autant qu’elle excède les aliments accordés par la loi. Cette nullité est fondée sur des considérations d’ordre public : le législateur ayant voulu établir une ditl'érence entre les enfants du crime et les enfants naturels simples. Cependant un certain nombre d’au­ teurs (Génicot, 6e édit., t. 1, n. 679; Bulot, 1.1, p. 730) admettent la validité en conscience de la donation tant qu’une décision judiciaire n'est pas intervenue. La loi, en effet, regarde comme étrangers les enfants illégi­ times non reconnus, et ceux-ci peuvent recevoir de leurs parents jusqu’à concurrence de la quotité dispo­ nible. Les enfants adultérins et incestueux rentrent dans la catégorie des enfants illégitimes non reconnus. 3. Les médecins dans leurs rapports avec les per­ sonnes dont ils ont entrepris la guérison. — L’inca­ pacité relative de recevoir, dont sont frappés les méde­ cins, consiste en ce qu'ils ne peuvent recueillir la libéralité que leur aurait faite la personne dont ils ont entrepris la guérison, pendant le cours de la maladie pour laquelle ils l’ont traitée et dont elle est morte. La libéralité ne vaudrait que si le malade revenu à la santé la confirmait ensuite, soit expressément, soit même tacitement en s’abstenant par exemple de la révoquer. Sont assimilés aux médecins, tous ceux qui exer­ cent légalement ou illégalement la médecine. L’inca­ pacité dont sont frappés les médecins, ne s’étendrait pas d'ailleurs à de simples libéralités rémunératoires, 1698 DONATION 1697 proportionnées aux facultés du disposant et aux ser­ vices rendus. Elle n'atteindrail pas non plus le méde­ cin qui serait l’héritier direct du disposant, ou qui, dans le cas ou le disposant n'aurait pas d'héritier di­ rect, se trouverait être le parent collatéral de celui-ci, au moins au quatrième degré (art. 909). 4. Les ministres du culte dans leurs rapports avec les malades. — Les ministres du culte, qui portent aux malades le secours de la religion, sont assimilés aux médecins et frappés de la même incapacité (art. 909). Or, la loi exige que le médecin donataire, pour être frappé d'incapacité, ait traité le malade. Par assimilation, cette condition ne se trouve remplie vis-à-vis d'un ministre du culte qu’autant qu’il s’est chargé de la direction spirituelle du malade. Ne serait donc pas atteint par l'incapacité qu’édicte l'ar­ ticle 909, le ministre du culte qui se serait borné à rendre des visites au malade en qualité d'ami, ni même celui qui aurait seulement accompli auprès de lui un ou plusieurs actes de son ministère, par exemple en lui administrant le viatique ou l'extrême-onction. Il faut que le ministre du culte ait eu avec le malade des entretiens spirituels, qu'il lui ait donné des conseils en vue de le diriger dans la voie à suivre pour bien mourir. La jurisprudence admet que cette condition est toujours réalisée dans le cas de la confession auri­ culaire. Baudry-Lacantinerie, Précis de droit civil, t. m, n. 853. Remarquons avec Lehmkuhl, t. i, n. 1156, que si la donation faite au ministre du culte est en vue d’une œuvre pie, c'est la loi ecclésiastique seule qui entre en ligne de compte. 5. Les libéralités faites à des personnes interposées. — Toute disposition au profit d’un incapable est nulle, soit que cette disposition ait été déguisée sous l'appa­ rence d'un contrat onéreux, soit qu’elle ait été faite sous le nom d'une personne interposée. On appelle personne interposée, le bénéficiaire direct de la dispo­ sition, qui s'est, par un acte secret, engagé à restituer à l'incapable que le disposant a voulu gratifier, le bienfait de la libéralité qu’il n’a reçue que pour la lui transmettre. Les père et mère, les enfants et descendants de la personne incapable, sont toujours réputées personnes interposées (art. 911). IV. Forme des donations entre vifs. — 1» Forma­ lités requises. — Au point de vue du droit naturel, la donation même verbale est valide; pourvu, bien en­ tendu, que les conditions générales pour la validité des contrats soient réalisées, elle transfère immédiatement et irrévocablement la propriété au donataire, sans que la tradition de l’objet donné soit nécessaire. D'après le Code, la donation est un contrat solennel, qui ne produit ses effets et n'oblige les parties, qu’autant qu’elle a été passée dans certaines formes, c’estâ-dire devant un notaire qui endresse acte en présence de témoins. es formes des donations sont déterminées par les I. articles 931 et suivants. Quelques-unes ont pour but de garantir la liberté du donateur et d’appeler son at­ tention sur l'importance de l’acte qu'il pose. Une loi du 21 juin 1843 exige, sons peine de nullité, la pré­ sence d’un second notaire ou des témoins, au ntoment même delà lecture el de la signature de l'acte. Il faut de plus que l’acceptation du donataire soit forn elle et expresse et elle doit aussi être faite par acte notarié. i n ce qui concerne particulièrement les donations d objets mobiliers, ces donations sont nulles si elles ne sont pas accompagnées d’un état estimatif, signé du donateur et du donataire, et joint â l’acte de dona­ tion art. 948). Cet état n'est point nécessaire quand les objets donnés sont immédiatement remis au doua­ nier. DE THEOL. CATHOL. taire. Mais dans le cas contraire, en rendant le détotiinement des objets donnés extrêmement difficile, il sert à soustrai-e la donation au retour de volonté du dona­ teur et a assurer son irrévocabilité. Les donations d'immeubles sont assujetties à une formalité spéciale, qu’on appelle la transcription. D’après la loi du 29 mars 1855, toute aliénation d'im­ meubles doit être transcrite au bureau de la conserva­ tion des hypothèques. Avant cette loi de 1855, l’art. 939 exigeait déjà que les donations d’immeubles fussent transcrites, dans l’intérêt des tiers intéressés à les connaître. Mais tandis que d’après la loi de 1855, ceuxlà seuls pouvaient opposer au donataire le défaut de transcription, qui ont acquis du chef du donateur des droits réels sur l’immeuble, et qui ont ensuite fait transcrire leur litre, d’après l’article 941 du Code civil, ce sont au contraire toutes les personnes intéressées à la nullité de la donation qui peuvent se prévaloir du défaut de transcription. Parmi les personnes intéressées à la nullité de la donation qui peuvent ainsi invoquer le défaut de trans­ cription, aux termes de l’art. 941, tandis que la loi de 1855 leur refuse cette faculté, nous devons citer notam­ ment les tiers acquéreurs de droits réels, qui n'ont pas fait transcrire leur titre en temps utile, et les créanciers chirographaires. Mais par exception, et encore bien qu'ils aient intérêt à la nullité de la donation, ni le donateur ou ses héritiers, ni aucun de ceux qui sont chargés, sous leur responsabilité, de faire la transcrip­ tion, ne sont admis à se prévaloir de l’omission de cette formalité. Le donataire, pour assurer l’irrévocabilité de la do­ nation, a donc grand intérêt à en faire opérer la trans­ cription. 2“ Des conditions impossibles ou contraires aux mœurs. — Une condition insérée dans un acte de dis­ position à titre gratuit peut se présenter sous un double aspect : 1. comme un événement futur et incertain, à l’arrivée duquel serait subordonnée l'efficacité de la disposition, c’est la condition proprement dite; 2. comme une obligation ou charge imposée au bénéficiaire et dont l'inexécution entraînerait la révocation de la libéralité. Qu'elles aient du reste l'un ou l'autre de ces deux caractères, les conditions insérées dans undonation doivent être réputées non écrites, lorsqu'il! sont impossibles, contraires aux lois ou aux Telle est la disposition formelle de l'art. 900. On doit, en effet, naturellement supposer que le disposant n'attachait qu’une importance tout à fait secondaire a l’accomplissement de pareilles conditions, qu i! n'a ni entendu ni voulu que l'effet principal qu'il poursuivai.. c’est-à-dire la libéralité qu’il avait en vue, fût manqué par suite de l’accomplissement de ces conditions. Toutefois, s’il était reconnu, en fait, que la condition contraire aux lois ou aux mœurs a été la cause déter­ minante et le but principal de la disposition, on ne se trouverait plus en présence d’une libéralité avec charge. Il y aurait un véritable contrat à titre onéreux, une promesse faite comme rémunération d’un acte prohibé et honteux et il faudrait en prononcer la nullité. 11 est en effet de principe que toute obligation es nulle, lorsque sa cause est illicite, c’est-à-dire lorsque i ; ut qu’elle poursuit est contraire à la loi et aux mœurs. Ces décisions sont celles de la jurisprudence. I. st assez facile de déterminer les conditions qu: - n·. impossibles ou contraires aux lois. Mais la solution île la question de savoir quelles conditions doivent être réputées contraires aux mœurs peut donner lieu a beau­ coup d’arbitraire. C’est aux juges qu’il appai tient de se prononcer dans chaque cas particulier. 3» Des libéralités dispensées des formes. — Certaines libéralités sont dispensées des formes, telles sont : 1. Celles qui consistent dans l’abandon d’un droit IV. - 54 1699 DONATION comme la remise d’une dette, la renonciation à un droit d'usufruit (art. 621, 1282); — 2. Le- libéralités stipulées dans l’intérêt d’un tiers, comme condition d’un contrai onéreux qu’on fait pour soi-même. Ces libéralités ne sont, en elfet. soumises qu'aux formalités du contrat auquel elles sont jointes. Il n’est pas néces­ saire qu’elles aient été acceptées solennellement et expressément. 11 suffit que le tiers ait manifesté l’in­ tention d'en profiter (art. 1121). — 3. Les donations manuelles. — La jurisprudence admet, en effet, la validité des donations faites de la main à la main, lorsqu’elles ont pour objet des choses corporelles mobi­ lières. Les donations faites pour des œuvres pies ressortissent â la législation de l’Église; si donc elles venaient à être invalidées par les tribunaux civils, elles n’en conserve­ raient pas moins toute leur obligation au for de la conscience chrétienne. V. Révocation. — 1° Notions générales. — Les do­ nations entre vifs doivent être irrévocables en ce sens qu’à la dilférence des donations testamentaires, elles ne peuvent pas être révoquées à la volonté du dona­ teur. Le donateur ne peut pas se réserver le moyen de reprendre à sa volonté ce qu’il a donné. Une donation révocable au gré du donateur serait nulle par applica­ tion de la règle : donner el retenir ne vaut. Nonobstant ce principe de l’irrévocabilité, une dona­ tion peut être faite sous cette clause, que les biens donnés feront retour au donateur, si le donataire et ses descendants meurent avant lui. Ce droit de retour est, en effet, indépendant de la volonté du donataire (art. 951). De l’irrévocabilité des donations découlent les consé­ quences suivantes : I. On ne peut donner que des biens présents, c’est-à-dire des biens qu'on a déjà dans son patrimoine. Serait nulle la donation qui aurait pour objet des biens à venir, c'est-à-dire des biens qu’on n’a pas encore, mais qu'on aura dans la suite, parce que le donateur en acquérant ou en n’acquérant pas ces biens, suivant son caprice, pourrait à son gré révoquer la donation. Ainsi quand je vous donne, par exemple, non seulement les immeubles que j’ai actuel­ lement. mais encore ceux que j'acquerrai par la suite, la donation, valable quant aux immeubles présents, serait nulle quant aux immeubles à venir (art. 943). — 2. 6 Est pareillement nulle la donation faite sous la con­ dition d'acquitter d'autres dettes ou charges que celles qui existaient à l’époque de la donation, ou qui seraient exprimées, soit dans l’acte de la donation, soit dans l’acte qui devait y être annexé (art. 945). » — 3. La donation est également nulle en tout ou en partie, lorsque le donateur s'est réservé le droit de disposer, en tout ou en partie, des choses données (art. 944). 2° Révocation absolue. — Les donations peuvent être révoquées à la demande du donateur pour les trois causes suivantes : 1. inexécution des conditions ou charges delà donation; 2. l’ingratitude du donataire; 3. la survenance d’un enfant au donateur, lorsque celui-ci n’en avait pas encore au moment de la donation. 1. De l'inexécution des conditions ou des charges. — Lorsqu’une charge a été imposée au donataire et que cette charge est évidemment inférieure au béné­ fice qu’il a reçu, l’acte ne cesse pas pour cela d’être une donation. Mais comme une donation, par elle-même, n’a d’autre but que d’enrichir le donataire, elle ne peut pas avoir pour effet directet immédiat d’obliger celui-ci. Néanmoins, on avait fini par admettre, en droit romain, qu’en acceptant une donation faite avec charge, le dona­ taire avait suffisamment manifesté son intention de s’obliger, que celte intention était suffisamment réalisée et que le donataire devait être tenu pour obligé. Le donateur pouvait dès lors à son choix, ou poursuivre directement l’exécution des charges, ou répéter ce qu’il I 1700 avait donné, comme s’il n’avait jamais cessé d’être pro­ priétaire. Les art. 954 et 956 semblent avoir reproduit ces principes. La révocation de la donation pour inexé­ cution des charges doit en principe être prononcée par les tribunaux qui peuvent accorder au donataire un délaide grâce (art. 956). 2. De l’ingratitude du donataire. — La révocation des donations pour cause d’ingratitude a été empruntée au droit romain. C'est une peine que la loi prononce contre le donataire pour le punir de son ingratitude et venger en quelque sorte le donateur. Les faits qui constituent l’ingratitude sont limitati­ vement déterminés par l'art. 955 : La donation entre vifs, dit cet article, ne pourra être révoquée pour cause d'ingratitude que dans les cas suivants : a) si le dona­ taire a attenté à la vie du donateur; b) s’il s’est rendu coupable envers lui de sévices, délits ou injures gra­ ves; c) s’il lui refuse des aliments. Les aliments dont il est ici parlé sont calculés, non pas d’après l’entière fortune du donataire, mais eu égard aux choses données. C’est contre la personne même du donataire que s’exerce la révocation pour cause d’ingratitude; d’où il suit qu’elle laisse subsister les droits réels que les tiers pourraient avoir acquis sur la chose donnée du chef de ce donataire (art. 958). L’art. 957 détermine le court délai d’un an dans lequel l’action en révocation pour ingratitude doit être exercée et il règle la transmissibilité de cette action aux héritiers tant activement que passivement. 3. De la survenance d’un enfant au donateur. — Cette cause de révocation a aussi ses origines dans les lois romaines. Elle est fondée sur ce motif que si le donateur avait pu connaître véritablement et ressentir au cœur, avant la naissance de son enfant, les senti­ ments de l’alfection paternelle, il n'aurait pas donné. La révocation pour survenance d’enfant, à la dilférence des deux autres, a lieu de plein droit, il n’est pas besoin qu'elle soit demandée et obtenue en justice. 3» Révocation partielle. — La révocation partielle d’une donation entre vifs peut se présenter sous deux formes : la réduction et le rapport. 1. De la réduction. — Celui qui a des enfants ou des descendants, n’a pas la plénitude du droit de disposer de ses biens à titre gratuit. 11 peut en disposer à titre onéreux, les vendre et les aliéner avec une pleine et entière liberté; mais il ne peut ni les donner, ni les léguer, en totalité, à des étrangers au détriment de ses enfants ou deses ascendants. Il y a, dans son patrimoine, une portion de biens dont il ne peut disposer à titre gratuit et que la loi réserve à ses descendants ou à ses ascendants. Cette portion indisponible, on l’appelle réserve. La quotité disponible est, au contraire, la portion de notre patrimoine dont nous pouvons librement disposer à titre gratuit. Tous les biens, qui ne sont pas compris dans la réserve, font partie de la quotité disponible. Déterminer la réserve, c’est donc déterminer, par voie de conséquence, la quotité disponible. La quotité disponible se détermine d’après la fortune qu’aurait laissée le de cujus (celui dont la succession est ouverte) s’il n'avait fait aucune libéralité. Pour cal­ culer cette quotité, il faut donc augmenter le patri­ moine que le de cujus laisse à son décès, de la masse des biens dont il s’est dépouillé de son vivant par des donations entre vifs. Si les libéralités faites par le défunt dépassent la quotité disponible ainsi déterminée, les réservataires ont le droit de les ramener aux limites qu’elles n’auraient pas dù franchir et de les faire réduire, en reprenant au besoin aux donataires ce qu’ils ont reçu de trop. C’est ce qu’on appelle exercer l’action en réduction. La réduction doit laisser intactes les libéralités qui ont été faites dans les limites de la quotité disponible, J70I DONATION •-•Ile ne peut porter que sur les libéralités qui ont été faites après que cette quotité était déjà entamée par des libéralités antérieures. 11 faudra donc l’opérer en commençant par la dernière libéralité et ainsi de suite en remontant des plus récentes aux plus anciennes. L’action en réduction peut toujours être introduite, au point de vue de la conscience, par ceux que la loi investit de ce droit. 2. Durapport. — «Le rapport est dû de ce qui a été employé pour l’établissement d’un des cohéritiers ou pour le paiement de ses dettes, » dit l’art. 851. Celui qui a fait ces dépenses n'en était pas en effet tenu, elles constituent donc une véritable libéralité. Rapport n’est pas dû, au contraire, pour les frais de nourriture et d’entretien. Ces frais ne constituant, en effet, le plus souvent pour celui qui les fait, que le paiement d’une dette civile ou l’acquit d’une obligation naturelle. Ce ne sont donc pas des libéralités. Il en est de même des frais ordinaires d’éducation et d’appren­ tissage. Le bénéfice que ces frais procurent au succes­ sible échappent d’ailleurs le plus souvent à toute appré­ ciation pécuniaire. Sont également dispensés du rapport, les frais ordi­ naires d’équipement, les frais de noce alors même qu’ils sont extraordinaires et les présents d’usage. C’est pour sa satisfaction personnelle, plutôt que pour l’avan­ tage du successible, que le de cujus est censé les avoir aits (art. 851 et 852). Cependant les présents de noce seraient sujets à rapport, s’ils étaient de nature à pro­ curer au successible une véritable augmentation de patrimoine. Dans l’ancien droit, le principe de l’égalité entre cohéritiers était tellement rigoureux, qu’il suffisait que le don ou legs eût été fait à l’un des proches parents du successible, pour qu’il fût réputé fait au successible luiméme et par conséquent soumis au rapport. Aujourd'hui, au contraire, les dons ou legs faits au fils ou au conjoint du successible ne sont pas sujets à rapport (art. 847, 849). Mais, en général, les donations déguisées sous l’apparence d’un contrat à titre onéreux n’emportent pas par elles-mêmes dispense de rapport. 11 en est de même des donations indirectes qui sont faites au successible par l’intermédiaire d’une personne interposée chargée en secret de lui restituer les biens donnés. Les dons manuels ne doivent pas non plus être réputés de plein droit faits avec dispense de rapport. Quant aux fruits que produisent les biens donnés avant le décès du de cujus, ils sont toujours, au contraire, présumés dispensés du rapport (art. 856). Le rapport se fait en nature ou en moûts prenant. U a lieu en moins prenant, lorsque les cohéritiers du donataire prélèvent, avant le partage, une valeur égale a celle qu’il a reçue. Le rapport des meubles s’effectue toujours en moins prenant. En principe, au contraire, 1e rapport des immeubles se fait en nature. Les dispositions législatives concernant le rapport obligent en conscience après la décision des tribunaux: ia loi. en effet, se contente de donner aux ayants-droit une action en revendication. C. Antoine. DONATISME. — I. Origines du schisme, de 305 à 321. II. Triomphe et apogée, de 321 à 373. III. Lutte d-cisive, de 373 à 430. IV. Déclin et disparition. V. Erreurs des donatistes. I. Origines do schisme, de 305 λ 321. — 1° Le nom de donatistes. — On a discuté la question de savoir si ce nom de donatistes, donné aux sectaires qui implan­ tèrent le schisme dans l’Afrique du Nord et l’y main­ tinrent pendant plus de trois cents ans jusqu'à l’inva­ sion des Arabes, c’est-à-dire jusqu'à la destruction du christianisme lui-même dans ces parages, vient de Donat des Cases Noires, le premier auteur responsable DONATISME 1702 de la crise, ou de Donat le Grand, le second évêque intrus de Carthage. Selon toute vraisemblance, c’est à ce dernier surtout que le schisme doit son nom, comme au chef qui l’organisa puissamment et le diri­ gea pendant plus de quarante ans : il l’appelait du reste son parti et tous ne juraient que par lui. Le gram­ mairien donatiste Cresconius faisait observer à saint Augustin qu’il devait dire donations plutôt que dona­ tistes pour se conformer à la langue latine, la forme donatistæ a Donato rappelant celle à'evangelist a· ab Euangelio. Peut-être bien, répondait Augustin, c’est ce rapport qu’ont entendu signifier les premiers schisma­ tiques en adoptant la forme donatistes, car Donat était leur évangile et ils ne voulaient pas plus se séparer de lui que les saints ne veulent se séparer de l’Evangile. Mais,pour ne pas déplaire au grammairien pointilleux, il dira donatiens plutôt que donatistes dans le traité qu’il consacre à sa réfutation, en faisant observer que la désinence du terme ne fait rien à la chose et que, quelque nom qu’on leur donne, lui et ses coreligion­ naires n’en sont pas moins des hérétiques à éviter. Cont. Cresc., u, 2, 3, P. L., t. xi.ih, col. 468-469. 2» Le conflit éclate à Carthage en 312. — Au len­ demain de la persécution de Dioclétien, c’est-à-dire vers 306, l’évêque des Cases Noires, Donat, se trou n-nt à Carthage, lit courir certains bruits malveillmts contre le primat de la Proconsulaire, Mensurius. pré­ tendant à tort qu’il avait été traditeur en exploitant avec mauvaise foi une lettre de lui à Secundus de Tigisi, en Numidie, dans laquelle il blâmait ceux qui avaient affronté le martyre pour se tirer fort à propos de certains embarras financiers et se refaire une bonne réputation. Voir Donat I. A la mort de Mensurius, survenue en 311, le clergé de Carthage avec les évêques voisins procéda à l’élection du successeur du primat. Le diacre Cécilien fut élu de préférence aux deux prêtres Botrus et Célestius qui avaient brigué la suc­ cession. Félix, évêque d’Abtughi ou d’Aptunge. sacra le nouvel élu. Aussitôt une cabale se forme contre Cé­ cilien; en font partie les détenteurs des biens de l’église, auxquels Cécilien les avait réclamés, les deux prêtres évincés et mécontents.1 de leur échec, et sur­ tout une richissime matrone, Lucilia, qui détestait particulièrement le nouvel évêque pour un n: · ;ue d’égards dont il se serait rendu coupable en r- le quand il n’était que diacre, et qui aurait vou .r a sa place une de ses créatures, le lecteur M · s. Donat des Cases Noires prend alors la dire. .-.s mécontents et, grâce à l’or de Lucilia, mais s .-le prétexte de remédier à une élection viciée et ne Ut. il fit signe à ses collègues de Numidie qui arrivèrent au nombre de 70 avec leur primat, Secundus. Réunis en 312 à Carthage, ils se constituent en concile, citant Cécilien, qui refusa de comparaître. Ils instruisent alors sa cause, déclarant sa consécration invalide parce que le consécrateur avait été traditeur, pronon­ cent sa déposition, élisent à sa place et consacrer’ le favori de Lucilia. S. Optat, De schism, donat., t. 19. P. L., t. xi, col. 923. C’était le schisme implanté à Carthage, d’où il allait rayonner rapidemen’ dans toutes les provinces, de la Byzacène à la Mauritanie, et partager les chrétiens en deux partis, celui de Μ o rin et celui de Cécilien; c’était en même temps le point de départ de luttes religieuses et <1- tr . es civils, dont on était loin de prévoir la gravit.· et rée. « Ainsi le schisme fut enfanté par la ce ·-rne femme turbulente, nourri par l’ambition de ceux -rui avaient aspiré à l’épiscopat, et fortifié par l’avarice de ceux qui s’étaient emparés des biens de l'Église. ■ Tille mont, Mémoires, t. vt, p. 14. 3· Erreurs de droit et de fait. — Les promoteurs de ce mouvement schismatique. Donat des Cases Noires. Secundus de Tigisi et les autres évêques de Numicie. 1703 DONATISME 1704 avaient commis un acte illégal et anticanonique en 1 5° Concile de Rome, octobre 313. — En octobre 313, s’immisçant dans une affaire qui ne les regardait pas à Rome, devant le pape entouré de 19 évêques, parmi et en procédant à l’élection et à la consécration d'un lesquels Materne, Réticius et Marin, comparurent Cé­ candidat qui ne pouvait être qu’un intrus, le siège de cilien et Donat des Cases Noires, accompagnés chacun Carthage étant déjà pourvu légitimement et validement. de dix de leurs collègues. Faute de témoins et de preuves Sans doute, ils prétendaient que l’élection et la consé­ juridiques, Cécilien fut reconnu et déclaré innocent cration deCécilienétaient nulles. parce qu’un évêque tradu crime de schisme qu’on lui reprochait; Donat, au diteur ne peut pas conférer validement le sacrement contraire, fut convaincu d’avoir fait œuvre schisma­ de l’ordre. Mais c’était là appliquer à l’ordre un prin­ tique sous Mensurius, du temps que Cécilien n’était cipe discutable ou plutôt erroné contre lequel l’Église que diacre; il avoua de plus avoir rebaptisé ceux qui romaine n’avait cessé de protester, à propos du bap­ étaient passés au parti de Majorin et avoir imposé les tême, depuis saint Cyprien. C’était en tout cas l’appli­ mains à des évêques qui avaient failli pendant la per­ quer à faux, car, dans l’espèce, Félix d’Aptunge n’avait sécution, S. Optat, De schism, donat., 1,24, P. L., t. xi, été nullement traditeur, ainsi que devait le démontrer col. 932; il fut condamné. Les actes de ce concile fu­ plus tard l’enquête officielle prescrite par l’empereur rent produits à la conférence de 411. Gest. coll., in, et dûment consignée dans un document public. Et 320-326, 403, 540, P. L., t. xi, col. 1249, 1252, 1256; l’application en était d’autant plus criante qu’elle fut Brev. coll., m, 24, 31, P. L., t. xliii, col. 637, 642. Le faite par des évêques, dont la plupart étaient des trapape décida notamment, comme nous l’apprennent les diteurs incontestables, d’après les actes du concile de actes du concile d’Arles, tenu l’année suivante, que les Cirta tenu en 305, qui furent officiellement produits partisans de Majorin pourraient conserver leurs sièges, dans la suite. Quant à Cécilien, les enquêtes, les juge­ à la condition de rentrer dans l’unité, et que, là où se ments et les sentences favorables dont il fut l’objet à rencontrerait un évêque de chaque parti, le plus Rome près du pape, à Arles de la part du concile et à ancien selon la consécration conserverait le siège et Milan de la part de Constantin, démontrèrent qu’il que le plus récemment consacré serait pourvu d’un était le seul évêque légitime de Carthage. Mais, sans autre siège; Cécilien était seul reconnu évêque légi­ attendre, il fut reconnu pour tel. L’empereur lui- I time de Carthage. Le pape fit part de cette sentence à l’empereur; mais les dissidents refusèrent d’y obtem­ même reconnut tout d’abord ses droits. Constantin, en effet, donna l’ordre au proconsul Anulinus de faire pérer, alléguant qu’on ne leur avait pas donné le temps restituer aux églises ce qui leur avait été confisqué de s’expliquer; ils demandèrent donc à l’empereur pendant la persécution de Dioclétien, Eusèbe, U. E., d’autres juges. Constantin, bien que suffisamment édi­ x, 5, P. G., t. xx, col. 884, et d’exempter des charges fié sur leur compte, les renvoya au prochain concile et publiques les clercs dont Cécilien était le chef. H. E., il ordonna au vicaire d’Afrique d’envoyer une délégation x, 7, col. 893. Il écrivit à Cécilien lui-même pour lui des deux partis à Arles pour le l«r août 314 et de pro­ notifier l’ordre qu’il avait donné au Rationalis d’Afrique, céder, toute affaire cessante, à une enquête officielle Ursus, de lui verser 3000 folles pour être distribuées sur le cas de Félix d’Aptunge. P. L., t. xliii, col. 780, d’après un état dressé par Osius. H. E., x, 6, col. 892; 788; Hefele, Conciliengeschichte, t. I, p. 194. P. L., t. xliii, col. 777. 6° Concile d'Arles, août 314. — A la date fixée, le 4° Appel îles schismatiques à l'empereur. — Dans concile se tint à Arles. Le pape s’y était fait représenter de semblables conditions, la situation de Majorin pa­ par deux prêtres et deux diacres; Marin, Materne et raissait fort compromise; mais ses protecteurs, dès Réticius s’y retrouvèrent, et les partis en lutte compa­ 313, intervinrent énergiquement pour la sauver. Ils rurent. Même solution qu à Rome. Dans la lettre syno­ remirent, en effet, au proconsul Anulinus, un double dale envoyée au pape Sylvestre, successeur de Miltiade pli, l’un cacheté, l’autre ouvert. Le premier, Libellus le concile dit que Cécilien est hors de cause, que ses Ecclesiæ catholicæ criminum Cæciliani traditus a accusateurs et les fauteurs principaux du schisme ont parte Majorini, Gest. coll., ni, 215-220, P. L., t. xi, été, les uns condamnés (Donat et Majorin), les autres col. 1401-1402, contenait les chefs d’accusation relevés mis en demeure, aux conditions déjà fixées à Rome, de par eux contre celui qu’ils déclaraient schismatique; faire retour à l’unité, sous peine de perdre leur rang le second était une supplique demandant à l’empereur dans la cléricature. P. L., t. xliii, col. 786. Parmi les de choisir en Gaule, où il n’y avait pas eu de défections | canons de ce concile, deux nous intéressent, l'un, épiscopales, des juges ecclésiastiques pour trancher le can. 8, qui condamne la réitération du baptême, l’autre, différend de Carthage. S. Optat, De schism, donat., can. 13, qui condamne tout clerc convaincu par un I, 22, P. L., t. xi, col. 930. Anulinus fit un rapport et acte public d’avoir livré les Ecritures, les vases sacrés transmit ces deux documents à Constantin, le 15 avril ou le nom de ses frères, à la déposition, et qui déclare 313. Texte intégral de ce rapport, qui fut lu à la con­ valide l’ordination faite par un évêque traditeur. Le férence de 411, dans S. Augustin, Epist., lxxxviii, 2, premier de ces deux canons visait nettement Donat. ïn P. L., t. xxxiit, col. 303. Rapport et documents ne ce qui concernait le cas de Cécilien, il n’y avait pas eu parvinrent à l’empereur qu’en Gaule. Aussitôt Cons­ d’accusation basée sur des actes officiels, et son sacre tantin désigna comme juges Materne, évêque de Colo­ devait être tenu pour valide, même dans le cas ou son gne, Réticius, évêque d’Autun, et Marin, évêque d’Arles, consécrateur aurait été traditeur, chose qui n’était pas, pour aller traiter cette affaire à Rome avec le pape mais qu’on ignorait à Arles. Melchiade ou Miltiade; en même temps il écrivit au 7» Décision de l’empereur. — Battus à Arles comme pape pour lui annoncer l’arrivée des trois évêques gau­ à Rome, les partisans de Majorin s’entêtent et, sous lois et le prier, documents en main, de décider en divers prétextes, réclament une décision impériale. Un connaissance de cause. Eusèbe, 11. E., x, 5, P. G., tel recours au pouvoir civil dans une affaire d’ordre t. xx, col. 888; P. L., t. xliii, col. 778. Cette lettre religieux sera plus tard reproché aux donatistes; et impériale fut produite à la conférence de 411. Gest. quand ceux-ci répliqueront que les catholiques ont fait coll., m, 319. P. L., t. xi, col. 1249; Brev. coll., Ill, 24, pire en sollicitant des lois coercitives contre les dona­ P. L., t. xliii, col. 637. En outre, il donnait l’ordre au tistes, les catholiques n’auront pas de peine à leur proconsul Anulinus de mander à Rome une délégation répondre que le cas était tout différent, car, menacés des deux partis pour y vider leur différend. La réponse dans leurs biens et dans leurs personnes, ils ne fai­ du proconsul que l’ordre impérial avait été exécuté fut saient que se défendre et demander protection. Obsédé également produite à la conférence de 411. Gest. coll., par cette affaire deux fois légitimement jugée par ses in, 319; Brev. coll., ni, 24. juges naturels, Constantin voulut en finir. Il avait 1705 DONATISME même résolu de passer en Afrique pour décider sur les lieux; mais n'ayant pu réaliser son dessein, il écrivit aux évêques donatistes qu’il connaîtrait lui-même de leur appel. P. L., t. xliii, col. 789. Il le fit à Milan et ratifia pleinement la double sentence ecclésiastique. Le 10 novembre 316, il notifiait au vicaire d’Afrique, Eumalius, le jugement qu’il venait de porter. Ce juge­ ment fut produit à la conférence de 411. Gest. colt., in. 456, 460,494, 515-517. 520-530, 532, 585, P.L.,1. xi, col. 1254, 1255, 1256; Brev. coll., lit, 37, 38, 41, P. L., t. xliii, col. 647, 649; Cont. Cresc., ni, 82; Post, coll., 56, P. L., t. xliii, col. 541, 687. En même temps Cons­ tantin porta une loi prescrivant d’enlever aux dona­ tistes les lieux du culte qu’ils détenaient; saint Au­ gustin y fait allusion, Epist., cv, 9, P. L., t. xxxiii, col. 399; Cont. lilt. Petii., η, 205, P. L., t. xliii, col. 326; elle est rappelée dans le Code théodosien, XVI, tit. vi, leg. 2. 8° La purgatio de Félix d’Aptunge. — L’ordre donné par Constantin au vicaire d’Afrique, Ælius Paulinus, d informer sur l'affaire de Félix d’Aptunge, consécrateur de Cécilien de Carthage, avait été exécuté. Dès 314, le vicaire avait fait procéder à une enquête offi­ cielle, soit à Aptunge, soit à Carthage. Elle prouva que Félix n’avait été nullement Iraditeur, l’accusation ne reposant que sur le faux témoignage d’un certain Ingentius, qui reconnut sa faute. S. Optat, De schism, donat., i, 27, P. L., t. XI, col. 938-939. Et évoquant i affaire devant lui, le 15 février 315, le proconsul fit eter en prison Ingentius, reconnut l’innocence de Félix et transmit tout le dossier à l'empereur. Gesta purgationis Felicis Aptungitani, P. L., t. vin, col.715; Gesta proconsularia quibus absolutus est Felix, P. L., t. xliii, col. 780 sq. Constantin se fit expédier Ingentius. P. L., t. xliii, col. 784. Une telle enquête prouvait officiellement l’erreur des donatistes. Il en restait une autre à faire qui prouverait que les vrais traditeurs, . · laient eux; et celle-ci n’allait pas tarder. 9° L'affaire de Silvanus de Cirta. — Le dossier de là purgatio de Félix d’Aptunge devait être entre les mains de Constantin, quand il se prononça à Milan contre les donatistes et fit une loi contre eux. Or, quatre ans après, éclatait à Cirta l'affaire du diacre Nun­ dinarius contre son évêque Silvanus. Le diacre accu­ sait l’évêque d’avoir été traditeur avant son élévation à . épiscopat et d’avoir reçu de l'argent en compagnie des autres évêques de Numidie de la fameuse Lucilia dans le but d’élire et du consacrer Majorin. L’accusation • tait grave et de nature à déconsidérer ceux qui me­ naient la campagne, malgré le pape et l’empereur, contre Cécilien, auquel ils reprochaient d’avoir été consacré par un traditeur. Elle méritait d’êtretiréeau clair pour venger la cause des catholiques et confondre la cause des donatistes. Le proconsul de Numidie dut enconnailre officiellement. Il fit une enquête à Thamugade et à Cirta, d’où il résulta que Nundinarius n’avait que trop raison. A Cirta, en effet, en 305. les onze évêques, réunis sous Secundus de Tigisi pour pourvoir à la vacance du siège, s’étaient convaincus mutuelle­ ment de tradition, puis avaient procédé à l’élection et au sacre du sous-diacre Silvanus, qui était lui-même un Iraditeur; cela ne les empêcha point, comme nous I avons vu.dedéclarernulle la consécration de Cécilien, ; arce que son consécrateur, disaient-ils, avait été un traditeur. Us avaient donc agi avec une mauvaise foi indéniable. Zénophile, qui avait procédé à l’enquête, réunit toutes les pièces officielles et les expédia, le 8 dé­ cembre 320. à l’empereur. Quant à Silvanus, il le con­ damna à l’exil. S. Augustin. Epist., xi.ni, 17; lui, 4, Γ. L., t. xxxiii. col. 168. 197; Cont. lilt. Petii , I, 23; l"· unit. Eccl., 46; Cont. Cresc., ill, 32, 84; iv,66; /- unico hapt., 31, P. L., t. XLIII. col. 256, 426, 512, 542, 583, 612. 1706 10» Audace et réussite des donatistes. — De cette double enquête officielle il résultait que Félix d'Aptunge, le consécrateur de Cécilien, n’avait pas été J. traditeur qu’on disait, et que Secundus de Tigisi, Sil­ vanus de Cirta et d'autres électeurs de Majorin étaient eux-mêmes coupables du crime qu’ils reprochaient aux autres. Logiquement on en devait conclure, d'après leurs principes, qu'ils avaient fait une ordination inva­ lide en consacrant Silvanus de Cirta et Majorin de Carthage. La sentence des deux conciles de Rome et d’Arles, la décision et la loi de Constantin contre les donatistes se trouvaient donc pleinement justifiées. Les donatistes n'avaient donc plus qu'à le reconnaître et à se soumettre; mais ils s’obstinèrent dans la mauvaise voie où ils s’étaient si imprudemment engagés, grâce au successeur de Majorin, Donat le Grand, qui venait de prendre la tête et la direction du parti. Loin donc de se taire, ils payèrent d'audace. Se posant en vic­ times, ils se plaignirent d’être persécutés par les ca­ tholiques, réclamèrent le retour de Silvanus et des autres exilés et s’adressèrent à l’empereur. Gest. coll., ni, 545-548, P. L., t. xi, col. 1257; Brev. coll., ill. 39. P. L., t. XLIII, col. 648. Ils firent tant et si bien que. de guerre lasse, Constantin rapporta sa loi et leur r ndit toute liberté d’action. Le 5 mai 321, il notifiait ces nouvelles décisions au vicaire d'Afrique. Verinus. Gest. coll., m, 549-552, P. L., t. xi,col. 1257; E.’/·;.·.'.. cxi.i, 9, P. L., t. xxxm, col. 581 ; Brev. coll., ni. 40. 42; Post coll., 56, P. L., t. xliii, col. 648. 687. Il écri­ vait, d'autre part, aux évêques catholiques. Epist. Constantini ad catholicos, P. L., t. xi, col. 791. t. xliii, col. 791, pour leur expliquer son changement d'attitude, les exhorter à la patience, laissant à Dieu, disait-il, le soin de la vengeance, dans l'espoir que la clémence convertirait ces o porte-drapeau d'une mi­ sérable obstination ». II. Triomphe et apogée des donatistes, de 321 a 373. — 1° Progrès croissants. — Constantin s'était fait illusion; il connaissait mal cette race d’intransigeants et de séparatistes. Là où la sévérité avait échoué, la douceur fut inutile. Donat mita profit cet excès d'in­ dulgence. Aussi les donatistes, loin de revenir à l'unit· et de faire la paix, s’organisèrent-ils puissammen' dressant évêché contre évêché, église contre église, autel contre autel, et menaçant d'absorber les cat: liques. Déjà en 330, dans un de leurs conciles t-n . Carthage, ils réunirent lenrs évêques au noml re 270, S. Augustin, Epist., xcm. 43. P. L., : xxx : col. 342; ce nombre dépassera 400, en 394, et atteindra 276 à la conférence de 411. Rien ne devait plus les ar rêter; ils se crurent tout permis. De gré ou de force ils s’emparaient des édifices religieux à leur convenance et en expulsaient les catholiques. C’est ce qu'ils firent, notamment à Cirta, appelée désormais Constantine du nom de son bienfaiteur Constantin. Cet empereuravait fait construire une basilique pour les catholiques,mais ce furent les donatistes qui s’y installèrent, se refusant à la rendre en dépit des réclamations de l'épiscopat catholique et des décisions de l’autorité civile. Ils se mettaient ainsi résolument au-dessus des lois. On se plaignit de procédés aussi inqualifiables, sans toute fois demander vengeance contre ces injustes détenteurs. Constantin félicita les évêques catholiques de leur e-: r : de mansuétude et. faisant droit à leur requête, leur octroya un autre terrain dans le chef-lieu de la Numi­ die pour y construire à ses frais une basilique nouvelle. P. L., t. xliii, col. 691. D’autre part, dans leur concile de 330, les donatistes avaient décidé que si les tradi­ teurs, c’est ainsi qu’ils désignaient les catholiques, en entrant dans leur parti, refusaient le baptême, on ne les recevrait pas moins. Conformément à cette décision, de l’aveu même d'un des leurs, le célèbre Tichonius. Deutérius reçut tout un peuple de traditeurs, sans que 1707 DONATISME 1708 Optai n'eut pas de peine, dans la suite, à disculper cela empêchât Donat le Grand de communiquer avec lui, Macaire et à montrer que la responsabilité de sa sévère de même qu’il communiqua avec les évêques donatistes répression remontait tout entière aux duiiatisles euxde la Mauritanie qui ne pratiquaient pas la rebaptisation. mêmes, c’est-à-dire à leurs excès. De schism. donat., Ce n'était là qu’une exception, car Donat lui-même et la in, 7-9, P. L., t. xi, col. 1015-1020. Cf. Fallu de Les­ plupart de ses collègues rebaptisaient ceux qui venaient ser!, Fastes des provinces africaines, Paris, 1901, t. n, à eux. p. 240-246. 2« Les circoncellions. — A la faveur de ces discussions 4° De 348 à 373. — Cécilien de Carthage, qui avait religieuses et devant l’impunité dont jouissaient désor­ assisté au concile de Nicée, était mort depuis peu et mais les donatistes, un mouvement de revendications avait été remplacé par Gratus, qui assista au concile sociales ne tarda pas à se dessiner dans les bas-fonds de Sardique et tint lui-même un concile à Carthage de la société, surtout parmi les indigènes. Le dona­ en 349. D’autre part, le fameux Donat mourut en exil tisme y vit une force et un puissant point d’appui. C’est vers 355. Avec lui disparaissait un chef habile et éner­ ainsi qu’il « glissa d'assez bonne heure du terrain delà gique,dont la perte était de nature, semblait-il, à briser controverse dans celui de l’opposition politique et de les dernières résistances; mais il n'en fut rien. Car, la révolte ouverte. Le léger vernis théologique de la bien que maintenu dans le respect des lois et privé de secte était moins que rien; l’origine, les instincts, les ses principaux soutiens, le parti schismatique main­ procédés et les tendances des circoncellions le prou­ tenait ses positions en attendant le jour de reprendre vent. Ce ramassis de colons, d'esclaves, de petits pro­ la marche en avant et de s'assurer l’hégémonie reli­ priétaires, pressurés, épuisés par le fisc dont les exi­ gieuse. Du reste, il remplaça Donat par un autre per­ gences grandissaient avec les malheurs de l'époque, sonnage non moins décidé et non moins batailleur, voyant une occasion propice pour soutenir par la vio­ l’évêque Parménius. Survint la mort de Constance, lence ses revendications, n’y manqua pas. L’insurrec­ puis l’avènement de Julien [’Apostat. Les donatistes tion n’eut de religieux que l’apparence, elle fut en réa­ reprirent espoir et adressèrent leurs doléances au lité une révolte sociale. » Leclercq, L’Afrique chré­ nouvel empereur, comme à celui « qui seul possédait tienne., Paris, 1904, t. i, p. 346-347. Elle s’imposa par la justice. » Ils savaient â qui ils parlaient. Ils le sup­ la terreur, supprimant les dettes, molestant les plièrent donc de faire cesser les rigueurs de l’exil, de créanciers et les propriétaires, pillant, brûlant, assas­ leur permettre de rentrer dans la possession de leurs sinant, jetant partout le désordre, au point que cer­ basiliques, et de leur rendre, comme jadis sous Cons­ tains donatistes eux-mêmes ne purent s’empêcher de blâmer de tels excès et de prier le comte Taurinus ■ tantin, pleine liberté d’action. Julien, par une mesure de les réprimer par les armes. S. Optai, De schism, générale, abrogea les lois d'exil et accorda aux dona­ donat., nt, 4, P. L., t. xi, col. 1008. Taurinus eut la tistes ce qu’ils lui avaient demandé. S. Optat, De main trop dure, au gré des donatistes, car il massacra schism, donat., π, 16, P. L., t. xi, col. 968; S. Augus­ sans pitié quelques-uns de ces perturbateurs. Aussi tin, Epist., xcin, 12; cv, 9, P. L., t. xxxin, col. 327, fut-il rangé dans la suite au nombre des persécuteurs 399; Cont. li.lt. Petit., n, 184, 205, P. L., t. xi.m, du donatisme. Quant à ses victimes peu intéressantes, col. 315, 326. Il est fait mention de ce reserit sollicité etqui du reste n’avaient reçu que le juste châtiment de par les donatistes auprès de Julien dans le Code théoleurs crimes, elles furent considérées comme des mar­ dosien, XVI, tit. v, leg. 37. Contemporain et témoin des tyrs par la plupart des donatistes qui dressèrent des faits qu’il raconte, saint Optat compare le retour des autels et des édicules sur leurs lombes. S. Optat, ibid., donatistes au retour du diable. De schism, donat., π, col. 1008. On aurait tort de croire que cette répression 17, P. L., t. xi, col. 968. Il fut, en efiet, le signal de sanglanleet passagère arrêta l’essor de celte armée du vengeances sans nom, de représailles sanglantes et de désordre; celle-ci ne fit que se recruter davantage, meurtres innombrables au milieu des ruines et du carnage. « La voilà votre Église, disait saint Optat à toujours prête à entrer en jeu, au moindre signal des donatistes, comme on en eut bientôt après la preuve. Parménien, De schism, donat., π, 18, P. L., t. xi, Voir Circoncellions, t. n, col. 2513-2518. col. 971 ; elle se désaltère et se nourrit avec le sang 3° Mission de Paul et de Macaire. — En effet, en que ses évêques lui versent. » Plus tard, saint Augustin 348, l’empereur Constant envoya en Afrique Paul et écrira de Julien : « Il rétablit le parti de Donat dans Macaire pour porter des secours en argent et en na­ une liberté de perdition; il rendit des églises à ces ture et travailler à l'union religieuse. Mais ces deux hérétiques en même temps qu’il rendait les temples au délégués impériaux furent mal reçus par Donat de démon, ne croyant pas trouver de meilleur moyen, Carthage, qui manda par écrit à ses partisans de leur pour abolir le nom chrétien, que de détruire l’unité fermer les portes. Pour obtempérer aux ordres de de l’Eglise qu’il avait abandonnée, et de laisser toute leur chef, Donat de Bagaï et Marculus ne trouvèrent libertéâ tous les sacrilèges qui voudraients’en séparer. » Epist., cv, 9, P. L., t. xxxm, col. 399. rien de mieux que d’appeler les circoncellions â leur 5° Parménien et saint Optat. — Parménien, succes­ aide. Macaire demanda alors des troupes, moins pour seur de Donat, crut le moment favorable de défendre attaquer que pour se mettre à l’abri d’un coup de main. Reçu et repoussé les armes à la main, alors son parti par la plume. Il composa donc un écrit où il établissait qu’il n’y a qu’un seul baptême et qu’une qu’il venait apporter et distribuer des secours maté­ seule Église, laissant entendre, car il ne l’affirmait riels, il fut obligé de répondre à la force par la force pas explicitement, que baptême et Église ne se trou­ et finit par se rendre maître de la résistance. Parmi vaient que dans son parti. H y montrait également les morts se trouvèrent Donat et Marculus, dont les l’énormité du crime des traditeurs et des schis­ donatistes firent des martyrs. Naturellement Macaire matiques sans désigner toutefois nominativement les passa pour le pire des persécuteurs. S. Optat, De catholiques. Ily blàmaitenlin les « ouvriers de l’unité», schism, donat., in, 4, 6, P. L., t. xi, col. 4010, 1014. allusion à Paul et à Macaire, et reprochait aux catho­ Il est vrai qu’il n’usa plus de ménagements et qu’il liques d’avoir fait appel aux pouvoirs civils contre éux. appliqua dans toute leur rigueur les peines jadis por­ A défaut d’un débat public ou d’une conférence con­ tées contre les donatistes. Ceux donc qui refusèrent de tradictoire, l’ouvrage de Parménien offrait du moins faire retour à l’unité furent pris et jetés en exil. De ce l’occasion d’entrer en discussion et de s’expliquer par nombre se trouva Donat de Carthage. La rage des dona­ écrit. L’évêque de Milève, saint Optat, la saisit aussitôt. tistes, en attendant pire, se traduisit en calomnies et Au sujet du baptême, la réponse était aisée par un ar­ en imprécations contre Macaire. La paix du moins fut assurée jusqu'à l’avènement de Julien l’Apostat. Saint ■ gument ad hominem : « S’il n'est pas permis aux 1709 DONATISME traditeurs, aux schismatiques, aux pécheurs, de donner le baptême, cela vous est par là même interdit, car nous prouvons que les chefs de votre parti ont été tra­ diteurs, que l'origine du schisme se trouve parmi vous, et que vous êtes des pécheurs. » Au sujet de l’Église, saint Optat reconnaît volontiers qu elle est une, mais il ajoute que l’Église catholique n’est ni chez les héré­ tiques, ni chez les schismatiques, ni renfermée dans un coin de l’Afrique, comme le prétendaient les donatistes.Sans doute, le crime des traditeurs et des schis­ matiques est grand, mais la question était de savoir de quel côté se trouvaient les traditeurs et les schisma­ tiques. Et sur ce point, documents publics en main, saint Optat montre à Parménien que ce n’était pas Cécilien qui s’était séparé de Majorin, mais au con- > traire que Majorin s’était séparé de Cécilien, que les : traditeurs furent les consécrateurs de Majorin et qu’à ■ eux incombe toute la responsabilité du schisme. Les pièces justificatives, qu’il joignait à sa réponse et que saint Augustin a connues, en faisaient foi. Il en était de même du reproche adressé aux catholiques d’avoir fait appel à l’intervention de l'État : il se retournait contre les donatistes. Saint Optat rappelle, en efletjes faits anciens; car le premier recours à la puissance civile fut fait par les donatistes; dernièrement encore ils s’étaient adressés à .Julien l’Apostat; et ce prince savait bien que vous retourneriez ici animés de fureur et dans le dessein d’y mettre le trouble. » Et saint 1 >ptat de raconter des faits connus de tous, et de justi­ fier la conduite sévère des magistrats civils par les méfaits dont les donatistes s’étaient rendus coupables, bans aucun cas, ni un prêtre ni un évêque catholique ne se sont permis ce que certains chefs donatistes ont perpétré de violences contre les catholiques. Le mérite de l’évêque de Milève, dans sa réponse à l’arménien, fut de fixer les points d’histoire à l’aide de pièces officielles justificatives que personne ne pouvait r -cuser, et de réfuter solidement les accusations calom­ nieuses des donatistes. Pour tout esprit droit et sincère, la cause devait être entendue : le droit et la justice étaient du côté des catholiques; mais pour des esprits aussi prévenus que les donatistes, l’ouvrage de saint t 'ptat passa pour non avenu. Ils profitèrent de la liberté que leur avait rendue Julien pour étendre et fortifier le schisme. Arrivés à l’apogée de leurs succès, ils se croyaient définitivement les maîtres; mais leurs excès d’un côté, leurs divisions de l’autre, et bientôt l’entrée en scène de saint Augustin allaient changer la face des choses et sonner l’heure de leur déclin. III. Litte décisive, de 373 λ 430. — 1° Nouvelles lois répressives. — Dans la joie du retour, la reprise de possession de leurs églises et la jouissance de la liberté, les donatistes commirent des excès révoltants et rendirent nécessaire l’intervention de l’autorité impériale. Dés 373, par une loi spéciale, Valentinien décla­ rait les rebaptisants indignes du sacerdoce. Code théod 'fie», XVI, tit.vi, leg. 1 ; P. L., t. xi, col. 1180; t. xliii, c<·!. 805. Quatre ans plus lard, nouvelle loi de Gratien en 377, condamnant sévèrement les rebaptisants et ordonnant des poursuites contre ceux qui tiendraient des réunions illicites. Code théodosien, XVI, tit. vi, leg, 2;P. L.,t. xi, col. 1181; t. xliii, col. 806. Mais il en fut de ces lois comme de tant d’autres; les donatistes continuèrent à agir comme si elles n'existaient pas; ils pavaient d’audace, vraisemblablement parce que les magistrats chargés d’en assurer l’exécution se laissaient acheter ou fermaient les yeux. Ce n’est donc pas de ce côté, du moins encore, que le parti était vulnérable. L'était-il par ses dissensions intérieures? Là pouvait être le point dangereux. 2° Tichonius. — Tous les donatistes étaient loin d’être d accord entre eux. L’un de leurs évêques, et non des moins célèbres, en est une preuve. 11 ne craignit pas I , I 1 1710 de montrer que, sur la question du baptême et de l’Église, la plupart de ses coreligionnaires avaient tort. Il condamnait, par exemple, la réitération du baptême en vertu de la décision conciliaire prise en 330. Et il nous apprend à ce sujet que Donat de Carthage com­ muniquait avec les donatistes de la Mauritanie quoi­ qu’ils ne pratiquassent pas la rebaptisation. I) pro­ clamait surtout que la faute d’un homme, quelque grande qu’elle fût, ne peut arrêter les promesses de Dieu et que, quelque impiété qui puisse se commettre. l’Église n’en est pas moins destinée à être catholique ou universelle. Rien pourtant n’était plus opposé à l’un des principes du schisme. Parménien ne laisse point passer l’œuvre de Tichonius sans protester. Avec beaucoup d’à-propos il disait à son collègue : Vous reconnaissez que l’Église n’est point souillée par le crime de quelques-uns de ses enfants et vous pré­ tendez avoir.le droit de vous séparer de la communion catholique, précisément parce qu’elle est souillée par les traditeurs; mais c’est là une contradiction ou une inconséquence manifeste. Vous avez tort de demeurer parmi nous et de rejeter la communion des catholiques. Cette riposte était juste et piquante. Mais, par ailleurs, Parménien ne prouvait pas le mal fondé du principe émis par Tichonius, à savoir que l’Église n'est nulle­ ment atteinte par la faute de quelques-uns de ses mem­ bres. Or, c’était justement ce principe qui condam­ nait l’attitude des schismatiques et que saura faire valoir saint Augustin. Epist., xcin, 43-44, P. L., t. XXXIII, col. 342. 3° Les rogatistes. — Malgré son indépendance d’es­ prit, Tichonius n’avait pas formé un parti distinct et créé un schisme dans le schisme même, mais d’autres s’en chargèrent. Sans parler desurbanistes, cantonnés dans un coin de la Numidie. et des claudianistes, habitants de la Proconsulaire et selon toute apparence assez voisins de Carthage, qui furent bientôt ramenés ou reçus par Primien, le successeur de Parménien, Cont. Cresc., iv, 73, P. L., t. χι,ιιι, col. 588, et dont le rôle fut peu important, il convient de signaler les rogatistes. A quel propos et pour quels motifs ces derniers firent-ils bande à part ? On l’ignore. Toujours est-il qu’entre 373 et 375, Rogatus, évêque de Cartenna dans la Mauritanie Césarienne, qui se dispensait de recourir aux services des circoncellions. et quelquesuns de ses collègues, qui partageaient les mêmes lêes, s'atlirèrent la haine des autres donatistes de·, inner t l’objet de leurs vexations. Ceux-ci. en effet, dans l'in­ tention deles réduire, firent appel aux pouvoirs rom lins et même à Firmus, qui s’élait proclamé roi indépen­ dant de la Mauritanie. Bien que persécutés, les roga­ tistes préférèrent rester isolés. Vu leur petit nombre, ils ne pouvaient point prétendre au titre de catholiques; aussi entendaient-ils ce terme, non de l’expansion de l’Église sur toute l’étendue de la terre, mais de l’obser­ vation intégrale de tous les commandements de Dieu et de tous les sacrements qui se pratiquait chez eux et qui leur faisait dire qu’ils étaient les seuls chez lesquels le Christ trouverait la foi à la fin des siècles. S. Augustin, Epist., xcin, 49, P. L., t. xxxiii, col. 344. 4° Les maaântianisles. — Bien autrement caractéris­ tique et particulièrement significatif fut le schisme des inaximianisles. Voici à quelle occasion il éclata. Peu après 391, Primien avait succédé à Parménien sur 1 ■ siège de Carthage. Il crut devoir sévir contre quelques diacres et condamna entre autres Maximianus, qu'on disait parent de Donat. Maximianus ne l'entendit pas ainsi. Qu'il eût été condamné à tort ou à raison, peu importe; il s’avisa de jouer à Primien le tour que les premiers artisans du schisme avaient joué à Cécilien. Pécuniairement aidé par une femme, il organisa comme eux un parti et intéressa à sa cause quelques évêques voisins qui, au nombre respectable de 43, se réunirent 1711 DONATISME à Carthage, citèrent Primien et, sur son refus de com­ paraître, dressèrent la liste des accusations portées contre lui, lui donnant jusqu’au prochain concile pour se disculper. Ce concile se tint à Cabarsusse, en Byza­ cene, en 393. P. L., t. xi, col. 1185-1189; t. xliii, col. 807. Les évêques réunis déclarent Primien contumace, le déposent et élisent à sa place le diacre incriminé par lui, Maximianus. Cont. litt. Pelii., I, 24; De gestis cum Emerito, 10, P. L., t. xliii, col. 256, 710. Du coup Car­ thage comptait deux évêques donatistes. Lequel l’em­ portera? A ce double concile, Primien répond par un concile plus nombreux réuni à Bagaï, en Numidie, dans la région référée des circoncellions, où 310 évêques lui donnent gain de cause et condamnent Maximianus, ses consécrateurs et tout leur clergé ; un délai jusqu’au mois de janvier suivant fut accordé aux maximianistes pour se soumettre, faute de quoi ils ne seraient plus admis qu’à la pénitence et resteraient privés de leurs honneurs. P. L., t. xi, col. 1189-1191. Les maximia­ nistes firent la sourde oreille. Mal leur en prit, car Primien, en donatiste pratique qui connaissait l’histoire de son parti, résolut de les ramener par la force, parti­ culièrement trois des évêques consécrateurs de son ri­ val, Félicien de Musti, Prétextât d'Assur et Salvius de Membresa. 11 les traduisit devant le proconsul pour qu’ils eussentà quitter leurs sièges et à laisser la place à de nou­ veaux évêques, par décision judiciaire et au besoin par la force armée. Le vieux Salvius se vit condamné, mal­ traité et expulsé. Cont. Cresc., iv, 4, 59. Mais il tint bon, malgré les vexations que lui fit subir Restitutus, que les donatistes avaient mis à sa place,car tout Mem­ bresa lui était resté fidèle. Prétextât et Félicien oppo­ sèrent une égale résistance; condamnés par les tribu­ naux, conformément aux décisions du concile de Bagaï, à être dépossédés de leur siège, ils résistèrent, eux et leurs peuples. Les donatistes firent agir alors leurs troupes, c’est-à-dire les circoncellions, qui marchaient sous les ordres du comte Gildon et de son âme damnée, Optat, évêque de Thamugada. Pour écarter les horribles excès auxquels se livraient de pareils brigands, Félicien et Prétextât crurent sage de faire la paix avec Primien, qui s’empressa de les recevoir avec tous les honneurs, contrairement à ce qu’il avait fait décider à Bagaï, et sans rebaptiser les fidèles qu'ils avaient pu baptiser depuis leur schisme. Cont. Cresc., iv, 4. Bel exemple, et combien frappant, de l'inconséquence des donatistes ! Il eût été difficile d’imaginer une plus décisive condamnation de leurs principes et de leur conduite que toute cette affaire des maximianistes. En etïet, la conduite de Maximianus vis-à-vis de Primien avait été la reproduction exacte de celle de Majorinus vis-à-vis de Cécilien. Mais si Maximianusélaitcoupable, son premier modèle, Majorinus, ne l’était pas moins, et dès lors le parti de Majorinus, c’est-à-dire le parti des donatistes, à la tête duquel se trouvait en ce mo­ ment-là Primien, était dans son tort; si Primien, à Bagaï, était innocent, Cécilien, reconnu à l’abri de tout reproche par deux conciles etpar l’empereur, l'était aussi, et dès lors son parti, c’est-à-dire le parti des catholiques, était dans son droit. De toute façon, l’affaire des maximianistes condamnait les donatistes et donnait raison aux catholiques. C’est ce que vit et exposa très clairement saint Augustin. Quant aux accusations for­ mulées par les donatistes contre les catholiques, elles se retournaient toutes contre eux et les condamnaient encore. Vous avez fait appel, disaient-ils, aux pouvoirs publics. Rien de plus vrai, répondait-on, mais après vous qui en avez donné, les premiers, l’exemple, et avec cette différence notable que c’était pour nous dé­ fendre, tandis que, de votre côté, c’était pour attaquer les catholiques, les rogalistes et les maximianistes, vos partisans. Et les catholiques d’ajouter : Vous prétendez que la communication avec des personnes criminelles 1712 rend criminel, pourquoi donc conserver dans vos rangs des criminels notoires, comme cet Optat de Thamugada, et pourquoi recevoir avec tous les honneurs des évêques officiellement condamnés par vous comme Pré­ textât d’Assur et Félicien de Musti? Rien donc n’était plus décisif en faveur des catholiques contre les dona­ tistes. Mais ces derniers, loin d'en convenir, allaient user de toutes sortes de chicanes et de subterfuges, qui devaient provoquer de nouvelles lois répressives de la part du pouvoir impérial et une vigoureuse campagne de la part des évêques catholiques, plus particuliérement de saint Augustin. 5° Saint Augustin combat le donatisme. — Le grand évêque d’Ilippone, devant les désordres et les malheurs causés par le donatisme depuis prés d’un siècle, entre­ prit de combattre le schisme par la parole et par la plume. Il tâcha de faire prévaloir, soit à Hippone en 393, soit à Carthage dans les conciles de 397, 401 et 403, des mesures de douceur et de persuasion, surtout l’idée de proposer un débat public et pacifique. Il esti­ mait que la vérité clairement exposée dans des prédi­ cations appropriées et des conférences et. à leur défaut, dans des lettres et des traités rendus publics, pourrait dissiper l’erreur, faire cesser les équivoques ou les mal­ entendus et ramener les égarés sincères. De là ses premières publications. — 1. Tout d’abord son Psal­ mus abecedarius, P. L., t. xliii, col. 23-32, courte exposition et réfutation populaire, en bouts rythmés et en autant de strophes dans l’ordre des lettres de l’alpha­ bet, des erreurs donatistes. — 2. Trois livres, Contra epistolam Parmeniani, col. 33-108, en 400 : origines du schisme; en fait, on n'a pas pu prouver que le consécrateur de Cécilien eût été traditeur; en droit. l’Église ne périt point bien qu’elle compte des sujets indignes dans son sein ; les donatistes ont eu Optat le Gildonien et ont reçu les maximianistes Félicien et Prétextai. — 3. Sept livres De baptismo contra donatislas. col. 107244, de la même année : validité du baptême conféré hors de l’Église; saint Cyprien n’est pas en faveur des donatistes. — 4. Trois livres Contra litteras Petiliani, de 400 à 402, col. 241-388, où saint Augustin prend à partie l’évêque donatiste de Cirta ou de Constantine, et montre, dès les premières lignes, que le principe invo­ qué par lui, à savoir que la justification du baptisé dé­ pend de la pureté de conscience du ministre, ruine le donatisme, attendu qu’il a compté dans son sein des ministres traditeurs et des indignes ; il relève les con­ tradictions des donatistes qui, après avoir anathématisé les maximianistes, les ont reçus sans les rebaptiser, et il légitime les lois impériales de répression. « Savezvous discerner un peu le vrai d’avec le faux, un dis­ cours solide d’une vaine déclamation, l’esprit de paix d’avec l’esprit de dissension, la vigueur de la santé d’avec l’enllure de la maladie, les preuves claires d’avec les accusations vagues, les actes authentiques d’avec les fictions, ceux qui démontrent ce qui est en question d’avecceux qui évitent même d’entrer dans la question? Si vous savez faire ce discernement, à la bonne heure, si vous ne pouvez le faire, nous ne nous repentirons pas néanmoins du soin que nous prenons de vous. » Cont. litt. Petit., ni, 71. — 5. Un livre perdu Contra quod attulit Cenlurius a donalistis, ou il réfutait les dires et les écrits des donatistes allégués par le laïque Centurius. Retract., IL xix. P. L., t. xxxu, col. 638. A côté de ces ouvrages, il faut citer quelques-unes de ses lettres : Episl., xliii, P. L., I. xxxm, col. 160. ou il rappelle les acles authentiques de la condamnation prononcée à Rome et à Arles par deux conciles, à Milan par Constantin, et ceux du concile de Cirta; Episl-, XLix, col. 189, ou il montre que le titre de catholique ne saurait convenir à une infime minorité d'un coin de l'Afrique; Epist., LI, col. 191, ou il relève nconséquence des donatistes qui, en recevant Féli 1713 DONATISME cien et Prétextât, se sont mis en contradiction avec eux-mêmes et se sont donné absolument tort; Epist., lxxvi, où il rappelle les trois jugements en faveur de Cécilien, les crimes d’Optat, l'histoire récente des maximianistes. Voir t. i, col. 2294-2296. 6° Changement de tactique. — Augustin avait beau parler, écrire et composer, les donatistes ne se mon­ trèrent guère décidés à entrer en pourparlers. Aux me­ sures conciliantes proposées, à l’invitation réitérée de vider le différend dans une conférence contradictoire, ils fermèrent obstinément l’oreille ; aux lettres et aux traités de l’évêque d’Hippone ils répondirent par des accusations mensongères, des libelles injurieux, surtout par un redoublement d’attaques violentes contre les catholiques, irrités qu'ils étaient d’une loi récente de Théodose, de 392, Code théodosien, XVI, tit. v, 1. 21, qui les condamnait à l’amende et à d’autres pénalités, et de celle d’Honorius, de 398, contre les envahisseurs d églises et de biens privés. Code théodosien, XVI, tit. n, 1. 31 ; P. L., t. xi, col. 1192; Conl. Cresc., ni, 51, P. L., t. xliii, col. 524; Epist., clxxxv, 25, P. L., t. xxxiii, col. 804. Saint Augustin dut constater, à 1 expérience, sinon l’inutilité de ses procédés, du moins leur insuccès auprès de gens aussi irritables et vindicatifs. Lui-même n’avait pas été sans courir un grave danger de la part des circoncellions toujours en­ treprenants; son ami Possidius, évêque de Calama, n avait dù le salut qu’à sa fuite, Cont. Cresc., m, 50, P. L., t. xliii, col. 523; moins heureux, son collègue de Bagaï, .Maximien, avait été horriblement maltraité et laissé pour mort. Cont. Cresc., m, 47, col. 521. 11 n’y avait plus de sécurité nulle part; la force publique seule pouvait réduire ces malfaiteurs. Nondum, écrirat-il plus tard, expertus eram vel quantum mali eorum auderet impunitas, vel quantum in eis in melius mutandis conferre possit diligentia disciplinas. Re­ tract., II, v, P. L., t. xxxii, coi. 632. Aussi, sans renoncer à son projet d’une conférence, en vint-il peu à peu au Compelle intrare qu’on lui a tant reproché, mais qui, dans sa pensée toujours inspirée par la man­ suétude évangélique, ne devait dans aucun cas aller jusqu’à l'effusion du sang et à la peine capitale, car il ne cessa jamais de protester dans la suite contre les excès de la répression, bien qu’ils fussent excusés par la résistance obstinée et par les crimes des schisma­ tiques. 7« Intervention de l’autorité publique. — Coûte que coûte, il fallait aviser. Aussi, au concile tenu en juin 404 à Carthage, fut-il décidé qu’on enverrait à l'empe­ reur deux évêques pour lui exposer le refus de tout colloque de la part des donatistes, le redoublement de leurs déprédations et de leurs atrocités, et solliciter l'application des lois de Théodose. P. L., t. xi, col. 1202-1203; t. xliii, col. 812. Ces deux évêques seront traités par Pétilien, à la conférence de 411, d émissaires des traditeurs, d’ambassadeurs et de mi­ nistres de leur cruauté, qui allaient partout semant la terreur, les dangers et la mort. Or, avant même l'arri­ vée de ces délégués, l’empereur Honorius, en fé­ vrier 405, avait édicté une loi suivie de quelques autres et connue sous le nom d’édit de l’unité, contre les donatistes récalcitrants el révoltés. Code théodosien, XVI, tit. n, 1. 2; tit. v, 1. 38, 39; tit. vi, I. 4, 5. Le bienfait s’en fit sentir aussitôt à Carthage et dans la Proconsulaire, Epist., xcm, P. L., t. xxxm, col. 321 sq. ; Cont. Cresc., ui, 71, P. L., t. xliii, col. 535, si bien que les évéques catholiques, réunis à Carthage dans le courant de cette même année, remer­ cièrent l'empereur de son heureuse intervention et le prièrent de nouveau d’obliger les donatisjes à accepter enfin cette conférence, dont ils auguraient les meil­ leurs résultats. Saint Augustin se félicitait des succès partiels de celte législation récente. Beaucoup, disait- 1714 il, sont heureux qu’on les ait obligés à se convertir, afin de donner moins de prétexte aux circoncellions pour les persécuter. » Epist., cv, P. L., t. xxxm, col. 396 sq. « Les lois, dit-il ailleurs, Epist., clxxxv, en ont ramené et en ramènent chaque jour plusieurs qui rendent grâces à Dieu de se voir revenus d une fureur si pernicieuse (celle des circoncellions;, qui aiment ce qu’ils détestaient, qui, depuis qu'ils sont guéris, se louent de la violence salutaire dont ils se plaignaient si fort dans l’accès de leur frénésie, et qui. remplis de la même charité que nous avons eue pour eux, se joignent actuellement à nous pour demander qu’on traite comme eux ceux qui résistent encore et avec lesquels ils se sont vus en danger de se perdre. L’expérience, en elfet, nous a appris et nous fait cons­ tater encore chaque jour qu’il a été utile et salutaire à plusieurs d’être forcés par la crainte et même par quelques peines, et que c’est ce qui les a mis en état de s’instruire de la vérité ou de la suivre lorsqu’ils la connaissaient. » Voir t. i, col. 2277-2280. 8“ Sainl Augustin poursuit sa campagne de lettres et de traités pour étendre les quelques avantages obte­ nus. Il compose quatre livres Contra Cresco» mm grammaticum partis Donati, P. L., t. xliii, qui avait blâmé ce qu’il appelait l’abus de son éloquence et de sa dialectique, et qui lui reprochait son esprit de contention et son peu de modération à l'égard de Pétilien. Puis, coup sur coup, il écrit un livre Proba­ tionum et testimoniorum contra donatistas, ou col­ lection d’actes publics et de documents civils et ecclésiastiques relatifs au donatisme; un autre Contra donatistam nescio quem, en réponse à un anonyme qui avait attaqué l’ouvrage précédent; une Admonitio donalislarum de maximianislis et un De niaximianistis. Retract., 11, xxvn-xxix, xxxv, P. L.. t. xxxn, col. 641, 642, 645. Ces quatre derniers ouvrages sont perdus. D’autant plus irrités que leurs rangs s’éclaircissaient par de nombreuses conversions, donatistes el circon­ cellions redoublaient leurs attaques et leurs cruels attentats. Saint Augustin s’en plaint. Epist., lxxxviii, 8,P. L., t. xxxm, col. 302; cl. Cont. Cresc., m. 46. Ils profitèrent surtout de l’assassinat de Stilicon. en 408. pour faire courir le bruit que les lois, dont ce gén> ral avait poursuivi l’exécution, n’avaient plus de ■·.< -ur; en conséquence, ils multiplièrent leurs sévici - c ■ -les catholiques el assassinèrent quelques-uns évêques. Epist., xliii, cv, P. L., t. xxxm. co! 351. 396. Augustin écrit aussitôt au proconsul ■: Af: Donat, pour le prier de contenir ces factieux et de leur prouver que les lois de répression tiennent tou­ jours. Epist., c, col. 361. 9° Action de l’empereur. — A la nouvelle de tant de crimes, Honorius n'attendit pas. Le 16 janvier 409. il donnait l’ordre d’exécuter contre les donatistes toutes les lois portées contre eux et de leur appliquer tout< < les pénalités prescrites, l’amende, la perte des charges, la confiscation, l’exil. Code théodosien, XVI. tit v. 1. -46. Nouvelle loi, le 26 juin 409, déclarant San- . :l, t tout ce que les donatistes avaient pu obtenir au pr in­ dice des lois. Code théodosien, XVI, tit. v. 1. 47. i la même année, revirement complet et cbanh : front. Sans qu’on sache pourquoi ni sous : ·1> influence, l’empereur abroge toutes les mesures ·. ses et rend la liberté aux donatistes. L’expénenc· du passé aurait dû faire prévoir ce qui allait .·;. Comme jadis, sous Constantin, ce nouvel édit ■: lérance ne fit que donner une confiance et une audace nouvelles à ces fanatiques depuis si longtemps habitués à imposer leur volonté par la force. Aussi leurs excès devinrent-ils bientôt absolument intolérables. L· b août 410, les évêques catholiques réunis en concile a Car­ thage décidèrent d'insister auprès d’Honorius pour 4715 DONATISME 1716 qu'il rapportât son édit et supprimât la liberté qu’il noncé de la sentence, en connaissance de cause : il venait de rendre si malencontreusement aux dona­ donna raison aux catholiques et tort aux donatistes. En tistes. Ils furent entendus. Par une loi du 25 août 410, conséquence, ces derniers devaient faire retour à adressée au comte d’Afrique, Héraclianus, il révoque l'unité, sous peine, s’ils s’y refusaient, d'encourir les la mesure prise l'année précédente et fait défense aux pénalités déjà prescrites, la confiscation des édifices donatistes de tenir désormais des réunions publiques religieux et de leurs biens, la prison ou l’exil. sous peine de proscription ou de mort. Code théodosien, Cette sentence, d'une équité parfaite, aurait dû mettre XVI. lit. v, I. 51. Puis, rappelant cette loi, il donne un terme final au schisme qui durait depuis un siècle. pleins pouvoirs, le 14 octobre 410, au tribun et notaire Elle amena, il est vrai, de nombreux retours, mais ne Marcellinus pour qu'il convoque d'office à une confé­ supprima pas pour autant le mal. Quelques obstinés, rence les catholiques et les donatistes. Code théodoplus mécontents que jamais, recoururent à leurprocédé sien, XVI, lit. π, 1.3. habituel. Jetant calomnieusement la suspicion sur '10° Conférence de Carthage, en 411. — La plupart Marcellin, ils en appelèrenlà l'empereur. Vaine tenta­ des pièces relatives â cette célèbre conférence se tive. Dès que les actes officiels de la conférence lui trouvent dans P. L., t. XI. Voir aussi dans P. L., furent parvenus, Honorius, le 30 janvier 412, rejeta t. xliii, col. 815-842 : 1. Edictum Marcellini primum, l'appel des donatistes et précisa les peines qui allaient quo per provincias misso utriusque partis episcopi être appliquées aux récalcitrants. Code théodosien, convocantur; 2. Edictum Marcellini secundum præXVI, til. v, 1. 52. Deux ans plus tard, le 22 juin 4'14, il sentibus apud Carthaginem episcopis propositum, déclarait infâmes les donatistes, ibid., 1. 54, et le de loco et modo collation is ; 3. Notoria donatistarum, 30 août suivant il ratifia pleinement les actes de la con­ Marcellini edicto respondentium ; 4. Litlerse catholi­ férence et déclara bien jugé ce qu’avait fait Marcellinus. corum, edicto Marcellini respondentium; Epist., qui venait d’être mis à mort, le 12 septembre 413 : cxxvin ; 5. Litteræ catholicorum ad Marcellinum Eotione et sollicitudine Marcellini, spectabilis memo­ datte, quibus Notarise donatistarum respondent; rial viri, contra donatistas gesta sunt ea qute trans­ Epist., ccxxix; 6. Mandatum catholicorum, quo tota lata in publica monumenta habere volumus perpetuam causa comt.rehensa est, et electis ad disputandum firmitatem. Neque enim morte Cognitoris perire debet septem episcopis injuncta est Catholicae defensio; publica fides. Ibid., 1. 55. 1. Donatistarum litteræ, hac tertia die prolatae, qui­ Il» Résistance des donatistes. — C'était le propre de bus Mandato catholicorum prima die collationis cette race d’obstinés, qui se croyaient infaillibles et ne allegato respondere conantur; 8. Augustini respon­ consentaient pas à reconnaître leur égarement, de nier siones ad litteras donatistarum ; 9. Sententia Cognito­ l’évidence et de ne se soumettre à aucun jugement ris. défavorable, qu’il vint des catholiques ou du pouvoir Muni de pleins pouvoirs. Marcellinus prend aussitôt civil. Ils recoururent donc à leurs procédés habituels, les dispositions nécessaires pour la convocation des à la calomnie et à la violence; ils se rendirent de nou­ évéques des deux partis. La conférence aura lieu en veau coupables de crimes atroces. C’est ainsi que, dans juin 411. Dès que les évêques furent rendus, au nombre le diocèse d’Hippone, ils tuèrent le prêtre Restitutus, de 286 pour les catholiques et de 279 pour les donatistes, enlevèrent un œil et coupèrent un doigt au prêtre il lixe le lieu et le mode de la conférence. Au nom de Innocent. S. Augustin, Epist., cxxxm, 1, P. L., tous ses collègues, saint Augustin déclare par écrit que t. xxxm, col. 509. C’est ainsi encore qu’ils arrachèrent les évêques catholiques sont prêts,s’ils sont convaincus la langue à Rogat, l’un de leurs évêques qui s’était con­ d’erreur, à se démettre de leurs sièges et décidés, s’ils verti. Epist., ci.xxxv, 30, P. L., t. xxxm, col. 806; De ont gain de cause, à recevoir les évêques donatistes gest. cum Emerito, 9, P. L., t. xliii, col. 703-704. sans exiger leur démission pourvu qu’ils fassent retour D'aussi horribles crimes criaient vengeance, et la jus­ à l’unité. On ne pouvait être plus conciliant. De part tice ne se montra guère disposée à les tolérer ; elle fut et d’autre, on désigna sept orateurs chargés de parler impitoyable. A plusieurs reprises, saint Augustin inter­ au nom de leur parti, sept autres évéques pour assister vint pour modérer la sévérité de ses sentences, Epist., les premiers, et quatre autres pour surveiller l’exacti­ cxxxm. cxxxiv, cxxxix; il suppliait qu'on ne punit tude du compte rendu de chaque séance. Parmi les pas de la peine capitale les coupables, mais simplement orateurs du parti catholique se trouvèrent Aurélius de qu’on leur ôtât le pouvoir de nuire en leur accordant le Carthage, Augustin d'Hippone, Alypius de Tagaste et temps de faire pénitence. Possidius de Calama, pour ne nommer que les princi­ 12° Saint Augustin continue à combattre les dona­ paux ; parmi ceux du parti donatiste, Priinien de Car­ tistes. — L’évêque d'Hippone, malgré ses nombreux thage, Pétilien de Constantine, Émérite de Césarée. travaux et tant d’autres affaires qui sollicitaient sa Les réunions, au nombre de trois, n’allèrent pas vigilance et ses soins, ne perdit pas de vue les dona­ sans contestations ni chicanes de la part des donatistes. tistes. H jugea nécessaire d’intervenir encore à plusieurs Mais bon gré mal gré, il fallut en venir, pour établir la reprises pour dissiper certains préjugés persistants, vérité des faits quant aux origines du schisme, à la vaincre des résistances qui n’avaient plus leur raison production et à la lecture des documents officiels, d’étre et compléter, si possible, la défaite du parti. puis, pour le fond doctrinal du débat, à une discussion Dans sa lettre à Boniface, Epist., clxxxv, il ruine une des principes invoqués par les donatistes et des consé­ fois de plus les faux raisonnements du donatisme; il quences erronées qu'ils en tiraient. Ce n’est qu’à la insiste sur la justice, l'utilité et la nécessité des lois troisième séance que saint Augustin put aborder le côté portées par Honorius contre les donatistes et il prie le doctrinal. Il prouva que l’Église, tant qu’elle est sur comte de corriger et surtout de guérir les malheureux. la terre, peut compter des pécheurs dans son sein sans Puis, pour mettre le public au courant de ce qui s’était rien perdre de sa sainteté, la présence de quelques passé à la conférence de 411, il compose le Breviculus pécheurs ne pouvant pas nuire â la communion catho­ collationis cum donatistis. Il adresse aux laïques un lique. Là était le point capital qui tranchait le diffé­ Liber ad donatistas post collationem pour les inviter rend, et non dans des questions secondaires ou de plus que jamais à l'union et les mettre en garde contre futiles détails. 11 obligea les donatistes à reconnaître les bruits calomnieux et intéressés que faisaient courir cette vérité en leur prouvant que c’était sur ce prin­ les évêques du parti condamné. Au nom de ses col­ lègues du synode de Zerta, il écrivait entre autres choses cipe même qu’ils avaient basé leur conduite à l’égard des maximianistes. La cause était dés lors entendue et I ces paroles qui jettent la lumière sur l'attitude louche Marcellin, au nom de l’empereur, put procéder au pro­ I des donatistes pendant la conférence : » Ceux de vos 1717 DONATISME évêques, qui avaient été choisis par les autres pour parler au nom de tous, ont fait tous leurs efforts, non pour défendre votre cause, mais pour empêcher qu’on ne traitât l’affaire pour laquelle tant d’évêques de part et d'autre s’étaient rendus â Carthage de tous les coins les plus reculés de [ Afrique. Tout le monde était dans une grande attente de ce que déciderait une assemblée si nombreuse, mais vos évêques ne travaillaient qu’à faire en sorte qu’elle ne décidât rien. Pourquoi cela? N’estil pas évident que c’est parce qu’ils savaient que leur cause était mauvaise et qu’ils étaient persuadés que, si I on entrait en matière, il nous serait aisé de les con­ fondre? Celte crainte même qu’ils avaient qu’on n’éclair­ cit les choses, suffirait donc seule pour montrer qu’ils étaient vaincus. Eussent-ils réussi en empêchant la conférence et en ne nous permettant pas d’éclaircir la vérité, qu'auraient-ils pu vous dire à leur retour? Qu’auraient-ils eu â vous montrer pour fruit de leurs peines? Vous auraient-ils dit, en vous présentant les actes : « Nos adversaires insistaient pour que la question fût vidée, et nous, au contraire, nous avons fait effort pour qu'elle ne le fût pas. Si vous voulez donc savoir ce que nous avons fail, lisez, les actes, et vous verrez l'avantage que nous avons remporté sur eux, en obte­ nant qu'on ne fil rien? » Mais s’il y a parmi vous un peu de raison, ne leur auriez-vous pas répliqué : < Pourquoi donc y êtes-vous allés, si vous ne deviez rien faire ? » ou plutôt : « Pourquoi êtes-vous revenus, puisque vous n’avez rien fait? » Epist., cxli, 2, P. L., t. xxxm, col. 578. Au fait, les évêquesdonatistes â la conférence avaient finalement combattu contre eux-mêmes et en faveur de la cause catholique, non certes paramour, mais par la force de la vérité, veritas eos torsit. Post coll., 57, P. L., t. xt.iti, col. 688. C’est ce que saint Augustin fait ressortir tant de leurs dénégations trop impudentes pour n’être pas intéressées que des aveux qu’ils furent obligés de faire. « Pourquoi donc dès lors refuser l'unité? demande saint Augustin. Post coll., 58. Pour­ quoi mépriser la charité et préférer la division? Du moment que l’erreur est vaincue, que le diable le soit de même, et que le Christ qui le requiert soit propice a son troupeau désormais réuni et enfin apaisé! » II profila d’une visite à Constantine pour solliciter le retour de tousles donatistes; sa parole ne fut pas sans effet. I! n’eut pas sans doute la joie de la voir immé­ diatement couronnée de succès, mais il apprit bientôt que toute la ville s’était ralliéeautour de l'évêque catho­ lique. Epist., cxliv, P. L., t. xxxm, col. 592. Dans un τον âge â Césarée, en 418, il tint à voir Émérite, l’un des orateurs de la conférence, et l'invita à assister à un discours qu’il devait prononcer devant le peuple assemblé. Mais invité à formuler des réserves ou à réfuter i évêque catholique, Émérite garda le silence. Sermo a < Cæsareensis ecclesiæ plebem. Deux jours après, conference publique nouvelle et même silence de la part d'Émérite. De gestis cum Emerito Cæsareensi ■ imiatislarum episcopo. C’est qu’il n’avait rien à dire pour sa propre défense et pour celle de son parti, préf rant rester inimicus et mutus. Cont. Gaud., I, 15, P. L , t. xliii, col. 712. Le donatisme se trouvait bien atteint et fortement entamé, mais il n’avait pas complètement disparu. Un des derniers actes de l’incessante campagne que saint ' iguslin avait menée contre lui fut son Contra Gau­ dentium donalislarum episcopum, vers 420. Gaudentius, de Thamugade, avait été, lui aussi, l’un des sept orateurs du parti à la conférence de 411; il refusa de s- soumettre et prit la fuite pour échapper aux pour­ suites de la police; puis il était revenu dans sa ville épiscopale disant à qui voulait l’entendre que plutôt que de rentrer dans l'unité il se brûlerait avec ses par­ tisans dans son église. Dulcilius. chargé alors d’assurer 1718 l’exécution des lois impériales contre les donatistes, le pria par lettre de renoncer â ce funeste dessein. Gau­ dentius répondit par un refus catégorique et insolen’ Dulcitius expédia sa réponse à saint Augustin, le priant de la réfuter et de lui dire ce qu’il avait à faire. Re­ tract., II, Lix, P. L., t. xxxu, col. 654. L’évêque d’ilippone d’écrire d’abord au commissaire impérial d n’avoir pas à prendre garde à de telles menaces, car cela ne devait pas l’empêcher de travailler au salut des autres, Epist., cciv, P. L., t. xxxm, col. 939-942, puis, dans un premier livre, il réfuta les objections de Gau­ dentius; celui-ci ayant répliqué fort mal en alléguant l’autorité et le témoignage de saint Cyprien sur l’Eglise et sur la réitération du baptême, Augustin écrivit un second livre contre Gaudentius, à la fin duquel il montre que l’autorité de saint Cyprien, à laquelle il en avait appelé, le confondait de tous points. Pendant plus d'un quart de siècle, le donatisme n'avait pas eu d’adversaire plus infatigable et plus re­ doutable que l'évêque d’Ilippone; il avait été confondu sur le terrain de l’histoire par la collection et la pro­ duction des documents authentiques; il avait été réfuté sur le terrain des principes au nom du bon sens, de la saine raison et de l’Écriture; finalement, dans une conférence célèbre, il avait été convaincu d'erreur de façon indiscutable et publique; il ne lui restait plus qu’à disparaître. Mais non, pendant plus de deux cents ans encore il devait se traîner dans un déclin sans grandeur et sans gloire jusqu'au jour où tout disparut sur la terre d’Afrique avec l’invasion des Arabes. IV. Déclin et disparition. — 1° État du donatisme lors de l’invasion des Vandales. — Quoi qu'il en eût et quelque résistance qu'il offrit çà et là, â Césarée et à Thamugade, par exemple, le donatisme était atteint et se voyait de plus en plus réduit â une minorité impuis­ sante. Rien ne permettait de prévoir qu'il retrouverait ses jours de succès et de lutte vigoureuse comme du temps de Donat, de Parménien et de Primien. Les lois impériales lui étaient appliquées; Valentinien III et Théodose II, en 428, venaient de lui interdire toute réunion sous peine de mort. Code thêodosien, XVI. tit. v, I. 65. Mais il y avait trop longtemps qu’il s'était implanté en Afrique, y soulevant les passions les plus vives et allant jusqu’à paraître s’identifier avec les en­ nemis du pouvoir romain sous prétexte d’indépc nd it.cet d’autonomie, pour disparaître tout d’un coup. 'Ju une occasion favorable vint à se présenter, surtout ce. d’un changement de régime, et l’on pouvait être a-s . que le feu qui couvait sous la cendre pourrait encore provoquer un nouvel incendie. Or, cette occasion s’of­ frit d’elle-même : les Vandales s’avançaient peu à peu tout le long des côtes depuis la Mauritanie Tangitane; ils étaient déjà en Numidie et s’emparaient d’Hippone en 430; la Proconsulaire ne devait pas tarder a être envahie. C’était en tout cas la délivrance du joug ro­ main; ne serait-ce pas du même coup la liberté reli­ gieuse et le moment propice pour tenter une restaura­ tion de l’Eglise donatiste? Peut-être bien. Il est vrai que les Vandales étaient ariens et par suite fort peu disposés â tolérer sous leur domination des chrétiens ne partageraient pas leur foi. La solution la plus favo­ rable, pour les donatistes, eût été d’embrasser l'ananisine et de constituer, sous les maîtres nouveaux, une Eglise nationale. La tentation était bien forte. Mais., r tempérament, ils répugnaient à subir le joug quel < . . fût, d’ordre temporel comme d’ordre religieux, r s’estimaient supérieurs à tous. Us se refusèrent àdev< !...ariens; mais alors ils durent composer avec les pou­ voirs nouveaux, sans renoncer pourautant à leur indé­ pendance religieuse, se contentant de maintenir le peu de forces qui leur restaient et de vivre tant bien que mal sans attirer sur leur groupe des mesures répres­ 1719 DONATISME sives dans le genre de celles dont ils se félicitaient d’être débarrassés. 2° Pendant l’occupation des Vandales de 430 à 533. — Tout faisait prévoir, dès 430, qu’à bref délai les Vandales seraient les maîtres exclusifs de toute l'Afri­ que du Nord, de Tanger à Tripoli. En fait, dés 449, leur domination était complètement assurée : elle devait se prolonger jusqu’à la défaite de Gélimer par Bélisaire. Que devinrent pendant tout ce temps les donatistes? C’est ce qu’il est difficile de savoir, tant les documents où il est question d’euxsont rares et peu explicites. 1) est à croire pourtant qu’avec la ténacité qui les caractérisait, et aussi grâce aux leçons de l’ex­ périence, ils se gardèrent bien de se mettre en révolte ouverte contre les nouveaux occupants, qui étaient fa­ cilement des despotes el qui n’auraient pas manqué de sévir avec plus de cruauté que les Romains. La pru­ dence leur conseillait d’éviter tout conllit avec des maîtres dont iis ne partageaient pas la foi arienne, et par conséquent de louvoyer, et tout en maintenant leurs positions si réduites et si précaires qu’elles fus­ sent, de se livrer à une propagande discrète mais continue. Ils étaient des homoousiens avérés ou des consubstantialistesjet malgré la persécution incessante et cruelle dont les partisans du consubstantiel furent l’objet, il ne parait pas qu’ils y aient jamais été englobés. Lors de la mesure générale de vexations, de poursuites, d’exactions et d’exil prise par Hunéric, en 4SI, contre les homoousiens, les catholiques seuls furent victimes. Et, chose remarquable, le roi vandale ne trouva rien déplus à propos que de leur appliquer, en les aggra­ vant, les lois impériales qui jadis avaient frappé uni­ quement les donatistes; il en reproduisit scrupuleuse­ ment le texte, Leclercq, L’Afrique chrétienne, t. n, p. 190-195, leur interdisant de tenir des réunions, de célébrer les offices religieux, sous peine d’emprisonne­ ment, de confiscation et d’exil. Par quel subterfuge les donatistes échappèrent-ils à l’application de cet édit de persécution? Il est à croire qu’ils (irent valoir leur opposition plus que séculaire avec les catholiques pour n’élre pas confondus avec eux, et alléguèrent qu’ils n’avaient pas faitœuvre de polémique contre l’arianisme, à l'exemple des plus illustres représentants de la cause catholique. Et puis n’était-ce pas, de leur part, une tactique habile et un moyen approprié d'assouvir leurs anciennes rancunes et de retourner contre eux des lois répressives, dont ils n’avaient cessé de les rendre responsables? Rien de plus vraisemblable. Toujours est-il que pendant que les catholiques étaient pour­ chassés, maltraités et exportés en masse, les donatistes restèrent indemnes. Pendant cette dure période de la seconde moitié du V· siècle, ce fut moins contre les donatistes que contre les ariens qu’eurent à combattre les catholiques. Ils le firent courageusement et furent les soutiens et les con­ fesseurs de la foi orthodoxe. Ils comptèrent dans leurs rangs de grands évêques et des écrivains de valeur. Qu’il suffise de rappeler les noms glorieux de Victor de Vite, de Vigile de Tapse et de Fulgence de Ruspe dans la Byzacène, ceux d’Eugène et de Fulgence Ferrand à Carthage, de Céréalis de Castellum Ripense et de Vic­ tor de Cartenna dans la Mauritanie Césarienne, et celui du poète Dracontius. Durant la même période, les donatistes n’offrent ni un nom ni une œuvre, dont le souvenir nous soit parvenu. Sans disparaître com­ plètement, ils continuèrent de perdre de temps à autre quelques-uns de leurs partisans, qui passèrent à l’arianisme ou se convertirent au catholicisme. C’est ainsi qu’en 442, le pape saint Léon I'r, Epist., 1. I, epist. xn, 6, P. L., t. i.tv, col. 653, consentit à ce que l'un de ces convertis, devenu évêque catholique dans la Mauritanie Césarienne, conservât son siège à la condition de lui faire parvenir sa profession de foi. 1720 Nous savons d’autre part qu’ils prétendaient comme toujours que la société des méchants contamine les bons, c'est là, du moins, le reproche que leur faisait, au témoignage de saint Fulgence de Ruspe (-j- 533), Epist., ix, P. L., I. lxv, col. 375, l’évêque arien Fas­ tidiosus. 3° Pendant la période byzantine, de 533 â l’invasion des Arabes ou Sarrasins en 637. — La défaite de Gélimer mit heureusement fin à l’occupation des Vandales en Afrique et installa pour un siècle l’auto­ rité des empereurs de Byzance. Les catholiques, déli­ vrés de leurs cruels persécuteurs, purent respirer après tant d’atroces persécutions. C’est à peine si, de temps à autre, entre deux éclaircies, ils avaient pu se réunir en synodes particuliers pour aviser aux mesures urgentes que leur imposaient les circonstances. Mais ils allaient reprendre leurs anciennes traditions et se réunir d'une façon plus régulière. Ils tinrent, dès l’année 535, un concile général. Il s’agissait de savoir comment on recevrait les évêques et les clercs ariens qui se conver­ tiraient, et on résolut de prendre l’avis du pape. En même temps, on envoya un délégué à l’empereur pour lui demander la restitution des biens et des églises dont ils avaient été injustement dépossédés parles Vandales. Justinien leur répondit par la Novelle xxxvti, adressée à Salomon, préfet du prétoire en Afrique. Ordre était donné de faire rendre aux catholiques les domaines injustement enlevés, conlisqués ou désaffectés, tout le matériel du culte, avec licence de les revendiquer en justice. En même temps, des mesures d’exclusion étaient prises, contre les donatistes el les ariens, de tous les édifices religieux, et interdiction leur était faite détenir des réunions cultuelles, d’ordonner des évêques ou des clercs, de procéder au baptême; de plus les donatistes étaient déclarés inhabiles à toute fonction publique. Les nouvelles dispositions impériales en faveur des catholiques et contre les donatistes étaient de bon augure. Qu’elles persévérassent et que le schisme fût réduit à l’impuissance, l’Église d’Afrique pouvait espé­ rer des jours prospères. Malheureusementéclata l’affaire religieuse des Trois-Chapitres, en 544. Le clergé afri­ cain n'hésita pas à prendre aussitôt position en faveur de l'orthodoxie contre les prétentions de Justinien et les décisions du concile de Constantinople de 533. Des hommes, tels que Facundus d’Hermiane, Verecundus de Juncaet Primasius d’Adrumète en Byzacène, les deux diacres de Carthage, FulgenceFerrand et Liberatus, nese firent pas faute d’engager une vive polémique; et les évêques d’Afrique, dans cette circonstance critique, ne voulurent nullement accepter la condamnation des TroisChapitres prononcée par le concile et ratifiée par le pape Vigile sous la pression du gouvernement impérial. Natu­ rellement les donatistes mirent à profit ces discussions religieuses, qui les mettaient momentanément à couvert de l’action des lois. Quand le calme fut revenu, le dona­ tisme, grâce à l’esprit de tolérance de la lin du vie siècle, eut un retour de prospérité. On lui accorda le droit de posséder des églises et d’élire des évêques, à la condi­ tion que ces prélats n’ambitionneraient pas le titre de primat. La Numidie redevint le foyer actif de la propa­ gande et même de la persécution contre les catholiques. Les fonctionnaires byzantins se laissèrent acheter, fermèrent les yeux sur les agissements des donatistes el ne donnèrent pas suite aux réclamations des catho­ liques. Devant l’audace renaissante des sectaires, l’apathie ou la complicité de l’administration civile, le manque d'énergie de certains évêques, il fallut aviser. Le pape saint Grégoire le Grand intervint à plusieurs reprises soit auprès des évêques africains, soit auprès des repré­ sentants de l’autorité impériale, soit auprès de l’em­ pereur Maurice. Plusieurs etlres de lui ont trait aux alfaires donatistes. Gennade, patrice et exarque d’Afrique, 1721 DONATISME ayant pris à cœur la cause catholique, saint Grégoire lui écrit, Epist., 1. I, episl. i.xxiv, P. L., t. lx.xvh, col. 528, pour le remercier de sa vigilance et l’exciter à travailler à la réunion des Églises. Le pape, en effet, avait appris que les donatistes, toujours remuants et envahisseurs, devenaient un danger pour la paix reli­ gieuse. Aussi, à titre de mesure disciplinaire, décide-til qu’aucun donatiste devenu évêque catholique ne saurait revendiquer le titre de primat, quand même il serait le plus ancien de la province. Ad universos epis­ copos Numidits, Epist., 1. I, epist. ι.χχνιι, ibid., col. 581. Informé, d’autre part, que Maximien, évéque de Pudentiana. en Numidie, aurait toléréà prix d'argent rétablissement d’un évéque donatiste dans le lieu même de sa résidence, il écrit à Columbus,évêque de la même province, de réunir un concile pour examiner ce cas et de déposer Maximien, s’il était reconnu coupable. Epist., 1. II, epist. xi.vin, col. 589. Les donatistes, en­ couragés par la connivence de certains magistrats, ne se gênaient plus : ils rebaptisaient et allèrent même jusqu’à chasser quelques évêques catholiques de leurs sièges. Nouvelle lettre du pape aux représentants de l'autorité civile, notamment Ad Pantaleonem ut donatstarum audaciam comprimat, Epist., 1. IV, epist. xxxiv, col. 708, el à l’évêque Columbus pour qu’il fasse mettre fin à de tels abus. Epist., 1. IV, epist. xxxv, col. 709. Dans la Proconsulaire, Dominique, évêque de Carthage, pour obvier efficacement au mal, avait fait décider au concile que tout évêque négligent dans la répression du donatisme serait privé de ses biens et de :· dignité. L'intention était excellente, mais la mesure parut excessive. Le pape, en écrivant au primat de Car­ thage, le félicite de son zèle, mais n'approuve pas sa décision. Epist., 1. V, epist. I, col. 726. Gennade est chargé par saint Grégoire d'aider les évêques en tout ce qui concerne la discipline ecclésiastique. Epist., 1. IV, epist. VU, col. 673. Columbus doit veiller à ce que les enfants et les domestiques des catholiques ne soient pas rebaptisés par les donatistes. Epist., 1 VI, epist. xxxvii, col. 828. Malgré toutes ces mesures pontificales et les ordres de l’empereur Maurice (-j- 602), les dona­ tistes poursuivaient leur propagande grâce à l’absten­ tion des magistrats, dont ils avaient acheté la compli­ cit·'·. Saint Grégoire s’adresse alors directement à l’em­ pereur; il lui envoie deux évêques pour plaider la cause des catholiques d’Afrique et obtenir de façon efficace l i répression de pareils abus. Epist., 1. VI, epist. lxv, col. 849. Qu'en résulta-t-il? On l’ignore; du reste, le pape mourait peu après, en 604. Tout cela montre qu'à la fin du vte siècle et au com:■ ucement du vne, les donatistes étaient loin d’avoir abandonné la lutte. Très souvent vaincus, mais toujours résistants, ils ont donné une preuve de ce que peuvent les passions religieuses au service d’une cause absolu­ ment injustifiable. Et si les Sarrasins n’étaient venus bientôt, en 637, tout détruire dans l’Afrique du Nord, le pouvoir romain ou byzantin et la foi religieuse, on se demande quel sort réservait à l’Église catholique un parti aussi obstiné que celui des donatistes. Auraientils lassé la résistance qui ne manqua jamais depuis plus da trois siècles, et seraient-ils enfin devenus les maîtres intolérants, qui auraient anéanti le catholicisme au profit de leur puritanisme exagéré? C’est le secret de Dieu. V. Erreurs des donatistes. — 1° Schisme à base ί êrêtique. — Le donatisme, il est vrai, a été et est resté un mouvement schismatique, de ses origines à la fin. Jamais il ne fut condamné par l’Église au titre d’hé­ résie ; toujours, au contraire, il fut de sa part l’objet de mesures disciplinaires les plus bienveillantes pour fa­ ciliter le retour à l’unité à de pareils entêtés. Lorsque dlois impériales, spécialement portées contre les hé­ rétiques, leur furent appliquées, les donatistes ne 1722 cessèrent pas de protester qu’ils n’avaient rien de commun avec les hérétiques. Saint Augustin, toutefois, qualifie nettement d’hérésie et d'erreur sacrilège leur schisme, liter., lxix, P. L , t. XLII, col. 43, sans doute parce qu’il était invétéré, comme il dit, mais aussi parce qu’il n’allait pas sans quelques principes con­ traires à la foi et à l’enseignement ecclésiastique. C’est qu’en effet leur schisme, bien qu'il n’eût été motivé au début que par une cause purement disci­ plinaire, comme ils le prétendaient, impliquait en fait des erreurs de doctrine sur la valeur des sacrements et ne devait pas tarder à provoquer de leur part une conception complètement fausse de la nature de l’Église. 2« Erreur des rebaptisants. — D’une part, ils re­ nouvelèrent, mais en l’aggravant, la théorie particulière à quelques-uns de leurs ancêtres, qui avait été l’objet un demi-siècle avant, sous saint Cyprien, d’une si épineuse controverse entre l’évêque de Carthage et le pape de Rome touchant le baptême des hérétiques. Voir t.n,col.219sq. La plupart des évêques d’Afrique avaient pensé à tort avec saint Cyprien que les hérétiques, ne pouvant pas donner ce qu’ils n’avaient pas, ne pou­ vaient conférer le baptême. Ils subordonnaient ainsi ; . validité de ce sacrement à l’orthodoxie du ministre; mais ils ne voulurent voir là qu’une mesure purement disciplinaire, laissant â ceux de leurs collègues qui en jugeaient autrement la liberté d’agir à leur guise. Dans tous les cas ils se refusèrent à considérer la diver­ gence des usages sur ce point particulier comme un motif suffisant de troubler la paix de l’Église et de rom­ pre le lien de l’unité. Tout autre fut la conduite des donatistes. Ils subordonnèrent la validité du baptême, comme aussi celle de l’ordre, non plus seulement à l’orthodoxie, mais à la moralité du ministre. Partant de ce principe qu’un pécheur ne peut ni baptiser ni ordonner validement, ils regardèrent comme nuis les sacrements de baptême et d’ordre conférés par des apostats ou des traditeurs. Et, comme à leurs yeux les catholiques n’étaient pas autre chose que des traditeurs ou des fils de traditeurs, ils commencèrent par prati­ quer la rebaptisation en attendant de pratiquer la réordination des transfuges du catholicisme qui embras­ saient leur parti. De là à manifester pour les autres sacrements et les pratiques catholiques une égale ré­ pugnance, il n’y avait qu’un pas qui fut vite franchi. 3° Erreur novatienne. — D’autre part, bien quiis s en défendissent, ils renouvelèrent, mais en partie, l'erreur novatienne. Sans doute, à la différence des novati· ns. qui excluaient à tout jamais de leur communion le chrétien qui venait à faillir et l'abandonnaient exclu­ sivement à la justice divine, quelquepénitence d’ailleurs qu’il fit et quelque repentir qu’il manifestât. les dona­ tistes admettaient volontiers à la pénitence les cou­ pables repentants et leur rouvraient ainsi la porte de leur bercail. Mais, tout comme les novatiens, ils se formèrent de la nature de l’Église une notion puritaine et rigoriste. Constatant que le monde chrétien, en dehors de l'Afrique, restait en communion parfaite avec les évêques catholiques des provinces africaines, et qu’ils étaient, eux, isolés dans un coin, quelque éten 1 qu’il fût, ils n’hésitèrent pas à s'enorgueillir de ■ ■ isolement et à y voir une marque certaine de le ir : droit, se proclamant les seuls représentants delà . r. table Église, une, sainte et catholique, tout le rest? r. pouvant plus prétendre appartenir à la virginale fian­ cée du Christ, parce qu'il n’y avait là que des pécheurs qui pratiquaient une tolérance indue à l'égard des faillis, des apostats et des traditeurs. De nombr ux passages de l'Ecriture, tant de 1’Ancien que du Nouveau Testament, habilement choisis et plus habilement interprétés, leur donnaient, croyaient-ils, raison en­ vers et contre tous. 1723 DONATISME 4’ Théorie et pratique. — Tels étaient leurs prin­ cipes théoriques; mais de la théorie à la pratique, quelle différence! Leur conduite, comme nous l'avons vu, était loin d’étre conforme à leurs principes. Rien dès lors ne fut facile comme de faire ressortir leur illogisme, leur inconséquence, le démenti qu’ils s'in­ fligeaient à eux-mêmes, et de montrer l'abus qu’ils faisaient de l'Écriture, les faux raisonnements aux­ quels ils se livraient pour justifier leur manière de voir et d’agir. L’ouvrage de Parménien avait permis de saisir sur un document public leurs thèses et les raisons dont ils les étayaient. Saint Optat tout d’abord, puis saint Augustin en profitèrent pour percer à jour leurs sophismes et ruiner de fond en comble leur sys­ tème au nom de l’Écriture mieux comprise, au nom des principes indiscutables de la foi.de la raison et du simple bon sens. Certes l’évéque de Milève, en réfutant Parménien, avait déjà fait une œuvre fort utile. Mais depuis la date ou il avait pris en mains la cause catho­ lique jusqu'au moment ou l’évéque d'Hippone entra en scène, quelques faits s'étaient produits, non des moindres ni des moins caractéristiques, qui permirent à saint Augustin de pousser à leur extrême limite les arguments ad hominem, de fermer la bouche et de réduire au silence les donatistes. Reprenant en outre et précisant davantage la thèse catholique sur l’Eglise et les sacrements, saint Augustin mil au point et for­ mula de la manière la plus heureuse l'enseignement définitif sur ces matières controversées. Il suffira d’en rappeler, sans entrer dans des détails qui nous entraî­ neraient trop loin, les traits principaux et caractéris­ tiques. 5» Erreurs sur Γ Eglise. — D'abord en elle-même, puis dans ceux qui la composent. — La véritable Église, avait dit Parménien, l’Église du Christ e.st une, sainte, catholique, et cette Église est la nôtre, non celle des tradileurs. — Que l’Église doive être une, sainte, ca­ tholique, répondit saint Optat, nous en tombons d’ac­ cord; mais que ce soit là votre Église, nous le nions, parce qu’elle n'est ni une, ni sainte, ni catholique, et parce qu’elle n'a aucune des six notes que vous indi­ quez, la chaire, l’ange, l’Esprit-Saint, la source, le sceau et l’ombilic. Point d'unité chez les donatistes. Sur ce premier point, saint Optat ne peut faire une réponse aussi pé­ remptoire que la fera plus tard saint Augustin, quand il opposera aux donatistes les schismes nombreux qui les divisèrent. Point de sainteté. Ici, Optat n’a pas de peine à mon­ trer par des faits connus de tous et indéniables que les donatistes n’ont point la sainteté dont ils se vantent. « Vous prétendez être des saints, dit-il, mais vous êtes en contradiction avec ce texte formel de saint Jean : «Si nous disons que nous sommes sans péché, nous « nous séduisons nous-mêmes et la vérité n’est point « en nous, » I Joa.,i, 8; avec cette demande de l'oraison dominicale : « Pardonnez-nous nos offenses », et avec la parabole du pharisien et du publicain. De schism, donat.,ιι, 20, P. L.,t. xi.col. 974-975. En fait, vousavez troublé la paix et rompu les liens de l'unité; vous avez compté parmi vous un scélérat, Donat de Bagaï (saint Augustin ajoutera Optat le Gildonien); vous êtes cou­ pables d’attentats, de crimes, de cruautés, d'horribles sacrilèges. Ibid., tt. 15-19, col. 966-974. C’est à Dieu qu'il appartient de désigner les pécheurs, et il l’a fait dans le prophète, Ps. xlix, 16-18: tout cela vous regarde, défendez-vous-en, si vous le pouvez. Ibid., IV, 3, col. 1031. Vous méprisez la discipline, vous êtes des détracteurs, des calomniateurs, des auteurs de scandales, ibid., iv, 4-5, col. 1032 sq.; des voleurs de ce qui appartient à Dieu. » Et s'adressant à Par­ ménien il conclut : Jam peccatores vos esse, si pudor est ullus, cum. dolore recognosce. Ibid., tv, 6.col. 1037. 1724 Point de catholicité. Vous vous dites les seuls catholi­ ques, soit. C’est donc que l'Espagne, la Gaule, l’Italie, la Pannonie, la Dacie, la Mésie, la Thrace, l'Achaïe, la Grèce, toutes les provinces de l'Asie, les trois Syries, les deux Arménies, la Mésopotamie et l'Egypte ne sont pas catholiques. Mais vous êtes en contradiction for­ melle avec tous les textes de l'Écriture qui proclament que l’Église doit se répandre sur toute la terre, tandis que vous la limitez à un seul coin du monde; vous ne réalisez aucun des deux sens du mot catholique (allu­ sion à la double étymologie κατά λόγον, rationabilis, et κατά όλον, universalis). Ibid., n, I, col. 942. Point à’apostolicité. Parmi les notes distinctives de la vraie Église, vous signalez en premier lieu la chaire (nous dirions l’origine apostolique); mais la chaire principale, le siège de Pierre, est à Rome, dont le suc­ cesseur légitime est actuellement Damase,avec lequel nous autres et le reste du monde sommes en relations par des lettres « formées » et en parfaite communion. Ibid., tt, 3, col. 948. Sans doute, vous avez à Rome un de vos représentants, Macrobius, successeur d’Encolpius, qui remplaça Bonifacius de Ballista, lequel suc­ céda lui-même au premier de tous, à Victor de Garbes. Voilà le premier rameau de votre erreur, protentus de mendacio, non de radice veritatis. Ibid., Il, 4, col.951. Où avait-il donc sa chaire, ce Victor? Non certes dans l’une des églises de la cité, mais au dehors, sur une colline, dans une caverne. Erat ibi filius sine patre, tyro sine principe, discipulus sine magistro, sequens sine antecedente, inquilinus sine domo, hospes sine hospitio, pastor sine grege, episcopus sine populo. Ibid., n, 4, coi. 954. (Il y eut encore dans la suite Lucianus, puis Claudianus, et même un certain Félix qui se donna comme évêque donatiste de Rome, à la conférence de 411, au grand scandale de saint Augus­ tin et de ses collègues.) Les donatistes ne se contentaient pas de revendiquer pour eux toutes ces notes de la véritable Eglise, ils s’en prenaient encore aux membres qui composaient l’Églisecatholique, en leur appliquant tousles passages de l’Écriture où il est question d’extirper le mal, de ne point communiquer avec les pécheurs, car leur contact est une souillure, et ni leurs sacrifices ni leurs prières ne sont agréés de Dieu. Il faut lire dans les deux derniers livres de saint Augustin contre la lettre de Parménien la discussion détaillée de tous ces textes, dont le sens vrai et la force probante, loin d’atteindre les catholiques, confondent les prétentions orgueilleuses et l’interprétation fantaisiste des donatistes. L’évêque d’Hippone leur prouva que le prêtre, quelque pécheur qu'il soit, est exaucé quand il prie pour le peuple, témoin Balaam; que sa parole ne laisse pas d’être utile aux autres, quand il leur enseigne la vérité; que son sacrifice ne nuit qu’à lui-même, car il n’y a qu’un sacrifice toujours saint, celui du Christ, et qui profite, en dépit du ministre, à ceux qui y participent dans la mesure de leurs dispositions. Extirper le mal, rien de mieux ni de plus légitime, mais encore faut-il que la chose soit possible dans tous les cas sans produire un mal plus grand encore. Et certes l’Église catholique n’y manque pas; mais elle se guide toujours par un sentiment de charité compatissante, dans l’espoir d’un relèvement et d’une guérison des coupables, nullement par un esprit de vengeance, n’ayant nullement l’inten­ tion de les traiter en ennemis, mais de les corriger comme des frères. Quant au mélange des bons et des mauvais, c’est chose inévitable et qui durera autant que le monde. Tel est, en efi'et, l’enseignement qui ressort de la para­ bole du bon grain et de l’ivraie: tout pousse ensemble, mais défense est faite d'arracher l’ivraie avant l'heure de la moisson, de peur d'arracher en même temps le bon grain. Mais, au moment voulu, c’est-à-dire à la fin 1725 DONATISME des temps. Dieu donnera l’ordre de séparer l’ivraie pour la livrer au feu et de ramasser le bon grain pour le placer dans le grenier du père de famille. En objec­ tant : Quid paleis ad trilicum? Jer., xxni, 28, les dona­ tistes faisaient preuve qu’ils ne comprenaient pas le sens de celte parole, qui est une prophétie, tant que la paille et le grain, sortant de la même racine, sont sur la même tige, tant qu’ils sont foulés sur terre, la séparation n'est pas chose faite, mais elle se fait à coups de van. De même des bons et des méchants : ils seront séparés au jour du jugement, et c’est alors qu’on pourra dire en toute vérité : Quid paleis ad trilicum? Cûnt. epist. Parm., m, 18, P. L., t. xi.ih, col. 96. Sans doute, il est prescrit, et avec juste raison, de « ne prendre aucune part aux œuvres des ténèbres, mais plutôt de les condamner, » Eph., v, 11. 12, de « ne pas avoir de part aux péchés d’autrui, » I Tim., v, 22, parce que modicum fermentum totam massam cor­ rumpit, I Cor., v, 6; mais cela regarde surtout les donatistes qui ont communiqué avec un scélérat tel qu Optât le Gildonien, puisque, d’après eux, c’est la seule communication avec les méchants qui souille. Ils devraient donc conclure plutôt que l’on doit parfois tolérer les méchants pour éviter un plus grand mal et dans un bien de paix; mais, dans ce cas, ils auraient dû tolérer Cécilien, même s’il avait été coupable, et ne pas déchirer et diviser l’Église comme ils l’ont fait, ce qui est le plus grand de tous les crimes. Mais non, ces passages allégués, et ceux qui leur ressemblent, ne doi ·. nt s’entendre que de l’approbation que l’on donnerait aux crimes des pécheurs : une telle approbation demeure toujours interdite. Et du moment qu’on se l'interdit, on n’a pas â se préoccuper d’étre ici-bas me­ ts les uns avec les autres, les bons avec les méchants: ee n.. lange, impossible à éviter, aura son terme. Par ailleurs, enlin, il était interdit aux donatistes de soutenir, comme ils l'avaient fait, que la présence des pécheurs peut nuire à la communion catholique ou que h sainteté de l’Église n'existait pas dès lors que quelq .·- pécheurs se glisseraient dans son sein. Et c’est la question capitale, le point décisif, sur lequel insista saint Augustina la conférence de 411. Et c’est ainsi que, t. f inalement parlant, au nom de l'Écriture bien entendue, de la saine raison et du simple bon sens, lesdonatistes étaient battus sur la question de l’Église. : r t. t, col. 2410-2411. Ils ne le furent pas moins sur celle des sacrements. Erreurs sur les sacrements. — D’une manière go raie, les donatistes réprouvaient tout ce qui venait des catholiques. Saint Optat raconte qu’ils foulaient aux pieds l’eucharistie, jetaient le saint chrême aux « ;-ns. brisaient autels et calices, purifiaient les lieux ■-acres au culte. Ce qui revint à dire qu'ils n’admet·_-.-n: aucun des sacrements des catholiques. Ils repousMient en particulier le baptême et l’ordre. Aussi estimerent-ils toujours licite la rebaptisation. Au début de leur schisme ils l’avaient jugée même nécessaire: puis :l* la déclarèrent facultative et l'interdirent, par une décision conciliaire, à l’égard des catholiques qui s’y refusaient. Ce dernier détail, révélé par Tichonius, comme nous l'apprend saint Auguslin, Epist., xcm, 43. P. L., t. xxxiii, col. 342, était inconnu de saint Optat. Aussi, au sujet de la rebaptisation, se contentet-i! de protester contre l'usage des donatistes. Car le ttptéme ne peut se réitérer; ce serait s’exposera per­ dre la robe nuptiale et à ne point posséder le royaume du ciel. De sacramento (baptismi), dit-il, non leve certamen innatum est, et dubitatur, an post Trinita­ te- m eadem Trinitate hoc iterum liceat facere. Izos dicitis : licet; nos dicimus : non licet. Inter licet vestrum et yo.v licet nostrum, natant et remigant amnite populorum. De schism, donat., v, 3, P. L., t. Il, coi. 1048. Il s’étonne à bon droit que les dona­ 1726 tistes osent réitérer un sacrement qui ne diffère pas du leur : Pares credimus, et uno sigillo signati sumus; nec aliter baplizati quam vos. Ibid., m, 9. coi. 1020. Il voit Ia raison fondamentale qui soustrait la valeur du baptême à la qualité du ministre et la rend indé­ pendante de la moralité comme de la foi de celui qui ie confère : c’est Jésus-Christ qui donne la grâce, ibid., v, 2, col. 1047; c’est Dieu qui lave dans le baptême, et non le ministre. Ibid., v, 4, col. 1051. Saint Augustin a mis en pleine lumière cette doctrine, contre les donatistes. « Le sacrement de baptême, dit-il, estsaint parhii-mêmeoù qu’il soit,Debapt. cont. donat., I, 19; v, 29; vi, 4, P. L., t. xi.m, col. 119, 191, 199, à cause de Celui qui en est l’auteur, ibid., in, 6; IV, 18, 28; v, 29, col. 143, 166, 173, 191, car c’est Dieu qui est pré­ sent dans la formule évangélique et sanctifie le sacre­ ment. Ibid., vi, 47, col. 214. Le baptême peut donc se trouver chez les hérétiques et les pécheurs : son effica­ cité est indépendante de celui qui le donne, quels que soient son mérite, sa moralité, sa malice, son erreur. Ibid., ni, 15; iv, 22, 28; v, 3, 29; vi, 2, 7, col. 144. 168, 173, 178, 191, 198, 200. Le ministre du baptême peut être mort moralement parson impiété ou sa culpabi­ lité, mais Celui-là vit toujours dont il est écrit ; c'est Lui qui baptise. Cont. epist. Parm., n, 22, col. 66. Le ministre peut être mauvais, mais il ne laisse pas de communiquer la grâce, parce que le Saint-Esprit n’abandonne pas pour autant le ministère qui est confié à quelqu’un pour opérer le salut des autres; car c’est Dieu qui donne la grâce par les hommes, comme il la donne quelquefois sans aucun intermédiaire. C’est l’Église qui engendre des fils per hoc quod suum in eis (dans les pécheurs) habet. De bapt. cont. donat., i, 14, 23, P. L., t. xi.ih, col. 117, 122. In ista quæstione non est cogitandum quis det sed quid det, aut quis acci­ piat sed quid accipiat, aut quis habeat sed quid habeat. Ibid., iv, 10, col. 164. Dico sacramentum Christi et bonos et malos posse habere, posse dare. Ibid., vi, 4, coi. 199. Voir t. i, coi. 2416-2417. Après avoir ainsi formulé sa pensée, saint Augustin entend ne pas laisser aux donatistes l’appui de saint Cyprien, dont ils se réclamaient ; car le grand évêque de Carthage était fort excusable dans une question non encore officiellement tranchée; du reste, il ne cherchait pas à imposer sa manière de voir, il laissait toute liberté à ses collègues et il voulait partout maintenir l'unité, l'union, la paix. H -et -n effet : Servetur a nobis patienter et leniter cùar-.uu animi, collegii honor, dilectionis vinculum, ία sacerdotii, Epist., lxxiii, 26, P. L., t. m, coi. 1127, sentiment admirable qu’étaient loin de partager les donatistes. Et saint Augustin d’ajouter : Nec nos ipsi tale aliquid auderemus asserere nisi universel Ecclesiæ concordissima auctoritate firmati; cui et ipse (Cyprien) sine dubio cederet, si jam illo tempore quies tionis hujus veritas eliquata et declarata per plenarium concilium solidaretur. De bapt. cont. do­ nat., n, 5, P. L., t. xi.ui, coi. 129. Cf. P. von Hoensbroech, et J. Ernst, dans Zeitschrift fur katholische Théologie, 1891, p. 727-737; 1893, p. 79-103. Relativement au sacrement de l’ordre, les donatistes estimaient qu'un évêque traditeur ne pomait pas ie conférer validement; et telle fut la cause d>. -■.--■ de Majorinus, à l'origine du schisme. Cécilien. .. est vrai, avait proposé aux évêques, qui contestaient l e de son ordination, de se faire ordonner par eux. Admettait-il donc leur principe? Ce n'est guère â croire. De sa part, comme le note saint Augustin. Bre·:. coll., m sq., P. L.,l. XLIll,col. 614 sq., c'était une propo­ sition ironique. On sait la réponse qu'y fit Purpurins : « Qu’il vienne et que, au lieu de l'imposition des mains in episcopatum, quassetur illi caput de pernitentia. » De schism, donat., I, 19, P. L., t. xi, coi. 921. 1727 DONATISME DONS DU SAINT-ESPK1T Imposer les mains in pænitenliam, c’était, selon la discipline d’alors, créer pour les fidèles un empêche­ ment à toute ordination luture, et réduire les clercs, par une déposition définitive, aux rangs des simples laïques. Aussi les donatistes y recoururent-ils comme au meilleur des moyens de discréditer le clergé catho­ lique. Donat des Cases Noires avait dû avouer, à Rome, qu'il avait ainsi imposé les mains à des évêques. De schism. donat., i, 24, J1. L., t. xi, col. 932. Or, à la fin du ive siècle, revenant à leur première erreur sur lanécessitédela rebaptisât ion, les donatistes y ajoutèrent celle des réordinations. Tout clerc catholique qui avait quelque difficulté avec son évêque ou qui, pour un motif ou pour un antre, était chassé de l’Église, venait-il à eux, ils le rebaptisaient, parfois le réordonnaient, parfois aussi ils lui conféraient un grade plus élevé dans leur clergé. Saint Augustin, à ce sujet, rappelle des faits précis et cite des noms propres. Le sous-diacre Rusticianus a été rebaptisé; un diacre a été réordonné, Epist., cviu, 19, P. L., t. xxxm, col. 417; un autre diacre de Mutuz.enna a été rebaptisé, Epist., xxxm, 2, col. 95; l’évêque donaliste Splendonius a rebaptisé un diacre et l'a ordonné prêtre. Cont. lilt. Petii., ill, 44, P. L., t. XLin, col. 371. Autant de faits scandaleux et contraires à la nature même de ces deux sacrements du baptême et de l’ordre, qu’on ne saurait réitérer. L’Eglise use parfois d’indulgence envers les clercs coupables, les reçoit pour un bien de paix, après correction, et les admet même à l’exercice de leur ordre, mais elle ne renouvelle jamais l'ordination; car, à cause du carac­ tère que de tels sacrements impriment dans l'âme et qui de sa nature est permanent et inamissible, quelle que soit la faute dont on peut se rendre coupable, on les reçoit une fois pour toutes. Agir autrement, c'est méconnaître l’effet de tels sacrements, et les donatistes n'en ont pas le droit. Acculés par la logique pressante de l’évêque d’IIippone, les donatistes avaient fini par reconnaître que celui qui quitte l’Eglise ou qui en est exclu ne perd pas le baptême, mais ils soutenaient qu’il perdait le droit de baptiser. Et Augustin, parlant â la fois du baptême et de l'ordre, de répliquer : .Mul­ tis modis apparet frustra et inaniter dici. Primo, quia nulla ostenditur causa cur ille qui ipsum bap­ tismum amittere non potest, jus dandi potest amit­ tere. Utrumque enim sacramentum est, et quadam consecratione utrumque homini datur : illud, cum baptizatur; istud, cum ordinatur : ideoque in Catho­ lica utrumque non licet iterari. Nam si quando ex ipsa parte venientes etiam præpositi, pro bono pacis, correcto schismatis errore, suscepti sunt, et si visum est opus esse ut eadem officia gererent qute gerebant, non sunt rursus ordinati. Sed sicut baptismus in eis, ita ordinatio mansit integra : quia in praecisione fuerat vitium, quod unitatis pace correctum est, non in sacramentis quæ ubicumque sunt ipsa sunt. Cont. epist. Parm., II, 28, P. L., t. xliii, coi. 70. Rien de plus explicite. C’est en conformité avec ces principes que, dans leurs conciles, les évêques catho­ liques de l’Afrique ne nièrent jamais la validité du baptême et de l'ordre conférés par les donatistes, et se montrèrent toujours disposés â recevoir les scliismatiquesavec les-pouvoirs et les honneurs qu’ils possédaient. Cf. Saltet, Les réordinalions, Paris, 1907, p. 59 sq. 1728 I CXXXIV, CXLI, CXLII, CXLIV. CI.XXIII, CLXXXV, CCIV, P. L., t. xxxm; In Joa. Evang.. tr. IV-VI, ΙΧ-ΧΧΙΠ; In Epist. Joa., tr. I-IV, P. L., t. xxxiv; Enar. in Ps., x, xxv (enar. n). xxx (enar. m), xxxn (enar. m). xxxm (enar. n), xxxv, xxxvi (serm. n, ni), xxxix, i.iv, lvii, i.xxxv, xcv, xcvni, ci. exix, cxxtv, cxxxti, cxlv, cxlvii, cxi.ix, P. L., t. xxxvi-xxxvii; Serm., x, xi.vi, xi.vii, Lxxxvm. xc, xctx, cxxix, cxxxvm, CXLV1, CCI.XV, CC1.XV1, CCLXVlll, CCLX1X, CCXCII, CCCLVUccclx, P. L.,t. xxxvni-xxxix ; Eusèbe, H. E.,x,b-1, P.G.,t. xx. II. Travaux. — Ellies Du Pin, Historia donatistarum, I P. L., t. Xi ; Valois, Diss. de schismate donatistarum, dans son édit, de l'Hist. eccles. d'Eusèbe : Tilleniont, Mémoires pour I servir à l'hist· eccl., Paris. 4693-1712, t. Vl, p. 1-193: t. vu, p. 310-329; t. X, p. 312, 579, 633, 634, 683; t. XIII, p. 191-196, 327-335. 446-449, 479-481, 558-584, passim; Ceillier. Hist. gén. des auteurs sacrés et eccl., Paris, I860, t. 11, p. 622-628; t. lit, p. 123,135, 498, 499; t. iv.p. 594,658-660; t. v, p. 95-148; t. vi, p. 348, 361. 397 ; t. vil, p. 50S, 508, 715 ; t. vm, p. 537 . 543 sq., 559 sq. ; t. IX, p. 16-128, 371 sq.. 374 sq., 415 sq., 787 ; t. xi, p. 489 506: Noris. Historia donatistarum, Vérone, 1729; Ribbeck, Donatus und Augustin, Elberfeld. 1857 ; Rieck. Entstehung und Derechtigung des Donatismus, Friedland, 1877 ; Deutsch, Drei Aktenstiicke zur Geschichte des Donatismus, Berlin. 1876; Volter. Der Ursprungdes Donatismus, Tubingue, 1883; Reuter, August. Studien. Gotha, 1887, p. 234 sq.; Seeek, Quellen und Urkunden über die Anfdnge des Donatismus, dans Zeitschrift fur Kirchengeschichle, 1889, t. x, p. 505 sq. ; Tbummel, Zur Beurtheilung des Donatismus, Halle, 1893 ; Harnack, Ges­ chichte der altchr. Litt., Leipzig, 1893-1897, t. I, p. 744 sq. ; Hefele, Conciliengeschichte, 1.1. p. 193sq.. 632sq.; t. n, p. 80sq., 97 sq.; édit. Leclercq, Paris, 1967. t. i. p. 265 sq.; 837 sq., t. II, p. 154 sq.; Duchesne, Le dossier du donatisme, dans Mélanges d'arch. et d’hist. de l’École franç. de Rome, Paris. 1890, t. x, p.589-650; D. Leclercq, L'Afrique chrétienne, in-12, Paris. 1904; P. Monceaux, Histoire littéraire de l’Afrique chrétienne, Paris, 1905. t. ni; .1. Tixeront, Histoire des dogmes, Paris, 1909, t. Il, p. 222-231 : Kirchenlexikon, t. ni, col. 1969sq. ; Jlealencgclopd[ die, t. iv, p. 788 sq.; Dictionary of Christian biography, 1.1, p. 881 sq. : Martroye, Une tentative de révolution sociale en Afrique, donatistes et circoncellions, dans la Revue des ques­ tions historiques, l*r octobre 1904 et 1" janvier 1905; P. Mon­ ceaux, L’Église donaliste au temps de saint Augustin, dans la Revue de l'histoire des religions, janvier-février 1910: Du­ chesne. Histoire ancienne de l’Église, Paris, 1907,1.11, p. 101124; 1910, t. m, p. 108-146; U. Chevalier, Répertoire, topo­ bibliographie, col. 914. G. Bareille. DONATO Jérôme, Vénitien, mort en 1513. Poète, orateur, philosophe, théologien et mathématicien. Il écrivit contre les grecs un traité De sacrorum princi­ patu, Venise, 1525, et un autre De processione Spiritus, publié par A. Mai, Scriptor, veler., t. vu. Degli Agostini, Scrittori veneti, t. Il, p. 201. A. Ingold. DONS DU SAINT-ESPRIT. - I. Partie doctrinale et spéculative : 1» du don divin en généra) ; 2» de la personne du Saint-Esprit comme premier don divin; 3” raison d’être des dons du Saint-Esprit; 4°leur carac­ tère d'habitudes ; 5° leur distinction d'avec les vertus infuses; 6° l’organisme des dons; 7» sa place dans l'ensemble du dynamisme psychologique surnaturel; 8" monographie des sept dons; 9“ dons au ciel; rap­ port avec les béatitudes et les fruits du Saint-Esprit. IL Partie documentaire et historique : 1» Écriture sainte; 2° sources profanes; 3" Pères grecs; 4° Pères latins; 5° premiers théologiens scolastiques; 6° les fon­ dateurs de la théologie des dons; 7° opinions d’école postérieures à saint Thomas; 8° une récente discussion. 1, Partie doctrinale et spéculative. — /. ou don I. Sources. — S. Optat, De schismate donatistarum, P. L., divin EN général. — 1» Définition. — Donner, c’est t. xi; S. Augustin. Psalmus contra partem Donati t^Khtrà accorder à quelqu'un, gratuitement et bénévolement, epistolam Parmeniani ; De bapt ismo contra donatistas ; Con­ tra litteras Peliliani; Ad catholicos epistola contra donati­ la propriété d'une chose. Celte définition renferme stas; Contra Cresconium ; De unico baptismo contra Petilia- I toutes les conditions du don : num; Breviculus collationis ; Liber ad donatistes post collu­ 1. L'idée de don éveille l’idée : a) d'un donateur, b) d’un tionem ■ Sermo ad Cæsareensis Ecclesiæ plebem ; De gestis bénéficiaire, c) d'une chose qui est la matière du don. cum Emerito; Contra Gaudentium, donatistarum episco­ a) Il n’y a pas de don de soi, à proprement parler, la pum, P.L., I. χι.ιιι ; Epist., Xxm, xxxm-xxxv, χι.ιιι. xi.iv, personnalité d'un chacun étant avant tout Ja cause Xl.tX, l.l-l.lll, I.VI-1.V1II, I.XI.I.XVI, LXX, I.XXVI, LXXXVI-l.XXXIX, active du don. b) Pour la même raison, on ne se donne xcin, xcvn, c, çv-cviti, exi, cxn, cxxvin, cxxix, cxxxzz. DONS DU SAINT-ESPRIT 1729 rien à soi-même, c) Enfin, la chose donnée doit être la propriété du donateur et devenir par l'effet du don la propriété du bénéficiaire. 2. Le don est essentiellement gratuit. C’est son carac­ tère propre. Donum est datio irreddibilis, dit saint Thomas, Sum. theol., 1“ II®, q. lxvih, a. 1, obj. 3“, traduisant ainsi ce passage des Topiques d’Aristote : ίστι 8ε ή δόσις γένος τής δωρεάς- ή γάρ δωρεά δόσις έστ'ιν άναπόδοτος, datio non restituenda. Topic., 1. IV, c. iv, n. 12. Ce n’est pas qu'un don ne puisse être la matière ou l’occasion d'une compensation. Il est seulement dit qu'il est dans sa nature de n’en pas viser. Par ce ca­ ractère désintéressé le don diffère des concessions de propriété à titre onéreux comme la vente, le salaire, la rançon, etc. 3. Le don doit être absolument bénévole. Sa gratuité ne s’explique que par un amour de bienveillance. D’où la raison de premier don convient à l’amour. Cette priorité est la priorité qui convient à la cause propre­ ment explicative de tout un ordre de choses. On veut dire que tout don, vraiment digne de ce nom, suppose que l'on a auparavant donné de « son coeur », comme l'on dit, c’est-à-dire sa bienveillance. Amor habet ra­ tionem primi doni, per quod omnia dona gratuita donantur. S. Thomas, Sum. theol., I», q. xxxvm,a. 2. La relation à un amour donateur est un élément essen­ tiel et constitutif du don. C'est pourquoi les faveurs, les grâces, et tout ce que rend le mot latin munus, bien qu'impliquant, comme le don, la concession gra­ tuite d’une propriété, diffèrent du don en ce qu'ils peuvent procéder d'autres motifs qu’une libéralité absolument spontanée, par exemple, d’une loi. de la volonté d’autrui, de la coutume. Le don est purement et simplement constitué comme don par un rapport aux initiatives, aux préférences de l’amoiT. Corollaire : La réalisation effective de la donation n'est pas nécessaire au don. Donum n’est pas datum. Le don peut être dit don avant d'être donné. Ce qui le constitue, c’est l’aptitude à être donné qui lui convient en vertu de la destination que lui confère une volonté déterminée, bénévole et toute libérale. Pierre Lombard, Sent., 1. I, dist. XVII] ; cf. S. Thomas, ibid., a. 2; Sum. theol., I“, q. xxxvin, a. 1, ad 4“™; Pierre de Tarentaise, In IV Sent., ibid., a. 3; Alain de Lille, Distinctiones dictionum theol., § Donum, P.L., t. ccx, col. 774. Ces notions conduisent immédiatement à l'in­ telligence des dons divins. 2« Les dons de Dieu. — Toutes les perfections des créatures peuvent être considérées comme des dons de Dieu, car Dieu a sur elles un souverain domaine et une pleine autorité; il peut les donner quand il veut et à qui il veut. Et comme ce n’est pas par intérêt, mais par un pur effet de sa bonté, que le créateur distribue aux créatures leurs perfections, celles-ci doivent être con­ sidérées comme des libéralités gratuites : toutes les choses créées sont des dons de Dieu. Cf. S. Thomas, Sum. theol., 1«, q. xxi, a. 4. L’essence divine, à l’extrême opposé, ne saurait être matière à don. Elle ne peut être distinguée du Dieu donateur, ni se séparer de lui. Si elle est dite donnée au Fils par le Père, c’est là un don naturel et non volontaire. S. Thomas. In IV Sent., 1. I, dist. XVIII, a. 2. Il en est de même de la personne du Père. Elle est pur principe et ne saurait être conçue comme se détachant d'elle-même. Le Fils procède du Père, non par mode volontaire, mais naturellement et par géné­ ration intellectuelle. Il n'a donc pas personnellement . la relation indispensable qui relie le don à un principe volontaire. Sans doute, il a été envoyé, missus, et l'on a pu dire qu’il nous a été donné, datum. Mais datum n’est pas l’équivalent de donum. Il signifie la conces­ sion effective, non l’essence du don. Et, de fait, si le fils nous est donné par amour, car sic Deus dilexit DICT. DF. THÉOL. CATHOL. 1730 mundum ut Filium suum unigenitum daret, .Joa. tu, 16, l'amour n’est pas le motif unique de sa mission. Il est image, il est rédempteur, et, en celte double qua­ lité, nous est envoyé pour manifester son Père et pour nous racheter, idées qui n’appellent pas celle de don. La relation d'origine volontaire est caractéristique du seul Saint-Esprit. Antérieurement à toute donation effec­ tive, ab æterno, il est comme destiné, par la nature de son origination, à être donné, il est Don. Ce nom partage avec le nom d'Amour la prérogative d’être son nom propre, personnel. S. Augustin, De Trinil., 1. IV,c. xx. P. L., t. xi.n, col. 906; 1. V, c. xv, col. 921; Pierre Lombard, Sent., L I, dist. XVIII; S. Thomas. In IV Sent., ibid., q. i, a. 2, in corp., ad 1““, 2"°·. Voir Esprit-Saint. 3° Les dons du Saint-Esprit. — L’amour, avonsnous dit, est le premier don. Le Saint-Esprit, procé­ dant par mode d’amour, a donc tout ce qui est requis pour être le premier don divin. C’est pour cela que saint Augustin dit, De Trinitate, 1. XV, c. xtx, P. L., t. xlii, col. 1084, que par le Don qu’est le Saint-Esprit, de nombreux dons particuliers sont partagés entre les membres du Christ. Cf. S. Thomas, loc. cit., a. 3. Quels sont ces dons particuliers? Ils sont de deux sortes, correspondantes aux deux acceptions dont sont susceptibles les mots -.parle Don dans le texte de saint Augustin qui vient d’être cité. Le premier Don, que la préposition par désigne comme la cause des autres dons divins, peut être considéré ou bien comme étant encore en Dieu ou bien comme étant déjà dans les bénéficiaires, ut notat causam ex parte dantis, vel ex parte recipientis. Dans le premier cas, le sens est celui-ci : c’est parce que Dieu aime sa créature qu’il lui donne ses dons. Cf. Sum. theol., I·, q. xxxvil, a. 2. Dans le second cas, le sens est : c’est grâce à la réception en nous du don de l’Esprit-Saint. amour substantiel de Dieu, que nous recevons les autres dons. Selon le premier sens, tous les dons de Dieu sont dits dons du Saint-Esprit, car tous sont donnés par une gratuite libéralité. Ratio autem libe­ ralis donationis est amor, qui secundum Dionysium, movet superiora ad provisionem minus habentium. Et quia Spiritus Sanctus est amor, ideo ipse est ratio omnium eorum datorum quorum principium est divina voluntas. S. Thomas, In IV Sent., L I, dist. XVIII, a. 3. A cette donation qui ne compor:- pas la donation de l’amour même de Dieu, c’est-à-dir·· :u Saint-Esprit, se rapportent tous les dons natur- - faits par Dieu aux créatures, ibid.; le don du Fiis -, Di-u fait à l'humanité, ibid., ad 3°“·; enfin, tous les dons surnaturels, avec cette différence que ceux d'entre eux qui ne produisent pas l’état de grâce et d'amour de charité dans ceux qui les reçoivent, tels les charismes ou grâces gratis datse, les grâces actuelles prévenantes, crainte servile de Dieu, attrition, foi et espérance in­ formes, etc., méritent plutôt le nom de choses que donne le Saint-Esprit, donabilia a Spiritu Sancto,que le nom propre de dons du Saint-Esprit, tandis que les dons surnaturels, qui unissent efficacement et parfai­ tement les âmes à Dieu, sont, à un titre particulier, absolu, des dons du Saint-Esprit. Dans ce second sens, sont dits dons du Saint-Esprit les dons surnaturels, qui préparent efficacement, sur.en: ou constituent le don qui nous est fait de l'amour sur­ naturel de Dieu par-dessus toutes choses ou ci.ari:-. La raison en est dans la similitude de la charité : l’amour même de Dieu qui est le Saint-Esprit, S.Thom a s. ibid., âd4um;S«ni. theol., naII*,q. xxtit, a. 2, ad 1 -. similitude qui témoigne qu'avec la chari · cet aa. r de Dieu nous a été intrinsèquement donné,autan: qu'il peut l’être : Charilas Dei diffusa est in cordii ■ ■ :■ — siris per Spiritum Sanctum qui datus est no·.,s. Le premier Don étant donné, les autres suivent de source IV. — 55 1731 DONS DU SAINT-ESPRIT La grâce sanctilianie elle-même, si elle précède natu­ rellement la charité, comme l’âme précède les puis­ sances, et, en conséquence, constitue le terme propre et direct de la justification, peut être envisagée comme une préparation intérieure, efficacement ordonnée au don parfait, consommé, du Saint-Esprit dans la cha­ rité, exigée par elle, et à ce titre être comprise parmi les dons du Saint-Esprit. 11 en est de même des deux autres vertus théologales qui peuvent précéder la cha­ rité, comme dons du Saint-Esprit au sens large, ainsi que nous l’avons dit, mais qui nous sont données à nou­ veau par lui, au sens plénier, lorsque la charité, comme il convient, les informe. Suivent les habitudes infuses, qui n'existent que par la charité et se partagent en deux catégories : la première contient les vertus mo­ rales surnaturelles; la seconde se voit attribuer par excellence le nom de don du Saint-Esprit. Restringi­ tur (nomen doni) ad designandum septem dona Spi­ ritus Sancti antonomastice. Alain de Lille, Distinctiones dictionum theol·, § Donum, P. L., t. ccx, coi. 774; Raynerius de Pisis, 0. P., Pantheologia, tit. xm. De dono in genere, c. i-rv, édit. Nicolai, Lyon, 1655, p. 785 sq. Cf. David Lenfant. 0. P., Concordantiæ augusttnianœ, Paris, 1656, t. t et tl, v»Donum ; les tables de l’édition bénédictine de saint Augustin, P. E.,t.XLVl, et des œuvres de saint Thomas par Albert de Bergame, au mot Don. Nous ne traiterons dans cet article ni des dons de Dieu, ni des dons du Saint-Esprit au sens large du mot, grâces actuelles, grâces gratis date, ni des dons du Saint-Esprit, au sens strict mais encore général, grâce sanctifiante, vertus théologales, vertus morales infuses qui sont traitées à leur place, mais uni­ quement des dons par excellence du Saint-Esprit, antoncniaslice. à savoir des sept dons universellement appelés dons du Saint-Esprit dans l'usage do l'Église et qui n'ont pas leur place marquée ailleurs. Cependant, les nécessités de l’exposition nous obligent, pour situer ces dons dans leur milieu, les ramener à leur point d'attache et manifester par voie d'opposition ce qui leur est propre, de faire précéder ce que nous en dirons d'un paragraphe sur le don quels Saint-Esprit nous fait de lui-même dans la charité, sujet qui d'ailleurs n'a pas été traité au mot Charité. II. LE PREMIER DON DIVIN : LA PERSONNE DU SAINTESPRIT. — La question de la donation du Saint-Esprit à la créature intellectuelle est intimement lice à la question de la mission des personnes divines. Nous devons supposer cette dernière question résolue et les missions divines conçues comme une sorte de prolon­ gement vers la créature raisonnable de la procession même par laquelle le Fils procède du Père et le SaintEsprit du Père et du Fils, sans cesser d’agir en per­ sonnes divines. Cf. S. Thomas, Sum. theol., I», q. xliii. L’incarnation du Verbe est l’exemple le plus frappant d’une mission divine. C’est la seconde personne divine elle-même qui s'unit à l’humanité du Christ et agit en elle, prolongeant, pour ainsi dire, sans l’altérer, sous cette nouvelle maniéré d’être, la génération éternelle par laquelle elle procède du Père. On sait, d’ailleurs, que les missions oes personnes divines sont dites visibles ou invisibles, visibles dans l'incarnation du Fils et dans les manifestations extérieures du Saint-Esprit, au bap­ tême du Christ, par exemple, et à la Pentecôte- invi­ sibles, lorsqu'un rapport spécial s’établit entre les per­ sonnes du Fils ou du Saint-Esprit et un acte intérieur de l’homme, par exemple, la connaissance de Dieu par la foi surnaturelle formée ou l’amour de Dieu par la charité. Cf. S. Thomas, ibid. Nous n'avons à parler ici que de la mission invisible du Saint-Esprit qui se fait par l'octroi à nos âmes de la divine charité, car c’est d’elle que relève le premier don divin, le don du SaintEsprit lui-même, et c’est à ce premier don divin que se rattachent les sept dons du Saint-Esprit. Deux questions seront traitées : 1° Fait du don de la personne du Saint-Esprit dans la charité ; 2° Manière j 1 I I I 1732 dont le Saint-Esprit nous est donné dans la charité. 1° Don du Saint-Esprit par la charité. — De nom­ breux textes du Nouveau Testament parlent de l’envoi du Saint-Esprit, du don du Saint-Esprit fait aux fidèles, non seulement extérieurement, mais aussi intérieure­ ment. 11 suffit de rappeler : Joa., xiv, 16, 17, 26; Rom., vin, passim; I Cor., n, 12; xn, passim; Il Cor., m, passim; Gai., iv, 6; v, 18, etc.; I Thés., iv, 8; 1 Joa., m, 24; iv, 13. D’autres textes mettent en relation d’une manière très spéciale le don du Saint-Esprit et la cha­ rité. On cite au premier rang Rom., v, 5, et 1 Joa., iv, 8-16. Le premier texte dit formellement que l'amour de Dieu, charitas Dei — ce qu’il faut entendre de l’amour divin tel qu'il est en Dieu — a été répandu dans nos cœurs par le Saint-Esprit et que, de ce fait, à n’en pas douter, le Saint-Esprit nous a été donné. Le point culminanl du deuxième passage est celui-ci : Si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous, et sa charité est parfaite en nous; nous connaissons que nous demeurons en lui et qu’il demeure en nous en ce qu’il nous a donné de son esprit. I Joa., iv, 12,13. Rap­ prochés l’un de l’autre et de ce mot du J1.7 : l’amour vient de Dieu, ces deux versets établissent une certaine identification entre ces termes : amour de Dieu en nous, demeure de Dieu en nous, don de l’esprit de Dieu. Il semble en résulterque, dans notre charité, Dieu réside intrinsèquement par le don de son Esprit. Saint Au­ gustin arrivait à la même conclusion en rapprochant le ÿ. 7 du i. 8. Ait Joannes, 7, Dilectio ex Deo est; et paulo post, 8, Deus dilectio est; ubi manifestat eam se dixisse caritatem vel dilectionem Domini quam dicit ex Deo. Deus ergo ex Deo est dilectio. De Trini­ tate, 1. XV, c. xix, P. L., t. xi.ii, coi. 1084. Mais ce commentaire et d’autres que l’on trouvera cités par Pierre Lombard, Sent., 1. I, dist. XVII, semblent mettre entre le Saint-Esprit et notre charité une identifi­ cation substantielle et absolue qui n’est pas impliquée dans le passage de l'Épitre de saint Jean que nous avions d’abord en vue. Quoi qu’il en soit de cette exégèse de saint Augustin qui nous semble un peu tendancieuse, il ressort de ces textes que, vis-à-vis de notre charité, Dieu n’est pas une cause ordinaire, c’est-à-dire une cause qui reste totalement en dehors de ses effets ; que T EspritSaint, qui procède du Père, demeure vraiment en nous, nous étant donné dans la charité comme un principe intérieur et permanent de vie surnaturelle et divine. Et tel est aussi le sentiment de l’Église, traduit par ses énoncés doctrinaux et le langage de sa liturgie. Cf. la prose Veni Sancte Spiritus. 2° Manière dont le Saint-Esprit nous est donné dans la charité. — Deux opinions se sont partagé les théo­ logiens touchant le mode de cette présence. 1. La célèbre doctrine, aujourd'hui abandonnée, de Pierre Lombard s'appuyait sur l’exégèse augustinienne et en concluait : quod ipse idem Spiritus Sanctus est amor sive caritas qua nos diligimus Deum ac proxi­ mum; elle tempérait cette affirmation en l’expliquant ainsi : tunc mitti vel dari dicitur, cum ila in nobis est ut faciat nos diligere Deum et proximum... cum ita impartitur alicui, id est ita habet esse in aliquo, ut eum faciat Dei et proximi amatorem. Il ressort de cette explication, comme le remarque saint Thomas, que le Maître des Sentences n'a pas l’intention de dire que le mouvement d’amour par lequel nous aimons Dieu est lui-même le Saint-Esprit, mais qu’il entend seulement que ce mouvement d’amour est un acte du libre arbitre mû par le Saint-Esprit, directement, c’est-à-dire sans, l’intermédiaire d’une de ces habitudes vertueuses qui interviennent dans la production des actes des autres vertus surnaturelles, foi. espérance, prudence, jus­ tice, etc. : ce que Pierre Lombard soutenait, dit saint Thomas, à cause de l'excellence de la charité. Sum. 1733 DONS DU SAINT-ESPRIT 173* theol., Il» Ilæ, q. xxm, a. 2; cf. In IV Sent., 1. I, fesse la foi catholique, un acte d'amour doit être émis dist. XVII, q. i, a. 1. La vertu de charité est donc rempla­ en regard de la lin surnaturelle, à défaut de principes cée, dans la conception de Pierre Lombard, par le Saintnaturels, il requiert dans l’immanence du sujet un prin­ Esprit lui-même, résidant en nous comme premier don ; cipe interne duquel il puisse découler sans violence. Il pour ce théologien, il n’y a pas en nous, à proprement faut donc que Dieu nous confère un principe surna­ parler, répondant a’ux habitus vertueux de foi et d’es­ turel d'ordre volontaire, perfectionnant notre volonté, pérance, d’habitus vertueux de charité. La charité n’est de telle sorte que l’acte qui en découle vitalement soit pas une vertu au sens de perfection permanente de la intrinsèquement proportionné à la fin qu’il s’agit de volonté nous donnant d’exécuter comme absolument poursuivre. S. Thomas, Quæstio unie, de caritate, a. 1, nôtres nos actes d’amour de Dieu. Il n'y a en présence Opera, Parme, t. vm, p. 582. — On arrive à la même que la faculté naturelle et le Saint-Esprit, le Dieu in­ conclusion en considérant le caractère méritoire de time, qui l’actionne. A la lettre, Deus est charitas, Dieu l’acte de charité, source de tout le mérite surnaturelest notre charité, et qui adhærel Deo unus Spiritus Pour mériter surnaturellement, il faut posséder ce est. I Cor., vi, 17. même principe, mais surnaturalisé. D’ailleurs, la spon­ Cette doctrine a été encore accentuée et exagérée par tanéité qui est la caractéristique de l’amour de Dieu, des disciples de Pierre Lombard, dont saint Thomas la facilité, la satisfaction qu’éprouve le juste en exerçant et saint Bonaventure nous ont conservé l’opinion ; la l’acte de charité, prouvent bien que celui-ci coule de voici : Sicut lux dupliciter potest considerari, vel prout source et procède d’une vertu intérieure analogue à est in se,et sic dicitur lux; vel prout est in extremitate cellesquireidcntfacileset délectables les actes vertueux diaphani terminati, et sic lux dicitur color (quia naturels. Ibid. Cf. Sum. theol., II» Ilæ, q. xxm, a. 2. hypostasis coloris est lux el color nihil aliud est quam La vertu créée de charité est donc un intermédiaire lux incorporata), ita dicunt quod Spiritus Sanctus, obligé entre l’action du Saint-Esprit et l’acte de charité. prout in se consideratur, Spiritus Sanctus et Deus Et elle intervient à deux titres, d’abord comme cause dicitur, sed prout consideratur ut existons in anima, formelle, pour surnaturaliser intérieurement notre vo­ quam movet ad actum charitatis, dicitur charilas. lonté, puis comme cause efficiente produisant concur­ Ils concluaient à une union hypostatique du Saintremment avec la volonté Pacte de charité. S. Thomas, Esprit avec la volonté, analogue à celle de l’incarnation. In IV Sent., 1. I, dist. XVII, q. I, a. 1, ad 1““. S. Thomas, In IV Sent., 1. I, dist. XVIII, q. t, a. 1, Qu’on le remarque bien, toutes ces exigences de l’acte Opera, Parme, 1856, t. vi, p. 137. Cf. S. Bonaventure, humain ne diminuent aucunement la valeur de don qui ibid., a. 1, q. I, Opera, Quaracchi, t. i, p. 294. nous est fait du Saint-Esprit : oportet incidere medium, Ces conceptions vraiment exagérées, et dont la seconde non propter indigentiam vel defectum ipsius Spiritus est hérétique, s’inspirent de l’exemplaristne platoni­ operantis, sed propter necessitatem animæ recipientis. cien, qui enseigne la continuité des Idées avec leurs Ibid. Cf. Alexandre de Halés, Sum. theol., III», q. lxi, émanations, celles-ci constitutives par leurs raisons a. 2, resol. ; S. Bonaventure, In IV Sent., 1.1, dist. XVII, terminales des perfections des êtres multiples. Saint p. t, a. 1, q. t,ad 3um. A parler selon les lois de l’appro­ Thomas n’a pas ignoré, Sum. theol., 11“ II”, q. xxm, priation qui règlent toute cette matière, puisque, effec­ a. 2, ad lu", cette aflinitédes théories platoniciennes et tivement, toute notion ou production créée procède de de la théorie de Pierre Lombard. Il y avait là pour lui la Trinité agissant à la manière d’uue cause unique, un problème, posé par l’Evangile de saint Jean luila charité dérive spécialement du Saint-Esprit, earenimême, qui se sert librement et largement des données plariter manet ab amore, qui est Spiritus Sanctus. platoniciennes : les interprétations de saint Augustin S. Thomas, ibid., solutio. La médiation d’une forme créée et de Pierre Lombard avaient accentué encore le lien n’empêche pas le Saint-Esprit d’étre la cause propre de entre la perfection surnaturelle de la charité et les l’acte de charité : necperhoc excluditur quin Spiritus personnes divines, dans le sens platonicien de l'im­ Sanctus, qui est caritas increata, sit in homine cari­ manence divine. Saint Thomas abordera à son tour tatem creatam habente, movens animam ad actum la question et la débrouillera définitivement, autant dilectionis. S. Thomas, Quæst. unie, de caritate, a. 1. qu'elle peut l’être, en scindant la solution, en s’effor­ Bien plus, on peut dire que la présence d’un intermé­ çant de conserver la transcendance divine sans dimi­ diaire permanent démontre la vigueur même de l’opé­ nuer l’intimité de la demeure du Saint-Esprit. Dans ration du Saint-Esprit : licet ad efficaciam moventis son système, la charité et les perfections surnaturelles pertineat ut dispositionem non præexigat m subjecto; seront définies nettement comme des perfections créées, tamen efficaciam ejus demonstrat si dispositionem et seulement par analogie, comme des imitations for­ fortem imprimat in passo vel moto... Unde cum Spiri­ melles de la perfection divine. tus Sanctus sit virtuosissimum movens, sic movet ad diligendum, quod etiam caritatis habitum inducit. 2. La doctrine de saint Thomas, devenue commune en théologie, s’est proposé avant tout de concilier la Ibid., ad 2““; In IV Sent., 1. I, dist. XVII, q. i, a. 1, donnée de la mission invisible et du don intérieur du ad 1““. Saint-Esprit dans la charité avec les exigences morales Si donc le Saint-Esprit n’est pas notre charité, si de l’acte humain vital qui est l'acte de charité. Cet acte celle-ci a son existence distincte et créée, elle n'en est est, en effet, volontaire, les partisans de la première pas moins liée à l'opération du Saint-Esprit comme opinion l'admettent et sont obligés de l’admettre si tant l’effet à sa cause propre et pour ainsi dire personnelle, est que rien ne soit plus libre et plus personnel que comme le rayon au foyer dont il émane immédiate­ l’acte d’aimer. C’est dire que la racine propre et immé­ ment. Le Saint-Esprit et la charité forment pour ainsi diate de l’acte de charité doit être un principe immadire un couple indissolublement lié. De même que. là nentà l’homme : caruneinclination totalement imposée ou est filtre, e/fectus propriissimus Dei, se rencontre du dehors nous ferait violence et la violence est le con­ Dieu lui-même, existant en toutes choses, secun.Jum traire du volontaire. En fait, dans l’ordre naturel, toutes immediationemsui suppositi, S. Thomas, Sur,,, theol., nos volontés dérivent d’une volonté primitive, de l’amour I», q. vin, a. 1 ; cf. le commentaire de Cajetan : de même, fondé en nature de la fin ultime, du bien universel, et toutes proportions gardées, là où est la charité, néces­ rien de plus intérieur à un être que sa nature. Il est vrai sairement se trouve le Saint-Esprit qui la cause et la qu’en regard de la fin surnaturelle, le principe volon­ maintient dans l'être. Et, selon la conception de saint taire naturel est impuissant, mais ce ne saurait être un i Thomas, il demeure vrai que le juste pour rencontrer motif pour renoncer à la loi d’origination intérieure, in­ I son Dieu n’a qu'à rentrer en soi-même et à le considérer dispensable pour des actes volontaires. Si. comme le pro­ dans son intime, à la tête de son acte d'amour. Le don 1735 DONS DU SAINI-ESPRIT de la personne du Saint-Esprit est tout aussi véritable que dans la première conception. Il faut cependant reconnaître que le mode de la liaison n’est pas aussi absolu. C’est la part du sacrilice à faire pour éviter le panthéisme et respecter la transcendance divine. Mais ce qui est ainsi perdu du côté de l’immanence va être récupéré du côté de l'absolue dépendance où la charité met l’activité totale du juste vis-à-vis du Saint-Esprit par les dons. C’est, en elfet, et précisément, à cette imperfection nécessaire de l'information de nos actes surnaturels, divins, par le Saint-Esprit, que les dons du Saint-Esprit sont destinés à remédier. C’est là leur raison d’être. III. RAISON D'ÊTRE DES DONS DD SAINT-ESPRIT. — Sum. theol., 1“ II», q. i.xvm, a. 2. — Les vertus théolo­ giques, foi, espérance el charité, perfectionnent la partie supérieure de l’àme humaine, à la manière des vertus naturelles. Ce sont, en elfet, des habitudes, c'est-à-dire des principes permanents d’activité, inhérents aux facultés qu’elles surélèvent. Nous avons prouvé briève­ ment qu’il en était ainsi pour la charité et il serait fa­ cile de le prouver pour la foi et l’espérance. Voir ces mots. Or, si l’on compare entre elles les vertus morales naturelles et les vertus théologiques, celles-ci l’empor­ tent sans doute sur celles-là par la perfection de leur être comme aussi par la dignité surnaturelle de la fin vers laquelle elles nous permettent de tendre, mais elles ne laissent pas d’être, à un certain point de vue, inférieures aux premières. L'infériorité consiste en ceci que le vertueux possède les vertus naturelles d’une manière adéquate, quasi plena possessio, tandis que la possession que nous avons des vertus surnaturelles est imparfaite. Imperfecte enim diligimus et cognosci­ mus Deum. S. Thomas, loc. cit. D'où vient cela? Lie ce que nous portons en nous substantiellement, comme notre forme naturelle même, le premier principe de toute notre moralité naturelle, à savoir la raison. Alors même, en effet, que la raison s’est créé dans notre organisme psychologique, comme autant d’aides permanents, ces habitudes de l’âme que nous nommons vertus inorales, elle ne cesse pas de demeurer en permanence à la tête de notre agir, de gouverner, de surveiller, de diriger, de stimuler de haut, par ses inspirations, notre vie morale de chaque instant. Et si, sur un point quelconque, vis-à-vis d'une difficulté nouvelle, par exemple, en regard de laquelle notre mécanisme d’habitudes morales n’est pas suffi­ samment rectifié et comme monté, une défaillance vient à se produire, la vigilante raison y pourvoit aussitôt par une entrée en scène directe. Poux· un temps elle se substitue au train de son gouvernement habituel par l'intermédiaire des vertus. Et donc, puisque la perfec­ tion morale naturelle n’a pas d’autre objet que de faire passer dans notre vie les lumières rationnelles, et, par elles, les dictées de la raison divine dont notre raison est issue, nous possédons en nous, dans notre immanence psychologique, tout ce qui est requis pour ce but, y compris le principe formel de l’ordre moral naturel. 11 en va tout autrement de la perfection surnaturelle qui nous est départie grâce aux vertus théologiques. Celles-ci, nous l’avons vu, ne sont pas, prises en ellesmêmes, le principe formel de la vie divine qu’il nous est donné de vivre à notre manière. Elles n’en sont que des participations dérivées, elficaces sans doute, mais reçues dans les facultés humaines dont elles représentent en définitive les perfectionnements. Ces facultés, informées par les vertus théologales, gardent le pouvoir d’émettre et de produire leur mouvement désormais surnaturalisé. Elles agissent elles-mêmes, selon leur propre nature, et les vertus théologiques doivent se plier à ce mode d’agir. De là, l'obscurité de 1736 la foi, bien que son objet, la Vérité première révélante, ne soit en elle-même que lumière; de là, l’imperfection de la charité qui, prise en elle-même, suffit à aimer Dieu vu face à face, puisqu’aussi bien c’est avec la même charité que le juste aime Dieu, ici-bas et au ciel, S. Thomas, ibid., a. 6; voir Charité, t. m, coi. 2226 : elle est tombée dans une âme qui ne connaît Dieu qu’obscurément, S. Thomas, ibid., a. 2, ad 3um, qui n’est qu’au commencement de son voyage vers Dieu, et qui, en conséquence, n'est pas dispos<;e, comme elle le sera au ciel, à la recevoir dans toute sa virtualité. Par l’effet, donc, de leur inhérence dans ce sujet créé qu'est l’âme humaine, inhérence, nous l'avons vu, nécessaire et fatale, les vertus théologiques, si elles ont l’effica­ cité de destiner celui qui les possède à la vie éternelle, n’ont pas celle de garantir absolument cette destination. L’hommejuste.avec sa raison aliqualiter et imperfecte informata per virtutes theologicas, ibid., a. 2, demeure à la tête de son activité surnaturalisée; et ce privilège, indispensable à la vertu méritoire de ses actions, de­ vient fréquemment la source des défaillances qui peuvent aller jusqu’à lui faire perdre l’amour de Dieu. Le but que le juste poursuit est si élevé au-dessus de ses forces; l’être humain qu’il doit y conduire est si plein de misères, en dépit de sa surnaturalisation! Il est manifestement, en regard de la conquête définitive du but surnaturel, dans un état inférieur à l’homme nature, vis-à-vis de sa moralisation rationnelle. La constatation de cette infériorité sert de point de départ à saint Thomas, pour s'élever à l’idée de la conve­ nance de forces divines supplémentaires qui relève­ raient l'ordre surnaturel en face de l’ordre des vertus naturelles. Suivons son raisonnement : manifestum est quod unumquodque quod perfecte habet naturam vel formam aliquam aut virtutem potest perse secundum illam operari..., sed id quod imperfecte habet ea non potest per se operari nisi ab allero moveatur. Or. il semble que ce soit là une lacune indigne d'une œuvre divine. Il n’est pas convenable que notre moralisation surnaturelle soit dans un état d'infériorité vis-à-vis de notre moralisation naturelle. Puisque le Saint-Esprit, cause propre de cette dernière moralisation, reste né­ cessairement en dehors de notre nature qu’il trans­ cende infiniment, il faudra donc qu’il supplée par des excitations et des impulsions directes, non pas acci­ dentelles mais normales, à la façon dont la raison intervient dans le gouvernement des vertus. Et c'est cette assistance continuelle qui nous est garantie par des attestations comme celles-ci : Qui Spiritu Dei aguntur, hi /ilii Del sunt: et si filii et heredes, Rom., vili, 14-17, et encore : Spiritus tuus bonus deducet me in terram rectam. Ps. cxLtt, 10. Seul, i’Esprit-Saint est vis-à-vis du salut définitif un principe absolument proportionné, cai· seul Deus cujus scientiæ et potes­ tati omnia subsunt, sua motione ab omni stultitia, et ignorantia, et hebetudine,et duritia, et ceteris hujus­ modi, nos tutos reddit. Ibid., ad 3“m. C’est cette influence directe, et cependant normale, de l'Esprit-Saint int rvenant dans notre psychologie morale surnaturelle, pour lui donner la perfection dévolue à l’organisme des vertus naturelles, que con­ sacre la doctrine des dons du Saint-Esprit. Par eux, en elfet, le Saint-Esprit demeure en tout temps à la tète de notre vie surnaturelle, comme la raison se trouve naturellement à la tète de la vie morale; pai· eux, l’organisme surnaturel se trouve définitivement armé el perfectionné, étant sohs l’empire direct de sa règle divine, le Saint-Esprit. IV. LES DONS DU SAINT-ESPRIT SONT-ILS DES HABI­ TUDES? — Sum. theol., q. bxvin, a. 3. —D’après ce que nous avons dit, la question semblerait devoir être tranchée par la négative. Les dons du Saint-Esprit se présentent comme des excitations, des impulsions 1737 DONS DU SAINT-ESPRIT du dehors; l’habitude est, au contraire, un principe intérieur, devenu connaturel, d’activité psychologique. Mais l'opposition n'existe que si l'on conçoit cette activité du don comme une activité purement motrice et efficiente. Car il est des activités d'un autre carac­ tère, des activités réceptrices, qui ne s’exercent que pour mettre leur sujet dans un état de passivité. Telle l’attention du disciple qui le met en disposition de recevoir l'enseignement de son maître, telle l’obéissance qui met une âme en état de disponibilité à l’endroit des commandements légitimes. Rien ne s’oppose à ce qu'il y ait en nous un principe permanent et habituel de semblables activités. De fait, l’attention et l’obéis­ sance sont en nous à l’état de vertus. Si donc on con­ çoit les dons du Saint-Esprit comme des dispositions de l’âme à recevoir et à desservir les inspirations du Saint-Esprit, rien ne s’oppose â ce qu'ils puissent être considérés comme des habitudes. B. Eroget, De l'habi­ tation du Saint-Esprit dans les dmes justes, 2’ édit., Paris, 1900, part. IV, c. vi, les dons du Saint-Esprit, p. 381·. Le sont-ils en effet? C’est une question qui divise les théologiens. A la rigueur ils peuvent ne pas l'être. Le Saint-Esprit, résidant en nous, avec toute la sainte Trinité, par la grâce sanctifiante, procurerait, par ses initiatives toties quoties, le bon fonctionnement des vertus théologales et des vertus morales infuses ou surélevées, de manière à assurer le salut du juste, en le prémunissant contre les dangers provenant de l’im­ perfection de notre participation à la vie surnaturelle. Mais il semble que cette manière de garantir le service d’interventions, d'ailleurs absolument nécessaires pour le salut, ne s’harmonise pas avec la perfection que Dieu apporte dans ses œuvres, toutes les fois qu’il s'agit d’assurer le nécessaire. Ainsi dans l’ordre de la perfection morale naturelle, les vertus morales n’ont pas seulement une efficacité active, mais, par l’acquis qu’elles représentent, elles disposent habituellement nos inclinations appétitives à recevoir les commande­ ments rationnels. Toujours la même question : l’ordre surnaturel sera-t-il moins complet en nous que l'ordre naturel? Nous aurions des organes permanents pour recevoir les impulsions de la raison, et nous n’en aurions pas pour recevoir les impulsions du SaintEsprit qui, par la grâce et la charité, réside dans notre âme, aussi ordinairement que notre propre raison? l'ieu aurait seulement ébauché la partie supérieure de son œuvre, tandis qu’il aurait achevé la partie infé­ rieure : notre moralité naturelle serait mieux assurée que notre moralité surnaturelle et notre salut! Il faut conclure de tout cela que les dons du Saint-Esprit sont en nous, comme les vertus, à l’état d’habitude. Cela est de haute convenance. Ici une difficulté se présente. Le propre de l’habi­ tude est d'être à la disposition de la volonté de son possesseur. Disposerons-nous donc â notre arbitraire de l’activité même de la cause première? Cette diffi­ culté n’en est pas une si l’on entend bien le principe allégué : l’habitude est à notre disposition. Ce principe doit s’entendre positis ponendis. Aucun acte naturel ne se produit sans une intervention du Dieu qui in omni natura et voluntate interius operatur: de même, aucun acte surnaturel, sans un secours divin surna­ turel. Or, l'utilisation d’une habitude surnaturelle est □ n acte surnaturel, qui ne peut se produire que par une intervention divine coordonnée à l’intervention spéciale du Saint-Esprit, résultant de l'usage effectif du don. Ainsi entendu, le principe en question n’a rien d’im­ possible : si nous utilisons l’agir divin, c’est que Dieu nous a d'abord excités, par une grâce actuelle, à nous servir du don, lequel, à son tour, nous donne en quelque sorte barre sur le Saint-Esprit. Nous n’avons d’ailleurs le pouvoir de mettre en branle l'action du Saint-Esprit. 1738 est-il besoin de le rappeler, que pour nous soumettre à cette action. Notre droit sur lui n’est que le pouvoir efficace de nous mettre.en regard de lui dans une alti­ tude obédientielle, qui provoque efficacement son in­ tervention. Cf. A. Gardeil, Les dons du Saint-Esprit dans les Saints dominicains, Paris, 1903, Introduction, p. 32 sq. V. DIFFÉRENCE DES DONS DU SAINT-ESPRIT ET DES VERTUS MORALES INFUSES. — Sum. theol., 1· II», q. Lxvtll, a. 1. — Les dons du Saint-Esprit occupent en regard de l’action du Saint-Esprit une place analogue à celle que les vertus morales occupent dans l’homme naturel en regard de la raison. Ici, une nouvelle diffi­ culté se présente. Selon l'opinion commune, inaugurée par saint Thomas, il existe des vertus morales infuses, véritables habitudes surnaturelles, qui ont précisément pour objet d’assurer dans le domaine de la pratique l’influence continue de la charité et, par conséquent, du Saint-Esprit qui nous gouverne par elle. Si l’on accepte cette opinion, les dons, tels que nous les avons définis, ne font-ils pas double emploi, ou, du moins, ne se confondent-ils pas avec les vertus morales in­ fuses? Cette manière de voir est confirmée par ce qui se passe dans l’ordre des vertus naturelles, qui. de­ meurant identiques à elles-mêmes, cumulent le rôle de principes actifs d’opérations morales avec celui de disponibilités permanentes au service des injonctions rationnelles. Certains théologiens ont pensé qu’il n’y avait lieu que de faire une distinction morale.· La qualité de don ne ferait que mettre l’accent sur le côté par lequel les vertus infuses dépendent de leur cause divine, tout en demeurant essentiellement des vertus purement actives. Mais cette opinion ne se concilie pas avec les diffé­ rences que manifestent les énumérations des dons et des vertus. Si l’on parcourt la liste des sept dons, on constate que certaines vertus morales ne se trouvent pas parmi les dons, la justice, par exemple; certains dons, la crainte en particulier, n’ont pas rang de vertu, d’autres, les dons intellectuels, ne sauraient faire partie des vertus morales infuses. Cette manière de voir est donc controuvée. Et c’est pourquoi la distinction réelle doit être main­ tenue. Elle trouve sa raison d’être dans la double ma­ nière dont une cause première d’un ordre donn-; intervenir dans son domaine, à savoir : premièrement en mettant en mouvement des causes secondes, aux­ quelles elle a départi d’une manière habituelle une partie de son pouvoir actif ; deuxièmement en interve­ nant directement, par des initiatives personnel: s, dans le fonctionnement ordinaire déjà assuré par les causes secondes. La première manière fait appel à un simple concours ou prémotion de la cause seconde avec la cause première, la seconde manière relève de la causalité instrumentale proprement dite. A la premiere se rattache l’activité des vertus morales infuses, à la seconde, les dons. Les vertus morales ne font que dé­ tailler l’impulsion motrice que le Saint-Esprit leur transmet par la charité; comme la charité dont elles émanent, elles perfectionnent la puissance naturelle spéciale dans laquelle elles résident; en elles et avec elles la raison et les puissances appétitives gardent l’initiative de leur mouvement et le gouvernement de notre vie morale. Par elles, celle-ci estsurnaturalisée; mais la rançon de l’initiative laissée â la raison, est l’imparfaite garantie du salut, que seule l’action di­ recte et continue du Saint-Esprit peut mettre hors de toute atteinte. C’est cette action directe et continue du Saint-Esprit que les dons font descendre sur le terrain même des vertus morales, sur le terrain de la vie de chaque jour. N’agissant que pour nous mettre en état de recevoir, ils font de nous les instruments du Saint-Esprit qui 1739 DONS DU SAINT-ESPRIT 1740 devient, aux lieu et place de" notre raison, la vraie tète un principe d’actes moraux. Dans l'ordre de la moralité de notre agir et nous gouverne à son gré. Étant en I surnaturelle auquel appartiennent les dons nous ne nous à l’état d'habitude, ils garantissent, autant que devons pas nous attendre à rencontrer un «art divin »,à peut le faire une habitude, la présence normale et moins qu’on ne veuille, comme l’ont fait certains Pères, l’intervention en temps utile des motions nécessaires l’attribuer au Saint-Esprit lui-même, artiste divin, qui de l’Esprit divin. H est vrai que nous ne pouvons se sert, comme d’un clavier, des différents jeux de mettre en branle ces habitudes que sous une motion notre organisme surnaturel qu’il touche à volonté, selon ses inspirations. Au contraire, les vertus inteldivine spéciale, mais cette motion est de l’ordre du concours divin, lequel est dû à tous les organes habi­ j lectueiles de sagesse, de science, d'intelligence et de conseil, sont aptes à perfectionner l’acte humain, si tuels disposés par la providence, surtout aux organes tant est que bien penser soit le principe de la morale. surnaturels, objets d’une providence spéciale. Le con­ Elevées à la dignité d’habitudes surnaturelles, en la cours divin est comme l’air que nous respirons ; seule, seule manière possible pour elles, c’est-à-dire comme une faute volontaire pourrait mettre un obstacle à cette dons du Saint-Esprit, elles perfectionneront la connais­ divine intervention. En dehors deæe cas, le juste uti­ sance de la foi, principe de toute la vie surnaturelle. lise, quand il le veut, l'habitude du don, il dispose des La foi a trois objets : 1. la Vérité première, Dieu, qui inspirations du Saint-Esprit, non en exerçant surelles est son objet premier et principal ; 2. toutes espèces de une influence active, ce qui est impossible, mais en la vérités concernant les créatures, en relation avec la manière dont on peut agir sur une cause première, Vérité première, objet secondaire; 3. la direction sur­ comme un champ d’activité qui se déploie, comme un instrument tout monté qui s’offre à l’artiste inspiré, naturelle des actes humains,, auxquels elle s’étend en éclairant de sa lumière la charité qui est leur principe organum pulsaluma Spiritu Sancto, dit saint Grégoire de Nazianze. Étant donné qu'il ne le peut faire que moteur prochain — objet d’extension. Le don d'intel­ ligence, conformement au rôle de pénétration dévolu sous la motion‘divine, en vertu de l’harmonie prééta­ à la vertu intellectuelle du même nom, donnera au blie entre toutes les volontés divines à notre endroit, son offre volontaire· constitue un droit actuel aux ins­ juste de pénétrer à l’intime de ce triple objet de la foi; les dons de sagesse, de science et de conseil per­ pirations du Saint-Esprit; la correspondance divine fectionneront le jugement que porte sur lui la foi, est infailliblement garantie. conformément à ce que chacune a de spécial. C’est Ce n’est donc pas par une différence d’objet que se ainsi que la sagesse aura pour domaine les choses di­ distinguent les vertus morales infuses et les dons. vines en elles-mêmes, la science les choses créées, le Sum. theol., ibid., a. 5, ad 1““. Leur terrain d’exer­ conseil l’extension des vérités de foi à la pratique. Ibid. cice est identique : c’est toute la pratique morale surna­ Les puissances appétitives sont perfectionnées dans turelle. La raison unique de leur distinction est dans la différence de leur mode intérieur d'opérer : ici mode l’ordre naturel parles vertus de justice, de force et de humain, là mode divin; ici action surnaturalisée, mais tempérance. Le don de piété, de cette vertu qui, par un réglée par la raison, là activité d'abord purement récep­ sentiment de révérence spéciale pour Dieu, notre Père, trice, puis agissante, mais uniquement sous l’inspira­ opère le bien envers tous, est bien l’expression la plus tion du Saint-Esprit, règle divine, supérieure à la raison, haute de la justice surnaturelle. Le don de force cor­ respond naturellement à la vertu de force, et, comme même surnaturalisée, étant la Raison divine elle-même. Aussi, tandis que les vertus morales infuses ne elle, mais d’une manière supérieure, garantit l'aine peuvent appartenir qu’à l'étage appétitif, tandis que des terreurs causées par les périls; le don de crainte de Dieu est l’aide tout indiqué de la tempérance dans l’étage strictement rationnel doit leur échapper, puis­ la lutte particulièrement tenace que celle-ci soutient que renfermant leurs causes génératrices et direc­ trices il leur est fatalement supérieur, les dons qui contre les concupiscences violentes de la chair. Sum. relèvent uniquement de la cause divine qu’est le Sainttheol., 1*11«, q. lxviii, a. 4. Esprit, peuvent être aussi bien intellectuels que volon­ 2“ L’ordre selon lequel les dons sont énumérés chez taires. Sum. theol., ibid., a. 4. Toutes les puissances Isaïe ne correspond pas à la hiérarchie de nos facultés, ■de l'homme, en effet, sont dans la dépendance de ce que la précédente systématisation semblerait im­ Dieu, et l’œuvre du salut éternel, avant d’être affaire poser, Peut-on le justifier? La chose n’a pas, en soi, de volonté et d’affection, est affaire de conception grande importance, mais il se trouve que l’effort, fait intellectuelle. Voilà pourquoi, dans la nomenclature par la théologie scolastique pour y arriver, a jeté la communément adoptée des dons, le plus grand nombre, lumière sur un nouvel aspect des dons, je veux parler à savoir la sagesse, l’intelligence, la science et le con­ sur le rôle directeur de plusieurs d’entre eux vis-à-vis seil, désignent des perfections intellectuelles. Trois des autres. Dans la liste traditionnelle les six premiers seulement, la piété, la force et la crainte, concernent dons sont énumérés deux à deux, et de telle sorte directement l'appêtition. qu’un don intellectuel est toujours nommé le premier; vt. i.’organis.ve biérarcbisé des dons. — La liste c’est ce qui a suggéré la pensée d’attribuer à ce don des dons admise communément est empruntée à l’énu­ une influence directrice spéciale sur son ou ses associés. mération attribuée par la Vulgate à Isaïe, xi, 2, 3: L’ordre naturel est conserve pour le don de sagesse, Spiritus sapientia et intellectus, spiritus consilii et qui, considérant les choses du point de vue de l’absolu, fortitudinis, spiritus scientia et pietatis el replebit a une influence prépondérante ; on lui adjoint le don eum spiritus timoris Domini. Dans cette énumération moins élevé d’intelligence, en vertu, peut-on dire, de que nous supposons acquise, deux points sont à rele­ l’affinité existante entre eux dans la philosophie natu­ ver : la distinction de sept dons, l’ordre de l’énuméra­ relle où la métaphysique, étant la science suprême, tion. défend les premiers principes objets de l’intelligence; 1° La distinction de sept dons peut se justifier par c’est du don de sagesse que relèverait également le leur rapport avec les puissances de l’âme et les vertus dernier des dons demeuré isolé et cela parce que la crainte du Seigneur trouve son motif propre dans attachées à ces puissances. Cf. Sum. theol., IIa Ilæ, l'excellence divine, objet du don de sagesse. q. vin, a. 6. Les puissances intellectuelles sont perfec­ tionnées dans l’ordre naturel, en regard de l’objet Le don de force a une affinité avec le don de conseil, due à ce que le conseil est surtout nécessaire dans les propre de l’entendement qui est l'être, par les cinq périls, à cause de la précipitation qu’engendre la vertus intellectuelles aristotéliciennes, à savoir, sagesse, frayeur. Ledon de piété est apparenté à celui de science, intelligence, science, prudence et art. Parmi celles-ci, de peur que la piété, toute en zèle filial, duni se extra il en est une, l'art, qui n’est pas susceptible de devenir 1741 DONS DU SAINT-ESPRIT 1742 rectitudinem inclinat, intorqueat, comme dit à son les effets de cette concession nécessaire faite à la rai­ sujet saint Grégoire, de peur donc qu'elle ne dévie. son que sont destinés les dons. Ceux-ci sont réglés Quanta l’interversion de l'ordre naturel du conseil et directement par le Saint-Esprit résidant en nous par de la science, il se justifie du fait que la force que la charité. Le Saint-Esprit dans le gouvernement de dirige le conseil serait plus nécessaire, en un sens, nos âmes par les dons se substitue définitivement â la pour la pratique de la vie spirituelle que la piété diri­ raison, il passe pour ainsi dire par-dessus elle, pour gée par la science. La piété, en effet, s’applique indis­ venir â l'appui de son œuvre première qui, parce qu'elle tinctement à toutes les bonnes œuvres, ad omnia uti­ est aussi la nôtre, n’est pas à l’abri de toutes les lis est, tandis que la force fait face aux périls, lesquels défaillances, surtout en présence des œuvres difficiles par leur ordinaire gravité requièrent tout particuliè­ ou délicates. Et comme il convient qu’à cette œuvre rement l'assistance immédiate du Saint-Esprit. Sum. du Saint-Esprit nous coopérions, afin que là où est theol., I· II®, q. LXVlll, a. 7. l’action divine immédiate le mérite ne soit pas absent, Ces considérations paraîtront peut-être plus ingé­ les dons sont dans le juste â l'état d’habitudes consti­ nieuses que justifiées. Elles témoignent, en tous cas, du tuant une sorte de droit permanent aux inspirations profond respect de l'antiquité dont saint Thomas con­ directes du Saint-Esprit, droit dont notre volonté, avec dense les commentaires (voir la partie documentaire), le secours ordinaire de Dieu, peut user à discrétion pour les moindres nuances du texte sacré. Abstraction Ainsi se complète l’organisation intérieure du juste sous la dépendance de l’Esprit de Dieu. faite de la solidité de leur fondement exégétique, elles ne manquent pas d’une sérieuse vérité psychologique Dans cette synthèse dynamique les vertus moraleset l'épreuve de la pratique spirituelle les a, plus d’une infuses sont à la base, elles assurent le train ordinaire fois, vérifiées. des actes méritoires, le fond de la vie surnaturelle. Les dons sont des auxiliaires, mais non pas à la Au rôle directeur de certains dons sur des dons infé­ manière de serviteurs subordonnés : c’est d'en haut rieurs, se rattache la question du rôle directeur des qu'ils procèdent et leur action ne dessert pas seulemen dons sur les vertus morales infuses. S. Thomas, les vertus, elle les supplée, étant dans l'ordre que Sum. theol., I» II», q. lxviii, a. 8. Sans doute, dans l'intervention du principe premier peut s'exercer d unl'ordre de l’étre, la genèse de ces vertus précède celle manière totale et se passer des moteurs subordonnés. des dons : il convient que notre intérieur soit soumis Il ne faut donc pas concevoir l’action des do: d'abord au règne de la raison surnaturalisée, avant de comme tellement liée à l'activité des vertus, que celles ci l'être au gouvernement direct du Saint-Esprit. Avant ne puissent s’en passer, ou que ceux-là soient obliges tout, dit saint Grégoire, cité à ce sujet par saint Thomas, de se servir d’elles. Le Saint-Esprit, résidant dans éibid., obj. 2a, le don du Saint-Esprit forme dans l’âme cœur du juste, agit sans cesse, mais tantôt il laisse la qui lui est soumise, la justice, la prudence, la force et charité et les vertus infuses morales aller leur train, la tempérance; c'est une aine ainsi armée qu'il munit et se contente de les surveiller, tantôt il intervient par aussitôt par les vertus de sagesse contre la déraison, etc. ses dons dans leur marche, pour renforcer ou corriger bans l'ordre dynamique au contraire, les dons sont leur fonctionnement, tantôt il fait agir le don sans la supérieurs; ils sont destinés, en effet, â venir au se­ vertu, par une inspiration dont il a toute l'initiative, cours des vertus morales; grâce à l’influx direct et tantôt il dirige une vertu par un don, et dirige ce don immédiat qu’ils reçoivent du Saint-Esprit, ils sont ca­ à son tour par un autre don supérieur. Variété des pables de les diriger. Par ce dernier trait s’achève moyens dans la richesse des bienfaits, tel est le gou­ i organisation dynamique de toute notre psychologie vernement intérieurdu Saint-Esprit. Et c’est sans doute ■surnaturelle, que nous pouvons maintenant, abandon­ ce que proclame ce double septénaire des dons, d'une nant l'analyse, embrasser d’un seul regard. part, et des vertus tant théologiques que morales infuses, i/z. SfNTUÈSB DU DYNAMISME SURNATUREL. — Au d’autre part', si tant est que le nombre sept dans centre de ce dynamisme est la charité qui est répandue langue sacrée désigne moins un nombre détermine directement dans nos âmes par le Saint-Esprit. C’est qu’une plénitude. elle qui fait la connexion des vertus et des dons. Sum. VIII. MONOORAPBIES DES DONS. — L’étude des écri­ theol., I» II®, q. lxvi, et LXVlll, a. 5. Font corps avec la vains ecclésiastiques qui, après saint Augustin. ' - ,rcharité, les deux autres vertus théologiques, la foi qui tout après saint Grégoire, ont traité des dons du Saintest sa lumière, l’espérance qui la complète en déve­ Esprit nous met en présenced’un nombre consid- r ■.. .·· loppant l'aspect béatificateur de son objet, que la cha­ de monographies. Mais, ou bien ce sont des para­ rité, tout désintéressement et détachement de soi en phrases de quelques pensées jetées par les deux gr.imivue de Dieu, ne saurait expliciter. De la charité, docteurs, et nous en retrouvons dès lors la substance comme d’un foyer générateur, émanent vertus infuses chez, saint Thomas, ou bien ce sont des descriptions et dons; en elle, ils trouvent l’unité dynamique qui de verve, jaillies de l’expérience personnelle des auteurs, assure la connexité de toutes leurs opérations. Les et à ce titre très intéressantes pour la théologie mys­ trois vertus théologales dominent ainsi tout l’ordre tique positive, mais très difficiles à ramener aux pro­ des vertus comme des causes supérieures, comme des portions d’un résumé théorique. On trouvera l’indica­ vertus-mères. Ce sont elles qui opèrent l’union radi­ tion des principales de ces descriptions dans la par:: cale avec Dieu et c’est grâce â elles que tout le dyna­ documentaire. Nous résumerons seulement ici,en les misme inférieur se trouve sous l’influence de l’Espritparaphrasant, les données des monographies dns-—-Saint. Mais, dans la réception de cette influence, il par saint Thomas d'Aquin, sans entrerdansks -x; heafaut faire une différence. Les vertus morales infuses tionsde ses commentateurs que l’on trouvera plus reçoivent l’influence divine par l’intermédiaire de la Si l'on veut se rendre compte du fini psycholoei jm e charité, et comme celle-ci est en nous à l’état de per­ systématique auquel ces données ont abouti. · fection habituelle de la raison, c’est une influence temps que de la valeur pour la vie spirituelle qu e-n: divine humanisée, et en quelque sorte une lumière leurs monographies détaillées, on peut lire les disser­ tamisée par le mode humain d’exister de la divine tations sur ce sujet de l’un des derniers parmi les charité que recueillent les vertus morales infuses. Il maîtres du passé, Jean de Saint-Thomas, d·.··. tor pro­ faut qu'il en soit ainsi, pour que le juste garde la spon­ tanéité de son amour et l’entière vertu méritoire de j fundissimus. Cursus theologicus, in I"> 11*, q. LX’-'in, disp. XVIII, a. 3-6. Si l'on veut un bon résumé, de ses actes. Il y perd â la vérité quelque chose de poche, pour ains dire lire Billot, De virtutibus infu­ l'infaillibilité que lui donnerait la direction immédiate sis, thesis vm, 1. du Saint-Esprit et c’est à récupérer autant que possible 1743 DONS DU SAINT-ESPRIT 1744 le sens de la fin ultime qui l’empêche de dévier, ce que Nous suivrons dans notre étude cet ordre : d’abord les ne donne pas la foi informe. Sur ce point, qui est capi­ dons intellectuels, puis les dons volontaires. Dans cha­ tal, il voit clair, il démêle, il perçoit. Ibid., a. 5. C’est cune des séries, nous suivrons l’ordre des vertus aux­ une illustration intellectuelle, qui a une certaine ana­ quelles ils correspondent, foi, charité, prudence, pour logie avec le jugement prophétique, qui en a l'infailli­ la première série, justice, force, tempérance pour la seconde, bien que la crainte de Dieu, qui correspond bilité, mais qui en diffère en ce qu’elle se borne à donner une juste estimation de ce qui tend à la fin à la tempérance par un côté, soit rattachée principale­ ment par saint Thomas, à la vertu d’espérance. ultime personnelle du juste. Ibid., ad 2um. Le juste a cette estimation spontanément, instinctivement, non 1° Le don d'intelligence. —Sum. theol., II» II”,q. vin. par mode de jugement, ce qui appartient au don de — 1. Son acte. — Le propre de l’intelligence, en lant sagesse, ibid., a. 6, mais par une sorte d’appréhension qu’elle constitue une fonction de ia faculté intellec­ tuelle distincte de la fonction scientifique, c’est l’intui­ surnaturelle. tion, c’est-à-dire la pénétration profonde de son objet Les vices opposés au don d’intelligence seront, par suite, l’aveuglement de l'esprit et l’épaississement du par un regard simple, ce qui n'exclut pas, comme le remarque Jean de Saint-Thomas, un jugement de sens spirituel. Le premier provient tantôt d'une volonté mauvaise, qui ne veut pas voir, attaquant ainsi le simple discernement, mais seulement un jugement don d’intelligence dans sa racine même, la charité; analytique, remontant aux causes de la vérité perçue, tantôt d'un amoncellement de préoccupations terrestres comme celui que contient la connaissance de la vérité et d’affections charnelles, telles qu’elles empêcheraient, d'une conclusion. Par analogie, le don d’intelligence dit saint Thomas, interprétant un texte du Ps. lvii, de pourra être conçu comme donnant une intuition péné­ voir le soleil lui-même. On trouvera, dans la q. xv de trante des choses divines. Loc. cit., a. 1. la II» Ilæ, une analyse très étudiée de ces deux déforma­ 2. Son objet. — Les choses divines, ici-bas, nous tions de notre psychologie surnaturelle et, dans la q. XVI, sont connues obscurément par la foi. Comment allier a. 2, un répertoire des documents scripturaires qui cette obscurité et l'intuition pénétrante dont nous contiennent les préceptes divins relatifs aux dons d’in­ venons de parler? Loc. cit., a. 2. En distinguant les telligence et de science. —Au don d’intelligence, qui pro­ objets primaires, les objets secondaires et l’objet d’ex­ duit l’intuition du divin en supposant et en entretenant tension de la foi. Des premiers qui sont les mystères, la purification du cœur, correspond la première des le don d’intelligence ne saurait évidemment nous don­ béatitudes évangéliques, Beati mundo corde quoniam ner une intuition positive : ce serait supprimer la foi; ipsi Deum videbunt, elle fruit du Saint-Esprit dénommé mais il peut nous donner des vues intuitives sur le par l'apôtre du nom de foi, alteri fides in eodem spi­ second, par exemple sur de nombreux textes de l’Ecriritu. Ibid., q. vni, a. 7, 8. ture sainte qui se rapportent aux mystères, nous mani­ Le don de science. — Sum. theol., 11» 1I“, q.tx.— festant d'une claire vue ce rapport. De plus, en ce qui Comine le don d’intelligence, le don de science a pour concerne les mystères eux-mêmes, ledon d’intelligence matière les vérités de la foi, tant spéculatives que pra­ peut donner la claire vue de leur crédibilité extrin­ tiques, mais au lieu d’en donner la simple intuition, il sèque, manifester quod propter ea quæ exterius appa­ permet de former à leur sujet un jugement raisonné,qui rent, non est recedendum ab his quæ sunt fidei, Ibid. discerne, en connaissance de cause, credenda a non cre­ L’objet d’extension de la foi senties règles supérieures dendis. Ce n'est pas que l'intelligence, sous l’empire delà pratique chrétienne, ibid., a. 3; par exemple les de ce don, raisonne à proprement parler, comme celle relations intratrinitaires des personnes divines pro­ du théologien. Il lui est fait communication de la voquent chez les saints des efforts pour réaliser en science du Saint-Esprit, et bien que la formule par eux-mêmes des vertus dont ces relations sont le modèle laquelle s’extériorise la connaissance qu’elle a des exemplaire : l'intuition de cette exemplarité, de ce rap­ choses surnaturelles, reproduise objectivement l'appa­ port régulateur à l’action vertueuse, sainte, sera l’affaire reil du raisonnement, c’est encore ici par une sorte du don d'intelligence. Un simple fidèle n’y voit rien. d’expérience inspirée que le juste éprouve, plutôt qu’il Cf. A. Gardeil, Le don d'intelligence dans sainte Cathe­ ne déduit, la vérité de ses appréciations. Cette connais­ rine de Sienne, op.cit. En résumé, un objet inaccessible sance est distincte de la science infuse, simple transmis­ au don, à savoir la substance des articles de foi; trois sion de la science divine, pouvant porter sur des con­ objets accessibles : ce qui est ordonné à la manifesta­ naissances naturelles, philosophie, etc., en ce qu’elle tion du mystère, sa vérité extrinsèque ou crédibilité, ne porte que sur ces réalités surnaturelles, en contact sa vertu régulatrice des mœurs. avec la fin ultime, dont la charité nous donne le sens 3. .Sa raison d’être et sa cause. — a) La charité, immédiat; elle diffère aussi du don de science, qui pour être parfaite, c’est-à-dire nous mener absolument, fait partie des grâces gratis datæ, n’étant pas ordonnée efficacement au salut, requiert le don d’intelligence, au salut des autres, mais de son possesseur, et par suite ne pour cette raison spéciale que, pour vouloir toujours bien, il faut voir clair. Or, la foi salutaire, si elle i comportant pas nécessairement le don de manifester aux autres ce que l’on sait, q. ix, a. 1. Cependant, incline efficacement à adhérer, ibid., a. 5, ad 3”m, ne tout en ayant pour objet les choses de la foi, le don de fait pas la clarté. Ce n’est pas de sa nature. De là des science ne nous communique qu’une connaissance parobscurités, des inintelligences, des erreurs sur les trois alentours de la foi : rapports du mystère, objet de la foi I tielle, per causas secundas, dit saint Thomas, laissant au don de sagesse, d’éclaircir le même objet per cau­ et du créé, théories philosophiques qui contrarient la sas altissimas. lbid.,n. 2. Par exemple, la connaissance crédibilité, préjugés ou aberrations morales qui peuvent aire tomber le fidèle, faute de lumière parfaite. Le don ferme, spontanée, réfléchie, de Dieu que provoquent chez les saints les merveilles de la nature, les événe­ l'intelligence y pourvoit, du moins pour tout ce qui est ments de ce monde ou l’histoire des âmes, appartiendra lécessaire au salut individuel, n’étant pas un brevet au domaine du don de science. Rien de plus fréquent d'omniscience. Ibid., a. 4, ad l“m, 2““ et3““>. Comment que son intervention dans les raisonnements des doc­ :ela? b) C’est qu’il est constitué essentiellement parle teurs de l’Église. Us sentent les harmonies du dogme nouvement d’une intelligence sous l’empire de l’Espritqu’ils expriment cependant selon les lois du raisonne­ ïaint, dont la charité assure la demeure dans le juste. ment, et ce sens leur vient de l’Esprit divin. C’est ce Jujusmodi autem motus consideratio in hoc est quod recoursà des considérations en soi inférieures, puisque tomo apprehendat veritatem circa finem. Quelles que ioient donc les obscurités, les objections, etc., le juste, créées, qui autorise, selon saint Augustin et saint Thomas, le raccord du don de science, à la béatitude :ar le don d’intelligence, garde au milieu de tout cela 1745 DONS DU SAINT-ESPRIT des larmes, Beati qui lugent, car creaturæ facite sont inmuscipulam pedibus insipientium, Sap., χιν, II, et hoc damnum homini innotescit per rectum judi­ cium de creaturis quod habetur per donum scientiæ, ibid., a. 4; tandis que le don de sagesse qui donne de voir tout en Dieu s’épanouira dans la joie et la paix. Cf. A. Gardeil, Le don de science en saint Dominique, op. cit. 3» Le don de sagesse. — Sum. theol., H*II»,q.XLV.— Le don de sagesse ressemble à la théologie et à la méta­ physique par son point de vue qui est de tout juger d'après les suprêmes raisons d'être. Mais il en diffère par son objet, les choses divines en elles-mêmes, et parson principe, qui n'est pas le labeur humain, mais cet état d'union sympathique avec Dieu, que produit la charité, selon la parole : Qui adhæret Deo unus spiri­ tus est. I Cor., vi, 17. Appuyée à ces divines clartés l’intel­ ligence du juste juge toutes choses, spiritualis judicat, I Cor., n, 15, et en connaissance de cause, car Spi­ ritus omnia scrutatur eliam profunda Dei, ibid.,10: elle contemple et consulte, sous forme de raisonne­ ment, les raisons d’être supérieures, divines, de toutes vérités dans les deux domaines de la connaissance et de l'action, a. 3. Celte contemplation, cependant, ne dissipe pas l'obscurité radicale de la foi; c'est une contemplation cordiale, par mode d'expérimentation et non pas d'analyse conceptuelle, bien qu’elle puisse s'exprimer objectivement et analytiquement dans les concepts et le langage humain. — Bien que tous les justes aient en eux habituellemeni par la charité le principe de cette contemplation, le don qui leur per­ met de l’émettre sous l’inspiration du Saint-Esprit, il y a des degrés dans sa possession. Les uns possèdent ce qu'il en faut pour le salut; d’autres le reçoivent à un degré supérieur, de telle sorte que, non seulement ils peuven percevoir les vérités divines à sa lumière et diriger d’après elles leur propre conduite, mais encore manifester aux autres ce qu’ils en savent et diriger les actions d’autrui en conséquence. Ce complément orienté vers le dehors relève déjà! de la grâce gratis data de sagesse, I Cor., xn, 8: A lit quidem per spiritum datur sermo sapientiæ, laquelle n’est pas nécessairement atta­ chée â la charité, étant de ces faveurs que le SaintEsprit distribue absolument prout vult : elle n’est cependant jamais mieux assise dans une âme que lorsqu'elle s'appuie sur le don de sagesse d’un juste. — Au don de sagesse correspond la béatitude évangé­ lique. Beati pacifici quoniam filii Dei vocabuntur. La paix, en effet, résulte de l’ordre assuré, est tranquilli­ tas ordinis, dit saint Augustin; or, il appartient au sage, qui est en possession des raisons suprêmes de toutes choses, de tout ordonner par rapport à elles, et donc avec perfection, sapientis est ordinare, de pro­ mouvoir ainsi la paix, d'être en conséquence l’image du Fils de Dieu, Sagesse incarnée, a. 6. Au don de sagesse s'oppose le vice de la sotlise spirituelle,stultitia, ibid., q. xi.vi, que l’apôtre caractérise ainsi : Animalis autem homo non percipit ea quæ sunt Spiritus Dei, a. 2. Cest une conséquence de la luxure, a. 3. Les dons d’intelligence et de science desservent la vertu théologale de foi, le don de sagesse la vertu théo­ logale de charité, le don de crainte l’espérance. Ils n’exercent pas un empire sur ces vertus, mais consti­ tuent un service, cf. Sum. theol., H” II», q. ix, a. 1, ad 3uœ, qui s’origine à une inspiration venant d'elles. Virtutes theologicæ sunt principia donorum. Ibid., q. xix, a. 9, ad 4““. La dignité des vertus théologales l’exige. Au contraire, les dons de conseil, de piété, de force, de crainte de Dieu exercent sur les vertus mo­ rales de prudence, de justice, de force, de tempérance, une influence directrice, une sorte de domination, ibid., que nous devons maintenant caractériser. 4° Le don de conseil. — Sum. theol., Il” II”, q. lu. — 1746 Au premier aspect, la prudence et l’inspiration pa­ raissent inconciliables. Mais il est dans l’ordre de la providence, dit saint Thomas, que Dieu meuve tous les êtres en tenant compte de leur manière d’être et de faire. L’homme, dans les choses pratiques, délibère, se consulte et consulte. Mais ses prévisions sont limi­ tées, incertaines, timides, Sap., tx, surtout quand il s’agit de la conduite surnaturelle. Et ideo indiget homo in inquisitione consilii dirigi a Deo qui omnia com­ prehendit, a. 1, ad lum. C'est la place faite au don de conseil. — Malgré son caractère obvie d’utilité pour la vie présente, le don de conseil demeure dans l’état des bienheureux, mais son mode d’être est changé : là plus de doutes, d’hésitations sur la conduite à tenir ce n'est plus qu’une simple orientation du regard vers Dieu, une consultation, dit saint Augustin, qui les confirment dans ce qu’ils savent, touchant les règles de la conduite surnaturelle et leur inspire ce qu’ils en peuvent ignorer, a. 3. Elle leursertà louer Dieu comme ils le doivent, â le prier pour ceux qui sont encore sur la terre, et à exercer, vis-à-vis d’eux, à l’occasion, divers ministères. Ibid., ad 1"“. — La béatitude des miséricordieux correspond au conseil, parce que, dit saint Augustin, unicum remedium est de tantis malit erui, dimittere aliis el dare. C’est dire que ceux qui, par le Saint-Esprit, voient plus loin que les autres dans les misères de la vie humaine, aboutissent comme na­ turellement à la politique divine de la miséricorde. Cf. A. Gardeil, Le don de conseil en saint Antonin, archevêque de Florence, op. cit. 5° Le don de piété. — Sum. theol., Il* TI”, q. CXXt. — La plus haute forme de la vertu de justice est la vertu de religion, ID II”, q. LXXXI, et le sommet de la religion est la vertu de piété, qui nous fait rendre nos devoirs à Dieu, comme à un père. Or, c’est là un effet attribué immédiatement au Saint-Esprit par saint Paul : Accepistis spiritum adoptionis filiorum in quo clamamus Abba, paler. Rom., vm. 15. C’est donc bien justement que la piété est recensée parmi tes dons du Sainl-Espril, a. 1. Par extension, le don de piété s'attache à révérer en Dieu notre père, tout ce qui le touche, les saints d'abord et aussi les Livres saints, car, comme dit saint Augustin, c’est avoir de la piété que de ne pas contredire la sainte Écriture, sive intellects· sire non intelleclæ, De doctrina Christiana, 1. IL c. vu. à secourir les misérables, qui eux aussi représentent Dieu. — Dans la béatitude le don de pi-té demeure dans son acte principal, la filiale affection pour 1 ■.·. dans l’honneur que les saints se rendront les uns autres, dans la miséricorde qu'ils continueront d’éprou­ ver pour les misérables de ce monde. Ibid., ad 3““. — Au don de piété, correspond le Beati miles... d apr. saint Augustin. Saint Thomas, a. 2, essaie de justifier cette correspondance par ce fait que la douceur supprime les obstacles à la piété, mais il ne cache pas ses pré­ férences : celles qu’il faudrait, ce sont les béatitudes 4° et 5« : Beati qui esuriunt et sitiunt justitiam. Beau misericordes. Ibid. C’est dire qu’il ne faut pas cher­ cher dans ces correspondances une rigidité absolu-. 6° Le don de force. — Sum. theol., II* 11”, q. cxxxix. — La vertu de force donne à l’homme la puissance de ne pas renoncer au bien, à cause des difficultés qui pro­ viennent soit de la hauteur du but,soit des obstacleset des périls. Sed ulterius a Spiritu Sancto moretur a ci­ mus hominis ad hoc quod perveniat ad finem cun bet operis inchoati et evadat quæcunique pericula minentia... (scilicet) ad vitam æternam quæ est ; us omnium bonorum et evasio omnium periculorum. Et hujus rei infundit quamdam fiduciam menti 8; iritus Sanctus, contrarium timorem expellens. Et se­ cundum hoc fortitudo donum Spiritus Sancti ponatur, a. I. Cest à ce don que saint Augustin, qui. dan* sa systématisation, suit matériellement l’ordre ascendant 1747 DONS DU SAINT-ESPRIT des dons, considerata tamen aliqua convenientia, fail correspondre la béatitude des affamés et assoiffés de justice. L’affinité présente, dit saint Thomas, est dans celle vigueur de désir de justice que supposent ces mots faim et soif. Ibid., a. 2. — Au don de force cor­ respondront les fruits dénommés par saint Paul patience et longanimité. Ibid., ad 3“®. 7» Le don de crainte de Dieu. — Sum. theol., II* II®, q. xix, a. 9, 11. — Nous avons donné plus haut, voir Crainte, les différentes acceptions théologiques de ce mot. A priori, la seule qui convienne à un don du Saint-Esprit, est la crainte iiliale. Celle-ci, en effet, possède ce titre spécial qu’elle marque le premier degré de l’ascension de l'âme vers l’union divine par les dons. Ad hoc enim quod aliquid sit bene mobile a Spiritu Sancto, primo requiritur ut sit ei subjectum non repugnans... hoc autem facit timor filialis vel castus in quantum per ipsum Deum reveremur et refugi­ mus nos ipsi subducere, a. 9. Elle seconde par ce tout dernier mouvement l’espérance, qui est fondée sur le secours divin .car, par le don de crainte, timemus ab hoc auxilio nos subtrahere. Ibid., ad ltt,“. — Le don de crainte liliale augmente naturellement avec la crois­ sance de la charité, car il est tout en soumission à Dieu, a. 10, et cela nonobstant un certain sentiment de la distance infinie existant entre l’homme et Dieu auquel non præsumit se adæquare. Ce sentiment dessert, plutôt qu'il ne contrarie, l'intention principale de la crainte révérentielle et se trouve au sein même de la charité qui, elle aussi, augmente dans la mesure même où l’homme sent Dieu supra se et supra omnia. Ibid., ad 3"ra. — Aussi le don de crainte de Dieu demeure-t-il au ciel, d’où toute crainte est cependant bannie. Mais il n'aura plus à s’exercer en regard du péché toujours possible ici-bas. Il sera dans les élus une crainte d'admiration pour Dieu ut supra se exislenlem et eis incomprehensibilem, a. 11. — La béati­ tude des pauvres selon l'esprit correspond au don de la crainte de Dieu. Ex hoc enim quod aliquis Deo se subjicit, desinit quærere in seipso vel in aliquo alio magnificari, nisi in Deo. Donc ni honneurs, ni richesses, mais, selon le mot de saint Augustin, exinanitio inflati et superbi spiritus. Ibid., a. 12. — Au don de crainte correspondent comme fruits la modestie, la continence, la chasteté, qui relèvent de la vertu de tempérance. Et cela est dans l’ordre des choses ; car si, par son acte positif, se soumettre à Dieu, le don de crainte concourt aux fins de l’espérance, par son côté négatif, il abonde dans le sens de la tempérance. Celle-ci donne à l’homme de se séparer des plaisirs déshonnêtes pour conserver en soi l’intégrité de la raison : le don produit le même effet, non plus pour ce motif, mais par crainte de se séparer d'avec Dieu. 1“ II®, q. lxviii, a. 4, ad l“m. C’est parce que ce sentiment négatif, crainte de la séparation d’avec Dieu, occupe le premier degré dans l’ordre ascen­ dant et de genèse des dons, que la crainte de Dieu est légitimement placée au dernier rang dans l’ordre descendant et de dignité. IX. L’ACTIVITÉ DES DONS, ICI-BAS AU CIEL. LES — Un premier point à élucider est la permanence des dons du Saint-Esprit dans la béatitude céleste. En effet, c’est l'imperfection dans la possession de notre charité ici-bas, caritas vite, qui a amené saint Thomas à reconnaître leur néces­ sité. Voir col. 1735 sq. La charité étant parfaitement possédée au ciel, les dons ne disparaissent-ils pas avec la cause qui nécessitait leur présence? Saint Ambroise affirme qu’ils persistent dans un texte célèbre que nous citons plus loin. Liber de Spiritu Sancio, 1. I, c. xvt, P. L., t. xvt, col. 740. La raison de cette solution est que les dons du Saint-Esprit, ayant pour objet de rendre une âme souple et docile à l'inspiration du Saintesprit, sont très spécialement à leur place au ciel, quand béatitudes et les fruits. 1748 Dieu sera tout en tous et l’homme totalement soumis à Dieu. La permanence des dons au ciel est une consé­ quence de la perfection béalilique, au même titre que leur existence sur la terre est une exigence de l’imper­ fection forcée de la participation du surnaturel par les vertus d’ici-bas. Sum. theol., 1» II®, q. lxviii, a. 6. Mais, si les dons demeurent identiques en soi et dans leur relation constitutive â l’action du Saint-Esprit, leur terrain d'activité change du tout au tout, avec le changement d’état des élus. Le rôle des dons ici-bas est avant tout de secourir les vertus dans la lutte contre le mal : Spiritus San­ ctus dat sapientiam contra stultitiam, intellectum con­ tra hebetudinem, consilium contra praecipitationem, fortitudinem contra timorem, scientiam contra igno­ rantiam, pietatem contra duritiam, timorem contra superbiam. S. Grégoire le Grand, Moral., 1. II, c. xlix, η. 77, P. L., t. i.xxv, col. 592 sq. Au ciel, leur rôle est de parachever la perfection morale éminente de l’acte humain dans lequel les saints trouvent leur béatitude. Aussi saint Grégoire, dans l’examen définitif qu’il fait de l’activité des dons, leur attribue-t-il, en plus de leur utilité transitoire, un genre d’opération supérieure, qui ne périt point. La sagesse continue de remplir de ses certitudes divines l’esprit du bienheureux; plus que jamais l’intel­ ligence l’illumine; le conseil Je remplit de satisfactions rationnelles; la force le rassasie d’une énergie sûre d'ellemême; la science le renseigne â fond; la piété rend son âme fraternellement expansive; la crainte est à jamais rassurée. S. Thomas, ibid. Voir la partie documentaire. Saint Thomas à la suite de saint Augustin a reconnu dans les béatitudes de l’Évangile de saint Matthieu, v, 3 sq., Beati pauperes spiritu, etc., une formule plus expressive de l’activité des dons. Ibid., q. lxix. Si la béatitude est, en effet, la pleine possession du bien par­ fait, ce qui en approche le plus, et par suite mérite de partager son nom, c'est, sur la terre, le genre de vie qui tend efficacement à l’acte béatilicateur. Or, ce genre de vie nous est départi à son maximum par l’action immédiate du Saint-Esprit, prenant directement par les dons la conduite de notre vie surnaturelle. Les actes surnaturels dénommés dans les sept premières béatitudes évangéliques de saint Matthieu représenteront donc les activités particulières, propres à chacun des sept dons. Il est à remarquer que le caractère général et la teneur spéciale des béatitudes confirment a poste­ riori , dans une mesure, cette assimilation. La pauvreté d’esprit, la douceur évangélique, la faim et la soif de la justice, les larmes, la compassion, le détachement du cœur, l’amour de la paix sont bien l’expression divinement nuancée, delà dépendance absolue de l’âme vis-à-vis du Dieu qui nous soumet sans réserve à son bon plaisir, nous rend totalement disponibles vis-à-vis des inspirations de son esprit. Pour le détail de cette concordance des dons et des béatitudes et leur ratta­ chement aux trois états de la vie humaine, voluptueuse, active, contemplative, voir Béatitudes évangéliques, t. n, col. 515. Les fruits du Saint-Esprit, ibid., q. lxx, sont à leur tour le complément de l’activité des dons, mais comme ils ne les concernent pas exclusivement et s'attachent aussi à l'exercice des vertus, il convient d’instituer pour eux un article spécial. Voir Fruits du SaintEsprit. II. Partie documentaire et historique. — i. écri­ ture sainte. — !» Ancien Testament. — L’Ancien Testament a été souvent utilisé par les Pères et les théologiens pour établir ou illustrer la doctrine des dons du Saint-Esprit. Le commentaire du texte d’Isaïe, xi, 2, 3, a une importance capitale dans [’histoire de cette doctrine. Cependant nous estimons que, s’il y a dépendance réelle de la théologie des dons vis-à-vis 1749 DONS DU SAINT-ESPRIT de l'Ancien Testament, c’est moins par le fait de quel­ ques textes — dont la plupart sont pris au sens spiri­ tuel ou allégorique, comme nous le verrons bientôt — que par l’ensemble des témoignages qui, dans l’Ancien Testament, établissent une relation entre la com­ munication de « l’Esprit divin » et notre connaissance de Dieu et des choses religieuses, ou encore, la pra­ tique de la religion et la piété. Nous avons recueilli quelques-uns de ces textes, et l’on verra, à leur lumière, qu’avec le développement de la révélation,-le caractère de moralité religieuse que l’on reconnaît au don de l’Esprit de Dieu, de l’EspritSaint de Dieu, va s’accentuant. D’abord, il n’est com­ muniqué qu’un don de prophétie, ou même des con­ naissances profanes encore que leur but soit sacré; c’est, par exemple, dans la Genèse, xli, 38, 39, l’inter­ prétation du songe de Pharaon par Joseph, qui fait donner à celui-ci la qualification d’homme spirilu Dei plenus. Dans l'Exode, Dieu déclare avoir rempli de l’esprit d’habileté ceux qui doivent confectionner les vêtements d’Aaron, xxvin, 3, et, plus loin, Beseleel et les orfèvres chargés d’exécuter les objets du culte, xxxi, 3. Citons les termes de cette dernière déclaration qui semblent déjà un prototype partiel d’Isaïe, xi, 2 : El implevi eum (Beseleel) spiritu Dei, sapientia, et inlelligenlia, et scientia in omni opere. Cf. xxxv, 31, où est ajouté : et omni doctrina. Dans les Nombres, xi, 17, 25, nous voyons Dieu adjoindre à Moïse 70 an­ ciens, auferens de spiritu qui erat in Moyse et dans septuaginta viris. Cumque requievisset (autre proto­ type partiel d’Isaïe, xr, 2) in eis spiritus, prophetave­ runt, nec ultra cessaverunt. De Josué il est dit : reple­ tus est spiritu sapientiæ. Deut., xxxtv, 9. L'Esprit du Seigneur est sur Othoniel, Jud., ni, 10; sur Gédéon, vi, 34; sur Jephté, xi, 29; sur Samson, xiti, 25, qui lui doit ses actions d’éclat, xiv, 6, 19; xv, 14; sur Saül, dont il fait un autre homme, I Reg., x, 6, et qui pro­ phétise aussitôt, x, 10; auquel il inspire une juste colère, xi, 6. Il dirige David oint par Samuel, xvi, 13, et quitte Saül aux prises avec l’esprit de Dieu mauvais, 14, 23; il produit, xtx, 20, 24, une véritable contagion de prophétie; il revêt Zacharie, fils de Joïada, qui s’écrie : Ilæc dicit Dominus quare transgredi­ mini, etc. Tous ces textes et d’autres attribuentà l’Esprit de Dieu une action d'illumination prophétique, artis­ tique, morale, intellectuelle ou prudentielle. — Avec les psaumes et les livres sapientiaux le caractère de discipline morale du don de l’Esprit passe définitive­ ment au premier plan. Le contexte montre que c’est l’interprétation qu’il faut donner des appels à l’EspritSaint, à l’Esprit principal du ps. L, 13, 14. Si le ver­ set si souvent utilisé par les Pères, la liturgie, les théologiens : Emitte spiritum tuum et creabuntur, Ps. cm, 30, a besoin d'être pris au sens spirituel, ainsi peut-être que le verset, Spiritus tuus bonus deducet me in terram rectam, Ps. Cxlii, 10, les textes de la Sagesse sont formels : Spiritus enim sanctus discipli­ ne effugiet /ictum, 1,5; Venit in me Spiritus sapien­ tiæ, vu, 7; Est enim in illo Spiritus intelligentiæ, sanctus, unicus, etc., 22; Sensum autem tuum quis sciet nisi tu dederis sapientiam et miseris spiritum sanctum tuum de altissimis, tx, 17. Cf. Eccli., I, 9, Ipse creavit sapientiam in Spiritu sancto ; xv, 5, Et adimplebit eum spiritu sapientiæ et intellectus, xxxix, 8, Spiritu intelligentiæ replebit illum. Tous ces textes montrent que le texte d’Isaïe, xi, 2, n'est rien moins qu'isolé et font valoir l’origine divine autant que l'efficacité des effets spirituels de l’Esprit de Dieu. Sans doute, il ne s’agit pas ici, explicitement, de l’Esprit-Saint, troisième personne de la Trinité, voir Dictionnaire de la Bible, art. Esprit-Saint; cependant, théologiquement parlant, tout porte à croire que la notion de cet Esprit de Dieu, dont l'intervention 1750 est constante dans l’Ancien Testament, n’est pas étran­ gère à la notion de l’Esprit-Saint. Cf. Petau, De Trini­ tate, 1. Il, c. vu. Les Pères, en effet, n'hésitaient pas à puiser dans ces textes de l’Ancien Testament les preuves nécessaires à l’établissement de la divinité du Saint-Esprit. On cite une seule note discordante, celle de Théodore de Mopsueste. In Joelem, II, 28, P. G., t. lxvi, col. 222 ; cf. note, et col. 483. D’autre part, il appert que de nombreuses caractéristiques des effets de l’Esprit de Dieu, nommées dans l'Ancien Testament, à savoir la sagesse, la science, le conseilla piété, la force, sont celles-là même qui appartiendront dans la théologie aux dons du Saint-Esprit. Il serait étrange que cette ren­ contre ne supposât pas une coïncidence plus foncière. L’accentuation de cette valeur morale et religieuse des dons de l’Esprit est si nette et trouve dans la tra­ dition juive immédiatement antérieure aux débuts du christianisme, contemporaine encore et postérieure, de si forts appuis que W. Bousset, Die Religion des Judenlums im neutestamenllichen Zeilaller, 2* édit., Berlin,1906, p. 452 sq., termine une enquête consciencieuseet minutieuse des documents de cette période par cette constatation que, dès les temps anciens, et surtout dans le temps environnant le Nouveau Testament, la piété est conçue comme étant dans une relation intime avec l’espritde Dieu, le Saint-Esprit. A l’entendre, il y aurait plus de traces de cette conception que certaine? théories dogmatiques ne l’acceptent et que la tradition elle-même ne l’a cru. Dans la jeune génération chré­ tienne « ces expériences pneumatiques » n’ont certai­ nement pas été plus fréquentes que dans le judaïsme, seulement la croyance que Dieu, dans les derniers jours, avait déversé son esprit sur toute chair, y a pris une signification extraordinaire et développé des forces enthousiastes, p. 458. A l’appui de ces déclarations on peut citer, sans sor­ tir de la Patrologie de Migne, l’œuvre juive intitulée: Testamenta XII patriarcharum, postérieure à 70 et vraisemblablement de la fin du i" siècle. Cf. Kautzsch, Die Pseudepigraphen des Allen Testaments, Tubingue, 1900, t. n, p. 460. Lire en particulier les bénédic­ tions de Lévi, P. G., t. u, col. 1051-1054; de Juda, col. 1067-1082; d’Issachar, col. 1083. On pourrait ciur aussi le f. 37 du ps. xvn, parmi les Psaumes de > ■ mon, vers 48 avant Jésus-Christ, où se rencontr une nomenclature des dons du Saint-Esprit attrii u- Messie, qui, dit le P. Lagrange, sont â peu près les mêmes que dans'Ie texte d’Isaïe, xi,2. Le messmn ■ ■chez les Juifs, Paris, 1909, p. 234. L'opinion commune du judaïsme pharisaïque de la même époque regardait les six premiers dons comme ayant été accordés à six descendants de Ruth, David, Daniel, Anania, Mikael. Azaria et le Messie : ce dernier devait avoir d'ailleurs en propre le septième, le don de juger par un flair surnaturel, indiqué dans le texte : « Et il respirera dans la crainte de Jahvé. » Ibid., p. 229. Avant de quitter l’Ancien Testament, il convient d’étudier de plus près le texte d’Isaïe, xi. 2. 3. dans lequel la tradition chrétienne a canalisé, pour ainsi parler, tant cette tradition juive que les données de même signification du Nouveau Testament. La question qui se pose, en effet, est de savoir si le texte même se prête à cette explication. Elle a été récemment s : pr fbndie par M. Touzard, Isaïe, xi, 2, 3 et les s· : du Saint-Esprit, dans la Revue biblique, avril 1899. p. 232 sq. Le texte hébreu, on le sait, mentioni.· crainte de Dieu à la place de la piété, et au lieu de finale: et replebit eumspiritus timoris Domini, a cettleçon : Et il respirera dans la crainte de Jahvé. 11 n’y a donc dans le texte original de ce passage que six caractéristiques au lieu des sept que recensent les Septante et la Vulgate. M. Touzard fait ressor­ tir la permanence des dons qu’implique l’idée de 1751 DONS DU SAINT-ESPRIT repos de l'esprit. Il fait remarquer aussi, très à propos que, malgré l’absence de l'une des caractéristiques traditionnelles, ce n'est pas sans raison qu’il y a sept membres, d’après l’hébreu, dans l'énumération des dons messianiques. C’est l’indication non équivoque et voulue de la plénitude de l’esprit. A l’encontre du Dr Bickell, de M. Duhtn et de M. Cheyne, suivis depuis par le P. Condamin, Le livre d’Isaïe, Paris, 1905, p.90, M. Touzard pense en conséquence que l'inutilité du septième attribut, répétition du sixième, ne doit pas le faire exclure, comme glose interpolée, du texte primi­ tif, et il cherche à en justifier la présence. Quoi qu’il en soit, c’est à la traduction des Septante et à la Vul­ gate que l’on doit l’introduction ά’εύσεέεία, pietas, d’ailleurs quelque peu synonyme de crainte de Dieu, à la sixième place, et du πνεΰμ,χ φό ’ου Θεού à la septième, particularité qui, selon notre auteur, devait fatale­ ment amener les lecteurs qui ignoraient l’hébreu à dis­ tinguer sept dons. Il y aurait donc eu erreur de fait, bien qu’en soi, le chiffre sept demeure acquis. Allant plus loin dans cette voie, le P. Knabenbauer n’admet pas que l’on affirme absolument avec dom Calmet que dans le texte hébreu il n’y a que six dons d’énumérés. Il se base sur l’amplitude du concept de crainte de Dieu dans l’Ancien Testament, lequel s’entend de la religion, du culte, de la piété, et, de cette remarque jointe à la certitude, admise, dit-il, par les protestants (Delitzsch, Nægelsbach, Bade), que le chiffre sept est voulu, il conclut que le septénaire traditionnel n’est pas destitué de fondement même dans le texte hébreu. Comment, in Isaiam, Paris, 1887, t. I, p. 273. 2° Nouveau Testament. — A lire les Pères, ce serait l’Apocalypse qui aurait influencé le plus directement la doctrine des sept dons du Saint-Esprit. Elle le doit aux divers septénaires qui y sont utilisés comme sym­ boles. Ce sont les sept esprits de Dieu, i, 4; v, 6; les sept chandeliers d’or, 1, 12; les sept étoiles, i, 16; les sept flambeaux ardents, tv, 5; les sept sceaux, v, 1, 5; les sept yeux et les sept cornes de l’Agneau, v, 6. Som­ mes-nous en présence d’un sens spirituel réel, ou d’allégories, ou encore d’accommodations gratuites? La question n’est pas facile à résoudre. Boussel estime avec raison que les sept esprits et les sept anges sont plutôt en relation avec les sept anges du livre deTobie, xii, 15, et du livre d’Hénoch, xx, qu’avec les sept esprits d’Isaïe, xi, 2, 3. W. Bousset, Die Offenbarung Johannis, Gœttingue, 1896, p. 215. Voir J. Lebreton, Les origines du dogme de la Trinité, Paris, 1910, p. 373, 507-510. Sur les autres identifications, nous ne saurions apporter de solu­ tion uniforme non plus que décisive, à ne regarder que le sens littéral du texte. Nous inclinerions pour une simple accommodation, mais certains passages des Pères que nous citerons semblent demander davantage. Il reste que l’Apocalypse a fourni d’abondantes données à la mise en évidence de la doctrine patristique des sept dons. Mais.comme pour l’AncienTestament, c’est moins par quelques textes matériels, que par un ensemble de témoignages concernant l’action du Saint-Esprit sur la moralité religieuse et surnaturelle que le Nouveau Testament influence la théologie des dons. On sait l’importance que le mot Espritde Dieu, Espritsaint,etc., a dans la langue de saint Paul, l’opposition continuelle, déjà explicite dans l’Ancien Testament, dans laquelle cet Esprit divin se trouve, selon l’apôtre, avec l’esprit du mal, par exemple, Gai., ni, 3; V, 16, 17; I Cor., n, 12, les effets de religion et de sanctification qu’il attribue au Saint-Esprit, par exemple, Gai., ni, 5; iv, 6; XV. 18, 22, 25; Eph., i, 13, 17; ni, 16; iv, 30; v, 18; II Tim., ï, 7, 14, etc. Parmi ces effets nous devons signaler comme offrant de nombreux contacts avec les dons du Saint-Esprit, les dons spirituels, plus tard distingués à part sous le nom de grâces gratis datte, 1 Cor., xn, dont certaines caractéristiques analogues à 1752 celles des dons : sermo sapientiae, scientiae, operatio virtutum, discretio spirituum, ont souvent été em­ ployées par les Pères, en concurrence avec les esprits énumérés par Isaïe, pour développer la doctrine des dons proprement dits. Dans les Actes des apôtres, nous rencontrons les effets merveilleux de conversion et de dons spirituels produits par la descente du SaintEsprit, à la Pentecôte, et, plus tard, dans des manifes­ tations spéciales. L’Évangile de saint Jean, à son tour, met dans une relation étroite la sanctification, la foi et l’amour de Dieu avec la demeure intime du SaintEsprit dans les justes, par exemple, xiv, 16, 17, 26; xvi, 13, 14. Cf. H. B. Swete, The Holy Spirit in the New Testament, Londres, 1909, c. II, ill; J. Lebreton, op. cit., p. 283-288, 325 sq. Même suite de pensées dans I Joa., spécialement iv, 1-3, 6, 13. Cf. I Pet., i, 2. L’ensemble des témoignages du Nouveau Testament manifeste qu’il a existé, dès la première apparition du christianisme, une doctrine très affirmative touchant l’influence normale, continue, efficace du Saint-Esprit sur les âmes justes, touchant le don que le Saint-Es­ prit leur fait de lui-même, de ses lumières, de ses secours pour la lutte contre le mal, en vue de promou­ voir leur sanctification surnaturelle et d’assurer leur salut. Cf. H. B. Swete, op. cit., c. vi, The Spirit and the personal life, p. 340 sq. Le Nouveau Testamentne nous fournit explicitement que cette donnée générale, maison comprend qu'elle est un terrain d’éclosion tout préparé pour la doctrine plus élaborée des sept dons,qu’il suf­ fira que l’un des premiers croyants ait l’idée de subsu­ mer, sous le dogme de l’action de l’Esprit de Dieu pris comme majeure, le texte d’Isaïe énumérant les sept dons du Messie, pour que le développement théologique se déclanche de lui-méme. A la rapidité avec laquelle ce développement s’est produit effectivement, on est même conduit à se demander si la fusion des deux idées n’a pas existé dès la toute première génération chrétienne; et, dès lors, il n’y a plus qu’un pas à faire pour regarder cette doctrine, contemporaine des traditions divines apostoliques, comme faisant, au moins implicitement, partie du dépôt révélé. Ce n’est là, à la vérité, qu’une conjecture. II. SOURCES LATÉRALES PROVENANT DES AUTEURS — 1° Parmi les documents profanes dont se sont inspirés certains Pères grecs et saint Augustin, pour développer la doctrine des dons du Saint-Esprit, il semble très probable que l’on puisse citer les idées platoniciennes sur l’inspiration divine, celles qui se manifestent par exemple dans le Ménon. Ces idées su­ bissent plus tard le contre-coup des idées chrétiennes, et réciproquement; d’où la théorie de la communica­ tion directe avec Dieu, si accentuée dans les Ennéades de Plolin et dans les œuvres néoplatoniciennes en général. — Une contribution plus certaine et plus efficace,du moins sur la théologie scolastique, estconstituée parle passage de la Morale à Eudème (ou d’Eudème), où le pseudo-Aristote traite de la Fortune : il est des hommes à qui tout réussit. Comment expliquer ce fait? C’est demander, répond l’auteur de ce livre, quel est dans l’âme le principe du mouvement. C’est quelque chose de mieux que la raison, quelque chose de divin. Mor. Eudem., I. VII, c. xiv, Opera Aristo­ telis, édit. Didot, t. n, p. 210, n. 17-23. Cette source avouée explicitement par saint Thomas, tant pour son concept de la grâce opérante que pour les dons, a eu une influence décisive sur la conception thomiste de ces deux doctrines. Comme sources contemporaines du développement de la doctrine des dons dans la tradition, on peut citer les idées répandues chez certains philosophes païens. C’est Cicéron qui dit : Nemo igitur vir magnus sine aliquo afflatu divino unquam fuit... Quæ ratio poetas, maximeque Homerum, impulit ut principibus hePROFANES. 1753 DONS DU SAINT-ESPRIT 1754 roum, ültjssi, Diomedi, Agamemnoni, Achilli, certos I tient de i’Esprit universel et divin qui régit toutes deos discriminum et periculorum comites adjungeret. choses. Le Dieu qui remplit tout est tout près de nous; Oratio pro Q. Ligario. C’est Sénèque : Prope est a te si nous craignons sa sévérité inévitable, nous nous Deus, tecum est, intus est! Ita dico, Lucili; sacer contiendrons en face du mal, afin que l’esprit de sa­ intra nos spiritus sedet. An potest aliquis supra for­ gesse ne s’éloigne pas, mais reste en nous longtemps, tunam, nisi ab illo adjutus,exsurgere? Ille dat consilia comme il demeura en Moïse. Dieu lui dit : Toi. tiensmagnifica et erecta. Epist., xli, ad Lucilium. Et ail­ toi ici avec moi. Il est, en effet, dans l’ordre que celui leurs : Hac itur ad astra... Miraris hominem ad deos qui s’appuie à la règle soit droit. Regardez donc Moïse, ire? Deus ad homines venit... Nulla sine Deo mens sa tente fixée hors des c_mps, l’esprit en haut, com­ bona est. Epist., lxxiii, ad Lucilium. Mais la pensée mençant à adorer Dieu, entrant dans la nuée qui le philosophique qui a le plus profondément pénétré le dérobe, initié lâ aux mystères... Nous pouvons mainte­ développement de la doctrine des dons, c'est celle du nant revenir à notre texte : Il y avait alors des géants grand contemporain de Jésus, Philon. sur la terre. Ce n’est pas une fable : c'est une 2° Philon le Juif (entre 20 avant Jésus-Christ et 50 leçon. C’est nous dire qu’autre chose sont les hom­ après). L’idée de considérer la vertu comme un don mes de la terre, les hommes du ciel, et les hommes de Dieu est familière à Philon. Cf. De temulentia, de Dieu, à savoir les voluptueux (grands de chair), les p. 258 ; 9e profugis, §Plus vobis panes decælo, Opera, savants et les artistes (grands d’esprit), les prêtres et Franchit, 1691, p. 470. Mais c'est surtout par le les prophètes (grands dans l’ordre divin). Ceux-ci sont De gigantibus que ce philosophe, si lu des Pères trop grands pour être citoyens du monde, ils ont fixé grecs, a dû exercer une influence sur la doctrine des leurs domiciles dans les régions de l’incorruptible et de dons du Saint-Esprit. Cet ouvrage a pour thème le l’incorporel. Tel Abraham qui, tant qu'il demeure en texte connu de la Genèse, vi, 4; mais l’interprétation Chaldêe, s’appelle Abram, l’homme sublime, ie scrutaallégorique a bientôt fait de transformer, entre les teur de la nature céleste, mais reçoit un nom meilleur, mains de Philon, les géants de la Bible en ce que l’on quand il est devenu homme de Dieu, marchant dans la appelle de nos jours les surhommes ou les héros. Il voie royale du roi unique et tout-puissant, tandis que sagit bien entendu de géants dans l'ordre moral. les fils de la terre, creusant leurs puits dans cet élé­ Voici la suite des idées de ce traité. Le point de départ ment immobile et sans âme, ont trahi par leurs adul­ de Philon, c’est cette observation psychologique dont tères le Bien suprême, avec Nemrod le transfuge, le l'origine platonicienne n’est pas douteuse, cf. le Ménon, premier des géants. qu’il faut être vraiment sans raison ou sans âme, Cette citation très longue, mais combien topique, άλογος η άψυχος, pour n'avoir jamais senti l'inlluence est comme le frontispice de la théologie grecque des du Meilleur faire irruption en soi et vous pénétrer, dons du Saint-Esprit. Elle forme la transition entre les que vous le vouliez ou non. Les scélérats eux-mêmes vues du platonisme des anciens et celles du platonisme l'expérimentent. Mais en eux l'inspiration ne demeure chrétien, touchant l'inspiration divine immédiate des pas; elle ne fait que les traverser, le temps de leur vertus, qui constitue le surhomme divin. On y ren­ reprocher de préférer la honte du mal aux sublimités contre l’idée de la plénitude de I’Esprit divin se dé­ de l’honnête. Or, c’est I’Esprit de Dieu qui opère cela, versant sans diminution, l’idée du caractère transitoire non pas ce souffle matériel qui était porté sur les des influences divines (différence du μένειν et du δια­ eaux, Gen., t, 2; mais cet esprit de sagesse, d'intelli­ μένει·; capitale dans l'histoire des dons), la conception gence, de science qui remplissait Beseleel, Exod.,xxxi, de l'Espril de Dieu regardé comme règle immédiate de 3; xxxv, 31, et lui inspirait ses chefs-d’œuvre. C’est l’action vertueuse, etc. C’est un thème tout préparé pour l'esprit de Moïse qui visitait les 70 vieillards pour les les théologiens chrétiens platonisants. rendre meilleurs que tous, esprit très sage sans lequel lit. përes GRECS. — Les premiers Pères apostoliques il n’est pas de presbytres, selon la parole : « J'enlèverai ne nous donnent sur les dons du Saint-Esprit que des de ton esprit et je le mettrai sur les 70 vieillards. » indications communes, celles là même que l'on ir. : e Mais, continue Philon, ce transfert s'est fait sans divi­ dans le Nouveau Testament. Encore ne signifient es sion. comme un foyer allume d’innombrables flam­ quelque chose pour nous que si nous nous pi., : . , j beaux sans ressentir en lui-même de diminution, point de vue de la continuité homogène des moments comme la science du maître se communique à de successifs du développement de la révélation II est nombreux disciples, sans que cette distribution l’amoin­ clair que s'il fallait s’en tenir au point de vue du phé­ drisse. Or, si l’esprit personnel de Moïse, comme de noménisme historique et admettre avec Harnack, que toute créature, eût dû être partagé ainsi, qu’en fût-il la notion même du Saint-Esprit oscille jusqu'au resté? Il s’agit donc de i’Esprit de sagesse,qui, tout en in· siècle entre divers concepts, force de Dieu, être étant immanent à l’homme, est divin, insécable, indi­ personnel, identique avec le Christ préexistant ou visible, probe, remplissant tout, utile â l’un sans détri­ distinct de ce Christ, don de Dieu déversé sur les ment pour les autres, tel donc qu’à aucun esprit ne croyants, fils éternel de Dieu, Dogmengeschichte, puisse manquer ni intelligence, ni science, ni sagesse. 3· édit., p. 188, note 1, les textes qui suivent ne C'est pourquoi, s’il est possible à un tel Esprit de se sauraient avoir la portée que nous leur attribuons. poser sur l'âme, il ne saurait s’y reposer, μένειν μέν Pour nous, théologien catholique, nous suivons dans δύνχτον έν ψυχή, διαμένειν δε αδύνατον. Quoi d’étonnant! cet exposé le principe de « logique de croyant » toutes choses ne sont-elles pas en nous à l’état de qu’énonçait Newman : « On devrait logiquement inter­ changement perpétuel? Ici-bas pas de possession préter l’état primitif de chaque doctrine â l'ail· de la ferme. La cause en est dans la chair et dans ses fami­ doctrine elle-même qui a été fixée en dernier lieu. liarités : Mon esprit ne demeurera pas éternellement Histoire du développement de la doctrine chrétienne, dans l’homme parce qu’il est chair. Gen., vi, 3. C’est Paris, 1848, p. 161 ; édit. Brémond, sur l'édition de pourquoi le législateur a dit : « Homme, homme, ne 1878, Paris, 1905, p. 156 sq. t'approche pas de tes proches selon la chair. Je suis SaintClérnent(vers 96), 1 Cor., il, rappelle aux Corin­ le Seigneur. » Lev., xviit, 6. Quiconque est vraiment thiens le temps où la pleine effusion du Saint·Esprit se homme, renoncera â la chair et s’appliquera à la vertu. répandait sur tous, P. G., t. i, col. 209- cf. xlvi, C’est la signification de ce redoublement : homme, col. 304, texte où le Saint-Esprit est nommé Ιΐνεϋμα homme. Et ces paroles : Ego Dominus renferment τής χάριτος. Le pseudo-Barnabé (vers 100) mentionne aussi cette belle leçon : Les plaisirs charnels ne sont la grâce du don spirituel, τής δωρεάς πνευματικής χαρ; . que brutales voluptés. Le bien de l’âme, au contraire, insérée, έμφυτον, en ceux à qui il s'adresse, c. i, P· G. 1755 DONS DU SAINT-ESPRIT 1756 Les ouvrages dont les noms suivent, jusqu’à saint t. n, col. 727 ; édit. Funk, Tubingue. 1881, p. 2. Le Irénée, n’ont pas en vue explicitement les sept dons, contexte qui suit montre qu’il s'agit de la foi, de l’es­ mais les influences ou dons du Saint-Esprit, de l’Esprit pérance et de la charité. Peut-être faut-il adjoindre la de Dieu en général. sagesse et l'intelligence mentionnées, c. n, col. 729. Le Pasteur d’Hermas (vers 150) ne nous apporte Il faut venir à saint Justin (γ vers 135) pour assister aucune notion précise nouvelle. Mais il a de bonnes au désenveloppement de ce don spirituel. Dans le indications sur la lutte du don du Saint-Esprit et de Dialogue avec Tryphon, 39, P. (i., t. vt, col. 560, il l'esprit mauvais. L’homme est comme un vase. Si décrit en ces termes l’initiation des chrétiens : Ils l’Esprit-Saint y habite, il a les vertus; s’il se vide de reçoivent les dons, δόματα, selon qu’ils en sont dignes. l’Esprit-Saint, il se remplit de l'esprit malin. Mand., v, Celui-ci reçoit l’esprit de sagesse, celui-là du conseil, P. G.,t. n, col. 922, 926, cf. Neuteslamentliche Apocrycet autre de force, un autre de guérison, un autre de connaissance du futur, un autre de doctrine, un autre j phen, édit. Hennecke, p. 247. Même thème, Mand., x, col. 940 sq., etsurtout Aland., xi, col. 944sq., tout entier de crainte de Dieu. A noter que les sept termes de cette consacré à opposer la δύναμιν πνεύματος βείου à l’esprit énumération ne coïncident pas tous avec les titres tra­ ditionnels. A cette réplique de Tryphon : « Savez-vous terrestre. 11 semble bien qu’à l’Esprit de Dieu sont rap­ portés non seulement des charismata ou grâces gratis que vous dites des insanités? » Non, répond Justin, je datæ,Mand.,xi, 9, mais aussi des dons moraux person­ ne suis pas fou. Mais il est prédit que le Christ, après nels : celui qui a l’esprit divin est doux, tranquil le, être monté au ciel, doit nous envoyer ses dons : dshumble,exempt de malice et de la corruption du siècle. cendit in altum... dedit dona hominibus. Ps. lxvii, 19. Ibid.,9, P. G., t. il, col. 943; édit. Funk, 1881. t. i, Nous donc, ayant reçu ces dons du Christ monté au р. 424. Citons, au même titre d'indications, dans Tatien ciel, nous vous démontrons par les prophéties que c’est (f vers 167), Oratio adversus græcos, n. 13, 15, 16, vous qui êtes insensés. Notons un passage ultérieur, P. G., t. vt, col. 836, 839, 841 ; dans Athénagore 82, col. 669. où sont mentionnés, comme distincts des (·[· 177), qui parle surtout de l’inspiration prophétique, précédents à ce qu’il semble, les dons prophétiques, Legatio pro Christianis, n. 7, 9, col. 904, 908. Même χαρίσματα, qui ont été, dit Justin, transférés des Juifs observation pour saint Théophile d'Antioche (vers 181), aux chrétiens. Mais le texte le plus remarquable, déjà Ad Au toi., 1. II, n. 9, 10, col. 1064-1065. signalé par Harnack, Lehrbuch der Dogmengeschichte, Saint Irénée reprend, où l’avait laissée saint Justin, 3'édit., 1.1, p. 183 (161-163),se trouve un peu plus loin, la notion des dons proprement dits, en divers livres 87, col. 681 sq. Tryphon vient d'objecter contre la du Contra iiæreses, composé de 175 à 189. Passage préexistence divine du Christlelexte d’Isaïe, xi,2-3, Egre­ principal, 1. HI, c. xvn, P. G., t. vu, col. 929 sq. I) dietur virga de radice Jesse, etc.; Justin s’en empare et s’agit de réfuter, par le témoignage des apôtres, l’opi­ l'interprète ainsi : Ces vertus de l’Esprit, ΙΙνεύματος nion qui disait que le Christ est descendu sur Jésus à δυνάμεις, l’Ecriture ne dit pas que le Christ en avait son baptême. Ce que les apôtres ont dit, déclare saint besoin, inaisqu'elles devaientse reposer en lui,c’est-àIrénée, c’est que le Saint-Esprit est descendu sur lui dire trouver en lui leur terme final, de telle sorte que sous forme de colombe, cet Esprit dont Isaïe parle dans votre race il n'y eût plus de prophètes comme ainsi : Et requiescit, etc. Les contextes de ce passage par le passé. Ouvrez les yeux. Depuis qu’il est là, il n'y a plus chez vous de prophètes... Salomon avait manifestent que,dans la pensée d’Irénée, cet Esprit devait se déverser sur tous les fidèles, n. 1, que le Christ, de l’esprit de sagesse, Daniel l’esprit d’intelligence et de censeil, Moïse, de force et de piété, Élie, de crainte, fait, nous a promis le Saint-Esprit, pour nous adapter à Dieu, et qu’en l’envoyant il a fait participer toute la Isaïe, de science, et ainsi de suite... C’est donc qu’il s'est reposé, c’est-à-dire qu’il a cessé (d’agir sur les terre au don qu’il avait reçu du Père, n. 3, col. 930. Puis le saint docteur reprend l’idée émise par saint Juifs), depuis que Celui-là a paru... qui a répandu les Justin, à savoir que le don de l’esprit a été enlevé dons, qui se sont reposés sur lui par la grâce de son aux Ju*fs pour être donné aux chrétiens, en avançant esprit, δόματα, ά άπδ τής χάριτος τ/,ς δυνάμεως τοΟ πνεύ­ que cette dispensation de la grâce avait été prédite ματος εκείνου ; cf. Epist. Barnab., citée plus haut, sur tous ceux qui croient en lui, selon qu'il les juge di­ par Gédéon, lorsque celui-ci changea sa prière et, au lieu de demander à Dieu, comme une première gnes. Cela avait été prédit, poursuit saint Justin, et il le prouve par les textes : Dedit dona hominibus, Ps. lxvii, fois, que la laine se couvrit de rosée, la terre d’alen­ tour restant sèche, il demanda qu’elle restât sèche 19, etc. ; Effundam spiritum meum, Joël, n, 28. Et, de et que la terre fut mouillée. Jud., vi, 36-40. « C’était fait, ajoute-t-il, on peut voir parmi nous des femmes et des hommes qui ont les dons du Saint-Esprit, χαρίσματα dire que le peuple de Dieu n’aurait plus l’Esprit-Saint... et que sur la terre descendrait la rosée, à savoir l’Es­ άπό τοϋ πνεύματος του Θεού. Ainsi est-il démontré que prit de Dieu qui descendit sur le Seigneur, esprit de ce n’est pas à cause de son indigence, mais pour trouver sagesse et d’intelligence, de conseil et de force, de leur terme final, que sont venus se reposer sur le Christ science et de piété, de crainte de Dieu, que le Seigneur les dons,δυνάμεις, prédits par Isaïe. Ibid., 88, col. 685. a donné à l’Eglise, etc. », n. 3, col. 930. La même Ce passage, on le voit, est capital. D’abord, parce doctrine se trouvait déjà, 1. III, c. tx, n. 3, col. 871, que c'est lui et non pas le texte cité à ce propos par mêlée à cette idée particulière, renouvelée de Justin, M. Touzard, Revue biblique, 1899, p. 252, qui marque que le Verbe incarné el oint par le Père, est devenu historiquement la toute première incorporation du Jésus-Christ, c’est-à-dire l'Oint, lors de son baptême. A fameux texte d’Isaïe, xi, 1-3, à la théologie patristique l'appui les textes d’Isaïe, XI, 2 sq. ; lxi, 1 sq. D’ailleurs des dons. La spontanéité de la réponse de Justin est Irénée connaît aussi le don de l’Esprit qui nous rend sem­ d’ailleurs remarquable. Il semble que l’on ait affaire à blables à Dieu (la grâce sanctifiante), Contra hær., 1. V, une doctrine déjà élaborée et formée. Ensuite, malgré une intervention du mot χαρίσματα, 88, qui s’entend с. vin, n. 4, P. G., t. vu, col. 4142, et les charismata (grâces gratis datte), 1. Ill, c. xxiv, n. 4, col. 966; ordinairement des grâces gratis datæ, il semble que I. IV,c. xx. n. 6, col. 1036-1037, elc. Il semble bien que, les mots δυνάμεις, δόματα, y désignent bien un groupe spécifique, distinct du groupe des charismes. Enfin, pour lui, les sept dons d’Isaïe forment un groupe spé­ c'est sur le Christ que ces dons se reposent, dans un cial. sens que Philon croyait impossible,el qu’il faut retenir, Notons en passant cette idée du Pseudo-Justin (f vers car Origène lui donnera un relief définitif, mais de 200), que Platon, dans le Ménon, aurait emprunté aux telle façon cependant qu’ils se déversent ensuite par la prophètes, en la démarquant, l’idée d’un don donné grâce de l’Esprit sur les fidèles. d’en haut par Dieu aux saints, l’Esprit-Saint. A l'en­ XTgI DONS DU SAINT-ESPRIT tendre, la concordance se poursuivrait jusque dans la division de l’Esprit en sept esprits par les prophètes, qui serait imitée par la division platonique de la vertu, αρετή, en quatre vertus. Ce passage semble bien une allusion à Isaïe, xi, 2. Cohort, ad Græcos, n. 32, P. G., t. vi, col. 300. Clément d’Alexandrie (i- vers 215) termiae une des­ cription du candélabre à sept branches, imitée on plu­ tôt transcrite de Philon, Vita Mosis, p. 669, en décla­ rant que c'est là une figure du Christ qui lui aussi multifariam multisque modis envoie sa lumière à ceux qui croient et espèrent en lui. Ne dit-on pas, ajoute-t-il, les sept yeux du Seigneur, et les sept es­ prits gui se reposent sur la lige qui fleurit sur la ra­ cine de Jessé. Strom., V, c. vi, P. G., t. ix, col. 61. En dehors de cette mention formelle, nous n’avons trouvé chez Clément qu’une allusion aux sept dons, un texte où il est dit qu’à partir du septième jour, jour du repos, la Sagesse nous éclaire : lumière de la vérité, lumière vraie et sans ombre, Esprit du Seigneur, qui sans divi­ sion est divisée, cf. Philon, De gigantibus, entre ceux qui sont sanctifiés par la foi. Strom., VI, c. xvt, P. G., t. ix, col. 364. Cf. S. Justin, cité col. 1755. D’ailleurs, Clément appelle dons de Dieu les arts hu­ mains et la science des choses divines, Strom., I, c. iv, P. G., t. vm, col. 716-717; VI, c. xvn, P. G., t. ix, col. 385-388, et parle séparément des charismes, IV, c. XXI, t. vm, col. 1344. — Sur les mêmes charismes, saint Hippolyte (vers 235) a tout un traité, P. G., t. x, col. 870, reproduit vers 430 dans les Constitutions apos­ toliques, 1. Vlll, P. G.,t. i.col. 1066; mais les textes for­ mels pour sa doctrine du don du Saint-Esprit, trop géné­ raux d’ailleurs pour servir de contribution à notre sujet, se trouvent dans le Sermo in S. Theophania, n. 9, P. G., t. x, col. 859. Origène (j- 254). — La contribution d'Origène à la théologie des dons du Saint-Esprit entendus dans leur acception générale est considérable. Voici les textes principaux : De prine., 1. I, c. 1, n. 3, P. G., t. xi, col. 122 : On participe au Saint-Esprit, sans qu’il soit divisé, en recevant sa grâce, comme on participe à la science, à l'art : idée empruntée à Phiton. voir col. 1753. On reçoit l'énergie de l'esprit bon, lorsque l’on est mù et provoqué au bien, lorsque l’on reçoit l’inspiration des choses célestes et divines. Ibid., I. ÎII, c. m, P. G., t. xi, col. 317. Descriptions diverses de l'activité de l’Esprit, ibid., col. 154, 374, 415; Con­ tra Celsum, 1. I, n. 46, col. 745; I. VII, col. 1432; In ps. tr, 9. P. G., t. xii, col. 1108-1109; In ps. lxvii, 19, col. 1507, ubi propheta dona vocat Spiritus Sancti gratias; In ps. CXVltl, 131, coi. 1615, attraxi Spiri­ tum intellectus, gratiæ et sapientia:; In Ezech., homil. 11, P. G., t. xiii,coi. 683sq.;Zn iVa«/i.,tom.xin, P. G., t. xiii, coi. 1094-1096: citation formelle du texte d’Isaïe, tom. xiv, n.6, col. 1197; In Luc., homil. xxvn, col. 1871; In Joa., tom. n, P. G., t. xiv, col. 130; tom. x, col. 357; tom. xi, col. 438; tom. xm, col. 498; In EpiSt. ad Rom., 1. VI, P. G., t. xiv, col. 1098-1100, 1103, très complet. En ce qui concerne les sept dons proprement dits, notons l'expression : virtutem Spiritus Sancti sep­ templicem, In Lev., homil. ix, P. G., t. xn, col. 507; la mention du texte d’Isaïe, xi, 2, avec cette glose : quorum thesauri Christus, in quo thesauri sapientiæ absconditi : inde igitur emanant ac distribuuntur, dans Selecta in Jeremiam, P. G., t. xin, coi. 550; le commentaire du même texte, en harmonie avec l’idée de Philon, de l'incompatibilité de la demeure fixe de ! Esprit-Saint et de 'esprit mauvais,In Num.,homil. vi, n. 3. P. G., t. xn, col. 668 et l’exception faite pour le Sauveur, sur lequel l’Esprit s’est reposé à demeure, iiid., et col. 669. A propos de ce texte, noter, avec M. Touzard, art. cit., p. 254, l'addition de trois dons 1758 à la liste ordinaire des sept. Mais le texte d'Origène. qui a eu la plus grande répercussion sur la théologie des sept dons, car je ne crois pas pouvoir me rendre à la sentence que porte sur l’influence d’Origène M. Touzard, Revue biblique, 4899, p. 256, est le com­ mentaire allégorique qu’il fait dans l’homélie ni in Isaiam, De septem mulieribus, sur le mot d’Isaïe, iv, 1, septem mulieres apprehenderunt virum, P. G., t. xin, coi. 227 sq. Cf. P. L., t. xxiv, coi. 910, la tra­ duction de saint Jérôme. Ces sept femmes sont, à l’en­ tendre, les sept vertus de sagesse, d’intelligence, etc.. Is., xi, 2, qui ne rencontrent qu'opprobre parmi les hommes. Il n’y a qu’un homme qui puisse enlever cet opprobre. Ce n’est ni Moïse, ni Isaïe. 11 est venu en eux, mais n’a pu s’y reposer. Ici rappel presque littéral des textes et idées du De gigantibus, de Philon. C’est celui qui était signalé à saint Jean-Baptiste : Super quem videris Spiritum... manentem. Joa., i, 33. C’est celui dont Isaïe a dit : Et requiescet super eum spiri­ tus Dei, spiritus sapientiæ. Jésus est donc requis par les sept vertus d’enlever leur opprobre et de leur don­ ner son nom. Il l’a fait. Prions-le donc ut et nobis iste homo tribuat communionem harum mulierum, ut assumentes eas fiamus sapientes, intelligentes, etc., col. 230. On voit par cette finale que l’opinion qui nie la participation des fidèles aux dons du Christ, attribuée à Origène par Suarez, De incarnat., disp. XX. sect, n, n. 5, n’est pas plus d’Origène que de saint Justin ou de saint Irénée. Saint Méthode (f 315)a quelques indications dans le Convivium decem virginum, P. G., t. xvtn. Dans une interprétation allégorique du sommeil d’Adam, c. vm, col. 74, il dit du Saint-Esprit : Is enim proprie Verbi costa dicitur, septiformis scilicet Spiritus veritatis juxta prophetam, Is., xi, 2. Cf. coi. 202-203, 216-217. Eusèbe de Gésarée (vers 340) a d’intéressantes descrip­ tions générales de l’activité du Saint-Esprit, Præp. evang., 1. VII, c. xiv, P. G., t. xxi, col. 549; De eccles. theologia, 1. Ill, c. v, col. 1040; et des distributions des dons du Saint-Esprit, De theophania, 22, P. G., t. xxiv, col. 685; mais dans son commentaire d’Isaïe l’inter­ prétation du texte consacré ne provoque aucune ré­ flexion de sa part. In Is., c. xi, 2-3, P. G., t. xxiv, col. 170. Saint Athanase (f 373) mentionne également à propos du même texte le repos de TEsprit-Saint et de ses sept esprits sur le Christ, sans s’expliquer davan­ tage. De Trinitate et Spiritu Sancto, P. G., t. xxn, col. 1204. Avec saint Basile (ÿ 379), nous sommes en présence d’une véritable somme des dons du Saint-Esprit, mais rien ne nous autorise à appliquer au septénaire tradi­ tionnel ce qui en est dit. Dans le Liber de Spiritu Sancto, P. G., t. xxxii, le Saint-Esprit est considéré comme source universelle de sanctification, c. IX, col. 109. Il n’y a pas de dons spirituels, dit-il, δωρεά, sans le Saint-Esprit, c. xxiv, col. 172, 173. Même idée, Homil. de fide, P. G., t. xxxi, col. 469. Notons cette sentence : ce n’est pas en ministre que le Saint-Esprit communique ses dons, οΰ λειτονργιχώς διάκονε* τά; δωρεάς, mais c’est par sa propre autorité, col. 472. Il s’agit, au fond, en ce dernier passage, des charismes. ainsi que dans le Liber deSpiritu Sancto, c. xvi, P. G., t. xxxii, col. 134; c. xxvi, col. 181. Dans le I. V du Contra Eunomium, n. 2, qui très vraisemblablement n’est pas de saint Basile, mais de Didyme l’aveugle, cf. Bardenhewer, Patrologie, 2e édit., Fribourg-en-Brisgau, 1901, p. 241, on trouve un texte formel pour les sept dons désignés dans Is., xi, 2, et dans le texte de Zacharie sur les sept yeux du Seigneur qui regardaient la terre. P. G., t. xxix, col. 741. Cf. col. 761, ce pas­ sage : S’il dit : Et egredietur radix, etc., Is., xi. 2, comment peut-on séparer l’Esprit du Christ Dieu9 Le saint docteur, ou plutôt l'auteur du commentaire sur 1759 DONS DU SAINT-ESPRIT Isaïe attribue à saint Basile, reproduit l’exégèse allé­ gorique d’Origène sur Is., iv, 1, Septem mulieres ap­ prehendent virum, P. G., t. xxx, coi. 336, et s’appuie sur le texte is., xi, 2, pour prouver que toute sagesse humaine et divine vient du Saint-Esprit. Ibid., col. 415. — Saint Cyrille de Jérusalem voit, dans le même texte d’Isaïe, l’affirmation de l’indivisibilité du Saint-Esprit dans la diversité de ses influences. Cat., XVI, P. G., t. xxxiii, col. 960, cf. col. 950, 953. Saint Grégoire de Nazianze (f 390). Orat., xli, in Pentecosten, P. G.,t. xxxvi,donneuntableaud’ensemble de l’opération du Saint Esprit. Au n. 13, col. 446, la recension des textes scripturaires débute par le rappel du texte d’Isaïe, xi, 2, déjà cité, n. 3, col. 431, avec cette glose : Isaïe, à mon avis, appelle ordinairement du nom de πνεύματα les opérations, ένεργείας, de l’EspritSaint. Ailleurs, l’Esprit de Dieu est nommé... Esprit de sagesse, de prudence, de conseil, de force, de science, de piété, de crainte de Dieu, parce qu’il pro­ duit tout cela, ποιητικόν τούτων. Orat.,XXXI, η. 29, P. G., t. xxxvi, col. 166, cf. col. 442. Tous ces textes indiquent une activité efficiente efficace, que saint Grégoire a d’ailleurs caractérisée d’un mot bien significatif, lorsqu’il se dépeint lui-même devenant, à la lecture des œuvres de saint Basile, ό'ργανον ζρουόμενον Πνεύματι. Orat., xliii, col. 585. Saint Grégoire de Nysse (f vers 394) conclut de ce que les Macédoniens reconnaissent au Saint-Esprit le pouvoir de donner les charismes, qu’il faut lui rendre un culte. Adv. Macedonianos, P. G., t. xlv, col. 13291331. Les homélies de saint Macaire (γ 390) constituent un véritable monument à la gloire des dons du SaintEsprit en général, sans cependant que les sept dons y soient une seule fois nommément désignés. P. G., t. xxxiv, homil. ix, col. 535; homil. x, col. 543; homil. xxx, col. 719sq., etc. Il en est de même du Liber de Spiritu Sancto de Didyme d’Alexandrie, vers 395, qui attribue au Saint-Esprit la plénitude des dons de Dieu. P. G., t. xxxix, col. 1035; cf. col. 1043, 1049, 1061. Par contre, le même auteur, De Trinitate, 1. II, cite le texte d’Isaïe, xi, 2, pour prouver la divinité du Saint-Esprit, P. G., t. xxxix, col. 467, cf. col. 702. Ce second livre est un éloge des dons du Saint-Esprit, spécialement le c. vu, col. 559; du pouvoir du Saint-Esprit, distribuant les dons comme il l’entend. Didymeen conclutqu’il est l’égal du Père et du Fils. Saint Épiphane, dans VAncoratus, parle surtout des charismes, auxquels cepen­ dant il entremêle trois des dons nommés par Isaïe : la sagesse, la science et la force. P. G., I. xliii, n. 7, col. 27; n. 70, col. 148; n. 72, col. 152. Dans le traité Des mystères des nombres, ouvrage attribué à saint Épiphane, mais d’un auteur et d’une date inconnus, il est fait allusion à propos du nombre sept aux sept es­ prits, aux sept dons (charismata), énumérés par Isaïe, P. G., t. xliii, col. 514. Saint Jean Chrysostome (-f-407), dans son Exposition sur leps. XLIV, voit la preuve que le Saint-Esprit n’est pas donné au Christ in mensura dans le texte d’Isaïe, xi, 2. En lui, ajoute-t-il, se trouve l’intégrité et l’uni­ versalité de la grâce : dans les hommes, une goutte seulement. C’est pourquoi il est dit : Ef]undam de Spiritu meo. Joel, il, 28. Suit la description de cette distribution des dons, parmi lesquels la science, le pardon des péchés, les grâces gratis datte. P. G., t. lv, col. 185. D’autres textes parlent des dons du SaintEsprit, mais en général ou en tant qu’ils comprennent les charismes, par exemple, In Epist. I ad Cor., homil. xxix, P. G., t. lxi, col. 243sq.; De S. Pente­ coste, n. 4, t. L, col. 458. Une mention formelle des sept dons, De Sancto Spiritu, P. G., t. lu, col. 817, doit être attribuée à un pseudo-Chrysostome presque contemporain du Père de l’Église. Hésychius (-p 433), In Lev., 1. I, à propos de l’expression septuagies sep­ 1760 ties, Matth., xviii. 25, émet l’idée que ce multiple de sept correspond aux opérations du Saint-Esprit, et il cite Is., xi, 2. P. G., t. xcm, col. 823. Vers la même époque, saint Cyrilled’Alexandrie(-j-444),7n/saiaiii,l. I, orat. m, interprète littéralement 1s., iv, 1, et déclare inexacte l’interprétation donnée par Origène touchant les septeni mulieres, en tant qu’interprétation littérale du moins, car il en loue la doctrine. De fait, il s’étend un peu plus loin sur cette doctrine, interprétant des sept dons le texte d’Isaïe, xi, 2. Il réédite à ce propos l’idée en circulation depuis Philon, de l’impossibilité pour l’Esprit de se reposer sur les hommes, à cause du conflit du péché. Dans le seul Verbe fait homme, le Saint-Esprit s’est reposé sur la nature humaine, comme sur de secondes prémices du genre humain, et depuis, il se repose et demeure en nous... C’est à un seul Esprit que se rapporte toute cette multiple efficacité : l’esprit de sagesse, d’intelligence... ne sont qu’un même esprit, témoin le texte de saint Paul : Hæc omnia ope­ ratur unus el idem spiritus. P. G., t. lxx,coi.314-315. Il semble que chez Cyrille, comme chez plus d’un de ses prédécesseurs grecs, les sept dons s'identifient substantiellement avec les charismes pauliniens. Cf. In ■loelem, torn, n, n. 35, P. G., t. lxxi, col. 377 sq. Cette identification est encore plus apparente dans le De adoratione inspirilu et veritate, 1. IX, P. G.,t. lxviii, col. 608, ou la doctrine de la plénitude des dons expri­ mée par le nombre sept est nerveusement saisie, à propos d’un commentaire sur le chandelier à sept branches où se trouvent des réminiscences de Clément d'Alexandrie, voir col. 1757, el sans doute de Philon. Théodoret (j· 458) remarque que dans la sainte Écri­ ture nous lisons non seulement πνεύμα, mais πνεύματα, et il cite I Cor., xiv,32. Le Christ en tant qu’hommea eu tous ces charismata. In Cantic., L 111, P. G., t.LXXXl, col. 160. Cette observation, visant la plénitude des charismes du Christ, est reproduite à propos du texte d'Isaïe, xi, 2. In Isaiam, P. G., t. lxxxi, col. 313. Il semble d’ailleurs que Théodoret entende par là, lui aussi, les charismes prophétiques. Cf. In Epist. ad Horn., vin, 15, P. G., t. lxxxii, col. 134; In Epist. I ad Cor., xi,3, col. 322. Le Commentaire d’André de Césarée sur l'Apoca­ lypse, vers 490, à propos des sept esprits, des sept étoiles, des sept yeux de l’Agneau, fait intervenir â plusieurs reprises les sept dons mentionnés par Isaïe. P. G., t. cvi, col. 223, 243, 256. Cette explication n’est pas admise pour Apoc., I, 4, mais seulement pour les sept flambeaux, iv, 5, et pour les sept esprits, v, 6, par Aréthas de Césarée. In Apoealypsim, P. G., ibid., col. 506, 569,580. Procope de Gaza (f528), à propos du texte d’Isaïe, xi, 2, remarque que le Christ n’a pas été simplement touché par l’Esprit comme le commun des hommes. Ceux-ci n’ont pas les dons « domicile comme lui, mais les reçoivent de Dieu. D’ailleurs, ces dons, ce n'est pas pour lui-même, qui est Dieu, qu’il les possède, mais pour nous. In Isaiam, n, 2, P. G., t. lxxxvii, col. 2042. Cf. col. 2284, un essai de rattachement des béatitudes évangéliques aux πνεύματα, idée d’ailleurs mise en circulation depuis un siècle déjà chez les La­ tins par saint Augustin. Saint Maxime (-J-662), Quæstiones ad Thalassium, P. G., t. xc, col. 365, enseigne que ce ne sont pas sept esprits, mais sept opérations d’un seul Esprit, qui se sont reposées sur le Sauveur. Ces opérations diverses d’un même Esprit, l’apôtre les appelle des dons, cha­ rismata, divers... De même donc que l’un reçoit la parole de sagesse, l’autre celle de science ou de foi, recensées par le grand apôtre ; ainsi celui-ci le don de la parfaite charité, l’autre le don de la charité parfaite envers le prochain, un autre quelque chose selon le même Esprit. Celui qui avec Isaïe appelle ces dons 176] DONS DU SAINT-ESPRIT esprits, πνεύματ-, à mon avis ne se trompe pas. Car dans tout don, petit on grand, tout le Saint-Esprit se trouve agissant et inspirant. Un peu plus loin, la q. liv donne lieu à un petit traité des sept dons. Il débute avec le texte d’Isaïe, col. 521; on y trouve une description de chacun des dons, col. 521, 524, et une sorte de dialectique, qui rappelle la manière de Denys ! Aréopagite, pour passer du don de crainte aux illus­ trations de la sagesse; cf. col. 534, où la question de l'ordre des dons est résolue dans le sens de l’ordre ascendant. Au n. 38 de la troisième centurie du Livre des 500 chapitres, se rencontre une réplique de ce même traité qui n’ajoute rien de nouveau. P. G., : xc, col. 1276-1277. 11 n’est pas nécessaire de pousser plus loin nos investigalions. Saint Damascéne, par exemple, ne nous fournirait aucune indication. D’ailleurs,saint Augustin, des le commencement du v» siècle, a donné à la doc­ trine des dons du Saint-Esprit tout le développement qu elle pouvait comporter avant l’introduction des pro­ blèmes scolastiques. Avant de nous retourner vers la patristique latine, il est cependant utile de récapituler les notions, d'ailleurs peu nombreuses, que nous ont livrées les Pères grecs. 1« Le texte d’Isaïe, xi, 2-3, est conçu dès saint Justin comme exprimant la plénitude des dons ou des vertus spirituelles descendues sur le Christ, spécialement à son baptême. Sur ce point la tradition grecque forme une suite ininterrompue et imposante de témoignages. Seul saint Justin change deux vocables dans une des listes qu’il donne, substi­ tuant prophétie à intelligence et guérison à piété. — 2· Le nom de duns (δόματα, saint Justin), δωρεά, est employé de très bonne heure, concurremment avec celui de vertus, δυνάμεις, et de πνεύματα pour exprimer les sept dons spéciaux du Saint-Esprit. — 3° Le chiffre sept est consacré dés l'origine. La seule exception est Je texte mentionné d’Origène, qui énumère dix dons. Aussi, bien que nous admettions avec M. Touzard, .·> . cit., l’ayant rencontrée dans Philon déjà et dans d- nombreux passages de Pères, que le nombre sept désigne avant tout ici un plérôme, nous ne croyons pas exacte l'affirmation du même auteur, à savoir qu'aucnn des Pères grecs « ne fait mention du nombre des dons. * Revue biblique, 1899, p.259. La continuité d'une -mule septénaire constitue, à sa manière, une numé- ion. D’ailleurs, la documentation sur laquelle s’app cette assertion est trop limitée pour fournir une base d’opinion à l'abri de toute revision. — 4° La distinction des sept dons d’avec les dons du Saint-Esprit en général et surtout d’avec les charismes pauliniens n est pas suffisamment nette, du moins chez beaucoup de Pêres, pour que l’on puisse affirmer absolument qu ils forment déjà un groupe spécifique définitivement distinct. M. Touzard, loc. cit., semble avoir raison sur ce point. Je n’oserais cependant conclure, comme lui, sktd., que « ce n’est pas chez les Pères grecs que la éorie des sept dons du Saint-Esprit a été mise en relation avec le texte d’Isaïe. » Ou plutôt je distingué­ es la théorie, qui est, en effet, à venir, et la notion, qui, malgré certaines confusions avec celle des cha­ rismes, se dégage nettement avec plusieurs de ses attributs, nombre des dons, dépendance immédiate du Saint-Esprit, permanence dans le Christ, dérivation sanctificatrice vers les fidèles. — 5° Le problème qui a fait la principale préoccupation des Pères grecs, est i delà permanence, du repos, des sept dons dans le Christ, de la plénitude avec laquelle le Christ les a possédés, par opposition aux anciens prophètes et aussi aux justes. La relation des sept dons conférés aux justes avec les esprits descendus sur le Christ a été très nettement indiquée dès saint Justin. C’était la rénonse donnée par le christianisme naissant à la thèse de Philon niant la possibilité de la demeure des dons DICT. DE THÉOL. CATH0L. 1762 de l’Esprit dans l'homme. L’exception revendiquée par les Pères pour le Christ est une confirmation de la divinité ou, tout au moins, de la surhumanité du Messie. lv. pères latins. — Comme dans la patristique grecque, la doctrine des dons du Saint-Esprit se des­ sine spontanément chez les Pères Jalins dès l'origine. Tertullien (-j-vers 250) : Meus erit Christus in quo re­ quievit, secundum Isaiam, spiritus sapientiæ et in­ tellectus, etc. Neque enim ulli hominum diversitas spiritualium documentorum competebat, nisi in Chri­ stum, flori quidem ob gratiam spiritus adæquatum. Adv. Marcionem, 1. Ill, c. xvn, P. L., t. n, coi. 344. Cf. Adv. Judæos, c. ix, coi. 623. Novatien (j-vers 270), décrivant l’activité du Saint-Esprit : Hic est qui inmodum columbæ habitans in solo Christo, plenus et totus... cum tota sua redundantia cumulate distribu­ tus et missus, ut exilio delibationem quamdam gra­ tiarum cseteri consequi possint... Hoc etenim jam per Isaiam prophetam aiebat : Et requiescet, etc. De Trinitate, c. xxix, P. L., t. ni, coi. 944. Saint Victo­ rin (vers 303), Scholia in Apocalypsim, voit les sept dons du Saint-Esprit dans les sept esprits d'Apoc., I, 4, P. L., t. v, col. 317. dans les sept coups de tonnerr· . X, 3, col. 332. Au sujet des sept flambeaux, rv, 5. il s’exprime ainsi: Faces ignis ardentes donum Spiritus Sancti quod in ligno passionis est redditum, col. 32*5. Dans le fragment De fabrica mundi, il inaugure la comparaison, plus tard reprise parErnald de Bonneval, de la création du monde en sept jours avec la créa­ tion spirituelle par les sept souffles du Saint-Esprit d’Isaïe : Et spiritu oris ejus omnis virtus eorum, Ps.ΧΧΧΠ,6; Hi 7 spiritus nomina sunt eorum spiritu· qui supra Christum Dei requieverunt. Summum ergo cælum sapientia, secundum intellectus... Hocverbum cum lucem facit, sapientia vocatur, etc. P. L., t. v, coi. 310. Lactance, en mentionnant que Jésus est fils de Jessé,cite Isaïe, xi, 2, sans autre commentaire. De vera sapientia et religione, LIV, c. xin, P. L., t. vi,col.485. Saint Hilaire (vers 366) allégorise les sept pains de la multiplication miraculeuse, Matlh., xv, 10. Per gra­ tiam spiritus vivunt cujus septiforme, ut per Esaiam traditur, munus est... Quæ in terram recumbunt... ad donum spiritus septiformis vocantur. Indefinitus piscium numerus diversorum donorum et char ma­ lum partitiones., significat... sed quod sept- >, . -.r replentur redundans et multiplicata septifarm s .<;··.ritus copia indicatur. Comment, in Mattï.., p. L., t. rx, coi. 1007. Ailleurs, le premier, il indique l'ordre ascendant des dons, mettant la crainte à la base des autres. In ps. CXVIH, 38, col. 341. Le prologue de ï’Explanatio fidei, dite du concile de Rome, 382, sous le pape Damase, cf. P. L., t. xix. Prol., n. 150, col. 494; Monitum, col. 787, débute ainsi : Dictum est : prius agendum est de spiritu septiformi qui in Christo requiescit, spiritus sapientiæ, Christus Dei virtus et Dei sapientia, etc. A chaque don est annexé un texte de l’Écriture qui l’applique au Christ, P. L., t. xiii, col. 373; cf. t. xix, col. 787; DenzingerBannwart, n. 83. Saint Ambroise (j-395), à propos du même texte i Ps. cxvm,38, reprend et développe l’idée déjà exprimée par saint Hilaire de l’ordre des dons, montan: crainte à la sagesse, n. 36, 37, et esquisse un· ·.:■·. personnelle de la connexion des dons, origin ■ceci que tous seraient des auxiliaires de la craint· de Dieu, n. 38, P. L., t. xv, col. 1264-1265. L'm· c. ntr.. tion des plus importantes se rencontre dans le De Spi ritu Sancto, 1. I, c. xvi, n. 158. L’Esprit-Saint y est comparé à un fleuve sortant de la fontaine de vie : icibas une goutte de ce fleuve nous suffit, cujus nos brevi satiamur hausto; mais, dans la céleste Jérusalem, il se répand plus abondamment sur les trônes, les domi- IV. - 56 17G3 DONS DU SAINT-ESPRIT nalions, etc., pleno septem virtutum spiritualium fervens meatu. C’est ce texte, repris par saint Grégoire le Grand, qui guidera saint Thomas d’Aquin dans son article sur les donsau ciel. Sum. theol., 1”1I“, q.LXvm, a. 6, sed contra. Un peu plus loin, n. 159, est affirmée l'unité de l’Esprit sons la multiplicité des sept dons spirituels. Le nombre sept signifie la plénitude des vertus. P. L., t. xvi, col. 740. Le Pseudo-Ambroise, Nicétas de Romatiana (f 485), selon dom Morin, dans le De sacramentis, I. Ill, η. 8-10, texte que nous avons par méprise attribué à saint Ambroise, voir Cardinal, donne aux sept dons le nom de vertus cardinales, ou principales. P. L., t. xvi, col. 434. Saint Jérôme (f 420) donne l’explication littérale d'Isaïe, iv, 1, puis repro­ duit et adopte l’explication allégorique d’Origéne : Sep­ tem mulieres, id est, septem gratiæ Spiritus Sancti apprehendent Jesum quem mullo tempore desidera­ verunt, quia nullum alium potuerant invenire in quo æterna statione requiescerent, .loa., i, 33. In Isaiam, 1. II, c. v, P. L., t. xxiv, coi. 74-75. Au passage clas­ sique, Is., xi, 2, il appuie à son tour sur la permanence du Saint-Esprit dans le Sauveur, et cite, à ce propos, une glose de l’Évangile des Hébreux, col. 14»; cf. Hennecke, NeutestamenIlicheApocryphen/rubingiie.iQM, р. 19; il note aussi l’unité des sept dons dans une même source, à savoir le Christ, sans lequel personne n’est sage, ni intelligent, etc. Ibid., col. 145. Dans le commentaire sur Joël, n, 28, il insiste sur la diffusion universelle, sans acception des personnes, des dons de l’Esprit, mais il s’agit ici, semble-t-il, des charismes prophétiques, P. L., t. xxv, col. 978. Est-il le premier parmi les Latins à avoir fixé le nombre des dons d’une manière voulue et réflexe, comme le pense M. Touzard? Revue biblique, art. cil., p. 261. 11 semble bien que saint Hilaire tout au moins a la priorité. Résumons, avant de passer à saint Augustin, les principales acquisitions de cette première période. 1» Est acquise, dés Tertullien, l’application des textes d’Isaïe, xi, 2, 3, à la plénitude de la grâce du Christ. — 2° Les dons sont des documenta spiritalia (Tertullien), des grâces (Novatien), des munera (saint Hilaire qui les distingue nettement des dons surnaturels communs et des charismes), des souilles de l’Esprit-Saint. —3» Le Christ les a possédés d’une manière spéciale, perma­ nente (Tertullien, Novatien. S. Victorin, Explanatio fidei, S. Jérôme), maisils setrouventaussi dans les fidèles (Novatien, S. Hilaire, S. Jérôme). —4“ L'idée d’un ordre ascendant, opposé â l’ordre de l'énumération d’Isaïe, se fait jour chez saint Hilaire, est développée chez saint Ambroise, qui le premier esquisse sur ce thème une syn­ thèse de leur organisme. — 5° L’unité et la connexion des dons de l’Esprit septiforme sont affirmées par saint Ambroise et saint Jérôme, leur existence au ciel par saint Ambroise. —6° Le chilfre sept semble bien fixé à nartir de saint Hilaire. Saint Augustin. Le nombre sept a éveillé souvent la subtilité de saint Augustin. Pro cujusque rei univer­ sitate poni solet. Propter hoc eodem sæpenumero si­ gnificatur Spiritus Sanctus. De civitate Dei, 1. XI, с. xxxi, P.L., t. xli.coI. 344. Cf. Contra Faustum,l.XU, c. xv, P. L., t. xlii, coi. 263. Spécialement dans Isaïe et dans 1’Apocalypse, ubi apertissime septem Spiritus Dei perhibentur propter operationem septenariam unius ejusdemque Spiritus. Enarr. in ps. cl, P. L., t. xxxvii, coi. 1960-1961. Et un peu plus loin, â propos de la capture des 153 poissons : In decem autem lex; in septem vero gratia significatur : quia legem non implet nisi charilas diffusa in cordibus nostris per Spiritum Sanctum, qui septenario numero significa­ tur. Ibid. Cf. Semi., ccxlviii, ccxlix, P. k., t. xxxvm, coi. 1161 sq., où ces idées sont appuyées sur le texte d’Isaïe, xi, 2-3, avec ce commentaire : Istæ septem ope­ rationes commendant septenario numero Spiritum 1764 Sanctum, qui quasi descendens ad nos, incipit a sa pientia, finit ad timorem. Nos autem ascendentes incipimus a timore, perficimur in sapientia. Comme le remarque M. Touzard, art. cit., p. 263, ce qu’il faut noter dans ce passage, c’est tout d’abord l'application des dons au fidèle; et cela, ajoutons-nous, non seule­ ment pour l’ordre ascendant, mais aussi pour l’ordre descendant, ordinairement interprété des dons dans le Christ. C’est ensuite une sorte d’essai de synthèse doc­ trinale dans laquelle sont marquées les étapes de l’as­ cension spirituelle du chrétien, synthèse que le saint docteur développe complètement dans le Semi., cccxlvii, P. t. xxxvm, col. 1524-1525; dans le De doctrina Christiana, I. 11, c. vu, P. L., t. xxxiv, col. 39, ainsi que dans le Sermo Domini in monte, 1. I, c. iv, P.E., t. xxxiv, col. 1234. Elle forme comme une sorte de dialectique divine : Ille (Isaias) cum praeposuisset sapientiam, lumen scilicet mentis indeficiens, adjun­ xit intellectum : tanquam quærenlibus unde ad sa­ pientiam veniretur, responderet : ab intellectu; unde ad intellectum ? a consilio; unde ad consilium? ascientia; unde ad scientiam? a pietate; unde ad pietatem ? a timore. Ergo ad sapientiam a timore; quia initium sapienliæ limor Domini. Serm., cccxlvii, c. n, P. L., t. xxxvm, coi. 1525. Mais ce qu’il y a de plus nouveau et de plus original dans ce sermon cccxlvii, et surtout dans le Sermo Domini in monte, c’est la synthèse des dons du Saint-Esprit, ainsi gradués de bas en haut, avec les béatitudes que saint Thomas a large­ ment mise à conlribution. Nous nous en sommes ex­ pliqués ailleurs. Voir Béatitudes. En résumé, saint Augustin fournit quatre solides contributions à la doc­ trine des dons : 1° un septénaire de grâces spéciales bien distinct; 2» une organisation de ce septénaire; 3» une description des activités spéciales de chacun des dons, désormais identifiées avec les vertus décrites dans les béatitudes de saint Matthieu ; 4° la distinction très nette des dons qui relèvent de la charité et des cha­ rismes qui sont compatibles avec le péché. Cf. De di­ vers. queest- ad Simplicianum, 1. II, q. i, n. 8 sq., P. L., t. xli, col. 135-136. Fauste de Riez (f vers 480), dans son traité De Spiritu Sancto, autrefois attribué à Paschase le Diacre, pour montrer que le Saint-Esprit est bien une personne dis­ tincte du Père, allègue le texte d'Isaïe, xi, 2, et le com­ mente ainsi : De hoc itaque spiritu Domini qui super Salvatorem sacro descendit illapsu, per Isaiam Filius dicit : Spiritus Dom ini super me, Is·, L, 1, 1.1, c. vi, P. L., t. LXH, coi. 15. Cet ouvrage fait l’éloge du Saint-Esprit comme distributeur des charismes dans le sens large de dons surnaturels, c. ix sq.; et aussi dans le sens précis, 1. II, c. x,de grâces gratis datæ, dans le but de conclure sa divinité. Cf. Pseudo-Vigile, Contra Varimadum, 1. Il, P. L., t. lxii, col. 400 sq. Sur l’attribution du De Spi­ ritu Sancto de Paschase à Fauste, cf. Bardenhewer, Patrologie, trad, franç., 1899, t. ni, p.96. — Eugippius (511), dans son Thesaurus, c. cccxv, ne fait que repro­ duire l’enseignement de saint Augustin sur la corres­ pondance des dons, des béatitudes et des sept demandes de l’oraison dominicale,/3. L., t. i.xii, col. 1034. — Saint Fulgence (533) admet que, dans l’Apocalypse, ubicum que septem spiritus nominantur septem dona unius Spiritus Sancti agnoscantur ; et il réfute vive­ ment toute autre interprétation. Son long commenlaire à ce sujet n’est pas de notre ressort. Contra Fabia­ num, fragmentum XXIX. L., I. l.xv, col. 795. — Cassiodore (j-575) est probablement le premier qui ait vu dans la septuple répétition du mot vox Domini, au Ps. xxviii, une allégorie des sept dons. Son commen­ taire très étendu, d’une grande variété d’aspects, d’une haute élévation, caractérise chacun des spiritus d'Isaïe, xi, 2. Il suit l’ordre descendant dans son énumération. Cette belle interprétation fera école dans la suite. Ex- 1765 DONS DU SAINT-ESPRIT positio in Psalterium, ps. xxvm, P. L., t. lxx, col. 199 sq. — Primasius (vers 660), In Apocalypsim, I. J, à propos des sept esprits, remarque : propter sep­ tenariam operationem Spiritus Sancti septiformis spiritale dicitur, id est sapientiæ et intellectus, etc.; imius enim spiritus dona legaliter commendantur quando a septem spiritibus pax et gratia devotis optatur, P. L., t. lxvii, coi. 798. Cf. 1. II, coi. 824, 831, 832. Nous arrivons à saint Grégoire le Grand (f604), la principale source de documentation des scolastiques avec saint Augustin. Première indication, préface des Moralia, c. VIII. L'allégorie commence au c. xxvn du 1. 1 des Morales où les sept fils de Job figurent les sept dons et leurs trois sœurs, les vertus théologales, P. L., t. lxxv, col. 544. Au 1.11, c. xlix, n. 78, P. L., t. lxxv, col. 592, le rôle des dons est discuté en détail; nous avons déjà cité ce texte dans la première partie de cet article, col. 1748. Même livre, c. lvi, col. 597, rappel de l'idée, devenue le bien commun de tous les théologiens, que la demeure permanente du Saint-Esprit est un privi­ lege du Christ, p. 90. Les charismes prophétiques nous sont retirés parfois en vue de notre bien, n. 89. Cf. n.78. Il faut bien distinguer ici cesdonsqui sont pour l'utilité des autres, de ceux qui sont nécessaires à la vie spiri­ tuelle, douceur, humilité..., foi, espérance, charité. L’es­ prit demeure avec ces derniers dans ses élus, quoi qu’il en soit de leur va-et-vient, n. 78. Au i.XXX,c.xxxn,nou- elle et originale mise en œuvre de l’impossibilité pour : homme de réunir les opérations des sept dons à propos du texte de Job : Numquid conjungere valebis ■ • antes stellas Pleiades'? Job, xxxvin, 31. En ce pas­ sage. saint Grégoire passe des dons aux charismata pauliniens, d'une manière qui marque, qu’en cet enuroit du moins, il les identifie. Cela n’a rien d’étonnant, puisque pour lui, cf. 1. XXXV, n. 15, col. 758, le nombre sept désigne avant tout une plénitude, et que r.- -prit septiforme, en nous touchant, nous donne en Même temps l’exercice des quatre vertus morales. Mais le texte des Morales de saint Grégoire le plus intéressant, parce qu’il offre un point de vue neuf, est celui qui vise la connexion des dons, à pro;■ s de Job, i, 4 : Ibant /ilii ejus et faciebant convivium unusquisque in die suo, valde enim singula qi■-•■libet virtus destituitur si non una alii virtus vir: : suffragatur, 1. I. n. 45, P- L., t. t.xxv, coi. 547. A noter les activités spéciales que saint Grégoire attrikae dans ce chapitre à chacun des dons. Dans les ho- lies sur Ézéchiel, à proposée l’escalier du Temple, saint Grégoire aborde un autre point important, l’ordre z- ’ · numération des dons du Saint-Esprit, 1. IL ho■ il vu. Il la résout grâce au texte: Initium sapientiæ timor Domini, dans le sens déjà rencontré, à savoir φ. "il s’agit, dans l'énumération qui débute par la crainte, de l’ordre des dons tel qu’il est en nous. P. L., t. lxxvi, col. 1015. M. Touzard a bien fait valoir ce dernier texte en montrant que, pour saint Grégoire, le texte d’Isaïe renferme une analyse complète de la grâce septiforme en nous et dans le Christ. Art. cit., p. 265. Saint Bêde(j-735) voit dans les sept lumières du can­ delabre sacré les sept dons du Saint-Esprit énumérés par Isaïe. De tabernaculo et vasis ejus, 1. I, c. ιχ, .r !... t. xci, col. 419. De même, dans les sept yeux les sept cornes de l’Agneau, dont il est parlé dans Γ ; ocalypse. Ibid, et Explan. Apec., I. I, c. v, P. L., : xcm, col. 145. Paul Diacre, à la fin du vin® siècle, à propos du texte symbolique -.Sapientia...excidit colum-.·*< septem, qu’il joint au texte : Egredietur virga radice Jesse, a la pieuse pensée de considérer, le premier peut-être, les sept dons du Saint-Esprit dans h sainte Vierge, Homil., i, in Assumptione È. Μ. V., ■ . t. xcv, col. 1567. Le pseudo-Ambroise (Berengaudus, IXe siècle?) interprète, lui aussi, les sym­ 1766 boles classiques de l’Apocalypse, dans le sens de la doctrine des dons. Expositio super septem visiones Isaiæ, P. L., t. xvn, col. 766,797. —Paschase Radbert (860), dans son exposition In Matthæum, préface, se livre à de pieuses considérations sur les sept dons dans le Christ, mais il est difficile d’en extraire une doctrine précise. P. L., t. cxx, col. 39 sq. — Raban Maur (·]· 858) interprète le passage des Nom­ bres relatif à l’esprit de Moïse communiqué aux soixante-dix vieillards, et émet la remarque que, si l’Esprit se repose sur les prophètes, il ne s’est reposé sur aucun d'eux comme sur le Christ; il le prouve par Is., XI, 2, 3, et par un parallèle, renouvelé des Pères grecs, des principaux prophètes de l’Ancien Testament avec le Sauveur. Enarrat, in lib. Numerorum, 1. II, c. vu, P. L., t. cvni, col. 658 sq. On voit combien la préoccupation de la thèse posée par Philon de la nonpermanence de la plénitude de l’Esprit de Dieu dans l’homme et la revendication de ce privilège pour le Messie, grâce au texte d’Isaïe, xi, 2, opposé au texte favori de Philon, Gen., vi, 3, ont tenu de place, jus­ qu’au bout, dans la tradition. Conclusion. — Étant donnée cette documentation, peut-on admettre la thèse que l’idée spécifique du sep­ ténaire des dons du Saint-Esprit n’est pas donnée dans la tradition grecque ni dans la tradition latine anté­ rieure à saint Jérôme? Au point de vue de l’histoire critique nous aurions des motifs d’hésiter. M. Touzard dans l’article cité, qui a le mérite d’être le premier en son genre et le seul que nous connaissions sur ce sujet, s’est prononcé dans le sens de l’absence du septénaire proprement dit dans la tradition grecque et latine pri­ mitive. Mais il est facile de voir, par les documents réunis ici pour la première fois, que sa documentation est trop restreinte pour que sa solution puisse pré­ tendre échapper à toute revision. Au point de vue théologique, il n’est pas nécessaire que les Pères, qui ont parlé des dons, aient eu la conscience parfaite de cette doctrine : il suffit qu’ils aient plus ou moins explicitement témoigné en sa faveur. Leur témoignage vaut en tant qu’expression de la tradition dont ils sont les organes et dont le Saint-Esprit dirige le développe­ ment. A ce point de vue de l’analogie de la foi, les dif­ férents moments historiques de l'expression d une vérité traditionnelle doivent être considérés, n.n pas seulement en eux-mêmes et dans la signification ii. : rfaite qu’ils ont actuellement pour telle génération, mais en fonction de l’aboutissant qu’ils préparent, de la vérité explicite ou du dogme vers lesquels le SaintEsprit achemine l’intelligence chrétienne. Ainsi envi­ sagés, les linéaments de doctrine touchant les donsdéposés tout le long des deux patristiques, doivent être regardés, selon la conception de Newman, comme exprimant le développement continu et ordonné d’une pensée d’avenir, quelque chose comme le déroulement successif des parties d'un discours, dont le Saint-Esprit dirige l'achèvement. Ce point de vue est le nôtre dans ce Dictionnaire de théologie. Nous ne pouvons ad­ mettre que la doctrine des sept dons, aujourd’hui com­ mune dans toute l'Église et officiellement enseignée, catholique en un mot, soit une pure construction de 1 spéculation théologique, brodant sur un fond de d : nées vaguement révélées. La suite des témoigna .· s ■ nous avons enregistrés, semble bien plutôt nous faire assister au développement d’une doctrine, secondait à la vérité, mais appartenant à la tradition primitive a > moins implicitement, qu’à la construction d’une théorie théologique. C’est avec les scolastiques que la cons­ truction théologique, dont quelques points cependant ont été indiqués par saint Augustin et saint Grégoire le Grand, va prendre une consistance théorique. V. PREMIERS THÉOLOGIENS SCOLASTIQUES. — Dans la période particulièrement ingrate qui va du ixe au 1767 DONS DU SAINT-ESPRIT XIe siècle, la théologie des dons subit une éclipse, mais avec la renaissance théologique du xu« siècle commence une phase nouvelle de la question des dons du Saint-Esprit. Saint Anselme (j-1109) ouvre la marche par cette réflexion sur l'ordre des dons, à propos des béatitudes évangéliques : Hit igitur septem praedictis virtutum gradibus congruit septiformis operatio Spiritus Sancti de quo : Requiescet, etc. Is., xt, 2. Sed ille a summo incipit, hic autem ab imo. Homil., n, in Malth., v, 1, P. L., t. clviii, coi. 596. Dans son Serm., iv, De sacramentis dedicationis, saint Yves de Chartres (f 1116), décrivant les cérémonies de la dédi­ cace d’une église : Inde venit ante altare et aspergit illud septem vicibus. Quo numero significatur pleni­ tudo Spiritus Sancti, Spiritus sapientiae et intelle­ ctus, etc. P. L., t. clxii, coi. 532. Saint Bruno d’Asti (•j-1123), commentant leverset de saintMatlhieu : Tunc assumit septem alios spiritus secum nequiores se, se demande : Quare septem? Quare nequiores? Quia enim septem sunt gratiæ Spiritus Sancti, quibus omnis anima ad fidem convertitur et conversa defen­ ditur, ideo iniquus iste.... Opponens videlicet spiritum stultitiae spiritui sapientiae, etc., In Matth., part. Ill, c. xiii, P. L., t. clxv, coi. 185. Honoré d’Autun (1135), Speculum Ecclesiae, In Pentecosten : Hæc festivitas per septem dies celebratur quia Spiritus Sanctus in septem donis veneratur... Spiritus sapientiae, etc. Hæc sunt septem mulieres quae unum virum appre­ henderunt quia septem dona Spiritus Sancti Chri­ stum corporaliter possederunt. P. L., t.Ci.xxu, coi. 960. Il décrit ensuite l’échelle des sept dons que gravissent ceux qui craignent Dieu, et caractérise chacune de leurs activités ici-bas et dans la béatitude, col. 961. Plus loin, un rappel des symboles bibliques des dons, le candélabre à sept lumières, Exod., xxv, les sept colonnes, Prov., tx, les sept yeux et les sept cornes de l’Agneau, Apoc., v, vi, enfin, dans une très curieuse dissertation, les « sept natures de la colombe », col. 962 sq. Rupert (1135). Le De divinis officiis, P. L., t. clxx, col. 219, contient le passage classique : Quid enim sunt septem Spiritus Dei quibus dominicus homo requie­ tionis locus unicus est, nisi septem vocum spiritualium discrimina quibus omnis ejusdem contexitur doc­ trina... Pour l’ordre de l’énumération il suit saint Gré­ goire. Ibid.,col. 221. Mais le document principal et qui classe Rupert parmi les docteurs attitrés des dons du Saint-Esprit, est fourni par les neuf livres, De operi­ bus Spiritus Sancti, qui terminent le De Trinitate et operibus ejus libri XLII, P. L., t. cxt.vn, col. 1571. A noter spécialement dans le 1. I, c. xxi et xxn, la double description ues dons dans le Christ, col. 15911594. Cf. In Isaiam, I. II, c. vt, P. L., t. cxlvii, col. 1319; Comment, in Joa., 1. Il, P. L., t. Clxix, col. 254 sq. Au c. xxv du même livre on rencontre l’idée de l’ordre descendant des dons dans le Christ opposé à l’ordre ascendant des dons dans le pécheur qui fait pénitence, rf. col. 1628; t. cxlvii, col. 1597, et c. xxxi, col. 1603-1604. Les sept livres suivants sont consacrés chacun à un don du Saint-Esprit, en commençant par le don de sagesse. Le don de sagesse s’est surtout manifesté selon lui dans la passion du Christ, 1. II, c. i, n, col. 1605-1606, cf. un texte de saint Viclorin, martyr, cité col. 1762; et c’est peut-être ici l’une des sources de l’opinion rapportée par les scoastiques, voir col. 1774, qui énonce que les dons du Saint-Esprit nous configurent au Christ dans sa passion. Rupert ne le dit pas expressément, que nous sachions, mais sa double doctrine du baptême qui nous assimile à la mort du Christ, 1. III, c. iv, col. 1644, et du bap­ tême conférant les sept dons, c. x, col. 1650, et de nom­ breuses indications du même genre, invitent à le penser. La richesse des idées contenues dans ces sept livres 1768 défie l’analyse. C’est la première somme des dons du Saint-Esprit. On trouvera d’ailleurs des indications éparses dans de nombreux passages des œuvres de Rupert. Notons In Zachar. proph., 1. Ill, P. L., t. clxviii, col. 768. Hugues de Saint-Victor (1141) est dans la théologie scolastique le patron'principaldel'opinion, voir col. 1767, Bruno d’Asli, qui explique la diversité spécifique des dons du Saint-Esprit par leur opposition à certains vices, singula vitia singulas medicinas habent; sep­ tem vitia, septem spiritus; quot morbi, tot medicinae. Quid sunt septem spiritus ? septem sunt dona Spiritus et dona sunt spiritus, et spiritus sunt dona. De quin­ que septenis, c. v, P. L., t. clxxv, coi. 411. Dans leur recension il suit l’ordre ascendant. Sa conception ori­ ginale des dons fait partie d’une synthèse, bien à lui, de la psychologie du surnaturel, que nous trouvons exposée dans un passage du De sacramentis : Virtutes in Scriptura sacra plurimae numerantur, maxime vero quae in Evangelio, quasi quaedam antidota vel sani­ tates contra septem viliorum corruptionem sub eodem numero disponuntur. Prima est humilitas, secunda mansuetudo, etc. Homo igitur, in peccatis jacens, aegrotus est totus, vitia sunt vulnera, Deus medicus, dona Spiritus Sancti antidota, virtutes sani­ tates, beatitudines gaudia : per dona enim Spiritus Sancti vilia sanantur. Sanitas viliorum est operatio virtutum· Sanus operatur; opera remunerantur, 1. II, part. X.1I1, c. II, P. L., t. clxxvi, coi. 527. Aux vertus évangéliques énumérées dans les béatitudes de saint Matthieu est dévolu le rôle actif, positif : les dons ont un rôle négatif qui est de guérir le malade. Com­ ment cela? L’auteur de la Summa sententiarum va nous l’apprendre : Contra illa septem vitia (les péchés capitaux) sunt virtutes quas pariunl septem dona. Inter dona autem et virtutes hæc est differentia quod dona sunt primi motus in corde, quasi quædam semina virtutum jactata super terram cordis nostri; virtutes quasi segetes quæ ex ipsis consurgunt. Sunt enim effectus donorum habitus quidam confirmati jam boni. Et dicuntur 7 dona Spiritus. Unde in Apoc. : Vidit Joannes septem spiritus, discurrentes ante thronum Dei. Spiritus dicuntur, id est aspirantes vel aspirationes, quæ praecedunt virtutes ; et sunt dona solummodo et non merita. Virtutes sunt et dona et merita. In illis operatur Deus sine nobis; in istis operatur nobiscum. Ex timore, qui est initium sapientiæ\Ps. cx), nascitur humilitas ; ex spiritu pieta­ tis mansuetudo nascitur·, et ita per singula quæ nu­ merantur ibi : Beati pauperes spiritu. Summa sen­ tentiarum, tr. III. c. xvii, P. L., t. clxxvi, coi. 114. On sait que l’opinion qui fait des dons : primi motus in corde quasi semina virtutum, a été cataloguée dans la théologie postérieure comme identifiant les dons et la grâce actuelle. Cf. Chr. Pesch, Praelectiones, t. vin, n. 100. A ces citations qui ne laissent aucune obscurité sur la pensée maîtresse de Hugues.on peut joindre un pas­ sage des Allegoriae in Novum Testamentum, I. II. ouvrage douteux, qui reproduit la même doctrine et, de plus, la division des sept dons comme correspon­ dante aux sept demandes du Pater, petitio sepliforma, P. L., t. ci.xxv, col. 777, idée de saint Augustin reprise par saint Thomas d’Aquin. Voir col. 1777. On y trouve aussi une réminiscence de l’interprétation de saint Hilaire sur le miracle des sept pains. Ibid., col. 806. A noter que le traité des dons mentionné parmi les Tractatus theologici, c. xxxix, de Hildebert du Mans (1133), P. L., t. clxxi, col. 1143, est une reproduction textuelle de la Summa sententiarum. On y trouve, col. 1145, des développements importants sur le don de crainte dans le Christ. Abélard (f 1142) est à mentionner pour son Hym- 1769 DONS DU SAINT-ESPEIT narium pa>\ ense. De l’hymne pour la fête de la Pentecôte, P. L., t. CLXXVHI, col. 1798, nous extrayons: Tu tibi templa dedica Illa septiformi quam habet gratia Contra septem ilia dæmonia. Cest la notion des dons opposés aux sept esprits mau­ vais. que nous avons déjà rencontrée. Dans le détail <- leur énumération Abélard suit l’ordre ascendant. Il en est de même chez Hervé de Bourg-Dieu (1149), /m Isaiam, 1. II, c. xi, 2, P. L., I. CI.XXXI, col. 140. Men­ tionnons le Traité spécial des sept dons du SaintEsprit de Pothon de Prusse (1153), dans la Bibliotr.a Patrum, de Paris, t. tx, que nous n’avons pu ■et:contrer. Saint Bernard (·]· 1153) traite ex professo De seplifarmi Spiriluin Christo, Τη Annunt. B.M. V.,serin, n, L., t. CLXXXiit, col. 590, se basant sur ce principe çae rien de ce qui était nécessaire pour sauver les peuples ne devait manquer au Christ, n. 5. Le texte 4 Isaïe, xi, 2, vient à l’appui. Dans le sermon xiv, De septem donis, il développe l’opposition des sept dons Mx sept vices principaux. Sermones de diversis, P. L., t. ci.xxxm, col. 574. On peut regarder le magnifique commentaire du texte du Cantique, Traherne, post te erremus,Semi., xxi, in Cant., η. 4, comme une mise en œuvre de cette idée. Dans le Serm., ni, in tempore resurrectionis, n. 6, nous rencontrons une curieuse : : :»tion des apparitions du Christ ressuscité aux sept 4ons. Ibid., col.292. L’opuscule Quinque septena, où les :.ns sont mis en relation avec les sept demandes de . oraison dominicale, n’est vraisemblablement pas de saint Bernard. Ernald de Bonneval (-j- 1156), dans le Liber de cardùialibus operibus Christi, attribué à saint Cyprien par Suarez, De incarnatione, q. vu, a. 6, disp. XX, ■ect. n, rattache les sept dons à l'onction du saint chrême. C’est un des plus anciens témoignages, en fa­ veur de cette adaptation si courante aujourd’hui, : vin, P. L., t. clxxxix, col. 1655. Son Libellus de danis Spiritus Sancti, P. L., ibid., col. 1589, renferme 4 abord une description des dons en nous et dans le Christ, c. i-x. A partir du c. xi s’ouvre un beau paral4- e avec l’œuvre des sept jours que l'auteur a seule■ · te. le tort de croire une nouveauté, col. 1608. Voir, col 1762, saint Victorin. Pierre Lombard (f 1160) emprunte à Cassiodore son commentaire sur le Ps. xxvm, qui décrit la fondation de ! I glise par les vertus du Saint-Esprit. Mais il inter­ vertît l'ordre de ce commentaire. Isaïe, dit-il, avait commencé par le haut; quia agit de Christi incarna­ tione in qua se exinanivit : hic autem ab imo escendit ad summum, quia agit de Ecclesiæ constitutione quæ a timore gui est inilium sapientiæ inci­ pi: P. L., t. cxci, col. 285. D'où cette curieuse anomalie : s les sept expressions : vox Domini, sont interprétées en sens inverse par Cassiodore et par Pierre Lombard, la première par exemple : vox Domini super aquas, signifiant le don de crainte pour Pierre Lombard, le don de sagesse pour Cassiodore, la seconde : vox bomini in virtute, signiliant, respectivement, les dons piété et d’intelligence, etc. Cf. Cassiodore, In ps. xxvni, P. L., t. lxx, col. 199. Dans le I. III des Sentences, dist. XXXIV, P. L., t. CXCII, col. 1086, Pierre Lombard cite ce texte : Ilis sanctificationibus r.gnatur plenitudo septem spiritualium virtutum quas enumerat Isaias... Cf. le De sacramentis du pseudoAmbroise.Godfroy, abbé d’Admont(1165),a une curieuse idaptation mystique des sept dons du Saint-Esprit aux livres de l'Ancien Testament. A la Genèse correspond ... don de crainte, à l’Exode la piété, au Lévitique la science, etc. Homil., Il, in Script., P. L., t. CLXXIV, col. 1064. Gerhoch de Reichenberg (1169), dans l'expli­ 1770 cation du Ps. xxvm, a la même interprétation que Pierre Lombard, qu’il lui a sans doute empruntée à moins que ce ne soit le contraire. Le Nomenclator literarius de Hurter, t. n, col. 118, signale comme étant de lui un traité inédit De ordine donorum Spi­ ritus Sancti, qui semble lui conférer une compétence spéciale sur notre sujet et par suite autoriser la seconde hypothèse. Garnier, chanoine de Saint-Victor (1170), résume dans son Gregorianum, 1. XV, c. VI, De sei>tenario, divers passages de saint Grégoire le Grand, P. L., t. exclu, col. 449. Geoffroy d’Auxerre (-|- 1180 , cité souvent sous le nom de Bède, reproduit l’idée des dons dans les patriarches dont l’origine première est à chercher chez saint Justin et peut-être chez Philon. Son De septem donis Spiritus Sancti se trouve parmi les œuvres de Bède, P. L., t. xciv, col. 553. Jean de Salisbury (f 1180) est à compter parmi les patrons de l'opinion, reprise par Hugues de Saint-Victor, qui fait des dons la semence des vertus. De septem septenis, sect, v, P. L., t. cxcix, col. 954. Philippe de Harweng (1182), De silentio clericorum, c. cxvi, cite les sym­ boles classiques des sept dons, ftpoc., ni, iv, v; Za­ charie, m, iv, P. L., t. cciii, col. 1200. Pierre de Blois (1200) a une belle allégorie sur la musique céleste, la cithare du Seigneur et ses sept notes fondamentales. Prima chorda est spiritus timoris, gravem sonum reddit, secunda spiritus pietatis, dulcissimus so­ nus, etc., Serm., xxiv, P. L., t. ccvi, coi. 632. si toutefois ces sermons ne sont pas de Pierre Comestor. Alain de Lille (1202) donne comme le sens propre du mot don, antonomaslice, son interprétation par les sept dons du Saint-Esprit. Distinctiones dictionum theol., P. L., t. ccx, col. 774. L’augustin Absalon (1203) a de belles élévations mystiques sur les dons du SaintEsprit et les béatitudes évangéliques. Serm., xxxv, in die Pentec., P. L., t. ccxi, col. 204; cf. Serm., xxxvi, col. 214. Pierre de Poitiers (1205) traite de ta con­ nexion des vertus et de leur division en vertus théolo­ gales, cardinales et dons. Les dons ne sont pas les facultés naturelles que leurs noms semblent indiquer, mais des principes gratuitement surajoutés pour les réformer, les vivifier, et sans faire savoir ou comprendre plus de choses, faire mieux savoir et mieux comprendre ce que l’on sait. Il s’étend, développant saint Ambroise, sur l’activité des dons au ciel et sur le don de craint·.·. Sent., 1. III, c. xvi, xviii, col. 1079 sq. Simon de Tournai (1216) tient pour l’opinion : fait des dons des semences de vertus, déjà émis· par Hugues de Saint-Victor, P. L., t. clxxvi, col. 114 : Dona non sunt virtutes nec effectus rirtufum se·./ seminaria earumdem, quibus mundatur anima et præparatur ad suscipiendas virtutes. Je cite ce texte d'après Denys le Chartreux, In IV Sent., 1. Ill, dist. XXXIV, a. 9, Tournai, 1904, t. xxm, p. 539. Guil­ laume d'Auxerre (1230) tient que les dons ne sont pas distincts réellement des vertus cardinales. Les vertus sont nommées dons entant qu'elles purifient l'âme des sept vices capitaux. Summa, part. Ill, tr. XIV, q. un, Guillaume d’Auvergne ou de Paris (1249), lui aussi, professe la non-distinction et rétracte l'opinion con­ traire qu’il dit avoir tenue pour vraie auparavant. Opera, t. t, De virtutibus, c. xi, Orléans. 1674, p. 1 col. 1. Quod si quis quæsierit, unde usus 1/ ■· inole­ verit quod septem dicuntur esse dona Spirit:, s Sancti, et cum de donis Spiritus Sancti sert. sacri doctores et scholares de hujusmodi donis ,οlummodo agi intelligunt; respondemus quia ali­ quando visum est nobis septem illa dona magis tn recipiendo consistere, quam in effluendo, seu ema­ nando : cum enim virtutes in eo quod virtutes, prin­ cipia videantur esse quarumdam voluntariarum < < - rationum, ut sæpe diximus, ista septem dona magis videbantur nobis principia esse quodammodo pas- 1771 DONS DU SAINT-ESPRIT sionum, hoc est aptitudines receptionum a fonte gra­ tiae in mentent humanam descendentium, ac defluen­ tium; sapere enim et degustare spirituales delicias, ac sapores,magis est recipere, ac influi, quam efflui: similiter et intelligere spiritualia, ac divina, inlelligere inquam intellectu, qui est donum, magis videtur nobis illuminari, sive lumen recipere, quam lumen hujusmodi intellectus agere vel effluere... Suit une application semblable aux autres dons. Pour lui, il n’y a qu’une distinction de noms : ne decipias animam tuam in his quæ grammaticalia sunt, ibid., entre les vertus, les dons, les fruits et les béatitudes. Ibid., col. 1. 11 établit sa thèse par divers témoignages des Pères, par des exemples de réduction de certains dons à certaines vertus, du don de crainte par exemple à l’espérance, par ce motif qu’à une même vertu appartient l’accessus et le recessus, p. 143, 144; enfin par cette sortie virulente, qui est comme la charte du futur nominalisme en matière de dons du Saint-Esprit et qui va provoquer la réaction des grands scolastiques : Esse donum est nominatio, seu denomi­ natio a foris, et ab accidente tantum nominans sive denominans : manifestum est enim praeter essen­ tiam rei cujuscumque quæ donabilis est, esse dari sive donari; quare et fieri, et esse donum, accidunt rebus hujusmodi post completam earum essentiam : quare manifestum est quod cuicumque accidit dari sive donari, accidit esse et fieri donum, sicut et omni virtuti. Nihil igitur habet quaestionis ista di­ stinctio donorum et virtutum, circa quam tanta cu­ riositate laborant, et tanta imbecillitate intellectus erratur, nisi hoc solum videlicet : quare Isaias pro­ pheta loquens de Domino Salvatore, expresse et no­ ni inatim dixit de illis, quod requiescerent super eum sex illorum; de ultimo vero, id est, de spiritu timo­ ris expresse, quod repleret ipsum. Cum igitur alia dona sint non minora, immo etiam quaedam majora, ut charitas, quare de aliis tacuit propheta, et ista sola expressit in laudem redemptoris?... Quia ista minus in eodem apparuisse videntur opinione Judaeo­ rum, et etiam spectantium, et de eo secundum homi­ nem solummodo cogitantium, p. '144, coi. 2; p. 145, col. 1 et 2. Conclusion. — Onvoit,parlasimple inspection decette période intermédiaire, que si, « du dernier des Pères de l'Eglise à l’Ange de l’école il n'y a pas loin, » comme le conclut de son enquête M. Touzard, art. cit., cette courte distance est cependant assez remplie. Nous ne voulons pas revenir sui· le détail des travaux que les mystiques ont poussés en tous sens, et parfois si curieu­ sement, autour de la théologie des dons. Pour l’his­ toire de notre question, nous devons seulement noter ceci. Les premiers théologiens scolastiques, forts des résultats déjà acquis par les Pères latins, se sont appliqués surtout à rendre raison de la nature spéci­ fique des sept dons, de leurs relations avec les vertus cardinales, avec les béatitudes. Il semble que ce labeur ait abouti à une opinion commune, dans laquelle la contemplation mystique trouvait son aliment, et qui, en harmonie avec les dires de saint Grégoire le Grand, faisait des dons un groupe de vertus supérieures. C’est contre elle que réagissent les deux Guillaume, et c’est elle que vont reprendre en l’établissant sur des bases définitives, Alexandre de Halés, le bienheureux Albert le Grand, saint Bonaventure et saint Thomas. VI. LES FONDATEURS DE LA THÉOLOGIE SYSTÉMATISÉE — Tout est prêt pour une synthèse. Aussi les quatre grands docteurs du xitt4 siècle font-ils précé­ der leur opinion personnelle d’une récapitulation des opinions émises avant eux sur la nature du don. Alexandre de Halés (-j- 1245) énuméré quatre opinions et se range à la dernière. La première prenait occasion du commentaire spirituel de saint Bède sur le bon Sama­ des dons. 1772 ritain, qui voit dans l’homme blessé par les voleurs, le pécheur dépouillé en Adam des perfections gratuites de la grâce et blessé dans s»s perfections naturelles, spo­ liatus gratuitis, vulneratus in naturalibus. Les vertus se distingueraient des dons en ce qu’elles restituent la perfeclion surnaturelle, in restitutionem spoliorum, tandis que les dons réparent les blessures faites à la nature. La seconde considère les dons et les vertus comme dirigés cou trasingula lenlamenla, voir col .1765, saint Grégoire; les dons sont à proprement parler des remèdes ad remotionem impedimentorum; les ver­ tus sont ordonnées ad directionem virium. La troi­ sième opinion considère les dons comme ordonnés ad patiendum, car savoir pâtir est le grand don; tandis que les vertus regardent l'agir : à une grande vertu correspond en effet une grande action. Alexandre de Halés déclare que cette troisième opinion : aliquid veritatis habet, mais il lui préfère la quatrième qui considère les vertus, les dons, les fruits et les béati­ tudes, comme marquantes quatre moments de l’expan­ sion en nous du surnaturel. Aux vertus correspondent les actes de fond, par exemple, pour la foi, adhérer. assentire; les dons suivent avec une modalité plus accentuée, par exemple, dans la ligne de la foi, viderc et gustare; les fruits complètent l’opération, ils com­ portent la délectation actuelle qui l’accompagne. Enfin les béatitudes l’achèvent. Avec eux la délectation d'actuelle passe à l’état d'état delectatio in fado esse. Primos actus, actus sequentes, actus completiores, actus completissimos, telles sont donc les caractéris­ tiques de notre mouvement d'ascension surnaturelle. Summa theol., part. III, q. lxii, t. n, p. 269. On voit qu’Alexandre a un sentiment très vif de l'unité orga­ nique et dynamique de la psychologie surnaturelle, maison ne voit pas au même degré le genre de distinc­ tion qu’il admettait entre ces actes dont i! parle. Il dis­ tingue bien les dons des grâces gratis dalæ, p. 270, chose acquise depuis saint Augustin, mais adinettail-il qu’ils formassent des principes d'activité spécifique'.' C’est là un mystère qu’aurait sans doute éclairci la Summa de virtutibus, dans laquelle il se propose, en finissant, de donner une suite à la présente élucubra­ tion. On sait que cette Somme des vertus, si elle a été composée, n’a pas été retrouvée. Saint Bonaventure (-j- 1274). Le mystère s’éclaircit avec saint Bonaventure, qui tient nettement que les dons sont des habitudes, habitus, toutcomme les vertus. C’est même, en les considérant comme habitudes, qu’il entreprend de classer systématiquement les opinions qui se sont fait jour avant lui sur les dons. Puisqu’il s’agit d’habitus, dit-il, il doit y avoir quatre manières, via quadrimembris, de distinguer les dons : 1° par leurs sujets d'inhérence, a subjectis; 2° par leurs contraires. ab oppositis; 3° par leurs lins prochaines; 4° par leurs actes propres. 1° D’après leur sujet : étant donné que tout habitus, puisqu’il est cause d’opérations méritoires, a pour sujet la liberté, faculté faite de raison et de volonté, on peut dire que les dons se distinguent des vertus en ce qu'ils ont trait davantage aux perfection­ nements de la partie rationnelle, tandis que les vertus regardent la volonté. Saint Bonaventure critique cette distinction, qui n’est pas prise, dit-il, des raisons propres des éléments en présence, puisque la crainte, la force et la piété, dons, sont dans la volonté, la foi et la prudence, vertus, dans l'intelligence. — 2“ D’après leurs contraires, à savoir les péchés et les vices opposés. C’est l’opinion déjà rencontrée : virtus contra peccatum in quantum tollit rectitudinem justiliæ; dona contra vulnera derelicta. Saint Bonaventure concède qu'elle est per propria, mais, dit-il. elle est per posteriora, non per priora. — 3° La troisième opinion se rapporte à la fin prochaine des habitus surnaturels : conformari ; Christo, in agendo, virtutes; in patiendo, dona. Bonne 1773 DONS DU SAINT-ESPRIT justification, per propria et priora, niais qui n'a sa raison d'être que dans l'état de la vie présente, recte assignatur secundum statum in quo nunc sumus. — 4 · Aux actes propres des habitus surnaturels se rattache 1 opinion d'Alexandre, qui divise ces actes en primi, medii, ultimi, à savoir : credere, intelligere, videre, les premiers correspondant aux vertus, les seconds aux dons, les troisièmes aux béatitudes. Les vertus donnent d’agir recte, dans l’ordre surnaturel s’entend, les dons, d’agir expedite, les béatitudes, d’agir perfecte. C'est ici la vérité, déclare saint Bonaventure. La divi­ sion est per propria, per priora, secundum omnem statum. In IV Sent., I. Ill, dist. XXXIV, a. 1, Opera, Quamcchi,t. in, p. 739. Cf. Breviloquium, part. V, c. v,t. v, p. 257; Collationes, ix, De donis, c. I, n. 17, t. v, p. 161; enlin, l’opuscule De donis Spiritus Sancti, attribué à saint Bonaventure par l’édition Vaticane de ses œuvres, mais en réalité du mineur Rodolphe de Bibraco, et. Dissert. I in scripta S. Bonaventuræ, ■· 29, édit. Quaracchi, t. x, p. 23. Remarquons la portée de cette opinion. Elle fait des dons des habittis qui perfectionnent les habitus des vertus, regardés comme des sortes de puissances surnaturelles, puisqu’elles constituent une source fondamentale d’activité dans eet ordre, comme les vertus naturelles dans le leur. Sain t Thomas dira équivalemment des vertus théologales: habent vim potentiæ. C’est donc à saint Bonaventure que pourrait se rattacher l’opinion, aujourd’hui encore défen­ due. cf. Dubois, Revue du clergé français, 15 août 1907, p. 381, en note, qui assimile la grâce sanctifiante à la nature, les vertus aux facultés naturelles, les dons aux habitudes qui perfectionnent ces facultés. Cette opinion diffère du tout au tout de celle de saint Thomas d’Aquin, tomme on le verra dans la suite. Albert le Grand (f 1280) recense cinq opinions, qu'il critique sans trop de ménagement, y compris celle d’Alexandre qu’il finit par adopter en l’expliquant. I La première opinion tient que les dons ne diffèrent des vertus qu’accidentellement, et nonnisi secundum ationem : virtutes ad agendum, dona ad resisten­ dum tentationibus. C’est faux, dit Albert, car la force elle aussi est agissante et la charité sait résister à ses contraires. 2° La seconde, emendatio subtilior prioris, pr> nd la distinction du côté des sujets d’inhérence. • est ridicule, dit Albert, ce qui veut dire qu'elle heurte les faits. 3° La troisième, que nous n’avons pas encore rencontrée, prétend que les dons correspondent â Taction divine sur la partie supérieure de l’âme, la raison, tandis que les vertus concernent des œuvres spéciales, in inferiori parle. Critique : Nihil est quod d-.cunt.éfl La quatrième,magnam partem multitudinis habet sequentem, valde celebris fuit et est. Les vertus sont destinées à nous faire agir droitement et supporter les souffrances, passiones, secundum vitam quæ uni­ cuique sufficit. Les dons ont pour office, ut patiamur am form iter Christo. Pourcela, trois choses sont prin­ cipalement requises : révérer Dieu, aimer les hommes, agir intrépidement; troisdons correspondants, crainte, piété, force. D’autres choses sont requises concomiranter : c’est la science qui dirige la piété; le conseil qui dirige la force; l’intelligence et la sagesse qui •-clairent notre mouvement vers Dieu. Albert n’a qu’une objection : Si l’homme n’avait pas péché, le Christ ne se serait pas incarné, et cependant dona data fuissent. < -st donc ici une différenciation accidentelle, qui regarde fat du péché. 5° La cinquième opinion habuit multos iefensores. D’un mot Albert la résume ainsi : dona sunt expeditiones virtutum. C’est celle d’Alexandre de Halès. Il lui objecte que la délectation, caractéristique des béatitudes selon Alexandre, accompagne déjà . ivrcicedes vertus; et de plus.qu’il fait perfectionner une vertu par une vertu, virtutis erit virtus, reproche grave, entre scolastiques, puisqu'une vertu est la perfec­ 1774 tion propre et ultime d'une puissance. Mais il résout luimême l’objection en déclarant que l’imperfection de la vertu qu’il s’agit de faire disparaître par le don, ne vient pas d’une imperfection de la faculté qui persis­ terait sous la vertu, mais d'une imperfection intrinsèque à V habitus même de la vertu. C’est, d’avance, l’esquisse de la solution de saint Thomas, Sum. theol., I» Ilæ, q. LXVHI, a. 2. Albert adopte cette dernière opinion ainsi rectifiée, sine præjudicio, dit-il, et cela â cause de l'autorité de saint Grégoire. Et ideo quidam doctor tenet eam. C’est sans doute encore Alexandre : ce ne peut guère être saint Bonaventure, qui débutait, et le commen­ taire de saint Thomas In Sententias est postérieur. Saint Thomas d’Aquin (j- 1274). Nous examinerons : 1° les opinions qu'il recense et critique, en essayant d’indiquer quelques-unes de leurs sources; 2° à quels antécédents se rattache sa doctrine propre et de quels éléments originaux elle est constituée. 1° Les recensions d’opinions sont au nombre de deux. Dans la première, In IV Sent., 1. UI, dist. XXXIV, q. i, a. 1, saint Thomas mentionne deux opinions qu’il omettra plus tard, celle citée en troisième lieu par Albert le Grand, qui mettait les dons dans la partie supérieure de l’âme et celle citée en second lieu par saint Bonaventure (la première dans la liste d’Ale­ xandre de Halés, dona sunt contra sequelas peccat· . Dans la Somme, Ia Ilæ, q. lxvhi, a. 1, il suit celte gradation : 1. pas de distinction réelle : c’est l’opinion de Guillaume d’Auxerre et de Guillaume de Paris, fondée chez ce dernier, sur ce que les raisons de vertu et de don ne sont pas opposées, l'une disant l’ordre à l’opération, l'autre l’ordre à une cause,ce qui peut con­ venir à un seul et même principe d’activité. Sed eis non remanet minor difficultas ut scilicet rationem assignent, quare quædam virtutes dicantur dona et non omnes, et quare quædam computentur inter dona quæ non computantur inter virtutes, ut patet de timore. 2. Distinction prise du côté des sujets d’inhérence. Une source de cette opinion est dans Hugues de Saint-Cher (f 1263), In ps. xxvm, Opera omnia, Lyon, 1669, t. n, p. 67, recto, col. 1, mais il a dû l’emprunter ailleurs. Oporteret autem si hæc di­ stinctio esset conveniens, ditsaint Thomas, quod omnes virtutes essent in parte afiectiva, et omnia dona in ratione. 3. La troisième opinion est celle qui ordonne les vertus ad bene agendum, les dons ad resistendum tentationibus. SainlTIiomas marque lui-même l'origine de cette opinion : c’est sainl Grégoire, qui à son tour a pu s’appuyer sur le texte de saint Augustin, De quae­ stionibus Evangelii, 1. I. c. vin. P. L., t. xxxrv, col. 1325, rappelé dans la seconde objection du présent article. Nous l’avons rencontrée chez saint Bruno d’Asti, Hugues de Saint-Victor, Abélard, saint Bernard, Guillaume d’Auxerre. Voir plus haut. Saint Thomas trouve insuffisant le principe de cette distinction, quia etiam virtutes resistunt inducentibus ad peccata. 4. La quatrième opinion, prenant acte de l'exemplarité des dons du Christ vis-à-vis des nôtres, met le formel des dons dans la ressemblance au Christ, præcipue quantum ad ea quæ passus est. Nous avons vu la toute première insinuation de cette idée dans sainl Victorin, nous avons estimé la retrouver cl ez Rupert; peut-être y trouve-t-on une allusion dans Pierre Lombard, In ps. xxvitr, P. L., t. exet. col. 386; elle était et demeure célèbre, dit Albert le Grand. Un texte de saint Martin de Léon, P. L., t. ccvni. col. 1216, semble nous mettre sur la voie de quelque commen­ taire sur Job qui développerait en ce sens celui d: saint Grégoire. Voici ce texte : Isli (les dons) sunt septem filii qui beato Job, id est, Jesu Christ'· nati sunt, cujus ille vulneratus ac flagellatus Job typum tenuit. Job namque dolens interpretatur... In septe­ nario enim numero, ut ait Gregorius ; suit le texte de 1775 DUNS DU SAINT-ESPRIT saint Grégoire sur les sept dons identifiés aux sept fils de Job. — Critique : Fondement insuffisant, dit saint Thomas, car les vertus, l’humilité, la douceur, cf. Matth., xi, 29, nous configurent au Christ; égale­ ment, la charité, cf. Joa., xv, 12. Et hæ etiam virtutes præcipue in passione Christi resplenduerunt. 5. La cinquième opinion est simplement indiquée par ces mots de la fin de l’art l'r, par lesquels saint Thomas s’elforce de l’englober dans celle qu’il professe. Et hoc est quod quidam dicunt, quod dona perficiunt homi­ nem adalliores actus quam sint actus virtutum. C’est évidemment celle que saint Bonaventure atlribuait déjà à un certain docteur, quidam doctor, ailleurs, quidam magnus doctor, et de même Albert le Grand. C’est évidemment l’opinion d’Alexandre de Halés: vir­ tutes rectificant, dona expediunt, beatitudines perfi­ ciunt, professée aussi par Pierre de Tarentaise. 6. La sixième et dernière opinion est celle qu’admet saint Thomas; c’est une reprise originale de l’opinion combattue par Guillaume de Paris et déjà réhabilitée par Alexandre. 2° La doctrine de saint Thomas sur les dons. — 1. Sa première préoccupation est de raffermir ex pro­ priis l’idée du don que Guillaume de Paris avait ébranlée, comme on l’a vu, en s'appuyant sur ce que la dénomination de don, étant accidentelle, n’exigeait pas une réalité distincte de celle des vertus surna­ turelles. Dans ce but, saint Thomas abandonne le mot de don, qui n’est pas d'usage dans la langue de l’Écriture, pour désigner ce dont il s’agit : l’Écriture se sert plutôt, magis, du mot spiritus, πνεύματα; témoin Is., xi, 2-3. La répélition du mot spiritus dans ce texte donne à entendre manifestement, quod ista septem enumerantur ibi secundum QUOD sunt in nobis ab inspiratione divina. On sait la valeur de ce mot secundum quod dans la langue scolastique. C’est l’affirmation de l'essence ou d’une propriété essentielle immédiate et nécessaire, et donc finalement encore de l’essence. Enumerantur ibi, quoi qu’il en soit d’autres énumérations faites ailleurs dans l’Écriture, les Pères, la théologie. Saint Thomas ne s’occupe que des esprits décrits par Isaïe, commentés dès l’origine par les Pères, comme on l’a vu, considérés déplus en plus nettement par la tradition à mesure qu’elle se précise, voir plus haut, comme un groupe spécial. C’est de ces esprits de sagesse, d'intelligence, etc., qu’il prononce que, selon le sens littéral, ils sont présentés par la sainte Écriture (nous pouvons ajouter par la plus grande partie de la tradition), reduplicative u tab inspiratione divina. Voilà, par cet argument théologique ex propriis, le raisonne­ ment ex communibus de Guillaume à vau-l’eau. 2. Il s’agit maintenant de déterminer le sens de ce mot ab inspiratione divina. Saint Thomas le fait en recourant à sa doctrine universelle des motions divines actuellement opérantes, c'est-à dire de ces touches pre­ mières, instinctus, par lesquels Dieu met en branle l’organisme psychologique humain, soit en regard de la fin de toute la vie humaine, cf. Sum. theol., I» Ilæ, q. ix, a. 6 et ad 3um; soit en regard de la fin surnaturelle, ibid., q. ctx, a. 6; cf. Quæst. de veritate, q. xxtv, a. 15; soit en regard d'une œuvre divine spéciale; Sum. theol.,1· llæ, q. ix, a. 6, ad 3“m; q. ctx, passim; q. cxi, a. 2. Dans l'ordre surnaturel, ces motions sont appelées d'un nom commun grâces actuelles opérantes; mais il faut remarquer que la grâce actuelle opérante précède quelquefois l’infusion de la grâce, comme ces touches divines qui excitent le pécheur à se convertir, et, dans ce cas, leurs inspirations, données toties quoties prout Deus vult, n’ont aucune permanence, et ne sup­ posent dans le sujet sur lequel elles agissent aucune disposition positive préexistante. Cf. ibid., q. ctx, a. 6. Il n’y a que la pure puissance obédientielle. laquelle est ndill'érente pour tout ce qui n’implique pas contradic­ | | ' I | I 1776 tion. D’autres fois, elles sont conférées au juste possé­ dant déjà la grâce et la charité, et c’est pour ce second cas seulement que le raisonnement de saint Thomas a l’intention de conclure : Mani/estum est quod omne quod movetur necesse. est esse proportionalum motori. Et hæc est peeeectio mobilis in quantum est mobile, dispositio qua disponitur ad hoc quod bene moveatur a SUO motore. Quanto igitur movens est allior, tanto necesse est quod mobile perfectiori dispositione ei proporlionetur... Oportet igitur iuessc homini olliores perfectiones secundum quassit dispositus ad hoc quod divinitus moveatur. El islæ perfectiones vocantur dona. Ibid., q. I.xvm, a. 1. Seul, en effet, le juste a droit à la perfection que requiert un instrument très spécial de l’action divine surnaturelle ; du juste seul on peut dire que Dieu est son moteur propre. Seul donc, il aura les dons. Les dons ont cela de commun avec les vertus surnaturelles qu’ils sont infus, mais ils en diffèrent en ce que leur raison d'èlre formelle est de correspondre aux inspirations divines, de mettre l’homme en disponibilité vis-à-vis d’elles, semblables en cela à la vertu héroïque dont parle quelque part Aristote, cf. q. Lxvin, a. 1, ad 2“"', qui procède de ces instincts divins que mentionne l’auteur de la Morale d’Eudème. Ibid. C’est ramener la théologie des dons à l'une de ses origines premières, au traité De giganlihus de Philon. Saint Thomas ferme le cercle ouvert par le juif alexandrin qu’il ignore pourtant. C’est enharmonie avec ses idées qu’il inlerprète lesaitioresactusd’Alexandrede Halèsetde saint Bonaventure.Mais il a pris soin dans son commentaire sur Isaïe, XI, 2, Opera, Parme, t. xiv, p. 475; édit. crit. d’Uccelli, Home, 1880, p. 79, de dire à quelles conditions les dons peuvent être ainsi considérés comme auxiliaires des vertus, in adju­ torium virtutum. Il ne s’agit pas, dit-il, complétant ce qu’avait dit à ce sujelAlbert le Grand, voir col. 1774, de remédier à l’imperfection de la vertu qui vient des dispositions contraires de son sujet d’inhérence : c’est à l’augmentation connaturelle de la vertu de les faire disparaître; il s’agit des imperfections inhérentes per se à l’habitus des vertus, par exemple à l’imperfection de la foi qui fait que son objet est obscur, ænignia. Le don les supprime et, par exemple, facit aliquo modo limpide intueri ea quæ sunt fidei. D’où l’opé­ ration qui sort de la vertu ainsi perfectionnée est dite béatitude, étant une opération secundum virtutem perfectam. La délectation conséquente correspond aux fruits, dicitur fructus. Cf. In Epist. ad Gai., c. v, lect. vi. C’est, on le voit, la synthèse d’Alexandre et de saint Bonaventure déjà approuvée, sous le bénéfice du même éclaircissement, par Albert le Grand. Ces quatre grands théologiens sont donc bien, in solidum, les fondateurs de la théologie définitive des dons. Réagissant contre Guillaume de Paris, ils ont consacré au fond la doctrine ancienne qui les distinguai, des vertus en les considérant comme des primi motus in corde, voir plus haut les textes de l’auteur de la Summa sententiarum, de Jean de Salisbury, etc. ; mais, au lieu d'identifier dons et grâces actuelles, ils ont vu dans le don, du moins saint Thomas, la disposi­ tion subjective à recevoir les plus sublimes parmi ces dernières. Saint Thomas, de plus, avec une magnificence de synthèse incomparable, a rattaché ce coin de doc­ trine à ce que la philosophie d’Aristote et sa propre théologie ont de plus élevé, de plus profondément vrai, touchant la primauté de l’agir divin. Il l’a ramené ainsi aux tout premiers principes qui tant en philosophie qu’en théologie régissent les questions de l’action di­ vine comme telle, c’est-à-dire se développant confor­ mément à la loi intime de l’Ètre divin, et lui a assuré, par cette systématisation, la solidité indestructible de toute doctrine rattachée aux principes premiers, évidents par eux-mémes ou premièrement révélés. A. Gardeil, 1777 DONS DU SAINT-ESPRIT Le. donné révélé et la théologie, Paris, 1910, p. 246 sq., 273 sq., 311 sq. Comme nous avons exposé la substance de la doctrine île saint Thomas dans notre partie dogmatique, nous n'insisterons pas sur les divers articles de la q. i.xviii, qui suivent l’art. 1er. Nous ne nous occupons présente­ ment que de l'histoire de la doctrine. Pour compléter la doctrine et la bibliographie de la question nous devons cependant signaler l’opuscule de saint Thomas, In orationem dominicam, ou les sept demandes du Pater sont mises en correspondance avec les sept dons, idée qui vient en droite ligne de saint Augustin, De sermone Domini in monte, 1. II, c. xi, P. L., t. xxxiv, col. 1286, et qui est en relation avec la correspondance des béatitudes évangéliques aux dons. Cf. Sum. theol., II* II”, q. lxxxhi, a. 9, ad 3um, un texte où se trouve résumé le détail de cette triple correspondance. Vit. SCOLASTIQUES POSTÉRIEURS A SAINT THOMAS. — L’histoire de la théologie des dons du Saint-Esprit n’a plus le même intérêt après saint Thomas. La syn­ these du saint docteur a en quelque sorte immobilisé cette doctrine dans un état voisin de la perfection. Les objections qu’on lui fait désormais sont des retours à des points de vue anciens ou portent sur des chicanes ce détail. Pes scolastiques de première taille, comme Henri de Gand, Quodlibel IV, q. xxm, et plus tard Richard de Middletown entrent d’emblée dans le sillon tracé par le maître angélique. Son opinion, dans ses traits principaux, devient commune. Spécialement, l’école théologique de l'ordre de saint Dominique la commente avec fidélité, et c’est précisément ce qui en diminue l’intérêt et nous dissuade de dresser la nomenclature de ces commentaires qui ne font que repéter avec des variantes ce qu'a dit saint Thomas. Nous ferons exception pour le traité de Jean de Saint-Thomas, In l*m llx, q. lxviii, le dernier traité de son cours théologique qu’il ait rédigé lui-même. C’est un chef-d’œuvre de théologie scolastique et mys­ tique. où toutes les données de saint Thomas sont ra­ men· es à leurs principes, enrichies de belles allégories tir- es de l’Ecriture sainte et d’élévations dont l’accent profondément religieux fait excuser l’exubérance qui se montre en certains endroits. Nous en recommandons instamment la lecture comme celle du plus instruisant et du plus édifiant commentaire de la théologie de saint Thomas sur cette question. En dehors de l’école thomiste, nous rencontrons des mouvements de pensée réagissant contre la conception des dons de saint Thomas. Scot (f 1308) revient pure­ ment aux positions nominalistes qu’avait cependant combattues saint Bonaventure : De donis dico quod ibi enumerantur quatuor virtutes cardinales. Voilà pour tes dons de force, de conseil, de piété et de crainte. Quant au don de sagesse il est identique à la charité, tes dons de science et d’intelligence se ramènent à la foi. C'est bref et péremptoire. Cf. In IV Sent., I. III, dist. XXXIV, q. unie., Paris, 1894, t. xv, p. 546 sq. Durand (-j- 1334), dominicain, mais maître indépendant ce saint Thomas, se place surtout au point de vue posi­ tif. Ni le donné révélé ou traditionnel, ni le raisonne­ ment ne lui semblent suffisants pour établir avec objectivité la distinction des dons et des sept vertus surnaturelles. Il émet donc cette résolution dilatoire: ■Vescio an est alicui notum per certitudinem. In IV Sent., 1. Ill, dist. XXXIV, q. I, Lyon, 1556, p. 238. Cette sentence est devenue la devise ralliant tous ceux qui cherchent à ramener les envolées scolastiques du del sur la terre. Elle semblera cependant quelque peu in piste et légère à ceux qui auront parcouru la vaste suite de documents scripturaires et patristiques que nous avons rapportée. 11 est vrai que Durand l’ignorait, ■uibriel Biel (1495), In IV Sent., 1. Ill, dist. XXXIV, 1778 q. i, tient comme Ockam et tous les nominalistes du reste pour une simple distinction de raison. Vasuuez, (f 1604), In Sum. theol., 1“ Ilæ. q. xxi, disp. LXXX1X, c. n, n. 6, 7, expose l’opinion de saint Thomas et l’opi­ nion contraire qui a pour patron, à l’entendre, Guil­ laume d’Auxerre, et refuse de se prononcer. Nonvid· ·, ut recte dicit Durandus, utra harum opinionum sil vera, Venise, 1608, p. 504. Dans son commentaire sur la III”, q. vu, a. 6, disp. XLIV, c. I, il traite des dons dans le Christ et au ciel, spécialement du don de crainte, c. n, qu’il y admet uniquement, selon 1 opi­ nion commune, comme crainte révérentielle, Suarez (j- 1617) rapporte lui aussi les deux opinions en conllit et déclare communior l’opinion de saint Thomas pour la distinction réelle des dons. De gratia, 1. Il, c. xvn, n. 9. Cette déclaration a son prix dans la bouche du théologien qui donne les plus abondantes références patristiques sur les dons que l’on rencontre chez les scolastiques, ibid., et De incarnatione, disp. XX. sect, n, avant M. Touzard et le présent travail. Celle documentation contient d’ailleurs des citations inexactes ou apocryphes comme celle d’un texte attribué à saint Cyprien au lieu d'Ernaldus Honæ rail ensis, De gratia, loc. cil., n. 6, Paris, t. vu, p. 671. Dans le De incarna­ tione, loc. cit., Suarez établit solidement, au point de vue de la théologie positive, l'existence des dons dans le Christ, spécialement du don de crainte de Dieu. Dans le De gratia, loc. cit., il a particulièrement réfuté l’opinion qu’il prête à certains Pères, Origène en parti­ culier, loc. cit., n.5, voircol. 1758, de limiter les dons au Christ. Ce qui donne à Suarez une place spéciale dans l’histoire des dons, c'est que, tout en déclarant communior l’opinion de saint Thomas, il estime que l'angélique docteur n’a pas donné la différence spéci­ fique manifeste des dons, à savoir ce mode spécial de dépendance vis-à-vis du Saint-Esprit qui ne contien­ drait pas aux vertus surnaturelles. Il estime même qu’on ne peut en donner une raison générale. Et c’est pourquoi il entreprend de montrer par induction, en analysant les divers dons, qu’ils ne peuvent se ramener aux vertus. De gratia, loc. cit., n. 10 sq. L’idée n'est pas nouvelle et nous l'avons rencontrée dans les réfutations des doctrines opposées aux leurs, faites par les fonda­ teurs de la théorie; mais la réalisation est assez origi­ nale. La critique, d’ailleurs, n’a de valeur qu’au joint de vue suarézien, car l'on ne rencontre rien dan- son système qui corresponde à l’idée chère à saint Tl.:. s de grâce actuelle opérante, entendue dans le sens de motion instrumentale prévenante et prédéterminante, par laquelle le docteur angélique a caractérisé la nature spéciale des dons du Saint-Esprit. Aussi, il est fort pro­ bable que Suarez n’a pas pu ou voulu voir le vrai principe thomiste de la distinction des vertus et des dons. Il s'est rallié à cette idée que ce qui distingue les dons des vertus selon saint Thomas, c’est l’héroîcité des opérations. Illi actus donorum extraordinarii et rari sunt... ergo propter illos actus non oportet habi­ tus ponere. De gratia, 1. VI, c. x, n. 4. Mais, c’est mal comprendre l’héroîcité des actes, telle que la conçoit saint Thomas, laquelle ne constitue pas une spécification objective supérieure, mais un mode spécial d’opérer les actes même ordinaires, communs,de la vie chrétienne, à savoir par le fait d’une inspiration directe, imme­ diate. C’est pour saint Thomas, comme pour Aristote, cette relation immédiate de l’agir humain à l’influence divine qui constitue le héros. Cf. l’art. 2, de la q. lxvih. ad 1““, où saint Thomas déclare quod dona excedunt communem perfectionem virtutum, non quantum aci genus operum... sed quantum ad modum ofteiami secundum quod movetur homo ab alliori principio. De nos jours, le débat existe encore entre théologiens sur la distinction des vertus infuses et des dons. Par exemple, Chr. Pesch argue de ce que vertus et dons ont 1779 DONS DU SAINT-ESPRIT la même définition et ne se distinguent que ex parle moventis, pour conclure que les dons, tout en étant distincts des vertus infuses, ne sont pas nécessairement des habitus distincts. Prælect., t. vin, De virtut. infusis, n 114. Au contraire, le P. Billot embrasse sans réticence l'opinion de saint Thomas, qu’il ramène à son véritable principe, à savoir, la grâce actuelle opérante. De virtutibus infusis, Rome, 1901, p. 168 sq. A signa­ ler spécialement le De modo quo dona in exercitium veniunt, p. 185 sq. Mur Perriot, dans L’ami du clergé, 1892. 1898,1900, et le P. Eroget, O. P., dans son ouvrage sur L'habitation du Saint-Esprit, etc., suivent fidèle­ ment saint Thomas, avec une variante dont nous parle­ rons plus loin. M. l’abbé de Bellevue,à l'extrême opposé, revient à l’opinion nominaliste, dans son petit ouvrage, L’œuvredu Saint-Esprit ou la sanctification de l’âme, Paris, 1902. Il a engagé sur ce point une discussion avec le P. Froget, Hevue thomiste, 1902, p. 245, 336, 504. Ces quelques indications suffisent pour jalonner l’histoire de la théologie des dons après saint Thomas. Il serait intéressant d’en suivre le contre-coup chez les théologiens mystiques, chanoines réguliers, chartreux, carmes, dominicains, jésuites, etc. Mais c’est l’infini à traverser. Le P. Meynard, O. P., dans son Traité de la vie intérieure, spécialement t. n, c. II, a donné un résumé des principaux témoignages de ces théologiens touchant l’action des dons dans la vie spirituelle. Nous renvoyons à son ouvrage, ne pouvant dans ce diction­ naire entreprendre une œuvre si considérable et encore moins suivre, comme il le faudrait pour être complet, le retentissement de notre doctrine dans les vies des saints. Sur ce sujet, voir Les grâces d’oraison, par le P. Poulain, S. J., qui s’est placé précisément au point de vue de la description positive pour illustrer in con­ creto les données théologiques. La littérature mystique contemporaine possède de nombreux petits ouvrages de spiritualité sur les dons du Saint-Esprit, mais beau­ coup sont dénués de doctrine théologique sérieuse et profonde et consistent en amplifications édifiantes, d’inspiration subjective et personnelle, sans valeur pour la théologie. Faisons une exception (il en est sans doute d'autres) pour le petit catéchisme sur le Saint-Esprit, que nous a conservé du bienheureux curé d’Ars, M. Monnin, Esprit du curé d’Ars, Paris, 1864, p. 82 sq., d’une intensité d’inspiration surnaturelle souvent admirable. vin. une récente discussion. — Une controverse a eu lieu, il y a quelques années, entre deux théolo­ giens que leurs travaux antérieurs désignent comme des spécialistes dans la question des dons du SaintEsprit, Mor Perriot qui a publié sur les dons un ar­ ticle remarquable dans l’ami du clergé, 23 juin 1892, p. 389, et le P. B. Froget, auteur de L'habitation du Saint-Esprit dans les âmes justes, dans la Hevue tho­ miste, mai 1896-mai 1898, tous deux disciples de saint Thomas. Le sujet a son importance, car il s’agit de savoir si le Saint-Esprit intervient par ses dons dans chacun de nos actes surnaturels. Le P. Froget soutient qu’il n’intervient pas ainsi dans chacun de nos actes surnaturels, que nombre de ces actes sont l’œuvre propre des vertus morales infuses agissant sous l’inspiration des seules vertus théologales, c’està-dire sous l’inspiration commune etâ forme humaine du Saint-Esprit, et non des inspirations des dons qui sont spéciales et à forme divine. Op. cit., p. 378 sq. Mar Perriot ne nie pas ces deux sortes d’inspirations, mais, conformément à ce qu’il avait tenu en 1892, il trouve que la distinction n’a pas son application dans le débat. C’est sans distinction que saint Thomas af­ firme la nécessité de l’inspiration du Saint-Esprit là où ne suffit pas l’initiative rationnelle. Sum. theol., I» II", q. lxviii, a. 2. Et donc, tout acte des vertus in­ 1780 fuses suppose l'inspiration à forme divine des dons, et réciproquement aucune inspiration à forme divine n'exclut totalement la forme humaine, délibérée, des actes surnaturels. L’ami du clergé, l" septembre 1898, p. 772 sq.; 23décembre 1898, p. 1163 sq. Le P. Froget a répondu dans la Hevue thomiste, novembre 1899, p 530 sq., et, dans sa 2« édition revue et augmentée cte L’habitation du Saint-Esprit dans les âmes justes, in-12, Paris, 1900, p. 378, il a introduit des complé­ ments relatifs à cette controverse. Msr Perriot a ré­ pliqué dans L'Ami, le 11 janvier 1900, en 23 colonnes. Le P. Froget n'a pas répondu el, de fait, il n’aurait pu que reproduire ce qu’il avait déjà dit. Nous ne pouvons entrer, on le comprendra, dans le détail de cette magistrale discussion. Mais, puisqu’il s’agit du sens d’un texte capital de saint Thomas, l’art. 2 de la q. lxviii de la Somme théologique, l'on nous permettra, en dehors de tout parti pris, et en faveur de l’importance de cette question, d’introduire ici une exégèse de ce texte à laquelle il semble que I on n’ait point pensé. Voici d’abord les expressions mêmes du docteur angélique : In his in quibus non sufficit in­ stinctus rationis, sed est necessarius Spiritus Sancti instinctus, per consequens est necessarium donum.., sed in ordine ad finem ultimum supernaluralem, ad quem ratio movet secundum quod est aliqualiter el im­ perfecte informata per virtutes theologicas, non suf­ ficit ipsa molio rationis, nisi desuper adsit instinctus Spiritus Sancti... Et ideo ad illum finem consequen­ dum necessarium est homini habere donum Spiritus Sancti. Mor Perriot glose ces mots de la mineure : non sufficit ipsa motio rationis nisi desuper adsit instin­ ctus Spiritus Sancti, par ces mots de ia réponse ad 2um : per virtutes theologicas et morales non ita perficitur homo in ordine ad ultimum finem quin semper indi­ geat moveri quodam superiori instinctu Spiritus Sancti, ratione jam dicta (in corp.). Le mot semper lui semble décisif en faveur de la nécessité de l’intervention des dons dans chaque acte de vertu. L’est-il cependant? car, suivant la distinc­ tion usitée dans la question de l'obligation des pré­ ceptes affirmatifs et négatifs, le mot semper peut vou­ loir dire deux choses : toujours et pour chaque instant, semper et pro semper; ou bien simplement toujours, sans que ce soit à chaque instant. En d’autres termes, saint Thomas a pu vouloir dire que toujours, c'està-dire pour chaque acte surnaturel, la motion directe du Saint-Esprit est nécessaire, et par conséquent l’exercice des dons qui lui servent de point d’appui. Ou bien, il a pu tout simplement vouloir dire que toujours, c’est-à-dire jusqu’à ce qu'il arrive à la vie éternelle, l'homme, déjà perfectionné par les vertus théologales, peut avoir besoin de l’instinct direct du Saint-Esprit, et donc des dons. Or, cette deuxième explication, salvo meliori judi­ cio,semble plus littérale : a) parce qu’il ne s’agit pas dans cet article de savoir si l’intervention des dons est requise toujours, c’est-à-dire en tout acte surna­ turel, mais de savoir si les dons sont nécessaires au salut. C’est le titre même de l'article. Or, pour répondre affirmativement, il n’est pas nécessaire qu’ils interviennent en tout acte de vertu, mais seulement que l’ensemble de la vie surnaturelle, jusqu’à son terme le salut, ne puisse normalement s’écouler, sans faire appel à leur aide. — b) Au lieu d’expliquer les mots delà mineure : non sufficit ipsa motio rationis, nisi, etc., par la réponse ad 2“™, c’est celle-ci que saint Thomas nous invite à comprendre à l’aide du corps de l'article, par ces mots : ut dictum esi Or. l’insuffisance pour le salut des vertus théologales et de la raison informée par elles est une insuffisance d’ordre général, prise du terme final et des exigences de l’ensemble de la vie humaine. Il est nécessaire qu'il 1781 DONS DU SAINT-ESPRIT ■ ait des dons pour parvenir à ce terme le salut, non pour chacun des pas à taire en particulier. Que ce soit là le sens de l'insuffisance en question, c’est ce qu'établissent les textes (Rom., vm; Ps. cxlii) par lesquels saint Thomas la prouve et la glose par la­ quelle il les accompagne : quia scilicet in hereditatm illius terræ beatorum nullus potest pervenire, nisi moveatur et deducatur a Spiritu Sancto. Nous n irons pas au ciel sans l'intervention des dons, c’est entendu, mais il n’est pas dit que les dons inter­ viennent dans chaque acte de vertu. — c) Et c’est cette nécessité, absolue vis-à-vis du but final, mais relative vis-à-vis de quelques-uns des actes par lesquels on s'y achemine, que met en scène la réponse ad 3“m du même article. Rationi humante non sunt omnia cognita, neque omnia possibilia... etiam ut perfecta theologicis virtutibus. Unde non potest quantum ad amnia repellere stultitiam et hujusmodi... Et ideo tona... dicuntur contra, hujusmodi defectus dari. On peut dire sans doute, parlant d’expérience, cf. 11“ Ilæ, q. vin, a. 4, ad 3“m, que ces défaillances sont inces­ santes, et par suite, en fait, demandent de con­ tinuelles interventions directes. Soit, mais de celte nécessité a posteriori à une nécessité a priori et de droit il y a une différence. — d) Enfin, il est bien certain que les vertus théologales nous ordonnent suffisamment au point de vue de l’intention au salut étemel, et qu’avec les vertus morales infuses elles peuvent produire dans l’ordre d’exécution, malgré i imperfection de la raison informée par elles, quelques actes méritoires de la vie éternelle, en présupposant bien entendu la motion opérante et coopérante du SaintEsprit, agissant par ces vertus comme par des causes secondes. Nier cela, serait nier l’efficacité, et, dans une certaine mesure, la raison d’étre des vertus infuses. Je conclus que ni le Sajnt-Esprit est le seul principe proportionné à la sanctification surnaturelle, le maître du but et de la route qui y mène, qu’il est aussi le maître de l’heure, il peut agir parfois et efficacement parles causes secondes que sont les vertus théologales et morales infuses, sans plus, d'autres fois aider et stimuler celles-ci en regard des actes ordinaires de la vie chrétienne par les dons, soit que les défaillances de la nature le requièrent, ou qu’il s’agisse de leur faire produire des actes plus parfaits, expedi tius ; en: n. qu'il peut agir par les dons, sans les vertus, réglant directement notre agir, et cela pour des œuvres ordi­ ri .ires aussi bien que pour des actes héroïques. A. Gardeil. □ ORISY Jean, né à Mouzon (Ardennes), le 26 mars 1586, entra dans la Compagnie de Jésus en 1606, enseigna plusieurs années la philosophie et la théologie morale, et mourut à Paris, le 12 mars 1657. Il écrivit contre le Catéchisme de la grâce du fameux janséniste Matthieu Eeydeau, d'abord sous le voile de l’anonyme : [{••spontes catholiques aux questions proposées dans le prétendu Catéchisme de la grâce, in-12, Paris, 1650; puis, en y mettant son nom : Ré filiation du prétendu Catéchisme de la grâce, par la seule doctrine de S. Augustin, in-12, Paris, 1651. Le catéchisme de Feydeau a été condamné par le Saint-Office, le 6 octobre 1650. Le P. Dorisy publia encore : Défense de S. Augustin contre le faux Augustin de Jansénius, m-i», Paris, 1651, et en latin, Vindicte S. Augustini adversus pseudo-Auguslinum Cornelii Jansenii episcoiù Iprensis. Tractatus in singulos libros et singula librorum capita tomiprimi de hæresipelagiana, in-4», Paris, 1656; enfin, Pratique de la confession sacramen­ tel,tirée de S. Augustin, in-12, Paris, 1652. De Backer-Sommervogel, Bibliothèque de la C'· de Jésus. t. tu,col. 145-146; Reusch, Der Index, t. Il, p. 471 ; (Gerberon.J Histoire générale dujansénisme, t. n, p. 83-85, 202. J. Brucker. DORLAND 1782 DORLAND Pierre, Belge, écrivain ascétique, était vicaire de la chartreuse de Zeelhem, près de Diest. dans le Brabant, ou il mourut le 25 du mois d'août 1507, à l’âge de 53 ans. Cf. Le Mire, Origines cartus. monasterior., Cologne, 1609, p. 24. C’est avec beaucoup de raison, que l’on a surnommé ce chartreux « un inconnu célèbre! » puisqu’en dehors de sa profession et de sa mort, on sait à peine qu’il était très pieux et humble, et avait supporté une longue maladie avec une grande patience. Mais plusieurs de ses ouvrages livrés à la publicité lui ont procuré une estime méritée. Dans sa Bibliotheca cartusiana, dom Théodore Petre­ jus énumère jusqu’à soixante litres de livres laissés par Dorland. Voici d’abord ceux qui ont été imprimés: I» Viola animæ per modum Dyalogi inter Raymundum Sebundium, artium, medicine, atque sacre théologie professorem eximium, et dominum Domi­ nicum seminiverbium. De hominis natura (propter quem omnia facta sunt) tractans. Ad cognoscendum se, Deum et hominem. Au premier feuillet on a im­ primé des distiques latins, dont le dernier fait con­ naître que Dorland est le véritable auteur de cet abrégé de la Théologie naturelle de Raymond Sébonde. Voici, le distique : O quotiens dices : Valeas bene candide Dorlant Qui primus doctis tradidit Auctor opus. Ala fin du livre il y a cette souscription : Finit dyalogus de mysteriis sacre passionis christi : el per con­ sequens totus liber iste (qui viola anime inscribit", · in septem distinctus dyalogos. Colonie impensis honesti viri Henrici Quentell faustissime jam primo Impressus. Anno natalicij salualoris nostri M. ccc> ■ xctx. Die xxix mensis Maij, in-4° (du temps). Cf. Hain, Repertorium, n. 14070; Panzer, Annales typogr., t. 1, p. 319, n. 324. Une autre édition, sans aucune marque, in-4° (cf. Hain, n. 14071); in-4°, Co­ logne, 1500 (cf. Panzer, t. i, p. 324, n. 367) ; Tolède, 1500; Cologne, 1501; Milan, 1517: in-12, Anvers, 1533 et 1534; in-8°, Lyon. 1544; in-6°, 1550, avec deux autres dialogues « de cognitione sui ipsius », qui ne sont pas de Dorland; Lyon. 1568; in-12, Cologne. 1700; lr* trad, franç. faite par.lean Martin, secrétaire du cardinal de Lenoncourt, in-8», Paris,1551 ; in-4», 1566. La ressemblantdu litre de cette traduction : Théologie naturel’· ■D. Raymond de Sébonde, avec le titre de la traduction du grand ouvrage du même auteur faite par Montaigne, a fait souvent confondre ces deux livres. La 2' trac franç. faite par dom Charles Blendecq, religieux d l’abbaye de M rchiennes, en Flandre : La violette de l’âme par Raymond Sébonde, in-12, Arras. 1600 et 1617; trad, espagnole par le franciscain Antoine Ares : Los Dialogos de la naturaleta del Hombre del maes­ tro Raymundo Sebunde, in-4°, Madrid, 1616. La Viole animæ comprend sept dialogues, dont le dernier, De mysteriis passionis Christi, est de Dorland. Les six premiers sont l’abrégé de l’ouvrage de Raymond de Sébonde. Une étude sur la Viola animæ par M. le cha­ noine Reulet, parue d’abord dans la Rerue du mon·· catholique, avril, août el septembre 1885. fut ensuite tirée à part sous le titre : Un inconnu célèbre. Re­ cherches historiques et critiques sur Ray,, ,nd >Sébonde, in-12, Paris, 1875. — 2° Une Pats: m de Notre-Seigneur à l’aurore de la Renaissance. In ­ land le Chartreux. Les Mystères de la Passion D i logue entre la Vierge Marie et Dominique, ira luit du latin par l’abbé D. Reulet, in-S», Paris. 1876 et 1878. — 3° Explicatio mystica habitus carthus iens is. in-8% Louvain, 1513(cf. Migne, Dictionnaire de bd· h g. catholique, t. in, col. 822); tractatus... de mystseu spirituali habitus carthusiensis sigm/icatia sh­ own remedio circa carnalem delectationem, in-4 Louvain, 1514 (selon Panzer), in-8° (selon Petrejus e' 1783 DORLAND 1784 V. André): '1 raclatuhix seu Sermo, etc., imprimé dans Dieu de Jean Blær, de Diest, publié dans le Magnum la chartreuse tném·- de Cologne, par Jean Landen, speculum exemplorum, parle R. P. Jean Major, jésuite, vers 1515, avec la vie de saint Bruno par dont Pierre à Douai, 1603,1604, etc. ; in-4», Brescia, 1604, etc. Dom Bloemenvenna, sans aucune marque, et peut-être Gérard Zurle, abbé de Saint-Laurent-lez-Liége, avait même séparément, in-12. Réimprimé à Cologne, en recueilli toutes les œuvres du P. Dorland et voulait en 1531, et à Munich, en 1603, dans un recueil d’opus­ faire une édition complète. Malheureusement les cules de Denys le Charlreux sur la vie religieuse. — troubles des Pays-Bas, au xvi» siècle, ne lui permirent 4° Dialogus de vitio proprietatis monachorum, in-4», pas d’ellectuer cette publication. Cf. la lettre dêdicaLouvain, 1512 (cf. Migne, op. cit., t. ni, col. 799); toire de la Summa vitiorum et virtutum de Denys le Doctissimi Patris... de enormi proprietatis monacho­ Chartreux, Cologne, 1533. Voici plusieurs manuscrits rum vicia dialogus cultissimus..., in-4», Louvain, 1513. existant encore : 1» Le recueil de 25 opuscules mss. — 5° D. Petri Dorlandi... Chronicon Cartusiense, in du xvt» siècle conservé à la Bibliothèque publique de quode viris sui ordinis illustribus, rebusque ineodem Bruxelles, sous le n. 15043. renferme plusieurs traités præclare gestis, nec non et admiranda plurimarum de Dorland; la Chronique de la chartreuse de Louvain Cartusiarum constructione scite pertractatur... studio (1486-1524), qui se trouve aussi dans ce recueil, a été P. Theodori Petræi, Carlustæ Coloniensis alumni, faussement attribuée à Dorland; etle a été rédigée par in-8», Cologne, 1608. L’éditeur y a joint un recueil de dom Jean Vekestyl, religieux de la même maison. — notes : Notæ seu elucidaliones breves in hos septem 2» Dorland a laissé un livre intitulé: DelaudibusS. Joannis evangelislæ, qui, selon Morozzo, se trouvait, au Petri Dorlandi Chronici Cartusiensis libros, auctore xvn» siècle, dans la bibliothèque de M. Georges CalveF. Ί heodoro Petræo, Campensi, etc., in-8», Cologne, ner. Un des deux manuscrits suivants correspond 1608. Trad, française : Chronique ou histoire générale de l’Ordre sacré des chartreux... le tout augmenté et peut-être à cette indication : Liber actuum Johannis apostoli et evangelislæ, auctore P. D., ms. sur papier orné de belles et curieuses annotations par l'eslude de dont Théodore Petræus... traduit du latin par du xvi» siècle, petit in-8», 24 feuillets, n. 845 de la bibliothèque de la ville de Douai (cf. Analecta BolMaistre Adrien Driscart, Pasteur de Fostre-Dame en Tournay, in-8», Tournay, 1644. Dom Pélræus a donné landiana, t. xx, p. 401); Tractus mirificos B. Joannis Apostoli et Evangelislæ, ms. du xvt» siècle, n. 15038 le litre de Chronique à l’ouvrage qui n’est ni une de la bibliothèque royale de Bruxelles. — 3» Dans la histoire, ni une chronique, mais un simple recueil de liste des œuvres inédites de P. Dorland on a marqué : faits édifiants, divisé en huit livres, et portant le titre Duæ coronæ rosaceæ B. Mariæ, versibus heroicis, et de Corona Cartusiana. C’est sous ce litre qu’il s'était plus loin : Bosacea Corona. Or, une de ces Couronnes, propagé, en manuscrit, dans plusieurs maisons de peut-être même toutes les deux, se trouvent dans les l’ordre. Un exemplaire ms. in-4° se trouvait encore naguère à la bibliothèque du baronnet anglais, sir manuscrits suivants : Devotissimus Tractatus corone mistice gloriose Virginis, Genitricis Dei, Marie, dans Philipps, à Middlehill (cf. Migne, Diclionn. des ma­ le recueil ms. in-8», du xvt» siècle, n. 240 de la biblio­ nuscrits, t. n, col. 170, n. 638), un autre exemplaire ms. a été vendu, en 1883, avec la bibliothèque de la thèque de la ville d’Avignon, du feuillet 26 au feuil­ chartreuse de Buxheim, en Souabe. L’exemplaire ms. let 65. Le même Devotissimus Tractatus, avec la qualification de l’auteur a quodam carlhusiano, est du xv» siècle provenant de la maison de Bruxelles et conservé en manuscrit du xvt» siècle, sous le n. 241, actuellement conservé parmi les ms. de la bibliothèque à la bibliothèque publique de Metz. Une autre copie : de cette ville, sous le n. 11929,est marqué dans le cata­ Corona mistica beate Marie virginis, ms. du xvt»siècle, logue avec ce titre également inexact : Historia Ordinis sur papier, in-12, 69 feuillets, est marquée du n. 358 Carthusiensis. Les quatre premiers livres de l’ouvrage dans le catalogue des mss. de la bibliothèque d’Avi­ de Dorland sont en forme de dialogue. Le 1. VIII a été gnon. — 4» Plusieurs Sermons de Dorland sur les supprimé par l’éditeur, parce qu'il n’était qu'un vœux des chartreux, pour le jour de la profession, sur résumé de l’opuscule du carme Arnold Bostius (-[-1499), sur les principaux (37) chartreux célèbres, et que dom la milice spirituelle, sur la dignité sacerdotale, etc., font partie d’un recueil ms. de 1548, in-8», noté sous Théodore Petrejus se proposait déjà de publier, comme il le fit effectivement, Cologne, 1609. —6° Devotissimi le n. 348 dans le même catalogue. — Sermo historicus de B. Laurentio. Inilium : De magno martyre Lau­ Patris Petri Dorlandi... de nativitate, conversione et rentio, etc., se trouve dans le ms. du xvt» siècle, vita invictissimæ martyris bealissimæque virginis n. 15027, de la bibliothèque royale de Bruxelles. Il est Katherine oratione soluta non inelegans libellus, probable qu’à la suite il y a aussi les Sermones valde in-4», Louvain, 1513; M. Kerusten a donné des extraits celebres de S. Laurentio marqués dans la liste des dans Geschichle der Legenden der heiligen Kat. von œuvres inédites de Dorland. — 5® De variis S. Antonii Alexandrien, Halle, 1892, p. 89-92. — 7» Vita ac res geslæ B. Annæ libris quinque, dont il y a une traduc­ abbatis tentationibus, dans le ms. du xvt» siècle, n. 15015 de la bibliothèque royale de Bruxelles. — tion llamande par dom Walter Bonn, chartreux hollan­ dais d’Arnheim, in-16, Anvers, 1621; et une traduction Translatio S. Antonii de C. P. ad Viennam, auct. P. D., dans le ms. du xvi» siècle, n. 15016, de la allemande. Le fameux Josse Badius, qui imprima cellemême bibliothèque. — Dialogus inter Christum et ci à Paris, composa en latin une Vie abrégée de sainte Franciscum super charilate procuratrice salutis noAnne, qui a été très souvent annexée comme complé­ slræ. Selon la Bibliotheca Belgica de Valère André, ce ment, à la célèbre Vita Christi de Ludolphe le Char­ dialogue existait en ms., au xvn» siècle, aux archives treux. — 8° Miracula (antiquiora de S. Anna) collecta a Petro Dorlando Carlusiano. Ex Mss. Carlusiæ Co­ de l’Académie de Louvain. Les titres desautres œuvres inédites de Dorland nous loniensis, ouvrage divisé en sept chapitres avec une préface et un épilogue, souvent cité dans les légendes apprennent qu’il composa une Vie de saint Romain, populaires de sainte Anne, qui, au besoin, en rappor­ soldat et martyr, un grand Psautier de la très sainte Vierge, un autre Psautier de Notre-Dame, plus petit, taient des exlraits. Les bollandistes publièrent le texte un dialogue sur les sept douleurs de Marie, un autre entier, au 26 juillel, avec le titre ci-dessus. — 9° Vita et res gestie Chrisliparæ Virginis Marite, usque ad dialogue sur la confrérie de la Compassion, un livre de prières à la sainte Trinité, un traité du SaintAnnuntiationem, Anvers, 1617. Cf. Marraccio, Bibliolh. Esprit à l’usage des prédicateurs, un diadème de Manana, t. n. p. 246. — 10« Dialogus de opere amo­ ris et pasiione Christi, Louvain, 1618. Dom Pierre | sainte Anne, beaucoup de sermons pour les dimanches I orland corrigea le lr..ité de l’institution de la Fête- | et les fêtes de l’année, un livre de lettres, un éloge de 1785 DORLAND DOROTHÉE DE TYR la méditation, un Psautier sur la vie et la passion de N.-S. Jésus-Christ, des sermons sur la passion tirés des sermons de saint Léon pape, des traités ou des dialogues sur les vertus, sur les vices, sur les fins der­ nières de l’homme, sur le véritable bonheur, sur la vie intérieure, sur l’état religieux, sur sainte Cécile, sur sainte Ursule et ses compagnes, sur saint Vincent Ferrier, un miroir de la vie humaine, etc., etc. Cf. Petrejus, Bibliotheca Cartusiana, p. 252-251 ; Morozzo, Valère André et tous les bibliographes des écrivains belges, i>upin, Moréri ; Biographie universelle de Michaud. S. AüTORE. 1. DOROTHEE d’Antioche. Eunuque de naissance, Dorothée d'Antioche fut pris en amitié par l’empereur Dioclétien, qui le plaça, à titre de surintendant, à la tète de la teinturerie de pourpre de Tyr. Eusèbe, II. E., vu, 32, P. G., t. xx, col. 721. Esprit cultivé et très au courant de la littérature hellénique, il montra un grand zèle pour l’étude de l’Écriture et apprit si i ien l’hébreu qu’il lisait couramment les livres écrits en cette langue. L’évéque d'Antioche, Cyrille (f 303), rattacha à son église en l’ordonnant prêtre et lui fit expliquer les saints Livres. Eusèbe qui l'a connu et entendu dans ses fonctions atteste qu’il les remplissait avec compétence. Il fut donc contemporain et collègue du célèbre Lucien et appartint à ce groupe d’exégètes d'Antioche, qui appliquaient la méthode dialectique d Aristote et interprétaient l’Écriture dans le sens litté­ ral. Composa-t-il des ouvrages? Eusèbe n’en dit rien, et saint Jérôme ne l’a pas rangé au nombre des écri­ vains ecclésiastiques. On ignore la date et le genre de sa mort. Eusèbe, très au courant des affaires de son temps, des événements politiques et religieux, a soin de citer Lucien d'Antioche dans la liste des évêques et des prêtres qui moururent martyrs pendant la persécu­ tion. H. E., vni, 13, P. G., t. xx, col. 773, mais ne parle pas de Dorothée. De Mas Latrie, Trésor de chro­ nologie, Paris, 1889, col. 714, le fait mourir martyr en :a>2; c’est là une date et un genre de mort qui ne con-, hument qu'à Dorothée, évêque de Tyr, avec lequel il ne faut pas confondre Dorothée, prêtre d’Antioche. Il ne faut pas le confondre davantage avec son homo­ nyme, eunuque comme lui, mais chambellan de Dioclétien, qui subit le martyre en compagnie de Gorgonius, Eusèbe, II. E., vin, 1, P. G., t. xx, col. 740, pas plus du reste qu’avec celui auquel on attribue une Synopsis de vita, et morte prophetarum, apostolorum el discipulorum Domini, œuvre d’un inconnu, qui a donné lieu à des erreurs d'attribution, qui date de la première moitié du vi« siècle, de 525 au plus tard, et qui se trouve dans la Bibliotheca max. Patrum, Lyon, 1»V77, t. t, p. 422-429, et dans Cave, Script, eccl. histo­ ria litteraria, Genève, 1705, p. 104-108. Sur cette Synopsis, voir Schermann, dans Texte und Untersuchungen, Leipzig, 1907, t. xxxi, fasc. 3, p. 6-14. Eusèbe, H. E., vn, 32, P. G., I. xx, col. 721; Nicéphore, II. E.. vt, 35, P. G-, t. cxt.v, col. 1200; Tillemont, Mémoires pour servir à l'hist. eccl., Paris. 1697-1710, t. v, p. 185; Harnack, Geschichte der altchr. Litterator bis Eusebius, Leipzig, 1893-1897, t. t, p. 532; Batiffol, Littérature grecque, Paris. 1897, p. 191 ; Bardenhewer, Patrologie, trad, franç., Paris, 1898. t. t, p. 294; Chevalier, Répertoire. Bio-bibliographie, 2* édit. col. 1231. G. Bareille. 2. DOROTHÉE DE GAZA, auteur ascétique du • siècle. Né à Antioche et ayant reçu une excellente • .lucation. Dorothée embrasse la vie religieuse au mo­ nastère de Séridos, situé près d’un torrent entre Gaza et Ascalon. Là, il communiquait par l’intermédiaire de Séridos avec saint Barsanuphe, qu’une réclusion absolue séparait, non seulement du monde, mais encore des re­ ligieux du couvent, et il fut de saint Jean le Prophète le serviteur assidu pendant neuf années. Très préoccupé 178t> de son avancement spirituel, il posait à l’un et à l’autre une foule de questions par écrit sur des textes de l’É­ criture, des Pères ou sur divers points de théologie. Il nous est resté environ 95 modèles de ces questions et de ces réponses. Voir Doctrina xxi, P. G., t. lxxxviii, col. 1812-1822; t. lxxxvi, col. 891-902, et surtout Nicodème l’hagiorite, Βίβλος ψυχωφελεστάτη περιέχουσα απο­ κρίσεις... των... Βαρσανουφίου και Ίωάννου.., Venise, 1816, lettresCCLH-CCCXXXV, cccxxxvi-cccxlii,«xli-dxlii, et Échos d’Orient, Paris, t. vu, p. 271 sq., 273 sq. Ces deux vieillards le prièrent ensuite de construire à ses frais près du monastère un hôpital, dont il assuma la charge avec plusieurs jeunes moines, parmi lesquels saint Dorothée. A la suite de la mort de Jean le Prophète et de Barsanuphe, vers l’an 540, Dorothée quitta le monastère de Séridos et en construisit un autre, qui se trouvait entre les villes de Gaza et de Maïouma, au dire de Moschus, c. clxvi, P. G., t. i.xxxvn,col. 3033. C’est là qu’il prononça ses Conférences spirituelles, d’un contenu mi-théologique, mi-ascétique, et qui ont joui d'une grande considération dans la vie monastique. Celles-ci funnl adressées à ses religieux, vraisembla­ blement entre les années 540 et 560. P. G., t. lxxxviii, col. 1612-1844. On ne sait quand mourut Dorothée; en tout cas il est faux qu’il ait vécu au vn» siècle, comme le soutiennent tous les manuels de patrologie. Les bollandistes l'ont inséré dans les Acta sanctorum, t. I junii, p. 587-595, bien qu’ils avouent n’avoir pas trouvé trace de son culte. Il ne faut pas confondre notre auteur avec un Doro­ thée, moine d’Alexandrie, qui écrivit un ouvrage en faveur du concile de Chalcédoine, sous Anastase Ier, 491-518, Théophane, Chronicon, P. G., t. cvm, col. 360; ni avec un Dorothée, qui se révéla fougueux eutychien au concile de Chalcédoine, Mansi, Concil., t. vu, col. 61, 66,68, 73-83; ni avec un Dorothée, qui fut sacré évê­ que de deux sectes monophysites, vers l'année 565, Theophane, op. cit., col. 524 sq., et que saint Sophrone anathématise. P. G., I. lxxxvii, col. 3192. C’est sur­ tout avec ce dernier qu’on le confond parfois et saint Théodore Studite dut, au ix» siècle, se défendre à Rome des accusations lancées contre lui à ce sujet, P. G., t. xcix, col. 1028, 1816; t. lxxxviii, col. 1613. Bien que ces deux personnages aient vécu à la même époque et que nous ignorions tout de Dorothée de Gaza apres ses Conférences spirituelles, ce que nous savons de lui auparavant ne nous autorise pas à le confondre avec l’évêque monophysite. Pour les documents venant à l’appui de mes affirmations, je renvoie à mes divers articles des Échos d’Orient Saint Doro­ thée et saint Zosime, t. iv, p. 359-363; Les lettres spirituelles de Jean et de Barsanuphe, t. vu, p. 268-276; Saint Barsa­ nuphe, t. vin, p. 14-25; Jean le prophète et Séridos. t. vin, p. 154-160; Un mystique monophysite, le moine Isaïe, t. ix, p. 81-91. S. Vailhé. 3. DOROTHÉE de Tyr (Saint). Personnage dont il est assez difficile de justifier l’existence, au rv·’ siècle, par quelque témoignage contemporain qui atteste la présence à Tyr d’un évêque de ce nom et son martyre en 362. Qu'il y ait eu, au ιν· siècle, un saint du nom de Dorothée, nous le savons par Eusèbe, II. É., vm. 1, P. G., t. xx, col. 740 : c’était un chambellan de 1 . pereur Dioclétien, qui mourut martyr en compagnie de Gorgonius, lors de la persécution de 304, à Nicomédie mais il n’a été ni évêque de Tyr, ni simple prêtre, et Blondel a eu tort de l’identifier avec Dorothée d’An­ tioche. Qu’il y ait eu un prêtre de ce nom. nous le savons également par Eusèbe, H. E., vn, 32, P. G., t. xx, col. 721 ; mais il n’a été ni évêque de Tyr. ni martyr; car très certainement, â défaut d'Eusèbe. oint Jérôme n’aurait pas manqué de le signaler dans son De viris. Qu’est-ce donc que ce Dorothée de Tyr? 1787 DOROTHÉE DE TYR — DOSITHÉE Le Martyrologe romain, à la dale du 5 juin, men­ tionne, à Tyr, saint Dorothée, prêtre, confesseur sous Dioclétien, et martyr à Fàge de 107 ans, sous Julien l’Apostat. Baronius, retenant celle qualification de prêtre, a cru pouvoir l’identifier avec Dorothée d’An­ tioche, qui a bien été prêtre, mais prêtre d’Antioche, et dont rien n’assure qu’il ait souffert le martyre. Une des raisons qu’il en donne, Martyr, rom., Paris, 1645, p. 222, c’est que la liste des évêques de Tyr pen­ dant le IVe siècle est connue et qu’elle ne renferme pas le nom de Dorothée. Il y est question de saint Méthode et de l’arien Paulin, auquel aurait succédé Zénon, dont le nom et la signature se trouveraient dans les actes du concile de Nicée en 325 et dans ceux du con­ cile de Constantinople en 381. Cela ferait une belle longévité épiscopale. Baronius affirme en outre avoir lu dans la chronique manuscrite d'Anaslase le Biblio­ thécaire un passage où il est dit que saint Dorothée est mort à Édesse, en Syrie, à l’âge de 105 ans. A vrai dire l’unique source, et encore est-elle fort tardive, de la fin du vin'siècle ou du commencement du tx», se trouve dans Thêopbane (f vers 813), Chronographia, en 316, P. G., t. cvm, col. 108. C’est là qu’il est question d’un saint Dorothée, évêque de Tyr, homme fort instruit, connaissant le grec et le latin, auteurd'une histoire des évêques de Byzance et d’autres villes, confesseur sous Dioclétien et Licinius, exilé une première fois, rentré à Tyr, d’où il alla assister au concile de Nicée, exilé une seconde fois à Odyssopolis dans la Thrace, ou il subit la persécution de la part des officiers de Julien l’Apostat, et où il mourut martyr à l’âge de 107 ans. C'est sur ce témoignage de Theophane, dont ils retrouvent un écho dans les œuvres d’Anastase le Bibliothécaire, dans le Typicus de l’abbé de Saint-Sabas, dans le Synaxaire manuscrit de Cons­ tantinople, au 6 juin, et dans le Ménologe de l’empereur Basile, au 9 octobre, que les bollandistes, Acta sanctorum, Paris, 1867, t. i junii, p. 427-430, s'ap­ puient et ont inséré la notice Ile sancto Dorothea, epis­ copo Tyri, Odyssopoli in Thracia marlyrizato. Iis dis­ tinguent ce Dorothée, évêque et martyr, soit de Doro­ thée d'Antioche, soit de l'eunuque qui fut chambellan de Dioclétien et martyr, soit du prétendu auteur de la Synopsis de vita et morte prophetarum, apostolorum et discipulorum Domini, soit de trois autres person­ nages du même nom. Loc. oit., p. 430, 582. Mais reste la difficulté de lui faire une place dans la liste des évê­ ques de Tyr; ils croient la résoudre en disant qu’il succéda à saint Méthode (·(■ 311), ce que soutient aussi Le Quien, Oriens Christianus, Paris, 1749, t. il, col. 803, qu’il fut remplacé pendant son premier exil par l’arien Paulin, qu'il reprit son siège quand Paulin eut été transféré à Antioche, qu'il assista au concile de Nicée, qu’il mourut martyr, sous Julien l’Apostat, pendant son second exil, à Odyssopolis dans la Thrace, où son tom­ beau et sa mémoire sont honorés, et que sa fête, dans le calendrier de Constantinople, est marquée au 5juin, date qui est celle du Martyrologe romain. Il eut pour successeur Zénon; rien n’étant moins sûr que le nom et la signature des évêques du concile de Nicée, Zé­ non, qui assista effectivement aux conciles de Rome, en 369, et de Constantinople, en 381, aurait été indû­ ment rangé au nombre des évêques qui prirent part au concile de Nicée. C’est sur de telles données, qui sont loin d’être absolument décisives, que les bollan­ distes, avec tout l’Orient, comme ils disent, croient à l'existence d’un évêque de Tyr, du nom de Dorothée, mort martyr, en 362, et qu’ils lui ont consacré une notice. Mais Tillemont, Mémoires, t. v, p. 658, et Cave, Hist, litt., Genève, 1705, p. lOi, formulent les plus expresses réserves sur le récit de Théophane, vu le silence d’Eusèbe et de saint Jérôme. Pourrait-on aller 1788 jusqu'à dire avec Mu·' Batiffol, Litt. grecque, Paris, 1897, p. 191, note 1, que « ce Dorothée, évêque de Tyr, n’a jamais existé? » Nous ne le pensons pas. Sans doute, dans ce cas particulier, les bollandistes n’ont pas fait la pleine lumière et n’apportent pas une certi­ tude absolue; mais, malgré les difficultés qui persis­ tent, leur opinion reste vraisemblable et peut être re­ tenue jusqu'à plus ample informé. Théophane, Chronographia, P. G., t. cvm, col. 108; Baro­ nius, Martyrologium Romanum, Paris, 1645, p. 222: Acta sanctorum, Paris, 4867, t. I junii, p. 427-430, 582; Tillemont, Mimoires pour servir à l'hi-t. eccl., Paris, 1702, t. v, p. 657658; Cave, Script, eccl. historia litteraria, Genève, 1705, p. 104; Le Quien, Oriens Christianus, Paris, 1749, 1.11, col. 803; Delitzsch, Diatribe de pseudo-Dorothei et pseudo-Epiphanii vitis prophetarum, Leipzig, 1842; Lipsius, Die Apostelgeschichte und Apostellegenden, Brunswick. 1883, t. I, p. 193-205; Krumbacher, Geschichte der byzantinischen Litterator. .Mu­ nich, 1890, p. 391 ; Chevalier, Répertoire. Bio-bibliographie, 2· édit., col. 1232. G. Bareille. DORRON Charles, oratorien français, de Paris où il mourut en 1666. On a de lui : Pia exercitia ex S. Scrip­ tura, Patribus et liturgiis deprompta, ceu considera­ tiones quædam quæ mentem occupare possint circa præcipua religionis christianæ documenta et mysteria, in-12, Paris, 1650, excellent choix de beaux textes, et un autre très bon ouvrage sur Jésus-Christ dans les Écritures selon l’interprétation des Pères, avec des réflexions de piété, in-4», Paris, 1658. Batterel, Mémoires, Paris, 1903, t. n, p. 503. A.Ingold. DOSITHÉE, patriarche grec orthodoxe de Jérusa­ lem dans la seconde moitié du xvil» siècle, le prélat le plus marquant de l’hellénisme, et le polémiste le plus ardent de l’orthodoxie grecque contre les latins. — I. Vie. II. Écrits. I. Vie. — Il naquit le 31 mai 1641 dans le village d’Arakhovo, arrondissement de Calavrita (Péloponèse). Δωδεκάβιβλος, Bucharest, 1715, p. 12. Le Quien s'est trompé en le faisant naître dans Tile de Crète. Oriens Christianus, t. Ill, col. 522. Plusieurs biographes le font descendre de l'illustre famille byzantine de Notaras. Papadopoulo-Vrétos, t. 1, p. 196; Sathas, p. 379; Mesoloras, Συμβολική, ΙΙαράοττ,μα, p. 43. Ce titre de noblesse, inventé par ses admirateurs, est controuvé. Safamilleétaitd’une origine modeste,Démétracopoulos, ΠροσΟήκαι, p. 61; son père, d'après les documents consultés par Cyrille Athanasiades, s’appelait Scarpéti: τό γένος Σκαρπέτν. Σ<»τήρ, I.xtv,p. 289.Orphelin à l'âge de 8ans,il trouva un protecteur dans Grégoire Galanos, métropolite de Corinthe, qui l'avait tenu sur les fonts baptismaux. Celui-ci le plaça dans le monastère des Saints-Apôtres, non loin de sa ville épiscopale, et le jeune Dosithée y acheva ses premières études. Le pa­ triarche Chrysanthe affirme qu’au sortir de l’enfance, il reçut le diaconat : παραλλ.άξας τήν παιδικήν ήλικίαν, p. 12. Un document autographe de Dosithée atteste qu’il fut ordonné diacre à 11 ans, Σωτήρ, t. xiv, p. 290, bien que l’âge requis pour le diaconat par les canons de l’Église grecque soit de 25 ans. Sakellaropoulos, Εκκλησιαστικόν δίκαιον, Athènes, 1898, p. 84. Nous ne savons presque rien sur ses études et ses maîtres. II visita Athènes en 1653, ce qui fait supposer à Sathas, p. 322, et à l’archimandrite Chrysostome Papadopoulos, Νέα Σιών, 1907, t. v, p. 98, qu’il écouta les leçons de Nicolas Kértimevs, philosophe et théologien grec, mort en 1663. Dans le Τόμος χαράς, en parlant de lui, Dosi­ thée écrit simplement : ήμεϊς ’ία τισιν ίχρηματίσαμεν αϋτού μαΟηταί,ρ. ιγ’, ce qui veut dire, me semble-t-il, que dans ses polémiques avec les latins, il utilisa les matériaux recueillis par Kéramevs dans ses ouvrages. En 1657, on le trouve pour la première fois à Constan­ tinople, au métochion du Saint-Sépulcre, où Paisios, 1789 DOSITHÉE patriarche de Jérusalem (1615-1660), le prit à son ser­ vice et lui témoigna beaucoup de bienveillance. Dosi­ thée raccompagna dans ses voyages à Jérusalem, en Roumanie et dans l'Asie-Mineure, et reçut son dernier soupira Caslelloryzon, vilayet d'Aïdin, le 2 décembre 1660. Un synode, tenu à Constantinople le 25 janvier 1661, donna comme successeur à Paîsios le Cretois Nectaire (Pélopidés). Dilikanis, Τα... εκκλησιαστικά έγγραφα, t. n, p. 365. Dosithée se rendit à Jérusalem et y assista à sa consécration, le 9 avril 1661. Neclaire lui accorda sa confiance, le nomma archidiacre de son patriarcat, et en 1666 l'éleva au siège métropolitain de Césarée. Δωδεκάβιβλο:, p. 1209. L’année suivante, il l'envoya en Roumanie en qualité d’exarque. Dosithée y déploya beaucoup de zèle en faveur du patriarcat grec de Jérusalem. En 1669, Neclaire, affaibli par l'âge et les maladies et impuissant à faire face aux besoins urgents de son église, démissionna et pria Méthode III, patriarche de Constantinople (1669-1671), delui donner un successeur. Un synode tenu à Constantinople le 23 janvier 1669 nomma Dosithée au siège vacant. Il n'avait que 28 ans. Le premier soin de Dosithée, après son élection, fut de trouver les ressources nécessaires pour acquitter les dettes énormes qui obéraient la confrérie grecque du Saint-Sépulcre.Celles-ci s’élevaientà unesomme de plus de 100000 piastres turques, et les créanciers étaient surtout des Arméniens. Suivant l'exemple de ses devan­ ciers, dès l’année même de son élévation au siège pa­ triarcal, Dosithée quitta Jérusalem, et parcourut à plu­ sieurs reprises les pays orthodoxes pour quêter de i argent. Les offrandes qu'il recueillit en Roumanie, Bulgarie, Transylvanie, Géorgie, Russie, Asie Mineure, lui permirent de conjurer la crise économique de son patriarcat, et de tenir tête aux Latins et aux Arméniens qui voulaient évincer les Grecs des Lieux saints. Au mois de décembre 1670, à Constantinople, il assista à un synode et y lit échouer les démarches d’Ananie, archevêque du Sinaï, qui s’efforçait d’obtenir pour son siege l'autonomie et l’indépendance vis-à-vis des pa­ triarches de Jérusalem. Le synode excommunia Ananie, et lui interdit l’exercice de ses fonctions épiscopales. Dilikanis, t. 11, p. 379-380. En 1671, il parvint à restau­ rer le sanctuaire de JBethléhéîïi, Δωδεκάίιβλος, p. 12131214, et au mois de mars 1672, il convoqua à Jérusalem un synode, auquel prirent part 71 membres de son clergé, prêtres et évêques. Ce synode est d’une impor­ tance décisive au sujet des relations du protestantisme avec l’Église grecque. A Jérusalem il n’épargna rien pour chasser les franciscains des Lieux saints, et ses intrigues auraient été couronnées de succès sans l’énergique intervention du marquis de Nointel, ambassadeur de France auprès de la Sublime Porte. En 1675, il réussit à avoir du sultan Mahomet IV un iradé qui assurait aux Grecs la possession des sanctuaires de . rusalem et de Bethléhem. Palamas, Ίεροσολυμιάς, p. 551. Ce succès l’engagea à restaurer plusieurs mo­ nastères grecs, parmi .esquels la fameuse laure de S-int-Sabbas, Δωδεκάβιόλος, p. 1236, et à racheter en laveur des Grecs les couvents géorgiens de Jérusalem. En 1690, le marquis Castagnères de Chàteauneuf obte­ nait un iradé qui rendait justice aux franciscains et reconnaissait leurs droits sur les sanctuaires de Jéru­ salem et de Bethléhem. Dosithée en conçut un violent : pit, et exhala sa mauvaise humeur dans une lettre ■ 1 cessée, le 10 septembre 1690, à son peuple. Papadonlo-Kérameus, Άνάλεκτα, t. i, p. 295-298. Sa colère it telle qu’il ne mit plus le pied dans sa ville patriar­ cale; mais il ne cessa pas, même de loin, de créer des ennuis et des difficultés aux franciscains, qui, dans un mémoire présenté en1698à l'empereur, l’appellent avec raison infensissimus latinæ Ecclesiæ hostis. Hammer, Histoire de l’empire ottoman, Paris, 1838, t.xii.p. 548. 1790 Réduit à l’impuissance dans son patriarcat, Dosithée se posa en défenseur de l’orthodoxie sur le terrain doc­ trinal, et poursuivit de sa haine tous ceux qui lui sem­ blaient pencher vers l’Église catholique ou le protes­ tantisme. En sa qualité de patriarche, il s'arrogeait le droit de surveillance sur toutes les Églises orthodoxes. Ce droit il cherchait tout particulièrement à l'exercer sur l’Église russe, qu’il visait, en bon patriote, à sou­ mettre à l’influenqe de l’hellénisme. En 1691, il poussa le patriarche Callinique II (1689-1693) à réunira Con­ stantinople deux synodes pour y condamner les théories de Jean Caryophylles sur la sainte eucharistie. Voir t. n, col.1812, et Gédéon, Κανονικά! διατάξεις, t. t, p. 99-105. En Russie, il fut d’une sévérité inexorable à l’égard de Paîsios Ligarides, métropolite de Gaza (1609-1678), qu’il excommunia en 1671, Legrand, Bibliographie hellénique du xvn' siècle, t. iv, p. 58-59, le soupçon­ nant, après son apostasie du catholicisme, d’élre latin de sentiments et de doctrine. Δωδεκάβιβλος, p. 1180. Sur les instances de Joachim, patriarche de Moscou (Γ674-1690), il envoya en Russie les deux frères, Sophrone et Joannikios Likhoudi, qui ouvrirent, dans la capitale, l’Académie gréco-slavo-latine. 11 leur défendit d'y enseigner le latin, et les doctrines favorables aux théologiens de l'Occident. Mais les Likhoudi ne sui­ virent pas ses prescriptions, et leurs élèves de Moscou apprenaient le latin de pair avec le grec. Dosithée en fut informé par son neveu l’archimandrite Chrysanthe que les Likhoudi avaient reçu très mal. Il mit tout en œuvre pour les faire passer pour hérétiques, et pour des ennemis delaRùssieà la solde des Turcs. Il réussit à les faire expulser, de l’Académie d’abord, et ensuite, de Moscou. Le métropolite Étienne lavorsky, locum tenens du patriarche russe sous Pierre le Grand (1702-1721), fut aussi l’objet de son aversion. Dosithée lui reprochait d’être rempli de sympathies pour la culture de l’Occident, et de pencher du côté du latinisme sur plusieurs points théologiques. Il insista auprès de Pierre le Grand pour qu’il fût déposé de sa charge, mais ces démarches n’aboutirent pas. Avant de mourir il eut la douleur de constater que la Russie s’émancipait tota­ lement de l’inlluence religieuse et littéraire de l’hell· nisme. Dans l’affaire du patriarche Nicon (1652-1666'. Dosi­ thée joua un rôle considérable. Nicon avait été ch --· de son siège et anathématisé par le synode de M· seou de 1666, auquel intervinrent les patriarches Paîsios d'Alexandrie et Macaire d’Antioche. Les intrigues de Paîsios Ligarides furent pour beaucoup dans cette condamnation. Après la mort du tsar Alexis Mikhaîlovitch (1676), son fils Théodore Alexiévitch (1676-1682'. voulant réparer les injustices commises â l'égard de Nicon, envoya à Constantinople deux ambassadeurs, chargés de demander au patriarcat grec sa réhabili­ tation. Dosithée fut invité à négocier cette affaire, et il s'en tira fort adroitement. Grâce à ses démarches, le pa­ triarche Jacques (1679-1683), dans une lettre officielle, composée par Dosithée, Νεά Σιών, 1906, t. iv, p. 482. déchargea Nicon des accusations et des anathèmes lan­ cés contre lui par le synode de Moscou. DosilLée, tou: en réhabilitant la mémoiie de Nicon, y déclarai' néanmoins que les décisions du synode de 16t· _?r daient force de loi. Pour combattre l’inlluence latine en matière ti.· . logique, Dosithée établit, en 1680, aux frais du pa'.-i.ircat grec de Jérusalem, une typographie grecque Jassy, et en confia la direction au moine Metrophane, qui fut plus tard évêque de Husi. Le premier ouvrage sorti de cette imprimerie fut le traité de Nectaire de Jérusalem contre la primauté du pape. Δωδεκαβιολος, p. 1237. La Roumanie devint, grâce à SCS efforts, le 1791 DOS I THEE centre de la production théologique grecque, et tout ce qu’il y édita est imprégné de haine et de fanatisme contre l’Église catholique. Les gros volumes qu’il fit paraître, tendaient uniquement à combattre les pro­ grès des uniates dans la Petite Russie, et à justifier les croyances orthodoxes contre les savantes réfuta­ tions d’Allatius, de Bellarmin, du P. Richard, etc. S’unir aux papistes, disait-il, c’est se séparer de Dieu et stipuler une convention éclatante avec le diable. Τόμος χαράς, préface. Les dernières années de la vie de Dosithée s’écou­ lèrent en grande partie à Constantinople, Andrinople, et en Roumanie. Le 1. Xlll· de son Histoire des patriarches de Jérusalem, édité par PapadopouloKéramevs, contient des indications précises sur ses fréquents voyages jusqu’à l’an 1705. La mort le frappa à Constantinople le 7 février 1707; il était patriarche depuis 38 ans. Ses restes furent inhumés dans l’église de Sainte-Paraskévé, et en 1715 transférés à Jérusalem par son neveu le patriarche Chrysanthe Noteras, et déposés dans l’église des Quarante-Martyrs. Les écrivains grecs ne tarissent pas d’éloges sur son compte. Selon Constantin (Economes, il ne fut pas seulement le pasteur de la sainte cité de Jérusalem : c’est toute la grande famille orthodoxe qui vénère en lui le plus savam ,1e ses maîtres, t. iv, p. 811. Le plus récent de ses biographes l’égale aux anciens Pères et docteurs de l’Église. Νέα Σιών, 1907, t. v, p. 168. Ricaut l’appelait un« prélat plein de feu, plein de har­ diesse, remuant et entreprenant. » Ce dernier juge­ ment est fondé. A l’époque où l’Église grecque crou­ pissait dans l’ignorance, et subissait honteusement le joug des Turcs, il rêva d’étendre la suprématie intellectuelle et la juridiction religieuse de l’hellénisme sur toutes les Églises orthodoxes. Il comptait sur l’appui de la Russie, dont il fut l’agent politique le plus dévoué à Constantinople, et de laquelle il atten­ dait le rétablissement de l’empire byzantin au bénéfice des Grecs. Ses plans échouèrent complètement. Ses œuvres respirent la haine la plus forte contre les latins. II. Écrits. — Dosithée a été un compilateur et un éditeur infatigable, plutôt qu’un écrivain original. Sa grande érudition est d'autant plus étonnante que ses nombreux voyages ne lui laissaient pas de loisir pour l’étude. Helladius assure qu’il savait parfaitement le turc, l’arabe, le russe, le géorgien, le grec et le latin. Chrysanthe affirme, au contraire, que pour consulter les ouvrages latins, il se servait de traducteurs. Démétrius Procope dit qu’il ignorait absolument le latin et qu’il ne connaissait le grec que très superficiellement. Sathas, Μεσαιωική βιβλιοθήκη, t. ni, p. 485. Son style manque de pureté et d’élégance. Ses écrits sont presque tous des traités ou des recueils de polémique contre les protestants et les latins. Leur autorité est très grande dans l’Église orthodoxe. En voici la liste complète avec quelques éclaircissements : 1° Άσπίς ορθοδοξίας, ή απολογία καί ελεγχος πρδς τούς διασύροντας την ’Ανατολικήν Εκκλησίαν αίρετικώς φρονεϊν έν τοϊς περί Θεού καί τών θείων, ώς κακοφρονοΰσιν ουτοι αυτοί οί Καλουϊνοι, δηλονότι συντεθεϊσα παρά τοϊς έν Ίεροσολύμοις τοπικής συνόδου, επί Δοσιθέου Πατριάρχου Ιεροσολύμων. Ce sont les actes du synode de Jérusalem de 1672. Dosithée en est l’auteur. Aymon les appelle un coup de perfidie, un écrit forgé clandes­ tinement et frauduleusement par lui, p. 369. Le but de Dosithée est la défense de l’Église orthodoxe contre les attaques des protestants qui, au xviii· siècle, en appelaient à la Confession de Cyrille Lucaris pour nier la transsubstantiation. Le patriarche y condamne avec vigueur Ια folie de Luther. Michalcescu, p. 128129. Il y retrace brièvement les luttes théologiques de- coryphées du protestantisme avec les théologiens 1792 orthodoxes, et y traite la question de l’authenticité de la Confession de Cyrille Lucaris. A son jugement, cette pièce n’est pas authentique. L'Église orthodoxe n’a jamais su que Cyrille Lucaris avait enseigné des théo­ ries favorables aux nouveautés doctrinales de la Ré­ forme. Si même il était l’auteur de cette pièce, il ne s’ensuivrait pas que sa doctrine soit la doctrine de l’Église orthodoxe. Dosithée croit que cette Confession a été fabriquée par les protestants dans un but de propagande. Il cite de nombreux extraits des sermons et des écrits de Cyrille, qui prouvent que les doctrines qu’il professait étaient contraires aux erreurs prote­ stantes. Il explique aussi comment il faut entendre les anathèmes portés contre Cyrille dans les synodes de Constantinople (1633) et de Jassy (1642). 2» 'Ομολογία... τοϊς έρωτώσι, καί πυνθανομένοις περί τής πίστεως καί θρησκείας τών Γραικών, ήτοι τής ανατολικής ’Εκκλησίας πώς δηλονότι περί τής ορθοδόξου πίστεως φρονεί. Cette Confession est divisée en 8 chapitres et 4 questions. Les premiers contiennent un exposé systématique de la doctrine de l’Église orthodoxe sur Dieu, la Trinité, l’Écriture sainte et son interprétation, la prescience divine et la liberté humaine, la création du monde et la bonté de Dieu, le premier péché et l’origine du mal, l’incarnation du Fils, la rédemption, la médiation des saints, la foi et les bonnes œuvres, l'Église, sa hiérarchie et son infaillibilité, les sacrements, en par­ ticulier l’eucharistie, et les fins dernières. Dans les questions l’auteur examine s’il convient de permettre aux fidèles la lecture de la Bible; il indique les régies à suivre pour/viter les fausses interprétations du texte sacré, détermine le nombre des livres qui font partie du canon, cf. M. Jugie, Histoire du canon de l’Ancien Testament dans l'Église grecque et l’Église russe, Paris, 1909, p. 51-52, 68, 69, 75, 78, et prouve la légiti­ mité du culte des saints. En terminant, il conseille le silence aux protestants, frivoles novateurs, et les engage à ne point abuser de quelques textes pour altérer la doctrine chrétienne et déblatérer contre les saints, p. 181. Le style de cet ouvrage est clair et coulant. La doc­ trine dogmatique de l’Église orthodoxe y est exposée sans digressions et sans invectives. Dosithée n’attaque pas les latins, dont il subit l’intluence dans sa manière d’exposer la doctrine orthodoxe, notamment au sujet de la transsubstantiation, Michalcescu, p. 174-175, de la défense faite aux fidèles de lire la Bible, et dans sa théorie sur l’état mitoyen des âmes après la mort. Sur ce dernier point il parait admettre le purgatoire. Lee protestants en profitèrent pour insinuer que sa Confes­ sion est un exposé pur et simple de la doctrine catho­ lique romaine. Les théologiens grecs à leur tour admettent que Dosithée a subi les influences latines, mais ils l’excusent en disant que c’est sur des points non essentiels de la foi orthodoxe Selon l’archiman­ drite Chrysostome Papadopoulos, tes théories dogma­ tiques de Dosithée ressemblent aux théories de la théologie latine, mais cette ressemblance n’implique pas leur identité. En entrant pour la première fois en lice avec le protestantisme, la théologie orthodoxe n’était pas suffisamment armée pour le combattre. Elle dut donc emprunter des armes à la théologie latine, qui, depuis un siècle, battait en brèche la théologie de la Réforme. Dosithée adopta cette tactique par néces­ sité, mais on se tromperait,si pour cela on le considé­ rait comme un λατινόφρων. Plus tard, en effet, il échappa entièrement à l’influence latine, et en 1690, il rétracta même ce qu’il avait dit dans sa Confession au sujet de l’état mitoyen des âmes. Cette Confession n’a donc pas, d’après le même écrivain, une valeurdogmatique absolue, mais une valeurrelative seulement, valeur à la fois dogmatique et historique : il ne faudrait pas l’assimiler aux symboles et aux décisions des conciles 1794 DOSITHÉE 1793 œcuméniques. Quoi qu’il en soit, il y a lieu de s’éton­ ner que la Confession de Dosithée, malgré ses conces­ sions à la théologie occidentale, ait été rangée au nombre des livres symboliques de l’Église grecque. Les patriarches d’Orient l’envoyèrent même au synode de Saint-Pétersbourg (1723) comme un résumé précis de la foi orthodoxe. Macaire, Pravoslavnoe dogmalitcheskoe bogoslovie, Saint-Pétersbourg, 1895, t. i, p. 63. Mais les Russes jugèrent opportun d’en donner une version corrigée, dans laquelle les infiltrations latines étaient supprimées. Les actes du concile de Jérusalem ont été édités pour la première fois à Paris en 1676 sous ce titre: Synodus belhleemitica adversus calvinistas hæreticos, orien­ talem Ecclesiam de Deo rebusque divinis hærelice cum ipsis sentire mentientes, pro reali potissimum praesentia anno 1672 sub patriarcha Hierosolymorum Dositheo celebrata, interprete Domino M. F. e con­ gregatione sancti Mauri, ordinis sancti Benedicti. L’éditeur était le P. Michel Foucqueret. Legrand, Bibliographie hellénique du xvip siècle, t. n, p. 336337. Réimprimée en 1678, t. v, p. 115-116, elle a été insérée encoredans Hardouin, Acta conciliorum, Paris, 1715, t. xi, p. 179-274. Quelques extraits ont été publiés par Schelstrate, Acta Orientalis Ecclesia: contra Lutheri hæresim, Rome, 1739, t. n, p. 651-652. Elle a été re­ produite par Kimmel, Libri symbolici EcclesiæOrientalis, léna, 1843, p. 325-488; Mesoloras, Συμβολική, Παραρτημα, Athènes, 1893, t.I, p. 55-129; Michalcescu, Θησαυ­ ρό; τής όρΟοδοξίας, Leipzig, 1904, p. 123-182. Le pasteur protestant J. Aymon en donna un commentaire hai­ neux dans les Monuments authentiques de la religion des Grecs, La Haye, 1808, p. 261-451. Les actes du synode de Jérusalem sont, au jugement dé Renaudot, une des plus considérables pièces que l’Église grecque ait produites depuis longtemps, et une des plus pré­ cises et des plus amples expositions de la croyance des Grecs sur l’eucharistie. Perpétuité de la foi, t. t, col. 207. Voir, sur ces actes, Iltig, De actis synodi Hierosolymitanae anno 1672 sub patriarcha Hierosolymitano Dositheo adver­ tas calvinianos habitse, Heptas dissertationum, Leipzig,1696. p. 112-425; Covel. Some account of the present greek Church, Cambridge, 1722, p. 136-139, 146-151; Kiesling, Historiæ concertalionisGræcorum Latinorumque de transsubstantiations tn eucharistiae sacramento, Leipzig, 1754, p. 316-324; Jugie, La feme temporelle due au péché d'après les théologiens ortho­ cires. dans les Échos il'Orient, t. ix, p. 325-326; ld., Le mot transsubstantiation chez les Grecs après 7622, ibid., t. x, p 73-75; Palmieri, De synodis orthodoxis Jassiensi (1642) arque Hierosolymitana (1672), earumque valore symbolico, dans Slavorum litteræ theologicæ, 1910, t. vi, p. 30-59. 3 'Τόμος καταλλαγή; (Tomus reconciliationis), Jassy, 1692. Ce recueil, écrit Dosithée dans la préface, est dirigé tout particulièrement conlre Allatius: il s'appelle tomus reconciliationis, parce qu’il vise non seulement â combattre les ennemis de l’orthodoxie (les Latins), niais aussi à leur dessiller les yeux et à les ramener à i unique bercail du Christ. Il contient les ouvrages suivants : 1. Κατά Λατίνων, p. 1-205. Dosithée ne connut pas d’abord 1’auleur de ce pamphlet fort prolix·’ contre les Latins. Dans ('Histoire des patriarches Jérusalem, p. 954. il l’attribua à Macaire, métropo­ lite d'Ancyre, qui accompagna en Italie et en France I empereur Manuel II Paléologue (1391-1425). Démétracopoulos, ’Ορθόδοξος Ελλάς, ρ. 88-89; Lambeccius, Bibliotheca cæsarea vindobonensis, Vienne, 1672, t. v, cod. 274, p. 223. Dosithée y ajouta les c. xix et xx, p. 22-41, qu’il rédigea d'après des matériaux tirés des œuvres de Georges Coressios et de Nicolas Kéramevs. 2. Λόγος αντιρρητικός τοΰ βλασφέμου καί ψευδούς όρου τού έν Φλωρεντία συντεβέντος κατά την πρός Λατίνους σύνοδον de Jean Eugénique, diacre et nomophylax de DICT. DE THEOL. CATHOL. Sainte-Sophie à Constantinople, frère de Marc d'Éphèse, p. 206-273. Krumbacher, Geschichte der byzantinischen Litteratur. p. 117. 3. ’Εγχειρίδιο·/ περί τής έκπορεύσεως τού Άγ. Πνεύματος, par Georges Cores­ sios de Chio, p. 276-410. Voir t. ni, col. 1847-1848. 4. Προς Λατίνους, δτι το λέγειν καί έκ τοΰ Πού το Πνεύμα τό "Αγιον έκπορεύεσΟαι, ούτε άναγκαϊον έστιν, άλλα καινοτο­ μία τής ορθοδόξου πίστεως, par Macaire Maeres, p. 412420. Krumbacher, p. 113-114. 5. ’Απολογία des évê­ ques etprêtresde Constantinople à l’empereur Jean VIII Paléologue (1425-1448) contre les décisions du con­ cile de Florence, p. 422-431. Ce document date proba­ blement de l’année 1443. Démétracopoulos, 'Ιστορία τού σχίσματος, Leipzig, 1867, p. 157. 6. Περί τών δύο φύσεων τού Κυρίου, par saint Maxime le Confesseur, et Συλλογή έκ τών αγίων κατά τών Λατίνων, par Théodore Agallien, hieromnimon de la Grande Église (xve siècle), p. 432439; le premier recueil de saint Maxime le Confesseur contre Arius, Sabellius, Nestorius et Eutychés est men­ tionné par Ehrhard comme inédit. Krumbacher, p. 64. 7. Μέρος εκ τίνος λόγου κατά Λατίνων περί τής έκπορεύ­ σεως τοΰ 'Αγ. Πνεύματος, ρ. 439-441 ; Dosithée ignorait le nom de l’auteur de cet écrit. 8. Έκ τού βιβλίου κατά Λατίνων, par Matthieu Blastarès, polémiste du xiv* siè­ cle, p. 441-456. Krumbacher, p. 110. 9. Σύνοδο; ύστατη έν Κωνσταντινουπόλει έπιτελεσβεϊσα έν τή αγία Σοοια, ρ. 457-521; ce sont les actes du fameux concile de Sainte-Sophie qui aurait eu lieu à Constantinople, en 1450. Démétracopoulos, 'Ιστορία τού σχίσματος, p. 161. Allatius avait déjà démontré la fausseté de cette pièce. De Ecclesiæ Occidentalis atque Orientalis perpetua consensione, Cologne, 1648, col. 1379-1395. Son authenticité, soutenue par Dosithée, Δωδεκάοιβλος, p. 914-917; Adam Zœrnikav, Περί τή; έκπορεύ­ σεως τού 'Αγ. Πνεύματος, Saint-Pétersbourg, 1797, t. n, ρ. 677-708; et Constantin Œconomos.Tà σωζόμενα έκκλησιαστικά συγγράμματα, Athènes, 1862, t. t, p. 449454, a été rejetée d’une manière décisive par Papaîoannes, Les actes du soi-disant concile de Sainte-Sophie et leur valeur historique (en russe), dans Vyzantiisky Vremennik, 1895, t. n, p. 394-415. Une note à la fin de l’ouvrage annonce que son impression a été achevée au mois de février 1694. 4° Τόμος ’Αγάπη;, Jassy, 1698. Ce recueil, écrit Dosi­ thée dans la préface, porte le titre de 7'o>: · < a · s. parce qu’il traite les Latins avec charité et dou· ; Et cependant, il n’y a pas, dans ce gros volume, d expres­ sions grossières que Dosithée ne verse â pleines ma ns sur l’Église catholique. Le recueil parait dirigé sur: jt conlre la Τάργα τής π.στεω; τή; ρωμαϊκής ’Εκκλησίας, publiée à Paris en grec vulgaire en 1658 par le P. Fran­ çois Richard, S. J. Legrand, Bibliographie hellénique du XVIIe siècle, t. n, p. 104; Δωδεκάβιβλος, p. 1177. La préface est suivie de deux pièces : 1. 'Αναφορά τών αρχιερέων πρός ’Ανναν τήν Παλαιολογίναν; 2. Προστα ιχα Ίωάννου τού Καντακουζηνού, etc., reproduites dans Ρ. G., t. eu, col. 767-774. Le recueil lui-même contient : 1. Ιστορία τής αίρέσεως Βαρλαάμ και ’Ακίνδυνου, par Dosithée, ρ. 1-114. Il y a inséré, p. 4-7, un extrait de la Δωδεκάβιβλος, p. 845-847; Γ'Αγιοριτικ’ο; τουο; .-.-.z τών ιερών ήσυχαζόντων, ρ. 34-39; deux traites synodiques contre Barlaam et Acindynus, p. 40-85. repro­ duits dans P. G., t. eu, col. 679 '691, 718-764. - : ·.; συνοδικός contre Prochorus Cydonius, p. 93-1! i: P. G., t. eu, col. 693-716; la profession de foi de Grégoire Palamas, p. 85-88; P. G., t. CLI, col. 763-767; 2. Κατά τών βλασφημιών τού Γρήγορά, par Philoihée de Con­ stantinople, p. 1-239;P. G., t. eu, col. 773-1186; 3 IIpô; τινα τών φίλων έρωτήσαντα περί τής τοΰ μακαρίου Θεοδώρου τού Γραπτού ρήσεως, par Georges Scholarius, ρ. 239-252; Ρ. G., t. CLX, col. 649-664 ; 4. Έκόεσις περί τής τού 'Αγ. Πνεύματος ύποστάσεως δόξης, par le même, . ρ. 252-291 ; Ρ. G., t. clx, col. 665-714 ; 5. Κατα τής IV. — 57 1/95 DOSITHÉE προσθήκης..., par le même, p. 391-307; P. G., t. clx, col. 713-731 ; 6. Κατά τής σιμονιακής αίρέσεως, par le meme, p. 307-312; P. G., t. clx, col. 731-738 ; 7. Κατά τής των Λατίνων έν σαββατω νηστείας, ρ. 312-315; Ρ. G., t. CLX, col. 737-744; 8. ΙΙρός τδ ύπέρ λατινικού δόγματος βιβλίον, par Georges Gémistus Γ-létho, p. 316-320; P. G., t. clx, col. 975-980 ; 9. Άπδ τοΰ Ζιβέλλου τής πίστεως de Constantin, prêtre catholique, qui en 1452, à Constantinople, en présence de Gennade Scholarius, abjura la foi catholique, p. 320-332; Uosithée se borne à dire de cet apostat qu'il venait de l'Angleterre et de la Bohème, p. 320; 10. ’Ανασκευή τού ύπέρ τής δόξης Λατίνων βιβλίου τοΰ Άργυροπούλου, par Théodore Agallien, p. 333-367; P. G., t. CLVtil, col. 1011-1051; l'ouvrage d’Argyropulus est dans P. G., t. CLVin, col. 991-1008; 11. "Εκθεσις τής λατινικής πίστεως, pré­ sentée par les légats de Grégoire IX (1227-1241) au patriarche Germain II (1222-1240), p. 367-378; Mansi, t. XX111, col. 229-301 ; 12. Συντομότατη πραγματεία περί τής τού Άγ. Πνεύματος έκπορεύσεως, ρ. 378-387, dont Fauteur est inconnu; 13. Λόγος περί τής έκπορεύσεως τοΰ Άν. Πνεύματος, par Georges ou Grégoire de Chypre, p. 387-413; P. G., t. cxlh, col. 269-300; 14. ΙΙερ'ι θεο­ λογίας ή ερμηνεία τοΰ συμβόλου, ρ. 413-490, d’un auteur inconnu ; 15. Κεφάλαια θεολογικα ένδεκα, par Michel Psellus, ρ. 490-493; 16. Προς τούς μοναχούς, par Nicé­ phore Blemmydes, ρ. 494-502; Ρ. G., t. cxlii, col. 585606; 17. Σημείωμα περί τοΰ πόσοι πατριάρχαι έγένοντο έν Ίεροσολύμοις Ίωάνναι καλούμενοι, par Dosithée, ρ.502504; 18. Λόγοι περί άζύμων, par Jean VIII (d'après Do­ sithée), patriarche de Jérusalem, p. 527-358; Krumbacher, p. 91; 19. Περί τοΰ καινοτομηθέντος καλενταριού παρά Λατίνων, ρ. 538-547; Dosithée y publie plusieurs documents de la polémique grecque contre la réforme du calendrier Julien; quelques-uns ont été réimprimés par Sathas, Βιογραφικδν σχεδίασμα Ίερεμίου B', Athènes, 1870, p. 28-34; Véloudes, Χρυσόβουλλα και Γραμματα, etc., Venise, 1873, p. 13-17; Gédéon, Κανο­ νικά! διατάξεις, Constantinople, 1888, t. i, p. 34-48; cf. Melchisédech (évêque), Sinodul Constanlinopolitanu din anul 1503 sub palriarhul eeumenicu Jerimia, Biserica ortodoxaroniana, 1881, t. v, p. 785-796; Albanas, Beformarea calendarului iulian, ibid., 1898, t. xxii, p. 34-40; Rhalli et Potli, Σύνταγμα ιερών κανό­ νων, t. v, p. 149-155; 20. Deux lettres de Cyrilles Luca­ ris, l’une au prince de Roumanie, Jean Radou, et l’autre aux chrétiens de Tirgoviste, p. 547-554; cf. Bevista teologica, Jassy, 1885, p. 257-262 ; 21. Κατά Αατίνων, anonyme, p. 554-568 ; 22. ’Ακολουθία du sy«lode de Constantinople de 1484 sur la manière de re­ cevoir les Latins qui désirent se convertir à l’orthodoxie, p. 568-570; Γάκολουθία est réimprimée dans Rhalli et Potli. Σύνταγμα, Athènes, 1885, t. v, p. 143-147, et dans Gédéon, Κανονικαί διατάξεις, t. il, p. 65-69; Petit, L'entrée des catholiques dans l’Église orthodoxe, dans les Échos d'Orient, t. il, p. 129-131; 22. Γρ άμμα τοϊς... όρίοδόξοις χριστιανοίς, par Marc d'Éphèse, p. 581-586; P. G., t. clx, col. 111-204; Dosithée fait précéder cette pièce d’une lettre à Dorothée, métropolite de Pétra, Le Quien, Oriens Christianus, t. ni, col. 727, contre ceux qui tolèrent les mariages mixtes; 23. 'Ομολογία τής ορθής πίστεως, par Marc d’Ephèse, p. 586-589; P. G., t. clx. col. 13-110, avec la réfutation de Grégoire Mammas. 5° Γόμος χαράς, Rimnic, 1705. Ce recueil est appelé par Dosithée, Tomus jubilationis pour indiquer la joie « que tout bon orthodoxe éprouve en constatant qu’il suffit d’un brin de doctrine pour mettre à nu l’absurdité des nouveautés latines ». Il contient : 1. Plusieurs lettre de Photius, p. 1-33; P. G., t. cil, col. 585-618, 722-742, 794-822 ; 2. Πρακτικά τής έπί Φωτίου άγιας Συνόδου, ρ. 33-102; Mansi, t. XVII, col. 373-524 ; 3. Σημειώσεις εις την παρούσαν σύνοδον, 1796 par Dosithée, ρ. 103-134; il y reproduit 2 chapitres du 1. Vil0 de la Δωδεκάβιβλος, p. 714-737; 4. Άντέγκλημα των έγκαλούντων αδίκως κατατής μιας... τοΰ Χριστού ’Εκκλησίας,par Nicolas Kéramevs de Janina; l’ouvrage de Nicolas Kéramevs, mort à Jassy en 1672 (selon Dosi­ thée), est dirigé contre Athanase le Rhéteur, de Chypre, Legrand, Bibliographie hellénique du XVIIe siècle, t. Il, p. 82-87; t. ni, p. 417-426; Oinont, Missions archéolo­ giques françaises en Orient aux xvip et xviii- siècles, Paris, 1902, t. 1, p. 19-26, auteur d’un traité sur la primauté de saint Pierre, qu’Athanase Patellar, pa­ triarche de Constantinople (1652) avait vivement atta­ qué dans un sermon à ses ouailles, Ilypsilanli, Τα μετά τήν άλωσιν, Constantinople, 1870, p. 139-140; Papadopoulo-Kéramevs, Διάφορα ελληνικά γράμματα έκ τοΰ μουσείου Likhatchefï, Saint-Pétersbourg, 1907, ρ. 11; A. Papadopul-Calimah, Despre Atanasie Patelarie, patriarh ecumenique, Convorbiri literare, Jassy, 1889, t. xxiii, p. 1015-1041; 1890, t. xxiv, p. 30-42; 5. Λόγος περί τοΰ τις έστιν ή αληθής καθολική έκκλησία..., καί κατά τής αρχής τοΰ Πάππα τής 'Ρώμης, par Mélèce Pighas, patriarche d'Alexandrie (-j- 1601), p. 553-609; Démétracopoulos, ’Ορθόδοξος Ελλάς, p. 131 ; 6. Διάλογος κατά Λατίνων, par Théodore Agallien, p. 610-631; 7. Γράμμα τοΐς απανταχού όρθοδόξοις χριστιανοίς, ρ. 631-633. 6° Ιστορία περί των έν Ίεροσολύμοις πατριαρχευσάντων, Bucharest, 1715. Cet épais in-folio a 1247 pages. N’ayant pas eu le temps de le publier durant sa vie, Dosithée, sur son lit de mort, conjura Chrysanthe No­ teras, son neveu et successeur, de le faire paraître. Chrysanthe le divisa en douze chapitres (d’où le nom de Δωδεκάβιβλος que les Grecs préfèrent dans leurs citations), en corrigea le style, et supprima ce qui aurait pu exciter des représailles de la part des Turcs. Le I. XIII», où Dosithée rend compte de ses derniers voyages, fut complètement omis. Dans les Άνάλεκτα ίεροσολυμιτικής σταχυολογίας, p. 231-307. A. PapadopouloKéramevs l’a publié sous le titre de Παραλειπόμενα έκ τής Ιστορίας περί των έν Ίεροσολύμοις πατριαρχευσάντων, ainsi que les nombreuses suppressions faites par Chry­ santhe à l'œuvre de son oncle. Pour rédiger cette in­ digeste compilation, Dosithée, d’après Chrysanthe, fit traduire en grec un grand nombre d’écrits de la théo­ logie latine, et utilisa les notes qu’il avait recueillies pendant de longues années. Δωδεκάβιβλος, p. 4, 10. Il puisa aussi beaucoup de matériauxdans les 83 cahiers d'une histoire des patriarches de Jérusalem, composée par Païsios Ligarides, métropolite de Gaza (γ 1678), p. 4. Dosithée l’avoue, p. 1180. L'ouvrage de Païsios, écrit en vue de défendre la primauté romaine en Orient, avait été condamné par Méthode III de Con­ stantinople (1668-1671) et Nectaire de Jérusalem. On ne sait pas dans quelle mesure Dosithée mita contribu­ tion le travail de Païsios, parce que ses cahiers ne sont pas arrivés jusqu'à nous, ou sont perdus dans quel­ que bibliothèque grecque. Ses emprunts sont peutêtre considérables, et tels qu’il ne serait pas le véritable auteur de l'histoire qui porte son nom. Cette histoire des patriarches de Jérusalem commence par saint Jacques, frère du Seigneur, et va jusqu’à la fin du xvii» siècle. Il y est question des conciles généraux et particuliers, des patriarches d’Orient, des empereurs, des hérésies, des guerres, des mœurs des peuples, des Lieux saints, etc., et surtout de la primauté des papes, contre laquelle Dosithée déploie tout particulièrement son érudition. Les orthodoxes surfont la valeur scien­ tifique et documentaire de cette compilation. Zaviras l’appelle une vraie bibliothèque, p. 269; Sathas y voit la meilleure preuve du grand savoir de Dosithée, et un précieux trésor de renseignements pour l’histoire de l’Eglise et du peuple grec, p. 382; le professeur I. Sokolov n’hésite pas à la considérer comme un rempart inébranlable de l’Église orthodoxe contre les 1797 DOSITHEE prétentions de la papauté en Orient. Soobchtchenia, p. 27. Cyrille Athanasiadès l’appelle un trésor des connaissances les plus variées. L’archimandrite Papa­ dopoulos est dans le vrai, en disant qu’il serait plus à propos de lui donner le titre suivant : Περί τής αδιά­ λειπτου ιδίως μετά το σχίσμα διαφωνίας τής ’Ανατολικής καί Δυτικής ’Εκκλησίας. Νέα Σιών, t. V, ρ. 147. Il avoue que le style de Dosithée est très acerbe, et chargé de fiel contre les Latins. Sa compilation est néanmoins, à son jugement, la base inébranlable de l’Église ortho­ doxe, l’apologie de l’aversion séculaire de l’Orient à l’égard des papes, p. 148. Le jugement le plus impar­ tial est celui de Le Quien : Dosithée ne fait qu'attaquer continuellement l’Église latine, que diffamer les papes, et il abonde, à plusieurs reprises, dans le sens des calvinistes. Au point de vue critique : quantumvis se auctor sexcentorum latini idiomatis scriptorum le­ ctione eruditum ostentet, se criticas artis monstrat imperitissimum. Oriens Christianus, t. m, coi. 525. Legrand appelle justement cet ouvrage un énorme pamphlet dirigé contre la papauté. Bibliographie hellénique du xvit’ siècle, t. ix, p. 22. Le recueil est actuellement presque introuvable. .M. Basile Khitrovo '· 1903), secrétaire de la Société impériale orthodoxe de Palestine, avait projeté d'en publier le texte inté­ gral. Après sa mort, son projet n’a pas été exécuté. La compilation de Dosithée sera toujours pour les théo­ biens grecs l'arsenal le plus complet de la polémique antilatine. .’ ΙΙερι τής αρχής τοϋ ΙΙάπα, Άντίρρησις, par Nec­ taire, patriarche de Jérusalem (f 1676), Cetatuia monastère), près de Jassy, 1682. Dosithée y ajouta une préface et la vie de Nectaire. L’ouvrage édité contient lui-même plusieurs pièces : 1. Γ’Έκθεσις πίστεω;, de Macaire, métropolite deNicomédie (le 12 février 1464), p. 231-235; 2. ’Απολογία des évêques et prêtres de Constantinople à Jean VIII Paléologue, p. 233-236; 3. Οροι des patriarches Philothée d'Alexandrie, Dorothée d'Antioche et Joachim de Jérusalem contre le concile de Florence, p. 236 237 ; 4. 'Ομολογία de l'ar­ chevêque Joseph, p. 237-239 ; 5. Λόγος de Nectaire sur la rebaptisation, p. 241-242 ; 6. deux pamphlets contre les jésuites. 8° Κατά α;ρέσεων par Syméon de Thessalonique, et Έτήγησις τής έκκλησιαστικής ’Ακολουθίας, par Marc d Éphése, Jassy, 1683. Ce volume et le précédent furent les premiers, qui furent imprimés par l’imprimerie fondée par Dosithée à Jassy, en 1680. Δωδεκάβιβλος, p. 1237. Dosithée y ajouta les préfaces et les tables des matières. 9° ’Εγχειρίδιου κατά τοϋ σχίσματος των παπιστών, : ar Maxime du Péloponèse, Bucharest, 1690. L’ourrage est d'un théologien grec du xvt’-XVII· siècle. Dosithée raconte dans la préface les fables les plus ab­ surdes sur le compte de l’Église latine, telles que le : acte du pape Sylvestre II (999-1003) avec Je diable, et i légende de la papesse Jeanne. 10° Κατά των καλοινικών κεφαλαίων καί έρωτήσεων Κυρ ιλλου τού Λουκάρεως, par Mélèce Syrigos (t 1664), ; ucharest, 1690. Dosithée y ajouta un ’Εγχειρίδιου έλεγχον τήν καλβινικήν φρενοβλάβλειαν, dans lequel il :-:init le protestantisme un mélange des hérésies de tous les siècles. Σ’Έγχειρίδιον de Dosithée, p. 93, est dirigé contre Cyrille Lucaris et contient les pièces sui­ ntes : Ψήφο; du concile de Constantinople de 1633, o. 20 24; IloaxTizàdu concile de Jassv de 1642. p. 2429. L'auteur y défend surtout la transsubstantiation, p 59-74. Dans le chapitre sur le purgatoire, il ré­ tracte ce qu'il avait dit de favorable à l’enseignement latin dans sa Confession, p. 82. Cf. Erbiceanu, Scrierea lui Meletie Sirig contra Calvinilor si a lui Ciril Lucaris composa prin ordinal sinodului tinut in last le 1642, Biserica ortodoxa romana, 1894, t. xvni, p. 6-27. 1798 11« Ακολουθία τής τε όσιας μητρος Παρασκευής τής Νέας, καί τοϋ όσιου Πατρός ημών Γρηγορίου τοϋ Δεκαπολίτου, Bucharest, 1692. Sathas attribue à Dosithée l’édi­ tion de ces deux offices, p. 381. Mais la dédicace â Constantin Brancoveanu, publiée en tète du volume, dit qu’ils ont été édités par Serban Greceanu. Erbi­ ceanu, Analisa cartel ce cuprinde serviciul Sf Cuviosei Parascheva si a sf. Cuviosului Grigorie Decapolilul, etc., Biserica ortodoxa romana, 1904, t.xxvut, p. 756-766. 12« ’Ορθόδοξος όμολογία τής πίστεως τής καθολικής καί άποστολικής ’Εκκλησίας τής ’Ανατολής, και εισαγωγική εκθεσις περί των τριών μεγίστων αρετών Πίστεως, Έλπίδος καί ’Αγάπης, Snagov, 1699. Ce volume renferme la Confession de foi de Pierre Moghilas (-j-1646), el un traité sur les trois vertus théologales par Bessarion Makres, hiéromoine de Janina (γ 1699). Dans la préface Dosithée se répand en invectives contre les protestants et les jésuites, et raconte de quelle manière Pierre Moghilas fut amené à écrire sa Confession de la foi orthodoxe. 13« Τοϋ τή θεοϋ χάριτι ευσεβούς Νομοφύλακος Ίωάννου διακόνου τοϋ Ευγενικού Λόγος αντιρρητικός τοϋ βλάσφη­ μου και ψευδούς όρου, τοϋ έν Φλωρεντία συντεθέντος κατά την προς Λατίνους σύνοδον, έκοοθείς δέ παρά ίερομονά/ω τινί καλουμένω ’Ιωακείμ, μεταγραφείς έκ διαφόρων πρωτο­ τύπων, διορθωθείς εις κεφάλαια καί τμήματα, παρά Δοσ.θέου Πατριάρχου 'Ιεροσολύμων, Jassy, 1694. L'édition de ce discours de Jean Eugénicos, est mentionnée seule­ ment par Papadopoulo Vrétos, Νεοελληνική φιλολογία, t. I, p. 43, n. 124. Cf. Legrand, t. ni, p. 30; Bianu et Hodos, t. t, p. 338. Parmi les ouvrages inédits nous citons la Νομική Συναγωγή, recueil de pièces importantes relatives aux patriarcats grecs d'Orient, Cod. 2 de la bibliothèque du rnétochion du Saint-Sépulchre à Constantinople, Papadopoulo-Kéramevs, ‘Ιεροσολυμιτική Βιόλιοθ,κτ, t. iv, p. 2-7, et Cod. 336 de la bibliothèque synodale de Moscou. Vladimir, Sistematitcheskoe opisanie rukopisei moskovskoi sinodalnoi bibtioleki, Moscou, 1894, p. 489-496. Une analyse détaillée de ce recueil a été insérée par Georges Constantinides dans la Μεσαίων: , ή Βιβλιοθήκη de Sathas, t. ni, p. 547-604. Ε'Ίστορία -f,' έπισζοπή; Σινά, en 8 livres, qu’on conservait jusqu'ici inédite à la bibliothèque patriarcale de Jérusalem. .. été éditée par A. Papadopoulo-Kéramev-.en 19* 9,danBecueil de la Société impériale orthodoxe de Pales ■ Cf. Ίεροσολομιτική Βιβλιοθήκη, Saint-Pétersbourg. 1891, t. I, p. 246, 397-398; t. ni (1897), p. 224, 230 231,269-272, 281-288; t. iv (1899), p. 228-229, 237, 259. Les attaques de Dosithée contre la papauté ont été réfutées par Louis Androutzi, élève du collège greeds Saint-Athanase, dans les deux ouvrages suivants : 1“ Παλαιά 'Ελλάς περί τοϋ άγιου ρωμαϊκού θρόνου καλώς φρονούσα, ή προς τον 'Ιεροσολύμων^Πατριάρχην Δοσίθε ν ’Απολογία, Venise, 1713 (en grec et en latin); 2° 'Ομό­ νοια Γραικών καί Λατίνων πατέρων περί τής έκπορέυσεω; τού 'Αγίου Πνεύματος καί έκ τοϋ υιού, κατά Δοσιθέου 'Ιεροσολύμων Πατριάρχου, Rome, 1716 (en grec et en latin). La source la plus importante de la vie de Dosithée est, malgré sa brièveté, ΡΈκιτομή «içïlaràSr,; mfî τής ζ·<; TOÏ i. t» λήξιι γινομίνον άοιδίμον Πατ^ιά^χεν Ίιφβσολνμον κυο-.ον Διτ ΐ:-... par le patriarche chrysanthe, son neveu, insérée dans ta ΔωίιχάβΛ,ος, reproduite dans Bianu et Hodos, p. 503-507 On trouve des biographies ou des notices sur ses écrits · ns Fabricius, Bibliotheca græca, édit. Harles. t. xi. p. 329, 5'27. 609; LeQuien. Oriens Christianus, t. m, col. 522-527; Rk-act Histoire de l'estât présent de l’Église grecque, et de l’Église arménienne, Amsterdam. 1710, p. 339-347; Helladius. Status præsens Ecclesiæ græcæ, Altdorf, 1714, p. 14-15; Perpétuité de la toi de l’Église catholique sur l'eucharistie. Parts, 1S48. t. I. col. 207-208; t II,col. 1207-1223: t.iv, col. 71-134,14" 246; Œconomos, Π<ή τά, O' ίομη-,<·.τ~, Τ?; τσϊα.ί; life; ToasS;,Athènes. 1849, L ιν, p. 811-814; Papadopoulo Vrétos, Χ·»ιλλν!Ι’. F«i«r··. 1799 DOSITHÉE — DOUCIN Athènes, 1854, t. I, p. 196-197; Pichler. Geschichte des Prote· stantismus in der orienta lise h en Kirche, Munich, 1862, p. 221222, 229-245; Constantios I (patriarche), ΣυγγραφαΙ Ιλάσσοχις, Constantinople, 1866, p. 151-152; Sathas, Νιοίλληνιχτ, φιλολογία, Athènes, 1868, p. 379-383; Hypsilanti, Tà μιτά την άλωσιν, Constantinople, 1870, p. 267, 799; A. G. (protoïerevs Alexandre Gorsky), O sobone ierusalimskom (Le concile de Jérusalem), dans Suppléments aux versions en russe des œuvres des saints Pères, Moscou, 1871, t. XXIV, p. 568-620; Démétracopoulos, Όφβόίοςο; ‘Ελλάς, Leipzig, 1872, p. 165-166; Palamas, Ίιφοσολυμιάς, Jérusalem, 1872, p. 536-561; Mattchenko, Dosithei, patriarkh ierusalimskii, dans Duchepoleznoe Tchtenie, Mos­ cou, 1877, t. m, p. 475-496; 1878, t. i, p. 81-106, 220-240, 494508; t. il, p. 24-50, 147-175 : premier essai biographique sur Dosithée ; l’auteur y a utilisé les documents rosses, en particu­ lier les lettres de Dosithée publiées dans la I’· partie de X’Arkhiv iugozapadnoi Rossii, Kiev. 1873; Rozov, Essai d'histoire de l'Église orientale depuis la prise de Constanti­ nople par les Turcs jusqu'à nos jours, Moscou, 1880, p. 101102; Sinca, Chronica romànilor, Bucharest, 1886, t. ni, p. 261. 310, 321, 339, 345; Picot, Notice biographique et bibliogra­ phique sur l'imprimeur Anthime d'Ivir, métropolitain de Valachie, Nouveaux mélanges orientaux, Paris, 1886, p. 515560; Legrand, ‘Ελλη/ΐχδν Έπιστολάριον, Paris, 1888, p. 6, 8, 11, 12,15, etc·; Id., Recueil de documents grecs concernant les relations du patriarcat de Jérusalem avec la Roumanie, Paris. 1895, p. 31-35, 41-44; Id.. Bibliographie hellénique du xvn* siècle, t. il, p. 401, 414, 475. 458; t. m, p. 8, 28, 40, 45, 54; Melchisédech (évêque roumain), Biserica ortodoxa in lupta cuprotestantismulu in veacul xvn-lea, Bucharest, 1890, p. 26-27; Erbiceanu, Cronicarii greci, Bucharest, 1890, p. vivii, 103-107 Kapterev, Snocheniia ierusalimskago patriarkha Dositheia s russkim pravitelstvom (Les relations de Dosithée, patriarche de Jérusalem, avec le gouvernement russe), Moscou, 1891 (le meilleur ouvrage paru jusqu’ici sur le rôle politique et religieux de Dosithée : l’auteur y a utilisé de nom­ breux documents inédits conservés dans les archives de Mos­ cou); Id., La domination des Grecs dans le patriarcat de Jé­ rusalem depuis la premièretmoitié du xvr jusqu'à la moitié du xvni* siècle, Bogoslovsky Viestnik, 1897, t. i, p. 198-215; t. n, p. 27-43; Erbiceanu, Material pentru complectarea istoriei bisericesti si nationale, documente inedite, Biserica or­ todoxa romana, 1891, t. xv, p. 694-699 (Lettres de Dosithée); Cyrille Athanasiades, Tà χατά τ*>ν άοίδιμο·/ ΔοσίΙιον ΙΙατφιάφχηχ τ«ν Ίιροσολύμων, Σωτήφ (Athènes), t. xiv (1891), p. 289-296, 353-363; .xv (1892), p. 14-22,44-61, 77-86, 109-121,143-148, 169-186, 200-217, 246-255, 260-274, 297-305, 327-335. 364-371; t. xv, p. 74-83 (travail important, bien que rempli de digressions, et louangeur à l’excès); Pokrovsky, Russkiiaeparkhiivxvi-xrxvv., Kazan, 1897, l. i, p. 488-491; Papadopoulo-Kéramevs, Άνάλιχτα ιιροσολυμιτιχής στα/υολογίας, t. I, p. 231-307, 430-431 ; t. Il, p. 285309; t. m, p. 67-72, 131, 134-137. 227-228; t. IV, p. 42, 44,530; Gennadius, évêque de Rimnic (Roumanie), Istoria marturisirei orthodoxe. Biserica ortodoxa romana, 1898, t. xxn, p. 807-822, 852-873, 866-868; Hore. Eighteen centuries of the orthodox greek Church, Londres, 1899, p. 574-575; Smentzowski, Bratia Likhoudi, Saint-Pétersbourg, 1899, p. 52-57, 283-290, 294-296, 308-310, etc.; *H ‘Εχχλησία Ίιφοσολύμων χατά τους τΐσσα^ας τιλίυταίου; άΐωνας, Athènes, 1900, ρ. 89-93; lonescu, Influenta cultucrei grecesci in Muntenia si Moldava, Bu­ charest, 1900, p. 46-49,50, 53, 78, 260; lorga, istoria literaturii romine in secolul al xvni-lea, Bucharest, 1901, t. I. p. 36, 4245; Hackett, A history of the orthodox Church of Cyprus, Londres, 1901, p. 115,135-136, 214. 246-250; Vcrdy de Vernois, Die Fruge der heiligen Stat ten Palastinas, Berlin, 1901, p. 51; Kyriakos, Geschichte der or ientai ischen Kirche, Leipzig, 1902, p. 148; Erbiceanu, Bibliografia grxea. Bucharest. 1903. p.2-6, 13-18, 22, 32-33, 54-55, 69-72. 83-86; Bianu et Hodos, Biblio­ grafia romanesca veche, Bucharest, 1903, t. I, p. 251-258. 273275, 297-315, 337-339, 369, 378-389, 463-466, 501-508: lorga, Istoria literaturii religioase a rominilor pana la 1688, dans Studii si documente en priuire la istoria rominilor, Bucha­ rest. 1904, t. vu, p. 177. 200.-201, 204-205, 212-214; Erbiceanu, Prefata de la cartea lui Meletie Sirig scriesa de Dositeiu Putriarhul Jerusalimului, Biserica ortodoxa romana, 1904, t. xxvn. p. 1212-1221, 1344-1354; Viata lui Meletie Sirig de Dusiteiu Patriarhul Jerusalimului, Biserica ortodoxa ro­ mana, 1905, t xxix, p. 29-34; Délikanis, Tà L το'; χώδι-c του «ατφ:α^//χοΰ άφχα*.οφ'-·λαχιίου βωζόμινα έπίσημα ίχχλησιαστιχά Γγγφαφα, Constantinople. 1904. t. n, ρ. 375-376. 399-405,464: 1905. t. ιπ, ρ. 73-93 (pièces concernant Païsios Ligaridès), 183-188,191-200, 205-225.678-685. 905-910; Titov, Russkaia pravoslavnaia tzerkov v polsko-lilovskom gosudarstvie v xvn-xvm vv., Kiev, 1800 1905, t. 11, p. 35-42; Erbiceanu, Barbati culti greci si romam si profesorii din academiile de Iasi si Bucuresti, Bucharest, 1905, p. 14-16; Chrys. Papadopoulos (archimandrite), Ή iqà T.o .raufoS χαΐ ή tv όισλογιαΐ; σχολή, Jérusalem, 1905. p. 46-64; Οι Πα-ριάρχαι *Ι.,οσολϋ^ιων ώς %νιυ|οατιχοι χ.ι,«γωγοί vljç ’Ρωσία; KOtA τον IZ’ αιώνα, Νία Σ,όν, 1906, t. tv, ρ. 3-31, 177-196. 314-329, 413-428, 481-497 ; 1907, t. v, ρ. 3-24(d’après les travaux de Kap­ terev); Id., ΔνσίΙιο;, Πστοιΰ,χν.; Ίιροσολύμων, Nia Σιών, 1907, t. v, ρ. 97-168; J. Sokolov, La confrérie du Saint-Sépulchre à Jérusalem : essai historique, dans Soobchtchenüa (Com­ munications) de la Société impériale orthodoxe de Palestine, 1906, t. xvn, p. 9-11; Id. (Pomerantzev), L'élection des pa­ triarches de Jérusalem aux xvtr-xvm* siècles, ibid., 1907, t. xvni, p. 210-222; Id., Dosithée, patriarshe de Jérusalem, ibid., 1908, t. xix, p. 1τ32; A. Palmieri, Dositeo, patriarca greco di Gerusalemme, Florence, 1909. A. Palmieri. DOUBLET Jean-Baptiste, oratorien français, né en 1622 à Paris où il mourut vers la fin du siècle, chez les Frères de la charité où il s’était retiré pour servir les pauvres. Il est auteur de La guerre aux vices qui fait voir les laideurs, les malignités et les coupables de chaque vice en particulier avec les moyens de s’en défendre, publié sous le pseudonyme de Jean-Baptiste de Bonzèle, in-12, Paris, 1675. Le P. Houdry fait l’éloge de ce livre qui eut plusieurs éditions. Batterel, Mémoires, Paris, 1905, t. iv, p. 501-502. A. Ingold. DOUCIN Louis, controversiste, né à Vernon (Eure), le 21 août 1652, entra dans la Compagnie de Jésus en 1668. Vers le temps delà révocation de l’édit de Nantes, il était à Caen, occupé de controverses contre les ministres protestants et de l’instruction des nouveaux catholiques. Il publia, à l’occasion de ces travaux : Lettres d’un catholique à un de ses amis de la reli­ gion prétendue réformée, Caen, 1684-1685 ; 2e édit., in-8°, Caen, 1686; Traité de l’usage du calice ou de la communion sous les deux espèces, in-8>, Caen, 1685; Paris, 1686; Jnstruclion pour les nouveaux catholiques, oit l’on explique tous les articles contestez, et on en rend raison par l’Écriture, et par les Pères des premiers siècles, in-8°, Caen et Paris, 1686. Il opposa, à une cri­ tique de ce dernier ouvrage, Réponse à ce qu'on a écrit contre le livre intitulé : Instruction pour les nou veaux catholiques, in-12, Caen, 1687. En 1697, le P. Doucin accompagna à La Haye M. Verjus, comte de Crécy, chargé pour la France des négociations de la paix dite de Ryswick. Ayant alors été mis au courant de la situation de l’Église catholique dans les Pays-Bas, il fit paraître un Mémoire touchant le progrès du jansénisme en Hollande, in-12, Cologne, 1698. C’est une traduction libre du Memoriale breve, extractum ex prolixiore de statu ac progressu Jansenismi in Hollandia, ouvrage dû à la collaboration des deux jésuites hollandais François Verbiest et Norbert Aerts et du curé Adrien van Wijck. Allard, Studien, Tijdschrift..., t. xxxiv, (1890), p. 25. Cette publication fit sensation et provoqua plusieurs réponses. Citons seulement: La foi et l'inno­ cence du clergé de Hollande défendue contre un li­ belle diffamatoire intitulé Mémoire..., par M. Dubois, in-12. Delft, 1700; l’auteur véritable en est le P. Quesnel, justement accusé dans le Mémoire d'avoir fait plus que personne, avec Antoine Arnauld, pour propa­ ger l’hérésie parmi le clergé des Pays-Bas. Pierre Codde, archevêque de Sébaste et vicaire apostolique de Hollande, également mis en cause, déféra le Mémoire, comme calomnieux, au Saint-Office; mais il se vit luimême appelé à Rome, pour répondre sur les révélations qui y étaient contenues, et. après enquête, fut suspendu de ses fonctions de vicaire apostolique. Le refus d’une partie des prêtres hollandais d'accepter le successeur donné à Codde par le Saint-Siège, commença le schisme d’Utrecht. Le P. Doucin a aussi publié de sérieux travaux sur l’histoire des anciennes hérésies : Histoire du nesto­ rianisme, in-4°, Paris, 1698 et 1699; Specimen obser- 1801 DOUGIN valionum ad nestorianam historiam ac varios tum ve­ terum tum receptiorum auctorum qui eam attigerunt locos, in-12, Paris, 1698; Addition à l’histoire du nesto­ rianisme, où l’on fait voir quel a été l'ancien usage de l'Eglise dans la condamnation des livres; et ce qu'elle a exigé des fidèles à cet égard, in-12, Paris, 1703; Histoire de l'origénisme, histoire des mouvements arrivez dans l'Eglise au sujet d'Origène et de sa doctrine, in-12, Paris, 1700. Vers la fin du xvit' siècle et durant les quinze premières années du xvin·, le P. Doucin était à Paris; il fut alors très mêlé aux controverses suscitées par les Réflexions sur le Nouveau Testament de Quesnel et par la constitution Unigenitus condamnant 101 propositions extraites de ce livre (1713). On lui attribue à tort le Problème ecclésiastique (1698), qui appartient plutôt au bénédictin janséniste dom Hilarion Monnier. Voir Daniel Gabriel. L’activité anonyme qu’il déploya en faveur de la constitution Unigenitus fut considé­ rable, mais a encore été exagérée par ses adversaires, dont le P. Doucin était comme la bête noire, presque â l’égal du P. Le Tellier. 11 aurait eu, notamment, la principale part aux Tocsins, écrils ainsi dénommés par les quesnellistes, pour la vigueur avec laquelle l'erreur y était dénoncée. Ces écrils, publiés la plupart clan­ destinement et poursuivis par les parlements favorables â la secte, ont été réunis, en 1716, avec les réponses jansénistes, en un volume intitulé : Les Tocsins Avec les écrits et les arrêts publiés contre ces libelles violens et séditieux El un recueil de mandemens et autres pièces qui ont rapport aux écrits précédons, in-12, s. I. On y trouve quinze pièces, dont neuf sont dési­ gnées comme Premier Tocsin, Deuxième..., et ainsi de suite jusqu’au Neuvième Tocsin. Un autre recueil a été publié en 1717, également par les jansénistes, sous ce titre : Les auteurs des Tocsins confondus, et les Appellans justifiez ou réflexions critiques sur la Ré­ futation de la Lettre d’un magistrat ά M. l’évêque d'Alet, et sur plusieurs autres libelles séditieux et > losmaliques, que les Jésuites ont publiés, in-12, s, L, mdccvii (sic pour mdccxvii); il ne contient que sept Tocsins, dont six étaient déjà dans le recueil précédent, mais en partie numérotés autrement. Deux de ces Tocsins, au moins, appartiendraient assez sûrement au P. Doucin, d’abord, celui qui est le second dans les deux recueils cités et est intitulé : Mémoire pour le corps des évêques qui ont reçu la constitution Unigenitus; il a été supprimé par un arrêt du parlement de Paris du 4 avril 1716; ensuite, celui qui est particulièrement critiqué dans le second recueil, où il est qualifié Septième Tocsin; en voici le titre plus complet : Réfu­ tation d’un libelle intitulé Leltre d’un magistrat à .M. l’évêque de servant de réponse à un Mémoire prèsentéà M. le duc d’Orléans au sujet des explications que les évêques demandent au pape sur la bulle Uni genitus, in-12, s. L, 1716. Le Mémoire présenté au duc d Orléans est le « premier Tocsin »; il avait pour auteur Msr Maboul, évêque d'Alet, â qui est adressée la Lettre d'un magistrat. Pour aider à la bibliographie, qui n'est pas faite, de ces Tocsins, ajoutons qu’il en existe aussi une réimpression orthodoxe, dans Tocsins catholiques ou Recueil des pièces les plus fortes que les catholiques ont fait paraître contre les ennemis du saint-siège au sujet de la constitution Unigenitus, in-12. Ce recueil, qui contient encore d’autres pièces que les Tocsins, a formé au moins 3 vol., parus à Avignon, chez Joseph Chastel, 1717-1718. Lorsque, apres la mort de Louis XIV, l’opposition à la constitu­ tion Unigenitus triompha pour quelque temps, par la nomination du cardinal de Noailles, archevêque de Paris, comme chef du conseil de conscience du Régent, le P. Doucin dut sortir de Paris et fut relégué à Orléans (novembre 1715). Quelques mois plus tard, le parlement, • oulant découvrir les auteurs des Tocsins et soupçon­ DOUKHOBORS 1802 nant particulièrement le P. Doucin, ordonna des per­ quisitions chez les libraires et au collège des jésuites d’Orléans. On raconte qu’elles auraient établi le rôle actif du P. Doucin dans la composition et l’impression des Tocsins, avec l’appui de l’évêque d’Orléans. M‘Jr Fleuriau. Buvat, Journal de la Régence, publié par Campardon, t. I, p. 151, 154. Le P. Doucin mourut à Orléans, le 21 septembre 1726. De Backer-Sommervogel, Bibliothèque de la C' de Jésus, t. ni, col. 159-163 ; t. ix, col. 239-240. Hurter, Nomenclator, t. iv, col. 1204-1205; Biographie universelle. J. Brucker. DOUKHOBORS. — I. Histoire. II. Doctrines. I. Histoire. — Les Doukhobors forment peut-être la secte la moins nombreuse des sectes russes; néanmoins les péripéties de son histoire lui ont valu naguère une grande célébrité, même en Occident. Elle tire son nom de deux mots russes : duch (esprit), boretz (lutteur). Les Doukhobors seraient donc les lutteurs de l’esprit. Mais on attache à ce nom un double sens. Les Doukhobors lui donnent un sens positif, en raison duquel ils se considèrent comme les défenseurs de VEsprit. Ils lut­ tent pour sa gloire, pour spiritualiser la religion chré­ tienne, en la débarrassant de son formalisme extérieur, du culte, où ils voient un oubli des principes du chris­ tianisme primitif. Mais leurs adversaires prennent leur nom dans un sens négatif. Les Doukhobors seraient les ennemis de l’esprit, puisqu’ils rejettent l'influence surnaturelle du Saint-Esprit sur les âmes. En rejetant les sacrements et la visibilité de l’Église, ils réduisent le christianisme à un code rudimentaire de morale, fondé sur l’adogmatisine religieux. Le bas peuple appelle encore les Doukhobors des molokans (de nioloko, lait), parce qu'ils ne gardent pas l'abstinence du lait et de la viande les jours de jeûne, et des farmazony (altération du mot franc-maçon), parce qu’ils ne tien­ nent pas compte des lois et des préceptes de l’Église. Les Doukhobors, de leur côté, se nomment les fils de Dieu, les hommes de Dieu, les chrétiens spirituels, pour indiquer que Dieu répand sur eux, avec plus d’abondance, les effusions intérieures de sa grâce. Le nom de Doukhobor a été employé la première fois en 1792 par Ambroise Sérébrennikov, archevêque d'Ékaterinoslav (1786-1789). Novilzky, p. 2; Birioukov, p. 6-7. Les origines des Doukhobors sont très obscures Nous n’avons, pour les éclaircir, ni documents, ni même une tradition orale. Les Doukhobors affir.'.ien'. qu'i’s ont reçu leurs théories religieuses et sociales des trois jeunes hébreux, jetés dans une fournaise ardente, parce qu’ils avaient refusé d'adorer la statue de Nabuchodonosor. Novitzky suppose que cette donnée est une simple allégorie, qui désigne peut-être les chefs de la secte, condamnés à mort au xvil* et au xvnr siècle, par exemple, Kuhlman et Nordmann, brûlés vifs en 1689, pour avoir prêché le second avènement du Christ, et Dimitri Tvéritinov, qui, avec ses adhérents, monta sur le bûcher, à Moscou, en 1713, p. 13-16. Cette sup­ position ne repose sur rien, et l'élément légendaire se renconlre au berceau de toutes les sectes russes. Le premier renseignement positif sur les Doukhobors remonte à l’an 1791. Le comte Kakhovsky, gouver­ neur d’Ékatérinoslav, invita les nombreux Doukhol ors de sa province à lui exposer les points principaux de leurs croyances. Ceux-ci lui remirent une Confession de foi ou Memorandum, qui est une pièce de premier ordre pour l’histoire doctrinale de la secte. Elle a ét ■ publiée par N. Tikhonravov, dans les Lectures de la société d’histoire et d’antiquités russes, de (’université de Moscou : Zapiska podannaia Dukhobortzam i Ekaterinoslavskoi gubernii v 1601 godu gubematoru Kakhovskomu, 1871, t. n, p. 26-79. Ils y déclaraient avoir reçu leurs croyances d’un paysan du village de Nikolskoe o Nikolaëvka, district de Pavlograd, gouvernement 1803 DOUKHOBORS d’Ékatérinovslav. Ce paysan, nommé Sylvain Kolesni­ kov (1750-1775), s’était acquis un grand renom de vertu et de droiture, grâce auquel il avait pu répandre ses doctrines. On ne saurait cependant pas considérer Kolesnikov comme le fondateur et le premier apôtre de la secte. Au point de vue doctrinal, celle-ci a beaucoup d’affinité avec la secte des quakers, importée en Russie en 1740, par un sous-officier prussien, qui avait fixé son siège dans le village d’Okhotchee, district de Zmiev, gouver­ nement de Kharkov. De même, à Moscou en 1737, on découvrait une autre secte russe, se rapprochant beau­ coup des Doukhobors actuels. En 1717, à Kharitonovka, district d’Ouglitch, un soldat du corps des Strélitz, se faisait passer pour un nouveau Christ, et niait la visi­ bilité de l’Église et l’efficacité des sacrements pour le salut. Novitzky croit découvrir des liens de parenté entre les Doukhobors et les faux Christs, qui, dés le XIVe siècle, paraissent en Russie à plusieurs reprises. A son avis, par ces faux Christs, les Doukhobors se rattachent aux bogomiles, émigrés en Russie à l’aube même du christianisme russe, et par les bogomiles, aux montanistes et aux manichéens. A la fin du xvill· siècle, les Doukhobors se répan­ dent en beaucoup de provinces russes. On les trouve, par groupes nombreux, dans les gouvernements de Kharkov, Tambov et Ekatérinoslav. Quelques centaines de cosaques du Don se livrent, corps et âme, à la secte. Le gouvernement russe ne tarde pas à se préoccuper de la propagande des Doukhobors, il exile en Sibérie les cosaques qui en faisaient partie, et il porte contre la secte des peines sévères. Les Doukhobors de la pro­ vince de Tambov furent exilés en Sibérie : on essaya vainement par le knout et le fouet d’amener à résipi­ scence les Doukhobors de Pérékop, dans la Tauride. Le gouvernement russe poussa la rigueur au point que l'on coupa le nez à plusieurs paysans du village de Tebnéchev, district de Berjelzk, gouvernement de Tver. Sous le règne d'Alexandre Ier (1801-1825), les Doukho­ bors respirèrent plus à l'aise. Deux sénateurs, Lopoukhine et Nélédinsky Méletzky, reçurent la mission de visiter les centres de la secte et d’en faire un rapport au gouvernement. Ils se rendirent dans la province de Kharkov, et s'abouchèrent avec les chefs de la secte. Les Doukhobors protestèrent de leur soumission au pouvoir civil et demandèrent à quitter leurs villages, et à s’établir là où il leur serait permis de vivre con­ formément à leurs théories. Sur un rapport favorable des deux sénateurs, Alexandre Ier, par un oukaze du 25 janvier 1802, fit droit à leur requête, et les autorisa à s’établir sur les bords de la Molotchnaïa, en un endroit appelé Molotchnyiia vody (les eaux de la Molot­ chnaïa) qui embrassait une immense étendue deterres, arrosées par de nombreuses rivières et ruisseaux. Après la promulgation de cet oukaze, 300 Doukhobors revinrent de Sibérie, et s’établirent dans leur nouvelle résidence. Ils avaient à leur tète Cyrille, fils de Sylvain Kolesnikov. Un autre oukaze du 16 décembre 1804 accorda la même concession aux Doukhobors de Tam­ bov et de Voronèje, qui au nombre de 500, en 1805, émigrèrent dans la même localité. Ils y furent conduits par Savelius Kapoustine, qu’on vénérait comme une réincarnation du Christ. Les Doukhobors continuèrent a se grouper sur les bords de la Molotchnaïa jusqu’en 1821. En 1808, ils avaient déjà bâti neuf villages : Bogdanovka, Spasskoe, Troïtzkoe, Terpiénie, Tambovka, Rodionovka, Éphrémovka, Goriéloe, Kirillovka. Terpié­ nie avait été choisi comme le chef-lieu du cantonne­ ment delà secte. On y avait érigé une maison, appelée Sion, pour y abriter les orphelins et les invalides. Kapoustine était un petit souverain pour ces colonies naissantes. On lui livrait tous les revenus du sol et du travail, et il en disposait à son gré. A sa mort, il laissa 1804 des biens considérables à sa famille. Les Doukhobors connaissaient ces abus, contre lesquels ils ne protes­ taient pas. La situation des Doukhobors changea brusquement sous le règne de Nicolas I«r (1825-1855). La politique de l’intolérance et du fanatisme religieux reprit le dessus. Déjà, sous Alexandre 1", le clergé orthodoxe s’était plaint du rapide développement de la secte, .lob Potemkine, archevêque d’Ékatérinoslav (1812-1823), avait engagé le gouvernement à adopter des mesures sévères pour arrêter cet es-or. Nicolas Ier crut qu’il était temps de prendre en considération les cris d’alarme du clergé, et édicta des lois exceptionnelles contre la secte. Les Doukhobors reprirent le chemin delà Sibérie. On leur défendit, sous peine de l’exil ou de la prison, la propagande religieuse, et on limita leurs droils civils. Les Doukhobors de la Molotchnaïa ne tardèrent pas à ressentir aussi les conséquences du changement de régime. Leurs colonies étaient prospères. La richesse avait engendré le relâchement des mœurs. Ceux que les anciens rapports des gouverneurs russes décrivaient comme des hommes très vertueux et très abstinents, se livraient à la boisson. Leur chef, llilarion Kalmikov, donnait l’exemple de ce dérèglement. A cela s’ajoutaient les dissensions intestines de la commu­ nauté, qui fournirent à Nicolas 1er le prétexte de trans­ planter les colonies de la Molotchnaïa dans la Trans­ caucasie, au milieu des Tatars. En 1841, 800 Dou­ khobors reçurent l’ordre de quitter leur résidence, et d’émigrer dans le district d’Akhaltzykh, à l’ouest de Tiflis, près des monts Mokry (humides). Ils furent suivis par 800 de leurs coreligionnaires en 1842, et par 900 en 1843, 1844 et 1845. ils construisirent aussitôt de nouveaux villages, à qui ils donnèrent le nom des an­ ciens. La maison des orphelins fut érigée au village de Goriéloe. Nicolas I«r s’aperçut vite qu’il se trompait dans son plan d’extermination des Doukhobors. Les Tatars, sur lesquels on comptait pour leur rendre la vie insup­ portable, les laissèrent tranquilles. Sous l’habile direc­ tion d’une femme énergique, Lucéria Kamylkova, épouse du défunt llilarion, les colonies se réorganisèrent, les traditions de travail et d’austérité furent remises en honneur et l’ancienne prospérité vint refleurir dans la nouvelle résidence. En 1886, Lucéria mourut; avant sa mort, elle avait confié la direction de son petit royaume à un paysan nommé Pierre Vasilévitch Vérighine. Mais par les intrigues du frère de Lucéria, la maison des orphelins fut dépossédée de ses biens et de ses revenus. Il s’ensuivit un procès, qui se termina par l’exil de Vérighine à Chenboursk, dans la province d’Arkhangelsk. La communauté cependant ne resta pas privée de son chef. De son exil, Vérighine continua à lui envoyer ses instructions, et son autorité ne fit que s’accroître. Le gouvernement russe eut connaissance de ces relations clandestines, et il relégua Vérighine à Odborsk, une des villes les plus isolées de la Sibérie. Vérighine s’y rendit. Tandis qu’il demeurait à Chen­ boursk, il avait parcouru quelques ouvrages de Tolstoï, et en avait subi l’influence. De passage à Moscou pour aller en Sibérie, il reçut la visite de son frère Basile Vérighine, et de son cousin Basile Vérécbtchaghine. Par leur entremise, il engagea ses coreligionnaires à refuser de prêter serment et de servir dans l’armée, et à renoncer à la propriété individuelle. Les Doukhobors obéirent, sans se soucier aucunement des conséquences fâcheuses de leur soumission aux ordres de leur chef. En 1895, ceux d’entre eux qui servaient dans les régi­ ments d’Ëlisabetpol déposèrent les armes, et décla­ rèrent qu’ils n’entendaient plus se soumettre à la dis­ cipline militaire. Ils furent condamnés à plusieurs années de prison. Leur exemple fut bientôt suivi par 1805 DOUKHOBORS les Doukhobors casernés à Kars, Akhalkalaki, Tillis, Manglis. On n'hésilapas à en mettre quelques-uns à la torture. Ils restèrent inébranlables. En même temps, les chefs des villages habités par les membres de la secte résolurent de brûler toutes les armes, qui étaient en leur possession : ce qu'ils firent dans la nuit du 28-29 juin 1895. Pour les punir, le prince Cherwachidzé soumit les villages à la loi mar­ tiale, et les laissa à la merci de quelques centaines de cosaques, qui pillèrent les maisons, et violèrent quel­ ques femmes à Bogdanovka. Mais bientôt ces mesures furent jugées insuffisantes. A la suite des agissements de Pobiédonostzev, qui travaillait avec acharnement à extirper en Russie les confessions hétérodoxes, le gou­ vernement expulsa de nouveau les Doukhobors de leurs résidences et les dispersa, par groupes de 2 ou 5 fa­ milles, dans les villages géorgiens des districts de Bouchet, Gori, Tiounety et Signakh. Les malheureux n'eurent pas même le temps de vendre leurs biens et leurs troupeaux, et d’emporter leurs meubles. Ils ne tardèrent pasà être réduits à la famine, tandis que les autorités civiles les harcelaient de vexations, et que les maladies, dues à la rigueur du climat, les déci­ maient. Dans l'espace de trois ans il en mourut 450. Se croyant voués à une prochaine disparition, les Doukhobors s'abstinrent même de procréer des enfants. Beaucoup d’entre eux devinrent aveugles. Mais ils ne se laissèrent pas abattre par l’adversité, et ils décla­ rèrent qu’ils étaient prêts à mourir plutôt quederenon­ cera leurs convictions. Le comte Tolstoï et les quakers anglais s’intéressèrent alors au sort de la secte si cruellement éprouvée. Dans une lettre du 19 mars 1898, le premier appelait sur elle fatlention du monde civilisé, et implorait des secours pour soulager ses souffrances. Les chefs de la secte demandèrent qu’on leur permit au moins d’émigrer dans une colonie anglaise. Le gouvernement russe céda, à condition qu’ils ne reviendraient plus en Russie, et qu’ils émigreraient à leurs frais. Ces conditions furent acceptées. Les Doukhobors se décidèrent à quitter leur pays natal. Ils envoyèrent â Londres deux délégués, Ivan Ivineet Pierre Makhortov, en les chargeant de demander au gouvernement anglais l'autorisation de se fixer dans Pile de Chypre ou au Canada. Au mois d'août 1898, une première expedition de Doukhobors aborda en Chypre et fut dirigée sur les villages de Pergamos, Kouklia, Atalassa. Ils y ressen­ tirent aussitôt les effets de Pair malsain. Un grand nombre tombèrent malades et en quelques mois il en péril 51. Les autres Doukhobors quittèrent la Russie pour s'établir au Canada. Au mois de janvier 1899, il en arriva 2000, qui furent dirigés vers la province de Manitoba. Ils furent suivis, à brefdélai, par 4000 de leurs coreligionnaires des provinces de Kars et d'Élisabetpol, et par les 1000 émigrants de Chypre. Il y eut ainsi, dans le Manitoba, un noyau important de 7000 Doukhobors. Le gouvernement leur fit un accueil très hospitalier. En 1902, ils furent rejoints par Vérichine et les autres exilés de Sibérie. Ils commencèrent à s'organiser de nouveau, mais de fâcheux déboires les attendaient. Ils manifestèrent au gouvernement le désir de ne posséder leurs terres qu’en commun, et de ne pas déclarer leurs mariages, nais­ sances et décès. Les autorités répondirent qu’il n’y avait, au Canada, qu'un seul code de lois, et qu'on ne pouvait pas l’abroger pour eux. Les Doukhobors s’entê­ tèrent dans leur utopie. Ils en arrivèrent même à mettre en liberté leurs troupeaux, ne se reconnaissant pas le droit de commander aux animaux, comme à des esclaves, et à ne point user de souliers, les considérant comme le produit de la violence et du meurtre. Les autorités canadiennes renoncèrent alors â traiter avec bienveil­ 1806 lance les Doukhobors, et en 1907 les terres labourables qu'on leur avait assignées leur furent reprises. Les Doukhobors ne s’en émurent point. Ils continuèrent à vivre pauvrement, en attendant que Dieu leur ouvre les frontières d’autres régions, où ils pourront s’établir d’après leur idéal. II. Doctrines. — Pour les Doukhobors, la religion révélée n'est que la connaissance intérieure de Dieu, l’illumination de l’âme par Dieu, une inspiration sur­ naturelle qui lui explique les vérités qu’elle a reçues immédiatement du Verbe divin ou de l’Ecriture sainte. Livanov, t. 1, p. 93. L’Écriture a sans doute été donnée par Dieu aux hommes ; mais elle n’est pas le fondement de leurs croyances. On doit y puiser ce qui est utile pour le salut, et écarter tout ce qui ne répond pas à ce but. Les Doukhobors abusent du sens mystique dans l’interprétation des Livres saints. Les récils de la Bible sont pour eux de simples allégories, dépourvues de toute base historique. Caïn, par exemple, est un être imaginaire qui symbolise le mauvais fils et son châti­ ment; le miracle de Cana signifie le mariage spirituel de Jésus-Christ avec l’àme fidèle, « ce mariage qui dans les larmes du repentir sincère verse le nectar des anges. » Les livres inspirés ne sont pas exempts de fautes. Un des chefs de la secte, llilarion Pobirokhine. conseillait même de ne point les lire pour s’épargner l’occasion de tomberdans l'erreur. Novitzky, p. 212-213. A l’Écriture sainte, il faut préférer la tradition, le livre vivant, ainsi nommée parce qu'elle est gravée dans la mémoire et dans le cœur des élus (les Doukho­ bors) et qu'elle s'oppose à la Bible qui est une lettre morte. Mais cette tradition n'est pointla voix de l'Église vivante, qui se perpétue à travers les siècles. Elle con­ siste simplementdans un recueil de psaumes,où entrent, comme éléments essentiels, des extraits du Psautier et de la Bible, et les préceptes religieux des chefs de la secte. D'après les Doukhobors, ces psaumes seraient si nombreux qu’un seul homme, en les étudiant toute sa vie, ne pourrait les apprendre par cœur. Ils forment donc un trésor doctrinal qui appartient à toute la com­ munauté. On se les tiansmel de père en fils. C’est ainsi qu’ils ne périssent pas, et qu'ils ne périront jamais, d’autant plus que Jésus-Christ, le maître qui le- en­ seigne, est immortel. La Bible est destinéeâ dispara, tre, parce qu'elle est mélangée d'erreurs; mais les psaumes, que les Doukhobors récitent, ne s'elfaceronl ;amai- de la mémoire des élus. Ils remontent aux origines n -mes du christianisme : saint Matthieu, saint Marc et saint Luc consignèrent par écrit le récit de la vie e; des œuvres du Christ. Mais ils n’eurent pas cette illumina­ tion intérieure, qui les eût préservés de l’erreur. D’autres recueillirent fidèlement les doctrines du .. ri e de Dieu et les transmirent â leurs descendants sans aucune altération. Dans la Bible et dans la tradition, les Doukhobors choisirent, comme dans un las dt lé, les grains les plus purs, et eu composèrent le li re vivant, queles brouillards de la raison humaine n ol s urciront jamais. Novitzky, p. 243-248. Plusieurs d ces psaumes ont été publiés par Novitzky et Biriouku·. Il serait trop long de les analyser ici. A côté de p. t.- - s empruntées à l’Écriture sainte, on trouve des sentences qui ne s’accordent pas avec la doctrine chrétienne, ùn y rencontre aussi des allusions malveillantes i’t._<:se orthodoxe et au formalisme extérieur de son cuite. Pour ce qui concerne l'Église, les Doukhobors sou­ tiennent qu'elle n'est pas nécessaire. L’homme a b· -_·.η d’une Eglise éternelle, d’une Eglise qui n'es: point bâtie en pierre ou en bois, mais dans la partie la p us intime de l'âme. Cette Église n'a pas de frontières icibas. Elle existe chez tous les peuples et dans tout· - i-s religions : les juifs, les mahométans, les païens euxmêmes en fout partie, pourvu que Dieu les illumin 1807 DOUKHOBORS intérieurement. Le nombre des Doukhobors est donc considérable. Il y en a beaucoup qui professent leur doctrine, mais craignent de la manifester. L’Église est ainsi l’assemblée de ceux qui marchent dans la lumière et dans la vie. Elle n’a pas de symbole. Sa liturgie n’est pas la même partout ; ses adhérents n& forment pas une seule société : elle se cache sous des noms divers, mais elle est répandue dans l’univers entier. Livanov, p. 82-83. La hiérarchie est encore moins nécessaire que l'Église. Jésus-Christ est le seul prêtre qui sauve les âmes. Tous ceux qui subissent intérieurement l’influence du Verbe de Dieu, ont le droit de s’appeler les continuateurs de son sacerdoce. Le vrai prêtre du Christ est celui qui est doux de manières, et pur dans ses mœurs. Pour exercer son ministère, il n’a point besoin d’une voca­ tion de Dieu ou de son admission dans une caste spé­ ciale. Le Christ lui-même le choisit dans les rangs du peuple, de la noblesse ou du clergé extérieur. Il inonde son âme de sa lumière divine, et le rend apte à rem­ plir sa mission. La préparation au sacerdoce doit être donc plus intérieure qu’extérieure. Le clergé extérieur et visible n’est point sanctilié par la cérémonie de la consécration. Il ne mérite aucune vénération. Il prêche, mais sa prédication est stérile, parce que Dieu ne l’illu­ mine pas intérieurement. Une songe qu’au formalisme extérieur du rite. Sa parole ne conduit pas dans les voies du salut. Ce sont seulement les prêtres intérieurs, les prêtres choisis par Dieu au gré de sa volonté, qui donnent à leurs auditeurs la connaissance des vérités divines, le repentir de leurs fautes. Bref, le sacerdoce visible est un troupeau de maîtres sans doctrine, et de médecins spirituels impuissants à guérir les âmes : il n’y a qu’un seul sacerdoce invisible, qui se révèle dans quelques élus par de grandes clartés intérieures. Liva­ nov, p. 84-85; Novitzky, p. 248-249. Les Doukhobors admettent l’existence d’une Trinité nominale. Le Père est la mémoire, le Fils la raison, et le Saint-Esprit la volonté. La Trinité est Dieu lui-même qui est dans l’âme comme mémoire, raison et volonté. Pobirokhine poussait cette théorie jusqu’à ses der­ nières conclusions, et enseignait que la Trinité n’est pas indépendante dans son être. Elle s’incarne dans le genre humain, et en particulier dans les élus, dans les fils de Dieu. Les trois hypostases divines sont comme la lumière, la vie, le repos, comme les trois dimen­ sions des corps. Elles ne sont pas réellement distinctes, mais représentent trois forces de Dieu, ou trois mani­ festations. Sur ce point, la doctrine trinitaire des Dou­ khobors, comme le remarque Novitzky, se rapproche de la Trimûrti des Hindous, Chantepie de la Saussaye, Manuel d'histoire des religions, Paris, 1904, p. 418, et du sabellianisme. Hergenrother, Handbuch der allgenieinen Kirchengeschiehte, Fribourg, 1902, 1.1, p. 247. Dieu a créé les âmes humaines avant le monde. Elles partageaient avec les esprits célestes le bonheur de vivre en Dieu. A la suite des instigations de Satan, elles tombèrent dans le péché et furent condamnées à revêtir notre chair. Les élus ne reçoivent leur âme qu'entre l’âge de 6 à 15 ans, lorsqu’ils sont à même de s’assimiler la doctrine du Verbe. Les âmes sont tombées avant la création, du monde, en voulant assouvir leur soif de grandeur et de puis­ sance. Cette chute s’est répétée dans l’âme d’Adam, qui a cédé aux désirs de la chaircorrompue,symbolisée dans le serpent de l’Éden; elle se répète tous les jours dans les âmes pécheresses. La faute d’Adam ne se transmet pas à sa postérité, mais son influence subsiste dans le monde. En naissant, l’homme porte avec lui l'inclinationau mal. Son âme est enfermée dans le corps comme dans une prison, plongée comme dans une chaudière où bouillonnent les éléments les plus malfaisants. En y pénétrant, elle perd le souvenir de ce qu'elle a vu, appris et fait avant la création du monde. Les Dou­ 1808 khobors ne disent rien sur l'origine du mal. A leur avis, la bonté ou la malice des enfants se rattache à la bonté ou à la malice des parents. Ce lien cependant n’est pas de telle nature qu’il empêche les enfants, issus de mauvais parents, de travailler à leur salut. Tout homme, devant Dieu, n’est responsable que de ses fautes, et il serait injuste de lui faire subir la honte et le châtiment de son premier père. Le péché n’a pas de postérité. L’homme tombe de lui-même, et ressus­ cite grâce à ses efforts personnels. Les âmes subissent les péripéties de la métempsycose. Celles qui n’ont rien à se reprocher émigrent dans les hommes vertueux, et cellesqui méritentles châtiments de Dieu, passent dans les corps des brutes. Birioukov, p. 15-16; Novitzky, p. 225-226; Prav. Sobes., p. 307-308. Les Doukhobors nient la résurrection des corps. A la fin du monde, Dieu viendra juger les âmes. Mais cette fin du monde ne consiste que dans l’extinction du pé­ ché. Ce qui est matériel et impur, deviendra éternel et lumineux. Les hommes ne cesseront pas de naître, de travailler et de mourir. Il n’y a donc pas, à proprement parler, de vie présente et de vie future, de ciel et d’enfer. Le ciel est le bien, et l'enfer est le mal. Si le bien a germé dans l'âme durant la vie d’ici-bas, il fleu­ rira dans le ciel et sera la source du bonheur, qui consiste dans l’écartementdu diable et de son influence. Livanov, p. 81-82; Novitzky, p. 226-227. Jésus-Christ n’est pas Dieu. C’est un homme qui possède au plus haut degré la propriété de la raison divine. En ce sens, il est appelé le fils de Dieu. H est né de Marie, d'une manière naturelle. Sa mort n’est pas un sacrifice qui rachète le genre humain. Elle n'est qu’une image, qu’un symbole de ce qui se passe à l’égard des Doukhobors. Ses souffrances n’eurent d’autre but que de donner l’exemple de la patience et de la résignation. Le corps de Jésus-Christ ne fut pas exempt de la corruption de la chair. Mais son âme continue à exercer son influence sur les élus, en éveillant en eux la raison divine. Cette raison, après la mort du Christ, fixa son siège dans les apôtres, dans leurs suc­ cesseurs et enfin dans les Doukhobors. Elle s'est révélée d’une manière toute spéciale dans les chefs de la secte, Kolesnikov, Pobirokhine et Kapoustine. L’âme du Christ ne diffère point de nos âmes, et elle est soumise comme elles à la métempsycose. Le but principal de sa mission a été de naître, vivre et mourir dans les hommes d'une façon spirituelle. Le Christ est l’évangile vivant éternel­ lement en nous. Sa naissance, sa vie, sa passion, tout doit s'entendre dans un sens mystique. Tout ce qui est raconté du Christ dans l’Evangile doit se répéter à notre égard. H est la vie, et cette vie est en nous le principe d’une nouvelle naissance. Sans le Christ, pas de salut. La foi en lui est nécessaire, mais la pureté du cœur est requise pour la mériter. Quelques Doukhobors, entre autres Pobirokhine, nient l’existence du Saint-Esprit. En général, ils ne lui reconnaissent aucune influence surnaturelle. Le Christ suffit à la vie de l’âme. Les Doukhobors rejettent les sacrements comme inu­ tiles. Le baptême n’humecte que le corps. Le vrai baptême est la souffrance. Jésus-Christ n’a pas été baptisé dans l’eau, mais dans le sang. S’il n’y a pas moyen d’avoirle baptême de la passion, on doit recevoir le baptême du Verbe de Dieu. Les enfants morts sans baptême ne sont admis ni au ciel ni en enfer. Quelques Doukhobors croient cependant que leur salut dépend de celui de leurs parents. Il n’y a qu’un seul homme sur mille et une seule femme sur un million qui s: sauvent. Novikov, p. 249 ; Livanov, p. 86; Birioukov, p. 14-15. La confirmation est inutile aussi bien que le bap­ tême. Dieu lui-même révéle ce don à qui lui plaît, sans qu’il faille pour cela une cérémonie extérieure Quant 1809 DOUKHOBORS à la confession, l’Église n’a ni le pouvoir de lier, ni le pouvoir d’absoudre. La vraie confession est le repentir sincère du cœur. On doit s’accuser devant Dieu des péchés secrets et devant les hommes des péchés publics. C’est un péché très grave que de nier sa faute, lorsqu’elle est connue. Les Doukhobors invitent les pécheurs pu­ blics à s’accuser de leurs fautes dans leurs assem­ blées, et en cas de refus les expulsent de leur société. Novitzky, p. 249-250; Birioukov, p. 15-16. La communion ne donne rien à l’âme. Le pain et le vin nourrissent le corps, mais ils n’exercent aucune influence spirituelle. On communie en recevant le Verbe de Dieu. Le mariage n'est pas un sacrement. Le consentement mutuel des deux époux et un serment intérieur suffisent. L’infidé­ lité ou l’incompatibilité de caractère sont deux causes qui justifient le divorce. Novitzky, p. 250-251. La prjère est utile, mais elle doit consister dans la récitation des psaumes. On peut vénérer la mère de Dieu et les saints, mais il est inutile de leur adresser des prières, parce qu’ils n'ont gagné de mérites que pour eux-mêmes. Il est inutile de prier pour les âmes des autres ou pour les défunts. Les Doukhobors ne font pas le signe de la croix. Ils récitent des psaumes en com­ mun, parfois dans une chambre, parfois à ciel ouvert. Autrefois, ils priaient en silence dans les églises ortho­ doxes. Kolesnikov autorisait même ses adhérents à prier dans les églises catholiques, luthériennes, etc. Dans leurs réunions, les hommes se placent à droite, les femmes à r juche, et lisent tour à tour les psaumes que chacun préfère. La lecture achevée, ils chantent plusieurs psaumes en commun. Prav. Sob., p. 313-315. Les Doukhobors rejettent les icones, comme défen­ dues par la loi de Moïse, et n’observent pas le jeûne. Le vrai jeûne est spirituel, et consiste dans le renoncement aux désirs et aux passions mauvaises. Ils n’ont pas de fêtes spéciales. Mais ils ne travaillent pas les jours des fêtes ordinaires, pour ne point s’attirer des persécu­ tions. Ils choisissent ces mêmes jours pour vaquer à la prière et au chant des psaumes. Strahl, Beitràge zur russischen Kirchengeschichte, Halle, 1827; O raskolnikakh, poselennykh tavritcheskoi gubernii v melitopolskom uiezdie (Les raskolniks, transférés dans le gouvernement de la Tauride, district de Mélitopol), SaintPétersbourg, 1828; Lenz, Commentationes de Duchoborcis, Dorpat, 1829; Novitzky, Dukhobortzy, ikh istoriia i vieroutchenie (Les Doukhobors, leur histoire et leurs doctrines reli­ gieuses), Kiev, 1832 ; 2· édit., 1882; c’est l'ouvrage le plus com­ plet sur les Doukhobors; Haxthausen, Studien über die innem ZuMànde Russlands, Hanovre, 1847 ; Raskolniki za Kavkazom : dukhobortzy (Les raskolniks dans la Transcaucasie : les D mkhobors), Pravoslavny Sobesiednik, 1859, t. I, p. 298-323; Zayiski niekotorykh obstoiatelstv jizni i slujby senatora J. B. Lopukhina (Mémoires touchant quelques épisodes de l i vie du sénateur J. Lopoukhine, et des missions qu'on lui a confiées), Lectures de la Société d’histoire et d'antiquités russes, 1860, t. m, p. 83-172; Niekotoryia certy o obchtchest11-* dukhobortzev (Quelques traits caractéristiques de la société des Doukhobors), Lietopis russkoi litteratury i drevnostei, Moscou, 1861, t. rv. p. 3-16; Melnikov, Pisma o raskoù- * Lettres surleraskol), Saint-Pétersbourg. 1862: Lopoukhine, Vypiska o dukhobortzakh (Notice sur les Doukhobors), Lec­ tures de la Société d’histoire et d'antiquités russes, Moscou, 1864. t. iv, p. -46-48; Livanov, Tambovskie molokane i doukhubortzy v xvm viekie : istoritcheskii otcherk (Les molokans et les doukhobors de Tambov au xvm* siècle), Vsemir> yi Trud, 1867, t. ni, p. 245-297 (important); Raskol v tivritcheskoi gubernii (Le raskol dans le gouvernement de .i Tauride), Pravoslavnoe Obozrienie, 1867, t. i, p. 323-341; Livanov, Molokane i dukhobortzy v Ukrainie i Novorossii Les molokans et les doukhobors dans VO Ukraine et dans la Nouvelle Russie (Novorossiiskii krai), Viestnik Evropy, 1868, r. 10, p. 673-701 ; n. 12, p. 809-836; Dobrotvorsky, Liudi boji, Kazan. 1869; Tikhonravov. Zapiska podannaia dukhobortzami ekaterinoslavskoi gubernii v 1791 godu gub. Kakhovskomu iMémorandum donné par les Doukhobors du gouvernement de Ékatérinoslav au gouverneur Kakhovsky), Lectures, etc., 1871, t n. p. 26-79; Livanov, Raskolniki i ostrojniki : otcherki 1810 i razskazy (Les raskolniks : essais et récits), Moscou, 1872, t. n, p. 57-94, 255-272, 366-394. 452-473, 482-500, 511-526, 543586, 594-618, 627-648 (très important : l’auteur y publie le caté­ chisme des Doukhobors); Tikhonravov, Zapiska o razgovorie s dvumia dukhobortzami arkhimandrita Evgeniia, v posliedstvii milro polita Kievskago (Mémoire sur le colloque entre deux Doukhobors, et l’archimandrite Eugène, devenu ensuite métropolite de Kiev), Lectures, etc., 1874, t. v, p. 137-145; Arsène, métropolite de Kiev, Zapiska o molokanskoi i drugikh sektakh v tambovskoi eparkhii (Mémoire sur les molokans et les autres sectes de l’éparchie de Tambov), Troudy de l’Académie ecclésiastique de Kiev, 1875, t. i, p. 149-166; Dukhovnije khristiani :otcherk (Les chrétiens spirituels : essais), Viestnik Evropy. 1880, n. 11, p. 7-17; Abramov. Dukhobortzy, Otetchestv. Zapiski, 1883, t. i, p. 23-55; Kharlamov, Dukhobortzy : istoritcheskii otcherk (Les Doukhobors : essai histo­ rique). Russkaia mysl, 1884, n. 11, p. 138-171 ; n. 12, p. 83115: Hilgenstadt. Zukavkuzskie sektanty v ikh semeinom i relighioznom bytu (Les sectaires dans ht Transcaucasie dans leur vie domestique et religieuse). Saint-Pétersbourg. 1885; Dubas^ov, Sud nad Tambovskim dukhobortzami v 1803gody (La sentence portée contre les Doukhobors de Tambov l’an 1803), Istoritcheskii Viestnik, 1886. n. 9, p. 580-587; Nilsky, K istorii dukhobortchestva i mulukanstva (Contribution à l’histoire des Doukhobors et des Molokans), Khristianskoe Tchtenie, 1886, t. n. p. 449-491 ; Arsène. Lje khristy (Les faux Christs), Moscou, 1888; Vinogradov, Dukhobortzy : otcherk vieroutcheniia i dieiatelnost sektantov (Les Doukhobors : essai sur leurs doctrines et leurs exploits), Moscou, 1889; Lebedev, Dukhobortzy v slobodskoi Ukrainie (LesDoukhobors dans les villages de l* O Ukraine), Kharkov, 1890; Astyrev, V gostiakh u dukhobortzev irkutskoi gubernii (En visite chez les Doukhobors du gouvernement d’irkoutsk), Sievemyi Viestnik, 1891. t. iv, p. 52-65; Dobrokhlonsky, Rukovodstuo po istorii russkoi tzerkvi (Manuel d’histoire de l'Église russe), Moscou, 1893, t. iv, p. 352-358; Skvortzov, Dukhobory v Ameriki i graf Tolstoi (Les Doukhobors en Amérique et le comte Tolstoï), Saint-Pétersbourg, 1895; O dukhobortzakh, Moskovskyia Viedomosti. 1895, n. 353; Razsieiannie dukhuborov(La dispersion des Doukhobors), Niediela, 1895, n. 33, 37, p. 1057, 1184; Strannik, 1895, t. m, p. 363-364; Tebenkov. 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Tverskoi, Dukh \-ortcheskaia epopeia, Saint-Pétersbourg, 1900; Id., Novyia glavy dukhoborlcheskoi epopei (Nouveaux chapitres de l'épopée des Doukhobors), Saint-Pétersbourg, 1901; Strannik. Les Doukhobors, dans la Revue de Paris, 1901, t. v, p. 865-898: Skvort­ zov, Missionerskii Sputnik (Le guide des missionnaires), Saint-Pétersbourg, 1902, p. 447-461 ; Obolensky, Krititcheskyi razbor vieroispoviedaniia russkikh sektantov ratzionalistov: dukhobortzev, molokan, i stundistov (Examen critique des confessions de foi des sectaires russes rationalistes : dou­ khobors, molokans et stoundistes), Kazan, 1903; Elkinton. 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Rus- 1811 DOUKHOBORS koe bogatslvo, 1909, n. 2, p. 76-98; n. 5, p. 34-53; Palmieri, I campioni dello spirito o la selta dei Duchoboctzy russi, dans Hivista internationale di scienze sociali, 1909, t. u, p. 3-27; Id., Le dottrine religiose del Duchoborlzy, ibid., 1910, t. i.n, p. 161-170. Le livre vivant oujivotnaia kniga des Doukliobore a été publié intégralement par Bonlch-Bronévitcb, Saint-Pétersbourg, 1909. A. Palmieri. DOUTE. — I. Notion. II. Étude historique et reli­ gieuse. III. Applications. I. Notion. — 1° Le doute est un état de l’intelligence en face d’une vérité ou d'un fait qui manquent de clarté. IInous sera connu d’une façon précise, par sa compa raison avec les autres états intellectuels. Quand une I vérité ou un fait apparaissent avec une pleine évidence, l’intelligence les voit et le jugement les affirme : c’est la | certitude. Il y a, alors, un double phénomène mental : la représentation par simple appréhension et l’adhésion par jugement; l’esprit se représente la chose et il l’af- 1 firme. L’aflirmation dépend de l’évidence objective, j mais elle puise aussi quelque force dans le commande­ ment de la volonté et il arrive que celle-ci, en l’absence d’une évidence totale, prescrive cependant à l’esprit d’adhérer quand même. Si elle ordonne une adhésion pleine et entière, dépourvue d’hésitation : c’est la cer­ titude imprudente, qui prend le nom d'erreur, quand I il n’y a pas correspondance entre le jugement ainsi proféré par l’esprit sous les ordres de la volonté, et la réalité. Si la volonté commande à l’esprit d’affirmer une chose inévidenle, quoique probable, et en même temps garde quelque crainte de s’égarer, c’est l’opinion. Quand la crainte d’erreur est grande, et que l’adhésion est à peine esquissée, l’opinion devient un simple soupçon. Il y a des cas, au contraire, ou la volonté, , constatant que l'esprit n’a aucune lumière suffisante ou même ne jouit absolument d’aucune clarté, le laisse dans son indétermination ou même lui commande de suspendre tout jugement : c’est, dans le premier cas, le doute naturel, et, dans le second, Je doute volon­ taire. Ici, l'existence du problème est connue, mais on n’en voit pas la solution vraie, on hésite entre toutes les solutions possibles, on n'en choisit naturellement ou délibérément aucune, on doute. Lorsque l’existence du problème n’est même pas soupçonnée ou entrevue, que l'esprit n’a été éveillé sur aucune de ses données, on est dans l’état d'ignorance. On voit en quoi le doute diffère de l’ignorance : celle-ci ne sait rien, celui-là sait quelque chose, il se représente quelque chose, au moins les données du problème et les solu­ tions possibles, mais il ne se prononce d’aucun côté. Des deux phénomènes intellectuels rappelés plus haut, l’esprit, en étal d’ignorance, n'est le théâtre d’aucun ; il n’a ni représentation ni jugement; l’esprit, à l’état de doute, se représente, mais ne juge pas, et ceci nous aide à distinguer aussi le doute, de l’opinion. Dans l’opinion, le second phénomène se produit : l’esprit juge. Disons enfin que le doute se distingue encore de l’incertitude : celle-ci, en effet, si elle hésite quelque- j fois et alors se confond avec le doute, d’autres fois se prononce et alors se sépare du doute. L’incertitude, c’est tout état autre que l’ignorance, où l’esprit ou reste flottant, ou bien adhère, maisavec crainte de se tromper; elle est commune au doute, au soupçon et à l’opinion. 2° Le doute a diverses variétés ; c’est une suspension du jugement. 1. Mais, d’abord, l’esprit peut suspendre son jugement entre plusieurs alternatives, parce qu’au­ cune alternative ne se présente avec quelque raison que ce soit. Quand aucun argument ne milite d’aucun côté, on reste dans le doute négatif. L’esprit peut suspendre son jugement parce qu’il trouve, de part et d’autre, des raisons, desarguments. dont aucun n'est décisif, et dont les poids s’équilibrent, c'est le doute positif. On peut supposer des cas où l’esprit reste en suspens entre deux alternatives dont l’une, non encore explorée, n’apparait DOUTE 4812 défendue par aucune autre raison que l’ignorance, où I on se trouve en face d’elle, et l’autre est soutenue par des arguments insuffisants : c’est le doute mixte, à la fois négatif et positif. 2. On distingue encore le doute réel et le doute méthodique. Le premier est un état vrai de l’esprit, qui n'ayant pas de raisons convaincantes pour se pro­ noncer, ne peut pas ou ne veut pas s’arrêter à un juge­ ment. Le second est la fiction d’un esprit qui. étant déjà fixé dans son adhésion, cependant organise une démonstration, comme s'il doutait, et cela pour se con­ firmer dans son jugement. 3. On distingue le doute spéculatif et le doute pra­ tique. Cette distinction est morale. Le doute spéculatif considère une action en général et hésite à prononcer si elle est permise ou défendue. Le doute pratique prend la même action, mais dans ses circonstances concrètes de temps, de lieu, ou de personnes, etc., et n'arrive pas à déterminer si cette action ainsi définie est hic el nunc permise ou non. 4. On distingue enfin le doute de fait ou le doute de droit, suivant que la chose sur laquelle on hésite à se prononcer est une théorie juridique, l’existence d'une prescription, ou bien un événement et l'existence d’un acte ou d’un fait. IL Étude historique et religieuse. — Laissant de côté la question philosophique du doute, nous n’exami­ nerons que le problème religieux. La théologie dogma­ tique est intéressée doublement aux différentes théories du doute, soitqu'on fasse du doute un état delà raison qui, suivant les uns, nécessite la foi et, suivant les autres, la compromet; soit qu’on le prenne comme méthode d'investigation théologique. Ils sont nombreux ceux qui ont prétendu que le doute était l’étal originel de la raison et qui en ont tiré des conclusions pour ou contre la foi. Nous indiquerons les principaux. 1« Pic de la Mirandole, qui fut condamné par Inno­ cent VIII pour ses attaques contre la liberté de la foi, Denzinger-Bannwart, n. 736-737, et Cornelius Agrippa de Netlesheim font du doute « l'antichambre de la foi ». Fortunat Strowski, Montaigne, c. iv, Paris, 1906, p. 131. Le premier, dans son ouvrage : Examen vani­ tatis doctrines gentium et veritatis Christianes disci­ plinée, Bâle, 1573, divise les philosophes en trois caté­ gories, les dogmatistes qui affirment, les académiciens qui nient, les pyrrhoniens qui doutent. Sur le ter­ rain des connaissances naturelles, Pic de la Mirandole, soit en parcourant les différents problèmes posés à l’esprit humain elles solutions toutes insuffisantes que celui-ci leur donne, soit en constatant l'incertitude des sens d’où procède l’incertitude de l'intelligence, aboutit à la légitimité du doute, à la nécessité de suspendre le jugement. Apres avoir exécute ce travail, il oppose aux défaillances des doctrines philosophiques, la clarté, la certitude, la constance de la sciencesacrée. Cf. Strowski, ibid., p. 125-130. Les impuissances de la raison servent de repoussoir aux affirmations de la foi et les mettent en relief. 2° Nous trouvons le même dessein dans la Declama­ tio invectiva de Cornelius Agrippa de Netlesheim, De incerlitudine et vanitate scientiarum, 4564; trad. Gueudeville, Paris, 1582. Lui aussi doute de toutes les connaissances humaines, mais c’est parce qu'elles font tort à la foi, el il ne proclame leur incertitude que pour leur opposer les certitudes surnaturelles : « Car, dit-il, j’ai aperçu plusieurs êtres devenus si insolents etorgueilleux à cause de quelques sciences et disciplines humaines, qu'ils ont dédaigné et méprisé, voire blâmé et persécuté les saints Livres des écritures canoniques, dictés par le Saint-Esprit, comme choses rustiques et sans aucune doctrine... Et si en avons vu d’autres, lesquels avec quelque peu plus d’apparence de piété ont voulu établir et renforcer les ordonnances de Notre- 1813 DOUTE Seigneur Jésus-Christ par les décrets des pliilosopnes profanes, se servant plus de l'autorité d'iceux que de celle des saints prophètes, apôtres et évangélistes, nonobstant qu’ils soient opposés et éloignés en toute distance les uns des autres. Outre ce qu'il y a une cou­ tume perverse et damnable reçue en toutes les uni­ versités et collèges, d’astreindre par serinent tous ceux qui viennent à prendre quelque degré, qu'ils ne con­ treviendront ni répugneront jamais à Aristote, Boèce, Thomas, Albert ou autre semblable dieu de leurs écoles; et s’il advient à quelqu’un de s'éloigner tant soit peu des opinions et règles de ceux-là, l'on voit incontinent crier à l’hérétique, au scandaleux, au blasphémateur et le condamner au feu. Il est donc nécessaire d'assaillir ces outre-cuidés géants et ennemis des saintes Lettres, démolir leurs remparts et forteresses, et découvrir quel aveuglissement est es esprits humains, toujours errants et se dévoyants de la vérité, nonobstant si grand nombre d’arts et de sciences, et de maîtres auteurs et professeurs de chacune d'icelles, et quelle téméraire et arrogante présomption, c'est de préférer à l’Église de Dieu les écoles des philosophes, faire plus de compte des opinions des hommes que de sa sainte parole, en somme quelle impiété tyrannique, c’est de vouloir res­ treindre et comme emprisonner les esprits des gens d élude à certains auteurs et ôter le moyen à ceux qui sont désireux d’apprendre, de chercher el ensuivre la vérité. » Cité par Strowski, Montaigne, p. 131-132. Cor­ neille Agrippa n'enseigne pas directement le doute, mais son pamphlet contre les sciences et les arts, les philosophes et les écoles, contre tout ce qui raisonne, devait conduire et conduisit réellement au doute sur la valeur de la raison naturelle et cela au profit de la foi. 3» La théorie anticatholique du doute et de l'impuis­ sance originelle et naturelle de la raison fit de nou­ veaux progrès avec le protestantisme. Luther et Calvin prétendirent que la faute originelle avait profondément atteint l’âme humaine dans ses facultés spirituelles. Ils nièrent surtout le libre arbitre qui n’est plus qu'un nom, une res de soin titulo, Denzinger-Bannwart, n. 776; mais leurs négations portèrent aussi sur la valeur de l’intelligence. Voici ce qu’en dit Calvin dans son Institution chrétienne. En la créant, « Dieu donques a garny l’âme d’intelligence par laquelle elle peut discerner le bien du mal, ce qui est juste d'avec ce qui est injuste et voir ce qu'elle doit suyvre ou fuir, estant conduite par la clarté de raison. Parquoy ceste partie qui adresse a été nommée par les philosophes gouvernante comme en supériorité. Il luy a quant et quant adjousté la volonté, laquelle a avec soy l’élection : ce sont les facultés dont la première condition de l'homme a esté ornée et anoblie, »1. I, c. xv, n. 8. Or. par la chute « ce qui est le plus noble et le plus â priser en nos âmes non seulement est navré et blessé, mais du tout cor­ rompu, quelque dignité qui y reluise, en sorte qu’il n'a pas seulement mestier de gairison. mais faut qu’il veste une nature nouvelle, » 1. II, c. i, n. 9. C’est la corruption de nature produite par le péché, si bien que, de même que la liberté de la volonté a sombré, la cer­ titude de la raison ne peut survivre à ce naufrage. « En sorte, dit l’art. 9 de la Confession de foi des Églises de France, que sa nature (de l'homme) est du tout corrom­ pue; et étant aveugle en son esprit et dépravé en son cœur, a perdu toute intégrité sans en avoir rien de ré­ sidu. » Voir Calvinisme, t. n, col. 1401. Le pyrrhonisme et le protestantisme ont introduit le doute dans les ré­ gions théologiques. 4° Les apologistes philosophes ou littérateurs vont continuer leur œuvre. Nous nous contenterons de citer Sanchez le sceptique, et son ouvrage Quod nihilscitur. Cf. Émilien Senchet, Essai sur la méthode de Fran­ cisco Sanchez, Paris, 1904, pour nous arrêter à Mon­ taigne et à Pascal, 1814 La théologie du doute dans Montaigne est inspirée par le respect de la foi et le désir de mettre en relief les vérités révélées par Dieu : intention excellente, mais entreprise fâcheuse pour la sécurité des dogmes. On peut ramener â trois points la thèse de Montaigne: la vraie attitude de la raison précédant la foi, est le doute qui rend ainsi le terrain libre pour les inter­ ventions de Dieu révélateur; Dieu intervient alors et nous donne le secours de ses lumières auxquellesnous adhérons par joi; enfin la raison suivra utilement la foi pour en illustrer les assertions, les étendre et les embellir. 1. Montaigne se range résolument du parti des pyrrhoniens dont a la profession est de bransler. doubter et enquérir, ne s’assurer de rien, de rien ne se respondre. » Apologie de Raymond Sebond, Essais, I. IL c. xii, Paris, édit. I. V. Leclerc, 1872, t. t, p. 468. II propose cependant un amendement à leur manière de parler : « Je veois les philosophes pyrrhoniens qui ne peuvent exprimer leur générale conception en aulcune manière de parler; car il leur fauklroit un nouveau langage : le nostre est tout formé de propositions affir­ matives, qui leur sont du tout ennemies; de façon que, quand ils disent: a Je double », on les tient incontinent à la gorge, pour leur faire avouer qu'au moins asseurent et sçavent-ils cela, qu’ils doublent... « Cette fantasie est plus seurement conceue par in­ terrogation : qüe scat-je'I Comme je la porte â la devise d’une balance, » p. 493. Les raisons qu’il a de douter ainsi naturellement de toutes choses, lui sont fournies par la théologie el la psychologie. Ces sciences, en effet, montrent la con­ tingence du monde, la faillibilité des facultés de con­ naissance, les défaillances de celles-ci en face du pro­ blème de l’immortalité. La contingence du monde fait que toutes choses sont dans un mouvement perpétuel qui empêche de savoir d'une façon ferme et fixe ce qui cesse d’être ce qu’il était auparavant au moment précis où l’on s’efforce de le représenter par la connaissance. « Finalement, il n’y a aulcune constante existence, ny de nostre estre, ny de celuy des objects; et nous, et nostre jugement, et toutes choses mortelles, vont cou­ lant et roulant sans cesse; ainsin, il ne se peult establir rien de certain de l’un à l'aultre. et le jugeant et le jugé estants en continuelle mutation et bransle. > p. 570. L’objection est ancienne et il va longtemps que les philosophes de l’être ont répondu aux philosophes du devenir, que, sous les choses les plu> moi -, il y a un fond de nécessité immuable qui fournit à la con­ naissance un objet suffisant. Même quand Socrate s’asseoit, quelle que soit la contingence de cet acte, disaient-ils, il reste nécessaire que, s'il s'asseoit, il soit assis. Montaigne souligne d’une façon plus particulière les prises que notre nature offre au doute. « Nous n'avons aulcune communication à l’estre, parce que toute hu­ maine nature est toujours au milieu, entre le naistre et le mourir, ne baillant de soy qu’une obscure appa­ rence et timbre, et une incertaine el débile opinion;et si, de fortune, vous fichez vostre pensée à vouloir prendre son estre, ce sera ne plus ne moins que qui vouldroit empoigner l’eau; car tant plus il serrera et pressera ce qui de sa nature coule partout. plus perdra ce qu’il vouloit tenir et empoigner, p. 571. Non seulement notre nature est dans une mobilité perpétuelle qui l’empêche d’être objet de science sûre, mais elle est, par ailleurs, dépourvue des moyens qui pourraient en faire le sujet apte d'une connaissance ferme. « Pour juger des apparences que nous recevons des subjects, il nous fauldroit un instrument jndicatoire: pour vérifier cet instrument, il nous y fault de la démonstration; pour vérifier la démonstration, un 1815 DOUTE instrument : nous voylà au rouet. Puisque les sens ne peuvent arrester nostre dispute, estant pleins eulxtnèmes d'incertitude, il fault que ce soit la raison; aulcune raison ne s’establira sans une aultre raison ; nous voylà à reculons jusques à l’inliny, » p. 570. Il faut donc renoncer à pouvoir posséder quelque assurance et affirmer quoi que ce soit. Si, sur certains points, comme celui de l’immortalité de l’àme, il parait y avoir des certitudes, celles-ci s’évanouissent vile quand on les contrôle. « L'homme peut recognoistre, par ce tesmoignage, qu’il doibt à la fortune et au rencontre la vecrité qu’il descouvre luy seul; puisque, lors mesme qu’elle luy est tumbée en main, il n’a pas de quoy la saisir et la main­ tenir. et que sa raison n'a pas la force de s’en préva­ loir. Toutes choses produictes par nostre propre dis­ cours et suffisance, autant vrayes que faulses, sont subjectes à incertitude et débat, » p. 520. 2. Voilà donc l’homme condamné â l’impuissance intellectuelle et emprisonné dans le doute. Devra-t-il y vivre et y mourir? Montaigne s’empresse de nous rassu­ rer. « O la vile chose et abjecte, que l’homme, s’il ne s’esleve au-dessus de l’humanité. Voylà un bon mot et un utile désir, mais pareillement absurde : car de faire la poignée plus grande que le poing, la brassée plus grande que le bras, et d’esperrer enjamber plus que de l'estendu de nos jambes, cela est impossible et mons­ trueux; ny que l’homme se monte au-dessus de soi et de l'humanité; car il ne peult voir que de ses yeulx, ny saisir que de ses prinses. Il s’eslevera, si Dieu lui preste extraordinairement la main; il s’eslevera, abandonnant et renonceant à ses propres moyens et se laissant hausser et soublever par les moyens purement célestes. C'est à notre foy chrëstienne, non à sa vertu stoïque, de prétendre à cette divine et miraculeuse métamorphose, » p. 573. Cette foi chrétienne est d’autant plus possible qu'elle vient dans un esprit occupé, ou plutôt vidé par le doute, et qu’elle trouve ainsi place nette. Aussi Montaigne prise-t-il, à cause de cela, l’attitude pyrrhonnienne. « Cette cy présente l’homme nud et vuide; recognoissant sa faiblesse naturelle; propre à recevoir d'en haut quelque force estrangiere; desgarni d’humaine science, et d'autant plus apte a loger en soy la divine; anéan­ tissant son jugement pour faire plus de place à la foy; ny mescreant, ny establissant aulcun dogme contre les observances communes; humble, obéissant, discipli­ nable.studieux, ennemy juré d'hérésie, et s’exemptant, par conséquent, des vaines et irreligieuses opinions introduictes par les faulses sectes : c'est une charte blanche, préparée à prendre du doigt de Dieu telles formes qu'il lui plaira d'y graver, » p. 471. On voit la grande utilité du doute en face de la foi, mais qu’on ne s’imagine pas de vouloir faire pénétrer le doute dans la région de la croyance. Ce serait une erreur; il prépare à croire, mais il doit s’éloignei devant les bases solides sur lesquelles repose le dogme. Celui-ci, en effet, est fondé sur l’être divin. Si les choses créées sont un perpétuel devenir et partant insaisis­ sables, si en face d’elles il n’est pas possible de dire aulre chose que le « que sais-je? » de Montaigne, audessus d'efles il y a un être éternel et immuable. « Mais qu’est-ce doncques qui est véritablement? Ce qui est éternel; c’est-à-dire qui n'a jamais eu de naissance, ny n’aura jamais fin; à qui le temps n’apporte jamais aulcune mutation, » p. 572. « Dieu seul Est, non point selon aulcune mesure du temps, mais selon une éter­ nité immuable et immobile, » p. 573. Dieu étant, peut fonder une certitude. Il nous la donne par la foi. « C'est la foy seule qui embrasse vifvement et certaine­ ment les haults mystères de notre religion, » p. 404. « Les choses qui nous viennent du ciel ont seules droict et autorité de persuasion; seules, la marque de vérité, » 1816 p. 531. Nous voilà en possession de la vérité, de la vérité sûre et du droit d'affirmer. Toutes les fois que nous affirmons, c’est ou présomption ou foi, car, en dehors de la foi, tout est présupposé et affirmé sans raison suffisante · « N’y peut-il avoir des principes aux hommes, si la divinité ne les leur a révélés, » p. 507, el l'immortalité elle-même de l’àme n’a sa certitude que dans la révélation. « Confessons ingénuement que Dieu seul nous l'a diet et la foy, » p. 521. 3. Les vérités surnaturelles, celles que la révélation nous manifeste sont transcendantes. La raison ne sau­ rait les découvrir à elle seule. « A une chose si divine et si haullaine, et surpassant de si loing l'humaine intelligence, comme est cette Vérité de laquelle il a pieu à la bonté de Dieu nous esclairer, il est bien besoing qu’il nous preste encores son secours, d’une faveur extraordinaire et privilégiée, pour la pouvoir concevoir et loger en nous; el ne crois pas que les moyens purement humains en soient aucunement capables; el s’ils l’estoient, tant d’ames rares et excel­ lentes, et si abondamment garnies deforces naturelles ez siècles anciens, n'eussent pas failli, par leur discours, d’arriver à cette cognoissance, » p. 404. Néanmoins l'esprit humain ne se déclarera pas tout à fait impuissant. A défaut de les découvrir, il pourra du moins, une fois révélées, apporter quelque lustre aux vérités surnaturelles. « Mais ce n'est pas à dire que ce ne soit une tresbelle et treslouable enlreprinse d'accommoder encores au service de nostre foy lesulils naturels et humains que Dieu nous a donnez; il ne fault pas doubler que ce ne soit l’usage le plus honnorable que nous leur sçaurions donner, et qu'il n'est occupation ny desseing plus digne d'un homme chrestien, que de viser, par Louis ses estudes et pensements, à embellir, eslendre et amplifier la vérité de sa créance, » p. 404. On peut rapprocher de Montaigne le sceptique Char­ ron qui, lui aussi, doute de tout : « Le vulgaire est une bête sauvage, écrit-il; tout ce qu’il peut n’est que vanité, tout ce qu’il dit est faux et erroné; ce qu’il réprouve est bon,ce qu’il approuve est mauvais, ce qu’il loue est infâme, ce qu’il fait et entreprend n’est que folie. » Les sages ne méritent guère plus de crédit que le vulgaire : « La plupart des opinions communes et vulgaires, voire les plus plausibles et reçues avec révérence, sont fausses et erronées, et, qui pis est, la plupart incommodes à la société humaine. Et encore que quelques sages, qui sont en fort petit nombre, sentent mieux que le commun, et jugent de ces opinions comme il faut, si est-ce que quelquefois ils s'y laissent emporter. » La sagesse, cité par Strowski, Pascaletson temps, c. ni, §4, Paris, 1907, p. 182, 183. Le doute de Charron se distingue cependant de celui de Montaigne en ce qu’il est plus catégorique; le premier dit : Que sais-je? Le second affirme: Je ne sais rien. Le premier est humain et s’allie à la bonté; le second est orgueil­ leux et méprisant. Strowski, p. 180. Comme Montaigne, Charron fait émerger du milieu du doute, les vérités surnaturelles. De celles-ci il ne permet pas de douter et, en 1593, il écrit pour les bien établir Les trois véri­ tés, dont « la première est qu’il y a un Dieu qu’il faut re­ connaître, adorer et servir, qui n’est autre chose que religion; la seconde que de toutes religions, la chré­ tienté est la meilleure; la troisième que, de tant de créances et opinions qui se disent chrétiennes, la catho­ lique romaine est la seule vraie. » Cité par Strowski, p. 173. 5» Avec Pascal, le doute revêt de nouveaux aspects théologiques. Il est la condition fatale de notre nature : « L’homme n’est qu'un sujet plein d'erreur naturelle el ineffaçable sans la grâce. Rien ne lui montre la vérité . tout l’abuse. » Et la preuve en est que « ces deux principes de vérité, la raison et les sens, outre 1817 DOUTE 1818 qu’ils manquent chacun desincérité, s’abusent récipro­ bientôt quitté les plaisirs, disent-ils, si j’avais la foi. quement l'un l'autre... Ils mentent et se trompent à et moi, je vous dis : Vous auriez bientôt la foi, si vous l’envi. » Une pareille « piperie » de la raison et des quittiez les plaisirs. Or, c’est à vous à commencer. » sens devrait conduire au doute : « Que fera donc Pensées, x, 3. l’homme en cet état? Doutera-t-il de tout? Doutera-t-il Nous ne saurions ici omettre un procédé célèbre, indiqué par Pascal pour sortir du doute, et dont les s’il veille, si on le pince, si on le brûle? Doutera-t-il s’il doute? Doutera-t-il s’il est? » Ce serait la conclu­ philosophes, les théologiens et les apologistes se sont beaucoup occupés. Il s’agit du pari. « Examinons donc sion normale et logique. Mais « on n’en peut venir là; et je mets en fait qu’il n'y a jamais eu de pyrrhonien ce point, et disons : Dieu est ou il n’est pas. Mais de effectif parfait. La nature soutient la raison impuis­ quel côté pencherons-nous? La raison n’y peut rien sante et l'empêche d’extravaguer jusqu’à ce point. » déterminer. Il y a un chaos infini qui nous sépare. Cette distinction entre « la nature » et « la raison » (Nous saisissons ici l'état de doute ou, suivant Pa.-cal, est intéressante. La raison impuissante est par ellese trouve la raison par suite de sa prétendue et fausse même réduite au pyrrhonisme douteur. Mais la nature impuissance à se prononcer, en particulier sur l’existence vient à son secours et la sauve du doute, évidemment de Dieu.) Il se joue un jeu, à l’extrémité de cette dis­ par des procédés qui seront extra ou suprarationnels. tance infinie, ou il arrivera croix ou pile. Que gagerezC’est ici qu’apparait la foi : « Humiliez-vous, raison vous? Parraison, vous ne pouvez faire ni l’un ni l'autre; impuissante; taisez-vous, nature imbécile (c’est la na­ par raison, vous ne pouvez défendre nul des deux. Ne ture dont il vient cependant de dire qu'elle soutient la blâmez donc pas de fausseté ceux qui ont pris un raison. Elle la soutient en lui interdisant de douter, choix, car vous n’en savez rien. Non ; mais je les mais elle est elle-même imbécile, quand il s'agit de blâmerai d’avoir fait, non ce choix, mais un choix; car fonder la certitude); apprenez que l’homme passe infini­ encore que celui qui prend croix et l’autre soient en ment l’homme et entendez de votre maître votre con­ pareille faute, ils sont tous deux en faute : le juste est dition véritable que vous ignorez. Écoutez Dieu. » de ne point parier. Oui, mais il faut parier : cela n-st Pensées, ni, 19. Ainsi la raison par elle-même ne peut pas volontaire, vous êtes embarqué. Lequel prendrezengendrer que le doute, particulièrement sur le ter­ vous donc? Voyons. Puisqu’il faut choisir, voyons ce rain religieux : « Les prophéties, les miracles mêmes, qui vous intéresse le moins. Vous avez deux choses à et les preuves de notre religion ne sont pas de telle perdre, le vrai et le bien; et deux choses à engager, nature qu’on puisse dire qu’ils sont absolument con­ votre raison et votre volonté, votre connaissance et vaincants. » /bid., xxiv, 18. « Ce n'est pas ici le pays votre béatitude; et votre nature a deux choses à fuir, de la vérité : elle erre inconnue parmi les hommes : l’erreur et la misère. Votre raison n’est pas plus blessée, Dieu l'a couverte d'un voile. » Ibid., xxin, 31. puisqu’il faut nécessairement choisir, en choisissant Comment sortir de cet état ou au moins comment l’un que l’autre. Voilà un point vidé. Mais votre béa­ échapper à cette menace de doute? Pascal indique plu­ titude? disons le gain et la perte, en prenant croix sieurs moyens qui relèvent tous de la religion, soit que Dieu est. Estimons ces deux cas : Si vous gagnez, qu'ils intéressent la morale ou le dogme, soit qu'ils vous gagnez tout ; si vous perdez, vous ne perdez rien. servent à l’apologétique. Nous en avons signalé un Gagez donc qu’il est, sans hésiter. » Pensées, x. édit. premier : la foi : « Écoutez Dieu ». Il faut l’écouter Havet, Paris, 1883. p. 173 sq. Oui. gagez qu'il est. Mais avec son cœur : « C’est le cœur qui sent Dieu, et non si ce procédé est destiné à créer chez vous la foi. il la raison. Voilà ce que c’est que la foi : Dieu sensible au est impuissant, parce que la foi est certaine et que le cœur et non à la raison. » Ibid., xxiv, 5. La foi est pari est incertain : parce que la foi est affirmation de donc alfaire de cœur et de volonté, plutôt que d’intel­ vérité et que ce pari est recherche de béatitude; ligence et de raison. Les lumières viennent de Dieu, parce que la foi présuppose la démonstration rationpar la voie du cœur : « Je sais qu'il (Dieu) a voulu nelle de l’existence de Dieu, de la réalité des prophé­ qu'elles entrent du cœur dans l’esprit, et non pas de ties et des miracles et que ce pari la rejette; parc l’esprit dans le cœur, pour humilier cette superbe la foi est confiance en Dieu, et que ce pari est expé­ puissance du raisonnement, qui prétend devoir être dient humain. Si, au contraire —ceque Pascal r- : it juge des choses que la volonté choisit; et pour guérir pas, puisqu'il propose son pari pour suppléer a cette volonté infirme, qui s’est toute corrompue par de puissance de la raison — vous conseillez le pari à sales attachements. Et de là vient qu’au lieu qu’en par­ ceux qui ont déjà arrêté leur attitude et fixé leur juge­ lant des choses humaines on dit qu’il faut les connaître ment, à ceux, en un mot, qui savent l'existence de Dieu avant que de les aimer, ce qui est passé en proverbe et qui croient en lui; si vous leur suggérez ce procédé (ignoti nulla cupido), les saints au contraire disent pour les confirmer dans leur foi ou encore si. auprès qu’il faut les aimer pour les connaître, et qu’on n’entre des incrédules, aux preuves de la raison vous amulet la dans la vérité que par la charité. » Esprit géométrique, comparaison des deux alternatives, pour montrer! > .anut, p. 175. On verra à l'article Foi qu’il y a ici d’assez tage de l'une, c’est là un moyen oratoire qui peut se jolis renversements de l’ordre réel suivi par l’âme en soutenir, quoiqu’il n’apporte qu'un médiocre concours marche vers la foi. Tandis que nous pensons que la à l’apologétique. Bourdaloue l'a employé ; « En croyant ce que je crois, tout ce qui peut m’arriver de plus raison conduit à la foi et que la foi sert de flambeau fâcheux, c’est de me priver inutilement et sans fruit et de base à la charité, pour Pascal, la raison, capable certains plaisirs défendus par la loi que je professe et seulement d’incertitude et de doute en matière reli­ défendus même par la raison... Mais vous, s; ce q·:·gieuse, doit se taire devant la foi, et pour atteindre à vous ne croyez pas ne laisse pas d'être vrai. celle-ci il faut d’abord passer par la charité. Certes nous ne nions pas que la pureté du cœur n’aide à la mettez dans le danger de damnation éternelle T-.ie foi. ce qui est autre chose; aussi Pascal se trompe-t il est la différence de nos conditions : moi qui I is rue peu, si toutefois je hasarde quelque chose. is moins, quand il conseille, pour préparer la foi, de combattre les passions. Il ne se tromperait même pas sans inquiétude, mais vous qui hasardez tout, puisque vous hasardez une éternité, vous devez être dans de du tout, s’il ne joignait à ce conseil des préceptes ab­ perpétuelles alarmes. » Sermon sur la paix chrétienne, solus comme celui-ci : « Travaillez, non pas à vous 1« partie. Cf. Revue pratique d’apologétique. 1 dé­ convaincre par l’argumentation des preuves de Dieu cembre 1909 : L'argument du pari, parCIément Besse: (en quoi il a tort), mais par la diminution de vos pas­ Lachelier, Notes sur le pari de Pascal, Paris. 1907; sions (en quoi il a raison). » Pensées, x, 1. La pensée suivante est, par contre, tout à fait juste : « J’aurais I Hatzfeld, Pascal, Paris, 1910 ; A. Farges, Étude des 1619 DOUTE 1δ20 DOXOPATRIS bases delà connaissance eide la croyance, Paris, 1907. 6° Les auteurs que nous venons d’examiner sont tou­ chés dans la théorie du doute rationnel par un zèle intempestif pour la foi. Ils ont eu des successeurs dont l'action théologique s’est exercée surtout, toujours au nom du doute originel auquel la raison, abandonnée à elle-même, leur paraissait irrémédiablement condamnée, à étendre d’une façon excessive, et partant illégitime, le domaine de la foi. Ce sont d’abord les /ideis tes, dont, le père fut Huet, évêque d’Avranches, dont l’un des derniers tenants fut Brunetière, et dont les principaux défenseurs furent Bautain et Bonnetty, voir Bautain ; ce sont ensuite les traditionalistes, avec le vicomte de Bonald, pour chef; ce sont enfin les mennaisiens ou disciples de Lamennais. Leur souci commun est d’échapper au doute et de sauver par la foi la raison qui, par elle-même, ne peut que douter. « Il ne faut pas commencer l’étude de la philosophie morale par dire je doute, car alors il faut douter de tout, et même de la langue dont on se sert pour exprimer son doute, ce qui est au fond une illusion de l’esprit et peut-être une imposture ; mais il est, au contraire, raisonnable, il est nécessaire, il est surtout philosophique de com­ mencer par dire je crois. Sans cette croyance préalable des vérités générales qui sont reconnues, sous une ex­ pression ou sous une autre, dans la société humaine... il n’y a plus de base à la science, plus de principes aux connaissances humaines, plus de point fixe auquel on puisse attacher le premier anneau de la chaîne des vérités, plus de signe auquel on puisse distinguer la vérité de l’erreur, plus de raison en un mot au raison­ nement. » De Bonald, Recherches philosophiques, p. 6263. Telle est la caractéristique générale de tous ces sys­ tèmes qui se distinguent entre eux seulement par l’autorité sur laquelle ils s’appuient pour exclure le doute et asseoir leur foi. Les fidéistes établissent leur foi sur la révélation surnaturelle, les traditionalistes sur la sociélé organe, par la tradition orale, de la révé­ lation primitive, les mennaisiens sur le sentiment uni­ versel du genre humain qui sert de critère pour discerner les iraditions fausses. Voir Fidéisme, Tradi­ tionalisme, Lamennais. 7° Dans les systèmes précédents, on marquait une réelleestime pour la raison qui, avant la chute et quand elle avait son intégrité, était réellement capable de vé­ rité et de certitude. Le péché originel avait blessé la nature de l’homme et brisé les forces de la raison : d’où les impuissances de celle-ci et son état fatal de doute. La foi venait au secours de la raison pour la relever, l’éclairer et nouer avec elle une alliance salutaire. Newman tint envers la raison une attitude très dilférente. Sans doute avec les fidéistes, il soutint qu’il faut faire reposer la raison sur la foi et non la foi sur la raison, mais, avec un radicalisme outré, il dénonça dans la raison l’ennemi-né de la foi contre laquelle elle ne cesse de susciter des objections et des négations. « La raison, écrit-il, est un fruit de la chute. On ne la trouve pas dans le paradis terrestre ni chez les enfants. C’est tout au plus si l’Église la tolère, tout au plus si elle n’est pas incompatible avec les dons d’une iime régénérée. » Parochial and plain sermon, v, vm, cité par Brémond, Newman, Psychologie de la foi, Paris, 1905, p. 66-67. Croyez d’abord, écrit-il encore, les preuves viendront après... Les preuves sont bien plus la récompense que le fondement de la foi... Ibid., vi, xxiii, dans Brémond, op. cit., p. 341. 111. Applications. — La question du doute se pose souvent en théologie et dans presque tous les compar­ timents de la science sacrée : nous ne pouvons ici que signaler les prcbL-mes qui peuvent surgir et renvoyer aux articles où ils sont traités et résolus. En dogma­ tique, on peut se demander si le doute méthodique ou le uoule réel est un point de départ légitime pour les recherches religieuses ou théologiques, voir Descartes, t. iv, col. 537 sq., ou bien s'il peut être un aboutissant permis chez ceux qui ont déjà connu et professé la foi. Voir Foi; voir aussi le concile du Vatican, qui, dans la constitution Dei Filius, c. m, affirme que ceux qui ont reçu la foi par les enseignements de l'Église, ne peuvent jamais avoir aucune cause juste de changer cette foi ou de la révoquer en doute » : aussi prononce-t-il « anathème à qui dirait que les fidèles sont dans les mêmes conditions que ceux qui ne sont pas encore parvenus à la foi seule véritable, de telle sorte que les catholiques peuvent avoir une juste cause de suspendre leur assentiment pour mettre en doute la foi qu'ils ont déjà reçue par les enseigne­ ments de l’Église, jusqu'à ce qu'ils aient terminé la démonstration scientifique de la crédibilité et de la vérité de leur foi ». Ibid., can. 6. En morale, la question du doute revient au sujet de l'obligation morale qui peut se présenter sous la forme d'une loi précise ou d'une prescription douteuse, voir Loi, ou d’une connaissance imprécise et flottante de la loi. Voir Conscience, Probabilité. Les principes qui dirigent la conscience dans la détermination de ses obligations, présentent une rigueur spéciale, lors­ qu'il s’agil des sacrements plus intimement nécessaires à la vie spirituelle; aussi y a-t-il lieu d’examiner à part les doutes relatifs à la matière, â la forme ou à la ré­ ception des sacrements. Voir Sacrement. A. Chollet. DOWGIRD Ange, théologien et philosophe polo­ nais, né en 1776, mort en 1835. On a de lui plusieurs ouvrages philosophiques el oratoires, et un traité théo­ logique : De miraculis, Vilna, 1826. Encyklopedja koscielna, Varsovie, 1874, t. IV, p. 331-332. A. Palmieri. théologien polo­ nais du xvin® siècle. On a de lui : 1° Tractatus theolo­ gicus de exis ten tia Dei juxta mentem divi Thomæ Aquinatis, Vilna. 1782; 2» Prælectionum theologica­ rum tractatus : de Deo retributore præmiorum atque peenarum, Vilna, 1782. DOWNAROWICZ Dominique, Encyldopedja koscielna, Varsovie, 1874, t. IV, p. 332. A. Palmieri. 1. DOXOPATRIS Jean, moine rhéteur et théolo­ gien au xie siècle, de la célèbre famille sicilienne des Doxopatris ou Doxapatris. Le codex Madritensis 01, du xvi’ siècle, attribue à un moine Doxopatris une somme théologique fort étendue, en forme de chaîne, divisée en cinq livres et dont les deux premiers seuls sont conservés dans ce manuscrit; ils traitent d’Adam et du Christ. E. Miller, Notices et extraits des manus­ crits, Paris, 1886, t. xxxib, p. 29-56, a reproduit les titres des 263 chapitres du 1. I”, et des 203 chapitres du 1. IL Les trois antres livres s’occupaient, le III· des Évangiles et des dogmes chrétiens, le IV’ des apô­ tres, le V* des hérésies et des conciles œcuméniques. L’auteur cité le plus récent est le patriarche Sergius II de Constantinople, 999-1019, qui était déjà mort au moment où écrivait l'auteur. Celui-ci a donc vécu au plus tôt au xi’ siècle. Or, Mai a édité, Nova Patrum bibliotheca, Rome, t. vi b,p.542, etP. G.,t.cxx, col. 12921296, sous le nom du diacre Jean, vers l’année 1075, un fragment théologique, et le titre du premier cha­ pitre correspond mot pour mot à celui du Doxopatris de Miller. De même, la fin du 1. I” de celui-ci cor­ respond mot pour mot à la fin du 1. Ier du diacre Jean, édité par Mai. Voir Miller, op. cit., p. 32, et P. G., t. cxx. col. 1293; Miller, op.cit., p. 47, et P. G., t. cxx, col. 1296. Nous sommes donc bien en présence d'un même ouvrage dû au diacre Jean Doxopatris. Cette somme théologique dépend beaucoup des ouvrages de saint Jean Damascène, e'. elle a beaucoup servi ellemême à la Panoplie dogmatique d’Euthyme Zigabé- 1821 DOXOPATRIS — DRACONTIUS nos, peut-être aussi à une autre somme, éditée par Mai, Nova Patrum bibliotheca, Rome, 1814, t. il, p. 597662. Krumbacher, Geschichte der byzantinischen Munich, 1897, p. 209-210, 386-388, 461-463. Litteratur, S. Vailué. 2. DOXOPATRIS Nil, archimandrite grec, d'ori­ gine sicilienne, écrivit en 1143, à la demande de Ro­ ger II, roi de Sicile, une Notitia episcopatuum des cinq patriarcats, τάξι; τών πχτριχρχικών θρόνων. G. Parthey, Hieroclis Synecdemus et Notitiæ græcæ episco­ patuum, Berlin, 1866, p. 265-308. Il écrivit aussi un commentaire sur des poésies de saint Grégoire de Nazianze, surtout sur l’alphabet parénétique qui nous est venu sous le nom de ce Père; cet écrit est conservé dans les codices Mutin. 11A2 et Vindob. hist. gr. 64, fol. 125-153. On attribue à cet auteur diverses pièces hymnographiques, composées soit à Païenne, où il vécut longtemps, soit à Constantinople, où il fut no­ taire et protosyncelle du patriarcat. Il y a un Nicolas Doxopatris, auquel on attribue une synopsis de droit ecclésiastique, laquelle est d’Alexis Aristéne, qui pour­ rait bien ne pas différer de notre archimandrite Nil, les Grecs ayant l'usage, lorsqu'ils embrassent la vie religieuse, de prendre un nom monastique commençant par la même lettre que leur nom de baptême. K. Krumbacher, Geschichte der byzantinischen Litteratur, Munich, 1897, p. 415 sq., 463; E. Zachariæ von Lingenthal, dans les Monatsber. Bert. Akten, 1887, p. 1159 sq. S. Vailué. DOYAR (Pierrede),ou DEDOYAR,né àHerwalle- sous-Argenteau (Belgique) le 28 février 1728,entra dans la Compagnie de Jésus le 29 septembre 1760. Après la suppression de son ordre (1773), il employa son zèle surtout dans la controverse contre les innovations en matière ecclésiastique, que l'empereur Joseph II s'efforçait d'introduire en Belgique. Voici les principales publications, presque toutes anonymes, qu'on sait être sorties de sa plume : Éclaircissement sur la tolérance ou entretiens d'une dame et de son cure', in-8°, Rouen ( Liège), 1782; in-12, 1783; Lettres d’unt chanoine péni­ tencier de la métropole de'" sur les affaires de la reli gion, in-12, s. 1., 1785; le titre de la 20e édition de ces Lettres (« la seule qui ait été exécutée sous les yeux de l'auteur, 1790, chez Tutot à Liège »), porte en outre : Contenant des observations relatives à un grand nombre d'articles des Réclamations Belgiques, et servant d’ap­ pendice et de complément à cette intéressante collec­ tion, in-8% 1790; Les pourquoi ou questions sur une grande affaire, pour ceux qui n’ont que trois minutes à y donner, in-8», s. L, 1787, en français et en flamand; Développement du petit catéchisme, qui est en usage dans les diocèses de Cambrai, de Liège et de Namur, in-12, t. i. Maestricht.1788; t. n, Mons, 1791; plusieurs fois réimprimé à Namur; Colloquia doctoris 1ngolstadiensis de rebus ad Ecclesiæ doctrinam et disciplinam pertinentibus, in-8°, Dusseldorf, 1789; Réponse aux observations de Mr S. P. Ernst, curé d'Afden, sur la déclaration exigée des ministres des cultes en vertu de la loi du 7 vendémiaire an 4, in-8°, s. L, 1797, signé « P. Dedoyar »; cette réponse est diri­ gée contre le serment de haine à la royauté, condamné par Pie VI et les évêques de Belgique, et que néan­ moins le curé Ernst et d'autres prêtres s’étaient ima­ giné pouvoir prêter en conscience; au même sujet se rapporte : Précis de ce qui s’est passé dans la Belgi­ que relativement au serment exigé par la République française, avec les brefs du souverain pontife et d’au­ tres pièces justificatives, in 8», « A Venise », 1800. Dedoyar publia aussi un journal hebdomadaire, qui s'appela d’abord L’ami des Belges, puis Le vrai Bra­ bançon, enfin, en flamand, Den Waeren Vaderlandeè, et qui parut du 14 mai 1790 jusqu'en 1792. Dedoyar 1822 mourut à Cleatuonl (province de Liège), le 5 novembre 1806. De Backer-Sommervogel, Bibliothèque de la C1· île Jésus, t. lit, col. 164-169, et Addenda, p. ni; t.ix, col. 240; Reusens. dans Biographie nationale publiée par l’Académie royale de Bel­ gique, t. VI, col. 157-158. J. Brucker. à Falaise (Calvados), le 11 mars'1625, entré en 1643dansla Compagnie de Jésus, où il remplit les plus hautes charges, mort à Paris le 19 janvier 1709, a composé, outre plusieurs ouvrages ascétiques, La morale de Jésus-Christ, in-4°, Paris, 1686 (sans nom d’auteur); réédité en 1876 par le chanoine E. Redon, in-16, Avignon; La divinité de Jésus-Christ par ses œuvres, in-12, Paris, 1688. DOZENNE Pierre, né De Backer-Sommervogel. Bibliothèque de la C1' de Jésus, t. lit, col. 169-170; t. ix, col. 242. J. Brucker. DRACONTIUS. - I. Vie. II. Poésies. I. Vie. — Blossius Æmilius Dracontius, le poète le plus distingué peut-être et le plus intéressant de l'Afrique chrétienne, était né sur les confins du v· et du VIe siècle, au sein d’une famille opulente, qui avait su, malgré la conquête des Vandales, conserver ses biens. Le jeune Draconlius reçut l’éducation libérale du temps; de l'école des grammairiens il passa dans celle des rhéteurs, et finit par embrasser la carrière du barreau. Tout dans la vie lui souriait, lorsque la colère du roi des Vandales Gonthamond (484-496) éclata soudainement sur lui. La faute en était, de l’aveu de Dracontius, Satisfactio, v. 93 sq., 105, 106, à une pièce de vers où l’imprudent poète, sans souiller mot de la maison royale des Vandales, avait exalté la puissance d’un prince étranger, de l’empereur d’Orient apparemment. Les conquérants se défiaient avec raison du prestige de Constantinople et de ceux qui en gar­ daient le souvenir; on le fit bien voir à Dracontius. La confiscation de ses biens réduisit sa femme et ses enfants à la misère; il fut lui-même jeté en prison et roué de coups, à la Vandale. Ibid., v. 312. Nonobstant ses supplications humbles et réitérées, et quelle que fût d’ordinaire la douceur de Gonthamond envers ses sujets catholiques, le prisonnier ne sortit pas si aisé­ ment de son cachot. En est-il jamais sorti? On ne sait. La nuit s’est faite sur les dernières années de Dracontius et n'en laisse plus rien paraître. II. Poésies. — L’œuvre entière de Dracontius. em­ preinte fortement de rhétorique, atteste la connaissance des poètes de la Rome impériale aussi bien que celle de la sainte Ecriture. Virgile, Ovide, Lucain. Stace, le monde de la mythologie sont également familiers à Dracontius. Le souci réel de la versification ne l'a pourtant pas toujours garanti, ni dans la prosodie ni dans la grammaire, des influences de la langue du peuple, lingua rustica. Mais les deux poèmes princi­ paux de Dracontius, animés d'un profond sentiment religieux et vibrants d’un accent tout personnel, doivent au mélange des effusions lyriques et du récit didac­ tique un caractère à part et un charme puissant; ils ont été l'un et l’autre vécus. Dracontius les écrivit tour à tour dans son cachot, après une longue détention Ibid., v. 120. De ces deux poèmes le premier en -late parait bien être l’élégie de 158 distiques ou 316 hexa­ mètres, intitulée : Satisfactio Dracontii ad Guthamundum regem Gundalorum, et dont le titre indique assez l’objet; le poète y célèbre d’abord la boni et la clémence de Dieu, puis il conjure Gonthamond d'imi­ ter Dieu, en pardonnant comme lui. L’évéque de Tolède, Eugène II, sur le désir du roi des Wisigoths (642-649), u révisé la Satisfactio, au nom de l'art litté­ raire et de la théologie, non peut-être sans quelques préoccupations politiques; et, sous le titre de Dracontii Elegia, P. L., t. txxxvti, col. 383-388, cette révision » 1823 DRACONTIUS — DREXELIUS été souvent réimprimée, avant que le docte Arevalo, S. J., dans son édition de Dracontius, in-4», Rome, 1791, p. 367-402, nous eût rendu le texte original. P.L., t. lx, col. 901-932. Le repentir du poète ne désarma pas le roi. Sans perdre courage, Dracontius, toujours prisonnier, com­ posa, sous le titre de Laudes Dei ou de Deo, un second et plus long poème en hexamètres, consacré à chanter la miséricorde (pietas) de Dieu; les manus­ crits l’ont attribué faussement à saint Augustin. G. Meyer, Die Berliner Centones der Laudes Dei des Dracontius, dans les Sitzungsber. der kgl. preuss. Akad. der Wissensch. zu Berlin, 1890, p. 257 , 296. Les Laudes Dei se divisent en trois livres. Arevalo, le premier, op. cil., p. 117, 366, en a donné le texte à peu près complet. P. L., t. lx, col. 679-902. Il avait dù se contenter d'un seul manuscrit, l'Urbinas Vatic., n. 352. Le cardinal Pitra, ayant rencontré un second manuscrit dans la bibliothèque de Bruxelles, en a relevé les variantes. Analecta sacra, Paris, 1888, t. v, p. ix, 176-180. Les deux derniers livres du poème ont été publiés depuis par Glæser, dans deux programmes du gymnase Frédéric de Breslau, 1843 et 1847. De ces trois livres le premier (754 vers), qui est le chefd’œuvre de l’auteur, après un préambule inspiré par les circonstances, v. 1-115, célèbre la bonté divine dans l’œuvre de la création du monde. Le IIe livre (808 vers, édit. Arevalo ; 813 vers, édit. Gla ser) chante la persis­ tance et l'épanouissement de la bonté divine dans la conservation de l’univers, et plus encore dans la mission de Jésus-Christ. Dracontius enfin, dans le IIIe livre (682 vers, édit. Arevalo; 699 vers, édit.Glæser) nous exhorte, à grand renfort d’exemples empruntés de l'histoire biblique et de l'histoire romaine, souvent avec une chaleur pénétrante, à payer de retour l’amour de Dieu, en lui témoignant une confiance inébran­ lable. Le Ier livre, à partir du v. 116, circula de bonne heure, dans une édition à part, sous le titre d'Hexa­ emeron creationis mundi, et fit oublier le reste du poème; saint Isidore de Séville, De vir. ill., c. xxiv, ne connaît rien deDracontiusque l’Hexaemeron. Eugène II, de Tolède, en publia vers 640 une recension nouvelle, moins corrigée toutefois que celle de la Satisfaction, avec un appendice de son crû (35 vers) touchant le septième jour. P. L., t. L.xxxvn, col. 371-384,388. Les poésies profanes de Dracontius datent, les unes de sa jeunesse, les autres, plus nombreuses peut-être, de sa captivité, Rheinisches Museum, 1891, p. 493-494, et nous attestent la vitalité des traditions scolaires romaines en Afrique, sous la domination des Vandales. Ces poésies profanes, presque toutes en vers hexa­ mètres et de longueurs très inégales, étaient plus connues au vie siècle qu’on ne le pense généralement. Elles consistent en petits poèmes mythologiques, tels que la fable d'Hylas, celle de Médée, l’enlèvement d’Hélène; en trois de ces déclamations versifiées qu’on entendait dans les écoles des rhéteurs, Verba Herculis cum videret Hydræ serpentis capita pullulare post cædes, Controversia de statua viri fortis, Deliberativa Achillis an corpus Hectoris vendat; en deux épithalames semi-chrétiens, semi-païens, qui portent bien le caractère du temps, etc. Elles ont été pour la plupart éditées par F. de Duhn, sous le titre de Dracontii carmina minora, Leipzig, 1873, en même temps qu'une collation nouvelle du manuscrit du Vatican découvert et publié par Arevalo. La tragédie d’Oreste (971 hexamètres), qui aussi bien n’a d’une tragédie que le nom, et qui a passé dans le moyen âge pour une œuvre d Horace ou de Lucain, trahit visiblement par la langue, par la prosodie, par le faire, la main de Dracontius. La dernière édition est celle de R. Peiper, Breslau, 1875. A. Ebert, Histoire générale de la littérature du moyen âge 182-i en Occident, trad, franç., Paris, 1883,1.1, p. 408-418; C. Rossberg, In Dracontii Carmina minora et Orestis tragoediam, observationes, Stade, 1878; Id., De Dracontio, Gœttingue, 1880; ld., Dracontiana, dans les Commentationes Wœlffliniame, Leipzig, 1891, p. 63-68: Teuffel-Schwabe, Gesch. der rœmischen Litteratur, 5· édit, Leipzig, 1890, p. 1220-1224; Bardenhewer, Les Pères de l'Église, nouv. trad, franç., Paris, 1905, t. ni, p. 153-156. P. Godet. Guy, théologien, né â Beauvais, mort dans cette ville le 2 décembre 1716, après avoir été pendant 59 ans curé de la paroisse Saint-Sauveur. Partisan des doctrines jansénistes, on lui attribua certains écrits contre la bulle Unigenitus et en faveur des Réflexions morales de Quesnel. Parmi les ouvrages de cet ecclésiastique nous mentionnerons : Règles très importantes tirées de deux passages, l’un du concile de Florence, et l’autre de Glaber, rapportés par M .de M area, archevêque de Toulouse, pour servir d’éclaircissement à l’examen du livre de P. Bagot : Défense du droit épiscopal, in-4», s. I., 1656; 2e édit., s. L, 1658. Cet ouvrage a été condamné par le Saint-Office, le jeudi 30 janvier 1659, ainsi que le suivant. M. de .Marca se plaignit de cet ouvrage et Drapier répliqua par l’écrit suivant: Lettre de l’auteur des Règles très importantes à Monseigneur de Marca, archevêque de Toulouse. Pour servir de réponse à la réponse qu'il a faite de cet écrit en l’assemblée du clergé le premier février 1657, in-4», 1657; Traité des oblations, in-12, Paris, 1685; Tradition de l’Eglise touchant l’extrême-onction où l'on fait voir que les curés en sont (es ministres ordinaires, in-12, Lyon, 1699; Gouvernement des dio­ cèses en commun par (es évêques et (es curés, 2 in-12, Baie (Rouen), 1707. On attribue à Drappier : La dé­ fense des abbés commendataires et des curés primitifs contre les plaintes des moines et des curés pour servir de réponse à l'Abbé commendataire, 1655 : c’est en réalité une violente diatribe contre les unset les autres. Cet ouvrage a été mis à l’index le 10 janvier 1689. DRAPIER, DRAPPIER Picot, Mémoires pour servir à l’histoire ecclésiastique pen­ dant le xvnr siècle, 7 in-8·, Paris, 1853-1859,1.1, p. 424; Hurter, Nomenclator, 3· édit., 1910, t. iv, col. 778. B. Heurtebize. DREXELIUS, dont le nom original est DRECH­ SEL Jérémie, célèbre prédicateur allemand, était né à Augsbourg, le 15 août 1581, de parents luthériens; ayant suivi les cours du collège des jésuites, il connut et embrassa la religion catholique, et, à dix-sept ans, en 1598, il demanda et obtint son admission dans la Compagnie de Jésus. Après avoir enseigné pendant plusieurs années les humanités et la rhétorique, il fut choisi, en 1615, par l’électeur de Bavière, Maximilien Ier, pour prédicateur de la cour, et remplit cette charge pendant 23 ans, avec le plus grand succès. Il mourut à Munich le 19 avril 1638. Vénéré par le peuple comme un saint, le P. Drexelius a été célébré dans une ode latine parle poète alsacien Balde, qui prit la chaire de la cour électorale après lui. Après avoir prononcé ses discours, Drexelius les remaniait pour les publier en petits volumes latins : vingt ont paru de son vivant, neuf après sa mort. Tous ces volumes ont eu de nom­ breuses éditions, et, dès 1640, la vente des exemplaires sortis des seules presses de Munich atteignait le chiffre de 170000. Les œuvres du P. Drexelius ont été aussi réunies, d’abord en un in-4», 1628 et 1629, puis en 2 in-4» ou in-fol., 1635 et souvent après. Et il y en a des tra­ ductions dans presque toutes les langues de l'Europe. Nous n’indiquerons que les principaux ouvrages avec leurs titres en abrégé, où l'on pourra déjà voir que le prédicateur-ascète, sans préjudice de la solidité du fond, sacrifiait, dans le style, au goût de son temps pour les emblèmes et pour les développements même excessifs cférudition : De æternitate; Ætemitatis prodromus mortis nuntius; Tribunal Christi seu... judicium; 1825 DREXELIUS DK ΕΥ 1826 c'était une préparation et un prélude. La nouvelle uni­ versité d’Ellwangen se hâta, en 1812, de lui confier les chaires de dogme, d’apologétique et d’encyclopédie théologique. Drey les gardera toutes, lorsqu’on 1817 l’université d’Ellwangen sera supprimée et la faculté de théologie catholique transférée à Tubingue. Deux ans plus tard, avec un sûr instinçt du convenable et du possible, il fondera, lui quatrième, une revue pério­ dique, la Tüb. theologische Quartalschrift, vouée à l’œuvre de l’harmonie entre le catholicisme et la science moderne, et qui, seule debout des revues similaires de la même date, est aujourd'hui en Alle­ magne sans conteste le premier organe périodique de la théologie. Le projet, formé par le cabinet de Stutt­ gart en 1823, d’élever Drey au siège épiscopal, de Rottenbourg, n’aboutit pas, soit qu’on eût réveillé le souvenir fâcheux des idées de Drey sur l’origine et le caractère de la confession sacramentelle, soit plutôt que, par une raison de haute convenance, on n'eût pas voulu écarter de ce siège le vicaire apostolique du Wurtemberg, Mor Keller. On promit à Drey de lui réserver, comme compensation, la première stalle vacante dans le chapitre de Rottenbourg. Promesse en l’air, et qui ne fut pas tenue. Lorsqu’au début de t838, Drey, gravement malade, se permit de la rappeler, on allégua, pour se tirer d’affaire, qu’on ne pouvait à Tubingue se passer de lui. Drey fut seulement dé­ chargé, selon son désir, de la chaire de dogme; il la De Backer-Sommervogel. Bibliothèque de la C1· de Jésus, quitta sans avoir publié ses leçons de théologie, qui t. m, col. 181-205; t. ix, col. 243-245; Hurler, Nomenclator, sont demeurées inédites, et ne conserva que les deux t. in.col.90i-905; Kirchenlexikon, t.m,col.2017-2018; Allgem. chaires d’apologétique et d’encyclopédie. Il prit enfin deulsche Biogr., loc. cil.; Biographie universelle (Michaud), 1855, t. xi, p. 309. sa retraite en 1846, après 40 années d’un enseigne­ ment célèbre et fécond, et reçut à celte occasion la J. Brucker. croix de commandeur de l’ordre de la Couronne du DREY. — I. Vie. IL Ouvrages. III. Rôle. I. Vie. — Jean-Sébastien Drey naquit, le 16 oc­ Wurtemberg. Mais il vécut dans la retraite, non pas tobre 1777, au village de Killingen, près d’Ellwangen, dans le repos; l'énergique vieillard ne cessa point de dans une famille de paysans pauvres; son père était travailler, et d’écrire pour le Dictionnaire théolo­ berger. Le curé de la paroisse, frappé, sur les bancs gique de Wetzer et Welte comme pour la Tüb. theol. mêmes de l’école primaire, des heureuses dispositions Quartalschrift. Il était dans la pleine possession de de l'enfant, lui donna les premières leçons de latin, et toutes ses facultés et rien en lui ne présageait une décida non sans peine ses parents à l’envoyer, dans mort prochaine, lorsqu'il fut emporté soudainement l'automne de 1787, au gymnase d’Ellwangen. Les par une attaque d'apoplexie, le 19 février 1851, dans sa habitants de la ville se chargèrent, avec leur générosité 76e année. coutumière, des frais de son instruction. Après de II. Ouvrages. — Indépendamment de très nombreux brillantes études classiques, où le sagace et laborieux articles de revue, qui, signés ou non signés, ont paru écolier sut allier au culte passionné de l’antiquité pour la plupart dans la Tüb. theol. Quartalschrift, et profane un goût très vif des mathématiques et de la qui se font remarquer par la clarté, la précision, l’élégance du style, Drey nous a laissé les opuscules et physique, qui aussi bien ne se démentira jamais, il Ouvrages suivants : 1° Deux dissertations latines, l'une alla suivre à Augsbourg les cours de théologie et de droit canon, octobre 1797-novembre 1799. L’esprit sur le millénarisme de saint Justin. Observata quae­ dam ad illustrandam Justini martyris de regno moderne, qui soufflait à travers l'Allemagne, dessé­ millenario sententiam, Gmund, 18i4; l’autre sur le chant et paralysant jusqu’à la science sacrée, n'ébranla caractère et l'histoire de la confession dans l’Église, pas la foi du jeune étudiant; tout au plus l’effleura-til; et les travaux ultérieurs de Drey attesteront, avec I Dissertatio historico-theologica originem et vicissi­ tudinem exomologeseos in Ecclesia catholica ex docu­ une réaction croissante contre les influences du mentis ecclesiasticis illustrans, Ellwangen, 1815. Dans xvill» siècle, les progrès de son attachement à l’Eglise. ce dernier opuscule, qui reflétait, en les adoucissant, Ordonné prêtre le 30 mai 1801, Jean-Sébastien Drey les idées libérales du jour, et qui aussi .bien fut fut aussitôt nommé, sur sa demande, vicaire de sa dénoncé à Rome, sans attirer néanmoins de désagré­ paroisse natale. En même temps qu’il s’y appliquera, ments à l'auteur, Drey semble dénier à la confession cinq années durant, 1801-1806, aux devoirs de sa sacramentelle une origine divine immédiate, pour n'en charge, il étudiera la philosophie de l’Allemagne du faire après tout qu'une institution ecclésiastique. — nord à fond; il lira et relira Kant, Herder, à l’apogée 2» Un manuel d’encyclopédie et de méthodologie l'un et l’autre de leur réputation, Fichte, etc., et rien théologique, sous le titre : Einleitung in's Studium ne sortira plus de sa plume, qui ne soit marqué au der Théologie, Tubingue, 1819. Livre très supérieur, coin d’une forte culture philosophique. Il avait déjà à coup sûr, aux livres analogues du même temps par commencé, par suite du surmenage intellectuel comme l’ordonnance lumineuse du sujet et le rare talent de aussi des privations, à ressentir les atteintes de la l’écrivain, mais encore trop imprégné des idées de neurasthénie qui empoisonnera les plus belles années Schleiermacher et d’autres philosophes modernes. — de sa maturité, sans pouvoir altérer l’aménité et la 3° Les Neue ünlersuchungen über die Constitutionem bienveillance de son caractère ni le charme de son und Kanones der Apostel, Tubingue, 1832. excitèrent, commerce. En février 1806, il était appelé au gymnase lorsqu’elles parurent, l’admiration du monde savant. de Rottweil, pour y enseigner à la fois la philosophie de la religion, les mathématiques et la physique; 1 La question cependant, quoiqu'on ait alors pensé le Infernus damnatorum career seu rogus; Caelum bea­ torum civitas; Antigrapheus sive conscientia ho­ minis; Zodiacus Christianus seu signa X1I divinae prædestinationis; Nicetas seu triumphata incontinen­ tia; Trismegistus Christianus seu triplex cultus con­ scientise, caelitum, corporis; Recta intentio omnium humanarum actionum amussis; Heliotropium seu conformatio humanae voluntatis cum divina; Orbis Phaêton hoc est de vitiis linguae ; Gymnasium patien­ tiae; Gazophylacium Christi eleemosyna; Aloe amari sed salubris succi jejunium; Palaestra Christiana; Rhetorica caelestis seu attente precandi solertia; De­ liciae gentis humanae Christus Jesus ndScens, monens, resurgens; Rosae seleclissimarum virtutum quas Dei mater orbi exhibet; Horologium auxiliaris tutelaris angeli; Noe; Joseph ; Jobus; David; Salomon; Daniel; Tobias. Ajoutons Aurifodina artium et scientiarum omnium : excerpendi sollertia, omnibus litterarum amantibus monstrata. Le professeur Werner dit des serinons de Drexelius : « Ils sont ce que la littérature homilétique de l’Allemagne catholique, au xvn' siècle, présente de meilleur. Contenant un enseignement mo­ ral de haute valeur et s’appuyant constamment sur les grandes vérités éternelles du christianisme fondamen­ tal, ils ont été appréciés et goûtés même des protes­ tants. » AUgemeine Deutsche Biographie, Leipzig, 1877, t. v, p. 386. DICT. ΠΕ THÉOL. PATHOL. IV. - 58 1827 DREY contraire, n’était pas close; la science n’avait pas dit son dernier mot. Les trouvailles patristit|ues récentes, celles en particulier de la Didascalie et de la Didaché, ont infirmé les conclusions de Drey quant à la date et à l’origine des Constitutions apostoliques. Le mérite de Drey n'en est pas amoindri; et son livre fait ressor­ tir l'étendue de ses connaissances historiques en même temps que son ingénieuse sagacité. — 4» Die Apologelik als wissenschaflliche Kachweisung der Gôltlichkeit des Christenlhums, Mayence, 1838,1847, est une œuvre de plus longue haleine: c’est aussi le chef-d’œuvre de l’auteur; on n’y retrouve plus la trace de l’intluence de Schleiermacher. Des trois volumes de l'ouvrage, le i" expose la philosophie de la révéla­ tion; le n° retrace l’histoire de la révélation et de la religion; le ni', sous ce nom de Symbolik que Mœhler avait rendu fameux, met en relief le caractère divin de l’Église catholique, à laquelle aboutit et en laquelle se réalise la révélation tout entière. La solidité de la science, la pureté de l'orthodoxie, la nouveauté de la méthode psychologique méritent et ont obtenu à l’ouvrage un succès considérable. III. Rôle. — Comme écrivain et comme professeur, Drey a exercé, en Allemagne, sur la pensée des théo­ logiens du xix'siècle une aclion puissante et salutaire. Élevé dans l'atmosphère des dernières années du siècle précédent, il s’est dégagé peu à peu, dans une ascen­ sion continue, des influences rationalistes et kan­ tiennes qui avaient pesé sur son éducation et sur ses débuts littéraires. Il a été le chef et le premier guide de l’école catholique de Tubingue, qu’il avait concouru à fonder; il lui a tracé, son programme et ouvert la voir, dans laquelle d’autres après lui marcheront d’un pas plus sûr et iront plus loin que lui; il a préparé avec une assiduité obstinée le règne éclatant, sinon définitif, de la théologie allemande moderne, 18301860. Le réveil et le renouvellement de la science sacrée au delà du Rhin, voilà le point fixe autour duquel toute sa vie intellectuelle évoluera, l’idée direc­ trice à laquelle se ramèneront ses leçons et ses livres; de là relèveront en somme toutes ses initiatives. Ainsi, en face d’esprits déshabitués de la méthode scolastique et las de spéculations abstraites, Drey, jaloux de rendre à la science sacrée sa vitalité et son prestige, préconisera et appliquera, dans le ressort de la théolo­ gie, non sans un succès durable, la méthode histo­ rique. Ce serait s’abuser que de tenir Newman et Mœhler pour les deux premiers théologiens catho­ liques qui aient reconnu el mis en œuvre le principe du développement des dogmes. L’honneur d’avoir endigué l’intellectualisme, au risque d’en trop resserrer le lit, et d'avoir introduit l’idée de l’évolution dans "étude du dogme, pour y faire mieux circuler la vie, appartient à Drey. Le premier en Allemagne, dès 1821, cinq ans avant que Doellinger ne s’en avisât, il donnait un cours sur l’histoire du dogme et préludait aux tra­ vaux des Staudenmaier et des Kuhn. En projetant les lumières de l'histoire du dogme sur les problèmes de la théologie, en en faisant par là toucher du doigt la haute importance et en la popularisant, Drey a donc été un novateur et un initiateur. Il l’a été pareillement dans le domaine de l’apologétique; on peut presque dire qu’il a créé l’apologétique moderne, tant il a per­ fectionné l'œuvre de ses devanciers. La vieille apolo­ gétique, contemporaine du christianisme, s'est trans­ formée en Allemagne, sous la main de Drey, en une science à part, distincte à la fois de la théologie proprement dite et de la polémique confessionnelle, et assise aux contins de la philosophie et de la théologie. Science nouvelle, que Drey, dès 1819, avait délimitée avec soin, dans un article de la Tüb. theol. Quartalschrift, et qui, pour faire ressortir la divinité de la religion chrétienne, en appelle aux facultés et aux lumières DRIEDO 1828 natives que l’âme possède en elle-même, aussi bien qu’à la révélation d'en haut. L’apologétique moderne implique donc et présuppose l’étude des rapports intimes de la foi et de la science, de la révélation et de la raison. Cette étude, Drey l'a laissée en héritage, pour ainsi parler, à l'école catholique de Tubingue; et depuis, selon qu’il l'avait fait lui-même dans sa matu­ rité, après les tâtonnements du début, l’école catho­ lique de Tubingue a toujours gardé le juste milieu entre le traditionalisme et le rationalisme. C'était, en effet, la pensée fondamentale de Drey qu'il faut, sans s’inféoder à l'une ou à l’autre de ces écoles, emprunter à la fois des deux : reconnaître, d’une part, le caractère historique de la révélation avec sa transmission d'âge en âge, mais, de l’autre, maintenir fermement les droits de la raison humaine et de la philosophie. Professeur, Drey a soutenu et répandu les mêmes doctrinespar la parole comme par la plume. 11 enseignera pendant 40 ans avec un immense éclat. Des milliers d’étudiants accourront chaque année de toutes les par­ ties de l’Allemagne et de la Suisse allemande au pied de sa chaire, et s’imprégneront de son esprit. Drey inspirait à ceux qui l’entendaient, une admiration presque passionnée, que le temps et la distance n’alté­ raient plus. La puissante parole du maître entraînait la persuasion intime des disciples, convaincus que ce qu’ils apprenaient de lui, ne pouvait pas étre autre­ ment qu’il ne le disait. Tous le vénéraient et l’aimaient. Hefele, dans la Tüb. theol. Quartalschrift, 1853, t. xxxm, p. 341-349; Id., Beitriige zur Kirchengeschichte, 1864, t. n, p. 135-149; K. Wemer, Geschichte der hath. Théologie, 2' édit., Munich et Leipzig, 1889, voir Index, p. 650; Hurler, Nomencla­ tor, 2· édit., Inspruck, 1895, t. ni, col. 945-946; art. Drey,dans Allgemeine deutsche Biographie ; Georges Goyau, L'A llemagne religieuse, 1. Π, c. iv. P. Godet. DRIEDO Jean naquit au hameau de Darisdonck, près de Turnhout, en Campine, vers 1480. On ne sait rien de sa famille, qui était sans doute de condition modeste. Son nom patronymique était non pas Driedo, mais Neys, selon ia plupart de ses biographes. Suivant Foppens, Bibliotheca belgica, t. n, p. 630, il se serait appelé Driedoens; mais ce dernier mot semble bien n’avoir été lui-même qu'un surnom populaire se rat­ tachant au lieu d’origine ci-dessus désigné. Le jeune Driedo lit, croit-on, ses humanités sous la direction de religieux du voisinage, les augustins du prieuré de Corsendonck. Il vint ensuite étudier la philosophie à Louvain, dans la pédagogie du Faucon. Son application et ses succès furent tels qu’en 1499 il obtint la pre­ mière place au concours général de la faculté des arts. Peu de temps après, nous le retrouvons, dans le même établissement, chargé d’y transmettre à d'autres les connaissances philosophiques qu'il y avait puisées. Il eut aussi à diriger, en qualité de précepteur, l’éduca­ tion du jeune prince de Croy, plus tard évêque de Tournai, et frère du célèbre Guillaume de Croy, cardi­ nal archevêque de Tolède. C’esl de cette époque que datent vraisemblablement ses relations particulières avec Adrien-Florent Boyens, d’Utrecht. Celui qui devait devenir dans la suite pape sous le nom d’Adrien VI était alors professeur de théologie à Lou­ vain et gouverneur des études de Charles Quint, avec qui il habitait, aux portes de la cité universitaire, le château du Mont-César, ancienne résidence des comtes de Louvain et des ducs de Brabant. Driedo avait em­ brassé l’état ecclésiastique. C’est sur le conseil d'Adrien Boyens, ainsi qu’il le raconte lui-même dans la pré­ face de son traité De captivitate et redemptione gene­ ris humani, qu’il délaissa en partie les spéculations philosophiques et scientifiques, pour se tournerdavantage vers les études théologiques. Ici encore ses pro­ grès furent rapides et remarquables,et le 17 août 1512 1829 DRIEDO — DRIPT il était promu au doctorat en théologie, après une brillante soutenance qu’avait présidée Adrien Boyens, son maître el son guide de prédilection. Du reste, ses mérites n'avaient pas attendu jusque-là pour percer et être reconnus dans le monde universitaire et au dehors. Dès 1509, il entrait au conseil de l'université, comme délégué de la faculté des arts; l’année suivante (1510), il devenait chanoine du chapitre de Saint-Pierre de Turnhout, et, en juin 1512, curé de la paroisse de Saint-Jacques, à Louvain. Il avait encore été chargé, quelques mois auparavant, de la direction du nouveau collège de Houterlé, que le fondateur Jean de llouterlé lui confia en mourant, et il garda cette fonction jus­ qu'en 1521. Cependant, en 1520, il fut pourvu, dans l’église collégiale de Saint-Pierre de Louvain, d’un canonical auquel était attachée une des chaires de la faculté de théologie de l’université. Il devint donc, à partir de ce moment, professeur de théologie, sans toutefois abandonner son ministère de curé; et ses propres écrits, ainsi que d'autres documents contem­ porains, nous le montrent très appliqué à remplir l’un et l’autre de ces devoirs. Le Mire, Biblioth. eccles., part. II,c. uxLt,et Foppens, loc.cit.,attestentson ardeur et son habileté à exposer et à défendre de vive voix comme par écrit la doctrine chrétienne, et Nie. Vernulæus ajoute que ces qualités le firent surnommer l'arche de la divine parole, divini verbi arca. Pendant quinze ans, c’est-à-dire jusqu'à son dernier jour, il soutint vaillamment le poids de sa double tâche. Il mourut le 4 août 1535, « vivement regretté, dit Le Mire, de tous les gens pieux et instruits, bien que les livres publiés par lui fussent de nature à adoucir ces regrets. » Son corps fut inhumé dans sou église paroissiale de SaintJacques, au pied de l’autel du Saint-Sacrement. Driedo a laissé, comme monuments de son savoir et de son zèle religieux, cinq ouvrages principaux. Ils parurent avec l’approbation de Huard Tapper, qui avait été l’élève de l'auteur et qui s’en faisait gloire. Nous les indiquerons suivant l’ordre chronologique de leur publication primitive. l“De ecclesiasticis Scripturis et dogmatibus libri IV,in-fol., Louvain, 1533; réimprimé dans la même ville en 1543 et 1550. Le I«r livre traite des diverses parties qui composent la sainte Écriture et de leur authenticité; le 11°, des traductions en diffé­ rentes langues; le IIIe, de la chronologie des faits bibliques; le IV», des parties apocryphes, ainsi que de l’existence de certains dogmes transmis par la tradition seule. A l'exception des vues chronologiques, qui por­ tent nécessairement la marque du temps, toute la doc­ trine coïncide parfaitement avec celle que le concile de Trente devait fixer quelques années plus tard. On a pu dire que les règles d’herméneutique ici formulées « eurent l'insigne honneur d’être adoptées par le con­ cile. » De fait, voici, concernant la 4rulgate, un passage où l'accord semble parfois s’étendre jusqu’aux mots, et qui a donné lieu à une singulière méprise littéraire : Apostolica sedes editionem Hieronymi vel approba­ vit vel acceptavit non tanquam penitus sic consonam Scripturis in suo fonte et in omnibus sic integram, puram ac restitutam, ut non liceat ulli examinare illam collatione facta ad suum fontem, vel in locis quibusdam dubitare si forsan Hieronymus sit asse­ cutus verum Scripturae sensum, sed tanquam omni­ bus tunc factis praeferendam, et in regulis fidei ac morum nusquam deviam, et tanquam quæ publice legatur et recipiatur in usum. Ces paroles représen­ tent si bien la pensée théologique sanctionnée à Trente, que Serarius et d’autres après lui les ont citées comme interprétant, et interprétant fidèlement, la déci­ sion du concile. L’erreur vient de ce l’on a emprunté le texte de Driedo à une édition relativement récente, sans remarquer que la première est de 1533, tandis que la tv4 session conciliaire, où furent rendus les 4830 deux décrets De canonicis Scripturis et De editione et usu sacrorum librorum, se tint le 8 avril 1546. — 2. De captivitate et redemptione generis humani liber unus, in-4°, Louvain, 1534; réimprimé en 1548. C’est dans l’avant-propos de ce livre que Driedo raconte comment, mis en garde par Adrien Boyens contre une application trop exclusive aux sciences profanes, ut in hisce rebus ne quid nimis, il prit peu à peu une orienta­ tion plus conformeà ses sentiments religieux : Paululum tunc retraxi animum, quod intellexerim, tales qui­ dem has esse artes quas usque ad tempus discere oporteat, sed ridiculum penitus velle immorari illis, quibus uti oportet tanquam S. theologiæ ancillis. — 3° De concordia liberi arbitrii et prædestinationis di­ vinæ liber unus, in-4°, Louvain, 1537. Le but de l'ai>teur est de défendre la liberté humaine contre ceux dont il définit ainsi l’erreur : Propter divinam praedestina­ tionem, reprobationem, indurationem, excaecationem et id genus alia, quæ in Scripturis legimus, arbitran­ tur nullum esse hominis arbitrium, et sublatam esse voluntatem, et hominum opera non prodesse ad salu­ tem, sed omnia pendere ex sola voluntate Dei aut praedestinantis aut reprobantis. —4° Faisant naturel­ lement suite au troisième ouvrage, le quatrième est intitulé: De gratia et libero arbitrio libri duo, 2 in-4 . Louvain, 1537. Sur cette question aussi, l’enseignement de Driedo est tel qu’il semblerait avoir inspiré celui du concile de Trente. Qu'on en juge par ce résumé : 1 la Dei gratia est defendenda, ut non negetur hominis arbitrium ; ita rursus liberum arbitrium statuendum est, ut non tollatur Dei gratia. Quisquis igitur Dei gratiam et liberum arbitrium recte intelligit, is in opere bono neutrum ab altero separat. Après avoir lu les deux traités qui précèdent, personne ne s’étonnera de la remarque de R. Tapper, affirmant que Driedo avait déjà enseigné, sur la conciliation du libre arbitre et de la grâce, la théorie qui est devenue ensuite si célèbre sous le nom de molinisme. — 5« De libertate Christiana, Louvain, 1546. Comme les deux précédents, ce dernier ouvrage ne parut qu’après la mort de l’au­ teur, mais il semble en outre qu’il ne fut jamais im­ primé à part. Il est d’ailleurs resté inachevé, et des lacunes se remarquent tant au commencement ,ue dans le corps du livre. Tel qu'il est, il a trouvé place dans les Driedonis opera omnia, dont trois éditions furent publiées par les soins de Ruard Tapper. Os éditions comprennent chacune 4 in-foL, et porter: ; les dates de 15-46, 1552 et 1556. Tous les écrits de Driedo ont un caractère polémique, tous tendaient plus ou moins directement à combattre les erreurs naissantes du protestantisme. Mais ce but ne les empêche nul­ lement de présenter sur chaque question un exposé théologique objectif et complet. Le ton de la contro­ verse reste tou jours calme et serein, le style est simple et coulant, à égale distance de la trivialité et d'une affectation excessive d'élégance. Érasme, si peu sus­ pect de tendresse pour les scolastiques, affirme qu’en­ tre les théologiens de Louvain, ses préférences vont à Driedo, en qui il loue spécialement la science jointe â une discussion nullement passionnée, docte et tine affectu disputare. Aubert Le Mire, Bibliotheca ecclesiastica, 2 in-fc! . Anvers. 1639 et 1649; Nie. Vernulæus, Academia Lotianiensis,Lcuvaji, 1667; Foppens, Bibliotheca Belgica, Bruxelles, 1739.t. n; Va» den Broeck, De Joannis Driedonis vita meritisque, dans {’Annuaire de l'université catholique de Louvain, de 1859. Louvain, 1859, p. 241 sq.; Reusens, art. Driedo, dans la Bibiiographie nationale de Belgique, Bruxelles, 1878. t. vi. J. Forget. DRIPT (Laurent de), théologien de l'ordre de Saint- Benoît, mort le 27 avril 1686. Il fit profession en 1632, âgé de 19 ans, â l’abbaye de Gladbach, de la congréga­ tion de Bursfeld, enseigna la théologie dans son monas- 1831 DRIPT — DROIT tère et à Convey et fut conseiller et vicaire général de l’évêque de Paderborn. 11 a publié : Antidecalogus theologico-politicus reformatus, cum appendice refu­ tatoria Theodori Reinking de regimine ecclesiastico, in-12, Cologne, 1672; Statera et examen libelli a S. Congregatione proscripti, cui titulus : Monita salu­ taria D. Virginis ad suos cultores indiscretos, eximia Magnæ Matris encomia continens, in-8", Cologne, 1675, ouvrage mis à l'index, donec corrigatur, le 19 juillet 1678; Speculum archidiaconale, sive praxis officii et visitationis archidiaconalis in gratiam vica­ riorum generalium, archidiaconorum aliorumque visitatorum synodalium et curam animarum haben­ tium, Neuhaus, 1676; Cautio judicialis prælalorum ecclesiasticorum et regularium. In qua quid sit sum­ marie, de plano, simpliciter, sine strepitu, et figura iudicii, sola rei veritate inspecta : Et quomodo supe­ riores ecclesiastici et regulares contra suos subditos, in causis levibus, gravibus, seu criminalibus, procedere debeant, paucis demonstratur, in-12, Neuhaus, 1681. 1832 2“ Jus a le sens de sentence dans l’expression jus dicere. 3° Jus a le sens de tribunal du magistrat par opposition au tribunal du juge qui s’appelle judicium. Devant le magistrat, le préteur, par exemple, on appelle son adversaire in jus. L’instance s’y organise, on fixe le point en litige, et l’alfaire bien délimitée est en­ voyée au juge qui prononce in judicio. Mais le mot droit a emprunté son sens au mot jus dans trois acceptions très différentes. 1" Droit, comme /us, signifie : Complexus legum, exemple : Corpus juris canonici, civilis, faire son droit. 2° Ce qui esl dù à quelqu’unen vertu de la loi, exemples: Làou il n’ya rien, le roi perd ses droits; on paie des droits d’octroi, des droitsde chancellerie, des droits d'étole, etc. Ces deux acceptions du mot droit ont un sens objectif. 3° Le droit se présente enfin comme un pouvoir appartenant à une personne de revendiquer des droits objectifs que lui reconnaît la loi. Ce droit subjectif se définit : facultas moralis agendi inviolabilis. Cardinal Gasparri, à son cours de droit public. Facultas moralis, c’est un pou­ voir moral par opposition à la possibilité physique, la Ziegelbauer, Historia rei literariæ ord.S. Benedicti, 4in-fot., force, avec laquelle le droit entre souvent en conllit. Augsbourg, 1754,1.1v, p. 130,182,238, 263,264 ; [dom François,] Agendi. Le mot agere doit être entendu dans son sens Bibliothèque générale des écrivains de l'ordre de S. Benoit, in-4·, Bouillon, 1777, t. 1, p. 260; Hurter, Nomenclator, 3· édit., le plus large : jus faciendi : droit au travail ; jus omit 1910, t. IV, col. 589-590. tendi : droit au repos hebdomadaire; jus exigendi ab B. Heurtebize. alio, et encore là on peut exiger d’autrui une action : DROGON. cardinal évêque d'Ostie, mort en 1138. me livrer le travail promis ou l’objet acheté; une omis­ Bénédictin de Saint-Nicaise de Reims, il devint prieur sion : nepas traverser mon jardin. Inviolabilis. Cette de ce monastère et, après un court séjour à l’abbaye faculté de faire, de ne pas faire, d’exiger que d’autres de Pontigny, fut le premier abbé des moines que fassent ou ne fassent pas, tous sont tenus de la recon­ l’évêque Barthélemy en 1128 avait appelés à Saint-Jean naître et de s’y conformer. Sans cela, ce n’est pas un de Laon. Innocent II le manda à Rome et le fit évêque droit dans toute la force du terme; exemple : j’ai le d’Ostie. Drogon écrivit des traités De divinis officiis droit de me promener dans mon jardin, aussi personne seu horis canonicis; De septem donis S. Spiritus, seu ne peut me l’interdire. Je n’ai pas à proprement parler de septiformi gratia Spiritus Sancti ac de beatitudile droit de visiter mon voisin dans le sien, car il h’est nibus; De sacramento dominicae passionis; De crea­ pas tenu de m’y accueillir. L’êvéque, au contraire, a le tione et redemptione primi hominis, qui se trouvent, droit de visite au sens strict, parce que ceux qui sont P. L., t. clxvi, coi. 1513 sq. soumis à la visite canonique sont tenus de recevoir Je Ziegelbauer, Historia rei literariæ ord. S. Benedicti, h in-fol., visiteur. Augsbourg, 1754, t. Ill, p. 140 ; t. iv, p. 80, 269; [dom François,] Est-ce le droit objectif qui est le formale juris en Bibliothèque générale des écrivains de l’ordre de Saint-Benoît, sorte qu’il communique son nom à la faculté que pos­ in-4·, Bouillon, 1777, t. i, p. 261; Mabillon, Annales ord. sède le sujet du droit de faire respecter l’objet de son S. Benedicti, in-fol., Lucques, 1745, t. VI, p. 60,101,149; Gallia droit, ou bien, au contraire, le pouvoir qui réside Christiana, in-fol-, Paris, 1751, t. IX, col. 594; Histoire litté­ dans le sujet du droit est-il la notio primaria el potis­ raire de la Prance, in-4·, Paris, 1759, t. xi, p. 699; Fabricius, Bibliotheca latina mediae et infimæ latinitatis, in-8“, t, 1 (1858), sima juris ? Les auteurs ne sont pas d’accord sur ce p. 479. point. Les anciens théologiens et canonistes semblent B. Heurtebize. cependant adopter le premier point de vue, car ils DROGOSZEWSKI Pierre, théologien polonais de définissent le jus subjectivum par le debitum ou jus l’ordre de saint Dominique, mort en 1722. On a de lui : objectivum. Ainsi Lessius, De justitia et jure, I. II, Tarcza wiary Chrystusoicey, ktora uzbrojony Polak c. π, η. I ; Molina, De justitia, tr. II, disp. I, après saint lativo maze przytepic oreza lutrow osobliwie y kalwiThomas, Sum. theol., Il» II”, q.LVii, a. 1, pour qui jus now {Bouclier de la foi du Christ, à l'aide duquel le estobjectum jusliliæ et pour qui la vertu de justice est Polonais pourra facilement émousser les épées des celle qui assure à autrui le debitum adaequatum, le luthériens, et en particulier des calvinistes), in-4", justum, lejustatum. Depuis, ensemble avoir étudié le Varsovie, 1708. C'est un dictionnaire alphabétique de droit tout d’abord sous son aspect subjectif. La défini­ controverse religieuse contre les protestants. Une se­ tion que nous avons donnée n’explique pas le droit sub­ conde édition de cet ouvrage, corrigée et augmentée,a jectif par l’objectif. Taparelli le définit : un pouvoir été donnée par l'abbé Adalbert Oclfabowicz â Lublin en irréfragable conforme à la raison. Pour Cavagnis, 1. 1, 1736. c. I, a. 1, le droit subjectif est le droit formel et le droit objectif a reçu le nom par communication comme Encyclopedja kolscielna, Varsovie, 1874, t. iv. p. 342-343. cause efficiente du droit subjectif; c’est aussi l’avis de A. Palmieri. DROIT. — I. Notion. II. Fondement. III. Division. Tanquerey. Synopsis, t. ni, p. 7. Ce changement de point de vues’explique par l’insistance qu’ont mise les publi1. Notion. — Le mot jus semble être la racine d’où viennent les mots justitia, jubeo, etc., dont les vieux I cistes et des philosophes, depuis deux siècles bientôt, à placer les fondements du droit dans le droit subjectif des textes du droit voudraient au contraire le faire procé­ der. 11 semble synonyme de rectum, regens, et en personnes indi viduelles ou sociales. Lesdroits de l’homme ou de l’État ont fait longtemps aux yeux des juristes la sanscrit cette racine exprime un sens religieux, d'où )uro. valeur de la loi, en sorte que la loi est le produit de ces droits au lieu d’en être la source. Voilà pour le mot. Mais la chose? D’abord, le mot jus Un mouvement en sens contraire se dessine parmi a en latin trois sens qui ne se traduisent pas en fran­ çais par le mot droit. 1° Jus a le sens d’une loi prise I les théologiens comme d’ailleurs parmi les juristes. Cf. Cepeda, Éléments de droit naturel; Pottier, De jure en particulier en dehors de l’ensemble des prescrip­ tions législatives; jura leg"sque dare signifie légiférer. - et justitia. Par réaction contre la tyrannie du droit 1833 DROIT individuel qui est devenu : le pouvoir d’imposer sa personality comme telle à d’autres personnes, quelle que soit d'ailleurs la personne sujet du droit : individu ou État, les positivistes en sont venus à nier l'existence de tout droit subjectif et à ne plus connaître que le droit objectif. Cf. Auguste Comte, Système de politique positive, 1890, t. I, p. 361 ; Duguit, Le droit social, le droit individuel el la transformation de l’État, 1908, les premières conférences. Hauriou, Les principes du droit public, essaie de rétablir l’équilibre en présen­ tant la notion du droit comme une synthèse de l’ob­ jectif et du subjectif, ce qui, du point de vue où il se place, lui apparaît comme le social et l’individuel. Les théologiens reprennent peu à peu leur ancienne position. II. Fondement du droit. — Il est objectif. Même ceux des théologiens et des canonistes qui définissent le droit objectif par le droit subjectif, prennent soin de noter que le .droit pouvoir est justifié par le droit loi, qui détermine le debitum, but poursuivi par celui qui exerce son droit subjectif. La loi seule, en effet, ordinatio rationis ad bonum commune ab eo qui curam habet communitatis promulgata, peut imposer au nom d’une volonté supérieure à celle des individus l’obligation de respecter chez le sujet du droit sa facultas moralis agendi inviolabilis. Et si on répond que c’est alors le droit subjectif du législateur qui est la source du droit objectif formulé et imposé parla loi, cette constatation amène simplement à conclure que, pour trouver la source de tout droit, il faut nécessaire­ ment remonter à celui dont la raison et la volonté dominent tout. C'est jusque-là qu’il faut aller si on ne veut pas rem­ placer la notion d’obligation par celle de contrainte et confondre le droit avec la force. Qu'on mette la source du droit dans le sujet du droit et non dans la loi et on aboutit logiquement à la tyrannie. Que le sujet du droit soit l’Etat ou l’individu, le résultat est le même. Dans le second as, on a seulement la peine de passer par le circuit du contrat social, en revanche l’opprimé peut se consoler à la pensée qu'il n’est tyrannisé que par luimême. Le recours à la notion d’ordre, desolidarité, d’inter­ dépendance sociale ne fait que reculer la difficulté sans la résoudre. Tous ces postulats se ramènent en der­ nière analyse à celui de l’ordre; or l’ordre, de quelque nom qu’on le décore, ne s’impose à personne par sa seule autorité. On me dira bien qu’il est dans l’ordre de faire telle chose ou de m’abstenir de telle autre. Je suppose qu’on ait fini par tn’en convaincre, pourquoi serais-je tenu d’observer l’ordre’? Si je n'ai pas la manie de l’ordre pour l'ordre, que l’ordre ne m’intéresse pas comme tel, que j’aime, au contraire, le désordre, pour­ quoi sacrifierais-je ce qui me plait à ce qui m’indiffère ou à ce qui me gène? Mais les individus qui détiennent la force auron.t le pouvoir d'organiser une réaction sociale contre moi, répond-on. Duguit, op. cil., p. Tl. Cela veut dire sans aucun doute que la force me con­ traindra à faire ce qui me déplaira et à ne pas faire ce qui me plairait. Est-ce donc là le dernier mot du droit? Est-il conforme à la notion de justice qui naît avec chacun de nous, que les doctrines n’ont pas faite, et à laquelle elles doivent toutes s’adapter? La source du droit est dans la volonté du législateur suprême. La loi est ordinatio rationis. L’ordre ration­ nel est exprimé par la loi naturelle qui n’est que la projection ad extra de la loi éternelle. La loi éternelle, c’est en effet, d'après saint Augus­ tin. Contra Faustum, I. XXII, c. χχνπ, P. L.,1. xi.n, col. 418: /latio divina vel voluntas Dei, ordinem natu­ ralem conservari jubens et perturbari vetans. D'après saint Thomas. Sum. theol., I* II», q. xctll, a. 1, c’est I ratio divinæ sapientiæ secundum quod est direcliva ! 183 i omnium actuum et motionum. Comme tout ce qui concerne Dieu, cette loi éternelle ne peut être connue naturellement que par l’étude des créatures : Invisi­ bilia enim ipsius a creatura mundi per ea quæ facta sunt intellecta conspiciuntur, Rom., i, 20, et la loi naturelle est précisément la participatio legis æternæ in rationali creatura, l’II®, q. xct, a. 27. La droite raison formule dans la loi naturelle la règle tracée par l’intelligence divine, en tant qu’elle régit les actes humains. Tout acte contraire à cette règle est non seulement contraire à la morale, mais contraire au droit. L’adage romain : Non omnequod licet honeslum est, ne doit donc pas s’entendre dans le sens que la loi peut rendre morales des choses im­ morales, ni qu’elle peut justifier des manquements à la morale. Une loi quelconque doit être ordinatio ratio nis. En opposition avec la loi naturelle, elle serait en opposition avec la raison, cela impliquerait contradic­ tion. Ce qui est vrai, c'est que le droit positif ne s'étend pas à tout ce qui intéresse la morale. Les actes exté­ rieurs sont seuls de son domaine. Il ne touche pas au for interne. Ceci s'applique au droit ecclésiastique comme au droit civil. Mais le droit positif travaille sur les données du droit naturel. Il ne peut rien changer à la nature des choseni à leurs relations nécessaires. Il doit fortifier la lo; naturelle en trouvant les solutions rationnelles qui ré­ pondent aux circonstances diverses suivant les temps, les lieux et les races. De là des divergences profondes entre les législations des différents pays. De là, dans chaque groupe capax legis, les évolutions législatives auxquelles personne n’échappe et dont l’Église a. plus que tout autre groupe, l’intelligence, puisqu’elle admet la force législative de la coutume sur tous les points qui ne touchent pas au droit naturel et au droit positif divin. On voit que la facultas moralis agendi inviolabilis. qui constitue le droit subjectif, ne se présente ni comme quelque chose d’essentiellement absolu, ni comme ayant sa source dans le sujet du droit. Ces deux points sont essentiels à noter et les auteurs modernes qui attaquent notre notion classique du droit ne semblent pas s’en faire une idée exacte. 1° C’est la loi qui est à la base de tout droit et de toute obligation, parce qu’elle est ordinati iat ■ el que l’ordre s’impose au nom de l'auteur de l’ordre Dieu. 2» Le droit et le devoir ne sont pas dans ut.· rela­ tion de cause à effet, ni le droit n’engendre le devoir ni le devoir n’engendre le droit à proprement parler. 3° Sans doute, puisque mon droit est inviolable, il en résulte chez autrui le devoir, négatif au moins, de ne pas en troubler l’exercice. Mais mon droit lui-même n’est respectable que parce qu'il est dans l’ordre établi par la loi, en sorte que tout le principe obligatoire découle comme de sa source de cette loi et non de mon droit. Chacun a l’obligation de ne pas troubler l'ordre et même de travailler à le maintenir. Voilà pourquoi il faut que chacun respecte mon droit. Il fait par:, d’un système qui s’impose à tous; y toucher, c'est tou­ cher à un ensemble intangible. La hiérarchie des droits et des devoirs doit donc s’établir ainsi : 1« Les droits de Dieu au sens strict : comprennent, au sens large, ceux de toutes h-s cr- ,hires à être laissées à leur place dans le plan divin 2» Le devoir de chaque homme envers Dien qui l'oblige à respecter le plan divin. 3’ Le droit de ch;.·· .. homme à employer les moyens dont il dispose pour accomplir son devoir comme nous venons de le définir. 4® Enfin le devoir pour chaque homme de ne pas en­ traver l’exercice des droits de son prochain et parfois aussi le devoir positif de l'aider dans l’exercice de son droit. 1835 DROIT DROIT CANONIQUE C’est à ces conclusions que les lumières naturelles de la raison avaient déjà conduit Cicéron qui, après avoir dit : Ex intima hominis natura haurienda est juris disciplina, note ailleurs : Quamobrem lex vera atque princeps apta ad jubendum et ad vetandum ratio est recta summi Jovis. De legibus, 1. II. III. Division du dhoit. — Le droit, pris dans le sens objectif de complexus legum, se divise en droit naturel et en droit positif. 1’ Le droit naturel a été suffisamment défini plus haut étant données les limites de ce travail. Mais il im­ porte de noter que saint Thomas subdivise le droit positif en jus gentium et jus civile, 1“ 1 læ, q. xcv, a. 2, et ce qu’il appelle jus gentium se rattache plutôt à ce qu’on entend maintenant par droit naturel. Le jus gentium, d’après saint Thomas, oritur posi­ tive ex rerum natura, loc. cit., a. 4; l’II", q. lvii, a. 3, ad 3U”. Le droit naturel constitue donc pour saint Thomas la science des principes indémontrables qui sont à la base du droit naturel tel que nous le com­ prenons, et le jus gentium est cette partie de notre droit naturel qui contient les conséquences tirées des premiers principes. I«IIæ, q. xctv, a. 1; q. xcv, a. 4. Il y a certaine parenté entre cette division et celle que donnent les Pandectes, 1.1, § 3, 4, I, t. 2» Le droit positif (le mot latin positivus a le sens d’ac­ cidentel) est constitué par l’ensemble des lois contin­ gentes et posées après coup par un acte libre du légis­ lateur. Par opposition avec la loi naturelle universelle •et immuable, les lois positives ne sont pas nécessaire­ ment contemporaines de la création de l'homme et sont ajoutées aux exigences strictes de notre nature. Cf. Alexandre de Halés, Summa univers, theol., q. xxvn; Suarez, De legibus, 1. I, c. ni, n. 13. La loi positive est divine ou humaine. La loi positive divine, ou bien confirme simplement les lois naturelles comme cela se réalise pour presque tous les préceptes du décalogue, ou bien elle rend obligatoires des actes ou des abstentions que la loi naturelle ne commande pas à la rigueur. Il est, en effet, des points sur les­ quels la loi naturelle a plutôt des inclinations que des exigences comme, par exemple, la monogamie et l’indis­ solubilité du mariage. Enfin tout ce qui concerne l’ordre surnaturel n’a pu être réglé que par la loi posi­ tive divine. Mais, en dehors de Dieu, il existe des chefs de groupes, législateurs, compétents dans certaines ma­ tières, dans certains pays, et dans certains temps, chargés de promouvoir le bien commun de l'organisme social par des lois positives. 1. Il s’agit pour eux d’assurer la pratique des lois divines naturelle et posi­ tive en les rappelant, en les réduisant en formules précises, en les sanctionnant dès ici-bas. 2. Ils tirent les premiers principes des lois divines des conséquences qui ne sont pas évidentes pour le vulgaire. Il est né­ cessaire, par exemple, de faire comprendre â tous que l’avortement et le duel sont compris dans le précepte : « Tu ne tueras point. » 3. La loi positive prend des mesures pour faire observer les règles de la justice par des procédés divers suivant les lieux, les temps et les races et dont l’efficacité dépend de ces contingences. De là les différents régimes de propriété, de succes­ sion, les formes variables des contrats, etc. 4. Chaque législateur dans sa sphère prend les moyens appro­ priés pour assurer le progrès matériel, intellectuel et moral, surnaturel ou naturel. Il doit s’efforcer de trouver la solution la meilleure, mais il peut s’en trouver plusieurs qui soient bonnes, puisqu’il s’agit de choses que la loi naturelle ou positive divine n’a pas réglées in concreto. La loi positive humaine se subdivise enfin en loi ecclésiastique et en loi civile. Alexandre de Halés, Summa universa theologiæ, 1822; Bois· 1836 tel, Cours élémentaire de droit naturel, Paris, 1870; Bouquillon, Institutiones theologiæ moralis fundamentalis, Bruges, 1873; Breal, Nouvelle revue historique du droit français et étranger, 1883, p. 605 ; Brun (Lucien), Introduction à Vétude du droit, Paris, 1879; Buscubaum, Medulla theologiæ moralis, Munster. 1650 ; Cavagnis, Institutiones juris canonici, Rome, 1882; Cepeda, Éléments du droit naturel, Pails, 1890; Comte (Auguste), Système de politique positive, 1890, t. 1, p. 361; Costa Rosetti, Synopsis philosophas moralis, tnspruck, 1883; Domat, Traité des lois, les lois civiles, te droit public, réédi­ tion F. Didot, 1828-1830; Duguit, L'Étal, le droit objectif et la loi positive, Paris, 1901; Manuel du droit constitutionnel, 1907 ; Le droit social, le droit individuel el la transformation de l'État, 1908; Fouillée, L'idée moderne du droit, Paris, 1878. Grotius, De jure belli et pacis, Paris, 1867 ; Hauriou, Prin­ cipes du droit public, Paris, 1910; Lessius, Dejustitia et jure, Anvers, 1621; Molina, De justitia el jure, Cuença, 1592; Mommsen, Droit public romain, t. vi, p. 352, note 4; Pettier, De jure et justitia, Louvain, 1900; Suarez, De legibus, Paris, 1856-1866; Tanquerey, Synopsis theologiæ, t. ni; Taparelli, Soggio teoretico di diritto naturali, Tournai, 1875; Tarquini, Principes du droit de l’Église réduits à leur plus simple expression, Bruxelles, 1876; S. Thomas, In IV Sent.; Sum. theol. ; De regimine principum ; de Vareilles Sommiéres, Les principes fondamentaux du droit, Paris, 1889 ; Woll (Chris­ tianus Lupus), Institutiones juris naturæ et gentium, Leyde, 1772. P. Fourneret. DROIT CANONIQUE. — I. Notion. 11. Sources. III. Textes. IV. Interprétation. I. Notion. — La législation de l’Église porte le nom de jus canonicum. Au xii" siècle, les connaissances uridiques se ramenaient aux canones et aux leges. La seconde appellation était réservée aux lois civiles, la première aux lois ecclésiastiques, quand bien même il ne s’agissait pas à proprement parler de ces pres­ criptions conciliaires qui, à partir du ivc siècle, sont connues sous le nom de canons. L’expression jus pon­ tificium indique de même une opposition avec le jus cæsareum. On appelle aussi le droit canonique pis sacrum, et souvent autrefois on le nommait jus divi­ num, par opposition au droit civil, jus humanum. On l’appelle encore maintenant jus ecclesiasticum et dans la pratique les deux appellations se prennent l'une pour l’autre. Cependant, en toute rigueur, les deux notions ne se superposent pas et il faudrait réserver au droit des Décrétales le nom de jus canonicum, par opposi­ tion au droit actuellement en vigueur auquel convient mieux le nom de jus ecclesiasticum. Le droit canonique, dans son sens le plus large, peut se définir : Complexus legum quas ecclesiastica pote­ stas proposuit vel constituit vel probavit ad bonum spiritualis societatis regimen. Proposuit. — Il s’agit de lois posées par l’autorité divine naturelle ou positive et qui ensuite sont propo­ sées par l’Église. Notre-Seigneur a posé, en principe, l’obligation de la communion au c. vi de l’Évangile selon saint Jean. L’Eglise nous propose ce précepte en trois façons : 1° Faut-il prendre à la lettre la conjonction et dans le texte Nisi manducaveritis carnem Filii ho­ minis et biberitis ejus sanguinem non habebitis vitam in vobis? L’Église a répondu négativement. Concile de Trente, sess. XIII, can. 3. L’Église a ainsi expliqué la loi divine. 2» Cette même loi, elle la détermine. Le dé­ cret du concile de Latran, Omnis utriusque sexus, dé­ termine à partir de quel âge on est tenu à communier, combien de fois dans l’année, à quel moment de l’année, dans quelle église, e^ la session de Trente, déjà citée, non seulement indique que pour communier il faut être en état de grâce, mais détermine par que) moyen on doit se mettre en cet état. 3“ La loi divine expliquée et déterminée, l’Église la sanctionne par des peines. Le canon Omnis utriusque sexus prive celui qui omet la communion pascale de l’entrée de l’église pendant sa vie et de la sépulture ecclésiastique après sa mort. Constituit. — Il s’agit ici des lois qaie l’Église a éta­ 1837 DROIT CANONIQUE blies de son autorité propre dans son domaine comme l’autorité civile le fait dans sa sphère : procédure, obli­ gations des clercs; mode d’élection des évêques, peines portées contre les crimes, empêchements de mariage. Dans son ensemble, le droit canonique est composé surtout de lois de ce genre. Approbavit. — Il s’agit de règles de conduite que l’Église n'a pas formulées elle-même, mais qu’elle a adoptées, établies qu’elles étaient par la coutume, par les lois civiles, en particulier la loi romaine. Sous des aspects divers, le droit canonique se divise : 1° en jus velus jusqu’à Gratien, jus novum de Gratien au concile de Trente, jus novissimum depuis lors. On dit aussi parfois jus antiquum, medii ævi, novum; 2° en jus scriptum et jus non scriptum ou consuetudi­ narium ;3° en jus universale et jus particulare, le pre­ mier s’appliquant à toute l’Église latine, le second à une circonscription déterminée; 4° la division en jus gene­ rale et jus singulare ne se rapporte pas aux territoires, mais aux différentes espèces de personnes; les lois qui régissent les clercs ou les évêques ou les religieux constituent des droits singuliers, par opposition au jus universale auquel tous les fidèles sont soumis. 5° Au droit commun on oppose le droit spécial, c’est-à-dire tout ce qui est exorbitant du droit commun comme les privilèges concédés ou conquis par la coutume. 6° Enfin comme toute législation, le droit canonique se divise en droit privé et droit public, chacun des deux en droit interne et externe. II. Sources. — Nous parlerons au paragraphe sui­ vant des sources documentaires en traitant des textes. Il s’agit ici seulement des autorités qui ont le droit de porter dans l’Église des lois d’intérét général et de fonder par leur volonté le droit canonique. Ces causes efficientes du droit canonique sont : 1» Notre-Seigneur Jésus-Christ. Le droit public de l’Église dans sa partie intangible est de lui, tout le droit privé est imprégné de son esprit, quelques prescriptions de droit privé se rattachent directement à ses paroles, ailleurs la relation n’est qu’indirecte. 2» Le souverain pontife. C’est à son autorité que se rattachent non seulement les documents pontificaux ayant force de loi générale, mais encore les décrets de conciles non œcuméniques qui sont de­ venus lois générales, les quelques lois romaines qui ont été canonisées. Il suffit d’ouvrir le L IIIe des Décré­ tales, tit. t, pour constater que, sur seize chapitres, cinq ne sont pas des documents pontificaux et tirent leur force législative de l’autorité de Grégoire IX qui les a fait insérer dans sa collection. C’est la même au­ torité qui donne leur valeur à tous ces textes non authentiques ou modifiés par saint Raymond de Pennafort et par les précédents compilateurs que la col­ lection des Décrétales a promulgués comme lois géné­ rales de l’Église. 3° Le concile œcuménique uni au pape qui constitue le subjectum supremæ potestatis ecrh-siasticæ n’est pas une source adéquatement dis­ tincte du pontife romain, mais une source réelle et distincte bien qu’inadéquatement. — Ce n’est qu’au sens large qu’on peut considérer les apôtres comme une source du droit canonique. Comme personnages ins­ pirés, ils ne constituent qu’une même source avec le Christ; comme fondateurs et recteurs d’églises, ils peuvent se rattacher en rigueur de doctrine à l’autorité de l’Église représentée par le Saint-Siège et par le concile général. Mais à cause de leur infaillibilité, de l’autorité qu’avait chaque apôtre sur foute l’Église, de leurs rapports personnels avec Notre-Seigneur, c’est à leur autorité qu’on en a appelé dés le commencement en matière disciplinaire comme en matière doctrinale. Nous verrons à la tin de cet article en quel sens l’autorité civile peut être une source de la loi cano­ nique. HL Textes. — Nous n’avons guère qu’à les énumérer. 1838 chacun de ces documents faisant dans ce dictionnaire l’objet d’un article spécial. Pour la période du jus velus, nous avons les diffé­ rents écrits apocryphes attribués aux apôtres qui sans valeur législative nous renseignent avec une autorité très inégale sur la discipline du temps où ils ont été composés. Ils appartiennent plutôt à l’histoire des ins­ titutions ecclésiastiques qu’au droi-t proprement dit. Citons cependant les principaux : Διδαχή, voir t. 1, col. 1680-1687 ; Κανωνές εκκλησιαστικοί τών άγιων απο­ στόλων; "Ορος κανονικός τών άγιων αποστολών; Διατάξεις (ou Διαταγαι) τών άγιών άποστόλών. Ces constitutions apostoliques ne constituent pas un tout homogène, c’est une collection de documents pseudo-apostoliques antérieurs plus ou moins développés et frelatés. A la suite sont les prétendus Canons des apôtres. Voir t. il, col. 1605 sq. Avec les collections de conciles nous entrons en contact avec les textes canoniques proprement dits. Dans la période du jus vetus, on vit sur des textes plus ou moins authentiques des Pères de l’Église ou des papes et sur les canons des conciles. Les grandes collections imprimées de conciles sont indiquées à l’article Concile, dans la partie biblio­ graphique. Mais notre droit occidental dépend de plu­ sieurs collections manuscrites de conciles orientaux et occidentaux dont il nous faut dire un mot. Le Codex canonum (ou synodicon), dont les Pères de Chalcédoine (451) avaient un exemplaire entre les mains, comprenait les canons de Nicée (325) suivis de ceux d’Ancyre et Néocésarée (314), de Gangres (entre 362 et 370), enfin des canons d’Antioche (341). La collection dite du concile de Laodicée et qui semble bien n’ètre qu’une série de canons antérieurs résumés et appartenant à deux sources au moins, s’introduisit au commencement du v· siècle dans les manuscrits, puis on y admit le concile œcuménique de Constanti­ nople en 381. Cet ensemble forme ce qu’on appelle la Græca auctoritas, qui servit de base à la collection de Denys le Petit dont nous parlerons plus loin. La mé­ thode manque absolument dans cette collection, aucun souci n’y apparaît de classer les canons par ordre chro­ nologique ou par ordre d’importance des conciles dont ils émanent. Le concile de Nicée tient cependant la tête, puis viennent à la suite tous les autres canons sous une même série de numéros. La collection de Jean le Scolastique, rédigée vers 550, marque un nouvel état des manuscrits conciliaires orientaux et le dernier qui intéresse notre droit occi­ dental. Il fait précéder la Græca auctoritas des ca­ nons des apôtres, ajoute, après les canons de Constan­ tinople, les canons d’Éphèse (431), de Chalcédoine et plusieurs canons extraits des lettres de saint Basile. Entre Néocésarée et Gangres sont intercalés 21 canons de Sardique, vers 344, qui parfois sont placés dans les manuscrits immédiatement après les canons de Nicée. Mais ces collections ne sont que des sources éloignées de notre droit latin. La versio Isidoriana ou Hispana de la fin du Ve siècle donne les canons de Nicée, d’Ancyre, de Néocésarée, de Gangres, de Sardique, d’Antioche, de Laodicée, de Constantinople. Les textes sont des traductions des collections grecques et con­ tiennent des décrétales des papes. Il en est de même de V Itala ou prisca, qui est à peu près de la même époque. La collection de l’oriental Denys le Petit travaillant par ordre du pape, pour les occidentaux, traduit la Græca auctoritas et la complète par la traduction sous numérotage spécial des vingt-sept premiers canons de Chalcédoine seulement, le vingt-huitième ayant été toujours réprouvé par le Saint-Siège. Puis venaient les canons latins du concile de Sardique qui avaient été promulgués dans les deux langues en sorte qu'un'- 1839 DROIT CANONIQUE traduction des canons grecs aurait eu moins d’autorité. Denys le Petit faisait précéder sa collection des cin­ quante premiers canons apostoliques qu’il présente au lecteur avec prudence et la faisait suivre de la collec­ tion africaine des canons promulgués au concile de Carthage de 419. Denys donnait aussi des décrétales, mais rangées â part dans une seconde partie de son œuvre. Voir col. 448-449. Le travail de Denys nous est parvenu dans ce qu’on appelle le Codex Hadrianus du nom du pape qui l’envoya en I·'rance en 774. C’est ce qu’on appelle aussi chez nous le Codex canonum. La promulgation qu’en fit Charlemagne en 802 lui a donné dans notre pays une autorité qui n’a jamais été contestée par le pouvoir civil. Les articles organiques, art. 6, faisaient encore allusion â propos de l’appel comme d’abus aux canons reçus en France et c'était à ce Codex Hadrianus réim­ primé au Louvre officiellement sous Louis XIV que ce texte renvoyait, suivant le langage des juristes galli­ cans. Chaque pays avait aussi ses collections particulières. Nous avons fait allusion, à propos de la collection de Denys, au concile de Carthage de 419. Le midi de la Gaule avait aussi ses Statuta Ecclesiæ antiqua, trop connus sous le nom de canons du IV' concile de Car­ thage qui sont d'Arles, au temps de saint Césaire, et probablement de sa main. Voir t. n, col. 1805-1807. L’Espagne admettait, à côté des canons grecs de l'isidoriana, des canons des Gaules,des conciles espagnols et africains. Ce sont les collections espagnoles qui ont attribuélesStatuta Ecclesiæantiqua àun conciledeCarthage.Au vn'siècle, les colleclions espagnoles sont toutes ramenées à un type unique, la seconde Isidoriana qui suit l'ordre chronologique et qui vers la fin du VIIe siècle devient un recueil méthodique par ordre de matières. C’est jusqu’aux Décrétales le Corpus juris de l’Eglise espagnole. L’autorité dont jouissait ce recueil même dans les autres pays a inspiré à Isidore Mercator l'idée de son indélicate entreprise et en a assuré le succès. En France, les collections antérieures furent éclipsées par I' Hadriana, et n’eurent qu’une influence très réduite. Mentionnons enfin le Synodus Patricii qui résuma au vin» siècle la discipline irlandaise. Une autre source documentaire du droit canonique est constituée par les Décrétales des papes et nous avons signalé, au passage, en parlant des collections de conciles, l'insertion de documents pontificaux dans les recueils dont nous venons de parler. Signalons comme collections de décrétales le Codex Carolinas, où Charlemagne assembla quatre-vingt-dixneuf lettres, écrites par les papes à Charles Martel, à Pépin le Bref et à lui-méme. La collection pseudo-isidorienne, voir Décrétales (Fausses), contient l’isidoriana, donc des canons et des décrétales, mais mélangés de pièces apocryphes. Viennent ensuite par ordre chronologique trente-sept collections au moins, depuis les Fausses Décrétales jusqu’au décret de Gratien. Citons seulement les principales : Collectio Anselmo dicata, fin du IXe siècle, l’œuvre de Réginon, libri duo de synodalibus,elc. (commencement du Xe), les Capitula d’Abbon, et le décret de Burchard de Worms (com­ mencement du xi»), la collection d’Anselme de Lucques et celle du cardinal Deusdedit (de la fin du xie). Le Dé­ cret (?) et la Panormie d’Yves de Chartres du commen­ cement du xne. Voir pour la suite les articles Gratien (Décret de) et Décrétales. Les canons du concile de Trente et du concile du Vatican, les constitutions pontificales, re­ cueillies surtout par les bullaires, les regula cancella­ ria,les décrets des Congrégations romaines constituent enfin la plus abondante des sources documentaires. IV. Interprétation. — Il n’est pas dans notre plan i I I . 1840 de donner une liste même très incomplète des décrétistes, décrétalistes et commentateurs qui se sont con­ sacrés à l'interprétation des textes canoniques. Nous renvoyons à Schulte, Geschichte der Quellen und Litteratur des kanon. Rechts. Nous n’entendons pas non plus donner en raccourci les règles d’interprétation qui sont d'ailleurs à peu de chose près celles du droit civil. Nous renvoyons pour cela aux décrétalistes qui traitent de cette question ex professo en commentant le dernier titre du dernier livre des Décrétales, De regulis juris, surtout au Sexte. Arrêtons-nous plutôt aux documents qui servent le base à cette interprétation. Les trois principaux sont la glose, les décisions des dicastères romains et le droit civil. C’est là qu'on trouve le plus souvent les explica­ tions et les compléments nécessaires aux textes législatifs proprement dits. 1° La glose. — Le Corpus juris civilis avait la sienne le jour où parurent les Décrétales de Grégoire IX. La grande glose qui s’élaborait alors depuis cent ans ve­ nait de prendre sa forme définitive. Elle était, en effet, fixée par Accurce dans le premier tiers du xme siècle, et le travail de saint Raymond de Pennafort paraissait en 1234. Le Décret, texte ordinaire jusque-là des études canoniques, avait été dès le premier jour l’objet de commentaires, la première glose suivie était rédigée moins de quinze ans après l’apparition de l’ouvrage, et on date de 1236 la glose définitive qui nous est parvenue. Les Décrétales furent glosées immédiatement. Pour les nombreux textes qui provenaient des quinque compi­ lationes antiquae (voir Décrétales), le travail était déjà commencé. Quand Bernard de Parme mourut en 1266, il venait de mettre la dernière main â la glossa ordina­ ria. La glose du Sexte suivit de si prés la publication du recueil qu’un des compilateurs collabora à la glose, .lean André donnait en 1326 la glose des Clémentines parues en 1313. Sans doute ces gloses n'ont aucune valeur législative proprement dite, mais presque con­ temporaines des collections, elles reflètent très fidèle­ ment la pensée des compilateurs et des pontifes qui ont donné aux recueils force de loi et autorité exclu­ sive dans les discussions des écoles et des tribunaux. On y trouve donc mieux que partout ailleurs la pensée du législateur et leur autorité a fini par donner force de loi. par l'intermédiaire de la coutume, à des points discutables. 2e Les dicastères de la curie romaine ont concouru aussi et concourent encore à l'interprétation, et cela de deux façons. Us fixent la jurisprudence et ils com­ mentent officiellement. La Rote surtout a rempli la première fonction et vient de reprendre son travail après un demi-siècle de silence à peu près complet. Voir Rote. Les Congrégations ro­ maines, qui avaient remplacé la Rote dans son œuvre judiciaire, ont apporté aussi une vaste contribution à la jurisprudence. Mais elles viennent d’être ramenées par la constitution Sapienti consilio à leur rôle primitif qui est de veiller au gouvernement de l’Église et à la bonne interprétation des lois. La Congrégation du Concile en particulier avait le droit exclusif de commenter les dé­ crets du concile de Trente, tout commentaire de ce concile étant interdit à quiconque par la bulle Henedictus Deus de Pie FV. Toutes les Congrégations ro­ maines dans leurs réponses à des particuliers ou dans leurs décrets de portée générale interprètent authenti­ quement la loi canonique. Elles ne font qu’un avec le souverain pontife et ne décident rien d’important sans lui avoir soumis leur décision. 3e Enfin le droit civil prête son concours au droit canonique en de multiples circonstances pour l'inter­ prêter ou le compléter. Nous estimons qu’il est extrê­ mement utile de déterminer très nettement ce que le canoniste peut demander à la législation séculière pour 1841 DROIT CANONIQUE l'aider dans son œuvre. Les confusions les plus regret­ tables régnent sur cette matière, et souvent l'appel au droit civil qui pourrait étre si utile ne fait que rendre plus obscures les questions. Ouvrons nos anciens canonistes ou lisons une de ces décisions de la Rote qui discutent la question en litige avec l'ampleur que chacun sait (voir Décision), nous constaterons que les textes du droit romain, les appels à la grande glose du Corpus juris civilis, s’y rencon­ trent à côté des textes canoniques parfois avec une égale abondance.En poussant plus loin notre observation,nous verrons que les canonistes demandent aux textes sécu­ liers et des explications et des compléments. On peut résumer ainsi les rapports entre les deux législations: 1. Le droit canonique et le droit civil se prêlent mu­ tuellement aideetassistance, comme les deux puissances dont ils émanent se le doivent en principe. Elles pour­ suivent des lins différentes, mais non contradictoires. La constitution Hex pacificus qui promulgue les Décré­ tales donne au droit canonique le même but que Jus­ tinien prétend poursuivre : Honeste vivere, alterum non lædere, jus suum cuique tribuere. L’autorité civile légitime tire son autorité de Dieu. Les lois civiles sur beaucoup de points ne font que promulguer à nouveau la loi naturelle et souvent dans des termes que rien ne peut remplacer. 2. En matière ecclésiastique, si la loi civile contredit la loi canonique, cette dernière ne reconnaît aucune valeur au droit séculier, mais quand la loi civile vient renforcer la loi canonique, cette der­ nière s'appuie volontiers sur elle. 3. Quand les deux droits se trouvent ainsi conformes, les canonistes citent la loi civile au même titre que la loi canonique. Les juristes anciens citaient d’ailleurs de même les canons pour renforcer leurs arguments. Ceci n'était pas une simple habitude d'école résultant du fait que l’étude des deux droits marchait autrefois de pair. La décrétale Intelleximus, 1. V, xxxn, pose le principe d'une façon formelle : Quia vero,sicul leges non dedignantur sacros canon’es imitari, ita sacrorum statuta canonum principum constitutionibus adjuvantur, fraternitati tuse mandamus... negotium secundum legum et canonum statuta non differas terminare- Ceque laglose interprète au mot adjuvantur : El ita in causa ecclesiastica leges possumus allegare ut etiamsi canones deficiant, possit secundum legem judicari, i. Donc comme il est dit au c. 3 du même titre, causa Ecclesiæ decidi potest per jus civile in defectu canonum. De là la conclusion de Fagnan : Ubicumque non reperitur aliqua dispositio juris civilis expresse immutata a jure canonico, non debemus inducere discrepantium inter jus canonicum et jus civile :imo lexcivilis servari debet in foro Eccle­ siæ. Cum esses, De testamentis, n. 18. Par exemple, la loi canonique n'a pas fixé en détail les droits du béné­ ficier, elle le considère seulement comme un usufruitier. On applique à la jouissance et à l’administration du bé­ néfice les règles qui régissent l’usufruit dans le droit civil. 5. Cette compénétration des deux droits était tel­ lement passée en pratique que, pour éviter les erreurs, on avait dressé la liste limitative des exceptions â la règle générale. On peut voir dans Reilfenstuel, Jus ca­ nonicum universum, proæmium, § 11, la liste de ces cinquante discordances. Mais que faut-il entendre ici par droit civil? S’agit-il du droit romain ou des législalions modernes? Que nos anciens canonistes aient recouru au droit romain, c’est un fait, mais cela n’engage ni le présent ni l’avenir. Les raisons que les textes nous donnent de l’emploi simultané ou supplétoire du droit civil ne sont pas propres au droit romain ; le droit moderne émane, comme au temps des anciens canonistes, de l’autorité séculière légitime. Les textes de la loi ro­ maine sont dus pour la plupart à des jurisconsultes païens ou à des empereurs idolâtres ou hérétiques, 1842 DROUIN aussi nulle part les canons ne recommandent les lois à cause de la piété de leurs auteurs. Il est même remar­ quable que, dans le texte que nous avons cité sicut leges non dedignantur, etc., et qui est de Lucius III, saint Raymond a pris soin de supprimer un mot qui aurait pu accorder un privilège aux lois du code au détriment des lois contemporaines. Il y avait dans la suite du texte : lia et sacrorum statuta canonum priorum principum constitutionibus adjuvantur. Le mot souligné a pris place parmi les parles decisæ. Il faut donc dire que si les anciens canonistes en appellent à la loi romaine, c’est parce qu’elle est la loi civile de leur temps. Nous pouvons raisonner de même avec nos lois civiles modernes. Si elles se trouvent en opposition avec la loi naturelle ou canonique, sur ce point là elles ne lient pas en conscience. Si elles sont en conformité avec la loi canonique, on ne voit pas pourquoi on ne s’appuierait pas sur les lois de Napo­ léon, puisque nos anciens appelaient à leur secours à l'occasion les constitutions de Dioclélien. Si la loi canonique a besoin d’être suppléée, on ne voit pas pourquoi on irait demander à la loi romaine de déter­ miner quels sont, par exemple, les droits de l’usufrui­ tier, alors que le pouvoir romain n’est plus qu’un sou­ venir et que le Code civil régit la matière d’une façon tout aussi rationnelle, bien qu’un peu différente, par exemple, en ce qui concerne les mines ou carrières. Cependant il est deux points où le recours au droit romain s’impose à l’exclusion des prescriptions du droit civil. Mais ce ne sont pas des exceptions à pro­ prement parler. Il est des textes du droit romain qui ont été insérés dans les collections canoniques, ils sont devenus de véritables canons et restent tels. De plus, les canonistes du moyen âge étaient en même temps romanistes, les deux langages juridiques n'en faisaient qu’un, en sorte que, pour comprendre le sens que nos anciens attachaient à telle expression, il faudra voir souvent ce que les juristes de l’époque entendaient par là; c’est une règle élémentaire de l’exégèse des textes qui nous amène à cette conclusion. Mais qui ne voit que ceci n’est pas un appel au droit romain? Ce serait certainement une faute lourde de recourir aux décou­ vertes modernes des romanistes pour déterminer le sens exact des textes du Corpus juris civilis invoqués par nos anciens. Ils les invoquent dans le sens qu'on leur attribuait à leur époque et qui pouvait être fort différent de la pensée de Tribonien : c’est leur per qu’il faut chercher et non celle des premiers auteurs. Nous devons renoncer à donner une bibliographie de la science canonique. Qu'il nous suffise d'indiquer les ouvrages spéciaux, dont plusieurs considérables, qui contiennent les renseignements que nous ne pouvons donner ici : A. Tardif. Histoire des sources du droit canonique, Paris, 1887; cet ouvrage, destiné aux élèves de l’Ëcole des chartes, contient une liste des principaux canonistes avec de courtes notes biographiques; Maassen. Ges­ chichte der Quellen und Litteralur des fanon. Hechts, etc., 1890; Schulte, Geschichte der Quellen und Lit. des kan. Hechts, etc., 1875. P. Focrneret. DROUIN Hyacinthe-René, dominicain français, né à Toulon vers 1680. Il était le neveu du célèbre théolo­ gien Hyacinthe Serry, également dominicain. Drouin entra au couvent, à Toulon. Il fut ensuite envoy a Paris pour y achever ses études et y prendre les rm les. Licencié en 1714-1715, il reçut le bonnet de docteur que lui conféra le chancelier de l'université en l'appe­ lant dans son discours Aller Aquinas. Il débuta dans l’enseignement au fameux collège dominicain de SaintJacques; peu après il fut fait premier régent du cou­ vent de Saint-Honoré. En 1719, il fut nommé par le roi professeur royal de théologie à l’université de Caen, où il remplit la charge de syndic. Ses succès ne tardèrent pas à lui susciter des ennemis, surtout après qu'il eut fait censurer par l'Académie dix-sept propo­ 1843 DROUIN sitions, extraites de livres des jésuites,· cette censure avait été prononcée à la requête de l’évêque de Bayeux, I). de Lorraine. Ses adversaires profitèrent d’un refus du syndic de délivrer à un étudiant, peu assidu aux leçons, le certificat d'usage, pour le dénoncer au con­ seil royal. Par ordre, Drouin fut requis de délivrer le certificat demandé. 11 s'y refusa énergiquement et pour se justifier écrivit un Mémoire qu’il fit imprimer. Le ministre, André-Hercule de Fleury, qui n’était encore qu’évéque de Fréjus, mais tout dévoué â la Compagnie de Jésus, fit répondre au Mémoire de Drouin par une lettre de cachet (1722), qui lui enjoignait de quitter Caen le même jour et le diocèse de Bayeux dans la semaine. Ses adversaires n’avaient pas manqué de l’accuser de jansénisme et de quesnellisme. Il répondit â ces accusations par une Apologie. Sur ces entrefaites, le roi de Sardaigne, Victor-Amédée II, invita Drouin à venir occuper la chaire de théologie à l’université de Chambéry; pour se soustraire à ses ennemis, il accepta. En 1730, Victor-Amédée ayant abdiqué, Drouin quitta l'enseignement et se retira à Ivrée. S’étant rendu à Padoue pour y voir son oncle, Hyacinthe Serry, le car­ dinal dominicain Ferrero, évêque de Verceil, essaya de le retenir en lui oll'rant une chaire au séminaire Eusébien; de même à la mort de Serry (1738), le con­ seil de l’université de Padoue voulut offrir à Drouin la chaire de son oncle, mais sur les instances du général de l’ordre, Thomas Ripoll, on s’abstint. H craignait les adversaires du théologien. Drouin mourut à Ivrée le 30 septembre 1740 (et non en 1742, comme on l’a sou­ vent écrit) à l’âge de soixante ans. Outre ΓApologie, dont nous avons déjà parlé, Drouin composa plusieurs traités théologiques : 1° De baptismo in solius Jesu Christi nomine nunquam consecrato, adversus H. P. Josephum Augustinum Orsi ord. præd., Romæ in collegio Casanatensi S. theologiæ professorem, contrarias sententia: assertorem, dissertatio reciproca, in-4», Padoue, 1734; 2" Pe re sacramenlaria contra perduelles haereticos libri decem, duobus tomis com­ prehensi : quibus omnia et singula legis evangelicæ sacramenta consensione, universitate adstruuntur, defenduntur, vindicantur; simia et graviores quae­ stiones ad disciplinam, historiam et moralem perti­ nentes, itemque theologorum præcipuœ contentiones scholarum methodo ad mentem præceptoris Angelici expenduntur, discutiuntur, explicantur, etc., 2 infol., Venise, 1757. Dans le t. i, p. 227-284, se trouve une nouvelle édition de la dissertation précédente. Cet ouvrage du P. Drouin eut plusieurs éditions, in-fol., Venise, 1751, avec notes et additions de Patuzzi; in­ fol., Venise, 1756; in-fol., Venise, 1772; 10in-12, Paris, 1773-1775, avec notes de Patuzzi et de Louis Richard, O. P.; 4 in-4®, Venise, 1789, avec notes de Patuzzi; 3° Tractatus de summo pontifice, encore inédit, de 259 pages, dix chapitres, autrefois aux archives de Saint-Dominique de Turin. Il ne se trouve rien dans les œuvres de Drouin qui permette de le ranger sûre­ ment parmi les appelants de la bulle Unigenitus, mais la chose ne serait pas impossible. Jos. Hyac. Trivieri, In fastos provinciæ D. Petri Martyris S. O. Præd., ms. in-fol., 1751, t. I, p. 261 [aux Archives géné­ rales de l'ordre à Home]; Journal des savants, t. civ, p. 253264; t. cxi, p 263-273, 535-538; Suite des Nouvelles ecclésias­ tiques,6 mai 1742,où se trouve un extrait de la lettre du prieur d’Ivrée sur la mort de Drouin; elle commence ainsi : Cecidit corona capitis nostri; P. Barrai, Dictionnaire historique, littéraire et critique, s. 1., 1758, t. n, p. 110; Id., Appelons célèbres, in-12, 1753, p. 518, 524; Richard et Giraud, Diction­ naire... des sciences ecclésiastiques, Paris, 1760, t. It; d'autres auteurs tels que Michaud, Biographie universelle, etc.; Feller, Diet, historique, etc.; Nouvelle biographie générale (Didot), n'ont fait que copier Barrai; H. Hurter, Nomenclator, 3· édit., tnspruck, 1910, t. iv, col. 1405-1406,1509. R. COULON. DU CHESNE 1844 DRUZBICKI Gaspar, prédicateur et écrivain ascé­ tique très estimé, né à Sieradz (Pologne), le 6 janvier 1590, entra dans la Compagnie de Jésus le 20 août 1609, y remplit les fonctions de maître des novices, de recteur et de provincial, et mourut, avec la réputa­ tion d’un saint, à Posen, le 2 avril 1662 (ou 1660?). Ses ouvrages, en. latin et en polonais, publiés la plupart après sa mort, ont été réunis en 2 in-fol., qui ont paru à Kalisch et à Posen en 1686 1691, et réédités avec des additions à Ingolstadt, en 1732. Signalons, parmi les plus considérables : Lxercilia tironum religioso­ rum in duodecim menses distributa; Vota religiosa seu tractatus de volis religiosis in communi et particulari; Lapis Lydius boni spiritus sive considerationes de soliditate verte virtutis; Sublimitas perfectionis religiosæ lxxix discursibus explicata. Pawlowski, Vita P. Gasp. Druzbicki, in-12,1670, ot en tète de la première collection des œuvres; De Backer-Sommervogel, Bibliothèque de la C'· de Jésus, t. in, col. 212-224; t IX, col. 246-251; Hurter, Nomenclator, t. ni, col. 1217-1218; Kirchenlexikon, t. in, col. 2090. J. Brucker. DUBOIS Girard, oratorien français, né à Orléans en 1629, mort à Paris le 15 juillet 1696. Il édita le vne et dernier volume des célèbres Annales ecclesiastici du P. Le Cointe, son ami. avec un abrégé de la vie de l'auteur, et composa une Historia ecclesiæ Parisiensis, 2 in-fol., 1690 et 1710, dont le second volume parut après sa mort par les soins du P. Desmolets, ouvrage de grande valeur, mais qui ne va que jusqu’en 1364. Batterel, Mémoires domestiques, Paris, 1905, p. 114-119; Ingold, Supplément à la bibliographie oratorienne. A. Ingold. DUBOS Cha rles-François, né à Dubos, en Auvergne, en 1657, mort en 1724 à Luçon où il était doyen de la ca­ thédrale. C'est en cette qualité qu’il rédiga 22volumes des célèbres Conférences de Luçon, et une Vie de Barillon, évêque de Luçon, Delft, 1700, le saint prélat qui l’avait attiré dans cette viHe. A. Ingold, Archives de l’évêché de Luçon, 1885. A. Ingold. DU CHESNE Jean-Baptiste, se nommait PHILIPOTEAU, mais il est connu sous le nom de Du Chesne, qu’il prit à son entrée dans la Compagnie de Jésus. Né â Sy (Ardennes), le 21 décembre 1682, il se fit jésuite le 27 août 1700; après avoir enseigné les belles-lettres et la philosophie et gouverné comme recteur divers collèges, il fut pendant deux ans chargé de l’éducation des infants d’Espagne; de retour en France, il remplit encore d’importantes fonctions dans son ordre, et mourut à. Reims, le 24 janvier 1755. 11 s'est fait remarquer dans les controverses relatives au jansénisme, surtout par deux ouvrages d’histoire théo­ logique : Le prédeslinianisme ou les hérésies sur la prédestination et la réprobation. Traité historique et théologique, où l'on expose la naissance, le progrès, les révolutions, les dogmes, et les sectes diverses des prédestinations, avec des dissertations sur des points importans, et un sommaire de la doctrine que l'Église oppose à ces sectes, in-4°, Paris, 1724; et Histoire du baianisme, ou de l’hérésie de Michel Baius, avec des notes historiques, chronologiques, critiques, etc., suivie d'éclaircissemens théologiques, et d'un recueil de pièces justificatives, in-4», Douai (Paris), 1731. Le second a été mis à l'index, le 11 août 1733, sans doute à cause de quelques jugements excessifs et de ses at­ taques contre l’orthodoxie de quelques théologiens catholiques. Le dominicain Pierre Soto, en particulier, chez qui Du Chesne avait cru trouver le baianisme en germe,a été défendu contre lui par le P. A. Orsi, depuis cardinal, et par Billuart. Voir Baius, t. n, col. 63. Les jansénistes Coudrette et Nicolas le Gros préten­ dirent aussi relever plusieurs erreurs dans \'Histoirg 1845 DU CHESNE du baianisme. On a attribué encore au P. Du Chesne, outre quelques moindres écrits publiés pour la défense de la constitution Unigenitus, l’ouvrage suivant : La vérité et l’équité de la constitution Unigenitus démon­ trée contre les cent-une propositions de Quesnel, in-12, 1737. Il a également publié, en 1741 et 1743, des abré­ gés de l’histoire ancienne et de (’histoire d’Espagne, sans doute composés pour l'usage des princes ses élèves, et enfin une sorte d’encyclopédie intitulée : La science de la jeune noblesse, 3 in-12, Paris, 1729. DUEL 184C> Il importe de noter qu’il y a duel dès que ces trois conditions sont réalisées, qu’il s’agisse d'un duel au premier sang, ou d’un duel qui ne doit prendre fin que sur l’avis des médecins, aussi bien que d’un de ces duels à mort que les mœurs de noire pays n'admettent plus. 11 y aurait d'ailleurs duel quand bien même les formes solennelles du cartel, de l'envoi des témoins, du champ clos, etc., ne seraient pas observées. Deux hommes donc qui se donnent rendez-vous pour vider seuls une querelle à coups de couteaux, sont des duellistes au sens canonique du mot. du moment que Do Backer-Sommervogel, Bibliothèque de la C1· de Jésus, leurs armes sont capables défaire des blessures graves. t. n, col. 1112-1114; t. ix, col. 35; Hurter, Nomenclator, t. iv, Ce duel privé est un duel comme le duel solennel, bien coi. 1490-1491; Reusch, Lcr Index, t. n, p. 769; Scheeben, dans Der liatholik, 1868, p. 282. que les regrettables tolérances de la jurisprudence J. Brucker. civile ne s’étendent qu'à ce dernier. DUDERÉ Pierre, sieur de la Borde, a publié : La II. Origine et développement historique du duel. vérité triomphante de l'erreur, par un nouveau con­ — On serait tenté au premier abord de rattacher le verti, dont les motifs de la conversion sont adressés duel tel qu’il existe actuellement et que l’Eglise l'inter­ aux ministres de la religion prétendue réformée, avec dit à l'ancien duel judiciaire. Mais une étude un peu une instruction chrétienne sur les principaux articles attentive des deux espèces de duel fait rapidement de la foi, in-12, Paris, 1738. disparaître cette impression. Le duel judiciaire est une espèce du genre purgatio vulgaris ou judicium Dei. Glaire, Dictionnaire des sciences ecclésiastiques, Paris, 1868, 1.1, p. 661. Voir Jugement de Dieu. La malice spécifique des pra­ E. Mangenot. tiques condamnées par le titre des Décréiales De pur­ DUEL. — I. Notion. II. Origine et développement gatione vulgari, V, xxxv, réside dans la superstition.car historique. III. Malice. IV. Excuses. V. Peines. y recourir, c’est tenter Dieu. Le duel, lui, est coupable, I. Notion. — On délinit le duel : Singularis pugna parce qu’il revêt la malice de l'homicide et du suicide duorum inter se ex condicto armis ad occidendum sive et parce qu’il part d'un principe anarchique ruineux graviter vulnerandum aptis sponte suscepta. Nous de l'ordre social. Le titre De clericis bellantibus in empruntons cette définition à De Angelis au titre De duello, V, xiv, ne fait aucune allusion au péché contre clericis pugnantibus in duello. Elle concorde pour le la religion qu’est la tentation de Dieu, mais au crime sens avec celles des autres canonistes et résume en d’homicide. Sans doute, le premier chapitre seul quelques mots les descriptions du duel coupable frappé suppose que le duel a été offert spontanément, mais si de censures qui se rencontrent dans les différents le second nous met en présence d un duel judiciaire, le documents pontificaux dont nous parlerons plus bas. contexte établit bien clairement que ce qui préoccupe Chacun des termes de cette définition est donc à peser, exclusivement l’auteur de la décrétale, c’est la question car les peines portées par le droit en cette matière du meurtre. Il est d’ailleurs à remarquer que les deux n’ont leur application que quand les termes de la défi­ titres, De clericis bellati tibus in duello et De purga­ nition se trouvent réalisés. In poenis benignior est tione vulgari, sont tout à fait séparés l'un de l’autre et que saint Raymond de Pennafort.à la suite des auteurs interpretatio facienda. des Compilationes antiques, a rattaché le premier de Singularis pugna duorum. C’est ainsi, en effet, que ces titres au titre V, xn, De homicidio. Les trois titres se présente ordinairement le duel. Cependant la ma­ suivants, xm, De lorneamenlis ; xiv, De clericis lice du combat singulier serait la même s’il y avait un plus grand nombre de combattants, luttant en nombre bellantibus in duello,xv, De sagittariis, se présentent comme des appendices au tit. xn. égal de chaque côté. Clément VIII, const. Illius vices,§5. E'x condicto sponte suscepta. Il faut donc une Ceci vient confirmer l'opinion de ceux qui croient devoir rattacher le duel moderne aux tournoie et aux entente préalable entre les duellistes ou ceux qui joutes, plutôt qu’au jugement de Dieu de la forme représentent leurs intérêts dans la circonstance. Les mots ex condicto sont de Grégoire XIII. Bulle Ad duel. Sans doute la place que donne la collection des Décrétales aux deux litres De lorneamenlis et De cle­ tollendum. Cette entente doit porter non seulement ricis bellantibus in duello ne peut fournir qu’une sur le principe même de la rencontre, mais aussi sur indication, mais elle a sa valeur à côté des arguments le temps, sur le lieu. Cela résulte des deux documents d’ordre historique pour lesquels nous renvovons â pontificaux que nous venons de citer et de la bulle Del’article Duel du Dictionnaire d’apologétique de testabilem* de Benoit XIV. De fait, on sait que la conven­ M. d’Alês. Le droit canonique nous fournit d'ailleurs tion porte également sur les armes. C’est par la conven­ des raisons de fond plus frappantes. L'Église a interdit tion préalable que le duel se distingue essentiellement certains tournois et même, pendant une période assez de la rixe. Il n’y a pas duel, mais rixe, quand deux courte d’ailleurs, tous les tournois. En quoi consis­ hommes se provoquent dans la colère, et, séance tenante, cherchent à se blesser ou à se tuer, quelles que soient taient les tournois et de quelles peines étaient frappés ceux qui y prenaient part? Répondre à ces deux ques­ d’ailleurs les armes dont ils se servent. On voit com­ tions, c’est mettre en relief la parenté intime des deux bien est injustifiée la boutade connue : « Entre un assassin et un duelliste, il n’y a de différence que celle institutions. Le concile de Latran de 1170 dans un de la longueur de la lame. » canon qui a pris place au titre De lornearm > les Armis ad occidendum sive graviter vulnerandum définit ; detestabiles illas nundinas vel ferias... in aptis. On ne se bat pas en duel quand on fait conven­ quibus milites ex condicto convenire solent et ad tion de se rencontrer en un lieu et un temps détermi­ ’ ostentationem virium suarum et audaciae temere nés, pour se battre sans armes ou avec des armes qui congredi unde mortes hominum et animarum prine peuvent en toute hypothèse produire que des cula sæpe proveniunt. Voici maintenant la sanction : blessures légères. Dans notre pays, les règles reçues Quod si quis eorum ibi mortuus fuerit, quamvis ei ne reconnaissent comme armes pour les duellistes poscenti pænilentianon denegetur, ecclesiastica tamen que l’épée ou le pistolet de combat. Le sabre est admis caveat sepultura. Mais que fallait-il penser des tour­ entre militaires, mais un civil peut toujours refuser de nois ou toutes les précautions étaient prises humaine­ se servir de cette arme. ment pour qu’il n’arrive cas d'accidents graves, où 1847 DUEL les armes émoussées, et les masses d’armes en bois étaient seules admises et ou les armes défensives sem­ blaient rendre tout malheur impossible? Il semble bien que, dans les commencements, on les considé­ rait comme compris dans la défense générale. Le cas de conscience qui se trouve tranché au c. 11, De torneamenlis,etoù la sépulture ecclésiastique n'est accordée à un homme mort dans un tournoi d une chute de che­ val sans avoir combattu qu'à la condition qu’il ne soit pas venu dans la lice pour prendre partau tournoi, montre bien que l'exégèse du texte de Latran était sévère dans les commencements. Mais comme la sanction frappait uniquement ceux qui trouvaient la mort dans les tournois, il était humain que nos pères vinssent à se livrer sans scrupule à des exercices de force et d’adresse, d’où tout péril probable de mort était écarté. Mais Clément V constata que l’usage immodéré des tournois, même inofl'ensifs, détournait les chevaliers d’occupations plus sérieuses et entravait l’organisation des croisades dont il aurait voulu continuer la série. Dans une bulle Passiones, qu’on attribue au concile de Vienne, comme la plupart des actes de Clément V, il frappa d’excommunication réservée au Saint-Siège toute espèce de tournois. L’excommunication était doublée pour les seigneurs féodaux d’un interdit frappant toutes leurs terres. Le document n’est pas aux Clémentines. La collection qui porte ce nom fut en effet publiée par Jean XXII, qui, n’étant pas animé des mêmes préoccu­ pations en ce qui concernait les croisades, leva la dé­ fense. C’est l’extravagante de Jean XXII, De tomeamentis, annulant la décision de Clément V, qui nous en fait connaître les dispositions. Clément V avait cherché à atteindre tous ceux qui, à un titre quel­ conque, prêtaient leur concours aux tournois. On ne peut comparer ce texte, au point de vue du souci de ne laisser impunie aucune complicité, qu’à ceux qui régissent en­ core à l’heure actuelle la matière du duel.Qu’on en juge; les peines prévues sont celles faventium ea, vel ad id eis præslantium opem, consilium vel consensum, et illorum etiam, in quorum locis vel deslriclibus fierent, non prohibentium hoc, quum possent, et illo­ rum procedentes ad illa in domibus suis recipientium, vel commercium quomodolibet exercentium cum iisdem. Peut-on lire ce texte sans être frappé de sa ressem­ blance avec les dispositions du droit moderne contre le duel? Excommunication ipso facto réservéeau pape, censure étendue à tous ceux qui coopèrent positivement à l’acte condamné ou même à ceux qui ne s’y opposent pas par tous les moyens en leur pouvoir, si on ajoute la privation de la sépulture ecclésiastique pour ceux qui meurent dans le tournoi, même après avoir été admis à la pénitence, il faut convenir que la parenté entre les deux abus est bien étroite, pour que l’Église les ait poursuivis des mêmes peines ressuscitant, aux xv· et xvt· siècles, pour amener les duellistes à aban­ donner leurs pratiques, les censures dont Clément V frappait au xtv« les amateurs de tournois. Dans les tournois, des centaines de personnes com­ battaient parfois les unes contre les autres; dans la joule, deux cavaliers seulement étaient aux prises. L’usage persista dans notre pays où la mort tragique du roi Henri II, en 1559, en fit passer la mode. On ne peut pas dire que le duel succéda aux joutes, puisque, dés l’an 1500, Martin V interdisait un combat singulier entre Philippe de Bourgogne et Humphry de Glocester. Charles-Quinl provoqua François 1er en duel et la ren­ contre de Jarnac et La Châtaigneraie en présence de Henri II est demeurée célèbre. Si les deux institutions ne procèdent pas l’une de l’autre, au moins faut-il convenir qu’elles sont pro­ duites en partie par les mêmes sentiments. Le désir 1848 de faire preuve d’adresse et de bravoure, en présence d’une nombreuse assemblée, met en mouvement à la même époque les jouteurs de tournois et les duellistes. Obliger un adversaire méprisant à avouer qu’il vous considère comme digne de croiser le fer avec lui, explique le duel comme la joute. Mais le duel se présente dès cette époque comme plus barbare que la joute et il est bien difficile d’admettre que le désir de la vengeance n’était pour rien dans les sentiments de ceux qui recouraient à ce moyen pour se pousser dans l’estime publique. A la mort de Henri II, les joutes et tournois prennent fin dans notre pays pour faire place aux carrousels, mais en même temps les duels se multiplient d’une façon tel­ lement inquiétante que les deux puissances s’accordent pour les prohiber sous les peines les plus sévères. III. Malice. — La lettre de Léon XIII aux évêques d’Allemagne et d’Autriche-Hongrie en date du 12 sep­ tembre 1891, Pastoralis officii, dans le Canoniste con­ temporain, 1891, p. 459 sq., donne avec la clarté et la précision habituelles à son auteur l’ensemble des rai­ sons qui condamnent la pratique du duel. Résumer ce document et accompagner l’analyse de quelques rapides réflexions nous mettra en présence de la vérité morale sur le duel. Le pape en appelle à la loi divine naturelle et posi­ tive et montre qu’elle réprouve le duel, et au point de vue de la morale individuelle et de la morale sociale: Scilicet utraque divina lex, tum ea quæ naturalis rationis lumine tum quæ litteris divino afflatu per­ scriptis promulgata est, districte vetat ne quis extra causam publicam hominem interimat, aut vulneret, nisi salutis suæ defendendae causa, necessitate coactus. At qui ad privatum certamen provocant, vel oblatum suscipiunt, hoc agunt, huc animum viresque intendunt, nulla necessitaleadstrictiut vitam eripiant aut saltem vulnus in ferant adversario. En effet, dans le duel privé on se trouve manifestement extra causam publicam, et cette pratique ne peut être assimilée ni à la guerre ni à l’acte par lequel le juge ou l’exécuteur de la sen­ tence exercent la vindicte publique. Reste donc seule­ ment le cas de légitime défense. Sans doute, quand je suis l’objet d’une agression injuste ét soudaine, que ma vie est menacée sans que je puisse recourir à la protec­ tion sociale qui arriverait trop tard pour m’apporter un secours efficace, je ne fais qu’exercer un droit élémen­ taire en me défendant moi-même. J’ai le droit de dé­ fendre par le même moyen mes membres ou les biens très précieux sans lesquels il faudrait déchoir de ma condition : une femme peut tuer celui qui cherche à la violenter, et un mari celui qui cherche à commettre l’adultère avec sa femme. Cf. S. Liguori, Theologia moralis, I. HI, η. 380 sq. Voir t. iv, col. 227-230. Mais le duel étant par définition ex condicto, jamais le cas de légitime défense ne s’y trouve réalisé. Ulraque porro divina lex interdicit ne quis temere vitam projiciat suam, gravi et manifesto objiciens discrimini, quum id nulla officii aut caritatis magna­ nimis ratio suadeat. Hæc autem cæca temeritas, vitæ contemptrix, plane inest in natura duelli. Léon XIII nous rappelle ici que s’il n’est jamais permis de se donner directement la mort, il est des cas où on peut et même où l’on doit s’exposer à un péril même certain de mort. Mais il faut que l’acte soit justifié par un devoir qui s'impose ou par un acte de charité héroïque. L’opinion publique serait très sévère pour le pasteur ou le magistrat qui abandonneraient ceux dont ils ont la charge pour fuir un péril même de mort. Elle est en cela d’accord avec la morale naturelle. Elle considère que le soldat qui refuserait d’exposer sa vie pour défendre son pays à la guerre se déshonorerait, elle honore ceux qui exposent ou perdent leur vie pour sauver celle de leurs semblables. Mais le devoir ni la 1849 DUEL charité n’ont rien à voir avec l’acte du duelliste. Pour la charité, c’est trop évident; pour le bien public, c’est plutôt le contraire qu’il faut affirmer. Quare obscurum nemini aut dubium esse potest, in eos, qui privalim prælium conserunt singulare, utrumque cadere et scelus alienæ cladis et vitæ pro­ pries discrimen voluntarium. Demum vix ulla pestis est, quæ a civilis vitæ disciplina magis abhorreat el justum civitatis ordinem pervertat, quam permissa civibus licentia ut sui quisque adsertor juris privata vi manuque, et honoris, quem violatum putet, ultor existât. Voilà le grand mot lâché : Il faut sauver l'honneur. Les duellistes de nos jours se défendent, en effet, d’agir par vengeance, bien qu’il apparaisse, très souvent, que c’est surtout ce motif inavouable qui les fait agir. Ils souriraient si on leur demandait comment ils peuvent espérer que Dieu mettra sa justice à leur service pour rétablir par un duel les droits de chacun. Mais ils se retranchent’derrière le point d’honneur. Nous examinerons la valeur de cette excuse des duel­ listes au paragraphe suivant. IV. Excuses du duel. — Les anciens canonistes énu­ méraient les cas où le combat singulier ex condicto était permis, on peut encore trouver l’énumération de ces casdans De Angelis. Mais les hypothèses envisa­ gées ne répondent plus à l’état de nos mœurs. Qu’on en juge par deux exemples : Si fiat ex causa termi­ nandi bellum nisi per hoc victoria quæ satis ceria esset, dubia reddatur : sic David cum Goliath, S. Wenceslaus cum duce Curimensi singulare certa­ men inierunt; si fiat auctoritate publica a duobus condemnatis ad mortem. Comme le fait remarquer Léon XIII à la fin de sa lettre souvent citée : Recens ætas, quæ se jactat huma­ niore cultu morumque elegantia longe superioribus sæculis antecellere, parvipendere vetustiora instituta consuevit ac nimium serpe respuere quidquid cum colore discrepet recenlioris urbanitatis. Un duel à mort entre deux condamnés à la peine capitale paraî­ trait un acte sauvage digne d’un autre temps et une nation ne voudrait pas éviter une guerre, même par ce moyen, en se faisant représenter par un criminel entre les mains de qui elle remettrait l’honneur et les inté­ rêts du pays. Quid est igitur quod has tantummodo rudioris ævi acperegrinæ barbariæ ignobiles reliquias duelli morem inlelligimus, in tanto humanitatis studio non repudiat. Les excuses qu’on invoque maintenant en faveur du duel ne sont pas, en effet, celles que la raison pourrait admettre. On ne recourt plus à l’heure actuelle aux duels raisonnables. 1» On in’a provoqué, dit-on, je suis dans le cas de légi­ time défense. Autrefois, il y a eu des combats singuliers de ce genre parfaitement légitimes. Un homme appar­ tenant à la catégorie sociale qui avait le droit de porter l’épée était assailli brusquement par un autre et tous deux mettaient l’épée à la main pour se défendre. Mais nous sommes en présence non d’un duel qui est essen­ tiellement, tel que l’Eglise le condamne, ex condicto, mais en face d’une rixe où peut parfaitement se réa­ liser le cas de légilime défense, où j’ai le droit de blesser ou même de tuer mon injuste agresseur, servato moderamine inculpâtes tutelæ. Dans le duel moderne, même provoqué, je ne suis pas surpris, librement j’accepte le combat. Quand je me soumets aux conditions de mon adversaire, je me soumets en même temps aux miennes. Au moment où je vais sur le terrain, je ne suis plus en danger que parce que j’ai bien voulu accepter de m’y mettre. Si on m’attaque, j’attaque aussi et je ne puis parler de légitime défense contre une attaque, soudaine et injustifiée, où personne que moiinéme ne peut me protéger. 2’ Sans doute, ma vie n’est pas en péril, ni mes 1850 membres, ni mes biens, mais il y va de mon honneur ; or, qui donc oserait prétendre que l’honneur ne doit pas être préféré à l’argent et à la vie même? Les théo­ logiens ne reconnaissent-ils pas eux-mêmes, après saint Liguori, qu'une femme peut défendre son honneur en donnant la mort à celui qui prétend la violenter, et le mari n’a-t-il pas le droit, toujours d’après les théolo­ giens, de ne pas laisser sombrer son honneur en mettant à mort le séducteur de sa femme pour l’empêcher de consommer l’adultère? Je ne fais pas autre chose, je venge mon honneur outragé; on m’a insulté grave­ ment par paroles ou par actes, je vais venger mon honneur. Je n’ai à ma disposition que le duel pour le reconquérir. Si vraiment il s’agit de venger l’honneur outragé, le duelliste ne se trouve pas dans les cas prévus par les théologiens où l’honneur plus précieux que la vie, la for­ tune ou l’intégrité des membres peut être préservé par la mort de l’adversaire. Un acte de vengeance après coup n’a jamais été considéré par eux comme légitime. Des tribunaux existent pour réparer les dommages causés à l’honneur aussi bien qu’au corps ou aux biens. Mais supposons qu’en disant venger l’honneur, on en­ tende seulement réclamer le droit de réparer l’honneur outragé. Encore faudrait-il expliquer comment un duel peut vraiment réparer l’honneur, si on l’a perdu vérita­ blement par l’injure que l’on a subie. Or, cela ne soutient pas le raisonnement. Écoutons Léon XIII : Quamvis enim ex certamine victor decedat qui, injuria accepta illud indixit, omnium cordatorum hominum hoc erit judicium, tali certaminis exitu viribus quidem ad luc­ tandum, aut tractandi armis meliorem lacessentem probari, non ideo tamen honestate potiorem. Quod si idem ipse ceciderit, cui rursus non inconsulta, non plane absona hsec honoris tuendi ratio videatur. Et le document pontifical conclut que de si mauvaises raisons ne peuvent mouvoir des hommes raisonnables, il faut en revenir à ce qu’on ne veut pas avouer, c’est qu’une provocation en duel ne peut s’expliquer que par le désir de vengeance, qui amène à se substituer â l’auto­ rité publique pour se faire le juge de sa propre cause et l’exécuteur de la sentence qu’on a prononcée arbi­ trairement. 3° Mais si on me provoque et que je n’accepte pas le duel, je serai déshonoré aux yeux du monde; je protège mon honneur en allant sur le terrain. Cela veut dire qu’il existe dans votre milieu un cer­ tain nombre'Vie personnes imbues d’un préjugé et que connaissant votre devoir tel que la loi naturelle, la loi civile et la loi canonique le formulent, vous n’avez pas la force de caractère de le préférer au jugement certai­ nement faux d’une opinion publique égarée. Personne de ceux qui vous désapprouveraient ne peut nier que, si vous avez vraiment forfait à l’honneur, un coup d’épée reçu ou donné par vous ne peut rien y changer. Que si le mépris que votre adversaire a témoigné publiquement pour vous est injustifié, le coup d’épée ne prouvera ni votre innocence ni l’infamie de celui qui a prétendu vous déshonorer. Le temps n’est plus, en effet, où l’on s’en remettait au jugement de Dieu pour découvrir de quel côté se trouvait le bon droit; et de fait, après le duel, personne ne s’avise de considérer celui qui a succombé comme ayant eu tor dans le démêlé qui a conduit les adversaires sur le terrain. 4° Mais je passerai pour un lâche. On croira que j’ai eu peur de perdre la vie, et si mon honneur n’a pas été entamé par l’injure qui m’a été faite, du moins mon refus de me battre me le fera perdre. Là encore nous nous trouvons en présence d’un pré­ jugé. Pourquoi l’opinion publique réprouve-t-elle si sévèrement les paris stupides, dans lesquels s’engagent des têtes faibles et où l’on expose sa vie par bravade 1851 DUEL sans utilité pour soi et pour le public? On enseigne aux enfants téméraires qu’il est mal d’exposer sa vie sans motif, on les punit quand ils le font. Les chefs mili­ taires punissent le soldat qui s’expose sans utilité au feu de l’ennemi pour faire montre de courage. On est moins sévère, il est vrai, pour les acrobates et les dompteurs, mais ne serait-ce pas parce qu’ils se don­ nent en spectacle? En allant au fond des choses, est-il soutenable que celui qui va sur le terrain, uniquement parce qu’il y est poussé par la crainte de l’opinion publique, donne une vraie preuve de son courage? Comme le note Léon XIII : Ipsi sapientes ethnici et norunt el tradiderunt fallacia vulgi judicia spernenda esse a forti et con­ stanti viro... Jmmo qui inania vulgi aspernatur judi­ cia, qui contumeliarum verbera subire mavult, quam ulla in re officium deserere, hunc longe majore atque excelsiore animo esse perspicitur, quam qui ad arma procurrit, lacessitus injuria. Quin etiam, si recte di­ judicari velit, ille est unus, in quo solida fortitudo eluceat, illa inquam fortitudo, quæ virtus vere nomi­ natur, et cui gloria comes est non fucata, non fallax. Le vrai courage consiste, en effet, à faire son devoir, quoi qu’il puisse en coûter, et quelques avanies qu’on "misse avoir à subir pour l’avoir accompli. Sans doute, ces raisonnements n’ont que peu de prise sur un certain nombre de partisans du duel qui affec­ tent en pareille matière de ne se laisser guider que par l’usage et l'opinion de leur milieu. Il n’est pas rare d’en trouver qui se refusent à toute discussion, avouant par là même que la pratique à laquelle ils tiennent tant est déraisonnable. Puisqu’ils procèdent par voie d’autorité, nous y répondons en insérant les cinq propositions que Benoit XIV avait relevées dans les ouvrages de certains cano­ nistes de son temps et qu'il a condamnées par la bulle Detestabilem du 10 novembre 1752 : 1* Vir militaris,qui. nisi offerat vel acceptet duellum, tanquam formidolosus, timidus, abjectus, et ad officia militaria ineptus haberetur, indeque officio, quo se suosque sustentat, privaretur, vel promotionis, alias sibi debitæ ac promeritas, spe perpetuo carere deberet, culpa et pœna vacaret, sive offerat sive acceptet duellum. 2· Excusari possunt etiam honoris tuendi vel vilipensionis humanæ vitandæ gratia, duellum acceptantes, vel ad illud provo­ cantes, quando serte sciunt pugnam non esse secuturam, utpote ab aliis impediendam. 3· Non incurrit ecclesiasticas poenas ab Ecclesia contra duellantes latas, dux, vel officialis militias, acceptans duellum ex gravi motu amissionis famæ et officii. 4· Licitum est, in stalu hominis naturali, acceptare et offerre duellum ad servandas cum honore fortunas, quando alio remedio eorum jactura propulsari nequit. 5· Asserta licentia pro statu naturali applicari etiam potest statui civitatis male ordinatæ, in quo nimirum, vel negligentia vel malitia magistratus, justitia aperte denegatur. Ces cinq propositions sont notées fausses, scanda­ leuses, pernicieuses. Cf. Denzinger-Bannwart, Enchi­ ridion, n. 1491-1495. V. Les peines. — Nous avons rattaché les peines du duel moderne à celle qui frappait autrefois les combat­ tants des tournois et que formule le c. l De torneamentis aux Décrétales de Grégoire IX. Ce texte est du con­ cile de Latran de 1179. Mais il ne fait que reproduire en propres termes le canon 10 du concile de Reims de 1131, le canon 14 du concile de Latran en 1139, et le canon 12 du concile de Reims de 1148. Labbe et Cossart, Concilia, t. x, col. 986, 1006, 1112. Le décret xlvih de Clément III (f 1191), P. L., t. cciv, col. 1501, porte une défense générale contre toute espèce de duel. Despondendum quod nec in eodem casu, nec etiam in aliis debes aliquatenus tole­ rare. Mais aucune peine n’est portée. Les bulles de Jules II Regis paci/ici du 24 février 1852 1509, de Léon X Quant Deo, du 23 juillet 1519, portent des peines contre les duellistes. Bullaire de Lyon, t. i, p. 509, 600. Les auteurs citent aussi une constitution Consuevit Romanus pontifex, que nous n’avons pas trouvée au bullaire. La bulle de Jules II note les duel­ listes d’infamie, les prive de la sépulture ecclésiastique, les frappe de l’excommunication latæ sententiæ. Et comme la bulle a pour but d’atteindre les duellistes de l’État ecclésiastique, les vassaux du Saint-Siège qui au­ toriseront des duels sur leurs terres seront frappés, la première fois, d’une forte amende et la seconde seront privés de leurs fiefs. La bulle de Léon X reproduit celle de Jules II, en renouvelle les sanctions, confisque les biens des duellistes, ceux des seigneurs qui permettent les duels sur leurs terres, les frappe d’excommunica­ tion, condamne à l’excommunication et à une amende les simples spectateurs et jette l’interdit sur les lieux où se produisaient des duels. La bulle de Pie IV Ea quæ a praedecessoribus nostris du 13 novembre 1560 rappelle les précédentes, el celle de Clément VII, en renouvelle les peines, les aggrave et les étend à tous ceux qui coopèrent au duel. Bullarium, t. n, p. 30 sq. Sont frappés d’excommunication majeure latæ sententiæ, dont le pape seul pourra absoudre, non seulement les duellistes, ceux qui concèdent un terrain, ceux qui assistent au duel, mais ceux qui provoquent simple­ ment en duel, ceux qui accompagnent les duellistes, qui conseillent le duel, l’approuvent ou le favorisent; seuls, l’empereur et les rois ne tombent pas sous le coup de l’excommunication majeure. Le concile de Trente, sess. XXV, De reform., c. six, renouvelle en substance toutes les peines portées au­ paravant et fait disparaître H réserve en faveur des empereurs et des rois. L’empereur et les rois, comme tous les autres princes temporels, sont excommuniés par le seul fait qu'ils fournissent sur leurs terres un lieu sûr pour un duel. La localité où a lieu le duel leur est retirée s’ils la tiennent de l’Église, et s’ils la tiennent en fief, elle retourne au suzerain. Les duellistes et leurs parrains sont frappés d’excommunication, .de confiscation totale, notés d'infamie, traités comme ho­ micides et privés de la sépulture eccclésiastique, s’ils meurent dans le combat. La peine d’excommunication ac perpetuæ maledictionis est portée contre quiconque aura donné des conseils aux duellistes tam in /ure quam in facto, les aura encouragés de quelque façon que ce soit et les simples spectateurs sont eux-méines compris dans cette catégorie. Grégoire XIII, bulle Ad tollendum, 5 décembre 1582, Bullarium, t. n, p. 460, supprime tout prétexte en notant que les peines portées par le concile de Trente sont encourues même quand il n’y a pas duel solennel, mais qu’on se bat sans témoins, sans champs clos, sans cartel. Il suffit que la rencontre ait lieu ex condicto statuto tempore et loco convento. Vient ensuite la bulle de Clément VIII, Illius vices du 17 août 1592, Bullarium, t. in, p. 13. Le pape est obligé de déclarer que les peines portées par le concile de Trente s'étendent à tout l’univers, à toutes les caté­ gories de personnes, au temps de guerre comme au temps de paix, qu’il faut assimiler aux provocations en duel ce qu’on appelait les manifesta, défi jeté non pas à une personne en particulier, mais à quiconque voudra le relever. Les peines s’étendent à tous les fauteurs ou complices du duel, les catégories sont énumérées avec un souci manifeste de ne laisser échapper aucun cou­ pable. Sont frappés même ceux qui n’ont pas empêché le duel alors qu’ils le pouvaient. Il fallut encore faire intervenir l’autorité suprême en 1665. Trois propositions favorables au duel furent con­ damnées par Alexandre VIL Denzinger-Bannwart, n. 1102,1117, 1118. Voir 1.1, col. 732, 738. Enfin la bulle de Benoit XIV déjà citée, Detestabi- 1853 DUEL leni, du 10 novembre 1752, Bullarium Benedicti XIV, Prato, t. ni, p.32-36, vint résumer et renouveler toutes les condamnations antérieures contre le duel et réformer les opinions laxistes exprimées par les cinq propositions que nous avons reproduites à la fin du paragraphe précédent. Le duelliste doit être privé de la sépulture ecclésiastique, rnéme s'il meurt hors du lieu du combat; c’est une aggravation de la discipline anté­ rieure, l’évêque lui-méme ne peut dispenser sur ce point. A l’heure actuelle, les différentes peines portées par le Saint-Siège contre les duellistes et leurs complices sont l'excommunication, l’infamie de droit, la priva­ tion de la sépulture ecclésiastique. Nous allons passer en revue successivement ces trois peines, voir qui elles atteignent et dans quelle mesure la coutume a pu les atténuer dans notre pays. 1. L’excommunication majeure. — La bulle Aposlolicæ sedis est venue remplacer toutes les décisions que nous avons citées plus haut en formulant parmi les excommunications latæ senlentiæ simplement réser­ vées au pape la censure suivante : Excommunicationi latæ sententiæ Romano pontifici reservalæ subjacere declaramus : 3° Duellum perpetrantes, aut simpli­ citer ad illud provocantes, vel ipsum acceptantes, et quoslibet complices, vel qualemcumque operam aut favorem præbenles, necnon de industria spectantes, illudque permittentes, vel, quantum in illis est, non prohibentes, cujuscumque dignitatis sint, etiam rega­ lis vel imperialis. Duellum perpetrantes. Quand les éléments que nous avons énumérés en donnant la définition du duel se trouvent réalisés, ceux qui se livrent â un combat de ce genre tombent sous la censure. Aut simpliciter ad illud provocantes. A cette dispo­ sition du concile de Trente, la bulle de Pie IX ajoute la même peine pour la simple provocation; nous avons vu que cette aggravation, dont on peut trouver l’origine dans la bulle de Pie IV, avait été formulée par Clé­ ment VIII. Mais encore faut-il qu’il y ait provocation à un véritable duel, c’est-à-dire qu’on provoque une personne en particulier; le texte de la bulle Apostolicæ sedis ne semble pas viser le cas de défi général, mani­ festa, condamné par la bulle lllius vices. Il n’y aurait pas non plus de provocation à un duel tant qu’on n’aurait pas proposé les conditions ou du moins qu’on n’aurait pas laissé à l’adversaire le soin de les déter­ miner. Dire : je vous provoque en duel n’est pas suffi­ sant pour que la provocation soit consommée. Il faut déterminer les conditions de temps, de lieu et d’armes, ou du moins déclarer qu’on s’en remet pour cela aux témoins ou à l’adversaire. Vel ipsum acceptantes. Il faut que l’acceptation, elle aussi, soit complète, porte sur un duel, et non sur un risque, qu’on accepte des conditions de temps, de lieu et d’armes, ou du moins qu’on accepte de les lais­ ser déterminer en son nom par d’autres. Et quoslibet complices vel qualemcumque operam aut favorem præbentes. Cette formule atteint tous les complices, coopérateurs ou fauteurs, et c’est à la lu­ mière des documents antérieurs que Pie IX entend présumer qu’on les énumère. C’est le paragraphe 7 de la bulle Illius vices, qui est le plus abondant comme énumération des complices el fauteurs. Après Mgr Many nous énumérons les cas les plus pratiques de coopération au due), a) Les témoins qui dans l’état de nos mœurs remplissent les fonctions de ceux que le concile de Trente appelait les parrains, et parmi lesquels on choisit souvent le directeur du com­ bat. Après les duellistes, les témoins sont les plus coupables; il arrive même parfois que sans leur volonté le duel n'aurait pas lieu. Ils tombent donc sous la censure, tantôt comme auteurs du duel, tantôt comme [ i ; i 1854 complices. On excuse seulement celui qui n’a accepté la fonction que pour essayer d'empêcher le duel ; plu­ sieurs même estiment, après saint Liguori.que s’ils ont l'espoir d'arrêter le duel au dernier moment, ils peuvent accompagner les duellistes sur le terrain. Mais ils ne pourraient le faire seulement dans le but de veiller à ce que le duel soit moins dangereux et pour qu’un duel à mort soit arrêté de fait au premier sang. On doit le conclure de la décision du Saint-Office du 31 mai 1884, qui déclare que le médecin lui-même ne pourrait excuser sa présence sous ce prétexte. La raison en est que le duel au premier sang tombe sous les censures, tout comme le duel à mort, comme nous l’avons vu plus haut, col. 1846. 6) Ceux qui conseillent le duel sont excommuniés à condition que leurs conseils inlluent sur la décision des duellistes soit en les déterminant à se battre, soit en venant fortifier leur résolution, déjà prise. Mais il faut que leur intervention ait eu une efficacité réelle et positive. Dans trois cas, la peine ne frapperait pas les conseillers du duel. a. Ils ont rétracté leur conseil en temps utile, en sorte qu’on ne peut pas dire que le duel ait lieu sous leur influence, b. Le duel n’a pas eu lieu de fait pour une cause ou une autre, sans qu'ils soient d'ailleurs pour rien dans cetle abstention. Sans doute la faute morale est la même, mais au forexterne on ne peut frapper les complices que quand il y a des principaux coupables; or, ici, il n’y a pas de principaux coupables, puisque le duel n’a pas lieu, et la bulle Apostolicæ sedis n’a pas cru devoir renouveler contre les complices ou fauteurs du due.l la mention etiamsi pugna non sequatur de Clément VIII et de Grégoire XIII. c. Enfin les conseillers du duel n'encourent pas la censure s’ils n’ont donné que des conseils de modé­ ration, en cherchant à amener deux duellistes, bien décidés à se battre, à se contenter d’un duel au premier sang. Ils n’ont pas alors conseillé le duel, mais seule­ ment une atténuation au mal qu’on avait décidé de faire. c) Ceux qui prescrivent le duel à leurs inférieurs sont excommuniés, s’ils n’ont pas révoqué leur ordre en temps utile, leur action est en effet plus efficace encore que celle des simples conseillers. d) Le médecin el le confesseur. La décision du Saint-Office du 31 mai 4884, dans le Canoniste, 1884, p. 308, a déterminé dans quel cas ils encourent les censures. Ils ne peuvent se tenir à la disposition des duellistes pour leur porter secours pendant le combat en cas de besoin. Us ne peuvent donc sans encourir l’excommunication les accompagner sur le terrain. Leur seule présence est en effet un encouragement et rassure les coupables sur l'issue finale du combat, au point de vue corporel et spirituel. Ils ne peuvent même se tenir à la disposition des combattants dans une maison ou un lieu voisins afin d’être plus à même de répondre au premier appel. Mais pourtant s’ils le font sans que les duellistes le sachent, leur présence ignorée ne peut encourager les coupables, et on ne peut les inculper pour l’acte de charité qu'ils accom­ plissent. On peut le conclure par argument a contrario de la réponse du Sainl-Oflice qui les déclare atteints d’excommunication quand ils se tiennent à proximité du lieu du duel, quatenus ex condicto fiat. e) Le maître d'armes qui donne des leçons à un homme qui doit se battre en duel, si, tout en exerçant sa profession parfaitement licite, il n’encourage pas cependant positivement son client à se battre, ne semble pas tomber sous les censures. Voir Mgr Many, loc. cit. f) Les autres fauteurs el auxiliaires frappés par les censures sont tous ceux qui coopèrent directement au duel en rédigeant, signant, portant le cartel, qui dési­ gnent le lieu du combat, choisissent les armes, ies chargent, qui assistent les duellistes sur le terrain de 1855 DUEL quelque façon que ce soit, les encouragent, les vantent, etc. La bulle dit : Quoslibet complices vel qualemcumque operam aut favorem praebentes. q) Les spectateurs du duel eux-mêmes peuvent encourir l'excommunication, mais à une condition qui est de stricte interprétation, puisque nous sommes en matière pénale. La bulle dit : ex industria spectantes. 11 s'agit de ceux qui vont sur le terrain à dessein et pu­ bliquement, et qui par là encouragent les combattants et approuvent ainsi les duellistes et le duel. Ils encour­ raient la peine, même s’ils y allaient par simple curiosité et non dans le but d’encourager et d’approuver, leur seule présence produisant naturellement ce double résultat. Mais n’encourt pas la censure celui qui, pas­ sant accidentellement par là, s’arrête pour voir le combat. 11 en est de même de celui qui regarde de loin ou d’un lieu où les duellistes ne peuvent le voir. On ne peut dire qu’il encourage les duellistes ni qu’il les approuve par ce seul lait. Illudque permittentes vel, quantum in illis est, non prohibentes, cujuscumque dignitatis sint, etiam rega­ lis vel imperialis. Il s’agit d’abord d’une permission positive, mais la tolérance elle-même est frappée de l’excommunication bien qu’avec une atténuation : non prohibentes quantum in illis est. Cette atténuation dans les termes du document pontifical s’explique par l'état des mœurs publiques en matière de duel. Toutes les lois civiles qui interdisent le duel n’empêchent pas l’abus de se perpétuer; il faut donc que quiconque détient une porlion si minime soit-elle de l’autorité publique inter­ vienne de tout son pouvoir, pour faire appliquer la loi et ne soit jamais complice du mal par sa négligence. 2. La deuxième peine canonique contre le duel est l'infamia juris. Cette peine avait été portée par le concile de Trente et entraîne de plein droit l’irrégula­ rité. Elle atteint les duellistes et leurs témoins seulement: Qui vero pugnam commiserint et qui eorum patrini vocantur perpetuæ infamiæpœnam incurrant. Une dé­ cision de la S. C. du Concile, en date du 9 août 1890, déclare que cette peine n’est pas tombée en désuétude. Elle est encourue ipso facto, mais on peut se fier dans la pratique à l’opinion bénigne qu’elle ne produit son effet, notamment en ce qui concerne l’irrégularité, qu’après sentence déclaratoire. 3. La privation de sépulture ecclésiastique pour celui dont le duel cause la mort, même quand la mort ne s’est pas produite sur le terrain et quand le moribond a donné des signes de pénitence et reçu les sacrements, est dedroitcommun. Mais il ne semble pas douteux qu’en I·’rance la coutume contraire soit devenue légitime, ainsi Gousset, Icard, Craisson, etc., en sorte qu’on peut accor­ der la sépulture ecclésiastique à tout duelliste quand plusieurs témoins déclarent qu’il a donné des marques de repentir, et cela même si la mort a lieu sur le terrain. 4. Les propositions favorables au duel condamnées par les souverains pontifes le sont toujours. Celles que Benoit XIV a condamnées et que nous avons données in extenso à la fin du paragraphe précédent, voir col. 1851, ne peuvent être soutenues sans que l’excom­ munication s’ensuive. En effet, c’est sous cette peine que Benoit XIV a défendu de les enseigner et de les sou­ tenir; or, le n. 1 des excommunications simplement réservées au pape par la bulle Apostolicæ sedis vise Docentes vel defendentes sive publice sive privatim propositiones ab apostolica sede damnatas sub excom­ municationis pœna lalæ sententiæ. Toutes les peines du duel sont applicables aux duels académiques des universités allemandes. C’est ce que déclare une réponse de la S. C. du Concile du 9 août 1890. Voir le Canoniste de 1890, p. 463 sq., qui reproduit intégralement la folio où la nature du duel est analysée soigneusement et comparée à celle des Sludenlenmensvren. Hollweck estime même, § 165, note 2, que les 1856 DUFOUR champions des associations allemandes d’étudiants qui formulent des défis collectifs tombent sous lescensures. Don Alphonso de Bourbon et d'Autriche-Este, Résumé de l'histoire de la création et du développement des ligues contre le duel, Vienne, 1908; Compte rendu du premier con­ grès international contre le duel, Budapest, 1908; d’Arbois de JubainviUe, Le duel conventionnel en droit irlandais, dans la Nouvelle revue historique du droit, 1889; Cathrein. Moralphilosophie, Fribourg-en-Brisgau, 1904, t. il; Cimetier, Le ditel dans la législation ecclésiastique, dans la Revue pratiqua d'apologétique, 15 juin 1910; Dupin, Question du duel devant la cour de cassation. Réquisitoire de M. Dupin, procureur général, dans Sirey, 1837, t. i, p. 465-477; Estève (le comte), Le duel devant les idées modernes, Paris, 1908; Gerdil (cardi­ nal), Des combats singuliers, dans VEncyclopédie théologique de Migne, t. xxxiv, p. 308 ; Grieperkel, Das Duell im Lie hte der Ethik, Trêves, 1906; Hollweck, Die kirchlichen Strafgesetze, Mayence, 1899; d llulst. Carême de Notre-Dame de Paris, 1896, 3' conférence; Lehmkuhl, dans Stimmen aus Maria-Laach, 1894, t. xlvi; Letainturier-Fradin, Le duel à travel's les âges, Paris, 1892; Meyer, Institutiones juris naturalis, Fribourg-enBrisgau, 1904; Many (M1’), Commentaire de la bulle Apostolicæ sedis, dans le Canoniste, 1896, p. 525sq.; Rivet, Duel, dans le Dictionnaire d’apologétique de la foi catholique, Paris, 1910; Valette, Rapport sur le duel, dans ses Mélanges de droit, etc., Paris, 1880, t. n, p. 625-698; au titre De clericis bellantibus in duello, tous les canonistes. Voir aussi tous les auteurs de théologie morale. P. Fourneret. DUFOUR ou DU FOUR Pierre-Joseph naquit à Codiez, aujourd’hui Pyrénées-Orientales, alors du dio­ cèse d’Alais. Il prit l'habit dominicain au couvent de Toulouse vers 1736. Après avoir soutenu des thèses théologiques devant le chapitre provincial de la pro­ vince de Toulouse en 1742, il fut nommé lecteur en théologie et à ce titre envoyé au collège de Limoges pour y enseigner la philosophie. Par ordre du général de l’ordre, Thomas Ripoll, vers 1744, il fut assigné à Paris pour y enseigner également la philosophie et la théologie. Vers ce temps, il s’adonna aussi à l’étude des langues orientales. Après six ans d’enseignement il fut élu pour faire partie du fameux collège de SaintJacques. Cependant, en 1751, il revint à Toulouse pour y occuper à l'université la chaire de théologie laissée vacante par la démission du P. François d'Azémar. En 1756, Dufour fut élu par les modérateurs de l’univer­ sité de Padoue pour succéder au P. Mora comme pro­ fesseur de théologie, mais son état de santé ne lui per­ mit pas d’accepter. Plus tard il remplit la charge de provincial dans la province de Toulouse,de 1778 à 1782. Il mourut à Toulouse, le 18 août 1786. Le P. Dufour se signala surtout par des écrits polémiques, parus la plu­ part, ainsi que c’était l’usage du temps, sous le couvert de l’anonymat. Il s’y montre plein de verve et d’une ironie digne de Pascal. Par sa traduction de l'Explication des quatre paradoxes de Concina, il contribua beaucoup au discrédit dans lequel le probabilisme tomba en France. Il avait même l'intention de traduire en entier l’histoire du probabilisme, ainsi qu'il s’en ouvre à Concina lui-même. Voici les principaux écrits du P. Dufour : 1« Explication de quatre paradoxes qui sont en vogue dans notre siècle; avec une préface dans laquelle on rend compte de ce qui s'est passé en Italie à l’occasion de l’histoire du probabilisme et de la condamnation des nouveaux mammillaires, par le R. P. Daniel Concina, dominicain de Venise, à Lacques 1746, sous les auspices de S. E. M. le cardinal Quirini, évêque de Bresse et bibliothécaire du Vatican. Ouvrage traduit de l’italien et augmenté d’une rela­ tion exacte des disputes sur la morale qui se sont éle­ vées par delà les monts, depuis 1739, et d’un recueil de décrets portés par N. S. P. le Pape Benoit XIV, contre plusieurs opinions relâchées, par M. le cheva­ lier Philalethi, vénétien. in-12, Avignon, 1751; celte traduction eut le plus grand succès à en juger par une lettre du P. Dufour à Concina, eu date du 2 avril 1753, 1857 1858 DUFOUR - DUGUET où il lui annonce que les quatre éditions de son livre ont été enlevées aussitôt; 2° Lettre d’un théologien où il est démontré que l'on calomnie grossièrement saint Thomas, quand on l’accuse d'avoir enseigné qu’il est quelquefois permis de tuer un tyran, et d’avoir posé des principes contraires à l’indépendance des rois, elc., in-12, en France, s. 1., 1761. Un écrit anonyme ayant paru, intitulé : Lettre d'un homme du monde à un théologien, au sujet des calomnies qu’on prétend avoir été avancées contre saint Thomas, Dufour répondit par : 3° Seconde lettre d’un théologien,où l'on achève de mettre en évidence la calomnie élevée contre saint Thomas au sujet du tyrannicide et de l'indépendance des souverains, contre les vaines allégations d’un ano­ nyme, in-12, s. 1. n. d. ; 4° Dufour sur le même sujet écrivit encore une Lettre à un magistrat où l’on exa­ mine les vices d’un écrit intitulé : Lettre d’un homme du monde à un théologien, in-12, s. 1., 1762 ; 5» Bref de N. S. P. le pape Benoit XIV, aux doyens et aux autres professeurs de la faculté de théologie de Tou­ louse avec des observations,in-Ss, 1754; 6° L'autorité de saint Augustin et de saint Thomas dans l’Église catho­ lique, établie par la tradition du témoignage perpé­ tuel rendu à leur doctrine, ouvrage publié en français, conformément au traité latin d’un théologien de Vienne en Autriche, in-12, Francfort-sur-le-Mein (en réalité Toulouse), 1773; Paris, 1776; 7° en 1764, le 12 août, Dufour lit soutenir par un jeune religieux du même ordre que lui, Fr. Benoit Caussanel, dans l'église du couvent de Toulouse une thèse qui fut publiée en même temps sous ce titre : Augustissimo Senatui Tolosano de ecclesiastica potestate regum ac principum impe­ rio nequaquam metuenda, cunctisque hominibus veneranda et amanda, ad normam solemnis Declara­ tionis quam edidit clerus gallicanus anno 1682. Assertiones dogmaticas, metaphysieas, historicas, apologetica*, ad sacerdotii et imperii jus publicum spectantes, FF. Prædicatores Tolosani DD. DD. DD., in-4», Toulouse, 1764. Ces thèses furent examinées et approuvées par quatre membres du Sénat et autant de l'Académie; même celle-ci décida le 19 août 1764 de les faire soutenir. Cependant elles avaient excité une vive opposition de la part des jésuites. Un libelle leur fut opposé; il était intitulé : Lettre d’un jeune écolier des sui-disans au R. le très R. F. Pierre-Joseph Dufour, dominicain, professeur Royal de théologie, au sujet de la thèse dédiée au Parlement séant à Toulouse, ...sou­ te: ue tant bien que mal, le 12 août 116û, par Benoit Caussanel aussi dominicain, après Vêpres (chantées à la hdte dans l’église des .’ F. Prêcheurs de Toulouse), in-12 de 219 pages. Ce libelle fut supprimé et même déchiré et brûlé par la main du bourreau le 1 1 mai 1765, Néanmoins les thèses furent condamnées par le SaintOflice le 9 mai 1765. I Des furent traduites en français à Paris, in-12, 1766. Elles avaient aussi paru en abrégé dans le Journal historique de Verdun, novembre 1764, p. 355-358. — 8° Doctrina septem privsulum vindi­ cata, seu epistola Romani theologi ad septem Gallite præsules. De iniquo Animadversore qui catholicam doctrinam in Breviario ab ipsis recens promulgato consignatam notare ausus est, in-8”, 31 octobre 1772; cet ouvrage est anonyme; 9’ Mémoireâ consulter pour les professeurs conventuels de la f aculté de théologie en l'université de Toulouse, etc., contre les professeurs séculiers perpétuels de la même faculté, etc., in-4», Paris, 1786; 10° Vaticinia duo, Jacobi unum, alterum Danielis,in christianæ religionis præsidium vindicata dissertatio, in-80, Paris. 1785; 11° Dissertatio in qua spinosian uni systema exponitur et Spiuosee atheismus una cum Stoicorum et sinensivm litteratorum com­ mentis profligatur, in-8°, s. 1. n. d. ; 12° Dissertatio de Scriptures sacræ archetyporum exemplarium et in­ terpretationum auctoritate, in-8°, s. 1. n. d.; 13°£:rpoDICT. DE THÉOL. CAT1IOL. sitiop des droits des souverains suries empêchements dirimatis de mariage et sur leurs dispenses, in-12, Paris, 1787, œuvre posthume. Par cetouvrage, en par­ ticulier, on voit la funeste influence des principes du gallicanisme sur des esprits d’ailleurs distingues. Malgré sa science théologique profonde, Dufour y sou­ tient que le pouvoir séculier a le droit de créer des empêchements dirimants au mariage, ce que l’Église repousse. Malgré qu’il soit posthume, cet ouvrage est bien du P. Dufour comme .on peut le voir dans le catalogue des livres du P. Fabricy, son ami, où, p. 79, i) le signale avec cette mention : « Par feu le P. Dufour, dominicain. » Jacques Villanueva, Bibliothecæ scriptorum ordinis prae­ dicatorum continuatio, ms. in-fol., p. 190-191 [Arch. gén. de l'ordre, Rome]; Gabr. Fabricy, Catalogus librorum quibus utitur, etc., ms. [ibid.], p. 79, 86; Liber consiliorum S. Jacobi Paris, Arch, nat.,Li.. 1531; R. Coulon, art. Concina; Dionysii Sandelli Patavini, De Danielis Concinæ vita et sert) lis, in-4·, Brescia, 1767, p. 112-114; Barbier, Dictionnaire des ouvrages anonymes et pseudonymes, in-8·, Paris, 1822, n. 1386. 6388, 13592, 11090, 11209, 6329,20281; Dëllinger-Reusch, Geschichte der Moralstreitigkeiten. etc., in-8·, Nordlingen, 1889, t. I.p.807, note 4; Hurler, Nomenclator, tnspruck, 1895, t. m, col. 459. R. Coulon. DUGUET Jacques-Joseph naquit à Montbrison le 9 décembre 1649 et mourut à Paris le 25 octobre 1733. Après avoir fait ses études à l'Oratoire de son endroit natal, il entra au noviciat de l’Oratoire de Paris en septembre 1667, puis étudia en théologie à Sau mur, professa la philosophie à Troyes, résida â Notre-Damedes-Vertus, puis à Saint-Magloire où il reçut le sacer­ doce en 1677 et lit des conférences de théologie positive qui eurent un succès éclatant. L’assemblée générale de l'Oratoire de 1684 ayant obligé tous les oratoriens à signer un formulaire de soumission à la condamnation du jansénisme, le P. Duguet s’y refusa et quitta la congrégation en février 1685, pour se retirera Bruxelles auprès d’Arnauld. En 1690, il revint à Paris où il habita jusqu’à sa mort l’hôtel de son ami, le président de Ménars. Quelque opposé qu’il fût à la constitution Unigenitus, dit un deses biographes, il parut toujours fort modéré dans ce qu’il en dit. On connaît sa lettre au sujet des Nouvelles ecclésiastiques qu’il regardait comme un libelle très contraire à l’esprit de l'Evangile et à celui de la charité. 11 fut également opposé aux convulsionnaires. « De sa plume aussi ingénieuse que chrétienne, dit Feller, sont sortis un grand nombre d’ouvrages écrits avec pureté, noblesse et élégance. · Les principaux roulent sur l’exégèse et la morale. Ses Pensées d’un magistral sur la déclaration qui doit être portée au Parlement ont été mises à l'index, le 15 janvier 1725. Parmi ses œuvres exégétiques citons : les Règles pour l'intelligence des Saintes Écritures, Paris. 1716, 1732, 1775; 13 volumes de commentaires sur les livres historiques de l’Ancien Testament, dont le plus remar­ quable est le premier sur le Penlatenque. réédité encore en 1758, par M.deSacy ;22 volumes sur.lob. les Psaumes, le Cantique, la Sagesse, Isaïe, Jonas et Habacuc; enfin 14 volumes sur la passion de Nolre-Seigm ur. Duguet s'attache moins, dit encore Feller, à lever les dillicu :·. s de la lettre... qu’à faire connaître la liaison de l’Ancien Testament au Nouveau et à rendre attentif aux figures qui représentaient les mystères de Jésus-Christ et deson Eglise. » Parmi ses ouvrages de morale, les plus importants sont : le Traité des scrupules, Paris, 1717.1718. 1732 les Traitez sur la prière publique et sur les disposi­ tions pour offrir les saints mystères et y particii er arec fruit, Paris, 1708, mis à l’index, donec corrigantur, le 20 janvier 1711 ; la Conduite d’une dame chrétienne pour vivre sainn-ment dans le monde, Paris, 1725, 1731, 1732, 1749, 1839, 1856; ('Explication. des qualités ou des IV. - 59 1859 DUGUET caractères que saint Paul donne à la charité, Paris, 1727, qui a eu douze autres éditions, et qui a été con­ damné par le Saint-Office, le 11 août 1745, donec corri­ gatur; les Lettres sur divers sujets de morale et de piété, 10 volumis qui parurent séparément et eurent plusieurs éditions, de 1708 à 1782; le Traité des devoirs d’un évêque, Caen, 1710; les Dissertations tüéologiques et dogmatiques sur les exorcismes et autres cérémo­ nies du baptême, sur l’eucharistie et l’usure, Paris, 1717 à 1722; le Traité des principes de la foi chré­ tienne, Paris, 1736,1736, 1790; Toulouse, 1750, et dans les Démonstrations évangéliques de Migne, t. tu, Col. 9 sq. ; l'institution d’un prince ou traité des qua­ lités, des vertus, des devoirs d'un souverain, Leyde, 1739; Londres, 1739, 1740 et 1743, mise à l’index le 20 novembre 1742; les Conférences ecclésiastiques ou dissertations sur les auteurs, les conciles et la disci­ pline du premier siècle, Cologne, 1742. André. L'esprit de M. Duquel; Sainte-Beuve. Port-Royal, t. vi: Reuscb, Der Index, t. n, p. 765; Ingold. Essai, p. 187-197; Chételat, Etude sur Duquel, Paris. 1879; Maulvault, Répertoire des personnes et des choses de Port-Royal, p. 139. À.Ingold. DUILHÉ DE SAINT-PROJET Marc-Antoine- Marie-François, né à Toulouse le 15 juillet 1822, mort en cette ville, le 15 mai 1897, après l’ordination sacerdotale (septembre 184-6). fut nommé professeur de rhétorique au petit séminaire de l’Esquile. puis de phi­ losophie en 1854, élu mainteneur de l'Académie des Jeux floraux en 1857, il soutint cette même année sa thèse de doctorat en théologie à la Sorbonne. Cette thèse parut en 1860 sous ce titre : Des études reli­ gieuses en Prance depuis le xvn’ siècle jusqu’à nos jours, ou Essai sur les causes qui ont produit dans les temps modernes la splendeur et la décadence des sciences théologiques, Paris. A la fin de l’année scolaire 1858. le professeur quitta sa chaire, et se fit prédicateur. De 1861 à 1866, il publia la Revue de l’année. Au carême de 1869, il commença des conférences d'apologétique sur l’accord des sciences et de la foi, qu’il continua l’année suivante. En 1875, il devint secrétaire général du comité d’organisation de l’université catholique de Toulouse, et en 1877-1878, il fut chargé d’un cours public d'apologétique à la jeune université. Doyen de la faculté libre des lettres en 1879, il continua ses le­ çons d'apologétique à la faculté de théologie. En 1885, il publia son Apologie scientifique de la foi chrétienne, Toulouse, dont la 5’ édition a été revue par M. Senderens, Paris, 1899. et qui a été traduite en huit langues étrangères. C'est son œuvre principale. Avec Mt>r d’IIulst, il prit l'initiative des Congrès internationaux des sa­ vants catholiques, et au mois de décembre 1894, il fut nommé recteur de l’institut catholique de Toulouse, puis prélat de la maison de Sa Sainteté pendant sa dernière maladie. Bulletin théologique, scientifique et littéraire de l’institut catholique de Toulouse, Toulouse, 1897, t. ix, p. 65-72, 289-292, 316-318. E. Mangenot. DULAURENS Louis, oratorien français, né à Mont­ pellier en 1585, D’abord ministre calviniste, il se con­ vertit et entra à l’Oratoire en 1649. Il y mourut le 1er juillet 1671. Richard Simon, qui a l'habitude de dépré­ cier le savoir de ceux qui couraient la même carrière que lui, le dénigre méchamment. Ses ouvrages, de controverse et de piété, sont démodés sans doute, mais eurent à l’époque un réel succès. Bordes, Supplément au traité des édits, p. 413 ; Batterel, Mémoires, t. n, p.515; Ingold, Supplément, à la lettre l. A. Ingold. DULCIN. — I. Histoire. II. Doctrines. I. Histoire. — Successeur de Segarelli comme chef des apostoliques, voir t. I, col. 1632-1634, dans les - DULCIN 1860 diocèses de Novare et de Verceil, Dulcin, d’Ossula, se crut appelé, au commencement du XIV» siècle, à rame­ ner l’Église à la simplicité et à la pauvreté des premiers temps du christianisme, dentelle s’était écartée déplus en plus, prétendait-il, depuis l'époque du pape saint Silvestre et de l’empereur Constantin, par son esprit de domination et l’abus des richesses. Vainement saint Benoit, au VIe siècle, et, en dernier lieu, saint François d’Assise et saint Dominique avaient tenté d'enrayer ce mouvement de décadence. Vainement Segarelli avait essayé de se faire reconnaître et approuver par le SaintSiège; son défaut d'orthodoxie, ses tendanceset ses me­ nées révolutionnaires l’avaient conduit au bûcher en 1300. Dulcin, malgré cette exécution et le discrédit dans lequel étaient tenus les apostoliques, se flatta de réussir, en accentuant le mouvement de,révolte, au besoin même en l'appuyant par la force; il s'agissait d'être habile, audacieux et résolu, tout en s’entourant oes precautions nécessaires. Au reste, les scrupules ne l’embarrassaient pas; il savait garder une apparence d'orthodoxie et, pour échapper aux tribunaux de l’inquisition, le parjure ne lui coûtait pas. Profitant de la liberté ainsi achetée, Dulcin conti­ nuait sa propagande auprès de populations crédules où il recrutait des disciples qui tournèrent facilement au fanatisme. Il se donnait pour un inspiré du ciel, un envoyé de Dieu, un prophète. La fin du monde était proche: il l’annonçait dans un délai de trois ans. Le roi de Sicile, Frédéric II, devait devenir empereur et prendre en mains la cause de la secte; Boniface VIII et sa cour, les prêtres et les moines allaient subir le juste châtiment de Dieu; un nouveau pape allait enfin restaurer l’Église, en la ramenant aux pratiques des premiers temps, à celles dont il se faisait honneur et gloire, c’est-à dire à la pauvreté absolue, à une vie exclusivement entretenue d’aumônes. Trois mille fana­ tiques s’enrôlèrent à sa suite sans se laisser déconcer­ ter par la non-réalisation deses prophéties. Le monde, en effet, s’obstinait à durer; Boniface VIII était mort mais nullement massacré; et quant au nouveau pape, Clément V, il ne paraissait guère disposé à soutenir les apostoliques; au contraire, pour seconder les évêques de Verceil et de Novare, qui n’avaient pu ré­ duire par la persuasion ces perturbateurs de l’ordre religieux et social, ni arrêter leur propagande subver­ sive, il ordonna contre eux, en 1306, une croisade,seul moyen efficace de les ramener à la foi ou de les rendre inoffensifs. Cf. Bernard Gui, Practica inquisitionis heretice pravitatis, Paris, 1886, p. 340. Dulcin, loin de se rendre et d'abjurer ses erreurs, se réfugia dans les montagnes et résista par la force. Mais après quel­ ques succès partiels, ses compagnons furent taillés en pièces; lui-même fut pris, jugé et condamné; le1er juin 1307, il expia, sur le bûcher, ses crimes contre la re­ ligion et la société, sans s’être rétracté. IL Doctrines. — Par ses tendances, par son attitude et par ses principes, Dulcin constituait un ferment de désordre, tant au point de vue religieux qu’au point de vue social. Son rêve eschatologique n'était pas ce qu’il y avait de plus dangereux; mais son opinion sur le serment, qui n’était autre que celle desvaudois, accu­ sait des rapports intimes avec une secte hérétique déjà condamnée. Tout en interdisant le serment, sauf pour confesser sa foi en face de la mort, il admettait volontiers qu’on pouvait se soustraire à la mort par le parjure. Vis-à-vis de l’Église, il avait prôné l’indépen­ dance de la volonté et la liberté de l'esprit; et en an­ nonçant à ses partisans que le pape réformateur, dont il leur prédisait la venue, établirait la communauté des femmes, il marquait que l'immoralité n’était pas étrangère à ses vues. Bref, sa conduite et ses actes suffisaient à justifier toute erreur contre la foi et tout attentat contre les mœurs. 1861 DULCIN On ignore pourtant quels points de doctrine il niait en particulier. Ptolémée de Lucques affirme qu’il avait erré sur l'eucharistie. V’ie de Clément V, dans Baluze, Vita paparum Avenionensium, Paris, 1693, t. I, p. 27, 605. Le fait est qu’il a été regardé comme un hérétique par ses contemporains. On ignore aussi jusqu’à quel point il était tombé dans la dépravation, et s’il est per­ sonnellement l’auteur responsable de deux articles secrets, imputés à sa secte, qui n’étaient autre chose que la justification et la glorification de l'impudicité. Gf. Bernard Gui, Practica, loc. cil., p. 339, et Historia Dulcini hæresiarchæ Novariensis auctore anonyme synchrone, dans Moratori, Herum italicarum scrip­ tores præcipui, Milan, 1726, t. ix, col. 439. Lui-même avait vécu et subi le supplice avec « sa sœur » Mar­ guerite. Sources anciennes : voir les ouvrages signalés t. I, col. 1634. Auteurs modernes : Schlosser, Abalard and Dulcin, Gotha, 1807: Baggiolini, Dolcino e i Patareni, Novare, 1838: Krone, Fra Dolcino und die Patarener, historische Episode aus den Piemontischen Religionskriegen, Leipzig, 1844: Mariotti, A historical memoir of Fra Dolcino and his times, being an account of a general struggle for ecclesiastical reforms and of an anti-heretical crusade in Italy, in the early pario/ the fourteenth century, Londres, 1853; Ferrari. Fra Dolcino, dans la Revista europea, Florence, 1879, t. xvi, p. 534-552, 639-653; Tocco, Gli apostolici e Fra Dolcino, dans les Archiv. starts. Italians, 1896. t. xix, p. 241-272; Realencyklopâdie, t. iv, p. 766-768; Chevalier. Répertoire des sources historiques du moyen âge, Bio-bibliographie. 2· édit., col. 1246. DUMARSAIS U62 rum, posteriori Joannis Marsihi oppositionibur res­ pondet, in-8», Cologne, 1607; 9° Stella mystica quæ omnibus ad optatum æternæ beatiludinis portum ap­ pellere desiderantibus se ducem præbet in hymnum Maris Stella concinnata, primum a B. P. Francisco Bonaldo, e Soc. Jesu, gallice conscripta, etc., in-12, Cologne, 1607 et 1609; Douai, 1608 et 1688; IO’ B. P. F. Barlhol. Salutii, ord. Min., Paradisus con­ templativorum, in-12, Cologne, 1608; c’est le complé­ ment de l'ouvrage, Luxanimæ, précédemment indiqué; les quatre parties ontété réunies et publiées à Cologne, 1613, 1614, I629 ; 2 in-12, Ratisbonne, 1677; 11° Fran­ cisai Ariæ, S. J., de oratione mentali libri tres, in-12, Cologne, 1608; 12» du même auteur : Tractatus de Bosario B. V. Mariæ, quo ejusdem Bosarii legen ti recta methodus traditur, atque eximite illiusutilitates percensentur, in-12, Cologne, 1608; réimprimé avec VImitation de la T. S. Vierge du même auteur, tra­ duite en latin par le P. Jean Busée, jésuite, in-12, Cologne. 1613, 1626; inséré par le chanoine Bourassé dans Summa aurea de laudibus beatissimæ Virgmis Mariæ, Paris, 1862, t. V,-çol. 225-301; 13° B. P. Lucæ Pmelli, S../., Exercitia spiritualia quadraginta de sacrosancto eucharisties sacramento, una cum aliis ejusdem authoris opusculis hactenus non editis, in-12, Cologne, 1608, comprenant aussi les méditations sur la Passion et les saintes Plaies, sur les mystères du Rosaire, sur les vices et les vertus; Meditationes de mysteriis Bosarii B. Virginis, imprimées à part, in-16, Cologne, 1607, 1608; ces opuscules se trouvent aussi dims le recueil de toutes les œuvres du P. Pinelii : Opera spiritualia, in-12, Cologne, 1614; 14« B. D. Ga­ brielis Inchini, canon, regul. lateranen., condones de quatuor hominis novissimis, in-8», Cologne, 1608, 1609. 1613, 1632; 15» du même auteur : Scala cæli seu con­ dones exquisitissimæde viiscælestibus, in-8», Cologne, 1609, 1616; 16» B. P. Domitii Prati, S. J., de D.N.JesuC/iristi passione commentarius eximius... cuipræ/ixa est ad orationem mentalem introductio, in-12, Co­ logne, 1610; Christus patiens descriptus et morali doctrina septem considerationibus expensus, etc., in-12, Cologne, 1646. G. Bareille. né à Co­ logne vers 1570, après avoir terminé son cours de phi­ losophie, entra à la chartreuse de Sainte-Barbe, prés de sa ville natale, et y fit sa profession religieuse le 2 février 1601. Le chapitre général de 1612 l’institua prieur de la maison de Fribourg-en-Brisgau et c’est dans cette charge qu’il termina ses jours le l»r octobre 1624. Ses mérites lui obtinrent de la part de l’ordre les suffrages des visiteurs et un office particulier, étant mort dans nn voyage entrepris pour exécuter une com­ mission que le chapitre général lui avait confiée. Dom Dulcken s'est aussi rendu recommandable par le grand nombre de versions latines d’ouvrages pieux, qu’il a Petrejus, Bibliotheca Cartusiana, Cologne, 1609, p. 10-13 ; publiées : 1» It. P. F. Christophori Verrucchini, ord. Morozzo, Theatrum chronol. S. ord. Carius.. Turin. 16<1. Cappucinorum,centum meditationes de præcipuis spi­ p. 136; Foppens, Biblioth. Belgica; Hartzheim, Biblioth. Coritualis vitæ mysteriis, in-16, Cologne, 1605; 2°B. P.F. loniensis; Kirchenlexikon, etc. Bartholomæ Salutii, ord. F. Min. de Observantia, S. Actore. Lux animæ ad perfectionem anhelantis, in-16, Co­ DULIE. Voir Culte, t. tu, coi. 2407. logne, 1606, 1607, 1613, 1614; in-12, Ratisbonne, 1677; 3· du même auteur : Porta salutis pænilenli animæ DUMARSAIS César Chesneau, grammairien, né à patefacta, in-12, Cologne, 1607 ; 4» De meditatione et Marseille le 17 juillet 1676, mort à Paris le 11 janvier oratione libellus aureus S. Petri de Alcantara, accedit 1756. Après de brillantes études chez les oratoriens, il Authoris vita ex B. Theresiæ virginis operibus de­ demanda à entrer dans leur congrégation; mais il ne sumpta, in-12. Cologne, 1607, 1624, 1674, 1761 ; in-18, put y rester et vint à Paris où il se fit recevoir avocat Louvain, 1673; 5° Meditationes in euangelia, quæ per au parlement le 10 juillet 1704. Abandonnant le barreau, il fut précepteur des enfants du président de Maisons, totum annum dominicis diebus in Ecclesia recitan­ puis entra chez le fameux financier Law. A la ruine de tur, primum ab ill. et rev. D. Andrea Capella, carcelui-ci, Dumarsais sans aucune ressource fut heureux lusiano, episcopo Urgelensi hispanice conseriptæ... de trouver un abri chez le marquis de Baufreinont ou il Pars prima, in-16, Cologne, 1607; Meditationes in evangelia, quæ singulis Quadragesimæ diebus in eut toute liberté de se livrer à l’étude. Un pensionn. : qu’il avait ouvert pour se procurer quelques ressources Ecclesia recitantur, Pars secunda, etc., in-16, Cologne, 1607; Meditationes in evangelia quæ per totum annum fut fermé, parce qu’il fut accusé d’enseigner l’irréligion a festis S'.S'. diebus in Ecclesia recitantur. Pars tertia, ses élèves. Il composa aussi quelques articles de gr t,. maire pour VEncyclopédie et mérita par son imp:· té de in-16, Cologne, 1607 ; 3in-16, Munich, 1608:6» Manuale exercitiorum spiritualium, du même auteur, in-16, prendre rang parmi les philosophes du xvin» siècle. Il Cologne, 1607; 7» Ludovici Granatensis, ord. S. Do- | parait toutefois s’étre repenti de ses erreurs et mourut après avoir reçu les derniers sacrements. Parmi les nom­ minici, dedoclrina seu disciplina vitæ spiritualis, inbreux écrits de Dumarsais nous ne mentionnerons que : 12, Cologne, 1607; et dans le t. in des Opera omnia Exposition de la doctrine de l'Église gallicane par rap­ de Louis de Grenade, Cologne, 1628; 8° Besponsio car­ port auic prétentions de la cour de Borne, in-12, Genève dinalis Bellarmini ad Tractatum septeni theologo­ (Paris), 1758, ouvrage publié après la mort de l’auteur rum Venetorum super interdicto Sanctissimi D. IV. Pa­ par de Cerfvol, écrit mis à l’index par décret du 13 juin pie Pauli V, necnonaliæ duæ ejusdem cardinalis res­ 1757. La 2» édition, avec un discours préliminaire par ponsiones .· quarum priori F. Pauli ordinis servita­ DULCKEN Antoine, écrivain ascétique, 1863 1864 DUMARSAIS — DUNKERS R. Clavier, a été mise aussi à l’index, le 6 septembre 1819. On lui attribue aussi : Politique charnelle de la cour de Rome, liree de l'histoire du concile de Trente du cardinal Pallavicini, in-12, 1719 : ce n’est que la reproduction sous une forme un peu différente de l’écrit de Jean le Noir, théologal de Séez : Nouvelles lumières politiques ou l’Évangile nouveau du car­ dinal Palavicin révélé par lui dans son Histoire du concile de Trente, 1676. Les CEuvres de Dumarsais ont été publiées à Paris en 1797, 7 in-8», par Duchozal et Millon. En tête se trouve la notice que d’Alembert lui consacra au commencement du t. vu de VEncyclopédie. J. M. Dégérando, Éloge de Du Marsais, in-8", Paris. 1805; Picot, Mémo ires pour servir à l’histoire ecclésiastique pendant lexvttr siècle, 7 in-8", Paris, 1853-1857, t. m, p. 188. B. Heurtebize. 1. DUMAS Henri, né à Orange Ie9 avril 1819, admis dans la Compagnie de Jésus le 12 novembre 1837, enseigna durant prés de 50 ans la théologie dans les maisons d'études de son ordre, fut appelé en 1872 à la rédaction des Études religieuses à Lyon; lors de la fondation des universités catholiques, il fut nommé professeur de théologie morale et de droit canon et doyen de la faculté libre de théologie de Lyon; il mou­ rut dans cette ville, le 26 janvier 1902. Outre plusieurs articles dans les Etudes religieuses et d’autres revues, il a publié de nouvelles éditions corrigées des manuels connus du P. J.-P. Gury : Compendium theologiæ moralis P. .loannis Petri Gury, S. J-, multis corre­ ctionibus auctum et receptioribus actis sanaæ sedis, maxime constitutioni SS. D. N. Papæ Pii IX super censuris latæ senlenliæ accommodatum, 2 in-8», Lyon, 1874, etc.; Casus conscientise in præcipuas quæsliones theologiæ moralis, 5e édit.. 2 in-8», Lyon, 1875,etc. Notice nécrologique dans les Études, 1902, t. xc. p. 550-551. Voir l'art. Gury, dans De BackerSommervoget, Bibliothèque de la C'· de Jésus, t. ut, col. 1957, 1959. J. Brucker. 2. DUMAS Hilaire, théologien français mort en 1742, se fit surtout connaître par ses écrits contre les jansénistes. On a de lui : Histoire des cinq proposi­ tions de.1 ansénius, in-12, Liège. 1699; Défence de l’his­ toire des cinq propositions de Jansénius, ou deux vérités capitales de cette histoire défendues contre un libelle intitulé : La paix de Clément XI ou démonstra­ tion de deux faussetés capitales, in-12, Liège, 1701; Lettre d'un docteur de Sorbonne à un nomme de qua­ lité touchant les hérésies du XVII· siècle, 4 in-12, Paris, 1711-1715. Il publia en outre une traduction de ΓΖηιίtation de Jésus-Christ, in-12, Paris, 1685, qui eut pl usieurs éditions. Picot, Mémoires pour servir à l’histoire ecclésiastique pen­ dant le xvur siècle, 7 in-8·, Paris, 1853-1857, t. in, p. 408; Quérard, La France littéraire, in-8·, 1828, t. Il, p. 562; Hurter, Nomenclator, 3' édit., Inspruck, 1910, t. iv. col. 1572. B. Heurtebize. DUMETS Jacques, né à Abbeville, fut docteur en Sorbonne et professa la théologie morale au séminaire de Saint-Nicolas du Chardonnet, à Paris. Il a édité : Innocenta III, pontificis maximi, epistolæ quarum plurimæ apostolica decreta, aliæ Christiani orbis hi­ storiam continent, ex codice ms. collegii l'uxensis, cum lucubrationibus Pauli Dumay, in-8», Paris, 1626. Papillon, Bibliothèque des auteurs de Bourgogne, in-fol., 1.1, p. 186-187. E. Mangenot. DUNCAN (DONCK) Martin, né à Keinpen le 16 avril 1505, fil ses études à Louvain, succéda à Guillaume Lindan comme doyen à la Haye et comme sénateur. En 1571, il fut obligé de sortir de cette ville en raison des persécutions que les anabaptistes lui suscitèrent et il se réfugia à Amsterdam, ou il fut curé et inspecteur des curés. Il dut se retirer encore, pour mettre sa vie en sauvegarde, à Amersfort, où il mourut le 16 avril 1590, à l’âge de 85 ans. Il donna des mangues éclatantes de sa piété et de son zèle pour la foi. Outre plusieurs opuscules de théologie en langue flamande, édités â Anvers, on a de lui : Anabaptistes hæresis confutatio, Anvers, 1549. Hurter, Nomenclator, 3· édit., Inspruck, 1907, t. ni, col. 192. E. Makgenot. DUNGAL. Nom de plusieurs personnages du haut moyen âge. Un llungal a écrit, en 827, contre l’évêque Claude de Turin, qui attaquait l’usage des pèlerinages à Rome, et le culte des images, une Réponse aux doctrines per­ verses de Claude de Turin, P. L., t. cv, col. 466 sq. Il fait preuve dans cet ouvrage d'une grande érudition patristique et liturgique, et cite en particulier fréquem­ ment les anciens poètes chrétiens. Bien qu'il affirme nettement que le culte des saints et des images est aussi ancien que l’Église elle-même, les premiers exem­ ples qu'il apporte sont postérieurs à la paix de l’Église. Ce Dungal est probablement le même qu’un moine de Saint-Denis, exilé d'Irlande, contemporain de Char­ lemagne et son enthousiaste admirateur, que l'empe­ reur consultait sur une question d’astronomie, P. L., t. cv, col. 447 sq.; Monumenta Germanise historica, Epistolæ, t. iv, p. 570 sq., et dont plusieurs poèmes et lettres intéressants nous ont été conservés. Monumenta, Epistolæ, t. iv, p. 568 sq., et Poelæ ævi carolini, t. I, p. 395 sq. Cf. Traube, art. cit., p. 333 sq. Est-il le même qu'un Dungal qu'on voit, en 825, pro­ fesseur à Pavie? Boretius, Capitularia, 163, Monu­ menta, Leges, sect, n, t. i, p. 327. Est-il le même qu’u.i Dungal, qui lit hommage d’une riche bibliothèque à l’abbaye de Bobbio fondée par saint Colotnban? Cf. Muratori, Antiquitates llalicæ, t. ni, p. 821. II est bien difficile de le décider. Ce dernier Dungal semble être postérieur, peut-être du xi» siècle. Cf. Traube, art. cit., p. 336. Dümmler, préface aux Carmina dans les Poetæ ævi carolini, t. i, p. 394. Alcuin parle, dans une lettre à des moines irlandais, d’un Dungal évêque, « personnage vénérable, maître de votre science. » Jalfé, Monumenta alcuiniana, 217, Berlin, 1873, p. 714. Préface aux Epistolæ, Monumenta Germaniæ historica, Epistolæ, t. iv, p.568 : Dümmler, Préface aux Carmina, Poetæ, t. I, p. 393 sq. ; Hauck, art. Dungal, dans Reatencyclopadie, t. v, p. 60 sq.; Overton, art. Dungal, du Diet. Of nat. Biogr., t. xvi, p. 197 sq. ; Traube, art. Dungal, dans O Roma nobilis der Abhandlungen der philos, philolog. Classe der kôniglich. bayer. Akad., Munich, 1892, t. xix, p. 333 sq. Serviére. baptiste origi­ naire d’Allemagne, fondée en 1708 à Schwarzenau, dans le comté de Wittgenstein, par le meunier Alexandre Mack. Elle se répandit en Angleterre et en Hollande. A partir de 1719. un certain nombre de fa­ milles de Dunkers persécutées émigrèrent en Pennsyl­ vanie; Mack lui-même les rejoignit en 1729. Les Dunkers (immergeants) se rencontrent aujourd'hui surtout en Pennsylvanie et dans les États voisins, et au Canada. Ils baptisent par triple immersion, le baptisé, agenouillé dans l’eau, y étant plongé en avant. Pour la doctrine ils ne diffèrent pas des autres baptistes, sauf en ce qu’ils attendent la restauration universelle â la fin du monde, et évitent le serment. Ils habitent générale­ ment la campagne, s’habillent très simplement, et sont hostiles à la culture intellectuelle; ce n’est que con­ traints par les lois et les usages qu’ils ont consenti â faire donner l’instruction â leurs enfants. Ils sont au nombre de 73 295 membres. J. de la DUNKERS ou TUNKERS, secte T. Armitage. History of the Baptists, New-York, 1887, p. 209; Cox et Hoby, The baptists in America. Londres, 1836, p. 269; Hofmann, art. Baptisten, dans Bealencyclopâdie. t. II, p. 389; Lehmann, Geschichte der deutschen Baptisten, Hambourg, 1896. J. de la Serviére. 1865 DUNS SCOT DUNS SCOT, de l’ordre des frères mineurs, sur­ nommé le docteur subtil. — I. Vie. II. Écrits. III. Doctrine. 1. Vie. — Jean Duns Scot naquit en 1274, suivant Cavellus, plus probablement en 1266, suivant A. Theret. Cf. Wadding, Vila P. Joannis Duns Scoti, c. ni. L’Écosse, l'Irlande et l’Angleterre se disputent l'honneur de lui avoir donné le jour, mais les tilres de l'Angleterre semblent de tous les mieux établis et les plus sérieux. Cf. P. Prosper de Martigné, O. M. C., La scolastique et les traditions franciscaines, Paris, 1888, p. 266268. Duns Scot serait donc de nationalité anglaise, et, si l'on en croit un manuscrit très ancien du collège de Merton, originaire du petit village de Dunstan ou Duns, dans le Northumberland. Cf. Dictionnaire encyclopédique de la théologie catholique, t. xxi, p. 402. De là le nom sous lequel il est devenu célèbre : fr. Jean de Duns, et, par abréviation, Jean Duns. A ce premier nom, l’usage ajouta, pour éviter toute confu­ sion, celui de Scot, soit parce que ses parents étaient venus d’Ecosse dans le Northumberland, soit parce que, dans les régions plus méridionales, on donnait facilement ce nom à ceux qui venaient des pays du Nord. Cf. Certamen seraphicum provinciæ anglicæ, opere R. P. Angeli a Sancto-Francisco editum, Quaracchi, 1885, p. 255. De sa famille et de sa jeunesse, l’histoire ne garde aucun souvenir, si ce n'est celui d’un séjour indéter­ miné au collège de Merlon. Il entra dans l’ordre des mineurs, et, selon des conjectures assez bien fondées, prit l’habit du Pauvre d'Assise, au couvent d’Oxford. Cf. Historia et antiquitates universitatis Oxoniensis. 1. II. p. 87. C’est à Oxford, après son noviciat, qu’il étudia la théologie. Il eut pour maître en cette science le fransciscain Guillaume Ware, doctor fundatus. Le milieu intellectuel où il entrait laissa dans son esprit deux impressions profondes. Ce fut d’abord un senti­ ment de réserve à l’égard des doctrines de saint Thomas, admirées par de nombreux disciples, mais dont plusieurs avaient été condamnées en 1276 par Robert K il wardby, archevêque de Cantorbéry,el Étienne Tempter, évêque de Paris, et trouvaient des adversaires chez les dominicains eux-mêmes. Ce fut encore une dévotion très tendre envers la conception immaculée de Marie, doctrine chère au cœur de saint François, défendue chez les mineurs d’Oxford par le docteur Robert Grossetête, à qui frère Ange de Pise, premier provincial d'Angleterre, confia la direction intellectuelle de ses clercs, et par le propre maître de Duns Scot, Guillaume Ware. Le frère Jean fit, dans les sciences humaines et sacrées, des progrès si merveilleux qu’une légende irlandaise, greffée sur l'histoire, en attribue le succès à un miracle de la Vierge, qui aurait ainsi préparé elle-même son futur docteur et défenseur. IL Cavellus, Vita doctoris subtilis, c. 1. Le brillant élève devint vite un professeur célèbre. Il débuta dans l'enseignement, à Oxford, en 1289, par un cours sur la grammaire. De cette période de sa vie datent ses ouvrages de pure philosophie : commen­ taires sur la Logique d'Aristote, sur les VIII livres de la Physique, sur l’àine, sur la métaphysique. Vers l’année 1300, il remplaça, dans la chaire de théologie, son maître, Guillaume Ware, qui se rendait d’Oxford à Paris. Les usages de l’université lui imposaient la matière de son cours : il commenta les Sentences de Pierre Lombard, et on donna dans la suite à son œuvre le titre de d'Opus Oxoniense, pour la distinguer des commentaires qu’il composa à Paris quelques années après. Son activité ne s’épuisa pas dans ce labeur. On peut, sans se tromper, rattacher encore à cette époque la composition du De rerum principio, des Theore­ mata, et du De primo principio. Autour de la chaire du jeune docteur, les disciples se pressaient 1866 nombreux, attirés par la vigueur de sa dialectique et la méthode de son enseignement. Oxford ne tenait cepen­ dant que la seconde place parmi les universités, et les supérieurs du frère Jean voulurent le produire sur la première scène intellectuelle du monde; ils 1’envoyèrent à Paris. Une lettre du ministre général, Gonzalve, relative à un Fr. Joannes Scolus et qui ne semble, par les éloges qu’elle conlient, ne pouvoir s'appliquer qu’à Duns Scot, fixe la date de ce voyage en 1304. Cf. Wad­ ding, Joannis Duns Scoti opera omnia, Vita Scoti, c. vu, t. t, p. 9. A l’université de Paris, Duns Scot commenta de nou­ veau le Maître des Sentences, et ce commentaire, plus abrégé que celui d’Oxford, nous est conservé sous le litre de Reportata Parisiensia. Deux autres ouvrages furent composés pendant le séjour du docteur francis­ cain à Paris : les Quodlibetalesquæstiones, et les Colla­ tiones. Sur un point, son enseignement parut une nouveauté condamnable et lui attira les foudres de l’université. Contrairement à la pensée de P. Lombard et à la tradition, commencée par Alexandre de Halès, continuée par Albert le Grand, saint Bonaventure, saint Thomas, il avait enseigné, quoique timidement encore, la conception immaculée de Marie. Cf. Report., 1. 111, dist. III, q. t. Il dut se justifier publiquement. Pour n’être pas relaté dans les annales contemporaines, cet actus sorbonicus est loin d’être une fable, comme on semble le dire parfois. Une tradition sérieuse en affirme d’abord la réalité, cf. P. Déodatde Basly, Pour­ quoi JésUs-Christ? Paris, 1903, p. 810, et en lixe la date, selon toute vraisemblance, en l’année 1307. Il se fit d'ailleurs à cette époque, dans les sentiments de l’université, un revirement profond qui ne parait avoir d’autre cause que le succès remporté par Duns Scot, dans sa défense personnelle. Ce revirement se manilesta par l’institution d’une fête en l’honneur de la Concep­ tion que l’université faisait célébrer en 1338. par le respect qu’elle exigea, dans les années qui suivirent, pour la doctrine enseignée par Duns Scot, et par le serment de la défendre, dont elle lit une loi à ses futurs docteurs, 1387. Cf. P. Prosper de Martigné, op. cil., p. 294-297; P. Déodat-Marie, Un tournoi théo­ logique, Le Havre, 1907; P. Michel-Ange, articles divers dans la Donne parole, 1908, 1909. Duns Scot quitta Paris en 1308 et se rendit à Cologne. On ignore les motifs de ce départ précipité : quelques auteurs soupçonnent des inlluences secrètes inspirées par la jalousie, d’autres n’y voient qu'une mesure récla­ mée par les besoins de la lutte engagée dans cette ville contre les bégards. Cf. Wadding, op. cil., Fila Scoli, c. vm. Il reprit ses leçons, mais la mort le vint sur­ prendre sans tarder, le 8 novembre 1308. Autour de son tombeau, des légendes, suscitées par des sentiments peu nobles, ont fleuri : on croyait dépré­ cier un docteur rival en le disant enterré vivant. Cf. A. Bzovius, Nilela franciscanæ religionis, 1627. La voix du peuple et l'autorité ecclésiastique ont, au con­ traire, entouré de respect, les cendres du docteur subtil. Si sa science a jeté un vif éclat, sa vie sainte n’a pas moins édifié les âmes. 11 laisse après lui un parfum d’humilité, de détachement parfait de tou chose, même de ses manuscrits, et de piété profonde. Son nom est honoré d'un culte public et immémorial à Noie, en Hongrie, à Cologne, en Espagne, cf. ,V .■*■-■ - ; entrée dans le domaine de la théologie moderne? Il libr.Posteriorum,parMatthæusCampagna,in-4·.Venis- .149". · serait sans doute imprudent et injuste de le dire. Mal­ foL.ibid., 1497; Quæst. sup. libr. Priorum Analytic .in-4· Venise, 1504: Quæst. sup. libr. Priorum et Posteriorum. ingré la situation privilégiée que l'autorité de Léon XIII fol., Venise. 1512; ibid., 1520. Constant Boccafoco de Sarnano et de Pie X a faite à la pensée de saint Thomas, il est réunil dans un seul volume les Quæstionesexactissima· n. uni­ permis de reconnaître que la conception philosophique versam Aristotelis logicam, in-8·, Venise. 1583. 1586. 1S90, de nos dogmes n’est pas encore terminée, qu’elle reste 1610. 1619; les Quæst. in libr. Physicorum Aristotelis, forent toujours posée devant la raison et que les solutions publiées sous le nom de Marsilius Inghen. Lyon. 1513: in-fol-, proposées par Duns Scot ne sont pas sans honneur. Venise, 1521 ; sous le nom de Scot, in-4·, Venise. 161" ; les édi­ Malheureusement, elles so-t en général présentées teurs de 1639 les reproduisirent d'après une édition de Cologne- 1913 DUNS SCOT 1618; Quæst. sup. libr. Aristotelis de anima, in-fol., Venise, 1505, 1517; éditées par Cavelli, in-4·, Lyon, 1625; in-'*·, Venise, 1641; Quæst. in Metaphysicam, de priniu rerum principio, theoremata, in-fol., Venise, 1497; in-4·, ibid., 1499.Par Maurice de Portu, qui y ajouta les Quæst. in libr. Elenchorum, ibid., 1505; in-fol., 1510; ibid., 1625. Par Cavelli, avec les Conclusio­ nes el ΓExpositio. On trouve aussi : Tract, deprimo principio, par Gratien de Brescia, Venise, 1490; Theoremata, Venise, 1514. Collationes seu disputationes subtilissimae, publiées jadis, disent les éditeurs de 1639, furent rééditées par Antoine de Fan­ tis en 1510, puis par Romulus Laurentianus, servite, ensuite par Berti et enfin par Cavellus. Voici les éditions que nous avons trouvées : in-8·, Pavie, 1516, avec les Quodlibeta; ibid., 1517, avec les Comm. sup. IV libr. Sentent., dit Sbaraglia; in-8·, Lyon. 1520, avec les Quodlib.; in-8·, Venise, 1580, par Salvator Bartoiucci, avec les Comm. sup. libr. Sent.; in-fol., Cologne, 1635, par Cavelli, avec les Quodlib. et les Reportata ; De for mali­ tatibus, in-fol., Venise, 1514; ibid., 1525; Hurter indique encore Paris. 1584. Commentaria in XII libr. metaphysicæ Aristo­ telis recollecta et ordinata ab ipsius discipulo Ant. Andreæ, édités par Maurice de Portu, in-fol., Venise, 1501; ibid., 1503; ibid., 1625, par Cavelli avec les Quæst. in Metaphysicam; Con­ clusiones ex libris Metaphysicæ Aristotelis, éditées par Jean de Camerino, in-fol., Venise, 1503; ibid., 1625 par Cavelli,avec le précédent ouvrage: Commentarium Oxoniense in IV libr. Sententiarum. Il est difficile de vérifier aujourd’hui sides volu­ mes séparés de ces Commentaires appartinrent jadis à une édi­ tion complète de l’ouvrage, aussi nous donnons d’abord l'indica­ tion des volumes séparés dont nous avons trouvé la trace : In 1 libr., in-fol., Venise, s. d.; ibid., deux éditions de 1472, dont une par Antoine Trombetta; une autre du même temps, revue par un fr. Rufinus ordinis cordiferorum ; ibid., 1612, par Gregorius Pomus Aureus Rubensis de Naples. In II libr., in-fol., Venise, 1474. par Thomas Penketh, ermite de Saint-Augustin; ibid., 1490, par Philippe Porcacci de Bagnacavallo. In 111 libr., in-fol., Vicence, 1472. In IV libr., in-fol., s. 1., 1473; Paris, 1473; Nuremberg. 1474; Paris, 1497; Venise, 1498. — Éditions com­ plètes, par Thomas Penketh, 4 in-fol., Venise, 1477-1478; ibid., 1481 ; Nuremberg, 1481. Par Gratien de Brescia, 4in-fol., Venise, 1490. Par Philippe de Bagnacavallo, 3 in-fol., Venise, 1497 et 1503 ; 5 in-fol., ibid., 1506, avec les Quodlibet. Par Maurice de Portu, in-fol , Venise, 1506. Par Antoine de Fantis qui y ajouta la Tabula generalis seu mare magnum Scoticarum specu­ lationum, 4 in-8·, Venise, 1516. Une autre table des Comm. sur les Sentences, les Quodlib. et la Metaphysica avait déjà paru sous le titre : Opera et tractatus per ordinem alphabeticum, in-'*·, s. I. n. d. (Venise. 1472?) On trouve aussi des réé­ ditions de Pavie, 1517; in-fol., Venise, 1519, 1521; in-8·, Lyon, 1520, 1530. Par Salvator Bartoiucci (ne pas le confondre avec Guido), 4 in-8·. Venise, 1580; in-fol., ibid., 1597,1598. Par Pau­ lin Berti de Lucques, de l’ordre de Saint-Augustin, 6 in-8·, avec les Quodlibet. et la Tabula de Fantis, Lyon, 1617. Par Cavelli, 2 in-fol., Anvers, 1620. — Reportata Parisiensia. Les Commen­ taires sur le 1.I" furent édités par Barthélemy Bellati de Feltre, in-fol., Bologne, 1478. L’ouvrage complet parut par les soins de Jean Mayer (Major), in-fol., Paris, 1517-1518; les Reportata sont dits spuria dans cette édition, par Sbaraglia. Cavelli les réédita avec les Quodlibeta, in-fol., Cologne, 1635. — Quæstiones quodlibetales. Par Thomas Penketh, in-fol., Venise, 1474, 1477; in-fol., ibid., 1481 ; Nuremberg, 1481 ; Venise, 1490. Édit, de Ant. Trom­ betta, Venise. 1493. Par Bagnacavallo, in-fol., Venise, 1497, 1503. On trouve aussi in-8·, Pavie, 1516. Par de Fantis, in-8·, Lyon, 1520, 1525,1530. Par Salv. Bartoiucci, Venise, 1580. Par Berti, Lyon, 1617. Par Cavelli, in-fol., Cologne, 1635. — A ces éditions des œuvres du docteur subtil nous croyons devoir ajouter celle que donna Guillaume Gorris, prêtre du diocèse de Saragosse, sous le titre de Scotus pauperum vel abbreviatus, in quo doctorum et Scoti opiniones in quatuor libris Sententiarum compendiose elucidantur, in-4·, Toulouse, 1480 et I486. —Enfin les Opera omnia, editio nova juxta editionem Waddingi xn tomos continentem, a Patribus Franciscanis de Observantia accurate recognita, 26 in-4·, Paris. 1891. Édition, dit Hurter, necessario apparatu critico et literario destituta. Cf. Hain, Repertorium bibliographicum, Stuttgart, 1826, n. 6416-6454; Copinger, To Hain supplement, η. 2124 sq.; Wadding et Sbaralea, Scriptores ordinis minorum; Hurter, Nomenclator, t. iv, coi. 365. III. Doctrine. — 1· Commentateurs et interprètes. — Pour étudier avec fruit la pensée de Duns Scot il est utile d’en deman­ der les secrets à ses disciples les plus illustres soit dans les sciences théologiques soit dans les sciences philosophiques. 1. En théologie. — a) Commentateurs : Antoine André d’Araçon (f 1320), In IV Sent. libros, cum marginalibus notis com­ 1944 mentaria, in-fol., Venise, 1678,1684; François Mayron (f 1325), Commentaria in IV libros Sent, et Quodlibetales quæstiones, Venise, 1504, 1507 ; Pierre d’Aquila (j- vers 1352), Quæsliones in IV Sent, libros juxta Scoti doctrinam, in-fol., Spire, 1480; Venise, 1584; Paris, 1585; Venise, 1600; Gratien de Brescia, Lectura erudita super I. II Sententiarum Scoti, in-fol., Carpi, 1506; Guy de Briançon, In I. IV Sententiarum P. Lombardi aureum opus, in quo J. Scoli, cæteror unique doctorum flores velut in strophium compegit, Paris, 1512, 1517; Nicolas de Orbellis(f 1455). Expositioin IV Sent, libros, seu compendium, docturis subtilis dicta summatim complectens, Haguenau,1503 ; Paris, 1511,1517. 1520; Commentaria in IV libros Sententia­ rum, Paris, 1511,1598; Guillaume Vorrilong (f 1464), Commen­ tarius in IV libros Sent, juxta doctrinam S. Bonaventuræ et Scoti, Lyon, 1484; Paris, 1503; Venise, 1519, 1596; Polbart de Temesvar (f 1490), Aureum sacræ theologiæ rosarium juxta IV Sententiarum libros ex doctrina docloris subtilis et D. Bonaventuræ, Haguenau, 1503, 1504, 1507, 1508; Venise. 1585, 1589; Brixen, 1594; François Lychet (f1520), Commen­ taria in III primos libros Sententiarum et in Quodlibeta Scoti, Brescia et Venise, 1517; Paris, 1520; Venise, 1589; Pierre Tataret, Introductio ad doctrinam Scoti, Cracovie, 1519; Commen­ taria in Quæstiones quodlibetales Scoti, 1520; In IV libros Sententiarum et Quodlibeta Scoti, Venise, 1583, 1607; Jean Viger, Lectura super 1 librum Sent. J. D. Scoti, Venise, 1527; Jérôme Gadius, Lectura in Quodlibeta Scoti, Bologne, 1527, 1533; Melchior Flavius (f 1481), Resolutiones in IV libros Sen­ tentiarum J. D. Scoti, Paris, 1569; Cracovie, 1579; Jacques Malafossi, Enarratio in IV libros Sent. Scoti, Padoue, 1560; Jean Forsanus, Resolutiones in IV libros Sent. Scuti, Paris, 1579; François de Pitigianis (f 1616), Commentaria in III et IVSententiarum lib. J. D.Scoli, Venise, 1618-1622; André Rochmarinus(f 1627), Commentaria ini librum Sent. Scoti, Venise, 1627; Jean Yribarne, In IV librum Sent. J. D. Scoti commen­ taria et disputationes, Saragosse, 1614, 1615, 1623; Pierre de Posna, Commentaria in I Sent, librum Scoli, Venise, 1626; in 11 librum, Anvers, 1652; Decisiones totius theologiæ speculativæ et moralis, Venise, 1629; Philippe Faber (f 1630), Dis­ putationes theologicae in IV libros Sent. D. J. Scoti, Venise, 1610, 1618; Epitome theologicum in IV libros Sent. Scoti, Padoue, 1639; Antoine Hiquæus ou Hicki (f 1641), In IV Sent, libros, juxta mentem Scoti, Lyon, 1639; Ange Vulpes de MontePiloso (f 1647), Summa sacræ theologiæ J. D. Scoti et com­ mentaria in eamdem, 10 in-fol., Naples, 1622, 1637; Jean Poncius (f 1660), Commentarii theologici quibus J. D. Scoti quæ­ stiones in libros Sententiarum elucidantur et illustrantur, 4 in-fol., Paris, 1661 ; Barthélemy Maslrius de Meldula, Disputa­ tiones theologicae in IV libros Sent, quibus theologia Scoti vindicatur, Venise, 1675, 1684,1719,1731 ; Brancatus a Lauria (j-1693), Commentaria in IV libros Sent. J. D. Scoti, 8 in-fol., 1652,1668,1682; Hernandez de la Torre (f1695), Varii tracta­ tus in 1 et II lib. Sentent, juxta mentem Scoti, 9 vol., Sara­ gosse, 1691 ; Marie Panger, Quodlibetum theologicum selecta­ rum quæstionum ex IV libris Sent, ad mentem J. D. Scoti collectum. Salisbury, 1702; Jérôme de Montefortino, J. D. Scoli summa theologica ex operibus ejus concinnata juxta ordi­ nem et dispositionem Summæ theologicæ D. Thomæ,b in-fol., 1728-1732; 6 in-8·, Rome, 1903. b) Théologiens, interprètes autorisés de la pensée de Duns Scot. — Jean de Cologne, Ordo alphabeticus ad quæstiones Scoti tum in IV libros Sentetit. et in Quodlibeta quam in metaphysicorum atque in lib. de anima, Bâle, 1510; Constant de Sarnano (f 1595), Conciliatio dilucida omnium controversiarum quæ in doctrina duorum summorum theologorum S. Thomae et D. Scoti passim leguntur, Lyon, 1589,1590,1597,1599; Fran­ çois do Pitigianis, Summa theologica speculativa et moralis, Venise, 1581 ; Éleuthère de Milan, Resolutio doctrines scoticæ, in qua quidquid doctor subtilis circa singulas quas excogi­ tat quæstiones ostenditur, Padoue, 1593,1643; Smising (f!626), Disputationes de Deo uno et trino, 2 vol., Anvers, 1626; Bona­ venture Bellutus, Disputationes de incarnatione dominica, ad mentem D. subtilis, Catane, 1645; Modeste Gavantius, De eucharistiæ sacramento et s. missae sacrificio disputationes theologicæ, ad mentem Scoti, Rome, 1656; Jean Rada (f 1608), Controversiæ theologicæ inter S. Thomam et Scotum super IV lib. Sententiarum, k in-4·, Venise, 1599; Cologne, 1620; Antoine Blondusff 1644), Disputationes scoticæ in quibus divi­ nae praedestinationis et reprobationis mysterium exponitur juxta doctrinam Scoti, Bologne. 1625; Rubeusde Logoff 1651), Controversiæ theologicæ inter scotistas, Bologne, 1652; Bona­ venture Teulo. Theologia moralis Scoti, Venise, 1652; Scotus scripturalis, Venise. 1664 : Bonaventure Baro. J. D. Scotus de Deo trino defensus et amplificatus. Lyon. 1668; François Birmin- 1945 DUNS SCOT gham, De Deo uno et trino ad mentem Scoti, Rome, 1656; Sanning, Schola theologica scotistarum, seu cursus theologicus completus, 2 in-fol., Prague, 1679; Jean Poncius, Theologiæ cursus integer ad mentem Scoti, Lyon, 1667; Gabriel Boyvin (f 1681), Theologia J. D. Scoti, 4 in-12, Paris. 1678, 1682, 1688, 1711; Venise, 1690,1734; François Macedo (f 1681), Collationes doctrinx S. Thorn x et Scoti, 2 in-fol., Padoue, 1671; Alphonse Coën, Disputationes thcologicæ de Deo uno et trino ad mentem doctoris subtilis, Gand, 1696; François de Varesio, Promptua­ rium scoticum quidquid in IV libris Sent, et Quodlibeta Scoti continens, Venise, 1690; Jean Bosc, Theologiæ spiritualis scolastica et moralis ad mentem D. Scoti, Anvers, 1686; Jean-Baptiste Fonius, Disputationes et quaestiones ex universa theologia de D. Scoto depromptae, 3 in-fol., Bolo­ gne, 1688, 1693; Barthélemy Mastrius de Meldula, Theologia moralis ad mentem Scoti concinnata, in-fol., Venise, 1685, 1790; Jean Bosco (f 1684), Theologia sacramentalis, schola­ stica et moralis ad mentem Scoti, 4 in-fol., Louvain, 1665; Anvers, 1685; Guillaume Herincx, Summa theologiæ scho­ lasticae et moralis, juxta mentem doctoris subtilis, 3 vol., Anvers, 1680, 1707; Amand Hermann (f 1700), Tractatus theolo­ gicus in lib. IV Sent., ad mentem D. Scoti, Cologne, 1690,1694; Tractatus de virtutibus, 1698; Claude Frassen (f 1711), Scotus academicus, k in-fol., Paris, 1672; 12 in-8·, Rome et Venise, 1720, 1744; 12 in-4·, 1902; Durand (f 1720), Clypeus scolicx theologiæ contra novos ejus impugnatores, 5 in-12, Venise, 1709, 1746, Dupasquier, Summa theologica scotistica, 8 vol., Padoue, 1719, 1720; Caen, 1895; Crescens Krisper, Theologia scholæ scotisticx, 4 in-fol., Augsbourg, 1728,1748; Marin Panger, Theologia scholastica moralis polemica, juxta mentem Scoti, h in-fol., Augsbourg, 1732 ; Bernard de Bologne (-f-1768), Institu­ tiones theologicae juxta omnia fidei dogmata doctoris subtilis, 4 vol., Venise, 1746,1756; Joseph Antoine Ferrari, Theologia scholastica critico-historico-dogmalica ad mentem J. D. Scoti, Venise, 1760,1788. 2. En philosophie. — Antoine André d’Aragon, Commentaria in artem veterem Aristotelis secundum mentem Scoti, Venise, 1480,1509,1517; Commentaria in VIII libros physicorum et XII libros metaphysicorum Aristotelis, Venise, 1495, 1513; Nicolas de Orbellis. Summulae philosophiae rationalis seu logica secundum doctrinam Scoti, Bâle, 1494; Cursus philosuphix naturalis secundum viam doctoris subtilis, Bàle, 1494; Étienne Brulifer (j-1483), Declaratio identitatum et distinctio­ num rerum secundum Scotum, Bàle, 1507,1516; Maurice Fildeus de Portu (f 1513), lectura in quxstiones doctoris subtilis super Isagogis Porphyrii modorumque significandi ejusdem Scoti tractatus, in-fol., Venise, 1504; Constant de Sarnano, Commentaria in universalia Scoti, in-fol., Venise, 1576,1583; Directiones in logicam, philosophiam atque theologiam ad mentem Scoti, Venise, 1580; Philippe Faber, Philosophia natu­ ralis D. Scoti, Venise, 1602,1606,1622; Louis Rodriguez, Com­ mentariain logicam doctorissubtilis, Salamanque. 1624; Jean Minerius, Commentaria in Aristotelis dialecticam, juxta doc­ toris subtilis D. Scoti mentem, in-fol., Alcala, 1629; Gaspard de Fonte, Quaestiones dialecticae et physicae, ad mentem docto­ ris subtilis D. Scoti, in-fol., Lyon, 1631; Rubeus de Lugo, Controversix metaphysicales inter scotistas, Bologne, 1653; Phi­ losophiae cursus secundum Scotum, Bologne, 1653, 1660; Bonaventure Columbus, Epitome dialecticae et novi cursus phi­ losophici scotistarum, Aix, 1638; Lyon, 1669; Jean Poncius, Philosophias ad mentem Scoti cursus integer, Rome, 1642; Lyon, 1672; Bonaventure Baro, Scotus doctor subtilis per uni­ versam philosophiam defensus, Cologne, 1664; Illuminé de Oddo, Cursus integer philosophicus ad mentem Scoti, 4 vol., Palerme, 1664; Jean Ambrosino, Enchiridion philosophicum universalem Aristotelis philosophiam complectens, juxta mentem Scoti, 3 vol., Naples, 1689; Michel Francus, Universa* philosophiae disputationes in quibus doctrina Scoti explica­ tur et defenditur, Naples, 1650; Louis de Montursio, Cursus philosophicus ad mentem J. D. Scoti, Venise, 1664; Pierre de Sainte-Catherine, Cursus philosophicus juxta mentem Scoti, Venise, 1697 ; Bonaventure Bellutus, Philosophiae ad mentem Scoti cursus integer, Venise, 1718; Gabriel Boyvin, Philosophia Scoti, Paris, 1681; Venise et Bologne, 1690 ; Venise, 1719; Paris, 1734; Dupasquier, Summa philosophiae scholasticae et scotisticae, 4 vol., Padoue, 1705,1718, 1732: Claude Frassen, Philoso­ phia academica, Toulouse, 1686 ; Barthélemy Mastrius de Mel­ dula, Philosophiae ad mentem Scoti cursus integer, 3 in-fol., Venise, 1724; Crescens Krysper, Philosophiae scholæ scotisticae solida expositio, Augsbourg, 1736 ; Ferrari de Modætia, Philo­ sophia peripatetica propugnata rationibus J. D. Scoti, 3 vol., Venise, 1746: Veteris et recentioris philosophiae dogmata J. D. Scoti doctrinis accomodata, 3 vol., Venise, 1754; Vincent 1946 Penna, Cursus philosophicus ad mentem Scoti, 3 vol., Sala­ manque, 1765; Claude Joseph de S. Florian, J. D. Scoti philoso­ phia recentioribus placitis accomodata, 7 vol., Milan, 1782. 2· Travaux récents. — Duns Scot a été assez peu étudié au xix· siècle. On trouve sur sa personne et sa doctrine quelques notices dans les ouvrages d'un intérêt général et les encyclopé­ dies : Histoire littéraire de la France, t. xxv, p. 404-467 (art. de Renan); Grande encyclopédie, art. de G. Fonsegrive ; Nouvelle biographie générale, art.d’Hauréau; Dictionnaire de théologie et de philosophie scolastique, t. n, p. 1057-1148, 1605-1615; Dic­ tionary of national biography, de Stephen Leslie, t. xvi; Realencyclopadie fur protestantische Théologie und Kirche, Leipzig, 1898, t. v ; Jos. Müller, Biographisches über D. Scotus, Cologne, 1881 ; Prantl, Geschichte der Logik, t. m, p. 202 ; Ritter, Geschichte der Philosophie, t. vin, p. 354: Erdman, Geschichte der Philosophie, 1.1, p. 446; Stockl, Geschichte der Philosophie des Mittelalters, t. n, p. 778; P. Prosper de Martigné, La scola­ stique et les traditions franciscaines, Paris, 1888, consacre à Duns Scot, sa vie et ses œuvres des pages impartiales, p. 249427. A consulter également : P. Déodat de Basly, Étude sur le V.Duns Scot, broch. in-8·, Rome, 1903; P. Raymond, Les oeuvres de D.Scot, dans les Études franciscaines, n·· d’avril, de mai et de juin 1907; P. M. Sevesi, Sulla dottrina e santità del B. Giov. Duns Scoto, Rome, 1903; Fern. Garcia, B. Joan. Duns Scoti vitae compendium, Quaracchi, 1907; Bernardin de Portogruario, Delia vita e dottrina del. V. P. Giovan. Duns Scoto, Venise, 1855; Fr. Paolini, Monumenta cultus immemorabilis publici et ecclesiastici quibus fulcitur causa servi Dei Joan. Duns Scoti, Rome, 1907. Parmi les études qui ont été faites de la doctrine du docteur subtil, il faut signaler, en France : Pluzanski, Essai sur la phi­ losophie de Duns Scot, Paris, 1887 ; trad, en 1896 par Alfani, à Florence; Vacant, Essai sur la philosophie deD. Scot,comparée à celle de S. Thomas d'Aquin, dans les Annales de philosophie chrétienne, 1888-1890; ces articles sont réunis en volume. Paris, 1891; Part de nos facultés sensitives dans la préparation des concepts et des jugements de notre entendement, dans le Compte rendu du Congrès scientifique international des ca­ tholiques, Paris, 1891, m· section, p. 176-185; D'où vient que Duns Scot ne conçoit point la volonté comme saint Thomas d'Aquin? dans le Compte rendu, etc., Fribourg, 1898, p. 631644, et dans la Revue du clergé français, 15 octobre 1897, p. 289305; abbé Bruno, Essai de la solution de la vieille controverse thomiste-scotiste de materia sacramenti pænitentiæ. 1894; P. Déodat de Basly, O. M., Grandes thèses catholiques. I. Le Sacré-Cœur,conférences suivant la doctrine du V. Jean Duns Scot, Rome, 1900; traduit en espagnol, Madrid, 1909; II. Pour­ quoi Jésus-Christ?Dogmatique du Sacré-Cœur, |Rome, 1903, travaux fort sérieux dont les notes nombreuses sont une mine féconde pour ceux qui veulent connaître Duns Scot; Dieu et son Christ, Le Hàvre, s. d. ; Comment Jésus-Christ est Dieu ? ibid.; Un tournoi théologique. Le Havre, 1907 ; Les deux écoles, thomiste et scotiste, 1.1, Dieu, Le Hàvre, 1908; Lourdes, Montmartre, Duns Scot, 1908; ces brochures sont extraites de la Bonne parole, revue scotiste fondée en 1903, et dirigée par le R. P. Déodat Marie, paraissant 2 fois par mois ; Capitalia opera B. Joannis Duns Scoti (en cours de publication > ; Praeparatio philosophica, Le Hàvre, 1908; Theologia credendorum, 1vol.; Theologia diligendorum, 1 vol.; Theologia sperandorum, 1 vol.; Duns Scot et le statut catholique de la pensée à l'uni­ versité de Paris, Le Hàvre, 1909; Séraphin Belmont, L’existence de Dieu d'après Duns Scot, dans la Revue de philosophie, septembre et octobre 1908; ld., L'étre transcendant d’après Duns Scot, ibid., janvier 1909; La perfection de Dieu, itiï . octobre 1909; P. Raymond, La philosophie critique de Durs Scot et le criticisme de Kant, dans les Études franciscaines. août, septembre, novembre et décembre 1909; L'ontologie Je Duns Scot et le principe du panthéisme, ibid., juillet et août 1910. En Allemagne, Karl Werner, Die Psychologie und Erkenntnisslehre des Johannes D. Scotus, dans Denkschr. Afeaï Wwsensch., Vienne, 1877, t. xxvi, p. 345-438; Die Sprachlogik des Johannes D. Scotus, dans Sitzungsber. Akad.Wisser.se h. t Vienne, 1877, t. i.xxxv, p. 545-597; Die Scholastik des spateren Mittelalters, J. D.Scotus, in-8·, Vienne, 1881; Schneid, Di-’ Korperlehre des Johannes D. Scotus und ihr Verhàltniss zum Thomismus und Atomismus, 1879; Kahl, Der Primat des Wiliens bei A ugustinus, D. Scotus und Descartes, Strasb irg, 1886; P. Parthenius Minges, Ο. Μ., 1st Duns Scotus ind:;erminist? broch. in-8·, Munich, 1905; DieGnadenlehre des Du· s Scotus auf ihren angeblichen Pelagianismus und Semi-pelagianismus geprüft, brochure, Munster. 4906; Der Gottesbegnff des Duns Scotus, auf seinen angeblich exzessiven b determi- 1947 DUNS SCOT — DUNSTAN nismusgeprüft, broch., Vienne, 1907; Bedeutumj von Objec t /tir die Sittlickheit eines Akles nach bans Scotus, Fulda, 1906; Beitrag zur Lehre des Dims Scotus über die Person Jesu Christi, Tubingue, 1907 : Beitrag zur Lehre des Duns Scotus Uber die Univokalion des Seinsbegriffes, Fulda, 1907 ; Beitrag zur Lehre des Duns Scotus über das Werk Christi, Tubingue, 1907; Der Wert der guten Werkenach Duns Scotus, Tubingue, 1907 ; Das Verhaltnis zwischen Glauben und It issen, Théologie und Philosophie nach Duns Scotus, dans Forschunyen zur christlichcn Litteratur und Dogmengeschichte, Paderborn, 1908, t. vu, fasc. 4, 5; Der angebiich exzessive Realismus des Duns Scotus, Munster, 1908; Aloys Schmid, Die thorn, und scotistische Geioissheitslehre, Dillingen, 1859. En Italie, le R. P. Fernandez Garcia, O. M., a commencé lapublication d'un important Lexicon scholasticum philosophico-theo logicum, in quo termini, definitiones, distinctiones et effata a B. Johanne D. Scoto, doctore subtili atque mariano exponun­ tur et declarantur, Quaracchi, 1907-1908; Mentis in Deum quo­ tidiana elevatio duce doctore subtili J. D. Scoto, Quaracchi, 1907; Aug. Gemelli, La voluntù net pensiero del V. J. Duns Scoto, Monza, 1906; Ancora sulla voluntà nel pensiero del Ven. Duns Scoto, Rocca S. Casciano, 1907 ; Ludovico da Motta di Livenza, Methodo e systema scientifico del Ven. Giov. Duns Scoto, Jérusalem, 1898; J. Milosevic, L'iinmacolata concezione di Maria difesa dal Ven. Giov. Duns Scoto, Padoue, 1897 Norbert Guerrini, L'immacolata e il Verbo Umanato nel con­ cetto di Giovanni Duns Scoto, Quaracchi, 1901 ; Luigeda Serino, Giovanni Duns Scoto e l'immacolata concepimento di Maria, Naples, 1904; F. Filia, Scoto e l'immacolata, Gènes, 1904. En Espagne, Gab. Casanova, Cursus philosophicus ad men­ tem D. Bonaventuræ el Scoti,‘d vol., Madrid, 1894; F. M.Malo, Impugnacion de la Historia de la Filosofia escrita par Ex. Zef. Gonzalez, en defensa del buen nombre del V. D. S. y Mariano Fr. J. D. Escoto, Madrid, 1880; Ürihuela, 1889, sous ce nouveau titre : Defensa fllnsofico-theologica del Ven. Doc­ tor sutil; Chérubin de Carcagente, Apologia y Elogio del V. Doctor sutil y mariano, Valence, 1900,1904; Ed. de Caporroso, La tmmaculada concepciôn de Duns Escoto y el opusculo del Si Larumbe, Pampelune. 1908. Citons encore : Greg Dev, Ontologismus et V. D. subtilis, disquisitio crilico-philosophica, Jérusalem, 1903; Ethica gene­ ralis ad mentem Ven. J. D. Scoti, ibid., 1905; Jus natures ad mentem Scoti, ibid., 1906; Jér. Van Ruoy, Tractatio practica de Sacramento pænitentiæ, (seu systema Scoti ad praxim applicatum), Malines, 1872; P. Ramière, La doctrine francis­ caine sur le sacrement de pénitence, dans la Bevue des sciences ecclésiastiques, 1873; Adjutus, L’Immaculée Concep­ tion et les traditions franciscaines avec une étude sur la doctrine de Duns Scot, Malines, 1905; P. Cbrysostome, Marie d'après les principes de l'École franciscaine, Lille, 1904; L. Baldwin, John Duns Scotus and the Immaculate Concep­ tion, Rome, 1905; F. Dent, Blessed John Duns Scotus and Mary immaculate, Rome, 1905; Baumgarten-Crusius, De theo­ logia Scoti, léna, 1826; K. Kazenberger, A ssertiones centum ad mentem doctoris subtilis et mariani, Limoges, 1881 : Qua­ racchi, 1906; Clément de Palermo, Elenchus tractatuum et quæstionum quas in nostris scholis, juxta mentem subtilis doctoris J. D. Scoti, B" P. Clemens a Panormo, min. gen., mandat peragendas, réédition, 1834; R. Seeberg, Die Théolo­ gie des Duns Scotus, Leipzig, 1900. P. Raymond. DUNSTAN (Saint), 924-988, archevêque de Canter­ bury, naquit la première année du règne d’Æthelstan (924-925), près de Glastonbury, et fut élevé au monas­ tère de ce nom. Apparenté à la famille royale, il passa quelque temps à la cour d’Æthelstan; ses camarades, auxquels sa vie studieuse et pure paraissait un reproche, l’en firent honteusement chasser comme adonné à la magie. Lejeune homme se réfugia d’abord à Winches­ ter, près de son parent l’évêque Elfège, y fit profession comme moine, et semble s’être de nouveau retiré à Glastonbury; il se construisit un oratoire, et mena plusieurs années une vie de prière, de mortification, delude et de travail manuel. Rappelé à la cour par Eadmund, frère et successeur d’Æthelstan, de nouveau chassé à la suite de calomnies, rentré en grâce auprès du roi, il fut par lui pourvu de l’abbaye de Glastonbury, vers 945; il n’avait que 21 ans. Le jeune abbé mit tous ses soins â réformer son monastère, composé, semblet-il, de moines et de clers séculiers; lui-même se fit le maître de ses subordonnés, et l’abbaye devint vile, 1948 sous sa direction, une école florissante d’où sortirent des hommes d’église remarquables. En meme temps, le roi Eadred. successeur d’Èadmund, en faisait un de ses conseillers les plus écoulés. Stubbs, Introd., p. LXXII1 sq. Tombé en disgrâce sous Eadwig (955-959), successeur de Eadred, pour avoir trop librement rappelé au roi la morale chrétienne, Dunstan dut s’exiler en Flandre (956); il fut bien reçu au monastère Blandinium, à Gand. La règle bénédictine y était en pleine vigueuiï et Dunstan profita de son exil pour l’étudier. Rappelé en Angleterre, probablement vers la fin de 957, par Eadgar, qui avait conquis sur Eadwig le pays situé au nord de la Tamise, il fut élevé sur le siège de Worcester, puis sur celui de Londres. Enfin, en 959, l’archevêque de Canterbury Brithelm ayant été déposé, Dunstan fut élu â sa place, et alla l’année suivante re­ cevoir le pallium à Rome. Stubbs, Introd., p. xcn sq. Du rôle politique du saint archevêque nous n’avons rien à dire ici; il inspira au roi Eadgar son ami, de­ venu en 959 maître du royaume entier par la mort d’Eadwig, des mesures destinées à unifier les divers peuples dont se composait alors la monarchie, et s’em­ ploya de tout son pouvoir à la fondation d’églises et d’écoles nouvelles pour réparer les dommages causés par les incursions danoises. 11 encouragea, quoique avec moins d’ardeur que quelques-uns de ses collègues, l’introduction de la règle bénédictine en Angleterre, et le remplacement, dans les abbayes, des clercs sécu­ liers, trop souvent mariés, par des moines. Les canons dits d’Eadgar, dont probablement l’ar­ chevêque a la responsabilité, sont fort intéressants à étudier. Suppression des pratiques païennes encore en vigueur dans le peuple; instruction du clergé dont les membres doivent, non seulement posséder la science sacrée, mais connaître un métier manuel afin de pou­ voir l’enseigner à leurs fidèles; sages mesures contre le concubinage et l’ivrognerie; jugements des prêtres réservés à l'évêque; prescriptions minutieuses pour la décence du sacrifice eucharistique, ces canons font grand honneur an saint conseiller d’Eadgar. Wilkins, Concilia, t. i, p. 225 sq. Il existe, sous le nom de saint Dunstan, un pénitentiel qui ne fait que reproduire des textes plus anciens; on ne peut établir avec certitude qu’il ait été compilé par ordre de l’archevêque. Cf. Stubbs, Introduction, p. cvn. Certaines de ses prescriptions sont fort inté­ ressantes. Pénitence « comme pour un meurtre » au prêtre, moine ou diacre, qui, marié avant son ordina­ tion, et s’étant alors séparé de sa femme, aurait en­ suite eu commerce avec elle; nombreuses prescriptions pour sauvegarder la sainteté du mariage. Les riches peuvent racheter leurs pénitences par des aumônes, l'affranchissement de leurs serfs, des œuvres d'utilité publique. La pénitence intérieure est soigneusement recommandée : la charité, le pardon des injures si­ gnalés comme les moyens d’apaiser Dieu. Wilkins, Concilia, 1.1, p. 229 sq. En 975, Eadgar étant mort, Eadward son fils aîné lui succéda; une réaction sérieuse éclata aussitôt contre le ouvement monastique qui avait été une des gloires du règne précédent; saint Dunstan fut de ceux qui la firent échouer et maintinrent les moines en possession des monastères. Synodes de Winchester et de Calne, 975 et 978; cf. Hefele, Histoire des conciles, t. v, p. 210. Après l’assassinat d’Eadward, en 978, sous son frère Æthelred, l’influence de saint Dunstan fut presque nulle; le saint archevêque passa ses dernières années dans la retraite, uniquement occupé de ses fonctions spirituelles. Il mourut, le 19 mai988, et fut enterré près de l’autel de sa cathédrale. La voix populaire le canoisa aussitôt. Saint Dunstan fut, un siècle et demi après sa mort ■ 1949 DUNSTAN l’objet d’une enthousiaste vénération. « Il ne fa 11 ut pas moins qu’un héros comme Thomas Becket pour que la gloire de Dunstan fût, à la fin, éclipsée. » Stubbs, Inlrod., p. tx. Un certain nombre de fragments litur­ giques à son honneur ont été recueillis par Stubbs, Memorials, p. 440 sq. Plusieurs ouvrages ont été faussement attribués à saint Dunstan : tels le Tractatus de lapide philosopho­ rum, Cassel, 1649; la Regularis concordia, imprimé par Dugdale dans son Monasticon anglieanum, Londres, 1817 sq., t. i, p. xxvh-xlv; et un commentaire sur la règle bénédictine conservé au British Museum. La démonstration de l'inauthenticité de ces ouvrages a été faite par Stubbs, Introduction aux Memorials, p. cixsq. De l'archevêque de Canterbury il semble ne subsister qu’un recueil de divers extraits de l’Écriture et d’au­ teurs classiques ou contemporains actuellement con­ servés à la Bodléienne, sa copie du commentaire de saint Augustin sur l’Apocalypse, et un recueil de canons compilé peut-être par lui ou par son ordre. Stubbs, Introd., p. cxn. Il est possible que le magnifique ma­ nuscrit du x* siècle, possédé par la Bibliothèque na­ tionale (ms. lat. 943), el connu sous le nom de Pontifical de saint Dunstan, lui ait appartenu. Stubbs, ibid., p. cxm. DUP.'.NLOUr 1950 personne ne l’égalait. » Souvenirs d’enfance et de jeu­ nesse, Paris, 1883. p. 178-179. L’ouvrage magistral snr l’éducation, qui parut de 1850 à 1863, a été le fruit d’une aptitude merveilleuse et d’une expérience con­ sommée. Cet ouvrage comprend deux parties, la I'·, De l’éducation en général, 3 vol.; la II". De la haute édu­ cation intellectuelle, 3 vol. Trois petits volumes : Le mariage; L'enfant; Conseils aux jeunes gens sur l’étude de la philosophie, en ont été extraits. — Le supé­ rieur de Saint-Nicolas s’associa aux luttes pour la liberté d’enseignement par ses deux lettres au duc V. de Broglie : l'une traitait de la situation intellec­ tuelle et religieuse du clergé; l’autre, des petits sémi­ naires; par son important ouvrage : De la pacification religieuse : par un écrit publié en mars 1847, État de la question, dans lequel il réclamait l’organisation sérieuse et sincère de l’enseignement libre à côté de l'enseignement officiel; et, au mois d’avril suivant, par une critique du projet de loi que M. de Salvandy avait présenté aux chambres. Deux brochures sui­ virent : Les petits séminaires, la vérité simple sur celte question; Les associations religieuses, le véri­ table état de la question. Chanoine de Notre-Dame depuis 1845, vicaire général de Mor All're, professeur d’éloquence sacrée à la Sorbonne, prédicateur renommé Sources. — Stubbs, Memorials of S. Dunstan (Rolls se­ en France et hors de France, directeur de l’Ami de la ries), Londres, 1874 (vies de sa nt Dunstan, lettres et fragments religion qu'il avait pourvu de collaborateurs éminents, liturgiques qui so rapportent à lui); Wilkins. Concilia Ecclesiæ l’abbé Dupanloup entra en 1849 dans la commission anglicanæ, Londres, 1787, t. I, p. 225 sq , donne les canons chargée par M. de Falloux de préparer la loi qui devait d’Eadgar et le pénitentiel attribué à saint Dunstan assurer à la France, pendant un demi-siècle, la liberté Ouvrages. — Pour plus de détails, cf. les articles de Habn et Hunt: Green, Conquest of England, Londres. 1883; Hahn, j de l'enseignement secondaire. L'abbé Dupanloup avait refusé en 1845 un évêché et la art. Dunstan, dans Realencyclopiidie, t. V, p. 75 sq. ; Hefele, Histoire des conciles, Paris, 1871, t. vt; Hook, Lives of the direction de l'instruction publique que lui olfraitle roi archbishops of Canterbury, Londres, 1860 sq., 1.1 ; W. Hunt, deSardaigne, Charles Albert; au moisd’avril 1849, vaincu art. S. Dunstan, du Diet, of nat. Biogr., t, xvi, p. 221 sq. ; par les instances du P. de Ravignan el du cardinal Gi­ Lingard, History and antiquities of the Anglo Saxon Church, raud,archevêque de Cambrai, qui l’eût demandé comme Londres. 1845, t. it; Robertson, Historical Essays, Edimbourg, coadjuteur dans ses nouvelles fonctions, s’il avait été 1872; Schrodl, art. S. Dunstan, du Kirchenlexikon, t. tv, nommé primicier du chapitre de Saint-Denis, Capelle, p.22 sq.: Stubbs, Introduction aux Memorials; Wright, art. Vie dv, cardinal Giraud, IIIe partie, c. xi, il accepta S. Dunstan, de la Biographie litteraria, Londres, 1842. J DE LA SERVIÈRE. l’évêché d’Orléans. Falloux, Mémoires d’un royaliste, DUPANLOUP Félix, né le 3 janvier 1802, à Saint- c. xm. Il fut sacré à Notre-Dame le 9 décembre 1849. Évêque, Mor Dupanloup déploya pour la formation du Félix, dans la Savoie alors française ; élève à Paris du petit séminaire de Saint-Nicolas du Chardonnet, clergé, pour l’éducation de la jeunesse, pour la sancti­ fication de tous, un zèle industrieux et infatigable. et ensuite de Saint-Sulpice, fut ordonné prêtre le Admirateur fervent des chefs-d’œuvre de l'antiquité 18 décembre 1825. Vicaire à l’Assomption, l’abbé classique, il en défendit l’étude contre les assertions du Dupanloup fut l’un des aumôniers de la dauphine, Ver rongeur de l’abbé Gaume, dans une Lettre aux Marie-Thérèse de France; catéchiste du duc de Bor­ professeurs de son petit séminaire, 1852. Cette lettre deaux et du prince de toinville, il créa à l’Assomption ayant été combattue dans V Univers, l’évêque d’Orléans cette Académie de Saint-Hyacinthe qui exerça sur la jeunesse d’alors une si bienfaisante influence. Après interdit aux professeurs de ses petits séminaires tout abonnement à ce journal; de concert avec les arche­ avoir passé de l’Assomption à la Madeleine, achevée et vêques de Besançon et de Paris, il rédigea une décla­ livrée au oulte, il devint, en 1836, vicaire à Sainl-Roch; il avait inauguré en 1833 à Notre-Dame l’œuvre des ration qui visait moins la question des classiques conférences, que Lacordaire devait reprendre avec que l’ingérence de la presse dans les alfaires ecclésias­ tant d’éclat. M. Dupanloup fut nommé en 1837 supé­ tiques. Le 9 novembre 1854, Μν Dupanloup fut reçu à rieur du petit séminaire de Saint-Nicolas du Char­ l'Académie française; le 8 mai 1855, il prononça dans donnet qu’il dirigea jusqu’en 1845. Il reçut en 1838 la sa cathédrale le panégyrique de Jeanne d’Arc il rétractation et la suprême confession de Talleyrand, devaiten prononcer un autre en 1869), et le 1"mars 1858, ancien évêque d’Autun. Mor Lagrange, Vie de MsT Du­ à Saint-Sulpice, l’oraison funèbre du P. de Ravignan. panloup, t. i, c. xiv, xv; Cognât, M. Renan hier el L’année 1859 amena la guerre d'Italie et les pre­ aujourd’hui,^. 22; Dupanloup, La mort de Talleyrand, mières spoliations du saint-siège; à partir de cette dans la Revue des deux mondes, du 1er mars 1910, date jusqu’aux spoliations finales de 1870, l'évêque p. 112-146. Sous la direction de M. Dupanloup, d’Orléans fut l’inlassable champion du pouvoir tem­ Saint-Nicolas du Chardonnet, dont les circonstances porel. Il publia, dès le début, une protestation indi­ avaient fait presque un collège mixte, obtint les plus gnée; il réfuta la brochure fameuse : Le pape et le rares succès. E. Renan, qui en fut élève, a nommé son congrès, et cette autre brochure : La France, Rome et ancien maître un éducateur incomparable. « Tous l'Italie; il écrivit sa lettre â M. Grandguillot, laquelle les jours, dit-il, (M. Dupanloup) se mit directement lui valut un retentissant procès d’où il sortit vainqueur, en rapport avec la totalité de ses élèves par un entre­ assisté par Dufaure et par Berryer. Il réunit en un tien intime, souvent comparable pour l’abandon et le volume : La souveraineté pontificale, des articles naturel aux homélies de Jean Chrysostome dans la publiés d’abord dans I’Amide la religion; il prononça Paiera d’Antioche... Pour tirer de chacun de ses l’oraison funèbre des martyrs de Castellidardo, et, élèves le summum de mouture qu’il pouvait donner, en 1865, celle de Lamoricière. Il célébra la victoire de 1951 DUPANLOUP Mentana (1867). Auparavant, en janvier 1865, unissant par une stratégie habile l’offensive et la défensive, il avait publié la mémorable brochure : La convention du 15 septembre et l’encyclique du 8 décembre 1864, dont il fut félicité par Pie IX, et par six cent trente évêques, entre autres par le futur Léon XIII. Toujours en éveil et toujours en armes, il défendait contre les entreprises du pouvoir la liberté de la charité, écrivait ses lettres sur l’esclavage, sur la Pologne, dénonçait les atteintes portées par le ministère Duruy à l’éduca­ tion chrétienne; promouvait chez les femmes la cul­ ture intellectuelle : Femmes savantes et femmes stu­ dieuses; La femme chrétienne et la femme française; les Lettres sur l’éducation des jeunes filles devaient occuper ses derniers jours. Il repoussait les thèses du positivisme et du matérialisme, Lettre pastorale sur les malheurs et les signes du temps; L’athéisme et le péril social; et, par son Avertissement à la jeu­ nesse et aux pères de famille, il écartait de l'Académie française M. Littré, auquel il écrivit, le 23 mai 1863 : « Je suis triste en me disant qu’il m’a fallu combattre un homme dont les qualités méritent mon hommage, blesser un homme que je voudrais toucher... » Aux congrès de Malines (1864 et 1867); â Rome, lors des grandes réunions épiscopales de 1862 et de 1867, l’évéque d'Orléans avait été accueilli avec enthousiasme ; j la veille du concile du Vatican, sa situation dans l’Église de France était sans égale; à ce moment, pour des raisons que nous indiquerons, Mo· Dupanloup se lança dans une controverse impétueuse qui refroidit bien des admirations, contrista bien des amitiés, pro­ voqua de vives répliques. L’évêque d'Orléans avaittout prévu et tout accepté d’avance. En novembre 1869, il publia ses Observations sur la controverse soulevée relativement à la définition de l'infaillibilité au futur concile, et son Avertissement à M. Louis Veuillot. Pendant le concile, M*r Dupanloup défendit ses Observations contre une lettre de l’archevêque de Malines, M9r Dechamps; et répondit aux critiques d’un archevêque américain, Mu'· Spalding, et d’un vicaire apostolique, Msr Bonjean. Personnellement convaincu de l'infaillibilité pontificale (il l'avait sou­ tenue dans sa thèse de doctorat à Rome, en 1842), l’évêque d’Orléans ne prétendait combattre que l’oppor­ tunité d’une définition qui, selon lui, entraverait le retour des protestants, et au péril de beaucoup de catholiques, surchargerait d'un nouveau dogme leur foi débile; mais, trop semblable à l’avocat du diable des procès de canonisation, il accumula les difficultés de tout ordre au point de rendre douteuse la doctrine même à grand nombre de lecteurs. Au concile, Msr Dupanloup parla le 23 janvier 1870, dans la dis­ cussion sur les évêques et les vicaires capitulaires; puis, sur la question du petit catéchisme universel. Il parla une troisième fois, le 24 avril, dans la discus­ sion du schéma De fide. Dans la discussion du c. lit du schéma De Ecclesia Christi, l’évêque d’Orléans ven­ gea l’Église de France des attaques de Me·· Valerga, patriarche de Jérusalem. La question de l’infaillibilité fut introduite, malgré les efforts des évêques de la minorité, et fut tranchée dans le sens de l’affirmative. Contrairement à l’avis de Mo· Haynald et de Mtr Ginouihiac, l’évêque d’Orléans, d'accord avec le cardinal Mathieu, l’archevêque de Paris et Mor Strossmayer, crut qu’il ne convenait pas d’assister â la session du 18 juillet pour y prononcer le Non placet en présence du Saint-Père; il déclara néanmoins, dans une lettre adressée au pape qui fut signée par cinquante-cinq évêques, renouveler et confirmer les votes précé­ demment émis. Mo·· Dupanloup regagna son diocèse où la guerre allait porter ses ravages. Durant l'occu­ pation allemande, par son indomptable dévouement, parses interventions toujours dignes et souvent efficaces . 1952 auprès des envahisseurs, il fut pour son peuple pres­ suré le defensor civitatis, tel que l’avaient été les grands évêques contemporains des invasions barbares· La guerre cessa, et l’évêque d’Orléans, envoyé à l’Assemblée nationale par la reconnaissance de ses diocésains, alla siéger à Bordeaux; c’est de là qu’il adressa à Pie IX une adhésion entière au décret dog­ matique du 18 juillet 1870. A l’Assemblée d’abord el ensuite au sénat, où il entra en 1876, il déploya tou­ jours un zèle que l’àge n'amortissait pas : discours â propos de la loi militaire (1872); sur la présence des ministres de la religion dans les conseils de l’assis­ tance publique (1873); sur l’organisation de l’aumô­ nerie militaire (1874). Il prit une part capitale au vote de la loi sur la liberté de l’enseignement supérieur (juillet 1875), laquelle couronnait la loi émancipa­ trice de mars 1850. Il combattit aussi et contribua à faire repousser le projet Waddington qui, dès 1876, tentait d’ouvrir une brèche dans la loi votée l’année précédente. Entretemps, Msr Dupanloup publiait ses Lettres àü. Minghetti, ministre des finances, sur les spoliations du gouvernement italien envers l’église de Rome et dans l’Italie, et sur la loi militaire ita­ lienne; sa Lettre pastorale sur les prophéties et les miracles; son Élude sur la franc-maçonnerie; sa brochure : Où allons-nous? Dévoué à la gloire de Jeanne d’Arc, il avait fait, en 1869, auprès de Pie IX les premières démarches pour que sa cause fût intro­ duite, et, en 1876, il transmit à Rome le procès infor­ matif de l’ordinaire sur la réputation de sainteté de l'héroïne. Le centenaire de la mort de Voltaire que la maçonnerie et le conseil municipal de Paris inspiré par elle s’apprêtaient à célébrer, en mai 1878, lui cau­ sèrent donc une vive horreur; il s’efforça, dans des lettres publiées à cette occasion, d’entraver le scan­ dale, et il obtint que le gouvernement, par un blâme public adressé au conseil municipal de Paris, enlevât à une telle manifestation tout caractère officiel. Après la mort de Mer Ginoulhiac (1875), l’évéque d'Orléans avait refusé le siège de Lyon. Léon XIII, dont M»r Dupanloup avait salué avec enthousiasme l'avènement, aurait voulu couronner tant de travaux par la pourpre cardinalice; mais le ministère Dufaure, sans opposer au désir du pape et à la voix de l’opinion un refus définitif, hésitait et tardait à présenter pour le chapeau un adversaire politique, approbateur du Seize-Mai. Sur ces entrefaites une mort soudaine frappa l’indomptable lutteur (11 octobre 1878). Léon XIII s'associa publiquement au deuil de la France catho­ lique. Les funérailles de MJr Dupanloup furent célé­ brées dans la cathédrale d'Orléans le 23 octobre. « Mo· Pie s’occupe surtout des idées, Mor Dupanloup surtout des âmes, »a dit Mor Mermillod, cité par M. de Falloux, Mémoires, c. xiv. Telle est bien la caracté­ ristique de l’évêque d’Orléans, et l’explication de sa vie. C’est cet amour des âmes, servi par de rares aptitudes, qui fit de lui un catéchiste presque incom­ parable, et un orateur à la parole si pénétrante et par­ fois si véhémente. De cet amour procédait la sollici­ tude affectueuse dont il entoura tant d’hommes émi­ nents qu’il désirait convertir. Voir entre autres l’admi­ rable lettre qu’il écrivit à Thiers après la mort de V. Cousin. Lettres choisies de Ms' Dupanloup, t. Il, p. 185. De là aussi les concessions qui lui ont été reprochées; son attitude au concile du Vatican; et ce qu’on a appelé son libéralisme, sur lequel il faudrait s’entendre. Si Lacordaire avait respiré le libéralisme à l’École de droit, au barreau, dans l’atmosphère de son temps; si Montalembert en avait puisé l’amour dans les traditions de l’Angleterre aristocratique à laquelle il se rattachait par sa mère, Dupanloup par son édu­ cation et ses tendances était étranger au libéralisme. Le choc donné au jeune clergé français par le journal Ιΐΐό. ’ l'Avenir ne l’avait pas atteint; il était resté le dis­ ciple de Saint-Sulpice, de Mor Borderies, de M»r de Quélen, du cardinal de Rohan. Voir son appréciation du mouvement mennaisien dans sa Vie, par Mur Lagrange, t. i, c. vm. Le zèle sacerdotal, éclairé par l’expé­ rience, détermina chez Dupanloup une évolution dont les âmes bénéficièrent, et dont l'orthodoxie n’eut jamais à se plaindre. Il a maintes fois réprouvé les thèses absolues du libéralisme doctrinal. Voir son Etude sur la francmaçonnerie. L’évéque d’Orléans se plaçait résolument sur le terrain des libertés proclamées par la loi, pour les faire servir à la défense et au triomphe de la vérité catholique. Le libraire Herluison a donné le répertoire des œuvres complètes de Mi' Dupanloup, in-8», Orléans. Parmi celles que nous n’avons pas mentionnées, indiquons les écrits relatifs au catéchisme : Manuel des catéchismes, ou recueil de prières, billets, can­ tiques; La chapelle Saint-Hyacinthe, souvenirs des catéchismes de la Madeleine, 2 in-12; Méthode géné­ rale des catéchismes ; L'œuvre par excellence, ou Entretiens sur les catéchismes ; Le catéchisme chré­ tien, ou exposé de la doctrine de .Lsus-Chrisl offert aux hommes du monde; Vie de Moi Borderies, laissée manuscrite et publiée en 1904. Nommons aussi des ouvrages de piété : Le christianisme présenté aux hommes du monde, extrait des œuvres de Fénelon; La journée du chrétien par Bossuet, ou manuel de piété recueilli des œuvres de Bossuet; La vraie et solide piété, recueillie des œuvres de Fénelon ; La vraie et solide piété sacerdotale, recueillie des œuvres de Fénelon; Vie de .1/»·· Acarie (la B. Marie de l’incar­ nation); Vie de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Journal intime, publié par M. Brancbereau, Paris. 1902; M·' Lagrange, Vie de M·' Dupanloup, 3 vol., Paris, 1883-1884; Michel Salomon, Λ/*' Dupanloup, avec préface du comte Hilaire de Lacombe, dans7.es prends hommes de l'Eglise au xir siècle, Paris, 1904; Notice sur M" Dupanloup par M. le chanoine Cochard, dans L'épiscopat /, ançai . depam le concordat et la séparation, Paris. 1907,p 431-439: Discours d.· I/·· Besson pour l'inauguration du tombeau de .m Dupanloup, Orléans. 1888; Falloux, Mémoires d'un royaliste, 1888, t. i. c. xm; duc d'AudifTrei-Pasquier. Discours de réception à l’Académie française, 1880; marquis Costa de Beauregard, Deux éduca­ teurs, dans le Correspondant du 10 octobre 1883; Cecconi, Storia del concilio ecumenico Vaticano, Rome, 1878, part. IL t. il (reproduit dans ses Documenti plusieurs lettres et brochures de M·' Dupanloup relatives h la discussion de l’infaillibilité pontificale); P. Th. Granderath, Histoire du con­ cile du Vatican, trad, franç., Bruxelles, 19o8, t. I, passim (voir tables, p. 564). A. Largent. 1. 1954 DUPANLOUP — DU PERRON DU PERRON (Jacques Davy), cardinal français, orateur, controversiste, diplomate et homme d’État des plus inlluentsde son temps, né à Saint-Lô le 25 novem­ bre 1556, mort à Paris le 5 septembre 1618. Il était d’une famille normande, noble et calviniste; son père, médecin, puis ministre de sa religion, très instruit, fit lui-même l’éducation de son fils. D'après les contempo­ rains, du Perron fut un enfant, prodige qui apprit très vite le latin, le grec, l'hébreu, el toutes les sciences alors enseignées : mathématiques, physique, astrono­ mie. A dix ans, il étudiait la philosophie et lisait Aris­ tote. Toute sa vie il gardera la réputation d’un « rare et admirable génie », comme le définira encore Bossuet. En réalité, son génie était moyen : il n'a innové en rien; mais son esprit était souple, sa mémoire prodigieuse et jusqu'au dernier tour son travail fut opiniâtre; très érudit, il put, mieux que tout autre, répondre au goût de ses contemporains et prendre part à leurs discus­ sions. toutes de philologie et d histoire. D’autre part, il était ambitieux; de 1576 à 1591 il ne négligea rien pour se pousser à la cour, à Paris, dans les milieux savants où influents, à travers toutes les complications politiques et religieuses. En 1576, au moment où vont DICT. DE THÉOL. CATHOL. s'ouvrir les premiers États de Blois, le maréchal de Matignon, lieutenant-général de la Basse-Normandie, le présente à Henri III qu’il étonne par son savoir. 11 vient à Paris où il se fait des protecteurs et des amis, comme le poète Desportes, et soutient dans les chaires publiques des « discussions» retentissantes. Enfin, sur les conseils de Desportes, dit-on, il se convertit. Les questions religieuses lui étaient depuis longtemps aussi familières que les autres. Il avait étudié les Pères, sur­ tout saint Augustin, les scolastiques, particulièrement saint Thomas, les théologiens catholiques ses contem­ porains, ainsi Bellarmin, et aussi les théologiens pro­ testants, spécialement le fameux du Plessis-Mornay, son futur adversaire. La suite de sa vie fait bien voir la sincérité de sa conversion ; mais celle démarche a pour lui des conséquences fécondes : il est lecteur du roi avec une pension de 1200 livres et il reste de ses occu­ pations d'alors un in-4», intitulé : Premier discours tenu à la table du Roy à Fontainebleau avec C.J. de Gwrsen par J. D., professeur ordinaire du Roi..., Paris, 1584, et ou il est question de philosophie, de mathématiques, de physique et d’astronomie; il est membre de l’Académie des Valois ; l’on a le résumé ou le texte de deux discours qu’il y tint, l’un sur l’âme, l’autre sur la connaissance; il est de la congrégation de NotreDame de Vie-Saine, qu'a fondée Henri III et ou n'entrent que ses inlimes ; des discours spirituels qu’il y tint, il nous est venu entre autres un Discours spirituel sur le premier verset du Psaume cxxtt, in-8», Paris, 1586; 2» édit., Evreux, 1600; il est poètedu roi qui lui fait célébrer en vers Marie Stuart, puis le duc de Joyeuse; toute sa vie, d'ailleurs, il s’occupera de poésie, protégeant les poètes: il fera connaître Malherbe à la cour en 1600, et composant lui-même des pièces de vers en l'honneur des personnages ou des événe­ ments contemporains, des poésies spirituelles, des poésies légères; il traduira le 1er et une partie dn IV» livre de l'Énéide, etc. Ces poésies ont été impri­ mées dans le Cabinet des Muses, 1619, et les Délices de la poésie française, 1620 et 1627. C’esl cependant avec quelque injustice que Sainte-Beuve a appelé du Perron « le Bernis de son temps ». Tableau historique et cri­ tique de la poésie au xvi» siècle, Paris. 1843, p. 141. Du Perron fut autre chose. Son triomphe dans cette période est l'oraison funébrede Ronsard qu’il prononça, encore laïque, le 24 février 1586, dans la chapelle du collège de Boncourt et qui passa pour un chef-d'œuvre; il en donna deux éditions en 1586 et deux autres dans la suite. Ce fut lui qui composa, croit-on d’après ses papiers, le discours que prononça Henri III à l’ouver­ ture des seconds États de Blois en 1588. Après la mort de ce roi, il fut un moment de la maison du cardinal de Bourbon, mais il abandonna bientôt, avec quelque appa­ rence de trahison, cette cause sans espoir, pour se rallier à Henri IV auprès de qui il usa de toutes les flatteries et en même temps de toutes les protect ion.-, même de celle de Gabrielle d’Estrées. Enfin, en 1591, Henri IV le nommait évêque d’Évreux, pour succéder a un violent ligueur, Claude de Saintes. C’est à cette occasion que du Perron entre dans les ordres. Sûr de son avenir, il rend dès lors de grands services à son roi, à la France et à l’Eglise. Il pousse Henri IV à se convertir; c'est lui qui joue le principal rôle aux conférences deMante-.en face des ministres Rotan et Bérault. Il est de la fameuse conférence du 22 juillet 1593 à Saint-Denis. Enfin de juillet à septembre 1595, il mène à Rome, avec le con­ cours de d’Ossat qui y était depuis novembre 1594. les négociations qui amenèrent la réconciliation du roi avec le saint-siège, tout en ménageant les susceptibilités nationales et gallicanes, et il reçut à cette occasion le titre de premier aumônier du roi et de conseiller d'ÉtaL Revenu de Rome, où il a été sacré évêque, il se consa­ cre presque exclusivement à la controverse religieuse où IV. - 62 1955 DU PERRON 1956 déjà il s’est essayé, et par laquelle il a provoqué cer­ un autre livre traitant De l’institution, usage et doc­ taines conversions commes celles de Jean de Sponde, trine du Saint-Sacrement de l’eucharistie en l Eglise qui lit paraître, à Paris, en 1595, la Declaration des prin­ ancienne. Ensemble, comment, quand et par quels cipaux motifs de sa conversion, et de son frère Henri degrez la messe s’est introduite en sa place. Il appor­ de Sponde qui, plus tard évêque de Pamiers, conti­ tait cinq mille textes. Sans attaquer la bonne foi de l’au­ nua les Annales de Baronius. Par ses discours dans teur, les catholiques, entre autres le frère de l’évêque des entretiens privés ou dans des conférences, c’estd'Évreux, dénoncèrent bientôt dans « le livre contre la à-dire dans des discussions contradictoires publiques, messe », comme ils disaient, des textes inexacte, ou et par ses écrits, il combat le protestantisme; il en est mal interprétés. Du Perron, lui, préparait une réfutamême l’adversaire le plus redouté; parfois, c’est dans I tion écrite, lorsque, le 20 mars 1600, du Plessis, mis son diocèse où le calvinisme a fait des progrès à la au pied du mur. lui proposa en quelque sorte une dis­ faveur des troubles civils; plus souvent, c’est à Paris ou cussion publique, en présence de commissaires désignés sa parole a plus de retentissement. Les principales par le roi. Le 25, du Perron acceptait et se faisait fort questions qu’il discute sont naturellement l’Église et i de démontrer, dans la livre en question, « cinq cents l’eucharistie, sa méthode qui est celle de son temps et énormes faussetés », ne pouvant les relever toutes. d’ailleurs celle qui convient le mieux à sa merveilleuse Henri IV désigna comme juge du débat, sous la prési­ érudition, est d’apporter en faveur de ses thèses le plus dence du chancelier de Bellièvre, deux catholiques, l'his­ grand nombre possible de textes de l’Écriture et des torien de Thou et François Pilhou, avocat au parlement Pères. Les épisodes de la lutte sont nombreux. En 1597, de Paris, et deux protestants, Fresne-Carraye, président à Paris, après une discussion de trois jours, il triomphe de la Chambre mi-partie, créée par l’édit de Nantes au d’un membre estimé de l’Église réformée, Daniel Tileparlement de Toulouse, et le savant Casaubon. Il leur nus, et il convertit immédiatement une vingtaine de adjoignit Martin, son lecteur et médecin et docte hébraïpersonnes. Cette victoire eut comme contre-coup la sant. Le lieu choisi fut Fontainebleau. Au dernier conversion de Nicolas de Harlay, plus connu sous le moment tout faillit se rompre, du Plessis exigeant sous nom de Sancy, surintendant des linances, déjà converti, menace de se retirer que les cinq cents passages incri­ puis revenu à son erreur, ce qui explique la satire de minés lui fussent communiqués à l’avance et dans cer­ d’Aubign i intitulée : La confession de Sancy. Les entre­ taines conditions e* du Perron se refusant à des con­ tiens que du Perron eut avec lui, recueillis par un cessions qu'il jugeait défavorables à sa cause. Enfin témoin, se retrouventdans les Diverses oeuvres, avec ce du Perron consentit à indiquer chaque jour à son titre : Discours recueilli par le sieur de Beaulieu des adversaire, trois heures au moins avant la conférence, propos que M, l'évêque d'Évreux tint à M. de Sancy soixante textes à discuter, avec les sources patristiques sur l’autorité et nécessité des traditions apostoliques, ou scolastiques. La première conférence eut lieu le ainsi qu’un traité écrit par du Perron dans la même 4 mai, en présence du roi, des princes, des grands sei­ circonstance et intitulé: Bref traité de l'eucharistie... gneurs, des officiers de la couronne, de plusieurs autres fallen 1597 pourla conversionde M. de Sancy. En 1597 personnages et de quelques centaines de spectateurs. également, il donna à Paris, dans l’église Saint-Merry, Du Plessis n'avait eu le temps d’étudier que dix-sept «les conférences apologétiques, avec un véritable appa­ des soixante textes de ce jour; la conférence dura six reil professoral. Quelques-unes durèrent trois heures. heures; on s’arrêta au neuvième passage. Les commis­ Le succès fut immense. Mais on n'a que le Commen­ saires conclurent à la fausseté des citations. Du Plessis cement du premier sermon, dans les Diverses œuvres. battu déserta la lutte; le 5, il se dit malade; le 8, il La même année encore, du Perron publiait le premier quitta Fontainebleau. Sa retraite parut un aveu; tout le de ses ouvrages importants sur les sujets de contro­ protestantisme sembla battu avec lui, et dès le 5, Henri IV verse : c’est la Béplique à la Réponse de quelques soulignaitencore cette défaite en écrivant au duc d’Éperministres sur un certain écrit touchant leur vocation, non dans une lettre qui fut rendue publique : « Le dio­ in-8° et in-12, Paris. L’écrit dont il s'agit leur avait été cèse d'Évreux a gagné celui de Saumur. » Du Plessis, adressé par un des leurs revenant à l'Église catholique : cependant, ne se résigna pas à sa défaite, ni ceux de son il s’agit d'un sieur de Saint-Vasl que du Perron avait parti. Poussé par eux, il écrivit aussitôt et lit paraître en converti, en lui démontrant que les pasteurs des Églises même temps à Paris, à Sedan, à La Rochelle, à Mon­ réformées n'avaient aucune mission légitime. A parlir tauban, sans nom d’auteur, un Discours véritable de la de là, du Perron lutte sans cesse. En 1598. il a d'abord Conférence tenue à Fontainebleau, d'après lequel sa à s’occuper d’une affaire désagréable. Tilenus qui a défaite était injuste et la conférence une machination eu entre les mains le manuscrit du Discours recueilli destinée à plaire au pape. Au même moment, il est vrai, par le sieur de Baulieu, l’a publié avec une courte paraissait à Anvers un autre récit des faits, attribué à réponse et sous le titre mensonger : De l’insuffisance du Perron, mais non signé, intitulé : Discours véri­ de l’Écriture. (Il le fera réimprimer en 1601.)Du Perron table de l’ordre et forme qui a été gardé en l'assem­ prépara immédiatement, 1598, une protestation et une blée de Fontainebleau... P. E. E. R. S. D. P. P. Cela réfutation sous le pseudonyme de H. Connestable, gen­ ne suffit pas à du Perron qui venait de rentrer à Évreux. tilhomme anglais; distrait par d’autres soins, il les lit De cette ville, il publia, sous son nom, cette fois, les seulement paraître en 1601, mais sous son nom et avec Actes de laconférence, suivis de la Réfutation du faux ce titre : Réfutation de l'escrit de. maistre Daniel discours, in-8°, 1601 et 1602. Sans ménagement il ra­ Tilenus contre un Discours touchant les Traditions conta les faits : les neuf passages convaincus d'erreur et apostoliques, in-12, Évreux, 1601; 2e édit., 1602. Dans la fuite de du Plessis; puis il énuméra quelques-unes l'intervalle il a été aux prises avec le pape des hu­ des autres « ridicules et puériles ignorances >.· de guenots, du Plessis-Mornay, représentant officiel de du Plessis et enfin l'invita à reprendre la lutte. Le la science protestante en France, à la célèbre Confé­ vaincu s’en garda bien, mais après un Adverlissement à M.M.de l’Église romaine, Saumur. 1601, d’attendre rence de Fontainebleau, 4 mai 1600, qui fut presque une affaire de l’État, et en tous cas passionna l’opi­ pour triompher, il publia à Saumur, en 1602, un in-4· nion. En 1578, du Plessis-Mornay avait fait paraître un de 767 pages, comme Réponse au livre publié par le sieur Traité de l’Église, auquel sont disputées les princi­ r.vesque d'Évreux. La lutte s’arrêta pour le moment; du Perron se contenta de préparer une réponse com­ pales questions meues sur ce point en notre temps; plète, décisive, où toutes les erreurs de son adversaire Du Perron avait constaté qu’un certain nombre des citations qui constituaient les démonstrations étaient seraient signalées et réfutées, mais cette réponse ne paraîtra qu’en 1616 et en 1622. Si l’on croit d'Aub gn . inexactes. Or. co 1598, du Plessis publiait à La Rochelle 1957 DU PERRON du Perron et d’Aubigné auraient repris la conférence de Fontainebleau, quinze jours après; du Perron aurait été battu dans la discussion et n’aurait pu répondre au traité composé à cette occasion par d’Aubigné, De dissi­ diis Patrum. Mais cette lutte n’est pas prouvée : elle n'est relatée que par d’Aubigné. Œuvres complètes, 1.1. Ce qui est certain, c’est que du Perron ne parvint pas à convaincre Catherine de Bourbon, duchesse de Bar, sœur du roi, calviniste ardente comme sa mère Jeanne d'Albret: on n’aboutit même pasàréunir les conférences projetées à ce sujet, à Saint-Germain, 1601. En 1604, du Perron était nommé cardinal, en raison de ses luttes contre le protestantisme et aussi, dit-on, â cause de ses opinions ultramontaines. Peu après, il était envoyé à Rome comme chargé des affaires de la France et il rendait à son pays le service de faire élire deux papes qui loi fussent favorables plutôt qu’à l’Espagne, Léon XI et Paul V. En 1606, toujours contre l'Espagne, il négocia avec le cardinal de Joyeuse la réconciliation de Venise et du saint-siège. Enfin, comme membre de la congre gation De auxiliis, il détourna sagement le pape de prendre parti dans les querelles au sujet de la grâce. En 1607, il rentrait en France; depuis 1606, il était archevêque de Sens, commandeur de l’ordre du SaintEsprit, et grand aumônier : cette dernière qualité lui donnant la direction du Collège royal, en 1610, il en obtiendra la reconstruction sous le nom de Collège royal de France. La mort de Henri IV n’affaiblit pas son crédit. Membre du conseil de régence, très inlluent sur l'esprit de Marie de Médicis; il continua à s'occuper de controverse avec la haute autorité de la situation et de la science. En 1611 et 1612, par l’intermédiaire de Casaubon, il soutint par lettres avec.Jacques Ier d’Angle­ terre une discussion sur la véritable Eglise. De celte discussion sortit un in-folio de 1120 pages intitulé : Répliqué à la Réponse du Serenissime Roy de la Grande-Bretagne, publié seulement en 1620 par Jean du Perron,frère du cardinal, et réédité en 1622 et 1633. La Réponse dont il s’agit est dans les Isaaci Casauboni epistolæ, in-fol., Rotterdam, 1709, p. 491. Un peu plus tard, 1617, il autorisa Coëffeteau à publier, sous sa responsabilité et quoique inachevée, la réfutation qu’il préparait depuis I6(’O .lu livre de du Plessis sur la messe. L’ouvrage, 2 in-12, parut â Evreux sous ce titre : Exa­ men du livre du sieur du Plessis contre la Messe, com­ posé il y a environ dix-huit ans par Messire Jacques Davy, lors Evesque d'Evreux... et pubbépar Rev. Père e» Dieu Messire \’ico'as Coëffeteau, Evesque de Dardauvé et suffragant de V Evesche de Metz. Le livre com­ plet, comprenant, non seulement l’exposé des erreurs de du Plessis, mais les preuves de la croyance de l’Église en l’eucharistie, a pour titre : Traité du saint-sacre­ ment de l'eucharistie, divisé en trois livres, contenant la réfutation du livre du sieur du Plessis- Mornay contre la Messe el d'autres adversaires de l'Eglise tant par la comparaison des sacrements de la nou­ velle Loy avec ceux de l’ancienne, que par l’histoire de la créance universelle de ce sacremen t en toutes ses parties et par tous les siècles, selon les saincts Pères de l’Eglise et autres autheurs et par l’examen de toutes les liturgies, usage et pratique de l'Eglise touchant la consécration, transsubstantiation, ad oration et autres cérémonies du saint-sacrement de l'autel, in-fol. de 963 pages. Ce livre, où la partie historique est surtout développée, a comme complément une Réfutation de toutes les olpections tirées des passages de saint Augustin, allégués par les hérétiques contre le saintsacrement de l’eucharistie, in-fol. de 231 pages rendu nécessaire par ce fait que les sacramentaires se plaçaient sous le patronage de saint Augustin. Ces deux livres ne lurent publiés qu’après la mort du cardinal par son frêre Jean et par son neveu Jacques, le Traité de l’eucharis­ tie, en 1622, et la Réfutation, en 1624. •1958 Depuis 1610, du Perron se trouvait mêlé d’autre part aux conflits entre ultramontains et gallicans. Les excès de la Ligue avaient provoqué de la part du senliment national une réaction contre les doctrines ultramon­ taines et le fameux livre de Pierre Pithou sur Les liber­ tés de l’Église gallicane, 1594, était la manifestation de cet état d’esprit. La mort de Henri IV avait encore accentué cette réaction ; le parlement et la Sorbonne étaient à la tète du mouvement. Le 26 novembre 1610. le parlement défendait d'imprimer, vendre etlire, «sur peine du crime de lèse-majesté, » le Traité de la puis­ sance temporelle du souverain pontife, que venait de publier Bellarmin, comme tendant « à l’éversion des puissances souveraines ordonnées et establiesde Dieu ». En 1611, le syndic de la faculté de théologie, Edmond Richer, publiait le Libellus de ecclesiastica potestate, in-4°, d’après lequel « toute l'autorité essentielle se trouve dans l'épiscopat. Le pape est le monarque de l’Église... néanmoins il ne domine pas sur l’épisco­ pat... L’épiscopat est tout-puissant, le pontificat est subordonné » (Puyol). Or. du Perron était disciple de Bellarmin et dès sa nominal ion à l’évêché d’Évreux il l’avait prouvé en ordonnant d’insérer dans le Rituel de son diocèse la bulle In cena Domini, rejetée par les parlements. Il prit donc parti pour Bellarmin contre le parlement; puis il s’occupa de Richer qui se refu­ sait à toute rétractation. De concert avec le nonce, du Perron réunit à Paris, à l’hôtel de Sens, en février!612, tous les évêques présents dans la capitale : l’assemblée condamna Richer. Il en fut de même d'un concile pro­ vincial que du Perron tint à Sens, en mars 1613. Déjà la régente avait déposé Richer, 1612. Survinrent les Étals de 1614. Du Perron y figura; il avait figuré déjà à ['Assemblée des notables à Rouen en 1596 et il devait encore assister le duc d’Anjou en 1617 dans une autre Assemblée des notables tenue également à Rouen. Mais aux États de 1614 son rôle fut plus important. Les questions religieuses y furent au premier plan et le clergé y eut le rôle prépondérant; or, avec le cardinal de Sourdis, ce fut du Perron qui dirigea le clergé. Peut-être ses ambitions « qui l’avaient conduit si loin, par des chemins si compliqués, n’avaient pas dit leur dernier mot;... il aimait à rappeler Suger. Ximënès ■ (Hanotaux). En tous cas, il y avait autour de lui une coterie de jeunes prélats dont était l'évêque de Lin on, le futur Richelieu. Du Perron avait protégé ses dé­ buts et l’avait fait connaître à la cour comme orateur. Richelieu d’ailleurs l’admirait et voulait l imiter. Du Perron s’engagea à fond dans le débat de principes où se heurtèrent alors les ultramontains et les gallicans, à propos de l’article 1er du cahier du tiers état, question de principes, mais aussi de tactique, car le tiers et Condé voulaient briser par là l’alliance du clergé et de la cour. Le 15décembre donc, le tiers, malgré Richer qui, con­ sulté, avait, paraît-il, conseillé de s’abstenir, volait un article déjà inséré dans le cahier de la ville de Paris et rédigé par un conseiller au parlement, Claude Le Prêtre. L’article demandait qu’il fût arrêté par le roi comme loi fondamentale du royaume « que comme il est reconnu souverain en son État, ne tenant sa couronne que de Dieu seul, il n’y a puissance en terre, qu’elle soit spirituelle ou temporelle qui ait aucun droit sur son royaume, pour en priver les personnes sacn · - \e nos Rois, ni dispenser ou délier les sujets de la fidélité et obéissance qu’ils lui doivent pour quelque cause ou prétexte que ce soit. Que l’opinion contraire, mesmes qu’il soit loisible de tuer on déposer nos rois, s'élever et rebeller contre eux, secouer le joug de leur obéis­ sance, est impie, détestable, contre vérité et contre l’establissement del'Estatde la France qui ne dépend im­ médiatement que de Dieu. » Le tiers s’était bien gardé de communiquer sa délibération au clergé. Le20<·· pen­ dant, celui-ci était averti par le bruit public. Quoiqu’il 1959 DU PERRON — DU PONT comptât des gallicans parmi ses membres, comme ce Daniel de la Mothe, éveque de Mende, qui écrira plus tard en réponse à la harangue de du Perron, un opus­ cule : Du droit des papes sur le temporel des rois, non imprimé, le clergé s'émut, trouvant exagérée la préten­ tion du tiers de trancher seul une question d’ordre reli­ gieux et voulant éviter d'ajouter au désordre du royaume et de diviser les catholiques en face des protestants. Il ten>a donc d’obtenir communication — n’osant en de­ mander le retrait — de l'article avec ledroitde le modi­ fier à son gré. Toutes ses démarches échouèrent d’abord. Enfin le 30 décembre, du Perron, indisposé depuis quinze jours, reparaissait aux séances. Le clergé vit en lui son sauveur et le supplia d'agir. Du Perron gagna d'abord la noblesse a ses vues, 31 décembre, puis, le 2 janvier Kilo, accompagné d’un grand nombre de pré­ lats el de gentilshommes, il se rendit à la chambre du tiers. Son discours dura trois heures. Il distingue trois points dans l’article fondamental : « Le premier con­ cerne la seureté de la personne des Roys. Et de cestuylà, nous en sommes tous d’accord... Le second point est de la dignité et souveraineté temporelle des Roys de France. Et de cestuy-lâ nous en sommes aussi d’accord... Reste le troisième, à savoir, si les princes ayant fait, ou eux ou leurs prédécesseurs, serment à Dieu et à leurs peuples, de vivre et de mourir en la religion chré­ tienne et catholique, viennent à violer leur serment, et à se rebeller contre Jésus-Christ et à lui déclarer la guerre ouverte.... leurs sujets peuvent estre récipro­ quement déclarés absous du serment de fidélité qu’ils leur ont fait. » L'article du tiers « contient la néga­ tive: » mais c’est là « tomber en quatre manifestes inconvénients... » D’abord, c'est soutenir une doctrine contraire à la doctrine de l'Église catholique et même à la doctrine traditionnelle de l’Église gallicane; puis, c’est pour des laïques « ouvrir la porte à toutes sortes d’hérésies, » que de trancher sans l’Église un point de controverse; c’est aussi précipiter la France « en un schisme évident et inévitable; » enfin, c’est aller conlre le but cherché, car c'est mettre en grand péril l’Etat et le roi en provoquant des discordes religieuses. Il concluait en demandant que le tiers communiquât officiellement au clergé l'article en question et s’en remit à lui du soin de lui donner sa rédaction définitive. Du Perron obtint peu : le tiers offrit seulement que le clergé rédigeât un article sur la question; le tiers l'examinerait et l’accepterait, si c’était possible. Le clergé rédigea en hâte un autre article, « qui impli­ quait uniquement le renouvellement et la publication de la XV« session du concile de Constance. » Le tiers n’en voulut pas. De plus, au moment même où parlait du Perron, le parlement rendait un arrêt qui confir­ mait les doctrines renfermées dans l'article du tiers. La solution vint de la cour. Néanmoins la Harangue de du Perron fit grand bruit; il dut en donner la même année, 1615, quatre éd'‘ions; elle provoqua une Déclaration du sérenissime roi de la Grande-Bre­ tagne, France et Irlande, défenseur de la foi pour le droit des rois et indépendance de leurs couronnes contre la Harangue de l’illustrissime cardinal du Perron, prononcée à la chambre du tiers-état, in-4°, Londres. 1615. Du Perron entreprit, pour répondre à cetle démonstration, un véritable traité qui ne fut pas publié et qu'il n'eut même pas le temps d’achever. Bossuet revient souvent dans sa Defensio Declarationis cleri gallicani de ecclesiastica potestate à la Harangue de du Perron, soit pour la combattre, soit pour y trouver des preuves. On la réimprima en 1829, au milieu du conflit d'alors entre ultramontains et galli­ cans. Du Perron mourut à Paris, à l’hôtel de Sens, le 5 septembre 1618. Ses ouvrages de moindre étendue ont été réunis et publiés «mis ce titre : Les diverses œuvres de l’Illustrissime Cardinal du Perron, in-fol., 1960 Paris, 1622; 2e édit., 1629; 3· édit., 1633. Son secré­ taire, César de Ligny, a publié sa correspondance diplomatique dans un in-fol. intitulé : Les ambassades et négociations de l’I llustrissime et Révérendissime Cardinal du Perron, Paris, 1623; 2e édit., 1G29; 3e, 4e et 5e édit., 1633. Christophe Dupuy a publié un recueil de bons mots et de pensées attribués à du Perron sous ce nom : Perroniana sive excerpta ex ore cardinalis Perronii, in-12, La Haye, 1666; Cologne et Genève, 1669. En dehors des Ambassades et de Perroniana. de Neuville, Oraison funèbre de Jacques Davy, cardinal du Perron, ίη-8°, Paris, 1618; de Provenchères, Oraison funèbre..., in-8·, Sens, 1618; Condemtal. Larmes de la France sur le trépas du cardinal Duperron, in-8·, Paris, 1618; A. Duval. Sprhimea Mercurii seu Panegyricus ecclesiasticus D. D. Jacobo Davy Duperron, in-8·, Paris, 1611; Agrippa d’Aubigné. Œuvres complètes, édit. Réaume et de Caussade, 4 in-8·, Paris. 18731877, t. i;du Plessis-Mornay. Histoire, in-4·, I.eyde, 1647, et Mémoires et correspondance, 12 in-8·, Paris. 1824-1825; Henri IV, Lettres missives, 7 in-4·. Paris, 1843-1858. t. m, iv; Lettres inédites au chancelier BeUièvre, édit. Halphen, in-8·, Paris, 1882: dans la collection Michaud et Poujoulat. série P·, t. XII : Palma-Cayet. Chronologie novenaire. I. II. t. x; Cheverny, Mémoires, série 2'. t. vu; Richelieu. Mémoires, t. t; Flonmou Rapine. Recueil très exact. in-4·, Paris, 1651. de Thou, Historiarum sui temporis libri XXXVIII, 7 in-fol., Londres, 1733: Levesque de Burigny, Vie du cardinal Duperion, in-12. Paris, 1768; Poirson, Histoire du règne de Henri /V, 4 in-8·, 1857; Chalembert. Histoire de lu Ligue sous les règnes de Henri III et de Henri IV, 2 in-8°, Paris, 1854; abbé Lésât. De la prédication sous Henri IV. in-8·, Paris, 1873; Perrens, L’Église et l’État sous Henri IV et sous la régence de Marie de Médicis. 2 in-8·, Paris, 1872. abbé Féret, Henri IV et l'Église catholique, in-8·. Paris, 1875; Le cardinal du Perron, in-18, Paris, 1877· Freppel, Bossuet et l’éloquence sacrée au xvn* siècle, in-8·. Paris, 1893; Picot, Histoire des États généraux, 2' édit., 1888. t. IV Degert, Le cardinal d’Ossat, in-8·. Paris. 189'», et d’ussat, Lettres, in-12, Paris, 17(i8. t. i : L’Épinois. La Ligue et les papes, in-8·, Paris, 1888; Strowski, Saint François de Sales, in-8·, Paris, 1898, Introduction ; Grente, Quæ fuerit in cardi­ nali Davy duPerron vis oratoria, in-8·, Paris, 19.»3. Haag, La France protestante. 2· édit., t. v, col. 177-180: Lichten­ berger, Encyclopédie, t. iv. p. 146-148; Lavisse et Rutnbaud, Histoire générale, t. v, Les guerres de religion; Unisse, Histoire de France, t. vi, Henri IV et Louis XIII, par H. Mariéjal, 1905. C. Constantin. 2. DU PERRON Jean Davy, frère du précédent et son successeur à l’archevêché de Sons. Il avait la réputation d’un érudit; néanmoins et malgré l’appui de son frère, Henri IV lui préféra Vauquelin Desyvetaux comme précepteur du dauphin. Il se mêla aux controverses de son temps. On lui attribue une Apologie pour les jésuites au su/et du livre de Suarez, in-12, Paris, 1614. Il mourut en 162I. H fut avec son neveu, Jacques le Noël du Perron, évêque d’Angoulême, puis d’Évreux, grand-aumônier de Henriette de France, reine d’Angleterre, l’éditeur des œuvres post­ humes du cardinal. C. Constantin. DU PONT Louis, le vénérable (son nom espagnol est de la Puente, en latin de Ponte), célèbre auteur ascétique, né à Valladolid le 11 novembre 1554, reçu dans la Compagnie de Jésus le 2 décembre 1574, fut appliqué à l’enseignement de la philosophie et de la théologie, puis à la formation spirituelle des novices et des jeunes religieux de son ordre. Il a exercé un fécond ministère surtout par ses ouvrages, universelle­ ment lus et appréciés, traduits dans toutes les langues et constamment réimprimés jusqu’à nos jours. On y trouve un ascétisme sain et élevé et une tendre piété, appuyés sur la plus solide théologie. A part son com­ mentaire latin sur le Cantique des cantiques, tous les écrits du P. du Pont ont été composés en espagnol; nous donnons les titres des principaux eu rançais : 1961 DU PONT DURAND LE JEUNE Méditations sur les mystères de notre foi avec la pratique de l'oraison mentale. Divisées en six parties, correspondant aux trois voies, purgative, illumina­ tive et unitive. C’est l’ouvrage le plus répandu; la première édition a paru en 2 in-4°, à Valladolid, 1605; d’autres édilions sont en 3 ou 6 in-8° ou in-12; on en a publié aussi des abrégés et des extraits. Pour ne parler que des traductions françaises,)! y en a de l’avocat René Gaultier (1611; commencée par le P. de Balinghem); du P. Brignon (1683), du P. Jennesseaux (1878), etc.; Guide spirituel. Où il est traité de l’oraison, médita­ tion et contemplation: des visites divines et grâces extraordinaires ;de la mortification et des œuvres hé­ roïques qui les accompagnent, in-4», Valladolid, 1609; également traduit par René Gaultier et le P. Brignon; De la perfection du chrétien en tousses états, 4 in-4», publiés, les deux premiers a Valladolid. 1612-1613. les deux autres à Pampelune, 1616; traduction partielle par François de Rosset, complète par René Gaultier; le traité De la perfection du chr tien dans l’état ecclé­ siastique a été traduit par l’abbé Charles Monjardin, 2 in-18, Paris. 1894; Vie du P. Balthasar Alvarez, de la Compagnie de Jésus, trad, française par René Gaul­ tier (1618), par l'abbé P*" (1842), par le P. M. Bouix, S. .1. (1873); le P. Alvarez a été le directeur de sainte Thérèse, si estimé de la Vierge séraphique; la vie de ce grand maître de la vie spirituelle par cet autre maître que fut le P. du Pont offre un riche enseigne­ ment ascétique et mystique. Le P. Louis du Pont est mort à Valladolid le 16 février 1624. Sa cause de béa­ tification a été introduite par Benoit XIV, et l’héroïcité de ses vertus fut déclarée par Clément XIII, le 16 juillet 1759. Fr. Cachupin. Vie et vertus du Vénérable Père du Pont, de la C'· de Jésus. Salamanque, 1652, en espagnol; traduit en ita­ lien et en français ; on y trouve, en appendice, des lettres de direction et d’autres écrits inédits du P. du Pont; dans sa Vie du P. Balthasar Alvarez, notamment aux c. xtx, xlvi, xlvii, p. 213. 209, 537,551, de la traduction Bouix, le P. du Pont donne d'intéressants détails sur sa propre vocation et sur ses rapports personnels avec le P. Alvarez ; Alegambe, Bibliothecascriptorum Societatis Jesu, Anvers, 1643, p. 315-317 ; De Backer-Sommervogel, Bibliothèque de la C'· de Jésus, t. vt. col. 1271-1295. et Addenda, p. vin; t. tx, col. 786-788; Hurler, Nomenclator, t. tu, col. 773-774; Kirchentexikon, t. X, col. 184-186. J. Brucker. DUPRÉ Jacques, oratorien français, de Normandie, mort à Caen en 1652. Étant professeur de théologie à l’université de cette ville, il publia en 1645, n’étant plus de l’Oratoire, deux discours « véhéments» contre les jésuites qui, dit-il, défendaient la simonie et atta­ quaient les prérogatives du pape. Batteret, .Mémoires, t. Il, p. 365. A. Ingold. 1. DUPUIS Charles-François, né en 1753, mort en 1809, savant et homme politique. On lui attribue l’invention du télégraphe que Chappe devait perfec­ tionner. Son célèbre ouvrage sur l’Origine de tous les cultes, 3 in-40, 1794, est un livre de parti, solidement réfuté notamment par le P. Lambert, La vérité vengée contre F. Dupuis, in-8°, Paris, 1796. Il a été mis à l’index par décret du 27 juillet 1818. A. Ingold. 2. DUPUIS Jean, recteur de l’université de Paris, né dans le diocèse de Laon vers 1660, mort à Paris en 1739. Il publia en 1701 des Réflexions chrétiennes et morales sur des endroits choisis de l’Ancien et du Nouveau Testament, et quelques ouvrages de littéra­ ture. A. Ingold. DUPUY Jean, né à Cimon en Armagnac, entra chez les ermites de saint Augustin et fut professeur de Urologie â Toulouse; il est mort le 16 janvier 1623, et il a composé uu Commentaire sur la Somme de \ 1962 saint Thomas, 2 in-fol., Toulouse, 1627. Il était renom­ mé pour son abstinence extraordinaire et sa piété. Aubert Le Myre, jouant sur son nom, l’a appelé « un puits insondable de science. » Hurter, Nomenclator, 3· édit., Inspruck, 1907. t. ut, col. 640, 641. E. Mangenot. DUPUYS Germain, oratorien français, né vers 1740, mort â Niort en 1713. Il fut longtemps archidiacre et théologal de Luçon, et en cette qualité prononça l’Orai son funèbre de messire Henry de Barillon, in-4°. Paris, 1704; mais il n’est pas l’auteur de la vie de ce prélat, comme le dit le P. Lelong. Il collabora aussi aux Conférences de Luçon. P. Ingold, Archives de l’évéché de Luçon. p. 95; Supplé­ ment à l'tissai de bibliographie oratorienne. A. Ingold. 1. DURAND, théologien de l’ordre de saint Benoit, né vers 1012 danslediocèse de Bayeux, mort le I I février 1089. Il embrassa la vie monastique à l’abbaye du MontSainte-Catherine et étudia la philosophie, la théologie et la musique aux célèbres écoles de son monastère. Il vint ensuite habiter Saint-Wandrille dont son oncle Gérard avait été abbé. Ce fut là qu’en 1059 Guillaume le Bâtard vint le prendre pour lui conlier l’abbaye de Saint-Martin de Troarn nouvellement fondée. Prélat plein de vertu et de science, il se montra toujours z-lé pour le maintien de la discipline ecclésiastique. Contre l’hérésie de Bérenger il écrivit un traité De corpore et sanguine Christi, que dom d’Achery publia pour la pre­ mière fois en 1648 à la suite des œuvres de Lanfranc. On le trouve au t. CXL1X de la P. L. On a encore de lui deux épitaphes, l’une à la mémoire d'Ainard, abbé de Saint-Pierre-sur-Dive, l’autre à celle de Mabille, femme de Roger de Montgommery, fondateur de l’ub baye de Troarn. Des antiennes et répons qu'il avait composés rien ne nous est parvenu. Histoire littéraire de la France, t. vin (1747), p. 239; dom Ceillier, Histoire générale des auteurs ecclésiastiques, t. xxi (1757), p. 36; Gallia Christiana, t.· xi (1759), col. 416; [dom François], Bibliothèque générale des écrivains de Tordre de S. Benoit, 4 in-4·, Bouillon. 1777-1778, t. 1. p. 268; Ziegelbauer, Hist, rei literariæ ord. S. Benedicti, t. iv, p. 71, 80: Mabillon. Annales urd.S. Benedicti, in-fol., Lucques, 1740, t. v.p.64 . 97. Fabricius, Bibliotheca latina mediæ et infinite latinitatis, in-8· t. i (1858), p. 484. B. Heurtebize. 2. DURAND Barthélemy d’Antibes, frère mineur de l’observance dans la province de Saint-Louis, fut lecteur en théologie et s’attacha de préférence aux doc­ trines de Scot, comme le prouve son ouvrage, Clypeus scoticæ theologiæ contra novos ejus impugnatores, 5 in-12, Marseille, 1685-1686; 1700 ; 3e édit., Venise, 1709; 1746. Il publia ensuite Dissertationes ecclesiasticæ pro foro tam sacramentali quam contentioso, seu opus morale ad normam universi juris canonici exactum, in-fol., Avignon, 1703, dans lesquelles il cherchent tenir un juste milieu entre les doctrines trop larges ou trop rigoureuses. Enfin il donna Fides vindi­ cata quatuor libris comprehensa in quibus historice, chronologice ac critice referuntur seleclissimis ; e S. Scripturæ, SS. Patrum et conciliorum oraculis re­ futantur hæreses, in-fol., Avignon, 1709; Venise. 1726 Dans les préliminaires de cet ouvrage, le P. Durand est dit lecteur jubilaire et ex-provincial; il mouru. en 1720. Richard et Giraud, Dizionario delle scienze ecclesiaii ■■ e. t. iv. p. 243; Hurter, Nomenclator, 3' édit., 1890, L iv.ci... 657. P. Édouard d'Alençon 3. DURAND Guillaume (LE JEUNE) , un canoniste français du xiv» siècle, une de ces âmes d'élite qu. savaient allier au dévouement à la papauté un zei ardent pour la réforme de l'Église, était par son pere i i-63 DURAND LE JEUNE DURAND DE SAINT-POURÇAIN le neveu de Guillaume Durand l’Ancien, avec lequel plus d'une fois on l’a confondu. D’abord archidiacre de son oncle dans le diocese de Mende, la mort du titu­ laire, survenue en cour de Home, in curia, permit au pape Boniface VIII d’élever l’archidiacre sur le siège de Mende, le 18 décembre 1296. Ou retrouve son nom parmi ceux des Pères du concile œcuménique de Vienne, 1311-1312. On le retrouve aussi parmi ceux des membres de la commission élue pour instruire le pro­ cès des Templiers. Peut-être même est-ce l’évêque de Mende qui a suggéré au pape Clément V l’idée de pro­ noncer, comme il l'a fait, l’abolition de 1’ordre du Temple, « non par sentence juridique, mais par or­ donnance pontificale, en vue du bien général. » Jungmann, Diss. sel. in hist. eccl.,l. Vl, p. 110-112. Chargé par le pape .lean XXII et par le roi de France, Charles le Bel, d’une mission à la cour du sultan des Turcs, Durand le Jeune revenait en Europe, lorsqu’il mourut dans l’ile de Chypre, en 1328. Il avait composé dès 1307 pour le concile de Vienne, à la demande peut-être de Clément V, son célèbre Tractatus de modo concilii generalis celebrandi et corruptelis in Ecclesia reformandis. Tableau attristé des désordres de l’Église, en même temps que vaste recueil de décisions conciliaires et de sentences patrisliques, à l'effet de réprimer les abus dans les divers étals, notamment dans le clergé. L’ouvrage sera publié, Paris, 1545, à l'occasion de la convocation du concile de Trente, par un jurisconsulte de Bourges, Philippus Probus, qui le dédiera au pape Paul III et à tous les prélats zélés pour la réforme des mœurs; il y en a eu, depuis, nombre de rééditions. Sous le nom du même auteur, Bzovius, Annal, eccl. ad ann. 1311, cite plu­ sieurs extraits d’un autre ouvrage inédit, De rebus in concilio Viennensi definiendis ; mais on n’y reconnaît pas la main de Durand le Jeune. Hurler, Nomenclator, Inspruck. 1906, t. il, col. 535, note 2; Kraus, Hist, ile l’Église, nouv. édit, franç., Paris, 1902, t. 11, p. 34s, 458; Kirchentexilcon, 2* édit., t. IV. col. 46-47. P. Godet. 4. DURAND Jean, oratorien français, né à Vire en 1636, mort vers la fin du xvn· siècle. Il publia outre un Panégyrique funèbre d'Anne d'Autriche, 1667, les Caractères des saints pour tous les jours de l'année, Rouen. 1678, qu'il projetait de développer en douze volumes dont il ne donna que le mois de janvier, en 1684, 2 in-8». Battcrel, Mémoires, t. ni, p. 328. A. INGOLD. 5. DURAND Urain, bénédictin de la congrégation de Saint-Maur, né à Tours le 3 mai 1682, mort à Paris le 31 août 1771. Il fil profession à l’abbaye de Marmoutier le 23 février el bientôt lut envoyé à Saint-Germain ou dès l’an 1709 il devint le compagnon et le colla­ borateur de dom Marlène. Ensemble ils publièrent : Thesaurus novus anecdotorum, 5 in-fol., Paris, 1717; Voyage littéraire de deux religieux bénédictins de la Congrégation de Saint-Maur, 2 in-4°, Paris, 1717 et 1724; Veterum scriptorum et monumentorum histo­ ricorum, dogmaticorum et moralium amplissima collectio, 9 in-fol., 1724. A cause de son ardente oppo­ sition à la bulle Unigenitus, dom Ursin Durand fut en­ voyé en 1734comme sous-prieur àSaint-Éloi de Noyon. Toutefois il ne resta que peu de temps éloigné de Paris. L’année suivante, grâce aux démarches d’un de ses parents, premier président au parlement de Rouen, il était appelé au monastère des Blancs-Manteaux où il mourut. Dom Durand travailla à l’édition des lettres des papes de dom Constant, et avec dom Clémencet et dom Dantine fit paraître en 1750 la première édition de Γ.4 rt de vérifier les dates. DomTassin, Histoire littéraire de la congrégation de Saintu -■->·. in-4·. Bruxelles, 1770, p. 550; Ziegelbauer, Historia rei .964 literariæ ord. S. benedicti. 4 in-fol., Augsbouig, 1754, t. i, p. 444; t. iv, p. 95 . 96. 226, 227 , 329, 456; [dom François], bibliothèque générale des écrivains de l'ordre de Saint-benoît, in-4·. Bouillon, 1777, t. 1. p. 269; Ch. do Lama, Bibliothèque ties écrivains de lacongrégation de Saint-Maur, in-12, Munich et Paris, 1882, p. 147,161; H. Wilhem, NouveauSupplément à l’histoire littéraire de la congrégation de Saint-Maur, in-8-. Paris, p. 196. B. Heurtebize. DURAND DE MAILLANE Pierre-Tousse int, né le 1·· novembre 1729 à Saint-Rémy (Provence), mort a Aix le 15 octobre 1814, canoniste gallican, un des pères de la constitution civile du clergé, comme membre du comité ecclésiastique de l’Assemblée nationale, dont il fit l’histoire, in-8», 1791. Son Dictionnaire du droit canonique, 2 vol., Avignon, 1761, 1770 et 1776, est une compilation ou il y a peu de lui, mais est très utile pour la connaissance de l’ancien droit ecclésiastique français. Il a écrit aussi : Les Ubertes de l’Église galli­ cane, 5 in-4», Lyon, 1771. A. Ingold. 7. DURAND DE SAINT-POURÇAIN. - I. Vie. II. Ouvrages. III. Opinions. I. Vie. — Guillaume Durand, un des grands noms du troisième âge de la scolastique, naquit vers la fin du xm· siècle, au village de Saint-Pourçain, dans le dio­ cèse de Clermont en Auvergne. 11 entra fort jeune chez les dominicains de Clermont, poursuivit à Paris, non sans un particulier éclat, ses études philosophiques et théologiques, y prit même en 1313 le bonnet de doc­ teur. Du Boulai, Hist. univ. Paris., t. tv, p. 954. Le pape Clément V, l’ayant appelé presque aussitôt après à la cour d’Avignon, lui confia la charge de maître du sacré-palais, et avec elle la tâche d’expliquer l’Écriture sainte. Le successeur de Clément V, Jean XXII, main­ tint Durand dans ses fonctions et lui témoigna la même faveur. Il l’élevaiten 1318 sur le siège du Puy-en-Velay, et le transférait en 1326 sur le siège de Meaux. Durand y mourut le 10 ou le I3septembre 1332. Sa perspicacité dans l’élude des problèmes difficiles et son hahih lé â résoudre les objections les plus compliquées lui ont mérité, selon l’usage du moyen âge, le surnom de docteur très résolu, doctor resolutissimus. On avait gravé, paraît-il, sur son tombeau l’étrange épitaphe que voici : Durus Durandus jacet hic sub marmore duro, An sit salvandus ego nescio, nec quoque curo. II. Ouvrages. — Indépendamment de nombreux ouvrages inédits — Somme, Quodlibela (4), Questions lheologiques (16), Notes sur l’Évangile, etc. — Guil­ laume Durand a laissé : 1» Un commentaire des Sen­ tences en quatre livres, In Sententias theologicas Petri Lombardi commentariorum libri IV, œuvre ébauchée dès sa jeunesse, remaniée et complétée dans son âge mûr, et dont Gerson a chaudement recommandé l’élude. Ce commentaire, résumé des polémiques et des propres idées de l’auteur, fut imprimé d’abord à Paris, 1508; Lyon, 1533 ; Anvers, 1566 ; Venise, 1571, et a eu depuis plu­ sieurs éditions. — 2“ Un traité de droit canonique, De ori­ gine jurisdictionum sive de jurisdictione ecclesiastica el de legibus, Paris, 1506, où Durand de Saint-Pourçain. malgré son dévouement au saint-siège, ne laisse pas de montrer quelque hardiesse. — 3° Un traité, aujourd’hui perdu ou du moins inédit, sauf l’extrait qui se retrouve dans les Annales d’Ordéric Raynald, an. 1333, n. 49. Tractatus de statu animarum sanctarum, postquam résolûtes sunt a corpore. L’auteur y combat l'opinion de Jean XXII sur la béatitude des élus après leur mort et avant la résurrection, tenant au contraire que les élus, aussitôt après leur mort, voient Dieu face à face el sans voile. Voir t. u, col. 665. — 4° Un autre opus­ cule, Statuta synodi diœcesanæ Anictensis anno 1320 celebrates, imprimé dans l’ouvrage du P. Gissey, intitulé : 1985 1966 DURAND DE SA INT-POURÇAIN — DURIE Discours historique de la dévotion à Notre-Dame du Puy-en-Velay, Lyon, 1620. — 5° C. Oudin, Comm. de script. eccl.,l. ni, p. 792, attribue encore à Durand de Saiiit-Pourçainuncommentairedela physiqued’Aristote. III. Opinions. — Ce qui caractérise avant tout Guillaume Durand, c’est la hardiesse et l'indépendance de l'esprit. 11 fait peu de cas des autorités humaines et veut penser par lui-même en matière de philosophie. Sans doute, lorsqu'il s’agit de la foi, l'autorité doit être invoquée et garder le dernier mot; mais, sur toute autre question, il est préférable de ne s’en rapporter en définitive qu'à la raison naturelle. Commentar..., Præf., p. 3; I. I, dist. IV, q. v, p. 63. Aussi, pendant que les dominicains du xtv· siècle se font un honneur et une loi de suivre pas à pas saint Thomas d'Aquin, Durand, après avoir été, parait-il, un thomiste ardent, vire de bord, et. sous l'influence très probablement de Guillaume d Ockam, passe au nominalisme.il n'en tire pas à la vérité les dernières conséquences théologiques; mais sa grande affaire sera dorénavant de dégager la doctrine de saint Thomas des superfluités réalistes qui la déparent, dût-il la contredire nettement au besoin. Werner. Der h. Thomas von Aquin, t. ut, p. 156 sq. Nominaliste décidé, Durand repousse avec énergie la réalisation des abstractions. L'universel dans leschoses n’existe pas; il n’y a dans la nature que des individus, et tout y est régi par cette loi de la singularité; en sorte que l’unique raison d’étre des existences indivi­ duelles est le moteur externe qui produit, qui met au nombre des êtres toute substance actuellement déter­ minée. Durand, avant Leibniz, supprime le fameux problème scolastique de l’individuation. Aux antipodes de saint Thomas, il ne distingue point entre l’intellect agent et l'intelligence possible; il estime que l’intelli­ gence humaine estime, et rejette sans aucune transac­ tion la thèse des espèces mentales. Sentir et penser, dit-il, sont des actes simples, qui résultent du com­ merce de l’âme avec le monde extérieur, et ce com­ merce a lieu directement, sans le concours d’un inter­ médiaire quelconque; les espèces, antérieures ou postérieures à l'inlellection, ne sontque chimères.C’en était fait de la théorie réaliste. Durand n’est pas moins en désaccord avec les thomistes sur tous les points de controverse qui se rattachent à la question de la volonté. Comme Guillaume dOckam, il fait assez bon marché de la science humaine et relève au contraire d’une façon générale l’autorité de la théologie, quoique la théologie, reposant sur la foi, non sur l’évidence, ne mérite pas le nom de science, au vrai sens du mot. Dans la préface de son Commentaire des Sentences, il proteste de sa soumission absolue aux jugements de l’Église. Protestation prudente et non hors de propos; car, sur mainte question théologique, Durand s’est écarté, non seulement de la pensée de saint Thomas, mais aussi du sentiment commun de l’École et a soulevé contre lui des orages; il s'attirerait de nos jours d’ex­ presses condamnations. Ainsi, en reconnaissant, avec le docteur angélique, l’efficacité de la volonté humaine et en se refusant, comme lui, à transporter toute causalité en Dieu, Durand, pour enlever à Dieu toute part dans le péché, conteste le concours immédiat de Dieu avec les causes créées; Dieu, selon lui,n’opère que par l’en­ tremise des facultés qu’il a disposées et qu'il entretient dans la créature; il « est la cause des actions du libre arbitre, en tant seulement que le libre arbitre est créé et conservé par lui », I. II, dist. XXXVII, q. i. Ainsi encore. Durand réduit les sacrements à n'étre que la cause occasionnelle, non pas la cause instrumentale, de l'effusion de la grâce en nous, et à ne nous impri­ mer dans l'âme aucune qualité réelle et permanente, 1. IV. dist. IV, q. v. De même, sans dénier au mariage i le titre de sacrement, 1. IV, dist. XXVI, q. lit, Durand soutient, du moins comme probable, que le mariage pci un sacrement d’une nature tout à fait à part, puisqu'il ne confère pas la grâce, comme les autres, ex opere operato, mais seulement ex opere u/erantis, 1. IV, dist. I, q. tv; dist. II, q. il. En ce qui est de l’eucha­ ristie, Durand n'altère point la vérité du dogme catho­ lique; mais il prétend que Dieu aurait pu, de absoluta potentia, assurer la présence réelle de .Jésus-Christ sur l'autel, sans la transsubstantiation, remanente substantia panis et vini, I. IV, dist. XI, q. I. Telle a i' été cependant, de compte fait, la renommée de Durand i; au moyen âge, que l’on a institué dans quelques uni­ versités une chaire spéciale en son honneur, comme on l’a fait pour saint Thomas, pour saint Bonaventure et pour Duns Scot. Echard et Quétif, Script, ord. præd., t. 1, p. 586 sq. ; Stockl, Geschichte der Philos, im Mittelalter, t. n, p. 976 sq.; Ch. Jourdain, La philosophie de saint Thomas, Paris. 1858, t. u. p. 152 sq. ; Hauréau. De la philosophie scolastique, n· par­ tie, Paris, 1880, t. il, p. 346 sq. : H. Hurter. Nomenclator, Inspruck, 1906, t. n, col. 533-536; Féret, La /acuité de théologie de Paris, t. ni, p. 401-408. P. Godet. DURANTY DE BONRECUEIL, oratorien français, né à Pontoise en 1662, mort à Paris, en 1756. Longtemps professeur dans diverses maisons de l’Oratoire, oû il passa 79 ans, « s’occupant dans ses derniers jours de donner diverses traductions des ouvrages des Pères ». Il publia ainsi Les lettres de S. Jean Chrysostome..., Paris, 1732; les Panégyriques des martyrs du même Père, Paris, 1735; les Œuvres de S. Ambroise sur la virginité, Paris, 1729, avec une dissertation historique très curieuse sur l’état des vierges dans l'antiquité; les Lettres de S. Ambroise, Paris, 1741; les Psaumes de David expliqués par Theodorei, S. Basile, S. Chrysostonie, 7 in-12, Paris, 1741. Versions généralement exactes et d'un style assez pur. Ingold, Essai de bibliographie oratorienne, p. 45. A. Jncold. DURET Noël, mineur de l’observance, originaire du Forez, et religieux de la régulière observance, ap­ pelé theologus Parisiensis par Wadding, qui ne nous donne pas d’autre renseignement, publia Admiranda opera ordinum religiosorum in universa Ecclesia Dei militantium, in-fol., Le Puy, 1647. Wadding, Scriptores ord. minorum ; Michaud. Biographe universelle ; Hœfer, Nouvelle biographie générale. P. Édouard d’Alencon. DURHAM Nicolas, carme anglais, après avoir Lit profession au couvent de Newcastle, fut envoy, a l'uni­ versité d'Oxford où il conquit le diplôme de doct· ur. Devenu professeur à cette même université, il se dis­ tingua par le talent et l’ardeur qu’il déploya à com­ battre les erreurs de WicletT. Il vivait vers la seconde moité du xiv· siècle. Ses écrits ne sont malheureuse­ ment pas venus jusqu’à nous. Cosme de Villiers, Bibliotheca carmelilana, Orléans. 1752, t. n, col. 488. P. Servais. ministre presbytérien (1596-1680), est célèbre par les tentatives infructueu-, < auxquelles il dépensa sa vie, afin d'unir toutes I. s églises a évangéliques » en un seul corps par l'adop­ tion de certaines vérités fondamentales. De cette union, les catholiques devaient d'abord être exclus. Sur la fin de sa vie, Durie, gagné par les idées de Georges Calixte. en vint à les y comprendre. Il voyagea dans ce but. 1628 à 1674, dans les pays protestants et en France prêchant et écrivant sans relâche en faveur de l’union sur quelques points fondamentaux admis par tous Mal­ gré l’appui que lui donnèrent successivement Gus·.,.— Adolphe, Cromwell et plusieurs princes allemands, il échoua complètement, en particulier auprès des luthéDURIE ou DURY Jean, 1967 DURIE riens. Il écrivait tristement à la tin de sa vie : « Le seul fruit que j’aie retiré de toutes mes fatigues est la cons­ tatation du triste état dans lequel se trouve actuelle­ ment le christianisme; je n’ai pas d’autre réconfort que le témoignage de ma conscience. » Parmi les nom­ breux ouvrages dans lesquels Durie défendit et exposa ses idées, on peut citer ses Cas de conscience, Londres, 1650, 1651, 1656; son Mémorial concernant la paix ecclésiastique, présenté aux Communes, Londres, 1641 ; son Pacificateur, Londres, 1648; La voie simple de paix et d’unité dans les matières religieuses, Londres> 1660 ; son Compte rendu sommaire de ses négociations pacificatrices. Londres. 1657; sa Manière d’expliquer l’Apocalypse, Cassel. 1674, ou il étend aux catholiques eux-mêmes ses projets d’union. Plusieurs de ces ou­ vrages ont été composés ou traduits en latin. Brauer, Die Unionsthütigkeit John Dunes, Marbourg, 1907; J. Westby-Gibson, art. Durte, dans le Dict.ofnat. Biogr.,1. xvi, p. '263 (avec bibliographie des œuvres de Durie). J. UE LA SERVIÈRE. DUVAL André, sorboniste, né à Pontoise le 15 jan­ vier 1564, mort à Paris le 9 septembre 1638. Docteur en 1594. il fut nommé en 1597 à la premiere chaire de théologie que Henri IV avait fondée en 1596 au collège de Sorbonne. Grand adversaire de Richer, il travailla aussi avec le P. de Bérulle à l’introduction des car­ mélites en France, et il fut le confesseur de saint Vincent de Paul. Outre sa réplique à René Dumoulin au sujet du purgatoire, in-S». 1603, on a de lui : Libelli de ecclesiastica et publicapolestate, Elenchus pro suprema romani pontificis in Ecclesiam authoritate, in-8°, Paris, 1612, contre Richer, ouvrage qui lui valut une lettre de Bellarmin au nom de l’inquisition romaine, et dont il donna une édition corrigée en 1613; Libellide supre­ ma Romani pontificis in Ecclesiam potestate disputatio quadripartita, in-4°, Paris, 1614, en réponse à Simon Vigor, qui avait défendu Richer, reproduit par Rocalierli, Bibliotheca maxima pontificia, t. Ill, p. 405589; Vie admirable de sœur Marie de Γ Incarnation (.Vlm· Acarie),in-8°, Paris, 1625; lnll‘m partem Sumniæ l>. Thomæ commentarii, 2 in-fol., Paris, 1636. à la fin desquels l’auteur a réédité la Disputatio quadripartita ; Fleurs des vies des Saints, in-4«, 1646. P. Féret. La faculté de théologie de Paris et ses docteurs tes plus célèbres. Époque moderne, Paris. 1906, t. iv, p. 329339; Hurter, Nomenclator, t. in, col. 641-612,1222. A. Ingold. DU VERGIER ou DU VERGER DE HAURANNE Jean, plus connu sous le nom d’abbé de SAINT-CYRAN, l’un des fondateurs du jansénisme et son premier apôtre en France, né à Bayonne en 1581, mort à Paris le 11 octobre 1643. Après avoir fait ses humanités à Bayonne, il alla faire sa théologie à Louvain où il soutint, le 26 avril 1604, sur toute la théologie sco­ lastique une thèse qui lui valut les éloges de Juste-Lipse, un de ses juges. De Louvain, ou les doctrines de Baius survivaient malgré tout et même venaient de reprendre vigueur à l’occasion du molinisme, il rapporta proba­ blement le germe de ses futures doctrines; en tous cas, c’est là qu’il commença avec Jansénius une amitié que douze années de rapports quotidiens et comme une complicité dans les desseins allaient rendre inébran­ lable. Dans cette amitié, c’est lui qui jouera le rôle prépondérant, car il a « un vouloir absolu et sans mé­ nagements, » Hanotaux, Histoire de Richelieu, t. I, p. 113, et un véritable besoin de dominer les âmes. Vers 1605, en effet, il revient à Paris; Jansénius l’y rejoint; comme il est sans fortune, du Vergier lui pro­ cure une place de précepteur qui le fait vivre et tous deux suivent les cours de Sorbonne. En 1611. ils vont à Bayonne, où l’évêque, Bertrand d’Eschaux, nomme de Hauranne chanoine de sa cathédrale et Jansénius su­ périeur d’un collège qu’il vient de fonder. Vais ce qui uU VERGIER 1968 occupe surtout les deux amis, c’esi l’étude de saint Augustin. Il ne s'agit de rien moins que de régénérer le catholicisme en le détournant des scolastiques pour le rapprocher des Pères, de faire revivre en particulier la pure doctrine de la grâce, d'après le Père qui l'a le mieux expo-ée, saint Augustin. Les protestants leur reprocheront à ce sujet de s étre arrêtés à mi-chemin et de n'etre pas allés directement à l’Écriture. Cf. Lichten­ berger, Encyclopedic, I. xi, p.399. Dés ce moment donc, ils préparent Γ Augustinus. Cela dura six ans. En 1617, Bertrand d’Eschaux succédant, à Tours, à Sébastien Gabgai, démissionnaire, tous deux quittaient Bayonne; Jansénius retournait à Louvain; de Hauranne, apres un court séjour à Paris, se rendait à Poitiers ou l’ap­ pelait, sur la recommandation de l’archeveque de Tours, l’évéque Chasteignier de la Rocheposay. Grand-vicaire, chanoine de Poitiers, de Hauranne fut ensuite prieur de Bonneville. En 1620, il se démettait de ce prieuré en faveur de son neveu, M. de Barcos, pour devenir abbé de Saint-Cyran, abbaye sur la frontière du Berry, du Poitou et de la Touraine, dont La Rocheposay se démettait pour lui. Cf. Martineau, Le cardinal de Richelieu, 1.1, p. 298, note. A Poitiers, par l'intermédiaire de Le Bouthilie?, alors abbé de la Cochère et doyen de Luçon.tres lié avec La Rocheposay, il connut Armand du Plessis, évêque de Luçon, le futur Richelieu, et Arnauld d’Andilly, qui le mit en relations avec toute sa famille, particuliè­ rement avec la mere Angéli tue, alors à Maubuisson. D’autre part, il esl en correspondance avec Jansénius qui poursuit ses études sur saint Augustin; en 1621, il va le voir à Louvain et ils arrêtent définitivement les doctrines â propager et les moyens de propagande. Saint-Cyran, qui se réserve la propagande, fixe encore les principales grandes lignes de l’ouvrage à composer. Ils se reverront en 1623 à Péronne. en 1624 et en 1626, à Paris, lors de deux voyages que Jansénius fera en Espagne pour se justifier. Enfin leur correspondance deviendra plus active, se servant toutefois de pseudo­ nymes et de mots convenus. Il y a ainsi comme une conspiration à l’origine du jansénisme et c’est à cela qu’il faut rattacher le récit répandu par ses ennemis des conférences de Bourg-Fontaine, sur lesquelles pleine lumière n’est pas faite. D’après Filleau, Réfu­ tation turidique de ce qui s'est passé à Poitiers lou­ chant la nouvelle doctrine des jansénistes, in-8», Poi­ tiers, 1654, six personnages se seraient rencontrés, dans l’été de 1621. à la chartreuse de Bourg-Fontaine et se seraientenlendus pour discréditer les sacrements de pénitence et d'eucharistie et arriver au déisme. Filleau ne donnait que des initiales, mais l’on désigna bientôt Saint-Cyran, Jansénius, Cospéan, Camus, Arnauld d’An­ dilly et Viguier. C'était invraisemblable. Néanmoins Pascal crut devoir réfuter la chose dans sa xvi‘ Lettre provinciale. Au xvm« siècle, la controverse reprit entre le P. Sauvage, jésuite lorrain, qui écrivit : Réalité du projet de Bourg-Fontaine démontrée par l’exécution, 2 in-12, Paris. 1755, et dom Clémencet, bénédictin, qui répondit par La vérité et l’innocence victorieuse de la calomnie ou huit lettres sur le projet de Bourg Fon­ taine, 2 in-8°, Paris. 1758. Dans l'intervalle, c’est-à-dire de 1605 à 1621, Saint-Cyran a fait paraître deux brochures qui révélent en lui un esprit paradoxal et bizarre : la premiere, qui répond à une question posée par Henri IV à ses courtisans, a pour titre complet: Question royale, où esl montre en quelle extrémité, principalement en temps de paix, le sujet pourrait être oblige de conserver la vie du Prince aux dépens de la sienne, et pour titre abrégé : Question royale et sa décision, in-12. Paris, 1609, sans nom d'auteur; du Vergiery distingue trentequatre cas où un homme peut se tuer innocemment! Les ennemis du jansénisme tirent réimprimer cette bro­ chure, en 1680. avec des commentaires défavorables et sous ce titre : Les nouvelles et avril unes répliqués de 1969 OU VERG1ER 1970 messire Jean du Verger..., in-40, Paris. La seconde bro­ I de 1641 ordonna sa reimpre-sion en un seul corps ; chure justifie l'évêque de Poitiers qui, à la tète de gens de là, l’édition de 1642, avec cette suscription : jussu armés, avait combattu les protestants de sa ville épisco­ et impensis cleri gallicani. L’assemblée de 1645 en pale soulevés; elle est intitulée : Apologie sur Henriordonna la réimpression, d’où l'édition de 1646 avec un Éloge de l'auteur par l’évéque de Grasse, Godeau. Louis Chasleignier de la Rocheposaye, évêque de Poi­ tiers, contre ceux qui disent qu’il n'est pas pennis Mais l’Aurelius rencontrait, par contre, une opposition aux ecclésiastiques d'avoir recours aux armes en cas puissante, de lapart des jésuites naturellement, et aussi dene.cessité, in-12,1615; les contemporains l’appelèrent d’éveques comme le cardinal de La Rochefoucauld, I'Alcoran de M. de Poitiers. fort malmené d'ailleurs dans l’ouvrage. Ces adversaires Vers 1622, se termine la première période de la vie obtinrent de Louis MV la saisie de l’édition de 1642. de Saint-Cyran. Il sait la réforme qu’il veut et par que le clergé, disaient-ils, n'avait votée que par sur quels moyens il la réalisera. C est alors qu’il se fixe â prise; puis l'assemblée de 1656, mieux avertie peutParis ou son action peut être plus féconde et il refu­ être que celle de 1645, condamna formellement ΓΑυsera toujours de s'en éloigner. Vainement Richelieu, retins et MM. de Sainte-Marthe durent rayer dans le dans les bonnes grâces de qui il est fort avant, lui offre t. iv de la Gallia Christiana l'éloge qu'ils avaient fait en 1625 le poste de premier aumônier auprès de la de l'auleur présumé, mais non avoué, Saint-Cyran. future reine d'Angleterre, Henriette de France, et plus Cf. Gallia Christiana, Paris, 1666, t tv, col. 381. L'Autard, successivement, cinq évêchés à tout le moins : relius est la préface de l'Augustinus ; le titre l’indique : il remercie, mais n’accepte pas. Il écrit et surtout il saint Augustin s’appelait Aurelius Augustinus, et l’Auagit pour préparer le succès de l'entreprise qui est relius est destiné à gagner les évêques, juges futurs de celle de sa vie. En 1626, il fait paraître sans nom l'Augustinus, et à paralyser ainsi l'hostilité certaine d'auteur, c’est une tactique chez lui, 3 in-4», IOuvrage a l'avance des jésuites. Ce calcul est bien dans l'atti­ complet devant en comprendre 4, intitulés : La Somme tude générale de Saint-Cyran que, dés 1622, .lansénius des fautes et faussetés capitales contenues dans la félicitait déjà de « ménager si bien les personnes qua­ Somme théologique de François Garasse. Garasse était lifiées pour l’atlaire spirituelle ». Parmi ceux qu'il un jésuite qui s'attaquait aux libertins de son temps. cherche à gagner.il y a le P. de Bérulle et saint Vincent Il les avait dénoncés en 1623 dans sa Doctrine curieuse de Paul : avec eux, il eut acquis une place d’armes des beaux-esprits de ce temps; en 1625, il avait pré­ et une armée. Mais saint Vincent de Paul ne se laissa tendu les réduire par une Somme theologique des pas tenter; et si de Bérulle ne fut pas aussi ferme à vérités capitales de la religion chrétienne, in-fol. La défendre l’Oratoire, du moins la vraie conquête de Sorbonne censura ce livre; Saint-Cyran déclara qu'il Saint-Cyran ne fut pas là. Ce lut Port-Royal et les « déshonorait la majesté de Dieu » et Voltaire s'est Arnauld. Depuis qu’il connaissait Arnauld d'Andilly, iI beaueoup moqué du P. Garasse. 11 semble bien que le n’était pas un étranger pour la mère Angélique à qui P. Garasse n^avait tort que dans la façon de dire, cf. il pouvait écrire, en 1623, une lettre de félicitation, Brunetière, Études critiques, te série, Jansénistes et lorsqu'elle ramenait de Maubuisson à Port-Royal trente Cartésiens, p. 116-119; mais peut-être Saint-Cyran ne religieuses pauvres. A partir de là des relations, rares fut-il pas plus fâché que la Sorbonne d’atteindre tous les encore, s'établirent entre elle et Saint-Cyran. Ce ne fut jésuites, derrière l’un d’entre eux. C’est encore contre toutefois qu'en 1635 et par un détour que Saint-Cyran les jésuites, autrement dit, contre les défenseurs du entra à Port-Royal. En 1626, cette abbaye avait ét molinisme et les irréductibles adversaires de Baius, transférée des Champs à Paris, à l'hôtel de Clagny au qu'il dirige le Petrus Aurelius, dont les diverses faubourg Saint-Jacques; en 1627, un décret d'Ur­ parties parurent en 1632 et 1633, anonymes, mais qu’il bain VIII la faisait passer de la juridiction de Cittaux faut lui attribuer en totalité, à moins d'admettre qu’il à la juridiction de l'ordinaire. L'homme écouté y est alors Zamet, évéque de Langres, qui semble supérieur l’inspira, jusque dans le détail, à son neveu Barcos. à l’appréciation que donne de lui Sainte-Beuve, âpre Richard Smith, évêque in partibus de Chalcédoine, nommé par Urbain VIII vicaire apostolique en Angle­ tous les amis de Port-Royal. Cf. Perrens, Sur vue terre, avait soutenu en Sorbonne avec de Dominis et page incomplète de l’histoire de Port-Royal, dans I ■ Revue historique, t. li, p. 265 272. 11 introduit à PortRicher la doctrine gallicane et l’épiscopalisme; en Royal les oratoriens comme confesseurs, et en 1633, ti Angleterre, il dénia aux bénédictins et aux jésuites, détermine les religieuses à ouvrir, rue Coquillière, â peu près le seul clergé du pays, le pouvoir deconférer une maison nouvelle uniquement vouée à l'adoration les sacrements sans la permission expresse de l'ordi­ perpétuelle. Mère Angélique y fut supérieure. Or, une naire. Les religieux, notamment les jésuites, protes­ religieuse de cette maison, la mere Agnès, ayant écrit, tèrent. Une controverse s’ensuivit qui gagna la France. pour elle-même, une méditation en seize points, en C’est alors que parut le Petrus Aurelius : ce livre mémoire des seize siècles écoulés depuis l'institution soutenait les droits et les prétentions des évêques, du saint-sacrement, ces pages, connues sous le nom non seulement vis-à-vis des moines, mais vis-à-vis du de Cnapelet secret, tombèrent dans le domaine public, pape. On y trouve déjà, en effet, touchant l'Église, les dès 1633. Des rivalités de personnes déchaînèrent une doctrines essentielles du jansénisme si proches des doc­ « tempête » autour de cet écrit. Il fut soumis à l'exa­ trines de Dominis ou de Richer : l’Église n'est pas men d’nn docteur en Sorbonne, Duval, qui, avec sept une monarchie, mais une aristocratie; au milieu des de ses collègues, le condamna, et de Rome qui le évêques, ses pairs par l’autorité, le pape n'est le pre­ supprima. Sur le conseil de Zamet, la mère Angéliqv mier que par la dignité. L’Aurelius relevait aussi demanda l’avis de Saint-Cyran, bien connu pour . l’autorité des curés en face de l’autorité de l’évéque, science théologique. Le Chapelet secret était plu. parce qu'ils sont comme lui les sujets du sacrement de près du quiétisme que du jansénisme; néanmoins l'ordre et les dispensateurs des sacrements de péni­ Saint-Cyran déclara n’y trouver rien à reprendre tence et d’eucharistie; et, si l’on ajoute, d’après Lan­ Il sollicita l’approbation des docteurs de Louvain celot, ,W ‘moires, t. n, p. 163. que Saint-Cyran était Jansénius et Fromondus, pour l’opposer à l'autorité l'ennemi du concordat de 1516, on verra de combien il des docteurs de Sorbonne; il fit même paraître, en dépassait les gallicans comme Pithou. Enfin son livre 1634, une Réponse aux remarques contre le Chapelc proclamait la supériorité de l'esprit intérieur, et ten­ secret, puis une Réfutation de l’examen de la doctrine dait à affranchir les justes et les élus de l'autorité. Ce du Chapelet secret du Saint -Sacrement. Cette atlitud~ livre fut fort discuté. L’Assemblée du clergé de 1635 lui valut l'amitié de Zamet qui l’introduisit bientôt l'approuva et alloua une somme à l’imprimeur; celle 1971 DU VERGIER 1972 son influence à Port-Royal, l’affaire Le Maître et déjà, l'institut du Saint-Sacrement, comme ami d’abord, des années plus tôt, l’ascendant qu’il avait pris aux puis comme directeur pendant un de ses séjours dans Filles du Calvaire pendant une absence du I*. Joseph; son diocèse. Ou Saint-Cyran pénétrait il lui fallait une autorité incontestée et absolue. Réservé, taciturne, sans puis le rayonnement de cette influence ne faisait que grandir. Or, cet homme était peu souple; en refusant un gaîté, sans aucune des qualités qui attirent, il trans­ évêché, il avait montré qu'il n’y avait pas de prise sur formait vite les rapports qu’il avait en une véritable lui et sans parler de l'invraisemblable affirmation des prise de possession. 11 amena ainsi toutes les reli­ jansénistes que Saint-Cyran aurait refusé de servir le gieuses à se confesser à lui; la mère Angélique n’y projet de Richelieu de devenir patriarche des Gaules, vint toutefois que la dernière; après quoi il leur fit le cardinal ne luiaurait pas pardonné d'avoir maintenu, aco..pter l'un de ses fidèles, M. Singlin, comme conen face de l'affirmation contraire de (’Assemblée du fesMHir. Zamet. de retour, ne reconnut plus sa mai­ clergé, la validité du mariage de Gaston d'Orléans et son. En février 1636. la mère Angélique rentrait à de Marguerite de Lorraine. Puis Saint-Cyran était lié Port-Royal comme maîtresse des novices. Saint-Cyran avec les ennemis de la France : Jansénius n’était-il y entra derrière elle. Port-Royal, comme l’institut du Saint-Sacrement, passa sous sa direction; Zamet, exclu I pas l’un des auteurs du pamphlet Mars gallicus, écrit en latin, mais bientôt traduit en français, où se trou­ « de toute influence et même de l'entrée, » se plaignit vaient raillées les alliances du Roi Tres-Chrétien avec amèrement et jeta la suspicion sur la direction que les hérétiques et dénoncées les cruautés et les impiétés donnait Saint-Cyran. En tous cas, celui-ci eut tôt fait deses soldats au sacdeTirlemont, 1635? D’un autre côté, de pénétrer Port Royal de son esprit. Sa réputation de l'orthodoxie de Saint-Cyran était douteuse. Dès 1636, science est grande, mais plus attirante encore est sa réputation d’austérité. Il attire aussi à lui la nombreuse | Zamet, on l'a vu, l’avait attaquée et avait dénoncé SaintCyran comme ayant détourné les âmes de la communion clientèle religieuse de Port-Royal et tout particuliè­ dans la maison du Saint-Sacrement. Une enquête avait rement île la mère Angélique, tousles Arnauld d’abord été faite par le chancelier Séguier et par l’archevêque ou à peu près. Evêques, ministres d’Etat, magistrats, grandes dames demandent ses conseils. Il est une de Paris, Gondi : elle n’avait pas abouti. Mais Zamet avait adressé, dans le même sens, à Richelieu, un Mé­ puissance par l’ascendant qu’il exerce sur un groupe moire touchant les /tiles de Port-Royal et l’abbé de nombreux d’hommes et de femmes, qui sont tous fort Saint-Cyran, non imprimé, dont le manuscrit existe loin d’être les premiers venus. Son œuvre spirituelle qui fit le plus de bruit fut la conversion, comme l’on encore : Bibl. de l’institut, supplément au fonds Gode­ froy . La mère Angélique, qui était restée cinq mois sans disait à Port-Royal. d'Antoine Le Maître, 1637. Le Maître conimunier, tenta de se justifier et de justifier Saintavait vingt-neuf ans; i) était l'avocat le plus réputé de Cy ran dans un Mémoire... contre celui de M. deLangres; Paris; le chancelier Séguier le protégeait et depuis un puis Le Maître rédigea une Réponse générale el parti­ an.il était conseiller d’Etat. Mais il était un Arnauld par culière au mémoire de M. l'Évesque de Lang res, que sa mère, Catherine Arnauld, laquelle demeurait à Port· l'on publia en 1645 avec une Apologie pour Messire Royal avec sa vieille mère et treize sœurs ou nièces re­ Jeandu Verger deHauranne..., in-18; Saint-Cyran resta ligieuses. Auprès du lit de mort de sa tante d’Andilly, il soupçonné. Enfin et ici l’amour-propre de Richelieu entendit les exhortations de Saint-Cyran. Pris de la peur serait intervenu : il n’aurait pu pardonner à Saint-Cyran des jugements de Dieu, il se remit entre les mains de ce d’affirmer la nécessité de la contrition parfaite dans directeur, refusa la place d’avocat généra) que lui offrait le sacrement de pénitence, alors que dans son caté­ Séguier, renonça complètement au barreau el même à la vie dans le monde. Sa mère lui fit bâtir à côté de chisme de Luçon il avait enseigné, et dans son Traité Port-Royal une petite maison où avec son frère, de de la perfection chrétienne, commencé en 1636, il S h icourt, converti comme lui, il mena une vie de pé­ enseignait encore la suffisance de Vattrilion. C’est nitent. Ce fut là l'origine des Solitaires, l'une des ins­ même cette question qui aurait provoqué l’arrestation : titutions de Saint-Cyran. La direction de Saint-Cyran, Louis XIII, après avoir lu un livre de l’oratorien Ségueen effet, qui prétendait continuer saint François de not sur la Virginité, où se trouvait soutenue la néces­ Sales et s’inspirer des Pères, était singulièrement aus­ sité de la contrition parfaite, aurait eu des troubles tère et intransigeante. Elle partait évidemment de ces de conscience, à propos de ses alliances hérétiques, et principes que l’on est convenu d'appeler jansénistes : Richelieu aurait découvert que Séguenot était l’écho de l'homme est ou esclave de la justice et libre du péché, Saint-Cyran. Quoi qu’il en soit, des amis influents ou libre de la justice et esclave du pêché; il n’y a pas essayèrent vainement d’obtenir la mise en liberté du pri­ de milieu; c’est la grâce efficace, irrésistible, gratuite sonnier. On avait saisi ses papiers, on en trouva de quoi fournir trente-deux gros in-folios, extraits des Pères, que l’homme ne saurait mériter, mais qui peut l’aban­ donner, qui fait de lui, esclave du péché depuis la faute pensées, traités, etc. Et ce n'était pas tout : M. de Barcos originelle, l’esclave de la justice. Ces principes condui­ avait cru devoir en brûler aussitôt après l’arrestation saient nécessairement à une vie d’isolement, de péni­ de son onele, pour ne donner aucune arme soit conlre tence et d’exception. Lorsqu’un homme est visité par son oncle, soit contre tout autre. L’interrogatoire de celte miraculeuse pensée de la grâce efficace, s’il ne Saint-Cyran n’eut lieu qu'une année après. Il avait veut pas être abandonné par elle et se condamner, avec récusé Laubardemont, comme laïque; il fut interrogé par Lescot, docteur de Sorbonne, plus tard évêque le grand nombre, aux peines éternelles, il doit travailler à transformer son âme dans la pénitence et par l’amour. de Chartres, qui avait mission, semble-t-il, de le con­ Il n’y a pas d’autre voie que la vie parfaite, incompa­ vaincre d'hérésie. Cet interrogatoire n’eut aucune suite tible avec la vie dans le monde. Du travail intérieur que le maintien a Vincennes de Saint-Cyran qui y de­ dépend même l’efficacité des sacrements; ils veulent meura cinq années. Il fut mis en liberté le 16 février 1643. une préparation et des affections parfaites, un vrai re­ dix mois après la mort de Richelieu, après la promesse nouvellement intérieur. 11 est criminel de les recevoir que l’on n’entendrait plus parler de lui et sur les ins­ sans cela. tances du premier président Molé et de l'avocat général Bignon auprès de Chavigny, ministre d’Etat. Sa déten­ Mais au matin du 15 mai 1638, Saint-Cyran était arrêté tion n’avait pas été dure : il avait pu voir quelques par ordre de Richelieu et enfermé à Vincennes. L'on personnes, continuer par lettres ses directions, opérer ne connaît pas de façon cerlaine le motif déterminant même des conversions, comme celle d’AntoineArnauld, de celte arrestation, mais l'on indique une série de rat­ le grand Arnauld, voir t. 1, col. 1978-1983. et suivre les s' ns politiques, religieuses et personnelles. Saint-Cyran événements dont l'important à ses veux fut l'apparition ail tron d'emnire sur les âmes comme le prouvaient 1973 DU VERGIER de ï’Auguslinus à Louvain, 1640, et â Paris, 1641. Jansénius était mort ie 6 mai 1638; il avait hésité à publier son livre, et d’après une lettre qu'il se préparait à adresser au pape Urbain VIII, il eût voulu obtenir avant la publication l’approbation de Rome. Ses exécuteurs testamentaires, Fromondus et Calenus, se hâtèrent, au contraire, de faire imprimer le livre, en secret, à cause des jésuites qui s’eflorraient d’en empêcher l'apparition, et le publièrent aussitôt, sans approbation de Rome naturellement. Ce fut une tempête à Louvain, à Paris, des critiques vigoureuses se firent bientôt entendre, provoquées par le théologal Habert; Richelieu se pré­ parait, disait-on, à sévir; enfin, le livre était dénoncé â Rome. Sainl-Cyran qui avait fait de ce livre le but de sa vie et qui avait tout fait pour en préparer le succès, se montrait fort irrité de ces attaques et de ces me­ naces; il menaçait même â son tour, parait-il, Richelieu et Rome. Ne pouvant être libre, car quelques mois avant la publication de V Augustinus, mai 1640, après avoir consenti à envoyer à Richelieu une lettre explicative, il avait rompu brusquement les négociations, il lança les Arnauld dans la mêlée et le livre de La fréquente com­ munion du grand Arnauld, 1643, sera le complément pra­ tique et comme une défense de ï’Auguslinus. L’annonce de la bulle In eminenti d'Urbain VIH ne fera qu’irriter Saint-Cyran. Le 16 février 1643, il sortait de Vincennes et se rendait à Port-Royal de Paris où les religieuses le recevaient dans la joie et à Port-Royal des Champs où s’étaient installés les Solitaires. En juin 1638, en effet, un peu après l’arrestation de Saint-Cyran, l’archevêque de Paris leur avait ordonné, au nom de la cour, de quitter le voisinage immédiat des religieuses et les avait auto­ risés à se réfugier aux Champs. Après quelques se­ maines, ils en étaient chassés par Laubardemont. Ils se dispersèrent—ils étaient une douzaine alors — mais à partir de la fin de l'été 1639, ils étaient rentrés succes­ sivement aux Champs. Saint-Cyran ne survécut à sa mise en liberté que quelques mois. Il subit encore des tribulations à propos d’une Théologie familière, sorte de petit catéchisme qu’il avait composé dans sa prison pour les fils de son ami Bignon et qui avait paru à la fin de 1642; il vit le premier accueil, un succès bruyant, fait au livre du grand Arnauld La fréquente communion; enfin pour laver son parti de l'accusation de calvinisme, il reprit un ouvrage qu’il avait commencé avant son em­ prisonnement contre l’hérésie protestante. Il mourut d’apoplexie le 11 octobre 1643, après avoir reçu les der­ niers sacrements du curé de Saint-Jacques-du-llautPas, disent ses amis, sans avoir même le temps de re­ cevoir complètement l’extréme-onction, dit le P. Rapin, un jésuite. On se partagea son corps : le cœur fut donné à M. d’Andilly, les entrailles à Port-Royal de Paris, les mains â M. le Maître; le reste fut enterré à SaintJacques dtt-Haul-Pas, au milieu d’un immense concours de fidèles et en présence de tous les archevêques et évêques alors à Paris. Son tombeau fut bientôt un lieu de pèlerinage. L'épitaphe vantail « sa haute science », «sa profonde humilité, son zèle très ardent pour l’unité de l’Église, la tradition des Pères et les vérités qu’il avait acquises de l’antiquité. » Or, en décembre 1643, allait être publiée la bulle In eminenti d’Urbain VIII, qui condamnait 1’4 ugustinus et par conséquent les doctrines fondamentales et l’œuvre de Saint-Cyran, en attendant la bulle Unigenitus. Kn dehors des ouvrages indiqués, Saint-Cyran a encore écrit : Lettres touchant les dispositions à la prêtrise, in-12, Paris, 1647, intitulées : Pensées de M. de SaintCyran sur le sacerdoce, dans les Lettres publiées en 1744; La vie de la sainte Vierge en considérations sur ses fêtes et mystères, sous le nom de Granva), in-12 et in-8». Lyon, 1664, et plusieurs opuscules qui se retrouvent dans l’un ou l’autre de ces 3 recueils géné­ raux : 1° Lettres chrétiennes et spirituelles, écrites de sa 197-4 prison, 2 in-4», Paris, 1645. plusieurs fois réimprimées; 2» Lettres chrétiennes et spirituelles qui n'ont pas encore été imprimées, 2 in-12, Paris, 1744 ; 3» Œuvres chrétiennes et spirituelles de messire Jean du Verger de Hauranne, abbé de Saint-Cyran, nouvelle édition, avec approbation et privilège, 4 in-12, Lyon, 1679. Cette réimpression est munie de l’approbation de dixhuit évêques français. Les trois premiers volumes ren­ ferment les Lettres dont on peut trouver la clef dans le Recueil de plusieurs pièces pour servir à l'histoire de Port-Royal, p. 150 166, et dans [’Histoire littéraire de Port-Royal, t. t, p. 318-343. Mémoires touchant la vie de M. de Saint-Cyran, par M. Lancelot, pour servir d’éclaircissement ù l'histoire de Port-Royal, 2 in-12, Cologne, 1738; Mémoires pour servir ù l’histoire de Port-Royal par M. Du Fossé, in-12, Utrecht, 1739; Mémoires de Pierre Thomas, sieur Du Fossé, publiés en entier pour la première fois d'après le manuscrit original, avec une introduction et des notes par F. Bouquet, 4 in-8·, Rouen, 1876-1879; Mémoires pour servir à l'histoire de Port-Royal, par M. Fontaine, 2 in-12, Utrecht, 1736 ; 4 in-12. 1753; Recueil de plusieurs pièces p ou · servir à l'histoire de Port-Royal, en supplément aux Mémoires de MM. Fon­ taine, Lancelot et Du Fossé, ou Recueil d’Utrecht, in-12. Utrecht, 1740; Mémoires pour servir à l'histoire de PortRoyal et à ta me de la Révérende mère Marie-Angélique.... 3 in-12, Utrecht, 1742; Mémoires du P. Rapin de ta Compa­ gnie de Jésus, sur l’Église et la société, ou la ville et le jan­ sénisme, publiés pour la première fois d'après le manuscrit autographe, par Léon Aubureau, 3 in-8·, Paris. 1865; Mémov e.-t de Gode/roi Hermanl, docteur de Sorbonne, chanoine Beauvais,... sur {’Histoire ecclésiastique du xvn' swi(1630-1663), publiés pour la première fois sur le manuscrit autographe et sur les anciennes copies authentiques, par A. Gazier, 5 in-8·, Paris, 1905-1908; Mémoires de messire Robert Arnauld d’Andilly, écrits par lui-même, 2 in-12, Hambourg, 1734; Mémoires du sieur de Pontis, qui a séria dans les armées cinquante-six ans, sous les rois Henri IV, Louis XIII et Louis XIV, contenant plusieurs circonstances remarquables... divisés en deux tomes, Paris, 1715; Nécro­ loge de l'abbaye de Notre-Dame de Port-Royal des Champs in-4·. Amsterdam. 1723; Supplément au Nécrologe... première partie, in-4·, 1735; Dictionnaire historique, littéraire et cri­ tique contenant une idée abrégée de la Vie et des ouvrages des hommes illustres en tout genre, de tout temps et de tout pays, 4 in-8·, 1758; Histoire générale du jansénisme..., par M. l'abbé *** (dom Gerberon), 3 in-12, Amsterdam, 1700; His­ toire de l'abbaye de Port-Royal : première partie : histoire des religieuses ; deuxième partie : histoire des messieurs - j or Jérôme Besoigne), 6 in-12. Cologne, 1752; Histoire générale d-: Port-Royal, depuis la réforme de l'abbaye jusqu'à son entière destruction (par dom Clémencet), 10 in-12, Amsterdam, 1755-1757; Histoire abrégée de l'abbaye de Port-Royal... première partie (par Jacques Fouille), in-12, 1710; Abrège ■ e l'histoire de Port-Royal par Jean-Baptiste Racine, avec un Avant-propos, un Appendice, des Notes, un Essai bibliogra­ phique et trois illustrations, par A. Gazier, in-12, Paris, 1908; Histoire du jansénisme depuis son origine jusqu’en 1611, par le P. Rapin, de la Compagnie de Jésus; ouvrage complète­ ment inédit, revu et publié par l’abbé Domenech. in-8·. Paris, 1861; Histoire littéraire de Port- Royal, par dom Clémencet. bénédictin..., publié pour la première fois sur le manuscrit authentique avec une introduction et la biographie de l’auteur, par M. l'abbé Guettée, in-8·, Paris. 1868, L 1; Des­ cription du pays de Jansème... par Louys Fontaine, sieur de Saint-Marcel, in-12, 1688; Abrégé historique des uns et des variations du jansénisme depuis son origine . ,· présent, in-12, 1739; Fantôme du jansénisme ou justq : .·. des prétendus jansénistes... par un docteur de Mw e (Arnauld),Cologne, 1686; Lettres de la Révérende M '."j Angélique Arnauld, abbesse et réformatrice de Port-Royal. 3in-12, Utrecht. 1740-1743; Lettres de M. Arnauld <■ .1. in-12, Paris, lt>80; Bibliothèque janséniste ou Cotai, j -e alphabétique des principaux livres jansénistes ou sus; · - «de jansénisme... avec des notes critiques sur les vérité· i·.· auteurs de ces livres, sur les erreurs qui y sont conte· ■ <.et sur les condamnations qui en ont été faites par le - rotsiège, ou par l’Église gallicane, ou par les évêques sains, 2· édit, corrigée et augmentée de plus de la n. : (par le P. Colomb, jésuite), in-12. 1731; 4· édit., in-12, 1744; Histoire de l’origine des pénitents et solitaires de Port- 1975 DU VERGIER Ruyal des Champs, Nous, 1733; Sainte-Beuve, Port-Royal, 5* édit., 7 in-12. Paris, 1888, t. I, n; Fuzet, Les jansénistes et leur dernier historien, in-8·, Paris, 1876; D' Hermann Reuchlin, Cf'schichte von Port-Royal..., in-8·, Hambourg. Gotha. 1839, i: A. Maulvault, Répertoire alphabétique des personnes et ·· x choses de Port-Royal, in-8·, Paris, 1902: Pierre Varin, Ι.Ί vérité sur les Arnauld, 2 in-8·. Paris. 1847; Guillaume I ail, La mère Angélique, in-12, Paris, 1893; Moniaur, Angé•tque Arnauld, in-8·, Paris, 1901 ; Strowski, Saint François de Sales, in-8·, Paris, 1898; Pascal et son temps, in-18, Paris, 1907, t. n. C. Constantin. DUVOISIN Jean-Baptiste, évêque de Nantes, né à I migres le 19 octobre 1741, mort à Nantes le 9 juillet 1813. D’une origine modeste, il fit ses éludes au col­ lege des jésuites de Langres, puis il entra à Saint-Sulpice grâce à son évêque M. de Montmorin. Professeur de philosophie et de théologie au séminaire SaintNicolas du Chardonnet, professeur à la Sorbonne, promoteur de l’officialité de Paris, censeur royal, chanoine d’Auxerre, vicaire général de Laon et enfin prieur de Gahard au diocèse de Rennes, il est au moment de la Révolution un des personnages les plus en vue du clergé de France. Ce clergé l'a même chargé d'extraire des conciles et synodes la discipline tradi­ tionnelle de l’Eglise gallicane. Vint la Révolution. Réfractaire, déporté en 1792, il s’exila d’abord en Angleterre, puis à Bruxelles et enfin se fixa à Bruns­ wick, où il vécut en donnant des leçons de sciences et en faisant des cours de belles-lettres. Rentré en France à la lin de 1801. nommé évêque de Nantes, le 19 ger­ minal an X, il fut sacré le l’r août 1892. Administra­ teur habile, il réorganisa et pacilia rapidement son diocèse. Dans la nouvelle Église de France, i. eut un grand renom de savoir et d'habileté. « Il était un des oracles de la chrétienté, » a dit de lui Napoléon. Mémoires, t. I, p. 121. Il avait fait paraître, en effet, de nombreux ouvrages, entre autres une Dissertation critique surla vision de Constantin, in-12, Paris, 1774, dont il soutient la réalité historique; un traité De l’autorité des livres du Nouveau Testament contre les incrédules, in-12, Paris, 1775; un autre intitulé : L’autorité des livres de Moyse établie et défendue contre les incrédules, in-12, Paris, 1778; il y soutient l’origine mosaïque et la vérité historique du Pentateuque; un Essai polémique sur la religion naturelle, in-12, Paris, 1780; un traité De vera religione ad usum theologiæ candidatorum, 2 in-12, Paris, 1785; ce sont ses cours de Sorbonne; un Examen des principes de la Dévolution française, in-8°, Brunswick, 1795; réé­ dité à Londres en 1798 ; et à Leipzig en 1801. sous ce titre : Défense de l’ordre social contre les principes de la Révolution française; enfin un Essai sur la tolé­ 1976 HI VOISIN rance, iu-8··, Brunsvick, 1798, où, en matière de reli­ gion, il blâme la contrainte et à la fois l’indifférence, au sens où l'entendra Lamennais. Ce livre, plusieurs fois réédité, devint, à la 5’ édit., une Démonstration évangélique suivie d’un essai sur la tolérance, Bruns­ wick, 1800; et Paris, 1805; 6· édit., 2 in-8», Paris, 1821; 7· édit., in-8», Paris, 1826. Cf. Migne, Theôlogiie cursus completus, t. VI et xvt. Sous l’Empire, il se distingua par son attachement à Napoléon et par le rôle qu’il joua dans les nouvelles luttes du sacerdoce et de l’empire. Il ne négligea rien pour répondre aux vues de l’empereur el il est loin, par exemple, de l'al­ titude de l’abbé Éinery ou de l’évêque de Gand, Maurice de Broglie, mêlés aux mêmes événements ; mais il lit tout pouréviter le schisme. Il fut l’un des neuf membres du Conseil ecclésiastique de 1809 et, si l'on en croit Napoléon, loc. cit., il en fut « l'âme ». Ce fut lui, d’apres Talleyrand. Mémoires, t. Il, p. 71, qui rédigea les ré­ ponses du Conseil aux questions du gouvernement, sur les alfaires de l’Église de France et sur le Concordat. Il se retrouve dans le Conseil ecclésiastique de 1811, à l'issue duquel il fit accepter de l’empereur l’envoi à Savone, pour négocier avec Pie VII, de trois membres du Conseil ecclésiastique. 11 fut l’un de ces trois, aux­ quels sera adjoint le patriarche de Venise, mai 1811. A peine revenu de Savone, il prit part au concile natio­ nal de 1811. L’empereur comptait sur lui pour obtenir du concile ce qu’il voulait. Mais si Duvoisin fut élu membre du bureau, membre de la commission de 1Ά dresse, il fallut d'aulres moyens que son influence et son habileté pour dominer l’opposition. H lit ensuite partie de la commission d'archevêques et d’évêques, choisis par le concile, sur la désignation de l'empereur, pour reprendre les négociations avec Pie VU, et qui ourdirent avec quelques cardinaux et les fonctionnaires impériaux « l'intrigue de Savone ». Enfin il est le principal agent de Napoléon dans la négociation du Concordat de Fontainebleau. Le 9 juillet 1813. il mou­ rait à Rennes, en suppliant l’empereur de rendre la liberté à Pie Vil. Il était baron de l’empire, conseiller d’Etat, officier de la légion d’honneur, etc... 11 avait refusé l’archevêché d’Aix en 1810. En dehors des Mémoires déjà cités de Napoléon et de Talley­ rand, de Barrai, archevêque de Tours, Fragments relatifs à l'histoire ecclésiastique, in-8*, Paris, 181V; de Pradt, Les quatre Concordats, 2 in-8·, Paris, 1818; Artaud, Vie de Pie Vil,2· édit.,2 in-8*, Paris, 1837; Pingenet, Dotes sur la vie et les oeuvres de J.-B. Duvoisin, évêque de Dantes, in-8·, Langres, 1884; M·' Ricard, Le concile national de 1811, in-12, Paris, 1894; Welschinger. Le pape et l'empereur, in-8·, Paris, 1905; L'épiscopat français depuis le Concordai jusqu'il la séparation (1802-1903), in-8·, Paris, 1907. C. Constantin. EADMER, moine bénédictin, né en Angleterre vers 1064, mort le 13 janvier 1124. Il embrassa la vie reli­ gieuse au monastère de Saint-Sauveur de Cantorbéry, où tout enfant il avait été offert à Dieu par ses pieux parents. En 1094, l’archevêque saint Anselme, l’ayant remarqué parmi les autres religieux, voulut l’avoir près de lui. Eadmer devint donc le compagnon habituel du saint prélat et son auxiliaire dévoué dans tous ses travaux. A la mort de saint Anselme, arrivée en 1109, Eadmer revint dans son monastère où il demeura pen­ dant cinq années. Mais l’évéque de Rochester, Radulphe, ayant été nommé, après une longue vacance, comme successeur de saint Anselme sur le siège de Cantor­ béry, le nouvel élu ne voulut pas se priver des ser­ vices de l’ami fidèle de son prédécesseur. En 1120, Eadmer lut choisi comme évêque de Saint-André en Écosse. Il put prendre tranquillement possession de son siège; mais des difficultés ayant été soulevées par le souverain du pays au sujet de la suprématie de l’église de Cantorbéry sur celle d’York, il se démit avant d’avoir été sacré. 11 rentra alors à Saint-Sauveur ou il remplit les fonctions de chantre jusqu'à sa mort. Eadmer est surtout connu comme historien. Son ouvrage le plus important est la vie de saint Anselme : De vita et conversatione Anselmi archiepiscopi Cantuariensis, qui se trouve dans les Acta sanctorum, aprilis t. il, p. 866-893. Voir aussi Monumenta Ger­ manise, Scriptores, t. xm, p. 140-146. Elle a été aussi éditée par M. Rule, SS. rerum brit. medii ævi, Londres, 1884. Un recueil des miracles de ce même saint est quelquefois à tort attribué à Eadmer. Il a en outre composé un autre écrit, où sous le titre : Hi­ storia novorum, il raconte les principaux événements arrivés sous les archevêques Lanfranc, Anselme et Radulphe. Édité par M. Rule, SS. rerum brit. medii æii, Londres, 1884, n. 81. Des extraits dans les Monu­ menta Germanise, Scriptores, t. xm, p. 139-148. Dans d’autres ouvrages, il s’efforce de reproduire la doctrine, les pensées et assez souvent même les paroles de saint Anselme : c'est ainsi que le traité De beatitudine cælestis patriæ n’est autre qu’une conférence de l’archevêque de Cantorb -ry aux moines de Cluny. Le De excellentia Virginis Maria est un sermon du même saint. Le livre De Anselmi similitudinibus est un recueil d'instructions données par saint Anselme, généralement sous forme de comparaisons. Le traité De quatuor virtutibus quæ fuerunt in B. Maria ejusque sublimitate, publié parmi les œuvres d'Eadmer, n'est ni de cet écrivain, ni de saint Anselme. To 'S ces écrits ont été édités par dom Cerberon à la suite des œuvres de saint Anselme, in-fol., Paris. 1675, et repro­ duits par Migne. P. L., t. eux, col. 341 sq. Dans son étude sur la fête de la conception de Notre-Dame : The irish origins of our Lady’s Conception Feast, publiée dans The Month, mai 1904, le R. P. Thurston, S. J., a été amené à reconnaître Eadmer comme le vé­ ritable auteur du traité De conceptione sanctæ Maria, que plusieurs revendiquaient pour saint Anselme, e avec le P. Slater il édita à nouveau cet opuscule : Eadmeri monachi Cantuariensis tractatus de con­ ceptione sanctæ Maria, olim S. Anselmo attributus, nunc primum integer ad codicum /idem editus, adjectis quibusdam documentis coaetaneis, in-32, Fribourg-en-Brisgau, 1904. Comme liagiographe, Eadmer a écrit les vies de saint Wilfrid, d’York, de saint Oswald, évêque de Worcester et archevêque d’York, et des archevêques de Cantorbéry, saint Bregwin, saint Dunsian et saint Odon. Plusieurs de ces vies ont été publiées sous le nom du moine Osbern. Elles ont été éditées pour la première fois par Wharton, Anglia sancta. Celles de saint Wilfrid et de saint Bregwin ont été reproduites dans les Acta sanctorum, t ut aprilis, p. 293-312; t. v augusti, p. 831-835, et celle de saint Oswald, par Raine, The historians of the Church of York, 1886, t. n, p. 1-59. Mentionnons en terminant les deux lettres d’Eadmer : Ad Glastonienses mona­ chos de corpore S. Dunstani; Ad monachos If igomienses de electione episcopi. R. P. Ragey, Eadmer, in-8’, Paris, s. d. (1892); M. Rule, On Eadmer's elaboration of the first four books of « Historia no­ vorum in Anglia ». in-8·, Cambridge, 1886; Mabillon, Annates ord. S. Benedicti, in-fol., Lucques, 1745, t. vi. p. 2, 53, 63, 96;, Fabricius, Bibliotheca latina medix et inflmæ ætatis, in-8· Florence, 1858, t. H, p. 434; Ziegelbauer, Hist, rei literarùe o>d. S. Benedicti, in-fol., Augsbourg, 1754. t. ni. p. 140; t. tv, p. 143,164, 176. etc. ; dom Remi Ceillier, Histoire des auteurs ecclésiastiques, in-4·, Paris, 1757. t. xxi p. 349; (dom Fran­ çois,] Bibliothèque générale des écrivains de l'oro -e de S. Benoit, in-4·. Bouillon, 1777, t. i, p. 273; Hurter, Nomen­ clator, 3· édit., 1906, t. il, col. 44-45. B. Heurtebize. EAU BÉNITE. — I. Emploi de l’eau comme puri­ fication religieuse. Π. L’eau baptismale chrétienne aux quatre premiers siècles. III. L’eau bénite ordinaire jusqu’au x» siècle. IV. Rites de bénédiction, consécra­ tion et désécration de l’eau. V. Efficacité. I. Emploi de l’eau comme purification religieuse. — 1° Chez les Juifs. — Les plus anciens documents de l’Ancien Testament relatent soit des cérémonies puri­ ficatrices, soit l'usage de l’eau comme moyen de puri­ fication. Dans l’Exode, xxtx, 4, une ablution totale est prescrite avant Fonction sacerdotale d’Aaron et de ses fils, et une autre des pieds et des mains, xxx, 19. 20, avant que les prêtres n’entrent au Tabernacle ou ne s’approchent de l'aulet pour offrir l’encens. Déjà, lorsque Moïse, trois jours avant la promulgation d- ia loi au Sinaï, ordonna au peuple, pour se sanctifier, de laver ses vêtements, xix, 10, 14, la tradition rabbinique enseigne que cette sanctification eut lieu par ablution : c’était un « baptême de pénitence », et, comme le dit Maimonide, un « sacrement ». Cf. Sepp, Vie de Jésus, 1.1, p. 218. Ce même baptême, à une époque pos­ térieure à la captivité, élait conféré aux prosélytes, et c'est aussi celui que prêche saint Jean-Baptiste : ceux qui se convertissaient confessaient leurs pèches, et 1980 eau οΕιΝΙΊΈ 1080 de l’eau baptismale sont originairesde l’Église d’Afrique; entraient en priant dans l’eau, tandis que le baptiseur •aisait l’infusion sacrée. Marc., i, 4, 8 ; Matth., ni, 6,11; dès la fin du n» siècle, ils nous montrent que l’eau du Luc., ni, 3, 16, 21. baptême reçoit une consécration sacerdotale, et la Les Nombres, xix. 1-22, donnent les règles delà pré­ théologie de cette sanctification estdéjâ formée: super­ paration et de l'emploi de l’eau lustrale, obtenue par le venit enim slatim Spiritus de cælis, el aquis super­ mélange avec des cendres de la vache rousse. Voir est, sanctificans eas. Tertullien, op. cit., iv, col. 1203. Dictionnaire de la Bible de M. Vigouroux, art. Asper­ Les autres documents égyptiens, syriens, romains, postérieurs même de cent ans à ce témoignage, ne men­ sion, t. I, col. 1116-1119; Lustration, t. iv, col. 423424. La Mischna, traité Parah, et les Talmuds de Jéru­ tionnent encore rien pour la bénédiction de l’eau; ni la salem, traités Berakholh, iv. 1 ; vit, 1 ; Sola, II, 1, donnen I Didascalie, ni le Testamentum D. N. J.-C., ni les des renseignements sur les rites de l'aspersion, et sur canons de saint Hippolyte. A la prière pour demander l’emploi de l'eau lustrale. L’aspersion d’eau, qui devait la venue de l’Esprit-Saint sur les eaux, peut-être ajoutait-on déjà le souhait de la présence de l’Ange de être faite par un prêtre, se faisait par sept coups vers Dieu, et de l’éloignement du mauvais : Ne quis durius l’objet à purifier, au moyen d'un faisceau de trois credat Angelum Dei sanctum aquis in salutem homi­ branches d’hysope. Cf. Ps. L, 8. Il est à remarquer que les Juifs, pas plus, à ce que nous savons, que les nis temperandis adesse, cum angelus malus profanum commercium ejusdem elementi in perniciem hominis autres peuples de l’antiquité, ne bénissaient l’eau ; on frequentet. Tertullien, ibid. Cest la doctrine même du ne proférait aucune parole, on ne faisait aucun geste, qui parût le symbole d’une consécration. Elle était rituel romain; superhasaquasabluendisel purificandis hominibus præparalas, Angelum sanctitatis emittas. bénite, pour ainsi dire, par destination. L’acte même Benedictio fontis extra sabbatum Paschæ et Pente­ de prendre de l'eau pure, d’y mêler de la cendre du costes, oraison : Domine, sancte Pater. Au cours du sacrifice de la vache rousse, avec l’intention, suffisait Hi» siècle, c’est toujours dans l'Eglise d’Afrique que nous à l’adapter à son usage. L’eau ainsi préparée pouvait trouvons mention de ce rite : Oportet ergo mundari et perdre sa consécration si elle recevait des poussières sanctificari aquam prius a sacerdote, V» concile de ou des impuretés : c'est pour cette raison qu’on la mettait dans un vase fermé, non consacré. Carthage, c. i; In quantum aqua sacerdotis prece in 2° Chez les païens. — bans l’ancienne Égypte, cf. Mas­ ecclesia sanctificala abluit delicia. Sedatus de Thupero, dans Bibliothèque égyptologique, t. i, p. 293, burbe, au Vil» concile de Carthage. Voir dom Cabrol, Monumenta Ecclesiæ Hturgica, t. i, p. 2340, 2349. Le 294, 322; Histoire ancienne des peuples de l'Orient plus ancien formulaire que nous ayons pour la béné­ classique, t. t, p. 123; chez les Babyloniens, F. Martin, Textes religieux, assyriens et baby Ioniens, Paris, 1903, diction de l'eau est celui de la liturgie du 1. VII des Constitutions apostoliques, P. G., t. i, col. 1043; il est p. xxm-xxv, chez les Grecs primitifs, nous trouvons des fort curieux. C’est, en effet, moins un texte précis coutumes analogues. L'Iliade et VOdyssée abondent en traits de ce genre. L’eau « lustrale », ou purifica­ qu’un plan d’improvisation pour une préface, où, en trice, se faisait à peu près de la même manière que résumé, on indique à l’évêque comment il doit « bénir l’eau d’expiation des Juifs. C'était de l’eau ordinaire, et glorifier le Seigneur Dieu tout-puissant, père de de source, de préférence; pour les actes solennels, on y l’Unique, Dieu, lui rendant grâce qu’il ait envoyé son mettait un charbon ardent pris à l’autel des sacrifices. Fils pour prendre notre chair, à cause de nous et de Une autre eau lustrale se faisait plus solennellement, notre salut, qui a supporté, s’étant fait homme, d’obéir pour l’aspersion des champs au mois de mai : sa con­ à tous, qui a annoncé le royaume des cieux, la rémis­ fection incombait à la plus âgée des vierges prêtresses; sion des péchés, la résurrection des morts. Ensuite on la composait d’eau et de la cendre des génisses sacri­ qu’il adore le Dieu unique, avec lui et par lui, ren­ dant grâces qu’il ait souffert la mort sur la croix pour fiées, mêlée de sel. Une troisième espèce d’eau lus­ tous, mort dont il a donné comme image le baptême trale était simplement mêlée de sel, pour l’aspersion de régénération, » etc. Ce plan de préface est suivi des maisons. Les littérateurs romains y font de fré­ quentes allusions : Ovide, Fastes, n, 46; iv, 639-640; de, la mention, que « le prêtre dira cela et d’autres choses, » et d’une oraison ainsi formulée : Plaute, Aululaire, III, vt, 43; IV, n, 5; Macrobe, Saturnales, III, 1; Tibulle, u, 1, 13-14; Perse, Sait/»·., n, 15-16; Virgile, Én., u, 718-720; iv, 625; vt, 229-230. Κάτιδε έξ ουρανού καί Regarde du ciel et sanctifie cette eau, donne-lui la grâce Cf. Daremberg et Saglio, Dictionnaire des antiquités άγίασον τ’ο ύδωρ τούτο, δός δέ χάριν καί δΰναμιν, ώστε et la force ; afin que celui qui grecques et romaines, t. v, col. 1107-1408. Tertul­ τόν βαπτιζόμενον κατ’έντοy sera baptisé, selon le pré­ lien en parle dans son traité du baptême : Nam et cepte de ton Christ, y soit avec λήντοΰ Χριστού σου αύτώ, sacris quibusdam per lavacrum initiantur, Isidis lui crucifié, mort, enseveli, et συσταυρωβηναι καί συναποalicujus aut Mitliræ : ceterum villas, domos, templa, ressuscité, pour être, en lui, βάνειν καί συσταφήναι και totasque urbes aspergine circumlatas aquæ expiant adopté comme ton fils, mourir συναναστήναι εις υιοθεσίαν passim. Idque se in regenerationem el impunita­ au péché, et vivre à la grâce. τήν έν αύτώ,τώ νεκρωΟήναι tem perjuriorum suorum agere præsumunl. Item μέν τή αμαρτία, ζήσαι δέ pene apud veteres quisquis se homicidio infecerat, τή δικαιοσύνη. purgatrice aqua se expiabat. De baptismo, v, P. L., 1, coi. 1205. L’aspersion avait lieu avec un rameau 1. Cette oraison paraît être le noyau central de la com­ d’olivier. position, autour duquel le célébrant développera le plan II. L’eau baptismale chrétienne aux quatre pre­ indiqué. I.a liturgie des Éthiopiens contient une con­ miers siècles. — Les observances de la loi religieuse sécration entièrement établie d’après ce plan. Trad. lat. judaïque qui nécessitaient l’emploi de l’eau ne lurent dans P. L., t. lxxxviii, col. 944, Deus cæli,... Deus pas longtemps suivies par les chrétiens, dont au moins gloriæ, qui habitas super Cherubim el Seraphim. Cf. ceux d’origine païenne furent rapidement dispensés une autre consécration à l’usage d’une église latine, par les apôtres. Act., xv, 19, 28. Les premiers chré­ Deus, cui super Cherubim et Seraphim. Ibid., col. 1039. tiens n'avaient plus donc que le baptême qui nécessitât Ces oraisons peuvent servir à l'histoire de la curieuse l’emploi de l’eau. Cette eau fut l'objet d'une bénédiction formule Qui sedes super Cherubim el Seraphim, qu'on spéciale faite immédiatement avant la collation du trouve en particulier dans la liturgie milanaise ttianbaptême. Voir t. n, col. 213. Quand et où prit-on l’ha­ silorium Te laudamus}, et qui fut vivement attaquée bitude de la bénir? On l'ignore. Les premiers docu­ par saint Jérôme. Le premier texte de consécration ments authentiques que nous ayons sur la bénédiction 1981 EAU BENITE écrit se trouve contenu dans le pontifical de Sérapion, et il es. superbe : 'Αγιασμός ύδάτων. Sanctification des eaux. Βασιλεύ και Κύριε τών απάντων καί Δκμιουργε τών όλων, δ πάση τή γενητή φύσει διά τής καταδάσεως τού μονογενούς σου ’Ιησού Χριστού χαρισάμενος την σωτηρίαν, ό λυτρωσάμενος τό πλάσμα τό ύπό σού δημιουργηΟένδιάτής έπιδημίας τού άργήτου σου λόγου* έφιδε νύν εκ τού ουρανού και έπίδλεψον έπ’ι τά ύδατα ταύτα, καί πλήρωοον αύτα Πνεύματος 'Αγίου* ό άρρη­ τός σου λόγος έν αύτοϊς γενέσΟω κα’ι μεταποιησάτω αυτών την ενέργειαν και γεννητικα αυτά κατασκευασάτω πληρούμενα τής σής χάριτος, όπως τό μυστήριον τό νύν έπιτενούμενον μή κενόν εύρεθή έν τοϊς άναγεννωμένοις, άλλα πλήρωσή πάντας τους κατιόντας καί βαπτιζομένους τής θείας χάριτος* φιλάνθρωπε εύεργέτα, φεϊσαι τού σού ποιή­ ματος σώσον τό ύπό τής δεξιάς σου πεπονημένον κτίσμα. Μόρφωσον πάντας τούς άναγεννώμενους τήν Οείαν και άρρητόν σου μορ­ φήν, όπως διά τού μεμορφώσΟαι και άναγεγεννήσύαι σωΟήναι δυνηΟώσιν καί τής βασιλείας σου άξιωΟήναι. Κα'ι ως κατελΟών ό μονο­ γενής σου Λόγοςίπϊταύδατα τού Ίορδάνου άγια άπέδειξεν, ούτω καί νύν έν τού οις κατερχέσΟω καί άγια καί πνευματικά ποιησάτω πρός το μηκέτι σάρκα και αίμα είναι τούς βαπτιζομένους, άλλα πνευματικούς καί δυναμένους προσκυνεϊν σοι τώ άγεννήτω Ιίατρι διά ’Ιησού Χριστού έν Άγίω Πνεύματι, δι’ ούσοί ή δόξα καί τό κρά­ τος καί νύν και εις τους σύμπαντας αιώνας τών αιώνων. ’Αμήν. Roi et Seigneur de tous et créateur de toutes choses, qui, par la descente en ce monde de ton Fils unique, JésusChrist, accordes le salut à toute nature engendrée, et, par la vertu de ta parole puissante, façonnes l’étre que tu crées : regarde maintenant du haut du ciel et jette un regard sur ces eaux.et remplis-les de l’EsprltSainl, que ta parole puissante s'accomplisse en elles, en trans­ forme l'énergie, et les prépare à être remplies de la grâce: afin que le mystère qui va maintenant s'accomplir ne soit pas vain pour ceux qui doivent en renaître, mais qu'il rem­ plisse de la grâce vivante tous ceux qui y descendront pour être baptisés. Ami des hommes, leur bien­ faiteur, sauve la créature sur laquelle tu étends ta droite. Fais, de tous ceux qui renaî­ tront ici, ton image divine et forte, afin que, par cette réfor­ mation et cette renaissance, ils puissent être sauvés et de­ venir dignes de ton royaume. Et. comme ton Verbe unique descendant dans les eaux du Jourdain les a sanctifiées, qu'ainsi et maintenant il des­ cende en celles-ci. et les rende saintes et spirituelles, afin que les baptisés ne soient plus chair et sang, mais, spirituels et forts l'adorent, Père incréé. par Jésus-Christ dans le SaintEsprit, par lequel à toi sont gloire et puissance, et mainte­ nant, et dans tous les siècles des siècles. Amen. Cf. G. Wobbermin. Altchristliche Ulurgische Stücke ans der Kirche Ægyptens, dans Texte und Untersuchungen, Leipzig. 1898, t. xvn, fasc. 3, p. 8-9. Avec cette formule de consécration, se clôt la période primitive de l’eau baptismale. Désormais toutes les Églises en connaîtront d'analogues. Dans l’Occident, vers la fin du métne siècle ou le début du suivant,nous avons les attestations nombreuses de l’auteur du De sacra­ mentis, lidèle écho de la doctrine de saint Ambroise. Dans l'Orient. saint Basile nous dit : « Nous bénissons l'eau du baptême,... d'après quoi d’écrit? d’après rien autre qu'une tradition tacite et mystique. » De Spiritu sancto, Π. Voir t. n, col. 181-182. III. L’eau bénite ordinaire jusqu’au x« siècle. — Une tradition chrétienne de Rome, recueillie a» VIe siècle dans le Liber pontificalis, édit. Duchesne, 1982 t. i, p. 127, fait honneur au pape saint Alexandre, dans le premier quart du II'siècle, de la première prescrip­ tion concernant la bénédiction d’eau mêlée de sel, pour asperger les habitations. Nous manquons de tout témoi­ gnage direct pour appuyer celte tradition, qui reçut une nouvelle autorité des fausses Décrétales, où parut une prétendue lettre de saint Alexandre sur ce sujet. Le Liber pontificalis, qui attesté ainsi un usage reçu de son temps, est le plus ancien témoignage que l'on ait, en Occident, sur la bénédiction de l’eau en dehors de l'administration du baptême. Dans les documents donl nous avons parlé plus haut, et qui ne renferment aucune allusion à une bénédic­ tion quelconque de l'eau baptismale, nous rencontrons, au contraire, la bénédiction d’eau à l’usage des malades. Dans le Testamentum D. N. J .-G., cette oraison est la même par laquelle on a béni l'huile deslinée au même usage. Testamentum édit. Rahmani, Mayence, 1899, 1. I. 25, p. 48-49. Le I. VIII des Constitutions apostoligties, 29, renferme une bénédiction analogue, P. G., t. i, col. 1126. ainsi que le pontifical de Sérapion. Voir G. Wobbermin. op. cit., p. 13-14. La simple eau bénite, sans usage spécifiquement désigné, ne donnait pas lieu à une consécralion litur­ gique; sa bénédiction, formée seulement d’un signe de croix, accompagnée même d’une imposition des mains, avec quelque invocation improvisée, appartenait à tous chrétiens. Nous avons des exemples pour des laïques, des religieux non clercs, aussi bien que pour des évêques. Cf. notre étude L’eau bénite, in-12 (collection Science et religion, n. 449), 3' édit., Paris, 1908, p. 36 sq., où nous racontons plusieurs miracles à ce sujet. Au v' siècle, apparaissent les bénédictions de l’eau pour asperger les monastères, les maisons neuves, les églises, les autels, développements progressifs de l’eau bénite mêlée de sel dont on fait honneur à saint Alexandre. Cf. S. Optat, De schism, donat., vi. 6, P. L., t. xi, col. 1078. Le sacramentaire romain connu sous le nom de « gélasien », m, 75, 76, Muratori, Lilurgia romana velus, t. i, p. 738-741 ; P. L., t. i.xxiv, col. 12251227, contient les formules de la bénédiction de l’eau qui devait être répandue dans les maisons. Ci lle eau était mêlée de sel et son principal usage concernait les habitacula hominum. La plupart de ces formules sont encore en usage aujourd’hui. Le même sacramentaire et celui nommé communément « missel des Francs >, contiennent une oraison sur un mélange d’eau et de vin, destiné à la consécration de l’autel. Les deux usages ont été rassemblés dans le rituel de la dédicace, et on leur adjoignit celui de l’eau grégorienne, composée de quatre éléments : l’eau; le sel, symbole de l’incorrup­ tibilité et de la fécondité; la cendre, marque de péni­ tence, de douleur et d’humilité; le vin, qui représente la force, la joie et la vie. Le pape Virgile recommande (en 538), pour la consécralion des autels, l’usage de l’eau exorcisée, à l’évêque espagnol Profuturus. P. L., t. LXtx, col. 18. Cf. Epist., t, ibid., col. 17. Avec cette eau exorcisée, mêlée de sel, consacrée par les prières du prêtre, et d’abord deslinée a l’aspersion des maisons neuves, s’introduisit aussi l’usage d'asper­ ger tout lieu d'habitation, à des occasions diverses, ceux qui s’y trouvent, et enfin les fidèles réunis, par exemple à l’église, pour la.messe solennelle du dimanche. De là, on prit aussi soin de mettre à la porte de régi — des vases d’eau bénite à la disposition des fidèles, afin qu’ils puissent en emporter eux-mêmes pour asperger leurs demeures. Le pape saint Léon IV (847-855'. flomil. de cura pastorali, P. L., t. cxv. col. 679. prescri­ vit de bénir l’eau chaque dimanche avant la messe pour asperger les fidèles. Celle ordonnance est aussitôt suivie. Ilincmar l'applique au diocèse de Reims, â peu près dans les mêmes termes. Capitula synodim 852 . 5, P. L., t. exxv, col. 774; un canon d'un synode de 1983 EAU BÉNITE — EBEDJÉSU Nantes, rapport/ par Yves de Chartres et annexé au synode de IKK), auquel peut-être se référera plus tard Bernold, Miceologus de eccles. observat., c. xi.vi, dans ilitlorp, De divinis officiis, Paris, 1610, col. 758, com­ mente la même prescription, en des termes qui sont presque textuellement ceux des rubriques du rituel actuel. Nous y relèverons seulement que, à cette asper­ sion de l’eau bénite le dimanche, le prêtre parcourait également le parvis ou le cimetière. Mansi. Concil., I. xvni, col. 173. Sous l’influence des mêmes coutumes, les fidèles entrant dans le temple allaient se purifier dans les bénitiers placés à l’entrée, de préférence à l’eau (non bénite) des fontaines, phiales et canlhares des parvis. La discipline actuelle était formée. IV. Bénédiction, consécration et désécbation de l'EAü. — Par ce qui précède, on voit donc que les rites liturgiques consacrés à la préparation de l’eau bénite ont été formés environ entre le iv® et le vu· siècle, avec des parties beaucoup plus anciennes. L’eau bénite la plus simple, et aussi peut-être la plus ancienne, est celle destinée aux malades. Sa bénédic­ tion n’est point solennelle : une simple oraison el un signe de croix, Cet usage remonte au moins au m· siècle; il est surtout oriental. Le rituel romain actuel ne contient aucune prière pour cette eau, mais on en trouve dans certains suppléments locaux. Les autres eaux, soit l’eau d'aspersion, soit celle de la dédicace des autels et des églises, soit celle du bap­ tême, sont au contraire l’objet de fonctions plus solennelles et plus longues, imitées plus ol moins de cette dernière. La partie principale est une solennelle invocation, dans le genre de celle du pontifical de Sérapion, accompagnée d'oraisons diverses, analogues à celle des Constitutions apostoliques. Les rites occi­ dentaux y ont joint un exorcisme, et parfo s plusieurs; déjà Tertullien parait y faire allusion, dans un tixle que nous avons souligné. L'ensemble de ces éléments liturgiques trouve une admirable forme dans la béné­ diction solennelle que renferme le missel romain pour les vigiles de Pâques et de la Pentecôte. Constitué sui­ vant les lois de l'anapliore, ce formulaire correspond très étroitement au canon de la messe : MESSE. CONSÉCRATION DE L’EAU. Secrète. Vere dignum... Te igitur. Oraison préparatoire. Vere dignum... Deus cujus Spiritus. Respice in (aciem Ecclesiæ. Qui hanc aquam. [Procul ergo hinc] (1’exorcisme). Unde benedico te. e Ite docete » (id). Communicantes. Hanc oblationem. Quam oblationem. « Accipite el manducate » (Paroles de l'institution.) Unde et memores nos. Per quem hœc omnia. Arnen. Hæc nobis præcepta servan­ tibus. Tu has simplices aquas. Arnen. De tels rapprochements se passent de commentaires, et peuvent d’ailleurs être faits sur d'autres pièces litur­ giques : c'est un plan général. Il n'est pas jusqu’à une épiclèse. très nette et accompagnée d’un geste signifi­ catif, que contienne celte anaphore, pour symboliser la descente du Saint-Esprit sur les eaux : Descendat in hanc plenitudinem fontis virtus Spiritus Sancti, totamque hujus aquee substantiam, regenerandi fecun­ det effectu. Cf. le distique de saint Paulin de Noie (et d’ailleurs toute la pièce d’où il est extrait, et qu’on peut étroitement rapprocher du passage Hic omnium pecca­ torum de cette consécration et du texte de Tertullien): Sanctus in hune cælo descendit Spiritus amnem, Cælestique sacras fonte maricat aquas. Espit., xxxn, ad Severium, 5, jP. L., t. lxi, col. 332. 1984 La consécration de l’eau grégorienne contient aussi — mais le morceau est surtout lilmraire — l’enthou­ siaste éloge de l'eau Sanctificare per verbum Dei, qu’on retrouve dans les rituels milanais et wisigothique, et qui est emprunté en partie à une homélie de saint Ambroise. Les Eglises d’Orient paraissent avoir ignoré l'exor­ cisme, dont les témoins anciens sont purement occi­ dentaux. Mais leurs liturgies ont un rite qui offre un contraste violent avec l’idée occidentale de la consé­ cration définitive de l’eau baptismale. Ces églises, en effet, ne voient dans les prières adressées à cet effet qu'une sorte d’appropriation de l’eau à son objet : si l'eau vieillit, est souillée, ou simplement devient sans usage, elle est désappropriée, « desécrée », « dé­ liée ». Chez les coptes, le prêtre consacre l’eau avant chaque baptême, et la « désècre » ensuite, pour la rendre à sa fonction primitive; chez les Syriens et les Maronites, l’eau est réputée impropre au baptême après trois jours; passé ce temps, on la « délie ». Voir t. n, col. 244, 247; Dictionnaire d’archéologie chrétienne et de liturgie, t. n, col. 269. D’ailleurs, cette idée, en partie du moins, se retrouve chez nos scolastiques, dans le vas de souillure, tels que les accidents du genre de celui qui valut le surnom de Copronyme à certain em­ pereur byzantin; dans ce cas, l’eau était réputée perdre sa consécration et on la consacrait à nouveau. Voir les textes dans Corblet, Histoire du sacrement de bap­ tême, Paris, 1884-, t. I, p. 240-241. La même idée explique le rite si imposant de la bé­ nédiction solennelle des eaux, à la vigile de l’Epi­ phanie, dans les liturgies byzantines, usage attesté dès le iv® siècle. Cette coutume est également passée à certaines églises latines en contact avec les rites d’Orient; elle se compose d’une fonction solennelle très analogue à celle de la messe spéciale non eucharis­ tique, qui accompagne la bénédiction des Rameaux. Sa préface, comme la consécration de l'eau dan- le rite éthiopien, est coupée d'Amen, forme analogue au Schenione-Esreh de la liturgie juive. Cf. nos Origines du chant romain, Paris, 1907; dom Cabrol, Monu­ menta Ecclesiæ liturg., t. I, a la lin. Diverses éditions du rituel romain la donnent. V. Efficacité. — L’aspersion de l’eau bénite, qu’elle soit publique ou privée, est un rite pieux, inslilué par l’Eglise pour exciter la foi et la dévotion des fidèles et attirer sur eux des grâces qui sont capables d'obtenir le pardon des fautes vénielles. Les effets (pie l’Eglise en attend sont indiqués dans les formules de la béné­ diction. Voir t. n, col. 636. Le mode d’opération est celui des autres sacramenlaux. Voir Sacramental. F. Probst, Sakrnmente und Sakrmnen’alien in den drei ersten christlichen Jahrhunderten, Tubingue, 1872, p. 74-83; Martigny. Dictionnaire des antiquités chrétiennes, 2’ édit., Paris. 1877. art. Eau baptismale ; Eau bénite, p. 261-264; dom de Puniet. Bénédictions de l'eau, dans Dictionnaire d’archeologie, t. n, col.685-713, A. Gastoué, L'eau bénite, 3' édit., Paris, 1908; A. Franz, Die kirchlichen Benediktionen im Mittelalter, Fribourg-en-Brisgau, 1909, t. I. A. Gastoüé. 1. EBEDJÉSU (Abdjésus, 'Abdiso' ou le serviteur de Jésus), le second des patriarches chaldéens, 1555 1567. La dignité patriarcale était devenue chez les nestoriens le privilège d'une famille dans laquelle elle se trans­ mettait d'oncle à neveu; en 1551, les notables des principales villes, avec les évêques d’Arbel. de Salamas et d'Aderbaïdjan voulurent rompre avec cette coutume et élurent un moine du couvent de Rabban Ilormizd, nommé Jean Strlaqa, pendant que les nesloriens éli­ saient le neveu du défunt. Sulaqa alla demander confir­ mation de son élection au pape Jules III. qui le consa­ cra à Rome patriarche des Chaldéens, le 9 avril 1553. Ce nom de Chaldéens est donc réservé pour désigner 1985 EBEDJESU EBERWIN DE HELFENSTEIN les nestoriens qui se sont réunis à l’Église romaine. De retour en Orient, Sulaqa créa Ebedjésu métropoli­ tain de Djéziret ibn Omar. C’était un moine du monas­ tère des saints Acha et Jean qui Tut à son tour choisi pour patriarche, lorsque Sulaqa eut été mis à mort par suite des intrigues de son rival nestorien (1555). Ebadjésu vint aussi à Rome recevoir le pallium des mains du pape Pie IV (1562). L’année suivante (1563), il assista à la dernière session du concile de Trente et son portrait se voit encore au Vatican. De retour en Chaldée, il envoya aux Indes un évêque nommé Joseph; il écrivit quatre poèmes, trois sur son prédécesseur, le dernier sur Pie IV, et il mourut en 1567. Les relations avec Rome ne lardèrent pas à être rompues pour être rétablies seulement vers 1681. P. Martin, La Chaldée, Paris, 1867, p. 23; Bar-Hébræus, Chronicon ecclesiasticum, édit. Abbeloos et Lamy, Paris , 1877, t. m. col. 571-572; J. Labourt, Les schismes del’Église nestorienne, dans le Journal asiatique, 10· série, Paris, 1908, t. XI, p. 230-231. F. Naü. 2. EBEDJÉSUS bar-berika, métropolitain nesto­ rien de Nisibe et de l’Arménie vers 1290, mort en 1318. 11 est l’un des derniers écrivains qui ont utilisé la langue syriaque. Dans le Paradis de l'Éden, recueil de poèmes religieux écrit en 1290, il s'appliqua, à l’exemple des Arabes, à vaincre toutes sortes de diffi­ cultés de versification : la troisième pièce se compose de lignes métriques de seize syllabes se lisantà volonté de droite à gauche ou de gauche à droite; dans la quatrième pièce, tous les mots se terminent par la première lettre de l’alphabet; dans la quinzième, au contraire, cette première lettre n'entre pas, etc. Le succès obtenu par cet ouvrage engagea le patriarche nestorien d’alors à lui demander de composer un ou­ vrage de théologie « pour l'usage, l’étude et la médita­ tion des élèves, comme pour l’utilité et l’instruction de tous les amis du Christ ». Cet ouvrage, intitulé : Le livre de la perle sur la vérité de la religion chrétienne, a été résumé par Assémani, Bibliotheca orientalis, t. ni a, p. 352-360, puis édité et traduit presque en entier par Mai, Scriptorum veterum nova collectio, Rome, 1838, t. x, p. 317-366. C’est un spécimen important de la théologie nestorienne officielle au xnt» siècle. Il est divisé en cinq traités : L Sur Dieu : existence, unité, éternité, transcendance, trinité. IL Sur la créature: création du monde, de l’homme, loi et jugements di­ vins, prophéties sur le Christ. III. Nous allons donner quelques extraits du troisième traité consacré à l’incar­ nation, comme spécimen du sentiment de l’Église nes­ torienne : 1° Sur la venue du Christ: « Les prophètes ne suffisaient plus pour diriger les hommes dans la voie de la vérité,... il fallut que Dieu vînt en personne, mais, comme Dieu est invisible par nature, il prit l'homme pour son habitation et il le fit son temple et son domicile; il unit à sa divinité d'une union perpé­ tuelle et inséparable celui qui avait une nature mor­ telle; il se l’associa dans la domination, le pouvoir et l'empire; la nature divine illumina la nature humaine par adhésion (συναφείι), comme une perle excellente et pure est éclairée par le soleil qui l'illumine, de manière que la nature éclairée devint comme la nature éclai­ rante, et que (Dieu) devint visible parles rayons et les éclairs (qui jaillissent) de la nature qui les reçoit, aussi bien que de la nature qui les émet; sans que la créa­ tion du passible introduise aucun changement dans le créateur. »—2° L'incarnation :« Dès la parole de l'ange à la bienheureuse ... Dieu s'est uni sans doute (sans division ?) à celui qu'il forma aussitôt, sans semence humaine, dans le sein de la sainte Vierge. » — 3° Divi­ sion des sectes : « A Ephèse, tous reconnaissaient que le Christ est Dieu parfait et homme parfait, il n’était question que du mode de l’union et des paroles qui IHCT. OE THÉOL. CATHOL. 1986 devaient l’exprimer. Cyrille disait que nous devons donner à la Vierge le nom de Mère de Dieu, et il anathématisait quiconque, après l’union, distinguait l’hu­ manité de la divinité. Nestorius disait de ne pas l’appe­ ler mère de l’homme pour ne pas ressembler à Paul de Samosate et à Photin, pour lesquels le Christ est un homme comme les prophètes, ni mère de Dieu pour ne pas ressembler à Simon et à Ménandre qui niaient que Dieu ait pris un corps et disaient que son humanité était une apparence et non une réalité, mais de l’appe­ ler plutôt mère du Christ, nom employé par les prophètes et les apôtres et qui indique l’union (des natures)... Les dissensions durèrent jusqu’au temps de l’empereur Marcien, ami du Christ, qui réunit dans sa prudence, à Chalcédoine, un grand concile de 632 évêques... Ce concile confirma la confession des deux natures dans le Christ et la distinction des propriétés de chacune d’elles, au point de confesser deux volontés (les nesto­ riens sont monothélites) et il anathématisa quiconque disait mélange ou confusion des deux natures. Comme, dans la langue grecque, il n’y avait pas de différence entre hypostase et personne, il confessa une seule hy­ postase dans le Christ. Parce que ceux de Cyrille n’ad­ mettaient pas une hypostase, l’empereur ordonna que quiconque n’admettrait pas cela perdrait sa place... D’où trois sectes : l’une confesse dans le Christ une nature et une hypostase, c'est celle des jacobites, ainsi nommés parce que Jacques (Baradée) contribua beaucoup à affer­ mir la doctrine de Cyrille chez, les syriens et les armé­ niens. La seconde dit deux natures et une hypostase, c’est celle des melkites, ainsi nommée parce qu’elle a été établie par les empereurs à l’aide de la force. Les Romains, qui sont appelés les Francs, l’ont embrassée avec tous les peuples du nord. Ces deux sectes admettent mère de Dieu ; les jacobites ajoutent (au trisagion) : « qui a été crucifié pour nous ». La troisième secte qui dit deux natures el deux hypostases est celle de ceux qu'on appelle nestoriens; on devrait les appeler Orientaux, parce que Nestorius n’a pas été leur patriarche et qu'ils ne comprenaient pas sa langue, mais lorsqu’ils ont appris qu’il disait deux natures et deux hypostases, un seul Fils de Dieu, un seul Christ, ils ont refusé de l’anathématiser parce qu'ils étaient du même avis. IV. Des sacrements : l’ordre, le baptême, l’huile de l’onction, l’oblation du corps el du sang du Christ, la rémission des péchés, le saint ferment, le signe de la croix vivifiante; « les chrétiens qui n'ont pas le ferment (rite pour préparer le pain eucharistique) disent que · mariage est le septième sacrement. » Pour la confec­ tion de chaque sacrement, il faut : 1° un véritable prêtre; 2° la parole et le précepte du maître des sacre­ ments; 3° les volontés non hésitantes de ceux qui le reçoivent avec une foi vive. Assémani montre d’ail­ leurs que les nestoriens, comme tous les syriens, ont l’équivalent de la confirmation et de l'extrême-onction, dans les onctions dont ils oignent les nouveaux baptis s et les malades. Bibliotheca orientalis, t. m, p. 271-285. V. De ce qui a rapport au monde à venir : adoration, dimanches et fêtes, vendredi, jeûnes, prières etaumône. Ebedjésu aurait traduit lui-même en arabe ce livre de la Perle, en 1312, pour le rendre accessible à plu< de lecteurs. Cet auteur intéresse encore l'historien et le canoniste par son catalogue des auteurs nestoriens et de leurs ouvrages et par son Traité de droit canon. Rubens Duval, La littérature syriaque, 3' édit ,Paris. :> 7, p. 245-246; Assémani, bibliotheca orientalis, t. ma etl·; Mai. Scriptorum veterum nova collectio, Rome, 1838, t. x. F. Naü. EBERWIN DE HELFENSTEIN, religieux de l’ordre de Prémontré, premier prévôt du monastère de Steinfeld, mort le 9 octobre vers l’an 1160. Au concile de Pise, en 1134, il soutient devant Innocent II les droits de son couvent. 11 combattit dans ses -erIV. - 63 1987 EBERWIN DE HELFENSTEIN — ÉBIONITES mons les rreurs de son temps. Il était fort estimé des empereurs Lothaire II et Frédéric Ier. Dans les œuvres de saint Bernard, P. L., t. ci.xxxn, col. 676, se trouve une lettre de ce religieux signalant à l’abbé de Clairvaux les erreurs d’une secte manichéenne fort répandue dans le diocèse de Cologne. Dom Hugo, Annales, t. n, p. 853 ; Gallia Christiana, in-fol., Paris, 1725, t. ni, col. 799 ; Histoire littéraire de la France, in-4·, Paris, 1763, t. XII, p. 447 ; Barsch, Kloster Steinfeld, 1857. B. Heurtebize. ÉBIONITES. — I. Origines de l’erreur ébionite. II. Les ébionites pharisaïques. III. Les ébionites esséniens. I. Origines de l’erreur ébionite. — 1» A l’époque apostolique. — Du temps même des apôtres, en Pales­ tine et particulièreni »i à Jérusalem. - —mi les Juifs convertis, les uns ne changèrent rien ..rs habitudes religieuses antérieures; ils restèrent fidèles aux,obser­ vances légales tout en remplissant les devoirs de leur foi nouvelle; d'autres consentirent bien à devenir chrétiens sans cesser d’étre juifs, mais en regardant comme une nécessité de salut la pratique intégrale de la loi mosaïque, qui devait s’imposer même aux con­ vertis de la gentilité. Leur prétention était abusive et fut énergiquement combattue par saint Paul ; elle fut même jugée inacceptable à la réunion de Jérusalem. Ils disaient aux gentils convertis d'Antioche : « Si vous n’ètes circoncis selon la loi de Moïse, vous ne pouvez pas être sauvés. » Act., xv, 1. Ils répétèrent à Jérusalem « qu'il fallait circoncire les gentils et leur enjoindre d’observer la loi de Moïse. » Act., xv, 5. Et Jacques, un ami pourtant des pratiques juives, de répliquer : «Je suis d’avis qu’il ne faut pas inquiéter ceux d’entre les gentils qui se convertissent à Dieu. » Act., xv, 19. Et l'assemblée des apôtres, des anciens et des frères de décider : « Il a semblé bon au Saint-Esprit et à nous de ne vous imposer aucun fardeau au-delà de ce qui est indispensable, savoir, de vous abstenir des viandes offertes aux idoles, du sang, de la chair étouffée et de l’impureté. En vous gardant de ces choses, vous ferez bien. » Act., xv, 28 sq. Pas un mot de la circoncision dans ce décret officiel adressé par l’Église-mère aux chrétiens d’Antioche. C’était la condamnation des pré­ tentions exagérées des judaïsants â l’égard des gentils. Quant aux judéo-chrétiens, ils restaient libres de prati­ quer eux-mémes les observances légales. Aussi, tandis que les uns, se rangeant docilement à l’avis des chefs de l’Église, imitèrent saint Jacques, le « juste » par excellence, « une colonne de I’juglise », qui alliait la pratique des observances légales à la foi orthodoxe, les zélotes, sans rien retrancher de l’obliga­ tion d’obéir à la loi de Moïse qu’ils estimaient absolu­ ment indispensable pour le salut, n’attendirent qu'une occasion favorable pour faire prévaloir leurs idées. Ils ne s’apercevaient peut-être pas que c'était mettre au même rang l'Evangile et la Loi, Jésus-Christ et Moïse, et donner à entendre, par conséquent, que le Christ n’était pas supérieur à Moïse, ce qui expliquait la néga­ tion de sa divinité et la ruine du christianisme qu’ils sc fiattaient de professer. C’était en tout cas fermer la porte aux gentils, qui n'entendaient nullement se faire juifs pour devenir chrétiens. Tant que vécut saint Jac­ ques, il n’y eut plus de troubles. Mais, à sa mort, en 63, les judaïsants exagérés rentrèrent en scène en pro­ posant T’un des leurs, Thébuthis, pour remplacer l’évê­ que; mais ce fut un parent de Jésus, Siméon, fils de Cléopas, qui fut élu. « Jusqu’alors, remarque le judéochrétien Hégésippe, dans Eusébe, H. E., tv, 22, P. G., t. XX, col. 380. l’Église (de Jérusalem) était vierge; Thébuthis, déçu dans son espoir, se mit à la corrom­ pre. » Comment? En devenant, ajoute Hégésippe, qui nourtant ne nomme pas les ébionites, le chef de l’une 1988 des sept sectes juives contre Dieu, son Christ et l’unité de l’Eglise. 2° A la fin du i" siècle. — II est à croire néanmoins que l’opposition ne s’organisa pas en secte aussitôt; mais ce fut une occasion pour que s’accentuât encore la différence qui séparait les judaïsants des judéo-chré­ tiens. Toujours est-il que peu après, quand éclata l’insurrection juive contre Gessius Florus, qui allait provoquer une sanglante répression, le siège et la ruine de Jérusalem par Titus, en 70, tous les chrétiens avaient eu soin, selon la prophétie, d’abandonner la ville sainte et de se réfugier, au-delà du Jourdain, à Pella de Pérée, dans la Décapole, sous le sceptre d’Hérode-Agrippa II, ami des Romains. Eusébe, H. E., m, 5, P. G., t. xx, col. 221. La destruction de la cité et du sanctuaire avait son éloquence pour qui savait comprendre. Les judéo-chrétiens du parti de saint Jac­ ques et de Siméon virent bien que la Loi avait fait son temps et que l’jbvangile devait régner seul; s’ils conser­ vèrent encore leurs vieilles habitudes, ils se montrè­ rent mieux disposés à vivre en paix avec les paganochrétiens; tel ne fut pas l’avis des farouches judaïsants. Ceux-ci, désormais en contact avec les esséniens et les gnostiques, allaient greffer d’autres erreurs sur leur propre erreur, ce qui devait les conduire inévitable­ ment au schisme depuis longtemps latent et à une hérésie nettement caractérisée. « Des hérétiques, » dit Hégésippe, dans Eusébe, H. E., m, 32, P. G., t. xx, col. 281, dénoncèrent et firent mettre à mort l’évéque Siméon, âgé de 120 ans, sous le légat consulaire Atticus, vers 110. Avaient-ils encore Thébuthis ou quelque autre aspirant pour remplacer l’évéque martyr? Peut-être bien; mais ce fut un autre judéo-chrétien du parti de Siméon qui fut encore élu; et, à en croire Eusébe, il y eut 13 évéques judéo-chré­ tiens qui se succédèrent jusqu’en 132, lors de la révolte de Barcochébar. 11. E., tv, 5, col. 309. C’est beaucoup en 22 ans, remarque Mor Duchesne, Les origines chré­ tiennes (lith.), Paris, 1886, p. 126, à moins qu’il n’y ait erreur quant à la durée ou plutôt qu’il ne soit ques­ tion d’évêques simultanés de différentes Églises judéochrétiennes, colonies de l’émigration de Pella, et pou­ vant toutes prétendre au titre d’Église de Jérusalem. Quoi qu’il en soit, lorsque le groupe chrétien se reconstitua à Ælia Capitolina, la colonie romaine qu'lladrien avait fondée, en 119, sur l’emplacement de la cité sainte, avec défense aux Juifs d’y mettre les pieds, il était en grande majorité composé cFhellénochrétiens et eut pour premier évêque non circoncis, Marc. Eusébe, H. E., iv, 6, col. 316. Qu’étaient donc devenus, à cette époque, les judéo-chrétiens émigrés? Les uns, les plus sincèrement convertis à la foi évan­ gélique, se maintinrent, mais sans vigueur, comme une branche presque détachée du tronc, jusqu’au IVe siècle, époque où saint Epiphane et saint Jérôme rencontrè­ rent leurs descendants dans la personne des nazaréens, voir Nazaréens; les autres, plus intransigeants que jamais, formèrent une double secte, celle des ébionites pharisaïques ou ébionites proprement dits, et celle des ébionites esséniens. II. Ébionites proprement dits. — 1° Le nom. — Ébionites vient d’un mot hébreu qui signifie les pau­ vres. Et, primitivement, ce mot servait à désigner les premiers juifs convertis qui. s'appliquant à eux-mêmes le conseil donné ipar Notre-Seigneur aux apôtres de n’avoir ni or, ni argent, ni monnaie, Matth., x, 9, se mirent à vendre leurs biens et à en remettre le prix aux apôtres, pratiquant ainsi volontairement un déta­ chement et une pauvreté qui n’étaient pas sans mérite. Dans la suite, il désigna plus particulièrement les judéo-chrétiens qui, après avoir fait naufrage dans l.i foi, tombèrent dans le schisme. Eurent-ils pour « lie! un personnage du nom d’Ébion c·: Hébion, comm R 19b9 ÉBIONITES disent, en se répétant les uns les autres, Tertullien, De præscript., 33, P. L., t. n, col. 46, >e pseudo-Tertullien, De præscript., 48, col. 67, l’auteur des Philo­ sophoumena, vu, 35, édit. Cruice, Paris, 1860, p. 390, et, longtemps après, saint lapiphane, ■ ær., xxx, 17, P. G., t. xli, col. 433, et Théodoret, Hæ>et. fab., n, 1, P. G., t. Lxxxiti, col. 388? Ce n’est pas à croire; car deux judéo-chrétiens, originaires de la Palestine et contemporains de l’époque ou s’accentua l’ébionisme, bien à même par conséquent de connaître les person­ nages suspects et fauteurs d’hérésie dans leur pays, ne parlent pas d’Ébion, Landis qu’ils nomment d’autres sectaires, ils connaissent pourtant l’erreur des ébionites. C’est bien de cette erreur que Tryphon se fait l’écho, quand il demande à saint Justin si « ceux qui vou­ draient encore observer la loi de Moïse et les obser­ vances légales en même temps qu’ils cnoiraient en Jésus-Christ crucifié et le reconnaîtraient pour le Christ de Dieu qui doit juger tous les hommes, seraient sauvés. » Oui, certes, répondit saint Justin, « pourvu qu’ils ne soutiennent pas, comme l’avait fait Tryphon lui-même au début du dialogue, que sans la pratique de cette loi et de ces observances on ne peut être sauvé.» Dial, cum Tryphone, 49, P. G., t. vi, col. 581. Et c’est bien aussi à cette même erreur que fait allusion Ilégésippe quand il qualifie ses partisans d’hérétiques. Mais ni saint Justin ni Hégésippe ne leur donnent ce nom d’ébionites. Serait-ce que, dans la seconde moitié du n' siècle, ce terme n’était pas encore courant? Il était connu en tout cas dès le commencement du in», comme en fait foi l’auteur des Philosophoumena, et déjà saint Irénée s’en était servi. Cont. hær., i, 26, P. , G. t. vu, col. 686-687. C’est désormais sous ce nom qu’on désigna les judéo-chrétiens hérétiques dont il va être question. 11 est vrai qu’au lieu d’y voir, par une allusion à la pratique de la pauvreté, comme le trait caractéristique de leurs mœurs, on expliqua le sens étymologique du mot, soit par la pauvreté de la loi dont ils prétendaient faire une nécessité de salut, soit par la pauvreté de leur esprit et de l’opinion assez mé­ diocre qu’ils avaient de Jésus-Christ. Pseudo-Ignace, Ad Philad., 6, Funk, Opera Patrum apost., Tubingue, 1881. I. π, p. 134; Origène, De prine., iv, 1, 22; Cont. Ceis., π, 1, P. G., t. xi, col. 389, 793; Eusèbe, il. E., m, 27, P.G., t. xx,col. 273. 2’ La doctrine. — 1. Sur l’ancienne alliance et le salut. — Loin d’admettre, dans l’économie divine delà rédemption, l’ancienne alliance comme l’ombre, la figure, la préparation ou la préface de la nouvelle, des­ tinée par suite à disparaître sans retour en face du christianisme, qui était son aboutissement normal, son épanouissement complet, sa réalité parfaite, les ébio­ nites eslimaient.au contraire, que (’Ancien Testament, avec tout ce qu’il indiquait de prescriptions et d’ob­ servances, n’avait rien perdu de sa valeur et continuait â obliger comme jadis, sa raison d’être restant perma­ nente. Du reste, ils en appelaient à l’exemple et à l’auto­ rité de Jésus. Celui-ci n’avait-il pas dit d’une façon claire et décisive : « Ne pensez pas que je sois venu abolir la loi et les prophètes; je ne suis pas venu les abolir, niais les accomplir »? Matth., v, 17. N’avait-il pas ajouté : « Le disciple n’est pas au-dessus du maître, ni le serviteur au-dessus de son seigneur. — Il suffit au disciple d'ètre comme son maître, et au serviteur comme son seigneur... »? Matth., x, 24, 25. En fai­ sant donc ce que Jésus avait fait, en se conduisant comme les disciples d’un tel maître, ils ne pouvaient être que dans la bonne voie. Jésus avait été justifié par sa fidélité à la loi; personne avant lui ne l’avait observée aussi bien, et c’est parce qu'il l’avait pleine­ ment observée qu’il était devenu le Christ de Dieu et avait pu remplir sa mission; tout autre, à sa place, s’il eût agi comme lui, aurait été le Christ; et quanta eux, 1990 en observant de même toute la loi, ils comptaient bien devenir des christs. Philosophoumena, vu, 34, loc. cil., p. 390. Et comme ils avaient la prétention d’être « les imitateurs du Christ », ils concluaient à la néces­ sité absolue, pour être sauvé, d’observer la loi mosaï­ que, notamment la circoncision et les observances légales. 2. Sur le Christ. — Quelle opinion se faisaient-ils donc de la nature et du rôle de Jésus-Christ? A la diffé­ rence des Juifs obstinés, qui se refusèrent à voir le Messie dans la personne de Jésus de Nazareth, trompés qu’ils étaient dans leur attente erronée d’un libérateur national, les ébionites, qui n’avaient pas voulu confon­ dre la question religieuse avec une question purement politique, n’étaient nullement choqués de l'humilité de sa naissance, de ses souffrances et de sa mort sur la croix; il est vrai qu’ils pensaient à un second avène­ ment, glorieux celui-ci, mais ne devant se produire qu’à l'époque indéterminée du miliénium. Ils partageaient en deux parlies la vie de Jésus : celle d’avant le baptême, et celle d’après. Jésus, selon eux, et ils pensaient à ce sujet comme Cérinlhe et Carpocrate, était le fils de Joseph et de Marie, né comme tous les hommes d’un père et d’une mère. Rien de surnaturel dans sa concep­ tion. Le texte célèbre d’Isaïe, vu, 14 : Ecce virgo conpiet, portait, dans leur Bible grecque, νεάνις, au lieu de παρθένος, jeune fille, au lieu de vierge. S. Irénée, dans Èusèbe, H. E., v, 8, P. G., t. xx, col. 452. Quel­ ques-uns cependant ne faisaient pas difficulté d’admet­ tre que Jésus fût né d’une vierge, Origène, Cont. Cels., v, 61, P. G., t. xi. col. 1277; Eusèbe, U. E., m. 27, P. G., t. xx, col. 273; mais il ne s’ensuivait paspoureux qu’il fût Dieu; car ils se refusaient à croire à la pré­ existence du Christ, Verbe de Dieu et Sagesse du Père. Eusèbe, H. E., in, 27, col. 273. Un grand changement s’opéra en Jésus, lors de son baptême au Jourdain. D’après saint Matthieu, quand Jésus se présenta. Jean se défendit de déférer à sa demande; mais, sur son insistance, il baptisa Jésus; « et voilà que les cieux furent ouverts, et il vit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. Et du ciel une voix disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis mes complaisances. » Matth., ni, 16, 17. D’apres l’Evangile aux Hébreux, la scène, sans changer complè­ tement, se transforme et se précise : la voix du ciel au textede saint Matthieu ajoute ce passage du Psalmiste : « Je t’ai engendré aujourd’hui. » Ps. n, 7. Une grande clarté illumina l’espace. Jean de demander : « Qui êtesvous, Seigneur?» Et la voix de répéterce qu’elle venait de dire; et Jean de tomber aussitôt aux pieds de Jésus et dele prier delui conférer le baptême; ce à quoi Jésus se refuse. S. Épiphane, Hær., xxx. 13, P. G., t xli. col. 429. Ce jour-là, l’homme qu’était Jésus fut > mar­ qué du sceau de l’élection divine à la faveur de Ponction qu’il reçut, et par elle devint le Christ. » S. Justin. Dial, cum Typhone, 49, P. G-, t. vi, col. 581. Dès ce moment il fut revêtu du pouvoir nécessaire pour rem­ plir la mission de Messie, mais il n’en restait pas moins un homme, comparable sans doute à Moïse et aux pro­ phètes, à Salomon ou à Jonas, mais pas plus grand qu’eux. Tertullien, De carne Christi, 18. P. L.. L n, col. 763. Cette opinion que Jésus-Christ n’était pas Dieu constituait une erreur capitale pour des juifs qui se prétendaient chrétiens, et l'on comprend que l’on ait pu dire d’eux qu’ils ne furent ni vraiment juifs, ni vraiment chrétiens, comme le leur reprochaient les rabbins et les catholiques. 3. Sur saint Paul. — Les ébionites professaient contre saint Paul les mêmes sentiments que les judaisar de l’époque apostolique, et l'on sait que ceux-ci aval·nvoué une haine mortelle à l’apôtre des gentils. C ■ qu’en effet saint Paul avait proclamé, à la fin du r< cne de la loi, l’avènement de la liberté chrétienne, notam- 1991 EBIONITES 1992 ment à l’égard de la circoncision et des observances I trinal. S. Épiphane, Hær., xxx, 13, P. G., t. xli, légales; il « assignait aux Juifs dispersés parmi les gen­ col. 428. tils de se séparer de Moïse, leur disant de ne pas III. Ébionites esséniens. —1° Influences étrangères. circoncire leurs enfants, de ne pas se conformer aux — Tandis que les ébionites pharisaïques ou ébionites coutumes, » Act., χχι. 21, il montrait que le Christ proprement dits s’étaient séparés de l’orthodoxie chré­ est le vrai Fils de Dieu et que, dans l'économie nou­ tienne sans rien laisser pénétrer de nouveau dans leurs velle qui remplaçait l’ancienne comme la réalité rem­ conceptions primitives, d'autres, animés du même es­ place la figure et la lumière les ténèbres, « Dieu, le prit, mais plus ouverts aux inlluences étrangères, en père de Jésus-Christ, nous a prédestinés â être ses contact qu'ils furent, soit avec des esséniens, soit avec fils adoptifs par Jésus-Christ, son Fils bien-aimé; » que des gnostiques, donnèrent à l’ébionisme un aspect diffé­ c’est par Jésus-Christ, dans l’effusion de son sang, que rent. Sans doute, ils conservèrent la plupart des idées nous avons « la rédemption, la rémission des péchés » ; des ébionites pharisaïques, mais ils en admirent de qu r-Dieu a tout mis sous les pieds de Jésus-Christ et nouvelles, qui en firent une secte à part. C'est ainsi qu'on « l’a donné pour chef â son Église. » Eph., 1, 1-23. Un retrouve chez eux tous les traits caractéristiques des tel enseignement déplut singulièrement aux judaïsants, esséniens, tels que nous les fait connaître Josephe, De qui suivirent pas à pas saint Paul, organisant des bello judaico, il, 8, et tels qu’ils sont notés dans le ro­ man des Clémentines, et dans saint Épiphane, sur la contre-missions, combattant sa doctrine, calomniant sa conduite, travestissant sa pensée et ne l’appelant divinité, sur l'importance donnée aux anges, sur l’inu­ qu’un imposteur et un renégat. Les ébionites ne lais­ tilité des sacrifices et du temple, sur les usages relatifs sèrent rien perdre de ces accusations. D’après eux, Paul au mariage, à la nourriture, au vêtement, aux bains de Tarse n'était nullement pharisien, fils de pharisien, fréquents, à la vie en commun. Mais on trouve encore mais un simple gentil ; s’il s’était fait juif, c’était d’autres traits empruntés à la doctrine du livre d’Elchasai pour pouvoir épouser la fille du grand-prêtre; mais ou des Elcésaïtes, voir Elcésaïtes, qui recommande, déçu dans son espoir, il avaitrenié le judaïsme. S. Epi­ pour obtenir la rémission des péchés et la guérison de phane, Hær., xxx, 16, P. G., t. xli, coi. 433. Une fois certaines maladies, l'emploi frequent de bains pris apostat, il s’était mis à prêcher Jésus-Christ, mais sous forme de baptême et de formules appropriées. Phisans aucun caractère officiel et sans mandat, car il losophoumena, ix, 13, loc. cit., p. 447, sq. ; Eusèbe, n'avait pas été appelé par Jésus comme les autres H. E., vi, 38, P. G., t. xx, col. 597-599; S. Epiphane, apôtres et n’avait pas été introduitavec eux dans ΓΙ ':«e Hær., xxx, 17, P. G., t. xli, col. 433; Théodore!, Hær. de Jérusalem; il était en opposition avec Pierre, Jav ,..es fab., n, 7, P. G., t. lxxxiii, col. 395. Ces divers em­ et Jean, et s'il proclamait la liberté vis-à-vis de la loi, prunts, sans modifier beaucoup leur doctrine primitive, lui donnèrent cependant une couleur nouvelle, mais c'était pour « complaire aux hommes », Gal., I, 10, et pour « se recommander lui-même », II Cor., m, 1, car, ils eurent une plus grande inlluence sur leurs pra­ ainsi qu’en témoignait sa violence contre ceux qui tiques. l’accusaient de « marcher dans la chair », II Cor., Il, 2» Leur doctrine. — 1. Sur Dieu et le monde. — 2, il était complètement infatué de lui-méine. On n'avait D’après les ébionites esséniens, Dieu a créé le monde donc qu’à le tenir comme l’ennemi, dont il fallait abso­ et y a placé deux pouvoirs opposés, celui du démon qui lument repousser et condamner la doctrine. gouverne le monde actuel et celui du Christ qui doit 4. Sur la Bible. — Les ébionites pharisaïques accep- gouverner le monde futur. D'où une opposition irré­ ductible qui oblige à se soustraire, par l'ascétisme, à laient et vénéraient l’Ancien Testament, surtout le Penl'influence fâcheuse et nuisible du démon, et à se ran­ tateuque; mais comme très peu, parmi eux, étaient ca­ ger au parti du Christ. S. Épiphane, Hær., xxx, 16, P. G., pables de le lire et de le comprendre dans le texte hé­ breu, ils durent recourir à une traduction grecque; et, t. xli, col. 432. au lieu d'accepter celle des Septante, qui avait cours 2. Sur l’économie de la religion et du salut. — Il n’y parmi les catholiques, ou celles que tirent paraître, au a, disaient-ils, qu'une seule économie religieuse du sa­ n* siècle, les deux prosélytes Aquila et Théodotion, ils lut, celle du mosaïsme primitif et original, tel qu'il se adoptèrent celle que fit l’un des leurs. Symmaque, trouve dans les premiers livres de l’Ancien Testament, Eusêbe, II. E., vt, 17, P. G., t. xx, col. 560, dont Origène sans aucun des développements postérieurs qu’on ren­ recueillit le texte pour l’insérer dans ses Télraples et ses contre dans les livres plus récents. Seul le Pentateuque Hexaples. Eusebe, II. E., vt, 16, ibid., col. 558. Quant offrait ce mosaïsme; mais comme il renfermait des au Nouveau Testament, ils repoussèrent, cela va sans traits trop manifestement opposés à leur manière de dire, toutes les bpîtres de saint Paul, non qu'ils les con­ voir, ils eurent le soin de l’amender en conséquence, sidérassent comme inaulhentiques, mais parce qu’elles et d’en retrancher tout ce qui pouvait contrarier leurs étaient l'œuvre de l’apostat. Connurent-ils celles de saint opinions. Ils partageaient ainsi les divers personnages Pierre, de saint Jacques, de saint Jude et de saint Jean ? bibliques en deux catégories : d’un côté, les prophètes On l’ignore. Ils n’eurent aucun des Evangiles cano­ de la vérité, προρήται τής αλήθειας, Adam, Noé, Abraham. niques; mais, en revanche, ils faisaient grand état de Isaac, Jacob, Aaron, Moïse et .losué; d'un autre côté, l’Évangile aux Hébreux, S. Irénée, Cont. hær., i, 26, les prophètes de l’intelligence, προφήται τής συνέσεως, David, Salomon, Isaïe, Jérémie, Ézéchiel, Daniel et P. G., t. vu, col. 687; Eusèbe, H. E., ni, 27, P. G., t. xx, col. 273; S. Épiphane, Hær., xxx, 3, P. G., t.XLl, les autres; ils vénéraient les premiers, ils proscrivaient, ils bafouaient les derniers, S. Epiphane, Hær., xxx, 18. col. 409, écrit un syro-chaldaïque et dès lors plus acces­ P. G., t. xli, col. 436, car ceux-ci ne possédaient pas sible à l’intelligence de leurs partisans. Cet Evangile zotO’ la vérité. Et si ces ébionites admettaient et professaient 'Εβραίους n’était qu'une adaptation de celui de saint le christianisme, c’est qu’ils n’y voyaient que le mo­ Matthieu, mais avec des suppressions et des additions caractéristiques. C'est ainsi que les deux premiers saïsme primitif, imposant toujours la circoncision commeune obligation étroite pour le salut; maisalors, chapitres de saint Matthieu étaient supprimés, car la faisait justement observer saint Épiphane, il fallai généalogie du Christ, le texte d’Isaïe sur la Vierge qui rayer de ce nombre des sauvés Sara. Rébecca, Rachel devait enfanter l'Emmanuel, la conception surnaturelle et les autres saintes femmes de la Bible, et y inscrire de Jésus et 1'adoralion des mages, qui s’y trouvaient, par contre tous les non-juifs qui pratiquaient la cir­ ruinaient d’avance l'opinion qu’ils s’étaient faite de concision. Jésus-Christ. Quant aux lacunes et aux modifications 3. Sur le Christ. — Les ébionites esséniens étaient ou additions apportées au texte de saint Matthieu, elles loin de s’entendre sur la personne du Christ, l’ourles étaient toutes inspirées par des motifs d’ordre doc­ 4993 ÉBIONITES uns, ce n'était qu’une créature de Dieu et non le Fils du Père, un esprit, mais supérieur aux anges, possédant la faculté de descendre sur la terre quand cela lui plai­ sait et de s’y manifester comme il l'entendait. C’est ainsi qu’il s’était incarné dans Adam et avait apparu aux patriarches. Pour les autres, c’était Adam lui-méme venu dans les derniers temps dans la personne de Jésus. A quel moment précis? Au baptême, croyaient quelquesuns, tout comme les ébionilcs proprement dits; à sa naissance, opinaient ceux qui admettaient son origine miraculeuse. Peu importait, du reste, car, en toute hypo­ thèse, il n'était pas engendré de Dieu, né de Dieu, Dieu lui-méme, mais simplement un ange supérieur, une créature. Venu en Jésus, le Christ n'avait pas une auto­ rité plus grande que Moïse, il n’était que le successeur éloigné de Moïse, s'exprimant ainsi dans leur Evangile : « Je suis celui que Moïse a prophétisé, quand il a dit : « Un prophète sera le Seigneur Dieu pour vous comme eux. » Homil. clement., ni, 53, P. G., t. n, col. 144. Et cela leur suffisait pour justifier leur attachement au christianisme comme au mosaïsme. 4. Sur la Bible. — De l’Ancien Testament, ils n’ad­ mettaient que lePentateuque,mais préalablement accom­ modé à leur manière de voir; tout le reste n’étant, d’après eux, que le mosaïsme surchargé à une époque trop récente, ne méritait que la réprobation. Pour le Nouveau Testament, ils en étaient au même point que les ébioniles pharisaïques et n'acceptaient que l’Évangile aux Hébreux; ils rejetaient toutes les Epitres de saint Paul. Par contre, ils semblent avoir accepté quel­ ques apocryphes, le Protévangile de Jacques et les IlepioôcA τού ΙΙέτρου, S. Epiphane, Hær., xxx, 15, P. G., t. xli, col. 429, sans doute â cause du nom de l’apôtre qu’ils portaient. Et au dire de saint Epiphane, Hær., xxx, 16, P. G., t. xli, col. 432, ils possédaient certains Actes des apôtres, qui étaient pleins d'impiété. Enfin ils exploitaient le fameux livre d'Êlcésai ou Elchasai qu'un ange aurait apporté du ciel la troisième année du règne de Trajan. Quand ils parlaient de Jésus ou des apôtres, ils leur prêtaient des paroles et des actes qui n'étaient nullement ceux des livres canoniques, mais bien ceux que portaient leurs livres, et qui don­ naient â Pierre, Jacques ou Matthieu des sentiments esséniens. 3° Leurs pratiques. — Se disant chrétiens, ils confé­ raient le baptême, mais en le faisant précéder de la circoncision ; outre le sabbat, ils observaient le diman­ che, comme les catholiques, Eusèbe, H. E., ni, 27, P. G., t. xx, col. 273; Théodoret, Hæret. fab., tl, 1, P. G., t. lxxxiii, col. 389; ils célébraient les mystères sacrés, mais rien qu’avec du pain azyme et de l’eau, S. Irénée, Cont. hær., N, 1, 3, P. G., t. vu, col. 1123; S. Epiphane. Hær., xxx. 16, P. G., t. xli, col. 432, voir ÂQUARIENS, t. i, col. 1274-1275; le vin était exclu de leur sacrifice comme aussi de leurs repas pour des motifs d'ascétisme; ils se réunissaient dans ce qu’ils appelaient des synagogues et non des églises; ils avaient des prêtres et des chefs qualifiés de princes de la syna­ gogue; ils pratiquaient la rémission des péchés, non par la pénitence, mais par des baptêmes toujours renou­ velables, c'est-à-dire par des bains dans lesquels le pécheur devait se plonger tout habillé, en invoquant les sept témoins suivants : le ciel, l’eau, les esprits, les anges de la prière, l'huile, le sel, la terre; ils attribuèrent même à ces bains des effets thérapeutiques extraordi­ naires : tout malade, toute personne mordue par un chien enragé ou un serpent n’avait qu’à y recourir en invoquant les sept témoins précités et en disant : « Assis­ tez-moi et chassez mon mal. » S. Epiphane, Hær., xxx, 17, P. G., t. xli, col. 433. Etant juifs surtout, ils tenaient par-dessus tout à la pratique de la circoncision, à cause de l’usage qu'en avaient fait les patriarches et Jésus Christ, ils évitaient toute relation avec les non-circoncis, catho­ 4994 liques ou autres, sauf à recourir à un bain purificateur pour effacer toute souillure. Mais, au contact des essé­ niens et des gnostiques, iis avaient perdu le sentiment de respect et de vénération pour les sacrifices du tem­ ple et pour le temple lui-même, vers lequel ils ne se tournaient pas quand ils priaient, ainsi que le faisaient les ébionites pharisaïques. S. Irénée, Cont. hær., t, 26, P. G., t. vu, col. 687. Persuadés que le démon est le prince de ce monde, ils pratiquaient l'ascétisme, n'usaient pas de chair dans leur repas, S. Epiphane, Hær., xxx, 15, P. G., t. xli, col. 432, bien qu'il fût écrit, Gen., xvm, 7, 8, qu’Abraham en avait fait manger à ses trois mystérieux visiteurs; mais c’était là un pas­ sage qu'ils avaient supprimé. L’eau jouait un rôle impor­ tant dans leur vie; ils lui attribuaient une vertu quasi divine et s’en servaient sous forme d’ablutions et de bains très fréquents. Primitivement, ils avaient estimé la virginité, à cause de saint Jacques, puis ils décrièrent cette vertu et blâmèrent la continence, obligeant les enfants à se marier tout jeunes, et autorisant le divorce il de nouvelles noces. S. Epiphane, Hær., xxx, 18, col. 436. 4» Leur prosélytisme. — A la différence des ébioni­ tes pharisaïques, qui s’étaient étroitement cantonnés et dont l’action se perd assez tôt, sans qu’on puisse cons­ tater leur existence au-delà du il' siècle, les ébionites esséniens vécurent encore pendant deux siècles. Ils songèrent même à se propager au dehors et au-delà des pays transjordaniques, soit en Asie, soit en Occident, et même jusqu’à Rome. L’un des leurs, Alcibiade, d’Apamée, vint â Rome, au commencement du ni' siècle, sous le pontificat de Calliste ou immédiatement après, pour y propager la doctrine ébionite, et notamment le livre d’Elcésai ou Elchasai. Mais il eut affaire à l'auteur des Philosophoumena, vraisemblablement à saint Hip­ polyte, qui tourna en ridicule l’enseignement nouveau et confondit son propagateur. Philosophoumena, ix, 13-17, édit. Cruice, p. 446-455. Et c’est peut-être le même personnage qui, en 247, essaya de faire quelques prosélytes à Césarée, mais qui, là aussi, trouva son maître dans Origène. Origène, en effet, parle, sans le nommer, d’un nouveau venu plein de lui-méme, qui se portait défenseur de « l'opinion impie et funeste des Elcésaïtes, » Eusèbe, H. Ε.,ίι, 38, P. G., t. xx. col. 600, contre laquelle il met en garde ses auditeurs. Cette dou­ ble tentative de prosélytisme ébionite, dont I'histoire nous a conservé le souvenir, en suppose d'autres, mais qui toutes restèrent sans résultat appréciable. 11 faut en dire autant de leur activité littéraire, quelque abondante et habile qu’elle ait été pour servir, sous la fiction d’un roman théologique et sous le nom respecté de saint Clément, de véhicule à leurs idées. Homélies et Bécognitions clémentines, voir t. m, col. 201 sq., telles que nous les possédons aujour·: Imi, ne sont pas l'expression primitive de la pensée ébio­ nite; elles ont subi des remaniements intéressés, mais elles restent comme des témoins. Si les Recogniti ns accusent actuellement une tendance à se rapprocher de l’enseignement orthodoxe de l’Église, il n'en - tait certainement pas ainsi dans leur édition originale. Quant aux Homélies, elles portent encore la mar ne d’un manifeste ébionite augmenté de quelques données gnostiques; elles représentent, en effet, comme iden­ tiques le mosaïsme et le christianisme, et 1 1 i.rist comme un prophète qui s’était déjà montré en Adam et en Moïse, et qui était revenu, dans la personne de Jésus, pour rendre au mosaïsme sa pureté ori.inei.e depuis longtemps altérée; elles recommandent contre la concupiscence par l’abstinence de la viande, la précocité des mariages et la pratique de L pau­ vreté. Le tout, présenté sous la forme attrayantn roman d'aventures, était bien propre à piquer la curio­ sité, mais ne parvint même pas à entamer les vrais 1995 ÉB10N1TES — ÉBRARD judéo-chrétiens, qui se maintinrent tant bien que mal à l’état de bloc erratique, à travers les multiples trans­ formations que le mouvement helléno-romain fit subir, pendant les 11‘ et ltl« siècles, aux milieux transjordaiiiques. A plus forte raison, ce grand effort littéraire resta-t-il sans prise, soit en Asie, soit en Occident, sur les Églises de plus en plus jalouses de leur orthodoxie et de plus en plus vigilantes contre toutes les tentatives hétérodoxes et hérétiques de l’époque. Aussi l’ébionisme essénien fut-il condamné à végéter, en attendant sa disparition complète; s'il restait encore quelques rares ébionites, au v· siècle, du temps de Théodoret, ils ne devaient pas tarder de retourner, comme le voulait la logique, au judaïsme strict, en rejetant com­ plètement le christianisme, ou même, pour ceux qui préférèrent être de vrais chrétiens, à l’orthodoxie catholique. I. Sources. — S. Irénée, Cont. hær., i, 26, P. G., t. vit, col. 686-687; Tertullien, De præscriptionibus, 33; Pseudo-Tertullien, De præscriptionibus, 48, P. L., t. n, col. 46, 67; Philosophoumena, vit, 34; ix, 13-17, édit. Cruice, Paris, 1860, p. 389,446 sq.; Origéne, De principiis, IV, 1, 22; Contra Cel­ sum, n, 1, P. G., t. xi, col. 381, 793 sq. : Eusèbe, H. E., ni, 27. 32; IV, 6, 22: v, 8, vi, 16,17. 38, P. G., t. xx, col. 273, 281, 316, 380, 452, 558, 560, 597 ; S. Épiphane, Hær., xxx, P. G., t. xi.i, col. 409. 422, 428, 429. 433,436; Théodoret, Hæret. fab., n, 1, P. G., t. lxxxiii, col. 388. II. Travaux. — Voir t. lit, col. 216, ceux qui sont relatifs aux Clémentines; Smith ol Wace, Dictionary of Christian biography; Realeneyclopadie fur protestantisehe Théolo­ gie; Lightfoot, S. Paul's Epistle to the Galatians, diss. Ill, S. Paul and the Three, 1876; Duchesne, Les origines chré­ tiennes (Uthog.), Paris, 1886; Histoire ancienne de l’Église, Paris, 1906, t. I, p. 116-132. G. Barf.ii.le. ÉBRARD ou EBERHARD ou EVRARD, de Béthune (Pas de Calais) — natione Flandrensis, Èetunia oriundus, dit-il lui-même dans le prologue de son Antihæresis, Maxima bibliotheca veterum Patrum, Lyon, 1677, t. xxiv, p. 1525 — nous est presque in­ connu. La nature de l’Antihæresis semble démontrer que c’était un homme d’église, prêtre séculier ou moine, et un autre ouvrage, le Græcismus, autorise à supposer qu’il fut professeur de grammaire et de belleslettres si ce traité est vraiment de lui. Maison a pu se demander si ce traité n’est pas d’un autre Ebrard de Béthune. Cf. Du Cange, Glossarium ad scriptores medice et infimæ latinitatis, Paris, 1681, t. i, p. 37; Daunou, Histoire littéraire de la France, Paris, 1832, t. xvn, p. 130; A. Wauters, dans Biographie nationale de Belgique, Bruxelles, 1878, t. vi, p. 748-750; B.Hauréau, dans le Journal des savants, 1889, p. 58. Deux vers anciens donnent la date de composition du Græcismus: Anno milleno centeno bis duodeno Condidit Ebrardus Græcismum Betuniensis. Faut-il y voir l’année 1124 ou 1212? Le premier sens est grammaticalement plus naturel ; le second n’est pas con­ traire à l’usage du moyen âge. Si celui-ci est le sens véritable, toute difficulté s’évanouit et il n’y a pas de raison de dédoubler Ébrard de Béthune. Que si, au contraire, celui-là s’imposait, il ne serait pas possible d’attribuer l’Antihæresis et le Græcismus à un seul et même auteur, car l'Antihæresis ne peut appartenir à la première moitié du xn" siècle, mais seulement à la seconde moitié ou au commencement du xm·. En effet, Henri de Gand, mort en 1295, dans son De scriptori­ bus ecclesiasticis, c. lx, reproduit par Fabricius, Bibliotheca ecclesiastica, Hambourg, 1718, 2· pagina­ tion, p. 128, dit simplement d’Ébrard qu’il était origi­ naire de Béthune mais il le place tout à fait à la fin de son œuvre, après des auteurs du xm· siècle, tels que Vincent de Beauvais, Albert le Grand, etc., et, s’il est vrai qu’Henri de Gand ne s’assujettit pas rigoureuse­ ment à l'ordre chronologique, il y a là pourtant une 1996 indication sérieuse. Nous avons mieux encore. Ébrard a écrit son traité théologique après Gilbert de laPorrée (mort en 1154, condamné en 1148), puisqu'il se déclare, c. i, Max. bibi. vet. Patrum, t. xxiv, p. 1529, non nominaliste, mais réaliste à la manière des disciples de Gilbert, ne simus nominales in hocsed potius porretani; et, enfin, il combat les vaudois qui n'existaient pas en 1124 et n’apparurent que beaucoup plus tard, et les cathares qui n'en étaient pas alors au point de leur évolution que l’ouvrage d’Ébrard mani­ feste. Préciser en ce sens ce qui a été dit, t. ni, col. 1988, 1997. Nous n'avons pas à parler du Græcismus d’Ébrard — c’est, en vers latins, un traité de langue latine con­ sidérée parfois dans ses rapports avec le grec — mais seulement de l’Antihæresis. Cet écrit fut publié, pour la première fois, par le jésuite Gretser, en 1614, à une époque où l’on confondait cathares et vaudois, et où, dit Bossuet, Histoire des variations des xglises protestantes, 1. XI, n. 46, dans Œuvres, édit. Lâchât, Paris, 1863, t. xiv, p. 482, « on nommait du nom com­ mun de vaudois toutes les sectes séparées de Rome depuis le onzième ou douzième siècle jusqu’au temps de Luther i ; aussi Gretser l'intitula-t-il : Liber contra Waldenses. Bossuet, qui a eu le mérite d’établir que les cathares et, en particulier, les albigeois, différèrent des vaudois, cite précisément Ebrard, op. cit., n. 52, 53, p. 485, parmi les « témoins » qui lui servent à étayer sa démonstration victorieuse. Cf. A. Rébelliau, Bossuet, historien du protestantisme, Paris, 1891, p. 214, 240, 242, 383, 390, 393, 411, 416, note 2, 417, note 3. Daunou,Histoire littéraire de la France, t. xvn, p. 130, fait dire à Bossuet que dans ce traité Ebrard combat les piphles, et ajoute que cependant Ebrard ne nomme ni les piphles ni lespoplicains, mais seulement les « xabatates ». Ce n’est pas parfaitement exact. Bossuet se borne à dire, n. 52, p. 485, que le livre d’Ébrard « est composé contre les héré­ tiques de Flandre » et que « ces hérétiques s’appelaient piples ou piphles dans le langage du pays, » ce qui est juste et ce qu’il prouve par d'autres sources. Quant à Ébrard, il les appelle une fois « ariens », c. m, р. 1534, et, le reste du temps, « hérétiques » tout court, conformément à l'habitude des écrivains du moyen âge de qualifier delà sorte les cathares; cf., sur ces noms, 1.1, col. 677, et, sur la distinction entre ca­ thares et vaudois, t. m, col. 1989-1990. L'Antihæresis se divise en vingt-huit chapitres. Les chapitres i à xxiv, consacrés aux cathares, se suivent dans un ordre quelconque. Ébrard passe en revue les principales doctrines qui constituent le fond du catha­ risme: dnalisme, c. v, et passim; création du monde et de l'homme par le principe mauvais, c. v; rejet de l'Ancien Testament (aucun de ceux qui vécurent avant la passion ne s’est sauvé, saint Jean-Baptiste ne s’est pas sauvé), c. I, II, ut, xm; pas de résurrection delà chair, c. ix; condamnation du mariage, c. vu, xix; les femmes ne seront pas sauvées in muliebri sexu, с. xviii ; pas de baptême pour les enfants, rejet du baptême d'eau, c. vi; rejet de l’eucharistie, c. VIII; de l’extrème-onction, c. xi; de la confession, c. iv; du sacerdoce, de la tonsure, des offrandes aux prêtres, c. iv, x; du culte (lieux du culte, objets du culte, culte de la croix, chants, longues prières), c. IV, xvn; des prières pour les morts, c. lv; des pèlerinages, c. xn; du serment, c. xiv; de l’usage de la viande, c. xx; de la peine de mort contre les malfaiteurs, c. xv; mépris de la foi, les œuvres comptant seules, c. xvt. Ebrard observe que pratiquement, en dépit de leurs allures détachées, les « hérétiques » ne négligent pas les affaires temporelles, c. xxn. Il leur reproche de se cacher pour mal agir et pour enseigner leurs doctrines. c. xxi. Dans sa polémique, Ébrard se place résolument 1997 ÉBRARD — ECCLESIASTE (LIVRE DE L’) sur le terrain des Écritures, et cela « parfois non sans bonheur », d’après C. Schmidt, Realencyklopâdie, 3· édit., Leipzig, 1898, t. v, p. 122. Il critique leurs interprétationsarbitrairementlittéralesou allégoriques: cum aliquid inveniunt quod eis placet, ad allegorias noncurrunl, imo plane legunt ; cum autem molestum quid inveniunt, ad tropologias confugiunt, c. HI, p. 1533. Mais lui-même allegorise d'une façon outrancière, et non point par hasard, mais par principe; cf. le c. xxiv, p. 1570-1572, Quod Scripturæ spiritaliter debeant intelligi non ad litteram. Ο ή il exagère encore, c’est en exaltant la foi au détriment des œuvres, c. xvi; Gretser a ('prouvé le besoin de montrer que l’ensei­ gnement d’Ébrard se distingue de celui des protestants, p. 1558, mais finalement il conclut, p. 1560, que, si dicta quædam ejus duriora sunt quam tit benigna inter­ pretatione leniri posse videantur, cogitemus hominem fuisse cui haUucinari proclive, nec, ob nævum hunc, caetera quæ recte tradit reputari debere. A mention­ ner deux passages intéressants sur la descente du Christ aux enfers, c. n,xm, p. 1531, 1554; unautre sur le purgatoire, c. v, p. 1539; un troisième sur la puis­ sance nutritive des espèces eucharistiques (Ébrard expose l’objection stercoraniste, telle qu’elle a été déve­ loppée en sa présence), c. VIII, p. 1548. Dans le c. xxv, Ébrard traite des vaudois, qui vallensesse appellant, dit-il, p. 1572, eo quod in valle lacrymaruni maneant..., et etiam xabatatenses a xabalata potiusquam Christiani a Christo. Cf. Bossuet, op. cit., n. 53, p. 155, et n. 72, p. 495-496 ; sur ce nom A'insabbatés, Du Cange, Glossarium ad scriptores me­ llite et infimae latinitatis, Paris, 1681, t. m, col. 648; C.-U. Hahn, Geschichte der Kelzer im Mittelalter, Stuttgart, 1847, 1.1, p. 263-264. Le c. xxvi contient une liste des hérésies empruntée à saint Isidore de Séville, Etym., 1. VIII, c. v, P. L., t. lxxxh, col. 298-305, lui-méme tributaire de saint Augustin, Liber de hæresibus, P. L., t. XLtt, col. 15-50, et restée classique au moyen âge. Vient ensuite le c. xxvti, Disputatio contra Judœos, et enfin le c. xxvin, qui est un recueil de textes de l’Écriture difficiles à comprendre ou d’appa­ rence contradictoires : on les proposera aux hérétiques, car il est bon d’interroger et de ne pas se borner tou­ jours à répondre, et, s’ils ne savent les expliquer, ils rougiront de leur ignorance et apprendront à se taire. La solution de ces difficultés, telle que la présente Ebrard, est, en général, assez médiocre; il use et abuse du sens « spirituel ». La réponse à la xxxvin· question mérite pourtant d’être relevée. Saint Matthieu, dit-il, p. 1582, place à Nazareth, et saint Marc àCapharnaüm la guérison du paralytique. Solutio : Nazareth et Capharnaum oppida sunt Galileæ, et ideo, quia in Galilea sunt, et prope, pro indifferenti habent. En somme, l’œuvre d’Ébrard n’est remarquable ni littérairement malgré quelques prétentions au beau style (il cite volontiers les poètes, Virgile, Horace, Ovide, Perse, Claudien, les livres pseudo-sibyllins), ni théologiquement par manque d’originalité (la princi­ pale autorité qu’il allègue est Raban-Maur, qu’il appelle venerabilem presbyterum, c. x, p. 1552, et sanctissimus Rabattus, c. I, p. 1529). Mais elle est très précieuse pour connaître les doctrines des cathares. I. Éditions. — L’Antihieresisa été publié sous le titre (faux) de Liber contra Waldenses par le jésuite Jacques Gretser, dans Trias scriptorum adversus Waldensium sectam, Ingolstadt. 1614, cf. Jac. Gretseri Opera omnia, Ratisbonne, 1734, t. xtt, et réédité dans Marg, de la Bigne, Bibliotheca Patrum, 4' édit.. Paris, 1624, t. iv a, p. 1073-1192, et dans Maxima bibliotheca veterum Patrum, Lyon, 1677, t. xxtv, p. 1525-1584. Sur les éditions du Græcismus, cf. Bain, Repertorium bibHographicum, Stuttgart, 1826 et 1827, t. i, n. 3012-3015; t. il, n. 6526; Copinger, Supplement to Hain, Londres, 1895, t. i, n. 3012. 6526; une édition a été publiée encore par J. Wrobel, Breslau, 1887. Sur le Laborintus (— labyrinthe), œuvre d'un 1998 magister Everardus Alemannus, identifié avec Ébrard de Béthune par Leyser, qui a publié ce traité de belles-lettres, dans Historia poetarum medii ævi, Halle, 1721, p. 795-855, cf. Ch. Thurot, dans Comptes rendus de t'Académie des ins­ criptions et des belles-lettres, 2- série, Paris, 1870, t. VI, p. 259269 (démontre que le Laborinthus n’est pas d’Ébrard de Bé­ thune). II. Travaux. — Daunou, Histoire littéraire de la France, Paris, 1832, t. xvit, p. 129-139; A. Wauters, dans Biographie nationale de Belgique, Bruxelles, 1878, t. vi, p. 747-751 . C. Schmidt, Histoire et doctrine de la secte des cathares ou albigeois, Paris, 1849, t. II, p. 311, et Realencyklopâdie, 3· édit., Leipzig, 1898, t. v,p. 121-122. Voir, en outre, les travaux cités par Ul.Chevalier, Répertoire. Bio-bibliographie,·!· édit.. Paris, 1903, col. 1261. F. Vernet. ECCLÉS1ASTE (LIVRE de L>). Bible hébraïque : Qôhélef. Le sens du mot paraît flotter entre « orateur ■ ou « prédicateur » (par excellence) et « collecteur » (de sentences). Pour l’histoire des acceptions diverses de Qôhélef et sa forme féminine, voir les auteurs critiques cités plus loin. Le 7e des Kefoûbim, « écrits » ou « hagiographes » (le 5«, selon Baba Bathra, 14 b-15 ai et rangé habituellement parmi les Kefoûbim qetannim, « petits », Berachoth, 57 b; le 4* des cinq Megillôt, « rouleaux » (liturgiques). — Bible grecque : ΕΚΚΛΗ­ ΣΙΑ ΣΤΙΙΣ, condonator, S. Jérôme, Commentarius . i Ecclesiasten, c. i, P. L., t. xxin, col. 1063. Tous les manuscrits et listes des livres bibliques,cf. H. B. Swete, Introduction to the Old Testament in Greek, Cam­ bridge, 1902, p. 201 sq. Saint Cyrille de Jérusalem, saint Ëpiphane, saint Grégoire de Nazianze, saint Amphiloque, saint Jean Damascene, voir Swete, op. dt., p. 204, 205, 208, le rangent parmi les cinq στιχηροι βίβλοι, « livres poétiques ». Pseudo-Chrysostome, Sy­ nopsis, Swete, op. cit., p. 205, le catégorise το συμ­ βουλευτικόν, « exhortatoire »,avec Prov., Eccli., et Cant. Il forme aussi avec Prov. et Cant, le groupe des ττιϊς Σολομωντίαι : Grégoire de Nazianze, Amphiloque, Jean Damascène, 85« canon des apôtres. Swete, p. 205, 209. — Bible latine : Ecclesiastes (Codex claromontanus : Æclesiastes). Désigné, dans la liturgie, sous le titre de Liber sapientiæ concurremment avec Prov., Cant., Sap., Eccli., et formant groupe avec eux dans un grand nombre de bibles manuscrites de tous les types. Une fois, ms. Bibl. Nat. 11929, curieusement rejeté seul, le groupe habituel étant disjointe! ses élémentsdispersés, tout à la fin d’une série (Par., Prophètes, Jobi reportée elle-même â la suite des écrits du Nouveau Testament. S. Berger, Histoire de la Vulgate, Paris, 1893, p. 334. n. 71. Les listes des livres bibliques le rangent aussi parmi les écrits salomoniens, soit sous la formule Sa'.omonts (libri) III(Prov., Eccl., Cant.): Rufin,S. Augus­ tin, Décret de Gélase, S. Isidore, cf. Swete, op. cit., p. 210, 211, 212; soit sous la formule Salomonis libri F (avec Sap. et Eccli.) : concile de Carthage, Innocent 1«, Cassiodore, cf. Swete, p. 211, 214. — 1. Texte et ver­ sions. II. Canonicité. III. Composition. Unité d'aut-ur. IV. Auteur et date. V. Interprétation. VI. Enseigne­ ments doctrinaux et moraux. VII. Commentateurs. 1. Texte et versions. — I. texte. — Il est finale­ ment admis par les auteurs critiques que l’hébreu de l’Ecclésiaste est de basse époque, classique encor- po«r la majeure partie du vocabulaire, mais lâche et emL .-rassé quant à la syntaxe, avec un mélange très ace de mots aramaïsants ou d’usage courant dans hél re . mischnique et talmudique. La question est encor- agitée entre les hébraïsants de savoir s'il faut ou non re­ connaître dans le langage de Qôhelef la présenc- de quelques grécismes. Voir G. Zirkel, Untersuchungen über den Prediger, Würz­ bourg, 1792, résumé par Eichhorn dans Allgemeine Bibluth.· 1792, t. tv.etparT. K. Cheyne, dans Job and Solomon. L ndres. 1887, p. 260 sq.; E. Bohl, Dissertationes de arammsniis Kohelet, Erlangen, 1860; E. Renan, L'Ecclesiaste. Paris. 1882 1999 ECCLÉSIASTE (LIVRE DE L’) p. 51 sq.; Cheyne, op. cit., p. 256 sq. et 262; G. Gietmann, Com­ mentarius in Ecclesiasten, Paris, 1890, p 23sq. ; C. H. H. Wright, The Book of Koheleth, Londres, 1883 et 1893, p. 121 et 488sq.; S. Driver, An Introduction to the Literature of the Old Tes­ tament, Édimbourg, 1897, p. 473 sq. ; D. C. Siegfried, Prediger..., Gœttingue, 1898, p. 13 sq. ; D. G. Wildeboer, Die fünf Megillot, Tubingue, 1898, p. 114 A. II. Mac Neile, An intro­ duction to Ecclesiastes, Cambridge, 1904, p. 39 sq. Le texte massorétique de nos bibles contiendrait beaucoup de fautes de copiste « commises dans l’alpha­ bet hébreu moderne » ou « carré ». E. Renan, L'Ecclésiaste, Paris, 1882, p. 53; corrections proposées, p. 151 sq. Cf. aussi S. Euringer, Der Massorah-text des Koheleth kritisch untersucht, Leipzig, 1890; Mac Neile, Introduction to Ecclesiastes, Cambridge, 1904, p. 56-94, passim. Éditions critiques : S. Baer, Quinque Volumina, Leipzig, 1886. p. 20-31 ; notes de la Massore, p. 60-70; S. R. Driver, Ecclesiastes, Leipzig, 1906, à part et dans JBiblia hebraica. édit. R. Kittel, Leipzig, 1905-1906, p. 1136-1147, apparat critique au bas des pages. Selon V. Zapletal, Die Metrik des Bûches Kohelet, Fribourg (Suisse), 1904, et Das Buch Kohelet, 1905, p. 36 sq., le livre de l’Ecclésiaste serait tout entier rédigé en vers groupés en distiques et en tristiques; seules, quelques locutions proverbiales incorporées à l’ouvrage y seraient rapportées sans avoir subi les modi­ fications nécessitées par la mesure. Avant Zapletal : H. Grimme, Abriss der biblisch-hebrüischen Metrik. dans Zeitschrift der deutschen morgenlandischen Gesellschaft, 1897, p. 689: Sievers, Studien sur hebraischen Metrik, Leipzig, 1901, p. 562 sq. il. VEnsiONS. — t» Versions immédiates. — 1. Ver­ sion des Septante. — Le texte grec de l’Ecclésiaste, tel qu’il se présente dans nos Bibles, représente-t-il en réalité une version alexandrine de ce livre, (version attestée par Origéne (5' colonne des Hexaples), saint Jérôme, Comm. in Eccle., præf., P. L., t. xxm, col. 935 sq., et la version syro-hexaplaire, exécutée à une date qui » ne doit pas être de beaucoup anté­ rieure au commencement de l’ére chrétienne, » ou qui peut même « étre moins ancienne, » A. Loisy, Histoire critique du texte et des versions de l’Ancien Testament, Paris, 1892-1893, p. 22; cf. aussi H. B. Swete, Introduction to the Old Testament in Greek, p. 25 sq., et corrigée, par la suite, principalement d’après la version d’Aquila, A. Dillmann, Überdiegriechischen Überselzung des Qohelet, dans Sitzungsberichte der kôniglich-preussischen Akademie der Wissenschaften zu Berlin, 1892, t. 1, p. 3 sq., et E. Klostermann, De libri Cohelet versione alexandrina, Kiel, 1892, p. 37 sq.? Ou bien les fragments de la version d’Aquila qui nous ont été conservés par Origène n'étant, comme lepensaitdéjà Montfaucon, Origenis H exaptorum quæ supersunt, Prælim inaria, Paris, 1713, p. 48, qu’une « seconde édition » (cf. S. Jérôme, In Ezech., ni, 15, P. L·., t. xxv, col. 39), le texte grec actuel de l’Ecclésiaste ne serait-il pas plutôt un repré­ sentant de la première édition même de la traduction exécutée par le célèbre disciple d’Akiba? Cette hypo­ thèse soutenue par Graetz, Kohelet oder der Salomonische Prediger, Leipzig et Heidelberg, 1871, p. 179 sq.; Salzberger, Monalschrift de Graetz, 1873, p. 168 sq. (le texte réel d’Aquila ne serait pas la 3e colonne des Hexaples, mais le texte denos bibles);Leimdorfer, Kohelet im Liehte der Geschichte, Hambourg, 1892, et E. Kônig, Einleitung in das Alte Testament, Bonn, 1893, p. 427 sq., hypothèse qui semblait rejetée défini­ tivement par les critiques, a été reprise et fortement défendue, appuyée sur une comparaison détaillée du texte réputé celui des Septante etde celui des fragments d’Aquila, par Mac Neile, An Introduction to Ecclesiastes, Cambridge, 1904, p. 115 sq. Le texte de l’Ecclésiaste, 2000 dans les manuscrits des Septante, présentant de grandes ressemblances avec celui des fragments d’Aquila, les rapports de ce texte avec le texte hébreu massorétique seraient les suivants : a) beaucoup de variantes du grec impliquent un texte hébreu antérieur à la recen­ sion d’Akiba (celle de nos bibles hébraïques, celle que traduisit Aquila), p. 138 sq.; b) d’autres, peu nom­ breuses, trahissent des altérations opérées dans la dite recension postérieurement au temps d’Origène, voire de saint Jérôme, p. 153 sq.; c) un grand nombre de variantes du grec sont dues enfin à des altérations du grec lui-méme causées soit par l’inlluence de la recen­ sion hexaplaire, soit par des méprises de copistes, p. 156 sq. Mac Neile ·croit que pour sa première édition Aquila lit usage d'uu texte hébreu pré-akibain. » Que si l’on veut, avec Dillmann, faire fond du témoignage d’Origène d’une version alexandrine dulivredel'Ecclésiaste, le texte actuel, alors, celui même qu’Origène aurait cru « des Septante », ou bien fut la « première édition » d’Aquila, ou bien fut en réalité une revision, d’après Aquila représenté par les fragments, d’une version alexandrine des Septante. Dans le premier cas, cette première édition d’Aquila aurait eu le temps (un siècle) de prendre place dans la Bible alexandrine, en l’absence de toute autre version grecque, pour être ainsi crue « des Septante » par Origéne. Dans l'autre cas, le texte primitif (non révisé) des Septante, qui doit alors avoir existé quelque temps encore après Aquila, pourrait avoir survécu au temps d’Origène lui-même, et l’unique solution possible du problème de l’origine de notre texte serait qu’il est une retranscription origéniste, inlluencée par le texte d’Aquila, du texte primitif. Or. non seulement notre texte diffère, dans un grand nombre de passages, des fragments d’Aquila, mais pour quarante pour cent environ des leçons ou il diffère du texte massorétique, il diffère aussi de la version syro-hexaplaire exécutée sur le texte d’Origène. Trop dilférent des fragments d’Aquila, d’une part, et, de l’autre, trop dilférent aussi du texte origéniste, mais parent tout de même de la version d’Aquila par sa littéralité tout à fait caractéristique, il reste donc un représentant de la première édition d’Aquila, p. 134. Sur la version des LXX, voir aussi : E. Renan, p. 54 sq. ; Wright, p. 50 sq. ; Gietmann, p. 53 sq. ; Wildeboer, p. 119 sq. ; Siegfried, p. 24 sq.; Zapletal, p. 41 sq.; Cheyne, p. 276 sq. 2. Versions d’Aquila, Théodotion et Symmaque. — Quelques fragments. Voir Field, Origenis Hexaplorum quæ supersunt, Oxford, 1875, t. il, p. 380-405. 3. Targum palestinien des cinq Megilloth. Celui de l’Ecclésiaste renferme des fables rabbiniques aussi bien que celui des autres Megilloth, sauf Ruth. A. Loisy, op. cit., p. 199 sq. Édition : Première Bible rabbinique de Bomberg, 1518. Re­ produite par P. de Lagarde dans Hagiographa chaldaice, 1873. Ginsburg l'a traduit en anglais, Coheleth, Londres, 1861, p.503sq. 4. Version syriaque. — Dans la Bible Pescbito. Cf. Middeldorpp, Symbolæ exegetico-criticæ ad librum Ecclesiastis, 1811, el E. .lanichs, Animadversiones criticæ, 1871. Son texte a subi de nombreuses altéra­ tions intentionnelles qui le rapprochent de celui dit des Septante. Cf. W. Wright, art. Syriac literature, dans Encyclopedia britannica. Influences hagadiques signalées par Ginsburg, op. cit., p. 496 sq. 5. Vulgate latine. — Voir Gietmann. Commentarius in Ecclesiasten, Paris, 1890, p. 50 sq. Saint Jérôme avait exécuté auparavant de hebræo une version de l’Ecclésiaste, base de son commentaire de ce livre, « en inclinant vers les LXX là seulement où ils ne s’écartent pas beaucoup de l’hébreu », et « en tenant compte aussi quelquefois d’Aquila, Symmaque et Théodotion ». Comm, in Eccle., præf. ad Paulam et Eustochium,P. L.,t. xxni, col. 1061. Bossuet a repro- 2001 ECCLESIASTE (LIVRE DE L’) duit cette première version hiéronymienne parallèle­ ment à la « version vulgate », dans son Liber Ecclesia­ stes, Œuvres complètes, Bar-le-Duc, 1877, l. i,p. 159 sq. 2° l'ersions dérivées. — 1. Ancienne latine : — a) primitive, exécutée sur les Septante. Un fragment seul, du vin· siècle, en a été publié par S. Berger, dans Notices et extraits des matiuscrits, t. xxxiv b, p. 137 sq. ; cf. Hastings, A Dictionary of the Bible, Edimbourg, 1900, t. m, p. 51; — 6) révisée par saint Jérôme d’après le texte grec hexaplaire et selon la manière cri­ tique d’Origène, Præf. in libros Salomonis, P. L., t. xxviii, col. 1243 : le texte de cette revision ne nous est pas parvenu. 2. Autres versions. — Syro-hexaplaire. Édit., Middeldorpp, Prov., Job, Cant., Threni, Ecclesiastes,e codice mediolanensi, Berlin, 1885. — Arabe, Polyglottes de Paris, 1615, et de Londres, 1652. — Arménienne, Amsterdam, 1666; Constantinople, 1705; Venise, J. Zohrab, 1805; Pères Méchitaristes, 1859-1860. — Coptes. Il ne nous est connu que la sahidique, c. i-ix, 3, et x, 3-xit, 11 'collection Borgia), publiée par A. Ciasca, Sacror. Biblior. fragmenta coptosahidica Musæi Borgiani, Rome, 1889, t. n; c. xti, 12-14 (col­ lection de la Bibliothèque nationale), publié par G. Maspero, Fragments de l’Ancien Testament, dans les Mémoires de la mission archéologique du Caire, Paris, 1892, t. vt. Cf. Hyvernat, Étude sur les versions coptes de la Bible, dans la Revue biblique, Paris, 1896, t. v, p. 550, 557; 1897, t. vi. p. 58, 61. — Éthiopienne, Eccle. non publié. — Géorgienne, Moscou, 1743; SaintPétersbourg, 18I6. — Slavonne, Eccle. sur le grec de la recension de Lucien (selon De Lagarde). Cf. H. B. Swete, Introduction, p. I2I. II. Canonicité. — /. chez les JHlFS. — 1» Avant l’ère chrétienne. — Si l’on en croit le traité post-tal­ mudique, Aboth, c. t, de R. Nathan, certaines difficul­ tés auraient surgi « au commencement » touchant les Proverbes, le Cantique et Qôhélef. Ces livres auraient été pour un temps « cachés », c’est-à-dire détournés de la lecture publique, jusqu’à ce que vinrent les membres de la Grande Synagogue qui les interprétèrent. Ce fait prouverait la canonicité du livre à peu près dès l’ori­ gine; et aussi bien le récit de R. Nathan doit-il cor­ respondre à quelque réalité historique pour le temps des « hommes de la Grande Synagogue » — comme il dit — car à une époque très voisine de celle-là, au Ier siè­ cle de notre ère, on agitait encore couramment dans les écoles rabbiniques des questions analogues et au sujet des mêmes livres. — Cf. L. Wogue, Histoire de la Bible et de l’exégèse biblique jusqu’à nos /ours, Paris, 1881, p. 56. Aucun autre témoignage direct, si ce n’est quelques récits du Talmud, dont l’historicité de­ meure naturellement sujette à caution, ne nous affirme la canonicité du livre de l’Ecclésiaste pour les temps qui précèdent immédiatement l’ère chrétienne. Cf. L. Wogue, op. cit., p. 56, 65-67. L’auteur du livre de l’Ecclésiastique et celui du livre de la Sagesse con­ naissent bien et utilisent, le premier vers l’an 180, le second vers l’an 130 avant Jésus-Christ, le livre du Qôhélef (listes de passages, dans Wright, op. cit., p. 41 sq. ; Mac Neile, op. cit., p. 34, 38 sq. ; Gasser, Die Bedeutuug der Sprüche Jesu Ben Sira fur die Datierung des althebrâischen Spruchbuches, Guters­ loh, 1904, p. 235 sq.); mais ils nous attestent par là son existence seulement, non son caractère canonique. M. N. Peters croit, au contraire, que l’Ecclésiaste dépend de l’Ecclésiastique, et c’est pourquoi il reporte la date de sa publication après 145 (date de l’Ecclésiastique). Ekklesiasles und Ekklesiastikus, dans Biblische Zeitschrift, 1903, p. 47-54, 129-150. On a pu trouver même que le livre de la Sagtsse, loin de tenir l’Ecclé­ siaste pour sacré, paraît plutôt le combattre dans cer­ taines de ses conclusions touchant la jouissance de la 2002 vie (passages, dans Plumptre, Ecclesiastes, Cambridge, 1881, p. 71 sq.; Wright, p. 67 sq.). Les récits du Talmud nous apprennent seulement aussi que leurs compilateurs acceptaient comme une authentique tradition les citations à titre A’Écriture de Eccle., vu, 12; x, 20; l, 9, censées faites par Simon ben Schetach, au Ier siècle avant notre ère, Talmud de Jérusalem, traité Berakoth, vu, 2, trad. Schwab, Paris. 1881, p.131, par Baba ben Butha, sous Hérode le Grand, BabaBathra, i a, et par Gamaliel, au 1er siècle de notre ère, Schabbath, 30 b. Cf. Wright, p. 19 sq.; Mac Neile, p. 4. La valeur de cette tradition reste douteuse. Il est grandement probable cependant que l’Ecclésiaste avec tous les Eefoûbim avait été l’objet, de la part de la commu­ nauté juive, non sans doute d’une décision canonique, mais d’une sorte d’acceptation tacite équivalente en fait à une reconnaissance officielle, pour le commencement du i·· siècle de notre ère. Cette probabilité semble résulter de ce que certains écrits du Nouveau Testa­ ment paraissent considérer le recueil des « Écritures · anciennes comme tout à fait clos. Voir col. 2003. De plus, ainsi que le remarque Ryle, The Canon of the Old Testament, Londres, 1892. p. 174 sq., on ne conçoit guère qu’un livre nouveau — l’Ecclésiaste — ait pu être introduit dans les limites du canon juif durant le siècle où Oorissaient les écoles rivales d’Hillel et de Scliammaï; les docteurs qni se faisaient gloire « d’établir une haie autour de la Loi » n’étaient pas hommes à souffrir cette intrusion, sans soulever de plus véhémentes discussions que celles où fut intéressé l’Ecclésiaste avec d’autres livres, et dont le Talmud encore nous a gardé le souvenir. 2” Depuis l’ère chrétienne. — Aussi bien, ces discus­ sions qui se poursuivirent entre docleurs jusqu’au IIe siècle n'eurent-elles d’autre objet que la question du maintien dans le canon du livre de l’Ecclésiaste et aussi de quelques autres. Ces livres avaient-ils été admis à bon escient? Ou ne renfermaient-ils pas plutôt quelques traits qui dussent justifier leur exclu­ sion éventuelle du recueil tacitement constitué? On reprochait au Qôhélef de se contredire lui-même : il, 2 et vu, 3; n, 2 (vm, 15) etiv, 2, Schabbath, 30 a, ou de contredire d’autres livres canoniques : xi, 9. contre Num., xv, 39, Midrasch Coheleth, c. ix ; de favoriser l’hérésie: I, 3 (m, 9) contre la croyance à une autre vie. Schabbath, 30 b ; de n’être ainsi qu’un « produit delà propre sagesse de Salomon » et non le fruit de l’inspira­ tion de l’Esprit-Saint. Megillah, 7 a; Eduyoth, v, 3. Vers l’an 65 de Jésus-Christ, l’école de Schamma se trouvant avoir la majorité au Sanhédrin faillit obtenir l’exclusion. La question fut agitée de nouveau vers l’an 90, à Jamnia (ou Jabné), dans un premier synode. Elle fut résolue enfin en faveur du maintien dans un second synode tenu au même lieu en l'an 118. Ce qui décida les docteurs, ce fut que tout le livre parut ga­ ranti par « le commencement (i, 3) et la fin (xn, 13 14). qui se composent de mots tirés de la Loi. sSchabbath, 30 a b. Il fut arrêté définitivement que le Qôhelef « souillait les mains, » c'est-à-dire que, ce livre t· nu pour «sacré », quiconque l’avait touché pour la lecture devait se purifier les mains devenues impures par ccontact. Cf. Schabbath, 14 a. Le souvenir des discus­ sions touchant la canonicité du Qôhélef était encor· vivant à l’époque d’Adrien, voire vers l’an 200 et au temps de saint Jérôme. Yadaïm, ni, 5; S. Jérôme, Com.in Ecclesiasten, P. L., t. xxin, col. 1172. Désor­ mais, ce livre est toujours cité comme Ecriture par les rabbins. Cf. les passages talmudiques: Berak t' . 16 b: Schabbath, 151 b; Pesakhim. 53 b; Khagigah. 15 a; Yebamôth, 21 a; Kethoubhth,1‘l b; Nedarim, 15 a; Kiddouschin. 30 a, 36 b, 40 a; Baba B ’thra, 14 a; Sanhedrin, ΙΟΙ a; Schebouôth, 39 b; Abodah Zarah, 2Ί b; Zabakhim, 115 b; Menakhùth. 110 a. 2003 ECCLESIASTE (LIVRE DE L’) 20U4. tion de l’immortalité de l’âme et de la résurrection future. Comely, Introductio, t. n, 2, p. 178. De même ne peut-il être question de reconnaître à l’EccIésiaste inspiration et canonicité pour les interprètes protes­ tants ou critiques qui l’accusent de pessimisme (mani­ chéisme), de déterminisme, de matérialisme, de scep­ ticisme, et d’épicuréisme. Voir plus loin. Ill. Composition. Unité d’aotelb. — Le livre de l’EccIésiaste frappe immédiatement l’esprit du lecteur par un décousu et un manque de logique à tout le moins des plus apparents; d'où la question s’est posée finalement de l’unité de sa composition ou de la plu­ ralité de ses auteurs ou rédacteurs successifs. Saint Grégoire le Grand pensait déjà la résoudre en suppo­ π. chez les chrétiens. — 1» Chez les écrivains du sant que l’EccIésiaste ou bien citait dans son livre les Nouveau Testament. — On ne croit pas généralement pensées d'autrui, ou bien les rapportait comme des que le livre de l’EccIésiaste ait été cité verbalement sujets de tentation qu'il repoussait ensuite. Dial., 1. IV, par les auteurs des livres du Nouveau Testament. Saint c. iv, P. L., t. lxxvii, col. 321 sq. Un Juif du xvi° siè­ Paul en a pourtant introduit dans deux de ses Epitres cle, Baruch Ibn Baruch, voyait dans ce livre un dia­ quelques réminiscences caractéristiques: cf. Rom., vin, •20, et Eccle., i, 2; ni, 10, et Eccle., vu, 20; IICor., v, 10 logue entre l’imagination avec ses doutes et la raison divine qui mène à la foi. Dans D. Leindôrfer, Die La­ (cf. Rom., n, 16; ix, 11 ; xiv, 10), et Eccle., xn, 14; et on sting des Koheletrütsels durch den Philosophen Ba­ doit remarquer ici que Rom., m, 10, citant expressé­ ment l’Écriture, Ps. xm, 1-3 (cf. un, 2—4), amorce la ruch Ibn Baruch, Berlin, 1900, p. 11. L’opinion de Grégoire le Grand s'exagéra dans celles de Grotius, citation précisément par les mots :1 l'aide desquels Eccle., vu, 20, exprime, mais plus brièvement, la même In Eccle., i, 1, Opera theologica, Amsterdam, 1679, t, 1, p. 258, qui trouve « rédigées » dans l’EccIésiaste pensée. Mais ce détail ne suffit pas, l’esprit de l’auteur de l’Épitre s’étant porté directement sur le psaume, à « diverses opinions des sages touchant le bonheur; » établir que saint Paul avait foi en la canonicité de de Nachtigall, Das Buch Kohelelh, Halle, 1798, qui y notre livre. On ne peut conclure non plus de passages découvre huit ou neuf collections de poèmes, de sen­ parallèles tels que Matth., vi, 7, 9, et Eccle., v, 1; vi, tences, d’énigmes, etc.; de Stüudlin, Geschichte der 11, etEc»le.,v, 17; Luc., xvi,9, et Eccle.,xi,2; Rom.,ix, Sittenlehre Jesu, i (cf. Zôckler, Das Hohelied und der Prediger, Bielefeld, 1868, p. 110), qui fait du livre un 16, et Eccle., ix, 11; .Joa., ix, 4, et Eccle., ix, 10, etc.; conglomérat de divers fragments salomoniens. L’hypo­ cf. Volck, Der Prediger Salomo, Nordlingen, 1889, p. 140 sq., la concordance verbale y faisant entière­ thèse d’un dialogue entre personnages divers, ortho­ doxe contre inorthodoxe, a réuni les suffrages de Her­ ment défaut. On pourrait conclure néanmoins d’autres passages néo-testamentaires que les écrivains aposto­ der, Briefe über das Studium der Théologie, Werke, Tubingue, 1805 sq., t. I, p. 200; d’Eichhorn, Einleiliques tenaient pour tout à fait clos le canon des Ecri­ tures anciennes dont le corps aurait alors renfermé tung in das A. Test., Leipzig, 1783, t. m, p. 648 sq.; de Bergst, Der Prediger Salomo's, Hambourg, 1799. Cf. l’EccIésiaste. Ces passages bien connus sont les sui­ aussi Rosenmuller, Scholia in Eccle., p. 12 sq., et vants : Matth., xxii, 29; Joa., x, 35; xix, 36; xx, 9; Schenkel, Bibellexicon, 1871, t. m, p. 554. D’autres Act., xvm, 24; Rom., i, 2; II Tim., m, 15 sq. ; II Pet., auteurs ont expliqué par des interpolations les dissi­ 1, 20; les expressions ή γραφή, αί γραφαί, et autres sem­ dences d'opinions; ainsi Palm (1784), Dôderlein (1784), blables paraissent, en effet, désigner un groupe d’écrits Umbreit (1818), Knobel (1836). Cf. Zôckler, op. cit., sacrés bien constitué et délimité. Le texte de Matth., p. 111. G. Bickell, Der Prediger über den Werl des xxiii, 35 (cf. Luc., xi, 51), où Notre-Seigneur parlant du sang d’Abel, Gen., iv, 10, et de celui de Zacnarie, Daseins, Inspruck, 1884, suppose que le défaut de H Par., xxiv,21, semble faire allusion à tout le groupe logique provient d’un accident souffert par un manu­ des livres du canon juif palestinien défini par la men­ scrit,par celui même d’où dérive la recension du texte tion de faits racontés dans le premier et le dernier de hébreu que nous possédons : les feuillets de ce manu­ ces livres ainsi groupés, cause la même impression. scrit auraient été intervertis, d’où l’ordre actuel est fau­ Tous les Kefoübim, dont Qôhèlef, auraient donc été tif. Bickell réarrange habilement le texte sur un plan généralement reconnus comme saints et sacrés pour qu’il pense être l’ordre primitif. Voir aussi, du même le 1er siècle de notre ère. auteur, Kohelets Vntersuchung über den Wert des 2° A partir du IF siècle jusqu’à nos jours. — Dans la Daseins, Inspruck, 1886, et Zeitschrift fur katholische suite, le livre de l’EccIésiaste a toujours été reconnu Théologie, Inspruck, 1886, p. 554 sq. Cette solution de par les chrétiens comme canonique, bien qu’au com­ Bickell n’a guère été acceptée que par Dillon, The mencement, dans les écrits des Pères apostoliques, par Sceptics of the Old Testament, Londres, 1895, p. 87 sq., exemple, il ait été fort peu utilisé. Cf. pourtant Her­ • 241 sq. P. Haupt, The Book of Ecclesiastes, Philadel­ mas, Mand., vu, 1 ; Sim., v, 3,2; vm,3, 8; 7, 6(Eccle., phie, 1894; Koheleth oder Weltschmerz in der Bibel, xn, 13) ; Funk, Die apostolischen Vâter, Tubingue, Leipzig, 1905, pense que l’écrit original fut volontaire­ 1906, p. 173, 192 sq. Dès la fin du IIe siècle, il est com­ ment bouleversé et gâté de gloses multiples; il le réar­ menté â titre de livre sacré. Voir plus loin les commen­ range aussi. On a opposé au système de Bickell que tateurs. Seul dans l'antiquité, Théodore de Mopsueste les Septante offrant déjà eux-mêmes le texte dans l’a rejeté comme non prophétique; il prétendait que l’ordre massorétique, il faudrait admettre, contraire­ Salomon n’avait eu pour l’écrire que l’esprit de sagesse, ment à toute vraisemblance historique, que le livre c’est-à-dire un degré inférieur de l’inspiration, et cette hébreu avait à cette époque des Septante ou à l'époque opinion fut condamnée par le concile de Constanti­ antérieure délaissé la forme de rouleau pour prendre nople, V» œcuménique. Cf. Mansi, Concil., t.ix, col. 223; celle de codex à feuillets transposables; de plus, le H. Kihn, Theodor von Mopsuestia und Junilius Africa­ nombre des transpositions, additions et altérations que nus als Exegeten, Fribourg-en-Brisgau, 1880, p. 77-79. nécessite le mode de reconstruction est tel, et cette Au xm» siècle, le patriarche jacobite Barhébræus a reconstruction oblige à de telles violences à l’égard du mis aussi en doute, quoique indirectement, la canoni­ texte que le système en est rendu tout à fait improba­ cité de l’EccIésiaste en attribuant à son auteur la néga­ ble. Cf. Mac Neile,p. 28sq. ;Zapletal, p. 16 sq.,et les réfé­ Sur l’EccIésiaste et le canon juif palestinien, voir Ginsburg, Coheleth, Londres, 1861, p. 9 sq.; Graetz, Kohelel, Leipzig, 1871, p. 147 sq.; Bloch, Ursprung und Entstchungszeit des Bûches Kohelel, Bamberg, 1872 ; Studien zur Geschichte der Sammlung der atlhebraischen Literatur, Leipzig, 1875; Nowack. Dis Sprüche Salomes und der Prediger Satomo, Leipzig, 1883, p. 206 sq. ; C. H. H. Wright, op. cit.,p. 11 sq., 465, 471 sq. ; Schiffer, Das Bach Kohelel, nach der Auffassung der Wrisendes Talmud und Midrasch, Leipzig, 1884, p. 99 sq. ; Cheyne, op. cit., p. 279sq.; Euringer, Der Massorahlext des Kohelel kritisch untersucht, Leipzig, 1890, Anhang, p. 5 sq. ; Wildeboer, De la formation du canon de l'Ancien Testa­ ment (trad, du hollandais), Lausanne et Paris, 1902, p. 45 sq. ; Mac Neile, op. cit., p. 3 sq.; Zapletal, op. cit., p. 86 sq. 2005 ecclesiasti·; rences bibliographiques. Si elle échappe à ces criti­ ques, la théorie de P. Haupt reste à être prouvée pour elle-même; et il faut considérer que nulle reconstruc­ tion — et le nombre des reconstructions possibles est presque infini — ne doit prétendre à la certitude d’avoir restauré le texte primitif. C’est pourquoi l’on est revenu à suspecter d’interpolation certains passages non en grande harmonie avec la teneur générale du livre : ni, 17; vin, 10, 12, 13; xi, 96; xn, 1 a, 7b; l’épilogue xii, 9-14, ou tout au moins 13, 14. Pour l’épilogue — après Krochmal, Fürst, Graetz, Bloch et Renan, cf. Wright, p. 96 sq.; Cheyne, Job and Salomon, p. 234, pour lesautres passages,Cheyne,op.cil., p. 211,232sq., 238 sq., réfuté par Driver, Introduction, Édimbourg, 1897, p. 477; Peake, art. Ecclesiastes, dans Hastings, Dictionary of the Bible, et Davidson, art. Ecclesiastes, dans Encyclopaedia biblica. Cf. Mac Neile, p. 29 sq. Si quelques-unes de ces hypothèses ne sauvegar­ daient pas entièrement l’intégrité du livre de l’Ecclésiaste, toutes cependant supposaient l’unité de l’auteur ou étaient faites pour la défendre. 11 en va autrement des vues de D. C. Siegfried, Prediger und Hoheslied, Gœttingue, 1898, reprises avec quelques modifications par Mac Neile, op.cit. Il s’agit toujours d'interpolations; mais ces interpolations ont une telle importance et se chilTrent par une telle somme de versets, que l’on peut parler ici de nouveaux rédacteurs ou compilateurs. On relève tant et de si radicales contradictions dans le livre, que celui-ci ne peut être tenu pour un dans sa composition : ni, 1-8, contredit ni, 11,12, sur l’ordon­ nance divine de ce monde; ni, 16; iv, 1, en nient le caractère moral contre ni, 17; v, 7; vm, 11, qui affir­ ment le jugement de Dieu; m, 18-21, et xn, 7-8, s’oppo­ sent touchant la destinée finale de l'homme; vu, 15; vin, 10, 12a, 14, et vu, 17; vin, 5, 12 b, 13,diffèrent du tout au tout quant au sort des bons et des méchants; vu, 2, et v, 17; ix, 7-10, prescrivent à l’homme des attitudes tout opposées devant la mort; de même xi, 9a, et xt, 9 b, eu égard â ses désirs; i, 2-10; n, 17, 20; ni, 9, enseignent le doute, le scepticisme contre m,22; v, 18, 19, la façon de concevoir la sagesse de l, 17; n, 15, 16, ne peut cadrer avec celle de n, 13, 14; vu, 11,12, 19; vm, 1 b; ix,13-18; x,2,12. Siegfried,op.cit., p. 3 sq. La conclusion s’impose : plusieurs mains ont concouru à l'ouvrage. La première fut ce.le de l'Ecclésiaste lui-même, un philosophe pessimiste pour qui « tout est vanité » et qui développe ce thème dans I, 3Π, 12,14 6-21 a; ni, 1-10, 12, 15,16, 18-21 ; iv, 1-4,6-8; v, 9, 10, 12-16 : le tout siglé Q*. Un premier interpolateur, Q2, sadducéen sectateur d’Èpicure, oppose d’abord à cette philosophie celle de la jouissance et du plaisir: m,22; v, 17-19; vu, 14, 16; vm, 15; vu, 4, 7, 10-12; x, 19; xi, 7, 8α, 9a, 10; xn, 1 6-7a. Siegfried, p. 5 sq. Kraetzschmar, Theologische Lileraturzeitung, septem­ bre 1900, a contesté cette analyse, et Mac Neile, p. 30, attribue simplement ces passages au premier auteur comme conséquence naturelle de ses griefs contre la vie. Cependant un second interpolateur, un « sage », fyakani, Q3, vante, à l’encontre de l’Ecclésiaste, la sa­ gesse : n, 13,14a iv, 5; vi, 8, 9 a. vu, 11, 12, 19; vm, 1; ix, 13-I8; x, 1-3, 12-15. Siegfried, p. H. Mac Neile ôte neanmoins à ce sage, pour encore les attribuer au premier auteur, n, 13-14 a vi,8; ix, 13-18 ils sont de son style, de sa philoso'phie. Un Juif pieux enfin, un hasid, Q*, redresse de son optimisme les opinions de l’Ecclésiaste touchant le gouvernement du monde, la justice divine, la destinée humaine : n, 246-26a; ni, 11, 13, 14, 17; iv, 17-v, 1. 3-5, 66, 7 vi, 10-12 - vu, 13, 17, 23-25,29; vin,2-8, 11-13 ιχ, I xi,5, 96; ίι,Ι a, 7 6. Siegfried, p. 11 sq.; Mac Neile, p. 24 sq. Siegfried sigle Q5 d’autres interpnlatenrs de maximes et pro­ verbes isolés: iv.9-12 ; v.2.6. 8,11, vu,1 α,5,6a, 7-10, 18, 20-22; x, 4,8-11. 16-18, 20; xt, 1-4, 6. Mac Neile (livre de l’j 200O attribuerait plus volontiers ces passages au hasid. i, 1, et xn,8, seraient dus à l’éditeur du tout; XII.9-10; 1112; 13-14, constitueraient trois épilogues successive­ ment ajoutés à l’édition. Siegfried, p. 12. Cette hypothèse de la pluralité des auteurs serait la solutiun la plus simple des nombreuses difficultés du livre, -i les contradictions qu’on relève en celui-ci n'étaient des contradictions prétendues. Zapletal, Das Buch Kohelet, p. 35. On peut considérer le monde comme divinement ordonné, ni, 11 a, malgré les oppo­ sitions qu'il renferme et que l’homme, du reste, ne peut entièrement comprendre, ni, 1-8, 116; s’il y a des in­ justices dans le monde, m, 16, etc., c'est que le juge­ ment du juste juge est seulement retardé, ni, 17, etc.; dans m, 21, l’Ecclésiaste rejette simplement l’idée que le sort de l’homme après la mort, quant au « souffle de Dieu retournant à Dieu qui l’a donné »,xn, 7, soit diffé­ rent de celui de la bête sous le même rapport, voir plus loin, col. 000; de même oppose-t-il simplement à la vieille idée de la rémunération du bien et du mal dés ce monde, vu, 17, etc., la constatation faile par lui de faits contraires à la théorie, vu, 15, etc.; les leçons de la mort, vn, 2, ne doivent pas empêcher de jouir des biens de la vie créés par Dieu, v, 17, etc. ; de même aussi l'homme peut-il céder à ses désirs, xi. 9a, sous le bénéfice du jugement de Dieu, xi, 96; il est égale­ ment vrai que vains sont les efforts de l'homme pour s’affranchir des lois de la nature ordonnées par Dieu, i, 2-10, etc., et que pourtant le travail humain obtient sur la nature de réels succès,m,22,etc.; c'est, au fond, l’élernel problème de la liberté, sur lequel l’Ecclésiaste ne se prononce pas, parce qu'il est insoluble pour nous, la sagesse qui le veut néanmoins résoudre peut alors être taxée de vanité et de folie, I, 17, etc.; cependant cette sagesse reconquiert tout son prix lors­ qu’elle s’applique ό l’action, vu, 11, etc. Zapletal, p. 33 sq. Ce sont là diverses réflexions sur Dieu, l'autre vie, la rémunération finale qui ont leur expression dans d’autres livres de l’Ancien Testament, qui n’y sont point venues du reste â satisfaisante solution, et que l’Ecclésiaste émet à son tour sans beaucoup d'ordr·, comme elles se sont présentées à son esprit. Zapletal, p. 22 sq., 32 sq., 35. L’unité d’auteur se conlirme par la métrique du livre à laquelle il faut faire trop de vio­ lence pour appuyer l'hypothèse contraire. Cette même métrique permet cependant de relever nombre de courtes interpolations, amplifications, atténuations, explications, répétitions et omissions dues aux copistes et transcripteurs du livre. Zapletal, p. 39 sq. IV. Auteur et date. — L'opinion traditionnelle i attribué et attribue encore à Salomon, fils de David, la composition du livre de l’Ecclésiaste. L'opinion critique la lui retire, au contraire, et en fait l’œuvre d'un auteur inconnu dont l’époque varie, suivant les diverses con­ clusions des critiques, du IXe siècle à l’an 4 avant notre ère. /. OPINION traditionnelle. — La première s’appuie naturellement de la croyance constante des traditions juive et chrétienne jusqu’aux temps modernes, et d'ar­ guments tirés du livre lui-méine. Des écrivains catho­ liques ont cependant contesté la solidité de ces appuis — 1» On invoque : 1. la tradition juive, qui a son expression dans les commentaires des rabbis unanimes à attribuer le livre à Salomon, Motais, L’Ecclésiaste, Paris, 1877, p. 4; B. Scliâfer, Das Buch Koheleth, Fribourg-en-Brisgau. 1870, p. 16 sq., et dans la liste tal­ mudique des Livres saints, où l’Ecclésiaste trouva place parmi les écrits salomoniens entre les Proverbes et le Cantique, Baba Bathra, 146, 15a; 2. la tradition chrétienne, représentée par les œuvres des Pères el écrivains ecclésiastiques grecs et latins, qui s’accorde· à regarder Salomon comme l'auteur du livre, bien qu’ils différent sur le moment précis du régne de ce 2007 ECCLESIASTE (LIVRE DE L’) monarque où l’Ecclésiaste aurait été composé, Motais, o/>. cil-, p. 4sq.; Comely, Introductio,t. il, 2,p. 174sq.; H. Schafer, op. cit., p. 21 sq.; 3. le témoignage du livre lui-même, soit : a) dans ses données : le litre du livre, I, 1 (Salomon visé certainement sous le nom de Qôhelef est le seul des « fils de David » qui ait été ·■ roi dans Jérusalem »); les faits et gestes de Qôhélef concordant trop bien avec ce qui est rapporté de Salomon, III Reg., (éminente sagesse, t, 16; xn, 9, et III Reg., ni. 12; auteur de proverbes, xn, 10, et HI Reg., tv, 32; plaisirs et richesses, n, 1-20, et III Reg., x; expérience des femmes, vu, 27, et 111 Reg., xi, 1-10); le nom même de Qôhélef, « orateur » ou « col­ lecteur »,s’appliquant parfaitement à Salomon réunis­ sant le peuple de Dieu et lui recommandant la fidélité, Ill Reg., vin, I, 2. 5, 55-61 ; Motais, Salomon et Γ Ec­ clesiaste, Paris, 1876, t. n, p. 38 sq.; — b) soit dans son langage : multiples coïncidences de style et de phraséologie entre lui et les Proverbes et le Cantique attribués à Salomon. B. Schâfer, Neue Untersuchungen über das Much Koheleth, Pribourg-en-Brisgau, 1870, p. 128 sq.; Motais, L’Eccb-siasle, p. 42 sq.; surtout Johnston, A Treatise on the Authorship of Ecclesiastes, Londres, 1880. 2» On objecte : 1. le caractère non scientifique de la tradition juive qui attribue arbitrairement tel livre à tel personnage fameux de l'antiquité hébraïque, parce qu’il est parlé de lui dans ce livre, et qui n'est, du reste, pas sûre d'elle-même, cf. Baba Bathra, 15a, où l’Ecclésiaste est attribué non à Salomon, mais à Ezéchias et à son « académie » ; 2. la dépendance étroite de la tra­ dition chrétienne à l’égard de la tradition juive, ce qui entraîne valeur égale; 3. l’insuffisance des argu­ ments tirés du contenu du livre : a) que Salomon soit désigné comme l’auteur dans le litre, qu’il soit même regardé comme parlant dans le corps de l’ou­ vrage, cela ne prouve nullement qu’il soit en réalité l’auteur : le livre de la Sagesse est aussi attribué à Salomon par son titre et ce monarque y tient aussi des discours, et pourtant la Sagesse n’est point l’œuvre de Salomon ; b) la ressemblance de style et de vocabulaire, de l'Ecclésiasle avec les Proverbes et le Can­ tique, n’a rien de frappant ni d'étendu, et, du reste, il est plus que douteux que ces deux derniers livres bibliques soient de la main de Salomon. Auteurs catho­ liques : Jahn, Einleilung in die gôlllichen Bûcher des Allen Blindes, Vienne, 1802, 1803, t. Il, § 214; Herbst, Hislorisch-krilische Einleilung in die heiligen Schriflen des Allen Testaments, Carlsruhe, 1810-1844, n, 2, §99; H. Reusch, Zur Frage über den Verfasser des Koheleth, dans I heologische Quarlalschrift, I860, p. 430-469; Movers, dans Kirchenlexikon, de Wetzer Welte, t. m, p. 330; Kaulen, ibid., 2e édit., t. iv, p. 96, et Einteitung in die heiligen Schriflen, Fribourg-enBrisgau, 1890, p. 322 sq. ; Bickell, Der Prediger... ; Condamin. dans la Bevue biblique internationale, t. IX, janvier, juillet 1900, etc. Cf. E. Gigot, Spécial Introduc­ tion to the study of the Old Testament, New-York, Cincinnati, Chicago, 1906, t. Il, p. 116 sq. it. optxtoft critique, — L’opinion critique fut inau­ gurée par Hugo Grotius, Præf. in Ecclesiast. (1644), dans Critici sacri, Francfort, 1695, t. it, col. 2055. Luther, dans ses Tischreden (Werke, Erlangen, t. lxii, p. 128), avait refusé à Salomon la composition de l’Ecclésiaste, mais était revenu à l’opinion traditionnelle dans son commentaire latin, Ecclesiastes Salomonis, Wittemberg, 1532. Ce n’est pourtant qu’au xix® siècle que savants protestants et catholiques reprirent en nombre et appuyèrent de nouveaux arguments la pensée de Grotius que l’Ecclésiaste n’avait été écrit que long­ temps après Salomon. Ils trouvèrent toutefois de nom­ breux contradicteurs qui leur reprochèrent principale­ ment les divergences extrêmes de leurs conclusions 2008 quant à la date de la composition du livre. Voir dans Comely, Introductio, t. n, 2, p. 167 sq., les listes des auteurs et des dates choisies. Il est clair cependant que le désaccord des critiques sur la question positive de la date n’est nullement contradictoire au déni de compo­ sition fait à Salomon, question négative. On peut bien dire sans manquera la logique : te) ouvrage n’est pas le produit de tel auteur, en tel siècle; mais quant à lui assigner une date précise dans le cours de tel ou tel autre siècle, il est difficile de s’entendre. Condamin, loc. cil., p. 363; Gigot, op. cil., p. 119. 1· Les arguments des critiques opposés â l’authen­ ticité salomonienne sont les suivants : 1. Les données mêmes du livre concernant : a) le Qôhélel,que l’auteur fait parler,et l’auteur lui-même; le Qôludet, qui figure réellement Salomon, n’est plus roi dans Jérusalem, i, 1,12 (« J’ai été roi... » — sans abandonner l’authenticité salomonienné, la paraphrase chaldéenne, le midrasch Jalkoiith, in loco, le Talmud, Gitin,GS b, Raschi, Hugues de Saint-Victor, ont reconnu la force de ce parlait, textes dans Ginsburg, Coheleth, p. 216), et il est parlé de lui, tout aussitôt après le titre, à la troisième per­ sonne, i, 2, « Vanité..., dit (a dit, disait) Qôhélel »! cf. aussi xn. 8; quant à l’auteur du livre, il parle de lui-même dans l’épilogue comme d'un « sage » qui a voulu instruire ses contemporains en collectionnant à leur intention les « dires des sages » en Israel, ses précurseurs ou prédécesseurs, d'où impossibilité de le confondre avec Salomon, qui ne fut point précédé d’une série de « sages » et qu’on ne pouvait, du reste, repré­ senter leur empruntant la matière de son propre livre, Ginsburg, p. 245sq. ; Wright, p. 100 sq. ; cf. Gigot, op. cit., p. 122 sq.; b) concernant le milieu social ou vit l’auteur : celui-ci se plaint, en effet, de trouver la mé­ chanceté â la place de la justice, ni, 16, des opprimés que nul ne relève, tv, 1 sq., un pouvoir tyrannique et des juges corrompus, v, 8; vn, 7 ; vin, 2 sq., mal choi­ sis, vin. 10; x, 5-7, la délation partout, x, 20; Salomon, ce qui ne peut être admis, eût ainsi fait la satire de son propre gouvernement et revendiqué de gaîté de cœur la responsabilité personnelle du mal qu'il manquait a lors a redresser, Ginsburg, p. 248 sq.; Wright, p.122sq. ; Condamin, loc. cil., p. 359; Gigot, p. 123 sq. ; c) con­ cernant des traits de doctrine et de mœurs incompa­ tibles avec l’époque salomonienne. ainsi, selon Zapletal, op. cit., p. 62 : l'immortalité de l'âme, ni, 21 ; xn, 7, l’usage pour les princes de monter les chevaux, x, 7. 2. Le caractère postexilien de la langue. \'oirplus haut, col. 1998. « Si le texte actuel (de l’Ecclésiaste) n'est pas une transcription de l’ancien, en langue de forme postexilienne, c'est qu'il a été mis par un écrivain postexilien dans la bouche de Salomon comme du per­ sonnage le plus qualifié pour en recevoir le patronage. » Kaulen, Einleilung, p. 272. « Mais une semblable transcriplion serait unique et, pour le livre du Qôhélel, d’autant plus invraisemblable qu’elle aurait eu lieu en langage mesuré... Il faut donc simplementadmettre que le livre n'est pas l’œuvre de Salomon, mais de quelque écrivain postexilien... Ici et là, bien qu’il parle comme Salomon, l’auteur laisse à entendre qu’il n'est pas Salomon, mais qu’il use de fiction littéraire..., tel l'au­ teur du livre de la Sagesse, VII-IX... Le véritable Salo­ mon, du reste, nous aurait appris de lui-même plus que le Qôhélef, dont les maximes salomoniennes se réfèrent aux livres des Rois. Le véritable Salomon nous aurait peut-être parlé du temple qu’il bâtit, des encouragements qu’il donna à l'idolâtrie et de la punition qui lui fut infligée à ce sujet. Le Salomon du Qôhélel n'est pas un Salomon pénitent. L’Ancien Testament ne nous dit nulle part que ce roi fit pénitence de sa faute. C’est seulement plus tard, quand cela parut être une lacune qu’il fallait combler, qu’on attribua le Qôhélel â Salomon et que ce livre fut donné pour la somme des 2009 ECCLESIASTE (LIVRE DE L’) réflexions d’un personnage voué à la pénitence. » Zapletal, op. cit., p. 63 sq. 2° Si des auteurs catholiques ont pu conclure ainsi à la non-authenticité saloinonienne du livre de i'Ecclésiaste, en revanche nul auteur, traditionnel ou critique, n’a pu encore en déterminer la date précise : « la con­ naissance que nous avons de l’histoire ne nous met pas à même d’interpréter avec assurance les allusions aux événements concrets qu’il parait contenir (iv, 13-16; vi, 2 (?) ; vm, 10; tx, 13-16; x, 16; x, 17). » Driver, Introduction, p. 476. Cependant, 1. une date postexilienne est fort probable qui ne serait pas antérieure, toutefois, aux derniers temps de la domination persane en Palestine, laquelle domination finit l’an 333 avant notre ère. Beaucoup faisant fond sur le milieu politicosocial supposé par les données du livre, voir plus haut, col. 2008, se sont arretés à ce déclin de l’époque perse marqué par les usurpations et la mauvaise adminis­ tration des satrapes. Ewald, Ginsburg, Delitzsch, Cheyne, etc. — 2. Aujourd’hui l’époque grecque est tout à fait en faveur, et la date supposée approximative serait l’an 200, ou quelque peu auparavant. Ce n’est pas que quelques critiques n’aient descendu encore cette date; ainsi Kuenen fait composer l’Ecclésiaste peu avant l'avènement d’Antiochus IV Épiphane (175-164); Winckler, au temps desMachabêes; Renan, vers l’an 125, sous .lean llyrcan ; Leindôrfer et Kônig, sous Alexandre Jannée (104-78) ; Graetz et Seinecke, au temps d’Hérode le Grand (38-4). Mais les allusions historiques du Qôhélef (IV, 13 sq., et x, 16 sq.), su»· lesquelles ces cri­ tiques s'appuient principalement, sont ou illusoires, ou trop incertaines, et ne peuvent donc assurer nullement la date choisie. Cf. Driver, Introduction, p. 476; Siegfried, Prediger, p. 23; Strack, Einleitung in das Aile Testament, Munich, 1906, p. 155; Zapletal, p. 67 sq. Du reste, un terminus ad quem certain serait donné par le livre de la Sagesse (vers l’an 130), écrit, pense-t-on, dans le but de combattre certaines inter­ pretations erronées qui se faisaient de l’Ecclésiaste. Cf. Sap., n, 6-9, et Eccle., tx, 7-9; voir Zapletal, p. 66 sq. ; Gigot, p. 128. Et s’il est vrai que l'Ecclésiastique puisa quelques-unes de ses sentences dans le recueil du Qôhélef, voir plus haut. col. 2001, la compo­ sition de ce dernier devrait monter encore au-delà de l’an 180. Pour cette raison, M. N. Peters place la com­ position de l’Ecclésiaste entre 145 el 130. Biblische Zeitschrift, 1903, p. 149-150. On s’arrête aux environs de l'an 200 pour les raisons suivantes : a) « la physio­ nomie de la langue du livre, qui pour le plus probable requiert une date plus basse que la période persane; b) les passages, Eccle., tv, 17 ;v, 1, 2; vu, 16, 17; x, 57: xi, I, qui s'entendent mieux si on les rapporte aux mœurs et aspirations des Juifs au commencement du il' siècle avant notre ère; c) une influence générale et indirecte de la philosophie grecque, spécialement au regard des idées eschatologiques du Qôhélef. qui ne peut guère être niée et qui indique la même date rela­ tivement tardive. » Gigot, p. 128, d’après Peake, art. Ecclesiastes, dans Hastings, Dictionary of the Bible, p. 639; Condamin, loc. cit., p. 367 sq. V. Interprétation. — Peu de livres de l'Écriture ont donné lieu à une plus grande diversité d’interpré­ tation que celui «le l’Ecclésiaste. Il est impossible de rapporter ici toutes les vues relatives à son caractère, à sa signification, à son but, qui. depuis l’époque de sa composition, ont été émises par les exégètes et com­ mentateurs juifs et chrétiens, par les théologiens mora­ listes et mystiques. On peut cependant, eu égard à une certaine et positive continuité de ressemblance entre quelques éléments de ces vues, comme aune méthode d’interprétation des détails â peu près constante chez les Pères et autres écrivains ecclésiastiques, parler d’interprétation traditionnelle. A ce dernier point de 1 2(H0 vue, le commentaire chrétien n’a fait qu’adapter à la nouvelle foi le mode inauguré par l'exégèse judéopalestinienne. Avec le temps et en conséquence des progrès accomplis chez les docteurs juifs du moyen âge dans le domaine de l’exégèse littérale et gramma ticale du texte hébreu, la méthode critique prit sonessor, et durant que les interprètes catholiques pour la plupart, les protestants pour un grand nombre encore, continuaient à exposer et à soutenir l'opinion tradi­ tionnelle, d'autres vues plus indépendantes se faisaient jour. Ce n’est pas toutefois que la critique du détail, poussée à l’extrême chez quelques exégètes non catho­ liques, n’ait induit ceux-ci en erreur en leur faisant attribuer faussement à l’auteur de l’Ecclésiaste toute une série d’hérésies philosophiques, ou en les portant à lui dénier toute originalité de pensée au regard de la philosophie grecque dont il aurait subi formellement l'influence directe. /. INTBRPRÈ1ΛΤΙΟΝ TRADITIONNELLE. — 1» Chez les Juifs. — I. Littérature midrasehique. — Bien que le caractère homilétique du midrasch dût exclure une recherche historico-critique du but réel et de la signifi­ cation religieuse du livre, les rabbins en ont donné cependant une vue assez exacte : Salomon aurait écrit le Qôhélef pour exposer le néant et la vanité de toute occupation séculière et de tout plaisir charnel, et pour montrer que le bonheur de l’homme consiste à craindre Dieu et à garder ses commandements. Quant au person­ nage de Salomon, auteurdu livre dans sa vieillesse, après avoir été détrôné par le chef des démons Asmodée et avant dêtre réintégré dans sa royauté, Midrasch, i, 12; Talmud, Gitin, 68 b; Paraphrase chaldaïque, 1, 12; un Midrasch, dans Jellinek, Bet ha-Uidrasch, t. n, p. 86, 87, il fut simplement déduit de Eccle., I, 12 ; « J'ai été roi sur Israël, » par une application au cas particulier des règles bizarres et puissamment imaginatives de l'exégèse hagadique. Le commentaire est en général allégorique, moral, anagogique, inspiré des événements du passé Israélite ou des espérances toujours vivantes de la communauté, relativement à l'avenir messianique. Cf. S. Jérôme, In Eccle., lit, 2-8, P. L., t. xxm, col. 1034-1038; Paraphrase chaldaïque, il, 24; ni, 1722, etc., dans Ginsburg, Cohelelh, p. 36 sq. 2. Commentaires i ne. Les docteurs des XIIe et Xlii’ siècles, qui acceptent la pensée traditionnelle sur le but du livre (description du néant des choses terrestres pour conclure au mépris du monde), ajoutent aux allégories des anciens leurs propres spéculations morales, mystiques, métaphysiques sur le texte. Hugues de Saint-Victor catalogue les vanités selon qu’elles ont pour objet les choses faites pour l’homme, par l’homme, dans l’homme; les pierres à lancer de ni, 5 sont les bonnes œuvres de la vie active, les pierres à ramasser sont les fruits de ces mêmes bonnes œuvresà recueillir dans les joies de la vie contemplative... Saint Bona­ venture fait face à l’antique objection que l’on ne peut qualifier de vaines les créatures de Dieu, en distin­ guant entre la vanité per defectum boni, vel ordinis, qu’on ne saurait en effet leur attribuer, et leur vanité per defectum incommutabili tatis. Expositio in librum Ecclesiast., Opera, Mayence, 1609, t. i, p. 294 sq. Au XIVe siècle, Nicolas de Lyre fait bénéficier son inter­ prétation de l’Ecclésiaste du désir qui l'anime de re­ chercher d’abord dans l’Écriture le sens littéral. Aussi s’approche-t-il plus près de l’exacte définition du but du livre qu'aucun de ses prédécesseurs, quand il assure que Salomon s'est donné la tâche de nous montrer que le bonheur n’est pas dans la fortune, le plaisir, les honneurs, la science, etc., mais seulement dans la crainte et le service de Dieu. 11 spécule encore cependantsur le vrai bonheur considéré objectivement d’un côté et en Dieu seul; de l’autre, formellement, dans les joies divines que procurent les œuvres méri­ toires (vu, 1-xn, 14). Beaucoup, au moyen âge, ont emprunté à saintGrégoire le Grand, en vuede résoudre les difficultés, son hypothèse de pensées d’autrui accep­ tées et rejetées ensuite comme autant de tentations susceptibles d’être éprouvées par une âme ignorante. 3. Aux temps modernes. — Les commentateurs ca­ tholiques suivent, pour la plupart, la voie tracée par les Pères et les auteurs scolastiques et mystiques rela­ tivement à la définition du but de l’Ecclésiaste et à h solution des antinomies qu’il parait renfermer. L· 2013 ECCLESIASTE (LIVRE DE L’) copieux digestes de Lorin, Pineda, Ferdinand, Corneille ue la Pierre, rapportant à peu près tout ce que l’anti­ quité et le moyen âge ont dit sur la question, ne font pas faire à celle-ci un pas de plus. Du Hamel, pour­ tant, s’allranchit : Ce que s’est proposé l'Ecclésiaste, c’est de rassembler les diverses opinions, les pensées diverses dont l’esprit humain se trouve habituellement agité quant aux fins des biens et des maux, pour dire seulement à la fin du livre ce qu’il faut en penser... L’objet du livre, c’est de recommander la crainte de Dieu, l’observation des commandements (xti); tout le reste n’est qu’afiaire de recherche, de dissertation, et formulé à la façon du vulgaire. L’auteur parait bien quelquefois partager les opinions d'autrui, mais il les rejette aussitôt, persuadé uniquement qu’on ne doit chercher le bonheur qu'en Dieu seul, les choses créées ne pouvant nous rendre heureux, vaines comme elles sont et transitoires. Plus indépendant encore de la tradition, Hardouin : Ce que l'Ecclésiaste inculque de temps en temps et ce à quoi tendent toutes ses maximes, c’est que le meilleur, le plus tranquille, le plus inno­ cent, le plus heureux, en cette vie, est de jouir soi-même avec sa famille, dans ses repas, du bien qu’un travail légitime peut avoir acquis, et de reconnaître que de le pouvoir faire, c'est un don de Dieu, dont il faut par conséquent user avec action de grâces. N’oublier point, toutefois, que nous serons tous cités au jugement de Dieu. Et Jahn : Le dessein du livre est d’apprendre aux hommes à réprimer leurs désirs insatiables de pou­ voir, d’honneurs et de plaisirs et à ne point accroître cependant l’aflliction de leur vie en se refusant incon­ sidérément la jouissance de quelques plaisirs innocents, bien que fugitifs et incertains. Linleitung in die gôtlliche Bûcher des Alten Bundes, Vienne, 1802, § 214. Ainsi, des commentateurs catholiques, serrant de plus prés la trame du livre, arrivaient progressivement à par­ tager, touchant le dessein de l’Ecclésiaste, une vue préc-demment émise par les premiers réformateurs. Luther, Mélanchthon : qu'il nous faut user des choses présentes et des créatures de Dieu, sans trop d’inquiétude à l’en­ droit des choses futures, le cœur tranquille et en repos, l ime contente et en joie, confiants et soumis à l'égard d'une providence souveraine, dans l’attente d’un juge­ ment à venir, fidèles à suivre notre vocation. Cf. Ginsburg, Coheleth, Londres 861, p. U2sq. Ainsi, en oppo­ sition presque complètes l’idée patristique et scolastique du caractère spécifiquement moral de "Ecclésiaste en­ seignant le mépris total de toute jouissance terrestre, se développait l’idée du caractère tout pratique du livre, loin • ncore de l’épicuréisme proprement dit, mais prônant . eudémonisme d’une sagesse appliquée à l’organisation d une vie joyeuse et tranquille, malgré les déceptions de tout genre que nous ménage le sort. Cette conception, unilatérale comme la précédente, s’est recommandée des noms de Piscator, Kleuker, Pfannkuche, Gaab, Zirkel, J. E. Schmidt, Lisco, Zôckler, après ceux de Luther et de Mélanchthon, et avec quelques nuances inévitables. Cf. Ginsburg, op. cil., p. 123, 184, 190, 191, 215; B. Schâfer, Das Buch Koheleth, p. 189, 193. Mais, en même temps, il apparaissait évident à beaucoup que tVnigme de l’Ecclésiaste n’était pas à résoudre d’une façon aussi simpliste, et que le but du livre devait être la résultante du contraste institué, au cours de ses pages, entre les preuves de la vanité de toutes choses ici-bas et l’exhortation pressante à se livrer néanmoins â ia joie et au plaisir, tout relatifs qu’ils dussent être. Indiquée déjà parBrentius, Drusius et les Annotations -landaises (1637), cette combinaison fut ainsi réalisée et formulée par Jean Mercier : Salomon nous enseigne a jouir des choses présentes d’un cœur paisible et tranquil!"·, en brisant avec la curiosité, l’inconstance umatnes. ennemies du repos, attendu que les richesses, ; ·? honneurs, les magistratures, une femme, les autres 2014 créatures de Dieu sont choses bonnes, si l’on en use avec action de grâces et crainte de Dieu, l’âme toujours en Dieu et détachée de ces choses terrestres. Cf. Gins­ burg, op. cil., p. 111, 139, 150. Adopté par Reynolds, J. D. Michaelis. Jacobi, Spohn, Henzius, Rosenmüller Knobel, Steudel, llengstenberg (dans A Cyclopædia of biblical Literature de J. Kitto, t. i, p. 596), Noyes, Heiligstedt, Umbreit (dans Theologische Studien und Kriliken, 1857, p. 8, 9. 51·), cf. Ginsburg, op. cit., p. 146, 176, 186, 188, 206 sq., 208, 212, 216 sq., 220, 236, ce moyen terme a reçu de nosjours son expression orthodoxe dans Comely, Introductio specialis, t. n, 2. p.165sq., qui fait en même temps la critique des deux opinions jusque-là opposées, dans leur forme unilatérale . « Les Pères etles commentateurs plus récents n’ont eu devant lesyeuxquela première partie du livre; ils n'ont point fait attention aux conclusions pratiques que l'auteur lui-même tire de sa doctrine, soit dans la première (I, 2-vt, 12), soit dans la seconde partie (vu, 2-xtt, 7); ils n’ont point distingué non plus entre le dessein de l’auteur qui adressait son ouvrage immédiatement à des lecteurs placés sous l’ancienne loi, et l’utilité que nous autres, appelés par la grâce de la loi nouvelle à une perfection plus haute, pouvons et devons retirer de sa doctrine. Ceux-là aussi enferment son dessein en des limites trop étroites, qui pensent que l'auteur a entendu réfréner l'inquiète agitation des humains qui les entraîne à la conquête des richesses, des plaisirs et des louanges, et leur apprendre pourtant â ne point se faire une existence plus importune encore en se refusant tout à fait d'innocentes jouissances encore que transitoires et fugitives; ou qui soutiennent qu'il voulut enseigner à trouver le vrai bonheur de cette vie dans un usage pieux et modéré des choses terrestres. Encore qu’ils se rapportent en vérité au dessein de l'auteur, tous ces concepts n’expriment bien ce dessein que s’ils sont réunis ensemble. L’auteur s’est proposé donc de nous apprendre comment l'homme doit ordonner sa vie afin d’arriver sûrement au seul bonheur qui peut s’obtenir sur cette terre. Cf. Hitzig, Stuart; voir Gins­ burg, p. 219,225. A cet elfet, il montre que tous le.- biens de ce monde sont par eux-méines caducs et imparfaits et que leur usage immodéré n’a jamais rendu l’homme heureux; que néanmoins leur usage discret et iie-d· ré est capable de procurer ici-bas un bonheur toujour- in­ complet, pourvu que l’homme songe constammem au compte qu’il en devra rendre au Dieu de toute ju.- ice et pratique ainsi avant tout la piété et la vertu. On ne peut qu’énumérer par leurs noms les auteurs et commentateurs restés fidèles, du xvt« siècle a n « ours, à l'idée de l’Ecclésiaste enseignant le mépris des biens de ce monde au profil de l'amour du Bien suprême et souverain, qui est dans les cieux, et que l’on atteint et réalise en soi par la crainte et le service de Dieu. Catholiques : Lorin, cf. Ginsburg, Coheleth, Londres. 1861, p. 119 sq.; Pineda, ibid., p. 123 sq., J. Ferdinand. ■ ··■/., p. 130 sq ; Corneille de la Pierre, ibid., p. 133 sq ; Cuuiei e Jansen, d'Ypres, ibid., p. 156; Bossuet; Calmet, ibid., p. !€’?; Goldhagen, Scholz, Herbst, Welle, d'après B. Schafer. Untersuchungenüber dusBuch Koheleth, Fribourg-en-Bi ·.;. .. 1870, p. 204. Non catholiques : Cartwright, Ginsburg, p. 114; H. Libi/l., p. 114 sq. ; Thom. Granger, ibid., p 132 sq. W. Pe et Richard Capet, ibid., p. 135 sq. ; Coccéius, ibid., p. 137 M. Jermin, ibid., p. 140 sq.; Grotius, ibid., p. 145; Geier. i‘. p. 148; J. Mayer, ibid., p. 151; J. Cotton, ibid., p. 152; T.-a; ibid., p. 155; Matthew Pool, ibid., p. 160 sq. ' Séb Schmidt. ibid., p. 161 sq.; l’évèque Patrick, ibid., p. 163; F. Yeaid. ibid., p. 164; Mat. Henry, ibid., p. 165 sq.. J.-H. Mi -. ibid., p.168;Ed. Wells, ibid..pt169. J. Le Clerc, ibid., p. 17· sq.; Greenway, ibid., p 188sq. .Priestley, ibid., p. 196; Ad. Clarke, ibid., p.l96sq.; Umbreil.Kohelets...,ibid.,p.l97;H den.r p. 198sq.; Moïse Heinemann, ibid., p. 84; Wangei tnt. : p. 232 sq. ; Buchanan, ibid., p. 238; Ch. Bridges, ibi , p. 2J9 2015 ECCLESIASTE (LIVRE DE L’) Pour la plupart, Salomon reste l’auleur du livre, qu’il écrivit dans sa vieillesse, désenchanté et pénitent (sauf Grotius; J.-D. Michaelis : après la captivité; Jahn; Gaab; Umbreit; Ilengstenberg; Noyes; Hitzig); et les sentiments hétérodoxes qui paraissent exprimés çà et là dans son œuvre sont supposés mis par lui dans la bouche d’inlidèles, ou même lui sont attribués comme étant antérieurs à son repentir; à moins que les commentateurs pour l’excuser tout à fait d’aussi blâmables sentiments ne préfèrent, suivant l’ancienne maniéré, allégoriser les passages suspects. /Z. autres interprétations. — L’interprétation dite traditionnelle donnée au livre de l’Ecclésiaste se révèle surtout comme inorale et pratique, comme recherche d’une règle de vie intéressant tout homme venant en ce monde. On devait se demander — et on l’a fait — si le livre entendait bien se donner une portée aussi générale; s'il n'avait plutôt été écrit exclusivement pour le peuple hébreu, dans la bibliothèque sacrée duquel il ligure pour un tome; soit que sa composition eût jailli, pour ainsi parler, de circonstances particu­ lières à la vie de ce peuple, à un moment donné, et constituant un milieu historique spécial, seul capable de l’expliquer; soit qu’il fût simplement le produit de la réflexion hébraïque s'exerçant, au-dessus de toute situation historique trop particulière, sur quelques problèmes de nature religieuse et philosophique déjà agités et non encore tout à fait résolus au sein d’Israël. 1« Interprétation historique. — Elle est solidaire de l’opinion qui retire à Salomon la compositon du livre. Pour Ewald, Das Hohelied Salonio's, Gœttingue, 1826, p. 152 sq., l’auteur, un pieux Israélite vivant après l’exil, un siècle environ avant Alexandre, en un temps où son peuple gémissait désespéré et prêt à s’égarer sous le joug de gouverneurs (persans) altiers et tyran­ niques, voulut au moins, en écrivant l’Ecclésiaste, apporter quelque soulagement à l’infortune de ses frères. « A cet effet, il leur recommande patience et endurance, circonspection et sagesse ; il dénonce la révolte comme un abus de la liberté; il excite surtout ses lecteurs à une crainte de Dieu sincère, à la pensée qu’un jour Dieu jugeant toute chose redressera ce qui peut être ici-bas tenu pour défectueux; il les exhorte enfin à ne point se décourager au sein de leurs malheurs, mais à jouir plutôt de la vie avec un cœur joyeux et reconnaissant envers Dieu, avant qu’ar­ rive la vieillesse et ses inlirmilés. » Les incohérences apparentes de la composition sont mises par Ewald sur le compte de l'inexpérience littéraire de l’auteur dont l’Ecclésiaste aurait été le premier écrit. Le même Ewald a pourtant, un peu plus tard, généralisé ces enseignements du Qôliélef et est retombé dans l’inter­ prétation traditionnelle en nous représentant cet écri­ vain comme « cherchant le souverain bien pour l’homme » et le découvrant dans « la joie sereine en Dieu. » Sprüche Salonio’s..., Gœttingue, 1837, p. 183 sq. Avec quelques variations sur l’époque de la composition du livre, Hitzig, Elster, Herzfeld (commentaire, et dans Geschichte des Volkes Israel, Nordhausen. 1857, t. π, p. 28 sq.), Meier (dans Geschichte der poelischen National-Literatur der Hebrâer, Leipzig, 1856, p. 551), Hengstenberg et Ginsburg ont adopté les vues d'Ewald dans leur première forme. Cf. Ginsburg, op. cit., p. 205, 209, 219 , 228, 235, 236, 16 sq., 88 et 92; B. Schâfer, op. cit., p. 193 sq. — Cette interprétation, l’Ecclésiaste supposé écrit vers la tin de la période persane ou au commencement de la grecque, voir plus haut, col. 2009, n’a chance d’être vraie qu’en partie seulement; car s'il est à croire qu’un sentiment de patriotique tristesse a pu se manifester en quelques passages du livre comme m, 16, 17; iv, 1-3, 13-16; v, 7; x, 5-7, 16-20, il n’en est pas moins vrai que la majeure partie du texte tra­ hit la tendance propre à l'esprit d'Israël, à l’esprit de 2016 ses sages à tout le moins, de vouloir connaître le secret de la vie humaine et de la nature. L'objet des réflexions de l’Ecclésiaste serait donc surtout philoso­ phique. 2° Interprétations philosophiques. — 1. Dix ans avant Mendelssohn (voir plus haut, col. 2011). Desvœux, dans un essai philosophique et critique sur l’Ecclésiaste, écrivit que le but de l'auteur était de prouver l’immor­ talité de l’âme, ou plutôt la nécessité d’admettre « un état futur de récompenses et de châtiments » après cette vie. Rien ici-bas ne peut satisfaire l’àme humaine. Les biens terrestres peuvent même devenir des obstacles à cette satisfaction, loin de la produire. Igno­ rants de ce qui doit arriver après leur mort, les hommes ne peuvent savoir ce qui leur est, ou non, réellement avantageux. On peut donc conclure qu’il doit y avoir hors de ce monde un état de bonheur réel et stable. Ginsburg, p, 179 sq. Cette vue fut adoptée en Angleterre par Dodd et Coke, L. Young; en Alle­ magne, par Vaihinger, Theologische Studien und Kritiken, 1848, p. 443 sq., et Keil, Hâvernick’s Handbuch der hist.-krit. Einleitung in das Alte Testament, Erlangen, 1849, III’ partie, p. 434 sq. Ginsburg, p. 183, 196, 221, 224; cf. aussi Wright, The Book of Koheleth, Londres, 1883, p. 142 sq. — Bien qu’elle n’ait rien d’inorthodoxe, cette opinion ne peut cadrer avec le texte de l’Ecclésiaste, surtout avec les passages n, 14 sq.; m, 18, 21; ix, 5, 10; XI,7, où, sans nier toutefois l’immortalité de l’àme, l’auteur déclare s’en tenir à l'ancienne croyance de la vie obscure et non définie au schéol, et conséquemment de la rétribution dès cette vie. Voir plus loin, col. 000. 2. Avant de passer à l’examen des hérésies doctri­ nales attribuées, de nos jours surtout, au livre de l’Ecclésiaste, on mentionnera simplement encore les interprétations suivantes dont le défaut principal est d’exagérer la portée philosophique de ce livre au détri­ ment de sa signification pratique, morale et, si l'on veut, nationale. — a) Selon Nachtigal, l’Ecclésiaste renferme le résultat des réflexions de plusieurs groupes (Versanimlungen) de penseurs parmi les Israélites; il contient des propositions qui, à cette époque (Salomon est un de ces penseurs), constituaient la ligne fron­ tière (die Grânze) de la spéculation philosophique et qui paraissent avoir été émises à dessein en partie, pour soulever le doute et l’éclaircir, et ainsi pour développer les forces de l’esprit (die Geisteskràfte). Ginsburg, p. 192 sq. — b) Kôster voit dans le livre hébreu un sermon oriental à l'adresse de la jeunesse (eine morgenlândische Bede an die Jugend) sur ce qu’il y a de constant, de permanent (das Bleibende) dans le néant des choses terrestres. La question se pose dans t, 2-11; on y répond en interrogeant de nouveau, dans i, 12-111, 22, sur le bien absolu; dans iv, 1-vi, 12, sur le bien relatif; parallèlement, vu, 1-ix, 16, décrit la véritable sagesse de la vie en général; tx, 17-xn, 8, celle de la vie dans ses conditions particu­ lières. Das Buck Hiob und der Prediger Salonio's. Schleswig. 1831, p. 116; Ginsburg, p. 207 sq. — c) Dans un article de l’American Biblical Repository (ThPhilosophy of Ecclesiastes), 1838, t. xn, p. 197 sq.. Isaac Nordheimer définit ainsi le « but principal de l’auteur de ce livre. » Mettre des bornes à l’humainet criminelle tentation (sinful endeavour) dé scrute; les contradictions inexplicables, les énigmes insolublequi existent dans la nature, dans le destin de l'homme, dans les relations de ce dernier à son créateur, et nous empêcher de tomber dans le découragement, le désespoir, la dégradation, suites inévitables de notre insuccès ; l’homme, qui reste impuissant à se connaître lui-même, ne doit pas se plaindre de trouver d'appa­ rentes antinomies dans les suprêmes desseins de Dieu et dans les œuvres de la nature. Pour atteindre à ce ECCLESIASTE (LIVRE DE L’) 2017 2018 but, l'auteur u e de la méthode socratique (sceptical dans le piège, tx, 12, ne sachant rien de son sort method of induction); il suspend la decision finale « placé devant lui ». toutentier « dans la main de Dieu », jusqu’au moment où la vérité a été rendue tout à fait tx, 1-2, et n’y pouvant rien par sagesse ou par folie, n, évidente. Ginsburg, p. 211 sq. 14-16, le Qôhelet ne prêche-t-il pas maintenant le fata­ 3. Il n’est pas de livre de l’Ancien Testament où l’on lisme, le déterminisme? (Luther et quelques modernes ; n’ait pensé trouver plus d’erreurs philosophiques que cf. Zaplelal, Das Buch Kohélet, Fribourg, 1905, p. 82.) dans l’Ecclésiaste. C'est dans chacun de ses versets — Non plus, car Dieu en agissant ainsi, c’est-à-dire presque, que l'on a voulu découvrir des traces de l'un en ne dévoilant rien aux hommes de la conduite de ses ou l'autre de ces systèmes qui se nomment le pessi­ desseins, n’agit point en puissance aveugle; il a un but. misme, le déterminisme ou fatalisme, le matérialisme, surtout moral : il veut qu'on le craigne, ni, 14. N'est le scepticisme ou l’épicuréisme. — a) Quelques anciens point réellement fatalisle, du reste, qui conseille, iv, i avaient déjà accusé de professer une sorte de mani­ 17-v, 6, etc., et presse de bien agir en vue d’échapper chéisme en proclamant vaines toutes les créatures, que au jugement de Dieu, ni. 17; vm, 12; xi, 9; xn, 14. — Dieu cependant avait trouvées bonnes (i,2, contre Gen., c) Matérialiste, l’Ecclésiaste nierait simplementl’immori, 31) ; et les Pères avaient aussi déjà répondu à cette talité de l'âme : l'homme n’es' rien de plus qu'une bête; difficulté en observant qu’il s’agissait là, pour les choses venu comme elle de la poussière, comme elle à la de ce monde, d'une vanité relative seulement, si on les poussière il retourne. Ht. 19-20; nul n’a jamais su ce compare à Dieu ou aux choses de Dieu. Voir S. Jérôme, que devenait l'âme après la mort, si elle« montait en Comm, in Ecclesiasten,P.L., t. xxm, col. 1066; pseudohaut » pour l’homme, si elle « descendait en bas » pour la bête. Ibid., 21. Ce que l’homme a de mieux à faire Athanase,Sj/no/isis Scripluræ sacræ,xxni, P. G.,t. xxvm, col. 349; S. Grégoire de Nysse, In Eccle., homil. i, ici-bas, n’est-ce pas alors de jouir de la vie, vm, 14. 15, P. G., t. XLiv, col. 621 ; S. Chrysostome, In Eph., sans souci de l’avenir, qui est un néant, XI, 8, de l'auhomil. xn, 1, P. G., t. lxii, col. 89, etc.; Philastre, dela, où les morts ne jouissent d’aucun bien, tx, 4, 5? cité plus haut, col. 2012. Mais de modernes pessimistes Knobel; De Wette, Lehrbuch der hisl.-krit. Einleitung n en ont pas moins prétendu retrouver le fond de leur in das A. Test., Berlin, 1852, § 282, 283; Reuss, Di·· doctrine dans les traits du sombre tableau que l’EccléGeschichte der heil. Schriflen des A. T., Braunschweig. siai-te nous a fait du monde, de la société et de la vie. 1890, p. 573. Cf. Ginsburg, p. 213 sq. ; Zapletal, op. cit., Cn disciple de Schopenhauer, Maurice Venetianer. p. 75 sq., 83. — Dans le passage incriminé particu­ identifie en quelques points (l, 18; tv, 1) le sentiment lièrement (ni, 19 sq.), l’Ecclésiaste, qui distingue dans de l'auteur hébreu avec la théorie de son maître. l’homme, par ailleurs, xi. 5, et xn, 7, le corps et le « souffle de Dieu » (cf. Gen., n. 7), n’alfirme aucune­ Schopenhauer als Scholastiker, Berlin, 1873, p. 275. A. Taubert, la première femme d’Édouard von Hartmann, ment le néant de l’homme après la mort, puisqu’il croit au schéol, où subsiste encore pour lui quelque chose dont le mari systématisa les idées du philosophe antihéde la personnalité humaine, et dont il parle dans les gelien, appelle même les c. ι-m et iv, 1-4, de l'Ecclémêmes termes que les autres livres de l’Ancien Tes­ siaste un « catéchisme du pessimisme » et n'en trouve tament. n. 14 sq.; ix. 5, 10. Ce qu’il nie, ou plutôt ce pas la doctrine essentiellement différente de celle du qu'il repousse, c’est l’idée que, sous le rapport du souffle maître. Der Pessimisnms und seine Gegner, Berlin, de Dieu « retournant à Dieu qui l’a donné », xn, 7, le 1873, p. 75, 85 sq. — Il y a sans doute dans le livre du sort de l’homme et celui de la bête soient dissemblables; 'p;hélef un cachet de pessimisme non niable. Les réet en affirmant sous forme interrogative, pensant bien II ‘xions de son auteur sur la nature et son uniformité que nul ne le voudra contredire, la similitude absolue d primante, c. i; sur le sort pareillement misérable du de l’un et de l’autre sort, il se tient simplement à la sage et de l’insensé au jour de la mort. II, 14 sq.; sur vieille doctrine que les animaux participent aussi bien la destinée commune de l’homme et de la bête ici-bas, que l’homme à ce souffle divin qui les fait vivre ni, 18 sq. ; sur l'injustice qui règne partout, là même Cf. Gen., n, 7; Job. xxvm, 3; xxxiv, 14, 15; Ps. ctv. ou elle devrait être impossible, ni, 16; iv, 1 sq.; v, 29,30. Son argumentation est claire : admettre que le 7 sq., et qui parait être à la base de la rétribution faite souffle de la bête descend en bas dans la terre », : :1. au juste et au méchant, vm, 9 sq.; tx, 2 sq.; sur le 21 b, quand celui de l’homme « monte en haut . ni. mauvais naturel qui semble être le propre de la femme, 21a, « vers Dieu », xti, 7, ce serait nier que tout v vu. 26 sq., ne le prédisposaient guère à prendre de la dans le même lieu », ni, ,20a, « la poussière à la pous­ vie une idée bien réjouie; et l’on conçoit que sous sière », 20 b, « le souffle, qui est le même chez tous >. l'empire de l’impression première, née de ces sombres ni, 19 5, au souille créateur; mais qui voudrait r· flexions, il ait maudit l'existence, n, 17, et trouvé la l’admettre, 21. a et b ? « Le sort des fils de l’homme et mort préférable à la vie, iv, 2 sq. 11 ne faut point s’y celui de la bête est donc pour eux un même sort . 19a. tromper cependant. Tout le Qôhêlel n’est pas dans ces Ainsi n’est point niée non plus l’immortalité de l'âme, traits. Son humeur, pleine de contrastes, contient par puisque l’Ecclésiaste suppose dans l’homme, avec Gen.. ailleurs une forte dose, et très sensible, d'optimisme. Il u, 7, comme un triple principe : le corps qui est pous­ y a, pour lui, un remède à tous ces maux, un refuge sière; le souffle vital, qui vient de Dieu et retout ne a lui. dans toutes ces afflictions. L’Ecclésiaste a foi en Dieu, la personne, l’âme, l'ombre, lanéphesch hébraïque, qui qui a bien fait toutes choses, ni, 14, 15, tandis que se rend au scheol. Autres réponses dans Comely, Int" Schopenhauer et Hartmann sont de purs athées. S’il y ductio specialis, t. n, 2, p. 179 sq. ; Vigoureux, .».>■ a temps pour les injustices apparentes du sort, il y a biblique, 12' édit., Paris, 1906, t. il, p. 522-523 Zaple­ temps aussi pour le jugement de Dieu qui jugera le tal, op. cit., p. 83, p. 77-80. — d) Parce qu'il ni· juste et le méchant, m, 17. La lumière (la vie) a aussi l’homme puisse « connaître l’œuvre de Dieu ». vm. i? sa douceur, xi, 7 ; à tout prendre, elle vaut encore mieux xi, 5, et que tous les efforts soient dépensés en vam que la mort, ix, 4. C’est la femme de mauvaise vie seule qui ont pour objectif l'acquisition de la science et de dont le cœur est un filet; elle n’y prend que le pécheur; la sagesse, t, 17, 18; II, 13 15; ni, 11; vn, 14. 23-Î-8 le juste craignant Dieu lui échappe, vu, 26; l’aulre, la parce qu'il suspend son jugement avec une sorte de bonne, justement chère, peut faire à son mari une désespérance à l’endroit de la réponse, à chaque fois existence relativement heureuse, ix, 9. — b) Mais pré­ cisément, parce que Dieu régit toutes choses souverai­ ; qu’il interroge : « Qui sait...? » n. 19; m, 21. 22; vl, 12 (vm. 7; x, 14), l’Ecclésiaste est-il un sceptique, et nement et uniformément. ni. 14-15; parce qu’il est plus fort que l'homme, vi, 10, et que celui-ci est prisonnier I fait-il profession avouée de pyrrhonisme. Umbreit, de son destin comme le poisson dans le filet, l'oiseau I Coheleth scepticus de summo bono, Gœttingue. 1820; DICT. DK THEoL CATHOL. IV. — 64 2019 ECCLÉSIASTE (LIVRE DE L’) Bruch, H. Heine, Nowaek, d’après Siegfried, Prediger und Hoheslied, Gœttingue, 1898, p. 2; Léon de Rosny, d’après Vigouroux, Manuel biblique, t. n, p. 520-521 ; Th. Nôldeke, Histoire littéraire de l’Ancien Testament, trad, franç., Paris, 1873, p. 251-253; Renan, L’Ecclé­ siaste, Paris, s. d., p. 15 sq. -— L’Ecclésiaste ne nie pas en fait la possibilité de connaître quelque chose; il pense seulement que l’homme n'obtient quelque degré élevé de science qu’au prix de grands efforts el reste encore néanmoins loin de tout savoir, ce qui est vrai (x, 18, etc.). D’ailleurs, il manque à l’auteur hébreu d’avoir couru le troisième stade, et définitif, du pyrrhonisme l’impassibilité, le calme absolu de l’âme que ne ride plus ni passion, ni désir; car il s’insurge vraiment contre le sort, xi, 20; l’injustice, l’inégalité même des conditions lui sont une torture, ni, 16; xv, 1 sq., etc.; il hait la vie, le travail qu’il a fait, n, 17, 18, 20. Il n’est pas même le sceptique pratique que voudrait Renan, op. cit., p. 18-19, 27-28, prenant légè­ rement la vie et conseillant le plaisir avec une philo­ sophie de juste milieu; car trop nombreux sont les passages de son livre où résonne un timbre voisin de celui du pessimisme. — e) On ne doit pas taxer non plus d’épicuréisme la morale de l’Écclésiaste pour les quelques passages où il recommande de jouir du pré­ sent, de boire et de manger, de se livrer au plaisir avec la femme aimée, xi, 24; xn, 13; v, 17; vin, 15; xx, 7-9 (Nôldeke, d’après Vigouroux, op. cit., p. 529-530); car il est loin de faire du plaisir, comme le véritable épi­ curien, le but unique de la vie; de l’affranchissement de toute peine ou contrainte physique, morale particu­ lièrement, le bien suprême; sa disposition est plutôt de « craindre Dieu », de vivre dans l’appréhension du « jugement » de Dieu, xx, 9; xn, 14 (ni, 14; v, 6), en jouissant des biens qu’il tient, du reste, de soxx créa­ teur, xx, 24; iii, 13; v, 18; xx, 7; et c’est là pour lui, bien plutôt aussi, un moindre mal dont Dieu le fait heureusement bénéficier, au milieu de tous les soucis qu’il prend du monde, de la société et de lui-même, en lui permettant d’oublier ainsi les jours malheureux de sa vie, v, 19. 4. Si l’on ne peut convaincre d’erreur philosophique l’auteur de l’Ecclésiaste, peut-on du moins prouver par son texte qu’il a subi l’influence des écoles grecques jusqu’à faire siennes leurs principales doctrines, aban­ donnant d’autant les idées juives et se faisant l’humble suivant d’Heraclite, d’Aristote, des stoïciens et d’Épicure, dans leurs vues sur le monde, l’homme, la morale, l’aveugle destin, la vie? — a) L’Ecclésiaste aurait emprunté à Héraclite d’Éphèse et à l’école du Portique sa philosophie de la nature en perpétuel mou­ vement de révolution dans xm cycle pourtant fermé, de sorte que rien de nouveau ne s’y produit, que ce qui est présentement a déjà été dans le passé et sera encore dans l’avenir ; x, 5-10; ni, 14-15; vx, 40; xx, 16, comparés à Héraclite, fragm. 20 et 23 (Mullachius, Fragmenta philosophorum grsecorum, Paris, 1860; Diels, Die Fragmente der Vorsokratiker, Berlin, 1903), πάντα £εΐ; πάντα χωρεϊ καί ούδέν μένει (Eccle., ι, 8); κόσμος ό αύτός απάντων... ήν άεί καί έ'στι καί έσται (Eccle., ι, 9), et à la théorie du déterminisme cosmique de la physique stoïcienne que quelques-uns rattachent à la physique pythagoricienne, cf. Ocellus Lucanus, De unioersi natura, x, 15, ή τε γάρ τοϋ σχήματος (monde extérieur), ιδέα (forme, apparence), κύκλος· ούτος δέ πάντοθεν ίσος καί όμοιος- δίοπερ άναρχος καί ατελεύτη­ τος..., Amsterdam, 1661 (Eccle., ι). Pfleiderer, Die Philosophie des Heraklit von Ephesus..., Berlin, 1886, p. 255 sq.; Tyler, Ecclesiastes, Londres, 1899, p. 8 sq.; d’aprèsZapletal, op.cit., p. 44sq.,51 sq.,et Mac Neile, An Introduction to Ecclesiastes, Cambridge, 1904, p. 47 sq. — Il suffit de faire observer que la description du mou­ vement invariable et constant des choses créées, dans le 2020 c. xOT du livre de l’Ecclésiaste, trouve sa raison suffisante dans l’idée toute hébraïque, que les créatures de Dieu ont reçu de lui des lois, comme des sentiers, en dehors desquels elles ne peuvent se mouvoir; que les éléments et toutes choses ont été mesurés, pesés, ordonnés par lui quant à leur but, aux fonctions immuables qu’ils doivent remplir dans l’univers. Cf. Job, xxvixx, 25 sq.; xxxviii, 8 sq.; fs.. XL, 12; Prov., vin, 29; Jer., v, 22 sq. 11 n’est donc nullement nécessaire de recourir à la philosophie grecque pour l’expliquer.— b) L’homme et sa destinée hors de cette vie, dont Héraclite aussi et les sectateurs d’Épicure nous disent, à leur manière, et contradictoirement, le secret : l’homme ayant en lui le sentiment de l’éternité, αιών, capable de 1’abstraire de sa propre pensée empirique, ίδίη φρόνησις, pour l’élever jusqu’à la vision universelle, ξυνόν, divine, danslaquelle se fondent tous les contraires (Pfleiderer, op. cit., p. 278 sq.); l’âme, par ailleurs, chez les épicuriens (Tyler, op. cit., d’après Mac Neile, op. cit., p. 54; Zapletal, p. 56) n’existant pas douée de raison, mais étant faite d’atomes éthérés résolvables à l’éther au moment de la mort; l’homme donc et sa destinée se retrouveraient ainsi conçus dans Eccle., ni, 11, où, selon l’auteur, « Dieu a mis Véternité dans le cœur de l’homme; » dans Eccle., ni, 19 sq., où l’on suppose que le « souffle » vital, non plus raisonnable en fait que celui de la bête, 18, 19, pourrait « monter en haut » et se résoudre en autre chose que la poussière, 20, 21. — Mais, outre que dans Eccle., ni, 11, le mot hébreu ’el-hâ’âlâm n’a point nécessairement le sens d’« éter­ nité » et peut bien se traduire, entre plusieurs autres acceptions possibles (cf. Zapletal, p. 129 sq.), par « monde » (Sap.. xxn, 9, où αιών [héb. 'ôlâm] = monde) — Dieu a fait que l’homme puisse connaître quelque chose de l'univers; outre que dans Eccle., ni, 19 sq., il n’est pas directement question de la destinée ultraterrestre de l'homme, mais bien de la conformité de son sort ici-bas avec celui de la bête (voir plus haut, col. 2018); l’Ecclésiaste est si loin de penser jamais voir tout l’univers d’une seule vision sans limite comme sans contraires, que dans le passage même où on la lui veut accorder au moins en puissance, ni, 11 a, il proclame comme une vérité inéluctable que « l’homme ne peut saisir l’œuvre de Dieu, du commencement à la fin », c’est-à-dire parfaitement, ibid., 11 b, et que tout son livre, ou presque, ne fait que mettre en relief toutes les anomalies, pour lui inexplicables, de cette œuvre; il songe si peu aussi à faire disparaître, et comme s’anéantir, dans l’éther, l’âme humaine, que, pour lui, la véritable personnalité de l’homme subsiste par elle-même au schéot, bien qu’obscurément, et qu’il considère le « souffle vital » comme une sorte de prêt fait par Dieu à ses créatures vivantes et animées, « re­ tournant » simplement, loin de s’évanouir en atomes éthérés, à Dieu qui le reprend ainsi qu’il l’avait donné. Voir, plus haut, col. 2018. — c) Aristote peut-être, dans l’Éthique ù Nicomaque, x, 7, 15, faisant de la force de l'âme, ψυχής ενέργεια, le bien propre de l’homme, τό άνθρώπινον άγαθδν, et non pas seulement en tant que vertu d’un jour — une hirondelle ne fait pas le prin­ temps — mais en tant que maintenue jusqu’à la fin de la vie, ετι δ’ έν βίω τελείω, inspira l’Ecclésiaste se vouant à la recherche de « ce qui est bon pour les fils de l’homme ·, afin qu’ils le · fassent · sous les cicux « tout le long de leur vie », n, 3. Tyler, op. cil., d’après Zaple­ tal, p. 49. Mais il ne semble nullement que l’Ecclésiaste entendit parler en ce passage d’un · bien » aussi abstrait que celui prôné par Aristote; il recherche seu­ lement parmi les biens matériels la jouissance qui puisse satisfaire et lui-même et les autres, qui pourront alors profiter de son expérience, n, 1-11. — Diogène, de Laërte résume la morale stoïcienne dans le vivre conformément à la nature, τό όμολογουμένως τή φύσε' 2021 ECCLÉSIASTE (LIVRE DE L’) ζήν. la vertu de chacun se trouvant déposée dans l’ordre de l'univers, διόπερ τέλος γίνεται τό ακολούθως τή φύσει ζήν, όπερ έστι κατ’ αρετήν αύτοΰ καί κατά την τών όλων, VII, ι, 88. En fixant à chaque chose et à chaque action son temps déterminé, ni, 1 sq., temps que l’homme droit prendre en considération, mais dont le méchant ne tieni pas compte, ibid., 16, l'Ecclésiaste n'a-t-il pas du moins professé cette morale fondée sur la Raison éter­ nelle qui se manifeste dans la Nature? Tyler, d’après Zapletal, p. 50 sq. Pas davantage, car l’idée que chaque chose a son temps est aussi bien d'origine hébraïque. Gen., vin, 22; .1er., v, 24. Puis, le passage, ni, 16, 17, n’est point à comparer avec la liste des « temps » de ni, 1-8, comme si l'auteur avait entendu y formuler la moralité de celle-ci ; il exprime seulement le sentiment personnel du sage, qui trouve l’injustice sur la terre, et s’en console par la pensée que le méchant paiera sa méchanceté « à l’heure » de la justice. — d) Le fatum des stoïciens, l’inexorable είμαρμένη, à laquelleobéissent les dieux eux-mémes, et qui fait « nécessairement » de nous ce que nous s....... les, « malades ou perclus, gram­ mairiens ou musiciens » — ce qui doit s’entendre égale­ ment « de nos vertus ou de nos vices », Chrysippe, Ikp't φύσεως, cité par Plutarque, De stoic, repugnantiis, 34. parait trouver son expression correspondante dans Ec< le.,ix, 12. où « l'homme ne connaît pas son heure, » prisonnier qu'il est du sort fatal, « du malheur », qui Γ « enlace » comme « le poisson pris au filet, l’oiseau pris au piège. » Mais cela aussi répond à l’idée hébraïque que « si l’on jetle le sort dans le pan de la robe, toute décision néanmoins vient de Jahvé, » Prov., xvt, 33; que le sort des peuples et de chacun repose entre les mains divines, Amos, tx, 7; Job, xn, 16 sq.; que l’homme enlin propose, mais que Dieu dispose. Prov., xvt. 9; xtx, 21; xxi, 30 sq.; Job, xiv, 5, etc.; Zapletal, p. 52 sq. — e) Les dieux sont en nombre infini; infini aussi le nombre des mortels : ainsi le veut du moins Γίσονομία d'Épicure. Cicéron, De natura deo­ rum, ι, 19, 50. Or, les dieux vivent parfaitement heureux. Polydème, ΙΙερί τής τών θεών εύστο/ουμένης διαγωγή:. Le philosophe, de son côté, qui « jouit de biens immortels », ne « ressemble plus à un être mortel » et « vit comme un dieu ». Épicure, dans Diogène de Laërte, x, 135. Il y a donc, entre les dieux et les hommes qui savent jouir du bonheur des dieux, comme un répons mélodieux allant d’un chœur à l’autre; et c’est à ce répons que fait allusion l'Ecclésiasle lorsqu’il affirme, v, 19, que ,« Dieu (’élôhim) répond (ma'âneh} à la joie (de l’homme heureux) dans le cœur de celui-ci. » Si l’auteur hébreu conserve à "elôhini le nombre singulier, c’est qu’il y est contraint par l’opinion religieuse qui règne autour de lui; mais il pense aux « dieux », et sa phrase est épicurienne. Tyler, op. cil·., d’après Mac Neile, p. 51 ; Zapletal, p. 57 sq. Pure exégèse de poète : ma’âneh n’a pas ici le sens de « répondre », mais, comme l’indiquent huit passages du livre, t, 13; n, 23, 26; ni, 10; iv, 8; v, 2, 13; VIII, 16, cette forme verbale doit se rattacher à la racine 'àndh, « s’occuper » — Dieu s’occupe de la joie du cœur de l'homme heureux; cette joie est son œuvre; c’est la simple répétition de la même idée exprimée déjà au verset 18. Cf. n, 24; ix. 7. Ainsi l'on ne peut réellement établir une dépendance directe de l'Ecclésiaste à l'endroit de la philosophie grecque. Les doctrines qui, de prime abord, paraissent leur être communes, ou bien se trouvent déjà expri­ mées sous forme traditionnelle et orthodoxe dans des livres de caractère hébraïque auxquels se réfère tacite­ ment l’auteur du Qôhélel, ou bien ne sont attribuables i ce dernier que sous le couvert, suspect à bon droit, d’une pure mésintelligence de son texte. Pour une influence de la philosophie grecque sur l’Ecclésiaste tans quelques traits et expressions, voir Van der Palm, Eccle­ 2022 siastes phiiol.gice et critice illustratus, Leyde, 1784; G. Zir­ kel, Untersuchungen über den Prediger, Würzbourg. 17! .1; Hitzig, Der Prediger Salome’s, Leipzig, 1847 ; Kleinert, Der Prediger Salomo, Berlin, 1884, et dans Theoloyische Studi ; und Kritiken, 1883, p. 761-782; Graetz, Kuheleth,Leipzig. 1871. — Pour une dépendance formelle de l'Ecclésiaste à l’égard de ia philosophie stoïcienne et épicurienne : Tyler. Ecclesiastes, Lon­ dres, 1874 et 1899; cf. Modem Review, 1882. p. 225-251. 614617 ; Plumptre, Ecclesiastes, Cambridge, 1881 ; Aug. Palm. Qohelet und die nacharistotelische Philosophie, Mannheim. 1885; Cornill, Einleitung, Leipzig, 1896, § 45, 4; Siegfried, dans Zeitschrift fur wissenscha/Riche Théologie, 1875, p. 284291, 465-489; Prediger und Huheslied, 1898; Witdeboer, Die fünf Megillôt, 1898; de la philosophie d'Héraclite : Pfleid. rer. Die Philosophie des Heraklit..., Berlin, 1886, p. 255-288. et dans Jahrbücher fur protestantische Théologie, 1887, p. 177180. — Pour une influence de la philosophie grecque en géné­ ral : M. Friedlander. Griechische Philosophie im A! ten Tes­ tament, Berlin, 1904, p. 131-162. Contre l'influence grecque : Franz Delitzsch, Hoheslied und Koheleth (Bibl. Komm., 1875, t. iv, p. 319); Renan. L’Ecclé­ siaste, Parie, 1882, p. 63 sq. ; Nowack, Die Sprüche Sal··v s und der Prediger, Leipzig, 1883, p. 194 sq. ; Cheyne. Job an l Salomon, Londres, 1887, p. 260-272; Menzel. Der griechische Einfluss auf Prediger und Weisheit Salomos. Halle. 18S.‘. p. 8-38 (contre Tyler); H. Bois, Essai sur les origines de la philosophie jadéo-alexandrine, Toulouse. 1890. p. 53-128 (contre Pfleiderer. ; Peake, art. Ecclesiastes, dans A Dictionary of the Bible de Hastings. Edimbourg; A. B Davidson, art. Ecclesias­ tes, dans Encyclopaedia biblicade Cheyne, Londres: Volz. dans Theologiscbe Literolurzeitung, février 1900 (contre Tyler ; Mac Neile, An Introduction to Ecclesiastes, Cambridge, 1904, p. 43-54; V. Zapletal, Das Bach Kohidet, Fribourg (Suisse). 1905, p. 43-61 ; Die vermeintlichen Ein/lusse der griechischen Philosophie im Buche Kohelel, dans Biblische Zeitschrift, 1905, p. 32-39.128-139. — ι. en­ Créateur et provident : il a bien fait le monde, ni, 11, i», y mettant de l’ordre, donnant des lois à ses créatures, i, 4-11; m, 1-8, et gouvernant jusqu’aux pensées et sen­ timents des hommes, i, 13; ni, 10,15; ix, 1, dispensant à ceux-ci les biens et les maux, vu, 14 (il, 24; m, 13; v, 18; vi, 2; ix, 7) et les éprouvant surtout par la mort, lu, 18 sq. — 2. Juge souverain ; il rend son arrêt pour le juste comme pour le méchant, m, 17; il appelle a son tribunal toute cause bonne ou mauvaise, toute œuvre humaine apparente ou cachée, xi, 9; xil, 14. — 3. Tout-puissant, supérieur à l’homme, vi, 10; vu. 1 qui ne peut rien changer d'essentiel à ce qu’il a statu il comprime ainsi l’activité humaine, dans tous les ordres où elle manifeste son action, afin qu on le « craigne », ni, 14. 2° L’homme. — 1. Dans son être propre : — a) Son être physique est fait de poussière, m, 20; xn, 7a, et du « souflle de Dieu », m, 21; xu, 7 6. — b Sun être moral est fait d’une « droiture » originelle, sujette pourtant à être faussée, vn, 29, qui constitue sa cwi. science; mais son intelligence, bien que capable de sai­ sir quelque chose de l’œuvre de Dieu. 111, lia, reste impuissante néanmoins devant le profond mystère de cette œuvre, ut, 116; xi, 5, et devant l’avenir, vu, 14; ix, 12; sa volonté, de même, son action, ne peuvent rien sur l’ordre essentiel du monde, vi, 10; vu, 13. t sur la mort, vin, 8. — 2. Dans sa destinée : — a En ce monde. Individuellement, Dieu l’a soumis à des occupations de plusieurs genres, et cela pour l'éprou­ ver; car toutes, sauf une seule, ne lui rapportent ; .bas que fatigue, déboires, incertitude : ainsi, la recherche du plaisir, II, 1-11, des richesses ou de la gloire, iv. 7-8; v, 9-11, 12-16; vi, 1-6, de la science même et de la sagesse, 1, 12-18; 11, 12-23; VI, 7-12; vu 23-29; vm, 16-17. Socialement, l'épreuve n’est pas moindre pour lui; car l'injustice est partout : dans les tribunaux, 111, 16; dans le gouvernement, iv, 1; v, 7; même (qui le croirait?) daus la rémunération opérée dès cette vie, à ce qu’on croyait, par la justice provi­ VI. Enseignements doctrinaux et moraux. seignements doctrinaux. — 1° Dieu. — 1. 2023 ECCLÉSIASTE (LIVRE DE L’) dentielle, à l’endroit du juste et du méchant, vu, 15; vin, 10, 14; et la justice distributive humaine ne vaut pas davantage, IX, 11, 13-14; x,5-7. Si encore l'homme pouvait penser que, pour avoir été sage, juste et bon, la mort ne dût pas l’atteindre, ou que du moins sa mémoire ne dût pas périr, l’épreuve serait supportable. Mais, hélas! tous meurent, le sage comme l'insensé, II, 14-15, le juste comme le méchant, ix,2; et la mémoire du sage n’est pas plus éternelle que celle de l’insensé, u, 16. Faut-il donc, devant cette suprême ironie du sort, haïr la vie, n, 17, 18; prononcer résolument que l'homme ne vaut pas mieux que la béte, m, 18; dire : heureux les morts, iv, 2-3, plus heureux l’avorton qui n’est point né, vi, 3-5? — Non pas. Ce n’est qu’une épreuve, et nécessaire; car où est le juste qui ne fasse que du bien et ne pèche jamais, vu, 20? Puis, le vrai bonheur de l'homme est en lui-méine, dans la crainte qu’il a de Dieu, vm, 12 : le méchant, au fond, n’est pas heureux, ibid., 12,13; c’est là son châtiment. Enfin, « sous le soleil » — et il faut aussi le savoir — il n’y a qu’une chose qui ne trompe pas, qui n’est pas une épreuve, mais un « don de Dieu » : c’est la vie; assez heureux l'homme craignant Dieu qui en jouit dans ses légitimes et fondamentales exigences et manifestations, n, 24-25; ni, 12-13; v, 17-19; vin, 15;ix, 7-9; xt, 7-10, jusqu'à ce que la vieillesse et la mort lui viennent fata­ lement ravir ce providentiel et divin bienfait, xn, 1-7. — b) Hors la vie, le destin de l'homme est indéfinis­ sable, obscur, plutôt inférieur, et non préférable à l’existence mélangée de joies et de peines menée « sous le soleil », puisqu’à tout prendre «un chien vivant vaut mieux qu'un lion mort », ix, 4. Mort, on est au schéol, sous une forme qui n’est ni corporelle — le corps étant retourné à la poussière, m, 20; xn, 7a; ni lluidique — le « souffle » étant retourné à Dieu, xn 7 b. On n’y em­ porte rien et on n’y participe à rien de ce monde, v, 14; ix, 6. « 11 n’y a ni œuvre, ni pensée, ni science, ni sagesse » en ce « séjour », ix, 10. u. enseignements MORAUX. — Ils sont en rapport étroit avec la doctrine qui vient d’être exposée. Les considérations générales qu’il a faites sur la destinée humaine amènent nécessairement l’Ecclésiaste soit à formuler des jugements de valeur sur telles situations, actions et dispositions de caractère moral; soit à don­ ner des conseils pratiques utiles à chacun pour sa gouverne; soit même à signaler quelque abus de la vie sociale et politique reprochable à l'époque. 1« Mieux vaut calme bonheur dans la médiocrité, que richesse pleine de souci, iv, 6; v, 11; union et association, que vie solitaire, iv, 7-12; pauvreté et sagesse, que richesse et folie, iv, 13-16; ix, 17; sagesse, que richesse, vu, 10-12, ou forteresse, ix, 18; obéis­ sance à la Loi, que sacrifice de faux dévot, iv, 16-17; bonne renommée, que vie parfumée, vu, la. 2» Agir en tout et toujours avec réflexion, discerne­ ment, mesure; car légèreté, précipitation, grain de folie peuvent tout gâter, x, 1-3. — Ainsi, ne point faire de vœu à la légère, comme sur un songe, v, 12; ne point juger avec trop de pessimisme (cela aussi est vanité) de la valeur de la mort, de la tristesse, du deuil et du souci comparés à la vie, à la joie, à la fête et au rire, vu, 1 6-8; que la sagesse ne dégénère pas en niaiserie, voire la méchanceté en folie, vu, 15-19 ; faire grande attention à quelle femme l’on va confier son bonheur domestique ou simplement son honneur, vu, 22-29; s’observer à la cour, vm, 1-6; x, 4. — Ne rien compromettre pourtant nonplus par tropd’hésilation; mais avoir confiance en Dieu et dans la nature pour l’accroissement de sa fortune ou de sa famille, ▼!, 4-6. 3° Une société mal équilibrée est le fait d’un mau­ vais gouvernement, faible, jouisseur, x, 5-11, 16-20. VIL Commentateurs. — l. juifs. — Jusqu’au xix* siècle : Midrasch Qôhêlef, vers 500; traduction 2024 allemande par A. Wünsche, Leipzig, 1880; Raschbam (Rab. Samuel ben Méir). vers 1090, édit. A. Jellinek, Leipzig, 1885; cf. Ginsburg, Coheleth, p. 42; Raschi (Rab. Salomon larchi), vers 1100; Bible rabbinique de Buxtorf; trad, latine par Breitliaupt, Gotha, 1710; cf. Ginsburg, ibid., p. 38; Nathaniel (Abul-Barcat Hibat Allah ben Malka), en arabe, 1142, non publié; cf. Ginsburg, p. 58; Aben Esra (Abraham ben Esra), vers 1150; cf. Ginsburg, p. 46; Aaron ben Joseph, caraïte, vers 1290; imprimé en 1834 à Eupatoria (Tauride); Joseph ben Caspi, IJofemah Lel.iaïm, « Sceau de la vie ». vers 1330; cf. Ginsburg, p. 60; Jedadiah Penini, Behinôl 'Olam, « Expérience du monde », vers 1350, édit. Stern, Vienne, 1847; cf. Ginsburg, p. 61; Rab. Salomon ben Mélech, dans Michlal lôphi, « Beauté parfaite », 1490, et Commentaire, vers 1530; cf. Gins­ burg, p. 66: Élisa Galiho, Venise, 1548 (1578, Giov. di Gara); cf. Ginsburg, p. 67; Moïse Alschesch, vers 1550, dans Commentaire des cinq Megillôf, Offenbach, 1631; cf. Ginsburg, p. 73; David de Pomis, Venise, 1571; Baruch ben Baruch, Venise, 1599; Élie Loanz, 1631; cf. Ginsburg, p. 74; Samuel Cohen de Pise, 1661 ; Moïse Landsberger, dans Schômer ’Emounim, ’· trachtungen uber den Prediger Salomos, Lubeck. 1734, 1744; Lampe, Commentarius in Psalm, grad., Apoc. et Ecclesiasten, Groningue, 1741; Starke, dans Synopsis bibliothecæ exegeticæ in V. lest., Halle. 1748, t. iv; J. D. Michaelis, Poelischer Entwurf 1er Gedanken des Prediger-Buchs Salomons, Gœttingue. 1751, 1762; Desvœux, A philosophical and c Essay on Ecclesiastes, Londres, 1760; trad, alleman · par J. Bamberger, Desvœux’s Koheleth-Komme: · Berlin, 1764; Moldenhauer, Kommentar zu Kobe Leipzig, 1772; Kleuker, dans Salomonische Schrift· III0 partie, Leipzig, 1777; Jacobi, Das ion seine·· ■ würfen gerettete Prediger-Buch. Zelle. 1779. I' lein, dans Scholia in libros Vet. Test, fioetic· <, 177 Salomons Prediger und Hoheslied, léna. 1784. '· der Palm, Ecclesiastes philologice et critice Leyde, 1784; Spohn, Der Prediger Salmn··. Leirz .. 1785; Greenway, Ecclesiastes, in three /arts, 1787; Dathe, Job, Prov., Ecclesiastes, Cant, phitdogi critice illustratus, Halle, 1789; Hodgson. A’· ■ ■ Oxford, 1790; H. E. G. Paulus, Der Prediger Sa 1790; Zirkel, Der Prediger Salomon, \Vurzbour_. 1792; Pfannkuche, Exercitationes in Ecclest· Gœttingue, 1794; J. E. Schmidt. Salomo's Pre · ger. Giessen, 1794; Gaab, Beitrâge zur Erklinwg d· ■ genannten Hohenliedes,des Predigers, etc., Tubir ‘ 1795; Nachligall, Koheleth, Halle, 1798; Bergst. <·■ Prediger Salomo’s, Hambourg, 1799; Thom. C dans A Commentary on the Holy Bible, Londres. In ’ t. in; Priestley, Notes on all the Books of Seri; : Northumberland, 1804, t. II ; Moise Frenkel. A tar zu Qohelet, Dessau, 1809; Middeldorpp. exegelico-criticæ ad librum Ecclesias! -, ISII Ad. 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Ewald, Sprüche Salome's, Koheleth, Gœttingue, 1837; Herzfeld, Coheleth übersetzt und erlâutert, Braunschweig, 1838; Wohlfahrt et Fischer, dans Prediger-Bibel, Neustadt. 1841 t.iv; Rougemont, Explication du livre de l’Ecclésiaste, Neufchàtel, 1844; Lisco, dans Das Alte I eslament mit Erklârungen, etc., Berlin, 1844; Théod. Preston, Qôhélel, luib. text, latinversion, with original notes, etc., Londres, 1845; Noyes, A new translation of the Prov., Ecclesiastes and the Cant., with hitrod. and Notes, Boston et Londres, 1846; Hitzig. Der Prediger Salome’s, Leipzig, 1847; Cahen et Dukes, dans Cahen, La Bible, Paris, 1848, t. xvi; Heiligstedt, Commentarius in Ecclesiasten et Cant., dans Maurer, Comm, grammaticus-criticus in Vet. Test., Leipzig, 1848, t. tv 6; 0. von Gerlach, dans Das A Ite Testam , nach Luthers Vebersetzung mit Anmerkungen, Berlin, 1849, t. tit; Umbreit, Was bleibt? Zeitgemâsse Betrachtungen des Predigers Salomo übersetzt und erklârt, Hambourg et Gotha, 1849; E. Meier, dans Die poetischen Bûcher des Alten Test, übersetzt und erlâutert, Stuttgart, 1850, I™ sec­ tion, p. 37 sq.; ti« section, p. 265 sq.; Hamilton, The Royal Preacher, Londres, 1851 ; Stuart, A Commen­ tary on Ecclesiastes, New-York, 1851; Philippson, dans Die israelitische Bibel,WSA, t, in; Elester, Com­ mentar fiber den Prediger Salomo, Gœttingue, 1855; Benj. Weiss, New translation and exposition of the Book of Ecclesiastes, Dundee, 1856; .1. Macdonald, The Book of Ecclesiastes explained, New-York, 1856; Wangemann, Der Prediger Salomonis, Berlin, 1856; Nath. Rosenthal, Kohelet von Salomo, Prague, 1858; Vaihinger, Der Prediger und das Hohelied übersetzt und erklârt, Stuttgart, 1858; Hengstenberg, Der Pre­ diger Salonios ausgelegt, Berlin, 1859; Buchanan, The Book of Ecclesiastes, Londres, 1859; Ch. Bridges, An exposition of the Book of Ecclesiastes, Londres, 1860; Hahn. Commentar fiber das Predigerbuch Sa­ lomes, Leipzig. I860; Ginsburg, Koheleth, Londres, 1861; Burger. Commentarius in Ecclesiasten, 1864; Kleinert, Der Prediger Salomo, Berlin, 1864; Young, A Commentary on the book of Ecclesiastes, Philadel­ phie, 1865; Castelli, Il libro del Coheleth, Pise, 1866; Kamphausen, Der Prediger übersetzt und erklârt, dans Bunsen, Bibelwerk, Leipzig, 1868, HI'partie; Zôckler, Das Hohelied und der Prediger, dans Lange, Theologisch-homiletisches Bibelwerk, Bielefeld et Leipzig, 1868, XIIIe partie; Graetz, Koheleth, Leipzig, 1871; Ephr. Hirch, Ein hebrâischer Commentar turn Qohélet, Varsovie, 1871 ; Wordsworth, Prov., Eccle­ siastes and Song of Salomo, Londres, 1872 : Dale, Commentary on Ecclesiastes, Londres et Cambridge, 1873; Tyler, Ecclesiastes, Londres, 1874; Franz De­ litzsch. Hohelied und Koheleth, Leipzig, 1875; Diedrich, dans Die Salomonischen Schriften, 1876 ; Leale. Ho­ miletic Commentary on the book of Ecclesiastes, Londres, 1877; Veith, Koheleth und. 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Vigoureux, Manuel biblique, 12' édit., Paris, 1906, t II. p. 504-532: E. Philippe, dans le Dictionnaire de la Bible, t. II. col. 1533-1513; R. Comely, Introductio specialis, Paris, 1897, t. π, 2, p. 155-183: S. R. Driver. Introduction to the Litera­ ture of the Old Testament, Edimbourg. 1897, p. 465-478; trad, allemande de Rothstein, Einleilung tn die Litteratur des Alten Testaments, Berlin, 1896, p 499-514 ; G. Wildeboer, Die Literatur des A. T, 2' édit., Gœttingue, 1905, p. 429-435; C. H. Cornill, Einleilung indas A . T., Tubingue, 1905, p. 248253; H. L. Strack. Einleilung in das A. T., Munich, 1906, p. 153-156; F. Gigot. Special Introduction, New-York, Cincin­ nati, Chicago, 1906. t. il. p. 109-130; L. Gautier. Introduction à l’A. T., Lausanne, 1906, t. il, p. 212-235; Cyclopaedia biblica, t. 111, p. 26-35; Kirchenlexikon, t. IV, col. 96-99; Realencyclopadie, t. XV, p. 617-623 ; Encyclopaedia biblica de Cheyne, Londres, 1901, t. 11, col. 1155-1164; A Dictionary 0/ the Bible de Hastings. Edimbourg, 1898, t i, p. 637-642; The Catholic encyclopedia, New-York, s. d. (1909), t. v, p. 244-248. L. Bigot. ECCLÉSIASTIQUE (LIVRE DE L’). Vraisembla­ blement intitulé par son auteur hébreu : MeSàlim, parabolæ, cf. S. Jérôme, Præfatio in version, libror. Salomonis, P. L., t. xxvm, col. 1242, renseignement confirmé par les citations rabbiniques des midraschim Schemolh Rabba, c. xxi, et Bamidebar Rabba, c. xxm. Désigné parfois, dans la littérature juive, sous le titre de Séfer hahôkmàh, « livre de la sagesse ». I. Lévi, Revue des Études /nines, Paris, 1897, t. xxxv, p. 20 sq. — Bible grecque : ΣΟΦΙΑ Σι I PAX, ou Σοφία Ίησοΰ, (τοϋ) Άου Σειράχ (Σιράχ) : manuscrits, listes synodales, catalogues, écrits des Pères, voir H. B. Swete, An In­ troduction to the Old Testament in Greek, Cambridge, 1902. p. 201 sq. (quelques variantes). — Bible latine : Ecclesiasticus, dès le m' siècle, cf. S. Cyprien, Testim. adv. Judæos, 1. III, c. xxxv, xcv, P. L., t. iv, col. 755, 775; Rutin traduisant Origène, HoniiL, xvm, in Num., n. 3, P. G., t. xn, col. 714: et ainsi nommé en tant que type des alii libri qui non canonici, sed ecclesiastici, a majoribus appellati sunt. Ridin, Comment, in symb. apost., n. 38. P. L., t. xn, coi. 374. Quelques variantes rappelant le titre grec. H. B. Swete, op. cit., p. 210 sq. Se détache parfois, dans les manuscrits, du groupe des écrits salomoniens pour former, avec la Sagesse, le petit groupe binaire des « deux Sapiences ». S. Ber­ ger, Histoire de la Vulgate, Paris, 1893, p. 331 sq. — I. Texte et versions. II. Canonicité. III. Auteur. Son époque, son originalité. IV. Enseignements historiques. V. Enseignements doctrinaux et moraux. VI. Commen­ tateurs. I. Texte et versions. — l. texte (original hébreu retrouvé). — Attesté jusqu’au xi· siècle par divers té­ moignages, cf. S. Jérôme, Præf. in «ers. libr. Salomo­ nis, loc. cit., et nombre de citations expresses ou tacites, textuelles ou libres, faites en hébreu ou en araméen, dans la littérature rabbinique, du Ier au X’ siècle. Relevés de Schechter. The Quotations from Ecclesiasticus in rabbinic Literature, dans The Jewish Quarterly Review, Londres, 1891, t. ill. p. 682 sq. ; Cowley et Neubauer. The origi­ nal Hebrew of a portion of Ecclesiasticus. Oxford. 1897. p x sq.. xtx sq.. xxx' sq. : et d’auteurs plus anciens énumérés dans Kaulzsch. Die Apokryphen und Pseudepigraphen des Alten Testaments, Fribourg-en-Brisgau, Tubingue et Leipzig. 1900, t. I, p. 240; Tony André. Les apocryphes de I’Ancien Testa­ ment, Florence. 1903, p. 295 sq. Objet, de la part de plusieurs savants, d’essais de re­ constitution basés sur les versions immédiates grecque et syriaque. Travaux de Bail, Benzeeh, Bickell. Edersbeim, Frankel. Fri­ tzsche. Geiger. Cf. Cowley et Neubauer. op.cïf..p.xvm : Schechter et Taylor. The Wisdom of Ben Sira, Cambridge. 1899. p. 12 sq 2029 ECCLÉSIASTIQUE (LIVRE DE L’) Le texte hébreu original de l’Ecclésiastique, perdu depuis longtemps, a été retrouvé, de 1896 à 1900, sous les espèces de trente feuillets manuscrits appartenant à quatre codex fragmentaires successivement dénommés par les savants, dans l’ordre des découvertes : B, A, C, D. Tous ces feuillets provenaient de la gueniza, ou salle de débarras des manuscrits de service hors d’usage, d’une synagogue du Caire, la synagogue d’Ezra. Le manuscrit B contient, en dix-neuf feuillets : Eccli., xxx, H-xxxni, 3; xxxv, 11-xxxviit, 27 6 (Vulg., 28 6); xxxix, 15c (Vulg.. 20c)-i.>, 30 (Vulg., 38). Cf. pour l’histoire de la découverte, la description du manuscrit, les articles et les ouvrages à lui con­ sacrés : J. Touzard. L'original hébreu de l’Ecclésiastique. dans la Revue biblique, Paris. 1897. t. VI, p. 274 sq., et à part, Paris, 1898; Les nouveaux fragments hébreux de l’Ecclésiastique, Paris, 1901. p. 3 sq., 59 sq. ; I. Lévi, L’Ecclésiastique, texte original hébreu, I" partie, Paris, 1898, p. v sq., i.vi sq. ; 11' par­ tie. Paris. 1901, p. ni sq. ; Kaulzsch, Die Apokryphen, t. 1, p. 256, xxvui de l’introduction. Éditions avec traduction et notes critiques: Feuillet 7, xxxix, 15c (Vulg., 20 c)-xl, 6d (Vulg., 7 b), Schechter, dans The Ex­ positor, Londres, juillet 1896, p. 1 sq. — Feuillets 7 et 8-16. XL, 9-xlix. 11 b (Vulg., 13b). le 9· contenant xx, 30-31 (Vulg . 32-33) après xi.i, 13, Cowley et Neubauer, op. cil.; R. Smcnd. Dus hebrâische Fragment der Weisheit des Jesus Si. ach. Berlin, 1897: I. Lévi, op. cit., I" partie; N. Schlôgl. Ecclesiasticus, Vienne. 1901. — Feuillets 1, 3, 4, 6, 17-19. x. ., 11-XXXI, 11; xxxn. 16-xxxiu, 3; xxxv. 11-xxxvi, 26 (Vulg.. 23): xxxvn, 27 (Vulg., 30)-xxxvm. 27b (Vulg.. 28b) : XLIX, 12c (Vulg., ltc)-LI, 30 (Vulg., 38), Schechter et Taylor, op. cit.; I. Lévi, op. cit., Il' partie. — Feuillets 2 et 5, xxxi. 12-xxxn, la; xxxvi, 24 (Vulg., 21)-xxxvii, 26 (Vulg., 29). G. Margoliouth, dans Jewish Quarterly Review, Londres, 1899, t. xn, p. 1 sq. ; I. Lévi, op. rit. Le manuscrit A contient, en six feuillets, Eccli., ni, 6b-xvi, 26. Cf. J. Touzard, Les nouveaux fragments, p. 3 sq., 46 sq., 60 sq. : I. Lévi, op. cit., H' partie, p. vi sq. Éditions: Feuillets 1-2, 5-6, ni 6b, 76-vn 29a (Vulg. 31a); xi, 24b (Vulg. 36 d)-xvi,26, Schechter et Taylor, op. cit. ; 1 Lévi, op. cit. Feuillets 3-4. vit, 29b (Vulg. 31 b)-xi, 34a (Vulg., 36a), E. N. Adler, dans Jewish Quarterly Review, Londres, avril 1900, p. 466 sq. ; I. Lévi, op. cit. Le manuscrit C, feuillet unique, contient Eccli.. XXXVI, 27a (Vulg., 26a)-xxxvn, 1 a. Cf. J. Touzard. Les nouveaux frag­ ments, p. 46 sq. : I. Lévi, op. cit., 11' partie, p. VIH sq. Édition : 1. Lévi, dans la Revue des Études juives, Paris, janvier-mars. 1900. p. 1 sq. Le manuscrit D contient, en quatre feuillets, Eccli., IV, 23b (Vulg.. 286)-vn, 25 (Vulg., 27); xvni, 316-XX, 13, comprenant xxxvn. 19-26 (Vulg., 22-29) entre xx. 7 et 13; et des versets choisis de xxv, 8 b (Vulg., 11 b)-xxvi. 2. Cf. J. Touzard. Les nou­ veaux fragments, p.52sq.,63; I. Lévi,L’Ecclésiastique, ll'partie, p. 1 sq , XIII sq., LXIX sq. Éditions : Feuillet 2, vi, 18-vn, 25, I. Lévi, dans la Revue des Études juives, Paris. 1900, t. XL, p. 25 sq. — Feuillets 1 et 4, iv, 23-v, 13; xxv. 8-xxvi, 2, Schechter, dans Jewish Quarterly Review, avril 1900, p. 'i56 sq. — Feuillet 3, xvni, 31-xx, 13, Gaster, ibid., juillet 1900. p. 688 sq. Éditions critiques de la totalité des fragments B, A, C, D, dans l’ordre des chapitres : J. Knabenbauer, Textus Ecclesias­ tici hebræus descriptus, cum notis et versione latina, dans Comm, in Eccli., Paris, 1902, Appendix ; II. L. Strack, Die Spriiche Jesus, des Sohnes Sirachs, Leipzig, 1903 (notes et lexique); I. Lévi, The Hebrew text of the Book of Ecclesias­ ticus, Leyde, 1904 (notes et glossaire); J. Touzard. dans La sainte Bible polyglotte de M. Vigoureux, Paris, 1904, t. v, passim; avec trad, française et notes, appendice, p. 885-970; N. Peters, Liber Jesu filii Sirach, sive Ecclesiasticus hebraice, Fribourg-en-Brisgau, 1905 (version latine, notes et glossaire); R. Smend, Die Weisheit des Jesus Sirach hebriiisch und deutsch, Berlin, 1906. Nous n’avons ainsi présentement qu’un peu moins des deux tiers du texte original hébreu de l’Ecclésias­ tique, vu qu’il nous manque encore : i-m, 6 a; xvt, 27-xvm. 31 a; xix, 3-xx, 4; xx, 8-29; xxi-xxv, 8 a (Vulg.,Il a }·. 11 c-12(Vulg..16); 14-16; VBab(Vulg.,31); 21-26 (Vulg., 33-35); xxvi,3-xxx, 10; xxxm, 4-xxxv,10; xxxvni, 27 <■ i Vulg., 28c)-xxxtx, 15b (Vulg., 20b). L’inter­ calation par le ms. B, entre Ll, 12 (Vulg., 17) et 13 2030 (Vulg., 18), d’un cantique inconnu aux versions ne compense malheureusement pas ce défaut. Dés la publication des premiers fragments du ms. B, les savants, sauf une courte hésitation de M. L’vi, cf. Revue des Études juives, Paris, 1896, t. xxxn, p. 303, affirmèrent l’originalité, l’authenticité de l’hébreu retrouvé, nonobstant les nombreuses traces d’altérations qu’il porlait et qui étaient dans les con­ ditions naturelles et inévitables de sa transmission. C’était « du bon hébreu », au style « pur et classique ». cf. J. Touzard, Revue biblique, Paris, 1908, t. vu, p. 53 sq., après Neubauer, op. cit., offrant toutefois quelques particularités : imitation voulue des anciens écrivains; emploi d’expressions et de mots araméens ou des plus récents, étrangers à l’hébreu biblique ou néologismes dérivés pourtant des racines classiques; introduction de formes verbales inconnues à la Bible. J. Touzard, ibid., p. 55 sq. Mais en 1899, avant la découverte des ms. A, C, D et B, 3e et 4· série, M. S. Margoliouth, professeur d’arabe à l’université d’Oxford, soutint et appuya la thèse que le texte hébreu d’Eccli., xxxix. 15 c-xlix,1I b, prétendu original, n’était qu’une retraduction, en hébreu, d’une traduction persane, celle-ci faite à l’aide des versions grecque et syriaque. The Origin of the « Original Hebrew » of Ecclesias­ ticus, Londres, 1899. M. S. Margoliouth ne rallia guère, et encore imparfaitement, à son opinion aussitôt vivement combattue, que M. Bickell. Der hebrâische Sirachtext. Eine Rûckübersetzung, dans Wiener Zeit­ schrift für die Kunde des Morgenlandes, Vienne, 1899, t. xiii, p. 251 sq., et M. Lévi, celui-ci toutefois après la publication, par M. Schechter, des nouveaux frag­ ments du ms. B et de A, III, 6 b-vil, 29 a; xi. 34 bxvi, 26, Revue des Études juives, Paris, 1899, t. xxxvni, p.306sq. ; t. xxxix, juillet, octobre, etconcluantd’abora «Les nouveaux fragments ne sont — au moins pour un certain nombre de chapitres — qu’une retraduction en hébreu d’une version syriaque; » puis, d’une faço” plus générale, dans L’Ecclésiastique, II’ partie, p. xxxix : « Les fragments A et B sont les restes d’un exemplaire de l’original enrichi : 1° du cantique alphabétique de la fin (li. 13-30), retraduction hébraïque de la version syriaque déjà altérée; 2» de doublets traduits également du syriaque;3° de corrections ou interpolations isolées s’inspirant de la même version. » L’étude comparée des quatre mss. A, B, C, D, lesquels offrent entre eux plusieurs parties communes : A et I), iv, 23 6, 30-31 ; v. 4-8, 9-13; vi, 18-19 28, 35, vit, 1, 4, 6. 17, 20-21. 23-25; B et C xxxvi, 16, 29-31 xxxvn; xxxvni, 1; B, C, D, xxxvn, 19, 22, 24, 26, confirma définitivement l’auteur dans cette opinion. Les aramaïsmes, rabbinismes et arabismes restent « les traits caractéristiques du i·. rique » de Ben-Sira « encore fermé à toute infiltration hellénique. Le style trahit également une époque u<. décadence. » Ibid., p. XLVl. — Ces conclusions de I. Lévi ont été rejetées par N. Peters, Der jüngst wiederaufgefundene hebrâische Text des Bûches Ecclesiasticus, Fribourg-en-Brisgau, 1902, p. 30’ sq. Parmi les passages allégués par 1. Lévi, Peters n’en a · trc . r aucun où l’hypothèse d’une retraduction soit solide. Variantes et doublets s'expliquent suffisamment pai l’utilisation — qu'aurait faite le copiste de l'archrtype de nos quatre codex — d’un manuscrit hébrec pics voisin de la recension dont témoignent le Syria· [u· ou le grec ». Et Fuchs, Textkritische Vnlertuchunget :v hebrâischen Ecclesiasticus, Fribourg-en-Brisçau. 11·." p. 123, juge « le syriaque plutôt dépendant de la recen­ sion d'où dérivent les additions de l’hébreu dans les passages ou I. Lévi voit une retraduction. Pour l'histoire de la controverse sur l'originalité des frag­ ments hébreux et la bibliographie très abondante, voir, concur­ remment avec les ouvrages cités de N. Peters, p. 28’ sq .et A. Fuchs, p. 3 sq. : J. Touzard. art. cités de la Revue biblique l 2031 ECCLÉSIASTIQUE (LIVRE DE F.’) Les nouveaux fragments, Paris, 1901, p. 18 sq., et biblio­ graphie. IV ; I. Lévi, L’Ecclésiastique, IP partie, Paris, 1901, p. xvui sq.; J. Knabenbauer, Commentarius in Ecclesia­ sticum, Paris, 1902, p. 7 sq. ; Ryssel, Die neuen hebràischen Fragmente des Bûches Jesus Sirachund Hire Herkunft, dans Theologische Studien utid Kritiken, Gotha. 1900, t. LXXiu, p. 363 sq., 505 sq. ; I901. t. i.xxiv, p. 75 sq., 269 sq., 547 sq. ; 1902, t. lxxv, p. 205 sq.. 347 sq., combattu au même titre que I. Lévi par N. Peters el A. Fuchs, op. cit. L'auteur de l'Ecclésiastique adopta pour son livre la forme poétique et l’écrivit probablement tout entier en distiques. Là où le distique attendu fait défaut, il semble que l'on doive conclure à une altération du texte. Cf. N. Peters, op. cit., p. 86’. Pour les questions de la mesure du vers et de la strophique, voir les essais de S. Margoliouth, Bickell, Nôldeke. D. H. .Müller, Grimme, Scblogl. N. Peters, bibliographie dans N. Peters, op. cit., p. vin. sq., et Tony André, Les apocryphes de l'Ancien Testament. Florence, 1903, p. 271 sq. — Pour le psaume intercalé, dans l’hébreu, entre li, 12 et 13, voir .1. Toward, Les nouveaux fragments, p. 7 sq.; I.Lévi,L'Ecclé­ siastique, II' partie, p. XLV1I sq.; A. Fuclis, op. cit., p. 102 nq. II. versions. — 1° Versions immédiates. — 1. Ver­ sion grecque des Septante. — La traduction grecque '-a -.ώ·, βιβλίων du prologue de l’Ecclésiastique distingués de la Loi (ό νόμος) et des Prophètes (ol προφτ,ται) comme « autres » livres, oi άλλοι, « qui avaient suivi les premiers », et au nombre desquels le petit-fils de Jésus, fils de Sirach, rangeait déjà — voluit ET IPSE scribere (προήχβη καί αύτός συγγράψαι) — et la Bible alexandrine allait ranger bientôt l’Ecclésiastique luimême. Voir Wildeboer, De la formation du canon de T Ancien ’testament, trad, franç., Lausanne et Paris, s. d., p. 99 sq. Bien plus, et jusque vers l’an 150 de notre ère, dans les écoles rabbiniques de la même contrée, on discuta vivement de l’exclusion encore possible de tels et tels livres, et cela en dépit de la tradition puissante qui les avait fait, de tout temps, favorablement accueillir, et les avait ainsi revêtus d’une sorte de canonicité, sinon officielle, du moins traditionnelle. Wildeboer, op. cit., p. 45 sq. Si donc, dès avant notre ère, les Proverbes (ou Sagesse de Jésus, fils de Sirach, avaient été bien accueillis par les Juifs des deux côtés du ruisseau d’Égypte et s’ils avaient une fois joui, en Palestine, d'une autorité canonique réelle, bien que non toutefois officiellement reconnue et déclarée; et si encore les Alexandrins, pour les admettre parmi les πατρία βιβλία, avaient dû en rece­ voir information très officieuse de leurs frères de Jéru­ salem — Van Kasteren, loc. cit., p. 415, 581, 589 — ce recueil de maximes qui sont tout en louanges de la Loi et en éloges des ancêtres n’eût pas plus succombé, au commencement du ne siècle de l'ère chrétienne, aux attaques passionnées de Rabbi Akiba bannissant du « monde à venir » quiconque « lit dans les livres extérieurs, apocryphes, comme les livres de BenSirah, » Talmud de Jérusalem, Sanhédrin, x, I, trad. Schwab, Paris, 1889, t. xi, p 43, et au verdict, ex­ primé dans le Talmud de Babylone, traité ïadaîm, ni. 141 a, les excluant formellement du canon, que l’EccIésiaste à celles de l’école de Schammai. ■ jir Ecclésiaste; qu’Esther à celles de Rabbi Sam::·., voir Esther; qu’Ézéchiel aux atermoiements des Rabbis contemporains de saint Paul, voir Ézéchiel; et nous l’aurions reçu comme ceux-là dans la Bible palestinienne hébraïque. Du reste, le chiffre 24 22. Josèphe, Cont. Apion., i, 8) représentant, vers la fin du Ier siècle de notre ère, le nombre exclusif des seuls livres admis dans le canon hébreu en voie de clôture définitive (IV Esd., xtv, 18 sq.) est une donnée tradi­ tionnelle très ferme; et, dans la tradition, nu) indice qui fasse soupçonner qu’il ait jamais été plus . levé pour y comprendre quelque deutérocanonique tel que l’Ecclésiastique, puis systématiquement réduit. Les Rabbis, enfin, qui citèrent l’Ecclésiastique comme Écriture, ou n’exprimèrent ainsi que leur opinion très particulière, ou plutôt, en raison des innom­ brables imitations, allusions, citations implicites ces livres bibliques, des Proverbes surtout, faites pai J sus fils de Sirach, et citant eux-mêmes la plupart du temps de mémoire, auront confondu entre eux les deux livres; ainsi, du reste, la citation du Talmud de Jéru­ salem, traité Berachot, vu, 1, trad, franç., t. i. p. 131, introduite par la formule « comme il est écrit dans le livre de Ben-Sirah », vise à la fois Prov., tv, 8, et Eccli., XI, 1; et il est fort discutable que l'écriture, men- 2035 ECCLÉSIASTIQUE (LIVRE DE L’) 2036 Donnée dans le Talmud de Babylone, traité Erubin, [ L’Êpltre de saint Jacques surtout accuse de nombreuses réminiscences de l’Ecclésiastique. Trente-deux pas­ 65 a, soit à rapporter à Eccli., vu, 10 (Vulg., 9). Du sages parallèles son signalés par J. B. Mayor, St. James, rr ste, Ben Sirah est cité une fois comme s’il était un Londres, 189’ ; un seul toutefois réunit toutes les con­ r; bbin, Eccli., Ht, 22, dans le Talmud de Jérusalem, ditions d’évidence absolue, i, 19, et Eccli., v, 13, cité Haghiga, n, d, trad, franç., Paris, 1883, t. VI, p. 274. plus haut. 2» Chez les chrétiens. — 1. .-t ua: temps apostoliques. b) Les Pères apostoliques montrent également dans — Reçu par les premiers chrétiens comme livre saint leurs écrits que la lecture de l’Ecclésiastique leur était avec la Bible alexandrine et par l’intermédiaire des familière, bien qu’aucun d’eux ne cite ce livre comme Juifs hellénistes de Palestine, l’Ecclésiastique fut beau­ Écriture et que parfois leurs allusions à quelqu'un de coup lu et grandement apprécié comme source d'ins­ ses versets ne paraissent pas être tout à fait directes. truction religieuse et morale par les écrivains de l’âge Le passage de la Didaché, I, 2, du commandement de apostolique. — a) Bien qu’on ne trouve dans les livres l’amour de Dieu, « qui t’a créé », et du prochain lient canoniques du Nouveau Testament aucune citation surtout, pour sa première partie, de Eccli., vu, 30 expresse de l’Ecclésiastique, son influence sur les au­ (Vulg., 32), par les mots τον ποιήσαυτά σε.Cf. Hemmer teurs de ces livres se traduit, en maints passages des et Lejay, Textes et documents, t. v, Les Pères aposto­ Évangiles, des Actes et des Épitres, par de positives ré­ liques, 1, Pans, 1907, p. 2. Did., x, 3, έκτισα; τά πάντα miniscences qui ne sont pas à identifier avec des pas­ se réfère aussi bien à Sap., I, 14, qu’à Eccli., xvm, 1, sages parallèles d’autres livres de l’Ancien Testament. Hemmer et Lejay, ibid., p. 18; mais Eccli., tv, 31 Tels ces passages bien caractérisés où l’idée, identique (Vulg. 36) a fourni seul, cette fois, un précepte à Did., de part et d’autre, se traduit souvent par l’équivalence, iv, 5, pour le v chemin de la vie », et à Barnabe, xix, sinon l’identité de l’expression et la similarité de la 9,pour celui de la « lumière». Hemmer et Lejay. ibid., phraséologie, et décèle ainsi une allusion évidente à p. 10, 96. Le Seigneur qui « sonde les abîmes du re­ quelque verset de l’Ecclésiastique dans sa traduction gard » de Clément de Rome, 1 Cor., lix, 3. est beau­ grecque : le pardon conditionnel des oflenses, Matth., vi, coup plus près de Dan., m, 31 (Vulg., 55), que de 12, άφες ήμίν... ώς και..., et Eccli., XXVIII, 2, άφες... Eccli., xvi, 18 sq. Cf. Funk, Die apostolischen Vàter, χα’ι τότε... ; l’induction en tentation, Matth., vi, 13, είς Tubingue, 1906, p. 65. Mais le Seigneur « pitoyable et πειρασμόν... et Eccli., xxxm. 1 (xxxvi, 1) έν πειρασμώ; miséricordieux » qui « pardonne les offenses » de l’arbre jugé à ses fruits, Matth., vu, 16-20; XII, 33; I Cor., LX, 1, έλεήμον καί οίκτίρμον, tient de Eccli., II, Luc., vi,44, et Eccli., xxvu, 6 (Vulg.,7); l’exomologèse 11, plutôt que de Joël, h, 13, ou de II Par., xxx, 9. à louange, Matth., xi, 25; Luc., x,21, εξομολογούμαι σοι, Funk, op. cit., p. ]66. Le Pasteur d’Hermas, Vis., ni, 7, πάτερ,κύριε... et Eccli., L,l, έξομολογήσομαισοι, κύριε...; 3, touche à Eccli., xvm, 30; mais Vis., iv, 3,4, διά τοϋ le joug léger, le repos trouvé, Matth., xi, 29, 30, καί πυράς, semble être moins près de Eccli-, II, 5, έν πυρ', εύρήσετε άνάπαυσιν..., et Eccli., vi, 24, 29, γάρ εϋρήσεις que de I Petr., I, 7, διά πυράς. Funk, p. 156, 163. Mand., τήν άνάπαυσιν... ; à chacun selon ses œuvres, Matth. xvi, 26, et Eccli., xxit (xxxv). 24 (19), plutôt que Prov., xxiv, x, 1, 6, effleure sûrement Eccli., il, 3, κολλήθητι, alors que Mand., x, 3, 1, τήν ίλαρότητχ.ηβ æejoint probable­ 12, ou Ps. lxii, 13; le plus grand et le premier doivent ment Eccli., xxvi, 4, que par l’intermédiaire de Rom., s’humilier et servir, Matth., xx. 26; xxtu, 11 ; Marc.,x, xu, 8; Phil., ni, l;iv, 4; I Thess., v, 16. Funk,p. 178. 44, et Eccli., ni, 18 (Vulg., 20); les puissants détrônés, les humbles exaltés, Luc., i, 52, καθεΐλεν... άπύ θρόνων..., Sim., v, 3, 8, έσται ή θυσία σου δεκτή παρά τώ θεώ com­ bine Eccli., xxxii, 9 (Vulg., xxxv, 9), et PhiL, iv, 18, à et Eccli., X, 14 (Vulg., 17), θρόνου; καθεΐλεν; la charité rend fils du Très-Haut, Luc., vt, 35, καί έσεσθε υίο’ι l’exclusion d’Is., lvi, 7, et de Prov., xv, 8, qui ont le ΰψίστου. et Eccli., iv, 11, καί έση ώ; υίο; ΰψίστου ; man­ pluriel θυσίαι, δεκταί. Funk, p. 193. Sim., v, 5, 2, doit rester indécis comme Did., x, 3, voir plus haut. Funk, ger ce qui est présenté, Luc., x, 8, et Eccli., xxxi, 16 (Vulg., 19); son âme redemandée au jouisseur, Luc., xu, p. 194. Enfin Sim., v, 7, 4, par κύριος ο παντοκράτωρ, relève plutôt de Eccli., xi.n, 17, que de II Cor., VI, 18, 19,20..., ψυχή, έχεις πολλά αγαθά..., άναπαύου, φάγε.... et Eccli., Xi, 19, 20, εΰρον άνάπαυσιν, καί νϋν φάγομαι qui n’a pas l’article. Funk.p. 196. έκ τών αγαθών μου; la division tripartite de l’Ancien 2. Au ni‘siècle. — Ce siècle durant, aucun doute ne Testament, Luc., xxiv, 44, et Eccli., prol.; la Sagesse, s’élève sur le caractère canonique de l’Ecclésiastique : le Verbe non reçus, Joa., I, 5, 11, ού κατέλαβεν..., ού a) mentionné, du reste, à son rang traditionnel dans παρέλαβον, et Eccli., xv, 7, ού μή καταλήμψονται; la le catalogue stichoinétrique des seribfurarum sancta­ faim et la soif apaisées ou réveillées, Joa., vi, 35, et rum du Codex claromontanus (m® siècle), fol. 467 v», Eccli., xxiv, 21 (Vulg., 29); mieux vaut donner que sous le titre de Sapientia IHU, Preuschen, Analecta, recevoir, Act., xx,35, et Eccli., iv, 31 (Vulg., 36); qu’il Leipzig, 1893, p. 142, ainsi que dans le catalogue des faut être prompt à écouter, lent à parler, Jac., I, 19, livres de l’ancienne Vulgate latine dressé par Cassioέστω... ταχύς εις τά άκοΰσαι, et Eccli., V, 13, γίνου dore, De inst. div. litt., 14, P. L., t. lxx, col. 1125, ταχύς έν άκροάσει σου; devant Dieu, point d’acception sous la rubrique Salomonis libri V; b) et cité par Clé­ de personnes, Rom., II, 11, ού γάρ έστιν προσωπολημψία ment d’Alexandrie, à profusion, dans ses trois livres παρά τώ θεώ, et Eccli., XXXU (xxxv), 15. ούκ έστιν παρ’ du Pédagogue, soit comme Ecriture : ή γραφή λέγει (ou αύτώ δόξα ποοσώπου; pleurer avec ceux qui pleurent. équivalemment), cf., par exemple, I, c. vin, 68 (Eccli., i, Rom., xu, 15, et Eccli., vu, 3-4 (Vulg., 38); tout n’est 18; Vulg., 25, 27), P. G., t. vin, col. 332; soit comme pas utile..., les aliments pour le ventre, 1 Cor., vi, 12, parole de la Sagesse: ή σοφία λέγει (ou équivalemment), οϋ πάντα συμφέρει..., 13, τά Αρώματα τή κοιλία, et cf., par exemple, II, c. 1, vu (Eccli., xviii, 32; xxxi, 38; Eccli., χχχνιι, 28 (Vulg., 31), ού γάρ πάντα πάσιν συμφέ­ ix, 9; Vulg., 12), P. G., t. vin, col. 392, 417 , 457; par ρει, XXXVI, 23 (Vulg., 20). παν βρώμα φάγεται κοιλία; Origène, In Jer., homil. xvi, n. 6, λέγούσης τής la tristesse selon le monde est mortelle, II Cor., vu, ■ ραφής (Eccli., vm, 6), P. G., t. xm, col. 448; par saint 10, ή λύπη... θάνατον, et Eccli., xxx. 23 (Vulg., 25), Denys d'Alexandrie, De natura, fragm. ni, v (Eccli., άπέκτεινεν ή λύπη, XXXVIII, 18 (Vulg., 19), άπό λύπης... xvi, 26, 27, 30, 31), P. G., t. x, col. 1257, 1268; par θάνατος; sauvés du siècle mauvais, Gal., I, 4, έξέληται Méthodius de Tyr, Convie, decern virgin., plusieurs ήμάς έκ τού αϊώνος... πονεροΰ, et Eccli.,LI, 12 (Vulg., 16), citations d’Eccli., P. G., t. xvm, col. 37, 41, 44, 104; Ιξείλου με έκ καιρού πονεροΰ; le don de sagesse dans les par Tertullien, Adv. Marcion., i, 16 (Eccli., xv, 18), cœurs, Eph., 1,17, "να ό θεός... δωη ύμϊν πνεύμα σοφίας, P. L., t. il, col. 265; De exhort, castitatis, a comme il 18. π. τ. ό. τής καρδίας υμών, et Eccli., XLV, 25-26 est écrit » (Eccli., xv, 18), P. L., t. u. col. 946; par Vulg., 30-31), îva... δωη ύμϊν σοφίαν έν καρδία υμών. saint Cyprien, trente-deux lois, cf., par exemple, Te- 2037 ECCLESIASTIQUE (LIVRE DE L’) stim. adv. Judæot, ni, 53 (Eccli., m, 22), édit. Hartel, p. 155. La plus ancienne tradition grecque et latine dépose donc en faveur de la canonicité de l’Ecclésiastique, et la grecque s'affermit encore de ce fait que le canon de ses plus anciens manuscrits de la Bible, le Vaticanus (tv« siècle); leSinailicus(ive siècle), VAlexan­ drinus (v* siècle), le Codex Epliræmiticus (Ve siècle), torrespond, pour l'Ecclésiastique comme pour d’autres livres, non à celui des grands écrivains de l’époque où ils furent copiés, voir plus loin, mais à celui de la ver­ sion latine ancienne des Septante. 3. Aux IV’ et V’ siècles. — A cette époque, et en Orient d’abord, se font jour quelques doutes assez bien marqués touchant la canonicité de l’Ecclésiastique, celui-ci partageant, du reste, en cela la fortune des autres livres ou portions deutérocanoniques de l’Ancien Testament. Ces doutes se propagèrent par contre-coup en Occident. a) En Orient, le mouvement avait commencé avec Méliton de Sardes, cf. Eusèbe, H. E., tv, 26, P. G., t. xx, col. 397, et Origène, In Ps. 1, P. G., t. xn, col. 1084·, dont les listes des écrits de l’Ancien Testa­ ment n’énumérèrent que des livres faisant partie de la Bible hébraïque, et il se communiqua aux disciples du même Origène, lesquels, en fixant le nombre de ces livres à 22 ou à 24, « se conformèrent non à la plus ancienne tradition de l’Église. mais à une estimation rectificative de chrétiens érudits qui avaient appris ce nombre à l’école de maîtres juifs. » Swete, Introduction to the Old 'Jest, in Greek, Cambridge, 1902, p. 224. Ainsi saint Athanase, Epist. fest.,xxxix, P.G.,t. xxvi, col. 1436, place la Σοφία Σιράχ « hors du canon » et la range avec d’autres deutérocanoniques dans la collection des livres pieux qui conviennent aux nouveaux convertis. Ibid., col. 1176. Plus attaché qu’Athanase à la tradition juive, Eusèbe de Césarée reproduit encore le catalogue d’Origène, H. E., vt, 25, P. G., t. xx, col. 581, et nul doute qu’ayant partagé en trois classes la totalité des livres de doctrine ou de piété qui avaientcours dans l’Église, il n'ait rangé l’Ecclésiastique parmi ses άντιλέγουμενα, • contestés », entre les όμολογούμενα, « incontestés » (catalogue de Méliton et d’Origène) et les νόθα, « sup­ posés ». Après avoir énuméré les « vingt-deux » livres de l’Ancien Testament « transmis par les sages el pieux apôtres », et donné aussi le canon du Nouveau Testa­ ment. saint Cyrille de Jérusalem relègue « tous les autres livres », dont l’Ecclésiastique, έν δευτέρφ, et n’ose trop en recommander la lecture. Cat., tv, 33, 35, 36, /’. G., t. xxxm, col. 496 sq. Saint Grégoire de Nazianze, Carm., i, 12, P. G., t. xxxvn. col. 472. el son ami saint Ampbiloque d’Icone, Janibi ad Seleu­ cum, dans S. Grégoire de Nazianze, Carm., n, 7, ibid., col. 1593, omettent l’Ecclésiastique parmi « les livres inspirés » qu’ils veulent « énumérer en détail ». Moins catégorique, saint Epiphane dans son traité des « Hé­ résies », vin, 6, P. G., t. xli, col. 413. écrit vers 374377, donne le canon des Juifs en 27 livres et constate que « chez eux » la Sagesse de Sirach » était έν άμφιΛεχτω. Un peu plus tard, vers 392. il énumère deux fois encore les seuls 22 livres hébreux « qui sont 27 » en réalité. De pond, et mens , 4. P. G., t. xliii, col. 244; 22-23, ibid., col. 277, et il relève simplement dans le premier de ces deux passages l’exclusion de ή (σοφία) τού 'Ιησού τού υίοΟ Σειράχ. Quant à l’auteur anonyme du Dialogus Timothei et Aquilæ, il range résolument parmi les απόκρυφα, et après les 22 livres, ή σοφία Ιησού υίοΰ Σιράχ. Swete, op. cit., p. 206. L’Ecclésias­ tique manque aussi, avec les deutérocanoniques, dans les listes du 60« canon de Laodicée, Mansi, Concil., t. n, col. 574. et du 85' canon des apôtres, P. G., t. cxxxvii, col. 211; ce dernier toutefois recommande aux jeunes gens την σοφίαν τοΰ πο'/υμαΟοΰ; Σιράχ. ί>) En Occident, saint Hilaire de Poitiers, In Psalm., 2038 prol., 15, P. L.. I. ix, col. 241, influencé par Origène, Rufin, In symb. apost., 36-38, P. L., t. xxi, col. 373, influencé par saint Athanase, refusent la « canonicité» à la Sapientia Sirach (Rufin). Saint Jérôme la rejette aussi, mais catégoriquement, comme « apocryphe », Prol. gai., P. L., t. xxviii, col. 1243, ou comme « pseudépigraphe », Præf. in Esdr., P. L., t. xxvm, col. 1403; le catalogue de VEpist., lui, ad Paulin., 8, P. L., t. xxii, col. 545, ne la contient pas. La véritable tradition témoignait pourtant en faveur du caractère sacré, de l’inspiration de l’Ecclésiastique chaque fois qu’elle s’exprimait librement en dehors de toute préoccupation relative au canon juif palestinien, et ceux mêmes qui excluaient ce livre de leurs cata­ logues ou hésitaient à l’y admettre, ne se faisaient point faute de le citer ailleurs comme Écriture ou comme texte capable de définir, d’allermir ou d’attester la foi. Cf. S. Athanase, Orat. cont. arianos, n, 4, 79, P. G., t. xxvi, col. 153. 313; Apol. cont. arian., 66. ibid., t. xxv, col. 365; Epist. ad episcop. Ægypti, 3, ibid., col. 544; Hist. arian., 52, ibid., col. 765; In Ps. cxvm, 60, P. G., t. xxvii, col. 489; Eusèbe. De eccles. theol., i, 12 (Eccli., m. 22), P. G., t. xxiv, col. 845; S. Cyrille de Jérusalem. Cal., vi, 4 (Eccli., ni); xi, 9, P. G., t. xxxm, col. 544,716; Cat. myst., 5,17, ibid., col. 1121; S. Grégoire de Nazianze, Orat., iv, 12; vu. 1. P. G., t. xxv, col. 541, 737; S. Épiphane, qui finit par ad­ mettre « le livre de Sirach » parmi les « Écritures di­ vines », Hær., lxxvi, 5, P. G., t. xlh, col. 560, et qui le cite, Hær., xxtv, 6; xxxm, 8; xxxvn, 9, P. G., t. xli, col. 316, 569, 653; S. Hilaire de Poitiers. In Ps. lxvi, 9; CXL, 5, P. L., t. IX, col 441, 826; Rufin. De bened. patriarch., P. L., t. xxi, col. 326, 332, 333; S. Jérôme lui-méme, Epist., cxvm, ad Julianum, n. 1, divina Scriptura (Eccli., xxil, 6), P. L., t. xxn, col. 961 ; Adversus pelag., 1, 34; II, 5, scriptum est (Eccli., m, 22, XL, 30), P. L., t. xxm, col. 527, 541; In Is., m, 13, dicente Scriptura (Eccli., 11,30), P. L., t. xxiv, col. 67; In Ezech.,xviu,6, scriptum est (Eccli.,xxxn, 1), P. L., t. xxv, col. 174. Parallèlement aux catalogues qui l'ex­ cluent, d’autres catalogues des livres sacrés et cano­ niques de caractère fout à fait officiel dans l’Église d’Occident mentionnent l’Ecclésiastique. Cf. concile de Carthage (397 et 419), can. 39 ou 47 : Salomonis libri quinque, Preuschen, Analecta, p. 162; catalogue de Mommsen, ms. du Xe siècle, Saint-Gall, Cheltenham, attestant comme de l’an 359 une liste stichon» trique des libri canonici (cf. pourtant Sam. Berger, Hist ire de la Vulgate, p. 320) : Salomonis vers, via (approxi­ mation du total détaillé dans le Claromontanus, voir col. 2036, des versets de Prov., EceL, Cant., Sap., Eccli.), Preuschen, op. cit., p. 139; décret de Gélase. i. 3 : item liber Sapientiæ quem Jesu filii Siraeis esse Hieronymus indicat, Preuschen, p. 148. De même les Pères et écrivains de l’Église romaine : S Innocent I" Epist. ad Exsuperium : Salomonis libri I', Mansi, (joncil., t. 11, col. 1040-1041; P. L., t. xx, col. 501 . de l’Église d’Afrique : Lactance, De div. institut., iv. 8. P. L., t. vi, col. 468; Optat de Milève. De schism, donat., ni, 3. P. L., t. XI, col. 1000; S. Augustin. De civ. Dei, xvn, 20 : Ecclesiasticum... in auct .:■:■■■■■ maxime occidentalis antiquitus accepit Ecc ■ i. P. L., t. xli, coi. 554; De doctr. christ., n, 8, 13 : Ecclesiasticus in auctoritatem recipi (meritus . inter (libros) propheticos (numerandus), P. L., t. xxxiv, coi. 41; De baptism, contr. donatisl., vi, 34. P. L., t. xliii. coi. 218; Relr., i, 21, P. L., t. xxxn, coi. 618, traitant Eccli., xxxiv, 30, comme texte de l’Écriture, parole de livre saint. Écriture divine ; de l’Église d’Es­ pagne témoignant de la canonicité de l’Ecclésiastique par Priscillien. fiber de fide et apocryphis, dans Schepss, Priscilliani quæ supersunt. Vienne, 1889 Corpus scriptor, eccl. lat., t. xvin, p. 44-56; de l’école 2039 ECCLESIASTIQUE (LIVRE DE L’) d'Antioche : Théodore de Mopsueste, dans son écho fidèle Junilius (vie siècle), Instituta regularia divinæ legis, i, 5, édit. H. Kihn, Fribourg-en-Brisgau, 1880, p. 476; le catalogue du « questeur du sacré palais» ran­ geant le livre de Jesu /ilii Sirach parmi les Proverbia, le reconnaît comme d’autorité parfaite et canonique, P. L., t. lxviii, col. 16 sq.; Swete, op. cit., p. 207; S. Jean Chrysostome, In Eph. (Eccli., xm, 19; v, 6), P. G., t. lxii, col. 20, 35; Théodoret, In Dan., i, 9, ετερος προφήτης (Eccli., Il, 11), P. G., t. lxxxi, col. 12/8; de l’Église syrienne, S. Éphrem, Opera græca, Rome, 1732 sq., t. i, p. 83; t. n, p. 118; t. ut, p. 100; de l’Église cappadocienne, S. Basile, In Hexaeni., homil. vi, 10, P. G., t. xxix, col. 144,etc.; pseudo-Basile, Enar. inproph. Isaiam, c. vin, ait scriptura (Eccli., xvm, 6), P. G., t. xxx, col. 504; S. Grégoire de Nysse, De vita Moysis, P. G., t. xliv, col. 357, etc. 4. Du vi‘ siècle au concile de Trente. — a) L’Église d’Orient continue d’utiliser l’Ecclésiastique comme Écriture, bien que certains catalogues l’omettent ou le rejettent encore : tels ceux de Léonce de Byzance, De sectis, n, P. G., t. lxxxvi, col. 1200; du pseudo-Athanase, Synopsis Scripluræ sacræ, P. G., t. xxvm, col. 283; de saint Jean Damascène, De orthodoxa fide, iv, 17, P. G., t. xciv, col. 1180; de Nicéphore de Cons­ tantinople, Stiehometria, qui range Σόφιά υιού τού Σιράχ parmi les άντιλέγονται καί ούκ έκκλησιάζονται (γράται), P. G., t. c, col. 1056; Preuschen, Analecta, p. 157; Swete, p. 209; le catalogue des 60 livres, qui place Σοφία Σιράχ sous la rubrique όσα εξω τών ξ’ (βίόλιων), Preuschen, ρ. 159; Swete, ρ. 210; bien qu'aussi certains auteurs aient paru vouloir s’en tenir théoriquement aux listes de saint Athanase, du 60e ca­ non de Laodicée, du 85e des apôtres, cf. dans les Com­ mentaires sur les canons des apôtres et des conciles (Paris. 1618, Zonaras, P. G., t. cxxxvil, col. 216, 1420; t. cxxxvm, col. 121. 564; Alexis Aristène, P. G., t. cxxxvn, col. 216; t. cxxxvm, col. 121; Balsamon, P. G., t. cxxxvm, col. 121, 560; Matthieu Blastarès, Syntagma alphabeticum, P. G., t. cxliv, col. 1440 sq.; à côté de listes qui l’admettent au contraire : pseudoChrysostome, Synopsis Veteris et Novi Testamenti : ή τοϋ Σιράχ σοφία, Ρ. G., t. LXItt, col. 313 sq.; Swete, p. 205; Σύνοψις év έπιτόμω, après les ιβ’ et ô' prophèles : μα’, Σοφία ’Ιησού τού Σιράχ, dans Lagarde, Sepluaginta-Studien, It, p. 60 sq.; Swete, p. 206; Ebedjcsu, Catal. libror. Eccl., Bar-Sira, dans Assémani, Bibl. or., t. ill, p. 5 sq.; Swete, p. 208; de manuscrits bibliques qui le contiennent, comme le Codex syrohexaplaris Ambrosianus (vm· siècle), le Codex Venetus (vin'-ix· siècle) ; d’auteurs qui l’ayant exclu de leurs listes des Écritures le citent pourtant comme parole d’Écriture : Léonce de Byzance et saint Jean Damascène; du VIIe concile œcuménique (787), qui cile comme Écriture Eccli., I, 32, Mansi, Concil., t. xm, col. 435; du VIIIe concile œcuménique (869-870), qui cite deux passages de l’Ecclésiastique, xm; XI, 7, comme Écriture. Mansi. Concil., t. xvi. col. 125, 166. 6) L'Église d'Occident manifeste sa croyance de la même façon, c’est-à-dire qu'elle contredit çà et là, par quelques restrictions de caractère purement théorique, sa pratique constante et toute favorable à la canonicité de l'Ecclésiastique. Ces restrictions sont, du reste, toujours explicables par l'obsession persistante du ca­ non juif palestinien. L'influence réelle de saint Jérôme se fait sentir sur saint Grégoire le Grand, dont l’avis est que le texte des deutérocanoniques peut sans doute être appelé en témoignage, mais en tant que ex libris non canonicis, Moral, in.lob, xix, 21, P. L., t. lxxvi, col. 119, et qui cite, parfois, en conséquence, l’Ecclésiastique comme parole de simple sagesse, Moral., I. 26. P. !... t. i.xxv, col. 544, quand, ailleurs, il le cite comme Écriture ; sur Alcuin, pour qui l’Ecclésiastique | 2040 ne doit pas être cité, le « bienheureux Jérôme » l’ayant « compté inter apocryphas, id est dubias Scripturas, » Lib. I adv. Elipand., P. L., t. ci, col. 253 sq., et qui néanmoins dans ses catalogues versifiés des livres bi­ bliques le range parmi les Ecclesiæ libros, Carni., vl, P. L., t. ci, col. 73; sur les auteurs trop attachés à la donnée juive des nombres 22 ou 24, tels que Bède, Autpert, Agobard de Lyon, llaymon d’Halberstadt, voir t. u, col. 1580; Pierre le Vénérable, Jean de Salisbury, Pierre de Celles, Jean Beletli, voir ibid., col. 1581; Hugues de Saint-Cher, Nicolas de Lyre, Thomas Vallensis, Alphonse Tostat, saint Antonin, Denys le Chartreux, voir ibid., col. 1581-1582 ; mais qui, ne réprouvant au­ cun deutérocanonique, ou citent l'Ecclésiastique, ou le disent « reçu » avec d'autres, ou le reconnaissent « approuvé » par l’Église, quoique non toujours à titre de livre strictement canonique; sur Notker le Bègue, De interpret, div. Script., 3. P. L., t. cxxxi, col. 996, qui affirme que le « livre de Jésus, fils de Sirach... est regardé chez nous comme douteux ;» sur 11 ugues de SaintVictor, De Script, et scriptoribus sacris, 6, P. L., t. CLXXVjCol. 15, qui s’en tient aux vingt-deux livres, et pour qui celui de Jésus non scribitur in canone; sur saint Thomas d'Aquin qui admet un doute possible sur « l'autorité de l’Ecclésiastique, parce qu'il ne se trouve pas chez les Hébreux, parmi les Écritures canoniques; » Sum. theol., I“, q. lxxxix, a. 8, ad 2un> ; sur G. Ockam, Jean Horne, Cajetan, voir t. il, col. 1581, 1582. En dehors deces cas tout personnels, l’Église d’Occi lent accepte l'Ecclésiastique, avec les autres deutérocano­ niques, pour sa liturgie, son enseignement pastoral et théologique, et le commente comme Écriture. Pour les témoignages et citations du pape Hilaire, de saint Patrice, de Julien Pomère, de saint Léon le Grand, de Denys le Petit, de Cassiodore, de saint Isidore de Séville, de saint Eugène, de saint Hdefonse de Tolède, de la Disputatio puerorum, voir t. n,col. 1579, 1580; du codex Amiatinus, des Bibles espagnoles et théodultiennes, Sam. Berger, Histoire de la Vulgate, p. 12, 14, 16, de Raban Maur, et de la Glossa ordinaria, des canons de l’Église franque etdes collections de Burchard de Worms et d’Vves de Chartres, voirt. u, col. 1580; de nombreux auteurs el de tous les manuscrits du moyen âge (xile-xve siècles), enfin du concile de Florence, voir t. n, col. 1582. Cf. aussi A. Loisy, Histoire du canon de l’Ancien Testament, Paris, 1890, p. 153 sq., 169 sq., 175 sq., 180 sq., 182 sq., 138, 140, 142 sq., 150,152,156, 158, 164-166, 171-173. 5. Du concile de Trente jusqu'à nos jours. — Le concile de Trente ayant proclamé l’Ecclésiastique « livre sacré et canonique », toute opposition à cet égard cessa désormais parmi les catholiques, bien que certains auteurs, inlluencés par le ressouvenir des fluctuations anciennes et comptant surtout les témoi­ gnages, n’aient pas eu une compréhension bien nette de cette canonicité; ainsi Melchior Cano qui déclare « plus erroné » de rejeter l’Ecclésiastique et quelques autres que Baruch, De locis theol., Padoue, 1727, I. II, c. ix. Les protestants exclurent ce livre du canon, et avec les autres deutérocanoniques le reléguèrent à la fin de leurs Bibles imprimées. Cette exclusion générale ne se fit pas pourtant sans soulever quelque protesta­ tion du côté même des réformés, voir W. H. Daubney, The use of the apocrypha in the Christian Church, Londres, 1900, p. 58 sq., et en ce qui regarde l’Ecclésiastique en particulier, nous le voyons cité comme Écriture, ou par quelque formule équivalente, dans l’Église anglicane, et fort souvent, jusqu’à nos jours; ainsi J. Wiclef, voir Daubney, op. cit., p. 62; une col­ lecte du Prayer-book, ibid., p. 65; les livres des Homi­ lies, ibid., ρ. 68 sq. ; les orateurs et les théologiens, ibid., p. 61-92. Une tentative de retour au seul canon hébreu, en écho du protestantisme, de la part 2041 ECCLESIASTIQUE (LIVRE DE L’) du patriarche de Constantinople, Cyrille Lucaris et du moine macédonien Métophranés Kritopulos, au xvn» siècle, fut condamnée par plusieurs synodes grecs de Constantinople el de Jérusalem, ou la « Sagesse de Sirach « fut <> comptée, avec les autres livres authen­ tiques, comme partie véritable de la sainte Ecriture ». A. Loisy, op. cil., p. 243 sq.; M. Jugie, Histoire du ca­ non de VA. T. dans l'Église grecque et l'Eglise russe, Paris, I909, p. 34-53. Pour l'Église russe, voirM. Jugie, ibid., p. 61-62, 70, 71, 73, 74, 76, 79, 84, 85. 111. Auteur. Son époque. Son originalité. — Pour plusieurs Pères, surtout dans l’Église latine, l’auteur de l’Ecclésiaslique ne fut autre que Salomon lui-même. Cf. S. Cyprien, Teslim. cont. Jud., n, 1 ; m, 6, 12, etc., P. L., t. iv, col. 696, 735, 741, et ailleurs; S. Optat, De schism, donat., ni, 3, P. L., t. xt, col. 1006, etc.; S. Jérôme citant Eusèbe, Demonstr. evang., vin, 2, 71, écrivait même : Plerisque (liber} Salomonis falso dici­ tur. In Dan., ix. 24, P. L., t. xxv, col. 545. On excuse toutefois d'erreur ces Pères et les catalogues, conci­ liaires ou autres, qui présentent la même anomalie, ■oir,plus haut, col. 2038, en faisant observer qu'ils n’ont ρ,ιγ là voulu aflirmer autre chose que la grande ressem­ blance de l’Ecclésiaslique avec les Proverbes, par un genre de poésie gnomique, dont le représentant idéal ■■n Israël était le roi Salomon. Cf. Dictionnaire de la Bible, t. il, col. 1544; Gigot, Special Introduction, t. Il, p. 181. Du reste, saint Jérôme s’y laisse prendre lui aussi : Ipse Salomon ail : Eccli., xxvn, 26. In Eccle., x, P. L., t. xxiii, col. 1149. 1° L’auteur certain du livre de l’Ecclésiastique est Jésus, fils de Sirach (forme grecque) ou mieux Sira (forme hébraïque), de Jérusalem, Eccli., L, 27 (Vulg., 29). On peut maintenir ce nom de Jésus malgré le texte hébreu de L, 27; Li, 30 (deux fois) et celui de R. Saadia Gaon, Sepher Haggaloui, édit. Harkavy, p. 151, qui donnent» Simon, fils de Jésus..., ben-Sira». Ce nom de Simon fut plutôt intercalé dans l’hébreu que retranché du grec quand se forma la tradition qui voulut faire de l’auteur de l’Ecclésiaslique un parent des grands-prêtres Simon : car le Talmud nomme tou­ jours cet auteur Ben-Sira, qualificatif patronymique, médiat ou immédiat, de Jésus dans les textes; et la donnée du grec se trouve confirmée par les versions syriaque et arabe, ainsi que par la légende de la Nati­ vité de Ben Sira. Cf. Revue des Etudes juives, t. xxvitt , 1894), p. 197 sq. Voir aussi Ryssel, dans Kautzsch, Die Apokryphen, t. i, p. 233 sq. On a fait de Jésus Ben-Sira le fils et successeur dans sa charge du grandprêtre Simon II, cf. Georges le Syncelle, Chronographie, édit. Dindorf, Bonn, 1829, t. I, p. 525, sur la foi d'un passage d'Eusèbe, Chron., 137-138, mal compris. Voir Fritzsche, Kurz. exeg. Handbuch zu den Apocr., t. v,Die Weisheit Jesus-Sirachs, Leipzig. 1859, p. xsq.; Schürer, Geschichte des jüdischen Volkes, 3e édit., Leipzig, 1898, t. ni, p. 159. Cette légende paraît avoir donné lieu à la glose Έλεάζαρ (Έλίάζαρος, Έλεάζαρου), introduite, L, 27, dans les manuscrits du type alexandrin, après Σιράχ, et li, 30, dans l’hébreu, glose destinée à apparenter Jésus au grand-prêtre Éléazar ou Eliézer, qui aurait été alors son grand père. Voir Fritzsche, op. cil., p. x, 306; Edersheim. dans Wace, The Apocrypha, Londres, 1888, p. 3; Schürer, op. cit.,p. 158. Jésus fut-il du moins un prêtre, comme l'ont pensé quelques critiques, Linde, Zunz, Scholz, dans Fritzsche, op. cil., p. xn, s'appuyant soit sur la variante Ιερεύς ό Σολυμεϊτης du Sinai ticus (L, 27), cor­ ruption graphique évidente de Ίεροσολυμίτης ; soit sur des passages tels que vit, 29-31 ; xlv, 6-25; xlix, 12, et L? Non plus, car les textes invoqués n’impliquent nulle­ ment, malgré les éloges du sacerdoce aaronique qu'ils renferment, que leur auteur lit partie de celui-ci. Il reste seulement que Jésus Ben Sira était un juif pieux 2042 envers Dieu, son temple et ses ministres, vu, 29 sq., studieux de la littérature sacrée et érudit, prol. et xxxvm, 24-xxxix, 5, peut-être assez gros personnage pour qu’un rival ait pensé lui nuire en le calomniant auprès du « roi », LI, 1-12; un voyageur enfin « aux pays étrangers », qui fut plus d’une fois exposé à la mort au cours de ses voyages, xxxiv (xxxi), 10-13; xxxix, 5. 2» L’époque à laquelle l’auteur de l’Ecclésiaslique écrivit son livre n'est plus guère controversée. Les données du problème sont les suivantes : 1. Le petitfils de Jésus Ben-Sira traduisit l’Ecclésiastique « quel­ que temps » après qu'il fut arrivé lui-même en Égypte « la trente-huitième année, sous le roi Évergète, » έπ: τοΰ Ευεργέτου βασιλεύς, prol. Le sens de è-1 étant clai­ rement défini par comparaison avec les passages simi­ laires, Agg., i, 2; n, 1 ; Zach., i, 7; vu, 1 ; I Mach., xm, 42; xiv, 27, et surtout avec les inscriptions grecques des trois premiers siècles avant notre ère, où έπ! est employé de la même manière pour dater les années de règne des rois, et la 38e année ne pouvant être raison­ nablement l’âge auquel le traducteur descendit en Égypte, comme le pensaient quelques interprètes, voir Gornely, Introductio specialis, t. il, 2, p. 251, 253, mais la 38« année du règne de l’Évergète, il reste à identifier ce prince avec l'un des Lagides, puis, pour obtenir la date approximative de la composition du livre, à ajouter à la date représentant la 38e année du régne les quel­ que soixante années qui séparent le grand-père auteur du petit-fils traducteur. Mais il y eut en Égypte deux Évergète : Ptolémée III (247-222) et Ptolémée VII. Or. il ne peut être question du premier, lequel ne régna que 25 ans. Le second, bien que n’ayant régné seul sur toute l’Égypte que 29 ans, de 145 à 116, put compter néanmoins 54 années de règne, car il fut, en l’an 170. associé au trône par on frère Ptolémée VI Philométor. Le petit-fils de Jésuv Ben-Sira serait donc arrivé au pays des Pharaons l’an 132 avant notre ère, et Ben-Sira aurait composé son livre vers l’an 180, si l'on accorde que le traducteur n’acheva son œuvre qu'apres sept ou huit ans de séjour. Cf. A. Deissmann, Bibelstudien, Marbourg, 1895, p. 255-257. — On peut objecter toute­ fois à ce raisonnement : a) la mauvaise construction de la phrase du prologue έν τώ όγδ. καί τριακ. ετει ί-\ τον Εύεργ. βασιλέως, dans l’hypothèse où cette « année ■ désigne la 38e d’Évergéte et non l’âge du traducteur. Westcott, Pusey, Winer, dans C. H. H. Wright. The Book of Koheleth, Londres, 1883, p. 34 sq ; b· contr. l’identification de cet Évergète avec Ptolémée VII. la non-mention du surnom d’Évergéte sur les monument^ se rapportant à la mémoire de ce roi et la très mine· probabilité qu’un Juif pieux tel que notre traducteur aurait appliqué à un prince que ses sujets nommaien' Physkon (ventru), Kakergète(malfaisant) parce que san­ guinaire, Je beau titre d’Evergéte (bienfaisant) que, seul, avait su mériter et obtenir sans conteste Ptolémée 111. Pusey, loc. cit., p. 35; Vigouroux, Manuel biblique, t. n, n. 878; c) pour allonger l’intervalle qui sépare Jésus Ben-Sira de son traducteur, la manière si sou­ vent défectueuse dont ce dernier a compris son modèle si ces défauts sont dus â un mauvais état du text, hébreu, est-ce bien en quelques dizaines d'années seulement que ce texte se serait corrompu â ce point ou bien faut-il admettre que le descendant direct de l’auteur, son petit-fils même, si intéressé à ce titre à garder intacte l’interprétation de son œuvre, en avait déjà perdu la tradition? et les mots ό r.i-rx,· ·,·^ Ιησούς ne seraient-ils pas mieux traduits : « Jésus, mon ancêtre », plongeant ainsi plus avant dans le passé que « Jésus, mon grand-père »? J. Halévy, Étude su·· la partie du texte hébreu de l'Ecclésiastique récemment découverte, Paris, 1897, p. 63. dans Ryssel, loc. cit.. p. 239. — On répond à ces objections, et victorieuse­ 2043 ECCLÉSIASTIQUE (LIVRE DE L’) 2044 ment, semble-t-il : a) Dans l’hypothèse où la 38e année Juste », L, 23 (24). Mais le texte hébreu récemment d’Évergete désigne l'àge du traducteur, la phrase est découvert a montré qu’il y avait eu là mauvaise lec­ tout aussi mal construite; de plus, cette indication de ture. — b} Le même, comme aussi Edersheim, J. Hal’âge auquel aurait eu lieu l’arrivée en Égypte manque­ lévy, voir Ryssel, loc. cit., p. 238, ont objecté que rait tout à faitson but. daterau plus présla traduction, Ptolémée Ier ayant fait démolir les remparts des villes puisque le lecteur ignorait la date de naissance du tra­ fortifiées de Palestine, les ouvrages de reconstruction ducteur. Fritzsche, op. cil., p. xiv; Comely, op. cit., ou de réparation à Jérusalem auxquels il est fait allu­ sion, L, 1-4, ont tout aussi bien pu être exécutés du p. 251 sq. b) Ptolémée Vil Physkon se décerna en réalité le titre d’Evergete, sous lequel, du reste, il fut temps de Simon I". Mais l'histoire (Josèphe, dut. jud., connu de l’histoire, cf. Eusébe, Chron., n, 22, P. G., | XII, m, 3), qui rapporte les reconstructions de t. xix, col. 202; puis il aurait été assurément dange­ Simon II, ne fait mention de rien de pareil pour reux pour le petit-lils de Ben-Sira de désigner le susdit Simon Isr, et rien donc ne nous prouve que celui-ci monarque par un autre titre que celui-là, s’il ne voulait fut réellement le reconstructeur que l’on voudrait. — c) Les maux, endurés par les Juifs, qui légitiment les lui donner son nom patronymique. Wright, op. cit., p. 35 ; Comely. p. 252. c) « Si (le traducteur) a singusentiments exprimés, xxxv (xxxn) 18; xxxvi (xxxm), gulièrernent trahi l’ouvrage dont il vantait la beauté, 1 sq., sont, dit Edersheim, des maux passés, non rapc'est... par ignorance de l'hébreu biblique. » I. Lévi, portables à l'époque de l’auteur qui est tranquille, L'Ecclésiastique, Impartie, p. xxtx. D’ailleurs, d'autres heureuse. xi.v, 26; L, 22sq., comme cellede Simon I", circonstances que celle d’un longtemps écoulé peuvent au contraire de celle de Simon II, qui, selon Ilalévj, rendre raison du mauvais état d'un texte; et les fautes fut trop mouvementée, trop pleine d'infortunes pour et bévues du traducteur de l’Ecclésiastique n’auraient qu’un ouvrage d’une tenue aussi tranquille que force démonstrative dans l'espèce que s'il était prouvé l’Ecclésiastique ait pu y être écrit. Cf. Ryssel, ibid. qu’elles sont dues à des changements et variations subis Mais il faut observer qu'après 198 et le triomphe par l'idiome hébraïque depuis l’époque de la composi­ d’Antiochus le Grand sur Philopator, les contempo­ tion du livre, et tels que le traducteur ne pouvait plus rains de Simon II eurent aussi leur moment de répit, saisir le véritable sens des mots et tournures employés le puissant roi de Syrie faisant alors tout son possible pour se les concilier; les textes, xi., 26; L, 22 sq., con­ par l’auteur, ce qui n’est pas démontrable et, dans quelques cas, souffre même contradiction absolue. viennent donc tout autant à l’époque de Simon IL — Ryssel, loc. cit., p. 239. d) Les nombreux partisans de Simon l"r ont aussi fait 2. Une autre donnée qui peut servir à dater l’œuvre de valoir celte raison que le grand-prêtre Simon H ayant Jésus Ben-Sira est l’éloge poétique du grand-prêtre pris parti pour ses parents les fils de Tobie, réputés ardents propagateurs des idées païennes, dans les trou­ Simon, fils d’Onias, que nous lisons au chapitre L, bles et luttes politiques auxquels ils furent mêlés, car l’auteur de l’Ecclésiastique parait bien avoir vécu Josèphe, Ant. jud., XII, iv, lOsq., l'auteur de [’Ecclé­ sous le gouvernement de celui qu’il célèbre avec tant siastique n’aurait pu, s’il vivait de ce temps, faire un de pompe. Cf. L, 5sq.et24. Eusébe. Demonstr. evang., vin, P. G., t. xxii, col. 616. et sa.it Jérôme, 1η DaA., si bel éloge de Simon II et aurait, au contraire, ce qu’il n'a pas fait, réprouvé ces doctrines païennes et censuré IX, 14, P. L., t. xxvt, col. 545. eut vu, dans ce grandprêtre, Simon II, qui exerça les fonctions de la haute ceux qui les propageaient et soutenaient, lui surtout qui s’est montré si dur à l’endroit des Samaritains, L, sacrificature au commencement du n· siècle, Schürer, 26 (28). Corneille de la Pierre, Goldhagen, Scholz, op. cit., t. m, p. 159, date qui concorde manifestement avec celle obtenue précédemment par les calculs basés Welte, Danko, Vigouroux, Lesêtre, Holzammer, Hanesur la mention de la 38" année du régné de Ptolémée VII berg, Keil, Vaihinger, etc. Cf. Comely, op. cit., Physcon, dit Évergète. Ce que nous savons par ailleurs p. 253. Mais il n'est pas prouvé que le mouvement helléniste d'idées et de mœurs, antipathique aux Juifs de Simon II, ainsi que des événements et circonstances de son temps, reçoit en effet confirmation dès le début pieux et sincères de l'époque grecque, ait commencé du passage cité et dans quelques autres du livre de si tôt, en même temps que les compétitions des ToBen-Sira. Les travaux exécutés sous le pontificat et par biades à la souveraine sacrificature; lorsqu’il en est les soins de Simon concernant la ville et le temple, L, question, c'est Séleucus IV Philopator qui règne, et 1-4 (héb.), correspondent à ceux qui s’exécutèrent à Simon il est mort. Josèphe, Ant. jud., XII, v, 1; Jérusalem, après 193, sous le règne et avec le concours Comely, p. 252. — e) Enfin, le grand argument en effectif du roi de Syrie Antiochus III le Grand, vain­ faveur de Simon Ie’ est le grand renom de celui-ci dans la tradition juive. On n'imagine pas que si Jésus queur de Ptolémée IV Philopator. Josèphe, Ant. jud., XII. ni, 3. Les sentiments d’hostilité à l’égard des païens Ben-Sira a entendu louer Simon 11 dans le célébré à cause de leur orgueil et de la sujétion dans laquelle passage, L, 1 sq., la mémoire de ce pontife ait été oblitérée dans la suite au point de se perdre entière­ ils tiennent le peuple de Dieu, sentiments exprimés, ment, et que l’auteur de l’Ecclésiastique n’ait pas fait xxxv (xxxn) 18; xxxvt (xxxm), 1 sq., conviendraient mention de Simon Ier, plus illustre encore, dans son ca­ au temps d’Antiochus IV Epiphane si, ne supposant toutefois aucunealteinte directe portée au libre exercice talogue des ancêtres. Aussi quelques auteurs ont-ils du culte juif, ils ne cadraient mieux avec celui de voulu faire des deux Simon un seul et même person­ Ptolémée Philopator (222-205) et d’Antiochus le Grand nage, ou, tout au moins, ont-ils vu dans Simon II le (223-187), dont la perpétuelle rivalité fut une source de Siméon le Juste de la tradition. Cf. Ryssel, loc. cil., maux pour la Palestine. p. 237. Mais la tradition juive, plus que contestable en Cette identification du grand-prétre Simon, Eccli., L, elle-même par les contradictions et les anachronismes avec Simon lia souffert difficulté à son tour, et nombre qu’elle admet au sujet de la personnalité de Siméon le de critiques ont plaidé l’identification avec Simon I"r, Juste, voir 1. Lévi, L’Ecclésiastique, Jr* partie, dit le Juste, aussi fils d’Onias et contemporain de p. xxx sq., ne la caractérise pas autrement que de Ptolémée Ier au commencement du m· siècle: pontife piété et en cela reste au-dessous de ce qu'elle renommé pour sa piété, son zèle, sa bienfaisance, trois devrait au personnage si imposant et si actif dont il vertus dontil avait faitson objectif et sa devise. Josèphe, est parlé, Eccli., L. La postérité a laissé tomber dans Ant. jud., XII, n, 5; iv, 1; Pirkê Aboth,l, 2.— l’oubli la mémoire de plus d'un homme illustre à des a) Graetz, Geschichte der Juden, Leipzig, 1866, t. iv, titres divers. L’auteur de l’Ecclésiastique a aussi oul.l:p. 235, a tenu pour Simon Ier sur une leçon de la ver­ de mentionner Daniel, Mardochée, Esdras. Ryssel, ibid., p. 235 sq.; Curnely, p. 251, 252. Le passage talsion syriaque mentionnant expressément « Simon le ‘2045 ECCLÉSIASTIQUE (LIVRE DE L’) modique Pirkê Aboth, 1,2, dans M. Schuhl, Sentences et proverbes du Talmud et du Midrasch, Paris, 1878, p. 479, ne permet pas de confondre les deux Simon, puisqu’il fait du premier un des derniers membres de ia Grande Synagogue, à la lin de l'époque perse, celleci indûment reculée encore d'un demi-siècle en ar­ rière par la chronologie propre au Talmud. Ryssel, loc. cit., p. 237. 3. Les données des passages, n,12sq. (Vulg., 14 sq.), malédictions proférées contre les renégats; iv, 28 (Vulg., 33), exhortation à combattre jusqu'à la mort pour la vérité; x, 9sq. (Vulg., 12 sq.), allusion possible au genre de mort qui atteignit Antiochus Épiphane, n'obligent pourtant pas à descendre encore,avec Hitzig, Die Psalmen ûberselzt und ausgelegt, t. il, p. 118, la composition de l’Ecclésiastique au tempsdes Machabées; car, si de tels passages supposent le peuple opprimé et des défections parmi les fidèles, il n'y est pourtant pas question de lutte ouverte contre les oppresseurs, et il n'est pas douteux que Jésus Ben-Sira aurait fait men­ tion des Machabées s’il eût écrit de leur temps. Fritzsche, op. cil., p. xvm. 3° L'originalité de l'auteur de l’Ecclésiastique a été mise en doute relativement à la composition de son livre, qu’il aurait fait en tout ou en partie de pièces rapportées, ou à ses idées, dont il aurait emprunté quelques-unes à la philosophie grecque. 1. On a représenté Jésus Ben-Sira comme un simple compilateur qui aurait rassemblé en un seul corps soit une quantité de sentences et propositions doctrinales déjà mises en forme de proverbes, soit même des livres entiers, déjà composés, de ces proverbes. — a) Huet, J. M. Jost, Bretschneider, voir Fritzsche, op. cit., p. xxxi ; Comely, p. 250;)Eichhorn, voir André, Les apocryphes de l’Ancien Testament, Florence, 1903, p. 292; cf. aussi Gigot, Spécial Introduction, t. n, p. 184 sq.,pour appuyer la première de ces deux hypo­ thèses, font appel au décousu du livre : i, contrastant avec les chapitres suivants; xxxvi, 1-19, avec la suite 20 sq.; xlii, 15-l, 24, avec ce qui précède immédiate­ ment; xvi, 22; xxiv, 1; xxix, 16. dénonçant des points de départ nouveaux; à des répétitions des mêmes dires à différents endroits: xx, 29, 30et xli, 14, 15; xxxvi, 15 et xlii, 24; xxxix, 10 et xliv, 15, etc.; à des contradic­ tions apparentes de pensée et de doctrine : xxv, 23, contre xiv, 17, xvn, 2, sur l’origine de la mort; xlvi, 19; xiv, 16; xvn, 22; xxxvm, 21, contre xi, 24-26, à propos de la vie d’outre-tombe; vu, 17, contré xli, 10, relativement au châtiment éternel des impies. Mais le décousu du livre s’explique mieux si l’auteur ayant écrit ces morceaux à différentes époques de sa vie, ou même en divers lieux, lors de ses voyages, les a ensuite ordonnés suivant sa libre fantaisie et non suivant un plan réel et effectif. Les répétitions reprennent sans doute les mêmes sujets; mais ou est le mal si elles ont pour effet de les présenter en des formes nouvelles, sous un nouveau jour, avec de nouvelles leçons pra­ tiques? Les prétendues contradictions sur la mort, 1 autre vie, la rémunération se résolvent d’el les-mêmes par une simple différence de points de vue, ainsi de xxv, 23, etc.; ou par une erreur d’interprétation de la part des critiques, ce qui est le cas de XI, 24-26, et de XLI. 10, ou il s'agit de cette vie, non de l'autre. Cf. Fritzsche, p. xxx, et le commentaire des passages allégués. — b) Ewald affirme, de son côté, que l’auteur transcrivit d’abord presque mot pour mot deux recueils déjà existants de proverbes : le premier (Eccli., i-xvi, 21 . composé au iv· siècle; le second (Eccli., xvi, xxxvi, 2222), écrit au m» siècle, avec, à la fin, le mor­ ceau. xxxix, 12-35; puis qu'il yajouta de son cru,moins le susdit morceau, χχχνι, 23-1.1, 30. Dans Fritzsche, p. xxx sq. Mais Ewald a usé d'arbitraire pour la consti­ tution de son second recueil. Les différences essen­ 2046 tielles qni devraient caractériser les trois livres sim­ plement juxtaposés ne se laissent point apercevoir. Fritzsche, p. xxxi. Enfin, ia personnalité d’un même auteur se trouve trop fortement marquée (spécialement dans le style) d’un bout à l’autre du livre pour qu’on puisse accepter l’affirmation d’Ewald. Schürer, op. cit., t. m, p. 158. — D'une manière générale, il faut recon­ naître pourtant que Jésus Ben-Sira n’a pas dù puiser tous ses proverbes uniquement « dans son cœur », l, 27 (Vulg., 29), et que, « le dernier venu » des sages, il a dù réellement « grapiller » quelquefois, xxxm, 16, en colligeant des maximes d'usage courant et populaire, ou en puisant même dans des écrits non livrés à la publicité, cf. H. Lesêtre, Manuel d’introduction à l’Écriture sainte, Paris, 1890, t. n, p. 452; Toy, art. Ecclesiasticus, dans l’Encyclopædia biblica de Cheyne, t. n, col. 1173; mais la manière originale dont il usa dans l’adaptation ou l’imitation de nombre de sentences des Proverbes, par exemple, cf. Cheyne, Job and Solo­ mon, Londres, 1887, p. 184sq.; Gasser, Die Bedeutung der Sprüche Jesu Ben Sira, Gutersloh, 1904, p.241 sq., nous garantit son effort personnel à s’assimiler et à marquer de sa touche propre le bien qu’il dut ainsi à autrui. Des rapports de même nature relevés entre l’Ecclésiastique et les Psaumes et Job, I. Lévi, L’Ecclé­ siastique, Ire partie, p. xxxm sq.; Gasser, op. cit., p. 225 sq., 233 sq., amènent à la même conclusion. 2. Malgré le caractère incontestablement palestinien du livre de l’Ecclésiastique, caractère que déterminent une foule de passages parallèles, ou, dans les passages originaux, de points d’attache aux livres hébreux de l’Ancien Testament, Fritzsche, p. xxxv; Gasser, op. cit., p. 99-168, passim, et 199 sq., quelques auteurs ont cru y avoir trouvé des éléments de caractère plus ou moins alexandrin. Sous ce rapport, Fritzsche, op. cit., p.xxxivsq.,a fail bonne justice de la «mauvaise exégèse» et de la « négligence à scruter la Sagesse palestinienne » de Gfrôrer, Philo und die/üdiseh-alexandrinische Theosophie, t. n, p. 18 sq., et de Dâhne, Geschichtliche Darstellung der jüdisch-alexandrinischen BeligionsPhilosophie, t. Il, p. 141 sq. Cf. aussi Comely, op. cit., p. 258. Mieux fondée, ou plus spécieuse, parait être la thèse de Maurice Friedlander, qui trouve des preuves d’une influence directe et positive de la philosophie grecque sur l'esprit de l'auteur dans les traits sous les­ quels celui-ci nous représente la Sagesse, apres 1er Proverbes, VIII, 22-31, et Job, xxvm, 12-28 : « Sortie de la bouche du Très-Haut», elle est toujours une puissance divine, créatrice, antérieure au monde cri é; c est une personne, une hypostase, un être intermédiaire entre Dieu — qui ne peut avoir de rapport direct aiec la ma­ tière — et le monde, Eccli., 1,1-20; xxiv : représentation parente du Dieu démiurge du Tintée, personnel, provi­ dent, ordonnateur de l'univers, cause d'application seu­ lement de l’idée (autre principe de la dyarchie platoni­ cienne) aux phénomènes sensibles ; mais représentation qui se trouve constituer « un sacrilège formel », eu égard à l’ancien'concept israélite du Dieu jaloux Jahvé, lequel ne soutire point à ses côtés de divine puissance semblableàlui. Griechische Philosophie im Alten Tes­ tament, Berlin, 1904, p. 13, 79, 165. — Il est clair que l’idée de la Sagesse, telle que se la représente l'auteur de l’Ecclésiastique, i, 1-20; xxiv, 3-22, bien qu'elle accuse chez lui un développement tout à fait indépendant , la Sagesse devenue la propriété du peuple juif, xxrv, 6-22 . se rattache à l'idée que s’en étaient faite lesauteurs des Proverbes, VIII, 22 sq., et de Job, xxvm, 12 sq. Mais, dans ces derniers passages, elle s’explique, contraire ment à ce que pense Friedlander, tout autrement que par 1'infiuence de la philosophie grecque. La Sages» ne s’y trouve pas évoquée, à propos de la création du monde, d’une manière bien différente, saui pour un trait qui va être discuté, de celle de Jérémie, x, 12; u, 2047 ECCLÉSIASTIQUE (LIVRE DE L’) 2048 15, et d’Isaïe. XL, 28. a la meme occasion. Elle est donc xxxii, 1-13 (Vulg., 1-17), et rechercher le plaisir de ce ainsi un bien que l'on ne peul refuser à l’hébraïsme. côté de la tombe, peu confiant qu'il est, avec Eschyle, De plus, le caractéreou la condition d’hypostase qu’elle Les Perses, 841-842, et Théognis, 973 sq., 1047, 1048, à obtient, Eccli., i; xxvi. n’est assurée qu’autant qu’on l’endroit du schéol, ou séjour des morts, xiv, 16. C’est, rapproche ces deux passages de celui des Proverbes dans ses préceptes moraux et ses aphorismes divers, surtout, vm, 22 sq. Or, il n’est rien moins que certain nombre de rencontres frappantes avec les mêmes au­ que la Sagesse des Proverbes, et a fortiori celle de Job, teurs, moralistes ou autres : ni, 11, 13 (Vulg., 13. 15), xxviii, 12 sq., soit à tenir pour une personne faisant cf. Sophocle, Antigone, 703-704, et Aristophane, Les œuvre créatrice en même temps que Jahvé; car cette Nuées, 994 sq.; m, 20-26 (Vulg., 22-30), cf. Euripide, œuvre n’est marquée, Prov., vm, 30a, que par un mot Les Bacchantes, 393 sq.; Médée, 1224 sq.; iv, 21, 30 de sens très douteux : 'àmôn (étais-je auprès delui), que (Vulg., 25, 35), cf. le même, Hippolyte, 385-386; vu, les versions grecque, syriaque et latine, ont lu diffé­ 11 (Vulg., 12), cf. Théognis, 155-158; ix, 7, 8, cf. Aris­ remment fommân) avec le sens « d’architecte » (άρμόtophane, Les Nuées, 996 sq.; Hérodote, I, 8; xi, 14, ζουσα; o/iifex; cuncta componens) et que seul Aquila cf. Théognis, 165-166; xi, 17, cf. le même,903 sq. ; xn, 3, (Aben Ezra, Dav. Kimchi), lisant âmoûn, a bien compris 7,10-11, cf. le même, 955-956. 101 sq. ; Brunck, Gnon ι ici dans le sens de « nourrisson »,pour l’achèvement natu­ poet, gr., p. 230; Euripide, Hippolyte, 428-430; xm. 2, (fable d’Ésope); xm, 21 (Vulg., 25), cf. Philémon, 42; rel de la pensée de 1’auteur, qui nous représente la Sa­ gesse « conçue » d’abord par Jahvé, 22-23; « enfantée» xxv, 18 (Vulg., 26), cf. Hésiode, Les travaux et les jours, ensuite, ou « mise au monde », 24-25; puis donc « enfant», 704; xxx,17, cf. Eschyle, Les Perses, 750, 751 ; Euripide, ou jeune nourrisson, « jouant en présence du créateur » ; Les Troyennes, 632; Hccube,3Tl; Ménandre, 296; Théoassez grande et forte bientôt pour « trouver son bonheur gnis, 181-182; xxxi, 26 (Vulg., 31), cf. Théognis, 499-502; parmi les fils de l’homme, » 30 31, en les instruisant, con­ xxxil, 8 (Vulg., 11, 12), cf. Aristophane, Les fêtes de Cérés, Wi (parodiant Euripide. Éole) ■ xxxvtli, 21 (Vulg., voqués tous dans la m ison qu’elle s’est enfin bâtie, 32 22), cf. Sophocle, Électre, 137 sq.; Euripide. Andro­ sq.;ix, Isq.Cf. Frankenberg, Sprüche, Gœltingue,1898, in loc.; Sellin, Die Spuren griechischer Philosophie maque, 1270 sq.; Ménandre, 432; XL, 11 (héb.), com­ im Allen Testament, Leipzig, I905, p. 17 sq. Il n’y a donc menté par 12 (grec), 13, cf. Euripide, Chrysippe (fragm. en cet endroit des Proverbes et de Job, qu’une figure, 839), 8 sq.; Les Suppliantes, 532; Oreste, 1086; Les qu’une personnification d'ordre purement littéraire de ia Phéniciennes, 809. D’après I. Lévi, L'Ecclésiastique, Sagesse, toute pareille à celle de la Folie traitée un peu Impartie, Paris, 1898, p. xxtv sq.; II· partie, Paris, 1901, plus loin, dans Prov., ix, 13 sq.; et le rapprochement p. lx sq., et tous les passages cités, dans le commentaire. avec les entités métaphysiques de l’idée et du Démiurge IV. Enseignements historiques. — Après avoir fait, de la philosophie grecque tombe de ce fait. dans la seconde partie de son livre, l’éloge des œuvres Ce n’est pas toutefois qu’il faille nier dans l’Ecclésiasde Dieu, xlii, 15 sq., l’auteur de l’Ecclésiastique passe à 1’« Éloge des pères anciens » ou patriarches, xi.iv, tique, en dehors du domaine de l’idée dogmatique, toute trace de l’influence hellénique. L’auteur vivait à 1 sq., panégyrique des hommes célèbres d’Israël depuis une époque où les mœurs grecques s’étaient déjà im­ la plus haute antiquité antédiluvienne (Hénoch), plantées en Palestine; il avait voyagé en Égypte et en jusqu’au temps du grand-prêtre Simon, fils d’Onias, Syrie probablement, où elles triomphaient particuliè­ au commencement du n® siècle avant notre ère, avec, rement; il avait vécu, soit dans ces contrées étrangères, entre la mention de Néhémie et celle de ce grandsoit dans sa propre patrie, avec de ces « gens riches », prêtre, un retour sur Hénoch et les non-mentionnés d’abord, Joseph, Sem, Seth, Énos, Adam, xlix, 14-16 écouté de ces « orateurs savants », lu et admiré ces « poètes parfaits », ces « moralistes écrivains », tous (Vulg., 16-19). Cette Hisloire sainte, rapide, poétique, hommes célèbres « des nations », dont il nous parle, nous apprend, bien que naturellement fort abrégée, Xi.iv, 4sq. Il est impossible que de ce commerce rien n’ait quelque chose de l’histoire du peuple de Dieu pour transpiré dans son œuvre. Aussi a-t-on relevé dans son l’époque immédiatement antérieure à sa composition, style et dans sa manière de composer, dans les traits de et de l’état de la « bibliothèque » sacrée en ces mêmes ses convictions personnelles à l’endroit de la société années. telle qu’il la voyait et la jugeait, dans sa morale même, 1° A cette époque, le grand-prêtre sadokite jouait en bien des rencontres frappantes avec la culture grecque Israël (sous le contrôle pourtant du roi syrien et et les œuvres, connues de tous les gens cultivés et avertis, moyennant tribut, Josèphe, Ant jud., XII, iv) le rôle d’un souverain politique et religieux. — I. A lui qu’elle avait produites. C’est, dans les procédés litté­ raires : l’usage des titres de chapitre, xxn, 27 (grec); xxx, incombait le soin de veiller à la sécurité de Jérusalem, I (grec); 14 (grec); 25 (héb.); 33 (grec); xxxi, 12 (héb.) en fortifiant la ville et en la mettant ainsi à l’abri d’un et des transitions. XLil, 25, et xliii, il (héb.); xliii, 33, coup de main, ou d’un siège, contre des pillards ou etxi.iv, 1 (héb.); xliii,5 b, et 6a(héb.); xlix.156 (trans­ l’ennemi égyptien, l, 4 (héb.). Simon II, du moins, s’acquitta de cette obligation et apporta la même solli­ posé), et L, 1 sq., et, en général, l’étroite liaison des pensées dans les morceaux d’une seule venue : soucis citude à la réparation et à la fortification du temple, 1, ainsi qu’au creusement d’un réservoir, 3, dont les de composiiion étrangers jusqu’alors aux auteurs bi­ eaux étaient peut-être destinées au service du culte. bliques. C’est, dans ses jugements sur la société de son époque : sa misogynie, xm, 6,9-14; xxv, 12(Vulg.,19), Cf. Lettre d’Arislée, 89 91. Il exécuta aussi d’aulres concordant jusque dans l’expression avec celle d’Euri- ; ouvrages de construction dont l'objet nous échappe, 2. 2. Du temps de l’auteur, le culte offrait l’ordonnance pide, Andromaque, 943 sq.;cf. Aristophane, Les fêles | générale et les particularités que nous trouvons consi­ de Gérés, 414 sq., 790sq. ; sa misanthropie et son scepti­ gnées et ordonnées au nom de Jahvé dans les livres de cisme à l’endroit de l’ainitié, vi, 5sq. ; ix, 10; xxxvn, 1-4 (Vulg.,1-6), et de la valeur morale de l’homme, xi,25-26 Moïse. Le c. L, 5 sq., nous retrace la solennité du jour des Expiations telle qu’elle est détaillée dans ces (Vulg., 29-30), lieux communs exploités par Théognis, livres et qu’elle fut célébrée sous Ézéchias rétablissant 73sq., 643-646,697-698,1151-1152; Eschyle, Agamemnon, le culte divin dans le temple fermé par Achaz. II Par., 928; Sophocle, Ajoat, 678; Œdipe roi, 1528; Les Trachixxvni, 24 : le grand-prétre sortant du Saint des Saints, niennes, 1; Euripide, Oreste, 1155-1156; Andromaque, 5 (Vulg., 6), et Lev., xvi, 2; offrant le sacrifice avec 100-102; Les Heraclides, 865-866; Les Troyennes, 509les vêtements et les rites prescrits, 11-12 (Vulg.. 12-13), 510; Hecube, 1203,1206; son épicuréisme pratique, xiv. et Lev., xvi, 4 sq.; faisant la libation sur le -«le de II sq. (grec, héb.); xxxi, 27 (grec, héb.), qui lui fait si l’autel, 15 (grec), 16 (Vulg.), et Exod., xxix, 12 (40); naïvement apprécier les délices de la table grecque, 2049 ECCLESIASTIQUE (LIVRE DE L’) Lev., vm, 15; Num., xv, 10; II Par., xxix, 24; les prêtres sonnant des trompettes, 16 (Vulg., 18), et Num., x, 10; 11 Par., xxix, 25-27; le peuple se pros­ ternant et chantant, 17-19(Vulg., 19-21), et II Par., xxix, 28-29. Tout le service des holocaustes et des offrandes, des sacrifices et des prémices de Peut., xu, 6-17 ; xxxm, 19, est supposé par vu, 31 (Vulg., 34-35). 2° L’Eloge des Peres, compost'· presque en entier de passages adaptés ou imités des livres bibliques, nous apprend quels étaient ces livres à l’époque de l’auteur et dans quel ordre on les rangeait alors par manière de « bibliothèque », ainsi que l’avait lait Néhémie (d’après II Macch., n, 13), comme aussi de quelle autorité ils jouissaient, de quel caractère spécial ils étaient revêtus. A ce dernier point de vue, le Prologue du traducteur nous dire des données plus précises. 1. Le groupe des écrits hébraïques auxquels se réfère tacitement Jésus Ben-Sira comprend tous les livres des deux recueils, complets alors et fermés désormais, que l’on nommait déjà peut-être la Loi et les Prophètes. — a) Les cinq rouleaux de la Loi ont fourni incontestablement la matière de l’éloge fait d'Hénoch, xliv, 16; xlix, 14 (Vulg., 16); cf. Gen., v, 21 sq.; de N’oè, xliv, 17-18 (Vulg., 17-19) ; cf. Gen., vi, 9. 18; vu, 23; vm, 1, 21; ix, 9 sq.; d'Abraham, ibid., 21 11grec (Vulg., 20-23); cf. Gen., xu, 2, etc.; xv, 18; xvil; xxii, 1; 16-18; d'Isaac, ibid., 22, héb. rectifié (Vulg., 24-25 a); cf. Gen., xxvi, 3-5; xxvm, 4; d’Israël (Jacob), ibid., 23 (Vulg., 256-27); cf. Gen., xxxn, 24 sq. (Exod., IV, 22); xxxv, 9 sq.; de Moïse, XLV, 1-5 (Vulg., 1-6); cf. Exod., xi, 3; vu-xi ; vi, 13; xxxm, 18; xxxiv, 6; xx, 21; xxiv, 18; xix, 7; d’Aaron, ibid., 6-22 (Vulg., 7-27); cf. Exod., xxvm-xxix ; Lev., vi, 15; vm; Num., xxv, 13; vi, 23 sq.; xvu, 5; Dent., xvn, 1) sq.; xxi, 5; xxxm, 10; Num., xvi; xvm, 8sq.; de Phinées, ibid., 23-25 (Vulg., 28-30); cf. Num., xxv, Il sq. — b) 11 en est de même des Prophètes, « pre­ miers » et « derniers », au sujet de Josué, xlvi, 1-8 (Vulg., 1-10); cf. Jos.,x,13; xu, 17; vm, 18,26; x,llsq.; Caleb, ibid., 7-10 (Vulg., 9-12); cf. Num., xiv, 6 sq.; Jos., xiv, 6 sq. ; des Juges en général, ibid., 11-12 (Vulg., 13-15); cf. Jud., n, 16 sq. ; m, 9 sq., etc.; de Samuel, ibid., 13-20 (Vulg., 16-23); cf. I Sam. (IReg.), 11.26; i, 28; xv, 1; x, 1; xvi, 13; x, 17 sq.; m, 20; lx,9; vn, 9; IISam. (Il Reg.), xxn, 44; ISam. (IReg.), vu. 13; xu; xxvm; de Nathan, xlvii, 1; cf. II Sam. (II Reg.), vu, 2 sq.; de David, ibid., 2-12 (Vulg., 2-14) ; cf. I Sam. (I Reg.), xvu, 34-36 ; 49 sq ; xvn, 7; II Sam. (II Reg.), vm, 14 (d’Édom); Ps. xxix, 9 : l’auteur, au verset 8, a sans doute en vue le livre des Psaumes, probablement aussi les titres des Psaumes se rappor­ tant à David, puisque celui-ci « dans toutes ses actions rendait des grâces; » I Chron. (Par.), xxv, 1 sq.; I (III) Reg., v, 21; de Salomon, ibid., 13-22 (Vulg., 15-26), cf. I (III) Reg., v, 4; m, 16 sq. ; v, 9 sq., 12 sq.; x.l; on ne peut dire si, au verset 17, l’auteur a en vue les livres du Cantique et des Proverbes, I (III) Reg., x, 27; xi; xu. 17 sq.; de Hoboam (non nommé), ibid., 23(Vulg., 27-28); cf. I (III) Reg., xu, 1 sq.; de Jéro­ boam, ibid., 23-25 (Vulg., 29-31); cf. I (III) Reg., xu, 28 sq.; xiv. 16; xxi, 20 sq.; d'Élie, xlviii, 1-11 (Vulg., 1-12); cf. I (III) Reg., xix, 10 sq. ; xvu, 1; xvm, 38; II (IV) Reg., i, 10 sq.; I (III) Reg.. xvu, 17 sq.; xxi, 20 sq. ; Il (IV) Reg., i, 4 sq. ; I (III) Reg., xix, 15 sq. ; 8. 17; II (IV)Reg., π, 1 sq.; Mal., ni, 23, voir plus loin; d’Éli'sée, ibid., 12-14 (Vulg., 13-15); cf. II (IV) Reg., n 9 sq.; in, 13 sq.; vi, 16; xtv, 21; d'Ëzéchias, ibid., 17-22 (Vulg., 19-25); cf. II (IV) Reg., xx, 20; xvin-xix (Is , xxxvi-xxxvii); d'Isaïe, ibid., 23-24 (Vulg., 26-28); cf. H (IV) Reg., xx, 1 sq. (Is., xxxvin, 1 sq.); Is., XL sq ■ lxi, 2 sq., voir plus loin; de Josias, xlix. 1-3 (Vulg.,’ 1-4) ; cf. II (IV) Reg., xxm, 3 sq.; II Chron. (Par?), xxxiv. 3 sq.: des rois pervers, ibid., 4-6 (Vulg., DICT. DE THÉOL. CA.TH0L. , I I I 2050 5-8) ; cf. II (IV) Reg., xxv, 9; II Chron. (Par.), χχχνι, 19; Jer., xxxvn, 8; de Jérémie, ibid., 7 (Vulg., 9); cf. .1er., i, 5,10; d’Ézéchiel, ibid., 8 (Vulg., 10-11); cf. Ezech., isq.; xiv, 14, 20 (Job); des douze pro­ phètes, ibid., 10 (Vulg., 12); cf. Is., xxxvm, 16, voir plus loin; de Zorobabel et de Josué, fils de Josédec, ibid., 11-12 (Vulg., 13-14); cf. Agg., n, 2 sq.; I Esd., n, 3; de Néhémie, ibid., 13 (Vulg., 15); cf. Néh. (11 Esd.), Ill sq., VI. — Ainsi sont représentés, dans le recueil des Prophètes : Josur, les Juges, Samuel, les Rois; Isaïe au complet, c’est-à-dire comprenant déjà la deuxième partie du livre actuel (xi. sq.); Jéré­ mie, Ézéchiel, ces deux derniers suivant Isaïe, con­ trairement à l’ordre talmudique, Baba Balhra, 14615a, qui les fait précéder; les douze petits prophètes réunis en un seul corps ou rouleau, comme l’indique l’expression, et terminant la collection entière des Prophètes sur la promesse du retour d’Élie, Mal., in, 24 23(Vulg., iv, 5-6), retour avant lequel il ne doit plus y avoir de prophètes en Israël. Zach., xm, 3; cf. I Macch., ix, 27; rv, 46. — c) Quant aux Hagiographes, et d’abord pour les Psaumes, il est clair qu’indépendamment de l’allusion rapportée plus haut (xxix. 9) à propos de David, les nombreuses citations implicites que nous en trouvons dans Eccli., cf. Gasser, op. cit., p. 225 sq., prouvent surabondamment que ce livre était connu de Jésus Ben-Sira, tel que nous l’avons aujourd’hui. Il en est de même des Proverbes, Gasser, p. 245, et de Job. Gasser, p. 233. L’utilisation de VEcclésiaste paraît aussi évidente dans un certain nombre de passages. Gasser, p. 235. Voir cependant Peters, cité col. 2001. Ainsi de Néhémie (II Esd.), voir plus haut et Gasser, p. 239, et des Chroniques (I, II Par.). Ibid. L’auteur n’ayant pas mentionné Esdras, Daniel, Esther, dans l’éloge des ancêtres, on peut douter si les rencontres de l’Ecclésiastique avec les livres qui portent ces noms parmi les hagiogra plies, Gasser, p. 236 sq., doivent être considérées, du côté de Jésus Ben-Sira, comme des emprunts littéraires à ces ouvrages qu’il eût alors connus. 2. Nul doute que l’auteur de l’Ecclésiastique n’ait tenu pour sacrés et canoniques les livres de la Loi. Peut-être professait-il la même croyance à l’endroit des Prophètes, car citant Mal., in, 23-2-4 (Vulg., tv, 5-6), partie intégrante du groupe alors clos, il introduit la citation par les mots sacramentels : « comme il fut écrit », xlviii, 18 (heb.). En tout cas, la canonicité est acquise au temps du traducteur, qui place Ά -z-.zi-i·. («1 προφητείαι) à côté de la Loi, ô νόμο;, et les consi­ dère, non moins que celle-ci, comme capables de faire honneur à Israël par la « discipline », παιδεία, et sur­ tout la « sagesse » (divine; cf. i sq.), σοφία, qu’ils ma­ nifestent. Prologue. Le même argument vaut pour ceux des « autres livres », τά λοιπά τών βιολιών (τά άλλα πατρία βιολιά), ou hagiographes, que connaissaient le grand-père et le petit-fils, bien que la collection n’en fut alors ni complète, ni arrêtée, car ils sont mis dans tout le cours du Prologue sur le même rang que la Loi et les Prophètes. Vers l’an 132, tous sont déjà traduits en grec. Prologue. V. Enseignements doctrinaux et moraux. — i. £.vSEIGNE.MENTS doctrinaux. — 1» La sagesse. — 1. Son origine. — Elle est sortie de la bouche de Dieu, xxiv. 3 (Vulg., 5), produite, créée avant toute chose, i. 4. 9 (xxiv, 5, Vulg.); elle est pourtant avec lui de toute éternité, i, 1 (Vulg. plus explicite). — 2. Ses attributs. — Elle est incommensurable, i, 2, 3; impénétrable, 1,6. — 3. Son action. — a) Dans le monde entier : supérieure à lui, xxiv, 4 (Vulg., 7), elle l’a pareouru, ibid., 5. 6 a (Vulg., 8, 9), régnant sur tous les peuples, y cherchant toutefois un lieu de repos, ibid., 6 6, 7 (Vulg., 10, 11); répandue ainsi sur toute œuvre divine et sur toute chair, i, 9 6, 10 a, elle pénètre particulièrement les IV. — 65 2051 ECCLÉSIASTIQUE (LIVRE DE L’) hommes pieux, et cela dès le sein de leur mère, ibid., '10 b, 14 (Vulg., 16); — b) sur Israël : ces hommes nieux sont surtout les Juifs; c’est pourquoi la sagesse a élu domicile définitif en Israël, sur l’ordre même de Dieu, xxiv, 7-12 sq. (Vulg., 12-16 sq.), se donnant un corps, s’exprimant dans la Loi, ibid., 23 (Vulg., 32-33). — 4. Ses avantages pour les hommes. — La sagesse devient ainsi synonyme de l’observation de la Loi, de la crainte de Dieu (cf. Eccle., xn, 13), qui en est à la fois le commencement, i, 14 (Vulg., 16), la plénitude, ibid., 16 (Vulg., 20), le couronnement, ibid., 18 (Vulg., 22) ; cf. xix, 20 (Vulg., 18). Comme telle ou en ellemême, elle procure aux hommes le bonheur, i, 11, 13, 18 (Vulg., 11-13, 18-19); iv, 12 (Vulg., 13); vi, 28 (Vulg., 29); xiv, 20 (Vulg., 22)-xv, 10; la santé, i, 18 (Vulg., 22); une longue vie, i, 12, 20 (Vulg., 12, 25); une mort tranquille, l, 13; la bénédiction de Dieu, iv, 13 (Vulg., 14); la force, iv, 11 (Vulg., 12), sous sa pro­ tection. — 5. Moyens de l'acquérir. — Il faut la vou­ loir et la chercher, vi, 27, 32 (Vulg., 28, 33); xiv, 20 sq. (Vulg., 22 sq.); écouter les vieillards et les sages, vi, 34 sq. (Vulg., 35 sq.); vm, 8 sq. (Vulg., 9 sq.); méditer les commandements, vi, 37; ix, 15 (Vulg., 2223) ; la cultiver, vi, 19 sq., et persévérer dans sa pra­ tique malgré les épreuves, iv, 17 (Vulg., 18-19) ; vi, 20 sq. (Vulg., 21 sq.) ; 23 sq. (Vulg., 24 sq.). Cf. J. Lebreton, Les origines du dogme de la Trinité, Paris, 1910, p. 115-116. 2“ Dieu. — 1. Dans ses attributs. — Il est éternel, xlii, 21 b; omniscient, il voit jusqu’au fond des cœurs, ibid., 18-20; xvn, 19-20 (Vulg., 16-17); xxm, 18-20 (Vulg., 25-29). — l. Dans ses œuvres. — Il est créateur, ayant fait toutes choses par sa parole, xvm, 1 (texte reçu); xlii, 15 b; xliii, 33 (Vulg., 37 a), tous les vivants, xvi, 30, héb. (Vulg., 31), l’homme à son image, xvn, 1-4, la femme, ibid., 5 a (Vulg.). Il a montré sa sagesse, xlii, 21 a; 22-25(Vulg., 22-26), fait éclater sa gloire, xliii, 1-32 (Vulg., 1-36), manifesté sa grandeur et sa puissance, xvm, 4-7 (Vulg., 2-6), sa providence, xvi, 26-28. — 3. Dans sa conduite à l’égard des hommes. — Il est patient, v, 4, miséricordieux, mais juste aussi dans la rémunération, le châtiment ou la récompense, v, 6-7; ibid., i (Vulg.), 7-9; xvi, 6-13 (Vulg., 7-14); xvii, 23-24 (Vulg., 19-20); xvm, 11-14 (Vulg., 9-14). S’il n’abandonne pas ceux qui le craignent, xxxiv (xxxi), 14-20, il ne fait néanmoins acception de personne, xxxv (xxxn), 16-26. 3° L’homme. — 1. Dons reçus de Dieu : force et pou­ voir sur toute créature terrestre, xvn, 2-4 ; sens, esprit, conscience, ibid., 6-8 a (Vulg., 5-6) ; liberté, xv, 14-20 (Vulg., 14-22). — 2. Société fondée par Dieu, xvn, 11-17 (Vulg., 9-14). — 3. Destinée de l’homme : a) en ce monde : la diversité des conditions humaines, le succès ou l’insuccès des entreprises sont voulus par Dieu, xi, 11-28 (Vulg., 11-30); xxxm (xxxvi), 11-13 (Vulg., 11-14); la rétribution, récompense et punition, a lieu ici-bas, (voir, plus haut, avantages de la sagesse) spécialement, après la mort, dans les enfants, xi, 28 (Vulg., 30); xxm, 27 24(Vulg., 34-37); xl, 15-19 ; xli, 5-7 (Vulg., 8-10); dans la mémoire laissée, xxxix, 9, sq. (Vulg., 13 sq.). — b) hors la vie : l’homme a d’abord pour lot les vers, etc., x, 11 (Vulg., 13); il est au schéol, où il n’y a pour lui nulle jouissance, xiv, 12, 16 (héb.); dans l’immo­ bilité absolue, xxn, 1 1, xxx, 17, le sommeil éternel, où il n’y a pas de « réprimandes », xli, 4 (héb.). — La Vulgate fait cependant visiter les morts par la sagesse, qui éclairera tous ceux d’entre eux qui espèrent au Seigneur, xxiv, 45. 4° L’ère messianique est pressentie par le tableau de la restauration future d’Israël, xxxvi (xxxm), 1 sq. Il est fait allusion à la personne du Messie dans le can­ tique ou psaume que l’on trouve intercalé, dans le texte hébreu retrouvé entre li, 12 (Vulg., 17) et 13 (Vulg., 2052 18), sous les mots : « Louez Celui qui fera fleurir la puissance de la maison de David » (cf. Ps. cxxxn, 17); mais ce psaume parait inauthentique. Voir I. Lévi, L’Ecclésiastique, II» partie, p. xlvii sq. II. ENSEIGNEMENTS MORAUX. — Jésus Ben-Sira mul­ tiplie à l’infini préceptes, conseils, aphorismes moraux pour la conduite de la vie pratique, basant celle-ci sur |a crainte de Dieu, réalisation de la sagesse dans l’homme. Voir col. 2051. Ses maximes toujours justes, souvent élevées, revêtent généralement une couleur d’utilitarisme assez prononcée pour caractériser sa morale exempte pourtant, d’autre part, d’esprit pharisaïque. Il nous porte â nous garder des vices et défauts communs à l’humanité, à pratiquer les vertus contraires, à accomplir fidèlement les devoirs de religion, d’état, de société, qui nous incombent, le tout mêlé d’observalions très fines ou de portraits tracés d’après nature. 1» Vices et défauts. — Éviter l’orgueil, x, 7-26 (Vulg., 7-30); la présomption, v, 1-13 (Vulg., 1-15); vi, 1-3 (Vulg., 2-4); l’ambition, vu, 4-7; ne fréquenter point les superbes et les puissants, xm, 1-22 (Vulg., 1-29). — Éviter l’avarice, x, 9-10 (Vulg.); xiv, 1-10; l’ainour du lucre et des richesses, xxxi (xxxiv), 1-11. Se garder de la gourmandise, de l’intempérance et de l’ivresse, xix, 1; xxxi (xxxiv), 12-21 (Vulg., 12-25); 25-31 (Vulg., 30-40); xxxvn, 29-31 (Vulg., 3234). — Ne point s’abandonner aux prostituées, à la luxure, à l’adultère, IX, 3-9 (Vulg., 3-13); xix, 2-3; xxm, 16 c-26(Vulg., 23-37). — Ne point se laisser aller à l’envie, à la tristesse, à la colère, à la vengeance, xxvii, 30 (Vulg., 33)-xxvm, 12 (Vulg., 14); xxx, 21-24 (Vulg., 22-27); à la paresse, xxn, 1-2; au mensonge et à tous péchés de la langue, vn, 12-13 (Vulg., 1314); xx, 5-26 (Vulg., 28); xxvii, 13-21 (Vulg., 14-24); xxvm, 13- 26 (Vulg., 15-30); éviter les fourbes, xi. 29-34 (Vulg., 31-36. 2» Vertus à pratiquer. — L’humilité et la douceur ni, 17-29 (Vulg., 19-32); xi, 1-10; l’oubli des injures, x, 6; la prudence, xvm, 19-33; l’aumône, vn, 10 (Vulg.); xvm, 15-18; xxix, 9-13 (Vulg., 12-18); la modération dans le vivre, xxix, 21-27 (Vulg., 28-35); la pudeur, xli, 17-22 (Vulg., 21, 25, 27); l’amour du pauvre et de l’allligé, ni, 30 (Vulg., 33)-iv, 10 (Vulg.. 11); la sincérité, iv, 20-28 (Vulg., 24-33); la pénitence, v, 1-10 (Vulg., 112); xvn, 25 (Vulg., 21)-31. 3» Devoirs. — a) De religion : le respect de Dieu et des prêtres, vn, 29-31 (Vulg., 31-35;) la prière, xvm, 22-23; les sacrifices, ceux qui sont désagréables à Dieu, xxxiv (xxxi), 21-31 ; ceux qu’il agrée, xxxv (xxxn), 113. — &) D’état : des enfants envers leurs parents, ni, 1-16 (Vulg., 18); des parents envers leurs enfants, vu, 23-25 (Vulg., 25-27); xvi, 1-3 (Vulg., 4); xxx, 1-13; xlii, 9-14; des maîtres envers les serviteurs ou les esclaves et réciproquement, iv, 30 (Vulg., 35); vn, 2021 (Vulg., 22-23); x, 25 (Vulg., 28); xxxm (xxx), 33-40 (Vulg.. 25-33); des époux, vu, 19, 26 (Vulg., 21,28); xxvi, 13-18 (Vulg., 16-23); xxxvi, 27-29 (Vulg., 24-26), __c) De société : ne disputer point avec le puissant, le riche, le bavard, l’ignorant, le pécheur, le batailleur, VIII, 1-3 (Vulg., 4), 4 (Vulg., 5), 10-11 (Vulg., 13-14), 16 (Vulg., 19); surveiller ses paroles, xxn, 27 (Vulg., 33)xxin, 15 (Vulg., 20); ne pas être trop crédule, xix, 7-17; l’amitié, ses avantages et ses devoirs, vi, 1-17; xxn, 19-26 (Vulg., 24-32); xxxvn. 1-6 (Vulg.,7); les con­ seils, discernement, xxxvn, 7-15 (Vulg., 8-19) ; la réprimande ou correction fraternelle, xx. 1-2 (Vulg., xix, 28-xx, 3); le respect des vieillards, vin, 6-9 (Vulg., 7-12); la bienséance dans les festins, xxxn (xxxv), 1-13 (Vulg., 17); sage méfiance à l’égard d’un ennemi dé­ claré, xn, 8-18 (Vulg., 19); ne point se livrer facilement, vm, 17-19 (Vulg., 20-22) ; le prêt, le cautionnement, xxix, 1-20 (Vulg., 27) ; ne point se dessaisir de ses biens avant la mort, xxxm (xxx), 28-32 (Vulg., 20-24); con­ 2053 ECCLÉSIASTIQUE (LIVRE DE L’) - ECHARD duite à tenir dans l’infirmité, xxxvni, 915; devoirs envers les morts, xxxvni, 16-23 (Vulg., 24). 4° Portraits et aphorismes. — Le sage et le sot, xxi, 11-28 (Vulg., 13-31); xx.il, 6-18 (Vulg., 23). L’hypocrite, xix, 23-30 (Vulg., 19-27). La femme jalouse, méchante, colère, xxv, 16 (Vulg., 17)-xxvi, 12 (Vulg., 15). Santé et médecins, xxx, 14-20 (Vulg., 21) ; xxxvni, 1-8. Songes et divination, xxxiv, (xxxi), 1-8. Peines et charmes de la vie, XL, 1-27. Pauvreté, XL, 28-30 (Vulg., 32). Mort, xii, 1-4 (Vulg., 7). VI. Commentateurs. — 1° Aucun écrivain de l’anti­ quité chrétienne n’a commenté l’Ecclésiastique. Saint Patère, au vi» siècle, colligea seulement, dans les œuvres de saint Grégoire le Grand, quelques explications spi­ rituelles sur des passages du ce livre, Testimonia in libris Sapientiæ et Ecclesiastici, P. L., t. lxxjx, col. 922-940. 2° Au moyen âge. — Raban-Maur, Commentariorum in Eccli. libri decem, P. L., t. ctx, col. 763-1126; VValafrid Strabon, Glossa ordin. in libris Sap. et Eccli., P. L., t. cxni, col. 1183-1230; Rob. Holkott, In Cant, et in septem priora capita Eccli. expositio, Venise, 1508. 3° Aux temps modernes. — 1. Catholiques. — Jansénius de Gand, Commentarius in Eccli., Louvain, 1569; Anvers, 1589; Paul de Palazzo (Palacio), Comm, in Eccli., Villaverde, 1581 ; Emm. Sa, dans Notationes in totam sacram Scripturam, Anvers, 1598; Oct. deTufo, < omm. in Eccli. i-xvm, Cologne, 1628; Corneille de a Pierre, Comm, in Eccli., Anvers, 1633; Oliv. BoI. nart, Comm, in Eccli., Anvers, 1634; Jean de Pina, Comm, in Eccli., Lyon, 1630-1648 (5 vol.); Salv. de Léon, Expositio et illustratio in tredecim priora ca­ pita Eccli., Anvers, 1640; P. Gorse, L’Ecclésiaste, la Sagesse, l’Ecclésiastique, Paris, 1655; Alph.de Flores, < urnm. literal, et moral, in c. XXI v Eccli., Anvers, 1161; Péan de la Coullardière,',Commentaire sur les cinq livres sapientiaux, Paris, 1673; Bossuet, Libri Salomonis, Paris, 1693; Calmet, dans Commentaire littéral, 2e édit., Paris, 1726, t. v, p. 236-556; Ménard, Paraphrase de l’Ecclésiastique, Paris, 1710; Lesétre, L’Ecclésiastique, Paris, 1880; Fillion, dans La sainte Bible commentée, Paris, 1894, t. v, p. 79-257; KnabenI auer. Commentarius in Ecclesiasticum, Paris, 1902. 2. Non-catholiques. — Bretschneider, Liber Jesu Siracidœ... perpetua annotatione illustratus, Ratis· bonne, 1806; Gutmann, dans Die Apokryphen des .1. T., Altona, 1841; Fritzsche, Die Weisheit JesusSirach’s, Leipzig, 1859; Reuss, dans La Bible, Anc. Testament, VIe partie, Paris, 1878, p. 331-499; en tra­ duction allemande,dans Das Allé Testament..., Braun­ schweig, t. VI, 1894; Bissel, dans The Apocrypha of the Old Testament, New-York, 1880; Edersheim, dans The Apocrypha, deWace, Londres, 1892; Zockler, Die Apo­ kryphen des A. T., Munich, 1891; Ball, dans Theecclesiastical or deuterocanonical books o/ the Old Test., Londres, 1892; Keel, Sirach, das Buch von der IVeisheit, verfasst von Jesus, dem Sidine Sirach’s, erklârt, Kempten, 1896; I. Lévi, L’Ecclésiastique, ou la Sa­ gesse de Jésus fils de Sira, 2 vol., Paris, 1898, 1901 icommentaire du texte hébreu) ; Ryssel, dans Kautzsch, Die Apokryphen und Pseudépigraphen des A. T., Leip­ zig. 1900, t. 1, p. 230-475; Smend, Die Weisheit des Jé­ sus Sirach erklârt, Berlin, 1906; Hart, A critical and exegetical commentary on the Book of Ecclesiasticus, Cambridge, 1909. 2054 1906, part. Π, p. 171-185; L. Gautier, Introduction à ΙΆ. T., Lausanne, 1906, t. n, p. 452-463 ; Encyclopaedia bihlica, Londres, 1901, t. II. col. 1164-1179; Dictionary of the Bible, Edimbourg, 1902, t. iv, p. 539-551 ; The catholic encyclopedia, New-York, s. d. (1909), L V,p. 263-269. L. Bigot. ECHARD Jacques naquit à Rouen, le 22 septembre 1644. Son père, Robert Echard, remplissait 1'offiee de secrétaire du roi; sa mère, Marie de Cavelier, était fille d’un maître des comptes de Rouen. 11 prit l’habit do­ minicain à Paris, le 16 novembre 1659, au couvent de l’Annonciation, rue Saint-Honoré; l’année suivante, â la même date, il fit profession. Il suivit, au couvent, les leçons du P. Olivier Fournier, dont il écrivit luimême l’éloge. Scriptores ord. præd., t. n, p. 738 sq. De très bonne heure, les questions historiques eurent pour lui un attrait particulier, surtout celles concernant son ordre. En 1672, nous retrouvons Echard au novi< iat général, également à Paris, au faubourg Saint-Ger­ main; l’année suivante, il remplit la charge de prédi­ cateur ordinaire. A partir de 1675, il fait de nouveau partie ducouventde Saint-Honoré.En 1681,le P.Echard fit un voyage à Rome, ou il figure au livre des hôtes dans le courant de juillet de cette même année; parii de Rome au mois d’août, il passa quelques jours :< Santa-Maria-Novella, à Florence, puis à Lucques où il admira la bibliothèque du couvent dominicain d· San Romano. Il est à noter que c’est le seul voyage qu’Echard fit en Italie. De retour à Paris, il s’adonna comme auparavant au ministère de la prédication et avec succès, à Chàlons-sur-Marne, Soissons, Trou «. Tournai, Lille, etc. Deux fois, il gouverna son couvent en qualité de prieur, de 1695 à 1698 et de 1704 à 1707. Pour un motif que nous ignorons et qui avait fortement troublé ,a paix du couvent, le P. Echard fut exilé pour un temps à Gonesse (Seine-et-Oise); plusieurs prélats de la cour, qui l’avaient en très haute estime à cause de sa personne et de ses travaux, obtinrent qu’il revit.i assez vite. Echard fut de ceux qui, en 1717, tant au couvent de Saint-Honoré qu’à celui de Saint-Jacques, en appelèrent de la bulle Unigenitus ; il y a quelques années son acte d’appel fut mis en vente dans un loi d’autographes. Pourtant, il faut remarquer que cet: conduite s’explique moins chez lui par sympathie po. r le jansénisme que par attachement aux libertés de l’Église gallicane. Ce n’est guère que dans le courant d’avril 1698 que le P, Echard reçut du général de l’ordre la charge de continuer l’ouvrage interred i , par la mort du P. Quétif (1698) sur l’histoire littéraire des frères prêcheurs. Il y travailla sans relâche jus­ qu’à sa mort survenue le 15 mars 1724. Le P. Echard s'était d’abord essayé à la critique dans un ouvrage destiné à défendre l’authenticité de la Somme de saint Thomas contre les allégations de Pierre de Alva, O. M., Jean de Launay et d'autres, qui prétendaient que cet ouvrage était emprunté au Specu­ lum morale de Vincent de Beauvais. Son travail est intitulé : Sancti Thomæ Summa suoauctori vindu ata, sive de V. F. VincentU Bellovacensis scriptis tatio, in-8», Paris, 1708. Ce n’était là pourtant i : un essai préludant à l’œuvre principale qui parut s<-us c· titre : Scriptores ordinis prædicatorum recensiti, tisque historicis et criticis illustrati, opus quo stmj.·lorum vita, præclareque gesta referuntur, du ; i insuper, seu tempus quo quisque floruit certo stat itur : fabulae exploduntur, scripta genuina, dubia. .< posititia expendunt ur; codices manuscripti, iar..i ; . F. Vigoureux. Manuel biblique, 12' édit., Paris, 1906, t. Il, e typis editiones, el ibi habeantur, indicantur, a u., I 55S-.-65: J. Touzard, dans le Dictionnaire de la Bible, t. il, dominicani, quos i-.ieni rapuerant vindicantur. Dubu • i 1513-1557: R. Comely, Introductio specialis, Paris. 1897, ' et extranei, fa'soque ascripti ad cupisque sæculi t. il. 2. p. 238-266: H. L. Strack, Einleitung in das A. T., Mu­ finem rejiciuntur, et suis restituuntur. Pnemiltitur nich, 1906, p. 171 ; Tony André, Les apocryphes de ΓAncien in Prolcqomenis notitia ordinis qualis fuit al> initio Testament, Florence. 1903: Gigot, Special Introduction to the study of the Old. Testament, New-York, Cincinnati, Chicago , I daan. MD, tum series capitulorum geu··. alium iis an. 2055 ECUARD ECK 2056 des travaux importants du P. Gilbert delà Haye; celuinis habitorum, denique index eorum qui ad ecclesia­ ci avail réuni tous les matériaux d’une Bibliotheca sticas digni lates promoti fuerunt, vel in hoc tomo lau­ Belgo-Dominicana, qui resta inédite, mais qu’Echard datorum, rei alias ab aliis omissorum. Inchoavit R. P. F. Jacobus Quelif S. T. P., absolvit R. P. F. Ja­ a fondue dans son œuvre. Cette information, considé­ rable pour l’époque et conduite avec un sens critique cobus Echard, ambo conventus SS. Annuntiationis de premier ordre, fait de l'œuvre d’Echard une mine Parisiensis ejusdem ordinis alumni. Cet ouvrage inépuisable de renseignements sur toutes les parties est en 2 in-fol., le 1" parut à Paris en 1719, le 2· en des sciences ecclésiastiques : philosophie et théologie 1721. Trois petits suppléments parurent, l’un en 1721, scolastiques, morale, exégèse, littérature religieuse, Supplementum novissimum (4 p.), le 2" en 1722, éloquence, droit canon, hagiographie, liturgie, etc. Addenda adhuc quædam vel emendanda, le 3e en 1723, Pourtant, à raison des progrès immenses accomplis à Addenda adhuc et emendanda. notre époque surtout par les sciences historiques et par Les Scriplores d’Echard constituent aujourd’hui en­ les résultats de la critique, il importait tout d’abord core la contribution la plus importante à l’étude de la de continuer une œuvre aussi importante, jusqu’à une pensée philosophique et tliéologique du moyen âge. époque relativement proche, et de refondre ensuite Comme on l'a dit, « ils sont la plus importante et la l’œuvre entière d’Echard en la faisant bénéficier de meilleure des nombreuses histoires littéraires d’ordres tous les résultats acquis. C'est à ce labeur immense monastiques qui furent composées par les soins des que nous nous sommes consacré, en assurant d’abord congrégations intéressées ». Pour apprécier de quel la continuation, puis la réédition des travaux de Quétif secours peut être cet ouvrage aux érudits de l’histoire et d’Echard. théologique et philosophique, on ne doit pas oublier le rôle prépondérant des prêcheurs dans tout le cours j Th. Bonnet, kpecirien d'une nouvelle édition d’Echard, Lyon, du moyen âge. C'est dans les Scriptores que l’on trou­ 1885, p. 1-6. R. COULON. vera sur les théologiens de l’ordre de saint Dominique | ECHELLENSIS. Voir Abraham, t. 1, col. 116-118. les renseignements les plus authentiques et les plus nombreux. La valeur de cet ouvrage, au point de vue ECK Jean, Ilans Maier, né â Egg sur la Gunz. en critique, ressort d'ailleurs de son mode de composition. Souabe, le 15 novembre 1486, prit de son pays natal le Ainsi que nous l'avons dit, il fut commencé par le surnom de Eckiusou Eccius. Il commença ses études P. Quétit, qui mourut à l’âge de 78 ans. Ce religieux chez son oncle, curé de Rothenbourg, et les continua avait passé sa vie entière à recueillir les matériaux de aux universités de Heidelberg, Tubingue, Cologne, son histoire. Il procéda au dépouillement systématique enfin Fribourg-en-Brisgau. Sentenliarius en 1506, il de toutes les sources imprimées; poui’ cela, il com­ fut ordonné prêtre à Strasbourg en 1508. Appelé deux pulsa toutes les histoires ou annales tant ecclésiastiques ans plus tard â Ingolstadt, il devint bientôt l’un des que civiles de l’Italie, de l’Espagne, de l'Allemagne, de professeurs les plus célèbres de l’académie bavaroise, la Belgique, de la Grande-Bretagne, de l’Irlande et dont il fut le prorecteur, puis le recteur, et où il en­ surtout de la Erance. Déjà en possession de la vraie seigna jusqu’à sa mort, 10 février 1543 méthode bibliographique, il avait travaillé à se pro­ Eck fut un humaniste de talent, sachant le grec et curer les catalogues des principales bibliothèques dans l'hébreu. Il se livra avec succès à l'étude de la géogra­ tous les pays, en même temps que de celles des autres phie. Mais son renom comme théologien et polémiste ordres religieux. Il compléta ces données par de a rejeté dans l’ombre ses autres travaux. Dès 1514, il nombreux voyages en Belgique, sur le Rhin et surtout publiait le Chrysopassus predestinalionis[^fva6npaaot, dans les différentes provinces de France; il entrete­ Apoc., xxi, 20, la dixième pierre précieuse des murs nait en même temps une correspondance littéraire très de la Jérusalem céleste], dans lequel il étudiait les étendue à l’étranger. Lorsque l’œuvre fut remise aux mains d’Echard, celui-ci orienta ses recherches surtout problèmes de la prédestination et de la grâce. S’atta­ chant à saint Bonaventure, il admettait la doctrine de vers les deux premiers siècles de l’ordre et commença la prédestination et de la réprobation conditionnelles une véritable chasse aux manuscrits. 11 n’est pas indiffé­ comme la plus satisfaisante. La même année, il pre­ rent de connaître quels fonds le retinrent plus long­ temps. Il dépouilla successivement la bibliothèque nait part aux discussions sur le prêt à intérêtqui soule­ Royale, alors la plus riche d’Europe, la bibliothèque vaient l’Allemagne. Contre Cochlæus et Adelmann, il Colbert, alors possédée par Jacques Colbert, arche­ soutenait la légitimité du taux de 5 p. 100, ce qui lui vêque de Rouen, la bibliothèque de Saint-Victor, où il valut, de la part de ses adversaires, le surnom de thêopasse en revue plus de 1500 manuscrits, la bibliothèque logien des Fugger. Il écrivit sur ce sujet un long traité de la Sorbonne, où il consulta plus de 1200 mss. ; même resté manuscrit. les maîtres de Sorbonne, justes appréciateurs de sa Mais c’est sa polémique contre Luther qui le mit en science paléographique, lui demandent de composer le relief. En réponse aux 95 thèses sur les indulgences, catalogue de ces mss. Il passe également en revue la il communiquait à l’évéque d’Eichstâtt, sous le titre bibliothèque du Collège de Navarre, celle du collège d'Obelisti, de courtes remarques où il maintenait le ca­ dit de Maître Gervais, du collège de Cholet. Les biblio­ ractère et la valeur des indulgences et le pouvoir de l’Église sur elles. Luther y répondit par les Asteri'i-i. thèques des monastères l’occupent aussi beaucoup, en Dès lors Eck n’eut de repos qu’il n’eût provoqué une particulier celles de l’abbaye de Saint-Germain-desdiscussion publique sur le sujet. Ce fut la dispute de Prés, des Augustins où il étudie 300 mss. La biblio­ thèque du couvent dominicain de Saint-Jacques ne lui Leipzig. Contre Carlstadt, Eck soutint la nécessité d’un concours de la grâce et de la volonté pour toute action fut presque d’aucune ressource. En relations conti­ nuelles avec Bernard de Montfaucon, il eut par lui les méritoire; contre Luther, il défendit l’autorité du pape catalogues dressés avec soin des mss. de diverses bi­ et l’origine apostolique de la primauté. Les théologiens de Leipzig lui attribuèrent la victoire. H développa ses bliothèques, en particulier des collections de SaintMarc et du couvent des servîtes de Florence. Il s’était raisons dans un volumineux traité De primatu Petri adversus Luderum, Ingolstadt, 1520, qu’il alla lui— également procuré les index des manuscrits de la riche méme présenter au pape. Il poussa activement à la bibliothèque du couvent de Toulouse, ainsi que de condamnation du novateur, et fut chargé, avec Aléandre celle de Clermont qui comptait alors une collection de 379 mss. Il revoit aussi les catalogues des diverses bibllioetCaracciolo.de publier en Allemagne la bulle Exurge, qui le condamnait. Cette mission lui procura beaucoupde hèques d’Europe, en particulier. d'Angleterre, d'Augsbourg, de Bâle, deLeipzig, de Suede, etc. Enfin il bénéficia déboires et faillit lui coûter la vie. Dans les années qui ‘2057 ECK — ECKART .suivent, il fait paraître de nombreux ouvrages dont les principaux sont le De pænitenlia et confessione secreta, s. 1. n. d.; le De sacramentis, dans lequel il défend l'ouvrage du roi d’Angleterre contre les réformateurs; le De purgatorio, le De satisfactione et le De initio pænitenliæ, tous publiés à Rome en 1523. 11 intervient auprès de Charles-Quint et du duc de Bavière pour obtenir la répression de l’hérésie. En 1525, il imprime à Landshut son principal traité : Enchiridion locorum communium, dirigé contre les Loci de Mélanchthon. Il y coordonne tous les textes scripturaires et patrisliques nécessaires à la défense des dogmes attaqués par les protestants. L'Enchiridion eut 46 éditions en un demi, siècle. La Suisse allait lui fournir de nouveaux adversaires. Il prend part à la dispute de Baden (1526) contre Zwingle et défend contre lui la doctrine traditionnelle sur l'eucharistie. Il donne sur ce sujet le De sacrificio missæ (1527) et divers traités ou sermons traduits en allemand qui paraissent à Ingolstadt de 1530à 1533.11 discute à Augsbourg contre Mélanchthon en 1530 et rédige avec quelques autres théologiens catholiques la Confutatioaugustanæ Confessionis. Il publie en même temps la Repulsio articulorum Zivinglii et entreprend une traduction complète de la Bible en allemand. Elle voit le jour en 1537. En 1540, il est invité aux travaux préliminaires du concile que l’on croit prêt à s’ouvrir. On le trouve aux colloques de Haguenau, de Worms et de Ratisbonne. Dans ce dernier il s’oppose énergique­ ment aux concessions que les partisans de la concilia­ tion, Contarini, Pilug et Gropper, voulaient faire à iceretà Mélanchthon. Il se trouve ainsi d’accord avec Luther qui traitait alors ceux-ci de faux frères. Ses der­ niers ouvrages, Apologia pro principibus catholicis, Ingolstadt, 1542, et Replica Eckii, ibid., 1543, sont dirigés contre Bucer. Cette activité littéraire prodigieuse, ses nombreuses missions ne l'empêchent pas de se livrer aux travaux du ministère pastoral. Curé de Saint-Maurice, puis de Notre-Dame d’Ingolstadl, il déploie un grand zèle pour l instruction de ses paroissiens. En l’espace de six ans, i1 ne leur donne pas moins de 476 sermons. Il a laissé ce cette activité un curieux monument dans son Cura animarum, où l’on trouve les détails les plus précis sur son œnvre pastorale. Tout cela suffit à rendre très suspectes les accusations dont ses adversaires l’ont chargé et que les historiens protestants ont complai­ samment accueillies. Il n’est pas de vice qu’ils ne lui aient attribué. A part un naïf amour du paraître, au­ cune de ces accusations ne semble fondée. Eck demeure l'un des plus grands théologiens catholiques du xvt’ siècle. Laemmer, Vortridentinische Théologie, 1858; Wiedemann, J. Eck, Ratisbonne, 1863 : Schneid, J. Eck und lias Zmsverbot, dans Histor.-polilische Blatter, 1891, p. 241 sq. ; Friedensburg, X'untialurberichie, t. 1, p. 1-4; Seitz, Der authenlische Text der Leipziger Disputation, 1903 : Greving, J. Eck, alsjunger Gelehrter, Munster, 190G; Id., J. Ecks Pfarrbuch, Munster, 1908. A. Humbert. ou Aycard, Eccard, Eckard, Eckardt, Eckehard, Ekart, dit maître Eckart ou Eckart l’ancien, mystique allemand, né vers 1260, mort probablement en 1327. — I. Vie. IL Œuvres. III. Doctrines. 1. Vie. — Quétif et Echard disent, Scriptores ordinis prædicatorum, Paris, 1719, t. i, p. 507, que maître Eckart était saxon, originaire de la Thuringe. Pierre de Nimègue, dans la préface de son édition des œuvres de Tauler, Cologne, 1545, le dit natif de Strasbourg. A.Jundt, Essai sur le mysticisme spéculatif de maître Eckart, Strasbourg, 1871, p. 39, et Histoire du panhéisrne populaire au moyen âge et au XVI· siècle,Paris, 1875, p. 57, a essayé d’établir qu’il faut accepter l'indi­ 1. ECKART 2058 cation de Pierre de Nimègue. La plupart des critiques, principalement W. Preger. Geschichte der deutschen Mystik im Miltelalter, Leipzig, 1874, t. t, p. 325, ont maintenu la valeur du renseignement fourni parQuétil et Echard. Une découverte du P. Denille a confirmé cette manière de voir; il semble maintenant démontré que maitre Eckart naquit à Hochheim, à deux milles de Gotha. Cf. H. Denille, Die Heimal Meister Eckeharts, dans Archiv fur Litleratur und Kirchengeschichte des Miltelallers, Berlin, 1889, t. v, p. 349-364. Eckart entra chez les dominicains, à une date inconnue. Il inaugura, sa vie religieuse au couvent d’Erfurt, d'où, son noviciat fini et ses premières études achevées, il se rendit à Cologne, afin d’étudier la dogmatique. Plus lard, nous le retrouvons prieur à Erfurt, et vicaire de la province de Thuringe (1298). En 1300, il va poursuivre à Paris ses études théologiques et prendre ses grades, tout en remplissant les fonctions de lector biblicus. C’était le temps du conflit entre Boniface VIII et Philippe le Bel Bernard Gui, dans un manuscrit cité par Quétif e Echard, op. cit., p. 507, dit que le pape appela Eckart à Rome et lui conféra lui-même le doctoral. Cf. M. l'éret. La faculté de théologie de Paris. Moyen âge, Paris. 1896, t. ni, p. 454. W. Preger, Geschichte der deutschen Mystik, t. i, p. 333-335, est d’avis qu’il reçut de l'uni­ versité parisienne tous ses grades, sans qu'on ait le droit de conclure qu’il prit parti contre le pape dans la lutte entre Boniface VIII et le roi de France. En 1303, Eckart est nommé provincial de la Saxe, qui vient d'etre érigée en une province dominicaine distincte de la province d’Allemagne. Le chapitre général de l’ordre, tenu à Paris en 1306, se plaint des tertiaires domini­ cains, et admoneste là-dessus les prieurs des provinces de Saxe et d'Allemagne. Jusqu’à quel point cet acte vise l’inlluence possible des béghards sur les terliaires et la responsabilité d’Eckart, c’est ce qu’il est impos­ sible de préciser. En tout cas, s’il fut plus ou moins suspect, Eckart ne le resta pas longtemps ; le chapitregénéral de 1307, tenu à Strasbourg, le nomma vicaire général pour la Bohême, et il était bientôt réélu pro­ vincial pour la Saxe. Le chapitre général de Naples ( · I ) le décharge du provincialat, et l’envoie à Paris ad legendum, pour enseigner, et conquérir la dignitde maitre en théologie. Cf. II. Denille et E. Chatelain. Chartularium universitatis Parisiensis, Paris, 1891, t. nb, p. 148. De là, il passe à Strasbourg, où il se livre à la prédication.C’était le temps où les béghards avaient recruté d’assez nombreux adhérents à Strasbourg et dans le diocèse, et où l’évêque, Jean de Dürbheim. tra­ vaillait énergiquement à leur répression. Voir t n. col. 530, 534·. Ch. Schmidt, Eludes sur le mystic< me allemand au xtv· siècle, Paris, 1847, p. 13, a avancé, mais sans preuves, qu’Eckart « y fut en relations avec les béghards, condamnés en 1317 par l'évêque. > W. Pre­ ger, Geschichte der deutschen Mystik, t. 1, p. 351--NJ, présume même que les mesures de l’évéque de Stras­ bourg contre les béghards ne seraient pas sans que lien avec le départ de maitre Eckart pour Francmrt, là, il aurait été prieur des dominicains, et il aurai: atteint par une lettre d’Hervé, général de l'ordre, le ; 1 donna mission aux prieurs de Worms et de Mayence d'enquêter sur des delationes graves de fratre Ec- . do nostro priore apud Franckefort,et de fratre Theo­ dorico de Sancto Martino, de malis familiaritati'. s suspectis, et, s’il y avait lieu, de sévir en conséquence. Mais H. Denille a démontré, dans Archiv fù> L ralur und Kirchengeschichte des Mittelalters, 1886, t. tt, p. 619, que le frère Eckarl de Francfort n'a que le nom de commun avec maitre Eckart. Rien ne prouve que ce dernier ait été inquiété pour ses doctrines, avant 1326, à Cologne. 11 y était venu professer la théo­ logie au studium generale des dominicains. Le cha­ pitre général de l’ordre, qui se tint à Venise, eu 1325, 2059 ECKART 20 30 d’hérésie. En terminant, le pape disait : « Comme il reçut des plaintes sur des frère < d'Allemagne qui prê­ chaient, en langue vulgaire, des choses qui pouvaient conste par un acte public, Eckart, in fine vitæ suæ, facilement induire en erreur un auditoire ignorant. professant la foi catholique, révoqua et réprouva ces Cf. Ch. Schmidt, Etudes sur le mysticisme allemand au vingt-six articles (les n°s 1-26 condamnés par la bulle), XIV’ siècle, p. 15-16. Peut-être les prédications d’Eckart et, en même temps, tout ce qu’il aurait pu écrire ou furent-elles pour quelque chose dans ces doléances et enseigner, tant dans ses prédications que dans ses le­ dans les mesures qu’elles suscitèrent; mais ce n’est pas çons, qui pourrait engendrer dans l’esprit des fidèles un sens hérétique ou erroné et ennemi do la vraie sûr. Cf. H. Denille, Archiv für Litteratur und Kirfoi..., se soumettant, lui et ses écrits et toutes ses pa­ c.hengeschichte des Mittelalters, 1886, t. n, p. 623. En 1326, Eckart eut alfaire avec l’inquisition épisco­ roles, au jugement du siège apostolique et au nôtre. » pale. Nous ne savons pas s’il fut mêlé, à un titre quel­ Cf. Denille, Archiv für Litteratur und Kirchengesconque, au procès instruit contre les béghards de Co­ chichle des Milteltalters, 1886, t. il, p. 637. On s’accorde logne.Voir t. n, col. 530-531. Mais ce qui est bien connu, généralement à voir dans ces lignes une allusion à l’acte c’est que l’archevêque de Cologne, Henri de Virnebourg, du 13 février 1327; c’est même pour ce motif, parce que après avoir procédé à la répression du béghardisme, cita la bulle de Jean XXII spécifie que la rétractation d’Eckart eut lieu in fine vitæ suæ, que S. M. Deutsch, dans Realmaître Eckart devant son tribunal comme suspect d’hé­ résie. Or, le Ier août 1325, le pape Jean XXII avait encyklopâdie, 3e édit., Leipzig, 1898, ». v, p. 146, dé­ chargé Nicolas de Strasbourg, professeur de théologie clare qu'en l’absence de toute autre donnée sur la mort au couvent de Cologne, conjointement avec un autre d’Eckart (il ne discute ni ne mentionne les indications dominicain, Benoit de Come, de surveiller les maisons de Preger), il faut supposer qu’elle ne fut guère posté­ de la province allemande et de remédier à des abus rieure à l’acte du 13 février. H. Delacroix, Esst-i sur le conlre la discipline. Son mandat ne comprenait pas, du mysticisme spéculatif en Allemagne au xtv* siècle, moins explicitement, l’examen et le jugement des ques­ p. 238, cf. p. 228, estime qu’ «on perçoit, à travers l’am­ tions doctrinales. Il retint cependant par devers lui le biguïté de ce passage » de la bulle, « le désir défavoriser procès d’Eckart, peutéire parce que « l’archevêque une équivoque », et de faire « une rétractation expli­ s’appuyait sur le témoignage de quelques frères de cite particulière el absolue », d’une rétractation « impli­ l’ordre, personnages, du reste, assez suspects. Les dé­ cite, formelle, conditionnelle », Eckart s’étant« réservé sordres que cette dissension devait amener au sein du le droit de réclamer qu’on lui montrât son erreur. » Ce couvent de Strasbourg rentraient dans la compétence » jugement sévère appelle deux réserves. D’abord, il n’est pas exact qu’Eckart se soit soumis à l’Église condi­ de Nicolas de Strasbourg. Cf. H. Delacroix, Essai sur le mysticisme spéculatif en Allemagne au xtv· siècle, tionnellement, pourvu que sa « correction fût légitime 1899, p. 222, note 2. Le 14 janvier 1327, par devant les et qu’on lui prouvât son erreur »; il révoque tout ce inquisiteurs de l’archevêque, un maître en théologie et qui, dans ses écrits ou dans ses discours, pourrait être un franciscain, Nicolas protesta contre une accusation trouvé erroné en matière de foi. si quiderronium (sic) fausse et une enquête insuffisante dans une cause si repertum fuerit, ou susceptible d’un sens fâcheux, quœgrave et ardue. Le lendemain, il protestait de nouveau, cumque reperiri poterunt habere intellectum minus sanum, cf. Denille, Archiv für Litteratur und Kiret déniait à l’archevêque et à ses commissaires le droit de passer outre, pour cette raison que le pape l’avait chengeschichte des Mittelalters, t. n, p. 631, 632; les muni du pouvoir d'enquêter et de juger en toutes choses, deux mots repertum fueri t et reperiri poterunt se rap­ el que les dominicains n’étaient pas soumis à l’inquisi­ portent manifestement à l’Eglise, â qui il appartient de tion épiscopale. Cf.,sur ce dernier point, H.-C. Lea. His­ dire s’il y a, dans les sermons ou dans les écrits d’Eckart, toire de l’inquisition au moyen âge, trad. S. Reinach, des erreurs ou des expressions malsonnantes, et dont Paris, 1903,1.1, p. 410,411, note; L. Tanon, Histoire des [ Eckart, d’avance, accepte le jugement. En outre, est-ce tribunaux de l'inquisition en France, Paris, 1893, bien sûr que la bulle vise l’acte du 13 février? A deux reprises, dans le préambule et dans la finale, la bulle p. 252. Le même jour, il lançait une troisième protes­ tation, et demandait ses apostoli, ou lettres d’appel au porte qu’Eckart a confessé avoir enseigné les vingt-six pape. Maître Eckart à son tour proteste énergiquement articles qui sont condamnés; elle ne fait aucune allu­ contre le procès et la procédure, déclarant qu’on lui sion à la plainte d’Eckart d’avoir été mal compris;elle reproche des doctrines qui ne sont pas erronées et qu’on cite deux propositions qu’on a reprochées à Eckart, or, prolonge à l’excès un procès qui devrait être fini depuis l’une seulement de ces propositions apparaît dans l’acte six mois, que, du reste, il a toujours offert d’obéir au du 13 février, et d’une seconde proposition qui fut objectée à Eckart et qu’il expliqua dans l’acte du 13 fé­ légitime jugement de la sainte Église, et que les commis­ saires épiscopaux n’ont pas ledroitde rouvrir l'enquête vrier la bulle ne dit rien. Bref, entre l’acte du 13 fé­ de Nicolas de Strasbourg, dont les résultats lui ont été vrier 1327 et la bulle du 17 mars 1329 il n’y a pas con­ favorables; il en appelle au pape et réclame ses apo­ cordance. Au lieu de prêter au pape, sans preuves suffi­ stoli (24 janvier). Le 13 février, dans l’église des do­ santes, un mensonge, ne pourrait-on pas admettre tout minicains, il fait lire, en présence d’un notaire, un simplement, avec D. Bernino, Historia di tutte l’herepapier ou il se lavait des accusations d’hérésie, portées sie, Venise, 1724, t. ni. p. 459, que maître Eckart se ré­ contre lui; à mesure qu’un article est lu en latin, luitracta explicitement après le 13 février 1327, et que de même l’expose au peuple en langue vulgaire; il révoque cette rétractation unacte fut dressé qui ne nous est pas d’avance toute erreur sur la loi ou les mœurs qui serait connu, sinon par la bulle de Jean XXII ? trouvée dans ses écrits ou dans ses paroles, et s’explique II. Œuvres. — 1° Ecrits allemands. — Nos éditions spécialement sur deux articles qu’on lui reproche. Le (voir à la bibliographie) des œuvres allemandes d’Ec­ 22 février, l’appel d’Eckart au Saint-Siège est repoussé kart sont très incomplètes et défectueuses. Eckart prê­ comme frivole. Néanmoins, l’aflaire est portée devant cha beaucoup, d’ordinaire en allemand. Il s’adressa à la curie romaine. Eckart n’eut pas le temps d’en voir des auditoires divers : frères de son ordre, frères d’au­ la fin. Il mourut en 1327. Cf. VV. Preger, Geschichte tres ordres, religieuses, béguines, peuple. Les couvents der deutschen Mystik, t. i, p. 362. note 2. Le jugement de dominicaines, en particulier, principalement ceux de Strasbourg — il y en avait sept — l’entendirenl sou­ du Saint-Siège ne fut rendu que le 27 mars 1329. Jean vent. Mais ses sermons nous sont parvenus en assez XXII y déclarait que la conduite de l’archevêque de Co­ logne avait été régulière; il condamnait vingt-huit pro­ petit nombre, et dans un état déplorable, si bien que positions d’Eckart. dix-sept comme hérétiques, les F. Jostes, Meister Eckard und seine Jûnger, Fribourg autres comme mal.->>nm. ces écrits ont été rédigés eu lalin ; les écrits allemands d’Eckart représentent seulement une portion minime de son œuvre. ΠΙ. Doctrines. — 1· Les vingt-huit articles con­ damnés par Jean XXII. — La bulle In agro dominico de Jean XXII, condamnant (27 mars 1329) les erreurs d’Eckart, a été souvent publiée, par exemple par Raynaldi, Annal, ecclesiasl., ad annum 1329, n. 70-72. d'a­ près les registres de Jean XXII aux archives vaticanes. et récemment par H. Denifle, Archiv pûr Lilteralur und Kirchengeschichle des Millelallers, t. n, p 636639. Voici les vingt-huit articles d’Eckart qui en sont extraits, d'après Denzinger-Bannwart, Enchiridion sym­ bolorum, 10· édit., Fnbourg-en-Brisgau. 1908, n. 5fO 529, p. 214-216, reproduisant le texlede Denifle. Interrogatus quandoque quare Deus mundum nun prius produxerit, respon­ dit... 1. Quod Deus non potuit pri­ mo producere mundum, quia res non potest agere antequam sit; unde quam cito Deus fuit, tam cito mundum creavit. 2. Item concedi potest mun­ dum fuisse ab seterno. 3. Item simul «tsem· l quan­ do Deus fuit, quand·· Filium sibicoæternum per omnia coae­ qualem Deum genuit, etiam mundum creavit. 4. Item in omni opere, etiam malo, malo, inquam, tam pœnæ quam culpæ, manifestatur et relucet æqualiter gloria Dei. 5. Item vituperans quempiam vituperio ipso peccato vituperii laudat Deum, et quo plus vituperat et gravius peccat amplius Deum laudat. 6. Item Deum ipsum quis blasphemando Deum laudat. 7. Item quod petens hoc aut hoc malum petit et male, quia negationem boni et nega­ tionem Dei petit, et orat Deum sibi negari. 8. Qui non intendunt res, nec honores, nec utilitatem nec devotionem internam, nec sanctitatem, nec præmium ,nec regnum cælorum. sed omnibus his renuntiaverunt, etiam quod suum est. in illis hominibus honoratur Deus. 9. Ego nuper cogitavi utrum ego vellem aliquid recipere a Deo vel desiderare : ego volo de hoc valde bene deliberare, quia ubi ego essem accipiens a Deo ibi essem ego sub eo vel Interrogé q uelq uefoispou rquoi Dieu ria pas produit plus tot le monde, il a répon­ du... Que Dieu n'a pas pu d'abord produire le monde, parce qu'on ne peut agir avant d’être; d ou des que Dieu fut, aussitôt il créa le monde. De même on peut accorder que le monde fut de toute éter­ nité De même une fois et en même temps que Dieu fut. qu’il engendra son Fils Dieu coéternel et cuégal en toutes choses, il créa aussi le monde De même dans toute autre, même mauvaise, mauvaise, dis-je, tant du mai de la pe ne que de la coulpe, se manifeste et brille également la gi· ire de Dieu. De même celui qui blâme le prochain de manière â com­ mettre le péché cetui-U E ue Dieu par son péché même, et plusil blâme et plus gravement il pèche, plus il loue Dieu. De même celui qui blasphè­ me Dieu loue Dieu. De même celui qui demande ceci ou cela demande du ma· et mal, car il demande la néga­ tion du bien et la négation de Dieu, et il demande a Dieu de se nier soi-même. Ceux qui n'ont pas en tu·: les biens, ni les honneur?, n. l’utilité, ni ta dévetk.. inté­ rieure, ni la sainteté, ni λ récompense, ni le royaume des cieux. mais ont rer.ncé â toutes ces choses, même à ce qui est à eux, c'est en ces hommes là que Dieu est honoré. J'ai récemment pensé a ceci : voudrais-je recevoir quelque chose de Dieu ou le désirer T Là-dessus je veux très bien délibérer, car là où je serais en recevant quelque chose de 2063 infra enm, aient unus famulus vel servus, et ipse sicut domi­ nus in dundo, et sic non debe­ mus esse in æterna vita. 10. Nos transformamur totali­ ter in Deum et convertimur in eum, simili modo sicut in sacra­ mento panis convertitur in cor­ pus Christi : sic ego convertor in eum. quod ipse me operatur suum esse unum, non simile; per viventem Deum verum est quod ibi nulla est distinctio. 11. Quidquid Deus Pater dedit Filio suo unigenito in humana natura, hoc totum dedit mihi : hic nihil excipio, nec unionem, nec sanctitatem, sed totum de­ dit mihi sicut sibi. 12. Quidquiddicitsacra Scrip­ tura de Christo, hoc etiam totum verificatur do omni bono et divino homine. 13. Quidquid proprium est divinæ naturæ, hoc totum pro­ prium est homini justo el divi­ no ; propter hoc iste homo ope­ ratur quidquid Deus operatur, et creavit una cum Deo cælum et terram, et est generator Verbi divini, et Deus sine tali homine nesciret quidquam fa­ cere. 14. Bonus homo debet sic confirmare voluntatem suam voluntati divinæ quod ipse velit quidquid Deus vult : quia Deus vult aliquo modo me pec­ casse, nollem ego quod peccata non commisissem, et hæc est vera pænitentia. 15. Si homo commisisset mille peccata mortalia, si talis homo esset recte dispositus, non deberet velle se ea non commisisse. 16. Deus proprie non præcipit actum exteriorem. 17. Actus exterior non est proprie bonus nec divinus, nec operatur ipsum Deus proprie neque parit. 18. Afferamus fructum actu­ um non exteriorum, qui nos bonos non faciunt, sed actuum interiorum quos Pater in nobis manens facit et operatur. 19. Deus animas amat, non opus extra. 20. Quodbonus homo est uni­ genitus Filius Dei. 21. Homo nobilis est ille uni­ genitus Filius Dei quem Pater aeternaliter genuit. 22. Pater generat me suum Filium et eumdem Filium. Quidquid Deus operatur hoc est unum; propter hoc gene­ rat ipse me suum Filium sine omni distinctione. 23. Deus est unus omnibus modis et secundum omnem rationem, ita ut in ipso non sit invenire aliquam multiludi- ECKART Dieu je serais sous lui ou son inférieur, comme un serviteur ou un esclave, et lui serait comme un maître en me le donnant, et ainsi ne devonsnous pas être dans la vie éter­ nelle. Nous sommes transformés totalement en Dieu et changés en lui, comme dans l’eucharis­ tie le pain est changé au corps du Christ : ainsi je suis changé en lui, parce qu’il me fait son être un et non seulement sem­ blable: par le Dieu vivant il est vrai que là il n’y a aucune distinction. Tout ce que Dieu le Père a donné à son Fils unique dans la nature humaine, tout cela il me l’a donné; ici je n’excepte rien, ni l’union ni la sainteté, mais il a tout donné à moi comme à lui-méme. Tout ce que l’Écriture sainte dit du Christ est vrai en entier de tout homme bon et divin. Tout ce qui est propre à la nature divine est propre en entier à l'homme juste et divin ; c’est pourquoi cet hom­ me opère tout ce que Dieu opère, et il a créé ensemble avec Dieu le ciel et la terre, et il est générateur du Verbe divin, et Dieu sans cet hom­ me ne saurait faire quelque chose. L’homme bon doit conformer sa volonté à la volonté divine en telle sorte qu’il veuille tout ce que Dieu veut : parce que Dieu veut en quelque manière que j'aie péché, je ne voudrais pas, moi, n’avoir pas commis des péchés, et c’est là la vraie pénitence. L'homme qui aurait commis mille pêchés mortels, cet hom­ me-là, s’il était bien disposé, ne devrait pas vouloir ne pas les avoir commis. Dieu ne commande pas, à proprement parler, l’acte exté­ rieur. L’acte extérieur n’est pas proprement bon ni divin, et, à proprement parler, Dieu ne l’opère ni ne le produit. Produisons le fruit non des actes extérieurs qui ne nous rendent pas bons, mais des actes intérieurs que fait et opère le Père demeurant en nous. Dieu aime les âmes, non l’œuvre extérieure. L’homme bon est le Fils uni­ que de Dieu. L’homme noble est ce Fils unique de Dieu que le Père a engendré éternellement. Le Père m’engendre moi son Fils et le même que son Fils. Tout ce que Dieu opère est un ; c’est pourquoi il m’engendre moi son Fils nullement dis­ tinct de son Fils. Dieu est un de toutes les manières et à tous les points de vue, en telle sorte qu’en lui il n’est pas possible de trou- nem in intellectu vel extra in­ tellectum : qui enim duo videt vel distinctionem videt Deum non videt, Deus enim unus est extra numerum, nec ponit in unum cum aliquo. Sequitur : nulla igitur distinctio in ipso Deo esse potest aut intelligi. 24. Omnis distinctio est a Deo aliena, neque in natura neque in personis, quia natura ipsa est una et hoc unum, et quælibet persona est una et idipsum unum quod natura. 25. Cum dicitur : Simon, diligis me plus his? sensus est, id est plus quam istos, et bene quidem sed non perfecte. In primo enim et secundo el plus et. minus et gradus est et ordo, in uno autem nec gradus est nec ordo. Qui igitur diligit Deum plus quam proximum, bene quidem sed nondum per­ fecte. 26. Omnes creaturæ sunt unum purum nihil : non dico quod sint quid· modicum vel aliquid, sed quod sint unun.· purum nihil. Objectum prxterea extitit dicto Ekardo quod prædicaverat duos alios articulos sub his verbis : 27.Aliquid est in anima quod est increatum et increabile ; si tota anima esset talis, esset increata et increabilis, et hoc esti intellectus. 28. Quod Deus non est bonus neque melior neque optimus; ita male dico, quandocumque voco Deum bonum, ac si ego album vocarem nigrum. 2064 ver quelque pluralité réelle ou de raison, car celui qui voit dualité ou voit distinction ne voit pas Dieu, car Dieu est un en dehors du nombre, et il ne compose pas l’unité avec un autre. Conséquence : nulle distinction donc ne peut exis­ ter ou être comprise en Dieu lui-même. Toute distinction est étran­ gère à Dieu, tant dans la na­ ture que dans les personnes, parce que la nature elle-même est une et cela une même chose [que Dieu], et chaque personne est une et cela une même chose que la nature. De cette parole : Simon, m’aimes-t u plus que ceux-ci ? le sens, c’est-à-dire plus que ceux-ci, est bon en vérité mais non parfait. Car dans le pre­ mier et le second, dans le plus et le moins, il y a des degrés et un ordre, mais dans l’unité il n’y a ni degrés ni ordre. Celui donc qui aime Dieu plus que le prochain aime bien mais pas encore parfaitement. Toutes les créatures sont un pur néant : je ne dis pas qu’elles sont quelque chose de modique ou quelque chose, mais qu’elles sont un pur néant. En outre il fut objecté au dit Eckart qu'il avait prêché deux autres articles en ces termes : Quelque chose est dans l’âme qui est incréé et incréable; si toute l’âme était telle, elle serait incréée et incréable, et cela c’est l’intelligence. Dieu n’est ni bon, ni meil­ leur, ni le meilleur; je parle, toutes les fois que j’appelle Lieu bon, aussi mal que si j’appelais noir ce qui est blanc. La bulle porte sur ces articles le jugement doctrinal qui suit : Nos... quindecim primos articulos et duos alios ultimos tanquam hæreticos, dictos vero alios undecim tanquam male sonantes, temerarios et suspectos de hæresi, ac nihi­ lominus libros quoslibet seu opuscula ejusdem Ekardi prae­ fatos articulos seu eorum ali­ quem continentes, damnamus et Reprobamus expresse. Nous... nous condamnons et réprouvons expressément les quinze premiers el les deux derniers articles comme héré­ tiques, et les onze autres comme m a Isonnan ts. lém éra ires et suspects d’hérésie, et, aussi tous les livres et opuscu­ les du même Eckart qui con­ tiennent les dits articles ou quelqu'un d'entre eux. Si le pape met une différence entre les articles 1-15 et 27-28, d’une part, et, d’autre pari, les articles 16-26, c’est, dit-il, que ces derniers peuvent, cum multis expositionibus et suppletionibus, sensum catholicum formare... vel habere. Le sens de ces articles est clair. Seules les propositions 7 et 28 paraissent, de prime abord, obscures. La proposition 28 est une conséquence des propositions précédentes, affirmant que Dieu n’est ni ceci ni cela, mais l’absolu, élevé au-dessus de toute distinction : il en résulte qu’il est au-dessus de tousles noms qu'on pourrait lui donner, qu’aucun ne lui con­ vient, pas plus celui de « bon » que son contraire. Quant à la proposition 7, elle s’éclaire par un passage des écrits latins qu’a édités Denille, Archiv fur Lit teratur und Kirchengeschichle des Mittelalters, t. il, p. 682 : demander une chose en particulier, une chose créée quelconque, c’est demander un non être, car toute créa- 2063 ECKART ture est, selon son existence particulière, un non-être, et donc la demander à Dieu, c’est demander la negation de Dieu. Cet article n’est pas le seul qui se retrouve dans les œuvres latines d’Eckart. Deniîle y a relevé la formule des articles 1 à 7,16 à 19, 23, 25. Il est pro­ bable qu’on s’est également servi des écrits allemands pour dresser la liste des erreurs d’Eckart. Les articles 27 et 28 sont empruntés à ses sermons, prædicaverat duos alios articulos sub his verbis, et Ch. Schmidt, Etudes sur lemysticisme allemand au Xtv· siècle, p. 19, 32, 37. 40,41,51, 56,76. 78, 79, 83, 85, 88, 90. 91,93, a signalé l’équivalent de la plupart des articles dans les œuvres allemandes qui lui sont attribuées. Les articles reproduisent-ils fidèlement la pensée d’Eckart’’Dans sa protestation du 24 janvier 1327, Eckart réclama contre la procédure; quant aux articles incriminés, il se plai­ gnit non de ce qu'on les lui prêtait à faux, mais de ce qu’on les déclarait erronés dans la foi alors qu’ils ne l’étaient point. Cf. Denifle, p. 628. Dans l’acte du 13 février 1327, il s’expliqua sur deux points où on l’avait mal compris. On lui faisait un grief d’avoir prêché mini­ mum meum digitum creasse omnia; Eckart dit : illud non intellexi, nec dixi prout verba sonant, sed dixi de digitis illius parvi pueri Jhesu. En outre, tout en maintenant que l'âme, si elle était intellect par essence, serait incréée, ce qu’il entendait secundum doclores meos collegas, c’est-à-dire conformément à l’enseigne­ ment des docteurs dominicains, il observait: nec etiam unquam dixi, quod sciam, nec sensi quod aliquid sit in anima, quod aliquid sil animæ, quod sit increalum et increabile, quia tunc anima esset peciala (= faite de pièces) ex creato el increalo, cujus opposi­ tum scripsi et docui, nisi quis vellet dicere increalum vel non creatum, id est non per se creatum sed con­ creatum. Cf. Denille, p. 631-632. La bulle de Jean XXII ne semble pas avoir tenu grand compte de ces explica­ tions. Le premier de ces deux articles se retrouve, sous une forme adoucie mais, en somme, équivalente, dans l’articte 13 condamné par la bulle; le second figure à peu près tel quel dans la bulle sous le n. 27. Il est vrai que les explications d’Eckart ne paraissent ni pleine­ ment satisfaisantes en elles-mêmes ni en parfait accord avec ses écrits. A tout prendre, et quitte à voir de près quelques détails, on peut dire que « les vingt-huit pro­ positions se trouvent dans lesfécrits latins ou allemands de maître Eckart. » H. Delacroix, Essai sur le mysti­ cisme spéculatif en Allemagne au xiv siècle, p. 236. 2» Le mysticisme d’Eckart. — Manifestement les articles condamnés par Jean XXII sont imprégnés de panthéisme. Par ailleurs, il est entendu que maître Eckart doit être classé parmi les mystiques. Quelle est la nature de son mysticisme? jusqu’où va son pan­ théisme? jusqu’à quel point il a suivi la scolastique ou, s’écartant d’elle, il a frayé les voies à la Réforme et à la philosophie de Hegel? ce sont là autant de questions qu’on a discutées et sur lesquelles l'entente n’est pas encore faite. 1. Opinions. — Sans parler des disciples immédiats d’Eckart, tels que Tauler et Suso (voir à la bibliogra­ phie), qui lui gardèrent un souvenir fidèle et le pro­ clamèrent un théologien admirable, il se rencontra des dominicains qui vantèrent sa doctrine et essayèrent d’atténuer ce qu’elle eut de répréhensible, par exemple, Bzovius, Annal, ecclesiasl., ad annum 1337, n. 14; Quétif et Echard, Scriplores ordinis prædicatorum, t. I, p. 507. Raynaldi, Annal, ecclesiasl., ad an­ num 1329, n. 70, 72, fit une charge à fond contre maître Eckart, qu'il traita de blasphémateur et d’hérésiarque. D. Bernino, Historia di lutte l'heresie, t. ut, p. 459460, tint le milieu entre ces opinions extrêmes, et le dominicain Noël Alexandre, Hist, ecclesiasl., édit, de Mansi. Venise, 1778, t. vin, p. 80-81, protesta contre les éloges de Tauler et de Bzovius. La plupart des histo­ 2066 riens qui s’occupèrent de maître Eckart ne le firent guère qu’en passant, et se bornèrent à rappeler les ar­ ticles condamnés par Jean XXII. Voir encore Schrôdl dans Kirchenlexikon, 1« édit., trad. I. Goschler, Dic­ tionnaire encyclopédique de la théologie catholique, 3e édit., Paris, 1869, t. vn, p. 66-67. Avec Ch. Schmidt s’ouvrit la période scientifique des recherches relatives aux doctrines mystiques du moun âge. Dans plusieurs travaux, mais principalement dans ses Éludes sur le mysticisme allemand au xrvl siècle, lues à l’Académie des sciences morales et politiques d'octobre 1845 à janvier 1846, et publiées en 1847, il s’appliqua à dégager la physionomie intellectuelle d’Eckart el à préciser l’étendue de son rôle. Or, d’après Schmidt, p. 31, « la doctrine tout entière de maître Eckart peut se résumer en ces mots : Dieu seul est, rien n’est hors de lui; toute existence finie n’est qu’apparence, et n’existe qu’autant qu’elle est en Dieu et qu'elle est Dieu lui-même, ce qu’elle est quand elle est dépouillée de sa forme contingente; pour arriver à cette connaissance, il faut faire abstraction de tout ce qui est fini, il faut que l’esprit de l’homme annule toutes les bornes de sa nature, en se détournant de tout ce qui est créé et en renonçant à son propre moi. » C’est le panthéisme pur, et non point partiel, mais in­ tégral, systématique, englobant tout : entre les per­ sonnes divines, comme entre Dieu et la création, pas de différence réelle. Schmidt conclut son exposition détaillée du système eckarlien par ces mots, p. 100 : « C’est le panthéisme idéaliste le plus absolu, bien différent de cet autre panthéisme qui établit une gros­ sière identité objective entre Dieu et le monde visible, et où ce dernier conserve son existence matérielle, car Dieu est seul; hors de lui rien n'existe; tout ce qui semble être hors de lui n’est qu’un contingent, un phénomène ; le fini, comme dit Hegel, n'est qu'un moment de la vie divine. Le monde, il est vrai, est la création, ou plutôt la manifestation, l’apparition exté­ rieure de Dieu; mais il est tout cela éternellement, né­ cessairement, sans celte manifestation, Dieu n'est pas ce qu’il est, bien qu’elle ne soit rien en elle-même : elle rentre éternellement en Dieu. » Ce n’est pas par hasard que Schmidt nomme Hegel; il dit à plusieurs reprises, p. 9, 11, 26, et il s’elforce de démontrer, dans les p. 256-278 qui terminent son volume, que les ana­ logies « sont frappantes » entre (’hégélianisme et le mysticisme eckartien, p. 257. Cf. H. Martensen, Meister Eckart, eine lheologische S ludie, Hambourg. 1842. qui le premier avait développé cette thèse. Et. si la philo­ sophie de Hegelestl’aboutisse mentlogiquedesdoctrines d’Eckart, cet t homme d’un grand génie que fut Eckart dépendit de la secte des Frères du libre esprit (voir ce mot), dont il voulut transplanter le « mysti­ cisme panthéiste » sur le sol de l’Église, « en réunissant en un système spéculatif leurs idées populaires et peu cohérentes, »p. 5, 21 ;cf. p.6, 15, 28,82-83. 101,276. En outre, Eckart protesta « contre le mérite que l'Église attribuait aux bonnes œuvres », p. 84, ce qui revient â dire qu’il fut un précurseur de la Réforme. Du reste, il croit être et veut être parfaitement orthodoxe; il bat en brèche la foi catholique, mais sans en avoir con­ science. Cf. p. 99. Les Eludes de Schmidt firent époque. Cf. déjà B. Saint-Hilaire, dans Compte tendu des Séances et travaux de ΓAcadémie des sciences morales el politiques, Paris, 1846, t. tx, p. 487-497. Au premier rang des travailleurs de son « école » il convient de citer Aug. Jundt (voir à la bibliographie). Les conclu­ sions de Schmidt ont passé, en tout ou en partie, dans une foule de livres, dont les auteurs le nomment et se réclament de lui, cf., par exemple. Puyol. La doctrine du livre De Imitatione Christi, Paris, 1881, p. 406-109, et L'auteur du livre De Imitatione Christi,!, La con­ testation, Paris, 1899, p. 375-380; P. Janet el G. Séailles. 2067 ECKART Histoire de la philosophie, 2' édit., Paris, 1894, р. 836-837, ou s’inspirent de lui sans le nommer, с. .. par exemple, E. Gebhart, De l’Italie, 4876, p. 51. Pour caractériser Eckart, les historiens de la philoso­ phie appartenant aux écoles les plus opposées prirent l’habitude de se servir de l’étiquette de mysticisme panthéiste. Cf., par exemple, A. Fouillée, Histoire de la philosophie, 5° édit., Paris, 1887, p. 213; A. Weber, Histoire de la philosophie européenne, 7· édit., 1905, p. 264; le cardinal Zéph. Gonzalez, Histoire de la philosophie, trad. G. de Pascal, Paris, 1890, t. n, p. 427-428. Ce dernier parle aussi de quiétisme, en quoi il imite Noël Alexandre, Hist, ecelesiast., t. vin, p. 80, lequel signale comme quiétistes les articles 7, 8, 9, 10, 14, condamnes par Jean XXII. Réaction contre la scolastique, profession d’un mysticisme panthéiste, inauguration d'une philosophie nouvelle qui se serait épanouie dans l'idéalisme allemand du xtx* siècle, telle serait l’œuvre d’Eckart. Volontiers les écrivains pro­ testants ajoutaient que les mystiques du xiv« siècle tra­ vaillèrent simultanément « à la ruine de la scolastique et à la préparation de la Réforme. » F. Ronifas, His­ toire des dogmes de l’Église chrétienne, Paris, 1886, t. n, p. 285. Cependant une étude d’Eckart plus approfondie et basée sur la connaissance d’œuvres nouvellement éditées conduisait à des conclusions différentes W. Preger, qui faisaitd’Eckart comme le centre deses travaux sur la mystique allemande du moyen âge, et s’élevait contre l’interprétation panthéiste de la doctrine eckartienne; il montrait que telle théorie sur la créa­ tion du monde ou sur les idées, considérée comme la pure expression du panthéisme, était reproduite de saint Thomas d’Aquin, cf. Geschichte der deutschen Myslik ini Mittelalter, 1.1, p. 394, et de l’enseignement de maître Eckart sur la création du monde et sur la nature de l'âme, comme sur l’union mystique de l’homme avec Dieu, il se refusait à conclure que le panthéisme fût la caractéristique. Cf. p. 442. Qu’il ait été ébranlé par les arguments de Preger ou qu’une autre cause ait agi sur son esprit, toujours est-il que Ch. Schmidt modifia ses posilions. Dans son Précis de l’histoire de l’Église d'Occident pendant le moyen âge, publié en 1885, Paris, p. 297, il écrivit : « En ne s’arrêtant qu’à quelques-unes de ses propositions, on pourrait le prendre pour un panthéiste; mais il en a d'autres ou il mainlient la différence essentielle entre le créateur et la créature, et où il déclare que l'union avec Dieu n’est qu’un don de la grâce; il était persuadé qu’en attribuant à certaines de ses paroles un sens hérétique on en donnait une fausse interprétation; mais il faut convenir qu’en les prenant à la lettre et en les séparant de celles qui les mitigeaient on pouvait les trouver dangereuses. » En 1886, le P. Denille en­ trait en lice, avec sa fougue habituelle et son vaste sa­ voir; ainsi que dans d’autres circonstances et dans d’autres sujets il renouvelait ia question. Cf. Archiv fur Lilteratur und Kirchengeschichte des Mittelalters, t. n, p. 417-687. Il commençait par cette obser­ vation que jusqu’alors on ne connaissait Eckart que par ses œuvres allemandes, et constatait qu’on n'avait fait aucun effort pour suivre la trace de ses écrits latins de crainte, peut-être, qu’il ne s’y révélât comme un scolastique. Après cette entrée en matière assez agressive, il racontait les circonstances dans lesquelles il avait lui-mêine découvert des fragments latins d’Eckart. Il s’attachait à établir que l’œuvre latine d’Eckart fut considérable en étendue et en importance, que là seulement on peut puiser la connaissance de sa vraie doctrine, que l’œuvre allemande ne vient qu’en seconde ligne, n’ayant rien de systématique et s’adres­ sant à des âmes à la fois peu éclairées et portées aux raffinements d'une pi't·'· subtile. Or. il apparaît que j I | i ! ! 2068 maître Eckart a suivi constamment, durchweg, p. 421, la méthode scolastique et reste sur le terrain sco­ lastique; il est, au fond, un scolastique. Il s’inspire de saint Thomas; ses thèses fondamentales sur Dieu « acte pur », sur les rationes creaturarum en Dieu et les idées divines, sur la création, sur l'esse reruni, ne sont que du thomisme. Il ne fut donc pas un panthéiste. Sans doute, il est obscur, même dans ses œuvres latines, et il n’est pas exempt de lacunes, d’incohérences, de formules dangereuses; il s’écarte, sur plus d’un point, de la tradition scolastique, mais ce sont là fai­ blesses et inconséquences de détail, applications dé­ fectueuses d'un système orthodoxe. Ce qui a trompé ses historiens, ses admirateurs, c’est leur profonde igno­ rance de la scolaslique. Ad. Harnack, Lehrbuch der Dogmengesehich le, 3e édit., Fribourg-en-Brisgau, 1897. t. m, p. 394, note, a qualifié les travaux de Denille d’epochemachend, « parce qu'ils ont montré que maître Eckart, dans ses écrits latins, est dans la dépen­ dance complète de saint Thomas, et qu’il lui doit ce qu’il a de mieux. » Et, naguère, un protestant bien in­ formé, M. H. Lichtenberger, disait, dans un cours â l’université de Paris : « Les thèses du P. Denille, ses recherches si érudites et si solides sur les sources de la pensée du mystique allemand, ont fait impression sur ceux-là aussi qui ne reconnaissent pas saint Tho­ mas pour leur maître et ne tiennent pas la philosophia perennis pour le dernier mot de la sagesse humaine. La critique protestante ou indépendante s’est volontiers ralliée aux conclusions du savant dominicain. » Cf. D.P., dans Revue des cours et conférences, 19 mai 1910, p. 443. Des catholiques également ont adopté les vues de Denitle, quitte à aller parfois un peu moins loin que lui. Citons, entre autres, F. Jostes, Meister Eckart und seine Jünger, p. vu; H. Hurter, Nomen­ clator, Inspruck, 1899, t. iv, col. 504; 3“ édit., 1906, t. n, col. 616; P. Mandonnet, dans Bulletin critique, 25 janvier 1901, p. 47. Tout le monde, pourtant, n’a pas suivi Denitle dans sa conclusion principale, si tout le monde a reconnu que ses travaux étaient d’un grand poids et méritaient d’être pris en sérieuse considération. Nommons, parmi les catholiques, P.-E. Puyol, L’auteur du livre De Imitatione Christi, I, La contestation, p. 380. 401; M. de Wulf, qui juge que maître Eckart .· peut diffi­ cilement se soustraire au reproche de panthéisme, ■> Revue d’histoire et de littérature religieuses, Paris, 1902, t. vit, p. 540: cf. Histoire de la philosophie médiévale, 2« édit.. Louvain. 1905, p. 482: A. Auger, dans Revue d’histoire ecclésiastique, Louvain. 1901, t. Il, p. 610, 611. Parmi les protestants, il suffira de mentionner A. Borner, Grundriss der Dogmengeschichte, Berlin, 1899, p. 340-341, qui déclare, il est vrai, qu’avec ces mots tranchants de panthéisme et autres on fait très peu de chose, mais, d'autre part, admet que Hegel se rattache à Eckart: S. M. Deutsch, dans Realencyklopâdie, 3" édit., t. v, p. 143, lequel, à l’instar de Harnack, appelle epochemachender l’impor­ tance des travaux de Denifle, mais ne pense pas que ses conclusions s’imposent, cf. p. 150; A. Lasson qui, ayant à traiter d’Eckart dans Ueberweg-Heinze, Grundriss der Geschichte der Philosophie, 9e édit., Berlin, 1905, t. n, p. 350-370, a maintenu le fond de son Meis­ ter Eckart der Mystiker, publié à Berlin, en 1868, et vu en lui, le « précurseur de la science nouvelle », celui qui « a préparé par son éthique la Réforme, par sa métaphysique la spéculation allemande ultérieure, » p. 368, 369. Mais surtout la thèse de Ch. Schmidt a été reprise, complétée, améliorée par M. H. Delacroix dans son remarquable Essai sur le mysticisme spéculatif en Allemagne au xtv· siècle. A Denitle il accorde nue « la mystique d’Eckart ne se développe pas en conllit radical avec la scolastique, » que « la culture et la 2069 ECKART méthode scolastique n’ont point été étrangères à son esprit, » mais il croit et il tâche de prouver que « les œuvres allemandes ou latines d’Eckart expriment, au fond, les mêmes idées essentielles, que l’unité de sa doctrine persiste, » et que cette unité réside dans le panthéisme, que maître Eckart « prétend expliquer toutl’Être par l’Ètre seul, assistera son développement, suivre le mouvement par lequel la divinité sort de soimême, se fait Dieu et s’achève dans l’univers, » p. 156, 157, 158, 286; cf. p. 147, note, 219, 236-237, 276-287. La « genèse divine... est le problème capital pour Eckart, » p. 278, note, « le commencement el la fin de son sys­ tème, » p. 273; cf. p.173, 202,283, 287. Eckart s’inspire du néo-platonisme, « sur tous les points essentiels, il est d’accord avec Plotin et Proclus, » p. 210, mais il corrige heureusement le néo-platonisme et ouvre « la voie qu’a suivie la philosophie allemande, » p. 259; cf. p. 15, 253. Il ne faut pas exagérer, comme l’ont fait des historiens, l’infiuence de la mystique du XIVe siècle sur les origines du protestantisme, spécialement par l’inter­ médiaire du petit livre de la Théologie allemande, que Luther publia, pour une partie d’abord, en 1516, puis intégralement en 1518 (la meilleure édition est celle de F. Pfeiffer, Stuttgart, 1851 ; 2· édit.,1855; cf. UeberwegHeinze, Grundriss der Geschichte der Philosophie, 9- édit., t. n, p. 354, 369, et F. Cohrs, dans Realencyklopâdie, 3e édit., Leipzig, 1907, t. xix, p. 626-631). Toutefois, la mystique d’Eckart, en regardant l’âme comme « divine par nature..., n’a pas besoin d’une ré­ demption, d’une intervention nouvelle de Dieu dans une création déchue... Tout cela, grâce, foi, prière, et les sacrements, et l’humanité du Christ, et l’autorité du prêtre, et les visions mêmes, où le monde d’en haut semble s’ouvrir et se révéler, tout cela est plutôt un obstacle à l’âme qu’un encouragement et un aide... A cette hauteur, toute action cesse. L’homme se sanctifie par ce qu’il est et non par ce qu’il fait... Tous les hommes sont un homme, et cet homme est Dieu... Le Christ est, pour Eckart, le symbole de cette unité mo­ rale del’humanité, la plus haute puissance de l’homme... Que servent alors les sacrements et l’Eglise?... La philosophie d’Eckart s’arrête à la liberté de conscience, à la personnalité, aux œuvres indépendantes du génie moral... La mystique eckartienne... exclut le dogme et le mystère...; elle demeure, du reste, libre de toute servitude, de tout attachement trop étroit à la lettre des systèmes. » p. 207, 212, 214, 215, 273, 274, 275. Bref, ce .-· "I d. jà le protestantisme dans quelques-unes de ses ni es essentielles, en route vers lesthéories extrêmes du protestantisme libéral. Quant à la scolastique, F.ckart n’y adhère qu’en apparence; là où ses formules s accordent avec celles de saint Thomas, à voir les choses de près, on s’aperçoit que ses définitions « sont tout extérieures, » p. 283, et, « s’il a... de nombreux points d’affinité avec le thomisme, l’idée même de sa doctrine l’en distingue radicalement, » p. 286. 2. Critique. — a) Remarques préliminaires. — Il va de soi que, dans l’état actuel du texte d’Eckart, étant donné le peu de sécurité qu’il présente au point de vue de l’authenticité et de la correction, tenant compte de l'impossibilité où nous sommes d’en fixer la chrono­ logie, nous ne pouvons porter un jugement de tout repos sur l’œuvre doctrinale d’Eckart. Ajoutons qu’il ne faut pas voir trop facilement du panthéisme partout. Quoi qu'il en soit du sens du stoïcien Aratus, â qui saint Paul a emprunté l’In ipso enim vivimus et mo·.■■>,,«>· et sumus, Act., xvn, 28, dont il a fait un usage parfaitement orthodoxe, voir t. ni, col. 2055. l’abus serait grand à interpréter comme entachées de pan­ théisme des formules, devenues classiques chez les théologiens et les mystiques les plus sûrs et les plus exigeants en matière d’orthodoxie, relatives à la préence et â la vie de Dieu en nous, à l’union entre Dieu I | \ I | | , ' 2070 et l’homme, à la participation de la vie divine par la grâce, etc. Cf., par exemple, les belles pages de Cli. Sauvé sur l'homme intime, dans Elévations dogmatiques, t. v et vi. Ce péril, beaucoup ne l’ont pas évité parmi les critiques protestants ou « indépendants ». On a souveut constaté que les « bénédictins laïques » avaient de la peine à comprendre certains détails de la vie de l’Église et les textes qui les rapportaient ; à plus forte raison il est difficile à ceux qui « ne sont pas de la maison » de saisir les délicatesses du dogme et de présenter, dans un jour exact et avec les nuances qu'elle comporte, l’histoire des doctrines religieuses. Denille a plusieurs fois montré l’incompétence des savants du dehors en matière de scolastique et de mysticisme. D'après P. Mandonnet, Bulletin critique, 25 janvier 1901, p. 46, « fréquemment M. Delacroix ne saisit pas le sens des propositions d’Eckart.. Au fond, M. Delacroix qui est un esprit fort distingué, et sans doute très expert dans la philosophie moderne ne connaît pas suffisamment les doctrines médiévales, et c’est là, croyons-nous, la cause de toutes ses méprises. » P. Mandonnet cite un exemple. « M. Delacroix se trouve-t-il en présence de cette formule : Dieu ne détruit pas la nature, mais il la parfait? il traduit : « Elle [la fécondité de la vie divine] « ne détruit pas, elle crée le monde, » p. 216. Il y a ici deux erreurs. Le mot nature ne signifie pas le monde ou le cosmos, mais la constitution essentielle, intrin­ sèque de chaque chose. De même encore parfaire une chose, volbringen, puisque c’est le mot qu'Eckart ne cesse d’employer, ne veut pas dire créer, mais achever, parfaire, consommer. Dans un des endroits auxquels M. Delacroix nous renvoie, Eckart ajoute immédiate­ ment : « La grâce aussi ne détruit pas la nature, mais « elle la complète, » ce qui est un lieu commun de la théologie. » Pareillement, pour M. Delacroix. « la thèse dernière du mysticisme, c’est, au fond, l’identité de l’intuition et de l’action...; le Dieu de la mystique, audessus de l'acte et de sa puissance, de ce qui est > t de ce qui n’est pas, prêt à tout être, se meut selon l'abso­ lue liberté, » p. 15,14. Que ces expressions conviennent au mysticisme panthéiste et idéaliste, c’est incontesta­ ble, mais il ne faudrait pourtant pas oublier, sous peine de tomber dans de graves confusions, que, « à côté du mysticisme panthéiste, a toujours existé, dansla religion catholique, un mysticisme individualiste, respectant, lui, la distinction substantielle de la créature et du créateur, dans les formes supérieures du i-ommerce divin. » M. de Wulf, Revue d'histoire el de littérature religieuses, t. vu, p. 539. b) ll yadu panthéisme dans le mysticisme d’Eckan — Denille l’accorde, et peut-être pourrait-on aller audelà de ce qu’il admet. Autant qu’on peut en juger, dans l’état imparfait du texte que nous possédons, il semble que maître Eckart ait tenu un langage défec tueux, surtout dans ses œuvres allemandes. Il n’échappa point au danger de raffiner plus qu’il n’est juste dans ces questions de spiritualité, où le moindre écart a des conséquences redoutables. Un petit poème d’une domi­ nicaine de Strasbourg (voir à la bibliographie) célébré les mérites de trois prédicateurs, dont l’un est précisé­ ment maître Eckart, le « sage maître Eckart, qui veut parler du Rien; quiconque ne le comprend pas, qu i! s’en plaigne à Dieu, en lui n’a pas brillé la cèles·· lumière. » A entretenir du Rien des intelligencesais- .·, ■ ut subtiles on s’expose à subtiliser à l’excès, et maltri Eckr n'y manqua pas. Mais ses œuvres latines, plus soignées, ne sont pas indemnes d’infiltrations panthéistes. Noos avons vu que des vingt-huit articles condamnés par Jean XXII. treize se retrouvent dans ce que nous con­ naissons des écrils latins. Le pape ne se décida à cette condamnation qu’après un mûr examen, si bien que, dans leur lutte contre Jean XXII, les franciscain; réfractaires, et,parmi eux, Guillaume Occam,accusé rent 2υ71 ECKART Jean XXII de ne pas vouloir terminer le procès entamé contré Eckart par l’archevêque de Cologne et de sou­ tenir Nicolas de Strasbourg, fauteur d’Eckart et de ses hérésies; tout porte à croire que les vingt-huit propo­ sitions appartinrent vraiment à maître Eckart, sauf peut-être quelques détails. Sansdoute,la correspondance littérale de quelques-uns de ces articles avec le texte d’Eckart donne parfois l’impression qu’on s’est borné à recueillir des passages suspects ou erronés, sans trop se préoccuper du corps de doctrine auquel ils se rattaclient. Le système d’Eckart étant orthodoxe, certaines de ses applications auraient dépassé la mesure, et ce sont celles-là que la bulle relève, sans incriminer le fond du système. Il demeure acquis, en particulier, que maître Eckart distingue, dans la créature, l’essence et l’existence, accorde que la créature a son essence propre ou quiddité, mais prétend que Dieu est son existence, esse est- Deus. « L’identité d'existeuce qui enveloppe Dieu et la créature, et dans laquelle Eckart voit une preuve de l’ubiquité divine et de l’éternité de la créa­ tion (quod enim est in quantum hujusmodi non fit nee fieri potest), semble compromettre la distinction du fini et de l’infini : Eckart côtoie le panthéisme. » M. de Wulf, Histoire de la philosophie médiévale, p. 482. Sur un autre point capital, maître Eckart, « peut-être trop hardi dans ses conceptions et trop sub­ til dans ses formules, ne sut pas se garder ; p. 204, note 4. Cf. p. 251, 283. Cette manière de voir ne résulterait-elle pas du point de vue philosophique adopté par M. Delacroix? Hostile à la notion de l’immutabilité divine, il n’aperçoit en elle que négation et stagnation et ne met que dans le mou­ vement la réalité; à ses yeux, 1’ « acte pur » qu’est Dieu d’après la scolastique 12; P. Mandonnet, Bulletin critique, 25 janvier 19t>l. p. 42-44; S. M. Deutsch, Realencyklopâdie, t. v, p. 150; H. Lichtenberger, Revue des cours et conférences, 19 mai 1910, p. 439,443-444. Ouvrons la Somme théolo­ gique de saint Thomas; nous constatons quel'intellec 2075 ECKART tualisme du docteur angélique ne s’oppose pas au mysticisme et même s'harmonise avec lui, puisque la théologie mystique constitue une partie de la théologie morale, telle que l'entend saint Thomas et que la con­ çoivent les théologiens de son temps. La théorie en est présentée chez Thomas d’Aquin à propos des états de vie. Avec une netteté dont la tradition ne s’est malheu­ reusement pas toujours conservée, il distingue les états mystiques extraordinaires, qui se rangent parmi les grâces gratis datæ, et les états mystiques ordinaires. Les premiers se ramènent au ravissement extatique, dont il fait un degré de la prophétie. Cf. Il» II*, q. clxxi, prooemium, et q. clxxv. Les autres rentrent « dans le développement normal de la vertu et de la perfection chrétienne », non pas que le chrétien puisse de luimême et par ses seules forces monter jusqu'à eux — ils sont et demeurent un don de Dieu, pleinement gratuit — mais en ce sens que Dieu ne refuse pas d’ordinaire ce don aux âmes exercées, mortifiées, purifiées, déjà en voie de perfection, en ce sens que « lame s’y dispose et l’attire à mesure qu’elle vit purement pour Dieu. » M.-B. Schwalm, préface de La vie avec Dieu du P. Faucillon, Paris, 1905, p. xxxtv, xxxv, cf. p. xxxii-xxxvin. Saint Thomas traite des états mys­ tiques ordinaires dans son De vita contemplativa. Il» II®, p. clxxix-ci.xx.xii. De même que dans saint Thomas, mysticisme et intellectualisme ne s’excluent pas chez Eckart. Seulement, saint Thomas ne développe guère ses vues sur la mystique; Eckart expose les siennes interminablement, surtout dans ses œuvres allemandes où il est plus à l’aise, où le but qu’il pour­ suit et la nature de ses auditeurs et de ses lecteurs l’invitent à s’étendre sur les sujets qui lui sont chers entre tous : essence divine, essence de l’àme, rapports entre Dieu et la création, entre Dieu et Tame, nouvelle naissance de l’àme et son union avec Dieu. Que ce mysticisme soit très original, abstraction faite de la forme qui est admirable, c’est ce qu'on ne pourrait affirmer. Tout ce qu’il y a de saillant a été dit par le pseudo-Denys, saint Augustin, saint Bernard. Hugues de Saint-A’iclor, saint Thomas d’Aquin, et ce serait une question inté­ ressante, mais difficile à approfondir dans l’état pré­ sent des textes, que celle des sources où il a puisé, immédiatement ou à travers des intermédiaires, et de la mesure dans laquelle il les a mises â profit. Toute­ fois, Eckart a comme rendu siennes les idées des autres, tant il s’en est pénétré et tant il les a revivifiées, en quelque sorte, par l'intensité et la chaleur du sen­ timent personnel. S. M. Deutsch, Realencyclopâdie, 3» édit., t. v, p. 150, observe que « la mystique de l’amour de Jésus qui caractérise singulièrement Bernard et Hugues de Saint-Victor est étrangère à Eckart. » La plupart des mystiques, nous le disions tout à l’heure, tendent à l'union avec Dieu par la voie de l'amour, et s’attachent à contempler l’humanité du Christ et les mystères attendrissants de l’incarnation et de la rédemption. Le mysticisme d’Eckart est tout intellectualiste ; l’étude de l’Être divin dans sa ma­ jestueuse tranquillité et son impénétrable mystère, l’effusion contemplative de l’àme en Dieu, les idées divines et la sainte Trinité, tels sont les thèmes favoris, cueillis... dans le répertoire scolastique, et qui reviennent sans cesse sous la plume des mystiques allemands, » et d’E"kart, leur chef. M. de Wulf, Histoire de la phi­ losophie médiévale, p. 483. Bref, dans le mysticisme spéculatif d’Eckart, cest-à-dire dans sa théorie de l’union de l'âme avec Dieu, nous avons une théologie de la connaissance, non une théologie aflective, une théologie de l’amour. 3° L’influence d’Eckart. — 1. Ce que n’a pas été l'influence d’Eckart. — Eckart n’a pas été un novateur de génie, se rattachant aux Frères du libre esprit, mais les dépassant de beaucoup, enrichissant la pensée | ; 1 | [ | I 2076 humaine, frayant les voies à la Réforme et au monisme panthéiste de la philosophie allemande, soumis â l'Église, mais ne se rétractant que d’une façon condi­ tionnelle et montrant, dans chacune de ses lignes, t une conviction si profonde, un enthousiasme religieux et philosophique si ardent, une logique si inflexible, qu’une rétractation absolue n’eût guère été conforme à son caractère. » Ch. Schmidt, Études sur le mysticisme allemand au xiv· siècle, p. 20. Et d’abord Eckart n’a pas voulu « transplanter... sur le sol de l’Église » les doctrines des Frères du libre esprit; la bulle In agro dominico que Jean XXII aurait publiée contre eux ou contre les béghards, en 1330, et dans laquelle il aurait condamné des doctrines absolument identiques à celles d’Eckart, bulle qui, d’après Ch. Schmidt, op. cit., p.21, « met hoi’s de doute la connexion de maître Eckart avec la secte des Frères du libre esprit, » n’a qu'une existence légendaire. C’est une erreur, volontaire ou involontaire, du chroniqueur Corner, auquel se fie Ch. Schmidt, et de Henri d’Herword, « qui a donné naissance à cette fable. Henri d’Herword a cru que la bulle In agro dominico (que le pape Jean XXII publia, le 27 mars 1329, contre la doctrine d’Eckart) était dirigée contre les béghards : aussi les historiens, depuis Mosheim jusqu’à Lasson, ont-ils admis l’existence d’une seconde bulle. Cette seconde bulle est toute imaginaire et se confond abso­ lument avec la première ». IL Delacroix, Essai sur le mysticisme allemand au XIVe siècle, p. 101, note. Il y a plus : loin d’embrasser les théories des Frères du libre esprit, Eckart dénonça leur fausseté. Cf. R. Allier Les Frères du libre esprit, dans Religions et sociétés, Paris, 1905, p. 129. Deuxièmement, Eckart ne fut pas le penseur génial qu’on s’est plu à nous représenter, mais un pur scolastique, écho sonore, mais simple écho des doctrines des temps qui l’avaient précédé. En troi­ sième lieu, ni lui ni les mystiques dont il fut le chef de file, ne préludèrent au protestantisme. « Enlever la mystique à l’Église catholique et la revendiquer pour le proleslantisme, c’est dépouiller le catholicisme et détériorer la foi évangélique... Jamais on ne pourra protestantiser la mystique sans rompre en visière avec le catholicisme et avec l’histoire, » a dit Ad. Harnack. Lelirbuch der Dogmengeschichte, t. ni, p. 392, 394. Cf. H. Lichtenberger, dans Revue des cours et conférences, 19 mai 1910, p. 434-441. En outre, par le fait que maître Eckart n’a pas su éviter certaines formules pan­ théistes sur les rapports du fini et de l’infini, on com­ prend que Hegel l'ait nommé avec honnlur, l’ait signalé comme un de ceux qui ont pénétré le plus avant dans les profondeurs de l’Être divin et ait voulu retrouver ehc nj la doctrine de l’identité de l’esprit de l’homme avec l’esprit infini ; mais nous avons vu que le fond de la pensée eckartienne n’est point panthéiste. Enfin, rien n’autorise à supposer que maître Eckart ait connu la moindre hésitation dans son attachement à l’Église, qu’il ait imaginé que la plus légère contradiction fût possible entre sa pensée et la foi orthodoxe. « 11 était d'abord chrétien, décidé à rester en communion de sen­ timents parfaite avec l’Église catholique. Il était convaincu d’ailleurs que, comme penseur, il n’avait fait qu’expri­ mer en langage philosophique le contenu exact de sa foi religieuse, de la foi chrétienne. Entre ses convictions de savant et sa foi de chrétien, il n’hésitait pas : il en­ tendait, d’abord et avant tout, rester chrétien... Résolu a priori à écarter toute divergence entre la religion et sa philosophie, il pouvait en toute sincérité rétracter par avance toute erreur qu’on aurait pu trouver dans ses écrits et dans ses paroles, concernant la foi et les mœurs. Par cette disposition fondamentale de son es­ prit Eckart est bien un homme du moyen âge. » H. Lichtenberger dans Revue des cours et conférences, 19 mai 1910, p. 445. 2. Ce qu’a été l'influence d’Eckart. — Eckart fut le 2076 lisme iis à )ndi< une x et ’une son sme n’a les gro ou rait Iles 21, yec ice re, de le. co la n, te »e y u 9 2077 ECKART tnaitre incontesté de la grande école mystique allemande du xtv· siècle. Quand on prend la Geschichte der deut­ schen Mystik im Miltelalter de Preger, on constate quelle est pleine de lui, de son nom, de sa pensée, de ses doctrines. Ses disciples parlent de lui avec enthou­ siasme : c’est le maître « sage », le maître « à qui la vé­ rité a enseigné toutes ses voies », le maître « à qui Dieu ne cacha jamais rien », c’est « le bienheureux », « le saint », « le divin maître ». Les villes où il a passé, Erfurt, Strasbourg, Cologne « la sainte » surtout, sont fidèles à sa mémoire. Comme il est juste, ses disciples se recrutent principalement parmi les dominicains : au premier rang, il faut nommer le profond Tauler, qui l’appelle « théo­ logien insigne » et « père vénérable », cf. Conviviun ma­ gistri Eckardi, dans D. Joannis Tauleri opera omnia, édit. Surius, Cologne, 1603, p. 831,832, et le suave et pas­ sionné Suso, qui voua au « très saint » maître Eckart une sorte de culte, et l'apercevait, dans ses visions, inondé au ciel de gloire ineffable et tout à fait transformé en Dieu. Cf. D. Henrici Susonis vita, c. vin, xxitl, dans D. Benrici Susonis opera, édit. Surius, Cologne, 1588, p. 463, 510; trad. É. Cartier, Œuvres du bienheureux Henri Suso, 3· édit., Paris, 1878, p. 21-22,74. Des reli­ gieux d’ordres.divers, augustins, carmes, franciscains, subissent également son influence (â citer spécialement, dans les Pays-Bas, l’augustin Ruysbroeck), et aussi des femmes illustres, telle la dominicaine Elisabeth Stagel, rédactrice de l’inappréciable Vie de Suso, et, d’une façon générale, le groupe entier des Amis de Dieu, et, dans ce groupe, plus que tous, le plus célèbre de tous, le laïque Rulmann Merswin. Cf. AV. Preger, Geschichte der deutschen Mystik im Miltelalter, t. il, p. 111-113. L'empreinte du maître est profonde; non seulement ses idées reparaissent dans les écrits de ses disciples, mais on y retrouve sa manière, son style, en telle sorte qu'il est souvent malaisé de distinguer ce qui appar­ tient à Eckart de l’œuvre de ses admirateurs. C’est ce qui embrouille considérablement la question de l’au­ thenticité de la littérature eckartienne, ainsi que nous l'avons vu. Qu’on prenne, par exemple, le dernier des sermons publiés par F. Jostes, Meister Eckart und seine Jûnger, n. 82, p. 84-98; c’est une pièce remarquable de toute façon, et pour la tenue exceptionnelle du texte, et pour la richesse du contenu, qui nous offre une vraie petite somme mystique, et que le manuscrit désigne justement par ces mots : ain guter sermo von dem reich Gates, « un bon sermon sur le royaume de Dieu » p. 84. A première vue età s’en tenir à divers indices, on croirait qu’il faut en attribuer la paternité à Eckart; mais en y regardant de près, on ne peut maintenir cette attribution, et cette conclusion s’impose que le prédicateur est un disciple d’Eckart, tout entier sous le charme du maître. Cf. F. Jostes, p. XI. Très attachés à l’enseignement d’Eckart, ses disciples se sont pré­ cautionnés contre les formules plus ou moins pan­ théistes qu'il n’avait pas toujours éloignées; ils ont réussi à s’exprimer correctement, mais des lecteurs non avertis pourraient se laisser surprendre à quelques passages ambigus. Chacun d’eux a sa caractéristique propre. C’est ainsi que Tauler donne à son mysticisme une allure plus pratique et vivante que maître Eckart. Suso est plus alfectif; le Christ absorbe sa pensée et souvent il prononce le nom d’amour. « Mais ce qu’il aime, c'est la sagesse, qu’il personnifie en Jésus cru­ cifié, » et, en définitive, « sa spiritualité repose plutôt sur la connaissance que sur l’amour; » à plus forte raison Tauler. de même que son maître Eckart, tend à I union avec Dieu surtout par la méthode intellectuelle : « ils sont illuminés, et non amoureux. » P.-E. Puyol, L'auteur du livre De Imitatione Christi, I, La contes­ tation. p. 388, 384. Spéculatifs, les mystiques allemands du moyen âge le sont d'une manière bien allemande, qui différencie leur 2078 mystique de celle des autres pays. Catholiques et pro­ testants d’Allemagne s'accordent â proclamer le carac­ tère purement allemand, echtdeulsche, von der Tiefe des deutschen Gemüths, du mysticisme d’Eckart et de son école. Cf., parmi les catholiques, A. Baumgartner, dans Kirchenlexikon, Fribourg-en-Brisgau, 2« édit., 1888, t. iv, p. 115, et, parmi les protestants, W. Preger, Geschichte der deutschen Mystik im Miltelalter, t. 1, p. 9, 146-147; t. n, p. 3-8; W. Moller, Lehrbuch der Kirchengeschichte, Fribourg-en-Brisgau, 1891, t. il, p. 459; S. M. Deutsch, Realencyclopâdie, 3· édit., t. v, p. 149. Chez nous, M. H. Lichtenberger vient de professer à l’université de Paris un cours sur le mys­ ticisme allemand du moyen âge, parce que la question lui a paru présenter a un intérêt de premier ordre », non pas précisément pour l'histoire des idées reli­ gieuses — nous savons que maître Eekart ne fut pas un novateur — mais a pour l'histoire générale de la pensée et de la civilisation en Allemagne; » il y a dans la pensée allemande de tous les temps, et dans celle d'aujourd'hui non moins que par le passé, un « élément mystique », non pas exceptionnel et anormal, non pas superficiel et factice, mais profond et fréquent, puisqu il s'observe « chez des natures aussi dissemblables qn'un Bach, un Gcethe ou un Bismarck, » et qui semble bien être « un trait de race, une disposition tout â fait spontanée et normale de l’âme germanique. » Revue des cours et conférences, 19 mai 19Ί0, p. 433-434. C’est vers la fin du xiii· siècle et au xiv·, dans les sermons et dans les traités d’Eckart et de son école, que s’est exprimée, pour la première fois, en allemand, cette disposition mystique essentielle à l’àme allemande. Ce qu’elle a de commun avec toute forme de mysticisme, c’est la tendance à l'union entre l’àme et Dieu. Ce qu’elle a de spécifique­ ment allemand, c'est d’abord son caractère d’universa­ lité : le mysticisme n'est pas enseigné à une élite, il est pour tous, il s'adresse aux laïques, il est compris et étudié par eux, et. pour eux, il brise le charme des formules scolastiques et de la langue latine, il parle allemand, et cela « sous une forme encore un peu gauche peut-être, parfois avec une réelle profondeur, toujours avec un accent de sincérité touchant et un lyrisme sou­ vent admirable. » H. Lichtenberger, loc. cil., p. 434. Cf., sur l’importance de l'école eckartienne au point de vuedes commencements de la prose allemande. A. Bossert Histoire de la littérature allemande, 2· édit., Paris. 1904, p. 164-166. Il s'étend à tous et il s’étend à tout: avec les divers aspects de la vie religieuse il embrasse tout le champ de la pensée et de l’action : il sc déve­ loppe, selon le mot de W. Preger, Geschichte der deut­ schen Mystik im Miltelalter, t. i, p. 147, « d'une façon omnilatérale ». Par-dessus toute chose il demeure . pris de spéculation, il éprouve comme l’ivresse des idées et il se complaît de préférence aux plus abstraites. La belle clarté des pays latins lui est étrangère; aucune obscurité ne le rebute, aucune conclusion de sa dialec­ tique ne l’arrête, alors même qu'il faut en venir à pro­ clamer l'identité des contraires. C'est dire que ce mys­ ticisme ne reste pas toujours orthodoxe, et que, en particulier, l’union de l’âme avec Dieu y devient trop souvent l’identité avec Dieu. Il accepte toutes les formes de l’hétérodoxie. « D’Eckart et de Suso à Jacob B h me, puis de là au piétisme du xvu· et du xvm· siècle au romantisme n. p. 490: Ziegelb.auer. Hist, rei literarise ord. S. Be­ nedicti, in-fol., Augsbourg. 1754. t. t, p. 59; t. iv, p. 49. 80, 127. 177. 192: Gallia Christiana, in-fol., 1785, t. XIII, coi. 610; II·-foire littéraire de la France, t. IX, p. 431 : [dom François,] Bibliothèque générale des écrivains de l'ordre de S. Benoît, in-4·. Bouillon. 1777.1.1, p.276: Journal des Savants, an. 1887, p. 509; Hurter. Nomenclator, 3· édit., 1906. t. tr. col. 173. B. Heirtebize. ntCT. DE THÉOL. cathol. 2082 ÉCOLE. — I. L’école et la famille. II. L’école et l’Église. III. L’école et l’État. I. L’école et la famille. — La question des rap­ ports entre l’école et la famille se présente sur un double plan. Elle se pose dans l’ordre naturel, el elle se pose dans l'ordre surnaturel. 1° Dans l’ordre naturel, c’est-à-dire dans l’hypothèse où Dieu n’aurait pas fondé une société visible chargée de conduire les hommes vers les joies de la vision béatifique, la famille aurait seule originairement autorité sur l’école. En effet, à ne considérer que la nature des choses, l’instruction des enfants, qui fait partie de leur éducation, revient aux parents, comme un devoir et comme un droit. Deux arguments peuvent mettre cette prérogative en évidence. D’une part, la fin principale du mariage, qui est la propagation de l'es­ pèce humaine, implique que les enfants seront munis par leurs protecteurs naturels du viatique intellectuel et moral qui leur est nécessaire. La responsabilité de leur éducation incombe tout d’abord à ceux qui leur ont donné naissance. D’autre part, l’ordre providentiel exige que les parents s’acquittent de cette mission édu­ catrice. Si l’on admet qu’une volonté sage et bienfai­ sante préside aux destinées de l’humanité, on ne peut imaginer que l’enfant soit naturellement et normale­ ment abandonné à son dénuement. Qui donc veillera sur lui et cultivera son intelligence et son cœur? Trois hypothèses seulement se présentent à l’esprit. Ou bien l’éducation de l’enfant doit être laissée à la collectivité, sans que personne, en particulier, n’en reçoive la charge. Ou bien elle sera confiée à des magistrats civils ou à des fonctionnaires. Ou bien elle restera entre les mains de la famille. Est-il besoin d’observer que livrer l’éducation des enfants à la collectivité, c’est la livrer au hasard? Quant à transformer l’éducation en une fonction civile, c’est méconnaître : d’abord, une vérité psychologique, à savoir, que les méthodes administra­ tives ne comportent pas la souplesse, l’aiTection, le dé­ vouement requis par l’œuvre de l’éducation : ensuite, une vérité sociologique, à savoir, que toute fonction civile suppose, comme la société elle-même, les fa­ milles déjà constituées, et, par conséquent, l’éducation des enfants déjà mise en train. Reste ainsi le troisième terme du trilemme. La formation intellectuelle et mo­ rale de l’enfant est une prérogative de la famille. L’af­ fection qui naturellement rapproche parents et enfants; d’une part, ce besoin de protection, de l’autre, ce besoin d’être protégés : voilà qui, plus sensiblement que les raisonnements, manifeste le caractère domes­ tique de l’œuvre de l’éducation. A une époque, où l’on cherche à éclairer les lois de l’humanité par des ana­ logies tirées du règne animal, nous pouvons également indiquer un autre argument, et remarquer que les petits des animaux reçoivent eux aussi leur éducation de ceux qui leur ont donné la vie. Meyer, Institutiones juris naturalis, 1900, p. 103-106. Aux parents il pourra manquer — et ce sera le cas le plus fréquent — soit le loisir, soit la science, néces­ saires pour fournir eux-mêmes à leurs enfants l’ins­ truction dont ils ont besoin. De là l’établissement des écoles, où, de la part des parents et avec leur agrément, les enfants recevront l’enseignement primaire ou secon­ daire. Mais cette délégation faite aux instituteurs, loin de ruiner ou de diminuer le droit paternel, le confirme et le manifeste. Ce sont les parents, en effet, qui orga­ nisent, ou qui choisissent, et qui, dans les deux cas, surveillent les écoles. L’école à la famille : cette formule résume les don­ nées du droit naturel en la matière. 2’ Dans l'ordre surnaturel, qui est l’ordre actuel, une autre autorité intervient, comme nous le verrons dans le paragraphe suivant. Aussi la formule : l’école à la famille, ne suffit plus à représenter le caractère désor- IV. - 66 2083 ÉCOLE mais comnlexe de la fonction éducative. Mais la res­ ponsabilité des parents en la matière n'en est pas dimi­ nuée. Leur rôle, en face de l’État, demeure le même. « Tout d'abord, contrairement à la doctrine césarienne qui prétend que l’enseignement public est donné exclu­ sivement au nom de l’État, nous vous disons, nous, vos évêques, qu’il l’est, qu’il doit l’être, principalement au vôtre. L'élève, l’enfant, ne commence pas par apparte­ nir à l’État. il est à vous... Aussi longtemps qu'il n’est qu'un enfant, c’est de la famille qu’il relève avant tout : celle-ci, en l'élevant, continue de le mettre au monde. » Déclaration de l'épiscopat français, août 1908. Les évê­ ques de France proclament toujours « le droit primor­ dial de la famille». Si les parents sont obligés d’envoyer leurs enfants à l’école publique, du moins, gardent-ils le droit inaliénable de la surveiller, « employant dabord tous les moyens légaux pour la maintenir dans l’obser­ vation de ce que, à défaut d'une expression meilleure, nous appellerons l’honnête neutralité. » Ibid. Il ne suffit pas de remarquer que l'ordre surnaturel ne diminue en rien la responsabilité des parents à l’égard de l’école. La vérité intégrale, c'est que cette responsabilité est trois fois accrue : d’abord, parce que, grâce à la révéla­ tion. la fin de l’homme et, par conséquent, le but divin de l'éducation, sont mieux connus; ensuite, parce que, cette fin — vocation à la vision béatifique — dépasse notre destinée purement naturelle — connaissance de Dieu non intuitive; enfin, parce que Jésus Christ, en maudissant le scandale en termes si redoutables, sur­ tout le scandale qui atteint les petits, a profondément gravé dans la conscience humaine la notion générale de responsabilité et la notion particulière de responsa­ bilité en matière d’éducation. Lettre collective des évê­ ques de France, 14 septembre 1909: « C’est à vous, pères et mères, que les enfants appartiennent, puisqu’ils sont l’os de vos os et la chair de votre chair, et c’est vous qui, après leur avoir donné la vie du corps, avez le droit imprescriptible de les initier à la vie de l’âme... Le droit de procurer à vos enfants une éducation, conforme aux exigences de votre foi religieuse, vous est reconnu, non seulement par la loi naturelle, telle que la saine raison la formule, mais par la loi divine, telle que les saintes Écritures nous la révèlent. » II. L'école et l’Église. — Deux questions ici se présentent : 1° Quels sont les droits et quels sont les devoirs de l’Église? 2° Comment ces droits et ces de­ voirs peuvent-ils s’exercer? 4° Quels sont les droits et quels sont les devoirs de l’Eglise? — A l’Église il appartient de diriger, d’assurer, de protéger, de favoriser la formation spirituelle des enfants chrétiens. L’Eglise ne saurait, sans faillir à sa mission, se désintéresser de l’école. Renoncer à son rôle d’éducatrice, ce serait, de sa part, oublier, tout à la fois, les prérogatives de la prédication évangélique, les traditions de son histoire, le caractère du sacrement de mariage, les conséquences du sacrement de baptême. D’abord, quand Jésus-Christ chargea ses apôtres d'en­ seigner toutes les nations, par là même, il chargea son Église de donner aux enfants l'instruction religieuse et morale. L’histoire atteste avec quel zèle l’Église s’ac­ quitta de sa mission d’éducatrice. « Des témoignages sans nombre l’attestent, durant de longs siècles, et jus­ qu’au xvne, l’éducation de la jeunesse chrétienne fut soumise juridiquement à l’autorité de l’Église, sans qu’aucune voix s’élevât pour réclamer contre ce qui n’eût été qu’un droit usurpé; parents et maîtres, puis­ sances séculières de tout ordre s’accordaient à recon­ naître la légitimité de cetle mainmise de l’Église sur l’enfant. N’élait-ce pas l’Eglise qui avait ouvert les pre­ mières écoles publiques à l'ombre des clochers ou sous les cloitrcs de ses moines? Les universités n’étaientelles pas son œuvre? N’en déplaise aux adversaires de l’Église en celle matière, la tranquille possession de · 2084 ces droits, leur libre exercice dans i.> direction de l’enseignement public durant des centaines et des centaines d’années, entre les limites d’un champ aussi vaste que le monde catholique, est un argument fort, j’oserais dire invincible, en faveur de la légitimité de cette possession et de ces droits. » Jules Grivet, L’Église et l’enfant, dans les Études, 20 mai 4910, p. 463, 464. Cependant, comme l’observe l’auteur de ces lignes, l’argument historique ne persuade pas tous les es­ prits. Il en est pour qui la durée même d'un usage séculaire est une raison de protester et de se révolter. Alors, reste la logique. Est-il logique, demanderonsnous avec un éminent théologien, L. Billot, S. J., De Ecclesia Christi, th. xxni, que l’Église, législatrice du sacrement de mariage, se désintéresse de l’éducation des enfants? Si le mariage est une chose religieuse et sacrée, l’éducation, qui en est la suite, doit partici­ per au même caractère. « L’Église attend du mariage entre chrétiens une postérité dont l’éducation fera des serviteurs de Dieu, des concitoyens des saints, des ha­ bitants du ciel. » J. Grivet, loc. cit., p. 486, note 1. Est-il logique, ajouterons-nous, que, par le baptême, l’Eglise admette les enfants dans sa famille spirituelle, et qu’ensuite elle ne s’inquiète plus de la formation de leur âme? « La sainte Église est la grande auxiliaire, d'institution divine, vous le savez, pères de famille chrétiens. A partir du baptême, auquel vous les avez librement présentés, vos enfants sont ses fils spirituels, et en sa qualité de mère, elle réclame le droit de vous aider, elle aussi, à les élever. » Déclaration de l’épis­ copat français, août 1908. Les adversaires du droit ecclésiastique en matière de législation scolaire reconnaissent parfois, et même proclament plus hardiment que certains défenseurs de l'éducation chrétienne, la connexion logique entre les croyances de l’Église et ses revendications. Ils repous­ sent le conséquent, mais ils admettent la conséquence. « Laissez-moi dire que ceux d'entre vous qui connais­ sent la pensée de l’Eglise dans sa vérité, dans son au­ dace qui a sa noblesse, comme elle peut avoir aujour­ d’hui, pour bien des esprits, son scandale, ceux-là ne contesteront pas ce que je dis, car il est impossible que lorsqu'on a proclamé, que Dieu est si intimement mêlé aux choses humaines, qu'il s’est incarné dans un indi­ vidu humain et qu’il a transmis à une Église le droit de continuer cette incarnation, il est impossible que Dieu ne reste pas incarné dans cette Église, comme la puissance souveraine et exclusive devant laquelle les individus, les sociétés, les patries, toutes les forces de la vie, doivent s’incliner. » M. Jaurès, Journal officiel, deuxième séance du 21 janvier 1910, p. 262. Visible­ ment, l’auteur fait effort pour tendre jusqu’à la limite la thèse ecclésiastique, et, en quelque sorte, pour la faire éclater. De l’Église, il ne connaît pas peut-être quels sont les modes spirituels d’activité. Mais, des pa­ roles que nous avons citées, un enseignement est à re­ tenir : c’est que, de l’aveu de ses adversaires, l’Église doit, sous peine d’abdiquer, intervenir dans l’éducation des enfants chrétiens, pour la diriger et la surveiller. Telle est la doctrine. 2° De cette doctrine, quelles peuvent être les appli­ cations pratiques? Elles sont de deux sortes. D’une part, il est un exercice de son rôle d’éducatrice, auquel, en aucun cas, l’Église ne peut renoncer. Quelles que soient les entraves matérielles et légales apportées à son droit, quelle que soit la prévention des esprits, si opportun que puisse paraître le silence, si grande que doive être la prudence, l’Église ne peut, sans trahison à l’égard de Dieu et à l’égard des hommes, s’abstenir de surveiller l’éducation des enfants chrétiens. En tout état de la société, il lui appartient, par un privilège indéclinable, de signaler les écoles hostiles ou dange­ reuses à la formation religieuse et morale des âmes. ‘2085 ÉCOLE Quand toute influence légale sur la direction des écoles lui est refusée, il lui reste de prémunir les parents contre les écueils qui menacent le bien spirituel de leurs enfants. Elle ne saurait, en aucun cas et pour aucun motif, même en vue de ménager l’amour-propre, l’ignorance ou la mauvaise volonté de ses adversaires, se départir de son rôle de gardienne de la foi. A ce devoir de l’Église, correspond, de la part des parents, le devoir d’écouter les avertissements de leurs pasteurs légitimes, et d’accueillir avec reconnaissance les res­ sources que ceux-ci mettent à leur disposition pour promouvoir l’enseignement de la religion chrétienne, soit, quand la chose reste possible, par l’œuvre des écoles libres, soit, du moins, par l’œuvre des caté­ chismes. Nous venons d’indiquer le minimum de l'action ecclésiastique en matière scolaire. Mais, suivant les circonstances, l’Église tâchera de se rapprocher de son idéal doctrinal, et toujours elle s’en inspirera. « Si les parents chrétiens se dérobent à leur devoir d’éduca­ teurs, l’Église pourra les y ramener par des peines ecclésiastiques, ou, si la chose est nécessaire, se charger elle-même, malgré leur opposition, d’élever leurs enfants. » Absolument parlant, ce droit et cette obliga­ tion demeurent encore pour l’Église, s’il s’agit d'en­ fants baptisés appartenant à des familles d'infidèles; bien que le souci d'intérêts plus généraux et le senti­ ment de la prudence chrétienne lui conseillent parfois, dans ce cas, de ne pas faire valoir les obligations de sa charge. Immo idem jus Ecclesiæ, per se et absolute loquendo, etiam in liberos baptizatos parentum infide­ lium competit; quanquam in tali casu usus juris, pro rerum adjunctis secundum prudentiam Christianam et legem caritatis temperetur necesse est. Meyer, op. cit., t. n, p. 107. Quand il s’agit des applications de la doctrine à la pratique, l’Église est donc la première à distinguer entre ce qui est possible et ce qui serait désirable. Pour préciser les rapports de l’Église et de l’école, une seconde distinction s’impose. Sur la formation religieuse de l’enfant,l’Église a un pouvoir direct; sur son instruction littéraire et scientilique, le pouvoir de. l’Église est indirect. « Directement, l’Église verse la foi dans le cœur du jeune chrétien et l’y développe; indirectement, elle défend encore les intérêts de cette foi, en écartant de son baptisé les influences funestes de la fausse science. Nous ne disons pas : l’Église a seule le droit de faire un cours de littérature, d’astro­ nomie ou d’histoire; mais bien l’Églisea le droit d’empécher qu’au nom de la littérature ou de la science, on ne vienne troubler la foi de ses enfants. C’est recon­ naître à l’Église le pouvoir intangible de veiller â la pureté de renseignement. » J. Grivet, Études, 20 mai 1910, p. 481,482. 111, L’école et l’État. — Pour étudier les rapports de l’école et de l’État : 1° nous déterminerons plus clairement le sens du mot : école, cette précision est ici particuliérement importante; 2° nous montrerons pourquoi l’enseignement n'est pas une fonction, et encore moins un monopole légitime, de l’État; 3° nous discuterons les arguments des étatistes ; 4» nous indi­ querons quelles attributions restent à l’État. I» Que signifie, dans la controverse présente, le mot: école? Quelle sorte d'enseignement voulons-nous dégager et séparer de l’Etat? Nous parlons ici des écoles où se forme l’âme de l’enfant. Nous avons direc­ tement en vue cette catégorie d’enseignement qui fait partie de l’éducation. L’instruction peut s’entendre de trois autres manières. En premier lieu, se présente la catégorie des écoles où se recrutent les candidats aux fonctions publiques. A l’État revient évidemment le '’•oit de diriger ces écoles. S’agit-il, par exemple, de tu, mer des officiers? L’État, chargé de la défense natio­ ‘2086 nale, devient légitiinemenl maître d’école. Il appartient à l’État de faire donner l’instruction militaire par des professeurs qui sont ses représentants. En second lieu, il faut signaler les écoles techniques, par exemple, les écoles d'arts et métiers. Enfin, la troisième espèce d'enseignement que nous distinguons de l'enseigne­ ment proprement éducatif, c’est-à-dire de l’enseigne­ ment primaire et secondaire, est celui qui se donne dans les universités. L’enseignement, soit technique, soit supérieur, est-il une fonction d’État? Nous réser­ vons cette question, non pas que, dans notre pensée, la réponse soit douteuse, mais parce que les arguments que nous apporterons ici, mettent surtout en cause la formation intellectuelle et morale de l’enfant, et, par suite, ne vaudraient pas également quand il s’agit d’un enseignement postérieur ou extérieur à cette formation initiale. La thèse à laquelle nous nous bornerons ici, c’est donc que l’Etat n’a pas compétence pour donner l'en­ seignement primaire et secondaire. 2° Les arguments. Nous ne reproduirons pas les arguments indiqués plus haut, bien que, en justifiant les revendications des parents et de l’Église en matière d’enseignement, ils condamnent par là même l’intru­ sion du pouvoir civil. Nous ne ferons ici que les rap­ peler, afin d’éviter des redites, et nous insisterons sur des arguments plus directement applicables aux pré­ tentions de l’État en matière d’éducation. L’incompé­ tence pédagogique de l’État peut s’établir a priori par le raisonnement, et a posteriori par l’expérience. A priori, on remarque qu’il y a, non pas antipathie, mais hétéronomie, entre la fin de l’État et celle de l’éducation, l’État ayant pour mission de procurer aux individus un milieu favorable au développement de leurs facultés, mais non de diriger lui-même ce déve­ loppement, et l'éducation, d’autre part, ayant pour but immédiat la formation de l’homme, c’est-à-dire un bien tout d’abord personnel. /1 posteriori, que devient l’en­ seignement dirigé, ou confisqué, par l’État? Sans même prendre, comme objectif de nos critiques, cette forme extrême de l’étatisme qui serait le monopole absolu et tyrannique, nous trouverons que l’enseignement d'État, laissât-il quelque place aux écoles libres, est pratique­ ment, d'abord une injustice à l’égard des contribuables, ensuite un système arbitraire et irrationnel, souvent enfin le régime de l’incohérence. D’abord, une iniustice à l’égard des contribuables. D’où vient, en effet, l’argent avec lequel le gouvernement entretient ou soutient ses écoles primaires et secondaires ? De la bourse des parents, des parents qui peut-être désap­ prouvent et réprouvent l’enseignement donné dans les écoles publiques. Dira-t-on que les parents mécontents ont le droit et la faculté, dans certains cas, du moins, après avoir contribué aux frais de l'instruction publi­ que, de contribuer encore aux frais d’un enseignement librement choisi par eux? C’est souligner l’injustice de la première contribution pécuniaire, laquelle a une des­ tination, non seulement inutile pour les parents en question, mais peut-être contraire à leur conscience. Ou plutôt, mieux vaut sans doule ne pas discuter une telle réponse.où l'injustice s'aggrave d'une plaisanterie. Ensuite, l’enseignement d’État aboutit presque toujoursàun système arbitraire el irrationnel. Plusou moins rapidement, plus ou moins franchement, il s'etlorce de séparer l’éducation de la religion.L’enseignement d'État, ce sera donc l’enseignement neutre. Or, peut-on concevoiréducation moins rationnelle? Élever un enfant,c'est former un homme, et former un homme, c’est l’orienter vers sa destination, c’est-à-dire vers celui qui est à la fois son créateur et sa fin dernière. .1. Grivet, loc. cit., p. 464470. a L’homme est par construction un être religieux; l'éducation sera donc religieuse, ou elle ne sera pas édu­ cation humaine... L’enfant, le jeune homme n'est pas 2087 ÉCOLE encore élevé, eductus, ductus extra causas, il ne répond pas à la définition de l’homme, tant que son art et sa science ne l'ont pas élevé jusqu’à Dieu. C’est là le niveau humain; qui ne l’atteint pas n’est pas un homme. » M. Grivet conclut avec une ironie que justi­ fie pleinement la logique : « Éducation neutre ou laïque, il y en aura une, mais le jour où, à un prix élevé, vous prendrez chez l’horloger une montre neutre, fabriquée en dehors de toute idée de mesure du temps; le jour où, à la tombée de la nuit, vous placerez sur votre table une lampe neutre, qui n’aura pas été cons­ truite pour éclairer; en attendant votre repas qui, par un dernier scrupule ou raffinement de neutralité, n’aura pas été fait pour être mangé. » Ibid., p. 471. « On ne dira jamais en termes assez clairs, que l’édu­ cateur laïque ou neutre froisse, fausse ou défigure des êtres faits pour Dieu, comme l’horloge pour marquer l’heure, ou la lampe pour verser sa lumière. Il n’y a qu’une éducation humaine, formant l'homme à être un homme, celle qui montre à l’enfant Dieu, au point de départ, qui le lance; Dieu, au-dessus de la vie, qui veille; Dieu au terme, qui l’attend. » Ibid., p. 472. L’éducation neutre se condamne elle-même. Du reste, l’expérience atteste qu’on se tient difficile­ ment à la neutralité. L’histoire de la législation scolaire en France, depuis trente ans, n’est que l’histoire des hésitations et des contradictions entre lesquelles l’ensei­ gnement laïque oscille, sans pouvoir trouver de position ferme et logique. La loi du 28 mars 1882 établissait l’enseignement primaire gratuit, obligatoire et laïque, laïque signifiant alors : non confessionnel. Cependant Jules Simon s’était efforcé (séance du Sénat du 4 juillet 1881) de conserver l’enseignement de la religion natu­ relle, et il avait obtenu un amendement dans ce sens. La Chambre le repoussa sans débat. Ainsi fut-il décidé qu’à l’article 23 de la loi Falloux : « L’enseignement pri­ maire comprend l’enseignement moral et religieux », on substituerait un autre texte : « L’enseignement pri­ maire comprend l’instruction morale et civique. » Entre la pensée du Sénat et celle de la Chambre, l’en­ seignement primaire hésita quelque temps, les pro­ grammes maintenant le souvenir de ce Dieu que la loi proscrivait. Les rédacteurs de la Revue de l’enseigne­ ment primaire signalent, en termes d’une singulière âpreté, l’hésitation des promoteurs de l'enseignement laïque. Ceux-ci voulaient séparer l'école de l’cglise, mais ils n’étaient pas décidés à bannir de l’enseigne­ ment toute idée religieuse et chrétienne. C’est l’atti­ tude que raille ce rédacteur de la Revue, lorsqu’il parle de «l’esprit des programmes que le spiritualisme et le protestantisme attachèrent à la loi laïque de 4882, comme une casserole », 8 novembre 1903, p. 64. Loi de combat contre le catholicisme, la loi de 1882 voulait être, en même temps, une loi de circonstance et de transition. Les défenseurs les plus circonspects de la neutralité scolaire doivent convenir que cette notion est « un peu subtile, sujette à controverse et à varia­ tions ». L’aveu est de M. Dessoye, président de la Ligue de l’enseignement. Revue de l’enseignement primaire, 11 avril 1909, p. 325. Aussi se lasse-t-on de maintenir le principe de la neutralité, et de s’évertuer à trouver des explications introuvables. « L’hypocrisie île ses origines, écrit M. Jaurès, suffirait à condamner la campagne pour la neutralité scolaire. » Ibid., Il octobre 1908, p. 21. Depuis que les évêques de France invoquent le principe de la neutralité, non pas certes pour l’approuver, mais pour le montrer en con­ tradiction avec la teneur de l’enseignement donné par nombre d’instituteurs, on estime définitivement minée « la fragile théorie » de la neutralité. Ainsi parle M. Dufrenne, syndicaliste, inspecteur primaire à Cler­ mont (Oise). Revue, 14 novembre 1909, p. 53. M. Buisson lutte contre un tel abandon de la formule I 2088 chère à Ferry. Mais ses explications, ses exclamations, ses distinctions, qu’il consignait déjà dans le Manuel général (juillet-août 1906), et qu'il reproduit dans la Grande Revue, le 10 novembre t909, puis à la Chambre, le 19 janvier 1910, témoignent de son embarras. En vain déclare-l-il que la neutralité n’est pas une chi­ mère. Grande Revue, 10 novembre 1909, p. 27. Parlant de l’enfant, il demande : « De quel droit exigerez-vous que le père vous permette de lui inculquer des opinions historiques, religieuses, sociales, morales, contraires aux siennes? » Puis, il faut ménager et respecter la liberté de jugement du futur citoyen. D’autre part, comment s'abstenir de prêcher les principaux dogmes de la doctrine républicaine? M. Buisson conclut que le problème est insoluble, bien qu'il se défende de re­ garder la neutralité comme une chimère. Aux distinc­ tions proposées par M. Buisson, M. Gasquet en ajoute uneautre.il ne faut pas confondre la neutralité élémen­ taire, toujours obligatoire, et la neutralité rigoureuse, qui n’est ni légitime ni possible. Revue de l'enseignement primaire, 15 avril 1906, p. 263. M. Aulard ne prend pas tant de détours. « La neutralité, écrit-il, dans Le Matindulô septembre 1908, est une blague, un trompel’œil, un mot vide de sens. Je défie bien >e plus ingé­ nieux de nos philosophes politiques d'en formuler une définition même médiocre. » Non moins clairement M. Viviani l’appelle une « tartufferie de circonstance ». Cf. J. Maxe,Neutralité et impartialité, dans LaCroix, 30 et 31 mars, 3,5, 7, 12, 13, 20 et 23 avril 1910. Nous ne voulions pas dire autre chose, et nous nous expri­ mions moins énergiquement, lorsque nous disions que la neutralité scolaire, formule presque nécessaire d’un enseignement d’État, risque fort d’aboutir soit à une doctrine officielle, soit à l’incohérence, et, dans les deux cas, secontredit. Quels que soient les bienfaisants résultats d’efforts individuels, nous constatons, dans l’exemple de notre législation scolaire, la valeur et l’esprit du système. Notre enseignement secondaire public provoque des critiques semblables, sinon égales; c’est-à-dire que, partant, lui aussi, du principe irrationnel de la neutra­ lité religieuse,il tend, lui aussi,en pratique, et souvent aboutit à l'hostilité. Les efforts mêmes de M. Georges Lyon, recteur de l’université de Lille, pour démontrer que la neutralité religieuse, moins stricte, d’après lui, au lycée qu’à l’école, est cependant, au lycée comme à l’école, légitime en théorie et vraiment réalisable, té­ moignent de la fausseté de l’une et l’autre thèse. Au père de famille catholique qui se demande comment on respectera au lycée les croyances de son fils, voici ce que répond l'auteur ({’Enseignement et Religion, Paris, 1907. Bien que les membres de l'enseignement secondaire ne soient pas tenus à la neutralité que doivent observer les professeurs de l’enseignement pri­ maire, M. Lyon promet cependant que les premiers, comme les seconds, traiteront « avec respect la pensée religieuse ». Cet engagement n’implique aucune doc­ trine uniforme. L’Université n’a pas de doctrine offi­ cielle. Elle possède quelque chose de mieux : une mé­ thode, la méthode du libre examen. On apprend aux élèves à juger par eux-mêmes. Le professeur a cepen­ dant le droit et le devoir de prendre parti dans les questions historiques ou psychologiques où il s’agit de prononcer des jugements existentiels ou de relation, mais il s’abstiendra de formuler des jugements de transcendance ou de valeur sur les dogmes religieux. Il est vrai que parfois le dogme implique un fait his­ torique, et que la dissociation est impossible. Il faut qu’il y ait accord ou conflit. Comment observer la neutralité? M. Lyon pense que la difficulté pourra pra­ tiquement être éludée, ces dogmes historiques suppo­ sant des faits qu’on ne saurait nier ou affirmer avec certitude.Ainsi le professeur observera la neulralitéen 2089 ÉCOLE déclarant que les dogmes historiques du catholicisme sont incertains! L’auteur précise encore sa pensée. Le catholicisme qui, d'après lui, a droit aux égards des professeurs officiels, c’est le catholicisme de M. Loisy, par exemple — l’exemple est choisi par M. Lyon luimême. Enfin, il paraît que M. Briand a formulé « en termes admirables » la règle de l’enseignement uni­ versitaire, lorsque, dans son discours du 9 novembre 1906, il déclara que l’État laïque n’était ni religieux, ni antireligieux, mais qu’il était « areiigieux ». Voilà les pères de famille catholiques bien renseignés. Dans un article de La Croix du 10 août 1910, M. Henri Joly, membre de l’institut, leur apporte son témoignage d'ancien universitaire. Il adjure les membres de l'en­ seignement libre de ne pas copier l'enseignement offi­ ciel. « On ne s'attache pas, on ne se colle pas à une vie qui est, sinon mourante, au moins malade et mal­ saine, toute en proie à des germes de désordre et de désagrégation. Je ne parle pas ici, comme on pourrait le croire, des idées subversives, antireligieuses et anti­ patriotiques; nous aurions là trop beau jeu. » Qu’on veuille bien remarquer cette appréciation de l’ancien universitaire. « Je parle des principes éducatifs et de la méthode pédagogique qu’ils ont inspirée. En deux mots, dans l’Université d'aujourd’hui, les enfants n’ont plus aucune espèce de formation intellectuelle. C’est une tour de Babel... » S. Érn. le cardinal Andrieu explique ainsi pourquoi il interdit aux prêtres de son diocèse « de faire partie, à un titre quelconque, des établissements scolaires dont les élèves suivent les cours du lycée ». Le cardinal constate que l’éducation officielle des lycées part du faux principe de la neutra­ lité religieuse et aboutit trop souvent à quelque chose de plus grave : l’hostilité. « L’enseignement officiel, celui qu'on donne dans les classes, est neutre en prin­ cipe, et si les lycées sont des écoles neutres, un prêtre n’a pas le droit d’y conduire ses élèves; car les écoles neutres sont condamnées par l’Église. Elle tempère, il est vrai, la rigueur de la prohibition, quand il s’agit de prévenir un grave dommage. Mais le prêtre ne peut pas s’autoriser de cette tolérance pour recommander, en y conduisant ses élèves, des écoles que les souve­ rains pontifes ont toujours interdites... Je me suis de­ mandé, en second lieu, si les lycées doivent être rangés parmi les écoles positivement nuisibles, ou les croyances chrétiennes des élèves sont exposées à un naufrage, à peu près certain, et j'ai dû répondre affir­ mativement pour un grand nombre... Écoles neutres en théorie et souvent hostiles dans la pratique! Il m’a semblé que des prêtres avaient moins que tout autre le droit de pourvoir à leur recrutement. » La Croix, 10 août 1910. 3° Quelles raisons peuvent valoir en faveur d'un en­ seignement d’Etat? Deux surtout sont mises en avant : l’intérêt de l’enfant et l’intérêt de la société. D’abord, en confiant l’enfant à des instituteurs publics, au Heu de le laisser à ses parents qui, par eux-mêmes ou par d’autres, lui donneraient une éducation de leur choix, on prétend sauvegarder le droit de l’enfant. Une pre­ mière réponse est obvie. Longtemps incapable dejuger par lui-même, l’enfant subira l’influence de l'éducation officielle, au lieu de recevoir l’enseignement qu’auraient déterminé ses parents. Substitution d’influences, en un mot : voilà le résultat obtenu. Mais que l’enfant soit soustrait à toute influence, comme semblent l’an­ noncer les défenseurs de sa liberté intellectuelle : c’est ce qui ne saurait avoir lieu. Volontiers, on reprendrait la parole de Pascal : « Crédules, les plus incrédules! » Puis, comment peut-on, au nom du droit de l’enfant, lui enseigner une morale neutre et lui donner un enseignement tout laïque? « L’enfant n’a pas de droit qui puisse prévaloir contre les droits de Dieu, en qui nous sommes obligés, dès l'éveil de notre raison, de 2090 reconnaître notre principe et notre fin. » Lettre collec­ tive des évêques, 14 septembre 1909. En faveur de l’école publique et laïque, on invoque encore l’intérêt de la société. La société, dit-on, a droit de former elle-même, et d’après des méthodes fixées par elle, l’enfant qui doit un jour lui consacrer son activité. Parce que l’utilité sociale est la fin que doivent se proposer les individus, l’éducation est une fonction civile, et non une fonction domestique. La conséquence, répondrons-nous, est rigoureuse, mais le principe est faux. La lin dernière de l’homme, celle qui doit orienter, spécifier et commander toute sa vie, ce n’est pas l'utilité sociale, mais le service de Dieu et, par amour pour Dieu, le service du prochain. Ce qui ne signifie pas que les hommes animés par des prin­ cipes religieux rendront moins de services à la société. En protestant contre ceux qui veulent fausser l’instru­ ment humain, en rappelant quel en est l’usage normal et quelle en est la destination essentielle, nous en assu­ rons le meilleur rendement. Élever l’individu au-dessus de la société, l’élever jusqu’à Dieu, c’est, tout à la fois, élever et fonder la société. Mais enfin le but dernier et déterminant de l’éducation n’est pas d’ordre social. En rigueur de langage, l’enfant n’appartient ni à la société ni à la famille, nous pouvons ajouter : ni à luimême. L'enfant dépend essentiellement de Dieu. Dès lors, puisqu’il ne peut être question de le donner à quelque être ou à quelque groupe humain que ce soit; puisqu’il s’agit uniquement de désigner les éducateurs à qui il doit être confié; pourquoi préférer la famille et l’Église à l’État? Cette question a été résolue plus haut. 4° Ne laissons-nous à l’État aucune part dans l’édu­ cation de l’enfant? Les droits et les devoirs de l’Etat, en cette matière, sont importants, pour subordonnés qu’ils soient. D’abord, s’il comprenait toute l’étendue et, en même temps, le rôle secondaire, de ses attribu­ tions, il s’emploierait à favoriser l'éducation religieuse, c’est-à-dire, nous l'avons vu, l’éducation proprement et intégralement humaine, de l’enfant. Lui-même n’est pas éducateur, mais il peut, dans la sphère de son action, comme auxiliaire des initiatives individuelles, concou­ rir indirectement à la formation intellectuelle, morale et religieuse de l’enfant. Meyer, op. cit., t. n, p. : Ordo autem dignitatis jurium, quæ auctoritati c:· in hac re tuenda committuntur, exigit ut illa, ante omnia, jus auctoritatis ecclesiasticæ in mc-io etiam civilisinterventionis vere agnoscat, ac propte ea ipsa, nonnisi SECUNDARIO JURE et quasi ecclesiasticæ auctoritati succurrendo, parentes ad suum officium Christianum compellat. Neglecta nempe infantium educatione per parentes Christianos, priji.e partes de injuria expostulandi Ecclesiæ competunt, idque tum suo nomine tum nomine liberorum, quorum ipsa in Christo mater est. Si, à cause de l’état des esprits, un gouvernement même énergique, dévoué et éclairé, ne peut remplir ce rôle d’auxiliaire de l’éducation chrétienne, il lui reste le devoir d'assurer à l’enseignement religieux une liberté égale à celle dont jouit l’enseignement n. e're ou athée. Et même, dans le cas où l’État est ofli i-1 !ementneutre, ni religieux ni irréligieux, ce serait s ;: : justice qu’il répartit entre les diflérentes école-, le nombre des élèves et le succès aux examens, les fonds qu’il prélève pour l’instruction publique, sur la fortune, non pas des seuls membres du gouvernement ou des seuls législateurs, mais de tous les contribua­ bles. En troisième lieu, le rôle de l’État est de réprimer certains abus d'ordre extérieur et d’obvier à certaines négligences manifestes. « Qu’un père abuse de son pouvoir, que des parents dénaturés soient assez ou­ blieux de leur devoir pour devenir un danger auprès 2091 ÉCOLE — ÉCRITURE SAINTE ‘2092 des faiblesses que Dieu leur a confiées,assez durs pour simis, 5 septembre 1851; Allocution Nunquam fore,ib décem­ bre 1856; Epist. ad archiep. Friburgensem, Quum non sine, leur refuser le nécessaire, la puissance civile franchira 14 juillet 1864; Syllabus, a. 45-47, Denzinger-Bannwart, Enchi­ le seuil du foyer et se fera la défense de l’enfant. » ridion, n. 1745-1747; Léon XIII, encyclique Inscrutabili, J.Grivet, loc. cil., p. 486. 21 avril 1878; Discours aux élèves du Sacré-Cœur de la Trinité L’instruction primaire ligure-t-elle dans ce a néces­ des Monts, 12 septembre 1878 et 30 juin 1883 ; Discours à la saire » que les parents doivent à leurs enfants? Une Commission des écoles catholiques, 17 juillet 1883; encyclique réponse uniforme et absolue, qu’elle fût d’ailleurs Nobilissima Gallorum yens, 8 février 1884; encyclique Quod multum, 22 août 1886 ; encyclique Officio sanctissimo, 27 dé­ positive ou négative, serait nécessairement inexacte. cembre 1887 ; encyclique Exeunte jam anno, 25 décembre On peut concevoir des pays, des époques ou des cas 1888; encyclique Arcanum divinæ sapientia, 10 janvier 1898; particuliers, où, dépourvu d’instruction proprement encyclique Sapientiæ Christiana, 18 janvier 1890; Lettre sur dite, l’enfant serait encore muni du viatique néces­ le centenaire de saint Louis de Gonzague, 1·' janvier 1891 ; saire à son voyage terrestre. Costa-Rosetti, Philosophia Lettre aux évêques polonais, 19 mars 1894 ; Lettre au peuple moralis, p. 736 sq. Il n’est pas toujours indispensable anglais, 14 avril 1895; encyclique Militantis Ecclesia, 1" août à l’homme de savoir lire et écrire, pour atteindre la fin 1897; encyclique Affari vos, 8 décembre 1897; encyclique Caritatis studium, 25 juillet 1898; Lettre au clergé de France, à laquelle il est destiné. L’Église elle-même, si zélée 8 septembre 1899 ; Déclaration de l’épiscopat français, août 1908; fondatrice d’écoles, ne prétend pas que, pour aller au Lettre collective, 14 septembre 1909. ciel, il soit toujours nécessaire de passer par l’école. V. Documents de législation scolaire. — Pour la France, Une certaine culture de l’esprit est nécessaire à l’homme projet Lepelelier-Robespierre, contre-projet Delacroix, juillet pour atteindre sa fin. Mais, suivant la remarque du 1793; Plan de l’enseignement public du collège du Mans P. de Bonniot, la meilleure école est de « pratiquer la pour le cours de l'année scolastique, 1793; Projet de décret loi avec une intelligence toujours croissante, c’est-àsur les écoles nationales présenté par M. G. Romme au nom de la commission d’éducation, 1" octobre 1793; Décret sur dire en croissant chaque jour dans la connaissance de l’organisation de l'instruction publique, présenté par Michell’auteur de la loi. Les sciences et les arts peuvent con­ Edme Petit, 19-25 décembre 1793 ; loi du 18 mai 1806; Décret tribuer beaucoup à ce noble résultat d’une manière in­ I impérial portant organisation de VUniversité, 17 mars 1808; directe... Indillérents au fond, ils sont bons ou mau­ i Décret du 17 septembre 1808 ; Ordonnance du 22 juin 1814 vais, suivant que la raison les entraîne dans sa voie réglant provisoirement la situation de I'Université ; Ordon­ ou en use pour s’en détourner. » Le problème du mal, nance du 17 février 1815; Ordonnance du 29 février 1816; Paris, 1895, p. 91. Loi sur l’instruction primaire du 28 juin 1833; Projet Guizot, I. Ouvrages didactiques. — Taparelli de Azeglio, Examen critique des gouvernements représentatifs dans la société moderne, Paris, s. d., t. n, c. ni ; Costa-Rosetti, Philosophia moralis, Inspruck, 1886, p. 733-747 ; Meyer, Institutiones juris naturalis, Fribourg-en-Brisgau, 1900, p. 103-108, 701-736 ; Crozat, Essai des droits et des devoirs de la famille et de l’État en matière d'enseignement et d'éducation, Paris, 1897 ; F.-X. Godts, Les droits en matière d’éducation, 12 in-8·, Bruxelles, 1900, 1901. II. Histoire et controverse. — Montalembert, Liberté d’enseignement, Paris, 1818; Veuillot, Mélanges, t. i et ni; Lavisse, Enseignement national, Paris, 4885; Rendu, L’ensei­ gnement primaire libre à Paris 1880-1886, Paris. 1889: Ma­ rion, L’éducation dans l'université, Paris, 1892; A. des Cilleuls, Histoire de l’enseignement libre primaire, Paris, 1898; Rocafort, L'éducation morale au lycée, Paris, 1899; Burnichon, Du lycée au couvent et La liberté d'enseignement. Cinquante ans après, Paris. 1900; Id., L'État et ses rivaux dans l’enseigne­ ment secondaire, Paris, 1900; Goyau, École d’aujourd’hui, Paris, 1900; Brunetière, Éducation et instruction, Paris, 1900; Rocafort, L'unité morale et VUniversité, Paris. 1903; L’abro­ gation de la loi Falloux, Débats parlementaires, Paris, 1904; Sortais, La crise du libéralisme, Paris, 1905; BocquiUon, La crise du patriotisme à l’école, Paris, 1905; Barry, Le droit d'enseigner, Paris, 1906; Compayré, L’éducation intellectuelle et morale, Paris, 1908; M·· d’Hulst, Mélanges, Paris, 1909, t. il, p. 85-209; Autour de l’enseignement congréganiste, Débats parlementaires, Paris, s. d.; P. Biétry, La séparation des écoles et de l'État, Paris, s. d. ; B. Gaudeau, Critique philoso­ phique et théotogique de l’idée de neutralité scolaire, Paris, s. d.; M” Baudrillart, L'enseignement catholique dans la France contemporaine, Paris, 1910 ; Jouin, L’école en France au xx· siècle. Devoirs des parents à l’égard de l’école, Paris, 1910. III. Articles et discours. — C. Clair, Six mois d'ensei­ gnement obligatoire en France, dans les Études, 1870-1871, t. xxv, p. 734; E. Desjardins, L'Église et tes écoles,ibid., 1872, t. xxvi, p. 364; E. Marquigny, La liberté de l’enseignement chrétien, tbid., 1873, t. xxix, p. 252; Id.. Le projet de loi sur la liberté de l’enseignement, ibid., 1874, t. xxx, p. 386; R. de Scorraille, Un argument officiel en faveur de l'ensei­ gnement religieux, ibid.,1879, t. XL,p. 234, 413, 574: Discours de M. Lefas, Journal officiel, 19 janvier 1910; deM. Barrés, ibid.; de M. Lasies, ibid., 20 janvier 1910; deM. Massabuau, ibid. ; de M. Gayraud, ibid., 21 janvier 1910; de M. Allard, ibid.; de M. Piou, ibid., 22 janvier 1910; de M. Aynard, ibid., 25 janvier 1910; Écho de Paris, Billet de Junius, 3 juin 1910; André Lucien, La libre-pensée à l’école primaire, dans La Croix, 16 juin 1910. IV. Documents ecclesiastiques. — Pie IX, Allocution con­ sistoriale du 1" novembre 1850; Allocution Quibus luctuosis­ déposé le 1" février 1836; Loi du 29 mars 1837; Projet de loi présenté par M. Villemain à la Chambre des Pairs, le 2 février 1844; Projet de M. Salvandy présenté le 12 avril 1847 à la Chambre des députés; Projet Carnot, 30 juin 1848 ; Loi Falloux promulguée le 27 mars 1850; Décret du 9 mars 1852, sur le conseil supérieur de l'instruction publique; Loi du 14 juin 1854; Décret du 29 mars 1880 contre les congrégations; Lui relative aux titres de capacité de l’enseignement primaire et Loi éta­ blissant la gratuité absolue de l'enseignement primaire dans les écoles publiques, le 16 juin 1881 ; Loi du 28 mars 1882 sur l’enseignement laïque et obligatoire; Loi du 1" juillet 1901 ; Projets de loi déposés le 25 et le 30 juin 1908. — Pour l'Angleterre : The Education Acts, 1870-1902, par Hugh Owen.Cf. Biétry, La séparation des écoles et de l'État, p. 195-199. — Pour l'Allema­ gne : Ordonnance de Frédéric-Guillaume I", 28 septembre 1717 ; Loi du 21 février 1737; Règlement scolaire général de la Prusse, le 12 août 1763; Loi du 5 décembre 1848; Constitution de 1805; Loi du 11 mars 1872. — Pour la Belgique : Loi du 20 septembre 1884; Loi du 15 septembre 1895. — Pour la Suisse : Constitution fédérale de 1874. — Pour l'Italie : Loi Casati, 13novembre 1859; Loi du 15 juillet 1877 ; Loi du 8 juillet 1904. — Pour les ÉtatsUnis : l'instruction publique est un domaine réservé à l'initiative privée ou à faction particulière des États. Cf. Biétry, La sépa­ ration des écoles et de l’État, p. 264-269. X. Moisant. ÉCOUTANTS. Voir Catéchuménat, t. n, col. 1974- 1975. ÉCRITURE SAINTE. - I. Le nom. II. L’Écriture, source de la révélation. III. L’Écriture, lieu théologique. I. Le nom. — I» Son origine. — Le mot Écriture, servant â désigner les écrits inspirés de l’Ancien et du Nouveau Testament, est la traduction, par l'intermé­ diaire du latin Scriptura, du terme grec Γραφή. Or, ce dernier dérive, par la version des Septante, des livres de l’ancienne alliance rédigés après le retour des juifs de la captivité de Babylone. L’auteur des Paralipoménes raconte que, sous le règne d’Ézéchias, les prescriptions de la loi mosaïque relatives à la manducation de la Pâque n’avaient pas été observées kakkâtûb, « selon qu’il est écrit », Il Par., xxx. 5, 18, et les Septante ont traduit cette expression hébraïque par κ«τα τήν γραφήν, παρά την γραφήν, selon l’Écriture. La même locution hébraïque, employée au sujet des prescriptions légales de la fête des Tabernacles, I Esd., ni, 4; Il Esd., vin, 15, est rendue en grec : κατά rè γεγραμμένον. De là est venu l’usage de désigner les livres inspirés du nom d’Écriture par excellence et d’en appeler à l’auto­ ‘2093 ÉCRITURE SAINTE rite de ces livres par les ormules : γέγραπται γάρ, καθώς γέγραπται. Les livres divius étaient l’Ecriture, les Ecri­ tures, par antonomase. 2» Son application. — 1. Dans le Nouveau Testa­ ment. — Notre-Seigneur et ses apôtres emploient ces noms et ces formules de citation, lorsqu’ils parlent des livres de l'Ancien Testament ou en citent quelque passage. On trouve γέγραπται sur les lèvres de Jésus : Mailh., IV, 4, 6, 7, 10; xi, 10; xxi, 13; xxvi, 31 ; Marc., vu, (i; xi, 17; xiv, 27; Luc., iv, 4, 8, 10; vu, 27; καθώς έστι. γεγραμμένον. Joa., vi, 31, 45. Une fois, le Sauveur cite l’s. cxvill, 22, 23, comme étant έν ταΐς γρχφαίς, Maith., xxi, 42; mais, dans les passages parallèles, saini Marc, xn, 10, dit τήν γραφήν ταύτην, et saint Luc, xx, 17, τδ γεγραμμένον τούτο. Mais Jésus en appelle souvent aux Écritures, désignant ainsi tout ou partie de l'Ancien Testament. Matth., xxn, 29; xxvi, 54; Luc., xxiv. 27; Joa., v, 39. De leur côté, les évangélistes citent les passages bibliques par les mêmes formules. Matth., n, 5; Marc., t, 2. Saint Jean se sertde γεγραμμέvov -στι·/, n, 17; xn, 14, etil emploie le singulier γραφή mur désigner des passages isolés de l’Écriture, vu, 18; x. 35; xm, 18; xix, 24, 36, 37 (έτέρα γραφή Λέγει). Les évangélistes appellent encore les Écritures les écrits de I Ancien Testament, Luc., xxiv, 32, 45, et saint Luc fait de même dans les Actes, xvn, 2, il; xvm, 24, 28. Dans les Actes, nous retrouvons aussi les formules de citation : γέγραπται γάρ, καθώς (ou ώς) γέγραπται, dans la bouche de saint Pierre, i, 20; xv, 15, de saint Étienne, vu, 41, et de saint Paul, xm, 33; xxui, 5. Le passage d’Isaïe, que lisait l'eunuque éthiopien, est une περιοχή τής γραφής, vin, 32. Dans quatre grandes Épitres de saint Paul, on constate l’emploi des formules de citation de l'Ancien Testament : καθώς (ou καθαπερ) γέγραπται, Rom., 1, 17; n, 24; ni, 4, 10; iv,17; viii,36; ix, 13, 32; x, 15; xi, 8, 26; xv, 3, 21; 1 Cor., i. 31; II, 9; XV, 45; 11 Cor., vm, 15; ix, 9; ώσπερ γέγραπται, I Cor., x, 7; γέγραπται γάρ, Rom., xn, 19; xiv, 10; xv, 9; 1 Cor., 1,19; III, 19; ix, 9; xiv, 21 ; Gal., iv, 27; et le nom ή γραφή pour des passages isolés, Rom., IV, 3: ix, 17; x, 11 : xi, 2; Gai., III, 8; tv, 30. Ce nom estaussi employé, I Tim., v, 18. Cf. Prat, La théologie de saint Paul, Paris, 1908, p. 35-36. L'apôtre parle encore des Écritures au pluriel, au sujet des prédictions de l’Ancien Testament, I Cor., xv, 3, 4; Rom., xv, 4; xvi, 26. et de l’Écriture au singulier. Gai., ni, 22. Il affirme l'inspiration de toute Écriture, ou de l’Écriture enliêre. I Tim., m, 16. Saint Pierre cite des passages de l’Ancien Testament par les formules γέγραπται, I Pet., I, 15, et εν γραφή. II. 6. Il compare les Épitres de saint Paul aux autres Écritures. Il Pet., i, 20. Saint Jacques cite enfin comme Écriture divers passages de l’Ancien Testament, n, 8, 23; iv, 5. 2. Chez les écrivains juifs. — Jésus et ses apôtres, dans leur prédication, s’adressaient principalement à des auditeurs juifs. L’emploi qu’ils font des formules : «Il est écrit », et des noms: « l’Écriture, les Écritures» montre que ces expressions étaient usitées de leur temps parmi les Juifs. Nous en trouvons d’autres preuves dans les ouvrages de Philon et de Josèphe. Philon repré­ sente les Juifs d'Alexandrie; or, il désigne les livres de l’Ancien Testament comme al ίερα'ι γραφαι, τα ίερχ γοάμματα. Quis rer. div. heres, ji 52. n. 528; De vita Moysis, 1. Π,§39, n. 290, etc., édit. Cohn et Wendland, t. n, p. 230; t. m, p. 59; t. iv, p. 268. L’historien Josèphe est un palestinien; il nomme aussi les livres de l'Ancien Testament τά Ιερά γράμματα. Ant. jud., proœm.,3; XIX. χι, 2. Parmi les noms que les tahnudistes donnaient au recueil entier, le plus répandu était vnprt ’3Π5, « Écritures saintes », Sabbath, 1, 61, etc., ou encore 31?:. « l’Écriture ». Une catégorie spéciale de livres portait le nom de 3>3t?3n, « écrits », άγίογραφα ou γραφεία, les hagiographes. Cf. J. Fürst, Der Kanon 209-i des Alien Testaments nach den Ueberlieferungen in Talmud und Midrasch, Leipzig, 1868. p. 2; L. Wogue, Histoire de la Hible et de l’exégèse biblique jusqu'à nos jours, Paris, 1881, p. 5-6, 7. 3. Chez les premiers écrivains ecclésiastiques. — L’usage d’indiquer les citations de l’Ancien Testament par les formules γέγραπται et ή γραφή est fréquentchez les Pères apostoliques. Ainsi γέγραπται se lit dans Barriabæ epistola, iv, 3,14; v, 2; xi, 1 ; xiv, 6; xv. 1 : xvi, 6, Funk, Patres aposlolici, 2e édit., Tubingue, 1901, p. 46, 48, 50, 72, 82 , 86; dans Clément de Rome, / Cor., iv, 1; xvn, 3; xxxvi, 3; xxxix, 3; xtvi, 2; XLViil, 2; L, 4, 6, p. 102,122, 146, 148, 158, 163, 164; dans saint Ignace d’Antioche, Ad Eph., v, 3; Ad Magn., xn, p. 218,240; et ήγραφή, dans Barnaba- epistola, rv,7, 11 ; v, 4; vi, 12; xm, 1 ; xvt, 5, p. 46, 47, 50, 56, 78, 86; dans Clément de Rome, 1 Cor., xxm, 3, 5; xxxiv, 6; xxxv, 7;xlii, 5; p. 130, 142, 144, 152; dans la 11 Cor., vi, 8; xiv, 1, 2, p. 190, 200. Ce qu’il y a de particulier à noter, c’est que ces mêmes écrivains, qui citent de nombreux passages du Nouveau Testament, voir t. n, col. 1583, en présentent explicitement quelques-uns comme Écriture. Ainsi Matth., xx, 16; xxn, 14, est pré­ cédé de la formule : ώς γέγραπται. Barnabæ epistola, ιν, 14, Funk, p. 48. La parole de Notre-Seigneur : « Je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs. » Matth., ix, 13; Marc., n, 17; Luc., v, 32, est citée après cette introduction : κα'ι έτέρα οέ γραφή λέγει, et elle est juxtaposée â Is., liv, 1, dans la 11 Cor.,u, 3, 4, p. 186. La parole du Ps. iv, 5, reproduite Eph., iv, 26, est citée par saint Polycarpe, Ad Phil., xn, 1, p. 310, comme parole des Écritures sans distinction, de telle sorte qu'on ne sait si l’évêque de Smyrne vise le psaume ou l’apôtre. Voir t. n, col. 1584. On pense aussi que le Nouveau Testament était compris dans les Écritures, dont on faisait lecture aux synaxes liturgiques. Il Cor., xix, 1, p. 208. Cf. Th. Zahn, Grundriss der Geschichte des neu testam en tlich en Kanbns, Leipzig. 1901, p. 38. Les écrivains postérieurs ont continué à citer de la même manière les livres des deux Testaments. Presque chaque page de saint Irénée, de Clément d'Alexandrie et de Tertullien contient des citations de l’un ou de l’autre Testament sous les noms « les Ecritures ou « l’Écriture ». Cf. Th. Zahn, Geschichte des N. uiestamenllichen Kanons, Erlangen. 1888,t. i, p. 88-89. 3° Sa signification. — Ce nom de γραφή, qui, de sa nature, pouvait être appliqué â n'importe quel écrit et qui a conservé parfois cette signification générale, a pris cependant par l’usage chez les Juifs et chez les chrétiens une signification spéciale, qui est restreinte aux livres de l’Ancien el du Nouveau Testament et qui voit en eux les écrits par excellence, distincts de tous les autres écrits. Cette signification spéciale et restreinte est marquée par l’article placé devant γραφή, et cet arti­ cle fait des livres qu’elle désigne l’Écriture par anto­ nomase. Du reste, les épithètes qui qualifiaient les Écritures précisaient davantage leur nature. Philon et Josèphe les appelaient « les saintes Ecritures ». L'adjectil ίεραι qu’ils emploient (cf. 11 Mach., vm, 23; Il Tim., m, 15) considère ces écrits comme consacrés à Dieu, comme chose sacrée, inviolable, ayant un rapport étroit avec Dieu, plutôt que comme provenant de Dieu. Mais saint Paul les dit saintes, en leurappliquant : ad­ jectif άγιος, qui est la traduction de v--, et qui tait appliqué déjà aux Livres saints.I Mach., xn, 9. Or l'i­ dée exprimée par ces adjectifs hébreu el grec ■ st celle de la séparation des usages profanes et celle de la con­ sécration à Dieu, mais avec le sens moral de pureté, de sorte que les Écritures saintes sont distinctes des écrits profanes, sont à Dieu, sinon même directement de Dieu, contiennent la vérité pure de toute erreur et sanctifient ceux qui les lisent. D'ailleurs, l épithète « saintes », conservée par la tradition ecclésiastique 2095 ECRITURE SAINTE pour désigner les « Écritures », n’a pas tardé à être expliquée. En recommandant aux Corinthiens de lire « les saintes Écritures », saint Clément les qualifie τάς αληθείς, τάς διά τοϋ πνεύματος τοϋ άγιου. I Cor., XLV, 2, Funk, t. I, p. 156. Il les identifie aussi aux paroles de Dieu. Ibid., Lin, 1, p. 166. Saint Théophile d’Antioche explique ce qualificatif, en rapprochant les saintes Ecritures de leurs auteurs inspirés, πνευματόφοροι. Ad Autol., II, 22, P. G., t. vi, col. 1088. Cette épithète de < sainte » continue à être appliquée;! l’Écriture entière ou à ses parties par les Pères de l’Église de la fin du n» siècle et du commencement du m'. Cf. Th. Zahn, Geschichte des Neutestamentlichen Kanons, t. i, p. 89-90. Une autre épithète, accolée au nom d’Écriture, est celle de « divine ». Saint Théophile d’Antioche dit : ή 6εία νραφη, Ad Autol., II, 10, 18, 22, P. G., t. VI, col. 1065, 1081, 1088; saint Irénée : αί θεία'. γραφαί, Cont. hær., II, xxvtt, 1; xxxv, 4, P. G., t. vu, col. 802, 842; Tertullien : divinæ Scripturæ, De testimonio animæ, c. v, P. L., t. 1, col. 617; et très souvent; Clément d’Alexandrie et saint Hippolyte emploient con­ stamment ce qualificatif. Conservé dans la littérature ecclésiastique, il désigne l’origine divine de l’Écriture. Cf. Th. Zahn, op. cit., p. 90. La nature de cette origine divine sera exposée à l’article Inspiration. Le qualificatif ζυριαζα: ou dominicæ, attribué aux Écritures, concerne leur contenu plutôt que leur ori­ gine, et il détermine leur rapport avec le Seigneur Jésus. Il ne distingue pas les écrits du Nouveau Testament de ceux de l’Ancien, car il estappliquédirectementà ceuxci ou à la Bible entière. Saint Irénée désigne ainsi toutes les Écritures, Cont. hær., II, xxx, 6; xxxv, 4; V, xx, 2, P. G., t. vil, col. 842, 1178; de même, Clément d’Alexandrie, Strom., VI, c. xv; VII, c.xv, P. G., t.ix, col. 848, 529, tandis que ce dernier donne spécialement ce nom aux écrits prophétiques, qui rendent témoi­ gnage au Seigneur. Strom., VII, c. i, col. 404. Tertullien entend les Scripturæ dominicæ de la Bible entière. De patientia, c. vu, P. L., t. i, col. 1260. La Bible a huit fois le même nom dans les Actes de Saturnin et de Dativus. Ruinart, Acta sincera, p. 409, 410,415, 416. Ce nom signifie que Jésus prédit et venu est visé dans l’Écriture entière et constitue le lien qui unit étroite­ ment les deux Testaments. Cf. Th. Zahn, op. cit., p. 96-98. II. L’Écriture, source de la révélation. — 1° Exis­ tence. — A l'encontre des protestants, qui trouvaient dans l’Écriture la seule règle de la foi, le concile de Trente, dans sa IV" session, a déclaré que toute vérité qui concerne le salut et le bon règlement des mœurs est contenue à la fois dans les livres écrits et dans les traditions non écrites, que pour cette raison il recevait et vénérait avec un égal sentiment de piété et un égal respect. Voir t. il, col. 1593, 1594. Le concile du Vatican, dans sa III' session, a confirmé le décret de Trente sur les deux sources de la révélation, en rappelant que la révélation surnaturelle est contenue dans les Écri­ tures et dans les traditions non écrites. Ibid., col. 1604. Les Écritures, source de la révélation divine, sont les Écritures inspirées, voir Inspiration, reconnues et acceptées par l’Église, voir Canon des Livres saints, et non les écritures apocryphes. Voir Apocryphes. Léon XIII a rappelé cette doctrine au début de l’ency­ clique Providentissimus Deus du 18 novembre 1903. 2» Caractères de cette source. — 1. Elle n’est pas la seule source de la révélation, puisque l’Église en recon­ naît, à côté d’elle, une seconde, les traditions divines et apostoliques. Voir Traditions. Ce point de doctrine a été défini par le concile de Trente par opposition aux réformateurs du xvi' siècle, qui, à la suite des disciples d’Ockam et des nominalistes, tenaienl l’Écriture comme la source unique de a révélation et posaient le principe , i i I '.’096 de la sola Scriptura, â l’exclusion de toute autre règle de la loi et de toute autorité dogmatique. Pour Ockam, en efiet, l’Écriture doit décider en toute question discu­ tée; elle est seule infaillible, elle est la seule autorité indiscutable. Elle renferme tout ce qu’il est nécessaire de croire pour être sauvé. Non seulement elle est le répertoire des preuves de la doctrine chrétienne el la source des croyances de l’Église, elle est encore une loi qu’on ne peut .violer et contre laquelle les institu­ tions existantes ne peuvent prescrire. Il ne faut pas chercher ailleurs les articles de la loi divine. Cf. F. Kropatschek, Das SchriJ tprinzip der lutherischen Kirche, Leipzig, 1904, t. I, p. 309 sq. Ockam cependant joignait à l’Écriture la doctrine de l’Église universelle, que les fidèles devaient recevoir et à laquelle ils étaient simple­ ment tenus d’obéir intellectuellement et pratiquement. Les protestants rejetaient la doctrine de l’Église, si elle ne leur paraissait pas conforme à l’Écriture, et ils faisaient celle-ci la seule et unique règle de la foi. Cf. C. Pesch, De inspiratione sacræ Scripturæ, Fribourgen-Brisgau, 1906, p. 211-212. Le concile de Trente, sans nier que l’Écriture fût une source de la révélation, lui adjoignit une autre source, les traditions divines et apostoliques. 2. L’Écriture n’est pas la. première source de la révé­ lation. Elle ne l’est ni dans l’ordre chronologique ni dans l’ordre logique. — a) La révélation divine a précédé l’Écriture. Celle-ci n’a pas toujours existé. La connais­ sance de l’Écriture n’a pas été nécessaire pour connaî­ tre la révélation divine. Dieu avait parlé aux hommes et leur avait communiqué ses volontés, avant que la révélation ne fût consignée dans les Écritures. Tertul­ lien place même avant l’Écriture, dans l’ordre des temps, la connaissance naturelle de Dieu, â laquelle Dieu a ajouté l’Écriture. Adversus Hermogenem, 25, P. L., t. il, col. 220, 221. Dans l'économie chrétienne la prédication des apôtres a précédé les Écritures du Nouveau Testament, selon la remarque déjà faite par saint Irénée. Cont. hær., III, i, 1,P. G. t. vn, col.844. Cette prédication a même précédé la présentation des Écritures de l’Ancien Testament. Grâce à celles-ci, la catéchisation des Juifs a sans doute été plus facile, aim ex Scripturis habuerunt ostensiones ; mais la prédication de l’Evangile a été faite aux gentils sans les Écritures, et la foi chrétienne a existé pendant plusieurs généra­ tions, sine instructione Scripturarum. Ibid., IV, xxrv, 1, 2, col. 1049, 1050. On peut en conclure que la lec­ ture de l’Écriture n’est pas nécessaire aux fidèles, qui apprennent suffisamment par la prédication la révéla­ tion surnaturelle, contenue dans les Livres saints. — b) Dans l’ordre logique, il est nécessaire que l’autorité del’Église détermine quels sont les livres qui rentrent dans le corps de l’Écriture et qui par suite ont une pleine autorité pour établir le dogme et la morale, révé­ lés par Dieu. Voir t. n, col. 1595. L’unique critère déci­ sif de l’origine et de l’autorité divine de l’Écriture est la déclaration explicite de l’Église. Ibid., col. 15591569. Cf. Franzelin, Tractatus de divina traditione et Scriptura, 3' édit., Rome, 1882, p. 256-261; C. Pesch, De inspiratione sacræ Scripturæ, p. 579. 3. L’Écriture, comme source de la révélation, n’est pas supérieure aux traditions divineset apostoliques, puisque les vérités, contenues dans les traditions, ne sont pas moins révélées que celles qui sont énoncées dans la sainte Écriture. C’est pourquoi le concile de Trente reçoit les deux sources de la révélation, avec le même sentiment de piété et les vénère avec le même respect. Toutes deux contiennent matériellement la parole de Dieu, mais l’Écriture, en vertu de son inspiration, est formellement la parole divine, ce que ne sont pas les traditions révélées. 4. L’Écriture n’est pas non plus la source totale complète de la révélation, puisqu’il y a. â eût· d’elle ECRITURE SAINTE 16 ■2097 le une autre source, la tradition, qui enseigne des vérités révélées qui ne sont pas dans l’Écriture. Tertullien citait déjà un certain nombre de traditions divines ou apos­ toliques, qui étaient connues sans que l’Écriture les mentionne. De oratione, 15-19, P. L., t. I, col. 11701183; De corona, 3,4, t. n, col. 78-82. Voir Traditions. Un peut même dire que la tradition dépasse l’Écriture en amplitude, puisque toutes les vérités révélées sont contenues dans la tradition, qu’une partie de celles qui sont exprimées dans l’Écriture, ont été transmises oralement avant d’étre consignées par écrit, el que toutes sont conservées dans l’Église et par l’Église, quoique l’Église ne possède pas le dépôt complet de la révélation divine en dehors de l’Écriture, qu’elle garde et qu’elle interprète. Cf. Franzelin, op. cit., p. 261-262. Toutefois, le concile de Trente ne s’est pas prononcé sur la question de savoir si la tradition renferme plus de vérités que l’Écriture, et il n'a pas envisagé comme tra­ ditions les vérités révélées contenues dans la Bible. Duns Scot s’est demandé si les vérités qu’il est né­ cessaire à l'homme de savoir sont suffisamment trans­ mises dans l’Écriture sainte, puisque des raisons sé­ rieuses tendraient à justifier une réponse négative. En elfet, l’Écriture non seulement contient une foule de choses qui ne sont pas nécessaires au salut, mais même elle ne nous apprend pas avec certitude toutes les vérités qu’il parait nécessaire de connaître pour étre sauvé, telle la distinction si importante des péchés mor­ tels et véniels. Néanmoins, elle expose suffisamment tout ce qui est nécessaire à l’homme de connaître, et ce qu’il faut croire, espérer et réaliser pour atteindre sa fin. Cela ne veut pas dire que toutes les vérités particu­ lières nécessaires au salut des hommes sont formelle­ ment exprimées dans la Bible ; beaucoup n’y sont con­ tenues que virtuellement; ce sont des conclusions de principes, que les exégètes et les théologiens doivent tirer. In IV Sent., prol., q. I, n. 1, 14, Paris, 1893, t. vin, p. 74-75,112-113. Voir col. 1873. D’autres théolo­ giens ont admis aussi que tous les dogmes, dont la croyance est nécessaire au salut, sont contenus dans l’Écriture. Bellarmin, De verbo Dei, 1. IV, c. xi, ad obj. I·” et l4»m, Milan, 1721, t. i, p. 494, 498; les frères Wallenburg, Controv. gen., tr. VI, De testimoniis, c. iv, n. 14, 15, dans Migne, Cursus completus theo­ logiæ, 1.1, col. T156, et Newman, Du culte de la sainte Vierge dans l’Église. Leur opinion ne paraissait pas soutenable à M. Vacant, Éludes théologiques sur les constitutions du concile du Vatican, Paris, 1895, t. I, p. 376, note 1. L’enseignement commun des théologiens est que l’Écriture ne contient pas tous les dogmes. Quoi qu’il en soit, la richesse doctrinale de l’Écriture apparaît à tout lecteur et Léon XIII a recommandé aux prédicateurs, chargés d’enseigner la vérité catho­ lique tant aux savants qu’aux ignorants, de recourir à cette sorte d’arsenal divin, que constituent les Lettres sacrées et qui fournissent une si ample prédication sur Dieu et sur ses œuvres, sur le Christ Sauveur, sur l’Église, son institution, sa nature, ses fonctions, ses dons surnaturels, enfin sur la bonne formation et le gouvernement de la vie et des mœurs. Il a cité aussi les éloges que les Pères ont faits de l’Écriture comme source de la révélation. Encyclique Providenlissimus Deus. 5. Tout le contenu de l’Écriture sainte appartient-il en quelque manière à la révélation surnaturelle? Saint Thomas a enseigné que tout ce qui est contenu dans l’Écriture appartient à la foi, mais en distinguant ce qui s’y rapporte principaliter et secundum se, à savoir, les articles de la foi de his quæ videnda speramus in patria, quæ directe nos ordinant ad vitam, ælernam, par lesquels homo beatus efficitur, comme la trinité, l’incarnation, etc., et ce qui s’y rapporte indirecte, per cccidens ou secundario, à savoir, les choses que l’Écri­ q, jté ’e !e a e Is »t s 2098 ture propose, non quasi principaliter intenta, sed œi prædictorum manifestationem, sicut quod Abraha . habuit duos filios, quod ad tactum ossium Elisæi su ~citatus est mortuus, et alia hujusmodi, quæ narrantur in Scriptura sacra in ordine ad manifestationem diri­ me majestatis vel incarnationis Christi, ou encore ex quibus negatis consequitur aliquid contrarium /idei, sicut si quis diceret Samuelem non fuisse filium Helcanie ; ex hac enim sequitur Scripturam divinam esse falsam. Sum. theol., I“, q. xxxn, a. 4; 11“ Ilæ, q. i, a. 6, ad l"ra; q. II, a. 5. Il en résulte que tous les énoncés de la sainte Écriture, c’est-à-dire, non pas sans doute toutes les formes du langage ni les textes qui ne cons­ tituent point par eux-mêmes un énoncé biblique, mais tous ceux qui, dans leur contexte, énoncent ce que Dieu a voulu enseigner en inspirant les écrivains sacrés, bien que n’étant pas révélésauxauteurssacrés, appartiennent cependant, au moins indirectement, au dépôt de la ré­ vélation. Ils y rentrent, même ceux qui ne sont pas l’objet direct de la foi, en raison de leur seule insertion dans les Livres saints ; en les inspirant, Dieu a voulu les enseigner à l’humanité; ils appartiennent au dépôt de la révélation confié â l’Église, encore qu’ils ne soient pas l’objetdirect de la foi divine. Cf. A. Vacant, op. cil., 1.1, p. 506-516. 6. Enfin, l’Écriture, comme source de la révélation. ne se suffit pas â elle-même. Elle est une lettre morte qui a besoin d’un interprète; elle contient la doctrine, mais celle-ci doit en être extraite; elle est obscure et il est nécessaire de l’éclairer; elle ne résoutà elle seule aucune discussion et elle n’est pas le juge des contro­ verses. Il est trop facile de l’altérer et d’en fausser l’interprétation. Le juge des controverses, c’est la tradition apostolique vivante chez les successeurs légi times des apôtres. Telle est la doctrine de Tertullien. De præscriplione, 19, P. L., t. n, col. 31, de saint Au gustin, De utilitate credendi, vu, η. 17, Ρ. L., t. xlu col. 77, de saint Vincent de Lérins, Commonitorium i n. 2, P. L., t. L, col. 640. Cette doctrine est deveni· courante dans l’Église. Cf. J. Turmel, Histoire de théologie positive du concile de Trente au concile di Vatican, Paris, 1906, p. 38-44. Saint Bernard a même donné à l’Église une autorit· plus grande sur l’Écriture. Il a affirmé qu’en sa qua­ lité d’épouse de Dieu elle possédait son esprit, e: qugràce à la familiarité qui en résultait, elle pénétra: sesecrets. Elle pouvait donc adapter le texte sacré a soi enseignement et à sa pratique liturgique, en lui rica­ nant ainsi une valeur spéciale, indépendante même du contexte. Quand elle change l’ordre ou la suite des pa­ roles divines, cet ordre nouveau est plus fort que le premier. In vigilia Nativitatis Domini, P. L., t. clxxxiii, col. 94. L’Église n’a jamais revendiqué pour elle-même cette autorité, et le sentiment de saint Ber­ nard est demeuré isolé. Les docteurs scolastiques se sont contentés de reconnaître le droit de l’Église à interpréter l’Écriture, et le concile de Trente en a fil­ les règles, en s’appuyant sur ce droit. Sess. IV, De­ cretum de editione et usu sacrorum librorum. L'enzinger-Bannwart, n. 786. Ces règles ont été renouvelai et précisées par le concile du Vatican. Sess. 111. . us: Dei Filius, c. n, ibid., n. 1788. Voir Interpretation DE LA SAINTE ÉCRITURE. Bien que juge suprême du sens de l’Écriture in ■ - ·. fidei et morum, l’Église cependant n’est pas maîtresse absolue de l’Écriture. Elle doit veiller à sa conserva­ tion et à sa défense; elle ne peut ni la négliger ni s en écarter comme règle de la foi. Elle doit y recherc: · ce qu'il est nécessaire d’enseigner aux fidèles. L’Écr re demeure une des sources de la révélation, et la regie éloignée et médiate de la foi. La dépendance dans la­ quelle elle se trouve vis-à-vis du magistère ecclésias­ tique, ne diminue en rien son autorité propre. 2099 ÉCRITURE SAINTE Cf. C. Pesch, De inspiratione sacræ Scripturæ, p. 586500. La doctrine de l'Écriture. source de la révélation divine, a été étudiée surtout par les controversistesdu xvr siècle et envi­ sagée par suite dans ses rapports avec les traditions divines et l’autorité de l’Église, que niaient les protestants. Elle a été ex­ posée, avant le concile de Trente, par le B. Jean Eisher, Coclilée, Driédo et le cardinal Hosius. puis, après le concile, par Paiva de Andrada. Perez de Ayala. Lindanus. Stapleton et Bellarmin. Sur la doctrine de ce dernier controversiste, qui a dépassé ses prédécesseurs, voir le P. de la Servière. La théologie de Bellarmin, Paris, lt)08, p. 26-42. Voir aussi A. Humbert. Le pro­ blème des sources théologiques au xvr siècle, dans la llevue des sciences philosophiques et théologiques, Kain, 1907, t. i, p. 478-498. III. L'Écriture, lieu théologique. — 1° Existence. — La théologie, étant la science de la révélation divine, voir Théologie, prend pour point de départ immédiat et pour principe le donné révélé, c’est-à-dire l’objet même de la révélation, ou la vérité de foi divine, ce que saint Thomas appelle l'article de foi. Elle ne les prouve pas; elle les constate et les reçoit pour en dé­ duire des preuves d’autres doctrines. C’est donc dans les sources de la révélation divine, et spécialement dans l’Ecriture, que la théologie va chercher ses auto­ rités. S. Thomas, Sum. theol., I·, q. I, a. 8. Il en ré­ sulte que l'Ecriture est le premier et principal lieu théologique, c’est-à-dire le premier et principal prin­ cipe, duquel le théologien tire ses arguments ou preuves. C’est pourquoi Léon XIII, dans l’encyclique Providentissimus Deus, a déclaré qu’il était souverainement désirable et nécessaire que l’usage de la sainte Ecriture influe sur toute la science théologique et en soit comme l’âme. Il rappelle la pratique des sainls Pères et des théologiens les plus illustres. L’Écriture occupe, parmi les sources de la révélation, un tel rang que, sans son étude et son usage assidus, la théologie ne saurait être traitée d’une façon convenable et digne d'elle. 2» Autorité. — Le lieu théologique, que constitue l’Écriture canonique, parce qu’il part d'une autorité fondée sur la révélation divine, est le principe de so­ lution le plus efficace. S. Tboma<. loc. cil., ad 2““. Il est ferme et indiscutable, car l'autorité divine est la plus grave qui puisse exister. M. Cano. l>e locis theo­ logicis, 1. H, c. t, dans le Cursus lheologiæ completus de Migne, t. t, col. 65. Mais pour que, dans les ques­ tions théologiques, le donné révélé contenu dans l’Écriture soit un principe de solution nécessaire et efficace, il faut qu'il appartienne certainement au dépôt de la révélalion. S'il est seulement probable qu’il fait partie 71, 1582; Brixen, 1559; Compendium catechismi de modèle, sera rarement égalée. Parmi les œuvres quod ut antea semper : ita etiam nunc ex decreto originales, une partie des poésies de saint Éphrem et concilii tridentini pie recteque utitur romaiia apode Narsaï (celles qu’ils ont écrites a Édesse); les itnlica cum confessione catholica universi concilii tri­ œuvres des disciples de saint Éphrem (Cyrillona. Isaac dentini, in-8», Cologne, 1569, ouvrage qui fut aussitôt d’Arnid, Isaac d’Édesse, etc.), celles des Édesseniens traduit en allemand et qui parut dans la môme ville en contemporains (Jacques de Saroug, Philoxène, Étienne 1570; Discursus de fide catholica, in-8», Budissen, 1571; bar-Soudaili, etc.); des controverses théologiques (RabErangelische Inquisition wahrer und falscher Reli­ boula, Ibas) et de nombreux documents hagiographiques gion,etc., partie en allemand et en latin, in-4», Dillingen, (saint Alexis, Jean et Paul, Scharbel, Gouria. Scha1573; cet ouvrage déplut à Maximilien II, qui le coninona, Habib, Euphémie, etc.) ou de caractère apo­ damna par un édit impérial; il fut cependant publié cryphe (légende d’Addaï) et en général tout le mouve­ encore, s. L, 1574; Cologne, 1574; s. L, 1579; Ingolment littéraire du v»au vi» siècle, peuvent lui être rap­ stadt, 1580,1629; la II» partie parut sous ce titre: Das guldene Fliess ehristlicher Gemein und Gesellschaft, portés. Elle semble surtout avoir créé un mouvement - v , Ingolstadt, 1579; Malleus hæreticorum, de variis en faveur des études grecques auquel nous sommes 'anorum dogmatum notis atque censuris libri duo, redevables de nombreuses traductions. Un manuscrit in 8». Ingolstadt, 1579; G. Nigrinus écrivit contre de Londres, écrit à Édesse l’an 411, renferme la tra­ cette II» partie; la III» ne fut pas publiée; Matælogia duction syriaque des Récognitions, des discours de lurreticorum seu Summa hæreticarum fabularum in Titus de Bostra contre les manichéens, de la Théopha­ qua brevi quodam veluti compendio continentur nonnie d’Eusèbe et de l’histoire des martyrs de Palestine ; un manuscrit de Saint-Pétersbourg, écrit à Édesse l'an genti fere vanissimi errores de ducentis prope reli­ gionis catholicæ capitibus quibus homines quidam 462, contient la traduction syriaque de l’Histoire ecclé­ r-nrobi purum Dei verbum plerumque corrumpere, siastique d’Eusèbe; Rabboula.à quiM. Burkitt attribue E·· I siæ vero unitatem præscindere ac fidei christianæ ! la paternité de la Peschito, traduisit en syriaque .e integritatem violare ausi sunt, in-8», Ingolstadt, 1581. traité de saint Cvrille De recta fide; Ibas, par contre, •2103 ÉDESSE (ÉCOLE D’) — EGER fit traduire les ouvrages de Théodore de Mopsueste et de Diodore de Tarse, et réunit à Édesseles ouvrages de Nestorius qui devaient y être traduits plus tard (vers 538). C’est là, au point de vue théologique, la principale importance de l’école d’Édesse : elle a transmis aux Syriens les théories des écoles rivales d’Alexandrie et d’Antioche, et les Syriens nous les ont conservées. Celles de l'école d’Antioche, devenues nesloriennes, ont été adoptées par la majeure partie des Perses, compatriotes de Nestorius. Si nous en croyons Jean d Asie, « ces Perses, en général, étaient ardents aux recherches » et se complaisaient déjà dans la philoso­ phie naturelle de Bardesane, comme dans les spécula­ tions de Marcion et de Manés, avant d'apporter leur concours à Nestorius et de « dépasser même sa méchanceté », Land, Anecdota syriaca, Leyde, 1868, t. n, p. 77; ils ont cependant fourni aux jacobites les deux plus fougueux de leurs apologistes : Siméon de Beit-Arscham et Philoxene de Mabboug. Nous avons .encore rattaché à l’écoled’Edesse Étienne bar-Soudaili, né dans celte ville durant la seconde moitié du Ve siècle, ancien monophysite devenu panthéiste, qui exerça une grande inlluence sur la littérature pseudo-dionysienne en Syrie. La cause de la fondation des écoles, par Mar Barliadbsabbâ ArbayA, évêque de IJalwan (VI· siècle), dans Palrologia orientalis, Paris, 1908, t. iv, p. 380-386; Rubens Duval. His­ toire d’Édesse, Paris. 1892, p. 145,161, 176-181 ; F. Nau, Hagio­ graphie syriaque : saint Alexis, Jean et Paul, Daniel de Galas, Hannind, Euphémie, Sahdd, etc., dans la Revue de l’Orient chrétien, t. xv (1910), p. 53-72, 173-197; I. Guidi, GU statuti della Scuola di Nisibi, dans le Giornale della Società isiatica Italiana, t. iv (1890), p. 165-195; Rubens Duval, La littérature syriaque, 3· édit., Paris, 1907, passim. F. N,\u. EDME, EDMOND (sa int), archevêque de Cantor- béry, né vers 1180à Abingdon,dans le comté de Berks, mort à Soisy dans le diocèse de Meaux, le 16 novembre 1240. Il était le fils d’un marchand d’Abingdon, nommé Reginald Rich, et reçut une éducation très chrétienne. Vers l’âge de 15 ans, il alla avec son frère étudier à Paris. Il s’y fit recevoir maitre-ès-arts et y enseigna, puis vint à Oxford. Après quelques années passées dans cette dernière ville, il revint à Paris pour y étu­ dier la théologie et s’y fit recevoir docteur. C’est alors qu’il fut ordonné prêtre. Vers 1214, il était de retour à Oxford où il enseigna la théologie. Tout en continuant ses fonctions de professeur et de prédicateur, il fut nommé en 1222 trésorier de l’église de Salisbury et le pape Grégoire IX lui confia la mission de prêcher la croisade en Angleterre. En 1233, il fut choisi pour arche­ vêque de Cantorbéry et fut sacré le 2 avril 1234. Dès qu'il eut pris possession de son siège, saint Edmond s’efforça de ramener la paix entre le roi Henri III et ses barons. Il ne cessa de lutter contre la décadence des mœurs et le relâchement de la discipline. Nous en avons une preuve dans les Constitutiones provinciales S. EdmundiCantuariensisarchiepiscopicircaan.l236. Cf. H. Spelman, Concilia, decreta, leges, constitutiones in re ecclesiarum orbis Britannici, in-fol., Londres, 1664, l. n, p. 199; Johnson, Collection of english ca­ nons, I. n; D. Wilkins, Concilia Magnæ Britannis et Hibernis, 4 in-fol., Londres, 1737, t. i, p. 633. Après avoir courageusement combattu contre les empiète­ ments de Henri III dans le domaine ecclésiastique, saint Edmond se vit forcé de quitter l’Angleterre et il vint chercher un refuge à l’abbaye cistercienne de Pontigny, puis au monastère de Soisy, prés de Provins, où il mourut. H ne nous reste de ce saint qu’un petit traité intitulé : Spéculum Ecclesiæ,dans Bibliotheca Patrum, in-fol., Paris, 1624, t. v, p. 765; voir plus haut t. n, col. 1900; el un sermon qu’il adressa aux moines de Pontigny. Six ans après sa mort, il fut canonisé par Innocent IV. 2104 Chamillard, Vie de saint Edmond. Awterre, 1763; R. P. Masse. Vie de S. Edme, in-12, Paris 1858; Jaspar. Notice biographi­ que sur saint Edmond, Lille. 1878; V\ . Wallace, O. S. B.. Life of St. Edmund of Canterbury, in-8·, Londres, 1893 : de Paravicini, St. Edmund of Abington, Londres. 1898; Ward, St. Ed­ mund archbp. of Canterbury, Londres, 1903; Archer, art. St. Edmund, dans Dictionary of national biography ; Wisch, Biblioth. scriptorum ord. cisterciensis, in-4·, Cologne, 1656. p. 88; du Boulay, Historia universitatis Parisiensis, 6 in-fol., Paris, 1666, t. in, p. 679; Fabricius, Bibliotheca latina médité et inftmæ ælatis, in-8·, Florence, 1858, t. Il, p. 494; Féret, La faculté de théologie de Paris et ses docteurs les plus célè­ bres, 1.1, p. 285-293. B. Heurtebize. théologien bénédictin, mort le 30 juillet 1766. H était religieux de l'abbaye de Rhei­ nau dans l’ancien diocèse de Constance et publia : Ju­ dicium B. Thoms Aquinatis in causa maxime con­ troversa, sive concordia thomistica libertatis créais in linea gratis et naturæ aim intrinseca efficacia voluntatis divins sine prsdestinalione physica et scientia media, in-40, Constance, 1734. EFFINGER Romain, [Dom François,] Bibliothèque générale des écrivains de l'ordre de S. Benoit, in-4·, Bouillon, 1777, t. i. p. 279; Hurter, Nomenclator, 3· édit., 1910, t. IV, col. 1013. B. Heurtebize. EGER ou EGHER Henri, chartreux, auteur de plu­ sieurs ouvrages ascétiques, naquit à Calcar ou Kalkar, province de Clêves (Allemagne), en 1328, d’une famille noble. Il fut docteur et professeur de l’université de Paris, chanoine de Saint-Georges à Cologne et de la col­ légiale de Kaiserschwert (Cssaris insula}. En 1365. il se fit chartreux au couvent de Sainte-Barbe, â Cologne, et vers la fin de l’année suivante prononça ses vœux. En 1368, le chapitre général l’institua prieur de la mai­ son de Monichusen. près d’Arnheim, dans la Gueldre. Dom Eger gouverna cette chartreuse pendant cinq ans, et y laissa des souvenirs ineffaçables. C’est durant ce priorat qu’il persuada au célèbre Gérard de Groote (1340-1384), son ancien disciple en Sorbonne, de chan­ ger de vie et d’observer ses devoirs de diacre. Gérard, s’étant démis de ses bénéfices, alla s’enfermer à la char­ treuse de Monichusen pour y vivre dans le recueille­ ment et la pratique de la pénitence. La faiblesse de sa santé ne lui permit pas de se faire chartreux, et, vers 1373, il quitta le monastère et commença sa vie apos­ tolique. Cependant, son souvenir demeura à Monichu­ sen, et, dans la suite, la cellule qu’il y avait habitée devint un lieu de pèlerinage pour ses disciples. Cf. Tho­ mas a Kempis, Vila Gerardi Magni, c. iv et vi. A la même époque, dom Eger passa de Monichusen à la direction de la nouvelle chartreuse de Ruremonde, dan-· le même duché de Gueldre, où il se distingua égale­ ment par son zèle pour l’observance régulière et par la sagesse de son administration. Aussi l’ordre ne tarda pas à lui confier des charges plus importantes. En 1378, il fut nommé prieur de Cologne, et sept années après il fut transféré au priorat de Strasbourg, où il demeura jusqu’en 1396, époque de sa démission de toutes charges et de son retour à la vue claustrale dans la chartreuse de Cologne. Il avait été, pendant vingt ans, visiteur de la province du Rhin, et fut aussi visiteur extraordinaire de plusieurs maisons de Picardie, de France. d’Allemagne et d’Autriche. Le pape le délégua pour la défense de ses droits, et pour l’absolution des cas réservés au Saint-Siège. Rentré dans la vie privée, il s’occupa d’écrire l’histoire des chartreux el termina son ouvrage vers la fête de saint Jean-Baptiste en 1398. 11 continua son commerce épistolaire avec les religieux qui avaient été ses sujets, et ne cessa cet apostolat qu’en 1407, lorsque la paralysie l’immobilisa pour toujours. Sa piété était vive, sa contemplation continuelle et sa dévotion envers la sainte Vierge très tendre. Il fut favorisé de dons extraordinaires et, dans une apparition. 2105 EGER Marie lui révéla de réciter chaque jour en son honneur an.· sorte de rosaire composé de quinze Paler et de cent cinquante Ave. Un prieur d’une chartreuse d Angleterre propagea cette pratique parmi les peuples. Dom Eger mourut le 20 décembre 1408. Canisius a inscrit son nom dans le Martyrologe de l'Allemagne. Dom Eger est un des écrivains ascétiques chartreux, à qui un a fait l'honneur d’attribuer totalement ou par­ tiellement l'imitation de Jésus-Christ. Son long séjour dans les chartreuses d’Arnheim et de Ruremonde, dans la Gueldre et dans les maisons de Strasbourg et de Cologne sur le Rhin appuie fortement la tradition, d après laquelle c'est bien lui qui, au xv» siècle, a été désigné par les copistes attribuant un ou plusieurs des livres de l’imitation à un chartreux de la Gueldre ou du Rhin. Quoi qu’il en soit de cette tradition attestée par douze manuscrits, existant encore, il semble que le fameux passage Attende Carlusienses ne pourrait empêcher la saine critique d’admettre que le Ier livre de l'imitation a bien pu avoir été composé par un chartreux pour l’instruction d’un disciple étranger à son ordre et vivant dans une congrégation religieuse. L histoire littéraire des enfants de saint Rruno con­ tient bien des exemples de ce genre et, de l’aveu même des adversaires de cette tradition, la doctrine spiri­ tuelle des autres opuscules de dom Eger a beaucoup d analogie et d’aflinité avec les enseignements monas­ tiques de limitation de Jésus-Christ. Les ouvrages de dom Eger se trouvaient encore au xvni· siècle parmi les manuscrits de la Chartreuse de Cologne. Plusieurs autres monastères de l’Allemagne en possédaient également des recueils. De nos jours on connaît les titres suivants Henrici Kalkar opera quædam, ms. in-4°, autrefois dans la bibliothèque de sir Thomas Philipps, â Middlehill, en Angleterre; :·■ Migne, Dictionnaire des manuscrits, t. il, col. 167, n. 488; Henrici Kalkar opuscula quædam, ms. delà bibliothèque de l’abbaye de Saint-Gall, en Suisse; ci. Migne, op. cit., t. τι, col. 1754, n. 780; Henrici Kalkar quædam opuscula, ms. à la bibliothèque brûlée) de Strasbourg. Migne, op. cit., t. i, col. 1375. La bibliothèque de la ville de Darmstadt possède trois recueils d’opuscules mss. de dom Eger marqués par les n. 710 (papier in-12), 819 >t 1086 (parchemin in-8°, xv» siècle). SelonM.de Vooys, le codex 710 comprend : Epistolæ; Sermones; Historia ordinis carthus.: le codex 819 renferme : Epistolæ; Scala spiritualis exeritii; De quotidiano holocausto spiritualis exercitii; Psalterium B. Mariæ; De ortu et decursu ordinis -orthusiensis ; le codex 1086 contient : Libellus exhortacionis. M. de Vooys signale aussi le codex η. 171 de la bibliothèque Pauline de Munster qui comprend 7. Kalkar liber de ortu decursuque ordinis carthusiensis (1398); Tractatus asceticus cum exhortatione pro noviciis ordinis carthusiensis; Epistolæ et Ser­ mones (1483). Le De ortu et progressu ordinis Carthusiensis Chro«icon scriptum anno 1398 circa festum S. Joannis Raptistæ a vingt-neuf chapitres. Il se trouve dans rieurs bibliothèques publiques et privées, par xernple. à Grenoble, à Lyon, â Charleville, à Strasbourg >vant 1870), à Vienne en Autriche, à Middlehill en ■ ngleterre, etc. Souvent dans ces codex on y a joint ne chronique latine des prieurs de la Grande-Char-use, qu’on a faussement attribuée à dom Eger. Le chartreux dom Pierre Dorland, Chronicon Cartu■ · use, Cologne, 1608, a publié plusieurs récits -mpruntés â cet ouvrage. De même, les bénédictins Martêne et Durand ont complété la Brevis histo•a ordinis carlusiensis d’un chartreux anonyme, •Tils publièrent dans Veterum scriptorum ampiis-dma cnlleetio, t. vi, par des exemples tirés de cette histoire. Enfin, on en trouve plusieurs autres 210G extraits dans le Speculum exemplorum du chartreux Egide Goudsmid (Aurifaber), Deventer, 1481 ; Cologne, 1485, etc. — Un extrait du traité inédit : Loquagium de rhetorica, se trouve dans le recueil d’ouvrages mss. conservé à la bibliothèque d’Utrecht sous le n. 251. — Cantuagium de musica, liber unus. — De continentiis et distinctione scientiarum, liber unus. Tractatulu ad Ricoldum, composé pour un chartreux qui avait demandé s’il devait accepter l’office de sacristain. — Commenlariolus in Decretum Gratiani et Decretale Gregarii IX. — Epistolæ variæ et spirituales. Deux recueils de ces Lettres écrites de 1370 à 1407 se trou­ vaient parmi les mss. de la bibliothèque (incendiée) de la ville de Strasbourg. Cf. Migne, op. cil., t. I, col. 1392. Plusieurs copies en sont conservées à la bibliothèque de Bâle et dans d’autres dépôts de mss. anciens. — Sermones capitulares breves, mss. â la bibl. de Bâle, in-4», A. vin, 2, et A. tx, 29. — Scala spiritualis exercitii per modum orationis, ms. de l’année 1-451, se trouve â la bibliothèque royale de Bruxelles dans le recueil marqué n. 2587. Ce codex comprend six autres opuscules qui probablement sont aussi de dom Eger. — Epistola responsiva de rebus variis, ms. in-fol. à la bibliothèque de l’université de Bâle, A. vi, 6. — Excerptum de vita purgativa, ms. in-4» dans la même bibliothèque, A. vin, 27. — De holocausto quotidiano spiritualis exercitii, ms. sur papier, conservé à la bibliothèque de Mayence, n. 555. Ce traité eut un grand succès au xv» siècle soit chez les chartreux, soit dans les autres ordres monastiques. Mais il se propagea sous divers titres et fut attribué â différents auteurs. Ainsi, dans l’article 33» de son De laude vitæ solitaries, Denys le Chartreux l’appelle Exercitium carlhusianum. Le carme Arnold Bostius (y 1499) le désigne par le titre de Monachale exhor­ tatorium; Trithème et Possevin l'intitulent : Exerci­ tatorium monachale ; dans le ms. n. 4981 de la biblio­ thèque de Bourgogne, à Bruxelles, on lui a donné ce titre ■ Quidam utilis tractatus proficere volentibus, etc. ; ailleurs on l’a appelé : Speculum peccatorum, ou Exercitatorium monachale; dans le codex de Wolfenbûttel (Guelferbytanus), il est intitulé : Exercitato­ rium monachale sive carthusiense et a été copié entre le I»» et le Π» livre de l’imitation. Il occupe le même rang dans le codex Bambergensis des livres de T Imi­ tation qui est â présent dans la bibliothèque Casanatane de Rome, C. v. 44, et termine par ce nouveau titre : Explicit exercitatorium hominis religiosi et devoti. Eusèbe Amort (f 1775) a eu tort de dire que VExercitatorium est le même ouvrage que la Disci­ plina claustralis, attribuée à Thomas a Kempis, car cet opusculediffèretotalementdutraitédedomEger. En 1900, dans les Études religieuses, on a émis l’hypothèse que VExercitatorium de dom Eger pourrait bien être anté­ rieur à la Theologiamystica, imprimée plusieurs fois sous le nom et parmi les œuvres de saint Bonaventure. Mais la Theologia mystica, ou le De triplici via ad sapien­ tiam, composée vers 1240 par le chartreux Hugues de Balma, a été traduite en italien par le frère gésuate Dominique du Montechiello, avant 1367, probablem·nt avant même que dom Eger se fit chartreux (1365>. Cf. Opere asceliche di San Bonaventura volgarizzate nei trecento contenute in questo volume, la Teologia mistica,etc., in-4», Vérone, 1852. L’opuscule de dom Eger intitulé : De holocausto, etc., dans le ms. de la chartreuse de Cologne était divisé en deux parties, comme en témoignent les extraits publies, en 1532, par dom Pierre Blœrnenvenna, Enchiridion sacerdotum, petit in-8», Cologne. Le texte original et complet a été publié trois fois sous le nom de Denys le Chartreux sous le titre : De via purgativa liber unus, in-fol.. Cologne. 1532. dans les Opera minora, et in-8», t. n ; avec le commentaire sur les Psaumes de la péni- •2107 EGER tence; de nouveau, aussi à Cologne, en 1559, dans Opuscula insigniora D. Dionysii Cartusiani, in-fol. — Un abrégé de ce traité de dom Eger, sans nom d'auteur, se trouve dans le codex n. 87 de Quedlimbourg à la suite du 1« livre de l’imitation, et porte le titre de Liber secundus tractatus de Imitatione Christi. La bibliothèque de Munster possède,dans le codex marqué G. L. 48, le même abrégé copié entre le Ι·Γ et le IIe livre de l imitation avec cette finale : Explicit exercitium monachale sive carthusiense. Cf. Joseph Pohl, L'eber ein in Deutschland verschollenes IVerfc des Thomas von Kempen, in-4», Kernpen, 1895, p. xxvn, note 1. Le texte de ces deux abrégés est identique au texte du ms. marqué n. 4981 de la bibliothèque de Bruxelles, où l’opuscule est intitulé : Quidam utilis tractatus, etc. La divergence que l’on a constatée entre le texte im­ primé à Gœttingue et celui publié à Vienne, Bruxelles, etc., doit être attribuée au premier éditeur, qui, selon la remarque de M. Pohl, ne reproduisit pas exactement le texte du codex de Quedlimbourg. Il importe de rap­ peler le retentissement que, en son temps, eut la publi­ cation de ce texte de Quedlimbourg à cause du titre qu’il portait de second livre inédit de l'Imitation et du nom de Thomas a Kempis, à qui l’éditeur l’attribua. Découvert par M. Banke dans un codex du xv» siècle appartenant au gymnase de Quedlimbourg, il fut livré à la presse, en 1842, sous ce titre : Academiæ Georgiæ Augustæ Prorector cum Senatu sacra Pentecostalia anni MDCCCXUI pie concelebranda indicunt. Inest liber quidamsecundus tractatus de Imitatione Christi e codice Quedlinburgensi. Edidit et præfatus est Theo­ dorus Albertus Liebnerus. Gotlingæ, typis expressit Officina llutkiana, in-4», 19 p. Gustave Brunet s’empressa d'en donner une traduction française : L’Imitation de Jésus-Christ. Livre inédit trouvé dans la bibliothèque de Quedlimbourg et traduit du latin, in-32, Paris, Waille, 1844 (et 1845), xi-58 p. Mais le texte publié par Liebner étant défectueux et l'attribution faite par lui à Thomas a Kempis étant contraire au texte du codex 4981 de Bruxelles, qui porte le nom de Henri Kalkar, on songea à imprimer ce texte plus correct, plus ancien et plus explicite. L’abbé Malou, mort évêque de Bruges, l’inséra dans ses Hecherches historiques et critiques sur le véritable auteur du Livre de l’imitation de Jésus-Christ, Bruxelles, 1848, 1849, 1858, et en italien, in-8», Rome, 1854. Une autre édition parut dans Zeitschrift für die gesamnite katholische Théologie, Vienne, 1855, t. vu, p. 208 sq. Charles llirsche en a donné une autre recension dans ses Prolegomena zu einer neuen Ausgabe der Imita­ tio Christi, etc., 3 in-8», Berlin, 1873, 1883, 1894. Sur la doctrine et le style de cet opuscule de dom Eger con­ sidéré comme une des sources de l'imitation ou comme ouvrage similaire, voir la thèse de M. Bonet-Maury : Quæritur e quibus neerlandicis fontibus hauserit scriptor libri cui titulus est de Imitatione Christi, in-8°, Paris, 1878. Cf. Puyol, L'auteur du livre De imitatione Christi, i™ section, Paris, 1899, p. 332-339, où il traite de Henri Kalkar; n® section, Paris, 1900, p. 26-27. Un dernier ouvrage de dont Eger porte le titre de Spéculum Carthusianorum. Il a été composé dans les premières années de la vie religieuse de son auteur, et une copie de l’année 1378 se trouve dans le codex η. 14082 de la bibliothèque de Bruxelles, dite de Bour­ gogne. Au xvir siècle, un chartreux de Trêves écrivit la vie de dom Eger. Elle ne parait pas avoir été imprimée. Cf. Nicklès, La Chartreuse du Val Sainte-Marguerite â Bâle, Porrentruy, 1903, p. 70. Le P. Hartzheim, Bibliotheca Coloniensis, Cologne, 1747, p. 117 sq., en traitant de dom Eger, énumère un certain nombre d'auteurs qui en ont fait mention. On peut aussi consul­ ter les Annales ordinis cartusiensis de dom Le Couteulx, t. vi et vn ; dom Le Vasseur, Ephemerides ordinis cartusiensis, •2108 EGLISE t. iv, p. 540-542; Pitra, La Hollande catholique; Foppens, Bibliotheca belgica ; Paquet. Mémoires pour servir à l'histoire littéraire des Pays-Bas; Moll, Kerkgeschiedenis van Neder­ land voor der Hervorming, Arnlieim, 1864-1869, 11· partie, p. 378; Morotius, Theatrum chronologicum S. ont. carias., Turin, 1681; C. G. N. de Vooys, De handschriften van Hen­ drick van Kalkar's verken, dans les Nederlandsch A rchief voor Kerkgeschiedenis, La Haye, 1903, p. 306-308: Eéret, La faculté de théologie de Paris et ses docteurs les plus célèbres, moyen âge, Paris, 1897, t. iv, p. 377-379 ; Denille et Châtelain, Auctarium chartularii universitatis Parisiensis, t. i, p. 240, 246, etc. S. AüTORE. ÉGLISE. — I. Étymologie et acceptions diverses dans l’Écriture et dans la tradition. II. Définition. 111. Systèmes religieux se donnant comme chrétiens et rejetant au moins partiellement la divine constitution de l'Eglise. IV. Démonstration apologétique de la vérité de l’Église catholique. V. Principales vérités dogma­ tiques concernant l'institution et la constitution divine de l’Église. VI. Devoirs des fidèles envers l’Eglise. VII. Conclusions théologiques concernant les relations entre l’Église el l’État. I. Étymologie et acceptions diverses dans l’Écri­ ture et dans la tradition. — 1« Le mot église, ίκκλησία(ύβ έκχαλείν), dans son sens profane, signifiait primitivement une assemblée, particuliérement une assemblée de citoyens convoqués par un crieur public. — 2° Dans le langage scripturaire de l’Ancien Testa­ ment, soit dans le grec des Septante soit dans le grec original, έκχλησία se rencontre plusieurs fois dans le sens général d’assemblée profane. Ps. xxv, 5; Eccli., xxm, 34. Le plus souvent ce mot, surtout quand il est accompagné des déterminatifs Κυρίου, άγιων ou πιστών, désigne le peuple Israélite en tant qu’il est le peuple choisi de Dieu, appelé par lui à une vocation spéciale et particuliérement dirigé ou gouverné par lui. C’est en ce sens que la loi détermine quels sont ceux qui ne doivent pas être admis dans le peuple de Dieu, oüx είσελεύσεται εις ’Εκκλησίαν Κυρίου. Deut., xxm, 1-3, 8; II Esd., xiii, 1 ; Lament., i, 40. C’est aussi dans le même sens que ce peuple est appelé έζκλησία άγιων, Ps. LXXXVin, 6; CXLIX, 1, έζκλησία πιστών. 1 Mach., Ill, 13. Par voie de conséquence, εκκλησία est employé assez fréquemment pour désigner toute réunion du peuple de Dieu, particulièrement celle qui a pour but de louer Dieu, que cette réunion se tienne ou non dans le temple divin. Ps. xxi, 23, 26; xxxix, 10; cvi, 32; Joël, n, 16; Eccli., xv, 5; xliv, 15. — 3° Dans le Nou­ veau Testament, le mot εκκλησία se rencontre encore, mais très rarement, dans son sens primitif de réunion ou assemblée profane, notamment Act., xix, 32, 39, 40, où il désigne l'assemblée du peuple d’Éphèse. Assez fréquemment, ce mot désigne d’une manière plus restreinte l’assemblée des fidèles adhérant à la foi chrétienne, I Cor., iv, 17; xi, 18, 22; xiv, 4, 19, 23, 34, 35; parfois l’assemblée des fidèles qui ont coutume de tenir leurs réunions dans une maison particulière, Rom., xvi, 5; Col., iv, 15; ou encore l’ensemble des fidèles d’une même cité ou d’une même région, comme l’Église deJérusalem, Act.,vin,1 ; xi,22;xv,4; l’Église d’Antioche, Act., xxm, 1; xtv, 26: xv, 3; l’Église d’Éphèse, Act., xx, 17; les Églises de Galalie. Gal., i, 2; les Eglises de Judée qui sont dans le Christ, Gai., I. 22; l’Église de Cenchrée, Rom., xvi, 1; les Églises d’Asie, I Cor., xvi, 19; les Églises de Macédoine. II Cor., vm, 1. Mais le plus souvent εκκλησία désigne sans aucune restriction la société "universelle des fidèles, ayant la foi au Christ et régis par une autorité établie par lui et s’exerçant en son nom. C’est notam­ ment le sens de Matth., xvi, 18, et super hanepetram œdificabo ecclesiam meam. Ce sens se rencontre fré­ quemment dans les Actes, v, 11 ; vm, 1. 3; ix. 31 xn, 1, 5; xx, 28; dans les Épitres de saint Paul,l uur., x, 2109 ÉGLISE 32; xi, 16; xiv,4; xv, 9; Gai., 1,43; Epli.,1, 23; v, 23, 30; Col., 1, 18; I Tim., tn,15; et dans l’Épitre de saint Jacques, v, 14. Enfin l’Église de la terre ayant au ciel sa parfaite consommation par la perpétuelle glorifica­ tion de ceux qui jouissent déjà de la récompense éter­ nelle, le nom d’église e-t aussi appliqué à la société des élus qui est appelée εκκλησία πρωτοτόκων. Heb., xn, 23. 4° Dans le langage patristique, les principaux sens du mot église sont : 1. La réunion des fidèles assem­ blés pour le culte liturgique, Doctrina duodecim apos­ tolorum, tv, 12, Patres apostolici de Funk, 2e édit., l'ubingue, 1901, t. I, p. 14; Origéne, De oratione, n.31, P. G., t. xi, col. 553; In Luc., hoinil. xxm, t. xm, col. 1863. — 2. Un groupement local ou régional des fidèles, comme l’Eglise de Corinthe mentionnée dans la 1« Épitre de saint Clément pape aux Corinthiens, dans la suscriplion et xlvii, 6, Patres apostolici, t. i, p. 98, 160. Des appellations semblables se rencontrent très fréquemment dans les lettres de saint Ignace d’Antioche, dans le Contra hæreses de saint Irénée, dans les écrits de Tertullien et de saint Cyprien et dans les auteurs subséquents. — 3. Le plus souvent, le mot église désigne la société universelle des fidèles croyant en Jésus-Christ et soumis à l’autorité établie par lui. Nous aurons bientôt l'occasion, en citant les témoignages de la tradition chrétienne, en faveur de la vérité de l’Église catholique et en faveur des dogmes catholiques concernant son autorité et ses divines prérogatives, de citer de nombreux textes palrisliques où ce sens est employé même dès les premiers siècles, particulière­ ment dans les écrits de saint Clément pape, de saint Ignace, de saint Irénée, de Tertullien et de saint Cyprien. — 4. Parfois, le mot église signifie, dans un sens très général, la collectivité des fidèles du Nouveau et de l’Ancien Testament, qui sont unis dans la même foi substantielle en Dieu provident dans l’ordre sur­ naturel et en Jésus-Christ à venir ou déjà venu, et qui participent à la même vie surnaturelle provenant des mérites de la rédemption déjà opérée ou devant prochainements’accomplir. C’est dans ce sens que saint Augus­ tin comprend dans l’Eglise universelle tous les justes qui, depuis Abel jusqu'à la lin du monde, appartiennent au corps mystique de Jésus-Christ. Serm., cccxli, c. ix, n. It P L·., txxix col. 1499 sq. Saint Thomas dit de même que l’Eglise secundum statum riæ, pour toute la durée du temps d’épreuve, est congregatio fide­ lium. Sum. theol., Ill·, q. vin, a. 4, ad 2“">. Il explique comment la foi des fidèles de tous les temps est sub­ stantiellement une, à raison de la foi explicite en ces deux vérités qui contiennent toutes les autres, Dieu provident et Jésus-Christ rédempteur. II» II·, q. i,a. 7; et comment la même vie surnaturelle, avant comme après la rédemption, provient des mérites de JésusChrist et se manifeste, dans l’une et l’autre période, par la même foi et le même amour en Jésus-Christ attendu et devant nous racheter ou déjà venu et immolé pour nous. Il· II·, q. i, a. 7; III», q. vin, a. 3, ad 3um; q. i.xvnt, a. 4, ad lum. Ces expressions sont communé­ ment adoptées par les auteurs subséquents. — 5. Quelquvfois enfin le mot église désigne la société éternelle des élus, société dont l’Église de la terre est à la fois i préparation et l’imparfaite image. Clément d’Alexan■ i ■, Pœd., 1. 1, c. ix, P. G., t. vin, col. 352; Origéne, 7n Luc., homil. vu, P. G., t. xm, col. 1319; S. Hilaire, /u os. cxxtv, n. 4; cxxxtt, n. 6; cxxxiv, n. 27, P.L., t. ix. col. 682, 748, 767; S. Augustin, Enarr. in j s.< .\xxvin,4, P. L., t. xxxvii, col. 1776; Enchiridion de fide, spe et caritate, c. LXl, t. xi., col. 260 sq.; S. Thomas, Sum. theol., III», q. vin, a. 4, ad 2“m. 11. Définition. — Entendue dans le sens théologique strict et pour le Nouveau Testament seul, l’Eglise est la société des fidèles unis par la profession intégrale de 2110 la même foi chrétienne, par la participation aux mêmes sacrements et par la soumission à la même autorité surnaturelle émanant de Jésus-Christ, principalement à l’autorité du pontife romain, vicaire de Jésus-Christ. I» L’Eglise, étant une société, possède les trois carac­ tères communs à toute société : une fin commune à laquelle tous les membres sont dirigés, des sujets aptes à être conduits à cette commune fin, et une autorité capable d’assurer effectivement cette direction. Par ces caractères communs, l’Eglise a des ressemblances assez étroites avec les sociétés purement humaines, religieuses ou non religieuses, postérieures ou même antérieures à son institution ; ressemblances existant plutôt dans les apparences extérieures que dans la vie intime et s’expliquant suffisamment par la possession des mêmes éléments communs à toute société ou par la nécessité de satisfaire aux mêmes besoins de la nature humaine, principalement en ce qui concerne le culte religieux. C’est ce que l’on a particulièrement le droit d’affirmer pour certaines ressemblances d’ailleurs assez vagues, entre l’Église catholique et quelques organisations reli­ gieuses comme celles du bouddhisme. P. de Broglie, Problèmes et conclusions de l’histoire des religions, 2' édit., Paris, 1886, p. 247 sq. ; L. de la Vallée Poussin, Le bouddhisme el l'apologétique, dans la Revue pra­ tique d’apologétique du 15 octobre 1908. 2» Tout en ayant des traits communs avec les autres sociétés, l’Église s’en distingue par des caractéristiques spéciales. —1. La première de ces caractéristiques est la fin toute surnaturelle de l’Eglise, qui est de continuer la mission de Jésus-Christ sur la terre et de conduire ainsi les âmes au salut éternel, selon l’enseignement du concile du Vatican : Pastor æternus el episcopus animarum nostrarum, ul salutiferum redemptionis opus perenne redderet, sanctam ædificare Ecclesiam decrevit, in qua veluti in domo Dei viventis fideles omnes unius fidei el caritatis vinculo continerentur. Sess. IV, début. Cette fin sublime est expressément indiquée par Jésus-Christ donnant à ses apôtres, à perpétuité, tousses pouvoirs, avec la charge d’enseigner intégralement sa doctrine. Matth., xxvm, 20; Marc., xvi, 15. Cette même fin surnaturelle a toujours été reconnue par la tradition chrétienne, soit dan- cette vérité que l’Église est, comme nous le démontrerons bientôt, le corps mystique de Jésus-Christ constamment informé par la vie qu’elle reçoit de son divin fondateur, soit dans cette autre croyance non moins formelle que toute l’autorité qui réside dans l’Eglise provient de Jésus-Christ lui-même et s’exerce en son nom. C’est de cette fin surnaturelle que dépend vraiment toute l’organisation de l’Eglise, nécessairement pro­ portionnée au but que se proposait son divin fondateur. C’est encore cette même fin qui assure normalement à l’Église la direction de toutes les sociétés humaines, dans la mesure stricte où elles sont tenues de s’orien­ ter vers leur suprême fin surnaturelle, ou du moins de ne la contredire en rien, selon le principe ainsi formulé par.saint Thomas : Tanto est regimen sublimius quanto ad finem ulteriorem ordinatur Semper enim invenitur ille ad quem perlinet ultimus finis, imperare operan­ tibus ea quæ ad finem ultimum ordinantur. De regi­ mine principum, 1.1, c. xiv. 2. La deuxième caractéristique spéciale de l’Église, c’est la nature particulière de son autorité. — a Tan­ dis que les sociétés humaines ont une autorité prove­ nant de Dieu assurément, mais d’ordre purement naturel et restreinte à la recherche immédiate du bien temporel des sujets, l’Église possède une autorité éminemment surnaturelle. Cette autorité surnaturelle comprend un triple pouvoir : un pouvoir d’ordre com­ muniquant abondamment aux âmes la vie divine par les sacrements; une autorité doctrinale s’exerçant d’une manière infaillible sur tout ce qui a été révélé 2111 EGLISE par Jésus-Christ ; et un pouvoir de commandement capable d'obliger tous les fidèles à ce qui est jugé né­ cessaire ou utile pour leur bien surnaturel. — b) Au lieu que les pouvoirs humains ont d'étroites limites, fixées par leur fin immédiate purement temporelle et par leur dépendance nécessaire vis-à-vis de la fin surnaturelle, l’autorité de l’Église, s’étendant sans aucune restriction à tout ce qui relève de la suprême fin sur­ naturelle, est elle-même absolument autonome et contrôle tous les pouvoirs humains, autant que l’exige soi droit exclusif de diriger vers la fin surnaturelle à laquelle tout doit être subordonné. — c) Tandis que les constitutions humaines déterminant l’exercice des pouvoirs humains', sont sujettes à de fréquentes varia­ tions exigées par des besoins nouveaux selon la diver­ sité des temps et des milieux, l’autorité surnaturelle de l’Église garde immuablement sa constitution divine en tout ce qui a été définitivement fixé par Jésus-Christ, puisque toute l’œuvre de Jésus-Christ doit rester in­ tacte jusqu’à la consommation des siècles, selon sa promesse formelle. Matth., xvi, 18; xxvm, 20. 3. La troisième caractéristique spéciale de l’Église concerne les sujets qu’elle doit diriger à sa fin toute spéciale. — a) Comme toutes les sociétés humaines, elle a pour sujet l’homme; mais elle le considère non comme une créature simplement raisonnable, soumise à des besoins et à des intérêts purement temporels, mais au seul point de vue de sa fin surnaturelle vers laquelle tout doit converger dans sa vie individuelle et sociale, selon la volonté expresse de Jésus-Christ. D’où il est aisé de conclure qu’il ne peut y avoir conflit entre le pouvoir ecclésiastique et le pouvoir civil, bien qu’ils s’exercent sur les mêmes sujets. Car tout conflit entre les deux pouvoirs est écarté par ce double prin­ cipe, que chaque autorité est souveraine dans sa sphère immédiate selon l’enseignement de Léon XIII dans l’encyclique Immortale Dei, et que, dans les matières mixtes, selon le même enseignement, tout ce qui a une connexion intime avec la fin surnaturelle dépend uni­ quement du pouvoir de l’Église. H est d’ailleurs bien démontré par la tradition chrétienne, que l’État, dans une société normalement chrétienne, doit obéissance à l’Église en tout ce qui relève de son autorité propre. — b) Tandis que les sujets sont soumis à la puissance civile par le simple fait de leur incorporation à la so­ ciété à laquelle ils appartiennent, trois qualités sont exigées des sujets de l’Eglise d’après les documents que nous citerons bientôt, a. Il est nécessaire que le sujet soit régénéré par le sacrement de baptême, qui seul lui donne le pouvoir surnaturel de recevoir vali­ dement tous les autres sacrements et lui assure les grâces nécessaires pour vivre conformément à sa foi nouvelle. C’est ce qu'enseigne Eugène IV dans le décret Ad Armenos, quand il déclare que le baptême est la porte de la vie spirituelle et que par lui nous sommes faits membres de Jésus-Christ et incorporés â son Église. Denzinger-Bannwart, Enchiridion, n. 096. — 6. A la réception du baptême, les sujets de l’Église doivent joindre la foi surnaturelle aux vérités divinement révélées, dont la connaissance est strictement requise pour mener la vie surnaturelle conformément aux volontés de Jésus-Christ et tendre ainsi à la récom­ pense éternelle. Cette foi doit non seulement exister dans l'intime de l’intelligence, mais encore être pro­ fessée publiquement, pour que l’on appartienne mani­ festement à cette société visible qu’est l’Église. C’est ce qui résulte particulièrement des nombreuses déci­ sions ecclésiastiques qui requièrent, absolument et toujours, quelque manifestation publique de la foi catholique. — c. A cette foi sincère et publique doit être jointe une soumission constante à l'autorité direc­ trice de l’Église, en ce que celle-ci juge nécessaire pour que ses membres puissent tendre effectivement I 2112 à leur fin surnaturelle. Cette soumission est tellement nécessaire que ceux qui l’ont opiniâtrément refusée ont toujours été considérés comme séparés ou exclus de l’Église visible, et comme tels jugés indignes d’ob­ tenir le salut éternel. | 3» Cette définition de l’Église nous fait déjà entrevoir l’étroite dépendance qui existe manifestement entre Jésus-Christ et son Église, en ce sens que l’Église reçoit de Jésus-Christ toute sa vie surnaturelle, comme le corps reçoit de l’âme toute sa vie naturelle. C’est pour cette raison que l’Église est appelée par saint Paul le corps de Jésus-Christ, I Cor., xn, 27; Col., i,18; Eph.,i,22sq.; ou qu’elle est encore désignée sous le nom d’épouse de Jésus-Christ, Eph., v, 23 sq., indissolublement unie à lui el enfantant perpétuellement par lui à la vie de la grâce un grand nombre de fidèles. Doctrine que nous aurons bientôt l’occasion d’étudier dans la tradition patristique et théologique. III. Systèmes religieux se donnant comme chrétiens ET REJETANT AU MOINS PARTIELLEMENT LA DIVINE CONSTI­ TUTION de l’Église. — Ces systèmes, devant être expo­ sés complètement ailleurs, n’ont droit ici qu’à la rapide mention, strictement indispensable pour la pleine intelligence de nos démonstrations apologétiques ou dogmatiques. 1» Bien que la plupart des hérésies ou des schismes antérieurs au xvi· siècle aient, au moins par voie de conséquence, porté quelque atteinte â la divine consti­ tution de l’Église, il est cependant vrai que le premier hérétique qui ait attaqué directement le concept même de l’isglise fut Wicleft' (1324-1387), dont la doctrine sur ce point se résume en ces deux assertions : 27. Eccle­ sia romana est synagoga Satanæ, nec papa est proxi­ mus et immediatus vicarius Christi el apostolorum. 41. Non est de necessitate salutis credere romanam Ecclesiam esse supremam inter alias ecclesias. Den­ zinger-Bannwart, Enchiridion, n. 617, 621. 2° Jean Huss (1370-1415), en même temps qu’il nia, comme Wicleff, que Pierre eût jamais été le chef de l’Église ou que le pontife romain eût jamais possédé ce pouvoir, prop. 7-10, Denzinger-Bannwart, n. 633636, attaqua plus radicalement le concept de l’Église en affirmant qu’elle se compose des seuls prédestinés : 1. Unica est sancta universalis Ecclesia, quoi est prædestinatorum universitas. 6. Sumendo Ecclesiam pro convocatione praedestinatorum, sive juerint in gratia sive non secundum praesentem justitiam, isto modo Ec­ clesia est articulus fidei. Denzinger-Bannwart, n. 627, 632. 3° Au commencement du xvie siècle, Luther, admet­ tant que l’Église n’est autre chose que la communion des croyants, sans aucune hiérarchie ou autorité, et soutenant d’ailleurs que ces croyants sont simplement ceux qui, dans son sens théologique, ont une absolue confiance dans la non-imputation de leurs péchés, grâce à l’appréhension tout extérieure des mérites de Jésus-Christ, devait aboutir logiquement à une Aglise invisible composée de ces seuls croyants. Il garda cependant la notion d’une Église visible, résultant né­ cessairement de la réunion des mêmes croyants mani­ festant extérieurement leur foi. Cette Eglise est carac­ térisée par deux marques extérieures, la prédication de la pure parole de Dieu et l’administration convenable des sacrements, selon l’art. 7 de la Confession d’Augsbourg, reproduisant l’enseignement du maître. Realencyklopâdie für protestantische Théologie und Kirche, art. Kirche, Leipzig, 1901, t. x, p. 336. Toutefois pour satisfaire au besoin d’ordre, Luther admit, dans sa lettre aux frères de Bohême, une autorité provenant de l’élection des fidèles et s’exerçant avec la protection des souverains temporels. Calvin suivit une voie assez différente. Tout en admet­ tant expressément, au sens de Wicleff et de Jean Huss, 2113 ÉGLISE une Eglise invisible composée des seuls prédestinés, / i'/itution de la religion.chrétienne, 1. IV, c. I, n. 2sq., Geneve, 1566, p. 686 sq., il affirma, en même temps, l’existence d’une Eglise visible, caractérisée par les mêmes marques extérieures déjà indiquées par Luther, la prédication de la pure parole de Dieu et l’adminis­ tration convenable des sacrements, I. IV, c. i, n. 9 sq., р. 693 sq., mais dans laquelle réside quelque autorité, dont l’origine divine est mal établie et à laquelle toute­ fois on est rigoureusement obligé de se soumettre, 1. IV, с. i, η. 1, 5, p. 686, 689-691. Sous l’inlluence de ces notions luthériennes et calvi­ nistes, les sectes protestantes substituèrent à la hiérar­ chie traditionnelle de droit divin, des ministres choisis ou délégués par l’assemblée des fidèles pour exercer exclusivement une fonction à laquelle tous ne pouvaient, en fait, avoir une aptitude suffisante. En même temps et par une conséquence non moins fatale, on écarta aussi la visibilité de l’Église, ou l’on n’en maintint qu’une vaine apparence, comme l’ont souvent démontré les apologistes catholiques. P. Murray, Tractatus de Eccle­ sia Christi, disp. V, sect, ι, η. 15 sq., Dublin, I860, 1.1, p. 253 sq. Dans l’anglicanisme, il est vrai, on rencontra quel­ ques partisans du droit divin de l’épiscopat, comme Hooker au xvi’ siècle, Laud au xvn« et de nombreux puiséistes ou ritualistes au xix». Voir Anglicanisme, t. i, col. 1292 sq. Mais cet épiscopat fut toujours un épiscopat dénué de tout pouvoir d’ordre dans sa source première, dénué de toute autorité doctrinale selon ses propres déclarations, dénué enfin de toute unité orga­ nique et de toute indépendance vis-à-vis de la puissance séculière, d’après sa constitution première et d’après sa conduite habituelle. 4» Ce que le protestantisme avait encore gardé du concept de l’Église fut radicalement nié par les pro­ testants libéraux du xvni' et du xix“ siècle qui, reje­ tant absolument toute véritable révélation divine, reje­ tèrent non moins formellement en Jésus-Christ toute volonté d’établir une Église possédant quelque autorité déterminée. P. Batiffol, L'Église naissante et le catho­ licisme, Paris, 1909, p. 174 sq.; A. Sabatier, Les reli­ gions d’autorité et la religion de l'esprit, 4» édit., p. 54 sq.; Realencyklopâdie für protestantiche Théo­ logie und Kirche, 3e édit., t. x, p. 319 sq. On sait d ailleurs que ces négations du protestantisme libéral, si hardies qu’elles soient, sont presque identiquement reproduites par l’école moderniste. C’est ce qu’on peut aisément déduire des indications que nous avons don­ nées, à l’art. Dogme, sur les théories de M. Loisy, par­ ticulièrement dans son ouvrage L’Évangile et l’Église, »· édit., Paris, 1908, p. 125 sq., et dans Autour d’un petit livre, 2° édit., Paris, 1903, p. 153 sq. C’est aussi ce que l’on doit déduire des propositions 52, 53, 55, 56, 59, condamnées par le décret Lamentabili du 3 juillet 1907, ainsi que des passages concernant l’Église, dans l’exposé des erreurs des théologiens modernistes, donné par Pie X dans l’encyclique Pascendi, du 8 sep­ tembre 1907, 5» D’autre part, les divers schismes orientaux anciens e: actuels, en persistant dans leur insoumission opi­ niâtre et en cherchant à justifier dogmatiquement le fait de leurséparation obstinée, selon la tendance habituelle de tous les schismatiques, comme le remarquait déjà saint Thomas, Sum. theol., IIa II», q. xxxix, a. 1, ad 3-=. ont presque toujours porté quelque atteinte à la divine constitution de l’Église, en ce qui concerne i unité que Jésus-Christ a voulu procurer à son Église par la primauté elfective de Pierre et de ses succes-■ urs. C’est ce que l’on peut particulièrement constater dans le schisme grec, depuis sa première apparition usqu’à l’époque contemporaine. L. Duchesne, Églises séparées, Paris, 1896, passim. niCT. DE THEOL. CATHOL. 2114 C’est contre ces erreurs que nous devons prouvei présentement la vérité de l’Église catholique. IV. Démonstration apologétique de la vérité de L’ÉGLISE CATHOLIQUE. — I. BOT DE CETTE DÉMONSTRA­ TION ET NATURE DES ARGUMENTS A EMPLOYER. — 1° Supposant le fait de la révélation clirélienne déjà prouvé selon le programme précédemment indiqué, voir Apologétique, t. i, col. 1519 sq., nous devons ac­ tuellement démontrer que cette révélation a été confiée par Jésus-Christ à une autorité, a laquelle il a lui-même assigné des propriétés nettement définies, et que celte autorité divinement établie existe uniquement dans l’Église catholique, la seule véritable Église de JésusChrist. 2« Notre démonstration actuelle, pour être une dé­ monstration appartenant vraiment à l’apologétique scientifique, doit s’appuyer sur des motifs de crédibi­ lité possédant en eux-mêmes une incontestable valeur critique, telle que les esprits cultivés soient entièrement satisfaits et que, même pour eux, tout doute, si léger qu’il soit, puisse être suffisamment écarté. Assurément de telles preuves, incapables de fournir par elles-mêmes l’évidence intrinsèque de la vérité révélée, ne sont point scientifiques au sens strict, la science supposant toujours nécessairement une pleine évidence qui sa­ tisfait l’intelligence. Elles méritent cependant, à quelque égard, le nom de preuves scientifiques, à cause des procédés scientifiques employés pour constater, dans la circonstance, l’évidence extrinsèque du fait de la révélation. Toutefois l’on doit observer que, pour étre pleinement acceptées, ces preuves, toutes scientifiques qu’elles sont dans leur exposé, supposent quelque in­ tervention de la volonté, arrêtant délibérément l’intel­ ligence sur les considérations favorisant l’acceptation et la détournant des objections contraires. Ce rôle de la volonté, déjà signalé dans la question de la certitude, t. n, col. 2162 sq., sera particulièrement étudié à l’art. Foi. 3° Les preuves, attestant ainsi scientifiquement la vérité de l’Église catholique, sont le témoignage histo­ riquement irrécusable de Jésus et de ses apôtres et les miracles historiquement constatés en faveur de l’Église catholique et prouvant authentiquement sa divinité. 1. Le témoignage de Jésus et celui de ses apôtres, affirmant le fait de l’institution divine de l’Eglise doivent être contrôlés avec les procédés critiques rigou­ reusement requis pour la certitude scientifique, telle qu’elle a été précédemment définie. A ces condition-, s’il s’agit du témoignage divin, la preuve est absolument certaine, puisque la parole divine est toujours une preuve irrécusable de la vérité qu’elle affirme; et s’il s’agit du témoignage des apôtres, les circonstances dans lesquelles il se présente comme un écho fidèle de l’en­ seignement même de Jésus-Christ, en font un critère certain de vérité. C’est en ce sens que Léon XIII, dans son encyclique Satis cognitum du 29 juin 1896. indique l’affirmation de Jésus-Christ sur la nature de l’Église comme la preuve principale de la vérité révélée. 2. Les miracles, accomplisen faveur de l’Églisecatho­ lique et dûment contrôlés, prouvent authentiquement sa divinité, puisque tout miracle est un témoignage in­ faillible donné par Dieu lui-même. Ces miracles ne sont autre chose que la série ininterrompue des inter­ ventions divines toutes spéciales, que suppose néces­ sairement le fait de l’existence constante de l’Église catholique, considéré dans toutes ses circonstances concrètes et à travers toute l’histoire ecclésiastique, avec la permanente possession de l'unité de foi et de gouvernement et l’incessante jouissance d’une incom­ parable fécondité spirituelle. Ces faits, dépassant cer­ tainement l’action des causes humaines, attestent mani­ festement une intervention divine toute spéciale, seul capable d’expliquer suffisamment des eilets aussi tner— 67 2115 ÉGLISE veilleux, d'autant plus qu’ils se rencontrent uniquement dans la communion catholique. Cette preuve, malgré toute sa force démonstrative, comporte ici très peu de développements, parce qu’elle n’est pas substantielle­ ment différente de la preuve des miracles accomplis en faveur de la révélation chrétienne, et que cette preuve étant exposée ailleurs avec toute l’ampleur désirable, il suffit de signaler ici les applications particulières à l’Église elle-même. 4° A la preuve des témoignages et des miracles peut encore se joindre une preuve conlirmatoire, déduite de ce que la doctrine catholique est jugée particu­ lièrement apte à satisfaire les besoins et les aspi­ rations de l’homme, soit au point de vue individuel, soit au point de vue social. Relativement à la valeur de celte preuve, nous ferons observer qu’ici, comme dans la démonstration de la religion chrétienne, elle est d’une application difficile et d’une importance plutôt secondaire, et qu’en pratique, elle doit principalement servir à écarter les objections des adversaires, et à préparer surtout les esprits cultivés à l’acceptation des arguments positifs empruntés au témoignage et aux miracles. il. AFFIRMATIONS néo-testamentaires. — i" Témoi­ gnage de Jésus-Christ. — A l’encontre des systèmes protestants ou modernistes qui prétendent décider a priori ce que Jésus devait faire ou ne pas faire, nous devons tout d’abord nous enquérir de ce que Jésus a réellement fait, puisqu’en vérité, dans ce domaine rele­ vant uniquement de la libre volonté de Dieu, rien ne nous autorise à présumer, par un apriorisme néces­ saire et rigoureux, ce que Dieu a véritablement voulu. | C’est le principe fondamental justement posé par Léon ΧΙΠ au début de son encyclique Salis cognitum du 29 juin 1896 : Ecclesiæ quidem non solum ortus sed tota constitutio ad rerum voluntate libera effe­ ctarum perlinet genus : quocirca ad id quod revera gestum est judicatio est omnis revocanda, exquirendumque non sane quo pacto una esse Ecclesia queat, sed quo unam esse is voluit qui condidit. Les affirmations de Jésus en celte matière sont prin­ cipalement contenues dans les textes de Matth., xxi, 18 sq., et Joa., xxi, 15 sq., concernant les pouvoirs spécialement conférés à Pierre et à ses successeurs et dans les passages de Matth., xviii. 18; xxvm, 20. et de Marc, xvi. lôsq-, relatifs à l’autorité concédée collec­ tivement à tous les apôtres et à leurs successeurs. Laissant à l’art. Pape la démonstration apologétique de la parfaite authenticité des textes de Matth., xvt, 18 sq., et Joa., xxi, 15 sq., en même temps que leur expli­ cation dogmatique, nous nous bornerons à indiquer ici brièvement les principales conclusions que nous sommes autorisés à déduire de ces textes, dont l’authenticité nous est, pour le moment, suffisamment garantie par la tradition chrétienne constante et universelle, solen­ nellement affirmée par le concile du Vatican, sess. IV, c. t, et prouvée par de nombreux témoignages dans l’encvclique Satis cognitum de Léon XIII du 29 juin 1896.’ 1. Affirmation de Jésus-Christ promettant l'institu­ tion de son Eglise. — Cette promesse est contenue dans les paroles rapportées par saint Matthieu, xvt, 18 sq. : Et ego dico tibiquia tu es Petrus et super hanc petram ædificabo Ecclesiam meam, et portæ inferi non prævalebunt adversus eam. Et tibi dabo claves regni cæ­ lorum. Et quodcumque ligaveris super terram erit ligatum et in cælis, et quodcumque solveris super terram, erit solutum et in cælis. a) Ecclesia, au i. 18, ne peut signifier, comme dans beaucoup de passages de l’Ancien Testament, le peuple israélite choisi de Dieu par une vocation toute spéciale. Car nous savons, par l'ensemble des prophéties prou­ vant la vérité de la révélation chrétienne, que l’alliance 2116 de Dieu avec le peuple israélite devait prendre lin à l’avènement du Messie, et faire place à une nouvelle alliance étendue désormais à toute l’humanité et défi­ nitivement établie jusqu’à la consommation des siècles. D’ailleurs, le pronom mea employé par Jésus au y. 18 suggère manifestement l’idée d’un peuple nouveau ou d’une société nouvelle sur laquelle le rédempteur a des droils spéciaux. b) Cette Église nouvelle est principalement caractéri­ sée par l’autorité que Jésus promet d’y établir et 'm’in­ diquent nettement les trois métaphores qu'il ei>q>l>»e. a. La pierre sur laquelle l’Église doit être édifiée n....... t autre, d’après le contexte, que l’apôtre Pierre, d'-sip*··· nécessairement, au sens métaphorique qui esl ici le seul possible, le fondement moral sur lequel doit reposer cette société, c’est-à-dire l’autorité suprême de laquelle tous les membres doivent dépendre et sous la direction de laquelle ils doivent concourir à la fin commune de cette société. — b. Les clefs de ce royaume spirituel qu’est l’Église, signifiant selon l’usage de tous les peuples sanctionné par l’Écriture. Is., xxn, 22; Apoc., i, 18; m, 7, le pouvoir concédé sur une chose pour en disposer à son gré, par conséquent dans une société l’autorité pleine et entière sur cette société, il est mani­ feste que, par ces paroles, Jésus promet l’établissement d’une autorité capable de régir son Eglise, soit que l’on considère ces paroles en elles-mêmes, soit qu’on les considère dans leur harmonie avec tout le contexte. — c. La même idée d’autorité est exprimée par les expressions métaphoriques : lier et délier. Car, selon l’usage scripturaire, le pouvoir de lier signifie le pouvoir de lier les volontés par des lois ou des pré­ ceptes, par des sentences judiciaires ou par des peines, comme l’indique le texte de Matth., xvin, 18, se rap­ portant manifestement, d'après le contexte, à l’exercice de la juridiction dans les litiges survenant entre les membres de la société nouvelle, inversement, le pou­ voir de délier signifie le pouvoir de délivrer de ces divers liens, selon Joa., xx, 23, quorum remiseritis peccata, remittuntur eis, exprimant le pouvoir de remettre les péchés. Il est donc manifeste que, par ces paroles, le divin fondateur de l’Eglise promet l’établis­ sement futur d'un pouvoir législatifel judiciaire, s’éten­ dant universellement à tout ce qui convient au bien de la société nouvelle. Il est donc manifeste que les trois métaphores du texte scripturaire conduisent à la même conclusion : la promesse divine d'une autorité régissant la société nouvelle, pour diriger effectivement tous ses membres vers la lin voulue par son divin fondateur. c) Toutes ces explications, solidement appuyées sur tout le contexte, nous autorisent à conclure que regnum cælorum au y. 19, bien qu’ailleurs il désigne parfois le royaume individuel de Dieu dans les âmes, Luc., xvn, 20 sq., ou le royaume éternel des élus, Matth., xxv,34, signifie manifestement ici un royaume spirituel, qui doit être constitué sur la terre avec une souveraine autorité visible s’étendant à tout ce que requiert le bien de la société nouvelle. Quant à l’appellation cælorum ajoutée à regnum, deux raisons la justifient : l’origine et le caractère surnaturel du pouvoir conféré à cette société, et la nécessité d’écarter les idées char­ nelles des Juifs, interprétant d’une manière trop humaine les expressions prophétiques de l’Ancien Testament, prédisant le royaume universel du Messie. 2. Affirmation de Jésus-Christ instituant son r. g lise. — Cette affirmation est très explicite, soit dans la con­ cession de pouvoir faite à Pierre et à ses successeurs jusqu’à la fin des siècles, soit dans la communication des pouvoirs réellement conférés aux apôtres et àleurs successeurs sous la dépendance de Pierre. a) Les paroles adressées par Jésus à Simon Pierre, selon le récit de saint Jean, Pasce agnos meos, nasce oves meas, xxi, 15 sq.. expriment l'institution d une 211" ÉGLISE 2118 ntorité suprême dans l’Église, s’étendant à tous les I d’une manière générale, de l’Église de Dieu, I Cor., x, 32; xi, 16; xiv, 4; xv, 9; Gai., i, 13; ou la mentionne scies d’une sage et complète administration. Car selon simplement sous le titre d’épouse de Jésus-Christ, l'usage des peuples orientaux dont témoigne l’expression classique ποιμένες λαών, et selon le langage de l’ÉcriEph., v, 23 sq., ou de corps mystique de Jésus-Christ. Eph., i, 23; v, 23, 30; Col., i, 18, nous nous arrêterons :ure, II Reg., v, 2; vu, 7; Ps. n, 9; xxn, 1 ; lxxvii, 71 ; aux deux textes, où saint Paul esquisse le concept de Is., XL, 41; Jer., xxm, 2; Zach., xi, 9; Mich., v, 2; l’Église nouvelle, Eph., iv, 4 sq., etl Tim., m, 15,deux Act., xx, 28; Eph., iv, 11; I Pet., v, 2; Apoc., n. 21, textes dont l'authenticité paulinienne est, pour nous, I · xpression pascere, ποίμαινεϊν, signifie le pouvoir de hors de contestation. gouverner. Aucune restriction n’étant faite par Jésusa) Au c. iv de 1’Épitre aux Éphésiens, l’apôtre, après Christ, selon le texte scripturaire, dans cette conces­ avoir rappelé que les fidèles forment un seul corps, sion de pouvoir, nous pouvons conclure que ce pou­ puisqu'il n’y a qu'un seul Seigneur, une seule foi, un voir est, de fait, illimité et universel, s'étendant à tout seul baptême, affirme que Jésus-Chqjst lui-même a cequ’exigentles intérètsde la nouvelle sociétéchrétienne. donné des apôtres, des prophètes, des évangélistes, des b\ La commission donnée par Jésus à tous les apôtres pasteurs et des docteurs, ut non jam simus parvuli conjointement : Euntes ergo docete omnes gentes, bap­ fluctuantes et circumferamur omni vento doctrinae, tizantes eos in nomine Pat ris et Filii et Spiritus Sancti, in nequitia hominum.in astutia ad circumventionem docentes eos servare omnia quæcumque mandavi erroris, 14. Quand même, dans l’énumération précitée, robis, et ecce ego vobiscum sum omnibus diebus usque il serait partiellement question de quelques ministères ad consummationem sæculi, Matth., xxvm, 19 sq.; passagers, ou de quelques charismes temporaires qui ne Euntes in mundum universum prædieale euangelium devaient point subsister après l’âge apostolique, il omni creaturae. Qui crediderit et baptizabis /uerit, reste cependant vrai que le but, positivement indiqué salvus erit; qui vero non crediderit, condemnabitur, aux versets 15 sq., doit se réaliser dans tous les temps Marc., xvi, 15 sq., comporte, comme nous le prouve­ rons bientôt en parlant de l'infaillibilité de l’Église, le et pour tous les fidèles, puisque aucune restriction n’est indiquée. Ce but ne pouvant être réalisé que par une pouvoir d’enseigner toute la doctrine révélée par JésusChrist et de l’enseigner d'une manière intégrale, sans autorité infaillible perpétuellement subsistante, il est dès lors manifeste qu’une telle autorité doit perpétuel­ aucune diminution ni sans aucune inlidélité, grâce â l’assistance constante promise par Jésus pour assurer lement exister. Ainsi le texte de saint Paul contient une affirmation explicite de l’autorité qui doit exister effectivement cet enseignement perpétuellement fidèle, dans l’Église chrétienne. En même temps, cette auto­ assistance positivement exprimée par les mots ecce rité est clairement signalée comme établie par Jésusego vobiscum, qui dans le langage scripturaire expriment habituellement la protection et la bénédic­ Christ lui-même, d’après le ÿ. 11 : El ipse dedit quos­ tion de Dieu pour assurer finalement et complètement dam quidem apostolos, quosdam autem prophetas, lesuccès désiré ou espéré. Exod., tu, 12; Jud., vt, 12; alios vero evangelistas, alios autem pastores et di­ ctores. Saint Paul n’invente donc point le concept de I Reg., ni, 19; Is., XLtli, 2; Jer., xx, 20; Judith, vi,18; l’Église; il se borne à reproduire l'enseignement du Act., xvm, 9 sq. Maître. 3. Affirmation de Jésus-Christ relativement ά la b) Dans la I" Épître à Timothée, saint Paul appelle durée perpétuelle de son Eglise. — a) Cette affirmation l’Église de Dieu columna et firmamentum veritatis, résulte manifestement de ces deux assurances for­ paroles qui supposent manifestement, dans l’Église. melles données par Jésus : super hanc petram aedifi­ une complète immunité de toute erreur. Cette parfaite cabo Ecclesiam meam, etportæ inferi non praevalebunt immunité ne pouvant se réaliser sans une autorité adversus eam. Matth., xvi, 18. Puisque tous les efforts doctrinale infaillible, l’existence de cette autorité doit des puissances de l’enfer ou des puissances des ténèbres, être conséquemment admise. Cet enseignement de plusieurs fois mentionnées dans le Nouveau Testament, saint Paul, n’étant que la reproduction de l’enseigne­ Luc., xxii, 53; Eph., vi, 12; Col., i, 13, doivent être à ment précédemment donné par l’apôtre comme celui jamais frappés d’insuccès, il est donc certain que l’Eglise de Jésus lui-même, Eph., iv, 11 sq.. doit égalem-nt subsistera toujours. Comme, d'autre part, elle ne peut provenir de Jésus-Christ, bien que l’apôtre ne four­ exister sans son fondement nécessaire qui est l’autorité nisse ici aucune indication positive sur ce point. sur laquelle Jésus l’a établie, cette autorité doit rigou2. Témoignage de saint Pierre. — En exhortant lereusement durer autant qu’elle, c’est-à-dire perpétuelle­ πρεσουτέροι à paître leurs troupeaux, ποίμνιο-/τν . ·=νϋ, ment. — 6) C'est aussi ce qu’exprime la promesse posi­ de manière à recevoir l'éternelle récompense de l'à?/:tive, faite par Jésus à ses apôtres, de les assister jusqu'à ποίμενος, I Pet., v, 2 sq., saint Pierre fait clairement la consommation des siècles dans l’exercice de l’autorité entendre que leur autorité vient de Jésus-Christ à qui doctrinale qu’il confère à eux et à leurs successeurs : ils en devront un compte rigoureux; interprétation et ecce ego vobiscum sum omnibus diebus usque ad d’ailleurs confirmée par l’appellation donnée àJésusde • niummalionem sæculi. Matth xxvm, 20. La perpéποιμήν και επίσκοπος τών ψυχών. I Pet., It, 25. Ce té­ tuilé de l'assistance promise par Jésus suppose néces­ moignage de saint Pierre n’est nullement affaibli par sairement la perpétuité de cequ’il doit assister, c’est-àle passage où les fidèles sont appelés γένος εκλεκτόν, dire de l’autorité doctrinale établie dans son Église. βασίλειον Ιεράτευμα, έ’βνο; άγιο-, λαός εις περ:τ-.-τ. 4. Affirmation implicitement contenue dans les I Pet., ιι, 9, car le contexte et la comparaison avec paraboles employées par Jésus. — Ces paraboles, sans Exod., xix, 6, indiquent assez clairement, comme .--cnous renseigner positivement sur la constitution de unique, celui de race sainte et de peuple de Dieu 1 'Église, nous apprennent quelques particularités qui 3° Ensemble des faits néo-testamentaires relatifs ne sont pas sans importance, notamment le double fait l’Église. —1. Le Nouveau Testament présente tout n qu'elle doit contenir non seulement des justes mais ensemble de faits gravitant autour de l’apostolat état encore des pécheurs, comme l’indiquent les paraboles par Jésus et exercé en son nom avec pleine autorité. da champ mêlé d'ivraie, Matth., xm, 24 sq., des filets, — a) L’apostolat, tel qu’il a été établi par Jésus, com­ 47 sq., et du festin nuptial, xxu, 2 sq., et qu’elle doit porte, comme le montrent les textes précédemmen; répandre dans tout l’univers, comme le signifient les cités, la mission spéciale d’envoyés ayant reçu de Jésus paraboles du grain de sénevé et du levain. Matth., xm, la plénitude de ses propres pouvoirs, pour enseigner 31 sq. en son nom aux fidèles la doctrine révélée par lui et 2° Témoignage des apôtres. — 1. Témoignage de pour les gouverner ou les diriger en tout ce qui est o-:,,t Paul. — Laissant les textes où l’apôtre parle, ÉGLISE 2119 nécessaire pour leur bien spirituel. Voir Apôtres, t. i col. 1651 sq. — 6) L’apostolat ainsi établi par Jésus est exercé en son nom avec pleine autorité. De fait, les. apôtres enseignent comme envoyés de Jésus, accrédités par lui et parlant en son nom, et leur parole est donnée comme la parole de Dieu, à laquelle pleine soumission est due. I Thess., il, 13; II Cor., v, 20; x, 5 sq.; Rom., ,i 5; Il Tim., n, 2, 14. Ceux qui rejettent cet enseigne­ ment sont considérés comme ayant fait naufrage dans la foi, comme séducteurs et comme antéchrists et comme dignes d’anathème. Il Thess., i, 8; Gai., 1,8 sq.; Tit., ni, 19 sq.; 1 Tim., I, 19 sq.; II Tim., H, 18 sq.; II Pet., n, 1; I Joa., il, 18; II Joa., 7 sq.; Jud., 13. En même temps les apôtres, en vertu de l’autorité que leur confère leur mission, exercent un pouvoir de commandement sur les fidèles. Act., xv, 28 sq. ; xvi, 4; I Cor., v, 3 sq. ; xi, 2, 34; II Cor., xm, 2, 10. Cf. Mflr P. Batiffol, L’Église naissante et le catholicisme, Paris, 1909, p. 49 sq. 2. L’ensemble de ces faits ne peut s’expliquer suffi­ samment par un pur charisme, car par lui-même le charisme, don individuel de l’Esprit-Saint, ne suppose aucune autorité ou mission divine dans celui qui en est orné, et son exercice même est régulièrement sou­ mis à l’autorité. La seule explication rationnelle est donc que les apôtres possédaient réellement un pouvoir permanent d’enseigner et de gouverner, en vertu d’une mission spéciale donnée par Jésus-Christ; pouvoir qui d’ailleurs apparaît manifestement concédé pour tous les temps et pour toutes les générations chrétiennes, puisque les témoignages précédemment cités n’indiquent aucune restriction. Batiffol, op. cit., p. 66 sq. Conclusion. — De tout ce que nous avons rapporté des affirmations de Jésus et de ses apôtres, ainsi que de l’ensemble des faits néo-testamentaires, nous sommes autorisés à conclure qu’une autorité a été établie à perpétuité par Jésus-Christ dans la société chrétienne, pour enseigner fidèlement toute sa doctrine et pour diriger effectivement les fidèles vers leur fin surna­ turelle. Appuyés sur ce même fondement scripturaire, nous pouvons encore déduire, avec non moins de certitude, plusieurs propriétés essentielles de cette Église divine­ ment établie, notamment sa perpétuelle visibilité, son titre de société parfaite, son unité, son apostolicité, sa catholicité, sa sainteté et sa perpétuelle indéfectibilité dans la doctrine révélée par Jésus-Christ et dans la divine constitution établie par lui, comme nous le montrerons bientôt en étudiant la divine constitution de l’Église d’après le dogme révélé. III. TÉMOIGNAGE DE LA TRADITION CHRÉTIENNE DANS — Notre démonstration strictement apologétique et cantonnée sur le terrain historique, dans le sens précédemment défini, s’arrê­ tera après les quatre premiers siècles, parce que, au delà de cette époque, les adversaires du catholicisme ne contestent plus aujourd’hui l’exclusive prédominance du concept catholique de l’Église, bien qu’ils ne veuil­ lent point admettre sa divine origine. Dans cette période des quatre premiers siècles, notre étude nécessairement synthétique s’arrêtera aux traits principaux du concept général de l’Église, en laissant de côté les points particuliers qui seront l’objet d’ar­ ticles spéciaux, tels que les notes de l’Église, l’épisco­ pat, la primauté du pape et son infaillibilité. 1" Première période, des temps apostoliques jusqu’à la fin du li‘ siècle. — 1. Saint Clément pape (-|- vers 101), dans sa lettre aux Corinthiens occasionnée par la sédi­ tion survenue dans cette Église, insiste principalement sur l’obéissance due, selon l'ordre divin, à l’autorité des évêques en matière de discipline ecclésiastique : υμείς ούν οί τήν καταβολήν τής στάσεως ποιήσαντες ΰποLES QUATRE premiers SIECLES. 2120 τάγητε τοΐς πρεσβυτέροις καί παιδεύΟητε εις μετάνοιαν κάμ.ψαντες τα γόνατα τής καρδίας ΰμών. I Cor., LVII, 1 ; Funk, Patres apostolici, 2· édit., Tubingue, 1901, t. I, p. 170 sq. Il ne s’agit point d'un simple conseil, mais d’une obligation rigoureuse, dont l’inexécution prive­ rait de toute espérance dans le Christ Jésus et expose­ rait à être rejeté de son troupeau, p. 172. Si quel­ ques-uns n’obéissaient point à ce que Jésus leur dit par notre intermédiaire,qu'ils sachent qu’ils manquent gravement, et qu’ils se mettent dans un danger consi­ dérable, ότι παραπτώσει και κινδυνω ού μικρω εαυτούς ένδήσουσιν, ρ. 174. L'unité de l’Église est affirmée au moins implicite­ ment dans le passage où Clément parle de l’unité de foi au Père, au Fils et au Saint-Esprit, de l’unité de vocation dans le Christ, et de l’unité du corps de Jésus-Christ dont tous les fidèles sont les membres, xlvi, 6, p. 158. D’ailleurs, l’unité de l’Église ressort assez clairement de l’autorité que l’évêque de Rome exerce sur l’Eglise de Corinthe, autorité d’autant plus manifeste que, selon le texte de la lettre, Clément parait être intervenu d’une manière entièrement spon­ tanée, xlvii, 7, p. 160, et avoir voulu s’acquitter du devoir de sa charge, lix, 2, p. 174. 2. Saint Ignace d’Antioche (-j- 101), en combattant les hérésies de son temps, insiste très fréquemment sur la soumission à la hiérarchie ecclésiastique consti­ tuée par l’évêque, te presbyterium et les diacres. Ad Eph., n, 2; iv ; v, 3; xx, 2, Patres apostolici de Funk, 2· édit., Tubingue, 1901, t. i, p. 214, 216, 218. 230; Ad Magn., n sq.; vi; vu, 1 ; xm, 2, p. 232, 234, 236, 240; Ad Trail., il, vu, xm, 2, p. 242 sq., 246 sq., 250; Ad Philad., iv, vu, p. 266, 270; Ad Smyrn., vm, p. 282. Cette soumission n’est pas demandée seulement en matière de discipline ecclésiastique, comme dans la lettre de saint Clément aux Corinthiens. Saint Ignace exige expressément que l’on s’accorde dans la soumis­ sion, τή τοΰ επισκόπου γνώμη, Ad Eph., iv, p. 216; soumission non seulement aux volontés mais encore aux jugements de l’évêque. Cette soumission est néces­ saire pour que l’on soit uni τή γνώμη τοΰ θεού, car Jésus-Christ, qui est notre vie indispensable, est ή γνώμη τού πατρδς, comme les évêques établis par toute la terre, έν ’Ιησού Χριστού γνώμη είσιν. La soumission à l’autorité de l’évêque est exigée en vertu de l’ordre divinement établi. Ad Eph., n, 2, p. 214. On doit être dans l'unité immaculée avec l’évêque, pour participer toujours à Dieu. Ad Eph., iv, p. 216. On doit avoir soin de ne point résister à l’évêque pour rester soumis à Dieu. Ad Eph., v, 3, p. 218. On doit considérer dans l’évêque Dieu lui-même. Ad Eph., vi, p. 218. On doit être soumis à l’évêque ώς χάριτι Οεοϋ et au presbyterium ώς νόμω ’Ιησού Χριστού. Ad Magn., n, ρ. 232. L’évêque tient la place de Dieu et le presbyterium celle du sénat apostolique. Ad Magn., vi, p. 234. D’ailleurs, la manière dont l’évêque d’Antioche dénonce les héré­ tiques et les schismatiques suppose, chez les uns et les autres, la rébellion contre une autorité divinement établie. Si quelqu’un corrompt par une doctrine per­ verse la foi de Dieu pour laquelle Jésus a été crucifié, il ira au feu éternel, et également celui qui l’écoute. Ad Eph., xvi, p. 226. Si quelqu’un suit un schisma­ tique, il n’obtiendra pas l’héritage du royaume divin ; si quelqu’un suit une doctrine étrangère, il ne participe point à la passion de Jésus-Christ. Ad Philad., m, p. 266. Quant à l’unité de l’Église, elle résulte de ce que Jésus-Christ fait l’unité de tous les évêques établis dans le monde : καί γάρ ’Ιησούς Χριστός, το αδιάκριτου ημών ζήν, τοΰ πατρδς ή γνώμη, ώς και οί επίσκοποι, οί κατά τά πέρατα δρισθέντες, έν ’Ιησού Χριστού γνώμη είσιν. Ad Eph., m, 2, ρ. 216. Ailleurs, saint Ignace parle expres­ sément du corps de l’Église universelle qui est un, iv 2121 ÉGLISE έν'ι σώματι τής έκκλησίας αύτου. Ad Smyrn., I, 2, p. 276. Cette même unité est encore affirmée, au moins impli­ citement, dans le concept de l’Église universelle, expres­ sément appelle, pour la première fois chez les auteurs ecclésiastiques, ή καβολική έκκλησία. Ad Smyrn., VIII, 2, p. 282. Enfin on est suffisamment autorisé à reconnaître dans l’appellation toute particulière donnée à l'Église de Rome, ήτις καί προκάβηται έν τόπω χωρίου 'Ρωμαίων, Ad Rom., init., p. 252, une indication assez explicite en faveur de la primauté de cette Église, par conséquent en faveur de l'unité de l’Égliser nécessairement liée à celte primauté. Mgr L. Duchesne, Églises séparées, Paris, 1896, p. 127 sq.; J. Tixeront, La théologie anténiceenne, Paris, 1906, p. 142 sq.; P. Batiffol, op. cit., р. 168 sq. Voir Pape. 3. Parmi les ouvrages qui nous restent de saint Justin, le seul où il parle explicitement de l’Église est le Dialogue avec Tryphon, destiné à des lecteurs chrétiens ou juifs. Appliquant au Verbe incarné le psaume xliv, saint Justin montre dans l’Église la reine prédite par le prophète. Cette Église est com­ posée de tous ceux qui croient en Jésus-Christ et qui forment une seule âme, une seule synagogue, une seule Église. Dial, cum Tryph., n. 63, P. G., t. vt, col. 621. La même pensée est exprimée dans plusieurs autres passages, n. 110, 116,117, 119, col. 729, 745 sq., 752 sq. Dans son Dialogue comme dans ses Apologies, saint Justin n’a aucune occasion de parler directement de l'autorité divinement établie pour instruire el régir les fidèles. Mais cette divine autorité ressort suffisamment de la manière dont Justin parle de l’enseignement reçu de Jésus-Christ, fidèlement transmis par les apôtres et par leurs successeurs et actuellement donné comme étant le seul vrai et comme s’imposant intégralement à l’acceptation des fidèles. Apol., i, 23, 61, 65, 66, 67, P. G., t. vi, col. 364,420,428, 432; Dial, cum Tryph., n. 119, col. 153. D'ailleurs, en reprochant aux hérétiques d’enseigner, sous l’inspiration du démon, l’impiété et le blasphème et de suivre la doctrine de l’homme dont ils portent le nom, au lieu de se soumettre à celle de Jésus-Christ, Justin laisse assez clairement entendre qu’il y a une autorité divinement instituée contre laquelle les héré­ tiques s’insurgent. Apol., i, 26, col. 368 sq. ; Dial, cum Tryph., n. 35, col. 552. On est autorisé à croire que c est aussi la pensée dominante d’un ouvrage perdu, que l’apologiste chrétien dit lui-même avoir composé contre toutes les hérésies : έστι 3ε ήμιν καί σύνταγμα κατά πασών τών γεγενημένών αιρέσεων σντεταγμένον ω εΐ βούλεσθε έντυχεϊν, δώσσμεν, Apol., ι, η. 26, col. 369, et auquel saint Irénée, Cont. hær., 1. IV, c. vi, n. 2, P. , G. t. vu, col. 987, et Tertullien, Adv. valentinianos, с. v, P. L., t. n, col. 547, paraissent faire allusion, quand ils citent saint Justin contre les hérésies de leur temps. 4. De saint Justin à saint Irénée, l’on rencontre encore quelques témoignages assez explicites. Saint Polycarpe de Smyrae, dans l’unique lettre qui nous reste de lui, parle comme Ignace d'Antioche. Il exige que les Phihppiens se soumettent aux πρεσ6υτέροι et aux diacres Comme à Dieu et au Christ, ύποτασσομένους τοϊς πρεσβντέροις καί διακόνοις ως ®εώ καί Χριστώ. Ad Phil., V, 2. Patres apostolici de Funk, 2· édit., Tubingue, 1901, t. i. p. 302. On doit servir Jésus-Christ avec crainte et respect, comme il nous a lui-même commandé et comme nous ont commandé les apôtres qui ont annoncé l'évangile. Ad Phil., v, 3, p. 304. Aussi l’on doit laisser les fausses doctrines et revenir à l’enseignement qui nous a été donné dès le commencement : διό άπολιπόντε; τήν ματαιότητα τών πολλών καί τας ψευδοδιδασκαλίας επι τον ές αρχής ήμιν παραδοβέντα λόγον έπιστρέψώμεν, 2122 νπ, 2, ρ. 304. Ceux qui enseignent différemment sont appelés faux frères qui portent hypocritement le nom du Seigneur, VI, 3, p. 304. Celui qui détourne les paroles du Seigneur au gré de ses désirs et nie la résurrection et le jugement, est le premier-né de Satan, vu, 1, р. 304. Papias (f 150), dans son Exégèse des logia du Sei­ gneur, dont Eusèbe nous a conservé quelques fragments, atteste que la règle qu’il suit pour juger l’enseigne­ ment donné, c’est l’enseignement des anciens qui rap­ portent les préceptes donnés par le Seigneur lui-même, Eusèbe, H. E., I. III, c. xxix, P. G., t. xx, col. 296 sq.; en d’autres termes, il donne la tradition provenant des apôtres comme règle de la foi. Papiæ fragmenta, n, 7, 14, Patres apostolicide Funk, 2e édit., Tubingue, 1901, 1.1, p.354, 358. C’est aussi la méthode d’Hégésippe (j- 180) selon ce qu’Eusèbe nous a gardé de ses écrits, 1. IV, c. vin, 22, col. 321, 377 sq. Vers la même époque, un fragment d’une lettre de saint Denys de Corinthe (j-180), conservé par Eusèbe et attestant l’inépuisable charité de l’Église romaine envers toutes les Églises qui sont dans le besoin, Eusèbe, H. E., 1. IV, c. xxiii, P. G., t. xx, col. 386, montre assez clairement la prééminence toute spéciale de cette Église. Une preuve non moins manifeste en faveur de cette même prééminence est fournie par l'inscription d’Abercius au commencement du ni· siècle, selon beaucoup de critiques. Voir t. i, col. 61 sq., et l’article Abercius, dans le Dictionnaire d’archéologie chrétienne de dom Cabrol, t. i, col. 83; Batiffol, L’Église naissante et le catholicisme, Paris, 1889, p. 221. 5. Saint Irénée (■[■ 202), dans son Contra hæreses, dirigé surtout contre les gnostiques de son temps, insiste principalement sur deux caractéristiques de la véritable Église de Jésus-Christ: a) L’Église seule possède la vérité intégrale et la possède d’une manière constante; elle la prêche incessamment, etc’està elle seule qu’il faut la demander. Contra hær., 1. III, c. m, n. 3; c. iv, n.l; с. xxiv, n. 1; 1. IV, c. xxvi, n. 5; 1. V, c. xx, n. 1, P. G., t. vu, col.851, 855, 966,1056, 1177. — b) L’Eglise seule possède aussi la double apostolicité de mission et de doctrine, marque certaine de son institution divine et de la vérité de sa doctrine. Contra hær., 1. 111, c. m, n. 1 sq. ; 1. IV, c. xxvi, n. 5. ; c. xxxm, n. 8, col. 848 sq.. 1056,1077. C’est d’ailleurs sur ce solide fondement de l’apostolicité que l'évêque de Lyon appuie l’argument de tradi­ tion ou de prescription, inauguré par lui, Contra hær.. I. III, præf. et c. l-v, col. 843 sq., et si efficacement utilisé ensuite par Tertullien dans tout son livre De proscriptionibus et par l’ensemble des Pères et des théologiens subséquents. Ces deux caractères de la véritable Église impliquent nécessairement une autorité doctrinale divinement éta­ blie, pour enseigner infailliblement et maintenir dans toute son intégrité la doctrine révélée par Jésus-Chrisi. et en même temps une autorité remontant jusqu’aux apôtres envoyés eux-mêmes par Jésus-Christ. ~ C’est encore ce que confirme la doctrine de l’évêque de Lyon sur l’hérésie. Puisque le crime d’hérésie con­ siste à rejeter l’autorité de l’Église en l’accusant d er­ reur ou d’incompétence, et qu'en agissant ainsi l'on <■ rend coupable de blasphème en s’attaquant à Dieu luimême, Cont. hær., 1. III, c. xxrv, n. 2; 1. V, c. xx. n. 2, col. 967, 1177 sq., il est manifeste qu'il y a réellement une autorité divinement établie et constam­ ment existante, â laquelle on doit se soumettre effecti­ vement. Cette autorité, saint Irénée la montre prit"ipalement dans l’Eglise romaine, dans laquelle la tradi­ tion apostolique s’est toujours intégralement conser­ et avec laquelle toutes les autres Églises doivent posi 212.; ÉGLISE tivemeni s'accorder. Contra hær., 1. III, c. m, n. 2, col. 849. Voir Pape. 2» Deuxième période, depuis la fin du il· siècle jus­ qu'au commencement du IV‘ siècle. — 1. Tertullien (-J-243), dans son ouvrage De praescriptionibus, composé vers l’an 200 contre les gnostiques de cette époque, insiste principalement sur l’autorité de la tradition vivante dans l’Église. Cette tradition, c’est l’enseigne­ ment unanime des Églises fondées par les apôtres, et possédant dans toute son intégrité la doctrine préchée par les apôtres et reçue par eux de Jésus-Christ luimême. De prescript., c. xxt, xxvin, xxxt sq., xxxvn, P. L., t. Il, col. 33, 40, 44 sq., 50 sq. Cet enseignement est une règle de foi très sûre à cause de l’assistance du Saint-Esprit promise par Jésus-Christ : Age nunc, omnes erraverint ; deceptus sit Apostolus de testimonio reddendo quibusdam; nullam respexerit Spiritus Sanctus uti eam in veritatem deduceret, Joa., xiv, 26, ad hoc missus a Christo, ad hoc postulatus de Patre, ut esset doctor veritatis, Joa., xv, 26; neglexerit offi­ cium Dei villicus, Christi vicarius, sinens Ecclesiam aliter in terim intelligere, aliter interim credere, quam ipse per apostolos prædicabat : ecquid verisimile est ut tot ac tantæ in unam fidem erraverint ? c. xxvm, coi. 40. D’ailleurs, Tertullien dénonce vigoureusement les hérésies et les hérétiques. Les hérétiques ne peuvent pas être chrétiens, tenant leurs doctrines non de JésusChrist mais de leur propre choix et des chefs qu’ils se sont donnés. Ils sont déshérités et répudiés par les apôtres comme des étrangers et des ennemis, à cause de l’opposition entre leur doctrine et celle des apôtres, c. xxxviii, col. 51. L’hérésie vient du démon, dont c’est le rôle de s’opposer à la vérité et d’imiter, dans les mystères des idoles, les divins mystères de la religion, c. XL, col. 54 sq. Les hérésies n’ont pas d’autre unité que le schisme. Si on les examine de près, on cons­ tate qu’elles sont en divergence avec leurs propres auteurs sur beaucoup de points. Les hérétiques n’ont point d’église constituée : plerique nec ecclesias habent, sine matre, sine sede, orbi fide, extorres, sine lare va­ gantur, c. xlii, coi. 58. De ce double enseignement de Tertullien résulte né­ cessairement l’affirmation de quelque autorité doctri­ nale divinement instituée, qui seule peut assurer dans l’Église le maintien intégral de la doctrine de JésusChrist el des apôtres, autorité dont la violation consti­ tue vraiment le péché d’hérésie. D’ailleurs, Tertullien mentionne plusieurs fois assez explicitement le concept de l’Église universelle, épouse de Jésus-Christ, Contra Marcion., 1. IV, c. xi, P. L., t. n, col. 382; 1. V, c. xn, col. 502, et inère de tous les fidèles comme Dieu est leur père, Ad mart., c. i, P. L., t. Il, col. 619; Cont. Marcion., 1. V, c. iv, P. L., t. n, col. 478; De monogamia, c. vm, col. 939; r.glise certainement une dans sa doctrine qu’elle tient de Jésus-Christ et qu’elle garde intégralement, une aussi dans son autorité s’exerçant en vertu de la mission transmise par les apôtres qui l’avaient eux-mêmes reçue de Jésus-Christ, De præscript., c. xxxvn, P. L., t. n, col. 50 sq.; une surtout en vertu de la primauté de l’Église romaine qui est nettement indiquée, c. xxxvi, col. 49. Église enfin qui, par son titre de catholique, se distingue de toutes les sectes hérétiques toujours particularistes, c. xxvt, xxx, col. 38, 42. 2. Clément d’Alexandrie, dans les ouvrages qui nous sont restés de lui, indique, au moins d’une manière incidente, le véritable concept de l’Église. Comme il n’y a qu’un seul Verbe, 6 των όλ&ν Λόγος, et qu’un seul Esprit-Saint qui est partout, il n’y a qu’une seule Église à la fois mère et vierge. Pæd., 1. I, c. vi, P. G., t. vin, col. 299. L’Église est comparée à une cité régie •>r le Logos. Btrom., IV, c. xxvi, col. 4381. C’est 2124 surtout dans la dénonciation des hérésies que Clément montre l'idée qu’il se fait de l’Église. Les hérésies abandonnent l’Eglise qui est depuis le commence­ ment, τήν εξαρχής άπολείπουσαι Εκκλησίαν. Strom.,1, c. Χ1Χ, col. 812. Semblables à l’adultère, elles font que, par une véritable apostasie, l'on s’éloigne de Dieu qui est l’unique époux de l’Église. Strom., Ill, c. xn, col. 1180. Le nom d'hérésie signifie nécessairement opposition à la vérité. Strom., VII, c. xv, P. G., t. ix, col. 528. Ceux qui embrassent les opinions des hérésies humaines répudient la tradition ecclésiastique et cessent d’être hommes de Dieu et fidèles au Seigneur. Strom., VII, c. xvu, col. 532. Aussi le catéchète d'Alexandrie exige-t-il du véritable gnostique qu’il garde την άποστολικήν καί εκκλησιαστικήν όρΟομίαν τών δογμάτων, Strom., VII, c. XVI, col. 544, et il n’admet comme gnose véritable que la gnose qu’il appelle εκκλησιαστική γνώσις, col. 536. Il n’y a qu’une seule Église véritable, celle qui est vraiment ancienne et qui est en même temps catholique, et dont les héré­ sies s’efforcent de déchirer l’unité. Strom., VII, c. xvu, col. 552. 3. Origène (ψ 254) insiste particulièrement sur l’en­ seignement ecclésiastique donné par les apôtres et persévérant dans les Églises jusqu’au moment présent par la succession des évêques : ecclesiastica prædicatio per successionis ordinem ab apostolis tradita et usquead præsens in ecclesiis permanens. Deprincip., 1. 1, præf., n. 2, P. G., t. xi, coi. 116. Cet enseigne­ ment doit être la règle de la foi : illa sola credenda est veritas quæ in nullo ab ecclesiastica el apostolica discordat traditione. Loc. cit. Aussi l'on ne doit pas croire les hérétiques ni se séparer de la tradition ecclé­ siastique. Sed nos illis credere non debemus nec exire a prima et ecclesiastica traditione, nec aliter credere nisi quemadmodum per successionem Ecclesiæ Dei tradiderunt nobis. In Matth., commentariorum se­ ries, n. 46, P. G., t. xin, coi. 1667. C’est de l’Église seule qu'est provenue la véritable vérité de Dieu qui s’est répandue sur toute la terre, col. 1668. L'Église du Dieu vivante la vérité du Verbe pour rempart. InJer., homil. v, n. 16, col. 319. En même temps. Origène réprouve énergiquement les hérésies et les hérétiques. Toute doctrine héré­ tique est comparable à une fausse monnaie : Ego puto quod Valentini sermo humana pecunia est et re­ proba; et omnium haereticorum sermo non est pro­ bata pecunia, nec dominicam integre in se habet figuram, sed adulteram quæ, ut ita dicam, extra monetam ita figurata est, quia extra Ecclesiam composita est. Inps. xxxvi, homil. in, n. 11, P. G., t. xn, coi. 1347. Tandis que les maîtres qui sont dans l’Église édifient la maison de Dieu qui est l’Église, les hérétiques construisent partout des maisons de dé­ bauche : hæretici ædificant lupanar in Omni via; ut puta magister de officina Valentini, magister de cœtu Basilidis, magister de tabernaculo Marcianis et cæterorum hæreticoi uni ædificant meretrici domum. In Ezech., homil. vm, n. 2, P. G., t. xin, col. 730. Tandis que ceux qui enseignent selon l’Église. sont des prophètes de Jésus-Christ, les prédicateurs de chacune des hérésies sont des prophètes de mensonge et des prophètes de l'Antéchrist. In Matth., commen­ tar. series, n. 47, col. 1669. De tout cet enseignement d’Origène résulte évidem­ ment l'existence d’une autorité divinement instituée contre laquelle il est criminel de s’insurger. C’est encor, ce que suppose manifestement la doctrine formelle du catéchète d’Alexandrie sur la nécessité d’appartenir . l’Église pour obtenir le salut : Nemo ergo sibi persua­ deat, nemo semetipsum decipiat: extra hancdomum id est extra Ecclesiam nemo salvatur, hi librum Jesu Nave, homil. in, n. 5, P. G., t. xn, col. 841 sq. 2125 ÉGLISE ί. Saint Cyprien (-j- 258), par son enseignement r cis sin· les hérésies et sur les schismes, laisse non moins clairement entendre l’existence d'une autorité divine dans l’Église : Hanc Ecclesiæ unitatem qui tenet, tenere se /idem credit ? Qui Ecclesiæ reni­ titur et resistit, qui cathedram Petri super quem ! undata est Ecclesia deserit, in Ecclesia se esse con/idit ? De unitate Ecclesiæ, iv, P. L., t. iv, coi. 500 sq. Quisquis ab Ecclesia segregatus, adultéras jungitur, a promissis Ecclesiæ separatur; nec perveniet ad Christi præmia qui relinquit Ecclesiam Christi. Alienus est, profanus est, hostis est. Habere jam non potest Deum patrem, qui Ecclesiam non habet ma­ trem. Si potuit evadere quisquam qui extra arcam Eoe fuit, et qui extra Ecclesiam foris fuerit evadit, coi. 503. Aversandus est atque fugiendus quisquis fuerit ab Ecclesia separatus. Perversus est hujus­ modi et peccat et est a semetipso damnatus, coi. 513. La même doctrine est exprimée dans plusieurs de ses épîtres. Epist., XLiv, col. 340; xlix, P. L., t. ut, col. 726 sq.; lu, n. 24, col. 790 sq.; lxix, η. 1 sq., P. L., t. tv, col. 409 sq. Cette divine autorité qui existe dans l’Église, l’évéque de Carthage la considère principalement dans chaque évêque gouvernant son Église particulière et dans l’ensemble des évêques de toutes ces Églises. Epist., LV, n. 5, P. L., t. m, col. 802 sq. ; lv, n. 5, P. h., t. iv, col. 396 sq.; lxix, n. 4, 8, col. 403, 406; LXXlii, n. 8, P. L., t. Ill, col. 1114. Bien que les évêques soient mentionnés comme égaux en pouvoir et en dignité, De unitate Ecclesiæ, iv sq., P. L., t. iv, col. 499 sq., et que chaque évêque soit considéré comme indépendant dans sa propre sphère, Epist. lxxii, n. 3, P. L., t. m, col. 1050; lxxiii, n. 26, col. 1126; il est cependant très assuré que tous les évêques forment un seul corps : episcopatus unus est, cujus a singulis in solidum pars tenetur, De unit. Eccl., v, P. I.., t. iv, col. 501, et que l’Église est une, de telle manière que tous ceux qui violent cette unité, s’insur­ gent contre Dieu lui-même. De unit. Eccl., iv sq., col. 500 sq.; Epist., xn, η. 1 sq., P. L., t. m, col. 703 sq.; li, P. L., t. iv, col. 343 sq. Enfin le docteur africain affirme plusieurs fois la divine institution de la primauté de Pierre et de ses successeurs. De habitu virginum, x, P. L., t. iv, col. 449; De unitate Ecclesiæ, iv, P. L., t. iv, col. 500; Epist., xliv, n. 3, P. L., t. ni, col. 710 sq.; LI, n. 8, col. 772 sq.; liv, n. 14, col. 818 sq.; lxvi, n. 2 sq., col. 993 sq.; lxix, n. 8, P. L.,t. iv, col. 406; lxxi, col. 410; lxxii, n. 3, P. L., t. ni, col. 1050; lxxiii, n. 7, 11, col. 114, 116; De exhortatione martyrii ad Fortunatum, xi, P. L., t. iv, col. 668. Toutefois la nature du pouvoir inhérent à cette primauté n’est pas nettement précisée dans l’ensemble des écrits de l’évéque de Carthage. Voir Cyprien, t. ni, col. 2468sq. A ces témoignages si explicites des auteurs du IIIe siècle en faveur d’une autorité divinement instituée dans l’Église, on doit joindre les nombreux faits attes­ tant déjà à cette époque l’exercice de cette autorité, soit en matière de doctrine, soit en matière de disci­ pline. En matière de doctrine, c’est un fait constant que pendant cette période, plus manifestement encore que dans les deux premiers siècles, quiconque, en face des hérésies qui assaillent l’Église, ne se soumet pas pleinement à l’enseignement de Jésus-Christ et des apôtres, tel qu’il est proposé par l’Église, est rejeté de son sein, comme rebelle à Dieu et comme disciple du démon et de l'Antéchrist, ainsi que le démontrent ma­ nifestement toutes les paroles précédemment indiquées des Pères et des écrivains ecclésiastiques des trois premiers siècles, paroles qui n’auraient aucun sens dans l’hypothèse protestante de l’absence de toute autorité divine dans l’Église. En matière de discipline, 2120 c’est un fait non moins constant qu’en face des divers schismes ou des révoltes plus ou moins graves contie l’autorité ecclésiastique, tous ceux qui s'insurgent contre l’autorité légitime des successeurs des apôtres ou contre celle du pontife romain ou qui s’associent à de semblables rébellions, sont également considérés comme infidèles à Dieu et à son Christ et réputés déchus de tous leurs droits de chrétiens, comme le démontrent les textes précédemment cités. 3e Troisième période, depuis le commencement du /Ve siècle jusqu'au commencement du V" siècle. — Pen­ dant cette période où les controverses principales gra­ vitent autour de la consubstantialité du Verbe et de son incarnation, l’occasion se présente rarement d’expo­ ser directement le concept de l’Église, si l’on excepte toutefois la catéchèse xvm de saint Cyrille de Jérusalem, P. G., t. xxxiii, col. 2558, l’ouvrage de saint Optai, De schismale donalistarum, et les écrits de saint Augustin contre les donatistes. 1. C’est surtout par des faits très nombreux et très évidents que se manifeste, plus encore qu'à l’époque précédente, la croyance à une autorité divinement établie dans l’Eglise. Tous ces faits se résument dans cette loi universelle et indiscutable : quiconque ne se soumet pas à l’autorité divinement établie dans l’Eglise, est considéré comme rebelle à Dieu et comme exclu de toute participation au salut éternel ou au bonheur du ciel. C’est ce qu’attestent les nombreux conciles tenus à cette époque, portant anathème, c’est-à-dire exclusion de l’Église, entraînant la privation de tout droit à l’héritage éternel, contre tous ceux qui rejetaient avec opiniâtreté l’enseignement proposé par l’Église comme divinement révélé et imposé comme tel à l’acceptation de tous les fidèles. C’est aussi ce qu’attestent les caté­ chèses de cette époque, indiquant aux fidèles l’ensei­ gnement qu'ils étaient tenus de professer, autant que nous pouvons en juger par les catéchèses de saint Cyrille de Jérusalem, demandant aux fidèles de fuir les abominables réunions des marcionites et des mani­ chéens, et d’adhérer toujours à la sainte Église catho­ lique, dans laquelle ils ont reçu une nouvelle naissance; Église qui, seule dans l’univers entier, tient de Dieu tout pouvoir, et dans laquelle nous obtiendrons l’héri­ tage du royaume éternel. Cal., xvm, n. 26 sq., P. G., t. xxxiii, col. 1047, 1049; Cal., vi, n. 36, col. 601 sq. C’est ce qu’attestent encore les témoignages formels des Pères de cette époque, affirmant que les héi-ιί■. ues. rejetant la doctrine enseignée par l’Église. cessent d’être chrétiens et que l'on ne doit avoir aucune munion avec eux. S. Athanase, Orat., i. contra armnos, n. 1 sq.; Orat., III, n.28, P. G., t. xxvi, col. 13s.,.. 384; Epist. ad Epictetum, n. 3, col. 1056; Epist. monachos, col. 1188; que les hérétiques, par le fai: de leur hérésie, se séparent de l’Église, S. Hilaire. De Trinitate, 1. VII, n. 4, P. L., t. x, col. 202; el que les églises des hérétiques sont rejetées comme étrangères par Jésus-Christ, gui est sponsus unius Ecclesiæ. S. Optat, De schismate donatistarum, 1. 1, c. x, P. L.. t. xi, col. 900. 2. A ces faits ainsi interprétés, on doit joindre les témoignages des principaux défenseurs de la catholique contre les hérétiques de cette époque. Saint Athanase, en réfutant les ariens, indique, incidemment du moins, les principales propriétés de l’Église son unité, Tomus ad Antiochenos, n. 8; Epist. heart.. v, n. 4, P. G., t. xxvi, col. 806, 1382; l’apostolicit, et ta catholicité de sa doctrine. Epist. ad Epictetum, n. 3, col. 1056. Saint Hilaire, en même temps qu’il montre 1’ .glise comme l’épouse de Jésus-Christ, In ps. i .ïa’.’.'Z. n. 8, P. L., t. ix, col. 108, et le corps de Jésus-Christ In ps. xiv, n. 5; c.v.YV, n. 6; cxxvm, n. 9; t xm, n. 24, col. 302, 688, 715, 742 sq.; Comment, in lia : ... v, n. 24, col. 941; et qu’il affirme son unité, Inps.itv, 2127 ÉGLISE n.3 ; αχχι,η. 5; cxxxi, η. 14, col. 301, 662, 736, insiste particuliérement, contre les hérétiques, sur la nécessité de ne point se séparer du corps de cette Eglise, si l’on veut obtenir le salut. In ps. xiv, n. 4; cxvm, lit. xv, n. 5; cxxi, n. 5; cxxxiv, n. 3, col. 302, 607, 663, 751; Comment, in Matth., vm, n. 10, col. 957. Contre les donatistes qui à l'autorité de l’Église catho­ lique voulaient substituer leur église particulière, saint Optat montre les droits exclusifs de l’Église catholique, qui est l’unique épouse de Jésus-Christ. De schismate donatistarum, I. Il, n. 1, P. L., t. xi, col. 941. Elle seule est répandue dans tout l’univers, comme le doit être la véritable Église, selon les promesses univer­ selles de Dieu pour la nouvelle alliance, col. 942 sq. Elle seule possède les cinq propriétés distinctives de la véritable Église : cathedra, angelus, Spiritus, fons, sigillum, 1. II, η. 2 sq., col. 946 sq., c’est-à-dire : a) la chaire de Pierre, in gua sederit omnium aposto­ lorum caput Petrus, unde et Cephas appellatus est, in qua una cathedra unitas ab omnibus servaretur, ne cœteri apostoli singulas sibi quisque defenderent, ut jam schismaticus et peccator esset, qui contra singu­ larem cathedram alleram collocaret, coi. 947; b) des évêques ayant un pouvoir légitime dans l’Église; c) l’Esprit-Saint donnant à l’Église des enfants adop­ tifs de Dieu; d) la véritable source que l'évêque de Milève joint au sceau intégral, sans donner de la pre­ mière une notion précise : nam et fontem constat unam esse de dotibus, unde hæretici non possunt vel ipsi bibere, vel alios potare; quia soli sigillum inte­ grum, id est symbolum catholicum, non habentes, ad fontem verum aperire non possunt, coi. 961. Un peu plus loin, le docteur africain fait observer que les quatre dernières propriétés qu’il attribue à l’Église, découlent de la première, qui est la chaire de Pierre, col. 962. En même temps que saint Optat prouve la vérité de l’Église catholique, il montre que les églises particulières sont privées de tout droit, qu’elles sont rejetées comme des étrangères par Jésus-Christ l’époux de l’Église unique, et qu’elles n’ont aucune des pro­ priétés qui distinguent la véritable Église, 1.1, n. 10, 12; I. II, n. 9 sq., col. 900, 906 sq., 962 sq. Puisque nous arrêtons nos recherches à la fin du IVe siècle, nous n'essayerons pas de montrer comment saint Augustin, en face de cette même erreur des do­ natistes, donna un enseignement bien plus précis et plus complet sur la constitution divine de l’Église, sur sa double autorité doctrinale et législative et sur son pouvoir sanctificateur s’exerçant par les sacrements. Nous aurons d’ailleurs bientôt l’occasion d’exposer en détail tout cet enseignement du saint docteur en étu­ diant spécialement chacun des dogmes qui concernent la constitution de l’Eglise et ses divines prérogatives. En terminant, à la fin du iv« siècle, notre étude apo­ logétique sur le concept de l'autorité de l’Église dans la tradition chrétienne, résumons brièvement le résul­ tat de notre enquête : 1. Au point de vue doctrinal, les témoignages que nous possédons de ces quatre premiers siècles affirment d’une manière plus ou moins expli­ cite, à mesure que l’organisation de l’Église se déve­ loppe, ces trois vérités : a) L’existence d’une autorité établie par les apôtres, selon l’institution divine, et à laquelle obéissance est due en vertu de l’institution divine. La nature de cette autorité, ainsi que les divines prérogatives qui en sont la conséquence, sont plus explicitement affirmées à partir de saint Cyprien, mais elles sont déjà assez manifestement contenues dans les textes antérieurs. — 6) L’apostolicité de doctrine et de mission, ainsi que l’unité qui en est la conséquence nécessaire, très explicitement enseignées par saint Irénée et Tertullien et déjà indiquées précédemment dans les lettres de saint Ignace, continuent à être habi­ tuellement invoquée dans les siècles suivants ontre 2128 les diverses hérésies, pour les convaincre de mensonge et d’opposition à la parole de Dieu. — c) La primauté de l’Église romaine ou du pontife romain, déjà indiquée dans les écrits apostoliques et plus nettement affirmée par saint Irénée, Tertullien et saint Cyprien, est au IV siècle l’objet d'un enseignement plus précis. Ces trois vérités continuent, d’ailleurs, à recevoir au cours des siècles, depuis cette époque jusqu’à nos jours, un perfectionnement dogmatique considérable, à l'occa­ sion des hérésies ou des schismes et sous l’influence du travail théologique, aidé par la direction du magis­ tère ecclésiastique. 2. Au point de vue historique, tout un ensemble de faits rigoureusement constatés pendant toute cette pé­ riode, témoigne de la croyance chrétienne universelle et constante à une autorité divinement établie, àlaquelle pleine soumission est due en matière de doctrine et en matière de discipline. Faits qui d’ailleurs se manifestent avec une évidence toujours grandissante, à mesure qu'apparaît davantage le développement normal de cette autorité divinement instituée. IV. NOTES CARACTÉRISTIQUES DE LA VÉRITABLE ÉGLISE, RÉSULTANT DE SON CONCEPT NÉO-TESTAMENTAIRE ET TRADITIONNEL. — 1° En droit, l'existence de notes caractéristiques, distinguant infailliblement l’Église établie par Jésus-Christ, est une conséquence néces­ saire de sa divine institution. Dès lors qu’elle doit continuer pour tous les fidèles, jusqu'à la lin des temps, l’œuvre de Jésus-Christ, en enseignant sa doctrine, en administrant ses sacrements, et en gouvernant avec son autorité, et que tous doivent nécessairement se sou­ mettre à son enseignement et à sa direction, il est in­ dispensable qu’elle soit pour tous facilement discernable. Pour que ce but soit atteint, il est requis que l’Église possède des propriétés lui appartenant exclusivement et faciles à constater, qui la distinguent infailliblement de toute autre société religieuse. Or, ce sont ces pro­ priétés bien manifestes et d'une constatation facile et sûre, qui constituent les notes positives de l’Église, parce que, plus connues que l'Église, elles conduisent effectivement à sa connaissance. 2° En fait, l’existence de notes caractéristiques de la véritable Église résulte manifestement de l’enseigne­ ment traditionnel dans tous les siècles. Cet enseignement étant exposé en détail pour chacune des notes de l’Eglise aux articles spéciaux, il nous suffira d’en donner ici une rapide synthèse. a) Parmi les écrits qui nous restent des trois pre­ miers siècles, ceux qui sont particulièrement dirigés contre les hérétiques, insistent particuliérement sur l’apostolicité et l’unité qui caractérisent l'Église de Jésus-Christ. Nous nous borneronsà signaler brièvement les conclusions qui se dégagent des textes précédemment cités. L’apostolicité de doctrine et de mission indiquée par saint Justin, Apol., i, 23, 61, 65, 66, 67, P. G., t. vi, col. 364, 420, 428, 432; Dial, cum Tryph., n. 119, col. 753, est particulièrement mise en relief par saint Irénée, Cont. hær., 1. Ill, c. Ill, n. 1 sq. ; I. IV, c. xxvi, n. 5; c. xxm, n. 8, col. 848 sq., 1056, 1077, et par Tertullien, De præscript., c. xxi, xxvm, xxxi sq., xxxvn, P. L., t. il, col. 33, 40, 44 sq., 50 sq. Elle est aussi mentionnée par Clément d’Alexandrie, Strom., VII, c. xvi, xvu, P. G., t. tx, col. 544, 552, et par Ori­ gène, Deprinc., 1.1, præf., n. 2, P. G., t. xi. col. 116. En même temps se rencontre fréquemment chez ces auteurs la revendication générale de l’unité de l’Église. S. Clément pape, I Cor., xlvi, 6, Funk, Patres aposto­ lici, 2' édit., Tubingue, 1901, t. i, p. 158; S. Ignace d’Antioche, Ad Eph., ni, 2, p. 216; Ad Smym., I, 2; vin, 2, p. 276, 282; S. Justin, Dial, cum Tryph., n. 63, P. G., t, vi, col. 621; Clément d’Alexandrie, Pæd.. I. T. c. vi. P. G., t. vm. col. 299; S. Cyprien, De uniale Ecclesiæ, ivsq., col. 500 sq.; Epist., XU, η. 1 sq. 58 je té •e !β u u e 2129 ÉGLISE P. L., t. in, col. 703 sq.; u, P. L., t. rv, col. 343 sq.; ou la revendication particulière de l’unité de doctrine certainement existante dans l’Église, parce que la doc­ trine révélée par Jésus-Christ et prêchée par les apôtres, s’y conserve toujours la même. S. Irénée, Cont. hær., 1. Ill, c. m, n. 3; c. rv, η. 1 ; c. χχιν, η. 1 ; 1. IV, c. xxvi, n. 5; 1. V, c. xx, n. 1, P. G., t. vu, col. 851, 855, 966, 1056, 1177; Tertullien, De præscript., c. xxvm, xxxn, xxxvii, P. L., t. n, col. 40, 45, 50 sq. 6) Du ive au xvp siècle, après la première mention officielle des quatre notes d’unité, de sainteté, de catho­ licité et d'apostolicité, faite par le concile de Constan­ tinople en 381, εις μίαν αγίαν, καθολικήν και άποστολικήν έκκλησίαν, Denzinger-Bannwart, Enchiridion, n. 86, ces quatre notes se retrouvent habituellement dans les symboles et dans les professions de foi; mais elles ne se rencontrent pas, au moins collectivement, chez les Pères ou chez les théologiens subséquents. Saint Optat, dans son De schismate donatistarum, comme nous l’avons noté précédemment, énumère cinq notes dis­ tinctives de la véritable Église, cathedra, angelus, Spi­ ritus, fons, sigillum, tout en insistant principalement sur la catholicité que doit posséder l’Eglise établie par Jésus-Christ. Saint Augustin, sans donner d’énuméra­ tion des notes caractéristiques de la véritable Église, met particulièrement en lumière sa catholicité et sa sainteté, spécialement attaquées ou mal comprises par les donatistes. Voir Augustin, t. i, col. 2410. Du v· au xm' siècle, en dehors du texte communément usité du symbole de Constantinople, on ne rencontre, chez les écrivains ecclésiastiques ou chez les théolo­ giens, aucune affirmation explicite des notes caracté­ ristiques de la véritable Église, vraisemblablement parce qu’aucune nécessité ne se présentait d’exposer sur ce point la démonstration catholique. Au xm· siècle, saint Thomas, dans son opuscule De symbolo apostolorum, compte quatuor conditiones, qui, d’après toute son exposition, sont plutôt des pro­ priétés de l’Église que des notes qui la distinguent des communions rivales : Hæc autem Ecclesia sancta ha­ bet quatuor conditiones, quia est una, quia est sancta, quia est catholica id est universalis, et quia est fortis el firma. Bien que le saint docteur note en passant que seule l’Église catholique possède l’unité, et que seule elle fut toujours ferme dans la foi, il présente principalement ces quatre conditions de l’Église comme des qualités qui découlent évidemment de sa divine constitution, sans en faire l’application ex professo à la démonstration catholique. Quant au sens qu’il attache a fortis et firma, en réalité, c’est celui d’apostolicité et d’indéfectibilité. L’Église est ferme, parce quelle repose sur Jésus-Christ comme fondement principal et sur les apôtres comme fondement secondaire, et c’est pour cette dernière raison que l’Église est dite apostolique : et inde est quod dicitur Ecclesia apostolica. L’Église est encore ferme en ce sens qu’elle ne peut être détruite,·’ ni par les persécutions qui lui ont plutôt donné l’accroissement, ni par les erreurs qui ont toujours servi à mieux manifester la vérité, ni par les tentations des démons, car, selon la promesse de Jésus-Christ, les puissances de l’enfer ne prévaudront jamais contre l’Église. Matth., xvi, 18. Aussi l’Eglise de Pierre a-t-elle toujours été seule ferme dans la foi. Au xv' siècle, en face des erreurs de Wicleff et de Jean lluss sur le concept de l’Église, Turrecremata (ÿ 1468), après avoir établi la véritable notion de l’Église qui n’est pas composée des seuls prédestinés, ni des seuls membres unis à Jésus-Christ par la charité, mais qui comprend tous les fidèles possédant la foi catholique intégrale et non séparés de l’Église par la censure de leur pasteur, Summa de Ecclesia, Rome, 1489, sans pagination, 1. I, c. in sq., traite en détail de l’unité, 1.I, c. vi sq., de la sainteté, 1. I, c. ix sq., de la catho­ 2130 licité, c. xiv sq., de l’apostolicité, c. xvm sq., et de l’indéfectibilité de l’Église, c. xxvm sq., et de son titre d’épouse de Jésus-Christ, c. xxxvn sq., sans donner de synthèse sur l’ensemble des notes distinctives de la véritable Église. c) Au xvi' siècle, les affirmations nouvelles des pro­ testants attirent particulièrement l’attention sur laqueslion des notes caractéristiques de l’Église véritable. Luther identifiant l’Église avec la communion des saints mentionnée dans le symbole, et n’exigeant d’autre con­ dition pour lui appartenir que la foi ou la confiance dans la non-imputation des péchés due à la médiation de Jésus-Christ et manifestée ou excitée par les sacre­ ments, donne conséquemment comme seules notes ca­ ractéristiques de l’Église véritable, la prédication du pur Évangile et la bonne administration des sacrements. Dealencyklopâdie für protestantische Théologie und Kirche, art. Kirche, 3eédit., Leipzig, 1901, t. x, p. 336 sq. Calvin et ses disciples admirent les deux mêmes notes que Luther, du moins pour l’Église visible, Calvin, Ins­ titution de la religion chrétienne, 1. IV, c. i, n. 9 sq., Genève, 1566, p. 693 sq.; Ilealencyklopâdie, loc. cit., p. 339 sq., car, suivant eux, l’Église invisible, qui est la principale, est composée des seuls prédestinés, selon le système de Wicleft et de Jean Huss. Les théologiens catholiques rejetèrent unanimement ces notes, qui ne peuvent prouver la véritable Église, puisqu’elles sont moins connues qu’elle. D’ailleurs, elles ne prouvent point nécessairement, par ellesmêmes, le droit exclusif au titre de véritable Église Enfin elles supposent la connaissance préalable de la véritable Église, seul juge authentique de la prédica­ tion du pur Évangile et seule dépositaire légitime des véritables sacrements. Grégoire de Valence, Analysis fidei catholicæ, Ingolstadt, lu85, p. 152 sq.; Bellarmin. De Ecclesia, 1. IV, c. il; Suarez, De fide, disp. IX, sect, ix, n. 1 sq. Toutefois, dans leurs revendications positives, les théo­ logiens catholiques, au moins dès le début, n’eurent point la même unanimité. Melchior Cano (f 1560), dans son célèbre ouvrage De locis theologicis qui ou­ vrit la voie aux théologiens des siècles suivants pour l’étude du traité de l’Église, ne fit qu’indiquer les quatre notes traditionnelles, De locis theologicis, 1. IV, c. vi. Venise, 1759, p. 117. Stapleton (γ 1598) indique trois propriétés de la véritable Église chrétienne par les­ quelles on la distingue de toute fausse Eglise des ! r— tiques et des schismatiques : l’universalité, la visibilité el la perpétuité. Principiorum fidei doctrinali ■ de­ monstratio methodica, 1. V, proœm., Paris, 1582. p. lûi. Mais en réalité il estime que toutes les propriétés de l’Église sont comprises dans la catholicité ou l'univer­ salité de lieu et de durée, et que c’est par cette catho­ licité que la véritable Église se distingue des fausses communions hérétiques, 1. IV, c. ι-m, p. 103 sq. Que la double catholicité de lieu et de durée contienne né­ cessairement l’unité et l’apostolicité, c’est pour le controversiste anglais une conclusion évidente. Car, s’il y avait manque d’unité dans la foi ou dans l’obéissance, il y aurait en réalité plusieurs Églises distinctes selon les lieux ou selon les temps, il n’y aurait plus d’Eglise vraiment catholique, 1. IV, c. IV, p. 110 sq. De même, par le fait que l’Église a la double catholicité des lieux et des temps, elle est l’Église apostolique que les apôtres ont propagée dans toute la terre et qui depuis eux - est conservée toujours la même, 1. IV, c. v, p.lll sq. Ainsi, selon Stapleton, toutes les marques distinctives de la véritable Église se résument réellement dans la catho­ licité. Bannez (f 1604) énumère cinq propriétés de l’Église, l’unité, la catholicité, la sainteté, l’apostolicité et la vi­ sibilité, mais sans en faire aucune application à la ques­ tion particulière des notes distinctives de la véritable 2i:l ÉGLISE Eglise. In 17·“ /7">. q. I, a. 10. Venise, 1602, col. 99 sq. Grégoire de Valence (f 1603), après avoir énuméré huit propriétés de l’Église, l’unité, la sainteté, la catho­ licité, l’apostolicité, rectaordinatio, la visibilité, l’indélectibilité dans la foi. et la nécessité pour le salut. Analysis /idei catholicæ, Ingolstadt, 1585, p. 128 sq., en retient six qu’il assigne comme notes distinctives de la véritable Église, parce qu’elles sont plus connues que la véritable Église, qu’elles conviennent toutes à cette Eglise et que, du moins dans leur ensemble, elles lui conviennent uniquement, p. 174 sq. Bellarmin (φ 1621) énumère quinze notes qui peuvent, dit-il, se ramener aux quatre notes, quæ communiter a recentioribus assignantur ex symbolo Constantinopolitano, l’unité, la sainteté, la catholicité et l’apostolicité. Controv.de Ecclesia, I. IV, c. in. Ces quinze notes sont : la catholicité, l'antiquité, une longue et constante durée, l’étendue dans tous les lieux et dans tous les temps, l’apostolicité, l’accord doctrinal avec l’Église des premiers temps, l’union des membres de cette Église entre eux et avec leur chef, la sainteté de la doctrine, l’efficacité de cette doctrine pour la conversion des aines, la sainteté de vie de ses auteurs ou des premiers Pères de notre religion, la gloire des miracles attestant le témoignage de Dieu en faveur de cette religion, le don de prophétie indiquant également la faveur de Dieu sur elle, les aveux des adversaires, la fin malheureuse des ennemis de l’Église et la félicité temporelle accordée par Dieu à ses défenseurs, 1. IV, c. iv-xvin. Suarez (j- 1617), après avoir affirmé que les quatre propriétés principales de l’Église sont l’unité, la sain­ teté, l’apostolicité el la catholicité, De fide, disp. IX, sect, vm, n. 1, se sert de ces quatre propriétés pour prouver que l’Église romaine est la véritable Église, conformément à l’enseignement dont il indique les té­ moignages, sect, ix, n. 5 sq. A cette démonstration Suarez ajoute quatre autres preuves qui, par la ma­ nière dont elles sont exposées, paraissent être princi­ palement des preuves complémentaires : la présence dans l’Église de dons attestant la laveur de Dieu, tels que le don des miracles et celui de prophétie; l’excel­ lent gouvernement de l’Eglise résultant de sa parfaite constitution; l’usage légitime des sacrements qui doit toujours se rencontrer dans la véritable Église, au moins en ce qui concerne leur substance et en ce qui est né­ cessaire pour accomplir les préceptes divins; enfin l’usage légitime des sacrements qui n'appartiennent qu’à la véritable Église et qui sont, par elle seule, conservés dans leur intégrité, tandis que les hérétiques les usurpent injustement et les mutilent à leur gré, sect, ix, n.5sq. Les théologiens postérieurs à Bellarmin et à Suarez laissèrent ce qui n’était que complémentaire dans leur démonstration et s’en tinrent le plus habituellement aux quatre notes traditionnelles, en fanant d’ailleurs observer que toutes les autres notes assignées parfois par les apologistes catholiques se ramènent véritable­ ment à celles-ci. Gonet, Clypeus theologiæ thomisticæ. De /ide, disp. III, a. 2. Anvers, 1744, t. iv, p. 238 sq.; Henno, Theologia dogmatica moralis et scolastica, De virtutibus, tr. Il, disp. H, q. ni, a. 2, Venise. 1719, t. j, p.304sq. ; Tournely, Præleetiones theologicæ de Ecclesia Christi, q. Il, a. 2, Parts, 1739, p. 87 sq.; Billuart, De regulis fidei, diss. HI, a. 4; Gotti, Vera Ecclesia Christi, c. 1, n. 23 sq., Venise, 1750, trad, latine du P. Covi, p. 4 sq. En même temps l’on doit remarquer que depuis la tin du xvn» siècle, après l’apparition des deux ouvrages de .lurieu sur un nouveau système d’unité dans l’Église, provenant d’une vague croyance à quelques articles fondamentaux, voir t. I, col. 2027 sq., les apologistes catholiques insistèrent plus fortement sur le concept très explicite de l’unité, telle qu’elle est requise dans •2132 la foi et dans la soumission à l'autorité légitime, d’après la divine constitution de l'Eglise. Au xix" siècle, les sectes protestantes prennent sur la question des notes de l’Église des positions un peu différentes, suivant le concept qu’elles se l'ont de l'Eglise. La plupart des sectes protestantes, inclinant vers le rationalisme et rejetant toute Église hiérarchi­ que divinement instituée, n’admeltent en réalité, au point de vue de l’institution divine, qu’une Église invisible pour laquelle la question même des notes distinctives n'a pas lieu d’être posée. Quant aux sectes protestantes qui admettent quelque institution divine d’une Eglise hiérarchique et qui s'efforcent d'identifier, dans une même Église catholique universelle, les trois communions accidentellement désunies, la communion romaine, les églises orientales et les communautés protestantes, elles cherchent à appuyer leurs préten­ tions sur une nouvelle notion de l’unité, modifiant conséquemment celle de l’apostolicité et de la catho­ licité. Contre ces divers adversaires, les théologiens catho­ liques, après avoir démontré l’existence d'une révélation surnaturelle et la divine institution d'une autorité chargée d’enseigner et d’interpréter cette révélation, insistent surtout sur le concept de l’unité de l’Eglise, tel qu'il nous est manifesté par l’Écriture et par la tra­ dition chrétienne constante. Cette unité, résultant nécessairement de la primauté du pape, telle que Jésus-Christ l'a instituée, consiste non dans une croyance imprécise à quelques articles réputés fonda­ mentaux dans le christianisme, ou à quelque autorité vaguement définie dans l’Église ni même à une primauté incomplète et ineffective du pape, mais dans une soumission intégrale au magistère infaillible de l’Église, particulièrement à l’infaillible autorité du pontife romain, en tout ce qu’il définit comme ensei­ gnement révélé ou comme intimement connexe avec cet enseignement. De même l’unité de gouvernement, telle que Jésus-Christ l'a voulue, comporte une obéis­ sance intégrale aux pasteurs légitimes, particulièrement au pontife romain, en tout ce qui relève de l’autorité ecclésiastique. Voir Unité. En même temps que les apologistes catholiques insistent sur le véritable concept de l’unité, tel que Léon XIII le définit ultérieurement dans son ency­ clique Satis cognitum du 29 juin 1896, ils s’attachent aussi à montrer la notion véritable de l’apostolicité et de la catholicité, découlant de cette unité. Voir Apostolicité et Catholicité. Après ces nolionsbien établies, les apologistes catho­ liques, s'appuyant sur le témoignage constant et uni­ versel de la tradition chrétienne et sur l’attestation non moins constante de toute l’histoire de l’Église, montrent que seule l’Église catholique romaine a toujours possédé ces quatre notes et que seule elle les possède en droit et en fait, les communautés protestantes et les Eglises orientales schismatiques étant à bon droit exclues de tout titre légitime à cette possession, comme le prouvent manifestement tous les arguments cités en détail à chacun des articles spéciaux. V. CONFIRMATION DE LA VÉRITÉ DE L’ÉGLISE CATHO­ LIQUE, DÉDUITE DU FAIT DE SON EXISTENCE CONSIDÉRÉ DANS TOUTES SES CIRCONSTANCES CONCRÈTES PENDANT TOUTE LA DURÉE DE SON HISTOIRE. — 1° L’ensemble de l’histoire de l’humanité depuis Jésus-Christ jusqu'à nos jours nous montre, dans l’existence constante de l’Église catholique pendant toute cette période, un fait unique, surtout si on le considère dans toutes >< s circonstances concrètes. 1. La première circonstance très particulière est. le merveilleux développement de l’Église, même des les premiers siècles, malgré les passions huiiuiines qui s'opposaient avec toute leur fougue à la religion nouvelle si austère et si exigeante, 2133 ÉGLISE 2134 humaines par ces religions, l’influence souveraine des malgré les pouvoirs humains qui déployaient aussi contre elle toute leur puissance, malgré le manque : pouvoirs humains qui les favorisaient ou les impo­ absolu de ce qui aurait dù humainement assurer le saient, et la parfaite adaptation de ces religions au succès de la nouvelle institution. Développement caractère et aux habitudes des peuples chez lesquels d'ailleurs toujours persistant sinon dans tous les elles se sont répandues. C’est ce qu’indiquait déjà saint pays â la fois, du moins dans l'ensemble des pays Thomas pour la rapide diffusion du mahométisme. Cont. ouverts à l’activité des prédicateurs de la foi chrétienne; ' gentes, 1, c. Vl ; c’est encore ce que montrent les et développement certainement unique, auquel rien ne apologistes contemporains. De Broglie, Problèmes et conclusions de l’histoire des religions, 2" édit.. Paris, peut être comparé dans l'histoire des religions de 1886, p. 194 sq. l’humanité. 2. Avec ce merveilleux développement l’Église pré­ Mais aucune de ces causes ne peut suffisamment expliquer toutes les circonstances si particulières qui sente aussi, à travers les siècles, une admirable conti­ accompagnent constamment la rapide propagation et nuité malgré tous les obstacles qui devaient humaine­ ment causer la destruction de cette Église ou mettre la merveilleuse continuité de l’Église catholique à travers les siècles, surtout sa parfaite indéfectibilitéet en péril les propriétés qui lui appartiennent essentiel­ lement; obstacles extérieurs résultant de la fréquente son éminente fécondité. Ces propriétés si singulières, qui ne se rencontrent dans aucune institution humaine, hostilité des pouvoirs humains souvent obstinés à asservir l’Église sous leur despotique domination, ou et qui, â raison de leur caractère en lui-même surna­ des assauts répétés des schismes et des hérésies luttant turel, dépassent absolument toutes les activités natu­ relles, ne peuvent manifestement être attribuées qu'à à toutes les époques contre ce qui constitue la vie de l’Église; obstacles intérieurs de tout genre, scandales la causalité divine, d’ailleurs clairement manifestée se produisant au sein de l’Église, parfois même de la par les miracles accomplis en faveur de l’Eglise catho­ part de ceux qui doivent plus particulièrement con­ lique. tribuer au bien de l’Église, discordes paralysant pres­ C’est, en réalité, ce que démontrent presque tous nos que toute action efficace pour le bien, souvent aussi apologistes, quand ils établissent, d’une manière géncondescendance ou faiblesse trop grande à l'égard de raie, la divinité du christianisme, par toutes fis cir­ tendances novatrices ou d’erreurs, qu’on laisse se constances spéciales qui accompagnent sa diffusion et répandre au sein de l’Église à son grand détriment. sa conservation dans le monde entier. Bien qu’ils parlent directement de la seule religion chrétienne, c'est vraiCette persistante continuité de l’Eglise est d’autant plus remarquable qu’elle est toujours accompagnée mentla religioncatholiquequi estconstammentprésente d’une non moins constante indéfectibilité, dans tout ce à leur pensée, et c’est à la vérité de l’Eglise catholique que sa constitution renferme de divin, ainsi que dans qu’aboutit finalement toute leur démonstration. D’ailleurs, quelques auteurs, omettant la démonstra­ toute la doctrine révélée dont elle a la garde. Indéfec­ tibilité toujours intacte, qu’elle seule retient perpétu­ tion générale en faveur de la religion chrétienne, prouvent immédiatement la divinité de l’Église catho­ ellement au milieu des changements incessants des sociétés humaines et des systèmes humains, et en face lique par le fait merveilleux que nous venons de rap­ des variations non moins fréquentes des sectes héré­ peler, en faisant ressortir toutes ses particularités hu­ tiques, fatalement entraînées, par les conséquences mainement inexplicables. .1. Didiot, Logique surnatu­ logiques de leurs faux principes, à d’incessantes con­ relle objective, Paris, 1892, p. 3ll sq.; tandis que tradictions avec ce qu’ils s’efforcent vainement de d’autres apologistes exposent séparément les deux dé­ retenir de la doctrine véritable, comme le montre par­ monstrations. en insistant, dans la deuxième, sur ce qui est plus particulièrement propre à l’Église catho­ ticulièrement Bossuet dans son admirable Histoire des variations des Eglises protestantes. lique. Wilmers, De religione revelata, Raiisbonne, 3. Une troisième circonstance non moins remarqua­ 1897, p. 63l sq. ble du fait de l’existence continue de l’Église catholique, Toute cette démonstration est confirmée par cette c’est son incomparable fécondité spirituelle se mani­ argumentation sans réplique, que le christianisme, festant par de nombreux et très puissants moyens de malgré les promesses formelles de Jésus-Christ, entiè­ produire la sainteté dans tous ses membres; moyens rement failli, ou qu’il n’est autre que le Catholicism·: qui, de fait, ont à toutes les époques, dans la vie indivi­ actuel, qui seul, avec sa hiérarchie, avec son magistinfaillible, avec sa constante· indéfectibilité et a·.··.' duelle comme dans la vie sociale, produit des fruits éminents auxquels rien ne peut être compar · dans toutes ses autres prérogatives. peut justement r•·ν-ι>aucune autre institution. Cette merveilleuse fécondité diquer une réelle identité avec le christianisme primi­ est d’ailleurs fréquemment accompagnée de miracles tivement établi par Jésus-Christ. Car toutes les antres qui sont ie sceau de Dieu sur cette œuvre et que l’on communions ne possèdent qu'un christianisme incon ne rencontre point ailleurs, du moins au même degré plet, sujet à de nombreuses et fréquentes variations, et avec les mêmes circonstances. P. Schanz, Apologie comme le montre toute leur histoire; christianisme des Chrislenthunis,&édit., Fribourg-en-Brisgau, 1906, d’ailleurs incapable de maintenir une unité effectio . p. 366 sq. cause du manque d’autorité doctrinale. Seul le catholicisme actuel peut justement revendiquer 2° Preuve déduite de ce fait en faveur de la divi­ nité de l’Église catholique. — Cette preuve consiste une véritable identité substantielle avec te Christian:-::.· primitif. Contre cette identité substantielle ou m : ■ en ce qu’un tel fait, avec toutes les circonstances objecter les développements dogmatiques adopt - par indiquées, ne peut provenir que d’une action divine l’Église catholique au cours des siècles, car. comme s’exerçant en faveur de l’Église catholique et prouvant nous l’avons montré à l’article Dogme, col. 1641 <><α spe vocationis veslræ, Eph., ιν, 4; sicut enim in uno corpore multa membra habemus, omnia autem mem­ bra non eumdem actum habent; ita multi unum c rpus sumus in Christo, singuli autem alter alter·. ,s membra, Rom., xn, 4sq. ; et Jésus est appelé Ia tête ou le chef de ce corps. Eph., t, 22 sq.; iv, 15 sq.; Col., n. 19. Or, ce nom de corps, donné â la société nouvel!suppose dans l’Église, en même temps que h diversi:des membres et des fonctions, une unité constituai un tout animé etun tout nécessairement visible, puisqules parties doivent être reliées entre elles par des lations de mutuelle dépendance, comme les membres d un même organisme Prat, La théologie de sa t Pau. . Ire partie, Paris, 1908, p. 417 sq. C’est ce que montre Léon XIII dans l’encyclique Salis cognitum, du 29 juin 1896, où il affirme que i Eglise, parce qu’elle est un corps, tombe sous nos regards, et, parce qu’elle est le corps de Jésus-Christ, elle est un corps vivant, actif, plein de sève, sustenté par Jésus■ Christ, à peu prés comme la vigne nourrit et rend 2139 ÉGLISE fertiles les branches qui lui sont unies. D’ou ce pape conclut que, de même que, dans les êtres animés, le principe de vie est profondément caché et cependant se manifeste par le mouvement et l'action des membres, ainsi dans l’Église le principe de sa vie surnaturelle apparaît visiblement par les actes qu'elle produit. 2. Enseignement traditionnel. — a Dans les trois premiers siècles, une affirmation implicite de la visi­ bilité de l’Église est évidemment contenue, selon les indications précédemment données, dans la nécessité si souvent mentionnée d’appartenir même extérieure­ ment à l’Église, de suivre son enseignement et de se soumettre à son autorité directrice, si l'on veut obtenir le salut.Carde tels devoirs incombant à tous les fidèles, supposent manifestement une autorité facilement dis­ cernible, sous la dépendance de laquelle on doit se placer et rester constamment. D’ailleurs la communion avec l’Eglise, rigoureusement exigée sous les peines les plus sévères en cette vie et en l’autre, étant toujours exté­ rieure et visible, avec une foi intégrale toujours exté­ rieurement et visiblement professée, il est manifeste qu'un lien visible, unissant tous les membres de l’Église, est toujours requis. b) Du iv" au xv" siècle, on rencontre, chez les Pères et étiez les théologiens, quelques affirmations qui, au moins par voie de conséquence, contiennent un ensei­ gnement positif sur la visibilité de l’Église. Vers la lin du lv" siècle, l’erreur ties donatistes, en faisant dépendre le pouvoir sacramentel de la sainteté du ministre, aboutissait logiquement à cette conclusion qu’il ne doit y avoir dans l’Église aucun pécheur, quod Ecclesia Dei non cum malorum hominum commix­ tione /utura pried icta sil.. S. Augustin, Breviculus colla­ tionis cum donatistis, c. vm, n. 10, P. L., t. xliii, coi. 629. Un peu plus tard, les pélagiens affirmant que tout péché, toujours nécessairement mortel, exclut ri­ goureusement de l’Église et du ciel, admettaient consé­ quemment que l’Église est la société des parfaits, voir t. i, col. 2383, n’ayant, par suite, d’autre lien d’union qu’une sainteté qui, de soi, n'est point visible. Contre les assertions des donatistes, saint Optat en­ seigne que, selon la parole de saint Jean : Si dixerimus quia peccatum non habemus nos ipsos decipimus, et veritas in nobis non est, 1 Joa., 1, 8, aucun fidèle n’est parfait, De schismate donatistarum, 1. II, c. xx, P. t. xi, col. 971 sq.; d’où l’on estautorisé à conclure que les pécheurs eux-mêmes ne sont pas privés du droit d’être rangés parmi les fidèles. D’ailleurs, la manière dont l’évêque de Nilève parle, dans les textes précé­ demment cités, de la catholicité de l’Église et de ses propriétés distinctives, surtout de la cathedra Petri, indique clairement que l’Église doit être visible. Contre les donatistes et contre les pélagiens, saint Augustin montre qu'il y a dans l’Église, tant que dure l’exil de la terre, un mélange de bons et de mauvais chrétiens. Expliquant Ezecli., xxxiv, 17 sq., il montre que nous sommes les brebis ou le troupeau de Dieu, et comment nous devons écouter la voix de notre sou­ verain pasteur; puis il ajoute que dans ce troupeau de Dieu, il y a des boucs : Quid hic faciunt hirci in grege Dei ? In eisdem pascuis, in eisdem fontibus, et hirci tamen sinistræ destinati dextris miscentur et prius tolerantur qui separabuntur; et hic exercetur ovium patientia ad similitudinem patientiie Dei. Semi., xlvii, c. v, n. 6, P. L., t. xxxviii, coi. 298. Puis, appliquant la p.uabole du bon grain et de l’ivraie, le saint docteur conclut que la séparation des bons et des méchants se fera seulement après cette vie. Loc. cit. Dans une autre circonstance, s’adressant aux fidèles qui viennent d’être uaptisés, il les exhorte à suivre les fidèles qui sont bons, car, ajoute-t-il, il y a des fidèles qui sont mau­ vais : Sunt enim, quod pejus est, fideles mali. Sunt fideles in quibus sacramenta Christi patiantur inju­ 2140 riam, qui sic vivunt ut et ipsi pereant et alteros per­ dant. Pereunt quippe ipsi male vivendo ; perdunt vero alios male vivendi exempla præbendo. Semi., ccxxm, n. 1, coi. 1092. Ces méchants, tant que dure l’Église de cette terre, peuvent être avec les bons, mais dans l’Église qui suivra la résurrection générale, ils ne pourront être avec la congrégation des saints. Car l’Eglise de cette terre est comparable à une aire ren­ fermant la paille avec le bon grain; sur cette terre elle a les bons mélangés avec les méchants, ce n’est qu’après le jugement qu’elle possédera tous les bons sans aucun méchant, n. 2, col. 1092. Ailleurs, expli­ quant en quel sens les fidèles sont le corps de JésusChrist, il affirme, il est vrai, que ceux-là seuls appar­ tiennent vraiment au corps de Jésus-Christ qui vivent de son esprit, et que les autres sont des membres pourris qui méritent d’être retranchés, non sit putre membrum quod resecari mereatur. In Joa. Evang., torn, xxxvi,c. vi, n. 13, P.L., t. xxxv, coi. 1613. De même, il compare les méchants qui restent encore membres de l’Église aux humeurs mauvaises résidant dans le corps : sic sunt in corpore Christi quomodo humores mali. In I Joa., tr. 111, c. II, n. 4, coi. 1999. Selon la force de ces deux comparaisons, bien que les pécheurs soient des membres imparfaits de l’Église, ils le sont cependant, tant qu’ils ne sont point retranchés ou rejetés du corps de l’Église. Dans plusieurs autres pas­ sages, les pécheurs sont aussi indiqués comme n’appar­ tenant pas parfaitement à l’Église : nec omnino ad illam Ecclesiam pertinere judicandi sunt, quam sic ipse mundat lavacro aquee in verbo, ut exhibeat sibi glo­ riosam Ecclesiam non habentem maculam aut rugam, aut aliquid hujusmodi. De bapt. contra donat., 1. IV, c. n, n. 4, P. L., t. xliii, coi. 155 sq. Son langage est presque le même dans son ouvrage De doctrina Chri­ stiana, I. Ill, c. xxxii, P. L., t. xxxiv, coi. 82. Il est donc manifeste que, dans la pensée de l'évêque d'Hippone, l’Église de la terre, composée de fidèles bons et mauvais, justes et pécheurs, est nécessairement vi­ sible, car avec un tel mélange il ne peut y avoir, entre les fidèles, qu’un lien visible, consistant dans la pro­ fession extérieure d’une même foi et dans la soumission à la même autorité visible. Du v" au IX" siècle, en face des tentatives de schisme chez les Orientaux, et du ix» au xv» siècle, en face de leur schisme pleinement consommé, l’on rencontre beaucoup de documents ecclésiastiques insistant for­ mellement, selon la tradition chrétienne depuis long­ temps universelle et constante, sur la nécessité delà soumission à l'autorité visible du pontife romain; ce qui suppose manifestement la croyance à une autorité visible,conséquemment à l’Église visible.Nous citerons notamment le formulaire du pape saint Hormisdas (514-523), universellement accepté comme règle de foi rigoureusement obligatoire pour tous ceux qui veulent obtenir le salut en restant en communion avec l’Église catholique. Ce formulaire mentionne expressément comme retranchés de la communion de l’Église catho­ lique, ceux qui ne se soumettent point au siège aposto­ lique dans lequel est l’intègre et parfaite solidité de la religion chrétienne: Et ideo spero ut in una commu­ nione vobiscum quam sedes apostolica prædicat, esse merear, in qua est integra et verax christianæ reli­ gionis et perfecta soliditas, promittens in sequenti tempore sequestratos a communione Ecclesiæ catho­ licas, id est non consentientes sedi apostolicæ, eorum nomina inter sacra non recitanda esse mysteria. Den­ zinger-Bannwart, Enchiridion, n. 172. De même, un décret d’un concile de Rome, présidé par le pape saint Nicolas I"· vers 862, porte anathème ou séparation de l’Eglise, contre quiconque méprise les dogmes, commandements, interdictions, sanctions ou décrets promulgués par le siège apostolique pour 2141 ÉGLISE la foi catholique, la discipline ecclésiastique, la correc­ tion des fidèles, la conversion des méchants et l’éloi­ gnement des maux prochains ou futurs. Enchiridion, n. 326. Le même enseignement, supposant évidemment dans l’Église une autorité visible el la nécessité de s’y soumettre visiblement, se rencontre dans le canon 21 du VIII» concile œcuménique, IV» de Constantinople, Enchiridion, n. 341, dans la lettre de saint Léon IX à Michel Cérulaire, n. 351 sq., dans la profession de foi proposée â Michel Paléologue par Clément IV en 1267, n. 466,et dans la bulle Unam sanctam de Boniface VIII du 18 novembre 1302, n. 468 sq. Au commencement du xiv» siècle, les fraticelles, précurseurs de Wicleff sur ce point, soutenaient une Eglise spirituelle, frugalitate mundam, virtute deco­ ram, pauper late succinctam, qu'ils opposaient à l’Église chamelle, surchargée de richesses et souillée de crimes, ou dominaient l’évéqne de Rome et les autres prélats inférieurs. Cette erreur qui atteignait, par voie de con­ séquence, la visibilité de l’Eglise, fut condamnée par Jean XXII le Ier janvier 1317 dans la constitution San­ cta romana atque universalis Ecclesia. Enchiridion, η. 485. c) Toute la période, depuis le xv» siècle jusqu’aux temps actuels, est marquée par des affirmations très explicites de la visibilité de l’Église. Au commencement du xv® siècle, Wicleff soutenant que tout prélat ou évêque, en état de péché mortel, est privé de foute autorité, Enchiridion, n. 595, que l’Église romaine est la synagogue de Satan et que le pape n’est pas le vicaire immédiat de Jésus et des apôtres, n. 617, aboutit logiquement à une Église invi­ sible. Ces erreurs sont condamnées par le concile de Constance en 1415; et cette condamnation est renou­ velée par Martin V le 22 février 1418. Loc. cit. De même, l'erreur de l’invisibilité de l’Église, formelle­ ment exprimée par Jean Huss dans les propositions suivantes : I. Unica est sancta universalis Ecclesia ■piæ est praedestinatorum universitas. — 3. Præsciti non sunt partes Ecclesiæ, cum nulla pars ejus finaliter excidet ab ea, eo quod prædestinationis caritas •pue ipsam ligat, non excidet. — 5. Præscilus, etsi aliquando est in gratia secundum præsentem justi­ tiam, tamen nunquam est pars sanctæ Ecclesiæ; et prædestinatus semper manet membrum Ecclesiæ, licet aliquando excidat a gratia adventitia, sednon a gratia prædestinationis. — 6. Sumendo Ecclesiam pro convocatione praedestinatorum, sive fuerint in gratia, sive non secundum præsentem justitiam, isto modo Ecclesia est articulus fidei, est également condamnée par le concile de Constance en 1415 et de nouveau par Marlin V en 1418. Enchiridion, n. 627 sq. Les théologiens de cette époque s’expriment dans le même sens, notamment Thomas Netter et le cardinal Tiirrecremata. Thomas Netter ou Waldensis (ψ 1430) prouve contre Wicleff, particulièrement par les pararôles évangéliques de Matth., xm, xxv, et par l’auto­ rité de saint Augustin, que, dans l’Église militante, il ·. a mélange des bons et des méchants. Doctrinale antiquitatum fidei Ecclesiæ catholicæ, 1. III, c. vm i . Venise, 1571, t. I, p. 157 sq. Les réprouvés sont inbres de cette Église, pourvu qu’ils ne sortent point de la société catholique par l’hérésie ou le - uisme, ou qu’ils n’en soient point rejetés par des •usures ecclésiastiques, 1. III, c. ix, n. 3, p. 161. Mais ils sont dans l’Église, sicut sentina innavi, corruptum membrum in corpore aut macula in globo lunari, 1. I. c. x. n. 6, p. 166. Le cardinal Turrecremata (-j- 1468) définit l’Église, h societ·’· des catholiques ou l’universalité des fidèles, ou'ils soient pr’drsliii s <>u non, qu’ils soient ou non dans la ■ < ■;· ι-i l<». puurui qu’ils professent la foi catho­ lique intégrale et qu'ils ne soient point retranchés de 2142 l'Église par la juste sentence de leurs pasteurs. Summa de Ecclesia, 1. Ill, c. m, Rome, 1489. sans pagination. Il justifie aussi, dans l’Église, le mélange des bons et des méchants par les paraboles évangé­ liques du filet jeté dans la mer et ramassant des poissons de tout genre, bons et mauvais, Matth., xm, 47 sq., du champ contenant le bon grain et la zizanie, 38 sq., et des dix vierges parmi lesquelles se rencon­ trent cinq folles et cinq sages. Matth., xxv, 2 sq. Il confirme sa doctrine par l'autorité déjà citée de saint Augustin, et s’appuie finalement sur cet argument de raison que, dans l’hypothèse contraire, toute autorité dans l’Église deviendrait absolument incertaine, 1. I. c. m. Quant aux pécheurs, fideles injusti et peccato­ res, conformément à l’enseignement de saint Augustin, ils sont dans la sainte Église de Dieu comme des mem­ bres desséchés et morts, ou comme des humeurs malignes, 1. I, c. v. Au commencement du xvt» siècle, Luther et Calvin, suivant l’exposé que nous avons donné précédemment de leurs systèmes, niaient, l’un par voie de consé­ quence et l’autre très ouvertement, la visibilité de l'Église; et l’Église visible et tout humaine que tous deux essayèrent de maintenir ne pouvait sauvegar­ der le caractère divin de la visibilité de l’Église. Contre toutes ces erreurs, les théologiens catholi­ ques, depuis le xvt» siècle jusqu’à notre époque, soit dans des ouvrages spéciaux, soit dans leurs sommes ou traités théologiques, expliquent et démontrent le véritable concept de la visibilité de l’Église. Pighi (-j- 1542) insiste sur la notion catholique de l’unité de l’Église, consistant non dans le lien de la charité ou delà grâce qui unit tous les membres entre eux et avec leur chef, mais dans la profession de la même foi ei dans la soumission a la même autorité. D’où il conclut que les pécheurs sont membres de l’Église; ce qu’il confirme par les paraboles évangé­ liques que rapporte saint Matthieu, xxn, xxv, et par la parole de saint Paul appliquée â l’Église : in magna autem domo non solum sunt vasa aurea et argentea, sed et lignea et fictilia, Π Tim., Il, 20. Hierarchiæ ecclesiasticae assertio, 1. II, c. I, Cologne, 1558, p. 58 sq. Melchior Cano (γ 1560) montre que l’erreur prédestinatienne de Wiclelf et de Jean Huss sur l'invisibilité de l’Église, déjà condamnée par le concile de Cons­ tance, rend tout exercice de l’autorité dans 1 Église pratiquement impossible en le faisant dépendre du fait de la prédestination individuelle qui reste néce>>airement inconnu ou incertain. Le mélange des bons et des méchants dans l'Église est prouvé par les para­ boles évangéliques que rapporte saint Matthieu, xm, xxn, xxv. De locis theologicis, 1. IV, c. m, Op ra, Venise, 1759, p. 95 sq. Stapleton (j- 1598;, dans sa démonstration de la visi­ bilité de l'Église, insiste particulièrement sur le b-moignage de l’Écriture de l’Ancien et du Nouveau Te-tamenl. De l’Ancien Testament il cite principalement .· textes qui prédisentle royaume universel du libérât- ur ou rédempteur futur, s’étendant visiblement sur la terre, depuis la première annonce de cette ’·. r tion, Gen., ni, 15, jusqu’aux prophéties de Da’.i i. xviii, 5; xxi, 28; xliv, 17; xlvii, 2 sq.; d'Isaîe. ·.:. .. XLix, 12; lu, 10; liv, 1; lx, 1 sq.; lxi, 9 s;. Jérémie, xvn, 12 sq. ; d’Ézéchiel, xx.xvn. 27 ■■■;. Daniel, n, 35, vu, 27; d’Aggée, n, 8; de Zacharie. 10, et de Malachie, I, 10; prophéties que l'auteur : que à l’Église catholique, en s’appuyant surtout interprétations données par saint Augustin. Les prin­ cipales preuves empruntées au Nouveau Testament sont la double affirmation de Jésus-Christ rappert-’-e par saint Matthieu : Eon potest civuas abscondi tup·· montem posita, v, 14; Quod si non audierit cos, du 2143 ÉGLISE Ecclesiæ, xvm, 17; et les faits rapportés dans les Actes des apôtres, n, 41; vm, 40; ix, 15; xm, 47; et dans l’Epitre aux Romains, x, 18, attestant la propagation de l’Église d'abord dans la Judée, puis dans l’univers entier ; propagation continuée ultérieurement comme le témoigne toute l'histoire ecclésiastique. Principio­ rum fidei doctrinalium demonstratio methodica,}. II, c. 1 sq., Paris, 1582, p. 35 sq. Après cette démons­ tration scripturaire, où la tradition est d’ailleurs soli­ dement représentée par saint Augustin dont les inter­ prétations scripturaires sont souvent citées, Stapleton expose quatre raisons pour lesquelles cette visibilité de l’Eglise doit être manifeste aux yeux de tous : le bien des fidèles qui peuvent ainsi facilement suivre les enseignements de l’Église et obéir en toute sécurité â ses préceptes, c. vt, p. 45; la nécessité pour les fidèles, exposés à perdre la foi. de pouvoir discerner facilement des sectes hérétiques l’Église catholique dont la vérité est devenue si resplendissante, p. 45 sq.; la nécessité, pour les infidèles qui veulent embrasser la foi catho­ lique, de pouvoir aisément reconnaître l’Église catho­ lique, p. 46 sq.; enfin la gloire de Jésus-Christ dont le règne sur toute la terre brille ainsi d'un merveilleux éclat, c. vu, p. 49 sq. Puis, dans le reste de son 1. II, l’auteur répond en détail à toutes les objections des hérétiques,empruntées à l’Ancien ou au Nouveau Testa­ ment, ou à l’histoire de l’Église, et appuyées principa­ lement sur le petit nombre des vrais serviteurs de Dieu, ou sur de prétendues défaillances de l’Eglise au moins dans sa partie visible, particulièrement pendant la tourmente arienne. Dans ses célèbres Controverses publiées de 1586 à 1593, Bellarmin (-|-1625) complète la thèse de Stapleton. Son exposé scripturaire, enrichi de quelques textes nouveaux tels que, Super hanc petram ædificabo Eccle­ siam meam, Matth., xvi, 18; Attendite vobis et universo gregi in quo vos Spiritus Sanctus posuit episco­ pos regere Ecclesiam Vei, Act., xx, 28, est à la fois plus concis, plus méthodique et plus démonstratif. Il montre particuliérement le fait de la croyance univer­ selle et constante â cette visibilité de l’Église, par la nécessité admise dans tous les siècles, sous peine d’exclusion de l’Église et de damnation éternelle, d’obéir au chef visible de cette Église et aux autres pasteurs légitimes, et en même temps de communiquer extérieurement avec les membres visibles de cette même Église. Controv., De Eccl. milit., 1. III, c. xi, Lyon, 1601, t. :, col. 949 sq. Puis il répond, comme Stapleton, aux diverses objections des protestants, mais d’une manière plus serrée et plus complète. Il montre que l’Église, bien qu’elle soit visible, est en même temps objet de la foi, parce que ce que l’on voit d’elle n’est noinlceque l’on croit. On voit la société des hommes professant la même foi sous l’autorité des pasteurs légi‘imes, principalement des pontifes romains, et l’on croit que cette même société, instituée par Jésus-Christ, est la seule véritable Église ; vérité en elle-même révélée et inévidente, à laquelle nous pouvons donc adhérer par Pacte de foi, c. xv, col. 957. Les auteurs subséquents ne font guère que repro­ duire les arguments de Bellarmin et de Stapleton. Nous citerons particulièrement Suarez (-j- 1618) dans sa Defensio fidei catholicae adversus anglicanæ sectæ errores, adressée en 1613 au roi d’Angleterre, 1. I, c. vu sq.; S. François de Sales (f 1622), Controverses, part. I, c. n, a. 1 sq., Œuvres complètes, Annecy, 1892, t. t, p. 40 sq. ; Bossuet (j- 1704), Confèrence avec M. Claude, Œuvres complètes, Paris, 1836, t. ix, p. 70 sq.; Réflexions sur un écrit de M. Claude, p. f 10 sq. ; Libère de Jésus (-j-1719), Controversiarum de Ecclesia militante, part. II, disp. II, controv. VI, Milan, 1757, t. vm, p. 214 sq.; Tournely (-j-1729), Præ­ lectiones theologicæ de Ecclesia, q. n, a, 7, Paris, 2144 1739, t. i, p. 234 sq.; Gotti (f 1742), Vera Ecclesia Christi, trad, de l’italien par le P. Covi, c. ix, p. vu, Venise, 1750, p. 92 sq.; Billuart (f 1757), De regulis fidei, diss. 11 La. 3 ; Perrone(-j-1876), De locis theologicis, part. II, c. n, a. 2, Prælectiones theologicæ, Louvain, 1843, t. vm, p. 38 sq.; P. Murray, Tractatus de Eccle­ sia Christi, disp. V, Dublin, 1860, t. i, p. 266 sq.; Franzelin (f 1886), Theses de Ecclesia, 2« édit., Rome, 1907, p. 345 sq.; Hurter, Theologicæ dogmaticæ com­ pendium, De Ecclesia Christi, part. I, c. n, 4’ édit., Inspruck, 1883, t. i, p. 195 sq. ; Mazzella, De religione et Ecclesia, disp. III, a. 4, 5e édit., Rome, 1896, p. 367 sq.; Pesch, Prælectiones dogmaticæ, De Ecclesia Christi, t» édit., Fribourg-en-Brisgau, 1909, p.214sq.; de Groot, Summa apologetica de Ecclesia catholica, q. m, a. 2, 2· édit., Ratisbonne, 1892, p. 49 sq.; Wilmers, De Christi Ecclesia, I. I, c. in, a. 1, Ratis­ bonne, 1897, p. 58 sq. ; Billot, De Ecclesia Christi, q. I, th. n, 2e édit., Rome, 1903, p. 106 sq.; P. Schanz, Apologie des Christenthums, 3e édit., Fribourg-enBrisgau, 1906, t. in, p. 88 sq.; B. Poschmann, Die Sichlbarkeit der Kirche nach der Lehre des hl. Cyprian, Paderborn, 1908. Cet enseignement traditionnel est confirmé par Léon XIII dans son encyclique Satis cognitum du 29 juin 1896. 11 y affirme que, selon le plan divin, l’Église est â la fois spirituelle et extérieure ou visible : spirituelle dans le but qu’elle poursuit et dans les causes immédiates par lesquelles elle produit la sain­ teté dans les âmes; extérieure ou visible, si l’on con­ sidère les membres dont elle se compose et les moyens par lesquels les dons spirituels arrivent jusqu’à nous. Car ses membres doivent non seulement avoir la foi dans leur esprit, mais encore la manifester extérieure­ ment par une profession très évidente. De même, les moyens ordinaires et principaux qui produisent la sainteté dans leur âme, sont des moyens extérieurs, consistant dans les sacrements administrés, avec des rites spéciaux, par des ministres nommément choisis pour cette fonction. D’où Léon XIII déduit que ceux-là sont dans une grande et pernicieuse erreur qui, façon­ nant l’Église à leur gré, l’imaginent comme cachée et nullement visible; et ceux aussi qui la regardent comme une institution humaine ayant une organi­ sation, une discipline et des rites extérieurs, mais sans aucune communication permanente des dons de la grâce divine, sans rien qui atteete, par une manifesta­ tion quotidienne et évidente, la vie surnaturelle puisée en Dieu. 3. De cet enseignement néo-testamentaire et tradi­ tionnel, on peut déduire plusieurs conclusions doctri­ nales, relatives à la nature de la visibilité de l’Église. a) Ce qui constitue la visibilité de 1’r.glise, c’est son organisation extérieure, autant du moins qu’elle est de droit divin, organisation manifeste à tous les regards, et à laquelle tous les fidèles doivent appartenir par le lien visible de la même foi obligatoire, extérieurement professée, par le lien de l’obéissance à l’égard d'une commune autorité visible, et par le lien d’une même communion dans la participation aux sacrements établis par Jésus-Christ. C’est ce que l’encyclique Satis cognitum de Léon XIII du 29 juin 1896, indique, selon l’enseignement constant de la tradition, comme l'élé­ ment visible de l’Église. Mais en même temps que l’on affirme cet élément visible de l’Église, on doit affirmer, d’une manière non moins formelle, qu’il n’est point, à lui tout seul, toute l’Église. C’est l’enseignement de la même encyclique Satis cognitum, taxant d’erreur ceux qui, façonnant l’Église à leur gré, se l’imaginent ou comme absolu­ ment invisible ou comme purement extérieure, séparant ainsi violemment deux éléments qui doivent s’unir pour constituer la véritable Église : complexio copulatioque ÉGLISE 2145 earum duarum velut partium prorsus est ad veram Ecclesiam necessaria, sic 'ere ut ad naturam huma­ nam intima animæ corponsque conjunctio. Car l'Église n'est point un cadavre, elle est le corps de Jésus-Christ animé de sa vie surnaturelle. Et s’il est vrai que c’est mutiler le Verbe incarné que de suppri­ mer sa nature humaine ou de s’attaquer à sa divinité, il est également vrai que le corps mystique de JésusChrist est la véritable Église, à cette seule condition ■nie ses parties visibles tirent leur force et leur vie des dons surnaturels : sic corpus ejus mysticum non vera Ecclesia est nisi propter eam rem quod ejus partes cunspicuæ vim vitamque ducunt ex donis supematurahbus rebusque cæteris, unde propria ipsarum ratio ac natura efflorescit. b) Si l’on admet, avec saint Thomas, l’impossibilité d’avoir la foi en ce qui est, de soi, évident aux sens ou à la raison, on devra reconnaître que la visibilité de l’Église, telle qu’elle vient d’être délinie, ne peut être l’objet de la foi, si on la considère simplement en elle-même comme fait matériel, éclatant aux regards de tous et aisément constaté par la perception des sens; de même que la sainte humanité de Jésus-Christ considérée en elle-même, et pour ceux qui en avaient la perception sensible, ne pouvait être l’objet d’un acte de foi. Mais rien ne s’oppose à ce que, par un acte de foi, l'on croie à la vertu surnaturelle ou au principe divin qui anime l’organisme visible de l’Église, de même que l’on pouvait, par un véritable acte de foi, croire à la divinité de Jésus-Christ hypostatiquement unie à son humanité et dirigeant toutes ses actions. Alors ce n’est point la visibilité même de l’Église qui est l’objet de notre foi, c’est le caractère surnaturel, c’est la divine vérité de cette Église qui se manifeste extérieurement â nous par une si merveilleuse organisation visible. Il est, d’ailleurs, bien assuré que de l’Église divine­ ment établie avec toutes ses prérogatives surnaturelles nous n’avons point la pleine évidence rationnelle, de soi inconciliable avec l’acte de foi, selon la doctrine de saint Thomas, mais seulement une évidence de crédibilité, préparatoire à l’acte de foi, et solidement appuyée sur toutes les preuves précédemment apportées pour c-montrer le fait très certain de l'institution divine de l’Église. C’est ce qu'observe justement le P. Billot : i-.mili itaque modo Ecclesia objectum fidei non est, praecise ut Ecclesia in suo esse sociali intrinsece visi­ bilis, sed solum ut Ecclesia vera, videlicet ut vera supcrnaturalis societas in qua est æternæ salutis via, et sub hoc respectu non habet plus quam visibilitatem credibililalis. De Ecclesia Christi, 2» édit., Rome, 1903. p. 120. 3 Indéfectibilité de l’Église. — L’Église, pour atteindre la tin qui lui a été assignée par son divin fondateur, doit encore être perpétuellement indéfec­ tible dans sa durée à travers les siècles, dans sa cons­ titution toujours identique à elle-même en ce qui est c institution divine, et dans son enseignement toujours i int.-gralement fidele de toute la doctrine révélée par I Jésus-Christ. I. Enseignement néo-testamentaire-—a) Promesses de Jésus-Christ. — En même temps que Jésus promet t-uriiculièrement à Pierre la primauté d'autorité dans son i-.glise, il lui assure solennellement que cette autorité continuera toujours, et que tous les efforts dirigés contre elle par les puissances de l’enfer seront à jamais frappés d’insuccès, et portas inferi non præva.-:· mt adversus eam, καί πύλαι άδου ού κατισχύσουσιν ·.·■;. Matth., XV1, 18. Si, comme le laisse entendre -^pression ού κατισχύσουσιν, l'Église peut, au choc de ses ennemis, ressentir quelque atteinte ou quelque dommage, dans ses membres ou dans sa vie sociale, ce e sera jamais jusqu'au point d'etre vaincue par ses DICT. DE THÉOL. CATHOL. 2146 adversaires, en perdant quelque chose de ses divines prérogatives, ou en subissant une atteinte dans sa doc­ trine par l'acceptation de l'hérésie, qui est l’œuvre principale des puissances de l’enfer dans leur lutte contre l'Église. Donc, en faveur de l’Église, promesse formelle d’indéfectibilité dans la durée, dans la doc­ trine et dans tout ce qui la constitue d’après la volonté de son fondateur. De même, la promesse faite conjointement à tous les apôtres et à leurs successeurs jusqu'à la consommation des siècles de les assister dans l’enseignement qu'ils doivent donner à toutes les nations, Matth., xxvm, 19 sq., comporte l’indéfectibilité constante dans la doc­ trine, fidèlement gardée, avec l’assistance divine, comme un dépôt inviolable. b) Enseignement de saint Paul. — L’enseignement qui résulte des textes déjà cités dans notre démons­ tration apologétique, particulièrement Eph., iv, 14; I Tim., ni, 15, c’est surtout l’indéfectibilité dans la doctrine comme nous le montrerons bientôt; indéfecti­ bilité supposant d’ailleurs, au moins implicitement, l’indéfectibilité du magistère divinement établi. 2. Enseignement traditionnel. — a) Dans les trois premiers siècles, une affirmation implicite de l’indéfectibilité de l’Église est évidemment contenue dans la croyance absolue à l’Église et à ses divines préroga­ tives, telle qu’elle est exprimée dans les symboles et telle qu’elle résulte de la pratique universelle et cons­ tante de se soumettre intégralement à l’autorité de l’Église, sous peine d’être exclu de sa communion et d’encourir ainsi la damnation éternelle. On rencontre aussi, dans plusieurs écrits de cette époque, des affir­ mations assez explicites, comme nous le constaterons bientôt en prouvant l’infaillibilité de l’Église. b) Du iv» au xv» siècle, on rencontre fréquemment, chez les Pères et chez les écrivains ecclésiastiques ou chez les théologiens, des affirmations explicites de l’indéfectibilité de l’Église; affirmations portant d’une manière particulière sur l’indéfectibilité ou infaillibi­ lité doctrinale de l’Église en face de toutes les héré­ sies, ou affirmations simplement générales sur l'iné­ branlable fermeté et la constante identité de l'Église au milieu des persécutions et attaques de tout genre. Nous omettrons présentement les textes traitant particulièrement de l’infaillibilité doctrinale ou de l’infaillibilité du pape, et nous signalerons uniquement ceux qui concernent, d’une manière générale, l’immua­ ble identité de l’Église à travers les siècles, en omettant d’ailleurs les documents où cette merveilleuse idemit· est attribuée spécialement aux promesses faites à Pierre et à ses successeurs jusqu’à la consommation des siècles. L’indéfectibilité de l’Église, ainsi entendue, est par­ ticulièrement affirmée au iv» siècle, à l’occasion de la victoire définitive de l’Église sur les persécutions des trois premiers siècles, ou de son triomphe éclatant sur les hérésies de toute cette période. Saint Hilaire (f 366) montre que les hérésies dans leurs attaques constantes contre l’Église n’obtiennent jamais la victoire et que l’Église triomphe toujours d’elles. De Trinitate, 1. VII, n. 4, P. L., t. x, col. 202. De même, saint Ambroise, après avoir remarqué que l’Église a son temps de persecution et son temps de paix, ajoute qu’elle ne peut jamais détaillir. Elle peut, il est vrai, subir quoique diminution par la défection de plusieurs dans l’épreuve de la persécution, mais c -st pour être enrichie par les confessions des martyrs, et pour que, glorifiée par le triomphe du sang généreu sement versé pour Jésus-Christ, elle répande, dans tout l'univers, la lumière plus forte de sa foi et de sa dé votion. Hexaemeron, 1. IV, c. n, n. 7, P. L., t. xiv, - il. 190. L'Église, dit-il encore ailleurs, éprouve le choc des vagues de ce monde, mais, elle n’est jamais submergée IV. - 68 2147 ÉGLISE par elles; toujours capable de retenir et d'adoucir les soulèvements des îlots et les révoltes des passions, elle reçoit leurs coups, mais elle n’en est jamais ébranlée. Elle assiste au naufrage des autres, étant toujours ellemême à l’abri de tout danger et toujours prête à être illuminée par JéSus-Christ et à jouir de la possession de cette lumière. De Abraham, \. II, c. ni, n. 11, col. 461 sq. Vers la même époque, saint Jean Chrysostome, appli­ quant à l’Église ces paroles d’Isaïe :Et eril in novissimis diebus praeparatus mons Domini, π, 2, montre que ce mont désigne la fermeté, l'immortalité ou immutabilité et la force inexpugnable de l’Eglise. In Is., n, 2, P. G., t. lvi, col. 29. Plus loin, il rappelle que l’Église, en butte à tant et de si fortes attaques, n’a jamais été vaincue et qu’elle repose sur des fondements plus fermes que le ciel lui-même, puisqu’elle est appuyée sur la parole de son fondateur : Le ciel et la terre pas­ seront, mais mes paroles ne passeront point. In Is., homil. iv, n. 2, col. 121 sq. Un peu plus tard, saint Jérôme donne pour raison de l’inébranlable fermeté de l’Église, qu’elle repose sur le fondementdeJésus-Christ. In Is., iv, 6, P. L., t. xxiv, col. 74. A la lin du tv· siècle et au commencement du v·, en face des donatistes affirmant que toute l’Église visible avait péri, et qu’elle avait persévéré seulement dans quelques justes en Afrique, saint Augustin insiste sur l’indêfeclibilité de l’Église, qui ne peut jamais perdre la catholicité dont la possession perpétuelle lui estassurée par les prophéties de l’Ancien Testament, Ps. n, 7, et par la promesse solennelle de Jésus-Christ. Matth., xxviit, 19 sq.; Epist., xlix, n. 2 sq., P. L., t. xxxm, col. 189 sq. Commentant ces paroles du psaume lx, 5: Inquilinus ero in tabernaculo tuo usque in sæcula, le saint docteur montre que l’Église durera jusqu’à la fin des siècles, qu’elle ne sera jamais vaincue ni déra­ cinée, qu’elle ne cédera à aucune épreuve jusqu’à ce que vienne la fin des temps, jusqu’à ce que de cette demi·.ire temporelle nous soyons reçus dans cette habi­ tation éternelle où nous conduira celui qui s'est fait notre espérance. In ps. lx, n.6, P. L., t. xxxvt, col. 726. L'évêque d’Hippone appliquant également à l’Église les paroles du psaume LXXI, 5 : Et permanebit cum sole, affirme que l’Église durera quamdiu sol oritur et occidit, hoc est quamdiu tempora ista volvuntur. In ps. LXXI, n.8, col. 906. Il donne ailleurs celte raison de l’inébranlable fermeté de l’Église, c’est qu’ayant pour fondement Jésus-Christ lui-mème, elle ne peut chan­ celer qu’autant que son fondement lui-mème chancelle­ rait, ce qui ne peut arriver, bips, cm, serin, n, n. 5sq., P. L., t. xlii, col. 79 sq. Elle peut être assaillie, mais elle ne peut être vaincue. Toutes les hérésies sont sor­ ties d’elle, comme des sarments retranchés de la vigne : ipsa autem manet in radice sua, in vite sua, in cari­ tate sua. Portæ inferi non vincent eam. De sym­ bolo. serm. ad catechum., c. vi, n. 14, P. L., t. xl, coi. 035. Du vi' au xin® siècle, la constante indéfectibilité de l’Eglise est particulièrement appuyée sur la promesse spéciale faite à saint Pierre et à ses successeurs, no­ tamment dans le formulaire du pape saint Hormisdas, très fréquemment employé pendant cette période, Denzinger-Bannwart.EncAirtdion, n. 171,et dans une lettre du pape saint Léon IX à Michel Cérulaire, du 2 sep­ tembre 1053. Enchiridion, n. 351. Au xni'siècle, saint Thomas, commentant le symbole des apôtres, énumère quatre conditions ou propriétés de l’Eglise, parmi lesquelles la quatrième est que l’Église soit fortis et firma. Cette fermeté de l’Église, prove­ nant de ce qu’elle a Jésus-Christ pour fondement, consiste en ce que, malgré les attaques dont elle est l’objet de la part des persécuteurs, de la part des héré­ tiques ou de la nart du démon, elle ne peut jamais être détruite, et reste toujours pure et ferme dans la foi. 2148 Expositio super symbolo apostolorum, opusc. VI, Opera, Rome, 1570, t. xvu, fol. 69 sq. Au xv' siècle, Turrecremata traite expressément, dans sa Summa de Ecclesia, de l’indéfectibilité de l’Église dans la foi, dans la sainteté, dans la doctrine et dans l’autorité hiérarchique. Il prouve cette indéfec­ tibilité particulièrement par l'autorité de l’Écriture. De l’Ancien Testament il cite surtout le ps. xlvii, 3 sq. : Fundatur exaltatione universæ terræ mons Sion, late­ ra aquilonis, civitas regis magni, et Is., xxxm, 20 : Ilespice Sion civitatemsolemnilatis nostræ : oculi tui videbunt Jerusalem, habitationem opulentam, taber­ naculum quod nequaquam transferri poterit : nec auferentur clavi ejus in sempiternum et omnes fu­ niculi ejus non rumpentur. Les principales preuves empruntées au Nouveau Testament sont la parole de Jésus à saint Pierre : Ego autem rogavi pro te ut non deficiat fides tua, Luc., xxn, 32, et l’affirmation de saint Paul : Donec occurramus omnes in unitatem fidei et agnitionis filii Dei, in virum perfectum, in mensuram ætatis plenitudinis Christi, ut jam non si­ mus parvuli fluctuantes et circumferamur omni vento doclrinæ. Eph., iv, 13 sq. c) Du xvi· siècle jusqu’à notre époque, l’on rencontre habituellement chez les apologistes catholiques une re­ vendication explicite de cette propriété de l’Église, uni­ versellement niée parles protestants anciens et actuels, du moins en ce qui concerne l’Église visible. Cette négation est, en réalité, le fondement nécessaire de la prétendue Réforme, en même temps que de la mission, que ses chefs se sont eux-mêmes donnée, de rétablir la religion de Jésus-Christ dans sa pureté pri­ mitive. Toute réforme dans la doctrine et dans le gou­ vernement suppose évidemment une défaillance anté­ rieure, bien que le moment précis ou cette défaillance s’est produite, reste un objet de controverse parmi les adversaires de l’Église catholique : le commencement du xv' siècle ou l’époque même des apôtres, comme l’a successivement pensé Luther, ou quelque autre époque intermédiaire, selon l’appréciation d’autres réforma­ teurs, en notant toutefois que les protestants de notre époque, pour s’éviter l’inconvénient d’une absurdité par trop manifeste, placent cette défaillance beaucoup plus près des temps apostoliques. Observons d’ailleurs que, même chez les ritualistes du xix' et du XX' siècle, dont le concept ecclésiastique se rapproche davantage du dogme catholique, la défectibilité de l’Église, en ce qui concerne l’unité voulue par Jésus-Christ, est, du moins pour une période très longue, nécessairement admise. Car tandis que Jésus a voulu, entre tous les membres de son Église, une unité parfaite de foi et de gouvernement, réalisée surtout par la soumission parfaite à la primauté de Pierre et de ses successeurs, les ritualistes préconisent, entre les trois communions existantes dans l’Église. la ro­ maine, la grecque et l’anglicane, une union qu’ils se plaisent à considérer comme bien suffisante, faute de mieux, mais qui est, en réalité, bien en deçà de l’ins­ titution de Jésus-Christ; ce qui suppose évidemment une défaillance au moins temporaire de l’Église dans l’unité telle que Jésus-Christ l’a voulue. C’est ce que montre particulièrement une lettre du secrétaire du Saint-Office du 8 novembre 1865, quosdam puseistas anglicos. Collectanea S. C. de Propaganda fide, η. 1276, Rome, 1907, t. t, p. 702 sq. Contre toutes les négations protestantes, et parfois contre les assertions des jansénistes affirmant, à cer­ taines époques de l’histoire de l’Église, un obscurcisse­ ment général de vérités dogmatiques ou morales très importantes, les apologistes ou théologiens catholiques, depuis le xvi' siècle jusqu’à notre époque, démontrent l’indéfectibilité de l’Église en s’appuyant sur les pro­ messes formelles de Jésus-Christ et sur l’enseignement 2149 ÉGLISE constant de la tradition. Nous citerons particulière­ ment : Stapleton, Principiorum fidei doctrinalium demonstratio, contr. I, 1. Ill, c. i sq., Paris, 1582, р. 77 sq.; Bellarmin, De Ecclesia militante, 1. Ill, с. xm; S. François de Sales, Controverses, part. I, c. Il, a. 3, Œuvres complètes, Annecy, 1892. 1.1, 61 sq.; Suarez, Defensio /idei catholicæ adversus anglicanæ sectæ errores, 1. I, c. m sq.; Bossuet, Première ins­ truction pastorale sur les promesses de l’Église, tv sq., Œuvres complètes, Paris, 1836,t. vin, p.520 sq.; Deu­ xième instruction pastorale, xv sq., p. 554 sq. ; Tournely, Prælectiones theologicæ de Ecclesia Christi, q. π, a. 8, Paris, 1729, 1.1, p. 254 sq. ; Libère de Jésus, Controv., De Eccl. milit., part. I,disp. Il,contr. VII, Milan, 1757, t. vin, p. 236sq. ; Gotti, op. cit., p. 49sq. ; Perrone, De locis theologicis, tr. I, c. iv, a. 1, Prælectiones theobigicæ, Louvain, 1843, t. vm, p. 217 sq.; Murray. Tra­ ctatus de Ecclesia Christi, disp. IV, Dublin, 1860, t. i, p. 213 sq.; Mazzella, De religione et Ecclesia, disp. IV, a. 5. Rome, 1896, p. 572 sq.; Hurter, op. cit., t. i, p. I9l sq.; Pesch, Prælectiones dogmaticæ, De Ecclesia Christi, 4' édit., Fribourg-en-Brisgau, 1909, t. I, p 209 sq.; Wilmers, op. cil., p. 64 sq.; De Groot, op. cil., c. vm, a. 1, Ratisbonne, 1892, p. 235 sq. L’enseignement de ces théologiens peut se résumer dans les conclusions suivantes : a) Ce qui constitue vraiment l’idéfectibilité de l’Église, c’est son identité substantielle en tout ce qui concerne sa constitution divine; identité se maintenant jusqu’à la consommation des siècles, et supposant, par consé­ quent, la perpétuité ; identité se maintenant aussi inté­ gralement dans toutes ses divines prérogatives, et par­ ticuliérement dans la doctrine que Jésus-Christ lui a conliée en dépôt, ce qui suppose évidemment l'infailli­ bilité doctrinale. Ainsi l’indéfectibilité, tout en supposantou comprenant la perpétuité et l’indéfectibilité doc­ trinale, ne se confond pas avec elles; à leurs concepts particuliers nettement déterminés, elle ajoute l’idée d immutabilité substantielle en tout ce qui appartient sa constitution divine. Cette immutabilité est restreinte a ce qui est d'institution divine; car il est bien évident que l’Eglise, devant vivre dans tous les temps et devant s'adapter aux besoins de tous les fidèles à toutes les époques, doit pouvoir modifier sa législation purement ecclésiastique, ou ses institutions purement ecclésias­ tiques, de manière à les adapter aux divers milieux dans lesquels elle doit exercer son action. ■·■' L’indéfectibilité, ainsi envisagée, est vraiment une propriété distincte de toutes les autres propriétés de i Eglise, bien que son concept particulier ait une étroite connexion avec le concept des autres propriétés, qu’elle suppose ou comprend nécessairement, comme la perpé­ tuité ou l'infaillibilité doctrinale; ou qu’elle envisage sous le rapport particulier de leur immutabilité cons­ tante, ce qui est vrai de toutes les prérogatives dont J sus adotéson Église. Si quelques auteurs ne donnent aucune place particulière à l’indéfectibilité dans leurs ■ tmles Idéologiques, ce n'est pas qu’ils, ne la reconn n-sent point comme propriété distincte, c’est unique. -nt parce qu’ils supposent à tort, croyons-nous, qu’elle -sort suffisamment des études particulières sur chacune des prérogatives de l’Eglise, dont on a soin de touurs prouver en détail la perpétuité et l’indéfectibilité. Cette indéfectibilité appartient en réalité non ■ element à l’élément visible de l’Église, mais à toutes -··■> divines prérogatives. Si les apologistes catho. pies depuis le xvi· siècle et à la suite de Bellarmin, • Ecclesia militante, 1. Ill, c. xm, ont le plus soudémontré l’indéfectibilité de l’Église uniquement r son élément visible, ce n’est chez eux qu’une question de méthode. Ils limitent, de fait, leur démonstration à l’Église visible, parce qu’elle seule, dau- les systèmes protestants, est liahitnellement exclue 2150 du privilège de l’indéfectibilité; et que prouver, contre les protestants, l’indéfectibilité de l’Église d’une manière générale, sans préciser s’il s’agit de l’Église visible, serait raisonner en pure perte. En réalité, les arguments cités démontrent tous l’indéfectibilité de l’Église. Cet enseignement théologique est confirmé par deux documents ecclésiastiques, en dehors des documents concernant spécialement la primauté indéfectible du pontife romain. La bulle Auctorem /idei du 28 août 1794 revendique pour l’Église l’indéfectibilité dans la foi, en condamnant comme hérétique cette proposition 1™ du conciliabule de Pistoie : Postremis hisce sæculis sparsam esse generalem obscurationem super veritates gravioris momenti, spectantes ad religionem et quæ sunt basis /idei et moralis doctrinæ Jesu Christi. Denzinger-Bannwart, Enchiridion, n. 1501. L’encyclique Satis cognitum de Léon XIII du 29 juin 1896, après avoir expliqué en quoi l’Eglise est spiri­ tuelle, et en quoi elle est extérieure et visible, et après avoir montré que l’union de ces deux éléments est absolument nécessaire à la véritable Eglise, à peu près comme l’union intime de l’àme et du corps est indis­ pensable â la nature humaine, ajoute que, comme l’Église est telle par la volonté et l'institution de Dieu, elle doit perpétuellement rester telle sans aucune interruption ; Cum autem Ecclesia sit ejusmodi voluntate et constitutione divina, permanere sine ulla intermissione debet ejusmodi in aeternitate tempo­ rum. Ce que l'encyclique démontre par la perpétuité de l’Église et par l’aptitude qu'elle doit incessamment avoir à réaliser sa fin : ni permaneret, profecto ner esset condita ad perennitatem, et finis ipse quo illa contendit locorum esset temporumque certo spatio definitus, quod cum veritate utrumque pugnat. 4» L’Eglise, corps de Jésus-Christ. — Du fait de l’institution divine de l’Église avec la fin très spéciale que Jésus-Christ lui a assignée, résulte entre elle et Jésus une union telle que l’Église peut être, par ana­ logie, appelée son corps. Cette doctrine se rencontrant fréquemment chez les Pères et chez les théologiens, nous devons en rechercher les fondements scriptu­ raires et traditionnels, et montrer en même temps les conséquences principales que l’on doit en déduire. 1. Enseignement néo-testamentaire. — a· Parmi les affirmations de Jésus contenant au moins implicite­ ment cette doctrine que l’Église est son corps, n. s citerons particulièrement les textes où il l'appelle avec insistance son Église. Ecclesiam meam, Mat:: ., xvi, 18, ou en termes analogues, pasce agnos meos, pasce oves meas, Joa., xxi, 16 sq., et les textes où il marque avec soin que c'est de lui que procèdent tous ses pouvoirs, data est mihi omnis potestas in cælo et in terra, Matth., xxvm, 18; sicut misit me Pater et ego mitto vos, Joa.. xx. 21; de lui aussi que procède toute la vie surnaturelle qui est dans tous ses mem­ bres, ego sum vitis, vos palmites. Joa., xv, 5. 2. Enseignement de saint Paul. — a; Saint Paul appelle expressément l’Église le corps de JésusChrist, ipse est caput corporis Ecclesiæ, Col., I, 18: pro corpore e/us quod est Ecclesia, Col.. I, 24; et ipsum dedit caput supra omnem Ecclesiam quæ · .■: corpus ipsius et plenitudo ejus, Eph., I, 22 sq.; sicut Christus caput est Ecclesiæ, ipse salvator corporis ejus. Eph., v, 23. a. Le sens de cette expression est détermin ; par l’analogie du corps humain. De même que chacun des membres du corps et le corps tout entier reçoivent constamment de l’âme la vie et le mouvement, unsi chacun des membres de l’Église et tout l'organisme de cette société spirituelle qu’est l’Église, reçoivent inces­ samment de Jésus-Christ la vie qui les anime. C’est d'ailleurs en ce même sens que saint Paul affirme, en 2151 ÉGLISE plusieurs autres passages, que tous les fidèles sont les membres de Jésus-Christ et qu’en lui ils forment tous un seul corps. I Cor., xn, 12, 27; Rom., xn, 4 sq. ; Eph., iv, 4, 16. b. Jésus est la tête de ce corps mystique, non pas seulement à cause de sa prééminente dignité, comme dans le passage où il est appelé chef de toute princi­ pauté et de toute puissance, Col., u, 10, mais princi­ palement en ce sens que Jésus communique aux hommes ses frères sa propre vie, de même que la tète, dans le corps humain, exerce sur les autres parties du corps un véritable influx vital. C’est ce que saint Paul affirme particulièrement dans deux passages, Eph., iv, 16; Col., II, 19, où Jésus est appelé la tête, de laquelle le corps entier bien harmonisé et bien assemblé, par toutes les jointures qui s’assistent' mutuellement, suivant une opération mesurée pour chaque membre, tire son accroissement et s’édifie lui-même dans la charité. Selon ces textes, le corps, formé par tous les fidèles, reçoit de Jésus : a) son unité toujours effecti­ vement maintenue par l’harmonie etl’accord provenant de la juste disposition des parties; β) son accroisse­ ment ou son développement par l’action de la charité, condition essentielle de l’union des fidèles avec JésusChrist; γ) un influx vital constant, au moyen des com­ munications régulières entre la tête et le corps. F. Prat, La théologie de saint Paul, Paris, 1908, t. i, p. 421 sq. c. L’Église, qui est le corps de Jésus-Christ, est éga­ lement appelée le complément de celui qui se complète entièrement en tous ses membres, c’est-à-dire le com­ plément de Jésus lui-même. Eph., I, 22 sq. Comme la tête, qui centralise toutes les sensations et détermine tous les mouvements, ne peut exercer les fonctions vitales sans un organisme qui la complète et lui soit substantiellement uni, ainsi Jésus-Christ a pour com­ plément son corps mystique, où il accomplit, dans chaque individu, des actions qu’il ne peut accomplir par lui-même. Jésus se complète ainsi en tous ses membres par les actes de la vie chrétienne qu’il y opère par sa grâce. C’est aussi le même sens que l’on rencontre dans ces autres passages : Ego sum Jesus, quem tu perse­ queris, Act., ix, 4 sq.; xxn, 7 sq.; xxvi, 14 sq.; Filioli mei quos iterum parturio donec Christus formetur in robis, Gal., iv, 19; Adimpleo ea quæ desunt passio­ num Christi, in carne mea pro corpore ejus, quod est Ecclesia. Coi., i, 24. d. Cette vie de Jésus en nous, grâce à laquelle nous sommes véritablement son corps et ses membres, pro­ vient du Saint-Esprit qui habite en nous, I Cor., m, 16; vi, 19; qui nous rend fils adoptifs de Dieu, Rom., vin, 9, 11; qui opère tout en nous, I Cor., xn, 4-11; Eph., iv, 4; et par lequel nous vivons et nous sommes mus. Gal., v, 16, 18, 25; Rom., ix, 14; xn, 11. En même temps qu’il affirme pour tous les fidèles cette inhabitation et cette opération du Saint-Esprit, saint Paul en attribue la provenance à la réception du baptême, car nous avons tous été baptisés dans un seul Esprit, pour former un seul corps, soit juifs, soit païens, soit esclaves, soit libres. 1 Cor., xn, 13. 6) Saint Paul appelle encore l’Église l’épouse de Jésus-Christ. C’est le sens bien évident de tout le passage, Eph., v, 23-33, où l’union entre Jésus et son Église est proposée par saint Paul comme l’archétype parfait de l’union qui doit exister entre l’homme et la femme par le mariage chrétien. Ce qui nous ramène à l’idée précédemment exprimée par saint Paul, puisque, selon la doctrine de Gen., n, 24, et erunt duo in came una, que l’apôtre rappelle ici, les époux sont une même chair. C’est d’ailleurs ce qu’indique expressé­ ment ici l’écrivain sacré, en appelant l’Église le corps de Jésus-Christ, ipse salvator corporis ejus, Eph., v, | | 1 I 2152 23, et sa chair, nemo enim unquam carnem suam odio habuit; sed nutrit et fovet eam,sicut et Christus Ecclesiam. Eph., v, 29. Cette appellation, dans la pensée de saint Paul, dépend donc essentiellement de la première et exprime un sens substantiellement identique. 3. Enseignement traditionnel. — Nous nous borne­ rons à mentionner, sur ce point, les principaux témoi­ gnages explicites des Pères et des théologiens. Au commencement du ni· siècle, Tertullien suppose mani­ festement cette doctrine quand, considérant tous les fidèles comme membres d’un même corps, il ajoute que l’Eglise est dans tous ces membres, et que l’Église, c’est Jésus-Christ. De pænitentia, x, P. L., t. i, col. 1245. Il affirme de même que l’Église est l’épouse de Jésus-Christ, et il entend dans ce sens plusieurs passages de l’Ecriture. Adv. Marcionem, 1. IV, c. xi; 1. V, c. xn, P. L., t. n, col. 382, 502. Selon Origène, nous apprenons de l’Écriture que toute l’Église de Dieu est le corps de Jésus-Christ, animé par le Fils de Dieu, et que les membres de ce corps sont tous ceux qui croient. Contra Celsum, 1. VI, h. 48, P. G., t. xi, col. 1373. Jésus est le chef de ce corps de l’Église qui n’a aucune tache ni aucune rouille. In Epist. ad Rom., 1. V, n. 9, P. G., t. xiv, col. 1046. De même, l’Église est plu­ sieurs fois appelée l’épouse de Jésus-Christ. In Cant, canlic., 1. III, P. G., t. xm, col. 148; In Matth., tom. xiv, n. 17, P. G., t. xni, col. 1230 sq. S. Cyprien s’exprime de même, De unitate Ecclesiæ, c. vi, P. L., t. tv, col. 502 sq.Un peu plus tard, saint Méthode de Tyr (f vers 312)affirme aussi expressément que l’Église est l’épouse de Jésus-Christ. Convivium decem virginum, c. vin,P. G., t. xvm, col. 73. Dans saint Hilaire de Poitiers (j· 366), on rencontre plusieurs fois la double formule de saint Paul, que l’Église est le corps de Jésus-Christ. In ps. xtv, n. 5; cxxv, n. 6; cxxvm, n. 9; In Matlh., c. v, n. 24,P.£., t. ix, col. 302, 688, 715, 941, et que l’Église est l’épouse de Jésus-Christ. In ps. cxxvn, n. 8; cxxxi, n. 24, col. 708, 742 sq. Le concept de l’Église, corps de JésusChrist, se retrouve aussi chez saint Grégoire de Nazianze, mais avec une formule particulière. L’évêque de Nazianze distingue, dans le corps parfait dont Jésus est le chef, des membres de perfections diverses. Tandis que les uns commandent et sont comparables à l’âme à cause de l’élévation de leurs vertus et de leur union plus grande avec Dieu, les autres qui doivent obéir sont comparables au corps; mais tous unis par le même Esprit ne sont qu’un dans un seul Christ. Orat., n, n. 3, P. G., t. xxxv, col. 409; xxxii, n. 11, P. G., t. xxxv, col. 185 sq. Dans ses prédications sur les Épîtres de saint Paul, saint Jean Chrysostome enseigne expressément que l’Église est le corps et l’épouse de Jésus-Christ. In 1 Cor., xn, 27, homil. xxxn, n. 1, P. G., t. lxi, col. 263 sq.; In Eph., v, 22, homil. xx, n. 2, P. G., t. lxii, col. 136 sq. Saint Ambroise, dans une lettre où il explique les enseignements de l’Épître aux Éphésiens, donne comme motif de la charité que nous devons avoir les uns pour les autres, notre étroite union en Jésus-Christ, puis­ que nous ne formons tous qu’un seul corps dont Jésus est le chef. Epist., lxxvi, n. 12 sq., P. L., t. xvi, col. 1262 sq. Selon saint Augustin, qui mêle le plus souvent ce double enseignement, l’Église est à la fois le corps et l’épouse de Jésus-Christ. Aussi il y a, entre Jésus-Christ et son Église, une telle union qu’ils sont duo in carne una, et que les actions et les souffrances de l’Église peuvent être attribuées à Jésus-Christ. In ps. xxx, enarr. π, n. 4, P. L., t. xxxvi, col. 232; In ps. cxlh, n. 3 sq., t. xxxvii, col. 1845 sq.; Epist., cxl, n. 18, t, XXXJli, col. 545; Epist., clxxxv, c. xi, n. 50, col. 815 2153 EGLISE In I Joa., tr. 1, n. 2; tr. II, n. 2, t. xxxv, col. 1979, 1990; De Genesi contra manichæos,ï. II, n.37, t. xxxiv, col. 216. En même temps qu’il enseigne que l’Église est le corps de Jésus-Christ, Augustin montre que l’EspritSaint est l’âme de ce corps, car l’Esprit-Saint fait, dans toute l’Église, ce que l’âme fait dans tous les mem­ bres d’un seul corps; il est ainsi, pour le corps de Jésus qui est l’Église, ce que l’âme est pour le corps humain. Serm., cclxvii, c. iv, n. 4, P. L., t. xxxvm, col. 1231; cCLXvm, n. 2, col. 1232. D’où le saint docteur tire cette importante conclusion que, si l’on veut vivre du SaintEsprit, si l’on veut rester uni à lui, il faut garder la charité, aimer la vérité, vouloir l'unité et persévérer dans la foi catholique; car, de même que le membre, qui est retranché du corps, n'est plus vivifié par l’âme, de même celui qui cesse d’appartenir à l’Église, ne reçoit plus la vie de l’Esprit-Saint, col. 1231. C’est encore la même pensée que l’évêque d’Hippone exprime ailleurs. Nous possédons le Saint-Esprit, si nous aimons l'Église, si nous sommes unis par la charité, si nous possédons le nom de catholique et la foi catholique. Soyons-en bien assurés; autant chacun aime l’Église de Jésus-Christ, autant il possède le Saint-Esprit : quantum quisque amat Ecclesiam Christi, tantum habet Spiritum Sanctum. In Joa., tr. XXXII,c. VII, n. 8, P. L., t. xxxv, coi. 1645 sq. D’après cet enseigne­ ment. il est facile de comprendre en quel sens saint Augustin affirme, comme nous l’avons indiqué précé­ demment, que les pécheurs sont unis à l’Église presque matériellement, sans participer à sa vie intime, tandis que les justes sont vivifiés en elle par l'Esprit-Saint. L’enseignement de saint Augustin, mentionné par saint Léon le Grand, Epist., txxx, c. n, P. L., t. tiv, col. 914, se retrouve fréquemment chez saint Grégoire le Grand. S’appuyant sur Eph., iv, 15, et Col., i, 24, le saint docteur enseigne que l’Église est le corps de Jésus-Christ et l’épouse de Jésus-Christ, et que JésusChrist forme, avec son Eglise, une seule personne morale, de sorte que les actions et les soull'rances de 1 Église peuvent être attribuées à Jésus lui-même. Moral., præf., c. vt, n. 14; 1. HI, c. xm, n. 25, P. L., t. lxxv, col. 525, 612; 1. XIX, c. xiv, n. 22; 1. XXIII, c.-l, n. 2; 1. XXVIII, c. x, n. 23, P. L., t. lxxvi, col. 110,251, 462; Epist., 1. Il, epist. xlvii; 1. V, epist. xuv, P.L., t. Lxxvn, col. 587, 772; In psalm, pænit., xxxvii, n. 12; ci, n. 1; P.L., t. lxxix, col. 574sq., 602; In Cant, cantic., præf.,n.10 sq.,col.477 sq.En même temps, Grégoire reproduit l’enseignement de saint Augustin sur l’Esprit-Saint, vivifiant le corps de l’Église, comme l’âme vivifie les membres du corps humain. In ps. ci, 1, col. 602. Du vi' au xm· siècle, le même enseignement se rencontre chez les auteurs ecclésiastiques, particuliè­ rement chez saint Bernard, Parabolæ, iv, η. 1 sq., P. L., t. clxxxiii, col. 761 sq.; Sermones in Cantica, χιν, 1 sq., col. 839 sq. Au xm’ siècle, saint Thomas, en reproduisant Renseignement de saint Paul et de saint Augustin, y ajoute quelques explications. Il indique, avec précision, comment Jésus est le chef de ce corps qu’est 1’j.glise, par la primauté d’excellence de toutes les,grâces possé­ dées par sa sainte humanité, et par l’universalité de sa constante médiation effective, en vertu de laquelle toutes les grâces dérivent de lui pour se communiquer : tous les membres de l’Église. Sum. theol., Ill*, q. vin, a. 1. Le saint docteur indique aussi comment le corps de l’Église est justement appelé, par saint Paul, plenitudo corporis Christi, par la communication faite aux membres de l’Église de perfections qui sont virahondatnment en Jésus-Christ et qui autrement n'auraient point leur pleine réalisation; de même que les membres du corps servent à l’âme pour exercer des 2154 opérations qui sans cela n’auraient point leur accom­ plissement. In Eph., c. i, lect. vin. Le saint docteur montre aussi, avec netteté, comment sont réalisées dans le corps de l’Église les deux caractéristiques prin­ cipales de tout corps bien organisé : la distinction des membres avec leurs rôles différents et bien harmonisés et l'unité réalisée par l’unité du chef qui est JésusChrist, comme l’unité du corps humain est assurée par l’unité de l’âme. In Col., c. i, lect. v. Enfin saint Thomas, formulant à sa manière l’ensei­ gnement de saint Augustin et de saint Grégoire sur le Saint-Esprit vivifiant le corps de l'Église, compare l’Esprit-Saint au cœur qui a une influence secrète sur tous les membres, tandis que Jésus-Christ est comparé à la tête dominant manifestement les autres membres extérieurs : caput habet manifestam eminentiam res­ pectu cæterorum exteriorum membrorum : sed cor habet quamdam influentiam occultam; et ideo cordi comparatur Spiritus Sanctus qui invisibiliter Eccle­ siam vivificat et unit : capiti autem comparatur ipse Christus secundum visibilem naturam, secundum quam homo hominibus præfertur. Sum. theol., III’, q. VIII, a. 1, ad 3“m. Au commencement du χιν8 siècle, cet enseignement commun des théologiens est positivement affirmé par Boniface VIII dans la bulle Unam sanctam. DenzingerBannwart, Enchiridion, n. 468. Au xv’ siècle, cette doctrine est simplement men­ tionnée par Thomas Netter ou Waldensis, Doctrinale antiquitatum fidei Ecclesiæ catholicæ, 1. II, c. xxvm, n. 4, Venise, 1571, p. 224 sq., et par le cardinal Turrecremata, Summa de Ecclesia, 1. I, c. xxxvn sq. A partir du xvi» siècle, les théologiens catholiques expriment plus nettement la doctrine théologique de la distinction entre le corps et Tame de l’Église, dans cette formule dès lors communément admise : le corps comprend l’élément visible ou la société visible, à la­ quelle on appartient par la profession extérieure de la foi catholique, par la participation aux sacrements et par la soumission aux pasteurs légitimes, et l'éme comprend l’élément invisible ou la société invisible, à laquelle on appartient par le fait que l’on possède les dons intérieurs de la grâce. Cette distinction, implicitement contenue dans l’en­ seignement de saint Paul, et déjà clairement indiquée par saint Augustin, comparant l’action du Saint-r syr.t sur l’Église à celle de l’âme sur le corps humain, et : r les théologiens subséquents adoptant le même langage, est formellement exprimée par Bellarmin dans son étude sur les membres de l’Église. S’appuyant sur l'au­ torité au moins implicite de saint Augustin, il attribue au corps de l’Église la profession extérieure de la foi et la participation aux sacrements, et à l’âme de l’Église les dons intérieurs du Saint-Esprit, la foi, 1’espérance et la charité. Puis il tire ces trois conclusions générales, relativement aux membres de l’Eglise. a) 11 en est qui appartiennent tout à la fois à l’âme et au corps de l'Église; ce sont les membres les plus parfaits, bien que parmi eux il y ait encore des degrés dans leur participation a la vie surnaturelle, comme il y a divers degrés de per­ fection dans la collectivité des êtres vivants;ainsi ceux qui possèdent seulement la foi sans la charité n’or.t que le premier degré initial de la vie surnaturelle. b) D’autres appartiennent à l'âme, sans appartenir acorps de l’Église : tels sont les catéchumènes ou par­ fois les excommuniés, s ils possèdent la foi et la charité ce qui peut se rencontrer, c) 11 en est enfin qui appartiennentau corps et non à l’âme; ceux qui ne possèdent point la charité, mais qui cependant professent la foi catholique et participent aux sacrements sous Fautori te des pasteurs légitimes, et tales sunt sicut capilli au! ungues aut mali humores in corpore humano. Controv., De Ecclesia, 1. Ill, c.U, Lyon, 1601, t.l,coi,917 sq. 2155 EGLISE 2156 d’obtenir le salut en dehors de I’apnartmance positive Cet enseignement de Bellarmin est dès lors habituel­ lement suivi par les théologiens, sans aucun préjudice à cette même Eglise. Enseignement traditionnel. — 1.Première période, pour la visibilité de l’Eglise, parce que c’est véritable­ depuis les temps apostoliques jusqu a la lin du ive siècle, ment l'Eglise visible que l’on donne comme constituant essentiellement la véritable Église, en supposant du période caractérisée par beaucoup d’affirmations impli cites auxquelles se joignent, au m· et au ive siècle, moins le principe intérieur qui la vivifie, et sans lequel quelques affirmations explicites. — a) Les affirmations elle ne pourrait être la véritable Eglise. Cet enseignement implicites, nombreuses pendant toute cette période, sont ne porte non plus aucune atteinte au dogme catho­ renfermées dans la croyance unanimement admise, que lique sur la nécessité d’appartenir à la véritable Eglise tous ceux qui refusent de se soumettre à l’autorité doc­ pour obtenir le salut, car, comme nous le montrerons bientôt, la nécessité d'appartenir à l’Église visible ou trinale ou disciplinaire de l’Eglise. hérétiques ou schis­ matiques, perdent tout droit au salut éternel ou qu’ils au corps de l’Église, oblige seulement in voto, dans le n’ont aucun droit à être considérés comme chrétiens, cas d’ignorance invincible ou d’impossibilité absolue, ou qu’ils sont exclus en même temps du royaume de comme c’est le cas pour les sacrements de baptême Dieu et de l’Église, selon les témoignages précédemment et de pénitence dans des circonstances analogues. cités et que nous nous bornons à rappeler. S. Clément l", Tournely, op. cit., t. I, p. 654 sq.; Libère de Jésus, pape, I Cor., i.vit, 2, Funk, Patres apostolici, 2» édit., op. cit., contr. ΙΠ-1Χ, Milan, 1757, t. VIII, col. 18 sq.; Tubingue, 1901, p. 172; S. Ignace d’Antioche, Ad Eph., Billuart, De regulis fidei, diss. Ill, a. 2; Perrone, iv, v, 3; xvi, p. 216, 218, 226; Ad Philad., m, p. 266; op. cit., De locis theologicis, part. I, c. Π, Louvain, 1843, S. Irénée, Contra hær., 1. IV, c. xxvi, n. 2, P. G., t. vu, t. vin, p. 31 sq.; Murray, op. cit., disp. II, sect, vt, col. 1053; Tertullien, De præscript., c. xxxvn, P. L., n. 39 sq., t. I, p. 136sq.; Pesch,op. cit., n. 396, p.269; t. n, col. 51; Clément d'Alexandrie, Strom., VII, c. xvt, Mazzella, op. cit., p. 465 sq.; Franzelin, Theses de Eccle­ P. G., t. ix, col. 532. sia Christi, 2· édit., Rome, 1907, p. 293 sq., 369 sq. ; De même, au iv' siècle, saint Ambroise affirme que Hurter, op. cit., th. xliv, p. 131 sq.; de Groot, op. cit., les hérétiques et les schismatiques sont en même temps q. ill, a. 1, p. 47 sq.; Wilmers, op. cit., p. 86 sq. ; séparés du royaume de Dieu et de l’Église, In Luc., Billot, op. cit., th. xiv, p. 434 sq. 1. VII, n. 95, P. L., t. xv, col, 1723; et Didyme d’Alexan­ Cet enseignement théologique se rencontre explici­ drie (j- 395) déclare que ceux-là sont des antéchrists tement dans plusieurs documents ecclésiastiques. L’en­ qui pensent le contraire de ce que professe l’Église de cyclique Satis cognitum de Léon XIII du 29 juin 1896, Jésus-Christ. Inl Joa., 18 sq., P. G., t.xxxix, col. 1783sq. après avoir montré comment l’Église esta la fois visible b) Outre ces affirmations implicites très nombreuses et spirituelle, enseigne que le corps de Jésus-Christ pendant toute cette période, on rencontre encore quel­ qu’est l’Eglise, est un corps vivant et animé, supposant ques allirmations explicites, particuliérement chez, les conséquemment un principe de vie surnaturelle infor­ auteurs ecclésiastiques du m· et du iv" siècle. Saint mant ce corps, et que l'union de ces deux éléments est absolument nécessaire à la véritable Église, à peu près Cyprien(-j- 258), dans son livre De catholicæ Ecclesiæ uni­ tate, déclare, à mainte reprise, que celui qui abandonne comme l'intime union de l’âme et du corps est néces­ l’Église de Jésus-Christ, ne peut parvenir à posséder saire à la nature humaine : complexio copulatioque sa récompense : nec perveniet ad Christi præmia, qui earum duarum velut partium prorsus est ad veram relinquit Ecclesiam Christi, c. vi, xiv, xvn, P. L., I. tv, Ecclesiam necessaria, sic fere ut ad naturam huma­ col. 503,510 sq., 513. Doctrine que l'évêque de Carthage nam intima animæ corporisque conjunctio. De même, l’encyclique Divinum illud munus de i formule ainsi dans une lettre à l’évêque Pomponius, Léon XIII du 9 mai 1897 affirme expressément que . en parlant de ceux qui sont rejetés de l’Église catho­ lique : Neque enim vivere foris possunt, cum domus Jésus-Christ étant le chef de l’Eglise, le Saint-Esprit Dei una sit et nemini salus esse nisi in Ecclesia possit. en est l'aine : Atque hoc affirmare sufficiat quod quum Christus caput sit Ecclesiæ, Spiritus Sanctus Epist., lxii, n. 4, P. L., t. iv, coi. 371. Vers la même époque, Origène (f 254), dans ses homélies sur Josué sit ejus anima, ce que l’encyclique confirme par l’au­ torité précédemment citée de saint Augustin : Quod est dont une traduction latine nous est seule parvenue, in corpore nostro anima, id est Spiritus Sanctus in affirme expressément qu’en dehors de l’Église personne corpore Christi quod est in Ecclesia. Semi., cclxvii, n’est sauvé: Nemo ergosibi persuadeat,nemo seipsum c. iv, P. L., t. xxxvin, col. 1231. decipiat : extra hanc domum, id est extra Ecclesiam, 111. LE DOGME CATHOLIQUE SUD LA NÉCESSITÉ D’APPAR­ nemo salvatur. Hoinil. m, n. 5, P. G., t. xn, col. 841 sq. TENIR A L’ÉGLISE CATHOLIQUE POUR OBTENIR LE SALUT. Au iv« siècle, en Occident, saint Hilaire de Poitiers — Enseignement néo-testamentaire. — Selon la pa­ commentant le ps. xiv, et parlant de la montagne du role formelle de Jésus-Christ : Euntes in mundum uni­ Seigneur où nous devons avoir notre éternel repos, déclare que, dans notre marche vers cette sainte versum, praedicate euangelium omni creaturæ. Qui crediderit et baptizatus fuerit salvus erit, qui vero montagne, notre seul chemin est l’Église catholique : non crediderit condemnabitur, Mare., xvt, 15 sq., con­ hinc enim proficiscentibus eo iter est et nonnisi per damnation est portée par lui contre ceux qui refusent hanc habitationem iter ullum est. In ps. χιν, η. 4, d’adhérer à la prédication de sa doctrine, intégralement Ρ. L., t. ix, col. 301. Dans plusieurs autres passages, faite par ses apôtres et par leurs successeurs jusqu’à la comme nous l’avons noté précédemment, il enseigne que ceux qui sont rejetés du corps de l’Église qui est consommation des siècles. Puisqu’une telle condamna­ tion implique la perte éternelle du salut, d’après l'anti­ le corps de Jésus-Christ, tanquam peregrini et alieni thèse certainement existante entre les deux membres a Deo corpore, dominatui diaboli traduntur, In ps. de phrase, on doit nécessairement conclure que l’appar­ cxvili, lit. xv, η. 5, col. 607. ou qu’ils ne peuvent tenance à l’Église catholique, par la soumission tou­ avoir de participation â la Jérusalem céleste : Dissi­ jours constante à son enseignement infaillible, est né­ dentes autem a ccetu sanctorum et se ab Ecclesiæ corcessaire au salut, ün doit en même temps noter que pore peccatis præcipitantibus separantes, participa­ la condamnation de Jésus, d’après l’antithèse précitée, tionem sanctæ istius domus non habent. In ps. cxxi, étant portée uniquement contre ceux qui refusent po­ n. 5, col. 663. sitivement de se soumettre à l’Église, n’atteint pas ceux Vers la fin de 1'an 376, saint Jérôme écrivant au pape qui, ignorant en toute bonne foi la divine autorité de Damase en qui il vénère la primauté de pouvoir sur cette Église, ne sont point de fait soumis à son ensei­ toute l’Église, déclare qu'en dehors de la souini-ion à gnement. Il n'y a donc point pour eux impossibilité cette autorité on ne peut être sauvé : Super illam pe- 2157 ÉGLISE 2158 tram aedificatam Ecclesiam scio. Quicumque extra rité qui est ennemi de l’unité. Ceux qui sont en dehors de l’Église n'ont pas le Saint-Esprit. Epist., hanc domum agnum comederit, profanus est. Si quis in Noe arca non fuerit, peribit regnante diluvio. Epist., clxxxv, n. 50, col. 815. C’est encore ce qu'enseigne xv. n. 2, P. L., t. xxn, coi. 355. l’évêque d’Hippone dans son sermon au peuple de En Orient, saint Cyrille de Jérusalem (j-386), dans Césarée, n. 6, P. L., t. xliii, col. 695, et dans le ser mon ccxv, n. 9, P. L., t. xxxvm, col. 1076. sa catéchèse xvm, après avoir réprouvé toutes les hé­ résies qui se séparent de l’Église catholique, et avoir En même temps qu’il enseigne si clairement la montré que l’Église catholique seule tient de Dieu tout nécessité d’appartenir à l’Église catholique pour obte­ pouvoir dans tout l’univers, affirme que c'est avec les nir le salut, le saint docteur admet que l’on peut être moyens de salut que nous trouvons dans cette Église dans l’erreur sans la connaître comme telle, et qu’en catholique, que nous posséderons le royaume du ciel, ce cas l’on ne doit point être rangé parmi les héré­ et que nous obtiendrons en héritage la vie éternelle. tiques : Sed qui sententiam suam, quamvis falsam Cal., xvm, n. 28, P. G., t. xxm, col. 1049. atque perversam, nulla pertinaci animositate defen­ Vers la même époque, saint Éphrem de Syrie (-f-378), dunt, praesertim quam non audacia præsumptionis dans ses Interrogationes et responsiones, déclare que suæ pepererunt, sed a seductis atque in errorem lapsis les hérétiques, qui sont des blasphémateurs et des parentibus acceperunt, quærunt autem cauta sollici­ ennemis de Dieu, sont appelés par l’Écriture, des tudine veritatem, corrigi parati, cum invenerint, ne­ chiens, des loups, des pourceaux et des antéchrists, quaquam sunt inter haereticos deputandi. Epist., selon cette parole de Jésus-Christ : nolite sanctum dare ! xliii, c. i, n. 1, P. L., t. xxxm, coi. 160. D’où l’on est canibus, et selon cette parole de saint Jean : quia anen droit de conclure que, dans la pensée de saint tichrisli facti sunt multi. Saint Éphrem conclut que Augustin, ces hérétiques de bonne foi ne sont pas nous ne devons pas les aimer, ni rester avec eux, ni exclus de toute chance de salut. prier ni prendre de la nourriture avec eux, ni les rece­ On peut consulter, sur toute cette doctrine de saint voir dans nos demeures, ni les saluer, ni communiquer Augustin. Capistran Romeis, Dos Ueil des Christen aucunement avec leurs œuvres mauvaises. Operaomnia ausserhalb derwahren Kirche nach der Lehre des hl. (græce et latine), Rome, '1746, t. m, p. 112 sq. Augustin, Paderborn, 1908. 2. Deuxième période, depuis la fin du iv· siècle Vers la même époque, saint Nicétas de 'Remesiana jusqu’au commencement du xm1 siècle, marquée par (-|- 414) affirme que c’est dans la seule Église catho­ de nombreuses affirmations explicites du dogme catho­ lique que l’on obtient la communion des saints. Expla­ lique. Ces affirmations se rencontrent particuliére­ natio symboli habita ad competentes, n. 10, P. L., ment dans les écrits de saint Augustin. Dans son De t. lu, col. 871. baptismo contra donatistas, composé en l'an 400, il On peut encore citer comme se rattachant au v· siècle enseigne expressément que tout ce qu’il y avait de le symbole connu sous le nom de saint Athanase et ton dans le centurion Corneille ne pouvait lui être déclarant formellement qu’il ne peut y avoir de salut utile pour le salut, nisi per vinculum Christiana: socie­ en dehors de la foi catholique, ni conséquemment en tatis et pacis incorporaretur Ecclesiæ; c’est pourquoi dehors de l’Eglise catholique : Quicumque vult salvus il reçoit l’ordre d'aller à Pierre, que par lui il apprend esse ante omnia opus est ut teneat catholicam fidem, Jésus-Christ, et que baptisé par lui il est adjoint à la quam nisi quisque integram inviolatam que servave­ communion du peuple chrétien, 1. I, c. vm, n. 10, P. rit, absque dubio in aeternum peribit... Hæcest fides L., t. xliii, col. 115. Ceux-là n’ont point la charité, catholica quam nisi quisque fideliter firmilerque cre­ qui ont été retranchés de la communion de l’Église diderit , salvus esse non poterit. Denzinger-Bannwart, catholique, ou qui n’aiment point l’unité de l’Église, Enchiridion, n. 39 sq. On sait d'ailleurs toute l'auto­ I. 1. c. xvi, n. 21, col. 148. Le baptême de l’Église rité appartenant à ce symbole universellement reconnu peut exister en dehors d’elle, mais le don de la vie et accepté un peu plus tard comme exprimant la foi éternelle ne se trouve qu’en elle, 1. IV, c. i, n. 1, véritable de l’Église catholique. col. 155. Il n’y a pas de salut en dehors de l’Église; Non moins explicite est le formulaire propos· par ic’est pourquoi tout ce que l’on a de l’Église ne peut, pape saint Hormisdas, en 517, aux évêques d'Espagne en dehors de l’Église, servir pour le salut. Sed aliud pour la réconciliation des clercs orientaux insoumis est non habere, aliud non utiliter habere. Qui non au siège apostolique, et un peu plus tard universelle­ habet, est baptizandus ut habeat; qui autem non ment suivi comme règle de foi dans l’Orient catholi­ utiliter habet, ut utiliter habeat corrigendus, 1. IV, que. Ce formulaire reconnaît expressément qnelesaiut c. xvn, n. 24, coi. 170. consiste tout d'abord à garder la règle de la vraie foi. qui n’est autre que celle du siège apostolique, c'est-àDe même, dans son commentaire sur le psaume dire de l’Église catholique. Denzinger-Bannwart, xlii, en l’an 415, Augustin enseigne que celui qui prie en dehors de la sainte montagne de l’Église, ne Enchiridion, n. 171. Vers la même époque, saint Fulgence (-J-523), dans peut espérer être exaucé pour la vie éternelle. In ps. son De fide ou De regula veræ fidei ad Petrum, donne xlu, 4, P. L., t. xxxvi, col.478. Dans son Enchiridion, comme une règle très ferme, que tous ceux qui sont erit en l’an 421, le saint docteur déclare que tous les baptisés en dehors de l’Église catholique ne peuvent péchés, si grands qu’ils soient, peuvent être remis à participer à la vie éternelle, s’ils ne sont, avant la un ceux qui sont dans l’Église et qui témoignent un sin­ de leur vie, incorporés à cette mèrne Église, c. xxxvn, cère repentir, selon ce que l’Église exige d’eux; mais P.L.,t. LXV, col. 703 sq.; que tous les h· rétiques et en dehors de l’Église les péchés ne sont pas remis, schismatiques qui meurent en dehorsde l’Église cat.-.oc. lxv, P. L., t. XL, col. 262 sq. Dans sa lettre cvni, lique iront au feu éternel, c. xxxvm. col. 704. que il déclare, avec saint Cyprien, que ceux qui meurent tous les hérétiques et schismatiques, baptisés au r.. m pour le nom de Jésus-Christ, en dehors de l'unité de du Père, du Fils et du Saint-Esprit, s'ils n’ont pas I Eglise, peuvent être tués mais non couronnés. Epist., agrégés à l’Église catholique, quelles que soient les cvm, n. 9, P. L., t. xxxm, col. 410. Quiconque aura •■té séparé de l’Église catholique, si bien qu’il croie aumônes qu’ils aient faites et même s’ils avaient versleur sang pour le nom de Jésus-Christ, ne peu-.ent avoir vécu, à cause du seul crime de sa séparation de l’unité de Jésus-Christ, n’aura pas la vie. Epist., xli, aucunement être sauvés c. xxxix, col. 704. n 5. col. 579. En dehors du corps de Jésus-Christ En l’an 585, le pape Pélage II, écrivant à des ê jues qu’est l’Église catholique, le Saint-Esprit ne vivifie pour les ramener à la soumission au siège apostolique, personne. Celui-là ne participe point à la divine cha­ leur rappelle cette vérité : Considerate quia quicum- 2159 ÉGLISE que in pace et unitate Ecclesiæ non fuerit, Dominum habere non poterit. Denzinger-Bannwart, Enchiridion, η. 246. Un peu plus tard, saint Grégoire le Grand (j· 604) enseigne, dans son exposition sur le livre de Job, que c’est dans l’Église catholique seule, que l’on accomplit fructueusement dee œuvres bonnes; car ceux-là seuls qui ont travaillé dans la vigne, reçoivent la récompense du denier; et, d’autre part, tous ceux qui étaient en dehors de l’arche, ont été submergés par les eaux du déluge. Moral., 1. XXXV, c. vm, n. 12, P. L., t. lxxvi, col. 756 sq. Dans les siècles suivants, cette même doctrine est communément admise. C’est ce que témoigne particu­ lièrement, au xi' siècle, le symbole de saint Léon IX (f 1054) : Credo sanctam, catholicam et apostolicam, unam esse veram Ecclesiam, in qua unus datur bap­ tismus et vera omnium remissio peccatorum. Denzin­ ger-Bannwart, Enchiridion, n. 347. 3. Troisième periode, depuis le commencement du XIII' siècle jusqu’au XVI' siècle, marquée par quelques affirmations explicites du dogme catholique et surtout par plusieurs définitions dogmatiques. La première définition dogmatique est du IV' concile de Latran en 1215, dans la définition de la foi catholique contre les albigeois : Una vero est fidelium universalis Ecclesia, extra quam nullus omnino salvatur. Denzinger-Bann­ wart, Enchiridion, n. 430. Cette définition est renou­ velée par la bulle Unam sanctam de Boniface VIII, le 18 novembre 1302, avec une particulière insistance sur l'unité de cette même Église, appuyée principalement sur la primauté du pontife romain : Unam sanctam Ecclesiam catholicam et ipsam apostolicam urgente fide credere cogimur et tenere, nosque hanc firmiter credimus et simpliciter confitemur, extra quam nec salus est nec remissio peccatorum, n. 468. Enseigne­ ment encore reproduit par le concile de Elorence dans l'instruction d’Eugène IV aux jacobites, affirmant comme la foi très ferme de l’&glise catholique romaine : nullos intra catholicam Ecclesiam non existenles non solum paganos, sed nec judæos aulhæreticos atque schismaticos æternæ vitæ fieri participes; sed in ignem æternum ituros qui paratus est diabolo et angelis ejus, nisi ante finem vitæ eidem fuerint aggregati; tantumque valere ecclesiastici corporis unitatem, ut solum in ea manentibus ad salutem ecclesiastica sacramenta proficiant, et jejunia, elee­ mosynae ac cetera pietatis officia et exercitia militiæ christianæ præmia aeterna parturiant. Neminem, quantascumque eleemosynas fecerit, etsi pro Christi nomine sanguinem effuderit, posse salvari, nisi in catholicæ Ecclesiæ gremio et unitate permanserit, n. 714. Des affirmations très explicites du dogme catholique se rencontrent aussi à cette époque dans des profes­ sions ou confessions de foi, parmi lesquelles nous citerons particulièrement la profession de foi imposée aux vaudois en 1208 : Corde credimus et ore confite­ mur unam Ecclesiam non haereticorum, sed sanctam romanam catholicam et apostolicam, extra quam neminem salvari credimus, n. 423, et la confession de foi proposée par Clément IV en 1267 à Michel Paléologue et présentée par lui à Grégoire X au II' concile de Lyon en 1274 : Credimus sanctam catholicam et apostolicamunam esse veram Ecclesiam, in qua unum datur sanctum baptisma et vera omnium remissio peccatorum, n. 464. Chez les théologiens de cette période principalement préoccupés d’autres problèmes ou controverses théolo­ giques, l’on ne rencontre guère d’enseignement bien explicite sur ce point, en dehors de saint Thomas au xm' siècle et du cardinal Turrecremata au xv* siècle. Saint Thomas, dans son Expositio in decretalem pri­ 2160 mam ad archidiaconum tridentinum, expliquant l’en­ seignement du IV' concile de Latran, «na est fidelium universalis Ecclesia, extra quant nullus salvatur om­ nino, en donne cette raison qu’en dehors de l’Eglise on ne peut avoir la véritable foi, qui est essentiellement une et qui est en même temps absolument nécessaire au salut : Unitas autem Ecclesiæ est præcipue propter fidei unitatem. Nam Ecclesia nihil est aliud quam aggregatio fidelium ; et quia sine /Ide impossibile est placere Deo, ideo extra Ecclesiam nulli patet locus saluti. Opusc., XXIII, Opera omnia, Rome, 1570, t. xvn, p. 198. C’est ce même argument de l’impossibilité d’avoir, en dehors de l’Eglise, la vraie foi nécessaire au salut, que reproduit le cardinal Turrecremata contre les hé­ rétiques de son temps, qui prétendaient que l’on peut être sauvé en dehors de l’Église. Summa de Ecclesia, 1. I, c. xxi, Rome, 1489, sans pagination. 4. Quatrième période, depuis le commencement du xvi' siècle jusqu’à l’époque actuelle, marquée par une revendication fréquente et une plus complète expli­ cation théologique du dogme catholique, à l’occasion de nombreuses controverses avec les protestants, qui dé­ figurent ce dogme par leurs fausses conceptions, soit de l’üglise établie par Jésus-Christ, soit de la foi néces­ saire pour le salut, ou qui, au nom d'un vague indiffé­ rentisme entre toutes les diverses communions reli­ gieuses, rejettent ce dogme comme cruellement into­ lérant. a) L'enseignement théologique de toute cette période ne pouvant être rapporté ici en détail, nous nous bor­ nerons à signaler, du moins chez les principaux théolo­ giens, ce qui constitue un progrès dans l’exposition de ce dogme. a. Ce progrès se manifeste tout d’abord dans i’exposé des conditions nécessaires pour l’appartenance réelle à l’Église catholique. Ces conditions qui découlent toutes de la pratique constante et universelle de l’Église, et qui avaient été mentionnées isolément par les Pères et par les théologiens précédents, sont indiquées pour la première fois sous une forme synthétique par Bellarmin dans ses célèbres Controverses. Dans sa défini­ tion même de l’Église, il signale trois conditions in­ dispensables pour appartenir au corps de l’Église ou à l’Église visible qui seule est la véritable Église, a) La profession de la vraie foi, toujours requise par la tra­ dition constante et universelle de l’r.glise qui a sans cesse considéré les hérétiques comme n’appartenant pas à l’Eglise selon les textes précédemment cités et dont plusieurs sont ici indiqués par Bellarmin. C'est d’ailleurs ce que déclare le IV' concile de Latran défi­ nissant l’Eglise fidelium Ecclesia, Denzinger-Bannwart, Enchiridion, η. 430, et cunctorum fidelium mater et magistra, n. 433. On ne peut objecter, en faveur de l’agrégation des hérétiques à l’Église, que le champ de l'rglise, comprenant selon la parabole évangélique le bon grain, la paille et la zizanie, renferme ainsi les bons, les pécheurs et les hérétiques; car la parabole évangé­ lique ne doit point s’entendre de l’Église, mais du monde entier, comprenant d’une manière générale les bons et les méchants, de quelque nature qu’ils soient, héré­ tiques ou non; et cet élément mauvais est indiqué dans son ensemble par la zizanie. On ne peut non plus objec­ ter le texte de saint Paul, in magna domo sunt vasa aurea et argentea et lignea et fictilia, II Tim., il, 20, car il ne s’agit point ici des hérétiques, mais des fidèles faibles qui sont aptes à se laisser facilement séduire. On ne peut objecter enfin le droit que possède l’Église dejuger et de punir les hérétiques; car ce droit, in­ contestable vis-à-vis de ceux qui se sont enfuis de son bercail, ne suppose aucunement qu’ils en font encore partie. Controv., De Ecclesia militante, L III, c. iv. Toutefois le savant controversiste est d'avis que la 2161 ÉGLISE profession extérieure de la vraie foi, quand même la foi n’exislerait point réellement dans (’intelligence, suffit pour agréger à l’Église, parce que l’Église est une société visible à laquelle on est associé par des liens extérieurs et visibles. Cette opinion qui, selon l'auteur, s'harmonise seule avec la visibilité de l’Église, ne met point sa sainteté en péril, car de tels cas ne sont, en fait, que des cas isolés et très rares, 1. Ill, c. x. p) La deuxième condition requise pour appartenir à la véritable Église est la participation aux sacrements, a. La réception du sacrement de baptême est nécessaire pour devenir membre de l’Église, selon l’enseignement constant des Pères et selon l’enseignement du concile de Florence dans le décret aux arméniens : Primum omnium sacramentorum locum tenet sanctum bap­ tisma quod vitee spiritualis janua est, peripsumenim membra Christi ac de corpore efficimur Ecclesiæ. De Eccl. milit., 1. Ill, c. m. — β. La participation aux autres sacrements est également requise, de telle sorte que les excommuniés, qui sont privés du droit de les recevoir, cessent véritablement d'être membres de l’Église, jus­ qu’à ce que ce droit leur soit restitué. De Eccl. milit., 1. III, c. vi. — γ. Pour appartenir vraiment à l’Église, il faut encore que l’on soit soumis aux pasteurs légi­ times, particulièrement au pontife romain. Λ défaut de cette condition, les schismatiques, selon l’enseignement des Pères et la pratique constante de l’Église, ne sont point membres de l’Église. De Eccl. milit., 1. III, c. v. Quelques années plus tard, Suarez exprime une opi­ nion différente. II admet, comme principe, que tous ceux qui sont membres de Jésus-Chist, étant en réalité membres de son corps mystique, sont, par le fait même, membres de l’Église qui est ce corps mystique dont Jésus est le chef. Puis rangeant parmi les membres de Jésus-Christ tous ceux qui possèdent la vraie foi, qu’ils aient déjà ou non reçu le baptême, qu’ils soient, de fait, unis ou non au chef visible de l’Église par la charité et l’obéissance, il déduit ces trois conclusions : s ι Les catéchumènes, dès lors qu’ils sont en possession de la vraie foi, sont, malgré la non-réception du sacre­ ment de baptême, membres véritables de l’Église, du moins en ce qui concerne, pour ainsi dire, la substance de l’Église qui a toujours été la même dans tous les temps, non en ce qui concerne les conditions particu­ lières ajoutées par Jésus-Christ. Ainsi se concilie faci­ lement avec le dogme Extra Ecclesiam nulla salus la possibilité de salut pour les catéchumènes, n. 18. — z· Rien n’empêche de considérer les schismatiques comme membres de l’Église, tant qu’ils gardent vrai­ ment la foi u chef visible de l’Église auquel ils refusent simplement l’obéissance, au moins dans tel individu qu’ils ne veulent point reconnaître comme possédant cette autorité à laquelle ils croient. Le manque d'obéis­ sance ne suffit point pour les mettre en dehors de l’Église, de même que le pécheur qui refuse directement d'obéir à Jésus-Christ et qui même le poursuit de sa haine, ne cesse cependant point d’être membre de Jésus-Christ et de rester chrétien, pourvu qu’il garde la foi en lui,n. 14. — γ) A plus forte raison les excom­ muniés qui ne sont ni hérétiqnes ni schismatiqués restent membres de l’Église, puisqu’ils gardent la foi et même l’union avec le chef visible de l’Église. La pri­ vation du droitde communion avec les autres membres ne fait point qu’ils cessent d'être membres de l’Église, de même que la main et le pied ne cesseraient point ■ l'êtredes membres du corps, s’ils pouvaient être privés du concours des autres membres ou du bienfait de l'alimentation, n. 14. D’ailleurs, dans le langage des Pères, les excommuniés ne sont point mis hors l’Église, mais simplement privés de sa communion; ils ne sont point des étrangers, mais seulement assimilés à des étrangers, à cause de l’absence de communion avec les autres, tanquam ethnicus, n. 16 2162 Entre les deux exposés de Bellarmin et de Suarez, les théologiens subséquents ayant habituellement suivi celui de Bellarmin, nous ne croyons point nécessaire d'en citer ici la très longue liste. Exception doit être faite seulement pour deux points secondaires, où un assez grand nombre d’auteurs se sont ralliés au moins partiellement à l'opinion de Suarez. Il suffit donc que nous indiquions brièvement les opinions divergentes sur ces deux points, a) Relativement à l’agrégation des héré­ tiques occultes à l’Église visible, les théologiens qui l’ad­ mettent avec Bellarmin, s’appuient surtout sur la néces­ sité de maintenir intacte la visibilité de l’Eglise; cette visibilité leur paraissant irrémédiablement perdue dans l’hypothèse contraire, puisque la profession extérieure et visible de la foi ne serait plus toujours considérée comme un lien suffisant pourrattacher à l’itglise. D’ailleurs, on ne met point en doute que ces hérétiques occultes, qui ne gardent plus avec l’Église que ce lien extérieur, ont déjà initialement rompu avec l’unité de l’Église, quant à la disposition intime de l’àme et à l’acte intérieur de leur intelligence; et c’est dans ce sens que l’on inter­ prète, non sans raison, le passage souvent cité de la bulle Ineffabilis de Pie IX du 8 décembre 1854 : Si qui secus a nobis definitum est, quod Deus avertat, præsumpserint corde sentire, ii noverint ac porro sciant se proprio judicio condemnatos naufragium circa fidem passos esse et ab unitate Ecclesiæ defecisse, ac præterea facto ipso suo semel pomis a jure statutis subji­ cere, si quod corde sentiunt, verbo aut scripto aut cilio quovis externo modo significare ausi fuerint. Il est non moins certain que la présence de ces quelques héré­ tiques occultes dans l’Église ne fait point d’elle une assemblée d’hypocrites, soit parce que leur nombre est certainement très restreint, surtout si l’on considère les promesses d’indéfectibilité dans la foi faites par Jésus-Christ à son Eglise, soit parce que, même pource nombre très restreint, l’hypocrisie n’est nullement dé­ montrée, car leur permanence dans l’Église, avec de telles dispositions intimes, provient plutôt d'une vo­ lonté sincere de ne point consommer leur faute, en rom­ pant le lien extérieur qui les rattache encore à l’Église. Nous citerons particulièrement : Jean de SaintThomas, De auctoritate summi pontificis, disp. II, a. 3, Cursus theologicus, Paris, 1883. t. vu, p. 252; Tournely, op. cit., t. i, p. 607 sq.; Palmieri. Tra : de romano pontifice, cum prolegomena de Ec · · a. Rome, 1877, p.51 sq. ; Mazzella.op. cit., p. 470 sq. Wil­ mers, op. cit., p. 636 sq.; Pesch, op. cit., p. 219 sq . Billot, op. cit., p. 306 sq. Cependant depuis le xvn5 siècle jusqu’à notre époque, l’opinion de Suarez, excluant les hérétiques occultes de toute véritable appartenance à l’Église catholique, a rencontré un assez grand nombre d’adhé­ rents, s’appuyant sur ce que la possession de la vraie foi, qui ne peut exister si la foi n’est en même temps interne, est toujours rigoureusement nécessaire, pour que l’on fasse réellement partie de l’Église. C’est en ce sens que l’on interprète tous les documents ecclé­ siastiques. Toutefois l’on concède que ces hérétiques occultes sont membres apparents de l’Église, au même litre que ceux que l’on croit baptisés et qui en réalité ne le sont point. Ce que l’on estime suffisant pour que ces hérétiques puissent garder, au for extern·., es droits qui n’appartiennent qu’aux véritables :é s. Sylvius, Controv., 1. 1, q. i, a. 7, Opera, Anvers. R;. mise par Jésus, Joa., xiv, 26, xv. 26, et empêchant les Églises d’errer dans la foi. De præscript., c. xxvm, P. L., t. n, col. 40. Remarquons toutefois que Tertullien parle, non de l’Église, mais des Églises. Clément d’Alexandrie (-|- 2I5) insiste, comme saint Irénée, sur l’obligation de suivre τήν άποστολικήν χαί έχχλησιαστιζήν όρδομίαν των δογμάτων, Strom., VII, c. χνι, P. G., t. ιχ, col. 544, et fait consister le péché d’hérésie en ce que l’on répudie la tradition ecclésias­ tique, pour suivre des opinions humaines, péché par lequel d’ailleurs on cesse d’être homme de Dieu et fidèle au Seigneur. Strom., VII, c. xvn, col. 532. Cette doctrine est très fréquemment reproduite par Origéne (j- 254), De princip., I. I, præf., n. 2, P. G., t. XI. col. 116; In Matth., commentariorum series, n. 46 sq., P. G., t. xm, col. 1667 sq.; In 1er., homil. v, n. 16, col. 319; In Ezech., homil. vin, n. 2. col. 730; Inps. xxxvi, homil. ni. n. 11, P. G., t. xn, col. 1347. Saint Cyprien (-j-258), en réprouvant énergiquement comme rebelles à Dieu ceux qui s’insurgent contre l’Église ou se séparent d’elle, De unitate Ecclesiæ, iv sq., P. L., t. iv, col. 500 sq.; Epist., xi.iv, col. 340; xi.ix, P. L., t. ni, col. 726 sq. ; LU. n. 24. col. 790 sq. ; xlix, n. 1 sq., P. L., I. iv, col. 409 sq., laisse clairement entendre qu’il y a dans l’Église une autorilé divinement établie pour enseigner et régir les fidèles. Au IVe siècle, chez les Pères grecs, le concept de l’autorité doctrinale de l’Eglise se rencontre plus expli­ cite, bien que l’on ne détermine point encore les condi­ tions dans lesquelles cette autorité doit s'exercer. Saint Cyrille de Jérusalem (-j- 386) enseigne formelle­ ment que l’on doit embrasser et garder la foi qui est proposée par l'Église, Cat., v, 12. P. G., t. xxxtn, col. 520; et ailleurs que l’Église enseigne universelle­ ment et sans défaut tous les dogmes qui doivent venir à la connaissance des fidèles, sur les choses visibles et invisibles, sur les choses célestes et sur les choses ter­ restres. Cat., xviii, 23, col. 1044. Saint Epiphane (-|- 403) loue fréquemment l’Église catholique, gardant toujours parfaitement incorruptible la doctrine qui lui a été confiée par les apôtres. Ancoratus, Lxxxn, cxvm sq., P. G., t. xliii, col. 172. 232 sq. ; Adv. hær., hær. xxxi, c. xxx sq., P. G., t. xu. col. 533; doctrine dans laquelle on se repose avec sécu­ rité, à l'abri de la tourmente des hérésies. Expositio fidei, n, P. G., t. xin, col. 77. Saint Jean Chrysostome (f 407), commentant la pa­ role de saint Paul : Ecclesia Dei viri, columna et firmamentum veritatis, affirme que l’Église est la colonne du monde, parce qu’elle-mèmea la vérité pour colonne et pour soutien. In I Tim., homil. xi, 1, P. G., t. i.xii, col. 554. Les affirmations des Pères latins, à cette même époque, quoique moins explicites, ne sont pas moins concluantes. Saint Hilaire de Poitiers (γ 366), commentant le fait de Jésus parlant de l’intérieur d’une barque à la foule amassée sur le rivage, explique que cette barque repré­ sente l’Eglise, dans laquelle réside et est constamment prèchée la parole de vie, parole que ne peuvent com­ prendre ceux qui se tiennent en dehors de cette barque IV. - 69 2179 ÉGLISE Comm, in Matth., XIII, 1, P. L., t. ix, col. 993. Saint Ambroise, interprétant Luc., vu, 49, observe que si, parle doigt de Dieu, les démons sont chassés, de même, par le doigt de l’Église, la foi est constamment trouvée : Si enim digito Dei ejiciuntur dæmonia, fides quoque digito Ecclesiæ reperitur. In Lue., 1· V, n. 97, P. L., t. xv, coi. 1662. A tous ces témoignages très explicites, en faveur de l’existence d'une autorité doctrinale dans l’Église, on doit joindre les nombreux faits précédemment signalés, attestant, pendant toute cette période, l’obligation pour tous les fidèles de se soumettre à l’enseignement de l’Église, sous peine d’être séparés effectivement de l’Église et de perdre tout droit à l’héritage éternel. Ces faits autorisent, en même temps, à conclure que l’auto­ rité doctrinale â laquelle cette soumission est si rigou­ reusement due, doit être considérée comme infaillible en tout ce qu’elle propose comme enseignement divin, car seule une autorité offrant des garanties absolues de vérité peut revendiquer un pareil droit. b) Deuxième période, depuis saint Augustin jus­ qu'au xm· siècle. — L’enseignement de saint Augustin sur l’existence et la nature de l’autorité doctrinale de l’Église a un caractère beaucoup plus explicite que celui des auteurs ecclésiastiques des siècles précédents. C’est l’autorité de l’Église qui est la règle de notre foi : consulat regulant fidei quant de Scripturarum planioribus locis et Ecclesiæ auctoritate percepit. De doct. christ., 1. III, c. n, n. 2, P. L.,t. xxxtv, col. 65. C’est même à l’autorité de l’Église que nous sommes rede­ vables de notre foi dans la divine inspiration de (’Évan­ gile : Ego vero Evangelio non crederem, nisi me ca­ tholicæ Ecclesiæ commoveret auctoritas. Contra epist., manich., c. v, n. 6, P. L., t. xlii, col. 176. Aussi le saint docteur insiste sur l’obligation imposée par la foi catholique, c’est-à-dire par celle qu'enseigne l’Eglise : ea tamen quærendi dubitatio catholicæ fidei metds non debet excedere. Et quoniam multi hærelici ad suant sententiam, quæ præter fidem est catholicæ disciplinée expositionem Scripturarum divinarum trahere consue­ verunt, ante tractationem hujus libri catholica fides breviter explicanda est. De Gen. ad litt. lib. imperf., c. i, n. 1, ibid., col. 221. L’infaillibilité de cette autorité doctrinale de l’Église est clairement indiquée dans le commentaire allégorique du ps. ctn : Fundavit terram stiper firmitatem ejus, non inclinabitur in seculum secuit, où Augustin montre que l’Église, appuyée sur l’inébranlable fondement dont parle saint Paul, fundamentum nemo potest ponere præterquam quod positum est, quod est Christus Jesus, I Cor., in. 11, restera toujours inébranlable, parce qu’elle est la colonne et le soutien de la vérité : Non in­ clinabitur in seculum seculi. Ipsa est prædestinata columna et firmamentum veritatis (I Tim., ni, 15). Enarr. in ps. cm, n. 17, P. L., t. xxxvn, col. 1350. C’est encore ce que signifient ces assertions de l’évêque d’Hippone que l’Église, combattant contre toutes les hérésies, ne peut jamais être vaincue par aucune d’elles, ipsa est Ecclesia sancta, Ecclesia una, Ecclesia vera, Ecclesia catholica, contra omnes hæreses pugnans; pugnare potest, expugnari non potest. Hæreses omnes de illa exierunt tanquam sarmenta inutilia de vite praecisa : ipsa autem manet in radice sua, in vite sua, incharitatesua. Portæ inferi non vincent eam (Matth., xvi, 18), De symb. serm. ad catech., c. vi, n. 14, P. L., t. xi., coi. 635; et que quiconque attaque le mur inex­ pugnable de l’autorité de l’Église, s’y brise fatalement, hoc habet auctoritas matris Ecclesiæ, hoc fundatus ve­ ritatis obtinet canon : contra hoc robur, contra hunc inexpugnabilem murum quisquis arietat, ipse confrin­ gitur. Serm., ccxciv, c. xvm, P. L., t. xxxvm, coi. 1346. Saint Augustin donne même des indications assez 2180 précises sur l’exercice de cette autorité infaillible, soit dans le souverain pontife, soit dans les conciles, selon les textes précédemment cités. Voir Augustin, t. i, col. 2414 sq. Quant à la source de cette infaillibilité de l’Église, elle est dans l’assistance de Jésus-Christ, qui continue à habiter et à gouverner son corps mystique pour le préserver de toute erreur : Tota enim Ecclesia constans ex omnibus fidelibus, quia fideles omnes membra sunt Christi, habet illud caput positum in cælis quod gubernat corpus suum. Enar. m ps. lvi, n. 1, P. L., t. xxxvi, coi. 662. Sed etiam ipsam, quæ nunc est, Ecclesiam nisi Dominus inhabitaret, iret in errorem quemlibet studiosissima speculatio. Enar. in ps. IX, n. 12, coi. 122. Aussi c’est à cette même assis­ tance de Jésus-Christ, qu’Auguslin attribue la condamna­ tion de Pélage par les papes Innocent et Zosime et par l’univers entier, in adjutorio Salvatoris qui suam lue­ tur Ecclesiam. Epist., xcx, η. 22, P. L., t. xxxm, coi. 865. Ces dernières paroles nous montrent aussi que le saint docteur admet l’infaillibilité de l’Église dans ce que nous appelons aujourd'hui un fait dogmatique, puisqu’il considère que l’erreur de Pélage a été juste­ ment et infailliblement condamnée par Innocent et Zosime. Le même enseignement se retrouve encore dans le célèbre passage où il affirme que la réponse du siège apostolique a terminé le débat sur le pélagia­ nisme. Serm., cxxx, n. 10, P. L., t. xxxvm, col. 734. On doit enfin observer que l'infaillibilité de l’Église dans sa discipline générale ou dans sa pratique univer­ selle ressort de la manière dont l’évêque d’Hippone se sert du fait de l’administration du baptême, même aux enfants, pour prouver le dogme du péché originel souillant l’âme de tous les enfants d’Adam, en même temps que l’utilité du baptême conféré avant l’âge de raison. La pratique constante el universelle de l’Eglise est donc pour lui, dans ce cas, un argument certain de vérité, Serm., ccxciv, c. xvn sq., P. L·., t. xxxvm, col. 1346; ce qui implique nécessairement l'infaillibi­ lité de l’Église. Saint Vincent de Lérins (f 450), dans son Commoni­ torium, attribue à l’Église ou au corps des pasteurs, la garde vigilante du dépôt de la foi ainsi conservé toujours intact, selon la recommandation de JésusChrist. Commonitor., I, c. xxn, P. L., t. l, col. 667. Ce rôle de l’Église ne pouvant être convenablement rempli, que si l’Eglise a le pouvoir d’interpréter et d’expliquer l’enseignement révélé, selon les besoins des fidèles de tous les temps, et que si elle peut le faire d’une manière infaillible, l’autorité doctrinale infail­ lible de l’Église est donc ainsi implicitement affirmée par le moine de Lérins. Gennade de Marseille (j- 493) enseigne expressément l’infaillibilité de l’Église dans ses lois et usages litur­ giques. Parlant des prières qu’elle fait pour que la foi catholique soit acceptée par les idolâtres, les juifs, les hérétiques et les schismatiques, il affirme que beaucoup parmi eux reçoivent, par ces prières, la lumière de la foi. Ainsi se manifeste celte importante vérité que c’est par la grâce de Dieu que les conversions s’obtiennent. Et, à cette occasion, l’auteur établit ce principe cons­ tamment et universellement reconnu par la tradition chrétienne, ut legem credendi lex statuat supplicandi. De ecclesiasticis dogmatibus, c. xxx, P. L., t. lviii, coi. 987 sq. De même, selon lui, les rites pratiqués par l’Eglise dans l’administration du baptême, notamment les exorcismes et les insufflations et la coutume cons­ tante de donner ce sacrement même aux enfants, prou­ vent le dogme de la transmission du péché originel à tous les enfants d’Adam, c. xxxt, xxxiv, col. 988 sq. Ainsi le magistère ordinaire et universel de l’cglise est implicitement affirmé par Gennade, appuyant l’exis­ tence universelle du péché originel sur ce que l’Église ο it α a i a Z S l 3 J l 2181 EGLISE catholique répandue partout l’a toujours compris ainsi, c. xxxiv, col. 989. Quant à rinfaillibilité de l’Église dans les définitions dogmatiques de ses conciles ou dans l’enseignement dogmatique de ses souverains pontifes, elle brille, au v siècle, du plus vif éclat. Les définitions conciliaires d’Éphèse et de Chalcédoine sont acceptées par tous les catholiques comme règle de foi, et ceux qui refusent de s’y soumettre sont séparés de l’Église ; ce qui sup­ pose évidemment une autorité infaillible. En même temps, à Éphèse et à Chalcédoine, le jugement conciliaire sur les écrits orthodoxes ou hétérodoxes soumis à . autorité du concile est universellement accepté comme tranchant définitivement toute controverse et comme absolument infaillible. Quant à l’infaillibilité doctrinale des souverains pontifes, nous prouverons ailleurs avec quelle force elle apparaît au concile de Chalcédoine, où l’enseigne­ ment du pape saint Léon I" dans sa célèbre lettre dogmatique à l’évêque Flavien en 449, Epist., xxvm, P. L., t. Liv, col. 755 sq., est universellement accepté par le concile comme l’enseignement infaillible de Pierre parlant par la bouche de Léon. La même conclusion se dégage non moins évidente des assertions doctrinales du pape saint Simplicius, Denzinger-Bannwart, Enchiridion, η. 160, et du pape saint Géiase, n. 161, 163, ainsi que du célèbre for­ mulaire de saint Hormisdas imposé en Orient comme regie de la foi, à tous ceux qui veulent rester fidèlement soumis au Saint-Siège, centre de l’unité catholique, n.171 sq. Au vm‘ siècle, saint Jean Damascene (-}■ 750) rend hommage au magistère ordinaire de l’Église, en /appuyant, pour prouver la légitimité du culte des images, sur la tradition de l’Église, en laquelle il n’y a aucune tache. De imaginibus, orat, m, n. 41, P. G., t. xciv, col. 1356. Il affirme de même, dans son De fide orthodoxa, que celui qui ne conforme pas sa foi à la tra­ dition de l’Église catholique est un infidèle, aussi bien ;ue celui qui communique avec le démon par ses œuvres criminelles, 1. IV, c. x, col. 1128. Cet enseignement est approuvé, en 787, par le II' concile général de Nicée, qui appuie aussi la légiti­ mité du culte des images, sur la tradition de l’isglise catholique, dans laquelle le Saint-Esprit habite. Act. VII, Denzinger-Bannwart, Enchiridion, n. 302, 304. C’était d’ailleurs aussi le langage du pape saint Adrien Ier dans sa lettre au même concile. Labbe-Cossart, Concilia, Venise, 1729, t. vin, col. 761. Aussi quand apparut, au xie siècle, l’erreurdeBérenger sur la sainte eucharistie, on lui opposa la croyance jusque-là constante et universelle de l’Église catholique. Guilmond d’Aversa (j- 1087), De corporis el sanguinis Christi veritate in eucharistia, 1. Ill, P. L., t. CXLIX, eoi. 1486 sq. ; Lanfranc de Gantorbéry (f 1089), Decorpore et sanguine Domini, c. xxn sq., P. L., t. CL, coi. 440 sq. Au xn" siècle, c’est encore le langage de saint Ber­ nard dénonçant les erreurs d’Abélard comme opposées â la foi chrétienne, et faisant en même temps appel à l'autorité du pape pour les réprouver. Epist.,CXC, P. L., t. clxxxii, col. 1053 sq. Troisième période du xin· au xvt‘ siècle, marquée, comme la précédente, par une affirmation pratique et une reconnaissance universelle de l’autorité doctrin de de l’isglise, et se différenciant de l’époque précé•nte, surtout par l’affirmation principalement pratique du droit qu’a l’Église d’intervenir dans toutes es matières connexes à la foi. Le magistère de l’Église est particulièrement affirmé : ms les définitions solennelles du IVe concile de jtran en 1215. du IIe concile de Lyon en 1274, et du concile de Florenee en 1439, el dans les enseignements 2482 moins solennels, par lesquels l’Église termine une controverse comme celle du temps où commence la vision béatifique, Denzinger-Bannwart, Enchiridion, n. 530 sq.; ou réprouve des erreurs comme celles des fraticelles, n. 484 sq., celles de Marsile de Padoue, n. 495 sq., celles de Wicleff, n. 581 sq., et de Jean Huss, n. 627 sq. Mais ce qui caractérise principalement cette période, c’est l’affirmation de l’autorité doctrinale de l’Église dàns les matières connexes à la foi. Cette affirmation est occasionnée surtout par l’importante lutte qui se prolonge, pendant plusieurs siècles, autour de la grave question des relations entre la raison et la foi; lutte, dirigée surtout contre les averroïstes, partisans très exclusifs d’Aristote et d’Averroés, et faisant passer leur enseignement avant celui de la foi. Dans cette lutte, toutes les écoles catholiques suivent la direction de l’Église, particulièrement l’école albertino-thomiste, voir t. i, col. 1875 sq., toujours préoccupée de main­ tenir l’intégrité de la foi, tout en suivant l’enseigne­ ment d’Aristote là ou la foi ne s’y oppose aucunement. Les principaux documents ecclésiastiques en cette matière sont : la lettre de Grégoire IX. Ad theologos Parisienses, du 7 juillet 1228, Denzinger-Bannwart, Enchiridion, n. 442 sq., plusieurs définitions du con­ cile de Vienne, n. 475, 481, et la condamnation de plusieurs erreurs philosophiques par Clément VI. n. 553 sq. Nous devons en même temps observer que, dans la condamnation des diverses erreurs que nous venons de mentionner, l’Église porte un jugement définitif et universellement accepté sur l’hétérodoxie des ensei­ gnements ou écrits soumis à son appréciation. Elle est donc, dès cette époque, universellement reconnue comme possédant, sans conteste, le droit de juger sou­ verainement et infailliblement les faits dogmatiques. Quant à l’enseignement des théologiens, bien qu’il soit donné sans beaucoup d’insistance ni d’étendue, au moins jusqu’au xv* siècle, par suite de l’absence d’erreur en cette matière, il est cependant assez précis. Saint Thomas affirme expressément que la foi de l’Église universelle ne peut défaillir, conformément à la parole de Jésus-Christ, ego pro te rogavi, Petre, ut non deficiat fides tua, Luc., xxn, 32. Sum. theol., JD II», q. n, a. 6, ad 3"“. il attribue de même au souve­ rain pontife, qui a la plénitude de tout pouvoir dans l’iiglise, le pouvoir de modifier le symbole de la f i dans la mesure nécessaire pour expliquer les vérités de foi en face d’erreurs nouvelles. Il» II', q. i, a. 10. Il exige manifestement que l’on adhère à la doctrine de l’Église comme à une règle divine et infaillible ; quiconque ne le fait point, n’a point l’habitude de la foi, du moins si sa faute est commise avec advertance et opiniâtreté. Π· II', q. v, a. 3. Le saint docteur sup­ pose aussi q>m l’Église nous donne dans sa liturgie un enseignement dogmatique, quand il mentionne l’obli­ gation qui nous incombe d’avoir une foi explicite dans les mystères de Jésus-Christ, qua? in Ecclesia solemnizantur et publice proponuntur. 11° II', q. Π, a. 7. Aucun enseignement formel n’est donné sur l’objet de l’autorité doctrinale de l’Église, mais ce qui est dit sur le double objet de la foi, l’un direct et principal, immé­ diatement proposé à notre assentiment, et l’autre it di­ rect et secondaire que l’on ne peut rejeter sans re ·.··: aussi ce qui est de toi, doit également s'appliquer a l’objet de l’enseignement ecclésiastique, puisque tout ce qui appartient, directement ou indirectement, au dépôt de la foi, est soumis à l’autorité de l’Église. Quant à l’autorité de l’Église dans la question des faits dogmatiques, le saint docteur la résout ainsi en traitant particulièrement de la canonisation des saints. L’Église étant infaillible en tout ce qui concerne la foi ou la morale chrétienne, ne peut porter un jugement 2183 ÉGLISE autorisant, en fait, quelque erreur préjudiciable à la foi ou a la pratique d. ta vie chrétienne. Elle ne peut dune permettre d’honorer, comme saint, quelqu’un qui ne le serait point, puisque ceux qui auraient cette fausse persuasion pourraient éire facilement induits en erreur, relativement à ce qu’ils doivent pratiquer pour obtenir eux-mêmes le salut éternel. Aux deux objections principales en cette matière, que l'Église n’a point de moyen suffisant d’acquérir la certitude sur le fait que tel ho.....le possède la sainteté digne de la gloire du ciel, et que le moyen qu’elle emploie, c’est-à-dire ie témoignage humain, est de soi toujours faillible, sainl Thomas répond qu’il y a des moyens suffisants d’acqué­ rir cette certitude : l'examen de la vie, l’attestation des miracles et surtout l’instinct de l’Esprit-Saint qui assiste l’Eglise; et c’est précisément cette providence divine qui, par son assistance constante, empêche que l'Eglise soit trompée par le témoignage faillible des hommes. Quodlib., IX, a. 16. Quant aux jugements particuliers ne concernant ni la foi ni la pratique de la morale chrétienne et se rapportant uniquement â des faits particuliers, ut cum agitur de possessionibus vel de criminibus vel de hu­ jusmodi, il est possible que le jugement de l’Église soit erroné, propter falsos testes. Loc. cit. Une considération, faite ailleurs par saint Thomas, montre toute la nécessité de l'autorité infaillible qu'il attribue ici à l’Église dans ses jugements intéres­ sant la foi ; c’est que, de paroles ou d’expressions im­ propres ou défectueuses, peut facilement provenir quelque perversion de la foi. Sum. theol., I», q. xxix, a. 2; II” 11», q. xi, a. 2. Saint Bonaventure rend le même témoignage â l’in­ faillibilité de l’Eglise dans ce qu’elle autorise par son usage général. InlV Sent., 1. IV, dist. XVIII, p. il, q. tv, Quaracchi, 1889, t. tv, p. 490. L’Église ne pouvant être trompée ni se tromper dans la concession qu’elle nous fait d’indulgences valables, non seul ement au for externe, mais même devant Dieu, il est donc absolument cer­ tain que ces indulgences existent, dist. XX, p. il, q. n, p. 532. Pour la même raison, le saintdocleur réprouve l’opinion de ceux qui disent que les indulgences n'ont pas toute l’efficacité que l’Église leur attribue, car c’est outrager l’Église que de dire qu’elle ment de quelque manière ou qu’elle fait des choses vaines et puériles, dist. XX, p. n, q. vi, p. 540. Aussi la pratique de l’Église priant poui les défunts prouve que ses suffrages sont efficaces, dist. XLV, a. 2, q. i, p. 943. Au xiv· siècle, Durand de Saint-Pourçain dit expres­ sément que la croyance que l’Église est régie par le Saint-Esprit, est la première de toutes les vérités que nous devons croire, qu’elle est la raison de croire toutes les autres, et qu’elle est aussi ce en quoi se résout fina­ lement notre foi. In IV Sent., I. IV, dist. XXIV, q. 1. On doit particulièrement remarquer, au xv· siècle, les témoignages de Thomas Netter.de saint Antonin et du cardinal Turrecremata. Thomas Netter ouWaldensis (j· 1430) prouve la foi indéfectible de l’Église catholique particulièrement parla promesse de Jésus-Christ à saint Pierre, Ego autem rogavi pro te ut non deficiat fides tua, Luc., XXII, 32. Doctrinale antiquitatum fidei Ecclesiæ catholicæ, 1. II, c. xix, η. I, Venise, 1571, t. I, p. 193. C’est surtout par ce que nous appelons aujour­ d’hui le magistère ordinaire et universel que l’Église nous donne son enseignement infaillible. L’Église réunie dans les conciles même généraux s’est quelque­ fois trompée; Netter pense qu'il a été ainsi au concile de Rimini au iv· siècle et au concile tenu â Constanti­ nople sous l’empereur Justinien. L’infaillibilité est sur­ tout attribuée à l’Église catholique dispersée dans tout l’univers, pourvu que cet enseignement ait été constant et universel, il. I sq., 8, p. 193 sq., 197. La coutume et la loi de l’Église sont des moyens d’arriver à la pos­ 2184 session certaine de la vérité, 1. Il, c. xxin, n. 7, p. 210. Saint Antonin de Florence (j-1459) reproduit, relati­ vement à la canonisation des saints et aux jugements portés par l’Église sur des faits particuliers, tout l’ensei­ gnement de saint Thomas. Il se réfère aussi à Jean de Naples dont il cite le Quodlibetum XI. Summa theo­ logica, part. Ill, tr. XII, c. vm, Vérone, 1740, p. 541 sq. Le cardinal Turrecremata (f 1468) traile de l’indéfectibilité de l’Église dans la foi, en même temps que de son indéfectibilité in sanctitate, doctrina, praelatione. Parmi les textes scripturaires prouvant cette indéfectibilité d’une manière générale, plusieurs s’appliquent spécialement à l'indéfectibilité dans la foi, notamment, ego autem rogavi pro te ut non deficiat fides tua, Luc., xxn, 32; ut jam non simus parvuli fluctuantes et circumferamur omni vento doctrinae in nequitia hominum, Eph., iv, 14; Ecclesia Dei vivi, co­ lumna et firmamentum veritatis, I Tim., m, 14. Summa de Ecclesia, 1. I, c. xxvni, Rome, 1489, sans pagination. Quant à l’objet de cette infaillibilité, Turre­ cremata, comme saint Antonin, reproduit l'enseigne­ ment de saintThomas. Relativement au jugement porté par plusieurs papes dans l’affaire des ordinations faites par leur prédécesseur Formose, cette simple remarque est ajoutée ; In illis quæ sunt facti, Ecclesia errare potest ut dicit S. Thomas, I. H, c. xcu. d) Quatrième période, du commencement du xvt siècle jusqu'à nos jours, période caractérisée surtout par un notable développement théologique portant particu­ lièrement sur l’objet du magistère infaillible de l’Église et sur son mode d’exercice. Ne pouvant rapporter ici en détail toute cette littéra­ ture théologique, nous nous bornerons à indiquer, au moins sommairement, ce qui intéresse particulière­ ment le mouvement des idées, sur l’objet de l’infail­ libilité de l’Église et sur la manière dont cette autorité infaillible doit s’exercer. a. Ob/et de l’infaillibilité de l'Église. — a) Infail­ libilité de l’Église relativement à l’objet indirect du dépôt de la foi. — On commence à formuler explici­ tement, à la fin du xvi· siècle, ce principe implici­ tement contenu dans l’enseignement néo-testamen­ taire et dans la doctrine traditionnelle, que l’autorité de l’Église s'étend non seulement â ce qui est explicite­ ment ou implicitement révélé, mais encore à ce que l’on appelle l'objet indirect du dépôt de la foi, c’est-àdire à tout ce qui est nécessaire pour que le dépôt de la foi puisse être défendu avec efficacité ou proposé avec une suffisante autorité. Bannez. In //«"■ 11*, q. xi, a. 2, conci. 1, Venise, 1602, col. 548 sq.; Grégoire de Valence, Analysis fidei catholicæ, part. VIII, Ingol­ stadt, 1583, p. 313 sq.; de Lugo, De virtute fidei divi­ nae, disp. XX, sect, ni, n. 111 sq. Depuis le xvn·siècle, celte doctrine est formellement enseignée par les théo­ logiens, et constamment appliquée par l’Eglise dans la condamnation de nombreuses propositions atteignant seulement d’une manière indirecte l’enseignement ré­ vélé, comme beaucoup de propositions du Syllabus de Pie IX en 1864. C'est ce que déclare expressément leconciledu Vatican, exigeantque l'on fuie non seulement l’hé­ résie, mais encore toutes les erreurs qui s’en approchent plus ou moins : Quoniam vero salis non est hæreticam pravitatem devitare, nisi ii quoque errores diligenter fugiantur qui ad illam plus minusve accedunt, omnes officii monemus servandi etiam constitutiones et de­ creta quibus pravae ejusmodi opiniones quæ istic di­ serte non enumerantur, ab hac sancta sede proscriptae et prohibitae sunt. Sess. Ill, c. iv. C’est encore ce qui résulte de la condamnation de la proposition 5· ré­ prouvée comme erronée par le décret du Saint-Office, Lamentabili sane exitu, du 3 juillet 1907 : Quum in deposito fidei veritates tantum revelalæ contineantur, -2185 ÉGLISE •.«Ilo sub respectu ad Ecclesiam pertinet judicium ferre de assertionibus disciplinarum humanarum. Observons toutefois que selon les indications four­ nies à l’article Dogme, la définition ecclésiastique dé­ clarant infailliblement que telles vérités appartiennent réellement au dépôt indirect de la foi, n’en change au­ cunement la nature intime, et ne peut par conséquent suffire pour que celles-ci soient rangées parmi les vé­ rin s révélées. fil Infaillibilité de l’Eglise dans ses lois univer­ selles. — On formule non moins explicitement celte proposition, que l’Église est infaillible dans les lois qu elle établit pour tous les fidèles. Cano (-j· 1560) est le premier à exprimer ce principe, implicitement admis par les théologiens du moxen âge et par les Pi res, d'après les preuves précédemment citées. Il aflirme positivement que l’autorité de l’Église est infaillible dans les lois qu’elle établit pour tout le peuple chrétien, du moins in re gravi et quæ ad Chri­ stianos mores formandos apprime conducat. De locis theol., 1. V, Opera, Venise, 1759, p. 138. Certaines lois peuvent manquer de prudence et de mesure; de même tout ce qui concerne les pénalités ecclésiastiques, les censures, les excommunications, les suspenses, les irrégularités et les interdits, n’est pas digne d’appro­ bation. Mais tout ce qui, dans les préceptes, les déci­ sions et les sanctions des souverains pontifes et des conciles, contribue véritablement à former la vie chré­ tienne des fidèles, est l’objet de l’infaillibilité de . : glise, en ce sens que l’Église ne peut, en cela, rien commander qui soit contraire à la doctrine de JésusChrist ou à l'enseignement de la raison. Cependant, > auteur n’ose définir s’il y aurait hérésie à affirmer que quelque coutume de l’Église est mauvaise, ou que quelqu’une de ses lois est injuste, p. 138. Toutefois en ce qui ne concerne point la conduite de toute l’Église, mais seulement celle d’hommes particuliers ou d'Églises particulières, l’Église peut errer par ignorance, non seulement dans le jugement qu’elle porle sur les cnoses passées, mais aussi dans ses prescriptions ou lois particulières, parce que, dans ces cas, elle s'appuie sur des témoignages faillibles qui ne peuvent toujours suffire pour l’abriter contre toute erreur, p. 139. Bannez (j· 1601) reproduit, sur ce point, l’enseignem-nt de Cano, avec cette seule modification qu'à son jugement celui qui affirmerait que quelque coutume de l'Église est mauvaise, ou que quelqu'une de ses lois est injuste, doit être certainement considéré comme - rétique, s’il accuse positivement l'Église d’erreur en ■ne matière nécessaire au salut, sinon il serait seulement sapietis hæresim. In IZam l/æ, q. i, a. 10, Venise, 1602, col. 141 sq. Suarez (j* 1617) affirme expressément l’infaillibilité i- Église (dans l’espèce il parle seulement de l’infailSiiüté du pape) in præceptis seu rebus moralibus : . tradit vel approbat pro universa Ecclesia. De fde, disp. V, sect, vin, η. 7. Ce qu'il entend unique■ent de l'honnêteté et de la rectitude morale, en ce sens que l’Eglise ne peut approuver comme honnêtes tes choses mauvaises, ni condamner comme mauvaises i-s choses honnêtes. Mais, en ce qui est seulement circonstance accidentelle de la législation ecclésiasÉq ie. comme la multiplication excessive des lois, leur rigueur trop grande ou leurs pénalités trop sévères, il ■ y a point d’inconvénient à admettre quelque défaut hamain, qui n’est point opposé à la sainteté de l’Église. Loc. cit. Aussi, voulant prouver, dans son traité des fois, que le pouvoir d’établir des lois, obligeant l'Eglise entière, ne peut point être délégué, Suarez s'appuie ce que les lois ecclésiastiques, obligatoires pour tonte l’Église, doivent procéder d'un pouvoir qui ne peut errer en ce qui concerne la morale, et qu'un tel «avoir dépendant de la direction spéciale du Saint- 2186 Esprit promise au pape seul, n’est point susceptible de délégation. De legibus, 1. IV, c. vi, n. 22. L’enseignement de Suarez est dès lors communé­ ment suivi par les théologiens. Sylvius, op. cil., p. 335 sq. ; A. Barbosa (f 1649), Juris ecclesiastici universi, I. I, c. 11, n. 40 sq., Lyon. 1615, p. 32; Jean de Saint-Thomas, Tractatus de auctoritate summi pontificis, disp. Ill, a. 3, Cursus theologicus, Paris, 1883, t. vu, p. 308 sq.; Libère de Jésus, op. cit., t. v, p. 610 sq.; Henno, op. cit., t. i, p. 315; Tournely, op. cit., t. i, p. 428 sq.; Billuart, Tractatus de regulis fidei, diss. Ill, a. 5; Murray, op. cit., t. HI, p. 251 sq.; Hurter, op. cit., t. 1, p. 271 ; Wilmers, op. cit., p. 472; de Groot, op. cit., p. 293; Pesch, op. cit., p. 358 sq.; Bouquillon, Theologia moralis fundamentalis, 3’édit., Bruges, 1903, p. 57. γ) Infaillibilité de l'Église relativement à la cano­ nisation des saints. — Depuis la fin du xm» jusqu’au commencement du xvi· siècle, les théologiens avaient communément adopté, sur ce point, la formule de saint Thomas. Au xvi· siècle, Melchior Cano, tout en admet­ tant que les jugements ecclésiastiques, en cette ma­ tière, reposent sur des témoignages en eux-mêmes faillibles, s’efforce surtout de montrer qu’il y aurait témérité, imprudence et irréligion à rejeter les déci­ sions de l’Église sur ce point. Ce serait l'accuser d’erreur en ce qui concerne la conduite des fidèles, contrairement aux promesses de Jésus-Christ. D’ailleurs, aucun cas de faux témoignage ne pouvant être relevé dans tout un ensemble de faits de ce genre, on doit admettre que c’est une preuve d’une providence toute spéciale, préservant l’Église d’erreur en celte matière. De locis theolog., 1. V, c. v, p. 139 sq. Bannez reproduit l'enseignement de saint Thomas et de Cano, en ajoutant qu’il est très téméraire, scanda­ leux et proche de l’hérésie, d’affirmer que le pape ou un concile général puisse errer, même pour la cano­ nisation d’un seul saint. Ce qu’il prouve par l’autorité du concile de Constance et de Martin V, condamnant la proposition 44e de Wicleff : Augustinus, Benedictus et Bernardus damnati sunt, nisi pænituerint de hoc quod habuerunt possessiones et instituerunt et intra­ verunt religiones, Denzinger-Bannwart, Enchiridmn, n. 624; par l’infaillibilité certaine de l'Eglise dans toutes les lois concernant le bien moral de tuute l’Église et par les graves dommages qui résulteraient pour l’Église de la négation de cette infaillibilité. In llx, q. i, a. 3, Venise, 1602, col. 147 sq. Grégoire de Valence, en soutenant la même do< trine, va jusqu’à affirmer que l’on doit croire, d’une foi cer­ taine, que les témoignages attestant la sainteté d'un serviteur de Dieu canonisé par le pape, sont vrais, et que cet homme est du nombre de ceux que les révéla­ tions de l’Ecriture nous montrent comme obtenant, avec le secours de la grâce divine, le bonheur de la vie éternelle. Analysis fidei catholicæ, part. VIII, Ingol­ stadt, 1585, p. 314 sq Bellarmin, en reproduisant l’opinion de Cano, affirme simplement qu’il est certain que l'Église ne se trompe point dans la canonisation des saints, de telle sorte que les saints, canonisés par elle, peuvent être vénères sans aucun doute. Controv., De sanctorum beat : c dine, 1. I, c. tx, Lyon. 1601, t. i, col. 1452 sq. Suar· ; s’exprime de même. Il ajoute formellement que celte doctrine n'est point de foi, mais qu’elle est assez cer­ taine et que la proposition contraire est impie et téméraire. De fide, disp. V, sect, vm, n. 8. Les preuves dont l’Église se sert pour constater la sainteté de ceux qu’elle canonise, avec l'appoint fourni par l’assistance du Saint Esprit, donnent une certitude excluant tout doute prudent. Defensio fidei catholica, 1. II, c. ix, η. 10. Sylvius, en reproduisant tous les arguments prouvant en celle matière l'infaillibilité de 2187 ÉGLISE l’Église, observe aussi que celte proposition n’est point de foi, mais qu’elle est tellement certaine que la nier serait scandaleux, téméraire et proche de l’hérésie. Controv., 1. IV, q. Il, a. 14, concl. 2, Anvers, 1698, p. 337 sq. Cet enseignement est dès lors communément suivi par les théologiens. Sylvius, op. cit., p. 336 sq. ; A. Barbosa, op. cit., t. I, p. 33; Jean de Saint-Thomas, op. cit., p. 293 sq. ; Salmanticenses, Cursus theologi­ cus, tr. XVII, De fide, disp. IV, dub. il, n. 46, Paris, 1879. t. xi, p. 275; Libère de Jésus, op. cit., t. v, col. 627 sq. ; Henno, op. cit., p. 315 sq. ; Tournely, op. cit., t. i, p. 432 sq.; Benoit XIV, De servorum Dei beatificatione et beatorum canonizatione, 1. I, c. xlv, 3'édit., Rome, 1747, t. I, p.446 sq.; Billuart, Tractatus de regulis fidei, diss. Ill, a. 8; Murray, op. cit., t. ill, p. 312 sq. ; Mazzella, op. cit., p. 617 sq. ; Hurter, op. cit., p. 271 sq. ; Billot, op. cit., p. 424 sq. ; Wilmers, on. cit., p. 469 sq.; de Groot, op. cit., p. 298 sq.; Pesch, op. cit., p. 371 sq. Voir Canonisation des saints, t. in, col. 1640 sq. 8) Infaillibilité de l’Église dans l’approbation des ordres religieux. — Cano affirme, non sans quelque hardiesse, que l’approbation ou la désapprobation des ordres religieux, ne relevant point seulement de la science, mais aussi de la vertu de prudence, n’est point une de ces choses dans lesquelles le souverain pontife ne peut errer. Les privilèges, conférés en cette matière par le saint-siège, ne sont point des jugements cer­ tains qui obligent tous les fidèles; ils montrent seule­ ment l’opinion des papes, tout comme les lettres décrétales dont quelques-unes ont été, après une meilleure délibération, réfutées par des lettres subsé­ quentes. De locis theol., 1. V, c. v, Opera, Venise, 1759, p. 140. Bannez, au contraire, enseigne comme vérité cer­ taine, que l’on ne pourrait nier sans hérésie que le souverain pontife ne peut errer dans l’approbation qu'il donne à un ordre religieux, du moins en ce qui concerne la doctrine, et en ce sens que des constitu­ tions religieuses ainsi approuvées ne peuvent rien contenir qui soit opposé à la doctrine évangélique, ou à l’enseignement de la foi ou à la droite raison. In I/*“ II", q. I, a. 10, Venise, 1602, col. 148 sq. Ce­ pendant il peut se faire que le souverain pontife, par négligence ou par ignorance ou par suite de faux ren­ seignements, manque, en quelque manière, de pru­ dence en approuvant ou en confirmant plus d’ordres religieux que ne l’exigent les besoins de l’Eglise. Toutefois cette erreur ne peut nuire à l’Église univer­ selle, bien qu’elle soit nuisible à quelques individus, col. 149. Grégoire de Valence enseigne également que le pape ne peut se tromper, en approuvant un ordre religieux comme conforme à la perfection évangélique. Analysis fidei catholicæ, part. VIII, Ingolstadt, 1585, p. 315. Cet auteur affirme même que le pape ne peut manquer de prudence, à ce point qu’il approuve un ordre rue, selon toutes les circonstances, il aurait du rejeter. Ce serait imposer à l’Eglise entière une chose qui ne serait point pour son édification, mais pour sa destruc­ tion; ce que le pape ne peut faire. Cependant comme les circonstances de temps, de personnes et de choses changent fréquemment, il peut se faire qu’un ordre, d’abord prudemment approuvé, soit ensuite prudem­ ment rejeté, p. 316. Suarez enseigne, comme Grégoire de Valence et Bannez, que le pape est infaillible dans le jugement qu’il porte sur tel ordre, comme capable de conduire véritablement à la perfection. Cette assertion est prin­ cipalement appuyée sur ce que le pape ne peut induire le- fidèles en erreur, en une telle manière qui con­ cerne gravement leur conduite morale, ou leur ache­ 2188 minement effectif vers la perfection. De fide, disp. V sect, vm, n. 9; De religione, tr. VII, 1. II, c. xvn, n. 17. Comme Bannez et contrairement â Grégoire de Valence, Suarez admet que les jugements du pape peuvent n’ètre pas infaillibles en ce qui concerne l’utilité ou l’oppor­ tunité d’un ordre. Mais il estime qu’il y aurait témérité à affirmer en fait une telle erreur, à moins qu’elle ne soit manifestement prouvée. Quant aux assertions de Cano en cette matière, il les juge d’une sévérité ex­ cessive. At hic gravissimus excessus est, ne quid majus dicam. De religione, tr. Vil, 1. II, c. xvm, n. 22. La doctrine de Bannez et de Suarez est dès lors communément suivie par les théologiens. Sylvius, op. cit., p. 339 sq.; Jean de Saint-Thomas, op. cit., р. 311 ; Tournely, op. cit., t. i, p. 433 sq. ; Murray, op. cit., t. m, p. 320 sq.; Mazzella, op. cit., p. 618; Hurter, op. cit., p. 271; de Groot, op. cit., p. 303 sq.; Wilmers, op. cit., p. 474 sq.; Pesch, op. cit., p. 370. ε. Infaillibilité de l’Église relativement aux faits dogmatiques. — Les faits et les documents précédem­ ment cités montrent que, jusqu’au xvi· siècle, on avait pratiquement admis l’infaillibilité de l’Église, dans les jugements du magistère ecclésiastique concernant des faits dont la vérité est intimement liée avec la défense ou l'explication d'un dogme révélé, comme la légiti­ mité des conciles œcuméniques reconnus par l’Église, et le caractère hérétique des doctrines ou des ou­ vrages réprouvés comme hérétiques par les définitions ou décisions de l’Église. En même temps, l’on reconnaissait avec saint Tho­ mas, dont Je texte a été précédemment cité, Quodlibet., IX, a. 16, que l’Église ou le saint-siège n’est point infaillible dans les jugements portés sur des faits par­ ticuliers, n’intéressant point la foi et dépendant unique­ ment de l’information et du témoignage des hommes. Nous avons cité, en ce sens, l’appréciation du cardinal Turrecrerhata sur Je jugement de plusieurs papes, concernant les ordinations faites par leur prédéces­ seur Formose. Au xvi· siècle, l'attitude des théologiens reste la même, comme on peut particulièrement le constater chez Bellarmin. Le savant controversiste admet l’in­ faillibilité des jugements de l’Église sur la légitimité des conciles approuvés par elle et sur l’authenticité de leurs décrets, Controv., De sacramentis in genere, I. II, с. xxv, Lyon, 1699, t. n, col. 175, et sur le fait que tel saint canonisé jouit certainement de la gloire du ciel. De sanctorum beatitudine, 1. I, c. ix, t. i, col. 1452 sq. En même temps Bellarmin reconnaît que les papes Etienne VI et Sergius III ont erré sur le fait de la validité des ordinations de leur prédécesseur For­ mose, qu’ils ne considéraient point comme pape légi­ time. De romano pontifice, 1. IV, c. xm, col. 747. Bellarmin admet également que les Pères du VIe con­ cile œcuménique ont pu se tromper sur le fait de l’hcréticité personnelle du pape Honorius, si toutefois il est vrai que ce passage des actes du concile soit réel­ lement authentique. De romano pontifice, 1. IV, c. xi. col. 743. Sans doute, sur cette question des faits dogmatiques, l’on ne rencontre pas, chez Bellarmin, la précision des théologiens postérieurs à la controverse du xvn» siècle; mais, en dehors de ce défaut de terminologie, sa doc­ trine est bien orthodoxe. De la Servière, La théologie de Bellarmin, Paris, 1908, p. 121 sq. Aussi nous croyons qu’il est inexact de citer Bellarmin, ainsi que le fait M. Turmel, Histoire de la théologie positive du con­ cile de Trente au concile du Vatican, Paris, 1906, p. 80, comme affirmant, sans distinction ni restriction, que l’Église peut errer dans les questions de fait. Au xvn· siècle, à l’occasion de la condamnation portée par Innocent X, le 31 mai 1653, contre cinq propositions extraites de ΓΑ uqustinus de Jansénius, la 2189 EGLISE question doctrinale de l’infaillibilité de l’Église, rela­ tivement aux faits dogmatiques, fut posée différem­ ment, du moins en France. Établissant une distinction entre l’enseignement doctrinal de l’Église relativement à ces cinq proposi­ tions justement condamnées, et le jugement de fait que ces propositions étaient réellement contenues dans l'Augustinus de Jansénius, les jansénistes admettaient l’infaillibilité de l’Église sur le premier point et la rejetaient sur le second, sous ce prétexte que cette question de fait, n’appartenant point au domaine de la révélation, ne relève aucunement du magistère ecclé­ siastique. Ils prétendaient, d’ailleurs, s’appuyer sur ce que les théologiens avaient antérieurement affirmé, d'une manière assez habituelle, la faillibilité des juge­ ments de l’Église sur des questions de fait, en omet­ tant d’ailleurs les distinctions ou restrictions faites par ces théologiens, ou existant certainement dans leur intention, sans qu’elles fussent positivement énoncées. L’histoire de cette grave controverse devant être exposée à l’art. Jansénisme, il nous suffira de donner ici quelques indications sur les principaux documents ecclésiastiques en cette matière et sur l’attitude des théologiens catholiques. Dès le 16 octobre 1656, Alexandre VII déclare et dé­ finit expressément que les cinq propositions extraites du livre de Jansénius intitulé: Augustinus ont été con­ damnées in sensu ab eodem Cornelio intento. Denzinger-Bannwart, Enchiridion, η. 1098. Et le 15 février 1664, ce même pape impose aux jansénistes l’obligation stricte de souscrire à un formulaire de soumission, exprimant une entière adhésion aux constitutions précitées d’Innocent X et d’Alexandre VII, et une réprobation formelle, sincero animo et sous la foi du serment, des cinq propositions de Jansénius, in sensu ab eodem auctore intento, η. 1099. Quelques évêques s’étant permis de faire des additions à ce formulaire pontifical, Innocent XII, le 6 février 1694, après avoir confirmé les définitions d’Innocent X et d'Alexandre VII, interdit strictement toute addition au formulaire et enjoignit de l’entendre in sensu obvio, n. 1099. Enfin Clément XI, par la constitution aposto­ lique Vineam Domini du 16 uillet 1705, déclara expressément que l’obéissance due aux constitutions du saint-siège ne comprenait pas seulement un silence obséquieux, mais que le sens condamné dans les cinq propositions du livre de Jansénius, tel qu’il ressort naturellement des paroles employées, doit être rejeté et condamné par tous les fidèles comme hérétique, non seulement de bouche mai® encore de cœur, et qu’il n’est point permis de souscrire a’u dit formulaire alia mente, animo aut credulitate, et que ceux qui penseraient, prêcheraient, écriraient, enseigneraient ou affirmeraient diversement ou contrairement à tout ceci, seraient, comme transgresseurs des dttes consti­ tutions apostoliques, soumis à toutes les censures portées par ces constitutions, n. 1350. ce aue confirma encore Pie VI par la bulle auctorem fidei du 28 août 1794, qui réprouvait 'tes pretentions du conci­ liabule janséniste de Pistoie, affirmant, relativement à la paix dite de Clément IX, queie pape avait permis de se servir de la distinction entre le droit et le fait, pour souscrire au formulaire d’Alexandre VII, n. 1513 sq. De leur côté, les théologiens catholiques combattaient vaillamment la thèse janséniste et réfutaient les argu­ ments sur lesquels on prétendait l’appuyer. C’est ce que fit Bossuet en 1665, dans sa Lettre à la révérende mère abbesse et aux religieuses de Port-Royal, écrite sur la demande de l’archevêque de Paris, llardouin de Péréfixe. Bossuet insista surtout sur la pratique de l’ancienne Église, condamnant les doctrines et les écrits des hérétiques, en même temps qu’elle enseignait la foi véritable, et exigeant la soumission à ces condam­ 2190 nations qu’elle insérait dans ses professions de foi, comme dans celle du pape saint Hormisdas, et à tel point qu’elle refusait sa communion à ceux qui, em­ brassant sa foi, se refusaient à souscrire à ses jugements concernant les faits décidés. Œuvres, Paris, 1836, t. XI, p. 648 sq. On doit toutefois reconnaître qu’au jugement de l’évêoue de Meaux, les sentences de l'Église, en ce qui touche les faits, ne sont pas tenues infaillibles. Mais c’est une vertu chrétienne et religieuse de soumettre et d’anéantir son jugement propre, même hors des cas de vérités révélées, surtout dans les choses qu’on ne sait pas, et desquelles on n’a nulle obligation de prendre aucune connaissance. D’ailleurs, il est certain et indubitable qu’au-dessous de la foi théologale il y a un second degré de soumission et de créance pieuse, qui peut être souvent appuyée sur une si grande autorité qu'on ne peut la refuser sans une rébellion manifeste, p. 658. Bossuet voulait compléter sa démonstration dans un ouvrage plus étendu, que la mort l’empêcha de terminer. Ce qui nous est parvenu sous le titre à'Autorité des jugements ecclésiastiques n’est qu’un simple canevas où l’auteur énumère vingtquatre exemples de cas où l’Église s’est prononc· e avec autorité sur des faits bien qu’ils ne soient pas révélés de Dieu, et a rigoureusement exigé la soumis­ sion des fidèles à ces jugements, p. 665 sq. Ce que Bossuet n’avait fait que commencer, Fénelon l’accomplit avec une telle perfection, que les théolo­ giens subséquents n’ont guère fait qu’utiliser ses ma­ tériaux. Ses principaux écrits en cette matière sont : quatre Instructions pastorales publiées en 1704 et 1705, Œuvres complètes, Paris, 1852, t. m, p. 573; t. iv, p. 5 sq., 96 sq., 261 sq. ; deux Lettres à l'évêque de Meaux, p. 338 sq., 357 sq.; deux Lettres à l'évêque de Saint-Pons, p. 392 sq., 412 sq.; sa Lettre sur l'or­ donnance du cardinal de Noailles du 22 février 1103 contre le cas de conscience, p. 460 sq. ; son Instruction pastorale, du 1·Γ mars 1706 pour la publication de la constitution Vineam Domini de Clément XI, p.488sq.; une Lettre ά un évêque sur le mandement de M. de Saint-Pons, p. 520 sq.; deux Lettres à Quesnel, p. 549 sq., 582 sq.; trois Lettres contre un nouveau système sur le silence respectueux, p. 607 sq.. 622 sq., 640 sq.; une Instruction pastorale du 1er juillet 1708 sur le livre intitulé : Justification du silence res­ pectueux, t. v, p. Isq.; une Lettre sur rinfailhbilite de l’Église touchant les textes dogmatiques, p. lôb - :.. et deux Mandements pour l'acceptation de la consritution Unigenitus, p. 131 sq., 163 sq. Dans ces divers écrits, Fénelon, à l'encontre de Bossuet, revendiqua nettement l’infaillibilité de l'Église dans les jugements qu’elle porte sur les faits dogma­ tiques. Il appuya cetle revendication tout d'abord sur la mission donnée par Jésus-Christ à son Église. Matth., xxvm, 19 sq. Il est manifeste que le corps des pasteurs ne peut enseigner toutes les nations, qu'en remplissant les deux fonctions essentielles que saint Paul leur marque, qui sont de garder la forme des paroles saines, II Tim., i, 13, et d’éviter la nouveau:^ profane de paroles. ITim., vi, 20. C’est par ces de fonctions indivisibles, que l’Église enseigne tou- es jours toutes les nations, et elle ne pourrait manqu-i nia l’une ni à l'autre, sans violer le dépôt.Si elle man­ quait â discerner la forme saine d’avec la nouveauuprofane de paroles, elle pourrait donner l’une pour l’autre à ses enfants. Alors loin d’enseigner tous 1 -s jours toutes les nations, elle les induirait toutes en erreur. En se trompant sur la signification propre des termes, elle les tromperait inévitablement pour le fond des dogmes. Instruction pastorale du 10 février 1704, Œuvres complètes, t. III. p. 579 sq. ; Instruction pastorale du 2 mars 1705. t. rv. p. 16 sq. ; Deuxième lettre ά l'évêque de Meaux, t. iv, p. 358; Lettre sur ‘2191 ÉGLISE l’infaillibilité de l’Église touchant les faits dogma­ tiques, t. v, p. 108 sq. Cette infaillibilité de l’Église, dans ses jugements sur les faits dogmatiques, est encore prouvée par la pra­ tique constante de 1’r.glise. Car l’Église a fait pour son infaillibilité sur les textes dogmatiques, précisément comme elle a fait pour son infaillibilité sur lesdogmes. En vain les protestants lui ont contesté son infaillibi­ lité sur les dogmes, elle n’a jamais fait jusqu’ici aucun symbole, aucun canon, aucun décret équivalent, pour établir en termes formels et expressément cette auto­ rité infaillible. Elle s’est contentée de la supposer et de l'exercer, en condamnant tous ceux qui refusaient de s’y soumettre sans réserve. De même le parti de Jansénius lui conteste en vain son infaillibilité sur les textes dogmatiques. Elle n’a fait jusqu’ici ni symbole, ni ca­ non, ni décret équivalent, pour établir en termes for­ mels et expressément cette autorité infaillible; mais elle ne cesse point de la supposer et de l’exercer mani­ festement dans la pratique. Deuxième lettre à l’évêque de Meaux, t. tv, p. 358. Cette pratique de l’Église est particulièrement prou­ vée par plusieurs faits dont l’éclaircissement, au juge­ ment de l’auteur, emporte la tradition tout entière. Les principaux faits cités dans les premiers siècles sont : la désapprobation formelle donnée au concile de Rimini, qui s’était trompé uniquement sur une ques­ tion de fait; l’obligation imposée par le concile de Chalcédoine à Théodoret, à Jean d’Antioche et aux autres Orientaux d’anathématiser Nestorius, l’ortho­ doxie sur le reste n’é'ant point considérée comme suffisante; dans la controverse des Trois Chapitres, l'infaillibilité universellement attribuée aux décrets du concile de Chalcédoine relativement aux écrits sou­ mis à son jugement; le droit que s’attribue le cin­ quième concile et qui lui est universellement reconnu de juger infailliblement les textes désignes sous le nom de Trois Chapitres. Instruction pastorale du l" juillet 1708, t. v, p. 51 sq. Les mêmes faits prou­ vent que cette infaillibilité de l'isglise doit être admise pour le jugement porté par elle sur de longs textes. Instruction pastorale du 10 février 1701, t. ni, p. 577 sq. A celte autorité infaillible est due une véritable soumission intérieure, pour laquelle un simple silence respectueux, comportant seulement une non-résistance extérieure, ne peut suffire. Instruction pastorale du 2 mars 1705, t. iv, p. 70 sq. ; Réponse à la deuxième lettre de l’évéque de Saint-Pons, p. 415 sq.; Ordon­ nance et instruction pastorale du 1er mars 1706, p. 495 sq.; Lettre à un évêque sur le mandement de M. de Saint-Pons, p. 525 sq. Cette soumission véri­ table de l'intelligence, quand il s’agit de la condam­ nation d’un écrit, ou de propositions comme celles de lansénius, doit avoir pour objet la réprobation de ces propositions, non au sens personnel de l'auteur quand celui-ei estdill’érent du sens propre et naturel du texte, mais uniquement dans le sens propre et naturel du texte. Le sens personnel de l’auteur, quand il est tout seul dans l’esprit de l’auteur et qu’il est détaché de tout texte qui l’exprime naturellement au dehors, n’est qu’une pensée intérieure et secréte qui n’a rien de contagieux pour les peuples. Alors c’est un fait non seulement personnel, particulier, indillérent à la con­ servation du dépôt de la foi et au salut des peuples en général, mais encore intérieur et impénétrable. C’est le secret des consciences, réservé a Dieu seul qui en est le scrutateur. Mais le sens propre et natu­ rel d'un texte, qui est, par l’institution des paroles et par l’usage de la langue, comme inséparable du texte, est porté par le texte même dans l'esprit de tous ceux qui le lisent ou qui l’écoutent. Quoique l’Église n’ait aucun besoin d'infaillibilité sur le sens personnel des auteurs détache de tout texte, et que le dépôt de la foi 2192 se trouve en pleine sûreté avec le salut des peuples en général, malgré ce sens personnel d’un auteur héré­ tique, il n’en est pas moins évident qu’elle a besoin de ne se tromper jamais dans le discernement du sens propre et naturel des textes considérés en eux-mêmes, parce que c'est ce sens qui passe, avec les paroles du texte, dans l’esprit des lecteurs et qui par conséquent conserve ou corrompt leur foi. C’est ce sens qui est naturellement lié avec le texte et qui sort, pour ainsi dire, des paroles mêmes, pour vivifier ou pour empoi­ sonner les lecteurs. Instruction pastorale du 2 mars 1705, t. tv, p. 75. 11 est très assuré que l’infaillibilité garantie à l’Église, par son divin fondateur, dans le discernement de chaque texte qui conserve ou qui corrompt le dépôt, et entre autres du texte de Jansénius, est une vérité révélée. Instruction pastorale du '10 février 1704, p. 610. Mais l’héréticité de chaque texte, dépendant des règles de la grammaire et de la signification des termes, n’est point une vérité révélée, si elle est prise en ellemême; elle ne tient à la révélation que par l’infaillibi­ lité garantie à l’Église. Instruction pastorale du 2 mars 1705, t. iv, p. 90. Quant à savoir si l’acte par lequel on adhère à l’héréticité d’un texte parce qu’elle est enseignée par l’Eglise. est ou non un acte de foi divine, l'archevêque de Cambrai ne le décide point, toute la question, dit-il, devant être traitée indépen­ damment de ce point, p. 91. Relativement à l’opinion de saint Thomas et des théologiens précédemment indiqués, sur la faillibilité des jugements de l’Église concernant des faits parti­ culiers, Fénelon observe que ces faits particuliers, tels que possessions justes ou injustes, crimes ou choses semblables, sont très différents de l’héréticité des textes qui corrompraient le dogme de la foi, si l’Église man­ quait de les interpréter et de les condamner dans leur sens véritable. D’ailleurs, si quelques-uns d'entre eux, en très petit nombre, pressés par les difficultés qu’ils s’ell'orçaient de vaincre sur d'autres matières, et n’exaininant pas alors la question présente dans toute son étendue, n’ont pas assez nettement distingué les faits personnels et indifférents au dogme, davec les faits dogmatiques des textes qui rentrent dans le droit, on ne doit point être étonné de ce défaut de précaution Les meilleurs auteurs peuvent ne pas parler, avec exactitude, d'un point de doctrine, quand ce point n'a jamais été éclairci par aucune dispute, surtout quand ils n’en parlent qu’en passant, à la hâte, et par rapport à d'autres points qui les occupent alors uniquement. Ces théologiens n’ont point aperçu les conséquences qu’on veut maintenant tirer de leurs expressions. Tous leurs principes tendent évidemment à établir, en vertu des promesses, l’autorité infaillible de l’Église pour juger des textes qui affirment ou qui nient le dogme révélé, parce que l’Église ne peut jugerdu sens qu'en jugeant des paroles. Toutes les preuves qu'ils donnent de cette autorité infaillible, ne peuvent avoir aucun sens réel qu’en leur donnant cette étendue. instruction pastorale du 10 février 1704, t. m,p. 633 sq. Les argumentset les explications de Fénelon furent largement utilisés par les théologiens subséquents qui ne firent guère que compléter ses réponses aux diverses objections. Henno, op. cit., p. 312 sq.; Tournely. op. cil., t. il, p. 466 sq. ; Billuart, Tractatus de regulis /idei, diss. Ill, a. 7; Regnier (j- 1790), De Ecclesia Christi, part. I, sect, iv, c. it, dans le Cursus comple­ tus theologiae de Migne, Paris, 1838, t. iv, p. 655 sq.; Perrone, De locis theologicis, part. I, sect, t, c. iv, a.2, prop. 2, op. cit., t. vtn, p. 255 sq.; Murray, op. cit., t. tn, p. 265 sq.; Mazzella, op. cit., p. 620 sq. ; Horter, op. cit., p. 272 sq.; Wilmers, op. cit., p. 464 su.: de Groot, op. cit., p. 283 sq.; Pesch, op. cit., p. 36ii u librorum; le même concile montrant la légitimité du culte d’adoration ou de latrie rendu à la sainte eucha­ ristie par la pratique constante de l’Église, sess. XIU. c. v, et la légitimité du culte des saints et de leurs images par la pratique universelle depuis les premiers temps du christianisme, sess. XXV, Decretum e invocatione, veneratione et reliquiis sanctorum et sacris imaginibus, et, depuis le xvi· siècle, les très nombreuses et très explicites affirmations des théolo­ giens revendiquant pour l’Église l’infaillibilité doctri­ nale en cette matière, comme nous l’avons indiqué précédemment. 4e conclusion concernant la canonisation e . béatification des saints. — L’infaillibilité doctrinale e l’Église doit également s'étendre à cet objet, cou : prouvent la pratique constante de l’Église et l’enseign^ ment habituel des théologiens, du moins depuis sa r.: Bernard au xn· et saint Thomas au xm’ siècle; ■ rgnement encore beaucoup plus explicite depuis xvi» siècle, non seulement pour la canonisation mais aussi pour la béatification. Cette infaillibilité- ·-: d’ailleurs absolument nécessaire pour que l’Église puisse, ainsi que le requiert sa mission, diriger fidèles, avec une entière sécurité, dans la prat; iue habituelle du culte; car des erreurs en cette matière auraient une grave répercussion sur la pratique de la vie chrétienne. 5' conclusion. — L’infaillibilité doctrinale de 1 - _ doit aussi être admise en ce qui concerne l'at pr -ation des ordres religieux, selon l’enseignement cons­ tant des théologiens, particulièrement depu :s e xvi» siècle, enseignement basé sur ce que l’Église ne peut induire les fidèles en erreur, en une mal .concernant gravement leur conduite morale, connu est en réalité la détermination des moyens jugés apte; à conduire effectivement et en toute sécurité à la per­ fection chrétienne. La même raison prouve qu’il n’est point nécessaire d’admettre l’infaillibilité de l’Egiidans les jugements qu’elle porte sur TutiliL ou l’opportunité d’un ordre, bien qu'il y ait témérité a 2199 EGLISE aflirm-r une erreur de fait en cette matière, à moins qu’elle ne soit manifestement prouvée. 6' conclusion, relative aux définitions solennelles du magistère ecclésiastique, en dehors de celles du souverain pontife qui seront spécialement étudiées ailleurs. D’après la pratique constante et universelle de l’Église el l’enseignement des Pères et des théolo­ giens à toutes les époques, il est très assuré que les conciles généraux, dans leurs définitions solennelles, jouissent d’une autorité in laillible, dès lors qu’ils rem­ plissent toutes les conditions nécessaires pour être des organes effectifs du magistère de l’Eglise univer­ selle, et qu’ils définissent positivement ce que les fidè­ les sont tenus d’admettre en fait de doctrine révélée, ou de doctrine intimement connexe avec la révélation. On a expliqué ailleurs l’étendue et les conditions de cette infaillibilité. Voir Conciles, t. ni, col. 661 sq. 7« conclusion, relative à l’exercice du magistère ordinaire et universel. — L’existence de ce magistère, qui avait toujours été admise pratiquement dans l’Eglise, fut particulièrement affirmée au xtx' siècle par les deux documents ecclésiastiques précités, la lettre de Pie IX du 21 décembre 1863 a l’archevêque de Munich et le décret du concile du Vatican, sess. III, c. m. Après la publication de ces documents, le mode d’exercice de ce magistère fut, comme nous l’avons montré précédemment, étudié avec soin par les théo­ logiens, ainsi que les conditions nécessaires pour son infaillibilité. 8’ conclusion, relative à l’autorité doctrinale de l’Eglise ne s’exerçant point d’une manière infailli­ ble. — Les arguments précédemment cités prouvent également l’existence de celte autorité doctrinale, soit qu’il s’agisse de vérités réellement révélées, mais dont l’appartenance à la révélation n’est pas encore suffi­ samment manifestée, soit qu’il s’agisse surtout de doctrines tutimement connexes aux vérités révélées et nécessaires ou utiles pour leur défense intégrale, mais sans qu’elles soient positivement définies comme telles par l’autorité ecclésiastique. Une telle autorité doctrinale est d’ailleurs absolument requise pour que les besoins des fidèles puissent être pleinement satisfaits et que la doctrine révélée puisse être .suffisamment proposée ou défendue, même en l’absence d’une évidence manifeste, que telle vérité appartient a la révélation chrétienne, ou que telle con­ clusion a me connexion intime avec la vérité révélée. En fait, ces interventions de l’autorité doctrinale non infaillible sont assez fréquentes. C’est ainsi que, plusieurs siècles avant la définition du dogme de l’immaculée conception, l’Église, sans se prononcer encore d’une manière positive, avait loué et recom­ mandé cette doctrine, et avait positivement déterminé pie c’était avec cette signification précise que se célé­ brait la fête de la conception de Marie, et qu’un peu plus tard elle avait déclaré, au concile de Trente, qu’elle n’avait aucunement l’intention de comprendre, dans son décret· sur le péché originel, la bienheureuse et immacul ·β Vierge Marie. Il est d’ailleurs très assuré que toutes ces interventions doctrinales, bien que non accompagnées d’infaillibilité, contribuèrent puissamment à la diffusion et à raffermissement de la croyance à l’immaculée conception, et préparèrent ainsi la définition solennelle portée par Pie IX le 8 décembre 1854. De même, l’Eglise, par l’organe immédiat du souve­ rain pontife ou par l’intermédiaire des Congrégations romaines approuvées par lui, intervient souvent pour recommander des conclusions doctrinales, qu’elle juge plus aptes à la défense des vérités révélées, sans émet­ tre sur ce point aucune définition infaillible liant abso­ lument la conscience des fideles. On saild’ailleursque, par ces interventions doctrinales dont la nature est 2200 définie dans d’autres articles, voir Congrégations l. ni, col. 1108 sq., et Infaillibilité ou pape, l’Église pourvoit très efficacement à une plus complete défense, non seulement du domaine strict de la révéla­ tion, mais encore de tout ce qui a avec lui une con­ nexion manifeste, comme le requiert manifestement la mission confiée par Jésus-Christ à son Église. romaines, V. LE DOGUE CATHOLIQUE SUR LE POUVOIR LÉGISLA­ TIF ET prèceptif DE l’église. — 1» Existence de ce pouvoir. — 1. Enseignement néo-testamentaire. — a) Promesses de Jésus-Christ. — Laissant de côté pour le moment la promesse faite particulièrement a saint Pierre et à ses successeurs à perpétuité, d’une primauté universelle comprenant conséquemment la plénitude du pouvoir législatif sur toute l’Église,Matth., XVI, 18, nous nous bornerons ici à la promesse générale faite collec­ tivement à tous les apôtres et leurs successeurs jusqu'à la consommation des siècles : Quod sinon audierit eos, die Ecclesiæ. Si autem Ecclesiam non audierit, sit tibi sicut ethnicus et publicanus. Quæcumque alliga­ veritis super terram, erunt ligata et in cælo, et quæcumque solveritis super terram, erunt solutaet incælo. Matth., xvill, 17 sq. L'Église, dont il esl ici question, ne peut être que la société nouvelle que Jésus veut fonder, celle qu’il a lui-même annoncée précédemment. et super hanc petram ædi/icabo Ecclesiam meam. Matth., xvi, 18. Et dans cette Église nouvelle, il s’agit de l’autorité qui y possédera le pouvoir de lier les volontés par des lois ou des préceptes, par des senten­ ces judiciaires ou par des peines. C’est ce qu’expriment les mots alligaveritis et solveritis, comme nous l’avons précédemment indiqué dans notre démonstration apo­ logétique. fl est également manifeste que ce pouvoir promis par Jésus-Christ sans restriction aucune, quant à son éten­ due ou quant à sa durée, doit comme tous les pouvoirs concédés à l’Église dans l’institution nouvelle, durer jusqu’à la consommation des siècles. Ce pouvoir de commander comporte aussi, d’après la parole de Jésus-Christ, le droit de sévir contre les rebelles. De même que les païens et les publicains étaient, chez les Juifs, considérés comme des hommes impurs avec lesquels on ne devait point communiquer, ainsi, dans l’Église nouvelle, ceux qui refuseront d’obéir à ses commandements ou à ses décisions, seront exclus de la communication avec ses membres, et en réalité n’appartiendront plus à sa société. Knabenbauer, In S. Mallhæum, Paris, 1893, t. n, p. 122 sq. Quant à l’institution de ce pouvoir législatif de l’Eglise. nous ne possédons aucun texte évangélique qui l’affirme spécialement, en dehors du texte de saint Jean, xxi, 15 sq., exprimant la collation universelle de tout pouvoir à saint Pierre et à ses successeurs, ou en dehors des textes généraux contenant les pouvoirs uni­ versels conférés à perpétuité aux apôtres et à leurs successeurs, sicut misit me Pater et ego mitto vos. Joa., xxi, 20; Matth., xxvni, 18. Mais la promesse infaillible de Jésus nous garantit suffisamment cette divine institution. b. Enseignement et pratique des apôtres. — Nous possédons un document certain du pouvoir législatif exercé par les apôtres dans leur réunion tenue à Jéru­ salem aux environs de l’an 51. En vertu de l'autorité des apôtres, les membres de la nouvelle société chré­ tienne ne sont point astreints aux anciennes observan­ ces judaïques; les seules pratiques qui leur sont imposées sont les suivantes : ut abstineatis vos ab immolatis simulacrorum et sanguine et suflocato et fornicatione, a quibus custodientes vos, bene agetis. Act., xv, 28; llefele, Histoire des conciles, trad. Leclercq, Paris, 1907, t. i, p. 1047 sq.; F. Prat. La théologie de saint Paul, Ir· partie, Paris. 1908. p 75 sq. Ce qui montre d’ailleurs que ces décisions s..nl 2201 ÉGLISE 2202 considérées comme strictement obligatoires pour tousles lière, comme les Canons des apôtres, la Didascalie des nouveaux ciirétiens, c’est que l’on veille soigneusement apôtres et les Constitutions apostoliques, les Canons à leur fidèle accomplissement. Act., xv, 41 ; xvi, 4. d'ilippolyte, le t eslamenlum Jesu Christi, qu'il nous Le pouvoir législatif préceptif ou judiciaire n’est su flit de signaler ici, puisque leur autorité est étudiée point exercé seulement par les apôtres réunis, il l’est ailleurs. encore par chacun d'eux dans les Eglises particulières, Notons aussi que les mêmes documents qui attes­ comme nous le montre l'exemple de saint Paul, pro­ tent ces coutumes ou pratiques, attestent aussi qu'elles nonçant un jugement de condamnation contre l’inces­ dépendent de l’autorité ecclésiastique dans leur appli­ tueux de Corinthe, I Cor., v, 3 sq., sévissant contre les cation ou détermination pratique. Ainsi pour la date hérétiques Hyménée et Alexandre, 1 Tim., I, 20, ou de la Pâque chrétienne sous le pape saint Victor Ier, réglant ce que les fidèles en général doivent observer, ce fut la décision du pape qui donna la préférence â I Cor., xi, 34, ce que les femmes en particulier doivent la coutume presque universelle de célébrer la Pâque observe.· à l’église, I Tim., il, 9, 11, 12, ou ce que doi­ le dimanche qui suit la pâque légale des Juifs.ce qui vent être les veuves admises au service de l’Église. écarta finalement la coutume contraire des Asiatiques. 1 Tim., v, 9 sq. Pour le baptême conféré par les hérétiques, ce fut éga­ Enfin ce même pouvoir est encore exercé par ceux lement la décision du pape saint Étienne, ultérieu­ que les apôtres placent à la tête des Églises particu­ rement suivie de plusieurs autres décisions, qui ré­ prouva la pratique des Églises d’Afrique, et imposa la lières. comme Tite dans Plie de Crète : Hujus rei gra­ tia reliqui te Cretæ, ut ea quæ desunt corrigas, et coutume romaine de ne point rebaptiser ceux qui constituas per civitates presbyteros sicut et disposui avaient déjà reçu le baptême des hérétiques. De même tibi, Tit., I, 5, ou comme Timothée à Éphèse : Adver­ l’autorité ecclésiastique intervint, de fait, assez fré­ sus nresbylerum accusationem noli recipere, nisi sub quemment pour l’application de la discipline pénitenduobus aut tribus testibus. I Tim., v, 19. tielle et pour la réconciliation des lapsi. Cette pratique des apôtres, si on la rapproche de Quanta l'absence de lois formelles pour l’Église uni­ l’enseignement précité de Jésus-Christ, suppose mani­ verselle pendant cette période, elle n’a rien qui doive festement la vérité de cet enseignement ou l’institution surprendre, si l'on se rappelle le caractère assez res­ divine d’un pouvoir législatif dans l’Église. treint des communautés chrétiennes de cette époque, 2. Enseignement traditionnel. — a) Première les obstacles de tout genre empêchant alors leur com­ période depuis les temps apostoliques jusqu'au com­ plète organisalion, ainsi que l’exercice, en fait, encore mencement du tve siècle. — a. Comme preuve de peu développé de l'autorité pontificale par suite de cir­ l'enseignement traditionnel des Pères et des auteurs constances extrinsèques peu favorables. ecclésiastiques sur ce point, il nous suffira de rappe­ b) Deuxième période, depuis le commencement du ler ici au souvenir du lecteur, les nombreux textes pré­ IV" siècle jusqu'au commencement du xtti·, caracté­ cédemment cités dans notre démonstration apologéti­ risée surtout par l’absence de grave erreur théologique que, attestant, d'une manière générale, l’autorité sur ce point et par une législation ecclésiastique très divinement instituée dans l’Eglise, ou d’une manière considérable, portée principalement dans les conciles particulière, le pouvoir de commander auquel on doit particuliers et tendant progressivement vers l'unifor­ rigoureusement se soumettre sous peine d’être exclu mité. Nous n’avons point à détailler ici cette législation; de la communion chrétienne. Ces témoignages sonl ce travail sera fait aux articles spéciaux comme il a été d’ailleurs corroborés par ce fait également constant, l’ait à l’art. Dimanche, t. iv, col. 1313 sq. d’après les mêmes textes, que, même en matière de Notons seulement que cette législation ecclésiastique discipline, en dehors de questions comprises ou laissées n’est point restreinte à ce qui est purement spirituel, comme libres, tous ceux qui s'insurgent contre l’automais qu'elle s’étend aussi à tout ce qui. par son carac­ rité légitime des successeurs des apôtres ou contre celle tère sacré, relève de l’autorité de l’Église, comme c’est du pontife romain, ou qui s’associent à de semblables le cas pour le mariage, par le tait qu’il est un sacre­ rébellions, sont, non moins que les insoumis au magis­ ment, et pour les biens ecclésiastiques à cause de l’usage tère doctrinal, considérés comme infidèles à Dieu et à sacréauquel ils sont exclusivement affectés. Voir Biens ECCLÉSIASTIQUES, t. II, Col. 843 Sq. son Christ et réputés déchus de tous leurs droits de chrétiens. Observons aussi que cette législation est souvent b. Le pouvoir législatif de l’Église, pendant cette pé­ accompagnée de sanctions ou de pénalités non seule­ riode, est attesté, sinon par les lois formelles pour ment spirituelles, mais même temporelles, infligées l’Église universelle comme dans les siècles subséquents, par l’Église elle-même ou demandées par elle à l’au­ du moins par de très nombreuses coutumes assez uni­ torité séculière, comme nous l’avons précédemment formes, considérées comme pratiquement obligatoires, noté pour l’abstention des œuvres serviles et pour et en fait toujours dépendantes de l’autorité ecclésias­ l’assistance à la messe. C’est aussi ce qui a lieu pour tique, de laquelle elles tiennent toute leur force d’appli­ la punition des hérétiques à partir du xn· siècle. Den­ cation. zinger-Bannwart, Enchiridion, n. 401, comme on !t Il nous suffira de mentionner ici quelques-unes de montrera en étudiant l’histoire de l’inquisition. ces coutumes qui sont étudiées aux divers articles spé­ Il est encore à remarquer que l’Église, en vertu de ciaux : coutumes concernant l’administration de cha­ sa mission divine, s’attribue â cette époque le droit de cun des sacrements, notamment celles du baptême, de commander, non seulement aux individus, mais aussi la pénitence et de l’eucharistie; pratiques relatives a aux sociétés et à leurs chefs temporels, autant que l’observation de certains jours d’abstinence et de jeûne, l’exigent les intérêts spirituels dont elle a la garde. ou à l’assistance à la messe et à l’abstention des œuvres C’est particulièrement l’enseignement de saint Gré­ serviles aux jours de dimanche. goire Vil dans sa lettre à Hériman, évêque de Metz, Ces coutumes sont facilement constatées dans les Registr., 1. VIII, epist. xxi, P. L., t. cxLvm, col. 594, écrits que nous possédons de cette période, tels que la et celui de saint Bernard dans son De consideratione, Didaché, les lettres de saint Ignace d’Antioche, la pre­ 1. IV, c. ni, n. 7, P. L., t. clxxxii, col. 776, et tans sa mière Apologie de saint Justin, plusieurs écrits de lettre cclvi, n. 1, col. 464. Tertullien et de saint Cyprien. ainsi que dans les divers c) Troisième période, du commencement du xrn· recueils composés au ni· siècle ou peut-être un peu jusqu’au commencement du XVI· siècle, caractérisée plus tard, relatant les coutumes suivies jusqu'alors dans surtout par une législation universelle plus complete et les inverses Églises ou dans quelque région particu- I par plusieurs erreurs sur ce point notamment au xrv· 2203 ÉGLISE et au xv· siècle. On a un exemple de cette législation dans la loi portée par le IVe concile de Latran en 1215, déterminant pour l’Église entière l’obligation de la con­ fession annuelle et celle de la communion pascale. On doit citer aussi beaucoup de lois, insérées dans le Cor­ pus juris. Comme à l’époque précédente, l’Église légifère souve­ rainement sur tout ce qu’elle juge être de son ressort, et elle s’attribue le droit d’infliger des peines tempo­ relles, particulièrement aux hérétiques. Elle continue aussi à exercer quelque pouvoir sur les sociétés chré­ tiennes et sur leurs chefs temporels, selon l’enseigne­ ment de saint Thomas, affirmant que le roi, tenu de procurer le bien de la multitude selon les exigences de la fin surnaturelle, en commandant ce qui conduit à cette fin et en interdisant, autant que possible, ce qui lui est contraire, doit apprendre de l'Église ce qui conduit vraiment à cette fin et ce qui en éloigne. De regimine principum, 1.1, c. xv. C'est d’ailleurs ce que l’autorité ecclésiastique reven­ dique officiellement, notamment Innocent III dans le décret Novit, Decretales Greg. IX, 1. I, tit. i, c. 13, et Boniface VIII dans la bulle Unam sanetam.Noir Boniface VIII. Le pouvoir législatif de l’Église fut atttaqué au χιν· siècle par deux erreurs principales, celle des fraticelles et celle de Marcile de Padoue. Les fraticelles faisant dépendre la possession de tout pouvoir dans l’Église de la sainteté personnelle des ministres de l'Église, niaient conséquemment toute autorité au pape et aux prélats ecclésiastiques, violateurs delà pauvreté. Cette erreur fut condamnée, avec plusieurs autres, par Jean XXII, le 1er janvier 1317. Denzinger-Bannwart, En­ chiridion, n. 485 sq. Marcile de Padoue attribuait à Faulorité séculière tout pouvoir sur le temporel de l’Eglise, Enchiridion, n. 495, et refusait à celle-ci tout pouvoir coercitif, à moins qu’elle ne l’eût obtenu par quelque concession bénévole de l’autorité séculière, n. 499. Ces erreurs furent également condamnées par Jean XXII, le 23 octobre 1327. Au xv· siècle, AViclelf renouvela l’erreur des frati­ celles et des vaudois en faisant dépendre tout pouvoir ecclésiastique de la sainteté personnelle, Enchiridion, n. 584; en outre, il nia particulièrement le pouvoir qu’a l’Eglise d’excommunier, n. 591 sq. Ses erreurs furent condamnées par Marlin V, le 22 février 1418. La défense des théologiens catholiques, surtout après le concile de Constance, porta principalement sur l’au­ torité du pape, dont on prouva la primauté effective sur toute l’Église, notamment le cardinal Turrecremata dans sa Summa de Ecclesia, que nous avons sou­ vent citée. d) Quatrième période, depuis le commencement du XVI· siècle jusqu’à l’époque actuelle, caractérisée, comme la précédente, par une législation considérable surtout depuis l’institution des Congrégations romaines, et en même temps par plusieurs erreurs manifestes contre le pouvoir de l’Église et par un notable développement théologique concernant surtout l’objet et le mode d’exer­ cice de ce pouvoir. Mais pour ne point empiéter sur l’article de la primauté du pape, nous nous bornerons à quelques indicalions sommaires. a. Quant à la législation de cette époque, elle porte, comme précédemment, sur tout ce que l’Église juge être de son ressort, en rejetant comme abusive l’ingé­ rence du pouvoir séculier en ce qui relève véritable­ ment de l’autorité surnaturelle. Mais on doitremarquer que, depuis plusieurs siècles, à cause du changement profond opéré dans nos sociétés modernes par la réforme protestante du xvi» siècle, l’Église s'abstient d’appliquer les pénalités temporelles précédemment portées contre les hérétiques. Pour la même raison, au moins depuis le concile de Trente. l’Église s’abstient 2204 de transmettre des commandements au pouvoir sécu­ lier. Elle se borne à rappeler à ses sujets catholiques leurs devoirs impérieux dans la vie sociale. C’est notam­ ment l’attitude prise par Léon XIII dans plusieurs de ses encycliques. C’est aussi l’attitude de Pie X, comme nous aurons bientôt l’occasion de le montrer, en étu­ diant les devoirs des fidèles envers l’Église. b. Indication des principales erreurs niant ou dimi­ nuant ce pouvoir législatif de l’Église ainsi que des documents ecclésiastiques qui les condamnent. — Au commencement du xvi· siècle, Luther, s’appuyant sur sa fausse théorie de la justification par la foi seule, niait, pour l'homme ainsi justifié, toute obligation d’un commandement quelconque. Son erreur fut réprouvée par Léon X condamnant, le 15 juin 1520, cette proposi­ tion 27· du chef de la réforme : Certum est in manu E-clesiæ aul papæ prorsus non esse statuere articulos fidei, imo nec leges morum seu bonorum operum, Denzinger-Bannvart, Enchiridion, n. 27, et par le concile de Trente portant anathème contre ceux qui disent que l’homme justifié n’est pas tenu à l’observation des com­ mandements de Dieu et de l’Église, mais seulement à croire. Sess. VI, can. 20. Un peu plus tard, les théolo­ giens gallicans affirmant que le pouvoir de l’Église est restreint auxseuleschosesspirituelles, etque le domaine des choses temporelles appartient entièrement au pou­ voir séculier, cette erreur, avec plusieurs autres, fut formellement condamnée, le 4 août 1690, par Alexan­ dre VIII; condamnation souvent renouvelée dans la suite par le Saint-Siège. Cette erreur, soutenue par les théologiens régaliens d’autres pays, fut encore réprou­ vée par Pie VI dans la bulle Auctorem fidei du 28 août 1794, rejetant les propositions 4· et 5· du conciliabule janséniste et joséphiste de Pistoie. La proposition 4· affirmait que c’est un abus d’étendre le pouvoir de l’Église au delà des limites du dogme et de la morale et de l'étendre aux choses extérieures, surtout en exi­ geant. par la force, ce qui doit dépendre de la seule persuasion. EH e affirmait en outre qu’il appartient encore beaucoup moins à l’Église d'exiger par la force extérieure que l’on se soumette à ses décrets. Pie VI déclare que cette proposition est hérétique, aulantqu’elle note comme un abus l’usage que l’Église fait de son autorité, à l’exemple des apôtres, in disciplina exteriore consti­ tuenda el sancienda. Denzinger-Bannwart, Enchiri­ dion, η. 1504. Quant à la proposition 5·, insinuant que l’Église n’a pas le pouvoir d'exiger la soumission à ses décrets autrement que par les moyens qui dépendent de la persuasion, Pie VI déclare de même qu’elle con­ duit à un système d’ailleurs condamné comme héréti­ que, dans la mesure où elle signifie que l’Église n’a reçu de Dieu aucun pouvoir décommander par des lois, ou de soumettre à un jugement extérieur et de frapper de peines salutaires, les désobéissants et les rebelles, n. 1505. Au XIXe siècle, les mêmes erreurs régaliennes niant au pouvoir ecclésiastique toute autorité sur les choses temporelles, et particulièrement sur le mariage que l’on voulait placer sous la domination exclusive du pouvoir séculier, furent condamnées par plusieurs docu­ ments ecclésiastiques, que rappellent les propositions 24®, 68· et 69· du Syllabus, Enchiridion, η. 1724, 1768 sq., par l’encyclique Arcanum de Léon XIII du 10 février 1880, et par l’encyclique Immortale Dei du 1·Γ novembre 1885. c. L’enseignement donné par les théologiens catholi­ ques, à l’occasion de ces diverses erreurs, soit avant les déclarations officielles du magistère ecclésiastique, comme c'est le cas pour Bellarmin et Suarez, soit après ces déclarations répétées, comme cela se pro­ duisit surtout au xix· siècle, dénote un progrès nota­ ble, comme on aura l’occasion de le constater en étu­ diant en détail, à cette époque, le développement 2205 EGLISE 2206 théologique sur la nature et l’extension de la primauté pter causam ad quam refertur, id est omne in pote­ du pape. state arbitrioque Ecclesiæ, extera vero quæ civile et 2° Conclusions relatives à l’objet et au mode d'exer­ politicum genus complectitur, rectum est civili aucto­ cice de ce pouvoir législatif. — Les documents que ritate esse subtecta, cum Jesus Christus jusset it quæ nous venons d'analyser nous autorisent à déduire les Cæsaris sint reddi Cæsari, quæ Dei Deo. conclusions suivantes, d’ailleurs bien nécessaires pour ϋ· conclusion. — L’Église, en vertu de la mission préciser la doctrine de l'Église sur ce point. exclusive qu’elle a reçue de Jésus-Christ, de diriger 1. Conclusions relatives à l’objet de l’autorité législa- tous les fidèles à la fin surnaturelle, a le droit de leur tivede l’Église. — in conclusion. — D’après l'institution commander tout ce qu’elle juge utile pour assurer cette même de Jésus-Christ, l’Église seule, chargée de la fin direction efficace, et le droit d’interdire tout ce qui est surnaturelle à laquelle tout doit être nécessairement I capable de l’entraver. Etcomme toutes les actions humai­ subordonné, doit avoir un pouvoir souverain et exclu­ nes, appartenant à la vie individuelle ou à la vie sociale, sif sur tout ce qui, par sa propre nature ou par la lin sont, dans l’ordre actuel de la providence, nécessaire­ a laquelle il est destiné, se rapporte immédiatement à ment subordonnées â cette fin surnaturelle, en ce sens cette lin surnaturelle, comme les sacremenis, les objets du moins qu’elles ne doivent jamais être en désaccord servant au culte divin, ou les biens aiiectés à l’usage avec elle, il est évident que l’autorité ecclésiastique a exclusil'de l’Église. sur elles et dans cette même mesure un pouvoir uni­ a. C'est ce qui ressort de l'enseignement néo-testa­ versel de direction. C’est l’enseignement constant de mentaire, ou l’Église nous est manifestée comme revê­ la tradition chrétienne, résumé par saint Thomas dans tue par Jésus-Christ de la plénitude de tout pouvoir, le texte déjà cité, De Regimine principum, 1. 1, c. xv. C’est l’enseignement officiel de l’Église, comme on peut pour accomplir sa mission surnaturelle indépendam­ ment de toute autorité humaine. le constater dans beaucoup de documents de Léon XIII b. C’est aussi ce qui ressort de l’enseignement tradi­ et de Pie X, indiquant aux catholiques l’attitude qu’ils tionnel et de la pratique constante de l’Église, d’après doivent garder et les devoirs qu’ils doivent observer, les preuves précédemment indiquées. Pour rendre cette dans leur vie publique, ou relativement aux matières démonstration plus sensible, il nous suffira de rappeler sociales et à l’action populaire chrétienne: documents brièvement l’exemple particulier de la législation de que l’on aura l’occasion d’étudier dans d'autres art >■ -l'Église en ce qui concerne le mariage chrétien, selon 3e conclusion. — L’Église, en vertu decette mission, l'encyclique Arcanum de Léon Xlll du 10 février 1880. peut, en tout ce qui concerne la direction obligatoire L'histoire atteste, de la manière la plus évidente, que vers la fin surnaturelle, exercer ce double pouvoir de le pouvoir législatif et judiciaire, en tout ce qui con­ commandement et d’interdiction à l’égard des sociétés cerne le mariage chrétien, a été librement et constam­ chrétiennes et de leurs chefs temporels, aussi bien qu à ment exercé par l’Église, même dans les temps ou il l’égard des individus eux-mêmes. C’est l'enseignement serait ridicule et absurde de supposer que le pouvoir constant de la tradition chrétienne, du moins à toutes séculier eût accordé, sur ce point, à l’Église son assen­ les époques où ce pouvoir de l’Église peut s’exeicer timent ou sa participation. Car il est manifeste que les dans une société chrétienne normalement constitu· e. lois portées par l’Église dans les premiers siècles, sur C’est ce qu’indique particuliérement saint Thon la sainteté et la stabilité du lien conjugal, sur les affirmant que le pouvoir séculier est soumis au pou­ mariages entre esclaves et personnes libres, ne furent voir spirituel autant que l’exige l’ordre di-in. c’est-àpoint promulguées avec l’assentiment des empereurs dire en ce qui appartient au salut de l’âme, et qu'en romains, très hostiles au nom chrétien et ne désirant cela on doit obéir â la puissance ecclésiastique plutôt rien tant que d'étouffer, par la violence et le supplice, qu’à la puissance séculière, tandis qu’en ce qui concerne la religion chrétienne naissante; surtout si l’on consi­ le bien purement civil on doit plutôt obéir â la puis­ dere que ce droit exercé par l’Église était parfois telle­ sance séculière. In IV Sent., I. IV, dist. XLIV. q. m, a. 3, ad 4““; Sum. theol., 11“ II®, q. XL, a. 2, ad 3=- . ment en désaccord avec le droit civil, que saint Ignace De regimine principum, 1. I, c. xv. martyr, saint Justin, Athénagore et Tertullien dénon­ C’est l'enseignement formel de l’Église, notamu ent çaient publiquement comme illicites et adultères certains dans les documents précités de saint Grégoire >i: mariages, qui étaient cependant favorisés par les lois d’Innocent III et de Boniface VIII. impériales. Et quand l’autorité fut exercée par les Et, s’il est vrai que, depuis plusieurs siècles. l'Église empereurs chrétiens, les papes et les évêques réunis n’exerce plus ce droit comme elle l’exerçait autrefois, en concile continuèrent, avec la même liberté etavec la par suite de l’indifférence des pouvoirs séculiers, elle même conscience de leur droit, à prescrire et à défenl’exerce cependant encore, sous la forme qui lui reste ire, au sujet du mariage chrétien, ce qu’ils jugeaient accessible, en s’adressant directement â ses sujets idle et opportun, quelque différent que ce fût des lois catholiques, pour leur indiquer leurs devoirs dans -îviles. C’est ce que montrent beaucoup de décisions sur leur vie publique et sociale. C’est notamment ce qu'a • s empêchements de mariage, édictées par les conciles fait Léon XIII dans son encyclique Sapientiæ cht-.stiade cette époque. D’ailleurs, les documents de cette næ du 10 janvier 1890, où il traite des principaux >éme époque attestent aussi que les empereurs, loin de devoirs des catholiques dans leur vie publique. - dtribuer aucun pouvoir sur les mariages chrétiens, 2. Conclusion relative à l'indépendance absolue r-connurent et déclarèrent que ce pouvoir appartient avec laquelle l'Église doit exercer son autorité legis­ entièrement à l’bglise. Et cette même pratique de lative. — Tout ce qui concerne l’exercice de cette :ol'Église persévéra constamment au cours des siècles. rilé ayant été étudié, ou devant l’être, aux article- spé­ c. C'est enfin l’enseignement formel de l’Église, dans ciaux sur le pape, sur les Congrégations romaines, voir . ■■ne même encyclique Arcanum et surtout dans l’ent. ni. col. 1106 sq., et sur les évêques, il nous suffira cycliqne Immortale Dei du 1« novembre 1885, où de signaler ici, comme corollaire de nos thèses précé­ L/on XIII. après avoir montré qu’il doit y avoir accord dentes, l’indépendance absolue qui appartient de droit, et harmonie entre les deux pouvoirs établis par Dieu, en cette matière, â l’autorité ecclésiastique. pouvoir ecclésiastique préposé aux choses divines, a) Cette indépendance absolue de l’autorité législa­ 1 le pouvoir civil chargé des choses humaines, trace â tive de l’Église vis-à-vis des puissances séculières, est maciin sa sphère d'autorité : Quidquid igitur est in une conséquence évidente de son institution divine rohus humanis quoquo modo sacrum, quidquid ad comme société parfaite, exclusivement chargée de diri­ salutem animarum cultumve Dei pertinet, sive tale ger à la lin surnaturelle à laquelle tout doit être subor­ illud sil natura sua, sive rursus tale intelligatur pro­ 2207 ÉGLISE donné, et possédant en propre tous les pouvoirs néces­ saires pour diriger ellecliveinent à cette fin. 6) Cette indépendance est, en même temps, claire­ ment démontrée par la pratique constante de l’Église, se servant constamment de son propre pouvoir légis­ latif d'une manière absolument autonome, dans les matières qu’elle juge être de son ressort, et revendi­ quant ce pouvoir, dans de nombreux documents offi­ ciels, comme lui appartenant de droit et exclusi­ vement. Si parfois l’Église a pratiquement renoncé à quel­ ques-uns de ses droits, et accordé au pouvoir séculier l'exercice de quelque autorité en des matières relevant uniquement du pouvoir ecclésiastique, voir Conciles, t. m, col. 644 sq., et Concordats, col. 728 sq., 748 sq., c'est uniquement par condescendance, et parce qu’elle l’a jugé utile pour mieux assurer la concorde en même temps que la paix et la liberté dans les sociétés chré­ tiennes, comme l’indique Léon XIII dans l’encyclique Immortale Dei du 1er novembre 1885. c) Les puissances séculières n’ont d'ailleurs à crain­ dre aucune intrusion dans leur propre domaine, car l’Église reconnaît expressément qu'ellesy ont une sou­ veraineté indiscutable; c'est ce qu’aflirme particulière­ ment Léon ΧΙΠ dans l’encyclique Immortale Dei : Ulrague (potestas) est in suo genere maxima; habet utraque certos quibus contineatur terminos, eosque sua cu/usque natura causaque proxima definitos; unde aliquis relut orbis circumscribitur, in quo sua cu jusqueaclio / ure proprio versetur. Et un peu plus loin, le texte d< jâ cité, traçant à chaque pouvoir sa sphère d'action. Voir col. 2205-2206. On doit aussi observer que les sociétés temporelles, loin d’éprouver quelque dommage par suite de cette indépendance législative de l'Église, en recueillent en réalité d’immenses avantages. Ces avantages provien­ nent surtout de ce que, grâce à l’heureuse influence de la législation de l’Église, les devoirs de chacun sont mieux observés, en même temps que ses droits placés sous la sauvegarde du droit divin affirmé par la législation de l'Église, sont plus efficacement mainte­ nus. C'est ce que démontre particulièrement Léon XIII dans l’encyclique Areanum du 10 février 1880, dans l'encyclique Diuturnum du 22 juin 1881 et dans l’encyclique Immortale Dei. 3. Conclusion relative au pouvoir judiciaire et au pouvoir coercitif que l’Eglise possède conjointement avec son pouvoir législatif. — L’Église possédant, en propre et d’une manière absolument indépendante, la plénitude du pouvoir législatif, doit posséder, de la même manière et en tout ce qui relève de son auto­ rité, le pouvoir judiciaire et le pouvoir coercilif qui sont la conséquence et le complément de l’autorité législative. Ce double pouvoir sera l’objet d'articles spéciaux. Voir Jugements ecclésiastiques et Inquisi­ tion. VI. Devoirs des fidèles envers l’Église divinement INSTITUÉE. — I. AMOUR ENVERS l.’ÉGLISE. — 1» TOUS les fidèles sont tenus d’aimer l'Église, parce qu’elle est leur mère dans l’ordre surnaturel. Si nous sommes tenus d’aimer nos parents selon la nature, parce que nous leur devons la vie naturelle, S. Thomas, Sum. theol., Il» Ilæ. q. ci, a. 1, 2, si nous devons aimer notre patrie terrestre à cause des bienfaits qu’elle nous procure dans l’ordre temporel, à combien plus forte raison sommes-nous obligés d’aimer l'Église, à laquelle nous sommes redevables de tous les biens surnaturels, si éminemment supérieurs à tous les biens terrestres et à la vie du corps. Adamanda igitur patria est, unde vitæ mortalis usuram accepimus; sed necesse est ca­ ritate Ecclesiam præstare cui vitam animae debemus perpetuo mansuram ; quia bona animi, corporis bonis rectum est anteponere, multoque quam erga 22Gl' homines sunt erga Deum officia sanctiora. Encyclique Sapientiæ christianee de Léon Xlll du 10 janvier 1890. Il est d’ailleurs bien manifeste que l’amour envers l’Église n'est aucunement opposé à l’amour envers la patrie terrestre, puisque ces deux amours ont égale­ ment leur source première en Dieu, auteur de l’ordre naturel et de l’ordre surnaturel, et règle suprême des obligations inhérentes à l’un et à l’autre. Les répu­ gnances que l’on se plaît à affirmer entre ces deux amours, et entre les diverses obligations qu’ils iuqiosent, proviennent, comme l’observe Léon XIII dans la même encyclique, de ce que l’on persiste à attribuer à l’État des droits qui ne lui appartiennent point, et qui sont un véritable attentat aux droits de l'Église. 2» L’amour envers l’Église est encore très nécessaire à tous les fidèles, parce que, sans lui, ils ne peuvent observer tous les graves devoirs auxquels ils sont astreints vis-à-vis d’elle : obéissance intégrale aux commandements et aux prescriptions communes ou particulières, et dévouementobligatoiredans les néces­ sités graves ou ordinaires intéressant le bien des fidèles. Une constante générosité dans des devoirs aussi étendus et parfois si pénibles, ne peut s’alimenter et se soutenir que par un constant et généreux amour. 3° Cet amour envers l’Egliseimnose particulièrement à tous ceux qui en sont capables et dans la mesure où ils en sont capables, l’obligation d’assister l'Église dans les nécessités où elle peut se trouver. Cette obligation, mesurée par le même principe-que celle de l’aumône, doit être appréciée selon la gravité des maux qui affligent l'Église et selon les facultés ou ressources dont chacun peut disposer, ressources intellectuelles, morales ou matérielles. Cette détermination concrète étant difficile à établir, du moins pour cequiconcerne l'obligation stricte, on s’attachera, d’une manière habi­ tuelle, à exhorter fortement les fidèles à aider l'Église dans la mesure du possible, plutôt qu’à essayer de fixer les limites du devoir strict. Toutefois l’on peut affir­ mer, sans exagération, que ceux qui, possédant les aptitudes et ressources suffisantes pour fournir cette assistance, ne le font d’aucune manière pendant un temps notable, surtout dans les graves nécessités ac­ tuelles de l’Église, ne peuvent être, objectivement du moins, en sécurité de conscience. Voir Charité, t. n, col. 2259 sq. Le même principe doit aussi s’appliquer, même en dehors de tout précepte positif, au concours dû à l’Église en tout ce qui concerne ses besoins matériels, soit pour le culte et pour la sustentation des ministres sacrés, soit pour toutes les œuvres soumises a l’auto­ rité ecclésiastique. U. obéissa nce envers l’église. — 1 » En fait d’assen­ timent doctrinal dû aux décisions du magistère ecclé­ siastique. — 1. Le devoir de l’obéissance en cette matière résulte de l’institution même de Jésus-Christ, donnant à son Église la mission d’enseigner sa doc­ trine jusqu’à la consommation des siècles et de veiller constamment à sa défense intégrale. C’est aussi ce que témoigne, au cours des siècles, la pratique cons­ tante de l’Église, exigeant qu’on se soumette fidèle­ ment à son autorité doctrinale, sous peine d’être sépa­ ré de sa communion, du moins quand il s'agit de rébellion formelle contre son magistère infaillible. 2. Quant à l’étendue de ce devoir d’obéissance, elle se comprend aisément d’après les documents précités. a) Relativement aux vérités enseignées comme révélées et proposées comme telles par une décision infaillible, il y a pour tous les fidèles obligation stricte d’y adhé­ rer. sous peine d'être rejeté de l’Église comme héré­ tique, du moins toutes les fois que les conditions requises pour l’hérésie formelle se trouvent réalisées. Notons toutefois qu’au commandement, d’obéir au 1 ÉGLISE 2209 2210 expresse d’obliger les fidèles à se soumettre à ses lois et magistère ecclésiastique, se joint ici le commandement divin d'adhérerà la vérité certainement proposée comme à ses décisions. Quant à l’étendue de ce devoir d'obéis­ sance, il nous suffira d’en donner ici une esquisse som­ révélée par Dieu. On sait d’ailleurs que, dans le cas d’ignorance invin­ maire. 1. Obéissance due aux prescriptions disciplinaires cible de l’enseignement de l’Église ou dans le cas d’inad­ faites en vue du maintien intégral de la doctrine ca­ vertance invincible à l’opposition absolue entre les vé­ tholique. — L’Église, ayant le devoir strict de veiller rités enseignées comme révélées et des erreurs que l’on admet en toute bonne foi, l’ignorance invincible, comme au maintien intégral de la foi chez les fidèles, a, par le on l’a montré précédemment, excuse de désobéissance fait, le droit de les prémunir contre tous les dangers vis-à-vis de l’Église et d’erreur formelle dans la foi. qui menacent l’intégrité de leur foi, quelle que soit la Voir Bonne foi, t. n, col. 1013 sq. nature de ces dangers, lectures, livres ou publications 6) Relativement aux vérités doctrinales proposées par de tout genre, ou écoles périlleuses pour la foi ou la le magistère infaillible de l’Église, comme intimement vertu, qu’il s’agisse d’écoles primaires, secondaires ou liées à la révélation, et comme nécessaires pour sa supérieures, ouvertement hostiles ou scandaleusement complète explication ou pour sa défense intégrale, indifférentes. Toutes ces prescriptions qui ont été ou se­ il y a également devoir strict d'y adhérer, non par un ront étudiées aux articles spéciaux, notammentaux art. École et Index, sont strictement obligatoires pour acte de foi divine comme dans le cas précédent, mais tous les fidèles. par une ferme adhésion au magistère de l’Eglise ensei­ gnant avec infaillibilité qu’il y a connexion certaine 2. Obéissance due aux prescriptions disciplinaires avec la vérité révélée. destinées à assurer le plein accomplissement des obli­ Qu’il nous suffise de rappeler ici les documents pré­ gations imposées aux fidèles dans leur vie chrétienne cités affirmant l'obligation de se soumettre à ces déci­ individuelle. — II y a également obligation d'observer sions doctrinales, notamment le bref de Pie IX du ces prescriptions, portées par l’autorité ecclésiastique 21 décembre 1863 à l’archevêque de Munich, établissant dans le plein exercice de son droit, soit qu’il s’agisse de expressément que l’obligation stricte des catholiques ne prescriptions communes, telles que les six commande­ ments de l’Église, soit qu’il s’agisse de lois particulières, doit point être restreinte aux dogmes explicitement pro­ posés par l’Eglise comme révélés, Denzinger-Bannwart, comme celles qui concernent spécialement le clergé Enchiridion, n. 1683; leconciledu Vatican,statuant qu’il ou les congrégations religieuses. Ces diverses obliga­ ne suffit point d’éviter l’hérésie, si l’on n’évite aussi tions sont étudiées aux articles spéciaux, au point de avec soin les erreurs qui s’en approchent plus ou moins vue canonique et au point de vue théologique, d’après et qui ont été condamnées par le Saint-Siège, sess. III, ! les principes qui seront établis dans l’étude générale c. iv; l’encyclique Immortale Dei de Léon XIII du des lois de l’Église. 3. Obéissance due aux prescriplions de l’Église con­ 1’· novembre 1885, rappelant à tous les catholiques Γ obligation d'adhérer par un jugement ferme, /udicio cernant la vie chrétienne sociale. — Toutes les actions stabili, à fout ce que les souverains pontifes ont ensei­ de la vie sociale, relevant de la morale naturelle et sur­ naturelle dont l’Église est, de droit divin, l'unique gar­ gné ou enseigneront ; et l’encyclique Sapientiæ chrisliame du 10 janvier 1890, renouvelant la même affir­ dienne et interprète, relèvent conséquemment de l'auto­ mation. rité directrice de l’Église, de laquelle on doit apprendre Quant à la nature de l'assentiment donné à ces déci­ quels sont les devoirs moraux, naturels on surnaturels, sions doctrinales, il sera étudié particulièrement à l’art. auxquels les chrétiens sont astreints dans leur vie so­ Foi. ciale. Ce sont ces devoirs que Léon XIII rappelle parti­ Relativement aux décisions doctrinales non infail­ culièrement dans l’encyclique Sapientiæ christianæ, ou libles, portées par le pape ou par les Congrégations De præcipuis civium Christianorum officiis, du II) jan­ vier 1890, et dans l'encyclique Reiuim mirarum, ou De romaines, il y a encore devoir strict d’obéissance, obli­ geant à un assentiment interne, sinon ferme et défini­ conditione opificum, du 16 mai |sti|. tif comme dans le cas précédent, du moins à un assen­ On doit spécialement noter ici l’insistance avec la­ timent prudent excluant habituellement tout doute quelle Léon XIII et Pie X ont recommandé · tous les fondé. Cet assentiment, d’ailleurs pleinement légitimé catholiques qui s’occupent d'action chrétienne popu­ par la haute prudence avec laquelle l’autorité ecclésias­ laire, ou d’action catholique sociale, de suivre doci­ lement la direction de l’autorité ecclésiastique, en tout tique agit habituellement en celte occurrence, est posi­ tivement exigé par les documents précités. ce qui concerne l’application îles principes de doctrine d) Il est d’ailleurs évident que les décisions morales et de morale chrétiennes. La raison de cette insistance par lesquelles l'autorité ecclésiastique détermine les est que les œuvres qui ont pour but l’amélioration de devoirs moraux, naturels ou surnaturels, quiincombent la condition des classes populaires, sous peine d'inef­ aux catholiques dans leur vie individuelle ou sociale, ficacité à peu près complète, doivent avoir la religion s.>iit également obligatoires pour tousles catholiques, chrétienne comme inspiratrice, compagne et appui, et non seulement en ce sens que les fidèles doivent adhé­ que ce travail de pénétration de l’esprit chrétien dans rer à ces vérités, mais surtout en ce qu’ils doivent les les classes populaires doit, de toute nécessité, être placé prendre comme règle de leur vie individuelle ou sous le contrôle de l’autorité ecclésiastique. Les nom­ breux documents ecclésiastiques relatifs à cette impor­ publique. Nous citerons particulièrement, comme ■"xemple, les nombreuses décisions morales données tante matière seront étudiés ailleurs. par les Congrégations romaines pour les divers cas de VII. Conclusions thèologiques concernant les re­ lations entre l'Église et l'État. —orozj del's : -s coopération, spécialement pour la coopération avec les hérétiques et avec les infidèles. A L'INDÉPENDANCE ABSOLUE, DANS UNE SOCIÉTÉ CURE2“ bans les matières disciplinaires, où il s’agit de TIENNE, EN TOUT CB QUI CONCERNE SON AUTORITE PRO­ maintenir intégralement la doctrine catholique, ou de PRE ET devoir correspondant de l'état. — Les prin­ procurer le plein accomplissement des obligations im­ cipes précédemment établis nous autorisent à déduire les conclusions suivantes : l°Ce droit de l’Église est une posées aux fidèles dans la vie chrétienne individuelle conséquence manifeste de l’institution divine de l'Église ou sociale, le devoir de l’obéissance n’est pas moins manifeste. Il ressort de la divine mission donnée par voulue par Jésus-Christ comme société parfaite, possé­ Jésus-Christ à son Église, pour diriger les fidèles, et dant en propre et d’une manière indépendante toute de la pratique constante de cette même église, qui s’est l'autorité requise pour atteindre sa fin éminemment su­ toujours servie de ses pouvoirs divins avec la volonté périeure, qui est de continuer, jusqu'à la consommation tiurr. iiK theol. cathol IV - 70 2211 ÉGLISE 2212 des siècles, la mission de Jésus Christ, en accomplissant religion chrétienne et de ne rien faire qui soit contraire tout ce qui est nécessaire ou utile pour diriger les à son intégrité : Sanctum igitur oportet apud prin­ aines vers le salut éternel. cipes esse Dei nomen; ponendumque in præcipuis 2» Ce droit résulte aussi delà revendication constante, illorum officiis religionem gratia complecti, benevo­ faite par l’Église au cours des siècles, comme nous lentia tueri, auctoritate nutuque legum tegere, nec l’avons particulièrement prouvé précédemment en ce quippiam instituere aut decernere, quod sit ejus qui concerne le mariage chrétien, d’après l’enseigne­ incolumitati contrarium. Loc. cit. Dans ces devoirs ment de l’encyclique Arcanum de Léon ΧΙΠ du 10 fé­ j envers la religion chrétienne, est évidemment compris vrier 1880. le respect des droits sacrés que cette religion assure à 3“ Les concessions parfois accordées par l’Église au l’Église. pouvoir séculier, dans les matières relevant véritable­ 2. Les prétentions contraires, parfois émises par les ment de son autorité, ne dérogent aucunement au droit princes temporels ou par leurs partisans, ont toujours du pouvoir ecclésiastique, qui reste dans toute son in­ été réprouvées par l’Église. Il nous suffira de rappeler tégrité, malgré cette condescendance qui a toujours eu | la condamnation portée par Jean XXII contre cette pour but de mieux assurer la concorde entre les deux I proposition de Marcile de Padoue, que le temporel de l’Église est soumis à l'empereur, quod omnia tempo­ pouvoirs, en même temps que la paix et la liberté dans les sociétés chrétiennes. On a montré particulièrement ralia Ecclesiæ subsunt imperatori, et ea potest acci­ â l’art. Conciles, t. tu, col. 644, que les empereurs pere velul sua, Denzinger-Bannwart, Enchiridion, d’Orient, en convoquant matériellement plusieurs con­ n. 495; la condamnation portée par Pie VI dans la ciles œcuméniques, n’accomplissaient en réalité aucun bulle Auctorem fidei du 28 août 1794 contre les propo­ acte du pouvoir ecclésiastique, et que toute l’autorité de sitions 4" et 5e du conciliabule de Pistoie, soumettant l’Église au pouvoir séculier en tout ce qui concerne ces conciles provenait uniquement de la convocation formelle des papes, et de l'approbation qu’ils donnaient l’ordre extérieur, n. 1504 sq.; et la condamnation aux décisions conciliaires. On a également montré que portée par Pie IX contre les propositions 19-35 et les concordats, conclus entre l’Église et les pouvoirs 41-54 du Syllabus, n. 1719 sq., 1741 sq. Il n’en résulte d’ailleurs pour l’État aucune diminu­ séculiers, tout en engageant, par un contrat synallag­ matique, la volonté de l’Église, relativement aux con­ tion de pouvoir. 11 en résulte plutôt d’immenses avan­ cessions pratiques qu’elle juge utile de faire aux pou­ tages, comme nous le montrerons bientôt. 11. DROIT DE L’ÉGLISE,DANS UNE SOCIÉTÉ CHRÉTIENNE, voirs séculiers, ne diminuent aucunement ses droits AU CONCOURS NÉGATIF ET POSITIF DE L'ÉTAT, ET DEVOIR réels. Voir t. ni, col. 727 sq. Le même principe doit être appliqué à quelques CORRESPONDANT DE l'état. — Nous joignons, dans notre exposé, ces deux concours de l’État, parce que, autres concessions faites aux princes temporels, comme le titre de légat apostolique du saint-siège, le droit de bien que théoriquement assez divergents, ils sont en patronage sur les bénéfices ecclésiastiques, ou les fait intimement unis l’un à l’autre. Le concours néga­ droits spéciaux accordés aux aumôneries royales ou tif, comportant strictement la simple omission de princières. Cavagnis, Institutiones juris publici eccle­ tout ce qui pourrait contrarier la direction des sujets siastici, 4« édit., Rome, 1907, p. 278 sq. catholiques vers leur fin surnaturelle, suppose, par le 4» De toute cette doctrine, il est facile de comprendre fait même, s’il est réalisé dans toute son intégrité, quelque assistance donnée à l’Église pour l’aider à quelle est la nature des immunités ecclésiastiques, dont jouissent de droit le souverain pontife, les évêques, accomplir sa mission. Le concours positif de l’Etat, comprenant l’accomplissement, d’ailleurs discret et les prêtres et tous les ministres de l'Eglise, ainsi que prudent, des actes publics que l’Église juge nécessaires les objets consacrés au culte divin, ou affectés au ser­ vice de l’Église, ou possédés par elle. Soustraits de ou utiles pour la défense de ses intérêts, suppose préa­ droit à l’autorité du pouvoir temporel, ces personnes, lablement, sous peine de n’être point sincère, l’exis­ tence du concours négatif. Nous démontrerons donc ces objets ou ces biens doivent jouir d’une situation conjointement le droit de l’Église, dans une société particulière auprès des pouvoirs séculiers. Bien que celte situation particulière ne puisse exister, en fait, chrétienne, à l’un et l’autre concours de la part de qu'avec la bienveillante acceptation de ces mêmes l’État. pouvoirs, ce n’est point celle acceptation qui crée le 1° Ce droit de l’Église résulte manifestement de deux droit de l’Église. Ce droit, dans son principe sinon vérités déjà démontrées. 1. La première de ces vérités toujours dans sa détermination concrète et particulière, est que toutes les actions humaines, celles qui appar­ découle de l’indépendance absolue qui appartient en tiennent à la vie sociale aussi bien que celles qui appar­ propre à l’Église, dans toutes les matières qui relèvent tiennent à la vie individuelle, sont nécessairement su­ vraiment de son autorité. Voir Immunités. bordonnées à la fin surnaturelle, et qu’il appartient à 5° Ce droit de l’Église doit être intégralement res­ la seule autorité ecclésiastique, exclusivement chargée pecté par les pouvoirs séculiers dans une société nor­ de diriger â cette fin surnaturelle, d’indiquer comment malement constituée comme société chrétienne, ou se toutes les actions humaines, celles qui concernent la donnant publiquement comme société chrétienne. vie publique aussi bien que celles qui concernent la — 1. Ce devoir résulte manifestement de ce que les vie individuelle, doivent y être ordonnées. C’est l’ensei­ hommes, réunis en société, sont aussi bien sous le gnement déjà cité de saint Thomas, De regimine pouvoir de Dieu que les individus considérés isolément. : principum, 1. I, c. xv, communément reproduit par Natura et ratio quæ jubet vel singulos sancte religioles théologiens postérieurs. seque Deum colere, quod in ejus potestate sumus, et L’Eglise a donc le droit de déterminer obligatoire­ quod ab eo profecti ad eumdem reverti debemus, ea ment ce que l’État doit éviter dans ses institutions lege adstringit civilem communitatem. Homines enim et dans sa législation, pour ne point empêcher cette communi societate conjuncti nihilo sunt minus in Dei direction obligatoire des sujets catholiques vers leur potestate quam singuli; neque minorem quam singuli fin surnaturelle. gratiam Deo societas debet, quo auctore coaluit, cujus 2. La deuxième vérité sur laquelle s’appuie ce droit nutu conservatur, cujus beneficio innumerabilem de l'Église est que, selon l’enseignement de Léon ΧΙΠ bonorum quibus affluit copiam accepit. Encyclique dans l’encyclique Immortale Dei, jjiomme vivant en Immortale Dei de Léon XIII du 1'r novembre 1885. société, n’ayant pas moins d'obligation vis-à-vis de D'où Léon XIII déduit, pour les sociétés temporelles Dieu que l’homme considéré dans sa vie individuelle, et pour leurs chefs, le grave devoir de respecter la les sociétés temporelles ne doivent point se borner à 2213 ÉGLISE ne pas entraver la marche des individus vers leur lin dernière, tnais elles doivent encore les y aider en favo­ risant la vraie religion, et conséquemment l’Église catholique, seule dépositaire de cette vraie religion. D’où Léon XIII conclut que les princes ou chefs d’Elat doivent tenir le nom de Dieu pour saint, et considérer comme un de leurs principaux devoirs, celui de favo­ riser la religion, de l’aider par leur bienveillante pro­ tection, de la couvrir de l’autorité tutélaire des lois et de ne rien statuer ou décréter qui soit contraire à son intégrité. •2° Ce droit de l’Église et le devoir correspondant de l’État furent toujours enseignés par la tradition chré­ tienne, si l'on excepte les trois premiers siècles où aucune société chrétienne ne pouvait encore exister, par suite des persécutions qui sévissaient sans inter­ ruption dans l’empire romain, et de l’absence d’orga­ nisation chrétienne en dehors de l’empire. A la lin 1 é :t a i sentée par saint Anselme, archevêque de Cantorbéry la fin surnaturelle, en communiquant abondamment (f 1109), saint Bernard (-}· 1153) et Gralien (-j-1158). aux fidèles tous les moyens de salut que Jésus-Christ Saint Anselme, écrivant au comte Humbert, en même lui a confiés. D’autre part, le plan divin exigeant que, temps qu’il rappelle que les princes sont chargés par dans la vie publique ou sociale de tous les sujets, aussi Dieu de défendre l’Eglise, insiste sur cette vérité capi­ bien que dans la vie privée de chaque individu, rien tale, que l’Église n’a pas été donnée aux princes in n’aille à l’encontre de la fin surnaturelle, et même hæreditariam dominationem, sed in hæreditariam que tout la favorise, autant qu’il est possible, c’est une reverentiam et in tuitionem. Il demande que les conséquence très rigoureuse, que le pouvoir séculier princes aiment l’Église comme leur mère et qu’ils doit s’employer à réaliser le plan divin, en comman (’honorent comme l’épouse et l’amie de Dieu. Epist., dant ce qui conduit effectivement à la fin surnaturelle, I. III, epist. lxv, P. L., t. eux, col. 103. Le saint doc­ et en éloignant, autant qu’il est possible, tout ce qui teur exprime le même enseignement dans une lettre à est contraire à cette même fin ; et c’est une conséj quence non moins rigoureuse que l’autorité ecclésiasBaudouin,roi de Jérusalem, 1. IV, epist. tx, col. 206. Saint Bernard (L 1153), dans deux lettres au roi de I tique doit guider les rois dans une fonction qui relève France Louis le Gros, insiste sur le respect que les rois I ainsi indirectement de la fin surnaturelle. De regimin doivent avoir envers l’autorité ecclésiastique. Epist., principum, 1. I, c. xv. xt.v. P. L., t. ci.xxxn, col. 150 sq.; cct.xxt, col. 386 sq. C’est la même doctrine que le saint docteur enseignDans une lettre au pape Eugène III, il affirme expres­ dans sa Somme théologique, quand i) affirme que le sément le devoir de soumission du pouvoir civil envers pouvoir séculier est soumis au pouvoir spirituel, l’Église, par la célèbre comparaison des deux glaives, comme le corps est soumis à l’âme, et que par consé­ qui sont tous deux en la posession de Pierre et de ses quent il n’y a point jugement usurpé quand l’autori! successeurs : Petri uterque est, alter suo nutu, alter ecclésiastique s’occupe des choses temporelles, seule­ sua manu quoties necesse. est evaginandus. Epist., ment en ce qui lui est véritablement soumis, II» II'. cct.vi, coi. 464. Doctrine exprimée d’une manière q. lx, a. 6, ad 3“”. encore plus nette dans son ouvrage De consideratione : Nous ne rapporterons point en détail l’enseignemenî Uterque ergo Ecclesiæ et spiritualis scilicet gladius des théologiens subséquents, depuis saint Thomas jus­ et materialis; sed is quidem pro Ecclesia, ille vero et qu’au xvie siècle, parce qu’il n’est guère qu’une repro­ ab Ecclesia exserendus ; ille sacerdotis,is mi litis manu, duction de l’enseignement des souverains pontifes et de sed sane ad nutum sacerdotis et jussum imperatoris, saint Thomas, et parce que toute la vie publique de ces 1. IV, c. tu, n. 7, coi. 776. trois siècles est une preuve manifeste que cette doctrine Gralien inséra dans sa collection canonique plusieurs est alors constamment appliquée aux sociétés chré­ décrets attribués, légitimement ou non, à des papes tiennes, malgré beaucoup de fautes individuelles et antécédents, et qui exprimaient manifestement la sou­ d'empiètements accidentels sur les droits de l’Eglise. mission due â [’Église par les empereurs, notamment I D’ailleurs, cet enseignement devra être exposé quand un décret attribué à un pape Jean, dont on ne peut éta­ on fera connaître l'autorité possédée par le pape sur blir l’origine précise. Decreti prima pars, dist. XCVI, les sociétés du moyen âge. Voir Pape. c. 11, P. L., t. ct.xxxvu, col. 459. Depuis le xvie siècle jusqu’à la fin du xvm», en face L’enseignement du pape Innocent III, au commence­ des erreurs des protestants, assujétissant le plus sou­ vent toutes les matières religieuses à l'autorité souve­ ment du xine siècle, est très formel, particulièrement raine de l’État, en face aussi des abus de pouvoL dans deux lettres insérées dans les Decretales de Gré­ goire IX. La première lettre, adressée à l’empereur de commis par les rois sous l'influence des erreurs rég? Constantinople, déclare expressément que le pouvoir tiennes, les théologiens catholiques maintiennent, av> l’indépendance qui appartient de droit à l’Église, i spirituel confié au pape l’emporte sur l’autorité tempo­ relle de l’empereur, autant que l’âme l’emporte sur le conception chrétienne des devoirs des princes envers corps. Au firmament de son Église, Dieu a mis deux elle. Nous citerons particulièrement : Dominiqu. grands luminaires, qui sont l’autorité pontificale et le In IVSent., 1. IV, dist. XXV, q. n, a. 1, concl. 5. Dûu·:. pouvoir royal. L’autorité spirituelle qui préside au 1613. p. 611 sq.; Azpicuelta (Navarrus), Dele ea/ .jour ou aux choses spirituelles, est supérieure à l’auto­ tis Novit., de judiciis, n. 97, Opera, Rome.1590. t. ni. rité qui préside aux choses temporelles, autant que le p. 169; Bellarmin, De romano tontifice, 1. V, c. visq.: soleil est supérieur à la lune. Decretales Gregarii IX, Controv., Lyon, 1601, l.i.col. 795; De laids,c. xvnsq.. 1. Il, tit. vi, c. 5. Une telle supériorité implique mani­ col. 1303 sq.; Molina, De justitia et jure, tr. II. festement quelque droit de commandement de la part 1 disp. XXIX, n. 23 sq., Mayence, 1614,t. I, col. 145 sq.; de l’autorité spirituelle, et le devoir de la soumission Suarez, Defensio fidei catholicæ, 1. Ill, c. xxn sq.; Mauclère (f 1622), De monarchia seculari Christiana, du côté des princes temporels. La deuxième lettre, adressée aux évêques de France, part. Ill, 1. II, c. Il sq.; 1. III, c. il sq., Paris, 1622, affirme explicitement le droit du pape de porter juge­ t. Il, col. 1082 sq., 1160 sq.; Sylvius, Controv., 1. IV. ment sur les péchés commis par quelque fidèle que ce q. m, a. 2, Opera, Anvers, 1698, p. 341 sq.; Ana· . soit, même par les rois, 1. Il, lit. t, c. 13; c’est-à-dire, Reiffenstuel (j· 1703), Jus canonicum universum, 1. V tit. vm, η. 139 sq., Rome, 1834, t. v, p. 184 sq. selon l’interprétation des canonistes, autant que le En même temps, l’Église continue à affirmer, sur ce requiert l’utilité publique des fidèles, surtout en ma­ tière gravement scandaleuse dans la vie publique des point, sa doctrine constante, soit par son enseignemen: princes ou souverains. B. Jungmann, Dissertationes soit par ses actes. Le concile de Trente désirant ne: seleetæ in historiam ecclesiasticam, Ratisbonne. 1885, seulement rétablir la discipline ecclésiastique, mais t. v,p. 379.Un tel droit de juger suppose manifestement encore la maintenir à l'abri de toute atteinte futuraussi chez le souverain pontife un droit universel de adresse une grave admonition à tous les princes sécu liers sur leurs devoirs envers l’Église. Il exprime la commandement. confiance, que ceux que Dieu a voulus comme protec­ Toute cette conception chrétienne des devoirs des teurs de la foi chrétienne et de la sainte Église, not princes temporels envers l’Église, si expressément et si seulement accorderont à l’Église la restitution de et constamment enseignée par la tradition chrétienne, est solidement appuyée, par saint Thomas, sur l’économie qui lui est dù, mais qu’ils rappelleront encore tous du plan divin dans l’institution de l’Église el dans leurs sujets au respect dù au clergé, aux curés et aux l’établissement de la société temporelle. Selon ce plan supérieurs ecclésiastiques. Ils ne permettront point divin. c’est a l’Église seule qu’il appartient de diriger à que leurs ministres ou magistrats inférieur violt-ni. 2219 ÉGLISE 2220 par quelque sentiment de cupidité ou pour quelque habet utraque certos quibus contineatur terminos, considération que ce soit, les immunités de l’Église et eosque sua cujusque natura causaque proxima dc/inides personnes ecclésiastiques, établies par la volonté tos; unde aliquis velat orbis circumscribitur, in quo de Dieu et par les lois canoniques; enfin ces ministres, sua cuiusque actio jure proprio versetur. b) De cette soumission à l’autorité et à la direction conjointement avec leurs souverains, pratiqueront spirituelle de l’Église, l’État recueille de très grands l'obéissance rigoureusement requise envers les consti­ tutions des souverains pontifes et des conciles. Le con­ avantages pour toute la société dont il a la charge tem­ cile avertit donc l'empereur, les rois, les républiques, porelle. Avantages pour l’Etat lui-même, dont l'auto­ les princes et tous ceux qui possèdent quelque dignité, rité revêt ainsi un caractère sacré, tandis qu’en dehors que plus ils détiennent de richesses temporelles et plus de toute inlluence des doctrines religieuses, l’autorité ils sont puissants, plus aussi ils doivent vénérer tout sociale, apparaissant uniquement comme l’expression ce qui est de droit ecclésiastique et qui est, comme de la volonté du peuple, n’a qu’un fondement fragile et tel, placé sous la protection de Dieu. Ils ne doivent sans consistance. Avantages aussi pour l'ensemble des point permettre que ce droit soit violé par leurs barons, citoyens, parce que, sous l’inlluence des doctrines reli­ seigneurs, magistrats ou ministres; mais ils doivent gieuses, l’obéissance, loin d’avilir l’homme, l’ennoblit sévir rigoureusement contre ceux qui empêchent la en le soumettant à la volonté de Dieu lui-même, qui liberté, les immunités ou la juridiction de l'Église. Ils gouverne par les hommes. En même temps, l'autorité doivent eux-mêmes être un bon exemple, sous le triple est contenue dans de justes limites, puisque, loin d’être rapport de la piété, de la religion et de la protection elle-même la source de tout droit, elle ne doit point, des églises, selon les exemples de leurs prédécesseurs, I selon l’ordre divin, s’écarter de la justice ni excéder princes excellents et très religieux, qui, par leur auto­ ses attributions. D’ailleurs, dans une telle société, la rité et leur munificence, ont accru les biens de leurs I charité mutuelle, la bonté et la libéralité sont d'appli­ églises, en même temps qu’ils les ont défendus contre cation facile et constante. Avantages enfin pour la des tentatives injustes. Sess. XXV, De reform., c. xx. société familiale, parce que, sous l’inlluence des doc­ Après le concile de Trente, c’est encore cetle doctrine trines religieuses, l’unité et l’indissolubilité du lien que l'Église, autant qu’il dépend d’elle, s'efforce de conjugal sont maintenues d’une manière stable, les faire observer par les chefs des sociétés temporelles, droits et les devoirs des époux sont réglés en tome jus­ comme le montre sa pratique constante. tice et équité, l’honneur dû à la femme est sauvegardé, Au X1X' siècle, en présence des libertés modernes l’aulorité du rnari prend exemple sur l’autorité même presque universellement établies, et de l'apostasie so­ de Dieu, le pouvoir paternel est tempéré par les égards ciale de la plupart des gouvernements, dissimulée le dus à l’épouse et aux enfants, et pleine satisfaction est plus souvent sous le voile de la neutralité officielle, donnée aux divers besoins des enfants. Tous ces avan­ l’Église maintient encore la doctrine traditionnelle, soit tages sont puissamment mis en relief par Léon XIII en répudiant ces libertés du moins comme principe dans l’encyclique Diulurmrm du 29 juin 1881, et dans universel de gouvernement, comme l’ont fait Gré­ l’encyclique Immortale Dei. goire XVI dans l’encyclique Mirari vos du 15aoùtl832, Bouix, Tractatus de papa, part. IV. sect. 1 sq., Paris. 1870, Pie IX dans l’encyclique Quanta cura du 8 décembre t. m, p. 7 sq. ; Liberatore, L’Église et l’État dans leurs 1861, et dans la condamnation des propositions 77e et rapports mutuels, traduit de l’italien, Paris, 1877. p. 87 sq., Mazzella, De religione et Ecclesia, disp. III, a. 10, Rome, 1896, 79e du Syllabus, et Léon XIII dans l’encyclique Liberp. 459 sq. ; Zigliara, Propædeutica in sacram theologiam, tas du 20 juin 1888, soit en rappelant officiellement la 2’ édit., Rome, 1885, p. 415 sq. : Summa philosophica, 6*édit., doctrine catholique, contre laquelle rien ne peut Lyon, 1884, t. 111, p. 295 sq., 307 sq., 329 sq.; de Groot, op. cit·, prescrire, et qui doit, selon la parole de Léon XIII p. 395 sq.; Cavagnis, Institutiones juris publici ecclesiastici, dans l’encyclique Immortale Dei, servir de fondement 4* édit., Romo, 1906, t. i, p. 32o sq., 352 sq.; Schiftini, Disputa­ à la constitution chrétienne des États. tiones philosophiæ moralis, Turin, 1891, t. Il, p. 652 sq.; FerDans cette encyclique, Léon XIII rappelle aux sou­ retti, Institutiones philosophise moratis, Rome, 1896, t. m, p. 412 sq.; Castelein. Institutiones philosophiae moralis et verains et aux sociétés, qu'en vertu de leur absolue socialis, Bruxelles, 1899, p. 532 sq.; Callirein, Philosophia dépendance de Dieu, dans la vie sociale aussi bien moralis, 6' édit., tU’ibourg-en-Brisgau, 1907, p. 554 sq.; Billot, que dans la vie individuelle, ils sont tenus de respecter Tractatus de Ecclesia Christi, Prato, 1910, t. 11, p. 96-121. le saint nom de Dieu, d'entourer la religion de leur III. DROITS DE L'ÉGLISE ET DE VOIHS CORRESPONDANTS bienveillance et de la défendre assidûment, de la cou­ DE L'ÉTAT DANS UNE SOCIÉTÉ DIVISEE AU POINT DB vrir de l’autorité tutélaire des lois, et de ne rien éta­ blir ou décréter qui soit contraire à son intégrité. vue religieux, et concédant de fait, comme droit po­ En même temps, les théologiens catholiques s’atta­ litique, les libertés modernes, principalement la liberté chaient à prouver l'enseignement catholique contre de conscience et des cultes. l’erreur du libéralisme, en développant les arguments 1° Dans cette situation, malgré l’opposition des so­ de saint Augustin et de saint Thomas que nous avons ciétés temporelles el celle de leurs chefs, les droits de précédemment rapportés, arguments appuyés princi­ l'Eglise restent strictement ce que Jésus-Christ les a palement sur le souverain droit de Dieu, maître absolu établis, car leur existence ne dépend aucunement de la des sociétés aussi bien que des individus. A ces argu­ reconnaissance ou de l’approbation des hommes. Tou­ ments, l’on joignait une apologie de la doctrine catho­ tefois, dans la revendication de ces droits, l'on sera lique qui peut se résumer dans les deux assertions contraint, si l’on veut être effectivement écouté de ceux suivantes : qui détiennent le pouvoir, de s’appuyer, non sur les a) Il n’y a, en ceci, aucune diminution des droits litres divins dont ils refusent de tenir compte, mais naturels de l’ixtat, puisque la soumission lui est sur les droits des sujets catholiques à ne pas être mo­ demandée seulement en ce qui appartient au moins lestés dans leurs croyances ou dans leurs pratiques indirectement à l’autorité de l’Église, et que l’État est religieuses, et à s'associer, en toute liberté, pour le reconnu souverain dans sa propre sphère, en dehors plein exercice de leur religion. Il n’y a, en ceci, aucune de l’orientation nécessaire vers la fin surnaturelle qui abdication des principes catholiques, mais uniquement est toujours soumise à la suprême direction de l’Eglise. argumentation ad hominem, pour obtenir plus effica­ Ce langage est en parfait accord avec l’encyclique cement ce à quoi l'on a strictement droit. Il n’y a non Immortale Dei, qui enseigne expressément que cha­ plus aucune participation illégitime à une concession cune des deux puissances est souveraine dans sa illicite des libertés modernes, à supposer que. de lait, propre sphère : Llraque est in suo genere maxima : il y eût vraiment concession illicite dans une circon­ 2221 ÉGLISE stance donnée. Car on ne donne nécessairement au­ cune approbation à cette situation de fait, que l’on ne peut d’ailleurs aucunement modifier; on veutseulement en faire usage pour obtenir la concession de droits in­ contestables, auxquels on ne peut pratiquement donner aucun autre appui vraiment effectif. Cette coopération simplement matérielle, et d’ailleurs autorisée par de graves raisons, est donc permise. C’est, en réalité, sur ce terrain que se font pratiquement aujourd’hui la plupart des revendications catholiques, dans les débats parlementaires, dans les conférences ou réunions pu­ bliques et dans les discussions de la presse. Cette tac­ tique, commandée par la situation nouvelle faite aux catholiques, est pleinement légitime; mais ellea besoin d’étre expliquée aux auditeurs exclusivement catho­ liques, et d’étre complétée, pour eux, par un exposé doctrinal, où les droits divins de l’Église occupent leur place légitime. Autrement beaucoup de fidèles per­ draient pratiquement de vue la sublime transcendance de l’Église catholique, et courraient quelque risque de l’assimiler de fait aux institutions humaines. Notons aussi qu’en restant sur ce terrain, et pour montrer que l’on est sincère en revendiquant pour les catholiques la pleine application du droit commun à la liberté politique, il n’est pas interdit d'affirmer, ou même de revendiquer, le droit politique des protestants ou autres hétérodoxes à cette même liberté, dès lors qu’on le fait uniquement pour assurer efficacement aux catholiques l’exercice de leurs droits, et que c’est d’ailleurs le seul moyen de 1'obtenir. 11 peut être néces­ saire d’expliquer sa conduite à ceux qui pourraient, faute d’instruction ou d'attention, en prendre scandale; mais cette conduite esl, en soi, pleinement légitime. 2» Outre ces droits, résultant pour les catholiques du simple fait de la concession de la liberté politique de conscience et des cultes, il peut y avoir aussi des droits spéciaux, provenant d’un accord mutuel entre l’Eglise et l’État, réglant, par des concessions réciproques, les relations entre l’un et l’autre pouvoir. Voir Concor­ dats. 11 est évidemment permis d’appuyer les reven­ dications catholiques sur cet argument juridique, sans aucun préjudice des droits divins découlant de la constitution même de l’Église. CONCLUSIONS IV. CONTRE LES DIVERS SYSTÈMES ERRO­ NÉS. — 1» Conclusion contre les divers systèmes sou­ tenant la subordination de l’Église à l’État, d’une manière absolue ou d’une manière partielle. — i. Cette subordination est soutenue, d'une manière absolue, par tous ceux qui, sous quelque forme de gouvernement que ce soit, veulent que l’État soit la source exclusive de toute autorité et de tout droit. C’est le système for­ mulé dans la proposition 39e du Syllabus : Revpublicæ status, utpote omnium jurium origo et fons, ture quo­ dam pollet nullis circumscripto limitibus. Ce système est manifestement soutenu par les socialistes, qui n'admettent d’autre autorité que celle de l’État. Il se rencontre aussi, â un degré plus ou moins considérable, dans toutes les doctrines étatistes, quelle que soit la forme de gouvernement. Nous ne nous arrêterons point â prouver que ce sys­ tème est la répudiation absolue de toute l’économie surnaturelle, et même de toute religion et de toute morale; c’est une conclusion évidente, puisque tout droit autre que celui de l’État disparaît entièrement. En même temps, toute vraie liberté individuelle disparaît aussi, puisque l’autorité de l’État, n’ayant aucune limite ni restriction, peut s’exercer discrétionnairement. 2. La subordination de l’Eglise à l’Etat peut être res­ treinte à l’ordre temporel ou extérieur, en laissant à l’Église le domaine purement spirituel, que l’on se plaît, d’ailleurs, à rétrécir arbitrairement. On s'appuie sur ce fallacieux prétexte, que l’Église étant une société purement spirituelle, tout ce qui esl de l’ordre 2222 extérieur échappe entièrement à cette autorité spiri­ tuelle, et appartient exclusivement â celle de l’État, qui ne peut, en cette matière, admettre aucune diminu­ tion de son autorité naturelle. C’est le système que for­ mulait la célèbre Déclaration de 1682, dans son art. Ie, affirmant qu’au bienheureux Pierre et à ses successeurs les vicaires de Jésus-Christ et à l’Eglise elle-même, le pouvoir sur les choses spirituelles et sur les choses con­ cernant le salut éternel, mais non sur les choses civiles et temporelles, a été concédé par Notre-Seigneur, selon ces paroles: Mon royaume n'est pas de ce monde. Joa., xvm, 36, et selon ces autres : Rendez donc à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. Luc.. XX, 25. La parole de l’apôtre reste donc vraie : Que toute âme soit soumise aux pouvoirs supérieurs; car il n’y a pas de pouvoir si ce n’est de Dieu et celui qui résisteau pouvoir résisteà l’ordre divin. Rom., xm. I sq. Les rois et les princes ne sont donc, dans le temporel et en vertu de l’ordre divin, soumis à aucune autorib ecclésiastique; ils ne peuvent, en vertu du pouvoir des clefs que possède l’Église, être déposés directement ou indirectement, et leurs sujets ne peuvent être déliés de la fidélité et de l’obéissance qu’ils leur doivent, ni du serment de fidélité qu’ils lui ont prêté. Cette doctrine nécessaire à la tranquillité publique, et non moins utile à l’État qu’à l'empire, doit être absolument tenue comme conforme à la parole de Dieu, à la tradition des Pères et aux exemples des saints. Denzinger-Bannv.art, Enchiridion, n. 1322. On sait que cette assertion fut avec les trois autres assertions de 1682. plusieurs : condamnée par les souverains pontifes. Voir t. iv, col. 197 sq. C’est cette même doctrine, que soutenait aussi le conciliabule de Pistoie, dans sa proposition 4'. condamnée par la bulle Auctorem fidei de Pie VI. du 28 août 1794, déniant à l’Église toute autorité sur les choses extérieures, et ne lui reconnaissant aucun pou­ voir coercitif, en dehors de celui de la persuasion n. 1504 sq. Ces doctrines, encore existantes au xtxe siècle, sous diverses formes de gouvernement, sont signalées et réprouvées par Pie IX, dans l’encyclique Quanta cura du 8 décembre 1864 : At vero alii instaurantes prava ac toties damnata novatorum commenta, insigni impudentia audent Ecclesiæ et hujus apostulux sedis supremam auctoritatem a Christo Domino ei tribu­ tam, civilis auctoritatis arbitrio subjicere, et omnia ejusdem Ecclesiæ et sedis jura denegare circa ea quæ ad exteriorem ordinem pertinent. Ces mêmes erreurs sont encore formulées dans les propositions 41-51 du Syllabus, condamnées par Pie IX. Enchiridi >n, n. 1741 sq. Dans plusieurs encycliques, notamment dans l’ency­ clique sur le mariage chrétien du 10 février 1880, et dans celle sur la constitution chrétienne des États du Is1· novembre 1885, Léon XIII renouvelle la même con­ damnation, et en même temps oppose à ces erreurs la véritable doctrine sur les droits de l’Église, établie par Jésus-Christ comme société parfaite, avec un pouvoir pleinement indépendant pour tout ce qui concerne, de quelque manière, la lin surnaturelle qui lui a été exclu­ sivement confiée. Doctrine que nous avons d’aîi'eurs précédemment rapportée et prouvée. On comprend assez combien ces erreurs sont perni­ cieuses au bien de l’Église, en mutilant considérai.ement sa liberté, et au bien de la société civile en favorisant le despotisme de l’État, et en restreignant arbitrairement la liberté des catholiques. 2° Conclusion contre les divers systèmes libéraux, réclamant universellement la séparation de l’Église et de l’État. — 1. La séparation absolue de l’Église et de l’État, en dehors de tout arrangement mutuel entre les deux puissances, peut être réclamée sous trois prétextes. 2223 ÉGLISE — ÉGOÏSME a) Elle peut être réclamée au nom des doctrines étatistes, n’admettant d’autre autorité que celle de l’État, à laquelle tout doit être nécessairement soumis. Ce système se confond pratiquement avec celui de la subordination absolue de l’Eglise à l’État; et il tend comme lui à l'extinction de toute religion, et même de toute morale et de toute vraie liberté. b) La séparation de l’Église et de l’État peut encore être réclamée au nom de l’incompétence de l’État en matière religieuse, incompétence qui, dit-on, exige de l’Etat une absolue neutralité confessionnelle en lace des diverses communions chrétiennes, sans que cependant l’État soit obligé de pratiquer l’athéisme, ni même l'indilférence absolue en ce qui concerne la religion naturelle. Les partisans de ce système, quand ils sont bien sincères, peuvent, quelquefois, avoir la volonté d’accor­ der à l'bglise la liberté imparfaite que comporte une telle situation; liberté d’ailleurs parfois désirable, du moins si l’on compare cet état à celui de la persécution ou de l'opposition violente. On peut aussi rencontrer, chez les partisans de ce système, la volonté effective de s'entendre avec l’Église, pour certains arrangements qui améliorent sa situation. Mais il n'est aussi que trop vrai que, chez beaucoup de prétendus libéraux, cette neutralité confessionnelle est une simple apparence trompeuse, sous laquelle ou cherche à dissimuler la volonté effective de nuire au bien de l’Église. On ne voit aujourd'hui que trop d'exemples de cette perfide dissimulation, dans divers pays. 11 arrive aussi très souvent que les libéraux qui soutiennent cette neutra­ lité confessionnelle se confondent pratiquement avec ceux qui veulent tout subordonner à l’autorité despo­ tique de l’État. c) La séparation de l’Église et de l’État peut encore être réclamée à cause des dispositions nouvelles de l’esprit public, que l’on dit être, désormais et partout, définitivement acquises à l’usage des libertés modernes. Si l’on se bornait à affirmer la nécessité de ces libertés dans les circonstances où elles sont véritable­ ment exigées par le bien public, selon la doctrine de l’encyclique Libertas de Léon XIII du 20 juin 1888, il n’y aurait rien â blâmer. L’erreur est dans l’application universelle, absolue et irrévocable de ce qui ne doit être en soi qu'un remède destiné à pallier ou â diminuer un mal réellement existant. Il se rencontre d’ailleurs, très souvent, que ceux qui s’arment de ce prétexte, font pratiquement cause com­ mune avec les libéraux qui soumettent tout à l’autorité de l’État, ou du moins étendent démesurément ses attributions. 2. Le libéralisme, à ses divers degrés, sera réfuté ailleurs. Il nous suffit d’indiquer ici combien il est opposé à toute la doctrine catholique exposée dans cet article, si du moins l’on excepte les cas particuliers, où l'application, plus ou moins étendue, des libertés modernes est impérieusement réclamée par le bien commun d’une société malheureusement très divisée au point de vue religieux. Il est, en effet, bien manifeste, d’après nos thèses précédentes, que le libéralisme, au point de vue théo­ logique, est une violation des devoirs de la société et de son chef temporel envers Dieu et envers son Église, comme le prouve Léon XIII dans l’encyclique Libertas. Il est non moins évident, au point de vue humain, qu’une application absolue du libéralisme est une injustice pour les sujets catholiques dont il lèse arbi­ trairement les droits, et un très grand mal pour toute la société, parce que les heureuses influences qui devraient s’y exercer pour son propre bien, sont, en très grande partie, diminuées ou même paralysées. En terminant ret article. ml nous avons dû étudier séparément chacune des questions concernunt l’Église. nous prions le lecteur 2224 désireux d'avoir, sur tout ce. ensemble, un aperçu synthétique de l’enseignement scripturaire, de l'enseignement patristique ou théologique et de l'enseignement ecclésiastique, de grouper luimême, sous ces titres généraux, ce que notre étude analytique devait nécessairement fractionner, sous peine d'obscurité ou d’imprécision. Quant aux ouvrages à consulter, on peut se reporter princi­ palement à ceux qui ont été cités au cours de cet article, pour chaque question particulière, ainsi qu'aux articles correspondants du Kirchenlexikon, 2· édit., Fribourg-en-Brisgau, 1801, t. vit, p. 477 sq., et du Dictionnaire apologétique de ta /oi catholique, i· édit., Paris, 1910, t. i, col. 1219 sq. E. Dublanchy. ÉGLISE (PETITE). Voir Anticoncordataires. ÉGOÏSME.-1. Notions et définitions. II. Égoïsme dans un sens absolu. 111. Egoïsme dans un sens res­ treint. IV. iigoïsme et abnégalion. V. Égoïsme et mo­ rale du bonheur. I. Notions et définitions. — Le mot égoïsme est d’usage assez récent; il a commencé à figurer au dic­ tionnaire de l'Acadéinie en 1762. Son origine est due aux jansénistes de Port-Royal. Ces Messieurs ont gé­ néralement banni de leurs écrits l’usage de parler d’eux-mêmes à la première personne, dans la pensée que cet usage, pour peu qu’il fût fréquent, procédait d’un principe de vaine gloire et de trop bonne opinion de soi. Aussi pour en marquer leur éloignement, ils l’ont tourné en ridicule sous le nom d’égoïsme qui, depuis, a passé dans notre langue. L’égoïsme est l'amour désordonné de soi, et lorsqu’il est absolu, c’est une disposilion à tout rapporter à soi C’est le vice le plus odieux et le plus opposé à la cha­ rité qui est la subordination de toute la personne â Dieu et par conséquent au prochain dans toute la me­ sure du devoir. L'égoïsme, avec l’orgueil qui s’y cache, est le père de tous les autres vices. La plupart des fausses morales (morale de l'intérêt, du plaisir, de l’utilité sociale) pèchent par l’égoïsme. Toutes les affections que nourrit le cœur humain peuvent se ranger en deux classes bien distinctes. Ou bien l'homme prend pour objet de ses affections ce qui l'entoure, ce qui est en dehors de lui-même, comme Dieu, ses semblables, la vérité, le beau, etc. Ou bien elles ont pour objet lui-même, c'est-à-dire son bien, son utilité personnelle et tout ce qui intéresse plus ou moins sa personne. Dans ce cas, ces affections sont dites intéressées. Des alfections intéressées ne constituent pas à proprement parler l’égoïsme. Si l'on méritait le nom d’égoïste par cela seul qu’on aime son bien et qu’on le recherche, à ce compte, il n’est pat un homme qui ne dût être ainsi qualifié, car il n’est pas un homme qui d'une manière ou d’une autre ne songe à soi et n’aspire à son bonheur. L’amour de soi n’est donc pas identique avec l’égoïsme, mais celui-ci commence lorsque l’amour de soi devient désordonné ou exclusif. Certains philosophes modernes entendent par égoïsme l'amour de soi, opposé à l’altruisme. D’après Herbert Spencer, Les bases de lamorale évolutionniste, c. v-xni, toute action qui se rapporte à l’intérêt personnel est égoïste; est altruiste « toute action qui, dans le cours régulier des choses, profite aux autres, au lieu de profitera celui qui l’accomplit ». Il esta peine besoin de faire remarquer ici. combien la charité diffère de l’altruisme; celui-ci n’est au fond qu’un instinct de sympathie ou de bienveillance envers le prochain. Il ne serait pas juste de confondre l’égoïsme avec ce que quelques contemporains appellent l’égotisme, Maurice Barrés, Un homme libre, Paris, 1889. et qui consiste dans la culture intensive des diverses facultés du moi et dans la jouissance des sentiments raffinés qui résultent de celle culture La premiere partie de la culture du moi. loin d'êlre égoïste. est. au contraire, •24 222.', 2 de ou Joi­ le résultat d’uu noble souci de la perfection; mais la seconde partie qui n’est qu’une sorte de dilettantisme psjcnutogique et moral ne peut guère se défendre du reproche d'égoïsme. II. Égoïsme dans un sens absolu. — Dans le sens absolu du mot, l’égoïsme est l'amour déréglé de soi, subordonnant absolument tout à la satisfaction de ses désirs et de ses appétits. Dès lors, par son essence même, l’égoïsme absolu est la négation de l'ordre moral, parce qu'il établit le moi comme bien suprême, et qu’il pousse l'àme, malgré sa limitation et sa dépen­ dance. à prendre la place du bien final et infini qui est Dieu. Dans son extension la plus large, l’égoïsme comprend le désir et la volonté de tout dominer, de tout posséder, de jouir de tout et autant que cela est po-sible, d’exclure les autres de la possession et de la jouissance des biens acquis ou convoités.Tout homme est animé d’une tendance innée vers le bonheur, mais cette tendance doit être conforme à l’ordre essentiel des choses, qui oriente la créature raisonnable, ses facultés, ses opérations et ses désirs vers le bien tinal, le bien inlini. L'égoïsme absolu, en déplaçant le centre d’orienta­ tion de la nature humaine, brise donc l’ordre naturel des choses et pervertit l'inclination innée de l'homme à la béatitude. Ainsi l’égoïsme absolu apparaît comme □ne corruption de l'intégrité de la nature humaine, c'est la concupiscence née du péché originel. Rom., vil. 22; S. Thomas, Sum. theol., 1* Ilæ, q. lxxxh, a. 2. L'amour de soi déréglé et absolu provient du péché et excite au péché. Il n’est cependant pas en soi un péché imputable, comme le soutiennent les protestants, mais, d'après la doctrine du concile de Trente, il peut seulement être appelé habitus peccati, péché habituel. Sess. V, De­ cretum de peccato originali, η. 5. Pour que le péché personnel actuel prenne naissance, il est nécessaire que la volonté s’introduise dans cette inclination déréglée et désordonnée qu’est l'égoïsme absolu. Plus la volonté se met au service de la passion par des actes coupables répétés, plus l’égoïsme croit dans ses désirs, ses ten­ dances et ses convoitises, alors l'habitus peccati devient vitium, l’amour désordonné de soi atteint son sommet. Tout ce qui est péché a sa racine profonde dans l'égoïsme absolu, car le péché, c'est la déviation de la volonté qui préfère la créature à Dieu, qui estime le bien fini et passager plus que le bien inlini et im­ muable, qui recherche la jouissance malgré la volonté de Dieu, en un mot, fait de l'amour du moi la règle de ses actions. Saint Grégoire le Grand appelle l’égoïsme, pris dans le sens que nous venons d’exposer, vitiorum regina, .Vora!., 1. XXXI, η. 87, Ρ. L., t. LXXVI, col. 620. D’après saint Bonaventure, Breviloquium, ill. 9. il est omnium peccatorum actualium initium, et d'après saintThomas, Sum. theol., I· 11", q. lxxix, a. 4, fans omnium pec­ catorum. Saint Augustin remarque à la fin du 1. XIV° de la Cite de Dieu : Fecerunt itaque civitates duas amores duo : terrenam scilicet, amor sui usque ad contemptum Dei; cælestem vero, amor Dei usque ad contemptum sui. Denique illa in seipsa, hæc in Domino gloriatur. Illaenim quærit ab hominibus glo­ riam, huic autem Deus, conscientise testis, maxima est gloria. P. L., t. xi.i, coi. 436. Enfin sur le même sujet, le divin Platon s’exprime en ces termes : « Et en vérité c’est l'amour excessif de soi qui est pour tous et toujours la cause de toutes les fautes.» Traité des luis, v, 731. III. Égoïsme dans un sens restreint. — L’égoïsme se prend dans une signification restreinte, lorsqu'il désigne l’amour exclusif de soi par rapport aux autres hommes et aux choses extérieures. Il n'est pas directe­ ment exclusif par rapport à Dieu. gne ou ici2UF nts ’II, 4e, ÉGOÏSME 2226 Le désordre consiste à ne pas tenir compte dans l’amour de soi des devoirs de justice et de charité qui nous lient à nos semblables. L'égoïste recherche injus­ tement le développement et le perfectionnement de son moi au détriment du prochain; il désire toujours et s’efforce d'obtenir le premier rang, de tirer de toutes choses avantage pour soi-même, au mépris des exi­ gences de la justice et de la charité. Tout ce qui existe tout ce qui se passe dans le monde, n’a de prix et de sens pour lui qu’autant que les choses se rapportent à lui et favorisent ses projets et ses intérêts personnels. Il veut que tout ce qui l’entoure le serve comme si le monde n’avait été créé que pour lui; ses vues étroites doivent être la règle du jugement et des actions des autres. Idolâtre de sa propre personnalité, il ne craint pas de rendre les autres victimes de sa tyrannie; il ne les considère que comme les instruments de ses des­ seins, et après en avoir usé et abusé, il les rejette avec insolence comme des jouets inutiles. On comprend qu’il s’inquiète peu du bonheur ou du malheur du prochain et ne songe guère à sécher ses larmes. L’amour déréglé de soi est antisocial, parce que l’é­ goïsme s’opposant à l'égoïsme, les intérêts se heurtent nécessairement et engendrent la lut te et la guerre. Les prétentions exagérées qu’affiche l’égoïste à la louange et à l’admiration, aux hommages des autres, mettent ceux-ci en garde contre lui et les poussent à renverser les rôles et à s’emparer à leur profit et gloire de ce qui devait servir à glorifier et à exalter l’égoïste. Cette lutte des égoïsmes a pour conséquence inévitable la guerre de tous contre tous et ainsi elle ébranle dans ses fondements ia société civile. L’égoïsme relatif, dont il est ici question, est le commencement de l’égoïsme absolu. A force de se rechercher soi-même, de se préférer aux autns. de faire servir les choses extérieures à son intérêt peisonnel exclusif, l'homme en arrive à s’aimer plus que le bien final infini; il tombe dans l’égoïsme absolu, source de tous les maux. IV. Égoïsme et abnégation. — L’égoïsme et l’abné­ gation étant deux tendances opposées de l’âme hu­ maine, on en comprendra mieux la nature en les com­ parant l'une à l'autre. L’égoïste prend comme centre de ses volontés et de ses actions son propre moi et la satisfaction de ses inclinations, l’abnégation réprime les tendances désordonnées de l'amour-propre. L’égoïsme est le renversement de l’ordre moral, parce qu'il subordonne toul à ses désirs el à ses inclinations personnelles; l’abnégation, au contraire, est l’intégra­ tion du véritable ordre moral, parce qu'elle soumet le corps et l’appétit sensible à la raison, la nature à la grâce et l’homme tout entier à Dieu: enfin l’égoïsme est la source de tous les péchés, l'abnégation est le point de départ de toutes les vertus. Rien de plus exprès, de plus fondamental dans la morale chrétienne que le précepte de l’abnégation. L divin auteur du christianisme en a multiplié les for mules : « Que celui qui veut être mon disciple ■ renonce » ; « Personne ne peut être des miens si d’aboi il ne se renonce », et nombre de paroles de ce genn Ces maximes, tous les ascètes les ont recueillies ■ commentées, elles forment le fond de leurs ouvrages Le livre de l'imitation, ce manuel par excellence ce l’ascôlisme chrétien, n’en est pour ainsi dire qt: l’admirable paraphrase. L'auteur s’est résumé lui-même en disant : « Retenez bien cet axiome court et plein de sens : Quittez tout et vous recevrez tout. » La voie par laquelle il fait cheminer l’âme fidèle, c’esf la voie de l’abnégation, c'est ce qu’il appelle la voie royale de la croix. Sur ce point le doux saint François de Sales ne tient pas un autre langage que l'austère saint Jérôme. Parce que l’égoïsme absolu, fruit du péché origine! 2227 ÉGOÏSME réside en tout homme (la bienheureuse Vierge Marie exceptée), il s’ensuit que l’abnégation est dans la vie chrétienne d’une absolue nécessité. Matth., Il, 12; Joa., ΧΠ, 25. Mais dans chaque homme en particulier l’amour désordonné de soi prend une direction domi­ nante, suivant les dispositions naturelles de son âme. Jac., t, 14; S. Thomas, Sum. theol., 1“ Ilæ, q. lxxxxii, a. 4, ad I»”. Dés lors l’abnégation, pour atteindre son but, pour rétablir l’ordre dans le conflit des désirs et des con­ voitises, devra engager une lutte courageuse et impla­ cable contre l’inclination désordonnée, que l’âme aura reconnue prédominante. Cela suppose une exacte con­ naissance de soi, que l’on obtiendra par un examen diligent et attentif de son intérieur, examen exécuté sous la lumière de la grâce divine. A la vérité, la connaissance exacte des mauvaises dispositions de son âme est le plus souvent pour l’homme une besogne difficile et pénible. C’est que l’amour-propre s’entend à merveille à se dissimuler et à se faire illusion. Il réussit à donner aux actes défendus l’apparence de ce qui est permis, voire de ce qui est vertueux et même de ce qui est obligatoire. A-t-on reconnu le danger de certainesaffections, l’amourpropre n’est pas embarrassé pour se représenter les remèdes nécessaires comme inutiles, inaptes, impru­ dents, et s’affermir ainsi dans ses mauvaises habitudes. Contre tous ces mouvements hostiles, l’abnégation doit être exercée sans relâche, avec une inlassable per­ sévérance. Ainsi, on peut affirmer, sans crainte de se tromper, que la pratique de la vertu est impossible sans la victoire sur soi, sans l’abnégation. Car toute vertu peut se ramener â l’amour de Dieu, l’amour du prochain ou l’amour du salut éternel, mais aucune de ces sortes d’amour ne peut subsister si l’on ne combat l’amour désordonné de soi. Le plus sûr critérium pour mesurer le progrès fait dans le chemin de la vertu, c’est le degré d’abnégation auquel on est parvenu. Aussi tout acte de renoncement, même le plus petit, est-il éminemment précieux; c’est un pas en avant vers le but de notre vie chrétienne, la béatitude éter­ nelle. Par la fidélité dans les petites choses, par de petits sacrifices répétés, l’âme acquiert des forces pour des sacrifices toujours plus grands et se prépare une riche couronne de mérites pour le ciel. En outre, l’exercice du renoncement dispose l’âme à la réception de grâces particulières que Dieu accorde avec la plus grande libé­ ralité aux cœurs généreux qui luttent vaillamment au service du souverain Maître. « Plus la nature se renonce, plus abondantes seront les grâces reçues, » dit l’auteur de l'imitation, 1. III, c. i.tv, 17. Les premières grâces que nous recevons dans la vie, consistent dans une excitation divine et un secours salutaire pour nous élever à Dieu par la prière et en même temps pour vaincre les mauvaises inclinations de la nature. Cette impérieuse nécessité de l’abnégation est pro­ clamée par des voix bien inattendues, par des philosophes de l’école positiviste. M. Guyau.qui a cru pouvoir édifier une morale sans obligation ni sanction, ne s’est pas avisé d’en construire une sans renoncement, et il regarde l’abnégation comme la loi de l’existence humaine et de la plénitude de la vie. « La vie, dit-il, a deux faces ; par l’une elle est nutrition et assimilation, par l’autre production et activité. Plus elle acquiert, plus il faut qu’elle dépense, c’est sa loi...; il y a une certaine géné­ rosité inséparable de l’existence, et sans laquelle on meurt, on se déssèche extérieurement, il faut fleurir la moralité ; le désintéressement, c’est la fleur de la vie humaine...; nous sommes loin, conclut M. Guyau, de Bentham et des utilitaires qui cherchent à éviter partout la peine, qui voient en elle l’irrécoaciliable ennemie; c’est comme si on ne voulait pas respirer trop fort, de 222b peur de se dépenser. » Esquisse d’une morale sans obli­ gation ni sanction, I. Il, c. i, n. Un autre représentant du positivisme, M. Max Nordau, qui ne prétend pas s’élever au-delà de la sphère natu­ raliste, qui ne parle jamais d’âme spirituelle et immor­ telle, enseigne, lui aussi, la nécessité de l’abnégation. Il voit dans l’homme inférieur une bête qu’il faut museler. Il reconnaît que le grand travail de la civilisation « a été de dompter la concupiscence, » de faire sortir l’homme « du carnassier voluptueux ». « Et cet effort, chacun doit le continuer sans cesse; cette conquête, chacun doit la défendre sans trêve contre les assauts du dedans et ceux du dehors. » Dégénérescence, I. 1, c. VI. Ce qui serait le plus proche de la morale chrétienne, c’est l’ascétisme péripatéticien. D’après Aristote, l’ascé­ tisme repose sur la théorie du juste milieu. « La vertu, dit-il, est une sorte de juste milieu, » et il ajoute cette règle, qu’on retrouve presque dans les mêmes termes chez les maîtres chrétiens de la vie spirituelle : « Le premier soin de celui qui veut atteindre ce sage milieu, c’est de s’éloigner du vice qui est le plus contraire. Nous devons nous rendre compte des penchants qui sont le plus naturels en nous, et ce qui nous les fera facilement reconnaître, ce seront les émotions de plaisir ou de peine que nous ressentirons. Alors nous nous ferons pencher nous-mêmes en sens contraire, car en nous éloignant de toutes nos forces de la faute que nous redouions, nous nous arrêtons dans le milieu, â peu prés comme on fait quand on cherche à redresser un morceau de bois tordu. » Morale à Eicomaque, 1. Il, c. π, Vi, IX. Cette règle fait bien comprendre comment la mortification chrétienne est vivifiante; elle ne con­ trarie la nature que pour la féconder. Plus cohérente et mieux appuyée est la doctrine des philosophes nettement spiritualistes, comme aussi plus entier leur accord avec la vérité catholique. Plusieurs déclarent qu’ils se sont inspirés des enseignements du christianisme, mais trouvant par la raison des vérités qu’ils n’auraienl pas découvertes, laissés à leurs seules forces, ils démontrent que cet idéal est aussi d’une sagesse toute humaine. Us prouvent une fois de plus qu’il ne saurait y avoir dissentiment entre la révélation et la vraie philosophie. M. Ollé-Laprune, Le prix de la vie, c. xxii, et M. Blondel, L’action, p. 376, donnent les vrais et solides fondements de l’abnégation au point de vue de la saine raison. L’homme est fait pour un bien qui dépasse tous les biens finis; dans l’homme,la volonté, faculté maîtresse, ne se trempe qu’en se résistant à ellemême et â ce qui l’entraîne. V. Égoïsme et morale du bonheur. — Le catéchisme du concile de Trente recommande aux pasteurs d’ex­ citer les fidèles à l’observation des préceptes divins par la considération de la récompense, et il invoque à cet effet l’exemple des Livres saints. Part. Ill, c. I, n. 9; c. Il, n. 25; part. IV, c. xi, n. 3. Or, les incré­ dules, ouvertement ou hypocritement, accusent cette morale du bonheur d’être du pur égoïsme. M. A. Charma écrivait en 1834: « C’est en vain que le christianisme nous recommande sans cesse l’abnégation personnelle. Ses généreuses déclamations sur le désintéressement se terminent toujours par ces mots : Chrétien, sauve ton âme... Que suit-il de là? La vertu est un calcul. » Essai sur les bases et le développement de la moralité, 1834, p. 436. M. Renouvier reconnaît « qu’il est impos­ sible à la vertu de ne pas tenir compte... des biens à rendre pour le bien, et des maux pour le mal ; » mais il ajoute : « Quant à la sanction des peines et des récom­ penses sous forme d’une rétribution accordée par une personne, que nous avons le droit d’appeler particulière en dépit des attributs infinis dont on la charge..., il faut avouer qu'un certain abaissement de vues accompagne cette forme religieuse de la rémunération, compara- 2229 EGOÏSME EHDENENSIS 2236 ti vernent an concept de l’ordre naturel et universel 1 daloue. Pensées sur divers sujets. De l'humilité et île l'orgueil. Œuvres complètes, Bar-le-Duc, 1871, t. iv, p. 405-440; Itoure, des fins morales et physiques dont les moyens nous Vertu kantienne, vertu chrétienne, dans les Études, 1893, sontici inconnus... La crainte el l'espérance n'ont plus t. i.x, p. 288; Ascétisme et philosophie, ibid., 1896. t. lxix, rien de moral quand elles se rapportent à l’intérêt p. 76; P. Rousselet, Pour l’histoire du problème de l'amour, proprement dit. » La soience de la murale, t. I, p. 287, Munster, 1908. 302. C. Antoine, Au fond, l’objection est toujours celle-ci : obéir à la ÉGYPTE (Église D'). Voir Monophysite (Église), loi par crainte ou par espoir de la sanction, ce n’est pas lui obéir; chercher son avantage dans l’observation EHDENENSIS, Étienne AL-DOUAÏHI (Aldoende la loi, ce n'est vraiment pas l’observer, c'est agir sis), savant patriarche maronite, est né le 2 août 1630, ■iniquement par intérêt personnel. au village d’Ehden (Mont-Liban), d’où son surnom Le premier défaut de l’objection, c’est de mettre d’un d'Ehdenensis. Envoyé en 1644 au collège maronite de côté l'amour du devoir et de l'autre le désir de la ré­ Rome, il lit de solides études et se fit remarquer par compense, et de séparer l'un et l’autre par une cloison une grande piété et des qualités intellectuelles peu qui ne laisse aucune communication désintéressée. ordinaires. A la fin de ses études, il était docteur en Mais assurément on peut observer la loi tout à la fois, philosophie et en théologie; on lui proposa de demeurer parce que certaines récompenses sont attachées à son à Rome ; il déclina ces offres. La S. C. de la Propa­ observation, et parce qu’elle est juste et honnête. Il gande lui conféra le titre de missionnaire apostolique arrivera même que la pensée de la récompense rendra et lui alloua une pension annuelle. En 1655, il quitta plus intense la recherche du devoir. L’annexion d’une Rome et rentra au Liban. L’année suivante, il reçut le récompense à une action est comme la marque sensible sacerdoce et se livra à l’éducation des enfants et au et parlante qui nous en montre la valeur morale. Que ministère dans son village d’Ehden. En 1657, pendant l'écolier sache que des distinctions honorifiques sont le carême, il se rendit à Alep avec André Akbijean, attachées à la science, l'excellence de celle-ci lui appa­ illustre jacobite converti, qui devint plus tard le pre­ raîtra avec plus de clarté. mier patriarche de la nouvelle communauté syrienne Sans doute, on peut abuser des meilleures choses, on catholique. De retour au Liban, il reprit ses humbles peut vicier les inclinations les plus honnêtes, mais fonctions jusqu’en 1663, époque à laquelle il fut envoyé 1 homme qui agit en vue de la récompense n'est pas né­ à Alep comme prédicateur. Puis, en 1668, il fut promu cessairement un mercenaire. 11 le serait s’il se laissait à l’épiscopat au siège de Nicosie (Chypre), et le absorber par ce désir au point d’exclure l’intention du 20 mai 1670, il fut élu patriarche d’Antioche pour la bien et du devoir, et tel est le vice de tous les systèmes nation maronite; et le pape Clément X le confirma utilitaires en morale. Ils assignent comme but unique dans cette dignité en 1672. Il gouverna cette Église â nos actes l’avantage que la personne peut en retirer. jusqu'en mai 1704, avec un zèle et une énergie admi­ Le reste est compté pour rien, dédaigné, raillé. Mais rables. tout autre peut être le désir de la récompense, et tout Malgré les soucis de sa charge, malgré les tracasseries autre il doit être dans la morale chrétienne. des gouverneurs musulmans qui le contraignirent de Vouloir écarter de l’accomplissement du devoir mener une vie quasi errante, et de se cacher plus toute idée de bien à recueillir, toute pensée de conve­ d’une fois dans les cavernes de la montagne pour se nance entre l'objet el nous, c’est imaginer une morale dérober à leurs persécutions, il trouva moyen de com­ contre nature. L’homme ne peut pas dans un acte se poser un grand nombre d'ouvrages, pleins de piété et dégager de lui-même au point que sa tendance lui de science. Tous étaient restés manuscrits jusqu’en «es devienne comme étrangère. Videz un objet de toute dernières années où l'on en a publié quelques-uns. convenance avec notre personne, de toute relation qui En voici les titres : I» Explication du pontifical des fasse de sa possession noire bien, vous nous rendez, ordinations, ou Chirolonia;2·Explication des diverses impossible l’amour d’un tel objet. Dépouillé de cette consécrations qui se font par l’évêque; ces deux écrits convenance — si pareille opération était réalisable — ont paru en 1 in-8», Beyrouth, 1902 ; 3» Les anal'objet serait, en un certain sens, bon en lui-même, il phores reçues dans l’Église maronite, avec une noti·:· ne serait pas à proprement parier aimable ; il ne devient historique de leurs divers auteurs; 4» Série des pa­ aimable qu’à ceux à qui il convient. Cette convenance triarches maronites d'Antioche, traduite au xviu» siècle peut ne pas être le mobile, l'objet de l’amour, et c'est en latin par un prêtre maronite, .los. Ascar, et utilisée ce qui arrive dans l’amour de bienveillance, mais elle par Le Quien; elle a été imprimée, en arabe, a Bey­ est la condition de tout amour; et la personne qui routh, dans la revue El-Machriq, 1898 ; 5» trois livres aime doit la connaître; elle ne peut pas écarter de son sur les maronites : I. leurs origines; 2. réfutation de mouvement vers l'objet la considéralion d’un élément ceux qui les ont accusés d’hérésie; 3. réponse aux dans lequel l’objet lui serait étranger. accusations d’hérésie sur divers points de croyance Là était, peut-être, le terrain de pacification où portées contre eux par certains missionnaires latins auraient pu se rencontrer,au xvn· siècle, les deux illus­ (cf. F. Nairon, Evoplia, liste des auteurs, placée en tres prélats que divisa un instant la question du quié­ tête du livre) : les deux premiers livres ont été impri­ tisme. Au début, il y eut, ce semble, quelque manque més en arabe, à Beyrouth, 1890 ; 6» Chronique des de précision, au moins dans la manière de formuler la événements relatifs à la Syrie, depuis l’hégire ■ : doctrine. Bossuet ne paraissait admettre comme rai­ surtout depuis les croisades ; des extraits decet ouvrage sonnable et possible que l'amour de concupiscence; ont été publiés à Beyrouth, en 1890 ; 7° un petit , Fénelon épurait à l’excès l’amour de bienveillance. Il sur la versification syriaque, au point de vue du chant aurait fallu dire que le désintéressement de l’amour ne liturgique chez les syriens; 8» un ouvrage sur la va jamais jusqu’à empêcher de reconnaître et de sen­ messe et tout ce qui s’y rapporte, intitulé : Livre -»· tir ce qui nous rend convenable l’objet aimé. dix candélabres, 2 in-8», Beyrouth, 1895-1898. C'est le Ainsi la morale du bonheur n’est pas de l’égoïsme, chef-d’œuvre d’Ehdenensis. Une copie avaitété envoyée par l’auteur à Pierre Ambaracli (voir t. 1, col. 9Üli, parce qu’elle prend sa source non pas dans l’amour exclusif, mais dans l’amour ordonné de soi. lorsqu’il était à Florence et à Pise; et celui-ci le tradui­ sit en latin, à la demande de Corne III de Médicis. Outre les auteurs cités dans l'article, on peut consulter, dans Cf. de Backer et Sommervogel. Bibliothèque de la ce Dictionnaire, les articles Amour-propre. L 1, col 1121: Cha­ C‘‘ de Jésus, t. 1, col. 1295. Ehdenensis y considère le rité, t. il. col. 2223, 3· conclusion, et dans le Kirchen lexikon, furticleSelbstsueht; Bossuet. Traité de la concupiscence; Boursaint sacrifice au point de vue dogmatique et pratique; 2231 EHDENENSIS — E1SENG REIN 2232 il y parle tour à tour de l’autel, du ministre, des orne- l quand même dans son catalogue des nérésies, c’est ments des différents ministres, de la matière du sacri­ apparemment qu'il estimait leur pratique suspecte ou fice, des diverses cérémonies de la liturgie, de la dangereuse au point de vue moral; d’autant plus qu’elle rappelait un usage déjà connu et blâmé, soit chez forme et de ses effets, de l’épiclèse, des églises, de leur forme architecturale et de leur disposition inté­ quelques euchites, voir Euchites,qualifiés de danseurs, χορευταί, par Timothée de Constantinople, De recept. rieure; il compare les diverses liturgies, et abonde en hær., P. G.,t. lxxxvi, col. 45, soit chez les rnélétiens, observations intéressantes sur celles de [Orient. C’est Théodoret, Ilœret. fab., IV, 7, P. G.,l. LXXXltl.col. 425, à ce livre que fait allusion VHistoire critique de la et chez les messaliens, Théodoret, Uæret. fab., iv, 11, créance et des coutumes des nations du Levant, par ibid., col. 432; une telle pratique n’avait pu donner le Sr de Moni (R. Simon), Francfort, 1684, p. 164. lieu qu'à des désordres et à des scandales. P. Chebli. EHRENTREICH Adam, théologien moraliste, né à S. Jean Damascène. Hær., 87, P. G., t. XCIV, col. 756-757; Donauwerth (Bavière), entra, à dix-neuf ans, dans la Mlgne, Diet, des hérésies, Paris, 1847, t. I, col. 673. G. BxREtLLE. Compagnie de Jésus, en 1672; il professa la théologie 1. EISENGREIN Guillaume, théologien allemand, à Inspruck et remplit ensuite, à Rome, les fonctions neveu de Martin Eisengrin, né à Speyer vers 1544. de reviseur général des livres. Le P. Thyrse Gonzalez, étudia le droità Ingolstadt; il mourut en 1570. Il publia qu'il seconda dans sa lutte contre le probabilisme, le divers écrits contre les hérétiques de son époque : lit provincial de Germanie; le P. Ehrentreich exerça Catalogus christianæ veritatis omnium orthodoxorum cette charge de 1695 à 1703 et mourut à Munich en 1708. Ecclesiæ doctorum qui adulterina dogmata et hæreOn lui attribue : Synopsis tractatus theologici de recto usu opinionum probabilium luce publica donati sum vaniloquentiam oppugnarunt, in-4°, Dillingen, sub initium anni HI.DC. XCIV a R. P. Thyrso Gon- 1 1565, en réponse au Catalogus testium veritatis de Flacius Illyricus; Centenarii xvi continentes descrip­ zalez... Concinnata a theologo quodam ejusdem Socie­ tionem rerum mirabilium in orthodoxa Ecclesia; cet tatis Cui ad finem accessit Logistica probabilitatum, ouvrage, destiné à combattre les centuriateurs de Magin-8», Tyrnau, 1696. La Logistica probabilitatum est debourg, demeura inachevé : deux parties seulement du P. Gilles Estrix. La Synopsis est peut-être du parurent en 1566 à Ingolstadt, et en 1568 à Munich : P. Jean-Bernard Blanchet (jésuite depuis 1650. profes­ seur de théologie à Pau. mort à Poitiers en 1707). En Chronolugicarum rerum urbis Spiræl. XVI (jusqu’en tout cas, un autre abrégé de l'œuvre du P. Gonzalez, 1563), Dillingen, 1564. qu’on trouve aussi joint à la Synopsis, a pour auteur Dupin, Histoire des auteurs ecclésiastiques du xvp siècle, le P. Ehrentreich et a paru sous son nom : Principia de 1550 â la fin du siècle, in-8·, Paris, 1703, p. 415; Hurter, et conclusiones de licentia actionum moralium et usu Nomenclator, 3· édit., 1907, t. m, col. 28; Kirehenlexikon, probabilis opinionis, quibus ostenditur non esse lici­ 1884. t. m, col. 11; 1886, t. IV, col. 343; J. Schmid, Histor. tum sequi opinionem minus probabilem, relicta pro­ Juhrbücher, 1896, t. xvn, p. 80 sq. babiliore, etc., in-12, Inspruck, 1697 ; 6e édit, augmen­ B. Heurtebize. tée, Rome, 1699. De plus, le P. Ehrentreich a publié, 2. EISENGREIN Martin naquit à Stuttgart le 28 dé­ pour la défense du livre de Gonzalez : Reprobatio Lydii cembre 1535. Son père, bourgmestre de la ville, s’élait lapidis seu brevis refutatio tractatus quem doct. converti aux idées luthériennes et favorisait la réforme. D. Francisais Perea pro defensione probabilismi Marlin commença ses études à l'école latine de son edidit Salmanticæ anno Ι60Ί, in-16, Rome, 1699. pays natal, puis suivit les cours à l’université d'IngolEnfin, on a encore de lui : Tractatus de Deo princi­ stadl et à celle de Vienne. En 1555, il occupait ici la piis S. Thoniœ illustratus, et ad usum discentium chaire d'éloquence qu'il échangea en 1557 pour celle potissimum accommodatus, in-12, Rome, 1700. de philosophie naturelle. Sa conversion au catholi­ cisme, dont on ne sait la date précise, vint changer De Backer-Sommervogel. Bibliothèque de la C“ de Jésus, sa vie. Il retourna sur les bancs pour faire ses études L m. col. 349-351; Dôllinger-Reusch, Geschichte der Moratthéologiques, fut ordonné prêtre en 156üet,dès ce mo­ streitigkeiten, t. 1, p. 234-235, 246. ment, commença de lutter par la parole et par la plume J. Brucker. ÉICÈTES OU HICÈTES. Le seul auteur de l’anti­ contre le protestantisme. Sur les indications de Staphylus, le duc de Bavière Albert V l'avait attiré à Ingol­ quité chrétienne qui nous parle des éicètes, izsrat, et stadt. Dès 1562, il est curé de Saint-Maurice, paroisse encore ne le fait-il qu'en passant et en cinq ou six lignes, c’est saint Jean Damascène, à la fin de son traité de l’université. Il subit alors ses différents examens sur les hérésies. User., 87, P. G., t. xciv, col. 756-757. théologiques et en même temps prêche dans son église Après avoir reproduit, en l’abrégeant, l'œuvre de saint sur les sujets controversés entre catholiques et protes­ Èpiphane, il passe à d'autres sources et il utilise Théotants. Il publie lui-même en allemand ses discours, qui sont tous de véritables traités et dont on donne presque doret, Timothée de Constantinople et Léoncede Byzance, immédiatement des traductions latines. avant de traiter personnellement des mahométans, des iconoclastes et des aposchites. Or, entre autres secles, En 1562, parait Ein chrislenliche predig, ausz was Vrsachen so vil Peut turn Lulherlhumb fallen, tra­ il signale celle des éicètes, sans marquer ni l'endroit ni l'époque où elle a vécu. Mais comme il en parle à duit par Surius sous le titre : Concio cur lam multi une date antérieure au règne d'Héraclius (610-641), il y hodie ad lutheranismum deficiant, Cologne, 1563. L’année suivante, il traite de la même façon la ques­ a tout lieu de croire que ce ne fut que l’explosion pas­ tion des bonnes œuvres dans Ein christliche predig sagère d’un sentiment religieux mal compris dans von den guten wercken der Glaubigen, que Tilmann quelques monastères relâchés d’Orient, vers la fin du vt'siècle ou au commencement du vil". Elle comprenait, Bredenbach met en latin : Concio orthodoxa de bonis en effet, des moines et des religieuses qui, sous pré­ fidelium operibus eorumque meritis, 1566. Il défend, en 1564, le culte des reliques, le dogme du purgatoire texte d imiter le chant de Moïse et des enfants d’Israël, les cantiques et les danses de Marie, la prophétesse, et et prononce l’éloge funèbre de son protecteur, l’illustre des femmes, après le passage miraculeux de la mer converti Staphylus, surintendant de ’université. Tou­ Rouge et la mort des Égyptiens, se réunissaient, hommes jours sous la même forme polémique, étudie en 1565 et femmes, chantant et dansant tous ensemble pour les problèmes des mérites du Christ, de la rémission mieux honorer le Seigneur. Rien de répréhensible en des péchés et de la règle de foi. Les questions qui se eux, remarque saint Jean Damascène, au point de vue rattachent à la théologie de la grâce en particulier l'atti­ rent. En 1567, il prêche sur ce sujet à Ingolstadt. Déjà de la foi : ils étaient orthodoxes ; mais s'il les insère 2233 EISENGREIN l'année précédente. à la diète d'Augsbourg, il avait défendu les décisions du concile de Trente concernant la grâce. Il réunit ces discours en un essai qui parut en allemand en 1568 et que Tilmann Bredenbach tra­ duisit en latin sous le titre : De certitudine gratiæ trac­ tatus apologeticus pro vero ac germano intellectu canonis 13 sessionis VI s. œcumenici concilii Tridentini, 1569. Il y exagérait quelque peu la certitude de la rémission des fautes accordées au fidèle pénitent. < Celui qui se prépare bien au sacrement, disait-il, ι-eut être aussi assuré de son pardon que de la vérité deux et deux font quatre. » Ces propositions valurent au livre d’être mis à l’index par le grand inquisiteur Quiroga et «le figurer sur la liste des œuvres censurées par Sixte-Quint et par Clément VIII. Les derniers ouvrages d’Eisengrein sont surtout des livres de théo­ logie pratique et d’édilication. Il faut citer parmi eux une histoire apologétique du célèbre pèlerinage bava­ rois de Notre-Dame d’Alt Oetting, dont l’auteur était prévôt, et une « Postille » pour tous les dimanches de l'année qui parut en plusieurs volumes après sa mort. Les questions controversées n’occupèrent pas seule­ ment l’intelligence d’Eisengrein. Il dut prendre part, comme représentant officiel du duc de Bavière, aux conférences de Vienne, 1563-1561, touchant la com­ munion sub utraque et le célibat ecclésiastique. Contre ses idées personnelles, il réclama pour la Bavière la concession du calice et des adoucissements â la loi du célibat. Au reste, les conférences n’aboutirent pas. Elles furent pour lui l’occasion de se faire con­ naître de l’empereur Ferdinand, qui voulut le retenir a Vienne en lui donnant le titre et les fonctions de prédicateur de la cour. Mais Einsengrein cacha si peu dans ses sermons la pureté et l'intransigeance de ses sentiments catholiques qu’il blessa bientôt ses auditeurs dont le rêve était la conciliation et le repos. Il revint donc avec une joie non dissimulée à ses études et à son université. Il y exerça jusqu’à sa mort, 4 mai 1578, les fonctions de surintendant, puis de chancelier. - ELCESAITES 2234 compte de sa taille gigantesque, il était accompagne d’un être semblable à lui et tout aussi grand, mais du sexe féminin, qui n’était autre que le Saint-Esprit. C’est sur ce livre fondamental, qui contenait la doctrine de la secte et dans lequel tout adepte devaitavoir une con­ fiance aveugle sans chercher à le comprendre, mais d’une origine si fantastique et partant si contestable, que s’appuyait Alcibiade d’Apamée, accouru de Syrie à Rome pour propager son erreur et prêcher, à l’encontre de l’enseignement catholique, une rémission des péchés tout autre que celle de l’Évangile et beaucoup plus facile que la pénitence alors en usage dans l'Eglise. L’auteur des Philosophoumena, déjà fort mécontent des adoucissements introduits dans le régime pénitentiel par le pape Calliste en faveur des chrétiens tombés dans le pèche d’impureté, qu’il admettail désormais à la pénitence canonique et à la réconciliation ecclésias­ tique, vit dans la doctrine des elcésaïtes un laxisme encore plus grand et compara Alcibiade â un loup déchaîné parmi les brebis déjà dispersées par Calliste. C’est là surtout son grand reproche. Tout en rapporiant quelques points caractéristiques, emprurtés au livre d’Elcésai, confirmés et complétés plus tard par saint Epiphane, il se borne à nommer Ëlchasai, comme il l’appelle, sans dire ce qu’il pense de son existence. Mais l’évêque de Salamine semble bien y croire, sauf à traiter d’absurde l’interprétation qu’on donnait de son nom ainsi que des noms de lexai et de Sobias. Hær., xix, 2, P. G., t. xli, col. 264. Elxai, en eft'et,au dire des elcésaïtes, signifiait vertu cachée ou pouvoir secret, ce qui correspond assez bien à la δύναμις άσαρκος des Homélies clémentines, xvu, 46, P. G., t. n, col. 400; lexai signifiait Dieu caché, Sobias personne assermen­ tée ou plutôt engagée par promesse, car, d'après 1? préface des Homélies clémentines, ibid., col. 29, l’ini­ tié devait s’engager à ne rien révéler aux profanes de ce qui lui était confié sans se regarder astreint par une telle promesse comme par un serment proprement dit; distinction subtile, mais pratiquement peu importante, L. Plleger, Martin Eisengrein, Fribourg-en-Biisgau. 1908. puisque les elcésaïtes n’avaient pas, en cas de danger, A. Humbert. à se préoccuper de la valeur de leurs serments et qu'ils ELCÉSAÏTES. —I. Nom. II. Histoire. HL Doctrine. pouvaient impunément renier le Christ, sans que cela tirât à conséquence. Eusèbe, H. E., vi, 38, P. G., t. xx. IV. Pratiques. 1. Nom. — Le mot elcésaïtes vient du nom d’un per­ col. 599; S. Épiphane, Hær., χιχ, I, P. G., t. xli, sonnage différemment orthographié; l’auteur des Phicol. 261. Quel que soit, au reste, le sens précis attaché : - iphouniena l’appelle, en effet, Ήλχασαί ; saint Épi­ à ces vocables par la secte, et qui nous reste inconnu, phane Έλξαί, Ήλξαί, Hier., xtx, 2, P. G., t. xli, faute de documents, il est à croire qu’il renfermait col. 261, Ήλξαίος, Hær., lui, ibid., col. 960; Théodo­ quelque mystère uniquement accessible aux initiés, ret, Έλκεσαι, Hæret. fab., il, 7, P. G., t. lxxxiii, étant donné qu’à l’exemple de tant d'autres groupes col. 393, d’où Έ/χεσχίοι; mais Eusèbe, H. E., vi, 38, hérétiques, les elcésaïtes pratiquaient l'ésotérisme. G., t. xx, col. 597, et Timothée de Constantinople Peut-être même pourrail-on y soupçonner une défor­ après lui, De recept. hæret., P. G., t. lx.xxvi, col. 32, mation voulue, comme il s’en pratiquait chez les -.•rivent Έλκεσαιταί. Saint Augustin, empruntant ses occultistes; Elcésai pour l-.lkassi ne serait autre alors renseignements à saint Épiphane, traduit Έλκεσαίοι que le λ Dieu de l'occultisme ». En tout cas, semble-t-il, par Elcesæi et Έλξαί par Elci. De hær., 32, P. L., il faut renoncer à y voir le nom propre d'un person­ nage réel, et plutôt, comme pour Ébion, ou le nom d’un t. xi.li, col. 31. 11 est très vrai que, parmi les sectes judéo-chrétiennes personnage fictif adopté pour en imposer aux simples de la fin du II* siècle et du ut", on se vantait de possé­ d’esprit, ou celui d’un enseignement ésotérique de der un livre mystérieux fort répandu, qu’un sage du nature à exciter la curiosité des profanes sans rien nom de Elchesai. Elcésai ou Elxai, aurait apporte de la trahir des secrets de la secte tout en manifi-tant aux ville de Sères, en Parthie, comme le tenant d’un cerinitiés ces mêmes secrets ; et l’on aurait ainsi les elcé­ tain Sobias qui, du reste, n’en était pas l’auteur, mais saïtes comme on a les ébionites. ‘ aurait reçu sous la forme d’une révélation de la part 11. Histoire. — Les elcésaïtes, d’après 1: révélation d'un ange aux proportions colossales. Cet ange révéla­ consignée dans leur livre et datée de la troisième teur. du sexe masculin, était le fils de Dieu; sa taille année du régne de Trajan, ne faisaient donc remonter mesurait24schènes de hauteur, le schène, σ/'.ίνο;, valant leur origine tout au plus qu’au commencement du t milles, 4 de largeur et 6 d’une épaule à l’autre; ses IIe siècle. Mais une telle date, pour être relativement pieds étaient longs de 3 schènes et demi, hauts de récente à une époque où tant d’autres hérétiques 1 schène et demi et épais d’un deini-schène, Philosoph., n'hésitaient pas à se réclamer d'une origine apostolique, ix. 13, édit. Cruice, Paris, 1860, p. 447; S. Épiphane, n’en reste pas moins suspecte, car il n'est question Hær., xix, 4; xxx, 17, P. G., t. xli. col. 265.433. Quand d’eux pour la première fois que dans le premier quart il parut entre deux montagnes, comme le note saint I du m» siècle. Vers 220, ils devaient être a-sez puis­ Epiphane, ce qui permit sans doute de se rendre sants, puisque déjà ils songeaient â fain de- prosélytes 2235 ELCÉSAÏTES 2236 en dehors des milieux judéo-chrétiens de l'Asie. A elcésaïtes, étroitement apparentée avec les sectes judéol’exemple des grands chefs hérétiques, Alcibiaded’Apachrétiennes, les partisansde l’occultisme, lesgnostiques mée, l’un d'entre eux, vint à Rome pour y prêcher leur et les astrologues, n’eut qu’une apparence de christia­ nisme et fut sans action sur les destinées de l’Église. doctrine; mais il trouva dans l'auteur des Philosophoumena un adversaire aussi clairvoyant qu’actif, qui III. Doctrine. — La doctrine des elcésaïtes se ressent empêcha toute contamination, se contentant de rappe­ nécessairement des milieux dans lesquels ils ont vécu ler les principaux points de leur enseignement et de et se sont propagés : elle est avant tout juive, et très leurs pratiques par des extraits du livre d’Elcésai, sans particulièrement essénienne et ébionite; mais elle prendre la peine de les réfuter, tant le simple exposé posséda aussi des emprunts faits à la gnose, à l’astro­ •le pareilles extravagances lui semblait suffire pour les logie, à la magie, à l’occultisme. confondre. Vers 247, un autre de leurs chefs, peut-être 1° Sur la Trinité. — Il y est question de Dieu, Alcibiade lui-même, ne fut pas plus heureux à Césarée du Fils et du Saint-Esprit; cette terminologie est de Palestine. Ce fut alors Origêne qui mit en garde les bien d’apparence chrétienne, mais elle n’a rien de fidèles contre une doctrine qu’il qualifiait d’athée et chrétien. Le Dieu des elcésaïtes est créateur, il n’est d’impie, dans un fragment d’homélie sur le psaume pas père; et le fils qu’on lui attribue n’est pas xxxtl, cilé par Eusébe, H. E., vi, 38, P. G., t. xx, l. son fils, mais sa créature. Les elcésaïtes conféraient col. 597. Puis, pendant plus d’un siècle, on n’entend leur baptême au nom du Dieu grand et souverain et de plus parler des elcésaïtes. Eusébe, loc. cil., croit que son fils, le grand roi; mais la relation de ce Dieu grand leur secte avait disparu sans lendemain dès le mi­ à ce grand roi n’était nullement celle d’une génération lieu du πΐ" siècle; c’est une erreur. Car. de race juive, proprement dite et n’impliquait pas dès lors une iden­ les elcésaïtes continuèrent à se propager dans les mi­ tité d’essence, de nature et de puissance; c’était unique­ lieux judaïsants parmi les sectes judéo-chrétiennes de ment la relation de créateur à créature. Car ce prétendu l’Orient, comme en témoigne le roman ties Clémentines fils du Dieu grand et souverain, loin d’être engendré qui, sans reproduire intégralement leur doctrine et du Père, n’était qu’une simple créature, la plus noble même sans les nommer, n’en lit pas moins écho à leurs et la plus grande de toutes, un ange, le seigneur des enseignements et leur servit ainsi de véhicule et de anges, le roi de la piété, le grand roi, et pas autre moyen de propagande. Dans le dernier quart du tv· siè­ chose. Homil. clem., vin, 21, P. G., t. n, col. 237; cle, saint Epiphane constate leur existence et leur Philosoph., ix, 15, édit. Cruice, Paris, 1860, p. 450; S. Épiphane, Hær., xix, 3, 4, P. G., t. xli, col. 264, large diffusion parmi les esséniens, les ébionites et les nazaréens, non seulement en Syrie, mais surtout au delà 265. En outre, il n’était pas identifié avec Jésus de Naza­ de la mer Morte et des régions transiordaniques, au reth; et les elcésaïtes admettaient plusieurs incarna­ pays de Moab, près du torrent de l’Arnon, à Nabaté et tions et apparitions de ce prétendu fils, à commencer dans (’Durée. Avant de leur consacrer un chapitre* spé­ par Adam, ce qui n’était pas autre chose que le traves­ cial sous le nom ce Σαμψαίοι, il en parle deux fois avec tissement ou mieux la négation de l’incarnation au sens quelques détails à propos des ossènés, After., xix, P. G., catholique. Quant à faire du Saint-Esprit un ange t. xli, col. 261 sq., et des ébionites. Hær., xxx, ibid., semblable à ce fils de Dieu, mais du sexe féminin, col. 415 sq. C’est lui qui nous apprend.que le prétendu c’était une conception empruntée à la théorie des syzygies si en vogue parmi les gnostiques, et qui Elxai aurait eu un frère du nom d’Iexai, et que deux femmes de leur famille, Marthas et Marthana, qui rappelle ce passage de l’Evangile aux Hébreux, cité par vivaient encore du temps de l’empereur Constance, Origêne, In Joa., tom. n, 6, P. G., t. xiv, col. 132 : lurent l’objet d’une singulière dévotion parmi ces sec­ άρτι ελαβε με η μήτηρ <ιοΰ, τό ά ’.ον πνεύμα. taires, puisqu'ils recueillaient précieusement leurs 2» Sur le salut. — Ni l’auteur des Philosophouniena, ni saint Épiphane ne nous disent ce que pensaient les crachats et leurs déjections pour s’en faire des remèdes. elcésaïtes du dogme de la rédemption et du salut, de Hær., xix, 2, col. 264. Après saint Épiphane il n’est plus question des la passion et de la mort du Sauveur; c’est sans doute que le livre d’Elcésai n’en devait rien dire. Mais ils elcésaïtes que dans saint Augustin, parmi les latins, nous renseignent pleinement sur l’efficacité qu’ils De hær., 32, P. L., t. xi.n, col. 31, dans Théodoret, Hæret. fab., n, 7, P. G., t. lxxxiii, col. 393, Timothée i attribuaient à la foi dans leur doctrine et à la pratique de leurs baptêmes. L’infidèle, en effet, l’homme sans de Constantinople, De recept. hæret., P. G., t. lxxxvi, loi, άνομος, n’avait, pour devenir elcésaïte, qu’à adhé­ col. 32. et saint Jean Damascène, llær.,33, P. G., t. xciv, col. 709, parmi les grecs, mais sans le moindre détail rer d’esprit à l’enseignement du livre d’Elcésai, à faire nouveau; car l’évêque d’Hippone et saint Jean Damasconnaître ses péchés devant deux ou trois témoins, à s’offrir plein de foi au Dieu grand et souverain et à cène se bornent à une très brève mention, empruntée d’ailleurs à saint Epiphane, et ni Timothée, qui trans­ réciter cette formule : « J’atteste le ciel, l’eau, les crit Eusébe, ni Théodoret ne nous apprennent rien de esprits saints, les anges de la prière, l’huile. le sel et la terre; je les prends à témoin que désormais je m’abs­ plus. Est-ce à dire que la secte ait disparu dans le courant tiendrai de pécher, de forniquer, de voler, d’injurier, du v' siècle? Nullement; tout porte à croire plutôt de désirer ou de haïr le prochain, de rompre les pacte , qu’elle continua â végéter sans aucune influence, et de me complaire dans aucun mal. » Et aussitôt il devait être plongé dans l’eau tout habillé, au nom du réduite qu’elle fut à l’impuissance ou noyée parmi tant Dieu grand et souverain et de son fils, le grand roi. d’autres erreurs qui, à la suite de Nestorius et d’Eutychès et en raison du danger plus grave qu’elles firent Cela sutlisait. Ce baptême pourtant ne conférait pas courir à l’orthodoxie, fixèrent l’attention de l’Église et l’impeccabilité et ne mettait pas complètement à l’abri furent énergiquement combattues par les Peres et les de toute défaillance morale Aussi, en cas de chute conciles. On a même cru en retrouver quelques restes grave, l’elcêsaïte n’avait qu’à recourir de nouveau, et autant de fois que cela était nécessaire, au bain de encore au x· siècle; car Chwolson, Die Ssabier und der Ssabaisnius, Saint-l’étersbourg, 1856, t. I, p. 112; son initiation, qui devenait ainsi un bain de réconci­ t. li, p. 543, cite un auteur arabe, En-Eddin, qui écri­ liation. En eliet, tout coupable de pédérastie, de sodo­ vait vers987, et d’après lequel une secte de sabéensdu mie, de bestialité ou d’inceste, était-il dit dans le livre d’Elcésai, n’a pour se faire pardonner qu’a suivre désert, adonnée à l’usage religieux et fréquent des la doctrine du livre et à se faire baptiser au nom du bains, comptait un El-Chasaiah comme son fondateur. Dieu grand et souverain et de son fils, le grand roi, en El-Chasaiah ne serait autre que la transcription arabe invoquant les sept témoins précités. f’Elchasai ou Elcésai. Quoi qu’il en soit, la secte des 2237 ELCÉSAITES Il est à remarquer que, parmi les péchés graves, l’apostasie, la fornication et l'homicide, jusqu’alors traités par l’Église avec une grande sévérité, et dans le traitement desquels le pape Calliste venait de faire une première brèche par l’adoucissement des rigueurs cano­ niques à l’égard de la fornication, les elcésaites, dans leurs formules, passaient sous silence l’apostasie et l’homicide pour ne parler presque exclusivement que des fautes charnelles, auxquelles ils offraient un moyen de pardon beaucoup plus facile que dans l’Eglise, mais absolument contraire à la doctrine catholique. Que faisaient-ils donc de l’homicide? Sans doute, c’était là une faute très rare, et qui, elle aussi, pouvait être lavée par leur baptême purificateur. Quant à l’apos­ tasie, il n’en pouvait être question parmi eux, puis­ qu’ils ne se regardaient pas comme astreints à garder leurs serments et qu’ils autorisèrent, en temps de persécution, la simulation et même le reniement, au grand scandale d’Origène, loc. cit., et de saint Epi­ phane. Hier., xix, 1, P. G., t. xli, col. 261. Mais du coup le baptême chrétien, qui ne peut se conférer qu’une fois, puisqu’il n’y a qu'une seule régénération comme il n’y a qu’une seule naissance, et la pénitence canonique qu’on n'accordait encore qu’une fois, mais dont le régime ne devait pas tarder â s'adoucir de plus en plus, tout en restant toujours un acte méri­ toire d’humiliation, de mortification et de repentir, étaient supprimés et il n’y avait plus de christianisme. 3° Sur l’Écriture. — A l'exemple des autres sectes juives, les elcésaites ne se servaient que de certains livres de la Bible; comme les esséniens, ils repoussaient lout ce qui, dans l’Ancien Testament, avait trait aux sacrifices; comme les ébionites, ils abominaient saint Paul et n’acceptaient aucune de ses Epitres; quant au reste de l’Écriture, ils ne devaient guère I utiliser que pour donner un semblant d’orthodoxie à leurs erreurs. A vrai dire, l’Écriture n'avait plus sa raison d’étre entre leurs mains, puisqu'ils possédaient dans le livre d'Elcésai la perle précieuse et unique, < qui renfermait tous les mystères du salut qu’il ne fallait pas révéler au premier venu, parce que tous les hommes ne sont pas fidèles et toutes les femmes ne sont pas droites. » Ces mystères, ni les philosophes de l'Égypte, ni Pythagore lui-même parmi les Grecs ne les avaient connus; car si Elcésai avait paru, quel besoin auraient eu Pythagore, Thalés, Solon, Platon ou les autres Grecs de se mettre à l’école des prêtres égyp­ tiens? Mais les elcésaites les connaissaient, etleurlivre sacré las dispensait de recourir à aucun autre. Accep­ ter donc le livre d’Elcésai, y ajouter foi sans chercher a le comprendre, voilà qui assurait la pureté de la conscience et le salut. IV. Pratiques. — 1° Circoncision. — Etant de race juive, les elcésaites conservèrent la plupart des pratiques du judaïsme, entre autres celles de la circoncision, du sabbat et des observances légales. S. Épiphane, Hær., ιιχ.ό,Ρ. G., t. xli, col. 268. Us imposaient à leurs adeptes le devoir de se faire circoncire, se montrant sur ce point plus rigoureux que les auteurs des Clémenlines. Sans doute, d’après la préface placée entête des Homélies, la doctrine ne devait être confiée qu’à des croyanls circoncis, bonne preuve qu’on accordait tout au moins à la circoncision une sorte de privilège; mais, d'après les Recognitions, la circoncision n’était pas une obligation stricte, car était réputé juif celui qui, Deo credens, legem impleverit ac voluntatem ejus fecerit, etiamsi NON sit circumcisus. Recognit., v, 34, P. G., t. i. coi. 1346, Ce passage, il est vrai, a pu être interpolé par une main chrétienne. 2’ Rôle de l'eau. — Comme les esséniens, les elcésaïtes proscrivaient l’usage de la chair des animaux, S. Epiphane, Hær., lui, P. G., t. xli, col. 960, et le rite des sacrifices anciens. En conséquence, ils suppléaient I 2238 aux sacrifices expiatoires de l'ancienne loi par autant de baptêmes que le réclamaient les circonstances. C’est là ce que suggère ce passage des Récognitions : Ne forte putarent, cessantibus hostiis, remissionem pec­ catorum sibi fieri non posse, baptisma eis per aquam statuit. Recognit., i, 39, P. G., t. i, coi. 1230. En effet, ils avaient pour l’eau une vénération particulière; ils la regardaient comme le moyen par excellence de la pro­ pagation de la vie, S. Epiphane, Hær., Lin, P. G., t. xli, col. 960, et ils lui attribuaieut un rôle purifica­ teur préférable au feu des anciens sacrifices. Hær., xix, 3, col. 265. Cf. Recognit., i, 48, P. G., t. i, col. 1236. On conçoit dès lors que non seulement ils aient vu dans le baptême, tel qu'ils le pratiquaient, un moyen d’obtenir le pardon des péchés et de renaître à la justice par le pouvoir du Saint-Esprit qui, depuis la création du monde, opère par l’eau, Recognit., vi, 8, 9, P. G., t. i, col. 1351, 1352; Homil., xi, 26. P. G., t. n, col. 293, mais encore qu'ils l’aient renouvelé tout comme on renouvelait dans l'ancienne loi les sacrifices expiatoires. De plus, à ce bain baptismal ils attribuaient une vertu thérapeutique souveraine, propre à guérir les possédés, les phtisiques, et tous ceux qui étaient mor­ dus par un serpent ou par un chien enragé; les inté­ ressés n'avaient qu’à se jeter tout habillés dans l’eau, en invoquant les sept témoins déjà cités, et à dire : « Secourez-moi et chassez loin de moi mon mal. S. Épiphane, Hær., xxx, 17, P. G., t. xli. col. 433. 3° Mariage. — En trois phrases, saint Épiphane, Hær., xix, i, P. G., t. xli, col. 261, rappelle la doc­ trine d’Elcésai sur la virginité, la continence et le mariage : virginitatem odit, continentiam damnat, ad ineundas nuptias compellit; et ceci s’accorde bien avec les Clémentines qui recommandent le mariage par-dessus tout. Epist., Ί ; Homil., ni, 68, P. G., t. n, col. 41, 153. Pour décrier ainsi la virginité et condam­ ner la continence au point d’obliger les enfants à se marier dès qu’ils étaient nubiles, la haine contre saint Paul peut l’expliquer, puisqu’il louait la virginité et n’imposait pas le mariage, mais il faut y voir aussi une influence gnostique, bien que les elcésaites aient évité les abominables excès des carpocratiens et d’autres sec­ taires. 4» Prière. — Sur ce point, les elcésaites se condui­ saient comme les judéo-chrétiens exagérés. Bien que Jérusalem n’existàt plus, remplacée qu’elle avait été par Ælia Capitolina, son emplacement passait toujours comme l’endroit le plus sacré du monde. Aussi regar­ daient-ils comme un devoir, quand on voulait prier, de se tourner, où que l'on fût, au nord, à l'est ou au sud, non vers l’Orient, mais vers la cité sainte. S. Épiphane, Hær., xix, 3, P. G., t. xli, col. 264. 5° Astrologie. — D’après les Philosophoumena, ix. 16, édit. Cruice, Paris, 1860, p. 452 sq., les elcésaites croyaient à l’influence des astres sur les jours de la semaine, d’où leur distinction entre jours fastes ei jours néfastes. Les jours néfastes, malignement influencés par certains astres, on ne devait rien entreprendre, un devait même s’abstenir du baptême; chaque semaine, le jour du sabbat et le troisième jour suivant éLaient considérés comme néfastes. Les Homélies clémente., s, xix, 22, P. G., t. il, col. 444, semblent faire écho à cette superstition, quand elles attribuent 1’origine des malheurs de l’homme à la non-observation des temps propres. C’est une preuve de plus de l’esprit éclectique des elcésaites, qui empruntèrent à des sources mul­ tiples les éléments de leur doctrine et de leur pratique. Mais ce n’est pas la dernière, car il faut encore tenir compte de l'influence de l’ésotérisme qui se lit sentir chez eux et se manifeste tout particulièrement par l’emploi d'une formule dont la signification précise n’est pas encore trouvée. 6·» Formule ésotérique. — La voici, telle que l’a trans- 2239 ELCÉSAITES — ÉLECTION erile saint Épiphane, User., xix, 4, P. G., t. xli, col. 268 : άόαρ, ά·<ιδ, μωίβ, νω/ιλέ, δαασσίυ ά·ζή, δαασσψ, νωχιλε, μωίο, άνϊδ, άβαο, σελάα. Elle se compose, on le voit, de deux groupes distincts, chacun de six mots, l’un terminé par άνή, l’autre par σελάμ, et com­ prenant chacun cinq mots communs placés en sens in­ verse. Quelle pouvait bien en être la signification? Ne cherchez pas à comprendre, disait le livre d’Elcésai, mais contentez-vous de réciter cette formule. Saint Epiphane, qui y voyait des termes à racine hébraïque, en a donné la traduction suivante, qui ne parait guère satisfaisante : A bar, transeat ; anid, abjectio; moib, a patribus meis propagata; nochile, condemnationis eorum; daassim, et conculcationis ipsorum; ane, et laboris ipsorum; daassim, proculcatione ; nochile, in condemnatione ; moib, per patres meos ; anid, ex abje­ ctione; abar, quæ iiræleriit; selam, in apostolatu per­ fectionis. Scaliger, groupant les mots quatre par quatre, a pro­ posé les trois maximes suivantes : abar anid moib nochile : qui humilitatem abdicavit sæpe fit fraudu­ lentus ; daassim ane daassim nochile : qui concul­ cant paupertatem conculcant fraudem; moib anid abar selam : qui ex dicite pauper factus est non sal­ vatur ut ante. Celte triple proposition a un sens bien déterminé, mais Petau, qui la rapporte, P. G., t. xli, col. 268, doute que ce soit le vrai, et, modifiant un peu la traduction donnée par saint Épiphane, propose celleci, qui parait tout aussi problématique : ΙΙαρελΟέτω ταπείνωσιςέκ πατ ρων μου,τήςδολιότητος, τήςκαταπατησάσης αυτούς, καί πόνου καταπατήσαντος αυτούς, της δολιότητος έκ πατέρων μου, τής ταπεινώσεως τής παραλβούσης, έν αποστολή τελειώσεως. S’il était prouvé que les elcésaïtes sont une secte essentiellemenl occultiste, la formule précitée consti­ tuerait leur formule blasphématoire : Abaranith mohib nokhile daashimane; en hébreu chaldéen : nu? 137 ijNonÿNi >h’3i 3’0 3 « Elle est passée l’affliction, don des frauduleux adorateurs d’Acluma. » Achima, l’idole des Hématéens, IV Reg., xvn, 30, est décrite par les rabbins comme un « bouc sans laine », par les docteurs du Tal­ mud de .Jérusalem comme « une brebis », par Élie le Lévite, dans son Tisbi, comme un singe. Et ce fut là l’une des désignations occultes de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Cf. Buxtorf, art. Les frauduleux adorateurs du Christ, représenté comme un bouc ou comme un singe, ne seraient autres que les chrétiens orthodoxes, et les elcésaïtes se seraient félicités de voir passée l’aflliction, don de ces mêmes chrétiens. Une telle interprétation reste cependant une pure conjec­ ture, jusqu'à ce que quelque découverte nous donne la clef de l’énigme et permette de pénétrer le vrai sens de la formule des elcésaïtes. I : | i Sources : Philosophoumena, ix, édit. Cruice, Paris. 1860; Recognitiones, P. G., t. i; Homiliæ clementinæ, P. G., t. n; S. Épiphane, Hær.. xtx. xxx. lui, P. G-, t. xli. Hilgenfeld a réuni tous les fragments du livre d’Elcésai dans son Novum Testamentum extra wmonem, fssc. 3, p. 153; sur les rapports entre la doctrine des elcésaïtes et la doctrine des apocryphescléinentins, voir la bibliographie, t. ni, col. 216; sur Elkasai. Ritschl, Zeitschrift fur Mstorixche Théologie, 1853, p. 513 sq ; Entstehung der aUlcalhoUschen Kirche, p. 234 sq.; Salmon, art. Elkesai, dans le Dictionary of Christian biogra­ phy ; Kirchenlevikon, 2' édit.; Realencijclopàdie der christlichen Altertümer ; Duchesne, Histoire ancienne de l'Eglise, j 3· édit., Paris, 1907, t. 1, p. 129-132. G. Bareii.le. I. Notion générale. II. L’élection divine dans l’Écriture sainte. III. L’élec­ tion divine et la théologie de la prédestination. IV. Distinction de l’élection et de la prédestination. I. Notion générale. — Élire convient tout aussi bien à la volonté divine qu’à la volonté humaine; 1. ÉLECTION, ACTE DIVIN. — 2240 mais, comme en Dieu tout est nécessaire, le libre choix de la volonté divine ne peut porter que sur les créatures et ce qui se rapporte aux créatures; l’acte même de l’élection est un acte éternel ; l’exé­ cution du choix voulu par Dieu est seul dans l’ordre temporel, comme les philosophes l’expliquent à propos de la notion de la liberlé en Dieu. H existe, par rapport à leur objet, une triple diffé­ rence entre l’élection divine et l’élection humaine : 1° Notre volonté, quand elle aime, ne cause pas le bien, mais le suppose. Le terme de son choix est donc toujours un être existant. La volonté divine ne suppose pas le bien déjà existant en dehors d’elle-méme : le bien qu’elle veut, elle le réalise parce qu’elle le veut. L’élection divine peut donc porter sur des êtres inexistanls, et dont l’existence sera la conséquence de ce choix. 2° Le choix de Dieu ne peut dépendre de rien qui soit présupposé en dehors de lui, il ne dépend que de sa volonté souve­ raine, décidant de donner a certains un bien qu’il ne donnera pas à tous ; la raison du choix de la volonté humaine se trouve être toujours le bien présupposé et distinctd’elle-mème, vers lequel elle tend. 3° Parce que notre volonté présuppose le bien, c’est le choix de ce bien qui nous provoque à l’aimer : l’élection précède la dilection. En Dieu, c’est le contraire : Dieu aime quelqu’un et cet amour cause en cet être le bien que Dieu lui veut : c’est la dilection. Parce que Dieu aime cette créature de préférence à d’autres, il la choisit : l’élection suit ladilection. Cf. S. Thomas, Sum. theol., I* I«,q. xxm, a. 4. Cette notion générale est importante à retenir, parce qu’elle éclaire le problème de la gratuité de la prédestination. II. L’élection divine dans l’écriture sainte. — Le choix de Dieu ne se rapporte pas nécessairement s la prédestination au bonheur du ciel. La sainte Écri­ ture présente de multiples sens des termes «élection · et « élus de Dieu ». Voir art. Elus du Dictionnaire de la Bible de M. Vigoureux. Dans l’Ancien Testament, les élus de Dieu sont prin­ cipalement le peuple d’Israël, choisi entre tous les peuples, et constituant une société privilégiée de Dieu; ou plus expressément encore, ceux des Israélites qui sont lidèles à leur vocation et persévèrent dans la jus­ tice, au milieu des épreuves. Première acception, plus générale. Ps. cv (CV1), 6, 43; cvi (cv), 5. Deuxième acception, plus particulière. Is., lxv, 9, 15, 23; Tob., xiii, 10; Sap., m, 9; iv, 15; Eccli., xxiv, 4, 13. xlvi, 2. Dans le Nouveau Testament, l’Église, fondée par Notre-Seigneur, remplace le peuple élu de Dieu. Ceux sur lesquels sera tombé le choix de Dieu s»ront dor : ceux qui font partie de la société nouvelle. I Pet., i. ! 9; Apoc., xvn, 14; Luc., xvm. 7: Matlh., xxiv, 22. i· 31; Marc., xiii, 20, 22, 27. Dans saint'Paul, le ter, élu est synonyme d’appelé, avec une idée de sélecte : ou de préférence, mais sans indiquer (sauf peut-ètrI Tim., v, 21) précisément les élus du ciel. Cf. Bon vin, 33; II Thess., n, 13. Quelquefois, il veut dir. simplement excellent,· précieux. Cf. Rom., xvi, IC Le sens est douteux ailleurs. Col., ni, 12. Le tern élection (έκΖογή) est toujours synonyme de vocatioc avec une idée de préférence et de choix, Rom., IX, 1 ; xi, 5, 7, 28; 1 Thess., i, 4; c’est aussi le sens II Pet., I, 10. Seul, le vas electionis des Actes, ix. présente une idée d’excellence plutôt que de ch Le P. Prat a étudié de près ces dillérentes nuancesignification dans sa Théologie de saint Paul, Pari.1908, t. i, p. 344 sq. Un texte du Nouveau Testament, qui se trouve ré­ pété à la suite de deux paraboles dillérentes : M . ■ vocati, pauci vero electi, Matth., xx, 16; xxu, 14, a 2241 ÉLECTION été plus spécialement rapporté par beaucoup d'exégètes aux « élus du ciel ». On trouvera la discussion du texte à l’article Élus (Nombre lies). Cette question nous amène logiquement au concept théologique de l’élec­ tion divine par rapport â la prédestination. III. L’élection divine et la théologie de la pré­ destination. — Que les prédestinés au ciel soient l’objet d’une véritable élection de la part de Dieu, c’est une vérité de foi que l’on ne peut nier, sans tomber dans une erreur pire que le pélagianisme. Déjà la condam­ nation du pélagianisme laisse logiquement supposer que c'est au choix libre de Dieu que ceux qui seront sauvés le doivent. Cf. Tixeront, Histoire des dogmes, t. n, p. 498. La doctrine relative à la prédestination et à l’élection divine, déjà exposée par saint Augustin contre les pélagiens, et supposée par le 11« concile d’Orange, tenu en 529 contre les semipélagiens, cf. Denzinger-Bannwart, n. 196, 200, ne sera directement enseignée par les conciles qu'au ix« siècle, au moment de la grande controverse prédestinalienne. Le concile de Quierzy, en 849, celui de Valence, en 855, traitent ex j/rofesso ces questions difficiles. Cf. DenzingerBannwart, n. 316 sq., 320 sq. ; Turmel, Histoire de la théologie positive depuis l’origine jusqu'au concile de Trente, p. 275 sq., 401 sq. Les théologiens, pour, prouver l’existence de l’élection divine par rapport aux prédestinés, s’appuient sur le texte de Matth., xxiv, 31, 24; Marc., xm, 20, 27. Bien que l’expression electi dans ces textes ne désigne pas expressément les élus au ciel, on peut cependant en déduire ce sens très vraisemblablement. Cf. Billot, De Deo uno, thés, xxxn, § 1. Mais la nécessité d’un choix de Dieu vis-à-vis de ceux qu’il destine au salut s’im­ pose logiquement à cause de la doctrine de la gratuité de la prédestination. Voir ce mot. Si, en effet, ceux-là seuls vont au ciel qui sons prédestinés sans aucun mérite de leur part, il faut de toute nécessité qu’ils soient l'objet d’un choix de la libre volonté de Dieu, qui les élit de préférence aux autres. De là, la défini­ tion théologique de l’élection : le décret par lequel Dieu entend donner la gloire à ceux qu’il prédestine et la grâce et les mérites nécessaires pour obtenir cetle gloire. Gonet, Clypeus theologiæ thomislicæ, tr. V, a. 2, § 1, n. 26, Paris, 1669, t. n, p. 7. Il suffit d’indiquer ici brièvement ces notions qui se retrouveront expliquées avec plus d’ampleur à l’article Prédestination. IV. Distinction de l’élection et de la prédestina­ tion. — Il convient néanmoins, dès maintenant, de distinguer l’élection de la prédestination. Souvent les Pères emploient indifféremment les termes élection et prédestination; mais la théologie thomiste, expliquant selon notre mode de conception les actes divins, place l'élection avant la prédestination : celle-ci est un acte d’intelligence; celle-là, un acte de volonté. Saint Thomas, Sum. theol., 1«, q. xxm, a. 4, donne la rai­ son de cette distinction. La prédestination est une partie de la providence; or, la providence est « une raison existant dans l’intelligence divine, et détermi­ nant l’ordre des êtres vers leur fin. » Mais il est im­ possible que l'ordre d'une chose vers sa fin soit déter­ miné si la volonté de la fin ne préexiste pas. Par conséquent, la prédestination de certaines créatures au salut éternel présuppose, selon l’ordre rationnel, que Dieu veut le salut de ces créatures. Or, c’est dans cette volonté que consistent la dilection et l’élection; la dileclion, en ce sens que Dieu veut à ces créatures le bien qui est le salut : aimer, en effet, n’est rien autre que vouloir du bien à quelqu’un ; l'élection, en ce sens qu'il leur veut ce bien, de préférence à d’autres, puisque les autres qui ne sont pas élus seront réprouvés. Les prédestinés le sont donc, parce que d’abord aimés et élus. Voir col. 2254. DI CT. DE THEOL. CATHOL. 2242 On trouvera à l’article Prédestination l’exposé complet de la théorie de saint Thomas, qui, distinguant nettement l’élection de la prédestination, répond victo­ rieusement à toutes les difficultés qu’on oppose à la doctrine catholique de la réprobation. Voir ce mot. D’autres théologiens confondent l’élection et la pré­ destination. Nomine praedestinationis, decretum vo­ luntatis divinæ dandi gratiam et gloriam, semper intelligimus, sive illa vox etiam ad intellectum adap­ tari possit, sive non. Suarez, De praedestinatione, 1. I, c. xvn. Ils font de la prédestination un acte de la volonté divine. De là, des difficultés très grandes lorsqu'il s’agitde concilier la réprobation des pécheurs avec la volonté salvilique et la bonté de Dieu. Au nom de Suarez, on peut ajouter ceux de presque tous les théologiens de la Compagnie de Jésus, sauf Bellarmin, Granado, Ruis et quelques autres. C'est substantielle­ ment l'ancienne opinion de Scot et de saint Bonaven­ ture, In IV Sent., 1. I, dist. XL, a. 2, q. π. C’est cette conception de la prédestination et de l'élection divine qui donne naissance logiquement aux théories de la prédestination ad gloriam post prævisa merita, et de la réprobation antécédente. On les étu­ diera dans les articles correspondant à chacun de ces mots. S. Thomas, Sum. theol., I·, q. xxm; In IV Sent., 1. I, dist. XLI; De veritate, q. vi; Gonet, Clypeus tlieulc-jiæ thomislicæ, tr. V; Billuart, De Deo, diss. IX; Suarez. De prsedestinatione, 1. I; Bellarmin, De gratia et libero arbitrio Sur les termes élus et élection dans l’Écriture sainte, art. Élus, du Dictionnaire de la Bible de M. Vigoureux: Prat, l.a théologie de saint Paul, Paris, 1908,1.1, p. 332-336. A. Michel. 2. ÉLECTION, acte humain. — I. Notion. II. Problèmes. III. Applications théologiques. On ne s’occupera ici de l’élection qu’autant qu elle constitue l’un des actes ou mouvements de la volonté qui concourent a former un acte humain intégral. On renverra au mot Liberté toutes les questions connexes. Pour guider le lecteur et lui permettre de se rendre compte de la signification précise des termes que nous employons dans le présent article, nous croyons indis­ pensable de lui remettre sous les yeux le tableau synoptique des phases de Pacte humain que nous avons données à propos de ce mot. On trouvera la justi­ fication de ce tableau, t. i, col. 348. MOUVEMENTS D INTELLIGENCE ET DE VOLONTÉ OUI INTÈGRENT UNACTE MORAL COMPLET IÈAPRÈS SAINT THOMAS. Sum. theol-, I* II·, q. vm-xxi. Volonté. Intelligence. I. En regard de notre fin. Ordo intentionis, q. vin. I. Idée de notre bien, de notre perfection, q. ix, a. 1. 111. On juge que notre bien doit être cherché dans un objet en rapport avec notre nature raisonnable (bonum hone­ stum),et réalisable (judicium synderesis proponens obje­ ctum ut conveniens et assequibile), q. XIX, a. 4 sq. Π. En regaf II. Amour de complaisance pour notre bien (appetitus inefficax boni propositi), q. vin. IV. On se propose comme fin de son activité le bien hon­ nête etréalisable. C’est I’.xtention morale et efficace (actus quo voluntas tendit in obje­ ctum ut conveniens ~.··;dumrationemetasser.il· . e . q. VIU, a. 1, 4; q. XIX, a. 7 sq des moyens. /1. Ordo V. On recherche les moyens de réaliser l’intention morale. C’est le conseil (consilium), q. xiv. VII. On juge quel est le VI. On approuve au fur et à mesure de leur invention, sans préférence, les moyens aptes à la réaliser. Cest le consen­ tement (consensus), q. xv. VIII. On choisit le meilleur IV. — 71 2243 moyen le plus propre à at­ teindre la fin voulue dans l'intentionüudicÎKmpracticum), q. xiv, a. 6; q. xm, a. 3. ÉLECTION moyen. On se décide. C’est l'élection efficace (electio), q. xm. 2244 comme telle, c’est-à-dire la béatitude, n’est pas matière à choix : la volonté, l’intention, est le point d’appui de toutes les élections. Ibid., a. 3. 2» On peut dire la même chose, proportionnellement, pour chaque cycle B. Ordo executionis. volontaire considéré séparément, de la fin spéciale qui le commande et constitue en quelque sorte l'axe des IX. On décrète d’employer X. La volonté applique à ce moyen. C’est le commande­ leur acte les facultés aptes à délibérations et des élections qui visent à la réaliser. ment, l'ordre, le décret (impe­ le réaliser. C'est ("utilisation Ibid. 3° Le moyen est donc par définition l'objet rium), q. xvn. («sus activus), q. xvi. propre de l’élection. Mais il faut bien entendre ce XI. Exécution par ces facultés de l'acte moral décrété. C’est mot : moyen. On ne choisit pas, en effet, un objet l’acte impéré (usus passivus), q. XVI, a. 1. pour lui-même, mais pour exercer un acte quelconque XII. Jouissance de l’intelligence et de la volonté, fruit de l’ac­ à son endroit, par exemple, s’en emparer, le transfor­ complissement normal de l'acte humain (fruitio), q. XI. mer, etc. Qui eligit principem civitatis eligi t nominare ipsum in talem dignitatem. Ibid., a. 4. Le choix d’un I. Notion. — L’élection ou choix est l’acceptation objet se ramène en définitive au choix d’une action à faite avec discernement, par la volonté, d’un moyen dé­ exercer par celui qui choisit à l’occasion de cet objet, terminé, de préférence à d’autres moyens capables de préférence à une autre action correspondant à un d’assurer la même fin. autre objet. 4° De cette dernière remarque suit une L'élection est substantiellement un acte de volonté; conséquence importante. Si l’objet propre de l’élection c’est par la volonté,et non par l’intelligence, qu’elle est est une action humaine à exercer par celui qui choisit, émise immédiatement : materialiter pertinet ad appeti­ tout ce qui est impossible à l’homme ou à l’ange, n’est tum. Mais elle est formellement un acte d’intelligence. pas matière d’élection. Cujus signum est, quia, cum Selon la doctrine commune de saint Thomas, en effet, in consiliando perveniunt homines ad id quod est eis lorsque des actes de nos diverses puissances psychologi­ ques s’actionnent en vue d’une fin à produire, l’infiuence I impossibile, discedunt. Ibid., a. 5. Être réalisable, qu’exerce la puissance motrice est dite formelle par j être pratique, voilà la condition sine qua non de l’objet de l’élection. Et cela se comprend, puisque l’élection, rapport à l’activité de la puissance mue, que cette point critique de l’organisme dynamique volontaire, influence soit de l’ordre de la causalité efficiente, n’a d'autre raison d’être que d’assurer efficacement, en comme celle de l’intention sur le conseil,ou de l’ordre fixant inébranlablement le moyen, le service et la réa­ de la causalité formelle objective, ce qui est le cas du lisation des fins. jugement pratique en regard de l’élection. Dire que II. Les problèmes. — Trois problèmes de psycholo­ l’élection est formellement un acte de l’intelligence re­ gie métaphysique peuvent se poser à l’occasion de l’élec­ vient à dire que l’acte de l’homme qui choisit volontai­ tion considérée comme telle, c'est-à-dire en tant qu’elle rement un parti, est dirigé par son intelligence. Celle-ci, comporte la préférence d'un moyen aux autres moyens donc, fournit â la volonté la détermination objective tendant à assurer la même fin. Ces trois problèmes dont elle ne saurait se passer pour agir, et, partant, la correspondent aux trois issues possibles du conseil, détermine spécifiquement, d'une manière analogue à ce selon que le jugement pratique présente : 1» un seul qui se passe, lorsque l’acte détermine la puissance et la moyen apte à procurer la fin; 2° deux moyens égale­ forme. la matière. S. Thomas, Sum. theol., I»II*, q. xm, ment convenables; 3» deux ou plusieurs moyens inéga­ a. 1; cf. Comment, in melaph. Arisl., 1. IX, lect. iv. lement valables. L’acte d’intelligence qui dirige immédiatement l’élec­ tion est un jugement de l’ordre pratique, auquel abou­ '1° Cas du moyen unique. — Si le jugement pratique tit le conseil. Voir ce mot. Ce jugement est appelé auquel aboutit le conseil ne présente en dernière ana­ pratique, non seulement en général, c’est-à-dire du lyse qu’un seul moyen, il est clair qu’il n’y a pas lieu fait qu’il appartient à l’ordre des actions à faire, πράξις, de choisir. L’élection, de soi, comme tout acte de volonté, et non à l'ordre de la spéculation, θεωρία, mais dans est un acte aveugle, essentiellement dirigé par le juge­ un sens très spécial. En effet, tandis que les jugements ment intellectuel qui présente à l’agent son objetet jn spéculativo-pratiques de la syndérèse ou de la science bien. Du fait de l’absence de plusieurs parties, et donc morale concernent les principes immobiles et généraux d'un jugement pratique de préférence, la matière même de l’agir et règlent directement l’intention, c'est-à-dire de l’élection comme telle se trouve supprimée. En la volonté efficace des fins, le jugement pratique dont ce cas, il n’y a place que pour un simple consentement. nous parlons concerne les applications de ces principes Voir ce mot. Ce consentement est d’ailleurs libre, non à l’action singulière, concrète, effective; il porte sur les pas d’une liberté de contrariété, puisque les parties moyens discernes par le conseil et reconnus propres à contraires font défaut, mais d’une liberté de contradic­ assurer la fin. D’où le nom de jugement practico-pration qui consiste à renoncer à utiliser le moyen pro­ tique que, sous certaines conditions dont nous parle­ posé. La bonté du moyen, en eflet, ne vaut jamais la rons plus loin, lui réservent les théologiens moralistes. I bonté de la fin qu’il est destiné à procurer, fût-il le Mais ce qui constitue en propre, essentiellement, plus convenable, le plus adapté, le plus rapproché en l’élection, c’est d’être une préférence. Là où le juge­ excellence de cette fin. Lorsqu’il s’agit du choix des ment n’articule pas une préférence, là où il énonce moyens, la nécessité du vouloir est toujours hypothésimplement l'aptitude commune des moyens pris en I tique. Si je veux efficacement une fin, je dois vouloir bloc, ou l’aptitude d’un moyen isolé à procurer une fin, le moyen unique, d’accord; mais je puis toujours, sans il n’y a pas lieu à élection, mais simplement à con­ violer la loi profonde de mon agir volontaire, l’appétit sentement. Voir ce mot. C’est seulement lorsque le du bonheur, renoncer à la fin. Dans cette renonciation conseil a discerné la plus ou moins grande adaptation même, la volonté générale d’être heureux trouve à se des moyens à la fin, et lorsque le jugement practicosatisfaire. N’est-ce pas encore vouloir être heureux, pratique a prononcé quel est le meilleur moyen, que que de renoncer, en connaissance de cause, à tel la volonté peut choisir. D’où l’absence d’élections pro­ moyen de l’être? Ainsi la liberté d'exercice demeure, prement dites chez les animaux : l’instinct qui guide là où fait défaut, comme dans le cas présent, la liberté leurs appétitions est déterminé. S. Thomas, Sum. de spécification. Cf. Salmanticenses, Cursus theol., De theol., 1» II·, q. xm, a. 2. voluntario, disp. V, q. xm, a. 6; Alvarez, Disputationes theol. in II* S. Thomœ, disp.LUI; Suarez, Metaph., Pour compléter la notion de l’élection, nous devons, avec saint Thomas, préciser ce que nous avons indiqué disp. XIX, sect, vi, n. 14. 2» Cas de deux moyens également adaptés à une fin_ touchant son objet. 1« Il est clair que la fin ultime 2245 ÉLECTION — L'élection étant essentiellement un acte de préférence, comment la volonté peut-elle préférer, si, objective­ ment parlant, il n’y a aucune raison de préférer? La volonté, on ne saurait trop le répéter, est une faculté aveugle: elle suit l’attrait du bien, mais du bien pré­ senté par l’intelligence, in casu, par le jugement pra­ tique. Or, dans le cas présent, les attraits sont égaux. Il semble bien que prendre un parti équivale à se déci­ der irrationnellement, ce qui revient à ne pas faire un acte de volonté, à ne pas véritablement choisir. Telle est la difficulté. Et c’est en effet ce qui arrive souvent en pareil cas. Sous l’impulsion du désir delà fin, un mouvement irré­ fléchi, émis sous l’influence de la passion, de l'instinct, de l’habitude, décide du parti qui est choisi. Mais ce n’est pas là une solution universelle, bien qu’un théo­ logien, Lorca, In Sum. theol., I» II», q. xm, disp. XVII, ait cru pouvoir la comprendre ainsi. C’estsurle terrain de l'élection et par des principes tirés de ce qui la constitue, que la question veut être résolue. La solution de Lorca est une échappatoire, divertit a difficultate ista in qua loquimur de vera et propria electione, non de eo quod fit ex impetu naturæ. Jean de Saint-Tho­ mas, Cursus theol., in I«m II», disp. VI, a. 2, n. 8; Billuart, loc. cit., § 4, inst. 4». Suarez, Melaphysica, disp. XIX, sect, vi, n. 13, recon­ naît à la volonté le pouvoir absolu de choisir le moyen qui lui plaira. C’est la conséquence de sa doctrine spé­ ciale sur l’indifférence de la volonté. Comme cette doc­ trine et sa conséquence concernent non seùlementlecas présent, mais aussi celui où les moyens sont inégaux en valeur, nous en renvoyons l’exposé au troisième cas. Saint Thomas, dans un texte unique et célèbre, résout ainsi la difficulté : Nihil prohibet, si aliqua duo æqualia proponuntur secundum unam considerationem, quin circa alterum consideretur aliqua conditio, per quam emineat, et magis flectatur voluntas in ipsum, quam in aliud. Sum. theol., I» II», q. vt, a. I. Cette solution est tirée de la nature même du libre arbitre qui consiste dans le pouvoir qu’a la volonté, en acte d’intention d'une lin,, de mouvoir l'intelligence à la recherche des moyens, pouvoir qui n’est jamais épuisé du fait de la valeur de l’un des moyens rencontrés, dès là qu’il n’est pas nécessaire à la lin. Cf.Vasquez,InSum. theol., I» II», disp. XLIII, c. n, qui déclare plus pro­ bable l'opinion de saint Thomas, et l’appuie de l’auto­ rité d’Aristote et des saints Pères. Cajetan, Comment, in Sum. theol., I» II», q. xm, a. 5, n.3, ne limite pas la portée de la réponse de saint Thomas, comme le prétend Vasquez, loc. cit., n. 5, mais fait remarquer seulement combien formelle est la réponse du saint docteur, puisqu’elle se place sur le propre terrain de l'élection, pour montrer que la difficulté soulevée ne saurait lui être un obstacle. Il y avait, en effet, une autre réponse possible; c’est de résoudre ce cas, comme le précédent, par la liberté d’exercice et de contradic­ tion. La volonté, en effet, peut se refuser à l’une et l'autre alternative, mais cette solution, comme nous l'avons dit, supprime l’élection. C’est, semble-t-il, tout ce qu’entend dire Cajetan. Cette solution de saint Thomas nous ramène au troi­ sième cas annoncé plus haut. Il en résulte, en effet, que saint Thomas tient, d’une manière tout à fait générale, que, pour qu’il y ait choix, élection, il est nécessaire que le jugement pratique articule une préférence, qu'il présente l’un des moyens en concours, comme mieux adapté à la fin que le ou les autres. Et il professe ainsi, après Aristote, que l’élection ne se peut faire que dans le sens du moyen le meilleur. N’y a-t-il pas là un dé­ terminisme objectif qui rend illusoire la liberté essen­ tielle à l’élection et détruit la notion même de choix? C’est cette difficulté que l’examen du troisième cas va nous amener à solutionner. 2246 3° Cas de plusieurs moyens inégaux. — 1. Opinion de Suarez. — Cette opinion est attribuée à Suarez, non pas qu’il en soit le seul ou le premier auteur, car il cite lui-même ses prédécesseurs, Metaph., loc. cit., n. 2, cf. Salinanticenses, De voluntario, disp. IL dub. I, §3, n. 14, mais parce qu’il en a donné la théorie la plus complète. La racine de cette opinion est la notion que Suarez adopte touchant l’indifférence caractéristique du jugement pratique qui précède immédiatement l’élection. Tous les théologiens admettent, après saint Thomas, que, seuls, des moyens contingents, c’est-àdire non nécessairement reliés à la fin qu’ils sont destinés à procurer, peuvent être l’objet de l’élection. Il suit de là une certaine indifférence objective du ju­ gement pratique qui les présente au choix de l'agent. Quelle que soit ia préférence que ce jugement articule en faveur du meilleur moyen, ce meilleur moyen est libre dans son fond, car il n’est pas l’équivalent delà fin voulue, de même que l’opinion libre n’est pas l’équi­ valent du vrai nécessaire et obligatoire sur le même objet. C’est dire, à entendre Suarez, qu’une interven­ tion libre de la volonté a été nécessaire pour que le jugement pratique fût formulé. Ce caractère de liberté objective et d'indifférence foncière, est tellement mis en relief par Suarez, qu’à l'entendre, la préférence pour le meilleur moyen, énoncée dans le jugement pra­ tique portant sur plusieurs moyens, ne saurait avoir aucune influence décisive et déterminante sur le parti que prendra la volonté de l’agent. Il y a proposition de plusieurs issues, multiplex judicium, n. 12, mais c’est à la volonté de choisir et de déterminer absolument par son choix quel sera le parti élu. Le moyen le moins adapté peut être de ce fait choisi par la vo­ lonté. Et il n’y a là, à l’entendre, aucune violation du principe : voluntas sequitur intellectum, car la volonté suit l’objet dans la mesure ou l'objet s'impose à elle. Or, dans notre cas, il ne s’impose pas nécessairement, il est avant tout contingent; et s’il a une supériorité relative comme moyen d'atteindre la fin, cette supé­ riorité laisse leur bonté et leur convenance aux autres alternatives. Il n’est pas nécessaire que la volonté épouse toutes les modalités du jugement, mais seu­ lement celles qui imposent une nécessite. Quant à la raison de ses préférences pour un moyen reconnu inférieur, il n’y a pas à la chercher du côté de l’intelli­ gence : stat pro ratione voluntas. Cf. iletap!.., disp. XIX, sect vi, n. 7-13. 2. Opinion thomiste. — Les thomistes conçoivent autrement l'indifférence du jugement pratique. Sans doute, ils admettent que les différents moyens présentés par l’intelligence, étant contingents vis-à-vis de la lin, peuvent tous et chacun, y compris le plus avantageux, élre récusés par la volonté en acte d'intention delà bn. Aucun d’eux ne peut vaincre l'amplitude de cette fin. Mais ce pouvoir, qui relève de la liberté d’exercice, n’entraîne pas, à les entendre, le pouvoir de choisir entre plusieurs moyens actuellement présents les moins avantageux. Car, disent-ils, un tel acte, s’il -st un acte de préférence et par ce côté un choix, serait un acte injustifié, sans raison objective suffisante. Le motif exclusif de la volonté est, en effet, notre . n propre. Mon bien propre étant actuellement cor. . . r moi comme attaché à cette fin, et cette fin étant voulue par moi en cette qualité, est-il admissible qu’en pré­ sence de plusieurs moyens parmi lesquels il en es: un qui plus sûrement, plus efficacement, conduit à la fin dans laquelle pour le moment est constitué mon bon­ heur, je choisisse l’un de ceux qui offrent le moin- de garanties? Cela n’est-il pas en contradiction avec cet appétit du bonheur qui est le moteur foncier et toujours en acte de mes moindres volontés ? Il le semb.e. et il faut en conséquence conclure, avec Aristote, que I -lec­ tion se porte toujours du côté du meilleur, qu’un dé- ÉLECTION terminisme, non pas de droit mais de fait, met en rapport régulier de dépendance la décision volontaire, d'ailleurs autonome et libre, avec le jugement pratique prépondérant, que pour échapper à ce déterminisme du motif le plus fort, il n’y a qu'un moyen, c’est de re­ courir à un nouveau conseil qui mettra en évidence un motif plus fort encore. Si l’on répond avec Suarez que la volonté n’étant nécessitée par aucun bien contingent, sa liberté jus­ tifie suflisamment.ses choix, et qu’il n’y a pas à cher­ cher d’autre raison suffisante que le bon plaisir de la volonté libre, les thomistes concèdent la valeur de la réponse, mais demandent à faire remarquer que, du fait de ce bon plaisir, le moindre bien est devenu le meilleur. En effet, comme jamais la volonté ne saurait agir sans lumière objective, il est clair que l’agent volontaire, en préférant â tout sa liberté, considère l’usage de cette liberté même comme un motif prépondérant, que l’exercice et la mise à l’épreuve de son indépendance souveraine vis-à-vis des motifs les plus forts s’ajoutent à la bonté du moyen le moins adapté pour constituer avec elle le meilleur bien de l’agent, que c’est en regard de ce bien intégral et supérieur qu’il se décide. Même dans ce cas limite, le déterminisme des motifs objectifs est la régie. Ainsi parlent les thomistes. Cf. Billuart, De actibus huma­ nis, diss. Ill, a. 6, § 4, Dices. L’explication que l'on vient de lire a mis en évidence la raison pour laquelle, selon les thomistes, entre plu­ sieurs motifs inégaux, la volonté ne peut choisir que le plus fort. Mais elle n’a pas manifesté en vertu de quel principe elle choisit effectivement un parti. La volonté, en effet, est absolument libre vis-à-vis de tout motif contingent. Elle peut toujours, soit renoncer à toute élection, soit provoquer de nouvelles délibérations, aboutissant à de nouveaux et plus forts motifs, et cela indéfiniment. En d’autres termes, si elle choisit entre les moyens inégaux actuellement présentés, elle ne peut se prononcer que pour le plus adapté à la fin, mais pourquoi se décide-t-elle à le choisir’? Est-ce elle finalement qui se détermine? Si oui, peut-on dire en­ core qu’elle trouve dans son motif la raison suffisante de se décider?que c'est un motif déterminant? Si l'on répond non à cette dernière question, c’est la solution de Suarez, reculée seulement d'un cran. C’est sans raison suffisante que la volonté choisit, et nous revoilà en plein libertisme. Pour répondre à cette difficulté, il est nécessaire de se donner une vue d'ensemble du dynamisme orga­ nique qui constitue l'acte humain. Voir le tableau synoptique. Le point de départ de l’ébranlement vo­ lontaire est l’intention efficace d’une fin : son point d’arrivée est la réalisation de cette même fin. Entre ces deux termes sont situés des actes ou mouvements de la volonté et de l’intelligence, émis sous l'empire de la fin efficacement voulue,et marquant le progrès dyna­ mique du vouloir total. Or, il suffit d’être tant soit peu familiarisé avec les schèmes fonciers de saint Thomas en matière de causalité et d’action, pour s’apercevoir que l’activité, qui relie le point de départ au point ter­ minal, est de l’ordre instrumental. La réalisation de la fin est l’eflet propre de la volonté efficace de la fin, cause principale, se servant de l’intelligence et de la volonté comme d’instruments. L usus, l’utilisation relie et soude entre eux tous les moments de l'action totale. Sans doute, chaque activité de l’intelligence et de la volonté, conseil, consentement, etc., accomplit son acte propre normalement; l’intelligencA délibère, la volonté accepte, en vertu d’une simple application à l’exercice de leur acte. Mais en tant que ces actes tendent non plus à leur fin propre et immédiate, mais à la fin de tout le processus qui les dépasse, et sont l’œuvre propre de la seule intention efficace, ces activités ont une 2248 valeur instrumentale, et elles reçoivent une détermi­ nation spéciale, d’ordre dynamique, ris instrumentalis, qui actualise leur mouvement ou acte propre en vue de la réalisation de ta fin. C’est ainsi que le conseil se fait normalement et aboutit à un jugement de comparaison et de préférence pour un parti. Mais cette préférence, en tant que res­ sortissant au conseil, n'a d’influence que inacti' primo. Et c’est sous cet aspect que le considère Suarez. Somme toute, il n’y a là, du fait du conseil, que plu­ sieurs partis possibles à 1a disposition du vouloir. Mais, au point de vue de l’efficacité de ta volonté de la fin quise fait jour dans les jugements pratiques, il y a davantage: il y a dans le jugement de préférence un instrument en harmonie avec l’efficacité actuelle de l’intention, et que celle-ci se doit de faire, pour ainsi dire, sortir du rang, en le rendant practico-pratique de pratique qu'il était seulement. La vertu déterminante qui jaillit de 1a volonté efficace, hic et nunc de 1a fin, ne pourrait, en effet, se répandre sur le moyen le moins adapté à cette fin. Ce serait une contradiction. Ce serait, à ta fois, vou­ loir efficacement et ne pas vouloir efficacement, vou­ loir efficacement la fin et ne pas vouloir efficacement le moyen qui ne vaut que par son ordre à la-fin. Be là vient que le motif le plus fort, objectivement partant, est promu motif déterminant subjectivement. Il ne le doit pas à sa plus-value objective comme telle, mais à l’intention efficace de la fin, dont sa valeur objective dessert supérieurement l’impérieuse impulsion. De là vient que certains thomistes, signalés par Sua­ rez, loc. cit., n. 1-3, font du jugement de préférence passé à l’état de jugement pratique un imperium. Il ne s'agit pas, cela est clair, de l’imperium qui suivra l’élection etcommandera l’utilisation du moyen en vue. Il s’agit de cet empire qu’exerce 1a volonté d’une fin sur toutes les démarches psychologiques qui s’em­ ploient à ta satisfaire, y compris les jugements prati­ ques : de l’imperium finis, qui utilise l’intelligence, utitur consilio, et, lorsque celle-ci a découvert un moyen dont l’efficacité s’annonce comme prépondé­ rante, pèse sur le jugement pratique de tout le poids de son désir, l’actualise et le rend practico-pratique, c’est-à-dire en acte d’attirance. Cf. Sum. theol., I1 II®, q. xvi, a. 4, § Sed quia; q. xvn, a. 3, ad 3““. Dès lors, 1a partie est gagnée. Car, s’il reste à accepter l'influence de cet attrait, et donc à choisir, et si ta volonté, de sa nature, natura, est indépendante vis-àvis de tous les moyens contingents, elle ne l'est pas de fait, vis-à-vis de ce motif objectif dont elle cause actuel­ lement elle-même 1a suprême et déterminante actua­ lisation. En abstrayant de l’acte par lequel elle actua­ lise présentement le meilleur moyen, in sensu diviso, elle est libre; mais in sensu composito, elle ne l'est pas. Si elle se sert efficacement de cet instrument qu’est le jugement prépondérant pour produire en soi la détermination objective, il est contradictoire qu’au moment même elle ne se détermine pas subjectivement eteffectivement par une motion efficiente et efficace, bien qu’elledemeure, en agissant ainsi, intrinsèquement libre et maîtresse de son vouloir.Tout comme il est nécessaire, c’est l’exemple perpétuel d’Aristote et de saint Thomas, que Socrate soit assis durant qu’il es assis, encore que, même étant assis, il garde sa puissance très réelle à se lever. Lorsque la décision de 1a volonté voulant effica­ cement ta fin, s’égalise au motif prescrit par l’ultime jugement pratique, comme c’est ta libre volonté qui, au même instant, produit dans ce jugement ce carac­ tère de motion objective déterminante, elle ne fait, au fond,par lechoix de ce motif que s’égaliser à elle-même et reconnaître un état d’actualisation de ses énergies libres déjà explicité dans son intérieur. Tel le est 1a synthèse latente sous les exposés thomistes de ce problème Avec cette clef, on pourra en corn- 22-49 ÉLECTION 2250 sible que la même volonté qui actuellement veut effi­ prendre la raison d’être, et, sine præiudicio, l’effica­ cacement la fin, se propose et s’impose objectivement cité explicative. Cf., en particulier, B. Medina, I» IIæ, le seul moyen que lui laisse le principe de raison q. xiii, a. 6; Salmanticenses, op. cit-, De volunta­ suffisante, et dans le même instant ne l’accepte |·.ί- -n rie, disp. II, dub. i, Il ; Jean de Saint-Thomas, Cur­ fait. Mais comme l’efficacité de l'exercice du vouloir sus theol., I» II”, q. xin, disp. VI, a. 2. Ces derniers des fins est complètement facultatif pour la volunt· . on signalent dans leurs références les contributions des voit que cette nécessité de l’élection n’en est un.. que autres thomistes. Voir aussi Garrigou-Lagrange, Intel­ parce que la volonté libre l’a rendue telle. Et donc il lectualisme et liberté chez saint Thomas, dans la n’y a pas déterminisme absolu et de droit, mais seule­ Rev ne des sciences philosophiques et théologiques, ment déterminisme hypothétique, de fait, et relatif. 1908. p. 22-24; Sertillanges, S. Thomas d’Aquin, Pa­ Voir Déterminisme, Liberté. ris, 1910, 1. VI. c. m, t. n, p. 223-225, 234 sq.; Rous2» Question du probabilisme. — La psychologie de selot, L’intellectualisme de saint Thomas, Paris, 1908, l'élection, telle que l’entendent saint Thomas et les p. 216-217. thomistes, correspond au probabiliorisme ; la psycho­ III. Applications théologiques. — Je n’ai pas la logie de Suarez est la psychologie du probabilisme.Ces possibilité de développer ici les questions où l’élection doctrines morales ont leur Physique dans les théories se trouve impliquée. Je veux cependant marquer le de l’élection. Ce que l'on peut expliquer ainsi : Dans lien qui rattache les principales d'entre elles à la psy­ tout acte humain intégral, il s’agit d'atteindre une chologie qui vient d’étre exposée. Ce ne sera pas sortir fin par des moyens. Quelle que soit la fin actuellement du mol : Election, acte humain. Pour plus de dévelop­ voulue, le mécanisme psychologique est le même. pement on renverra au fur et à mesure aux mots qui Supposons que cette fin soit la vie morale, honnête, appellent obligatoirement les questions signalées. l’honnêteté. Nous sommes sur le terrain même des 1 Le déterminisme des motifs. — Cette question questions du probabilisme, quotiescumque agitur de est en soi philosophique. Elle relève cependant de la sola honestate objectiva actionis. Les opinions en pré­ théologie en raison du dogme de la liberté humaine. Cf. Denzinger, Enchiridion, Ind. syst., vi d, vit d, [ sence constituent autant de jugements pratiques con­ cernant les moyens d’atteindre cette fin, l’honnêteté x e et g. C’est un de ces sujets que Cano nomme une morale. Ces moyens sont contingents, c'est-;,-dire question théologique naturelle. De locis, 1. XII, c. v. qu’aucun d’eux n'égale adéquatement la bonté de la La thèse déterministe peut s’exprimer en ces quel­ fin; sans cela il n'y aurait pas lieu au delectus r.· i,. ■■■ ques mots : Pour expliquer l'influence des motifs sur num, au choix des opinions. Pour qu'il y ait lieu a l'élection, ou bien vous faites appel au principe de élection, il faut que le moyen ne soit pas nécessaire raison suffisante, et vous aboutissez alors à un déter­ pour la fin, et donc que le jugement pratique qui le minisme optimiste; ou bien vous ne tenez pas.compte de ce principe, et alors c’est le libertisme absolu. Ce propose soit probable; d’où son qualificatif d’opinion. dernier parti est inadmissible, donc le déterminisme Le principe général qui règle l’application du proba­ bilisme est double : 1. Là ou il est impossible d’arri­ psychologique s’impose. Voir la mise en forme de cette ver à la vérité absolue, comme cela est de règle pour objection dans l'article cité du P. Garrigou-Lagrange, les actions humaines, il faut choisir ce qui s’en p. 6-12; Sertillanges, op. cit., p. 275 sq. La solution dépend de ce que nous avons dit plus rapproche, verisimile est sequendum. D’où exclusion haut. Les suaréziens ont à répoudre à la partie de de la doctrine rigoriste qui refuse toute valeur morale l’objection qui vise le libertisme. Leur effort consiste â â la probabilissima. Denzinger, Enchiridio», n. 1293 en restreindre les conséquences, â lui tracer des limites, (1158). 2. Il faut cependant que le moyen soit vérita­ objectives et subjectives, sans toutefois tenier son blement un moyen, conveniens fini, d’où exclusion de principe pour ce qui regarde les objets contingents. la tenuiter probabilis. Cf. Denzinger, Enchiridion, n. 1153 (1020). Les thomistes ont à répondre à la partie d? l’objection Ces deux positions sont des conséquences nécessaires qui vise le déterminisme, puisqu’ils acceptent les con­ séquences du principe de raison suffisante et tiennent des principes généraux gouvernant l’élection. Voir plus haut. Les nier, c’est supprimer la matière même de que nécessairement, en fait, l’élection a pour objet le l'élection qui est: l.de contingenti; 2.de convenient: ; meilleur. Mais, disent-ils, ce meilleur motif, quels que c’est se placer dans ce que les anciens appelaient josoient d’ailleurs ses fondements objectifs, n’exerce sa sitio extranea, une position qui supprime les données vertu actuellement déterminante sur la volonté, que du problème, ici le problème du delectus opinionum par une sorte d’inllux supérieur dérivé de la volonté voulant efficacement la fin et, par suite, en vertu du in re morali, le problème même du probabilisme. caractère impérieux de ce vouloir. Or, ce vouloir efficace Ceci posé et supposé acquis, les trois cas rencontrés dans la psychologie de Télection en général se retrou­ de la fin, la volonté l’exerce quand elle veut, sauf dans 1 cas de la vision béatifique qui n’est pas en cause : il vent transposés dans la question du probabilisme. Il ne dépend donc,en aucune façon,de la force des motifs, peut arriver, en effet, que pour satisfaire au devoir étant supérieur à tous. D’où il résulte que, dans deux d'être honnête, actuellement représenté par telle tin en vue et, comme telle, efficacement voulue, nous nous Conjonctures successives, tout étant d’ailleurs absolu­ trouvions en présence d’un seul moyen vraiment mo­ ment disposé de même du côté des motifs d’agir, le ral, opinio solitarie probabilis ; de deux moyens egale­ choix de la volonté sera différent. Dans le premier cas, ment moraux, également efficaces donc, hic et i.une par exemple, la volonté, n’ayant pas l’intention effi­ pour remplir la fin de la moralité; de plusieurs moyens cace d’en finir, n’aura pas mis en œuvre le motif tous moraux, c’est-à-dire en harmonie avec la fin. si on actuelleinen» le plus fort; ce motif, en dépit de sa les considère en soi, opinio solide probabili-. r. plus-value objective, sera resté inerte. Dans le second cependant inégaux, en ce sens que les uns offrent plus cas, voulant à toute force réaliser la lin en vue, elle de chances de conduire à la fin, les autres moins. La utilisera le jugement qui actuellement, dans la con­ bonté du moyen, comme tel, doit, en effet, se juger science, représente le meilleur parti, le seul qui, de d’après son coefficient de valeur efficace pour procu­ par le principe de raison suffisante, soit en harmonie avec l’efficacité du vouloir de la fin; et le moyen le rer la fin. meilleur, ainsi mis en évidence dans»un jugement Premier cas. — Il est clair que l’on peut toujours practico-pratique ultime, déterminons le choix, néces­ user du moyen unique, puisqu’il est propre à réaliser sairement, in sensu composito, c'est-à-dire en fait, la fin, et qu'on le doit même, toutes les fois que la ûn non en droit. Il est. en effet, nous l’avons dit. impos­ à réaliser se rattachant à une loi ou à un précepte 2251 ÉLECTION absolu, doit être, hic et nunc, efficacement voulue. D'où la sentence commune des moralistes catholiques de toutes les écoles sur ce point. Deuxième cas. — S’il y a deux partis égaux et, par suite, deux opinions qui se contrebalancent, la psycho­ logie suarézienne de l'élection doit logiquement autoriser.un choix arbitraire. C’est ce que font couramment les probabilistes. Le principe lex dubia non obligat n’est pas, qu’on le remarque bien, un de ces principes réflexes dont la valeur objective, s'ajoutant â la valeur du motif qui favorise la liberté, forme un motif total absolu en faveur de celle-ci. En effet, ce principe a comme contre-partie cet autre, aussi évident que le premier dans le cas des opinions qui se font équilibre : libertas dubia non liberat. Les deux consi­ dérations se valent et, partant, l’équilibre de^objets en conllit n’est pas rompu. C'est un cas de doute strict. Aucune difficulté d'ailleurs à cela, selon la thèse qui tient qu’il n’y a pas besoin, pour trancher ce cas, de raison suffisante se formulant en motifs objectifs et que la liberté subjective se sert à soi-même de raison suffisante, stat pro ratione libertas. Il est évident, selon cette théorie, que la liberté a tout ce qu'il faut pour se prononcer en faveur du parti qui lui plaît, et d’ailleurs, ce faisant, elle n’offense pas la loi morale, puisque les deux opinions en présence sont données dans la conscience comme étant en harmonie avec une volonté antérieurement rectifiée par une fin morale­ ment bonne. Seulement, dans l’explication de cette opinion par les thomistes, selon laquelle le stat pro ratione voluntas doit s’interpréter dans le sens d’une plus-value de motifs objectifs, voir plus haut, col. 2247, il semble bien que cette plus-value provenant, ici, de la volonté arbitraire de choisir l'un quelconque des motifs égaux, n'apporte aucun complément proprement moral à celle des alternatives qui est choisie. Il y a raison suffisante pour se décider physiquement; il n'y a pas, semble-t-il, raison suffisante pour se décider moralement. Les thomistes, suivant la lettre de leur docteur, diri­ ment autrement le cas. Ils accordent qu’entre deux ' opinions également probables il n’y a pas de choix j moralement justifié, tant que l'une des opinions n'est pas devenue, par le jeu du conseil, moralement plus 1 probable. Cette plus-value est ordinairement assurée par des principes réflexes, c’est-à-dire tirés, non pas de l'objet précis en vue, qui est supposé avoir livré tout ce qu’il possède comme relation à la fin honnête, mais de points de vue supérieurs, de nécessités et de lois générales s’imposant, au point de vue moral s’en­ tend, et qui peuvent trouver une application, au moins par l’effet d’une analogie sérieuse et fondée, dans l’une des alternatives en concours. Nil prohibet si aliqua duo aqualia proponuntur secundum unam considera­ tionem, quin circa alterum consideretur aliqua con­ ditio per quam emineat et magis flectatur voluntas (in casu, voluntas moraliter recta) in ipsum quam in aliud. S. Thomas, loc. cit. Nous retombons ainsi dans le probabiliorisme. Cf. Billuart, De aclibus hum., disp. VI, a. 2. Faut-il distinguer du probabiliorisme le système | équiprobabiliste, pour autant qu’il fait le départ des ' deux alternatives en équilibre, celle qui favorise la loi et celle qui favorise la liberté à l'aide du principe de possession? Pour ma part, sans me prononcer d’ail­ leurs sur la valeur universelle de ce principe pour résoudre tous les cas, j’estime que, si on en entend l’usage comme le fait saint Liguori, cf. R. Beaudouin, Tr. de conscientia, Tournai, 1911, q. rv, a. 5, il n’y a pas de différence. Le principe de possession, transposé par analogie des matières de justice et autres sembla­ bles dans l'intérieur de la conscience, rend plus pro­ bable le parti auquel il peut s'appliquer. Et dès lors, 2252 avec le principe du probabiliorisme, verisimilius est sequendum, aidé du principe général du probabilisme, â savoir que, s’il s’agit de la seule honnêteté morale de l’action, la condition humaine ne saurait exiger une évidence absolue comme règle de toutes nos démar­ ches, on peut se former la conscience moralement cer­ taine requise pour agir. A mon avis, sine præjudicio, le principe de possession, décisif quand il s’agit du for , externe, ne saurait, à lui seul, donner d’emblée cette certitude morale, en raison de la transposition analo­ gique qu’il faut lui faire subir pour l’ériger en critère de conscience. C’est seulement une notable probabilité de plus. Troisième cas. — Il se résout facilement, selon la psychologie suarézienne, par le probabilisme pur, ou· système de la moindre probabilité, minusprobabilismus. En effet, si, d’une manière générale, une fin peut être vraiment et efficacement voulue par la volonté, alors que celle-ci choisit parmi les moyens qui y con­ duisent celui qui a Je moins de chances d’assurer la fin, il n’y a pas de raison de faire exception pour les fins de la moralité. On est encore honnête, du fait que l’on a choisi le moyen offrant le moindre coefficient d’honnêteté, parmi ceux qui sont présents, pourvu, bien entendu, qu’il ne dépasse pas la limite où il serait peu probablement honnête, tenuiter probabilis, où il ne serait plus honnête du tout. Je n’ai rien à dire contre la logique de cette conséquence. La seule ques­ tion que l’on pourrait soulever est de savoir si l'on veut encore vraiment, sincèrement et efficacement une fin quand on prend les moyens les moins efficaces parmi ceux qui y conduisent. A cette question, les thomistes répondent résolument par la négative, et c’est dans la logique de leur doctrine sur l’élection. Si, en effet, un choix fait sans raison objective déterminante ne saurait être qualifié d'acte proprement humain, le choix d’un moyen qui, moins probablement, conduit à une fin morale qu’il s’agit de réaliser, alors que d’autres moyens plus probables sont en confiitavecluidansrunitéindivisiblede la conscience, un tel choix, dis-je, ne saurait être qualifié d'acte moral. On ne voit pas bien un négociant, efficacement désireux de faire fortune, employer pour arriver à cette fin des moyens qui y aboutiront moins probablement que d'autres qu'il sait parfaitement exister et être à sa dis­ position. De même, disent les thomistes, on ne voit pas bien comment se combine une volonté, ayant l’inten­ tion efficace d’une fin moralement bonne, avec le choix d’un parti qui représente un minimum de tendance efficace vers cette fin. Cf. Mandonnet, De la valeur des théories sur la probabilité morale, dans la Revue tho­ miste, 1902, p. 334. Il n entre pas dans le but de cet article sur l’élection de trancher ce débat, dont les diverses solutions sont librement discutées dans l’Église, car il ne s'agit pas ici d’idéal moral, mais de simple licéité; il s'agit de savoir où commence le péché. Il nous suffit d’avoir ma­ nifesté le lien qui rattache ces solutions avec les diverses conceptions psychologiques de l'élection. Pour le reste, voir Probabilisme. 3° Les vertus morales. — La vertu morale naturelle ou infuse se définit : habitus electivus mediorum ser­ vato ordine finis, une habitude de choisir les moyens adaptés aux fins de la moralité. Cette habitude est tan­ tôt le résultat de la répétition constante d’actes au ser­ vice d’intentions rectifiées par la volonté du bien, et c'est la vertu morale naturelle qui est comme une con­ solidation d’actes antérieurs, désormais passés à l’état de ressorts permanenls d’activité ; tantôt elle est pro­ duite directement par la grâce divine, et c’est la vertu morale infuse, qui a d'emblée les mêmes prérogatives que la vertu naturelle, mais en regardées objets surna­ turels, Cf.S.Thomas,Sum. theol.,D Ilæ, q. lxiii, a. 2, -4. 2253 ÉLECTION 2254 avec la sainte Écriture, des noms de prescience, conseil, Les vertus morales : prudence, justice, force, tem­ élection, prédestination, vocation, et qu its conçoivent pérance, et leurs parties ou dépendances, ont donc pour par analogie avec les actes partiels intégrant l'acte objet direct de rectifier d'une manière habituelle le humain, en excluant, bien entendu, les imperfections choix des moyens pratiques par lesquels est assurée de ces actes. Nous ne nous proposons ici que de mani­ l’efficacité, sur le terrain de la vie pratique, de la volonté fester brièvement le raccordement analogique de l’élec­ générale du bien, appetitus rectus. C’est comme un tion divine avec la base psychologique que nous four­ acquis, qui soulage d’autant le labeur actuel de la nissent les éléments ci-dessus analysés. Pour le reste conscience, sans cependant jamais le supprimer, car il voir le mot Prédestination, qui désigne l’acte cen­ appartient à la raison de veil 1er activement à son œuvre. tral et décisif de la volonté divine à l’égard des créa­ .Mais au lieu d’être obligée, comme chez les commen­ tures, acte qui, correspondant à l'imperium, ne saurait çants, à se faire jour, à coup de réflexions, de délibé­ être expliqué sans faire appel à l’élection. Voir aussi rations, de motions efficaces sous l’empire de la lin, la l’article précédent. conscience peut se reposer sur ces causes permanentes Tous les théologiens transposent la notion de l’élec­ d’élections bonnes, qui assurent le train ordinaire de tion en Dieu. L'objet de l'élection divine, ce sont les la vie vertueuse. moyens d’assurer dans l’ordre de la création sa gloire, Une chose digne de remarque, c'est que cette solidi­ qui est lui-même. Les créatures, le monde tel qu'il a fication des élections vertueuses, en vertu même de sa été créé, spécialement les créatures intelligentes, solidité, peut devenir le point de départ d’un progrès objets d’une providence spéciale, anges et hommes, pratique indéfini dans la vertu. Les objets de ces élec­ tions, arrêtées et fixées pour ainsi dire d’avance par les et spécialement encore, la glorification éternelle deces créatures, telle est la matière de l’élection divine. vertus, peuvent être considérés à leur tour comme autant de fins inébranlablement voulues par le vertueux, Tous les théologiens catholiques admettent que l’élec­ fins concrètes déjà particularisées, du domaine enfin j tion divine est absolument libre. Suarez ne parle pas de la vie pratique : et, dès lors, on peut partir de ces I autrement que les thomistes sur ce sujet; et la liberté objets, comme d’autant de fins secondaires dont la vo- ! absolue des élections divines est même l’un des argu­ lonlé est acquise, pour préciser les moyens de plus en ments qu’il fait valoir poui· prouver, par analogie, plus pratiques d’assurer ces fins, et ainsi renforcer Melaph., loc. cit., n. 11, le caractère d’indifférence encore la volonté générale des fins supérieures de la absolue que nous lui avons vu reconnaître à l'élection moralité. La sobriété, par exemple, est un des moyens humaine, lorsque deux motifs égaux, ou plusieurs mo­ d’assurer la tempérance, laquelle, à son tour, est moyen tifs inégaux sont en concours. Voir plus haut, col. 2245, vis-à-vis de cette fin supérieure qui s'appelle posséder 2246. Les thomistes, conformément à leur doctrine, sa raison, principe de toute moralité naturelle. Mais la professent que l’élection divine, en ce qui concerne les créatures, est motivée objectivement par le meil­ sobriété, une fois passée à l'état d’habitude, engendre une foule de délibérations et de choix concernant les leur du fait que le bon plaisir divin doit être consi­ moyens de la rendre efficace dans la pratique de tous déré comme une valeur objective, qui s’appliquant à les jours. Tel, par exemple, choisira comme moyen telle ou telle créature, à tel monde, à tel élu, les fait l’abstinence d’alcool, tel autre ou le même, peu importe, ressortir comme le parti le meilleur qui puisse être de ne pas boire entre ses repas, etc. Et ces actes se solidi­ choisi par Dieu et par suite, comme un motif d’une fient à leur tour en habitudes et deviennent à leur tour certaine façon déterminant, à l’endroit de l’élection le point de départ d’autres progrès. Et ainsi le domaine divine. Celte détermination est évidemment, d'après assujetti à l'idéal moral progresse indéfiniment, ce qui les principes exposés, de l'ordre des nécessités hypo­ était d’abord objet d’élection, devenant une fin sur la­ thétiques; elle suppose que la volonté divine s’est affir­ quelle on peut s'appuyer pour un travail ultérieur. mée pour tel moyen, et par suite, en définitive, qu’en Dans cet exercice caractéristique de la vie vertueuse, étant déterminée par lui, elle est déterminée finalement la vertu de prudence occupe une place spéciale avec par son bon plaisir. Cela ne blesse pas la liberté abso­ sqs trois aspects : habitude dejuger, habitude de choisir, lument transcendante du Dieu,qui,à la lettre,operatur habitude d’ordonner les moyens les plus aptes à assu­ omnia secundum consilium voluntatis suæ. rer les fins. Bien que l'habitude d'ordonner les Il suit de l’une et l'autre de ces explications que moyens, étant la suprême démarche de la prudence, le monde actuel est le meilleur des mondes possibles, soit sa caractéristique définitive, l'habitude de bien non pas absolument, puisque Dieu eût pu en choisir choisir joue un rôle décisif dans son fonctionnement, d'infiniment plus beaux et plus parfaits, mais en ce car elle met en relation définie et ferme le commande­ sens que Dieu ayant voulu celui qui existe, en raison ment (imperium) qui regarde les puissances exécu­ même de celte volonté, le monde actuel se trouve être trices, avec les dictées de la raison. Saint Thomas a le monde le' meilleur. Et cela doit s’entendre, si l'on admirablement analysé ce mécanisme de la prudence, suit la conception thomiste, d'une supériorité même et montré comment après avoir fourni aux habitudes objective. Et par là, se trouve contredite la conception morales, qui perfectionnent les puissances conduites : déterministe et optimiste de la création, telle qu'entre volonté, passions de l’irascible et du concupiscible, leurs autres l’a formulée Leibnitz. Voir Création, t. tu, élections vertueuses, c’est-à-dire justes, fortes, tempé­ col. 2094. rantes, la prudence s'inspire de ses propres résultats 5° L’élection dans les anges. — L'essentiel sur cette dans ce domaine qu'elle commande, et, prenant comme question a été dit par M. Vacant, t. i, col. 1235 sq. fin de choix et d’élections nouvelles les élections et les Nous n'ajouterons que quelques mots pour faire saisir choix vertueux qujelle a contribué si efficacement à comment la doctrine de saint Thomas qui est rapportée asseoir dans la vie pratique, fait sans cesse avancer à cette place n'est, dans son point le plus important, notre vie vers un fini moral de plus en plus complet. qu’une application de ce que pensent les thomistes sur S. Thomas, Sum. theol., 1“ II®, q. lxv, a. 1; IIa H®, l’élection. L’ange, nature intellectuelle parfaite, ne q. xlvii, a. 6, 7, etc. Cf. Commentaria Cajetani, ibid. peut commetire aucune erreur, soit spéculative, soit Pour plus de détails, voir Vertus morales. pratique, tant qu’il se maintient dans la ligne intellec­ Pour l’élection de la foi, voir Crédibilité, t. m, tuelle. D’autre part, au point de vue volontaire, il veut col. 2205, 2208, 2219-2220. naturellement tout ce qui constitue son bien propre 4» L’élection en Dieu. — Les théologiens marquent vrai, et ne peut pécher contre la loi naturelle, y com­ dans l’unité absolue du vouloir divin à l’endroit des pris les devoirs envers Dieu. Reste l’ordre surnaturel, oréaturescommedesmomentssuccessifsqu'ils nomment, non prévu par les capacités actives de sa nature, et vis- 2255 ÉLECTION DES ÉVÊQUES 2256 à-vis duquel son jugement se trouve indifférent. Deux mal. S. Thomas, Sum. theol., Ill* Suppl.,q. xcvni.a.1. partis se présentent donc devant l’ange : aimer sa propre Voir Démon, col. 393 sq., 403. excellence, abstraction faite de sa relation accidentelle Il en est tout autrement des infidèles que Jansénius au Dieu surnaturel; l’aimer en tenant compte de cette et Baius ont prétendu assimiler aux damnés. L’incli­ relation, qu'il connaît d'ailleurs par sa foi. Au point de nation fondamentale de la volonté humaine ou bien raisonnable n’est pas éteinte en eux, non plus que les vue du jugement spéculatif, et même du jugement pra­ tique, il sait parfaitement ce qu’il doit faire, et sa vo­ principes de la syndérése. Ils peuvent donc émettre lonté ne peut se soustraire à cette dictée, car se sou­ des jugements practico-pratiques sous l'empire d’une mettre à Dieu de quelque façon qu'il se présente intention droite, et les élections motivées par ces juge­ ments échapperont à l’empire de l’impiété. D'où la comme fin, est du ressort de la loi naturelle. Comment donc a-t-il pu pécher? Il ne reste que le jugement condamnation par Pie V de la proposition de Michel practico-pratique, lequel n’est pas, nous l’avons vu, du Bay : Omnia opera infidelium sunt peccata. Denpurement intellectuel, mais s’actualise sous l’empire zinger, Enchiridion, n. 1025(905). Voir t. n, coi. 83. A plus forte raison, les simples pêcheurs gardent-ils de la volonté efficace de la fin. Voici, en conséquence, le pouvoir de faire de bonnes élections. Cf. ibid., n. 1027, comment les choses ont pu se passer. L’ange voulant efficacement sa béatitude, a utilisé le jugement pratique 1028. Voir t. n, col. 8-4-86. , A. Gardeil. qui lui représentait sa propre excellence, soit comme 3. ÉLECTION DES ÉVÊQUES. Sans entrer ici un but dernier, soit plutôt comme moyen absolument suffisant pour conquérir sa béatitude intégrale. La vi­ dans les discussions relatives à l'origine de l’épiscopat, voir Évêques, on se borne à constater que durant gueur avec laquelle son appétit efficace de sa béatitude s’est porté sur ce jugement pratique, d’ailleurs juste quinze siècles l’élection fut le mode normal de toute an point de vue naturel, en a fait un jugement practiconomination épiscopale. L’élection est la désignation pratique déterminant. L’élection, dès lors, ne pouvait, canonique d’une personne ecclésiastique à une dignité in sensu composito, s'entend, que se porter sur ce vacante; d'ordinaire, le sujet est choisi pour une com­ munauté dont il fait partie. — I. A l’époque apostolique. parti. Du coup, la relation à la fin surnaturelle, présentée IL Du n· au VI· siècle. III. Du vi’au XIe siècle. IV. La dans le jugement pratique concomitant, était rejetée, et le péché d’orgueil consommé. On voit que la cause réforme grégorienne. V. Les formalités de l’élection de l'inattention de l'ange ne doit pas se chercher du épiscopale au xni· siècle. VL Les élections épiscopales du xv«au XIX· siècle : les concordats. VU. Les élections côté de son esprit absolument éclairé sur son cas (et c’est ce qui explique qu'il ait péché); mais du côté de des évêques et les disciplines non concordataires. l’efficacité de sa volonté cherchant une issue pour con­ I. A I’époque apostolique. — Choisis par le Christ, quérir la béatitude : la volonté s'est précipitée sur le les apôtres à leur tour désignaient eux-mêmes ceux parti favorisant l’excellence naturelle de l’ange, l’a qui devaient leur succéder ou avoir la haute main sur actualisé comme motif déterminant, et dès lors s’est la communauté locale. A Jérusalem, « Jacques, le frère du Seigneur, reçut l’administration de l’Église après fixée en lui définitivement, à la manière angélique, par un choix excluant toute possibilité de retour : itaquod les apôtres. » Eusèbe, H. E., 1. Il, c. xxm, n. 4. defectus inducens peccatum sil solum ex parte ele­ collect. Hemmer et Lejay, in-12, Paris, 1905, p. 200; ctionis. Sum. theol., I», q. lxiii, a. 2, ad 3“m. Cette 1. IV, c. xx», n. 4, p. 456. A Rome, après le martyre de explication s’harmonise, on le voit, avec les théories Pierre et Paul, Lin fut choisi pour premier évêque de thomistes de l'élection. cette ville. Eusèbe, op. cit., I. Ill, c. n, ibid,., p. 224; 6° L'élection dans le Christ et dans les bienheureux. 1. III, c. iv, n. 8, p. 233..A Smyrne, Polycarpe fut éta­ — Saint Thomas assimile l’élection dans le Christ et bli évêque par les apôtres : νπο τών «πόσνόλων κατα­ σταθείς; à Éphèse, « Timothée obtint le premier le dans les bienheureux. Sum. theol., III“, q. xvni, a. 4, gouvernement de l’Église...; » il est probable qu’il en ad 3“”. Partout où il y a nature intellectuelle, en effet, il y a connaissance de la raison universelle du bien et fut de même à Athènes pour Denys l’Aréopagite, pour des réalités qui, la participant, s’y rapportent comme Tite dans l'ile de Crête. Eusèbe, op. cit., 1. IV, c. xiv, des moyens. Il y aura donc élection dans le Christ, n. 3. ibid., p. 410; 1. Ill, c. iv, n. 5, 10, p. 233, 235. Sum. theol., III”, q. xvni, a. 4; et dans les anges et Un document d’une importance non moins grande, la lettre de saint Clément de Rome à l’Église de Corinthe, hommes béatifiés. S. Thomas. In IV Sent., 1.11, dist. VII, q. i, a. 1. Quant aux conditions dans lesquelles se meut nous fournit une indication très précieuse pour l’his­ l’élection, saint Thomas les déclare identiques dans le toire des élections épiscopales. Prévoyant les contesta­ Christel les bienheureux. Sum. theol., loc. cit., ad 3u,n. tions auxquelles donnerait lieu le choix des évêques, Le conseil et l’hésitation qui lui est inhérente sont sup­ les apôtres, dit ce texte, promulguèrent deux règles : primés, puisque nous n’avons pas affaire à des natures choix du sujet par le collège épiscopal, approbation de capables d’ignorance, spéculative non plus que pratique, ce choix par la communauté chrétienne. I Cor., xliv, ou même practico-pratique, la volonté du Christ et des édit. Funk, Tubingue, 1887, t. i, p. 116. Ainsi, vers97, bienheureux étant, à des titres divers, confirmée dans le choix de l’évêque appartient aux disciples des le bien. Sed tamen possunt velle hoc vel illud, quorum apôtres; des hommes, comme Tite et Timothée, nom­ neutrum a fine deordinat, et sic salvatur proprietas ment les évêques, mais la communauté entière doit se rationalis potestatis,... quamvis non possint in hæc I prononcer sur ce choix (consentiente universa eccle­ opposita, bonum et malum. In IV Sent., loc. cit., sia). ad 1“”. La Didaché elle-même, n. 15, corrobore l'affirmation 7° L’élection dans les démons, les damnes, les infi­ clémentine sur la participation des fidèles au choix dèles et les pécheurs. — Les mêmes principes s’appli­ épiscopal : « Ainsi donc, dit-elle, élisez-vous des quent aux démons et aux damnés, dont l’intention pre­ évêques... dignes du Seigneur. » Les Pères apostoli­ mière est irrévocablement fixée dans le mal. ques, édit. Hemmer et Lejay, t. I, p. 25. En quoi con­ Cette détermination fondamentale de leur volonté sistait au juste ce rôle du peuple, de quel poids était rejaillit instantanément chez les anges sur leur juge­ le consentement de la foule chrétienne, on ne saurait ment pratique contingent. Sum. theol., I", q. i.xiv, a. 2. le dire exactement; toutefois, il semble que dès la pé­ De même, sauf l’instantanéité, chez les damnés. De riode apostolique le peuple approuve le candidat choisi là résulte qu’un acte délibéré, vraiment bon, leur est par l’apôtre ou ses disciples. Thomassin, Ancienne et nouvelle discipline de l’Église, 1. II, c. i, n.2, Bar-leimpossible, leurs choix ne pouvant se porter que sur des objets émis sous l’empire de l'intention efficace du Duc, 1865, t. iv, p. 195. 225Ί ÉLECTION DES ÉVÊQUES II. Du n' au vi' siècle. — « Après la disparition de la génération apostolique cette pratique changea; il n'existait plus d’évêques qui eussent sur les autres un ascendant aussi incontesté. » Hefele, Histoire des conciles, trad. Leclercq, in-8". Paris, 1907, t. i, p. 544. A cette discipline, embryonnaire encore, on dut donner des précisions et des garanties nouvelles. Dès le milieu du HP siècle, la correspondance de saint Cyprien nous fournit une attestation assez précise de ces innovations nécessaires : « Presque dans toutes les provinces, les choses se passent de la manière suivante : les évêques de la province les plus proches se réunissent dans la ville dont le siège est vacant. L’évêque est élu, plebe pressente, il faut que le peuple assiste à l'élection, car singulorum vitam plenissime novit. La dignité épis­ copale est alors conférée universal fraternitatis suffra­ gio et episcoporum judicio.» Epist., ι.χνπι. Cf. Hefele, Histoire des conciles, loc. cit. ; Thomassin, Discipline de l'Église, 1. 11, c. i, n. 4, t. iv, p. 196. Le choix de l’évêque relève, bien qu’à des degrés divers, de tout le corps électoral ; dirigé par les évêques voisins, il demeure entre les mains des gensde lacité, peuple et clergé. Aulantqu'on peut s’en rendre compte, le choix des électeurs est respecté. Il demeure généra­ lement libre; il est soumis en dernier ressort aux évêques, juges et arbitres de l’élection. En faveur de cette discipline témoigne la désignation de l’évêque Sabinus et de saint Cyprien lui-même. P. L., t. ni, col. 1026, 1545; Leclercq, Histoire des conciles, t. i, ap­ pendice III, p. 1090. Les mauvais choix semblent assez rares. Toutefois, dans les moments de crise, la brigue et l'intérêt, l'intrigue et l'ambition ouvrirent l’épiscopat à des médiocrités morales; mais, en règle générale, la communauté chrétienne s’intéressa au choix de cet important personnage qu’était l’évêque, personnage élu à vie, chef d’une vaste administration, pourvu, outre ses pouvoirs religieux, d’une judicature très fréquentée. Duchesne, Histoire ancienne de l'Église, in-8», Paris, 1910, t. ni, p. 24. Les quelques choix épiscopaux faits en dehors des règles ordinaires ne sauraient empêcher de reconnaître le fonctionnement normal de celte institution quasi-apostolique. La discipline se fixait peu à peu; le concile d’Ancyre (314), can. 18, ne fit que la rappeler. Mansi, Concil., t. n, col. 519. Le concile de Nicée, il est vrai, ne fit aucune allusion à l’intervention populaire dans le choix épiscopal. « L’évêque, dit le canon 4', doit être choisi par tous ceux (les évêques) de l’éparchie (pro­ vince); si une nécessité urgente, ou la longueur du chemin s’y oppose, trois (évêques) au moins doivent se réunir et procédera la cheirotonie (sacre), munis de la permission écrite des absents. La confirmation de ce qui s’est fait revient de droit dans chaque éparchie, au mé­ tropolitain. » Hefele, Histoire des conciles, 1.1, p. 539-540. Ce silenee équivaut-il â une exclusion du peuple? Suivant en cela plusieurs commentateurs grecs, le P. Sirmond a soutenu que le 4' canon de Nicée intro­ duisait un droit nouveau en matière de nomination épiscopale, mais que ce droit n’avait pas été admis de sitôt en Occident. Rien n’est moins certain. Le concile, il est vrai, soit qu’il veuille consacrer la prépondérance du collège provincial en matière d’élection, soit qu’il désire préciser l’organisation métropolitaine, n’envi­ sage pas le droit électif des fidèles. Il ne l’ignore et ne le nie pas pour autant, puisque en d’autres documents il mentionne l’intervention du peuple. Socrate, H. E., 1. I, c. ix, P. G., t. lxvii, col. 77; Théodoret, H. E., 1. IV, c. xxii, P. G., t. Lxxxn, col. 1168. En outre, à cette époque, l’ordination se distinguant fort peu de l’élection et n’étant guère que sa ratification, le texte conciliaire envisage aussi bien l’une que l’autre : le concile de Nicée ne nie en aucune façon les droits électifs des fidèles. 2258 Les conciles d’Antioche (341), can. 19, de Sardique (343), can. 6, de Laodicée (381 ?), can. 12, Bruns, Ca­ nones apostolorum et conciliorum sæc. iv-πι, Ber­ lin, 1839, t I, p. 85, 93, 74; le Codex Ecclesiæ Afri­ can», ibid., t. I, p. 162, et plus tard les collections canoniques, en particulier le Corpus juris canonici. dist. LXIV, c. i, renouvelèrent et précisèrent le texte de Nicée. Mal compris et mal interprété, le canon 13' de Laodicée semble méconnaître le rôle électif des fidèles. Il prescrit, en effet, « que l’on ne doit pas laisser à la foule l’élection de ceux qui sont destinés au sacerdoce, » περί τοΰ, μή το?; όχλοι; έπιτρέπειν τί; έζλογά; ποιεϊσβαι τών μελλόντων ζαΟίστασΟαι εί; ίερζτεϊον. Hefele, Histoire des conciles, t. I, p, 1005-1006; Bruns, op. cit., t. i, p. 75. Van Espen, Comment, in canones, p. 161, nie for­ mellement qu’on ait songé à enlever au peuple toute intervention électorale; il montre même par des exemples qu’après ce concile, le peuple continua â prendre part aux élections des évêques, et que les ma­ gistrats, les hauts dignitaires civils furent entourés d’égards et jouèrent souvent un rôle efficace. Tho­ massin, Discipline de l'Eglise, 1. II, c. n, n. 1-17, t. iv, p. 199-204. Les faits ne sont pas contestables; toutefois iis ne prouvent point ce qu’on leur veut faire dire. Ils ne sont pas une garantie de la reconnaissance du droit électif des fidèles, mais une preuve que le canon 13' a été inobservé et considéré comme lettre morte. Il vaut mieux chercher une autre explication. « Le texte grec όχλοι, ainsi que sa traduction latine turbæ, dit dom Leclercq, donnent le sens exact du canon qui prétend exclure de l’élection épiscopale la foule tumul­ tueuse, l'émeute. Si l’on avait voulu exclure les laïques, on aurait employé des expressions comme λχοι,λϊίχο:, en grec, comme populus ou plebs en latin. » Loin de modifier la discipline en vigueur, le canon de Lao­ dicée la confirme en la sauvegardant contre les abus. C’est donc bien le corps électoral qui désigne celui qui exercera au nom de Dieu l’autorité, pour le gouverne­ ment de la communauté chrétienne, car, v suivant la conception chrétienne des élections ecclésiastiques, le corps électoral ne confère aucun pouvoir à l’élu; il se borne à désigner la personne à qui Dieu, représenté par les autorités compétentes, donne le caractère sacer­ dotal ou diaconal, et le droit de gouverner l’Église dans la mesure qui correspond à sa position. L’évêque n’est pas le représentant de la communauté chrétienn··. mais le dépositaire de l’autorité que Dieu a sur elle, qu’il a communiquée aux apôtres, et que ceux-ci ont transmise à leurs successeurs. » Dom Leclercq, dans Hefele, Histoire des conciles, t. il, appendice VIH. p. 1351-1352 et notes 1 et 2. Dom Leclercq renvoie à deux articles deMor Duchesne : Les papes au vt‘ siècle, dans la Revue des questions historiques, 1885, t.xxxvn, p. 581; La succession de Félix IV, dans les Mélanges d’archéol. et d’hist., 1883, t. m, p. 248. Après ces remarques de deux savants historiens, nous pouvons conclure que le canon de Laodicée n’apporta aucun changement à la discipline en vigueur et ne fit que mettre les élections épiscopales à l’abri des influences mesquines, des intrigues tumultueuses et des ambitions terrestres. Malgré l’exactitude de ces remarques on ne peut nier au’il n’y eût une tendance à enlever au peuple le droit de participer aux élections, tendance très vive dans l’Église grecque et qui trouva son expression au VII' concile œcuménique tenu à Nicée (787). Dans son canon 3', ce concile réservait aux seuls évêques le droit d’élire un évêque, et menaçait de déposition celui qui, avec l’appui de l’autorité séculière, voudrait obtenir un évêché. Hardouin, Cone, collectio, t. iv, col. 487; Mansi, Concil., t. xnj, col. 419; Hefele, Hist, des con_ 2259 ELECTION DES ÉVÊQUES dies, t. ni, p. 778. Cent ans plus tard, le VIIIe concile général promulguait la même défense et décidait en union « avec les conciles antérieurs » de confier l’élection épiscopale au collège des autres évêques, can. 22. Hardouin, t. v, col. 909; Mansi, t. xiv, col. 174. En Occident, celte modification sera plus radicale, le coup porté plus direct, mais n'entrera dans le droit et la pratique qu’au xi" siècle. Jusque-là, les latins interpréteront « le canon de Nicée (assez obscur du reste) comme s’il ne disait rien du droit des évêques de la province à l'élection de leur futur collègue, et comme s’il ne déterminait que ces deux points : a) pour l’ordination d’un évêque il faut au moins trois autres évêques; b) le droit de confirmation revient au métropolitain. » Hefele, Histoire des condies, t. i, p. 547. Cf. Décrétales, I. I, tit. vi, De electione, c. 20, 32. 43. Conformément aux régies antiques, trois con­ ditions demeurent requises pour le choix canonique d'un évêque, la demande des fidèles, le vote du clergé compétent, la ratification des évêques co-provinciaux. Saint Célestin 1er, interprète autorisé de la doctrine, prescrira en ce sens que docendus est populus, non sequendus ; nosque (si nesciunt)eos quid liceat, quidve non liceat, commonere, non Ilis consensum præbere debemus. Labbe, Condi., t. n, coi. 1622. Mais si le pape attribuait au clergé le rôle proprement électoral, il n’oubliait pas un principe non moins certain, à savoir, que l’évéque doit être agréé par l’ensemble de la communauté chrétienne : nullus invitis detur epi­ scopus, cleri, plebis et ordinis consensus et desiderium requiratur. Cette formule sera reproduite par le V· concile d’Orléans, can. 11, Bruns, Concilia, t. il, p. 211, et par le Décret de Gratien. dist. LXI, c. 13. Saint Léon Ier, à son tour, rappela les principes électoraux dans une formule non moins célèbre ; qui præfuturus est omnibus, ab omnibus eligatur. P. L., t. Liv, col. 628. Mais ce droit populaire, exercé en fonction des idées reçues et de la coutume en vigueur, aissait au clergé l’élection proprement dite : « On ne saurait, dit-il à Rustique de Narbonne, tenir pour évê­ que quiconque n’est pas élu par le clergé, ni demandé par le peuple, o Décrétales, c. i, Nulla, dist. LXII; Thomassin, Discipline de /'Église, H'partie,!. 11, c. m, n. 5, t. tv, p. 207. Le témoignage du pape Hilaire nous assure de la persistance de cette distinction au cours de la dernière moitié du v» siècle. Thomassin, op. cit., L II, c. iv, n. 7, t. iv, p. 212. 11 est facile maintenant de nous faire uue idée exacte du fonctionnement de l'assemblée électorale et du rôle joué par chacun de ses membres au cours de la période que nous étudions. Quand venait à vaquer un évêché, le titulaire de l’Église la plus proche (concile de Riez, can. 6 et 7, Bruns, Concilia, t. n, p. 120), ou l’évêque nommé par le métropolitain, ou les évêques de la province (Ve con­ cile de Carthage, Thomassin, loc. dt., p. 205) devaient se rendre dans la ville épiscopale, régler la cérémonie des funérailles, prendre soin de l’administration tem­ porelle et spirituelle du diocèse et prépare” l’élection. Au jour fixé, le métropolitain entouré de ses suffragants présidait au choix du nouveau titulaire; trois facteurs, le clergé, le peuple et le corps épiscopal de la province intervenaient dans ce choix qui n’était pas une mince alfaire et intéressait toute la vie de la cité. 1° Le peuple. — On a vu avec quel soin lepape saint Léon avait sauvegardé et précisé les droits respectifs du peuple et des clercs. Au peuple le droit de deman­ der, expetit vel postulat, d’attester la dignité du can­ didat, attestatione fidelium, testimonia populorum, de donner son assentiment, assentit. Cette intervention populaire n’était point une vaine formalité ; elle concou­ rait à la régularité de l’élection. Qu’on se souvienne du mot déjà cité de saint Léon : « Il n’y a pas de motif de 22G0 tenir pour évêque quiconque n’a pas été demandé par le peuple, ni élu par les clercs. » A ce choix, il est vrai, les électeurs populaires parfois apportaient leurs in­ trigues, leurs passions et leurs obstinations. « Vers la fin du tv» siècle, dit Msr Duchesne, on les voit se pas­ sionner pour ou contre l’ascétisme. On acclame saint Martin; à cause de sa vie austère on passe à Priscillien ses doctrines inquiétantes. Ailleurs, on a peur des gens sévères el l'on élit des prélats accommodants. En géné­ ral,cependant, le populaire,quand il suit son instinct, est favorable à la sainteté personnelle. » Histoire an­ cienne de l'Église, t. ni, p. 25. 2“ Le clergé. — Au témoignage des lettres de saint Célestin et de saint Léon, le choix des clercs était le second facteur de l’éleclion. Ce choix, comme celui du populaire, ne se passait pas sans brigues, ni ambi­ tions; le plus souvent, pourtant, les clercs ont à cœur de bien choisir celui de qui va dépendre la bonne ges­ tion de la fortune ecclésiastique et le fonctionnement des œuvres d'assistance publique. 3° Le collège provincial. — Une fois arrêté, le choix du clergé local était soumis au jugement du collège provincial, arbitre en dernier ressort de la valeur des opérations électorales et de la dignité de l’élu. Si le pouvoir civil enchaînait la liberté électorale, si l’am­ bition ou la violence des compétiteurs faisaient triom­ pher un candidat indigne, les évêques intervenaient et rejetaient tout choix peu conforme aux règles cano­ niques ou contraire aux intérêts généraux de l’Église. Thomassin, Ancienne discipline de l’Eglise, 1. II, c. m, n. 6, 9, t. iv, p. 207, 208. Les exemples de choix épiscopaux faits en dehors des règles électorales ordi­ naires ne sont pas rares. Contentons-nous de mention­ ner l’affaire de Bassien, ancien évêque d’Ephèse, affaire discutée au concile de Chalcédoine el relatée dans la XI' session de ce concile (29 octobre 451), Hefele, Hist, des conciles, t. il, p. 755-760; celle de l’archidiacre Hermès qui, nommé à l’évêché de Béziers par Rusticus de Narbonne, ne fut pas agréé par le corps électoral. Ibid., appendice VIII, p. 1352. De plus, la solution des conflits ressorlissait au collège provincial el principalement au métropolitain; si les voix étaient égales, ce dernier devait trancher en faveur du candidat le plus instruit et le plus méri­ tant. Thomassin, L II, c. iv, n. 5, t. iv, p. 211. C'était un premier vestige de la collatio zeli ad zelum qui, au xn' siècle, suscitera tant de difficultés au sein des assemblées et tant de commentaires subtils dans les rangs des canonistes. Que ces arbitres aient exercé, parfois, une influence décisive, qu’ils aient même été de grands électeurs, la chose n’est pas contestable. « Dés le iv' siècle, dit dom Leclercq, il n’est pas rare d’assister à la convocation du corps électoral par les évêques à l’effet de lui faire agréer et élire l’homme de leur choix qui partagera avec eux les travaux de la charge épiscopale. » Hist, des conciles, t. il, appen­ dice VIII, p. 1353. Bien qu’il s’agisse ici du cas de coadjutorerie avec future succession, il n’en est pas moins vrai que dans ces choix le corps épiscopal exerce une influence directe et prépondérante. Et cela n’est pas régulier; car le droit d’alors, écrit ou coutumier, n’attribue pas aux évêques réunis l’élection proprement dite; il les cons­ titue juges et arbitres du choix du clergé ou du popu­ laire, les autorise à ratifier les opérations électorales et à donner à l’élu la consécration épiscopale. Cette rati­ fication et cette consécration de l’épiscopat, successeur du collège apostolique, confèrent au candidat les pou­ voirs d’ordre et de juridiction. 4° L’évêque de Rome. — Dans ces élections, on le voit, l’évéque de Rome n’intervient pas directement; il se contente de porter des décrets, de veiller à leur application, de rappeler le peuple, le clergé, les princes 2261 ELECTION DES EVEQUES eux-mêmes au respect des lois électorales. 11 règle l’élection du métropolitain, détermine qu’il faut trois évêques pour une ordination épiscopale et veille, en cette matière, à sauvegarder les droits du métropoli­ tain. Hist, des conciles, t. i, p. 539, 542, note 1, 545. note 1. Par les conciles qu’il approuve et les ordonnances qu'il porte, il réprouve à plusieurs re­ prises la coutume de la désignation par l’évêque mou­ rant de celui qui devait recueillir la succession épisco­ pale, coutume assez fréquente aux rvc et v° siècles. Concile d'Antioche, can. 23, Mansi, Cotfcil., t. n, col. 1318; Bruns, Concilia, t. i, p. 86; Canons aposto­ liques (vers 500), dans Pitra, Juris ecclesiactici Græcoruni hist. et monum., in-4°, Rome, 1863, t. l, p. 31 ; concile de Rome (465), dans Mansi, op. cit., t. vu, col. 961. Discrète, indirecte, son intervention dans l’in­ stitution des évêques est réelle, indéniable : elle est comme un prolongement de sa primauté. Corpus juris, dist. LXI-LXIV; III» concile d’Orléans (538), can. 3, Bruns, Concilia, t. u, p. 192. Dans les églises de l'Italie péninsulaire et des îles voisines, l’action pontilicale était plus sensible. Les élections qui avaient lieu sous la direction des évêques voisins n’offraient aucune particularité notable; mais l’élu, accompagné de quelques représentants du clergé et des fidèles, devait présenter à Rome le procèsverbal de son élection. Si le pape tenait pour régulier ce choix et pour apte le candidat désigné, il procédait lui-même au sacre épiscopal. Celte pratique était suivie dans l’Illyricum, où nul sacre ne pouvait avoir lieu sans l’autorisation de l’évêque de Thessalonique, vicaire du pape en cette région. De même, dans les diocèses italiens ne relevant pas immédiatement de l’autorité métropolitaine du pape, tels Ravenne et Milan, la con­ firmation pontificale était une condition requise pour la régularité du sacre. Thomassin, -Incienne discipline de l'Eglise, I. II, c. xxiv, n. 4, t. iv, p. 296. 5« L'empereur. — On n'aurait point de l'assemblée électorale une idée complète si on ne faisait remar­ quer que certains princes orientaux mirent souventdes entraves à la liberté des électeurs. Motivée parfois par les brigues et les divisions intestines, acceptée comme une garantie de l’élection, Thomassin, op. cit., 1. 11, c. VI, n. 11, t. iv, p. 221, l’intervention impériale n’eut souvent d’autre mobile que la passion ou l’inté­ rêt. Vers 338, l’empereur Constance, de sa propre au­ torité, déposa Paul, évêque de Constantinople, et trans­ féra Eusèbe de Nicomédie au siège de la résidence impériale, Socrate, //. E., 1. II, c. Vl-VH, P. G., t. lxvii, col. 194; après l’exil de saint Athanase, il désigna suc­ cessivement deux clercs de son palais, Grégoire et Georges, pour le siège d'Alexandrie. A son tour, Théodose II força la main aux évêques dans l’élection de Proculus. Socrate, H. E., 1. Vil, c. xl, P. G., t. lxvii, col. 840. Mais les empiétements ne créent pas un droit; saint Athanase, du reste, sut protester contre cette ingérence abusive : où se trouve donc, deman­ dait-il, le canon prescrivant au palais d’envoyer un évêque à l’église vacante? Thomassin, loc. cil., p. 221. L’intervention du prince séculier ne parait pas avoir été très active dans l’Église occidentale; le fait parti­ culier de l’élection d'Ambroise, au siège de Milan, ne saurait servir de base à l'opinion contraire. Aussi peut-on dire qu’en cette Église, l’ingérence du pouvoir civil en matière électorale est, à celte date, à peu près nulle. « Cependant, les principaux sièges de l’empire n’étaient pas pourvus sans l'agrément du souverain. L’élection de l’évêque de Rome, notamment, devait être régulièrement soumise à la ratification de l’empe­ reur. Les actes officiels emploient alors ces mots techniques du droit canon et de la chancellerie, con­ sensus plebis, præceptio regia, qui seront adoptés en Gaule par la royauté mérovingienne. » Vacandard, 2262 Études de critique et d’histoire religieuse, Par ' in-12, p. 128. III. Du VIe AU XI· SIÈCLE. — 1° Époque mérovingienne. — Avant la domination des francs, les élections épis­ copales se faisaient par le clergé et le peuple de la cité, d’après le mode qu'on vient de décrire, et confor­ mément au principe préconisé par saint Léon le Grand ; J « Celui qui doit commander à tous, doit être élu par tous. » Jaffé, Regesta, n. 407, P. L., t. liv, col. 628. Si le fondateur de la monarchie franque. Cio·, is, n’intervint pas directement dans les élections, il est cependant incontestable qu’il ne demeura pas étranger à la nomination des évêques de Sens, de Paris et d'Auxerre, et qu’il joua un rôle décisif dans la cons-ij cration du prêtre Cautinus. Les successeurs de Clovis furent moins soucieux de sauvegarder les libertés ecclésiastiques; leur politique religieuse fut audacieuse et parfois violente. Par or :rde Clodomir, Ommalius fut élevé au siège de Tour?: par la faveur de Thierry Ier [rege opitulante . saint Gall remplaça Quintianus sur le siège de Clerii-uiit. I Grégoire de Tours, Hist. Francorum, I. 111. c. x 1. IV, c. v. A la mort du saint évêque (533i, !<■ roi fit sacrer Cautinus sans attendre la délégation clerm I toise qui devait lui présenter l'élu de la cité, ie pr, re I Caton. Hist. Francorum, 1. IV, c. v-vii; Thomassin. 1. Il, c. xiii, n. 14, 15, t. iv, p. 248. Clotaire R s'ar­ rogea tous les droits en matière de nomination · piscoI pale. A Domnolus, abbé de Saint-Laurent de Paris, i offre le siège d’Avignon, puis celui du Mans, Thom -sin. op. cit., c. xiv, n. 1,-t. iv, p. 250; au duc Auslrapius. il assigne l’évêché de Poitiers, du vivant même de son I titulaire; à Saintes, il fait sacrer Émériussans prend: l’avis du métropolitain. Grégoire de Tours, Hist. Fra»·., 1. IV, c. xvlu. xxvi. C'est le bon plaisir du roi ou l’intérêt de la couronne qui décide du choix épiscopal. Le droit du clergé et du peuple est fouléaux pieds; l'initiative de la nomination de l'évêque ne relève plus des gens de l'endroit, cierge et peuple : elle est du ressort de la couronne à peu près uniquement. Les sièges épiscopaux sont donné prix d’argent à des clercs ou même â des laïques. Cf. Vacandard, op. cil., p. 144-146. L'abus est si manifeste de la simonie et de l'éléiation de laïques à l'épiscopat que les conciles doivent int-.rvenir et mettre un frein à ces licences néfastes au : ;n fonctionnement delà société religieuse. Le 4e canon du IIe concile d’Orléans (533 condamna la simonie; le 7e affirma le droit du peuple et des clercs à se donner des évêques. L'ordinand, en efi :. doit « être à la fois l’élu de ses collègues, des chics e; du peuple. » Bruns, Concilia, t. n. p. 185-186. Celui qui désire l’épiscopat, ajoute le concile de Clermont en 535, can. 2, doit être promu par l’élection îles clercs et des citoyens, avec le consentement du métropolitain de sa province. Qu'il se garde d'employer le patronage . s puissants, qu’il évite de faire souscrire le décret de son élection en employant la ruse, l'argent ou la vio­ lence. » Bruns, op. cil., t. n, p. 188. On a là une allu­ sion manifeste à la simonie et à l'irrégularité i-.s élections. Le IIIe concile (l'Orléans, en 538. dans son canon 3e, insiste sur le rôle que doivent jouer - n :. élection le clergé et les gens de la cité. Lrur.-. op. cit., t. n, p. '192. Ces conciles, qu’on le remarque, condamnent les abus de l’ingérence royale, mais n'enlèvent point a la couronne toute attribution dans le choix des évêques. Nonobstant ces textes, on sent bien qu'il y a place pour une intervention mesurée, régulière, normale de la puissance séculière. Il était réservé au V" concile d'Orléans (549), can. 10, de reconnaître au pouvoir civil le droit d'intervenir pour ratifier le choix du cierg et du peuple. D’après ce concile, tout évêque même · du 2263 ÉLECTION DES ÉVÊQUES 2264 Hincmar, Epist. ad Hincmarum Laudun., P. L., par les clercs et le populaire ne peut être ordonné par t. cxxvt, col. 516; .Milon, laïque en possession déjà du le métropolitain qu’avec la volonté du roi : Cum volun­ siège de Trêves, reçoit l’évêché de Reims. Gesta Trevir., tate regis, juxta electionem cleri ac plebis,... a metroc. xxiv, Monumenta Germanise histor., Scriptores, politano... cum comprovincialibus pontifex conse­ t. vin, p. 161. Charles Martel enfin donne à son neveu cretur. Bruns, op. cit., t. n, p. 211. Hugues les églises de Paris, de Baveux et de Rouen. Il importe de noter cette concession, car c’est la Gesta abbat. l'ontanell., ibid., Scriptores, t. Il, p. 280. première fois que, dans un document officiel, l’Eglise Les antiques églises n’ont plus d’évêques; les évêchés accorde à l’État le privilège d’intervenir dans les élec­ de différentes provinces sont entre les mêmes mains et tions épiscopales. Qu’on remarque, en outre, qu’il ne s'agit point là d’un droit nouveau, mais de la recon­ I entre des mains laïques; vers 740, le désordre le plus épouvantable règne dans l’Église franque et par elle naissance officielle et légale d’une ancienne pratique, s’étend à la Germanie presque entière : il on fut ainsi reconnaissance qui ne change rien aux prérogatives au cours du vm· siècle, du moins jusqu'à l'avènement électorales du peuple et du clergé, ainsi que l’affirme des fils de Charles Martel, tous deux foncièrement très nettement le 11· canon de ce concile. En droit, religieux. désormais, l’ordre suivi dans la création des évêques Carloman. au concile de Leptinnes (743), Hefele, sera le suivant : 1° élection par le clergé et le peuple; Hist, des concites, t. in, p. 827, et Pépin à celui de 2° confirmation par le roi; 3° consécration par le Soissons (744) promirent de porter remède à ces abus, métropolitain assisté des évêques co-provinciaux. de prendre, avant de nommer aux évêchés, l’avis des Toutefois, en pratique, l’intrusion de la royauté dans évêques, des notables et du clergé. Hefele. loc. cit., les nominations épiscopales porta de nombreuses p. 856; Thomassin, op. cil., 1. II, c. xm, n. 8-10, t. iv, atteintes à l’exercice de ce droit. C’est de Childebert II p. 247. que le pape Grégoire le Grand pouvait dire que, dans Hadrien Ier invita Charlemagne à ne pas s’ingérer son royaume, il n’y avait pas un choix épiscopal qui ne dans les élections épiscopales et à laisser toute liberté fût entaché de corruption : les évêchés faisaient l’objet au peuple et au clergé. Aussi, dans un de ses capitu­ d’un honteux trafic. Jaffé, Regesta, n. 1374. laires, ce prince avoue-l-il accorder au clergé de l’em­ Foulés aux pieds dans les royaumes d'Austrasie et de pire la liberté des élections, non comme une faveur, Bourgogne vers la fin du νι· siècle, les canons ecclésias­ mais comme un droit reconnu par la discipline ecclé­ tiques, en matière d’élection, n’étaient guère mieux siastique, droit dont la sauvegarde seule est confiée observés au royaume de Neustrie. Et Grégoire de Tours aux empereurs. Thomassin, op. cit., 1. Il, c. xx, n. 4, nous fait remarquer que, sous le règne de Chilpéric, t. IV, p. 279. C’était le droit. Mais, en fait, Charlemagne bien peu de clercs parvinrent à l’épiscopat: des laïques nomma souvent aux évêchés, soit pour prévenir les qu’on se hâtait de tonsurer étaient habituellement dissensions, abréger une trop longue vacance, soit pour nommés aux évêchés vacants. Hist, franc., 1. VI, faire échouer les ambitions et les intrigues de puissantes c. xi.vi. factions. Bien entendu, dans les élections régulières, Une réaction contre cet arbitraire se produisit sous le consentement royal devait s’ajouter aux différents les régnes de Gontran et de Clotaire II. Elle prit corps, consentements exigés des canons pour la création d'un en 614, au Ve concile de Paris qui résolut ainsi la évêque. question des élections épiscopales : « Après la mort Lorsque Louis le Pieux renouvela, en 818, l'article d'un évêque, celui-là seul doit être ordonné comme son des Capitulaires favorable â la liberté des élections, il successeur qui a été choisi par le métropolitain et les présenta cette décision comme inspirée par la loi cano­ autres évêques de la province, par le clergé et le peuple nique et ne revendiqua d’autre pouvoir que celui de la ville sans qu’il y ait eu de simonie. » Hefele, Hist, des conciles, t. ut, p. 251. d’autoriser l’élection et d’approuver le choix de l’assem­ blée. Capitulaire de 818, c. n, Boretius, p. 276. Clotaire II, qui, par un édit du 18 octobre 615, ren­ dit obligatoires les décisions du concile de Paris, modi­ Mais tout en affirmant le droit et les antiques for­ mules de liberté, la royauté carolingienne exerça une fia ainsi le texte conciliaire : « Celui qui a été canoni­ quement élu évêque, a encore besoin de l’approbation influence de plus en plus prépondérante. Charles le du roi, per ordinationem principis ordinetur. » Hefele, Chauve nomma directement aux évêchés, refusa sou­ Hist, des conciles, I. nt, p. 254. Il y a là comme une vent la liberti· d'élire, prolongea les vacances épisco­ sorte de concordat tacite entre les deux puissances; pales et retarda les élections. A, Reims, il s’obstina d'une part, l’Église admet la prérogative royale déjà dans son refus et laissa plus de dix ans cette métropole formulée au concile d’Orléans ; au roi le droit de ratifier sans pasteur; à Orléans, il fit une violente opposition l’élection épiscopale; de l’autre, le roi tolère que son à l’intronisation du nouvel évêque et ne lui permit intervention soit limitée : au peuple et aux clercs le d'entrer en possession que sur les instances du con­ droit d'élire un évêque. Thomassin, op. cit., 1. II, cile de Verneuil (844), can. 10. c. XIII, n. 1-7, t. iv, p. 245-247. Comme Louis le Pieux, il lit présider l’élection par 2° Epoque carolingienne. — L’harmonie entre les •es wiissi. Le rôle du missus royal était de veiller à deux pouvoirs avait été constante durant les règnes l’observance des canons, de réprimer les intromissions de Clotaire II et de Dagobert. A la mort de ces princes, ambitieuses et de mettre en garde les électeurs contre rien ne fut changé; mais la décadence de la monarchie ! les dangers de la liberté ; « Que personne, dit un dis­ mérovingienne ouvrit une période ou le droit canon cours prononcé par le délégué du roi, que personne ne menaça de sombrer. Rarement les règles canoniques fasse un choix inspiré par la flatterie, par la crainte, furent plus mal observées. Les officiers du palais se par l’espoir d'une récompense ou par l’amitié. Ne disputaient les évêchés comme ils se. disputaient les choisissez pas un maître, mais un prêtre, pas un tyran, brillantes situations du royaume; et les maires du mais un évêque. » P. L., t. cxxvi, col. 258. Les papes palais, un Charles .Martel, par exemple, donnaient à eux-mêmes tenaient à la présence du messager royal; leurs officiers évêchés et abbayes, comme ils faisaient en 876, Jean VIII demandait à Charles le Chauve l’envoi des villas royales. Pendant quelques années, Lyon et d’un missus extraordinaire à Laon pour veiller au bon Vienne n’ont pas d’évêque, Adon, Chronicon, dans ordre électoral. P. L., t. cxxvt, col. 662. Mais peu à peu Monumenta Germanise historica, Scriptores, t. n, on oublia le but qui avait motivé l’institution du missus : p. 319; le siège de Rouen paraît avoir été vacant plu­ présenter aux électeurs le candidat préféré du roi, clerc sieurs années. Gallia Christiana, t. xi, p. 18. Rigobert, recommandable par ses vertus, ses services, son in­ évêque de Reims, est expulsé par force de son siège, fluence, leur faire élire pour évêques les favoris et les 2265 ELECTION DES EVÊQUES partisans de la couronne, fut sa mission et sa raison d’être. Hincmar fait ce reproche à Louis 111 : « J’ai entendu dire, lui écrit-il, que chaque fois que vous accordez l’élection demandée, les évêques, le clergé, le peuple doivent choisir celui que vous voulez, que vous imposez. » P. L., t. cxxvi, col. 111. A Mayence, nous disent les Annales de Fulda, le successeur de Raban Maur fut imposé aux électeurs par la volonté du roi et de ses conseillers, magis ex voluntate regis et consiliariorum ejus, quam ex consensu et electione cleri et populi. Monum. Germ, hislor., Scriptores, t. i, p. 370. Mêmes excès de pouvoir en Italie. Sur les instances du pape, Rathier de Vérone fut agréé; mais, l'évêque se refusant à prêter serment et à faire abandon de la majeure partie des revenus perçus durant la vacance, le roi le fit jeter en prison. « Les affaires de l’Église et de l’empire, dit Thomassin, étaient alors si brouillées dans l’Italie que ces désordres y étaient ordinaires. » Op. cit., 1. II, c. xxiv, t. iv, p. 296-297. En présence de pareils abus, il ne faut guère s’imagi­ ner des élections libres. Sans doute la communauté s’intéresse toujours au choix de son chef spirituel ; mais la royauté dirige la volonté du corps électoral, si même il ne lui arrive de se substituer aux électeurs et de nommer directement aux évêchés. Imbart de la Tour, Les élections épiscopales, p. 74-92. Et si les décisions des XII· (681), can. 6, XVI· (693), can. 2, conciles de Tolède, attribuant au roi, en termes fort nets, la nomi­ nation aux évêchés, Bruns, Concilia, t. i, p. 326-327, 368, n’ont pas été étendues à d’autres pays, il demeure vrai, qu’en fait, au ix· siècle, le roi considère l’élection comme sa chose, l’institution d'un évêque comme une prérogative de la couronne : « En vertu de notre pouvoir, par cet acte, dit Louis, roi de Germanie, nous concédons à titre bienveillant à cette église le droit de se choisir un évêque dans son clergé ou dans celui du diocèse. » Zeumer, Formula, p. 395, dans Monum. Germ. hist. Bien entendu, l’Église ne pouvait admettre cette ingérence des princes séculiers. Si dès le vi· siècle, au V· concile d’Orléans, elle avait fait de la confirmation royale l’objet d'une reconnaissance officielle, elle n’avait jamais reconnu au roi le droit de nommer le visiteur, ni celui d’autoriser l’élection. Par la voix de ses conciles et de ses évêques, elle n’avalt cessé de pro­ tester contre l’abus des nominations royales. Ses récla­ mations ne furent pas décisives. Sans doute, les procèsverbaux et les formules d’élection continuent à men­ tionner la vraie discipline ■ électorale : « Nous vous envoyons un tel, disent-ils au métropolitain, que selon votre permission avec l’autorisation du roi, nous avons élu, » mais les faits sont Bien différents. P. L., t. cxxvi, col. 270. Ils ne créent pas un droit, mais ils absorbent le droit par leur fréquence même : l’Église fut impuissante à maintenir l’autorité royale dans les limites qu’elle lui avait tracées au concile d’Or­ léans. Ainsi donc, bien que l’élection de l’évéque soit tou­ jours présumée s’accomplir par l’accord du clergé et du peuple et dans une assemblée publique, il faut noter que, vers la fin du ix· siècle, l’influence décisive revient aux rois ou à leurs délégués, aux évêques de cour, à laristocratie religieuse. Le choix épiscopal est dicté par l'intrigue et l’ambition, l’intérêt des individus ou celui des partis. Théoriquement le droit n’a pas été modifié; mais la pratique lui donne un perpétuel démenti. Les conciles et les lettres pontificales, les decreta ou procès-verbaux, les documents de cette date pour la plupart disent que l’évêque a été ou doit être élu par le clergé et par le peuple, electione cleri et populi; en fait, il n’en est pas ainsi. Le rôle du peuple n’est plus qu'un rôle de parade. La communauté chrétienne est représentée par des clercs et des grands ' honorati, no­ 2266 biles,nobiliores ex populo, nobiles laid, primores ivilatis, majores natu}, qui délibèrent et décident du choix à faire. P. L., t. liv, col. 632; t. cxix, col. 920; Pertz, Mon. Germ, hist., 1.1, p. 582; t. u, p. 234;iMrf., Zeumer, Formula, p. 395; P. L., t. cxix. col. 920. Ce n'est plus le populaire qui délibère et choisit; il accepte et approuve l’élu de cette assemblée restreinte. C’est là tout son rôle; et ce rôle n’est pas souverain. Le collège épiscopal lui-même s'abstient. A chaque vacance, un personnage spécial, choisi parmi les col­ lègues de l’évêque défunt, est désigné par le métropoli­ tain, et, à son défaut, par le premier suffragant, per­ sonnage qui présidera l’assemblée et surveillera l’élection, le visiteur. Au moment où s’opéra cette transformation il en était ainsi. Mais, au ix· siècle, le visiteur est rarement choisi sans l’avis du palais; délé­ gué par le chef de la province, il est aussi le représentant du roi ; il tient dans les comices électoraux la place de l’épiscopat provincial et de la royauté. Le collège épiscopal, il est vrai, n'en maintint pas moins son droit sur l’élection par l'examen et le sacre : nul ne peut être évêque sans son assentiment et son concours. En droit, son intervention, pour s'exercer d’autre façon qu’aux siècles précédents, n’en demeurepas moins efficace et décisive. Imbart de la Tour, Pr­ elections épiscopales, p. 62-70. Mais en fait, mis à part les évêques de caractère indépendant, tel Hincmar de Reims, les prélats d’alors sont trop souvent dispos» à prévenir les volontés royales. Hincmar essaya de res­ taurer l’antique prestige du collège épiscopal en affir­ mant son droit à refuser les candidats indignes ou in­ capables, à choisir un nouvel évêque en cas de conflit dans le corps électoral. P. L., t. cxxvt, col. 111-112 : élection de Beauvais, en 881. Cf. col. 260,311. Malgré ces théories et ces affirmations, malgré le rôle prépondérant qu’il exerce après l'élection, l’épis­ copat n’est pas à vrai dire le véritable électeur. Son pouvoir électoral direct est périmé. 11 est devenu le privilège exclusif du clerus. Jadis, ce mot désignait le clergé, l’ensemble des clercs qui tous participaient à l’élection. Au ix· siècle, la composition de cette assem­ blée est bien modifiée. Le clergé rural est rarement convoqué; le clergé urbain lui-même est évincé par celui de l’église cathédrale. Connu sous des titres diffé­ rents, clerus matris ecclesiæ, canonici, le clergé de la cathédrale ne tarde pas à jouer un rôle prépondérant, à être le seul facteur électoral. P. L., t. exix, col. 572. Les chefs des monastères du diocèse, vicarii monaste­ riorum, ibid., participent à l’élection, au moins avec voix consultative. L’élément laïque comprend quelques nobles. L’assemblée électorale n’est plus constituée par l’ensemble de la communauté chrétienne; et même dans cette assemblée restreinte, diminuée, amoindrie, le pouvoir électoral tend à se concentrer entre les mains du clergé de l’église cathédrale. A la fin du IX· siècle, c’est chose faite. Le roi aura toutes facilités pour faire connaître ses désirs, imposer ses volontés à la nouvelle assemblée. 3° Époque féodale. — Au milieu du ix· siècle, le développement du régime féodal fit perdre aux der­ niers Carolingiens, en particulier aux successeurs de Charles le Chauve, tout pouvoir électoral dans un grand nombre d'évéchés. De ce nouvel état de choses, ce ne fut pas la liberté qui profita, mais l’omnipotence des seigneurs et des métropolitains. Par la division en évêchés royaux et en évêchés seigneuriaux, le haut seigneur se substitue au roi dans l'exercice du pouvoir électoral, sa partici­ pation à l’élection prend la forme féodale, son droit de suffrage revêt, un caractère territorial. L’electio entre dans le domaine du seigneur au même titre que les autres droits régaliens usurpés au roi ou reçus de lui ; elle est un bien domanial et patrimonial qu’on peut 2267 ÉLECTION DES ÉVÉQUES transmettre, constituer en dot, céder par donation ou aliéner à sa fantaisie. A vrai dire, l’élection véritable n'existe plus. Ici, le suzerain, roi, comte ou vicomte, préside lui-même l'assemblée et laisse aux électeurs une apparence de liberté, la satisfaction d’élire le candidat agréable; là, il autorise les électeurs à procéder à l'élection, mais il sait diriger leur choix et faire triompher son favori; ailleurs, il nomme directement aux évêchés, impose sa volonté aux chapitres, donne l’évêché, selon la savou­ reuse expression du temps, dono libi... episcopatum Albicnse, Hist, du Languedoc, l. v, n. 211, le vend à ses créatures, le met aux enchères, le conserve sous sa dépendance et en fait une sorte d’apanage réservé à ses cadets et à ses bâtards. De là naquit la coutume si fréquente au moyen âge, dans les grandes familles, de destiner à l'état ecclésias­ tique l'un des enfants afin de lui assurer, ainsi qu’à la seigneurie, d’importants revenus; de là aussi,la subor­ dination du recrutement épiscopal aux intérêts locaux et la mise en servitude des hommes d’église; de là enfin, l’abaissement de la moralité ecclésiastique, le mariage des clercs, grands dignitaires et humbles bé­ néficiers, la simonie, la tendance à transmettre les églises comme un patrimoine, et la constitution, en certaines provinces, d’une aristocratie religieuse qui se fixe peu â peu par l’hérédité; de là, en un mot, la féo­ dalisation de l'épiscopat. En résumé, au cours de la période féodale, plus d’élection; mais la vente, le trafic des évêchés. Ce donum episcopatus, don qui transmettait à la fois la juridiction épiscopale, l’église et le. temporel de l'évêché, se faisait par l’investiture, c'est-à-dire par la remise de la crosse et de l'anneau. Symboles du gou­ vernement des âmes, la crosse et l’anneau sont les signes au moyen desquels l’autorité séculière confère une fonction spirituelle. De cette confusion naitra la querelle fameuse dite des Investitures. Comme prix de cette investiture, le suzerain garde une partie des revenus du siège épiscopal, et ne donne la mainlevée du temporel que si le nouveau titulaire lui rend le serment d’hommage, l’honiinium, ou celui de fidélité, fidelitas ligia. Telle était la situation qui, née sous les derniers Ca­ rolingiens, développée avec l’expansion même du ré­ gime féodal, menaça de supprimer le régime électif, mit, au cours des ix»et xe siècles, l’Église en servitude et donna lieu au vaste mouvement de rénovation reli­ gieuse et morale connu sous le nom de réforme gré­ gorienne. IV. L’élection épiscopale et la réforme grégo­ rienne. — 1» La restauration de l’ancien système électif. — Cette situation déplorable appelait une réforme. Commencée, dès le xi· siècle, par Abbon de Cluny, la campagne de réaction contre les abus du iaïcisme fut vigoureusement menée parles évêques de Rome. Au synode de Reims (3 octobre 1049), Léon IX revendiqua nettement la liberté électorale, Mansi, Concil., t. xix, col. 741; à plusieurs reprises, les con­ ciles romains de 1075, 1078, 1080, ceux de Clermont Ct de Rome (1095 et 1099), de Troyes et de Reims (1107 et 11 19)-condamnèrent et réprouvèrent l’investiture, 3’hommage et l'ingérence laïque dans les élections épiscopales (pour le concile de 1075, voir liefele, trad. Delarc, t.vi,p. 501-502; P. L., t. cxlix, col. 468; Hugues de Flavigny, Chronicon, P. L., t. cliv, col. 77; concile de 1078, can. 1 et 4, Mansi, t. ix, col. 509; P. L., t. cxLvin, col. 600; concile de 1080, Mansi, t. xx, col. 533; P. L., t. cxLvm, col. 816; Jaffé, n. 5154; con­ cile de Clermont, can. 15, Mansi, t. xx, col. 817; con­ cile de Rome, Eadmer, Historia novorum, P. L., t. CLix, col. 408; concile de Troyes, can. 1, Mansi, t. xx, col. 1223; P. L., t. cliv, col. 1117; Ekkehardi Chro­ I ' j I I 2268 nicon, Mon. Germ, hist., Scriptores, t. VI, p. 242; concile de Reims, P. L., t. clxxxviii, col. 873); la voix des papes et des évêques grégoriens répéta l'enseigne­ ment des conciles et le porta à la connaissance de la chrétienté entière; les empereurs et les rois, les lé­ gistes et les évêques de cour protestèrent contre les décisions pontificales. Rien n’y fit. La France d’abord, l’Angleterre et l’Allemagne, après des résistances plus ou moins opiniâtres, des concessions plus ou moins étendues à Londres (1107), à Worms (1122), acceptèrent les volontés romaines. La réforme grégorienne supprima à peu près com­ plètement l’usage de la nomination directe (convention de Londres, Eadmer, Historia novorum, 1. IV, P. L., t. eux, col. 469; Mansi, t. xx, col. 1229; P.L., t. CLXin, col. 70, 106, Paschalis epist., xlix et lxxxv; concordat de Worms, Monuni. Germ. hist., Leges, t. il, p. 75; P. L.,t. clxiii, coi. 1359,1372; Ekkehardi Chronicon, an. 1122, P. L., t. cliv, col. 1049; Anselme de Gembloux, an. 1122, P. L., t. clx, col. 245; Guillaume de Malmesbury, Gesta regum Anglorum, P.L., t. clxxix, col. 1382-1383; mais, ne réussit pas à enlever aux em­ pereurs et aux rois tout droit sur l'élection. S’il a re­ noncé aux pressions scandaleuses et aux nominations simoniaques, le prince n’a pas oublié la pratique de la candidature officielle et de l'ingérence électorale. Cf. pour l’Angleterre: Ordéric Vital, Hist, eccles., t. iv, I. XI, p. 300; P. L., t. clxxix,col. 1595 ; Mathieu Paris, Historia Anglorum, édit, de 1644, p. 49; P. L., t. ccvn, col. 201; t. cxc, col. 123; Historiens de la France, t.xiii, p. 158; t. xvu, p. 448, 561, 579,594,634; t. xvm, p. 19, 63; Mansi, t. xxn, col. 1187; pour l'Allemagne : Bruno, He bello saæonico, c. xv, dans Monum. Germ, hist., Scriptores, t. v, p. 334; Leges, t. n, p. 36, 37; P. L., t. clxxx, col. 1543; t. ccxvi, col. 995-1174; Raynaldi, Annales, an. 1185, n. 3 et 4; Registres de Gré­ goire IX, n. 2482. H veut qu'on lui demande le« congé d’élire », qu'on lui notifie l’élection; il l’approuve ou la rejette comme il accorde ou refusela mainlevée du temporel épiscopal. Mais Grégoire VII et les réformistes n’avaient pas pour unique objectif de limiter le droit du roi et des seigneurs en matière d'élection; ils voulaient aussi ramener le droit électoral à son ancienne condition : ouvrir l’assemblée aux clercs de tout ordre, abbés et évêques, clercs ruraux el urbains, dignitaires séculiers et clercs de l’église cathédrale, remettre en honneur la coutume de l’acclamation populaire et enrayer le mouvement qui tendait à concentrer tout 1’exercice du pouvoir électoral dans les chapitres cathédraux. Ils réussirent momentanément. Au début du xn· siècle, des évêques, des abbés, des archidiacres, des archiprétres, des clercs de tout rang, le clerus, de nobles laïques siègent auprès des chanoines dans l’enceinte électorale. Non loin de ces privilégiés se tient le populaire qui manifeste ses vouloirs et ses préférences, qui postule un candidat ou par ses acclamations montre que l’élu lui agrée. Le choix de l'évêque n’est plus ré­ servé à une aristocratie; il est l’œuvre de toute la com­ munauté chrétienne ; « Celui qui doit commander à tous, doit être élu par tous. » Sur la présence des évêques, voir Hardouin, Cone. coll., t. vi a, col. 1063; Mansi, t. xxn, col. 646; Mon. Germ, hist., Scriptores, I. vm, p. 475; Historiens de la France, t. xn, p. 399; t. xiii, p. 307, note a, 403; t. xv, p. 75, 297, note b,510; t. xvi, p. 677; P. L., t. cliv, col. 353; t. clxiii,co1.332; t. clxxix. col. 497; t. clxxxii, col. 159, 371. 633; t. cc, col. 730; Registres de Grégoire IX, n. 2605, 7255, etc.; Gallia christ., t. iv, fnstrum., p. 19-20; sur la pré­ sence des abbés et des archidiacres, H· concile de Latran (1139), can. 28, Mansi, t. xxi, col. 533; Har­ douin, t. vi b, col. 1213; Hist, de la France, t. xn, p. 426-427, note e; t. xiii, p. 307, note a, 321, 408, 468, 2269 ÉLECTION DES ÉVÊQUES 1142; t. xiv, p. 239, 298, 352; t. xv, p. 275, 277, 487, 507, t. xvm, p. 60; Mathieu Paris, Chronica majora, t. iv, p. 86,171, 172; Geroli de Reichersperg, Libellus, Commentarius in ps. lxiv, dans Mon. Germ, hist., De lite imper, el pontif., t. ni, c. xxvn, p. 452, etc. 2° Chute de la restauration électorale. — Ce retour à l'ancien droit ne fut pas de longue durée. Chargés, par leur situation même, de demander au roi la licen­ tia eligendi, de lixer le jour de l’élection el de convo­ quer les électeurs, les chanoines de l’église cathédrale demeuraient les principaux agents de l’élection : libérés de l’intrusion des princes, ils s’efforcèrent d'exercer une action d'abord prépondérante, puis exclusive de toute influence non capitulaire. Manifestée à l’occasion de faits isolés, négligences passagères et voulues dans la convocation des abbés et des seigneurs, comme à Limoges en 1087, Hist, de la France, t. xn, p. 426, et â Langresen 1092,P.L., t.CLxxxn,col.322sq.; S.Bernard, Epist.,clxiv, ci.xvi, CLXViii, clxx et note 451 ; t. ct.xx.xix, col. 159; Pierre le Vénérable, Epist., xxtx; née et déve­ loppée au sein de l’anarchie provoquée par les contes­ tations électorales, les luttes à main armée, les excès de l'ambition la plus mesquine, cette tendance ne tarda pas à aboutir au monopole. L'exclusion des laïques fut relativement aisée. On négligea de les convoquer, on limita leur rôle à la seule acclamation; puis, devant leur obstination à troubler l'élection, à revendiquer des droits électoraux, on sollicita de Rome des concessions qui portèrent le coup décisif à leurs prérogatives. Vers 1150, les laïques n’avaient plus aucun rôle officiel dans l'assem­ blée capitulaire. Cf. concile d’Avignon, can. 8, Labbe, t. xi, col. 45; IVe concile de Latran, can. 25, Mansi, t. xxn, col. 1014; Décrétales, J, 6, 56, Massana Eccle­ sia; P. L., t. cxxxvin, col. 292-293; t. clxiii, col. 332, 1115 sq.; t. CLXXIX, col. 547; t. clxxx, col. 119; t. CC, col. 1045, 1270; Hist, de la France, t. xn, col. 406; Re­ gistres de Grégoire IX, n. 106, 114. Il fut moins facile d’exclure les autres électeurs gré­ goriens. Évêques, abbés et moines luttèrent avec en­ train pour la défense de leurs prérogatives et de nou­ veau les firent reconnaître au concile de Latran de 1139. can. 28. Mansi, t. xxi, col. 533; Hardouin, t. vi b, col. 1213. Les chanoines ne modifièrent point leur attitude. Toujours prêts à empiéter, ils opposèrent aux décisions de Latran la force d’inertie, omirent de convoquer les électeurs non capitulaires, créèrent un état de choses que de nouvelles concessions pontificales ne tardèrent pas â reconnaître et à consacrer (privilège de Clé­ ment III à l’Église de Clermont (1190), dans Manum, pontificia Arverniæ, édit. Chaix de Lavarène, p. 368; d'Innocent III (1205) au chapitre de Cantorbéry, P. L., t. ccxv, col. 1043; du même (1206) â la collégiale de Sntri, Décrétales, II, 12, 3, Quum ecclesia Sutrina). En 1215, le concile de Latran sanctionna officiellement ces faveurs locales : « A chaque élection, en présence de tous ceux qui doivent, veulent et peuvent facilement y assister, on choisira trois chanoines; un à un, en secret, ils recueilleront les suffrages et les publieront séance tenante; puis la collation des voix terminée,ils acclameront le candidat de la majorité ou celui de la major et sanior pars capituli. » Décrétales, I, 6, 42, Quia propter. Acquis dès 1150-1170, le monopole élec­ toral des chanoines était consacré légalement par le concile de 1215 : le vieux système électif, restauré par Grégoire VII au profit de la communauté chrétienne, devenait une seconde fois le monopole d’une aristocra­ tie ecclésiastique. A son tour, l'exercice de ce mono­ pole n’aura qu’une durée éphémère. On verra bientôt sous quelles influences il disparut. 3° La décadence du pouvoir capitulaire. — Au xnr siè­ cle, les chapitres ont acquis le monopole électoral. Pa- 2270 I rallèlement â celle qu’on vient d’indiquer, s’opère une autre transformation : la confirmation de l’élection par le métropolitain el par les évêques co-provinciaux n'a plus lieu que pour la forme; le pape tend à devenir l’arbitre suprêine des élections de la catholicité. In­ troduit dans l’École par Étienne de Tournai, Summa Stephani, édit. Schulte, Giessen, 1891, p. 88, ce prin­ cipe ne tarda pas à prévaloir grâce à l'influence de Bernard de Pavie : Confirmatio vero electionis ad su­ periorem spectat personam. Summa Decretalium, 1.1, tit. iv, De electione, § 3, Ratisbonne, 1861, p. 7. De cette transformation ce fut surtout la papauté qui bénéficia; â elle revenait la confirmation, en Occident du moins, ou il n’y avait ni patriarche, ni primat. Toute élection douteuse, partagée, fut soumise à l’arbi­ trage de la cour de Rome. A la suite des discussions et des troubles, des conflits et des appels sans nombre, volontaires ou involontaires, qui marquèrent cette pé­ riode, les papes durent intervenir dans la majorité des causes épiscopales, trancher les litiges et souvent nommer directement aux évêchés vacants sans tenir compte des prétentions capitulaires. Les nominations directes par le souverain pontife ne sont plus, à cette date, des faits exceptionnels ; les registres pontificaux, | en particulier, ceux de Grégoire IX et d'Innocent IV | sont remplis de relations de ce genre. Développé sous l'influence des causes que nous ve­ nons de signaler, le mouvement qui tendait à enlever aux chapitres cathédraux le monopole électoral, allait prendre une extension nouvelle, grace à un fait inusité, de plus en plus fréquent, le fait des réserves papales, des grâces expectatives et de la vacatio in curia. ! Mais le coup fatal sera porté aux prérogatives capitu­ laires par le système de la réservation générale qui fera cesser le droit commun des Décrétales, en matière d’élection épiscopale. En 1265, Clément IV proclama le principe que la disposition de tous les bénéfices appartient au pape dès la vacance et même durant la vie des titulaires. De fait. « il réserva au siège aposto­ lique la collation de tous bénéfices et personnats. celle aussi de toutes dignités et églises vaguant en cour de Home, » Sexte, 111, iv, De præb., 2, Licet ecclesiarum . quarante ans plus tard, Clément V. Extrav. comm.. III, n, De præb., 3, Etsi in temporalium, se réserva le siège de Bordeaux ainsi que tous les sièges patriar­ caux, métropolitains et épiscopaux qui vaqueraient apud sedem aposlolicam. Jean XXII renouvela la réserve clémentine et donna une extension considérable à l’expression vacantia i»i curia. Extrav. comm.,1, m, De electione, 4, Ex debito. Toutes les réserves de ce dernier acte pontifical furent de nouveau formulées par Benoit XII dans la constitu­ tion Ad regimen de 1335, Extrav. comm.. 111, II, De præb., 13, Ad regimen, et finalement insérées pai Urbain V dans les régies de la Chancellerie aposto­ lique : toutes les églises patriarcales, métropolitaines épiscopales étaient réservées à la collation du souverain pontife. Ottenthal, Regulæ Cancellariæ apoetolieæ, Inspruclt, 1888, p. 15 sq., reg. 5, 5a, 6. 19 el 38. Cettefois, c’en était fait des prérogatives capitulai res Ces réserves, il est vrai, n’abolissaient pas officielle­ ment le droit électoral des chapitres, mais elles lu. substituaient un droit nouveau : en matière d'élection épiscopale la nomination directe par le souverain pon­ tife devenait le droit commun. Le pape avait concentr· entre ses mains deux choses jadis distinctes : le choix de la personne et l'acte collatif de la juridiction. Cette transformation, qui consacra la déchéance ca­ pitulaire, ne se fit pas d’un coup; elle fut préparée, on le sait maintenant, par la pratique des provisions bé­ néficiâtes, l'usage des grâces expectatives, des réserves et de la vacatio in curia; elle ne se fit pas non plus sans résistances : au cours du xiv· siècle, de nombreux 2271 ÉLECTION DES ÉVÊQUES chapitres ne tinrent point compte des réserves de la Curie et prétendirent exercer leurs droits électoraux. De Lesquen et Mollat, Mesures fiscales exercées en Bretagne par les papes d'Avignon, in-8», Paris, 1903. Leurs résistances furent vaines. La réserve était pour longtemps le droit normal en matière de nomination aux évêchés. Elle le demeure encore. « Car les mé­ thodes diverses actuellement en usage qui attribuent à d'autres qu’au pape une part quelconque dans le choix des évêques, sont des concessions locales, excep­ tions à la loi commune. Elles peuvent bien, dans leur ensemble, s’appliquer à des régions plus nombreuses, plus étendues que celles où est en vigueur la réserve, celle-ci n’en demeure pas moins le droit normal. En sorte que l’une quelconque de ces exceptions venant à cesser pour n’importe quelle cause, dans un pays dé­ terminé, c’est la réserve qui devient la règle applicable à cette nouvelle situation. » A. Louviére, Le droit ca­ nonique et les usages actuels pour la nomination des évêques, dans la Revue de l’institut catholique de Pa­ ris, juillet-août 1907, p. 361. V. Les formalités de l’élection épiscopale au xm’ SIÈCLE. — l’Les préliminaires. — Après les funé­ railles du prélat, le chapitre réuni en séance solen­ nelle adresse au roi deux de ses membres, porteurs d’une lettre revêtue du grand sceau capitulaire. Dans cette lettre il annonce la mort de l’évêque et demande autorisation d’en élire un autre. C’est la démarche dite « congé d’élire » ou licentia eligendi episcopum. Le roi remet aux envoyés une lettre accordant la permis­ sion demandée, engageant les électeurs â remplir leur devoir en toute conscience et parfois même leur indi­ quant le candidat qui a ses préférences. Si cette auto­ risation préalable n’a pas été demandée et obtenue, le roi peut refuser à l’élu la mainlevée des régales ou déli­ vrance des biens épiscopaux. Une seconde députation est en même temps adressée au métropolitain ou, en cas de vacance du siège, au doyen et au chapitre de l’église cathédrale; l’arche­ vêque ou le chapitre métropolitain donne autorisation de procéder à l’élection. On fixe le jour et l’heure de l’élection, on rédige et on envoie les lettres de convoca­ tion aux membres du chapitre absents, â tous ceux du moins qui sont dans les limites du royaume. La lettre de convocation est remise aux intéressés en présence de témoins ou sur le reçu d’une signature officielle, l’apposition du sceau généralement. Par circulaire spé­ ciale, les archevêques, évêques et officiaux du royaume sont invités à faire parvenir la citation aux intéressés qui pourraient se trouver dans le ressort de leur juri­ diction. 2° Les opérations électorales. — Le jour de l’élection venu, les chanoines entendent la messe du Saint-Esprit, chantent le Veni creator el prennent place au chapitre ou au chœur. Le doyen prononce un discours, lit les lettres de convocation adressées aux absents et les lettres d’excuses, et, plusieurs autres formalités étant remplies, fait procéder au vote. L’élection peut se faire de trois manières : 1. par quasi-inspiration; 2. par compromis; 3. au scrutin. 1. La quasi-inspiration. — Ce mode électoral fut peu usité. Sans entente préalable, sans discussion, mus comme par une inspiration divine, les électeurs portent leurs voix sur le même nom. D’après un canoniste anglais, Laurent de Somercote, Der Traktat, etc., Wei­ mar, 1907, p. 32, le doyen ou celui qui doit émettre le I premier son vote s’exprime ainsi : « Très chers frères, nous sommes assemblés ici au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ pour élire un évêque. 11 me semble que N., notre confrère, est digne d’être élu. » Si tous les cha­ noines sont unanimes à donner leur consentement, le doyen dit aussitôt : « Au nom du Père, etc., moi, N., en mon nom el au nom de tous ceux à qui appartient 2272 l’élection, j’élis N., notre confrère, comme évêque. » Après la publication du vote, l’évêque est porté près du maitre-autel. Les chanoines chantent le Te Détint pendant que par toute la ville sonnent les cloches; puis, l’évêque, acclamé par la foule, se rend à son do­ micile, escorté par le corps capitulaire.. Ces dernières remarques sont communes aux trois modes d’élection. 2. Le compromis. — Deux votes préliminaires dé­ cident de ce mode d’élection. Par un acte officiel, les chanoines s’engagent à remettre l’élection entre les mains d’un certain nombre d’entre eux, connus sous le nom de compromissarii electionis ; ils fixent la durée des pouvoirs des commissaires — souvent le temps que brûlera une chandelle — et promettent de respecter leur décision. Les compromissarii se retirent alors en un lieu secret»derrière l’autel ou sous la châsse d’un saint, examinent devant Dieu le mérite des candidats, arrêtent leurchoix et le proclament devant l’assemblée. Ici, nous retrouvons le droit commun. On rédige le decretum electionis, on chante le Te Deum, on prie l’élu de vouloir bien agréer le choix qu’on a fait de lui. Il résiste pour la forme, puis il accepte. 3. Le scrutin. — Ce mode, très exactement déterminé parle IV» concile de Latran (1215), can. 24, Hardouin t. vu, col. 38; Décrétales, I, vi, 42, est le type de l’élec­ tion proprement dite. Les formalités préliminaires rem­ plies, trois chanoines sont choisis comme enquêteurs ou scrutateurs (scrutatores votorum). Ils se placent dans un angle de la salle capitulaire et mettent leur vote par écrit; puis à chacun des chanoines défilant devant eux, ils demandent secrètement : « Frère,... dites-nous pour qui vous votez. — Je vote pour maître N., notre confrère, répond le chanoine, et je le nomme et élis pour évêque. » Chaque vote est mis par écrit, avec le nom du votant. Celte enquête terminée, les scrutateurs font publiquement la lecture des votes : c’est la publication voulue par le concile, mox publi­ cent in communi. Alors a lieu une opération très déli­ cate, la collatio. On fait le pointage des votes, on cherche à sonder les motifs personnels des votants, on compare les mérites du candidat : c’est la collatio nu­ meri ad numerum, zeli ad zelum, meriti ad meritum. Mandagout, De electionibus, Lyon, 1509, c. xxx, fol.35. Il n’y aurait pas lieu de procéder à cette opération si la votation était unanime; mais, si les votes étaient divisés, le candidat delà major et sanior pars capituli serait élu. Major et sanior pars capituli :à la majorité numérique il fallait joindre la majorité dynamique; en fait, celle-ci pouvait prévaloir sur celle-là. Cette appréciation était difficile. Aussi, fournit-elle souvent aux minorités le prétexte de résister aux majo­ rités et fit-elle naître au sein du clergé, dans Ja cité elle-même, des troubles sanglants, des dissensions inter­ minables qui, nécessitant l’intervention du pouvoir séculier et de la cour de Rome, hâtèrent la déchéance que l’on a déjà constatée. Pour les formalités électo­ rales, cf. Der Traktat des Laurentius de Somercote, Weimar, 1907; Guillaume de Mandagout, De electio­ nibus, Lyon, 1509 ; llenricusde Segusia, Summa aurea, Lyon, 1588; Liber Gulielmi Majoris, Mélanges hist., t. n, p. 203 sq., dans la Collection des documents iné­ dits sur l'histoire de France. VI. Les élections épiscopales du xv» au xix» siècle: les concordats. — En enlevant tout pouvoir électoral aux chapitres cathédraux, la réserve, semble-t-il, a fait de la papauté l’unique agent du choix épiscopal : c’est vrai en théorie. En fait, les choses vont-autrement. De même qu’aprés la reslauration de l’ancien système électif, en France, en Angleterre, en Allemagne et en Espagne, le roi a mis souvent la main sur le choix des évêques, cf. E. Roland, Les chanoines et les élections épiscopales du xt‘ au xtv siècle (thèse), Aurillac, 1909, p. 163-228, de même aussi, au cours du xv» siècle et ÉLECTION DES ÉVÊQUES 2273 au début du xvi', le roi, malgré la réservation générale, intervint dans les élections. A cette date, en ell’et, les nationalités s’affirment, le pouvoir royal se rend absolu; le roi voit d’un mauvais œil l’intervention pontificale et fait tout pour l’entraver. Il accorde ou refuse le < congé d’élire » là où le droit capitulaire subsiste; il écrit au chapitre et lui souffle le nom de son candidat; il va même jusqu'à écarter tout élu à lui « incongneu et non aggréable ». Et s’il faut pourvoir un évêché situé sur les frontières ou en terre féodale, il sait faire entendre à Rome le nom d’un candidat « sûr et féal ». Imbart de La Tour, Les origines de la Réforme, in-8", Paris, 1905, t. i, p. 103-107. Lesintérêls de l’Etat sont si profondément engagés dans les choix épiscopaux que les rois estiment avoir plus à faire que de reconnaître les nominations faites par le seul évéquede Rome; ils élèvent de véhémentes protes­ tations contre l’usage des réserves. El même, si comme en France, ils légifèrent en faveur de la liberté électo­ rale (Pragmatique de Bourges, 14-38), et décident que les abbés seront élus, conformément aux canons, par les chapitres et les couvents, c’est moins pour rendre l’Eglise libre que pour la soustraire à l’emprise de Rome et la mettre à leur service. Il en fut bien ainsi en France, où la Pragmatique prétendait ne laisser au pape que la confirmation des élections dans les églises « immédiatement » sujeltes ou les monastères exempts, et lui enlevait le droit de consacrer le nouvel élu, à moins que ce dernier ne se trouvât à Rome au moment de son élection. Sans doute, il est difficile de dire comment la Prag­ matique fut appliquée au temps de Charles VII, Chainpollion-Figeac, Documents historiques inédits, 1843, t. n, p. 407; mais, il est clair que là même ouelleavait force légale, elle fut souvent violée par le roi et ses gens. S’appuyant sur l'article qui autorisait l’interven­ tion « du roi et des princes du royaume » dans les élec­ tions, la royauté, de 1438 à 1516, de la Pragmatique au concordat, chercha à partager avec la papauté l’influence sur le recrutement du haut clergé et ne se fit pas faute de violer elle-même les libertés gallicanes, quand son bon plaisir fut en jeu et qu’il lui importa d’avoir les faveurs du Saint-Siège. Inaugurée par Charles VII, cette tactique atteignit sa perfection avec Louis XI qui, le 24 juillet 1467, demanda à Paul II le droit de nommer à quelques évêchés. Isambert, t. x, p. 540. Cette démarche n’eut aucun résultat immédiat; mais elle prépara les voies au concordat d’Amboise, 13 aoüt31 octobre 1472, qui, bien que muet sur la nomination aux évêchés, laissa entrevoir l’idée d'un accord possible entre le roi et le pape en matière de provision bénéficiale. Isambert, ibid., p. 653. En fait, « dés 1471, Louis nomme aux évêchés et aux monastères. En 1475. à sa requête, Sixte IV avait transféré d’un seul coup quatre évêques : Clermont, Cahors, Carcassonne, Coutances. Jusqu’en 1483, plus de trente-trois évêques sont choisis par le roi et institués par le pape. » Durant la minorité de Charles VIII, rien ne fut changé. Les avocats et les procureurs royaux favorisaient les chapitres en révolte contre les évêques pourvus par la cour de Rome. Dans ses « Instructions » aux nonces, Innocent VIII se plaint « que les parlements veuillent connaître des élections, constituer des vicaires pour les juger. » Imbart de La Tour, Les origines de la Réforme, t. n, p. 99, 102, note 1. Louis XII et Jules II, malgré certains conflits passa­ gers, ne manquèrent pas de se faire de mutuelles con­ cessions et pratiquèrent le régime concordataire avant l’élaboration du concordat. L’avènement de Léon X ne modifia pas ce modus vivendi. Dans l’espoir d’obtenir un appui politique, le roi prêtait l’oreille aux démarches du Saint-Siège en faveur de Jules de Médicis et d’Alois de Rossi. Leonis X regesta, η. 9458. François l*r, lui O1CT. DE THÉOL. CATHOL 2274 aussi, faisait de semblables promesses à Jules de Médicis et au cardinal Cibo. Op. cit., n. 13666,12 janvier 1515; η. 13706, 17 janvier. Soumises aux fluctuations de la politique et aux nécessités du moment, ces concessions mutuelles ne pouvaient satisfaire ni le roi qui désirait avoir la haute main sur les nominations épiscopales, ni la Curie qui ne cachait point son désir de limiter l’ingérence rovale dans les choses spirituelles. L’entrevue de Bologne (11 au 15 décembre 1515) mit fin à cette situation indécise, consacra l’abandon offi­ ciel de la Pragmatique et donna valeur juridique au mode suivi en pratique pour la nomination des évêques : au roi la nomination aux bénéfices majeurs, au papo l’institution canonique. Voici d’après les « Ordonnances» de François I", Ordonnances des rois de France, François Ier. t. t, p. 432 sq.; Thomassin, op. cit., 1. Il, c. XL, t. tv, p. 396 sq., les principales dispositions du concordat de 1516 : « Dans les églises métropolitaines et cathédrales du royaume, Dauphiné, comtés de Die et de Valence..., vacantes... de présent ou de temps futur, même par unions faites entre nos mains ou celles de nos successeurs, les chanoines ne pourront procéder à l’élection ou la postulation du futur prélat..., mais le roi de France pourra nous nommer, à nous ou à nos successeurs, pontifes romains, une personne... el de cette personne ainsi nommée par le roi, il sera par nous et nos successeurs, pourvu au siège vacant. » L’élection est supprimée : le pape et le roi sont les deux facteurs du choix épiscopal. Le droit de nomina­ tion royale doit être soumis aux règles canoniques d’àge et d’aptitude ; le futur prélat doit avoir au moins vingt-sept ans, être licencié en théologie, docteur ou licencié en l’un ou l’autre droit, être présenté dans les six mois qui suivent la vacance du siège. Le pape n’est pas collateur forcé et peut refuser tout choix qui porte sur une personne « non qualifiée »; le roi alors a trois nouveaux mois pour présenter un autre candidat « qualifié ». S’il néglige d’exercer ce droit dans le délai voulu, la provision est faite par l’évêque de Rome. A ce droit royal deux exceptions étaient faites : les églises conservaient le droit d’élire qui tenaient ce privilège de lettres apostoliques; le pape demeurait libre de pourvoir aux bénéfices vacants par la mort du titulaire « en cour de Rome ». Ce n’est pas le lieu de dire quelles résistances devait soulever dans le parlement, l’université el le clergé lui-même, celte charte qui pour plusieurs siècles allait être le statut religieux de la France, ouvrir, dans l’histoiredu catholicisme européen, l’ère des concordats et fournir le modèle d’après lequel seraient réglées les difficultés analogues qui naissaient déjà dans les autres nations. Il est bon de noter, cependant, que l’absolu­ tisme royal ne tarda pas à méconnaître l’une des excep­ tions signalées et que même les églises, qui tenaient d’un privilège apostolique le droit d’élire, eurent bientôt à souffrir de l’ingérence séculière. Dès 1520. en vertu de ce privilège, les chanoines de Bourges avaient procédé a l’élection ; les officiers royaux mena­ cèrent le chapitre et le roi se mit à intriguer en cour de Rome. Imbart de La Tour, op. cit., t. n, p. 478, et note 2. Les élections épiscopales sont en réalité sous la dé­ pendance de la couronne; mal informée, circonvenue et trompée, la papauté n’a le plus souvent qu’à se plier aux volontés royales : le roi présente le candidat, le pape lui confère l’institution canonique. Tel est le mode d’après lequel lesévèques français furent nommés jusqu’en 1905; car, si l’on néglige la tentative de l.· « Constitution civile du clergé », le concordat de 1801 renouvela, en matière de nomination épiscopale, les dispositions de celui de 1516. Par ce pacte, art. 4 et 5, le pape accordait eu pre- IV. - 72 2275 ÉLECTION DES ÉVÊQUES 2276 mier consul et à ses successeurs le droit de nommer t. t. p. 203. En 1872, le gouvernement de M. Thiers les évêques : v Le premier consul de la République reconnaissait ce droit du pape en disant « que le gou­ nommera, dans les trois mois qui suivront la publica­ vernement nomme les évêques, sauf le droit du pape tion de la bulle de Sa Sainteté, aux archevêchés et d'accorder ou de refuser l’institution canonique. » évêchés de la circonscription nouvelle. Sa Sainteté Ém. Ollivier, Nouveau manuel de droit ecclésiastique conférera l’institution canonique suivant les formes éta­ français, p. 446. Il fallut la brutalité de M. Combes blies par rapport à la France avant le changement de pour soutenir que le pape n’est qu’un collateur forcé, gouvernement, præ/iciendos nominabit. Les nomina­ et raviver une querelle lointaine et épineuse au sujet tions aux évêchés qui vaqueront dans la suite seront de laquelle on amorça en France la séparation des Églises et de l’État. également faites par le premier consul; et l'institution canonique sera donnée parle saint-siège, en conformité VII. Les élections des évêques et les disciplines de l’article précédent. Item Consul primus ad episco­ non concordataires. — Sans supprimer officiellement pales sedes quæ in posterum vacaverint, novos anti­ l’élection capitulaire, les réserves lui avaient substitué, stites nominabit, atque, ut in articulo preecedenti comme droit commun, la nomination directe par le constitutum est, apostolica sedes canonicam DABIT souverain pontife. Aux rois qui avaient vu de mauvais institutionem, » cité par A. Baudrillart, Quatre cents œil l’affirmation de cette hégémonie en matière de si ans de concordat, in-12, Paris, 1905. p. 160. Voir Con­ grave importance, la papauté avait dù céder un droit de désignation ou de présentation : cette concession fut cordat de 1801, t. ni, col. 750-751. Dans les autres royaumes européens, les mêmes in­ l’origine du régime concordataire. gérences séculières se produisirent malgré les antiques Dans les pays où ce régime n’a pas été adopté, fonc­ concordats signés à Londres (1107), à Worms (1122), tionne l’un des trois systèmes que voici : élection par en Portugal (1288) ; les mêmes revendications intéres­ les chapitres cathédraux, nomination directe par le sées se tirent jour â Constance et à Bâle : comme le pape et recommandation ou système des listes. roi de France, les souverains des autres nations 1« L’élection par les chapitres, conformément au demandèrent la liberté des élections pensant bien la droit des Décrétales, s’est conservée dans deux évêchés faire tourner à leur avantage. A la suite de ces mul­ d’Autriche, Salzbourg et Olmutz. Au xix· siècle, elle a tiples requêtes, les élections furent maintenues, les été accordée à la Suisse pour les diocèses de Bâle, réserves pontificales diminuées et des concessions mu­ Saint-Gai! et Coire. « Les chanoines formant le Sénat, tuelles signées entre Marlin V et les cinq grandes dit la bulle d’érection du diocèse de Bâle, ont le droit nations, France, Allemagne, Italie, Espagne et Angle­ de nommer l’évéque parmi le clergé du diocèse. terre. D’autres compromis furent encore nécessaires L’évêque élu recevra l'institution du Saint-Père aussi­ au cours des siècles pour solutionner l’épineuse ques­ tôt que ses qualités auront été constatées selon les formes usitées pour les Églises de la Suisse. » Nussi, tion des nominations épiscopales. Signalons les con­ cordats négociés par Benoît XIV avec le roi de Sar­ Quinquaginta conventiones, tit. v, p. 42. Voir Concor­ daigne, Emmanuel III (1741), et surtout avec Charles III, dat, t. ni, col. 740. La Prusse, les grands-duchés et les roi des Deux-Siciles, les concessions faites à l’Espagne principautés du Rhin supérieur, c’est-à-dire l’empire en 1737, 1753, Thomassin, op. cit., 1. II, c. XL, t. iv, allemand actuel, exception faite de la Bavière et de p. 405-406, et plus récemment encore, à la Bavière l'Alsace-Lorraine, ont bénéficié de la même faveur ■ (1817). au royaume de Naples (1818), Thomassin, op. cit., Capitulis facultas tribuitur, dit la bulle adressée, en 1. I, c. LVH, t. I, p. 323, note 1, aux républiques 1821, à la Prusse, ut in singulis illarum sedium vaca­ d’Haïti (1861) et de l’Equateur (1862), enfin à la Russie tionibus infra consueti trimestris spatium dignitates (1847). Voici l’art. 12 de ce dernier concordat, article et canonici capitulariter congregati novos antistites qui diffère bien peu des concessions faites aux autres ex ecclesiasticis quibuscumque viris regni Borussi in­ puissances : « La désignation des évêques pour les colis ad formam S. S. canonum eligere possint. Et ce diocèses et pour les sufl’ragants de l'empire russe et même document recommande aux électeurs de choisir du royaume de Pologne n’aura lieu qu’à la suite d’un une personne agréable au pouvoir civil, quos regis concert préalable entre l’empereur et le saint siège gratos cognoverint... eligant. Thomassin, 1. I, c. lvii. pour chaque nomination. L’institution canonique leur t. i, p. 323, note 1. Voir Concordat, t. ni, col. 738.739. sera donnée par le pontife romain selon la forme Dans une lettre écrite, le 20 juillet 1900, par le cardi­ accoutumée. » Thomassin, loc. cit., t. iv, p. 408. Ainsi, nal Rampolla, secrétaire d’Etat, par ordre de Léon Xlll, aux évêques de la Prusse, du Hanovre et des États du â l’heure actuelle, le régime concordataire est en vigueur en Autriche Hongrie, en Espagne, en Portugal, Rhin supérieur, et commençant par les mots Ad no­ en Bavière, dans certains cantons suisses, Lucerne, titiam sanclæ sedis, les bulles et les brefs de 1821. Berne, Soleure, Zug (1829), Argovie et Thurgovie (1830), 1824 et 1827, qui constituent le droit spécial de leurs et dans quelques républiques de l'Amérique du Sud, l diocèses pour l'élection des évêques par le chapitre Pérou. Haïti, Équateur, où la nomination par l’État est sont rappelés. Mais le secrétaire d’État de Léon Xlll maintenue. Le canoniste contemporain, 1905, t. xxvm, expose plus clairement les droits et les devoirs des p. 365, 471. chapitres pour faire cesser les usages établis, qui ne D'après ce système, le chef de l’État, quand survient sauvegarderaient pas suffisamment la liberté de l'Église, la vacance, est autorisé à présenter un candidat salis la fidélité aux concordats et la dignité du siège aposto­ faisant aux conditions requises par le droit commun, lique. Ce siège ne reconnaît aux pouvoirs non catho­ sans être obligé de choisir le plus digne. Au candidat liques qu’une intervention négative dans l'élection des ainsi présenté, la désignation ne confère aucune juri­ évêques, et cette intervention consiste en ce que des candidats moins agréables à l’État ne sont pas élus. En diction; elle lui donne pourtant un véritable droit à l’évêché : le collateur étant tenu de lui accorder l’insti- | choisissant les plus dignes, les chanoines doivent donc tution canonique à moins qu'il n’y ait des raisons : désigner un candidat, que le pouvoir civil agréera. canoniques pour la lui refuser. D’où il suit que le pape Quant à l'intervention du commissaire, qui n'est pas n’est pas collateur forcé et peut écarter tout candidat mentionnée dans les concordats, les chanoines n'ont pas qui n’a pas les qualités requises par le droit. Ce droit à s’en occuper. Ils ne peuvent pas la reconnaître, mais « de ne pas donner l’institution canonique aux sujets ils ne doivent s’y opposer que si elle nuisait â la liberinommés qu'il jugerait indignes» a toujours été reconnu de l’élection. En communiquant à ce commissaire le ru pape par les gouvernements. Consalvi à Cacault, résultat de l’élection, on ne doit lui en demander ni 3U novembre 1801, cité par Artaud, llistoirede Pie Vil, l’approbation, ni la ratification. H ne faut pas non plus 'ύ2Ί~ί ÉLECTION DES ÉVÊQUES notifier tout de suite aux fidèles l’élection comme complete, on doit déclarer qu’elle n’a son plein effet qu’après l’approbation du pape, et l’action de grâce so­ lennelle doit être différée jusqu’après cette approbation. Cf. Archiv f'ûr kathol. Kirchenrecht, 1901, t. lxxxi, p.525 sq. ; Deutsche Zeitschrif l f'ür Kirchenrecht, 1902, t. xn, p. 109 sq. Sur les élections épiscopales en Alle­ magne, voir Friedberg, Der Stoat und die Bischofswahlen in Deutschland, 2 vol., Leipzig, 1874; J. Hirsche, Bas Becht der Begierungen bezûglich der Bischofsicahlen in Preussen und der oberrheinichnischen Kirchenprovinz, Msyence, 1876; Ul. Stutz, Der neueste Stand des deutschen Bischof swahlrechts, Stuttgart, 1909 (avec une abondante bibliographie). 2« La recommandation ou système des listes est un mode fort répandu dans les pays de langue anglaise, Irlande (décret de la S. C. de la Propagande du 17 oc­ tobre 1829), États-Unis d’Amérique (1834), Angleterre 11852), Hollande (1858), Provinces canadiennes (1861), Ausiralie (1866), Écosse (1883), et dans certains pays de mission. En ces dernières années, ce mode a été octroyé à la plupart des républiques de l’Amérique latine, sauf les deux grandes exceptions du Mexique et du Brésil qui ont adopté le système de la séparation pure et simple, à l’exception aussi du Pérou où la no mination par l’État est maintenue. Dans la République argentine, dans l’Uruguay et le Paraguay, le Sénat dresse une liste de trois noms que le président présente au saint-siège. En Bolivie, trois noms sont présentés par le Sénat au président qui choisit lui-méme le nom qui sera recommandé à Rome. Au Vénézuéla, le Con­ grès désigne ceux que le président présentera luimême au souverain pontife. Simple indication, information éclairée, non élection, ni nomination, pas même présentation patronale, la recommandation ne saurait obliger le pape à choisir parmi les candidats présentés : son geste demeure libre dans les nominations épiscopales. Decretum S. C. de Propaganda fide, 14 juin 1834, Collectio lacensis, t. ni, col. 48. Ce système, du reste, présente de nombreuses va­ riantes dans le collège chargé de dresser les listes. En Irlande, les curés et les chanoines réunis en assemblée plénière, au lieu et au jour dits, choisissent, à la majorité, deux scrutateurs, jurent de voter en conscience, déposent leur bulletin et reviennent à leur place. Alors, les scrutateurs dépouillent les votes ichaque bulletin porte trois noms) et proclament les trois noms qui ont obtenu la majorité. On rédige en­ suite. sous la dictée du président, un procès-verbal en double exemplaire, l’un destiné à la Propagande, l’autre aux évêques de la province. Dix jours après, en présence des évêques, on discute sur le mérite des candidats, on formule un jugement qui, écrit etscellé, sera transmis à la Propagande. Autorisés à refuser les noms désignés, les évêques ne le sont pas à dresser une nouvelle liste. Synode plénier de Maynooth, p 273-279; Le canoniste contemporain, 1905, t. xxvm, p. 466. Le système usité en Angleterre et en Hollande dif­ fère bien peu de celui qu’on vient de décrire : les chanoines seuls ont le droit de sulfrage, les scrutateurs sont au nombre de trois et les noms des trois candidats ne sont pas inscrits sur le même bulletin. Pour de plus amples détails, cf. Instructio S. C. de Propaganda fide, du 21 avril 1852; Statuta synod, provinc. Weslmonasterien., Decretum Xl/f ; Collectio lacensis, t. ni, col. 924, 925,958, 959. Ce fut au concile plénier de Baltimore (1884) que fut définitivement réglée la forme en vigueur aujour­ d'hui aux États-Unis d'Amérique. Dans les trente jours qui suivent la déclaration de vacance, les consulteurs et tes curés inamovibles se réunissent sur convocation 227S de l’archevêque, ou à son défautdu plus ancien suffra­ gant de la province. Leur mission est de choisir une série de candidats dont les noms seront proposés à la Propagande et au pape. Leur vote, secret et purement consultatif, ressemble fort à une élection. Une fois pro­ clamé le résultat du scrutin, on rédige un procès-verbal dont copie est envoyée à la Propagande et aux évêques de la province. Dix jours après, c’est aux évêques à se réunir, à apprécier les candidats et à porter sur eux un jugement de valeur. Ils motivent leur refus, mais n’ont pas le droit de présenter un ou plusieurs autres candidats. Le secrétaire rédige un procès-verbal et l’adresse à la Propagande. Acta et decreta concil. f denar. Ballimor. tertii, Baltimore, 1884, tit. n, c. 1, De episcopis, n. 15, p. 12-14. Au Canada, la liste de recommandation est dressée par les évêques; tous les trois ans, chaque évêque présente à son métropolitain les noms des prêtres qu’il juge dignes de l’épiscopat. Que survienne une vacance, les évêques, réunis en synode sous la prési­ dence du métropolitain ou du plus ancien suffragant, discutent sur le mérite et la valeur des candidats; les décisions et les votes secrets du synode sont adressés à la Propagande. Collectio lacencis, I. ni, col. 686, 688. Sur la nomination des métropolilains et des évêques chez les Syriens catholiques, voir les décisions du concile tenu à Sciarfé en 1888, dans le Canoniste con­ temporain, 1900, t. xxm, p. 541-542. En résumé, sauf de légères variantes, la recomman­ dation ou système des listes se fait de la manière sui vante : plusieurs candidats, ordinairement trois, sont désignés au 'ieu d’un seul. Et, remarque capitale, ces candidats n’acquièrent aucun droit au choix pontifical; le saint-siège est absolument libre de prendre son can­ didat même en dehors de cette liste officielle : les décrets de la Propagande sont décisifs sur ce point. De cette réserve le souverain pontife n’use que bien rarement, mais le fait seul qu'il a la possibilité de l’exercer suffit à montrer que la recommandation différé essentiellement de l’élection. 3» Enfin le dernier système est lanominalion directe par le pape sans aucune intervention officielle du pouvoir séculier, ni du clergé, pas même sous la forme très atténuée de la recommandation. C’est le cas de l’Italie, sauf la réserve de fait de l’exequatur royal hors de l'ancien État pontifical, pour la mise en pos­ session du temporel de l'évêché. Art. 15 de la loi dite des garanties: « Le gouvernement renonce dans tout le royaume au droit de nommer ou de présenler aux bénéfices majeurs. » Très libre, le choix du pape est entouré des garanties qui peuvent le rendre le plus parfait possible. Le canoniste contemporain, 1905, t. xxvm, p. -463, notes 1 el 2; Motu proprio du 17 dé­ cembre 1903, Le canoniste, 1904, p. 152. La Belgique, le Luxembourg, le Monténégro, le Mexique, le Brésil et depuis 1871, l’Alsace-Lorraine, sont soumis au régime de la nomination directe par le pape. Depuis la rupture du concordat de 1801, le système delà nomination directe estsuivi en France. Dans les pays où ce dernier mode est en vigueur, le pape prend les informations qu’il juge opportunes et sous la forme qu’il lui plaît. Ainsi eu France une large place semble avoir été faite aux consultations et aux avis de l'épis­ copat; mais ces consultations sont le fait du bon vou loir pontifical, non celui d'une pratique définitivement acquise et réglementée; elles demeurent donc faculta­ tives et en cela diffèrent beaucoup du système de la recommadation. Résumons en quelques mots les faits analysés au cours de cette étude. Exercé d’abord par les apôtres, le pouvoir de choisir et d instituer les évêanes nassa, dèr 2279 ÉLECTION DES ÉVÊQUES le il® siècle et à des degrés divers, aux mains des évêques, du clergé et des gens de la cité. Confié au clergé, en présence du peuple qui manifeste ses désirs, fait entendre ses acclamations et parfois ses colères, le choix du candidat est dirigé par les évêques de la province, arbitres en dernier ressort de la valeur des opérations électorales et de la dignité de l’élu. La rati­ fication du choix rentre dans les attributions métropo­ litaines. Au cours du iv· siècle, l’autorité civile eut sur les élections une influence assez souvent décisive, sans être officielle. Le Ve concile d’Orléans (549) consacra le fait de l’intervention royale : la volonté du roi devenait une condition de la régularité du sacre épiscopal. De cette faveur, les princes abusèrent. Aux vu·, vin® et IX· siècles, il leur advint souvent de ne tenir point compte des désirs populaires, de violenter la liberté des électeurs et de nommer directement aux évêchés. A l’époque féodale l’élection n’existe plus. Sur une vaste échelle on trafique des évêchés, on les donne, on les vend, on les cède en héritage. L’épiscopat est un apanage réservé aux cadets et aux bâtards de haute lignée. De son suzerain temporel l’évêque reçoit l’évê­ ché; de sa main, il est investi de la juridiction épisco­ pale. La crosse et l’anneau sont les signes de cette investiture. Sous ce régime, le système électif a vécu, l’Église est en servitude. Grégoire VII porte remède à ces maux. Il entreprend une œuvre gigantesque, connue sous le nom de réforme grégorienne. Par ses soins l’antique assemblée électorale est restaurée. Peuple, laïques de haut rang, moines, abbés, chanoines, évêques, entrent dans l’enceinte électorale. Cette restauration fut de courte durée. Les chanoines luttèrent pour le monopole d’élection. \7ers la fin du xi!® siècle, ils l’avaient conquis. Mais un siècle plus tard, les réserves pontificales, à leur tour, avaient raison de ce monopole. Le choix des évêques ainsi que leur institution ressortissait au siège apostolique. Les rois virent de mauvais œil ces transformations successives. Ils entendaient bien i ercer une influence dans les choix épiscopaux. La papauté dut compter avec eux. Elle leur céda de son droit, et, par les con­ cordats, les autorisa à présenter et parfois à nommer aux sièges vacants, se réservant de conférer l’institution canonique, si le choix du prince était conforme aux prescriptions du droit. Concessions faites aux princes, les concordats ne sup­ priment point les prérogatives qu’enregistrèrent les règles de la Chancellerie apostolique : en droit, la provision des évêchés et l’institution des évêques appartient exclusivement au pontife romain. La courbe tracée par l’histoire des nominations épiscopales nous ramène à notre point de départ; chose uniquement apostolique à l’origine, l’élection épiscopale semble être en voie de se concentrer de nouveau entre les mains du successeur de Pierre. I. Sources. S. Clément, P Cor., édit. Funk, Tubingue, 1887, t. i ; Didaché. Les Pères apostoliques, collection Hemmer et Lejay, Paris, 1907, t. i; Eusèbe. H. E., collectionHemmer et Lejay, Paris, 1905, 1.1 ; Canones apostolorum et conciliorum sæc. ιν-νπ, édit. Bruns. 2 in-8·. Berlin, 1839; Hardouin, Conci­ liorum collect, regia max., ΙΊ in-fol., Paris, 1715; Labbe et Cossart. Concil. collect, max., 17 tom. en 18 in-fol., Paris, 1671-72; Mansi et Coleti, Sacrorum concil. nova et amp lise. co/tect., 39'in-fol.« Florence et Venise, 1757-1798; Corpus juris canonici, édit. Friedberg, 2 in-4°. Leipzig. 1879-1881 ; les vo­ lumes de la Patrologie de Aligne, cités au cours de l’article; Gré­ goire de Tours, Historia Francorum ; Mon urn. German, hist., Scriptores, 23 in-fol., Hanovre, 1826-1883, 1.1, n,v, vm ; Leges, t. n; Capitularia, petite édition de Berlin et de Hanovre; Ma­ thieu Paris, Chronica majora, édit. Luard, 7 in-8·, Londres. 1872. 1880; Guillaume de Nangis, Chronicon, édit. Géraud Soc. des hist, de France), 2 in-8·, Paris, 1843; Ordéric Vital, 2280 Histoire ecclésiastique, édit. Le Prévost (Soc. des hist, de France), 5 in-8·, Paris. 1852; Bouquet et Brial, Recueil des historiens des Gaules et de la France, nouvelle édit, sous la direction de Léopold Delisle. Paris. 1869, t. xi-xvm; Ottenthal. Regulæ Cancellariæ apostolicæ, in-8·, Inspruck, 1888; Regis­ tres des papes du xin* siècle : Registres de Grégoire IX. d'Innocent IV, d’Alexandre IV, d'Urbain IV, de Clément IV, de Jean XXII, publiés par les anciens membres de l’École française de Rome; Ordonnances des rois de France de la IIP race, Paris, 1723-1849, t. I, n; Liber Guillelmi Majoris, dans Mé­ langes hist.ft. n. p. 203 sq. (Collection des Documents iné­ dits sur l'histoire de France); Der Traktal des Laurentius de Somercote Kanonikus von Chichester über die Vornahme von Bischo/swahlen entstanden im Jahre 1254, publié par A. von Wretschko, in-8·, Weimar, 1907 ; Rymer, Fœdera, con­ ventiones... inter reges Angliæ et alios reges, 10 in-fol., La Haye, 1740; V. Nussi, Conventiones de rebus ecclesiasticis interS. Sedem et civilem potestatem variis formis initie, in-12, Mayence, 1870; Collectio lacensis. Acta et decreta S. conciliorum recentiorum, Ί in-4·, Fribourg-en-Brisgau. 1870-1890; Conventiones Leonis XI11, Rome, 1893. II. Travaux. — Sur les élections épiscopales du l*r siècle i la réforme grégorienne, Hefele, Histoire des conciles, trad Leclercq, Paris, 1907; Thomassin, Ancienne et nouvelle dis­ cipline de Γ Église, 7 in-4·, Bar-le-Duc, 1865, t. 1, ni, iv; P. de Marca. De concordia sacerdotii et imperii,in-fol., Roboreli,1742 ; Loning, Geschichte des deutschen Kirchenrechts, Strasbourg. 1878; Hauck, Die Bischofsiuahlen unter den Merovingerr, Erlangen,' 1883; Waltz, Deutsche Verfassungsgeschichte. 3 in-8·, Kiel, 1880-1883, t. n, ni ; Duchesne, Histoire ancienne c.-: ΓÉglise, 3 in-8·, Paris, 1906-1910; Fustel de Coulanges, La mo­ narchie franque, Paris, 1888; E. Vacandard, Études de critique et d'histoire religieuse, in-12, Paris, 1906 ; Imbart de la Tour. Les élections épiscopales dans l’Église de France du ix* au xi/* siècle, in-8·, Paris, 1890; de Vie et Vaissette, Histoire générale du Languedoc, 2' édit., 12 in-4·, Toulouse, 1875, t. v. Luchaire, Manuel des institutions françaises, in-8·, Paris, 1892; P. Viollet, Histoire des institutions politiques et adn · nistratives de la France, t. i ; Boucharlat, Les élections épis­ copales sous les Mérovingiens. Paris, 1904; Lesne, La hiérar­ chie épiscopale, Paris. 1905, p. 13-16,108-123. 742-882; J.Doiz-. Les élections épiscopales en France avant les concorda: ? dans les Études, 1906, t. cvn, p. 721-743; t. cviii. p. 38-54; E. Vacandard, Une élection épiscopale sous les Mérovingiens, d’après Grégoire de Tours, dans la Revue du clergé fronça·.* du 15 juin 1906, p. 171-186; G. Mollat, Elections épiscopales, dans le Dictionnaire apologétique de la foi catholique, de d'Alès, Paris, 1910, t. i, col. 1343-1350. Sur l’élection épiscopale et la réforme grégorienne, Imbart de la Tour, op. cit.; Gallia Christiana, 16 in-fol., Paris, 1715-1865. l.iv; Étienne de Tournai, Summa Stephani, édit. Schulte, Giessen, 1891; Bernard de Pavie, Summa Decretalium, Ratisbonne. 1861 ; Ottenthal, Regula Cancellariæ apostolicæ, in-8·, Inspru.. 1888; de Lesquen et Mollat, Mesures fiscales exercées en B> · tagne par les papes d’Avignon, in-8·, Paris, 1903; Hauréaù. Quelques lettres d’innocent IV, in-4·, Paris, 1874; J. Doiz . Les élections épiscopales en France et l'investiture laïque. dans les Études, 1906, t. cvm, p. 359-384; Id., L'élection épisc pale et les chapitres cathédraux au xin· siècle, ibid., t. ci · p. 627-656; E. Roland, Les chanoines et les élections épisc. pales du xr au xir siècle (thèse), in-8·, Aurillac, 1909; G. M lat, loc. cit., col. 1350-1353. Sur les formalités de l’élection épiscopale au xill· siècle, Laurent de Somercote, op. cit. ; Henricus de Segusia, Sumn aurea, Lyon. 1588; Guillaume de Mandagout, De electionibus in-12, Lyon, 1509; Liber Guillemi Majoris, déjà cité; Duran: de Maillane, Dictionnaire de droit canonique, 5 vol., Lyon 1776; Viollet, Les élections ecclésiastiques au moyen à.· d'après Guillaume de Mandagout, dans la Revue catholiq· ■: des Églises, 1907, t. iv, p. 65-91. Sur les élections épiscopales du xv au XIX' siècle. Rebuff? Concordata inter S. S. D N. Papam Leonem X et sancta sedem apostolicam ac christianissimum D. N. Regem Frcn ciscum et regnum edita, 4· édit., Paris, 1515; Imbart de la T -ur. Les origines de la Réforme, 2 in-8·, Paris, 1905 et 1909 P. Combet, Louis Xi et le saint-siège, Paris, 1903 ; N. Va! La Pragmatique sanction, Paris, 1906 : A. Baudrillart. Quai cents ans de concordat, Paris, 1905; G. Goyau, L’Allemag> * religieuse, Le catholicisme, Paris, 1905-1908; Le canonist' contemporain, 1905, t. xxvni, p. 365, 471 sq. Sur tes élections des évêques et les disciplines non concorda taires, Thomassin. op. cit.; Nussi. op. cit. ; L- canon vd? con­ · temporain, 1904, t. XXVII, p. 152; 1905, t. xxvni, p. 463; 2281 ÉLECTION DES PAPES U. Stulz, Der neueste Stand des deutschen Bischofsiuahlrechtes, Stuttgart, 1909. Voir aussi Cantiniau, Les nominations épiscopales en France des premiers siècles jusqu’à nos jours, 1905; Sagmuller, Der Bischofswahl bei Gratian, Cologne, 1908, et pour la question du Nobis nominavit, le Livre blanc du saint-siège, Rome, 1905. E. Roland. 4. ÉLECTION DES PAPES. - I. Le mode d’élection à la papauté est-il de droit divin? 11. Le pape peut-il choisir lui-même son successeur? III. Élec­ tion des papes par le clergé et le peuple, dans la primitive Église. IV. Inconvénients des élections popu­ laires. V. Empiétements du pouvoir civil. Rois barbares et empereurs d’Orient (418-741). VI. Élections popu­ laires des papes sous les Carlovingiens (741-900). VII. La féodalité italienne à l’assaut de la papauté durant le x* siècle (900-964). VIII. Les Césars allemands et le trône pontifical (963-1058). IX. L'œuvre d’Hildebrand. Restriction du corps électoral. L’élément laïque com­ plètement et définitivement écarté ( 1059-1180). X. L'œu­ vre d’Alexandre III. Le Sacré-Collège constitué en corps électoral. La majorité des deux tiers (11801268). XI. Institution du conclave. 1. Le mode d’élection a la papauté est-il de droit divin? — La dignité du souverain pontife étant la plus sublime qui soit sur terre, l’acte qui détermine le sujet qui doit en être revêtu est évidemment d’une importance capitale pour le monde entier. Il a pour résultat, en effet, de donner un vicaire visible à JésusChrist, un interprète infaillible de la révélation, un chef à l’Église militante, un père à la multitude innom­ brable des fidèles. Cependant le mode d’élection à la papauté n’est pas fixé par le droit divin. Le premier pape, saint Pierre, fut choisi par le fondateur même de l'Église ; mais on ne trouve ensuite, ni dans l’Écriture sainte, ni dans la tradition, aucune prescription de Noire-Seigneur à cet égard. D’ailleurs, si Jésus-Christ en avait précisé lui même la forme, elle n’aurait pas varié à travers les siècles, comme on le constate. 11 a donc laissé à 1 Église, et surtout à son pasteur suprême, le soin de régler ce point essentiel de discipline ecclésiastique, et d'y introduire toutes les modifications que les vicissi­ tudes des temps exigeraient dans la suite. Cf. Suarez, Tractatus de fide, part. I, disp. X, sect, iv, An et quomodo summus pontifex ab hominibus eligi de­ beat, n. 6, Opera omnia, 28 in-4», Paris, 1859-1878, t. xn, p. 309; Bouix, De l'élection du souverain pon­ tife, in-8», Paris, 1864, p. 343; Archiv fur kath. Kirchenrecht, 1894, p. 410. IL Le pape peut-il choisir lui-même son succes­ seur? — Une question se pose tout d’abord : le pape qui a le droit de légiférer en ces matières, peut-il dési­ gner lui-même son propre successeur? D’après plu­ sieurs graves auteurs, il le pourrait, du moins dans les cas de nécessité, quand ce ne serait pas possible, ou très difficile, d’éviter par une autre voie une longue vacance probable du saint-siège, et des divisions ca­ pables de faire naître un schisme. Les partisans de cette opinion invoquent l’exemple même de saint Pierre, qui, selon une vieille tradition, aurait désigné Pui-même son successeur, saint Clément, comme celuici l'affirme dans une lettre à saint Jacques, insérée dans le Décret de Gratien, part. II, caus. VIII, q. i, c. 2, 2 in-fol., Leipzig, édit. Richter et Friedberg, 1879-1881, '. i, col. 592. Dans cette hypothèse, saint Lin et saint Clet n’auraient pas été les successeurs de saint Pierre, mais simplement ses coadjuteurs, quoiqu'ils occupent le 2' et le 3» rang dans la chronologie ordinaire des papes, et que, dans le canon de la messe, ils soient nommés avant saint Clément. Mais il y a très longtemps que des doutes très fondés se sont élevés sur l'authen­ ticité de celte prétendue lettre de saint Clément. 2282 comme en témoigne ce vers antique accolé par les glossateurs à ce passage du Décret de Gratien : Disputat Mc mundus quartus fueritve secundus. Cf. Decretum Gratiani una cum glossis, 2 in-4», Venise, 1572, t. i, p. 568. Le doute s’est changé ensuite en certitude, et, depuis plus de deux siècles, celte lettre de saint Clément est généralement considérée comme apocryphe. Cf. Baronius, Annales ecclesiastici, 12 in­ fol., Rome, 1593-1607, an. 60, t. i, p. 680; Barbosa, De /ure ecclesiastico universo, 2 in-fol., Lyon, 1650, part. I, c. i, n. 45, t. i, p. 10; Ferraris, Prompta bibliotheca canonica, /uridica, moralis, theologica, 9 in-fol., Rome, 1899, v» Papa, a. 1, n. 5-8, t. vi, p. 27 sq.; Hinschius, System des kath. Kirchenrechts, Berlin, 1869, t. i, p. 716. Néanmoins, des auteurs récents, s’appuyant sur d’autres raisons, soutiennent encore que le pape a le pouvoir de nommer son successeur. Cf. dom Levéque, Revue des sciences ecclésiastiques, 1886, p. 318 sq. ; Many, Du droit des papes de désigner leur successeur, dans la Revue de l’institut catho­ lique de Paris, mars-avril 1901, p. 14 sq.; Sabatier, Comment on devient pape, in-12, Paris, 1901, p. 67sq.; Revue canonique, Bulletin de l'Académie de droit canonique, avril 1901, p. 350-359; L'intervention du pape dans l’élection de son successeur, dans L'ami du clergé, 1901, t. xxm, p. 648-649. Ce sentiment autre­ fois combattu par une foule de théologiens et de ca­ nonistes anciens, tels que Fagnan, Comment. in libros Decretal., I. I, tit. xxxv, De pactis, c. v, Accepimus, 5 in-fol., Besançon, 1640, t. i, p. 606; Dominique de la Sainte-Trinité, De romano pontifice, c. ix, n. 5, dans la Bibliotheca maxima pontificia de Roccaberti, 21 in-fol., Rome, 1695-1699, t. ix, p. 260; Barbosa, op. cit., t. I, p. 10; Ferraris, op. cit., t. vi, p. 27, etc., l a été plus récemment par Phillips, Kirchenrecht, 10 in-8», Ratisbonne, 1845-1889, t. v, p. 729 sq.; Hergenrœther, Lehrbuch des kath. Kirchenrechts, Fri­ bourg-en-Brisgau, 1888, p. 243; Silbernagl, Lehrbuch des kath. Kirch., p. 180; dom Leclercq, dans Histoire des conciles, t. n, p. 1349-1366. Voir aussi Hinschius, System des kath. Kirchenrechts, t. I, p. 227, 292, 716. Que les souverains pontifes, sans nommer person­ nellement leur successeur, se soient préoccupés, plus d’une fois, d’assurer un bon choix après leur mort, cela paraît hors de doute, pour peu que l’on réfléchisse au décret publié par le pape saint Symmaque au synode romain de 499, c. tv. Il y est dit que si le pape mourait subitement, sans avoir, de son vivant, eu le temps de rien statuer touchant l’élection de son successeur, celui-là serait élu qui aurait réuni sur son nom la totalité des suffrages du clergé, ou, en cas de partage, le plus grand nombre. Si transitus papæ, quod absit, inopinatus advenerit, et de sui electione successoris (ut supra placuit), non possit ante decer­ nere, etc. Bail, Summa conciliorum omnium genera­ lium ac provincialium, 2 in-fol., Paris, 1672, t. n, р. 169; Decretum Gratiani, part. I, dist. LXX1X, с. 10,Si transitus, t. I, p. 279; Labbe, Sacrosancta con­ cilia, 18 in-fol., Paris, 1672, t. iv, coi. 1313-1317; Mansi, Concil., 31 in-fol., Florence, 1759-1798, t. vm, coi. 232, 238; Hefele, Conciliengeschichte, 2» édit., t. n, p. 627; trad. Leclercq, t. n, p. 948-949. Ces paroles sont une preuve évidente que, jusqu’à la fin du v» siècle, l’usage exista, au moins, de demander au pape, en prévision de la vacance du saint-siège, quel candidat il recomman­ dait aux suffrages des électeurs. Les deux canons pré­ cédents du même synode portent que, du vivant du pape, on ne peut, sans son consentement, préparer l’élection de son successeur, et cela sous les peines les plus sévères. Decret. Grat., part. 1, dist. LXX1X, c. 2, Si quis, t. I, p. 276; Hefele, op. cit., p. 626; trad. Leclercq, p. 948. Cf. Cæremoniale continens ritus ele- 2283 ÉLECTION DES PAPES 2284 ctionis romani pontificis, Gregorii papæ XV jussu I nation gothique en Italie, c. v, ü 1, t. il, p. 49 sq. Cette editum, t. i, p. 1 ; Suarez, Tract, de fide, disp. X, précaution n’einpécha pas le schisme d'éclater à sa sect, iv, n. 15, t. xn, p. 311. I mort. Dom Leclercq, dans Histoire des conciles, t. n, Quoi qu'il en soit de la controverse agitée à ce sujet, p. 1358-1365. si les papes ont le pouvoir de désigner leur successeur, Marchant sur les traces de son prédécesseur. Boniil est certain qu’ils n'en ont, pour ainsi dire, jamais face Il (530-532) prit, lui aussi, comme coadjuteur, le usé, depuis l'origine de l’Eglise jusqu'à nos jours, diacre Vigile. Pour lui assurer sa succession, il essaya malgré la gravité des circonstances, au milieu des­ de faire ratifier ce choix par le clergé romain réuni quelles ils se trouvèrent si souvent. Cependant la dé­ en synode, lui demandant, sous la foi du serment, de signation par eux de leur successeur eût été, bien des maintenir cette élection après sa mort. Le texte du procès-verbal de cette assemblée n'est malheureuse­ Tois, ce semble, le moyen le plus sur et le plus facile d’éviter les dissensions et les schismes possibles de ment pas arrivé jusqu’à nous, mais le fait est relaté ces époques troublées. Mais ils ne recoururent pas à ce dans le Liber pontificalis. Cf. Duchesne, Vigile et Pelage, dans la Revue des questions historiques, 1884, moyen, et lirent, au contraire, des actes qui manifes­ taient leur répugnance à l’employer. Cf. Philipps, Kir­ p. 370. Cette décision singulière fut inspirée à Boniface II par le désir de prévenir, après sa mort, les chenrecht, t. v, p. 731 ; Archiv fur kath. Kirchenrecht, dissensions, les désordres et les schismes qui s’étaient 1894, p. 411. produits à l’occasion de sa propre exaltation, par La coutume s’était établie, dans diverses églises par­ l’élection simultanée de l'antipape Dioscore qui s'était ticulières, que les évêques, avant de mourir, dési­ emparé de la basilique de Saint-Jean-de-Latran. Cf. Du­ gnassent eux-mêmes leur successeur. Cf. Eusèbe, chesne, Mélanges de l'École de Rome, t. ni, p. 2-43 sq., H. E., I. Vl, c, xi, P. G., t. xx, col. 542; Sozomène, 256; dom Chamard, Revue des questions historiques, H. E., I. 11, c. xx, P. G., t. lxvii, col. 983; S. Augus­ 1885, t. xxxvn, p. 550. Impressionné encore par le tin, Epist., ccxiii, n. 5, P. L., t. xxxnt, col. 967. Si souvenir récent de ces désordres, le clergé romain cette manière de procéder avait quelques avantages, avait senti, lui aussi, la nécessité d’une mesure préven­ on reconnut vite qu’elle présentait de sérieux incon­ tive, et, loin de s'opposer à l’acte de Boniface, il y avait vénients. Aussi avait-elle été réprouvée de bonne heure d’abord souscrit volontiers. Le document, signé ainsi par le concile d'Antioche, tenu en 341, et dont le ca­ par tous, avait été solennellement déposé sur l’autel de non 23e annulait toute disposition de ce genre, ajou­ la Confession de saint Pierre. P. L., t. i.xv, col. 29-32. tant que, pour le choix du nouvel évêque, il fallait se Il semblait que cela fût une conséquence naturelle des conformer aux traditions antiques, d’après lesquelles traditions anciennes auxquelles se référait le décret de le choix appartient au clergé réuni en synode et au saint Symmaque cité col. 2282, et d’après lesquelles jugement des évêques voisins. Cf. Bail, Summa conci­ il était d'usage de consulter le pontife romain, pour liorum omnium, t. n, p. 65; Decretum Gratiani, apprendre de lui sur le nom de qui il serait heureux part. II, caus. VIH, q. i, c. 3, Episcopo non licere, que les suffrages des électeurs se réunissent. De celte t. i, col. 512; Hefele, Conciliengeschichte, t. i, p. 520; coutume de solliciter l'avis du pape vivant, à la trad. Leclercq, t. i, p. 721. croyance que le pape pouvait choisir lui-méme son Dés le milieu du v» siècle, ces prescriptions furent successeur, il n’y avait qu'un pas. Le clergé romain renouvelées par les souverains pontifes. Par une dé­ ne montra donc, tout d'abord, aucune opposition à crétale publiée au concile de Rome de 465, can. 5, le l’acte de Boniface II, qui se justifiait en apparence pape saint Hilaire, successeur immédiat de saint Léon par les circonstances, niais qui avait cependant quel­ le Grand, défendit aux évêques de choisir eux-mêmes que chose d’excessif et dépassait le but qu’on se pro­ leur successeur. Decret. Gratiani, part. I, caus. VIII, posait d’atteindre. On examina ensuite de plus près la q. I, c. 5, Plerique, t. I, col. 513; Labbe, Sacrosancta situation. On se demanda si le remède ne serait pas concilia, t. iv, col. 1060; Hefele, Conciliengesch., t. n, pire que le mal. Pour soustraire aux influences des p. 593; trad. Leclercq, t. n, p. 903; Thiel, Epistolæ factions populaires l’élection des papes, ne la livreraitromanorum pontificum, édit. Mommsen, p. 14. Ces on pas à d'autres influences autant et même plus né­ défenses furent de nouveau portées, dans la suite, par fastes? Si les papes prenaient l’habitude de désigner beaucoup de papes, et on en trouve un certain nombre eux-mêmes leurs successeurs, n’était-il pas à craindre insérées dans le Corpus juris; par exemple, Decret. que des intrigants, abusant de leur vieillesse, et en­ Grat., part. I, caus. VIII, q. i, c. 4, Episcopo non trant dans leurs bonnes grâces pendant les dernières liceat : c. vi, Moyses; c. vu, Apostolica auctoritate, etc. années de leur vie. s’imposassent à leur choix? Le Quoique les souverains pontifes fussent au-dessusde suprême pontificat n’était-il pas exposé à devenir leurs propres lois, ils ne voulurent pas s’y soustraire, comme le patrimoine héréditaire de quelque famille et ils ne consentirent pas à faire eux-mémes ce qu’ils puissante qui se le transmettrait, d’oncle à neveu, défendaient à leurs frères dans l’épiscopat. Il n’y a pas pendant de nombreuses générations, au grand détri­ dans l’histoire d’exception à celte règle. H est vrai que, ment des intérêts supérieurs de l’Église et des âmes? pour empêcher les rois goths d’intervenir dans l’élec­ Telles furent les réilexions qui portèrent Boniface H à tion de son successeur, et de pousser un intrus sur la faire une rétractation publique.il réunit de nouveau le chaire de saint Pierre, saint Félix IV (526-530) choisit peuple, les sénateurs et le clergé romains. En présence pour coadjuteur un prêtre romain, Boniface, et le dé­ de tous, il s'accusa d’avoir commis un excès, et brûla, signa aux suffrages des électeurs pour sa succession. devant l’assemblée entière, le décret déposé auparavant Mais il ne le nomma pas lui-même définitivement. Du sur l'autel de la Confession du prince des apôtres. moins, cela n’est pas démontré. Cf. Duchesne, Liber P. L., t. cxxxvm, col. 534; Holder, Die Désignation pontificalis, t. i, p. 281 sq. ; Mélanges d'archéologie et der Nachfolger durch die Pâpste, dans Archiv fur d’histoire, Paris, 1883, t. ni, p. 245; Mommsen, Neues Archiv, 1885, t. XI, p. 367; Ewald, Neues Archiv der kath. Kirchenrecht, 1894, p. 416; Duchesne, Mélanges, Gesellschaft fur altéré deutsche Geschichtskunde, t. x, t. m, p. 260; Grisar, Histoire de Rome et des papes au moyen âge, 1. II, c. v, S 1, t. il, p. 51. Vigile fut pape, p. 412; Amelli, Documenti inediti relativi al ponlifimais cinq ans seulement après la mort de Boniface II. calo di Felice IV e di Bonifacio 11, estratti da un codice della biblioteca capitolare di Novara, dans la Durant cet intervalle, trois autres pontifes s’assirent Scuola cattoliea, Milan, 1882, t. xxi; Grisar, Histoire avant lui sur la chaire de Pierre : Jean II. sainl Agade Borne et des papes au moyen âge, 2 in-4“, Rome, pit et saint Silvère. Paris, 1906; 1. Il, Home et les papes pendant ladomiCe cas est unique dans l’histoire : on ne le retrouve 84 tte sa II, ni­ le ya ini de du seaté et *4, li­ es nt ar ait ul·» le in nlit si ie 2. es le es ir IX te la η η à :e 1a is •s t- !F ■e !S e r e i» i? à e e t n ÉLECTION DES PAPES 2285 plus dans la suite des siècles. Jamais les papes ne consentirent à désigner leur successeur; ils réprousérenl de plus en plus l’abus analogue qui tendait à v’introduire dans certains diocèses, dont les évêques pensaient pouvoir le faire. Cf. Mansi, Concil., t. x, col. 502, 504; t. xn, col. 720; l. xix, col. '226; Hefele, Conciliengeschichte, t. ni, p.64, 108; t. iv, p. 653; dom Leclercq, dans Histoire des conciles, t. n, p. 1365-1366. On cite même une déclaration de Pie IV, dans un con­ sistoire de 1561, décrétant que le pontife romain ne pourrait jamais choisir son successeur, ou s'adjoindre un coadjuteur avec future succession, même du con­ sentement de tous les membres du Sacré-Collège, etiam de consensu omnium et singulorum cardinalium. Cf. Raynaldi, Annales ecclesiastici, ab anno 1 198, ubi Baronius desinit, ad annum 15ϋϋ, 10 infol., Lucques, 1756, t.xv, p. 121; Pagi, Breviarium historii-o-chronologico-cri licum ponti/ieum gesta complectens, 6 in-'p, Anvers, 1717-1753, t. vt, p. 450; Sagmüller, Designa­ tion des Nachfolgers durch den Papst, dans Arc/iiv fürkath. Kirchenrecht, 1896, p. 425 sq. C'est donc par les suffrages d’électeurs plus ou moins nombreux, suivant les époques, que les pontifes romains montèrent successivement sur la chaire de Pierre. Ce mode d’élection a donné à l’Eglise cette longue suite d'hommes illustres par le génie, la science et la vertu, série à laquelle nulle dynastie de rois ou d’empereurs n'est comparable, soit par la durée, soit par l'importance de son rôle dans le monde. 11 est donc extrêmement intéressant d’étudier comment s’est accomplie, à travers les siècles, l’élection des souve­ rains pontifes. Nous exposerons ici rapidement par quel développement progressif les coutumes primitives se sont transformées peu à peu, et ont abouti à cet ensemble de lois si complexes et si minutieuses, for­ mant la législation actuelle du conclave, qui, tout en laissant aux électeurs leur liberté entière, les rend inaccessibles, autant que possible, à toute influence humaine, capable de leur dicter un choix qui ne serait pas selon Dieu. Cette évolution iiistorique manifeste dans l’Église, à travers les vicissitudes inévitables des siècles, une étonnante vitalité, et une merveilleuse puissance d’adaptation qui lui permet de se plier, sans rien perdre de son immutabilité essentielle, aux néces­ sités des temps et aux conditions sociales sujettes à tant de changements. Ill. ÉLECTION DU PAPE PAR LE CLERGÉ ET PAR LE Eglise. — C’est un dogme de foi défini par le concile du Vatican, sess. IV, c. il, que le pontife romain est successeur de saint Pierre, non seulement en tant que le prince des apôtres fut évêque de Rome considérée comme un diocèse particu­ lier, mais en lant qu'il eut dans l’Église universelle la primauté d’honnenr et de juridiction. A cause de l'union intime, dans la même personne, de ce double pouvoir d’évêque de Rome et de souverain pontife, le mode d’élection des papes, dans les premiers siècles, ne se distingua pas de celui des autres évêques des Eglises particulières. Or, dans l’antiquité chrétienne, les évêques étaient à la fois élus par le peuple, par le clergé et par les évêques de la province, sous la présidence du métro­ politain. Ce point de doctrine est attesté par une foule de documents de la plusfiaute antiquité. Cf. S. Cyprien, Epist., LXVin, P. L., t. ni, col. 1027; concile d’Ancyre (314), can. 18; d’Antioche (341), can. 17, 18, Mansi, Concil., t. il, col. 519,1315. Le pape saint Célestin Iw (422-432), dans une lettre aux évêques de la Gaule, Epist., iv, c. v, s’exprime ainsi : Nullus invitis detur episcopus : cleri, plebis et ordinis consensus et desiderium requiratur. P. L·., t. L, coi. 434. Cf. Decret. Gratiani, part. 1, dist. LXI, c. 13. Nullus, t. i, p. 202. Cette coutume remontait lusqu’aux temps apostoli |iie<. peuple dans la primitive 22SG Cf. S. Clément, /* Cor., c. xliv, P. G., t. I, col. 295. Le pape saint Léon le Grand, dans une lettre écrite, en •458, à Rusticus, évêque de Narbonne, Epist., Clxvii, inquisit. i, dit également : Nulla ratio sinit ut inter episcopos habeantur, qui, nec a clericis sunt electi, nec a plebibus expetiti, nec ab episcopis provincia­ libus cum metropolitani judicio consecrati. P. L., t. Liv, coi. 1203. Cf. Camarda, Constitutionum apostolicarum una cum cæremoniali Gregoriano de perti­ nentibus ad electionem papæ synopsis accurata, in-fol., Rieti, 1732, p. 2: Mansi, t. vi, coi. 58; t. vn, coi. 278. Le peuple n’avait pas cependant un droit de sullrage absolu. Il ne pouvait qu’exprimer un vœu, un désir; et le candidat qu'il proposait, n’était réellement élevé aux honneurs de l’épiscopat qu’aprés avoir obtenu l'assentiment des évêques de la province et du métro­ politain. En ces matières si délicales et si importantes, s'appliquait l'axiome que nous trouvons plus d’une fois sous la plume des écrivains de cette époque : Docendus est populus, non sequendus. Cette discipline avait d’ailleurs été déjà précisée, en 345, par le 1er concile œcuménique de Nicée, dont le canon 6 disait : Si quis, præter sententiam Metropolitani, fuerit factus episcopus, hunc magna synodus delinit episcopum esse non oportere. Bail, Summa concilio­ rum omnium, t. i, p. 166; Guérin, Lee concites géné­ raux et particuliers, 3 in-8», Paris, 1868, t. i, p. 95; Duchesne, Mélanges de l’École de Borne, 3' année, p. 248. Voir plus haut, col. 2256-2260. Ce mode d’élection dans lequel le clergé de second ordre et les évêques de la province intervenaient à des titres différents, présentait assurément de réels avan­ tages. C’était le moyen d'écarter les indignes, en con­ naissant mieux la valeur respective des sujets. La pra­ tique de consulter le peuple sur ce point si important remonte, d’ailleurs, aux temps apostoliques. Est-ce que les apôtres, avant d'ordonner les premiers diacres, n'avaient pas invité les fidèles de l’Eglise naissante de Jérusalem, à désigner eux-mêmes ceux qui leur parais­ saient le plus mériter cet honneur? Act., vi, 3-7. Saint Paul n avait-il pas dit, en termes exprès, que le futur évêque devait avoir, en sa faveur, le bon témoignage des gens du dehors? Oportet illum testimonium habere bonum ab iis qui foris sunt. I Tim., m, 7. Un vestige de cet antique usage des églises est resté dans le cérémonial des ordinations. Avant de conférer le diaconat aux ordinands, le prélat se tourne vers le peuple, et dit : Si quis habet aliquid contra illos, pr Deo et propter Deum, cum fiducia exeat, et dicat. Pontificale romanum, De ordinatione diaconi. Plus loin, le Pontifical explique la raison de cette enquête auprès du peuple sur ceux qui vont en être les guides et les pasteurs : Quoniam rectori naris et navigio defe­ rendis eadem est, vel securitatis ratio, vel communis timoris, par eorum debet esse sententia, quorum causa communis exstitit. Neque enim fuit frustra a Patribus institutum, ut de electione illorum qui a regimen altaris adhibendi sunt, consulatur etiai populus : quia de vita et conversatione preesenlan /i, quod nonnunquam ignoratur a pluribus, scitui paucis; ne unum fortasse, vel paucos, aut decij . assensio, vel fallat affectio, sententia est expetet.·< : mullorum. Pontificale romanum, De ordinatione près byteri. Ces raisons importantes qui justifient l’enquete faite auprès du peuple pour le choix de ses prêtres, ont plus de force encore quand il s’agit de l'élection des évêques. L’Église donne aussi un autre motif indi quant la convenance de ce consentement du peuple chrétien : c’est qu’il rend plus facile l’exercice de l’obéissance qui sera due ensuite à l’élu, après soi élévation : ut facilius ei quis obedientiam exhibeat ordinato, cui assensum praebuerit ordinando. Pontifrom., loc. cit. 2287 ÉLECTION DES PAPES Ce mode d’élection à deux ou trois degrés fut appli­ qué aussi à l’évéque de Rome, dans les premiers siècles. Cf. Hergenrother, Lehrbuch des kath. Kirchenrechts, p. 242; Holder, Die Designation der Nachfolger durch die Pâpste, p. 13; Archiv fur hath. Kirchenreeht, 1894, p. 411. Les tidèles et le clergé du diocèse l'élisaient comme leur propre pasteur; et quoique, par le fait de ce choix, l’élu devint en même temps le pasteur de l’Église universelle, le reste de la catholicité n’interve­ nait en rien dans cette élection, au résultat de laquelle il était pourtant si puissamment intéressé. Il en fut ainsi pendant plus de dix siècles. Le peuple romain et les laïques notables proposaient quelques noms; le clergé et ses dignitaires examinaient cette première liste, y ajoutaient ou y retranchaient. Enfin, les évêques de la province romaine, ou suburbicaires, sullraganls directs de l'archevêque de Rome, se réunissaient, quel­ ques jours après la mort du pape, et prononçaient en dernier ressort sur les sujets présentés par le clergé et par le peuple. C’est dans l’église de Saint-.lean-de-Latran, considérée comme la cathédrale de Rome, que très géné­ ralement se tenaient ces réunions auxquelles prenaient aussi pari, quoique à des titres différents, tous les rangs de la société chrétienne : laïques, clergé, évêques voi­ sins. Parmi les laïques, les notables exerçaient assuré­ ment une influence plus grande que les membres de la classe populaire : les .officiers de l'armée, les magis­ trats. les titulaires des grandes charges de l’État, les sénateurs, etc., formaient ce qu'on appellerait, de nos jours, la classe dirigeante. De même, parmi le clergé, les titulaires des églises et basiliques de Rome, ou cardinali; ceux qui avaient une part dans l’administra­ tion épiscopale et pontificale, ou des fonctions dans les tribunaux ecclésiastiques, avaient, vu leur situation, un rôle prépondérant. Ce sont ces différences fondées sur la nature même des choses, qui, s’accentuant dans la suite, devaient restreindre peu à peu le nombre des électeurs, augmenter l'influence des uns, tout en dimi­ nuant d’autant celle des autres, et conduire insensible­ ment â la forme actuelle des conclaves. Que, dans l’origine, l’élection des papes ait eu lieu, comme nous venons de l’exposer, c'est-à-dire par le choix du peuple et du clergé, ratifié, en dernier lieu, par les évêques de la province romaine, c’est hors de doute, et on en trouve la preuve dans les écrits des Pères des premiers siècles. Nous citerons, en particu­ lier, saint Cyprien, l’évêque de Carthage. Voulant montrer, contre les partisans de l’antipape Novatien, la validité de l'élection de saint Corneille, élu en l'an 251, il expose que sur le nom de celui-ci s'était réunie presque la totalité des suffrages du peuple, du clergé, des notables, des dignitaires, et enlin des seize évêques présents à cette élection : Factus est Cornelius episco­ pus, de clericorum pene omnium testimonio ; de plebis quæ tunc adfuit suffragio, et de sacerdotum anti­ quorum et bonorum virorum collegio;... factus est episcopus a pluribus collegis nostris, qui tunc in urbe Roma aderant, qui adnos litteras de ejus ordinatione miserunt. Epist., x, ad Antonianum, en 252, c. vtll, P. L., t. m, coi. 770,771. Plus loin, il indique le nombre des évêques électeurs : Episcopo a sexdecim coepiscopis facto. Epist., x, c. xxiv, P. L., t. ni, col. 790. Cf. Decretum Gratiani, part. II, caus. VII, q. i, c. v, Jactus est, et c. vi, Novation us, t. i, col. 493; Moroni, Dizionario di eruditione storico-ecclesiastica, 109 in-8°, Venise, 1860-1879, v» Antipapi, t. n, p. 181 sq. Deux siècles plus tard, saint Léon le Grand montre dans ses lettres que le mode d’élection n’a pas changé : ’élection comporte toujours vota civium, testimonia ^opulorum, honoratorum arbitrium, electio clerico­ rum. Epi-‘., x, ad episcopos per provinciam Viennen­ sem constitutos, c. iv, P. L.,t. Liv, coi. 632. Il revient sur cette idée : Qui præfuturus est omnibus, ab om­ 2288 nibus eligatur... teneatur subscriptio clericorum, honoratorum testimonium, ordinis consensus et ple­ bis. Ibid., c. vi, coi. 634. Ailleurs, il dit que, pour l’élection d’un évêque, ce consentement du peuple et du clergé est requis : le choix du métropolitain ne suffirait pas : Nulli prorsus metropolitan) hoc licere permittimus, ut suo tantum arbitrio, sine cleri et plebis assensu, quemquam episcopum consecret. Epist., xiii, ad episcopos metro politanos per Illyrici provincias constitutos, c. Ili, P. L., t. Liv, coi. 665. Cum ergo de summi sacerdotis electione tractabitur, ille omnibus preeponatur quem cleri plebisque con­ sensus concorditer postularit. Epist., XIV, ad Anasta­ sium Thessalonicensem episcopum, c. v, P. L., t. liv, coi. 673. Metropolitano vero defuncto, cum in loco ejus alius fuerit subrogandus, provinciales episcopi ad ci­ vitatem metropolitans convenire debebunt, ut omnium clericorum atque omnium civium voluntate discussa, ex presbyteris ejusdem Ecclesiæ, vel ex diaconis opti­ mus eligatur. Epist., xiv, c. vi, coi. 673. C’est donc toujours aux évêques de la province qu’appartient le choix définitif, après toutefois s'être enquisdes désirs du peuple et du clergé. Cf. Thomassin, Ancienne et nou­ velle discipline de l'Eglise touchant les bénéfices et les bénéficiers, évêques, archevêques, primats, archi­ diacres, archiprêtres, cures, etc., 5 in-fol., Paris, 1679-1688, part. 11, 1. Il, c. xxix, t. Il, p. 220 sq.; Mabillon, Musteum italicum, 2 in-40, Paris, 1687-1689; 2» édit., Paris, 1724, t. n, p. 119, 570; Cenni, Conci­ lium lateranense Stephani III, anno TOO, nunc pri­ mum in lucem editum, in-4°, Rome, 1735, præfat., p. xix ; Plettemberg, Potilia congregationum et tribu­ nalium curiæ ronianæ, in-8°, Hildesheim, 1692, c. Il, De conclavi et electione summi pontificis, p. 60 sq. IV. Inconvénients des élections populaires. — A mesure que l’Église, en se développant, pénétrait davantage la société, la foule des fidèles, appelés à prendre part à l’élection papale, était devenue de plus en plus considérable. Mais qui ne sait que, dans les assemblées nombreuses, le calme est beaucoup plus difficile à garder? Elles se changent facilement en réu­ nions tumultueuses, pour peu que l’esprit de parti s’y mêle, et que des influences rivales s’y fassent sentir en divers sens. Surtout, si des éléments turbulents y sont introduits, les causes de discorde enveniment les débats : la différence de vues engendre la haine ; d’où des luttes, des colères, des dissensions qui peuvent dégénérer aisément en violences et en émeutes san­ glantes, car rien n’est plus impressionnable et irritable que les foules conduites par des meneurs audacieux et ambitieux. Ces inconvénients étaient à redouter, dans les assemblées populaires qui avaient â choisir le suc­ cesseur d’un pape défunt. Ils devaient d’autant plus se produire, que, en raison même de l’importance du choix à faire, les passions devaient être davantage exci­ tées. Les hommes sont toujours hommes, et, même dans les choses qui par leur essence paraîtraient devoir s’y soustraire le plus,le côté humain ne disparaît jamais. Une autre cause de dissension était dans cette sourde hostilité qui existe toujours entre les grands et les petits, entre les nobles et les plébéiens. L'ancienne Rome avait trouvé dans cette guerre des classes la principale source de ses malheurs : pour cela, plu­ sieurs fois, elle s’était vue à deux doigts de sa perte. La Rome chrétienne ne devait pas échapper à ces diffi­ cultés. Elles furent si grandes, que, si l’Église n’avait pas été fondée sur le roc immuable et n’avait reçu de son divin fondateur les promesses de l’immortalité, elle n’y aurait certainement pas résisté. Elle aurait fini par succomber, comme les institutions humaines, que Dieu ne préserve pas spécialement, et abandonne aux germes de désorganisation sociale qu’elles porleut toutes dans leur sein. 2289 ÉLECTION DES PAPES Pour Iss élections papales, le nombre des fidèles croissant, le témoignage des classes populaires perdit en importance ce qu’il gagnait en étendue. En vertu de l'ancien axiome : Docendus est populus, non sequendus, on prit l’habitude d’entendre, par le mot peuple, non la foule ignorante et servile, mais la partie éclairée, les notables, les personnages de distinction. Dés lors, les magistrats de la ville, les officiers supérieurs de l'armée, surtoutles fonctionnaires impériaux, aspirèrent à jouer, dans les élections papales, un rôle prépondérant. Ces causes perpétuelles de conflits ne devaient pas tarder à produire leurs fruits mauvais. Les factions populaires, les rivalités de partis, les intérêts politiques troublèrent bien des fois les élections des pontifes. De là naquirent, avec des scènes de désordre regrettables et des émeutes sanglantes, les nombreux schismes qui désolèrent l'Église, furent un scandale pour les fidèles et une joie pour les païens, durant les six siècles qui suivirent le règne et les libéralités princières de Cons­ tantin le Grand. Déjà, même à l'époque des persécutions, quand mourut le pape saint Fabien, martyrisé sous l’empereur Dece (20 janvier 250), l’antipape Novatien, cédant à des vues d’ambition personnelle, s’était paré d’un faux zèle pour recruter des partisans, et se faire élire en opposi­ tion au pape légitime, saint Corneille, qu’il accusait d'être trop indulgent pour ceux qui avaient faibli à l’heure de l'épreuve. Le sentiment du pressant danger que courait alors l’Église, et les menaces incessantes du tyran acharné à sa perte, n’avaient pu empêcher ni ces désordres ni cette scission. Combien plus fallaitil les redouter, dans un temps où, n’ayant plus rien à craindre des ennemis du dehors, l’Église, devenue riche, voyait entrer dans ses rangs, et jusque dans le clergé, des hommes qui ne cherchaient pas avant tout le royaume de Dieu, suivant la prescription du Maître, Matth., vi, 33; mais qui, sous les apparences du chré­ tien, gardaient des habitudes païennes, et restaient extrêmement attachés aux honneurs et aux biens de la terre? Saint Jérôme nous a conservé ce mot railleur du païen Prétextât, préfet de Rome, qui, comme beaucoup de ses contemporains, ne voyait dans les dignités ecclé­ siastiques que les avantages humains : Facite me Romanes urbis episcopum, et ero protinus ChristianusLiber contra Joannem Hierosolymitanum, ad Pammachium, c. vm, P. L., t. xxm, coi. 361. Cf. Ammien Marcellin, 1. XXVII, c. ill. Cet état des esprits fut un péril très grave pour l’Église et pour la papauté, au moment même où 1’empire romain tombait en déca­ dence, et où accouraient de tous côtés les nations bar­ bares pour s’en disputer et s’en partager les lambeaux. Victime des ariens, le pape Libère mourut dans les catacombes, le 24 septembre 366. Six jours après, le 1er octobre de la même année, la majorité des prêtres et des fidèles élut saint Damase pour lui succéder; mais l'antipape Ursicinus lui fut aussitôt opposé par une faction composée de lalie du peupleet dequelques clercs dont le relâchement redoutait la sévérité du nouveau pontife. Cette populace, ameutée par quelques meneurs, envahit l'église de Saint-Laurent, où venait de s’accomplir l’élection de Damase, et s’y livra aux pires excès. Pendant plusieurs heures, ce fut une vraie bataille, et le pavé de la basilique fut inondé de sang. Les troupes du préfet de Rome durent agir vigoureuse­ ment pour rétablir l’ordre. Voilà où conduisaient l’am­ bition et le dérèglement de certains clercs, qui, d’après saint Jérôme, n’avaient rien d’ecclésiastique, et dont beaucoup même étaient mariés. « Ils me font rougir de honte, écrivait d’eux l’austère secrétaire de saint Damase. Leur unique souci est d’avoir des habits qui fassent ressortir l’élégance de leur taille, des souliers à la mode, des cheveux frisés au fer chaud, des bagues plein les doigts. On dirait des fiancés, plutôt que des 2290 ministres des autels. Leur temps se passe en visites, en bavardages, en intrigues de tout genre. » Epist., xxn, ad Eustochium, De custodia virginitatis, c. xxvm; Epist., xxxviii, ad Mareellam, c. tv, v, P. L., t. xxn, col. 414, 465. On comprend que de pareilles gens, au moment de la vacance du siège pontifical, soutinssent par tous les moyens la candidature d'un ambitieux sans conscience, dont ils pouvaient espérer quelque gros bénéfice, plutôt que celle d’un sujet vertueux, dont la vigilance et la fermeté apostoliques les auraient génés. Pendant la première année du pontificat de saint Damase, ils entretinrent l'anarchie dans la ville éter­ nelle, s’emparant des basiliques, qu’ils transformaient en forteresses, et d’où il fallait les chasser de vive force. Un soir, après une de ces luttes sacrilèges, il n'y eut pas moins de cent cinquante cadavres, baignés dans leur sang. Ces conflits, suscités par les partisans de l’antipape, déterminèrent l’intervention énergique du préfet de Rome, le païen Prétextât, celui-là même que saint Jérôme, dans ses lettres, appelle un misérable, un sacrilège et un adorateur des idoles. Liber contra Joannem Hierosolymitanum, ad Pammachium, c. vm, P. L., t. xxm, col. 361. Cependant, sous l’influence de sainte Paule, dont la famille élait alliée à la sienne, Prétextât soutint le parti de saint Damase et le fit triompher. Cf. Moroni, Dizionario di eruditione storicoecclesiastica, v» Antipapi, t. n, p. 182; Collombet. H istoire de saint Jérôme, 2 in-8», Paris, 1844,1.1, p. 11, 420 sq. ; Lagrange, Histoire de sainte Paule, Paris, 1867; Grisar, Histoire de Rome et des papes au moyen âge, 1. I, Rome au déclin du monde antique, c. vi, § 9,1.1, p. 314 sq. V. Empiétements du pouvoir civil. Rois barbares et empereurs d’Orient (418-741). — Les scenes de ce genre, en se renouvelant trop souvent dans la suite, don­ nèrent occasion au pouvoir laïque de s'immiscer dans les élections papales. Ce fut, d’abord, sous le prétexte de maintenir la paix ; puis, peu à peu, en vertu d’un prétendu droit qu’il ne tarda pas à s’attribuer. /. INTERVENTION DE LA COUR DE RAVENNE (418-536). — 1° L’empereur Honorius (418). — Un demi-siècle après saint Damase, à la mort du pape saint Zozime (418), un antipape, Eulalius, disputa la tiare au pontife légitime, saint Boniface Ier (418-422). Le préfet de Rome, le païen Symmaque, profila de cette circonstance pour s’arroger le rôle d'arbitre entre les partis, et affirma son prétendu droit, en s’inspirant des intérêts de sa politique. On s'habituait déjà à considérer l’Église comme un instrument de règne. Avant de monter sur la chaire apostolique, saint Boniface Ier avait été, pendant le pontificat de ses deux prédécesseurs immé­ diats, saint Innocent I» et saint Zozime, légat à Cons­ tantinople. Il n'en fallut pas davantage à Symmaque pour le soupçonner d’être plus favorable à l’empereur d’Orient, Théodose II, qu’à l’empereurd’Occident, Hono­ rius, dont la cour était à Ravenne. H prit donc la réso­ lution de soutenir les schismatiques, et installa de vive force l’antipape dans la basilique de Saint-Jeande Latran, tandis que saint Boniface dut se contenter de la petile église de Saint-Marcel. Peu après, à la suite d’un rapport mensonger du préfet, le pontife légitime reçut de l’empereur Honorius l’ordre de sortir de Rome. Saint Boniface fut expulsé de la ville éternelle, le jour de l’Épiphanie, au moment où son indigne rival offi­ ciait en grande pompe à la basilique de Saint-Pierre et y faisait lire solennellement le reserit impérial d’expul­ sion. Symmaque, Epist., lxxxi, lxxxii, P. L., t. xvm, col. 397, 398. Les partisans du pape portèrent alors leurs plaintes jusqu'au trône de l’empereur, et Hono­ rius, évoquant l'affaire à son tribunal, ordonna à saint Boniface et à Eulalius de comparaître devant lui, à Ravenne, le 8 février 419, sous peine, pour celui qui ne répondrait pas à la citation, de perdre ses droits. 2291 ELECTION DES PAPES 2292 L'empereur, on le voit, prenait son rôle au sérieux, el aux empereurs, soit aux rois barbares accourus à se croyait le droit de juger le pontife. Cependant, pour l’assaut du vieil empire romain. Tous, sans exception, donner à sa sentence une apparence canonique, il ap­ ont mérité l'auréole des saints : preuve éclatante que pela également à Ravenne les évêques de diverses pro­ [ Dieu n'abandonne jamais son Église, même dans les vinces; mais cela n’enlevait rien à l’irrégularité de la circonstances les plus périlleuses, et qu'il fait briller procédure. L’accord n’ayant pu se faire, l’empereur d'autant plus la divinité de cetle Église qu’elle est plus remit la décision au 13 juin suivant, et défendit aux exposée aux attaques de ses ennemis. Ces papes furent deux compétiteurs de se rendre à Rome avant cette après saint Boniface 1er (418-422), saint Célestin Ier (422-432), saint Sixte III (-432-440), saint Léon le Grand date. Pendant cet intervalle, Achille, évéque de Spoléte, (440-461), saint Hilaire (461-468), saint Simplicius qui n’appartenait à aucun parti, était chargé par lui (468-483), saint Eélix III (483-492), saint Gélase Ier d’y célébrer les saints mystères. Eulalius ne tint pas (492-496), saint Anastase H (496-498), saint Symmaque compte de la défense, revint à Rome (18 mars 419), (498-514). Cf. Kirchenlexikon, 2' édit., t. tx, p. 1-439. se mit à la tête de ses fauteurs, et voulut par la force 2° Intervention du roi des H crûtes, Odoacre (483). des armes s’emparer de nouveau de la basilique de — Imitant saint Bonitiace Ier, le pape saint Simplicius Saint Jean-de-Latran. 11 fut alors chassé, en vertu des avait demandé à Odoacre. roi des Hérules. d’empêcher, ordres de l’empereur, qui, depuis, reconnut définitive­ par son intervention, si elle devenait nécessaire, les ment saint Boniface pour légitime successeur de saint désordres qui pourraient survenir à la prochaine Pierre. Cf. Moroni, Dizionario di erudizione storieovacance du saint-siège. Odoacre n’eut garde de perdre eeclesiastica, v» Anlipapi, I. n, p. 183; P. L., t. xvm, cette occasion d’affirmer sa puissance. Il en profita col. 397-402; Baronius, Annales ecclesiastici, t. v, pour publier une loi défendant, à l’avenir, de faire р. 430-439; Grisar, Histoire de Rome et des papes, I. I, l’élection du pape, sans son autorisation, ou celle du с. vt, § 9, n. 226, t. t, p. 315. préfet du prétoire, agissant en son nom. Cf. Labbe, On comprend sans peine ce que l’intervention offi­ t. iv, col. 1334; Thomassin, Ancienne et nouvelle dis­ cielle de l’autorité impériale dans l’élection des papes cipline de l'Église,part. 11,1. II,c. xvn, t. n, p. 195 sq.; présentait de dangers pour l’avenir. C’est sur l’exemple Muratori, Annali d’Italia, 40 in-8», Florence, 1827, d’Honorius que s'appuyèrent, plus tard, tous les rois an. 483, t. vu, p. 313 sq. ; Amort, Elementa juris canonici d’Italie, ou empereurs d'Allemagne, qui s'imaginèrent veteris et moderni, 3 in-4», Ferrare, 1763, t. I, p. 295. avoir voix prépondérante dans l’élection des souverains 3“ Intervention de Théodoric,roi arien des Ostrogoths pontifes. De là naquit ce prétendu droit de veto, ou (498-501). Décrétale de saint Symmaque. — Saint d’exclusive, dont se prévalurent, dans la suite, plu­ Symmaque, qui termine la série des saints pontifes du sieurs puissances catholiques, après même l’institution v» siècle, donna la plus ancienne décrétale pontificale des conclaves, et que Pie X a aboli. Voir Conclave, qui soit parvenue jusqu’à nous, touchant les élections t. in, col. 720-724. papales. C’est que, lui aussi, comme saint Boniface Ier, Le précédent créé par Honorius était donc gros de quatre-vingts ans auparavant, vit un antipape se dres­ conséquences désastreuses pour l’indépendance de la ser entre lui et la chaire de saint Pierre. C’était au papauté. Néanmoins, pour obvier aux désordres tou­ moment, où, par le baptême de Clovis, la France jours renaissants, le pape saint Boniface, vers la lin devenait la lille aînée de l'Église. L'empereur d’Orient. de son pontificat, pensa qu’il était de son devoir de réclamer le secours de l’empereur contre les factions Anastase (491-518), partisan de l'hérésie d’Eutychès. poussa le sénateur romain Festus à faire élire, en qu’il voyait s’agiter. 11 lui écrivit donc,le 1«··juillet419, concurrence avec saint Symmaque, le cardinal Lau­ la lettre Ecclesiæ meæ, pour le supplier de veiller, dés que la vacance du saint-siège se serait produite, rent, du titre de Sainte-Praxède, qui fut sacré dans la à ce que l’élection de son successeur se fit en toute basilique de Sainte-Marie-Majeure, le même jour où saint Symmaque l’était dans celle de Saint-jean-deliberté, conformément aux traditions et aux canons de l’Eglise. Cette lettre est rapportée par Baronius, An­ Latran. Cf. Nicéphore Calliste, Hist, eccl., 1. XVI, c. xxxv, P. G., t. cxxvn, col. 191 ; Théodore le Lecteur, nales ecclesiastici, an. 419, n. 39, t. v, p. -440. Encouragé par cette démarche du vieux pontife, Hist, eccl., I. II, n. 17, P. G., t. lxxxvi, col. 192. Ce l’empereur crut pouvoir légiférer sur cette matière qui schisme dura trois ans, déchaîna une vraie guerre civile dans Rome, et fut cause de plusieurs émeutes sortait absolument des limites de sa compétence. Il sanglantes. A la lin, les deux partis convinrent de publia donc un reserit statuant que, lorsque deux recourirà l’arbitrage du roi des Ostrogoths, Théodoric, élections papales seraient faites en même temps, par établi en Italie, depuis 493. H était arien, mais se mon­ deux factions contraires, aucun des deux élus ne trait cependant bienveillant pour l’t-glise, grâce à pourrait monter sur la chaire de saint Pierre; mais qu'il faudrait faire une nouvelle élection, etquecelui-là l'ascendant qu’avait pris sur lui l’illustre Cassiodore, serait pape qui aurait obtenu l’unanimité des suffrages. son ministre. Les deux compétiteurs se rendirent donc Si duo forte contra fas, temeritate concertantium, à Ravenne où était la cour du roi Théodoric, car l’em­ fuerint ordinali, nullum ex his luturum penitus sa­ pire romain d’Occident était détruit depuis que le roi cerdotem; sed illuni solum m sede aposloliea per­ des Hérules, Odoacre, devenu maître de la péninsule, mansurum, quem, ex numero clericorum, nova avait pris le titre de roi d’Italie (476); mais Odoacre ordinatione, divinum judicium et universitatis con- I lui-même avait bien vite succombé sous les coups de sensus elegerit. Ce reserit, malgré son irrégularité, fut Théodoric. C’est donc devant ce dernier que comparut inséré dans le Corpus /uriscanonici. Decret. Gratiani, le chef de 1’r.glise. Ce fut une scène affligeante, di· part. I, dist. LXXIX, c. 8, Si duo, t. i, p. 242. Cf. Baronius, de voir un prince arien appelé à se pronon­ Labbe, Sacrosancta concil., t. n, col. 1582; Pagi, cer sur une question vitale pour la religion catholique Critica historico-theologica in universos Annales Mais c’était, ajoute-t-il, l’unique moyen de prévenir ecclesiasticos Em. et Rev. Cæsaris Card. Baronii, dans Rome des luttes fratricides et sacrilèges. Annales 4 in-fol., Anvers (près Genève), 1705, an. 419, t. n, ecclesiasl., an. 498 et 500, t. vt, p. 527,539. Théodoric décida que celui-là devait être reconnu comme pape, p. 162. qui avait été élu le premier, et par le plus grand C’est au commencement du v» siècle qu’avaient lieu nombre d’électeurs. Par suite de cette sentence, saint de pareils conflits, et que se produisaient de telles Symmaque fut considéré comme le véritable succes­ usurpations du pouvoir laïque. Cependant ce siècle fut seur de saint Pierre. Cf. Bernini, Istoria di tulte le écond en grands papes, qui, par la dignité de leur eresie, 4 in-fol., Rome. 1705-1717. I. i. p. I60; P. L., vie et la noblesse de leur caractère, en imposèrent soit 2293 ELECTION DES PAPES t. cxxvni, col. 453 sq., 1423-1426; De Rossi, Inscrip­ tiones Christianas urbis Homie, t. 1, p. 413; Duchesne, Liber pontificalis, t. i, p. 97; Vogel, Monumenta Ger­ manise historica, Auctores antiquissimi, t. vu, p. 83, 223, 229; Grisar, Histoire de Home et des papes, 1. II, Home et les papes durant la domination gothique en Italie, c. 1, § 3, n. 301 ; c. u, § 1, n. 303; § 3, n. 308-311, t. n. p. 12-13, 15-16, 26-31. Dés que son autorité eut été acceptée comme incon­ testable, saint Symmaque réunit, dans la basilique de Saint-Pierre, un concile de soixante-douze évêques,afin de rechercher les moyens d'éviter à l’avenir le retour de pareils scandales. Du consentement unanime de l’assemblée, il promulgua, sur les élections papales, une décrétale importante qui peut se résumer dans les trois articles suivants . 1° Défense pour tout clerc, diacre ou prêtre, sous peine de déposition et d’excom­ munication, de promettre sa voix ou de rechercher des sutlrages pour l'élection du futur pontife, pendant la vie et à l’insu du pontife régnant. Défense, sous les mêmes peines, d’assister à des réunions tenues dans ce but. 2» Afin d’einpêcher même les fraudes occultes et les conspirations clandestines, on statuait que celui qui révélerait à l’Église ces indignes manœuvres ins­ pirées par une détestable ambition, non seulement serait â l'abri de toute poursuite, mais serait largement récompensé. 3° Enfin, que si le pape mourait à l’improviste, sans avoir eu le temps de rien régler au sujet de son successeur, celui-là serait élu qui aurait recueilli les suffrages de tout le clergé, ou, en cas de partage, de la majorité des votants. Decret. Gratiani, part. 1, dist. LXXIX, c. 10, Si transitus, t. i, p. 243. Quand ces décrets eurent été lus à l’assemblée, des acclamations retentirent, et tous les pères, se levant, s’écrièrent : « Qu’il en soit ainsi désormais! Que les élections pontificales se fassent dorénavant de cette manière, et non autrement ! » Ces prescriptions furent signées par tous les évêques présents, au nombre de soixante-treize, puis par les soixante-six prêtres qtii assistaient à la réunion. Cf. Labbe, Sacrosancta con­ cilia, t. iv, col. 1290, 1312-1317, 1323-1327, 1364-1367, 1401 ; P. L., t. LXiil, col. 183 208; Cæremoniale conti­ nens ritus electionis romani pontificis, Gregarii papæ XV /ussu editum, t. i, p. 1 ; Hefele, Histoire des conciles, trad. Leclercq, t. n, p. 947-949. On le constate, il ne s’agissait plus ici seulement de l’unanimité des suffrages, comme dans le reserit im­ périal d’Honorius; mais on se contentait de la majo­ rité. En oulre, c'est le vote du clergé qui est surtout requis; celui du peuple commence à être passé presque entièrement sous silence, afin d’éviter les troubles et les désordres qui sont trop souvent le couronnement des réunions populaires, au sein desquelles fomentent les passions. Dans les assemblées électorales nom­ breuses et composées d’éléments hétérogènes, les tumultes, les intrigues, les violences ne peuvent que très difficilement être évités. Tel fut le premier essai de réglementation des élec­ tions papales. C’est un premier pas vers le suffrage restreint. Le peuple, s’il n'est définitivement écarté, voit, du moins, son rôle considérablement diminué. C'est le clergé surtout qui est appelé à se prononcer, et son inlluence devient encore plus prépondérante que par le passé. Les résultats de ce premier essai de législation électorale ne répondirent pas complètement aux espé­ rances que ces décrets, solennellement promulgués, valent fait naître dans l’esprit des pères du concile. Durant le vt« siècle, plusieurs saints, il est vrai, montè­ rent sur la chaire de Pierre. Ce furent, après saint Symmaque, les papes saint Hormisdas (514-523), saint Jean !«■ (523-526), saint Félix IV t526-530). saint Agapit (535-536), saint Silvère (536-538). Mais cette suite glo­ 2294 rieuse de pontificats féconds qui allait se terminer par celui plus glorieux encore de saint Grégoire le Grand (590-606), devait cependant être troublée par deux antipapes et par deux schismes. 4» Tribut onéreux exigé par les rois goths de Ravenne peur l'approbation des élections papales (533). — A la mort de saint Félix IV (530), que le roi arien Théodoric, vainqueur d’Odoacre, avait contribué à élever sur le trône pontifical, Boniface II, son coadjuteur, lui succéda. Il était Romain de naissance, mais Goth d’ori­ gine. Le même jour, Dioscore, cardinal diacre, autre­ fois légat à Constantinople, sous le pape saint Hormisdas, se fit élire par une partie du peuple et du clergé. Dans cette double élection simultanée, il était facile de distinguer les deux influences politiques rivales : celle de la cour de Ravenne, et celle de Cons­ tantinople. Le schisme qui en résulta, aurait pu se prolonger longtemps; mais la mort de l’antipape, survenue un mois après, y mit fin. Cette tentative cependant effraya Boniface II, qui, pour éviter qu'elle ne se renouvelât à la prochaine vacance du saint-siège, choisit le diacre Vigile pour son coadjuteur, avec future succession. Nous avons rapporté, col. 2284, comment il se repentit de cette mesure qui paraissait sejustifier, vu les circonstances et comment il la rétracta publi­ quement dans une assemblée solennelle du clergé et du peuple. P. L., t. LXV, col. 30 sq. Vigile eut, alors, le tort de ne pas accepter cette rétractation. Se basant sur les droits imaginaires que lui aurait conférés l’acte de Boniface H, il prétendit, à la mort de celui-ci, être le véritable pape. Cf. Duchesne, Liber pontificalis, 1.1, p. 287; Vigile et Pélage, dans la Revue des questions historiques, 1884, p. 371 sq. Les rivalités politiques existant entre la dynastie des Goths et la cour de Byzance, le servirent, plus encore que la surexcitation des partis populaires, de sorte que l’élection de Jean II (533-535) fut extrêmement agitée. Celui-ci chercha un appui à la cour des rois goths de Ravenne, alors maîtres de l’Italie, et qui ne demandaient pas mieux que de montrer en toute façon qu’ils avaient remplacé effectivement les empereurs d'Occident. Ils trouvèrent là une circonstance favorable, en même temps qu’une occasion d’affirmer leur hos­ tilité contre les empereurs de Constantinople. Cet appel du pape à leurs bons offices leur parut une preuve de plus du droit qu'ils croyaient avoir de soumettre à leur approbation les élections papales, et d'exiger un tribut à ce sujet. Dans une lettre au pape Jean II, le roi Athalaric fit savoir que l’acte de consentement aux élections des pontifes romains ne serait désormais délivré par lui, ou par ses successeurs, que moyennant le paiement d une taxe de trois mille sous d'or. Il se contenterait de deux mille sous d’or pour l'élection des patriarches, etde cinq cents pour celle des évêquedes petites villes. Cf. Epist. Alhalarici regis ad Joa .·.nem, P. L., t. LXVI, col. Il, 12; Cassiodore, I. IX, epist. xv, P. L., t. i.xtx, col. 779; Alteserra. Annota t'.onesin Anastasium, de vilis romanorum pontificum. in-4», Paris, 1680,p. 75; Natte et observationes in Xll libros epistolarum S. Gregarii Magni, in-4°. Toulouse, 1669. p. 4; Thotnassin, Ancienne el nouvelle disciple e de l’Eglise, part. 11, 1. II, c. xxxvt, n. 11, t. il, p. 239. La cour de Ravenne ne manqua aucune occasion d’exercer ce droit usurpé. Elle intervint avec ces pré­ tentions juridiques et fiscales, dans l'élection des deux successeurs de Jean II, les papes saint Agapit (535-536i et saint Silvère (536-538). Cette intervention se mani­ festa surtout dans l’élection de saint Silvère, qui fut comme imposée par les Golhs. Le clergé romain la ratifia plus tard, afin d'éviter un schisme. D'ailleurs, le choix était excellent à tous égards, car Silvère sut vivre en pape et mourir en martyr. Cf.P.L., t.cxxviu, col. 563. 2295 ELECTION DES PAPES 2296 Π. INTER VENTION DES EMPEREURS D'ORIENT (536-741 ). | fut néanmoins la cause de cette désastreuse tutelle — 1» L'empereur Justinien (536). — Mais la cour de que les empereurs d'Orient, et, après eux, ceux d’Alle­ Byzancefut extrêmement froissée de cette prépondérance magne, voulurent imposer à la papauté. Elle dura cinq que des rois barbares installés en Italie s'attribuaient siècles, et il ne fallut, pour la réduire à néant, rien dans l’élection des pontifes de Rome. Elle y vit un péril moins que l’indomptable énergie de saint Grégoire Vil. pour son prestige, et résolut de prendre une éclatante Les empereurs d'Orient ayant, en effet, détruit la revanche, en faisant prévaloir l'élection de Vigile contre domination des Gotlis, en Italie, par la défaite de celle de saint Silvère. Les empereurs d'Orient n’avaient Totila (552), prétendirent avoir les droits que les rois pas renoncé à ramener l’Italie sous leur domination. barbares s’étaient injustement arrogés. Ils exigèrent, L’empereur Justinien venait d'arracher l’Afrique aux dés lors, que l’élection îles pontifes romains fût sou­ Vandales, et il espérait chasser de l’Italie les Goths, mise à leur approbation, et ne fût définitive qu'a près défaits déjà plusieurs fois par son général Bélisaire. le placet impérial. De la, vu la distance de la cour de Vigile était alors à Constantinople, y remplissant les Byzance et les intrigues de palais, découlèrent une fonctions d'apocrisiaire. L’impératrice Théodore, la foule d’inconvénients, et entre autres, pour la chaire comédienne couronnée, très attachée à l'hérésie d’Eu pontificale, des vacances d'une longueur inouïe tychès, pensa avoir trouvé dans Vigile l’homme dont jusque-là. Cf. Baronius, Annales eccl., an. 526, n. 24; elle avait besoin pour assurer, en même temps, le n. 607, n. 1, t. vu, p. 116; t. vin, p. 202; Pagi, Critica triomphe de la politique impériale et la victoire de historico-theologicain universos Annales ecclesiasticos l’hérésie. Elle lui remit sept cents livres d’or, et l'envoya Em. et Rev. Cœsaris Card. Baronii, an. 526, n. 8, à Bélisaire avec l'ordre secret de se saisir de saint t. Il, p. 530. Auparavant, à moins de rares exceptions, Silvère, de l'écarter, et de faire élire Vigile à sa place. les vacances du siège n’avaient pas dépassé une ou En retour, elle avait exigé de celui-ci la promesse de deux semaines. Mais, dès lors, elles durèrent, d'ordi­ rejeter le concile de Chalcédoine, et de rétablir sur le naire, plusieurs mois. Il en fut ainsi pendant la der­ siège de Constantinople le patriarche eutychien Anthinière moitié du vi« siècle, et pendant presque mos, déposé autrefois par le pape saint Agapit. Si tout le vne. Après la mort de Vigile, il fallut plus Vigile eut la faiblesse d’accepter ce sacrilège marché, de trois mois, avant l’élection de son successeur, il s’en repentit certainement dans la suite, et l’expia saint Pélage Ier. Après celui-ci, la vacance fut de quatre cruellement, quand, devenu pape et gardien fidèle de mois; puis,à la mort de son successeur Jean III (574), l'orthodoxie, il eut à subir les mauvais traitements aux­ elle alla jusqu’au delà de dix mois. Ce fut bien pire quels l’empereur Justinien le condamna. Sa conduite encore à la mort du pape Honorius Ier (638). Le siège parut cependant très répréhensible, puisqu’il se prêta resta vacant plus de dix-neuf mois, ainsi qu’à la mort complaisamment à la réalisation de l’horrible tragédie de saint Agathon (681), où la vacance dura dix-neuf voulue par Theodora. En exécution des ordres de sa mois et quinze jours. Cf. Duchesne, Bibliothèque de souveraine, Bélisaire, en ellet, accusa saint Silvère de l'École des chartes, 1891. complicité avec les ennemis de l’empire. Il se saisit Ces longues vacances avaient plusieurs causes. donc de lui, l’envoya en exil dans l’ile Pontia, et com­ D’abord, vu les distances et l’imperfection des commu­ manda à l’assemblée du clergé et du peuple d’élire nications à cette époque, il fallait beaucoup de temps Vigile. Cette élection schismatique eut lieu le 29 mars aux envoyés du pape élu pour arriver à Constantinople, 537. Vigile s’assit en intrus sur la chaire de saint et en revenir avec la réponse favorable de l’empereur. Pierre, tandis que le pape légitime languissait en exil, Ensuite, à Constantinople même, surgissaient sans ou il mourut de misère, l’année suivante (juin 538). cesse de nouvelles sources de conflits, et, par suite, Nous avons encore la terrible lettre que, avant de de retards. C’étaient des intrigues de palais, des mourir, le martyr écrivit à Vigile, pour lui reprocher manœuvres politiques, des lenteurs interminables, son crime, le déposer et l'excommunier. Habeto ergo suscitées par les exigences d’une bureaucratie poin­ cum his qui tibi consentiunt pane damnationis per­ tilleuse, et par les formalités infinies d’une pro­ petues sententiam, sublatumque tibi nomen et munus cédure savante et compliquée. Avant que la chancel­ ministerii sacerdotalis agnosce, Sancti Spiritus judi­ lerie byzantine se fut déclarée satisfaite, el que le cio et apostolica a nobis auctoritate damnatus. Epist., document, preuve légale de la confirmation impériale, I, ad Vigilium pseudopapam, P. L., t. lxvi, col.85 sq.; eût été rapporté à Rome et dûment notifié, l'élu ne Duchesne, Liber pontificalis, t. 1, p. 293, 295. pouvait recevoir la consécration épiscopale, ni se per­ A la mort de saint Silvère, cependant, Vigile fut re­ mettre le moindre acte de juridiction. H lui était même connu pape par la majorité du clergé, et son élection interdit de prendre possession de son siège. L’adminis­ devint canonique. Mais il est à remarquer que ce choix tration intérimaire restait, pendant tout ce temps-là, fut imposé au clergé romain, au nom de l'empereur aux mains des trois plus hauts dignitaires de l’Église d’Orient, par Bélisaire, vainqueur des Goths, comme de Rome : l’archiprêtre, l’archidiacre et le primicier par ceux-ci avait été imposé, quelques années avant, le des notaires. Cf. Liber diurnus romanorum pontificum, choix de saint Silvère. On peut juger par là ce c. U, De ordinatione summi pontificis, P. L., t. cv, qu’était, à cette époque, la liberté îles électeurs, alterna­ col. 27-30; t. cxxvm, col. 621 ; Ma billon, Ordo romanus, tivement soumis à la pression de l’Orient et de l'OcciCommentar, prævius, c. xvn, De varia creatione ro­ dent. Vigile fut meilleur pape qu’on n’aurait pu l'espé­ mani pontificis, P. L., t. lxxviii, col. 915; Musteum rer après de tels débuts. Si Vigile avait souscrit des italicum, 2 in-4“, Paris, 1724, t. il. p. 192. engagements, il refusa avec indignation de condamner C’est à ces excès de pouvoir de l’autocratie impé­ un concile œcuménique, et de replacer sur son siège riale que venait aboutir, par une suile naturelle, le le patriarche eutychien; mais, au contraire, il lança système électoral qui avait permis autrefois aux fac­ tions populaires d’inlluer si fortement sur le choix des l’anathème contre Anthimos impénitent. Cf. Epist., IV, pontifes. Sous le spécieux prétexte de garantir le bon ad Justinianum imperatorem ; Epist., v, ad Mennam episcopum, P. L., t. lxix, col. 21-26; Baronius, ordre, l’autorité civile avail commencé par intervenir dans les élections; puis avait tenté d’en faire sa chose. Annal, ecclesiast., an. 547, t. vu, p. 363; Duchesne, Pour les cas où elle n’y réussirait point, elle s'était, du Liber pontificalis, t. I, p. 296 sq.; Grisar, Histoire de moins, réservé le droit de veto. La démocratie conduit Rome et des papes au moyen âge, 1. Il, c. v, §1, n. 322; trop souvent à l’autocratie. Les foules ont toujours § 3, n. 327-331 ; I. III, c. ni, t. n, p. 50. 58-63, 132-138. 2° Le placet impérial. Longueur regrettable des besoin d’une tète, qui les mène ou qui les maîtrise. vacances du saint-siège. — L’ambition de Vigile I Au VIesiècle, l’autocrate fut l’empereur Juslinien, qui 2297 ÉLECTION DES PAPES 2298 traça la voie à ses successeurs, et fut le modèle, auquel que cent vingt ans après le ponlilicat de saint Pélage. se conformèrent plus tard les rudes Césars allemands. C’est alors que le pape saint Agathon (678-681) fut 3’ Troubles et schismes. — Encore, si cette main­ assez heureux pour obtenir de l'empereur Constantin mise de l’empereur sur les élections pontificales avait Pogonat remise de l’impôt des trois mille sous d'or sur empêché les troubles et les schismes, on y aurait peutles élections pontificales. Cf. P. L.,t. CXXV111, col. 811. être vu un moindre mal. Mais il n’en fut pas toujours Mais ce ne fut là qu’un demi-triomphe : il restait tou­ ainsi, même quand le choix se portait surdes hommes jours l’obligation de solliciter l'agrément impérial, éminents et recommandables, comme le fut le succes­ avant la consécration du nouveau pontife et sa prise de seur immédiat de Vigile, le pape saint Pélage Ier (556possession de la chaire apostolique. Cette entrave ne 561). fut enlevée que quelques années plus tard, par le Déjà, au moment de ses démêlés avec Vigile, au sujet même prince, à la requête du deuxième successeur de du patriarche eutychien de Constantinople, Justinien saint Agathon, saint Benoit II (684-685), que Constantin qui avait connu et apprécié saint Pélage, alors archi­ Pogonat avait en vénération singulière. Cf. P. L., diacre, avait proposé au clergé romain de l’élire à la t. cxxvin, col. 866. Aussi l'élection de son successeur place de Vigile. Ni le clergé, ni Pélage n’avaient ac­ JeanV (685-686)ne souffrit-elle aucun retard. cepté de se prêter à cette tentative schismatique. Cf. Grâce à l’ascendant et au mérite de saint Benoit II, P. L., t. Cxxvin, col. 578. Mais quand Vigile fut mort, l'indépendance de l'Église eût, dès lors, été assurée, Justinien reprit son projet, et voulut que Pélage fût | sans l’ambition de quelques membres du clergé, in­ pape. Il le fut, en effet; mais cette protection impériale dignes d'étre comptés parmi les ministres du sanctuaire. lui nuisit dans l’esprit de beaucoup, malgré ses quali­ A la mort de Jean V. des divisions profondes éclatèrent tés remarquables. On crut y voir une preuve qu’il avait à Rome, au sujet de l’élection de son successeur. Le approuvé, en quelque façon, les persécutions auxquelles clergé voulut, dans la basilique de Saint-Jean-de-Latran, Vigile avait été en butte, et qui avaient hâté sa mort. élire l’archiprétre Pierre. De son côté, l’armée, réunie Une partie considérable du peuple, des notables et du dans l’église de Saint-Étienne in Bolundo, élut Théo­ clergé se sépara de sa communion. On ne trouva pour dore. Ce fut une source de conflits et de troubles. le sacrer que deux évêques, Jean de Pérouse et Bonus Enfin, après de nombreuses tentatives de conciliation, de Ferentino. Les autres refusèrent tous. Cependant, on prit le parti d’écarter les deux compétiteurs, et la vacance avait duré plus de trois mois. A la fin, la l'accord se fit sur le nom de Conon, vieillard d’une vie sainteté de Pélage triompha de ces résistances, et, par exemplaire. Pour affermir la paix et rendre plus in­ l’éclat des vertus, dissipa ces injustes et odieux soup­ contestable cette élection, on commit la faute d’envoyer çons. Les Romains l’acclamèrent et l’acceptèrent avec unedélégation à l'exarque de Ravenne, représentant de joie, comme le vrai vicaire de Jésus-Christ. Mais s'il l'empereur, afin d'obtenir son adhésion à ce qui avait en fut ainsi à Rome, il en fut bien différemment, au été fait. Les inconvénients des élections populaires et loin, dans plusieurs Églises d'Italie, des Gaules, de la les excès de la démocratie rejetaient de nouveau l'Eglise Grande-Bretagne et de l’Afrique. Là, Pélage était sous la domination des autocrates d'Orient. Justinien II, moins connu personnellement; la sainteté de sa vie ne fils de Constantin Pogonat, fut très heureux de celte le défendait pas aussi bien contre les doutes que fai­ occasion qui se présentait à lui, de reprendre ce que sait naître le zèle déployé en sa faveur par les fonction­ son père avait donné. Il n’eut garde de la laisser échap­ naires impériaux, obéissant aux ordres venus de By­ per, et s arrogea le droit abusif de confirmation des zance. On persistait donc à le regarder comme un élections papales. C’était là le fruit mauvais des factions intrus, imposé par Justinien, partisan d’Eutychès. populaires et de l’ambition de quelques clercs. Ces inconvénients résultant de l’élection papale par Plusieurs évêques crurent de leur devoir d’écrire en ce sensa l’empereur lui-même, et de lui dire ouvertement le suffrage universel du clergé, de l’armée, des magis­ avec une liberté tout apostolique, qu’ils préféraient les trats et du peuple, firent sentir davantage combien il fers et l’exil dont on les menaçait, au schisme et à était urgent de modifier ce mode d’élection adopté, et l’apostasie. Un certain nombre furent, pour ce motif, de le remplacer par un autre, qui. tout en sauvegar­ envoyés en exil, et soumis à de mauvais traitements dant les droits de chacun, serait, à la fois, plus paisible, par les officiers de l’empereur irrité, et les fidèles les pluscanonique et plus régulier. Pour l’Église, en vertu de la providence spéciale qui veille à sa marche à tra­ vénérèrent comme des martyrs. De ce nombre furent Facundius, évêque d'IIermiane, Reparatus, métropoli­ vers les siècles, les fautes de ses enfants deviennent tain de Carthage, et Victor, évêque de Tunnunum. Cf. de salutaires leçons, et les défaites apparentes sont le Facundus d’Hermiane, De defensione trium capitulo­ prélude de victoires définitives. rum concilii chalcedonensis, ad Justinianum impera­ Malgré cette reculade causée par les factions rivales, l’énergie des pontifes suivants atténua le mal. Ils ob­ torem, 1. XII, P. L., t. lxvii, col. 527 sq.; Victor, tinrent qu'on n'aurait plus besoin d'envoyer des légats évêque de Tunnunum, Chronicon continuans ubi Pros­ à Constantinople pour solliciter le placet de l'empe­ per desinit, an. 555, P. L., t. lxviii, coi. 960; Liberat reur, mais qu’il suffirait de le demander aux exarques de Carthage, Breviarium causæ nestorianorum et eude Ravenne, ses représentants. De ce chef, les vacances tychianorum, c. xxiv, P. L., t. lxviii, coi. 969, 1050; du saint-siège devinrent beaucoup moins longues que S. Pélage Ier, Epist., i-iv, ari Xarcensem patricium; précédemment. Pendant le vin« siècle, elles dépas­ Epist., v. ad episcopos Tuscise; Epist., ix, ad Childesèrent rarement un mois; souvent même, elles ne berturn regem, P. L., t. lxix, coi. 394-398,399, 402sq. furent que de huit à dix jours. 4° Efforts des souverains pontifes pour recouvrer D’ailleurs, l’autorité des empereurs s'affaiblissait de l’indépendance des élections. — Le pape dont tant plus en plus en Italie, soit à cause des défaites infli­ d’évêques se séparaient si ostensiblement, et au risque gées aux armées impériales, en Orient, par les Bul­ de s’exposer aux foudres impériales, était cependant gares (688), et en Afrique par les Sarrasins (689) ; soit un saint. Qu’on juge par là du danger que présentait à cause des succès croissants des Lombards en Italie. pour l’unité de l’Eglise la mainmise des empereurs sur les élections pontificales! Aussi, rien d’étonnant Vu l'impuissance de la cour de Constantinople à dé­ fendre la péninsule contre ces nouveaux envahisseurs, que les vicaires de Jésus-Christ aient protesté contre cette usurpation sacrilège, et, plusieurs fois, aient on s’habituait à se passer d’elle, et on craignait moins essayé de la faire cesser complètement. Il fallut, cepen­ de s’exposer à son ressentiment. Bien plus, les popu­ dant, plusieurs siècles, pour remporter cette victoire du lations se groupaient instinctivement autour du pontife droit sur l'oppression. Le premier succès n'eut lieu romain, comme autour du centre naturel et politique 2299 ÉLECTION DES PAPES de l’Italie. L’iconoclaste Léon l’Isaurien, ayant envoyé une armée pour déposer saint Grégoire II (715-731), qui avait refusé de proscrire les saintes images, l’Italie entière se leva pour protéger le pontife légitime et re­ pousser l'intrus. Léon l’Isaurien dut renoncer à son projet impie : sa défaite marquait la fin du placet impérial. Le successeur de saint Grégoire II, saint Gré­ goire III (731-741), fut le dernier à le demander. Encore ne le fit-il que pour la forme, car il eût pu facilement s’en dispenser, après l'insuccès des tentatives de l’em­ pereur iconoclaste contre l’Italie ; mais il ne voulut pas, pour s’en affranchir, paraître profiler des malheurs de ce prince. Après lui, cependant, cessa cette sujétion odieuse, qui, imposée par tes rois goths, au commen­ cement du VIe siècle, avait duré près de deux cent cin­ quante ans. Cf. Moroni, o/>. cit., t. xxt, p. 202-205. VI. Les élections populaires des papes, sous les Carlovingiens (741-900). — Avec la constitution de la dynastie carlovingiennc, s’ouvrit une ère de liberté pour l’Église et d’indépendance pour la papauté, en particuliei. Pendant plus d’un siècle (741-844), à partir de saint Zacharie (741-752), le clergé et le peuple de Rome purent élire librement les nouveaux pontifes, et l’on vit s’asseoir sur la chaire de saint Pierre une série de grands papes. Sur l’élection de Constantin II en 767 et du pape Étienne III en 769, voir L. Duchesne, Les premiers temps de l’État pontifical, dans la Revue d'histoire et de littérature religieuses, 1896, t. i, p. 246258. Le concile de Lalran en 769 décida que les cardi­ naux diacres ou prêtres seraient seuls éligibles. A la mort de saint Grégoire III, la vacance du saintsiège ne fut que de quatre jours. Déjà les papes avaient commencé à devenir les arbitres de l’Italie. La poli­ tique byzantine n'était plus que faiblement représentée par les exarques de Ravenne ; en outre, la royauté naissante des Lombards était menacée par des divi­ sions intestines, causées surtout par une féodalité mili­ taire, dans laquelle le vassal cherchait constamment à s’insurger contre son maître, et à se rendre plus ou moins indépendant. Au milieu et au-dessus de tous ces éléments de désordre, les vicaires de Jésus-Christ, grâce à leurs bienfaits et à l'autorité morale de leur caractère, se voyaient de plus en plus investis, dans l’ordre politique, d'une prépondérance qui leur permit d’être réellement les défenseurs des peuples dont ils étaient les pasteurs et les pères. Dès ce moment, bien avant l'intervention de Pépin et de Charlemagne, les papes exerçaient donc â Rome et dans les territoires avoisinants, des droits presque souverains. De cette époque dalent les premières monnaies pontificales. Cf. Mozzoni, Tavole cronologiche e critiche dellastoria della Chiesa universale, 8 in-fol., Venise, 1860, secolo ottavo, t. vin, p. 95. Le dernier lien avec l’Orient venait d’être brisé par la suppression définitive de l’exarchat de Ravenne, dont le roi des Lombards, Astolphe, s’était emparé en 752, et qui, trois ans après, passa aux mains de Pépin le Bref. Celui-ci, presque aussitôt, en lit don au saintsiège. Cf. Codex Carolinas, Epist. Slephani papæ, n.6, P. L., t. xcvm, col. 103-106; Veteres annal. Franco­ rum, P. L., t. xcvm, col. 1416; Eginhard, Annal, cum Laurissensibus collait, an. 756, P. L., t. Civ, col. 377; Fauriel, Histoire de la Gaule méridionale sous les conquérants germains, 4 in-80, Paris, 1836, t. lit, p. 241-243. Quand Charlemagne, renouvelant cette donation et en ajoutant d’autres, se fut constitué le défenseur du saint-siège, il ne demanda pas, en retour de sa muni­ ficence et de sa protection, le privilège de confirmer les élections papales. Son vaste génie voyait trop com­ bien l’Église et son chef avaient besoin d’indépendance. A son exemple, Louis le Débonnaire, son fils, se contenta être le défenseur de l’Église, et de garantir la liberté 2300 des élections. C'est ce qu’il promit solennellement à la demande de saint Pascal Ier (817-824), par le célèbre diplôme de 817, signé par lui et par ses trois fils. Ce document important fut inséré dans le Codex caroli­ nus. Cf. Privileg. Ludovici imperatoris,P. L., t. xcvm, col. 579-588. Vers la fin du pontificat de saint Pascal,des troubles, ayant éclaté à Rome, rendirent un peu tumultueuse l’élection de son successeur, Eugène II (824-827). Un schisme même se produisit. L'empereur envoya alors à Rome son fils Lothaire Ier, déjà associé à l’empire, et le chargea de prendre, de concert avec le nouveau pape, toutes les mesures propres à rétablir l'ordre et à assurer la tranquillité dans l'avenir. Il fut réglé que te fils de l’empereur, en son nom et en celui de son père, ferait serment de fidélité au pape, mais que le pape, de son côté, imposerait le même serment de fidélité au peuple romain à l’égard de l’empereur, en tout ce qui ne serait pas contraire à la fidélité déjà promise au souve­ rain pontife, ce qui était clairement spécifié par cette clause introduite dans la formule du serment : salva fide quam repromisi domno apostolico. Eugène II prêta lui-même ce serment, en sauvegardant les droits ina­ liénables du saint-siège. Sous le bénéfice de cette fidélité réciproque qui liait les contractants l'un à l'autre,il statua, par une sorte de concordat, que doré­ navant, par mesure d’ordre et pour couper court aux agitations qui naissent des passions populaires, le pontife élu ne serait pas consacré avant d'avoir luimême prêté le serment, suivant cette même formule, en présence des ambassadeurs impériaux. Cf. Conti­ nuat. Pauli Diaconi, t. i, p. 617; Sigonio, De regno Italiæ, I. XX, in-fol.. Milan, 1732, 1. IV, an. 825, p. 179. Celle constitution d'Eugène IL rapportée en partie par Baronins, Annal, e.ccles., an. 824, n. 4, t. tx, p. 720, et eu entier par Le Cointe, Annales ecclesiastici Franco­ rum, 8 in-fol., Paris, 1665-1683, an. 824. n. 12-22, l. vit, p. 698-701, ne mettait pas la papauté sous la dépen­ dance de l’empire,mais cimentait plus fortement l'union des deux pouvoirs, de façon que l'autorité impériale servit toujours de protection officielle au saint-siège, en vue de la prospérité commune de l’Église et de l'Élat. Cf. Pagi, Critica bistorico-theologica, an. 825, n. 29, t. ni, p. 524 sq. Interprété bénignement, ce document devait puis­ samment servir au maintien de l’ordre; mais, détourné de son sens primitif par l'esprit de parti ou par l’am­ bition des grands, il pouvait devenir une source de difficutés et de graves conflits. Les princescarlovingiens ne songèrent pas loutd’abord à abuser d'une charte si sage; mais ensuite le désir leur en vint. Trente ans après la mort de Charlemagne. Lothaire Ior, fils de Louis le Débonnaire, et, comme lui, empereur et roi d'Italie (795-855), essaya, en 844, de réclamer le droit abusif de confirmation des élec­ tions papales, lors de l’élection de Sergius 11; mais il y renonça vite. Cf. P. L., t. cxxvm, col. 1300. Cf. John Miley, Histoire des États du pape, trad. Ouin-Lacroix. p. 160. Louis II, le Jeune, fils de Lothaire I*r, et, lui aussi, empereur et roi d Italie (822-875), renouvela cette tentative avec plus de violence. Il soutint l’antipape Anastase, précédemment excommunié par saint Léon IV, et fit emprisonner Benoit III, qui venait d’être légiti­ mement élu (855). Cependant, il revint ensuite de son erreur, et ne s’opposa plus au sacre de celui sur lequel s’étaient portés les suffrages unanimes du clergé et du peuple romain. Cf. P. L., t. cxxvm, col. 1315-1356; Ciaconius, Vitæ et res gestæ summorum pontificum romanorum et S. R. E. cardinalium, 2 in-fol., Rome, 1601-1602, t. l, col. 640; cardinal Garampi, De nummo argenteo Benedicti III, P. M., in-4°, Rome 1749, p. 22 sq. Louis II laissa élire librement le pape saint Nicolas le Grand (858): mais, comme les délégués ;3oi ELECTION DES PAPES 2302 .mpériaux parurent vouloir encore s’imposer, lors de un des plus sanguinaires et des plus corrompus de l’élection d'Adrien II (867) et de Jean VIII (872), le l’histoire. Les marquis de Tusculum, les comtes de successeur de celui-ci, Marin Ier (882-884), rendit un Spolète et de Capoue, les ducs de Toscane, de Bénédécret statuant qu’à l’avenir les empereurs d’Occident vent et de Naples, les Conti, les Crescentii de Sabine n'interviendraient en aucune façon, ni par eux, ni par et une foule d’autres voulurent obtenir, par le brigan­ leurs ambassadeurs, dans l'élection des ponlifes.et que dage à main armée, ce que les descendants de Char­ jamais plus on n’attendrait l’arrivée des délégués impé­ lemagne avaient faiblement essayé de prendre. De là. riaux, ni la ratification de l’empereur, pas plus pour cette réaction païenne qui dura jusqu’à la vigoureuse le sacre que pour l’élection, les libres suffrages du intervention et à la radicale réforme de l'intrépide clergé et du peuple romain devant suffire. Cf. CiacoHildebrand, devenu saint Grégoire VIL Au milieu de nius, op. cit., t. t, col. 669. La constitution portée par ces bouleversements profonds et de cette marche en Eugène II, soixante ans auparavant, était donc révoquée. arrière vers la barbarie, la papauté se trouvait livrée Cette révocation fut renouvelée et confirmée par Adrien 111 comme sans défense à la discrétion de la féodalité (884-885). italienne. Voir Watterich, Pontificum romanorum, Ainsi, d'après les circonstances, la discipline chan­ ab ineunte sæculo x usque ad finem sæculi xm, vitæ geait sur ce point si important pour la liberté de ab æqualibus conscriptæ, 2 in-8», Leipzig, 1862; l’Église et de son chef. Les factions populaires deve­ Jaffé, Regesta pontificum romanorum ab condita naient-elles une cause de désordres et de troubles, les 1 Ecclesia ad annum post Christum natum 1198, in-4», papes sentaient alors la nécessité de recourir à un Berlin, 1851, p. 294 sq.; Codex regius, Bibliothèque souverain puissant, même étranger, pour assurer la nationale de Paris, fonds latin, η. 5144, fol. 119 sq.; liberté dans les élections de leurs successeurs, mais Novaès, Storia de’ Romani Pontefici, 6 in-8°, Rome, sans préjudice de leur autorité pontificale et de leur 1792, édition considérablement augmentée en 17 torn. dignité. L’ambition des rois et des empereurs trans­ in-8», Rome, 1822, t. n, p. 144. formait-elle le remède en mal, et surgissait-il de ce Rien ne pouvait arriver à l’Église romaine de plus côté un danger pour l’indépendance de l’Église, les funeste et de plus affreux, dit Baronius, que cette papes révoquaient alors les concessions précédentes, mainmise des princes séculiers sur les élections de jusqu’à ce que de nouveaux troubles rendissent néces­ ses pontifes. Annal, eccles., an. 900, t. x, p. 649. Les saire un nouvel appel aux empereurs. C’est ce qui arriva chefs de ces factions rivales, qui se disputaient le trône unequinzaine d’années après le pontificat d'Adrien 111. apostolique, se croyaient tout permis pour réaliser leur Les partis germanophiles et antigermaniques s'agitaient sacrilège dessein. Pour augmenter le nombre de leurs dans la péninsule. En quinze ans, cinq papes se suc­ partisans et multiplier leurs chances de succès, ils ne cédèrent sur la chaire de saint Pierre. Pour éviter des craignaient pas de trafiquer honteusement des choses troubles qui n'étaient que trop à prévoir, à la veille de saintes. Dans d’infâmes marchés, ils vendaient à prix ce triste x° siècle qui s'annonçait si mal, Jean IX d’or les titres cardinalices, les abbayes ou les évêchés, (898-900) dut quitter la voie tracée par Marin l«r et promettant d’y soutenir par leurs armes ceux que la Adrien III. Revenant aux prescriptions faites au com­ simonie y avait fait entrer. Leur audace ne s’arrêtait mencement du IXe siècle, il remit en vigueur la cons­ pas là. Ils ne reculaient pas devant la perspective du titution d’Eugène II, mais en faveur d’un empereur schisme, et reconnaissaient, comme pontifes, les anti­ italien. Lambert, fils de Gui de Spolète. On en était papes qu'ils avaient eux-mêmes créés, suivant leurs réduità une sorte de jeu de bascule, entre des influences caprices, leurs intérêts ou leur avarice ; car ils élisaient ennemies qui se disputaient la prépondérance. Y avait-il celui qui les payait davantage, quelles que fussent sa péril d’un côté, on se portait de l'autre, et réciproque­ science, ses mœurs et sa condition : laïque ou clerc. ment. Cf. Camarda, De electione pontifie., in-fol., Rieti, On vit parfois un homme qui, le matin, n’était pas 1737, diss. II, p.99; Passerini, De electione pontifie., même tonsuré, être regardé, le soir, comme souverain in-fol., Rome, 1670, q. v, p. 18. pontife. Il est aisé de deviner ce que devait être la vie VII. La féodalité italienne a l’assaut de la privée de pareils clercs, évêques, ou même pontifes. papauté, durant le x· siècle (900-964). — Affaiblis La simonie et l’incontinence naquirent de là, et infec­ par leurs discordes intestines en Germanie et en tèrent tout l’Occident, car, la tête étant malade, tous Gaule, les descendants dégénérés de Charlemagne ne les membres étaient atteints. Voir Bonizo, évêque de comptaient presque plus en Italie. Ils ne pouvaient Sutri, au xie siècle, Ad amicum, 1. Ill, P. L., t. cl, plus s’y faire craindre, et leur protection devenait col. 813. illusoire. L’empire d’Occident, naguère si brillamment Ce sombre tableau ne paraîtra pas exagéré si l'on inauguré, chancelait déjà sur ses bases, et, moins d’un songe que, à cette époque, le fils d’une prostituée fut siècle après sa fondation, menaçait ruine. Les factions placé par sa mère elle-même sur le siège de saint locales en profitaient en Italie, pour réaliser leurs Pierre. L’impudique Marozie, patricienne corrompue rêves d’ambition, au profit des intérêts mesquins et et courtisane de haut rang, universellement connue passagers de quelque famille puissante, ou d'un parti par ses débordements et par ses crimes, souillée par politique désireux de parvenir à tout dominer. Cet état une longue suite d'unions incestueuses et adulteres, de choses vraiment désastreux avait été encore favorisé, reçut des princes italiens, pour prix de son déshonneur, à Rome, par la fréquence des vacances du saint-siège la propriété du château Saint-Ange et la seigneurie de et la brièveté des pontificats. Plus de vingt papes la ville de Rome. Arrivée à cette suprématie, la domna - étaient succédé durant leix· siècle : cela faisait, pour senatrix, comme on l’appelait, crut pouvoir disposer le régné de chacun d'eux, une moyenne de cinq ans de la chaire apostolique, et y faire monter ou en faire au plus. Ces changements si nombreux n’étaient pas descendre à son gré. Elle fit élire Sergius 111, en 904, propicesà la tranquillité publique, car, à chaque vacance, Anastase III, en 911, Landon, en 913. L'année suivante, tout était remis en question, et les passions populaires Jean X, des Conti de Tusculum, ayant été élu par l’in­ s’agitaient avec une recrudescence de violence, chaque fluence de Théodora. sœur et rivale de Marozie, la parti voulant un pape de son choix. domna senatrix réussit, en 928, à obtenir sa déposition, Au Xe siècle, ce fut bien pire : on y compta près de le jeta dans un cachot, et l’y fit étrangler par les trente papes.ou antipapes. Les ambitions insatiables et sicaires de Guy, duc de Toscane, son second époux. les luttes incessantes d'une multitude de petits princes Cf. Muratori, Annal. d’Italia, an. 914. t. xm. p.83sq.; italiens,n’aspirant à rien moins qu’à dominer l’r^glise Watterich, op. cit., t. I, p. 33. note 4; Codex regius, pour dominer k monde, allaient faire, de ce x» siècle. fol. 120, recto. Marozie essaya alors d’établir sur le 2303 ÉLECTION DES PAPES trône pontifical un de ses cousins, simple laïque, qui fut bientôt chassé comme un intrus par une réaction populaire. Léon VI fut canoniquement élu (928); mais il ne siégea que sept mois, et mourut subitement, empoisonné, dit-on, par Marozie. Son successeur, Etienne VIII,siégea deux ans (929-931),et mourut subi­ tement, lui aussi. Cette disparition soudaine coïncidait avec un accroissement de fortune pour Marozie, qui, veuve de Guy de Toscane, venait d’épouser Hugues, roi d'Italie. Les maris de cette femme corrompue ne vivaient pas longtemps. Comme les papes, ils se succé­ daient avec une terrifiante rapidité, qui justifiait tous les soupçons. Cf. Codex regius, loc. cit. Comme si ce n’eûl pas été assez de forfaits pour cette nouvelle Messaline, elle fit ensuite élire pape un fils qu’elle avait eu du marquis Albéric de Tusculum. Ce jeune homme, digne fils d’une telle mère, n’avait alors qu’une vingtaine d’années. Il ceignit la tiare et prit le nom de Jean XI 931-936). Son frère aîné, Albé­ ric II, était, en même temps, par la toute-puissante châtelaine, préposé au commandement général des États romains. Ainsi, le patrimoine de saint Pierre se trouvait partagé entre deux frères, par suite de l’incon­ duite de celle qui leur avait donné le jour: l’ainé avait les clefs des forteresses, et le cadet occupait le SaintSiège. Aurait-on jamais supposé que le pouvoir civil en vint à commettre contre l’indépendance de l'r.glise un si monstrueux attentat? C’était vraiment l'abominatio desolationis in loco sancto. Cf. Flodoard, De Christi triumphis apud Italiam, I. XII, c. vu, Τ’. L., t.cxxxv, col. 832; Luitprand, Historia gestorum regum et imperatorum, seu Antapodosis, I. Ill, c. xliv, xlv, P. L., t. cxxxvi, coi. 853; Henoit de Saint-André, Chronicon, c. xxx, P. L., t. cxxxix, coi. 41 sq.; Muratori. Annal, d’llalia, an. 931, t. xm, p. 162sq.; Novaès, Storia de’ Romani Ponte/lci, t. u, p. 169. Le rôle néfaste de Marozie ne finit point avec la mort de son fils Jean XL Les quatre successeurs de celui-ci, Léon VII (936-939), Étienne IX (939-942), Marin II (942-946), Agapet II (946-945), furent élus par son influence, ou par celle de sa sœur Théodora, toutes deux, quoique rivales entre elles, âme du parti national italien anti-allemand. Le cinquième succes­ seur de Jean XI fut un fils de son frère Albéric, petitfils par conséquent de .Marozie, jeune laïque de dixneuf ans, qui, en montant sur le siege de saint Pierre, se fit appeler Jean Xll (955-964). Que pouvaient être de tels pontifes? Cependant, ces papes, pour la plupart, furent meilleurs qu’on aurait droit, ce semble, de le supposer, en considérant de quelle façon ils arrivèrent au pontificat suprême. Long­ temps on ne les a connus que par les diatribes de Luitprand, évêque de Crémone (f 972), qui, tout dévoué au parti allemand, a écrit en style de pamphlétaire les vies des pontifes, appartenant au parti italien. Flodoard de Keims (j- 966) est plus impartial, et, dans ses chro­ niques, les papes souvent paraissent sous un jour bien différent. Malheureusement il ne dépasse pas l'an 939. Il nous apprend que Léon VII, le successeur de l’indigne Jean XI, fut un homme doué de vertus vraiment sacer­ dotales. Jamais il n'avait aspiré aux honneurs. Dans ce siècle de simoniaque ambition, il se montra si opposé au choix qu’on venait de faire de sa personne, qu’on fut obligé de le porter, comme malgré lui, sur la chaire de saint Pierre. Flodoard, qui l’avait connu personnelle­ ment, trace de lui le plus bel éloge. De Christi trium­ phis apud Italiam, I. XII, c. vu, P. L., t. cxxxv, coi. 832. Étienne IX parait avoir été un digne pontife, malgré les accusations formulées contre lui par Martinus Polus, reproduites par Baronius, Annal, eccl., an. 940, t. x, p. 718 sq., par Mozzoni, Tavole chronologiche, secolo x, p. 112. et par le Codex regius, Col. 120, verso; mais réfutées, avec une grande érudi- 2304 lion historique, par Muratori, Annal, d'italia, an. 939, t. xm, p. 201 sq., au senliment duquel se rangent Novaès, Storia de' Romani Pontefiei, t. n, p. 173, et Ciaconius, Vitæ et resgestæ summer, pontifie, roman., t. i, col. 708. Ce même auteur nous montre Marin II, successeur d’Étienne IX, comme un pontife unique­ ment occupé des intérêts de l’Église, et pouvant, par ses vertus personnelles, être surnommé le modèle des clercs et le père des moines. Cf. Ciaconius, op. cit., 1.1, col. 709. Son successeur, Agapet 11, fut digne de lui. Il s’occupa sérieusement de la réforme des laïques, des clercs et des moines. Cf. Zwetlens, Historia romanorum pontificum, P. L., t. ccxni, col. 1026. On ne peut en dire autant de Jean XII. Avant d’expi­ rer, le patrice Albéric, son père, frère de Jean XI, se sentant atteint d’une maladie soudaine, se lit transpor­ ter dans la basilique de Saint-Pierre, et, là, devant la Confession du prince des apôtres, fit jurer à tous les nobles de Rome d’élire comme pape son jeune fils Octavien, aussitôt après le trépasd’Agapet II. Ce serment sacrilège fut prêté et tenu. Quelles mœurs et quel temps! Fut-elle canonique l’élection de Jean XII, accomplie dans de telles conditions? Ce problème historique n’a pu être encore résolu, mais tous les chroniqueurs s’accordent â dire que, pape ou antipape, ce fils d’Albéric et d’une concubine ne fut qu’un pontife misérable, sanguinaire et débauché, protervum et sceleratum pontificem. Cf. Codex regius, folio 120, verso; Benoit de SaintAndré, Chronicon, c. xxxv, P. L., t. cxxxix, col. 46 sq. ; Luitprand, De rebus gestis Ottoni Magni, impe­ ratoris, c. iv, P. L., t. cxxxvi, col. 900; Zwetlens, Historia romanor. pontificum, P. L., t. CCXltl, col. 1026-1027; Watterich. op. cit., t. i, p. 45-49. VIII. Les Césars allemands et le trône pontifical (963-1058). - A ce moment, dans l’Europe centrale, se constituait une puissance désireuse d’abattre la féo­ dalité italienne, de s’enrichir de ses dépouilles et d'accaparer, â son four, la papauté. Né en 912, Othon I", fils d’Henri l'Oiseleur, avait été élu roi de Germanie, à l'âge de vingt-quatre ans, en 936. Les succès mili­ taires lui avaient mérité bientôt le titre de Grand. Ayant épousé, en 951, Adélaïde, veuve de Lothaire, roi des Lombards, il trouva le prétexte qu’il cherchait depuis longtemps d’intervenir dans les affaires d’Italie. Il en profita, l’année suivante, pour solliciter du pape Agapet la couronne impériale, en retour de la protection qu’il lui offrait. Quoique, depuis un demi-siècle, le saintempire romain n’eût plus de titulaire, le pape refusa. Il prévoyait sans doute que la protection des Césars alle­ mands serait funeste à l’Eglise. Mais ce qu'il n'avait pas voulu faire, son indigne successeur s’empressa de l’accomplir. Jean XII était surtout guerrier. Il marchait à la tête de ses troupes, épée à la iqain et casque en tête. Battu par Pandolphe, prince de Capoue, et, dès lors, impuissant à lutter contre ses ennemis, il demanda secours à Othon le Grand, et le couronna empereur en 962. Il conclut avec lui un traité d’alliance, et renou­ vela le décret d’Eugène II, stipulant que, dans l’avenir, aucun pape élu ne serait consacré sans la présence des envoyés de l’empereur. Ainsi, c’était le porte-drapeau de la féodalité italienne qui appelait les étrangers en Italie. A peine Othon s’était-il éloigné de Rome, que Jean XII changeait d’avis, et s'unissait â d’autres seigneurs pour essayer de chasser tous les Allemands hors de la péninsule. Outré de ce manque de parole, non moins que de la conduite scandaleuse de Jean XII, dont il rougissait lui-même, Othon revint à Rome et y entra parla violence. Dans un conciliabule d'évêques, qu'il présida dans la basilique de Saint-Pierre, il fit déposer Jean XII, comme coupable d’immoralité, de simonie, d’homicide, de parjure, d’inceste et de crimes de toutes sortes. A sa place, il fit élire Léon VIII (963-965). En 2305 2306 ÉLECTION DES PAPES supposant que l'élection de Jean XII eût été canonique, nul ne pouvait le déposer, et Léon VIII, élu de son vivant, n’était qu'un antipape. Dans l'hypothèse, au contraire, que l'élection de Jean XII eût été nulle, par suite de manque de liberté dans l’expression des suf­ frages. celle de Léon VIII, pour le même motif, n'était pas plus valide. Aussi, quand la mort inopinée de Jean XII (964l fut survenue dans des circonstances infamantes, dit I.uilprand, De rebus gestis Oltonis Magni, c. XX, L., t. cxxxvi, col. 908, les Romains, qui délestaient la domination tudesque,s'empressèrent, en l’absence d’Othon, d'élire Benoit V, homme recom­ mandable, dont tous les auteurs, même les Allemands, s'accordent a reconnaître les mérites et les héroïques vertus, confirmées par le don des miracles et de pro­ phétie. Mais Othon, pour soutenir sa créature, revint assiéger Rome, s'en empara le 23 juin 964, envoya Benoit V en exil, ou il mourut l'année suivante (965), et remit Léon VIII sur la chaire de saint Pierre, Cf. Codex regius, fol. 122, verso; Zwetlens, Historia romanor. pontifie., P. L., t. ccxm, col. 1027; Benoit de Saint-André, Chronicon, P. L., t. cxxxtx. col. 48; Novaès, Storia de' Romani Pontefici, t. u, p. 182; Wal­ terich, or. cil., t. I. p. 49. L'antipape fut reconnaissant à l'empereur. Par un décret promulgué en concile, il lui accorda, à lui et à ses successeurs, le droit de nommer lui-même le pape, les archevêques et les évêques: Domino Othoni primo ejusque successoribus concedimus in perpetuum facul­ tatem summæ sedis aposbdicæ ontificem ordinandi, ac per hoc archiepiscopos et episcopos, ut ipsi ab eo investituram accipiant, et ut nemo deinceps, cujusque dignitatis wl religiositatis, eligendi vel patricium, vel pontificem summæ sedis apostolicæ, aut quem­ cumque episcopum ordinandi habeat facultatem, absque consensu ipsius imperatoris. Quod si a clero et populo guis eligatur episcopus, nisi a supradiclo rege laudetur et investiatur, non consecretur. Si quis contra hanc regulam aliquid molietur, hunc excom­ municationi subjacere decernimus, et nisi resipuerit, irrevocabili exilio puniri, vel ultimis suppliciis affici. Cette pièce stupéfiante de servilisme nous a été conservée dans la collection de Gralien. à titre de document historique, sans doute, part. I. dist. LXUI, c. 23. t. t, col. 211. Cf. Perl/. Monumenta Germanise historica, I. tv, Append., p. 158, 166. Cet acte, de nulle valeur au point de vue du droit, puisqu'il émanait d'un antipape, livrait cependant l’Eglise à Othon, qui avait la ferme intention de s'en servir. En parlant de Rome et en remontant vers la Haute-Italie, il commença par distribuer lesabbayes et les évêchés à ses amis, à ses alliés et à ses courtisans. C'est ainsi que le pamphlétaire I.uilprand fut pourvu de l'évêché de Crémone. Le rêve d’Othon était réalisé : il était, â la fois, pape et empereur, puisqu’il pouvait, à sa guise, nommer ou déposer le souverain pontife, et instituer les évêques. C'est ainsi qu’il concevait la res­ tauration de l'empire romain, dont Charlemagne avait eu une idée toute différente. C'est ainsi que le conçurent les Césars allemands ses successeurs; et c’est de cette ambition sans limites que naquit la lutte séculaire entre le sacerdoce et l’empire. A la mort de Léon VIII, Othon désigna au choix des électeurs l’évêque de Narni, qui prit le nom de Jean XIII (965-972). C'était un homme recommandable par ses vertus, mais la protection de l'empereur alle­ mand lui valut l'animosité des Romains, car la noblesse italienne, accoutumée à dominer la ville éternelle, ne pouvait s'accommoder du rôle effacé auquel on la ré­ duisait. Accablé de mauvais traitements, Jean XIII fut exilé en Campanie, d'où Othon le lit revenir. Rentré à Rome, il couronna empereur Othon II, dit le Roux, tils d’Othon le Grand, qui mourut quelques années plus DICT. UE THÉOL. CATHOL. tard, en 973. Cf. Codex regius, fol. 122; Zwetlens. Historia romanor. pontifie., P. L., t. ccxin, col. 1028; Walterich, op. cil., t. I, p. 64-65,86. Avantde mourir, Othon le Grand eut encore le temps de donner un successeur à Jean XIII. Ce fut Benoit VI (973-974), qui fut. lui aussi, pour le même motif, l’objet de la haine des Romains. Il fut jeté en prison et étranglé par les ordres de Crescentius de Nomentum, petit-fils de la fameuse Marozie, par sa mère Théodore, et qui prétendait exercer à Rome cette dictature qui avait été si longtemps l’apanage des Albérics de Tuscu­ lum. A la place de Benoît VI assassiné, les Crescentii élurent Boniface VII (974-975); mais les partisans de l’empire lui opposèrent Benoît VII, de la famille des Albérics de Tusculum (974-983). Codex regius, fol. 122. verso, el 123; Bonizo, Liber ad amicum, 1. IV, P. L., t. cl, col.815; Zwetlens, Historia roman. pontif.,P. L., t. ccxin, col. 1028; Novaès, Storia de' Romani pontefici, l. il, p. 190; Watterich, op. cil., 1.1, p. 65 sq. Le trouble était partout, non seulement à Rome, mais dans toutes les cités italiennes, dont les habitants, profitant de la mort du grand Othon et de la jeunesse de son fils, qui n’avait qu'une vingtaine d’années, couraient de tous côtés aux armes, pour secouer le joug abhorré des Allemands. L'Italie septentrionale, ancienne Lombardie, formait un fief des Othons. tandis que, dans l'Italie méridionale, la Calabre et l'Apulie dépendaient encore des empereurs de Constanlinop’e, et que la Sicile était au pouvoir des Sarrasins. Le domaine temporel du Saint-Siège était comme une en­ clave, entre les deux empires d'Occident et d’Orient, dont les provinces extrêmes venaient loucher ses fron­ tières. ou n’en étaient séparées que par quelques petites principautés indépendantes, comme celles des princes de Capoue et de Naples, ou des ducs de Bénévent. Mais les deux empereurs convoitaient Rome. Pour y être maîtres absolus, les Allemands voulaient chasser complètement les Grecs du midi de la péninsule, tandis que les Grecs considéraient comme des usurpateurs les Allemands installés en Lombardie. En 981, Othon II fit une expédition en Calabre. Il y remporta d'abord de brillants succès contre les Grecs et les Sarrasins réunis, mais éprouva ensuite de terribles revers. Tandis qu'il se trouvait » Rome, pour réorganiser son armée, Benoit VII mourut. L’empereur le fit remplacer par son chancelier Pierre de Canevanovo. év< que de Pavie, qui prit le nom de Jean XlV (983-984). Ce vertueux pontife fut, comme ses prédécesseurs, haï des Romains, qui ne voyaient en lui qu'un ami du part allemand. Othon II étant mort sur ces entrefaites, à l’âge de vingthuit ans, les Grecsvainqueurs ramenèrent de Constan­ tinople, où il s’était réfugié, l'antipape Boniface VII, qui fit égorger le pontife légitime, Jean XIV, et mourut lui-même peu après, frappé d'un coup d'apoplexie foudroyante (juillet 985). Cf. Codex regius, M. 123 sq.; Zwetlens, loc. cit., col. 1028; Tbietmar, Chroni' on. I. III, P. L., t. cxxxix. col. 1241 ; Novaès, t. n, p. 194; Walterich, t. i, p. 66, 87. Othon III, le nouvel empereur, n’avait que trois ans. La féodalité italienne, n'ayant rien â craindre de ce* enfant, n'avait pas à se gêner. Jean XV, pape ou anti­ pape, fut élu, sous l'intluence de Crescentius, mais il mourut quatre mois après. Cf. Marianus Scotius, Xotitia historica et litteraria, P. L., t. cxi.vn, col. 611, note38; Honorius d'Autun, Catalog, pontifie, romanor., P. L., t. ci.xxn, col. 244; Godefroide Viterbe. Pantheon, seu memoria sæculorum, part. XX, P. L., t. cxcvm, col. 1043; Muratori, Rerum Halicarum scriptores, 25, in-fol.. Milan, 1723-1751, t. ni, part. II, p. 334; A. Pagi, Critica, t. i, p. 163 175; t. iv, p. 52; F. Pagi, Breviar. pontifie, roman., t. n, p. 253. Le pontificat de JeanXV fut tellement court que plusieurs auteurs modernes, des allemands surtout, ont douté de son existence IV. - 73 2307 ÉLECTION DES PAPES Cf. Wilmans, Jahrbûcher des deutschen Reichs tinter Otto III, p. 208-21 i ; Jaffé, Regesta romanor. pontifie., p. 337; Watterich, o/>. cit., 1.i, p. 67. Jean XVI lui succéda (985-996). Homme vraiment vertueux et de grande érudition, il eut à souffrir beau­ coup du cruel patrice Crescentias. Grégoire V, qui monta après lui sur la chaire de saint Pierre (996999), était petit-fils d’Othon le Grand, par sa mère Judith, duchesse de Franconie. Cousin et archi-chapelain de l’empereur Othon III, il était instruit et de mœurs austères. Malgré sa grande jeunesse, car il n'avait que vingt-quatre ans, il se montra digne de sa sublime mission. Son mérite n’empêcha pas Crescentius de le chasser de Rome, pendant l'absence d’Othon Ill, et de lui opposer comine antipape un grec de Calabre qui se fit appeler Jean XVII. Othon revint aussitôt à la tête de son armée, s’empara du château Saint-Ange, mit à mort Crescentias, et rétablit Grégoire V, qui mourut peu de temps après, à l’âge de vingt-huit ans. Ce court pontificat terminait le triste x' siècle, le plus sombre de l’histoire des nations chrétiennes, siècle qu’on nomma le siècle de fer, mais que, selon une re­ marque de Baronins, on aurait plus justement encore nommé siècle de plomb, tant les caractères y furent abaissés. Cf. Codex regius, fol. 128, verso; Sancti Adalberts Pragensis episcopi Vita, P. L., t. cxxxvn, col. 876-880; Abbon de Fleury, Epist., xv, P. L., t. cxxxix, col. 460; Zwetlens, Histor. romanor. ponti­ fie., P. L., t. eexm, col. 1029; Novaès, Storia de’ Ro­ mani Pontefici, t. π, 196-198, 201 ; Wattei ich, 1.1, p. 87. Le xi' siècle s’ouvrit par le glorieux, mais trop court pontificat de Sylvestre II (Gerbert), l’homme le plus savant de son époque (999-1003). Son élection fut l’œuvre d’Othon III, son ancien élève. Comme Français et ami de l’empereur, il se vit, malgré ses éminentes qualités, en butte aux mauvais traitements des Romains qui se révoltèrent plusieurs fois contre lui. Crescentius avait un successeur dans le cruel Grégoire, comte de Tusculum, ennemi acharné de toute inlluence étrangère, et qui devint bientôt tout-puissant, car l’empereur Othon III mourut, le 22 janvier 1002, âgé de vingt-deux ans à peine. L’année suivante, Sylvestre II le suivit dans la tombe (12 mai 1003). Grégoire de Tusculum aurait voulu placer l’un de ses deux fils sur la chaire de saint Pierre; mais ils étaient encore trop jeunes. Il attendit donc et présenta successivement au choix des électeurs deux candidats également recommandables par leurs vertus : Jean XV11I, qui ne fit que passer sur le SaintSiège (du 13 juin au 7 décembre 1003), et Jean XIK (1003-1009),qui, après un pontificat de cinq ans et demi, abdiqua volontairement, et se retira au monastère de Saint-Paul-hors-les-Murs, pour y finir ses jours dans la retraite. Après lui, Sergius IV occupa avec honneur le siège pontifical pendant trois ans (1009-1012), mais sa mort prématurée permit au comte de Tusculum de réaliser enfin son ambitieux projet et déplacer succes­ sivement ses deux fils sur le trône pontifical. Cf. Codex regius, fol. 124, verso; Zwetlens, Histor. rom. pontif., P. L., t. ccxitt, col. 1030; Thietmar, Chrotiicon, I. VIVII, P. L., t. cxxxrx, col. 1360 sq. ; Novaès, t. n, p. 209, 211, 213, 214; Watterich, t. i, p. 89; Pertz, Monumenta Germanise historica, t. XI, p. 542. Le fils aîné du comte de Tusculum fut Benoit VIII, qui régna douze ans (1012-1024). Malgré la puissance de son père, il fut chassé pendant quelque temps par la faction rivale : celle de Jean, duc de Spolète, et de son frère Crescentius, qui se faisait appeler préfet de Rome. Un antipape lui fut même opposé, mais il finit par en triompher. Ces luttes montrent bien que la féodalité italienne relevait la tète, et voulait supplanter les Césars allemands dans leur rôle de tuteurs de la papauté. Elle espérait en disposer désormais à son gré, comme elle l’avait fait durant presque tout le x' siècle. 2308 Benoît VIII, quoique imposé par son père, parait cependant avoir été un digne pontife. Au témoignage de saint Pierre Damien, qui fut presque son contem­ porain, il édifia l’Eglise par son zèle et sa vertu. Cf. S. Pierre Damien, Vita sancti Odilonis, P. L., t. cxt.iv, col. 937. Il eut la gloire de couronner empe­ reur le roi de Germanie, saint Henri, qui professait pour lui la plus grande estime, et vint à Rome avec sa virginale épouse, sainte Cunégonde, en 1014. Après son couronnement, l’empereur, par un diplôme solennel, confirma les droits de l’Église romaine, et déclara que l’élection devait être librement faite par le peuple et le clergé de Rome. Ce document important a été publié par Labbe, Sacrosancta concilia, t. tx, col. 813. Cf. Pertz, Monumenta Germanise historica, t. tv. Append., p. 173. Le frère et successeur de Benoit VIII, Jean XX (1024-1032), était simple laïque quand il monta sur la chaire de saint Pierre. Un chroniqueur, Raoul Glaber, a écrit qu’il n’aurait obtenu le SaintSiège qu’à prix d’argent, et Baronius, à sa suite, a re­ produit cette accusation de simonie. Cf. Raoul Glaber. Histor., 1. IV, c. I, P. L., t. CXLII, col. 672; Baronius. Annal, eccles., an. 1024, t. xi, p. 80. Mais tous les au­ tres chroniqueurs taisent cette circontance. et louent, au contraire, Jean XX de son esprit de foi et de son zèle apostolique. Son pontificat ne fut certainement pas sans gloire, et, dans son ensemble, fit oublier ce que son début avait présenté de suspect. Cf. Bonizo, Ad ami­ cum, 1. V, P. L., t. cl, col. 8l6sq. ; Zwetlens, Historia romanor. pontifie., P. L., t. ccxin, col. 1030. Depuis vingt ans, les Conti de Tusculum, par deux des leurs, occupaient le Saint-Siège. Ils s’étaient habi­ tués à le considérer comme un bien de leur famille; ils ne voulurent donc pas s’en dessaisir. Le comte Albéric, frère de Jean XX, ne rougit pas de proposer au choix des électeurs son fils Théophylacte, neveu dus deux précédents pontifes. C’était un enfant de dix ans, mais la crainte qu’inspirait son père, et l’or qu’il semait à pleines mains lui valurent de nombreux suffrages. Théophylacte devint donc l’intrus Benoit IX. Vu sa grande jeunesse, on ne crut pas opportun de lui con­ férer encore les ordres s-crés. En attendant qu’il eût terminé ses éludes et atteint sa majorité, son père se chargea de gouveruer l’Église et de l’administrer, au nom de son fils mineur. Mais cet enfant, que la simonie avait coiffé de la tiare, n’eut jamais l’ombre de voca­ tion, même à la simple cléricalure. Il avait en horreur les fonctions ecclésiastiques, et ne songeait qu’à ses plaisirs. En grandissant, il devint non pas meilleur, mais pire; ses passions grandissaient avec lui, et il s’y laissait aller avec l’entraînement effréné d’une fou­ gueuse jeunesse. Son élection, nulle dans le principe, car le Saint-Siège ne saurait être mis à l’encan et vendu au plus offrant, ne fut jamais ratifiée, dans la suite, par le clergé et le peuple romain. Le clergé, qu’il déshono­ rait par ses débordements, n’eut jamais pour lui que du mépris; et le peuple, dont, par ses crimes, il s’était fait le bourreau, ne professa toujours pour lui que de la haine. Par ses excès, il ne rappelait que trop Jean XII, comme ie monstrueux attentat d’Albéric contre l’indépendance et la dignité du Saint-Siège ne rappelait que trop ceux de Marozie, au siècle précé­ dent. Ce débauché ne se maintint si longtemps sur le trône de sainl Pierre que grâce à la terreur qu’inspirait son père, au sein de l’anarchie universelle. Le succes­ seur de saint Henri, le roi Conrad, en butte à de grandes difficultés dans son royaume de Germanie, avait trop besoin de ménager les Conti de Tusculum. Puisque Benoit IX était leur pape, il le leur laissa pour ne pas augmenter le nombre de ses ennemis, déjà for: considérable. Tout semblait conspirer contre la liber: de l’Église. Sur le triste état de Rome et de son terri­ toire, où les bandits pullulaient alors pour piller et 2309 ÉLECTION DES PAPES 2310 assassiner les pèlerins jusque dans les basiliques, on même qui devenait ainsi le principal, ou, pour mieux peut lire les chroniqueurs, Guillaume de Malmesbury, dire, l’unique électeur. Cf. Sigebert de Gembloux. Gesta reg. Anylor., I. H, c. cci, P. L., t. clxxix, Chronic., P. L., t. clx, col. 209. col. 1183-1188, et Othon de Frisingen, Chronicon, Le pontilicat de Clément II promettait d'être fécond, 1. VII, c. xxxii, dans Watterich, t. i, p. 712. A Rome, mais ce pape mourut subitement, neuf mois après son les habitants des divers quartiers se livraient des ba­ intronisation (9 octobre 1047), empoisonné, dit-on. par tailles sanglantes, car, malgré la puissance de son des affidés des comtes de Tusculum, qui ne pouvaient père, l’autorité de Benoit IX n’était pas reconnue par souffrir que le pontificat eût été enlevé à leur famille, tous. On lui opposa jusqu’à quatre concurrents, parmi pour passer à un étranger. Cf. Lupus Protospalhaire, lesquels Sylvestre ill (1045). Benoit IX fut même Chronic., P. L., t. Ci.v, col. 135; Muratori, Annali chassé de Rome, mais ii revint bientôt à la tète d’une d'Italia, an. 1047, t. xv, p. 21. Benoit IX profita de troupe de pillards, et, de nouveau, s’empara du trône cette mort, pour s’emparer une troisième fois du trône pontifical. Pendant quelque temps, il y eut trois anti­ pontifical. Il se maintint par la force des armes dans le papes à Rome, se partageant entre eux les basiliques palais de Latran, jusqu'à ce qu’il en fût définitivement patriarcales et leurs revenus; mais ils ne valaient pas chassé par les troupes du duc de Toscane, auquel plus les uns que les autres, menant également une vie I Henri III avait donné l'ordre d’expulser l’intrus aussi infâme que criminelle. Benoit IX siégeait à Saint(17 juillet 1048). Benoit IX n’avait encore que vingtJeande-Latran; un autre à Saint-Pierre, et le troisième sept ans. Vers la fin de sa vie, il se retira dans le mo­ à Sainte-Marie-Majeure. Puis, tous les trois furent ren­ nastère de Grotta-Ferrata, pour y faire pénitence. Le versés par le peuple romain, et un quatrième élu à pontife, désigné au choix des électeurs par Henri III, leur place. Ce fut Grégoire VI, qui, intronisé le 5 mai 1 fut un prélat de son empire, Poppo, évêque de Brixen, 1045, parait avoir été un sage pontife; mais, un peu qui s’appela Damase II, mais qui mourut subitement, par force, et un peu par humilité, il abdiqua l’année une vingtaine de jours après son intronisation (9 août suivante, au concile de Sutri, réuni par l’ordre du roi 1048). On crut généralement qu’il fut, lui aussi, em­ de Germanie, Henri III, tils et successeur de Conrad. poisonné, car à cette époque, remarque Muratori, le Grégoire VI se retira dans le monastère de Cluny, en poison jouait un grand rôle dans les événement*. et France, emmenant avec lui son secrétaire, le jeune les Italiens étaient passés maîtres dans l’art horrible Hildebrand, âgé alors de vingt-cinq ans, et que Dieu de s’en servir. Cf. Muratori, Annali d'ilalia, an. 1018, avait choisi pour relever son Église el porter le remède t. xv, p. 25. A la nouvelle de cette mort effrayante, dit â tant de maux. Le futur Grégoire VII allait se former, I un chroniqueur contemporain, les évêques allemands â son insu, auprès de saint Odilon, abbé du fameux tremblèrent par delà le» Alpes, et ne se sentirent plus monastère, à la grande mission que la Providence lui le courage de venir à Rome chercher les honneurs de réservait. Pendant ce temps-là, le désordre ne dimi­ la papauté. Cf. Bonizo de Sutri, Ad amicum, I. V, nuait guère à Rome. Benoit IX avait abdiqué, lui aussi ; P. L., t. cl, col. 820. De fait, cette mort fut suivie mais c’était pour épouser sa cousine, dont il s’était o ne vacance de neuf mois, pendant laquelle les épris, fille du comte Gérard de Saxe, et que celui-ci, comtes de Tusculum essayèrent de ressaisir le pouvoir par un reste de pudeur, ne voulait lui donner qu’à et d’exercer encore leur cruelle tyrannie. cette condition. Le mariage n'ayant pu se faire, Benoit IX. L’œuvre d’Hildebrand. Restriction du corps ÉLECTORAL. L’ÉLÉMENT LAÏQUE COMPLÈTEMENT ET DÉFI­ reprit le pontificat qu’il continua à profaner par ses crimes et ses débauches. Cf. Codex regius, fol. 125; NITIVEMENT écarté (10591180). — Voilà dans quel Bonizo, Ad anticum, 1. V, De vita Christiana frag­ abîme de hontes et de crimes était tombé le centre de menta, P. L., t. cl, col. 817-819, 870; Raoul Glaber, la catholicité, parce qu’il n’y avait plus de liberté dans Histor., 1. IV, c. v; 1. V, c. v, P. L., t. cxlii, col. 679, les élections pontificales. Les papes n’étaient plus 698; S. Pierre Damien, 1. 111, epist. iv, P. L., t. cxliv, choisis que sous la pression de la puissance séculière, col. 297; Opusc. XIX, De abdicatione episcop., c. ni, qu'elle fût personnifiée dans les empereurs tudesques, P. L., t. cxlv, col. 428; Victor III, Dialog., L III, ou partagée entre les membres influents d’une féodalité P. L., t. cxLix, col. 1005; Zwetlens, P. L., t. ccxin, remuante et ambitieuse. L’antagonisme de race s’affi­ col. 1031 ; Watterich, t. 1, p. 70. chait à chaque vacance du siège apostolique. Ce que Cette nouvelle intrusion de Benoit IX ne dura pas l’on cherchait, ce n’était pas le bien général de l’r.glise, longtemps. L'empereur Conrad était mort, en 1039. ni la gloire de Dieu, ou le salut des âmes, c’était le Son fils Henri Ill, roi de Germanie, avait d’autres sen­ triomphe d’un parti, ou l’intérêt d’une famille princiere. timents. Il fit déposer l’intrus, et désigna pour le rem­ Ces dissentiments étaient aussi profonds qu'ils étaient placer l’Allemand Suidger, archevêque de Bamberg, persistants. Les Allemands méprisaient les Romains que les Romains acceptèrent, et qui prit le nom de comme des êtres versatiles, trompeurs, vicieux; les Clément II (1046). C’était un digne prélat, et, quoique Romains haïssaient les Allemands comme des enva­ élu d’un consentement unanime, il opposa longtemps hisseurs injustes, dont rien ne justifiait la présence une vive résistance. Cf. Herman Contract, Compend. dans la péninsule. Il est merveilleux que des élections Hernoldi, P. L., t. cxliii, col. 246. H sacra Henri III faites avec ces préoccupations mesquines ou crimi­ nelles n'aient pas causé la ruine totale de l’Église. et empereur. Pour mettre à l'ambition des comtes de Tusculum et des autres seigneurs une barrière infran­ que le nombre des papes peu édifiants n’ait pas été plus considérable. Malgré les calomnies déversées chissable. il renouvela, en faveur de l’empereur Henri 111. le privilège autrefois accordé à Charle­ contre eux par des ennemis politiques, l'histoire mieux magne : celui de conlirmer l’élection des souverains informée se montre de moins en moins sévère contre eux, et apprécie davantage leur caractère et leur action. pontifes. C’était, vu les circonstances, une mesure Si l’on excepte les deux ou trois que nous avons indi­ utile et qui devait produire de bons fruits, tant que qués et dont nous n'avons pas caché les torts, les autres l’empereur serait un prince sage et modéré, comme furent vertueux, animés d’excellentes intentions, et, Henri III; mais elle devait devenir un instrument en général, supérieurs à leurs contemporains. Quelquesd’oppression, quand l’empereur serait un tyran, ce uns furent vraiment dignes du pontificat suprême. qui arriva bientôt avec Henri IV, l'indigne fils 11 n’en était pas moins incontestable cependant, que d’Henri III. Le danger était d’autant plus grand que les Romains, dans le désir de la paix, firent alors le le système traditionnel des élections populaires, qui, serment de n’élire jamais un pape, sans le consente­ à l'origine et pendant plusieurs siècles, avait porté sur ment de l'empereur. Kn somme, c’ tait l’empereur luila chaire de Pierre tant de saints et glorieux pontifes. 2311 ÉLECTION DES PAPES apparaissait de plus en plus comme un danger, depuis qu’il avait été vicié par l'immixtion de la politique au sein de l’assemblée délibérante. C’est de là que prove­ naient l'avilissement de la papauté et l'affaiblissement de son action salutaire dans le monde, à cette période de transition qui suivit la dislocation du grand empire de Charlemagne. Les hordes barbares, qui si souvent avaient envahi l’Europe, s’y étaient établies. Si, au contact des peuples policés qu’elles y trouvèrent, elles avaient perdu quelque chose de leur rudesse, elles n’avaient pas subi complètement encore l’influence de la civilisation. Leur instinct sauvage avait parfois, et trop souvent, de terribles réveils. Avant que de la fusion de tant d’éléments hétérogènes sortissent les nations modernes, il fallait encore des siècles de con­ flits inévitables. Voilà pourquoi les conditions de la société ayant si profondément changé, il convenait de modifier profondément aussi le système ancien des élections papales. Pour cela, il fallait un homme de génie qui se mît au-dessus des préjugés de son époque, et eût assez de force d’àme pour ne pas craindre de heurter de front les passions indomptées de ses contemporains. Le danger pour l’Église était grand. Il allait devenir plus pressant encore. L’empereur Henri III qui se trouvait investi du droit exorbitant de choisir le pontife romain, était sur le point de re­ mettre son sceptre aux mains de son indigne fils Henri IV, qui, pendant un règne d’un demi-siècle, per­ sonnifiant toutes les usurpations d’un despotisme sans conscience, tenterait constamment d’asservir l’Eglise, en usant contre elle de ce privilège que ses prédéces­ seurs avaient reçu uniquement pour garantir sa liberté. Hildebrand devait faire accepter, malgré les préten­ tions du césarisme allemand et les ambitions féodales, que les élections pontificales ne fussent plus l’œuvre du suffrage universel, mais du suffrage restreint d’un corps électoral qui serait purement ecclésiastique, et dont l'élément laïque serait à jamais banni. Après la mort terrifiante de Damase II, aucun des évêques allemands auxquels Henri III en fit la propo­ sition n'accepta de venir à Rome ceindre la tiare. Vers les derniers jours de l’année 1048, l’empereur, dans la diète de Worms, désigna son cousin, Bruno, évéque de Toul. Celui-ci refusa longtemps d’acquiescer au désir du prince, par un sentiment de réelle humilité. A la fin, vaincu par les instances réitérées des évêques et des députés romains qui étaient venus demander à Henri III de leur choisir un pontife, il accepta d'aller à Rome, mais en affirmant qu’il ne se considérerait comme pape qu'après une élection canonique, faite bien librement et spontanément par le clergé et le peuple romain. En passant par Cluny, il prit Hilde­ brand, et tous deux entrèrent dans la ville éternelle en habits de pèlerins. Bruno y était déjà connu. Par un consentement unanime, le clergé et le peuple lui don­ nèrent leur suffrage. Ainsi fut élu souverain pontife, saint Léon IX (1049-1054). H retint près de lui un autre saint pour en faire son premier ministre et son conseiller intime, le sous-diacre Hildebrand, le futur Grégoire VH. Cf. Codex regius, fol. 126; Wibert, archidiacre de Toul, Vita S. Leonis IX, 1. II, c. Il, P. L., t. cxlii, col. 487 sq. ; Bonizo de Sutri, Ad ami­ cum, I. V, P. L., t. cl, col. 821 ; Bruno de Segni, Vita S. Leonis IX, dans Watterich, t. I, p. 96 sq. Quand saint Léon IX mourut, le clergé aurait désiré Hildebrand pour pape. Celui-ci refusa avec instances, mais fut chargé d’aller en Allemagne à la tête d’une députation du clergé romain, pour s’entendre avec l’empereur sur le choix du nouveau pontife. Il se pro­ posait d’agir sur l’esprit du prince, pour l’amener, par la persuasion, à renoncer de lui-même au prétendu droit qu'il croyait avoir de présider les élections pon­ tificales, et d’y jouer le rôle prépondérant. Hildebrand 2312 apporta tant de sagesse dans cette difficile négociation qu’il réussit au delà de toute espérance. Il obtint que l’empereur se désisterait, et laisserait aux députés ro­ mains le soin de choisir le pontife. Hildebrand eût dès lors été élu, s’il y eût consenti, mais il ne voulait pas laisser croire aux hommes d’État de l’empire qu'il avait travaillé pour lui-même. Donnant aux évêques de cour une preuve éclatante de son désintéressement, il déclara à la diète de Mayence (septembre 1054), que les députés romains choisissaient pour pape Gébéhaid, évéque d’Eichstosedt, archichancelier de l’empire. En désignant ainsi un prélat plein de mérites, mais dont la jeunesse promettait une longue vie, Hildebrand se fermait à lui-même la voie qui aurait pu le conduire à l’honneur du pontificat suprême. Gébéhard devint donc Victor II. 11 était digne de porter la tiare; mais il fut bientôt ravi à l'amour des Romains (1055-1057). Cf. Bonizo, Ad amicum, 1. VI, P. L., t. ci., col. 825; Giesebrecht, Geschichte der Kaiser, t. n, p. 469; ano­ nyme Haserensis, Lib. de episcop. Eichstetensibus, dans Watterich, t. I, p. 179. La mort imprévue de Victor II arriva un an après celle de l’empereur Henri III. Le successeur du mo­ narque défunt, et qui devait, dans la suite, faire tant de mal à l’Église, Henri IV, n’était encore qu'un enfant de cinq ans. L’élection pontificale se lit donc à Rome sans aucune difficulté. Frédéric, des ducs de Lorraine, alors abbé du Mont-Cassin, devint pape, sous le nom d’Étienne X; mais il mourut sept mois après (22 mars 1058). Avant d’expirer, il défendit, sous peine d’ana­ thème, au clergé et au peuple romain, de procéder à l'élection pontificale, avant le retour du cardinal Hilde­ brand, qu’il avait envoyé en Allemagne pour aider le conseil de régenceà surmonter les difficultésauxquelles donnait lieu la minorité du jeune Henri IV, que son père, en mourant, avait confié à la sollicitude du SaintSiège. Cf. Codex regius, fol. 126, verso; S. Pierre Da­ mien, 1. III, epist. iv, P. L., t. cxliv, col. 290; Léon d’Ostie, Chronicon Cassin., 1. 11, c. xcvm, P. L., t. clxxiii, col. 706; Bonizo, Ad amicum, 1. VI, P. L., t. cl, col. 826; Archives du Vatican, dans Watterich, t. i, p. 201. Cette recommandation du pontife expirant montrait combien grand était le crédit dont Hildebrand avait joui auprès d’Étienne X, comme auprès de Victor II et de saint Léon IX. Elle était justifiée, en outre, par les manœuvres ambitieuses des comtes de Tusculum, qui. depuis la mort de l’empereur Henri III, relevaient la tête et se proposaient d’accaparer encore la papauté à leur profit. En effet, à peine Etienne X avait-il fermé les yeux, que Grégoire de Tusculum, fils d’Albéric. à l'aide d’une troupe armée, s’empara du Latran, el ins­ talla de vive force, sur le trône apostolique, son cousin Jean, évêque de Velletri, qui prit le nom de Benoit X. Contre cette intrusion tous les cardinaux protestèrent avec saint Pierre Damien, évêque d’Ostie, auquel seul appartenait le droit d’introniser le nouveau pontife. Cf. Bonizo, Ad amicum, 1. VI, P. L., t. CL, col. 826; Léon d’Ostie, Chronicon Cassin., P. L., t. clxxiii. col. 706, 826. A son retour d’Allemagne, Hildebrand, en vertu du pouvoir que lui avait conféré Étienne X, convoqua â Sienne les cardinaux et les membres influents du clergromain. Dans ce synode présidé par lui, il fit acclamer le nom du Bourguignon Gérard, archevêque de Flo­ rence, dont l’élection fut ratifiée à Rome et qui s’appela· Nicolas II (1059-1061). Devant cette unanimité de suf­ frages, Benoit X prit la fuite et disparut. Cf. Léon d’Ostie, Chronic. Cassin.,}. Ill, c. xiv; Bonizo. loc. cit.. P. L., t. clxxiii, col. 724,826; Codex Archiv. Vatican dans Watterich, t. i, p. 208 sq. Le pontificat de Nicolas II ne dura que deux ans mais, malgré sa brièveté, il fut l’un des plus utiles a 2313 ÉLECTION DES PAPES l’Église. Trois mois après son intronisation (13 avril 1059), dans un concile tenu au Latran, et auquel assis­ tèrent cent treize évéques d'Italie, avec beaucoup d'abbés, de prêtres et de clercs de tout ordre, il pro­ mulgua la bulle In nomine Domini. Elle modifiait la législation des élections pontificales, d’après le plan conçu par Hildebrand qui en fut l'inspirateur. Cf. Phi­ lips, Kirchenrecht, t. v, p. 892; Hefele, Conciliengeschichte, t. iv, p. 806; Hinschius, System des kath. Kirchenrechls,t. i, p. 248. Le pape rappelait le schisme récent de Benoit X, les violences et les désordres qui I avaient accompagné. Pour prévenir le retour de pareils scandales, il déclarai! que l’élection du souverain pon­ tile appartiendrait désormais aux cardinaux-évêques. Quant aux autres membres du clergé, on pourrait, conlonnéinent aux traditions anciennes, leur demander d'adhérer a l'élection qui serait ainsi faite; mais ce ne serait là qu'une formalité accessoire : le rôle prépon­ dérant reviendrait aux cardinaux, et les autres n auraient qu'à suivre. Ideo religiosissimi viri (cardinales) præduees sint in promovendi pontificis electione; reliqui autem sequaces. Gf. Gratien, Decretum, part. I, dist. XXIII, c. 1, t. i, p. 71; Labbe, Sacrosancta con■dia, t. tx, coi. 1103-1104; Lunig, Cod. diplom. liai., t. iv, p. 4; Cæremoniale continens ritus electionis romam pontificis, Gregorii papae. XV jussu editum, 1.1, p. 2sq.; Philips, Kirchenrecht, t. v, p. 792; Hinschius, System des kath. Kirchenrecht», Berlin, 1869,1.1, p. 248; Pertz. Monumenta Germanite historica, 1. II, part. II, p. 177. Cette prépondérance accordée aux cardinaux mettait les élections futures à l’abri des tumultes populaires et des violences des laïques puissants. Bans une lettre au successeur de Nicolas II, saint Pierre Damien, faisant le commentaire de cette constitution, disait : Episcopo­ rum cardinalium fieri debere principale judicii;.v; secundo loco, ture præbeal clerus ASSENSUM ; tertio, i opularis favor attollat applausum, L 1, epist. xx, I. cxLtv, coi. 243. Ce texte montre bien que l'élection est le fait des cardinaux : ce sont eux qui jugent et décident, principale judicium. Ensuite, pour ne pas rompre trop ouvertement avec les traditions vénérables de l'antiquité, le clergé est invité à donner son adhésion, ou assentiment, assensum, et le peuple à applaudira l'élection déjà consommée, attollat applau­ sum. Ce n'est donc guère que pour la forme que l'on convie le clergé et le peuple. Refuseraient-ils leur adhé­ sion ou leurs applaudissements, l’élection n'en serait pas moins valide. Cette difference ou inégalité apparaît plus clairement encore dans la suite de la bulle. Si. à cause des troubles que des hommes pervers susciteraient à Rome, l’élec­ tion ne pouvait s'y accomplir librement, les cardinauxévêques étaient autorisés à se réunir, pour y procéder, dans tout autre lieu qu’ils jugeraient convenable, quelque petit que fût le nombre des clercs et des laïques pieux qui les j/ accompagneraient. C'est donc bien aux cardinaux qu'est dévolue l’élection : le rôle du clergé et du peuple est de plus en plus effacé. H e«l bien spécifié ensuite que c’est cette élection qui constitue le pape, et non la consécration ou l’introni­ sation. comme beaucoup se l’étaient imaginé aupara­ vant. S’il arrivait donc que celle-ci fût empêchée par les émeutes populaires, ou par les machinations cou­ pables de la puissance séculière, l’élu n’en serait pas moins vrai pape : electus tamen sicut verus papa obti­ net auctoritatem regendi Homanani Ecclesiam, el disponendi omnes facultates illius. Après avoir écarté du corps électoral le peuple et le clergé «le second ordre, il fallait aussi écarter l’empe­ reur lui même. C’était le plus difficile, car il importait de ne point provoquer le ressentiment des Césars alle­ mands. habitués à intervenir d'une façon si abusive 2314 dans l’élection des pontifes. Cette grosse difficulté fut résolue par la phrase suivante, où tous les mots sont pesés à leur juste valeur, et savamment combinés : Salvato debito honore et reverentia dilecti filii nostri Ilenrici, qui in praesentiarum rex habetur, et futurus imperator, Deo concedente, speratur; et jam sibi concessimus, sicut successoribus illius qui ab hac apo­ stolica sede personaliter hoc jus impetraverint. Le roi, ou l'empereur, ou leurs successeurs ne pourront donc intervenir dans l'élection qu’en vertu d’un privilège personnel librement accordé par le Saint-Siège, el non en vertu d’un droit de leur couronne. Ce privilège ne sera pas héréditaire, mais il n'appartiendra à leurs successeurs que s'il est renouvelé à chaque change­ ment de titulaire. C'est là un premier coup porté aux prétentions tudesques. Ce n'est pas le seul, car le privilège, même quand il existe, est renfermé dans de telles limites que pratiquement il se réduit à peu de chose. Ce n'est plus, en effet, la confirmation de l’élection : les termes qui pourraient le faire supposer ont été soigneusement écartés; c’est une concession purement honorifique : honore et reverentia, comme elle a été accordée au roi Henri, qui n’avait alors que huit ans. L'élection lui sera notifiée directement pour qu’il y adhère; mais, pas plus que le peuple, il n’a le droit de s’y opposer, puisque, en cas de retard, violences ou ruses pour empêcher la prise de possession, l'élu n’en demeure pas moins vrai pape : electus, sicut verus papa, obtinet auctoritatem. Que ce soit bien là le sens de la bulle, cela ressort de la lettre citée plus haut de saint Pierre Damien qui fut, avec Hildebrand, le collaborateur de Nicolas II dans la rédaction de ce document si important : regiæ celsitudinis consulatur auctoritas. S’il s’agissait d'un droit strict de confirmation ou de veto, le mol consulatur aurait été remplacé par un autre plus catégorique. Le même auteur fait bien remarquer ensuite que ce simple recours honorifique à la majesté royale doit être omis, si le retard qui en résulte présente un danger, nisi periculum fortassis immineat, quod rem quantocius accelerare compellat. S. Pierre Damien, loc. cit. II n’y a donc là aucun droit inhérent à la couronne de Germanie, cf. Scheffer-Boichorst, Neuordnung der Papstwahl unter Nicolas II, in-12. Strasbourg. 1879; ni à la couronne impériale. Martens, Besetzung des pâptsl. Sluhles unter Heinrich 111 und IV, 1885; ni à la dignité de patrice. Fetzer, Vorunlersuchungm sur Geschichte Alexanders II, in-8°, Strasbourg. 1887. D’ailleurs, à cette époque, Henri IV n’était pas encore empereur. C'était un enfant de huit ans. Son père, en mourant, lui avait bien légué la couronne de Germanie, mais non la couronne impériale qui n’était pas hérédi­ taire, car le pape se réservait le droit de la donner au prince chrétien qu’il choisissait pour protecteur de l’Église. C’est ce que Nicolas 11 laisse bien entrevoir, quand il dit que le jeune Henri est roi. et qu'on espere qu’il sera, un jour, empereur, futurus imperator, Deo concedente, speratur. Roi de Germanie par sa nais­ sance, il ne sera empereur que lorsque le pape l’aura couronné. Le pape espère qu'il pourra, un jour, lui accorder celte dignité, futurus imperator speratur; mais la chose n’est pas faite encore. Pour obtenir cette faveur, le jeune prince devra la mériter. Telle est cette mémorable constitution de Nicolas II. Hildebrnnd en fut le principal inspiratem·. et la fit observer dans les élections suivantes. La nouvelle légis­ lation garantissait l'indépendance de l’Église; aussi fut-elle loin de plaire à la cour de Germanie, qui voyait réduit ostensiblement à l’état de privilège personnel, révocable et purement honorifique, ce qu’elle avait cru un droit réel, sans limite, et inaliénable de ses souve­ rains. Comme le doute n’était pas possible sur le sens de la bulle, on se fâcha en haut lieu. Le conseil de 2315 ÉLECTION DES PAPES régence en arriva bientôt aux diatribeset aux menaces. Puis, comme les paroles ne suffisaient pas, les actes suivirent. Une diète composée de princes séculiers et de quelques évêques courtisans, par le plus monstrueux attentat, eut l'audace de prononcer, au nom d'un roi âgé de huit ans à peine, une sentence de déposition contre Nicolas II. Ordre fut donné â tout le clergé du royaume de taire son nom au canon de la messe. Nicolas II n’en resta pas moins le véritable pape, re­ connu comme tel par l'Église universelle. Une diète, moins encore qu’un concile, ne pouvait ni juger, ni déposer le vicaire de Jésus-Christ. Cf. S. Anselme de Lucques, Contra Wiberlum anlipapam, 1. II, P. L., t. cxtx, col. 464. Maiscetle tentative schismatique du conseil de régence fut cause que l’élection d'Alexandre II (1061-1073) ne lui fut pas officiellement notifiée. Cf. Muratori, Jterum Halicarum scriptores ab anno 500 ad antium 1500, t. iv, p. 431. Les seigneurs allemands s’en plaignirent amèrement. Saint Pierre Damien, au nom du nouveau pape, leur répondit et leur démontra péremptoirement que. par une telle atteinte à la liberté de l’Église, ils s’élaient rendus indignes de cette attention. Discept. synodal, inter regis advocatum et liomanæ Ecclesiæ defensorem, P. L., t. cxlv, col. 72, 75, 80. Le jour même des funérailles d’Alexandre II (22 avril 1073), Hildebrand, malgré sa vive résistance, était élu pape par acclamation, et prenait le nom de Grégoire VII (1073-1085). Pour ne pas punir Henri IV des crimes qu’il n’avait pas commis personnellement, mais qui étaient l’œuvre des membres du conseil de régence, Je nouveau pontife ne voulut pas le déclarer déchu du privilège accordé par Nicolas II. Il lui notifia donc son élection, à laquelle le jeune roi s'empressa d'adhérer. Mais les successeurs de saint Grégoire VII se dispen­ sèrent, dans la suite, de celte formalité, car Henri IV, devenu homme, perdit ce privilège, par ses crimes, ses débordements, et les nombreux antipapes qu’il suscita les uns après les autres. H prétendait au droit exclusif d’investiture des abbayes, des évêchés et de la papauté elle-même. Heureusement, la réforme profonde établie par le génie el la fermeté d’Hildebrand dans le mode des élections pontilicales, empêcha le persécu­ teur de faire asseoir sur la chaire de saint Pierre des intrus qui eussent été pires que Jean XII et Benoît IX. Il eut ses antipapes qu'il soutint par les armes dans des luttes mémorables; mais, par toute la chrétienté, ils furent considérés comme des antéchrists. L’Église universelle se rangea, au contraire, dans un sentiment unanime d'obéissance et de vénération, autour des légitimes successeurs de saint Grégoire VII, qui, vio­ lemment persécutés comme lui, furent les héritiers de sa gloire et de ses vertus. Dans ces temps troublés, on vit toute une série de saints et glorieux pontifes monter tour à tour sur le trône apostolique : le B. Victor ill, abbé du Mont-Cassin 1086-1087); le B. Urbain II, l'inspirateur de la première croisade (1088-1099); le B. Pascal II, persécuté par Henri V, comme saint Gré­ goire VII l'avait été par Henri IV (1099-1118); Gélase II, qui, pendant son court pontificat, résista vaillamment aux empiètements de la puissance sécu­ lière (1118-1119), et Calixte II (1119-1124), qui, parle concordat conclu avec Henri V, â Worms (1122), termina la longue lutte entre le sacerdoce et l'empire. C’était le triomphe des idées d'IIildebrand, mort depuis près d’un demi-siècle. Les Césars reconnaissaient le droit imprescriptible de l’Église : celui de procéder librement au choix de ses ministres de tout ordre et de leur conférer elle-même l’investiture spirituelle par la crosse et l'anneau. Cf. Labbe, Sacrosancta concilia, t. x, col. 889. Depuis lors, l’empereur ne s’attribua plus le princi­ pal rôle dans les élections pontificales. Les schismes, I 2316 produits par la création d’antipapes royaux ou impé­ riaux, devinrent de plus en plus rares. Le programme que le génie d’Hildebrand avait conçu, et dont son in­ vincible fermeté avait poursuivi la réalisation avec tant d’énergique persévérance, était désormais un fait ac­ compli. Les idées du grand réformateur entraient de plus en plus dans les mœurs, comme elles étaient entrées dans la législation. On n’aurait plus, dans la suite, qu a en préciser certains détails, à mesure que les circonstances l'exigeraient. Cf. Labbe, t. x, col. 1031 ; Fr. Pagi, Breviarium liistorico-chrouologico-criticum, pontificum gesta, conciliorum gener, acta... comple­ ctens, 6 in-4°, Anvers. 1717-1753, t. I, p. 669; Mabillon, Musæum italic., t. n, p. 115. X. L’œuvre d’Alexandre III. Le Sacré Collège CONSTITUÉ EN COUPS ÉLECTORAL. La MAJORITÉ DES DEUX tiers (1180-1268). — Selon les prescriptions de Nico­ las II, seuls les cardinaux-évêques devaient prendre part aux élections pontificales, d’une manière active. Cependant, peu à peu, les cardinaux-prêlres et les car­ dinaux-diacres crurent pouvoir donner, eux aussi, leurs suffrages. Aucun décret pontifical n’était venu encore légitimer cet usage, quand, à la mort d’Honorius II (1130), successeur de Callixte II, se produisit,au sein de l’assemblée électorale, une scission de laquelle naquit un schisme. La majorité des cardinaux-évêques élut Grégoire de Saint-Ange, qui prit le nom d'inno­ cent II, tandis que quelques cardinaux-prêtres et car­ dinaux-diacres donnèrent leurs suffrages à Pierre de Léon qui, pendant huit ans, prétendit être pape, et se fit appeler Anaclet II. Cependant la bulle de Nicolas II était formelle. Les cardinaux-prêtres et diacres n'avaient pas voix délibérative, mais seulement consultative. Pierre de Léon ne fut donc qu'un antipape. Cf. Ar­ nulf de Luxeuil, De schismate, c. tv, P. L., t. cct, col. 185 sq.; Mansi, Concil., t. xxt, col. 435. Trente ans plus tard, une difficulté analogue se re­ produisit à l'occasion de l’élection d'Alexandre III (1159-1181). Il y avait donc là un danger réel, et il était urgent d'y remédier, en complétant la législation de Nicolas II et de saint Grégoire VIL Ce fut l’objet de la constitution Licet devitanda, promulguée dans le IIIe concile de Latran, XIe œcuménique (1179), par Alexandre III, deux ans avant sa mort. Cf. Labbe, Conc., t.x,p. 1530; Mansi, Concil., t. xxn,col.217 ; Bail,Summa conciliorum, t. I, p. 405; Cæremoniale continens ritus electionis romani pontificis, Gregoriipapæ XV jussu editum, t. I, p. 5. Cetle constitution fut insérée dans le Corpus juris canonici, 1. I, Decretal., tit. '/ι, De ele­ ctione, c. 6, Licet, t. n, p. 38. Alexandre III y statua que les cardinaux des trois ordres auraient désormais droit de suffrage dans les élections papales, mais que, pour la validité de l’élec­ tion, il faudrait que les deux tiers des voix se réunis­ sent sur le même nom. On ne devrait donc plus s’en tenir â la majorité relative ou absolue, mais à la presque unanimité des deux tiers. Cette prescription était fort sage. Il est à souhaiter que le pape, appelé par ses fonctions à être non seulement le chef de l’Église, mais aussi le père commun des fidèles, ne soit pas l'élu d'un parti, mais de la presque unanimité. Cette loi est, en outre, la confirmation de l’ancien adage : Facilius ei qui obedieutiam esehibel ordinato, cui assensum præbueril ordinando. H est vrai que cette indispensable majorité des deux tiers ne serait pas toujours facile à constituer au sein d’une assemblée nombreuse, dont les membres arriveraient de toutes les contrées de l'univers. Entre eux pourraient exister, sans doute, des divergences profondes sur les grandes questions de politique générale et sur les intérêts de l’Église, ou sur ceux des États, si intimement liés à ceux de la religion. Sur des problèmes aussi complexes, les esprits les plus éclairés el les mieux intentionnés 2317 ÉLECTION DES PAPES 2311 diffèrent souvent de manière de voir. Ces opinions di- | vacance du Saint-Siège ne se prolongea pas au delà de verses sontéminemmentrespectables. Elles sontsoutequelques jours. Souvent le successeur fut élu, le jour même, ou le lendemain des funérailles du pape défunt, nues avec d’autant plus de force qu'elles s'appuient sur de bonnes raisons. Ceux qui les adoptent, inclinent et ces élections, faites avec tant de promptitude et d'indépendance, élevèrent sur la chaire de saint Pierre d’autant moins à changer d'avis qu’ils ont davantage, avant de se prononcer, pesé le pour et le contre. Cette une série de grands et saints pontifes. On peut affirmer nécessité de l’accord des deux tiers des votants pour­ que, sans les incidents regrettables qui, au XIVe siècle, rait donc être, plus d’une fois, la cause d'une vacance donnèrent lieu au grand schisme d'Occident, la bulle prolongée du Saint-Siège. N’importe : les raisons de d’Alexandre III n’aurait pas cessé,depuis le XIIe siècle, jusqu'à nos jours, de procurer à l’Église une suite inin­ cette loi des deux tiers sont si impérieuses, qu’on devra s’y conformer toujours, même dans les circons­ terrompue de papes, dont l’autorité était, grace à ces tances les plus critiques. Jamais, en effet, dans la suite, sages prescriptions, tellement bien établie que nul ne les papes qui ont légiféré sur l'élection papale, n’ont pût, avec une apparence de raison, la révoquer en voulu s’écarter de cette prescription. Pie VI la main­ doute. La seule longue vacance qui affligea l’Église dans la tint, six siècles plus tard, en prenant le chemin de l’exil. Cf. bulle Quum nos, datée de Florence, le première moitié du xme siècle, fut celle qui suivit la 13 novembre 1798. Il en fut de même de Pie IX, après mort de Célestin II’ (1211). Ce pape n’avait occupé les graves événements de I870 et l’usurpation de le trône pontifical qu’une quinzaine de jours, après la Rome, quoique le gouvernement italien caressât le mort du B. Grégoire IX. Cette longue vacance, qui dura projet d’intervenir dans l’élection du futur pontife. plus de dix-huit mois, fut due aux persécutions de l’em­ Cf. Bulles secrètes de Pie IX, In hac sublimi, du pereur Frédéric II, en qui s’était incarnée toute la per­ 23 août 187I; Licet per apostulicas, du 8 septembre fidie des Hohenstaufen. Comme Henri IV et Frédéric 1871; Consulturi, du 10 octobre 1877, publiées par Barberousse, il aurait voulu être, à la fois, pape et empereur. Hypocrite et cupide, il dépouillait l'Église, Lucius Lector, La législation moderne du conclave, in-8’, Paris, 1896, Appendice. pour la ramener, disait-il, à sa simplicité primitive. En formulant la lui des deux tiers, Alexandre III Avide de domination universelle, il aurait voulu un décréta que celui qui, n'ayant pas eu ce nombre de pape qui se déclarât son vassal, et ne fût, dans ses mains, voix, se prétendrait pape, serait excommunié, lui et qu'un instrument docile pour la réalisation de ses ses partisans. Quant à l'agrément impérial, il n’y était rêves d'ambition sans limites. Mais il ne pouvait plus, pas fait la moindre allusion. Be même, la bulle ne comme ses prédécesseurs, xréer de toutes pièces un parlait en aucune façon du rôle, même déjà si effacé, antipape. La législation d’Alexandre III rendait désor­ du reste du clergé et du peuple. L’ancienne discipline, mais impossible d’aussi monstrueux attentats. Frédé­ dont quelques vestiges étaient demeurés dans la bulle ric II essaya donc d'un autre moyen. Soit par ruse, de Nicolas 11, était, cette fois-ci, totalement supprimée. soit par violence, il tenta de gagner à sa cause les D'autre part, comme aucune prééminence n’était indi­ électeurs eux-mêmes, afin de les amener à élire celui quée pour les cardinaux-évêques, tous les cardinaux, à que lui-méme aurait choisi. Quand Célestin IV mourut, quelque ordre qu’ils appartinssent, jouissaient des il retint une partie des cardinaux en prison, et reprocha mêmes droits par rapporta l’élection pontificale. C’était aux autres leur lenteur à élire un pontife. Ceux-ci ré­ constituer le Sacré-Collège tout entier en corps élec­ clamèrent en vain la mise en liberté de leurs col­ toral. Les cardinaux pouvant être originaires des di­ lègues, protestant qu'ils ne pouvaient, sans eux, verses nations catholiques, le Sacré-Collège devenait procéder à l’élection. L'empereur dispersa, alors, ceux comme une représentation centrale de l’Église univer­ qu'il croyait hostiles à sa cause, et ne laissa libres de se selle, sorte de Sénat suprême, chargé d’assurer la réunir, que ceux qu'il croyait avoir attirés à son parti. transmission canonique d’un pouvoir dont le caractère, Il n'en resta bientôt plus que cinq ou six présents à comme celui de la papauté, est d’èlrè international et Rome. L'élection devenait impossible, et Frédéric II universel. C’est de ce jour donc que date l'organisation prolongea de la sorte, pendant près de dix-neuf mois, le veuvage de l’Église. Pour se venger des cardinaux, essentielle du Sacré-Collège, quoique l'institution des cardinaux soit de beaucoup plus ancienne. Voir Car­ il vint mettre le siège devant la Ville éternelle; mais, dinaux, t. n, col. 1717 sq. Jusque-là leurs attributions n’ayant pu l’emporter, et craignant de trop irriter les avaient varié; mais la prérogative qu’ils reçurent alors princes chrétiens qui, de tous côtés, lui manifestaient d’être seuls les électeurs du souverain pontife, les leur mécontentement, il cessa enfin toute opposition. plaça, dès lors, bien au-dessus de tous les autres pré­ Aussitôt, les cardinaux s’étant réunis élurent le cardi­ lats : évêques, archevêques, primats ou patriarches. Ce nal Sinibald Fieschi, d’une des plus illustres familles droit exclusif, qui les grandissait aux yeux de l'isglise de Gênes, et qui prit le nom d'Innocent IV (1243-1254 . entière, devait soustraire, de plus en plus, l'élection Cf. Nicolas de Curbio, Vila Innocenta I Γ, dans Baluze. pontificale aux influences du dehors, qu’elles vinssent Miscellanea, 7 in-8», Paris, 1678-1715, t. vu. p. 353; des factions populaires ou de la tyrannie des empe­ Frédéric II, Epist. ad ducem Brabant., dans Martène. reurs. C’était bien là le but que s’était proposé Veterum scriptorum et monumentorum... amplissima collectio, 9 in-fol., Paris, 1721-1733, t. n, coi. 1134. Alexandre III. XI. Institution du conclave. — Voir Conclave, t. tn, Il y réussit parfaitement, car, depuis cette époque, co). 707-727. Voir aussi la constitution Vacante seife jusqu’en 1328, il n’y eut plus d’antipapes impériaux. apostolica de Pie X du 25 décembre 1904, tit. n, sur Les derniers furent les quatre que Frédéric Barberousse l'élection du souverain pontife en ces temps difficiles, avait opposés à Alexandre III lui-même. Cette recru­ et la constitution Commissum nobis du même pape, descence du césarisme allemand personnifié dans du 20 janvier 1904, interdisant le veto, publiées seule­ l’orgueilleux Hohenstaufen. fut une des causes qui ment en 1909. Canoniste contemporain, 1909, t. xxxn déterminèrent Alexandre III à publier son importante p. 272-297. bulle électorale. Outre le désir de mettre le corps électoral à l’abri des inlluences étrangères, il avait eu Outre les nombreux auteurs cités dans cet article, on peu aussi celui d’assurer la rapidité des élections. En ce consulter avec fruit les suivants : Platina, De vitis summorum point encore, le but fut parfaitement atteint. Non seu­ pontificum omnium ad Sixtum IV, in-fol.. Venise. 1479, lement. pendant deux siècles, aucune élection pontifi­ 1485: Nuremberg. 1481. 1532: Cologne, 1512. 1529. 154 : Pancale ne fut attaquée, mais tontes, sauf de rares excep­ vini. Epitome vitarum romanor. pontificum a sancto Petro tions, s'accomplirent avec une surprenante rapidité. La usque ad Paulum IV, electionisque singulorum, in-fol.. 2319 ÉLECTION DES PAPES — ÉLÉVATION 2320 Venise. 1557; Sandini, Vitæ pontificum romanorum, 2 in-8·, conservation de l'unité ecclésiastique. D’autre part, si Venise. 1768; Bignon. Traité de l’élection des papes, in-4·, l’on en croit Tertullien, Adversus Praxeam, i, un pape Paris. 1605: Binder, Vindicte juris imperatorum adversus aurait adressé d’abord aux novateurs des lettres conci­ urbis Rumæ episcopus, in-4·, léna, 1719; Otto, De jure impe­ liatrices, puis, ces lettres, au dire de Praxéas, auraient ratoris circa electionem pontificis romani, in-4·, Utrecht,1723; été rapportées. Ce pape serait peut-être Eleuthére qui, Burchard, De romani pontifiais electione, cæsarumque circa après avoir hésité, se serait déclaré contre eux. eam jura, in-4·, Kiel, 1729; Kemmerich, De jure Augusti im­ Au sujet des gnostiques et des marcionites, le Liber peratoris circa constituendum Ecclesiæ romanæ caput, léna, 1740; Hoffman, Nova scriptorum ac monumentorum partim pontificalis attribue à Éleuthére un décret portant rarissimorum, partim ineditorum collectio, 2 in-4·, Leipzig, qu'aucune nourriture ne doit être méprisée par les 1731-1733; Barbosa, De jure ecclesiastico universo, 2 in-fol., chrétiens. El hoc iterum firmavit ut nulla esea a Lyon, 1650, part. I, c. i.t. i, p. 10 sq.; Cabaseut, Dissertatio christianis re/ntdiareltir. Ce n'est pas impossible. de electione summorum pontificum, in-ΐοϊ.. Lyon, 1725; Paris, Il lui rattache aussi la légende du roi Lucius de 1838; Passerini, De electione summi pontificis, in-fol., Rome, Bretagne : Hic accepit epistula a Lucio Briltano rege 1670; Anastasio Agnello, archevêque de Sorrente, lstoria degli ut Christianus efficeretur per ejus mandatum. Ce antipapi, 2 in-4·, Naples. 1754; Ghetti, Considerazioni supra’ il modo che si é tenuto in diversi tempi nell' elezione de roi lui aurait écrit pour lui demander des mission­ sommi pontefici, ms. de la bibliothèque vaticane; cardinal naires. Ce fait est rejeté par tous les critiques modernes. Garampi, De nummo argenteo Benedicti III, pontificis Il fut emprunté par les écrivains anglais à l'auteur du maximi, in-4·, Rome, 1749; Ferraris, Prompta bibliotheca, Liber pontificalis qui le premier en parle. Celui ci n'a canonica, moralis, theologica, 9 in-fol., Rome, 1899, v· Papa, pu le prendre dans les discussions qui eurent lieu a. 1, t. vi, p. 21 sq. ; De Novaès, Il sacro rito antico e moderno entre les disciples de saint Augustin et les anciendella elezione dei sommo pontefice, in-4·, Rome, 1769; Bonuce, [storia d l 13. Gregorio X, in-4·, Rome, 1771 ; Gusta, Delia Bretons, car celles-ci n’eurent lieu qu’au commence­ conclutia delta chtesa cattolica nell’ elezione dei suo capo ment du vu· siècle, tandis que la rédaction du Liber visibile, il romano pontefice, in-4·, Venise, 1799; Cardella, pontificalis remonte au commencement du vt'. Harnack Storia de' cardinali, G in-4*, Rome, 1825; Moroni, Dizionario suppose ingénieusement et vraisemblablement que le di èrudizione siorico-ecclesiastica, 109 in-8·, Venise. 18'ι0rédacteur aurait changé dans un texte, Britio, qui est 1879, v· Elezione de* sommi pontefici, t. xxi, p. 197-248; Anonyme, Élection et couronnement des souverains pontifes, I le nom d’Edesse, en Brittano, et que le roi en question serait Lucius (Elius Septimus Alegas Abgar IX, roi in-80, Paris, 18'46; Migne, Dictionnaire des papes, art. Élec­ tion, in-4·, Paris. 1850: Bouix, Dp cuma romana, in-8·, Paris, d’Edesse. Voir pour le développement de la légende 1859; De papa, 3 in-8·, Paris, 1870; Artaud, Histoire des pon­ j au mot Lucius. tifes romains, 8 in-8·, Paris, 1847-1849; Schefler-Boichorst, Éleuthére mourut le 24 mai et fut enterré au Vatican Neuordnung der Papstwahl unter Niculaus II, in-8·, Stras­ près du corps de saint Pierre. Sa fête est célébrée le bourg, 1879: Bayet, Les élections pontificales sous les Carolin­ 26 mai. giens,dans la Revue historique, 1884, t. xxiv. p. 49 sq. ; Panzer, Acta sanctorum, t. ni maii. p. 363-364; Liber pontificalis, Papstw-ihl zur Zeit Nicolaus II, in-8·, Berlin, 1885; Martens. édit. Duchesne, t. I, p. 136, et Introduction, p. Cll-Ctv; Harnack. Resetzung des pàp. Stuhles unter Hein rich II /, in-8·, Fribourg, Geschichte der altchristl. Literatur, 1.1. p. 144 ; ld., Der Bra-f 1885; Fetzer, Voruntersuchungen zur Geschichte Alexan­ ders II, in-8·, Strasbourg, 1887; Wahrmund, Ausschliessungsdes brilischen Konigs Lucius an den Pa/ist Eleutherus. dans Sitzungsberichte der Berliner Akademie, 1904, t i. recht, in-8°. Vienne, 1887; Heimbucher, Die Papstwahlen tinter p. 906-916; Cabrol, L'Angleterre chrétienne avant les Nor­ den Kurolingern, Augsbourg, 1880; Dopfell, Kaiserthum und mands, Paris, 1909, p. 29-30; Duchesne. Éleuthére et le rot Papstwani unter den Karolingern, Fribourg-en-Brisgau. 1889; breton Lucius, dans la lievue celtique, 1883-1885, t. VI, p. 491Berthelet, La elezione del papa. Storia e documenti, in-8·, 493; Lunme, The Celtic Church in Britain and Scotland, Rome, 1891 ; Holder, Die Designation der Nachfulger durch trad. Meyer, Londres, 1902. die Papst ‘, Fribourg, 1892, dans Archiv für hath. Kirchen· recht, 1894: Lucius Lector. Le conclave, in-8·. Paris, 1894; A. Clerval. L'élection papale, in-12. Paris. 1896; Chronologie des papes 2. ÉLEUTHÈRE (Saint), évêque de Tournay, né en ft des élections pontificales, in-12. Paris. 1897; Mortier, Saint456, mort le 30 juin 531. Il naquit à Tournay. et saint Pierre évêques qui étaient en route, et ne semble rejeter le titre de « mère de Dieu » qu’au sens de « mère de la nature divine. » Il montre, par de nombreux passages de l’Écriture, que ce n’est pas Dieu (la nature divine qui est né et qui est mort, mais bien le Christ. Dieu incarné, p. 64-69. En particulier, il reproche à ses adversaires d’avoir altéré Heb., Il, 9, et d’avoir rem­ placé : ut, absque DEO, pro omnibus gustaret mortem par: UT GBAT1A BEI, etc. (/α’ριτι Οεοΰ pour χωρίς ‘.to.·. la version syriaque (Peschito) porte même : ut, lr>. deus, pro omnibus gustaret mortem. Le texte choisi par les nestoriens (/.ωρις θεού) était d’ailleurs déjà lu par Origène et par saint Jérôme. Cf. Horst, loc. cit.. p. xvm, 46, 66. Cet ouvrage avait été analysé par Assimani, Bibliotheca omentalis, t. m a, p. 303-306. Nous possédons encore du même auteur une apolv gie du christianisme, cf. manuscrits arabes de Paris, n. 82 et 206. C’est la rédaction de six conférences qu il eut l’an 417 de l’hégire (1026) avec le vizir Aboù’l-Qâsim al-IJosaïn ibn-Ali al-Maghrobi. Celui-ci, qui élan tombé malade durant l’un de ses voyages, avait él· guéri par un moine nestorien et avait voulu connaître la religion chrétienne. Renaudot cite des extraits decet ouvrage. Perpétuité de la foi, édit. Migne, I. m, col. 4243, mais confond à tort Elie de Nisibe avec Élie de Jéru­ salem. On a confondu souvent aussi l’ouvrage d’Élie de Nisibe intitulé : Le soulagement des chagrins, manus­ crits arabes de Paris, n. 175, 176, 206, avec le Livre de 2331 ÉLIE BAR-SINAYA contes amusants de Bar llébræus. Cedernier n’estqu'un recueil de sentences et de fables, tandis que l’ouvrage d’Élie de Nisibe est un livre de morale qui enseigne la manière d’acquérir la paix de l’âme. Le texte arabe vient d'être imprimé au Caire par les soins du Père Constantin Bacha. Cf. Revue de l’Oricnt chrétien, t. xi (1907), p. 443. L’auteur traite, en douze chapitres, de la piété, de la reconnaissance, de la continence, de l’humilité, de la miséricorde, du repentir, etc. A l'occa­ sion de chaque vertu, il traite aussi du vice qui lui est opposé. Notons encore que ses « décisions ecclésiasti­ ques » ont été résumées dans le Nomocanon d'Ébedjésu, que sa courte grammaire syriaque a été éditée par R. Gottheil, .4 treatise on syriac Grammar by Mar Elias of Sobha, Berlin, 1887, et que son vocabulaire arabe-syriaque, intitulé : le Livre de l'interprète, a été édité par Paul de Lagarde en tête de l’ouvrage : Prae­ termissorum libri duo, Goettingue, 1879. Aux ouvrages cités ajouter : Assémani, Bibliotheca orienta­ lis, t. ma,p. 270-272; It. Duval, La littérature syriaque, Paris, 1907, p. 395; C. Brockelmann, Die syrische und die christlicharabische Litterator, Leipzig, 1909, p.56, 69; M.Steinschneider, Polemische und aputoy. Literatur tn arabischer Sprache, Leipzig. 1877, p. 29-32. F. Naü. métropolitain de Crète, à la fin du xie ou au commencement du XIIe siècle, auteur de Scholies sur les discours de saint Grégoire de Nazianze et sur la Scala paradisi de saint Jean Climaque. Outre ces deux ouvrages, dont le second surtout est très volumineux, on a de lui, sous le titre : Res­ ponsa ad Dionysium monachum, la solution de plu­ sieurs questions canoniques et morales que lui avait posées un moine du nom de Denys. La plus grande partie des Scholies sur saint Grégoire de Nazianze a été publiée en traduction latine par Lœwenklau et de Billy dans leurs éditions des œuvres du saint docteur. Sancti Gregarii cognomento Theo­ logi opera, Bâle, 1571, t. i; Paris, 1609-1611, t. il, avec pagination spéciale pour les commentaires d’Élie. Aligne, qui s’était d'abord proposé d’éditer intégrale­ ment le texte grec des Scholies, en a seulement inséré, P. G., t. xxxvi, col. 737-902, un résumé sous forme d'extraits, dû à Albert Jahn qui le rédigea en 1858 sous ce litre : Eliæ metropolitæ Crelæ Commen­ tarii in S. Gregorii Xazianzeni orationes XIX e codice Basileensi. Le Commentarius in Scalam S. Joannis Climaci, que Mathieu Rader comparait, pour son étendue, à l'œuvre considérable d’Eustathe de Thessalonique sur Homère, est presque entièrement inédit. On en trouve seulement des fragments dans les éditions de saint Jean Clirnaque, après chaque chapitre; spécialement dans celle de Rader, que Aligne a reproduite, P. G., t. lxxxviii, col. 631-1164. Il en existe plusieurs manus­ crits ; entre autres, un du XIIe siècle â Florence, Pluteus IX, Cod. XI, Bandini, Catalogus codicum manuscriplorum bibliothecae Medicææ Laurenlianæ, Florence, 1764, p. 406; un du xive siècle à Venise, Cod. marcian. 1'28-130, Theupolo, Grteca D. Marci bibliotheca, Venise, 1740, p. 74, et plusieurs de la même époque à Paris, Bibliothèque nationale, fonds grec, Cod. 868, et fonds Coislin. Cod. 87, 80. Omont, Inven­ taire sommaire des manuscrits grecs de la Bibliothèque nationale, Paris, 1888-1898, t. i, p. 163; t. m, p.129. CfAlontfaucon, Bibliotheca Coisliniana, Paris, 1715, p. 141. Les Responsa ad Dionysium monachum ont été édités en grec et en latin par Lœwenklau, Jus græcoromanum, 1. V, p. 335-341, et reproduits dans la P. G., t. exix, col. 985-997. On les trouve aussi dans d’autres recueils, par exemple, celui de Rballis et Prollis, Σύνταγαα τών θείων και ιερών κανόνων, Athènes, 1855, t. v, p. 374-388. 5. ÉLIE DE CRÈTE, — ELIE DE CRÈTE 2332 L'auteur de ces trois écrits est certainement diffé­ rent de l’Élie de Crète présent au concile de 787. Dans le prologue des Scholies sur saint Grégoire de Nazianze, il signale, parmi les scholiastes qui l'ont pré­ cédé, Basile et Grégoire, en ajoutant même qu’il vient longtemps après eux. P. G., t. xxxvi, col. 758. Or, ces deux commentateurs, l’un évêque et l’autre prêtre de la même ville de Césarée en Cappadoce, qui étaient contemporains, appartiennent au x· siècle, puisque Basile a dédié ses Scholies à Constantin Porphyrogénète (912-959). P. G., t. xxxvi, col. 1073. Élie, étant postétérieur à ces deux scholiastes, doit être probablement du xi· siècle ou du commencement du xn·, puisqu’on possédé un manuscrit du xn· siècle pour le Commen­ tarius in Scalam paradisi. Cette date est confirmée par les Responsa. Dans la solution de la m* question, Élie mentionne le Τόμος ένώσεως de l’an 920 et y ren­ voie son correspondant au sujet de la trigamie. P. G., t. CX1X, col. 992. A la vil·, il signale, à propos de l’âge de puberté, des fiançailles et du mariage, la nouvelle législation, τή νεαρά νομοθεσία, laquelle désigne certai­ nement la AÎovelle promulguée par Alexis Commène (1081-1118) sur ce sujet en 1084. Rballis el Protlis, op. cit., p. 374, en note. Notre auteur doit donc appar­ tenir à la seconde moitié du xi* siècle et peut-être au commencement du xn*. Harles, après Oudin, le place vers 1120. Fabricius-Harles, Bibliotheca græca, t. xi, p. 615, en note. Le titre, mis par Élie en tête des Scholies sur saint Grégoire, nous apprend qu’il se trouvait en exil lorsqu'il le rédigea ; Έζήγησις εις τους λόγους τοΰ άγιου Γρηγορίου τοΰ Θεολόγου, πονηβεϊσα τώ εϋτελεΐ μητροπο­ λίτη Κρητης ΊΙλία, ϋπερορίω τυγχάνοντι. Lœwenklau en avait conclu qu’Élie devait vivre au temps de l’occupa­ tion de la Crète par les Sarrasins, entre 824 et 961. Telle est encore la conclusion adoptée par Ehrhard, dans Krumbacher, Geschichte der byzantinischen Litteralur, 2* édit., Munich, 1897, p. 137. Mais cette date est exclue par les données qui précèdent. Jahn suppose donc entre la victoire de Nicéphore Phocas (961) et la 4* croisade (1204) une seconde invasion de la Crète par les Sarrasins, qui aurait occasionné l'exil du métropolite Élie. P. G., t x.xxvi, col. 747. Alais aucun document ne nous permet de vérifier celte hypothèse. D’ailleurs, Élie peut avoir été exilé par Alexis Coinuiéne. Jahn a montré, dans sa préface aux Commentaires d’Élie sur saint Grégoire, l'intérêt théologique qu’ils présentent. Ils contiennent, dit-il, beaucoup de choses qui méritent d'attirer l'attention des historiens du dogme. Il signale spécialement la manière dont le scholiaste souligne les relations entre l'ancienne théologie des Pères ou des chefs de secte et les principaux sys­ tèmes philosophiques. P. G., t. xxxvi, col. 750. Ajoutons une particularité importante que Jahn n'a pas signalée: dans le commentaire de VOralio xxxi, Élie expose que le Saint-Esprit est dit, dans l’Ecriture. acoordé ou com­ muniqué, ou envoyé par le Fils, mais qu’on n’y trouve nulle part que le Saint-Esprit procède du Fils comme il procède du Père. Les Latins, ajoute-t-il, considèrent comme synonymes les deux expressions envoyé par le Eils et procédant du Fils, mais il n’en est pas ainsi, et ces locutions différent du tout au tout. P. G., t. xxxvi, col. 837. Outre leur intérêt théologique, les Scholies sur saint Grégoire sont d’une utilité plus immédiate pour une étude critique des discours du docteur de Nazianze, du texte et des endroits parallèles. Quant au volumineux commentaire de la Scala paradisi, sa publication apporterait une nouvelle contribution â l’histoire de la théologie ascétique et mystique chez les Byzantins. Les Responsa intéressent directement les moralistes et les canonistes. Ce sont des solutions de cas de conscience, concernant les points suivants : la communion d’un diacre luruicateur, des moribonds, 2333 ÉLIE DE CRÈTE — ÉLIPAND DE TOLÈDE des adultères, la diflérence entre adultère et bigamie ou trigamie, la conduite à tenir envers les parents qui laissent leurs liIs accomplir la fornication, la question des anadoques ou parrains, les cérémonies du baptême d’un enfant en danger de mort, enlin l’àge de puberté. Nicolas Comnêne Papadopoli, Prænotiones mystagogicæ, Padoue, 1697, cite sous le nom d’Élie de Crète un Liber de moribus ethnicorum, p. 213, et plusieurs Responsa : ad monachos ascetenses, p. 188; ad mona­ chos Corinthios, p. 251 ; ad monachos solitarios, p. 190, 220. Mais on sait qu'il faut faire peu de cas des indi­ cations de cet auteur, lorsqu’il est seul à les donner. Macaire Chrysocéphale cite Elie de Crète, sans pré­ ciser davantage, dans son commentaire de saint Mat­ thieu et de saint Luc. Fabricius, Bibliotheca græca, Hambourg, 1727, t. vu, p. 775. Élie de Crète ne semble pas devoir être confondu avec le prêtre Elie Ecdicos, πρεσίύτερος ζαί εκδικος, auteur d'un *Ανθολόγιαν γνωνικδν φιλοσόφων σπουδαίων et d'un recueil de Gnoslicæ sententiæ ou Γνωστικά; l’un et l'autre recueil ont été imprimés dans un ou­ vrage intitulé : Φιλοκαλία τών ιερών Νηπτικών, Venise, 1782. ρ. 527 sq. ; et réimprimés dans Migne, P. G., t. cxxvn, col. 1127-1176. L’histoire de la littérature byzantine connaît d’autres Élie originaires de Crète, mais n’ayant rien de commun avec le métropolitain du xi» ou xii’ siècle. Tels un Élie, moine, auteur d’un ouvrage De metris signalé dans Fabricius-llarles, Bibliotheca græca, t. x, p. 508, en note, et un Juif crétois de même nom, philosophe à l’époque de Pic de la Mirandole, auteur d’ouvrages sur le premier moteur, l’être et l’existence, de commentaires sur Averroès, etc. Ce dernier est signalé par Rader au c. iv de son Intro­ duction à la Scala paradisi, P. G., t. lxxxviii, ccl. 618. La meilleure étude à consulter sur Élie de Crète est celle de A. Jahn. Eliæ metropolhæ Cretensis commentarii, etc., P. G., t. XXXVI. col. 737-902. On trouvera aussi quelques indications dans les ouvrages suivants: Fabricius-Harles, Hibliuthecagræcn, Hambourg, 1790-1809, t. VI, p. 338; t. vin, p. 394, 430, 431, 679; t. IX, p. 524 525; t. XI, p. 615, 616, 645; Oudin, De scrip­ toribus ecclesiasticis, Leipzig, 1722, t. n, col. 1066 sq. ; Cave, Scriptorum ecclesiasticorum historia litteraria, Londres. 1688, L i, p. 641; Ceiltier, Histoire générale des autem s sa­ crés et ecclésiastiques, 2' édit., Paris, 1862, t. xi, p. 69O-UM1 ; Krumbaclier, Geschichte der by zanlinischen Lille, atur, 2' édit., Munich, 1897, p. 137,138, 144. S. Salàville. ÉLIPAND DE TOLÈDE, hérésiarque. — I. Vie. II. Doctrines. I. Vu·:. — Élipand, né le 25 juillet 717 ou 710, devint archevêque de Tolède vers 783, et mourut après 800. Cf. Enr. Florez. Espana sagrada, 3’ édit., Madrid, 1859. t. v, p. 334; Jos.-Rod. de Castro, Bibliotheca espaùola, Madrid, 1786, t. n, p. 406; Froben, dans P. L., I. xcvi. col. 329-332, 335; Madrisi, dans P. L., t. xctx, col. 563, 570, 583-584. Avec Félix d’Urgel il enseigna l’adoptianisme. Voir t. i, col. <403-413. On se demande quelles sont les origines de l’adoptianisme, el si le premier qui le mit en avant fut Élipand ou Félix. Des historiens en ont attribué la paternité à Félix. Ils allèguent \e.s Annales, dites d’Éginhard, an. 792, P. L.,t. civ, col. 441, ou il est raconté qu’interrogé par rdipand sur ce qu’il fallait penser de la filiation, véritable ou adoptive, du Christ en tant qu’homme, Félix prononça qu’il doit être cru et appelé Fils adop­ tif de Dieu et, dans des écrits adressés à Elipand, défendit avec ténacité son erreur. Cf. encore le Poeta saxo (c’est-à-dire probablement Agius, moine de Corvey, cf. A. Molinier, Les sources de l'histoire de France, I, Époque primitive, Mérovingiens et Caro­ lingiens, Paris, 1902, p. 200), qui a transcrit les Annales en vers, dans Annalium de gestis B. Caroli magni libri quinque, 1. Ill, an. 792, P. L., t. xcix, col. 707; Jouas d’Orléans, be cultu imaginum, 1. I, P. L-, t. CVI, 2334 col. 308; Dungal le reclus, Responsa contra perversas Claudii Taurinensis episcopi sententias, P. L., t. cv. col. 466. La plupart des historiens sont d’avis que l’initiative vint d’Elipand. Alcuin, observent ils. dit, dans sa première lettre aux évêques Leidrad et Nefridius et à l’abbé Benoit, envoyés en Espagne pour détruire l’adoptianisme, P. L., t. ci, col. 232 : eunidem Elipandum sicut dignitate ita etiam perfidiæ mal· primum esse partibus in illis agnovi. Et saint Paulin d’Aquilée, Libellus sacrosyllabus contra Elipandum. n. 1, P. L., t. xcix, col. 153, appelle Élipand aucto· noxii sceleris. En tout cas, la première manifestation de l’adoptianisme qui nous soit connue existe dans un écrit d’Elipand. Il entra en lice contre un hérétique, demeuré obscur, du nom de Migetius. Cf. Enhueber, P. L., t. ci, col. 355-359; Hauck, Realencyklopadie, 3’ édit., Leipzig, 1903, t. xm, p. 67-68; surtout Hefele, Conciliengeschichte, 2’ édit., Fribourg-en-Brisgau. 1877, t. ni, p. 628-635; trad. Leclercq, Paris, 1910. t, m, p. 985-992. Migetius, pour ne pas parler de ses idées sur la date de la célébration de la Pâque et deses doctrines donatistes, renouvela, semble-t-il, les erreurs sabelliennes; au lieu des trois personnes divines éter­ nelles, il admettait trois apparitions temporelles de Dieu dans David, Jésus-Christ et saint Paul. Élipand le combattit par une lettre violente, qui nous est par­ venue. Il réfute le sabellianisme de Migetius; allant â l’extrême opposé, non seulement il distingue les trois personnes divines, mais encore il distingue, dans le Fils, le Fils engendré du Père de toute éternité el celui qui s’est fait homme et est né, dans le temps, de Marie. Cf. P. L., t. xcvi, col. 861-862, 863-864. « Quoi que Élipand ne se serve pas du mot adoption, il ensei gne cependant d’une manière très claire le fond dt l’adoptianisme, car il ne rattache pas la nature humaine du Christ à la personnalité du Logos, mais il attribue à l’humanité du Christ une personnalité dis­ tincte de la personne du Logos; en somme il enseigne l’existence de deux lils. » Hefele, trad. Leclercq, p. 997, cf. p. 1004-1005. Non content d’écrire contre Mige­ tius, Élipand réunit contre lui un concile, probable­ ment en 782. Cf. Hefele, p. 628; trad. Leclercq, p. 985. Une autre lettre d’Elipand était écrite en 785. Cf. Etherius d’Osma et saint Beatus de Liebana, Ad Elipaimu epistola, 1. 1, c. I, P. L., t. xcvi, col. 894-895, et Fro­ ben, dans P. L., t. Cl, col. 305-306. L’adoptianisme y apparaissait d’une façon éclatante, puisqu’elle contient cette phrase, P. L., t. xcvi, col. 918 : Qui non fuerit confessus Jesum Christum adoptivum humanitate et nequaquam adoptivum divinitate et hæretieus est et exterminetur. La lettre était adressée à Fidelis : Éli­ pand lui transmettait une lettre d’adhésion de l’évêque Ascaricus. Ainsi, à cette date de 785, l’adoptianisme a été formulé par Élipand, d’abord sans prononcer le nom de cette hérésie, puis en termes explicites; Élipand possède un lieutenantd’importance, l’évêque Ascaricus, et peut-être un second lieutenant, Fidelis; il semble que Cordoue est comme son quartier général. Cf. Alcuin, P. L., t. Ci, col. 234, et Élipand lui-même, P. L., t. xcvt, col. 881. Nous ne voyons pas encore apparaitre Félix d’Urgel; quand Élipand lui écrivit a lettre dont parlent les Annales, dites d’Éginhard, ce fut sans doute moins pour savoir à quoi s’en tenir sur la filiation adoptive du Christ que pour obtenir son appui. En tout cas, le concours de Félix dut être acquis de bonne heure à Élipand, qui le connaissait de longue date, ainsi qu’il ressort de ce passage d’une lettre d’Elipand à Charlemagne, P. L., t. xcvt, col 868 -.Feli­ cem episcopum, quem novimus ab ineunte ætate in Dei servitio, proximum partis noslræ defensorem. Cf. la lettre d’Elipand à Alcuin, col. 870. La suite de l’histoire de l’adoptianisme et du rôle d’Elipand est plus claire. Il rencontra l’opposition du 233.·> ÉLIPAND DE TOLÈDE saint abbé Beatus de Liebana et du jeune évéque d'Osma Etherius, qu’il traita avec hauteur dans sa lettre à Fidelis. Beatus el Etherius ripostèrent par une longue lettre; ils y reproduisirent une partie de la lettre à Fidelis, P. L., t. xcvi, col. 918-919, et, pour plus de clarté, résumèrent le reste, sous forme de symbole. C’est ce qu’on appelle le symbolum /idei elipandianæ. Cf. P. L., t. xevi, col. 916 917. Le pape Adrien Ier ne tarda pas à être mis au courant de la situation ; probablement dès cette même année 785 ou en 786, il écrivit aux évêques espagnols une lettre dans laquelle il condam­ nait les erreurs de Migetius et l'adoptianisme; le pape nomme Eliphandus et A scarii:us cum aliis eorum consentaneis, P. L., t. xcvm, col. 376; cf. DenzingerBannwart, Enchiridion, 10e édit., Friboiirg-en-Brisgau, 1908, n. 299; il ne mentionne pas Félix d’Urgel. Si nous ignorons l’époque où Félix s'affirma adoptianiste, nous savons qu’il répandit l’adoptianisme non seulement dans l'Espagne, mais encore dans la Septimanie, et qu'il essaya, mais en vain, de l'acclimater en Gaule et en Germanie, pendant qu'Élipand le disséminait dans les Asturies et la Galice. Cf. Jonas d'Orléans, De cultu imaginum, 1. I, P. L., t. cvt, col. 308,309. Ils recrutè­ rent un bon nombre de partisans. Cf., toutefois, la lettre d'Alcuin à Êlipand, P. L., t. Cl, col. 239. et la réponse d’blipand à Alcuin. P. L., t. xcvt, col. 871. Félix, dont le siège épiscopal relevait alors de Narbonne, fut con­ damné, en 792, au concile de Ratisbonne, convoqué par Charlemagne; il y abjura son erreur, et renouvela son abjuration, à Rome, entre les mains du pape. A peine de retour en Espagne, il ouolia ses engagements el dogmatisa avec une vigueur nouvelle. La lettre d'Élipand ail Pelicem nuper conversum, P. L., t. xevi, col. 880882, pourrait bien se rapporter à cetle « conversion ». Alcuin, sur le désir de Charlemagne, venait d'entre­ prendre sa grande campagne théologique contre l’adop­ tianisme. Dans une lettre insinuante et pleine d'atfection. écrite en 793. il invitait Félix à se réconcilier avec l’Église romaine, et lui demandait d'exhorter son véné­ rable frère Elipand. « que je nomme avec amour », disait-il, quem in amore nomino, à faire de même. P. L., t. ci, col. 119 125. Volontiers nous placerions à la même date ou à une date voisine la lettre d'Alcuin à Élipand, P. /,., t. ci, col. 235-244, que Froben, P. L., t. cl, col. 328-334, met en 799. ainsi que la lettre ad Felicem nu ··>· cmiversum. Après le concile de Franc­ fort, il semble que le ton d’Alcuin aurait été dilférent el son argumentati >n plus pressante (cf. P. L., t. c, col. 329, le langage d'Alcuin après le concile de Francfort), sans compter que la réponse d'Élipand à Alcuin, P. L., t. xcvt, col. 870-880, cadre à merveille avec deux lettres du même Elipand el de l'épiscopal espagnol adressées, en 793 ou au commencement de 794, l’une à Charlemagne, l’autre aux évêques de Gaule, de l’Aquitaine et de l’Austrasie, /’. L.. t. xcvi, col. 867 869: t. ci. col. 13211331 ; ce sont les mêmes préoccupations, c’est le même langage et, en quelque sorte, la même atmosphère, mêmes attaques violentes contre Beatus et même défense de Félix et de l'adoptianisme. Du reste, Félix, loin de répondre aux avances d'Alcuin, répliqua par un opuscule. Pour en Unir, Charlemagne convoqua le concile de Francfort, où se trouvèrent les légats du pape Adrien, en 794. Le concile condamna solennelle­ ment l'adoptianisme. Cf. Denzinger-Bannwart, n. 314. Saint Paulin d'Aquilée. au nom des évêques d'Italie, rédigea le Libellus sacrosyllabus contra Elipandum, approuvé parle concile. P. L., t. XCIX, col. 151-166. Les amr.-s évêques adressèrent aux évêques d’Espagne une epistola synodica, également approuvée par le concile. P. L., t. ci. col. 1331-1346; Denzinger-Bannwart, n. SU­ BIS. Arrivèrent, sur ces entrefaites, à Francfort les enseignements du pape demandés par Charlemagne, sous forme d'exhortation doctrinale aux évêques espa­ 2336 gnols. Cf. Labbe et Cossart, Sacrosancta concilia, Paris, 1671, t. vu, col. 1014 1021. Charlemagne envoya en Espagne ces trois documents insignes, en y ajou­ tant une lettre personnelle à Elipand et à l’épiscopat de l’Espagne. P. L., t. xcvm. col 899-906. Nous n’avons pas à raconter la suite de l'histoire de Félix d’Urgel, les condamnations successives qui le frappèrent, sa polémique avec Alcuin, les deux légations de Leidrad, archevêque de Lyon, en Espagne, pour le retour à la foi catholique des partisans de l’adoptianisme. Cf., sur ce dernier point. 11. Favier, Essai historique sur Leidrad archevêque de Lyon, Lyon, 1898, p. 37-55. Disons seu­ lement que, dans sa deuxième légation (800), Leidrad et ses compagnons, Nefridius, archevêque de Nar­ bonne et métropolitain d'Urgel, et saint Benoit d’Aniane, emportaient avec eux un traité en quatre livres d'Alcuin contre Élipand, P. L., t. ci, col. 243-304; deux lettres d’Alcuin, P. L., t. ci, col. 231-235, leur exposaient le but de l'auteur et l'emploi de cet écrit. Nommons encore, parmi les adversaires d'Elipand, un évéque (de Séville, cf. P. L., t. ci, col. 1450), Tlieudula, et un Basiliscus, qui écrivirent contre lui. Cf. Paul Alvaro, Enisi., iv, n. 27, 28, P. L., t. cxxi, col. 443. Une lettre d’Alcuin nousapprend que Leidrad eutde grands succès; des personnes dignes de foi venant d'Espagne parlaient de vingt mille conversions parmi les évêques, les prêtres, les moines, et les gens du peuple, hommes et femmes. Epist., cvm, P. L., t. c, col. 329. Élipand fut-il du nombre des convertis? On le croirait, à s’en rapporter à quatre écrits convergents et très nets, à savoir le Chronicon dit de Liulprand de Crémone, an. 782. 795, 810, P. L., t. cxxxvt, col. 1087, 1091, 1093, et lettre préliminaire, col. 972; le Chroni­ con attribué â Julien Perez (Pétri), arrhiprétre de Sain te.1 liste de Tolède en 1160, publié par Laurent Ramirez de Prado, Paris, 1628, n. 395, 401-414; la lettre attribuée à Ascaricus, dit évéque de Braga, l'Ascaricus que nous avons vu marcher d'accord avec Élipand, lettre publiée par .1. Tamayo de Salazar, Anamnesis sive commemo­ ratio omnium sanctorum hispanorum... ad ordinem et methodum martyrologii romani, Lyon, 1651, t. i, p. 187; la Vita de saint Beatus de Liebana, publiée par le même Salazar (19 février) el reproduite par les bollandistes, Acta sanctorum, t. m februarii, 3f édit., Paris, 1865, p. 150-151, et dans P. L., t. xevi, col. 890894. Nous y lisons qu’Elipand revint ad mentem et verum sensum Ecclesiæ, réunit un concile à Tolède pour y proclamer son adhésion aux décrets de l'Église^ et mourut saintement en 810. Plusieurs historiens et théologiens, surtout espagnols, par exemple Vasquez, In IIhm, q. xx. disp. I.XXX, c. Xll; Disputationes duæ contra errores Felicis el Elipandi de servitute et adoptione Christi in concilio Franco/ordiensi damna­ tos, Alcala, 1594, se sont laissé prendre à ces textes. Aujourd'hui, et depuis longtemps déjà, on sait que ce sont des faux, sortis de la grande officine d’apocryphes dont le jésuite Jérôme de la Higuera fut le principal ouvrier; Élipand a même servi de pivot à cette super­ cherie énorme, car on lit dire au pseudo-Liutprand et au pseudo-Julien que ces apocryphes que l'on mettait au jour étaient des œuvres d'anciens auteurs qui avaient été envoyées par Élipand à Charlemagne. Cf. Nie. Antonio, Bibliotheca historica vetus, Madrid, 1788, t. I, p. 339. 440-447; t. n, p. 36-43 (reproduit dans P. L., l. xevi, col. 847-858; t. cxxxvt, col. 937966); Aug. el Al. de Backer et C. Sominervogel, Biblio­ thèque des écrivains de la C'· de Jésus, Liège. 1872, t. II. col. 155-156; .1. Godoy Alcantara, Historia cri­ tica de los falsos cronislas espaiioles, Madrid. 1868, p. 16 sq., 32-34, 181-185, 232-234. Rien de ce que nous connaissons d’Élipand n’invite à admettre qu'il se soit soumis à l'Église. D’une conduite irréprochable, mais orgueilleux (cf. P. L., t. xevi, col 918, son langage à 36 ?α, •ya )U>at ns el, sa id, foi ee id uad iriies JX nt is le n le it ii u n Is e θ e s o ■t e s t e t s t i t ÉLIPAND DE TOLÈDE 2337 Fidelis), irascible et ne supportant pas la contradiction, ainsi que l'attestent ses lettres rédigées dans un style dur et pleines d'emportements et d'invectives, tout porte à croire que ce nonagénaire têtu s’obstina jusqu’au bout dans ses idées, comme cetaulre nonagénaire espa­ gnol, qui lui ressemble, Benoit XIII ou Pierre de Luna, resté intraitable et se disant le vrai pape, même après le concile de Constance, même quand il n’eut conservé qu’une poignée de lidèles. Au surplus, Elipand ne fut pas inquiété pour ses doctrines. La répression de l’hérésie était alors bénigne, et il n'y avait guère que le pouvoir séculier pour en prendre l’initiative. Félix d'Urgel était un sujet du royaume franc, depuis la conquête de la Marche d’Espagne; de par la volonté de Charlemagne, il dut comparaître devant les conciles et le pape et rétracter ses erreurs. Élipand, archevêque de Tolède, alors sous la domination des Maures, ne re­ levait pas de Charlemagne; il dogmatisa en toute liberté. Cf. Th. de Cauzons, Histoire île l’inquisition en France, t. t. Les origines de l'inquisition, Paris, 1909, p. 216. II. Doctrines. — Baronius, Annal, ecelesiast., an. 783, n. 9, assimile l’erreur d'Élipand à l'impiété mu­ sulmane, et d’autres historiens l'ont considérée comme le résultat de la cohabitation des mahométans et des Espagnols ; ce rapprochement n’est pas valable, car les adoptianistes ont maintenu tous les dogmes rejetés par l’islamisme, notamment la divinité de Jésus-Christ. II n’est pas juste non plus de rattacher l'adoptianisme à l’hérésie de Bonose, comme l'a fait, apres plusieurs autres, II. Favier, Essai historique sur Leidrad, Lyon, 1898. p. 38; Bonose avait attribué l'adoption non pas à l’humanité, mais à la nature divine du Fils; aussi Elipand anathématisa-t-il Bonose, qu'il déclara con­ damnable au même titre que Beatus de Liebana. Cf. ses lettres à Fidelis, P. L., t. xcvt, col. 919, et aux évéques de la Gaule, P. L., t. Cl. col. 1330. Il n’y a pasâ parler davantage d’une intluence directe de l’arianisme; l’adoptianisme n'hésita jamais à retenir et à défendre la divinité du Christ. En revanche, quoi qu’il en soit de la question assez obscure de l'introduction en Espagne d’écrits nestoriens (Théodore de Mopsuestei, cf. Hefele, Conci liengeschich te, t. ni, p. 654-657; trad. Leclercq, t. ni, p. 1016-1019; Ad. Harnack. Lehrbuch der Dogmengesehichte, 3« édit., Fribourg-en-Brisgau. 1897, t. ni, p. 260-261, il est certain que l'adoptianisme s’appa­ rente au nestorianisme. Élipand n’en eut sans doute pas conscience, il se garda de formuler un néo-nesto­ rianisme en termes exprès et il affirma formellement l’unité de personne dans le Christ, ce qui explique que des théologiens, par exemple Vasquez, In lll*m par­ tem D. Thomæ, q. xxm, disp. LXXXIX, c. vin, et des écrivains ecclésiastiques aient voulu le défendre sur ce point. Mais les contemporains ne s’y trompèrent pas; ils virent, à bon droit, dans l'adoptianisme une forme du nestorianisme. Voir t. t, col. 411-412; cf. J.-F. Madrisi, P. L., t. xcix, col. 545-568; J.-B. Enliueber, P. L., t.ci, col. 337-458; Suarez, lnlll‘m, q. xxin, disp. XLIX, sect, in, n. 8-10; .1. Bach, Die Dogmengeschichte des Mittelalters, Vienne, 1874, t. i, p. 116; Al. Stentrup, De Verbo incarnato, I, Christologia, Inspruck, 1882, t. n, p. 677-693. Comment le vieil archevêque de Tolède fut-il amené â l’adoptianisme? Nous avons vu que ce fut à l’occasion des hérésies de Migelius. Mais d’où vient que, voulant réagir contre le sabellianisme de Migetius, Élipand émit la doctrine adoptianiste? Il semble que, selon la remarque d’A. Dorner, Grundriss der Dogmenge­ schichte, Berlin, 1899, p. 282, note, nous avons ici un exemple de l’influence de la liturgie sur la formation des conceptions thëologiques. Elipand se réclama de l’autorité des Pères dans la défense de ses idées, mais sansappuyerbeaucoupet sans réussir à trouver quelque chose de décisif. CI. J. Tunnel, Histoire de la théoloDICT. DE THÉOL. CATI10L. 2338 gie positive depuis l’origine jusqu’au concile de Trente. Paris, 1904, p. 384-386. Manifestement il avait été frappé davantage par quelques textes de la liturgie mozarabe, dans lesquels il est parlé de l’adoptio. Cf. ses lettres à Alcuin, P. L., t. xcvi, col. 874-875. el aux évêques de la Gaule, P. L., t. ci, col. 1324. Ces textes, qui revenaient périodiquement au cours de l'année liturgique,c’étaient les formules de la prière oflicielle. et c’était encore, pour lui, le langage de ses saints pré­ décesseurs sur le siège de Tolède, Eugène, Ildefonse et Julien. Cf. P. L., t. ci, col. 1324. On comprend qu'ils l’aient impressionné et que, prenant à la lettre les mots adoptio, adoptivus, il soit parti de là pour ima­ giner sa distinction entre la filiation naturelle ou pro­ prement dite du Christ en tant que Dieu et sa filiation adoptive en tant qu'homme. Voir la discussion de ces passages dans Alcuin, Adversus Elipandum, L 11, c. vn, P. L., t. et, col. 264-265, et, plus complètement, dans Hefele, Concilieiigeseliichte, t. in, p. 650-652; trad. Leclercq, t. m, p. 1012-1014. Assez communément on expose les doctrines adop­ tianistes sans faire de différence entre leurs deux cory­ phées, Élipand et Félix. Il apparaît cepenmuit que, s’ils aboutissent l’un et l’autre au nestorianisme, Félix y va avec plus de décision. Élipand répète qu'il y a dans le Christ une seule et même personne du Dieu et de l’homme, du Verbe et de la chair. Cf. le Symbolum fidei elipandianæ, P. L., t. xcvi, col. 917; la lettre à Alcuin, P. L., t. XCV1, col. 876-879; la lettre aux évêques de la Gaule, P. L., t. Cl, col. 1326-1327. Seu­ lement ce qu'il vient de proclamer il le retire à l'ins­ tant même, car il ajoute, P. L., t. cxvi, col. 917 : Qui dicit: Gloriam meam alteri non dabo, homo inter nos inunaeademque Dei et hominis persona agglome­ ratus atque carnis vestimento indutus. Quia non per illum qui natus est de Virgine visibilia condidit, sed per illum qui non est adoptione sed genere [genera­ tione], neque gratia sed natura. Cf. P. L., t. xcvi, coi. 880; t. ci, coi. 1327. Dans le Christ, dont il affirme l’unité de personne, il distingue donc celui par qui Dieu a créé les choses visibles, qui est (ils par la géné­ ration, par la nature, et celui qui est né de la Vierge, qui est fils par grâce et par adoption ; c’est dire qu'en lui il y a deux personnes. Élipand poursuit, P. L., t. xcvi, col. 917 : Et per istum Dei simul et hominis /ilium, adoptivum humanitate, el nequaquam adopti­ vum divinitate, mundum redemit... Si conformes sunt omnes sancti huic /ilio Dei secundum gratiam profecto et cum adoptivo adoptivi, et cum Christo christi, et cum parvulo parvuli, el cum servo servi... Non nego hominem Christum esse adoptivum. Nous sommes en plein dualisme. Ce dualisme Félix l'accen­ tue. Par sa filiation naturelle, la seule véritable, enseigne-t-il, le Christ est vraiment Dieu; par la filia­ tion adoptive, il est un homme ordinaire, qui a le nom mais seulement le nom de Dieu, comme tout homme en état de grâce; en lui l’homme vrai, ordinaire, est un accedens du Fils de Dieu véritable et naturel; comme un homme ordinaire, le Christ, dans son humanité, a reçu la naissance charnelle à son entrée dans la vie et la naissance spirituelle, quæ per adoptionem fit, a son baptême; dire que l’Ilornme-Dieu concret est vrai­ ment Fils de Dieu, c'est tomber dans le monophysisme; le Christ, en tant qu’homme, a deux pères, un père véritable qui est David, un père adoptif qui est Dieu. Voir les textes dans J. Bach, Die Dogmengeschichte des Mittelalters, t. i, p. 110-113. Bref, Félix ne dit pas ipsis terminis qu’il y a deux personnes en Jésus-Christ, mais il le professe équivalemment; il réitère les alfirrnations les plus hardies qui nous présentent dans le Christ, d'une part, le Fils véritable de Dieu, et, d'autre part, un homme ordinaire, pareil à nous, et font de sa nature humaine « non seulement une nature adoptée, IV. - 74 2339 ÉLIPAND DE TULEDjL· — ÉLOI mais une personne particulière, un moi, subsistant par lui-même à côté du Verbe divin. » J. Schwane, Dogmengeschichte, t. in, Dogmengeschichte der mit tleren Zeit, Fribourg-en-Brisgau, 1882, p. 233; trad. A. Degert, Paris, 1903, t. iv, p.367. I. Œuvres. — Nous avons d’Élipand six lettres : à l’hérétique Migetiusfenviron 782). P. L·., t. xcvi, col. 859-867 ; à Fidelis (785), publiée en partie intégralement et en partie résumée et disposée mure symboli — c’est le Symbolum fidei elipandiunæ — par Beatus et Etherius. Ad Elipandum epistola. 1.1, c. xliii-xliv, xl-xli, P. L., t. xcvi, col. 918-919. 916-917: cf. c. 1, xxxvni, col. 894-895. 915: à Charlemagne (vers 793). P. L., t. xcvi, col. 867-869: à l’épiscopat de la Gaule, de l’Aquitaine et de l’Austrasie (même date). P. L., t. ci, col. 1321-1331: à Alcuin. P. L., t. xcvi, col. 870-880: à Félix d’Urgel, P. L., t. xcvi, col. 880-882. Froben, P. L., t. ci, col. 329-332, et, avec lui, la plupart des historiens pensent que ces deux dernières lettres sont de 799: avec Madrisi, P. L., t. xcix, col. 570, 583-581, nous croyons qu elles sont de 793 environ — Madrisi admet 792 — non pas seulement pour les raisons que donne Madrisi, mais encore parce que, à les rapprocher des lettres à Charlemagne et à l'épiscopat de la Gaule, on constate quelles leur ressem­ blent fond et forme et l’on conclut qu’elles sont leurs contem­ poraines. II. Sources. — Les actes officiels de l’Église, en particulier les lettres d’Adrien 1" et les actes du concile de Francfort se lisent dans P. L., t. xcvm, col. 374-386 (lettre du pape en 785 ou 786), col. 191 (capitulaire de Charlemagne, oui "canon du concile de Francfort), et, pour le reste, dans les diverses collections des conciles, par exemple, Labbe etCossart, Sacrosancta concilia, Paris, 1671, t. vu, col. 1013-1064. Cf. H. Leclercq dans sa tra­ duction de V Histoire des conciles d’Hefele. t. ni, p. 1254-1255. Écrivirent contre Élipand, saint Beatus de Liebana. abbé, et Etherius, évêque d’Osma. Ad Elipandum epistola (785), P. L, t. xcvi. col. 893-1030; saint Paulin d’Aquilée, avec mandat du concile de Francfort. Libellus sacrosyllabus contra Elipandum (794), P. L., t. xeix, col. 151-166; Alcuin, Adversus Elipandum libri IV (799 ou 800), P. L., t. li. col. 235-300 (cf. ses deux lettres à Leidrad. P. L., t. li. col. 231-235); Theudula, évêque de Sé­ ville, et un certain Basiliscus, resté inconnu ; Paul Alvare, Epist., iv, n. 27, 28. P. L., t. exxu col. 443-444, nous a conservé une phrase du premier et un passage du second. Un certain nombre d’écrivains ecclésiastiques, de chroniqueurs, ont parlé d’Élipand ; voir le recueil qu’en a fait Florez, Espaiïa sagrada, 3· édit., Madrid, 1859, t. v, p. 561-564. III. Travaux. — Baronius. Annales ecclesiastici, an. 783, n. 9-13: an. 792. n. 2-4; an. 793, n. 1-38: N. Alexandre, Historia ecclesiastica, édit. Mansi, Venise, 1778. t. vi, p. 26-30, 88-90; J.-F. Madrisi, dans son édition de saint Paulin d’Aquilée (1737), De Felicis et Elipundi hærest dissertatio dogmatica, dans P. L., t. xcix. col. 545-598; G. G. F. Walch, Historia adoptianorum, Gœltingue, 1755. et Entwurf einer vnllstandigen Historié aller Keizereien,Spaltuagen und lleligionstreitigkeiten bis auf die Zeiten der Reformation, Leipzig, 1780, t. ix, p. 667-940; Froben, dans son édition d’Alcuin (1777), De hæresi Elipandi Toletani et Felicis Orgellitani, P.L., t. ci, col. 303-336; J.-B. Enhueber, Dissertatio dogmatico-historica qua contra C. Walchium adoptionis in Christo homine assertores Felicem et Elipan­ dum merito ab Alcuino nestoriamsmi fuisse petitos ostendi­ tur, dans P. L., t. ci, coi. 337-438; Nic. Antonio, Bibliotheca historica vetus, Madrid, 1788, t. i, p. 141-142, 445-447 ; P. L., I. xevi, coi. 847-858; A. Dorner, Entwickelungsgeschichte der Lehre von Person Christi, 2* édit., Berlin, 1853. t. n, p. 306330; C. Werner. Geschichte der apologetischen und polemischen Literal ur der chrisllichen Théologie, Schaffouse, 1862, ). n. p. 433-456; P. Gams, Die Kirchengeschichte von Spanien, Batisbonne, 1874, t. n, p. 261-298 C.-J. von Hefele, Histoire des conciles, trad. Delarc, Paris, 1870, t. v, p. 45-52, 61-117 ; 2* édit, allemande, Fribourg-en-Brisgau, 1877, t. m, p. 628-635, 642-693; trad. Leclercq, Paris, 1910. t. m, p. 985-992, 1001-1060, 1096-1100. 1152-1155; J. Bach, Die Dogmengeschichte des Mit­ telalters vom christologischen Standpunkte Vienne, 1874, 1.1, p. 103-150 (c’est peut-être ce qu’il y a de plus exact et complet), et Kirchenleæikon, Fribourg-en-Brisgau, 1880, 1.1, p. 242-245; M. Menendez Pelayo, Historia de los helerodoxos espanoles, Madrid, 1880, t. i, p. 270-312; J. Schwane, Dogmengeschichte, l.m, Dogmengeschichteder mittleren Zeit,Fribourg-en-Brisgau. 1882, p. 227-240; trad. A. Degert, Paris. 1903, t. iv. p. 357-377; A. Hauck, Kirchengeschichte Deutschlands, Leipzig, 1890, t. il, p. 2o6 sq., et Realencyklopadie, Leipzig, 1896, t. I, p. 180-185; Ad. Harnack, Lehrbuch der Dogmengeschichte, 3* édit., Fri­ 2340 bourg-en-Brisgau, 1897, t. m, p. 258-269; H. Favier, Essai his­ torique sur Leidrad, archevêque de Lyon, Lyon. 1898, p. 37-55. F. Vernet. ÉLIZALDE (Michel d’), né à Eclialar (Navarre), entra dans la Compagnie de Jésus en 1635, à l’âge de 19 ans, enseigna la théologie en Espagne et à Rome, et mourut à Saint-Sébastien, le 18 novembre 1678. On a de lui : Forma verte religionis quterendæ et inve­ niendae, in-4», Naples, 166'2. Mais il est surtout connu, dans l’histoire des controverses théologiques, par son ouvrage contre le probabilisme, dont il parut deux éditions, la 1« pseudonyme, la seconde augmentée, pos­ thume, mais toutes deux publiées sans l’approbation des supérieurs de son ordre et contre l’avis des révi­ seurs réguliers : De recta doctrina morum, quatuor libris distincta, quibus accessit : De natura opinionis, auctore Antonio Celladei, in-4°, Lyon 1670 (Celladei est 1’anagramme d’Elizalde); Antonii Celladei seu R. P. Michaelis de Elizalde S. J..., De recta doctrina morum, en trois parties, dont la I™ et la IIe nouvelless in-fol., Fribourg, 1684. On y trouve combattu tré, vivement le probabilisme et soutenu un probabilio­ risme rigide ou plutôt le tutiorisme. Les censeurs qui ont refusé d’approuver cet ouvrage, accordent à l’auteur un esprit vif et pénétrant et une remarquable science théologique, mais lui reprochent des théories inexactes, spécialement en ce qui concerne les péchés d’ignorance, où il parle comme Baius et Jansénius, et critiquent surtout les jugements acerbes et injurieux qu’il porte sur les autres théologiens, même de son ordre. De Backer-Sommervogel, Bibliothèque de la Cu de Jésus, t. ni, col. 381-382; Hurter, Nomenclator, t. iv, col. 286-288, cf. col. 281-285: Dôllinger-Reusch. Geschichte der Moralstreiligkeiten, t. I. p. 51-56, 141-141, 157, 203, 206; t. II (documents), p. 23-45 ; id. (censure du De recta doctrina morum), p 47-48. I Rntifif vn ÉLOHIM. Voir Dieu, col. 949-950. 1. ÉLOI (Saint). — I. Vie. II. Œuvres et doctrine. I. Vie. — Éloi (en latin Eligius; on lit aussi sur ses monnaies Elegius et Elicius, cf. M. Prou, Les mon­ naies mérovingiennes, Catalogue des monnaies fran­ çaises de la Bibliothèque nationale, Paris, 1892), naquit à Chaptelat, dans le département actuel de la Haute-Vienne, vers 590; il appartenait à une famille gallo-romaine, cf. Vita Eligii, 11, 20. édit. Krusch, p. 712; son père se nommait Eucherius ou Eucher et sa mère Terrigia. Vita Eligii, I, 1. Dés qu’il fut en âge de travailler, on le mit en apprentissage chez un orfèvre de renom, Abbon, qui dirigeait un ate­ lier monétaire royal à Limoges. ]bid., r, 3. Le goût qu’il prit à son métier lui lit bientôt quitter Limoges pour la Neustrie elle palais, ou il espérait plus facile­ ment gagner sa vie ou même s'illustrer. Le trésorier du roi, Bobon, l’accueillit, en effet, avec bienveillance et reconnut bien vile son talent. Une circonstance par­ ticulière le révéla à toute la cour. Clotaire se plaignant de ne pouvoir trouver dans son entourage un orfèvre assez habile pour exécuter un trône en or dont il avait conçu le dessin, Éloi se déclara prêt à entreprendre l'ouvrage. La matière première était abondante; au lieu d’un siège, il en fit deux et les présenta au roi qui lui témoigna hautement son admiration. Vita Eligii. t, 4. Son avenir était désormais assuré. On le chargea de l'atelier monétaire royal de Marseille. Cf. Bruno Krusch, Rerum meroving. Scriptores, t. IV, p. 642643. Clotaire mort en 629. Dagobert I" qui lui succéda s’attacha Éloi plus étroitement encore que n’avait fait son père. Le crédit que l’orfèvre avait au palais était connu de tous. Vitu Eligii, t, 12-14. Les étrangers qui avaient affaire au roi commençaient d'ordinaire par s'adresser à Éloi, comme au plus intluent des tavoris, 2341 ÉLOI Il fut, avec Dation, l’un des ambassadeurs des Francs qui en 636 637 déterminèrent le roi breton .ludicaél à faire amende honorable â Dagobert. Vila Eligii, I, 13; Frédêgaire, iv, 78. La cour se déplaçait alors fréquem­ ment; si la résidence ordinaire du roi était Paris, maints autres endroits jouissaient de sa présence. Éloi l'accompagnait presque toujours. C'est ainsi qu’on signale son séjour en Austrasie et jusqu’à Strasbourg. Vila Eligii, 1, 31. Son crédit et sa fortune, Éloi les dépensa en bonnes œuvres. Il faisait l’aumône sous toutes les formes; toutefois le rachat des captifs et la construction des monastères furent ses œuvres de prédilection. Déjà pendant son séjour à Marseille, il avait acheté à beaux deniers comptants les esclaves que des maîtres sans entrailles mettaient à l'encan. Il en venait de tous pays; mais sa générosité ne faisait entre eux aucune distinction : Romains, Gaulois, Bretons (Grande-Bre­ tagne), Maures et Saxons, étaient rendus également à la liberté. C’est ainsi qu'en une seule fois il libéra jusqu'à cent personnes, hommes ou femmes. Éloi leur donnait ensuite le choix ou de retourner dans leur patrie ou de se retirer dans un monastère, ou de vivre dans le monde. Parmi ceux qui s’attachèrent à sa per­ sonne, nous voyons un païen converti du nom de Buchin qui devint plus tard abbé de Ferrières. Fito Eligii, 1, 10. Une des bonnes fortunes d’Éloi fut de rencontrer au palais des hommes de même trempe que lui, dont il lit ses amis, entre autres Didier, plus tard évêque de Cahors, et Dadon (plus connu sous le nom de saint Ouen), le futur évêque de Rouen. Ils accomplissaient en commun leurs exercices de piété; et entre ces per­ sonnages qu’animait au sein de la cour un même esprit de liberté chrétienne, c’était un continuel assaut de vertu, en même temps qu’une généreuse « conten­ tion d’amitié ». Vita Eligii, i, 7, 8. L’idée de la vie rêligieuse traversait toutes ces âmes, éprises de perfection. Le spectacle que donnait Luxeuil, récemment fondé par saint Colomban. inspirait à un grand nombre le dégoût du monde. Ni Éloi, ni son ami Dadon n’échappèrent à cette influence. S’ils ne se confinèrent pas eux-mêmes dans un monastère, c’est que les circonstances et sans doute l'autorité du roi les en empêchèrent. Ils se dédommagèrent en favorisant de toutes leurs forces la vie cénobitique. Éloi fonda l’abbave de Solignac sur les bords de la Briance, à quelques milles de Limoges, dans un domaine dont le roi Dagobert lui avait fait don. Le premier abbé fut Remade, cf. Vila Remacli, édit. Krusch, Rerum nieroving. Scriptores, t. v, p. 88-111, qui vit en peu de temps fleurir merveilleusement son monastère. Les revenus destinés à subvenir aux besoins des religieux étaient considérables. Nous possédons encore la charte de fondation, datée du 22 novembre 632, qui consacre les possessions de l'abbaye. M. Bruno Krusch en a démontré l’authenticité, contre Malnory, dans un appendice de son édition de la Vita Eligii, p. 743 sq. Éloi place le domaine sous la protection de saint Pierre ■t saint Paul, saint Pancrace et saint Martin, saint lédard, saint Remi et saint Germain, ou plutôt c’est à jes saints qu'il fait don de Solignac et de ses dépen­ dances. Vila Columbani, édit. Krusch, n, 10; Vita Eligii, I, 15. La règle de Solignac était celle de Luxeuil, avec quelques adoucissements empruntés à saint Benoît. La sévérité colombanienne y était nécessairement pré­ pondérante. L'abbé de Luxeuil conservait sur sa filiale la haute main et la juridiction suprême; en cas d’in­ fraction grave à la règle, il était autorisé à sévir contre les coupables, aussi bien contre l’abbé que contre les simples religieux. Selon l'usage irlandais, le monastère “tait exempt de la juridiction épiscopale. Nul, sauf le 2342 roi, n’exerçait de droit sur les personnes et sur les biens. Si l’on en croit le biographe de saint Colomban, Vita Columbani, n, 10, Éloi établit encore d’autres monastères dans son pays. Il fonda en outre à Paris un monastère de filles, dans une maison qu’il devait, comme le territoire de Solignac, à la libéralité royale. Les vierges qu’il y recueillit étaient de toutes nations et de toutes conditions : les servantes y coudoyaient les femmes de race noble. Leur nombre s’éleva en peu de temps à près de trois cents. Une peste en détruisit, dit-on, cent soixante, y compris la supérieure ou abbesse, Aurea ou Aure. Vita Eligii, 1, 32; n, 54. Elles furent inhumées dans une église qu’Éloi avait fait construire sous le vocable de Saint-Paul pour servir de cimetière aux religieuses. Le toit de cet édifice était en plomb, remarque son biographe. Éloi avait pareille­ ment fait recouvrir de plomb la basilique de SaintMartial de Paris. Vita Eligii, 1,18. Dagobert, qui appréciait ses talents d’orfèvre, les utilisa en lui faisant construire ou restaurer les tom­ beaux de saint Martin de Tours et de saint Denis de Paris, auxquels il avait une grande dévotion. Vita Eligii, i, 32; Frédêgaire, iv, 79. On sait que la cons­ truction de la basilique de Saint-Denis est due au fils de Clotaire II. Dagobert y fit transporter en 626 les restes du saint martyr et de ses compagnons, qui avaient reposé jusque-là au Ficus Catulliacus. Cf. .1. Ilavet, Les origines de Saint-Denis, dans Œuvres, t. i, p. 204. Éloi construisit à cette occasion un mau­ solée superbe qu’il orna de métaux précieux. La grande croix qu’il cisela pour l’autel était, dit-on, un pur chefd’œuvre de joaillerie et d'orfèvrerie. Gesta Dagoberli, c. xx, dans Rerum meroving. Scriptores, t. n, p. 407. En tous ces travaux d’art ce que le public admirait, c’était la piété d’Eloi plus encore que son habileté. Éloi était mûr pour l’épiscopal. Le siège épiscopal de Noyon étant venu à vaquer par la mort d’Achaire, les fidèles et le clergé de la cité jetèrent les yeux sur le brillant palatin qui. bien que simple laïque encore, menait à la cour une vie véritablement sacerdotale. La même manifestation se reproduisit à Rouen, oû l'évêque Romain venait de mourir (639); Dadon fut élu pour le remplacer. Cf. Vacandard, Fie de saint Ouen, Appen­ dice A, p. 349. De telles élections étaient sûrement, par certains côtés, contraires à la lettre des canons; mais on ne peut dire qu'elles aient été contraires à l’esprit de l’Église. Les conciles exigeaient que les évêques fussent choisis dans leur pays d’origine : non alius subrogetur nisi loci illius indigena. Cf. concile de Clichy, 626-627, can. 28, dans Maassen, Concilia meroving., p. 200. Et le motif de cette décision est facile à saisir. On craignait que le choix des électeurs, tombant sur un personnage étranger au diocèse, ne fût pas suffisamment éclairé. Mais dans l’espèce, pour employer un terme de jurisprudence, ce péril était écarté. Sans être « des indigènes », comme le voulaient les canons, Eloi et Dadon n’étaient pas des étrangers pour les cités de Noyon et de Rouen. Ils avaient suivi habituellement Clotaire II et Dagobert I«r dans leurs résidences; ils avaient par conséquent séjourné à Compiègne, à Étrepagny, à Clichy, à Arlaune, et dans plusieurs autres villas royales, voisines des cités qu'ils allaient évangéliser, encloses même dans leurs diocèses. Il n’y a donc pas, à proprement parler, une infraction aux règles ecclésiastiques dans le choix quelesNoyonnais firent d’Éloi, et les Rouennais de Dadon. Les canons exigeaient encore que l’élection fût rati­ fiée par le pouvoir civil, Edictum Chlatarii, dans Ma­ num. Germanise, Leges, t. I, p. 14, et que l’élu, s’il était laïque, fit un stage d’une année dans les ordres inférieurs, avant de recevoir le sacre. Concile d’Or­ léans. 549, can. 9, dans Maassen, p. 103; cf. pour 2343 ÉLOI d’autres références, Vacandard, Vie de saint Ouen, p. 78, note 1. Cette double règle fut rigoureusement observée. Sur tout ceci, voir Vacandard, Vie de saint Ouen, p. 78 sq. ; Les élections épiscopales sous les Mérovingiens, dans Études de critique et d'histoire, 4e édit., p. 167 sq. On a cru, sur une indication fausse, Ghron. Vedastinum, dans Monum. Germanise, t. xm, p. 693, qu’Éloi avait été sacré à Noyon dés 635. Mabillon, Annales ord. S. Benedicti, t. 1, p. 377. Mais en 635 Achaire, son prédécesseur, vivait encore, car il signe en 636 une charte de saint Faron en faveur de Rebais. P. L., t. lxxxvii, col. 1136. D’autres auteurs, avec plus de vraisemblance, assignent au sacre d'Éloi la même date et le même lieu qu’à celui de Dadon : tous deux au­ raient reçu à Rouen, Vita Eligii, ti, 2, la consécration épiscopale. A vrai dire, le sacre d’un évêque de Noyon dans une église de Rouen ne peut être qu’une déroga­ tion â la coutume de l'époque. 11 était de règle, sous les Mérovingiens, que les évêques fussent sacrés dans leur propre église cathédrale. C’est par exception que la cérémonie avait lieu ailleurs, par exemple dans la chapelle d’une villa royale. Cf. concile d’Orléans, 541, can. 5. dans Maassen, Concilia Meroving., p. 88; Vacandard, Vie de saint Ouen, p. 83, note 2. Mais, vu l'amitié qui unissait de longue date les deux élus des sièges de Noyon et île Rouen, il est possible que l’épis­ copat. la cour, les Noyonnais même, aient trouvé bon qu’Éloi fût sacré en même lemps que son illustre ami. Selon toute probabilité, la cérémonie eut lieu la troi­ sième année du règne de Clovis II, et le dimanche des Rogations, c’est-à-dire le 13 (et non le 14) mai 641. Sur cette date, voir Vacandard, Vie de saint Ouen, Appen­ dice A, p. 349-353. Le diocèse qu’Éloi allait gouverner était l’un des plus étendus de la Gaule franque. Il comprenait non seulement le territoire de l'église de Noyon, mais en­ core ceux de Vermand et de Tournai, et le siège de Tournai, de son côté, embrassait la Flandre, Gand, Courlrai et toute la partie septentrionale de la Belgique habitée par lesFrisons, lesSuèves, les Anversoiset quel­ ques autres peuplades à demi barbares. Cf. B.Krusch, Reruns meroving. Scriptores, t. tv, p. 639. C’est dire que l’apostolat d’Éloi dut être extrêmement laborieux. Le saint homme devait être assez mal accueilli par ces païens du nord. Vita Eligii, n, 3, 8. Voir une scène caractéristique, ibid., il, 19. Ce ne fut pas trop d’une vingtaine d'années d’épiscopat pour détruire leurs idoles et les convertir au catholicisme. Éloi ne négligea pas pour cela la partie chrétienne de son diocèse. Porté, comme il l'était, vers l’ascétisme, il ne manqua pas de favoriser le développement de la vie monastique. Il fonda plusieurs abbayes, notamment un monastère de vierges dans la ville même de Noyon. Vila Eligii, H, 5. Sa basilique dédiée à saint Quentin, non loin de la ville de Vermand, était desservie par des disciples de saint Colomban. Éloi y ht faire des fouilles et eut le bonheur de découvrir le corps du martyr. Ce fut pour lui l'occasion de satisfaire son goût du beau et du grand. Il reconstruisit l’église dans des proportions plus vastes et érigea au saint un tombeau qu’il enrichit d’or et de pierreries. Vita Eligii, n, 6. Bien d’autres corps saints eurent les mêmes honneurs, nous dit son biographe. Ibid., H, 7. Le soin de son diocèse ne l’absorbait pas au point de l’empêcher de s’occuper des intérêts généraux de l’Église. Sans parler des visites qn’il fit aux monastères de Solignac et de Paris, qui étaient son œuvre, ibid., n, 18, on le voit traverser toute la Gaule et s’aboucher avec ses amis de Provence et avec les évêques de la ré­ gion, notamment avec Aurélien, évêque d’Uzès. J bid., n, 11-13 II assiste au concile de Chalon-sur-Saône, 2344 avec son ami Dadon, évêque de Rouen. Quelques-une* des décisions qui y furent prises sentent l’esprit c· lombanien et il n’y a peut-être pas de témérité à sup­ poser qu’elles furent inspirées par l’évêque de Noyon le canon 8 sur la confession, Maassen, Concilia, p. 211'. est de ce nombre : « Nous pensons que la pénitencqui est le remède de l’âme est utile à tous, et !· ? prêtres doivent l’imposer aux pénitents après avo entendu leur confession. » Ce n’est pas que cette pra­ tique n'ait été connue dans l’Église des Gaules. Ma .saint Colomban et ses disciples avaient à cœur de pro­ pager, plus que personne ne l’avait fait jusque-la l’usage de la confession et le recours au sacrement c: pénitence. En 654, Éloi souscrivit avec Dadon, évêque Rouen, la charte d’exemption que Landri, évêque cParis, accorda au monastère de Saint-Denis; sa signa­ ture est reproduite par Letronne dans ses Diplôn.· : et chartes de l'époque mérovingienne, tab. ix; Œuvres de Julien Havet, Paris, 1896, t. l, p. 239. On troupareillement son nom au bas du privilège d’Emmot évêque de Sens, en faveur du monastère de Saint— Colombe, 26 août 660. Pardessus, Diplomata, t. p. 111; Krusch, Vt/α Eligii, p. 640. Ce fut probakment l'un de ses derniers actes officiels. Il mourut ■1er décembre de cette même année. Sur cette date, voir Vacandard, dans la Revue des questions historiques, t. lxv (1904), p. 594. Comme cela arrivait souvent en ces temps de foi, ?amis et ses admirateurs se disputèrent son corps. L reine Bathilde, accourue précipitamment à Noton voulut le faire transporter au monastère de Che) — qu’elle affectionnait particulièrement, Vita Eligii. 37; d’autres le réclamèrent pour Paris; mais les Noy:nais refusèrent de s’en dessaisir. Il fut inhume . Noyon et plus tard déposé dans un monastère porta son nom jusqu’en 1446. Cf. de Nussac, Sa _· Éloi, sa légende et son culte, dansle Bulletin de la ■ ciété scientifique, historique et archéologique de : Corrèze, Brives, 1895, t. xvn, p. 554. Éloi est inscrit au martyrologe hiéronymien dan? Codex de Wissembourg. Acta sanctorum, t. n no·.· bris, 1, p. 150. L’église de Noyon, la Flandre et Limo--· se sont placées tout spécialement sous son patron?. Mais son culte s’est répandu dans toute la Gaule et a même dépassé les frontières. Pour l’office conn-. ■ en son honneur, Ulysse Chevalier signale six ht mn qui lui sont propres. Repertorium hymnologici ■ ., t. I, p. 319 sq. On sait qu’Éloi est devenu le patron des orfèvre? x de tous ceux qui travaillent les métaux; il est rnê: le patron des maréchaux-ferrants. Ce culte rem; peut-être au lendemain de sa mort. Voici quelle serait l’origine. Eloi avait monté, de son vivant, cheval dont l’anbé du monastère de Noyon hérita, cheval plut au successeur d’Éloi, Mommolenus, qui s ~z empara indûment. Mais à peine était-il dans l’écurie :l’évéque qu il se mit à boiter. Un vétérinaire c:. ·-. de lui panser le pied ne put venir à bout de le gm .· Cependant l’abbé vint au tombeau d'Éloi se plair;du dommage que lui avait causé Mommolenus et mander que l’injustice commise fût réparée. L’évé·: voyant que le cheval, en dépit de tous les soins, derr. rait infirme, prit le parti de le restituer au lép propriétaire. L'abbé le reprit et aussitôt l'anim · guéri. Vita Eligii, II, 47. Naturellement Éloi eut t l’honneur de cette guérison. C’est pourquoi sans : le peuple contracta l’habitude d’invoquer saint ; pour les chevaux malades. Les confréries de mar··· prirent son enseigne. On a découvert récemmei. . fond de la Seine des écus ou sceaux en plontt xiii' et du XIV· siècle, qui portaient cette inscription Signum (ou sigillum) sancti Eligii Xoviomensis ej .·- 2345 ÉLOI copi, ou signus Eligii, ou même tout simplement le nom du saint. Celui-ci est représenté battant l’enclume et bénissant un cierge que lui présente un client qui lui amène son cheval. Λ. Forgeais, Collections de plombs historiés trouvés dans la Seine, Paris, 1862, t. n, p. 150-172. Un homme de la valeur d'Éloi ne pouvait manquer d’avoir son biographe. La Vila Eligii que nous possé­ dons porte même la signature de saint Ouen, son ami. Il est vrai que cette attribution prête au doute, ou même est inacceptable. Ce qui parait exact, c’est que l’évéque de Rouen composa réellement une Vie d’Eloi, comme en témoignent une lettre d’envoi à Rodobert, évéque de Paris, et la réponse de Rodobert à saint Ouen. P. L., t. lxxxvii, col. 592. Ces documents, dont l’authenticité n’est guère contestée, sembleraient indi­ quer que la biographie d'Éloi suivit sa mort de très près· Cf. Vacandard, Vie de saint Ouen, p. 236 sq. M. Krusch incline à penser que le destinataire de la lettre de Radon serait l’évéque de Tours, Rodobert, ce qui re­ tarderait d'une dizaine d’années la composition de la Vila Eligii. Cf. Rerum meroving. Scriptores, t. iv, p. 650-651. Du reste, de cette biographie primitive on ne saurait dire exactement ce qui nous reste. Tout au plus pouvons-nous admettre que les principaux cha­ pitres du I" livre (sauf évidemment les xxxin-xxxv) et quelques chapitres du 11e livre, choisis entre ceux qui contiennent le récit du sacre, de l'épiscopat et des funérailles, représentent assez bien la pensée de l’évéque de Rouen. Son écrit fut retouché, fondu et noyé dans un ouvrage que publia plus tard, en l’hon­ neur d’Éloi, un moine de Noyon. Les meilleurs critiques sont d’accord pour reconnaître que ce nouvel hagiographe déligure sur plusieurs points les traits de son héros. Les erreurs et les anachronismes qu'il commet restent à sa charge et ne sauraient être imputés à saint Ouen. Cf. Vacandard, Vie de saint Ouen, p. 235 sq.,et Appendice D; Krusch, op. cit., p. 651 sq. D’après M. Krusch, la Vita Eligii, telle qu’elle nous est par­ venue, serait sûrement de l’époque carolingienne. II. Œuvres et doctrine. — De la correspondance de saint Éloi nous ne possédons plus qu'une seule lettre, adressée à Didier (ou Géry) de Cahors. Elle ne contient aucun renseignement historique ou dogmatique. C’est un pur témoignage d’arnitié que l’évéque de Noyon donne à son ancien collègue du palais; le nom de Dadon y est rappelé. Monumenta Germanise, Epist., t. m, p. 206. On a publié sous le nom d'Éloi un recueil d’homélies. P. L., t. lxxxvii, col. 594-654. Dans un article intitulé: Les homélies attribuées à saint Éloi, et publié dans la Revue des questions historiques, t. lxiv (1898), p. 471480. nous avons essayé de démontrer qu’elles étaient apocryphes. Inutile de reproduire ici tous nos argu­ ments. Dans la 1·· homélie, qui fut prononcée le jour de NoéL l’orateur dit qu’il s’adresse pour la première fois à ses diocésains. Or Éloi fut sacré le jour des Ro­ gations. On ne saurait admettre qu’il ait attendu plus de six mois pour prendre contact avec ses ouailles. Certaines expressions, notamment Pater Benedictus, qu’on lit dans la n· homélie, dénotent, du reste, une époque postérieure au régne de Clovis II. Bref, notre avis est que ces sermons ne sont pas antérieurs au ix· siècle. Dom Plaine a attaqué cette conclusion. Nouvelles remarques sur les homélies attribuées à saint Eloi, dans la Revue des questions historiques, t. lxv (1899), p. 235-242. On peut voir, ibid., p. 243-255, Réponse aux Remarques de dom Plaine, les raisons pour lesquelles nous maintenons notre opinion, qui est aussi celle des meilleurs critiques. Cf. B. Krusch, Rerum meroving. Scriptores, t. IV, p. 644-645, avec les références. De la prédication d’Éloi il ne nous reste que quel- 2346 [ ques bribes que son biographe a insérées dans le récit de sa Vie, I. II, c. xvi, xvn. M. Krusch estime ce docu­ ment authentique, au moins dans une certaine mesure Entendons par là quel’hagiographe a fondu en un seul ί discours ce qu’il a pu recueillir des sermons d’Éloi. Lui-même nous avertit que l’homélie, où se remarquent d’ailleurs plusieurs répétitions, n’a pas été prononcée tout entière le même jour. Vita Eligii, u, 17. Il faut d’ailleurs faire observer que les emprunts aux sermons desaint Césaire d’Arles y sont considérables: le plagiat est manifeste. Le Dr Krusch a pris soin de signaler tous les endroits qui sont communs aux deux prédica­ teurs. Cf. Rerum meroving. Scriplores, t. iv, p. 652-653, 750-764. Il a publié ce discours d’après trois manus­ crits anciens, provenant l’un de Saint-Gall, n. 194, de la fin du vin· siècle; le second, de Paris, Nouvelles acquisitions latines, n. 447 (bibliothèque Libri, n. 67). du ixe siècle; et le troisième également de Paris, Nouvelles acquisitions latines, n. 450 (Libri, n. 69), du ixe-xe siècle. Ibid., p. 750. L’homélie ou Prædicatio est imprimée à part en appendice. Ibid., p. 751 sq. Cependant le nouvel édi­ teur en a détaché la partie qui regarde les superstitions dont les fidèles du diocèse de Noyon, surtout les nou­ veaux convertis, étaient victimes. Le morceau, Pila Eligii, n, 16-17, p. 705-708, vaut d’être inséré ici tout entier; il montrera mieux que toute autre considéra­ tion quelle était la mentalité des néo-chrétiens de la Gaule franque au vu· siècle. A comparer avec l’indicuhis superstitionum du concile de Leptines, 742, dans Hefele, Histoire des conciles, édit.. Leclercq, 1.111(1910) p. 836 sq. Je vous supplie avant tout, mes frères, de n'observer aucune des coutumes sacrilèges des païens. N'ajoutez pas foi à ceux qui usent de caractères magiques, aux devins, aux sorciers, aux en­ chanteurs ; ne les interrogez pour aucune cause ou infirmité que ce soit; ne les consultez pour rien, car quiconque commet une telle faute perd sur-le-champ la grâce du baptême. N’observez pas non plus les augures et les éternuements. Lorsque vous êtes en chemin, ne prêtez point attention au chant de certains oiseaux. Mais lorsque vous commencerez un voyage ou une œuvre quel­ conque, signez-vous au nom de Jésus-Christ, puis récitez avec foi le symbole et l’oraison dominicale; l'ennemi ne vous causera aucun dommage. i Qu’aucun chrétien ne prête attention au jour où il quille sa maison, non plus qu'à celui où il doit y rentrer, parce que tous les jours, sans distinction, sont l'œuvre de Dieu. Que nul n’observe soit le jour, soit la situation de la lune, pour commencer une entreprise. Que personne, aux calendes de janvier, ne se livre à des divertissements infâmes et ridicules, tels que ceux des gé­ nisses, des jeunes cerfs ou autres jeux. Qu’on ne tienne point table pendant la nuit et qu'on ne boive pas outre mesure. Qu’au­ : cun chrétien n'ajoute foi aux femmes qui exercent la magie par le moyen de formules ; qu'il ne siège point au milieu d elles, car ce sont là les œuvres du démon. Que nul, â la fête de saint Jean (d’été), ou à toute autre solennité des saints, ne s exerce â obser­ ver les solstices, ne se livre aux danses, aux cardes et aux chants I diaboliques. Qu'aucun ne songe a invoquer les noms des démons, tels que Neptune, Pluton, Diane, Minerve, le Génie, ou a croire & d'autres inepties de ce genre. Qu'on ne s'abstienne point de travailler le jeudi ou jour de Jupiter, à moins que ce ne soit la fête de quelque saint; ni pendant le mois de mai, ni en aucun autre temps, ni aux jours des chenilles ou des rats, ou tout autre jour que ce puisse être, si ce n'est le dimanche. Que nul chrétien ne prétende faire des vœux dans les temples, ou bien auprès des pierres, des fontaines, des arbres et dans les bois sacrés; qu’il n’allume point de feux dans les carrefours. Qu’on se garde bien d'attacher des billets au cou d'un homme ou d'un animal quel­ conque, quand même les clercs y prêteraient leur ministère, quoiqu’on prétende que c'est une chose sainte et qu'on y insère des « leçons v divines, car on n'y trouve point le remède du Christ, mais le venin du démon. Qu® I ersonne ne se permette de pratiquer des lustrations, d'enchanter des bettes, de faire passer les troupeaux par le creux d un arbre ou a travers un trou pratiqué dans la terre. C’est se consacrer au démon que de s’adonner à ces observances. Que nulle femme ne suspende de l’ambre à son cou, qu'elle ne l'emploie ni dans la toile, ni dans la peinture, ou en aucune amre chose. *-n invoquant Minerve ou 2347 ÉLOI le nom de tout autre être prétendu malfaisant. Que sou désir soit que la grâce du Christ préside à toutes ses œuvres; qu elle mette toute sa conliance dans la vertu de son nom, que personne ne pousse des cris quand la lune s'obscurcit, car c'est par l'ordre de Dieu qu’elle devient pâle en certains temps. Qu’on n’appréhende pas non plus d'entreprendre une œuvre quelconque à la nouvelle lune, car Dieu a formé cet astre pour marquer le temps et mo­ dérer l'obscurité de la nuit et non pour faire obstacle aux tra­ vaux de qui que ce soit. Ce ne fut pas non plus pour troubler la raison de l'homme, comme l'ont cru des insensés, s'imaginant que la lune fait souffrir ceux qui sont possédés du démon. Que personne ne nomme ses maîtres le soleil ou la lune; qu'il ne jure point par ces astres, parce qu'ils sont l'œuvre de Dieu et servent aux besoins de l'homme par ordre du créateur. Que nul ne prête attention au sort ou à la fortune, à l'occasion des nais­ sances. en sorte qu’on dise : 1-684), Étude d’histoire mérovingienne,in-8·, Paris, jorité du genre humain sera perdue; ou, en d’autres 1902; L'idolâtrie en Gaule au vr et au vu’ siècle, dans la termes, que très peu d’adultes seront sauvés. 4. Chez Revue des questions historiques, avril 1899, t. i.xv, p. 424-454; les partisans du sentiment le plus doux, quelques-uns Van der Essen, SaintÉloi, dans Étude critique et littéraire sur font abstraction des enfants et tiennent qu’alorsencore les Vitæ des saints mérovingiens de l'ancienne Belgique, in-8·, Paris et Louvain, 1904. p. 324-336; Parsy, Saint Éloi, collection la majorité sera sauvée. 5. Parmi les auteurs qui s'oc­ Les saints, Paris, 1907. cupent exclusivement des catholiques, quelques-uns soutiennent que, même en comptant les enfants, la ma­ E. Vacandard. 2. ÉLOI DE LA BASSÉE, nommé dans le monde jorité sera perdue. 6. D’autres soutiennent que la ma­ jorité sera sauvée maisen faisant entrer les enfantsen Éloi Façon, naquit à La Bassée (Nord) en 1585. Après ligne de compte. C’esl peut-être l’opinion la plus com­ ses premières études il entra chez les chanoines régu­ mune. 7. D’autres soutiennent que, eu égard aux liers de Saint-Augustin, au monastère de Cysoing; mais adultes catholiques seulement, il y en aura autant de dans la suite, désirant mener une vie plus austère, il sauvés que de perdus: cette opinion se fonde sur la passa chez les mineurs capucins de la province de parabole des dix vierges. 8. D’autres enseignent que Gaule-Belgique, où il fut reçu le 30 novembre 1630. l’immense majorité des catholiques adultes seront per­ Ses nouveaux supérieurs, appréciant l’étendue de ses dus. 9. D’autres, qu’une petite majorité de catholiques connaissances, le chargèrent bientôt «l’enseigner la sera sauvée. 10. D'autres, enfin, à l’opinion desquels théologie, ce qu’il lit avec succès pendant de longues j’adhère fortement, croient que la grande majorité des années; on lui confia plus tard différents emplois catholiques, peut-être presque tous, seront sauvés... » dans sa province. Parvenu à l’âge de 85 ans, il Le créateur et la créature, 1. III, c. n. mourut au couvent de Lille, le 25 novembre 1670. On Toutes ces opinions, si nombreuses et si différentes a de lui : Flores totius theologiæ practice, tum sacrasoient-elles, n’embrassent pas encore, dans toute son mentalis, Ium moralis, dont la première édition parut ampleur, le problème du nombre des élus. Aucune, en à Douai en 1639, in-fol. Le P. Éloi, suivant l’exemple effet, ne tient compte des anges, créatures intelligentes des anciens auteurs des Sommes de cas de conscience, et libres, et appelés, comme les hommes, â jouir lj divise -on travail en articles rangés alphabétiquement. bonheur céleste. Dr, c'est un dogme de foi que parmi Un index très copieux, placé à la fin du livre, facilite 2351 ELUS (NOMBRE DES) les anges il y a les élus, il y a les réprouvés. Si tous les théologiens sont d'accord pour affirmer que, parmi les anges seuls, c'est le plus grand nombre qui a été sauvé, cf. S.Thomas,Sum.theol.,I‘, q.LXin,a.9, adl”“; Suarez, Tract, de div. prædest. el reprob., I. VI, c. ni, d’autres instituent la comparaison du plus grand nom­ bre entre les élus et les damnés pris parmi toutes les créatures libres et intelligentes, anges et hommes réunis. Les uns rappellent que le nombre des anges étant infiniment supérieur à celui des hommes, le nombre des élus dépassera celui des réprouvés, et qu'ainsi la gloire de Dieu sera plus parfaitement réa­ lisée par le triomphe du bien chez un plus grand nom­ bre. Suarez s’exprime ainsi : « Dans les choses que Dieu a principalement en vue, comme sont les créatures intellectuelles, il est convenable que le bien et non le mal se trouve chez le plus grand nombre : il convient aussi que la miséricorde et la récompense atteignent plus d’êtres que la justice et le châtiment. Les bons et les bienheureux surpasseront donc en nombre les mauvais et les malheureux, et même il est probable que les seuls anges élus seront plus nombreux que tous les réprouvés, anges et hommes réunis. » De angelis, 1.1, c. n, n. 9. Mais d'autres ont émis l'opinion que les anges déchus sont remplacés au ciel par un nombre égal d’hommes élus. Et puisque nous entrons dans le domaine des hypothèses, il convient encore de signa­ ler les autres opinions auxquelles saint Thomas fait allusion dans la Somme, I·, q. xxm, a. 7: les uns veu­ lent qu'il y ait autant d’hommes sauvés que d'anges demeurés fidèles; d'autres, autant d’hommes sauvés qu’il y a d’anges déchus, et en plus, qu'il y a eu, en tout, d’anges créés. Ce sont là des conjectures reposant sur l’interprétation du texte: Constituit terminos popu­ lorum juxta numerum angelorum Dei. Voir Angélologie, d’après les Pères, t. I, col. 1205-1206. Dans toutes ces hypothèses, la question du nombre relatif des hommes sauvés reste entière. 11 convient de signaler encore l’hypothèse d’autres mondes habités, d'autres créatures possibles, à nous inconnues : « Si, du ciel, où la béatitude des anges est consommée, vous descendez dans les espaces, vous y verrez des milliards de globes plus grands et plus beaux que notre misérable terre; vous vous demande­ rez si ces globes sont des déserts errants... Pourquoi les astres ne seraient-ils pas peuplés d'êtres moins grands que les anges, mais plus grands que nous?... Pourquoi... Dieu ne recruterait-il pas, dans les espaces immenses, d'innombrables légions de bienheureux? » Monsabré, Carême de 1889, circonférence. 2“ Précision de la discussion : opinion large et opinion rigide. — Au milieu de tant d’opinions diverses, il serait impossible d'aborder une discussion sérieuse, si nous ne faisions subir une précision nouvelle au problème qui offre tant d'aspects variés. Tout d’abord, il faut laisser de côté la question des anges élus, et l’hypothèse d’autres créatures intermé­ diaires entre l’ange et l'homme. La seule question du nombre des élus qui puisse nous intéresser et surtout avoir une utilité morale pour nous, c'est la question des hommes, descendants d’Adam et d’Ève, et destinés au ciel ou à l'enfer. Mais ici encore il ne faudra envi­ sager le salut ou la damnation des enfants, privés de la raison, qu’indirectement. On dira, en temps et lieu, ce qu'il convient d'en penser. Le problème du nombre des élus n’offre d’intérèt réel qu’en ce qui concerne les adultes. La situation des adultes par rapport à leur salutéternel n’est pas la même pour tous : aussi, beaucoup de théologiens, pour ne pas dire la plupart, ont pensé qu’il convenait d'envisager la question du nombre des élus sous un double aspect:!, par rapport au genre humain tout entier, sans distinction de catholiques ou 2352 non-catholiques; 2. par rapport aux seuls catholiques. Mais ce double aspect ne correspond pas encore exac­ tement à la réalité des situations : parmi les non-catho­ liques, les hérétiques et surtout les schismatiques ont bien plusde facilité d'opérer leur salutqueles infidèles; et parmi ces derniers, il faudrait encore distinguer entre monothéistes et polythéistes. D'autre part, il est à remarquer que les arguments employés en faveur du grand nombre des élus chez les catholiques ne perdent pas tous leur valeur lorsqu’on les applique au genre humain entier; les raisons qui militent en faveur du petit nombre dans tout le genre humain peuvent éga­ lement, pour la plupart, être invoqués en faveur du petit nombre chez les catholiques. Il est donc plus simple, en s’élevant au-dessus des applications prati­ ques, de poser la question d’une manière toute géné­ rale : Doit-on penser que la majorité du genre humain sera sauvée ou sera damnée? Les points de vue spé­ ciaux concernant les catholiques seront envisagés au cours de l'article, selon la nature des arguments que les théologiens de chaque opinion ont coutume d’ap­ porter pour soutenir leur thèse. Enfin, chercher ce que sera la majorité, soit des élus, soit des damnés, par rapport à la minorité, serait vouloir une précision im­ possible; et c’est pourquoi, à cause de sa trop grande précision, improbable d’ailleurs, il convient de laisser de côté l'opinion de Cajetan, partageant les adultes catholiques en deux parties numériquement égales. In IV Evangelia commentarii, Lyon, 1639, p. 112. II. Liberté de la discussion. — On prétend que la question, ainsi posée sur un terrain très large, ne peut être librement discutée; l’opinion qui admet, parmi les catholiques adultes, une majorité d’élus, peut être considérée comme probable ; mais l'opinion qui admet­ trait, dans le genre humain tout entier, une majorité d’élus, mérite une censure. Elle n’est donc pas libre. Telle est la thèse du P. Godts dans son ouvrage De paucitate salvandorum, 3' édit., Bruxelles, 1899. p. 347-354. Plusieurs théologiens présentent, en effet, la thèse du petit nombre des élus, dans tout le genre humain, comme de foi. Laselve, ânnus apostol.; Concio pro Dom. Sept., Liège, 1727, t. i, p. 177 sq.; Smising, Disp, theol. de Deo,l. I, De Deo uno, tr. 111, disp. VI, De provid., n. 803, Anvers, 1626; Bosco, Theol. spirit, schol. et moral., 1.1, De provid. div., disp. Ill, sect. Ill, conci.8. Mais la conclusion de ces trois théologiens est fort contestable; ils proclament de foi leur opinion, parce qu’elle leur semble refléter clairement le sens du verset : Multi vocati, pauci electi. Or ce sens est très discutable, et jamais l’Église ne l’a sanctionné. D'autres assurent que le petit nombre des élus dans le genre humain est une vérité certaine; l’opinion opposée mériterait donc d'être qualifiée d’erreur. Gonet, Clypeus theologiæ thomisticœ, tr. V, disp. IV, digressio 2*, s’exprime ainsi : Certum est et explora­ tum apud omnes, quod si loquamur de omnibus omnino hominibus... multo major est numerus repro­ borum. D’autres théologiens, sans être aussi explicites, laissent clairement entendre que l’opinion large n’est, à aucun point de vue, soutenable. Ainsi Suarez : Secunda comparatio est inter homines, absolute de omnibus... et hoc modo communis et vera sententia numerum reproborum esse majorem, Tract, de div. prædest. etreprob., L VI, c. m ; Estius : Nimis quam vere dicitur, hominum reproborum numerum longe majorem esse quam electorum, si totum censeatur genus humanum. InIV Sent., 1.1.dist. XL,§ 23. Paris, 1662, t.i, p. 144. Cet avis des théologiens n’est qu’un écho de la doctrine des Pères de l’Eglise, et le R. P. Godts rap­ pelle aux partisans de l’opinion large qu’« il y a obliga­ tion de respecter ou même d’admettre, sous peine de témérité, un enseignement des saints Pères ou des théo­ 23Γ.3 ELUS (NOMBRE DES) 23Γ4 logiens qui se rapproche sensiblement de l’accord una­ vélations ou d'illuminations célestes, touchant précisé­ nime». A. Vacant, Étude sur le magistère ordinaire de ment a la question du nombre des élus, il en a résumé l’Église, Paris, Lyon, 1887, p. 60. les idées principales en quelques écrits dont les titres A ces considérations d’ordre général s’ajoute la con­ sont bien significatifs : Opusculos para alivio espiridamnation portée par l’index, le 22 mai 1772, contre la tual de algunas personas que parecen pusilanimithèse du P. Gravina, insérée dans l’ouvrage posthume dades, y temores desordmados, a verra de su salracion ; du P. Piazza, publié à Palerme (1762) sous le titre : Dis­ Declaration de algunas sententias del Testamento sertatio anagogica, theologica, yarænetica de paradiso. nuevo, que parecen tener algo de rigor, y aspeLe P. Gravina avait ajouté un chapitre, le ve, De ele­ reza. Or, il y enseigne que « le nombre des hommes ctorum hominum numero, respectu hominum reprobo­ sauvés est très grand, incalculable; il dépasse celui des rum,dans lequel il soutenait comme une opinion vrai­ réprouvés, grâce à la puissance, â la sagesse et a la semblable que le numbredes hommes élus, par rapport bienveillance infinie du Christ, qui, sans doute, n’a pas au nombre des hommes réprouvés, était de beaucoup en vain souffert et répandu son sang, n’est pas en vain supérieur. Et le chapitre fut censuré : omnino damna­ ressuscité, et n’a pas vainement brisé l’insolente domi­ tur, porte le décret, avec proscription de l'ouvrage en­ nation de Satan sur l’espece humaine » Opusc., arg. 3 tier, tant qu’il ne sera pas expurgé dudit chapitre. et 4. Quatorze théologiens furent chargés d'examiner Voir index, Rome, 1900, p. 242. Marmontel avait sou­ ses écrits : au premier rang ligure le nom du P. Ignace tenu, en France, la même thèse dans son Bélisaire Garrotte, qualificateur de la Suprême Inquisition; les (1767); la Sorbonne censura l’ouvrage, le 26 juin 1767, ouvrages furent soumis également à de nombreux doc­ et l’archevêque de Paris, Christophe de Beaumont, le teurs en théologie de Barcelone, Valence, Vich, Mancondamna le 24 janvier 1768 au sujet du salut des rèse. Aucun théologien ne réprouva l'opinion du servi­ païens, mais surtout à cause du c. xv sur la tolérance. teur de Dieu ; beaucoup l’approuvèrent, entre autres Picot, Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique les censeurs bénédictins, Lardito et Barnuevo, Domi­ pendant le xvnp siècle, 3' édit., Paris, 1855, t. iv, nique Lossada, O. M., François de Miranda, S. J. p. 251-258; H. Reusch, Der Index der verbotenen Bû­ L'Église ne les inquiéta pas. cher, Bonn, 1885, t. n, p.913. L’ouvrage de Marmontel Bien plus, quelques années auparavant, le 30 juil­ (mis à l’index donec corrigatur le 25 mai 1767) méri­ let 1708, la S. C. de l'index condamnait un ouvrage â tait la censure sous bien des rapports; quant au P.Gra­ tendances opposées ; La science du salut, renfermée vina, il semble bien que la S. C. de l’index ait voulu dans ces deux paroles : il y a peu d’élus, ou traité proscrire sa thèse et non viser simplement le mode dogmatique sur le nombre des élus, publié en 1701 à et l’inopportunité de sa publication. Voir Ami du clergé, Rouen par l’abbé Olivier Debors-Desdoires, sous le pseu­ t. xxiil, p. 159. Cependant Picot, op. cit., t. v, p. 457donyme d’Amelincourt. Et encore ce dernu r consacrait 458, dit que la manière dont Gravina établissait sa thèse une cinquantaine de pages à réfuter « ceux qui res­ du grand nombre des élus « n'annonçait pas beaucoup serrent excessivement le nombre des élus. » Au de jugement et-de critique; c’était par des arguments XIXe siècle, la liberté de la discussion est proclamée assez ridicules et par des révélations apocryphes. » par des théologiens de grand renom : Perrone, De Deo Cf. Reusch, Der Index, t. H, p. 975-976. Le sentiment I creatore, n. 748, note ; Hurter, 7 heol. dog. comp., tr.de de Gravina a été réfuté par le camaldule A. Gardini, Deo, part. 1, c. m, a. 3, n. 2; Bergier, Diet, de théol., art. Élu; Traité hist, et dogm. de la vraie religion, Dissertatio theologica adversus novitates P. J. M.Graviftæ S. J. cæli januas reserantis non solum hæreticis part. Ill, c. Il, a. 2, § 7, Besançon, 1820; Actorie, De et schismaticis, verum tamen hebræis, mahommedal’origine et de la réparation du mal, 1. 1, c. I, p. I, nis, etc., in-8”, Venise, 1767, et par François Cari, LetLyon, 1846; Lacordaire, Conférences, conf. lxxi, les tera indirizzata in nome del Dogo della republica résultats du gouvernement divin : « Le petit nombre degli Apisti al Rev. de'Solipsi G. G. (GiuseppeGravina). des élus n’est pas un dogme de foi, mais une question Si la thèse de Gravina a été réellement proscrite, la librement débattue dans l’Église; » Monsabré, loc. cil.: discussion restera-t-elle libre? « Sur la question du nombre des élus, nous n'avons que des opinions. » Et l’Église laisse dire, et l’on pourrait Avant tout, il convient de remarquer que, dans une question qui touche aussi lointainement et indirecte­ multiplier les citations. ment à la foi et aux mœurs que la question du nombre Faut-il donc conclure, malgré la condamnation de des élus, l'opinion même unanime des Pères et des Gravina, à une liberté illimitée de discussion? La ques­ théologiens ne peut imposer une manière de voir de tion nous parait assez complexe. préférence à une autre, si l’Église laisse la discussion L’opinion, condamnée dans le livre édité par Gravina, libre : « Si les Pères semblaient affirmer unanimement était celle-ci : Verisimile est electos homines, respectu une doctrine religieuse que l’Église a laissé discuter hominum reproborum, longe numerosiores esse. Il est librement dans les siècles suivants, il faudrait penser possible que la condamnation porte sur l’adverbe longe que les affirmations des saints Pères exprimaient de plutôt que sur le comparatif numerosiores. Il faudrait donc conclure à la prohibition de l’opinion qui restrein­ simples opinions, et qu'elles ne remplissaient pas la drait à quelques rares unités le nombre des réprouvés, première condition exigée pour l’unanimité morale dans l’enseignement (à savoir, qu’ils regardaient leur tout comme il faut écarter la prétention de ceux qui affirment la réprobation en niasse des hommes, fût-ce enseignement comme l’expression d'une vérité révélée des non-catholiques. Tel doit être le sens des deux con­ ou se rattachant à la révélation), car un dogme qui a damnations contraires portées contre Gravina et contre été proposé à la foi des fidèles ne peut jamais se trans­ d’Amelincourt. Aussi les auteurs qui ont affirmé leurs former ensuite en une opinion libre. » Vacant, op. cit., préférences pour l'opinion large, dans tout le cours du p. 62. XIXe siècle, l’auteur des Tesori di confidenza in Dio, Or, même avant la condamnation du P. Gravina, l’Église laissait librement s’exprimer l’opinion du plus Pignerol, 1831 ; l'abbé Le Noir, Did. des droits de la raison dans la foi, art. Immortalité de l'âme, n. 146, grand nombre des élus, même parmi le genre humain dans la Ilh Encyclopédie catholique de Aligne, t. lvh; considéré dans son ensemble. Sans parler de la théo­ Did. des harmonies de la raison et de la foi, art. Vie logie du P. Gcnér, nous en trouvons un exemple éternelle, § 3, ibid., t. xix, lequel fut formellement remarquable dans les œuvres du F. Joseph de Saintdénoncé à l’index et sortit indemne de l'examen qu’on Benoit. Le Vén. F. Joseph de Saint-Benoit, religieux fit subir à sa doctrine; le P. Melguizo, O. S. B., r-édiconvers de l’abhave de Montserrat, simple tailleur de pierres, mourait le i7 novembre 1723. Favorise de ré­ teur des œuvres du Fr. Joseph. Son mas los que se 2355 ÉLUS (NOMBRE DES) salvan que los que se condenan, Madrid, 1860; le P. Hurter, op. cit.; l’abbé Martinet, La science de la vie, leçon l; L'art d’enseigner la religion, c. xx. dans Œuvres, Paris, 1878, n'ont jamais été aussi loin que Gravina. Seuls, Mtr Bougaud, Le christianisme et les temps présents, Paris, t. v, et M. l'abbé Mauran, Élus et sauvés, Marseille, 1896, se rapprochent de Gravina, et néanmoins ils nont pas été condamnés par l’Église. Mais pour juger sainement de la condamnation de Gravina par rapport aux opinions larges de plusieurs théologiens du xtx· siècle, il faut encore faire attention â un point tout particulier, sur lequel nous aurons l’occasion de revenir : beaucoup d'hommes, le plus grand nombre peut-être, meurent avant d’avoir atteint l’âge de raison. De ce nombre, l’immense majorité se voient fermer la porte du ciel, à cause du péché ori­ ginel, mais ne sont pas condamnés à l'enfer. D'une certaine manière, ils sont damnés, « c'est-à-dire con­ damnés par la sentence portée contre notre nature déchue à ne jamais voir Dieu face à face et à ne jamais jouir du bonheur de cette contemplation. Mais igno­ rant le grand bien qu'ils ont perdu, ils ne soutirent pas de cette privation, et Dieu les laisse jouir en paix de tous les biens de la nature. » Monsabré, loc.cit. Voir Dam. Les Pères et les théologiens, avant le xvin· siècle, se plaçant au point de vue doctrinal, considéraient cette foule de non-élus comme faisant partie du nombre des réprouvés; de là, leur opinion unanime, qui semble, en effet, difficilement contestable, du plus grand nombre des réprouvés dans tout le genre humain, et la juste condamnation de la thèse de Gravina. Aujourd’hui, les partisans de l’opinion large entendent pardamnésceux qui sont condamnés à l'enfer; les non-élus, coupables seulement de la faute originelle, forment la classe des déshérités, qui, heureux d’un bonheur purement natu­ rel, voir Limbes, glorifient à leur manière la bonté et la miséricorde de Dieu. De là — dans un but peut-être plus apologétique que doctrinal — tout en admettant même l'opinion du plus grand nombre des non-élus, on peut légitimement soutenir celle du petit nombre des damnés : l'une n’est pas exclusive de l’autre. Ces explications préalables étaient nécessaires pour bien comprendre la question qui se pose et qui partage aujourd'hui en deux camps les théologiens qui s’y inté­ ressent. Réduite aux termesquenous avons fixés,onconçoit que la liberté de discussion est laissée au sujet des deux opinions. Sans nier la part de vrai qui existe dans leur affirmation par rapport à l'opinion trop large, il faut dire que le R. P. Godts et après lui dom Maréchaux, Du nombre des élus, Paris, 1901, ont exagéré, en refu­ sant à leurs adversaires le droit d’opiner en faveur du plus grand nombre d'élus. On peut conclure avec le R. P. .Jean-Baptiste du Petit-Bornand, dans les Etudes franciscaines, avril 1906 : « La question reste ouverte, et tout le monde reconnaît qu'on peut la discuter, parce que ni l’Ecriture, ni la tradition ne sont suffi­ samment explicites et que l’Église ne s’est point pro­ noncée. » Et cependant c’est à l’Écriture sainte et à la tradition que s’adressent les partisans du petit nombre des élus, pour prouver leur thèse. C’est donc sur ce terrain qu’il convient de suivre les adversaires pour entendre leurs raisons de part et d'autre et les juger. 111. La question du nombre des élus dans l’Écriture sainte. — Le P. Godts, op. cit., a rassemblé les preuves que les partisans du petit nombre ont coutume d'appor­ ter. Le P. Castelein, S. J., Le rigorisme, le nombre des élus et la doctrine du salut, Paris, Bruxelles, 1899, a fait le même travail pour la thèse opposée. Comme ces deux auteurs ont épuisé à peu près la matière, c’est à eux qu’il faut recourir pour avoir le développement complet de la discussion. 1» Textes allégués en faveur du petit nombre des élus. 2356 — 1. Textes de Luc., sur, 23, 24, et de Matth., vu, 13. — Un jour, quelqu'un s’approche de Noire-Seigneur et lui demande : Domine, si pauci sunt qui salvantur ? Ipse autem dixit ad illos : Contendite intrare per angustam portam ; quia MULTI, dico vobis, quærent intrare et non poterunt. A cause de la similitude de pensée et d’expression, on rapproche cet autre texte de saint Matthieu : Intrate per angustam portam : quia lata porta et spatiosa via est, quæ ducit ad per­ ditionem; et MULTI sunt qui intrant per eam. Quam angusta porta et viaest quæ ducit ad vitam! et PAUCI sunt qui inveniunt eam, vn, 13, 14. Ces textes prouvent-ils péremptoirement le nombre des élus? Un s'appuie sur l'autorité des Pères pour affir­ mer que tel est bien leur sens, et, de fait, nombreuses sont les autorités qu’on peut invoquer. Cf. col. 2364sq. Nous verrons plus loin quelle portée il faut attribuer à l'interprétation des Pères en faveur de la thèse du petit nombre des élus. Sur le sens obvie du texte pris en lui-même, voici la réponse des partisans de la thèse opposée : « Ce passage serait bien alarmant s'il avait un sens absolu et une portée universelle. Mais le con­ texte prouve clairement qu’il se restreint à l’entrée des Juifs contemporains de Noire-Seigneur dans le royaume du Messie. On ne peut soutenir que cette image de voie étroite, qui n’est découverte que par un petit nombre, s'applique à l’Église catholique et aux fidèles. Jésus-Christ peint ici l’état malheureux du peuple juif, auquel il prêchait son Evangile. Cet état était un état de décadence. Les docteurs de la loi, avec leur formalisme vain et leurs vices invétérés, menaient la foule à la perdition. Ils prétendaient que leur seul titre de fils d’Abraham leur assurerait l’entrée dans le royaume éternel du Messie et qu'ils y seraient conduits par la voie et la porte large, la voie et la porte par ou peuvent passer tous les vices. » Castelein, op. cit. р. 34. Le P. Castelein n’est pas le premier à donner à ces passages de l’Évangile une signification différente de celle qu’on leur attribue communément; dès 1695 Steyaert, docteur de Louvain, défendait la thèse sui­ vante : Angusta porta, de qua Matth., vit, 13, est porta religionis christianæ, etiam quatenus avulgo fidelium (ne ad nescio quos rigores restrictio fiat) obser­ vatur. On peut encore citer Msrde Pressy, Inst. past, sur l’éternité des peines de l'enfer, c.n, diff. vu, dans Migne, Œuvres, t. i, col. 628; Rogacci, S. J., L'art de traiter avec Dieu, trad. franc, de l’Unum necessarium, Clermont-Ferrand. 1841. p. 178; Bergier, Traité de a religion, loc. cit. : Tesori di conftdenza in Dio, part. II, с. vit, difl. ix; c. vm, diff. I, etc. En somme, le multi et le pauci de ces deux passages de l’Évangile ne regarderaient que les Juifs contempo­ rains; l’idée morale représentée par les deux voies, la difficulté du chemin du ciel, la largeur et la facilité du chemin de la perdition regardent les fidèles de tous les temps.Cf. Knabenbauer, Evangelium sec. Matthæum t. π, p.178, 247. Ceux-ci marcheront-ils sur les traces des Juifs contemporains de Jésus? C’est le mystère de Dieu. Dans Luc. Notre-Seigneur ne répond pas direc­ tement à la question qui lui est posée, il nous recom­ mande seulement avec instance de faire effort, de lutter (άγονίζεσδε) pour entrer par la porte étroite. Saint Cyrille d’Alexandrie, cité par saint Thomas, Catena aurea, fait bien remarquer le sens de la réponse du Christ; le sens de l’interrogation n’est pas douteux, car la question du nombre des élus était à l’ordre du jour dans les subtiles discussions des rabbins. On en trouve des échos au IVe livre d’Esdras, VIII, 1; tx. 15, 16. Mais Notre-Seigneur,dans sa réponse, laisse de côté le point de vue inutile de la question : « Peu ou beau­ coup, que vous importe! » et il donne la leçon utile : » Efforcez-vous seulement d’entrer par la porte étroite. » Le terme multi qui suit n'a d’ailleurs aucun corrélatif. 2357 ÉLUS (NOMBRE DES) 2358 « Les rigoristes me diront, peut-être, que Jésus-Christ avait été donnée par Origéne,In Matth., torn.xv. n. 37. cache ici le mystère de sa justice pour ne pas troubler P. G., t. xm, col. 1360; par saint Jérôme, In Ma: les âmes timorées; moi j'aime mieux penser qu’il nous P. L., t. xxvi, col. 141. et par saint Chrysoslome. cache le mystère de sa miséricorde pour nous faire éviter Matth., homil. LXtv, n. 2-4, P. G.,l. lviii,col. 612-61 i la présomption. » Monsabré, loc. cit. Quant au texte « La seconde parabole, observe Mor de Pressy. op. . de saint Matthieu, où l’opposition entre multi et est de toutes celles de l’Évangile la plus enigma: ; pauci existe, même en admettant que ces deux termes et la plus difficile à expliquer. » Aussi est-elle diver­ s’appliquent à tous les hommes de tous les temps, il ne sement interprétée. Cf. Velasquez, In Epist. ad I ■ . . prouverait encore pas péremptoirement la thèse du I, 3, ann. 3, n. 5. Ces mots : peu d’élus ne signiiie·. : petit nombre. Il est suivi de ces autres paroles : « Je pas peu de sauvés, car il n’est pas possible de concilier vous déclare que beaucoup viendront de l’Orient et de cette interprétation avec le texte sacré. L'exégèse qui l’Occident et sassoieront avec Abraham, Isaac et Jacob fonde sur ce passage la théorie du grand nombre dedans le royaume des cieux, tandis que les enfants du réprouvés rend difficilement compte de l’exclusion royaume seront jetés dans les ténèbres extérieures, » d'un seul convive entre tous ceux, bons et mauvas. vin, 11, 12, dites sans doute dans une autre circonstance, que le Maître fait amener de différents côtés. L'inter­ mais qui laissent à supposer que ceux qui trouvent la prétation qu’en donne le P. Meschler, Méditations, voie du salut ne seront décidément pas en petit nombre. trad. Mazoyer, Paris, 1894, t. n. p. 467, ne paraît pas Ne serait-il pas plus exact de dire que Notreimprobable : « La conclusion : il y a beaucoup d’appe­ Seigneur, dans ces deux passages de Matthieu et de lés, mais peu d’élus, résume l’enseignement et le but Luc, a voulu donner un précepte moral, en nous rap­ de la parabole. Elle s'adresse aux Juifs : elle leur pelant que la voie qui mene sûrement au salut est rappelle que beaucoup d’entre eux, que tous sont difficile et demande des efforts, tandis que la voie de appelés à l’Église, mais que peu y entreront. Elle ne la perdition est facile? Beaucoup prennent celle-ci, s’applique aux gentils qu’en tant que la parabole leur peu, celle-là ; mais Notre-Seigneur ne dit pas que la enseigne que, parmi ceux qui entrent dans l'Église foule nombreuse qui suit la voie de la perdition ira par conséquent, parmi les gentils eux-mêmes, tous ne jusqu’au bout. Entre la voie et le terme, il y a place seront pas sauvés. Mais il n'est nullement dit que le pour le repentir, la pénitence, et le retour au chemin plus grand nombre de ceux qui appartiennent a du salut. Néanmoins on ne peut nier que les paroles l’Église seront damnés. Parmi les gentils appelés au très tortes du Christ, dont l’interprétation du P. Castefestin nuptial, il ne se trouve qu’un seul indigne. Cetle lein n’arrive pas à énerver le sens général, et auxquelles conclusion, qui termine aussi la parabole des ouvriers la tradition, nous le verrons, a gardé un sens très par­ envoyés à la vigne, Matth., xx, 16, a donc ici un sens ticulier relativement aux termes multi et pauci, ne différent, parce que le but lui-même est différent. Dans soient un argument sérieux en faveur de la thèse du la première parabole, il ne s’agit pas du salut en géné­ petit nombre des élus. ral, puisque tous les ouvriers reçoivent également le 2. Multi sunt vocati, pauci vero electi. Matth., xx, denier : il s’agit de certains privilèges dans la récom­ 16; xxii, 14. La célèbre maxime : « beaucoup d’ap­ pense éternelle. Tous ceux qui sont appelés et qui. de pelés, peu d’élus », est-elle synonyme de « rares sont fait, arrivent au ciel, sont loin d’être sur le même rang : les sauvés, nombreux les réprouvés»? En fait, d’après il en est qui ont une place d’honneur et ces distinc­ l’Évangile, Notre-Seigneur Jésus-Christ s’est exprimé tions établissent une hiérarchie différente de celle de la sorte deux fois, et par manière de conclusion : à qu’on voit ici-bas. » Voir Lesêtre, dans le Dictionnaire la fin de la parabole des ouvriers de la vigne et à la de la Bible de M. Vigoureux, art. Élus. fin de la parabole du festin nuptial. Or. dans le pre­ On peut conclure avec M. Lesêtre, loc. cit., que mier cas, si elle est réellement authentique, car elle t parmi les modernes, il y a une tendance â interpréter manque en cet endroit dans plusieurs manuscrits on­ d’une manière plus large la sentence qui termine les ciaux et plusieurs versions anciennes, « au lieu d'être, deux paraboles évangéliques. » Les auteurs à consulter comme elle est pour bien des personnes, un sujet de sur ce point spécial sont, d'après M. Lesêtre : Bergier, terreur,à mon avis,ditSaltneron,cette conclusion nous Traité de la vraie religion, IIIe part., IX, n, 7. (JE donne plutôt un motif de consolation : tous les ouvriers 1 vres complètes, Paris, 1855, t. vu, col. 1285; Lacorsont,en effet,récompensés,aucun n'est exclu. Elle signi­ daire, lxx‘ conférence de Notre-Dame, 1851 ; Faber. fie donc, poursuit-il, que beaucoup sont appelés à l’obser­ Le créateur et la créature, in, 2; Progrès de l’âme, vance des préceptes par une vocation ordinaire et com­ xxt; Mor E. Méric, L’autre vie, Paris, 1880,p. 181-194; mune, tandis qu’un petit nombre sont élus par une Liagre, In SS. Matth. et Marc., Tournai. 1883. p. 339; Monsabré, Conf. de Notre-Dame, 1889, VIe conf. : Knagrâce de choix pour suivre les conseils ou remplir les benbauer, Evangelium sec. S. Matth., Paris. 1893. t. u, ministères de la loi évangélique. » De parab. D. N.J.C., p. 178, 247; Mauran, Élus et sauvés, Marseille, 1896, tr. XXXIII, n. 35. Corneille de la Pierre montre par p. 87-128, auxquels il faut ajouter le P. Castelein, son commentaire que cette interprétation n’est pas particulière à Salmeron : parmi les scolastiques l’avaient op. cit. 3. Regnum cælorum vim patitur et violenti rap '.r.t adoptée Gabriel Biel, In IV Sent., 1. I, dist. LXI, q. i, illud, Matth., χι, 12, en rapprochant de ce texte tous a. 2; Ockam, ibid., a. 1 ; Catharin, De praedestinatione, ceux qui indiquent la difficulté d’entrer dans le royaume 1.1, c. ult. ; 1. III, c. i-ii. Cf. Barradas, S. .1., Comment, des cieux. C’est le dives difficile intrabit in regnum, in Evang., t. ni, 1. V, c. xvi. « En somme, il est pour le cælorum, Matth., xix, 23, 26; Marc., x. 23, 27; Luc., moins douteux que l’oracle divin, dans cet endroit, ait XVHI, 24,27; c'est la doctrine du renoncement. Matth., le sens exclusif ou trop souvent on le voudrait enfer­ x, 37-39; c’est l’humilité évangélique: nisi efficiamini mer. » P. Jean-Baptiste, dans les Etudes franciscaines, sicut parvuli, non intrabitis in regnum cælorum, septembre 1906, p. 295-296. Si le denier accordé à tous Matth., .Win. 3; c’estla sévérité du jugement de Dieu . les ouvriers de la vigne, au lieu d’être la vie éternelle, comme beaucoup d’exégètes l’ont pensé, est la vocation Dico autem vobis quoniam omne verbum otiosum, quod locuti fuerint homines, reddent rationem de eo de tous les peuples à la foi, on conclura seulement in die judicii, Matth., xn, 36, et encore : Et si justus que, si tous les hommes sont appelés à la foi en Jésus vix salvabitur, impius et peccator ubi parebunt* sauveur, tous dans le royaume de Dieu sur terre, tous I Pet., iv, 18. S’il est si difficile d’entrer dans le royaume n’entreront pas dans le royaume de Dieu au ciel. des cieux, sera-ce le partage du grand nombre? Com­ Cf. Mar Le Camus, La vie de N.-S. Jésus-Christ, 6e édit., bien n’auront pas le courage de rompre avec le monde Paris, ,1901, t. n, p. 480-483. Une explication analogue 2359 ÉLUS (NOMBRE DES) 2360 dont l’esprit corrupteur est l’antithèse de l'esprit de savent se faire violence, l’obtiendront, est celle qui sert Jésus-Christ! de fondement à l’argumentation rigoriste? Mais est-elle Tous ces textes sont graves et font impression. Néan- i bien certaine et ne contredit-elle pas le sens évident moins, si la leçon morale qui s’en dégage est toujours du texte qui se rapporte, non pas au royaume des cieux la nécessité de se contraindre pour assurer son salut dans la gloire du paradis, mais au royaume prêché éternel, il ne s’ensuit pasquece salut doive être néces­ depuis Jean-Baptiste? On oublie trop les premières sairement le pnrtagedu petit nombre. Disons immédia­ paroles du texte : A diebus autem Joannis usque nunc, tement que le texte de saint Pierre, I Pet., IV, 18, ne se regnum cælorum vim, etc. Cf. Bainvel, Les contresens rapporte pas à tous les justes en général, mais seule­ bibliques des prédicateurs, 2· édit., Paris, s. d. (1906), ment aux justes qui. au moment du jugement, n’auront p. 122-124. pas encore entièrement satisfait à la justice divine; 4. Certains faits historiques de l’Ancien Testament néanmoins ils seront sauvés. Tel est le sens de vix, présentent un sens typique indiquant le petit nombre sens qui, on le voit, ne peut en rien faire préjuger pour des élus. Laissons de côté les faits historiques dont le ou contre la thèse du petit nombre des élus. La diffi­ sens typique n’est pas bien établi (histoires de Rahab, culté pour les riches d'entrer dans le royaume des Jos., vt; des soldats de Gédéon, Jud., vit), les prétendus symboles du c. 1.x d'Ézéchiel (un seul ange pour pré­ cieux n'est pas non plus un argument sérieux. Marc, x, 23, rapporte exactement la pensée du Sauveur. Les server, six pour exterminer), de l'Apocalypse (un livre disciples s'effrayaient et Jésus de leurrépondre, 26,27: de vie, plusieurs livres de réprobation, xx, 12). de la Qui magis admirabantur, dicentes ad semetipsos : Et piscine probatique (beaucoup de malades amenés, un quis potest salvus fieri? Et intuens illos Jesus, ait: seul guéri), de la parabole du semeur (la quatrième Apud homines impossibile est, sed non apud Deum : partie de la semence fructifie en tombant en bonne OMNIA enim POSSIBILIA SUNT Deo. Il s’agit donc uni­ terre), des deux pèches miraculeuses (la première figu­ rant l'Église dans laquelle entre une mul itude quement de la difficulté, sans la grâce de Dieu, grâce qui n’est refusée à personne. La sévérité du jugement d’hommes, la seconde, qui ne donne que 153 poissons, de Dieu, qui nous fera rendre compte d’une parole figurant le ciel, ou les élus sont relativement peu inutile (άργόν ρήμα = discours inutile, peut-être nui­ nombreux, Luc., v, 6; Joa., xxt, 18); la comparaison sible), indique que nos conversations « doivent venir de saint Paul entre les vases d’or et d'argent — rares — d’une intention habituellement bonne qui les rapporte et les vases de bois et de terre — vulgaires —. Quel­ à une lin honnête. » Est-ce si rigoureux et si difficile? ques Pères ont pu accommoder cesdill'érents passages de La doctrine du renoncement, la pratique de l’humilité, l’Ecriture sainte aux élus et aux réprouvés; mais vou­ l'opposition à l'esprit du monde, les partisans du grand loir établir sur eux une preuve sérieuse, c’est condam­ nombre des élus proclament tout cela nécessaire. A ner d’avance sa thèse. ceux qui sont appelés aux cimes de la vertu, Notre11 n’y a que trois faits historiques, dont le sens ty­ Seigneur demande davantage; au commun des fidèles, pique, affirmé par l’Ecriture sainte elle-même, ne peut il ne demande que ce qui est nécessaire pour les em­ faire de doute. pêcher de violer en matière grave la loi de Dieu. Et a) Le deluge., avec ses huit personnes sauvées parmi cela est-il donc si rare? D'ailleurs, ils n'hésitent pas à toute la multitude détruite par le fléau, représente le reconnaître que « le conflit entre le salut et les jouis­ petit nombre des élus sauvés de la masse des réprouvés. sances de la vie est fréquent. C’est là que se révèle le Saint Pierre, en effet, I Pet., ni, 19-21, parlant « de plus la faiblesse humaine; » mais ils estiment que « la l’arche dans laquelle peu de personnes, huit seulement, miséricorde divine est incomparablement plus large en furent sauvées au milieu de l’eau, » affirme que c’est secours et en pardons que les rigoristes ne le supposent » une « ligure, à laquelle correspond le baptême qui vous (Castelein). Comment donc expliquer le texte regnum sauve maintenant. » Point n’est besoin, pour répondre cælorum vini patitur, s’il est relativement facile d'en­ à cette difficulté, de chercher à diminuer outre mesure trer dans le royaume des cieux? Disons tout de suite l’importance du déluge. Le sens typique n’est pas attaché que l'interprétation de ce texte n'est pas fixée. Le au nombre de personnes sauvées dans l’arche, mais P. Knabenbauer, après dom Cahnet, le comprend ainsi: au mode de salut : « De même que Noé et sa famille Le royaume du ciel est persécuté et des hommes vio­ franchirent les eaux du déluge pour entrer dans l’arche, lents veulent le détruire, faisant allusion aux efforts des de même les chrétiens traversent celles du baptême pour entrer dans l'Église du Christ, ou ils trouvent la pharisiens pour empêcher la religion chrétienne de s’établir. Knabenbauer, Evangelium sec. Matth., t. i, délivrance. C’est en ce sens que le baptême est l’antip. 435. Une telle interprétation n’a aucune influence typedu déluge, c’est-à-dire la réalisation du type delà sur la doctrine du nombre des élus. D’autres,le rappro­ ligure. » Fillion, La sainte Bible commentée, Paris, chant de son texte parallèle, Luc., xvi, 16, pensent diffé­ 1904, t. vin, p. 683. On fait remarquer qu'au con­ remment : « Notre-Seigneur compare donc ici les deux traire, ce passage de la /» Petri serait plutôt un argu­ religions. La première religion avait été confiée au seul ment contre la thèse du petit nombre, puisque l’auteur peuple juif. Depuis Jean-Baptiste, le royaume du ciel sacré y laisse entendre que beaucoup des humains, con­ ou la religion définitive est prêché. Pour qui'/pour tous. damnés alors par Dieu à cause de leur corruption, se Ce n’est plus un privilege pour personne, mais aussi convertirent au dernier moment, avant de périr dans personne n’est plus exclu. Voilà pourquoi Jésus-Christ les eaux, et évitèrent ainsi l'enfer, 19, 20. Le petit nom­ bre des sauvés dans le déluge est présenté comme le le compare à un butin de guerre, dont tout le monde peut s’emparer. Le but de la métaphore (violenti ra­ type du petit nombre des élus par saint Augustin, De piunt) est simplement de redresser l’erreur des Juifs qui hartismo cont. donat., 1. V. c. xvni, P. L., t. xi.ih. col. 189; par saint Chrysostome, Adv. oppugn, vitæ croyaient avoir droit au royaume du ciel par privilège monasticæ, P. G., t. xlvii, col. 330; par saint Grégoire de naissance, et cela à l’exclusion des autres hommes. » le Grand, Homil., xxxvni, in Evang., P. L., t. i.xxvi, Castelein, op. cit., p. 43. Cf. Mor Le Camus, La vie de col. 1280-1290. .V.-S. Jésus-Christ, 6e édit.. Paris, 1901, t. i, p. 456. b) La destruction de Sodome à laquelle échappent D’autres, traduisant le verbe βιάζεται par le moyen, et seuls Loth etsa famille présenterait également un sens non parle passif, comprennent ainsi : Le royaume des typique relatif au nombre des élus. Peu échappent au cieux (prêché par Jésus) s’offre à tous avec force, et feu du ciel, ainsi en sera-t-il au jour du jugement. chacun s’efforce à son tour d’y pénétrer. Cf. KnabenSaint Pierre. Il Pet., Il, 6, et saint Jude. 7. affirment bnuer. loc. cit. Enfin, l’interprétation ordinaire : Le que ce fui un exemple. .Mais ici encore l'exemple n’est royaume des cieux souffre violence, et seuls, ceux qui 2361 ELUS ^NOMBRE DES) point dans le nombre de ceux gui échappent à la puni­ tion; il est dans le châtiment qui frappe les impies. Saint Pierre, qui s’étend assez longuement sur cette pensée, n’a pas un mot qu'on puisse appliquer au nombre des élus. cjJosué et Caleb, entrant seuls dans la terre promise, sont encore, nous dit-on. un type des élus entrant au ciel. C'est saint Paul, I Cor., x, 1-12, qui nous affirme que ce fut une figure. — Soitl répondent les partisans du grand nombre, mais la figure porte uniquement sur les châtiments dont Dieu affligera les pécheurs. L'apôtre veut simplement prémunir les Corinthiens contre les tentations, toujours possibles, même au mi­ lieu des plus grands bienfaits de Dieu. Les Hébreux, infidèles dans le désert, en sont la preuve. Conclusion : on a tort de vouloir trop presser, jusque dans leurs moindres détails, ces types de l'Ancien Tes­ tament; on fait alors dire à la sainte Écriture ce qu’elle ne dit pas, et on risque de prendre son propre juge­ ment pour la parole de Dieu. 5. Les rigoristes appliquent aux élus certaines com. paraisons soit de ('Ancien, soit du Nouveau Testa­ ment : Is., xvn, 5, 6 : Et erit sicut congregans in messe quod restiterit et brachium ejus spicas leget; et erit sicut quærens spicas in valle Baphaim ; et relinque­ tur in eo sicut racemus, et sicut excussio oleæ dua­ rum vel trium olivarum in summitate rami, sive quatuor aut quinque in cacuminibus ejus fructus ejus..., et encore, xxiv, 13 : Quia hæc erunt in medio terree, in medio populorum : quomodo si paucæ olivæ,quæ remanserunt, excutiantur ex olea; et ra­ cemi, cum fuerit finita vindemia. Gonet, Clypeus theologiæ thomisticæ, loc. cit., qui apporte ces textes comme arguments, compare après saint Jérôme, In ls., P. L., t. xxiv, col. 294, les élus aux épis et aux grappes qui ont échappé aux moissonneurs et vendangeurs. Toujours le petit nombre. — Une autre comparaison est empruntée au Nouveau Testament. Parlant de JésusChrist, saint Jean-Baptiste dit : Son van est en sa main, et il nettoiera complètement son aire : il amas­ sera son blé dans le grenier, mais il brûlera la paille dans un feu qui ne s’éteindra point. Matth., ni, 12; Luc., ni, 17. Or, si le blé représente les élus, la paille forme un volume beaucoup plus considérable que le blé. Humbert, Pensées sur les plus importantes vérités de la religion, c. v, § 2. « écartons respectueusement, leur répond le P. JeanBaptiste, loc. cil., ces figures de l’Ancien Testament qui sont appliquées d'une façon bien arbitraire au nombre des élus. Comparer les élus aux épis de blé et aux grappes de raisin qui ont échappé à l'attention des moissonneurs et des vendangeurs, n’est-ce peint assimiler, par une contradiction assez étrange, les amisde Dieu, prédestinés avant la création du monde, à des rebuts abandonnés ou à des restes oubliés? » L’autre comparaison, empruntée au Testament Nou­ veau, prouverait juste le contraire de ce qu'on en veut tirer. De ce texte, on devrait conclure que le nombre des élus l’emportera de beaucoup sur celui des réprou­ vés : en effet, c'est le divin Semeur lui-méme qui l’assure, chaque tige de son champ lui donne trente, soixante et jusqu a cent grains de blé. Conclusion d’ailleurs autorisée par cette autre déclaration de Jésus-Christ : Ainsi en sera-t-il — comme de la cap­ ture et du choix des poissons — à la consommation des siècles; les anges viendront et sépareront les mé­ chants du milieu des justes et les /etteront dans la fournaise de feu. Matth., xm, 47-50. Séparer les mé­ chants « du milieu des justes », n’est-ce point mani­ fester que ces derniers sont bien plus nombreux? 6. Pour être complet, il faut encore rapporter les ar­ guments — démodés aujourd’hui — que Gonet forgeait avec certains passages de l’Écriture sainte : les élus 2362 sont comparés par saint Paul à des hommes appelés par le sort, Eph., l, 11; Col., i, 12; donc ils sont en petit nombre, car c’est toujours le petit nombre qui est favorisé par le sort; les prédestinés sont représentés comme les amis de Dieu; or, une des conditions de l’amitié, c’est de ne pas être prodiguée; les prédestinés sont comme des rois et des princes, les réprouvés, comme des esclaves. Or, les rois sont moins nombreux que les sujets. — A ces arguments peu sérieux, il suffit de répondre par un autre texte de saint Paul : Dieu veut le salut de tous les hommes. I Tim., n, 4. 7. Mais il est un argument, en apparence plus sé­ rieux, auquel recourent les partisans du petit nombre des élus ; ils insistent sur les textes de la sainte Écri­ ture, où nous est inculquée la crainte de Dieu dans l'œuvre du salut, par exemple : Cum metu el tremore vestram salutem operamini. Phil., η, 12. Or, la crainte ne serait pas justifiée si le salut était relativement facile et l’apanage du plus grand nombre. On a abusé de tous ces textes qui nous inculquent la crainte. La crainte de Dieu n'est pas la peur de Dieu ; et c’est sur cette équivoque que se base tout le raisonnement des rigoristes. « La crainte de Dieu, telle que nous la montre l’Ecriture, n’est pas la crainte servilement ser­ vile, ni même le plus souvent, la crainte simplement servile; c’est presque toujours la crainte filiale, amou­ reuse, inséparable de la joie et de l’exsultation, exul­ tais ei cum tremore, Ps. Il, 11, inséparable de la joie dont elle est le fruit, lætetur cor meum ut timeat no­ men tuum, Ps. lxxxv, 11, inculquée dans cette Épltre aux Philippiens dont on cite avec effroi le verset cum metu et tremore vestram salutem operamini, sans prendre garde que c’est une des Épitres, où saint Paul recommande le plus ardemment la joie a ses néophytes. » iv, 4; n, 18, 28; 1, 25; II, 2; iv, 7-8; cf. Eccli., I, 11-12, 22; n, 8-13. Ami du clergé, 1906, p. 1063. De plus,dans saint Paul, le mot tremor n’a jamais le sens de frayeur; on peut s’en convaincre en comparant 1 Cor., il, 3; Il Cor., vu, 15; Eph., vi, 5; Heb., xn, 28. Voir t. in, col. 2014-2018. 2° Textes allégués en faveur du grand nombre des élus. — Tout d’abord, le texte classique de l’Apocalypse, vu, 9 : Vidi turbam magnam, etc. S’il y a, au ciel, une si grande foule d'élus, de toutes les nations, tribus, peuples, langues, c’est donc que le nombre des élus sera immense. Comment, en ce cas, soutenir la thèse du petit nombre? Gonet répond avec une distinction toute scolastique, reproduisant le commentaire de saint Augustin : absolument, le nombre des élus sera très grand; relativement au nombre des damnés, cette foule sera encore le petit nombre. Clypeus theologiæ thomi­ sticæ, loc.cit. Et, de fait, il faut convenir que du texte de l'Apocalypse, on ne peut rien conclure; aussi les mo­ dernes ont cherché plutôt à recueillir dans la sainte Écriture, les textes qui prouvent, dans le plus grand nombre des hommes, l’efficacité des trois causes de leur salut éternel, la cause suprême, qui est la volonté souveraine de Dieu ; la cause méritoire, qui est le sang et les mérites de l'Homme-Dieu; la cause efficiente, qui est la grâce, agissant sur notre volonté. 1. La cause suprême du salut dans la sainte Écri­ ture, relativement au nombre des élus. — La sainte Écriture « nous enseigne, dans les termes les plus nets, que Dieu a voulu faire prédominer dans le genre humain la gloire de sa bonté sur celle de sa justice, qu’il veut d'une volonté efficace le salut de tous; qu'il veut se montrer riche en miséricorde pour tous; qu'il ne fait aucune distinction de personnes dans sa volonté de les sauver tous; qu’il ne laisse même les peuples s’engager sur le chemin public des erreurs qu'en main­ tenant son dessein d’éclairer, du moins en secret, toutes les âmes égarées et de déployer vis-à-vis de toutes, pour les sauver, une inépuisable miséricorde. » Castelein. 2363 ÉLUS (NOMBRE DES) 2364 sufficientiam, non autem quoad efficaciam. Et op. cit., p. 160. Les témoignages invoqués sont les sui­ l’Ecriture sainte ne peut rien nous apprendre du vants : vision de Moïse, Exod., xxxm, 18 sq. ; xxxiv,6, 7; vision d’Élie, III Reg., xix, 11, où Dieu passe dans nombre de ceux pour qui la rédemption sera vraiment efficace, tout comme elle nous laisse ignorer le nombre un souffle doux et léger; Ezech., xvm, 2-22; Ps.lxxxviii, de ceux qui bénéficient de la volonté salvifique consé­ 1; ci.xiv, cxxxv; en, qui exaltent la bonté et la miséri­ quente de Dieu. Cf. Coppin, La question de l’Evangile : corde de Dieu; Is.,Liv,· Sap., xi, xn; Matth., xvhi, 11; Seigneur, y en aura-t-il peu de sauvés ? Bruxelles, 1899. Luc., xix. 10: Venit... salvum facere quod perierat; D'ailleurs, en réduisant à la stricte logique du rai­ Matth., xvni, 12,13; Luc., xv,4,6,11-32,où est proclamée sonnement les arguments des partisans du grand la joie causée par le retour du pécheur et de l'enfant pronombre des élus, il faudrait conclure au salut de tous digue;.Ioa.,vm,4,où nous lisons l’épisode si significatif les hommes. Or, l’espérance du salut universel est une delà femme adultère; Matth., xvm,2t, 22 ; Luc., xvn, 4, thèse condamnée par l’Eglise. Syllabus, prop. 16, 5, le pardon seplante fois sept fois répété; Act., x, 34; Denzinger-Bannwart, Enchiridion, η. 1716. C’est le cas Rom., π, Il ; x, 12. 13; Col., m, 11 ; Gai., ni, 28, où la d’appliquer l’adage : qui nimis probat, nihil probat. volonté salvilique universelle est proclamée; Rom., ix, Néanmoins, on ne peut nier que ces textes de la sainte 16; v. 5-10; vin, 31-39. où l’amour de Dieu pour nous Écriture, relatifs aux bienfaits de la rédemption, aient éclate dans le mystère de notre prédestination, mystère une grande force et donnent une sérieuse probabilité à de bonté et de miséricorde avant tout. l’opinion large. 2. La cause méritoire. — 1 Tim., il. 6 : Qui dédit En dehors de cette simple probabilité, on ne peut redemptionem semetipsum pro omnibus ; II Cor., v, rien trouver dans la sainte Écriture qui favorise la 14.15 : / nus pro omnibus mortuus est..., pro omnibus thèse du grand nombre des élus; la thèse du petit mortuus est Christus ; 1 Joa., II, 2 : Ipseest propitiatio nombre de son côté trouve un fondement sérieux dans pro peccatis : non pro nostris autem tantum, sed le parallèle fait par Notre-Seigneur entre la voie étroite etiam pro totius mundi ; Rom., vm, 32 : Pro nobis et la voie large. Luc., xm, 23, 24; Matth., vu, 13. omnibus tradidit illum. Rapprocher de ces textes les Mais c’est tout; les autres arguments ne sont que de expressions si fortes île l’apôtre, Heb., Il, 17; iv, 15, et la prophétie d’Isaïe, lui, 2-6. vaines sollicitations de textes ou des interprétations 3. La cause efficiente, la grâce, donnée par Dieu, erronées. méritée par Jésus-Christ, ne restera pas inefficace, car IV. Lx tradition et le nombre des élus. — L’argu­ la récompense de ces efforts du Christ, en vue de notre ment de la tradition en faveur du petit nombre des salut, ne peut être illusoire. Dans le ps. xxi, le triomphe élus a été exposé en quelques lignes par le P. Godts : du sacrifice et de ia prière de Jésus-Christ sur sa croix An major pars totius generis humani, generatim est célébré comme un triomphe de rédemption et de sumpti, ob peccata sua mortalia damnatur ? —Affir­ conversion universelles. Rapprocher de cette prophé­ mative, respondet universalis traditio, quam testan­ tur 73 Patres, doctores et sancti, 74 theologi et 28 tie, Ps. xuv, xlxi, lxxi; Is., xt, 4-13; xlix, 22-23; lu, 7-9; lui, 10-12; lx, 1-2; l.xi, 1-11; Dan., vil, 14-27; S. Scripturus interpretes... « nec omnino quisquam Ezech., xx, 32-44. D’ailleurs, le sacerdoce de prière, Patrum invenitur, qui diversum scripserit, » uti notat fécondé de la vertu du sacrifice, est souverainement Estius. Op. cit., Compendium totius quæslionis. efficace en Notre-Seigneur : Exauditus est pro sua re­ La tradition se manifeste, tout d’abord, par les com­ verentia, dit saint Paul, Heb., v, 7, et Jésus-Christ ne mentaires des écrits de l'âge apostolique sur la doctrine proclame-t-il pas lui-même : Omnia traham admef des deux voies. Doctrina duodecim apostolorum, 1 sq., Joa., xn, 32. Patres apostolici, édit. Funk, Tubingue, 1901, t. i, Le péché originel a pu affaiblir la nature humaine, р. 3; Epist. Barnabæ, iv, 14; xvm, xx, ibid., p. 49, mais il ne saurait empêcher l’œuvre de la grâce dans 89-95. 11 est à remarquer, toutefois, que, sauf dans l’Épitre dite de Barnabé, il n’est point question du nos âmes; il ne peut ni arrêter la volonté divine, mulli vocati, pauci electi. Mais dès le m· siècle, avec volonté toute pleine de miséricorde et d’amour, ni em­ Clément d'Alexandrie, Strom., V, c. v, P. G., t. tx, pêcher le sang et les mérites de Jésus-Christ d’avoir leur action sanctifiante sur l'humanité. Le Christ, nou­ col. 53, l’interprétation du texte des deux voies devient vel Adam, a réparé la faute du vieil Adam, et le don de plus nette, en faveur du petit nombre. On trouve la la grâce, retrouvé par le Christ, l’a emporté sur la faute. même interprétation dans les pseudo-Clémentines, Cf. Rom., v, 15. L’argumentation de saint Paul, relative homil. vu, P. G., t. n, col. 222. Le P. Godts donne à cette réparation du genre humain déchu tout entier, les références suivantes : S. Irénée, Cont. hær., 1. IV, fait conclure aux partisans du grand nombre des élus с. xv, xxvii, xxxvi, P. G., t. vu, col. 1014, 1060, 1096; que la condition d’innocence et de justice originelles Tertullien, De fuga in persecutione, c. xiv, P. L., n’est point préférable à l’état de réparation pour opé­ t. n, col. 142; Origène, Com. in Matth., torn, xvn, rer notre salut. Et ils insistent sur des textes tels que n. 24; In Jeremiani, homil. iv, n. 3, P. G., t. xm, celui-ci : Dieu a laissé toute l'humanité tomber dans col. 1548-1549, 287; Lactance, Inst. div.,\. VI, c.iv, vu, l’abîme du mal, pour montrer sa miséricorde vis-à-vis P. L., t. vi, col. 646, 459; S. Athanase (?), Epist., i, de tous. ad Castorem, § 13; Dial., n, cant. Macedon., conCette conclusion est consolante pour nous, puisqu’elle fut. 1», P. G., t. xxvm, col. 868, 1341; S. Hilaire, fortifie notre espérance; mais logiquement est-elle en Tract, sup. Ps. t.xtv, n. 5; Com. in Matth., xxn, | n. 7, P. L., t. IX, col. 415, 1044; Pseudo-Basile. Corn, faveur de la thèse du plus grand nombre des élus? C’est ce que nient les adversaires de cette opinion; in Isaiam, c. vm, § 213; c. x, § 246, P. G., t. xxx et facile est leur réponse à tous ces textes où les écri­ col. 485, 552; S. Basile, Serm. de renuntiatione sæculi, vains sacrés exaltent la bonté, la miséricorde de Dieu, P. G., t. xxxi, col. 645; S. Ephrem. De pænitenlia, Opera, Rome, 1743, t. m, p. 398; Deparænes., 48, t. il, l’universalité et l’efficacité de ia rédemption. Tout d’abord, ils font remarquer l’omission des textes ou p. 175; S. Grégoire de Nazianze, Orat., xlii, ad 150 éclatent la justice et la sévérité, cf. Sap., ix, 6; x, 3; episcopos, n. 7, 8; Orat., xxvn, n. 8, P. G., t. xxxvi, xn, 17, 22, 26, 27: l’exagération des auteurs donnant col. 468, 21; S. Ambroise, In ps. XL, n. 7; Apolog. une portée universelle à ce qui s’applique à une situa­ pro David, c. ix, P. L., t. xiv, col. 1071, 868; Philon tion bien déterminée (vision de Moïse), etc. Mais sur­ de Carpasia, Enarr. in Cant, cantic., ni, 2. n. 73, P. G., t. XL, col. 77 ; S. Jean Chrysostome, Adv. oppug­ tout ils n’ont garde d’oublier la célébré dislinclion sco­ lastique qui.en deux mots, réduit à néant l’argumentation natores vitæ monasticæ, I. I, § 8, P. G., t. xlvu, col. 330, et surtout la célèbre apostrophe au peuple ci-dessus. Redemptio Chnsli est universalis quoad 2365 ËLUS (NOMBRE DES) d'Antioche : « Combien pensez-vous qu’il y en ait de sauvés dans notre ville? Ce que je vais dire est pénible ; je le dirai néanmoins. Parmi tant de milliers de per­ sonnes, il n’y en a pas cent qui arriveront à leur salut; et encore ne suis-je pas sûr de ce nombre. Tant il y a de perversité dans la jeunesse, de négligence dans la vieillesse, » Homil., xxiv, in Act. apost., P. G., t. lx, col. 189; Pseudo-Jérôme (probablement S. Paulin), P. L·., t. xxn, col. 1209; S. Jérôme, In Is., xxiv, 13-15, P. L., t. xxiv, col. 294; Cont. Pelag., I. II, P. L., t. xxm, col. 573; S. Augustin, principalement Contra Cresconium, 1. Ill, c. lxvi; I. IV, c. lui, P. L., t. xliii, col. 537, 582; Serm., cxi, De verbis Domini, xxxii, P. L., t. xxxvm, col. 641-642; S. Nil, Epist., J. I, epist. eux, P. G., t. lxxix, col. 148; Jean Cassien, De cœnobiorum institutis, I. IV, c. xxxvm, P. L., t. XLix, col. 196; S. Cyrille d'Alexandrie, In Is., 1. II, c. xxiv, 6, P. G., t. lxx, col. 540; S. Pierre Chrysologue, Serm., xcvn, P. L., t. lu, col. 472; S. Isidore de Péluse, Ad Eusebium presb. epist., lxxxix, P. G., t. Lxxvni, col. 1377 ; S. Léon le Grand, Serm., xlix, c. n, P. L., t. Liv, col. 302; Salvien de Marseille, De gubernatione Dei, I. Ill, P. I.., t. lui, col. 66; Ruricius de Limoges, Epist., xvi, ad Trrencium, P. L., t. Lvm, col. 98; S. Hormisdas, Epist., xxm, n. 2,P. L., t. l.xiii, col. 416; S. Césaire d’Arles, Cône., lxvii, lxviii, De duabus viis, arcta et lata, P. L., t. xxxix, col. 1874, n. 2, 1876, n. 3; S. Grégoire le Grand, Homil., xxxvm, in Evang., n. 8, 14, P. L., t. lxxvi, col. 1280, 1290; xix, n. 5, col. 1157; Antiochus, moine de Saint-Sabas, Homil., xctv, P. G., t. lxxxix. col. 1720; S. Isidore de Séville, Lib. quæst. in Num., q. xlh, P. L., t. i.xxxm, col. 358; S. Bède le Vénérable, InMatth., xx, 16; vu, 13; In Luc., 1. V, c. xvm, P. L., t. xcn, col. 88, 37, 551 ; Theophylacias, archidiacre du SaintSiège, Epist., lxxxiii (parmi les lettres de S. Boniface), P. L., t. lxxxix, col. 782; Ambroise Autpert, In Apec., 1. IV, 15; 1. VII, 25; Lib. de cupiditate, n. 14, P. L., t. lxxxix, col. 1289; Jonas d’Orléans, De institutione laicali, 1. 1, c. xx, P. L., t. evi, col. 166; Christian Druthmar, Expos, in Ev. Matth., c. xm. xliv, P. L., t. evi, col. 1320; Haytnon, évêque d'Halberstadt, Homil., xxi,de dom. in Septuag., P. L., t. cxvm, col. 154-163; Paschase Radbert. In Matth., 1. IV, P. L., t. exx, col. 322; Remi d'Auxerre, In ps. xxxix, 15, P. L., t. cxxxi, col. 354; Rathier de Vérone, Serm., i, de Ascensione, P. L., t. cxxxvi, col. 737; Théophylacte, In Matth., xxn, 11, P. G., t. cxxiii, col. 388; S. Pierre Damien, Serm., xxxn, de S. Apollinare, P. L., t. cxliv,co1. 677; Raoul de Flavigny, In Lev., 1. V, c. iv, dans Ceillier, Histoire des au­ teurs ecclésiastiques, t. xiv, p. 379; Othon, De cursu spirituali, c. I, P. L., t. cxlvi, col. 141 ; le pseudoAnselme, Elucidarium, 1. II, c. xvm, xix, P. L., t. CLXXII, col. 1148; S. Anselme, lu Epist. ad Odo­ nem et Lanzonem, H. L., t. Clviii, col. 1065, 1114; Epist. ad comitissam Idani, P. L., t. eux, col. 43; Euthymius, Comment, in Matthæum, c. xlii, P. G., t. cxxxix, col. 536: S. Bruno de Segni, Com. in Matth. part. II, c. vu, P. L., t. clxv, col.,129; c. xx, col. 239; < f. col. 253, 879; Werner, abbé, Deflorationum sive excerptionum ex melliflua diversorum Patrum, 1. I, P. L., t. clvii, coi. 846; Ilildebert de Tours, Serm. in Septuag., P. L., t. ci.xxi, coi. 420; Godefroy de Vendôme, Serm., v, P. L., t. clvii, coi. 257; Rupertde Deutz. In Exod., 1. IV. c. xxtx, P. L., f. clxvii, coi. 730; Honorius d’Autun (?), In ps. xctv, 11, P. L., t. cxciv, coi. 580; S. Bernard, Serm., m, in vigilia Nativ. Doniini,P. L., t. clxxxiii. coi. 96. A ces Pères de 1’r.glise, il faut ajouter les noms des docteurs et saints illustres qui ont appuyé de leur auto­ rité la thèse du petit nombre des élus : le pape Inno­ cent III, Serm., x, in Sept., P. L., t. ccxvn, col. 357 ; 2366 S. Antoine de Padoue, dans son sermon sur la Cène du Seigneur, Opera completa, p. 418 ; S. Bonaventure, Breviloquium, part. I,c. ix; In IV Sent., 1.1, dist. XL.a. 3, q. n; S. Thomas d’Aquin, Sum. theol., I“, q. XXIII, a. 7, ad 3”m; B. Albert le Grand. In Matth., xxn. 14; S. Vincent Ferrier, Serm., i, in dom. Sept.; Serm., VI; S· Laurent Justinien, De compunctione et complanctu chrislianæ perfectionis; S. Bernardin de Sienne, De speculo peccaturis : pauci erunt de numero salvandorum ; S. Antonin, Sum. theol., part. I. tit. iv, c. vu ; Denys le Chartreux. In Job, c. xxi. 33, a. 47. Opera omnia, Montreuil, 1897, t. iv, p. 580; De arcta via salutis ac mundi contemptu; S. Thomas de Ville­ neuve, Concio, i, in dom. xtx post Pent.; B.Canisius, In Evang. dom. Sept.; Bellarmin, De gemitu colum­ ba, c. vi; De arte moriendi, 1. II, c. m; Dupont, S. J., Meditationes, part. Ill, med. liv; S. Vincent de Paul, Sermon sur la persévérance; P. de la Colombiére : « Vous vous étonnez que de cent mille chrétiens il n'y en ait pas dix de sauvés? Et moi, au contraire, plus je considère la chose, plus je m'étonne que de cent mille il y en ait trois de sauvés, » dans Migne, Orateurs sacrés, t. vu, col. 1591 ; Ven. Sarnelli : « La maggior parte dei fideli si danna, » Opera omnia, Naples, 1888, t. n, p. 216; S. Léonard de Port-Maurice. Sermon xxiv, Du petit nombre des élus, trad. Labis, t. iv, p. 175-179; S. Alphonse de Liguori, Theol. mor., L IV, tr.Il, c. n, n. 130, etc. Comme pour renforcer cette liste déjà imposante, le R. P. Godts ajoute les noms de 74 théologiens et 24 interprètes de la sainte Ecriture, ces derniers com­ mentant les versets de saint Matthieu et de saint Luc, que nous avons rapportés plus haut, voircol. 2356. Citons simplement les plus connus et les plus imporlants : Mendoza, Quæst. quodl., q. I, prop. 4; Molina, In /*“, q. xxm, a. 7; Grégoire de Valence, Theol. disp.; Vasquez, In I1"", q. xxm, a. 7, disp. CI, c. m; Lessius, De prædest., sect, vi, assert. 5, n. 160; Becan, Sum. theol. schol., tr. 1, c. xiv; Smising, O. M., De Deo uno, tr. III, disp. VI. Deprovid.,n. 803-805; Drexelius, Zodiacus Christianus, cap. till., Anvers, 1660; Jean de Saint-Thomas, Curs, theol. in Sum. S. Thoma, édit. Vivés, t. m, p. 885 ; Contenson, Theol. mentis et cordis, \. IL dist. VI, c. Il, spec, m; Saint-Juré, Con­ naissance et amour de Notre-Seigneur Jésus-Christ, 1. 111, c. xxm, § 2; cardinal Bona, Principia el docu­ menta vitæ chrislianæ; Gonet, op. cit.; Salmanticenses, Cursus theol., De prædest., disp. X, dub. n, note de l’art. 7 ; cardinal de Laurea, Opusc. de prædest., c. xix; Thomassin, Dogm. theol., édit. Vivés, t. n, p. 145; Muniena. Disp, schol. de providentia Dei; De reprobatione, disp. XVI, sect, iv; Wirceburgences, De Deo uno, n. 224; Gotti, Theol. schol. dogm., tr. VL De Deo provisore, q. IV, dub. m, n. 15; Concina, De Deo, tr. I, disp. IV, q. il, a. 2; Billuarl, De Deo, diss. IX, a. 7; Berti, Theol. discipl., 1. VI, c. xvn; Foggini, Patrum Ecclesiæ de paucitate adultorum fidelium salvandorum, etc., Rome, 1752; cardinal Giraud, Homélie sur le petit nombre des élus, dans Œuvres complètes, 1863, p. 635; Petau, De angelis, 1. I, c. xix, n. 14, etc. Plusieurs de ces théologiens, Billuart et les théolo­ giens de Salamanque en particulier, évitent de se pro­ noncer sur la question du grand ou du petit nombre des élus parmi les adultes catholiques; d’autres, sans adopter expressément la thèse du grand nombre, témoignent, par l’ensemble de leurs raisonnements, qu’ils n’adhèrent point à celle du petit nombre de catho­ liques sauvés. On peut citer Msr de Pressy, Instruction pastorale sur l'éternité de la punition du péché, c. II, dilf. vu. édil. Migne, t. I.col. 623; Instruction pastorale sur la grâce, col. 660-1032; Bergier. Traité de la vraie religion, part. III, c. il, a. 2, § 7, Besançon. 1820 2367 ELUS (NOMBRE DES) Dictionnaire de théologie, art. Élu; l'auteur des Tesori di conftdenza in Dio; le cardinal Gousset, Justification de la théologie morale du B. Alphonse de Liguori, Besançon, 1832, note de la p. 231. reproduite par le cardinal Deschamps, Libre examen de la vérité de la foi, Paris, 1857; Perrone, De Deo creatore, part. Ill, c. vi, a. 3. prop. I ; Guillois, Explication du catéchisme, part. I, leç. xxxi, §3; Sala, O. S. B., Explication de cuarenla y cinco textos sagrados que mal entendidos podrian indutir nos a desconfiar de la Salvation, Barcelone, 1885; Msr Besson, L’Église, œuvre de l’Homme-Dieu, conf. ni ; Lâchât, en note de la Somme théologique de saint Thomas, I·, q. XXtli, a. 7, ad 3"”. D’autres enfin, tout en admettant la théorie du petit nombre des élus par rapport au genre humain tout entier, se refusent à l’accepter pour les catholiques en particulier. Le premier et le plus considérable de tous est Suarez, De praedestinatione, 1. VI, c. m; on cite également saint François de Sales (au témoignage de Mi"· Camus, Esprit du B. Fr. de Sales, part. III, sect, x); François Carthagéne, De prædestinatione angelorum et hominum, disc. X. Rome, 1581, μ. 348. Alcazar, cité par Corneille delà Pierre, In Apoc., xxi’ 16; Ruiz, cité par Gonet, op. cit.; Sylvestre, Granado, Trigosus, Alarcon, Martinon, Pallavicini, Marin. Rami­ rez, cités par Lossada, Censura operum Fr. Joseph a S. Benedicto (la théologie du P. Marin, S. J., fut mise à Vlndex par décrets de 5 juillet et du 9 novembre 1728); François du Christ, In IV Sent., 1. I. dist. XLI, q. unica, conci. 32; Gibbon de Burgos, De prædestina­ tione, disp. V, dub. n; Drexelius, Zodiaci coronis, etc., Munich, 1628, p. 144, col. 2, nota a; Steyaert, cité par Verschuren, Via arcta cæli asserta, etc., Liège, 1706; Siuri, De novissimis, tr. XXXIII, c. iv, n. 78; Ferrari, In Apoc., c. vu, 9; Viva, Lipsin (allégués par Faber, Progrès de l'âme, c. xxi; Le créateur et la créature, 1. III, c. n); Genér, Theol. dogm. schol., t. n, part. I, tr. II, I. III, c. m, § 3; Hurter, op. cit. ; Migne, Bevision des démonstrations évangéliques, sect. Il, § 3, t. xvm, col. 999; Faber, op. cit.; Paquet, De Deo uno et trino, disp. VI, q. n, a. 5, et d’autres contemporains. Parmi les interprètes delà sainte Écriture, favorables au petit nombre des élus, ce sont surtout les anciens qui adoptent sans restriction la formule rigide. L’exé­ gèse des textes de saint Matthieu et de saint Luc a suivi le mouvement de la théologie, et, de nos jours, nombre d’exégètes adoptent des interprétations diffé­ rentes des anciennes et infirment par là les raisons scripturaires de la thèse du petit nombre. Voir Dic­ tionnaire de la Bible, de M. Vigouroux, art. Élu. Matth., xxn, 14, ou xx, 16, est. interprété dans le sens du petit nombre par Nicolas de Lire, Testât, Salmeron, Stapleton, Barradas, Luc de Bruges, Tirin, Ménochius, de Ligny, Allioli; Luc., xm, 23, et Matth., vu, 13, reçoivent un sens analogue chez Jansénius de Gand, Jansénius d’Ypres, Talon, Histoire sainte du Nouveau Testament, t. i, c. Lit ; Bernardin de Picquigny, dom Calmet, Fillion, Coleridge, Ceulemans, Klofutar. Cor­ neille de la Pierre, In Num., xiv, 30, défend la même thèse. Beelen, Van Steenkiste. Knabenbauer sont moins affirmatifs, comme on peut s’en rendre compte en recourant à leurs commentaires. Pour être complet, il faudrait encore citer les ora­ teurs sacrés qui ont tranché la question du nombre des élus dans le sens rigide : nous avons déjà vu les saints dont l’Église n’a pas désapprouvé la doctrine, puisqu’elle leur a décerné les honneurs de la canoni­ sation. Parmi les autres, qu’il suffise de rappeler les noms de Bourdaloue, Pensées sur le salut; Bossuet, Méditations sur l’évangile, dernière semaine du Sau­ veur, 34'jour, et surtout Massillon, dont tout le monde connaii le célèbre sermon. Mais Massillon n’est pas une autorité : l’exagération de son raisonnement est 2368 évidente ; pour aller au ciel, il y a un autre chemin q. celui de la sainteté héroïque ou de la pénitence extra­ ordinaire; il y a l’état de grâce conservé ou retrouvé par le sacrement de pénitence. En face de toutes ces autorités, s’il s’agit du nombre des élus parmi tout le genre humain, il n’y a guère de noms à opposer. Gravina fut le premier à soutenir l’opinion du plus grand nombre absolu : il fut con­ damné; au xix' siècle, on ne peut guère citer que les noms du P. Melguizo, de l’abbé Le Noir, op. cit., du P. Castelein, op. cit., de Me'Bougaud, Le christia­ nisme et les temps présents,t. v,etdeM.Mauran,op. cit. On ne peut nier cependant que le P. Lacordaire et le P. Monsabré, sans l'affirmer nettement, ne la désap­ prouvent point, et l’autorité incontestable de l’Ami du clergé, en matière théologique, lui donne une sérieuse probabilité. Cf. Ami du clergé, '1906, p. 1060. Néanmoins la longue liste des Pères, docteurs, théologiens, exégètes et orateurs, partisans de la théo­ rie du petit nombre des élus; l’apparition relativement récente dans le domaine des opinions théologiques, de la thèse opposée, laissent subsister un doute : la tra­ dition serait-elle vraiment en faveur de l’opinion rigide? Certains auteurs, parmi lesquels le P. Jean-Baptiste, Éludes franciscaines, loc. cit., pensent qu’il ne serait pas impossible d’obtenir, en compulsant la patrologie, de nombreux textes en faveur de l’opinion large. Le travail n’est pas fait, et tant qu’il ne sera pas fait, les adversaires auront le droit de se réclamer du consen­ tement unanime des Pères, et pourront contester cette affirmation de Bergier, Traité de la vraie religion, t. x, p. 356 : « Les compilateurs qui voulaient le petit nombre des fidèles sauvés ont cité soigneusement les textes qui semblent favoriser leur opinion; mais ils ont laissé de côté ceux qui y sont contraires. >» L’Ami du clergé, loc. cil., nie purement et simple­ ment que l’opinion, même unanime des Pères, consti­ tue, dans le cas présent, une « tradition » catholique. Jamais, en effet, les Pères n’ont considéré la vérité en question comme une vérité enseignée par l’Église, c’est-à-dire comme une vérité révélée ou se rattachant à la révélation. On objecte (dom Maréchaux, op. cit.), qu’« on ne saurait dire que la question du nombre des élus soit étrangère à la foi et aux mœurs. L’avertisse­ ment de Notre-Seigneur : « Efforcez-vous d’entrer par « la porte étroite, » a un incontestable retentissement sur toute la direction de la vie humaine. » Il y a ici une confusion évidente. Toute théorie qui a une répercus­ sion directe ou indirecte en la conduite des fidèles n’appartient pas pour cela aux vérités « de la foi et des m....... », telles qu’on les entend dans le langage théo­ logique. Il faut que ce soit une vérité révélée ou connexe à la révélation, et enseignée comme telle par le magistère de l’Église, dont le consentement unanime des Pères est une expression authentique. Or, que ce soit là le cas de la théorie du petit nombre des élus, c’est tris contestable, c’est même, on peut l’affirmer, absolument faux. Jamais les Pères n’ont parlé en ce sens, et leur opinion, toute respectable qu’elle est, reste toujours une simple opinion. Saint Cyrille d’Alexandrie écarte même expressément du sens du texte sacré l’affirmation du petit nombre des élus : Non videtur autem Dominus satisfacere quærenr. utrum pauci sunt qui salvantur, dum declarat viam per quam quisque potest fieri justus. Sed dicendum quod mos erat Salvatoris non respondere interrogan­ tibus secundum quod eis videbatur, quoties inutilia quaerebant, sed respiciendo quod utile audientibus foret. Quid autem commodi proveniret audientibus scire an multi sint qui salvantur, an pauci ? Necessa­ rius magis erat scire modum quo aliquis pervenit ad salutem. D’apres la Catena aurea de S. Thomas, sur 2369 ÉLUS (NOMBRE DES) Luc., xm. 23. Cf. S. Cyrille d'Alexandrie, Comment, in Luc., xm, 23, P. G., t. lxxii. col. 776. Mais la critique de la prétendue tradition exige encore une nouvelle remarque. Parmi les Pères dont on a compilé les textes en faveur du petit nombre des élus, la plupart sont postérieurs au tv· siècle, et plu­ sieurs ne font pas autorité. Les anciens Pères et ceux dont l’autorité est incontestable ont sans doute fait appel à l’Évangile du pauci electi et de la porta an­ gusta pour exhorter les fidèles à la pénitence, au renoncement, et à assurer par là leur salut; mais il serait inexact de voir dans ces leçons morales une préoccupation dogmatique au sujet du nombre des élus. La meilleure preuve en est que, lorsque les Pères traitent ex professo la question du salut des fidèles, leur langage n’est plus le même. Jusqu’à saint Augus­ tin, on peut même dire que leur pensée est assez im­ précise. L’origénisme — la doctrine du salut universel — exerce une influence incontestable. On cite saint Grégoire de Nazianze, saint Grégoire de Nysse, l’Ambrosiasler, saint Jérôme, et même saint Ambroise comme partisans, sinon du salut universel, du moins du salut universel des catholiques. Sans doute, une telle affirmation mériterait une discussion approfondie, et les conclusions de Petau, De angelis, 1. Ill, c. vu, reproduites de nos jours par M. Tunnel, Histoire de la théologie positive depuis l’origine jusqu’au concile de Trente, Paris, 1889, p. 190, et par M. Tixeront, Histoire des dogmes, Pans, 1909, t. n, p. 198, 339, ne semblent pas absolument certaines. Cf. Billot, De novissimis, 2· édit., Rome, 1903. p. 57. Du moins, il est clair que saint Augustin a été le premier à formuler sur ce point une doctrine nettement catholique. Or, c’est princi­ palement dans le De civitate Dei, 1. XXI, c. xxm, xxvti, P. L., t. xli, col. 735, 746, et dans le De fide et operibus, c. xxi sq., P. L., t. XL, col. 222sq.,que saint Augustin rectifie les doctrines erronées qui avaient cours avant lui. Ce n’est ni le baptême seul, ni la ré­ ception de l’eucharistie, ni l’orlhodoxie de la foi, ni l’aumône seule qui nous sauveront; c’est l'ensemble de notre vie et de nos bonnes œuvres; les idolâtres et les infidèles ne seront pas les seuls â encourir la condamnation au dernier jour. A la doctrine trop large de ses adversaires, le saint docteur oppose-t-il le multi vocati, pauci electi? Nullement. D’ailleurs, pour juger de la portée uniquement mo­ rale des textes invoqués chez les saints Pères, il suffit de se rappeler que le P. Godts signale comme favorable au petit nombre des élus des textes d’Origène, parti­ san delà doctrine du salut universel ! Si l’on voulait cependant aller jusqu’au fond de la pensée des Pères, il serait bon peut-être de rapprocher leur doctrine sur la satisfaction de leurs interprétations du multi vocati, pauci electi. Cette doctrine était parallèle à la discipline pénitentielle de l’Eglise. Tous les pécheurs qui ne se soumettaient pas à la pénitence officielle, tous les relaps étaient à jamais écartés de la réconciliation : ils suivaient la voie large, la voie des multi. Étaient-ils considérés pour cela comme perdus pour l’éternité? Loin de là, puisque saint Augustin les exhorte à se confier à la miséricorde divine. Epist., cun, ad Maced., n. 7, P. L., t. xxxm, col. 656. La doctrine de la satisfaction se complète aussi par la théo­ logie du purgatoire, théologie bien imparfaite dans les premiers siècles. Parmi les nombreux pécheurs qui se pressent sur la via spatiosa, il en est un bon nombre dont les péchés sont remis en l’autre monde, De civitate Dei, 1. XXI, c. xxiv, 2, P. L., t. xli, col. 738, tous ceux « qui ont besoin de miséricorde et n’en sont pas in­ dignes. » C’est un point de vue auquel ne se sont pas arrêtés les partisans du petit nombre, tout occupés qu’ils étaient à compiler des textes pour établir la tradition des Pères. UICT. UE THÉOL. CATHOL. . j | ; ! ■ ■ i 2370 Notre conclusion se résume en ces deux points : 4° La tradition invoquée n’est pas celle qui s'impose, même simplement sous peine de témérité, parce qu’elle n’est pas circa res fidei et morum. 2° L’opinion una­ nime des Pères en faveur du petit nombre des élus n’est ni aussi unanime, ni surtout aussi certaine que le veulent bien des théologiens rigides d’aujourd’hui. Mais ceux-ci font une dernière instance : l’opinion unanime des théologiens, des prédicateurs et des saints, jusqu’au xviii’ siècle, est une présomption très forte en faveur de la thèse du petit nombre, et suffit pour noter de témérité quiconque oserait la contredire. Tout en rappelant la distinction apportée plus haut, col. 2353, et qui est d’une très grande importance pour l’appréciation de la doctrine des théologiens, il faut avouer que, jusqu'au xvm· siècle, théologiens, prédica­ teurs et auteurs ascétiques sont unanimes : la majeure partie des adultes, même catholiques, sont damnés. Il serait puéril de le nier, ou de se rejeter sur le peu de valeur de certains théologiens d’ordre très inférieur invoqués par les partisans du petit nombre des élus pour allonger démesurément la liste de leurs autorités. On a coutume cependant de leur opposer saint Fran­ çois de Sales. L’avis du saint évêque de Genève n'est connu que par ce qu’en rapporte Camus, Esprit du B. François de Sales, part. 111. sect, x; il estimait « qu’il y aurait fort peu de chrétiens qui fussent dam­ nés; » mais le témoignage de l’évêque de Belley est assez suspect, et,dans ses ouvrages authentiques, nulle part saint François de Sales ne traite la question ex professo. Il se garde bien d’enseigner le petit nombre, lui, qui ne veut pas qu'on laisse les âmes ou qu'on reste soi-même sur une impression d’épouvante quand on prêche ou quand on médite les grandes vérités, combien plus instamment le recominanderait-il pour cette question du petit nombre des élus qui n’est pas une grande vérité. Admettons l’opinion unanime ou presque unanime des théologiens jusqu’au xvm· siècle. C’est une raison de probabilité nouvelle pour la thèse du petit nombre des élus, rien de plus. Quant à être un motif pour noter de témérité la thèse opposée, cela est insoute­ nable. Il ne s’agit pas ici, en effet, d'une doctrine déduite d’un dogme de foi ou d’une révélation certaine, mais d'une simple opinion appuyée sur des conjectures et des raisonnements simplement probables, quoi­ que universellement admis par eux. Il serait plus intéressant de rechercher la raison d’être de cette unanimité, qui cesse soudain à telle époque déterminée. Les théologiens rigides nous en donnent, sans le vouloir, un motif très plausible. Ils ont soin de faire remarquer que l'opinion large date du protestantisme ; comme si le protestantisme pouvait 1’avoir suggérée! Ce reproche indirect vaut la qualifi­ cation de « moderniste » que lui altribue, de nos jours, dom Maréchaux, op. cit., p. 40. La vérité ne serait-elle pas plutôt en ce que protestants et jansénistes ensei­ gnant le petit nombre des élus, les théologiens soupçon­ nèrent, à cause de cela même, la faiblesse de cette doctrine et étudièrent mieux la question? Le xvn» siè­ cle était bien l’époque ou l’on considérait que De la foi d'un chrétien les mystères terribles D’ornements égayés ne sont point susceptibles, L’Évangile à l'esprit n'offre de tous côtés Que pénitence à faire et tourments mérités. C’était l’époque ou. à force de chercher chez les Pères tous les passages menaçants et sévères, on en vint à forger ce que le P. Monsabré appelle une théologie sauvage et Joseph de Maislre une théologie féroce. Contre ces âpres tendances en dogme et en morale, il J fallait une réaction : il fallait répondre aux accusations de cruauté et d’absurdité dont les incrédules taxaien* IV. - 75 2371 ELUS (NOMBRE DES) le dogme catholique. C’est alors qu’apparaît la dévo­ tion au Sacré-Cœur, et que Dieu suscite plusieurs écrivains de mérite pour atténuer les mauvais elTets de ces doctrines outrées.Toute une pléiade de théologiens — Suarez en tête — se détachent de l’opinion tradi­ tionnelle, et tout en continuant d’enseigner le petit nombre des élus parmi tout le genre humain, com­ mencent à insinuer que le plus grand nombre chez les catholiques pourraient bien être sauvés. C'est une première évolution. Le Vénérable Fr. Joseph de SaintBenoît,dont nous avons déjà parlé, va plus loin et pro­ teste énergiquement contre la doctrine du petitnombre des élus dans tout le genre humain, voir col.2353 sq.; les examinateurs de ses écrits n’y trouvent rien à re­ prendre, plusieurs adhèrent même formellement à son enseignement. A la même époque, parait â Prague (17211728)le travail du P. Rogacci, S. J., on.cit., depuis tra­ duit en français: L’art de traiter avec Dieu. Le P. Genér,S. .Informulé une conclusion théologique plus osée que celle de Suarez: « Le nombre des élus, dans le genre humain pris dans son ensemble, est beaucoup plus grand, et conséquemment celui des réprouvés beaucoup moindre que ne le veut l’opinion commune; bien mieux, les prédestinés sont peut-être pour le moins aussi nombreux que les non-prédestinés. La raison en est que dans la sainte Écriture l'attribut divin de la misé­ ricorde avec la volonté de sauver tous les hommes est décrit et célébré de préférence aux autres attributs. » Theol. dogm. schol., t. n, part. I, tr. II, 1. III, c. ni, § 3, n. 636, Rome, 1767. L’évolution a été complétée au xtx”siècle, et quoique le nombre des théologiens qui em­ brassent nettement l’opinion large, relativement à tout le genre humain, soit encore très restreint, on ne peut nier que cette opinion n'ait aujourd’hui droit de cité, voir col. 2354, puisque l’Eglise laisse dire. Comment une telle évolution dans la théologie est-elle possible? Et est-elle légitime? Le P. JeanBaptiste,/oc. cit., répond qu'au temps où il était permis de discuter la croyance à l’immaculée conception, les théologiens mettaient, eux aussi, les partisans de cette croyance au défi d'apporter en sa faveur, soit un texte formel de l’Écriture, soit un témoignage explicite d’un Père de l'Eglise ou de quelque saint authentique. Le P. Perrone avoue ingénuement ce manque d’appui dans la tradition ancienne. De imm. B. V. M. conceptu, c. xi, S 1 ; c. x, Avignon, 1848. S. Antonin, Sum. theol., part. I. tit. vm, c. n ; Cajetan. Com. in Sum. S. Thoniæ, IIP, q. xxvti, a. 2; Tract, de concent. B. V. il.; Mel­ chior Cano, De locis theologicis, I. VII, c. t, tu, 4, sont formels sur ce point. Et cependant ces auteurs faisaient fausse route. Du manque de textes à l’appui de la thèse du plus grand nombre des élus (et encore, cette indigence n’est pas prouvée), on ne peut donc arguer l’illégitimité du mouvement théologique qui s’opère en ce sens. Ce qui s’est fait poui· l’immaculée conception peut se repro­ duire — toute proportion gardée, puisqu’il ne s’agit que d’une opinion simplement probable — pour la doctrine du grand nombre des élus. V. Les considérations théologiques. — Nous pouvons grouper sous quatre chefs les considérations théologiques apportées ordinairement en faveur du petit ou du grand nombre des élus : 1» raisons de convenance; 2° raison d'analogie; 3» portée morale de chaque opinion; 4« argument de fait. 1° Baisons de convenance. — Elles peuvent se rame­ ner toutes à cette pensée que l’honneur de Dieu, le succès de la rédemption, les intérêts de la gloire du Christ, la bonté et la miséricorde de Dieu demandent que la majeure partie du genre humain ne soit pas damnée. Comme le dit Suarez dans un texte rapporté ci-des us, voir col.2351, « il est convenableque le bien ot non le mal se trouve chez le plus grand nombre. » I 2372 C’est aussi la pensée du F. Joseph de Saint-Benoît « L’empire du Christ doit être plus peuplé en fils de lumière et de bénédiction que le royaume de Satan en fils de ténèbres et de malédiction : car le Christ, mo­ narque glorieux dont la puissance, la sagesse et la bonté sont infinies, ne saurait user d’étroitesse dans le choix de ses amis, ni permettre que Satan pût se tar­ guer du nombre plus considérable de ses sujets. » Opusc., arg., n. 3, 4. Le P. Faber dit de son côté : « L’inconcevable magnificence de Dieu nous porterait à supposer a priori que le nombre des élus qui forme une des plus grandes gloires de sa création, doit être bien au-dessus de tout ce que nous pouvons attendre : l’expérience n’a-t-elle pas toujours justifié cette prévi­ sion? Dieu n’a-t-il pas toujours fait plus qu’il n’avait promis jusqu’à dépasser nos espérances?... Est-il admissible que ses bontés s’arrêtent ou pouvons-nous supposer qu’il change tout d’un coup, quand il s’agira, non seulement de notre bonheur éternel, mais de l'honneur de son Fils bien-aimé et des intérêts de sa propre gloire? Cette pensée a quelque chose de si contraire à ce que nous avons observé, que. pour l’ad­ mettre, il faudrait qu’elle fût révélée. » Le créateur et la créature, 1. Ill, c. II. Cf. Castelein, op. cit., p. Ί89, 190, 267; Msr Bougaud, op. cit., p. 364; M. Mauran, op. cil., p. 19. Telles sont les raisons de convenances qui militent en faveur de la thèse du grand nombre des élus. On reproche à ce raisonnement son origine. Gravina l’em­ ploya, et il l’avait emprunté à un dialogue intitulé : De amplitudine beati regni Dei,œuvre d’un calviniste Cœlius Secundus Curio, condamné par l’Église. — Cette critique ne prouve rien, car on peut en dire autant de l'ouvrage d’Amelincourtqui en avait emprunté les idées aux Réflexions morales, écrit janséniste de Quesnel. Bergier, dans son Dictionnaire, art. Élu, dit que ce raisonnement est faux en lui-même et absurde a tous égards.» 11 est monstrueux, dit-il, demettrel’honneur de Dieu dans la dépendance de la volonté perverse de ses créatures; l’argument est absurde parce qu’il suppose que le démon a autant de part à la réprobation des méchants que Jésus-Christ en a au salut éternel des saints, que les premiers sont perdus parce que le démon a été le plus fort et Jésus-Christ le plus faible... Une autre absurdité est d’envisager le sort des bons et des méchants comme un combat entre Jésus-Christ et le démon, dans lequel Jésus-Christ fait tout ce qu’il peut pour sauver une âme. sans en venir à bout, comme si le salut était l’ouvrage de la seule puissance du Sauveur, sans la coopération libre de l’homme. Le démon a-t-il donc plus de pouvoir qu’il ne plaît à Dieu de lui en accorder? » Le nombre des élus importe peu à la gloire de Dieu, que la justice divine soit glo­ rifiée ou que ce soit la miséricorde, c’est toujours Dieu qui est glorifié. « Une seule âme sauvée est un chefd’œuvre auquel concourent toutes les perfections di­ vines, de concert avec la liberté humaine; une seule créature glorifiée et admise a la vision béatifique est une merveille de beauté, plus étonnante et plus ravis­ sante que toutes les merveilles réunies de la terre et des cieux... Ici, il ne s’agit pas de compter, mais d>· peser : non numeranda, sed ponderanda. Un seul élu pese plus dans la balance de la gloire divine que l’enfer tout entier. » Monsabré, loc.cit. La seule réponse certaine â faire aux arguments de convenance, c’est la remarque de Contenson : « Les raisons de convenance, dit l’illustre dominicain, sont excellentes pour nous démontrer la sagesse des œuvres de Dieu quand il s'agit d’œuvres accomplies et qui nous sont connues, mais non quand il s’agit d'œuvres à accomplir ou en général d’œuvres qui ne nous sont pasconnues ou que nous ne connaissons que par con­ 2373 ELUS (NOMBRE DES) jecture. » Cf. Bilhiart, De incarnatione, diss. III, a. 3. Or, tel est le cas présent : nous ne connaissons pas le nombre des élus, ni absolu, ni relatif; les raisons de convenance n'ont qu'une faible portée, là où l’Écriture sainte et la tradition sont muettes. 2° Raison d'analogie. — La plus grande partie des anges est sauvée : nul doute qu'il ne faille raisonner sur le salut final de la nature humaine comme les plus grands docteurs l’ont fait sur celui de la nature angé­ lique. L'argument d’analogie, tiré de la nature angé­ lique, favorise même la nature humaine, inqomparablement plus faible, il est vrai, mais bien moins portée à l’orgueil, et ayant contre sa faiblesse native un secours de grâce et de miséricorde incomparablement plus abondant, celui que Noire-Seigneur nous a mérité par la rédemption. Castelein, op. cil., p. 272 sq. L'analogie n’est pas évidente, et l’argument ne conclut pas : la proportion des hommes qui se laissent entrainer au mal est de beaucoup supérieure à celle des anges. Pour les hommes « le mal provient de ce qu’ils suivent les biens sensibles, plus à la portée du grand nombre, en laissant le bien de la raison que très peu découvrent. Mais dans les anges, il n’y a que la nature intellectuelle, et, par suite, l’argument ne vaut pas. » Telle est la réponse de saint Thomas, Sum. theol., I", q. LXHI, a. 9, ad 1"“ ; dans l’ad 2“m, le docteur angélique s'était objecté le même argument d’analogie, mais pris à l’inverse pour conclure au petit nombre des anges élus. Il y réplique en rappelant sim­ plement la réponse ad 1““. La réponse est-elle péremp­ toire? On ne saurait l'affirmer, car il y a tant d’autres éléments de la question qu’elle laisse dans l’ombre; mais ce qu’on peut affirmer sans crainte de se tromper, c’est que l’analogie qu’on veut établir entre la nature angélique et la nature humaine ne repose, au point de vue du salut final des hommes, que sur des raisons de convenances. Or, ce sont des faits qu’il faudrait. 3° Portée morale de chaque opinion. — Les partisans des deux opinions se renvoient les uns aux autres des arguments, qui, parce qu’ils sont exclusifs, se détruisent les uns les autres. Les rigides traitent leurs adversaires de « laxistes », et les laxistes ne manquent pas de signaler le « rigorisme » des autres; et les doctrines sont elles-mêmes ainsi diversement appréciées. La thèse du grand nombre des élus est considérée comme de l’apostolat à rebours. Godts, op. cit., p. 482. Les mé­ chants y puiseront une fausse sécurité, les bons y trouveront une pierre d'achoppement; quant aux par­ tisans d’une vie libre et d’une morale facile, une sem­ blable thèse détruit leurs velléités de conversion et les confirme dans des mœurs en contradiction flagrante avec la croix de .Jésus-Cbrist. Maréchaux, op. cit-, p. 56. — Thèse d’ailleurs inutile, car, que l’on admette le petit nombre des élus ou celui des damnés, les mo­ tifs de confiance et les motifs de crainte restent les mêmes, et n’y eût-il qu’un damné sur cent mille, on peut toujours craindre d’être celui-là si l’on ne fait pas son devoir. Les théologiens de l’opinion adverse ne manquent pas de répondre du tac au tac; on n’a pas le droit, disent-ils, pour frapper plus vivement les imaginations et dompter plus énergiquement les volontés, d'inventer un terrorisme, que ne justifie pas l’Évangile. Castelein, op. cit., p. 303. « L'Évangile est un code de bonté et d'amour, et l'on ne manque pas de rapporter tous les textes cités déjà plus haut. Voir col. 2362. Le développe­ ment de cette pensée est trop facile pour que nous nous y arrêtions. Pour éviter le reproche de laxisme, il suffit de rappeler le double mystère qu’une foi éclairée ne perd jamais de vue : mystère de la justice divine, que la miséricorde n’annule pas, mystère de la distri­ bution des grâces et de la prédestination finale, qui doit stimuler notre volonté dans le bien et refréner 2374 efficacement les tendances de la nature au relâchement. Le rigorisme, fondé sur les terreurs exagérées de la justice divine, tue ou paralyse les initiatives d'où sortent les grandes vertus et les grandes œuvres; l’espérance est troublée par la préoccupation presque exclusive des moyens d’échapper aux peines éternelles; le mobile désintéressé de la charité est comprimé et paralysé par la crainte excessive de l’enfer qui nous empêche d’aimer Dieu en lui et pour lui. La vraie doctrine du salut, au contraire, soutenant notre espé­ rance, s’inspirant de l’invincible foi en la bontédivine, fournit les plus puissants mobiles et les plus énergiques impulsions à toutes nos initiatives pour le bien. «Caste­ lein, op. cit., c. vi, passim. Qui ne voit la part de vérité de ces arguments pour et contre? Mais parce que les auteurs qui s’abritent derrière ue voient que leur point de vue particulier, ces arguments, trop exclusifs, ne portent pas. La thèse du petit nombre des élus peut produire des effets salu­ taires, parla juste crainte qu’elle inspire des jugements de Dieu; la thèse du grand nombre peut relever bien des courages abattus; mais qu’on y fasse attention, ce n’est point l’opinion du grand nombre ou du petit nombre qui obtient ce résultat heureux, c’est la pensée de la miséricorde ou de la justice divine qu’elle reflète. Mais aussitôt que de cette pensée on veut tirer autre chose que les enseignements qu’elle contient, on tombe dans l’exagération, dans l'exclusivisme, dans l'absurde. 4» Reste l'argument de fait, la situation réelle des hommes par rapport à leur salut. C’est le seul argu­ ment sérieux, qui, malgré les innombrables conjec­ tures qui l’accompagnent nécessairement, peut fournir seul quelques indications sur le nombre des élus. Tous les membres de la famille humaine ne passent point du temps à l’éternité dans les mêmes conditions de responsabilité. Les deux tiers peut-être,qu’ilsaient ou non atteint l’âge de raison, meurent sans avoir eu l'usage régulier de leur libre arbitre. Voici comment on suppute ce nombre : au dire des médecins, les fausses couches étant plus fréquentes que les accou­ chements à terme, on peut dire que le nombre des enfants morts dans le sein maternel est au moins égal à celui des vivants. En additionnant ce nombre avec celui des enfants morts avant l'âge de raison et des autres irresponsables, on atteint facilement les deux tiers de la mortalité humaine. La grande majorité, selon toute apparence restée ensevelie dans sa déchéance originelle — il faut encore tenir compte de la possibi­ lité de la sanctification de ces enfants par Dieu luimême, cf. S. Thomas, Sum. theol., Ill1, q. lxvih, a. 2, adlum; Pallavicini, Hist, du concile de Trente, 1. VIII. c. ix; Ami du clergé, 1902, t. xxiv, p. 499 sq. — ne doit étre classée ni parmi les bénis de Dieu, ni parmi les maudits, elle constitue la classe des déshé­ rités. Ainsi, la région de l'autre monde,en définitive la plus peuplée d’êtres humains, serait celle que dans le langage catholique usuel on nomme « limbes des enfants ». P. Jean-Baptiste, op. cit. Nous avons déjà fait remarquer plus haut que cette nombreuse caté­ gorie, selon le tempérament des théologiens, avaitservi pour appuyer tantôt l’opinion rigide et tantôt l'opinion large. Voir col. 2355. Après cette classe des déshérités, il y a la classe des enfants morts avec le baptême, et celle-ci de joui· en jour s’augmente, à mesure que les religions chré­ tiennes progressent dans le monde; aujourd'hui les chrétiens forment à peu près le tiers de la population totale du globe. Il n'y a point ici, en effet, de distinc­ tion à faire entre catholiques, schismatiques, hérétiques; dès lors que le baptême est conféré à un entant au nom de la sainte Trinité, ce baptême est certainement valide et assure à cet enfant, s’il vient à mourir avant l’âge de raison, l’entrée immédiate du ciel. Or, un tiers ‘2375 ELUS (NOMBRE DES) des enfants meurent avant l’âge de raison : c'est donc déjà, au moins actuellement, plus d’un dixième du genre humain assuré de son salut éternel. Enfin, parmi les adultes, les plus favorisés sont cer­ tainement les catholiques : beaucoup meurent encore avant l’âge des passions et risquent moins de voir leur salut compromis; les autres, il faut l’avouer, vivent en grande majorité assez mal; mais quand, suspendus sur le bord extrême de la vie, ils voient venir à eux le mystère de l’au-delà, la plupart se préparent à la mort d’une façon suffisante. Laxenaire, Les élus dans l'Église et hors de l'Église, Paris, 1903, p. 54. Tel n’est point, évidemment, l’avis des théologiens partisans du petit nombre : « Le fond de la question revient à ceci : il y a un rapport nécessaire entre la vie présente et la vie future : celle-là est la préparation de celle-ci. Par suite, il y a un rapport entre le nombre de ceux qui servent Dieu ici-bas, et le nombre de ceux qui seront sauvés. Petit est relativement le nombre des premiers, petit sera le nombre des seconds. » Maréchaux, op. cit., p. 52. On objecte les sacrements, les grâces de la dernière heure. Mais que de pécheurs n’ont pas le temps de recevoir les sacrements ouïes reçoivent mal ! On meurt généralement comme on a vécu ; et s’il en est ainsi de ceux qui meurent munis des sacrements, que faut-il penser de ceux qui meurent privés des secours de la religion? « Voilà pourquoi, conclut dom Maréchaux, tout en nous gardant bien de nier les grâces et les conversions de la dernière heure, nous croyons que ce suprême effort de la miséricorde divine n’empêche pas que les élus ne soient le petit nombre, et qu’il confirme, même par les exceptions qu’il y apporte, cette règle générale que, pour bien mourir, il faut commencer par bien vivre, » p. 64-65. Cette appré­ ciation pessimiste ne semble être justifiée que dans les cas où vraiment on attend trop tard pour conférer au malade les sacrements : le malade n’a plus alors les dispositions suffisantes; mais dans la plupart des cas où les pécheurs reçoivent en pleine connaissance les secours de la religion, on peut dire qu’ils se préparent à la mort d’une façon convenable. En somme, on ne peut porter de jugement bien précis : dans les pays très chrétiens, la presque totalité se sauvera, dans les pays indifférents ou hostiles, la minorité seule présen­ tera extérieurement des chances de salut. Mais il reste toujours le secret des cœurs que Dieu seul peut sonder, et les dispositions du dernier moment qu’il lui est si facile de changer, surtout s’il reste encore au fond de l’âme du moribond des germes de foi. Considérons maintenant les adultes qui vivent hors de l’Église. Certains rigoristes, jansénistes pour la plu­ part, condamnent au feu éternel, sans merci, quiconque n’est pas membre visible de l’Eglise : « Tous les héré­ tiques, tous les juifs, tous les musulmans, tous les infidèles. » Cerveau, prêtre janséniste, L’esprit de Nicole, c. xvi, § 7, dans les Démonstrations évangéli­ ques de Migne, t. ni, col. 1233. D’autres, sans aller aussi loin, n’admettent que de rares exceptions, et damnent en masse tous les étrangers à la communion extérieure de l'Église. Une telle doctrine est exagérée. Cf. Jaugey, Dictionnaire apologétique de la foi catho­ lique, 2' édit., col. 1425; Laxenaire, op. cit. Sans appartenir au corps de l’Église in re, on peut appar­ tenir à l’àme de l’Église, et par là, au corps lui-méme in voto. Tous ceux qui sont dans cette situation par rapport à l’Eglise seront sauvés : sera-ce le grand nom­ bre ou le petit nombre? Est-il facile ou difficile d’appar­ tenir à l’âme de l’Église? Ainsi se présente à nous l’argument du fait, en ce qui concerne les hommes adultes séparés de la communion extérieure catho­ lique. Ici encore les réponses sont sévères ou larges, selon que nous avons affaire à un partisan du petit nombre 2376 ou à un partisan du grand nombre. La critique exige qu’on fasse des distinctions. Tout d’abord, envisageons les non-catholiques bapti­ sés : ce sont les schismatiques et les hérétiques. Il ne s’agit, évidemment, que de ceux qui sont de bonne foi et qui ne refusent pas de propos délibéré d’entrer dans la religion catholique.Sont-ils nombreux? La bonne foi ne fait pas de doute dans la masse du peuple, peu in­ struite, et qui.sans s’en rendre compte,a suivi ses pas­ teurs dans l’hérésie ou dans le schisme. Dans les classes éclairées, il peut se faire que le doute existe, et cepen­ dant l’aveu de Newman affirmant avoir vécu de longues années dans l’anglicanisme, sans avoir le moindre doute sur la légitimité de cette religion, est bien fait pour nous faire pencher vers l’indulgence. S’il n’est pas téméraire d’affirmer avec l’abbé Jaugey, op. cit., préface, p. ix, que « la grande majorité des adversaires du christia­ nisme vit dans la bonne foi, » nous pouvons dire que la bonne foi est la part de la presque totalité des chré­ tiens hérétiques ou schismatiques qui ne s’occupent pas de l’Église catholique. Cela posé, il est facile de tirer quelques conclu­ sions. Les schismatiques possèdent la véritable foi, au moins dans les articles essentiels de la religion catho­ lique; ils ont les sacrements, les uns toujours valides, baptême, confirmation, eucharistie, extrême-onction, ordre, mariage; l’autre, le sacrement de pénitence, valide au moins à l’article de la mort. On peut donc conclure qu’en fait, les schismatiques sont à peu près dans les mêmes conditions que les catholiques au point de vue de leur salut éternel. Les hérétiques sont moins favorisés : un seul sacre­ ment leur reste, le baptême; c’est beaucoup sans doute, et c’est peu si l’on songe à toutes les fautes graves qui se commettent ordinairement dans tout le cours d’une vie, que ne soutiennent pas la doctrine et les sacrements de l’Église. Ils ont la possibilité de la contrition par­ faite, qui suppose la foi, l’espérance du pardon et un acte d’amour de Dieu par-dessus toutes choses; et comme ils conservent encore de la foi catho’.'.que les articles fondamentaux, il est à croire qu’avec le secours de la grâce divine, cette possibilité devient assez fré­ quemment réalité. Cf. Dublanchy, De axiomate: Extra Ecclesiam nulla est salus, Bar-le-Duc, 1895, p. 349-360. Voir Église, col. 2169-2171. Restent les infidèles. Il est certain que Dieu ne les abandonne pas, et que, pour procurer à ceux d’entre eux qui font le bien le moyen de se sauver, Dieu leur donnera la foi nécessaire pour les conduire par l’espé­ rance et l’amour à la justification. Remarquons d’abord que, parmi les infidèles, il y a plusieurs catégories à faire : les mahométans et les juifs sont monothéistes. Ils ont donc une facilité relative pour faire l’acte de foi ou de repentir nécessaire au salut. Les païens sont les plus éloignés de la foi véritable; et cependant, ils ne sont pas déshérités complètement, car Dieu veut sincèrement le salut de tous les hommes, même des païens. Dans quelle mesure les païens seront-ils sau­ vés? Nous l’ignorons, comme nous ignorons les moyens dont la divine providence peut se servir pour leur faire parvenir les connaissances nécessaires pour faire l’acte de foi explicite, requis pour le salut. Il ne rentre pas dans le but de cet article de discuter les conditions de salut des païens, la question sera traitée ex professo à l’article Foi; on pourra consulter à cet égard la thèse citée du P. E. Dublanchy, De axiomate : Extra Eccle­ siam nulla est salus, Bar-le-Duc, 1895, p. 360-363; l’opuscule de M. Laxenaire, Les élus dans l'Église et hors de l’Église, Paris, 1903; et surtout l’ouvrage du R. P. Hugon, O. P., Hors de l’Église, point de salut, Paris, 1907. A lire principalement le c. rv, intitulé : Le salut des païens. Un trouvera également dans 2377 ELUS (NOMBRE DES) — ELVIRE (CONCILE D’) 2378 J. Coppin, C. SS. R., La question de ΓÉvangile : r Seigneur Mar Berteaud d’admirables passages sur les merveil­ y en aura-t-il peu de sauvés? » ou Considérations sur l'écrit leuses adaptations des manifestations divines à l’état du R. P. Castelein, S. J., intitulé : Le rigorisme el la question du genre humain. On trouvera les références dans l’ou­ du nombre des élus, Bruxelles, 1899. vrage cité du P. Jean-Baptiste, c. vu. Voir Église, 2· Opinion large. — A. Castelein, S. J., Le rigorisme, le col. 2171-2174. nombre des élus et la doctrine du salut, Paris, 1899. La seule conclusion à tirer est, qu’étant donné les 3· Critique des opinions. — R. P. Jean-Baptiste du Petitconditions de moralité souvent déplorables dans les­ Bornand, Simple* notes sur la question du nombre des élus. dans les Études franciscaines, avril, juin, aoùtet septembre 1906, quelles vivent les païens, il est à craindre que le grand éditées en une brochure à part, Paris, s. d. ; 2· édit., revue et nombre ne soit damné. Quant à admettre un état inter­ augmentée, Paris, 1909; Ami du clergé, 1906, p. 1061. médiaire entre le ciel et l’enfer pour les païens, à cause A. Michel. de l’invincible ignorance où ils sont des choses de la foi, et de l’impossibilité qui résulte pour eux de faire ELVIRE (Concile d·). — I. Importance. II. Te­ nue. III. Canons. un acte de foi, cela est théologiquement insoutenable. Les limbes pour les adultes sont une hypothèse inad­ I. Importance. — Ce n’est pas seulement parce qu’il missible. Voir Revue thomiste, novembre 1905, jan­ est le premier en date des conciles de l'Espagne et le plus ancien concile de l’Église dont il reste des ca­ vier 1906, article du P. Ilugueny, O. P. L’opuscule paru dans la collection Science et religion, sous le nons disciplinaires que le concile d’Elvire offre un titre : De la prédestination et du sort /mal des païens, puissant intérêt, c’est encore par sa constitution qui par un professeur de théologie, et qui soutient cette permet de se faire une idée de l’extension du christia­ thèse invraisemblable, est en contradiction avec toute nisme en Espagne à la fin du ni» siècle, par l’objet de la doctrine catholique à ce sujet. ses décisions qui montrent l’état de la société chrétienne Comme conclusion, au sujet des infidèles, il plaît de à la veille de la dernière persécution, surtout par la citercette pensée de l’abbé .Martinet : « Usant de la li­ sévérité de sa discipline et quelques-uns de ses canons berté que l’Église me laisse, j’incline très fort à croire qui ont soulevé de vives polémiques : â tous ces points que, par l’abondance des secours intérieurs, la miséri­ de vue, il mérite une attention particulière de la part corde divine supplée, pour les infidèles, au défaut des de l’historien, du canoniste et de l’apologiste. moyens extérieurs du salut. Je n’ignore pas que des 1° Intérêt historique. — Jusqu’en 258, l’histoire théologiens de grand renom se sont montrés fort par­ n’offre que peu de faits avérés et certains sur l’introcimonieux en matière de grâces, réduisant la part des ί duction et la diffusion du christianisme en Espagne. A infidèles à une bien faible portion; mais je sais aussi part deux allusions, l’une de Tertullien attestant que que Dieu a placé le trésor de sa grâce, non dans l’écri- , la religion chrétienne s’est répandue dans les frontières toiredes théologiens, mais au Cœur de VAgneau immolé espagnoles, Adv. Jud., Ί, P. L., t. n, col. 600, l'autre par l'amour dès l'origine du monde, Apoc., xm, 8, et de saint Irénée disant que la foi est confessée et se dont le sang n’a pas attendu son effusion réelle au transmet intacte en Espagne, Cont. hær., I, x, 2, P. G., calvaire pour faire éprouver â toutes les générations t. vu, col. 553, le premier épisode historique nous ré­ humaines sa vertu purificative. » La science de la vie, véle l’existence d’au moins cinq évêchés, lors de la leçon xxvi, dans Œuvres, t. n, p. 247. Et défait, Dieu persécution de Dèce, ceux de Léon et de Mérida, dont est toujours et avant tout le Dieu de la miséricorde et les titulaires, Basilide et Martial, ayant étélibellatiques, sont dénoncés à saint Cyprien par Félix, évêque de du pardon. VI. Conclusion. — Notre conclusion sera qu’on ne Saragosse, qui envoie deux de ses collègues, Félix et Sabinus, pour obtenir leur déposition. Ces évêchés ne peut rien conclure au sujet du nombre relatif des élus et des damnés. Théologiquement, on peut préciser I devaient pas être les seuls, car, à sept ou huit ans de là, sous la persécution de Valérien, l’importante cité quelques points extrêmes au delà desquels la discussion de Tarragone eut son évêque, saint Fructueux, con­ ne semble plus légitime. En deçà, libre à chacun d’opiner damné à mort. Leur nombre dut s’accroître encore comme il lui plaît : les raisons ne manquent ni dans pendant les trente années de paix qui suivirent, sans un sens, ni dans l’autre; mais elles ne concluent pé­ qu’on puisse préciser dans quelle mesure. Toujours remptoirement en faveur d’aucune des deux thèses. La est-il qu’il dépassait la vingtaine à la lin du m« siècle, seule conclusion possible à cet article est une conclu­ puisque 19 évêques assistèrent au concile d'Elvire. sion morale, celle-là même que le P. Jean-Baptiste tire non compris celui de Tarragone ni ceux d’autres villes de sa remarquable étude sur le même sujet: 4 Or donc, qui pouvaient posséder un siège épiscopal. puisque la providence divine, infiniment sage et bonne, Ce qu’il faut remarquer, c’est que, des six provinces veut bien nous laisser dans le doute et l’imprécision constituant le diocèse d’Espagne d’après la division touchant la mystérieuse question du nombre des élus, introduite par Dioclétien, une seule, celle de la Mauré­ il nous reste mieux â faire que de passer d'un excès à tanie Tingitane, n’envoya pas d'évêque, ou parce l’autre. Suivant l’invitation de l’Ecclésiaste, ou plutôt qu’elle n’en possédait pas, ou parce qu’elle ne fut du Saint-Esprit, écoutons tous pareillement la fin de pas convoquée, ou parce que le détroit qui la sépa­ ce discours : Craignez Dieu et observez ses comman­ rait de l'Espagne continentale rendait le voyage dif­ dements, car le tout de l'homme, sa destinée, est là, ficile ou peu sûr. Quant aux cinq autres, la Cartha­ non ailleurs. Eccle., xn, 13. D’autre part cependant, ginoise, la Bétique, la Lusitanie, la Tarraconaise et la parce que Dieu veut le salut de tous les hommes, Galice, elles sont toutes représentées, bonne preuve quoique pécheurs, nous avons auprès de lui un avocat, qu’à cette date le christianisme, de plus en plus en Jésus-Christ le Juste, qui est lui-même propitiation progrès, avait pénétré partout. D’autre part, la teneur pour nos péchés, non seulement pour les nôtres, mais des canons permet de conclure que les chrétiens étaient pour ceux du monde entier, I Tim., n, 4; II Pet., m, fort nombreux sans toutefois former la majorité de la 9. Allons donc avec confiance au trône de la grâce, population, attendu qu’ils avaient, en dehors des villes afin d’obtenir miséricorde et de trouver les secours épiscopales, des centres de réunion sous la direction appropriés à nos difficultés. Heb., iv, 16. » Op. cit. de simples prêtres et même de diacres. La question du nombre des élus peut être étudiée utilement Quant à la question de savoir comment ces sièges dans un petit nombre d’ouvrages qui résument tous les autres et épiscopaux étaient reliés entre eux hiérarchiquement, contiennent toutes les références possibles. elle est d'une solution fort délicate. Car, à Elvire, ce 1· Opinion sévère. — F. X. Godts, C. SS. R., De paucitate n’est point de métropolitain qu’il est fait mention, salvandorum quid docuerunt sancti? 3' édit., Bruxelles, 1899; mais simplement de prima cathedra, can. 58. Or, dom B. Maréchaux. O. S. B., Du nombre des élus, Paris, 1910 ; 2379 ELVIRE (CONCILE D’) cette expression rappelle la prima sedes des provinces d’Afrique; et ceci porterait à croire que la situation de l’Église espagnole avait quelque chose d'analogue à celle de l’Eglise africaine, ou l’évéque de Carthage, quelle que fût la date de sa consécration, avait toujours le premier rang non seulement dans sa propre pro­ vince, mais encore sur tous les évêques des provinces dépendantes, tandis que, dans celles-ci, la préséance d’honneur et de juridiction revenait à l’évêque le plus anciennement consacré, dont le siège était par là même qualifié momentanément de prima sedes. Si donc il en était de même en Espagne — et rien ne parait plus vraisemblable — c’est le premier inscrit dans la liste des signatures. Félix d’Acci (Guadix), de la province Carthaginoise, qui aurait occupé un rang correspondant à celui de l’évêque de Carthage en Afrique, puisqu'il présida un concile de tout l’épiscopat espagnol dans une ville et une province qui ne sont pas les siennes, à Elvire dans la Bétique. Osius de Cordoue occuperait alors la prima cathedra de la Bé­ tique, et Libère de Mérida celle de la Lusitanie. On n’en saurait dire autant de Valère de Saragosseet de Décentius de Léon, puisqu’ils sont les seuls représentants de leurs provinces respectives et que nous ignorons s'ils en étaient alors les plus anciens évêques; si leur nom n’était pas mêlé à celui des autres évêques dans un ordre qui ne doit être, selon toute vraisemblance, que celui de la consécration, on pourrait croire que, venant après ceux d'Osius et de Libère, ils sont inscrits selon l’ordre des provinces elles-mêmes, le premier rang appartenant à la Carthaginoise, le second à la Bétique, le troisième à la Lusitanie, le quatrième à la Tarraconaise et le dernier à la Galice, au point de vue ecclé­ siastique. Mais tout ceci n'est qu'une conjecture, dont il n'est lait mention qu’à cause de sa vraisemblance. 2· Intérêt canonique. — 1. Relativement à la tenue des synodes. — Jusqu’à la fin du ni· siècle, bien des synodes s'étaient tenus, au gré des circonstances et selon les besoins des Églises, pour traiter les questions de foi, de morale, de discipline ou de liturgie à l’ordre du jour, pendant le II· siècle, contre les hérétiques gnostiques et à propos de la question pascale; pendant le m·, au sujet de la réitération du baptême, du traite­ ment des lapsi, du schisme de Novatien, de l'hérésie de Paul de Sainosate. Ils furent provinciaux ou régio­ naux; mais aucun n’avait eu le caractère de celui d’Elvire qui, réunissant les évêques de toutes les pro­ vinces espagnoles, ouvre la série des conciles natio­ naux d’Espagne et précède de quelques années la tenue du premier concile œcuménique. On ignore sans doute les motifs précis de sa convoca­ tion, mais on voit bien, par la teneur des canons, qu’ils ne furent pas d'ordre dogmatique; nulle question de foi n'est, en effet, en jeu ; il ne s’agit que de discipline, en vue de faire face aux besoins religieux de l’Eglise espagnole, après plusieurs années d'une paix précaire et à la veille de quelque persécution possible, car rien ne permettait de prévoir une sécurité complète et défi­ nitive. Les mœurs avaient dû se relâcher quelque peu, certaines défaillances se produire, et surtout des cornpromis dangereux pour la foi ou la morale se glisser dans les relations inévitables avec les juifs et les païens. Il importait donc de remédier au présent, de parer à l’avenir; et c'est ce que firent les Pères d’Elvire, en travaillant, comme on le verra plus bas en détail, à la reslauration et à l’affermissement de la discipline dans les rangs du clergé et des fidèles, à la délimita­ tion et à l’extension de l’autorité épiscopale. D’une part, ils recourent, selon les usages contemporains, à un système de pénalités uniquement envisagé au point de vue de la participation aux sacrements; et, d’autre part, ils précisent les droits et les pouvoirs de l’évêque, restreignant les uns, étendant les autres, 2380 inaugurant ainsi dans la législation ecclésiastique l'application d'un des principes les plus heureux. Ils consignent enfin le résultat de leurs délibérations, dont malheureusement on ignore les détails, dans des formules brèves, parfois obscures, qui en rendent l’intelligence et l’interprétalion malaisées. Quelquesuns de leurs canons seront reproduits plus tard aux conciles d’Arles, de Nicée et de Sardique. Arles, — _ — — _ _ _ — — ! | I | can. 4 = Elvire, — 5 -= _ 6 — — — 7 — — -9 — — 11 _ — - 12 — — — 14 — — 16 = — — 22 — — can. 62 Nicée,can. 3 == Elvire, can. 27 _ - 5 - — -53 - 62 _ - 10 — — - 76 - 39 — 13 = — -32 - 56 - 17 — — - 20 — 25 — 15 — 20 Sardique, c. 14 =■ Elvire, c. 21 — 75 — c. 16 — — c. 53 —53 — 46 2. Relativement à la discipline. — C’est ici le point épineux des canons du concile d’Elvire; d’une manière générale, ils sont très sévères. Il n’y a pourtant pas plus d’innovation dans la nature des pénalités édictées que dans le principe qui les justifie. Une société, en effet, a le droit, sous peine de sombrer dans l’anar­ chie et de se dissoudre, de punir celui de ses membres qui n'observe pas ses règlements et qui, par là même, donne le mauvais exemple et devient une pierre d’achop­ pement, en lui infligeant certaines peines, en le privant de certains droits, en l’excluant même de son sein, à titre soit provisoire soit définitif. Tel est le cas de l'Église, société essentiellement une et visant à la sainteté. Pour maintenir son unité, pour assurer sa perfection dans la mesure du possible, elle aussi use de rigueurs, mais avec cette différence que sa pénalité est plutôt morale qu’afllictive, qu'elle a pour but moins le châtiment de la faute que l’amendement du coupable et la préser­ vation de la communauté. Les Pères d’Elvire n’ont pas d'autre principe directeur. Leurs sanctions ne dînèrent pas, quant à l’espèce, de celles qui avaient cours ailleurs : c’est, pour le clerc, la suspense de ses fonctions, la dé­ gradation, la réduction à la communion laïque ou même la privation définitive et irrévocable de la communion, mais jamais, pour l’évêque et le prêtre, la pénitence canonique; celle-ci, d’ordinaire, n'était imposée qu'aux laïques, mais les Pères d’Elvire l'étendent exception­ nellement, dans certains cas, au diacre, can. 76; et c’est, pour les fidèles, l’exclusion passagère ou prolon­ gée de la communion, sans pénitence canonique à subir dans l’intervalle, ou bien la pénitence canonique, qui entraîne de soi, tant qu’elle dure et jusqu'à la ré­ conciliation officielle, la privation de la communion, l’assujettissement, en présence des fidèles au commen­ cement du service divin ou dans sa vie privée, à des pratiques d’humilité et de mortification, la privation d'assister à la messe des fidèles, puis, la pénitence ter­ minée par la réconciliation solennelle, plaçant l’ancien pénitent dans une situation délicate et précaire qui l’expose, s’il y a rechute, à une excommunication défi­ nitive cette fois et irrévocable. 3. Sévérité des pénalités du concile d’Elvire. — De façon générale, la privation de communion étant une sanction plus légère que la pénitence canonique, n'est imposée à Elvire que pour des fautes moindres. Elle resta cependant assez onéreuse; elle est d’un an, can. 14, 79; de deux ans, can. 55,74; de trois ans, can. 54, 57; de cinq ans, can. 16, 40, 61, 73, 74; et va même jusqu’à dix ans, can. -46, 70. proportionnelle­ ment à la gravité de la faute. Quant à la pénitence canonique, qui frappe des fautes plus graves, elle a aussi son échelle ascendante. Parfois fort courte, elle dure tantôt trois ans. can. 76, tantôt cinq ans, can. 5, 14, 69, 72, 76.78. sept. can. 5, et même dix ans, can. 22. 59, 64, 70, 72. Mais l'une et 1’autre, excommunication 2381 ELVIRE (CONCILE D’) et pénitence canonique, n’était pas complètement rigide et comportait quelque tempérament; car, dans six cas, can. 5, 13, 47, 61, 69, 70, il est spécifié qu'en danger de mort l’excommunié ou même le pénitent devaient être admisà la communion bien qu’ils n’eussent pas achevé leur temps d’épreuve; et ceci est la part accordée à l’indulgence. Ce que l'on ne voit pas, en revanche, du moins pour certains cas, c’est la raison justificative du système de classement ou de graduation des peines; cette raison devait exister évidemment, mais parfois elle échappe ou est difficile à saisir. D’autre part, les Pères d’Elvire sont fidèles à lajurisprudence pénitentielle en vigueur de leur temps; ils condamnent à une privation absolue et définitive de communion, même in line, le pénitent pardonné, qui vient à retomber dans le péché, can. 3, 7, 47; car il est encore entendu que la pénitence canonique ne s’accorde qu’une seule fois. Le sort du relaps est alors le pire de tous. Est-ce à dire que le relaps fût alors quasi voué à la damnation éternelle et que l’Église s’en désintéressât absolument? Nullement. Mais, pour rendre les rechutes moins nombreuses, pour en bien marquer l’énormité et à titre d'exemple salutaire, l’Église refusait alors d’user à son égard de ses pou­ voirs de pardon. Il n’avait plus désormais qu’à mener une vie de mortification et de repentir telle qu’elle pût lui servir utilement devant Dieu et obtenir de lui seul le pardon de ses fautes; il ne pouvait plus compter que sur ses œuvres satisfactoires et l’intensité de sa contrition d’une part et, d’autre part, sur l’infinie miséricorde de Dieu. Et il faut bien que cette disposition si rigoureuse produisît son effet à cette époque de grande foi et d’énergie morale, pour qu’elle ait été appliquée et maintenue si longtemps; mais on cornprend mieux qu’avec l’extension progressive du chris­ tianisme, quand le nombre des convertis augmenta au détriment de la qualité, elle ait complètement disparu. Quoi qu’il en soit, elle existait au temps des Pères d’Elvire, qui ne l’ont pas inventée, mais maintenue. Par surcroît de sévérité, dans dix-sept cas, can. 1, 2, 6, 8, 12,13,17, 18, 63-66, 70-73, 75, ils ont prononcé la privation de communion même in fine sans parler le moins du monde d’une pénitence canonique corres­ pondante. Cet excès de rigueur peut s’expliquer jusqu’à un certain point par la relation étroite qu’avaient les fautes visées avec les trois péchés punis si sévèrement jusqu’alors, l’idolâtrie, la fornication ou l’adultère et le meurtre; toutefois quelques-unes de ces fautes auraientpu, semble-t-il, être simplement punies d’une pénitence canonique; mais non, le pédéraste, can. 71, la femme qui pratique le lenocinium, can. 12, ou qui vit en concubinage, can. 64, la vierge consacrée à Dieu qui tombe dans le péché charnel, can. 13, la veuve qui, après avoir péché charnellement, épouse un autre que son complice, can. 72, et même les parents qui ont donné leur fille en mariage à un prêtre des idoles, can. 17, et surtout celui qui épouse la fille de sa femme, can. 66, ou accuse faussement un évêque, un prêtre ou un diacre, can. 75, le clerc qui, connaissant l'inconduite de sa femme, ne la met pas aussitôt à la porte, can. 65, sont condamnés également à l’exclusion de la commu­ nion qui leur est refusée même in fine. Ceux-ci cepen­ dant ne sont pas dans le cas des relaps, ils n’ont pas été préalablement soumis à une première épreuve de la pé­ nitence canonique. Aussi une telle rigueur a-t-elle été l’objel des plus vives critiques. 3° Intérêt apologétique. — 1. Accusation de rigo­ risme. — Gams, entre autres, Die Kirchengeschichte von Spanien, Ratisbonne, 1862, t. Il, p. 28-30, a qua­ lifié ce système pénal de nouveauté barbare, accusant les Pères d’Elvire d’avoir gravement manqué à ce pré­ cepte : Pardonnez et il vous sera pardonné. Il a pré­ tendu qu'il était inapplicable et qu'il fut inappliqué. , | ! | ' [ ! i ! | 1 2382 Il s’est abusé complètement, car ce système de péna­ lité n’était pas nouveau et il a été appliqué. Le reproche qu’on peut lui faire, c’est la grande extension donnée aux cas frappés d'une excommunication définitive et irrévocable, mais ce genre d’excommunication existait déjà et devait encore se prolonger avant de disparaître définitivement. Dans le même pays, en effet, et trois quarts de siècle après Elvire, au synode de Saragosse, en 380, on trouva encore un canon qui contient, sous une autre forme, une pénalit·’· aussi rigoureuse pour un cas différent : Eucharisties gratiam si quis proba­ tur acceptam in ecclesia non sumpsisse, anathema sit in perpetuum, can. 3. Lauchert, Die Kanones der wicht. altchristlichen Concilien, Fribourg-en-Brisgau, 1896, p. 175. Plus tard encore, dans sa réponse à saint Exupère de Toulouse, Innocent Ièr,à propos des incon­ tinents qui, à leur heure dernière, demandaient à la fois la pénitence et la communion, remarque que la conduite ecclésiastique à leur égard avait été fort dure jadis à cause des persécutions. On leur refusait alors justement la communion, dit-il, ne communionis concessa facili­ tas homines de reconciliatione securos non revocaret a lapsu; et il ajoute que, les circonstances ayant changé, il ne fallait plus priver les mourants de la communion, quasi viaticum profecturis, pour n'avoir pas Pair d’imi­ ter la dureté des novatiens. Epist., vi, 2, 6, P. L., t. xx, col. 498. Une évolution dans le sens de la mitigation et de l’indulgence s’étaitdonc déjà prononcéesur ce point; mais on n’en était pas encore là au commencement du IVe siècle. Et Osius de Cordoue, qui avait assisté au concile d’Elvire, aurait pu changer d’avis sur un point d'une telle gravité pendant l’évolution disciplinaire qui se produisit sous ses yeux durant son long épiscopat; il n’en fit rien pourtant puisque, au concile de Sardique, vers 343, il proposa encore une pénalité semblable pour un tout autre cas que ceux qui avaient été visés à Elvire, à savoir contre tout évêque qui, par fraude ou avarice, aurait changé de siège : Omnino has fraudes damnandas arbitror, disait-il aux Pères de Sardique, ita ut nec laicam in /ine communionem talis accipiat. Si vobis omnibus placet, statuite. Et le synode de répondre : Placet. Concile de Sardique, can. 2, dans Lauchert, op. cit., p. 52. Il est donc impossible de voir dans la législation d’Elvire, soit une nouveauté, soit une pure théorie sans application réelle. Sa rigueur seule étonne ou scandalise, mais parce qu’on apporte à juger la sévérité d’alors les sentiments d’aujourd'hui. Ce qui paraîtrait actuellement un excès de rigorisme, n’était pas apprécié de même pendant les trois pre­ miers siècles. Dans ces temps de ferveur héroïque et de persécutions souvent renouvelées, une discipline aussi sévère comportait sans doute des inconvénients, mais elle offrait des avantages, le maintien de l’idéal et de l’unité de la vie chrétienne, l’estirne des sacrements et de la pénitence, l’horreur du péché et de ses consé­ quences, et ces avantages compensant de beaucoup les inconvénients, l’Église crut pouvoir sagement en user tant que le permettraient les circonstances; les circon­ stances changeant, la discipline pénitentielle changea aussi, s’adaptant sans cesse, dans l’intérêt bien entendu des âmes, aux besoins nouveaux et aux nécessités des temps et des lieux. En somme, sans être complètement fermés à toute idée d’indulgence, comme le prouvent certains de leurs canons, les Pères d’Elvire se condui­ sirent en observateurs rigides des usages ecclésiastiques alors en vigueur; ils ne trahirent pas leur mandat et sont loin de mériter tous les reproches qu'on leur a faits. 2. Accusation d’hétérodoxie. — Leur œuvre a été également attaquée au nom de l’orthodoxie : on l a soupçonnée et même accusée de novatianisme. Et c'est pour écarter une telle imputation que Morin. Depænit., ix, 19 en dépit de l’évidence contraire, avait cru devoir 2383 ELVIRE (CONCILE D’) 2384 placer la date du concile d’Elvire antérieurement à la i donnant des raisons justificatives, car c’est là un point persécution de Déce. Or, comme on le verra plus bas, I de discipline sur lequel l’Église est libre de statuer, conformément à son enseignement dogmatique; et dans ce concile s’est tenu un demi-siècle plus tard; il est ce cas le canon du concile d’Elvire se trouve simple­ postérieur à l'apparition du novatianisme; est-il par là même entaché de cette erreur? Herbst, Tübing. ment abrogé; la foi est sauve, la discipline seule, qui Theol. Quart., 1821, p. 25, a noté qu’en fait de rigo­ la manifeste, a changé; c’est justement ce qu’il ne fau­ drait pas oublier. On a cru qu'une question dogmatique risme, les novaliens n'avaient pas dépassé les Pères d’Elvire; et Herzog, Realencyclopâdie, t. lit, p. 775, se trouvait engagée dans ce canon, alors que rien ne le 776, a voulu voir dans l'œuvre de ce concile au moins dit et que le contexte implique au contraire la parfaite une tendance au novatianisme, sinon l’application de légitimité du culte des images, et on a recouru alors à des expédients, soit pour en nier l’authenticité, soit ses principes. D’autres critiques et commentateurs ont opiné dans le même sens. Cf. Noël Alexandre, Hist, I pour en fournir une explication qui pût satisfaire. eccl., Paris, 1742, t. vt, p. 353; Binterim,Katholik, 1821, Baronius a prétendu, Annales, an. 57, que ce canon t. n, p. 417-444; Wetzer et Welte, Kirchenlexikon, était apocryphe, parce que, dit-il, s’il avait été authen­ t. ut, p. 545. Quelle différence pourtant dans l’idée tique, le disciple de Félix d’Urgel, l’Espagnol Claude, même qui inspira, de part et d’autre, une pénalité évéque de Turin, n’aurait pas manqué d’en faire état comme celle de l'excommunication définitive. La dis­ pour justifier sa conduite, quand il fit effacer les pein­ tinction est radicale et caractéristique. Les novatiens, tures, briser les statues et enlever les croix de ses en effet, sous prétexte de réaliser sur la terre l’existence églises. Cet argumenta silentio ne prouve rien, car il d'une Église idéale et sans tache, devaient nécessaire­ se peut fort bien ou que Claude n'ait pas connu ce ment en exclure tout pécheur capable d’en ternir la canon ou n’ait pas voulu s’en servir, bien que dans le pureté, non qu’ils missent en doute la possibilité du même siècle où il vivait. Agobard de Lyon l’eût cité, pardon auprès de Dieu, mais parce qu’ils estimaient la De imaginibus sanctorum, 33, P. L., t. Civ, col. 226, présence d'un pécheur incompatible dans une société comme condamnant la superstition du culte des images. quine devait comprendre que des saints; et en consé­ Les anciennes collections canoniques du diacre Ferrand, quence ils refusaient à l’Église le pouvoir de pardonner de Denys le Petit et de Cresconius ne pouvaient pas et de réintégrer dans la communauté chrétienne les posséder un tel canon, par la bonne raison qu’elles ne coupables. Or, tel n’est pas le cas des Pères d’Elvire : contiennent rien du concile d’Elvire; mais il se trouve ils croyaient, eux, à ce pouvoir, et la preuve, c’est dans tous les anciens manuscrits, et son authenticité ne qu’ils en ont usé; mais ils croyaient aussi à la nécessité saurait être révoquée en doute. d'une discipline pénitentielle, répressive et préventive, Faut-il alors y voir avec Bellarmin, De imaginibus, et si, dans certains cas, ils l’ont voulue rigoureuse au n, 9, ad 2um, une défense relative, non aux tableaux sur point de refuser la communion même à l'article de la toile ou sur bois, mais uniquement aux peintures mort, ce ne fut pas desperatione gratiæ, mais bien murales, parce que la détérioration des parois pourrait parce qu’ils l’estimèrent capable d'assurer pratiquement porter quelque atteinte au respect dû aux images et un résultat meilleur que toute autre solution plus que, en temps de persécution, l’impossibilité de les faire indulgente. Rien du novatianisme en cela, mais simple­ disparaître les exposerait aux railleries sacrilèges des ment une conduite conforme aux principes directeurs païens? Ou bien peut-on accepter cette autre explicalion, de la discipline ecclésiastique de leur temps. Hefele, d’après laquelle, seule, l’image de la divinité invisible Histoire des conciles, trad. Leclercq, Paris, 1907, t. i, ne doit pas être peinte sur les murs, et non celle du Christ ou des saints? Ni l’une ni l’autre, car elles se p. 217-218. Du reste, certains de leurs canons, tels que heurtent au texte lui-méine, qui n'autorise pas de ceux qui frappent avec une modération relative l’adul­ tère, accordent la communion à la mort ou admettent pareilles distinctions. Cf. Noël Alexandre, Hist, eccl., comme circonstance atténuante d’une faute charnelle loc. cit., p. 348. le mariage qui la suit, quand il a lieu entre les com­ Sans s’embarrasser de l’existence d’un tel canon, qu'il fautbien admettre, Petau, De incarnatione, 1. XV, plices, sont en opposition directe avec les procédés des novatiens, car ceux-ci n’auraient jamais admis de c. xiii, avait raison de trouver vraisemblable la con­ jecture de ceux qui justifient les Pères d’Elvire, en disant pareils ménagements; et partout où ils s’étaient unis aux montanistes, ils répudiaient les secondes noces, tandis qu’ils ne jugerent pas expédient, a une époque où le que le concile d’Elvire ne les interdit pas, can. 72. Il paganisme était encore florissant, qu’on vît des images dans les temples chrétiens. Leur présence, en effet, faut donc renoncer à cette fausse accusation de novatia­ nisme. pouvait offrir plus d’inconvénients que d’avantages. Peut3. Accusation au sujet des images. — Reste la question être que déjà leur culte donnait lieu à quelques pra­ tiques superstitieuses; en tout cas, les païens auraient soulevée par le canon 36, ainsi conçu : Placuit pictu­ ras in ecclesia esse non debere, ne (nec) quod colitur pu s’y méprendre etcroirequeles chrétiens eux-mêmes et adoratur in parietibus depingatur. Il a été exploité, n’avaient fait que changer d’idoles. Du reste, c'est un fait que, durant les trois premiers siècles, il n’y eut depuis la Réforme surtout, comme la condamnation ni images ni statues dans les édifices chrétiens consa­ anticipée de la doctrine du II· concile œcuménique de Nicée et du décret du concile de Trente, sess. XXV, crés ouvertement au culte. Parmi tant d’autres reproches De invoc., vener. et reliquiis sanctorum et sacr. ima­ adressés au christianisme, les païens n’ont jamais for­ ginibus. Denzinger-Bannwart, n. 984-988 (860-861). Ce mulé celui qu’il vénérât des images ou des statues; et canon interdit, a-t-on prétendu, ce qu’on a permis plus l'on peut croire, s’ils avaient été les témoins d’un tel ■ard, à savoir le culte des images. C’est beaucoup dire; culte, qu’ils ne se seraient pas fait faute de rétorquer car, entendu littéralement, il défend la présence, dans avec à propos les arguments que les Pères apologistes dirigeaient contre le culte des idoles païennes. Les les édifices du culte, de tout tableau, de toute peinture murale, relatifs à ce qui est un objet de culte et d’ado­ Juifs eux-mêmes, plus chatouilleux encore à cause du ration. Canon purement disciplinaire et nullement dog­ texte du Décalogue, auraient relevé cette pratique matique, il règle, non ce qu’il faut croire, mais ce qu’il comme un attentat sacrilège. Plus tard, dès qu'il sera autorisé par l’Église, Juifs et païens s’insurgeront faut faire dans les circonstances présentes en Espagne; contre le culte des images; mais jusqu'au concile il ne dit pas qu’on ne doit pas vénérer ces images, d’Elvire, la controverse n’a jamais roulé sur ce point. mais qu'on ne doit pas les tolérer sous quelque forme Les Pères d’Elvire sont donc les témoins d’un premier que ce soit, sur toile, sur bois ou sur les murs. Il est essai d’introduction des images dans les églises sous vrai qu’on les tolérera et approuvera plus tard, en en 2:185 ELV1RE (CONCILE D’) 2386 forme de peintures; ils le jugent prématuré ou dange­ l'autorité. Ces maîtres qui vivent en paix avec des reux, et ils l'interdisent disciplinairement pro ratione esclaves idolâtres, ces dames chrétiennes à qui leurs locorum et temporum. Quand les circonstances seront voisines empruntent leurs habits de fête pour se parer plus favorables et que la question dogmatique touchant les jours des processions païennes, ces duumvirs chré­ le culte des images sera tranchée, la discipline pourra tiens, ces flamines à qui il est apparemment facile changer et changera en elfet, sans que Ton puisse voir d’esquiver les sacrifices et même l’obligation de donner dans le canon du concile d'Elvire une sorte de décret des jeux publics, tout nous transporte en un temps de ne varietur d’une portée dogmatique en contradiction paix, où le paganisme était encore dominant et officiel formelle avec les conciles de Nicée et de Trente. sans doute, mais nullement persécuteur. Nous ne II. Tenue. — 1· Lieu. — Au rapport de Pline, sommes pas encore au temps où Constantin interdira tout sacrifice au nom de l’État. où il réorganisera le Hist., m, 1, 4, il y avait deux villes du nom d’Elvire, l'une Cauco-Illiberis, Collibre, aujourd'hui Collioure, culte de Rome et d’Auguste, en l’épurant de tout élé­ dans la province Narbonnaise, le Roussillon actuel, ment païen. Mais déjà le gouvernement se montre assez mais bien déchue de son temps, magnæ quondam tolérant et ferme les yeux sur les infidélités des flamines urbis tenue vestigium, et qui ne fut relevée qu’au et des duumvirs aux obligations religieuses inhérentes x· siècle ; l’autre, dans la province de la Bétique, à leur charge. C’est bien la situation décrite par Eusèbe, actuellement l’Andalousie. La première ne possédait II. E., vm, 1, P. G., t. xx, col. 741, celle qui a pré­ pas de siège épiscopal; elle était du reste trop excen­ cédé immédiatement la persécution de Dioclétien. En trique, trop difficile d’accès pour permettre aux ce temps-là on nommait des chrétiens gouverneurs de évêques du sud de l’Espagne de s’y rendre et d’y tenir provinces, en les dispensant d’offrir des sacrifices : les un concile en toute sécurité. La seconde, Illiberris, palais impériaux, l’administration centrale, les minis­ était située non loin de l'endroit ou s’élève aujourd’hui tères, comme nous dirions, étaient remplis de chré­ Grenade: c’était le siège d’un évêché, un lieu fort retiré tiens; la famille impériale elle-même comptait, parmi au pied de la Sierra Nevada, et choisi sans doute de ! les femmes, plusieurs fidèles. préférence à d’autres cités plus importantes pour la 3» Membres présents. — Ce qui reste du concile tenue d’un concile, le premier en date en Espagne, à d’Elvire débute en ces termes : Residentibus etiam une époque d'insécurité où il convenait de ne pas trop viginti sex presbyteris, adstantibus diaconibus et attirer sur soi l’attention des pouvoirs publics et de ne omni plebe, episcopi dixerunt. 11 y avait donc des pas donner lieu à quelque occasion de troubles de la évêques, des prêtres et des diacres. Les évêques étaient part des païens. C’est là qu’on est convenu de placer le au nombre de 19. Voici leurs noms et le titre de leur siège du concile, d’où son nom de concile d’Elvire. siège : Eélix Accitanus (d’Acci, Guadix), Osius Cordu­ 2° Date. — Les actes, tels qu'on les possède, ou ne bensis (de Cordoue), Sabinus Spalensis (de Séville), fixent pas de date, ou indiquent l’an 364 de l’ère espa­ Camerinnus Tuccitanus (de Tucci, Martos), Synagius gnole, qui correspond à l’an 324 ou 325 de l’ère chré­ Evagrensis (d’Egabra, Cabra), Secundinus Castalonentienne. Mais il ne faut pas oublier que l’ère espagnole sis (de Castalo, Cazlona), Pardus Mentesanus (de Menn’a été en usage qu’à partir du v· siècle et que dès lors tesa, Guardia), Elavianus Eliberitanns (d'Elvire. Gre­ une telle précision n’est due qu’à un transcripleur ou nade), Cantonius Corsicanus ou Urcilanus (d’L'rci, à un copiste. D'autre part, l'absence de date n’auraitVera), Liberius Emeritanus (d’Emérita, Mérida), Vale­ elle pas été intentionnelle, ou par esprit d’opposition rius Cæsaraugustanus (de Saragosse), Decentius Leavec les usages impériaux, ou dans le but d’échapper gionensis (de Legio, Léon), Melantius Toletanus ide au contrôle de la police? N’est-elle pas due plutôt, soit Tolède), Januarius de Salaria, Fibularia (Calagurris à un simple oubli, soit à la disparition ou à la mutila­ de Fibularia, Loarre de Santa Engrancia). Vincentius tion des actes pendant la persécution de Dioclétien, Ossonobensis (d'Ossonoba, Villanova ou Faro), Quin­ soit à la négligence des copistes et des compilateurs, tianus Elborensis (d'Elbora, Evora), Successus de soit à la malice des donatistes ou d'autres hérétiques? Eliocrota (Lorca), Eutychianus Bastitanus (de Basti, Autant d'hypolhèses qu'on a fait valoir. Toutefois, à Beza), Patricius Malacitanus (de Malaca, Malaga). Des défaut d’une date précise, on peut arriver à une date 26 prêtres présents, la liste des signatures ne porte approximative, en écartant d’abord, comme insoute­ que le nom de 24, avec l’indication de la ville d'où ils nables, deux dates extrêmes, celle de la première moi­ viennent; il yen a de Carthagena (Carthagène), d’Epora tié du ni' siècle, antérieurement à la persécution de (Montoro), d’Ursona (Ossuna), dΊIliturgis (Andujar),etc. Dèce, proposée par Morin, De pænit., ix, 19, et beau­ D’après la liste des évêques, on voit que les provinces coup trop ancienne, car Osius, qui assista au concile éloignées n'ont chacune qn’un seul représentant, celle d’Elvire, n’était pas encore né en 250, et celle des de Galice l'évêque de Léon, celle de Tarraconaise centuriateurs de Magdebourg, poslérieure de plusieurs l’évêque de Saragosse; mais les plus rapprochées en siècles à Constantin, car « il faut pour cela, dit Tilleont davantage, la Lusitanie trois, la Carthaginoise huit mont, Mémoires pour servir à l'hist. eccl., Paris, 1700, et la Bétique six. Quelques-uns des évêques présents t. vu, p. 715, n’avoir jamais lu ce concile ou n’avoir sont restés célèbres. On retrouve le nom de Sabin de aucune connaissance de l’histoire ecclésiastique. » Séville et de Mélanlhe de Tolède dans le martyre de En général, les historiens et les critiques ne varient, sainte Rufine et de sainte Léocadie, en 304. Valère de pour fixer cette date, que d’un quart de siècle, les uns Saragosse, arrêté, puis jeté en exil tandis que son la plaçant après la persécution de Dioclétien, les autres diacre Vincent subissait glorieusement la mort, a été avant. Avec Noël Alexandre, Tillemont, Ceillier, Hefele inscrit au catalogue des saints. Osius de Cordoue sur­ et M9r Duchesne, il convient de la placer dans les tout brille au premier rang : il fut le plus grand années 300-303, car rien n’indique qu’on soit sous le homme de son temps, devint l’ami et le conseiller de coup ou au lendemain d’une persécution; tout montre, Constantin, assista aux conciles de Nicée et de Sar­ au contraire, dans la plupart des détails visés par le dique, mais vécut trop longtemps puisque, après un concile, qu’on prévoit des dangers plutôt qu’on ne épiscopat de plus de 60 ans, pendant lequel « il avait panse des plaies. La plupart des dispositions prises, paru la gloire et l’ornement de son siècle, l’étonne­ remarque Msr Duchesne, Le concile d’Elvire et les ment et l'admiration de tous les hommes, la joie et flamines chrétiens, dans Mélanges Renier, Paris, 1886, l’amour de tous ceux qui aimaient la vérité, »et < après p. 160, 161, ne sont pas une liquidation de situation avoir été considéré comme le fléau des hérétiqueaprès une persécution violente. Nulle part l’apostasie comme le défenseur de la vérité, comme l'honneur n’est indiquée comme ayant été commise pour obéir à des orthodoxes, comme le père des évêques el des cou- 2387 ELVIRE (CONCILE D') 2388 faute d’assez de sujets; on y tendait sans l'imposer ciles, il a mis une tache à sa gloire; il est tombé d’au­ encore, et, en attendant, les Pères d’Elvire visent à tant plus dangereusement qu’il est tombé de plus haut. » Tillemont, loc. cit., p. 300, 301, ce qui a dimi­ I pallier les inconvénients du recrutement tel que les I circonstances l’imposaient. nué le fruit de ses mérites et en a terni l’éclat. Il est vrai que les prêtres de l’ancienne loi étaient 111. Canons. — 1° Relativement au clergé. —1. Re­ mariés et n’étaient tenus à la continence que pendant crutement. — L’évéque est à la tète de son clergé; c’est la durée de leurs fonctions au Temple, qui ne duraient lui qui en recrute les membres, mais il n’a pas le droit pas pendant toute leur vie; mais tel n'est plus le cas de choisir le premier venu, car il faut qu’il s'assure de des prêtres de la loi nouvelle, car ceux-ci ont tout leur l’honorabilité, de la foi, des mœurs et de la liberté temps pris par leurs fonctions; la prière et le sacrifice d’action des candidats. En conséquence, il doit écarter sont pour eux de tous les jours; ils n'appartiennent pas du clergé tout fidèle, étranger à sa province, qui aurait à une caste â part et n’ont pas, comme ceux de la tribu reçu le baptême au loin, parce qu’on ne connaît pas de Lévi, à perpétuer dans leur famille le sacerdoce pas suflisamment sa vie passée, can. 24; tout affranchi, la génération; ce n’est plus la naissance, c'est l’ordinanon sans doute pour sa qualité d’ancien esclave, mais lion qui assure désormais cette perpétuité, Et tel est à cause de l’influence persistante de son maitre païen le sens de la réponse que faisait saint Sirice à llimérius, qui pourrait s’exercer sur lui de la manière la plus évêque de Tarragone. Celui-ci, en effet, au sujet de fâcheuse, can. 80. Cependant, s’il passe outre, s’il certains membres de son clergé qui, contrairement au ordonne un fidèle étranger ou un affranchi, il n’est canon d’Elvire et en alléguant l’exemple des prêtres de pas dit qu’il doive ensuite les retrancher de la clérical’Ancien Testament, croyaient pouvoir vivre maritale­ ture. L’absence d’une pareille clause est à remarquer, ment avec leurs femmes, avait consulté le pape Damase· car elle est dûment spécifiée dans les deux cas sui­ Damase étant mort, Sirice répondit qu'il n’y avait point vants : un hérétique converti ne saurait offrir une parité et qu ils devaient être déposés : Noverint se ab garantie suffisante quant à la fermeté de sa foi. puisomni ecclesiastico honore, aposlolicæ sedis auctori­ u’elle a déjà été ébranlée ; il ne doit donc pas être tate dejectos, nec unquam posse veneranda attrectare admis parmi les clercs et, s’il l’a été, il doit être dé­ mysteria. Epist., I, '11, P. L., t. xni, coi. 1140. La posé sans la moindre hésitation, can. 51 ; de même le continence, en effet, s'impose tout particulièrement au sous-diacon-t doit être interdit à tout chrétien qui clergé; et comme il s’agissait alors de clercs mariés, la aurait péch" charnellement pendant sa jeunesse, parce cessation de tout rapport conjugal avec leurs femmes que ce serait lui faciliter l’accès aux ordres supé­ était une question de haute convenance pour eux; rieurs; un sous-diacre ordonné dans ces conditions mais le concile d’Elvire la leur impose comme un est à rejeter du clergé, can. 30. La condition de celui devoir disciplinaire rigoureux; il menace de la priva­ qui s’est laissé ordonner diacre, et dont on vient à tion de communion même à la lin de la vie le clerc qui, découvrir une faute grave commise avant son ordina­ connaissant l’inconduite de sa femme, ne la met pas tion, n’est guère meilleure, ou plutôt est pire : s'il aussitôt à la porte, parce que, au lieu de donner s'avoue spontanément coupable, il est condamné à une l’exemple comme il devrait, il passerait pour favoriser pénitence canonique de trois ans; s’il est convaincu par un tiers, il doit faire pénitence pendant cinq ans le vice, can. 65. avant d'être admis à la communion laïque, can. 76; sa b) Relative aux fautes du clergé. — Mieux vaut pré­ carrière ecclésiastique était par là même brisée. venir les fautes pour les empêcher que d’avoir ensuite 2. Discipline ecclésiastique. — a) Relative aux à les punir; les Pères d’Elvire ordonnent donc quel­ clercs mariés. — En Espagne, à la fin du tir siècle, un ques précautions indispensables pour préserver les chrétien marié pouvait être promu au diaconat, à la clercs de certains dangers. Le clerc doit naturellement prêtrise, à l’épiscopat; mais s’il était célibataire avant avoir prés de lui quelqu’un en vue des soins domes­ son ordination, il devait le rester après et s’abstenir, tiques; s’il n’est pas marié, qui prendre? Pas d’autre comme on va le voir, de tout compromis de nature à femme, est-il dit, que sa sœur ou sa fille, et encore donner lieu à des soupçons d’inconduite. Sans doute, faut-il qu’elles soient consacrées à Dieu, can. 27. Le à Rome, vers 220, les rigoristes, dont s’est fait l’écho choix était fort restreint, il sera plus tard élargi; car, l'auteur des Philosophumena, IX, II, 12, édit. Cruice, à Carthage par exemple, en 397, il est question des Paris, I860, p. 444, avaient reproché au pape Calliste maires, avise et materteræ, amitæ, sorores et filiæ de n’avoir pas chassé du clergé les clercs qui contrac­ fratrum aut sororum, can. 17, Lauchert, op. cit., taient mariage, εΐ δέ ζαϊ τις έν κλήρω ών γαμοίη, μένειν p. 166, tandis que le concile de Nicée n’avait admis τόν τοιοΰτον έν τώ κλήρω ώς μη ήμαρτηκότα. Mais cela que la mère, la sœurou la tante. La rigueur des Pères pourrait bien être une calomnie; quoi qu’il en soit, d’Elvire était-elle inspirée par l’idée d’écarter cette c’est là le seul témoignage de l'antiquité ecclésiastique plaie morale de la présence, près des clercs, de ces touchant le mariage des clercs après leur ordination. femmes si connues ailleurs sous le nom de sorores, L’Espagne, en tout cas, acceptait des clercs mariés, άδελφαί, άγαπηταί, subintrod.uclæ, σννείσακτοι? Peutc’est là un fait indéniable; mais ce qui n'est pas moins être bien, mais rien ne l’indique; ils entendent, en certain, c’est la haute conception qu’on avait des tout cas, supprimer un danger possible; car, ainsi que devoirs spéciaux du clergé, de la pureté qu’un tel état le dira le concile de Carthage, en 348 : Occasiones exige, et l’extrême rigueur avec laquelle on frappait ampulandæ sunt peccatorum et tollendæ omnes sus­ les délinquants. L’une des plus importantes décisions piciones, quibus subtilitas diaboli, sub prætextu cari­ prises, c’est l'interdiction faite aux membres du clergé, tatis et dilectionis, incautas animas vel ignaras irre­ évêques, prêtres, diacres ou clercs constitués dans le tire consuevit, can. 3. Lauchert, op. cit., p. 153. Etsi, ministère, d’avoir des rapports conjugaux avec leurs malgré les précautions prises, des fautes viennent à se femmes, sous peine d’être exclus de l'honneur de la commettre, elles sont punies plus sévèrement que celles cléricature, can. 33. Défense contre nature et mons­ des simples fidèles : tout évêque, prêtre ou diacre, trueuse, déclare Dale, The Synod of Elvira, Londres, I convaincu d’avoir péché charnellement, encourt la plus 1882, p. 199, car mieux eût valu, dit-il, imposer le grave des peines, l’excommunication définitive, à raison célibat. Évidemment, le célibat, pour le prêtre chrétien, de la profanation et du scandale, can. 18. était l’idéal, et l’heure viendra où il sera imposé dans Des misères d’un autre ordre pouvaient aussi se l’Église latine, dès que le recrutement sacerdotal produire dans le clergé, comme l’avarice, les voyages lointains, la fréquentation des marchés. Aussi con­ pourra se faire parmi des célibataires ou des veufs; damne-t-on le clerc qui se livre à l’usure à être mais, à la fin du in· siècle, on n'en est pas encore lâ|; 2389 ELVIRE (CONCILE D’) 2390 vient précisément la valeur décisive du canon 53. Ce dégradé et interdit, can. 20; on lui défend de quitter canon prescrit, en effet, que l’évêque qui a frappé un sa résidence, d'entreprendre de longs voyages, de coupable doit seul l’admettre à la communion ; tout courir les foires dans des centres étrangers: s’il n’a autre évêque qui se permettrait de réconcilier un tel pasce qu'il faut, qu'il envoie son (ils ou son affranchi, excommunié, sans l’assentiment préalable de celui son domestique ou un ami, n’importe qui, et si volue­ qui a prononcé la première sentence, doit être déposé. rint negotiari intra provinciam negotientur, can. '19. Les actes de l'autorité épiscopale atteignent ainsi celui c) L'action de l’évêque. — Entouré de son clergé qu’ils frappent partout où il est, et persistent tant dûment recruté et ordonné par lui, l'évêque concentre qu’ils n’ont pas été révoqués par leur propre auteur; tous les pouvoirs, distribue les sacrements, prend part à tous les actes de la vie chrétienne, soit par hii-mème c’est à celui-ci qu’appartient le droit exclusif de par­ donner après avoir puni; son autorité n'est plus alors dans l’église où il a son siège, soit par des prêtres et une chimère, car elle garde toute sa valeur et toute son même des diacres dans les églises rurales, auxquels il donne des pouvoirs appropriés. C’est lui qui d’ordinaire efficacité, non seulement dans son propre diocèse, mais partout ailleurs. Le pécheur, frappé d'une peine confère le baptême, mais il ne doit plus laver les pieds des catéchumènes, ni recevoir des présents de la part par son évêque, n’a plus le moyen d’être admis ailleurs des néophytes, can. 48. Dans les districts éloignés, c’est à la pratique régulière de la vie chrétienne, parce qu'il le prêtre et, à son défaut, le diacre, can. 77, et même, doit présenter des lettres de créance, qui lui seront désormais refusées. Tel est le point de départ d'une en cas de nécessité, le laïque, can. 88; mais alors il jurisprudence canonique, qui sera complétée et amélio­ reste entendu que c’est à l’évêque seul qu'est réservé rée dans la suite, soit pour éviter les excès possibles le droit de parfaire ces chrétiens par l’imposition des d’une autorité si redoutable, en imposant le contrôle mains, c’est-à-dire en leur conférant le sacrement de d’une autorité supérieure, soit pour sauvegarder les conlirmalion, dont on a soin de noter que la nonintérêts des fidèles, en accordant le droit de recours ou réception n’est pas un empêchement au salut, can. 77. De même, c’est l’évêque seul qui admet les pécheurs à d’appel. Les Pères d’Elvire ont eu le mérite d’en avoir posé les premiers termes; il importait de le signaler. la pénitence canonique, can. 32, les hérétiques, can, 22, 2° Relativement aux fideles. — 1. Catéchumênat et les apostats, can. 46, et les réconcilie à l’expiration de baptême. — Le païen qui veut embrasser la foi doit leur peine; toutefois, cogente infirmitate, le prêtre ou le diacre, s’ils y ont été autorisés, doivent donner évidemment, quand il demande à être admis au rang des catéchumènes, manifester son intention de renon­ la communion en cas de mort. can. 32; un tel cas de­ cer aux pratiques idolàtriques et sensuelles de la vie vait .-e présenter fréquemment dans les districts ru­ raux confiés à des prêtres ou à des diacres, parce que païenne et offrir quelques garanties de sérieuse con­ la présence de l’évêque ne pouvait pas facilement y version; c’est le cas ordinaire; mais il se peut qu’il ne être assurée en temps opportun. Quand l’évêque célèbre manifeste son intention que lorsqu'il est malade, en danger de mort; il suffit alors que sa vie présente la liturgie eucharistique, il est décidé qu’il ne devra plus accepter l’offrande de ceux qui ne prennent point quelque élément de moralité, ex aliqua parte honesta, part â la communion, can. 28; l’offrande, en effet, pour qu’on lui impose les mains et qu’il devienne était destinée en partie à devenir le sacrement de « chrétien », can. 39. Cette imposition des mains le fait l’eucharistie auquel participaient tous les fidèles; c’était « chrétien » ; c’est l'acte d’admission officielle au catédonc un abus que de contribuer à l'oblation sans prendre chuménat. Point de stage préalable pour la femme qui, part ensuite à la communion; on se donnait l’air I après avoir fait métier de meretrix, a contracté ma­ de la générosité tout en négligeant d’en recueillir le riage : elle est admise au caléchuinénat dès qu'elle le bénéfice sacramentel, et rien n’était plus opposé à la demande, can. 44. Mais s’il s’agit d’un cocher du cirque pratique de la primitive Église. L’évêque doit égale­ ou d’un mime, ceux-ci doivent avant tout quitter leur ment refuser l’offrande de l’énergumène, ab erratico métier, sans espoir de le reprendre, can. 62, sans nul spiritu exagitatus, il ne doit ni réciter son nom ni doute à cause du danger d’idolâtrie ou d'obscénité auquel ce métier les exposait. tolérer qu’il serve dans l’église, can. 29. Une fois catéchumène, le « chrétien » n'est admis au d) La juridiction de l’évêque. — Une question de baptême pour devenir· « fidèle » qu'aprés deux ans de première importance pour l'uniformité et l’efficacité de la discipline était celle de la juridiction épiscopale. bonne conduite, à moins qu’un danger de mort ne Il fallait, d’une part, que l’évêque ne pût pas empiéter survienne et n’exige la collation du baptême, can. 42. Mais il est des cas où, au lieu d’être avancée, la colla­ sur les droits des autres évêques, et, d’autre part, que tion du baptême est différée, soit de trois ans pour le sa propre juridiction fût respectée par ses collègues. Ce point essentiel et capital de la limitation et de flamine qui s’est abstenu des sacrifices, can. 4, soit de cinq pour la femme catéchumène qui abandonne son l'extension de la juridiction épiscopale est très heureu­ époux infidèle pour épouser un tiers, can. I l, soit même sement abordé à Elvire. Nous avons déjà vu l'interdic­ jusqu’à la mort pour les énergumènes, can. 37. et tion faite à l’évéque d’ordonner d'autres sujets que les pour les femmes catéchumènes coupables d’adultère siens; nous verrons plus loin les précautions prises, et d’avortement, can. 68. Dans d’autres circonstances, au moyen des lettres communica tort æ, avant d’ad­ le baptême est donné de suite, par exemple au caté­ mettre un chrétien étranger; mais c’est là peu de chose chumène qui, après avoir cessé depuis longtemps de à côté du principe appliqué au canon 53. L’évêque était fréquenter l’église, revient et peut prouver par quel­ bien le maître dans son diocèse; mais pratiquement, que membre du clergé ou par des fidèles qu’il est faute d’un accord préalable et d’uniformité discipli­ naire entre les églises, la répression des fautes ou la « chrétien », can. 45. condamnation des coupables couraient risque d’étre Nul autre renseignement, ni sur les degrés du catéchuménat, ni sur la préparation catéchétique et ascé­ éludées par un simple changement de résidence. Ceux qui étaient frappés dans un diocèse n’avaient qu’à tique qui devait en caractériser la durée. C’est l’évéque qui, ordinairement, confère le baptême, sans qu'il soit partir dans un autre, où leur faute, étant inconnue, les fait mention de l’époque de l’année. Le canon 48, selon mettait à l’abri de toute pénalité, ou même, lorsqu’elle qu’on lit neque pedes eorum lavandi sunt a sacerdo­ était connue, pouvait être frappée d’une peine plus légère et plus facilement pardonnée. Par là le régime tibus vel ou sed clericis, car on trouve rei et sed dans pénitentiel devenant quelque peu illusoire, la discipline les manuscrits, interdit le lavement des pieds à l évêque et le permet aux clercs, ou le défend aux uns et aux restait sans portée, et les désordres moraux comme les erreurs dogmatiques avaient un libre champ. De là j autres; cette cérémonie baptismale se pratiquait, en 239 I ELVIRE (CONCILE D’J 2392 effet, ailleurs. Il est reconnu par les Pères d’Elvire d’idoles, entre autres celle de Vénus, qui assurait le qu’en cas de nécessité, sur mer ou loin de toute église, gain de la partie. un fidèle, qui n'est pas bigame, peut baptiser les caté­ Défense, sous peine d’être exclu pour un temps qu chumènes, mais à la condition, si c'est possible, de n’est pas déterminé, d’allumer des cierges en plein joui présenter à l’évêque ce baptisé, ut per manus imposi­ dans les cimetières, « pour ne pas inquiéter les esprits tionem perfici possit, can. 38; cf. can. 77 pour le cas des saints. » can. 34. Qu'entendaient les Pères d’Elvire d'un baptême conféré par un diacre. 1) est à croire que par « ces esprits des saints »? C’étaient les fideles qui ce canon 38 n’exclut pas du pouvoir de baptiser, en cas venaient prier dans les cimetières, d’anrés Garzias; de nécessité, tout autre qu'un fidèle, et qu’il marque les prêtres qui y remplissaient leurs fonctions, d’apres simplement qu'en l'absence d'un membre du clergé, Binterim; les défunts, d’après Baronius; les âmes la cullation du baptême revient de préférence à un qu’on supposait planer encore au-dessus des tombeaux, fidèle non bigame. Du reste, la question de la validité d’après de l’Aubespine. Il n'est pas aisé de le décider, du baptême conféré par un païen n’était pas encore dit dom Leclercq, L'Espagne chrétienne, Paris, 1906, résolue d'une façon précise; elle ne l’était même pas p.76. « Étaient-ce les aines des morts, qu'ils imaginaient, du temps de saint Augustin, comme leconstate l’évêque comme les anciens, enfermées dans le tombeau, c'est d’Hippone, qui la résout affirmativement. Voir t. n, assez peu probable; ou bien faisaient-ils allusion à la col. 189. coutume païenne de brûler des cierges sur le tombeau du 2. fie chrétienne. — a) Fidélité. — Une fois baptisé, défunt, ce qui devait faire frémir, au sens métaphorique, le fidèle doit désormais fréquenter assidûment l’église; des chrétiens, en se sentant traités de la même façon une absence de trois dimanches consécutifs est punie : que les païens, ou bien encore, était-ce une mesure pauco tempore abstineatur ut correptus esse videatur, d’ordre, afin d'épargner aux fidèles qui priaient dans can. 21. S’il vient à passer à l’hérésie, il n'est plus les cimetières le trouble qui résultait de cette pratique? Il est trop difficile de décider pour qu'il puisse, dans admis à la communion qu’après une pénitence cano­ nique de dix ans, can. 22; cette pénalité ne saurait cette incertitude, y avoir profit à le faire. » Les femmes atteindre ses enfants, à cause de leur irresponsabilité; ne devaient point passer la veillée dans les cimetières. si donc ceux-ci ont déjà été baptisés, ils doivent être eo guod sæpe sub obtentu orationis latenter scelera admis de suite. Même pénitence canonique de dix ans committunt, can. 35. Il leur est interdit de se servir au fidèle apostat, qui pendant longtemps n’a point paru pour leur toilette, non de comicos et scenicos, à l’église, pourvu toutefois qu’il n’ait pas commis comme portent certains manuscrits, mais de comatos d’acte idolàtrique, can. 46. Quant à la célébration de la et cinerarios, comme on lit dans d’autres, c’est-à-dire Pentecôte, certains la plaçaient au quarantième jour de cette catégorie de serviteurs méprisable entre toutes, après Pâques; le concile décide que, conformément à les eunuques efféminés, can. 67 ; comme aussi, d'apres l'autorité des Ecritures, elle aura lieu le cinquantième une interprétation plausible du canon 81, d'écrire en jour, sous peine, pour celui qui ne se conformerait pas leur propre nom à des laïques ou d'en recevoir des à celte décision, d’être noté comme introduisant une lettres qui leur soient adressées personnellement. hérésie nouvelle, can. 43. d) Voyages. — L'usage était, en cas de déplacement, 6) Ascétisme. — Le fidèle est tenu à des pratiques de de se munir d'une lettre autorisée pour être agréé dans mortification; notamment il doit observer chaque une communauté chrétienne, où l’on était inconnu, el mois, sauf eu juillet et août, sans doute à cause des pouvoir y participer aux sacrements. Pour éviter des chaleurs, un jeûne de superposition, c’est-à-dire conti­ fraudes toujours possibles, trop souvent réelles, on nuer jusqu'au lendemain soir le jeûne de la veille, con- ! dut adopter une forme spéciale de manière à assurer linuare jejunium, comme dit Tertullien, De jejunio. leur authenticité. Dans le style ecclésiastique et dans 14, P. L., t. Il, col. 973. A ce jeûne mensuel de super­ les communications de clergé à clergé, on leur donna position, ordonné par le canon 23, doit-il ajouter un divers noms : έπιστολαί συστατικού, ειρηνικά!, κοινωνικά:. jeûne semblable chaque samediVOui, d'après quelques lilteræ formata. A Elvire, il s’agit de simples fidèles interprètes, car le canon 26 porte : Error placuit corrigi qui colportaient des lettres dite® confessorias ou con­ ut umni sabbati die superpositiones celebremus ; non, fessionis. Or, le titre de confesseur, donné à celui qui d’après Msr Duchesne, Origines du culte chrétien, avait souffert pour la foi sans défaillance, servait de 2e édit., Paris, 1n98, p. 221, 222, car on ne voit pas recommandation, inspirait le respect, attirait la véné­ alors la portée du canon 23; le canon 26 supprime ration publique et assurait par là même une excellente précisément la superposition hebdomadaire que l’on réceplion dans les communautés rencontrées sur la observait auparavant tous les samedis; et si ce canon a route. On en abusait parfois pour tromper la bonne foi été pourvu de bonne heure de ce titre qui ne corres­ des simples, exciter la pitié et exploiter la charité. Les pond pas a son contenu, ut omni sabbato jejunetur, Pères d’Elvire décident qu’on supprimera le titre de c’est par allusion a l’usage romain de jeûner le samedi confesseur dans les lettres communicatoriæ, can. 25, qui s’était introduit en Espagne. et que les porteurs de pareilles lettres devront les faire c) Pratiques interdites. — Le fidèle doit s’abstenir viser par l'évêque de la prima cathedra, pour être in­ de tout acte répréhensible, soit à cause de l'idolâtrie terrogés, est-il dit, an omnia recte habeant suo testi­ dont il serait l’expression et l’exploitation, soit à cause monio comprobata, can. 58. Encore une phrase dont des conséquences fâcheuses qu’il pourrait avoir sur la le sens est assez difficile à pénétrer; est-ce pour prou­ vie des autres. Le canon 6 défend de donner la com­ ver qu'ils sont en règle, ou, comme le croit Ceillier, munion, même in fine, à celui qui aurait fait périr Hist, des aut. eccl., Paris, 1859, t. n, p. 611, pour quelqu’un par maléfice; la raison qu'en donne le con­ renseigner l'évêque de la prima cathedra sur ce qui cile, c’est qu'on ne peut pas commettre ce crime sans se passe dans les églises de sa province? Pour l’un ou idolâtrie, le maléfice étant une espèce de magie où l’on pour l'autre, peut-être pour les deux. Ce sont ces lettres, invoque la puissance du démon. Le fidèle doit s’abstenir remarque Ceillier, ibid., qu’il est défendu aux femmes, aussi d’assister aux jeux du cirque et aux représenta­ par le 81e canon, de donner ou de recevoir en leur tions théâtrales, puisqu’on oblige les cochers et les nom, plutôt qu’en celui de leurs maris, selon de l’Aumimes à quitter leur métier, can. 62. car cirques et bespine et Fleury ; en ce cas, la défense regardait les théâtres étaient une manifestation d’idolâtrie et de femmes des évêques ou des prêtres chargés du soin des cruauté, une école de dépravation et d’immoralité. Il églises : à eux seuls il appartient de donner ou de re­ cevoir ces sortes de témoignages. doit s’abstenir aussi du jeu de dés sous peine d’un an 'e pénitence, can. 79, car les dés portaient des images 3. Fiançailles et mariage. — a) Fautes commises ‘2393 ELVIRE (CONCILE D’) avant le mariage. — Le mariage importe trop au bien de la famille et de la société pour qu’il n'ait pas été, à Elvire, l'objet de quelques décisions; ces décisions marquent la haute idée qu’avaient les Pères d’Elvire du mariage chrétien : ils le voulaient précédé et accom­ pagné d’une vie honnête et pure. En conséquence, ils punissent la jeune fille, qui a été séduite ou qui s’est oubliée, d’un an d’excommunication, mais sans péni­ tence canonique, si elle épouse son complice; de cinq ans de pénitence canonique, si elle a eu des relations coupables avec d’autres, can. 14. Il semble que, dans un cas analogue, le jeune homme aurait dû être traité de même; or la décision qui le concerne n’est pas aussi précise. Quand il se marie, on ne dit pas si c’est avec celle qu’il a séduite ou avec une autre; il est bien sou­ mis à une pénitence, mais on n’en fixe pas la durée, can. 31. Tout autre est le cas de la vierge consacrée à Dieu ; il n’est pas question de son mariage, mais sim­ plement de sa faute, qui est sévèrement punie. Si, après avoir succombé par faiblesse ou par surprise, elle se relève, se repent, pleure et expie sa faute par une vie chaste, elle n'est admise à la communion qu’à la fin de sa vie; dans le cas contraire, elle en est privée même in fine, can. 13. La femme qui vit maritalement avec un homme est exclue irrévocablement de la com­ munion ; mais si elle rompt, elle n’y est admise qu'après une pénitence canonique de dix ans, can. 64. La veuve qui pèche et se marie ensuite est punie de cinq ans de pénitence canonique, quand elle épouse son complice, de dix ans de la même peine si elle en épouse un autre, et de l'excommunication définitive si elle aban­ donne son mari pour en prendre un autre, can. 72. b) Empêchements. — Le mariage était précédé de fiançailles, que les parents ne pouvaient pas rompre sans être privés de la communion pour trois ans, can. 54. Quelques empêchements sont signalés. Ce que nous appelons les mariages mixtes sont interdits pour sauvegarder la foi, mais sans aucune pénalité quand il s’agit du mariage d’une chrétienne avec un païen, can. 15, neætas in flore tumens in adulterium animæ resolvatur ; avec une privation de communion pendant cinq ans pour les parents qui auraient marié leur fille à un hérétique ou à un juif, can. 16; et sous peine d’excommunication définitive s'ils l’unissaient à un prêtre des idoles, can. 17. Dans ces deux derniers cas, la pénalité frappe les parents et cela d'autant plus sé­ vèrement que le danger de perdre la foi, pour la jeune femme chrétienne, est plus grand. Défense au veuf d'épouser la sœur de sa première femme, sous peine, si sa nouvelle femme est chrétienne, d'être privé de la communion pendant cinq ans, can. 61 ; ce mariage n’est pas considéré comme nul, mais comme répré­ hensible; et il est à croire, bien qu’il n’en soit pas question, qu’une telle sanction devait s’appliquer à la veuve qui épouserait le frère de son premier mari. Défense aussi d’épouser la fille de sa femme, privigna; ici, c’est l’excommunication définitive qui frappe le dé­ linquant, car ce dernier mariage est considéré comme un inceste, can. 66. La même pénalité devait sans doute punir la veuve qui épousait le fils de son mari; mais ce cas n’est pas visé. c) Fautes pendant le mariage. — Des différentes dé­ cisions prises à Elvire il résulte que le lien matrimo­ nial ne peut pas être rompu, même en cas d’adultère ou d’abandon, mais que la séparation est tolérée, par­ fois même imposée. C’est ainsi, comme nous l’avons vu, que le clerc doit mettre à la porte sa femme, dès qu’il la sait coupable. Quant au mari laïque, qui con­ naît l’inconduite de son épouse, il est passible d’une excommunication définitive, s’il consent à vivre avec elle, parce qu'il est alors complice; mais s’il l’aban­ donne. après avoir consenti à vivre quelque temps avec elle, sa complicité est moins grave, et il n’est ad­ 2394 mis à la communion qu’après dix ans, can. 70; d’ou l’on peut conclure que s’il l’abandonnait immédiate­ ment, il ne devait être passible d’aucune peine. La sé­ paration est donc admise à Elvire, mais non le divorce. Un homme marié, qui a abandonné sa femme sans motif, ne peut être épousé par une autre; celle-ci, con­ naissant l’existence de la femme légitime, est alors coupable et n’est admise à la communion qu'à la fin de sa vie, ou même en est définitivement exclue, can. 10, car les manuscrits portent, les uns : Placuit in finem hujusmodi dari communionem ; et d’autres : nec in finem. Le cas devait vraisemblablement être le même quand un homme épousait une femme qu’il sa­ vait mariée. L’adultère n’était pas une raison suffisante pour rompre le lien conjugal. La femme qui abandonne son mari coupable d’adultère, ne peut pas se remarier. prohibeatur ne ducat; si elle le fait, elle n’est admise à la communion qu’à la mort de son premier époux, can. 9. Si elle quitte son mari sans raison et se donne à d’autres, elle est pour toujours privée de la commu­ nion, can. 8. La même pénalité devait être appliquée a l’homme sans aucun doute, bien que le concile n'en parle pas; le mari ne pouvait donc ni abandonner sa femme sans motif, ni se remarier dans le cas où sa femme avait commis l’adultère. Les époux chrétiens, coupables une seule fois d’adultère, sont condamnés à une pénitence canonique de cinq ans, can. 69; si le mari (et sans doute aussi l'épouse) a péché plus sou­ vent, il n’est réconcilié et admis à la communion qu'à la fin de sa vie, après promesse faite de ne plus recom­ mencer; si ensuite il y a rechute, c’est l’excommuni­ cation irrévocable, can. 47; toutefois, s’il n'a péché qu’avec une juive ou une païenne, il est simplement éloigné de la communion pour un temps indéterminé, à moins qu’il n’ait été· surpris par un tiers, car alors la pénitence est de cinq ans, can. 78. L'épouse qui, au su de son mari, se livre à d’autres, est frappée pour toujours de l’excommunication, can. 70; il en est de même de celle qui fait périr le fruit de son adultère, can. 63. Il va sans dire que, pour les simples catéchumènes, il n’est question, quand il y a faute de leur part, que d’un retard dans leur admission au baptême. Cf. can. 10, 11. 4. Vie publique. — Dans les relations sociales des chrétiens entre eux et avec les non-chrétiens, c'està-dire avec les païens et les juifs, maintes occasions devaient se présenter, où la foi et les mœurs couraient des risques. 11 convenait d’éviter toute compromission dangereuse, toute apparence de superstition ou d'idolàtrie, tout acte contraire à la justice ou à la charité, bref, tout ce qui était de nature à nuire au bon renom de la vie chrétienne : de là une série de dispositions prises à Elvire, qui permettent de se faire une idée des mœurs de l'époque. a) Maîtres et serviteurs. — Le propriétaire chrétien doit se garder, vin touchant ses redevances, d'accepter ce qui aurait été offert aux idoles, sous peine d’être privé de la communion pendant cinq ans. can. 40. Le maître de maison ne doit pas tolérer d’idoles chez lui ; mais il peut se heurter au mauvais vouloir de ses esclaves; en ce cas, qu’il se conserve pur de toute ido­ lâtrie, sans quoi il serait exclu de l'Église, can. 41. Il ne s’agit pas ici, comme dans d’autres canons, de l'ex­ communication définitive; mais cela s’explique, parc, que « la pénalité de l’excommunication définitive, du dom Leclercq, L’Espagne chrétienne, p. 66. est port·· contre les chrétiens qui, en temps de paix, tombent dans le crime d’idolâtrie par vanité, par cupidité, par indifférence ou pour tout autre raison. Au contraire, l’avertissement donné de détruire toutes les idoles dans sa propre maison est conditionnel. On ne doit s y 2395 ELV1RE (CONCILE D’) conformer que si on n'a pas à redouter les dénoncia­ tions des esclaves païens à son service. » Parfois, c’est la maîtresse de maison qui, dans un moment de mauvaise humeur ou de jalousie, frappe durement sa servante. Celle-ci vient-elle à mourir dans les trois jours par suite du mauvais traitement subi, la maîtresse est condamnée à une pénitence de cinq ans, si la mort est fortuite, et de sept ans, si la mort a été voulue, avec la faculté de pouvoir être admise, dans l’intervalle, à la communion, en cas de maladie grave, can. 5. b) Chrétiens et non-chrétiens. — Les propriétaires chrétiens ne doivent pas tolérer que les juifs bénissent leurs récoltes, sous peine d’être complètement rejetés de l’Eglise, can. 49. Défense est faite aux fidèles de manger avec les juifs, sous peine d’être exclus de la communion jusqu'à complet amendement, can. 50. Les femmes et leurs maris qui prêteraient leurs parures en faveur d’une solennité païenne, sont privés de la com­ munion pendant trois ans, can. 57. Un chrétien ne doit pas, comme un païen, monter au capitole sous prétexte de sacrifice; il serait passible d’une pénitence canonique de dix ans, can. 59. « Il est possible, dit dom Leclercq, loc. cit., p. 67, que les Pères aient eu en vue, non un sacrifice quelconque, mais celui qui s’offrait aux trois divinités principales de la religion officielle. Cepen­ dant, un contemporain, Arnobe, nous dit formellement que, de son temps, on voyait dans tout capitole l'image de Minerve. Celle de .Tunon ne pouvait manquer; il semble donc que c’est bien tout acte d’idolâtrie qui est visé ici. » Repas et mariages avec les juifs, mariages et sacri­ fices avec les païens, sont donc interdits aux chrétiens; mais il ne suffit pas à ceux-ci de se tenir sur la réserve, ils doivent encore ne pas devenir provocateurs. Quel­ ques-uns. sous l’inspiration d’un zèle indiscret et pour cueillir la palme du martyre, mais sans y être auto­ risés par les circonstances, n’hésitaient point parfois a briser publiquement les idoles, ce qui leur valait d'être mis à mort. Les Pères d’Elvire n’approuvent pas sem­ blable conduite, car il n’est pas ditdans l’Écriture que les apôtres aient agi ainsi, et ils refusent d’inscrire au nombre des martyrs ceux qui mourraient en se condui­ sant de la sorte, can. 60. Ce canon ne regarde pas ceux qui, en présence du juge et mis en demeure d’apostasier, brisaient les idoles qu’on voulait leur faire adorer, comme ce fut le cas de sainte Eulalie, martyrisée en Espagne pendant la persécution de Dioclétien, et chan­ tée par Prudence. c) Usure, délation et faux témoignage. — Au point de vue de la justice et de la charité, d’autres cas répré­ hensibles pouvaient se rencontrer. L’usure était inter­ dite, non seulement aux clercs, comme nous l’avons vu, mais encore aux laïques; ceux-ci sont pardonnés, s’ils promettent de s’amender; s’ils continuent à la prati­ quer, ils sont exclus de l’Église pour une durée indé­ terminée, can. 20. Le délateur est exclu pour toujours de la communion, si sa délation a causé la proscription ou la mort; pour cinq ans, si son acte a été moins nuisible, can. 73. Le faux témoin est criminel ; son faux témoignage peut cependant ne pas entraîner de trop graves conséquences. S’il peut alors prouver qu’il a longtemps résisté avant de le produire, son exclusion n’est que de deux ans, et de cinq ans dans le cas con­ traire, can. 74. Quant à l’accusation fausse et sans preuve portée contre un évêque, un prêtre ou un dia­ cre, elle entraîne la privation définitive de la commu­ nion, can. 75. d) Sacerdoces et magistratures. — A la fin du ni* siècle, les provinces de l’empire comprenaient cer­ taines charges publiques, toutes onéreuses, quelquesunes pas enviables, d’autres très honorifiques. Celle des officiers municipaux, appelés duumvirs, était au nom­ 2396 bre des premières, parce qu’elle comprenait, entre autres devoirs, le recouvrement des taxes, ce qui la rendait assez impopulaire. D’autre part, dans le cas de non-recouvrement, le duumvir était responsable sur sa fortune personnelle; sa fonction était donc peu en­ viée. Mais on ne pouvait pas la refuser à son gré, car le tour ou l’élection l’imposaient. Les chrétiens pou­ vaient donc être appelés à la remplir. Or, elle n’était pas sans offrir quelques dangers pour la foi et les devoirs de la vie chrétienne; car le duumvir pouvait être appelé à participer à certains actes idolâtriques, à mettre à la question les accusés, à emprisonner les débiteurs, à prononcer des sentences de mort contre les esclaves, et tout cela devait créer un cas de con­ science particuliement épineux. Comment le trancher? Du moment qu’on ne pouvait pas se soustra.re à une ‘elle fonction, les Pères d’Elvire usent d’une indulgence i relative : ils ne l’interdisent pas, ils prescrivent simI plement au duumvir de ne pas assister aux réunions chrétiennes pendant l’année de sa charge, can. 56. 1 C’était donc une sorte d’excommunication temporaire, mais sans note infamante; l’année expirée, le duumvir chrétien, pourvu qu’il n’eut pas commis de faute pen­ dant sa magistrature, reprenait sa place au milieu de i la communauté, sans épreuve préalable. Il n’en était pas de même du flaminat, charge fort onéreuse, mais très honorifique, objet par suite de pas mal de compétitions même de la part des catéchu­ mènes et des fidèles; et c’est pourquoi le concile d’Elvire se montre ici plus sévère. Les flamines, en effet, étaient « prêtres du culte municipal ou provin­ cial de Rome et de l’empereur, dont les attributions étaient au moins autant politiques que religieuses. L’Espagne, ou le culte des empereurs avait pris un grand développement, comptait, outre les trois flamines provinciaux et leurs femmes (flaminicæ), un très grand nombre de flamines municipaux. Chaque ville avait le sien qui sortait de charge chaque année, malgré son titre de flamine perpétuel. La perpétuité ne s'appliquait qu’aux honneurs et non à l’exercice du sacerdoce. Quoique le sens honorifique fût beaucoup plus en vue que le sens religieux, et que le flaminat consistât plus encore dans la célébration et la prési­ dence des jeux solennels que dans les fonctions litur­ giques, il n’en était pas moins une institution qui i chaque année entraînait un nombre plus ou moins considérable de fidèles à offrir des sacrifices idolâ­ triques ou à y participer. C’est de cette situation que s’occupait le concile d’Elvire et il apporta à la résoudre une extrême vigueur. Pour les Pères d’Elvire, le crime I d’idolâtrie, consommé par l’offrande du sacrifice païen, i entraîne l’exclusion de l’Eglise sans espoir d’y jamais rentrer, can. 1. Cette sévérité, qui nous semble outrée, s’explique par l’aggravation du péché d’idolâtrie dans les conditions où le commettaient les flamines. Outre le sacrifice païen, les jeux qu’ils présidaient et dont ils faisaient les frais, entraînaient mort d'homme, et les spectacles qu’ils procuraient contribuaient à la démo­ ralisation des spectateurs; on les tenait donc coupables d’idolâtrie, d’homicide et d’adultère, can. 2. Les ambi­ tieux qui, sans renoncer à briguer le flaminat, se I déchargeaient du sacerdoce sur des suppléants et se I bornaient aux jeux sont moins maltraités. Ils ne sont pas définitivement exclus de l’Église; on les y recevra à l'article de la mort, pourvu toutefois qu'ils aient subi la pénitence canonique et qu’ils n’aient pas récidivé, car en pareilcas il n’y a plus de rémission, can. 3. Enfin restaient les catéchumènes... Les Pères d’Elvire se montrèrenl assez conciliants et refusèrent le baptême, avant une épreuve de trois ans, aux flamines catéchu­ mènes qui, tout en s’abstenant des sacrifices, avaient donné des fêtes publiques comportant les jeux incri­ minés, can. 4. Puisqu’on se dispensait du sacrifice, se 2397 ELVIRE (CONCILE D*j — ÉMANCIPATION 2398 disaient les Pères, qu’on se dispense également des jeux. 1 formes différentes, selon qu’elle s’applique : 1° aux C’était, d’ailleurs, chose possible, puisque, à la place domicellaires; 2" aux dignitaires; 3° aux monastères d’un · oinbat de gladiateurs ou d’une course de chars, ou paroisses. on pouvait s'acquitter envers ses concitoyens avec un 1° Domicellaires. — Sous ce nom on désignait autre­ travail d’utilité publique, un pont, une basilique, une fois des jeunes gens attachés aux chapitres des cathé route, un repas public ou une distribution d’argent. drales, métropoles ou collégiales, comme chanoines En traçant tacitement cette conduite aux flamines, les non prébendes et qui se préparaient à entrer, à l’âge évéques se montraient humains et pratiques. » Leclercq, voulu et après les épreuves requises, dans les rangs L’Espagne chrétienne, p. 61. Une dernière hypothèse des chanoines prébendés. Dès les commencements du pouvait se présenter, celle des flamines qui, sans faire christianisme en Occident, les évêques menaient la vie de sacrifices ni contribuer en rien au culte des idoles, commune avec les prêtres collaborant avec eux. Plus se contentaient de porter la couronne, marque distinc­ tard, ils instituèrent des collèges de chanoines habitant tive de leur charge; ceux-là, eau. 55, étaient exclus de le même logement et astreints à certaines observances la communion pour deux ans. Mieux eût valu, semblecommunes, telles que, par exemple, le chant de t-il, interdire radicalement le flaminat aux catéchu­ l’office divin. Parmi les chanoines, on distinguait ceux mènes et aux chrétiens. Il y aurait eu plus de dignité. qu’on pourrait appeler les chanoines titulaires, les Mais sans doute les avantages que pouvait retirer le anciens, et les jeunes, les clercs aspirant au canonical. christianisme de la permission accordée à ses membres Mais dans le courant du IXe et du x« siècle la vie en d’accepter le flaminat ont-ils fait pencher la balance. commun des chanoines disparut peu à peu. Cependant Toujours est-il que les Pères d’Elvire, sans se montrer la distinction entre les anciens et les jeunes chanoines intransigeants,ont voulu essentiellement qu’une charge persista. Tandis que les anciens — les capitulares — si honorifique ne lût pas, pour ceux qui la remplissaient, habitaient des maisons séparées, les jeunes continuaient l’occasion de trahir leur foi et de manquer à leurs à vivre en communauté dans les cellules claustrales devoirs ue chrétiens. (domus cellæ) et portaient le nom de domicellaires, domicellares, ou encore de « jeunes seigneurs » (domiI. Éditions. — Texte des canons du concile d’Elvire dans celli, diminutif de domini). Ceux-ci, n’étant pas encore Garzias de Loaysa Giron, Collectio conciliorum Hispaniæ, prébendés, étaient entretenus par un prélèvement Madrid, 1593; de Aguirre, Collectio maxima conciliorum opéré sur les revenus du chapitre. Peu à peu, lors­ omnium Hispaniæ, Rome, 1693; Hardouin, Collectio maxima qu’ils avaient rempli les conditions d’âge et de capacité, conciliorum, Paris, 1715, t. i, coi. 247-258: Mansi, Sacrorum, conciliorum nova et amplissima collectio, Florence et Venise, ils prenaient place parmi les chanoines anciens, les 1759-1798. t. n, coi. 5-19; Gonzalez, Collectio canonum Eccle­ capitulares. Jusque-là, ils étaient astreints à suivre les siæ Hispanæ, Madrid, 1808, t. i ; .1. Téjada y Ramire, Coleccion cours de l’école capitulaire et étaient soumis â l'autorité de canones de la IglesiaEspanola, in-fol.. Madrid, 1849; Bruns, et à la surveillance d’un chanoine appelé scolasticus. Canon, apost. et concil., 1839, t. n, p. 1 sq.; A. W. Dale, The Avant de quitter les rangs des écoliers et d’être in­ Synod of Elvira, Londres, 1882, p. 315-339; Fr. Lauchert, Die corporé au chapitre, ledomicellaire devait être soustrait Kanones der wichtigsten altkirchlichen Conzilien nebst den à l'autorité du scolasticus par un acte solennel : l'éman­ Apostolischen Kanonen, Fribourg-en-Brisgau, 1896, p. 13-26. II. Travaux. — F. de Mendoza, De confirmando concilio cipation. Après avoir passé avec succès son examen illiberilano, in-fol., Madrid, 1594; dans Labbe, t. i, col. 1007, et atteint l’âge canonique de 21 ans, le domicellaire 1378, et dans Mansi, t. n, col. 57-396; de 1‘Aubespine, De vet. riti­ était présenté par le scolasticus aux chanoines, d’abord bus observationum libri duo ac notas in concilium eliberiséparément, puis in pleno, c’est-à-dire réunis en cha­ tanum, Paris, 1623, dans Mansi, t. il, col. 35-55; Ch. Raynaud, pitre. Son acceptation ayant été décidée, il devait se Concilium illiberitanum quarto ineunte sæculo in Hispania soumettre à un dernier acte d’humilité, qui consistait celebratum, in-fol , Lyon, 1665; de Aguirre, Notitia conciliorum â recevoir de chacun de ses condisciples uu loger coup Hispanae, Salamanque, 1686;Tillemont, Mémoires pour servir à l’histoire ecclésiastique des six premiers siècles, Paris, de baguette. Puis, le récipiendaire faisait certains 1700, l. vu, p. 302-309,711-715; Ceillier, Histoire générale des exercices spirituels, après lesquels i) émettait, en pré­ auteurs sacrés et ecclésiastiques, Paris, 1859, t. u, p. 612-615; sence de l’évêque d’abord et du chapitre ensuite, la Duguet, Conférences ecclésiastiques, Paris, 1742, t. i, p. 282profession de foi et le serment capitulaire. La cérémo­ 459; Florez, Espaiïa sagrada, Madrid, 1747; Noël Alexandre, nie d’investiture se terminait par l’occupation au Historia ecclesiastica, Paris, 1742, t. vi, p. 336-359; Herbst, chœur et au chapitre de la place assignée au candidat. Synode von Elvira, dans Tübinger theol. Quartalschrift, A partir de ce moment, le domicellaire dûment éman­ 1821, t. ni. p. 3-44; Binterim, Ueber die Synode zu Elvira, dans Katholik, 1821, t. n, p. 417-444; Gams, Die Kirchenge· cipé devenait chanoine, capitularis. schichte von Spanien, Ratisbonne, 1862; Hefele, Histoire des 2° Dignitaires. — Lorsqu’un membre du clergé conciles, trad. Leclercq, Paris, 1907, t. i, p. 212-264; Dale, The séculier ou régulier était élevé à une prélature ou à Synod of Elvira, Londres, 1882; Duchesne, Le concile d’Elvire un emploi incompatible avec le lien d’obéissance et de et les flamines chrétiens, dans Mélanges Renier, Paris, 1886; dépendance à l’égard de son supérieur immédiat, dom H. Leclercq, L’Espagne chrétienne, Paris, 1906, p. 58-77; l’émancipation était l’acte authentique par lequel était Migne, Dictionnaire des conciles, t. i; Realencyclopadie, t. m ; Kirchenlexikon, t. m; U. Chevalier, Répertoire. Topo­ brisé le premier lien. Si, par exemple, un chanoine bibliographie, t. i, col. 986. était nommé évêque d’un diocèse voisin, l’émancipation G. Bareille. le déliait de l’obéissance due à son évêque. ÉMANCIPATION. - I. Définition. II. Émancipa­ L’acte par lequel on demandait la rupture des tion en droit ecclésiastique. III. Émancipation en rapports de subordination vis-à-vis du supérieur pri­ droit romain. IV. Émancipation en droit civil. mitif s’appelait postulation (postulatio). Cette postula­ tion était présentée soit par le collège ayant élu le I. Définition. — L’émancipation (emancipio dare, nouveau prélat, soit par l’élu lui-même. Elle était emancipare, c’est-à-dire soustraire à sa main, à sa simple, lorsqu’aucun empêchement ne s'opposait a la puissance) est un acte par lequel une personne phy­ nomination de l’élu; dans le cas contraire, elle était sique ou morale est soustraite à l’autorité, à la puis­ sance d’une autre personne. Elle peut avoir pour objet solennelle. Le document, constatant authentiquement l’émanci­ d’affranchir l’esclave du maître, le fils du père, une pation de l’élu, s’appelait dimissoire, ou lettres dimiscommunauté de son supérieur ordinaire. soriales (litteris dimissoriæ ou emancipatoriæ). On peut considérer l’émancipation dans le droit 3“ Monastère ou paroisse. — Une paroisse pouvait ecclésiastique, le droit romain ou le droit civil actuel. II. EMANCIPATION EN DROIT ECCLÉSIASTIQUE. — | être soustraite à la juridiction de l'évêque. un •'■vêché L'émancipation dans le droit ecclésiastique revêt trois pouvait être affranchi de la subordination au tnétropo- 2399 ÉMANCIPAI ION jitain, un monastère détaché de la juridiction de l’Ordinaire pour être placé directement sous la juri­ diction du pape. On appelait émancipation, plus rare­ ment cependant, l’acte effectuant et établissant ce changement de juridiction. Il est à remarquer, en effet, que, pour exprimer cet affranchissement de la dépendance à un supérieur immédiat, on a employé de bonne heure l’expression exemption, qui pen à peu est devenue courante dans la langue canonique. III. ÉMANCIPATION EN DROIT ROMAIN. — En droit romain, on appelait émancipation l’acte juridique par lequel l’esclave était soustrait à la puissance de son mattre, le fils détaché de l'autorité paternelle. L’éman­ cipation était soumise à des formalités nombreuses, compliquées etdifficiles; elle ne pouvait jamais s’appli­ quer à l’épouse qui restait légalement, sans issue pos­ sible, l’esclave de son mari. Nous n’exposerons pas les formalités juridiques de l’émancipation dans le droit romain; mais il nous parait important de montrer comment le christianisme adoucit cette législation barbare et lui infusa en quel­ que sorte une âme nouvelle. Ce fut l’honneur du christianisme de faciliter gran­ dement l’émancipation des esclaves, de faire de l’épouse la compagne de l’homme et d’apprendre au père de famille à respecter la personne de son fils. Cependant l’Église se garde bien de procéder brusquement et violemment à la réforme du droit civil existant, ce qui eût provoqué une révolution économique et sociale; mais peu à peu elle fit pénétrer dans la société les principes chrétiens, qui étaient en contradiction for­ melle avec les pratiques révoltantes de la civilisation païenne. D'abord, le christianisme améliora notablement la condition des esclaves. D’après le droit païen et romain, l'esclave était une chose, privée de tous les droits de la personne humaine. 11 se trouvait soumis à la puis­ sance de son maître d'une façon tellement absolue que celui-ci pouvait se servir de lui suivant sa fantaisie et ses caprices et même le livrer aux supplices, le mettre à mort sans avoir de compte à rendre à personne. Mais l’Église proclama la dignité humaine, revendiqua les droits de la personne même pour les esclaves, et les reçut dans son sein comme les hommes libres. Sous l’inlluence du christianisme, l'empereur Constantin défendit la mise à mort des esclaves. Peu à peu l’Église parvint à changer l’esclavage proprement dit en une condition plus douce, plus humaine et plus morale de domesticité. Aux anciennes formalités difficiles et compliquées d’émancipation elle substitua l’émancipation sans forme solennelle, incomparablement plus facile, appelée manumissio in ecclesia Cod., 1.1, lit. xm. De his qui in eccles.manumitt.,1. 1,2). Cette procédure consistait en la simple déclaration du maître en présence de l’évê­ que et de témoins. Enfin l’Église effaça complètement la dernière tache qui marquait encore les affranchis, d’une part, en les admettant aux ordres sacrés (dist. LIV, c. 21), d’autre part, en reconnaissant la validité du mariage des affranchis (Decret., 1. IV, tit. ix, de conjug. serv.), c. I. Voir Esclavage. Pareillement, l’Église mit un frein à la puissance illimitée de l'époux et du père, consacrée par le droit romain et païen. L’épouse, qui autrefois était considérée comme mineure pendant la vie et après la mort de son mari, fut dés lors reconnue comme la compagne et l’aide de l'homme. Le mariage dépourvu de formes légales (qui n'était qu’un concubinage à vie) fut simple­ ment toléré, les causes de divorce furent limitées (Cod., 1. V, tit. xvn.Derepwd., 1.8,10,11), la tutela f eminarum fut supprimée. Même au point de vue du droit de pro­ priété,une condition plus équitable fut faite à la femme, 2400 â côté de la dot apportée par l’épouse, le mari lui aussi apportera une donatio propter nuptias (Cod., 1. V, tit. 3, De donat, ante nupt., I. 9. 20). D’autre part, l'influence bienfaisante du christianisme s’exerça aussi pour tempérer l’autorité excessive du père de famille sur ses enfants. Non seulement on supprima le droit de vie et de mort que le père possé­ dait sur ses enfants (Cod., 1. IX, tit. xvu, De his qui parent., 1. un), mais encore on enleva au père de famille la faculté qu’il possédait de donner son lilsen propriété, comme compensation à celui qui avait subi des dom­ mages de la part de ce fils (Institut., 1. IV, tit. vm, De noxal. act., § 7). En outre, le fils de famille put avoir le libre usage de sa fortune et des gains provenant de son industrie personnelle (Cod., 1. III, tit. xxvtn, De inoff. testam., I. 37 pr.). Le droit absolu que possédait le père de déshé­ riter ses enfants fut restreint, au cas de motifs graves et sérieux. Telle fut l’action du christianisme sur le droit romain, au sujet de l’émancipation de l’esclave, de la femme et du fils de famille. IV. emancipation en droit civil. — 1· Notions generales. — On définit l’émancipation : un acte juri­ dique, en vertu duquel un mineur est affranchi, soit de la puissance paternelle ou de l’autorité tutélaire, soit de l’une et l’autre à la fois, lorsqu'il s’y trouvait simul­ tanément soumis. Le Code civil distingue deux sortes d’émancipation : l’émancipation tacite et l’émancipation expresse. 1. L'émaneipation tacite ou légale est celle qui résulte du mariage, « le mineur est émancipé de plein droit par le mariage, » dit l'art. 476. L'émancipation est une conséquence implicite et forcée du mariage. Elle se produit en vertu des seules dispositions de la loi, sans qu’aucune manifestation de volonté soit né­ cessaire de la part de l'épouse ou des époux mineurs. Bien plus, les parties ne pourraient pas. en manifes­ tant une volonté contraire, empêcher l'émancipation de se produire, car la loi règle souverainement les ellets du mariage et la volonté des époux ne peut les modifier. 2.L’émancipation expresse résulte d'une volonté exprimée par certaines personnes auxquelles la loi donne le pouvoird'émanciper le mineur.Ces personnes sont : le père, à son défaut la mère, à défaut de l’un et de l'autre le conseil de famille. C’est ce qui résulte des art. 417 et 418. Ainsi le droit d’émanciper un enfant mineur appar­ tient en premier lieu à son père, et à lui seul en prin­ cipe tant qu’il vit. Après la mort du père, le droit d'émanciper l’enfant passe à la mère qui en est investie à l’exclusion du conseil de famille. Enfin, â défaut du père et de la mère, le droit d’émancipation revient au conseil de famille. A quel âge le mineur peut-il être émancipé? Il y a lieu de distinguer à cet égard si l’émancipation est conférée par l’un des auteurs de l’enfant ou par le conseil de famille; dans le premier cas, le mineur peut être émancipé â quinze ans révolus, dans le deuxième, à dix-huit ans seulement (art. 477 et 478). Cette différence vient probablement de ce que l'enfant a, dans le premier cas, un protecteur naturel, qui lui manque dans le second, pour guider ses premierspas dans la nouvelle étape de la vie, que l’émancipation va lui ouvrir. L’émancipation est un acte purement privé, mais un acte solennel, qui ne peut valablement être accom­ pli que dans les formes prescrites par la loi. Ces formes sont d’ailleurs d’une extrême simplicité. Si l’émanci­ pation émane du père ou de la mère, elle résulte de leur simple déclaration reçue par le juge de paix du domicile de feulant, assisté de son greffier (art. 477. ÉMANCIPATION 2401 2»), Si l’émancipation émane du conseil de famille, elle résulte de la délibération qui l’autorise et de la déclaration, faite par le juge de paix, en qualité de président du conseil, que le mineur est émancipé (art. 478). Dans tous les cas, l’émancipation doit être consultée sur les registres de la justice de paix. Aux termes de l’art. 480, « le compte de tutelle sera rendu au mineur émancipé, assisté d'un curateur qui lui sera nommé par le conseil de famille. » Le curateur dont parle la loi n’est pas un curateur spécialement nommé pour la réception du compte de tutelle, et dont les pouvoirs cesseraient de plein droit, cette mission particulière une fois remplie. Il est investi d’une mis­ sion permanente qui durera normalement jusqu'à la mort ou la majorité de l’émancipé. C'est ce que l'on peut induire avec certitude de plusieurs textes et notamment de l'art. 482, qui nous représente le mineur émancipé comme agisssant avec l’assistance, non d'un curateur, mais bien de son curateur : ce qui suppose qu’il en a un et qu'on ne le lui nomme pas à chaque fois L'art. 480 conférant au conseil de famille le droit exclusif de nommer le curateur à l’émancipation, il s’ensuit que le père ou la mère qui émancipe son enfant n'aurait pas le droit de le pourvoir d’un cura­ teur. En aucun cas, non plus, nous ne voyons le Code civil déférer de plein droit par une disposition expresse la curatelle du mineur émancipé. Il y a bien, d’après le Code civil, une tutelle légitime, mais il n’y a pas de curatelle légitime. Le curateur assiste le mineur émancipé dans les cas déterminés par la loi. Son rôle diffère donc complète­ ment de celui du tuteur qui représente le mineur non émancipé dans tous les actes civils (art. 450). Ainsi le mineur émancipé figure dans les actes civils, il agit en personne, mais sous l'égide de son curateur. Au contraire, le mineur non émancipé ne figure pas dans les actes civils, son tuteur agit pour lui, il le repré­ sente. Il y a une autre différence entre le tuteur et le cura­ teur. Le tuteur administre: à ce titre, la loi l’oblige à rendre compte, elle grève ses biens d’une hypothèque légale et place auprès de lui un surveillant, le subrogétuteur. Au contraire, le curateur n'administre pas; ce soin appartient au mineur émancipé lui-même. Par suite, le curateur n’a pas de compte à rendre quand ses fonctions prennent fin, ses biens ne sont pas grevés d’une hypothèque légali au profit du mineur et on ne lui adjoint pas un subrogé-curateur. 2“ E/ïets de l'émancipation. — L'émancipation pro­ duit un double effet : d’une part, elle affranchit le mineur de la puissance paternelle et de l’autorité tutélaire, d'autre part, elle rend le mineur capable d’accomplir certains actes de la vie civile. Premier effet. — L’émancipation affranchit le mi­ neur de la puissance paternelle; de là résultent plu­ sieurs conséquences : a) L’émancipation met fin au droit de jouissance qui est un attribut de la puis­ sance paternelle (art. 384). b) Le mineur émancipé n'est plus soumis au droit de correction, c) Il échappe aussi au droit de garde; il pourra donc désormais disposer de sa personne, et par suite se choisir une résidence et même un domicile, louer ses services, se vouerà l'exercice de telle ou telle profession, contrac­ ter un engagement dans les armées de terre ou de mer. Le mineur émancipé reste d’ailleurs soumis à la nécessité d’obtenir le consentement de ses père et mère, de ses ascendants ou du conseil de famille pour contracter mariage. Deuxième effet. — L'émancipation confère au mineur une certaine capacité relativement aux actes civils; une capacité intermédiaire entre celle du mineur non émancipé qui est à peu près nulle et celle du majeur qui est complète. Pour déterminer les limites de cette DICT. DE THÉOL. CATHOL. •2402 capacité, il y a lieu de distinguer : a) les actes que fc mineur émancipé peut valablement accomplir seul; b) ceux pour lesquels l’assistance de son curateur lui est nécessaire et suffisante; c) ceux enfin pour lesquels il est assimilé au mineur non émancipé. a) Actes que le mineur émancipé peut faire seul. — Cette catégorie comprend tous les actes de pure administration. Ce sont ceux qui, ayant pour but de faire fructifier et de conserver le capital, sont de telle nature qu’ils ne peuvent compromettre ce capital luimême. C’est par ce dernier caractère qu'ils se dis­ tinguent de ce qu’on peut appeler les actes de large ou libre administration. Ceux-ci tendent au même but; mais ils sont plus dangereux en eux-mêmes, ainsi toucher les revenus est un acte de pure administration ; toucher le capital et en opérer le placement est un acte de large administration. Le mineur émancipé, qui a accompli des actes de pure administration, n’est pas, dit l'art. 481, «restituable contre ces actes dans tous les cas où le majeur ne le serait pas lui-même, » c’est-àdire qu’il ne peut pas demander la nullité de ces actes en se fondant sur ce qu’ils lui ont causé un préjudice. b) Actes pour lesquels l'assistance du curateur est nécessaire et suffisante. — Le mineur émancipé peut avec la seule assistance de son curateur: a. recevoir son compte de tutelle; b. intenter une action mobilière ou y défendre; c. recevoir un capital mobilier et en donner décharge; d. intenter une action en partage; e. aliéner, mais dans certains cas seulement, ses meubles incor­ porels, quelle qu’en soit la valeur. c) Actes pour lesquels le mineur émancipé est assi­ milé au mineur en tutelle. — a. Actes interdits au mineur émancipé : la donation entre vifs (art. 903, 904); le testament, si le mineur a moins de seize ans (art. 904) ; l'acceptation pure et simple d’une succession (art. 401); le compromis (arl. 1004 et 83). b. Actes pour lesquels le mineur émancipé est sou­ mis aux mêmes conditions et formalités que le mineur en tutelle. — On peut dire d’une manière générale que cette catégorie comprend tous les actes qui ne figurent pas dans les précédentes. Voici l’énumération des actes auxquels s’applique le principe : 1’acceplation ou la répudiation d’une succession (art. 461); l'acquiesce­ ment à une demande immobilière (art. -464). Pour ces deux premiers actes, l’autorisation du conseil de famille est nécessaire et suffisante. Pour ceux dont l’énumération va suivre, il faut, en outre, l'homologation du tribunal, et quelquefois certaines formalités particulières, comme l'avis de trois jurisconsultes pour les cas de transaction. Ce sont : l’emprunt (art. 483); l’aliénation des immeubles (art. 457); l’hypothèque (art. 457, 558) ; la transaction (art. 467). Enfin le mineur émancipé, du moins lorsque l’émancipation est survenueau cours de la tutelle, est assimilé au mineur non émancipé en ce qui concerne l’aliénation de ses meubles incorporels. 3° Comment l’émancipation prend fin. — L’émanci­ pation prend fin par la mort du mineur, par sa majo­ rité et par la révocation de l’émancipation. Les deux premières causes se comprennent d’elles-mêmes; un mot d’explication sur la troisième. Le mineur émancipé, on s’en souvient, a capacité pleine et entière pour tout ce qui regarde les actes de pure administration, mais la loi autorise dans certains cas et sous certaines conditions la réduction des obli­ gations qu’il a contractées, en se renfermant dans les limites de son droit d’administration (art. 484, 2°). Par exemple, le mineur aura acheté à crédit un mobilier somptueux, des chevaux de luxe, une automobile splen­ dide, alors que sa situation de fortune ne comportait pas ces acquisitions. Dr, le mineur émancipé qui contracte ces obligations excessives abuse de l’émancipation, il mérite donc d’être privé d’une faveur dont il s> IV. - 76 2403 ÉMANCIPATION — EMBRYOLOGIE SACRÉE montre indigne. Et toutefois l'émancipation ne peut I lui être retirée qu’autant que, sur sa demande, des obligations par lui contractées ont été jugées excessives et réduites comme telles (art. 485). Les disposilions législatives dont nous avons parlé jusqu'à présent, concernant la capacité civile des citoyens, n'ont rien de contraire au droit naturel, et donc obligent en conscience. C. Antoine. EMBRYOLOGIE SACRÉE. - I. Définition. II. Devoirs par rapport à la vie naturelle des embryons humains. III. Devoirs par rapport à leur vie surnaturelle. I. DÉFINITION. — L'embryologie, de 'ugpvov, embryon, λόγος, traité, est la science dont le but est d’étudier la formation des embryons dans le sein maternel, leurs développements successifs dans l’organisme qui les contient, et leur vie intra-utérine depuis la fécondation de l’ovule, ou conception, jusqu'à la naissance. Le mot embryon vient lui-même des deux mots grecs, έν. dans, βρύειν, germer. L’embryologie sacrée, celle dont nous avons à nous occuper ici, est une partie de la théologie morale. Elle considère non seulement le corps, comme l’embryologie d’ordre strictement médical, mais aussi et surtoutl’âme des embryons humains. Elle fixe l’ensemble et l’étendue des devoirs incombant à certaines catégories de per­ sonnes, en raison des droits que les germes vivants, renfermés encore dans les entrailles de leur mère, ont à l’existence naturelle el au salut éternel. Quelque minuscule que soit un fœtus, ne présente­ rait-il encore aucune apparence humaine, si une âme immortelle l'anime, les parents, comme aussi, quoique à des degrés divers, les curés, confesseurs, médecins, sages·femmes, etc., ont l’obligation grave de ne rien négliger pour assurer à ces êtres vivants le bienfait de la continuation de la vie naturelle, et celui de leur régénération spirituelle par la grâce. Dieu veut le salut de tous les hommes, grands et petits. I Tim., n, 4. C'est donc, à la fois, un précepte naturel et divin, que le produit de la conception ne soit pas volontairement troublé durant le temps de la gestation. Il doit pouvoir évoluer normalement, atteindre sa maturité et venir au jour, afin de vivre de la double vie de la nature et de la grâce. Le frustrer de l’une ou de l’autre est un crime. Plus cet être, vu sa faiblesse, est dénué de moyens de défense, plus il a droit à la protection de tous, mais de ceux-là surtout qui l'ont engendré, ou qui ont charge d’âmes. II. Devoirs par rapport a la vie naturelle des embryons humains. — 1° Suivant les lois fixées par le créateur, l’enfant vient au monde vers la fin du neu­ vième mois qui suit la conception. Mais, dans l'immense majorité des cas, c’est avec le commencement du hui­ tième mois de la vie intra-utérine, que coïncide le déve­ loppement organique nécessaire pour la continuation possible de la vie. Si donc un fœtus est rejeté du sein maternel avant la fin du septième mois, en suppo­ sant qu’il soit vivant au moment de la naissance, il ne tardera pas, le plus souvent, à succomber, malgré les soins les plus assidus dont on l'entourera. Cf. Preyer, Physiologie de l’embryon, in-8», Paris, 1887 ; Jaccoud, \ouveau dictionnaire de médecine et de chirurgie, 40 in-8», Paris, 1889, v» Fœtus, t. xv, p. 15; v» Viabilité, t. xxxix, p. 446 sq.; Mathias Duval, Atlas d’embryologie, in-4», Paris, 1889. Provoquer l’accouchement prématuré d’un fœtus humain, vers le septième mois, c’est donc vouloir la mort decet être qui, dans les conditions ordinaires de l'évolution embryonnaire, est déjà certainement vivant. C’est donc commettre un homicide. Voir Avortement, t. i, col. 2644-2652. 2» Mais, dans l’état actuel des sciences physiologiques, opinion communément reçue et qui parait la plui sûre, 2404 est que l’animation du fœtus est immédiate, c’est-à .nre que l’àme est créée par Dieu el unie à l’embryon humain, au moment même de la conception. Voir Ani­ mation, t. I, col. 1305-1320. Il en résulte que le fœtus, à tout âge. est déjà homme, et que son expulsion volon­ taire avant terme est un crime d’homicide, non seule­ ment quand elle a lieu vers le septième mois, mais encore quand elle est provoquée à n’importe quelle époque de la grossesse, serait-ce même très peu de temps après la conception. Du moment, en effet, que le fœtus a reçu le principe vital, c’est-à-dire l’âme immortelle, il est impossible d’assigner, sous ce rap­ port, aucune différence entre l’enfant qui vient de naître et le fœtus de quelques mois, ou même l’œuf humain fécondé depuis quelques heures à peine. Cf. Eschbach, Disputationes physiologico-theologicæ, tum medicis chirurgis, tum theologis et canonistis utiles, in-8», Rome, 1901, disp. Ill, part. I, p. 208-272; Coppens, Mo­ rale et médecine, Conférences de déontologie médicale, traduites de l’anglais par Forbes, in-8", Einsiedeln, 1904, p. 54 sq. ; Lehmkuhl, Theologia moralis, part. II, I. I, tr. Il, c. m, n. 74, 2 in-8», Fribourg-en-Hrisgau, 1902, t. n, p. 57 sq.; Génicot, Theologite moralis institutiones, tr. VI, c. iv, § 1-2, n. 372-379, 2 in-8», Louvain, 1905, t. I, p. 354-360. 3» Rien plus, pour éviter cette expulsion avant terme et si préjudiciable à la vie de l’enfant, les mères en­ ceintes sont obligées en conscience à une très grande prudence. C’est pour des négligences de ce genre que, suivant l’enseignement des sciences médicales et phy­ siologiques, une foule de germes vivants sont détruits et précipités dans la tombe, sans jamais avoir eu un berceau. Ces accidents arrivent surtout dans les pre­ mières semaines après la conception. Le fœtus n’a alors que de quatre à six millimètres de longueur; il pèse quelques grammes à peine, et n’est représenté que par une masse homogène grisâtre, gélatineuse, allongée, et recourbée en demi-cercle. Cf. Jaccoud, Nouveau dic­ tionnaire de médecine et de chirurgie, v» Fœtus, t. xv, p. 12; Sappey, Traité d’anatomie descriptive, 4» édit., 4 in-4», Paris, 1889, Embryologie, sect, n, c. il, t. iv, p. 809 sq., 844 sq. En cet état, il n’est que trop souvent rejeté, sans que la mère s’en aperçoive, avec quelques caillots de sang. D’après plusieurs auteurs, le nombre de germes ainsi détruits est incalculable : il dépasse de beaucoup celui des naissance» normales. Ce seraient donc des nations entières qui sans interruption seraient fauchées par la mort et anéanties avant de venir à la lumière. S’il en est ainsi, comment ne pas gémir sur ces millions d’infortunés tués si peu de temps après leur conception, et privés à tout jamais du bonheur éternel ! Cf. Jaccoud, Nouveau dictionnaire de méde­ cine, v» Avortement spontané, t. iv, p. 305-328. Les causes de cette effrayante mortalité sont mul­ tiples. Elles proviennent quelquefois du tempérament de la mère, ou de sa constitution physique, de sa trop grande jeunesse, ou aussi de son âge trop avancé. Parfois, c’est une disposition héréditaire el maladive; d’autres fois, c'est 1'intluence d’un climat trop âpre ou trop débilitant, les changements brusques de tempéra­ ture; une vive émotion, une impression de tristesse, de trouble ou de joie, l’usage de vêtements trop serrés, surtout des corsets qui compriment la poitrine et ta taille. Ce sont aussi des travaux trop pénibles pour une femme, surtout quand elle est dans cet état : travaux qui nécessitent des efforts ou des exercices violents, des mouvements brusques et saccadés, comme, par exemple, ceux de la machine à coudre activée par le mouvement du pied, la marche, les danses, les bals, l’équitation, les voyages en voitures mal suspendues ou en chemin de fer. Les acciuents de cette nature armant d'ordinaire dans les premiers temps qui suivent la con­ ception, on ne saurait dire combien la mode des voyages 2405 EMBRYOLOGIE SACRÉE de noces â longues distances et de longue durée, est dangereuse pour les produits de la conception. Cf. Jac­ coud, Nouveau dictionnaire de médecine et de chirur­ gie, loc. cit., et t. iv, n. 312. C’est un devoir pour une femme enceinte d'éviter, autant qu'il dépend d’elle, toutes les causes qui peuvent si facilementamener la mort de l'enfant qu’elle porte. Si elle s'y exposait volontairement, elle commettrait une faute grave : on doit l’en instruire, si elle l’ignore. Cf. M"18 Boivin, Recherches sur une des causes les plus fréquentes de l'avortement, in-8”, Paris, 1828; Baudelocque, Traité des hémorrhagies internes de l’utérus, in-8”, Paris, 1834; Tessonneau, Hygiène des femmes enceintes, in-8», Paris, 1862; Jaccoud, op. cit.,V‘ Avor­ tement spontané, t. tv, p. 305-328; Dechambre, Diction­ naire encyclopédique des sciences médicales, 100 in-8°, Paris, 1864-1889, v» Avortement spontané, causes, t. vu, p. 525-555; Eschbach, Disputationes physiologicotheologicæ, disp. Ill, part. 111, c. t, a. 1, p. 274-277 Lehmkuhl, Theologia moralis, part. II, 1. I, tr. II; c. m, n. 74, note 2, t. n, p. 57. 4» Une mère est-elle obligée de se soumettre à une opération chirurgicale dangereuse et douloureuse, soit pour sauver sa propre vie, soit pour sauver celle de son enfant ? En outre, dans le seul intérêt de celui-ci, peuton et doit-on pratiquer cetle opération sur le cadavre d’une femme enceinte qui vient de mourir? Voir Césa­ rienne (Opération), t. n, col. 2187-2189. 5° Quand, dans un accouchement laborieux, la vie de la mère est en danger, est-il permis, pour la sauver, de sacrifier l’enfant? Voir Embryotomie. III. Devoirs par rapport a la vie surnaturelle des embryons humains. — 1“ Puisque très généralement l’enfant n’est viable que sept mois révolus après la conception, si, par un accident tout à fait involontaire, ou par un acte coupable et prémédité, il est rejeté du sein maternel avant cette époque de la gestation, il sera dans un irés pressant danger de mort. Si donc l’on n’a pas le temps d’aller chercher un prêtre, les méde­ cins, accoucheurs, sages-femmes, ou autres personnes présentes, doivent, sub gravi, administrer sans tarder le baptême au nouveau-né. Ceux qui, par leur état ou profession, sontexposés à se trouver fréquemment dans le cas d’administrer ainsi le baptême, ont l’obligation grave d’en apprendre la formuleet de savoir la manière de le conférer. Les curés et confesseurs doivent veiller, dans la mesure du possible, à ce qa. les sages-iemmes, accoucheurs et médecins, aient sur ce point si impor­ tant des connaissances suffisantes. Cf. Dinouart, Em­ bryologie sacrée, 1. IV, c. iv, v, in-12, Paris, 1775, p. 275-300; Benoît XIV, Institutiones ecclesiasticae, inst. vin, De obstetricibus, Opera omnia, 18 in-48, Prato, 1839-1847, t. x, p. 27 sq.; Ferraris, Prompta bibliotheca canonica, juridica, moralis, theologica, v» Obstetrices, n. 2 sq., 9 in-fol., Rome, 1899, t. v, p. 824 sq.; S. Alphonse, Theologia moralis, 1. VI, De sacrament., tr. II, De baptismo, c. i, dub. Ill, n. 117, § Quoad, t. in, p. 437; Eschbach, Disputationes physio­ logico-theologicæ, disp. Ill, part. II, c. ill, a. 1, p, 308312. 2° Puisque, suivant l’opinion la plus sûre, le fœtus est animé dès l’instant même de sa conception, on doit le baptiser, à quelque époque de la gestation qu’ait lieu son expulsion du sein maternel. Ce serait une grande imprudence de jeter, sans examen, ce que rend une femme que l’on suppose avoir éprouvé un accident de ce genre. Les caillots de sang, ou les fragments de chair sanguinolente peuvent, bien des fois, contenir un embryon déjà dégagé de son enveloppe, ou encore renfermé en elle. Il se présente, alors, sous la forme d’une petite masse blanchâtre, ovoïde, molle et élas­ tique. On ne saurait trop prendre garde à ce grave avertissement du théologien Roncaglia : Quoi fœtus 2406 abortivos ex ignorantia obstetricum et matrum, aut domesticorum, excipit latrina quorum anima, si baptismate non frauderetur, Deum in reternum vide rei, et corpus, licet informe, esset decentius tumulan­ dum. Roncaglia, Universalis moralis theologia, tr. XVII, De sacramento baptismi, c. iv, Regula; in praxi observandae, regul. 1, 2 in-fol., Venise, 1753, t. n, p. 16. C’est un devoir, pour le curé ayant charge d’âmes, d’instruire, sous ce rapport, tous ceux qui, par leur position ou leurs fonctions, sont exposés à commettre de si redoutables méprises. Cependant, cet enseigne­ ment est de nature trop délicate pour être donné du haut de la chaire. C’est au confessionnal, suivant les circonstances, qu’il faut, avec prudence et réserve, instruire de ces choses, les pénitents ou pénitentes auxquels cette connaissance est nécessaire. Dans son Instruction sur le baptême, saint Charles Borromée recommande également aux curés d'avertir les parents de l’obligation spéciale où ils sont de prier Dieu avec ferveur, afin que leur enfant arrive sans obstacle à la grâce si précieuse du baptême. Cette obli­ gation incombe tout particuliérement à la femme qui sait qu’elle va être mère. Cf. Suarez, De baptismo, disp. XXVII, sect. Ill, η. 6, Opera omnia, 28 in-48, Paris, 1856-1878, t. xx, p. 483; Roncaglia, op. cit., tr. XVII, c. iv,regul. n, t. h, p. 16; Eschbach, Disputa­ tiones physiologico-theologicæ, disp. Ill, part. II, c. ii, p. 305. 3° Si l’embryon est suffisamment développé pour avoir une forme humaine, et s’il donne, en même temps, quelques signes de vie, on doit le baptiser abso­ lument. S’il est sans mouvement aucun, mais ne pré­ sente aucun signe de corruption ou de putréfaction, on le baptise aussitôt avec la condition·: Si vivis, ego te baptizo, etc. La raison de cette règle est que, chez les êtres animés, la vie se manifeste par le plus petit mouvement, tandis que l’immobilité actuelle n’est pas un signe certain de mort. Cette remarque, qui est vraie des adultes, l'est bien plus encore des embryons. Il n'est même pas rare que des enfants qui paraissent morts, au moment de leur naissance, par l’effet d’un commencement d’asphyxie, aient pu ensuite être rappe­ lés à la vie. Si l’embryon n’est pas suffisamment développé pour avoir la forme humaine, mais si l’on constate en lui le mouvement vital, tel que les pulsations du cœur, ou les battements du cordon ombilical, on doit le baptiser absolument aussi. On le fait par immersion dans l’eau tiède, mise sur une assiette ou dans un verre. Un prêtre n’a pas à craindre de s’exposer par là â encourir l’irrégularité, en avançant la mort de cet embryon. Dans le sein de sa mère, le fœtus, sans avoir besoin de res­ pirer, nage comme plongé au milieu du liquide amnio­ tique, dont la membrane qui l’enveloppe immédiate­ ment, ou l'amnios, est remplie. Il ne serait donc pas suffoqué, parce qu'on le mettrait dans un peu d'eau tiède. On en a vu plongés dans de l’eau tiède à diverses reprises, et durant dix minutes chaque fois, sans que le rythme des mouvements du cœur en ait paru le moins du monde modifié. Mais il est nécessaire que l’eau soit tiède, parce que le contacl de l’eau froide hâterait certainement la mort du fœtus. Cf. Jaccoud. Nouveau dictionnaire de médecine el de chirurgie, v8 Fœtus, t. xv, p. 15; Sappey, Traité d’anatomie des­ criptive, Embryologie, sect. m. Annexes du fœtus, a. 1, § 4, t. iv, p. 865 sq. ; Debreyne, La théologie mo­ rale et les sciences médicales. 6' édit., refondue par le docteur Ferrand, part. IIIe, Embryologie et thaumatologie, in-12, Paris, 1884. p. 175; Eschbach, Disputa­ tiones physiologico-theologicæ, p. 319; Lehmkuhl, Theologia moralis, part. II, I. 1, tr. II, c. ni, n. 74, note 2, t. il, p. 58; Berardi, Theologia moralis lheo- 2407 EMBRYOLOGIE SACRÉE 2408 rico-praclica, tr. IV, De baptismo, c. v, 5 in-8», Faenza, Paris, 1884,-p. 173; Eschbach, Disputationes physio1905, t. rf, p. 438-443. logico-theologicæ, c. ni, a. 3, p. 317-321 ; Lehmkuhl, C’est, cependant, durant les premières semaines seu­ Theologia moralis, part. II, I. I, tr. II. c. iv, n. 74, lement, que les embryons ont cette extrême petitesse. note 2, t. n. p. 58; Génicot, Theologiæ moralis insti­ Ils croissent ensuite assez rapidement. A la fin du tutiones, tr. XII. c. 111,§1, n. 141-146, 2 in-8», Louvain, second mois, ils ont déjà de trois à quatre centimètres 1905, t. n, p. 146-150; Berardi, Theologia moralis, de longueur, et pèsent de quinze à vingt grammes; à la loc. cit., t. iv, p. 438 sq. fin du troisième mois, leur longueur est de treize à 4» Pour le baptême des fœtus qui, réellement vi­ quinze centimètres, et leur poids de cent à cent vingtvants, présenteraient une constitution anormale ou les cinq grammes. En même temps la forme humaine se éloignant plus ou moins de la forme humaine, voir dessine el s’accentue de plus en plus. Cf. Jaccoud, Monstres. Nouveau dictionnaire de médecine et de chirurgie, 5» Pour le baptême des enfants encore renfermés loc. cit., t. xv, p. 14; Mathias Duval, Atlas d'embryo­ dans le sein de leur mère, voir Baptême, t. n, col. 196, logie, passim ; Dechambre, Dictionnaire encyclopédique 283-283. Sur l’obligation d’une femme enceinte de se des sciences médicales, v» Embryon, 11° partie, Pre­ soumettre à une opération chirurgicale afin de procu­ miers développements de l’embryon humain, t. xxxm, rer à son enfant la grâce du baptême, et au sujet de p. 693 Sq.. 710-719 ; v» Fœtus, t. xxxvtll, p. 476-483. l’obligation qu’il y aurait aussi, pour le même but, de Parfois, il est très difficile de savoir si l’on se trouve pratiquer cette opération sur le cadavre d’une femme, en présence d'un embryon, ou de ce que les physiolo­ peu après sa mort, voir Césarienne (Opération), t. n, gistes appellent une mole, ou faux germe. Cette môle col. 2187-2189. provient, en général, d’un fœtus qui ayant vécu quelque 11 n’est d’ailleurs pas impossible, au moyen d’un temps et ayant cessé de vivre, s’est converti en une instrument, de percer les membranes qui entourent masse charnue, par le développement anormal des le fœtus dans le sein de sa mère, et de faire parvenir enveloppes du germe, qui, par là même, a été comme ainsi jusqu’à lui l’eau régénératrice. Ce baptême intraétouffé el détruit, puis, s’est résorbé dans l’organisme utérin peut être conféré, en poussant, à l’aide d'une de la mère, en tout ou en partie. Ces môles, ou faux seringue et d’une sonde, quelques gouttes d’eau sur la germes, sont comme le résultat d’une conception dont tête de l’enfant. Cette opération est des plus simples. le développement n’a pas été régulier. Aussi, la dissec­ Il n’est pas de médecin, ou de sage-femme, qui ne tion fait parfois découvrir en elles, avec de la chair, puisse facilement l’accomplir, à la demande des pa­ des cheveux, des os, des linéaments d’organes, veines, rents. C’est un devoir pour eux de l’exiger, quand il artères, etc. Il peut arriver, néanmoins, que dans l’in­ n’y a pas d'autre moyen de baptiser l’enfant, ou si on a térieur de ces môles, un vrai fœtus soit renfermé. Le des raisons de craindre qu’il ne meure, avant qu’on ait baptême, alors, se donne avec cette condition : Si lu pu l’extraire du sein maternel. Cf. Jaccoud, Nouveau es homo..., ou : Si tu es capax, ego te baptizo, etc. dictionnaire de médecine et de chirurgie, t. iv, p.619; Cf. Dechambre, Dictionnaire encyclopédique des v» Embryotomie, t. xn, p. 645; Benoit XIV, De sy­ sciences médicales, v» Avortement pathologique, t. vu, nodo diœcesana, 1. Vil, c. v, n. 2, t. il, p. 35; Pal­ р. 561 sq.; v® Môle, t. t.xi. p. 80 sq. mieri, Opus theologicum morale, tr. VI, sect, v, c. I, L’embryon, expulsé avant terme, est quelquefois n. 95, t. n, p. 643; Eschbach, Disputationes physiolorejeté avec ses enveloppes et encore entouré par elles. gico-theologicæ, disp. III, c. m, a. 4, p. 326, 328 sq. Les principales de ces enveloppes sont au nombre de 447-448. deux : Vamnios, qui est la plus intérieure, et contient Cangiamila. Embryologie sacra, sive de officio sacerdotum, les eaux dans lesquelles l'enfant est plongé, et le cho­ medicorum et aliorum circa æternam parvulorum in utero rion, la plus extérieure. Cf. Sappey, Traité d’anatomie existentium salutem, in-fol., Palermo. 1168; Venise, 1763; descriptive, Embryologie, sect, in, Annexes du fœtus, Ypres, 1775; cet ouvrage parut d’abord en italien, in-4·, Païenne, a. 1, § 4, 5, t. iv, p. 865-873. Dans la crainte que l’im­ 1745, et eut de nombreuses traductions en différentes langues, pression de l’air ambiant ne fasse mourir l’embryon même en grec moderne; Dinouart, Abrégé d'embryologie sacrée, ou traité des devoirs des prêtres, des médecins, des avant qu’il n’ait reçu le baptême, on doit le baptiser chirurgiens et des sages-femmes, sur le salut éternel des en­ alors sans tarder, par-dessus ces membranes qui le fants qui sont dans le ventre de leur mère, in-12. Paris, 1762, recouvrent, et avec la condition : Si tu es capax, ego 1766,1775 ; c'est une traduction de l’ouvrage de Cangiamila, à te baptizo, etc. On ouvre ensuite avec précaution ces laquelle le médecin Roux collabora ; Benoit XIV, De synodo diœ­ membranes enveloppantes, et on baptise de nouveau cesana, 1. XI, c. vu, n. 12, 13, 4 in-12, Malines, 1842, t. ni, le fœtus avec cette condition : Si non es baptizalus, p. 102 sq. ; Institutiones ecclesiastics, inst. VIII, De obstetrici­ bus, Opera omnia, 18 in-4·, Prato, 1839-1847, t. x, p. 27 sq.; ego te baptizo, etc. La raison de cette manière d'agir Ferraris, Prompta bibliotheca, canonica, juridica, moralis, est qu’il n’est pas certain que le premier baptême ait theologica, v Obstetrix, 9 in-fol.. Rome. 1899, t. v, p. 824 sq.; été valide, puisque l’eau baptismale n’a pu toucher Dubois, Sur quelques-unes des causes de la mort du fœtus, mmédiatement le corps de l’enfant. Plusieurs auteurs vers le terme de ta grossesse, in-8". Paris, 1855; Jeanssens. ont pensé que, même dans ce cas, le baptême était va- j Des anomalies du cordon ombilical, considérées comme Jide, car les membranes qui enveloppent l’enfant leur causes de mort du fœtus, avant l’accouchement, in-i·, paraissaient faire partie de son corps; mais cette suppo­ Bruxelles, 1861 ; Devilliers. Détermination de Cage du fœtus h l’aide de la hauteur d’insertion du cordon ombilical, sition n’est pas admissible, puisqu’elles sont desti­ in-8·, Paris, 1862 ; Frédault, Traité d'anthropologie physiolo­ nées à être séparées de lui immédiatement après sa gique et philosophique, 1. III, in-8·, Paris, 1863, p. 720naissance. Elles ne sont qu’une sorte de vêtement 795 ; Lcmpereur, Des altérations que subit le fœtus après la préservatif. Cf. Sappey, Traité d’anatomie descrip­ mort, dans le sein maternel, in-8·, Paris. 1867; Ballour. Traité tive, loc. cit., t. iv, p. 867 sq.; Vasquez, In à!embryologie et d’organogénie comparées, 2in-8·, Paris, 1883; disp.CXLV, c.iv,n.3l, in-fol., Venise,16lO;BenoitXlV, Debreyne, La théologie morale et les sciences médicales, De synodo diœcesana, I. VII, c. v, n. 3, 4 in-12, Ma­ 6· édit., refondue parle docteur Ferrand, part. III, Embryolo­ gie et thaumatologie, in-12, Paris, 1884. p. 155-236; Preyer. lines, 1842, t. n, p. 37 sq. ; S. Alphonse, Theologia Physiologie de l’embryon, in-8·, Paris. 1887 : .laccoud,Nouveau moralis, I. VI, De sacramentis, tr. II, De baptismo, dictionnaire de médecine et de chirurgie, 40 in-8·, Paris. с. i, n. 107, 124, t. Il, p. 422-424, 443; Palmieri, Opus 1889, v Fœtus, t. xv, p. 1-58; Sappey. Traité d’anatomie theologicum morale in Busenbaum medullam, tr. X, descriptive, i· édit., 4 in-40, Paris, 1889. Embryologie, t IV, De sacramentis, sect, n, De baptismo, η. 51, 7 in-8», p. 771-880; Mathias Duval, Atlas d'embryologie, in-4·, Paris. Prato. 1889-1893, t. iv, p.548sq.; Debreyne et Ferrand, 1889; Raige-Delorme et Dechambre, Dictionnaire encyrt ·; ·· La théologie morale et les sciences médicales, in-12, dique des sciences médicales, 100 in-8·, Paris, 1864-1889 2409 EMBRYOLOGIE SACRÉE — EMBRYOTOMIE v· Avortement spontané, t. vu, p. 525-560; v Embryon, t. xxxni, p. 637-730; v· Fœtus, t. xxxvm, p. 472-557; v Môle, t. lxi, p. 80 sq. ; Hertwig, Traité d’embryologie, in-8·, Paris, 1891 ; Capellmann, De occisione fœtus quam abortu provocato, perforatione, cephalotripsia, medici audent, in-8·, Aix-laChapelle, 1875; Medicina pastoralis, in-8·, Paris, 1893; Surbled, La murale dans ses rapports avec la médecine et l'hygiène, 4 in-8·, Paris, 1892; Lefert, Embryologia, in-12, Milan, 1892; Roule, L'embryologie comparée, in-8·, Paris, 1894; Palmieri Cattaneo, Embryologia e morfologia generale, in-12. Milan, 1895; Kullmann, Lehrbuch der Entwickelungsgeschichte des Menschen, in-4·, léna, 1898; Eschbach, Disputationes physiologico-theologicæ tum medicis chirurgis, tum theologis et canonislis utiles, disp. HI, in-8·, Rome, 1901, p. 205-378; Coppens, Morale et médecine, Conférences de déontologie médicale, traduites de l’anglais par Forbes, in-8·, Einsiedeln, 1901; Lehmkuhl, Theologia moralis, part. II, 1. I, tr. II, c. m. n. 73 sq., 2 in-8·, Fribourg-en-Brisgau, 1902, t. il, p. 56 sq. ; Génicot, Theologiæ moralis institutiones, tr. VI, c. iv, § 1-2, n. 372-379; tr. XII, c. m, §1, n 141-146, 2 in-8e, Louvain, 1905, t. i, p. 354-360; t. n, p. 146-150; Berardi, Theologia moralis theorico-practica, tr. IV, De baptismo, c. v, 5 in-8·, Faenza, 1905, t. iv, p. 438-446; Taussig, Schemata ad illustrandas disputationes physiologico-theologicas ab Eschbach exaratas delineata. in-8·, Rome, 1906, p. 28 sq. ; Richet, Dictionnaire de physiologie (en cours de publication), 8 in-4· parus, Paris, 1895-1909, v Fœtus, t. vi, p. 498-634. 2410 2» Par la céphalotripsie, ou céphalothlasie, de κεφαλή. tête, τρίβω ou θλάω, briser, broyer, on écrase la tête, ou on la fait éclater en plusieurs fragments, pour en rendre l’extraction possible, après l’avoir ainsi broyée. Cf. Lauth, De l’embryolhlasie, et, en particulier, de la céphalotripsie, in-4», avec figures, Strasbourg, 1863; Duncan, On the construction of the cephalolribe, in-8». Edimbourg, 18<58; Dechainbre, Dictionnaire encyclopé­ dique des sciences médicales, v» Céphalotripsie, t. xiv. p. 65-78. 3° Par la céphalotomie, de κεφαλή, tête,τομή, section. on divise la tète en plusieurs tranches à l’aide d'une scie particulière, ou forceps-scie. Cf. Bulletin de l’Acadéniie de médecine de Belgique, 1851, t. xi, p. 14 sq., 45 sq. ; Verrier, Parallèle entre le céphalotribe et le forceps-scie, in-8», Paris, 1866. 4° Par la rachitomie, de ράχις, rachis, colonnevertébraie, τομή, section, on opère la section de l'épine dor­ sale, la décollation ou la détroncation, c’est-à-dire que l’on coupe le fœtus en travers, au niveau du cou ou du tronc. Cf. Pajot, De la présentation de l’épaule dans les rétrécissements du bassin, et d'un nouveau procédé d'embryotomie, in-8», Paris, 1866. 5° Par Véviscération, enfin, on arrache les viscères, T. Ortolan. les uns après les autres, après avoir séparé les bras EMBRYOTOMIE. - I. Définition. II. Division. du corps, et incisé largement le thorax et l'abdomen. III. Historique. IV. Moralité. I De tous les procédés d’embryotomie, c’est le plus répu­ I. Définition. — Par le mot embryotomie, de εμίρνον, gnant. et heureusement le moins usité. Les suites de embryon, et τομή, section, coupure, on désigne toutes cette barbare opération sont des plus graves, pour la les opérations chirurgicales par lesquelles on coupe, mère elle-même. Cf. Jaccoud, Eouveau dictionnaire on divise, on écrase, on perfore, on arrache une ou de médecine et de chirurgie pratiques, 40 in-8», plusieurs parties du fœtus, pour diminuer son volume, Paris, 1889, v» Embryotomie, t. XII, p. 691 sq. ; Dechamafin de rendre possible, ou plus facile, l'accouchement bre. Dictionnaire encyclopédique des sciences médi­ auquel les dimensions de l’enfant apportent un obstacle cales, v» Embryotomie, t. xxxiv, p. 1-14. insurmontable. Quelquefois, pour atteindre ce but, il III. Historique. — 1° Vu le peu de respect, ou plu­ suffit d'une ponction qui donne issue au liquide accu­ tôt le mépris total des anciens Grecs et Latins pour la mulé dans le ' âne, la poitrine, l'abdomen, ou dans vie de l’enfant, on ne doit pas s’étonner que l'embryo­ un kyste. Cette opération, relativement simple, ne met tomie ait été d’un usage courant parmi eux. Pour s'en pas alors nécessairement en danger la vie de l'enfant. convaincre, il suffit de parcourir le Tetrabiblos, Elle ne doit donc pas être comprise dans l'appellation ouvrage dans lequel Aétius d’Amida, médecin grec du générique d’embryotomie. Celle-ci suppose toujours v» siècle de notre ère, a fait, avec beaucoup de discer­ des mutilations graves, qui, de leur nature, entraînent nement, le résumé de l'enseignement des médecins et fatalement la mort. Comme c’est le crâne qui, le plus chirurgiens qui l'avaient précédé, entre autres, Galien, souvent, est l'objet de ces opérations meurtrières, Archigène, Dioscoride, etc. Cet ouvrage fut imprimé l’embryotomie est très souvent désignée par les mots dans le texte original, au milieu du xvi» siècle, in-fol.. de craniotomie, céphalotomie ou céphalotripsie. Venise, 1534. Il fut traduit en latin par le médecin II. Division. — L’embryotomie comprend cependant saxon Hagenbut (.1. Cornarius), professeur à l’univer­ des opérations différentes que, pour éviter des confu­ sité d’Iéna, et publié sous ce titre : Contractas ex vete­ sions, on est convenu de distinguer par des termes ribus medicinæ tetrabiblos, in-fol., Venise, 1543; Bàl. . divers, dont on a cherché à bien préciser le sens. 1549; Lyon, 1549; Paris, 1567. Cf. Hippocrate, Des 1° Par craniotomie, de χρανίον, crâne, et τομή, maladies des femmes, De l’excision du fœtus, Œuvres section, on entend spécialement la perforation du complètes, 8 in-8», Paris, 1853, t. νιπ,ρ. 147 sq., 481 sq.. crâne, pratiquée dans le but de faire écouler au dehors 513 sq. la matière cérébrale, et diminuer ainsi le volume de 2° Durant le moyen âge, la doctrine des médecins la boite crânienne, en la rendant plus compressible, arabes qui, très souvent, étaient regardés comme des pour en faciliter le passage à travers le canal pelvien. oracles dans plusieurs universités, n’était que trop Le crâne, en elfet, se vide alors sous l'inlluence des favorable à l’embryotomie. Cependant les médecins contractions utérines de la mère. Il subit une dimi­ chrétiens de cette époque la regardaient généralement nution de volume, s’aplatit et franchit quelquefois le comme illicite. Cf. Daremberg, Histoire des sciences médicales, c. XIII, 2 in-8»; Paris, 1870, t. i, p. 277 sq.· canal osseux du bassin maternel sans qu'on soit obligé Boyer, Histoire de la médecine, in-8», Paris, 1873 d’intervenir de nouveau. Ainsi, la perforation du crâne de l'enfant suffit à sauver la mère, quand la р. 89 sq. disproportion entre la tète de l’enfant et le bassin de 3» Dans la seconde moitié du xvi» siècle, Jérôme la mère n'est pas excessive; mais cette opération cause Mercuriali, célèbre médecin italien, professeur de nécessairement la mort de l'enfant. Cf. Hersent, Des médecine aux universités de Rome, de Padoue et de avantages de la perforation de la voûte du crâne dans Pise, s’éleva avec vigueur contre cette pratique bar­ les operations de céphalotripsie, in-8°, Paris, 1847; bare. Cf. De morbis muliebribus prælectiones, 1. I, Lévy, Parallèle entre les perforateurs-trépans et les с. n, in-8», Bâle, 1582; in-4», Venise, 1601, 1608. autres instruments proposés pour la diminution arti­ 4» A partir de ce moment, les médecins se sont ficielle de la tête de l’enfant, in-4», Strasbourg, 1849; demandé bien des fois, si, dans les accouchements Dechainbre, Dictionnaire encyclopédique des sciences laborieux, ils ont droit de vie et de mort, en ce sens médicales, 100 in-8°, Paris, 1869-1889, v» Craniotomie, que, pour sauver la mère, ils puissent sciemment tuer t. xxn, p. 695-716. le fœtus arrivé à maturité, et, par conséquent, très 2411 EMBRYOTOMIE capable de vivre en dehors du sein maternel. Pourraient-ils le tuer aussi, non seulement pour arracher la mère à un danger de mort pressant et certain, mais simplement pour la soustraire à une opération, telle que l’opération césarienne dont les suites, pour être parfois couronnées de succès, sont bien plus chan­ ceuses que celle de l’extraction d’un enfant mutilé, par les voies naturelles, à travers un bassin trop étroit? Cf. Nœgele, Dejure vitas et necis quod competit medico in partu, in-8», Heidelberg, 1826. Pendant le xviti' siècle,et au commencement du xix», si on excepte la plupart des médecins anglais et quel­ ques allemands, ceux des autres nations étaient géné­ ralement d’accord pour affirmer qu'il n’est pas permis de tuer sciemment un enfant viable, dans le but d’épar­ gner à sa mère une opération dangereuse. 1. En Angleterre, on pensait et on agissait différem­ ment, parce que les opérations césariennes qu’on y avait pratiquées, avaient presque toujours été fatales à la femme. De la ponction, qui, jusqu’à une certaine limite, peut être considérée comme licite, on allait, trop souvent, et sans scrupule, jusqu’à la perforation du crâne, ou encore jusqu’à la mutilation de l’enfant pour diminuer le volume de la partie qui ne pouvait s'engager dans le canal pelvien, ou y restait arrêtée, après y avoir pénétré. C'était unq véritable boucherie. Un ne discutait même pas pour savoir si le fœtus, ren­ fermé dans le sein de sa mère, était un être méritant le respect, comme elle; ni s’il avait, lui aussi, des droits à l'existence. Sans plus d’examen, on jugeait que la vie de la mère était incomparablement plus pré­ cieuse pour la famille et pour la société que celle d’un fœtus, dont la prolongation de l’existence, après tout, était loin d’être certaine, et dont l’importance sociale était presque nulle. Rares furent les voix généreuses qui s’élevèrent alors en Angleterre, contre une pra­ tique si abominable. Cette méthode continua à y pré­ valoir. Cf. Saxlorf, De usu forcipis ad extrahendum caput incarcéra tum, in-8°, Copenhague, 1775; Rawlins, On the structure of the obstetrix forceps, its defects, in-8», Londres, 1793; Mulder, Historia literaria et critica forcipum et vectium obstetriciarum, in-8», Leyde, 1794; Bakker, Descriptio et icones pelvis femi­ nee et schematum capitis infantilis, in-4», Groningue, 1816; Denman, Aphorisms on the application and use of the forceps, and Vects in praternatural Labours, or Labours with Hemorrhage and convulsions, in-8», Londres, 1824; Lunsingh Kymmel, Historia litteraria et critica forcipum obstetriciarum, ab anno 1Ί94 ad nostra usque tempora, in-8», Groningue, 1838. 2. En Allemagne, cependant, on était moins affir­ matif. Les avis à ce sujet étaient partagés. Cf. Oehler, Heber Embryotomie, in-8», 1832; Janouli, UeberKaiserschnitt, vnd Perforation in gerichll. medic. Beziehung, in-8», Heidelberg, 1834; Wilde, Das weibliche Gebâr-Unvermôgen, in-8», Berlin, 1838; Huter, Die Embryothlasis oder Zusammendrückung und Ausziehung der todlen Leibesfrucht, in-8», Leipzig, 1844; Hennig, Perforation und Kephalolhrypsis gegeneinander gehalten, in-8», Leipzig, 1855; Braun, Veber die neueren Methoden der Craniotomie des Fôtus, in-8», Vienne, 1859; Spondii, Ueber Perforation und Cephalotripsie, in-8», Berlin, 1860. 3. En France surtout, on répugnait à cette pensée de tuer froidement un innocent, même dans le but, loua­ ble en soi, de sauver une agonisante. On n’envisageait pas, sans frémir, cette terrible responsabilité pesant sur un accoucheur se décidant à pratiquer l’embryo­ tomie sur un enfant qu’il sait vivant, bien conformé, et, par suite, apte à continuer à vivre de longues années et à devenir un homme. On y enseignait alors communément que l'accoucheur n'a pas plus le droit de tuer l'enfant dans le sein de sa mère, qu’il n’a le 2412 droit d’attenter aux jours de celle-ci. Son devoir est de chercher et d’employer les moyens de sauver l’un et l’autre. C’est seulement dans le cas ou l’un des deux est venu à mourir durant le travail de l'accouchement, que celui qui subsiste a seul tous les droits à la solli­ citude exclusive de l'homme de l’art. On ne pratiquait donc alors en France, l'embryotomie que lorsqu’on était persuadé que le fœtus avait cessé de vivre. Cf. Jaccoud, Nouveau dictionnaire de médecine et de chi­ rurgie pratiques, v» Dystocie essentielle, t. XII, p. 125. 4. Peu à peu cependant, la pratique anglaise de l’embryotomie s’introduisit en France, à la faculté de médecine de Paris, et, de là, dans celles de province. Le 10 février 1852, dans une assemblée générale de l’Académie de médecine de Paris, l’un des conféren­ ciers soutenait les trois propositions suivantes : a) Placée dans la cruelle alternative de choisir entre la vie de son enfant et sa propre conservation, la femme a, de par la loi naturelle, le droit d'opter pour la mu­ tilation du fœtus. — b) Dans ce cas, le médecin peut et doit sacrifier l’enfant au salut de la mère. — c) Les lois punissent le crime; mais elles ne sauraient attein­ dre sans injustice un acte accompli avec les intentions les plus pures. C’était exactement le sentiment professé, vingt-cinq ans auparavant, par Nægele, à la fin de son ouvrage, De jure vita et necis quod competit medico in partu. Après avoir rapporté les diverses opinions, même celle qui réservait au mari, ou aux parents, ou au pouvoir public, le droit de permettre ou de défendre l’embryo­ tomie, il avait conclu, en disant que la solution dé­ pendait, en dernière analyse, de la femme elle-même, comme étant la plus intéressée dans l'affaire : In alius ac matris sententiam discedere injustum est. Ejus vita agitur : penes ipsam arbitrium est, utrum vitam suam in sectionis cæsareæ periculum commit­ tere velit, necne. Mater sola decernendi jus habet; nec ulla in terris potestas jure eam cogere potest, ut de vita dimicet. Ab ejus arbitrio pendet, utrum, ad in­ fantis sui vitam servandam, de sua vita discrimen subire, an infantis vitam pro sute vita periculo pro­ fundere velit. Quod si vero, rebus sic se habentibus, mater infantis sui necandi, aut ut hoc fiat postulan­ di jus habet, et ipse medicus occisionis perficienda jus habet. Dans la seconde moitié du xtx» siècle, cette opinion eut des adeptes de plus en plus nombreux dans le corps médical, en France. Ils inclinaient de plus en plus à penser que la mère seule, si elle a sa connais­ sance, a le droit d’opter entre l’opération césarienne et l’embryotomie; qu’il convenait,par conséquent, de lui faire un exposé impartial des avantages et des dangers des deux opérations. D’autres, cependant, tout en étant théoriquement de cet avis, pensaient que si, par une indiscrétion regrettable, la mère avait appris la véri­ table situation, il fallait évidemment s’en tenir à son sentiment, et qu'elle avait le droit de prononcer en dernier ressort, dans un débat où elle avait un intérêt aussi immédiat. Mais ils jugeaient que, pratiquement, ces questions devaient être agitées à l’insu de la mère, entre le médecin opérateur et le mari, ou les parents. C’était, selon eux, infliger inutilement une torture trop cruelle à une mère, que de la prévenir de la né­ cessité de l’embryotomie, pour la mettre ainsi en demeure de se prononcer entre son existence et celle de son enfant. L’accoucheur devait trouver dans sa conscience et dans le consentement de la famille un appui suffisant pour diriger sa conduite. Cf. Génod, Des droits à la vie de la mère et de l’enfant, in-8, Strasbourg, 1857; Jaccoud, Nouveau dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, v» Embryotomie, t. xtt, p. 645 sq. 5. Durant ces dernières années, des voix généreuses ς2413 EMBRÏ OTOMIE se sont élevées contre les procédés cruels de l’embryo­ tomie. Au Congrès international de gynécologie, tenu à Amsterdam en 1899, on émit le vœu que l’embryoto­ mie, exercée sur un enfant vivant, ne fût considérée que comme une opération absolument exceptionnelle, et destinée à disparaître le plus tôt possible du cata­ logue des opérations obstétricales. Cf. Comptes rendus, p. 698. Plusieurs membres de ce môme Congrès, pro­ fesseurs de médecine dans de grandes universités, affirmèrent que le chirurgien accoucheur se doit éga­ lement aux êtres dont il prend soin. Par suite, il n’a pas le droit de choisir entre la vie de l’enfant et celle de la mère, ou de juger du prix respectif de ces exis­ tences, d’après leur plus ou moins d’utilité sociale au moment actuel ; mais la pratique de l’embryotomie devait être totalement délaissée. Cf. Comptes rendus, p. 668, 722 sq. Ces déclarations, néanmoins, ne plurent pas égale­ ment à tous les congressistes, Un certain nombre con­ tinuèrent à soutenir que, pour sauver la mère, il ne fallait reculer devant aucun moyen, serait-ce l’immola­ tion de l'enfant vivant, si c'était nécessaire. La raison invoquée était toujours la même : la vie de la mère est bien plus précieuse que celle de l’enfant, et, entre deux maux, il faut choisir le moindre. Cf. Comptes rendus, p. 66i, 752. IV. Moralité. — 1» Entre deux maux physiques, ou naturels, c’est vrai, il faut choisir le moindre, quand on est libre de choisir. Mais de cet axiome il ne s’en­ suit pas qu’on puisse soi-même faire un mal moral, pour obtenir un bien physique. Si deux personnes se noient, et que l’on n’en puisse sauver qu’une, on peut, de préférence, porter secours à l’une plutôt qu’à l’autre, et laisser celle-ci se noyer, dans l’impossibilité où l’on se trouve d’empêcher cet accident. Mais on ne peut volontairement et directement noyer l’une pour sauver l'autre. L’embryotomie ne consiste pas à porter secours à la mère de préférence â l’enfant qu’on lais­ serait périr, parce qu'on ne pourrait l’empêcher·, mais elle consiste, pour délivrer la mère, à tuer positive­ ment l’enfant, qui, non seulement est viable, mais très probablement est parfaitement conformé, et apte à vivre de longues années. C'est donc le meurtre d’un innocent, meurtre calculé, prémédité, voulu. Or, cela n’est jamais permis : Insontem, et justum non occides. Exod., xxtii, 7. La raison sur laquelle s’appuient les partisans de l’embryotomie, pour la justifier, c’est la nécessité dans laquelle on se trouve, trop souvent, d'en venir à cette extrémité, pour sauver la mère. C'est dans l'intérêt de celle-ci, pour l'utilité de celle-ci. — Mais n'est-ce pas bouleverser toute notion du juste et de l'injuste, que de confondre ainsi l’utilité, ou l'intérêt, avec le droit? La moralité d’une action ne saurait se mesurera son degré d’utilité dans l'ordre des biens temporels, comme si la fin justifiait les moyens. Chez tous les peuples civilisés, l’intérêt et le droit sont deux choses absolu­ ment distinctes. Les individus qui, pour ligne de con­ duite, prennent uniquement leur propre intérêt, sont généralement honnis et détestés. On les appelle des égoïstes. Ce mot suffit pour indiquer aux yeux de tous combien ils sont méprisables. L'utilité n’est donc pas une base du droit. Elle ne saurait, à elle seule, légitimer une action. Qu’on sup­ prime l'idée de justice, pour ne plus voir que l’utilité, et les droits du faible seront toujours et partout sacri­ fiés aux intérêts du fort. Ce sera, en fout, l’application du sauvage axiome : la force prime le droit. Il en résultera non seulement le meurtre d’un fœtus animé devenu un danger pour la vie de la mère, mais encore la destruction des enfants trop nombreux dans une famille, comme aussi celle des malades incurables, des idiols. des vieillards, des impotents, qui ne sont 2-414 plus d’aucune utilité pour les familles ou pour la so­ ciété, el qui constituent, au contraire, pour elles, une charge, parfois bien lourde. Toutes ces atrocités décou­ leraient logiquement de la première. C'est le code et la morale des nations barbares. Si l'embryotomie est licite, on ne voit pas, en effet, pourquoi il ne serait pas permis de se débarrasser de tout individu dont l’existence devient une gêne, on un danger. En cas d'épidémie, par exemple, il serait per­ mis, et même recommandé, dans l'intérêt général, de tuer aussitôt tous ceux qui en seraient atteints: vario­ leux, cholériques, pestiférés, etc., parce que leur exis­ tence serait la cause prochaine et incontestable de la mort d’une foule d'autres qui, sans eux, n’auraient pas contracté le mal qui les conduirait aux trépas. 2°. En outre, le principe étant admis qu'on peut tuer un enfant pour sauver sa mère, on verrait bientôt se multiplier les cas, où des sacrifices de ce genre seraient exigés. Pourquoi, par exemple, l'avortement et l'infan­ ticide ne seraient-ils pas permis, toutes les fois qu'il faut sauvegarder non seulement la vie, mais l’honneur d’une femme? L’honneur, pour une femme, n est-il pas infiniment plus précieux que la vie? Uue femme aura eu un moment d'oubli, de faiblesse, ou d'égare­ ment, faudra-t-il alors qu'elle soit déshonorée toute sa vie durant, et même par delà le tombeau? Faudrat-il que sa honte rejaillisse sur les siens, et sur toute une famille jusque-la sans tache? Faudra-t-il qu'elle s’expose au ressentiment, ou aux fureurs de son mari, à sa vengeance et à ses mauvais traitements? Comment un médecin qui pratique, sans remords, l’embryotomie, ne se persuaderait-il pas que l'honneur d’une femme et la paix des familles sont de beaucoup préférables à la vie d’un être à peine conçu, dont l’existence est incertaine dans le présent comme dans l’avenir, et qui ne viendra au monde que souillé d'une tache indélébile, transmissible même à ses enfants, s'il en a? Quel scrupule empêcherait donc ce médecin de provoquer un avortement aboutissant à un infanti­ cide, quand il s'agit de faire disparaître la preuve d'une faute commise, avant que cette preuve ne de­ vienne évidente? Dira-t-on que les lois civiles défendent et punissent l'avortement et l'infanticide, tandis qu’elles permettent ou tolèrent l'embryotomie? Mais pourquoi cette ditlérence, puisqu'il est faux que la fin justifie les moyens .' 3° Une des raisons invoquées pour légitimer la pra­ tique de l'embryotomie, c’est qu’il est permis toujours de se défendre contre un injuste agresseur. Or, l'enfant peut être considéré comme tel, quand il met en danger l’existence de sa mère, car il n'a aucunement le droit de causer la mort de celle-ci. Ce serait donc pour elle un cas de légitime défense. Elle pourrait donc, soit par elle-même, soit par le médecin, ou le chirurgien, auquel elle confie ce soin, tuer celui qui attente à sa vie. Qui ne voit, par une simple réflexion, que ce pré­ tendu raisonnement n'est qu'un hideux sophisme? En aucune façon l'enfant, à sa naissance, ne saurait être considéré comme un injuste agresseur. Quoique sa présence dans le sein de sa mère soit un obstacle à la conservation de la vie de celle-ci, on ne peut, sans in­ justice, lui donner la mort, en lui perçant le crâne, ou en coupant tout son corps en morceaux. L'injuste agresseur est celui qui cause du tort au prochain par une action qu’il n’a aucun droit de faire. Un être qui n’agit pas personnellement, mais qui est purement passif, ne saurait être assimilé à un agres­ seur. L'enfant n’est pour rien dans sa conception. Si, ensuite, il n’est pas un corps totalement inerte; si même, dans le sein maternel, il jouit d'une certaine activité; s’il se développe, c'est par suite d'un acte qu’il n'a pas lui-même posé. En se développant, sort-il des 2415 EMBRYOTOM IL EMERY 2416 limites de ses droits? Ce développement est-il libre in-8·, Groringue, 1838: Pereira et Lasserre, De l'abus des ma­ nœuvres oostétricales, dans Archives générales de médecine, pour lui? Est-ce une faute de sa part? Ne constitue-t-il janvier 4843, t. I, p. 17 sq.: Bulletin de ΓAcademie de méde­ pas, au contraire, une évolution en tout conforme aux cine, 1841-1842, t. vu, p. 950 sq. ; 1844, t. x, p. 126 sq.; 1847lois de sa nature? Et cette nature, qui la lui a donnée, 1868,*.Xlll, p. 906; 1851-1852, t. xvu, p. 141: Mémoires de si ce n’est sa mère elle-même? La présence de l’enfant Γ Academie de médecine de Belgique, Bruxelles, 1849, t. n, dans le sein de sa mère a été voulue par celle-ci et p. r18 sq. ; Bulletin de ΓAcadémie de médecine de Belgique, nullement par lui : Ex matris voluntate, generatione Bruxelles, 1850, t. ix, p. 443 sq.; Sonntag, Histoire critique des scilicet, fœtus: nulla sua opera, in hanc conditionem modifications faites au furceps, depuis 1817 jusqu’en 1850, in-8·, Strasbourg, 1853; Hamilton, Des avantages qui résultent pervenit. Capellman, Medicina pastoralis, in-8°, Paris, J893, p. 12. D’autre part, le danger dans l’accouche­ I de l’emploi du forceps, Bulletin de thérapeutique, t. xlvii, p.150; British and foreign médico-chirurgical Review, 1854; ment ne provient pas précisément de l’enfant, mais de Dumas, De l’embryotom ie et de l'opération césarienne. Des­ la mère, propter augusham pelvis. Cf. op. cit., p. 12. cription du céphalotribe de Valette, in-8·, Paris, 1857; Harper, Dar conséquent, ni la mère, ni le médecin qui agit The more frequent use of the forceps as a means of lesse­ pour elle, ne peuvent, dans le but de justifier leur ning both maternal and fœtal mortality, in-4·, Londres. 1859; Tarnier, Des cas qui nécessitent l’extraction du fœtus et des acte, invoquer contre l’enfant le droit de légitime dé­ procédés opératoires relatifs à cette extraction, in-8·, Paris, fense envers un injuste agresseur. 1860; Devilliers, Observations sur l’application prolongée du 4° Ce fut. d’ailleurs, toujours, sauf quelques très céphalotribe et du forceps, in-8·, Paris, 1860; Joulin. Des cas rares exceptions, l’enseignement universel des théolo­ de dystocie appartenant au fœtus, in-8·, Paris. 1863; Pajot, giens et des moralistes, qu’il n’est jamais permis de De la céphalotripsie, in-8·, Paris, 1863; Guéniot. Parallèle mer l’enfant pour sauver la mère qu’un accouchement entre la céphalotripsie et l’opération césarienne, in-8·, Paris, laborieux met en danger de mort. Ils s’appuient sur ce 1866; Lempereur, Des altérations que subit le fœtus après la mort, dans le sein maternel, in-8·, Paris, 1867 ; Sentex, principe incontestable et d’une rigueur absolue que la Des altérations que subit le fœtus, après sa mort, dans la lin, si honnête soit-elle, ne justifie pas l’emploi de cavité utérine, et de leur valeur médico-légale, in-8·, Paris, moyens coupables. Non sunt facienda mala, ut eve­ 1868; Revue des sciences ecclésiastiques, L'embryologie au niant bona. Rom., m, 8. point de vue théologique et moral, in-8·, Paris, 1873; DeLe 25 avril 1648 déjà, la faculté de théologie de Paris breyne, La théologie morale et les sciences médicales, 6· édit., avait condamné la pratique de l’embryotomie. Cette refondue par le docteur Ferrand, in-12, Paris, 1884, p. 175-236; décision est rapportée tout au long par le docteur Peu, Pennacchi, De abortu et embryologia, in-8·, Rome, 1884; Jac­ coud, Nouveau dictionnaire de médecine et de chirurgie pra­ Pratique des accouchements, in-8<>, Paris, 1694, p.364. tiques, 40 in-8·, Paris, 1889, v· Avortement provoqué, t. iv, En ces dernières années, le Saint-Office l’a condamnée p. 329-339; v· Bassin, t. iv, p. 575-644; v· Dystocie, t. xu, formellement et à diverses reprises : 28 mai 1884; p. 103-196; v· Embryotomie, t. xv, p. 644-692; v· Forceps, 19 août 1889 ; 24 juillet 1895 ; 6 mai 1898. Denzingert. xvi, p. 351-410; Dechambre, Dictionnaire encyclopédique Bannwart, Enchiridion, n. 1889, 1890. Cf. De Lugo, des sciences médicales, 100 in-8·, Paris, 1864-1889, v* Céphalo­ De justilia et jure, disp. X, sect, v, n. 133, Opera tripsie, t. xtv, p. 65-78; v· Craniotomie, t. xxn, p. 695-716; omnia, 8 in-4°, Paris, 1868-1869, t. vi, p. 80; S. Al­ v Embryotomie, t. xxxiv, p. 1-14; Herturg, Truité d’embryo­ logie, in-8·, Paris, 1891 ; Surbled, La morale dans ses rapports phonse, Theologia moralis, 1. IV, tr. IV, c. i, dub. iv, avec la médecine et l’hygiène, 4 in-8·, Paris, 1892 ; Capellmann. An aliquando liceat occidere innocentem, η. 394, De occisione fœtus quam abortu provocato, perforatione, ceq. π, t. n, p. 211 ; Revue des sciences ecclésiastiques, phalotripsia, medici audent, in-8·, Aix-la-Chapelle, 1875; Me­ t. xxvi, p. 194, 298; t. xxvm, p. 247; Eschbach, Dispur dicina pastoralis, in-8·, Paris. 1893; Bucceroni, Lucii Ferra­ taliones physiologico-theologicæ, tum medicis chirur­ ris, Promptæ bibliothecae supplementum, in-fol., Rome, 1899, gis, tum theologis et canonistis utiles, in-8°, Rome, v· Craniotomia, t. ix, p. 7 sq.» 256-260; Eschbach, Casus de 1901, p. 389 sq.; Lehmkuhl,Theologia moralis, parl.I, ectopicis, seu extra-uterinis conceptibus, neenon de procu­ ratione abortus, in-8·, Rome, 1894; Disputationes physio1. II, divis. Ill, tr. II, n. 847 sq., 2 in-8°, Fribourg-enlogico-theologicæ, tum medicis chirurgis, tum theologis et Brisgau, 1902, t. i, p. 504 sq.; Mare, Institutiones mo­ canonistis utiles, in-8·, Rome, 1901, p. 381-477; Coppens, Mo­ rales alphonsianæ, part. II, sect. H, tr. V, c. Il, a. 3, rale et médecine, Conférences de déontologie médicale, tra­ n.744, q. ii,2 in-8°, Rome, 1904, t. i, p. 516 sq.; Génicot, duites de l'anglais par Forbes, in-8·, Einsiedeln, 1901 ; Lehmkuhl Theologiæ moralis institutiones, tr. VI, sect, v, c. iv, Theologia muralis, part. I, 1. II, divis. Ill, tr. II, η. 847 sq., §2, De occisione fœtus, n. 376, 2 in-8°, Louvain, 1905, 2 in-8®, Fribourg-en-Brisgau, 1902, t. i, p. 504 sq. ; Griziotti t. i, p. 357; Berardi, Theologia moralis theorico-praFerruccio. / moderni limiti delle operationi embriotomtche, in-8·, Pavie, 1903; Marc, Institutiones morales alphonsianæ, ctica, tr. II, sect. v,c. n, § 2, 5 in-8°, Faenza, 1905, t. n, part. II, sect. Ii, tr. V, c. il, a. 3, n. 744 sq., q. il, 2 in-8·, Rome, p. 319 sq.; Ojetti, Synopsis rerum moralium et juris 1904. t. i, p. 516 sq. ; Génicot, Theologiæ moralis institutiones, pontificii, alphabeti co ordine digesta, v° Craniotomia, tr. VI, sect, v, c. iv, $2, De occisione fœtus, n. 376, 2 in-8·, 2 in-4°, Prato, 1905, t. i, p. 493 sq. Louvain, 1905, t.i, p.357; Berardi, Theologia moralis theoricopractica, tr. Il, De decalogo, sect, v, c. n, p. iv, § 2, 5 in-8·, La bibliographie de l'embryotomie est relativement considé­ Faenza, 1905, t. il, p. 319-325; Ojetti, Synopsis rerum mora­ rable. Nous ne citerons ici que les principaux ouvrages propres lium et juris pontificii alphabetico ordine digesta, v* Cranio­ à éclaircir cette question, tant au point de vue historique que doc­ tomia, 2 in-4·, Prato, 1905, t. i, p. 493 sq.; Taussig. Schemata trinal : Saxtorf, De usu forcipis ad extrahendum caput incar- 1 ad illustrandas disputationes physiologico-theulogicas ab ceratum, in-8·, Copenhague. 1775; Rawlins, On the structure uf A. Eschbach exaratas delineata, in-8·, Rome, 190t>, p. 37 sq. ; the obstetric Purceps, its defects, in-8·, Londres, 1793 ; Mulder. Apicella, La craniotomia considerata in riguardo alia mo­ Historia literaria et critica forcipum et vectium obstetricia­ rale, in-8·, Rome, 1906; Antonelli, Medicina pastoralis in usum rum, in-8·, Leyde, 1794: Schweighaüser, Mémoire sur Cusage confessoriorum, cui accedunt Tabulae anatomicæ explicadu furceps dans les accouchements, in-8·, Paris, 1799; Bakker, tivæ, 3 in-8·, Rome, 1906; Sfameni, Scelta dei più. acconcio D scriptio et icones pelvis feminæ et schematum capitis in­ metodo di embriotomia, in-8·, Pérouse, 1908. fantilis, in-4·, Groningue, 1816; Denman, Aphorisms on the T. Ortolan. application and use of the forceps, and Vects in prætemuta­ ÉMERY Jacques-André, neuvième supérieur du rai Labours or Labours with Hemorrhage and Convulsions, séminaire et de la Compagnie de Saint-Sulpice. né â in-8·, Londres, 1824; Nægele, De jure vitæ et necis quod com­ petit medico in partu, in-8·, Heidelberg, 1826; Baudelocque. Gex le 26 août 1732, mort à Paris le 28 avril 1811. Nouveau moyen pour délivrer les femmes contrefaites et en Second fils de Joseph Émery, conseiller du roi, lieute­ travail, substitué à l’opération césarienne, in-8·, Paris, 1834; nant-criminel an bailliage de Gex et maire de cette Desormeaux et P. Dubois, Dictionnaire de médecine, 30 in-8·, ville, et de Pernette de Borsat, il était allié aux Paris, 1835, v· Embryotomie, t. xi ; Muller, Meditationes nonfamilles Rouph de Varicourt et Fournier de la Conta­ naUæ de cephalotomia, seu perforatione cranii, in-8·, Dresde, mine, qui donnèrent au xtxe siècle, l’une, un évêque 1836; Lunsingh Kymmel, Historia litteraria et critica forci­ d’Orléans, l’autre, un évêque de Montpellier. Il lit ses vum obstetriciarum, ab anno 1794 ad nostra usque tempora 2417 ÉMERY premières études au collège de Gex, tenu par les car­ mes, et termina ses humanités à celui des jésuites de Mâcon. Après avoir suivi le cours de philosophie au séminaire Saint-Irénée de Lyon, il vint à Paris, le 8 octobre 1750, étudier la théologie dans la petite com­ munauté dite des Robertins, dépendante du séminaire de Saint-Sulpice, et en même temps il y reçut les ordi­ nations depuis la tonsure jusqu'au diaconat, qui lui Tut conféré le 4 juin 1757, Au mois de novembre suivant, il entra à la Solitude ou noviciat de la Compagnie de Saint-Sulpice et y reçut la prêtrise le 11 mars 1758. Envoyé d'abord en 1759 au séminaire d’Orléans pour y professer la théologie dogmatique, il passa en 17(54 à celui de Lyon pour l'enseignement de la morale, tâche particulièrement délicate en face de l'archevêque M. de îlontazet et des partisans de l’appel. Avant de commen­ cer son cours, il se fit recevoir docteur en théologie à l’université de Valence, 27 octobre 1764. Nommé supé­ rieur du séminaire d'Angers au mois d'avril 1776, il fut élu assistant de la Compagnie de Saint-Sulpice l'année suivante, le 10 septembre 1782 supérieur général. A la prière de M. de Juigné. archevêque de Paris, il obtint l’abbaye de Notre-Dame de Boisgrosland, au diocèse de Luçon. 25 janvier 1784. Dans le gouvernement du sé­ minaire et de la Compagnie, il montra un heureux mé­ lange de prudence, de sagesse et de fermeté; mais ses éminentes qualités se signalèrent surtout dans les cir­ constances difficiles où il se trouva jeté durant la Révo­ lution et sous ('Empire. Chargé par M. de Juignéqui émigrait de prendre avec les vicaires généraux le gou­ vernement du diocèse de Paris.il y eut la part la plus importante en particulier dans la question des différents serments exigés successivement par l'autorité civile. Arrêté deux fois, le 19 mai et le 16 juillet 1793, et la seconde fois enfermé à la Conciergerie, cité devant le tribunal révolutionnaire, il ne perdit jamais le calme et la pleine possession de lui-même, consolant et for­ tifiant ses compagnons de captivité, les ramenant à Dieu comme Lamourette et Fauchet, et en préparant un grand nombre au sacrifice chrétien de leur vie. Le 25 octobre 1794, il fut rendu à la liberté. Dès que les cir­ constances le permirent, en septembre 1800, M. Emery rétablit le séminaire en réunissant quelques jeunes gens â la Vache noire, rue Saint-Jacques; au mois d’octobre 1803, il le transféra rue Notre-Dame-desChamps, à l’endroit où s’élève actuellement le collège Stanislas, et l'année suivante dans la maison de l’ins­ truction chrétienne, rue du Pot-de-Fer (où se trouvent les jardins du séminaire Saint-Sulpice. dans lehautde la rue Bonaparte). C’est là qu’il demeura jusqu’à ce que le 11 juin 1810 un ordre impérial l’expulsât du sémi­ naire. Napoléon avait cependant grande estime de son mérite; il l’avait nommé le 16 septembre 1808 con­ seiller titulaire de l’Université; il avait voulu qu’il fût de la commission ecclésiastique de 1809 el de celle de 1811, où ce simple prêtre, dans la séance du 17 mars, sut montrer tant de sagesse et de courage pour défendre les droits du Saint-Siege. Ce qui fit dire à Talleyrand : « M. Émery a l’adresse de dire franchement la vérité à l’empereur sans lui déplaire. » Un mois après envi­ ron, le 28 avril 1811, M. Emery mourait au séminaire où il était revenu depuis le 14. Bonum certamen certans obiit, comme le dit l’inscription gravée sur sa tombe, dans le petit cimetière attenant à la chapelle de Lorette du séminaire d’issy. Voici la liste de ses ouvrages, relatifs à la théologie et à l’apologétique : 1° Esprit de Leibnitz, ou Recueil de pensées choisies sur la religion, la morale, l'his­ toire, la philosophie, etc., extraites de toutes ses œuvres latines et françaises, 2 in-12, Lyon, 1772; traduit en allemand par Brung, l’ouvrage fut imprimé à Wittemberg en 1775-1777, 4 in-8°. Une seconde édition consi­ dérablement augmentée forme 2 in-8’. Pris 1803: ^418 elle a été reproduite par Migne dans les Œuvres com­ plètes de M. Émery, in-4», 1857. Dans l’édition donnée à Bruxelles en 1838, 2 in-12, on a fait plusieurs chan­ gements; en particulier on a ajouté une nouvelle col­ lection des Pensées de Leibniz, recueillie plus lard par M. Emery, réimprimée en 1819 à la suite du Systema theologicum ou Exposition de la doctrine de Leibnitz sur la religion. — 2« L'Esprit de sainte Thérèse, re­ cueilli deses œuvres et deses lettres avec ses opuscules, ouvrage également utile aux personnes régulières et séculières qui aspirent ά la perfection, in-8°, Lyon. 1775; plusieurs nouvelles éditions ont été faites en un in-8° ou en 2 in-12, en 1819, 1820, 1825. 1829, 1835, 1836, et dans le volume deMigne en 1857. — 3» Lettres (deux) au R. P. La Lande, prêtre de l’oratoire, sur son Apologie de la Constitution civile du clergé, in-8», Paris, s. d. (1791). — Troisième lettre au R. P. Lalande sur sa réponse aux deux premières lettres, in-8’. — 4° Principes de MM. Bossuet el Fénelon sur la souve­ raineté, tirés du 5« avertissement sur les lettres de M. Jurieu, et d’un Essai sur le gouvernement civil, in8», Paris, 1791. Le P. Querbeuf n'est pas l’auteur de cet ouvrage, comme le supposent Barbier, Quérard et le P. de Backer, mais seulement l'éditeur. Cf. L. Ber­ trand, Bibliothèque sulpicienne, t. Il, p. 18. — 5° Obse. cations sur la lettre d'un vicaire général de Toulouse, relative au seément de liberté el d’égalité, in-8’, Paris, s. d. (1795). — 6’ Entretien en forme de dialogue sur les préjugés du temps contre la religion, in-8», Paris, s. d. (1796). — 7’ Mémoire sur celte question : Les religieuses peuvent-elles aujourd’hui, sans blesser leur conscience, recueillir des successions el disposer par testament? in-8°, Paris, s. d. (1797). On le trouve à la fin du recueil des Œuvres de M. Emery, édité par Migne. 11 ne faut pas le confondre avec celui qui a été inséré dans le corps du volumesous un titre à peu près semblable et qui n’est certainement pas de M. Emery. — 8° Le christianisme de François Bacon, chancelier d’Angleterre, ou Pensées et sentiments de ce grand homme sur la religion, 2 in-12, Paris, an Vil (1799 . Cet ouvrage a été vivement attaqué dans le t. xvni des Démonstrations évangéliques, publiées par Migne. col. 1013-1018. M. Gosselin a répondu â ces reproches dans la Vie de M. Émery, t. I, p. 435-438. — 9» La conduite de l’Église dans la réception des ministres de la religion, qui reviennent de l'hérésie ou du schisme, in-8», Paris, 1800. Attaqué par un anonyme (l’abbé Aimé Guillon) dans la Politique chrétienne, novembre et décembre 1800, janvier 1801, M. r.mery répondit dans VAvertissement sur la seconde édition, qui parut revue et augmentée en 1801, in-12. — 10» Défense de la révélation contre les objections des esprits forts par M. Euler, suivie des pensées île cet auteur sur la religion, in-8», Paris, 1805; nouvelle édition, Montpellier, 1825. — 11’ Défense de l'Essai sur la tolérance, de M. Duvoisin, évêque de Nantes, conlre les attaques de M. [Lambert], in-8». Paris.1805. Ce P. Lambert dominicain avait publié : Lettre d'un théologien à M. l’évêque de Nantes, dans la Bibliothè­ que du catholique et de l'homme degoûlàe M. Lucet. — 12» Nouveaux opuscules de M. l’abbé Fleury, in-12, Paris, 1807. Corrections etadditions pour les Nouveaux opuscules de l’abbé Fleury, in-12, Paris, 1809. Les corrections et additions ont été fondues dans l'édition suivante : Nouveaux ojmscules de M. l’abbé Fleury, 2» édit., in-12, Paris, 1818. — 13’ Pensées de Descartes sur la religion et la morale, in-8», Paris, 1801. Entête de cet ouvrage dont l’impression n'était pas achevée quand l’auteur mourut, M. Picot, rédacteur de L'ami de la religion, mit une Notice sur la vie et les écrits deM.Émery. Une2’ édition parut,in-8», Tours, 1870. — 14’ Éclaircissement pour la page 303 du premier \olume des Pensées de Leibnitz, ou Dissertation su- la 2419 ÉMERY — ÉMINENCE (MÉTOHDE D’) mitigation de la peine des damnés, in-8». Tel est le titre de l’édition originale de cette dissertation à laquelle donna lieu un passage de saint Augustin, cité par Leibniz. Mais les exemplaires des Pensées de Leib­ niz qui la contiennent sont très rares, M. Émery qui pensait d’abord la donner en appendice ayant jugé dès le commencement du tirage plus prudent d'en dif­ férer la publication. L’abbé Jarry, ancien archidiacre de Liège, en ayant rencontré quelques-uns chez un libraire de Munster, attaqua cette dissertation dans une brochure intitulée : Examen d'une dissertation sur la nnligationdes peines des damnés, in-8», Leipzig, 1810. Cet opuscule de M. Émery a été réédité par P. J. Carie dans son ouvrage, Du dogme catholique de l’enfer, in8«. Paris, 1842. —15» M. Emery a donné de 1800 à 1810 d’assez nombreux articles dans les Annales de l'abbé de Boulogne et dans les Mélanges de philosophie qui en sont la suite. Ces articles ne sont pas signés. M. L. Bertrand dans l’Histoire littéraire de la Compagnie de Saint-Sulpice, t. n, p. 26-27, en a dressé la liste. — 16» C’est sur les instances de M. Émery et guidé par ses conseils que le cardinal de Bausset composa {’His­ toire de Fénelon et celle de Bossuet. Il eut part égale­ ment à l’édition des Sermons choisis de Bossuet, publiée à Paris en 1803 par M. Clause! de Coussergues, et à l'édition abrégée du Génie du christianisme, 2 in12, Paris, 1804. Il a également publié les Lettres à un évêque sur divers points de morale et de discipline concernant l'épitcopat (ouvrage de M. de Pumpignan), 2 in-8», Paris, 1802. On a dans Barbier ou dans Quérard attribué à M. Emery quelques ouvrages qui ne sont pas de lui comme les Entretiens pacifiques de Marcier et de Clémile sur les affaires delà religionen France (Amiens, 1802), œuvre de l’abbé Cazaintre du diocèse de Carcas­ sonne; les Témoignages de l’Eglise depuis les apôtres jusqu’à nos jours en faveur de lapromesse de fidélité, 1800-1802; {'Exposé des principes sur le serment de liberté et d'égalité, in-8". Paris, s. d., en réalité œuvre de M. de Bausset publiée par l'abbé Godard, grandvicaire de Bourges, etc. M. Émery a laissé en manuscrit plusieurs traités qu’il avait composés pendant qu’il était professeur à Orléans ou à Lyon : Tractatus de religione, de Eccle­ sia, de gratta, de actibus humanis, legibus et peccatis, des conférences et des mélangesde dissertations surdiverses questions théologiques, un bon nombre de lettres adressées à divers personnages. Au milieu des occu­ pations multiples qui partagèrent ses soins, M. Émery trouvait le temps de correspondre avec les savants les plus éminents, traitant avec eux de science, de philo­ sophie, de littérature, mais toujours avec une pensée plus ou moins dévoilée d’apologie de la religion. Avec Charles Bonnet, l’auteur de la Palingénésie sociale, il s’entretient de la philosophie de Malebranche; avec l’abbé Sigorgne, de Descartes, Newton ou Leibniz, en particulier de l’explication donnée par cet abbé de la présence réelle selon le système de Leibniz; avec le naturaliste André Deluc, sur la géologie, sur les joursépoques, sur les services que les sciences naturelles peuvent rendre à la religion; avec l’helléniste Anse de Villoison, de certains ouvrages des Pères grecs ou de quelques auteurs grecs du moyen âge, etc. L. Bertrand, Bibliothèque sulpicienne pu Histoire littéraire de la Compagnie de Saint-Sulpice, Paris, 1900, t. il, p. 10-35, 584-588; J. A. Gosselin, Vie de M. Émery, 2 in-8·, Paris. 18611862; M·' E. Merle, Histoire de M. Émery et de l’Église de France pendant la Révolution, 2 in-12, Paris. 1895; Picot, Notice sur la vie et les écrits de M. Émery, in-8·, Paris, s. d. (cette notice destinée à figurer en tète des Pensées de Descar­ tes fut supprimée par la police, en sorte que les exemplaires qui la contiennent sont très rares); M” Depery. évêque de Gap, l’a reproduite et complétée dans la Biographie des hommes célèbres du département de l.Ain, 2 in-8·, Paris et Lyon, 1835; 2420 H. Icard. Observations sur quelques pages d’une Histoire de l’Église relatives à la Compagnie de Saint-Sulpice, 2· édit., in-8·. Paris, 1887, p. 74, 87 ; Correspondance diplomatique et Mémoires inédits du cardinal Maury, publiés par M. Ricard, Lille, 1891, t. n, p. 420-424: l'abbé Sicard, L’ancien clergé de France, 3 in-8·, Paris, 1903, t. lit, p. 549-550; Matériaux pour la vie de M. Émery, conservés en 12 in-fol. aux archives de Saint-Sulpice. E. Levesque. ÉMINENCE (Méthode d’). Une fois admise la valeur du principe de causalité en dehors du monde des phénomènes, et posée à l’origine des choses l’existence du Parfait, de l'Acte pur, le philosophe doil essayer de caractériser l’Étre premier que postule l'indigence des créatures. L’École lui montre le chemin : elle se fait une notion rationnelle de Dieu par le triple procédé d'affirmation, de négation, d'éminence. Ces trois pro­ cédés s’appellent et s'enveloppent mutuellement : le dernier suppose les deux premiers et les complète; le premier employé exclusivement conduirait à l'an­ thropomorphisme, le second à l’agnosticisme : seul le troisième aboutit à une connaissance positive moins indigne de Dieu, parce qu’elle le place explicitement au-dessus des limites et des contingences des conceptions humaines. C’est dire l'importance de ce procédé. La méthode d'éminence suppose une doctrine et appelle une terminologie appropriée. — I. Doctrine, methode et langage de l'éminence au point de vue rationnel. II. Origine de la méthode et sa fortune. I. Doctrine, méthode et terminologie. — 1» Doc­ trine. — Elle peut se résumer en cette phrase de saint Alhanase : « Dieu est transcendant à lous les degrés de l’être créé et a toutes les catégories de la pensée humaine, » ό ύπερ εκείνα πάση; ούσίας και αν­ θρώπινης έπινοίας ύπαρχων. Orat. cont. gentes, c. il, P. G., t. xxv, col. 3. Elle se fonde sur l’analyse de l'idée de cause première et sur celle des concepts humains. 1. Eminence ontologique. — La causalité étant une communication d’un certain genre, la perfection de l’effet doit se retrouver dans la cause sous une forme quelconque, soit de la même manière, soit suivant une modalité supérieure : de la même manière, si l’agent est univoque, c’est-à-dire tend à produire un être de même espèce; d une manière éminente, si l’agentoccupe le rang d'une cause générale : ainsi le soleil contient ce qui s’épanouit sous son influence. Or, Dieu n'est point cause univoque; il ne soutient avec ses créatures aucun rapport d’espèce ou de genre; autrement il ren­ trerait dans la catégorie du fini et ae serait point ce que postule l’indigence de la créature. Il reste « que les perfections égrénées dans les créatures et dont chacune représente un aspect de l’être en acte, un acte défini et limité, une essence, devront se retrouver en lui, non telles qu'elles sont ici, mais à l’état de svnthèse dans la virtualité totale de l'acte pur à la manière dont la lumière contient ce qui s’épanouit sous son inlluence. » Sertillanges, Agnosticisme ou anthropo­ morphisme, p. I7. Cf. S. Thomas, Sum. theol., I·, q. tv, a. 2; q. XIII, a. 2; Cont. gentes, I. I, c.XXVlli. Ainsi Dieu n'est rien de ce qui est ou peut être : entre lui et sa créature, ni similitude d’espèce ou de genre, l’ablme infranchissable qui sépare le fini de l’infini; il n’y a point cependant hétérogénéité absolue : comme cause première, Dieu est au-dessus durée), mais le réel sou­ tient avec lui un rapport, une proportion, une affinité; Dieu est en infiniment mieux ce qu’est sa créature. En cela consiste son éminence-ontologique. Cf. S. Thomas, Sum. theol., I», q. iv,a. 3,adlum et2um.Elle fonde son éminence logique. 2. Eminence logique. — S’il est un cas où la défini­ tion scolaslique de la connaissance ; Adæquatio rei et intellectus ne s'applique pas. c’est dans le cas de Dieu. Nous n’avons de Dieu aucune connaissance directe et immédiate; nous n’avons de lui ni intuition sensible, 2421 ÉMINENCE (METHODE D’) ni intuition consciencielle, ni intuition intellectuelle, voir Dieu (Connaissance naturelle de); nous pouvons expérimenter l'attrait, l'affinité que nous avons pour la doctrine et la vie religieuse, la satisfaction que trouvent nos fonctions supérieures dans cette vie, en expérimen­ tant cas sentiments, nous ne faisons que nous expéri­ menter nous-mêmes, Dieu ne descend point au rang des objets directs de notre connaissance, sa réalité demeure étrangère à notre conscience psychologique. « Ce n’est pas Dieu que nous connaissons, comme nous connaissons John et Richard, mais des vérités sur Dieu, naturelles et révélées. » Baudin, La philosophie de la foi chez Newman, p. 52. Si l’idée de Dieu n’est point une donnée immédiate de notre conscience, ni une conception abstraite direc­ tement de l’expérience sensible comme la notion d’homme, il reste qu’elle soit construite à l'aide de matériaux tirés pourlantde ces expériences et que nous atteignions l’infini dans le fini, c’est-à-dire le champ de notre conscience, en usant des concepts et des mots qui désignent les perfections créées. Or, la réalité divine déborde infiniment ces concepts. En effet, nos concepts les plus spirituels, même supposés adéquats à l’intime réalité des choses, ne peuvent atteindre Dieu que dans la mesure et selon le mode où les créatures le repré­ sentent. Mais nous savons que les êtres créés, loin d’épuiser en eux la virtualité divine et de représenter la cause première d’une façon adéquate, à la façon d’une réalité de même espèce ou de même genre, ne la repré­ sentent que d’une façon déficiente comme un effet quel­ conque représente le principe transcendant d’où il sort. Il s’ensuit que nos concepts et nos catégories humaines appliqués à Dieu restent infiniment au-dessous de la réalité. Ils perdent à l’égard du divin leur valeur de définition, tout en gardant une valeur positive. Soit, par exemple, le concept de sagesse, tiré de la réalité la plus élevée que nous connaissions directe­ ment : l’homme. Appliqué à l’homme, il définit en lui une qualité distincte de son essence, de sa puissance et de son être; il décrit et enveloppe dans son contour la chose qu’il signifie; appliqué à Dieu, il perd, au con­ traire, toute valeur de définition, relinquit rem signi­ ficatam, ut incomprehensam el excedentem nominis significationem. Unde patet quod non secundum eam· dem rationem, hoc nomen sapiens de Deo et de homine dicitur. S. Thomas, Sum. theol., l«,q. xiu, a. 1, ad5um. En effet, la notion de sagesse n’est point applicable â l'homme et à Dieu avec une seule différence de degré, de telle sorte qu’elle désignerait une première ébauche, un degré moindre lorsqu’il s’agit de l’homme, el qu’il suf­ firait de mettre le coeflicient maximum devant les diffé­ rents éléments de cette notion pour enserrer ensuite dans le concept ainsi obtenu 1’être et la perfection divine. Puisque Dieu est transcendant à toute espèce et à tout genre, que la définition se fait par genre et dif­ férence, la définition de la sagesse humaine ne s’appli­ quera point à Dieu. Cont. gent., 1. 1, c. xxv; Opusc., I, Compendium theologiæ, c. xxxv. Entre la sagesse hu­ maine et la sagesse divine, il y a un hiatus intini; de l’une à l’autre il faut faire un saut dans le trans­ cendant, l’infini, l'indéfinissable pour s’orienter vers le terme que voudrait atteindre notre esprit. Ce terme, perfection incréée, aspect de l’IÙre divin correspondant â la sagesse créée, peut rester obscur, « enveloppé des brumes de l’infini, » sans pour cela être absolument inconnaissable. Le concept de sagesse garde une valeur positive même lorsqu’il s’agit de Dieu, car, en raison même de l’éminence de l’être divin, il y a, en lui, un aspect qui correspond en infiniment mieux â la sagesse créée et qui par le fait même peut être exprimé par le même concept. Dans les deux cas, le concept garde son objectivité, mais l'objectivité n'est 2422 point la même : appliqué à l’homme, mon concept se termine à une perfection directement connue en moi; dans le second cas, grâce à cette periection connue en moi, je sais la direction de pensée suivant laquelle je dois m’attacher à concevoir la perfection divine cor­ respondante, sans pourtant prétendre voir le terme où elle aboutit. Cf. Dictionnaire apologétique de d'Alès, art. Dogme, t. i. col. 1135 : « J’en conclus que toute perfection connue en moi m’indique non le terme de la perfection divine correspondante, mais la direction de pensée suivant laquelle je dois m’attacher à la con­ cevoir : Dieu est cela en infiniment mieux. » On peut appeler éminence logique cette propriété de l’Être divin qui le place, à raison de son caractère de cause première, au-dessus de tout genre, de toute catégorie, le rend, par le fait même, directement inaccessible à notre intelligence, tout en le laissant connaissable cependant par le moyen des êtres créés qui gardent avec lui une certaine proportion. De cette doctrine de l’éminence, on peut déduire une dialectique complète pour s’élever à Dieu. 2° Méthode. — La plénitude de l'Étre divin, son ca­ ractère de source éminente par rapport à toutes les perfections créées légitime i triple méthode d'affirma­ tion, de négation, d’éminence. 1. Méthode d’affirmation ou d’attribution. — Il est légitime d’user des concepts des perfections créées pour qualifier l’infini, puisqu’on Dieu se retrouvent éminemment ces perfections. On peut dire, par exemple: Dieu est un rocher, Dieu est vivant. Il est évident que certaines perfections sont plus propres que d’autres à représenter Dieu: celles dont le concept renferme formel­ lement une imperfection, telle que la notion de pierre, ne peuvent être attribuées à Dieu que métaphorique­ ment; celles, au contraire, dont le concept n’implique aucune imperfection, lui conviennent proprement. S. Thomas, Sum. theol.. I», q. xm,a. 3, ad 2"". 11 est nécessaire, pour avoir une notion aussi complète eue possible de Dieu, de multiplier les points de départ de la théodieée. La pleinitude de laperfection divine ne peut être atteinte que dans la multiplicité des perfec­ tions crées. S. Thomas, In 1\ Sent., 1. 1, dist. II, q. r, a. 3. De là, nécessairement, la variété et la mul­ tiplicité possible des théologies affirmatives ; de là, en fait, leur évolution en largeur et en profondeur en fonction des connaissances naturelles et psychologinues des philosophes qui les construisent. I lus nombreuses seront les perfections connues, plus adéquate sera à l'intime des choses la connaissance humaine, plus haute et plus complète devra être normalement l’idée de Dieu. Il est tout naturel enfin que l’on construise la théo­ dicée surtout à l’aide de nos expériences psycholo­ giques. individuelles et sociales, et que l’on attribue plus spécialement à Dieu nos perfections humaines: ce sont les perfections que nous connaissons le mieux, ce sont celles qui nous touchent de plus près, ce sont surtout les plus élevées, les plus spirituelles, celles qui laissent mieux place à la transcendance, et par là sont les plus capables de cara · tériser la simplicité de l’acte pur. Ainsi les notions de vie, de connaissance, d’esprit, d'intelligence, de volonté, de liberté, de personnalité, de pureté, de sainteté, etc., sont tout indiquées pour fournir les points de départ les plus solides de la théodicée. En raison de la proportion de notre être avec l’être de Dieu, il se trouve de ces notions, en désignant ce qu’il y a de plu: intime en nous, caracté­ risent en Dieu l’aspect de son être éminent, qu'il nous importe le plus de connaître : ce qu’il est pour nous. On comprend que le progrès de la théodicée ait été de fait, iié au progrès des expériences morales et psycho­ logiques. et que les Pères aient cherché dans l’âme pure et élevée le plus beau relief, i’image la moins dé­ 2423 EMINENCE (MÉTHODE D’) formée de la réalité divine ; on ne doit point s’étonner, par exemple, de voir la théologie de la spiritualité divine se développer en fonction de la notion psycho­ logique d’esprit : à une expérience morale plus grande, plus avancée, correspond naturellement une plus haute idée de la justice, de la sainteté de Dieu ; à une notion plus précise de l’esprit, de la liberté, correspond une idée plus nette de la spiritualité et de la liberté divines. L'éminence de l'être divin, en fondant la légitimité de la méthode d’attribution, explique, par le fait même, l'évolution et le progrès de la théologie affirmative. 2. Méthode de négation. — Exclusive, la méthode d'affirmation serait insuffisante, fautive, incohérente : nos concepts, en effet, subjectivement considérés, ne représentent que des objets limités et circonscrits et par suite ils vont mal à la réalité infinie. Dès lors, il faut nier de Dieu toutes les perfections créées, même les plus transcendantes : celle d’être, par exemple, dans le sens ou elles sont affirmées de nous. La méthode négative s’étend aussi loin que la méthode affirmative. Saint Thomas, Quæst. disp., De potentia, q. vu, a. 5, ad 2“™, précise la portée de cette méthode. « Quand on déclare qu’on peut nier avec vérité tout ce qu’on a coutume d'affirmer de Dieu, il ne s’ensuit pas que ces affirmations soient fausses, mais seulement qu’elles soient insuffisantes, el comme incohérentes (incompactas). En effet, quant à la chose qu’on veut signifier, elles sont vraies, puisqu’on Dieu, comme il a “Hé dit, les qualités qu’on lui attribue existent d'une certaine manière; mais la façon dont on signifie cette chose vraie est fautive, car chacun des noms employés signifie une certaine qualité définie, et de cette maniére-là, rien ne peut être attribué à Dieu. C’est pourquoi les propositions dont on parle peuvent être absolument niées, parce qu'elles ne conviennent pas telles qu’elles sont affirmées. Elles sont affirmées telles qu’elles sont dans notre intelligence; elles ne conviennent à Dieu que d’une façon plus sublime. » Il ne suffit donc point de nier les bornes des perfec­ tions créées, les limites de nos concepts, pour pouvoir ensuite appliquer à Dieu de piano ces perfections idéalisées et ces concepts épurés; il faut nier de Dieu tous nos concepts dans chacune de leur partie, en ce sens qu’aucun ne peut représenter d’une façon positive et directe le mode de suréminence divine : s moins mystérieux : tous sont infiniment au-dessous de la réalité divine. On le voit, le problème de la valeur des notions et des formules dogmatiques est intime­ ment lié à une juste notion de l’éminence divine. Grâce à cette juste notion, nous concevons facilement MX ÉMINENCE (METHODE D’) que nous puissions trouver dans les concepts et for­ mules dogmatiques de quoi « orienter au moins notre pensée dans le sens de cet inlini du mystère, » sans pour cela méconnaître que la réalité divine dépasse infiniment les formules dans lesquelles elle se révèle. II. Histoire. — Elle se confond avec celle de l’idée de Dieu. Voir Dieu (Sa nature d’après la Bible et d'après les Pères). Mettons en relief seulement quel­ ques points de cette histoire. 1° Connaissance confuse de Véminence divine. — C’est une idée primitive en religion, semble-t-il, que celle de la supériorité du divin par rapport à nous. On la conçoit évidemment d’une façon relative : Dieu est plus puissant, plus juste que nous; c'est un homme grandi, idéalisé. A un stade plus avancé, on peut le concevoir comme le toul-puissant, le juste par excellence, le sage, la cause de l'univers et pourtant n’avoir encore qu’une connaissance confuse de son éminence, parce que les idées qu’on se fait de cette toute-puissance, de celte justice, sont encore bien imparfaites, mêlées d’anthro­ pomorphisme, et qu’on est tenté de les réaliser en Dieu sans correction aucune. On conçoit Dieu surtout alors par affirmation. Ce semble avoir été le cas de la plus ancienne théologie biblique : on la trouve surtout con­ signée dans les livres des .luges, de Samuel, des Rois, dans ces passages du Pentateuque que l'on appelle jéhovistes et élohistes. Depuis longtemps, on a signalé les anthropomorphismes de ces passages. Voir Anthro­ pomorphismes, et Dieu (Sa nature d’après la Bible), col. 964-979. 2» Connaissance explicite. — i. Dans la Bible. — a) Chez les prophètes et les écrivains plus récents, on trouve une connaissance plus nette de l’éminence di­ vine, et partout, le procédé négatif est plus en hon­ neur. C’est un de leur rôle providentiel de placer la justice, la sainteté, la pureté divine au-dessus de l’idéal que s’en faisaient les Israélites de leur temps. Jahvé dit par la bouche d’Isaïe, lv, 8,9 : « Mes pensées ne sont pas vos pensées, mes voies ne sont pas vos voies. Comme le ciel est au-dessus de la terre, ainsi mes pensées et mes voies sont au-dessus de vos pensées et de vos voies. » b) Chez .lob, même sentiment du mystère impéné­ trable de Dieu et de l’insuffisance de nos pensées à le scruter. « Sa justice, sa sagesse, sa force, l'homme ne peut pas plus les mettre en doute que s'en faire une idée adéquate : telle est la pensée maîtresse que le livre de .lob développe dans une gradation savante et d'un puis­ sant effet. » Ruch, Dieu éminent et accessible à la raison, p. 6. Le discours de Sophar, xi, 6, 10, celui d’Élihu, xxv, 22-28, la réponse de Dieu l'illustrent tour à tour et Job lui donne un dernier relief, en confes­ sant l’impuissance de l'homme à sonder la grandeur des infinies perfections, xlii, 3 : « Oui, j'ai parlé sans intelligence de merveilles qui me dépassent et que j’ignore. » c) Avec l’Ecclésiastique, xliii, 27-33, et la Sagesse, xm, 1-9, nous avons dans ['Ancien Testament l’affir­ mation explicite de la doctrine de l’éminence divine, par rapport à la créature et à nos pensées, et l’indica­ tion de la méthode : « Nous pourrions dire beaucoup, et nous ne l’atteindrions pas... Il est le Tout-puis­ sant, supérieur à toutes ses œuvres... En louant le Sei­ gneur, exaltez-le tant que vous pourrez, car il sera tou­ jours plus haut encore..., qui l’a vu, et pourrait en discourir? qui est capable de le louer tel qu’il est? » Eccli., loc. cit. La Sagesse traite d'insensés « ceux quj n’ont pas su par lesbiens visibles s’élever à la connais­ sance de celui qui est... Si, charmés de la beauté des créatures, ils les ont prises pour des dieux, qu'ils sa­ chent combien le Seigneur l’emporte sur elles..., qu'ils comprennent combien est plus puissant celui qui les i 2428 a faites, car la grandeur et la beauté des créatures font connaître par analogie celui qui en est le créateur. » d) Le Nouveau Testament répète la même doctrine : « Personne n'a vu Dieu. » Joa., i. 18. « Personne ne connaît le Père, si ce n’est le Fils et celui auquel le Fils le révèle. » Matth., xi, 27. Cf. aussi Rom., xi, 13; Col-, I, 15; IThes., I, 17; I Cor., Il, 11, etc. 2. Chez les Pères. — Voir les références données à l’article Dieu, col. 1027 sq. a) Au Dieu anthropomorphe du paganisme et à l’abîme impénétrable du gnosticisme, les apologistes opposent le Dieu chrétien, invisible, incompréhensible, iiiellable sans doute, à raison de l'éminence de son être, mais cependant connaissable et connu dans les œuvres de son amour. b) Plus encore sous l'influence de la philosophie platonicienne du moment que sous l’influence chré­ tienne, Clément et Origène, préoccupés surtoutd’éviter tout anthropomorphisme, exaltent l’éminence de l'Ètre divin, la fondent sur la notion de cause première, en déduisent une méthode d’analyse, d’abstraction ou de négation pour arriver à Dieu : ils écartent les anthro­ pomorphismes de l’Ancien Testament par la méthode allégorique. c) Saint Athanase définit Dieu par son caractère émi­ nent, et juge à la lumière de cette éminence les concep­ tions rationalistes des ariens sur la génération divine. d) A la doctrine d’Eunomius, suivant laquelle la no­ tion et le terme ά'άγένν,τος représentent seuls propre­ ment l’essence divine, les Pères cappadociens répondent par une doctrine tout opposée sur les noms divins. En raison de l’inconipréhensibilité divine, fondée sur la plénitude de la cause première et sur le mode de notre connaissance, nous ne pouvons concevoir Dieu par une seule notion : nous ne pouvons l’atteindre et le désigner qu’à l’aide des multiples conceptions et des noms va­ riés tirés des choses créées. Chez eux, apparaissent déjà tous les éléments de la triple voie que l’on retrou­ vera bientôt dans Denys. e) Marius Victorin et saint Augustin, sous l’influence du néo-platonisme aussi bien que sous l’inspiration chrétienne, affirment contre l’hérésie anoméenne la transcendance divine, en déduisent l’excellence de la méthode négative qu’ils appliquent même aux concep­ tions les plus spirituelles : justice, science, etc. f) Fidèle aux idées traditionnelles des Alexandrins et de saint Augustin, peut-être aussi sous l’inlluence de Proclus, le pseudo-Denys fait la synthèse des conceptions reçues dans l’Eglise sur la transcendance divine : c’est le théologien de l’éminence. — a. Il fonde sa doctrine sur la théorie platonicienne de la participation. Dieu, cause de tout ce qui est, n’est rien de ce qui est, tant son être l’emporte sur tous les êtres. Mais, en vertu même de leur participation à la cause première, toutes choses en sont un rayonnement, un reflet, une copie, et pour cette raison Dieu est tout ce qui est. Cf. Des noms di­ vins, t, n. 5, 6. — b. De là. des conclusions au point de vue de la connaissance de Dieu : l’éminence de l’Être premier par rapport à nos coneepts. « Si toutes con­ naissances ont l’être pour objet et finissent là où l’être finit, celui qui l’emporte sur tout être échappe aussi à toute connaissance. » Des noms divins, l, 4. a. L’in­ compréhensibilité divine. L’Infini ne peut livrer aux choses finies toute son incompréhensible immensité : « Car, comme ce qui est intelligible ne peut être vu et saisi par les choses sensibles. ., ainsi, l’infini dans son excellence, reste supérieur à tous les êtres. » Des noms divins, 1, 1. 8. La possibilité de deux théologies : l’une affirmative, l’autre négative; l’une fondée sur l’axiome : Dieu est tout ce qui est, l’autre sur ce principe · Dieu n’est rien de ce qui est. Il peut y avoir hiérarchie dans les affirmations et négations : certaines manières de dire, les noms de 2429 EMINENCE (METHODE D’) — EMMANUEL 2430 gnoscibilité de Dieu par le moyen des créatures. Den­ verbe, intelligence, essence, peuvent mieux aller à la zinger-Bannwart, n. 1785 ; Invisibilia enim ipsius, a réalité divine que les symboles matériels, De hier, creatura mundi, per ea quæ /acta sunt intellecta cæl., ni, certaines négations s’imposent tout d’abord, conspiciuntur, et l’infinité divine. La première fonde parce qu’il faut éliminer en premier lieu ce qui a le procédé d’attribution ; la seconde appelle les deux moins de conformité avec Dieu ; les affirmations peuvent autres: l’infinité ne peut être atteinte humainementque être moins justes, les négations plus vraies; quoi qu’il par la négation du fini et la méthode d’éminence. en soit, lorsqu'il s’agit de Dieu, toute affirmation veut être corrigée, toute négation dépassée. « On ne doit Outre les auteurs cités au cours de l'article, voir la bibliogra­ faire de lui ni affirmation ni négation absolue, et en phie des articles Agnosticisme, Anthropomorphisme, Ana­ affirmant ou en niant les choses qui lui sont inférieures, logie, de ce dictionnaire: Dogme et Agnosticisme, du Diction­ naire apologétique de d’Alès. nous ne pourrions l’affirmer ou le nier lui-même, parce Pour un exposé d'ensemble de la question, voir la thèse re­ que cette parfaite et unique cause des êtres suppose marquable de M. Ruch : Dieu éminent et accessible à la rai­ toutes les affirmations, et que celui qui est pleinement son, Paris, 1899; l'étude de M. Sertillanges : Agnosticisme et indépendant et supérieur au reste des êtres, surpasse anthropomorphisme, Paris, 1908; Gardeil, Le donné révélé et toute! nos négations. » De la théologie mystique, la théologie (surtout le 1. II, La relativité métaphysique du passim, et surtout c. v. dogme), Paris, 1910; Le Roy, Dogme et critique, Paris, 1907, g) Saint Thomas, en disciple conscient du pseudosurtout p. 142-154. A. Gaudel. Denys, développe cette doctrine dans son commentaire EMMANUEL. Ce mot se rencontre deux fois des Noms divins ; il l’incorpore à sa synthèse théolo­ dans le livre d’Isaïe employé comme nom propre. Is., gique dans la Somme, le Contra gentes, le De poten­ vu, 14; vin, 8. C’est un nom symbolique : hébreu : tia, le commentaire sur les Sentences : elle inspire et domine toute sa théorie de la connaissance naturelle et 'Immânû'èl; Septante : ’Εμμανουήλ, Dieu avec nous, Matth., i, 23, donné à l'enfant dont la naissance est révélée de Dieu; elle en fait l'unité; d’elle il fait dé­ annoncée par Isaïe à Achaz menacé de l'invasion des pendre toute la valeur de sa théodicée et des notions révélées. Cf. In IV Sent., 1. I, dist. 11, q. i, a. 3. armées coalisées d’Israël et de la Syrie. Is., vu. 14. Quel est cet enfant? C'est Jésus, le Messie, lisons-nous Il lui donne la même base psychologique : l’incapa­ cité de notre intelligence à concevoir les réalités spiri­ dans saint Matthieu après le récit de la naissance mira­ culeuse du Sauveur : « Or, tout cela arriva afin que fut tuelles autrement qu’à travers les réalités matérielles : le pseudo-Denys avait signalé ce fait de bon sens; saint accompli ce qu’avait dit le Seigneur par le prophète : Thomas en fait la théorie d’après la thèse aristotéli­ la Vierge concevra et enfantera un fils, et on le nom­ cienne de l’origine empirique de toute connaissance. mera Emmanuel, c'est-à-dire Dieu avec nous. » Matth., A la lumière de la théorie de l’analogie, il précise la i, 22, 23. La tradition catholique n’a pas entendu autre­ doctrine traditionnelle en la défendant contre les deux ment le célèbre passage dont il importe d’établir le sens écueils du moment : le panthéisme et le nominalisme historique. — I. Authenticité du passage. II. Situation agnostique. En niant toute similitude d’espèce ou de historique. III. Nature du signe. IV La personne genre entre Dieu et le monde, il se met en dehors du d’Emmanuel. V. Aperçu de l’interprétation. premier; en affirmant une proportion, une analogie I. Authenticité du passage. — Leverset 14 et son entre l’effet créé et la cause première, il évite le second contexte appartiennent à cette partie du recueil d’Isaïe et établit fermement la possibilité de remonter à Dieu dont l’authenticité ne saurait être sérieusement con­ par la triple voie traditionnelle. Il semble que les testée, du moins dans l’ensemble. Quelques réserves, théologiens postérieurs n’ont rien ajouté à la précision en effet, sont à faire au sujet du y. 1 : introduction his­ de sa doctrine sur ce point. torique et généalogie d’Achaz; des versets 4 et 8. Cf. Conclusion. — Si nous recherchons la valeur dogma­ Condamin, Le livre d’isaie, Paris, 1905, p 48-49. Cer­ tique des spéculations traditionnelles sur l'éminence tains critiques y ajoutent le i. 15, Duhm, Dos Buch divine, nous constaterons ceci : 1» Le concile du Vati­ lesaia, 2« édit., Gœttingue, 1902, et d’autres le v. 16. can, De /ide catholica, Denzinger-Bannwart, n. 1782, Budde; Lagrange, Revue biblique, 1905, p. 279-280. nomme parmi les attributs fondamentaux de Dieu : Quelques corrections du texte sont à faire, en particu­ l'infinité en toute perfection et l’incompréhensibilité lier au #. 16, où il s’agit plutôt de Juda que d'Israël; divine. On sait que ces deux perfections sont en étroite le contexte, en effet, demande la dévastation de Juda, relation avec celle de l’éminence divine : la première et le mot « terre » ne saurait désigner Israël et la Syrie. en est le fondement, la seconde, la conséquence. II. Situation historique. — Voici dans quelles cir­ 2° Il déclare aussi que « Dieu est élevé d'une manière constances fut prononcé l’oracle. Au début du règne indicible au-dessus de toutes les choses qui ne sont pas d’Achaz (735), les rois d’Israël et de Syrie ont fait lui et que nous pouvons concevoir; » c’est affirmer alliance contre Juda, dans le but sans doute de l’obli­ l’éminence absolue de sa nature. On peut en conclure ger à se joindre à eux pour combattre l’invasion assy­ rienne; l’Égypte, a-t-on supposé non sans vraisemblance, que Dieu est aussi au-dessus de nos idées, puisque les idées que nous nous formons de lui sont une des choses ne devait pas être étrangère à ce dessein. Cf. Is., vu, 18. qu’il a faites. Menacé de perdre son trône, vu, 6, Achaz prit peur, et 3’ Il est explicite au sujet de l’éminence des mys­ peu confiant dans ses propres forces, il songeaità faire tères, par rapport à notre intelligence créée : Divina appel au roi d’Assyrie, Téglathphalasar. IV Reg., xvi. mysteria suaple natura intellectum creatum sic exce­ 7, 8. C’est alors que le prophète survient pour mettre dunt, ut etiam revelatione tradita et /ide suscepta, en garde son roi contre une telle politique, à la fois ipsius tamen /idei velamine contecta et quadam quasi funeste et impie; cet appel, en eiïet, au conquérant caligine absoluta maneant. Ibid., c. iv, n. 1796. assyrien « est un manque de foi en Jahvé; cette allianc­ 4° Ilien de formel dans ce document sur le triple pro­ es! une sorte de profanation de l’alliance divine; e)l> cédé d’affirmation, de négation, d’éminence. On peut I menace de porter une grave atteinte au caractère reli penser cependant que le concile en fait usage dans g eux du peuple élu; et au point de vue purement l’énumération des attributs divins, cf. Dictionnaire humain, elle parait fatale. Juda, en devenant vassal, se apologétique, art. Agnosticisme, t. i. col. 63; Vacant, I soumet à un lourd tribut; et son territoire risque fort Etudes théologiques sur les constitutions du concile du d’être bientôt le champ de bataille, où les deux grandes puissances, l'Assyrie et l’Égypte, se disputeront la Vatican, t. i, p. 199, sans en consacrer explicitement la légitimité. On peut enfin ajouter que cette légitimité j suprématie. Aussi le ton du prophète est très solennel découle naturellement de deux vérités définies : la coet, par moment, très animé : il prédit avec assurance ‘2431 EMMANUEL 2432 and Colleges, Cambridge, 1900, t. l. Ce ne sera peutl’échec des ennemis. » Condamin, loc. cit., p. 60. La Condition de la délivrance fortement rappelée dans une être plus ainsi un signe pour Achaz, mais pour la maison de David et pour le peuple, qui seront témoins menace, c'est la foi : « Si vous ne croyez pas, vous ne subsisterez pas, » 9; un signe pourra, sur la demande des événements annoncés, et reconnaîtront la vérité de l’oracle prophétique. C’est d’ailleurs à la maison de d’Achaz, corroborer les dires du prophète; mais la David que la parole est adressée, 13,14. crainte d’être obligé de se rendre à l’évidence, suggère au roi un refus hypocrite qui lui attire une réponse D’après une autre interprétation, celle de nombreux indignée et l'annonce d’un signe quand même : « Écoutez exégètes anciens et modernes, surtout catholiques, cf. Knabenbauer, op. cit., t. I,p.174, le signe donné par donc, maison de David, c’est peu pour vous de fatiguer Isaïe à Achaz consisterait précisément dans la naissance les hommes, vous fatiguez encore mon Dieu ! C’est de l’enfant d’une vierge, dans la parthénogénèse. Ter­ pourquoi le Seigneur lui-même vous donnera un signe : tullien, Adversus Judaeos, P. L., t. n, col. 618; Théodo­ Que la Vierge conçoive et enfante un fils; qu’elle ret, In Isaiam, P. G., t. i.xxxi, col. 275, disent qu’il n’y l'appelle Emmanuel; il se nourrira de lait et de miel aurait plus de signe s’il n’y avait pas conception virginale, au temps ou il saura rejeter le mal et choisir le bien. De nombreuses difficultés s'opposent à cette exégèse. Car avant que l’enfant sache rejeter le mal et choisir le D’abord, le contexte : la remarque a déjà été faite plus bien, la terre pour laquelle tu redoutes les deux rois haut : la promesse d’un libérateur ne saurait répondre sera dévastée. » Is., vu, 13-16 (trad. Condamin). III. Nature du signe. — Sur la nature de ce signe, à l'infidélité du roi, alors que le passage tout enlierest aux menaces. Mais la principale objection est celle-ci : différentes interprétations. Tout d’abord, quel est le comment la vierge-mère aurait-elle pu servir de signe sens du mot lui-même : 'ôlh, σημεϊον, signum? C’est un symbole indiquant tantôt la relation de Dieu et des I à Achaz ou à ses contemporains, car c’est bien à eux qu’Isaïe entend donner un signe. Cf. Durand, La Viergehommes, ainsi l’arc-en-ciel, Gen., IX,12, la circoncision, mère et l'Emmanuel, dans l’Université catholique, Gen., xvn, 11; tantôt la manifestation de la puissance juin 1899, p. 270-272. Cette objection, si souvent faite divine en faveur du peuple hébreu : saint Paul et les à l'interprétation messianique du passage, ne porte Évangiles nous montrent les Juifs demandant de ces plus, si l’on place le signe dans l'imminence du châti­ signes. I Cor., i, 22; Matth., xn, 38; Luc., xi, 16-19. ment, et non dans la parthénogénèse. Notons encore Souvent les prophètes allèguent leurs prévisions de que cette exégèse laisse intacte la substance du sens l’avenir comme des signes (des preuves) du caractère traditionnel; le fait qu’une vierge concevra et enfantera divin de leur message. C’est une preuve aussi qu’Isaïe resteaffirmé dans le passage, mais il n’est plus le signe veut donner à Achaz lorsqu’il lui dit: « Demande un donné par Dieu à Achaz. signe à Jahvé, ton Dieu, dans les profondeurs du schéol ou dans les sommets là-haut! » Mais le gigne IV. La personne d’Emmanuel. — Différentes hypo­ que le Seigneur donnera lui-même, après le refus du thèses ont été proposées : 1° Les Juifs, nous dit saint roi, est-il de même nature? Il ne le semble pas. La Jérôme, reconnaissaient dans Emmanuel, le fils d’Achaz, Ézéchias. In Isaiam, P. L., t. xxiv, col. 109 C’est promesse est devenue menace; on ne saurait exiger, encore avec plus ou moins de réserve l’opinion d'un en effet (Duhm, Marti), du prophète, l'assurance du salut à ce roi obstiné dans ses projets impies; le con­ certain nombre de critiques modernes : Lagarde.Seniitexte y contredit : la particule, lâkên, « c’est pour­ tica, Gœttingue, 1878, I, p. 1-32; Mac Curdy, History, quoi », reliant les versets 13 et 14, annonce dans le Prophecy and the Monuments or Israel and the signe le châtiment d’une attitude qui lasse la patience Nations, New-York, 1894-1901, t·. I, p. 417; Maspero, de Dieu et des hommes, et au y. 9 Isaïe n'a-t-il pas dit : Histoire ancienne des peuples de l'Orient classique, Paris, 1895-1899, t. ni, p. 184. A première vue, en effet, « Si vous ne croyez, vous ne subsisterez »?Knabentout semble justifier cette identification : Ézéchias est bauer, Commentarius in Isaiam prophetam, Paris, 1887, t. i, p. 166. fils de roi, de la race de David; sa naissance se place dans les premières années du règne d’Achaz, son Le châtiment, sans doute, ne viendra pas de « ces amour de la justice et du culte du vrai Dieu lui mérite deux bouts de tisons fumants », 4, mais au delà de la protection spéciale d’en haut; n’est-ce pas lui le l’invasion syrienne le prophète entrevoit l’invasion assy­ libérateur promis? La leçon des Septante, enfin, v.a'/.irienne, et celle-ci, laissée de côté dans le premier mes­ σεις, toi, Achaz, tu appelleras, semble favoriser cette sage d'Isaïe, apparaît maintenant en pleine lumière : Jahvé fera venir sur Juda l’allié imprudemment appelé, hypothèse. et le pays, après son passage, ne sera plus que ronces Déjà saint Jérôme objectait l’âge de l’enfant au début et épines. Is., vu, 17-25. Cependant sous la menace même du règne d’Achaz. Cette réponse a perdu de sa brille, comme une lueur d'espoir, le nom d’Emmanuel valeur depuis la découverte des documents assyriens, qui, malgré tout, malgré l'in fidélité du peuple et de ses dont les données chronologiques ne concordent pas rois, sera le gage d'une délivrance finale. avec les dates de la Bible, elles-mêmes en conflit pour Le signe de ce châtiment sera la dévastation pro­ la date de l’avènement d’Ézéchias. IV Reg., xvi, 1 ; xvm. 9-10; xvm, 13. Il y a surtout que la mère d’Ézéchias ne chaine des royaumes de Damas et d’Israël : « Avant que l’enfant sache rejeter le mal et choisir le bien, le saurait être appelée 'almâh, alors que tant d'autres pays dont les deux rois t’épouvantent, sera dévasté; » désignations pouvaient naturellement se présenter à ou bien, selon la correction indiquée plus haut, la pro­ l’esprit d’Isaïe parlant à Achaz, cf. Rosenmüller, Scho­ ximité de la ruine du royaume de Juda lui-même. Le lia in Vetus Testamentum, lesajæ vaticinia, Leipzig, signe n’est plus, dans ce cas, une manifestation de la 1829-1834, t. i, p. 303, à moins qu’on ne prétende puissance divine, mais un moyen de vérifier après l’évé­ qu’elle ne soit restée vierge, ce que personne ne sup­ pose. On ne voit pas non plus que la naissance d’Ézé­ nement la vérité des paroles du prophète et par là de son caractère d’envoyé de Dieu. « De deux événements chias < ait été un sujet de joie pour les tribus de la prédits, remarque justement Skinner, le plus proche Galilée, Zabulon et Nephtali. Enfin tout son personnage pâlit quand on le compare au magnifique tableau tracé peut servir de signe au plus éloigné, I Reg., il, 34: par le prophète; même dans sa période héroïque, Jer., xliv, 29 sq. ; ou bien dans un sens plus général pendant le siège de Jérusalem, Ézéchias n’est pas le roi encore, le signe peut être simplement un incident de la qui sauve..., ce n’est guère le monarque admirable, le prédiction réalisée, en face duquel l’esprit se reportera conseiller, encore moins celui qui pénètre le secret des au temps où la prophétie a eu lieu et où le signe a été pensées. » Lagrange. La Vierge et l’Emmanuel, dans donné. Exod., m, 12; Is., xxxvn, 30. » The Book of the la Revue biblique, 1892, p. 494-495. Prophet Isaiah, dans Cambridge Bible for Schools EMMANUEL 2433 2434 nuel ne peut pas être signe qu’on sera délivré d'É 2° Hitzig, Riehm, H. Schultz identifient Emmanuel à phraïm et de la Syrie, car la délivrance ne se réalisera un fils d'Isaïe. Saint Jérôme connaissait déjà cette in­ que par un désastre beaucoup plus grand. » Hastings, terprétation, il la rapporte dans son commentaire sans Dictionary of the Bible, t. n, p. 454-455. Valent égale­ la condamner. P. L., t. xxiv, col. 109-110. Quelques ment contre l’hypothèse de Duhm les raisons données exégètes catholiques l’ont soutenue, mais en joignant le sens typique au sens littéral. On s’appuie « sur (’ana­ plus haut en faveur de l’interprétation du deuxième signe dans le sens d'une menace plutôt que d’une pro­ logie avec 1s., vu, 3; vin, 3, où deux autres enfants messe. De même la correction proposée au y. 16 enlève d’Isaïe reçoivent un nom symbolique, et sont donnés comme signes. Le prophète dit expressément: « Nous toute base à la théorie, puisque dans le passage ainsi voici, moi et mes fils..., signes et présages en Israel, » rétabli il ne s'agit plus que de la ruine de Juda. 5° Citons pour mémoire l’explication de Porter, vm, 18. En second lieu, la grande difficulté, que le sens messianique littéral ou unique trouve dans le contexte Journal of biblical literature, 1895. p. 26. Emmanuel de vu, 16, disparait ici. » Condamin, loc. cit., p. 65-66. symbolise, non la foi du prophète, mais la fausse con­ Le parallélisme enfin entre le c. vu et le commencement fiance du roi et de son peuple. « Jahvé est avec nous » du c. vm a faitconclure à l’identité d’Emmanuel et de était une expression populaire de foi religieuse. Amos, Maher-salal-ljas-baz (Proinpt-bulin-Proche-pillage). v, 14. Les épreuves par lesquelles l’enfant devait passer symbolisent le cours des événements contraire à (’opti­ Remarquons que le nom d''almdh ne convient pas plus à la femme d’Isaïe, appelée un peu plus loin la misme général. prophétesse, qu'à la femme d’Achaz; le fils de V'almdh 6° Enfin l’interprétation messianique, au sens litté­ est le maître suprême de Juda, vm, 8; il appartient à ral, qui, à quelques exceptions près, est celle de tous la maison de David, son père, il sauvera son peuple, les exégètes catholiques et d’un bon nombre de pro­ etc., autant de titres qui ne conviennent guère à un testants. Voici les raisons sur lesquelles elle s’appuie. fils d'Isaïe, surtout à Maher-salal-l.ias-baz, dont le nom « La signification du nom Emmanuel (Dieu avec dit précisément le contraire de celui d'Emmanuel, car nous) n’implique en aucune façon son attribution au il présage, non le secours qui sera accordé par Dieu aux Messie. Comme tant d’autres noms propres bibliques, Juifs opprimés, mais le pillage et la dévastation qui il peut, pris en lui-même, avoir un sens purement désoleront bientôt la contrée. Cf. Huyghe, La Viergecommémoratif, ou exprimer la confiance dans le secours Mère dans Isaie, dans La science catholique, 1895, de Dieu. Tous les exégèles sont d’accord là-dessus. p. 235. Comment enfin se vérifierait le sens typique, Aussi invoque-t-on d’autres arguments en faveur du surtout pour la citation de saint Matthieu? sens messianique. » Condamin, loc. cit., p. 62. 3» Weir. Holman, Orelli ont recours à l’interpréta­ Le parallélisme facile à constater entre la prophétie tion allégorique; ils voient dans V'almdh une person­ du c. vu et celle du c. ix : « Un enfant nous est né, un nification de la maison de David, ou de la portion fidèle fils nous a été donné, » rend très vraisemblable l'iden­ du peuple d’Israël, et dans l’enfant le Messie ou une tification de l’Emmanuel avec cet enfant, qui, de l’aveu image de la génération nouvelle; plus simplement encore de tous, est le Messie, membre de la famille de David; la naissance serait le symbole de la délivrance. Les la façon dont il est présenté au c. ix, sans préambule preuves font délaut, on cite bien Is., ι.ιν, 5; Ezech., aucun, n’imp)ique-t-eile pas que mention en a déjà été xvi, où Israël est appelé l'épouse de Jahvé, et la leçon faite précédemment par le propnéte, mention qu’on ne de saint Matthieu καλέσουσιν au lieu de ζαλίσεις des saurait chercher ailleurs que dans le ÿ. 14 du c. vu. Septante, d’Aquila, de Symmaque et de Théodotion; Cf. Davidson, Old Testament Prophecy, Edimbourg, l’hypothèse n'en reste pas moins une « pure imagina­ 1905, p. 356-357. Le nom d’Emmanuel, d’ailleurs, ré­ tion ». Skinner. sume fort bien les dons merveilleux de l’enfant du 4° Pour Duhm, V'almah est une jeune mère quel­ c. IX. De même, le rameau sorti de la tige de Jessé, sur conque, qui enfantera au moment où Juda sera délivré qui repose l’esprit de Jahvé, esprit de conseil et de de l'invasion syro-éphraïmite; « Dieu est avec nous, » force, xi, n’est autre que l’Emmanuel. Au c. vm, pourra-t-elle s’écrier, lorsque les armées coalisées se l’annonce de l’invasion assyrienne renferme ces mots : retireront, et cette exclamation, sorte d’oracle, restera « Le roi d’Assyrie et toute sa puissance ... pénétrera en comme le nom de l’enfant sur le point de naître; et Juda... de ses bras étendus, il couvrira toute l'étendue ainsi les enfants appelés Emmanuel rappelleront, non de ton pays, ô Emmanuel. » Si l’on rapproche ce pas­ seulement la parole du prophète et sa vérité, mais sage de ceux où la terre de Juda est appelée terre de encore l'incrédulité d’Achaz. Cheyne, art. Emmanuel, Dieu, on pourra légitimement conclure au caractère dans Encyclopaedia biblica, juge cette interprétation la messianique d’Emmanuel. Cf. Knabenbauer, op. cit., meilleure tant au point de vue historique que gramma­ p. 205. Pour échapper à la force de l’argument, on a tical; la seule difficulté réside dans le J. 15, où il est recours à une correction du texte, nullement justifiée, question de désolation et non de délivrance ; il n'est donc qui supprime l’apostrophe à Emmanuel (Duhm, Cheyne, pas authentique, on le supprime. Cf. Marti, W. R. Smith, Marti). Kuenen. Le prophète Michée, v, 1-5, s’exprime au sujet de l’invasion assyrienne en des termes qui sont une allu­ Notons d’abord le rejet arbitraire du passage qui a sion à Isaïe, vu, 14. à moins que tous deux ne fassent le seul tort de contredire une théorie sans doute ingé­ allusion à une même prophétie plus ancienne et suffi­ nieuse mais insuffisamment fondée, et l’emploi inex­ samment connue de leurs auditeurs. Dans le passage pliqué du mot 'almdh pour désigner une jeune mère de Michée, il s’agit évidemment du Messie : « Quanta quelconque. On ne comprend pas non plus le ton toi, Bethléhem Éphrata... C’est de toi que me viendra emphatique du prophète annonçant pareille naissance; celui qui doit dominer en Israël, »cf. Is., IX, 6, « dans enfin « est-il probable, ou même possible, remarque la gloire du nom de Jahvé. » Cf. Is., ix, 5. Celle qui A. D. Davidson, qu’Isaïe se soit représenté les mères judéennes exprimant par le nom d’Emmanuel leur : doit enfanter, Mich., v, 2, n’est-elle pas V'almdh qui enfante Emmanuel? La conclusion qui s'impose n'est reconnaissance d’être délivrées des rois d’Éphraïm et pas celle de l’origine récente de ce dernier verset, mais de Syrie? Il a le plus profond mépris pour l’alliance des bien de la vérité du sens messianique d’Isaïe, vu. 14. deux royaumes du nord, vu, 4. Le danger ne lui parait Cf. van Hoonacker, Les douze petits prophètes, Paris, passe trouver là. vm, 12. De plus, ce qui ruinera l’al­ 1908, p. 390. liance du nord, c’est l’invasion assyrienne, mais par­ On a rapproché aussi le passage de Jérémie, xxxi. tout dans ces chapitres Isaïe admet que les Assyriens 22, femina circumdabit virum, mais ’’ouscurité de ce dévasteront aussi Juda, vu, 18, 20; vm, 7,8. Emma­ nier, ηκ Tiiém. cathoi. 2435 EMMANUEL 2436 texte et l’incertitude d’une véritable tradition exégé- I raità être mère du Messie; dès lors pourquoi la dési­ tique à son sujet ne permettent pas d'y retrouver, gner d’après l’état de virginité qui a précédé, auquel comme dans Nichée, un commentaire autorisé d’Isaïe. personne ne pense, et qui n’a point d’importance? » Cf. Condamin, Le texte de Jérémie, XXXI, 22, est-il Le sens messianique ainsi établi, il reste à montrer messianique? dans la Revue biblique, 1897, p. 396comment il s’accorde avec le contexte. La difficulté est 404. Le verset 15 est, pour ceux qui le suppriment, la suivante : l'envoyé de Dieu annonce la ruine pro­ chaine de Juda (selon la traduction adoptée plus une glose ajoutée pour donner au passage un sens haut); l’enfant qui va naître ne saura pas encore rejeter messianique. le mal et choisir le bien que déjà ce sera chose faite; A ces raisons de voir dans Emmanuel le Messie or, cet enfant n'est autre que le Messie, Jésus-Christ, s'ajoutent toutes celles qui font de V'almâh la Viergeet plus de sept cents ans s’écouleront encore avant mère. Cf. Mangenot, art. 'Alniâh, dans le Dictionnaire qu’il n’apparaisse en ce monde. N’y a-t-il pas là incom­ de la Bible, t. i, col. 390-397. patibilité absolue entre l'interprétation messianique et On a beaucoup discuté sur l’étymologie du mot. Saint Jérôme et tous les anciens commentateurs font dé­ le contexte? A cette difficulté, plusieurs solutions ont été propo­ river 'alniâh de la racine hébraïque 'âlani, qui signifie : sées. Les uns croient l’écarter, en rapportant la dévas­ cacher, soustraire aux regards, d’où le sens de vierge tation dont il est question à l’état de la Palestine sous cachée, loin du commerce des hommes dans l’intégrité la domination romaine (Knabenbauer). Rien dans le la plus absolue. Gesenius et à sa suite la plupart des modernes, avec quelques réserves toutefois, adoptent texte ne laisse entendre qu’il s’agisse d’une époque une autre étymologie : 'alniâh dériverait d’une racine aussi éloignée; tout au contraire. Cf. Condamin, arabe 'alimah, signifiant être nubile. Mais c’est surtout loc. cit., p. 70. à l’emploi du nom dans la Bible qu’il faut demander D'autres retrouvent, dans le sujet du ÿ. 16, le fils qu'Isaïe a emmené avec lui, èear-IaSoub (Un-restele véritable sens, car bien souvent le sens étymologique reviendra). Le prophète, après avoir parlé d’Emma­ ne conserve plus qu’un rapport très éloigné avec le nuel, dirait en désignant son enfant : « Avant qu’il ne sens dérivé. D'une étude attentive de six autres pas­ sages de l’Ancien Testament, où 'alniâh est employé, il sache... » ÿ. 16 (Drach). Cette exégèse ne tient pas compte du lien qui existe entre le ÿ. 15 et le y. 16, qui ressort que le mot signifie une jeune femme non mariée, sûrement dans Gen., xxtv, 43, et Exod., n, 8, est l'explication du précédent. Il ne s’agit pas davan­ très probablement dans Cant., I, 3; vt, 8, et probable­ tage dans ce ÿ. 16 de l’enfant en général. G. Sanchez. ment dans Ps. txvin, 26. Dans Prov., xxx, 19, le sens La plupart des commentateurs catholiques recourent reste incertain. La conclusion de saint Jérôme est donc à l’anticipation prophétique, avec des nuances dans encore vraie : « Autant que je puis m’en souvenir, je son interprétation. « Souvent Dieu révélait à la fois aux prophètes divers événements, qui devaient s’accom­ ne crois jamais avoir trouvé aima dans le sens de femme mariée, mais toujours dans le sens de vierge, plir à des époques diverses; il les leur montrait néan­ moins sur un même plan, quelle que dût en étre la date : et de vierge encore jeune, dans les années de l’adoles­ les plus rapprochés et les plus éloignés étaient confon­ cence. » P. L., t. xxtv, col. 108. Le prophète a ainsi choisi une expression qui traduit mieux l’idée de dus ensemble, comme la ruine de Jérusalem et la fin jeune fille vierge que na'arâh, jeune personne mariée, du monde dans saint Matthieu, xxtv. » F. Vigoureux, Ruth, n, 5; tv, 42, ou non mariée, III Reg., i, 2; Manuel biblique, t. n, n.899. C’est grâce à ce mode de Esth., n, 3, et que betîilâh, vierge jeune ou vieille. vision qu’Isaïe associe l'Emmanuel et sa mère à l'his­ Cf. J. Calés, Le sens d’Almah en hébreu, d'apr'es les toire actuelle de Juda. C’est comme s’il disait: « Avant données sémitiques et bibliques, dans les Recherches qu'il se soit écoulé le temps qu’il faudrait à Emma­ de science religieuse, Paris, 1910, p. 161-468; S. Perret, nuel,s’il naissait de nos jours, pour sortir de l'enfance. La prophétie d’Emmanuel, dans la Revue pratique Israël et la Syrie seraient désolés. » Fillion, Vigou­ d’apologétique, du 15 octobre 1910, p. 84-86. roux. Les traducteurs d'Isaïe, dans la version des Septante, Van Hoonacker montre, en outre, pourquoi la per­ l’ont ainsi compris, et le mot de παρθένος, employé à sonne du Messie est ici mêlée à la menace de l’inva­ cet endroit, exprime, d’après l’usage qu’ils en font, l’idée sion assyrienne : c’est que le prophète « se représente de vierge au sens strict; beliilto' de la version syriaque les puissances ennemies qu’Emmanuel devra com­ se dit également d’une vierge. Saint Matthieu, après le battre, sous le type des armées assyriennes, qui vont récit de la conception virginale de Jésus, rappelle le envahir le pays. Le triomphe sur les nations doit être célèbre passage, selon le texte des Septante, et la for­ inauguré par la victoire finale sur les conquérants mule de citation ne favorise pas l’idée d'un sens accomassyriens qui vont envahir le pays, et comme le mal de modatice ou figuré, mais bien celle d’un sens propre la part de l’Assyrie est sur le point d’être suscité, Isaïe et littéral dans la pensée de celui qui fait la citation. est naturellement amené à présenter l'intervention Avec le premier Évangile la tradition chrétienne a re­ d’Emmanuel comme se préparant de son côté. » La connu la vierge, mère du Messie, dans V'almâh d’Isaïe. prophétie relative à la naissance d'Emmanuel, dans Cf. la liste des témoignages dressée par le P. Tailhan la Revue biblique, 1904, p. 226. dans ['Analysis biblica de Kilber, Paris, 1856, t. i, Le P. Lagrange ne voit pas dans le cas d’Emmanuel p. 354. une difficulté spéciale, une fois le ÿ. 16 écarté, chose Le prophète aurait-il dû, pour plus de clarté, dire facile à faire après avoir constaté « son allure louche que celle qui enfanterait resterait vierge dans la con­ et son caractère de doublet de vm, 4 ». « Ce sont tous les prophètes qui ont envisagé le salut comme pro­ ception et l'enfantement? Cf. Corluy. «S’il était ques­ chain, parce qu’il termine pour eux l’horizon, et que tion d'une jeune fille répond le P. Condamin, loc. cit., entre leur temps et le salut, l’histoire à venir n’est p. 69, vivant alors et connue de tous, le prophète, en la désignant pourrait dire, in sensu diviso : Cette qu'un espace vide dont il ne leur est pas donné de mesurer la durée... Si l'on prend l’ensemble de la Vierge enfantera, c’est-à-dire cette jeune fille, vierge jusqu’à présent et connue de vous comme telle, de- ! prophétie de l’Emmanuel, on reconnaîtra que sa per­ viendra mère comme toutes les mères. Mais il s’agit spective est extrêmement vague. Le prophète écoute ses pressentiments intimes, plutôt qu’il ne révèle le cours d'une femme qui n’apparait qu’aux regards du pro­ de l’histoire. La description des malheurs attendus se phète, et dent il n’est question que pour le moment prolonge en termes obscurs et presque incompréhenoù elle enfante le Messie. Si elle devait devenir mère selon les lois ordinaires, toute sa grandeur consiste- , sibles, et, en définitive, la naissance de l’enfant divin, 2437 EMMANUEL du rejeton de Jessé, n’est rattachée à aucune circons­ tance précise. Isaïe a hâte que Dieu opère le salut, dans son zèle pour la justice et par amour pour son peuple, ix, 6; peut-être espère-t-il en être témoin, mais, en somme, c’est l'avenir. L’avenir est représenté pour lui par le danger de la puissance assyrienne, il y place le nouveau David. » Revue biblique, 1905, p. 280281. Il n’en reste pas moins que les auditeurs, les contemporains du prophète, d’après ses paroles mêmes, étaient exposés à croire à une naissance prochaine du Messie. Une explication qui se rapproche de celle de M. Vigou­ reux, mais s’appuie sur d’autres preuves, est celle des PP. J.-A. Delattre, Huyghe, A. Durand et Condamin (ce dernier avec quelque réserve). « Le mot hébreu hinnêh (ιδού, ecce), n’indique pas toujours qu'un événement va se passer à brève échéance, cette parti­ cule prend encore parfois un sens purement condi­ tionnel. Elle introduit l’énoncé d'une proposition, qui, pour être conditionnelle et secondaire dans l'ensemble de toute la phrase, n’en garde pas moins en elle-même un sens certain et catégorique. » A. Durand, loc. cit., p. 274-275. A l’appui, plusieurs passages : Exod., ni, 13; I Reg., tx, 7; Lev., xin,25. On pourrait ainsi com­ prendre la menace d’Isaïe : Jahvé punira bientôt l’in­ crédulité d’Achaz; cela est tellement sûr que « si la Vierge promise venait maintenant à concevoir et à enfanter, l’Emmanuel, son fils, en qui la famille de David place son espoir, n'aurait pas encore atteint l’âge de discrétion qu’on se verrait déjà en face des faits accomplis. Comme tous les autres il en serait réduit à se nourrir de lait et de miel sauvage, les seuls mets qu'on trouvera dans le pays, après que les enne­ mis auront passé. » Durand. L’objeclion que soulève cette interprétation, c’est l'incertitude du sens hypo­ thétique donné à la particule hinnêh à cause de son extrême rareté dans la langue des prophètes. Ce sens plus fréquent avec la particule Aên, forme abrégée de la précédente, pourrait plus aisément être admis s’il était démontré que le hé final de hinnêh dans le texte actuel d’Isaïe provient, par dittographie,de la consonne initiale du mot suivant; maisce n’est là qu’une simple hypothèse. Les difficultés nombreuses, auxquelles se heurte l’exégèse de la prophétie de l’Emmanuel, tiennent, en partie du moins, à ce que le texte ne nous est pas par­ venu dans sa pureté primitive. Ce texte, à cause de son obscurité même, a dû subir des remaniements, les quelques gloses assez évidentes que l’on peut constater dans le contexte les rendent vraisemblables ; comment les discerner, comment suppléer aux lacunes? Les critiques à ce sujet ne s’entendent guère, leurs raisons ne paraissent pas jusqu’alors assez convaincantes pour motiver le rejet de l'un ou l’autre des versets les plus discutés 15 et 16. N’oublions pas non plus que si la prophétie n’est pas une « énigme dont l’événement doit donner la clef » (de Broglie), elle n’est pas davan­ tage l’équivalent absolu de ce que le Christ et les apôtres ont accompli. « La réalité a toujours et de beaucoup dépassé les prédictions, et, de ce chef, la vision prophétique n’a jamais été, semble-t-il, adéquate à son objet. » Isaïe, en parlant de l’Emmanuel, a-t-il entrevu la splendeur du mystère divin? on n’oserait le prétendre. J. Touzard, L'argument prophétique, dans la Revue pratique d'apologétique, t. vu, p. 85. Ici, comme bien souvent ailleurs, l’événement a jeté une lumière nécessaire sur le sens profond et dernier de la prophétie. C’est ce que disait, avec quelque exagéra­ tion (car il n’admet pas le sens littéral messianique), Calmet dans son jugement sur l’oracle d’Isaïe : « On peut envisager ces paroles : Une vierge concevra et enfantera un fils dont le nom sera Emmanuel ou dans un sens absolu et détaché du reste du discours ; et 2432 alors il marquera évidemment la naissance do Messie d'une mère vierge ; ou dans un sens respectif, comme lié et enclavé avec la prophétie qui regarde le fils d'Isaïe; et alors, il n’y aura que l’autorité de JésusChrist, des apôtres,"des Pères et de l’Église qui nous déterminera à détacher celte proposition et les autres des chapitres suivants, lesquelles regardent le .Messie, du reste de la prophétie qui regarde l’enfant de la prophétesse, épouse d’Isaïe. » Commentaire littéral, dissertation spéciale, 2° édit., Paris, 1726, t. v, p. 587. V. Aperçu i>e l'interprétation. — 1» Chez les Juifs. — Après Isaïe, on ne trouve plus dans ΓAncien Testa­ ment le nom d’Emmanuel; l’allusion de Michée, v, 2. est la seule que nous puissions relever avec certitude. La traduction des Septante : ιδού ή παρθένος..., nous est une précieuse indication de l'interprétation messia­ nique alors reçue en milieu juif. On a prétendu que cette traduction n’était qu’un écho de la croyance popu­ laire des Juifs d’Alexandrie et de Palestine en la nais­ sance du Messie d'une vierge, croyance qui n’avait pu manquer d'influencer l’exégèse de l’oracle d’Isaïe et son interprétation chrétienne. Cf. F. P. Badham, qui cite plusieurs passages des écrits rabbiniques et quel­ ques allusions de Philon qui se rapporteraient à une naissance miraculeuse du Messie attendu par les Juifs. The academy, 8 juin 1895. p. 485-487. Cependant une étude particulière des doctrines de l’antique synagogue n'a pas retrouvé trace de l'idée de la Vierge-mère dans les conceptions messianiques au moins au siècle qui précède l’ère chrétienne. Cf. Durand, L’enfance dJésus-Christ, Paris, 1908, p. 180, et les auteurs cités. Voir aussi E. Mangenot, Les Évangiles synoptiques, Paris, 1911, p. 127-129. Le juif Tryphon, dans sa con­ férence avec saint Justin, déclare que le Messie attendu par Israël sera un homme né comme les autres : πάντες ημείς τον Χρίστον άνθρωπον έξ ανθρώπων προσδοκώμε γενήσεβΟαι. Dial, cum Tryphone, n. 49, P. G., t. vi, coi. 581. Les versions grecques d’Aquila et de Théodotion rendent 'almâh par νεάνες. Cf. S. Irénée, maintenant contre elles la traduction des Septante, Cont. hær., I. III, c. xxi, P. G., t. vu, col. 946. Les rabbins, qui se sont ingéniés à découvrirdes noms au Messie, n’ont ;■.·■.= trouvé celui d’Emmanuel, c’est qu’ils appliquaient la prophétie d’Isaïe à Ézéchias; « cette restriction es: sûrement née de l’opposition au christianisme. Si R. José le Galiléen avait trouvé le nom de Chalôm dans Isaïe, tx, 5, il eût pu relever tout à côté beaucoup d’autres explications : Pèle (admirable), lo'éf (conseil­ ler), 'El gibbor (Dieu héros), etc. Mais on n’aimait pas beaucoup tout cet endroit à cause des chrétiens qui reconnaissaient dans l'Emmanuel le fils de la Vierge. Lagrange, Le messianisme chez les Juifs, Paris, 1909. p. 217-218. L'Apocalypse grecque de Baruch, iv, dans Kautzsch, Die Apocryphen und Pseudepig raphen des A. T., Fribourg-en-Brisgau, 1900, t. il, p. 45, dit bien que Jésus est appelé Emmanuel, mais c’est très vrai­ semblablement une interpolation chrétienne. Les Juifs modernes pas plus que les contemporains de saint Justin n’admettent l'interprétation messia­ nique qui, disent-ils, semble avoir toujours été incon­ nue en milieu juif. Cf. Jeicish encyclopaedia, au mot Immanuel. 2° Chez les chrétiens. — Après saint Matthieu, I, 1825, l’exégèse chrétienne a été unanime, aux premiers siècles, à voir dans Isaïe, vu, 14, une prophétie messia­ nique. Les témoignages,et des plus anciens.abondent; il suffira d'en indiquer quelques-uns. C’est saint Justin disculantavec le juif Tryphon, Dial, cum Tryph., n.43. 66, P. G., t. vi, col. 568, 627, et établissant, parle texte d'Isaïe, la naissance virginale de Jésus. Apol., i, n.33 ibid., col. 379; saint Irénée, le défenseur delà traduc­ tion des Septante (παρθένος) contre celle des Juif- 2Ï39 EMMANUEL EMPÊCHEMENTS DE MARIAGE contemporains (νεάνις); Tertullien, autre adversaire des Juifs, démontre le sens messianique de l’oracle d’Isaïe. Adv. Judæos, IX, P. L., t. il, col. 618. A Celse, Origêne reproche son ignorance ou sa dissimulation au sujet du même texte, véritable prophétie de la conception virginale. Cont. Cels., t, 34, P. G., t. xi, col. 725. En un mot, le passage d'Isaïe, vu, 14, est, chez les Pères et les écrivains des premiers siècles, une preuve classique pour établir le miracle de la conception virginale. Il n’y a pas même lieu de faire une exception pour saint Augustin. Ph. Friedrich, Die Marialogie des hl. Augustinus, Cologne, 1907. « Comme ses prédécesseurs, remarque à ce propos F. Cavallera, quand il avait à parler de la conception virginale et des prophéties qui l'annonçaient, tout naturellement saint Augustin son­ geait au texte déjà utilisé par l’auteur du premier Évangile et le citait. La seule différence..., c’est qu’il ne s’attarde jamais comme eux à discuter en détail, et à justifier l’interprétation chrétienne de ce texte pro­ phétique. Saint Augustin le cite... huit fois. Se sentant en pleine possession de la vérité, il lui paraît suffire de le rapporter pourqiie force probante lui soil acquise de plein droit. » Cf. Contra Faustum manichæum, 1. XIII. c. ut, P. L., t. XLH, col. 282 283; De civitate Dei, I. XVIII, c. xlvi, P. L., t. xli, col. 608, etc. Voir F. Cavallera, Saint Augustin et la prophétie de la Vierge Mère, dans les Recherches de science religieuse, juillet-août 1910, p. 380-384. « Un antique monument des catacombes romaines confirme la tradition écrite. Dans une chambre sépul­ crale du cimetière de Priscille que M. De Rossi fait remonter aux confins de l’âge apostolique, Marie est représentée assise, la tête à demi couverte d’un voile... et portant dans ses bras l'enfant Jésus... Debout à côté de la Vierge Mère, un homme tient d'une main un volume roulé, et montre de l'autre une étoile. Dans ce personnage jeune et austère, vêtu en philosophe, M. De Rossi reconnaît Isaïe. Cette image, peinte au plus tard dans la première moitié du n» siècle, est donc une illustration de l’oracle d'Isaïe, » Mangenot, Dictionnaire de la Bible, λ\ι mot'4Zmd/i,t.i, col. 394. Voir 1.1, col. 2012. Une tradition aussi solidement établie n’a guère varié au cours des siècles parmi les écrivains catholiques. Quelques voix discordantes seulement : au xu· siècle, celle d’André de Saint Victor, qui, dans son Commentaire d’Isaïe, expose, sansoser la réfuter, l'opinion des rabbins faisant de la mère d’Emmanuel, la femme du prophète, cf. Richard de Saint-Victor, P. L., t. cxcvt, col. 601606; au XVIIIe siècle, celle d’un professeur d’exégèse, Isenbiehl, enseignant au séminaire de Mayence que la prophétie d’Emmanuel ne concerne pas le Messie, ni au sens littéral ni même au sens typique, et que par conséquent la citation de saint Matthieu n’est qu’une accommodation historique, ou plutôt une simple allu­ sion. Plusieurs facultés de théologie censurèrent cette affirmation etl’ouvrageoùellese trouvait exposée;celuici fut condamné par le pape Pie Vl,parce>qu'il renfermait doctrinam et propositiones respective falsas, temera­ rias, scandalosas, perniciosas, erroneas, hseresi faven­ tes et hærelicas, avec défense de le lire sous peine d’ex­ communication réservée au souverain pontife. Bullarium romanum, de Pie VI, n. ccxxx, Rome, 1843, t. vi, p. 146. Cf. Vigouroux, Did. de la Bible, art. Isenbiehl. Les récentes polémiques soulevées par un article de la Revue d'histoire et de littérature religieuses, marsavril 1907, p. 117-134; cf. aussi Loisy, Les Évangiles synoptiques, Paris, 1907. t. i, p. 336-340, ont donné occa­ sion à la tradition catholique de s’affirmer une nouvel le fois, en défendant le dogme de la conception virgi­ nale et son annonce prophétique dans Isaïe. Cf. L. de Grandmaison, dans les Éludes, 20 mai 1907, p. 503-527. Quelques commentateurs, tant protestants que catho­ liques, pensent qu’au sens littéral et historique le pro­ 2440 phète parle d’un enfant connu de ses contemporains et qu'il n’a en vue la naissance du Messie qu’en un sens figuratif ou typique; à l'appui on invoque l’auto­ rité de Grotius, de Calmet et quelquefois, mais à tort, de Bossuet. La difficulté capitale de cette interprétation, c’est l’inaptitude absolue d’une conception et d’un enfantement d’après les lois ordinaires de la nature à figurer par avance la conception et l’enfantement d’une vierge. Longtemps l'exégèse protestante a vu un oracle messia­ nique dans les paroles d’Isaïe au roi Achaz. Au XIXe siècle encore, Rosenmüller, Keil, Delitzsch, etc., ont été les défenseurs de l’interprétation traditionnelle, et de nos jours. Davidson, Driver, etc., en reconnaissent le bien fondé, mais de plus en plus elle est abandonnée pour l’une ou l’autre des opinions rapportées plus haut. Pour les uns, il n’y a dans le passage d’Isaïe, vu, 14, que l’expression de la joie de la délivrance symbolisée dans le nom d’Emmanuel. Lichtenberger, Encyclopédie des sciences religieuses, Paris, 1878, au mot Emmanuel; Cheyne, Encyclopaedia biblica, Edimbourg, 1899-1903, au mot Immanuel. Pour les autres, il y est bien ques­ tion de l’annonce de la naissance extraordinaire d’un libérateur, mais analogue â celle que l’on trouve dans les fables de la mythologie païenne, surtout de l’Ancien Orient. Alfred Jeremias, Babylonisches im Neuen Tes­ tament, Leipzig, 1905, p. 47 sq.; Gressmann, Der L’rsprung der israelitisch-jüdischen Eschatologie, Gœttingue, 1905, p. 270. La réfutation de ces affirmations a sa place dans une étude sur la conception virginale. Cf. L. de Grandmaison, loc. cit. ; E. Mangenot, Les Évangiles synoptiques, Paris, 1911, p. 129-131, 136-139, et la bibliographie. Les commentaires d’Isaïe, anciens et modern.», oont les plus importants sont mentionnés dans l’ouvrage du P. Condamin, Le livre d'Isaie, Paris. 1905, p. xv-xvm; les dictionnaires et encyclopédies : Vigouroux, Dictionnaire de la Bible, aux mots Almuh et Emmanuel, tous deux de Mangenot; Hastings, A Dictionary of the Bible, au mot Immanuel, de A. B. David­ son; Cheyne, Encyclopædia biblica, au mot Immanuel, de Cheyne, les mots Messianisme. Prophéties, Jésus-Christ don­ nent aussi des indications sur le même sujet: les théologies de l’Ancien Testament en général, et des livres prophétiques en particulier traitent, avec plus ou moins d’abondance, la question de l’Emmanuel. Quelques ouvrages plus spéciaux : Bossuet, Explication de laprophétied'Isaie sur l'enfantement de la sainte Vierge, dans ses Œuvres, édit, de Versailles, 1815, t. ni, p. 1-29; Reinke, Die Weissagung von der Jungfrau und vom Immanuel, Muns­ ter, 1848; Fillion, Essais d'exégèse, Lyon, 1884, p. 1-99; Corluy, Spicilegium dogmatico-biblicum, Gand, 1884, t. t, p. 394-421; Bredenkamp, Vaticinium quod de Imm. edidit Jes., 1880; Budde, Ueber das siebente Cap. d. Bûches Jes., dans les Études dédiées à M. le D'Leemans, 1885; Giesebrecht. Die Immanuelweissagung, dans Studien und Kritiken, 1888. Voir aussi une série de dissertations citées dans Corneille de la Pierre, Com­ ment. Script, sac , Paris, 1866, t. xi, p. 197-198; cf. Perret, La prophétie d'Emmanuel, dans la Revue pratique d’apologéti­ que du 15 octobre 1910, p. 81-99, et les travaux mentionnés au cours de l'article. A. Clamer. EMPÊCHEMENTS DE MARIAGE. — I. Notion et division de ces empêchements. II. Pouvoir de les établir. 111. Dispenses qui peuvent y remédier. I. Notion et différentes espèces. — 1° Notion. — L’empêchement de mariage est un obstacle légal, en vertu duquel le mariage ne peut être contracté valide­ ment ou au moins licitement. L'empêchement est un « obstacle légal », c’est-à-dire une défense légitime, émanant de la loi naturelle, divine ou humaine.il a pour effet juridique de rendre invalide, outoutau moins illicite,le mariage contracté avant l’enlèveinentde cet obstacle. Il existe, en effet, deux genres d’empêchements de mariage : les uns, dirimants, qui non seulement s’opposent à ce que le mariage soit li­ cite, mais encore l'invalident et le rendent impossible 2441 EMPÊCHEMENTS DE MARIAGE ou l'annulent, de manière que si, nonobstant ces em­ pêchements, le contrat de mariage a lieu en fait, de facto, il n'a aucune valeur juridique, et n'existe pas en droit, de jure, S. Thomas, Sum. theol., lllæ, Suppl., q. L, a. 1, ad 7"”1; les autres, seulement prohibants, qui, sans invalider le mariage, empêchent que sa célé­ bration ne soit licite. 2» Différentes espèces. — On distingue:!, les empê­ chements de droit naturel, ceux de droit divin positif, et ceux de droit ecclésiastique, selon les diverses lois d’ou ils procèdent. — 2. Les empêchements absolus et les empêchements relatifs : les premiers s’opposent à la célébration du mariage avec quelque personne que ce soit; les seconds existent seulement par rapport à certaines personnes déterminées. — 3. Les empêche­ ments perpétuels et les empêchements temporaires, selon que, de leur nature, ils sont faits pour durer tou­ jours, ou qu’à un moment donné ils doivent cesser d’exister. — 4. Les empêchements dispensables et les empêchements indispensables. Ceux-ci sont les empê­ chements desquels l’Église ne peut pas dispenser ou n’a pas coutume de le faire; ceux-là, au contraire, sont les empêchements pour lesquels l’Église peut accorder la dispense et a coutume de l'accorder.—5. Les empêche­ ments antérieurs et les empêchements postérieurs au mariage. Les premiers se vérifient avant la célébration du mariage; les seconds surviennent après que le con­ trat a été effectué. Régulièrement, il est vrai, les em­ pêchements ne peuvent atteindre le lien matrimonial qu’autant qu’ils précèdent la célébration des noces. Ce,tendant, il existe trois cas dans lesquels le mariage déjà validement contracté est ensuite dissous, à savoir, pour le mariage ratifié mais non consommé, ratum non consummatum, la profession religieuse solennelle, ou encore la dispense du souverain pontife, et, pour le mariage même consommé, le cas spécial visé par l’apôtre saint Paul, I Cor., vu, 12 sq., appelé également « privilège de la foi », privilegium fidei. Voir Divorce, col. 1469-1470,1473-1474. De plus.il faut observer quest, en dehors des trois cas précités, les empêchements qui surviennent après le contrat ne peuvent rien contre le lien matrimonial lui-même, ils obtiennent toutefois certains effets juridiques très notables, par exemple, touchant la faculté de réclamer le devoir conjugal. Voir Affinité. — 6. Les empêchements publics et les empê­ chements occultes : classification à laquelle il faut bien faire attention en matière de dispenses, comme nous le verrons bientôt, car de là dépend la compétence de tel ou tel tribunal auquel on doit avoir recours, ainsi que la méthode à observer dans ce recours lui-même. Or, un empêchement est dit simplement occulte ou quasiocculte, lorsque le fait est connu seulement de peu de personnes, par exemple, dans un bourg, in oppido, on bien sept ou huit dans une ville, in civitate, pourvu cependant que la chose n’ait pas encore été divulguée par ces personnes, ou qu’on ne puisse pas prudemment conjecturer qu’elle le sera facilement et au bout de peu de temps. Cf. Benoit XIV, Institutiones ecclesiasticæ, lxxxvii, n. 45. Que si l’empêchement ne pouvait pas être prouvé au for externe, au moins par deux témoins, et ne relevait pour ainsi dire que du jugement de Dieu, il serait dit alors tout à fait occulte. Il suit de là que l’empêchement resterait également tout à fait occulte si, en dehors du confess.-iir et des parties intéressées, une seule personne avaitlconnaissance de la chose; on conseillerait toutefois d’exprimer ce détail dans la supplique pour obtenir la dispense. Cf. Fagnan, In lit. de cohabitalione cleric, et mal., c. Vestra, n. 127; Benoit XIV, loc. cil., n. 43; Feije, De impedimentis et dispensationibus matrimonialibus, η. 88. Un empêchement peut être public de deux manières. Ainsi il est «lit public de sa nature, s’il est tel que, par lui-même, il puisse facilement être prouvé et découvert quoique, en fait, il reste encore occulte; de ce genre sont la consanguinité, l'affinité ex copula licita, laparenté légale, la parenté spirituelle, l'honnêteté publique, etc., en sorte que, pour ces empêchements, il faut toujours procéder comme s'ils étaient publics en fait, même s’ils restent encore ignorés, l it second lieu, l'empêchement esl dit public de fait, si, d’après les circonstances mêmes, il est vraiment notoire, ou bien s’il est connu d’un cer­ tain nombre de personnes de façon que sa divulgation soit légitimement à craindre; de même, l'empêchement est censé public en fait,si à son sujet court un tel bruit, rumor, ou une telle renommée, fama, qu'il y ait lieu de croire raisonnablement à son existence. Cf. BenoltXlV, loc. cit., n. 46. 11 suffit en outre que l’empêchement soit matériellement public, c’est-à-dire quant au fait lui-même, encore qu’il reste formellement occulte, c’est-à-dire que les personnes ignorent que, de ce fait, arrivé par ailleurs à leur connaissance, résulte l’empê­ chement lui-même. Cf. Benoît XIV, loc. cit., n. 48; décret de la Pénitencerie, an. 1875, allégué par la S. C. du Concile, in Ferrarien., 29 janvier 1881. dans Thesaurus S. C. Concilii, t. cxl; Acta Sanctæ Sedis, t. xiv, p. 157; Eeije, loc. cit., n. 94. Telle est la doctrine enseignée par les principaux canonistes avec le pape Benoit XIV à leur tête, doctrine conforme d'ailleurs à la jurisprudence du Siège apostolique qui, d’après le témoignage de Benoit XIV lui-même, ayant eu part à l’administration des Congrégations romaines avant d’être élevé au souverain pontificat, doit être notre guide autorisé en la matière : Vt occultum impedi­ mentum dignoscatur, parum conferre putamus, si illorum sententiæ tantum investigentur, qui nulla experientia præditi Sac. Pænitenliariæ, de hac re temere scripserunt ; sed necessarium ducimus per­ scrutari quid hoc vocabulo occulti impedimenti ab eodem sac. tribunali intelligatur. Uæc autem cognitio ab illis solum comparari potest, qui munus aliquod in ipso tribunali gesserunt. Cf. Benoît XIV, op. cit., n. 43. En pratique, pour bien juger si tel empêchement de mariage doit être tenu pour public ou pour occulte, et s’il y a ou non pour cet empêchement danger pro­ chain de divulgation, on doit avoir égard aux circons­ tances de fait et de lieu, et il faut en outre tenir compte non seulement du nombre, mais encore de la condition et de la qualité des personnes qui peuvent connaître l’empêchement. Cf. Reilfenstuel, Appendix de dispen­ sationibus matrimonialibus, n. 46. 7. Les empêchements certains et les empêchements douteux. Or, le doute peut exister de deux sortes, savoir, le doute de droit et le doute de fait. Le doute est de droit, lorsque, si par ailleurs le fait lui-même est certain, il n’appert pas clairement cependant que de ce fait résulte un empêchement; le doute est de fait, lorsque, si par ailleurs il est certain que de tel fait découle l’empêchement, il n'appert pas pourtant avec évidence que, dans tel cas particulier, le fait existe vraiment. Voir col. 1812. Quelle est la conduite à tenir dans le cas de ces deux doutes à propos des empêchements de mariage? Dans le doute de droit, si du moins il s'agit d’em­ pêchements de droit ecclésiastique, la défense cano­ nique n’urge pas, et le principe suivant trouve son application : Impedimentum dubium impedimenturn nullum, pourvu toutefois que l’opinion touchant l'absence d’empêchement soit vraiment probable, com­ munément et certainement reçue par les auteurs comme probable. Cf. S. Alphonse de Liguori, Theologia moralis, 1. VI, n. SOI. L’Église, en etlel, peut, dans la plénitude de son droit, suppléer et supplée le défaut de ce doute spéculatif ; chose qui ne saurait se vérifier, s’il s’agissait d’empêchements de droit divin : c'est pourquoi, quand le doute de droit porte sur une loi divine naturelle ou positive, on tient communéme it 24 43 EMPÊCHEMENTS DE MARIAGE 2444 pour la non-licéité du mariage. Cf. Gasparri, De ma­ époux incestueux, avait coutume d’alléguer la clause : trimonio, n. 261 ; De Becker, De sponsalibus et ma­ Quod alter alteri supervivens perpetuo absque spe trimonio, p. 270; J. Pompen, Tractatus de dispensa­ conjugii remaneat, cf. Schmalzgrueber, ibid,, n. 56; tionibus, part. I, η. 1. — Dans le doute de fait, il faut, Benoit XIV, Quæst. can., q. ci.xxxiu; Giovine, op. cit., avant tout, s’appliquer, par une enquête diligente, à t. I, § 196; Feije, op. cit., n. 369; Gasparri, op. cit., éloigner ce doute. Que si, toutes choses bien examinées n. 775; art. Adultère et i.e lien du mariage, t. i, et bien pesées, il reste encore un doute prudent con­ col. 488 sq.; le meurtre de l’épouse, uxoricidium, cernant le fait incriminé, le mariage ne peut être lici­ can. 5, Interfectores, can. 7, Quacumque, et can. 8, tement célébré qu’après avoir sollicité une dispense Admonere, caus. XXXIII. q. n, et. plus probablement, ad cautelam : telle est la portée du décret du Saintle meurtre de l’époux, coniugicidium, cf. Pirhing, Office, du 9 décembre 1874. loc. cit., η. Il; Schmalzgrueber, loc. cit., n. 48, 52; 8. Les divers empêchements prohibants et dirimants. l’assassinat d’un prêtre, presbylericidium, can. 5, — a) Les empêchements prohibants sont ordinaire­ De eo, caus. XXX, q. i; c. Qui presbyterum, tit. n, ment imliqués par les canonistes dans le vers suivant, De pænit. el remiss.; toutefois pour encourir cette qui d'ailleurs est loin de comprendre tous les obstacles peine d’un empêchement prohibant du mariage, il juridiques qui, sans porter atteinte à la validité du I fallait que le meurtrier du prêtre fût convaincu de contrat, peuvent néanmoins s’opposer à la licéité du son crime au for contentieux. Cf. Pirhing, in tit. xvt, mariage : De matrim. contracto contra interdictum Ecclesiæ; Schmalzgrueber, loc. cit., n. 44; l’infanticide, inter­ Ecclesiæ vetitum, tempus, sponsalia, votum. fectio propriæ prolis, can. 1, tit. De iis qui filios occi­ derunt; le mariage attentatoire et sacrilège, contracté On distingue, en effet, généralement, dans le droit sciemment et consommé avec une religieuse de vœux actuel, sept empêchements prohibants : savoir : a. l’em­ pêchement des fiançailles, voir ce mot; b. l’omission solennels, can. 13, Hi ergo,catis. XXV11 ; can. 6, tit. De pænit. et pecc. remiss.; cf. Schmalzgrueber, loc. cit., des bans, voir t. il, col. 161 ; c. le défaut de consente n. 46; le rapt de l’épouse du prochain, raptus sponsæ ment des parents, voir Parents (Droits des); d. la dé­ fense, ou interdit spécial, émanant de l’autorité ecclé­ alienee; en effet, ce crime, qui déjà rend invalide le siastique, voir Interdit; e. le temps férié ou fermé, mariage entre le ravisseur et sa victime, tant que voir ce mot; f. le vœu simple, voir Vœux; g. l’em­ celle-ci reste en son pouvoir, constituait encore un pêchement de religion mixte. Voir Disparité de culte, empêchement prohibant pour le mariage avec toute col. 1416 sq. autre personne, can. 34, cans. XXVII, q. n; cf. Schmalz­ Plusieurs auteurs mentionnent également, parmi les grueber, loc. cit., n. 54; enfin la pénitence publique et empêchements prohibants, l’empêchement d’indignité, solennelle, pænitentia publica, constituait, elle aussi, impedimentum indignitatis, en raison d’un péché un empêchement prohibant, pendant toute sa durée, grave, ou d'une censure, ou de 1’ignorance du caté­ can. Si quis, 16, et can. ull., caus. XXXIII, q. n. Cf. Schmalzgrueber, loc. cit., n. 45; art. Adultère et chisme, c'est-à-dire de la doctrine chrétienne. Or, si cette indignité est publique, il faut, en règle générale, le lien DU mariage, t. i, col. 485 sq. Or, de tous ces empêchements il faut observer que pratiquement aucun s’opposer à la célébration du mariage, à moins que l’assistance du curé, pour des causes vraiment graves, ne subsiste plus aujourd’hui, sans excepter l’inceste, à puisse être excusée; que si l'indignité des contractants moins que, dans les lettres de dispense pour la reva­ est occulte, l'assistance du curé pourra être licite, au lidation du mariage ainsi contracté sciemment dans for externe; mais il appartiendra au curé de faire les degrés défendus de la parenté, le Saint-Siège ne prudemment tout son possible pour empêcher cette vienne, par une clause spéciale, et pour le cas éventuel réception sacrilège, quoique occulte, du sacrement de de la mort du conjoint, à interdire les secondes noces mariage. Cf. Benoit XIV, De synodo diœcesana, L VIII, à l’époux incestueux. Voir Parenté. Cf. Schmalz­ c. xiv, n. 5; 1. IX, c. tu, n. 5; d'Annibale, Summula grueber, Sponsalia et matrimonium, L IV Decret., theologiæ moralis, part. III, § 463; Feije, op. cit., tit. n, n. 67; Chiericato, Decis., XXXVII, De sacra­ n. 277; Gasparri, op. cit., n. 526 sq.; Deshayes, Me­ mento matrimonii, η. 14, 19 sq.; Giovine, De dispen­ sationibus matrimonialibus, t. i, p. 332, 356 sq., mento juris ecclesiastici, η. 1421 sq. Outre ces empêchements, le droit ancien en recon­ 688 sq.; Feije, op. cit., n. 548; Gasparri, op. cit., naissait d'autres, au sujet desquels les auteurs discutent n.475; Donoso, Institutionesdederechocanonico,n.243. b) Les empêchements dirimants ont coutume d’être pour savoir s’ils sont encore présentement en vigueur : formulés par les auteurs dans les vers suivants, sorte certains pensant qu’ils ont été abrogés par la coutume d’aide-mémoire dont la composition paraîtrait appar­ générale, d'autant plus que l’existence de quelquestenir à Tancréde : uns serait douteuse dans le droit; d’autres prétendant que plusieurs, sinon tous, ont conservé leur application Error, conditio, votum, cognatio, crimen, juridique. Parmi ces anciens empêchements, on peut Cultus disparitas, vis, ordo, ligamen, honestas, Ætas, affinis, si clandestinus et impos. mentionner l’empêchement constitué par le catéchisme, Si mulier sit rapta loco nec reddita tuto, par lequel le catéchiste, en raison des leçons données Hæc socianda vetant connubia, facta retractant. à un catéchumène, contractait un empêchement pro­ Or, ces empêchements peuvent se rattacher à quatre hibant. Cf. c. v et il, tit. De cognatione spirituali, grandes classifications : a. Les uns proviennent d’un in 6’. Que cet empêchement ait été supprimé par le con­ défaut de consentement, savoir : l’erreur et la condi­ cile de Trente, sess. XXIV, c. n, De reform, matrim., tion servile, voir Erreur, la violence et la crainte, tous les canonistes l’accordent. Cf. Gonzalez, in c. v, voir ces mots, enfin le rapt. Voir ce mot. b. Un autre tit. cit., n. 4; Barbosa, ibid., η. 3; Pirhing, ibid., résulte du défaut de forme canonique, c’est-à-dire de η. 25; Schmalzgrueber, ibid., η. 59 sq. l’absence des solennités substantielles imposées par le On peut noter également les empêchements de certains décret Tametsi du concile de Trente, remanié d’ail­ crimes considérables, comme l’inceste, caus. XXXV, q.n leurs par le décret Ne temere du 2 août 1907. C’est et nt, can. 4 : Qui propinquam sanguinis uxorem ducunt l’empêchement de clandestinité, c. D'autres empê­ et separantur, non licebit eis, quamdiu utrique vivunt, chements sont constitués par l’inhabileté absolue alias uxores sibi in conjugio sociare, nisi ignorantia des personnes, en sorte que celles-ci sont juridique­ excusentur : décret dont s’inspirait l'ancienne juris­ ment incapables de contracter mariage avec quel­ prudence de la Daterie, qui, dans les dispenses matri­ que autre personne que ce soit: ce sont l’empêchement moniales pour revalider le mariage attenté par des 2445 EMPÊCHEMENTS DE MARIAGE 244(i d’âge, voir ce mot, celui d’impuissance, voir ce mot, I Trente fut définie contre les hérésiarques du xvi’siècle, celui de lien, voir ce mot, celui d'ordre sacré, voir qui niaient l’existence du sacrement de manage, et, ce mot, celui de vœu solennel, et celui de vœu simple tandis qu’ils refusaient à l’Eglise le droit d’établir des de chasteté dans les deux cas prévus par le droit. Gré­ empêchements dirimants, reconnaissaient, au contraire, goire XIII, const. Ascendente Domino, 25 mars 1584; ce pouvoir à la puissance séculière, le mariage n’étant, décret de Gratien, can. 10, 12, dist. XXVIII; can. 14, à leur jugement, qu’un simple contrat civil et profane. dist. XXXII; voir Vœu. Enfin, les autres empêche­ Cf. Perrone, Prælectiones theologicæ de matrimonio, ments découlent d’une inhabileté relative des per­ n. 156, 176, 187. sonnes, en sorte que celles-ci sont juridiquement inca­ Or, après la définition du concile de Trente, surgi­ pables de contracter mariage seulement avec certaines rent d’autres erreurs. Certains, et parmi eux surtout personnes déterminées : ce sont la parenté naturelle les jansénistes, ne pouvant nier que l’r.glise avait cons­ (consanguinité), spirituelle et légale, voir Parenté; tamment exercé le pouvoir d'établir des empêchements l'affinité, voir ce mot; l’honnêteté publique, voir ce de mariage, et désirant, d’autre part, échapper à l’ana­ mot; la disparité du culte, voir ce mot; et le crime. thème du concile, imaginèrent de dire que, si l’tglise Voir t. in, col. 2327-2329. détenait ce pouvoir, elle ne le possédait pas de droit Quelques canonistes ajoutent avec raison à cette liste propre et constitutionnel, mais le devait à la conces­ des empêchements dirimants celui qui peut venir de sion des princes séculiers. Tel fut Marc-Antoine de l’interdiction du mariage par le souverain pontife. Si, Dominis, qui, dans son livre De republica ecclesiastica, en effet, l'interdiction spéciale opposée à la célébration cf. Perrone, op. cil., n. 157, déclare que les causes du mariage par l’autorité ecclésiastique, Ecclesiæ ve­ matrimoniales ne peuvent pas appartenir de droit titum, constitue, en règle générale, un empêchement divin à la puissance ecclésiastique, celle-ci étant d’une simplement prohibant, il appartient toutefois au sou­ nature toute spirituelle, et, cela, même dans l’hypo­ verain pontife d’adjoindre à celte défense une clause thèse où le mariage serait un sacrement; d’où il con­ irritante, en sorte qu’on se trouve alors en présence clut que le pouvoir d’établir des empêchements diri­ d’un véritable empêchement dirimant pouvant annuler mants revient exclusivement aux princes séculiers, et ne saurait être attribué à l’Église que par une con­ le contrat du mariage qui passerait outre. Voir In­ cession de la puissance civile. Jean Launoy, dans son terdit. De ce pouvoir le souverain pontife fait quelque­ fois usage en de graves circonstances par 1’organe des ouvrage De regia in matrimonium potestate, cf. Per­ Congrégations romaines : ainsi en arrive-t-il lorsque, rone, op. cit., η. 157, où il admet nettement l'existence dans le cas de dispense pour le vœu perpétuel de chas­ du sacrement de mariage, prétend que la formalité de teté, intervient une clause défendant à la personne dé­ sacrement vient s’ajouter comme un élément distinct livrée de son vœu de contracter un nouveau mariage, au contrat naturel lui-même, en sorte que seul le pou­ si parfois elle survit à son conjoint. Cependant si, dans voir civil possède, de droit propre et constitutionnel, la dispense d’un mariage ratifié, mais non consommé, la faculté d’établir des empêchements dirimants, tandis que l’Église ne peut en dispenser qu’en vertu de la con­ pour cause d'impuissance douteuse du mari ou de la femme. Rome a coutume de défendre à la partie douteu­ cession des princes séculiers; cet auteur affirme en sement impuissante de convoler en de nouvelles noces, outre que les canons 3 et 4 du concile de Trente, déjà sans en avoir d’abord référé â la S. C. : vetito mulieri allégués, ne sont pas dogmatiques, et que sous le nom d'« Église » on doit entendre les princes civils eux(vel viro) transitu ad alias nuptias, inconsulta S. C., ce vetitum n’est pas considère comme constituant un mêmes. Plusieurs autres théologiens et canonistes empêchement dirimant. Cf. Schmalzgrueber, op. cit-, enseignèrent également que le pouvoir de constituer tit. xvi, n.10; Leurenius, In IV lib. Decretal., tit. xvi, des empêchements de mariage appartenait aux princes q. CCLVin, n. 3; Benoit XIV, De synodo diœces., 1. XII, séculiers, et, tout en ne souscrivait pas complètement c. v, n. 3; De Becker, De sponsalibus et matrimonio, à l’interprétation de Launoy touchant les canons du p. 276. concile de Trente, déclarèrent cependant que, dans i· H. Pouvoir d’établir des empêchements, — 1» A canons en question, le concile n’avait pas décidé si le qui appartient le pouvoir d’établir des empêchements pouvoir susdit existait dans l’Eglise de droit divin ou de mariage? — 1. Il est incontestable que l’Église pos­ seulement en vertu d’une concession expresse ou tacite de la puissance civile. Tels furent, pour ne citer que sède de droit propre et indépendant, jure proprio, les principaux, en Allemagne, Oberhauser et Petzek. n nativo et originario, le pouvoir d’établir des empêche­ Belgique, Leplat, et en Italie, Litta, Tamburini et Nesti. ments, tant dirimants que prohibants, pour le mariage Cf. Perrone, op. cit., n. 160. La même fausse doctrine chrétien, c’est-à-dire le mariage entre baptisés. fut mise en pratique par certains gouvernements civils, a) Définition du concile de Trente. — C’est un vers la fin du xvni· siècle, en particulier par l’empe­ dogme de foi catholique, défini par le concile de Trente, sess. xxtv, De sacram. matrim., que l’Église reur Joseph 11, dont les lois sont restées fameuses. Cf. Feije, op. cit., p. 2 sq. peut constituer des empêchements prohibants et diri­ mants, en plus des degrés de consanguinité et d’affinité A son tour, le pseudo-synode janséniste de Pistoie adopta ces erreurs, et vit ses propositions condamnées formulés dans le Lévitique : Si quis dixerit eos tantum par Pie VI dans la constitution Auctorem fidei, où on consanguinitatis et af/initatis gradus, qui in Levipeut lire : Prop. 59. Doctrina synodi asserens — ad tico exprimuntur, posse impedire matrimonium con­ supremam civilem potestatem dumtaxat originarie trahendum et dirimere contractum, nec posse Eccle­ spectare contractui matrimonii apponere impc siam in nonnullis ipsorum dispensare, aut constituere menta ejus generis, quæ ipsum nullum reddunt, diut plures impediant et dirimant, anathema sit, can. 3; — 6. que l’Église, d'une manière générale, cunturque dirimentia; — quod — jus originarium — praeterea dicitur cum — jure dispensandi essential · peut établir des empêchements dirimants, et que, ce connexum, — subjungens, — supposito assensu, vel faisant, elle n'a pas erré : Si quis dixerit Ecclesiam coniventia principum potuisse Ecclesiam juste con­ non potuisse constituere impedimenta matrimonium stituere impedimenta dirimentia ipsum contractum dirimentia, vel in ipsis constituendis errasse, ana­ matrimonii, — quasi Ecclesia non semper potuerit, thema sit, can. 4; — c. que les causes matrimoniales ac possit in Christianorum matrimoniis jure proprv relèvent de l’autorité des juges ecclésiastiques : Si impedimenta constituere, quæ matrimonium non quis dixerit causas matrimoniales non spectare ad judices ecclesiasticos, anathema sit, can. 12. solum impediant, sed et nullum reddant quoad t iculum, quibus Christiani obstricti teneantur etiai, b) Histoire des erreurs. — La doctrine du concile de 2447 EMPÊCHEMENTS DE MARIAGE in terris infidelium, in eisdemque dispensare : cano­ num 3, 4, 9, 42 sess. XXIV concil. Trid. eversiva, hæretica. — Prop. 60. Item rogatio synodi ad pote­ statem civilem ut — e numero impedimentorum tollat cognationem spiritualem, atque illud, quod dicitur publicæ honestatis, quorum origo reperitur in collectione Justiniani. — tum ut — restringat im­ pedimentum affinitatis et cognationis, ex quacumque licita aut illicita conjunctione provenientis, ad quar­ tum gradum juxta civilem computationem per lineam lateralem, et obliquam, ita tamen, ut spes nulla relinquatur dispensationis oblinendæ; — qua­ tenus civili potestati jus attribuit, sive abolendi, sive restringendi impedimenta Ecclesiæ auctoritate con­ stituta vel comprobata, item qua parte supponit Ec­ clesiam per potestatem civilem spoliari posse jure suo dispensandi super impedimentis ab ipsa constitutis vel comprobatis; — libertatis ac potestatis Ecclesiæ subversiva, Tridentino contraria, ex hæreticali supia damnato principio profecta. Denzinger-Bannwart, Enchiridion, n. 1559, 1560. Enfin, à une époque plus récente, on vit quelques docteurs se donner la mission de répandre, en les vulgarisant, les erreurs précédemment énoncées : de ce nombre furent François de Paul, G. Vigil et Jean Népomucéne Nuytz, dont les œuvres ont été condam­ nées par Pie IX. Le premier, dans sa Defensa de la autoridad de los Gobiemos, Lima, 1848, prétendait que le pouvoir de constituer des empêchements de mariage, accordé à l’Église par son divin fondateur, découlait en réalité de la puissance séculière, et que l’Église se l'était, d’une façon impie, octroyé à elle-même; ce sont les paroles du pape Pie IX, qui, dans le bref Multiplices inter, 10 juin 1851, condamna l’auteur en question : Pote­ statem qua Ecclesia donata est a suo divino institu­ tore, stabiliendi impedimenta matrimonium dirimen­ tia a principibus lerræ dimanare tuetur, eamque Christi Ecclesiam sibi arrogasse impie affirmat; à cette condamnation se réfère également la condamna­ tion des propositions du Syllabus, par exemple de la prop. 68 : Ecclesianonhabel potestatem impedimenta matrimonii dirimentia inducendi, sed ea potestas civili auctoritati competit, a qua impedimenta exsi­ stentia tollenda sunt. Denzinger-Bannwart, n. 1769. Quant à Népomucéne Nuitz, ses ouvrages : Juris eccle­ siastici institutiones ; In jus ecclesiasticum universum tractationes, contiennent de nombreuses erreurs contre Ia doctrine présente, toujours au témoignage de Pie IX, qui a prononcé sa condamnation, dans le bref Ad apostolicæ sedis, 22 août 1851 : Plura quoque de matri­ monio falsa asseruntur : nulla ratione ferri posse Christum evexisse matrimonium ad dignitatem sacra­ menti; matrimonii sacramentum non esse nisi quid contractui accessorium, ab eoque separabile, ipsumque sacramentum in una tantum nuptiali benedictione silum esse; jure naturæ matrimonii vinculum non esse indissolubile ; Ecclesiam non habere potestatem impedimenta matrimonium dirimentia inducendi, sed eam civili potestati competere a qua impedimenta exislentia tollenda sint; causas matrimoniales, et sponsalia suapte natura ad forum civile perlinere; Ecclesiam sequioribus sæculis dirimentia impedi­ menta inducere coepisse, non jure proprio sed illo jure usam, quod a civili potestate mutuata erat : Tridentinos canones (sess XXIV, De malrim., can. 4), qui anathematis censuram illis inferunt, qui facultatem impedimenta dirimentia inducendi Ecclesiæ negare audeant, vel non esse dogmaticos, vel de hac mutuata potestate inlelligendos. — Quin addit — Tridentinam formam sub infirmitatis poma non obligare ubi lex civilis aliam formam præstituat, et velit hac nova forma interveniente matrimonium valere : Bonifa­ 2448 cium Vlll votum castitatis in ordinatione emissum nuptias nullas reddere primum asseruisse. — De matrimonii natura ac vinculo falsa sentit, ac docet, et jus statuendi vel relaxandi impedimenta dirimen­ tia Ecclesiæ denegat, et civili addicit potestati. Cette condamnation fut renouvelée par Pie IX, en 1884, dans le Syllabus, prop. 65-74. Denzinger-Bannwart,u. 17651774. c) Exposé de la doctrine catholique. — Contre toutes les erreurs que nous venons d'expliquer, voici quels sont les divers points de la doctrine catholique : a. Il est certain et proche de la foi que les canons déjà cités du concile de Trente, 3 et 4, sont dogmatiques; et dire qu’ils sont purement disciplinaires, est une erreur, proche de l’hérésie, b. Il est certain et proche de la foi que, dans les canons en question, le concile a voulu désigner, sous l'expression d’Église le pouvoir hiérarchique lui-même; et dire que dans ce mot le con­ cile a entendu parler seulement de l’Église au sens large, et particuliérement des princes séculiers, est une erreur, proche de l’hérésie, c. C’est un dogme de foi catholique que l’Église tient, de droit propre, le pou­ voir d’établir des empêchements dirimants pour le mariage, en sorte qu’il est hérétique de dire que l’Église jouit de ce pouvoir seulement en vertu du con­ sentement et de la concession des princes civils, d. C’est un dogme de foi catholique que les causes matri­ moniales regardent les juges ecclésiastiques, en sorte qu’il est hérétique de le nier. Toutefois par « causes matrimoniales » il ne faut pas entendre celles, d’une portée purement temporelle, qui regardent les effets civils du mariage, mais seulement celles qui concer­ nent proprement le lien matrimonial et les effets insé­ parables du contrat. d) Preuves. — Que l’Église possède véritablement, et qui plus est, de droit propre et divin, et non en vertu d'une concession des princes civils, le pouvoir d’établir des empêchements, soit prohibants, soit dirimants, touchant le mariage chrétien, on le prouve : a. par la nature même du mariage, qui n'est pas un simple con­ trat naturel et profane, mais un contrat religieux, bien plus, un véritable sacrement de la nouvelle loi, en sorte qu'entre les chrétiens il ne peut pas exister de contrat de mariage qui soit valide, sans être, par le fait même, un sacrement. Voir Mariage. Or, il appar­ tient à l’Église de régir les matières religieuses et sur­ tout les sacrements. D’autre part, cette mission, l’Église la détient non d’un droit dérivé, savoir de la conces­ sion des princes séculiers, mais d’un droit propre, en vertu de sa constitution même et de la volonté du Christ, son divin fondateur. 11 suit de là que l’Église possède, de droit originaire et propre, le pouvoir de constituer des empêchements de mariage, entre les fidèles que le baptême a soumis à sa juridiction, comme aussi de se prononcer sur les causes matrimo­ niales qui regardent le lien lui-même et la valeur du contrat; b. par la tradition pratique de l’Église, qui, dès les premiers siècles, a établi des empêchements de mariage, et a légiféré sur les causes matrimoniales, sans s’en rapporter d’aucune façon à la société civile; bien plus, elle a parfois déclaré nuis, entre chrétiens, certains mariages qui pourtant étaient valides en regard des lois impériales, en sorte que, parmi ces lois, lou­ chant le contrat matrimonial, si elle en a adopté plu­ sieurs dans ses canons, elle en a également répudié un grand nombre. Cela ressort déjà de I Cor., vu, 10, 12 sq., où l’apôtre se prononce sur les questions matri­ moniales, particulièrement sur l'indissolubilité du lien conjugal, où il se trouve d’ailleurs en conflit avec le droit civil impérial. Plus tard, nous voyons saint Ignace martyr, Ad Polycarpum, v, Punk, Patres apostolici, 2· édit., Tubingue, 1901, t. i, p. 292; saint Justin mar­ tyr, Apol., I, n. 15, P. G., t. vt, col. 349, et Athénagore, 2449 EMPECHEMENTS DE MARIAGE Legatio pro Christianis, η. 32, 33, ibid., co). 964,965, nous donner des exemples frappants de cette législa­ tion pratique du mariage, à l'encontre souvent des lois civiles. D’où il appert que, déjà aux premiers siècles, l’Église exerçait son pouvoir touchant les empêche­ ments de mariage et les causes matrimoniales, comme un droit propre et non dérivé d'une concession des princes civils. Enlin, cette pratique de l’Eglise, nous la voyons s’établir sans conteste du tv’ au xvi· siècle. Les papes jugent avec une autorité souveraine les causes matrimoniales, qui leur sont dévolues, tel le pape Siricedans sa lettre à Ilimère, c. IV, n.5 : De conjugali autem velatione requisisti, si desponsatam alii puel­ lam alter in matrimonium possit accipere. Hoc ne jiat modis omnibus inhibemus : quia illa benedictio, quam nupturæ sacerdos imponit, apud /ideles cujusdam sacrilegii instar est, si ulla transgressione vio­ letur. P.L., t. xiii, col. Il36sq. Tel également, le pape Céleslin 111 dans sa lettre CCXI1, P. L., t. CCVl, col. 1095. Voir d’autres lettres de souverains pontifes, éditées par Hurler, dans ses Opuscules, t. xvni, xxv, xxvi. En outre, dans plusieurs de ses conciles, l'Eglise formule nette­ ment des empêchements de mariage, par exemple, l'em­ pêchement d’affinité, au concile de Néocésarée, 314324: Mulier, si duobus nupserit fratribus, abjiciatur usque ad mortem. Verum tamen in exitu propter misericordiam, si promiserit, quod facta incolumis hujus conjunctionis vincula dissolvat, /ructum pænilenlite consequatur, can. 2. Hefele, Histoire des conciles, trad. Leclercq, t. 1, p. 328. Or, ainsi que l’observe Tanquerey, Synopsis theologiæ dogmaticæ, t. n, De matrimonio, n. 34, le concile de Néocésarée n’a pu emprunter cet empêchement d'affinité à la loi civile, puisque celle-ci ne l’a adopté que par la suite, en l’année 355. Code théodosien, 1. Ill, tit. xn, Etsi licitum. Plus tard, le II" concile de Mâcon décréta, en l’an 585, la nullité des secondes noces contractées par les veuves des clercs : uxor subdiaconi, exorcistæ vel acolythi, mortuo illo, secundo se non audeat sociare matrimonio, η. 16, Hefele, op. cit., t. lit, p. 211, détail de législation qui n’avait certes rien de simi­ laire dans le droit civil à celte époque. Nous pour­ rions encore citer d'autres exemples, qu'on peut d'ailleurs voir dans Perrone, loc. cil., et Palmieri, De sacramento matrimonii, thés. χχιχ. Qu’il nous suffise d’observer que le concile de Trente lui-même a confirmé pratiquement ce droit propre et indépendant de l’Église louchant la législation des empêchements de mariage, lorsque, en réponse à la supplique des envoyés du roi de France qui réclamait une déclaration de nullité pour le mariage clandestin, et aussi pour le mariage contracté contre le consentement des parents, il accéda seulement à la première partie du vœu, et rejeta nettement la seconde. L’ensemble de cet argu­ ment tiré de la tradition pratique de l'Église a été admi­ rablement résumé par Léon XIII, dans son encyclique Arcanum du 10 février 1880. Quæ (Ecclesia) potestatem in conjugia Christianorum, omni cum tempore tum loco, exercuit atque ita exercuit, ut illam propriam ejus esse appareret, nec hominum concessu quæsitam, sed auctoris sui voluntate divinitus adeptam. Nemo ignorat quam multa de impedimentis ligaminis, voti, disparitatis cultus, consanguinitatis, criminis,publicte honestatis in conciliis llliberitano, Arelalensi, Chalcedonensi, Mileiilano II aliisque, fuerint "b Ecclesiæ præsulibus constituta,quæ a decretis jure imperatorio sancitis longe sæpe distarent. (Juin tantum abfuit, ut viri principes sibi adsciscerenl in matrimonia Chri­ stiana potestatem, ut potius eam,quanta est,penes Eccle­ siam esse agnoscerent el declararent. Revera Honorius, Theodosius junior, Justinianus (Novel. Ί31) fateri non dubitarunt, in iis rebus, quæ nuptias attingunt, non amplius quam custodibus et defensoribus sacrorum 2450 canonum sibi licere. Et de connubiorum impedimen­ tis, si quid per edicta sanxerunt, causam docuerunt non inviti, nimirum id sibi sumpsisse ex Ecclesiæ permissu atque auctoritate. 2. Il est certain que ce droit de l’Église touchant la législation du mariage chrétien est un droit exclusif, et que la puissance civile ne saurait constituer des em­ pêchements proprement dits, soit dirimants, soit prohi­ bants, pour le mariage des fidèles baptisés. Cette doctrine n’est pas de foi, à proprement parler, et elle n’a jamais été formellement définie. Aussi bien, avant que l'Église ne se fût plus clairement expliquée, quelques auteurs catholiques purent-ils tenir une opi­ nion opposée, et admettre la compétence de l'État. en matière d’empêchements de mariage, même vis-à-vis des fidèles baptisés. Tels furent, parmi les anciens. Sanchez, op. cit., 1. VII, disp. III, n. 2; les théologiens de Salamanque, Cursus theologicus moralis, t. π, c. xt. n. 14; Pirhing, op. cit., 1. IV, tit. t, n. 450; et. â une époque assez rapprochée, Carrière, De matrimonio, Paris, 1837, qui d'ailleurs s’honora plus tard en se ré­ tractant, et en répudiant une thèse, qu’il reconnut ■ non conforme à la tradition du Siège apostolique. · En effet, cette opinion ne saurait être défendue, sans té­ mérité, aujourd’hui que les souverains pontifes ont nettement proclamé l’incompétence du pouvoir civil. Déjà le pape Urbain VIII, consulté par les délégués du roi Louis XIII, au sujet du mariage du frère du roi, qui avait été contracté sans le consentement du roi lui-même, se refusa à souscrire à l'annulation qu'en avaient faite le roi et le clergé de France, et déclara que cette législation, touchant un sacrement, n’avait aucune valeur en conscience : Galliæ speciales leges nulla tu pollere in sacramentum quod a Christo institutore et Ecclesiæ canonibus unice pendebat. Qualescumque essent civiles harum legum e/jectus, persistere immolumque esse connubii vinculum. A rapprocher de cette déclaration celle que tit plus tard Pie VII dans une lettre écrite, le 27 juin 1805, à l'empereur Napoléon qui cherchait à faire annuler le mariage de son frère Jérôme. A son tour, Benoit XIV, faisant allusion dans une lettre au cardinal d’York, 9 février 1749, à la loi de l’empereur Théodose, qui avait défendu les mariages entre juifs et chrétiens, avait observé que cette loi n’avait aucune valeur, parce qu’elle émanait d’un prince Ipïque : Hæc lex, utpote a laico principe condita, nul­ lam habere vim in matrimoniis debet. Mais ce fut surtoutPie VI qui,dans un bref adressé le 16 septembre 1788 à l’évéque de Mottola, formula nettement ie droit exclusif de l’Eglise touchant toutes les causes matri­ moniales, conformément aux canons du concile de Trente ; or, on ne peut nier que la constitution des em­ pêchements de mariage ne rentre parmi les causes matrimoniales : Dogma est /idei ut matrimonium quod ante adventum Christi nihil aliud erat nisi in­ dissolubilis quidam contractus, illud, post Christi adventum, evaserit unum ex septem legis evangelicæ sacramentis... Hinc /it ut ad solum Ecclesiam, cui tota de sacramentis est cura concredita, jus omne ac potestas pertineat suam adsignandi formam huic contractui ad sublimiorem sacramenti dignitatem evecto, ac proinde de matrimoniorum validitate aut invaliditate sententiam ferre... Verba canonis (conc. Trid.) ita generalia sunt omnes ut causas comqn-ehendant et complectantur ; spiritus vero sive ratio legis adeo late palet, ut nullum exceptioni aut limitationi locum relinquat, il faut également mentionner les actes de Pie VII : outre la lettre déjà citée à l'em­ pereur Napoléon, l’instruction au nonce apostolique de Pologne, en 1808; de Pie VIII, encyclique Tnmiti humilitati, 24 mai 1829; de Grégoire XVI, encyclique Mirari vos, 15 août 1832; de Pie IX. lettres au roi de Sardaigne 19 septembre 1852; de Leon X1U, enc»- 2451 EMPÊCHEMENTS. DE MARIAGE 2452 clique Arcanum; sans omettre plusieuis décisions des d'hui assez commune, qu’il importe cependant de bien Congrégations et tribunaux de la Curie romaine, par établir dans ses limites. exemple, de la S. Pénitencerie, à l’évêque de Viviers, Tout d’abord, il est incontestable que l'Église ne 1er juin 1824, et à l’évêque d’Annecy, 7 avril 1826. jouit d’aucune autorité en cette matière, puisque les Cf. Feije, op. cit., p. 17-39. D’ailleurs, la raison intrin­ infidèles ne sont point ses sujets, et que le mariage des sèque, tirée de la nature même du mariage, suffit à non-baptisés n'est pas un sacrement. Cf. Decret., 1. IV, démontrer clairement cette doctrine touchant le droit tit. xix, De divortiis, c. 8. L'Etat, seul, peut donc être exclusif de l’Église dans la législation des empêche­ qualifié pour légiférer sur cette question, étant donné ments. En effet, étant donné que le mariage n'est pas que les infidèles n'en sont pas moins ses sujets, dans un contrat purement civil et naturel, mais un contrat l’ordre civil.au même titre que les fideles baptisés. Mais, qui a été élevé par le Christ à la dignité de sacrement, en fait, a-t-il le droit d'établir des emoêchements pro­ en sorte qui cette formalité de sacrement ne puisse prement dits, soit dirimants, soit prohibants, toucliant être réellement séparée de la raison de contrat, il suit le mariage lui-même? Deux oninions se trouvent en de là que la puissance civile ne saurait s’immiscer dans présence. La première est negative, avec Perrone, une législation pouvant atteindre le mariage lui-même, op.cil., 1. II, c. m ; Liberatore Inst, ethic.,part. Il, c. i, ou les conditions essentielles du contrat. Cf. Billot, a. 4; TaoarellL.Saggio theorelico, n. 1113 sq. ; Zigliara, De Ecclesiæ sacramentis, t. il, p. 435 sq. Summa philosophica, t. ni, p. 168sq. ; Van der Moeren, Cependant l’État est-il exclu de la législation matri­ De sponsalibus et matrimonio, p. 83, etc. ; et s'appuie moniale â ce point qu’il ne puisse d’aucune façon sur le principe que le mariage est, au point de vue s’occuper d’un contrat qui pourtant intéresse si vive­ même du droit naturel, et à part la formalité du sacre­ ment l’ordre public et l’avenir de la société? Avec ment, un contrat sacré et religieux, loin d’être un Léon XIII, encyclique Arcanum,§ Eoque magis, il faut simple contrat profane, ainsi que le proclame Léon XIII répondre que, si l’État n'a pas le pouvoir de légiférer dans son encyclique Arcanum : Matrimonio inest sur l'essence même du contrat matrimonial, il a toute­ sacrum et religiosum quiaaam non adventitium, sed fois le droit de régler les conséquences du mariage et ingenitum, non ab hominibus acceptum, sed natura les effets, d’ailleurs séparables du contrat pour ce qui insitum. — Matrimonium est sua vi, sua natura, regarde le genre civil et l’ordre temporel : Item non sua sponte sacrum. En outre les raisons d’autorité ipsa (Ecclesia) ignorat neque diffitetur sacramentum externe ne font point défaut à cette opinion, par matrimonii, cum ad conservationem quouue et incre­ exemple, l’argument tiré de Benoit XIV, const. Singu­ mentum societatis humanæ dirigatur, cognationem lari nobis, 9 février 1749. Cf. Santi-Leitner, loc. cit.; et necessitatem habere cum rebus ipsis humanis, quæ Gasparri, loc. cit., n. 298 sq. La seconde opinion e«t matrimonium quidem conset uuntur, sed in genere affirmative, avec un grand nombre de théologiens et civili versantur : de quibus revus jure decernunt et de canonistes, tels que, parmi les anciens, S. Alphonse, cognoscunt qui rei publicæ præsunt. Les effets du ma­ Theol. moral., 1. VI, n. 981: Pirhing, Decretal. Gre­ riage sont de deux sortes : les uns essentiels et insépa­ gorii IX, 1. IV, tit. I. η. 107; Schmalzgrueber. op. cit., rables du contrat matrimonial : comme l’obligation de 1. IV, tit. I, n. 367; Sanchez, op. cit., 1. VII, disp. Ill; cohabiter, l’autorité paternelle sur les enfants, et la lé­ Fagnan, Decretal. Gregorii IX, I. IV, tit. i, c. I, n. 6; gitimité des enfants; les autres civils et séparables du et parmi les modernes, d’Annibale Summula theo­ contrat : comme les diverses obligations matérielles logiæ moralis, part. Ill, η. 425; Santi-Leitner, op. cit., dans lesquelles les époux peuvent, l’un ou l’autre, s’en­ 1. IV, tit. I, n. 107; Cavagnis, Inst. jur. vubl. eccles., gager; le droit de l’épouse et des enfants à participer 1. II, n. 184 sq. ; Gasparri op. cit. n. 290 sq.; Wernz, aux biens, dignités et titres du mari ou du père ; le Decretal. Gregorii IX, 1. IV, tit. I, n. 75 sq.; Noldin, droit de succession familiale, les questions de dot. etc. loc. cit., n. 561, etc. Cette ooinion a nour elle des dé­ Or, si le pouvoir civil n’a aucun droit direct touchant cisions assez précises de la S.C. de la Propagande,8ocles effets essentiels du mariage, il possède un droit tobre 1631 et 26 juin 1820, avec l’instruction qui y est absolu à s’occuper des effets civils du contrat, et à établir adjointe, et du tribunal du Saint-Oftice. 29 octobre!739 une législation qui en iixe les conditions, de manière et 20 septembre 1854. Cf. Gasparri, toc. cit.. n. 293 sq. qu’il puisse, pour de justes motifs, octroyer les privi­ La raison vient en outre fournir un argument de prin­ lèges temporels à certains mariages et les refuser à cipe qui a sa valeur : c’est que l’État doit être muni d’autres. Bien plus, les lois civiles de cette nature de tous les moyens sociaux et de tous les pouvoirs que obligent en conscience, parce qu’elles émanent de l’au­ nécessite le bien commun de la société civile, dans la torité compétente et intéressent vraiment le bien pu­ sphère ou il n’entre pas en conllit avec ]a société spiri­ tuelle qui est l’Église; or, dans l’hypothèse du mariage blic. Que penser, en outre, d’une législation civile qui, ; des infidèles, il semble que le pouvoir d’établir des em­ dépassant les limites de sa compétence, irait jusqu’à pêchements dirimants ou prohibants soit véritablement établir directement les conditions de validité ou de exigé par le bien commun de la société civile, sans que licéité du mariage lui-même, et cela, sous peine de l’Église puisse rien y prétendre, puisque le baptême privation des effets et privilèges de l’ordre temporel? n’est pas venu ouvrir les portes de sa juridiction. Nous répondrons avec Noldin, De sacramentis, 1. VIII, Pour conclure, il appert bien que la seconde opinion De matrimonio, q. i, a. 5, n. 517, que, si de telles lois s’étaye sur des arguments plus solides et puisse être ne prescrivent rien qui soit injuste ou immoral en luitenue pour plus probable, à une condition cependant, c’est qu’on ne reconnaisse pas dans l’État, même vis-àmême, non seulement les fidèles peuvent licitement s’y soumettre, mais on doit même les engager à y obéir, vis des infidèles, ses sujets, un droit « propre et origi­ non qu'elles les obligent directement en conscience, naire » à légiférer sur le mariage, qui n’en est pas mais parce qu’elles peuvent les obliger indirectement, moins, de sa nature et en dehors du sacrement, une ex caritate, par charité envers eux-mêmes et envers chose sainte et sacrée. Aussi bien, dirons-nous avec leurs enfants, qu’il importe de ne point priver des Santi-Leitner, loc. cil., n. 107, que ce pouvoir d’insti­ droits et effets civils du mariage. Cf. Santi-Leitner, tuer des empêchements pour le mariage des infidèles, Decretalium Gregorii IX, 1. IV, tit. i, n. 106. ses sujets, l’Etat ne l’exerce qu’à un titre « dévolutif », 3. Il appartient à la puissance civile de constituer des savoir, pour suppléer le pouvoir ecclésiastique, qui, empêchements dirimants et prohibants vis-à-vis du ma­ quoique né pour administrer les choses religieuses, et riage des infidèles, pourvu toutefois qu’ils nesoientpas le mariage en particulier, ne peut s’actualiser, dans contraires au droit naturel. Telle est l'opinion aujour­ l’espèce, à cause de la nou-vérification du baptême. Ce 2453 EMPÊCHEMENTS DE MARIAGE ‘2454 droit vis-à-vis du mariage entre infidèles, l’État l’exerce comme en témoigne Alexandre III, c. 2, tit. De matri­ au même titre que celui qu'il posséderait à ordonner monio contrado contra interdictum Ecclesiæ, 1. IV· et à diriger l’organisation delà religion naturelle, dans Pour ce qui regarde les empêchements prohibants, l'évê­ l'hypothèse ou il n’existerait aucune autorité religieuse que n’a pas davantage le droit d’en introduire dans son pour y pourvoir. Cf. Rosset, De sacramento matrimo­ diocèse sous forme de loi, ce droit étant réservé comme nii, η. 815; Gasparri. loc. cit., n. 299. une cause majeure au pouvoir suprême ecclésiastique; 2“ A qui, dans l’Église, appartient le pouvoir d’éta­ cependant dans des circonstances particulières, il blir des empêchements de mariage? — Il est certain peut interdire la célébration d'un mariage bien déter­ qu’autrefois les évêques ainsi que les conciles particu­ miné, en sorte que, si les contractants passent outre à liers eurent le pouvoir d’instituer des empêchements cette défense, le mariage, tout en étant valide, n’en est de mariage, non seulement prohibants, mais encore pas moins illicite. Ce droit, que les évêques peuvent dirimants. C’est pourquoi, aux c. 1 et 3, tit. xi, De co­ exercer dans certains cas, pour de graves motifs, par gnatione spirituali, I. IV des Décrétales, il est dit que exemple, afin d’éviter le scandale, ou afin de découvrir la coutume diocésaine est suffisante pour introduire quelque empêchement déjà soupçonné, découle de leur un empêchement dirimant; donc aussi, l’évêque luicharge pastorale,et ils peuvent même l’appuyer par des même, par une loi écrite; car une coutume particu­ censures ecclésiastiques. Bien plus, le curé lui-même lière, præler legem, telle que la coutume diocésaine, peut également, pour de graves raisons, s’opposer à la ne peut avoir force de loi qu'en vertu du consentement célébration d’un mariage en particulier, en vertu de du supérieur de l’endroit, c’est-à-dire, dans l’espèce, son autorité pastorale ou mieux paternelle et écono­ en \ertu de l’autorité de l’évêque. D’ailleurs, les mique, quoique cette interdiction ne soit aucunement exemples ne manquent pas de certains empêchements un acte de juridiction et reste subordonnée à la décision établis par des conciles particuliers ou par des évêques: de l’évêque, auquel il appartient de connaître et de c’est ainsi que l'empêchement d'affinité tire son origine juger l'affaire en définitive. Voir Interdit. Cf. Leuredu concile de Néocésarée, can. 2, déjà cité col. 2449; nius, op. cit., tit. xvi, q. CCLVin, n.2; Schinalzgrueber, c’est ainsi également que la publication des bans, dont op. cit., tit. xvi, n. 5 sq. ; Benoit XIV, De synodo diœ­ l’omission constitue un empêchement prohibant, prit cesana, 1. VIII, c. xiv, n. 5; 1. XII, c. v, n. 4. naissance au commencement du xin» siècle, selon le Il reste à dire un mot d’une question, savoir, si la témoignage de Benoit XIV, bulle Paucis adhuc, coutume peut être un principe juridique suffisant pour mars 1758, dans le diocèse de Paris, en vertu d’une introduire des empêchements de mariage. En premier loi promulguée par l’évêque Eudes de Sully, loi plus lieu, les canonistes admettent facilement que la cou­ tard conlirmée et étendue à l’Église universelle par le tume universelle peut introduire un empêchement IV» concile de Latran. Cf. c. 3, tit. tu, De eland, desp., prohibant, et même un empêchement dirimant, si du 1. IV. moins cette coutume a reçu une approbation expresse Mais, en fait, ce pouvoir a été depuis longtemps ré­ ou tacite du souverain pontife. Mais que dire si la servé, comme une cause majeure, au siège apostolique, coutume a été ignorée du Saint-Siège? Quelques en sorte qu’aujourd’hui, seuls, le souverain pontife et auteurs, comme Fagnan, Comment,.in Decret., 1. IV, le concile général peuvent constituer des empêche­ tit. i, De cognât, spirit., c. t, n. 2 sq., et Pirhing, ments de mariage, non seulement dirimants, mais en­ op. cit., tit. xi, n. 10, 11; tit.xiv, n. 26, nient que dans core des empêchements prohibants strictement dits, ce cas la coutume universelle puisse bénéficier de la c’est-à-dire sous forme de loi générale. Cette réserve prescription; cependant l'affirmative est tenue pour de droit fut établie afin d’obtenir une législation uni­ plus probable par bon nombre de théologiens et de forme en une matière aussi importante que celle des canonistes, par exemple, Sanchez, op. cit., 1. VII, empêchements de mariage, et afin d’éviter la confusion disp. IV; Gonzalez, Comment, in Decret., 1. IV, tit. i, qui aurait pu naître des diverses lois particulières de De sponsal.,c. 1; Schinalzgrueber, op. cil., 1. IV, tit. I, chaque diocèse ou de chaque province ecclésiastique. n. 370; Gasparri, op. cil., n. 282; el, à la vérité, c’est bien Ainsi donc le souverain pontife (ou le concile général, de cette manière que parait avoir été introduit l’empê­ avec et sous l’autorité du souverain pontife) a le pou­ chement de disparité de culte, selon qu'en témoigne voir d’instituer un empêchement dirimant ou prohi­ Benoit XIV, dans le bref Singulari nobis, du 9 février bant, soit sous forme de loi générale, soit sous forme 1749, § 10. Quant à la coutume particulière, comme elle de précepte ou d’interdiction particulière, lorsque, par tire sa valeur du consentement du supérieur de l’enexemple, dans un cas très spécial et entre personnes I droit, par exemple, de l’évêque, pour la coutume diocé­ bien déterminées, il défend la célébration du mariage, saine, et que celui-ci n’a plus en fait aujourd’hui le pou­ ajoutant parfois à cette défense une clause irritante, de voir de constituer des empêchements de mariage,il s’en­ manière que l’empêchement n’est plus seulement pro­ suit qu’elle n'est plus suffisante pour introduire aucun hibant, mais devient véritablement dirimant. Voir plus empêchement prohibant ou dirimant. Toutefois, la haut, col. 2445. Cum papa possit per suam universalem coutume particulière peut aggraver un empêchement legem novum impedimentum dirimens matrimonio prohibant déjà existant, comme cela se vérifie pour apponere, potest etiam in aliquo speciali eventu prohi­ l’empêchement du temps férié ou temps clos, qui de bere, ne inter peculiares personas matrimonium con­ droit commun, selon le concile de Trente, sess. xxrv, trahatur, siniulque decernere, ut contra suam prohi­ c. 10, défend seulement les solennités des noces, par bitionem contractum sit irritum... Sola vero prohibi­ exemple, la bénédiction nuptiale solennelle, etc., mais tio sine decreto irritante producit dumtaxat impedi­ qui, en vertu de la coutume particulière de certains mentum impediens, non autem dirimens matrimo­ diocèses, peut porter également sur le contrat du mariage nium. Benoit XIV, De synodo diœcesana, 1. XII, c. v, lui-même. Voir Temps eérié. Cf. De Becker, De spon­ n. 3. Voir Interdit, salibus et matrimonio, p. 244. Quant à l'évêque, il ne peut d’abord établir aucun 3° Quels sont ceux qui sont soumis à la législation empêchement dirimant, dans son propre diocèse, et des empêchements de mariage? — Aux empêchements cela, pas plus sous forme de précepte que sous forme de droit divin naturel et positif sont soumis tous les de loi. C’est pourquoi, si, dans un cas particulier, hommes, sans excepter les infidèles. C'est pourquoi le l’évêque venait à fulminer une défense temporaire Christ, parlant de l’empêchement de lien, dit d'une contre la célébration d’un mariage, en y adjoignant manière absolue : « Au commencement il n'en fut pas une clause irritante, le mariage qui serait contracté ainsi,.. Quiconque abandonnera son épouse pour en nonobstant celte défense n’en resterait pas moins valide, i prendre une autre commettra un adultère, et il eu sera 2455 EMPÊCHEMENTS DE MARIAGE de même pour celui qui épousera la femme ainsi aban­ donnée. » .Matth., v, 32. Or, voici un aperçu des divers empêchements de droit divin naturel ou positif : empê­ chements prohibants : l’empêchement des fiançaille en vertu duquel celui qui régulièrement a promissa foi à une personne ne peut sans pécher gravement contre la justice contracter mariage avec une autre personne; l’empêchement du vœu de chasteté, ou cause de la foi jurée à Dieu; l’empêchement résultant du défaut de consentement des parents, ou mieux, du dissentiment raisonnable des parents; l'empêchement de religion mixte, dans le cas où il y a danger de corruption pour la partie catholique, ou bien l’éducation perverse de l’enfant dans l’hérésie; enfin l'empêchement d’indi­ gnité, en raison d’un péché grave, ou de l’ignorance des vérités essentielles de la foi chrétienne; empêchements dirimants : pour défaut de consentement : l’empêche­ ment d’erreur, et de violence absolue, l’empêchement qui résulte de l’absence ou de la privation de la raison, comme pour les enfants ou les déments; pour défaut d’habileté absolue : l’impuissance perpétuelle et antécé­ dente, et l'empêchement de lien; pour défaut d’habi­ leté relative : l’empêchement de consanguinité, au moins pour le premier degré de la ligne directe. Aux empêchements de droit ecclésiastique ne sont certainement pas tenus les infidèles, c'est-à-dire les non-baptisés, et sont certainement soumis tous les catholiques. Mais que faut-il penser des baptisés non catholiques, tels que les hérétiques, les schismatiques, les apostats et les excommuniés? On doit dire qu’ils sont également sujets.de droit.de la loi des empêchements de mariage, avec une restriction, de fait, cependant pour ce qui concerne l’empêchement de clandestinité, quand l’Église le veut, comme elle l’a fait définitive­ ment par le décret Ne leniere et auparavant déjà par diverses déclarations pour des lieux déterminés. La raison de ce principe est que l’Eglise, qui en a d’ail­ leurs pleinement le droit en vertu du baptême, entend vraiment soumettre les hérétiques et les schismatiques à celles de ses lois qui regardent le bien public et géné­ ral de la société religieuse, telles que les lois des empê­ chements de mariage. Cf. Cavagnis, Inst, juris publici cedes., part. I, c. ni, a. 6, n. 563 Cela est d'ailleurs confirmé par plusieurs décisions de·la S. C. du Concile, 26 septembre 1602, 12 janvier 1605, 2 août 1725, et par la déclaration de Benoit XIV, const. .Matrimonia, 4 no­ vembre 1741, au sujet des mariages clandestins contrac­ tés en Hollande, à propos desquels le savant pontife affirme que lesdits mariages contractés dans ce pays par les hérétiques sont valides, à condition qu’il n’existe pas d’autre empêchement canonique. Cf. Benoît XIV, const. Magnæ nobis, 29 juin 1748, et Singulari nobis, 9 février 1749. A celle doctrine se référent également les actes de Pie VI : reserit au cardinal de Frankenberg, 43 juillet 1782; lettre à l'archevêque de Prague,11 juillet 1789; de Grégoire XVI : bref aux évêques de Bavière, 27 mai 1832; et, en particulier, de Pie Vil : bref à l’arche­ vêque de Mayence, 8 octobre 1803 : Sed quid dicendum erit de illorum sententia, qui jactant hærelicos Eccle­ siæ legibus nequaquam subjici, atque inde posse illos novo conjugii /cedere copulari, si primum publicæ auctoritatis judicio solutum fuerit, praepostere infe­ runt? Adversus illam clamant Scripturae, concilia, traditio denique universa... Ili baptizati Ecclesiæ filii, quanquam rebelles et transfugae, ejusdem Ecclesiæ legibus subjiciuntur. Voila pourquoi l'Église a coutume d’accorder des dispenses cum sanatione in radice, pour les mariages contractés dans l’hérésie, si les hérétiques viennent à se convertir à la foi catholique, ce qu’elle ne fait point pour les mariages contractés avant le baptême, lors de la conversion des infidèles. C’est ainsi que la S. C. de l'inquisition a octroyé aux évêques d’Allemagne le pouvoir d’absoudre des empê­ 2456 chements de droit ecclésiastique à propos des mariages contractés dans l’hérésie; et, parmi les facultés quin­ quennales émanant de la S. C. de la Propagande, se trouve régulièrement comprise la faculté, n. 3, « de dis­ penser... avec les hérétiques convertis, même pour le second degré simple et mixte, pourvu cependant que la parenté n’atleigne d’aucune façon le premier degré ». Cf. Feije, op. cit., n. 103; Senti-Leitner, op. cit., n. 123; Gaspard, op. cit., n. 309; De Becker, op. cit., p. 39. Qu’on ne dise pas que de ce principe général de l’obli­ gation des hérétiques touchant les empêchements anoniques du mariage pourront résulter de graves inconvénients, par exemple, la nullité d'un grand nombre de mariages et conséquemment aussi l’illégi­ timité des enfants; d’où il semblerait qu'il y ait lieu de présumer que l’Église, pour ne point donner occasion à tant de péchés et à tant de préjudices, ne veuille pas réellement soumettre les hérétiques à ses lois matri­ moniales. En effet, d'une part, la volonté positive de l’Église de ne point exempter les hérétiques de la loi des empêchements de mariage ne peut faire aucun doute, ainsi que nous venons de le voir, et, en consé­ quence, une présomption contraire n’a pas sa raison d’être; d’autre part, il arrive souvent que les époux, ou au moins l’un des deux, surtout la femme, nés et élevés dans l’hérésie ou le schisme, sont dans la bonne foi par rapport à la valeur du mariage, auquel cas ils sont exempts de péché, et leurs enfants doivent être regardés comme légitimes, le mariage étant putatif, et jouissant pour cela de la faveur du droit. Cf. c. il, 14, tit. xvu, Qui filii sint legitimi, Π IV ; S. C. du Concile, In Herbipolensi, 1858; Santi, foc. cit., n. 124; Gasparri loc. cil., n. 309. Nous avons dit plus haut qu’il fallait quelque chose de spécial pour l’empêchement de clandestinité. En effet, quoique les hérétiques soient soumis en principe, per se, au décret Tametsi du concile de Trente qui fut publié sous forme de loi générale, ils bénéficièrent en fait de la dispense. Cependant la question restait un peu confuse avant que ne paraisse le décret Ne temere du 2 août 1907. On tenait généralement pour exempts de la loi du concile les hérétiques qui formaient déjà une communauté religieuse distincte lors de la publi­ cation du décret Tametsi. S. C. du Concile, 16 août 1896; S. Inquisition, 5 janvier 1889 II en était de même des hérétiques auxquels le Saint-Siège avait étendu la déclaration de Benoit XIV, citée précédem­ ment, const. Matrimonia, i novembre 1741, où l’illustre pontife proclamait valides les mariages clandestins contractés en Hollande, soit par les hérétiques entre eux, soit entre une partie hérétique et l’autre catho­ lique, pourvu qu’il n’y eût pas d’autre empêchement canonique. Mais le décret Ne temere est venu mettre les choses au clair, et voici quelle en est la teneur : Art. 11, 3°. Les non-catholiques, qu'ils soient ou non baptisés, contractant entre eux, ne sont nulle part tenus à observer la forme catholique des fiançailles ou du mariage. — Cependant il en est autrement lorsque les non-catholiques contractent fiançailles ou mariage avec des catholiques; car, dans cette hypothèse, ils sont liés par la loi de la clandestinité, même après qu’ils ont obtenu la dispense d’empêchement de religion mixte ou de disparité de culte, à moins que le Saint-Siège n’ait statué difléreimnent pour un lieu ou une région déterminés, § 2. Cela a été confirmé per la S. C. du Concile, 1er février 1908. Interrogée (dubium v) à pro­ pos des catholiques allemands qui passèrent comme transfuges à une secte hérétique ou schismatique, ou, convertis dans leur jeunesse à la foi catholique, firent défection dans la suite, s’ils devaient, pour contracter validement avec une personne catholique, observer la forme du décret Ne temere, elle répondit affirmative­ ment. Enfin si l'Eglise exempte de la loi de clandesti­ 2457 EMPÊCHEMENTS DE MARIAGE nité les non-catholiques d’origine, il n’en est pas ainsi des non-catholiques déserteurs, ou encore des apostats; car le décret Ne temere les tient pour soumis, quant à leurs fiançailles et mariage, à la forme commune des catholiques, § 1. Pour terminer, on peut se demander si, parmi les sujets de la législation des empêchements de mariage, il faut comprendre ceux qui sont, à l’égard de celle-ci, dans un état d’ignorance invincible, et jouissent de la plus entière bonne foi. A cette question on doit répondre, d’une manière générale, que ces personnes ne sont point exemptes, nonobstant leur ignorance et leur bonne foi. La raison est que les empêchements de mariage constituent des inhabiletés juridiques; or, telle est la portée des inhabiletés introduites par le droit, comme sont également les irrégularités pour les ordres, les bénéfices, etc., que ceux-là même qui les ignorent peuvent cependant les encourir. Cf. Sebastianelli, Prælectiones juris canonici, Decretalium, 1. IV, η. 100. A cette jurisprudence se rapporte l’instruction adressée par le Saint-Office, le 9 décembre 1874, à l’évêque de Saint-Albert, au Canada, touchant plusieurs doutes sur des questions matrimoniales et dans laquelle il est dit que, conformément à plusieurs décisions de la même Congrégation, l’ignorance invincible et la bonne foi, tout en pouvant excuser du péché, ne peuvent dispenser des empêchements de droit ecclésiastique, et lever l’obstacle d’un empêchement dirimant. Quod attinet ail mulierem (christianam) conjunctam cum viro infideli, S. C, respondet matrimonium esse nullum ol> impedimentum disparitatis cultus. Neque mulieri sufiragari ignorantiam invincibilem, in qua versa­ batur, uti pluries professa est hæc S. C. ; et nomina­ tin' die 31 mail 1103 irrita declaravit matrimonia a catholicis cum infidelibus inita in terra et more bar­ barorum, etsi lex vel consuetudo Ecclesiæ, inducens impedimentum disparitatis cultus, in illa regione sit invincibiliter ignota. Et generatim de omnibus impe­ dimentis, jure ecclesiastico inductis, in instructione ad vicarium apostolicum Siamensem data an. 1854. Animadvertendum est etiam, quoad impedimenta dirimentia, ignorantiam invincibilem aut bonam fidem non sufficere ut valide contrahatur matrimo­ nium. Et si quandoque illa ignorantia et bona fides excusare valeat a peccato, tamen nunquam efficere potest matrimonium validum quod, obice dirimente, fuerit irritum. Toutefois, l'instruction du Saint-Office ajoute qu’on doit examiner, d’après Benoit XIV, De synodo diœcesana, 1. XIII, c. xxi, n. 7; Quæstiones canonicæ, q. CLXX1V, si le mariage en question a pour lui la forme extérieure d’un mariage légitime, et si les relations n'ont pas été manifestement des relations de fornication, autrement dit, si le mariage a été contracté de fait, et si de véritables dispositions maritales ont été unies au consentement naturel. Car, dans cetle hypo­ thèse, si le consentement peut être commodément renouvelé, il appartient à l’évêque d’accorder la dis­ pense de l’empêchement de disparité de culte, selon les facultés concédées par la S. C. de la Propagande. Que si le consentement ne peut pas être renouvelé, ou que la partie infidèle s’y refuse obstinément, le SaintSiege a octroyé à l’évéque, ou à ses délégués, a condition qu’il appert de la persévérance morale du premier con­ sentement, le pouvoir de dispenser par le remède extraordinaire de la sanatio in radiée, etc. Que dire enfin de ceux qui sont dans l'impossibilité de demander et d’obtenir la dispense des empêchements dirimants? Sont-ils néanmoins tenus par ces empê­ chements? Oui sans doute; même si cette impossibilité est générale et commune, par exemple, en temps de persécution. Voir à ce propos la réponse du Saint-Office au vicaire apostolique du Japon, Il mars 1868. Bien plus, l’empêchement canonique resterait toujours en 2458 vigueur, dans l’hypothèse où, d’une part, la dispense ne pourrait être demandée et obtenue, et, d’autre part, la célébration du mariage ne saurait être supprimée ou différée sans de graves inconvénients : tel serait le cas d’une personne ayant encouru l’empêchement d’affi­ nité vis-à-vis de sa fiancée, ou ayant eu des relations coupables avec la sœur de celle-ci, et se voyant refuser la dispense par le souverain pontife; cette personne ne pourrait alors contracter validement le mariage en question, et cela, pour aucune cause, même en pré­ sence de graves préjudices et dans la crainte d’infamie. Cependant, si, dans les circonstances expliquées plus haut, l’empêchement de droit ecclésiastique venait à se trouver en conflit avec le droit naturel au mariage, en sorte que le sujet, s’il se soumettait à cet empêche­ ment, se condamnerait par le fait à un célibat perpétuel ou prolongé, il faudrait dire alors que l’empêchement en question tomberait de lui-même, comme étant opposé au droit naturel : le cas peut se présenter, par exemple, sous la loi de la clandestinité dont l’observa­ tion pourraitétre rendue impossible d’une impossibilité commune et de longue durée, en sorte que son applica­ tion serait contraire au droit naturel et par conséquent ne saurait être urgée; la chose se vérifia, comme on sait, au temps de la révolution française en 1793, alors qu’il était tout à fait impossible, ou au moins très dif­ ficile et très dangereux de recourir à la présence du propre curé. Voir les lettres de Pie VI à l’évéque de Luçon, 28 mai 1793, et à l’évêque de Genève, 5 octo­ bre 1793; voir également les instructions de laS. C. du Concile, 18 janvier 1863; de la Propagande, 2 juillet 1827; et du Saint-Office, 6 juillet 1817. Cf. Gasparri, op. cit., η. 1172. De même, au sujet de la clandestinit· . quand il est impossible à des futurs de se présenter devant le curé ou l’ordinaire du lieu, ou devant un prêtre délégué par eux, pour recevoir leur consente­ ment, si cette situation dure déjà depuis un mois, l’empêchement n’existe plus, et le mariage peut être contracté devant les deux seuls témoins requis. Décret Ne temere, a. 8, et décret de la S. C. des Sacrements du 13 mars 1910, ad lum, Acta apostolicæ sedis, t. n, p. 195. Un autre exemple de cette caducité d’un empê­ chement de droit ecclésiastique, pour cause d'opposi­ tion avec le droit naturel, peut se vérifier à propos de l'empêchement de disparité de culte, comme en témoi­ gne la réponse du Saint-Office, 4 juin 1851. Cf. Gas­ parri, op. cit., n. 711. 111. Dispenses. — Il est certain que les empêchements prohibants ou dirimants de droit divin absolu, naturel ou positif, ne peuvent être rapportés par aucune auto­ rité humaine ; tout au plus, le pouvoir suprême ecclé­ siastique, interprète authentique du droit divin, peut-il déclarer que dans telles ou telles circonstances n urge pas le droit naturel ou le droit divin positif. Quant aux empêchements de droit ecclésiastique, il y a lieu de leur appliquer le principe général touchant la révoca­ tion de la loi, savoir, la règle 1" du droit : Omnis es per quascumque causas nascitur, per easdem dissolvi­ tur; d’où il suit que ces empêchements peuvent être rapportés soit par le législateur qui les a institués, soit par son supérieur, soit enfin par son délégué, selon les termes mêmes de la délégation. Or, il existe trois manières de paralyser la force obligatoire des empê­ chements, comme de toute loi eu général : l'abrogation, qui est la suppression totale de l’empêchement, par exemple, si l'empêchement de parenté spirituelle venait à être rayé de la législation ecclésiastique; la déroga­ tion, qui est la suppression partielle de l'empêche­ ment, par exemple, si l’empêchement de consangui­ nité venait à être ramené au troisième ou au second degré; enfin la dispense dont il s’agit exclusivement ici. \° Définition. — Nonobstant la loi des empêchements, le mariaqe peut néanmoins être validement et hcite- 2459 EMPÊCHEMENTS DE MARIAGE ment célébré, lorsque intervient une dispense légitime. La dispense, en général, est l'exemption de l'obliga­ tion de la loi, faite en faveur d’une personne déterminée dans un cas particulier, ou pour un temps défini, par le législateur lui-même ou par son délégué. Voir col. 1420. Ainsi donc l'autorité ecclésiastique, qui a porté les empêchements de mariage, sans abroger la loi qui les a établis, exempte, dans des cas particuliers, les sujets de celte loi, dont le mariage aurait été, sauf dis­ pense, rendu invalide ou illicite par suite de l’exis­ tence d'un empêchement dirimant ou prohibant. 2° Histoire. — 11 est incontestable que, dans les pre­ miers siècles, l'Eglise usa parcimonieusement des dis­ penses vis-à-vis des lois matrimoniales, comme d’ail­ leurs vis-à-vis de ses propres lois en général, car les pontifes romains se proclamaient impuissants à délier des canons ecclésiastiques, comme étant leurs gardiens et leurs défenseurs, et non leurs transgresseurs : ca­ nones ecclesiasticos solvere non possumus, qui defen­ sores et custodes canonum sumus, non transgressores. Martin Ier, Epist., IX. Voir Thomassin, Ancienne et nouvelle discipline de l'Eglise, I. Il, I. III, c. xxv, n. 9; Riganti, Comment, in peg. 49 Cancellai iæ apost. — Cependant cette exclusion des dispenses n’était pas absolue; comme, jusqu'au xm» siècle, le pouvoir d’éta­ blir des empêchements n'élait pas encore cause majeure réservée au souverain pontife, les évêques purent, aussi bien que porter des lois particulières touchant le ma­ riage, user du droit de dispenses. Voir, par exemple, le canon 30e du concile d’Epaone, en 517, et les canons 11 et 12 du III» concile d’Orléans, en 538. Voir Hefele, Histoire des conciles, trad. Leclercq, Paris, 1908, t. ni, p. 1040-1041,4134. A quelle époque les pontifes romains commencèrentils à accorder des dispenses en matière d'empêche­ ments de mariage? Certains auteurs veulent que le pape Innocent III ait. le premier, au xne siècle, dis­ pensé, en faveur du roi Othon IV, de l’empêchement de consanguinité au 5’ degré, et cela, avec les plus grandes difficultés et pour de très graves motifs, im­ posant en outre, à titre de compensation, de construire deux monastères, de distribuer des aumônes et de faire réciter des prières dans tout le royaume. Cf. Ch. Lupus, ad can. 2 conc. Rem., p. 4. Mais, si nous nous en rapportons à Innocent III lui-même, c. 13. tit. xin, De rest, spot., I. II, il apparaît que d’autres pontifes, avant lui, usèrent de ce droit des dispenses matrimoniales : in gradilius consanguinitatis divina lege prohibitis restitutioni aditus (quando conjuges erant separati) præcludatur; sed constitutione interdictio humana, restitutio locum habeat cum e/Jectu : cum in illis dispensari non possit, et in istis valeat dispensari : sicut B. Gregorius et mulli alii dispensarunt. Par ce B. Grégoire faut-il entendre Grégoire le Grand, dont la lettre à saint Augustin, apôtre des Angles, contiendrait une véritable dispense du mariage? La chose est très discutée, et parait peu probable. Cf. Gasparri, op. cit., n. 321. Quoi qu’il en soit, Grégoire II, dans sa lettre à saint Boniface, apôtre des Germains, lui octroyé clai­ rement la faculté, qu’il dénomme un privilège, de per­ mettre aux Germains de contracter entre eux, après la quatrième génération. On peut voir d’autres exemples de dispenses matrimoniales, spécialement pour l'em­ pêchement de profession solennelle et d’ordre sacré, dans Antonio Sandini, Vitæ pontificum romanorum, Padoue, 1739 : c’est ainsi qu’il rapporte, mais sans aucun fondement, que Benoît IX, ou Clément II, donna la permission de se marier à Casimir Misecon II, fils du roi de Pologne, qui avait déjà émis des vœux solen­ nels, et même reçu l’ordre sacré du diaconat, au mo­ nastère de Cluny; il cite également la dispense accor­ dée, par Alexandre III. à Nicolas Justinien, de sortir du monastère pour contracter mariage, et pouvoir ainsi 2460 perpétuer l’illustre famille vénitienne des Justiniani. Pour l’histoire des dispenses, on peut encore consulter Wernz, Prælectiones juris Decretalium, t. iv, n. 610; Leitner, Eherecht, p. 404; et surtout Stiegler, cité plus haut, col. 1440. 3» Pouvoir de dispenser. — Lorsqu’on étudie la question des dispenses matrimoniales, il y a lieu de se demander d'abord'à quel supérieur ecclésiastique il faut avoir recours pour obtenir la dispense de tel ou tel empêchement. Or, le pouvoir de dispenser des em­ pêchements de mariage, comme de toute loi ecclésias­ tique en général, est de deux sortes ; le pouvoir ordi­ naire et le pouvoir délégué. Le pouvoir ordinaire qui appartient en propre, à titre permanent, et én vertu de la charge à laquelle il est de droit attaché, est exercé, en matière de dispenses matrimoniales, ainsi que d’ail­ leurs en matière d'empêchements, voir col. 2453, par le souverain pontife seul ou le concile général. Le pouvoir délégué, qui appartient à l'inférieur en vertu d'une commission, octroyée par le supérieur, voir Dé­ légation, est exercé, en matière de dispenses matri­ moniales, par les évêques, au nom du souverain pontife. 1. Pouvoir du souverain pontife. — Dans tous les empêchements de mariage, de droit ecclésiastique, soit dirimants, soit prohibants, le pontife romain, seul, ou avec le concile général, a le pouvoir de dispenser. Ce droit ordinaire et propre découle, en effet, certaine­ ment du primat, et repose sur une pratique constante, ainsi que nous l’avons vu en étudiant le pouvoir d’éta­ blir les empêchements. Aussi bien le concile de Trente, sess. xxiv, can. 3, a-t-il condamné ceux qui dénient à l’Église le pouvoir de dispenser dans plusieurs des de­ grés exprimés au Lévitique, c. xvm; car, la loi divine cérémoniale et judiciaire étant abolie, il est incontes­ table que plusieurs des empêchements ci-désignés sont simplement de droit ecclésiastique. Cependant il existe cerlains empêchements vis-à-vis desquels le souverain pontife n’use jamais, ou use très rarement, de son pouvoir de dispenser. Ces empêche­ ments sont, entre autres : la clandestinité, le rapt, l'ordre sacré, le vœu solennel, l’affinité du premier degré en ligne directe provenant de relations licites, la consanguinité du premier degré en ligne collatérale, le crime résultant du conjugicide public. Voir ces mots. Par un décret du 7 mars 1910. la S. C. des Sacre­ ments a décidé que tous les empêchements de mariage, dirimants ou prohibants, concernant les rois et les princes de race royale, sont spécialement réservés au Siège apostolique. Acta apostolicæ sedis, 1910, t. n, p. 147. Le souverain pontife a coutume d’exercer son pou­ voir de dispenser, dans les empêchements de mariage, par l’organe des Congrégations ou des Tribunaux ro­ mains. Avant que n'ait paru le nouveau règlement édité par ordre de Pie X. le 29 septembre 1908, il y avait deux Offices principaux et ordinaires au ministère desquels le souverain pontife faisait appel pour accor­ der les dispenses matrimoniales, à savoir : la Daterie pour les empêchements publics et au for externe: la S. Pénitencerie pour les empêchements occultes et au for interne, ou de la conscience, ainsi que, en vertu d’une concession spéciale, et concurremment avec la Daterie, pour les empêchements publics et au for ex­ terne, mais seulement en faveur des pauvres. Or, à dater du 3 novembre 1908, tandis que la S. Pénitencerie conserva tous ses pouvoirs pour les dispenses au for interne, vis-à-vis des empêchements occultes, la Daterie fut remplacée, pour la concession des dispenses au for externe, par la S. C. de la discipline des Sacre­ ments. A cette Congrégation furent confiés tous les pouvoirs qui jusque-là étaient exerces par les autres Congrégations. Tribunaux et Offices de la Curie ro­ maine, touchant la discipline du mariage, comme les dis­ 2461 EMPÊCHEMENT! S DE MARIAGE 2462 penses au for externe, tant pour les pauvres que pour i Or, dans le style de la Curie romaine, ceux-là sont les riches, les dispenses in radice, la dispense pour jugés pauvres, qui vivent du travail de leurs propres le mariage non consommé, etc. Les dispenses que mains et de leur propre industrie : on les appelle, â concède ladite Congrégation se divisent en dispenses proprement parler, des misérables; sont également de degrés majeurs et en dispenses de degrés mineurs. rangés parmi les pauvres ceux qui reçoivent un salaire, Les dispenses de degrés mineurs sont celles : a) de la même considérable, en raison d’une charge publique, consanguinité et de l’affinité au troisième et au qua­ cf. Sebastianelli, Decretalium Uber IV, De re matri­ trième degré de la ligne collatérale, soit que ces degrés moniali, n. 107, not. 1 ; enfin le droit tient pour pau­ soient simples, soit qu’ils soient mixtes, comme du vres ceux qui ne possèdent pas un capital excédant quatrième avec le troisième, ou du troisième avec le 300écus romains, environ 1612 francs pour l'Italie, ou second, (mais non avec le premier); 6) de l'affinité ré­ 525 écus romains, environ 2820 francs, en dehors de sultant de relations illicites, à tous ses degrés, soit au l’Italie, déduites les dettes, s’il y a lieu, et les dépenses premier, soit au second, soit au second avec le premier; nécessaires pour l’administration des biens, ainsi que c) de la parenté spirituelle, de quelque condition toutes obligations à payer ordinaires ou extraordinaires. .qu’elle puisse être; d) de l’honnêteté publique, soit Ceux-là sont dit quasi-pauvres, dont les biens n’excè­ qu’elle provienne des fiançailles, soit qu’elle résulte dent pas notablement 10000 francs; que si l'excédent du mariage ratifié et non consommé, duquel ont été est notable, les sollicitants rentrentalors dans la caté­ obtenus la dispense et le décret de dissolution. gorie des riches. Pour bien déterminer le degré de for­ Les dispenses de degrés majeurs qui, avec une cause tune des sollicitants, il faut faire l’estimation de l'avoir légitime, ont coutume d’être concédées sont celles : des deux parties, et, en outre, tenir compte, non seu­ a) de la consanguinité au second degré de la ligne lement du capital que quelqu’un peut posséder actuel­ collatérale égale, ou inégale, par exemple, au second lement, mais encore des émoluments qui peuvent lui ou au troisième degré uni avec le premier; 6) de l'af­ venir d’un office très lucratif, comme cela arrive sou­ finité en ligne collatérale, soit égale, c’est-à-dire sim­ vent, par exemple, pour les médecins, les avocats, etc.; plement au premier ou au second degré, soit inégale, on doit également, dans une certaine proportion, avoir c’est-à-dire au second ou au troisième degré uni avec égard aux espérances de fortune, c’est-à-dire aux héri­ le premier; c) du crime provenant de l’adultère com­ tages attendus de plein droit, si du moins ils ont une pliqué de la promesse du mariage, pourvu qu’il n’y réelle importance. La condition des sollicitants, on le ait pas eu machination de la mort de l'époux innocent. voit, doit être supputée, d’après un grand nombre Voir Ordo servandus in roniana curia, part. 11, c. vit, d’éléments; or, comme l'Ordinaire peut difficilement a. 3, §3, n. 17-21, dans Acta apostolicæ sedis, Rome, connaître toutes ces choses par lui-même, il s’en re­ 1909, t. t, p. 90-92. met généralement au témoignage du curé, qui, à son tour, doit interroger les parties, ou mieux, faire une Cependant il se rencontre encore d’autres organes enquête auprès de personnes dignes de foi. de manière pour les dispenses du mariage. Ainsi, c’est au Saintà informer le mieux possible l’Ordinaire touchant Office qu’il appartient d’octroyer la dispense pour l’état de fortune des suppliants. Dans son nouveau rè­ l’empêchement de disparité de culte et de religion glement déjà cité, Pie X enjoint aux Ordinaires de s'in­ mixte. Const. Sapienti consilio du 29 juillet 1908, dans former secrètement auprès des curés des suppliants, Acta apostolicæ sedis, t. i, p. 9. De même, pour les dans chaque cas en particulier, pour savoir si les pays de missions qui sont soumis à sa juridiction, suppliants doivent être tenus véritablement pour pau­ c’est à la S. C. de la Propagande qu’il faut avoir re­ vres ou presque pauvres. Ordo servandus, part. I, cours pour les dispenses au for externe; mais elle doit, à son tour, déférer aux autres Congrégations c. xi, n. 3, Acta apostolicæ sedis, t. I, p. 55. Cf. De Justis, De dispensationibus matrimonialibus, 1. I, particulières ce qui est de leur compétence respective, c. vu;Pyrrhus Corradus, Praxis dispensationum apopar suite, à la S. C. des Sacrements, ce qui regarde le stolicarum, 1. VIII, c. v; Reilfenstuel, Appendix ad mariage. Ibid., p. 12. En outre, la Secrétairerie des l. JV de dispens. matrim., n. 379 sq., 397 sq.; Brefs est chargée de rédiger les dispenses en faveur Giovine, op. cil., part. I, t. n, § 18; Feije, op. cit., des princes, et les lettres de revalidation dite perinde n. 692; d’Annibale, op. cil., n. 496; Gasparri, op. cit., valere; enfin les nonces apostoliques peuvent, en ma­ n. 323sq.; Noldin, op.cit., n. 128; Lehmkuhl, op. cit., tière de dispenses matrimoniales, jouir de certaines n. 1012. facultés qui sont d'ailleurs connues et définies d’après Cependant, il importe de bien connaître en quoi la leur mandat. forme commune et la forme des pauvres difléraient Il y a lieu d’exposer en détail l’ancienne organisation l’une de l’autre, et quelle était la portée de chacune, de la Daterie apostolique et de la S. Pénitencerie, et car de cette ancienne procédure de la Daterie se rap­ l’organisation actuelle de la S. C. des Sacrements et de proche beaucoup la discipline actuelle de la S. C. des la S. Pénitencerie. Sacrements, touchant la taxe majeure et mineure à a) Daterie apostolique. — La Daterie apostolique payer, pour les dispenses matrimoniales; et Pie X dit avait pour mission de concéder les dispenses pour les expressément, dans le règlement en question, qu'il empêchements publics, directement au for externe, et faut, autant que possible, observer les mêmes taxes par voie de conséquence seulement au for interne. Or, que celles qui étaient en usage dans la Daterie et dans la S. C. des Sacrements a été, en son lieu et place, in­ la S. Pénitencerie pour la dispense des empêchements vestie des mêmes pouvoirs. C’est donc à cette Congré­ publics. Ibid., n. 12, p. 57. Or, dans la pratique de la gation qu’il faut régulièrement avoir recours dans tous Daterie, si la dispense était concédée dans la forme les empêchements qui, par leur nature, ou en fait, sont commune, c’est-à-dire dans la forme des riches, outre publics. la taxe, qui était imposée pour les honoraires des em­ La Daterie accordait les dispenses matrimoniales de ployés de la Daterie, et pour les dépenses nécessaires, deux manières principales : soit dans la forme com­ les sollicitants avaient à payer une componende, soit mune ou ordinaire, appelée encore forme des riches, une certaine somme d’argent, devant être appliquée à soit dans la forme des pauvres, selon que les suppliants de pieux usages; cependant cette componende était va­ ôtaient estimés riches ou pauvres par le droit; il exis­ riable, selon l'importance des revenus, la nature de tait, en outre, une autre forme dite forme des nobles, l’empêchement et aussi la qualité de la cause invoquée qui n’était que la forme des riches amplifiée, en tant pour la dispense. Lorsque la dispense était accordée qu’elle comportait une taxe ou aumône d’une impor­ dans la forme des pauvres, les sollicitants n'avaient tance exceptionnelle. 2463 EMPÊCHEMENTS DE MARIAGE payer qu'une taxe modique, sans qu’il fût question de componende. Mais si les sollicitants étaient seulement presque pauvres, on avait coutume d’exiger d’eux, outre la taxe de rigueur, une certaine componende, inférieure toutefois à celle des riches. Dans quelques régions, comme en ["'rance, au lieu de la componende proprement dite, les sollicitants ont coutume d’olfrir, par l’intermédiaire de l’Ordinaire, une somme d’argent que la Daterie acceptait, quoiqu'elle fût moindre que le montant correspondant de la componende. Cf. Gasparri, op. cit., n. 325. Quelques dispositions particulières, édictées par Pie X dans son règlement, sont à noter ici. Le pape impose aux Ordinaires l’obligation d’ouvrir dans les cas particuliers une information secrète auprès des curés des suppliants, pour savoir, non seulement s'il s’agit bien de personnes pauvres ou quasi-pauvres, mais encore quel droit elles peuvent avoir à une con­ donation tolale ou partielle de la taxe, en sorte que leur conscience reste engagée, afin que les choses re­ latées soient conformes à la vérité, étant d’ailleurs bien établie l’obligation de restituer les sommes qui pour­ raient avoir été indûment soustraites. Loc. cit., p. 55. En outre, s’il se rencontre des suppliants qui, par mau­ vaise volonté, se refusent à payer la taxe imposée pour la concession de la dispense, et que, d’autre part, ce­ pendant, il ait été moralement nécessaire d’ac­ corder la dispense pour éviter le scandale ou le péché, les Ordinaires doivent mentionner ce détail dans le rapport qu’ils enverront. Ibid., p. 56. Et, une fois concédée la grûce de la dispense, les Ordinaires ont à notilier aux suppliants, autant que la prudence peut le permettre, l’obligation de justice qui les lie toujours envers le Saint-Siège. Dans aucun cas, observe enfin le pontife, la valeur de la concession d’aucune grâce ne pourra dépendre de l’erreur ou de la fraude qui aura été commise touchant la situation matérielle du sup­ pliant. Ibid., p. 56. D’où il suit, qu’à l’avenir, si on vient à découvrir que quelque erreur ou fraude a été commise, il ne restera qu'une chose â faire : obliger ceux qui se seront ainsi compromis, à réparer le dom­ mage causé, et cela, au nom de la justice. La Daterie apostolique concédait quelquefois les dis­ penses par simple signature, comme on peut voir dans les Formules refornialæ, form. 11,20, 40. Dans ce cas, c'était la supplique même, portant le reserit de la dis­ pense, dûment paraphé, qui était adressée â l’Ordinaire des sollicitants. Mais, le plus souvent, les lettres apos­ toliques des dispenses étaient expédiées sous forme de bref, ou encore sous forme de bulle, et on peut en voir plusieurs exemples dans les Formules reformates, déjà citées. Voir Bref et Bulle. Les dispenses sont données par bref pour le premier degré, l’empêchement mixte du premier avec le second, du premier avec le troi­ sième, du premier avec le quatrième, et pour le second degré de la consanguinité, de l’affinité et de l'honnê­ teté publique résultant du mariage; il en est de même pour la parenté spirituelle entre les parrains et l’enfant baptisé. Les dispenses sont octroyées par bulle pour l’em­ pêchement mixte du second degré avec le troisième, et pour le iroisième degré de l’affinité, de la consanguinité el de l'honnêteté publique provenant du mariage. Il faut ranger également au nombre des dispenses concédées par bulle : la parenté spirituelle entre les parrains et les parents du baptisé; le premier degré d’honnêteté pu­ blique résultant des fiançailles; le troisième degré uni au quatrième, et le quatrième degré d’honnêteté publique provenant du mariage; le troisième degré uni au qua­ trième, et le quatrième degré delà consanguinité et de l’affinité; l’empêchement de crime, neutro machinante. Dans le cas d'occurrence de deux empêchements, dont l’un doit être dispensé par bref, et l’autre par bulle, la dispense est alors concédée par bref. Enfin il faut 2464 observer, d’après les règles 27,31 et 52 de la Chancellerie apostolique, que la dispense doit être effectuée par lettres apostoliques conformément écrites, même si elle a été déjà accordée de vive voix par le souverain pontife. Toutefois nonobstant ces règles, on doit faire exception pour la dispense qui est concédée par simple signature; telle est, en effet, la portée de la clause ajoutée alors au reserit : quod sola præsentis suppli­ cationis signatura sufficiat et ubique fidem faciat in judicio et extra illud, regula quacumque contraria non obstante. Gasparri, op. cit., n. 330. La Daterie n’accordait ordinairement aucune dis­ pense les dimanches et jours de fêtes, ni pendant le temps des vacances d'automne, soit du 4 octobre au 14 novembre (cependant, depuis 1879, elle avait cou­ tume, dans le temps des vacances, d'expédier quelques dispenses le vendredi), ni durant trois semaines avant le carême, deux semaines au temps de Pâques et éga­ lement au temps de la Pentecôte, et de la fêle de saint Pierre, etc. Il faut remarquer, en outre, que la Daterie cessait toute fonction, pendant la vacance du Saint-Siège, el que la charge de cardinal pro-dataire expirait à la mort même du souverain pontife ; aussi bien, à partir de ce moment, toutes les suppliques en souffrance, même celles qui étaient déjà apostillées et signées, de­ vaient-elles être remises, scellées, au collège des car­ dinaux, pour être réservées au futur pontife. Voir le Ilegolamento della Dataria aposlolica, a. 23. Cf. Giovine, op. cit., t. It, § 25, n. 4. Cependant, dans la con­ stitution Vacante sede aposlolica du 25 décembre 1904. Pie X a décidé que, durant la vacance du Saint-Siège, les Congrégations romaines gardent les facultés ordi­ naires et propres qui leur ont été accordées par lettres apostoliques; seulement in gratiis concedendis il leur demande de n’accorder que celles de moindre impor­ tance, tit. I, c. tv, n. 24, 25. Canoniste contemporain 1909, t. xxxii, p. 271, 272. b) Sacrée Pénitencerie. — Ce tribunal est chargé, de droit originaire, des dispenses pour le for interne seulement, et, par conséquent, vis-à-vis des empêche­ ments qui par leur nature et en fait sont occultes. Ces empêchements sont décrits dans la constitution Pastor bonus, du 13 avril 1744, où Benoit XIV détermine nette­ ment les facultés delà S. Pénitencerie. Le même pape, dans une autre constitution, Gravissimum Ecclesiæ, du 26 novembre 1745, établit la division des matières entre la Daterie et la S. Pénitencerie, réservant de nouveau à celle-ci les dispenses matrimoniales pour le for interne el pour les cas occultes. A son tour, Pie X a confirmé les pouvoirs de la S. Pénitencerie dans les causes matrimoniales pour le for interne, même non sacramentel. Const. Sapienti consilio, dans Acta aposlolicæ sedis, t. i, p. 15. Cependant, en vertu d’une concession spéciale, la S. Pénitencerie jouissait encore de certains pouvoirs, concernant le for externe, et â propos des empêchements publics. C’est qu’en effet, à la fin du xvm' siècle, alors que tout l’ordre civil était bouleversé, l’administration de la Daterie étant complètement suspendue, toutes les dispenses matri­ moniales durent être expédiées par la S. Pénitencerie, qui reçut à cet effet des facultés spéciales. Or, quand les choses furent rétablies en leur ancien état, la Date­ rie put reprendre ses fonctions et se charger, comme par le passé, de l’expédition des dispenses pour le for externe, soit en faveur des pauvres, soit en faveur des riches. Toutefois, par une disposition provisoire, qui a continué jusqu’à nos jours, la S. Pénitencerie con­ serva. concurremment avec la Daterie, la faculté de dispenser, pour le for externe, et par rapport aux em­ pêchements publics, en faveur des pauvres seulement, ou des quasi-pauvres. Mais nous savons déjà que le nouveau règlement de Pie X a réservé à la S. Congré­ gation des Sacrements toutes les dispenses matrimo- 2465 EMPÊCHEMENTS DE MARIAGE niales au for externe, supprimant ainsi les anciens pouvoirs des autres Congrégations à cet égard, et, par conséquent, aussi bien ceux de la S. Pénitencerie que ceux de la Daterie. La S. Pénitencerie a coutume de concéder gratuite­ ment les dispenses matrimoniales, comme toutes les autres grâces. Toutefois, lorsqu’il s'agissait de dispenses pour le for externe, une certaine taxe, modique d’ail­ leurs et proportionnée à la nature des empêchements, était imposée pour acquitter les droits de la Paierie, à laquelle elle devait être versée. Mais, pour les sollici­ tants de France ou de Belgique, s’ils étaient vraiment pauvres et n’offraient pas spontanément quelque somme d’argent, la dispense était concédée par la S. Péniten­ cerie sans aucune taxe, avec la clause : Erogata ab eis aliqua eleemosyna judicio Ordinarii juxta eorum vires taxanda et applicanda ; cependant, s’ils étaient presque pauvres, ils devaient faire une certaine offrande. En outre, pour les autres pays, la S. Péniten­ cerie acceptait les offrandes des sollicitants, même lorsqu’elles étaient inférieures â la taxe accoutumée, si l’évêque attestait qu'ils ne pouvaient pas donner da­ vantage; et, bien plus, si les sollicitants étaient misé­ rables, au point de ne pouvoir rien payer, la S. Péni­ tencerie accordait gratuitement la dispense. Gasparri, op. cit., n. 343. Nous avons vu plus haut les nouvelles dispositions établies par le règlement de Pie X. La Pénitencerie ne tient pas de vacances, durant l’année. Cependant, quoique l’administration de ce tribunal ne soit pas ouverte les dimanches et fêtes de précepte, les employés peuvent être abordés en parti­ culier, de manière qu’ils puissent recevoir les sup­ pliques et leur faire suivre la filière, afin que, autant que l'exigent les circonstances, les affaires soient con­ venablement expédiées. Pendant la vacance du SaintSiège, toutes les facultés de la S. Pénitencerie, pour le for externe, ainsi que celles de la Üaterie étaient complètement suspendues : seules persévéraient et per­ sévèrent encore les facultés pour le for interne, qui sont même étendues aux cas exceptés. Const. Pastor bonus, §51-53. Cf. Avanzini, Acta sanctæ sedis, t. t, append. 6; Gasparri, op. cit., n. 345. Pie X a décidé que l'office du Grand Pénitencier ne cesse pas pendant la vacance du Saint-Siège et qu’il peut tout ce qui lui est accordé par la constitution Pastor bonus de Be­ noit XIV. Const. Vacante sede ayostolica du 25 décem­ bre 1904, tit. t, c. tu, n. 12, 16, dans le Canoniste contemporain, 1909, t. xxxii, p. 269, 270. 2. Pouvoir de l'évêque. — Les empêchements de mariage relèvent, nous l’avons dit, du droit commun et universel de l’Église : il suit de là que l’évêque ne peut pas en dispenser, par sa propre autorité, mais seulement en vertu d’une délégation du souverain pontife. Or, cette délégation, par rapport aux dispenses matrimoniales, est de deux sortes, savoir : elle est, ou bien expresse, ou bien tacite et présumée. a) Délégation expresse. — La délégation expresse du souverain pontife, pour les dispenses matrimoniales, peut être accordée aux évêques de deux manières : soit par une loi générale, soit par un mandat ou un induit spécial. a. La délégation expresse, qui découle d’une loi gé­ nérale, concerne : a. la délégalioiîuecordée aux évêques, par le concile de Trente, sess. xxtv, c. 1, De reform., touchant la dispense des bans ou des proclamations du mariage, voir Bans; β. la délégation contenue dans le décret de Léon XIII, du 20 février 1888, en vertu du­ quel les évêques ont le pouvoir, soit de dispenser par eux-mêmes, soit par un délégué ecclésiastique de bon renom, en faveur des malades, en grave danger de mort, et lorsqu’il n'y a pas le temps de recourir au Saint-Siège, pour les empêchements dirimants, de droit ecclésiastique, même publics, à l'exception de l’ordre D1CT. OE THEOL. CATHOL. 2466 de la prêtrise et de l’affinité en ligne directe provenant de relations charnelles licites. Ainsi donc, pour l'exer­ cice légitime de cette dispense, plusieurs conditions doivent se vérifier; il faut : a. que les personnes, dont le mariage est en question, vivent déjà dans le concu­ binage, ou qu'elles aient contracté un mariage civil, Saint-Office, 22 septembre 1890; b. qu’il y ait très grave danger de mort au moins pour l’un des futurs conjoints, encore que celui-ci ne soit pas la personne liée direc­ tement par l’empêchement, Saint-Office, 1er juillet 1891 ; c. que le temps ne soit pas suffisant pour recourir au Saint-Siège; d. enfin, pour ce qui regarde spécialement l'empêchement d’ordre sacré du sous-diaconat ou du diaconat et l’empêchement de vœux solennels, le dé­ cret impose certaines conditions particulières, savoir, l'obligation, pour les Ordinaires, d'aviser le SaintOffice, après que la dispense a été effectuée, lorsque du moins les dispensés recouvrent la santé, et d’écarter le scandale, s’il y a lieu, par les meilleurs moyens possibles. Or, â propos de cette délégation générale communiquée aux évêques par le décret en question, on doit observer qu’elle ne comprend point les empêchements prohibants, par exemple, la reli­ gion mixte, quoiqu'elle s’étende à l’empêchement diri­ mant de disparité du culte. Saint-Office, 18 mars 1891. En outre, les évêques peuvent subdéléguer, d’une ma­ nière habituelle et permanente, les facultés précé­ dentes, aux curés exclusivement, et seulement pour les cas urgents où la vie est en grave péril, et où on n’a pas le temps de recourir aux Ordinaires euxmêmes. Saint-Office, 9 janvier 1889. Il suit de là que d'autres prêtres peuvent recevoir la susdite délégation pour des cas particuliers. Plus tard, le 23 avril 1890, le Saint-Office déclara qu'en vertu du décret l'Ordinaire et son subdélégué peuvent dispenser, pour l'ar­ ticle de la mort, non seulement dans les empêchements publics, mais encore dans les empêchements occultes; et, sous le nom de curés, sont compris tous ceux qui ont actuellement charge d’âmes, à l’exception des vicaires et des chapelains; cependant, il faut noter que le même tribunal accorda, par induit de cinq années, aux évêques de Breslau, le 17 février 1892, et de Colocza et de Bacs, le 25 mai 1898, la faculté de délé­ guer lesdits pouvoirs à de simples prêtres, idoines, pour les lieux les plus excentriques du diocèse, et lorsque, dans un cas de véritable urgence, le temps ferait défaut pour recourir à l’Ordinaire ou au curé. Enfin, le 13 décembre 1899, le Saint-Office décréta qu’en vertu des facultés en question, et dans les con­ ditions ci-dessus définies, l’évéque et son subdélégué peuvent dispenser de l’empêchement de clandestinité, de manière que, par exemple, le curé délégué habituel­ lement par l’évêque peut, dans sa paroisse, ou bien marier ceux qui ne sont pas ses paroissiens, mais des étrangers de passage, les dispensant ainsi dé la pré­ sence de leur curé, auquel, dans l’hypothèse, il n’est pas possible d’avoir recours, ou bien encore ses propres paroissiens, en les dispensant de la présence des témoins, lorsque, dans ce cas extrême, il est impossible d en rencontrer. Mais cette décision se trouve annulée par le décret A'c temere, et la dispense de l’empêche­ ment de clandestinité n’est plus nécessaire, car, lorsque le danger de mort est imminent, s'il n'est pas possible de s’adresser au curé du lieu ou à son délégué, tout prêtre devient un témoin légitime et autorisé, en présence duquel le mariage peut être validement et licitement contracté; mais il faut également que ce prêtre se fasse toujours accompagner de deux autres témoins, à moins que. dans un cas d'extrême nécessité, s'il est impossible de rencontrer lesdits témoins, il lui soit permis d'user de i'épikie, considérant que prooablement cessent alors tous les empêchements, et oa.· conséquent aussi celui de clandestinité. Cf. Gennari. IV. - 78 2467 EMPÊCHEMENTS DE MARIAGE Commento sobre el decreto Ne temere, p. 40, not.; Lehmkuhl, Theologia moralis, 1910, η. 891, 1015, not. D’ailleurs le prêtre en question, quel qu’il soit, a, dans les circonstances ci-dessus mentionnées, le pouvoir de dispenser de tous les empêchements dirimants de droit ecclésiastique, même publics, excepté toujours l’ordre sacré de la prêtrise et l’affinité en ligne directe, ex co/mla licita. Tel est, en effet, le sens des décrets de la S. C. des Sacrements, du 14 mai 1909 et du 29 juillet 1910. Cf. Acta apostolicæ Sedis, 1.1, p. 468 sq.; t. n, p. 650. b. Les pouvoirs, accordés aux évêques, par privilège ou induit spécial, au sujet des dispenses matrimo­ niales, ne sont pas les mêmes partout. Aussi est-il né­ cessaire de tenir compte des diverses régions et d’exa­ miner en particulier chacune des facultés octroyées par le Saint-Siège avec les clauses qui peuvent les accompagner ou les restreindre. Or, voici quels sont les pouvoirs ordinairement concédés aux évêques de Fran­ ce, soit sous forme d'induit annuel, par exemple, celui du 15 novembre, soit sous forme d’induit quinquennal. a. Pour le for externe : le pouvoir de dispenser, pour les mariages contractés invalidement, en présence de l’Eglise catholique, jusqu’à ce jour, et non au delà, de tous les empêchements de droit ecclésiastique, des­ quels le Saint-Siège a coutume de dispenser, excepté toujours les empêchements d’ordre sacré et de vœu solennel, à condition que le consentement soit renou­ velé devant l'Ordinaire ou le curé des contractants, ainsi que deux ou trois témoins (c’est-à-dire dans la forme du concile de Trente et du décret Ne temere); le pouvoir de dispenser, pour les mariages à contracter, du troisième et du quatrième degré, simple ou mixte, de la consanguinité ou de l’affinité, à condition que le second degré ne soit aucunement atteint ; et, pour les mariages déjà contractés, la faculté de dispenser en faveur des hérétiques convertis à la foi, même du se­ cond degré, simple et mixte, pourvu toutefois qu'il n’atteigne d’aucune manière le premier degré, ainsi que, dans les cas en question, le pouvoir de déclarer légitimes les enfants nés antérieurement; le pouvoir de dispenser de l'empêchement d’honnêteté publique provenant de fiançailles légitimes ; le pouvoir de dis­ penser de l’empêchement de parenté spirituelle, excepté entre le parrain et le baptisé ou le confirmé; le pou­ voir de dispenser de l’empêchement de crime, à con­ dition pourtant qu’il n’y ait eu aucune machination de la part des époux, et de restituer le droit perdu au devoir conjugal ; le pouvoir de dispenser ou de revali­ der les lettres de dispense, expédiées par le siège apostolique sur quelque empêchement canonique, les­ quelles ont pu être nulles à cause d’une erreur dans le nom ou le prénom des contractants ou bien, s’il s’agit de dispenses obtenues avant la date du 25 juin 1885, parce que la circonstance de l’inceste a été passée sous silence dans la supplique, ou, parce que ce crime a été commis après l’expédition de la supplique et avant l’exécution de la dispense, ou encore, réitéré durant le temps de la séparation qui a été édictée en vertu des lettres apostoliques; et cela, soit pour les mariages à contracter, soit pour les mariages déjà contractés à la face de l’Église, afin que, toutes conditions observées, lesdits mariages puissent être licitement ou célébrés au renouvelés, après qu’une pénitence salutaire et convenable a été imposée; et, s’il s’agit de lettres obtenues de la Daterie (c’est-à-dire, aujourd’hui, de la S. C. des Sacrements), non dans la forme des pauvres (c’est-à-dire, aujourd’hui, avec la petite taxe), pour les empêchements du premier degré, ou du premier et du second, ou du second degré seulement, de consangui­ nité ou d’affinité, après qu’a été prescrite une aumône qui doit être taxée, au jugement de l’Ordinaire, d’après 'es ressources des contractants. 2468 S. Pour le for interne : le pouvoir de dispenser de l’empêchement occulte du premier degré, du premier tt du second, et du second degré seulement de l’affi­ nité provenant de relations charnelles illicites, lorsqu’il s’agit d'un mariage déjà contracté avec l’empêchement en question; et, si ces relations ont eu lieu avec la mère de l’épouse putative, à condition qu’elles aient été postérieures à la naissance de ladite épouse, et non autrement : monition faite au pénitent de renou­ veler nécessairement, en secret, son consentement avec son épouse putative, ou celle-ci avec son époux putatif, l’un ou l’autre ayant été au préalable informés de la nullité du premier consentement, mais avec une prudence telle que la faute du pénitent lui-même ne soit jamais découverte; et, si cette information ne peut avoir lieu sans grave danger, le consentement étant renouvelé d’après les règles indiquées par les auteurs approuvés, l’occasion de pécher ayant d’ailleurs été éloignée, et une grave pénitence salutaire ayant été imposée, ainsi que la confession sacramentelle une fois par mois pendant un temps dont la délimitation appar­ tient au jugement de celui qui dispense. En outre, le pouvoir de dispenser dudit empêchement occulte d'affinité provenant de relations illicites, même pour les mariages à contracter, dans le cas cependant ou, toutes choses étant préparées pour les noces, la célé­ bration du mariage ne saurait être différée, sans dan­ ger de grave scandale, jusqu'à ce que la dispense puisse être obtenue du siège apostolique; étant d’ailleurs tou­ jours éloignée l’occasion de pécher, et étant sauve­ gardée la condition que les relations, entretenues avec la mère de la future, n’aient pas été antérieures à la naissance de celle-ci, après qu’également, dans chaque cas, une pénitence salutaire aura été imposée; le pou­ voir de dispenser de l’empêchement occulte de crime, pourvu qu’il n’y ait eu aucune machination, et qu'il s’agisse d’un mariage déjà contracté, les époux putatifs ayant été avertis de l’obligation de renouveler en secret leur consentement, et une grave pénitence salutaire étant imposée, ainsi que la confession sacramentelle une fois tous les mois, durant un temps qui doit être statué au jugement de celui qui dispense. Outre ces induits, d’autres peuvent encore être con­ cédés pour un nombre déterminé de cas : tel est l’in­ duit pour dispenser, dans les cas urgents, de "empê­ chement du premier degré, du premier et du second degré d’affinité en ligne collatérale (valable pour dix cas); du second et du troisième, ou du quatrième degré de consanguinité ou d’affinité en ligne collatérale (vala­ ble pour quarante cas); de même, l’induit pour dis­ penser de l’empêchement de religion mixte (valable pour dix cas chaque année, pendant trois ans), etc. Dans les régions plus ou moins éloignées, les facult■ accordées aux évêques louchant les dispenses matrimo­ niales peuvent être plus étendues encore. C’est ainsi que les évêques d’Amérique reçoivent : a. Comme facultés ordinaires (formules i), qu’ils peuvent subdéléguer à ceux qu’ils jugent aptes : le pouvoir de dispenser du troisième et du quatrième degré, simple et mixte, de consanguinité et d’affinité; des deuxième, troisième et quatrième degrés mixtes, mais non du deuxième degré simple, par rapport aux mariages qui restent à contracter; et, quant aux maria­ ges déjà contractés, même du deuxième degré simple, pourvu cependant qu’il n’atteigne d’aucune façon le premier degré, en faveur de ceux qui se convertissent de l’hérésie ou de l’infidélité à la foi catholique, avec pouvoir de légitimer, dans les cas en question, les enfants nés antérieurement; le pouvoir de dispenser de l’empêchement d’honnêteté publique résultant de fiançailles légitimes; le pouvoir de dispenser de l’empê­ chement de crime, sans que pourtant il y ait eu aucune machination de la part des époux, et de resti- 2469 EMPÊCHEMENTS DE MARIAGE tuerie droit perdu au debitum conjugal; le pouvoir de dispenser de l’empêchement de parenté spirituelle, excepté entre le parrain et le baptisé ou le confirmé. 11 faut observer en outre que, pour ce qui regarde les Indiens convertis à la foi, la défense de contracter mariage pour cause de consanguinité comprend seule­ ment le premier et le second degré, de manière qu’ils peuvent se marier entre parents du troisième et du quatrième degré, sans que soit nécessaire une dispen­ se, ainsi qu'il ressort du privilège accordé expressé­ ment par Paul III, et renouvelé par Léon XIII, dans la constitution Trans Oceanum. Enfin, pour ce qui con­ cerne les empêchements prohibants, en plus des facul­ tés que le droit commun reconnaît aux évêques, les évêques d’Amérique jouissent ordinairement du pou­ voir de dispenser du vœu perpétuel de chasteté et du vœu d’entrer en religion. b. Comme facultés extraordinaires (formules D;, qui ne peuvent pas être déléguées à qui que ce soit, mais seulement aux vicaires généraux, si l’évéque s’absente au delà d’un jour, et à deux ou trois prêtres dans les endroits du diocèse les plus écartés, pour un nombre déterminé de cas urgents : le pouvoir de dispenser de l’empêchement de parenté spirituelle entre le parrain et le baptisé ou le confirmé; le pouvoir de dispenser, dans les cas occultes et au for de la conscience seule­ ment, du premier et du second degré simple et mixte d’affinité provenant de relations charnelles illicites dans l’une et l’autre ligne, collatérale ou directe, pour­ vu que, s’il s’agit de la ligne directe, il n’y ait pas lieu de douter qu’un des fiancés puisse être l’enfant de son futur conjoint, et cela, aussi bien dans les mariages déjà contractés, sciemment ou de bonne foi, que dans les mariages qui restent à contracter; le pouvoir de dispenser, en faveur des sujets (excepté les Italiens, à propos desquels il n’appert pas qu’ils aient complète­ ment abandonné leur domicile d’Italie; et excepté s’il s’agit d’un mariage avec une personne juive), de l’em­ pêchement de disparité de culte, pourvu que soient sauvegardées toutes les conditions que de droit, en particulier touchant l’éloignement du danger de per­ version de l’époux fidèle, et les garanties d’éducation catholique des enfants à venir; le pouvoir de dispen­ ser, en faveur des sujets (excepté toujours les Italiens à propos desquels il n’appert pas qu’ils aient complète­ ment abandonné leur domicile d’Italie), de l’empêche­ ment de religion mixte, pourvu que soient observées les conditions et garanties imposées par le droit; le pouvoir de dispenser, vis-à-vis des mariages mixtes déjà contractés, et non de ceux qui restent à contrac­ ter, des degrés de consanguinité et d’affinité, pour les­ quels lesdits évêques ont reçu des facultés aposto­ liques applicables aux catholiques, afin que la partie catholique, après qu’a étéfulminée au préalable l’abso­ lution du crime de l’inceste et des diverses censures, puisse contracter de nouveau, d’une manière régulière et légitime, le mariage avec la partie non catholique, et que les enfants nés ou à naître soient légitimés, toutes conditionset garanties, que de droit, étant d'ail­ leurs observées; le pouvoir de remédier, par la dispense in radice, aux mariages déjà contractés, qui ont été invalides en raison de quelque empêchement dirimant, pour lequel les évêques en question jouissent déjàd'un induit spécial du siège apostolique, lorsqu’il y a de grandes difficultés à réclamer, de la partie innocente, le renouvellement du consentement, sauf toutefois à informer des effets de cette sanatio la partie qui est consciente de l’empêchement. Cependant, auxdites facultés se Irouve adjointe régulièrement une clause, en vertu de laquelle l’évêque bénéficiaire ne doit user de ses pouvoirs que pour des causes justes et graves, et, qui plus est, gratis, exigeant seulement le versement d’une aumône équitable pour les œuvres pies; celui-ci I 2470 est, en outre, oblige d'informer, tous les cinq ans, le Saint-Siège, de chacune des dispenses qui ont été con­ cédées. Le dernier article de la formule D, concernant la sanatio in radice des mariages nuis pour quelque em­ pêchement dirimant ignoré au moment de la célébra­ tion du mariage, a donné, après la publication du décret Ne temere, occasion à plusieurs doutes au sujet de la revalidation des mariages entre catholique et non bap­ tisé, ou entre catholique et protestant. A des questions posées par l’évéque de Natchitoches, le Saint-Office a répondu, le 20 avril 1910, que les évêques d’Amé­ rique pouvaient user de la faculté de la sanatio in ra­ dice pour les mariages ainsi contractés avant le décret Ne temere dans les territoires où le décret Tametsi n'avait pas été promulgué, mais non dans les contrées où ce décret était en vigueur. Mais si les mariages sont nuis en raison de la clandestinité, les évêques ont be­ soin, depuis le décret Ne temere, d’une faculté spéciale pour en dispenser au préalable, avant d'user du pou­ voir de la sanatio. Les évêques des Etats-Unis ont de­ puis lors reçu du Saint-Siège l’induit nécessaire. Cf. Canoniste contemporain, décembre 1910, p. 737-742. c. Comme facultés extraordinaires (formules E), qui ne peuvent également être sous-déléguées qu’aux per­ sonnes désignées pour les facultés form. D, el qui, en outre, ne sont valables que pour des causes très urgen­ tes, et pour un nombre déterminé de cas : le pouvoir de dispenser, dans l’un et l’autre for, en faveur des catholiques, soumis à la juridiction des évêques béné­ ficiaires, pour les mariages déjà contractés ou à con­ tracter, des empêchements suivants, à savoir : de l’empêchement du premier degré d’affinité en ligne collatérale, provenant de relations charnelles licites (valable, par exemple, pour dix cas); de l’empêchement du second degré de consanguinité ou d’affinité, mixte avec le premier degré, en ligne collatérale (valable pour ... cas); de l’empêchement du second degré de consan­ guinité ou d’affinité, en ligne collatérale égale (valable pour... cas); de l’empêchement public du premier degré d’affinité résultant de relations illicites, soit dans la ligne collatérale, soit même dans la ligne di­ recte, à condition que, s’il s’agit de la ligne directe, il ne subsiste pas quelque doute touchant le fait que l’un des conjoints pourrait être l’enfant de l’autre époux (valable pour ... cas). Cf. Lehmkuhl, Theologia mora­ lis, η. 1022-1025; Justo Donoso, Institutiones de dere­ cho canonico, n. 251. b) Délégation tacite ou présumée. — En vertu d’une délégation tacite ou présumée du souverain pontife, les évêques peuvent dispenser : a. Des empêchements prohibants que le Saint-Siège ne s’est point réservés. Comme, en effet, le souverain pontife s’est réservé certains empêchements prohibants, il est censé avoir concédé tacitement aux évêques la délégation touchant les autres empêchements prohi­ bants, d’autant plus qu’une coutume déjà ancienne, approuvée d'ailleurs par les pontifes romains, recon­ naît ces pouvoirs aux évêques. Or, les empêchements prohibants réservés au Saint-Siège sont : l’empêche­ ment des fiançailles; l’empêchement de religion mixte; le vœu d’entrer dans un ordre religieux proprement dit, c’est-à-dire approuvé par le Saint-Siège pour la profession solennelle; et le vœu de chasteté perpé­ tuelle, pourvu qu’il n'ait pas été émis sous condition, et qu’il ne revête point le caractère d’une pénalité. Cf. De Justis, op. cit., 1. II, c. n, n. 92. b. Des empêchements douteux, non à la vérité d’un doute de droit, parce qu’alors l'empêchement n'oblige pas, voir plus haut, col. 2442, mais bien d'un doute de fait. Il suit de là qu’en vertu du consentement tacite du souverain pontife, connaissant cette pratique et ne réclamant point contre elle, les évêques, en présence 2471 EMPÊCHEMENTS DE MARIAGE 2472 d’un doute de fait, peuvent lever l’empêchement à les deux contractants se trouvent liés par le même l’aide d’une dispense ad cautelam, pour le cas où il empêchement personnel, chacun doit recourir à son existerait; et cette dispense est valable aussi bien pour 1 propre évêque, pour obtenir la dispense. Que si, au le for interne que pour le for externe; bien plus, elle contraire, l’empêchement est corrélatif, c’est-à-dire conserve son efficacité, même si plus tard l’empêche­ commun aux deux contractants, il suffit alors que ment vient à apparaître certain. Cf. Sebastianelli, op. l’évêque de l’un ou l'autre des contractants accorde la cit., n. 104. dispense; toutefois il convient‘que la dispense soit c. Des empêchements occultes, lorsque concourent sollicitée auprès de l'évêque dans le diocèse duquel le certaines circonstances qui, connues du souverain mariage doit être célébré. pontife, feraient que celui-ci accorderait certainement L’évêque qui a reçu la délégation peut à son tour la aux évêques la faculté de dispenser. Or ces circon­ subdéléguer, en tant que délégué lui-même par le lé­ stances sont dill'érenles, selon qu’il est question d’un gislateur suprême. mariage à contracter, ou bien d’un mariage déjà con­ Enfin l’évêque, dans la manière de concéder les dis­ tracté : a. S’il s'agit d’un mariage à contracter, il faut penses, doit suivre la pratique de la Curie romaine, d’abord qu’il y ait nécessité urgente, c’est-à-dire que spécialement pour ce qui regarde les causes de dis­ la célébration du mariage ne puisse être différée sans penses, ainsi que l’a déclaré la S. C. de la Propagande, scandale et sans graves dommages; ensuite que l’empê­ le 9 mai 1877. chement soit véritablement occulte, tant par sanature Touchant la durée des facultés spéciales accordées qu'en fait, et de ceux dont le souverain pontife peut aux évêques pour les dispenses matrimoniales, il faut dispenser et a coutume de le faire; enfin que la dis­ noter le décret du Saint-Office du 24 novembre 1897, pense ne puisse être facilement obtenue du souverain approuvé par le pape Léon XIII, dont voici la teneur : pontife ou de son délégué, ê. S’il s'agit d’un mariage toutes les facultés spéciales octroyées habituellement déjà contracté, il est nécessaire que ce mariage ait été par le Saint-Siège aux évêques et aux Ordinaires des célébré en présence de l’Église;que l’un des époux au autres lieux doivent être jugées comme n’étant pas suspendues, et ne cessant point à la mort des susdits moins soit dans la bonne foi; que les époux ne puis­ sent être séparés sans scandale ou infamie; que l'em­ Ordinaires, ou lors de la cessation de leur charge, mais pêchement ne soit d’aucune façon public, ni par sa comme passant aux Ordinaires qui leur succèdent, nature, ni en fait, mais occulte, et tel que le souverain dans la forme et les termes du décret du 20 février pontife puisse en dispenser et ait coutume de le faire; 1888. Voir exécution des dispenses. Sous le nom d'Orenfin que la dispense ne puisse être facilement solli­ dinaires, sont compris, entre autres, le vicaire général citée auprès du pontife romain. Sanchez, op. cit., in spiritualibus, et, pendant la vacance du siège, le 1. Il,disp. XL, n.3 sq.; Reilfenstuel, op. cil., n. 43 sq., vicaire capitulaire ou l’administrateur légitime. 59 sq.; Pyrrhus Conradus, op. cit., 1. VIII, c. IV, n. 40; 4» Manière légitime de demander les dispenses. — Benoit XIV, De syn. diœc., 1. IX, c. ». La pratique légitime pour solliciter les dispenses com­ Le pouvoir de dispenser qui appartient aux évêques, porte deux conditions qui doivent toujours être obser­ en vertu de la délégation du souverain pontife soit vées, à savoir, il faut : 1. qu’il y ait une cause suffisante expresse, par une loi générale, soit encore tacite, est pour dispenser; 2. que la supplique soit rédigée con­ dénommé pouvoir ordinaire ou quasi-ordinaire par forme. certains auteurs, tels que Gasparri, op. cit., n.434sq.; 1. Causes de dispenses. — Pour obtenir dispense de De Becker, op. cit., p. 300 sq. ; Lehmkulil, Theol. mot·., la loi des empêchements de mariage, une cause juste n. 1013 : c’est qu’en effet ce pouvoir, encore que et raisonnable, c'esl-à-dire une cause dont l’importance dépendant du souverain pontife au nom duquel il doit doit être proportionnée à la gravité même de l’empê­ être exercé, est concédé aux évêques pour ainsi dire chement, comme il ressort des paroles du concile de en raison de leur charge et d’une manière perpétuelle. Trente, sess. XXIV, c. v, De reform., et sess. XXV, Au contraire, le pouvoir de dispenser, qui leur est c. xvni. De reform. D’où il résulte que, pour les em­ accordé par un induit spécial du souverain pontife, est, pêchements de droit ecclésiastique, une dispense con­ à proprement parler, un pouvoir délégué, carilappar­ cédée sans motif par le souverain pontife serait, à la tient aux évêques en vertu d’un mandat ou d'une com­ vérité, valide, puisque le supérieur peut dispenser vali­ mission, et seulement d’une façon temporaire. dement dans ses propres lois, mais n’en serait pas moins Le pouvoir de dispenser, ordinaire ou quasi-ordi­ illicite; et l’évêque, ou un autre inférieur, délégué par naire, des évêques, appartient au vicaire capitulaire, le souverain pontife, qui dispenserait d’un empêche­ ment, sans cause grave et raisonnable, agirait non seu­ pendant la durée de la vacance du siège, ainsi que d’ailleurs d'une manière générale aux prélats qui lement d'une manière illicite, mais encore invalidement, exercent la juridiction épiscopale. Mais ces facultés ne en dépit de la délégation légitime qu’il aurait reçue. sauraient revenir au vicaire général, sinon par un De Justis, op. cit., 1. III, c. I, n. 30; Reilfenstuel, op. mandat spécial de l'évêque. Quant aux facultés de dis­ cit., n. 47,67; Giovine, op. cit., 1.1, §67, n. 5; Feije, op. penser strictement déléguées, c’est-à-dire celles qui cit., n. 650; Zitelli. De dispensationibus matrimonia­ découlent des induits apostoliques, il faut, pour savoir libus, p. 63; Sebastianelli, op. cit., n. 110. par qui elles peuvent être exercees, examiner dans Or, les causes de dispenses sont de différentes es­ quelles conditions la délégation a été faite. En effet, ’ pèces. On distingue d’abord les causes finales ou moti­ vantes, et les causes impulsives : les causes finales cette délégation soéciak peut être, accordée,par exemple, à l'évêque de Troye’ N. ou encore à N., évêque de sont celles qui attirent principalement la volonté du Troyes, ou plutôt à «'Ordinaire de Troyes. Dans le pre­ supérieur pour le décider à accorder la dispense, et sans lesquelles la dispense ne serait point concédée ou mier et le second cas, le viooire général, sans mandat bien le serait dans une autre forme; les causes impul­ spécial, et le vicaire capitulaire, durant la vacance du sives sont celles qui inclinent seulement le supérieur siège, ne peuvent user de la délégation, tandis qu’ils le à dispenser avec plus de facilité, et sans lesquelles la peuvent fort bien aans le troisième cas. dispense n’en serait pas moins concédée dans la même Cependant l’évêque ne peut exercer son pouvoir de forme. On distingue ensuite les causes honnêtes et les dispenser que vis-à-vis de ses propres sujets. D'où il causes infamantes : les causes honnêtes sont celles qui suit que si l’empêchement n’est pas corrélatif, mais ne comportent aucune note de délit ou d’infamie; tanpersonnel à l’un des contractants, tel que, par exemple, disque les causes infamantes sont basées sur la situation l’empêchement de vœu, c’est seulement à l'évêque délictueuse ou au moins infamante des suppliants. Ende ce contractant qu’il appartient de dispenser; et, si 2473 EMPÊCHEMENTS DE MARIAGE lin on distingue les causes canoniques et les causes non canoniques : les causes canoniques sont celles qui sont expressément déterminées par le style et la pra­ tique de la Curie romaine, et qui ont coutume d’être admises; les causes non canoniques sont toutes les autres causes raisonnables qui, pour ne pas être formellementexprimées dans le style delà Curie romaine, n’en sont pas moins propres à conseiller l’utilité de la dispense. Reifl'enstuel, op. cit., n. 204; Feije, op. cit., n. 651. Les principales causes canoniques sont indiquées dans l’instruction de la S. C. de la Propagande, du 9 mai 1877 : œ) L’exiguité du lieu, soit absolue, soit re­ lative (par rapport seulement à la demanderesse), à savoir, lorsque dans le lieu d’origine ou encore du do­ micile, la parenté de la femme est répandue au point que celle-ci ne saurait trouver un époux d’égale condi­ tion, sinon un consanguin ou un allié; étant donné, d’autre part, qu’il lui serait dur d’abandonner son pays. Le lieu ne s’entend pas de la paroisse, mais de la ville même, ou du bourg, ou encore du faubourg et des lieux adjacents, pourvu qu’ils ne soient pas distants entre eux de plus d’un mille (1500 mètres). S. C. du Concile, 8 juillet 1876. La petitesse du lieu se vérifie lorsqu'il n'y a pas plus de 300 feux, c’est-à-dire environ 1500 habi­ tants, en défalquant les non-catholiques, mais non les impies et les incrédules. Dans le lieu d’origine ou en­ core de domicile : d’où il suit que l’exiguité du quasidomicile ne suffit pas, si par ailleurs la demanderesse possède un domicile où elle habite en fait; mais il fau­ drait en juger autrement si, en dehors du quasi-domi­ cile, la demanderesse ne tenait pas de domicile ou bien si, en possédant un, elle n’y habitait point; dans ce cas. il y aurait lieu, dans la supplique, d’alléguer la petitesse du quasi-domicile, en faisant en même temps mention du domicile. Enfin l’exiguité du domicile lui-même ne suffirait pas, si la demanderesse possédait deux do­ miciles, dont l’un seulement serait de proportions aussi réduites. Ne saurait trouver : c’est-à-dire que la femme, ayant passé l’àge nubile, ne trouverait pas présente­ ment l’occasion de se marier avec un homme de sa condition habitant le même endroit, encore qu’auparavant elle aurait déjà été demandée en mariage et aurait même écarté un ou deux prétendants. Un époux d’égale condition, c’est-à-dire un époux de condition égale comme race, richesse, âge, caractère, mœurs, éducation, etc. Cf. De Justis, op. cit., 1. III, c. n» Pyrrhus Corradus, op. cit., 1. VII, c. Il, n. 6sq.; c. v> n. 40. 58; Sanchez, op. cit., 1. VIII, disp. XIX,n.12sq.; Reifl'enstuel,op.cit., n. 76-81 ; Feije, op. cit., n. 652 sq.; Gasparri. op. cit., n. 356, not. 1; Pompen, Tractatus dispensationum et de revalidatione matrimonii, n. 34. b) L’Age plus qu’adulte de la femme, c’est-à-dire lorsque celle-ci, ayant dépassé déjà l’âge de vingt-quatre ans, n’a pas encore rencontré un époux d’égale condi­ tion. Toutefois, cette cause ne serait d’aucun profit à une veuve qui désirerait convoler à d'autres noces. Ainsi donc, il est nécessaire que la suppliante, qui doil ne pas être une veuve, ait accompli exactement ses vingt-quatre ans, de momento ad momentum. En outre, mise à part la question d'exiguité du lieu, qui n’a pasà être prise en considéralion, dans cette seconde cause, il faut que l’intéressée n’ait pas rencontré jus­ qu’ici un homme de sa condition, avec qui elle ait pu se marier. Voir la cause précédente. Mais que dire, si elle avait déjà trouvé et refusé un ou plusieurs partis? Avec De Justis, op. cit., 1. III, c. vm, n. 304 sq.. et Giovine, op. cit., t. n, § 91, n. 6, nous répondrons que, même dans ce cas, la cause se vérifierait. Cela es> d’ailleurs confirmé par une décision de la S. Pénitencerie, 5 avril 1902. Interrogée : An in verificatione causæ supra memoratæ sciscitari et probari oporteat mulierem superadultam usque ad illam ætatem virum I 2474 paris conditionis cui nubere possit, non invenisse et hoc ad dispensationis validitatem, elle répondit : Satis esse quod certo constet de ætate superadulta. Cependant, si la suppliante avait écarté un ou plusieurs prétendants de sa condition, précisément afin qu’ayant atteint ses vingt-quatre ans, elle puisse obtenir la dis­ pense pour se marier avec un consanguin ou un allié, nous observerons avec Feije, op. cit., n. 665, qu'il con­ viendrait de mentionner cette circonstance dans la supplique, sans croire, avec Giovine, loc. cit., que la dispense serait pour cela subreptice. c) L’absence ou le défaut de proportion de la dot, à savoir, lorsque la femme ne possède pas actuellement une dot assez considérable pour pouvoir se marier, dans le lieu même où elle demeure, avec un homme de sa condition, qui lui soit étranger, et qui ne soit ni son consanguin, ni son allié. Et cette cause acquiert plus d'importance, si la femme reste complètement sans dot, et si le consanguin ou l’allié se montre prêt à l’épouser ainsi, ou même â la doter convenablement. « Si la femme n'a pas actuellement une dot assez con­ sidérable. » En conséquence, cette cause conserve toute son application, lorsque la suppliante ne possède présentement aucune dot en réalité, malgré qu’elle doive en posséder une plus tard, et tienne des espé­ rances, en raison, par exemple, d'un héritage escompté, ou encore de quelque promesse. Bien plus, la situation ne serait pas changée, si l’intéressée avait des parents riches, qui se refuseraient à la doter, ou bien ne pour­ raient le faire sans se priver du nécessaire ou d’une honnête sustentation, eux-mêmes et leurs autres en­ fants. Cf. Sanchez, loc. cit., n. 25 sq.; De Justis, loc. cit., c. ut; Reifl'enstuel, loc. cit., n. 81-92; Feije, op. cit., n. 656-661; d’Annibale, loc. cit., n. 482, not. 4; Gasparri, op. cit., n. 353, not. 1. d) Le litige à propos d’une succession, litige déjà en­ tamé, ou qui est en danger grave et prochain de l’être. Lorsque la femme soutient un grave procès tou­ chant la succession de biens de grande importance, et qu’il ne se présente personne pour prendre à sa charge ce procès et le poursuivre à ses propres frais, si ce n’est celui-là même qui désire l’épouser, dans ce cas, la dispense a coutume d’être accordée : il importe, en effet, au bien public que les procès soient apaisés. De cette cause s’en rapproche une a.utre, à savoir, le litige à propos de la dot, lorsque la suppliante ne trouve pas d’autre mari pour l’aider à récupérer ses biens. Mais une cause de ce genre ne peut suffire, sinon pour les degrés les plus éloignés. e) La pauvreté de la veuve, lorsque par ailleurs celle-ci est chargée d'une nombreuse famille, et que son pré­ tendant promet de la secourir. Cependant la dispense peut encore être accordée, en faveur d’une veuve, pour le simple motif qu’elle est jeune et placée ainsi dans le danger d'incontinence. Or, il convient d’indiquer, dans la supplique, le nombre et l’âge des enfants : car plus ceux-ci sont nombreux et jeunes, plus importante devient la cause de dispense. Mais le petit nombre d’enfants n’est pas un obstacle à la concession de la dispense, si d’autres circonstances se vérifient, tel). < que le péril d’incontinence, la crainte du mariage civil, etc. Cf. Feije, op. cit., n. 664; De Becker, op. cit., n. 308. f) Le bien de la paix. A cela se rapporte, non seule­ ment quelque alliance entre États et entre princes mais encore l’extinction de graves inimitiés, rixes e' haines civiles. Cette cause est invoquée ou bien pour apaiser de graves inimitiés qui se sont élevées entre les consanguins ou les alliés des futurs contractants, et qui seraient tout à fait résolues par la célébration lu mariage en question, ou bien parce que. de graves inimitiés ayant régné entre les consanguins ou i. alliés des futurs contractants, et quoique la paix ait 2475 EMPÊCHEMENTS DE MARIAGE été conclue entre eux, la célébration du mariage con­ tribuerait fort bien à la confirmation de cette paix. Or, d’après le style de la Curie, cette cause de dispense peut être admise pour trois raisons : d’abord, pour la terminaison des procès, lorsque, de graves procès et discussions ayantdéjà pris naissance entre lessuppliants ou leurs parents, leurs consanguins, leurs alliés, à pro­ pos de questions de grande importance, étrangères d’ailleurs au projet du mariage, il appert nettement que le mariage lui-même, en unissant les suppliants et leurs familles, sera d’une efficacité certaine pour amener la paix et faire cesser les litiges. Au reserit de dispense se trouve ordinairement adjointe la clause : l'acla prius litium hujtismodi hinc inde cessione, seu compositione ; aussi bien le délégué, avant de pourvoir à l’exécution de la dispense, doit-il s’assurer que l’arrangement du litige a déjà eu lieu ou qu’au moins ce sera certainement chose faite avec la célébration du mariage. Ensuite, pour l’apaisement des inimitiés, lorsque de graves hostilités s’étant élevées entre les pa­ tents des suppliants, leurs consanguins ou leurs alliés, à une époque d’ailleurs antérieure aux pourparlers du mariage avec lequel elles sont supposées n'avoir au­ cun rapport, il apparaît que si les intéressés s’unissent par le mariage, la paix sera certainement rétablie. D’où il suit que le délégué ne doit pas exécuter la dis­ pense, avant de s’être assuré, d’après les circonstances, que déjà les inimitiés se sont apaisées, ou qu’elles vont l'être incessamment, et sansaucun doute, grâce à la cé­ lébration du mariage. Enfin, pour la confirmation de la paix, si, alors que degraves inimitiés avaient autre­ fois régné entre les suppliants ou leurs familles, tou­ jours pour un motif étranger à la question du mariage, inimitiés d'ailleurs apaisées actuellement par une paix récemment conclue, il appert que le mariage lui-même, s’il vient à être contracté, sera très efficace pour con­ firmer cette paix et écarter toute crainte de discordes nouvelles. Cf. Feije, op. cit., n. 662. g) Une familiarité excessive, suspecte et dangereuse; bien plus, la cohabitation sous le même toit, chose qui d’ailleurs ne pouvait facilement être empêchée. h) Les relations charnelles, qui ont eu lieu avec une parente, ou une alliée, ou une autre personne liée par quelque empêchement; bien plus, la position intéressante de celle-ci, et par conséquent la légitima­ tion de l'enfant, afin qu'il soit pourvu au bien de l'en­ fant lui-méme, et à l’honneur de la femme, qui autre­ ment ne pourrait plus se marier. Ces relations doivent être publiquement connues, ou tout près de l’être; car, autrement, le motif d’infamie et de scandale n’existe­ rait pas. Cependant des relations charnelles occultes peuvent être également alléguées, soit pour confirmer le danger lui-méme d'incontinence (lequel peut d’ailleur»etre une cause de dispense plus ou moins grave), soit parce qu’il existe pour la femme une raison spé­ ciale de s’unir à l’homme qui l'a possédée. Or, la cause en question doit être regardée comme une des plus urgentes, pour laquelle la dispense a coutume d’être accordée même aux gens du peuple et aux pauvres; ainsi s’exprime l’instruction de la S. C. de la Propa­ gande, qui ajoutait cependant une restriction au libellé de la cause, à savoir : pourvu que les relations n'aient pas été consommées précisément avec l’espoir d’obte­ nir plus facilement la dispense; » mais cette restriction n’a plus sa raison d’être après le décret du Saint-Office, 25 juin 1885. i) L’infamie de la femme, qui résulte de soupçons touchant des relations trop familières avec son consan­ guin ou son allié, et même des rapports charnels, encore que ces soupçons soient faux; car, alors, à moins qu’elle ne contracte mariage, la femme resterait gravement diffamée et sans espoir d’autre union, ou bien serait obligée d’accepter un mari d’une condition 247ϋ inférieure à la sienne, ou encore il pourrait s’en suivre de graves dommages. Pour que cette cause se vérifie, il est nécessaire que la diffamation soit grave, et que les faits, sur lesquels repose la familiarité excessive, soient publics : c'est ainsi que les choses doivent être présentées dans l’instance, où il faut également men­ tionner les circonstances pouvant aggraver le scandale, tel que le danger d'incontinence, ou la crainte de graves discordes et inimitiés, et indiquer si les sup­ pliants connaissaient ou plutôt ignoraient l’existence de l’empêchement. Cf. Feije, op. cit., n. 674. j) La revalidation du mariage, lequel a été contracté de bonne foi et publiquement dans la forme du concile de Trente, parce que la dissolution de ce mariage ne pourrait se faire sans scandale public et grave préju­ dice, surtout pour la femme. Cette cause, qui est valable pour tout empêchement dirimant, est comptée parmi les causes infamantes : elle a pour raison d’être d’éviter les scandales et autres graves inconvénients qui peuvent résulter d’une séparation des prétendus époux, surtout lorsque le mariage a été consommé, et que des enfants sont déjà nés; à cela vient parfois s’ajouter, spécialement de nos jours, la circonstance du mariage civil déjà contracté, circonstance qu’il con­ vient de ne pas omettre dans le libellé de la supplique. Or, il est nécessaire que la célébration du mariage en question ait été précédée des publications des bans, ou au moins de la dispense régulière de ces publica­ tions, et, en outre, que le mariage lui-même ait été contracté avec les solennités imposées par le décret Tametsi du concile de Trente (auquel d’ailleurs il faut ajouter la nouvelle législation Ne temere). Ce détail doit donc figurer dans la supplique. L’instance doit mentionner également la consommation du mariage, si elle a eu lieu, afin qu’on puisse pourvoir à la légitima­ tion de l'enfant. Enfin il importe d'expliquer dans la supplique si le mariage a été contracté dans la bonne ou la mauvaise foi, c’est-à-dire avec ignorance ou con­ naissance de l’empêchement. Dans le droit ancien, Clémentines, c. un., tit. De consang. et affin., les con­ sanguins ou les alliés, qui avaient contracté mariage dans la mauvaise foi, encouraient une excommunica­ tion non réservée; mais cette peine a cessé d’exister depuis la constitution Aposlolicte sedis, de Pie IX, 4 octobre 1869. Cependant l’instruction de’la S. C. de la Propagande, après avoirallégué, comme nous l’avons vu plus haut, cette cause de dispense, tirée de la reva­ lidation du mariage, a formulé une restriction, en vertu de laquelle les suppliants qui auraient contracté dans la mauvaise foi, ne mériteraient point la grâce de la dispense. Or, nonobstant cette restriction, lorsque les circonstances le réclament, surtout dans l’hypothèse d’un enfant déjà né et du mariage civil déjà contracté, le Saint-Siège en use aujourd’hui avec plus de béni­ gnité, et a coutume d’accorder la dispense, même dans le cas de mauvaise foi chez les deux parties intéressées. Cf. Feije, op. cit., n. 679, 680; Gasparri, op. cit., n. 365, not. 1. k) Le danger d’un mariage mixte ou de la célébration du contrat en présence d’un ministre non catholique. Cette juste cause de dispense, appelée aussi péril de la foi, se vérifie lorsqu’il y a danger de voir les sup­ pliants, qui désirent contracter mariage même dans des degrés rapprochés, s’adresser à un ministre non catholique pour la célébration de leur mariage, mépri­ sant ainsi l'autorité de 1’r.glise; car, alors, il faut craindre, non seulement un très grave scandale pour les fidèles, mais encore la perversion de la foi ou même la défeciion chez ceux qui agiraient ainsi, au mépris de la loi des empêchements de mariage, et cela, sur­ tout dans les régions où l’hérésie triomphe impuné­ ment. Or il est nécessaire que le danger en question, pour constituer une cause finale de dispense, soit un un EMPÊCHEMENTS DE MARIAGE danger particulier tiré des conditions personnelles des suppliants, car si c’était seulement un danger commun, résultant, par exemple, de ce que les non-catholiques seraient en majorité dans telle ou telle région, ctla constituerait seulement une cause impulsive. Or, si ce danger particulier provenaitseulement des dispositions perverses d'un des suppliants, et qu’il y eût lieu néanmoins de demander la dispense, celle-ci ne saurait étre qu’un témoignage de bénignité toute spéciale de la part du souverain pontife. Mais si les deux parties intéressées cherchaient à faire une violente pression pour obtenir la dispense, par leurs menaces de mariage mixte ou même de défection de la foi, on devrait, d’après Feije, loc. cit., n.667, se refuser à solliciter la dispense en leur faveur; et Kutschker, t. v, p. 222, cité par cet auteur, affirme que le pape Grégoire XVI déniait constamment la dispense à ceux qui menaçaient de renier leur foi si on ne les déliait pas d’un empê­ chement. Toutefois il faut en juger autrement, lorsque le danger de perversion ne provient pas de la mauvaise volonté des suppliants, mais simplement de la débilité de leur foi et de la faiblesse de leur piété, et il convient alors de les garantir contre une défection probable, en leur octroyant la dispense. Ainsi en a décidé cette même S. C. de la Propagande, dans son Instruction, du 17 avril 1820, à l’archevêque de Québec. En outre, comme le vicaire apostolique de Bosnie avait demandé s’il était permis d'accorder la dispense à ces catholi­ ques qui, n'invoquant pas d'autre motif que leurs amours profanes, pouvaient selon de justes prévisions se laisser aller à comparaître devant un juge inlidèle pour contracter mariage dans le cas où la dispense leur serait refusée, le Saint-Office répondit, à la date du 14 août 1822, qu’il y avait lieu d’user, en leur faveur, des facultés de dispenses : respondendum oratoriquod in exposito casu utatur facultatibus sibi in formula II commissis, prout in Domino judicaverit Or, la même jurisprudence, observe l’instruction de la S. C. de la Propagande, doit être suivie lorsqu’il s'agit du danger de voir la partie catholique oser contracter mariage avec un non-catholique. l) Le danger d’un concubinage incestueux. Selon qu'il appert de l’instruction de 1822, citée plus haut, le remède de la dispense a lieu d’être accordé de peur que les suppliants ne croupissent dans le concubinage, au grand scandale public, et au préjudice certain de leur salut éternel. D'ailleurs, en général, la crainte d’un concubinage, même non incestueux, comme aussi d'une familiarité excessive entre les suppliants peut toujours être une cause suffisante de dispense. Cf. Gas­ parri, op. cit., n. 307, not. 2. m) Le danger du mariage purement civil. En effet, de ce qui a été dit précédemment il ressort que la crainte probable de voir les suppliants, dans le cas où ils n'obtiendraient pas la dispense sollicitée, contracter un mariage purement civil, est une cause légitime pour dispenser. Il faut ajouter que le mariage civil déjà contracté constituerait une cause très urgente. n) L’éloignement de graves scandales. o) La cessation d’un concubinage public. p) L’excellence des mérites, lorsque quelqu’un, ou par ses luttes contre les ennemis de la foi, ou par ses libéralités envers l’Église, ou par sa doctrine, par sa vertu, ou de quelque autre manière, a véritablement bien mérité de la religion. Celui-là est, en effet, digne d'une faveur spéciale qui a bien mérité du bien public de l’Eglise; et même il arrive parfois que le Saint-Siège dispense, au bénéfice d’autres personnes, sur les seules instances de celui qui possède ainsi de grands mérites envers l’Église. Toutefois il faut que ces mérites, qui d’ailleurs peuvent être de diverses sortes, revêtent une réelle importance, et il convient d'expliquer leur nature spéciale dans le libellé de la supplique; plus 2478 les mérites en question sont considérables, plus favo­ rable aussi devient la cause de dispense ; mais il est nécessaire qu’ils soient fondés, et leur vérification s’impose, non seulement en tenant compte de l’opinion commune, mais encore parfois en faisant appel au concours de témoins qualifiés. Cf. Feije, op. cit., n.673. Telles sont, conclut l’instruction de la S. C. de la Propagande, les causes les plus communes et les plus efficaces qui ont coutume d’être invoquées pour obtenir les dispenses matrimoniales et, parmi les théologiens et les canonistes qui traitent de cette matière, ladite Congrégation en recommande deux avec raison, savoir Pyrrhus Corradus, Praxis dispensationum apostolicarum, 1. VII et VIII, et V. de Justis, De dispensatio­ nibus, I. III. Cependant, en dehors des causes canoniques que nous venons d’expliquer, il existe d'autres causes justes et raisonnables, qui ne sont pas exprimées formellement dans le style de la Curie, et par consé­ quent ne sont pas proprement canoniques, mais qui sont admises, aujourd’hui surtout, dans les Congréga­ tions romaines pour obtenir dispense d’empêche­ ments de moindre importance ou de degrés de parenté plus éloignés. Ces causes sont, par exemple, la pau­ vreté de la suppliante, sa condition d’infirme, d’or­ pheline, etc., ou encore la conservation d’une race illustre, la conservation des biens dans la même famille, etc. Il arrive, en outre, parfois que les sup­ pliants obtiennent dispense, sans présenter une ca. se particulière, canonique ou autre, mais seulement en alléguant leur qualité, et en disant, d’une manière générale, que, eu égard à des causes certaines et rai­ sonnables, décisives pour leur conscience, ils désirent contracter mariage. Dans ce cas, la dispense, qui est octroyée, est dite sans cause, c’est-à-dire concédée sans cause canonique ou sans cause expressément alléguée; mais alors la cause de dispense se·trouve, à titre de substitution ou encore de compensation, dans le bien public de l’Église, qui en effet est promu grâce à la componende ou aumône plus importante exigée des suppliants, dans le but d’être consacrée à des œuvres pies. Cependant, d’après les règles spéciales de la S. C. des Sacrements, n. 21, les dispenses des empêchements moins considérables doivent toutes étre accordées ex rationabilibus causis a s. sede probatis. Ainsi accordées, elles valent comme si elles l'avaient été ex motu proprio et ex certa scientia, et par suite elles ne peqvent être entachées d’aucun vice d'obreption ou de subreption. Toutefois la manière de solliciter les dispenses sans cause ne pouvait être admise, autrefois, auprès de la S. Pénitencerie, pour le for externe, pas plus qu’elle ne saurait être utilisée aujourd'hui auprès de l’évêque, lors même qu’il serait muni d'une déléga­ tion légitime pour dispenser. Cf. Giovine, op. cit., t. n, § 34; Feije, op. cit., n. 668. 2. Supplique. — Pour obtenir les dispenses une sup­ plique présentée de vive voix pourrait rigoureusement suffire; mais, pratiquemment, seule, la supplique présentée par écrit est admise dans la Curie romaine a) Quelles choses doivent être exprimées dans la supplique? — Outre les causes de dispenses qu’il faut toujours exposer avec soin, d'autres choses doivent être exprimées, non seulement eu égard au droit commun, mais encore conformément à la pratique de la Curie romaine, d'après la teneur de l'instruction déjà citée de la S. C. de la Propagande du 9 mai 1877, à savoir : a. Les noms et prénoms des suppliants, d’une manière distincte et nette, sans aucune abréviation de lettres. Cependant, lorsque la dispense est demandée au for interne, pour un empêchement occulte, on use de noms fictifs, par exemple, Titius et Bertha, ou bien encore de la lettre N. — b. Le diocèse des suppliants, à moins qu’il ne s'agisse d'une dispense au for de la 2479 EMPÊCHEMENTS DE MARIAGE conscience, pour un empêchement occulte. — c. L’es­ pèce même infime des empêchements, par exemple, s’il s’agit de la consanguinité, de l’affinité, de l'honnê­ teté publique, etc., et, à propos du vœu, s’il s’agit du vœu de chasteté perpétuelle, ou du vœu de religion, ou du vœu de célibat. — d. L’origine de certains empêche­ ments. Ainsi, pour l'empêchement d'honnêteté publique, il faut dire s’il découle des fiançailles ou du mariage; pour l’empêchement d’affinité, s’il provient de relations charnelles licites ou illicites; pour l'empêchement de crime, s'il résulte seulement du conjugicide, ou seule­ ment de l’adultère avec la promesse du mariage, ou à la fois de l'adultère et du conjugicide; pour l'empêche­ ment de parenté spirituelle, s’il provient du baptême ou bien de la confirmation; de même, s’il existe entre le parrain et le baptisé, ou plutôt entre le parrain et les parents du baptisé. Il faut observer en outre, à propos de la parenté spirituelle, que les facultés de dispenser, octroyées ordinairement aux évêques, ne doivent pas s’entendre de la « paternité spirituelle », c’est-à-dire de la parenté qui existe entre celui qui baptise et le baptisé lui-même : telle est, en effet, la portée du décret du Saint-Office, du 3 décembre 1902. Cf. Analecta ecclesiastica, t. xi, p. 107. C’est pourquoi si un cas de ce genre venait à se présenter, il faudrait nécessairement recourir au Saint-Siège, et désigner exactement, dans la supplique, cette espèce particulière de parenté. Cf. Lehmkuhl, op. cit., n. 1035, note 1. e. Le nombre des empêchements. D’où il suit que s'il existe deux empêchements, soit dirimants, soit prohi­ bants, tous deux doivent être désignés en même temps dans la supplique; et il ne suffit pas de solliciter sépa­ rément la dispense de chacun des empêchements, car il est toujours plus facile d’obtenir la dispense d'un seul empêchement que de plusieurs. Cependant si, des deux empêchements, l’un était occulte, et l'autre public, il faudrait d’abord demander la dispense pour l’empêchement public, et ensuite seulement pour l’empêchement occulte, en taisant d'ailleurs les noms des suppliants, mais en faisant mention de l’empêche­ ment public et de la dispense déjà concédée. Enfin il importe de signaler combien de fois existe l’empêche­ ment, par exemple, si la consanguinité ou l’affinité est double et multiple. f. Pour la consanguinité, l’affinité et l’honnêteté pu­ blique, il faut également indiquer la ligne, ou directe, ou collatérale; toutefois, lorsque la ligne n’est pas exprimée dans l’empêchement de consanguinité, les suppliants sont estimés parents en ligne collatérale. En outre, il est nécessaire de désigner le degré, et, en même temps, s’il est simple ou mixte, non seulement le plus éloigné, mais encore le plus proche. g. Enfin certaines circonstances, telles que : l’état de fortune des suppliants, afin que la componende ou la taxe d’usage puisse être exactement déterminée; de même, s’il s’agit d’un mariage à contracter, ou d’un mariage déjà contracté; et, dans l’hypothèse du ma­ riage déjà contracté, si les prétendus époux ont été de bonne ou de mauvaise foi, s’ils ont observé la disci­ pline du concile de Trente touchant la publication des bans et les solennités requises pour la célébration du contrat, enfin, si le mariage a été, ou non, consommé. Cf. De Justis, op. cit.,\. I,c. tv; Reilfenstuel, op. cit., n. 149 sq., 267 sq.; Giovine, op. cit., t. n, § 1; Feije, ου.cit., n. 698sq. ; Gasparri, op. cit., n. 382sq.; d’Annibale, op. cit., n. 490, not. Autrefois, en vertu du décret du Saint-Office du 1er août 1866, il fallait encore mentionner, dans la sup­ plique, les relations incestueuses, si elles avaient eu lieu, et même l’intention qui s’y serait mêlée d’obtenir ainsi plus facilement la dispense. Mais ce détail de législation n’a plus sa raison d'être depuis le décret infanaum du pape Léon XIII du 25 juin 1885 : Dis­ 2489 pensaiiones matrimoniales posthac concedendas, etiam si copula incestuosa vel consilium et intentio per eam facilius dispensationem impetrandi reti cita fue­ rint, validas futuras, contrariis quibuscumque etiam speciali mentione dignis minime obstantibus. Cf. Sebastianelli, op. cit., n. 112; Noldin, op. cit., p. 134. Comment doit-on procéder, pour solliciter Ia dis­ pense, lorsqu’à un empêchement public se trouve adjoint un empêchement occulte? Dans ce cas, il faut d’abord s’adresser à la S. C. des Sacrements (comme autrefois à la Daterie) pour obtenir d’elle la dispense de l’empêchement public, sans que rien dans l’instance laisse soupçonner l’existence de l’empêchement occulte; ensuite, les suppliants doivent avoir recours à la S. Pénitencerie, pour l'empêchement occulte, en taisant les noms, mais en mentionnant, dans l'instance, qu'il existait, en outre, un empêchement public, dont la dispense a déjà été obtenue. La S. Pénitencerie dis­ pense alors de l’empêchement occulte, et, en même temps, en vertu des pouvoirs qu’elle détient, remédie au vice de subreption pour la dispense antérieurement concédée vis-à-vis de l’empêchement public. Mais que dire si, au contraire, les suppliants recourent en pre­ mier lieu à la S. Pénitencerie, exposant dans l’ins­ tance les deux empêchements, public et occulte, et s'adressent ensuite à la S. C. des Sacrements pour obtenir la dispense de l’empêchement public? Un grand nombre d’auteurs, tels que De Justis, op. cit., 1. 1, c. iv, n. 106; Sanchez, op. cit., I. VIII, disp. XXIII, n.7; Schmalzgrueber. op. cit., tit. xvi, n. 178, affirment que les sollicilants peuvent agir de la sorte, et que les dispenses ainsi accordées ne sont point dépourvues d’efficacité. Cette opinion, que Gasp: τι, op. cil., η. 346, appelle commune, paraît s’appuyer en fait sur la pratique de la S. Pénitencerie qui, sous l’ancien régime, concédait parfois la dispense de l’empêche­ ment occulte avant que la Daterie n’eût dispensé de l’empêchement public. Cependant d’autres auteurs pensent le contraire, avec Giovine, op. cit., t. n, § 5. n. I l, lequel n’approuve pas cette manière de solliciter les dispenses. 6) Qui doit rédiger la supplique? Comment doitelle être faite et à qui faut-il l’envoyer? — Quoique les suppliants puissent eux-mêmes s’adresser directe­ ment au souverain pontife et à l’évêque, car il serait naturel que ceux qui désirent la dispense présentent eux-mêmes leur instance, cependant, d’après une cou­ tume raisonnable, eu égard à l’ignorance et au peu de compétence des fidèles en pareille matière, il est reçu que îa supplique soit rédigée par le curé, si la dispense est demandée pour un empêchement public, et pour le for externe, ou par le confesseur, si la dispense est sollicitée pour un empêchement occulte, et pour le for de la conscience. Lorsqu’il s’agit du confesseur, c’est ordinairement celui de la partie liée par l’em­ pêchement qui rédige la supplique, avec toutes les précautions nécessaires pour sauvegarder le secret sa­ cramentel. Quant au curé qui est chargé de libeller la demande pour la dispense au for externe, c’est plutôt celui de la suppliante, parce qu’ainsi il connaît mieux les causes de dispenses, qui, presque toutes, se tiennent du côté de la femme; mais celte manière de faire n'est pas indispensable pour la validité de la dispense. Si les parties sont de religion mixte, ou que l’une d’elles seulement soit liée par l’empêchement, la mission d’écrire la supplique revient alors au seul curé de la partie catholique ou de la partie liée par l'empêchement. Enfin si c’est le même prêtre qui est à la fois le curé et le confesseur, et qu’il existe deux empêchements, l’un public et 1’autre occulte, il devra rédiger deux suppliques : l’une, comme curé, pour l’empêchement public, et l’autre, comme confesseur, pour l'empêche­ ment occulte. 2481 2482 E M P È CHEM E N T S DE M A R1A G E sous certaines conditions. Or, pratiquement, tandi- . La supplique doit être faite au nom des suppliants les évêques dispensent plutôt dans la forme graciéeset non pas au nom du curé ou du confesseur : à savoir, la coutume actuelle du Saint-Siège est de dispenser, la dispense est demandée au nom des deux parties, si elles sont toutes deux catholiques, et si l'empêchement non dans la forme gracieuse, ni dans la forme commis­ soire, mais dans la forme mixte. En effet, le souve­ est commun ou corrélatif, tel que la consanguinité, rain pontife donne d’abord son consentement à la l'affinité; et l'instance est présentée au nom d’une supplique, et ensuite charge un délégué de concéder partie seulement, lorsque l’empêchement lui est propre, comme serait le vœu de chasteté, ou que l’autre partie la grâce de la dispense, enjoignant à celui-ci de vérifier au préalable la vérité de la requête présentée, et, lors n’est pas catholique. La dispense peut être demandée de l'exécution de la dispense, dobserver certaines même à l’insu des parties, pourvu que la dispense, conditions. Cf. Gasparri, loc. cil., n. 392; Sebastianelli. une fois obtenue, soit acceptée par la partie que lie l'empêchement; mais, en règle générale, il ne convient loc. cit., n. 113; De Luca, In IV librum Decretalium, pas de solliciter ainsi les dispenses à l’insu des parties p. 175. De là, dans les dispenses matrimoniales, éma­ intéressées, à moins que ce ne soit vraiment utile et nant de Rome, l'empêchement n’est pas levé, lorsque le reserit pontifical de la dispense est concédé, mais prudent de ne révéler l’empêchement aux sujets en cause que lorsque la dispense est déjà prête, comme seulement lorsque le délégué l'a fulminée, c’est-à-dire cela peut arriver dans le cas de revalidation d'un ma­ qu’il a pourvu à son exécution. De plus, il est néces­ riage. La supplique doit être présentée par écrit, et en saire que se vérifient les causes de la dispense, seule­ langue latine. Si l’instance, portant sur des empêche­ ment pour le moment où on procède à l’exécution du ments publics, est destinée à la S. C. des Sacrements, 1 reserit apostolique. En outre, les Congrégations ro­ maines, ainsi que nous l’avons vu, en expliquant le il faut l’adresser au cardinal préfet de ladite Con­ grégation : Eminenlissinio Principi, .Reverendissimo rôle de la Daterie et de la Pénitencerie, peuvent D. D. N. (prénom) cardinali N. (nom) præfecto S, C. de observer des formes diverses, selon les conditions de disciplina Sacramentorum ; et, au début de la sup­ fortune des suppliants, et dispenser, soit dans la forme plique, on interpelle le cardinal préfet lui-même, en commune, ou forme des riches, soit dans la forme des pauvres. Enfin, comme nous l’avons dit également, les écrivant ces mots : Eminentissime Princeps, etc. Il en est de même pour l’instance dirigée à la S. Pénitence­ dispenses sont concédées ou pour le for externe, ou rie, à propos des empêchements occultes, et on la pour le for interne seulement, selon la nature des libelle au cardinal grand pénitencier : Eminenlissinio empêchements qui peuvent être ou publics ou Principi, etc., ou encore simplement, au tribunal de la occultes. S. Pénitencerie : Sacro Tribunali Pænilentiariæ apos­ Dans l'exécution des dispenses matrimoniales, nous tolicæ, Jtomam ; et dans la supplique, on s’adresse l'avons insinué tout à l’heure, le délégué doit observer avec soin certaines conditions ou précautions spéciales directement au cardinal grand pénitencier : Eminen­ tissime Princeps, etc. Mais il n’est pas nécessaire, que les Congrégations romaines ont coutume d'impo­ ser : telle est la raison d'être des clauses, qui sont pour le curé ou le confesseur, de se préoccuper d'autre chose que d’exposer clairement tout ce qui doit être ordinairement insérées dans les rescrits de dispenses. exprimé dans la supplique; car c’est ordinairement Or, parmi ces clauses, les unes expriment des conditions l’expéditeur apostolique ou l’agent ecclésiastique qui se qu’il faut observer non seulement sous peine de péché, chargent, à Rome, de rédiger les formules convenables mais encore sous peine de nullité de la dispense; les et de les faire parvenir à leur destination respective. autres contiennent simplement une monition avec D’ailleurs, il ne convient pas d’envoyer la supplique précepte dont l’inobservance, tout en pouvant être un directement à Rome; mais elle doit être généralement péché, n'afiecte en rien la validité de la dispense. Pour transmise d’abord à l’évêque qui, ou bien dispense luidistinguer ces diverses clauses les unes des autres, les auteurs se réfèrent communément à la règle suivante : même, s’il a reçu la délégation en question, ou bien communique à son agent auprès des Congrégations On est en présence d’une condition, si la clause est romaines la supplique munie de son sceau et d'une exprimée par les mots « si », si, « seulement -. note testimoniale. Cependant, lorsqu’il s’agit d’un em­ « pourvu que », modo, dummodo, « après que », post­ quam, « non autrement », « ainsi, et non d’une autre pêchement occulte, dont la révélation à l’Ordinaire manière », non aliter, sic nec alio modo, ou par un pourrait constituer une diffamation des suppliants, ou une violation du secret de la confession, il faut envoyer ablatif absolu ; ou bien encore, si la clause contient un la supplique directement à la S. Pénitencerie, ou élément qui, par ailleurs, de droit commun, est néces­ mieux à l'agent ecclésiastique à ce commissionné. saire à la substance de l’acte. Au contraire, si la clause Cf. Feije, op. cit., n. 719; Gasparri, op. cil., n. 374-381; enjoint quelque chose, qui, de droit commun, est r··· quis seulement pour la licéité de l'acte, elle est consi­ d’Annibale, op. cit., n. 499. dérée comme une pure monition, encore qu elle soit 5’ Concession des dispenses. — En principe, les exprimée par un ablatif absolu, par exemple : .·.dispenses peuvent être concédées dans trois formes publications étant faites au préalable ». Toutefois cette différentes, savoir, ou bien dans la forme gracieuse, ou règle doit être appliquée avec une certaine réserve. bien dans la forme commissoire, ou bien dans la forme savoir, en sous-entendant toujours : pourvu que rien mixte. La dispense est dite accordée dans la forme d'autre ne ressorte de la nature de la chose, ou du gracieuse, lorsque c’est le supérieur lui-mème qui dis­ style de la Curie, ou du consentement commun des pense directement, en sorte qu’il charge seulement docteurs. Cf. Benoit XIV, Institutiones ecclesiastici, l'intermédiaire de communiquer officiellement aux inst. i.xxxvn, η. 68; Zitelli, op. ciL, p. 75 ; Feije. op. cit., parties intéressées la grâce de la dispense déjà n. 734; d’Annibale, op. cit., n. 500; Gasparri. loc. it.. octroyée. La dispense est dite concédée dans la forme n. 393. commissoire, lorsque le supérieur délègue simplement Or, voici les principales clauses qui ont coutume à d'autres personnes le pouvoir de dispenser, de ma­ d’être adjointes : 1. aux rescrits pour le for externe nière que la dispense ne peut être considérée comme c’est-à-dire aux rescrits émanant de la S. C. des Sacre­ octroyée qu’aprês que le délégué a usé de ses facultés. ments de laquelle relèvent aujourd’hui presque toutes Enfin la dispense est dite donnée dans la forme mixte, les dispenses pour les empêchements publics ; 2. aux lorsque d’abord le supérieur agrée la supplique, rescrits pour le for interne, c’est-à-dire aux rescrits annuit petitioni, et mande ensuite au délégué de de la S. Pénitencerie chargée maintenant de dispenser fulminer, c’est-à-dire d'exécuter la dispense, après seulement pour les empêchements occultes. avoir vérifié le bien fondé de la demande, et aussi H "8 · 2483 EMPECHEMENTS DE MARIAGE I. Clauses pour le for externe. — a) « Nous donc, pour ce qui les concerne eux-mêmes... et qui que ce soit d’entre eux, les absolvant, et jugeant qu’ils doivent être absous de l'ensemble de toutes les sentences ecclésiastiques, censures et peines, si de quelque açon ils sont liés par elles, mais cela seulement afin que les présentes lettres obtiennent leur effet. » Cette clause, ou une autre similaire, était ordinairement insérée dans tous les rescrits qui émanaient de la Daterie ou de la S. Pénitencerie. Or, ladite absolution était ainsi octroyée, au préalable, par mesure de pré­ caution. ad cautelam, afin que les suppliants, s’ils étaient, par impossible, tombés dans quelque excom­ munication ou interdit, fussent déliés de leur incapa­ cité juridique et puissent profiter de la grâce de la dispense qui leur était accordée. Toutefois cette absolu­ tion n’était concédée qu’à l'effet de la présente dispense, en sorte que la censure restait en vigueur pour ses autres conséquences. Cf. Feije, op. cit., n. 735. Mais cette clause n’a plus guère sa raison depuis le nouveau réglement de Pie X du 29 septembre 1908, où on lit, au c. ni, a. I, 6° : « A partir du 3 novembre 1908... les grâces et dispenses de tout genre, concédées par le Saint-Siège, même pour ceux qui sont liés par des censures, doivent être regardées comme ratifiées et légitimes, â moins qu’il ne s’agisse de ceux qui ont été nommément excommuniés, ou auxquels le SaintSiège a nommément infligé la peine de la suspense adivinis, » Voir t. ut, col. 27. — b) « Si les choses expo­ sées sont conformes à la vérité. » Avant le décret du pape Léon XIII du 28 août 1885, la clause en question était exprimée d’une manière différente, â savoir : « Si, après information, la supplique est trouvée conforme à la vérité, » aussi bien était-il nécessaire, pour la vali­ dité de la dispense, d’établir une enquête dans le but de vérifier la supplique, avant de procéder à l’exé­ cution du reserit. Mais aujourd'hui cette vérification de la supplique, sous forme d'enquête, n’est plus une condition nécessaire à la validité de la dispense, et elle est seulement requise pour la licéité, lorsque, par ailleurs, l'exécuteur apostolique ne connaît pas suffi­ samment, en conscience sûre et certaine, le bien fondé de la demande, et l’exactitude de la cause invoquée. S. Pénitencerie, 27 avril 1886. Voir t. ni, col. 26. — c) « Avec défense absolue de rien exiger à titre de gratification ou de salaire, ni d’accepter aucune offrande. » Cette clause enjoint à l’exécuteur aposto­ lique de ne rien accepter, même spontanément offert, à titre de cadeau ou de récompense, quoique cepen­ dant il soit permis d’imposer une taxe légère pour les frais de la chancellerie épiscopale. Dans les rescrits de la S. Pénitencerie, ladite clause est ainsi formulée : « avec dispense gratuite ,>. — d) « Avec absolution, à eux conférée, par vous-même ou par un autre, dans l’un et l’autre for. en vertu de notre autorité aposto­ lique, pour cette fois seulement... du crime d’inceste jt excès de ce genre, après leur avoir imposé, selon votre jugement, une pénitence salutaire pour ledit inceste. » Le pouvoir d'octroyer cette absolution est accordé à l’exécuteur apostolique seulement pour la dispense en question, Saint-Office, 27 septembre 1888; et ladite absolution diffère grandement de l’absolution générale ad cautelam, dont nous avons déjà parlé. Or cette absolution spéciale doit être concédée en dehors de la contession sacramentelle, S. Pénitencerie, 4 jan­ vier 1839; cf. Brillaud, Dispenses matrimoniales, n. 115; c'est pourquoi elle n’intéresse point la faute morale elle-même, ou le péché, mais seulement les peines qui peuvent avoir été établies contre les inces­ tueux par le droit particulier; en outre l’absolution, conférée au for externe, vaut également pour le for interne. S. Pénitencerie, 27 avril 1886. Cf. Feije, op. cit., n. 744. Cette absolution peut être formulée même vis- J I j I I 2484 à-vis des absents, de vive voix ou par écrit, mais il convient de suivre la forme accoutumée de l’Église, c’est-à-dire la forme du rituel romain, encore que, depuis le décret de 28 août 1885, aucune formule spé­ ciale ne soit plus imposée. L'absolution en question, lorsqu’elle se trouve prescrite, doit toujours être observée comme condition préalable, sinon pour la validité de la dispense, comme l’exigent certains au­ teurs, tels que Feije, op. cit., n. 744; Planchard, Dis­ penses matrimoniales, n. 216; Tephany, Dispenses matrimoniales, n. 268. au moins pour sa licéité, ainsi qu’estiment suffire d’autres auteurs, tels que Gasparri, op. cit., n. 409, et d’Annibale, op. cil., n. 373. En outre, une pénitence salutaire doit être imposée, d’après le jugement prudent de l’exécuteur apostolique, auquel il appartient de la déterminer, en tenant compte des conditions du délit, des personnes, des circonstances et du temps. Or, cette pénitence peut être simplement privée, quoique le crime de l’inceste ait été public; et, plus probablement, son observance ne doit pas être considérée comme nécessaire à la validité de la dispense, au moins si celle-ci a été concédée dans la forme ordinaire. De Justis, op. cit., 1. I, c. VII, n. 208; Reiffenstuel, op. cit., n. 342; Lehmkuhl, op. cit., n. 1045; Gasparri, loc. cit.; De Becker, op. cit., p. 328. e) « En prononçant, s’il y a lieu, la légitimation de l’onfant déjà né. » C’est qu’en effet l'enfant né de parents, entre lesquels un mariage valide ne pouvait exister à cause d’un empêchement dirimant, est illé­ gitime; or, il ne peut pas être légitimé, simplement par le mariage subséquent de ses parents, ou par la dispense elle-même, mais seulement par un acte dis­ tinct de supérieur, c'est-à-dire par un reserit spécial de l’autorité suprême. De là, il ne suffit pas que le délégué, chargé de l’exécution des lettres apostoliques, accorde purement et simplement la dispense, mais il doit encore légitimer expressément l'enfant déjà né; autrement celui-ci resterait illégitime. Mais cette légi­ timation n'aurait aucun effet, si les suppliants venaient à abandonner leur projet de mariage; au contraire, si après l'exécution du décret de légitimation, l'un des futurs époux, ou même tous les deux, venaient à mou­ rir, sans avoir pu contracter mariage, leur enfant n'en resterait pas moins légitime. L’enfant adultérin doit toujours être excepté de la légitimation, qui ne saurait en effet lui être d'aucun profit. Autrefois, la clause enjoignait en outre à l’exécuteur apostolique de légitimer « l'enfant à naître »; mais cette addition était faite plutôt ad abundantiam juris, car certainement l’enfant qui doit naître, après que l’empêchement a été levé, est légitimé par le seul fait du mariage validement contracté. Cf. Reiffenstuel, loc. cit., n. 359; Feije, op. cit., n. 741; Gasparri, op. cit., n. 403; Pompen, op. cit., n.81. f) « Après avoir écarté, autant qu’il existe, le scan­ dale, surtout par la séparation des suppliants, si elle est possible durant le temps qui paraîtra convenable. » Avant de pourvoir à la fulmination de la dispense, il est nécessaire d’écarter le scandale, s’il existe; cepen­ dant, cette condition n'est pas-requise si les péchés ne sont pas publics, ou si le scandale a déjà été réparé. Or, parmi les moyens de réparer le scandale, il n’en est pas de plus efficace que la séparation des futurs époux; mais si celle-ci ne peut avoir lieu, il faut avoir recours à d’autres moyens qui, d’après le jugement prudent de l'exécuteur apostolique, puissent être d’un certain effet pour éloigner le scandale. S. Pénitencerie, 12avril 1889. Lorsqu’il s’agit de dispenses concédées dans la forme des pauvres, on trouve encore d’autres clauses insé­ rées aux rescrits apostoliques, par exemple, touchant l'obligation, pour le délégué, de s’assurer de la pauvreté véritable des suppliants, ou de l’absence de tout autre 2485 EMPÊCHEMENTS DE MARIAGE empêchement, tant dirimant que prohibant, comme aussi d’avoir la certitude que de la concession de la dis­ pense ne résultera aucun scandale. Cf. Zitelli, op. cil., p. 83. g) « Après qu’ils ont versé une aumône, qui doit être taxée d’après leurs ressources et appliquée, selon le ugement du même Ordinaire. » Cette, clause est adjointe à la dispense pour cause infamante, et parfois aussi pour d’autres cas, lorsque les suppliants sont pauvres; elle se vérifie surtout dans les dispenses pour la France et la Belgique, et n’exprime pas une condition, mais simplement une monition, ainsi que l’a décrété la S. Pénitencerie, le 10 juin 1876. Cf. Collectanea S. C. de Propaganda fide,\” édit., n. 1493; Gasparri, loc. cil., n. 408. Il appartient au jugementde l’Ordinaire de fixer l'aumône qui doit être versée, en tenant compte des res­ sources des suppliants, etaussi d’en faire l’application; les suppliants remettent leur aumône entre les mains de l’Ordinaire, ou au moins promettent de le faire, car il n'est pas nécessaire que ce versement soit accompli avant la fulmination de la dispense, comme en témoigne la réponse de la S. Pénitencerie, '11 juin 1859. En outre, si l’Ordinaire, vu la pauvreté extrême des suppliants, ou bien à cause de leur mauvaise volonté, juge oppor­ tun de passer sous silence ladite clause, la dispense n’est pas atteinte dans sa validité, et même la chose esl remise à sa prudence et à sa conscience : tel est le sens de la réponse de la S. Pénitencerie du 11 novem­ bre 1890, à une consultation de l'official de Tours. D’ailleurs, surtout lorsque dans la clause il est spécifié que l’aumône doit être versée au profit des pauvres, certains auteurs pensent avec raison que, dans le cas d’extrême pauvreté des suppliants, on peut rendre ceux-ci destinataires et bénéliciaires de ladite aumône qui, pour cela, n’est pas exigée, lors de l'exécution de la dispense. Cf. Feije, loc. cil., n. 746. Enfin, pour ce qui regarde la coutume, observée dans plusieurs dio­ cèses de France, en vertu de laquelle, lorsque lescurés sollicitent, auprès du Saint-Siège, la dispense pour des empêchements de mariage, on exige des futurs époux, ou d’une autre personne, en leur nom, une certaine somme qui doit être consacrée à dos œuvres pies, de manière que, préventivement, se trouve réalisée la condition ordinairement apposée dans les rescrits delà S. Pénitencerie : « Après avoir versé une aumône qu’il appartient au jugementde lOrdinaire de laxer et d’ap­ pliquer, » la S. Pénitencerie a répondu, en date du 10 juillet 1884, que ladite coutume pouvait être tolérée, pourvu que les futurs époux, soit avant, soit après la réception du reserit de dispense, soient informés que, par le versement anticipé de cette somme d’argent, ils ont rempli les conditions imposées par la clause en question. Cf Gasparri. loc. cit. Voir t. ni, col. 27-29. A) « Après avoir accordé, au préalable, l'absolution des censures et peines ecclésiastiques qui peuvent avoir été encourues, ainsi que de crime d’inceste, avec une pénitence grave et salutaire, ou bien avec une pénitence convenable et salutaire, ou bien, avec une pénitence salutaire, grave et de longue durée. » Touchant ia nature et la pratique de cette absolution sacramentelle, voir ce que nous avons dit, col. 2483. Or, la faculté d'octroyer cette absolution n’est concédée que si .es suppliants ont mentionné dans leur instance la circons­ tance de l'inceste. D’ailleurs, ainsi que l’a répondu la S. Pénitencerie le 2 juillet 1891, il est toujours louable de faire précéder l’exécution de la dispense d’une abso­ lution conditionnelle, même si l’Ordinaire prévoit que les suppliants ne sont liés,par aucune censure. Quant à la pénitence salutaire, grave, convenable, etc., qui doit être imposée, il appartient au jugement de celui qui dispense, ou du délégué, d’en déterminer la nature, l’importance et la durée, d'une manière conforme au droit, sans excéder les limites de la sévérité et de 24>6 l’humanité, en tenant compte de la condition, de l'·. dela faiblesse, de l’occupation, du sexe, etc., de ceux auxquels cette peine doit être inlligée. Tels sont les termes de la déclaration de la S. Pénitencerie. du 25 février 1890. Cf. Collectanea S. C. de Propaganda fide, 1reédit.,n. 1499. Il n'est pas d’ailleurs nécessaire que cette pénitence soit accomplie avant l’exécution de la dis­ pense; mais il est requis, et il suffit que les suppliants acceptent et promettent de s’y soumettre par la suite, car c’est pour eux une obligation grave, à moins que de justes raisons ne viennent les en dispenser. Cf. Feije, op. cit., n. 746; Gasparri, loc. cit. i) « Pourvu qu’entre eux n’existe aucun autre empê­ chement canonique. » Or, cette clause s’entend de tout empêchement, non seulement dirimant, mais encore prohibant, de sorte que, s’il existe un seul de ces empêchements qui n’ait pas été exprimé dans la sup­ plique, la dispense est par le fait même invalide : ainsi en serait-il, par exemple, si, même de bonne foi. un degré de consanguinité on d’affinité avait été pré­ senté dans l’instance comme simple, alors qu’il était multiple. Voir ce que nous avons déjà dit, touchant les choses que doit contenir la supplique. Voir aussi t. ni, col. 24-25. 2. Clauses pour le for interne. — a) « A un confes­ seur discret, choisi par le suppliant, entre ceux qui sont approuvés de l’Ordinaire du lieu. » D’où il suit que tout confesseur, choisi par le pénitent, et celui-là seul, peut exécuter la dispense, â condition qu'il ait été approuvé, pour entendre les confessions, par lOrdinai­ re du lieu où il faut procéder à l’exécution des lettres apostoliques. Cependant lorsque la délégation a été sollicitée pour un confesseur déterminé, c'est à lui que la dispense a coutume d’être transmise, par exemple, sous cette formule : discreto viro N. confessario, ou bien : tibi confessario ab oratoribus electo /dans ce cas, le confesseur en question peut seul fulminer la dispense. Autrefois il n'était pas rare que la S. Péni­ tencerie requit chez l’exécuteur de la dispense le titre de docteur en théologie ou de docteur en droit cano­ nique; mais aujourd’hui cette condition ne figure plus guère dans ladite clause. Voir t. ni, col. 25. b) λ Nous confions l’exécution des présentes lettres, à votre discrétion, si la chose est telle, ou bien encore si les choses exposées sont véridiques En vertu de cette clause, le confesseur auquel se trouve confiés l'exécution des lettres de dispense, doit s’enquérir, en interrogeant le pénitent, et lui seul, si les choses expo­ sées dans la supplique sont exactes, si la cause finale de la demande subsiste toujours, et si l’empêchement est véritablement occulte. c) « Après avoir entendu d’abord la confession du suppliant... au for de la conscience, seulement dans l’acte de la confession sacramentelle, et non autre­ ment. » Si la présente clause figure dans le reserit, la dispense doit être, sous peine de nullité, fulminée au tribunal de la pénitence, après que la confession du suppliant a été entendue, encore que celui-ci ait déjà été absous de ses fautes, peu auparavant, ou bien quil ne se sente conscient d’aucun péché grave. Toutefois l’absolution sacramentelle n’est point requise : c'est pourquoi la dispense peut être valideinent exécutée, même si le pénitent n’est pas convenablement dispo-· pour recevoir l'absolution de ses fautes, ou qu'î’ fasse une confession invalide et sacrilège, comme en témoi­ gnent les réponses de la S. Pénitencerie, du 19 mai 1834 et du 4 janvier 1839. Voir t. m, col. 22-23. d) « Étant écartée l'occasion de pécher. » Cette clause est apposée daus le reserit de dispense, lorsqu'il s'agit de l’empêchement d'affinité pour relations charnelles illicites, par exemple, du suppliant avec la sœur ou la mère de sa fiancée, ou bien de la suppliante avec I irère de son fiancé, etc. L’occasion de pécher doit s’entendre 2487 EMPÊCHEMENTS DE MARIAGE 2488 de l’occasion prochaine et volontaire, qui doit en effet ! texte, non authentique, desdiles lettres, à savoir, en être absolument supprimée; que si l’occasion est néces- ' omettant le jour et l année,ainsi que toute circonstance saire, elle doit être écartée, au moins de cœur, et con­ qui pourrait violer le secret de la confession. Cl. Feije, vertie en occasion éloignée. Ainsi donc, tant que le op. cil., n. 754. Voir t. lit, col. 26. pénitent se refuse à observercetle condition, le confes­ 6“ Exécution des dispenses. — 1. Quel est Γexécu­ seur ne peut procéder à l'exécution de la dispense; et teur des lettres apostoliques? — L’exécuteur des rescrils apostoliques est différent, selon qu’il s'agit d'une celui-ci doit avant tout veiller à ce que le pépitent re­ nonce à la cohabitalionet à touteautrecirconstance pou­ dispense d’un empêchement public, et au for externe, vant être une occasion prochaine de récidive. Cf. Feije, ou bien d'une dispense d’un empêchement occulte, et au for interne. op. cit., n. 751. Voir t. ni, col. 24. a) Pour les dispenses matrimoniales au for externe, e) « Absolvant de l’inceste et des excès de ce genre, l’exécution des lettres apostoliques était confiée autre­ ou bien, absolvant de toutes sentences, censures et fois par la S. Pénitencerie, aux Ordinaires des sup­ peines ecclésiastiques. » Ladite clause confère au con­ pliants ; par la Daterie, à l’évêque et à son official ou fesseur la faculté d’absoudre, pour cette fois, des vicaire général in spiritualibus, et, lorsque le siège crimes en question, encore que ceux-ci soient compris, épiscopal était vacant, aux vicaires capitulaires. Mais, avec censure, parmi les cas réservés, et que le confes­ dans la pratique actuelle, l'exécution des dispenses ma­ seur n’ait pas le pouvoir d’absoudre des cas réservés. trimoniales, pour le for externe, est confiée à l’Ordinaire Cf. Feije, op. cit., n. 752; Pompen, op. cil., n. 84; Noldes suppliants, ou à l’Ordinaire du lieu, ainsi que l’a din, op. cil., n. 141; Van der Mœren, op. cit., p. 156. établi expressément Léon XIII dans le décret De man­ f) « Pourvu que la naissance de la femme soit anté­ dato du 20 février 1888, dont voici la teneur : a. Toutes rieure aux relations que le suppliant a eues avec la mère les dispenses matrimoniales à l’avenir doivent être de celle-ci. » Cette clause est insérée pour la dispense confiées, soit à l’Ordinaire des suppliants, soit à l’Ordide l’empêchement d'affinité, ex copula illicita, que le naire du lieu. b. Sous le nom d’Ordinaire viennent les suppliant a contracté en entretenant des relations cou­ évéques, les administrateurs ou les vicaires aposto­ pables avec la mère de sa fiancée, et cela, dans le but liques, les prélats ou les préfets ayant juridiction avec d’éviter le dangerd’un mariage entre le père et la fille. territoire séparé, et leurs officiais ou vicaires géné­ g) « Après avoir infligé une grave pénitence salutaire, raux in spiritualibus, et, pendant la vacance du siège, grave et longue, grave et durable, très grave et longue, le vicaire capitulaire ou l’administrateur légitime, etc. » La pénitence salutaire en question doit être im­ c. Le vicaire capitulaire ou les administrateurs peuvent posée aux deux suppliants, ou à l’un des deux seule­ également exécuter les dispenses apostoliques qui ont ment, selon que tous deux, ou un seul, se sont rendus été remises à l’évêque, ou à son vicaire général, ou à coupables du délit d’où ressort l’empêchement. Or, les son official, mais qui n’ont pas encore été exécutées, docteurs tiennent pour pénitence grave et longue celle soit que cette exécution ait déjà été commencée, soit qui devrait être accomplie durant un an, ou six mois, que la chose reste intacte. A son tour, l’évêque, une ou encore trois mois, une fois ou bien deux ou trois fois le siège pourvu, ou bien son vicaire général in fois par semaine, comme serait, par exemple, l'obliga­ spiritualibus, ou son official, peut procéder à l’exécu­ tion de réciter chaque semaine un, deux ou trois tion des dispenses qui avaient été remises au vicaire rosaires, etc. Une pénitence durable serait celle qui se capitulaire, soit que celui-ci ait déjà entamé cette prolongerait pendant trois ans, pendant deux ans, ou exécution, soit qu’il n'y ait pas encore louché, d. Les même un an seulement. Quant à une pénitence perpé­ tuelle, elle devrait être poursuivie jusqu’à la mort. Cf. dispenses matrimoniales, qui sont confiées à l’Ordinaire Benoit XIV, Instil, cedes., inst. t.xxxvn, n. 36-38; des suppliants, doivent être exécutées par l’Ordinaire Monacelli, Formulariumlegale praclicuni, t. i, tit. tx, qui a donné les lettres testimoniales, ou quia transmis form. 1, n. 45,47. 71 ;Giovine,op. cit-, t. n, p. 253 sq.; la supplique au siège apostolique, qu'il soit l’Ordinaire Feije, op. cil., n. 752; Pompen, op. cil., n. 84. Voir d’origine ou celui du domicile, l’Ordinaire de l’un et t. lit, col. 23. l’autre suppliant ou seulement celui de l'un d'eux; i) « Et qu’ils fassent une aumône en laveur des pau­ même si les futurs époux, à l'époque où doit être exé­ vres. » La présente clause, insérée parfois dans les rescutée la dispense, ont quitté le domicile du diocèse en crits pour le for interne, exprime seulement une moni­ question, et sont passés dans un autre sans espoir de tion, que l’exécuteur de la dispense doit transmettre retour, auquel cas pourtant l’exécuteur apostolique in­ au suppliant; mais elle ne contient pas un précepte formera, s'il le juge expédient, l’Ordinaire du lieu où formel, ni une condition, à moins que cette aumône le mariage doit être contracté, e. Cependant, il est pos­ n’ait été prescrite spécialement, à titre de condonation, sible à l’Ordinaire susdit, si du moins il juge convenable decommutation, etc. Cf. Zitolli, op. cil., p. 89; Gas­ ce procédé, de déléguer, peur l’exécution de la dispense, parri, op. cit., n. 416. un autre Ordinaire, spécialement l’Ordinaire dans le ;) « Et étantobservées d’autres conditions qui ontpu diocèse duquel les fiancés habitent actuellement. Or, il être imposées dans le droit. » Parmi ces conditions, il est permis de se demander si l’Ordinaire a le pouvoir faut mentionner la réparation des dommages-et du d’exécuter son mandat apostolique en dehors de sou scandale, l’éloignement de l’occasion de pécher, la res­ territoire? A cela nous répondrons que tout ce qui, titution, etc. dans le mandat de dispense, est acte de pur ministère k) i Pourvu que l’empêchement soit occulte; tout â ou de juridiction volontaire, tel que l’absolution, l'im­ fait occulte. » Voir t. ni, col.24; t. iv, col. 2441. position d’une aumône, la séparation des suppliants, la l) s Pourvu qu’il n’existe pas d’autre empêchement réparation du scandale et la concession même de la canonique. » Voir t. in, col. 24-25; t. iv, col. 2479. dispense, il peut le remplir hors de son territoire ; car m) « Les présentes lettres ayant été par vous brûlées, c'est un principe de droit que le simple ministère et la déchirées, une fois terminée leur exécution, et cela, juridiction volontaire peuvent être exercés par le juge sous peined’excommunication laine sententiæ. » En vertu ecclésiastique, vis-à-vis de ses propres sujets, même en de cette clause est prescrite la destruction des lettres dehors de son territoire. Toutefois, si au reserit de dis­ apostoliques, dans un bref délai, c’est-à-dire environ pense était adjointe la clause v que, d’aucune manière, trois jours après l’exécution de la dispense, ou au plus il ne puisse s’en servir en dehors des limites de son tard aussitôt après la célébration du mariage. Toutefois diocèse », il s’ensuivrait que celui, auquel serait desti­ il n’est pas défendu au confesseur, pour son instruction née la dispense, devrait être non seulement sujet de et celle des autres, de transcrire et de conserver un l’évéque, chargé de dispenser, en raison du domicile 2489 EMPÊCHEMENTS DE MARIAGE ou du quasi-domicile, mais encore se trouver actuelle­ ment dans le territoire même du diocèse, au moment où la dispense serait concédée. Ainsi donc, lorsque aucune clause de ce genre n’est insérée dans le reserit, l’évéque peut octroyer la grâce de la dispense, en dehors des limites de son diocèse, à condition seulement que le bénéficiaire soit véritablement son sujet. Cf. Lehmkuhl, op. cit., n. 1017. Mais il en serait au­ trement pour les éléments du mandat de dispense qui se rattacheraient â la juridiction contentieuse, tels que l'acte de citer et d’interroger les témoins pour la véri­ fication de la supplique; car c’est un autre principe de droit que la juridiction contentieuse ne peut être exercée que dans les limites du for compétent, et non hors du territoire. Cependant l’Ordinaire qui se trou­ verait hors de son territoire et voudrait procéder â l'exécution d’une dispense, pourrait confier à un délé­ gué la mission de citer et d'interroger les témoins. Cf. De Justis, op. cit., 1. I, c. vi, n. 485; Feije, op.cit., n. 755; Gasparri, op. cit., n. 425. L'Ordinaire peut-il exécuter le reserit de dispense-, si, dans l’intervalle, le souverain pontife vient à mou­ rir? Il faut répondre affirmativement, encore que la chose soit intacte, c’est-à-dire que le délégué n’ait en­ core accompli aucun acte touchant l’exécution de la dispense. La raison est que la faculté d’exécuter la dis­ pense matrimoniale n’est pas réputée « grâce à faire », mais « grâce faite », et, comme telle, ne cesse pas d'exister à la mort de celui qui la concède. Cf. Decret., 1. Ill, tit. v, De præbendis, c. 36: ibid., L II, tit. xxtx, De officio et potestate judicis delegati, c. 5. b) Pour les dispenses au for interne, rien n’a été changé par le décret De mandato, cité plus haut, et la mission d’exécuter le reserit de dispense a coutume d’être confiée à un simple confesseur, désigné ou choisi parmi ceux qui sont approuvés de l’Ordinaire. Or, ce pouvoir d’exécuter ainsi les dispenses aposto­ liques au for interne n'expire certainement pas chez le délégué à la mort du souverain pontife, comine l’ont plusieurs fois déclaré les Congrégations romaines, par exemple, la S. C. des Évêques et Réguliers, le 29 avril 1740 et le 7 avril 1769. 2. Comment doit procéder le délégué dans la fulmi­ nation de la dispense ? — L’exécuteur apostolique ne saurait procéder à la fulmination de la dispense sans qu’il ait eu dans les mains l’exemplaire original des lettres de délégation, encore même qu’il saurait, de science certaine, que le reserit a déjà été expédié par la Curie romaine. Cf. c. xn, tit. De appellationibus, I. II; concile de Trente, sess. xxn, c. 5, De reform.; S. C. du Concile, 12 janvier 1606. De même, il ne suffi­ rait pas que la dispense fût notifiée par le télégraphe, à moins que le télégramme n’ait été transmis offi­ ciellement par l’autorité du saint-siège. Saint-Office, 14 août 1892. Cf. Gasparri, op. cil., n. 423. Une fois que l’exécuteur est en possession des lettres aposto­ liques, il doit s'assurer d’abord si elles ne sont pas fausses ou douteuses, et reconnaître si elles ne sont pas entachées de quelque vice de subreption ou d’obreption. Ensuite il doit s'informer si les choses exposées sont exactes. A cet effet, il doit procéder à une sérieuse enquête qui lui apporte une certitude morale, et qui s’étende à tous les points essentiels de la supplique, par exemple, touchant l’espèce, le degré et la multipli­ cité des empêchements, et aussi la cause de la dispense. Cependant cette enquête doit être faite sommairement et d'une façon extrajudiciaire, surtout en interrogeant des témoins et les suppliants eux-mêmes; d’ailleurs, tout ceci est abandonné à la conscience et au jugement de l’Ordinaire, qui le plus souvent fait appel au con­ cours et au ministère du curé. Enfin, ces choses étant observées, l’exécuteur peut procéder à la fulmination de la dispense, en tenant un 2490 compte exact de toutes les clauses insérées dans 1« rescril pontifical. S’il s’agit d’une dispense pour le for externe, la ful­ mination doit être faite dans un décret formulé par écrit. Ce décret s’exprimera au pluriel, c'est-à-dire que la fulmination de la dispense s'adressera aux deux par­ ties, si l’empêchement est commun à l’une et l'autre; au contraire, il devra s’exprimer au singulier, si l’em­ pêchement ne lie que l'une des parties. Dans le décret en question, l'Ordinaire fera mémoire de la délégation concédée par le Saint-Siège, cette mention des facul­ tés reçues, avec l'indication de leur date respective, peut être rendue obligatoire par une clause qui, assez souvent, se trouve insérée dans les res’erits pour les dispenses publiques : In dispensatione tenor hu/usmodi facultatum inseratur cum expressione tempons, ad quod concessæ fuerint; et même, parfois, sous peine de nullité de la dispense, à savoir, lorsque la clause porte celte addition : alias nullité sint dispensationes, comme aussi de la vérification et de l’accomplissement des clauses, prescrivant les choses qui doivent être prescrites, puis il dispensera en termes exprès, en vertu de l'autorité apostolique, et légitimera, s'il y a lieu, les enfants déjà nés. Cf. Giovine, loc. cit., § 89; d’Annibale, op. cit., part. III, § 503, not. 16, 18; Gasparri, op. cit., n. 427. S’il s'agit d’une dispense pour le for interne, la ful­ mination peut être faite de vive voix, quoique rien ne s'oppose à ce que Je confesseur ne se serve d'une for­ mule écrite. Mais, auparavant, le confesseur doit pro­ céder à la vérification de la supplique, en s'assurant auprès du pénitent si toutes les choses ci-exposées sont bien exactes; ensuite, il observe scrupuleusement tout ce qui peut avoir été ordonné, touchant la confession sacramentelle, la pénitence à imposer, et d’autre- con­ ditions, s'il y a lieu; enfin, il fulmine la dispense ellemême. Or, quoique aucune formule particulière de dis­ pense ne soit prescrite, le confesseur pourra sagement utiliser celle-ci : D. N. J. C. le absolvat, et ego aucto­ ritate Ipsius te absolvo ab omni vinculo excommu­ nicationis et interdicti, in quantum possum et tu : diges. Deinde : ego te absolvo a peccatis tuis in nomine Patris et Filii et Spiritus Sancti. Arnen. Passio D. .V. J. C., etc. Insuper, auctoritate apostolica, vel reve­ rendissimi episcopi N., mihi specialiter delegata, dispenso tecum super impedimento — vel — impedi­ mentis (quæ in specie allegantur), ut eo non obstante, vel iis non obstantibus, cum viro, vel muliere, cui nubere intendis, matrimonium publice, servata forma concilii Tridentini, contrahere, consummare ac in c·.· remanere licite valeas. Eadem auctoritate prolem s· ■ceptam exinde legitimam fore enuntio et declaro, nomine Patris et Filii et Spiritus Sancti. Amen. Si, vu le défaut de disposition du pénitent, l’absolution c péchés ne pouvait être donnée, et que néanmoins la concession de la dispense parût nécessaire et urgente, le confesseur pourrait user de la formule susdite, en omettant les mots : Deinde ego te absolvo a pecca: ■ tuis, etc. Passio D. Λ'. J. C., etc. D’ailleurs, si la contession n’était pas expressément requise, par une claus·. spéciale, la fulmination de la dispense, même pour le for interne », pourrait avoir lieu en dehors de la con­ fession. Cf. Feije, op. cit., n. 755-761 ; Gasparri. op. cit., n. 431. 7° Vices des dispenses. — Les dispenses matrimo­ niales peuvent être viciées de trois manières, soit par subreption, lorsqu'une chose vraie est omise ou suppri­ mée; soit par obreption, lorsqu’une chose fausse est alléguée; soit par mutation, lorsqu’un changement sur­ vient à la pétition de la dispense. Or, pour que ces vices rendent invalide la dispense, il faut qu’ils soient substantiels, c’est-à-dire qu’ils portent sur des élé­ ments qui, d'après le droit et le style de la Curie, 2491 EMPÊCHEMENTS DE MARIAGE doivent être nécessairement exprimés pour la validité de la dispense : dans ce cas, en effet, la volonté de celui qui dispense est censée s’appuyer sur l'erreur el faire défaut en réalité. Il y a donc lieu de se demander quelle erreur peut pratiquement vicier la dispense. 1. Erreur touchant les personnes. — L’erreur au sujet du nom ou du prénom des suppliants, encore que ies personnes puissent être connues, rend invalide la dispense, à moins que cette erreur ne soit purement accidentelle ou de peu d’importance, comme serait, par exemple, le changement d'une lettre ou d’une syl­ labe, ou même l’omission d’un nom, lorsque le sup­ pliant en possède plusieurs, pourvu d’ailleurs que l'identité de la personne ne fasse aucun doute. Cf. Pyrrhus Corradus, op. cit., 1. VII, c. Il, n. 3 sq.; De Justis, op. cit., 1. 1, c. iv, n. 54 sq.; Reiffensluel, loc. cit., n. 210-213. Mais que dire si l’erreur, ou une fausse allégation, porte sur l’état de fortune des sup­ pliants? Suffit-elle pour vicier la dispense au point de la rendre invalide? Pour ce qui regarde les dispenses émanant de la S. C. des Sacrements, comme autrefois pour celles de la Daterie, si les suppliants, ayant allé­ gué faussement la pauvreté, obtiennent la dispense dans la forme des pauvres, cette dispense est valable, parce que la pauvreté n’est ni une cause finale ni une cause impulsive de la dispense elle-même, mais seulement la raison pour laquelle la dispense est octroyée dans une forme plutôt que dans une autre. S. Pénitencerie, 3 décembre 1852. Cf. Sebastianelli, op. cil., n. 107. Voir également l'article déjà mentionné du règlement de Pie X. La conclusion n’est pas différente, même si dans le reserit se trouve adjointe la clause : « Pourvu que les personnes soient pauvres et misérables, » car ladite clause affecte seulement la forme adoptée, et non la substance de la dispense. Quant aux dispenses concédées par la S. Pénitencerie pour le for externe, avant que n’ait paru le nouveau règlement établi par le pape Pie X, il restait un doute théorique que, si la dispense avait été obtenue frauduleusement et de mau­ vaise foi par ceux qui réellement n’étaient pas pauvres, cette dispense fût valide ou invalide, quoique la S. Pé­ nitencerie, pour accorder les dispenses matrimoniales au for externe, ait été spécialement déléguée par le sou­ verain pontife « seulement en faveur des pauvres », et si, en pratique, la S. Pénitencerie prenait le parti le plus sûr, sa pratique ne tranchait pas le doute théo­ rique. Cf. Gasparri, 4“ édit., n. 342. Dans le cas ou les suppliants auraient été de bonne foi, certains auteurs estimaient que la dispense n'en était pas moins inva­ lide, parce que la S. Pénitencerie, en concédant cette dispense, aurait toujours agi en dehors des limites de son mandat; tandis que d'autres auteurs tenaient pour la validité de la dispense, parce que la condition de pauvreté n'affectait pas la substance de la dispense. Cf. Pyrrhus Corradus, op. cit., L VIII, c. vt, n. 58 sq.; De Justis, op. cit., 1. I, c. vu, n. 72 sq.; Giovine, op. cil., t. i, p. 175; t. n, p. 181 sq.; Zitelli, op. cit., p. 70; Feije, op. cit.,n. 696; Lehmkuhl, loc. cil.; Gasparri, loc.cit.; Sebastianelli, op.cit., η. 108. Voir t. m, col. 28-92. 2. Erreur touchant le lieu. — Lorsque l’erreur concerne le diocèse duquel l’Ordinaire a mandé les lettres testimoniales et transmis la supplique à Rome, elle rend invalide la dispense. La raison est que l'exécution de la dispense serait alors confiée à un Ordinaire que le Saint-Siège n’aurait pas délégué en réalité. Quant à l’erreur au sujet du lieu d’origine ou de domicile, en règle générale, elle ne vicie point la dispense. 3. Erreur touchant les empêchements. — Si l’erreur porte sur l’espece infime, la multiplicité ou le nombre des empêchements, la dispense est invalide, d’après ce que nous avons dit de l’importance essentielle de ces éléments. Mais que dire, en particulier, si, alors que 2492 deux empêchements sont exprimés dans la supplique, l’un seulement se trouve conforme â la vérité, tandis que, dans le second, il y a un vice de subreption ou d’obreption? L’opinion des auteurs n’est pas unanime. Or, nous pensons avec Feije, loc. cit., n. 721, que, si lesdits empêchements sont connexes entre eux, la dis­ pense sera invalide, tandis que, si ces empêchements sont indépendants l'un de l’autre, la dispense sera va­ lable pour l’empêchement existant en réalité, même dans le cas où, dans l’autre empêchement, il yaurait eu quelque subreption ou obreption frauduleuse, pourvu toutefois que la cause alléguée soit bien exacte. Cf. Pyrrhus Corradus, op. cit., 1. Vil, c. vi, n. 80 sq.; Giovine, op. cit., t. I, p. 185 sq. Si la ligne collatérale est indiquée au lieu de la ligne directe, la dispense est invalide, à n’en pas douter. Il faut en dire autant, si un degré inférieur est exprimé à la place d’un degré supé­ rieur, et vice versa, quoique, dans ce dernier cas, il y ait des auteurs qui pensent le contraire. Cf. Noldin, op. cit., n. 129. 4. Erreur touchant les causes de dispense. — Si une seule cause finale a été alléguée et qu’elle soit fausse, la dispense est sans valeur, encore qu’il existe une autre cause de dispense vraiment suffisante, mais qui n’a pas été exprimée, ou que les causes impulsives soient exactes. Au contraire, si une seule cause finale a été exposée et qu'elle soit vraie, la dispense est valide, mal­ gré que toutes les causes impulsives soient fausses; cependant si ces causes complémentaires avaient été alléguées de mauvaise foi, la dispense, d’après certains auteurs, devrait être tenue pour invalide, en punition de la fraude. Enfin, si deux ou plusieurs causes finales ont été exprimées, et que seulement l'une d’elles, par ailleurs suffisante et adéquate, soit conforme à la vé­ rité, tandis que les autres sont fausses, la dispense estelle valide? Les auteurs ne sont pas d’accord. Mais il faut avant tout voir si, d’après les termes du reserit, n’appert point l’intention de celui qui a dispensé : par exemple, s’il n’a pas été mû précisément par la cause, ou les causes qui en réalité sont fausses; ou bien s’il n'a pas été décidé par l’ensemble de toutes les causes finales alléguées; ou encore si l’inexactitude des causes finales en question ne provient point de la mauvaise foi et de la ruse. S’il y a doute, il faut consulter l’Ordinaire et s'en remettre à son jugement. S’il est impos­ sible d’avoir recours à l’Ordinaire, ou qu’il y ait urgence, et que, d’autre part, rien des circonstances spéciales expliquées plus haut n’apparaisse dans le reserit, la cause finale mentionnée restant par ailleurs bien exacte, on pourra tenir pratiquement pour valide la dispense et procéder comme de droit. Cf. Feije, op.cit., n. 721. Mais à quel moment est-il nécessaire que se vérifient les causes alléguées pour la dispense? Nous répon­ drons que, vu la forme dans laquelle les dispenses apostoliques sont concédées aujourd’hui (voir ce que nous avons dit de la concession des dispenses), il est plus probablement nécessaire, et il suffit, que les causes se trouvent être exactes et conformes à la vérité, au moment où l’on doit procéder à l’exécution du reserit apostolique. Cf. Sebastianelli, op. cit., n. 113. Cependant, lorsqu'un vice de subreption ou d’obrep­ tion, ou une mutation substantielle survenant dans la supplique, a rendu nulle et invalide la dispense ma­ trimoniale, il faut avoir.recours au supérieur pour qu'il applique le remède juridique, sanatio, à tous ces vices de la dispense. Or, cette sanatio peut être obtenue soit en sollicitant simplement une nouvelle dispense, soit en se faisant octroyer des lettres dites perinde va­ lere, qui ont pour effet de revalider une grâce d’abord concédée invalidement, de manière que, par une fic­ tion du droit, elles sont reculées dans leur application, jusqu’au jour de la concession de la première grâce, soit, dans l’espèce, jusqu’au moment même où a été 2493 EMPÊCHEMENTS DE MARIAGE invalidement concédée la dispense. Cf. Pyrrhus Corradus, op. cit., 1. VU, c. il; 1. VIII, c. l; De Justis, op. cit., 1. III, c. xvi ; Reiffenstuel, loc. cit., n. 361 sq.; Feije, op. cit., n. 726; De Becker, op. cit., p. 336. Voir t. ni, col. 26-27. 8° Bevalidation du mariage. — Il peut arriver que le mariage ait été contracté invalidement, à savoir, à cause d’un empêchement dirimant, duquel la dispense n'a pas été obtenue en temps utile. Mais, aussi long­ temps qu’il n’appert pas clairement que le mariage soit entaché de nullité, il faut tenir pour sa validité. Cependant s’il apparaissait avec certitude que le mariage ait été contracté invalidement, deux remèdes juridiques s’offriraient aux parties intéressées : ou bien la sen­ tence du juge ecclésiastique déclarant la nullité du contrat, ou bien la revalidation du mariage. Le premier remède doit être rarement conseillé, surtout lorsque des enfants sont déjà nés, ou que de graves scandales sont â craindre ; et il faut lui préférer le second re­ mède, c'est-à-dire la revalidation du mariage. Or, la revalidation du mariage peut se faire de deux façons : ou bien d’une manière ordinaire et simple, ou bien d’une manière extraordinaire avec la sanatio in radice. 1. Bevalidation ordinaire. — La revalidation ordi­ naire du mariage n’est pas autre -diose qu’une nouvelle célébration du mariage invaliuement contracté. Or, dans ce genre de revalidation, une pratique différente doit être observée, selon que le mariage a été invalide pour défaut de consentement, ou pour défaut de forme substantielle, ou pour défaut d’habileté juridique des personnes en raison d’un empêchement dirimant. a) Bevalidation du mariage pour défaut de consen­ tement. — Lorsque le mariage a été invalide pour dé­ faut de consentement, parce que, par exemple, il a été contracté sous l'inlluence de la violence ou de la crainte, ou encore de l'erreur, ce défaut de consente­ ment doit être suppléé; c’est pourquoi, pour la revalidalion du mariage, dans l’espèce, pas autre chose n’est nécessaire que l’expression régulière d’un nouveau consentement. Si le consentement a fait défaut chez les deux contractants, l’un et l’autre, une fois connue leur erreur ou récupérée leur liberté, doivent renou­ veler leur consentement. Que si le consentement a manqué seulement chez l'une des parties, il suffit, d’après l’opinion commune, que le consentement soit renouvelé par cette partie-là même qui a eu à subir, dans le contrat, l’inlluence de la violence, de la crainte ou de l'erreur. La raison est que le consentement de l’autre partie contractante, supposé véritable et valide dès le principe et n’ayant pas été révoqué par la suite, est censé continuer moralement et persévérer virtuel­ lement : or, pour la valeur d'un contrat, seule, la si­ multanéité morale du consentement des deux contrac­ tants est requise; et il suffit qu’au consentement passé et virtuellement persévérant d’un des contractants vienne s'unir le consentement formel de l’autre con­ tractant. Cf. S. Alphonse de Liguori, 7 heologia mora­ lis, 1. VI, n. 1114; Homo upostolicus, tr. XV11I, n. 80; Feije, op. cit., n. 764. Cependant il est plus sûr, et, comme il s'agit d’un sacrement, il faut, autant que pos­ sible, veiller à ce que l’autre partie renouvelle égale­ ment le consentement, si, sans grave inconvénient, elle peut être informée de l'invalidité du mariage. Si le fait de la nullité du contrat est occulte, c’est-àdire que le défaut du consentement ne soit pas publi­ quement connu, il suffit que les deux parties, ou l’une d’elles seulement, renouvelle le consentement exté­ rieur, d’une façon privée et clandestine. Mais si l’in­ validité du mariage est un fait public, les parties con­ tractantes, celles du moins qui sont soumises au décret du concile de Trente et au nouveau décret Ne temere, doivent renouveler leur consentement en présence du 2494 propre curé et des témoins. Cf. Benoit XIV, Insti­ tutiones ecclesias ticæ, inst. lxxxvii, n. 62 sq. ; Feije, op. cit., n. 762; d’Annibale, op. cil., n. 484; Gasparri, op. cit., n. 1418. 6) Bevalidation du mariage par défaut de forme substantielle. — Lorsque le mariage a été invalide par clandestinité, c’est-à-dire que le consentement a été sans doute exprimé par les contractants, mais non dans la forme substantielle prescrite par le décret Ίdm etsi du concile de Trente et le nouveau décret Ne temere, il est nécessaire, pour la revalidation du mariage, que le consentement soit renouvelé en présence du propre curé et des témoins. Cependant ce renouvellement doit se faire d'une façon privée et secrète, si la nullité du mariage est restée occulte; tandis qu'au contraire il faut que le consentement soit renouvelé publiquement, si déjà l’invalidité du mariage est un fait publiquement connu, et si le scandale ne peut plus être autrement évité. Mais si l’une des parties se refuse à comparaître en présence du curé et des témoins, il faut pourvoir ce qu’elle exprime au moins son consentement par lettre ou par procureur, devant le curé et les témoins; et si elle ne veut point, même de cette manière, con­ tracter dans la forme du concile de Trente, il convient alors de demander, en faveur de la partie innocente, le remède extraordinaire de la sanatio inradice. Cf. Feije, op. cil., n. 763; Noldin, op. cit., n. 151. c) Bevalidation du mariage pour défaut d'habileté juridique des personnes, en raison d’un empêchement dirimant. — Lorsque le mariage est invalide à cause de quelque empêchement dirimant, la revalidation du contrat ne peut être obtenue qu’autant que soit enlevée l’inhabileté des personnes, ou bien par la suppression de la cause, comme dans l’empêchement de lien, de rapt et d’âge; ou bien par une dispense, comme dans l’empêchement de parenté, d’honnêteté publique, d’af­ finité, et, en général, dans les empêchements qui ad­ mettent la dispense. En effet, si l'empêchement ne peut être éloigné par aucun de ces deux procédés, le mariage ne peut alors étre revalidé, et il faut demander une déclaration de nullité. Or, la dispense, en vertu de laquelle le mariage déjà contracté puisse étre revalidé, doit être sollicitée de la même manière que s'il s'agissait d’un mariage à con­ tracter : c’est-à-dire, au for externe, dans le cas d’un empêchement public, et au for interne, dans le cas d’un empêchement occulte; en outre, il incombe à l’exécuteur de la dispense d’observer scrupuleusement toutes les clauses qui peuvent être insérées dans le res­ erit. Voir les explications antérieures. Cependant est-il nécessaire, lorsque est fulminée la dispense de l'empêchement, de renouveler le consente­ ment? Nous répondrons qu’en règle générale l’Église, à moins qu’elle n’en décide autrement dans certains cas particuliers, veut que, une fois l'empêchement éloi­ gné à l’aide de la dispense, le consentement matrimo­ nial soitrenouvelé par les parties intéressées, sans qu'il importe si les deux contractants, ou un seul d’entre eux, ont connu l’existence de l'empêchement. Cf. Benoit XIV, Institutiones ecclesias ticæ, inst. lxxxvii, n. 68. La raison est que le consentement primitif de l’une et l’autre partie contractante a été invalide et nul à cause de l’empêchement dirimant, et, par conséquent, a be­ soin d’être renouvelé. D'ailleurs, Rome a coutume d’in­ sérer, dans le reserit pour la revalidation, une clause particulière qui enjoint de renouveler le consentement, sous peine de nullité de la dispense. Mais il est néces­ saire que ce nouveau consentement soit indépendant du premier, et n'en soit pas seulement la ratification; c’est pourquoi la partie ignorante doit être informée de la nullité du mariage, avant qu’elle ne renouvelle le con­ sentement, sans.que, cependant, il n'v ait lieu de rien lui dire de la cause même de l'invahdti <;■>' ι-eut, en 2495 EMPÊCHEMENTS DE MARIAGE ‘2496 effet, être délictueuse et infamante. La raison de ce I le scandale. Si l’empêchement, en vertu duquel est in­ valide le mariage, contracté d’ailleurs dans la forme du principe est que, si la partie en question n’était pas concile de Trente ou du décret Ne temere, est occulte, prévenue de la nullité du premier contrat, elle n’ex­ primerait pas, à proprement parler, un nouveau con­ il n’est pas nécessaire que la célébration du mariage en question ait lieu de nouveau en présence du curé sentement, mais ratifierait seulement le consentement primitif, lequel est supposé avoir été inefficace et sans et des témoins; mais il suffit que le consentement valeur. De là, dans le reserit de dispense, était autre­ matrimonial soit renouvelé d’une façon privée entre les fois adjointe, comme condition véritable, la clause en seuls contractants. Telle est l’opinion commune des vertu de laquelle il fallait absolument informer la partie docteurs et la pratique des Congrégations romaines. ignorante de la nullité du premier consentement. Cf. Benoît XIV, loc. cit., n. 62 sq., 71-80; S. Alphonse Cf. Benoit XIV, Instit. eccles., loc. cit., n. 67 sq., de Liguori, loc. cit., n. 1115-1117; Giovine, op. cil., 70 sq. Cependant, selon la pratique actuelle, comme on p. 268 sq.; Feije, op. cit., n. 764; Pompen, op. cil., peut souvent rencontrer de grandes difficultés à révéler n. 134; Noldin, op. cil., n. 152. clairement le fait de la nullité du mariage à la partie 2. Bevalidation extraordinaire ou sanatio in radice. qui ignore l'empêchement, les Congrégations romaines — La revalidation extraordinaire du mariage, dite sa­ ont coutume de mitiger ladite clause, en ajoutant que, natio in radice, est la dispense d’un empêchement di­ si cette information ne peut être faite sans grave dan­ rimant qui guérit, juridiquement, la racine du mariage, ger, le consentement doit être renouvelé d’après les c’est-à-dire le consentement lui-même qui était invalide régies indiquées par les auteurs approuvés. Or, diverses dès le début, en sorte que sont détruits les effets de régies sont proposées par les auteurs afin de pouvoir l’empêchement, non seulement pour l’avenir, mais renouveler le consentement de manière que la partie encore pour le passé. Ainsi les effets juridiques de la ignorante soit suffisamment informée de la nullité du sanatio in radice sont au nombre de trois : a) Elle mariage, tandis que lui soit caché le fait délictueux enlève l’empêchement qui s’opposait à la validité du d’où découle l’empêchement : par exemple, la partie mariage; b) elle remédie au consentement qui a été qui connaît l’existence de l’empêchement dirimant peut exprimé, dès le principe, sans aucune efficacité, mais dire à l’autre : « Lorsque je me suis marié, je n’ai pas qui a persévéré jusqu’à ce jour; c) enfin elle rétroagit donné un consentement véritable; je t’en prie, renou­ dans le passé, et, par une fiction du droit, supprime velons notre consentement; » ou bien : « Je crains que les effets juridiques de l’invalidité du mariage, en par­ notre mariage ne soit nul; c’est pourquoi renouvelons ticulier l’illégitimité des enfants. D’où il suit que la notre consentement; » ou encore : « Mon confesseur sanatio in radice, quant au mariage lui-même, opère m’a dit que notre mariage n’était point valide ; renou­ dès maintenant, ex mine, c’est-à-dire qu’elle fait que velons notre consentement,» etc. Et lorsque l’autre le mariage commence à être valide, à partir du moment partie se montre consentante, qu’elle dise, si c’est le où est appliquée la sanatio, en vertu du consentement mari : « Je te reçois pour mon épouse, » et, si c’est la primitivement exprimé et virtuellement persévérant; femme : « Je te reçois pour mon époux. » D’ailleurs, si et, quant aux effets juridiques, elle opère dès le prin­ dans le reserit ne se trouve pas insérée la clause en cipe, ex tune, parce que, par une fiction du droit, le vertu de laquelle la partie ignorante doit être avertie de mariage est censé avoir été contracté au commencement, la nullité du mariage, et que, par ailleurs, celle-ci fasse sans empêchement dirimant, en sorte que les effets preuve de mauvaises dispositions, d’autres règles, plus juridiques de l’invalidité du mariage sont supprimés, mitigées encore, peuvent suffire pour le renouvellement et les enfants déjà nés sont tenus pour légitimes. Tel du consentement; par exemple : « J’ai des scrupules est l’enseignement de Benoît XIV, dans la constitution touchant la valeur de notre mariage, c’est pourquoi, Elsi matrimonialis du 27 septembre 1755 ; Per earn pour ma consolation et afin d’apaiser ma conscience, sanationem in radice non fil ut matrimonium milliter je consens de nouveau en notre union, et te reçois pour contractum non ita fuerit contractum, sed eflectus de mon épouse (ou mon époux). Veux-tu faire de même à medio tolluntur, qui ad hujusmodi matrimonii nullimon égard? » ou encore : « Si notre mariage était nul, talem ante indultam dispensationem, atque etiam in je ne te prendrais pas moins pour mon épouse (ou ipso matrimonii contrahendi actu producti fuerunt. mon époux), et en réalité je te reçois pour mon époux; Cf. Feije, op. cit., n. 768; Sebastianelli, op. cit., est-ce que tu ne veux pas faire de même pour moi? » n. 149. Voir col. 1438. Enfin, lorsque la partie, qui ignore l’existence de l’em­ Ite là il appert comment la sanatio in radice diffère pêchement, ne peut être, sans de graves inconvénients, de la revalidation simple et ordinaire : a. La sanatio informée de la nullité de mariage, parce que, par in radice ne réclame chez aucun des époux le renou­ exemple, se présente le danger du divorce civil, il faut vellement du consentement à moins qu’il n’en soit solliciter du Saint-Siège la remise de cette clause tou­ autrement prescrit, tandis que, dans la revalidation chant la monition en question, ou encore le remède simple, il est nécessaire qu’un nouveau consentement extraordinaire de ia sanatio in radice. soit exprimé par l’une et l’autre partie, à moins qu’il Mais le renouvellement du consentement, dont nous n’en soit autrement concédé, b. La sanatio in radice venons do parler, doit il se faire dans la forme du a une vertu rétroactive, en tant qu’elle sépare Jes concile de Trente et du décret Ne temere, c’est-à-dire effets juridiques de l’invalidité du mariage même pour en présence du curé et des témoins? A cela il faut ré­ le passé, et qu’elle légitime par elle-même les enfants pondre que, si l’empêchement est public si la nul­ déjà nés; au contraire, dans la revalidation simple, lité du mariage est un fait notoire, le consentement le mariage est à la vérité rendu valide, mais les en­ doit être renouvelé publiquement devant le curé et les fants nés antérieurement ne sont point légitimés, si témoins. 11 conviendrait toutefois, avec la dispense cette grâce n’est pas concédée par un reserit spécial. de l’évêque, d’omettre les publications des bans, si Or, la sanatio in radice ne peut être obtenue que si celles-ci étaient trop à charge aux prétendus époux. Et se vérifient certaines conditions, à savoir : a. 11 faut même, s’il yavaitde trop graves difficultés à faire com­ qu’il s’agisse d’un empêchement de droit ecclésiastique, duquel l’Église ait coutume de dispenser, b. Il faut paraître publiquement les époux dans l’église, le con­ sentement matrimonial pourrait être renouvelé devant qu’il y ait une cause grave et urgente. Le cas le plus fréquentse vérifie lorsque, l’empêchement étant connu le curé et les témoins, d’une façon occulte, par exemple, d’une des parties, on ne peut, sans danger de graves à la maison; mais une condition s’imposerait alors, ce inconvénients, manifester la nullité du mariage à serait de divulguer en temps opportun c célébra­ l’autre partie, et lui demander de renouveler le consen­ tion du nouveau mariage, afin d’éloigner ou de réparer 2497 EMPECHEMENTS DE MARIAGE 2498 tement, par exemple, s’il est question d’un empêche­ il est dit qu’il faut recourir au souverain pontife pour ment occulte d’affinité pour relations coupables. Une la dispense in radice : Prævio recessu a decisis, consu­ autre cause grave existe lorsque l’une des parties ne lendum SS"”, pro dispensatione in radice matrimonii. peut être amenée, d’une manière ou d’une autre, à En outre, Benoit XIV, Quæst. can., loc. cil., rapporte renouveler le consentement dans la forme du concile que Grégoire X III accorda également plusieursdispenses de Trente ou du décret Ne temere, étant donné d'ail­ in radice pour le mariage. De nos jours, d’ailleurs, la leurs qu'elle n'a point révoqué le premier consentement pratique de ces dispenses est devenue très fréquente. invalidement exprimé, mais qu’elle manifeste de præAinsi Pie VIII. le 25 mars 1830, délégua aux évêques senti l’intention de rester dans le mariage. Card. de la province Rhénane et de la Westphalie le pouvoir Caprara. Instruction du 25 avril 1803, p. ni. Une troi­ de dispenser in radice, pour certains mariages; Pie X. sième cause se présente lorsque, pour des raisons le 15 avril 1906, oclroya, en faveur de tout l’empire graves et urgentes, il n’est pas possible de révélera d’Allemagne, la sanatio in radice pour les mariages l’une ou l’autre des parties intéressées l’invalidité du mixtes, et les mariages chrétiens non catholiques; mariage, soit parce que leurs dispositions sont défec­ enfin, parmi les facultés extraordinaires concédées aux tueuses, soitparceque l’invalidité susdite provient d’une évéques d’Amérique, est comprise (fac. 6) celle de faute ou d’une négligence de l’Ordinaire, du curé, du remédier in radice aux mariages déjà contractés. confesseur. Mais, dans ce dernier cas, quoique le SaintCf. Lehmkuhl, op. cil., n. 1058. Voir col. 2470. Siège accorde quelquefois la dispense in radice, il Or, l’instance pour la sanatio in radice devait étre laisse le plus souvent dans la bonne foi les mariages autrefois dirigée à la S. Pénitencerie qui avait coutume en question; et c’est également la solution qui parait d’accorder ladite dispense, non seulement pour le for préférable, lorsque ni l’une ni l’autre des parties ne interne, mais encore pour le for externe, non seulement peut être utilement avertie de la nullité du mariage, pour les pauvres, mais encore pour les riches. Mais ni pour le présent, ni pour l’avenir. Cf. feije, op. cit., depuis le nouveau règlement, institué par Pie X, tou­ n. 772. c. Il faut que le mariage n’ait pas été invalide chant l’organisation de la Curie romaine, les suppliques pour défaut de consentement, mais qu’au contraire le pour les dispenses in radice doivent être, comme pour consentement, exprimé au commencement par l’une et les autres dispenses matrimoniales,adressées exclusive­ l’autre partie, persévère toujours, et n’ait pas été révo­ ment à la S. C. des Sacrements, s’il s’agit du for qué. d. Enfin il est nécessaire, d’après plusieurs externe, cf. art. 3, et à la S Pénitencerie, s'il s'agit auteurs, que le mariage ait eu, dès le principe, la forme du for interne. Dans la supplique, il faut avoir soin ou la figure d’un vrai mariage, c’est-à-dire que pour d’indiquer, outre les divers éléments qui doivent'être ceux qui sont soumis au décret Tametsi du concile de exprimés pour solliciter la dispense des empêchements Trente et au décret Ne temere, le consentement ait été (voir les explications précédentes), si le consentement exprimé devant le propre curé et les témoins; et que, initial a été véritable, au point de vue du droit naturel, pour lesautres, le consentement ait été exprimé dans sa et s’il persévère encore chez l’un et l’autre époux ; si forme naturelle et substantielle. Mais, aujourd’hui, cette les parties se trouvent dans la bonne foi; et quelle condition de la forme du concile de Trente observée, cause grave urge pour la sanatio. dès le principe, par les contractants, n’est pas tenue L'exécuteur du reserit de la dispense in radice veil­ pour essentielle pour la sanatio in radice, laquelle est lera à observer toutes les clauses ci-insérées. Pour parfois octroyée même pour les unions qui n’ont la fulmination même de la sanatio, il n’existe pas de qu’une forme purement naturelle et civile, telle que formule spéciale; et il suffira d’adjoindre le mol in l’union, dite mariage civil, pourvu que les unions en radice à la formule accoutumée; par exemple : Ego question aient véritablement été contractées avec un auctoritate apostolica mihi concessa matrimonium a consentement matrimonial, et ne soient pas de simples te contractum cum N. in radice ejus sano, prolemque susceptam et suscipiendam legitimam declaro. In cohabitations ou concubinages dont le principe et le nomine Patris et Filii et Spiritus Sancti. Arnen. lien ne sauraient être comparés au mariage luiCf. Pyrrhus Corradus, op. cit., 1. II, c. 1, n. 30; même. Cf. d’Annibale, Summula theologiæ moralis, Giovine, op. cit., t. n, § 25, n. 2; Gasparri, op. cit., 1. Ill, S 368, not. 16; Sebastianelli, op. cit., n. 151. Voir n, 1451. cependant la décision du Saint-Office, citée col. 2470. Le pouvoir de concéder la sanatio in radice appar­ Corpus juris canonici, édit. Richter, Leipzig, 1839; Décret tient, de droit propre et exclusif, au souverain pontife· Greg. IX,1. IV, tit. i-xvi; Sexte, 1. IV,tit. n, ni ; Concile de Trente, D’où il suit que les évêques et autres prélats inférieurs sess. XXIV, c. 1, v, De reform, matrim.; Décret Ne temere, ne peuvent accorder cette dispense, sans une déléga­ du2 août 1907, passim; Règlement établi par Pie X,le29 sep­ tion spéciale. Ce principe découle clairement de la tembre 1908, c. vu, a. 3; Acta sanctæ sedis, t. xli, p. 719 sq. Benoit XIV, Institutiones ecclesiasticæ, Rome, 1750, thèse que nous avons exposée touchant la législation inst. I.xxxvn, n. 13sq., 62 sq.; De synodo diœcesana, 1. IX. n. 2 des empêchements et des dispenses matrimoniales. Cf. Benoit XIV, const. Etsi matrimonialis ; Quæst. ca- | sq.; Schmalzgrueber, In Decretales Gregarii IX, Ingolstadt. 1726, 1. I,tit.π, III, xxix ; I. IV, tit. I, XI, xvi ; Pirbing, Jus canonicum, nonicæ, q. CLXXlV. Dillingen, 1722, 1. IV, tit. I, xvt ; Leurenius, Forum ecclesia­ Autrefois les dispenses in radice étaient rarement sticum, Venise, 1729, 1. IV, q. cm, etc. ; De Angelis, Prote­ concédées. Cependant l’histoire nous offre quelques ctiones juris canonici, Rome, 1847, 1. IV, tit. i, xvt ; Santi, Prælectiones juris canonici, Ratisbonne, 1898 (édit. Leitners, exemples deces dispenses octroyées, déjà autrefois, par 1. IV, tit. I, xi, xvi; Sebastianelli, Prælectionesjuris canonici, les papes. Ainsi, en 1301, nous voyons Boniface VIII De re matrimoniali, Rome, 1897, n. 41, 107,110,149,151.etc.; oclrojer une sanatio in radice pour revalider le ma­ Wernz, Jus Decretalium, i. IV, Rome, 1900, n. 404, 438, 610, riage contracté entre Sancho IV, roi de Castille, et 622, etc. ; Justo Donoso, histituciones de derecho canonico, son épouse, Marie, qui lui était parente au troisième Fribourg. 1909, n. 241, 251 sq. ; Sanchez, De matrimonio, degré de consanguinité, et même cette sanatio pré­ Nuremberg, 1706, 1. II, disp. XL. n. 3 sq.; 1. VII, disp. IV, n. 11 ; sente ceci de particulier qu'au moment où elle fut con­ 1. VIII, disp. XIX, n. 12 sq. : Reiffenstuel, Appendix ad librum IV Decretalium Gregarii IX, De dispensatione super impedi­ cédée un des époux, à savoir le roi Sancho, était déjà mentis matrimonii, Anvers, 1755; De Justis, De dispensatio­ défunt. C’est qu’en effet la mort d’un des époux n’em­ nibus matrimonialibus, Lucques, 1726, 1.1. c. iv, vn; 1. II.c. n; pêche pas que puisse étre fulminée la dispense in ra­ 1. III, c. i sq. ; Pyrrhus Corradus. Praxis dispensationum dice : telle est l’opinion générale des auteurs, que vient apostolicarum, Venise. 1735. 1. VII. c. n : I. VIII, c. 1, tv. v, d’ailleurs confirmer une décision de la S. C. du Con­ vi; Giovine, De dispensationibus matrimonialibus. Napies. cile. in Pragensi, Matrimonii, 18 septembre 1723, où. 1866, t. I, § 67 sq. ; t. n, § 18. 25. 34; Feije. De impedimentis quoique, dans l’espèce proposée, l’époux fût déjà mort, et dispensationibus matrimonialibus, Louvain, 1893, n. 75.81, 2499 2500 EMPÊCHEMENTS DE MARIAGE — EMSER 88, 650,664,677, 692, etc.; Pompen, Tractatus de dispensatio­ nibus et de revalidatione matrimonii, S. Micbiels-Gestel, 1894, η. 1 sq., 34, 81, 134, etc.; Zitelli, De dispensationibus matrimonialibus, Rome, 1884, p. 22, 63, 70, 75, 83, 89; Téphany, Dispenses matrimoniales, Paris, 1875, n. 268 sq.; Brillaud, Dispenses matrimoniales. Paris, 1884. n. 115 sq. ; Planchard, Dispenses matrimoniales, Angoulême, 1882, n. 216 sq. ; De Becker, De sponsalibus et matrimonio, Bruxelles, 1896, p. 39, 50 sq., 308, 329, 334; Gasparri, Tractatus canonicus de matri­ monio, Paris, 1904, t. 1, n. 252 sq. ; t. Il, n. 1383 sq. ; Van der Moeren, Tractatus de sponsalibus et matrimonio, Gand, 1889, p. 79 sq. S. Thomas, .Sum. theol., III· Suppl., q. xliv; S.' Alphonse de Liguer!, Theologia moralis, Ratisbonne, 1847,1. VI, n. 901 sq.. 1114sq.; Homo apostolicus, Malines, 1845, tr. XVIII, n. 80 sq.; Perrone, De matrimonio Christiano. Rome, 1858, passim , d'An­ nibale, Summula theologiæ moralis. Rome, 1896, part. Ill, n.373> 488, 490, 499 sq. ; Billot, De Ecclesiæ sacramentis, Rome, 1901, t. it, passim ; Tanquerey. Synopsis theologiæ dogmaticæ spe­ cialis, Rome, 1908, t. it, passim ; Lehmkuhl, Theologia mora­ lis, Fribourg-en-Brisgau, 1910, t. it, n. 891, 1012 sq.; NoIdin, De sacramentis, Inspruck, 1909, passim; Decretum de spon­ salibus el matrimonio S. C. Concilii, du 2 août 1908, Inspruck, 1908, passim; Gennari, Commento sobre el decreto Ne temere, Rome, 1908. p. 40; Boudinhon. Le mariage et les fiançailles, commentaire du décret Ne temere, Paris, 1908, passim; Vermeersch, De forma sponsalium ac matrimonii post decretum Ne temere, Bruges, 1908, passim; Ferreros, Los esponsales y el matrimonio segun la novisima disciplina, Madrid, 1909, passim. E. Valton. EMSER Jérôme naquit à Ulm. La date de sa nais­ sance n’est pas connue avec certitude. Les uns la fixent au I6 mars 1477, les autres, au 26 mars 1478. Il était d’une vieille famille souabe. Il fut, à Tubingue, l’élève de Denys Reuchlin. De là il passa à Bâle pour achever ses études de droit et de théologie. Son esprit mordant le lit chasser de l’université et de la ville même. Il s’attacha dés lors à la personne du car­ dinal Raimond Péraudi, Français d’origine, évêque de Gurk, chargé, comme légat du Saint-Siège, de prêcher en Allemagne l’indulgence jubilaire pour la croisade contre les Turcs. En 1503, sur la demande du cardinal, il écrivit un traité Üe crucibus, ou il relatait diverses apparitions de croix miraculeuses. En 1504, il donnait à Strasbourg une édition des œuvres de Pic de la Mirandole. A l’université d’Erfurt, il commentait avec succès la comédie de Reuchlin, Sergius, sive Capitis caput, et comptait Luther parmi ses auditeurs. C’est alors que se nouèrent ses relations avec le duc George de Saxe. Celui-ci poursuivait activement en cour de Rome la canonisation du premier évêque de Meissen, Benno. Il donna mission à Emser de rechercher les monuments qui le concernaient. Telle fut l’origine de la Vita Bennonis, publiée en 1512 et traduite en allemand dès 1517. Jusque-là Emser était très lié avec les humanistes. Il entretenait même de bonnes relations avec Luther. La dispute de Leipzig vint lui révéler le danger des nou­ velles doctrines. Une lettre publique adressée par lui au prévôt Zack (13août 1519) rapprochait certaines pa­ roles de Luther des enseignements hussites. A cette lettre le réformateur répondit par un violent factum; Ad ægoceroteni Emserianum M. Luther* additio. Emser répondit sur le même ton par son libelle : A venatione Ægocerotis assertio. Le héros de la dispute de Leipzig, Eck, intervint alors et publia : Joannis Eckii pro Hieronymo Emser contra malesanam Luteri venationem responsio. Leur adversaire n'allait pas tarder à leur donner raison en défendant ouvertement les principes de Jean Huss. La publication de son ma­ nifeste : A la noblesse de la nation allemande (1521) ralluma la polémique. Emser entreprit de le réfuter dans son Hider das unchristenliche buch Martini Luthers, où, sous forme de dialogue, il discutait l’une après l'autre les propositions erronées du réformateur. Avant même que le livre eût paru, celui-ci, qui en avait eu connaissance, publiait une très courte réplique : An den Bock tu Leipzig. A quoi Emser répondit par quelques pages : An den Stier zu Wittenberg, dont la composition et l’impression furent elles-mêmes termi­ nées avant que le principal ouvrage eût été répandu dans le public. Le sujet de toute cette polémique se rattache aux négations du réformateur touchant la primauté du pape, le sacrifice de la messe et le sacer­ doce universel. Elle se prolongea quelque temps encore, Emser ayant cette fois à ses côtés le célèbre chartreux strasbourgeois Thomas Murner. Le dernier mot n'avait pas été au réformateur. Mais, s’il ne répondit plus désormais directement aux at­ taques de son adversaire, celui-ci ne crut pas sa tâche finie. Il ne laissa guère passer d’ouvrage de Luther sans réplique. Il répond en 1522 aux attaques contre l’état ecclésiastique, en 1523, aux objections contre la messe latine, en 1524, au pamphlet contre la canonisa­ tion de saint Benno,en 1525, au livre contre les messes privées, en I526, à l’apologie de Luther contre le traité du roi Henri VIII. Le principal chef de la réforme n’absorbe point son attention. Emser polémique en même temps contre Carlstadt sur le culte des images, contre Zwingle sur le canon de la messe, contre Euricius Cordus sur les tristes effets des nouvelles doctrines. Il dirige, en qua­ lité de secrétaire, la résistance effective du duc George de Saxe contre le mouvement protestant. Sur l'initia­ tive de celui-ci, il allait entreprendre une œuvre plus importante. La traduction du Nouveau Testament de Luther avait eu un succès considérable. Le duc de­ manda à Emser d’y répondre par une œuvre plus con­ forme à la Vulgate et débarrassée des erreurs tendan­ cieuses qui caractérisaient le livre du réformateur. Le travail du savant catholique parut le 1er août 1527. Il s'inspirait de Luther, mais gardait vis-à-vis de son mo­ dèle une indépendance plus grande que ne l’ont dit les historiens protestants. Ce fut la dernière œuvre du controversiste. Il mourut le 8 novembre 1527. Emser a été, de son temps, très sévèrement jugé par ses adver­ saires. Au témoignage d’un historien protestant, il ne fut ni meilleur ni pire que la plupart de ses contempo­ rains (Enders). Keferstein, Der Lautstand in den Bibelübersetzungen von Emser und Eck, léna, 1888; L. Enders, Luther und Emser, Halle, i, 1889; n, 1891; G. Kawerau, Hieronymus Emser, Halle, 1898. A. Humbert.