DICTIONNAIRE DE THÉOLOGIE CATHOLIQUE CONTENANT L’EXPOSÉ DES DOCTRINES DE LA THÉOLOGIE CATHOLIQUE LEURS PREUVES ET LEUR HISTOIRE COMMENCÉ WU1 LA DIRECTION DE A. VACANT E. MANGENOT PROFESSEUR A L’iNSTITUT CATHOLIQUE DE PARIS PROFBSSKUR AU GRAND SÉMINAIRE. DR NANCY CONTINUÉ SOUS CELLE DE, Mgr É. AMANN PROFESSEUR A LA FACULTÉ DK THÉOLOGIE CATHOLIQUE DE L*UNIVERSXTÉ DE STRASBOURG AVEC LE CONCOURS D’UN GRAND NOMBRE DE COLLABORATEURS TOME SIXIÈME DEUXIÈME PARTIE GHEZZI - HIZLER PARIS-VI LIBRAIRIE LETOUZEY ET A N É 87, Boulevard Raspail, 87 1947 COUS DROITS RÉSERVÉS Imprimatur ParUlb, die 31· martll 1914. t Leo Adolphus, Card. AMETTE Arch. Paris. USTE DES COLLABORATEURS DU TOME SIXIÈME MM. MM. Amann, aumônier au collège Stanislas à Paris, puis professeur de patrologle et d'histoire ecclésiastique à la Faculté de théologie catholique à Strasbourg (Bas-Rhin). Atdjan, méklthariste ά Saint-Lazare de Venise (Italie). Ghelljnck (le R. P. de), de la Compagnie de Jésus, bibliothécaire au Collège théologique de Louvain (Belgique). Godefroy, professeur au grand séminaire de Nancy, puis supérieur à Bosservîlle (Meurthe-et-Moselle). Autore (le R. P. dom), chartreux, à la Chartreuse de Florence, puis prieur de la Certosa di S. Martino sopra Napoli (Italie). Bareille, ancien professeur de patrologie à l’institut catholique de Toulouse. Godet, à Rosnay (Vendée) (t le 2 juillet 1913). Bernard, Heurtkdizb (le R. P. dom), bénédictin de Soiesmei à Ryde (He de Wight). ù Paris. Besse (le R. P. dom). bénédictin, prieur de Llgugé, à Chcvetognc (Belgique). Bigot, curé de Saizcrais (Meurthe-et-Mosellek Bonkt-Maury» à Paris (f en 1919). Bouché, professeur de théologie à la Faculté de théologie de Lille. Cayré (le R. P.), des angustlns de l'Assomption, à la maison de Kadi-Kcuï, ù Constantinople. Clerval, professeur d’histoire ecclésiastique à Γ In­ stitut catholique de Paris (f le 26 octobre 1918). Goyau, à Paris. Harent (le R. P.), de la Compagnie de Jésus, pro­ fesseur de théologie au scolasticat d'Ore Place (Angleterre). Humbert, professeur ù Paris. Ingold, à Colmar (Haut-Rhin). Janin (le R. P.), des auguslins de l'Assomption. Λ la maison de Kadl-Keui» à Constantinople. Jugie (le R. P.), des august ins de l'Assomption. à la maison de ICadi-KeuI, à Constantinople. Larofnt, professeur honoraire A l'institut catholique de Paris. Constantin» aumônier du lycée Henri-Poincaré, de Nancy. Le Bachelet (le R. P.), de la Compagnie de Jésus, professeur de théologie au scolasticat d’Ore Place (Angleterre). Coui.on (le R. P.), des frères prêcheurs, professeur ù 1’ Angelica, à Rome. Lévesque, professeur d’Écriture sainte au séminaire de Sulnt-Sulplce, à Paris. Dolhaoaray, chanoine pénitencier Λ Bayonne (* 13 janvier 1918). Mandonnet (le R. P.), des frères prêcheurs. profes­ seur de théologie à Γ Université de Fribourg (Suisse). Doublet, professeur de philosophie au lycée de Nice. Dubruel, à Toulouse. Merlin (le R. P.), auguslln. à Madrid (Espagne), puis curé à Saint-Épain (Indre-et-Loire). Dutilleul (le R. P.), de la Compagnie de Jésus, I Michel, professeur de théologie aux Facultés catho­ liques de Lille. professeur d’histoire ecclésiastique au scolasticat Milon, prêtre de la Mission, ancien secrétaire général d’Enghicn (Belgique). de la congrégation, à Paris. Édouard d'Alençon (le R. P.), des frères mineurs capucins, archiviste de l’ordre, à Home, Paris. puis à Forokt, professeur de théologie à l’Unlverdté de Louvain (Belgique). Moncrlle. professeur au collège de la Malgrange, à Jarvillo (Meurthe-et-Moselle). Netzbr, à Pans. G ardi ;i l (le R. P.), des frères prêcheurs, à Paris. O R let. supérieur du grand séminaire, puis curé-archlprétre de la cathédrale de Nancy. Garriouet, ancien supérieur du grand séminaire de La Rochelle. Ortolan (le R. P.), des oblats de Marie-Immaculée» à Rome. GatARD (le R. P. dom), bénédictin, à l’abbaye de Farnborough (Angleterre). Palmieri (le R. P.), augustin. Λ Rome, puis à Phila­ delphie (États-Unis d’Amérique). LISTE DES COLLABORATEURS MM. Pernin (le R. P.), des oblats de Saint-François de Sales, supérieur provincial, à Albano f aiziale (Italie). MM. Petit (S. G. Mgr), des augustin: de ΓAssomption, archevêque latin d’Athènec (Grèce). Tobac, professeur d'Écriture saint· au grand sémi­ naire de Malines (Belgique). Toussaint, professeur de droit canon aux Facultés catholiques de Lille. Pisani chanoine théologal, professeur â l’institut catholique de Paris. Vacandard, aumônier du lycée Corneille, Λ Koueu (Seine-Inférieure). Sala ville (le R. P.), des nugustins de l'Assomption, supérieur du grand séminaire latin d’Athènes (Grèce). Van deh Meerscii, professe ir de théologie au grand séminaire de Bruges (Belgique). Salembier, professeur d’histoire ecclésiastique aux Facultés catholiques de Lille (f le 30 octobre 1918) Vernet, professeur d’histoire ecclésiastique nu grand séminaire de Saint-Paul-Trois-Chôteaux (Drôme) et à l'institut catholique de Lyon. Servais (le R. P.), carme déchaussé, professeur de théologie au scolasticat de Bruxelles (Belgique). Villien, professeur de droit canonique Λ l'institut catholique de Paris. Thouvenin, professeur de théologie au grand sémi­ naire de Nancy puis aumônier de l’hospice de I Voot, professeur à Γ Université d· Fribourg, curé A Genève (Suisse)· Ludrcs (Meurthe-et-Moselle). DICTIONNAIRE DE THÉOLOGIE CATHOLIQUE — ■ — ♦ G 1. GHEZZI François,dominicain Italien, né à Cômc vers le commencement du xvn· siècle. Il appartenait à la province de Lombardie. Après avoir enseigné la théologie à Crémone, Viccnce, Pavie, Plaisance, nous le retrouvons à Casale, en 1630; puis au studium gene· raie de Bologne, où il remplit les fonctions de bache­ lier, puis de régent des études. C'est là aussi qu’il reçut le grade de maître en théologie. Échard'dit que Ghczzi fut proposé au gouvernement de la pro­ vince de Lombardie. C’est peut-être une erreur; nous trouvons, en effet, pour cette époque la liste complète des provinciaux, sans que nous y voyions figurer Ghczzi. Il fut en plusieurs endroits consulteur du tribunal de l’inquisition. Mais tl s’adonna surtout à l’étude de saint Thomas et des questions de théo­ logie morale. On a de hd : 1° Thentogiœ moralis sivc casuum conscientiæ e D. Thonuc Aquinatis docturis an­ gelici, ac divine: voluntatis interpretis doctrina, 2 in-4·, Plaisance, 1628-1629; 2e Arcana theologiic selectioni de Deo, de Verbo incarnato, de sacramentis et de statu separatorum, in-4®, Pavio, 1630; Milan, 1630; 3° The­ saurus animas ex morali theologia ad sensum D. Thomrr Aquinatis explicata collectus, etc. 4 in-fol., Milan, 1639. Le même ouvrage parut sous une forme plus abrégée. Summa theologiic moralis doctoris angelici D. Thomrr ex omnibus ipsius operibus deprompta, 2 in-4®, Plai­ sance, 1628-1629; ln-8®, Avignon, 1668; etc. Louis Bancel, donna une édition de la théologie morale de Ghczzi, mais considérablement modifiée; Moralis D. Thonuc doctoris angelici ordinis praedicatorum er omnibus ipsius operibus ita exacte deprompta, 2 in-t\ Avignon. Voir t. ii. coi. 139. Echard, Scriptores ordinis pnrdlcatonim, Pari», 1719’ 1721, t. n, p. 501, 506; Richard et Giraud» Dictionnaire universel des sciences reelés., art. Ghczzi; Hurtcr, Nomrnclator, Inspnick, 1907, t. ni, col. 889. B. Coulon. 2. QHEZZI Nicolas, jésuite italien, né à Domaso, sur le lac do Cômc, le 13 mars 1683, admis dans la Compagnie de Jésus le 20 octobre 1729. Successivement professeur d’humanités, de rhétorique et de philoso­ phie, Il se consacra bientôt à la théologie et acquit un grand renom par scs travaux sur l’histoire du pro­ babilisme qui lui valurent aussi de très vives attaques et de sérieux ennuis. Son premier ouvrage Saggio de' Supplementi teologici, morali e critici, di eut abbisogna la Storia del probabtlismo e dal rigorismo, Lucques, 1715, lui attira les critiques acerbes de Daniel Concina dans VEsame tcologico dei libro intitolato Saggio.,,, Venise, 1745. Le P, Zaccaria avait déjà pris la défense de son confrère, quand celui-ci publia scs Riflessioni su VEsamc teologico del Saggio de* Supplementi..., ■■ ■■■ ■ (suile.) Lucques, 1745. Le champ de la dispute s’étendit aussitôt entre probabilistes et antiprobahilistcs. 1rs Pères C. Noce U, J. Sans Hale, J. François Bicbclml publièrent alors leurs traités en fasr.ur du probabi­ lisme et la lutte devint ardente entre les deux camps. Le P. Ghczzi crut devoir, pour la clarté de la discussion, ramener la question aux principes premiers de la morale philosophique. Il publia ses deux volumes De* principi della morale filosofia riscontrati eo' principi della cattolica religione, Milan, 1758. ouxrage qui souleva des tempêtes. Cf. Nova acta eruditorum AAptwr, 1754, p.616 sq.Les adversaires du P.Ghczzi essayèrent vainement de faire mettre l’ouvrage à l’index. L’au­ teur crut opportun toutefois de publier, sur quelques points plus vivement contestés, une declaration qui se trouve dans la Storia lett. d' 1 talia, du P. Zaccana. t. ix, p. 72-82 Les antiprotabilistes Orent paraître à leur tour cette déclaration illustrée de commentaires défavorables sous ce titre tendancieux : Ritrattazione /atta dal P. Ghexxi per ordine della S. C. dell'Indice. Cf. Zaccaria, op. cit., p 68; Nouvelles ecclésiastiques, 1754, p. 185; 1755, p. 116; 1758. p 17. Le P Ghczzi. mourut à Cômc, le 19 décembre 1766, \oir 1. u» col. 683-684. Sommcnogel, Bibliothèque dt la Cu de Jesus, t. m; col. 1377 sq.; Zaccaria. Slcrta lett. (fltaliu, t. ix. p. 72 >q.» t. V, p. 134-148; t. vj, p. 142-161; Mémoires de Trtonuz, 1741. p. 1032 Bq.; Memaim pour servir de ude à Phistotrc dr la morale drs Jésuites, 1762, p 67 ; Hurtcr, Nomenclator, 3’ édit., t. IV, col. 1637. P. Bfbnabd. GHIL Joseph, jésuite autrichien, né à Prague le 1er mars 1692, adn is au noviciat de la Compagnie de Jésus, le 9 octobre 1707, enseigna les humanités, la philosophie, pt is fondant de longues années la théo­ logie morale cl le droit canonique à Prague cl devint préfet des études et chancelier à l’université d’OImutz Il reste de lui les ouvrages suivants :1e Prodromus matrimonii sine contractus sponsalium. Prague. 1730; 2° Vulgatum virtutum cardinalium quaternarium do ctrina specu latino-morali compendiose elucidatum, Olnmtz, 1735; 3* Amussis vitm moralis sive consemntta proxima et interna actionum humanoii m régula, Olmutz, 1737; 4° Homo mortalis resurgens ad immor­ talitatem methodo scolastica theologice expensus.Olmutz. 1758; 5® Immaculata virgo Maria, ibid., 1712. I c P. Joseph Ghil mourut à Prague, le 22 septembre 1716. Sommervogel, Ribliothèque de ta C1· de Jésus, t. m, col. 1410 sq.; Hurter, Nomenclator, 3· édit., t. iv.col. 1C41. P. Bernabd. GHILINI Jérôme, jurisconsulte» né à Monza, le 19 mai 1589, mort à Alexandrie vers 1675. Scs premières éludes terminées au collège des jésuites 134 GHIL1N1 — GIACOMELLI de Milan, U alla a Parme suivre les cour» de droit. Devenu veuf, il entra dans 1rs ordres et se fit recevoir docteur en droit canon, il fut abbé de Saint-Jacques de CanUfupo, dans le diocèse de Naples, protonotairc apostolique et chanoine de Saint-Ambroise de Milan. Il ne resta que cinq années dans cette ville et vint habiter a Alexandrie, où il termina sa vie. J. Ghilini a publie, outre un volume de poésies : Del theatro d’uomtm tdlrrati, in-8·, Milan, 1633; in-4% Venise. 1647; Anno/ï d* Alessandria della suo origine finn ali anno MDCI.1X, in-fol. Milan, 1636; Practabiles casuum con scieniim resolutiones brevissimis conclusionibus expliaitæ, in-8% Milan, 1636. Ph. Λ racla ti, Bibliotheca scriptorum Mediolanensium, in-fol.. Milan, 1745, t. î, col. 681; Tirnboschl. Storia délia Mteratura ilaliana, in-8·. Milan. 1821, t. vîii, p. (TO, 624; Niceron. Mémoires pour servir d Γ histoire des hommes IlluUrts, t. xxxix, p. 123; Moréri, Dictionnaire historique, in-fol, 1759. I. v b, p. 184. B. Heurtedize. GIACOBAZZI (JACOBATIUS) Dominique appar­ tenait à la noble famille romaine des lacobacci de l accschi, dont il fut le premier cardinal. Né vers le milieu du xv1 siècle, il s’était plus spécialement appli­ que à l'élude du droit et en 1185 il obtenait une place d avocat consistorial. Quelques années plus lard, on le trouve auditeur de Rote; en 1503, Il est chanoine de Saint-Pierre, avec une dispense pour le cumul des bénéfices. Le 8 novembre 1511, Jules II lui confère le siège épiscopal de Nocera de’ Pagani et, comme tel Giacobazzl prend part au concile du Latran. En 1513, nous le voyons revêtu du titre et des fonctions de rec­ teur du Collège romain, de référendaire de la Signature et de vicaire du pape pour le gouvernement spirituel de Rome. Le 16 Juillet 1517, Léon X le créait cardinal du titre de Saint-Laurent in Panisperna. qu'il aban­ donnait quatre Jours après pour celui de Saint-Barthélcmy-cn-Γ lie. Le 14 août de la même année, il résignait son évêché de Nocera en faveur de son frère André, qui lui succédait également comme vicaire de Rome, et le 20 du même mois il optait pour le titre cardinalice de Saint-Clément. Le 2 décembre 1519, il était pourvu du siège épiscopal de Cassano, dont il se démit en faveur de son neveu Christophe, le 23 mars 1523, pour reprendre celui de Nocera devenu vacant par la mort du titulaire. La date du décès de Giacobazzl est incer­ taine; celle du 2 juillet 1527 parait la plus vraisem­ blable, car le 13 janvier 1528 il avait un successeur à Nocera; on sait seulement qu’il mourut hors de Rome, ce qui a contribué à rendre douteux le lieu de sa sépulture. On vante sa piété, sa science, sa courtoisie cl son habileté dans le maniement des hommes et des affaires. Le cardinal Colonna le portait comme pape au conclave où fut élu Clément VIL On attribue à Giacobazzl des écrits De donatione Constantini impe­ ratoris el De utroque gladio in Ecclesia. Son neveu Christophe, devenu cardinal ù son tour, édita et dédia à Paul 111 un volumineux ouvrage qu’il avait laissé manuscrit, De concilio tractatus, in-fol., Rome, 1538. Divisé en dix livres, cet ouvrage a mérité de trouver place dans les grandes collections des conciles : Labbe et Cvssart, Apparatus II; Mansi, Paris, 1903, Intro­ ductio Il avait déjà été réédité dans les Tractatus universi /uris tn unum collecti. Venise, 1584, t. xiiî, et rn partie, 1. Ill-X, par Roccaberti, Bibliotheca maxima pontificia, Rome, 1698, t. ιχ. Ciacconio-Uldolni, Vttse et res gesUr pontificum mmanoeunu Rome. 1677, t. Ill, coi. 383; Jot. Cnrs ta. De gym­ nasio n»mano rt efus professor Ibus, Rome, 1751; Moroni, DtsfonarlQ di eruditione dorleo-eccleslastica, Venise, 1846» l xxvi ; llurtcr Nomenclator, Inipruck, 1906. t. il. coi. 1225; Pastor, Getchfchto der Papite, Fribourg, 1906-1907, t. iv < rt b G. Gutlk et C. Fubel, Hierarchla catholica medii -tpG Muniter, 1’jio. L hi. P, Édouark) d’Alençon. 1344 GIACOMELLI Mlchcl-Anqo était né a Pistole Io 11 septembre 1695. Après avoir appris dans sa villo natale tout ce que scs maîtres lui pouvaient enseigner, il obtint en 1711 une place de boursier au collège de Pisc, et là se perfectionna dans les lettres et les sciences, sans négliger la théologis, dont il couronna l’élude par le grade de docteur en 1718. Son évêque lui ollnill une situation dans son diocèse, on lui proposait une chaire à l’université de Pisc; comme il préférait étudier, il accepta avec empressement le poste de bibliothécaire près de son compatriote le cardinal Fabroni, qui lui permettrait 4-65 : 1° Une profession de fol en quatre articles, contraire à Gilbert, fut rédigée par Geoflroy d’Auxerre, au nom de quelques évêques français; elle fut, d’abord, assez mal reçue par les cardinaux, qui y virent une tentative de saint Bernard et des Français en vue d’imposer à Γ Église romaine une déclaration doctrinale. 2° Cette profession de foi fut publiée a Reims dans la salle de l’archevêché dite salle du Tau — et non dans l’église Notre-Dame, où s’était tenu le concile — après la fin du concile, en présence seulement d’un certain nombre des évêques, ce qui explique qu elle ne ligure point dans les actes conciliaires. 3· Mais elle fut pleinement sanctionnée par le pape. 4· Gilbert désavoua les propositions incri­ minées, en disant au pape, à l’énoncé de chacune d'elles. « Si vous croyez autrement, Je le crois comme LA PORREE 1352 I vous. » Cette rétractation dispensa le pape d’une con­ damnation directe de l'évêque de Poitiers. Tout sc borna Λ l’interdiction de lire ou do transcrire les ouvrages de Gilbert sur Boècc avant qu’ils n’eussent été corrigés par ['Église romaine. Gilbert fut sans doute loyal dans sa soumission, mais non sans croire qu’il avait été mal compris. Ne parlons pas de son accueil dédaigneux ù une demande d’entrevue que lui adressa saint Bernard, aiin d’exa« miner ensemble, amicalement cl sans esprit de conten­ tion, les passages de saint Hilaire que Gilbert avait allégués en faveur de scs doctrines : Il répondit que, si l’abbé de Clairvaux voulait discuter les textes de saint Hilaire, il devait commencer par aller ù l’école et prendre des leçons de dialectique. C’était lù rancune de théologien et d’évêque contre un rivai qui avait triomphé, plus encore que mépris pour un moine sans lettres d’un homme · qui n’avait pas son égal dans les lettres, dit Jean de Salisbury, ayant passé soixante ans dans les études et les exercices littéraires. » Mais, au rapport de ce même Jean de Salisbury, il relit le pro­ logue de son commentaire sur Boècc. · Il est juste et nécessaire, disait-il, de changer les expressions qui causent du scandale; rien ne nous oblige à modifier le sens de propositions qui, sainement entendues, ne sont point contraires à la doctrine de l’Église. » La sincérité de l’obéissance n'est pas incompatible avec cet état d'esprit; à coup sûr, ce n’est pas l’obéissance des humbles. Gilbert mourut le 4 septembre 1154, suivi, dans sa tombe, par un concert d’éloges que lui valurent son savoir et ses vertus épiscopales. Le plus touchant fut celui de [.auront, doyen de son église. Cf. L. Delisle, Rouleaux des morts, Paris, 1866, p. 362-363. IL Œuvres. — Les principaux ouvrages do Gilbert de la Portée sont les Commentaires sur les ouvrages théologiques de Boècc ou qui portent son nom cl le Liber sex principiorum. L'Histoire littéraire de L> France, Paris, 1763, t. xn, p. 475, lui attribue deux traités inédits De duabus naturis et una persona Christi et De hebdomadibus seu De dignitate theologia*, qui ne sont en réalité que le Commentaire, celui-ci (sous un titre dliTérent) du II·, celui-là du IV· t ml té de Boècc. Cf. B. Hauréau, Histoire de la philosophie scolastique, Paris, 1872, t. r, p. 451-452. Le Liber sex principiorum complète l’œuvre d'Aristote, lequel, dans son Organon, n’a expliqué suffisamment que les quatre premières catégories; il s’attache aux six dernières catégories. L’attribution ù Gilbert, par ΓHistoire littéraire de la France, du Liber de causis, quoique renforcée par Bcrthaud, Gilbert de la Porrée, éoéque de Poitiers, 1892, p. 11, 129-190, et par Clcrval, Les écoles de Chartres au moyen âge, p. 169. est encore discutée. Les travaux scripturaires de Gilbert sont des Sermons sur le Cantique des cantiques, des Commentaires sur les Psaumes. Jérémie, peut-être saint Matthieu et [’Évan­ gile de saint Jean, saint Paul, l’Apocalypse Nous pos­ sédons de lui deux lettres. Une prose rimée sur la Trinité, qui lui fut reprochée au concile de Reims, est perdue. Il y a des chances pour que les semions d’un Gilbert, que Pierre de Cello, Epist., clxvii, P. L., Lc.cn, col. 610, met à côté de saint Bernard, d’Hugues de Saint-Victor et de Pierre (probablement Pierre le Man­ geur), aient eu pour autour Gilbert de la Portée plutôt que Gilbert d’Auxerre, évêque de Londres, dit l’uni­ versel, dont le nom a été mis en avant par l’éditeur de Pierre de Celle. III. Doctrines. — Des quatre propositions de Gil­ bert qui furent condamnées Λ Reims, et que rapporte Geoflroy d'Auxerre, Libellus contra capitula Gilbertl Piclaolensis episcopi, P. L., t. ci.xxxv, col. 617-618, la première affirmait une différence réelle entre Dieu, I d’une part, et, d’autre part, l’essence et les attributs 1353 GILBERT DE LA PORRÉE 1354 divins; la seconde affirmait une différence également distincts de l'être même. » M. de Wulf, Histoire de la réelle entre l'essence divine et les personnes divines; philosophie médiévale, 2* édit., Louvain, 1905, p. 207. la troisième· que seules les trois personnes sont éter­ Sur la question des universaux, il ne s'est pus prononcé nelles, et que les relations, propriétés, singularités ou d’une manière ferme. Un texte ambigu de Jean de unités, etc., qui sont en Dieu, ne sont pas étemelles et Salisbury, Metalogicus, n, 17, P. L., t. cxcrx, col. 875ne sont pas Dieu. Voir L iv, col. 1165-1167, 1173876, ajoute A la confusion. Aussi les historiens de la 1174, 1298; t. i, col. 2232-2233. philosophie ont-ils jugé diversement sa théorie. Il La quatrième proposition condamnée portait que la parait professer un réalisme modéré, qu'U n'a pas réussi nature divine ne s'est pas incarnée; à quoi le concile de A exprimer dans une formule décisive. Helms opposa cet article: Credimus ipsum divinitatem, I) serait intéressant de connaître toutes les sources de sive substantiam divinam sive naturam dicas, incarna­ Gilbert. L'école chartraine sc caractérise par des préoc­ tam esse, sed in Filio. Attribuant Γin carnation Ala per­ cupations littéraires, un alliage d’Aristote et de Platon sonne du Fils, non A la divinité, Gilbert tombe dans un et l'étude des sciences physiques, il y a tout cela dans • demi-nestorianisme ■, dans un adoptianisme, qui Gilbert, et. en outre, la familiarité avec les Pères latins, aboutit A cette conclusion que les fidèles ne peuvent en particulièrement saint I Hlaire, ci. Philippe de Harveng, conscience rendre le culte de latrie A l’enfant de Beth­ Epist., v, P. L., t. ccxii, col 43-46, et même l'emploi des léem ni au crucifié du Calvaire. Cf. J. Bach, Die DogPères grecs. A Reims, il accumula, pour sa défense, les mengeschichte des Mi Malien vom christolu g ischen . textes patristlques : /aciebat episcopus, dit Geoffroy Standpunkte, Vienne, 1875, t. n, p. 145-150, 455-460. t d'Auxerre, Epistola ad Albinum cardinalem, vi, P. L., L’autorité de Gcrhoch de Rclchcrsbcrg cjui accuse Gil­ t. clxxxv, coL 591, in libris beati Hilarii et de corpore bert d'adoptianisme n'est pas de tout repos, voir 1.1, canonum in quorumdam Graxorum epistolis verba minus col. 415-416; mais les textes de Gilbert lui-même sem­ intrlligibilia. prirsertim in tanta festinatione et in tanta blent probants. Othon de Freising, Gesta Fnderici im­ ac tali multitudine, lectitari. S’il est l'auteur du Liber peratoris, 1. I, c. lv, dans Monumenta Germanite histo­ de causis, Gilbert fréquenta aussi les néo-platonidens, rica. Scriptores, Hanovre, 1868, t. xx, p. 380, mentionne puisque cet écrit n’est qu’un remaniement d'un ou­ deux autres erreurs imputées A Gilbert, à savoir que le vrage de Proclus. Quant aux sciences physiques, le Liber sex principiorum dépend de la physique péripa­ Christ seul a mérité, et que le baptême n’est conféré téticienne. · Tout ce que nous trouvons d'aristotéli­ qu’à ceux qui doivent être sauvés. L'étude de la doc­ cien en ce que Thierry de Chartres et Gilbert de la trine de Gilbert sur le péché originel, d’après son Com­ Porrée ont dit du lieu, du mouvement du del, de la mentaire (inédit) sur les Épttrcs de saint Paul, a permis fixité de la terre. e?»t inspiré du IV· livre de la Physique d’étabiir que · le fameux maître n’a fait que reproduire, et des deux premiers livres du De calo et mundo; ü est la plupart du temps presque littéralement, les vues de donc permis de voir dans les traductions de Dominique saint Augustin sur la question. » R.-M. Martin, dans la Revue d'histoire ecclésiastique, Louvain, 1912, t xm, Gondisalvi et de Jean Avendeath les sources d'où sont p. 684. Dans sa lettre A Matthieu, abbé de Saint-Florent issues ccs pensées péripatétidennes. · P. Duhem. Du de Saumur, P. L., t. a.xxxvm, col. 1255-1258, Gilbert temps où la scolastique latine a connu la Physique donne A deux consultations eucharistiques des conclu­ d'Aristote, dans la Revue de philosophie, Paris, 1909, sions qui ont été admises par d’autres théologiens et qui L XV, p. 178; cf. p. 175-176; et Le mouvement absolu et le mouvement relati/, 1907, t. xi, p. 557. ne le sont plus, Un prêtre, s’apercevant, au moment de la communion, que le calice était vide, avait versé dans IV. Influbncb. — Gilbert de la Porrée eut des adver­ le calice du vin et de l’eau, et avait réitéré les paroles de saires et des disciples. Son école est en train de sortir la consécration non seulement sur le calice mais encore de la pénombre où elle est restée longtemps trop ina­ sur l’hostie consacrée; Gilbert fut d’avis que, le Christ perçue. étant tout entier sous chaque espèce, le prêtre n’aurait Parmi scs adversaires, citons, avec ceux qu’il eut au pas dû consacrer de nouveau l’hostie — ce qui est vrai concile de Paris, ceux qui le combattirent A Reims : — et — ce qui est faux — qu’il aurait pu s’abstenir de la saint Bernard, Robert de Melun, Pierre Lombard, et consécration du vin. Que la communion sous une seule probablement l'abbé Sugcr. Il fut attaqué violemment, espèce soit complète en elle-même et dans scs diets, en compagnie d’Abélard, de Pierre Lombard et de comme l’ajoute Gilbert, c’est exact, au contraire, et il Pierre de Poitiers, par Gautier de Saint-Victor, dans le est intéressant de relever ce témoignage et l’usage de Contra quatuor labyrinthos Francise. Gcrhoch de Reil’Égllsc, que Gilbert cite en prcuve.de ne communier les chcrsberg le prit A partie dans sa campagne contre enfants que sous l’espèce du vin et les malades, souvent, l’adoptianisme. D’autres encore le réfutèrent, parfois que sous l’espèce du pain. Interrogé également sur le sans le désigner par son nom : tel le pseudo-Bède cas d’un condamné A mort qui demanderait la commu­ (d’après Bach, op. cit.A. n, p 151, note, ce serait Achard nion, Gilbert dit qu’on devrait la lui refuser propter de Saint-Victor), In librum Eoethii de Trinitate commen­ reverentiam corporis et sanguinis Christi. Dans son tarius, P. L., t. xcv, col. 393. Sur les allusions A l'ensei­ Rationale divinorum officiorum, c. liv, cxxx, cxui, gnement de Gilbert dans les Sententia (inédites) de P. L., t. c.cii, coi. 60,135,151, Jean Beleth allègue l’au­ Gandulphe de Bologne, cf J. de Ghelllnck, Le mouve­ torité de Gilbert, qui avait été son maître. ment théologique du JH· siècle, Paris, 1914, p. 186. En philosophie, Gilbert n’est ni un esprit très original Les adversaires de Gilbert dénoncent un groupe de ni · un esprit entier : A côté de doctrines d’un pur scoscs partisans, qui se réclament plus ou moins des doc­ 1 asticis me, on rencontre des illogismes et des défail­ trines condamnées au concile de Reims. Saint Bernard, lances. » Scs erreurs trinilaircs ont leur point de départ In Cant., semi, lxxx, n. 9, P. L„ t. α-χχχπι, col. 1170dans la distinction qu’il exagère entre l’essence com­ 1171, ayant rappelé cette condamnation, ajoute : « Je mune et l’essence individualisée, entre l’essence que ne parle pas contre l’évêque de Poitiers, car, dans ce l’être possède et qui se retrouve semblable chez d’autres concile, il s’est humblement soumis A la sentence des êtres (subsistentia, id quo est) et la détermination Indivi­ évêques, et a lui-même formellement réprouvé ces propo­ duelle qui pose l’être dans l’existence réelle (substantia, sitions et d’autres dignes de censure. Je parie pour ceux td quad eourrait bien viser Je théo­ logien hétérodoxe. Dans certains cercles du clergé sécu­ lier malveillants pour saint Bernard, on qualifiait Gil­ bert de la Porrée de prrsul prxsulum. Cf. Walter Mapes, De nugis curialium, édit. T. Wright, Londres, p. 40; The bitin poems commonly atir i bated ta Walter Mapes, Londres, 1851, p. 54. Étienne de Afincrra, qui avait assisté au concile de Helms, déchirait, au rapport d’Hélinand de Froidmont, Chronic., an. 1148, P. L., t. c.cxn, col. 1038, qui l’avait entendu souvent de sa bouche, Bcrnardum nihil adversus G isle berlam pro-valuisse. Jean de Salisbury, manifestement sympathique à Gil­ bert dans son Metatogicus, est tout à fait pour lui si VHistoria pontificalis est son œuvre. Othon de Freising lui est si favorable que, au moment de mourir (1158), il craignit d’avoir outré l’éloge cl demanda à son frère d'y changer ce qui paraîtrait excessif. H y a, dans ce qui précède, parmi diverses incerti­ tudes, des preuves de l’existence d'un parti fidèle â Gilbert, à sa mémoire et ή ses doctrines. Des précisions importantes sur le caractère de cette petite église se sont produites au cours de ces dernières années. B. Geyer a publié les Sententia divinitatis, Munster, 1909, d'un anonyme de l’école de Gilbert, qui dut écrire entre 1140 et 1148. Cf. p. 62. L’auteur ne suit pas exclu­ sivement Gilbert; il fait des emprunts ù la Summa attribuée ù 1 lugues de Saint-Victor, et il s’inspire d'Abé­ lard. Sur la question du péché originel notamment, U dépend, ainsi que Nicolas d’Amiens, des théories abélardicnnes. Cf. H -M Martin, dans la Revue d'histoire ecclésiastique, L xiu, p. 684-691. Mais l’ensemble de scs idées, surtout son enseignement trinitalre et sa christo­ logie. cf. Geycr, p. 10-28. est giibertin Un autre sentendrr de l’école de Gilbert fut Raoul Ardent. qu’on avait placé à tort nu xi· siècle et qui est de la fin du xii% Cf. B Geyer, Tadulphus Ardens and das Speculum un lersaie, dans la Ί hcologtsche Quanalschri/t, Tubingue, LA PORRÉE 1356 1911, t. xeni, p. 63-89. Un écrit anonyme, mis en lu­ mière par P. Fournier, Etudes sur Join him de h'tore, Paris, 1909, et intitulé : Liber de ocra philosophia, reprend les thèses fondamentales de Gilbert, sauf son adoptianisme, p. 81-86. Écrit après le 111® concile œcu­ ménique de La téan (1179), il parait avoir pour auteur un religieux de la Provence ou du Languedoc, probable­ ment un supérieur écrivant pour l'instruction de scs moines, très savant et tenant en défiance le savoir humain, au courant de la langue et de lu patriotique grecques. Il s’en prend Λ saint Bernard, à Hugues de Saint-Victor et à Pierre Lombard. Contre eux il mul­ tiplie les citations des Pères. La tâche lui a clé facilitée par un de ses amis, maître A., chanoine de Saint-Kuf, un giibertin lui aussi, lequel, pendant plus de trente ans, a colligé, et publié ensuite sous le titre de Collectio, les autorités quas vidit ad doctrinam sancte Trinitatis et ejusdem unitatis cd Verbi incarnationis ct corporis et san­ guinis Domini necessarias fere. Quel serait l’auteur du Liber de vera philosophia? P. Founder avait d’abord pensé à Joachim de Flore. P. Mandonnct, Bulletin critique, 2· série, Paris, 1901, l. vu, p. 70-73, a fait valoir contre cette identification des raisons si fortes que P. Fournier a nettement abandonné l’hypothèse qu’il avait proposée. Cf. p. 99-100, note. Mais, que ce soit par le chanoine de Salnt-Ruf, ou par le Liber de vera philosophia, ou par un autre canal, ou directement, il est certain que Joachim de Flore recueillit les doc­ trines de Gilbert de la Porrée. Son ouvrage contre Pierre Lombard, le De unitate Trinitatis, qui fut solen­ nellement condamné au IV· concile œcuménique de La Iran, et divers passages de son Psalterium decem chor­ darum et de son Commentaire de l'Apocalypse, sont comme une réédition, assez conforme â l'exposé du Liber de itera philosophia, de la grande erreur de Gilbert. Tout le système de Joachim de Flore semble avoir été influencé par cette vue. Après avoir séparé les trois personnes dans Je dogme, il divisa leur action dans l’histoire, distinguant les trois âges de l’humanité sou­ mis à l'action distincte de chacune des trois personnes divines : l’âge du Père, inauguré â la création; l’âge du Fils, commencé à la rédemption; l'âge du Saint-Esprit, qui allait s'ouvrir. « C'est ainsi, dit P. Fournier, p. 80, que toute la postérité mystique de Joachim de Flore, les spirituels ct les fraticellcs du xni· siècle et du xiv·, et, avec eux, tant d’âmes ardentes qui attendirent la régénération de l'Église d’un avènement nouveau de l’Esprlt divin, descendent, par l’intennédiaire de l'abbé de Flore, d’un théologien fort peu mystique, Gilbert de la Porrée. » En dehors de son école, Gilbert n'a pas affecté beau­ coup. de façon directe, l’œuvre de Pierre Lombard Cf. B. Geycr, Die Sententia· divinitatis, p. 21-23; J. de Ghellinck, Le mouvement théologique du v//· siècle, p. 108-109. A. Lasson, dans Ueberweg-Hcinzc, Grundriss der Geschichte der Philosophie der patristischen und scho las Use he n Zeit, 9· édit., Berlin, 1905, p. 358, et S. M. Deutsch. Rcalencyklophdle, 3· édit., Leipzig, 1898, t. v, p. 151, ont signalé à tort une dépendance d’Eckarl vis-â-vis de Gilbert de In Porrée relativement à la différence entre Dieu ct la divinité; sur ce point Eckart s’exprime correctement. Voir t. iv, col. 2064. Où l’influence de Gilbert fut réelle ct durable ce fut dans l’enseignement scolaire Son Liber sex principio­ rum devint classique : il eut cct honneur, qu'aucun autre traité produit par la scolastique n’a connu, d'être rangé auprès des écrits logiques d’Aristote, de Por­ phyre et de Boéce. 11 fut commenté, entre autres, par Albert le Grand cl saint Thomas d'Aquin, nu xni· siè­ cle. le carme Geoffroy de Cornouailles ct le franciscain Antoine Andrea, au xiv·, cl le dominicain Buonngrazlu d'Ascoli, au xv·. I I. Œuvnrs. — Ont été imprimés ; le Commentaire sur 1357 GILBERT DE LA PORRÉE — GILLES Boéce, Bftle, 1570, et P. L„ t. lxiv, coL 1255-1300. 13011310 1313-1334, 1353-1412; le prologue d· ce Commentaire dan» lr mi. latin laoprf de la Bibliothèque nationale de Parin, en partie pur B. Haurénu, Notice* et extraits de quelques manuscrits latin* de la Bibliothèque nationale, Parts, 1893, t. Vlî, p. 19-21. ct en entier par M. Grabmann, Die Geschtcldc der scolal lichen Methode, t. n, p. 417-119, note; le Liber lex principiorum souvent, cL Berthaud, Gilbert de la Porrée, p. 10, et finalement P. L., L cuxxxvm, col. 12571270 (les éditions antérieures & 1490 offrent un texte con­ forme A celui des manuscrits; l'édition de Venise, en 1490, substitua nu rude latin de l'original une sorte de para­ phrase en latin élégant, due Λ l'humaniste Ermolno Barharo; c'est le texte qui se lit dans In Patrologle latine); 1rs Sermones super Canticum canticorum, Strasbourg. 1497 ; le Commentaire sur ΓA|>oculypsc, Paris, 1512 (cf. des extraits dans le prologue des Poitillir do Nicolas de Lire sur l'Apoca­ lypse); lu lettre Λ l'abbé de Saint-Florent,P, L..L glxxxviii, col. 1255-1258; une lettre A Bernard de Chartres, par L. Mer­ lot, lettres (TYues de Chartres et d*autres personnage* de son temps, *hins la Bibliothèque de Γ École de* chartes, 4· série, Paris, 1855, t. I, p. 401 des fragments du Commentaire sur saint Paul par R.-M, Martin, dans la Revue (Γhistoire ecclé­ siastique, Louvain. 1912, L xiif, p. 677-683, note*. II. Pkincipalu sources. — S. Bernard, In Cant., *erm. Lxxx.n. 8-9, P, L., t. cexxxhi, col. 1170-1171; Geoffroy d’Auxerre, moine de Cia leva ux et secrétaire de saint Bernard, Sancti Bernardi vita prima, 1. III, c. v, n. 15; Eplst. ad Albinum cardinalem ct episcopum Albanrnsem de condem­ natione errorum Gtlbertl Pnrretanl (cette lettre ct un certain nombre de textes relatifs aux conciles de Pari* et de Helms se lisent dan* luibbe. Concilia, Paris, 1071. t. x, p. 1105-1108, 1113-1128): Libellus contra capitula Gilbert/, P, L., t. cjlxxxv, col. 312, 587-596, 595-618; Othon de Freising, Gesta Frlderlci imperatoris, 1. I, c. l-lxi, Monu­ menta Germania: historica. Scriptores, Hanovre, 1868, L XX. p. 379-384; Historia pontificalis. Monumenta Germanhr historica, t. XX, p. 522-527; de* extraits de Gautier de Snlnt-Victor, Contra quatuor labyrinthos Franche, P. L·, t. cxcix.col. 1129-1172; le 1. 11 dans B. Geycr, Die Sentent hr divinitatis, p. 175·-199·; les Sentent!* divinitatis, publiées par B. Geycr, dans le* Beilrage sur Gcschichte der Philosophie des Mlttelaltcrs, Munster, 1909, t. vu b-c; des fragments du Liber de vexa philosophia, dans P. Fournier, Etudes sur Joachim de Flore et scs doctrines, Paris, 1909, p. 59-77 ; la On du prologue du Commentaire de Nicolas d'Amlen* sur le Commentaire de Boéce pnr Gilbert, publié par M. Grabmann, op. cil., p. 433-134, note. III. Travaux. — IL Ritter, Gcschichte der Philosophie, Hnmbourg, 1844, t. m, p. 437-174; B. Ilauréau, Histoire de la philosophie scolastique, 2· édit., Paris, 1872, t. I, p. 447478; IL Reuter, Gcschichte der rellglàscn AufklArung tm Miltclalter, Berlin. 1877, t. n, p. 11-12, 309-311; J. Bach. Die Dogmengeschlchte des Mtllelallen vom chrlstologischen Standpunkte, Vienne, 1875, t. n, p. 133-168, 457-460; IL Utener, Ghlebert de la Porrée, dans le Jahrbuch fur proies· tantische Théologie, Leipzig. 1879, t.v.p. 183-192; J.Schwanc, Dogmengeschlchte der miltleren Zelt, Fril»ourg-cn-Brlsgnu, 1882, p. 122-124 ; trad. A. Dcgcrt. Paris, 1903. L iv, p. 190193; R.-L. Poule, Illustrations of the history of medltrval thought in theology and ecclesiastical politics, Londres, 1884; BraunmOIlcr, Ktrchenlcxikon, 2· édit., Friboiirg-en-Brisgnu. 1888, t. v, p. 599-601; Auber, Histoire générale, civile, reli­ gieuse et littéraire du Poitou, Poitiers. 1891, t. vin, p. 219220. 225, 237-238. 242-246. 272-274; T. de Régnon, Études de théologie positive sur la Trinité, Paris. 1892, L il. p.87-108; Berthaud, Gilbert de laPorrée, évêque de Poitiers, et sa philoso­ phie (1070-1164), Poitiers, 1892; cf. R. Ilauréau, Journal des savants, Paris, 1894, p. 752-760; P. Féret, ïxt faculté de théo­ logie de Parts et ses docteurs les plus célébrés. Moyen Age, Parts, 1894, t. ï, p. 153- 164; A. Clerval, Les écoles de Chartres au moyen Age du Vau XVI9 siècle, Chartres, 1895. p. 163-169, 185-188,261*264; E. Vacandnrd. Vie de saint Bernard, Paris, 1895, t. il, p. 328-343; R. Schmid, RralenryMop&fle, 3* édit., Leipzig. 1899, t. vi. p. 665-667 ; Ucbcrwrg-I lolnzc. Grundrlss der Gcschichte der Philosophie der patristischen und scholastlschcn Zclt, 9· édit.. Berlin, 1005, p. 213-214, 218-219; M. de XVulfï, Histoire de la philosophie médiévale, 2· édIL, Louvain. 1905, p. 204-207, 216-217; P. Fournier. Éludes sur Joachim de Flore et ses doctrines, l*aris, 1909; B. Geyer. Die Sententia divinitatis, p. 48-53; T. Heltz, Essai historique sur tes rapports entre la philosophie et la foi, de Bérenger de Tours cl saint Thomas tl* Aquin, Paris, 1909, p. 36-41 ; Dehove, Qui pr/ccipui fuerint labente XII sivculo ante Introductam Arabum DE ROME 1358 philosophiam temperati real Is ml antecessores, Paris, 1909, p. 90-104; M. Grabmann. Gcschichte der scholasltschen Methode, Fribourg-cn-Brisgau. 1911, t. n, p. <08-438; R.-M. Martin, lx f^ché originel diaprés Gilbert de la Porrée (-}- 1164) rt «on école, dans la Remse (Fhlstolre. ecclésiasti­ que, Ixmvaln, 1912. t. xm, p. 674-691; Hefete, Histoire drs conciles, trad. Ixrlcrcq, Paris, 1912, L v, p. 812-817, 832-838; J, de Ghelllnck, Le mouvement théologique du XII9 siècle. Éludes, recherches et documents. Pari*, 1914, p. 108-109, 159-163. F. Vernet 1. GILLES (de son nom de religion) RICHARD, carme belge, du couvent de Gand, docteur en théo logle ct lecteur apostolique à la Sapience, a laissé plusieurs traités imprimés Δ Venise en 1540 : De romano pontifice, discours prononcé en présence du pape Paul ΠΙ et de la cour pontlOcalc; De regno Christi; De gloria Hterosolymx; De dignitate hominis; De ecclesiastica untune; De digniLite sacerdotali; De dloinir vocis virtute; De sapientia spiritus; De inscrulubtlibus Dei oils; De facunda Ecclesiæ sterilitate. Cosme de Villiers, Bibliotheca carmelliana, Orléans, 1752, t. 1, col. 9-10; Le Mire, Bibliotheca ecclesiastica, Anvers. 1619, part. Il, p. 36; Richard ct Giraud, Biblio­ thèque sacrée, Paris, 1825, L xxi, p. 92; Hurter, Nomen­ clator, 1906, t. u, coL 1225-1226. P. Servais. 2. GILLES DE CESARO, ainsi nommé du nom de son pays prés de Messine, mineur conventuel, très versé dans la connaissance de l'histoire ecclésiastique et de la patristlque, fut de longues années missionaire en Roumanie. Les manœuvres des grecs réussirent à le faire rappeler en Italie et il était à Venise en 1678 s’occupant de la publication de son dernier ouvrage. On possède de lui : Controvenix MarcephesIstarum hxrcticorum eum orthodoxa Ecclesia, ac nonnullorum domesticorum cum apostatica missione, opus in quo hxreses, errores et novitates omnes a Marcephes istis el Photianis olim et nooiler inventa contra latinos refel­ luntur, ln-4°, Messine, 1664; la seconde partie de cet ouvrage est consacrée à la mission de Roumanie et à sa nécessité; Casuum conscientise brevissima ac originalis expositio, ln-4®, Venise. 1678; Apologia; in Catalaiinon Nathanaelis Xhichx Atheniensis in quibus S3 propo­ sitiones hareticales vel erronea ad hominem confutantur, ln-4®, Venise. 1678. Cet ouvrage, imprimé sur trois colonnes, en grec, en latin ct en italien, avait été composé dès 1660 contre un certain Xhlca, venu À Rome en compagnie d’un évêque grec. Mongltore, Bibliotheca Sicula. Païenne, 1707, L i. p. 3; Fronchinl, Blbliosofla e memorle df icrtlfori conc«n(uaK, Modéne, 1693, p. 162; Sbaralea, Supplementum et casti­ gatio ad scriptores ord. minorum, Rome, 1806. P. Édouard d’Alençon. 3. GILLES DE ROME, plus connu peut-être sous son nom latin Ægtdius Romanus, de l’ordre des frères ermites de Saint-Augustin, ordinairement appelés, en France les grands augustius, mort archevêque de Bourges, fut sans nul doute, tant ù cause de la profon­ deur de son esprit que de l’abondance de scs ouvrages, l’un des plus célèbres disciples de saint Thomas d’Aquin Λ la fin du xin® et au commencement du xîv· siècle. Mais sa renommée même ayant oflert un aliment facile à la fantaisie des chroniqueurs, l’on doit constater avec regret que, jusqu’à ces derniers temps, la plupart des données biographiques qui le concernent en particulier celles qui ont trait Δ sa jeunesse, sont restées enveloppées de doute et ont même donné prise A de véritables contradictions. Dans le but de remettre les choses nu point, pour autant que nous le permet l’état actuel des recherches critiques, nous nous ser­ virons principalement d’une étude du P. Mattloll augustln, appuyée elle-même en grande partie sur h notice de notre auteur insérée ru t. xxx de l'Hlstoirt littéraire de la France. — I. Vie. II. Ouvrages. 1359 GILLES j. Vie. — Le premier point sujet à discussion est la détermination de la famille â laquelle Gilles aurait appartenu. La plupart des biographes de son ordre, pour ne pas dire tous, le donnent comme étant issu de la noble lignée des Colonna qui, â son époque, compta, entre autres, deux cardinaux fameux pour la part qu'ils prirent â la révolte contre Boniface VIII. A cet accord s'oppose, nu moins négativement, le silence complet de tous les documents contemporains qui ne le nomment jamais autrement que Ægidius Romanus. Toutefois, sans trop Insister sur l’usage constant, à cette époque, panni les religieux, de ne sc désigner officiellement que par leur prénom suivi du nom de leur pays d'origine, il convient de ne pas perdre de vue que le premier historiographe des augus­ tins. le B. Jourdain de Saxe, qui le donne comme étant « de la noble race des Colonna, » mourut octogénaire en 1380, et par suite peut être considéré de son côté comme à peu prés contemporain. Peur ce qui regarde la date précise de la naissance de Gilles, également laissée incertaine, des calculs basés sur l’année de sa promotion au doctorat per­ mettent d’affirmer qu'elle eut lieu en 1247 ou tout au plus en 1216. H entra très jeune et contre le gré de ses parents dans l'ordre des augustins qui venait tout récemment d'être reconstitué ou unifié. Le biographe mentionne écrit que ce fut in udate adolescentuli. Si l’on confronte ce» paroles avec l’expression | dont se sert Gilles lui-même dans son testament dont nous parlerons plus loin, où il affirme qu’il a été élevé dès son enfance au couvent de Paris, de cujus uberibus a puerilia nutritus /ai, tout en tenant compte de la législation d’alors sur l’âge canonique de la profession religieuse, il est permis de conjecturer qu’il fut envoyé à h capitale de la France vers l’âge de quinze ans, en partie sans doute pour être soustrait, comme saint Thomas, à l’influence de scs parents, dangereuse pour sa vocation. Tou» les historiens sont du moins d’accord pour remarquer que, s’étant consacré aux études régulières, il y fit Immédiatement des progrès merveil­ leux, grâce ù son extraordinaire lucidité d’esprit, à | laquelle il dut plus tard le surnom de doctor /unda­ tissimus. Les cours préliminaires une fols terminés, il eut l’heureuse fortune de pouvoir suivre avec avidité I enseignement théologique de l’ange de l’ÉcoIe, en sa seconde période de 12G9 à 1271, cest-à-dirc pendant trois ans au plus, et non treize, comme l’affirment erro­ nément de nombreuses notices biographiques. Appelé ensuite à enseigner à son tour, d’abord la carrière des arts, puis, â son couvent, le Maître des Sentences et la Bible, le règlement de l’université à laquelle on s'était empressé de l'immatriculer lui aurait permis de prendre le doctoral dès 1279 ou 1280, si l’évêque de Paris, Etienne Templer, ne s’y était alors résolument opposé· C’est que notre théologien, fort de ses qualités intel­ lectuelles, avait pris une part active aux discussions de l'époque, sc déclarant sans réserves partisan de saint Thomas d'Aquin. Or, comme certaines opinions de ce dernier n'avaient pas, comme on sait, l’approba­ tion d'Etienne Templer, celui-ci n’hésita pus à censurer officiellement plusieurs propositions soutenues en classe par Gilles de Home, sans qu'on ait encore pu savoir au juste en quoi elles consistaient. Ce qui est certain, c’est que le religieux augustin ne voulut pus alors sc rétracter. Ayant donc été appelé â Rome par son supérieur général, il semble qu’il réussit à per­ suader ce dernier de la légitimité de sa cause : de fuit, il resta plusieurs années en Italie ainsi qu’on le déduit de différents chapitres de so· ordre où on le voit figurer à cette époque en qualité de bachelier de Puris. Survint la mort de l’évêque. Le temps cl l’éloignement avant diminué d’autre part l’ardeur combative de Gilles, scs supérieurs, désireux de favoriser de leur DE HOME 1360 i mieux la renommée du jeune savant, le recomman­ dèrent à Honorius IV en vue du doctorat. Celui-ci, ; après s’être assuré préalablement des bonnes dispos!· t dons du théologien, envoya alors un reserit au nouvel I évêque de Paris, daté du Pr juillet 1285, dans lequel ; il constate que Gilles est prêt à révoquer ce que l’autorité académique jugerait opportun de révoquer, et par suite se montre digne d’être admis aux hon­ neurs du doctoral. Raynaldi, Annales, an. 1285, n. 76; F. Ehrle, dans les Stimmen ans Maria Laach, 1880, t xvîh, p. 309; IL Dcnifle, Chartularium universitatis Parisiensis, 1.1, p. 633. Ces mesures ne durent guère tarder â être exécutées, car â la fin de cette même année l’on voit le religieux augustin chargé de compli­ menter le nouveau roi Philippe le Bel, ù son retour de Reims où il venait de se faire sacrer, au nom du corps universitaire. Quoiqu’on ne possède pas de preuve positive qu'il fût déjà docteur à cette date (la pre­ mière nous étant fournie par les Actes d’un chapitre général tenu Λ Florence en 1287), l’on fait i (‘marquer â bon droit que celte désignation officielle serait étrange dans la supposition qu’il n’eût pas encore ob­ tenu ce grade, tandis qu’elle s'explique à merveille s'il était Je dernier de la promotion. Il est vrai que, du consentement des biographes, confirmé par l’introduc­ tion de l'ouvrage De regimine principum, Philippe le Hardi l'avait autrefois chargé de l’éducation du jeune prince, mais si ce fait suffit à motiver la fami­ liarité du théologien avec le monarque, il n'en va plus de la sorte lorsqu’il s’agit d'une représentation officielle. Enfin les termes mêmes dont sc sert le cha­ pitre général des augustins, auquel nou> venons de faire allusion, ne sauraient s'harmoniser que très difficilement avec l’hypothèse d’une promotion toute récente. C’est alors, en efTet, que fut promulguée la fumeuse décision qui impose à tous les professeurs de l'ordre de suivre en tout avec fidélité la doctrine et meme les opinions du frère Gilles, vu que celui-ci • éclaire le monde entier de sa splendeur. * Voici du reste le texte de cet important document : Quia venerabilis magistri nostri /rutris Egidii doctrina mundum universum illustrat, di/Jlnimus et mandamus inviolabiliter observari ut opiniones, positiones et sententias scriptas et scmbbndas prœdicti magistri nostri, omnes ordinis nostri lectores et studentes reci­ piant eisdem pnebentes assensum et ejus doclriruc omni qua poterunt sollicitudine, ut et ipsi illuminati, alios illuminare possint, sicut seduli de/ensores. Acta cap. gen. Florentina an. J 287, dans Analect. august., t. if, p. 275. La lisle des ouvrages composés par Gilles de Rome suffit à expliquer l’espèce d'engoûment que semble indiquer celte décision. Guillaume dëThoco, dominicain, dit que Gilles inter­ vint, bien qu’indirectement, en faveur du droit des évêques dans la question des privilèges dont se pré­ valaient certains réguliers au sujet de 1'adininhtralion des sacrements. En 1292, au chapitre tenu à Rome, il fut élu par acclamation supérieur général des augustins. Bien que les actes de son génémlat fassent défaut, l’on sait néanmoins que son principal souci consista, après la réglementation des éludes, à étendre son ordre par l’érection de nouveaux couvents. C’est ainsi qu’on lui doit l’acquisition, sur intervention per­ sonnelle du roi de France, des domaines occupés jusqu'alors par les Frères de la pénitence ou Frères Sacchels, tombés en décadence à cette époque, où fut bâtie peu après la maison qu’on appela le Grand couvent des augustins à Paris. Sur la fin de son genéralat, Boniface VIII, d'accord en cela avec Philippe le Bel, le nomma archevêque de Bourges, signe évident de la haute estime en laquelle il était alors tenu, i quand on réfléchit soit à sa qualité d'étranger, soit à l’importance d’un tel siège, à l’époque où il lui fut 1361 GILLES conféré. Voir Moroni, Dlzlonario historico eeclesias(tco, au mol Bourges. Une autre preuve de la signifi­ cation de ce choix, ce sont les plaintes de certains membres de l'aristocratie française adressées à cette occasion au collège des cardinaux, plaintes qui don­ nèrent lieu à l'un des plus beaux éloges qui aient été fait de Gilles de Rome· Voir Gall ta Christiana, t. n, p. 76. 11 est vrai que plus tard Philippe le Bel parut regretter cette nomination, mais le véritable motif en est tout à l'honneur de l'archevêque, puisqu'il s'agit de la fermeté avec laquelle celui-ci défendait les droits de la papauté contre les empiétements de l'autorité civile. Si l’on ajoute quelques rcscrits pontificaux par les­ quels sont accordés à Gilles certains privilèges admi­ nistratifs en récompense de son dévouement au SaintSiège, une ordonnance par laquelle il communique ù ses suflragants l’avis d'avoir à célébrer la fêle de saint Louis dans leurs diocèses respectifs, son intervention dans la condamnation de certaines thèses risquées du docteur Jean de Parts sur l'eucharistie, une lettre par laquelle il accuse réception de la bulle contre les templiers, son assistance au concile de Vienne où il prit personnellement parti contre ces derniers, enfin des documents faisant allusion A des synodes provin­ ciaux présidés par lui A Bourges et une condamnation ù payer trente livres de Tours pour n’avoir pas fait ù temps sa visite ad limina du vivant de Clément V, l’on aura les principaux traits que l'histoire nous ail légués à son sujet depuis son élévation A l’épiscopat. Il convient pourtant de signaler encore les deux testa­ ments qu’il rédigea quelque temps avant de mourir, l’un du 25 mars 1315 et l’autre du 19 décembre 1316, conservés tous les deux aux Archives nationales de Paris, sous la cote 23694, n. 3 et 4. Il est question, dans le premier, d’une certaine propriété ou maison de campagne qu’il lègue Λ la province augustinienne de France, en témoignage de sa gratitude pour avoir été élevé à Paris depuis son enfance; l’autre, dalé de trois jours avant sa mort, contient un acte de donation au couvent de Paris des nombreux et précieux livres qu’il possédait ù Bourges, soit au palais archiépis­ copal, soit au couvent des augustins de la même ville. 11 mourut le 22 décembre à Avignon où résidait alors la curie pontificale. Ses frères en religion lui érigèrent un monument dans leur église de Paris avec l'épitaphe suivante : Hic /acet aula morum vitee munditia | Archi-philosophiæ Aristotelis perspicacissimus | com­ mentator I Clavis et Doctor Theologia: lux in lucem reducens dubia | Frater Ægidius de Horna Ord. Fra­ trum Ercmit. S. Augustini | Arch (episcopus Bituricensis qui obiit | Anno D. MCCCXVI die xxu Men­ sis Decembris. 11. Ouvrages. — 1° Ouvrages de dialectique. — 1. 7n artem veterem commentarius, Venise, 1507, 1582; Bcrgamc, 1594; 2. In tibros Priorum commentarius, Venise, 1499, 1501, 1516, 1522, 1598; 3. In libros Posteriorum commentarius, Padouc, 1478; Venise, 1 188, 1 191, 1494, 1500, 1513, 1530; de nombreux manuscrits en sont conservés en diverses bibliothèques : ù la Nationale de Paris, ù celles de Toulouse, Bordeaux, Bruxelles, η. 2911 (5126), Florence, etc ; 4 In libros ElenchoHim sophisticorum commentarius, Venise, 1496, 1499, 1500, 1530 (mss. ù la Bibliothèque nationale de Paris, à BAIe, Bruges, Oxford, Cambridge, Florence, Vatican, n. 933); 5. De medio demonstrationis tractatus, Venise, 1499, 1504 (mss. ù la Nationale, n. 16170, A la Vaticane, n. 772), cf. Aug. de Biella, augustln. Questio de medio demonstrationis, de/ensiva opinionis domini Ægldit Bornant. Venise, 1496; 6. In libros Rhetoricorum com­ mentarius, Venise. 1481, 1555; Borne, 1482 (mss. A la Nationale, ù ΓArsenal, â la Sorbonne, A Padoue et au Vatican, n. 775); 7. De differentia rhetoric#, poli­ DE ROME 1362 tico et ethic#, Naples, 1525; 8. In poeslm Aristotelis, dont on ne connaît qu’une copie manuscrite a la bibliothèque Bodléienne d’Oxford. 2° Ouvrages de philosophie. — 1. In libros Physico­ rum commentarius, Padoue, 1483; Venise, 1491, 1496, 1502 (mss. à la Nationale, û la Sorbonne, à Bruges, Lisbonne, a Vienne, ft Venise, b Turin, au Vatican); 2. In libros de generatione et corruptione commentarius, libri duo, Naples, 1480; Venise, 1493, 1498, 1500, 1518, 1520, 1555, 1567 (mss. A la Nationale, à SaintMarc de Venise, à la Bibliothèque royale de Turin, au Vatican, n. 2132); 3. De intentionibus in medio tra­ ctatus, Naples. 1525 (ms. au Vatican, n. 10); 4. In libros de anima commentarius, Pavie, 1491; Venise, 1496. 1499, 1500 (mss. â la Nationale de Paris, à la bibliothèque Mazarine. A F Arsenal, à l’Universtté, etc.); 5. In parva naturalia commentarius, ouvrage donné comme douteux par les auteurs de {'Histoire littéraire de la France, mais taxé comme étant de Gilles de Borne par l’ancienne université et cité par les biographes augustins; 6. De bona fortuna, Venise, 1496, 1551 (mss. A la Bibliothèque nationale de Paris, à Vienne, à Bruges, A Oxford, à Cambridge et à la bibliothèque Ambrosiennc de Milan); 7. In librum de causis commentarius, Venise, 1550 (mss. à la Biblio­ thèque nationale de Paris, ù Bordeaux et à SaintMarc de Venise); 8. De formatione corporis humani tractatus, Paris, 1515; Venise, 1523; Bimini, 1626 (mss. A la Bibliothèque nationale de Paris, sous le titre : De embryone seu foeto; b la Sorbonne, deux au Vatican, un ù la bibliothèque Palatine, n. 1086); 9. In XII libros Metaphgsicorum questiones, Venise, 1499, 1500, 1552; cet ouvrage fut commenté par J.-B. de Tolentino, à Venise 1505 (mss. au Vatican); 10. In eosdem libros q mesttones disputabiles, Venise, 1500; 1505; 11. De primo principio, seu de esse et essentia quirstiones, tractatus, Leipzig, 1413; Venise, 1493. 1503, 1504; 12. De esse et essentia aurea theoremata XXII, s. 1., 1493; Venise, 23 mai 1503; Bologne, 1522 (mss. à la bibliothèque de Bourgogne, & Bruxelles, sous le titre : Positiones de ente et essentia; à Florence, Venise, Vienne, n. 3513, au V atican, fonds Ottobon(, n 201); 13. De gradibus formarum, sive de pluralitate formarum, seu Contra gradus et pluralitatem formarum tractatus, Padoue, 1493; Venise, 1500, 1502; Naples, 1525; Venise, 1552 (mss. A la Nationale de Paris); 14. De gradibus formarum accidentalium in ordine ad Christi optra tractatus, Naples, 1525; Vienne, 1611 (mss. au Vatican, n. 773, et à la bibliothèque Angelica à Borne, n. 619, 3); 15. De deceptione tractatus et quo­ modo sciens potest mala facere, cité par Ange Bocca et Gandolfi; 16. De materia cseli contra averroistas tractatus, Padoue, 1493; V enise, 1500, 1502 (ms. au Vatican, n. 201); 17. De intellectus possibilis plurali­ tate contra averrvistas, Venise, 1502 (mss. â la Biblio­ thèque nationale de Paris, à Oxford, à Cambridge et au Vatican, n. 3*, sous le titre : De unitate intelle­ ctus); 18. De erroribus philosophorum tractatus, ou­ vrage d’authenticité douteuse; éditions qui l'attri­ buent ù Gilles de Home, Vienne, 1482; Venise, 1581 (sans nom d’auteur ù la Bibliothèque nationale de Paris, n. 16195); 19. De partibus philosophiae essen­ tialibus, ac aliarum scientiarum dtffcrenlia et distin­ ctione, s. 1. n. d.; s. I., 1493; 20. In libros Politicorum commentarius; attribué à (Hiles parles historiens de son ordre; 21. In Œconomia Aristotelis commentarius, attri­ bué par 1rs mêmes historiens (mss. ù l’Ambrosicnne et ù la bibliothèque augustinienne de Milan); 22. In Boetium de philosophie consolatione expositio (mss. au Vatican et Λ la bibliothèque Ottobonl, n. 612, au nom de Gilles de Borne); 23. Super libros ethicorum (mss. à Cambridge, sans nom d’auteur); 24. De cometis vet de significatione cometarum, dont l’authenticité est niéo 1363 GILLES par les auteurs de VHistoire littéraire de la France, mais qui est appuyée par un manuscrit du Vatican, n. 803, et un autre de Bâle. 3· Ouvrages sur Γ Écriture sainte. — 1. In toiuin canonem Bibitx et sufficientiam librorum et excellen­ tiam sacra Scriptura tractatus, signalé par les bio­ graphes, bien qu'inconnu de nos Jours ; 2. In librum Can­ ticorum commentarius, Rome, 1555 (mss. au Vatican, 169,803);3. De laudibus divinæ sapientia super Psal­ mum XLn Eructavit, etc., tractatus, Padoue, 1553; Rome, 1555 (mss. à la Bibliothèque nationale de Paris, à Bâle, â Oxford, à Vienne et au Vatican, n. 803); 4. In Epistolam ad Romanos commentarius, Rome, 1555; 5. In Epistolas ad Corinthios, postilla seu libri II, mentionné par fauteur lui-même dans son commen­ taire sur les Sentences 6. In Epistolas canonicas, inceptus commentarius; 7. In Euangelium Joann is tractatus duo; 8. In illud canonica Joannis : Omne quod est in mundo, etc., interpretatio. Ces trois derniers ouvrages sont mentionnés par les anciens biographes. 4® Ouvrages de théologie. — 1. In P’ Sententiarum volumen unum, Venise, 1492, 1521 (mss. à la Biblio­ thèque nationale de Paris, Λ Laon, à la bibliothèque Angelica, n. 624, et au Vatican, 194, n. 4331); 2. In IP* Sententiarum distinctiones XXXIV, dédié à Robert, roi de Sicile, s. 1. n. d.; Venise, 1182, 1581 (mss. à lu bibliothèque Mazarine provenant du couvent des augustins de Paris, et au Vatican, n. 197); 3. In III** Sententiarum commentarius, Rome, 1623; avec les précédents, ù Rome, 1623 (ms. à la bibliothèque zKngelica, n. 197}; 4. In IV"* Sententiarum, mentionné par Philippe de Bergame, mais probablement apo­ cryphe ou confondu avec les précédents; il existe néanmoins un ouvrage intitulé : Petri Lombardi sententia,., cum commentariis Ilenricl Gorichcnii, Ægidi i de Roma cl Ilenrici de IJrimaria, par Daniel Agricola, Ο. M., in-fol., Bâle, 1510; seulement il ne contient que des extraits des deux premiers livres de Gilles de Rome sur le livre des Sentences ; 5. De corpore Christi theoremata, Bologne, 1481; Cologne, 1490; Venise, 1502; Rome, 1555 (mss. à la Bibliothèque nationale de Paris, à Florence, â Bruxelles, à Padoue, au Vatican, n. 694, à Troyes, à Poitiers, à Bâle, ù Venise); 6. De charactere tractatus, Rome, 1555; 7. De praedestinatione, prascientia, paradiso et in/erno tractatus, Naples, 1525; Rome, 1555; Vienne, 1641 (mss.au Vatican, n. 367, 196); 8. De sub/ccto theologia quastio, Venise, 1503, 1504; 9. De articulis fidei, sive de distinctione articulorum, sive expositio symboli, liber, Naples, 1525; Rome, 1555 (ms. â la bibliothèque Angelica, η. 197); 10. Compendium theologica veritatis tractatus, d’une authenticité douteuse, bien que de nombreux mss. portent le nom de Gilles, entre autres celui du Vatican, n. 805; 11. De carcere liber I, éga­ lement douteux, si même il n'est pas identique au traité De charactere indiqué plus haut; 12. De peccato originali tractatus. Oxford, 1479; Naples, 1525; Rome. 1555 (mss. â la Bibliothèque nationale de Paris, à ΓArsenal, Λ Cambrai, à Troyes, à Bâle, à Vienne, à i Munich et au Vatican, n. 813, 4545, 855, 193); 13. De arca Noc tractatus, Naples, 1525; Rome, 1555; Vienne, 1641; 14. De divina influentia in beatos tractatus; 15. De mensura angelorum qunstiones, Venise, 1505; Rome, dans le recueil de Blado, 1555 (mss. au Vatican, Ottobonl, n. 201, 613); 16. De cognitione angelorum qusrstiones, Venise, 1503 (mss. au Vatican, Ottobonl. n. 201); 17. De compositione angelorum questiones; d'a­ près Ottinger, il en existait un manuscrit au couvent des augustins de Saint-Jacques de Bologne; 18. De motu angelorum quaestiones; 19. De loco angelorum quaestiones, Venise, 1503, et, avec les deux traités précédents, 1521 ; 20. De resurrectione mortuorum qurrsllones v//,ou Que­ stiones disputata: Parisiis, Naples, 1525; Vienne, 1641 DE ROME 1364 ’ (mss. Λ la Bbiliot hèque nationale de Paris, trois copies, et à Oxford, collège Merton, n. /J7);21. Quodlibetasex. Bologne, 1481; Venise, 1196, 1502, 15<»4, 1513; Naples, 1525; Louvain, 1646 (mss. à la Bibliothèque nationale, à J'Arsenal, Λ Paris, à Bruxelles, bibliothèque de Bour­ gogne, Λ Bâle, Λ Venise. Λ Padoue et au \ atinin, n. 806); 22. Quodlibeta XXIV sive XX V (mss. Λ la bibliothèque Angelica â Rome, ainsi qu'à la Bibliothèque nationale I de Paris sous le titre : Quodlibeta Ægldlt de Roma); 23. Contra expositionem Petri Joannis de Narbona super Apocalypsim, de mandato Bonifacii VIII, mentionné par l’auteur,/n III Sent., part. 11, q. n, a. 4; aucun exemplaire n'est connu; 24. Expositio super orationem dominicam; 25. In salutationem angelicam : Ave; ces deux traités furent imprimés â Rome en 1555 et à Ma­ drid en 1648; le premier est parfois attribué â Gerson (ms. au Vatican, n. 1277); 26. De ecclesiastica potestate libri tres, composé Λ l'occasion des dissensions entre Boniface VIII et Philippe le Bel, voir Ch. Jourdain, Un ouvrage inédit de Gilles de Rome.., en faveur de ta papauté, 1858; F. X. Kraus, dans Œster. Vicrteljuhr* schrift fûr kath. Théologie, 1862, p. 1 sq. ; édité Λ Flo­ rence, en 1908 (mss. ù la Bibliothèque nationale de Paris, n. 4229, À la bibliothèque des dominicains de Florence, au Vatican, n. 4107, 5612, ù l'Angeliea, η. 130, 181, 367); cet ouvrage porte quelquefois te titre suivant: Quæstio in ulramque partem, sive de potestate ecclesiastica (Bibliothèque nationale de Paris, n. 15004); ht première partie est alors d’un autre auteur; 27. In fus cano­ nicum de summa Trinitate et fide catholica, cap. Firmiter et cap. Damnamus, et super Decretalem : Cum Martham, de celebratione missarum expositio, Rome, 1555 (mss. au Vatican, n. 779, et à la bibliothèque Angelica, n. 197); 28. Sermones ad clerum et ad populum, inédits et dissé­ minés en diverses bibliothèques, entre autres à Dresde, sous le titre : De vitiis mundi, et au Vatican : De vitiis et virtutibus, 389, n. /277;29. De rationibus seminalibus, annoncé par l'auteur dans son commentaire sur l’ÉpItre aux Romains, xv· leçon, et mentionné par quelques biographes, mais sans exemplaire actuellement connu; 30. In officium missu· liber, sans exemplaire connu; 31. De defectu et deviatione malorum culpœ et pecca­ torum a Verbo tractatus, Rome, 1555; 32. Hexameron sive mundo sex diebus condito, Padoue, 1514; Rome, 1555; Venise, 1521 (mss. à la Bibliothèque nationale de Paris); 33. De renuntiatione papæ tractatus, Rome, 1554, dans le recueil de Blado et de Roccabertl, t. n, p. 1-64; 34. Contra exemptos liber, Rome, 1555; ms. au Vatican, n. 862; attaqué par Jacques des Termes, abbé de Charlicu et de Pontigny, Contra impugnatores libertatum, dans Bibliotheca Patrum cisterciensiuni, L iv, p. 261-315; 35. Correctorlum contra impugnantes S. Thomam seu Defensorium, ouvrage attribué, comme on sait, ù différents auteurs, parmi lesquels certains critiques se prononcent ouvertement pour Gilles de Rome, voir, pour une discussion détaillée, Fernandez, dans la Revisla agustiniana, Valladolid 1882, L in, p. 141-151, 365-371; Venise, 1516; Naples, 1644; 36. Quomodo reges et principes possunt possessiones et bona regni peculiaria ecclesiis elargiri, Rome, 1555 (mss. à la Bibliothèque nationale de Paris, n. 6786, et à l'Angeliea de Rome, n. 367 et 417); 37. De iroo extrait du commentaire sur les livres des Sentences; 38. De gratiarum actione ad Bonifacium VI11, men­ tionné par les biographes, mais sans exemplaire connu; 39. De corpore Christi compendium, Rome, 1555 (mss. au Vatican, n. 594, et à l’Angeliea, n. 104); 40. De regimine prlncipum, composé â la demande de Philippe le Hardi pour l’éducation de son bis Philippe le Bel, qu’il ne faut pas confondre avec l’ouvrage similaire attribué ù saint Thomas, lequel est beaucoup plus bref et d'authenticité douteuse. Cette œuvre, peutêtre la plus notoire de Gilles de Rome, fut traduites 13G5 GILLES DE HOME — GILLES a) en français par Henri des Gauches, dont il existe des manuscrits à la Bibliothèque nationale de Paris; A) en italien, éditée par En Corazzinl en 1858, niais entreprise dès 1288; e) en hébreu, dont on posséderait un manuscrit A Leyde; d) en espagnol par Bernardo ou Bernabe, évêque d'Osma, a la requête d'Alphonse XI de Castille, Comlenza el tibro intitulado : Reglmtento de principes fecho y ordenado par Fr. GH de Home, de la ordrn de S. Agustin, e pzulo Iras ladar en romance b. Bernardo, obispo de Osma, par honra e enseftamienlo del muij noble infante b. Pedro, (ifo primera, hcredero del muy allô e muy noble D. Alonso reij de Castilla, de Toledo y Leon, In-foL, Séville, 1494. L’on dit que d'autres traductions furent faites en por­ tugais, en catalan et en anglais. Quant à l'édition latine originale, elle a été réimprimée ά différentes reprises : s. !.. 1473; Borne, 1482; Venise, 1498, 1502; Home, 155G; Venise, 1585, 1598; Home, 1607; avec biographie de Fauteur, Venise, 1617. D’après Y His­ toire littéraire de la France, p. 525, les mss. en sont tellement nombreux qu’on en rencontre à ;>cu prés dans toutes les bibliothèques publiques de l'Europe; Faugustin Léonin de Padoue en a fait un résumé, publié par H. Müller, dans Zeitschrift fûr die gesamte Staatsiuisscnschaft, Tubinguc, 1888, l. xxxi, p. 101 sq. (mss. à Munich, bibliothèque royale, n. 8809, et à l'Angeliea, n. 760); présenté comme ouvrage de Gilles de Borne A V Academia det Lined en 1885 par M. NarduccL Cf. V. Courdavcaux. Ægidil romani de regimine principum doctrina, Paris, 1857. Les idées de Gilles de Home, princlpulcment en théologie· ont été exposées d’une manière synthétique dans Schola Ægidlana, sloe theologia exantlguala fuxta doctrinam S. Augustini ab Ægldio Columna expositam. C'est un cours complet de théologie tiré en grande partie des œuvres de Gilles et publié d'abord à Naples en 1683-1690, puis A Home en 1692-1690, par le P. Fred. Nicolas G mardi, augustln. N. Muttloll, O. S. A., Studio critico sopra Egidio Romana Colonna arctuescooo dt Bourges dcll* ordine Romitano de sant* Agostino, dans VAntologia agostinlana, Home, 1896, t. 1; Histoire littéraire de la France, t. xxx, nu mot : Gilles de Rome: Analecta augudlniana, 1967-1908, t. u, p. 278 sq.; G. Bofflto, Saggio di bibllograpa Egidlana, Florence, 1911; Ossingcr, Bibliotheca augudinlana, Ingolstadt, 1768, p. 237250; Férct, La faculté de théologie et ses principaux doc­ teurs. Moyen ûge, Paris, 1895, t. il. p. 168-169; Schecbcn, dans Kirchenlexikon, t. m, p. 690; Wcmer, Der Augusttn ismus tm spbteren Mttfelohcr. Vienne, 1833, p. 225 sq.; Hurler, Nomenclator, 1906, t. π, col. 481-486. N. Mehlin. 4. GILLES DE VITERBE, un des plus illustres savants et cardinaux de l'ordre de Saint-Augustin. Un historien de Viterbc, Bussl, Istoria della città di Viterbo, Borne, 1742, t. i, p. 291, l’appelle Antonini de son nom de famille, Ughelll, Caninius. Ces renseignements sont erronés. Son père s'appelait Antonin Cnnislo, et sa mère Maria del Testa. Plusieurs de ses biographes, même Mgr Grana, déclarent que sa famille, dépourvue des biens de la fortune, était d une condition très modeste; Gandolfo cite plusieurs docu­ ments pour révoquer en doute cette assertion, p. 16. Gilles naquit vers 1465, cf. Florentlno qui cite, p. 254, un passage de Y Historia xx sæculorum, dans lequel Gilles dit qu’il était enfant en 1469, A Vitcrbe. ou, selon d’autres écrivains, à Cancplnn, et l'nn 1488 H em­ brassa la vie religieuse dans l’ordre de Saint-Augustin. Dans une lettre A Nicolas Mannlo, publiée par Martène, 11 raconte qu’il étudia la théologie, la philosophie, le latin, le grec et l'hébreu dans plusieurs couvents de l'ordre. A A méfia, A Padoue. dans l’islric, A Florence et A Borne. Veterum scriptorum collectio, t. ut. col. 1242. Le P. Mariano de Gcnazznno, général des augustins, l’appela A Borne et lui conféra le diplôme de maître en théologie. 11 lui témoigna une telle confiance qu’il voulut se l’associer dans le gouvernement DE VITERBE 136G de l’ordre. Lorsqu'il fut envoyé par Alexandre VI comme ambassadeur auprès du roi de Naples, H se fit accompagner de Gilles et, A leur retour, celui-ci assista, A Scssa, le général A ses derniers moments, au mois de décembre 1498. et dans la suite, il en fit trans­ porter les dépouilles mortelles au couvent des augus­ tins de Lecceto. Le P. Gilles s’était déjà rendu célèbre dans toute l'Italie par son éloquence et son érudition. Il avait prêché A Florence, Bologne, Ferrare, Venise, Sienne, Naples, et partout 11 avait remporté des triomphes. Sa renommée était si grande qu'Alexandre V1 voulut entendre ses sermons A plusieurs reprises. Jules II lui écrivait le 4 novembre 1505 : Romam est redeundum; tantum enim tui desiderium reliquisti, ut a b omnibus in lege Domini et salutem animarum quarentibus experteris. Pastor. Geschichte der Pôpste seit dem Ausgang des Mittrlaltm, Fribourg, 1895, L iir, p. 856. Le même pape l’envoyait A Venise, en 1506, pour obtenir de la république qu’elle rendit au Saint-Siège la ville de Faenza. Pastor, toe. ciL, p. 588. La même année, a la mort du P. Augustin Faccioni de Terni, général des augustins, il le nom­ mait vicaire général de l’ordre. C’est alors que commen­ cèrent ses premiers rapports avec Staupitz. Voir Kolde, Die deu tsehe Auqustiner Congrégation und Johan pon Staupit:, Gotha, 1879. L'année suivante, au chapitre général tenu A Naples, le P, Gilles était appelé au gouvernement de sa famille religieuse. Son humilité l’engagea A fixer son séjour dans un couvent solitaire du Mont-Cimino, prés de Vitcrbe. 11 y vivait avec un petit nombre de religieux dans l’obser­ vance de la règle, et par ses lettres et ses exhortations il s'cÎTorçait de relever et vivifier l’esprit de son ordre. Le 2 mai 1512, en présence de Jules 11 et des carumaux, il prononça le discours d'ouverture du concile de Latran. 11 y indiqua les maux dont FÉglise soutirait, et les bénédictions que, par le moyen des conciles. Dieu fait pleuvoir sur elle. Pastor toc. eit.. p. 664. Ce dis­ cours excita la plus vive admiration, et le cardinal Sadolet, dans une lettre au cardinal Bembo, ne taris­ sait pas d’éloges sur son auteur. Au concile, le général des augustins prit la défense des ordres mendiants, qu’on menaçait de dépouiller de leurs privilèges et exemptions. Dans ses lettres, surtout dans une lettre aux augustins de Paris, il demandait aux religieux de prier pour éloigner la tourmente, et les engageait A réformer leur vie. Martène, toc. cil., col. 1262-1264. A la mort de Jules II, Leon X témoigna A Gilles la même bienveillance que son prédécesseur. En 1515. il l’envoya A l'empereur Maximilien pour l’amener A traiter la paix avec Venise el A combattre les Turcs. En 1517, Il le chargea d'une légation auprès du duc d’Urbln. 11 lui écrivait familièrement et l'invitait A quitter sa solitude de Cimino et A rentrer A Rome, où il l’aurait revêtu de la pourpre romaine. Mais le P. Gilles, qui avait été confirmé dans sa charge de prieur général aux chapitres généraux de Viterbc (1511) et de Bimini (1515). préférait l'humilité du doltre aux dignités ecclé­ siastiques. Cependant, au mois de juillet 1517 Léon X le nomma cardinal, et l’envoya, l’année suivante, comme ambassadeur A Charles-QulnL poui rengager à se mettre à la tête d’une nouvelle croisade contre les Turcs, enorgueillis de leurs victoires en Perse. Les charges que lui imposait sa nous elle dignité obligèrent Gilles A renoncer au gouvernement de son ordre, et A le remettre entre les mains du P Gabriel de Venise. 11 annonça cette démarche A ses religieux dans une lettre très touchante, qui est un véritable monument d’humi­ lité chrétienne. Martène. op. cil., t. iîî, p. xxn. Au retour de sa légation, le cardinal Gilles fut nommé par Clément VU protecteur de l'ordre en 1523, pa­ triarche de Constantinople el évêque de Viterbc. On , lui confia F administration des égbscs épiscopales de 1.367 GILLES DE Castro, Landano, Zarn, Sutri et Népl. A Viterbe, le cardinal donna l’hospitalité aux chevaliers de Rhodes, que les Turcs, en 1522, avaient forcés A quitter leur boulevard et il présida, comme légat du pape, leur chapitre général (1527). La même année, au pillage de Rome par les troupes impériales, il perdit sa riche bibliothèque. La douleur, que celte perle lui causa fut si vive et si forte qu’il tomba malade et resta une année entière à Padouc. Clément VU le rappela A Rome et, par une lettre très élogicuse, il l’engagea A publier ses œuvres pour le bien de l’Égllsc cl les pro­ grès des sciences sacrées. Gilles se refusait par humilité à mettre au jour ses écrits. Suivant les désirs du pape, il travaillait avec le P. Nicolas Scutclli, augustin, A traduire en latin plusieurs manuscrits grecs. La mort vint le frapper au milieu de son travail le 12 ou le 21 novembre 1532. D’après l’opinion commune, il aurait été le successeur de Clément VII sur le siège pontifical. Π avait été, dès le début, un adversaire déclaré de Luther· Tous les contemporains de notre cardinal sont unanimes A exalter scs mérites, scs talents et scs vertus. Dans sa lettre A l’empereur Maximilien, Léon X esquissait ainsi la physionomie morale de l’illustre cardinal : Is quoniam est eximia integritate, religione, doctrina, omniunique prope linguarum qua nunc quidem excoluntur, usum atque scientiam, omnium bonarum artium disciplinas cognitas, et explicatas habet, (e hortor ut eum tibcraliter excipias, cum mea. tum ipsius etiam causa. Dans une lettre au cardinal Bembo, le cardinal Sadolet ne peut se retenir de lui exprimer son admiration pour l’éloquence du savant augustin : Scimus enim experti pluries illam hujus viri mulccnlem omnium aures atque animos eximiam eloquen­ tiam vernacula quidem lingua etniscorum, quic illi patria est, abundantem, sed ex uberrimis et grœcæ et latina? eruditionis /ordibus deductam. Magno enim hic studio theologiæ ac philosophia allissimis artibus comites Uteras politiores adjunxit. Lubbe, Sacrosancta concilia, l. xix, coi. 668. Malheureusement, la plupart de scs écrits sont encore inédits. Voici d’abord la liste de ceux qui ont été imprimés : 1° Oratio ad lutcranense concilium, habita in wde latcranensi quinto nonas matas 1512, Rome, 1512, dans Hardouln, Acta conci­ liorum, Paris, 1714, t. ix, col. 1576-1581; Labbe, Sacrosancta concilia, Venise, 1732, t. xix, col. 225-235. Elle a été résumée par Hcfcle, Conciliengeschichte, t. vin, p. 501-506. L’édition donnée par Torclll, Secoli agostiniani, l. vin, p. 627-629, reproduite par Curtius, est incomplète et très fautive. CL Gandolfo, De ducentis celeberrimis augustinianis scriptoribus, p. 20. 2υ Oratio habita post tertiam sacri lateranensis concilii sessionem In ecclesta dive Maria Virginis de populo, de /edere inito inter Julium 11 pontificem maximum et ill. Maximilianum imperatorem, Rome, 1512 ; 3e Epi· stolæ selector, recueillies par Mabillon dans un manu­ scrit de l’ancienne bibliothèque de San Giovanni ù Carbonara (Naples), et éditées par Marlène, Veterum scriptorum et monumentorum amplissima collectio, Paris, 1724, t. in, col. 1232-1268. Une lettre de Gilles au P. Staupitz, datée du 26 juin 1510, concernant Luther, a été publiée par llohn, Chronologia provinciæ rheno-suevica ordinis /ralrum eremitarum S. Augustini, Wurzbourg, 1744, p. 154, reproduite par Ossinger. Quelques extraits de sa correspondance inédite ont paru dans Γ Archioio storico per le provincie napolitane, t. îx (1884) p. 430-152. Une lettre de Gilles au P. Gaspar Ammon de liasselt, O. S. A., a paru dans Henke et Brun, Annales litterarii, Helmstadt, 1782, t. i. p. 193. Trois autres lettres, dont deux A Jean Rcuchlin, l’autre à Jean, Denis et Élisabeth Rcuchlin, ont été insérées dans Illustrium virorum epistolae hcbraicoe, grtrere et laiinse, ad Johannem Rcuchlin Phorcensem, VITERBE 1368 virum nostra retate doctissimum diversis temporibus misso?, Hagenoe, 1519, fol. 96-98, reproduites ou men­ tionnées par Geiger, Johan Reuchlins brie/iuechscl I gesammelt und herausgegeben, dans Bibliothek des litlerarischen Vereins in Stuttgart, Tubingue, 1875, t. cxxvi, p. 260-261, 276. Les trois lettres sont datées des années 1516 et 1517. Gilles a laissé un nom dans l’histoire de la littérature Italienne comme poète latin et italien, aussi bien que comme philosophe. Deux de scs pièces italiennes ont été publiées un grand nombre de fols. Nous citons l’édition du P. Gandolfo. Flori poetici dell'ercmo agostiniano raccolti ed illustrati con un saggio della vita di cia· scun produttore del medesimi, Gènes, 1682, p. 81-107. La première pièce traite de l’excellence de la chasteté (La Ludizia), et comprend 52 strophes. Elle a été reproduite parCrcscimbeni dans les Commentarii intornoalla isloria della volgar poesia, Rome, 1711, t. m, p. 225-235; ci. ibid.,Rome, 1710,1. π b, p. 204-205. La seconde pièce est intitulée: Caccia bellissima di amore, et dans une poé­ tique allégorie met en garde la jeunesse contre les égare­ ments de l’amour. Elle comprend aussi 52 strophes, et a été publiée un grand nombre de fois, Venise, 1537, 1538, dans les recueils de Dolce, d'Arrivabene, etc., par le P. Gandolfo, op. cit. Mais quelques historiens de la littérature italienne sont d'avis que l’auteur de cette pièce est Jean-Baptiste Lapin! de Sienne. Fontanlnl, Biblloteca dell' etoquenza ilaliana, Venise, 1753, t i, p. 291, dans les notes d'Apostolo Zeno. Elle a paru sous le nom de Lapin! dans la Scella di stanze, par Augustin Fcrcntlllo, Venise, 1572. Le P. Gandolfo a publié deux poésies latines du même auteur, une ode, in Ægidii Romani cardinalis laudes, et une épi gramme Domino Petro memoria: magistro, p. 79-80. Le Cod Ang. 1001, Narducci, p. 417, contient trois églogucs latines de Gilles : Paramellus et Ægon; De ortu Domini; In resurrectionem Domini. La troi­ sième est en distiques; les deux premières en hexa­ mètres. Gilles serait aussi l’auteur d'une version latine très élégante et lidèle de la célèbre pièce de Pétrarque sur la sainte Vierge, Fontanini, op. cil., t. n, p. 46; plusieurs madrigaux de Gilles en Italien, à l’adresse de Vittoria Colonna, tirés du manuscrit Magliabccchiano 720, ont paru dans le recueil de Trucchl, Poesie llaliane inedite di dugento autori dall’ origine della lingua in fino al sccolo decimosettimo, raccolte cd illus­ trate, Prato, t. m, 1847, p. 126-129; D'autres ouvrages de Gilles ont été encore publiés : 1° Promemoria ad Hadrianum papam VI de depravato statu romance Ecclesiiv, cl quomodo re/ormarl possit ac debeat, publiée par Htjfler, Analcclen zur Geschichte Deutsch· lands und Italiens, dans Abhandlungen der historischen Classe der K. Baijcr. Akad. der Wissenscha/t, Munich, 1846, L iv, n. 3. p. 62-89. Gilles conseille au pape de s'adjoindre des hommes expérimentés et prudents dans le gouvernement de I*Église, de frapper l’avarice et l'ambition du clergé, de défendre l'abus des indul­ gences, le cumul des bénéfices, de renouveler l’organi­ sation administrative et ecclésiastique de la curie romaine, de limiter les droits des princes temporels dans la collation des bénéfices. 2° Ca/elani Thiennensis expositio in libros de cwlo et mundo, cum Ægldil Romani eremit, aug. quscstione de materia citli, casti­ gante Ægldio Vilerbiensi, erem. augustiniano, Venise, 1502. Cette édition est mentionnée par Gandolfo dans la liste des ouvrages de Gilles de Rome, p. 29. Le P. Ange Gabriel de Sainte-Marie ne la cite pas dans le catalogue des écrits de saint Cajétan de Ticne, Ribliateca e storia dcgll scrittori di Vicenza, Vlccnce, 1772, t. n. p. xxx-xxxni. Tomassinl se borne A citer les Commentaria in libros de cælo sans spécifier où ils ont été imprimés. Bibliotheca: patavinæ, U dîne, 1639, p. 55. 13G9 GILLES DE Parmi kcs œuvres Inédites citons : 1« Aristotelis operum Index ordinc alphabctlco digestus, cod. Par. 6589, Catalogua codicum manuscriptorum bibtiothccæ regia, l. iv e, p. 260; 2° Aristotelis monumenta el index de Aristotelis erroribus, ibid.; 3° Liber Zohar super libros Mosis, interprete Ægidio V11er b tensi, cod. Paris. 527, op. cit., t. in e, p. 43; 4· Lib^r gui dicitur Temuna, eodem interprete, ibid.; 5® Jtortus nucis,eodem interprete, ibid. ; 6· Annotationes in librum Raziel, ibid.; Ί* Vocabutarium Unguir sancta, cod. Parii. 596, op. cit., t. ni e, p. 50; 8° Diversorum librorum hebraieorum vocabula, cod. Paris. 597, ibid., p. 50; 9· Inter­ pretatio et annotationes in librum decem Sephirot, cod Paris. 598, ibid., p. 50; 10° Interpretatio et annotationes in librum Magerchet hactoit i bid.; IIe Racanatensit altas Re.canutcnsis expositio in libros Mosis, ibid. ; 12° De arcana judieorum doctrina tractatus, cod Paris. 3363, i bid., p. 102; 13" lien Hacanc liber qui Pelia dicitur interprete Ægidio Vilerbiensi, cod. Paris. 3367, ibid., p. 445; 14° Informatio contra lutheranam sectam, attribué â Gilles par Mabillon, Bibliotheca bibliothe­ carum, Paris, 1739, t. π, p. 779, n. Il; 15® Liber de revolutione 23 11 terarUm hebraicarum secundum viam theologicam in lingua hebrica, interprete Ægidio Vilerbiensi, ibid., n. 37; 16° Opus contra hebnros de adventu Messiæ el de nominibus divinis contra eosdem, ibid., n. 53; 17° Dictlonnarium si or liber radicum, cod. Ang. 3. Cf. Narducci, Catalogus codicum manuscripto­ rum in bibliotheca Angelica, Borne, 1893, t. i, p. 1. Jo ne sais pas si le contenu de ce manuscrit est identique avec le contenu des ouvrages marqués aux numéros 7 et 8. 11 est l’ébauche d’une traduction en latin du dic­ tionnaire de David, Ills de Joseph Kimchi, rédigée d'après les notes de Gilles, Pélissier, Manuscrits de Gilles de Viterbe à ta bibliothèque Angelique. Koine, tirage à part de la Revue des bibliothèques, p. 4-5; 18° Historia viginti sæculorum per totidem psalmos digesta, ad Leonem X, cod. Ang. 351, Narducci, op. cit., p. 177; cod. 502. Le premier manuscrit renferme aussi les additamenta du cardinal Scripando sur les papes Léon X, Adrien VI, Clément VII, Paul 111, Jules III, Marcel H et Pic IV. Au jugement du car­ dinal Hergenrother et du P. Lacmmcr, ce travail, qui esquisse vingt siècles de l’histoire de l’humanité avant et après le Christ, peut soutenir la comparaison avec le Discours sur Γhistoire universelle de Bossuet. L’au­ teur y fait preuve d’une grande connaissance de rÉcriturc sainte, des auteurs sacrés et profanes, et de profondes vues philosophiques. Pastor l’a souvent utilisé dans son Histoire des papes. Viltorclli, Manni, Georgius, Baluze, llôflcr, Lacmmcr s’en étaient servis avant lui. Le manuscrit original de cette œuvre se trouvait autrefois ù la bibliothèque du couvent de San Giovanni di Carbonara à Naples. Le cod. Ang. a été décrit par Pélissier, p. 11-13, qui a donné une analyse critique soignée de ΓHistoria viginti sirculorum, dans sa thèse latine de doctorat : De opere historico Ægidii cardinalis Viterbiensis, quod manuscriptum latet in bibliotheca qusr est in urbe augustinianorum Angelica ejusdemque operis cui titulus pra-est « Historia viginti socculorum · vera indole, Montpellier, 1896 : il relève l'importance de cet ouvrage pour l’histoire de Γ Église au xv· siècle; 19® In librum primum Senten­ tiarum, ad mentem et doctrinam Platonis, cod. Ang. 6J6, Narducci, op. cit., p. 281; 20® Sententiarum liber primus usque ad XVII distinctionem ad mentem Pla­ tonis, ibld.; 21® De laudibus congregationis Hicetan/r, cod. Ang. 1156, Narducci, op. cit., p. 487; 22° Epistolir familiares. Trois manuscrits de lu bibliothèque Angelica contiennent des lettres de Gilles ou de scs correspondants. Le cod. 688, Narducci, op cil.. p. 292, renferme 85 lettres (1494-1517), adressées la plupart ù Gabriel de Venise, général des augustins; le VITERBE 1370 cod. 762, Narducci, op. cit., p. 316, renferme 10 lettres en Italien, adressées au P. Jean François Liberta, du 18 juillet au 6 août 1532, cf. Torclli, Secoli agostiniani, Bologne, 1866, t. vin, p. 568; et une lettre du 3 avril 1531 au P. Sébastien de Rimini. Le cod. 1001. Nar­ ducci. op. cil., p. 416-418, est le recueil le plus riche des lettres de Gilles. Elles y sont divisées en 8 livres. Le compilateur de ce recueil, d’après le F». Gandolfo, serait le I*. Séraphim Ferri de Castcllina, op. cit., p. 19. P. Xiste Schler, dans les Addenda (inédits) ad Ossingert Bibliothecam augustin ianam, cod. Ang. JJ J, p. 203. Cette correspondance de Gilles, d’après Pélissier, qui a décrit les manuscrits ci-dessus mentionnés, est très curieuse pour reconstituer les relations littéraires du cardinal, et son action comme chef de l’ordre, p. 11. La bibliothèque Vaticane possède en outre, un cer­ tain nombre de lettres adressées à Gilles, entre autres à Aléandrc. 23® Iragion,seu explanatio litterarum hebrai­ carum, cod. VaL 5808; 24® De.moribus Turearum, perdu; 25® De Eccles iœ incremento ad Julium II; 26® Annota­ tiones in tria pnora capita Genesevs; 27® Liber dialo­ gorum. Ces trois ouvrages sont mentionnés par Clacconius et Elisius, sans aucune indication. Pontanus, Opera omnia., Venise, 1519, t- n; l'auteur y publie Sermo Ægidii ad populum, fol. 156-158, et un dia­ logue dédié à J.gidîus (Ægidius dialogus), p. 155-173, qui renferme des notices biographiques cl littéraires sur le savant cardinal; Anibr. llandml. Sermo de triplici cita in /esto dioi Aurelii Augtuftnf, Quadragesimalium concio­ num Uber gui gentilis inscribitur, ex ethnicorum christtanorumque crudimentis collectus, Venise, 1323, p. 481-482; Bembo, EpisloUc. Venise, 1552, p. 261-264,343-344, 486-487, 489-490, 492-493, 520-523; Jovius, Elogia Dirorum litleru illustrium, Bâle, 1577, p. 159-160; Glraldl, De poetis nostro­ rum temporum dialogi duo. Bale. 1530, t. fl. p. 415; Panfilo, Chronica fratrum ordinis eremitarum S. Augiutini, Home, 1581, p. 73-30; Ferronus, De rcbux gestis Gallorum. Bû.lc, 1601, p. 73-80; Gatatini, De arcanis catholicae veriiatis, Francfort, 1612, p. 22; Curtius, Virorum illustrium ex online rrcnülaruni D. Augustini cbtgia, Anscrs. 1636, p. 93-107; Ccrentini, De episcopis Vikrbd summa chronalogica, Viterbe, 1640, p. 166-163; Aubérs*, Histoire génêrah. des cardinaux, Paris, 1645, t. ni. p. 289-293; Landucci, Sacra Leccctana selva, Home, 16<7, p. 126; Elisius, Encomiasticon augustinianum. Bruxelles, 1654. p. 14-15; Contclori. Elenchus S. R. Ecclesiae cardinalium ab anno 1430 ad annum 1459, Home, 1659, p. 124-125; Olduino, Athemxum romanum. Pérouse, 1676, p. 32-33; Ciaccunlus, ViUc et res gesbr pontificum romanorum et S. R. Ecclestw cardinalium. Home, 1677, t. in. col. 395-399; Gandulfo, Fiori poctict dclV cremo agottiano. Gènes. 1682, p. 71-78; I-e parptyre agostiniane. Additione al dispaceio Utonco curioso ct erudito, Mondovi. 1695, p. 36-43; Dissertatio historica de ducentis celeberrimis augustimanls scriptoribus, Home. 1704, p. 1620; Palatio, Fasti cardinalium omnium sanciar romanar clcsiar, Venise, 1703, t. n. coL 682-689; Piazza, La gerarchia carditudizia, Home, 1703, p. 528; Eggs, Purpura docta. Munich. 1714, t. n, p. 396-400; Mire, Auctarium de scriptoribus ecclesia dic Is, dans Fabricius. Biblitdheca eerfrsiastica, Hambourg. 1718, p. 132-133; Colomlès, Ita­ lia et Hispania orientalis, Hambourg, 1730, p. 41-46; Michel de Saint-Joseph, Bibliographia critica sacra d prophana, Madrid, 1740, t. i, p. 113-114; Bussi, Storia della citla di V iterthi. Home, 1742, p. 291,30*1 ; J'.chcr, Allgcmcina Gelchrtcn-Ια·χikon, Leipzig, 1750, t. i, p. 1621; Elogia S. R. E. cardinalium pietate ct doctrina illustrium, Home, 1751, p. 106; Fnbriclus-Mnnsi. Bibliotheca latina, Padouc, 1754, t. i, p. 21; Sadolet. Epiftola·, vu et lxxxii, Home, 1760, t. i, p. 18-20, 230; Osslnger, Bibliotheca augtulintana, p. 190-198; laiurence Grana, évêque de Segni, Oratio in /unert .Eytdii Viter biens is, cani. S. R E., ex ms. codice membranaceo bibliothccre Marii Compugnonii Maretuscil S. R. E. cardinalis amplissimi, eruta rt a Johanne Christophoro Amadutio nunc primum in lucem edita. Borne. 1781 ; cette oraison funèbre ne contient presque pas de détails biographique* sur Gilles; Cardclla. Memoric storiche del cardinali della santa mniana CMesa, Home, 1793, t. IV, p. 47-50; Moroni, Dizionario ecclesiastico, \ cnlse, 18*11» t. vil, p. 214-215; Lantcri. Postrema surcula sex religionis 1371 GILLES DE VITERBE — GINOULHIAC augwttnlanr, Tolentin. 1859, t. n, p. 4-10; Ertmcu sacra aagusUmana, Rome, 1874. L î, p. 191-196; La cm mer, Zur KtrcbengeschicMe des sechzehnlen und sicbrnzehntcn JahrhunterU, Fribourg, 1863. p. 65-67 ; Geiger, Johan Reuchlln, sein hebm und seine IVrrAe. Leipzig» 1871, p. 399, 40-1, 437, 450; A. W., U’orJer Reformation, dons Hfctorischpolitischc Blitter, 1877, t. lxxix, p. 203; Kftldr, Die deutsche Augastiner Congregation und Johan non Staupitz; fin Reitng zur Ordens und Rcformationsgcschichtc, Gothu, 1879. p. 124. 197-198, 231-232, 238, 257, 272, 312, 324; llôfler. Papst Adrian VI, Vienne, 1880, p. 210-214; Floren­ tino, Egtdioda Viterbo ei Pontanianida Napoli, dansArchivio storico per le protdncle napolitane, t. ix, 1884. p. 430-452; Hrtele, Cône(tien geichichte, 1. vin, p. 501-506, 676, 692. 765, 70S, 788; 1890, t. ix, p. 5, 177; Fiorentino, Rlsargi· mento filwfico nel Quattrocento, Naples, 1885, p. 251 ; Grrgorovhi», Geschichte der Stadt Rom im Mittelaltcr, Stuttgart. 1888, t. vin, p. 55; Kirchenle.ikon, 2· édit., Fribourg, 1890, t. i, p. 255-256; Pélissier, De opere historico Æffldli cardinalis Vitrrbiensis, Historia viginti scrculorum, Montpellier. 1896; Pastor, Gcschichtr der Pûpslc, Fribourg, 1906, t. iv a, p. 141, 470-471; Paquicr, Jérôme Aléandre, Paris, 1900, passim. Λ. Palmieri. GILLOT Jacques, érudit français, né à Lan grès, dans la première moitié du xvi* siècle, mort à Paris en janvier 1619. Il entra de bonne heure dans les ordres et prit rang panni les conseillers clercs du parlement, dont il devint le doyen. 11 était en même temps chanoine de la Sainte-Chapelle de Paris et doyen du chapitre de Langrcs. Très érudit, il était lié avec les savants les plus estimés de son époque. On lui doit une édition des œuvres de saint Ambroise, 3 in-fol., Paris, 1569, et de saint Hilaire, in-fol., Paris, 1572. Lors des troubles qui marquèrent la fin du règne de Henri III, il prit parti contre la Ligue cl fut un des principaux auteurs de la Satyre Ménipée. Parmi scs autres écrits nous mentionnerons : Actes du concile de Trente en JS62 et 1563 pris sur les originaux, ln-12, Paris, 1607; Instructions et missives des rois très chrétiens de France et de leurs ambassadeurs ; et autres pièces concernant le concile de Trente prises sur les originaux, ln-8% Paris, 1608. Cet ouvrage eut plusieurs éditions ; la plus complète est celle qui fut donnée par Pierre et Jacques Dupuy, in-4% Paris, 1654 ; Traités des droits et libertés de l'Église gallicane, in-4% Paris, 1609. 1372 Indique les corrections et les additions faites Λ la première. Mgr Braillard, évêque de Grenoble, lui oiTrit, le 2 juin 1852, sa succession. Nommé le 9 dé­ cembre, préconisé le 7 mars 1853, Mgr Glnoullilac fut sacré Λ Aix, le 1*' mai. Il écrivit aux évéques une lettre sur les apparitions de la sainte Vierge Λ la Satvttc et adressa au pape, en 1854, un Mémoire lithographié. Il se prononçait en faveur de leur réalité. Plus tard, en 1869, il approuva la fondation des religieuses de Notre-Dame de la Salctte. En 1860, Il écrivit uric Lettre circulaire sur la situation actuelle des États de Γ Église. et le 20 décembre, il prononça une Allocution aux obsèques de son prédécesseur. En 1861, il publia le Catéchisme à l’usage du diocèse de Grenoble. En 1863, Il écrivit une Lettre... à l'un de ses vicaires généraux, sur la Vie de Jésus par M. Renan, il tint un synode pour préparer les Statuts du diocèse, qui furent publiés en 1864. Il expédia à ses prêtres une Lettre circulaire sur les accusations portées dans la presse contre T ency­ clique du λ décembre 1864 cl le Syllabus, Grenoble, 1865; il y en eut trois éditions. Elle est reproduite dans Baulx, Encyclique et documents, Bar-le-Duc, 1865, t. H, p. 437-487. Il publia : Les Épttres pastorales ou réflexions dogmatiques et morales sur les Épttres de saint Paul d Timothée et d Tile, ln-12, Paris, Gre­ noble, 1866. Il fonda la Semaine religieuse en 1868 et rétablit In liturgie romaine en 1869. Il écrivit dans la Semaine religieuse, sous la signature J., des articles sur Le concile œcuménique, qui furent réunis avec des éclaircissements et des notes, ln-8% Paris, 1869. Le 1er juillet 1867, Il avait signé, au centenaire de saint Pierre ô Borne, l’adresse des évêques présents à Pic IX pour lui manifester leur joie de la convocation du concile du Vatican. Il prit plusieurs fols la parole au concile : le jeudi 30 décembre 1869, à h 5· congré­ gation, sur le schéma de la doctrine chrétienne opposée aux erreurs du rationalisme; le mardi, 22 mars 1870, à la 31*· congrégation, sur le c. iv de ce schéma; le mardi 28 juin, à la 78· congrégation, sur le schéma de l’Eglisc. Au consistoire de la veille, il avait été préco­ nisé archevêque de Lyon. 11 signa différents postulata: le 12 décembre 1869 et le 2 janvier 1870, sur la bulle àMultlplices inter et l'ordre à suivre au concile; le 12 jan­ vier, pour la non-définition de l’infaillibifité pontificale· le l*f mars, à propos du décret du 20 février touchant Dupin, Table des auteurs ecclésiastiques du XVII· siècle, l’ordre des matières à traiter sur l’Églisc; le 4 mai, les ln-8% Paris, 1704, t. îi, col. 1575; Roussel, Le diocèse de plaintes sur la violation du concile; le 8 mal, contre la 1singers, ln-8% Lin grès, 1873, t. i, p. 172; Hurter, Nomen· préférence donnée à la primauté et ά rinfaillibilité du dator, 1907, I. in. col. 87-88. pape dans le schéma De Ecclesia; le 4 juin, contre B. Heurtedize. l'ordre donné de finir la discussion générale sur le GINOULHIAC Jncquoe-Mnrlo-Achille, né à Mont­ schéma; le 9 juillet, contre des additions faites à ce pellier, le 3 décembre 1806, fit de fortes études, schéma. Le 13 juillet, ô la congrégation générale. Il surtout de sciences et de philosophie. Ordonné prêtre dit : Non placet au sujet de la définition de rinfailli­ le 27 mars 1830, il fut aussitôt après nommé professeur au grand séminaire de sa ville natale. Le 19 jan- ! bilité. Le 17, il signa In lettre adressée à Ple IX par les antiinfaillibillsles pour lui annoncer qu’ils n'assiste­ vier 1835, il prononça VOraison funèbre de .Mgr Four­ raient pas Λ la iv· session du concile, qui se tiendrait nier, ln-8% Montpellier, 1835. Chanoine honoraire le lendemain. Il n’y assista pas, en effet ; 11 était rentré en 1836, il devint aumônier du couvent de la Provi­ à Grenoble le 20; mais de Lyon, où il s'était rendu le dence en 1837. L'archevêque d’Aix le prit, en 1839, 3 août et où il fut intronisé le 11,11 adressa, le 16, au pour son vicaire général Durant cette période, Il pape, une lettre par laquelle il adhérait au dogme de rédigea en grande partie les conférences ecclésiastiques l'infaillibilité pontificale. Voir Acta et decreta sacrosancti d Aix. Il publia son Histoire du dogme catholique cecumenici concilii Vaticani, dans Collectio lacensis, Fripendant les trois premiers siècles de T Église et Jusqu'au bourg-en-Brisgau, 1890, t. vit, p. 715, 731, 736, 754, concile de Nlcée. P· partie. De Dieu considéré en lui917, 920, 946, 962, 980, 98-1. 987, 992, 995, 996, 1039; même. Unité de sa nature Trinité de ses personnes, Granderath, Histoire du concile du Vatican, trad, franç., 2 in-8% Paris, 1852 ; 2· édit., revue et augmentée. Bruxelles, 1909. t. H a. p. 58-60, 88, note, 93, 125, 161, 3 ln-8% Paris, 1866 II y déployait une grande érudi­ 185, 345; 1911, L π b. p. 33-37. 76, 115-121 (discours tion et il y montrait que les dogmes catholiques de sur la liberté la plus grande à laisser à la science). Il Dieu et de la Trinité n’étaient pas des produits publia ensuite : Le sermon sur la montagne, avec des de la raison humaine, mais qu’ils appartenaient au réflexions dogmatiques morales, ln-12, Lyon, 1872. dépôt de la révélation chrétienne et que seule leur En 1873, il réunit un synode et publia les Statuts syno­ explication avait pris plus de clarté cl de précision daux, ln-8% Lyon, 1874. Son mandement de carême au cours des trois premiers siècles. L'introduction de la seconde édition, datée du 1·' décembre 1865, » de 1874 traitait la question sociale sous ce titre : Du 1373 GINOULIIIAC — GIOBERTI riche qui se perd rt du pauvre qui te sauve. Scs forces et su raison déclinèrent bientôt, et il mourut Λ Mont­ pellier, le 17 novmbre 1875. Ses héritiers éditèrent un ouvrage qu’il laissait manuscrit: Let origines du chris­ tianisme, 2 in-8®, Paris, 1878, dont le t. t contient les documents et le t. π expose les faits et la doctrine. 1374 lui faire un tout autre accueil, alors qu’il revenait de Vienne et l’accompagnait A Imola pour la consécration de la cathédrale. I^s troupes autrichiennes ne tardè­ rent pas ά chasser les envahisseurs et l’archevêque s'employa 5 réparer les ruines matérielles et morales qu’ils laissaient après eux. Il se rendit au conclave de Venise qui nomma Pie VII et revint dans son diocèse pour y mourir le 9 avril 1800. Mgr Thlbaudlcr, Mandement à l'occasion de la mort de Mgr J.-M.-A. Ginoulhine, Lyon, 1875; Lettre de Mgr l'évéque de Montpellier au clergé de son diocèse au sujet de la mort Ami de la religion du 28 septembre 1825, reproduit dans et des funérailles de Mgr l'archevêque de Lyon, 20 novem­ le Dictionnaire des cardinaux de Migne, Paris, 1857; Moroni, bre 1875, Montpellier, 1875; Mgr Cotton, Oraison funèbre Dizionarlo di eruditione storioo-ecclo last ica, Venise, 18-13, de Mgr Ginoulhiac, 14 janvier 1876, Lyon, 1876; L- Marrt, t. xxx, nrL Gioannetti; Hurter, Nomenclator, 1912, t. v, dans la France ecclésiastique pour JS 75, Paris, p. 765-769; col. 327-328. L'épiscopal français depuis le concordat jusqu'à la séparation, P. Édouard d’Alençon. in-4·, Paris, 1907, p. 203-264,316-318; Catholic encyclopedia, GIOBERTI Vincent, philosophe et publiciste New York, 1009, t. vi, p. 562; Hurter, Nomenclator, 1913, [ Italien, né Λ Turin le 5 avril 1801, appartenait à une t. \b, col. 1520-1521. E. Mangenot. famille très pauvre, et, devenu orphelin de bonne GIOANNETTI André, cardinal de la sainte Église heure, 11 ne dut qu'A la générosité d’une bienfaitrice romaine, né à Bologne le G janvier 1722, reçut au de pouvoir arriver au sacerdoce; en 1852, il était reçu baptême les noms de Mclchior-Benolt-Lucidor, qu’il docteur en théologie, avec une thèse. De Deo et religion* changea pour celui d’André, alors qu'il revêtit l'habit naturali, qui déjà trahit un certain penchant de l’auteur des camaldules au monastère de Ra venue. En 1740, à l’idéalisme. Esprit élevé et vigoureux, quoique peu après sa profession, scs supérieurs l’envoyèrent Λ Rome sûr, cœur chaud et Imprégné de la foi chrétienne, mais pour y faire ses études; quand il fut docteur, ils le sans la douceur et la mesure qui conviennent au prêtre, rappelèrent et le chargèrent d’enseigner la théologie au Giobcrtl remplira plus tard l’Italie de son nom. Les monastère de Bcrtinoro. La renommée de sa science Imprudences de son langage en matière politique le franchit les murs du couvent et l’archevêque de Raferont arrêter en 1833 et bannir après quatre mois de venne, Guiccioli, mort en 1763, le choisit pour théo­ détention. Expulsé du Piémont, il se réfugiera d abord en France, à Paris, puis à B ni x elles, où il occupera logien. Cette même année, il était nommé abbé du célèbre monastère de son ordre à Classe, aux portes de un modeste emploi de professeur dans une institution fondée par un de ses compatriotes. Pendant les quinze Ravcnnc. Il enrichit son église, augmenta la biblio­ thèque, accrut le musée; il fit dessécher les marais qui années que dura son exil, de 1833 à 1858, il s'adonna l'environnaient et le rendaient insalubre. Toutefois, principalement à l’étude de la philosophie. Ce fut à les soins matériels ne lui faisaient pas négliger les autres Bruxelles qu’il écrivit la Teoria del sovran atorale. 1838, devoirs de sa charge : donnant l’exemple à tous, il livre dans lequel la philosophie, la théologie, la politique enseignait les novices, prêchait scs religieux, instrui­ se mêlent et se confondent; Introduzione allô studio sait les Âmes et en dirigeait beaucoup, même au dehors della filosofia, 1839-18-10; Errori filosofici d Antonio de l’abbaye. Pendant une disette, en 1766, bientôt Rosmini, 1841, attaque aussi violente qu'inattendue suivie d’une épidémie, il fut la providence de toute la des théories rosminicnnes. En même temps qu’il région, distribuant sans compter les provisions du accuse l’idéologie du prêtre de Rovercto d’être un monastère et, quand les greniers et la caisse furent pur psychologisme, qui rend impossible une ontologie vides, il emprunta pour payer le grain qu’il faisait vraie et qui repose sur un principe rationaliste, Gioberti venir par mer. Après l'expiration de sa charge à Classe, I se rattache à lontologlsrne de Malebranche, dont il le P. Gioannetti fut appelé à Rome pour gouverner le modifie seulement la forme, et 11 professe la doctrine monastère de Saint-Grégoire au Cœlius (1773). Le de la vision Intuitive de Dieu. Par son idée que toute cardinal Braschi, le futur Pic VI, en était alors comchose est un concept et tout concept une chose, il menda taire; il eut occasion de connaître l'abbé, et tend la main en quelque sorte au système hégélien devenu pape il le créa, le 30 janvier 1772, évêque titu­ de l'identité des concepts et des corps, c’est-à-dire au laire d’Imcria et administrateur de l’archldiocèse de panthéisme et au matérialisme idéaliste. Quelques-uns Bologne. Le 23 juin de l’année suivante, il le faisait des ouvrages de Gioberti ont été traduits en français; archevêque et lui donnait le chapeau. Le cardinal I scs deux écrits, intitulés : Filosofia delta rtoctarione, André Gioannetti déploya dans l’administration de son et Frotologia, n’ont été publiés qu après sa mort à diocèse le même zèle que jadis à Classe; il en reste Turin, l’un en 1856, l’autre en 1857. comme preuves écrites de nombreuses lettres pasto­ Mais, plus encore que la philosophie, les questions rales aux fidèles et au clergé. En 1784, il en publiait politiques et religieuses passionnaient Gioberti et lui dix-huit réunies en un seul volume et qui forment un apportaient la célébrité; de Bruxelles il s’adressa. en cours raisonné de religion, dans lequel il s’applique à termes émouvants, aux Italiens, pour leur prêcher combattre les objections. Elles sont complétées par un l’idée de l’indépendance nationale et les adjurer de Appendice sur la suprématie du Saint-Siège, contre revenir aux traditions chrétiennes de leur pays. Des Tamburini, Eybcl et autres partisans des doctrines écrits politiques de Gioberti, où la dlfïusion n'étouflc joséphistes. En septembre 1788, Il réunit un synode pas l’éloquence, je n’en citerai que deux : le Primato dont les actes. Synodus diacesana Bononiensis, ln-4®, morale e policito degli 1 (allant, 1842, rêve d’une papauté furent publiés la même année. Lorsque la Révolution idéale, placée à la tête de la confédération italienne chassa en Italie beaucoup do prêtres et de religieux et exerçant sur tous les peuples un arbitrage respecté; français, le cardinal de Bologne leur fut très hospita­ le Gesuila moderno, 1847, diatribe amère contre la lier. Quand les États pontificaux furent envahis par Compagnie de Jésus. les armées de la Révolution, il ne craignit pas de rap­ Les événements do 1848 ramenèrent Globcrti ci peler avec fermeté, dans une lettre au sénat de Bologne Italie. Le roi de Sardaigne, Charles-Albert, ne se du 9 Janvier 1797, les droits et les lois de l’Êglise. L’année contenta pas de lui rouvrir les portes de son pays, il suivante, Pie VI, emmené en captivité, passa par le nomma sénateur du royaume. Lorsque le pauvre Bologne; le cardinal accourut pour le consoler et put exilé de 1833 revint à Turin le 29 avril 1848, il fut l’entretenir pendant de courts instants. Il devait se accueilli avec des transports de joie et célébré dans rappeler, alors, comment en 1782 il avait en la joie de des discours enthousiastes. 11 parcourut comme en 1375 GIOBERTI — triomphe les villes de la Haute-Halle et de Γ Italie centrale. Milan, Novare, Crémone, Plaisance, Parme, Brescia, etc.; Λ Borne, le pape Pic IX lui accorda trris audiences, le serra, parait-il, dans ses bras et I appela Je Pere de ta patrie. Giobcrli était alors A l'apogée de sa popularité et de son prestige politique. Après avoir été ministre sans portefeuille Je 29 juil­ let 1848, Il rentrait dans le ministère le 12 décembre, avec le titre de président du conseil. Tombé du pouvoir le 21 février 1849 à la suite d’intrigues secrétes de Mazzini. il revint à Paris, avec une mission diploma­ tique; puis, il y vécut en simple particulier, dans une profonde et laborieuse retraite, comme dans une flère pauvreté, ayant refusé la pension que lui avait offerte le gouvernement sarde. Il y mourut subitement d’une congestion cérébrale dans la nuit du 26 octo­ bre 1852, et fut honoré Λ Turin de splendides funérailles. Les vives attaques de son Rinnovamenlo d'Italia, I paru en 1851, contre le pouvoir temporel des papes, avaient entraîné, le 14 janvier 1852, la mise Λ l’index parle Saint-Office dc tous scs écrits sans exception. Massari, Rirordi biograflet c carteggto dl V. Giobcrli, Turin, 1869; Kraus, Essays, lr* série, p. 85 sq., Berlin, 1896; Louis Ferri. Essai sur Γhistoire de la philosophie en Italie au XIX· siècle, Paris, 1869, t. î, p. 337; t. n, p. 140; Mariano, La philosophie contemporaine en Italie, Paris, 1366. P. Godet. GIORGI Augustin, philologue et théologien italien de l’ordre des ermites de Saint-Augustin, naquit A Saint-Maur, près de Bimini en 1711. Entré en religion A l’âge de seize ans, il se distingua rapidement parmi scs condisciples par la promptitude et la sûreté de son jugement. Ayant obtenu successivement tous les grades qu’on peut acquérir dans la carrière de l’ensei­ gnement ecclésiastique, il fut chargé de cours d’abord â Aquila, puis A Florence, à Milan, à Padouc et à Bologne. Dans cette dernière ville, il se lia d’amitié avec le savant Prosper l^imbertini qui, une fois devenu pape sous le nom de Benoit XIV, l’appela A Koine pour lui confier la chaire d’Écriturc sainte au collège de la Sapience. C’est en cette qualité qu’il reçut la mission de prouver victorieusement la parfaite ortho­ doxie du cardinal Noris dont VHistoria petagiana continuait à ne pas être du goût de certains théologiens espagnols qui, malgré l’approbation romaine, persis­ taient à vouloir l’insérer dans leur Index des livres prohibés. S’étant acquitté de cette tâche d’une manière très satisfaisante, le même pape le choisit peu après comme directeur de la bibliothèque Angelica. 11 fut aussi procureur général de son ordre pendant dix-huit ans consécutifs, puis, h la mort de François Vasquez, vicaire général pendant plusieurs mois. Toutefois ce qui le caractérise le plus, c’est son érudition et sa connaissance de nombreuses langues orientales : on affirme qu’il savait au moins douze idiomes étrangers parmi lesquels l’hébreu, le chaldécn, le samaritain et le syriaque. 11 mourut à l’âge de quatrc-vlngt-slx ans, en 1797, estimé et respecté de tous, tant pour son désin­ téressement et scs vertus religieuses que pour son savoir. On a de lui : 1° Alphabetum thibetanum, missionum apostolicarum commodo editum, Borne, 1762 : c’est une collection de dissertations souvent très curieuses sur l’alphabet, l’orthographe et la syntaxe de la langue du Thibet, ainsi que sur la religion, la cosmo­ gonie et l’histoire civile et religieuse du même pays; 2’ Fragmentum Euangelii S. Joannis grcco-cnptothebaicim sæculi Π et liturglea alia fragmenta peteris thcbaidensium Ecclesia in lalinum versa et illustrata, Borne, 1789; 3° une série de lettres et autres élucu­ brations plus courtes dont voici l’indication générale : De oral tas interpretationibus Veteris Testamenti epi­ GIRARDEL 1373 stola; De vers (ont bus syriaels Novi Testamenti epistola; Inscriptiones Palmyrena mtusel Capitolini explicates; Judicium de Alexandri Sardii theogonia; Fragmentum copiicum ex Actis S, Coluthl erutum ex membranis vetustissimis sive. v ac latine redditum; Anlirrhclicus adversus epistolas duas ab anonymo censore in disserta­ tionem commonitoriam Camilli Blasii de /esto SS. Cordis Jesu vulgatus; De miraculis S. Coluthl et reliquiis actorum 5. Panesnia marlyris (he ba ica /pagmenta duo : accedunt /pagmenta varia notis inserta, omnia ex musiro Borgiano Veliterno deprompta et illustrata, etc. Un certain nombre de ces travaux furent publiés sous le titre : Doctrina Ecclesiæ et praxis cultus catholici, Home, 1782. Fontnnl, Elogto del P. Giorgi, in-4·, Florence, 1798; Fnbronius, Vita· Italorum doctrina excellentium, Piso, 1804, t. xviii, p. 1-50; J. Lantcri, Postrema sarcula sex religionis augustiniamr, Home, 1860, t. m, p. 213-219; KJüpfcl, Necrologium, p. 165-178; Biographie universelle de Mi­ chaud, t. χνπ, p. 412-117; Picot, Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique du XVIII· siècle, 3· édit., Paris, 1855, t. vu, p. 336-337; Dlcclonario enciclopedico Hispano· Americano de literaltira, ciendas y artes, Barcelone, 1892, t. ix, p. 429; Hurler, Nomenclator, 1912, t. v, col. 466-468· N. Merlin. GIRARDEAU Nicolas, né A Blois, docteur en théologie de la faculté de Paris, chanoine, official et grand-vicaire d’ftvrcux, mourut vers 1750. On a de lui : Prolegomena seu pnrlectiones theologiae dc religione, de verbo Dei seu scripto seu tradito, de Ecclesia et conciliis cum appendice de jure ecclesiastico, 3 in-8°, Paris, 1743. Quérnrd, La France littéraire, t. ni, p. 368; Hurter, Nomenclator, 1910, t. rv, col. 1405. B. Heurteiiize. GIRARDEL Pierro, né en 1575, à Chamcroy, au diocèse dc Langres. Après scs premières études à Langrcs, il vint à Paris. Il y fit la connaissance du P. Joseph Bouruignoris, dominicain, du couvent dc Toulouse, qui, après avoir soutenu les épreuves de la licence â Paris se disposait â retourner dans sa pro­ vince (1596). II persuada au jeune Glrardclde le suivre; il devait enseigner la langue latine aux novices. En 1599, il demanda à être reçu dans l’ordre et y fit profession le 8 septembre 1600. Après avoir consacré quelque temps A l’élude de la théologie, il enseigna d’abord la philosophie dès 1602, puis la théologie. Il prit scs grades à l’université dc Toulouse en 1610. Il avait été nommé inquisiteur dc Toulouse et conserva cette charge, sa vie durant. Deux ans après, en 1612, il fut élu prieur du couvent dc Toulouse et le gouverna pendant trois années. Il remplit la même charge dans les couvents dc Saint-Honoré à Paris (1620), à Bor­ deaux (1623). Par deux fois, il fut fait vicaire général de la congrégation dominicaine, dite Occltainc, en 1617 et 1626. Le maître général de l’ordre, Nicolas Bidolff, voulut se l'attacher, en qualité dc compagnon, et le ftt venir A Rome, où il prit part aux délibé­ rations du chapitre général de 1629 en vertu d’une permission spéciale du pape. Le P. Girardcl revint en France en 1631 pour y accompagner Nicolas Bidolff. Dc retour à Borne, l’année suivante, il y mourut le 8 février 1633, Agé dc 57 ans. On a du P. Girardcl : 1° Réponse Λ l'avertissement donné par les pasteurs de Γ Église prétendue réformée de Castres, touchant ceux qui sont sollicités Λ s'en retirer et se rendre ά la religion catholique, Toulouse, 1618. Cet ouvrage parut sans nom d’auteur. 2° Le P. Girardcl avait composé sept méditations sur le Pater, qui furent attribuées A sainte Thérèse. Voici comment cela se fit. Selon son habitude, le P. Girardcl ne signait point ses ouvrages; ces méditations furent imprimées d’abord en latin A Cologne, puis traduites en français par Amauld * d’Andllly, qui les fit paraître en 1670. Elles étaient 1378 GIRARDEL — GIRY 1377 données comme ayant été trouvées parmi les œuvres de sainte Thérèse· Dans son lltst. reformat. S. Theresite, t ii, I. VI, c. vin, n. 5, le carme François dc Sainte* Marie reconnut que ces méditations n'étaient point dc sainte Thérèse. D’autre part, le P. Key, qui avait connu le P. Girardcl et qui n laissé des mémoires sur sa vie, affirme péremptoirement que ces méditations sont bien dc lui et non pas dc sainte Thérèse. Le style d’ailleurs le montre assez. On attribue encore au P. Girardcl un certain nombre d'écrlU ascétiques, dont les titres sont rapportés par Echard. 11 avait aussi entrepris sur la Somme de saint Thomas un grand travail. Nous ne savons au juste dc quoi il s'agissait. Bien n’en parut, Echard, Scriptores ordinis pnrdleniorum, Paris, 17101721, t. n, p. 177; Année dominicaine, Amiens, février 1679, p. 246; nouvelle édit., Lyon, février 1884, p. 215*228. R. Coulon. GIRARDIN Joan-Baptlsto, théologien, prêtre du diocèse de Besançon, mort le 13 octobre 1783 à Malilencourl-Saint-Pancras, où il était curé. 11 a publié : Hé/lcxions physiques en /orme de commentaires sur le chapitre vni du livre des Proverbes depuis le verset 22 jusqu'au verset 31, in-12, Paris, 1758; pour faire suite à cet ouvrage, il ht paraître : L'incrédule désabusé par la considération de l'univers contre les spinoststes rl les épicuriens, 2 in-12, Épinal, 1766. On lui attribue en outre : Lettre d'un gentilhomme à un docteur de ses amis pour savoir s'il est obligé de se conjesser au temps de Pâques à son curé ou d'obtenir de lui la permission de s'adresser d un autre conjesseur, avec la réponse du docteur, in-12, Épinal. 1762. Quérard, La France littéraire, t. in, p. 369; Hurter, Nomenclator, 1912, t. v, coL 302. B. 1 Ikurtebize. GIR1BALDI Sebastien, théologien de la congréga­ tion des barnabites, naquit à Porto Maurizio en 1654. Ordonné prêtre, il s'adonna à l’enseignement et sc rendit célèbre dans les divers collèges dc sa famille religieuse, à Milan, à Macerata, à Bologne, et à Rome. Ici, il fut nommé pénitencier et s'acquit une grande renommée par sa connaissance approfondie de la casuistique. Sa mort eut lieu au mois de mars 1720. Voici la liste dc scs écrits : Ie De septem Ecclesiæ sacramentis, Bologne, 1706; l'ouvrage entier est divisé en dix traités; c'est une vaste encyclopédie de théo­ logie morale touchant les sacrements; l'auteur y traite un grand nombre dc questions particulières qu’il est difficile dc trouver dans les manuels de théologie morale; 2° De principiis morahtalis actuum humanorum dccemne prteceptis decalogi, Bologne, 1760; cet ouvrage contient dc savantes dissertations sur les actes humains, le péché, les lois et les préceptes du décalogue; 3· Juris naturalis, contractuum et censu­ rarum discussio, Bologne, 1717; on y trouve quatre traités sur la justice et le droit général, la restitution, les contrats, les censures et les peines ecclésiastiques. Ces ouvrages ont paru en trois volumes sous ce titre général : l 'niversa moralis theologia juxta sacros canones, Venise, 1735. Ils ont été réédités en 5 in-fol. parle prêtre vénit ien Antoine Giandolinl : Sebastian! Giribaldi Opera moralia, additis in nuperrima hac editione, pluribus suis signanter locis distributis, ex edictis, decretis, seu institutionibus, atque bullis Benedicti XIV, Bologne, 1756, 1758, 1760, 1762. Pr/zl, Scriptorum ex clcricts regularibus congregationis dlui Pauli catalogus per eorunuiem cognomina alphabetic*) ordine digestus (Inédit nux archives des bamabltrs A Home). A. Palmieri. GIRY Fronçol· naquit A Paris le 15 septembre 1635. Louis Giry, son père, avocat général près les chambres d’amortissement et les francs-fiefs, était un littérateur distingué, célèbre par ses traductions, et PICT. DK TIÛOL GAI IIOl. membre du petit cénac’e d'où sortit l'Académle fran­ çaise, dont il fut un des premiers membres Avec un tel père l'éducation dc François ne pouvait manquer d’être soignée; elle fut également chrétienne, et le désir do servir Dieu l’emporta dans Je cœur de notre adolescent sur celui de se faire une situation avantageuse. A dixsept ans, Il quittait furtivement sa famille pour entrer au noviciat des minimes à Chaillot. Son père se munit d'un ordre du parlement et ht ramener le fugitif A la maison, espérant le faire changer de résolution. Fran­ çois fut inébranlable et finit par emporter le consente­ ment paternel; Il put revêtir l'habit religieux le 19 no­ vembre 1652 et il prononça ses vœux le 30 novembre dc l'année suivante. Sous la sage direction du pieux P. Barré, le fondateur des écoles charitables du SaintEnfant Jésus, notre jeune religieux ht de rapides pro­ grès dans la vertu et la science; celle-ci se manifesta dans ses leçons comme professeur et dans deux soute­ nances publiques, la première à Amiens et la seconde A Avignon, en présence du chapitre dc son ordre et sous la présidence du cardinal-légat; celle-là lui valut le poste de confiance dc maître des novices, qu'il ne quitta que pour exercer les premières charges dans sa province. Le P. Barré, qui avait apprécié les mérites de son ancien élève, le désigna avant de mourir, 31 mai 1686, pour Je remplacer comme directeur des écoles charitables. Ce soin occupa une bonne part des deux dernières années de sa vie, car il mourut saintement le 20 novembre 1688. Une preuve de son zèle éclairé, dans la direction des tilles spirituelles que lui avait léguées son confrère, sc trouve dans un petit opuscule intitulé : Méditations pour les scrurs mattresses chari­ tables du Saint-Enfant Jésus, in-12, Paris, 1687. Son nom comme auteur est plus connu par ses publications hagiographiques; une des premières fut sa Dissertatio chronologica qua communis et antiqua sententia de anno natali et setate S. Francise! de Paula defenditur, in-8e, Paris, 1680. Il travaillait déjà, pendant les loisirs que lui laissaient scs devoirs, à la préparation de son œuvre magistrale, dont le titre un peu long indique suffisam­ ment l'importance : Les vies des saints dont on fait l'office dans le cours de l'année,... composées d apres Llpoman, Surins, Hibadeneira et quelques autres auteurs par le IL P. Simon Martin.... nouvellement recherchées dans leurs sources, corrigées sur les actes originaux, qui ont depuis paru au public, et mises dans la pureté de notre langue. Avec des discours sur les mystères de NotreSeigneur et de la sacrée Vierge,... grand nombre de vies nouvelles, .. le Martyrologe romain traduit en français... et un Martyrologe des saints de France, 2 in-fol., Paris, 1683. 11 ne cessa jusqu’à la fin de sa vie dc revoir et de corriger cettf œuvre et de l’augmenter pour une nou­ velle édition, 3 in-fol., 1687; elle parut encore après sa mort, Paris, 1715, 1719, et elle sert toujours de base aux recueils hagiographiques. On a vite fait dc dire que ce travail manque de critique. Pour le juger impar­ tialement, il faut se reporter à l’époque où vivait l’au­ teur, car on ne saurait vraiment prétendre qu’il fût arrivé à un point que recherche encore la saine critique. Il déclare lui-même avoir élagué bon nombre de fables, tout en cherchant à garder un juste milieu, car il aimait mieux passer pour trop credule que de s’associer à ceux qui ont peur du surnaturel. Il revit donc l’ouvrage de son confrère, le P. Simon Martin, le corrigeant au point dc vue de la langue, refondant certaines légendes, en ajoutant d’autres et le complétant par la biograplüe des personnages contemporains morts en réputation de vertu éminente. Quelques-unes de ces esquisses bio­ graphiques ont été imprimées séparément, la? Journal des savants, rendant compte de la Vie du P. Giry par le P. Claude RafTron. Paris, 1691. écrivait qu'aprês avoir enseigné la théologie de saint Thomas, < il se dévoua à la théologie mystique, et prit la plume pour VL - 44 1379 GIRY — GISMONDI consacrer son premier travail û l'enfance de JésusChrist Cet ouvrage, continue le Journal, n’a pas encore vu le jour. Peu après, il composa Γ Entretien de JésusChrist avec l'âme chrétienne, qu'il joignit à une poésie Aspirations saintes, dont 11 y eut plusieurs éditions à Paris et dans les provinces. Son petit Livre des cent points d'humilité est entre les mains de tout le monde, et la duchesse de Vcntadour l’a fait imprimer Λ scs dépens à Moulins. Les Explications, les notes et les réflexions qu’il a faites sur la régie du tiers-ordre de saint François de Paule, sont recherchées par plusieurs personnes de piété. · On lit encore au même endroit qu'on retrouva dans ses manuscrits le dessein d'un ouvrage en quarante chapitres, sous le titre de Sin­ gultus anima- pernitentis, qui aurait été tout différent de celui de Bcllarmin De gemitu columba. Il laissait aussi de nombreuses dissertations qui auront probable­ ment disparu, ainsi que scs restes ensevelis dans une tombe de pierre en l'église du couvent de la place Royale, rasée en 1803. 1380 nouvelle, mais qui ne semble pas avoir exercé sur les études théologiques en France une Influence compa­ rable à celle qu'elle obtint peu à peu Λ l’étranger. Le Journal des savants, dans un article approfondi du 19 septembre 1689, avait attiré l'attention sur la méthode théologique du P. Gisbert, dont il louait sans réserve les mérites. · Il est dlfllcilc de former, dlsait-ll, une plus belle idée de théologie que celle que le ; P. Gisbert vient de donner. · C'est seulement dans le , cours du xvni· siècle que ces idées alors très neuves pénétrèrent en Sorbonne, sans toutefois rénover son ’ enseignement Le P. Gisbert avait conçu le projet de publier une théologie complète, en une vingtaine de volumes, suivant cette méthode à la fois scolastique, historique ct critique, dont il revendiquait h bon droit la paternité ct qui marque un étonnant effort dans l’histoire de la théologie au xvii· siècle. Le î*r volume parut en 1699 : Scientia religionis universa, sive Chri­ stiana theologia historiée ecclesiastica: nova methodo sociata, quaestiones juris et facti theologicas complectens, Paris, 1789, suivi aussitôt du ιι· volume : Deus in se unus et Irinus, ibid., lorsque, pour des causes peu connues, la publication cessa brusquement. Il est vraisemblable que la méthode souleva des critiques en haut lieu, car nous voyons ù partir de cette date le P. Glsbcrt abandonner scs chères études dogma­ tiques pour prendre part aux discussions soulevées par la question du probabilisme. Le dernier ouvrage sorti de sa plume a pour titre : Antiprobabilismus seu tractatus theologicus fidelem totius probabHismi stateram continens, in qua ex rationibus divinis accurate examinatur seu veritas seu falsitas utriusque probabiUsmi in materia morali, Paris, 1703 Le titre indique exactement l’objet et la méthode de cet Important ouvrage dont le cardinal de Noaillcs avait accepté de grand cœur la dédicace en ferme tenant de la doctrine exposée. L'ouvrage souleva un vif émoi dans la Compagnie de Jésus ct au dehors, car, h la suite du P. Thyrse Gonzalez, l'auteur combattait résolument le probabilisme, en déclarant qu’il rétractait ses pre­ miers sentiments et un enseignement de vingt années, pour se ranger à l’opinion des probabllloristcs. Pour lui, il existe deux espèces de probabilisme : le probabi­ lisme rigide qui fait valoir la probabilité de la loi contre la liberté, et le probabilisme mitigé qui soutient la probabilité de la liberté contre la loi. Ces deux théories lui paraissent également irrecevables. Sa conclusion est que, soit en jugeant, soit en agissant, il est permis de suivre le sentiment le plus probable, meme quand il est le moins sûr. Il ajoute que le surplus de proba­ bilité doit être considérable. Mais le critérium qu’il propose pour régler sa conduite est fort complexe et indécis. Pour lui le degré de probabilité requis pour agir consiste dans une vraisemblance si grande que, tout bien examiné, elle suffise pour persuader un homme prudent, et elle le persuadera si l’esprit s’aperçoit qu’elle n'a pas coutume de le tromper dans de pareilles circonstances. Le système est jugé par là même. Le P. Glsbcrt mourut à Toulouse le 5 août 1710, après avoir rempli pendant les dernières années de sa vie la charge de provincial. Journal des sapants, 1698, t. xrx, p. 444, d’après la Vie du R. P, François Girg, par le P. Claude Raffron, Paris, 169!; Moréri, Le grand dictionnaire historique, Paris, 1745; Henri de Grézcs, l'fr du JL P. Darré, fondateur de Γ Institut des Écoles charitables du Saint-Enfant-Jésus dit de SaintNaur, Bar-le-Duc, 1892. P. Édouard d'Alençon. GISBERT Jean, jésuite français, né à Cahors en 1639, admis au noviciat de la Compagnie de Jésus, le 2 octobre 1654, enseigna la philosophie et la théo­ logie à Toumon, puis la théologie dogmatique ù Toulouse pendant dix-huit années avec un succès dû à l’exccllencc de sa méthode et au caractère original ; de son enseignement Défenseur ardent de la scolas- ; tique, le P. Gisbert chercha dès le début à renouveler i la théologie de son temps en donnant à la positive et spécialement à l’étude des faits en connexion avec le dogme une importance qui semblait excessive à plusieurs et qui constituait vraiment une intéressante et hardie nouveauté. Son premier ouvrage où il exposait et appliquait tout à la fois sa méthode : Vera idea theologiae cum historia ecclesiastica sociatæ, five quaestiones /uris et facti theologia, Toulouse, 1676, I eut un immense succès. Réimprimé à Paris, à Gratz, à Vienne, à Passau, A Augsbourg et dans d'autres villes, 11 exerça une influence incontestable sur l'orientation des méthodes théologiques en Allemagne dans tout le cours du xvni· siècle. L’introduction contenait ( une longue dissertation sur la méthode en théologie. L'auteur gardait à la scolastique tous ses droits, mais il s’élevait contre les excès de la dialectique et les vaincs subtilités d’école; il entendait ramener la théologie à l’étude des questions vraiment fonda­ mentales de la religion et des vérités dogmatiques en s’appuyant tout d’abord sur la base solide des textes et des faits. La scolastique ne doit pas être une métaphysique du dogme, mais une connaissance raisonnée des matières de la religion, une dialectique serrée, mais portant sur Γ Écriture, les Pères, This- . tolrc de Γ Église et l’antiquité sacrée. Dans le mémo ordre d’idées et de tendances, le P. Jean Gisbert entreprit bientôt une série de conférences théologiques Sommcrvogci, TMbllothéque de la C de Jésus, t. lu, à l’Académic de Toulouse sur des matières historicocol. 1463-1466; Hurter, Nomenclator, 3· édit., t. iv, col. 056, dogmatiques. Les principales : Petrus Paulo concors 1285; Znccnrin, Thesaurus theologicus, t. vu, p. 776-795, seu discordia Petrum inter ct Paulum; De Zozimo 1409-1413 ; lambert, IItstolre littéraire du slide de Louts XIV, pontifice in causa Pelagii et Cielestii; Defensio Ecclesiae Paris, 1776, t. I, p. 116 sq.; Acta eruditor. Ltpstœ, 1707, in negotio trium capitulorum; De Honorio pontifice in p. 373 tq. casu monothelitarum, furent publiées sous ce Utre : P. Bernard. Dissertationes Academicae selecta, ad ornatum Chri­ GISMONDI Henri, théologien de la Compagnie de stianae theologiae cum historia ecclesiastica nova methodo Jésus. Né à Rome, le 29 avril 1850, il entre dans la Compagnie le 1er janvier 1869, à Rome, achève scs sociatae, Paris. 1688, et plusieurs fois rééditées. Il études classiques à Eppan en Tyrol, étudie la philo­ serait intéressant de suivre dans les écrits du temps sophie à Maria-Laach, puis à Louvain, la théologie à l'impression produite par cette méthode alors si 1381 GISMONDI — GLANVILLE 1382 lui permirent de retrouver et de publier les z\ctes du Laval, puls A Poyannc. Il est envoyé en Syrie pour concile de Florence. Il était encore consulteur de la apprendre les langues orientales en 1881-1883, cl en­ seigne la théologie dogmatique à Beyrouth, qu'il quitte Propagande, du Saint-Office et faisait partie de la Visite en 1885, pour revenir un an à Manrèse. Il fait ensuite apostolique. Le cardinal Barberini, titulaire de la un nouveau séjour A Beyrouth, où 11 continue l’étude célèbre abbaye de Farfa, lui en avait déjà confié le des langues orientales; redevient professeur de théo­ gouvernement et il obtint encore pour lui de son oncle logie dogmatique en 1888. A la lin de cette année, il Je siège de Montalto (10 septembre 1640). Ne se con­ tentant pas du titre et des revenus, le nouvel évêque rentre à Koine, où il enseigne, A l'université grégo­ se rendit dans son diocèse et se fit le pasteur du trou­ rienne, les langues orientales, ct, A partir de 1890, Γ Écriture sainte. En 1901, il cesse d’enseigner l'Écri­ peau confié à son zèle; la construction du palais épis­ copal fut le gage de la paix heureusement rétablie par ture sainte. Consulteur de l'index en 1902, puis exa­ lui entre le clergé et la commune Comme le climat lui minateur apostolique pour le clergé romain, il devient était contraire, Innocent X, dont la famille était alliée en lin consulteur de la Commission biblique, réviseur aux Giustiniani, le transféra au siège de Nocera en des livres. En 1910, il est nommé professeur do langues orientales à l'institut biblique cl meurt, le 7 février · Ombric, le 16 janvier 1645, et le 6 mars suivant il le créait cardinal du titre de Saint-Onuphre. Cette pro­ 1912. lia publié: Lingu/c hcbraiac grammatica, Rome; motion lui fit interrompre la visite pastorale de son 2· édit., Disciplina lingua: hrbraicu tironibus accom­ nouveau diocèse, et, ne pouvant le diriger lui-même. Il modata, Rome, 1907; Lingua: sgriae# grammatica ct se démit l’année suivante. Nommé bibliothécaire de la chreslomalia cum glossario, 4· édiL, Rome, 1913; sainte Église, il s'occupa activement du précieux dépôt E bed-Jesu Sobrnsis carmina selecta ex libro Paradisus Eden, textus syri acus ct vcrslo latina; S. Grrgorii soumis A sa vigilance; Il le fit mieux ordonner et établir Theologi liber carminum iambicorum, versio sgnaca des catalogues, prenant part au travail et contribuant généreusement aux frais. Grand-pénitender, il se ecodice Londincnsi Muswi Britannici (édiL commen­ cée par le P. I. Bollig, S. J.); Mans Amri cl Shbir montra admirable de patience ct de bénignité, ne de patriarchis nestoriunorum commentaria, e codice permettant jamais qu’une supplique demeurât sans Vaticano cum versione latina, Rome, 1896-1897. réponse. Indulgent et pieux, savant ct prudent, on le Λ. Michel. nommait tout bas comme le pape futur, quand la mort 1. GIUSTINIANI Benoît, jésuite italien, né à Gênes vint détruire les espérances que l’on fondait sur lui. Après avoir reçu les derniers sacrements en pleine vers 1550, admis au noviciat de la Compagnie de Jésus à Rome en 1567, enseigna d’abord la rhétorique au connaissance, il se fit déposer sur le pavé de sa chambre Collège romain, puis la théologie & Toulouse, à Messine ct c’est ainsi qu’il mourut le 25 Juillet 1649. Pour ct à Rome, ct fut pendant plus de vingt ans recteur sépulture 11 n’en avait demandé d’autre que la tombe de la Pénitcnccric du Vatican. Sur l'ordre de Clé- I commune des prêtres de l’Oratoire en l’église de SainteMarie de la Vallicella. Les Acta sacri oecumcnici concilii ment VIII, Il accompagna le cardinal Cajétan pendant Florentini ab Horatio Justiniano, bibliothecæ Vatican# sa légation de Pologne en qualité de théologien. custode primario, collecta, disposita ct nolis illustrata, Célèbre surtout comme exégète par scs commentaires sur l'activité de la iektnâh dans Rom., vi, 4, où devenait dans le targum : « Je placerai la gloire de ma saint Paul dit que le Christ est ressuscité d’entre les iektnàh parmi vous; et ma Memra (parole) sera avec morts, par (διά) ta gloire du Pere. Les miracles sont, vous. · Pour les Midraschim cl le Talmud, la Memra dans saint Jean, xi, 40, attribués ù la gloire de Dieu. disparuit complètement : il ne reste que la iektnâh Tout ce qui sc rapporte au Christ reçoit aussi en qui hérite de son emploi et de ses attributions. C’est épithète le mot gloire : l’évangile de gloire, II Cor., elle qui parle À Amos et aux prophètes, Pesachim, 73, iv, 4; le ministère de gloire, Il Cor., ni, 8; les richesses et l’expression mizmôr ledapid laisse entendre que la de sa gloire, Eph., ni, 16; son royaume, le royaume de iektnàh est, dans le 'Talmud, la source régulière de gloire. Marc., x, 37. Dans les apparitions, c’est encore l'inspiration divine. Si le grand-prêtre Élie s’est la gloire de Dieu qui projette scs rayons éblouis­ mépris sur /Mme, mère de Samuel, c’est que la Iektnâh sants, Luc., n, 9, καί δόξα κυρίου πιριέλαμψιν αυτούς ; s’était retirée de lui. La Mischna a été donnée par Moïse c’est elle qui environne Paul sur la roule de Damas, tous les auspices de la iektnàh. Le Pirkt Abolh, in, 3, qxii le jette ù terre et lui parle. Ad., ix, 3-5; xxn, 11. dit que. si deux ou plusieurs hommes se réunissent Noter από τής δόξης του φωτός ixctvoo. C’est avec pour s'occuper de la Loi. la iektnâh est au milieu d’eux, elle que le Christ réapparaîtra ù la parousle quand il sentence qui rappelle Mnttb., xvm, 20. Les rabbins viendra juger le monde. Matth., xvi, 27; Marc., vni, enseignaient que la iektnâh était toujours présente 38; xiii. 26. Par celte énumération de textes, on a pu dans les synagogues, dans les écoles, dans les maisons s'apercevoir que l’expression gloire de Dieu n'a pas, des hommes pieux. Sofa, 17 a. On croyait généra­ dans la littérature néo-testamentaire, un sens spéci­ lement que la iektnâh n’habitait point le second fiquement dllTércnt de celui de l’Ancien Testament et temple, mais on disait qu'elle était partout inséparable de la théologie juive des siècles qui précèdent Imméd Israël; elle avait accompagné les tribus dans l’exil I diiitcmcnt l’ère chrétienne. à Babylone et elle était présente dans la Diaspora, Lesêtre, nrt. Gloire de Dteu, dans le Dictionnaire de la partout où il y avait une colonie déniants d’Israël. Bible de M. Vigoureux·, Hastings, A dictionary of the Les Juifs croient encore aujourd’hui que La iektnâh, Bible, nrt. Shekinah ; Kitto, Biblical encgclopadia, C in, après la destruction du temple par Titus, ne s'est pas p. 820; Hamburger, Bcal-Encycloptidle fur Di bel und retirée de Jérusalem et qu elle continue à couvrir le Talmud, p. 108D; Weber, Jud. 77ieol. *stique plaisait à beaucoup, et Grégoire de Bimini, Expositio in 11 SenL.Mllan. 1494, dist. Vil, q. n, nous apprend qu’elle fut publiquement soutenue par des docteurs de Paris. Saint Thomas semble la viser dans la Sum. thcol., I· II·, q. m. a. 1, lorsque, se demandant la béatitude est quelque chose d'incréé. Il conclut négativement, distinguant l’objet de la béatitude de sa possession, c’cst-ù-dire la gloire fondamentale de lu gloire formelle. 1393 GLOI KE L'opinion de Ripa et des docteur» Je Paris n’a jamais été censurée directement Elle mérite cepen­ dant d’étre théologiquement notée : Medina, loc. cit., la condamne comme hérétique; Zumd, In /*m //* Sum. S. Thorrue commentaria, Salamanque, 1594, q. ni, a. 1 ; Suarez, De Incarnatione, loc. cil. ; Grégoire de Rimini, loc. ciL, la trouvent périlleuse en matière de foi Martinez, O. P-, Commentaria super 11*ηΊ* d. Thoma, Valladolid, 1617, q. in, a. 4, dub. i, concL 2, la note comme téméraire et contraire Λ la foi. Gilles de la Présentation, op. cil., 1. IV, q. i, a. 4, § il, pense qu’elle est simplement téméraire; c’est aussi l’avis de Curiel, lectura scu qiuvstiones in divi Thomœ Aquinatis /··“//*, Douai, 1618, q. iv. § 5. Vasquez, tout en condamnant, ne se prononce pas sur la note A infliger. Op. cit., disp. VII, c. n. La raison de cette sévérité des théologiens est un double danger : l’absorp­ tion humaine dans l’opération divine, ce qui, indirecte­ ment, revient aux erreurs christologiques condamnées â Chalcédoinc et A Constantinople; la négation implicite de la nécessité du lumen gloria, allirmatlon condamnée au concile de Vienne. Denzingcr-Bannwart, n. 475. Voir Intuitive (Vision). c) Saint Bonaventure, In IV Sent., 1. IV, dlst. XLIX, a. 1, q. i, n. 5; q. iv, n. 17; ci. I. Ill, dlst. XIV, a. 1, q. i, cherche ce que peut être cette modification, cette forme nouvelle ajoutée à l’âme. Étant spirituelle, elle sera nécessairement ou un habitus, ou une opération. Pour lui, elle sera l’un et l’autre : elle est comme partagée entre les actes de l’Ame bienheureuse — et cette formule restera chez beaucoup de théologiens postérieurs — et les habitus dont procèdent ces actes. L’auteur attribue toutefois l’élément formel de la gloire aux habitus, et, en ccln, sa théorie est complète­ ment abandonnée. Voir S. Thomas, loc. cil., n. 2. Les habitus en effet, ayant leur sujet soit dans l’essence, soit dans les facultés de l’Ame, sont présupposés A la gloire, mais ne la constituent pas. d) Quelques théologiens nominalistes avalent enseigné que la béatitude, dans son élément formel, était constituée par une opération, dans laquelle l Ame serait entièrement passive. Dieu seul agirait en elle. Gonet, Clypeas theologia thomistiac, Paris, 1876, t. ni, tr. VIII, De homine, disp. Hl, a. 1, n. 1. Gonet rapproche de cette opinion, en sol contradictoire, toute opération étant un acte, l'hypothèse de quelques théologiens catholiques, Grégoire de Valence, in l** II* Sum. S. Thoma, disp. I, q. ni, p. n; Vega, O. M., Expositio et de/ensio tridentini decrtli, etc., Venise, 1548, 1. VI, c. vin; Gilles de la Présentation, op. cit., q. 1, a. 4, affirmant qu’il ne répugne pas, en sni, que, * par la puissance absolue de Dieu, l’Ame soit constituée dans l’état de gloire par une opération qu’elle n’éliclleruit pas elle-même. Gonet, loc. cil., § 7, fait remarquer que cette passivité ne semble pas pouvoir s’accorder avec les décisions portées par le concile de Trente contre Luther relativement A la part active que l’Ame doit prendre aux opérations de l'ordre surnaturel, üf. sess. VI, iv, c. 4, Denzingcr-Bannwart, n. 814. Voir la théorie de Luther exposée par Dcniffc, Luther cl le luthéranisme, trad, franç., Paris, 1912, t. ni, p. 261-308. D'ailleurs une telle façon de concevoir la gloire des élus ra directement contre les procédés habituels de la jrovidence qui agit en tout, non d’une façon violente •t contraire A la nature des êtres qu’elle gouverne, nais d’une façon connnturclle A leurs facultés. 2. Opinions librement discutées. — a) Opinion homlste. — Pour les thomistes, l’élément formel de la •Joire essentielle est constitué par la vision béatlffque. /élément formel de la gloire, c’est, en effet, (Usent-ils, i possession du souverain bien : toute opération ÔÏJcomÎfante ôti complétive de Γacte de possession te peut appa· unir au concept constitutif de l’csscnco 1396 même, prise en ce sens strict, de la béatitude. Jean de Saint-Thomas, op. cit., q. v, disp. H, a. 3, n. 12 Or la prise de possession du souverain bien ne peut se faire que par un seul acte, par un acte de l’intelli! gcncc, reine de nos facultés, cl faculté de l’appràhcgslon. La volonté intervient avant par le désir/ après,) f par la jouissance; mais son opération propre ne peuf constituer cette prise de possession du souverain bien laquelle est l’élément formel, et, au sens thomiste essentiel, de la béatitude. D'ailleurs, la béatitudi étant l'objep même de la volonté ne saurait être constituée par l'acte même de la volonté. S. Thomas loc. cit., n. 4 et ad 2 élus seraient heureux ? Suarez De fine ultimo, disp. \ II, sect, i, n. 31 ; Gonet, op. cil., disp. III, a. 1, répondent avec la plupart des thomistes que l’amour est le complément pécessairc de la vision. S*aglt-il d’une vision de l’intelllgencé spéculative ou pratique, d’un acte simple ou composé? Voir S. Thomas, Sum. theol., I* 11*, q. m, a. 6, et ses commentateurs sur cet article. De ces subtilités que signale en passant Ripalda, Dr ente supernatural!, I. IV, dip. C, sect, ti, n. 6, le théologien ne retiendra que ce qui est utile pour expliquer l’objet et les propriétés de la vision intuitive. b) Opinion scotiste. — Le principe fondamental de cette opinion est que l’élément formel de la béatitude essentielle réside uniquement dans une opération de la volonté. Mais cette opération peut être ou l’amour, et c’est l’opinion de Scot, ou la Joie béa U fique et c est l’opinion d’AurioL Scot, In IV Senl.,\ IV, dlst. XLIX. q. iv, v, pense que l’élément formel de la gloire essentielle des élus réside dans l’acte d'amour d'amitié, opération de la volonté humaine s’attachant à Dieu pour lui-même. On peut citer, comme partisans de cette doctrine, Gilles de Rome. Quodl., III, a. 19; Auriol, au témoignage de Capréolus, In IV Sent., dlst. I, q. 1, a. 2, et de Medina,/n Pa* ΙΙΛ, q. IV, a. 4, aurait enseigné que l’acte de volonté procéderait non de l’amour d’ninitlé, mais de l’amour de concupiscence et consisterait dans la délectation, dans la Jouissance de l’ûme possédant Dùu. son bien suprême. De fait, ù part le texte de saint Paul, I Cor., xm, 13, où la charité est exaltée par-dessus toute autre vertu, parce que vertu subsistant dans la gloire, on ne peut guère trouver dans la sainte Écriture que des textes désignant sous les noms de joie, de patupU la gloire des élus, et appuyant ainsi l opinion parti­ culière d’Auriol. Cf. Matth., xxv, 21; Ps. xxvi, 4; xxxv, 9, 10; Joa., xv, 11; xvi, 22; 1 Joa., iv, 16; Luc., xxn, 29, 30; Apoc., n, 7, 17. L’opinion de Scot et celle d’Auriol, bien que se retrouvant dans toute l’école scotiste avec des nuances diverses dont les subtilités n’ont rien a envier ù celles de l école thomiste, voir Ripalda, toc. cil., n. 8. ont peu de partisans, si on les considère sous leur aspect exchtsivtste. Les textes qu’elles peuvent apporter en leur faveur, soit de la sainte Écriture, soit des Pères, voir plus loin, ne suppriment pas ceux que l’opinion thomiste revendique pour elle. Aussi, une troisième opinion s’e>t peu à peu formée dans la théologie catholique, qui prétend expliquer la gloire essentielle des élus par l’opération de l'intelligence et de la volonté réunies. La raison fondamentale de l’opinion scutiste est celle-ci : Dieu est notre béatitude, parce que notre souverain bien. Or, en tant que souverain bien, il est l’objet de la volonté et non de l inlelligence. L’opinion d’Auriol, fait remarquer Suarez, De ultimo fine, disp. VII, sect, i, n. 43; cf. disp. IX. sect, m, n 7, ne peut se soutenir psychologiquement; la joie béatifique n’est qu’une conséquence de la possession du souverain bien; son objet est, non le souverain bien, mais la possession qu’on en a; elle ne peut donc être la lin dernière de l’honunc. Cf. S. Thomas, Sum. theol., P II*. q. iv, a. 2; Cont. gentes. 1. Ill, c. xxvi. Quant ά ΓορΙηΙοη de Scut elle ne paraît pas davantage admis- GLOIRE 1399 de Dieu et J amour de Dieu, pris ensemble ou pris séparément, sont l'élément formel adéquat de la gloire des élus; et il explique son sentiment en se représentant la béatitude essentielle comme composée de parties i quasi homogènes qui, prises séparément, forment chacune une béatitude complète en son espèce. Voir n. 13, 14. D'ailleurs, ici encore, les tenants de la même opinion se divisent sur des points d'une extrême subtilité. La question qui domine toutes les divergences est celle-ci : l’operation de la volonté doit-elle avoir une priorité sur celle de l’intelligence ? Controverse justement qualifiée par Ripulda, après Occam, J. Major et Vasquez, de arbitrariam et vocalem. Voir Lessius, De summo bono, 1. II, c. vu Les principales raisons sur lesquelles s’appuient les partisans de ce troisième système sont les suivantes : a. L'autorité de l’Écriturc sius, De summo bono, 1. Π I, c. vmu η. 101-103. Le le sein d’Abraham, Luc., xvi, 22; les habitants du P. de Smct, Notre vie surnaturelle, Bruxelles, 1910, del se réjouissent à la conversion d’un pécheur, Luc., t. i, p. 293, a bien résumé la doctrine de ces deux xv, 7, 10; Marthe espère bien retrouver plus tard son théologiens en montrant que, si les jouissances pro­ frère, Joa., xi, 24; Jésus, ripostant aux Sadducécns, pres aux trois Sens plus matériels de la nature ani­ Matth. xxn, 30, dégage la sodété des élus des appé­ male, goût, odorat, toucher, devaient être spirituali­ tits grossiers que l’état de gloire ne comporte plus, sées pour concourir Λ la gloire accidentelle des élus, mais suppose expressément que les élus se retrou­ la chose est plus facile â expliquer pour la vue et veront. l’ouïe. La musique qui ravira les oreilles des élus, La tradition propose également cette vérité On après la résurrection, sera non seulement mentale, peut en trouver les témoignages explldtes aux art. mais vocale. S. Thomas, Sum. theol., Ill· Suppl., Ciel et Communion des saints. La sodété des q. lxxxii, a. 4; In IV Sent., 1. II, dlst. H, q. n, a. 2, saints et des anges, comme faisant partie du bonheur ad 5“*; Lesshis, op. cil., c. vtii, n. 99. La principale des élus, est insinuée ou aflirméc dans la Didachè. gloire des yeux sera de contempler le corps glorieux xvi, 7; par S. Clément, l· Cor., xxxiv, xxxv; par du Sauveur. S. Thomas, In IV Sent. 1. IV, dist Hennas, Pastor, Sim., ix, 27, 3; Vis., n, 7; par S. Po­ XLIX, q. n, a. 2. ly carpe, Ad Phil., il, 1; v, 2; dans VÉpitre àDiognéte. vi, 3; v, 5, 9; par S. Justin, Apol., n, 1; Dial, cum En plus des auteurs cités : Suarez, De mysteriis vîtes ! Tryph., 56 ; lltol άναστάσνος, 7, P. G., t. vi, coL 441, Christi, disp. XLVII, sect, vu 612, 1589; par S. Hippolyte, De Antlchristo, 31. 59» e. Dans les biens extérieurs. — a. Terre et deux P. G., t. x, col. 752, 780 (voir, sur la vraie pensée renouvelés. — Si le monde doit être renouvelé après de S. Hippolyte, d'Alès, La théologie de S. Hippolyte, la résurrection générale, les deux, la terre ainsi rcs Paris, 1906, p. 179 sq ); Clément d'Alexandrie. Ptrd., taurés apporteront, par leur perfection même, un nou- , n, 12; Strom., VH, 2, P. G., L ix, col 511; t vm. DICT. OR THEOL. CATUOL, VI. — 45 ! ill GLOIRE col. 408; Origène, De prlnc., 1. II, c. xi, n. 6; 1. I, c 57, n. 2; De oratione, il 11, P. G., t. xi, col. 216, 166, 449; Tcrtullicn, De anima, 55, P. L., t. il, col. 742-744; S. Grégoire le Thaumaturge, Sermo pa­ negyricus in honorem sancti Slephani, 2, dans Pitra, Analecta sacra, U iv, p. 409. Mais déjà, à cette époque, plusieurs Pères envisagent cette vérité sous l’aspect qui nous occupe, à savoir que la société du ciel sera la continuation des liens de la terre et contribuera de ce chef a procurer aux élus une nouvelle gloire accidentelle. Saint Irénéc, commentant l'histoire du mauvais riche et de Lazare, rappelle que · les Ames continuent de se connaître et de se rappeler les choses qui sont Ici-bas. » Cont, hter., I. 11, c. xxxiv, n. 1, P. G., t. vw, col. 834. Saint Cyprion, arrêtant son regard sur le ciel, assure que · nous y sommes atten­ dus par un grand nombre de personnes qui nous sont chères, que nous y sommes désirés par une foule considérable de parents, de frères et d’enfants qui, désormais assurés de leur Immortalité, conservent encore de l’inquiétude pour notre salut. » De morta­ litate, c. xxvi ; cf. Epist., lvi, ad Thibarilanos, P, L., L iv, col. 601, 357. De beaucoup d'ouvrages de saint Ambroise, voir Cîbl, t. n, col. 2184, se dégage l’union mystique des élus entre eux et avec le Christ. Mentionnons tout particulièrement les espérances du saint évêque, pleurant son frère Satyrus, mais auquel il espère pouvoir bientôt sc réunir, De excessu /ratris Satyri, 1. I, n. 79; 1. II, n. 135; cf. n. 53 sq., P. L., L xvi, col., 1314, 1354, 1329. Suint Jérôme (voir L π, i col. 2485), réfutant Vigilance, n'admet pas que les saints ne puissent plus maintenir au del les relations d’alTcctlon qu’ils ont pu avoir ici-bas. Epist., lxxv, n. 2, P. L , t. xxii, col. 686. Saint Augustin, quelles que soient les hésitations de sa pensée sur la nature du del (voir t. n, coi. 2485-2486), alllrmc que les élus • se connaîtront, non pas parce qu’ils verront la face les uns des autres (avant la résurrection), mais parce qu ils verront comme les prophètes ont coutume de voir ici-bas et même d’une manière bien plus excel­ lente. » Scrm., ccxliii, c. vi; cf. cccxvi, c. v, P. L·., t. xxxvni, col. 1146, 1434. Cette certitude de la réunion des élus au ciel est un thème de consolation. Epist., xcu, n. 1, 2, P. L., L xxxm, col. 136. Pour éviter les répétitions, notons simplement encore la doctrine de saint Grégoire : · (Les bienheureux), dit-il, reconnaissent ceux qu’ils ont connus en ce monde, agnoscunt quos (n hoc mundo noverant; ils reconnaissent aussi, comme s'ils les avaient vus et connus, les bons qu’ds ne virent jamais », oelut oisos ac cognitos agnoscunt. Dial., i. IV, c. xxxin; cf. c. xxxiv, P. L., t. lxxvh, coi. 373-376. Voir, repro­ duisant ia doctrine de saint Grégoire, saint Julien de Tolède, Proqnosttcon, 1. 11, c. xxiv, P. L·., t. xevi, col. 486; Haymon d’Halberstadt, De oarletate libro­ rum, 1. 1, c. vin, P. L., t. cxvm, col. 882; Honorius d'Autun, Elucidarlum, I. ΠΙ, n. 7, 8, P. L·, L clxxîi, | col. 1161-1162. Dans un sens plus strictement philo­ sophique, signalons saint Paulin de Noie, pour qui l'âme, en vertu de sa céleste origine, survit au corps et doit nécessairement conserver scs affections et scs sentiments comme elle conserve sa vie. Poemata, xvtiî, XXIV, P. L·, t. lxî, col. 492, 620. En ce qui concerne les Pères des Églises grecque et syrienne, nous n'avons que peu de chose à ajouter â l’art. Ciel, col. 2488-2192. De saint Jean Chrvsostome, signalons tout particulièrement In Matthæum, homih x.xxi, n. 4, 5, P. G., L lvh, col. 374 sq., et les d touchantes consolations qu’il adresse tîç νιώτιραν P. G., t. Lxvm, col. 600 sq. Cf. pseudoAthanase* Questiones ad Antiochum ducem, q. xxn, P. G., L xxviii, col. 609-612. Saint Théodore Studlte 1012 développe la même vérité en l'appinant sur le fait du jugement dernier. Ce jugement ne peut avoir lieu qu'à la condition que tous les chrétiens sc recon­ naissent; les douze apôtres, assis sur douze trônes, Matth., xix, 28, ne pourront juger les nations qu’à la condition de les connaître; Job ne pourra recevoir le double de ses enfants, cf. Job, xlii, 10, 13, qu’à la même condition de les reconnaître pareillement. 11 faut donc croire que « le frère reconnaîtra son frère, le père ses enfants, l’épouse son époux, l’ami son ami...; tous nous nous connaîtrons, afin que l'habitation de tous en Dieu soit rendue plus joyeuse par ce bienfait, ajouté à tant d’autres, celui de nous connaître les uns les autres. » Scrm. catcch., xxn. P. G.. t. xcix, col. 538, 539; cf. Epistolarium, 1. I, epist. xxix; I. 11, epist. clxxxvui, ibid., col, 1005, 1573, 1577. Voir aussi Photlus, Epist., I. 111, epist. lxiiî, Tarasio patricio, /ratri, P. G., t. cil, col. 969 sq. L'hagiographie, l'éplgraphic, l’iconographie et plus encore la liturgie fournissent do nombreux témoi­ gnages concernant cette société céleste qui sera l'une des gloires accidentelles des élus. Voir Cn !.. On lira, avec fruit, sur le même sujet. S. Bernard, Stem., n. in natali sancti Victoris, η. 3, P. t. cr.xxxiii, col. 374-375; Bossuet, Sentiment du chrétien touchant la oie d la mort, Œuvres complètes, Besançon, Paris, 1840, t. iv, p. 692 sq. — Les élus pourront-ils trouver quelque Joie accidentelle du côté des habitants des limbes ? · On peut regarder comme... probable qu’il y aura des rapports d’amitié humaine entre (les enfants morts sans baptême) et les bienheureux citoyens de la patrie céleste. Ceux-ci pourraient venir converser avec eux, les consoler, les instruire de bien des choses qui leur feront mieux connaître et aimer Dieu... Cette croyance, si elle ne peut s’appuyer sur aucun texte positif de la révélation divine, n’y ren­ contre non plus aucune contradiction positive. » De Smct, op. cil., t. i, p. 304, note. S. Thomas, Sum. theol.. I» II*, q. iv, n. 8; II* H·**, q. xxvi, a. 13; tn IV Sent., 1. Ilbdht. XXXI. j. n, n. 3; et les commentateur*; Munitori. De paradiso regnique àrlestts glorla, Vérone, 1738; et, parmi les auteurs récents, Monsabré. Carême de 1889, ciel. II· point; Éllc Méric, l/autre oie, Paris, 1912, t. n, c. ix; Blot, Au ciel on se reconnaît, Paris, 1909. III. Gloire consommée et accroissement de la gloire. — La gloire ou béatitude consommée consiste dans l’épanouissement complet de la gloire dans la nature humaine totalement reconstituée. La gloire consommée n’existera donc qu'après la résurrection. Cette vérité se trouve affirmée dans In tradition, mais non sous une forme toujours identique. Quelques Pères et écrivains ecclésiastiques, jugeant que le corps doit être réuni à l'âme pour que celle-ci puisse jouir de la gloire, ont reculé la vision béatiûque elle-même Jusqu’après la résurrection. Cette erreur n été con­ damnée par Benoît XII. Voir ce mot. Les autres, tout en admettant la doctrine catholique que Be­ noit XII devait promulguer, varient dans leur façon de s’exprimer touchant les rapports entre ce que nous appelons maintenant, avec nos formules théoloulqiies précises, la gloire consommée et In gloire essentielle. La gloire consommée ajoute quelque chose à la gloire essentielle, voilà ce que tous sentaient et exprimèrent en des formules parfois équivoques et qu’on a tâché d'expliquer ailleurs.Voir Benoit XII, t. n, col. 684-688. Ce qui nous reste à faire Ici, c’est donc lu mise nu point théologique de la dlflérence qui existe entre l’une et l’autre gloire. Cette mise au point peut se résumer en deux propositions, dont la première est nécessaire à l’intelligence de la seconde : ΡΛ proposition : Uaccmtssement de la gloire aect- 1413 GLOIRE dentelle dans l'âme séparée du corps nfajoute rien for· mcltemenla hi gloire essentielle. I. Il peut y avoir, duns rûrneséparée du corps, accmissenunt de gloire accidentelle. - Saint i'honias, tn I V Sent., I. IV, .list- XII,q. il, R. 1. q. n. prend occasion de In collecte de h messe de saint Lion, pape : Annue nobis, Domine, ut animer famuli lui Leonis ture prosit oblatio, pour expliquer comment nos prières, nos sacri lices, nos hommages peuvent concourir A la gloire des saints. « La gloire, dit-il, c’est In récompense des saints; or, cette récompense est double : c’est d'abord la joie essentielle qu’ils reçoivent de la divinité; c’est ensuite une joie acci· dentelle qu’ils reçoivent de n'importe quel bien créé. Quant A la joie essentielle, selon l’opinion plus pro­ bable, ils ne peuvent recevoir d'accroissement; quant a la Joie accidentelle, cela leur est possible, du moins jusqu’au jour du Jugement. Comment, s’il n’en était pas ainsi, leur joie s*accroitrait-t-clle de la gloire de leur corps ? Aussi leur gloire s’accroît par tous les bienfaits qu’ils nous procurent, les anges du ciel se réjouissant eux-mêmes de la pénitence d’un seul pécheur, Luc., xv, 10; et ainsi les saints se réjouissent de tout ce qui sc fait cn l’honneur de Dieu, et surtout de tout ce par quoi nous rendons grâces A Dieu de leur gloire. » Et le saint docteur conclut qu’il ne peut s’agir, lorsqu’on parle de l’accroissement de la gloire des élus, que d’un accroissement de gloire accidentelle. Cf. Sum. thcol., Γ, q. lxii, a. 9, ad 3—. La raison théologique démontre la possibilité d’un tel accroisse­ ment. La gloire a son principe formel dans la con­ naissance, dura cum laude notitia. Or, nous l’avons vu, l’intelligence de l’âme séparée garde, même con­ comitamment avec la vision béatiflque, scs opérations propres. D’une part, tant de sujets de gloire, cn dehors de Dieu, subsistent sur lesquels l’intelligence pourra S’arrêter. Ces sujets sont multiples. Sans compter le souvenir de ses bonnes actions accomplies ici-bas, l’âinc bienheureuse pourra connaître, par une révéla­ tion progressive, voir plus haut, col. 1407, les choses qui la concernent, les témoignages qu’on rend à son mérite, les prières qu’on lui adresse, les hommages qu’on lui rend. Cf. Lcsslus, De summo bono, 1. II, c. ix, x. Sa gloire accidentelle croîtra donc cn propor­ tion de ccs révélations. Elle croîtra surtout cn raison des joies qu'apportera aux élus la société des saints, S. Augustin, Enarr.in ps. < xlvu, n. 6, 9, 13, P. L., t. xxxvn. col. 1918, 1920, 1922; S. Bernard, In festo omnium sanctorum, scrm. v, n. G, P. L., t. ci.xxxm, col. 178; cf. Billot. op. cil., §2; et dans celle société tout particulièrement la vue du corps glorieux de NotrcSclgncur. S. Thomas, In IV Sent., 1. I, dlst. I, q. i, a. 1, ad 3”; 1. III. dlst. I, q. 1, a. 3. ad 6 ·. D’autre part, l’éternité participée, qui est celle des saints, si clic exclut la multiplicité de la succession des opéra­ tions de la béatitude essentielle, voir Eternité, t. v, col. 919, cl Intuitive (Vision), n’exclut pas la multi­ plicité et la succession des opérations naturelles, qui sont la béatitude accidentelle. Donc, rien ne s’oppose, chez les âmes séparées, à un accroissement de béatitude accidentelle. Les théologiens discutent pour déterminer le prin­ cipe de cet accroissement. Les uns prétendent que, par rapport à la gloire accidentelle, les élus sont encore capabb s d<* mérite. Les autres rejettent cette opinion comme moins probable, cf S Thomas, Sum. theoi, P, q LXîî, a. 9, ad 3”; In IV Sent., 1. IV dist. L, q. n, a. I, q. vt, et pincent le principe de cet accroisse­ ment dans In vertu même de la béatitude.Voir Mérite. 2 L'accroissement de gloire accidentelle n'ajoute rien formellement ri ta gloire essentielle.— C’est la doc­ trine commune, empruntée A saint Thomas par tous les théologiens qui ont étudié la question. Tous les biens créés qui peuvent être un sujet de gloire acci- | 1414 dentelle pour les élus sont renfermés cn Dieu qui est la source de tous biens, n'ont de valeur pour les élus que parce qu’ils valent en Dieu, et, de même que Dieu n’ajoute rien A sa gloire et à sa béatitude en donnant l’être aux créatures qui le glorifient, de même l’élu n’ajoutera rien A l'élément formel de sa gloire essentielle, c’est-à-dire à la vision et a t’nmonr béatiflque, par l’accroissement de sa gloire acciden­ telle : Cum beatlludo nihil sit aliud quam adeptio boni perfecti, quodeumque aliud bonum superaddatur divina: visioni aut fruitioni, non faciet magis beatum; alioquln Deus esset factus beatior condendo creaturos. S. Thomas, De malo, q. v, a. 1, ad 4’—. Et In IV Sent., L IV, dist. XLV, q. n, a. 2, q. ivr ad 3—, le même auteur explique. A cause du même principe, que les saints du ciel, quamvis de omnibus bonis nostris gaudeant, non tamen sequitur quod multiplicatis nostris gaudiis eorum gaudium augmentetur formaliter, sed materialiter tantum. Il n’y aura pas plus dc Joie, il y aura plus de sujets de joie. L’accroissement de gloire ne fera donc qu’augmenter les motifs dc gloire, mai» non la gloire elle-même : c’est là ce que les théologiens veulent dire, en affirmant que l’accroissement de gloire accidentelle est purement matériel par rapport A la gloire essentielle. 2* proposition : L'accroissement dc gloire qui résultera de la réunion de l'âme au corps sera un accroissement de gloire purement accidentelle. — En ce qui concerne la gloire du corps ressuscité, la question ne sc pose plus de la même façon que pour la oloire accidentelle dc l’âme séparée. Nous n'avons pas à rappeler ici les opinions et les discussions des théologiens touchant le principe de* qualités des corps des élus. Voir Jean de Saint-Thomas. De adepttone bcatiludinis, disp. II, a. 9, n. 4-15. A l’art. Corps glorieux, t. m, col. 19001902, on a exposé la doctrine communément admise, que la gloire essentielle de l’âme, la sis ion béatiflque, rejaillissant sur le corps, lui conférait ccs qualités : Quod corpus gloriosum erit omnino subtectum animer rationali, non solum ut nihil in eo sit quod resistat spiritui, quia hoc fuit etiam in corpore Alter, sed etiam ut sit in eo aliqua perfectio effluens ab anima glori· ficata in corpus, per quam habile redditur ad prxdictam subjectionem, quir quidem perfectio, dos glori ficati cor­ poris dicitur. S. Thomas. In IV Sent., L IV. dist. XLIV. q n, a. 3, q. i. Mais si la gloire du corns n’est qu’un rejaillissement dc la gloire de l’âme, n’apportera-t-ellc pas un accroissement réel à la gloire essentielle ? Benoît XII, voir t. u, col. G86, n’a pas tranché dogma­ tiquement la question. On ne peut dire cependant que cc soit un problème librement débattu : aujour­ d’hui la réponse négative est la doctrine communé­ ment admise. Mais il n’en a pas été toujours ainsi. L Ancienne opinion de saint Augustin, de saint Iternard et de quelques scolastiques. — Saint Augustin a proposé une théorie assez dinércnte. Pour lui, les anges seuls jouissent pleinement de la gloire essentielle, les Ames n’auront cette gloire pleinement qu’aprés In résurrection; jusque-lA. retardées par leur attrait naturel vers le corps, elles jouissent de la vision Intuitive, mais d’une façon incomplète. Voir Augustin (Saint), t. i, col. 2447, et Benoit XII, L n, col. 686. Saint Bernard a une doctrine analogue. Voir Bernard (Saint), t. n. col. 781; Benoit XIL t. n. col. 689-690, et la note de Mablllon dans la P. L.. t. clxxxiii, col. 465. On cn trouve des échos Jusque chez les doc­ teurs du moyen Age. Haymond d’Halberstadt, Expositio in Apocalypsim,}. Il, c. xvi, P. L,, t. cxvii. col. 1027; Pierre Lombard. Sent., I. IV, dist. XIXL, n. 5. P. L., t. exen. col. 959; S. Bonaventure, In IV Sent., disL XLIX. part, II. a. 1, q. 1, lequel affirme que la glorifi­ cation des corps apportera un accroissement dc gloire essentielle ex consequenti; S. Thomas lui-mêmo, ibid. 1415 GLOIRE 1416 q. i, û. 4, q. r, et III· Suppl., q. xcm. ο. 1 : Anima est purement matérielle; c’est un objet de plus auquel separata naturaliter appetit carparis conjunctionem le mémo élément formel, toujours identique à luiet propter hunc appdilum... ejus operatio qua in Drum même, de la gloire essentielle, c'est-à-dire in vision Jrrtar est ww jxrtNSi... Cependant, (η IV Sent., béaiiflquc, apporte son rayonnement ct sa splendeur. I IV. clhL, XII, q. Π, a. 1. q. n, saint Thomas appelle Si notre raison trouve quelque difficulté à admettre l'opinion opposée probabiliorem. CI. Bichard de ces explications, c’est que, Je corps faisant partie Middletown, In IV Sent., dist. XLIX, a. 2, q. vu; I intégrante de la nature humaine, IJ nous semble que Mande d’Inghem, ibid., q. xin, a. 3; Henri de Gand, la gloire de cette nature ne soit complète que par la Quodl., VII, q. yi. Suarez, De ultimo fine hominis, disp. glorification du corps. Mais 11 suffira, pour dissiper XIII, sect. π, n. 2, tail remarquer que les lettres cette équivoque, de se reporter oux principes philo­ d’union du concile de Florence pourraient être inter­ sophiques exposés à l’art. Béatitude, t. n, col. 611; prétées en ce sens; voir les Actes concernant la question la béatitude parfaite ne pouvant consister que dans du purgatoire dans Mansi, Concil., t. xxxi, col. 488une opération de l’âme, le coq>s n’est pas requis pour 489. Tous ces auteurs s’appuient sur l’autorité de elle. Cf. S. Thomas, Sum. thcol., I· II·, q. iv, a, 5, 6. saint Augustin. IV. Degrés de la gloire. — Le mot fin dernière 2. Opinion singulière d'A. Toslat. — Notons en peut être pris dans deux acceptions diffère nies : passant, sur ce point, l’opinion assez singulière d’Al­ fin dernière objective, ou souverain bien dont la phonse Testât, dans son commentaire sur ('Évangile possession assure aux élus la gloire ou béatitude; fin Je saint Matthieu, c. v, q. lxiii : l’âme dégagée du dernière subjective /ormclle, ou relative, c’est-à-dire corps est, pour lui, plus apte À la vision béaüflquc la possession elle-même du souverain bien par les élus. qu’unie au corps qui l’alourdit et la retarde. La gloire Voir Fin dernière, t v, col. 2496. Sous le premier essentielle subirait donc une espèce de diminution au aspect, tous les élus ont la même Un dernière, ct, moment de la résurrection. par conséquent, participent à la même gloire; sous le 3. Doctrine aujourd'hui communément reçue. — second aspect, la possession de la fin dernière comporte Saint Thomas s’est rétracté dans la Somme théo­ différents degrés proportionnés aux moyens de chacun logique. Cf. Cajélan, In I*m Z/·, q. iv, a. 5. Essentielle­ des élus. S. Thomas, Sum. thcol., I· II», q. v, a. 2. ment, la gloire des élus demeure la même avant et Les théologiens envisagent les degrés de la gloire à après la résurrection des corps : il y a accroissement un double point de vue : 1° dogmatique, existence en extension, mais non en intensité, l· II*, q. iv, a. 5, même de ces degrés, et c’est la question qui rentre ad 5·*; l’âme, avant la résurrection, jouit pleinement dans l’objet de cet article; 2° théologique, explication de Dieu, mais avec le désir que cette plénitude de la différence qui existe nu ciel entre les élus ct qu’on rejaillisse, lorsque ce sera possible, sur le corps. rapporte à la vision intuitive ct à la lumière de la Ibid., ad 4 ·. Ont enseigné la même doctrine parmi gloire qui accompagne nécessairement cette vision, les scolastiques, Durand de Salnt-Pourçain, In IV considérées soit seules, soit par rapport à l’intelligence Sent., 1. IV, dist. XLIX.q. vu; Pierre de la Palu, ibid., qu’elles perfectionnent. Cette deuxième question sera q. vi ; J. Major, ibid., q. xm; Gabriel Blel, Suppl., traitée à Intuitive (Vision). q. v, a. 2; D. Soto, q. n, a. 4, etc. La gloire consommée, L’existence de diflércnts degrés dans la gloire des dans cette opinion, n’ajoute donc à la gloire essentielle élus, niée directement par Jovinien, au iv® siècle, qu’un accroissement d’extension, c’est-à-dire un ac­ indirectement par Luther au xvi·, a été authentique­ croissement tout accidentel par rapport à la vision ment définie par le concile de Florence, dans le décret béatiflque, qui est l’essence même de la gloire. d’union, Dcnzingcr-Bannwart, n. 693; clic est supposée Cette controverse est depuis longtemps oubliée; par le concile de Trente, De justificatione, can. 32, les plus grands commentateurs de saint Thomas n’en η» 8*12. Elle est affirmée :1° par l'Êcriturc; 2° par la parlent pas ou la notent à peine en passant. Bellarmin tradition; 3° par la raison théologique. Mais cette la signale. De sanctorum beatiludine, c. v; Suarez lui affirmation a été exagérée par certains auteurs dans consacre une brève discussion, De fine ultimo hominis, le sens d’une Inégalité nécessaire entre chacun des élus. disp. XIII, sect, n; ct les manuels de théologie la / DÉMONSTRATION DN LA DOCTRINE CATHOLIQUE. — passent ordinairement sous silence. Le cardinal Billot, 1e L'Écriture. — On trouve l’inégalité des degrés de la De novissimis, Borne, 1903, thés, ix, § i, a résumé en i gloire des élus : t. explicitement enseignée par Joa., quelques lignes les raisons qu’apportent en faveur de xiv, 2; 1 Cor., xv, 41, rappelant qu’il y n < plusieurs la doctrine aujourd’hui reçue Bellarmin et Suarez, lue. demeures dans la maison du Père céleste » ct que les cil., n 4-0, et Lesslus, De summo bono, i. Ill, c. n. Si le différences de gloire des élus rcssudtés sont compa­ corps pouvait influencer par sa présence ou son absence rables aux différences d’éclat du soleil, de la lune, des l’intensité de la vision béatiflque, il faudrait, en pre­ étoiles;2. expressément supposée, chaque fols qu il est mier lieu, admettre avec Tostat une diminution de question de rendre à chacun, au dernier jour, dons la gloire plutôt qu’un accroissement, au moment de la proportion de ses bonnes œuvres, Matth., xvi, 27; résurrection; la même diminution se produirait chez 1 Cor., m, 8; Il Cor., ix, 6; la gloire au ciel est, en les anges, envoyés en mission sur terre. La coexistence effet, un véritable salaire, Matth., v, 12; x 42; xtx,17; de la douleur ct de la joie béatitique serait aussi XX, 8; Il Tim., iv, 8; II Joa., 8; Apoc., xxn, 12; Impossible dans le Christ. Il faudrait admettre que la 3. indiquée sous forme d’analogie dans certaines vision intuitive peut recevoir un accroissement comparaisons ct paraboles, Dan., xn, 3; Is., lvi, 5; d’intensité; or, cela n’est possible ni ex parte objecti, Matth., vu, 1,2; x, 41 ; xm, 3-9, cf. col. 1405; Marc., iv ni ex parle luminis glori*, ni ex parle potenti*, comme 24; Luc,, vi, 38; xix, 16-20 4. implicitement affirmée on le démontrera a l’art. Intuitive (Vision) Donc dans l'inégalité des peines de Venter. Luc., xn, 47, 48 l’âme possède, dès le premier instant de la béatitude, Apoc., xvii, 7; cf. Enfer, t. v, col, 113 toute h substance de la gloire, selon le mode propre Jovinien, au dire de saint Jérôme, Adoersus Joot à Véternité participée. ntanum, I. 11, n. 3, P. L., L xxui, col. 285, 286, 3e Conclusion. — En rapprochant les deux propo­ enseigna l'égalité de la récompense pour tous les élus, sitions précédentes nous arrivons à cette conclusion en prétendant s'appuyer sur l’autorité de Matth., xx, que la gloire consommée est substantiellement la 1-16. Il s’agit de la parabole où les ouvriers venus même que la gloire essentielle. San* doute, elle y dans la vigne du père de famille à différentes •joute quelque chose de très réel, à savoir la gloire heures de la journée, reçoivent Indistinctement le iccidcntclle des corps glorifiés. Mais cette addition 1 même salaire pour des durées fort inégales de travail. 1417 GLOIRE On n'u pas Λ faire Id l'exégèse de cette parabole : Il sufllt d'expliquer le sens allégorique du denier, salaire de tous les ouvriers sans exception. Sans s'arrêter à l'interprétation singulière de Vnsqucz, Jn /** Sum. S. Thomæ, disp, XLVII, c. ni. lequel n'admet la récompense que pour les derniers venus, et veut que les premiers « appelés » n'aient pas été · élus », c'est-àdire sauvés, on peut dire avec l'unanimité morale des Pères ct des théologiens que le denier représente la béatitude objective, égale pour tous, ct non la béatitude subjective, tonnelle ou relative, dans laquelle seule les inégalités peuvent se produire. Cf. S. Thomas, Sum. . thcol., I", 1 i*, q. v, a. 2, ad Γ* ; Bellarmin, De sanctorum I beatiludine,c. v. Voir l'explication de In parabole, à ce point de vue théologique, dans Suarez, De Deo uno, L II, c. xx, n. 8-20; cet auteur trouve même dans la différence de traitement Indiquée par les termes primi ct novissimi une preuve directe de l'inégalité de la gloire chez les élus, n. 20. D'ailleurs, dans l'explication d'une parabole, il n’est pas nécessaire que chacune des phrases de la parabole trouve son application parti­ culière; il suffit que l'enseignement général soit donné. S. Jean Chrysostomc, Jn Matth., homil. lxiv, n. 3, P. G., t. lmi-lvih.coI. 612. Or, dans la parabole drs ou­ vriers, il n’entre pas dans la pensée de Jésus d enseigner la répartition des récompenses proportionnellement aux mérites de chacun, mais de rappeler que la gloire du ciel ne doit pas se mesurer à l'ancienneté de la vocation, ni à la durée du travail, mais à In fidélité à cette voca­ tion et à la ferveur avec laquelle on remplit son devoir, Suarez, loc. cil.; cf. Salman licenses, De visione Det, disp. V, η. 4; Becan, Theologia' scholastics, part. I, tr. I, c. ix, q. ix, n. 3; Pctau, De Dto Dclque / roprietalibus, I. VII, c. xi, n. 5. Les murmures des ouvriers, la réponse du père de famille expliquant l’égalité du salaire par son seul bon plaisir, ne s’opposent pas à celte interprétation générale du denier, Maldonat, Jn h. t.; Suarez, loc. cil., et n'ont été Introduits dans la parabole que pour provoquer la réponse du père de famille. Kruibenbauer, In Evangelium Matlhat, Paris, 1892, p. 176-177. Ces murmures n’indiquent donc pas une tristesse ou une envie quelconque chez les élus. S. Jean Chysostomc, loc. cil. Cf., pour l’in­ terprétation de la parabole, Jean de Saint-Thomas, Cursus theologicus, disp. XV, a. 6, n. 39; Hurter, Theologis dogmatics compendium, t. nt. η. 810; Petau, op. cil., c. xî, en entier; Knabenbauer, op. cil, p. 171 sq. II faut se rappeler que la leçon, avec la menace qu'elle renferme, est donnée directement aux Juifs, les appelés de la prendère heure; voir, dans leurs commentaires, Corneille de la Pierre; dom Cnlmct. Van Stvenkfetc, Schegg; mais elle doit s’appliquer également à tous les hommes, S. Jean Cbrysostnme. loc. cd., n. 1, cl aux apôtres eux-mêmes. Cf. Fillion, Évangile scion S. Matthieu. Paris, 1898, p. 390. ' 2° La tradition. — L’erreur de Jovinlen fut, dès I son apparition, notée comme telle. Quelques scolas­ tiques, ct, en particulier, les Salmantlceuses. loc. cil., η. 1, affirment que cette erreur (ut condamnée nu concile de Téleple C'est une erreur. Voir llefclc liidoire des conciles, trad. Leclercq, t. il, p. 73. Il s'agit d’une lettre synodale du concile de Milan, en 390, lettre très probablement écrite par saint Ambroise et adressée nu pape Siricc. Hcfele, loc. cil., p. 78; Mansi, Concit., t ni, col. 689. Cette lettre décrit ainsi l’hérésie de ! Jovinlen, en ce qui concerne la gloire des élus : Agrestis ululatus est... diurnorum gradus, abrogare meritorum et paupertatem quamdam arlcstium renumerationum inducere, quasi Christo una sil palma, quam tribuit, ac non plurimi abundent tituli prirmiorum, n. 2, P. L., t. xvi, coi. 1121. Celle lettre est. du moins, un témol- I gnage authentique de la tradition catholique. Jovinlen d’ailleurs avait été condamné pour cette erreur au 1418 condJe de Rome de la même année et le condle dç Milan ne faisait que renouveler la condamnation portée à Rome. Voir Ifefclc, loc. ett. Le témoignage de saint Jérôme, Adversus Jovintanum, L H, n. 34, P. L., L XXII!, col. 333, est tout aussi conduanL L'argumentation du saint docteur est fondée, non seulement sur la raison théologique; mats sur l’autorité de l’Écriture. Matth-, xx, 25, 26; Joa., xiv, 2; I Cor., xv, 41. C’est surtout en commentant Joa., xiv, 2, et I Cor., xv, 41, que les Pères ont proposé la doctrine authentique sur ce point — 1. Sur Joa., xiv, 2, voir S. Augustin, In Joannem, tr. LXVIII, n- 2, P. L., L xxxv, col. 1812; cf De sancta virginitate, c. xxvi, P, L., L XL, col. 410; S. Cyrille d’Alexandrie, In Joannts Euangelium, P. G., t. exxiv, col. 181 sq.; Tertullien, Adversus gnosticos scorpiaci, c. vi, P. L., L n, col. 134; De monogamia, c. x, P. L., L n, col. 942; S. Cyprien, De habitu virginum, η. 23, P. L., L iv, col. 463, qui ajoute à son commentaire cette remarque, que si le Christ a dit qu’il y a plusieurs demeures dans la maison de son Père, c’est pour nous exdter à mériter les meilleures; cf. De exhortatione martyrii, c. xn, xiii, P. L.,t. iv, col. 673 sq,; S. Hilaire, Tract, tn ps. lxiv, n. 5, P. L., t. rx, col. 415; S. Ambroise, De bono mortts, c. xn, n. 53, P. L., t. xiv, col. 564 ; cf. In Lucam, 1. V, n. 62, P. L., L xv, col. 1653; S. Prosper, Sententiarum, 364, P. L., t. u, coL 846; S. Grégoire le Grand, Moral., I. IV, c. xxxn, P. L., t- lxxv, col. 677; I. XXXV, c. xix; cf. In Ereehielem, 1. II, homil. iv, n. 6, P. L„ t. Lxxvi, col. 777, 977. — 2. Sur I Cor., XTV, 41, voir S. Basile, De Spiritu Sancto, c xvi, P. G., t. xxxn, col. 133 sq.; S. Cyrille d’Alexandrie, In EpisL I ad Cor., P. G., t. lxxtv, col. 965; S. Jean Chryso­ stomc, In ΡΛ ad Cor., homil. xli, n. 2. 3, P. G., t. lxi, cnl. 358 sq. ; ThéodoreL Interpretatio Epist I9 ad Cor., P. G., t. lxxxu, col. 365; Tertullien, Advenus gnosticos scorpiacc, loc cit.; De resurrectione camis, c. lh, P. L., L n, col. 872; S. Hilaire, Tract, tn ps. Lxiv, P. L., t. ix. col. 416; S. Augustin, De sancta virginitate, loc. tll.; In Joannem, tr. LXVII, n. l.P. L.,L xxxv, col. 181; S. Jérôme, Advenus Jovtnianum, loc. cit.; S. Fulgcncc, Ad Trasimundum, L Hl.c. iv, De Trinitate, c. xni, P. L., t. lxv, col. 271, 508: S Grégoire le Grand. Moral., l.XXXV,c.xix, P. L., t. lxxvi, coL 778; S. Bernard, Apologia ad Gulhelmum, c. rv, n. 9, P. L., t. cLxxxn, col. 904. S. Thomas explique le texte de saint Paul des differences des seuls corps glorifiés In /“ ad Cor., c. xv, lect. vi. Le P Petau, De Deo Deique proprietatibus, 1. VII, c. x, sc demande si Origène ne serait pas tombé dans l’erreur de Jovinlen. Voici la traduction latine du texte incriminé : Ego existimo in ipso statim initio beatitudinis, qua fruuntur U qui satvt fiunt, quoniam nondum purgati sunt qui tales non sunt, inde oriri illam luminis beatorum differentiam; sed postquam a toto Christi regno omnia collecta fuerint scandala, quemad­ modum supra a nobts traditum est, panentesque iniqui­ tatem cogitationes (n fornacem Ignis fuerint conjectae detertoraque absorpta et interim ad se redierint hi qui sermones mali filias admiserant, tunc futurum est ut tn Patris sui regno fulgeant justi, unum solare facti. In Matth., lom. x, n. 3, P. G., t. xm, coi. 841. Ce texte semble plutôt, et c'est aussi la remarque de Petau, loc. cit., refléter l’erreur de l9apocatastase Voir Enfer, t· v col. 58. Entre les élus et les damnés, qui tales non sunt II y a au début du bonheur des élus, une difference; mais après la purification des damnés, la même lumière resplendira en tous. II s'agit de la gloire objective cl non de la gloire formelle Entre les élus eux-mêmes, parce qu'ils sont tous soumis à une purification au jugement, il y a ou début une différence. Voir Feu du jugement, t. v, col. 2241. Cf A. Michel 1419 GLOIRE Origine et le dogme du purgatoire, dans les Quations écrits undique s, 1913, t. n, p 407. 3· La raison thtotogique s’appuie sur cette vérité que la gloire correspond à la grâce et que grâce et gloire sont l'objet du mérite. Λ des mérites égaux, à des degrés de grâce différents correspondront par conséquent des degrés de gloire différents.Cf. S. Thomas, Sum. (heol., P II*, q. exiv, a. 3, ad 3 “; In IV Sent., I. H, dlst. XXVII, q. i, a. 3; a. 5, ad 1*-. Cette raison théologique n’a aucune valeur pour Luther et scs disciples, à cause du système protestant touchant le principe de la justification. Voir ce mot. En résumé, pour Luther, il n’y a pas de véritable justice en nous-mêmes; nous ne méritons d’être ( appelés Justes que par l'imputation des mérites du Christ. Or la justice du Christ est égale pour tous. La I conclusion d’un tel principe est que les élus, ne devant rien a leur propre mérite, mais tout au Christ, jouiront tous cl chacun du même degré de gloire dans le ciel. On cvposcracl réfutera ù Justification le faux prin­ cipe adopté par Luther. Jean dc Saint-Thomas, loc. clt., n. 2, ajoute à la raison théologique générale, une raison particulière tirée de la liturgie : « L’Église, dit-il, rend des honneurs très différents aux différents saints; elle vénère la bienheureuse Vierge par-dessus les anges et les saints; die accorde aux apôtres un honneur plus élevé, et Ile en agit de même à l’égard de quelques élus qu’elle parait mettre à part. ■ 11 y a là une simple indication, ion un argument véritable. Il KXAGËEATION UE /.A bOCTMSB CATHOLIQUE. — Quelques théologiens, notamment Pierre de la Palu, cité par Suarez, De attributis negativis Dei, c. xx, n. 2, prétendent que l'inégalité des degrés dc gloire chez les élus est telle que le même degré dc gloire ne pourra pas être commun à plusieurs élus. Une telle opinion, en soi plauilblc, parait cependant devoir être rejetée comme exagérée et trop absolue. En ce qui concerne les adultes en effet, nous ne pouvons rien affirmer dc précis; mais rien ne s’oppose à ce que deux âmes sc présentent au tribunal dc Dieu avec les mêmes mérites et le même degré de grâce et, par conséquent, reçoivent le même degré de gloire. Quant aux enfants morts avec le baptême ou martyrisés avant l’âge dc raison, on ne volt pas quel pourrait être, entre eux, le principe d'une Inégalité dc gloire. L’argument dc Pierre de la Palu repose sur Luc., xx, 36 : Si les hommes sont égaux dans le ciel aux anges, les anges différant entre eux spécifiquement, il doit en être de même des hommes. Tout d'abord, il n'est pas certain que les anges soient tous Inégaux en gloire, Suarez, loc. cil., n. 7; la différence spécifique des anges entre eux n’est qu’une opinion et ne concerne que l’ordre naturel. Voir AngAlolooik, t. i, col. 1230. Ensuite, la prédestination des hommes à la gloire peut être indépendante du tait dc la chute des anges; si les hommes tiennent dans le ciel la place des anges déchus et sont par là les égaux des bons anges, c’est peut-être simplement per accidens; d’où 11 suit que, même en admettant comme vérité certaine l’inégalité des anges entre eux, aussi bien dans l’ordre surnaturel que dans l’ordre naturel, la même conclusion ne s’imposerait pas pour les hommes. D’autres théologiens s’emparent dc 1 Cor., xv, 41, et prétendent qu’aucune égalité n’existant entre le soleil, la lune et les étoiles, il ne peut en exister dans les degrés dc la gloire céleste, dont l’éclat dc ces astres est l’image. C’est trop presser la comparaison dc saint Paul; la grandeur mathématique et l'éclat respectif des astres n'ont rien de commun avec les degrés dc gloire des élus. Suarez, loc. cit. S. Thomas, In Evangelium Joannh. c. xtv, lect. i; Sum. hcol., P II·, q. v a. 2; q. c \n, n. 3; In IV Sent., I. II. 1'ι20 dlst. XXVII, q, I, a. 3, 5; ot Burton! I. IV. dht. XI.IV, q. t, a. 4, q. n, ni, iv; Sitarex, De Dro uno, I. IJ. De attri· butû negatiuts Dei, c. xx; Jean de Snmt-'l homn». Curtus theologicus, q. xn, part. I. disp. XV, u. <>; Salmantlcrnsc·, Curtus theologicus. De visione Dei, tr. II. disp. V, dub. i; Pctnu, Theologica dogmata. De Dro Deigur proprietatibus, 1. VII, c. x, xi ; C. Pèse h. Prtulet iioncs dogmatica·, t. iu, n. 517-520; Hurter, Theologia' dogmatici? compendium, t. in, thés. c ChaiutA, t. n, col. 2226» n. 4. Comment n’a pas traité la question 1423 GLOIRE Ottc conséquence n'est elle-même qu’une opinion, la plus probable, mais combattue cependant par quel­ ques théologiens. Autre» en effet, est l'affirmation de saint Paul qui peut s’expliquer d’une façon orthodoxe en disant que la foi ne s’exercera plus dans la gloire, autre l'affirmation des théologiens qui nient, dans la gloire, l’existence de la vertu même de la foi. Aussi Durand de Sainl-Pourçain. In IV Sent., 1. Ill, dist. XXXI, q. ni, IV, croit-il pouvoir affirmer que, si la foi ne s'exercera plus dans la gloire, du moins l'habitus surnaturel de la foi demeurera, tout comme demeure le caractère sacramentel. Même thèse chez Alexandre de A lès, Sum. theol., ΙΙΓ, q. lxiv, m. vn; Thomas de Strasbourg, In IV Sent., 1. Ill, dist. XXXI, a. 3, ct chez Scot. In IV Sent., 1. Ill, dist. XXXI, q. ni, sauf que Scot, tout en admettant que I habitus puisse être conservé, dit qu’en fait, il ne l'est pas, parce qu'inutile. On en trouve des traces dans saint Irénéc, Cont. hier., I. II, c. xxvm, n. 3, P. G., t. vu, col. 80G; cf. la note de Fcuardcnt, col. 1580; les remarques de Massuct, col. 364; dans Tcrtulllen, De patientia, c. xn, xm, P. L., t. t, col. 1269; ct le Maître des Sentences, 1. III, dlsL XXIII, n. 4, P. L., t. cxcii, col. 805, semble l’appuyer. Cette opinion n’est pas à rejeter entière­ ment. Suarez, De fide, disp. VI, sect ix, n. 7, remarque, conformément à ses principes antitliomistcs, qu’un actf de fol reste possible, absolument parlant, aux dus dans la gloire, mais que cela n'est, en fait, jamais réalisé, il ajoute : « Cette impossibilité de fait doit s'entendre de l’acte même de l'intelligence, l’acte de croire, et, conséquemment, de l’acte efficace de la volonté commandant l’adhésion de l'intelligence. Mais si nous parlons du simple acte de pieuse affection j de la volonté, par lequel celte dernière se montre prête, si besoin en est, A incliner l'intelligence vers la sou­ mission de la fol, un tel acte peut sc retrouver chez les bienheureux, parce qu'il est simplement un acte de vertu, ne renfermant aucune imperfection qui répugne ( à l'état de béatitude. D’où cette locution condition­ nelle Si Dieu me commandait de croire, je le /vrais, et autres semblables, peuvent exister chez les élus; elles Impliquent, non la réalisation d'un acte de foi quel­ conque, mais simplement une pieuse disposition de l’âme, possible chez les élus. » Loc. cil., n. 7. Cf. disp. VII, sect., v, n. 4; De incarnatione, disp. XVIil, sect. iv. Suarez s'appuie sur saint Thomas, Sum. theol., III», q. vu, a. 3, ad 2W", ct sur le commentaire de Cajétan. — β. L'espérance, dont l’objet est la béatitude désirée comme noire propre bien, voir Espérance, t. v, col. 631, 636, ne peut également coexister avec la gloire. 1 Cor., xm, 13, et surtout Horn., vin, 24-25. Mats sur ce point, plus encore qu’au sujet de la foi. Il y a divergence parmi les théologiens pour expliquer cette cessation de l’espérance au ciel. Saint Thomas, Sum. theol., I· II*, q. lxvu, a. 4, 5; 11· II·, q. xvni, a. 2, ct ses disciples semblent l’entendre, non seule­ ment de l'acte d’espérance, mais encore de la vertu ct de tout habitus se référant à l’espérance. Comment, en effet, assigner une place à une vertu dont l’objet propre est une béatitude absente, alors que cette béatitude est non seulement présente, mais toujours, et, dans sa substance, tout entière actuellement présente ? S'il y a encore, dans le ciel, place pour un certain amour Intéressé à l’égard de Dieu, cf. Lessius, De summo bono, 1. II, c. xix, n. 163 sq., cet amour pro­ cède de la charité consommée, la communication du souverain bien à notre âme, laquelle est l’objet de cet amour de concupiscence, étant la condition nécessaire . de l’acte de charité, par lequel nous aimons Dieu pour lui-même. Cf. Esparza. Quæstiones disputando?., Borne, 1664. De actibus humanis, q. iv, a. 5; Billot, De virtu(ibus infusis, prooemium de char itate; C. Pcsch, De virtutibus theclogicis, η. 492 sq., 537 sq. Voir Charité, t. n, col 2220-2221. Tout différent est l'avis de Suarez · Dico... in beatis manere habitum spel quoad su b s tan tiam ejus, quamvis non eliciat in eis actus spei biatitudims essentialis. De virtute spei, disp. 1, sert, vin, n. 5. Les arguments de Suarez sont l'autontc de quelques Pères (ceux que Γοη n cités ù propos de l’opinion de Durand de Salnt-Pourçain au sujet de la permanence de la vertu de foi); la nécessité de rapporter a la vertu d’espérance l’acte d'amour intéressé de Dieu, insépa­ rable de l'amour et de la jouissance béat!tiques, cf. Lessius, De summo bono, 1. Il, c. xix, n. 1G3 sq.; Mastrius, De virtute spei, q. xvni, acte qui ne renferme en lui-même aucune répugnance vis-à-vis de la gloire essentielle; lu nécessité d'expliquer 1rs actes d’espérance touchant l’objet secondaire de cette vertu, glorifi­ cation des corps, béatitude des amis ct des proches. Les thomistes, avec saint Thomas, Sum. theol., 1“ II*, q.LXVH, a. 4, ad 3*", répondent que la vertu d’espérance ne saurait exister, même vis-à-vis de son objet secon­ daire, lorsque cet objet sc présente sans être enveloppé de difficulté, sine ratione ardui : Non proprie dicitur aliquis gui habet pecuniam, sperare se habiturum aliquid quod statim in potestate ejus est ut emat. Et similiter illi qui jam possident gloriam anima', non proprie dicentur sPtUUPK. sed solum DlSlüKRAHE gloriam corporis quæ ad gloriam anima: se habet ut inevitabile accessorium. Billot. De virtutibus infusis. c. i, q. lxvii. Voir la discussion dans Suarez, loc. cil., n. 6; Cajétan, In Sum. S. Thonuv, Ill·, q. vn, a. 4. c. Ce que la gloire conserve en le modifiant. — La grâce habituelle, principe de la gloire, est évidemment supposée chez les élus; c’est la grâce consommée, qui ne s'identifie pas cependant avec la gloire formelle des élus. Cf. Billuart, Cursus theologian, De. gratia, diss. IV, a. 5. Elle acquiert, par son épanouissement dans la gloire, une perfection qu'elle ne peut atteindre ici-bas; c’est la filiation divine dans un degré suréminent : « les fils qui marchent encore dans la voie... sont, aux glorieux habitants de la patrie, ce qu'est à l’homme parfait un enfant à peine sorti des langes. · Terrien, La grâce et la gloire, t. n, I. IX, c. I. Cf. 1 Cor., xm, 11-13. Cette suréminencc de la grâce s'épanouis­ sant dans la gloire ne se manifeste que médlatcment, c’est-à-dire par les perfections qui en découlent et forment l'état surnaturel des Ames glorifiées. Outre l’addition de la vision Intuitive avec le lumen gloria; qui en est la condition nécessaire, l’état de gloire conserve, en les perfectionnant : a. la vertu (infuse et acquise) de charité, qui devient la charité consommée Voir l’explication à l’art. Charité, t. n, col. 2226, n. 4; cf. S. Thomas, Sum. theol., I" Ilæ, q. i.xvn, a. 6; 11 ’ IIe, q. xxiv, a. 7, avec le commentaire de Cajétan, ct In IV Sent., J. Ill, dist. XXXI, q. n, a. 2; β. les dons du Saint-Esprit, voir L iv, col. 1747-1748; γ. les vertus morales. Infuses ct acquises. Les vertus morales infuses, supposé, selon l’opinion la plus probable, leur existence, demeurent dans l'état de gloire, quoique ne s’exerçant plus par les mêmes actes, matériellement considérés, qu’lci-bas : leur objet formel reste toujours le même, à savoir rectum et mensura­ tum in quolibet gemre motuum humanorum. Pour la prudence ct la Justice, qui ont leur sujet dans l’intel­ ligence ct dans la volonté, pas de difficulté; pour les deux autres vertus qui, en tant que vertus infuses, ont pour sujet dans la volonté, mais avec une relation essentielle à l’appétit irascible ct concuplsclblc, elles ne demeureront que virtuellement dans les Ames séparées, ct réapparaîtront formellement après la résurrection. S Thomas, Sum. thenl., I· Il*tq. lxvii, a. 1, ad 3~; cf. a. 2; Suarez, De ultimo fi ne ho­ minis, disp. X, sect, n, n. 3. Cf. Billot, De virtutibus infusis, q. lxiii, thés, n, | 2; q. vxvn, § 2. Étant donné cette doctrine touchant la permanence des vertus 1425 GLOIRE infuses, In permanence des vertus acquises est facile­ ment démontrable, La vertu acquise n'est pas outre que l'habitude d'où résulte une plus grande facilité de produire des actes vertueux. Or, si la possibilité d'actes vertueux provenant des vertus morales infuses est démontrée dans l’état de gloire, il faut con­ clure quo non seulement les vertus acquises subsiste­ ront, mais même que là ou elles seront ou milles ou dans un état d’insuffisance ct d’infériorité, Dieu 1« infusera per accident, conformément aux principes rap­ pelés plus haut Λ propos de la science infuse per accidens dans l’âme des bienheureux. Cf. col. 1407. Enfin, il faut dire que la gloire ne supprime pas le caractère sacra­ mentel, qui demeurera chez les élus comme une marque perpétuelle de leur fidélité à leur vocation. Voir Carac­ tère sacramentel, L n, col. 1706. Cf. S. Thomas, Sum. theol., IIP, q. lxv, a. 5, ad 3e*. L'ordre surnaturel, ici-bas, comporte aussi le secours de la grâce actuelle. I41 grâce actuelle subsistera-t-elle chez les élus? Il semble qu’on doive répondre affir­ mativement· quoique non plus pour les mêmes effets pour lesquels elle est donnée dans l'état de voie, non phis bien entendu pour éviter le mal et faire le bien, mais pour d'autres effets convenables ù l'état de béa­ titude, en appliquant ici, toute proportion gardée, la distinction qu'on a coutume de faire là où il est question de la durée des vertus morales dans l'autre vie. La principale raison qui appuie cette réponse, c'est que les dons du Saint-Esprit demeurent chez les élus, comme ils existaient dans l'âme bienheureuse de NotreSeigneur. Voir t. iv, col. 1748. Or, les dons sont des habitudes passives, c’est-à-dire des dispositions à rece­ voir les motions du Saint-Esprit; habitudes qui doivent nécessairement, partout où clics existent, avoir leur emploi cl conserver leur raison d'être. Nous voyons dans l’Évangilc que Jésus-Christ était conduit par son Esprit, Maith., iv, 1 ; qu'il tressaillait sous l’action du Saint-Esprit. Luc., x, 21, etc. Ainsi en sera-t-il dans le royaume de la gloire, quoique nous ne puissions nous faire une idée des mouvements que le Saint-Esprit imprimera ù ces heureux citoyens du ciel, des accents, des cantiques que lui, le divin citharadus, tirera de ces âmes glorieuses. Apoc., xiv, 2-4. Or, ces motions, aux­ quelles sont ordonnés les dons, ont tout ce qu'il faut pour vérifier la notion de grâce actuelle. D'autre part, si l’on entend par grâce actuelle le concours divin nécessaire pour le jeu régulier des vertus surnaturelles, ce concours sera aussi nécessaire dans le ciel qu’ici-bas. Voir Grace. CL Billot, De gratia, Prato, 1912, th. v, § 2. Pour la première partie, voir la bibliographie complète ù Part. Ghagr : consulter spécialement Salmon Uccnsvs, De gratta, disp. IV, dons Cursus thcologicm, Pan», 1878, t. ix. — Pour la seconde partie, consulter les auteurs cités nu cours de l'exposition, mob particulièrement S. Thomas, Sum. theol., I· II·**. q. lxvu; /n /V Sent., LUI, dist. XXXI, q. 11; Suarez, De ultimo fine hominis, disp. XIII, sect, x, ct les différents traités De flde et De *pe auxquels cet au­ teur renvoie lui-même; parmi les auteur» modernes, C. Pesch, Prtrlectiones theologica^ L m, n. 476-480, 485, 486. 2· Questions connexes. — Il suffit de les indiquer brièvement : ce sont celles qui sc rapportent au mérite et â la prédestination. La distinction fondamentale qui éclaire les discus­ sions relatives au mérite ct à lu prédestination est. du côté de la gloire, la distinction entre glotre première et gloire seconde. La gloire première est celle qui correspond â la première grâce Justifiante, que le pécheur ne mérite pas, sinon de congruo. Voir t. ni. col. 1138 sq. Cf. Klpalda, De ente su pernaturali, disp. LXXXIX. C'est sur cette distinction qu’est construite la théologie de beaucoup d’auteurs touchant la ! j I I 1426 prédestination. Voir ce mot. Quant au mérite, on exposera, â l’arL Mérite, comment 11 gloire essen­ tielle est son objet tout comme la grâce, et dans quelle mesure l’accroissement de gloire répond à l'augmenta­ tion des mérites. On a d'ailleurs déjà touché cette question à propos de l'accroissement de la charité. Voir t. n, col. 2230-2231. Ces questions sont connexes au rapport de la gloire à la grâce, parce que le problème de la prédestination à la gloire ct celui du mérite de la gloire dépendent intimement de la question de la grâce, qui, dans l'ordre ontologique, précède et pro­ duit la gloire. A. Michel. ni. GLOIRE humaine. La gloire purement humaine est celle qui sc conçoit par rapport a une connaissance purement humaine de notre excellence. Objective­ ment, elle est constituée par cette excellence elle-même, abstraction faite de la connaissance dont elle peut être ou devenir l’objet, ct de l’honneur qui résulte de cette connaissance. Elle existe soit dans l'ordre naturel, soit dans 1’ordre surnaturel. C’est ainsi que la femme est la gloire de l’homme, I Cor., xi, 7; l’âme humaine, la partie la meilleure de notre être, est nommée dans l'Êcriturc kâbôd, gloire, de kàbdd, être illustre, Gen., xlix, 16; Ps. vn, 6; xxix, 13; cvi, 9; evi, 2; les nobles d'une nation sont appelés sa gloire. Is., v, 13; mu, 7; x, 6; xm, 14 ; xmt, 3. 4; Mlch., t, 15; Judith, xv. 10. Voir Gloire, dans le Dictionnaire de la Bible de M. Vigoureux, L ni, col. 251. Formellement, la gloire humaine est constituée par l’honneur humain qui rejaillit sur nous de la connaissance qu'on peut avoir de notre excellence. Scion l’acception stricte du mot « gloire », cette connaissance doit être le fait du grand nombre, la gloire ne sc concevant facilement qu’en rapport avec une louange rejaillissant sur nous par l'estime que la multitude fait de nos qualités Mais, dans un sens plus large, la gloire s’entend encore de l’honneur qui rejaillit sur nous à la suite de la con­ naissance que peu de personnes ou même une seule personne ont de notre excellence; bien plus, la connais­ sance personnelle que nous pouvons avoir de notre valeur peut suffire â nous constituer, a nous-mêmes, une certaine gloire. CL II Cor., i, 12; S. Thomas, Sum. theol., II· II», q. cxxxn, α. 1 ; De malo, q. ix. a. L Cette gloire humaine peut être : 1° légitime ct bonne; 2e désordonnée. En ce dernier cas, on l’appelle la vainc gloire. L Gloire humaine légitime. — 1° Sa possibilité morale. — Il semble difficile que la recherche de la gloire humaine puisse être, moralement parlant, légitime : « La loûangr, l’honneur et la gloire ne se donnent pas aux hommes pour une simple vertu, mays pour une vertu excellente Car par la loûangc nous voulons persuader aux autres d'estimer l’excel­ lence de quelques-uns; par l’honneur, nous protestons que nous l'estimons nous-mesmes; et la gloire n’est autre chose, â mon ad vis, qu’un certain esclat de réputation qui rejaillit de l’assemblage de plusieurs loüangcs et honneurs ; si que les honneurs cl loùanges sont comme des pierres précieuses, de l’ornas desquels rcûsdt la gloire comme un csinall. Or, l’humilité ne pouvant souffrir que nous ayons aucune opinion d’exceller ou devoir estre préférés aux autres, ne peut aussi permettre que nous recherchions la louange, l’honneur, ni la gloire, qui sont deûcs à la seule excel­ lence... » S. François de Sales, Introduction à la vie dévoie, part. III, c. vil 11 y a cependant des limita raisonnables, dans lesquelles la recherche de Γestime des autres ou de sa propre estime — ce qu’avec saint Thomas, dans un sens large, nous avons appelé gloire humaine — est légitime au point de vue de la morale. En effet, il est légitime ct naturel à l’homme de rechercher la connaissance de la vérité : l’homme peut ί427 GLOIRE donc légitimement connaître et approuver, faire embellir, mais aussi pour conserver les frultz tandis connaître et faire approuver ce qui est bien en lui. qu’llz sont encor tendres : alnsy la bonne renommée, S. Thomas, loc. cil. Mais pour rester dans les limites de qui de soy-mesme n’est pas une chose fort desirable, la vérité, nous ne devons en premier lieu attacher ne laisse pas d’estre tres-utile, non seulement pour ù la gloire humaine qu’une valeur humaine, c’est-àl’ornement de nostre vic, mays aussi pour la conser­ dire une valeur incertaine, non définitive, ct infiniment vation de nos vertus, el principalement des vertus encor Inferieure à celle que comporte, par exemple, la gloire tendres et foibles. L'obligation de maintenir nostre promise par Dieu aux élus : Quarere gloriam ab réputation, ct d’estre tels que l’on nous estime, force un homine, ul homine, non est secundum se pravum, ut courage généreux d’une puissante et douce violence. » allata ratio (celle apportée par saint Thomas ou corps Aussi les maîtres de la vie spirituelle recommandentde ! irticlc) probat : sed, st qiueralur gloria humana ils de travailler à conserver la juste estime des autres ultra humanos limites, vcl quia quœritur ab homine et ù écarter cc qui pourrait injustement y faire tort, tanquam a certo, vcl magno testimonio, aut etiam ullimo comme seraient des accusations fausses, des reproches testimonio, (une villum est inanis glorior. Cajétan. Com. in mal fondés qui pourraient détruire ou diminuer cette //·“ J!· S. Thoma·, loc. cil. En second lieu, il faut que estime. Mais cette recherche do l’estime d’autrui doit cette gloire humaine ne s'oppose pas à notre fin der­ s’allier toujours au plus grand calme ct ù la plus nière et puisse être, au moins médiatement. rapportée grande modération; dépasser les limites convenables à Dieu. C’est le cas de tous les biens particuliers, en cette matière, manifester des sentiments de colère considérés comme mobiles de nos actions. Voir Fin ou d’indignation serait témoigner qu’on accorde à la dernière, t. v, col. 2191-2192. Or, lorsqu’on recherche gloire humaine plus qu’elle ne mérite ct tomber dans la gloire humaine dans les limites convenables, même si la faute de la vainc gloire. N’oublions pas, comme dit l’on ne pense pas explicitement à rapporter cette gloire encore saint François de Sales, que < la réputation n’est ά Dieu, l’acte posé est cependant bon moralement, que comme une enseigne qui fait connolstrc où la parce que la gloire humaine recherchée légitimement vertu loge : la vertu doit donq ctre en tout et partout en faveur d'une vertu qui existe réellement en nous, préférée...; il faut estre jaloux, mays non pas Idolâtre, sc rapporte médiatement à Dieu, fin de la vertu. de nostre renommée; ct comme il ne faut offenser Cajétan, loc. cil., à la Ωη. Λ plus forte raison, sera l’ail des bons, aussi ne faut-il pas vouloir arracher bonne, ct même méritoire, la recherche de la gloire ccluy des malins. · Loc. cit. L’humilité véritable est humaine qui se propose immédiatement pour fin. la condition môme de la magnanimité et de la modestie ou la gloire de Dieu, ou l’utilité du prochain, ou notre qui doivent gouverner notre désir instinctif de la utilité personnelle : 1. la gloire de Dieu, cf. Matth., v, gloire. Cf. S. Thomas, Sum. theol., IIe II*» q. cxxix, 16; I Pet., n, 12, en provoquant les autres à honorer a 1, 2; Hugueny, Humilité, dans le Dictionnaire Dieu par l'exemple que nous leur donnerons, en leur apologétique de la foi catholique, t. n, col. 526. On con­ faisant connaître notre vertu personnelle et en les naît, sur cc point, le texte de saint Grégoire le Grand, entraînant à nous imiter; c’est ainsi que saint Paul conciliant Matth., vi, 1, avec v, 16 : Sic autem sit opus agit vis-à-vis des Romains, Rom., xv, 17 sq.; 2 Futilité in publico, quatenus intentio maneat in occulto ut el du prochain. Cf. Rom., xiî, 17; xv, 2; I Cor., x, 32-33; de bono opere proximis prubeamus exemplum, et tamen 1! Cor., xiî, 1 sq. Saint François de Sales, continuant per intentionem qua Deo soli placere qutrrimus, semper sa pensée, s’exprime ainsi : · clic (l'humilité) consent optemus secretum. Homil. in evangel., 1. I, homll. xi. bien ncantmoins à l’advertissement du Sage, qui nous n. 1, P. L., t. lxxvi, coi. 1115. En résumé: · L’amour admoneste d’avoir soin de nostre renommée (Eccl., I des louanges n’est pas en lui-même un sentiment XLi, 15), parce que la bonne renommée est une estime, condamnable; il est même un acte vertueux, lorsqu’il non d’aucune excellence, mais seulement d’une simple réunit les quatre conditions suivantes : 1. que cc qui ct commune preud'homie et intégrité de vie, laquelle donne lieu à la louange soit une qualité vraiment rhumilité n'enpeschc pas que nous ne reconnaissions estimable, constitue une véritable perfection pour en nous-mesmes, ni par consequent que nous en l’être intelligent; 2. que cette qualité sc trouve réelle­ desirions la réputation. Il est vray que l'humilité 1 ment en nous; 3. qu’il n’y ait pas dans la louange un mesprlseroil la renommer, si la chanté n’en avait besoin; caractère d’exagération qui fait qu’elle manque de mays, par ce qu'elle est l'un des fondement de la société | sincérité ou de justesse; 4. que le témoignage d’estime humaine, et que sans elle nous sommes non seulement | soit rapporté par celui qui le reçoit à une fin digne inutiles, mays dommageables au public d cause du d’un être intelligent éclairé des lumières de la foi, scandale qu’il en reçoit, la charité requiert et rhumilité ' fin qui doit être en dernière analyse la gloire de Dieu, aggree que nous la desirions d conservions précieusement. · le bien du prochain ou sa propre utilité. » De Smct, l.oc. cit. Envisagée sous cet aspect, la gloire humaine op. ctt„ p. 333. ou plutôt l’estime des autres est un lien de concorde | 2° Sa possibilité psychologique. — Difficulté. — et de charité, ct · le mépris formel ct complet de Pour obtenir l’estime des autres, on veut paraître l'estime des autres est le plus souvent une marque parfait. Comment allier psychologiquement cc désir d’orgueil, une manifestation de mépris pour ceux qui de paraître parfait à l’extérieur avec la réalité do nos imperfections intérieures 7 Ne sera-ce pas l’hypo­ nous entourent, el 11 nous est inspiré par le sentiment crisie 7 Et lorsque nous nous montrerons, dans les exagéré ct déréglé de notre supériorité. · De Smct, moments de surprise et d’oubli, tels que nous sommes Notre vit surnaturelle, L n, p. 325-326. 3. Notre utilité personnelle, dum considerat (homo), dit saint Thomas, réellement, c’est-ù-dirc remplis de faiblesses ct peutêtre de défauts, n'allons-nous pas scandaliser davan­ bona sua ab aliis laudari, de hls gratias agit, et firmius tage et détruire notre prestige 7 in ei» persidit, De malo, loc. cil.; ainsi, pour affermir Réponse. — Si l’on voulait se contenter de paraître les premiers chrétiens, saint Paul les encourage en I parfait, sans l’être réellement, la difficulté n’nundt publiant le bien qu’ils font, ou en les proclamant pas, au point de vue psychologique, d’autre solution la gloire de l’Égllse. Rom., n, 10; xv, 14, 29; xvi, 2-12; que dans l’hypocrisie. 11 faut supposer que l’on désire I Cor., XVI, 10; Il Cor., !» 14; vin,2 sq.; IThes.,n, 20, mériter l’estime d’autrui plus encore que l’obtenir. etc. Saint François tie Sales, loc. cit., exprime cette • Dès lors, la préoccupation de nous montrer parfaits fin de la gloire humaine d’une façon charmante : sera d’un puissant secours pour nous prémunir contre « Outre cela, comme les feuilles des arbres, qui d’cllesles mouvements irréfléchis des passions humaines. mcour cc qui est en nous, mays pas à nous, ou pour ce qui est en nous et ù nous, mais qui ne merite pas qu’on s’en glorifie. » Op. cit., part. Ill, c. fv. Les autres sortes de désordres, par exemple, la recherche d’une gloire personnelle au détriment de celle d’autrui; le trop grand désir d’être glorifié, se ramènent ù la complaisance de l’amour-propre qui refuse d’ordonner la gloire humaine à une fin digne de notre qualité d'enfants de Dieu ct de frères en JésusChrist. Cf. Cajétan, toc. cit. La \aine gloire s'oppose formellement Λ la vertu de 1430 magnanimité, bien que matériellement elle puisse se produire à l'occasion d’actes opposés a d’autres vertus, par exemple, la cupidité, l'imprudence, etc., cf. S. Thomas. ô'um. thcol., loc. cit, a 2 ad I*·, parce que la magnanimité est cette partie delà vertu île force qui régie l'usage de* honneurs ct de lu gloire Ibid., q. cxxix, a. 1,2; In IV Sent ,1. If, disL XLII, q. fi, a. 4. 2® Culpabilité. — Que In vaine gloire soit une faute, la sainte Écriture l'atteste; et Is., XL, 6-8; Matth., vi, 1; Joa., v, 41; I Cor., tv. 7; Gal„ iv, 26; Phil., n, 3, etc., et les Pères de l’Église ne manquent pas d’en détourner les fidèles. Voir à la bibliographie Les théologiens considèrent qu'en soi la vaine gloire n'est qu’une faute vénielle, parce qu'elle ne s'oppose pas à la charité envers le prochain, ni à l’amour de Dieu. Cependant saint Thomas admet qu'elle peut devenir péché mortel s’il s'agit de tirer gloire d’une chose offensant gravement Dieu, ou de préférer a Dieu, pur vaine gloire, un bien périssable et l’estime des hommes, ou encore de faire de la vaine gloire sa fin dernière. Loc. cil., a. 3. Les théologiens trouvent ces sortes de péchés indiqués dans Ezech , xxviîi, 2; 1 Cor., iv,7.Saint Alphonse de Liguori dit delà vaine gloire comme de l’ambition qu’elle devient per accidens péché mortel, vtl ratione materiæ ex qua, vel ratione damni quod proximo Infertur Theologia moralis, édit. Gaudé, Borne, 1907, t in, I. V, c. m, η. 66. Lorsque la vainc glolie porte sur une chose offensant gravement Dieu, certains auteurs pensent qu'on doit expliquer en confession de quelles choses mauvaises on a tiré vtlne glaire, parce que la vainc gloire prend la gravité spécifique de ces choses; ainsi renseignement Sanchez Opus morale in prirespta decalogi. Panne, 1723, I. L c. ni. n. 13; L. Lnpez» Instructonum consaentiæ, Salamanque. 1592, dté par Busenbaum, mais A tort, car, part. 1, c. v. q. m, il tient l’opinion communément enseignée; la spé­ cification des choses mauvaises dont on a tiré vaine gloire n’est requise que quando quis gloriam et laudem quierit de pccculis mortalibus ft v i ompla<£μιλ fauui. C’est l’opinion de saint Alphonse de Liguori, loc. cit. ; de Navarrus, Manuale confessoriorum, Venise, 1616, prælud. tv, n. 4; de Castropalao. Opus morale, Vcnlse.1721.tr. Il disp. ILp u.n. 5;de Diana, Diana? concordati, Venise. 1698, t. vin. tr. X resnL vi* ct mime, quoi qu’en dise encore Busenbaum. Jfcdulta theologia' morulis. Tournai, 1848,1. V. c. in, duo. î.n. 1, de Bodrigucz. Summa casuum consclentiir, Venise. 1628, part. 1, c. lui. n. 14.Cf.de Lrgo, Disputationes scholastics et morales, Lyon. 1633-1654. De panitentia, dLp. XXVI, n. 267. Il suffirait donc, s’il n y a pas complaisance aux péchés, de dire: «J'ai péché tant de fois en cherchant louange et gloire de péchés mortels, · sans spécifier de quels péchés il s'agit, péchés que peut-être on n’n pas commis, ou qu’on a déjà confessés,ou qu’on confessera plus loin Navarrus, loc. cit. Les moralistes, appliquant les principes concernant la gravité per accidens de la \nlne gloire, en déduisent qu’il y a péché mortel de vaine gloire: 1. chaque fols qu'entendant louer quelqu’un ou sol-niêmc à cause d'une chose gravement coupable, on accnclllc, on approuve cette louange. Sanchez, lue. cit.. Baldelli, Disputationes ex morali theologia, Lyon 1637-1664» 1, 111, disp. V. n 12; 2, quami on blême quelqu'un de n’avoir pas commis un acte gravement coupable, vengeance, fornication; c’est le péché grave de jactance joint ù l’approbation du mal, Baldelli, loc. cil., n. 11; 3. quand, Introduisant par son influence des modes nouvelles, on impose aux autres la nécessité morale de se conformer à de* usages dispendieux qui les ruineront ou le* empêcheront de payer leurs 1431 GLOIRE — GNOSE dettes, Baldclll, loc. cil. n. 18; 4, quand on simule la sainteté avec la volonté de ne point l’acquérir, Balddli, loc. cit., n. 19; 5. quand on simule le mal, à cause du scandale grave qui en résulte; les saints, pour s'humilier, n’ont jamais fait que des actes en soi indifférents, et n’ont jamais positivement provoqué des jugements en leur défaveur. S. Alphonse, édit. Gaudé, loc. cit., n. 67. Mais puisqu’on sol la vainc gloire n’est qu’un péché véniel — In coquetterie, par exemple, en est une manifestation, Baldclll, loc. cit., n. 23 — une conclusion s’impose, c'est qu'un motif de vaine gloire ne vicie pas substantiellement, dans les cas ordinaires, la moralité d'une bonne action. En effet, la vainc gloire ne s’opposant pas â In vertu de charité, laisse subsis­ ter l’influence d'autres motifs louables. Lehmkuhl, Theologia morulis, t. r, n. 34, donne plusieurs exemples de ce principe touchant les pratiques de dévotion et la réception des sacrements. Si le motif de vaine gloire ne vient qu’en second lieu et laisse la place principale à un motif louable, la valeur de l’acte posé en est d’autant moins diminuée. Lehmkuhl, loc. cit. Si c'est l’inverse, cl que prédomine le motif de vaine gloire, pourvu que cependant ce motif ne soit pas exclusif, l’acte posé ne sera pas encore vicié substantiellement, du moins scion l’avis d’auteurs sérieux, tels que Silvestre Prierias, Summa, Venise, 1612, au mot Vana gloria; Navarrus, op. cit., c. xxm, n. 13. 3· Péchés dérivés. — La recherche de la vainc gloire, étant une manifestation de l’orgueil, doit étre considé­ rée, au même titre que l’orgueil, comme un vice i capital. S. Thomas, loc. cil., a. 4. Certains auteurs distinguent même la vainc gloire de l’orgueil et comptent ainsi huit vices capitaux. Cassien, Collationes, V, c. n, P. 4., t. xux, coL 611; S. Jean Damascènc, De odo passionibus, n. 1, P. G., t. xcv, col. 80. Voici comment le docteur angélique expose tous les dérivés de la vainc gloire, a. 5 : « La fin de la vaine gloire est de montrer sa propre excellence; ce que l’homme peut faire de deux façons : d’abord, d’une manière directe, en se vantant dans scs paroles, comme fait la Jactance. SI ce sont des choses qui provoquent . l'étonnement. on l’appelle présomption des nouveautés, ce que les hommes admirent beaucoup d’ordinaire; si ce sont des choses fausses, c’est V hypocrisie. Il y a encore une autre manière de manifester sa supériorité, mais Indirectement, en ne voulant pas paraître Infé­ rieur aux autres. Cela peut avoir lieu de quatre façons : 1. quant à l'intelligence, en refusant d'abandonner son sentiment pour sc rendre à un avis meilleur, et c’est ce que l’on appelle {'opiniâtreté; 2. quant à la volonté, en ne voulant pas céder pour faire la paix, et c’est cc qu’on appelle h discorde; 3. dans les paroles, en sc disputant avec bruit, et c’est cc qu’on appelle la contention; 1. dans ses actions, en refusant d’exécuter l’ordre d’un supérieur, et c’est cc qu’on appelle la désobéissance. · Cf. S. Alphonse, loc. cil. Saint Thomas emprunte sa nomenclature à saint Grégoire le Grand, Moral., 1. XXXI, c. xlv, n. 88. P. L., t. lxxvi, col. 621. S. Thomas, Sum. theol., Π· II*, q. cxxxn; De malo, q. IX; CaJêUin, Comment, sur laq. cxxxn de In 11 II*; S. Alphonse «le Uguori, Theologia moralis, édit. Gnudé, Rome, 1907, t. ni, I. V, c. m, dub. i, et les morn listes cltéa au cours de l'article; BHIuart, Cursus theologia·, Pnris, 1878, t. vm, dks. U. a. 3. $3; S. François de Sales, Introludion à la vie dlvute, part. Ill·, c. ill, vn; Imitation de Jlsus-Christ. l. 1, c. vu; I. Ill, c. XL; De Smct, Noire oie «plrtturlle, Bruxelles, 1911. t. il, p. 324-335; les auteurs spirituels, à bi question de l'hurnUltê. Chez 1rs Pères de l'ÊxlUr, sur lu vraie gloire et In vainc gloire : Clément d’Alexandrie, Pird.. L l. c. vi; Strom., I, c. XI. p. G.. t. vm, col. 293. 748; Orlgéne, De oratione, rv 19; Cont. Celsum, I. VIL n. 24, P. G., L xi. col 476 sq., 1456 sq.; tn Jeremtam, homll. xi, n. 4, 7, 8, P. G., t. xm. 1432 col. 372 sq., 388 sq.; In Eptst, ad Romanos, L II, n. 5, P. G., t. xiv, col. 879; S. Bastie, In Hexaemeron, hornil. v, n. 2, P. G., t. XXIX, col. 96-100; In ps. / V/, n. 4, col. 470 sq.; EptsL, 1. I, epist. XLII, n. 4, t. xx xn. col. 354 ; cl. Hornil., xx, De humilitate, t. xxxi, col. 526; Can ditut urnes monastic*, c. x, col. 1372; c. xvi, col 1378; S. Grégoire de Nazlanze, Oral., n. apologetica, n. 51, P. G., t. xxxv, col. 101 ; Oral., xix, theologica, n. 4 sq., col. 1011; S. Grégoire de N y tse, Oratio de mortuis, P. G., t. xlvi, col. 497. Mais, parmi les Pères grecs, c’est surtout saint Jean Clirysostonic qui a parlé le plus et le mieux de hi vraie et de lu vaine gloire. Entre mille passages, on lira avec fruit 1rs suivants : HomtL In kalendas, P. G., t. xlvh, col. 953 sq.; Adversus oppu­ gnantes vitor monastfoe, l.JI, η. 5,6, col. 337 sq.; Ad Theo­ dorum lapsum, I. 11, η. 3, col. 311 sq.; De compunctione, 1. I, η. 4, col. 399,400; Ad Staglrium a die mone vexatum, 1. L n. 9, col. 445 sq.; Ad viduam juniorem, η. 5, 6, col. 605608; De sacerdotio, I. Ill, η. 9; cf. 1. VI, η. 12, col. 646 sq., 688; De Anna, serin, iv, n. 3, t. liv, col. 663-664; In Gen., hornil. v, n. 5, 6; homll. xxn, n. 7, col. 53, 54; 195; Expo­ sitio In ps. F, n. 6, t. lv, col. 69 ; in ps. X LVIII,n. 8, col. 234; cf. col. 510; In ps, XLIX, n. 11, col. 240 : in ps. VHI, n. 7, col. 110 sq.; in ps. t'XX, col. 377-379; In Maltharum, homll. xix, t. lvii-lviii, col. 273 sq.; homll. lviii (lix), n. 4, col. 570 sq.; homll. iv, col. 51; homll. lxv (lxvi), n. 4, col. 621 sq.; bomiL xi, n. 8, col. 201; homll. lxxii (lxxiii), col. 667 sq.; In Joa., homll. m (n), n. 5, t. lix, col. 43 sq.; homll. xxvm (xxyn), n. 3, col. 165; homll. xxix (xxvm), n. 3, col. 170 sq.; homll. xxxvm (xxxvn), n. 5, col. 218 sq.; In Acta apostolorum, homll. xxvm, n. 3, t. lx, coL 212; In Eptst. ad Itom., homll. xvu, n. 3, col. 567; In Eptst. I ad Cor., homll. xxxv, n. 4-6, t. lxi, col. 300-306; cf. In Epis. Il ad Cor., homll. xxix, n. 4, col. 601 sq.; In Eptst. I ad Ttm., hondl. n, n. 2, 3, t. lxii, col. 511-516; In Eptst. ad PhiE. homll. v, col. 213 sq.; cf. homll. xiv, col. 281 ; In Eptst. ad Tilum, homll. n, n. 3, 4, col. 673 sq.; Tcrtulllen, De ciTtu /aminarum, I. 11, c. m, P. L·, t. i, col. 1319; Ad martyres, c. iv, v, col. 625-626; S. Cypricn, Epist., xxx, P. L.. t. IV, col. 303-307 ; 11 s'agit d’une exhor­ tation aux martyrs de placer toute leur gloire en Dieu soul; S. Jérôme, In Epist. ad Gal., 1. Ill, c. VI, n. 26, P. E., t. xxvi, col. 423 sq.; Eptst., xxn, n. 27; cviu, n. 3, t. XXII, col. 412, 879; S. Augustin, dans scs polémiques nnlipêla· glennes, a souvent parlé, en passant, de lu vainc gloire; voici cependant quelques endroits où 11 en traite plus direc­ tement : De ctvttate Del, I. V, c. xn, xm, XIX· XX. P· E., t. xLi.cnl. 154,158,165-167; Serai., cxxix,n. 2, t. xjixvni, col. 721; Enarr. in ps. VII, n. 4, t. xxxvi, col. 99-100; in ps. XXV, n. 12, col. 194; tn ps.CXLIX, n. 11, t. xxxvn, col. 1955; Epist., (xxxxvm, surtout c. n, t. xxxm, col. 818 sq.; De correptione et gratta, c. XII, n. 37, 38, L xliv, coL 938-939; Contra duas epistolas pelagianorum, 1. IV, c. χιχ, Ibid., col. 626-628; Dr dono perrcucrantue, c. xxiv, t. xlv, col. 1033-1034; In Joannis evangellum, tr. LVIII, n. 3, t. xxxv, col. 1795; S. Grégoire le Grand, Moral., I. VI, c. vi, n. 3; 1. X, c. xxn-xxvn; I. XIV, c. Lin. n. 61, P. E., t. lxxv, col. 753. 945, 1073; I. XVII, c. vu. vm, t. lxxvi, col. 945; S. Bernard, De diligendo Deo, c. n, /*. E., t. clxxxii» col. 975 sq,; De coni^erstone ad clericos, c. vm, col. 841; In dedicatione Ecclexiar, scrm. iv, t. CLXXXin, col. 526 sq.» Sermones de diversis, senn. vu, col. 558 sq. Λ. Michel. GNOSE, γνώσις, est en elle-même la connaissance explicite des vérités révélées, la science de la fol. Le mot, avec l’idée qui s’y rattache, se trouve dans l’Évangile, Luc., xi, 52, et dans les Épltrcs des apôtres, I Cor., vin, 7; xm, 8, etc., pour désigner, à côté de la foi qui adhère à la révélai ion sur l’autorité du témoignage divin, l’étude approfondie des dogmes à l’aide des lumières de ΓÉcriture et de la tradition. La gnose est donc le naturel et légitime exercice de la raison chrétienne : c’est un besoin pressant, pour quiconque pense, de chercher à éclaircir les vérités révélées, ù pénétrer les motifs et l’objet de la fol. Nombre des recrues les plus anciennes du christia­ nisme, les Aristide, les Justin, les Tatlen. les Pantènc, les Clément d’Alexandrie, etc., ne pouvaient qu’exciter et développer cet Impérieux besoin. Convertis à la fnl, ils ne laissaient pas de rester des philosophes Jusqu'à en porter d'ordinaire le manteau; Ils con­ tinuaient d’allier avec la foi l'aspiration ù la science, 1433 GNOSE — GNOSTICISME et ils avalent à cœur de montrer par leur exemple qu'entre la fol chrétienne et la raison, il y a en défi­ nitive parfait accord. Mais bientôt, en face de la vraie gnose, qui prend la foi pour règle et pour guide, l’Églisc vit s’élever, notamment dans les n· et m· siècles, sous des noms divers et en diverses con­ trées, la fausse gnose, qui sc sépare entièrement de la foi, et n’oflrc après tout qu’un amalgame de la plupart des doctrines du vieux monde, juives ou païennes, avec les dogmes de la révélation. Devant celte gnose hérétique, φιλοσοφία ού χατά Χριστόν, les Pères, jaloux de la saper par la base et de maintenir les droits de la gnose orthodoxe» φιλοσοφία κατά Χριστόν, ne se lassent pas de mettre en lumière le principe fondamental de la connais­ sance chrétienne; A la prétention de construire un système scientifique en dehors de la foi, par les seules forces de la raison, unanimement ils opposent l’absolue souveraineté de la foi préchéc par les apôtres et gardée par la tradition vivante; anathème à qui puise A des sources étrangères et fait œuvre de syncré­ tisme religieux I 11 fallait, à l’encontre de l’orgueil des sectaires, exposer la vérité et l'autorité de la doc­ trine chrétienne, â l’exclusion de toute autre, puis justifier les dogmes aux yeux de l’intelligence et les coordonner entre eux dans une vaste synthèse scienti­ fique. De cette double tâche la première fut celle en particulier de saint Irénéc dans son traité Centre tes hérésies, P. G., t vu, et de Tcrtullicn. soit en général dans son bel ouvrage Des prescriptions des hérétiques, soit dans scs livres Contre les valentiniens, Contre Hermogéne, Contre Marcion, et le Scorpiaque, P. L., t. i-ii. La seconde tâche échut principalement, en raison de leur tournure d’esprit personnelle et aussi de leur ambiance, aux deux Alexandrins, Clément, P. G., t. vm-ix (voir L i, col. 188 sq.), et Origène, ibid., t. xixvii, qui ne la remplirent pas toutefois sans accrocs. Ces Pères n’hésitèrent point à recourir dans cc but à la philosophie, surtout à la platonicienne, dont ils goû­ taient spécialement la langue, voire dans une certaine mesure fa métaphysique; mais (amais, en aucune façon, ils n’ont témoigné d’un éclectisme sans principe, qui eut admis pèle-mèle christianisme et paganisme. En­ tendue en cc sens, l’accusation de platonisme, que I on n parfois Intentée aux Pères de l’Églisc, est absurde â la fois et démentie par l'histoire. Selon eux, la gnose repose essentiellement sur i’étude de l'Écriture, faite avec l’esprit des apôtres et suivant la croyance de l’Églisc. « Le nom de gnostique, écrit Clément d’Alexan­ drie, n'est mérité que par celui-lâ seul qui. ayant blanchi dans l’étude de l’Écriture, garde la règle des dogmes apostoliques cl ccclésl .stiques. » Simm., V11. Entre la foi commune cl la fol plus haute ou scienti­ fique, les Pères ne reconnaissent qu’une différence de degré, non de nature. Kuhn, Einldlung in die kalhollsche Dogmatik, Tublngue, 1859, p. 309 sq.; PrcppcU Saint Irénéc, x· leçon, Paris, 1880; Krnus, Histoire de fÊgliie, nouv. édit, trunç., Paris, 1005, t. i, p. 143 sq. P, Godet. GNOSIMAQUES, hérétiques du vn· siècle, ainsi appelés, comme le nom l’indique. γν<5σ·.ς, μάχη, γνο»σιμα/ος, celui qui combat la science, parco qu’ils repous­ saient toute connaissance ou science de la religion chrétienne comme inutile. A leurs yeux, vain est le travail de ceux qui étudient les Écritures et sc livrent A des spéculations quelconques; car cc n’est point la science que Dieu exige, mais seulement les bonnes œuvres; ce n’est point le savoir qui sauve, c’est le bienvivre. Tcrtullicn, pour blâmer la manie intempérante des gnostlqucs, qui consistait, sous prétexte de science, à multiplier les recherches et les spéculations, avait bien pu dire ivlc quelque apparence de paradoxe : 1434 Nobis curiositate opus non est, post Christum Jesum, nec inquisitione, post Evangelium. Cum credimus, nihil desideramus ultra credere. Prescript., ΕΊ, P. L., L ir, coi. 20-21 ; mal* il ne se refusait pas pour autant à faire œuvre scientifique. Plus radicaux, les gnosimaques condamnaient toute curiosité Intellectuelle, tout tra­ vail d'exégèse ou d interprétation scripturaire, tout essai de systématisation théologique. Non sans raison, saint Jean Damascene les range parmi les hérétiques; mais il ne nous fait connaître ni le lieu et l’époque où ils vécurent, ni le rôle et l'importance de leur secte. S. Jean Danuucéne, Harr., Lxxxvrn, P. G., t. xerr. col. 757. G. Barehxe. GNOSTICISME. — I. Sources. II. Histoire. III. Doctrine. I. Sources. — Le meilleur moyen de sc faire une idée exacte du gnosticisme serait évidemment de con­ sulter les ouvrages où les gn os tiques ont exposé leurs doctrines; car ils ont beaucoup écrit. Mais, dans l'état actuel de la science, cc mosen n’est pas à notre dispo­ sition; car de toute leur production littéraire il ne reste que très peu de chose. Nous sommes d'abord loin de connaître tout ce qui est sorti de leur plume sous forme de lettres, de chants, de psaumes, d'homélies, de traités, de commentaires. La plupart de leurs tra­ vaux ne nous sont connus que par leurs titres. Et c'est â peine si nous possédons quelques fragments, grâce aux écrivains ecclésiastiques qui les ont cités pour les réfuter, et quelques rares ouvrages qui ont échappé aux injures du temps. Signalons du moins ces titres, ces fragments et ces ouvrages. Car, outre qu’ils sont un témoignage d’une grande activité littéraire, ils ofirent un spécimen du genre adopté et de quelques sujets traités. Ie Ouvrages gnostiques dont le titre est connu. — Sans être complète, voici la liste de ces ouvrages, dont le titre et l’existence sont attestés par les Pères. De Simon de Gitton, une Άπόφχσ.ς αιγαλη, Philosophoumena, VI, 1, édit. Cruicc» Paris, 1860, p. 249; des ’Αντιρρητικά, pseudo-Dena'S, De div. nom., vn, 2, P. G., L ni, col. 857. De Basillde, un évangile, τό κατά Βχσιλιίδην cJxyvtλιον, Origène, In Luc., hornil. i, P. G.» t. xm, col. 1083; S. Ambroise, In Luc^ i, 2, P. L·, t. xv, col. 1533; S. Jérôme, In Matth., prolog., P. L., t. xxvi, coL 17; des ’ Εξηγητικά c-ς τό «ύχγγίλιον, en 24 livres, d'après Agrippa Castor, Eusèbc, IL E., iv, 7, P. G., t. xx, col. 317; l’auteur de la Disputatio Archelai cum Mande en cite deux passages du XIII· livre, Dispul., 55, P. G., I. IX, col. 1524; cl Clément d’Alexandrie en cite un autre tiré du XXIII·, Strom., IV, 12. P. G., t. vm, col. 1289; des Hymnes, d’après un fragment d'Orlgène. D’Isidore, un 11cpi χροσφυοδς ψύχης, Clément d*Alexan­ drie, Strom., 11, 20, P. G., t. vm,col. 1057; des ‘Εξηγη­ τικά του προφήτου Ιίαρ/ώρ, dont Clément d’Alexandrie cite un passage tiré du Itr livre, Strom., VI. 6, P. G., t. ix, col. 276; des Ί fauta ou παραχνκτιχά» sortes d’homé­ lies. Clément d’Alexandrie, Strom., Ill, 1, P. G., t. vm, col. 1101. D'Épiphane, un Iltpi δικαιοσύνης. Clément d’Alexan­ drie, Strom., III. 2, P. G., t. vm, col 1105. De Valentin, des Hymnes ou Psaumes, Tcrtullicn, De carne Christi, 17, P. L., t. n, col. 781; des Èpttres, entre autres celle à Agathopodc. Clément d’Alexandrie, Strom., III. 7, P. G., t. vm, coL 1161; des Homélies, entre autres une llcpi φίλων, Clement d’Alex.indne, Strom., VI, 6, P. G., q. ix, col. 276; un De mati origine, dont les Dialogues contre les marcioniles contiennent un fragment, P. G., t. vu, col. 1273. De Ptoléméc, une Επιστολή προς Φλώραν, conservée j par saint Épiphanc, Hier., t. xxxm, 3-7, P. G., C. vu. 1435 GKPSTICISME col. 1281-1292; un commentaire Zn Joa. S. Irénée, Cent. h*r.,i, 8, 5, P. G., t. vu, col. 532. D’Héradéon, des commentaires In Luc.. Clément d'Alexandrie, Strom. 9 IV, 9, P. G., t. vin. col. 1281; et In Joa., dont Origène a discuté 42 passages, P. G., t vn, col. 1293-1322. Voir A. E. Brooke, The frag­ ments o/ Hcracleon, dans Texts and studies, Cambridge, 1891, t. i. D Alexandre, des Syllogismi. Tertullien, De carne Christi, 17. P. L., L n. col. 781. De Théotimc, un traité, dont Tertullien, sans en donner le titre, qualifie le caractère allégorique : mul­ tum circa imagines legis operatus est. Adv. Datent., 4, P. L., t. n, col. 546. I D’Apdlcs, un commentaire des Φανηρώσης de Philumène, et des Συλλογισμοί.Pseudo-Tcrlullicn, De præs Ad Symrn., vu, l,Funk, Opéra Pair. apos/./I’ublnguc, 1881, t. i, p. 208, 238, 240. 3° Le gnosticisme en Syrie. — Quand saint Jean et saint Ignace réprouvaient la gnose judaïsante, et no­ tamment le docétisme, il y avait déjà longtemps qu'Antioche, la capitale de la Syrie, était devenue un foyer de gnosticisme; elle le devait à Ménandre, dis­ ciple de Simon le Magicien. I. Simon le Magicien. — Avant de se faire baptiser à Samarie, Simon de Gitton avait pratiqué la magie et conquis ainsi un puissant ascendant sur les Samaritains qui l'appelaient Δύναμις τού Θίού ή χαλουμίνη Μιγάλη. AcL, vin, 10. Le miracle et les grands prodiges dont il fut le témoin, lors de la visite du diacre Philippe à Samarie, le frappèrent d'étonnement. Et lorsque, à l'arrivée des apôtres, Pierre et Jean, 11 vit que le SaintEsprit était donné par l'imposition des mains, il n’hésita pas à offrir de l’argent pour posséder un tel pouvoir . On sait la réponse sévère que lui fit saint Pierre. Mais sans rompre aussitôt, puisqu’il demanda aux apôtres de prier pour lui, il ne tarda guère à se séparer de l’Égllse. A Tyr, il trouva son Hélène, femme de mauvaise vie, mais qu’il dit être la brebis perdue dont 11 avait assuré le salut. Et il se mit à répandre sa doctrine, sans qu’on sache rien d'histori­ quement certain sur les lieux qu’il visita et sur la ville qu’il choisit pour y tenir école. Autant qu’on en peut juger par l’analyse de son I œuvre, dans saint Irénée et les Philosophoumena, ce dut être un homme cultivé, connaissant et citant les poètes grecs, Philosopha VI, 11,15,10, p. 249, 256, 2G3; connaissant aussi 1« philosophes, notamment Platon, Philosophy VI, 9, p. 246; et ayant emprunté à Philon la méthode cxégétlque qui consista à substituer, dans l'interprétation de l’Écriture, le sens allégorique au sens historique. Avec cela pratiquant la magie pour éblouir les simples et se faire une clientèle. Esprit remuant et ambitieux, voulant jouer un rôle religieux | et se flattant peut-être de supplanter l’Égllse. Avult-ll GNOSTICISME 1441 conçu et fixé sa doctrine au moment de demander cl de recevoir le baptême ? Le fait qu’il était déjà alors qualifié comme nous l’avons vu cl que lu Grande Vertu de Dieu est le dernier mot rl comme la raison d'être de son système, pourrait autoriser à le croire. Quoi qu’il en soit, ce n’csl pas sans raison qu’il n passé aux yeux des écrivains ecclesiastiques pour le père des hérésies qui, pendant les premier» siècles, mcnaçèrent le christianisme; car toutes ont quelque rapport avec son système» pour le fond ou pour la tonne. C’est, en effet» Simon qui, le premier, a tracé le cadre et indiqué les sujets du gnosticisme, en traitant les questions relatives à la théogonie, à la cosmologie, à l'anthropologie, à la sotériologic et à l’eschatologie. Et c’est toujours dans ce cadrr et autour de ces ques­ tions que chaque nouveau chef a brodé dans la suite de nombreuses variantes, au gré d’une imagination et d’une métaphysique sans frein. Il importe donc d’en avoir une idée succincte. Sans entrer dans des détails qui trouveront mieux leur place à l'article qui lui sera consacré, rappelons à grands traits son système, d’après les données des Philosophoumena. — a) Théogonie. — Simon place en tête de toutes choses le feu, non le feu matériel que nous connaissons, mais un premier principe dont la nature est si subtile qu’on ne peut la comparer qu’au feu. Tel est le principe universel, la puissance infinie, selon ces mots de Moïse : < Dieu est un feu dévorant, » Deut., iv, 24. Ce feu n’est pas simple, mais double, ayant un côté évident et un autre secret, l’un visible, l’autre invisible; ce qui n’est autre chose que la théorie de l’intelligible et du sensible, d’après Platon, ou de la puissance et de l’acte, d’après Aristote. Ce feu est la parfaite intelligence, le grand trésor du visible cl de l'invisible, le grand arbre que Nabuchodonosor avait vu en songe. D’un autre nom, Simon l'appelle Celui qui est, a été et sera, quelque chose comme la stabilité permanente, l’immutabilité personnifiée : ό ίστώς, στα;, στησόμινος. Ce Dieu qui est, a été et sera, ayant en partage l’intelligence et la raison, passe de la puissance à l’acte : il pense, il parle sa pensée, il raisonne. Et c’est chaque fols deux par deux, par couples ou syzygies, qu’il se manifeste. De là, dans le monde supérieur de la divinité, six éons : νους et ιπίνοια, φωνή et όνομα, λογισμός et ένΟύμησις; et dans chaque syzygic, l’un est mâle et l’autre femelle. Ces six éons res­ semblent au premier principe, passent comme lui de la puissance à l’acte et produisent à leur tour, par voie d’émanation, de nouveaux couples d’éoits mâles et femelles dans le monde du milieu. Mais, id, dans ce monde du milieu, parait un nouveau personnage, lui aussi appelé Celui qui est, a été et sera. cl de plus Père, à la fois mâle et femelle, sans commencement ni fin. et qui joue un rôle semblable A celui du Ihremier Principe dans le monde supérieur; c’est le Silence, la Σιγή, nommé père par Γέπίνονχ» émanée de lui; c'est la septième puissance mêlée aux six éons. Dans ce monde intermédiaire, de formation semblable à celle du monde supérieur, trois nouvelles syzygies paraissent, excatcinent correspondantes aux trois syzygies du monde supérieur : ce sont ουρανός cl γή, ήλιος et σιληνή, αήρ cl »·φ Six éons et une septième puissance, parce que, selon la Bible, Dieu a créé le monde en six Jours et s’est reposé le septième; cl cette septième puissance n'est autre que ('Esprit dont il est écrit qu’il était porté sur les eaux. On surprend IA un exemple de l’exégèse capricieuse dont abusèrent les gnost iques; on y surprend aussi la thé­ orie de l’existence de trois mondes superposés, qui se dé­ veloppent avec une parfaite similitude, comme on vient de le voir pour les deux premiers. Mêmes bvpothèses et mêmes procédés dans tous les systèmes gnostiques. dont on connaît la théogonie ou éonologic cl la cosmologie. I D1CT. DE THEOL. CATHOL. 1442 ô) Cosmologie. — C’est la partie la moins nettement accusée du système de Simon. Saint Irénée nous ap prend du moins. Cont. hrrr., i, 23, P. G., t. vn, col. 071, que la pensée, Htvoua, abandonnant le père, se tourna vers les créatures inférieures et fit exister les anges et les puissances qui ont créé le monde inférieur que nous habitons. Ces anges et ces puissances, produits par la pensée divine descendue Jusqu’à eux, voulurent la retenir, parce qu’ils ignoraient l'existence du père et qu’ils ne voulaient pas être nommés le produit d’un autre être quelconque. Ce fut là le principe de leur faute, la cause de leur chute; et ce fut aussi ce qui nécessita la rédemption. Mais créèrent-ils réellement le monde ? Il n’est nullement question de la création de la matière, chose inconnue des philosophes, mais de l'organisation de cette matière attribuée a un démiurge, que Simon et tous les gnostiques appellent Dieu. c) Anthropologie, — Les Philosophoumena abondent en détails sur la création de l’homme, mais assez dif­ ficiles à saisir. Dieu, dit Simon, forma, ίχζ ασ», l’homme en prenant de la poussière de la terre; il le forma double et non simple, selon l’image et la ressemblance. Philosophy VI, 14, p. 253. Laissons de côté tout ce qui a trait à la propagation de l’espèce, à la formation et au développement du fœtus, pour ne retenir que ce fait, c’est que l’homme, étant l’œuvre des anges et puissances prévaricateurs, était vidé dans son origine même, participant ainsi à leur faute et soumis a leur pouvoir tyrannique, et par suite avait besoin d’un sauveur. d) Sotériologie. — Les anges qui retenaient ixcvoui prisonnière la maltraitaient pour l’empêcher de retourner vers le père. Ils lui firent souffrir tous les outrages Jusqu’à ce qu’ils eussent réussi a l’enfermer dans un corps humain. Depuis lors cette <- /otin a pas cessé, à travers les siècles, de passer de femme en femme. Ce fut à cause d’elle qu éclata la guerre de Troie, car elle se trouvait alors dans le corps d’Hélène. Le poète Stésichore, pour l’avoir maudite dans ses vers, devint aveugle; mais s’étant repenti et ayant chanté la palinodie, il recouvra la vue. Enfin de femme en femme, tmvois, au temps de Simon, se trouvait dans le corps d’une prostituée de Tyr. Philosophy \ I, 19, p. 263. Il s’agissait de la délivrer. Le père envoya alors un sauveur pour délivrer ixwotaet pour soustraire en même temps les hommes Λ la tyrannie des anges. Ce sauveur descendit du monde supérieur et changea de forme pour passer au milieu des anges et des puissances sans en être reconnu : c'était Simon lui-même qui. en Judée, se montra aux juifs comme fils, en Samane, aux Samaritains, comme père, et ailleurs, aux gentils, comme Saint-Esprit. Son arrivée dans le monde infe­ rieur avait été prédite par les prophètes, qui avaient etc inspirés par les anges créateurs. Et il s'était mis a ia recherche de la brebis perdue» ixtvoia; H la trouva a Tyr, dans une maison de prostitution, et l’avait déli­ vrée dans la personne d’Hélène dont il avait fait sa compagne. Pour sauver les hommes, il était apparu comme l’un d’eux, tout en n’étant pas l’un d eux, et il avait paru souffrir, bien qu'il n’eût pas réellement souffert. Croire en Simon cl Hélène, c’était conque rir la liberté et être assuré du saluL S. Irénée, Cant. tuer î. 23, 3. P. G,, t. vu, col. 672; Philosophy VI, 29, p. 263-264. e) Morale. — La seule condition de salut étant la croyance en Simon et I lèlène. la question des œuvre» bonnes ou mauvaises ne se posait pas ou se résolvait dans la libre action. Simon étant venu délivrer les hommes de la tyrannie des anges, et la loi étant l’œuvre de ces anges, la conclusion pratique s’imposait : il n'y avait qu’à mépriser la loi. Aussi, au rapport des Philosophoumena, h 19, p- 264, la morale de Simon, fondée sur I’indiilCrcncc des œuvres, était-elle crimiVL — 46 1443 GNOSTICISME (telle; la promiscuité était admise; clic constituait la parfaite dilection, la sanctification réciproque, tîacîoi χγχζη. άτιον άγιων. Tel est le cadre et telle est la méthode du gnosticisme. Les gnostiques qui suivront n'auront qu'à utiliser cette méthode et à remplir ce cadre; Us ont désonnais à leur portée tout ce qu'il faut pour séduire et tromper, et ils vont agir en conséquence. 2, Ménandre, — Les disciples de Simon usèrent, comme lui, de la magie, recoururent à l’usage des philtres, interprétèrent les songes, eurent des statuettes de Simon et d’Hélène, qu’ils adoraient. Saint Irénéc dit : Horum mystici sacerdotes lidibinose quidam oiounl, magias autem perficiunt, quemadmodum potest unus­ quisque eorum. Exorcismis et incantationibus utuntur. Amatoria quoque et agogima, et qui dicuntur paredri et oniropompi, et qua cumque sunt alia perierga apud eos studiose exercentur. Imaginem quoque Simonis habent tactam ad figuram Joois, et Helena: in figuram Mineroæ, et has adorant. Cont. luer.,i, 23, 4, P. G., L vir, coi. 672, 673. L’un des scs disciples fut Ménandre, également de Samaric. L’auteur des Philosophoumcna sc borne à dire qu’il avait enseigné la création du monde par les j anges, Phitosoph., VII, 28, p. 367; et voici ce que nous apprend saint Irénéc, Cont. hoer,9 r, 23, 5, P. G,t t. vu, col. 673. « Ménandre, dit l'évêque de Lyon, parvint au sommet de la science magique, il disait que la Première Vertu était inconnue de tous et qu’il était lui-même le Sauveur envoyé par les puissances invisibles afin de sauver les hommes. Selon son système, le monde avait été créé par les anges qui, comme Simon l'avait dit avant lui, n’étaient, affirme-t-il, qu’une émanation de Γννο α. Cette cwoix communiquait la science de la magie qu'il enseignait lui-même et qui apprenait à vaincre les anges créateurs du monde. Ses disciples ressuscitaient en recevant son baptême, disait-il; ils ne vieillissaient pas et demeuraient immortels. » Ibid. Eusèbe spécifie ce qu’il faut entendre par cette magie. « Personne, dit-il, ne pouvait, selon Ménandre, arriver à être supérieur aux anges créateurs du monde, s’il n'acquérait l’expérience de la magie que lui, Ménandre, enseignait, et s’il ne participait à son baptême. Ceux qui en étaient devenus dignes y trouvaient l’immorta­ lité, ils ne mouraient pas. restaient sans vieillesse f dans une vie immortelle. > H, E., m, 26, P. G., L xx, . col. 272. A la différence de Simon qui exigeait pour le salut la croyance en sa propre divinité et en celle d’Hélène, Ménandre exigeait la réception de son baptême et la connaissance de la magie. Par là, il se substituait à son maître. Et tandis que Simon n’avait fait que recourir à la magie comme à un moyen d’en imposer aux simples, il l’avait élevée au rang d’un moyen néces­ saire nu salut. 3. Saturnin ou Satornilus. — Ménandre compta parmi ses disciples Saturnini et Basillde. Saturnin enseigna à Antioche et fut le chef du gnosticisme syrien. Philosopha VII, 28, p. 367. Sa doctrine n’était autre que celle de Ménandre et de Simon. Sans en changer l’économie générale, il y ajouta quelques dif­ férences caractéristiques. La voici résumée dans les Philosophoumcna, VII, 28, p. 367-369 : « Saturnin enseigne qu’il y a un père Inconnu de tous et qui a créé les anges, les archanges, les vertus et les puissances. Le monde et tout ce qu’il renferme a été créé par les anges. L’homme est une création des anges qui, après avoir vu paraître l’image brillante qui était descendue de la suprême puissance, ne purent la retenir parce qu’elle remonta aussitôt vers celui qui l’avait envoyée. Alors ils sc dirent en s’exhortant les uns les autres : Faisons l’homme à l’image et à la ressemblance. Cet homme fut créé, mais il ne pouvait sc tenir «trolt à 1444 cause de la faiblesse des anges : il rampait à terre comme un ver. La puissance d’en haut en eut pitié, porce qu'il avait été créé à son image; elle envoya une étincelle de vie qui releva l’homme cl lui donna lu vie. Après la mort, cette étincelle retourne vers ce qui est de la même espèce, et le reste se dissout, chaque partie d'uprès la naturo des éléments dont elle est formée. Il démontre que le Sauveur n’était pas né, qu'il était Incorporel, sans forme ni figure, qu il n’était apparu comme homme qu'en apparence, et que lo Dieu des juifs était l’un des anges. Puis il ajoute que le père ayant la volonté de détruire tous les princes, le Christ vint parmi nous pour la destruction du Dieu des juifs et le salut de ceux qui croient en lui:ce sont ceux qui ont en eux-mêmes l’étincelle de vie. Saturnin dit qu’il y a deux genres d’hommes formés par les anges : l’un bon et l'autre mauvais. Et parce que les démons venaient en aide aux mauvais, le Sauveur est venu pour la destruction des mauvais et des démons, et pour le salut des bons. Ils appellent le mariage et la pro­ création des œuvres de Satan. Un grand nombre de scs disciples s'abstiennent de manger de la chair, et, par cette feinte continence, en séduisent plusieurs. Quant aux prophéties, les unes, disent-ils, ont été faites par les anges créateurs du monde, les autres par Satan, que Saturnin nomme un ange et dont il fait l'adversaire des créateurs du monde et surtout du Dieu des juifs. · On volt les différences introduites dans le système gnostique de scs prédécesseurs par Saturnin. Pour expliquer la faute première qui sert d'origine ou de cause au mal physique et moral, Simon avait ima­ giné l'emprisonnement de Γίχίνοια par les anges dans le corps humain; Saturnin se contente do dire que les anges ont bien voulu retenir l’étincelle de vie envoyée par le père, mais que, ne l’ayant pas pu, ils sc sont résolus à faire l'homme à son image et à sa ressemblance. Dans l'anthropologie, Saturnin introduit un élément nouveau, l'envoi par le Père de l’étincelle de vie pour redresser l'homme, cette œuvre informe des anges créateurs. Dans la sotériologic, c'est le même docétisme; le salut est limité, quant aux hommes, à ceux qui possèdent l’étincelle de vie, apparemment aux seuls disciples de Saturnin. Le Christ venant combattre le Dieu des juifs, c’est l’antinomismc qui parait et qui ira en s'accentuant chez un certain nombre de représentants de la gnose et dans plusieurs sectes gnostlques. Mais il vient combattre aussi les démons et Satan, personnages dont il n’a pas encore été ques­ tion, et qui, ne pouvant être la manifestation du premier principe parce que ce premier principe est bon, représentent nécessairement le principe mauvais. Et l'on trouve là l’influence du dualisme qui aboutira au système de Mardon. Il est encore question, au moins parmi les disciples de Saturnin, de la condamnation du mariage et de la procréation comme œuvres de Satan, et d’un certain ascétisme qui sera systématisé dans l’encratisme. L'eschatologie enfin, sans être com­ plètement traitée, sc dessine déjà : c’est, pour l’homme sauve, le retour de l’étincelle de. vie dans le monde supérieur, et la dissolution tout au moins de son corps. 4· Le gnosticisme d Alexandrie, — 1. Hasitide. - Ce fut Basillde, voir Basilide, t. n, col. 165-475, le condis­ ciple de Satumin et le disciple de Ménandre qui d’An­ tioche alla à Alexandrie enseigner In gnose et fui le premier gnostique égyptien connu S. Irénéc, Cont. h/rr., I, 21, P. G., t. vu, col. 671. Sans abandonner les pra­ tiques magiques de scs prédécesseurs, Cont. hær.9 i, 24, 5, col. 678; voir Abraxas, t. I, col. 121-121, et sans sc séparer complètement de leur enseignement, il voulut faire œuvre nouvelle et Imagina le système le plus compliqué, le plus abstrait, le plus métaphysique et le moins facile à comprendre. Il admit, lui aussi, trois 1445 GNOSTICISME mondes superposés, le monde hypcrcosmlquc, le monde Intermédiaire ou suprahinaire et le monde ordinaire ou sublunaire. Dans le premier il plaçait ic Dieu-néant; le Néant qui existe, le Dieu-devenir, qui renferme tous les germes, πάσαν την πανσπίρμίαν, Phitosoph.. VII, 22, p. 349, qui évolue ou passe de la puissance à l’acte, grâce à une triple υίότης, dont le râle est singulière­ ment expliqué. Dans le second, qu'il nomme le monde de l’Esprit-hmite, πνίυμα, μιΟόριον, Phitosoph., Vif, 23, p. 353, il plaçait 305 deux, dont le premier, le plus rapproché du monde supérieur, est appelé Vogdoadr, et dont le dernier, le plus rapproché du monde sub­ lunaire, est appelé Γ hebdomade, chacun avec un chef nommé Archon, et tous peuplés d'éons, qui procèdent du Dieu-néant, par une voie qui ne peut être que celle de l'émanai ion, bien que Basillde n'emploie pas ce terme et semble répudier un pareil mode d’origine. Le grand Archon de l’ogdoadc, ignorant l'existence des trois υίότη; et du Dieu-néant, sc croit le premier de tous les êtres et commet ainsi une faute d'ignorance el d'orgueil qui aura besoin d’être rachetée. Il sc donne un fils qui est plus grand que lui. L*Archon de l'hcbdomade passe exactement par les mêmes errements que le grand Archon; d'où l’on peut conclure que les choses sc passèrent de manière semblable dans chacun des 363 autres deux. /\ noter que i’Archon de l'hebdomade, qui n’est autre que Jéhovah, le Dieu des juifs, est le créateur du monde sublunaire, et notamment de l’homme, composé d’un corps, qui est destiné à périr, d’une âme qui est descendue du monde intermédiaire, de l’un des 365 deux. Cette âme connaît Dieu naturel­ lement; elle est élue à raison même de sa nature, Clément d'Alexandrie, Strom., V, 1, P. G., t. ix, col. 1213; son élection s’est faite en dehors de ce monde terrestre. Strom., IV, 26, P. G., t. vin, col. 1376. Et du fait qu'elle est élue, elle possède naturellement la foi, véritable substance qui lui est inhérente et qui lui permet de connaître la vérité sans démonstration préalable et de posséder toute la gnose par simple intuition. Strom., II, 4, P. G., t. vm, col. 941. Nulle­ ment libre, elle est portée nu péché et succombe fata­ lement quand l’occasion se présente; elle n’a donc pas le droit de sc glori lier de n’avoir pas péché. Étran­ gère ù ce monde, elle n’y est descendue que pour être honorablement punie par le martyre, en vue d’expier des fautes commises dans une autre vic. Strom., IV, 12, P. G., t. vm, col. 1292. Dans le système de Basillde, le rachat sc fait dans le monde intermédiaire par un sauveur nommé évan­ gile, qui appartient au monde supérieur et se confond avec la première νίοτης. Descendu dans l’ogdoadc, il porte le salut et la science, c’est-à-dlrc la connaissance du Dieu-néant et de la triple υΐίτης, qu’il manifeste au fils du grand Archon; et par le fils il illumine le père, qui reconnaît alors son ignorance, cause de son erreur, la confesse el est par là même racheté. Pareillement tous les éons de l’ogdoadc sont alors illuminés et ra­ chetés. Ce procédé de rédemption dut être appliqué à chacun des 365 deux et de la même manière, puisque nous le voyons appliqué ainsi au del de l’bcbdomade. Cela fait, tout rentre dans l’ordre au milieu du monde Intermédiaire. Keste à racheter le nombre sublunaire, où sc trouvait égarée la troisième υίο'της. Ici, nouveau personnage; car la lumière qui avait lui sur le ills de Γ \rchon de l’hebdomade descendit en Jésus,le fils de Marie, l’illumina et le remplit de ses feux. Et alors la troisième υΐότης devint tellement subtile qu elle put prendre son essor, s’élever à travers et au-dessus de tous les deux de Γ Es prit-limite jusqu’au Dieu-néant Dès lors plus de larmes ni de souffrances dans le monde sublunaire; tous les hommes de la troisième υΐότης s’élèveront à In suite, et leur âme réintégrera le lieu de son origine. Phitosoph., VII, 27, p. 363. La rédemption 1 | ! . 1446 terrestre achevée, soit par un semblant d’expiation, ainsi que le rapporte saint Irénée, Cont. hrrr., i, 24, I, P. G., t. vu, col. 677, ce qui paraît plus conforme au docétisme gnostique, soit par une expiation réelle selon ce qui est écrit dans les Évangiles, comme 1 Indique l’auteur des Philosophoumcna, VII, 27, p. 365, une ignorance complète et universelle doit s’emparer de tous les mondes et de tous leurs habitants. « Quand tout cela sera définitivement accompli, quand tous les germes confondus auront été dégagés et rendus à leur place primitive, Dieu répandra une ignorance absolue sur le monde entier, afin que tous les êtres qui les composent restent dans les limites de .leur nature et ne désirent rien d'étranger ou de meilleur; car, dans les mondes inférieurs, il n'y aura ni mention, ni con­ naissance de ce qui se trouve dans les mondes supé­ rieur», afin que les âmes ne puissent désirer ce qu elles ne peuvent posséder et que ce désir ne devienne pas pour elles une source de tourments; car il serait la cause de leur perte. · Philosopha, VII, 27, p. 363. Tel est le système du premier gnostique égyptien. L’influence du gnostidsme syrien s’y fait sentir; mats ce n’est pas la seule. Basilide a tenu compte tout parti­ culièrement du dogme de la rédemption enseigné par le christianisme, sauf à le modifier ou à le transformer à sa guise. Mais il a introduit dans la gnose des cléments nouveaux, tels que la nature de son Dieu-néant, la manière de multiplier les deux dans le monde intermé­ diaire, la propriété des fils des Archons d’être plus grands que leurs pères, l’ignorance qui doit envelopper chaque monde à la fin des temps; et sur ces divers points il est tributaire, soit de la cabbalc, soit des doctrines de 1 ancienne Égypte, comme l’a démontré Amélineau, Essai sur le gnosticisme égyptien, Paris, 1887, p. 139-152. 2. Isidore. — Fils et disciple de Basilide, Isidore continua l’enseignement de son père. Philosophoumcna, VH, 20, p. 314. Nous ne savons pas s'il le maintint dans son intégrité ou s’il lui fit subir quelques trans­ formations. C’est aux disciples de Basilide que Clément d’Alexandrie attribue la théorie des appendices de l’âme, d’après laquelle les désirs de l’âme sont rendus semblables aux désirs des animaux, loup, singe, lion bouc, dont elles possèdent les propriétés. Strom., 11. 20, P. G., t. vm, col. 1056. Théorie fort commode pour la libération des instincts sans avoir de reproche à se faire. Isidore en a combattu les conséquences immo­ rales, quand il a dit : · SI vous persuadez à quelqu’un que l’âme n’est pas d’une seule pièce, mais que les afiections mauvaises viennent des appendices ajoutés à cette âme, vous donnez aux criminels un excellent prétexte pour dire : j’ai été forcé, j’ai été entraîné, je l’ai fait malgré mol, j’ai fait l’action sans le vouloir. Et cependant, c’est l’homme qui est le maître de sa passion qui l’a vaincu parce qu’il n'a pas lutté contre les appendices. » Cité par Clément d’Alexandrie. Strom., II. 20, P. G., t. vm, col. 1057. Il est certain toutefois que, sciemment ou non, Basilide avait pose les principes d’où devait découler logiquement la libre action ou l’immoralité. Et il est certain égale­ ment qu'Isidore, dans la question du mariage qu’il permet aux uns et qu’il déconseille aux autres, écrit cotte phrase équivoque et dangereuse : 6ΰησάτ*> μόνον χπαρτήσαι τδ χαλάν xit <πιτ<ύξ«τα·. Strom., III. î, P. G., t. vin. col. 1101. S’il suffit, en eflet, de vouloir le bien pour le posséder, on pourra le vouloir même en faisant le mal. Et telle est bien la consé­ quence pratique qu’en tiraient les basllldlens, puisque Clément d’Alexandrie rapporte le passage d’Isidore où elle sc trouve, pour accuser leur Inconduite. Ils pré­ tendaient, en eflet, avoir toute licence pour pécher puisqu’ils étalent parfaits, et être assurés de leur salut, quelque faute qu’ils commissent, puisqu'ils A447 GNOSTICISMÈ étaient élus. Ibid., col. 1104. Cela prouve que déjà le système du Basilide et d'Isidore se traduisait prati­ quement en immoralité. II ne restera plus qu’à jus­ tifier dogmatiquement l'immoralité : ce tut l'œuvre de Carpocratc. 3. Carpocratc. — Originaire d’Alexandrie et gnostlquc égyptien, Carpocratc, voir Carpocratb, t. n, col. 1880-1803, s’est beaucoup moins occupé de la partie métaphysique du gnosticisme qnc de son appli­ cation pratique. Il reste apparenté avec la gnose syrienne, car c'est à Saturnin qu’il a emprunté cette haine du Dieu des juifs et de sa loi, qui est l'une des caractéristiques de son système. 11 doit à Basilide les principes dont il tire rigoureusement les conséquences logiques sans reculer devant l’abîme d’immoralité où elles conduisent. Il s’empare, sauf à la dénaturer étran­ gement, de 1’hypotiwsc pythagoricienne de la métemp­ sycose pour pousser Jusqu'à épuisement la série des actes immoraux que toute âme doit commettre avant d’être sauvée. Et il devient avec son fils Épiphane, mort à dix-sept ans et adoré comme un dieu dans l’îlc de Céphalénie, Clément d’Alexandrie, Strom., 111, 2, P. G., t. vin, col. 1105, un professeur systématique d’impudicité. L'idée do rédemption n’est pas étrangère à son sys­ tème, et oa \a voir comment il l’entend. Le Sauveur envoyé par le Père inconnu, qui ne pouvait supporter l'intolérante domination des anges, et notamment celle de Jéhovah, eut pour mission la défaite de ces tyrans : ce fut Jésus, vrai fils de Joseph et de Marie, né d’un père et d’une mère à la manière des autres hommes, simple mortel, qui, se rappelant ce qu'il avait vu dans une vie a téricure, s’éleva au-dessus des autres hommes grâce à la fermeté de son âme, et se prit d’un profond mépris pour la loi et les coutumes des juifs. Et ce mépris fut le salut du monde. Quicon­ que le professe à l’égard des fabricateurs du monde peut égaler et même surpasser Jésus et scs apôtres, Pierre et Paul. Philosoph., VII, 32, p. 38G. Le mépris des anges et de Jéhovah, auteurs de la loi qui règle l’ordre social et moral, entraîne le mépris nécessaire de cette loi. Ιλι violer est dès lors un devoir et un moyen de salut. Cat ’n Justice, d’après Épiphane, n'est qu’une κοινωνία ισυτητος, un droit égal pour chacun de participer à tous les biens, particulièrement au nécessaire exercice des rapports sexuels. Clément d'Alexandrie, Strom., Ill, 2, P. G., L vni, col 11051108. La communauté des femmes s’impose. Ibid., col. 1112. Et c’est dans un sens d’une obscénité révol­ tante que Carprocatc interprète ce mot de saint Luc, vi, 30 : παντί αίτουντί σι διοου. Strom., Ill, 6, P. G., t vin, col. 1157. De là, dans les réunions nocturnes, des scènes de promiscuité et de débauche qualifiées du mot chrétien d’αγάπη. Strom., HI, 2, P. G., L vm, col. 1112. Et si par malheur une âme n’avait pas épuisé toute la série des turpitudes, elle était condamnée, après la mort, à habiter un autre corps pour satisfaire, par la révolte complète contre la loi, à la nécessité de son salut. Et c’est ainsi que Carpocratc entendait ce mot de Γ Évangile : Non exits inde donec reddas novis­ simum quadrantem. Matth., v,26. S. Irénée, Cont. lurr., i, 25, 4, P. G., L vu, coi. 682-683. Voilà où en était arrivé le gnosticisme égyptien à peine naissant. Et il n’est pas étonnant que, dans ce courant d’antlnomisme outré, les sectes gnostiques se soient multipliées pour honorer tous les révoltés de Γ Ancien Testament 4. Valentin. — Bien au-dessus de Carpocratc, d’Isi­ dore et de Basilide, se trouve l’un des chefs célèbres et le* plus influents du gnosticisme, Valentin. Avec lui on touche à l’apogée de la gnose. Né dans la BasseÉgypte, Valentin suivit les cours des écoles d’Alexan­ drie, où il apprit la philosophie platonicienne et s'initia à toutes les doctrines de l’ancienne Égypte. 1448 S’il ne fut pas le disciple de Basilide, Il put entendre ses leçons; il connaissait en tout cas son système ainsi que celui de ses prédécesseurs, et resta fidèle au cadre et à la méthode des gnostiques, en parant le tout d’images et de conceptions nouvelles, qui donnent à son enseignement un caractère à part. Sa réputation et son influence furent grandes. Après avoir enseigné à Alexandrie, il se transporta à Home du temps du pape Ilygin, y séjourna longtemps et y forma de nombreux disciples, avant d’aller mourir en Chypre où, au dire de saint Épiphane, il aurait fait le dernier naufrage dans la foi. Ses disciples se partagèrent en deux écoles, l'école orientale et l’école italique, diffé­ rentes d'opinion sur la nature du corps du Sauveur. Sa doctrine personnelle ne se trouve exposée nulle part, bien que l’auteur des Philosophoumena entende parler de son système qu’il dit emprunté, non aux Évangiles, mais à Pythagorc et à Platon, et qu’il qualifie d'hérésie. Philosoph., VI, 29, p. 279. On ne peut que la recon­ stituer en étudiant celle de scs disciples, soit dans l’école orientale au moyen des Extraits de Théodote, des renseignements du pseudo-Tertullicn, de Philastrius et des Philosophoumena, soit dans l'école italique au moyen du Contra hæreses de saint Irénée. Et l’on y retrouve, malgré la différence des détails, une économie semblable à celle de scs devanciers dans la théogonie, la cosmologie, l’anthropologie, la sotériologic et l'escha­ tologie. a) École orientale de Valentin. — a. Théogonie. — Dans le monde supérieur du plérome se trouve le Dieu principe, le Un, le Père, seul d’après les uns, avec Σιγή pour compagne d’après les autres, doué de vertu pro­ lifique ou susceptible de développement. Ne voulant pas rester seul, il engendre une dyade, le couple νους et άλήΟιια, d’où sort un second couple, λόγος et ζωή, qui lui-mème produit άνθρωπος et ιχχλησία. En action de grâces envers le Père Incréé, Γ Esprit et la Vérité produisent dix nouveaux éons, la décade. Λ cette vue, le couple Verbe et Vie voulant honorer la dyade d’où il émane, produit douze éons, la dodécadc. Pourquoi dix éons d’abord et douze ensuite ? Ce choix est dû à une influence pythagoricienne. Voilà donc 28 éons ou 30 si l’on y comprend le Père et le Silence, qui consti­ tuent le plérome, le monde supérieur. Au dernier degré de la dodécadc se trouve l'éon femelle σοφία à l’esprit curieux et au désir ardent. A la vue des merveilles du plérome, de la série des émanations et de la puissance des éons, elle voudrait connaître les mystères qui lui restent cachés et devenir à son tour principe d'émana­ tion. Constatant que le Père seul a procréé sans épouse, elle désire imiter le Père et engendrer seule. Mais n’étant pas Incrééc comme le Père, elle ne réussit qu'à produire un être informe, ίχτρωμα, qui est le fruit de son péché d’ignorance et d'orgueil. Un tel être n’est pas de nature à réjouir les éons du plérome; ceux-ci craignent de devenir générateurs d’étres difformes et imparfaits et supplient le Père de secourir l'audacieuse et Infortunée σοφία, qui se lamente d’avoir produit un avorton. Philosoph., VI, 29-31, p. 279-285. Le Père exauce leur prière; il a pitié de σοφία et confie à νους et à άλήΟιια le soin de tout arranger. L'Esprit et la Vérité produisent alors un nouveau couple d’éons, le Christ et ΓEsprit-Saint, Χριστός et ΙΙνιϋμα άγιον, qui sont chargés de parfaire la forme incomplète ά’Ιχτρωμα et de consoler σοφία. Le Christ et Γ EspritSaint commencent par séparer ϊχτρωμα, afin que les autres éons ne soient plus troublés par la vue de sa difformité. Et pour rendre définitive cette séparation nécessaire, le Père produit un nouvel éon, nommé Limite, δρος, parce qu’il doit limiter le plérome; Croix, σταυρός, parce qu’il ne laisse approcher du plérome • rien d’imparfalt; et Participation, [ΐιτο/ής, parce qu'il I participe à la fols du plérome et de la partie extérieure. 1449 GNOSTICISME 1450 Έκτρωμα, fi 1s de σοφία et nommé aussi σοφία extérieure, I dult par σοφία; ses désirs indiscrets, fruits de l'igno­ se trouve désormais dans l’ogdoade. Le Christ et rance et de 1’orguell, avaient abouti a la production l’Esprit-Salnt rentrent dans le plérome, rejoignent voJ; d'un avorton. Et ce fut le couple Christ et Saint-Esprit et άλήΟιια pour gloriiler le Père. Philosoph., VI, 31, qui réparèrent sa faute et rétablirent la concorde et p. 286-287. la paix. Dans le monde Intermédiaire, soit dans l'ogAinsi délivrés d’une présence importune et pacifiés doade où a été relégué Γΐχτρωμα, soit dans l'hebdoΛ jamais, les éons du plérome veulent témoigner leur made où se trouve le démiurge, la rédemption s'opère reconnaissance au Père incréé ; et à eux tous, en donnant par le fruit commun du plérome l’éon Jésus, qui épouse chacun le plus pur de leur essence, comme fruit de έχτρωμα, la sagesse extérieure, et lui communique la l'unité, de la paix et de lu concorde rétablies, Us pro­ gnose supérieure. Et Ϊχτρωμα, à son tour, communique duisent l’éon Jésus, le grand pontife, 'Ιησούς. cette science supérieure au démiurge Ignorant del'hebCette théogonie ou éonologic de l'école orientale de domade. Reste notre monde. Le Sauveur est ici un Valentin est appuyée de la manière la plus extraor­ autre Jésus, bien différent de celui qui rachète le monde dinaire qu’il soit possible d’imaginer sur la Genèse et intermédaire. I^e Jésus qui rachète notre monde ne doit les Évangiles. On y retrouve les éléments déjà connus rien au plérome; il est uniquement redevable de sa for­ de Simon et de Basilide : un premier principe d’éma­ mation d'abord à έκτρωμα, l'épouse du premier Jésus, nation, les syzygies, l’éon limite, la chute duc à l’igno­ qui lui communique quelque chose de l’ogdoade, et en­ rance et à l’orgueil, l’ogdoade; seuls, diffèrent le nom suite au démiurge, qui lui communique quelque chose et la distribution des éons, les péripéties de σοφία et de l’hebdomade, et enfin à la Vierge Marie, qui lui com­ d’έκτρωμα. munique quelque chose de la création terrestre. Ce b. Cosmologie. — La sagesse extérieure, Γχτρωμα, Jésus, sauveur de notre monde, qu'est-il en réalité ? abandonnée par le Christ et l’Esprit-Saint, se met à Sur la nature de son corps, on ne s'entendait pas parmi leur recherche, remplie de frayeur, et aspire vers eux; les disciples de Valentin. Pour ceux de l'école italique, elle se met à les prier. Philosoph., VI, 32, p. 288. lui c'était un corps psychique, c’est-à-dire ne renfermant Pistis Sophia donne douze de ces prières qui ne sont qu'une âme psychique; pour ceux de l'école orientale, que la paraphrase de certains psaumes appliquée aux c'était un corps pneumatique, c’est-à-dire animé par malheurs ά’έχτρωμα. Les éons du plérome lui envolent une âme pneumatique. Philosoph., VI, 35, p. 296. l’éon Jésus qui doit apaiser scs douleurs et la prendre Quelle était la véritable pensée de Valentin ? On pour épouse. L’éon Jésus trouve la sagesse extérieure l'ignore. Quels hommes ce Jésus est-il venu sauver ? en proie à la crainte, au chagrin, à l'anxiété; il lui Apparemment les seuls psychiques, puisque d’une enlève ces passions qu'il convertit en essences perma­ part les hyliques sont fatalement perdus par leur nature nentes : de la crainte, il fait l’essence psychique; du et que, d'autre part, les pneumatiques sont certaine­ chagrin, l’essence hylique; de l'anxiété, l’essence des ment sauvés par leur qualité de gnostiques. Et com­ démons. Et chaque essence devient démiurge. Il y a ment les a-t-il sauvés ? Par la réalité des souffrances, ainsi le démiurge de l’essence psychique, qui a l’esprit par une expiation sanglante ? Ce n’est pus à croire, faible et grossier, ne comprend rien à ce qu’il fait, car et bien que rien ne fasse id allusion au docétisme, le c’est la sagesse qui agit à sa place; et il se croit Dieu. docétisme était trop dans l’esprit du gnosticisme pour Et cette sagesse, de l'ogdoadc où elle se trouve, agit que le système Valentinien ait fait exception. Scion partout dans le monde intermédiaire jusqu’à l’hebdotoute vraisemblance, et conformément au principe made. Le diable est le démiurge de l’essence hylique, de similitude qu'on trouve dans chaque système, le et Béclzébub celui de l’essence démoniaque. Philo­ Jésus terrestre a sauvé les hommes comme le Jésus soph., VI, 32-33, p. 289-291. Il est à remarquer que le du monde intermédiaire et comme le couple, Christdémiurge de l'essence psychique se trouve dans l’hebSaint-Esprit, du monde supérieur, par la simple com­ domade; et c’est très vraisemblablement le Dieu des munication de la gnose, par l'illumination de la sdence. juifs. Dans ce monde intermédiaire il n'est question e. Eschatologie. — Il ne saurait être question du que de l'ogdoadc et de l’hebdomade, dont a parlé Basicorps, mais seulement de l’âme. < Si l’homme psychique, lldc. L’école Valentinienne admettait-elle les 365 deux ? dit l’auteur des Philosophoumena, VI, 32, p. 290, se c. Anthropologie. — C’est la partie sacrifiée du sys­ rend semblable à ceux qui sont dans l’ogdoade, il tème. L’homme étant un composé d’àme et de corps, devient immortel, il monte dans l’ogdoade, qui est la H s'ensuit que son âme vient du démiurge de l'es­ céleste Jérusalem. Si, au contraire, il se rend semblable sence psychique, et son corps du démon, le démiurge à la matière, il se corrompt et périt » Et void, d’après de l'essence hylique. Ce dualisme d'origine est une con­ un extrait de Théodote, Excerpta Theodoti, 63, P. G., ception bizarre. Mais Valentin partageait les hommes t. lx, col. 689, la nature de ce bonheur dans l’ogdoade : en trois catégories : l’homme hylique l'homme psy­ • Les pneumatiques se reposeront dans le monde du chique, et l’homme pneumatique. L'hylique est ma­ Seigneur, c'est-à-dire dans l’ogdoadc qui est appelée tériel et sert d'hôtellerie au diable, à tous les ap­ Seigneur. Les autres âmes (celles des psychiques sauvés) pétits grossiers : c’est le païen dont le sort est fatale­ demeureront dans l’hebdomade avec le démiurge ment voué à la destruction. Le psychique, bien que jusqu’à la fin des temps; alors elles monteront aussi possédant une âme supérieure, est ignorant comme le dans l’ogdoade, et là se fera un festin splendide, le démiurge dont il est la création : c'est le chrétien, qui festin des noces de tous ceux qui auront été sauvés peut descendre vers l’hylique ou s'élever jusqu'au jusqu'à ce que toutes choses soient devenues égales pneumatique, se perd dans le premier cas, se sauve pour tous, et que tous les élus se connaissent les uns dans le second. Il ne possède que la fol, il n’a pas la les autres. » Les psychiques sauvés ne seront donc gnose, et c'est celle-ci qui est le moyen du salut. Le admis au bonheur de l’ogdoade qu’après un long séjour pneumatique est l’homme parfait par excellence; il dans l’hebdomade, séjour qui est épargné aux pneu­ reçoit du Verbe, de Jésus et de la sagesse des semences matiques. < Alors les pneumatiques, ayant dépouillé l’âme psychique, recevront les anges pour époux, d’immortalité, c’est-à-dire la gnose; il est élu dès le comme leur mère elle-même a reçu un époux, ils entreprincipe; il est assuré de son salut. Philosoph., VI, 34, ront dans la chambre nuptiale qui se trouve dans p. 291-249, d Sotêriologie.— Le système valentlnlen comporte l’ogdoade en présence de Γ Esprit (c’est-à-dire do Sophia et de Jésus); ils deviendront les éons intelli­ une triple rédemption : celle du plérome, du monde gents, ils participeront à des noces spirituelles et Intermédiaire et du monde terrestre. Dans le plérome éternelles. · Excerpta Theodoti, 64, P, G., t. ix, col. 689, nous l’avons déjà Indiqué, le trouble avait été intro- 1451 GNOSTICISME Vous sommes foin de l'eschatologie de Basllidc; et si c langage rappelle un peu celui dc J’Évangile, nous Mj mm es encore loin dc la félicité chrétiennes dc la vision intuitive et de la jouissance dc Dieu. Ces noces ou les Ames pneumatiques seront les épouses des anges et formeront avec eux des syzygies, reproduiront sans doute l’image du plérome et dc ses couples d’émana­ tions, et c’est cn cette imitation, mats en dehors du pléromc, que consistera la ressemblance avec la divinité. /. Morale. — Que devient la liberté humaine dans ce système ? Il n’y a guère de place pour elle, du moment qu’on est fatalement sauvé ou condamné d’après la nature que l’on a. Elle ne s’expliquerait que pour les psychiques qui peuvent sc sauver ou se perdre. Les Extraits dc Théodotc nous apprennent que l'école Valentinienne orientale enseignait le fatalisme astro­ logique. Excerpta Theodoti, 69-72, P. G., t. ix, col. 692. Et si tout, dans la vie de l’homme, est réglé par le mouvement des astres, leur lever et leur coucher, leur entrée et leur sortie de l'un des signes du zodiaque, leur conjonction. In liberté n'est qu’un vain mot. Cependant d’après un autre extrait, 78, col. 693, l'influence des astres ne sc faisait sentir que jusqu’au baptême. Le baptême, étant la purification, l’illumination de l'ûme par la gnose, n'enseignait pas seulement A l’homme ce qu’il avait été, ce qu'il était devenu, où il sc trouvait, d’où il venait, où il allait, comment il avait été racheté et ce que sont la génération et la régénération, mais encore il donnait Λ l’homme la liberté, non toutefois d'une manière certaine et infaillible; car il pouvait se faire qu’au moment dc descendre dans la piscine baptismale, des esprits impurs descendaient avec le catéchumène cl cn remontaient avec lui, mais cn détenant devers eux le sceau de la gnose et en laissant les catéchumènes inguérissables pour toujours. Ibid., col. 696. C'était donc une liberté illusoire, et cela se comprend du moment que la gnose était une œuvre d’élection. D’après Clément d’Alexandrie, Strom., Ill, 1, P. G., t. vil», col. 1097, les disciples de Valentin qui ont enseigné 'émanation par syzygle tenaient le mariage pour honorable. 11 n’en est pas moins vrai qu’ils ont donné lieu, eux aussi, A des accusations d’immoralité. L'inutilité des œuvres pour le salut faisant partie de leur doctrine ouvrait la porte A tous les débordements. b) École italique de Valentin. — Parmi les partisans de l'école orientale, l'auteur des Philosophoumcna, VI, 35, p. 296, ne signale qu’un certain Axionicus, d’ailleurs Inconnu, et Bardesane, qui échappa A la gnose et revint A une orthodoxie presque complète. Voir Bardesane, L n, col. 391-398. Parmi ceux de l'école Italique. Il range Ptolémée et Héradéon, Se­ cundus et Epiphane, Marc et Colorbasus. Philosoph., VI, 35, 38, 39, 40, 56, p. 296, 302, 303, 30-1, 332. Voir Bassus, L n, col. 476.C’est contre ceux-ci, particulière­ ment contre Ptolémée, celui qu’il appelle la ■ fine fleur · dc l’école Valentinienne, que saint Irénée, très au cou­ rant du mouvement gnostique qui s'était produit peu avant lui dans les vallées du Tibre et du Rhône, a écrit sa réfutation. Et voici, d’après lui, le résumé du gnos­ ticisme Valentinien de l’école italique; on y remarquera facilement les différences légères qui le distinguent du gnosticisme de l’école orientale. a Théogonie. — L’école italique place au sommet et au commencement de tout une syzygle, composée du principe mâle nommé tour A tour le Premier Principe, προαφγή, le Premier Père, πφοπάτωρ, ou ΓAbîme, βύβος, cl du principe femelle désigné sous le nom de Pensée, Iwoia, de Grâce, χάφις, ou de Silence, σιγή. Ce premier donne naissance À la syzygle Esprit et Vérité, νους ou αονοτινής et ιλήθηα. de laquelle émanent le Verbe et la Vie. Αήρς et ζωή, et de ccs derniers ΓHomme et l'Égllsc, άνθρωπος et ί/.-λτσα. Tel est le premier groupe d'éons 1452 du pléromc. Mais ici ce n’est pas la syzygle νους et α/.ηόίΐα qui forme la décade, c'est λόγος et ζωή; et c’est la syzygle άνθρωπος et ΐχχλησία, qui forme la dodécade. Mais le dernier de tous ces éons, c'est encore la Sagesse, σοφία, dont le rôle n'est pas tout ù fait le même que dans l’école orientale. S. Irénée, Cont. tuer., i, 1, 1-2, P. G.. t. vu. col. II.» La Sagesse, éon femelle, transportée de plaisir, veut s’élancer sans le secours dc personne A la recherche de la sublime connaissance. Mais, d'après les uns, elle est détournée de son dessein par l’éon-limite, όρος» qui lui apprend que le Père est incompréhensible et ineffable; et dès lors elle revient à elle et abandonne son témé­ raire projet. D'après les autres, au contraire, elle pro­ duit, en punition dc sa faute, un fruit informe, qui ne s'appelle pas ΐχτρωμα, comme dans l’école orientale, mais la Passion dc la sagesse ou la Sagesse Achamoth, ένθύμησις τής σοφία; ou σοφία άχαιχώθ. Λ la vue d’un tel avorton, la Sagesse est prise de tristesse, de honte et de crainte de le voir détruit; dc IA sa prière et la prière dc tous les éons du plérome A Dieu le Père, qui produit alors l'éon A la fois mâle et femelle, la Limite, όρος, chargé de purifier σοφία et de la rendre A l’époux qu'elle a quitté. Un nouveau couple parait alors, le Christ et le Saint-Esprit, qui enseigne aux autres éons A respecter les limites de leur nature et A ne pas cher­ cher à comprendre l’incompréhensible. Pénétres de celte doctrine, tous les éons n’ont plus qu’un désir, celui de rendre grâce au Père; et chacun d'eux, faisant émaner dc lui-même ce qui est le meilleur de sa nature, collabore à la production d’un nouvel éon, Jésus, l’Astrc, le Sauveur, le Fruit, le Verbe, le Tout. S. Iréncc, Cont. hœr., i, 2, P. G., L vu. col. 452-465. b. Cosmologie. —Comme έκτρωμα. ένΟύμησις on άχαμώθ role Λ l'extérieur du plérome, dans l’obscurité et le vide. L'con Christ cn a pillé et par l'intermédiaire de l’éon Limite, όρος, lui donne une forme. ΑχαμώΟ, bien que restaurée, sc trouve saisie des mêmes angoisses (pic sa mère, σοφία : de chagrin, parce qu’elle n’a pas com­ pris; de crainte, parce qu'elle a peur de ne plus retrouver la lumière ou de perdre la vie ; et d’ignorance, parce qu’elle ne connaît pas les mystères du monde supérieur. Mais c'est de ces souffrances que dérive l’essence prochaine de la matière, l'ûme du monde, le démiurge. Le Christ envoie A sa place un autre éon, le Consolateur, le Paraclet, le Sauveur Jésus, revêtu par le Père de la toute-puissance nécessaire pour créer les choses visibles et invisibles. Jésus est accompagne d'anges. A son approche, άχααώΟ sc voile la face, puis jette un regard furtif et accourt vers le Sauveur qui complète définitivement sa fonne et la délivre dc ses passions et dc scs souffrances. Rendue joyeuse, ά/αμώθ n’a qu’A contempler les anges, qui accompagnent Jésus, pour concevoir et enfanter des fruits spirituels, qui deviennent les créatures spirituelles. On a dès lors les trois natures, matérielle, animale et spirituelle; il n'y a plus qu’a leur donner une forme. Et c’est A quoi s'applique ά/αμωθ, Laissant dc côté la nature spiri­ tuelle, dont l’information échappe A son action trop peu puissante, elle forme dc la substance animale le démiurge, père cl mère dc tous les êtres créés. Or ce démiurge ignore tout ce qui est au-dessus de lui; Il agit sans trop savoir ce qu'il fait; il crée les sept deux sur lesquels il domine, les sept mondes ou l’hebdomade. Puis sc servant de lu matière qui est sortie des passions d’à/αμωΰ, il crée tout ce qui sc trouve dans l’univers. Et il se croit seul auteur et seul maître. S. Irénée, Cont turr . i, 1-5, P. G., t. vn, col. 477-504. c. Anthropologie. — L’homme se trouve composé d’une Ame et d’un corps. Le corps sort de la matière; la chair n'est que de la matière organisée; l’ûme psy­ chique vient du démiurge; mais certains hommes ont une Ame pneumatique; ils l'ont reçue d’à/χμώθ A l’insu 1453 GNOSTICISME 1454 du démiurge. Et scion la prédominance de l'un des l'un des plus célèbres, sinon le plus grand, parmi les éléments, les hommes sont divisés en trois catégories : chefs de la gnose. Il connaissait les philosophes. celle des hyÜquci, fatalement condamnés a périr L'auteur des Philosophoumena,VH. 29, 30f p, 370, 380, comme la matière; celle des psychiques, qui, ne possé­ le rattache à Empédocle; plus explicite encore, Ter­ dant qu'une foi simple cl nue, et non la gnose, peuvent tullicn indique les principales sources philosophiques pourtant sc sauver par In gnose; et celle des pneuma­ où il a puisé les divers éléments de sa doctrine : Mar· tiques, assurés du salut par leur nature même. Pour ces cionis Deus a stoteis venerat. Et ut anima intertre dicatur derniers, les σ-uvrcs ne sont pas nécessaires, car l'or ab epicureis observatur. Et ut carnis mmilutio negetur, tombé dans la boue n'en conserve pas moins son éclat dc una omnium philosophorum schola sumitur Et ubi cl sa videur. S. Irénée, Cent. har.t i, 5-6, P. G., t. vn, I materia cum Deo aquatur. Zenonis disciplina est. Et Bol. 500-.. 12 ubi ahquid de igneo deo allegatur, Heraclitus intervenit. d. Sotêriologte. — Le Sauveur est, selon les uns, le Prescript., 7, P. L., t. n, coi. 19. Mardon connaissait 01s du Christ et dc Marie; selon d'autres, le composé aussi les gnostiques, Valentin entre autres, et Cerdon d'une quadruple essence. Il est la forme visible du en particulier, puisqu’il systématisa sa doctrine. Mais quaternaire primitif, c'est-à-dire de βύθος et dc σιγιξ, il avait d’abord été chrétien; de Sinope, ou il était né, dc voù; et d'àÀijOita; Il tient d’â/a|xcùû l'essence pneu­ il vint à Rome vers la fin du régne d’Hadrien. Il fit un matique; du démiurge l'essence psychique; et de l'éco­ don considérable a la caisse ecdéslastique. Tertullicn» nomie divine, l’art avec lequel tout a été préparé. Au Ado. Marcion., îv, 4, P.L., L n, col. 365. Il chercha à moment du baptême il est descendu en Jésus sous justifier les idées de son maître en sc servant des forme dc colombe; il n'a nullement souffert, mais a comparaisons évangéliques sur le vieux vêtement et laissé souffrir Jésus. S. Irénée, Cont. hxr., i, 7, P. G., les pièces neuves, les vieilles outres et le vin nouveau. t. vn. col. 512-520. Son hétérodoxie le fit chasser de J'Église; et le vrai e. Eschatologie. — La rédemption opérée, ce monde Dieu qu’il avait adoré tout d'abord. U le perdit en doit subsister jusqu'à la fin de toute chose matérielle, perdant la foi. Tertulllen, Ado. Marcion., 1, 1, P. L., c'est-à-dire jusqu’au moment où toute essence spiri­ t. n, col. 247. II fut dès lors tenu en suspect» combattu tuelle sera parfaite. Alors άχαμώθ entrera dans le plé­ et réfuté par les écrivains ecdésiastlques. Quand saint rome et y sera l’épouse dc l’éon Jésus, ce fruit du Polycarpc, le vieil évêque de Smyrne, vint à Rome, Il pléromc entier; elle formera avec lui une syzygle et osa se présenter devant lui, en lui demandant : Me célébrera scs noces mystiques. Les pneumatiques la reconnaissez-vous ? L'évêque lui répondit : Je connais suivront et deviendront les épouses des anges. Le I le prcmicr-né de Satan. S. Irénée, Cont. tuer, ni, 3, 4, démiurge quittera l’hcbdomade et montera dans l’ogP. G., t. vu, col. 853. Tertulllen raconte. Prescript., doade, suivi des psychiques qui auront atteint leur 30, P. L., t. n, col. 42, que.sur la fin de sa vie, il chercha fin. Et alors le feu du centre de la terre fera éruption; à rentrer cn grâce avec l’Église, qu'on lui aurait imposé toute matière, et donc les hyliques, sera consumée et pour condition de ramener à la fol ceux qu'il avait anéantie. S. Irénée» Cont. hær., i, 7, 1-2, P. G., t. vn, égarés, mais qu'il fut prévenu par la mort. Le mal qu’il col. 512-5 IG. avait fait était considérable; car outre le grand nombre 5° La gnose marcionite. — 1. Cerdon. — Certains de disciples qu’il eut, parmi lesquels sont nommés germes dont nous avons déjà signalé l'existence, tels Apelles, voir Apeli.es, t. i» col. 1455-1457, Lucien, que ceux d'une opposition systématique au Jéhovah Potitus et Basiliscus, il fonda des communautés orga­ de la Bible, au Dieu des juifs, sc trouvent complète­ nisées comme celles de l’Église, avec des évêques, des ment développés dans la première moitié du n· siècle. prêtres et des diacres; et cette organisation fut assez La responsabilité d’un tel développement remonte au forte pour se maintenir très longtemps, malgré les Syrien Cerdon, accouru à Rome sons le pontificat persécutions pendant lesquelles les marcionites ne d’Hygln, où il put rencontrer Valentin et ses disciples. reculèrent pas devant le témoignage du sang, et pour Voir Cerdon, t. n, col. 2138-2139. Cerdon ne parait ne pas sc confondre, malgré des affinités particulières, guère s’ètrc complu, à l’exemple dc la plupart des gnosavec le manichéisme. Dans la première moitié du tiques, scs prédécesseurs ou ses contemporains, dans v· siècle, Théodoret trouvait encore dans son seul les spéculations de haute métaphysique ou dans les diocèse dc Cyr dix mille marcionites. rêves d'une imagination sans frein; mais 11 a retenu Dans sa conception dc deux divinités, l'une bonne, du gnosticisme l'antagonisme entre la matière et l’autre juste, Cerdon dépendait de la théogonie gnos­ l’esprit et le caractère nettement docètc dc l'incarna­ tique qui distinguait le Premier Principe du Démiurge. tion et dc la rédemption; et il a puissamment insisté Mardon cn dépend tout autant. Mais, à ses yeux, le sur l’opposition dc deux Dieux, le Dieu bon, dont il fait Dieu Juste, c'est-à-dire le Dieu de la Bible, le créateur le père de Jésus-Christ, et le Dieu dc la Bible, le Dieu et le législateur, l’inspirateur des prophètes, devient le dc la loi et des prophètes, qu’il qualifie simplement Dieu mauvais, l'auteur du mal, l’ami des guerres, de juste. A scs yeux, le Dieu bon doit contrecarrer le absolument Inconsistant et en contradiction avec luiDieu juste, et c’est pour cela qu'il envole le Sauveur. même. S. Irénée» Cont. har., i. 27, 2» P. G., t. vu, De telle sorte que le salut consiste, pour les hommes, col. 688; Philosoph., VU, 29, p. 370; Tertullicn, Ado. dans la répudiation du Dieu des juifs et de sa loi : c’cst î Mardon., I, 2; îv. 1, P. L., t. H» col. 248, 361. Le Dieu l’anlinomismc posé en principe dc salut. Sans doute bon est le Dieu de l'Évangile, cn opposition radicale Cerdon répudie le mariage comme une source dc cor­ avec le Démiurge, dont il a pris soin de combattre ruption et semble condamner théoriquement les œuvres l’œuvre néfaste. Tertulllen, Ado. Marcion., i, G; îv, 1, de la chair; mais pratiquement son système, comme P. L., t. n, col. 252. 363. Dc là l’opposition si accentuée tant d'autres, aboutit, en haine du Dieu créateur, au entre le Nouveau Testament et l’Ancien De là aussi cynisme le plus effronté, χυνιχωτίρω βίω, comme dit la caractéristique du rôle confié au Sauveur. l’auteur des Philosophoumena, X, 19, p. 502. Son sou­ Ce Sauveur Jésus ne pouvait donc avoir rien reçu venir pâlit auprès de Mardon, dont il fut le maître, du créateur. En conséquence, Marclon nia la réalité ό οώάσ/.αΛο;, Philosoph., X, 19, p. 501, et, comme ajoute dc son Incarnation, dc sa naissance et de sa chair Tertulllen, Vin/ormator scandait. Ado. Marcion., i, 2, humaine. Tertullicn, De carne Christi, 1, 3, P. L., t. n» P L., t. n. col. 219. col. 751, 757. Jésus est l'envoyé du Dieu bon, de celui 2. Marcion. — Le « Loup du Pont, » comme l’appelle qui est supérieur au Démiurge; Il est venu en Judée Tertullicn pour marquer à la fols le lieu de son origine sous Ponce Pilate; il s'est manifesté sous forme et lu nature de son râle dans le bercail dc l'ÉglIse, a été d’homme et a combattu énergiquement la loi, les pro- 1455 GNOSTICISME 1456 phètes et toutes les œuvres du Dieu de la Bible, S. Irénée, au monothéisme. · Duchesne, Les origines chrétiennes, Cont. tuer., i. 27, 2, P. G., t. vu, col. 688. Et c’est Λ p. 166 son exemple que les disciples de Marcion doivent lutter 6° Les diverses sectes gnostiques. — !1 est difficile de même : docétisme et antinomisme. Après sa mort d’imaginer le nombre des sectes qui sc multiplièrent apparente, ce Sauveur Jésus est descendu aux enfers sous le couvert du gnosticisme. Chaque chef forma la pour y appeler les justes. Mais à sa voix, qu’ils prennent sienne ou du moins donna son nom à ses partisans. pour celle de Jéhovah qui les a si souvent trompés, Mais à côté ou au sein même des foyers les plus puis­ Abel, Énoch, Noé, Abraham, les patriarches, les pro­ sants, des écelcs les plus célèbres, que de confréries, phètes et tous les saints de l’Ancien Testament restent que de groupes, que de divisions ! C'était un grouille­ sourds. Par contre, Caïn et tous les maudits, les ment dons l'anarchie. il suffisait que le premier venu sodomites, les Égyptiens et tous les gentils qui avaient i émit quelque prétention nouvelle, la moindre dillémarché dans la vole du mal sc présentent; le Sauveur I rencc ou la plus légère nuance doctrinale ou pratique, les délivre et les emmène avec lui dans son royaume. pour voir surgir de nouveaux groupements. A défaut S. Irénée, Cont. hier., i, 27, 3, P, G., t. vu, col. 689. de noms propres, empruntés aux nouveaux docteurs, Dans un pareil système, il ne pouvait pas être on prenait le nom d'un patriarche ou d'un personnage question de la résurrection de la chair; car la chair, de l’Ancien Testament, au besoin celui d'un acte ou œuvre détestable du Démiurge, du Dieu de la Bible, d’une attitude. Les Pères en signalent un grand doit être exterminée autant que possible. S. Irénée. nombre. On trouve, dans saint Irénée et le pseudoCont, hier., I, 27, 3, P. G., t. vu, col. 689. Le mariage Tertullien, les ophites, les caïnites, les séthltcs, Cont, est donc condamné, car il servirait à perpétuer les tuer., 1, 30-34, P, G„ t. vu. col. 694 sq.; Præscript, 47, œuvres de la chair. Tcrtulüen, Præscript., 33; Adv. P. L., t. n, col. 63-66; dans les Philosophoumena, V, Marcion., n, 29; iv, 7, P. Z.., t. n, col. 46, 281 sq., 486. p. 138-224 : les nausséniens ou ophites, les pérates, les Aussi Mardon ne conférait-il le baptême qu'à des séthiens ou séthites; dans Clément d’Alexandrie, Strom., célibataires ou à des eunuques. Adu. Marcion., n, 29; 111,4; VII, 17, P. G., t. vm,col. 1137; t. ix, col. 552 : iv, 11, P, L., L n, col. 280, 382. Il donna lui-même les antitactes et les pérates; dans Origène, Cont. Celsum, l'exemple d’un ascétisme rigoureux et conquit ainsi vi, 28, 30, P. G., L xi, col. 1137-1138 : les pérates et une haute réputation d'austérité. Théoriquement sa les naasséniens. Mais c'est surtout saint Épiphane qui, morale était sévère. Et tandis que, autour de lui, à côté des caïnites, Jiær., xxxvm, et des adamites, carpocratiens, Valentiniens, marcoslcns et autres sc Hier., lu, signale toute une série de gnostiques sous livraient aux plus honteux débordements, ses disciples des noms bizarres ; les borboriens, les coddécns, les stratiotes, les phibionites, les zachéens, les barbélites, affichèrent des prétentions à la sainteté par l'ascé­ tisme et ne reculèrent pas devant le martyre. Mais, User., xxvi, 3, P. G., t. xu, col. 336-337, 653, 959, pratiquement, le principe de l'opposition à la loi et qui pourraient bien n'être, comme l'a suggéré Améllaux œuvres du Dieu de la Bible devait entraîner à neau. Le gnosticisme égyptien, Paris, 1887, p. 240-243, des désordres et aboutir, comme l'a Indiqué l’auteur que des termes servant à marquer les divers degrés de des Philosophoumena, à la vie la plus cynique. l’initiation gnostlquc. Le gnosticisme a déterminé ou Pour échafauder un tel système, s’il est vrai, comme plutôt précipité le détraquement des esprits et la cor­ l’a remarqué Mgr Duchesne, Les origines chrétiennes, ruption des cœurs, particulièrement dans les milieux Paris, 1886, p. 165, que Mardon a écarté les rêveries de culture médiocre, où la curiosité et l’avidité de plus ou moins philosophiques, fauché sans pitié à savoir se laissent prendre au seul nom de la science, de travers les romans théogoniques et renoncé au fatras la gnose, et dans les bas-fonds de la société, où les linguistique, au bric-à-brac des Basilidc et des Valentin, instincts et les passions ne demandent qu'une appa­ il est également vrai que, dans l’usage de i’Écriture, il rence de prétexte pour sc déchaîner. Libre pensée et a procédé d’une manière toute contraire à celle des libre action devinrent, grâce à lui, pendant plus d'un siècle, un grave danger pour l'Égllsc; mais l'Eglise, par gnostiques alexandrins. Au lieu d'allégoriscr, il a supprimé d’abord tout l’Ancien Testament, et il n’a la plume de scs écrivains, qui démasquèrent et com­ conservé du Nouveau que dix Épi très de saint Paul, à battirent le gnosticisme, par la décision de scs chefs qui l’exclusion des Pastorales, et le seul Évangile selon sauvegardèrent l'intégrité et la pureté de la foi, en saint Luc. Et encore dans ce reste a-t-ll eu soin de condamnant les erreurs et en excommuniant les héré­ retrancher tout ce qui allait contre sa propre doctrine, tiques, parvint à enrayer le mouvement, de telle sorte comme les éloges de l’Ancien Testament, la généalogie | que l'apogée du gnosticisme fut bientôt suivie d’un du Sauveur, les textes favorables à l’incarnation et â rapide déclin et qu’à partir du ni· siècle les sectes la rédemption. (L’est ce que saint Irénée appelait gnostiques, sauf les marcionites, ne lirent plus que circumcidere Scripturas, Evangelium, decurtare episto­ végéter, sans éclat et sans force, en attendant de dis­ las, Cont. hier., ni, 11, 7, 9, 12, P. G., L vu, col. 884. paraître. 890, 906. Mais, en dépit de ces habiles mutilations, | III. Doctrine, — 1° Procédés et méthode, — Ce Tertullicn a pris soin de prouver que ce qu'il lui avait n'est point au hasard, mais par un procédé bien arrêté, plu de retenir suffisait pour le condamner, et de que les chefs de la gnose sont arrivés à constituer conclure : Christus Jesus in Euangelio luo meus est. leurs systèmes. Et ce procédé se laisse facilement Ado. Marcion., iv, 43, P. L., t. u, col. 468. entrevoir dans les emprunts qu'ils ont faits à la philo­ La doctrine de Marcion fut loin de rester intacte sophie et dans leur manière de plagier l’Églisc dans sa parmi ses partisans. · Il y eut des hérésies à côté de la méthode d’enseignement, dans ses rites et son orga­ doctrine du maître. C’est naturellement la théologie nisation. Nous devons le relever brièvement. qui en fut le prétexte. Tandis que Potitus et Basiliscus 1. Relativement à la philosophie. — Malgré l’extrême demeuraient fidèles au dualisme primitif. Synéros cl complication de leurs systèmes et l'éclatante parure Prépon dédoublaient le Démiurge et obtenaient ainsi dont quelques-uns les ont revêtus, les gnostiques ont trois dieux, le bon. le juste, le mauvais. On donna été, au point de vue philosophique, beaucoup moins aussi un rôle à la matière, 5λη, au feu, πύρινος θίός, des inventeurs originaux que des éclectiques intem­ c'est-à-dire au Dieu qui parla dans le buisson ardent. pérants. C’est à des sources multiples, en effet, qu’ils Satan lui-même fut un thème à dogmatisme. Le pléont pulsé tous les éléments de leur métaphysique ; rome sc reconstituait. Vers la fin du n· siècle. Apelles et sans faire connaître ces sources, ils ont amalgamé dirigea un mouvement de sens Inverse qui ramena une de façon disparate des idées étrangères les unes aux fraction du marcionismc à la monarchie, c'est-à-dire autres et n’ont abouti en tin de compte qu'à un syncré- I 1457 GNOSTICISME Usine inconsistant Les Pères n'ont pas manqué de signaler la dépendance où ils sont vlx-à-vls des princi­ paux représentants de la pensée hellénique ; Pythagore, Platon, Aristote. Empédode, I Israelite, Épicurc. En outre, les gnostiques furent tributaires des religions de la Chaldéc, de la Perse, de l’Égypte et très vraisem­ blablement de l'Inde Le premier Λ indiquer quelques-unes de leurs atta­ ches avec la philosophie grecque a été saint Irénée. Λ sa suite, Tcrtullicn, caractérisant leur procédé, y a vu une manie de discourir A perte de vue, un abus de la dialectique : artificem struendi et destruendi, veni· pellem m sententiis, coactam in conjecturis, duram in argumentis, operariam contentionum, molestam etiam sibi ipsi, omnia retractantem, ne quid omnino tractaverit. Prescript., 7, P. L., t. n, col. 20. Et fauteur des Philosophoumena a remarqué que, quelque inconsi­ stantes que soient les fables et les pensées grecques, elles sont dignes de foi si on les compare Λ l'immense folie de ces hérétiques. Phtlosoph., 1, prol., p. 2. Dépen­ dants des Grecs, les gnostiques leur sont inférieurs pour les avoir follement et maladroitement plagiés : telle est l'apprédation des Pères. 2. Relativement d Γ Écriture et à la tradition. — Les gnostiques, il est vrai, ont vu dans cette utilisation de la philosophie grecque et dans l'appareil scientifique dont ils ont cherché ù l’entourer, non un but, mais un moyen d'influence et de propagande pour faire valoir et imposer leur spéculation religieuse. Car Je but qu'ils ont réellement visé et poursuivi était d'exploiter le christianisme à leur profit cl au détriment de la reli­ gion chrétienne. Ne pouvant méconnaître l'importance prise par le christianisme naissant dans le monde, ils ont voulu le surpæscr pour le supplanter. Et c'est pourquoi ils n'ont pas liésitô à emprunter sa méthode d’enseignement appuyé sur I’Écriture et la tradition, quelques-uns de scs dogmes, scs riles et son organisa­ tion, sauf bien entendu ù leur faire subir les transfor­ mations jugées nécessaires par eux et ù n’en plus offrir dés lors qu’une odieuse caricature. C’est ainsi, par exemple, qu’ils firent appel, eux aussi, au témoignage de I’Écriture et de la tradition. Ils connaissaient les Livres sacrés, tant ceux de ΓAn­ cien Testament que ceux du Nouveau. Mais ils ne les acceptaient pas tous, ni tout entiers. Dans leur choix intéressé, ils pratiquaient d’habiles suppressions. Et quant aux textes sacrés qu'ils consentaient à retenir, ils savaient les solliciter par une interprétation allégo­ rique, qui touche souvent à l'extravagance et quel­ quefois à l’impudeur, pour en faire les garants de leurs erreurs. Où πάσαις, observe justement Clément d’Alexandrie, Strom.,, VII, 16, P. G., L ix. col. 533, ου πάσαις, Ιπιιτα où τιλίιαις (ίρημένα <ίς τας ιδίας μιτάγουσι δό^ας. Clément blâme leur moyen déshon­ nête d'altérer la vérité et de piller arbitrairement le canon de l’Égllsc : où γαρ χρή ποτι. xaÔaxcp οί τας αίρίσιις μιτωντις ποιουαι, potycùctv τήν άλήΰιιαν, où3l μην χλίπτιιν τον χανόνα τής Έχχλησίας, ταϊς Ιδαις ίπιθυμίαις χαΐ φιλοδοίίαις χαριζομίνους. Strom., VII, 16. /’. G., t. ιχ, col. 545. Déjà signalée et combattue par saint Irénée et Tcrtullicn, cette audacieuse exploita­ tion de la sainte Écriture nous a valu la formule du grand argument de prescription et la mise au point, dès le n· siècle, des rapports de i’Écriture avec la tradition onde, ainsi que de la nécessité de la tradi­ tion pour authentiquer et interpréter légitimement le texte sacré. Nous y reviendrons plus loin. « Un témoi­ gnage qu’il n'est pas permis de négliger, dit Mgr Duchesne, Les origines chrétiennes, édiL llth., Paris, 1886, p. 170, c’est celui que les grands gnostiques don­ naient aux livres du Nouveau Testament, surtout ù I Évangile et aux Épltrcs de saint Jean Soit par des ci­ tations tonnelles, soit par des altérations reconnais­ 145ί sables, soit par l'emploi de certains termes, Basillde et Valentin sc montrent tributaires de ce que l’on appelle parfois la théologie johannlque. Il est difficile qu’un livre ait des témoins plus rapprochés que ceuxlà. · On en peut dire autant pour i'Évangile de saint Luc, dont Mardon s'est servi, en ajoutant que ces t émoi ns si rapprochés sont des plus probants en faveur du Nouveau Testament Parallèlement a la tradition ecclésiastique, mais en opposition avec elle, les gnostiques en faisaient valoir une autre, la leur; car ils prétendaient en posséder une; bonne preuve de l'importance attachée par eux à l'enseignement oral, â la tradition vivante. Basillde disait suivre la doctrine de Matthias et avoir eu pour maître un certain Glaudas, interprète de saint Pierre, (dément d'Alexandrie, Strom., VII, 17, P. G., L tx, col. 549. Valentin s’autorisait pareillement, tout comme Basillde et Marcion. de ce même Matthias, ibid., col. 552, et se donnait en outre pour disciple d un Théodas, familier de saint Paul. Ibid., col. 549. 3. Relativement aux apocryphes. — Ce n'est pas tout ; car à l'usage répréhensible de I’Écriture, les gnostiques joignirent celui, non moins répréhensible, d’apocryphes suspects, dont ils furent, sinon les auteurs, du moins les exploiteurs intéressés. C’est le reproche que l’au­ teur des Constitutions apostoliques adresse a ces hommes • qui calomnient la création, les noces, la providence, la procréation des enfants, la loi, les prophètes. · Const, apost., VI, 16, P. G.. L i, col. 956. Ces apo­ cryphes, pour mieux surprendre la bonne foi des simples, portaient pour la plupart des titres sembla­ bles à ceux des livres de l'Anden Testament et du Nouveau. Il y eut ainsi des prophéties, telle que la Prophétie de Barcoph ou Barcobas et Parchor, Clément d’Alexandrie, Strom., VI, 6. P. G., L ix, col 276; Eusèbe, II. E., iv, 7, P G., t. xx. col. 317; des apo­ calypses, telles que V Apocalypse d Adam. d’Abraham, de Moïse, d'Élie; des assomptions, telles que Γ Assomp­ tion de Paul, d’isaie; des Évangiles en très grand nombre. Tous ces apocryphes n'existaient pas sans doute dans la première moitié du n· siède; mais plu­ sieurs circulaient déjà à cette époque, saint Irénée affirme qu'ils étaient nombreux, bien qu’il ne nomme que V Évangile de Judas. Cont. tuer.. i. 20, 1; 30, l, P. G., L vu, col. 653, 704 D’une manière générale, Tertullien reprochait de même aux Valentiniens et aux mardonites, non seulement d’altérer et d'inter­ préter mensongèrement l'Écriture, mais encore d’ajou­ ter aux textes sacrés arcana apocryphorum, biasp hem ue fabulas. De resurrectione carnis, 63, P. L., L il, coL 886. L’auteur des Philosophoumena signale parmi les gnos­ tiques les Évangiles χχτ’ Λίγνπτχους et χιτα θωμϊν, V, 7, p. 144. 148. D’après Origène, In Luc., homil. i, P. G., t. XIII, col. 1803. il faut ajouter à ces deux évan­ giles apocryphes déjà cités ceux de Matthias, des Douze apôtres et de Basillde. Et saint Jérôme, apres avoir énuméré les Évangiles des Égypiens, de Thomas, de Matthias, de Barthélemy, des Douze apôtres, de Bas Hide cl d* Apelles, donne à entendre qu’il y en avait encore d'autres. In Matth., prol., P. L., t. xxvi, col. 17. Mais c'est à saint Épiphane qu’on doit une énumération plus complète de toute cette littérature apocryphe utilisée dans les milieux gnostiques : les Prophéties de Barcobas, l'Évangile d’Èvc, 1» Έ^ωτήσκ; Μχρχας, l'Apocalypse d'Adam, les Livres de Sclh, le Γίννα Μαρίας, Hier., xxvi, 2, 8-3; les Livres de Moise, VApocalypse d‘Abra­ ham. Hicr.,xxxix,5, P. G., t. xli.coI. 333,344,352,369. 4. Relativement ά Γ Église. — Les gnostiques n'ont pas emprunté seulement â l’Égllsc sa méthode d'en­ seignement oral appuyé sur I’Écriture. ils l’ont encore imitée dans scs cérémonies, scs rites, ses sacrements, ses réunions. Si. dans quelques-unes de leurs sectes, cer­ tains termes spécialement consacres par la langue dire- 1459 GNOSTICISME 1460 efforts, n’y réussirent pas davantage. Le christianisme henné pour désigner d'angustes mystères. furent dé­ tournés de leur sens pour signi lier des actes de luxure donnait une solution nette et parfaitement raisonnable: <>u de promiscuité, tels que τιλίία άγάχη. άγιον άγιων. ce monde a été directement créé par Dieu ex nihilo; Il Philosophy VI, 19, p. 264, et κοινωνία, Clement n’est donc pas, et H ne peut pas être essentiellement d'Alexandrie, Strom., Ill, 4, P. G., t. vin, col. 1133, mauvais. Quant A l'existence du mal, qui est Indéniable. d'autres termes dc cette même Lingue chrétienne I ce n’est point le fait de la puissance créatrice; le mal devinrent courants dans le style gnostique pour dé­ est d'origine créée; il a été introduit dans l'œuvre signer des objets différents ou pour exprimer des con­ divine par la créature intelligente et libre; il est le cepts complètement étrangers au christianisme : tels, résultat d’un abus coupable de la liberté, d’une déso­ le> mots de fol, dc salut, de rédemption. Cela prêtait béissance; il est fils du péché. Cette solution, connue A l'équivoque, permettait dc s’adresser A des fidèles et des gnostiques, ne fut pas acceptée par eux. De là leur préparait l’insinuation dc la gnose. Car les gnostiques conception erronée dc la divinité; leur distinction arbi­ faisaient du prosélytisme. Le but de leur prédication traire. dans le monde divin, d'une double sphère, celle n'était nullement dc convertir les païens, mais dc per­ du Dieu suprême et celle du démiurge. Celte erreur vertir les chrétiens : non ethnicos convertendi, sed nostros fondamentale vicie tout leur système. rpertendl, dit Tcrtullicn. Prescript., 42, P. L., t. n, 2. Théogonie. — L’existence dc Dieu ne fait pas dc col. 57 Ils élevaient leur propre édifice aux dépens dc doute; et pour la plupart des gnostiques, Dieu, quel que la vérité; opus eorum non de. suo proprio tcdificio venit, soit lè nom qu’ils lui donnent, est unique en principe sed de veri(utis destructione. Nostra suffodiunt, ut sua Mais cc Dieu unique n’est qu'une puissance capable trdifirent. Ibid., col. 57. Aussi point de schismes panni de se développer. Il se développe, en effet, par un épa­ eux. ou plutôt c’est le schisme qui fait leur unité. Ils nouissement dc lui-même, par émanations successives. \ artent pourtant et à qui mieux mieux : dum unus­ Le nombre de ces émanations n'est pas le même dans quisque suo arbitrio modulatur qiue accepit, quemad tous les systèmes; mais dans tous les systèmes il y a modum de suo arbitrio ea composuit ille qui tradidit. Ibid., deux groupes d'émanations, l'un qui compose le monde col. 58. supérieur, l’autre qui compose le monde intermédiaire; Les gnostiques pratiquaient le baptême, avalent l’un, au sommet duquel réside le Premier Principe; leurs catéchumènes, leurs initiés, leurs prêtres. Ils l'autre, où sc trouve le créateur, le démiurge. Cette tenaient des assemblées, qui étaient loin de représenter dualité du monde divin, dégagée dc la multiplication l'ordre et la discipline des réunions chrétiennes. Et fantastique des éons qui la plupart procèdent par syzy­ voici ce qui s’y passait : Quis catechumenus, quis fidelis gies, se réduit, dans le système de Marcion, ù l’existence incertum : pariter adeunt, pariter audiunt, pariter orant; et à l’opposition tranchée du Dieu bon et du Dieu juste, etiam ethnicis, si supervenerint, sanctum canibus et porcis le Dieu bon ne pouvant être l'auteur du monde matériel, margaritas licet non oeras, factabunt... Pacem quoque qui est l’œuvre du Dieu Juste. Λ cette distinction arbi­ cum omnibus miscent : nihil enim interest illis, licet traire, mais commandée par l'erreur fondamentale du diversa tractantibus, dum ad unius veritatis expugna­ gnosticisme sur la nature dc la matière, les Pères répon­ tionem conspirent. Omnes (ument, omnes scientiam polli­ daient par la proclamation de l'unité absolue de Dieu, centur. Ante sunt perfecti catechumeni, quam edocti. le même Dieu étant l'auteur immédiat dc la création. Ipsec mulieres htrrelicœ. quam procaces ! qutr audeant do­ Ipse a semetipso fecit libere et ex sua potestate, et dis­ cere, contendere, exorcismos agere, curationes repromittere, posuit, cl perfecit omnia... Ipse fabricator, ipse conditor, forsitan el tingere. Ordinationes eorum temerariæ, leves, ipse inventor, Ipse factor, ipse Dominus omnium; ct inconstantes : nunc neophytos conlocant, nunc sactilo neque pettier ipsum, neque super ipsum, neque Maier... obstrictos, nunc apostatas nostros... Itaque alius hodie nec Deus alter... Hic fecit ca per semetipsum, hoc est per episcopus, cras alius; hodie diaconus, qui cras lector; Verbum el per Sapientiam suam, ctvlum, ct terram, cl maria, ct omnia quit in eis sunt ; hic justus, hic bonus; hodie presbyter, qui cras laicus; nam ct laicis sacer­ dotalia munera injungunt. Prescript., 41, P. L., t. n, hic est qui formavit hominem. S. Irénée, Cont. hire., π, 30, coi. 56-57. Dans cc tableau, Tcrtullicn ne parle que des 9, P. G., t. vu, col. 822. Revenant à la charge ct réunions publiques; la peinture des conciliabules discutant point par point les arguties dc Marcion, secrets et des réunions nocturnes délie toute plume Tcrtullicn épuise cc sujet. Il n'y a pas, il ne saurait y avoir deux dieux, l’un bon, tel qu'on llmaginc, l’autre honnête. Il v est fait mention dc deux sacrements, le juste, dont on fait le démiurge ct que l'on confond ou baptême et l’ordre. D’autre part, saint Irénée fait que l'on identifie avec le Jéhovah de la Bible. Dc la allusion au sacrement dc l’eucharistie, quand il raconte notion même dc Dieu, Tcrtullicn conclut à son unité, ct les supercheries de Marc dans la contrefaçon du mys­ il prouve que le seul vrai Dieu est précisément le Dieu tère eucharistique. Cont. hwr.. î, 13, 2. P. G., t. vu, créateur, le Jéhovah dc la Bible, tant dénigré par les col. 580-581. Rappelons enfin l'organisation de la hié­ gnostiques. Cc Dieu unique est à la fois bon ct juste, rarchie dans les églises marclonltcs. dont il a déjà été bon en lui-même et par lui-mêrnc, juste à cause dc nous, question. Ces quelques détails, fort Intéressants pour la connaissance des origines chrétiennes, suffisent à et juste parce qu'il est bon : c'est l’admirable formule montrer la nature et la gravité du danger que le gnos­ de Clément d'Alexandrie : αγαθός uiv ό Θ«ός 8ι’ «αυτόν, δίχαιος 8< ήδη δι’ ήρας χα· τούτο δτι αγαθός. Strom., I, ticisme créait à Γ Église. 2· Théorie générale du gnosticisme. — L Problème à 9, P. G., t. vin, col. 356. L’argumentation des Pères résoudre. — A négliger les différences de détail qui dis­ contre le dualisme dc Marcion vaut tout autant, tinguent, comme nous l'avons vu. les systèmes gnosmutatis mutandis, contre l’hypothèse gnostique des tique> les uns des autres, et ù ne tenir compte que dc deux mondes supérieurs Quant à la multiplication leur fond commun, une théorie générale sc dégage, qui fantaisiste des couples d’éons qui peuplent le monde n pour point de départ la conciliation de l’existence de supérieur du pléromc ct le monde Intermédiaire du Dieu avec l’existence lias dernières, telles que les enseigne le christianisme. L’enfer est remplacé pur l'anéantissement; le ciel n’est plus une récompense. La terre n’est que le théâtre où l’envoyé du plérome sauve uniquement ce qui appar­ tient au monde supérieur. 3° La morale du gnosticisme. — 11 est facile d’entrevoir la morale qui peut sortir d’une pareille métaphy­ sique. La plupart des chefs gnostiques ont négligé l’éthique dans leurs systèmes; mais ils ont posé des principes, gros de conséquences fâcheuses. Et il s’est trouvé panni eux des logiciens déterminés qui ont tiré de ces principes ces conséquences abominables et ont réduit leur doctrine à n’ètre qu’une justification dc l’immoralité. Du reste, à défaut de théorie spéciale, chaque gnostique, pour son compte, devait fatalement aboutir au même résultat. Et cela se comprend; car du moment que la possession dc la gnose assure absolu­ ment le salut, il était bien superflu de s’inquiéter de la 1463 GNOSTICISME qualité morale des actes. Pour les uns, le monde ct la chair passant pour essentiellement mauvais, le mariage, la procréation des enfants, la famille, la propriété devaient être condamnés comme autant d’œuvres mauvaises. Pour les autres, le gouvernement de ce monde, appartenant Λ celui qui l’a créé, au démiurge, n'était plus qu'une tyrannie intolérable contre laquelle la révolte était un devoir; de ce côté on tomba en plein antlnomlsme. Voir Antinomisme, L i, col. 1391-1399. Pratiquement, à quoi bon parler de vertus ou de vices là où les actes sont indifférents ? Les vrais gnos­ tiques ne sauraient rien commettre de mauvais; les hyliques sont Incapables de faire des actes bons. Survienne une épreuve, une mise en demeure sous peine de mort de proclamer sa fol, le parjure est permis pour éviter le martyre. Quant à ce qui regarde la chair, il n'y a que deux partis à prendre, celui de la sévérité, d’un ascétisme rigoureux, dont l’excès pratiquement ne met guère à l'abri de l'excès contraire, ou celui du relâchement qui facilite, autorise ou ordonne toutes les dépravations. Le premier de ces partis n'a guère été qu’une exception parmi les gnostiques qui ne reculèrent point devant le martyre; mais c'est le second qui a compté un beaucoup plus grand nombre de partisans. Quelques chefs, Mardon entre autres, ont pu pratiquer personnellement une certaine austérité ct recomman­ der à leurs disciples la gravité des mœurs; ils ont pu môme protester contre l’accusation d'immoralité. Mais les principes posés par eux justi fiaient d'avance tous les excès. Et, en fait, le gnosticisme est devenu finalement une ésiastique, au nom de l’Écriture ct de la tradition. Et Christ a établis maîtres, qu'il a instruits lui-même, et ici, comme il constatait ce procédé arbitraire de la part auxquels il a envoyé le Saint-Esprit pour parfaire do Mardon ct des autres de faire un choix parmi les leur instruction, ne peuvent pas ne pas avoir reçu la Livres sacrés ou, comme il dit, de circumcidere Scri­ révélation complète. Prescript., 23, P. L., L n, col. 34pturas, de decurtare Evangelium secundum Lucam ct 35. Alléguer l’exemple de Pierre repris par Paul, c’est Epistolas Pauli, Cont. hier., i. 27. I; m. 12, 12. G., confondre une faute de conduite avec une erreur de t. vii, col. 689, 906, comme aussi celui d’interpréter à doctrine : Utique conversationis juit vitium non præleur façon les textes qu’il leur plaisait de retenir, il eut dicationis. Ibid., col 36. 2. Les apôtres auraient eu un soin de faire remarquer que l’Écriture ne se lit, ne enseignement public et un enseignement secret; c’est s’expose ct no s’interprête sans mélange d’erreur ct une erreur ; point d Evangile occulte chez eux. Ibid.. sans danger que dans l’Églisc, où elle s’est conservée 25, col. 37. Ils ont prêché publiquement, mais avec la fidèlement, sans additions ni soustractions, depuis les prudence requise et selon leurs auditoires. Ibid., 26, apôtres. Cont. hær. iv, 33, 8, col 1077. La vraie gnose, col. 38. Ils ont toujours été conformes A eux-mêmes, dit-il, car il ne recule pas devant ce terme tant vanté dans leurs écrits particuliers comme dans leur parole par les gnostiques. la véritable règle de foi, la formule publique. 3. Les Eglises au raient-cil es. par leur faute, de l’orthodoxie, la note caractéristique de la vérité, altéré ou diminué l’enseignement apostolique ? Saint c’e*d la tradition orale ct vivante de l'Égllse; ct cette Paul a bien repris les Galates et les Corinthiens. tradition sc trouve dans la succession ininterrompue Reprises ou non. les Eglises apostoliques n’ont reçu des évêques dans les Églises fondées par les apôtres, ct, qu’une seule et même règle de foi Ibid., 27, col 40· pour ne parler que d une seule, « la plus grande et la Cet accord des Églises apostoliques est un tait Indé­ plus ancienne, connue de tous, dans l’Égllse fondée ct niable et caractéristique de la vérité : Quod apud établie à Borne par les très glorieux apôtres Pierre mullos unum invenitur, non est erratum, sed traditum. ct Paul. » C'est IA qu’est la tradition qui confond tous Ibid., 28, col 40. Et revenant ad principalitatem verita­ les novateurs; et il conclut * Ad hanc igitur Ecclesiam, tis et posteritatem mendacitatis, c’est-à-dire à ce carac­ propter potiorem principalitatem, nccesse est omnem tère de la vérité d’être antérieure au mensonge, il convenire ecclesiam, hoc esi eos qui sunt undique fideles, conclut : Id esse dominicum ct verum, quod sil prius tra­ in qua semper ab his, qui sunl undique, conservata est ditum; id autem extraneum et /alsum, quod sit posterius quæ est ab apostolis traditio. ConL hær., in, 3, 2, immissum. Ibid., 31, col. 44. Or les gnostiques sont de col 848-819. nouveaux venus; ils ont été chassés de l’Égllse tels 1167 GNOSTICISME — GOAR Valentin et Man ion. Us cherchent bien à sc nittacher aux apôtres, mate ils ne remontent jusqu’à eux que car des sectes que les apôtres ont condamnées, ibid., 33, col. 45; ct par là même ils sont condamnés, eux aussi. Ibid., 34, col. 47. Voyez, dit-il, les Églises apos­ toliques de Corinthe, de Philippes, de Thcssalonlque, d’Éphèsc. Voyez Borne, cm totam doctrinam apostoli cum sanguine suo profuder utd. Ibid., 36, col. 49. Et ici d rejoint saint Irénéc, après avoir opposé nux gnostiques une fin de non-recevoir, cl forgé ce qu'il appelle si bien ce cuneus veritatis Admirable argument qui montre que l’Êcriturc elle-même, l'une des sources de la révélation, dépend, pour son Interprétation légitime ct authentique, de la tradition. 11 sera repris, complété, mais il a été formulé par saint Irénéc ct par Terlullicn pour combattre le gnosticisme; ct il vaut contre toute hérésie. Pour les points de détail, spécialement traités par Clément d'Alexandrie contre les gn os tiques relative­ ment à la foi et à la gnose, à la recherche philosophique, au vrai gnostique, à l'Êcriturc, à la tradition, à la règle île foi, à l’Églisc Λ la morale, à l'ascétisme, au martyre ct à l’eschatologie, voir Clément d'Alexan­ drie. t. ni, col. 137-200. Mnssuct, Dissertationes in. quinque Iremet Ubms, P. G., t. vn. col. 23-382; Ix· Nourry, Dissertationes de omnibus Clementi* Alexandrini operibus, P. G., t. IX, col. 797-148-1; TillemonL Mémoires pour servir à Γhistoire ecclésiastique des six premiers siècles, Paris, 1693-1712; Ccillicr, His­ toire générale des auteurs sacrés et ecclésiastiques, Paris, 1729-1763, 1858-1863; Matter, Histoire critique du gnosti­ cisme, Paris, 1828; Stntslnjurg, 1843; Baur, Die chrtstliche Gnosis, Tublnguo, 1835; Ncander, Gnosliche Entiuickelung der lOmehensten gnostisehlsche System, Berlin, 1815; Léques, Les caractères du gnosticisme (thèse), Toulouse, 1850; Llpsius, Der Gnosttcismus, Leipzig, I860; luiurin, Du gnosticisme (thèse), Aix, 1878; Harnack, Zur (Juellenkritik der Gcschlehte des Gnosttcismus, Leipzig, 1873, dans Zeit­ schrift für die htstorisehe Théologie, 1874, t. xuv, p. 143-226; Geschichte der altchristlichen t.lttcratur bis Eusebius, Leipzig, 1893-1897; Die Ueberlieferung, l^lpzlg, 1882, t. i, p. 144231 ; Th. Manscl, The gnostic harcsies, édit. J. 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Il naquit à Paris en 1601; après des études très approfondies surtout en grec cl en latin, il entra dans l’ordre de saint Dominique au couvent de l’Annonciation, sis faubourg Saint-Honoré. Il y prit l’habit, le 2 mai 1619; le 21 mai de l’année suivante, il y fit profession entre les mains du P.Gcorgcs Laugier, vicaire général de la congrégation occi laine. Scs études de philosophie et de théologie achevées, il devint lecteur au couvent de Tout II n’avait pas zessé de s’adonner à l’étude de la littérature grecque et désirait en faire sa principale occupation. Il profita de la visite du maître général, Nicolas Ridolfl, en France et de son séjour à Paris, pour demander d’aller en Grèce dans le but de se perfectionner dans la connaissance de la langue. Ridolfi le lui permit cl il partit en 1631 pour l’Ilc de CMo; il fut nommé prieur du couver» de Saint-Sébastien de la ville de Chlo, 1468 charge qu’il conserva pendant six années. LA. tout en exerçant les fonctions de missionnaire apostolique, Il étudiait de près les rites de l’Églisc grecque, b’cnquùrant des usages, en Irani en rapport avec les personnes le plus capables de le renseigner. Cependant, il ne semble pas qu’il ail pu séjourner dans J’ile après murs 1637, ainsi que le montre une lettre du 25 mars. Probablement cette même année 1637, il revint à Home où II fut fait prieur du couvent de Saint-Sixte; il eut alors l’occasion d’entrer en relations avec un certain nombre de personnages, savants hellénistes, tels que Léon Allalius, Basile l’alasca, procureur géné­ ra) des basiliens, Georges Corcsio, Pantaléon Llgaridlo, etc. En 1642, il était de retour A Paris, où il est chargé de la formation des novices; mais dès l’année suivante, il reprend le chemin de Rome, où il arrive dans le mois de novembre 1643. En route. Il visite toutes les bibliothè­ ques qu’il peut, pourexatnlner leurs collect ions grecques. Ce n’est qu'A son retour ù Paris, le 24 Juillet 1641, qu’il décida de se mettre à la composition cl’ou vraies, pour lesquels il recueillait des matériaux depuis si longtemps. Le 20 avril 1653, au chapitre d’Amiens, il fut élu vicaire général de la congrégation occitaine; confirmé A Borne dans cette charge le 10 juin, il Inaugura son gouvernement le 19scptcmbrc. Malheureu­ sement il mourait dès l’année suivante, le 23 septembre. Les travaux de Goar sur la liturgie ct les cérémonies de l’Églisc grecque sont des plus Importants, surtout par l’érudition et les recherches minutieuses qu'ils révèlent. Ils ont servi de base â tous les autres travaux de ce genre. Voici les principaux ouvrages de Goar, dont les titres un peu longs sont pourtant d’un grand intérêt: 1° Ευχολόγιο*/, sive Hituale grrccorum comple­ ctens ritus et ordines divinrr liturgiæ, officiorum, sacra­ mentorum, consecrationum, benedictionum, funerum, orationum, ctc., cuilibet personal statui vel tempori con­ gruens, juxta usum orientalis Ecclesia* : cum selectis bibllothecie regire, barberinn*. Cryptir-Ferratœ, sancti Marci Florentini, tillianæ, atlatianæ, corcsianæ, et aliis proba­ tis ms. et editis exemplaribus collatum. Interpretatione latina, nec non mixto barbararum vocum brevi glos sario,reneis figuris ct observationibus ex antiquis PP. et maxime gra'corum theologorum expositionibus illu­ stratum, Paris, 1647; 1676, avec un nouveau titre; Venise, 1530(2* édiL); 2° Georg H Cedreni compendium historiarum ex versionc Guilielmt Xilandri cum ejus­ dem annotationibus. Accedunt huic editioni prœtcr la­ cunas 1res ingentes et alias expletas, in Ccdrenum P. Jacobi Goar ord. pried, nota* posteriores, ct Caroli Annibalis Fabrotli J. C. glossarium ad eumdem. Item, Joannes Scylitzes Curopatatcs excipiens ubi Ccdrcnus desinit, nunc primum gnece editus ex bibliotheca regia, in-fol., Paris. 1647; 2 In-foL, Venise, 1729; 3° Georgius Codinus Curopalata, de officiis magnie Ecclcsiiv et Aulic Constantinopol ilana:. Ex versione P. Jacobi Gretseri, Soc. Jcsu, cum ejusdem in Codinum commentariorum libris Iribus, ct de Imaginibus non manufactis opere. In hac editione prieter comparatum cum regiis mss. grxeum textum, et reparatam latinant versionem, accedunt ine­ diti ex regia et Mazarina bibliotheca officialium catalogi, et ad Codini mentem locupletes notie. Adjunguntur recentiores orientalium episcopatuum notitiir, voces honorariie, appellationes, dignitatum indices, quibus postremis siecuUs ecclesiastici vel aulici proceres salutabantur, infol., Paris, 1648. Cf. Sommcrvogcl, Hibliothèque de la C1· de Jésus, t. hl coi. 1802 1° Georgii monachi et S. P. A’. Tarasil patriarchal C.P. quondam syncelU Chronographia ab Adamo usque ad Diocletianum (nunc primum) et Nicephori patriarchs: C. P. breviarium chronographicum ab Adamo ad Michaelis et ejus P. Theophili tempora. His tabula* chronologicie et annotationes addttie, in-fol., Paris, 1652. 5° S. P. N. Theophanis Chronographia et Leonis grammatici vitæ rcccntiorum 1469 GOAR —GODEAU 1470 Imparatorum interprete eodem Goarlo. Goar ne put pensione indulgentiarum propositus, Inspruck, 1649; ce mener à bout ce travail; il (ut terminé par Combefis dernier ouvrage qui contenait, avec une étude sur les qui mil les noies de Goar Λ la Un, en y ajoutant les bulles d'innocent X, une foule d’aperçus originaux et siennes propres, IrMol., Paris, 1655. Lorsqu il entreprit quelques solutions nouvelles, attira aussitôt l'attention ce travail, Goar était déjà atteint d’une maladie d’yeux, du monde ecclésiastique sur le brillant professeur; le de sorte qu’il laissa s’y glisser pas mal de fautes, qui traité fut réimprimé à Cracovlc en 1651; 2e Thesaurus furent relevées par le jésuite Pousslnes dans son ecclesiasticus indulgentiarum tn quo omnia dubia moraΓίωρργίου του ΙΙαχυμϊρη .., 1666. A son tour, celui-ci ; lia... proponuntur, ibid., 1650; Munich, 1650; Con­ méri ta d’être corrigé par Combefis. 6° Collectio elemen­ stance, 1670; c'était le recueil le plus complet qui eût taria materiarum omnium sacris ct divinis canonibus alors paru sur ces matières; il était précédé d’une re­ contentarum a minimo sacerdote et monacho Matifuco marquable dissertation sur la nature des Indulgences BIasiare elucubrata simul et compacta. Celte version où abondaient encore les vues nouvelles; 3® Alphabelatine du ms. grec conservé dans la bibliothèque royale ttcum communicantium, Constance, 1659; Inspruck, était enrichie de notes. Elle ne fut jamais publiée ctse 1652; Munich, 1662 : recueil de cas de conscience et conservait au couvent de Saint-Honoré, ainsi que l’ou­ traité pratique sur la réception et l’administration de vrage suivant. 7® Synodi Florenttmc ejus nimirum cau­ la sainte eucharistie; 4· Clypeus clementium judicum sarum Grxcorum projectionis, et ad eam apparatus, cele­ utriusque fori, Constance. 1659; Munich, 1662; Con­ brationis, dc/lnitionis, reditus cl eventuum ex ea subsestance, 1663; cette dernière édition est de beaucoup la yuulorum in Ecclesia Constantinopohtana, Gncconicæ meilleure; 5° Alphabeticum sacrificantium. Constance, Videlicet adversus eam perduellionis accurata narratio : 1660; Munich, 1G63 : traité pratique etrecueil de cas de auctore Sylvestro Syropulo magno ecclestarcha et dic/eoconscience sur la célébration de la sainte messe; phylacc. Goar avait fait lui-même une copie du ms. ^Theologia juridico-moralis, seu accusatio canonica grec de la bibliothèque royale n. 1369, dont le commen­ ebriosi, ad divortium compellendi, Munich, 1663; cement manquait. Il en fit une traduction latine, mais l^Alphabetum baptizantium et confirmantium, Munich, il n’eut pas le temps de l’annoter, non plus que de le 1663; 8e Alphabetum sacri audiendi et breviarii reci­ collationner sur d'autres manuscrits. La copie grecque tandi, Constance. 166-1; 9e Alphabetum ordints el de Goar sc conservait aussi au couvent de Saint-Honoré, extremx unctionis, ibid., 1664; 10® Alphabetum matri­ de même que le texte latin, celui-ci écrit sous sa dictée. moniale, 2 vol., ibid., 1665; 11® Alphabetum confesso­ Il avait aussi songé à donner une nouvelle édition de riorum. ibid., 1666; 12® Alphabetum confitcntium, Γ Historia universalis Joannis Zonarx cum emendata ibid., 1667; tous ccs ouvrages qui épuisent sur chaque Hieronymi Wolphii Oetingensis versionc Basilic 1657 point la matière sont conçus d'après le même plan, ohm édita. Il mourut avant d’avoir pu réaliser son cher à l’auteur, des cas de conscience suivi de l’exposé désir. Combefis, qui avait eu la mémo pensée, ne put théorique de chaque question; 13® Clavis alphabctironon plus en venir à bout. C’est Du Cange qui pourvut sacramentalis, id est, tractatus moralis de sacramentis à cette nouvelle édition, 2 in-fol., Paris, 1687. Enfin in genere, ibid., 1667; 14® Alphabetum quadruplex quo... nous pouvons encore signaler de Goar : Attestatio Jacobi explicatur materia voti, juramenti, bias phemi x et Goari ord. prxd.de communione orientalium sub specie superstitionis, ibid., 1672. Le P. Gobât avait entrepris unica. Elle sc trouve insérée dans Allatius, De...perpetua l’édition définitive de ses œuvres dans les Opéra consensione, co], 1659. Les œuvres historiques de Goar moralia, dont le rr tome parut à Ingolstadt en 1678, ont trouvé place dans le Corpus scriptorum historix lorsqu’il succomba à la tâche, au collège de Constance, Byzantina:, Bonn, 1878. Bon nombre des manuscrits le 23 mars 1679. Dans les dernières années de sa vie, grecs rapportés par Goar de scs voyages en Orient pas­ I il avait été recteur des collèges de Hall ct de Fribourg sèrent à la Bibliothèque nationale. en Suisse où sa mémoire resta longtemps en véné­ ration. L’édition de scs œuvres fut reprise aussitôt par Echnrd, Scriptores ordinis prxdicalorum, Paris, 1719, le collège de Constance, ct les deux derniers volumes, t. il, p. 574-575; Feller, Dictionnaire historique, Paris, 18-18, t. iv, p. 138; Nlcéron, Mémoires pour sendr d Γ histoire des i publiés avec une apparente précipitation, parurent à Munich en 1681. L’édition de Douai, 1700, en 3 in-fol., hommes illustres dans la république des lettres, Paris, 1724fut revue avec le plus grand soin ct servit aux éditions 1745, t. xix, p. 38-4 sq.; Bcnnudot, Collectio llturgtarum orientalium, Paris, 1710, t. i; Perpétuité de la foi, t. ïv, de Venise de 1716 ct 1744. Les œuvres de Gobai I. I, c. I, édit. Mignc, t. ni, p. 24; Hurter, Nomenclator attirèrent l'attention de l’évèquc d’Arras, fort mal lilerarius, Inspruck, 1907, t. iv, col. 1210-1212; Soinmcrdisposé en faveur des doctrines de la Compagnie de vogel, Bibliothèque de la C1· de Jésus, art. Pousslnes et Jésus. Il les censura dans un écrit paru à Arras en 1703. Greber; !>. Delisle, l^e cabinet des manuscrits, Paris, 1874, ct qui provoqua une assez vive polémique. Plusieurs t. n, p. 215; Daniells Michaelis Introductio ad hlslor. litter., ouvrages parurent en réponse pour justifier les doc­ 1721, p. 99 ct 100; Bauddot, De Γutilité des voyages, édit, trines incriminées : Justification des jésuites de Douai. de 1727, t. Il, p. 119; Touron, Histoire des hommes illustres de Contre de saint Dominique, Paris, 1748, t. v, p. 357-363; s. 1. n. d.; Apologie j>our la doctrine dex jésuites par le <|iicl<|urs lettres de Goar aux archives de l'ordre, P. Gabr. Daniel, Liège, 1703; Vindicix Gobatiarur, R. Coulon. 1706, important ouvrage du P. Christophe Rasslcr. GOBAT Georges, un des principaux moralistes ct La doctrine de Gobât ne méritait point cette censure casuistcs du xvn· siècle. Né A Charmoille. dans la sévère. Bien que certains points de détail ne puissent principauté de Porrcntruy, le l*r juillet 1600, il fut plus être retenus aujourd’hui, « l’ensemble de sa reçu dans la Compagnie de Jésus le 1er juin 1618, ct, doctrine est solidement établi ct, de son temps, H après avoir professé la littérature ct la philosophie, sc était partout consulté. » Lchmkuhl, Theologia moralis, livra exclusivement à l’élude ct ù renseignement de la Fribourg-cn-Brisgau, 1888, t. n, p. 806. théologie morale, où il ne tarda point à acquérir la réputation d’un maître. Sa haute vertu ct la sagesse Sommervogel, Bibliothèque de la C· de Jésus, t. ut, de scs conseils lui firent confier d’importantes missions. col. 1505-1512; Hurter, Nomenclator. 3· édit., 1912, t. m. Après vingt-sept années d’enseignement théologique, le col. 234; A. Valrcy, Histoire du collège de Porrcntruy. P. Gobât fut chargé de la direction du collège de Hall, Porrcntruy, 1868. p. 116 *q. puis de celui de Fribourg, ct mourut ά Constance le P. Bernard. 23 mars 1679, en préparant une édition complète de ses GODEAU Antoine, né ù Dreux le 24 septembre 1605. œuvres, qui ont toutes pour objet la théologie morale. mort ά Vcnce le 21 avril 1672. Après une jeunesse 1° Sensus ct consensus doctorum de Jubileo duplici et sus­ mondaine, où il fut très remarqué à l’hôtel de Ram- 1471 GODEAU - - GODOY boulllct cl surnommé < le nain de la princesse Julie ». 1 avocat au parlement de Paris, membre de l’Académlc française dés son origine, il reçut le sous-diaconat en mai 1635 ct la prêtrise en 1636. Nommé évêque de Grasse le 21 juin 1636, préconisé le 22 septembre ct sacré Λ Paris le 14 décembre, il arriva le 28 septem­ bre 1637 dans sa ville épiscopale. Sans cesser de s'oc­ cuper de littérature ct de suivre de loin la vie mondaine où il avait brillé, il s’occupe activement de son diocèse» est chargé par Louis XIII de chasser les cassinistcs j de Lérins ct de les remplacer par les maurislcs en 1638, . est nommé le 20 décembre 1639 évêque de Vcncc dont le diocèse est réuni au sien, cc qui ne fut ratifié que par Innocent X le 7 décembre 1644. Godcau Joua un I rôle important en Provence ct dans les Assemblées générales du clergé en 1645-1646 ct 1653. Louis XIV ayant demandé au Saint-Siège la désunion des deux diocèses en 1653, Godcau résigna Grasse ct garda Vcncc. Il reparut à l’Asscmbléc générale de 1655-1657, admi­ nistra le diocèse d’Aix en 1660 durant l’absence du car­ dinal Grimaldi, continua à être remarqué en Provence, surtout lors du voyage de la cour. Il fut un instant question de lui comme précepteur du Dauphin. En 1761, sur sa demande, Louis de Thomassin lui fut donné comme coadjuteur, après avoir été préconisé le 14 dé­ cembre au titre de Rhodiopolis ct sacré le 25 février 1672 5 Paris; Godeau mourut deux mois après le sacre de Mgr de Thomassin. 11 a laissé un nombre considé­ rable d’ouvrages en prose ct en vers. Parmi les premiers, on peut mentionner scs Paraphrases sur les Epitres de saint Paul el les Épitres canoniques, ses Oraisons /unèbres (Louis XIII, Llstolfi Maroni, évêque de Bazas, J.-B. Camus, ancien évêque de Bclley, Mathieu Molé, Jean IV, , roi de Portugal), ses Ordonnances et Instructions synodales, ses Instructions et prières chrétiennes, son Histoire de Γ Église, scs Vies des saints Paul, Augustin et Charles Borroméc, scs Tableaux de la pénitence, scs I Œuvres chrétiennes et morales, son Traité des séminaires, ses Éloges de divers évêques, empereurs, rois, etc., son Nouveau Testament. Dans ses ouvrages posthumes, ses Homélies, sa Morale chrétienne, scs Lettres. Dans les documents possédés par les archives départementales des Alpes-Maritimes, divers mandements, lettres, etc. Parmi les œuvres en vers de Godcau. on peut signaler scs Œuvres chrétiennes, scs Poésies chrétiennes, sa Para· phrase des Psaumes, scs Hymnes (en l’honneur de sainte Geneviève ct de saint Charles Borroméc), son Saint Paul. En outre, un poème posthume, Les /astes de ΓÉglise. Protégé par Richelieu, mal vu par Mazarin, Godeau a été mêlé aux querelles du Jansénisme-Cousin dcConrart, il ne réussit pas à le convertir au culte catholique. P. Tourtourcnu, Oraison funèbre de Godeau (1672); abbé Tisserand, Antoine Godeau, Paris, 1870; Histoire de Vence, Pari*, I860; H. Kerviler, Antoine Godeau, Paris, 1879; abbé Cognct, Antoine Godeau (thèse de doctorat), · Paris, 1900 : un index bibliographique ct une table des ouvrages de l'évêque s'y trouvent; G. Doublet, Godeau, évêque de Grasse d de Vence, 2 ln-8·, Paris, 1912, 1913 (le reste sous presse). G. Doublet. GODFROY Clnudo-Eusèbc, jésuite français, né le 15 décembre 1817 à Armaucourt (Meurthc), enseigna la physique (1841 -1845), Γ Écriture sainte et l’hébreu ( 1845- I 1853) au grand séminaire de Nancy, où son influence contribua pendant dix ans à former une génération i de prêtres qui furent l’honneur du diocèse, ct sc fit admettre dans la Compagnie de Jésus, au noviciat de Saint-Acheul, le 8 septembre 1853. D’abord pro­ fesseur de philosophie nu collège Saint-Clément de Metz, il ne tarda pas à être envoyé à Paris à la rédac- i tlon des Études religieuses que venaient de fonder les Pères Daniel et Gagarin. Il s’occupa surtout de ques­ tions exégétlqucs et s’attacha à réfuter les principales erreurs de Renan. On a de lui une assez longue série i 1472 d’ouvrages qui traitent surtout de questions ascétiques ou de l’enseignement de la religion au peuple. Parmi ses écrits apologétiques, il convient de citer : De Γexé­ gèse rationaliste, Paris, 1856; Moll/s el précis de la /ai catholique contre les erreurs du temps présent, Nancy, 1859; Voltaire : Son centenaire, Troycs, 1878. Son zèle sc dépensa dans les vingt dernières années de sa vie à des œuvres d’apostolat qu’il sut rendre floris­ santes ct qui rendirent son nom particulièrement cher Λ la ville de Troycs. Il mourut à Flavigny-sur-Moscllc, le 4 avril 1889. Sommcrvogcl, Bibliothèque de la C1· de Jésus, t. m, col. 1518 sq.; Lettres de Jersey, L vxu, p. 200 sq. P. Bernard. GODOY (Pierro de) fut un des meilleurs théolo­ giens que fournit au xvn· siècle l’école dominicaine espagnole. Il naquit ù Aldcanncva, dans l'Estramadurc, diocèse de Plascncia. Il entra dans l'ordre dominicain au couvent de San Esteban, à Salamanque, el y lit profession. Il fut envoyé ensuite, pour y poursuivre ses études, au collège Saint-Grégoire de Valladolid. Il revint ù Salamanque où il enseigna avec éclat dans la première chaire de théologie de l’université. Comme prédicateur, il eut aussi le plus grand renom. Après vingt-cinq ans d’enseignement, Philippe IV voulut le récompenser et le flt nommer ù l'évêché d’Osina, choix que ratifia Alexandre VII, le 31 mars 1664. z\près avoir gouverné cette église pendant plusieurs années, il fut transféré ù celle de Slguenza, en 1672. Voir Gams, Series episcoporum, p. 75. C’est sur cc siège qu'il mourut, le 2 novembre 1687. Il ne semble pas pourtant que l’on doive retenir cette date de 1687 donnée par Gams. En cfTct, le 12 juillet 1677, Innocent XI nomme 5 l’évêché de Slguenza Thomas Carbonei, lui aussi dominicain, et le donne comme successeur 5 un certain Pierre, qui ne peut être que Godoy. D'autre part, des relations circonstanciées fournies à Cavalieri prouvent que Pierre Godoy dut mourir dans le courant de la même année 1677. Les auteurs espagnols ont célébré sa générosité ct son amour des pauvres. On a de lui : 1° Disputationes theologicæ in IIP partem D. Thomir, 3 in-fol., Osma, 1666-1668; Venise, 1686; 2° Disputationes theologicæ in P* partem D. Thomæ, 3 In-fol., Osma, 1669-1671; 3° Disputationes theologicæ in I*'n II* D. Thomœ, in-fol.» Osma, 1672. Plus tard ces ouvrages furent réunis ct parurent ensemble, in-fol., Venise, 1686; 7 in-4®. 1696; 7 in-fol 1763. Cette édition contient des appendices par J.-B GoncL Plusieurs écrits philosophiques de Pierre Godoy parurent sous d’autres noms, ainsi que le déclare Cavalieri, Galleria dei sommi pontefici, etc., 1.1, p. 699. Il faut noter aussi comment il peut se faire que l’on retrouve exactement les mêmes passages A la fois dans Godoy, surtout dans scs commentaires sur la Ie, ct dans Gonct, Clypeus, etc. Voici comment Echard explique la chose. L’enseignement de P. Godoy à Salamanque eut un tel succès qu’aussltôt l’on compta plus de mille exemplaires manuscrits de scs leçons, qui non seulement se répandirent par­ tout en Espagne» mais aussi en Italie ct en France. Sans doute un exemplaire tomba entre les mains de Gonct qui, en ce temps-là, préparait l’édition de son Clijpeus. Trouvant dans l’exposition du théo­ logien espagnol l’expression exacte de sa propre pensée, il l'adopta ct la fit ainsi passer dans son propre travail. Néanmoins, on ne saurait sans injustice accuser Gonct de plagiat, car lui-même, dans son prologue au lecteur, t. i, s’est prévalu de son autorité et l’a dit clairement. Il en est résulté que ces passages de Godoy parurent dans l’ouvrage de Gonct, 1659 sq., avant que l’auteur lui-même les ait publiés pour son propre compte. Malgré cet aveu, il paraît que Godoy fut peu satisfait du procédé de Gonct ct deux de scs GODOY — GŒRRES 1473 amis et censeurs, François de Ayllon et Hyacinthe de Parra, le lui reprochèrent, le premier dans le pro­ logue nd lectorem du traité De 7rmitate, le second dans la censure des Disputationes in /auj il'. Echard excuse Gonct, en disant que peut-être sans le stimulant que Godojr reçut de la publication du Clypeus, il ne se serait point décidé ù faire paraître son travail, qui eût clé ainsi perdu ou qui eût paru sous d'autres noms. Echard, Scriptores ordin It pncdlcatorum, Paris, 1719, 1721, t. n, p. 073-674; Fontana. 7 hratrum domlnlcanum. Rome, 1666, p. 256; Mich. Cavalieri, Galleria de? lomml ponteflei. etc., Bénévcnt, 1696, t. i, p. 699; Hurtcr, Nomen­ clator litrrarlus, Impruck, 1910, t. iv, col. 7; Gams, Scries episcoporum, p. 75. R. Coulon. GOEPFFERT Ooorge», jésuite allemand, né à Bischofsheim, dans le duché de Bade, le 8 décembre 1635, entra dans la Compagnie de Jésus le 16 dé­ cembre 1656. Après avoir enseigné les humanités ù Mayence, la philosophie à Hciligenstadt et à Würz­ bourg, il professa successivement la théologie à Bamberg, à Wurzbourg, à Molsheim, à Fulda, devint chancelier de l'université de Bamberg ct mourut à Wurzbourg le 14 septembre 1701. 11 reste de lui quel­ ques thèses de théologie : Dux et lux divini judicii sive Verbum incarnatum ex beatissima Virgine natum. Bamberg, 1697; Ænlgma theologicum ex D parte Sumnue thcologiæ desumptum. Deus unus ct trinus, ibid., 1698; Theses theologiae de incarnati Verbi mysterio, ibid., 1698; De prolrgomcnts et principiis juris canonici, ibid., 1698. Sommcrvogel, Bibliothèque de la C‘· de Jésus, t. in, col. 1527 »q.; Group, Collectio scriptorum Wirceburgentium, Francfort, 1754, t. n, p. 511-526. R. Coulon. GŒRRES (Joan-Joecph de), né le 25 janvier 1776 Ù Coblentz, mort à Munich le 29 janvier 1848, est un des hommes de son temps qui ont le mieux mérité Λ la fols de l'Église ct de leur patrie; personne, au xix· siècle, ne s’est voué à la défense des droits de l’Église ct de la liberté politique ct religieuse du peuple allemand avec plus de persévérance ct d’éclat. Esprit universel, qui embrassait dans le vaste cercle de scs connaissances les parties les plus diverses du savoir humain, l’histoire ct les sciences exactes, la théo­ logie ct les sciences naturelles; Ame de feu; plume fertile autant que ferme ct hardie, Gœrres a été, par scs facultés puissantes comme par ses talents variés, le second Leibniz de son pays, ct il a exercé en Alle­ magne une Influence considérable sur l’étude des sciences ecclésiastiques. On distingue dans sa vie trois phases, ayant chacune son caractère et sa physionomie propre. D· période : 1776-1800. Issu d’une famille bourgeoise aisée, Gœrrcs fut élevé dans le gymnase de sa ville natale, mais ne put, en raison des événements politiques, suivre les cours de l’université de Bonn, où il avait projeté d’abord d’nllcr étudier la médecine; le docte, l’infatigable, le généreux Gœrrcs sera, par-dessus tout, un autodidacte. En 1794, lorsque les victoires de la République française l’eurent rendue maîtresse de la rive gauche du Rhin ct lui curent ouvert Coblentz, le Jeune Gœrrcs sc fit le champion enthousiaste des Idées républicaines et les célébra tant par sa vive parole dans les clubs de sa patrie que par de spirituels ct mordants écrits, brochures ou articles de journaux; l’Église catholique ct scs Institutions n’y furent même pas épar­ gnées. Cette exaltation juvénile, néanmoins, tomba vite; le mirage des idées républicaines dura peu; Λ la clarté de l’orage qui était venu fondre sur Coblentz, Gœrrcs entrevit bientôt l’immense vanité de ses Illu­ sions ct, profondément désabusé, il laissa de côté la politique, pour sc tourner vers la science et vers l’art. PICT. DK THÉOL. cathol. 1474 On le vit s’adonner surtout à l’étude des sciences natu­ relles, et y rester plus ou moins enlacé dans les for­ mules panthéistes de Schelling, dont la philosophie avait fasciné sa jeunesse. 2· période : 1801-1826. Pourvu de la chaire de physique à l'école secondaire de Coblentz, le publiante d'hier, le Laborieux et pénétrant écrivain, après avoir traduit en 1801 les Tableaux synoptiques de chimie de Fourcroy, faisait paraître, en 1803, ses Apborlsmen ûbrr die Organonomie.en 1805, une Exposition de (a physio­ logie, et des Aphorism en über die Organologie, en 1806 les Aphorismen ûber Glaube und Wissen. Cette année même, sur la chaude recommandation d’un savant jurisconsulte, le professeur Thibaut, Gœrrcs était trans· féré à l’université de Heidelberg, et y entamait une série de leçons d'histoire et de littérature. Dans son livre des Teutschen Volksbdcher.ü excita l’intérêt pour les obscurs et lointains domaines de la vieille Alle­ magne, et noua d'étroites relations avec les membres de l’école romantique allemande, dont U fut l’un des promoteurs. Mais l’animosité des protestants contre cette école décida Gœrres en 1808 à quitter Heidelberg, ct, le projet de l’appeler à Landshut ayant échoué, il reprit sa chaire à l’école secondaire de Coblentz. Là, en poursuivant scs travaux sur le passé de ΓAlle­ magne, i) pénétra dans les mythes du monde asiatique ct publia, en 1810, son célèbre livre : Die Mythengeschiclde der asiatlschm Well. qui depuis a été dépassé, mais qui fut alors pour les esprits cultivés une révéla­ tion. Quelques années plus tard, au commencement de 1811, le patriotisme de Gœrres le ramena dans l’arène politique. Quand l’Allemagne sc souleva contre la domination de l’empereur Napoléon Ier, Gœrres mit sa plume au service de l’œuvre d’indépendance natio­ nale, et fonda, pour rallumer par son éloquence enflam­ mée le patriotisme des Allemands, une feuille hebdo­ madaire, le Rhrtnische Merkur. Cc journal acquit très vite une importance extraordinaire, ct telle que Napo­ léon put le tenir pour · la cinquième des puissances coalisées contre lui » Mais, la guerre terminée, Γintré­ pide journaliste ne désarma pas; obstinément il demeu­ ra l’apôtre de la cause de la liberté des peuples. L'Apreté de langage avec laquelle il dénonçait et flagellait les plaies de l’époque, sans ménager les plus hauts person­ nages, blessa et imta les hommes au pouvoir : le 10 jan vicr 1816, le Mercure rhénan était supprimé; Gœrres fut révoqué de scs fonctions d'inspecteur de l’instruc­ tion publique. En 1819, il ne laissa pas. dans sa bro­ chure : Teutschland und die Dévolution, de stigmatiser l’attitude des gouvernements envers l’Église ct de leur rappeler avec sa fonce coutumière leurs engagements sacrés envers leurs sujets catholiques. Rien ne put arrêter la diffusion de la brochure; l’écho que ces arden­ tes revendications trouvèrent dans toute l’Allemagne, en Wcstphallc notamment ct dans les pays du Rhin, fit sentir aux plus hautes régions du pouvoir la néces­ sité d’une entente religieuse avec Rome Devant les menaces ct les tracasseries de la police. Gœrrcs s’enfuit de Coblentz et flxa sa résidence Λ Strasbourg. Ce fut ù Strasbourg qu’il écrivit, en 1820, Heldenbuch von Iran. et l’année d'après, son Apologie personnelle contre les procédés du bureaucratisme prussien. In Sachen des Rheinprooinz und in eigener Angelegenheit. laquelle parut à Stuttgart en 1822; il y prit aussi congé défi­ nitivement de la politique par une étincelante et patrio­ tique brochure: Europa und die Hevolution ; désormais il sera tout à la science et à l’Église. Pendant son séjour ù Strasbourg, en effet, il apporta une colla­ boration active et très remarquée à la revue : Der Katholik, que Rasss ct Weiss avaient fondée à Mayence en 1821. De cette époque date, pour Carres, sous l’influence de scs relations avec les Lie! emiann les J Ræss, les Weiss, etc., un pas décisif dans l'évoiütiun VI. — 47 ——» · 1475 GŒRRES — GOLDIIAGEN chrétienne, Gœrres n’avait jamais fait la guerre à I Église; mais il n’avait pas sudans ses premiers écrits en apprécier le vrai caractère cl le vrai rôle Comme *0$ Idées politiques, scs idées religieuses allèrent tou­ jours se redressant cl s'assagissant; elles Unirent par gouverner tout à fait sa pensée. Déjà, dans le Mercure rhénan, il avait parlé en faveur du pape, et, dans sa brochure : Tcutschland and die Revolution, Il avait dé­ fendu la liberté de l'Église, la hiérarchie ecclésiastique, les jésuites, etc. Dans scs brillants articles du Catho­ lique, Il eut pour but avant tout de servir la cause de la religion; Il en fut le puissant el généreux athlète. J· période : 1827-1848. Appelé par le roi Louis I·' de Bavière, en 1827, à la chaire d’histoire de l’univcrsîté de Munich, afin d’en accroître le lustre, Gœrres eut à cœur, dans scs cours publics, dans scs conversa­ tions privées, dans ses ouvrages, de rendre à la science, A la politique et à l’art la base chrétienne que l'incré­ dulité frivole du xvm· siècle avait sapée. 11 ensei­ gnera dans Munich avec un immense éclat, endoctri­ nant une foule de disciples, d’auditeurs bénévoles de toutes nations; il sera le centre du groupe d’hommes éminents qui y présidaient A la grande rénovation reli­ gieuse et artistique, les Dœllingcr, les Mœhler, les Phillips, les Cornélius, etc.; il écrira avec sa verve coutumière dans le journal catholique. l’Eos. Il s’occupa de l’Hcxaméron et de la table des peuples de la Genèse : Ueber die Grundlagc, Gliederung and Zcitenfolge der Weltgeschiehte, Breslau, 1830; 2· édit, 1880; Die Vôlkerla/et des Pentateuch. I. Die Japhetiden und ihr Auszug eus Arménien, Batisbonne, 1845. Mais son œuvre capitale sera sa Mystique chrétienne, qu’il méditait depuis Strasbourg et qu'il publia de 1836 à 1842, en quatre volumes : monument de vaste érudition, où l’auteur, resté fidèle à Schelling sur le terrain de la physiologie et de la psychologie, veille soigneusement A ne pas s’écarter du vrai point de vue chrétien; pro­ testation énergique contre le rationalisme des temps modernes, et qui produisit au delà du Rhin une vive sensation. La Mystique a été traduite en français par M. Sainte-Foi, 5 vol., Paris, 1854-1855. Lorsque, en 1837, l’archevêque de Cologne fut jeté en prison, les Idées de toute sa vie sur les rapports de l’Église et de l’État, comme sa vieille haine de l’absolutisme poli­ tique, Inspirèrent à Gœrres son Athanasius : défense éloquente et vigoureuse de Mgr de Droste-Vischcring en même temps que lumineux exposé des principes de droit engagés dans l’aiTairc; ΓAllemagne catholique y applaudit Aux attaques des trois hommes de talent qui se firent les avocats du gouvernement prussien, H. Léo. Marheinecke cl Bruno Bauer, Gœrres rispota victorieusement par son livre : Die Triarier, qui donna un mouvement singulier aux esprits en Allemagne et que consacre l’approbation de Grégoire XVI. Sous l’impression des atlaires de Cologne, une revue nou­ velle avait été fondée : Die historisch-poldischen Blotter, pour combattre les préjugés et les erreurs hostiles à l'Église et à son histoire dans le monde. Gœrres en fut le zélé collaborateur; pas un numéro de cette revue dans lequel II n’ait Inséré quelque article jusqu’à sa mort. En 1845, il poussa un dernier cri pour l’honneur de l’Église dans son livre: Die Wallfahrt nach Trier, à l’occasion des attaques lancées, l’année précédente, contre le pèle­ rinage national à la Sainte Tunique. Le soir de sa vie fut assombri par les désordres que provoqua le séjour de Lola Montez à Munich, et qui amena, sans atteindre Gœrres lui-même, l'exil de plusieurs deses amis. Gœrres mourut à l’âge de 72 ans. · Priez pour les peuples, qui ne sont plus rien, · avait-lldlt sur son lit de mort; et encore : « La conclusion est tirée, l’État gouverne, l’Église proteste. · Les œuvres politiques de Gœrres ont paru à Munich en o vol. de 1854 à 1860; on a publié aussi à Munich 147G ses lettres en 3 vol., de 1858 à 1871. Une société savante a pris son nom. Die Garres-Gesellschaft, et continue son œuvre par des publications importantes. J. Gnlland, Joseph von Garres, Fribourg-cn-Brisgnu, 1876; Sepp, Gams und seine Zettgenossen, Nordlingen, 1877; Kirr.hcnlexikon, t. v, p. 79-1-802; Rcalencydop idle fur protestant(sche Théologie und Kirche, t. vi, p. 744-748; Hurter, Nomenclator literarius, Inspruck, 1012, t. v, col. 1125-1128; IL Brack. Geschtclde der katholUchrn Kirche tm XIX Jahrhundert, 2· édit.. Munster, 1003, t. ir. p. 488 sq. et passim; Germs, n. 038 de» Contemporains, Paris, 1010. P. Godet. GOETHALS. Voir Henri de Gand. GOLDHAGEN Hermon, jésuite allemand, né à Mayence le 14 avril 1713, entré dans la Compagnie de Jésus le 13 juillet 1735, sc fit remarquer de bonne heure par scs savants travaux sur l’histoire de Mayence et par scs nombreux ouvrages sur la philologie grecque et latine» en particulier par ses Institutiones linginr latinsc et gra cie, Manheim, 1750,si souvent réimprimées. Nommé professeur de théologie à Mayence, il mil à profit scs vastes connaissances linguistiques pour rétablir le texte grec du Nouveau Testament contre les Interpolations protestantes ou les leçons arbitrai­ rement choisies et publia, avec un splcllègc apo­ logétique, Καινή διαθήκη sive Novum D. N. J. C. Testamentum griccum cum variantibus lectionibus quir demonstrant Vulgatam latinam ipsis e gnrcis N. T. codi­ cibus hodiedumextantibus authenticam, Mayence. 1753. Cf. Zaccaria, Sag g io critico, t. n, p. 462-473. L’ouvrage a été réédité à Liège, en 1839, par Pierre Kersten. CL Journal de Kersten, t. v, p. 594 sq. Comme suite à ce travail d’ordre exégétique et apologétique, Goldhagcn releva toutes les erreurs matérielles et les transforma­ tions de textes recueillies dans les écrits protestants et publia un ouvrage de controverse qui fil grand bruit en Allemagne : Betrugsanzeige in Religionschriltcn alsindcr Teutschen Uebersetzung der allgemeinen Kirchengeschichten, Francfort,ΙΊ5b; Puis. Exegesis catholica in pracipuas voces sacric Scripturæ ab acalholicis alieno sensu male explicatas, Mayence, 1757, et un ouvrage de circonstance fort remarquable par la richesse de l’érudition et la sûreté de la méthode: Melctema bibli· cophilologicum de religione Hebræorum sub lege naturali, ibid., 1759, réimprimé dans le Thesaurus theologicus de Zaccaria, t. vm, et dans le Cursus theoloyiæ de Migne, t. xv. Désormais c'est surtout contre le philosophisme et le théisme que Goldhagcn dirigera son effort; il s’attachera surtout à réfuter les erreurs du temps et à défendre les bases mêmes de la foi, préoccupé spéciale­ ment de prémunir la jeunesse des universités et défaire parvenir jusqu’à elle la substance intacte des saines doctrines. C’est dans ce but qu’il écrivit son Intro­ ductio in sacram Scripturam Veteris ac Novi Testamenti maxime contra theistas et incredulos, ibid., 1765, t. i; 1766, t. ii ; 1768, t. ni, puis divers ouvrages destinés à une dliTusion plus grande : Nôthiger Unterricht in den Rcligionsgrûdcn gegen die Ge/ahren der heutigen Fretdenkerei, Manheim, 1769; Dcnkbdchlein gegen die Gefahren der Zeit, Mayence, 1772; Grundlehren des Christentums aus gottlicher heiliger Schri/t, ibid., 1771, 1773; Schriftmôssige Moral in einem kurzen Auszug der hierzudienlichen underklhrten Schriftstcllen, ibid., 1774. Ce traité contient d’importantes remarques sur les leçons de morale de Gellert parues à Leipzig, en 1770. Toujours contre les protestants libéraux et les incré­ dules de l’époque, l’infatigable travailleur publiait scs Vindiciæ harmonico-critlcir. et cxegcticiv in sacram Scri­ pturam.. contra reccnliores bibliomachoset varii nominis Incredulos, ibid., 1774,1775, puls un ouvrage apologéti­ que contre les Juifs : Tratactus Rabbl Samuelis errorum Judæorum Indicans circa observationem legis mosaics et 1477 GOLDHAGEN — GOMAR Messiam quem veniarum eexpectunt, ibid., d’après les manuscrits. A ces travaux de pure erudition, le P. Gol­ dhagcn ajoutait, pour ranimer en Allemagne le senti­ ment religieux, un solide traite spirituel sur la dévotion au Sacré-Cœur de Jésus : Anineisung zu der hochutichtigen Andacht zum heiligstrn Herzen Jesu Christi, SaintGall, I 767 . Bamberg, 1763; Mayence, 1769, etc. Enfin, dans le but de répondre plus rapidement et plus réguliè­ rement aux attaques pour ainsi dire quotidiennes diri­ gées contre la religion, le P. Goldhagcn fondait la première revue apologétique sous ce titre; Religions· Journal, Oder Auszdqe ans den besten allen und ncuen Schriftstdlcrn und Vertheidigern der christlichen Religion mit Anmerkungen.Celie revue paraissait tous les deux mois et contenait, outre le périodique, des suppléments et des pièces d'actualité imprimées a part. Goldhagcn In dirigea pendant dix-neuf ans, de l'année 1776 jus­ qu’en 1794. Cette publication fut reprise en 1797 û 1804, sous le titre de Journal der Religion, WaJireit und Litleratur. 1711c rendit à la religion d’éminents services. Ces multiples cl absorbants travaux n'épuisaient pas toutefois l’activité prodigieuse du P. Goldhagcn. En I76G, il était nommé procureur de la province du Rhin supérieur et, en 1773, il recevait la charge de conseiller ecclésiastique à Mayence, puis à Munich, où il mourut ù la tâche, le 28 avril 1794, au milieu des tristesses et des appréhensions que suscitaient en Allemagne dans le monde religieux les horreurs et les menaces de la Révolution française. Sommcrvogel, RibUothéque de la C·* de Jésus, t. ni, coL 1538-1544; Hurter, Nomenclator, 3* édit., t. rv, col. 444 sq. P. Bernard. GOMAR et GOMARISME. — 1. Gomar. 11. Goma­ risme. I. Gomar ou Gomarus, cl, d’après l’orthographe ori­ ginelle, Gomaer, François, théologien, exégète et polé­ miste protestant, naquit à Bruges, le 30 janvier 1563. Ses parents, ayant embrassé les principes de la religion dite réformée, émigrèrent en 1578 dans le Palatinat, afin de pouvoir professer plus librement leur foi nou­ velle. Ils lirent donner à leur fils une éducation soignée, en rapport avec scs dispositions naturelles et avec leurs propres convictions. Pendant trois ans, il suivit, â Strasbourg, les leçons de Jean Sturm. De lâ, en 1580, il passa à Neustadt, où les professeurs de la faculté d’Heidelberg, principaux représentants et défenseurs «les opinions de Calvin, avalent été relégués par l’élec­ teur palatin, adepte fervent du luthéranisme. Il y eut pour maîtres Zacharie Ursinus, Jérôme Zanchius et Daniel Tossanus, tous trois très attachés à l’orthodoxie calviniste. Vers la lin de 1582, il se rendait en /\ngleterre. Il y fréquenta, à Oxford, les cours de théologie de Jean Reynold, et, à Cambridge, ceux de Guillaume Whitaker, (‘.’est dans cette dernière ville qu’il prit, en juin 1584, le grade de bachelier. Il revint ensuite A Heidelberg, où la faculté avait été réinstallée cl où il employa deux ans à se perfectionner dans la connais­ sance du grec et de l’hébreu. De 1587 à 1593, nous le trouvons remplissant à Francfort les fonctions de pas­ teur du groupe hollandais de l’Eglise réformée. Mais en 1593 la communauté qu’il dirigeait fut dispersée, et on lui offrit une chaire de théologie à Lcyde. Il l’accepta, après avoir conquis le bonnet de docteur à Heidelberg. Il était tout entier à sa tâche professorale quand, en 1603, on lui donna comme collègue, à son grand déplai­ sir. Jacques Arminius, déjà connu par scs tendances à mitiger les effrayantes théories du prédcstinatianisme calviniste. Dès l’année suivante, il commençait contre lui cette lutte âpre et sans merci, empreinte d’un véri­ table fanatisme, qui devait aboutir au partage de l’Eglise néerlandaise en deux factions ennemies. Armi­ nius (voir ce mot) s’écartait, en eflet, des sentiments 1478 qui dominaient alors dans les écoles et dans les Églises réformées de la Hollande. Il rejetait les dogmes de la prédestination absolue et de la grâce irrésistible, et rendant à Dieu la bonté et à l'homme La liberté, il enseignait que la miséricorde divine et les mérites de Jésus-Christ s’étendent a tout le genre humain, el que la grâce n’cntralnc pas au bien par une force nécessi­ tante sans le libre concours de la volonté a laquelle elle est ofîcrlc. Gomar lui reprochait de ruiner ainsi non seulement la doctrine prédestina tien ne, nuis encore toute l’économie protestante du salut, toute la doctrine de la justification par la foi, et d’incliner vers la thèse catholique de la justification par les œuvres. · Je n'oserais pas, disait-il, paraître devant Dieu après avoir fait miennes les opinions d Anninius. » 11 eut la bonne fortune de rencontrer, dès le début de sa campa une, un fidèle allié et un solide appui en la personne de Jean Bogermann, qui fut plus tard professeur de théo­ logie a Franeker et président du synode de Dordrecht· Ses partisans portèrent d’abord le nom de gomanstes, au­ quel vint se joindre ensuite celui de contrc-rcmonlrants. Les dissensions entre gomaristes et arminiens s’enveni­ mèrent bientôt au point dc faire craindre.dans certaines provinces, qu’elles ne dégénérassent en une véritable guerre civile. La masse du peuple tenait généralement pour les croyances calvinistes pures, tandis que bon nombre de théologiens et de personnages influents étaient favorables aux idées nouvelles et plus indul­ gentes. Diverses tentatives de conciliation furent faites à la demande ou avec l’assentiment du gouvernement. 11 y eut entre les adversaires plusieurs colloques ou discussions publiques. En 1608, a deux reprises, Gomar personnellement soutint un débat de ce genre devant l’assemblée des États généraux; el l’année suivante, une dispute plus solennelle encore mit aux prises deux groupes de cinq champions chacun, Gomar figurant toujours en tète des défenseurs de sa cause. La mort d’Amiinius, survenue en 1609, ne mit ün ni â la contro­ verse dont il avait été la cause ou l’occasion, ni ù l’ardeur avec laquelle les héritiers de ses vues théologiqucs furent poursuivis partout où l’on crut les ren­ contrer. Pourtant, en 1611. Gomar eut comme un moment de découragement et sembla vouloir aban­ donner le champ de bataille. 11 s’était vainement remué pour empêcher qu’on confiât la chaire délaissée par son rival à un des amis de cclui-d, Conrad Vorstius. Dépité de son échec et de celle nomination, il donna sa démission, quitta Lev de et sc retira à Middelbourg, où il se livra à la prédication, tout en faisant des leçons de théologie et d'hébreu dans un établissement qu’on venait de fonder sous le nom d'illustre Schule. Mais, en 1611, Il consentit à reprendre une chaire de théo­ logie à la faculté protestante de Saumur, en France; cl, quatre ans plus tard, rentrant dans les Pays-Bas, il devenait premier professeur de théologie et d’hébreu Λ Groningue. Ce fut la dernière étape de sa carrière errante, et elle embrasse une période de vingt-trois années On a noté, comme indice de son application cl de son prosélytisme scienti tiques, qu’il n’avait, durant tout ce temps, interrompu son enseignement que deux fois, et cela pour se rendre aux assemblées ecclésiastiques de Dordrecht et de Lev de. Au svnodc national de Dordrecht ( 1618-1619), où il représentait h * États de Groningue, il fut, sinon le premier chef cl I unique inspirateur, du moins l’un des principaux con · pliées de la faction étroitement conservatrice, l’un des ennemis les plus acharnés de ceux qu il traitait volontiers de novateurs, voire de papistes. C’est à lui, en grande partie, qu’est duc l’extrêrne rigueur des décrets portés pour enlever aux arminiens toute pos­ sibilité «le rattacher leurs théories particulières à la doctrine oflklelle de l’Église réformée· Si entier était son attachement a son propre systènv . si irréductible 1479 GOMA R 1489 non est a solo Deo uocante et rcgencrante,sed diam a Ubero son opposition nu système contraire, qu'il fit écarter voluntatis concursu. De même, â propos de Luc, i, 77, plus d’une expression dogmatique qu’il jugeait admis­ Gomar pose celle question : An remissio peccatorum sit sible en soi, mais dont il craignait que les adversaires tota fidelium coram Deo justificatio ad uitam aternam ne pussent se prévaloir. li ne tint pas a lui que le synode obtinendam, et sa réponse tend à prouver qu’aucune ne se prononçât formellement en faveur du supralapsaobligation de peine ou expiation temporelle ne survit nsme, qui regarde la chute d’Adam et la déchéance ori­ au pardon de la faute. ginelle de tout le genre humain comme une conséquence Dans la II· partie (in-folio de 544 pages) sont ranges du décret de la prédestination. Mais s’il avait pu grou­ les ouvrages suivants : Analysis et explicatio Episto­ per autour de lui une poignée d’amis disposés à le larum Pauli; Explicatio Epistolæ Jacobi; Explicatio /· suivre jusqu’à cette affirmation extrême de l’idée préPetri; Explicatio //· Petri; Explicatio I* Joannis ; destinaticnne, la plupart des membres du synode, et surtout les députés d’Angleterre cl d’Allemagne, s'y î Explicatio 1' Joannis ; Explicatio Epistolæ Judæ ; Expli­ catio quinque priorum librorum Apocalypseos. Huit refusèrent obstinément. Force lui fut donc de se con­ Épllres seulement figurent sous le nom de saint Paul; tenter de formules qui proclamaient la toute-puissante les lettres aux Corinthiens, aux Éphéslcns, à Timothée efficacité de l’élection divine en reléguant parmi les et à Tite ne sont pas même mentionnées. Mais, qu’il questions d’école, librement discutables, le ditTércnd s'agisse des écrits de saint Paul ou d’autres livres, les entre supralapsaircs et infralapsaircs. Après 1619, il commentaires de celte série sont plus complets, plus continua à s’adonner à scs travaux de théologie et suivis que ceux de la première, et toujours cependant d’exégèse, et, en 1633, U fut de ceux qui collaborèrent, entrecoupés de longs excursus tendancieux. On trou­ à Leydc, à la revision de la version flamande de l’Anvera un nouvel échantillon de ces retours incessants au cien Testament, souvent dtée sous le nom de Bible genre polémique dans l'annexe aux c. xi et xn de hollandaise. Il mourut, le 11 janvier 16-11, âgé, â l'Épttrc aux Hébreux : De fidei per quam justificamur quelques jours près, de soixante-dix-huit ans. Il avait natura. été marié trois fois et avait eu la douleur de voir son La III· partie (in-folio de 467 pages), dans laquelle unique fils le précéder dans la tombe. on a inséré des ouvrages ou opuscules déjà publiés à Gomar fut un homme érudit et ardent au labeur stu­ part antérieurement, se subdivise elle-même en deux dieux, presque aussi versé dans la connaissance de sections, dont l’une est formée de Disputationes ou l’hébreu que dans les querelles les plus subtiles de la Discussions théologiques, et l’autre, de Traités théo­ théologie; mais, au jugement de ses coreligionnaires logiques. Les Disputationes, au sens qu’on a ici en vue, même, il manquait de critique, et l’ensemble de ses ne sont pas autre chose que des suites, des nomencla­ actes nous révèle en lui une âme opiniâtre jusqu’à tures de thèses ou de propositions plus ou moins expli­ l’entêtement, autoritaire et hautaine jusqu’à la raideur cites, qui se rapportent à différents points de croyance et à la dureté. Albert Réville, tout en plaidant pour ou de controverse religieuse et qui ont été développées lui les circonstances atténuantes, apprécie son rôle ou défendues par l’auteur « en diverses académies. » doctrinal avec assez de justesse et de profondeur : Elles sont au nombre de trente-neuf. Il y en a une De • Ce fut. dit-il, un caractère froidement et dogmatique­ ment passionné, Intolérant, étroit, qui pour nous au­ theologia, une autre De Scriptura sacra, plusieurs sur Dieu et les personnes divines, d'autres De æterno Del jourd’hui n’a rien de sympathique, mais qu’il faut ju­ decreto; De diuina hominum prédestinations; De crea­ ger dans son cadre historique. Là il a sa grandeur tione mundi; De angelis; De legis dioinœ et pontificiæ imposante et sombre, et il est de ceux qui aident à comprendre le pouvoir étrange, ou plutôt le charme doctrinæ repugnantia; De morte Jcsu Christi; De meritis indicible qu’exerça sur des esprits profondément reli­ Christi ejusque beneficiis erga nos; De Petri apostoli et gieux, inaccessibles à tout autre intérêt que celui de la papm romani repugnantia; De fide salvifica; De arti­ religion, le dogme calviniste de la prédestination. · culorum fidei aposlolicæ et fidei romanæ Ecclesiæ repu­ Dans les œuvres qui nous restent de Gomar on peut, gnantia; De hominis coram Deo justificatione; De comme dans sa vie, faire deux parts : celle du théolo­ justificatione contra pontificiorum errores; De Ecclesia gien-exégète doublé d’un hébmisant ; celle du polé­ Dei; De baptismi sacræ Scriptura: et Ecclesiæ romanæ miste cl du sectaire. Quelques-unes seulement avaient repugnantia; De canm Domini doctrina, S. Scriptura et paru de son vivant L’ensemble, publié d’abord en 1644 Ecclesiæ Romæ repugnantia; De sacerdotio Christi et a Amsterdam, par les soins des trois gomarislcs, Jean Melchisedech, cl missifici sacerdotii cum utroque repu­ Vereem, Adolphe Sibelius et Martin L'bbenius, fut gnantia; De cœnæ dominica et missa repugnantia; De réimprimé, au même lieu, dés 1664. 11 est intitulé : quinque /alsis pontificiorum sacramentis, etc. A Ia Fr. Gomari opera theologica omnia, maximam partem différence des Disputationes, les Tractatus theologici posthuma, suprema author is voluntate a discipulis edita. comportent une étude plus ou moins fouillée, un exposé Cet énorme in-folio, qui embrasse la matière de plu­ plus ou moins complet de chaque sujet. Parmi les sieurs volumes ordinaires, a été distribué par les édi­ travaux les plus importants présentés sous ce dernier teurs en trois parties avec pagination distincte, dont titre, nous notons : Conciliatio doctrinæ orthodoxa de deux principalement exégéliques, et la HI·, de contenu prouidentia Del, déjà imprimé à Leydc, ln-8°, en 1597; fort mélangé. A la V· (in-folio de 500 pages) appar­ Anticosteri libri tres. Dirigés contre 1’Enchiridion con­ tiennent : illustrium ac selectorum ex Euangelio Matthæi troversiarum, l’œuvre maîtresse de Fr. Coster, ces trois locorum explicatio; Selectorum Euangelii Luca (cap. i livres traitent successivement : t. De discrimine hæreet n) locorum illustratio; Selectorum Euangelii Joannis licorum et catholicorum, partie déjà publiée in-8°, à locorum illustratio. Chacun de ces titres nous présente Anvers, en 1599; 2. De sacra Scriptura, in-8°, Ley de, un commentaire étendu et approfondi d’un certain 1600; 3. De Ecclesia Christi, in-8°, Hanovre, 1603. nombre de passages spécialement intéressants ou Viennent ensuite : Examen controversiarum de genealo­ spécialement difficiles et discutables. Les explications gia Christi, in-8°, Gronlngue, 1631 ; Dissertatio de Euan­ de tel ou tel verset particulier sont parfois développées gelio Matthiri, quanam lingua sit scriplum, in-8°, Gro­ jusqu’à constituer une véritable dissertation. Mais on nlngue, 1632; et l’auteur opine pour la langue grecque, y retrouve trop souvent le polémiste et le calviniste tout en avouant qu’il a contre lui le sentiment de la sous l’exégète. Ainsi a Matthieu, xxin, 37, est rattachée plupart des anciens; Investigatio sententia et originis une longue étude. De gratia conversionis, où l’auteur sabbati; Judicium de prtmo articulo remonstrantium S’©t proposé de combattre cette assertion des « semide electione et reprobatione; Defensio doctrina de perse­ pélagicns, des papistes et des novateurs : » Fidei origo verantia sanctorum; Davidis Lyra, seu nova hebnea 1481 GOMAR 1482 sacræ Scriptures ars poetica, canonibus suis descripta, que, des vases pleins d’ignominie» c'ejt-A-dlre assu­ et exemplis sacris et Pindari ac Sophoclis parallelis jettis au péché et A la malédiction, il a remis une partie demonstrata, in-4·, Leydo, 1037 : Gomar pensait en honneur, laissant le reste dans son ignominie. · Un trouver la clef de la poésie hébraïque dans la quantité peu plus loin, Ibid., p. 61, 62, le commentateur ajoute: des syllabes; mais cette thèse, complètement aban­ «Si maintenant, parce qu’il s'agit d'une question non donnée aujourd’hui, lut victorieusement combattue, encore tranchée, l’un ou l autre. tenant ferme par dès 1613, par Louis Cappcl, professeur a Saumur, dans ailleurs A l’analogie de la fol, soutient que l’objet de la ses Animadversiones ad Novam bauidis Lyram. prédestination est l’homme déchu et que c'est celui-ci Ί. Gomaîusmiu— 1° Gomarisme strict ou supralapqui est visé en cet endroit par le terme massa, ainsi sa ire. — On pourrait prendre le terme de gomarisme que le pensent quelque* personnes même pieuses et dans un sens rigoureusement étymologique et comme doctes, Je ne m’y oppose point Mais je me range, quant désignant les opinions propres île Gomar sur la pré­ à moi, à l’avis de Bèze, de Whitaker et d’un très grand destination, celles qui eurent toujours scs sympathies, nombre d’autres théologiens illustres; et les raisons auxquelles H a rendu témoignage en toute occasion, qui m’y portent, je les al. eu égard à mon dessein, qu’il a souhaité et tâché de propager autant que les suffisamment indiquées pour qui voudra confronter circonstances le lui ont permis, sans cependant jamais thèse avec thèse, arguments avec arguments. Ce sen­ parvenir à les faire triompher complètement. Ainsi timent ne blesse aucun des attributs de Dieu. En entendu, le gomarisme est moins un système publi­ revanche, comment le sentiment opposé ne va pas à quement et historiquement accepté sous ce nom qu’une l’encontre de la sagesse divine en plaçant, dans l’ordre conviction personnelle, et il se confond de fait avec le de la pensée et de l'intention, les moyens avant leur supralupsarisme. C’est donc la doctrine d’après laquelle fin, c'est ce que je n'al pas encore pu saisir. Si quelqu'un le péché originel et la déchéance du genre humain me démontre qu'il y a moyen de concilier ces choses, rentrent tout aussi bien que la rédemption dans le je me rendrai, comme je le dois, A l’évidence. » décret de l'élection divine. Que tel ait été le sentiment 2· Gomarisme historique. — Ces dernières réflexions extrémiste de Gomar, tous scs écrits en font foL Son de Gomar nous montrent qu'il saura, le cas échéant, commentaire du c. ix de l’ÉpItre aux Romains, Opera sans renoncer réellement à aucune de ses idées, se theolog. omnia, part. Π, p. 58 sq., peut donner une Idée rallier à des formules transactionnelles, et. s'accommo­ de la franchise avec laquelle il le proposait et des dant aux circonstances, se contenter, dans l affirmation arguments sur lesquels il prétendait l’appuyer. < On publique du dogme prédestination, de ce qui sera mora­ se demande, dit-il, quelle est la portée des termes lement possible, Le cas s'est réalisé, on l’a vu plus haut, massa et lutum (du f. 21). Ceux-là les ont mieux au synode de Dordrecht; et c'est ce qui a donné nais­ pénétrés, qui les entendent, non de l’argile et de la sance nu gomarisme historique et pratique, à celui dont masse argileuse, mais de la masse humaine. Seulement 1'cxpression offiviede a pu devenir le centre et le point cette Interprétation se divise elle-même, suivant qu’on de départ d’un parti. Comme tel, le gomarisme s'op­ rapporte les deux expressions nu genre humain à pose directement à l'arminianisme. De la vient que, créer ou au genre humain déjà créé et déchu. C’est la pour l’historien, gomar isles et contre-remontrants sont les première opinion que les théologiens les plus remar­ deux noms appliqués IndilTéremment aux adversaires quables défendent comme vraie et cadrant parfaite­ des remontrants ou arminiens. Il s’ensuit qu'au point ment avec le contexte. Pour euxT donc, l'argile et la de vue doctrinal, on peut définir brièvement ce goma­ masse désignent la matière informe ou la terre, de risme comme le système qui, le supralapsarisme mis à laquelle, pour des fins déterminées, le bon plaisir de part, maintient la rigueur primitive des dogmes cal­ Dieu, c'est-à-dire du pot 1er céleste, a tiré le genre humain. vinistes. à l'encontre des mitigations proposées par Que si quelques-uns soutiennent que ce sont les hommes l'arminianisme et condensées dans les cinq fameuses déclius en Adam qui deviennent l'objet d’une prédes­ propositions. Voir Ahmimus. Le synode de Dordrecht tination à leurs propres fins, en d’autres termes, d’une s’est prononcé sur chacun des cinq chefs. Quan· à la élection pour la vie ou d’une reprobation pour la ruine, prédestination, de même qu’il en proclame le décret cette manière de voir ne plaît point à un bon nombre absolu, immuable, unique cause pour laquelle les uns de théologiens des plus distingués de l'uni ver* chrétien, reçoivent la fol, tandis que les autres ne la reçoivent et cela pour divers motifs. Et d’abord, elle répugne Λ pus. Dieu donnant cette fol vive et vraie à tous ceux un principe universel do raison, ainsi qu’à la sagesse qu’il veut retirer de la damnation commune, et à eux de Dieu. Par là même, en cfieL qu'elle se définit ce en seuls, la donnant du reste gratuitement et exclusive­ vue de quoi une chose se fait, la fin est première dans ment en vertu de son bon plaisir, sans supposer. · ni l’intention et dernière dans l’exécution. Par consé­ comme cause ni comme condition, soit la fol et l’obéis­ quent, il n’est point d’ouvrier sage dans l’esprit duquel sance de la foi. soit la sainteté, soit une autre bonne elle ne précède le début même de son activité. Cette qualité ou disposition quelconque, · Acta synodi notion. vérité a pour elle le consentement unanime des philo­ Drodnchti habiter, sess. cxxxv, a. 6-10, p 249-250; sophes sans nulle exception. C’est pourquoi le très de même il condamne la thèse d'après laquelle « la cer­ sage auteur du genre humain, Dieu, bien qu’il ait titude du salut dépendrait d’une condition incertaine » décidé toutes choses en même temps, a cependant, au et serait subordonnée à la persévérance dans le bien. point de vue de l’ordre, fixé d’abord la fin de l’homme Ibid., a 7, p. 254. La rédemption, ajoute-t-il. ainsi que à créer avant de décider sa création. Autrement, la grâce qui en découle. · est annoncée IndilTéremment à tous les peuples; mais les élus sont tes seuls à qui il aurait, contrairement à l’ordre de la sagesse et à Dieu n résolu de donner la foi De judicio, ibid., 1616; 5° De jejunio ecclesiastico, ibid., 1617 ; 6° De decimis, ibid., 1618; 7° De necessariis ad valorem Doti, ibid., 1623; 8° De obligatione Doti, ibid., 1523; 9° Dc Doto religionis, ibid., 1523. I I ’ j 1508 Sommervogel, Bibliothèque de la C* de Jésus, L ni, col. 1630; llurtcr, Nomenclator, t. iv, col. 606. P. Bernard. GOUDA (Jean do), né à Utrecht le 29 janvier 1571, était issu de la noble famille dc Gouda van Swindrecht. Entré au noviciat des jésuites, à Tournai, le 21 mai 1588, il enseigna successivement dans divers collèges de la Compagnie: professeur dc latin à Tournai, de philosophie à Douai ; dc théologie morale à Anvers. Il se distingua en outre comme prédicateur et comme champion de la foi catholique contre l’hérésie calvi­ niste, qui, après avoir envahi les provinces septen­ trionales des Pays-Bas, cherchait, par tons moyens, à s’étendre vers le sud. Durant une période dc vingtcinq ans, il combattit les sectaires sans trêve ni merci, par la parole et par la plume, employant généralement, pour atteindre plus sûiemcnt son but, la langue flamande, qui était la langue du peuple. Le 17 juin 1610, il soutint, contre François Lansbcrge, ministre évangélique à Rotterdam, une discussion publique sur la transsubstantiation. Toutes les œuvres qui nous restent de lui, livres ou brochures, au nombre d’une vingtaine environ, sc rapportent à des sujets de con­ troverse religieuse. Il y expose et justifie les dogmes de la présence réelle et de la transsubstantiation, le culte et l’invocation des saints, les points principaux de la croyance traditionnelle attaqués par les nova­ teurs du xvi· siècle, cn réponse aux prédicants les plus remuants de l'époque, notamment ù François et Samuel Lansberge, Henri Boxhom, Henri Brand Willcmssen, Guillaume Perkinson, Jean Uytenbogaert, Daniel Castellan, Michel 1 logins, ministres dc l’Église réformée à Rotterdam, à Brcda, à Zieriksee, à La Haye, à Middelbourg, à Zevenbcrgen. Il y a un volume où, prenant à partie François Goinar, l’auteur de la secte des gomaristes (voir ce mot) on contreremontrants, il met cn lumière 1 inanité des thèses et des arguments avancés par lui dans sa polémique avec Arminius. Un autre, bien qu'écrit on flamand lui aussi, nous annonce son objet cn ce titre lutin : I.xumcn de officio et auctoritate magistratus chrtstiani in rebus fidei ecclesiasticis. La plupart de ccs ouvrages ou opus­ cules ont été publiés à Anvers, chez Verdussen ou chez Plantin, de 1610 ù 1615. Jean de Gouda mourut à Bruxelles, le 28 décembre 1630. A son heure dernière, il eût pu, comme saint Paul, sc rendre le témoignage qu’il avait vaillamment soutenu le bon combat. Il s’était, en tout cas, montré le digne émule de son con­ frère et compatriote François Coster, surnommé le malleus hicrelicorum, l’auteur de Γ Enchiridion contro­ versiarum. Sommervogel, Bibliothèque de la C1· de Jésus, t. in, col. 1626-1623; Hurter, Nomenclator literarius, 3· édit., L m, coL 638. P. Bernard. GOTTSCHUCH Charte·, jésuite autrichien, né à Neurode, le 23 décembre 1703, reçu dans la Compagnie dc Jésus le 24 septembre 1719, enseigna quelque temps les humanités et la philosophie, puis fut définitivement appliqué à la théologie, qu’il professa aux universités de Prague et d'Ohnutz avec un extraordinaire succès. Son esprit subtil et curieux le portait volontiers à l’étude des questions les moins accessibles, qu’il savait pourtant serrer dc près et auxquelles il apportait d’ingénieuses solutions. Voici la liste de ses ouvrages : P Angelas nature sublimitate, muneris excellentia, attributorum varietate admirandus, Prague, 1750; 2· Scientia divina simplicis intelligent^·, visionis et media theologice proposita, cum dissertatione dogmaticocritica de providentia, prndestinaiione et reprobatione, (bid., 1750; 3e Viator per fidem ambulans, ibid., 1571; 4® Continuatio qua· itionum theologicarum dogmaticocritico-historicarum in Gencsens caput /, ibid., 1751; 5r Dispensatio tn lege cl leges dispensationum, Prague, 1752; 6· De decretis divinis opus theologicn-srholasticum cum lucubratione apologetica. Olmulz. 1753; 7° Falsa moneta Candidi Zahler ad stateram veritatis examinata. Opus apologeticum, ibid., 1753. Après avoir exercé la charge de chancelier de l’université d’Olmutz, le P. Gottschlicb acheva sa belle carrière au collège dc Telex dont il < Uit recteur et où il mourutlclO avril 1770. C. Sommervogel, Bibliothèque de la C· de Jésus, L ill» col. 1631-1635; Hurter, Nomenclator literarius, 1907, t. ni. col. 724 ; Foppens, Bibliotheca bclgica, p. 650. J. Forget. GOUDIN Antoine, un des professeurs dc philo­ sophie et dc théologie les plus remarquables dc la seconde moitié du xvn· siècle, prit l’habit dominicain au couvent dc Limoges, en 1657. Il n’était âgé que de dLx-hult ans. Ses éludes achevées, il commença par enseigner dans son couvent d’origine, où il se fit bien­ tôt remarquer par sa doctrine et son érudition. Vers le même temps, le siège archiépiscopal d’Avignon était occupé par Dominique de Marinis. Pour restaurer dans son diocèse les études théologiques et particulièrement l’élude dc saint Thomas, H avait fondé ù l’univcrsité deux chaires : l’une de philosophie et l’autre dc théo» logic. Informé du rare mérite du jeune professeur dc I Limoges, il demanda et obtint qu’il vint à Avignon. Le succès dc son enseignement fut considérable et il demeura à Avignon jusqu’à la mort de l’archevêque C'est-à-dire jusqu'en 1669. Ayant été élu prieur du I couvent dc Drives, le P. Goudin quitta la Provence - il 1509 GOUDIN occupa cctlc charge pendant trois ans. Le temps de son gouvernement étant révolu, au lieu de retourner a Avignon, il fut assigné pur le général dc l’ordre, Tho­ mas de Roccabcrti, au noviciat général dc Paris, au faubourg Saint-Germain. C'est là qu'U enseigna la théologie pendant plusieurs années. Dans la suite, il fut admis à faire partie du collège dc Saint-Jacques. D'après Echard, Scriptorcs ord. prad.9 t. n, p. 740, il aurait pris le grade de docteur cn théologie de l'uni­ versité de Paris, dignité qu'il n'avait pas eu l'occasion d'obtenir encore. Cependant le nécrologe du couvent dc Saint-Jacques ne lui donne que le titre de bachelier; dans le livre des Conseils, H signe Magister et sc trouve souvent nommé sapientissimus magister. Peut-être était-il licencié sans avoir pris le bonnet de docteur. Dc plus, il fut élu prieur de Saint-Jacques, c’est dans l’exercice de cette charge, dans la force de l’âge, qu’il mourui le 23 octobre 1695. Le P. Goudin a laissé des ouvrages philosophiques et théologiques. Son traité dc philosophie intitulé : Philosophia juxta inconcussa tutiss imaque divi Thomæ dogmata tam. iv comprehensa, a eu de nombreuses rééditions jusqu'à notre époque. La première est celle de Lyon, 1671, in-12; puis cor­ rigée et augmentée par l’auteur, in-12, Paris, 1674; Bologne, 16S0; Cologne, 1681, 1685; Trévise, 1706; Cologne, 1724, 1726; Venise, 1744; Cologne, 1764; Paris, 1851; Orvieto, 1859. Comme il s’en explique lui-même dans la préface au lecteur, ce sont scs leçons d’Avignon qu’il a ordonnées à l'usage des étudiants. Aujourd’hui encore, ce manuel rend des services et contient un excellent exposé des théories fondamen­ tales de la philosophie scolastique. Le P. Goudin n’avait pu manquer dc s’intéresser vivement aux graves questions théologiques débattues dc son temps et en avait traité. Son contemporain, le P. Echard, nous apprend, cn ciTct, Scriptons, L n, p. 740, que le P. Goudin avait préparé un cours de théologie, mais qui sc conservait manuscrit au couvent dc Saint-Jacques. Il ne donnait là-dessus aucune expli­ cation. Mais dans une lettre plus confidentielle adres­ sée par Echard à la date du 1er septembre 1721 à son ami et correspondant Laurent Jossc Le Clerc, prêtre dc Saint-Sulpicc, il disait : « On n’a pas pu juger à propos de faire imprimer la théologie du P. Goudin pour dc bonnes raisons. · Quelles pouvaient être ccs raisons ? Il pouvait y cn avoir dc deux sortes : les unes prises des circonstances du temps où cet ouvrage aurait paru; d’autres plus personnelles à l'auteur et intéressantes à connaître. Bertrand, dans son ou­ vrage sur Laurent Josse Le Clerc, Paris, 1878, p. 87, cn note, conjecture que ccs raisons furent entièrement extrinsèques à l’ouvrage. Ce n'est qu'en partie vrai. En effet, lorsque Goudin mourui, les disputes sur la grâce étaient dans toute leur effervescence. La tactique des jansénistes était de cacher leur hérésie sous le nom de nouveau thomisme cl par conséquent d'appeler moli­ nis! e quiconque ne pensait pas comme eux; d’un autre côté, les intérêts de la vérité outragée par Jansénlus et aussi le souci de faire prévaloir les opinions d’une école théologique opposée à celle des thomistes por­ taient certains esprits à confondre dans une même réprobation thomisme et jansénisme. Comme on lésait, pour pacifier les esprits, I autorité civile était interve­ nue et sur la fin du xvn· siècle, sous Louis XIV et sous la Régence, les discussions publiques et les publications étaient défendues cn matière dc grâce. Ainsi que le fall remarquer Bertrand, toc. cit., c'est ce qui fait que l'on trouve fort peu dc renseignements sur ces ques­ tions dans les ouvrages qui parurent alors, au contraire la plupart des pièces de polémique restaient anonymes. De là vient aussi que l’ouvrage d'Echard est relative­ ment si pauvre en renseignements sur ccs disputes, alors que personne n'était mieux qualifié que lui pour I I ! I ! I j 1510 nous donner de ces luttes doctrinales une relation abon­ dante et fidèle. Bertrand pourtant n'a donné qu'une raison extrinsèque de la non-publication des traités de théologie du P. Goudin dès leur composition. N’y eutil que cela ? S’il avait eu connaissance d'une lettre de Richard Simon à Goudin lui-même, qui était d'ailleurs son ami intime, il aurait pu compléter son jugement par quelques autres considérations, qui y sont touchées. Cette lettre capitale pour l’histoire dc la publication dc sa théologie fut adressée au P. Goudin, alors qu’il était prieur du couvent de Saint-Jacques dc Pans. Elle est datée dc Rouen, 1695, donc l’année même de la mort dc notre auteur. Elle figure dans le recueil des lettres dc Richard Simon, édiL d'Amsterdam, 1730, t. îv, p. 228-236. D’après ce document, il semblerait que, dans les disputes de ce temps, entre jésuites et dominicains, le P. Goudin n'ait pas pris une attitude aussi tranchée que plusieurs autres de ses confrères. R. Simon nous apprend, cn effet, qu'ayant besoin d’un livre qui se trouvait dans la bibliothèque des Pères jésuites, Je P. Goudin ne se hasarde pas à l'aller chercher, de peur que sa visite ne soit tenue, dit-il plaisamment, pour suspecte à Saint-Jacques · et qu’il ne vienne à passer pour un fauteur du molinisme, ■ parce que les juifs ne doivent avoir aucun commerce avec les Sama­ ritains. D’après le sens de la lettre dc Richard Simon, qui, lui, était du parti moliniste, on pourrait conclure que Goudin penchait vers une doctrine adoucie, tout cn restant fermement thomiste. « 11 faut avouer dit Richard Simon, que ceux de votre ordre sont d’étran­ ges gens. Ils veulent que tout le monde sc soumette aveuglément aux opinions de leur école, comme si c’était des décisions de quelque concile général. Vous savez vous-même qu il n’est pas aisé de marquer pré­ cisément, sur plusieurs articles, en quoi consiste le pur thomisme. Il y a de la variété là-dessus même panni les vôtres. Je nous loue d’avoir bien voulu adoucir quel­ ques sentiments durs de vos thomistes sur la prédestina­ tion et la grâce efficace. Ils prétendent que cette grace lire son efficace de la seule toute-puissance de Dieu : ce qui me parait fort dur. Et en effet dans les écrits que vous m'avez communiqués, vous tirez cette efficace de plusieurs autres moyens dont Dieu, qui par sa science infinie con­ nati tout ce qui sc passe dans le cœur de l'homme, se sert, sans que vous favorisiez pour cela les sentiments de Suarez ou de Molina. Cette opinion est d'autant plus raisonnable que vous I avez appuyée sur des textes formels de saint Thomas. > Si le prieur dc SaintJacques ne semblait pas, à cn juger par Richard Simon, partager certaines opinions plus rigoureuses dc quelques théologiens thomistes, ce n'était encore qu’un premier pas; et Richard Simon espère le voir renier la prèdétermination physique, au sens des purs thomistes. Il ne craint nullement dc l'encourager à faire ce dernier pas : « Mais après tout j’ose vous dire que vous n’avez encore fait que la moitié du chemin J’aurois souhaité qu’en parlant dc la grâce efficace, vous n’eussiez point ajouté par elle-même, terme qui est dc ccs derniers siècles, et qui est inconnu à toute l’antiquité. Ce terme renferme je ne sais quoi qui semble détruire notre liberte, aussi bien que le mot de physique ajouté à celui de prédétermlnallon. » Et pour convertir tout à fait le P. Goudin au sys­ tème opposé, il le conseillait dans ses lectures. « Je vous communiquerai là-dessus, lui mandait-il, un petit livre fort rare et curieux, qui a pour litre : De religione bestiarum. C’est un dialogue où l’on met cn évidence les sentiments de ccs thomistes rigou­ reux, qui font agir les hommes cn bêtes. L'auteur est Théophile Raynaud, fameux jésuite, que vous avez connu particulièrement· Quoi qu’il y fasse le plaisant à son ordinaire, il y dit de très bonnes choses : Ridendo dicere quid vetat ? » Jusqu'ici, nous 1511 GOUDLN 1512 pouvons deviner que le P. Goudln, sans verser dans De causa Del contra Pelagium ct de oirtule causarum, le système théologique opposé à l'école thomiste, Londres, 1618. L’ouvrage avait été composé, ainsi que n’était pas loin de se frayer une voie de milieu entre les le portait le manuscrit de Saint-Jacques, en 1344. opinions plus rigoureuses d’un certain groupe ct les L'édition de Londres avait été faite, au dire de Richard théories nouvelles. Mais il y a plus, dans la mémo Simon, par les soins des protestants, qui y retrouvaient lettre, Richard Simon nous renseigne sur la nature des la doctrine de Calvin ct regardaient Bradwardin difficultés qui pouvaient s’opposer à la publication des comme un des héros de leur parti. Le P. Goudin natu­ traités théologiques du P. Goudin. Ainsi qu’il avait été rellement connaissait cct écrit et ne faisait pas diffi­ statué par le général de l’ordre» qui était alors le culté d'avouer que l'auteur n’avait pas toujours gardé P, Antonin Cloche, tout ouvrage paraissant sur ces une juste mesure. Pour Bradwardin, ct de son temps, matières controversées de la grâce ou de la prémotion le monde était pélagicn, lotas enim mundus post Pela­ physique, devait être envoyé à Home, où il serait gium abiit. Prse/at. Même le Maître des Sentences, examiné attentivement. Richard Simon, qui avait des selon lui, ne serait point indemne en quelques endroits intelligences dans la place, avait aussitôt été averti des de pélagianisme» bien qu'il reconnaisse en même temps difficultés que l’on ne manquerait pas de faire â la qu’il ait été un des principaux sectateurs uc saint publication de cet ouvrage. « J’ai appris, dit-il, de Augustin. Bradwardin, I. Π, c. x. Toujours d’après plusieurs endroits, que vos Pères de Rome, qui font Simon, qui veut exciter Goudin ù entrer dans scs vues, profession d’étre du nombre de ces rigoureux thomistes, le théologien anglais, en matière de grâce, fait tout s’opposent à la publication de votre nouvel ouvrage, ct remonter à saint Augustin, < il abandonne facile­ qu’ils ont nommé un de vos théologiens de Paris, pour ment saint Chrysostome, saint Jérôme, et saint Jean l’examiner et leur en rendre compte. » Il est certain de Damas, qu’il croit être favorables aux pélaglens. » qu’à Rome, sous le gouvernement d’un homme tel que Bref, cet auteur offrait un merveilleux terrain pour le général Antonin Cloche, il n'y avait que très peu de combattre, sans en avoir 1’air, ce qui aux yeux de Simon chances, pour que des doctrines opposées fussent ou­ passait pour excessif dans les théories thomistes en vertement soutenues au sein d’un ordre qui avait pareille matière. « Le parti qu'il serait à prendre, dit-il, toujours fait profession d’une unité doctrinale parfaite. en s'adressant au P. Goudin, dans cette occasion pour Surtout, le P. Goudin ct Richard Simon n’ignoraient rendre votre ouvrage plus spécieux et plus utile au pas que depuis quelques années se trouvait, â Rome, public, seroit d’attaquer vivement Bradwardin, ar­ un théologien, qui dans leur pensée représentait bien chevêque de Cantorbery, outré thomiste s'il en fût le parti de ces rigoureux thomistes, dont ils craignaient jamais. » Selon lui, aussi, l’idée de Bradwardin, que si fort l’ingérence dans leurs affaires : c’était le P. An­ toute la tradition catholique sur la grâce sc trouve tonin Massomllé. Voir Coulon, Scriplores ord, prœd., représentée par saint Augustin, doit être combattue, nouv. édit-, swc. xvni, p. 75 sq. C’est pourquoi Richard car, dit-ll : «... tous ces anciens docteurs, dont il rejette Simon prend la peine d'avertir Goudin : < Le P. Masl’autorité, n'ont pas prétendu s'opposer aux divins souillé, qui a publié depuis peu â Rome un très gros écrits de l’Ancien ct du Nouveau Testament sur la ouvrage sur cette matière — il s’agit de son Divus grâce ct sur la prédestination. Au contraire, ils ont Thomas sui interpres de diuina motione et libertate combattu par l’Ecriturc sainte les erreurs des gnosticreata, 2 in-fol., Rome, 1692-1603 — ne vous sera pas ques et des manichéens sur ces matières. Il est bon que favorable. 11 est persuadé, dit-on, que de s’opposer vous observiez que l’archevêque de Cantorbéry, aussi aux opinions des jésuites sur la prédestination ct sur bien que les jansénistes de notre temps, ne commencent la grâce, c’est rendre un grand service à l'ÉglIsc. · la tradition de 1'Église que par saint Augustin, après C’est à croire vraiment que Richard Simon avait reçu lequel suivent scs disciples : comme si saint Chrysostome mission de tenter ct de décourager le P. Goudin. Sur­ ct toute son école» ou plutôt toute !’Église orientale tout, il a grand1 peur que l’ouvrage ne paraisse pas ct devolt être comptée pour rien, lorsqu’il s’agit de tradi­ lui, qui n’est guère gêné par les scrupules de l'anony­ tion. Bradwardin est assez hardi, pour ne pas dire témé­ mat, engage son ami à sc passer de toute approbation. raire, d’abandonner aux pélaglens les quatre premiers • En vérité, je vous plains, continue-t-il, votre habit siècles de l'Égllse. Je souhaite, concluait Richard ct votre profession ne vous permettent pas de publier Simon, que, dans votre nouvel ouvrage, vous examiniez librement vos pensées. Le seul remède que je trouve ce fait, qui est d’une bien plus grande importance que pour vous tirer de cct esclavage, est de faire imprimer la science moyenne de Molinn, sur laquelle vous vous votre nouvel ouvrage sans mettre votre nom à la tête. êtes étendu fort au long. C’est un jésuite particulier Je me chargerai volontiers du soin de cette impression. qui n’a pas été même avoué de sa Société, au lieu qu’ici L on ferait ensuite connoltre par le moyen des jour­ 11 s’agit de la croyance de l'ancienne Église sur des naux le nom de Γ auteur ct son dessein. L’avis que matières très importantes. * On volt que l’adversaire que j aurais à vous donner dans cette conjoncture, serolt Bossuet combattait s’entendait Λ merveille à pousser son de ne rien dire en particulier de l’ouvrage du P. Masmonde. Richard Simon, qui paraît ainsi avoir été parfai­ souillé, tant à cause du rang qu’il lient Λ Rome auprès tement au courant des choses de Saint-Jacques, ne perd du P. Cloche, votre général, que parce qu'il y est pas de vue le précieux manuscrit du P. Goudin, que son estimé. Ce qui ne vous empêchera pas de le réfuter, auteur lui a communiqué ct qu’il aura lu avec attention, comme vous avez fait, sans le nommer. · D’ailleurs, puisqu’il y trouve des longueurs sur cette question de Richard Simon ne s’arrêtait pas U dans les conseils Molina. Dans une autre lettre de la même année, qu il donnait au P. Goudin; il lui conseillait l’innocent adressée au P. Goudln. de Saint-Crcspin, dans In forêt stratagème que voici, afin d’établir une doctrine sans de Lions, Lettres choisies de Monsieur Simon, Amster­ avoir l’air de battre directement en brèche une autre dam, 1/30, L ïv, p. 246, Il termine par ces mots : doctrine reçue. H y avait alors dans la bibliothèque • Tâchez de vous bien porter, surtout mettez vos papiers du couvent de Saint-Jacques un manuscrit de Thomas en sûreté. Si /e puis vous rendre quelque service en cela, Bradwardin. qui fut archevêque de Cantorbêry (t 1349). soyez persuadé que je /erai de mon mieux. · Un certain nombre d’auteurs dominicains l’avalent Il serait du plus grand Intérêt de savoir comment donné comme un des leurs, â tort d’ailleurs, comme Goudin accueillit les conseils de Richard Simon. Ce qui devait le montrer Erhard dans scs Scriptores quelques est certain, c'est que l'auteur lui-même ne put de son annre% iprès, L î. p. 744. Richard Simon le savait aussi vivant s'occuper soit de l’examen, soit de la publication de son ouvrage. I-a lettre de Richard Simon est du cou­ et l’avut fait remarquer au P. Goudln. Cet auteur rant de 1 ««S; cette même année, lorsque le P.Goudin sc avait écrit un traité contre les pélaglens, Intitulé : I 1513 GOUDIN vit frappé â mort, il laissa son travail entre les mains du P. Maisonneuve, religieux du même ordre ct son ami. Celui-ci, désirant le publier, demanda l'autorisation du général de l'ordre, qui la lui refusa, à moins qu’il ne fût très exactement revu ct corrigé en conformité avec le bon thomisme ct d'api es le livre du P. Massouillê. Nous n’avons pu jusqu ici retrouver les documents ayant rait aux pourparlers qui durent s’échanger entre Paris et Rome à ce sujet. Il nous parait pourtant fort plausible de penser que le manuscrit du P. Goudin ou une copie ait été envoyée â Rome, conformément aux décisions prises pour l'examen de tout ouvrage sur les matières de la grâce. D’ailleurs, le P. Massouillé se trouvant lui-même à Rome — il y mourut en 1706 — il pourrait plus facilement Indiquer ce qu'il pouvait y avoir à changer ou à reprendre dans l'ouvrage en question. Quoi qu'il en soit, ce n'est qu'en 1723 que l’on songea à faire paraître ce travail. Parmi les exami­ nateurs députés par le général de l’ordre, Augustin Pipia, qui avait succédé au P. Cloche, nous remarquons un Allemand, le P. Adolphe Schleipcn. Ce n’est qu’un indice de plus de ce que nous avancions tout à l'heure, à savoir que l'ouvrage fut examiné à Rome. Nous savons, en eflet, que le P. Schleipcn avait été appelé à Rome, en 1722, comme théologien de la Casanatc. Voir Coulon, Le mouvement thomiste au xvni· siècle, dans la Revue thomiste, juillet-août 1911. C'est sans doute en cette qualité de membre du collège des doc­ teurs de lu Casanatc qu’il eut à juger l'ouvrage du P. Goudln, avec un autre dominicain allemand, le P. Tholen. il est probable d'ailleurs qu’il ne restait guère de corrections â faire et que le P. MassoulUé avait longuement examiné des écrits qui l’intéres­ saient plus particulièrement à raison de leur auteur ct des matières traitées. On avait cru bon d’attendre quelque temps, avant de faire paraître un ouvrage qui ravivait des polémiques regrettables. Bien qu’en 1723, la sévérité fût moindre en France à l’endroit du thomisme, ce ne fut pourtant pas à Paris, mais à Cologne, que les manuscrits de Goudln furent édités. La théologie posthume parut sous ce titre : Tractatus th:ologici posthumi juxta inconcussa tutissimaque dog­ mata divi Thomas Aquinatis doctoris angelici. De scientia et voluntate Dei, de providentia, praedestinatione et reprobatione atque de gratia in duas partes divisi, 2 ln-8°, Cologne, 1723. L’ouvrage paraissait avec toutes les approbations des docteurs de l’ordre ct était dédié au général, Augustin Pipla. Une 2· édition de la théologie de Goudin n été donnée de nos jours :Tractalus theologici juxta inconcussa tutissimaque dogmata divi Thomœ Aquinatis doctoris angelici. Nova editio emen­ data cura et studio P. F. A. AL Dummermuth O. P., 2 in-8°, Louvain, 1871. Dans cette édition, on a sup­ primé, à tort, la dédicace à Pipla ainsi que la préface du premier éditeur. Naturellement, jamais on n’avait essayé d'élever le moindre doute sur la parfaite authen­ ticité des traités de Goudln. La question très nette que nous pouvons nous poser et qui intéresse l’histoire de la théologie, est celle-ci : Les traités de théologie de Goudin que nous possédons aujourd’hui représent ont-ils absolument la pensée théologique de l'auteur ou ont-ils été corrigés ? Nul jusqu’ici n’en avait douté. Tout d’abord, nous devons remarquer que même eût-on fait des corrections no­ toires, ceux qui les avalent ordonnées n’avaient nulle­ ment outrepassé leurs droits. Vivant, Goudln n’aurait pas davantage échappé â la censure de ses ouvrages, ct certes il aurait grandement répugné â prendre le moyen suggéré par Richard Simon pour échapper à une révi­ sion de scs écrits; l'auteur mort, ses écrits pouvaient également paraître avec les corrections jugées bonnes. D’aîfieiirs. dans toutes les patentes délivrées par les supérieurs de '’ordre des prêcheurs auquel appartenait 1514 le P. Goudin, on avait soln de spécifier que 1’ouvragc, dont on sollicitait ['imprimatur, ne pourrait paraître qu'une fois toutes les corrections faites par des ré­ viseurs impartiaux. Rien de plus juste, car chaque ouvrage en une certaine manière pouvait engager l'ordre dont il émanait. Nous avons d'ailleurs la cer­ titude qu'Echard était au courant des difficultés que pouvait offrir la publication de la théologie du P. Gou­ din, Il avait même été pressent! sur ce point par son correspondant, Josse Le Clerc, dans une lettre datée du 21 août 1721 ct à laquelle nous avons déjà fait allusion. Nous voyons, d’une part, par la réponse dis­ crète que fait Echard, le ltr septembre, que c'est là un sujet délicat · Je crois avoir marqué dit-ll parlant de Goudin, tous ses ouvrages théologiques en gros (voir Scriptores, t. n, p. 740), disant qu’il avait composé une théologie, qu’il aurait Imprimée, s’il n'eût pas été prévenu de la mort telate florente, car apparemment ce monitum dont vous me faites l’honneur de me parler est un extrait de ses sentiments sur ces matières, aussi bien que ce que dit M. Simon dans ses lettres est une partie de sa théologie, savoir son traité de la grâce, et un bibliothécaire ne peut pas faire mention de ces minu­ ties. On n'a pas pu juger à propos de faire imprimer cette théologie du P. Goudin pour de bonnes raisons, b Ainsi donc Echard connaissait parfaitement la lettre de Richard Simon à Goudin et par conséquent les tendances que ce critique lui prêtait. Mais chose remar­ quable, alors qu'Echard, dans la même lettre, prend soin de défendre la mémoire de Nicolai contre l’accusa­ tion d’avoir versé tout à fait dans le molinisme, il se garde de rien dire de semblable touchant Goudin. Π eût été fort désirable pourtant que cct auteur nous ait donné son appréciation, il écrivait avant la publication de la théologie, qui ne parut que deux ans plus tard. Pensait-il que les remarques de Richard Simon répon­ daient vraiment à l’état d’esprit de Goudln? Sa réserve à l’égard d’un auteur mort depuis bien des années nous le laisserait presque soupçonner. Mais en réalité quelle attitude Goudin prenait-il dans les questions signalées par Richard Simon ? Celui-ci Γaffirme nette­ ment : · Je vous loue d’avoir bien voulu adoucir quel­ ques sentiments durs de vos thomistes sur la prédestina­ tion et la grâce efficace. Ils prétendent gue cette grâce tire son efficace de la seule toute-puissance de Dieu : ce qui me parait fort dur. Et, en eflet, dans les écrits que vous ni avez communiqués, nous tires cette efficace de plu­ sieurs autres moyens dont Dieu, qui par sa science infinie connaît tout ce qui se passe dans le cœur de l’homme, se sert, sans que vous favorisiez pour cela les sentiments de Suarez ou de Molina. > D'autre part, nous avons appris tout Λ l’heure d’Echard qu'il avait paru un monitum, qui était un extrait des sentiments de Goudin sur ces matières de la grâce. Il s'agit bien ici, semble-t-il, d’opinions au moins différentes des opinions reçues. Or, si nous ouvrons la théologie de Goudln au traité de la grâce et précisément au passage visé par Richard Simon, nous n’y trouvons rien que de très conforme avec la doctrine reçue dans l’école tho­ miste. C'est également de la toute-puissance do Dieu que Goudln fait dériver l'efficacité de la grâce ct nous ne voyons nullement qu’il la fasse dériver d'autres moyens, ainsi que l’en félicitait Richard Simon luimême. Nous ne pouvons que citer les paroles même de notre auteur. Tractatus de gratia, Louvain, 1874, p. 294 : Tertia sententia statuit infallibilem gratin effi­ caciam oriri ex omnipotentia divina, et supremo dominio quod Deus habet supra corda hominum, sicut supra omnia qua? in cieto ct sub cirln sunt, uti eam expressere Patres nostri, in congregationibus De auxiliis. Unde non est infallibilitas prirscientin ut vult secunda sententia, sed causal itatis. Non enim in/atlibilitas operationis t- fundatur in praescientia nostri consensus, sed 1515 GOUDIN - GOUJET 151G e contra in/atlibilis certitudo pnrscientiæ /undatur m dans l’école thomiste, qu’il les ait exposées dans sa tn/aUibilitate dtoinx virtutis d causalitutis. Hanc sen­ théologie; à l’examen, après sa mort, ces opinions tentiam totus pntdtcatorum ordo ut germanum S. Au­ auront été corrigées et éliminées avec soin de scs manu­ gustini d S. Ttenue semper amplexus est, ct pro oa ut scrits et c’est ainsi que scs traités de théologie ont pu pro aris d /ocis contra oppositam semper pugnavit, ut paraître. Tels quels, iis sont du thomisme le plus ortho­ merito trans/uga d proditor dominicamv doctrine dica­ doxe ct ne pourraient en aucune façon al tirer â l’au­ tur, quisquis eam deserit. Eamdem esse catholicam do­ teur la lettre qui a donné lieu â l’examen que nous ctrinam ab apostolo traditam et ab Ecclesia deinceps con­ venons «le faire. Nous pourrions peut-être avancer que tra pelagianum errorem de/ensam omnino censemus; et Goudin corrigea lui-même le texte de sa théologie et ttcet oppositum nulla hicreseos nota inuramus, ne sedis que c’est vraiment su pensée intacte qui se trouve apodoliar nondum propalatum contra eam judicium encore exprimée dans ses traités. A cela il y a bien antevertamus, nullatenus tamen cum doctrina gratia· quelques objections sérieuses, les voici : la lettre de uti a S. Augustino, d a pontificibus, ct a conciliis contra Richard Simon est de l’année même de la mort de pelagianos explicata est, posse coturrcrc, arbitramur. Goudin et tout nous porte a croire quelle est de l’été Assurément, par une déclaration si nette d’orthodoxie de 1695; or nous nous rappelons que Goudin mourut thomiste, nous ne voyons pas en quoi Goudin aurait le 25 octobre de la même année. De plus, la façon dont apporté un adoucissement a ia doctrine communé­ parle Echard montre assez que sa théologie n’offrait ment reçue dans l’école. Il est ici aussi ferme que n'im­ point toute garantie au point de vue thomiste. L’ex porte quel champion des congrégations De auxiliis. plication des corrections posthumes nous parait plus Il n’y a pas trace dans le traité de la grâce de Goudin, fondée. Ramenés ainsi dans les limites du plus pur tel que nous pouvons le lire, je ne dis pas d’une autre thomisme, les traités théologiques de Goudin méri­ explication de Γefficacité de la grâce divine en dehors taient assurément les louanges qu’on lui décernait dans de la toute-puissance de Dieu, ce qui serait assuré­ les différentes approbations, mises en tête de l'édition ment très grave de la part d’un thomiste, mais même de 1723. Parmi les raisons qu’il donne, dans son épilre une allusion â d’autres moyens qu’aurait Dieu, en plus dédicatolrc, d’avoir placé cet ouvrage sous le patronage de sa toute-puissance, d’assurer en nous l'efficacité du général de l’ordre lui-même, l'éditeur signale celle de sa grâce, Avouons-le sincèrement, le traité de la d’avoir voulu protéger la mémoire de Goudin contre grâce lu par Richard Simon ne parait point être abso­ ses détracteurs, contre les minus irqufis rerum a*stima­ lument celui que nous avons sous les yeux. Bien loin iores. qui injurie carpunt quod non capiunt... De même, d’ailleurs d’obtempérer Λ l’invitation de son ami d’atté­ dans Vapprobalio tertia, datée de Cologne, 23 mars nuer la rigueur de sa théorie de la prémotion ou pré­ 1723, les docteurs faisaient de l’œuvre de Goudin cette destination physique, Goudin l’alllrme â chaque page apologie, dont le sens désormais nous est connu : ct la donne comme le principe même de l’cfllcacité de ... mine jure meritissimo in lucem prodeunt tractutus la grâce. En effet, p. 306. après avoir énuméré les diffé­ de scientia et voluntate Dei, de absconditis mysterii·' rentes explications de l’efficacité de la grâce et en pnrdestinationis, reprobationis et grati*, ab hoc viro per avoir fait ressortir l’insuffisance, il en vient â l'explica­ omnia eximio compositi, ex quorum studiosa lectione tion thomiste : Quintus modus grati* efficaciam in pro­ nobiscum, etiam invitus, agnosces cl /uteberis super eum motione physica potissimum reponit. Hunc communiter vere requievisse spiritum sancti Thorn* Aquinatis do­ tenet schola thomistica... Atque rx ea notione physica· ctoris angelici, a quo ne vel ad apicem recessit, sed quot promotionis {quam etiam in ordine supemuturali locum ponit conclusiones, tot re/crl probatque dogmata angi lira, indubitatum esse debet, vel saltem hic supponimus ex tot statuit fidri catholic* propugnacula, tot opponit alibi dictis), jam facile intelltgitur, eam non immerito htrresi clypeos thomisticos, etc. adhiberi ad explicandam divin* grati* efficaciam... Ainsi se trouve, pensons-nous, soulevé ct élucidé un Ainsi donc des deux points signalés par Richard Simon, point d'histoire qui n’est pas sans intérêt. Seule la dé­ sur lesquels Goudin aurait adouci la doctrine commu­ couverte des manuscrits originaux des traités de Goudin nément reçue chez les thomistes, nul ne parait établi, ou quelque relation faite â Rome sur cet ouvrage pour­ d’après le texte que nous possédons. Inutile de dire rait nous donner pleine satisfaction. que les autres remarques de la lettre ne se trouvent non Echard, Scriptores ord. print., Paris. 1719-1721. t. n, plus vérifiées dans l’ouvrage de Goudin. Ainsi, Richard p. 710; lettres choisies de M. Simon, Amsterdam. 1730, t. iv, p. 228-236; L. Bertrand, Vie, écrits et correspondance litté­ Simon félicitait Goudin d'avoir bien voulu adoucir raire de iMurenl Josse Clerc. Paris, 1878. p. 87 (il ne cite quelques sentiments durs des thomistes sur la prédestina­ qu’tint· phrase relative Λ Goudin extraite de In lettre tion... Ici encore les propositions établies par Goudin, d’Echard; texte complet d’après Bibliothèque nationale, telles du moins qu’elles nous ont été transmises, fonds français fBouhler), n. 2441t. p. 20); Necrotoge de Saintn’offrent aucun « adoucissement · de la théorie tho­ Jacques de Paris, ms. (Arch. gén. de l'ordre), p» 324 ; Rcg. des miste visée par Richard Simon. En effet, Goudin y maîtres généraux de l’ordre (ibid.); Hurtcr. Nomenctulor, soutient nettement les deux propositions suivantes : Inupruck, 1910, t. iv, col. 320; citant [)rr Kathatik, 1857, 1· Praedestinatio sumpta pro irtcrno Dei proposito, quo t. n, p. 426, ct Schccbcn, I. VI, n. 18. ahquos prit aliis elegit ad gloriam certissime, perducen­ P.. COULON. dos non est rx aliquibus meritis aut alio motion ex parte GOUJET cinudo-Piorre, érudit, né à Paris, le erratur* prxviso, sed ex gratuita Dei misericordia,·illos 19 octobre 1697, mort dans cette même ville le prit aliis specialius dilectos eligentis. Tractatus theol., t·' février 1767. il fit ses premières éludes chez les t. i, p 303. 2® Gloria et gratia in decreto praedestina­ jésuites et au collège Mazarin. 11 entra ensuite chez les tionis ita disponuntur, ut Deus primo gratis quibusdam Pères de l'Oratolre,où il resta peu.ct obtint en septem­ pr* aliis gloriam efficaciter dandam voluerit; deinde vero bre 1720 un canonical à Sninl-Jacqucs-ΓHôpital. ex illa intentione ipsis media ad gloriam certo perducentia Très attaché aux doctrines jansénistes, il se montre en pr*paraverit . unde prédestinai io etiam ad gloriam toutes circonstances l’adversaire des jésuites. Membre de plusieurs académies de province, l'abbé Goujct a fuit. Ibid., p 315. beaucoup écrit et sur des sujets bien divers. Parmi Que conclure u* le même titre et dont l’auteur ternit fablM1 Hulhé. Il ijoute que Turgot collabora à l’œuvre de Goutter. — 1.0 tnivnux parlementaires de Gouttes sont reproduit* nu dant Le Moniteur et dans 1rs Archit** un le* trouvera en consultant les table* de ECCLÉSIASTIQUE 1532 ers deux recueils. — Les mandrin· nts de Gouttes wnt énuméré* et appréciés daim le livre «le M. de Charmaw, O.-L. Gouttes, étéque constitutionnel de Saône~et-boire, Au­ tan, 1898, qui n dépouillé et utilisé avec beaucoup de soin tout ce qui avait paru Λ Autun et toutes le» pléctf contenues aux archives de MAcon et d'Autun sur cc per­ sonnage. Pour le procès de Gouttes, voir Archives national»-’, IV, J40·62J, et Dullctin du tribunal révolutionnaire, n. 9; Plsani, Repertoire de l'épiscopat constitutionnel, Paris, 1907, р. 317-320; Bllurd, Jurtnrs et insermentés, Paris, 1910; Nouvelles ecclésiastiques, 1791, p. 127. P. PlSANL GOUVERNEMENT ECCLÉSIASTIQUE__ l.Proposition. II. Erreurs. III. Doctrine catholique. I. Proposition. — 1° Comme nous l’établirons dans cet article, le divin fondateur de l’Églisc n'a pas voulu qu elle fût une république, ni une oligarchie ou aris­ tocratie; mais il lui a donné un gouvernement essen­ tiellement monarchique. Les théologiens s'attachent donc â démontrer la sagesse de ce choix, car il est hors de doute que le Fils de Dieu a pu et a voulu gouverner son Église, par celui des moyens qui est le meilleur et le plus fructueux. La concentration du pouvoir suprême dans les mains d’un seul, disent-ils, est une garantie d'ordre, d’unité, et, par suite, de force et de stabilité. La pluralité des chefs, au contraire, ne peut engendrer que le désordre, la confusion, la division, la faiblesse et l'instabilité. La chose est si évidente qu’elle fut admise par toute l’an­ tiquité, aussi bien chez les Grecs et les Latins que chez les Hébreux. Les philosophes, les orateurs, les histo­ riens et les poètes même n'ont qu'une voix pour le pro­ clamer. On connaît le vers célèbre d’Homère, formulant cet aphorisme : ojx αγαθόν πολυκοψανιη : tt; χοίρανο; c·; βασώιύς, 1. VII, c. n. Cf. Platon, Polit.; Aristote, Ethic., I. VIII, c. x; Polit., 1. III; Sénèque, De beneficiis. 1. II; Plutarque, De monarchia; Isocrate, Ni· codés; Stobéc, Plorilegium. 15. Dans ce chapitre, cet écrivain cite à l’appui de son sentiment de nombreux passages d’auteurs anciens, entre autres, d’Hésiode, d’Euripide, etc., qui tous concourent ù confirmer la vérité de la thèse qu’il a entrepris de défendre, et qu’il résume dans le titre, dont il fait comme un axiome : δτι χάλλιστον η μοναρχία. Tel fut aussi l'enseignement de l’antiquité chrétienne 11 nous suffira de citer parmi les Pères grecs : saint Justin, Cohortatio ad Gnecos : la monarchie, dit-il, est une ga­ rantie plus grande contre la discorde et les divisions. P. G.. t. vi, col. 241; saint Athanase, Contra gentes, с. xxxviii : De même que la multitude des dieux con­ duit à l’athéisme, ainsi la multitude des princes conduit à l’anarchie, et quand, dès lors, il n’y a plus de chcf.sc produisent la confusion, les perturbationset la ruine de la société. P. G., t. xxv, col. 75. Les Pères latins parlent de mémo. Saint Cyprion, De idolorum vanitate, c. vin. démontre, par l’unité de Dieu gouvernant le monde, que la monarchie est le meilleur et le plus naturel des gouvernements : Ad divinum im­ perium etiam de terris mutuemur exemplum. Quomodo unguam regni societas, aut cum fide coepit, aut sine cruore desiit ? P. L., t. iv, coi. 576. Saint Jérôme, Epist. ad Rusticum monachum, c. xv : Unus imperator ; judex unus. Roma, ut cnndlla est, simul habere duos jratres reges non patuit. P, L., t. xxn, coi. 1080. Aux Pères font écho les théologiens Cf. S. Thomas, Contra gentes, 1. IV, c. lxxvi, n. 3-1; Sum. theol., I· II*, q. cm, a. 3;Suarcz, De legibus, 1. Ill, c. iv, n. 1, Opera omnia, 28 in-4®, Paris, 1856-1878, t. v, p. 184; Bellarmin, Controv. generalis. De summo pontifice, 1. I, c. i. Opera omnia. 8 ln-t°, Naples, 1872, t. i, p. 311; Mazzclla. De religione et Ecclesia, disp. HI. a. 8, §2, in-8®, Home. 1885, p. 138; Billot, De Ecclesia Christi, part. IL r. m, q. xm, § 1, in-8®. Home, 1903, p. 528 sq. - 1533 GOUVERNEMENT ECCLÉSIASTIQUE 1534 Les mêmes auteurs font remarquer avec raison que si torité ne paraîtrait nullement nécessaire, ni même con­ l'oligarchie est déjà une cause de mine, puisque la plu­ venable, cl la monarchie retiendrait, alors, en pratique ralité des chefs engendre la division, et que, selon le toute sa perfection intrinsèque et ses avantages, tels mot du Sauveur, omne regnum in scipsum divisum deso­ qu’elle les a en théorie. labitur, Luc, xi, 17; Matlh., xn, 25; la démocratie, qui 3· On divise la monarchie en absolue et non absolue. plus encore multiplie le nombre des chefs, divise la Quoique cette dernière semble, au premier abord. s dc Constantinople, en 381. Non seulement ils s'effor­ cèrent de placer au-dessus dc toutes les Églises d'Oricnl celle dc Constantinople qui, auparavant, n'était pas même patriarcale, étant un simple suffragant de l’exarque d lléraclée, en Thrace; mais Ils affirmèrent qu’elle est l egale dc Borne, ct n'est inférieure à celle-ci que par l’ancienneté. Quant aux privilèges, elle les possède à un titre égal, par la raison qu'elle est la seconde Home, in το that αυτήν viav Ρώμην, motion ct motif qu’ils insérèrent frauduleusement dans le troisième canon de cc concile. Cf. Mansl, Concit., t. ni, col. 578. On volt sans peine toute la portée dc cc simple membre (te phrase. C’était proclamer que l’Église dc l'ancienne Borne jouit de son privilège d’être la mère et maltresse des Églises dc l’univers entier, non dc par la volonté de Dieu manifestée par l'apôtre saint Pierre qui voulut y établir son siège, mais par une raison d’ordre purement politique, presque par simple hasard : la majesté dc la ville elle-même, siège dc la résidence impériale, du sénat ct des grandes institutions de 1 empire. Donc, comme cela était possible ct comme les grecs en voyaient déjà le prélude dans les événe­ ments d'alors, si les révolutions humaines enlevaient un jour A l'andennc Borne sa prééminence politique, et la faisaient descendre, sous ce rapport, au-dessous de Constantinople qui marchait ostensiblement vers un accroissement dc splendeur, tandis que Borne dé­ clinait visiblement, ΓÉglise dc l’ancienne Borne suivrait cette marche descendante par rapport à celle dc Cons> .iatlnople.lt Borne nouvelle, qui s'élèverait d’autant La monarchie ecclésiastique avait donc, A cc moment ECCLÉSIASTIQUE 1536 deux têtes : l’une dan* l’ancienne Home, ct l’autre dum la Home nouvelle. A l’avenir, si elle n'en avait qu'une seule, ce serait évidemment celle de Constantinople, appelée A supplanter complètement sa rivale. On sera moins surpris dc cette ambition exorbitante, si l’on se rappelle que les grecs avalent une tendance très prononcée A classer les évêchés d’après l’impur tance politique des villes qui en étaient le siège, el a calquer la division des provinces ecclésiastiques sur les divisions des provinces civiles. Ils en avaient fait déjà comme une règle, quarante ans auparavant, par le 9· canon du concile d’Antioche, en 341. Cf. Mansi, L H, col. 1039. Nous les verrons, plus lard, Insister encore surcc point, et persister A ne pas vouloir s’écarter dc ce principe, dans les 12* cl 17· canons du IV· concile œcuménique dc Chalcédolnc. Cf. Mansi, t. vn, col. 362; Maassen, Der Primat des Bischofs von Rom und die allen Patharcalkirchen, ln-8°, Bonn, 1853, p. 3. L'authenticité dc cc 3· canon du II· concile général dc Constantinople a été niée par Baronius, Annal, eccles., a. 381, n. 35, 36, 12 in-fol., Borne, 1593 1607. t. iv, p. 342sq.; mais il figure dans les anciennes collec­ tions dc Socrate, H. E., I. V, c. vm, P. G., t. lxvii, col. 576, ct de Sozomêne, H. E., I. VII, c. ix, ibid., col. 1 136. Au sens littéral, cc 3· canon n'accorde, cependant, A l'évêque de Constantinople qu’une prééminence d'hon­ neur, πρίσβυιία τής π^ής; mats les grecs l’entendirent autrement ct y virent une primauté égale, sous tous rapports, A celle du pape. Cf. Mansi, t. vi, col. 607. Les légats du pape saint Léon le Grand, au concile œcumé­ nique de Chalcédolnc, en 451, le désavouèrent dans la session xvi·, Mansl t. vu, col. 442; Hardouin, Colle­ ctio conciliorum, t. n, col. 635 sq., ct le pape le dénonça comme le fait d'un petit nombre d'évêques, quorumdam episcoporum conscriptio, fait qu’on n’avait jamais porté officiellement A la connaissance du Siège aposto­ lique. ni soumis à son approbation, comme cela était nécessaire. Epis!., evi, n. 2-5, P. L.. t. i.iv, col. 997 sq., 1003, 1005, 1007; Mansl, t. vi, col. 204. Cf. S. Grégoire le Grand. Epfef., l.VII, epist. xxxiv, P. L.,t.i.xxvn,col. 892 sq. Néanmoins, cc 3· canon fut, dans la suite, inséré dans le Décret dc Graticn, part. I, dist. XXII, c. 3, mais avec ccttc rectification des censeurs romains : Canon hic ex lis est quos apostolica romana Sedes a prin­ cipio et longo post tempore non recepit... idque tandem, pacis ac tranquillitatis causa fuit illis concessus, en bien spécifiant, toutefois, qu’il ne s'agissait que d'une primauté d’honneur. Cf. Mansl, t. xvi, col. 174; t. xxn, col. 991; Hardouin, t. vu, col. 24 sq.; Denzingcr, En­ chiridion, n. 362. Ces tendances schismatiques des grecs et leur habi­ tude de s'appuyer sur le bras séculier leur étaient trop naturelles ct trop profondément enracinées dam l’esprit pour que les désaveux venus dc Home pussent les en détourner. Ils persévérèrent dans ces errements, après le concile de Constantinople, mais en les accen­ tuant de plus en plus. Cf. Socrate, H. E., I. VII, c. xxvhi, xLViii, P. G., t. lxvii, col. 801, 840; Théo­ dore!, H. E., I. V, c. xxvH, P. G., t. i.xxxvi, col. 1256; Tillemont, Mémoires pour servir ά Γhistoire ecclésias­ tique des six premiers siècles, 16 ln-4°, Paris, 1693-1712, L xv, p. 700 sq. Au IV· concile œcuménique de Chalcédolnc, en 451, les grecs, vers la fin, profitèrent de l’absence des légats du Saint-Siège, pour définir, sous l'influence de la cour dc Byzance, dans la xv* session, can. 28, que l’évê­ que de Constantinople, quoique le second par rang d’ancienneté après le pape dc ΓÉglise universelle, a cependant les mêmes privilèges que lui. Ils revenaient ainsi sur le 3* canon du concile précédent, mais en le précisant davantage. Cf. Mansl, t. vu, col. 246, 143 sq., I 452 sq.; Hardouin, Collectio conciliorum, L n, col. 626, 1537 1538 GOUVERNEMENT ECCLÉSIASTIQUE 638,642. Ils ne craignirent pas d’y affirmer hautement cette énormité, qu’ils n'avalent ose qu’insinuer au con­ cile de Constantinople, â savoir : que les Pères ont accordé au siège de l'ancienne Rome les privilèges de la primauté, parce que cette ville était la ville impé­ riale : K ai γαρ τ<·> G ράνω τής πρ<σ6υτίρας 'i'ωμής, δια τό Ιιτλιόπν ττ,ν πόλιζ ιχ ,νήν, οί πατίρις αίχοοιόωχασι .χ πριοβιία. Il était donc logique que, pour le même motif, la nouvelle Home, honorée par la résidence de l'empereur, du sénat et des grands dignitaires de l'em­ pire, ct jouissant des memes privilèges politiques que l'ancienne ville impériale, reçût les mêmes avantages dans l’ordre ecclésiastique. Ainsi cc n’est pas à saint Pierre qu'ils attribuaient d'avoir placé le siège du sou­ verain punitticat dans la ville de Home, mais aux Pères. Lesquels ? ils ne le disaient pas. Or, ou bien ces Pères étaient considères en cela comme les témoins de la tradition apostolique et divine et, alors, on ne pou­ vait étendre à Constantinople les privilèges spirituels qu’ils reconnaissaient à l’ancienne Home; ou bien, ils avaient agi par eux-mêmes, dc leur propre autorité, par un consentement commun; mais alors, avant qu’ils eussent attribué à Home les privilèges dc la primauté, elle ne les aurait pas eus. Où donc, avant cette con­ cession des Pères, résidait le chef dc Γ Église. d'après les grecs ? Était-elle acéphale 7 Fut-elle une république avant dc devenir une monarchie ? Et si les Pères, dont il est ici question, furent les apôtres eux-mêmes, 11 est impossible de s’appuyer sur leur autorité pour formuler quelque chose dc semblable à l’égard dc Constantinople dont l’Églisc n’est pas dc fondation apostolique, vérité historique tellement certaine à l’époque du concile de Chalcédoinc, que les grecs pour soutenir leur prétention n’osèrent pas invoquer le fait de la présence d’un apô­ tre à Byzance, au 1er siècle dc l’èrc chrétienne, mais seulement celui dc la présence de l'empereur, depuis Constantin, c’cst-à-dire trois siècles plus tard. Affirmer aussi catégoriquement que Rome est redevable de sa situation ecclésiastique à son caractère dc capitale de l'empire, c’est se mettre en contradiction avec la vérité historique. On ne trouve, dans les écrits des apôtres, rien qui justifie cette manière dc voir. La tradition aussi est muette sur cc point, ctlc lrr concile géné­ ral, celui dc Niccc, en 325, n’a pas donné les préroga­ tives de la primauté au siège dc Home, mais déclare» dans son 6" canon, qu’il a trouvé déjà établie, durant les siècles précédents, cette situation privilégiée dc la ville dc Rome Cf. Mansl, t. ir, col. 668, 687, 955, 1127; Hardouin, t. ï, col. 325, 463, 919; Maassen, Der Primat des Bischofs von Rom..., p. 71, 76 sq., 90-95, 140. Cc sentiment des grecs que le rang d*un évêque dans la hiérarchie sacréc devait être fixé, selon l'importance, au point dc vue civil, dc la ville où est son siège, fut réprouvé par le pape saint Léon le Grand, auquel il appartenait d’approuver les canons du concile de Chai· cédoinc. Dans sa lettre, il fit remarquer la profonde différence qui existe entre cc qui est du monde ct cc qui est dc Dieu : alia ratio est rerum saecularium, alia divinarum. Il rappelle nettement que cc qui assure à une ville un rang élevé dans la hiérarchie ecclésiastique n’est pas la présence d’un prince séculier, mais l’origine apostolique d’une Église, sa fondation par les apôtres, ct le rang dans lequel eux-mêmes ont voulu l’établir. Epist., ctv, n. 3, P. L., t. lïv, col. 995. Or, dit le même pape ù l’empereur Marcion, l’évêque do Constantinople ne peut pas faire que cette ville, résidence Impériale, soit de fondation apostolique : regiam civitatem apo· sto!icam non potest facere sedem. Epist., cv. Cf. Mansl. t. vi. coi. 187 sq.; Epist., evi, n. 2. P. t uv, coi. 1003. Il est certain que les apôtres avalent fondé des églises dc préférence dans les villes les plus considérables, afin qu’elles constituassent comme des centres, d’où le chris­ Dl< 1 DK THKOL. CATHOL- tianisme pourrait plus facilement rayonner. C’est ainsi qu’il arriva que, dc fait, les métropoles ecclésiastiques furent, d’ordinaire, établies dans les métropoles civiles ; mais il n’y avait là qu’une concomitance ct nullement une relation dc cause a effet Ces sièges épiscopaux furent donc des métropoles ecclésiastiques, non parce qu'ils se trouvaient dans des villes Importantes, mais parce que les apôtres, pour des raisons d'utilité» les avaient placés la. C’est ce que note avec soin saint Cyprien, dans une dc scs lettres rapportée par Mansi, L m, col. 40 : Borna est Ecclesia principalis, quia est cathedra Petri. I-e concile dc Sardique s’exprime de même ; Ad caput, id est ad sedem Petri, de singulis quibusque pro· vtneiis Domini referant sacerdotes. Hardouin. Collectio conciliorum, t. i, coi. 653 Saint Augustin, en divers endroits, rappelle la même vérité. Contra litteras Péti­ llant, c. Li, P. L.» L xliii, coL 300; Epis/., cuxii, n. 7, P. L., L xxxiii, col. 707. Le pape Pelage Ier, dans sa lettre Ad episcopos Tusciae, en 556, expose, à son tour, le même principe. Cf. Mansi, t. rx, col. 716. Cependant le 28· canon du IV· concile dc Chalcédoine, ainsi subrepticement voté, avait provoqué une dernière session, la xvi·. Mansi, t. vn, col. 423-454; Hardouin, t. n, coL 623-644. Les légats du Saint-Siège y protestèrent contre ce qui avait été tramé en leur absence. Néanmoins, sous la pression des commissaires impériaux, ce 28· canon qui portait si gravement atteinte aux droits inaliénables de la chaire de saint Pierre, fut maintenu par le servilisme des évêques grecs encore présents; plusieurs, en eifeL étaient déjà partis. Le pape saint Léon le Grand, par lequel on chercha à le faire confirmer, non seulement ne l’approuva pas, mais le rejeta formellement, ct le cassa, en vertu de l’autorité du prince des apôtres, comme il le dit dans sa lettre à l’empereur Marcien citée plus haut, dans celle à l’impératrice Pulchérie, dans celles a l’évêque dc Constantinople lui-même ct ά plusieurs autres évêques d’Oricnt. Cf. Mansl, t. vi, col. 195 sq., 198 sq., 207,226, 234 sq. L’absence des légats du pape ct le refus dc confir­ mation dc la part du souverain pontife furent la cause que cc 28· canon fut considéré comme non avenu, ct manque dans beaucoup de manuscrits des procèsverbaux des sessions du concile dc Chalcédoine, soit latins, soit même grecs, soit arabes. Ils ne renfer­ ment que les 27 premiers canons. Cf. Mansi» L vi, col. 1169; t. vu, col. 370, 380, 400; Hergenrother, Pho· tius Patriarch von Constantinople 3 Ratisbonnc, 1867-1869,1.1. p. 74 sq. Malgré cos protestations dc saint Léon 1c Grand, ainsi quo celles de plusieurs de ses successeurs, les papes Simplicius, Felix 111 et saint Gélase, les évêques dc Constantinople, soutenus par les empereurs, ne cessèrent d’exercer les prétendus droits que leur con­ férait ce 28· canon. Ils allèrent même plus loin dans leurs visées ambitieuses. Au temps du pape Pélage II ct dc son successeur saint Grégoire le Grand, à la fin du vi· siècle et au commencement du vu·, ils s’attri­ buèrent le titre de patriarche œcuménique, non dans un sens restreint, comme on le trouve parfois déjà dans les manuscrits antérieurs, mais en étendant la por­ tée dc cette expression, au point qu’elle signifiait pa­ triarche de ('Église universelle, dc même que les con­ ciles œcuméniques représentent la totalité des évêques du monde entier. Leur prétention effrénée força le pape saint Grégoire le Grand à écrire, à intervalles rapprochés, de nombreuses lettres sur cc sujet, soit à Jean, évêque dc Constantinople, soit à l'empereur Marcien, soit à l’impératrice Constance et aux autres métropolitains dc l’Oricnt Cf. P. L.t t. lxxviî, col. 758, 962. 995, 1047. etc. Pour réprimer cette ambition démesurée dc l’évêque i de Constantinople, saint Grégoire le Grand refusa co VI. - 49 1539 GOUVERNEMENT ECCLESIASTIQUE Utre pour lui-même, quoiqu'il y eût droit, et ne con­ sentit À porter que celui de serviteur des serviteurs de Dieu, titre qu'il légua à ses succsseurs sur la chaire de saint Pierre. Cf. Mansi, L ix, col. 1210, 1214, 1217; Hardouin, L vi, col. 932; Palmieri, De romano pontipce, part. II, c. r, a. 1, thés, xix, p. 446-453. Les évêques de Constantinople n’en continuèrent pas moins À garder le titre prétentieux de patriarche œcuménique. Puis, ils en vinrent Λ cet excès d’aberralion de considérer l’évêque de cette ville, non seule­ ment comme l’égal du pape, mais comme son supérieur, ou plutôt le seul pape, lorsque, Constantinople conti­ nuant à être la résidence impériale, l’ancienne Rome fut tombée aux mains des barbares, ou de ceux que les grecs persistèrent à appeler dédaigneusement de ce nom. Ils en voulaient à ce monde barbare qui, en s’arrachant A la domination des empereurs, reconnut, dés qu’il se fit catholique, la primauté des successeurs de saint Pierre. Les conséquences de cet état d’esprit furent une série de schismes temporaires, qui, en der­ nière analyse, aboutirent au schisme définitif, con­ sommé dans le milieu du xi· siècle. 2· Erreurs de ceux qui poudraient faire du gouverne­ ment ecclésiastique une monarchie tempérée d9aristocratie. — On voit ce sentiment paraître au grand jour, pour la première fols, à la fin du x· siècle, en quelques cas isolés, cependant, et qui n’eurent pas de suites immé­ diates. Ce furent, par exemple, en 991, les pages véhé­ mentes d’Arnould, évêque d’Orléans, contre ce qu’il ap­ pelait les prétentions pontificales. Cf. P. L., t. cxxxix, col. 287-3.38. Gerbert, le futur Sylvestre II, partagea aussi, quelque temps, ccs idées. Cf. P. L., t. cxxxix, col. 289. Mais, pendant les trois siècles subséquents, tous les auteurs, théologiens ou canonistes, reconnaissent encore, sans la moindre restriction, la forme pleine­ ment monarchique du gouvernement ecclésiastique. Au commencement dy xiv· siècle seulement reparut /opinion que cette monarchie doit être, en vertu même de son Institution, tempérée par l’aristocratie épisco­ I pale. Ccs doctrines erronées sont clairement et longue­ ment exposées dims le principal ouvrage de Guillaume Durand le Jeune, évêque de Mende, qu’il ne faut pas confondre avec son oncle paternel, Guillaume Durand l’Ancicn, qui le précéda sur le siège épiscopal de cette ville. Celui-d, mort en 1296, avait professé ouverte­ ment, comme les grands théologiens de son époque, entre autres saint Thomas et saint Bonaventure, la thèse catholique de la monarchie pontificale. Dans son célèbre Rationale divinorum officiorum, I. Il, De per­ sonis, c. i, η. 17, il avait dit : Sicut ostium cardine regitur, sic illius (papæ) auctoritate omnes Ecclesiæ reguntur... Papa, id est, pater patrum... caput est om­ nium pontificum, a quo illi lanquam a capilc membra descendunt, et de cujus plenitudine omnes accipiunt, quos vocat in partem sollicitudinis, non in plenitudinem potestatis. Son neveu écrivit, en 1307, comme prépara­ tion au condle oecuménique de Vienne le Tractatus de modo condiit generalis celebrandi, et corruptelis in Ecclesia reformandis. II ne se contente pas d’y dé­ peindre en couleurs extrêmement sombres les désor­ dres dont souffrait l’Église; mais il propose le remède A tant de maux. D’après lui, on n’en saurait trouver d autre que celui d’un remaniement profond du gou­ vernement ecclésiastique, par une forte limitation ap­ portée au pouvoir du pape, et une large extension accordée à celui des évêques, successeurs légitimes des apôtres, qu’il s’attache à montrer en tout égaux à saint Pierre : qui parem cum Petro honorem et potestatem occeperunt a Deo, part. Ill, tit xxxvn. Les évêques, dlt-ll. doivent être pratiquement, comme ils le sont de droilt divin, maîtres absolus dans leur diocèse. En outre, ils doivent participer effectivement au gouverne­ ment de I Église universelle, et, pour cela, se réunir 1540 tous les dix ans, en conciles généraux, souverains dans leurs attribuUons, et dont le pape sera chargé de faire observer les décrets. C’est bien là, ù n’en pas douter, le concept d’une monarchie tempérée d'aristocratie. Le pape n’a plus que le pouvoir exécutif. Le pouvoir législatif lui échappe, et, comme tous les autres chrétiens, il est soumis aux lois portées par l'épiscopat. Cette doctrine n’eut aucun succès au concile do Vienne, 1311-1312. Elle provoqua, au contraire, des protestations nombreuses et l’allinnatlon réitérée que le pape a pleine autorité sur l’Église entière, dispersée ou réunie, et qu’il a juridiction immédiate et ordinaire sur tous les chrétiens. Mais les choses se passèrent autrement, un siècle plus tard, au concile de Constance, réuni pour mettre fin au grand schisme d’Occident. En face de cette situation douloureuse et si profondément troublée de l’Église partagée en deux, puis trois obédiences; à la vue de trois pontifes se disputant la tiare, et s’excom­ muniant publiquement les uns les autres, les esprits s’étaient agités, et l'on sc demandait de toutes parts quel était le meilleur moyen de remédier à un mal si funeste, dont les conséquences étaient si déplorables. Dès 1381, Pierre d’Ailly, professeur de théologie à l’uni­ versité de Paris, avait proclamé, dans un discours so­ lennel prononcé devant une assemblée nombreuse, qu’il n’y en avait pas d’autre que la convocation d’un concile général. Mais le concile général ne pouvait atteindre ce but si désirable, qu’à la condition d'être supérieur au pape et de pouvoir lui Imposer son auto­ rité. L’orateur ne recula pas devant cette proposition. Il la développa longuement, l’étayant de toutes les preuves possibles, affirmant que le Christ ayant fait son Église immortelle avait dû lui donner la puissance de sortir d’un tel abîme. Donc, le concile général tenait sa juridiction immédiatement du Christ, et avait plein pouvoir pour légiférer et juger, tandis que le pape n'était que le ministre du concile et l’exécuteur de scs décrets. SI le pape venait à faillir dans la foi et à s’écarter de la voie droite, le concile, son supérieur, pouvait juger sa doctrine aussi bien que sa conduite, le condamner et même le déposer, si le coupable persé­ vérait dans scs errements, scandalisait l’Église et devenait un danger pour elle, au Heu de l’édifier, de la soutenir et d’étendre son action sur les âmes. Voir Ailly (Pierre d’), L i, col. 647 sq. Dans ces hardiesses de langage se reflètent les pen­ sées et les préoccupations d’un grand nombre des con­ temporains de l'orateur, et non des moins haut placés. Professeurs de théologie, docteurs des universités, pré­ lats, abbés mltrés, évêques et cardinaux mémo abon­ daient dans ce sens. Leur excuse est leur vif désir de sortir de la situation inextricable dans laquelle on se trouvait. Plusieurs même étalent plus radicaux encore dans leur manière de concevoir l’essence du gouvernement ecclésiastique, afin do découvrir dans sa constitution le pouvoir qu’il avait de se réformer lui-même. Un des plus illustres élèves do Pierre d’Ailly, et son successeur dans la chaire de théologie de l’univer­ sité de Paris, quand le maître eut été promu à l’épis­ copat, le pieux Gerson, comme nous le verrons plus bas, non seulement adopta ses principes sur le gouverne­ ment ecclésiastique, mais en poussa les conséquences extrêmement loin, au point d’admettre que, le concile pouvant faillir lui aussi dans la fol, comme le concédait Pierre d’Ailly, l’infaillibilité promise par le Christ à son Église ne reposait que sur la multitude des fidèles, dont les évêques n’étaient que les mandataires ou les délégués. Les principes de Pierre d’Ailly furent appliqués par le concile de Plse, qui, le 5 juin 1409, déposa les deux I papes, comme convaincus d’être schismatiques, héré- 1541 GOUVERNEMENT ECCLÉSIASTIQUE 1542 tiques. opiniâtres et incorrigibles. En conséquence, il de Pavie-Sienne, qui se tint de 1423 A 1424 et fut autorisa les cardinaux ù procéder a une nouvelle élccdissous prématurément, et comme a l’Improviste. lion pontificale. De ce conclave singulier sortit Mais, avant de se séparer, les membres de l’assemblée Alexandre V, mais comme le concile de Pisc était loin curent le temps d’indiquer un nouveau concile, qui, d’êlrc œcuménique, il ne fut pas reconnu par une suivant les prescriptions conciliaires de Cons lance, grande partie de la clin lienté, et, au lieu de deux papes, devait sc tenir en 1431. l^a ville de BAIe fut choisie A cet on en cul trois. Le remède était pire que le maL effet, et Martin V, quoique a regret, avait acquiescé A Nous ne raconterons pas ici comment et en vertu de cette sorte de sommation. Mans), t. xxvm,col. 1071 sq.; quel prétendu droit le concile de Constance, convoqué L xxix, col. 11 sq.; Hardouin, t. vm, col. 895, 1109, en 1111, en arriva à déposer deux papes, reçut la démis­ 1113. Il mourut au moment ou le concile allait t'ouvrir, sion du troisième, et, le 11 novembre 1417, applaudit 20 février 1131. Le jour même de cette ouverture, A l'élection de Martin V. Celte épreuve, une des plus 3 mars 1431, Eugène IV était élu; mais il avait dû. terribles que l’Eglise ait traversées, se terminait enfin avant l’élection, comme les autres cardinaux, pro­ par le retour du monde chrétien à l'unité; mais de mettre de se conformer en tout aux prescriptions du concile de Constance, cl de ne prendre aucune mesure sérieuses tentatives avaient été laites par les membres importante pour le bien de l’Église, non seulement de celle tumultueuse assemblée contre la divine con­ sans le conseil, mais aussi sans l approbation formelle stitution du gouvernement ecclésiastique. On y avait allimié, ù diverses reprises, la supériorité du concile sur du Sacré-Collège. C était toujours la papauté mi»e sous tutelle; une monarchie fortement tempérée d aris­ le pape, et on avait proclamé la nécessité de la convo­ cation périodique des conciles généraux, pour con­ tocratie, cl un état de choses en opposition avec la trôler, réglementer el diriger même l'administration divine constitution du gouvernement ecclésiastique, car le pouvoir suprême ne résidait plus dans le pape du diet de l’Église. Ces prescriptions lurent arrêtées mais était partage entre lui et le college des cardinaux. dans la xxxix· session, celle du 9 octobre 1417, un Le concile de Bâle renchérit encore sur ccs préten­ mois avant l’élection du pontife légitime, auquel on se tions cardinalices. Par ses exigence» et ses menaces, en proposait de les imposer. Suivant le décret Frequent, eflet, quoique le concile comptât encore peu d’evéques le premier de cette session, les conciles généraux présents, il manifesta une hostilité très marquée contre devaient être réunis périodiquement, avec cette clause, le pape, et allicha la prétention de gouventer l’Église. cependant, que le premier sc tiendrait cinq ans après Les choses en vinrent à tel point que, vers la fin de celui de Constance; le second, sept ans après le premier, l’année, le 18 décembre, Eugène IV, par une bulle, el ensuite régulièrement de dix en dix ans. Chaque prononça la dissolution du concile. Cf. Mansi, L xxix, concile, avant de clore ses travaux, fixerait le lieu et la col. 564. A cet acte du souverain pontife, le concile date des prochaines assises générales de l'épiscopat. répondit en renouvelant les décrets conciliaires de Mais si un schisme se produisait, le concile devrait, de Constance, affirmant expressément cl formellement plein droit, sc réunir dans l’année même, et aucun des qu'il ne pouvait être dissous par aucune puissance, prétendants à la papauté ne le présiderait, tous étant même papale, laquelle, au contraire, devait lui obéir, suspendus, ipso facto. sous peine d’être punie, même par la déposition; et que, Dans la xl· session, 30 octobre, le concile décréta si le pape ne voulait pas reformer l’Église, en son chef cl ordonna, au nom de l’Église universelle, que le lutur et en ses membre», le concile y pourvoirait de sa propre pape. A l’élection duquel on allait procéder, serait obligé, de concert avec le concile, ou les représentants I el souveraine autorité. C’était la révolte Les évêques qui prirent de si graves decisions n’claicnt pas nom­ de celui-ci, A travailler à la réforme de l’Église dans son breux encore, il est vrai; mais ils se sentaient soutenus chef cl dans ses membres, avant même la dissolution du par l’opinion publique, cl surtout par le personnel des concile, et d’après un programme élaboré par le con­ grandes universités d’Europe. Des livres furent écrits cile hii-mèmc. Ainsi le concile usait A l’avance de sa pour démontrer la prétendue supériorité du concile prétendue autorité sur le pape futur, et lui signifiait œcuménique sur le pape; cl ce qui n’avait clé imaginé iimpérieusement ses volontés, auxquelles l’élu devrait à Constance que comme un expédient pour terminer se conformer fidèlement. Si ces dispositions draco­ le grand schisme, devint I objet d’un enseignement niennes laissaient subsister, en principe, la monarchie doctrinal, propose comme vérité de foi catholique, pontificale, elles y apporteraient une notable restric­ sapant dans sa base l’institution même de la papauté, tion D’aucuns y verront même plus qu’un simple tem­ puisqu’il tendait à détruire, en fait, la primauté du pérament. et plutôt une véritable et gênante tutelle. souverain pontife, en lui enlevant Γ administration de C'était bel et bien, au sens juridique du mot, une dimi­ l’Église. Cf. Mansi, t. xxix. col. 90 sq., 409,564 ; Har­ nuée capitis. Mesures fort graves, ne tendant A rien douin, t. vm, col. 1183, 1465, 1578. Nous n'entrerons moins qu’A modifier, dans scs lignes essentielles, la pas dans le récit de ces douloureux débats qui abou­ constitution du gouvernement ecclésiastique, telle que tirent A un nouveau schisme, lequel heureusement ne l’avait établie le divin fondateur de ΓÉglise. Elles ne fut pas de longue durée. Voir Balk (Concile de), t. ri, furent, d’ailleurs, jamais approuvées ou confirmées col. 113 sq. Mais ccs mauvaise» doctrine» persistèrent, par le pape, ni par Martin V. ni par aucun de scs suc­ comme un virus dans le corps social. Elles engen­ cesseurs. Voir Constance (Concile de), l. m.col. 1200 sq. drèrent le gallicanisme, survécurent grâce A lui, s’éten­ Elles n’en curent pas moins des conséquences extrê­ dirent, et sc formulèrent plus tard, dans les quatre mement regrettables, cl qui exposèrent l'Église aux articles de la trop fameuse déclaration du clergé de plus redoutables dangers. On s’en aperçut bien dans le France, en 1682. Voir Gallicanisme. Cf Palmieri, De concile de BAIe que l’on prétendit imposer, en vertu romane pontifier, part. 11, c. i, a. 1, thés, xvi, p. 396 sq.; des décrets du concile de Constance, au pape Eugène IV, Mtuzclla, De religione et Ecclesia. disp. III, a. 8, § t, successeur de Martin V, et qui finit par dégénérer en n. 537, p. 428; Pcsch. De Ecclesia Christi, part II, conciliabule schismatique. LA se manifestèrent de plus sect. U, prop. 34, η. 373 sq.. Prtrlecliones théologien, en plus ces tendances, ou plutôt ccs intentions bien L 1, p. 233 sq.; Wilmers. De Ecclesia Christi, I. II, c. HI, arrêtées d’une partie de l’épiscopat de faire du concile η. 134, p. 239 sq.; Billot, De Ecclesia Christi. part. U. général un rouage permanent, ordinaire et nécessaire c. ni, q. xm, § 2, p. 532-535. Ces erreurs se firent jour du gouvernement ecclésiastique, et transformer ainsi l’Église en monarchic parlementaire. encore A ('époque du concile du Vatican. Cf Mgr Maret, Le concile général et ta paix religieuse, 2 ln-8% Paris, Ce mouvement d'opinion occasionna d’abord, cinq ans après le concile de Constance, la réunion de celui 1869; Le pape cl tes évêques, in-8°, Paris, 1869. 1543 GOUVERNEMENT ECCLÉSIASTIQUE 1344 3e Erreurs de ceux qui poudraient faire du gouverne­ p. 436; t. xii, p. 493 sq.; Coleman, The Church in ment ecclésiastique une simple aristocratie sans aucun America, in-8°, New York, 1895. chef suprême. — Tel est le sentiment i(fuj Joannes XXII I. et contra gesta in concilio basi letnsi adœrs us Eugenlum IV, ln-4· Venise, 1563; Mansi, t. xxx, fol 550-590; Captan. De auctoritate pap# et concilii, utraque Invicem comparata, In-fol., Rome, 1511; De divina ponti­ ficatui romani pontificis constitutione et auctoritate, in-fol., Cologne, 1521; Thomas Netter, Doctrinale antiquitatum plet catholic#, 3 In-fol. Parts. 1521-1532; Eck, De primatu Petri adversus laiderum (Latherum), in-fol., Ingolstadt, 1520; Paris, 1521; Alphonse de Castro, Adversus h#reses, I. XIII. In-tol., Ihirt», 1534; Faber, De potestate pap# alverlus Lu therum, In-fol., Rome, 1529; Quoti Petrus Roma· fuerit* et ibidem primus episcopatum gesserit, atque sub Nerone martyrium passus furrit, 1n-4% Dfllingcn. 1516, 1553; Μ. I-hb»r Cano, Dc locis theologicis. L VI, inM% Salamanque, 1363; Drtcdo, De locis theologicis, In-fol., Louvain, 1550; 1552 Dobenrk (Cochlirus), Philippica- adversus Philippum Mrlaiuhton, ln-4·, Leipzig, 1534; IIoslus, Dc loco ei aucto­ ritate romani pontificis in Ecclesia Christi et conciliis, in-fol, Cologne. 1567; Pighlus, Assertio hierarch la.* ecclesiastic*, ati Paulum IU. In-fol., Cologne, 1538* ouvrage dc limite valeur; Masson (Jacobus Latomus), Tractatus de primatu romani pontificis, dans la Bibliotheca maxima pontificia dc Roccabrrti, t. xm; Lindanus, De vera Christi Ecclaiu. In-fol., Cologne, 1572; Jean van den Bunderr, Compendium rerum theologicarum qua? hodie in controversi am agitantur, In-fol., Anvers, 1562; Reginaldus Polus (Pole, Poole), Pro ecclesiastic# unitatis defensione libri quatuor, in-fol.. Home, 1538; Pro primatu roman# Ecclesia?, in-fol., Strasbourg, 1555; De summo pontifice Christi in terris vicario ejusque officio ct potestate, ad regem Henricum Vili. In-fol., Louvain, 1569; lie/ormatio Anglic# an. 1666. in-fol., Rome. 1562; Nicolas IhirpsOeld, .Sex dialogi contra SS. pontificate oppugnatores, in quibus auctorum anglican# apologi* mendacia deteguntur, in-fol.. Anvers, 1566; P. dc Soto, Defensio assertionis catholic# fidei, c. lxxiv, in-fol., Anvers, 1557; Fr. Hornntius (Orantés), De locis catholicis pro roinana fide adversus Calvini institutiones. 1. VI, in-fol., Venise, 1561; Fr. Turrianus (Torrès). De sununi pontificis supra concilium auctoritate. in-fol., Florence, 1551; Cainpeggi* De auctoritate et potestate romani pontificis, In-fol., Venise, 1562, inséré par Roccabcrti. dans sa Hibliotheca maxima pontificia, t. xix, p. 568 sq.; Cantarini, De intestate pontificis. in-l·, Paris, 1571; Venise, 1589; Gr. dc Valcntki, Analysis fidei catholica, in-fol., Ingolstadt, 1585; Th. Stapleton, Principiorum fidei doctrinalium demonstratio methodica, In-foL, Paris, 1579; De magnitudine Ecclesia roman#, in-fol., Anvers, 1599; Brilannin, /// Controversia generalis. De summo pontifice, in-fol., Ingolstadt, 1536, Opera omnia, 8 ln~l·, Naples, 1872, t. i, p. 303-325; Suarez, Defensio fidei catholica adversus anglican# serta errores. Opera omnia, 23 ln-4% Lyon et Cologne, 1591-1655, t. xxm; 23 in-4\ Paris, 1856-1878, t. xxiv 2· Au X17/· siècle. — André du Val, Elenchus libelli de ecclesiiutica et politica potestate pro suprema romanorum /xjnttficum in Ecclesia auctoritate, in-8·, Paris, 1612, 1613; l'auteur s'y montre un des plus grands adversaires dc Richer et du richérlsme, dont il prévoit toutes les conséquences désastreuses; De suprema romani pontificis in Ecclesiam potestate, ίη-1·, Paris, 1614; 'l'ractatus dc SS. pontificis auctoritate, Ιη-4·, Évreux, 1022. sous le pseudonyme de Jean Lcjan; Eudémon, Admonitio ad lectores librorum Marci Antonii de Dominis, Ιη-8·, Cologne, 1619; Boudot, Pythagorica Marci Antonii de Dominis nova metempsy­ chosis, in-8·, Paris, 1621; Beaulieu (Théophraste Bouju), Défense pour la hiérarchie de ΓEglise et dc Notre Saint-Père le paj>e, ln-8·, Paris, 1613; Rnmon, Dc primatu S. Pctrt et SS. pontificum romanorum ejus successorum, in-l·. Toulouse, 1617; Martin Bécan. De republtca ecclesiastica libri quatuor, contra M. Antonium dc Dominis, in-8°. Mayence, 1618; Nardi, Assertio supremn- potestatis romani pontificis adversus Ant. de Dominis, ln-4°, Anvers, 1619; CoefTcteau. Pro sarni monarchia Ecclesia? catholic#, aposbdic# et roman# adversus rcmpublicam Marci Antonii de Dominis, libri quatuor apo­ logetici, 2 in-fol., Paris, 1623; Maucler, Dc monarchia divina, ecclesiastica, et seculart Christiana, In-fol.. Paris, 1622; Fénelon, Dc summi ponti ficis auctoritate dissertatio. Œuvres complètes, lü in-8·, Paris, 1853, 1851. t. n, p. 1-127; Pctau. De Photino lurrctico cjirque damnatione dissertatio, in-8·, Paris, 1636; De potestate consecrandi ct sacrificandi sacer­ dotibus a Deo concessa... diatriba adversus nonam apertionem anonumi cu/usdam (Grotii) qui Christian! sacrificii conse­ crandi o/jerendlque potestatem etiam laids attribuit, ln-8·, l*nris, 1639; Londres, 1685; Dissertationum ceclrsiasticarum libri duo. in-8·. Parts, 1641; Dc ecclesiastica hirrarchia libri quinque, in-8·, Parts, 1643; Sinnond. De Pkotino lueretlco ei usque damnatione in quinque synodis, in-8·, Parts, 1651; Concilia antiqua Galli# a secula IV ad Λ, 3 in-fol.. Parts, 162Q: Charlas, Tractatus de libertatibus Ec.clcsi# gallican#, Liège. 1631; 3 ίη-4·, Rome, 1720; De la puissance dc VEglise, ou réponse au traité historique de M. Maimbourg de réta­ blissement ct des prérogatives de P Eglise dc Home et de ses èvesqua, 1687; Primatus juridictianis romani pontificis assertio, seu responsio ad dissertationem EU. Dupin de primatu romani pontificis. In-I*, Cologne, 1700. 3· Au X\'lll· siècle. — Bumicus. i*otestcu jurisdictionis sacr# a supremo Eeriest# capite Chri do in Petrum ejusque successores rnmanos ponti fires, ab his tn episcopos lmme Correctiones in figurai F. Antonii de Rempclogis cremitani ; 7U Cata­ logus virorum ex familia prirdicatorum in libris insignium, Venise, 1605, essai de bibliothèque dornicaine qui trouvera son développement dans Alta­ mura, Fontana ct surtout Echard. Echard, Scriptores ordinis praedicatorum, Paris. 17191721, t. n, p. 414; Fontana. Sacrum theatrum dominicarium, Rome, 1666, p. 234 ct 299. ù tort il donne 1620 pour date dc sa mort; M. Cavalier!, Galleria de sommi ponlefici, etc., Bénévcnt, 1696, t. i. p. 551; mfmt erreur que Fontana, faite d’ailleurs par Echard lui-même; (.Uiublch, Dizlonarlo biograflco degli uomini illustri della Dalmazia, Vienne, 1856, p. 167 ; Gams, Scries episcoporum, p. 121 : Bullar. ordinis praedicatorum, Rome, 1733, t. v, p. 721-726. f!3.>'V-^ Covlon. GRACE. Nous étunt arrivés au christianisme; ils ont été sauvés par le choix divin, absolument gratuit, dû uniquement â la bienveillance de Dieu à leur égard : · Si c’est par grâce, dit saint Paul, ce n’est plus par les œuvres; autrement la grâce cesse d’étre une grâce. » Le don, en tant qu’il est gratuit, est une grâce. Tout don, fait par Dieu â ses créatures, est gratuit: mah il y a une gratuité spéciale qui est propre â cer­ tains bienfaits et n’affecte pas les autres, c’est celle des bienfaits surnaturels. Bien que le mot grâce désigne souvent, chez les Pères, les dons naturels, cependant la signification spéciale de don surnaturel, distinct de la nature, est attachée par certains Pères au mot grâce, meme avant saint Augustin. Cf. Hurter, Compendium 1556 theologlæ dogmatica·. Inspruck, 1896, t. m, n. 6, p. 5 sq. Tcrtullien, Adversus Marcioncm, 1. V, c. xv», expli­ que le texte, Eph., », 10, ct dit qu’autre chose est signi­ fiée par /acere, autre chose par condere : c'est le même créateur qui est la cause des deux opérations, mais l’effet en est différent; l'une (/acere) a pour terme la substance ou nature, l’autre la grâce. Quantum entrn ad substantiam /ceil (Deus), quantum ad gratiam condidit Tcrtullien attribue â Πηfluence prépondérante de la grâce les bonnes œuvres, la conversion, et dit : Ilac eril vis divinœ gratia, potentior utique natura, habens tn nobis subjacentem sibi liberi arbitrii potestatem... qua cum sit et ipsa naturalis atque mutabilis, quoquo vertitur, natura convertitur. De anima, n. 21. P. L., t. », coi. 685. Voir d’AIès, La théologie de Tcrtullien, Paris, 1905, р. 264 sq., 326 sq. Saint Cyrille do Jérusalem, Cal., »i, enseigne que ce n’est pas par nature que nous sommes fils de Dieu, mais par adoption : cette adop­ tion, il l’appelle : la grâce. P. G., t. xxxni, col. 444. Saint Ambroise enseigne que celui qui n'est pas Dieu par nature, l'est par grâce, comme l'homme, ou ne l’est pas du tout, comme les démons. De incarnationis Domini sacramento, c. vin, η. 83, P. L., L xvi, col. 839. Saint Jérôme, Adversus Jovinianum, L IL n. 29, P. L., t. xxiii, col. 326, parle de l’unité morale, qui constitue la société chrétienne, la met en rapport avec Dieu ct fait en sorte que les hommes soient unis à Dieu : cette union avec Dieu n'est pas le résultat de la nature, mais bien de la grâce. Saint Augustin montre Dieu créant dans les anges la nature et leur faisant en môme temps largesse de la grâce. Simul in cis et condens naturam cl largiens gratiam. De civitate Dei, 1. XII. c. ix, P. L., t. xli, coi. 357. En défendant contre les pélaglens la nécessité de la grâce, il est plus d'une fois amené A dire ce qu’il entend par ce mot : c'est un ensemble de dons, se rapportant au salut, ct réellement distincts de la nature et des perfections qui lui sont propres; si l’on peut appeler grâce le don de la création, si l’on peut appeler grâce ce par quoi l’homme se distingue de l’être inanimé, de la plante et de la bête, cependant c’est une grâce différente de celle par laquelle nous sommes pré­ destinés, justifiés, glorifiés Celle-ci est propre aux chré­ tiens, elle n’est pas la nature, mais elle la sauve, elle n’est pas un secours extérieur â l’homme, mais une forme interne. EpisL, clxxvh, n. 7; cf. Epist., cxciv, n. 8; ccxvii, n. 11, P. L., t. xxxi», col. 767, 877. 982. Le même docteur, De spiritu et littera, c. xxxm, n. 57, P, L., L χτιν, col. 257, sc demande si la volonté de croire est un acte naturel ou un don de Dieu : il marque ainsi la distinction entre nature cl grâce. Saint Cyrille d'Alexandrie exprime très clairement ct de façon tout â fait explicite la surnaturalité de la grâce : par le Christ nous sommes élevés A une dignité surna­ turelle : <ίς το 5π:ρ «ύσιν άςιωαα.,. La créature, qui par elle-même est esclave, est appelée A jouir de biens sur­ naturels par la seule volonté de Dieu. In Joa., I. I, с. ix, P. G., t Lxxni, col 153; cf I XI, c. xi, t. lxxiv, col. 553; De sancta ct consubstantiali Trinitate, dial ïv, t. lxxv, col. 882, 908. Dans les prières liturgiques le caractère surnaturel de la grâce est exprimé principale­ ment par l'effusion du Saint-Esprit : Eflunde, quæsumus. Domine, Spiritum gratin· super familiam luam; Spirituel nabis, Domine, tua charitatis ln/u idc, ct par l’opération du Saint-Esprit en l'âme : hîcntes noslras quiisumus. Domine, Sanrius Spiritus divinis prit paret sacramentis. Adsit nobis.., ofrfiu Spiritus Sancti qui ct corda nostra cbmenltr expurget. Sucramrntarium leoni­ num, édit. Feltoe. Cambridge, 189». p. 80. 134,27. Les scolastiques ont approfondi cette notion et saint Thomas explique que les dons naturels sont gratuits parce qu’on ne peut pas les mériter. Les dons surna­ turels sont gratuits A double titre, parco qu’on ne peut pas les mériter et parce qu’ils sont positivement indus 1557 GRACE à la nature ά laquelle Ils sont conférés. Gratia, secantium quod gratis datur, excludit rationem debiti. Potest autem inlclligl duplex debitum, unum quidem ex merito pro­ veniens, quod refertur ad personam cujus est agere meri­ toria opera. . Aliud est debitum secundum conditionem natur*; puta si dicamus debiturn esse homini quod habeat rationem et alia qiur ad humanam pertinent naturam. Dona naturalia carent primo debito, non autem carent secundo. Sed dona supernaturalia utroque debito carent et ideo specialius sibi nomen grati* vindi­ cant. Sum theol., I* II*, q. exi, a. 1, ad 2'·. Les théologiens définissent la grâce, considérée en général : un don surnaturel (ou l’ensemble des dons surnaturels) concédé par Dieu a une créature douée d'intelligence en vue du salut éternel. Il faut cependant observer que chez les scolastiques anciens, tels que saint Bonaventure, saint Thomas, le mot gratia, employé sans épithète, signifie, ordinaire­ ment, non la grâce considérée en général, mais la grâce sanctifiante ou habituelle, en tant qu'elle se distingue et des vertus infuses et du secours transitoire ordonné Immédiatement à l’opération. Cf. S. Thomas, In IV Sent., 1. Il, dist. XXVI; De veritate, q. xxjv, a. 14; Cont. gentes, 1. Ill, c cxvi; Sum. theol., I· II*, q. cix, ex, a. 3, ad 3*·; Capréolus, In IV Sent., L II, dist. XXVlli. q. i. 3° Division de la grâce. — Saint Thomas, In IV Sent., 1. II. dist. XXVI, q. i. a. 1, dit que le SaintEsprit lui-même, parce qu’il est gratuitement donné à l'homme, peut être appelé grâce, bien qu’il faille admettre, en l’homme justifié, un eflet distinct de Dieu ct produit par lui : c’est la grâce créée. Cf. De ventate, q. xxix, a. 1; Sum. theol., 1% q. xlhi, a. 3. 1. De là la distinction entre grâce incréée et grâce créée. La grâce incréée est Dieu lui-même, en tant que par son amour il se donne sumaturellement à l'homme. Lu grâce créée est le don surnaturel produit en l'homme. Cf. Suarez, De gratia, prolcg. Ill, c. in, n. 2, Opéra omnia, Paris, 1856, t. vn, p. 137. Lc même auteur, De gratia, L VIII, C- il» L ix. P· 313 sq., explique que la grâce sanctifiante, bien qu’elle soit produite immédia­ tement par Dieu, a cependant une cause matérielle, c’est-à-dire un sujet dans lequel elle est infuse; c’est pourquoi l’action divine, qui produit la grâce sancti­ fiante, n’est pas une action créatrice ou une création au même sens où l’est l’action de Dieu produisant de rien une substance ou un être qui existe en lui-même, sans qu il soit inhérent â un autre être. Cette considé­ ration, qui concerne l’exactitude de la terminologie, n’in firme en rien la notion vraie de la sumnluralité et de l’extrlnsêcisme de la grâce. Cf. Mauprêaux, Revue uugustlnienne, 1909. t. xv, p. 106 sq., 753 sq. 2. Quand on considère l’origine de In grâce, on peut distinguer la grâce de Dieu et la grâce du Christ rédempteur. Grâce do Dieu est lout don surnaturel concédé Indépendamment des nu rites du Christ ré­ dempteur. La grâce du Christ rédempteur est tout don surnaturel concédé dépendnmment de ces nurites. Ainsi toutes les grâces proprement dites (nous ne parlons pas des bienfaits purement naturels) accordées â l’homme après la chute d’Adam sont des grâces du Christ rédempteur; les grâces, au contraire, concédées aux anges et â nos premiers parents, avant le péché, sont des grâces de Dieu. Nous avons dit du Christ rédempteur .· In distinction reste établie même si l’on admet ( opinion de certains théologiens, suivant les­ quels l'incarnation du Verbe aurait eu lieu, en vertu du decret actuel de la providence, même si Adam n'avait pas péché, ct, par conséquent, toutes les grâces auraient été octroyées dépendamment du Christ, alors même qu'il n’y eût pas eu de rédemption C’est l’opinion de Dims Scot, In IV Sent., I. HI, dist. VII. q. in; voir Duns Scot, t. iv, col. 1890 sq.; autre est 1‘oplnlon do 1558 saint Thomas, Sum. theol., 111% q. I, a. 3. Suarez, De gratia, 1. I. proleg. Ill, c. II, n. 9, t. vn, p. 135 sq., défend 1’oplnion de Scot 3. Par rapport au sujet qui reçoit la grâce, celle-d est externe ou Interne. Externe est tout don surnaturel qui est en lui-même ct reste extrinsèque â l'homme» par exemple, la prédication de la vérité révélée, la loi divine révélée par Dieu, les exemples des saints, les miracles. Certains théologiens étendent fort loin cette dénomination et l'appliquent â des effets, en soi natu­ rels, mais ordonnés par Dieu â la sanctification sur­ naturelle ou au salut étemel des hommes. Ad gratiam externam, prater prædicationem Evangclii, exemptum Christi aliaque fada supernaturalia recte revocantur beneficia per se naturalia, quibus Deux utitur ad nos supernuturahter movendos, ut remotio occasionis pec­ candi, societas bonorum hominum, felices rerum eventus, etiam morbi, infortunia et ipsa mors. II* quidem res per se sunt indifferentes, sed nihilominus Deus ex benevolenita potest eas disponere, ut simul cum gratia interna salutem conducant. Pesch, Prirteetiones dogmatic*, Fribourg-en-Brisgau, 1908, L v, n. 25. Mais nous ne comprenons pas comment on peut appeler grâces actuelles ces réalités qu’on Ment d’énumérer : c'est donner lieu à des confusions. La grâce interne est tout don surnaturel qui se trouve dans le sujet qui le reçoit. Cf. Suarez, De gratia, proleg. III, c. ni» n. 10 sq., t. vn, p. 139 sq. 4. Saint Thomas, Cont. gentes, I. III, c. cl, cuv; Sum. theol., P II·, q. exi, a. 1, expose la distinction entre la grâce gratum faciens et la grâce gratis data. La I première unit â Dieu et lui rend agréable l’homme qui I la reçoit : c'est un don qui sanctifie celui auquel il est octroyé. Pour saint Thomas, c'est la grâce sanctifiante seule. La grâce gratis data est un don par lequel celui qui la reçoit coopère â amener les autres au salut : c'est donc un bienfait concédé principalement en vue du salut d’autrui. A ce genre de dons sc rapportent 1rs charismes, indiqués par saint Paul, I Cor., xn, 8. Alexandre de Halés, Sum. theol., part. III, q. lxxiii, m il, ct saint Bonaventure, In IV Sent., 1. II. dist. XXVIII, a. 2, q. i. Opera omnia, Quaracchi, 1882 sq., t. n, p. 682 sq.. désignent par l’expression gratis data, non seulement les dons, que nous venons d’indiquer, mais encore ce que nous appelons maintenant la grâce actuelle. Suarez, op. cil., c. îv, n. 15, p. 147 sq., et les théologiens modernes classent sous le genre gratum faciens tout don surnaturel Interne concédé â l’homme en vue de son salut personnel, ct sous le genre gratis data tous les secours accordés â quelqu’un en vue du salut des autres. Ci. Jungmann. De gratia, 6· édit., ! Battsbonne 1896, n. 9; Hurter, op. al., n. 10. • 5. La grâce actuelle est un secours transitoire par lequel l’homme est mû par Dieu â une opération salu­ taire; la grâce habituelle est un don, qui est infus dans l'âme et y demeure inhérent, à la manière d’une qua­ lité permanente. Saint Thomas n’emploie pas l’expres­ sion aetualts gratia, mais il connaît la réalité indiquée maintenant sous cette dénomination. Cf. Sum. theol., P II*, q. ex. a 2. i D'autres distinctions sont encore en usage : nous en parierons plus loin, quand nous expliquerons l’essence de In grâce habituelle ct de lu grâce actuelle. II. Exisigni e. — Avant de démontrer l'existence de la grâce, il faut préciser la notion de la réalité désignée par ce mot. Nous avons dit plus haut que nous entendions par grâce tout don surnaturel fait par Dieu â une créature Intellectuelle en vue du salut étemel. La grâce, consi­ dérée sous ce concept générique, existe : en effet, l’état du premier homme, tel qu'il est décrit au livre de la Genèse, implique des dons positivement indus à la nature humaine. La révélation, proprement dite, c’est- 1559 GRACE à-dirc la manifestation d’une vérité faite directement par Dieu a une créature, est un bienfait surnaturel. Toute créature douée d’intelligence est par là même positivement ordonnée à connaître, notamment à connaître Dieu et. jusqu’à un certain point, ses œuvres. Ce lie connaissance naturelle est proportionnée au degré <Γ ntcllectualité de la créature et s’obtient par des moyens à sa portée. Mais aucune créature ne peut avoir d’elle-même une exigence ou un droit à ce que Dieu lui-même lui parle ou l'instruise. Ci. Mercier. O. P., dans la Revue thomiste, 1902, t. x, p. 30G sq.; 1908· L XVI, p. 525. Ιλ révélation divine, alors même qu’elle ne com­ prendrait pas des mystères proprement dits, est tou­ jours une communication surnaturelle de Dieu avec la créature : clic est une grâce externe par rapport à celui auquel elle s’adresse. La révélation, considérée objee- i tlvcmcnt, c’est-à-dire l’ensemble de vérités révélées par Dieu et proposées avec les motifs suffisants de cré­ dibilité, peut avoir pour conséquence la fol; cette foi peut être naturelle; il n’y a aucune impossibilité physi­ que à ce que l’homme, par la seule activité de scs facultés, admette sincèrement pour vrai ce qu'il sait être révélé par Dieu et qu’il acquière cette conviction, par son intelligence et par sa volonté, sans qu’il y ait en lui un principe surnaturel et subjectif d’action. Ainsi, en supposant l’incarnation, c’est-à-dire l'union hypostatique d’une nature humaine avec une personne divine, cette humanité pourrait avoir pour principale fonction de susciter, dans les âmes, comme objet de connaissance et d’amour, des actes de foi, d’espérance, de charité, de reconnaissance, etc. Ces actes internes pourraient être, quant à leur entité ou substance, pure­ ment naturels; mais ils seraient surnaturels quant à leur origine, quant à leur dépendance d’une union surnaturelle, l'incarnation, quant à leur dépendance de l’homme-Dieu : ces actes rentreraient dans la catégorie de ces effets que les théologiens appellent surnaturels quoad modum, c’cst-û-dirc quant à la manière dont ils furent produits. Nous sommes d’avis que l'homme peut, avec ses seules forces naturelles, croire des mystè­ res proprement dits, des vérités qui surpassent la portée naturelle de son intelligence : en ce cas, cette foi serait naturelle quant à son entité et à sa substance, et elle serait surnaturelle, non seulement quant au mode dont elle a été produite, mais encore à un titre nouveau parce que son objet matériel lui-même est au-dessus de l’ensemble des vérités que l’intclligcncc créée peut d’elle-même atteindre. Cf. Mercier, dans la Revue thomiste, 1907, t. xv, p. 43 sq.; David, De objecto jormuli actus supernaturalis, Bonn, 1913. On prouve donc déjà l'existence de la grâce, consi­ dérée en général, quand on démontre l'incarnation du Verbe, l'enseignement de Jésus par ses paroles et scs exemples, ses miracles, l'institution de l’Égllse et de es sacrements; quand on démontre les effets, produits dans les âmes, par l’activité du Christ : la foi, la per­ fection des chrétiens : ce sont des effets internes, surnaturels au moins quant à leur mode de production, et, par là-même, des grâces. Ils seraient de plus une grâce, à un titre nouveau, si l'on démontrait qu’ils sont le résultat d'une providence spéciale de la part de Dieu, d’une élection, d’un acte particulier d’amour et de bienfaisance en vertu de laquelle Dieu concède de fait ces effets salutaires aux uns, et non aux autres 11 était nécessaire de distinguer ces differentes raisons for­ melles de surnaturalité pour définir la réalité dont nous voulons démontrer l’existence : il s’agit maintenant de la grâce interne, c'est-à-dire d’une entité surnaturelle, permanente ou transitoire, infuse par Dieu à l’âme, surajoutée à son essence ou à scs facultés, devenant prinripe d’opération surnaturelle et salutaire. Nous prouverons cette doctrine par l’Écriture sainte, puis 15% par l’autorité des Pères, nous indiquerons enfin le» hérésies contraires. 1° Preuve tirée de l Écriture sainte. — l. Enseignement de Jésus-Christ. — Nous y trouvons énoncée l’assertion fondamentale concernant l’origine et le maintien Bom., vr, du Seigneur glorieux. II Cor., in, 18; il nous fait prier, 3-7. Mourir au péché, c’est être séparé du péché, c’cst Bom.. vin, 15 sq.; Il est cause de toutes les manifesta­ être délivré de la culpabilité du péché, c’est être délivré de sa tyrannie et être mis en mesure de résister à ses tions de la vie salutaire dans les chrétiens. CL Tobac. Dictionnaire apologétique de la foi catholique, t. u, assauts. Le baptême délivre complètement de tout ce art. Grâce, col. 336; Prat, op. cit., p. 240. Ce dernier qui est péché : « Plus de condamnation pour ceux qui sont dans le Christ Jésus. » Bom., vin, 1. Hier, ils auteur, op. cil., p. 421 sq., expose l’analogie qui existe entre la vie dans le Christ et la vie dans I’Esprit. pouvaient être idolâtres, impudiques, voleurs, détrac­ Ce qu’il importe de démontrer maintenant, c'est la teurs, blasphémateurs; ils ont été · purifiés, sanctifiés, surnaturalité de cette réalité interne conférée à l'âme justifiés au nom du Seigneur Jésus-Christ. » I Cor., vi, par le baptême. Cet effet est surnaturel d’abord quant 11. L'affranchissement du péché n’est pas l’effet d'actes au mode dont il est produit : ce n’est pas une perfection ou efforts moraux de l’homme, par lesquels il corri­ acquise par l’activité humaine, mais infuse du dehors : gerait peu à peu ses vices et deviendrait maître de ses c’est le baptême (une ablution avec une formule) qui passions; mais il est l’effet immédiat et instantané du fait exister dans l’àme l’influence vivifiante, caracté­ baptême lui-même, en tant qu’il symbolise la mort de risée p.ir la présence de l'Esprit-Salnt; cet effet n’est Jésus et reçoit une efficacité spéciale à rendre les pas naturel a un rite humain, considéré comme tel. hommes participants aux fruits salutaires de la mort L influence vivifiante dont nous parlons est encore de Jésus : c'est l’efficacité religieuse et transcendante surnaturelle en elle-même, dans sa réalité physique; en du baptême même. Cf. Tobac, Le problème de la justi­ clTct. elle est une participation à la vie qui est propre λ fication dans saint Paul, Louvain, 1908. p. 246 sq. Dieu lui-même. La communication naturelle entre le cré­ b) La vie nouvelle est une participation de la vie du ateur et la créature consiste en ce que Dieu produise les Christ Celte participation consiste à revêtir le Christ : substances finies avec les accidents qu'elles réclament, < Vous tous, en effet, qui avez été baptisés dans le leur conserve l’être, qui leur est propre, les meuve aux Christ, vous avez revêtu le Christ. Plus de juif ni de actions qui leur conviennent et les dirige ou gouverne grec..., tous vous êtes un dans le Christ. » Gai., m, toutes d’après le plan divin. De cette façon Dieu reste 27, 28. · Le baptême nous revêt du Christ : revêtus du infiniment élevé au-dessus de tout le créé et n’a aucune Christ, nous sommes fils de Dieu; revêtus du Christ, communication personnelle avec la créature. Celle-ci. si nous ne sommes qu’un en lui. Pour que le raisonnement elle est douée d’intelligence. peut, au moyen des autres tienne, il faut que le Christ, dans lequel nous sommes créatures, connaître le créateur ainsi que les obliga­ plongés et que nous revêtons, soit conçu comme une tions morales qui résultent cl de la dépendance des forme qui nous enveloppe, nous pénètre et nous êtres créés vis-à-vis du créateur et des relations qu’ils unifie. » Prat, La théologie de suint Paul, Paris, 1912, t. n, p. 373 sq. ont entre eux. Mais aucune créature ne peut réaliser ni exiger une communication immédiate avec Dieu tel La vie nouvelle, reçue au baptême, consiste dans une qu’il est en lui-même. Toute communication de Dieu influence réelle (physique) et surnaturelle (comme nous tel qu’il est en lui-même est surnaturelle; or c'est ce le démontrerons) du Saint-Esprit dans l’ûmc : cette assertion ressort très bien du texte de saint Paul : « Dieu qui se réalise dans le baptême. L'influence vivifiante, nous a sauvés par le bain de régénération et de renou­ qu’elle produit, est surajoutée à la nature et l'unit direc­ vellement de 1*Esprit-Saint, qu’il a répandu sur nous tement à Dieu; elle fait résider Dieu en l’àme. y fait avec abondance par Jésus-Christ notre Sauveur, afin surgir une activité vitale particulière, duc à l’influence que, justifiés par la grâce de celui-ci, nous devenions de l’Esprit-Salnt, Gai., v, 25, et qui consiste dans le 1563 GRACE 1564 dans l’âme par l’infusion d’une entité physique qui règne du Saint-Esprit vivant dans Pâme. Bom., vm, 2, 14 : clic est donc une participation directe à la vie transforme l’âme ct fait de l'hommo un fils de Dieu, un membre du Christ, un temple du Saint-Esprit. De qui est propre â Dieu. cc principe transcendant dérive l’activité morale du Cette surnaturalité sc démontre encore par celte juste ct son progrès en sainteté. Joa., xv, 4-5; Eph., considération que l’homme, en recevant l'influence n, 8-10; iv, 20-21; I Pet., u, 1-2; Il Pet., m, 18. vivifiante, dont nous parlons, devient fils adopli/ de C’est la même conclusion qu’exprime M. Tobac duns Dieu. Gai., iv, 46; Rom., vm, 14-17. L'homme, et l’article très érudit, que nous avons cité plusieurs fob : toute créature, est» en vertu de sa nature, serviteur do on y trouve un exposé complet des fondements scrip­ Dieu, ct ne peut avoir d’autre rang auprès de lui. Si turaires de la doctrine de la grâce. donc l’homme est élevé à la dignité de fils de Dieu, 2° Preuve tirée de la tradition. - L Les Pères aposto­ celle-ci est absolument surnaturelle, comme aussi Ja liques expriment occasionnellement les vérités que nous qualité qui réalise en lui cette filiation. De plus, venons d’exposer et en accentuent l’une ou l’autre. Γ adoption comporte le droit ά l’héritage, à jouir des Nous nous servirons du texte et de la traduction biens qui sont propres à Dieu ct ne correspondent pas publiés sous la direction de MM. 1 Icmmcr ct Lejay, Les l’exigence de la nature créée. Voir Adoption suhnaPères apostoliques, Paris, 1907 sq. tuhelle, I. I, col. 431 sq. Saint Clément de Rome, dans la P· Épltre aux Nous avons donc trouvé, dans la doctrine de saint Corinthiens, enseigne que c’est le sang de Jésus-Christ Pa il, l’affirmation de l’existence de la grâce interne qui a mérité au monde entier la grâce de la pénitence ; pnprement dite : une réalité physique, infuse dans celle-ci est accordée à tous les hommes qui ne la re­ l’â ne, essentiellement surnaturelle, ordonnée au salut. fusent pas, vin, 4. La grâce de la pénitence est une 3. Enseignement d'autres apôtres. — Saint Jacques influence interne, <|ui transforme l’homme, xxxvm, 3, affirme aussi Ja génération spirituelle, i, 18, ct l'habi­ ct elle est évidemment surnaturelle, puisqu’elle dépend tation du Saint-Esprit en nous, iv, 5. de l'effusion du sang du Christ. C’est la grâce de Dieu Saint Pierre enseigne aussi que les élus de Dieu sont qui revêt l’homme de vertus, xxx, 3, qui donne notam­ sanctifiés par l’Esprit-Saint, I Pet., i, 2; qu’ils sont ment la vie dans l'immortalité, la splendeur dans la régénérés, 3, non d’une semence corruptible (comme justice, la vérité dans la franchise, la foi dans la con­ dans la génération naturelle), mais par une semence fiance, la continence dans ia sainteté, xxxv, 1 sq., la incorruptible, par le Verbe vivant de Dieu et perma­ charité, u Les chrétiens forment une portion sainte, nent. I Pet. î, 23. La seconde Épltre de saint Pierre un peuple particulier à qui il est donné de pratiquer la contient un texte célébré, i, 1, dont l’interprétation est sainteté, xxx, cl où chaque âme peut plaire à Dieu, malheureusement difficile. 11 est assurément très proba­ lxiv; les chrétiens constituent un seul corps sur lequel ble que le texte contient l’attestation de la participation est répandu un seul esprit de grâce, xlvi, 4 sq. Les des chrétiens, dès cette vie, à la nature divine. Cette justes sont les élus de Dieu, ibid. : leur justice ne résulte affirmation n’aurait rien de surprenant après cc que pas formellement de leurs œuvres, ni de leur conduite, nous n dit saint Paul touchant la communication aux mais elle dépend de la volonté de Dieu ; celle-ci a pour fidèles de l’Esprit de Dieu ct la P· Épftre de saint effet la vocation et l’homme y répond par la foi, Pierre louchant la sanctification par l’Esprit, i. 2. ΧΧΧΠ. Cette fol ct cc qui en résulte est l’effet de la Toutefois le texte allégué est obscur ct le sens n’en est grâce, xxx, xxxv, lxiv. Cependant la foi seule ne pas définitivement fixé. Ci. Tobac, Dictionnaire apolo­ suffit pas à la sainteté : il faut la coopération énergique gétique de la fol catholique, art. Grâce, col. 339. de l’homme, xxxm, lix, lxii, lxiil Voir Clément Ier, Saint Jean enseigne que la pratique de la justice est L in, col. 52 sq. la conséquence d’une naissance spirituelle : le juste est Saint Ignace d’Antioche enseigne aussi que c’est à engendré par Dieu ct porte en lui une semence divine; la mort de Jésus que nous devons notre vie, Ad Magn., il est enfant de Dieu. Joa., i, 12 sq.; I Joa., n, 29; ni, ix, 1 ; Ad Smyrn., i, 2; c’est par la vigueur, donnée par 1 sq. Déjà sur cette terre le juste est engendré à la vie son sang, que les chrétiens exercent la charité. Ad éternelle ct celte génération se réalise dans l’union Eph., î, 1 sq. C’est à la grâce de Jésus qu’est dû l’effet avec le Fils, I Joa., v, 11 ; cf. Joa., xv, 5 sq. ; elle a pour conséquence l’imitation du Christ, I Joa., n, 6, mais i de la pénitence salutaire. Ad Philad,, vm, L · A qui­ conque fait pénitence ct sc rallie â l’unité de Dieu die ne reçoit son complément qu’après la mort, lorsque autour du siège épiscopal, la grâce de Jésus-Christ le juste voit Dieu tel qu’il est : c’est alors que le juste assure la délivrance de tout lien. De cette métaphore acquiert la parfaite ressemblance avec Dieu, ni, 1-3. Le de lien, Ignace tire un double effet : la grâce de Dieu juste demeure en Dieu ct Dieu en lui : l’Esprit-Saint, fera tomber, pour les vrais pénitents, les liens du péché; qui nous a été donné, rend témoignage de notre union d’autre part elle resserre ces liens de la charité chré­ avec Dieu, ni, 21. C'est la même Idée exprimée par tienne qui sont l’honneur des enfants de Dieu cl le saint Paul : · L’esprit lui-mimc rend témo. gnage à gage du salut. » A. d’Alès, La discipline pénitcntielle, notre esprit que nous sommes enfants de Dieu » Rom., IP siècle, dans les Recherches de science religieuse, 1913, vm, 16. L’influence divine dans l’âme est-.appelée t. iv. p. 205. Jésus habite en l’âme chrétienne, il y est onction; elle est principe de connaissance vraie celle-ci Dieu résidant en elle, l’amour que nous lui portons est unit à Dieu, au Père ct au Fils, n, 20-28. La vraie un signe de sa présence en nous. Ad Eph., xv, 3. Jésus cliarité aussi est une conséquence de notre connaissance spirituelle, iv, 6-8. est notre éternelle vie, qui nous unit à Jésus et à son Père. C’est avec l’aide de Jésus que nous repousserons La doctrine de saint Jean, comme celle des autres apôtres, aboutit donc à la même conclusion que nous victorieusement tous les assauts du prince de cc monde, axons tirée des Épltrcs de saint Paul : il existe une pour Jouir enfin de Dieu Ad Magn.t î, 2. Saint Ignace grâce Interne. Car de l’exposé que nous avons fait. Il Insiste sur la nécessité des bonnes œuvres : l'apostolat résulte que la sainteté spécifiquement chrétienne n’est « du bon exemple, Ad Eph., x; c’est par les bonnes pev une simple orientation nouvelle de la vie morale œuvres que l’on reconnaît ceux qui appartiennent au d· terminée par la fol en la révélation ; elle n'est pas for­ Christ, ibld., xiv, xv; c’est aux bonnes œuvres que sera mellement une perfection morale acquise par l’activité proportionnée la récompense. Ad Polyc., vi, 2. Cf. fixe­ humaine soutenue par un secours de Dieu ainsi que par ront, Histoire des dogmes, Paris. 1905, t. i. p. 139 sq.; ! exemple du Christ, ct caractérisée par limitation des Lelong, Les Pères apostoliques, Paris, 1910, t. m. \crtus du Sauveur, mais elle consiste formellement Saint Polycarpc est moins explicite. Il rappelle l’osdans une renaissance spirituelle cl surnaturelle réalisée I section de saint Paul c’est de la grâce ct non des 1563 GRACE œuvres que nous vient le salut, il dépend de la volonté de Dieu par Jésus-Christ. Ad PhiL, i, 3. Dans les cha­ pitres suivants, 11 exhorte vivement les Philippicas a l'exercice des vertus, mais c’est a Dieu qu’il attribue le repentir et l'accroissement des vertus, xi, xn. L’Épitre de Barnabé dit que c’est à la mort du Seigneur que nous devons la rémission des péchés, v, 1, celte rémission des péchés est une rénovation inté­ rieure de l'âme; le Seigneur nous y donne une autre empreinte, comme s’il nous créait â nouveau, vi, 11; alors nous sommes créés A nouveau de fond en comble : c’est ainsi que Dieu habite réellement en nous, en notre intérieur, xvi, 8. Suit la description des effets salu­ taires de l’habitation de Dieu en nous. Au commence­ ment de sa lettre, l’auteur attribue A l’intensité de la grâce la perfection de ceux auxquels il s’adresse : « Je me réjouis plus que tout autre chose ct au delà de toute mesure de votre vie spirituelle, bienheureuse et Illustre, tant est bien Implantée la grâce du don spiri­ tuel que vous avez reçu,· i,2. Ces textes permettent de conclure que leurs auteurs ont la conviction suivante : l’homme devient saint dépendamment de l’influence de la inort de JésusChrist; cette influence efface les péchés ct rend juste. Cette justification est une rénovation intérieure; elle fait habiter Dieu en l'âme ct donne A celle-ci une acti­ vité nouvelle. C’est la grâce, considérée en général; elle est, en diet, intérieure, comme il est évident, et, en réalité, surnaturelle, car elle est bien distincte de l’in­ fluence que Dieu, comme créateur, exerce A l’égard de toute créature; elle met l’âme en communication spé­ ciale ct directe avec Dieu, en lui conférant une vie nouvelle, caractérisée en cc qu'elle est une participa­ tion à la vie divine; la grâce est donc une réalité sur­ ajoutée A la nature humaine, une réalité qui surpasse ccllc-ci ct l’élève au-dessus d'elle-même. 2. Celte même conviction est exprimée ct expliquée par les Pères des siècles suivants. Selon saint Irénée, le Christ nous a rachetés par son sang : il a donné son âme pour notre âme, sa chair pour notre chair : en ré­ pandant sur nous l’Esprit-Saint, il a rétabli l'union entre l’homme ct Dieu; il a fait descendre Dieu vers l’homme par l’Esprit ConL hier., 1. V, c. I, P. G., t. vu, col. 1121. C’est par l’effusion du Saint-Esprit que l’homme est rendu spirituel ct parfait, qu’il acquiert la similitude (distincte de l'image naturelle) avec Dieu, qu’il devient le temple de Dieu, c. vi, col. 1137 sq.; cette influence de l’Esprit est intime ct do sa nature permanente, de telle sorte que l’homme parfait sc compose de trois éléments : le corps, l’âme ct l’Esprit. Loc cit. L’âme, docile au Saint-Esprit, le garde, est purifiée par lui ct élevée A la vie de Dieu; l’âme, au contraire, qui cède aux appétits charnels, perd l'Esprit, c. ix, col. 1144 sq. La similitude avec Dieu est ce que nous avons perdus en Adam, 1. Ill, c. xvm, col. 932. C'est pourquoi nous avons besoin de renaître par le baptême, 1. V, c. xv, col. 1166; tous peuvent être sauvés parce que tous peuvent, par le baptême, renaître en Dieu, les enfants, les jeunes gens et les vieillards, 1. II, c. xxn, col. 784. Assertion remarquable, qui exprime la conviction que le baptême produit son effet surnaturel, même dans les enfants, ct par consé­ quent, indépendamment d’actes du sujet qui reçoit le sacrement. Clément d’Alexandrie enseigne aussi la renaissance spirituelle par le baptême, où l’on devient fils adoptif de Dieu; l’habitation du Saint-Esprit dans l’âme du juste; la similitude divine (distincte do l’image), simi­ litude donnée par une qualité mystérieuse. Inhérente A l’âme; la nécessité de la grâce dans l’ordre du salut Voir Cl&m&nt d’Alexandiue, t. m, col. 171 sq., 174 sq. Origène pr ttvc aussi l’existence de la grâce : la 156€ sainteté est une grâce, une participation du SaintEsprit. /)e principiis, J. I, c. i, n. 3, P G L xi, col. 122; In Epist. ad Rom., L V, n. 3, P. G., t. xrv, col. 1038. Quant à l’exercice de Ja perfection, il est une œuvre commune au secours de Dieu ct au libre arbitre : il faut A l’homme une force divine pour qu’il puisse être honnête ct persévérer dans le bien. De principiis, 1. Ill, c. ι, η. 1, 18, 22, P. G., L xr, col. 249, 289 sq., 301 sq. Origène ne dit rien sur la nature de cc secours divin, mais il parle de l’influence spéciale que Dieu exerce en vue du salut, influence attestée par diffé­ rents textes de 1*Écriture sainte; cette influence laisse intacte la liberté : c’est la thèse que défend Origène. Tertullien « signale, d’après les expressions mêmes de la Genèse, une double ressemblance de l’homme avec Dieu, une ressemblance de nature {ad imaginem Dei) et une ressemblance de grâce (ad similitudinem ejus). l^i première est indélébile, la seconde, ruinée par le péché originel, peut revivre par le baptême: le sacre­ ment rend A l’âme Γ Esprit-Saint, principe de cette ressemblance. · De baptismo, c. v. Cf. d’Alès, La théo­ logie de Tertullien, Paris, 1905, p. 264. A propos du texte : Dti estis, Ps. lxxxi» 6, Tertullien montre dans la vie de Ja grâce une participation de la créature à la vie divine. Adversus Hermogenem, c. v. A. d’Ales, op. cit., p. 263; cf. p. 326 sq. Tertullien enseigne aussi l’influence de la grâce sur le libre arbitre. Op. cit., p. 268 sq. Saint Cyprien, sans s’arrêter à exposer une doctrine sur la grâce, en atteste cependant l’existence : il en­ seigne notamment que le baptême donne A l’homme une nouvelle naissance, une transformation complète; qu’alors l’homme commence A appartenir à Dieu ct a être animé par le Saint-Esprit. Ad Donatum, n. I, P. L., L iv, col. 200. Les enfants aussi peuvent ct doivent être baptise, parce que l’on ne peut priver aucun homme de la grâce de Dieu. Epist., ux, P. L., t. m. col. 1015. La doctrine de saint Athanase a été exposée à l’art. Athanase t. t, coL 2174. Bemarquons que saint Athanase dit qu’Adam, après avoir perdu, par son péché, les dons reçus» fut réduit A sa condition natu­ relle, col. 2168. Saint Basile a sur la grâce sanctifiante ct surna­ turelle une doctr ne qui mérite d’être signalée. L’EspritSaint a comme propriété personnelle d’être la puis­ sance sanctificatrice. Epist., ccxxxvî» n. 6, P. G., t. xxxii, col. 884. Les trois personnes divines sont saintes par nature, les anges ne le deviennent que par participation de l'Esprit Cette sainteté, communiquée du dehors, est un accident, distinct de la nature, peut sc perdre, bien qu’elle soit intimement unie à l’être. Adversus Eunaintum, 1. Ill, n. 2-3» P. G., t. xxix, col. 657 sq. La même assertion doit s’entendre de toute créature : aucune n’est sainte par nature, elle ne lo devient que par participation. Epist., eux» P. G., t. xxxiï, col. 621. Les anges ont reçu leur nature par le Verbe; leur sainteté y a été ajoutée par le Saint-Esprit. Cc n’c.st pas par l’exercice progressif des vertus que les anges sont devenus dignes de recevoir le Saint-Esprit, mais c'est par un don gratuit qu’ils ont reçu la sainteté, un don ajouté A leur nature, au moment même de leur création, ct pénétrant leur être; c’est pourquoi ils ne peuvent que dlfllcilcmcnt pécher. In ps. xxxn, n. 4, P. G., I. xxix. col. 333. C'est par un acte volontaire ct libre que les anges sont déchus de la condition dans laquelle Ils avaient été crées. HomiL quod Deus non est causa malorum, n. 8» P. G., t. xxxi, col. 345. C’est aussi par l’abus de sa liberté que le premier homme est déchu de son état, qu'il a été soumis aux maladies et A la mort. Op. cit., col. 311. Adam a transmis aux autres le péché. HomiL dicta tempore /amis et siccitatis, η. 7, l G.» I. xxx!, col. 324. Les hommes se sauvent en 1567 GRACE tant qu’ils sont régénérés par la grâce qu'ils reçoivent au baptême : c’est lâ que commence leur vie, De Spiritu Sancto, e. vin, n. 26, A G., t. xxxn, col. 113; c est lâ qu’ils reçoivent la rémission du péché et la force vivifiante du Saint-Esprit, c. xv, n. 35, col. 129; | suit une belle description des ciTets du baptême, où saint Basile signale, entre autres, la confiance d'appeler Dieu du nom de Père, la participation à la grâce du Christ, n. 36, col. 132. C’est à l'influence active du Saint-Esprit, à son secours, que saint Basile attribue les œuvres saintes des anges, notamment le culte qu'ils rendent â Dieu et l'ordre qui règne entre eux, c. xvi, · col. 136 sq. C'est aussi â l'influence du Saint-Esprit i qu’est attribué l'exercice de la perfection chez l’homme : [ saint Basile enseigne que l'Esprit-Saint est toujours présent dans les justes, mais qu’il n'y opère pas tou­ jours, c. xxxvi, n. 61, col. 180. C'est lâ, croyons-nous, l’affirmation implicite de l’existence de cc que nous appelons la grâce actuelle. Cette assertion est corro- l borée par d'autres textes : c’est par le Saint-Esprit que nous sommes rendus capables de rendre grâces à Dieu, n. 63, col. 181. Saint Basile exhorte à prier afin d'ob­ tenir de Dieu de bonnes pensées, EpisL, vu, 1\ G., L xxxn, col. 244; il rend grâces â Dieu pour le secours spirituel accordé par Dieu au milieu des luttes pour la piété. Epist., lxxix, col. 453. Le secours donné par Dieu â celui qui se relève de la chute du péché est comparé â l’action de celui qui soutient sur les eaux un enfant qui ne sait pas nager. In ps. XXIX, n. 2, P. G., t. xxix, col. 309. Voir Schwanc, Histoire des dogmes, trad. Degert, Paris, 1903, p. 77 sq.; Scholl, Die Lehre des heiligen Basilius von der Gnade, Fribourgen-Brisgau, 1881. I L'existence de la grâce interne (considérée en géné- , ral) est exposée en maints endroits des écrits des autres Pères. Cf. Hummer, Des hl. Gregor von Nazian: Lettre von der Gnade, Kempten, 1890; Cyrille de Jéru­ salem, l. in, col. 2555, 2561 sq.; Ambroise, t. i, col. 499. Quant à saint Jean Chrysostome, voir notam- 1 ment Calèches. ad illuminandos, i, n. 3, P. G., t. xlix, col. 227; In Joa., homil. xlvi, n. 1, P. G., t. lix, col. 257; In Matlhæum, homil. lxix, P. G., t. lviii, col 650; In Epist. I ad Cor., homil. xxiv, P. G., t lxi, col. 198; cL t. li, col. 51; Cyrille d’Alexan­ drie, t. m. col. 2517 sq.; cf. Mahé, Revue d'histoire ecclésiastique (Louvain), 1909, t. x, p. 30 sq., 467 sq.; De Groot, Studien (Nlmègue), 1913, L xlv, p. 343 sq., 501 sq. ’ Au début du v· siècle surgit l'hérésie pélagienne. ; Voir Pélagianisme. 11 semble bien que l'erreur de Pélage concerne directement la nécessité d'un secours divin pour observer les commandements et exercer la vertu : Pélage nie que la grâce, en tant qu’elle est un secours interne, soit nécessaire, et affirme que la volonté humaine a, par elle-même, assez «le vigueur pour accomplir tous ses devoirs et, par conséquent, rendre l'homme juste. Mais nous croyons devoir insister sur cc point : Pélage ne s’attaquait pas formellement â cc que nous appelons maintenant la grâce actuelle, en tant qu'elle se distingue de la grâce habituelle; il s’attaquait â la grâce considérée en général, telle que la notion en était répandue dans l’Égllse, comme il ressort de la doctrine des Pères, que nous avons exposée plus haut. Saint Augustin, de son côté, défend avant tout la nécessité de la grâce, notamment sa nécessité absolue en tant qu elle est un secours ajouté à la volonté libre : l’in· fluence de la grâce sur Vactivité humaine est ainsi mise en lumière. Mats cette Influence n’est pas due seule­ ment â cc que nous appelons la grâce actuelle, elle est aussi due à ce que nous appelons la grâce habituelle, les vertus infuses, les dons du Saint-Esprit. Quand «alnt Augustin parle de la grâce, requise à l'observation 1568 des commandements, il ne parle pas exclusivement de la grâce actuelle. Voir, par exemple, Epist., clxxxvi, n. 3; De natura et gratia, I. I, c. i, iv; De gratia et librn arbitrio, c. xiv, n. 27; Opus imperfectum contra Julia­ num, 1. Π, η. 226, P. L., t. xxxni, col. 317; t. xuv, coi. 247, 219, 897; t. xlv, coi. 1247 sq. Il faut entendre le mot gratia, ou l’expression auxilium gratta, dans un sens large : ils peuvent désigner ou l’ensemble des dom accordés pour le salut ou l'un de ccux-lâ. Cf. Jacquln, dans la Revue d’histoire ecclésiastique (Louvain), 1904, t v, p. 742. IJ faut tenir compte de la même remarque pour Interpréter les documents qui contiennent la condamnation du pélagianisme et du semi-pélagia­ nisme. La doctrine de saint Augustin, voir Augustin, L i, col. 2380 sq., constitue un événement important dans l’histoire du maintien et du développement de la foi chrétienne. Saint Augustin a défendu l’existence de la grâce, sa nécessité, sa surnaturalité, sa compati­ bilité avec la liberté humaine. Cette même doctrine fut officiellement approuvée d’abord par le pape Innocent Ier, ensuite par le pape Zoslme en 418, et par le pape Célestin Ier en 43t. Elle est exposée dans le document intitulé : De gratia Dei indiculus ou praeteritorum sedis apostolic»: episcoporum auctoritatis. Denzingcr-Bannwart, Enchiridion, 1911. n. 129 sq. Sur l'origine, la valeur et la doctrine de ce document, voir Célestin, t. u, col. 2502 sq. On y affirmait surtout la nécessité de la grâce pour la rémis­ sion des péchés, pour la résistance aux tentations, pour l'observation des préceptes, pour toute œuvre salu­ taire, notamment depuis le commencement de la foL La même doctrine fut de nouveau sanctionnée au concile d’Orange en 529. Denzingcr-Bannwart, n.174 sq. Mais la discussion d'un siècle a eu pour résultat une plus grande précision : dans cc concile on a surtout déclaré la nécessité de la gràce prévenante pour tout acte qui commence la conversion, pour toute pensée ou toute affection par lesquelles l’homme adhère, comme il le /aut, à l’fivangile. Nous aurons à revenir, dans la suite de cet article, sur les principales assertions émises dans ces conciles. 3° Les hérésies. — O rr com prend mieux une doctrine en étudiant les erreurs qui y sont opposées; de plus, les hérésies successives ont été pour l’autorité ecclésias­ tique les occasions de préciser la doctrine catholique. Nous indiquerons sommairement les grandes hérésies concernant la grâce et nous ferons voir ainsi les princi­ pales étapes du développement de la pensée chrétienne sur ce sujet. 1. Le pélagianisme, insistant sur la liberté, essen­ tielle â l'homme, a nié que la volonté humaine avait été affaiblie par suite du péché d’Adam et se trouvait inclinée au mal. Il a nié aussi qu'Adam fut créé dans un état supérieur Λ celui où naissent maintenant tous les hommes. Pélage a nié encore la nécessité de la grflee interne, en tant qu’elle est un secours, qu'elle est une vigueur ajoutée à la volonté. L'homme peut toujours, dlsalt-on, par la vigueur essentielle ou naturelle de sa volonté libre, résister au mal et faire le bien : la nécessité morale de la grâce, n'existait donc pas pour Pélage et ses adeptes. Ont-ils nié do fait l’existence de toute grâce Interne ? Les auteurs ne s'accordent pas sur la réponse à donner â cette question. Sur le pélagianisme, voir Tixeront, Histoire d^s dogmes, Parts. 1909, t. u. p. 436 sq. Quoi qu’il en soit, les documents ecclésias­ tiques, condamnant les erreurs de Pélage, ont affirmé l’existence de la grâce interne, notamment dans l'asser­ tion de la Justice originelle, cl. ensuite, dans les canons qui concernent la nécessité de la grâce interne, notam­ ment la nécessité d’un secours accordé à l'infirmité actuelle de l'homme, sans lequel 11 lui est impossible d’observer les commandements divins, et la nécessité d’une Impulsion interne pour faire des actes salutaires. GRACE 1569 2. Luther et Calvin sont Λ Γορροΐύ de Pélage. Il* enseignent que In nature humaine» depuis le péché d'Adam» est essentiellement viciée; la nature humaine maintenant est inévitablement sujette au désordre de la concupiscence, la volonté est radicalement incapable de faire un acte moralement bon, le libre arbitre n'existe plus. L’homme ne peut donc pas» en lui-même» être ou devenir juste devant Dieu. Sa justification ne peut provenir que d un principe extrinsèque, mais cette justification ne consiste pas dans l’infusion d’un don surnaturel, qui pénètre les Ames et leur devient Inhérent. Ci. Hcalencyklopûdie /(ïr prolutantische Théo­ logie, Leipzig, 1899, L vi» p. 722. C’est une simple impu­ tation de la justice du Christ; la condition requise à cette imputation est la foi (fides fiduciatis) : seule elle est requise et seule elle suffit. Cette foi n'est pas une vertu infuse, une qualité surnaturelle; on ne parvient pas à déterminer quelle est, d’après Luther, son essence. Luther a parlé fréquemment de la grâce et emprunte ses expressions â l'Écriture sainte et à la prédication catholique; cependant i) n’admet pas l’existence de la fîrûcc Intente proprement dite, ni habituelle, ni actuelle. Elle est d’ailleurs logiquement exclue de son système doctrinal et Inconciliable avec lui : en effet, Luther ne connaît qu’une justification extrinsèque à l’homme, simplement imputée; il n'y a pas de dépendance réelle, pas d'enchaînement interne entre l’activité vitale et la justification : l’homme est au point de vue moral radicalement vicié; toutes scs œuvres sont mauvaises, que l’homme soit juste ou qu’il ne le soit pas; dès lors la grâce n’a aucune raison d’être, elle n’a aucun rôle à remplir; elle n’est pas requise comme un secours interne, surajouté aux facultés naturelles et corrobo­ rant l’homme dans l'observation des préceptes et l’exercice de la vertu ; car Luther n’admet pas la liberté et nie que la perfection morale soit connexe avec la justification; la gr&co n’est pas requise non plus comme un principe de surnaturalisation, car Luther nie que la nature humaine, dans l’état actuel, puisse être intrin­ sèquement sumaturaliséc et positivement ordonnée vers Dieu. La négation de la grâce, dans la doctrine de Luther, est confirmée par son enseignement sur l’état du premier homme : cet état de rectitude vis-à-vis de Dieu était naturel, dù aux facultés simplement na­ turelles de l’homme, comme la lumière est exigée par l’œil, dû à la connaissance et à l’amour, qui appar­ tiennent en propre à la nature humaine. Cf. Ripalda. De ente supcrnaturali, 1. I, disp. XX, sect, i, Paris, 1870, L i, p. 194. Le concile de Trente a défini la réalité de la grâce interne, habituelle et actuelle, sess. vi, c. vvii, Denzingcr-Bannwart, n. 797 sq., et mis en lumière son caractère surnaturel. Sur la doctrine de Luther concernant les points exposés, voir Déni Ile, Luther et luthéranisme, trad. Paquier, Paris, 1910 sq., t. n, p. 451 sq.; L ni, p. 17Gsq., 246 sq., 281 sq.; Hartmann Grisar, Luther, Fribourg, 1911-1912, t. i, p. 737 sq.; t. tu, р. 40 sq.; Hefner, Die Entstchungsgeschichtc des Trien(er Dechtlertigungsdikrct, Paderborn, 1909, p. t sq. Sur la doctrine de Calvin, qui est d’accord avec Luther pour nier la grâce, voir Calvinisme, t. n, col. 1400. 3. Baius n’a pas nié que Dieu, dans l’ordre du salut, agisse immédiatement sur l’âme, il admet, au con­ traire, l’influence réelle du Saint-Esprit produisant l’acte de charité : cet acte, qui dépend de la foi, est le principe de tout acte moralement bon, de telle façon qu’aucun acte moralement bon n’est possible sans la charité provenant du Saint-Esprit. Baius, De charitate, с. m-iv, Cc qui constitue l’erreur propre à Baius, c’est qu’il considère l'influence salutaire de Dieu comme due â la nature humaine et par conséquent naturelle; cc qu’il appelle dons du Saint-Esprit sont surajoutés â la rature en cc sens que celle-ci ne peut pas les produire, mais ils ne sont pas surajoutés en cc sens qu’ils sont nier t g iuêol. catiiol. 1570 positivement indus ou surnaturels. Ci. Baius, De prima hominis justitia, c i-iv, x-xi; De meritis operum, c. jv, vi, ix ; Apologia summo pontifici Pio V, η. 20. L’Église, en condamnant la doctrine de Baius, a donc surtout affirmé la surnaturahté de ces réalités qui constituent l’ordre des dons salutaires, elle a affirmé l’existence de la grâce en tant que celle-ci est surnaturelle. Sur la doctrine de Baius et Γinterprétation des documents ecclésiastiques â son sujet, voir Bails, L n, col. 41; cf. Collai tones Brugenses, 1913, t. xvni, p. 69, 133, 207. Pour la doctrine de Jansénïus et de Quesnel, nous renvoyons aux articles qui leur seront consacrés. 4. Le rationalisme, né du protestantisme, rejette tout surnaturel, toute influence surnaturelle de Dieu sur l’âme; et tout surnaturel externe à l’homme, tel que la révélation Le principe fondamental du ratio­ nalisme est exprimé dans la 3· proposition du Syllabus de Ple IX : « La raison humaine, sans avoir aucune­ ment égard à Dieu, est le seul arbitre du vrai et du faux, du bien et du mal, elle est â elle-même sa loi, et, par scs seules forces naturelles, elle suffit a procurer le bien des individus et des peuples. » Denzinger-Bannwart, n. 1703. Le modernisme n’a pas, semble-t-il, défendu des thèses qui contiennent explicitement la négation de la grâce, mais son système est radicale­ ment incompatible avec la doctrine catholique de la grâce. En effet, d’abord, le modernisme ne peut admettre aucun ordre surnaturel : celui-ci est exclu et par l’agnosticisme et par l’immanentisme vilal.L’ngnosticisme rejette la connaissance de tout être imma­ tériel cl nie qu’on en puisse démontrer l’existence. Dieu, l’âme ne sont plus objet de connaissance pro­ prement dite, ni de science; seulement les phénomènes, i c’est-à-dire les manifestations externes des êtres, sont ; connaissables; dès lors, pour le modernisme, toute entité surnaturelle, parce qu’elle est immatérielle, est considérée comme inconnaissable; on n’en peut pas tenir compte dans l’explication de la vie des individus. L’immanentisme va plus loin encore et nie positive­ ment tout ordre surnaturel : en effet, pour lui, toute I religion est l'effet de l’évolution du sentiment religieux inhérent à l’homme; en tout homme H y a un besoin du divin, de la surgit le sentiment religieux qui est une adhésion du divin (à Γ inconnaissable); cette adhésion est, en quelque sorte, une intuition, en tant qu’elle est nécessaire et spontanée, mais, d’autre part, elle est obscure et aveugle, parce qu elle ne constitue pas une connaissance nette et raisonnée de son objet qui est le divin : cette adhésion s’appelle la /of. Or l’homme réfléchit sur cotte foi. forme et exprime d’abord des assertions vulgaires et simples, ensuite il trouve des assertions plus nuancées et plus distinctes : quand celles-ci sont sanctionnées par l’autorité religieuse, elles sont des dogmes. Mais ces dogmes sont nécessairement liés au sentiment religieux et lui correspondent; or cc sentiment religieux, parce qu’il est vital, est changeant et se modifie réellement avec le temps et les événe­ ments; il en résulte que les dogmes aussi sont muable*. Par conséquent, toutes les religions, et tout cc qu elles I contiennent en fait de dogmes, ne sont pas autre chose qu’un effet naturel de l’évolution naturelle du senti­ ment religieux, qui lui aussi est naturel. Dans cette théorie, on nie évidemment toute influence surna­ turelle de Dieu, notamment toute révélation propre­ ment dite, et on affirme que toute foi, toute vertu, surgit spontanément de l’âme et correspond â son besoin naturel. Quant à la grdee interne, proprement dite, soit habituelle, soit actuelle, elle est exclue par le moder­ nisme : d’abord, si l’on rejette toute révélation pro­ prement dite, on no peut plus connaître l’existence d’une entité immatérielle et en sol surnaturelle; ensuite, si toute foi religieuse, toute vertu n’est que l’évolution VL - 50 1571 GRACE naturelle du besoin divin, il n’y a plus de place pour la grâce dans la sainteté humaine; enfin si Ton disait que l’examen des tendances psychologiques de l’homme conduit A la conclusion qu’un secours de Dieu est nécessaire, ce secours serait naturel, puisqu’il est exigé par la nature humaine Les passages de l’encyclique Pascendi, qui concernent ce que nous venons d’indiquer, sc trouvent dans Denzmger-Bannwart, n. 2072,2074, 2077.2079,2089, 2094. Pour un exposé pins développé, on pourra consulter ce que nous avons écrit dans les Collationes Brugenses, 1908, t. xm, p. 111,195, 27.5; outre les auteurs cités là, voir Michelet, Dieu et l'agnosticisme contemporain, Paris, 1909; Rosa, L'enciclica Pascendi e il modernismo, Home, 1909; Bessmer, Philosophie und Théologie des Modernisants, Fribourg-cn-Brisgau, 1912; Valensln, dans le Dictionnaire apologétique de la foi catholique, art. Immanence, col. 569 sq. 5. Nous avons indiqué plus haut la théorie de Luther et de Calvin : les protestants croyants ont, semble-t-il, abandonné peu à peu la doctrine de leur maître et sc sont, en plusieurs points, rapprochés de la foi catholique. Cf. Krogh-Tonningh, Die Gnadenlehre und die itille Reformation, Christiania, 1894; De gratia Christi et de libero arbitrio. Christiania, 1898. Les protestants libéraux, qui au fond sont rationa­ listes, n’admettent pas la réalité de la grâce. M. Har­ nack, Dogmcngeschichte, Fribourg-cn-Brisgau, 3· édit., 1897, t. m, p. 75 sq., reconnaît que saint Augustin admet que la grâce est une réalité, une force agissante, mais il dit que c’est une erreur. Nous avons démontré plus haut que saint Paul et les Pères, tant grecs que latins, ont enseigné la réalité de la grâce, la transfor­ mation réelle de l’homme, transformation physique et morale, sous l’influence interne du Saint-Esprit dans l’âme. Nous n’avons pas à nous occuper ici du subjec­ tivisme qui, en M. Harnack, préside à l’interprétation de l’origine des dogmes. Voir Dogme, t. iv. col. 1582 sq. HL Nécessité. — Nous ne parlons pas ici de la nécessité d’une révélation divine, mais de la nécessité de la grâce interne. Nous exposerons les questions indiquées par saint Thomas d’Aquin, Sum. theol., lB II·, q. αχ. Mais il faut d’abord exposer la notion de nécessité : il y a nécessité physique et nécessité morale. Quand on considère ce qui est requis à l’opération humaine, on distingue une double nécessité : ce que la faculté, en elle-même, prise dans son entité, exige pour que l’opération puisse se produire, est nécessaire physi­ quement, par exemple, pour connaître naturellement, l’intelligence humaine exige en elle une image de l’objet à connaître (species intclligibills impressa); ce qui est requis, non pour mouvoir ou déterminer telle faculté à tel acte, mais pour que les hommes, dans les conditions ordinaires de la vie et d’après la commune manière de vivre, agissent de telle ou telle manière, est nécessaire moralement, par exemple, pour que les enfants par­ viennent au développement normal de leur intelli­ gence, il leur faut l’enseignement Cette distinction est différente d’une autre, admise aussi en théologie : nécessité de précepte, et nécessité de moyen Une chose est nécessaire au salut, de néces­ sité de précepte, quand elle est nécessaire précisément parce qu’elle est imposée ou ordonnée : ainsi entendre la messe le dimanche est nécessaire de nécessité de précepte, parce que cet acte nous est Imposé; si. sans raison suffisante, on l’omet volontairement, on trans­ gresse la loi, on commet le péché et ainsi on met obstacle au salut. Une chose est nécessaire de nécessité de moyen, quand elle est requise formellement comme moyen pour atteindre un but. c’est-à-dire quand elle y ordonne positivement et en est cause formelle ou cfllcicnlc ou dispositive et qu'elle est précisément requise à ce titre : ainsi la grâce sanctifiante, comme 1572 nous le démontrerons plus loin, est nécessaire au salut, de nécessité de moyen. 1° Nécessité de la grâce pour connaître le vrai. — L’homme, même dans l’état actuel du genre humain, est physiquement apte Λ connaître chacune des vérités d’ordre naturel, et leurs divers ensembles, qui consti­ tuent les sciences diverses. Celte assertion sc prouve en philosophie cl sc déduit de l'essence même de l’in­ telligence humaine. Cf. S. Thomas, Sum. theol., I" 11·, q. cix, a. 1. Cette conclusion n’est pas infirmée, en théologie, par la doctrine du péché originel, car par suite de ce péché l’homme n’a pas été intrinsèquement déformé dans ses facultés naturelles. Il nous faut noter spécialement que l’homme, même dans l’état actuel du genre humain, est physiquement capable de connaître les vérités fondamentales de l’ordre moral, telles que l'existence de Dieu, l’existence de la loi naturelle et de sa sanction, l'immortalité de l'âme. Cette assertion est contenue dans divers docu monts émanés de l'autorité ecclésiastique. Voir la 6· proposition, souscrite par Bautain, t. il, col. 483; la2· proposition, souscrite parBonnetty. Ibid., col.1022. La capacité physique de l’homme à connaître avec certitude, par la force naturelle de son intelligence, l’existence de Dieu, a été définie au concile du Vatican et cette déclaration a été reprise et expliquée dans le serment antlmodcmiste. Voir t. iv, col. 824 sq. Enfin, toutes les vérités qui constituent les préam­ bules rationnels de la foi surnaturelle peuvent être connues par la seule raison naturelle. Voir Foi, col 188 sq. Nous concluons donc qu'aucune grâce interne n’est physiquement requise pour que l’homme connaisse les vérités d'ordre naturel. On ne peut affirmer non plus que la fol surnaturelle est, dans l’ordre actuel de la providence, moralement nécessaire pour que l’homme échappe aux erreurs même dans le domaine de la connaissance naturelle; mais II est incontestable que l’adhésion aux vérités révélées donne à la raison humaine des principes qui la guident et la raffermissent dans l'acquisition de connaissances d’ordre naturel, notamment en métaphysique. Comme nous l’expose­ rons plus loin, une grâce interne (soit actuelle, soit habituelle) est physiquement nécessaire à tout acte positivement salutaire; il en résulte la nécessité physi­ que de la grâce pour le jugement de crédibilité ou, au moins, de crédcntité, et pour l’acte de foi lui-même; mais cette assertion générale soulève des questions spéciales, nombreuses et difficiles, exposées à l’article Foi, col. 237 sq.; la question sc pose aussi si l’acte de foi divine, c’est-à-dire l’adhésion intellectuelle à une vérité révélée par Dieu, adhésion qui a pour objet formel l’autorité de Dieu-révélateur, peut se faire naturellement ou bien exige physiquement une grâce interne : c’est la question de l’objet formel des actes salutaires. Voir Billot, De virtutibus infusis, Rome, 1901, p 08 sq.; David, De objecto formali aclus salu­ taris, Bonn, 1913 2° Nécessité de la grâce pour faire le bien. — Nous nous occupons Ici des actes faits par l’homme en cette vie : un acte moralement bon est un acte libre, con­ forme avec la règle déterminant l’activité humaine en tant qu’elle mène ù l’obtention de la fin dernière; la conformité de l’acte libre avec cette règle est formel­ lement la moralité. Mais, dans l’ordre actuel de la providence, la fln dernière, considérée subjectivement, c'est-à-dire la possession même de Dieu, qui constitue la béatitude, est absolument surnaturelle : elle consiste, en effet, dans la vision intuitive de l’essence divine; tous les actes au moyen desquels l’homme tend positivement (soit médiatement. soit immédiatement) vers cette fin, I sont appelés salutaires. Mais l’homme peut ignorer 1573 GRACE ccttc fin, et peut l’en détourner, et cependant con­ naître et faire librement des actes conformes à la Ini naturelle ou à certaines lois positives. De là, il faut distinguer les actes salutaires et les actes simplement et uniquement honnêtes. Une double question sc pose maintenant : la grâce est-elle nécessaire pour quo l'homme fasse des actes simplement honnêtes; est-elle nécessaire pour que l'on puisse faire des actes salutaires ? t. Nécessité de la grdcc pour les actes salutaires. — Nous entendons ici, par salut, la sainteté ou la ncrfection morale, telle qu’elle est exigée dans l’ordre actuel, les fruits de la rédemption du Christ, le bonheur étemel dans l’autre vie; salutaire est toute action qui conduit positivement l'homme à cet ordre de choses ou qui émane de l’homme en tant qu’il y participe déjà. Jésus-Christ enseigne que rien n’est possible dans /ordre du salut sans la grâce. Après avoir exposé la perfection morale (pic doivent réaliser scs disciples, Mattii», v, l-vii, 6, il indique le moyen d’y parvenir : c’est la prière persévérante qui obtient le secours divin, Matlh., vn, 7-11; ce secours, ce principe de perfection monde, c’est le Saint-Esprit Luc., xr, 13. Ceux qui sont les disciples du Christ possèdent le royaume de Dieu. Luc., vu, 32. Personne ne peut entrer dans le royaume de Dieu sans renaître par l’eau et le Saint-Esprit. Joa., m. 5; cette vie nouvelle est mystique et surnaturelle, puisqu’elle a le Saint-Esprit pour principe. 11 existe une union intime et mystique entre le Christ et ses disciples : il est la vigne cl ses disciples en sont les branches; c’est du Christ qu’ils doivent recevoir la vie qui les rend capables de faire des œuvres saintes; sans le Christ ils ne peuvent accom­ plir aucune oeuvre qui appartient ά cet ordre, Joa., xv, 1-5; il s’agil ici de la même vie surnaturelle, de cette vie qui s’obtient dans une seconde naissance par le Saint-Esprit. Cette vie dans le Christ a pour consé­ quence l’observation des préceptes divins, qui a son principe dans l’amour envers le Christ, ibid., 8-10, et avec col amour coexiste l’habitation de la sainte Trinité dans l’âme. Joa., xiv, 23. Ces textes ensei­ gnent donc la nécessité d’une influence surnaturelle, interne, vitale pour toute autre œuvre salutaire. Le Christ, parlant du commencement de la vie chrétienne chez les adultes, c’csi-â-dirc de la foi en lui, affirme que celte fol est un don de Dieu;que personne ne croit sans qu’il n’y soit attiré par le Père, Joa., vi. II, 65-66; il s’agit ici encore d une influence surnaturelle. Saint Paul. 1 Cor., m, 1-6, parle de ceux qui prêchent l’Évangllc et dit que ce n’est pas à leur prédication qu’est due la foi de ceux qui les écoutent, mais à l’in­ fluence divine. C’est aussi à l'influence divine que les prédicateurs doivent d’avoir des pensées opportunes dans leur prédication. Il Cor., ni, 5; on peut en conclure que les fidèles aussi n’ont pas de pensées salu­ taires sans l’influence divine. Le salut, le fait d’être participants de la rédemption du Christ, est indépen­ dant des actions humaines, comme telles, même de l’observation de la loi comme telle : il est un don gratuit de Dieu; ceux qui le reçoivent sont créés dans le Christ, c’est une nouvelle existence qu’ils reçoivent Bom., in, 22-28; Eph.» n. 8-10. C'est donc à la grâce qu’est duc l’activité salutaire tout entière. Le travail personnel, que l’homme, déjà Justifié, doit faire pour persévérer, est encore, en dernière analyse, dû à l'in­ fluence divine : c’est Dieu qui opère en l'homme le vouloir et l'exécution de Γ oeuvre salutaire. Phil., n, 12,13. Cf, Prat, La théologie de saint Paul. t. n, p. 125 sq. La nécessité de la grâce pour être délivré de la servi­ tude du péché, pour être capable de l’éviter, est aussi clairement exprimée par saint Paul, par exemple. Rom., vi. 17; vu, 7-vîii, 2; Eph., n. 3; le fait d’obtenir la justification est un effort, non des actions volontaires 1574 comme telles, mais de la miséricorde, divine. Rom., ix, 16; cet effet, comme il résulte de l’ensemble de la doctrine de saint Paul, est la grâce interne : celle-ci est donc absolument nécessaire à tout ce qui mène l’homme a l état de justification. Cf. Hartmann, Lehrbuch der Dogmatlk, Fribourg-cn-Brisgau, 1911, р. 423 sq. Quant à la tradition, remarque le même auteur, il y a différence, au point de vue qui nous occupe, entre les Pères avant et après l’hérésie pélagienne, et, pour l’époque qui précède Pélage, entre les Pères grecs et les Pères latins, p. 424 sq. Quoi qu’il en soit de ce dernier point, on ne trouve chez les Pères, avant saint Augustin, aucune négation de la nécessité de la grâce; au contraire, beaucoup l'affirment, par exemple, S. Irénée, Cont. har.,\. HL с. xvii, n. 2, P. G., L vn, col. 930; Tertullien, De anima, c. xxi, P. L., t. n, col. 685; Origène, De principiis, 1. Ill, c. i, xvm, xx», P. G., t. xi, col. 289. 2 H. 301; S. Ambroise, In Lucam, 1. II. 84, P. L., L xv, col. 1583; Marius Victorinus, In EpisL ad Phil., n, 12 sq.. P. L·, L vin, col. 1212; S. Grégoire de Nazianze, Oral., xxxvn, 13, P. G., L xxxvi, col. 297; S. Grégoire de Nysse, Oral., iv, de oratione, dominica, P. G., L xlïv, col. 1166; De instituto chrlstiano, P. G., L xlvi, col. 304; S. Jean Chrysostome, In Genesf/n,homil. xxv, 7, P. G., L un, col. 228. Cf. Tixeront, op. cil., t. n, sur les Pères grecs, p. 145 sq., sur les Pères latins, p. 280 sq. La doctrine de Pélagc» développée par Celcstius et défendue avec ardeur par Julien d’Édane, voir Augustin, t. i, col. 2280 sq., contenait la négation de la nécessité de la grâce; on y affirmait que l’homme peut, par sa libre volonté, vouloir et réaliser tous les préceptes divins et, par conséquent, être juste devant Dieu. On ne distinguait pas entre les préceptes de la loi naturelle et ceux qui sont surajoutés pur la révéla­ tion; on considérait tout l’ensemble des obligations qui incombent à l’homme, et on affirmait leur obser­ vation possible par l’énergie de la volonté. Contre cette thèse générale /Xugustin écrivit, à la fin de l’année 412, le livre De spiritu et littera, où. après avoir Indiqué l’erreur, c. n. n. 4, il expose la doctrine catholique : l’homme, bien qu'il soit libre, alors même qu’il connaisse scs devoirs, doit cependant recevoir le Saint-Esprit, qui lui donne l’amour requis à l'accom­ plissement du bien moral, c. m; c’est lui qui est la source de la perfection morale, c. v, de la délivrance du péché, c. vi. de la justice ou de la vie réellement bonne au point de vue moral, c. vu. P. L., t. χι.ιι, col. 202-207. Cette même doctrine fut défendue par Augustin dans divers écrits subséquents, voir Augus­ tin, 1.1, col. 2296 sq., dans divers conciles, voir Hefcle, Histoire des conciles, trad. Leclercq,-t. n, p. 168 sq., et dans les lettres du pape Innocent 1er, de 417. P. L.. t. xx. col. 584. 586. 587, 591. L’important concile de Carthage, qui s’ouvrit le 1er mai 418 et où plus de deux cents évêques sc trouvaient réunis, proclama la néces­ sité de la grâce notamment dans trois canons : la grâce divine, par laquelle l’homme est justifié, ne procure pas seulement la rémission des péchés commis, mais elle est un secours donné pour que l’homme évite les péchés, can. 3; cette même grâce est un secours, non seulement en ce sens qu’elle nous fait connaître ce que nous devons faire et éviter, mais en ce sens qu'elle nous fait aimer et nous rend aptes à réaliser nos devoir», can. 4; cette grâce n’est pas donnée pour que nous puissions avec elle accomplir plus /aettement ce qui nous est ordonné, mais elle est donnée pour que nous devenions capables d’accomplir les préceptes divins : ce que nous ne pouvons pas sans elle. DenzlngerBannwart. n. 103-105. Ces canons furent approuvés par le pape Zosime, dans sa célèbre Epistata tractoria. i Ces décisions proclament donc la nécessité absolue 1575 GRACE de h çrâce Interne (considérée en général), pour obtenir h justification et pour ne pas la perdre par le péché· Innocent Ier avait déjà déclaré la nécessité de la grâce pour la persévérance du juste, P. L., L xx, col. 587, cl Zosime, dans la lettre citée, attribue à l’in fluence divine sur le cœur des hommes et sur leur libre arbitre toute pensée sainte, tout pieux dessein et tout bon mouve- 1 ment de la volonté : l’influence divine, dont il est question ici, est la grâce. Ce texte est emprunté au document appelé Præterltorum sedis apostolicar episco­ porum auctoritatis, publié probablement sous Sixte III (432-110) et admis comme l'expression de la foi de l’Église· La doctrine de ce document est bien résumée dans sa conclusion : · Nous professons hautement que tous les bons sentiments et toutes les bonnes œuvres, tous les efforts et toutes les vertus, par lesquels, depuis le premier début de la foi, nous nous dirigeons vers Dieu, ont vraiment Dieu pour auteur; nous croyons fermement que tous les mérites de l’homme sont pré­ cédés par la grâce de celui à qui nous devons et de commencer à vouloir le bien et de commencer à le faire. » Voir Célestîn, L n, col. 2058. Les arguments donnés pour prouver cette nécessité sont la doctrine scriptu­ raire, exprimée dans les textes que nous avons cités plus haut; ensuite la pratique établie dans l’Église, de prier pour obtenir de Dieu la foi et tout ce qui aide au salut; de là le principe : ut legem credendi lex statuat supplicandi. Dcnzlnger Bannwort. n. 139. On ne peut pas exagérer la portée de cet axiome, on ne peut pas considérer toute prière liturgique comme expression de la fol de l’Église. L’auteur des Capitula parle ici de prières que font les ministres de l'Église pour que la foi soit donnée aux infidèles, pour que les idolâtres soient délivrés de leurs erreurs, que les juifs volent la lumière de la vérité, etc, Cf. dom Cabrol, dans le Dic­ tionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie, art. Célestin l9t, L n, col. 2795 sq. Mais remarquons que l’auteur des Capitula indique le principe d’où résulte la valeur de son argument : ce sont des prières sacer­ dotales, que les apôtres nous transmirent, que toute l’Église catholique emploie uniformément dans tous les lieux du monde; c’est l’universalité et l’antiquité de l’emploi de ces prières qui en fait un témoignage authentique de la fol de l’Église et la loi de la croyance. Cette doctrine, avant d’étre exprimée dans les Capi­ tula, avait été exposée par saint Augustin, De dono perseverantiæ, c. xxni, n. 63, P. L., L xuv, col. 1051. Quand ce document fut publié, l’erreur, désignée plus tard sous le nom de semi-pélagianisme, avait déjà fait son apparition. Sur son origine, voir Jocquin, dans la Revue d'histoire ecclésiastique (Louvain), 1901, L v, p. 266 sq. Il semble que ce soit la doctrine de saint Augustin sur la prédestination qui ait donné lieu au débat; mais ici nous avons à considérer la nécessité de la grâce, et spécialement la doctrine de Cassien. Celuici parait d’abord admettre, d’une manière générale, la nécessité de la grâce pour tout acte qui appartient au salut, même pour le commencement de la bonne volonté. Collât., III, c. xvi, xix, P. L., L xux, col. 578 iq., 581. Mais bientôt Cassien précise son ensei­ gnement. Il pense que de nous-mêmes nous pouvons avoir parfois du moins un commencement de bonne volonté : In his omnibus et gratia Dei et libertas nostri declaratur arbitrii et quia suts interdum motibus homo ad virtutum appetitus possit extendi, semper vero indi­ geat adjuvari... Etiam per natura: bonum quod beneficio creatoris indultum est, nonnunquam bonarum volun­ tatum prodire principia, quæ tamen nist a Domino diri­ guntur, ad consummationem virtutum pervenire non possunt. Collât, Xlll, eux, col. 918-920. Aussi Dieu, pour dispenser sa grâce exige-t-il, ou attend-il quelque­ fois de nous des efforts préalables d’une bonne volonté.> Ibid., c. xm, coL 932. Voir Cassien, L n, col. 1823 sq.;; 1576 Fauste de Riez, t. v, col. 2103 sq.; Jacquln, dans h Revue d'histoire ecclésiastique, 1904, t. v, p. 280 sq.; 1900, t. vm, p. 291 sq.; I lefeic. op. cit., t. n, p.!090sq.; Tixcronl, op, cit., t. ni. p. 276 sq., auquel nous avons emprunté l’exposé précédent Cette doctrine fut réfutée par saint Augustin dans deux traités, De prædeslt natione sanctorum, P. L., L xliv, col. 959-992; De dono perseverantia:, P. L., L xlv, col. 993-1034; plus tard par saint Prosper d’Aquitaine dans son livre Contra collatorem, P. L., t. li, col. 215-276. Signalons quelques asse rtions : saint Augustin insiste sur ce point que le commencement de la foi est dû à la grâce, De prœdestinatione sanctorum, c. π, 3, P. L., t. xliv, col. 961 sq. ; plus loin, vm, n. 16, il dit : Fides igitur et inchoata et perlecta, donum Dei est : et hoc donum quibusdam dari, quibusdam non dari, omnino non dubitet, qui non vult manifestissimis sacris Litteris repugnare, coi. 972; cf. c. xvn, coi. 983; c. xxi, coi. 992. Dans le traité De dono perseverantia:, il enseigne que nul mérite humain n’existe avant la grâce, c. xix, n. 49, P. L., I. xlv, col. 1023. Cf. c. xxiv, col. 1033. Dans ccs textes il s’agit de la grâce propre­ ment dite, c’cst-ù-dirc du secours divin spécifique­ ment salutaire. Sur la distinction des deux ordres de grâce, voir Augustin, t. i, col. 2387. Saint Prosper nie que les pensées pieuses viennent de la seule volonté libre, elles proviennent de Vinspiration de Dieu, Contra collât., c. ΧΠ, P. L., t. li, col. 244 : la bonne volonté,par laquelle on adhère à Dieu, appartient à l’homme, mais elle naît sous l’inspiration divine, col. 245 sq. L’homme ne peut pas par son énergie propre s’élever aux com­ mencements de sa sanctification, col. 216; aucune œuvre salutaire ne peut se faire sans la grâce; bien qu’on rencontre des actions louables chez, les impies, elles ne sont pas véritablement vertueuses : Ergo omnia quæ ad vitam et pietatem pertinent, non per naturam, quæ vitiata est, habemus, sed per gratiam, qua natura reparatur, accepimus. Nec ideo æstimare debemus in naturalibus thesauris principia esse virtu­ tum, quia multa laudabilia reperiuntur etiam in ingeniis impiorum. Quæ ex natura quidem prodeunt, sed quoniam ab eo qui naturam condidit recesserunt, virtutes esse non possunt, coi. 250; la liberté reste entière sous l’action de la grâce, celle-ci porte la volonté au bien et l’y affermit : opitulationes divinæ gratiæ stabilimenta sunt voluntatis humana, col. 255. Cf. les définitions de Cassien jugées par saint Prosper, col. 255 sq. Voir Fuloence de Ruspe, col. 970 sq. Ιλ nécessité de la grâce, étendue à tous les actes salutaires, était donc enseignée par ceux qui étalent les mieux en situation d’exposer la doctrine catho­ lique; elle fut proclamée officiellement au II· concile d’Orange, en 529, convoqué par saint Césaire d’Arles, voir C&SAIRE, t. π, col. 2168 sq. ; Tixcront, op. cit., t. in, p. 304 sq., et confirmée par le pape Boniface II. Au point de vue doctrinal, il faut remarquer que ce concile décrit davantage les actes qui peuvent précéder la foi, notamment le pius credulitatis affectus, et sur­ tout qu’il précise la raison de la nécessité absolue de la grâce, par ccs expressions sicut oportet ad salutem. Ce n’est plus la raison générale qu’on invoque, à savoir que la nature humaine est viciée, que le libre arbitre est infirme, mais on affirme l’incapacité de la nature à tout acte salutaire comme tel. Les canons les plus importants sont les suivants; nous les résumons : Ce n’est pas à la prière humaine que la grâce est concédée, mais c’est la grâce qui fait que nous la demandions, can. 3; Dieu n’attend pas que par notre propre volonté nous désirions être purifiés de nos péchés, mois c’est par l’infusion et l’opération du Saint-Esprit en nous que nous concevons ce désir, can. 4. Le commencement de la fol, le désir de croire i (credulitatis allectus) est un don de la grâce, c’est-à-dire 1577 GRACE une inspiration de l'Esprit-Salnt, et n'est pas un eflet naturel, can. 5. C'est par l'infusion et l'opération du Saint-Esprit en nous que nous pouvons réaliser la fol, les désirs, les efforts, les prières comme il /aut (sicut oportet); sans la grâce nous ne le pouvons pas, can. 6. Par la seule énergie de la nature, on ne peut ni conce­ voir, ni choisir, comme il convient (ut expedit), aucun bien qui appartient à l’ordre du salut de la vie éter­ nelle; on ne peut, sans l'illumination et l’inspiration du Saint-Esprit, consentir à la prédication salutaire de l'Evangile (slue salutari. Id est, euangelica: prædtcationi consentire... Le sens semble bien être celui-ci : on ne peut, sans la grâce du Saint-Esprit, consentir à la pré­ dication de l’Évangilc, précisément parce qu'elle est salutaire), can. 7. Voir les textes dans DenzlngerBannwart, n. 176-180. Le concile de Trente a établi la même doctrine, sess. vi, a i, v-vi, can. 1-6. Denzinger-Bannwart, n. 793, 797-798, 811-816. Ccs textes contiennent l'affirmation de la nécessité de la grâce pour tout acte salutaire; cette nécessité résulte donc, non d'une difficulté que l'homme éprouve â se vaincre (car il s’agit aussi d'actes faciles), mais de l’incapacité complète de la nature humaine à produire, par elle-même, un acte salutaire. Cette idée sc confirm· par le 19· canon, Dcnzinger-Bannwart, n. 192, où il est dit : · Si la nature humaine demeurait dans cet état d’intégrité, dans lequel elle a été établie (par Dieu, en Adam), elle ne pourrait s'y maintenir par elle-même, sans le secours de son créateur. Par conséquent, puis­ qu'elle ne peut, sans la grâce de Dieu, conserver le salut, comment pourrait-elle, sans la grâce de Dieu, recouvrer ce qu'elle a perdu? » L'homme, qui n'est pas sujet au désordre de la concupiscence, ne peut pas, par la seule perfection de sa nature, accomplir le bien qu'il doit réaliser pour rester juste devant Dieu; la nécessité de la grâce, dont il s'agit ici, ne correspond donc pas â cette difficulté morale d'éviter le péché qui est due au désordre de la concupiscence; elle ne correspond pas non plus à une difficulté morale d’un autre genre, car saint Augustin, auquel est emprunté le texte dont il s'agit, enseigne qu'Adam pouvait sans dif Acuité et sans lutte éviter le péché. De correptione et gratta, n. 29, 35, P. L., t. xi.iv, col. 954. 937; la nécessité, dont il s'agit, semble donc correspondre à une incapacité phy­ sique do la nature humaine à accomplir le bien salutaire, â agir salutairement : d’où la nécessité physique de la grâce. Saint Augustin, Epist., clxxxvi, n. 37, P. L·, t. xxxm, col. 830; cf. De natura et gratta,c. XLvm,n.56, P. L., t. xliv, col. 271 ; Enchiridion, c. evi, P. L., t. XL, col. 282 sq., ne précise pas davantage cette nécessité. Les théologiens ont expliqué plus tard cette donnée et ont notamment reconnu â la grâce une double fonction : celle de guérir de l’infirmité morale, prove­ nant du désordre introduit par le péché originel; la grâce, en tant qu'elle est ordonnée â cet eflet, est appelée medicinalis ou sanans; l'autre fonction consiste a être un principe d'activité qui surpasse absolument la nature humaine et Λ élever, par conséquent, l’opé­ ration humaine ù un ordre nouveau. 1’ordre surna­ turel; la grâce, en tant qu’elle produit cet eflet, est appelée elevans. De ce que ΓEglise a défini que la grâce est requise à tout acte salutaire, comme tel, même à une simple pensée ou â un désir salutaires, les théologiens ont logiquement conclu que cette nécessité est physique et que la grâce a pour fonction de rendre formellement sa­ lutaire l'opération dont elle est le principe. Mais qu'estce qui fait que l'actc soit salutaire? C’est qu'il est dans l’ordre de la lin dernière à laquelle l’homme tend par cette opération Or, nous savons, d'autre part, que cette fin dernière, la vision intuitive de Dieu, est absolument surnaturelle; pour qu'un acte soit réellement propor­ tionné à celte lin, il doit donc être aussi surnaturel · c’est 1578 donc à surnaturaUser l'acte que consiste la fonction de la grâce élevante et cette sumaturalisation est la raison de sa nécessité absolue et physique. Cf. S. Thomas, In IV Sent., J. II, dist. XXIX. a. 1 ; Sum. theol., P II* q cix, a. 2, 5; Sylvestre Ferrariensls, Comm. in Sum mam cont. gent. ,1. 111, c. cxlvîl Notons encore que la thèse de la nécessité absolue de la grâce pour tout acte salutaire contient implicite­ ment l’assertion que l’homme a besoin de la grâce pour sc préparer positivement ά la justification. Saint Thomas en indique la raison Intrinsèque : Dieu, qui meut tous les êtres au bien considéré en général, et par consé­ quent les meut vers lui, meut à une fin spéciale les hommes qu'il mené â la justification; cette fin spéciale, c'est Dieu lui-même, possédé sumaturellement; c'est pourquoi Dieu doit mouvoir d'une manière spéciale, sumaturellement, les hommes vers la Justification. Sum. theol., P II·, q. αχ, a 6. Le concile de Trente, sess. vi, a vi, décrit cette préparation. DenzlngerBannwart, n. 798. 2. Nécessité de la grâce pour les actes simplement honnêtes. — a) Dans l'état actuel de Γ humanité, Chomme est capable, sans le secours de la grâce interne, de faire certains actes moralement honnêtes. — Cette thèse est théologiquement certaine, comme 11 ressort de rensei­ gnement commun des théologiens et des documents ecclésiastiques, que nous indiquerons. Le démonstra­ tion repose sur le principe qu'après le péché d'Adam, le libre arbitre n'a pas été détruit, bien qu’il ait été affaibli Concile de Trente, sess. Π, c. i, DcnzingerBannwart, n. 793. Voir une note sur cette formule dans la Revue thomiste, 1912. t. xx, p. 70 sq. Ce prin­ cipe admis, la conclusion s'impose. En eflet, l'homme a la capacité physique de poser des actes moralement honnêtes, car il est obligé d'observer la loi naturelle; de plus, les actes moralement honnêtes ne sont pas toujours plus difficiles que les actes moralement mau­ vais : c'est une constatation d’expérience; l'homme est donc, même dans l’état actuel du genre humain, physiquement et moralement capable de poser, par les seules forces de sa nature, des actes moralement bon*. I Cf. S. Bonaventure, In IV Sent., 1. Il dist. XXVIII. a. 2, q. ni ; dist. XLI, dub. n. Opera omnia, Quaracchi, t. n, p. 689, 956; S. Thomas, Sum. theol., I· II*, q. αχ, a. 2; IP II*, q. x, a. 4; Soto, De natura et gratta, Paris, 1549, 1. I, c. xxi; Suarez, De gratta, 1 T, C.V1H, n 4, Opera omnia, L vn, p. 403; Bellarmin, De I gratta et libero arbitrio, 1. V, c. ix, De controvert iis, I Prague, 1721, t. iv, p. 337. C'est surtout en condamnant les erreurs de Baius que l'autorité ecclésiastique a déclaré la doctrine catho­ lique concernant fa capacité naturelle de l’homme Λ faire des œuvres moralement honnêtes. Voir Bails, t. n, col. 83 sq. Au même objet se rapportent plusieurs propositions condamnées de Quesncl et du synode de Pistole. Dcnzinger-Bannwart, n. 1351, 1352, 1355, 1389. 1390, 1391. 1523. 1524. Baius invoquait surtout l’autorité de saint Augustin pour défendre l’incapacité de l’homme à faire des actes honnêtes sans la grâce. Telle n'étalt pas fa doctrine de l’évêque d* Hippone : il admet que l’homme puisse» par scs propres moyens, poser des actes moralement bons (encore qu'en règle très générale, ù de pareils actes s’ajoutent des circonstances qui les rendent moins bons ou mauvais). Cf. De spiritu et littera, c. xxvn sq., P. L., t. xliv, col. 229 sq.; S. Prosper, Cont. collât., c. xm, n. 5, P. L·, t. u col. 250. Sur fa doctrine de saint Augustin concernant ce point, voir Faure, Enchiridion S. Aurelii Augustini, Naples, 1847, p. 1 sq.; Neveu, dans Divus Thomas, 1905, p. 372 sq.; Hefcle, Histoire des conril s, U n, p. 1101; Schwane, op. cit., t ni, p. 175; Tlxeront. op. cit., L iî, p. 486 sq.; Au» ousTiN, t. i, col. 2376 sq. Spécialement sur le sens de 1579 GRACE cette formule : omne quod non est ex fide, peccatam est, voir Pesch, Prirlectioncs dogmaticsr, t. v. n. 144 sq. Nous croyons utile de signaler ici certaines expres­ sions de saint Augustin, qui. à première vue, semblent s’opposer à la doctrine que nous venons d’indiquer. Dans son Contra duas epistolas pelagianorum, 1. 1. c. n, n. 7, P. L·, t. xliv, col. 553, l'évêque d’Hippone dit, par exemple, ceci : nec potest homo boni aliquid celle, nisi adjuvetur ab eo qui malum non potest velle, hoc est gratia Dei per Jesum Christum. II aflinne ici la nécessité d un secours divin pour tout acte bon; et ce secours est la grâce proprement dite, c’est-à-dire le don gratuit qui rend la volonté juste, ct qui suppose la joi, qui elle-même est un don gratuit. Dans le passage, d’où la phrase susdite est tirée, Augustin enseigne que le libre arbitre n’a pas été détruit par le péché originel, n. 5, col. 532, mais que cette liberté (cette parfaite indépendance pour faire le bien), qui existait au paradis terrestre ct qui permettait à l’homme de réaliser pleinement la justice, n’existe plus; il résulte de là : a) que l’homme peut faire librement des actes mauvais, et, par conséquent, être véritablement cou­ pable; b) qu’il n’a plus, pour réaliser le bien, la même aptitude qu’il a pour réaliser le mal; il se trouve dans nn état où II est dominé par la concupiscence ct dans lequel il ne peut plus éviter tout péché; il ne peut être délivré de cct état que par la grâce du Christ. Après cela Augustin ajoute : Sed hire voluntas qua libera est in malis, quia delectatur malis, ideo libera in bonis non esi, quia liberata non est; nec potest homo boni aliquid velle nisi adjuvetur ab eo qui malum non potest velle, hoc est gratia Dei per Jesum Christum. Cet aliquid boni désigne donc un bien qui est dans l’ordre du salut, un bien qui appartient à cct état où l’homme est délivré de la domination de la concupiscence. il ne s’agit donc pas ici de tout acte simplement honnête, au point de vue purement naturel. Et à Julien d’Échme qui s’attaque au passage en question, Augustin répond : < C’est la charité qui veut le bien, ct la charité vient de Dieu ; ce n’est pas par la lettre de la loi (qu’on fait le bien), mais par l’esprit de la grâce. » Opus impcrjcctum contra Julianum, 1. I, n. 94, P. L., t. ma. col. 1111. Plus loin, au 1. III. n. 110, col. 1295, saint Augustin dit : A’rmo est liber ad agendum bonum sine adjutorio Dei. D’après le contexte, I'adjutorium Dei indique la grâce du Christ; cependant il ne s’agit pas ici du libre arbitre et d’une bonne action en particulier, mais de la vigueur habituelle de la volonté à faire le bien, à éviter tout pêché; cette vigueur habituelle ne s’obtient que par la grâce; elle seule guérit l'infirmité qui a atteint la nature humaine par suite du péché originel. Au I. VI, n. 15, col. 1535, il est dit : Si ergo hi, quorum contra carnem jam spiritus concupiscit, ad sin.· gulas actus indigent Dei gratia, ne vincantur, qualem Ubertatem voluntatis habere possunt, qui nondum de potestate eruti tenebrarum, dominante iniquitate, nec certare cirperunt, aut, si certare voluerunt, nondum libcrata voluntatis servitute vincuntur. Dans ce passage, le saint docteur parle de ceux qui possèdent la gràcc divine ct sont délivrés de l’esclavage de la concu­ piscence; cependant ils doivent encore lutter, ct ce n’est qu’avec le secours de la gràcc de Dieu qu’ils remporteront la victoire, qui les fera jouir du royaume éternel. Dans ce combat, la prière est plus importante que la force» car c’est par la prière qu’on obtient la furcc dont on a besoin. Les chrétiens ont constam­ ment besoin du secours de la gràcc pour n’être pas sainrus dans la lutte contre la concupiscence ct le recours de la grâce aiTcctc chacun de leurs actes. Saint Augustin semble bien avoir dans l’idée la victoire salutaire, celle qui est propre au chrétien ct méritoire de La vit étemelle. 1580 S’il en est ainsi, ceux qui ne sont pas chrétiens, et n’ont pas la grâce, n’auront pas in vigueur de la volonté (libertatem voluntatis) requise a la victoire; ceux-ci ne luttent même pas, ou s’ils veulent lutter, ils sont vaincus. Saint Augustin n'afllrme donc pas qu’il faut le secours de la grâce pour toute victoire sur une tentation, même si cette victoire est simplement honnête, non salutaire; de plus, il dit que ceux qui ne sont pas encore sous le régime do la grâce peuvent vouloir lutter. Ce vouloir lutter est un acte moralement bon et il semble bien que saint Augustin admet que cet acte peut se faire sans le secours de la gràcc. Remarquons encore que saint Augustin parle ici de la grâce considérée en général et que l’in fluence dont il parle ne peut être restreinte à la grâce actuelle; de l’endroit cité on ne peut pas conclure que saint Au­ gustin enseigne qu’il faut, dans les hommes justes, une grâce actuelle pour chaque acte saluiairt Suarez. De gratia, 1. I, c. n sq.. expose longuement une série de questions sc rapportant à la nécessité de la grâce pour l’opération moralement bonne; quelques-unes seront traitées dans la suite. Nous avons affirmé la capacité de Γhomme à faire, sans le secours de la grâce, des actions moralement bonnes; il ne s’ensuit pas rigoureusement que de fait les hommes accomplissent, sans le secours de la grâce, des actes moralement bons. Voir Bai us, col. 85. Bien que cette dernière assertion ne soit pas établie par une déclaration officielle de l’Églisc, elle est admise cependant par la plupart des théologiens. Nous n’adhérons donc pas à l’opinion de Vasquez, ni à celle de Ripalda, dont il sera parlé plus loin. La doctrine, que nous avons exposée, a pour corol­ laires les deux assertions suivantes : les in fidèles peu­ vent faire des actions qui ne sont pas des péchés; l’homme, en état de péché mortel, ne pèche pas néces­ sairement dans tous les actes qu’il pose. Voir Pal­ mieri, De gratia actuali, Wulpen, 1885, thés, xxi, p. 99 sq.; Bah s, l. n, col. 83 sq. Une autre conséquence est la distinction qui con­ cerne la manière dont on peut observer la loi : l’obser­ vation quant à la substance des actes, quoad substan­ tiam operum, ct l’observation quant au mode d’agir, ce qui revient à une qualité accidentelle de ces actes, quoad modum agendi. Par substance des actes, nous entendons ici l’essence de l'acte humain au point de vue de la moralité, par exemple, ce qui est requis pour qu’une action soit réellement un acte de religion, un acte de justice, etc. Par le mode d’agir on peut entendre toute qualité accidentelle de l’acte, par exemple, la facilité avec laquelle il sc fait, son intensité; mais, en théologie, on entend sa surnaturalité; saint Thomas ct saint Bonaventure désignent par le modus agendi la surnaturalité qui rend l’acte méritoire de condigno. Cf. S. Thomas, In IV Sent., I. ll.dist. XXVUI.q. i. a. 3; Sum. thcol., P II*, q. cix, a. t; S. Bonaven­ ture, In IV Sent., I. II. dlst. XXV HI, a. 1, q. ni, Quaracchi, l. n, p. 680; Billot, De virtutibus in/usis, prolcg., c. m, § 1. n. 4, Rome, 1901, p. 78; De gratia Christi, Rome, 1912, p. 68 sq. Cette distinction a été violemment attaquée par Luther, parce qu’elle était incompatible avec son opinion sur la corruption essentielle de la nature humaine et son incapacité radicale de faire un acte moralement bon. Cf. Denifle, Luther und Luthertum, L i, p. 519; Grisar, Luther, t. i, p. 110, 115, 160. Elle est encore incompatible avec la doctrine de Baius, parce qu’il tient que tout acte moralement bon est aussi méritoire de la vie éternelle. De meritis operum, LH, c. h, vi. C’est pourquoi l’on trouve, parmi les propo­ sitions condamnées de Bains, la 61e qui dit : « Lu distinction que font les docteurs d’une double manière , d’accomplir la loi divine, l’une sc bornant à la sub­ 1581 GKACE stance de l'œuvre commandée, l’autre ajoutant un certain mode ou caractère méritoire qui rend les œuvres dignes de conduire le sujet au royaume des deux, est une distinction chimérique qu’il faut rejeter. » Denzingcr-Baimwart, n. 1061. Voir Baius, t. n, col. 79. b) Les théologiens se sont occupés spécialement de la capacité de l’homme déchu â vaincre les tentation*. Il s agit id d’une victoire moralement honnête, non salutaire. La plupart admettent que l’homme peut, sans le secours de la grâce, résister à certaines tentations, au moins aux tentations légères. Ci. Soto, De natura et gratia, 1. I, c. xxi, Paris, 1549, fol. 83; Suarez, De gratia, 1. I, c. xxin, n. 13, Opera omnia, t. vu, p. 483; Gotti. Theologia scholastico-dogmutica, t. n, tr Vil, De diuina gratia, dub. ix, n. 5, Venise, 1750, p. 318. Mais beaucoup enseignent que l’homme ne peut pus, sans le secours de la grâce, résister à aucune tentation grave : tel est l’énoncé de la thèse défendue par Suarez, op.cil.,\. I,c,xxiv,n. 8,p. 492;Gotti,loc.cil., n. 15;Mazzella, De gratia Christi, Koine, 1892, η. 390. La raison qu’ils apportent pour soutenir cette thèse est l’inlkmlté de la nature humaine concernant le bien moral; aussi le texte de saint Paul, 1 Cor., x, 13. Cependant ce texte et les texte* des conciles concernant la nécessité de la grâce ne permettent pas d’établir que l’homme ne peut, sans le secours de la grâce, résister â aucune tentation grave. C’est pourquoi d’autres théologiens, par exemple, Hurter, op. cil., n. 47, parlent de la victoire sur toutes les tentations qui assaillent l’homme. Le P. Pesch, op. cit., n. 157, fait une remarque très opportune : il semble, que l'on a tort de proposer cette thèse : l'homme, sans le secours de la grâce, ne peut vaincre aucune tentation grave. Qu’est-cc, en effet, qu’une tentation grave ? On ne pourra guère donner d’autre réponse que celle-ci : une tentation grave est celle qui sollicite l'homme avec tant de force que, sans la grâce, il est moralement Incapable de résister. Cette explication contient une tautologie. Si l’on veut décrire la nature même d’une tentation grave, on ne par­ viendra pas À la déterminer de telle façon que l’on puisse alors démontrer la thèse; les documents de la révélation ne donnent aucune description de cet objet. 11 est donc plus exact de proposer la thèse suivante : Tout homme, gui pendant un temps considérable jouit de Tusagc de la raison, rencontre des tentations si graves qu'il ne peut les vaincre, sans le secours de la grâce. Celte assertion est alors une explication de la thèse générale, que nous exposerons plus loin. Pour les arguments, voir Pesch, op. cit., n. 159 sq. La question, que nous venons d’exposer, a donné lieu â diverses opinions qui ont une portée plus géné­ rale; nous les exposerons ici afin de mieux faire ressortir le lien logique qui les unit Vasquez, In /·η» //K q. cix, a. 2, disp. CLXXXIX, c. vin sq., Anvers, 1622, p. 401 sq., a soutenu une opinion qui n’a guère été suivie par les théologiens. 11 enseigne que l’homme ne peut vaincre aucune ten­ tation, même la plus légère, sans le secours de la grâce du Christ. 11 s’efforce d’abord de montrer que cette opinion est contenue dans la doctrine des Pères cl des conciles, c. vni-xm. Nous ne pouvons entrer dans cette discussion, mais il nous faut noter comment Vasquez explique sa thèse : les êtres privés de raison agissent nécessairement, leur opération est toujours déterminée pur leur nature, et Dieu, en tant que créateur, les meut à produire l'opération telle qu'elle est contenue in actu primo dans leur nature. Mais l’homme est libre, et par conséquent indifférent : l’action volontaire, qu'il pose librement, n’est pas déterminée par la nature humaine; mais cette action dépend d’une pensée et cotte pensée n'est p .s au pouvoil de l'homme; cette pensée dépend de 1582 Dieu, non pas en ce sens qu’elle est toujours produite par Dieu dans l'intelligence, mais en ce sens qu’elle dépend de la prescience cl de la providence divines. C’est donc de Dieu qu’il dépend que l’homme ait telle pensée en vertu de laquelle il résiste à la tentation, plutôt que telle autre pensée à laquelle il succom­ berait; si Dieu, qui connaît de toute éternité l’in­ fluence de telle pensée sur tel homme dans telles condi­ tions fait en sorte que l’homme ait, de fait, la pensée en vertu de laquelle il résiste à la tentation, c’est lâ un bienfait de Dieu, a xv sq. Cette cogitatio congrua est donc un bienfait spécial de Dieu (il aurait pu donner une cogitatio non congrua) et parce que, dans l’ordre actuel de la providence, tous les bienfaits sont accordés conséquemment aux mérites du Christ, cette cogitatio congrua peut donc s’appeler auxilium gratiæ j*r Christum, c. xvn sq. Cette cogilatio congrua n’est pas seulement un secours dû â la protection externe de Dieu, mais c’est une inspiration interne, qui produit une bonne adection par laquelle nous résistons â la tentation; rien n’empêche que cette pensée opportune soit produite en nous par des cause» secondes externes; c’est Dieu qui les a disposées par sa providence, c. xvj. n. 142, p. 423. Cette grâce, ajoute Vasquez, n’est pas un secours qui, quant â sa nature ou substance» est surnaturel, comme est le secours qui nous est donné pour faire des actes salutaires; le secours, dont il s’agit, est en soi d’ordre naturel, proportionné a U nature, il ne requiert aucun principe nouveau pour le produire; il est cependant une grâce parce qu il procède de la libéralité et de la miséricorde de Dieu â notre égard ct que Dieu aurait pu ne pas nous l’accorder, c. xvi, n. 144, p. 424. Bellarmin, De gratia et libero arbitrio, 1. V, c. vu, p. 334, semble défendre la même thèse. Son explication cependant ne coincide pas avec celle de Vasquez. L’opinion de celui-ci diffère de celle qui fut défendue par Baius et condamnée dans la 30· proposition. Voir Baius, L π, coL 88. Vasquez, en effet, n exigeait pas la grâce proprement dite et ne fondait pas son opinion sui une fausse idée de la connexion de la grâce avec la nature, telle qu’elle se trouve chez Baius. Cependant le sentiment de Vasquez n'a guère de partisans. C’est â juste titre, nous semble-t-il, car, d'abord, dans les textes des conciles, réunis contre le pélagianisme, on ne trouve pas cette distinction entre la grâce, quant à son être» surnaturelle, ct la grâce, quant à son être, naturelle; ensuite la cogilatio congrua, dont parle Vasquez, bien qu’elle soit un bienfait de Dieu, ne peut pas s’appeler grâce, parce qu'elle n’appar­ tient pas â l’ordre surnaturel; une bonne pensée natu­ relle, prévue ct donnée par Dieu, n’est pas une grâce proprement dite, au sens thcologique du mot, alors même qu’elle devient l'occasion d’un acte salutaire, qui s’opère après la grâce proprement dite. Cf. Suarez, op. cil., c. xm, n. 3 sq., p. 436 Pesch, op. cit-, n. 126 ; Billot, De gratia Christi, p. 80. L'opinion de Vasquez, que nous venons d’exposer, est intimement connexe avec une assertion plus générale, défendue par le même auteur : il faut un secours spécial de Dieu, au sens expliqué, pour tout acte moralement bon. Op. cit., disp. CXC, c. xn, η. 117 sq., p 462 sq. Ripalda, De ente supernaturall, t. n, 1. V, disp. CXI V, sect. iv-v. p. 541 sq., réfute cette opinion, en ce sens que le secours requis par Vasquez ne peut pas s’appeler la grâce ct n’appartient pas à l’ordre surnaturel, ni à l'ordre des secours proprement salutaires. Mais Ri­ palda, tout en admettant que la nature humaine est, par ses propres forces, capable de faire des actes mora­ lement bons, soutient que de /ait. dans l’ordre actuel, d’après le plan établi par Dieu, aucun acte morale­ ment bon ne s’accomplit sans qu’il soit aussi surnaturel 1583 GRACE et par conséquent l’effet d’une grâce proprement dite et Intrinsèquement surnaturelle- Dieu, dlt-ii, en desti­ nant h nature humaine â la fin surnaturelle et aux oeuvres qui conduisent vers elle, a décidé de toute éternité qu’aucun effort pour accomplir un acte de vertu ne serait accordé» sans que la volonté créée ne soit prévenue par un secours intrinsèquement surna­ turel. Op. cit., sccL xm, n. 123, p. 556. L’auteur expose et défend longuement cette thèse. Op. cit.. t. i, I. L disp. XX, sect. n. Elle est liée chez lui à une autre explication concernant la fol. Op. cit.. t. iv, De virtu­ tibus. sect xvn. D’après Ripalda, comme nous venons de le voir, même chez les païens, tous les actes sont ou bien mauvais, ou bien sumaturellement bons. Dès lors, tas actes par lesquels les païens s'efforcent de con naître Dieu sont aussi surnaturels. Ces actes sont méritoires de congruo et les païens peuvent ainsi arriver à l’amour de Dieu au-dessus de tout; cet amour sera surnaturel et pourra ainsi obtenir la justification. L’homme serait ainsi justifié sans connaître la révélation et sans avoir la fol proprement dite, Op. cil., t. i, I. I, disp. XX, sect, xn, xxn, xxm. Nous n’avons pas â réfuter cette opinion concernant la foi. Voir Schifllni, De virtutibus infusis, Fribourg-en-Brisgau, 1901, n. 168 sq.; Pesch, [ op. ci/.. L VHî, De virtutibus, 1908, n. 468 sq. Mais l’opinion de Bipalda, concernant la nécessité de la grâce surnaturelle, ne nous semble pas prouvée. Nous ne trouvons pas valides les arguments exposés pour établir que Dieu donnerait à chaque homme une grâce proprement dite chaque fols qu’il doit poser un acte moral; nous pensons qu’il y a des actes morale­ ment bons et simplement naturels. Cf. Palmieri, De gratia acluati, p. 254; Schifllni, De gratia divina, η. 105. Mais nous considérons comme très probable le sen­ timent du cardinal Billot, De gratia, p. 79 sq., qui n’admet pas qu’il existe deux espèces de grâces : l’une naturelle, quoad modum, l'autre surnaturelle, quoad substantiam; il enseigne que Dieu, dans l’ordre actuel, ne donne que des grâces intrinsèquement surnatu relies, de façon que tous les actes qui procèdent d’une grâce sont, dans leur entité, surnaturalisés. Cette thèse s’appuie sur les deux arguments suivants : a) les Pères et les conciles, en affirmant la nécessité de la grâce, ne parlent que d’une sorte de grâce, la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui est la grâce que nous devons au Christ en tant qu’il est notre rédempteur et sauveur, c’est la grâce qui nous conduit au salut; or, la grâce, qui nous conduit nu salut, est Intrinsè­ quement surnaturelle, nous l’exposerons en parlant de l’essence de la grâce ; b) cet argument est confirmé par ta considération suivante : la grâce actuelle est ordonnée à l'opération. Si la grâce, que certains auteurs appel­ lent surnaturelle quant au mode seulement, faisait partie de ce que les conciles appellent la grâce de NotreSeigneur Jésus-Christ, il y aurait donc des actes salutaires, qui, dans leur entité, seraient naturels. ■ Mais comment admettre cette assertion? Si l’on dit que ces actes ne conduisent pas positivement au salut, mais négativement, alors surgit la question : que signifie conduire négativement ? Cc conduire négativement, par exemple, ne pas commettre un péché nouveau, peut obtenir un moyen positif de salut, c'est-à-dire la grâce intrinsèquement surnaturelle, ou il ne le peut pas. S’il ne le peut pas, Il ne conduit donc pas au salut, et l'on devrait conclure que la grâce du Christ ne conduit pas au salut. Si, au contraire, il le peut, il faudra admettre qu’un acte, naturel quant à sa substance, est le com­ mencement de la vie éternelle. Cette conclusion ne semble pas conciliable avec les données de la foi. c) Dans Vêlai actuel de Vhumanité, Vhomme (dans les conditions ordinaires et normales) est incapable, sans le secours de la grâce, d'observer tous les*préceptes de la loi. ou d'éviter tout péché mortel. — Cette thèse appar­ 1584 tient à la doctrine catholique, mais quant à la note théologique qu'il faut lui assigner, le cardinal Billot fait une remarque importante, De gratia Christi, p. 69 sq. : certains théologiens distinguent les préceptes de la seule loi naturelle et les préceptes ajoutés par lu loi de la grâce (par exemple, le précepte de croire, de recevoir les sacrements), et établissent une différence entre ces deux catégories de préceptes au point de vue de la nécessité morale de la grâce. Cette distinction semble tirer son origine de l'opinion d’après laquelle les actes surnaturels, comme tels, auraient un objet formel différent; il s'en suivrait que ces actes seraient surnaturels quant à la substance même de l’opération, et que, par conséquent, l'homme serait physiquement incapable, sans le secours de la grâce, d'accomplir les œuvres prescrites par la loi de la grâce. Dès lors, lu question de la nécessité morale de la grâce a été res­ treinte à l’accomplissement de la seule loi naturelle. Mais, dans les documents ecclésiastiques, on ne trouve pas de définition explicite concernant la nécessité morale de la grâce pour l'observation des préceptes de la seule loi naturelle; d’où les théologiens concluent que cette thèse est au moins théologiquement certaine. Mais si on n'adhère pas à l'opinion, qui assigne un objet formel spécifiquement différent aux actes surna­ turels comme tels — et il semble bien que celte opinion doive être rejetée — il n'y a plus de raison de limiter la nécessité morale de la grâce à l’observation de la seule loi naturelle. Les déclarations de l'Église faites au temps de la controverse pélngienne ne contiennent pas la distinction susdite, et affirment, sans restric­ tion, la nécessité de la grâce pour que l’homme puisse observer la loi et éviter le péché. En ce sens, la propo­ sition est de foi. Néanmoins, l’assertion restreinte à 1’obscrvation de In seule loi naturelle est vraie, et elle se déduit des arguments que nous indiquerons. Les théologiens, qui considèrent uniquement l’inca­ pacité morale de l’homme à observer la loi naturelle, ajoutent d’ordinaire, dans l’énoncé de leur thèse, les mots : du moins pendant un temps considérable. On ne peut pas préciser cette durée, mais il est certain que la difficulté d'éviter tout péché mortel devient plus forte avec le temps; pour l’homme, privé du secours de la grâce, la lutte contre les tentations devient plus pénible, quand clic se prolonge, la probabilité d'être sujet à des tentations particulièrement difficiles à vaincre aug­ mente, la persévérance exige des efforts continus, une vigueur d'âme croissante. Enfin, pour nous rendre pleinement compte du sens de la thèse, il faut observer que, d'après le cardinal Billot et d’autres auteurs, il s'agit ici de l’homme qui connaît toute la loi; on fait donc abstraction de ceux qui ne connaissent que les tout premiers principes de la loi naturelle, comme il en est beaucoup, semble-t-il, panni les peuples non civilisés. Cf. card. Billot, De gratia Christi, p. 68. Pour démontrer la thèse, l’argument principal est tiré de l’Épîlrc de saint Paul aux Romains, vn, 7vni, 2. Nous supposons admis que le moi, dont saint Paul décrit la misère morale, représente l’homme aux prises avec la concupiscence sous le régime de la loi et succombant dans celte lutte Inégale. Cf. Tobac, Le problème de la justification dans saint Paul, Louvain, 1908, p. 102 sq.; Prat, La théologie de saint Paul, Paris, 1908, t. i. p. 316 sq. Voici donc l'enseignement de saint Paul : la loi mosaïque, bien qu’elle soit bonne en elle-même, est devenue occasion de péché et de mort; le juif, constitué sous ce régime comme tel, est l’esclave du péché, vendu nu péché; la raison de cette captivité est la concupiscence, d'où résulte la lutte, décrite par saint Paul, qui a pour issue la défaite de l’homme et sa I captivité; c'est seulement par la grâce du Christ que le Γ>85 G H ACE 1586 intégrale de la loi divine, n'est pas possible sans la juif est délivré de cette misérable situation morale et devient capable de réaliser la vertu à laquelle II ne grâce. 11 s’agit donc de l’amour affectif, c'est-à-dire pouvait atteindre sous le régime de la loi mosaïque d'un acte intérieur de bienveillance et de complai­ Cette doctrine nous amène d faire le raisonnement sance envers Dieu, non point une simple velléité, non suivant : si le juif, constitué sous le régime de la loi point un désir vague et conditionnel, mais un acte mosaïque, ne peut pas échapper au péché mortel, et d’attachement explicite si sincère que l'on préfère le cela par suite de la concupiscence, le palen, et tout créateur â toutes choses. Voir Charité, t. n, col. 2234. homme qui n'est pas régénéré dans le Christ, ne pourra Cet acte, car il s’agit d'un acte, et non d'un habitus pas non plus, et pour la même raison, éviter pendant acquis, peut-il être le produit de nos énergies naturel­ longtemps tout péché mortel; le secours de la grâce est les? Suarez, be gratia, 1. I, c. xxxni, Opera, t. vn, donc nécessaire, dans l'état actuel de l'humanité, p. 549 sq.; Bellannin, De gratia ri libero arbitrio, pour que l’homme puisse observer toute la loi ou 1. VI, c. vn, De controversiis, L w, p. 381; Sylvius, éviter tout péché mortel. In J·* αχ, a. 3, concl. 6·, Anvers, 1696, p. 641; Si nous considérons, en outre, la raison de cette Billuart, De gratia, diss. HI, a. I, Summa, Parts, s d., t. m, p. 87; Hugon, Hors de Γ Église point de salut. Parts, infirmité, c'est-à-dire la concupiscence, et l'obstacle qu'elle met à l’observation de la loi naturelle, si. de 1907, p. 148 sq., adoptent l’opinion négative; l'opinion plus, nous considérons cc que l’expérience nous apprend affirmative est défendue par beaucoup de théologiens, sur la difficulté d’accomplir tout cc qui est commandé parmi lesquels Gijétan, In llr, q. cix, a. 3; Soto, par cette loi, nous pouvons conclure que la doctrine De natura et gratia, 1. I, c. xxn, Paris, 1549, fol. 90 b; générale de l'apôtre s’applique aussi en particulier à Molina, Concordia, q. xrv, a. 13, disp. XIV, m. in; l’observation de la seule loi naturelle, que, par consé­ Mazzella, De gratia Christi, Home, 1892, η. 417 sq.; quent, l’homme est incapable, sans le secours de la Hurter, Compendium theologia dogmatica, t. τη, η. 66; grâce, d'observer tous les préceptes de la loi naturelle, Pesch, op. ciL, n. 128. Billot, De gratia Christi, p. 68, même quant à la seule substance des actes, et d'éviter nc tranche pas la question. tout péché mortel. Nous adhérons à Γ opinion qui admet la capacité Cette même explication vaut pour les documents naturelle de l'homme ù faire, même dans l’état actuel ecclésiastiques et la doctrine des Pères. Parmi ceux-ci, de la nature déchue, un acte d’amour parfait naturel à l'égard de Dieu, mais avec une restriction cependant; il faut citer surtout saint Augustin, De spiritu et littera, c. rv, n. 6; c. xix, n. 32, P. L., t. xuv, col. 203, 220; nous ne parlons pas de l’adulte qui déjà a commis personnellement le péché mortel et est demeuré dans Opus imperfectum contra Julianum, 1. I, n. 85 sq., P. t. xlv , col. 1105 sq. Cf. les canons 3-5 du concile cct état. Nous considérons l’adulte qui n'a pas encore de Carthage, Dcnzinger-Bannvrart, n. 103-105. Remar­ commis un péché mortel personnel. On ne peut pas nier que l'homme ait la capacité physique de produire quons que ces documents exigent la grâce pour l’ac­ un acte d’amour parfait envers Dieu, puisque cet acte complissement même des préceptes et ne limitent pas explicitement cette exigence à l’accomplissement salu· rentre dans l'objet du premier précepte de la loi naturelle, et que la nature humaine n’a pas été radi­ taire de la loi. calement déformée par le péché originel; de plus, Saint Thomas, Sum. thcol., 1“ II", q. cix, a. 2, 4, expose la nécessité de la grâce, a. D'abord, la grâce l’homme ne subit pas constamment l'assaut de tenta­ tions graves, et quand il pense explicitement qu il est est nécessaire pour que l’homme puisse accomplir toutes obligé à observer tous les commandements de Dieu, il ses obligations et éviter tout péché : c’est la nécessité peut vouloir sincèrement éviter tous les péchés mortels, morale de la grâce. Cette nécessité n’existait pas avant vouloir résister â toutes les tentations, vouloir s im­ le péché d'Adam, car alors l’homme était dans Γό/at poser les sacrifices exigés par là; il peut donc avoir d'intégrité de nature (sur cet état d’intégrité, voir aussi, au moins de temps en temps, la capacité morale Collationes Brugenses, 1913, l. xvm, p. 356, 43-1, de faire l'acte d’amour dont il s’agit. Soto, op. cil., 492); dans cct état, l’homme n'éprouvait aucune fol. 91 b, exprime la thèse, que nous défendons, en ces difficulté à accomplir tous ses devoirs et il avait, en termes : Actus ille singularis quo objective... Deus dili­ lui, la vigueur suffisante pour éviter tout péché; dans gitur, habere quis potest extra gratiam, imo extra (idem. cct état, la grâce n'était pas nécessaire à l'observation Potest enim quis naturaliter illam habere animi alle­ de la loi, quant à la substance des actes; mais la grâce ctionem, qua’ est : Volo Deo in omnibus et per omnia était alors requise pour surnaturaliser la substance des actes, ou, comme l’on dit, pour l’observation de la loi, placere. Le même auteur déduit de cette thèse le corol­ laire suivant, digne d'attention : · Dans l’homme quant au mode d'agir. Après la chute d'Adam, l’homme a perdu l’état d'intégrité, sa nature est devenue infirme, Justifié, il n'y a aucun acte dont le semblable, quant à la substance de l’acte, ne puisse se trouver dans vidée, il est sujet â une lutte pénible entre l’esprit et l’homme qui n’a pas la grâce. » Op. cit., fol. 92. la chair, il n'a plus la vigueur requise pour résister aux tentations, et, par conséquent, pour accomplir Le P. Hugon, op. cit., p. 150. propose contre cette toujours cc qui lui est prescrit : la grâce est nécessaire thèse l'argument suivant : une faculté malade et blessée n'arrivera jamais à l'acte parfait de la nature maintenant comme remède Λ cet état maladif, elle est requise pour guérir la nature : c’est la gratin sanans, saine; or l’acte d’amour de Dieu par-dessus toutes b. De plus, la grâce est encore requise pour sumaturachoses est l’acte le plus noble de la volonté saine; donc liser les actions des hommes; en tant que la grâce dans l’état actuel de la nature déchue et malade, la produit cet effet, elle est la gratia elevans; Λ ce titre, volonté n'arrivera jamais à faire l’acte d’amour parfait elle est requise de nécessité physique, car aucune faculté envers Dieu. opérative n’est capable de produire par elle-même un Nous répondrons que la majeure est vraie quand il acte intrinsèquement surnaturel. s'agit d'une faculté, qui agit nécessairement cl est 3. La thèse de la I nécessité morale de la grâce Intrinsèquement déformée, mais on ne peut pas a suscité différentes questions, qu'il nous faut indi­ l’affirmer quand il s’agit d'une faculté qui est libre et quer. n’est pas Intrinsèquement déformée. Il s’agit Ici notam­ ment de la volonté; or cette faculté n'est pas Intrinsè­ a) D’abord, la grâce est-elle nécessaire Λ l'homme pour aimer Dieu par-dessus toutes choses ? Il ne s’agit quement déformée par suite du péché originel; elle point de la charité essentiellement surnaturelle, mais est capable de vouloir tout bien qui lui est présenté d’un amour naturel. Nous venons de démontrer que par l'intelligence; or l’intelligence peut naturellement l’amour parfait elfcctll, qui consiste dans 1’obscrvation connaître que Dieu est en lui-même le bien infini 1587 GRACE qu'il doit être ûfcné par-dessus toute chose, que l’on doit renoncer â tout cc qui n’est pas conforme à sa volonté; dés lors la volonté est physiquement capable de produire ect acte d’amour. Ce que l’on appelle la vulneratio natur* est la rupture de l'harmonie qui existait entre les différentes (acuités dc l’homme, cf. S. Thomas, Sum. theol., Ie II·, q. lxxxv, a. 3; la volonté, il est vrai, éprouve dc la difficulté à vouloir le bien, mais cette difficulté n’est pas toujours actuelle ct ne s’oppose pas à un acte particulier de vertu; nous ne voyons pas comment elle s’opposerait toujours à l'acte d’amour parfait Nous ne pouvons pas admettre non plus cette autre considération : « Si l'homme ne réalise jamais ct ne peut même pas réaliser sans la grâce son intention de plaire toujours a Dieu, ct dc ne jamais l'offenser, c’est une preuve que cc ferme propos n’existe pas sans la grâce. · Hugon, op. cit., p. 150. D’abord, l’homme peut ignorer qu’il ne peut pas, sans la grâce, éviter tout péché mortel, et penser qu’il a assez d’énergie pour résister toujours aux tentations. De plus, un homme peut sincèrement faire un propos, que plus tard, par faiblesse, il n’exécute pas. Sylvius, loc. cit., fait juste­ ment observer que, pour que l’acte d'amour de Dieu par­ dessus tout ct le propos absolu d'observer tous les commandements soit considéré comme ferme, il n’est pas requis que l’homme évite de faire tout péché mortel pendant sa vie; on peut avoir un acte sincère et parfait d’amour, qui cependant ne fasse éviter tout péché mortel que pendant un certain temps. Enfin si l’homme fuit naturellement un acte d’amour parfait, cet acte ne le justifie pas, précisément parce qu i) est naturel; il n’y a en cela aucune difficulté spéciale, nous semble-t-il : il n’est pas démontré que l'homme ne puisse pas, pendant un certain temps, avant la Justification, rester exempt de tout péché mortel personnel, pourquoi lui serait-il moralement impossible de faire un acte d’amour parfait nature), tout en étant encore dans l’état où l’a mis le péché originel? Sylvius, loc. cit., soutient qu’il faut une grâce pour l’acte d’amour parfait, mais admet qu’une grâce actuelle suffit Si l'on dit que Dieu, dans l’ordre actuel, ne permet! ra Jamais que l'homme fasse un acte d’amour parfait purement naturel, on ne prouve pas par la que cet acte est moralement impossible à l'homme : la néces­ site de la grâce requise, dans cette hypothèse, serait d un ordre différent que celui de la nécessité morale de la grâce. Quant à l'opinion de saint Thomas, Sum. theol., Γ 11*, q. cix, a. 3, elle n’est pas facile â saisir parce qu’il n’explique pas ce qu’il entend par diligere Deum super omnia : s’aglt-il d’un simple acte transitoire d’amour parfait ou bien d’un acte d’amour qui oriente tellement la volonté vers Dieu ct rend cette orienta­ tion si ferme que l’homme en devient capable d’éviter torn» les pêche, même véniels? Nous pensons qu’il s'agit de celte dernière disposition : c’est ainsi que l’interprète Cajétan. In /■“’ //*, q. cix, a. 3. S’il en est ainsi, saint Thomas enseignerait donc ceci ! l'homme, dans l'état dc nature déchue, ne peut aimer Dieu eijïcacemenl dc façon à éviter tout péché, sans le secours de la grâce, mais il peut faire par ses seules forces naturelles un acte d’amour parfait transitoire, correspondant à sa nature. C'est bien cela que saint Thomas avait admis. In /V Sent., L 11, dlst. XXV111, a. 3, ad 2-, où il met au même rang, quant à ce qui nous occupe l’acte de charité et celui des autres vertus : Sicut aliarum virtutum actus dupliciter considerari possunt, vel secundum quod sunt a virtute, vel secundum quod antecedunt vir­ tutem; ita etiam est de cantate; potest enim aliquis, etiam caritatem non habens, diligere proximum el Deum, Clium super omnia, ut quidam dicunt; el hoc diligere 1588 tntclllgttur actus caritatis sub pr/rcepto directe cadere, ct non solum secundum quod a caritate procedit. Quant a la suite logique des Idées de saint Thomas dans In question citée dc la Somme, voici comment nous hi comprenons : ù l’art. 3, H a donc enseigné que l'homme, dans l'état actuel dc nature déchue, peut, par scs seules forces naturelles, poser l’acte (quoad substantiam actus) commandé par le premier précepte, mais qu il ne peut pas accomplir complète ment ce commandement, parce qu’il ne peut pas éviter tout péché ct que tout péché est contraire au premier précepte, étant contraire â l'amour dc Dieu. Ensuite saint Thomas, Λ l’art. 4, so demande d’une manière générale si l'homme peut, par ses seules forces natu­ relles, accomplir les préceptes dc la loi, c’csl-à-dlre tous les préceptes. 11 répond que l’homme, dans l’état de nature déchue, laissé â scs seules énergies natu­ relles. ne peut observer tous les préceptes, même seulement quant à la substance des œuvres com­ mandées : le sens est que l'homme, dans l’état de nature déchue, livré à ses seules forces naturelles, ne peut pas, au moins pendant un temps considérable, éviter tout péché mortel. Ceci est continué â l’art. 8, où saint Thomas enseigne, en outre, que l’homme, dans l’état dc nature déchue, s'il a déjà commis un péché mortel, ne peut pits, sans le secours de la grâce, s’abs­ tenir longtemps de tomber dans dc nouveaux péchés mortels. b) Ces assertions définissent l’impuissance morale â faire le bien, à laquelle l'homme est sujet dans l’état dc nature déchue. Une autre question sc pose main­ tenant : quel est le secours requis pour remédier d celte infirmité ? Cette infirmité consiste, en réalité, dans la difficulté â faire le bien; cette difficulté provient, d’une part, du désordre de la concupiscence, en vertu duquel surgis­ sent des excitations à des actes mauvais, ct, d'autre part, du manque dc vigueur mentale (Intellectuelle et volontaire), d’où il résulte que l’homme cède aux impulsions désordonnées ct donne librement son con­ sentement à un objet moralement mauvais. Pour remédier â cela, quand H s’agit dc la seule loi naturelle, il suffirait que Dieu donne des secours naturels ct transitoires; qu’il suscite, par exemple, des pensées qui éclairent vivement l’intelligence sur le bien à faire ou le mal Λ éviter, qu’il suscite des affections puissantes vers le bien, des aversions fortes vers le mal. Ces secours seraient donc, quant à leur entité, naturels· Par conséquent, à ne considérer que ce qui est requis ex natura rei â l'accomplissement de la seule loi natu­ relle, on doit conclure qu’il suffirait d’avoir des secours qui en eux-mêmes sont d’ordre naturel : Je crois que les théologiens sont d’accord sur ce point. Mais si l’on pose la question de fait, si I on demande: Dieu, dans l’ordre actuel de la providence, accorde-t-ll des secours entitativement surnaturels pour l’obser­ vation de la loi naturelle ? la réponse des auteurs n’est plus unanime. Remarquons d’abord qu’il ne s’agit pas Ici de dons purement naturels qui, au moyen de la grâce surnaturelle, peuvent contribuer â l’exercice dc la perfection, ou bien peuvent y contribuer, comme on dit, négativement ou removendo prohibens: telles sont, par exemple, une intelligence puissante cl bien formée, une volonté éncrglque.unc heureuse complexion corporelle; nous ne parlons pas non plus des dons externes, par exemple, les bons exemples, la prédication de Γ Évan­ gile. La distinction qui nous occupe concerne les grâces actuelles Internes. Les grâces actuelles surnatu­ relles quoad substantiam sont des motions dont l’en­ tité même est surnaturelle, ct les grâces actuelles sur­ naturelles quoad modum tantum sont des motions dont l’entité est naturelle, mais qui sont données, ou bien comme par miracle, ou bien qui sont positivement 1389 G K ACE ordonnées par Dieu à des grâce*» ultérieures, surnatu relies quand substantiam. Sur celle notion dc la grâce naturelle quoad modum tantum, voir Suarez, op. ctt., L I, c. xxiv, n 20 eq., p. 495 sq.; Hlpalda, op. cit., 1. I, disp. 1, sect, tv, p. 5 sq. Certains théologiens posent h» question d’une ma­ nière générale ; quel secours est requis Λ l’observation de la loi naturelle? Les uns répondent : Il faut la grâce surnaturelle quoad substantiam, ainsi répond la Théologin Wirccburgcnsls, Paris, 1853, l. iv, n. 313» p. 315; d'autres répondent : il suilit dc la grâce surnaturelle quoad modum, ainsi Mazzellu, op. at., n. 384, 390, p. 258, 265. Mais il est nécessaire dc distinguer Ici diverses questions. D'abord, la grâce sanctifiante est-elle, dc fait, requise â l'observation de toute la loi naturelle, pro­ longée pendant un temps considérable ? Saint Thomas répond affirmativement, Sum. theol., P IIr, q αχ, a. 8; el après lui Cajétan, In Zan* II*, q. cix, a. 8; Suarez, op. cit., 1. I, c. xxvn, n. 3 sq.. p. 511, qui remarque : cette opinion est celle que défendent main­ tenant le plus grand nombre de théologiens; Golti, Theologia schotastico-dogmatica, Venise, 1750, l n, tr. VI, dub. vu, n. 31, p. 313; Hugon. op. cit., p. 133 sq.; Schillini, Dc gratta, n. 98; Billot, De gratia, p. 101 sq. Cc sentiment est solidement étayé par les arguments suivants : a. la doctrine dc saint Paul, Rom., vu, 24-vin, 2, établit ce qui suit : l’homme sous le régime dc la loi mosaïque, comme tel, ne peut pas éviter le péché mortel; pour être délivré de cet état, l'homme a besoin dc la grâce du Christ. lui grâce, dont il est ici question, semble bien être celle qui constitue pour l’homme un étal différent, l’étal de l’homme justifié; c’est donc la grâce justifiante qui est exigée, b. Les conciles semblent parler dans le même sens : le concile dc Carthage de 118 exige la grâce de la justification pour que l’homme puisse accomplir les commandements de Dieu, can. 5, Dciizinger, n. 105; le concile d’Orange de 529 enseigne que le libre arbitre, affaibli dans le premier homme, ne peut être guéri que par la grâce du baptême, can. 13. Benzinger, n. 1SG. La raison qu’indiquent ces conciles pour expliquer la nécessité de la grâce est l’in tirmité de l’homme déchu, c’est 1 impuissance morale Λ faire le bien ct cette impuissance, comme nous l’avons dit plus haut, s'étend â l'observation continue de la seule loi naturelle, c. Le sentiment est corroboré par un argument de raison théologique : pour que l’homme soit capable d’éviter, pendant longtemps, le péché mor­ tel, il faut que sa volonté soit orientée habituellement et fermement vers le bien moral, qu'elle soit donc animée d'un amour constant pour Dieu, ou bien soutenue par la crainte habituelle des peines dues au péché ou par l’espoir des biens promis par l’exercice de la vertu; or, dans l'ordre actuel de la providence, c’est la grâce sancti liante avec les dons connexes qui sont le moyen établi par Dieu pour obtenir cet état que nous avons décrit. De ce que nous venons d’exposer on conclura que l'observation continue des préceptes divins exige, avec la grâce sanctifiante, I» foi et la charité surna­ turelle. Cf. Suarez, loc. cit., n. 14-21. Vasque/, op. at., disp. CXCVI, c. m, p. 524, émet une opinion singulière : il n’admet pas la nécessité morale de la grâce sanctifiante en cc sens (pic l’homme en a besoin pour être délivré de son infirmité A l’égard du bien; mais, dit-il, si l’homme observe de fait la loi naturelle, avec le secours de la grâce actuelle, U se fera qu’il obtiendra de Dieu l’esprit de pénitence ct de componction, ct sera ainsi justifié. Donc l’observation durable de la loi naturelle ne so réalisera pas de fait, sans que l'homme ait la grâce sanctifiante. Celle assertion ne résout pas la question qui nous occupe cl qui concerne la nécessité morale dc la grâce. 1590 Avec la grâce sanctifiante sont requises aussi des grâces actuelles, nous l’exposerons plus Inin. C’est au sujet de ces grâces actuelles que Suarez se demande si clics sont toutes surnaturelles quoad substantiam, ou s’il y en a aussi qui ne sont surnaturelles que quoad modum : Il admet l'existence dc ces dernières, loc cit., n. 22-21; Gottl est du même avis, toc cit., n. 38, p. 314. Mais comme nous l’avons dit plus haut, nous estimons bien plus probable l’opinion cjul soutient que toutes les grâces actuelles, que Dieu accorde, sont surnaturelles quoad substantiam. Cf. UilloL De gratia, p. 79 sq. Saint Thomas, De veritate, q. xxrv, a. 12; Sum. theol., I· II·, q. cix, a. 8, examine la question de l’homme qui a déjà commis le péché mortel : 11 montre qu’il y a pour lui une raison spéciale qui requiert lia grâce sanctifiante; en effet, l’adhésion A une créature, comme ù une fin dernière, constitue une disposition positive à des péchés nouveaux; il faut la grâce sancti­ fiante avec la charité pour enlever cette inclination perverse, et orienter fixement le cœur de l’homme vers Dieu. 4. Objections. — La doctrine concernant la nécessité morale dc la grâce a fait surgir quelques objections dont 11 nous reste â parler. La première concerne la liberté. Cc qui est nécessaire n’est pas libre; or la transgression de la loi naturelle est, d’après ce que nous avons exposé, nécessaire pour l’homme déchu; donc celte transgression n’est pas libre, et, par conséquent, ne constitue pas un péché formel. La difficulté trouve sa solution dans la dis­ tinction entre nécessité physique ct nécessité morale : cc qui est nécessaire de nécessité physique n’est pas libre, c’est vrai; ce qui est nécessaire de nécessité morale, s’il s’agit d’une nécessité morale concernant certains actes en particulier, pourrait n’être pas libre dc celte liberté suffisante au péché; m us ce qui est nécessaire d’une nécessité morale Indéterminée, n’affec­ tant aucun acte en particulier, cela peut être parfaite­ ment libre. La nécessité morale de pécher, dont nous avons parlé, est une nécessité indéterminée; nous disons que l’homme ne peut pas éviter tous les péchés, mais qu’il garde sa liberté physique vis-à-vis de 1 obser­ vation dc chacun de ses devoirs·. Saint Thomas exprime cotte assertion en ces termes : L homme.., avant d’être réparé par la grâce justifiante» peut éviter chaque péché mortel (potest singula precata mortalia vitare) ct les éviter tous pendant un certain temps...; mais il ne peut se faire qu’il reste longtemps sans commettre un péché mortel. Sum. theol.. P 11* q. cix, a. 8. Le P. Palmieri, De gratia actuati, p. 239 sq., expose très bien l’impuissance morale d’éviter le péché : il parle directement de l'impuissance du juste a éviter les péchés véniels, mais son explication vaut aussi pour l’impuissance morale de l'homme non jus­ I tifié â éviter le péché mortel. Parce que cette impuis­ sance morale est Indéterminée, au sens expliqué, il n’est pas exact dédire que l'homme, sans le secours de la grâce, ne peut vaincre aucune tentation grave. I ne autre objection est celle qui résulte de l'état de pure nature. Nous admettons cette possibilité sans aucune restriction : Dieu aurait pu créer l'homme sans lui donner aucun don préternaturel ou surnaturel, el en le laissant, par conséquent, sujet à la concupiscence, à l’ignorance, â la maladie et â la mort. Cf. S. Thomas, In IV Sen/., dlst. XXXI, q. i. a. 1 et a. 2, ad 3“·.Sur la doctrine condamnée de Baius, voir Baics, L il, col. 71; sur l’opinion des augustiniens, voir AloustiNiANisME, t. I, col. 2-187, 2190. Voici donc la dllliculté ; nous avons dit que la nécessité morale de la grâce s’explique par la concupiscence, d’où résulte la difll culté d’observer les préceptes divins; or. la conçu· i pisconce est naturelle et elle ne semble pas être plus 1591 GH ACE intense dans l'ordre actuel qu’elle n'eût été dnns l’ordre de pure nature; par conséquent, la grâce eût été aussi nécessaire dans l’ordre de pure nature : ce qui répugne, puisque la grâce ne peut, à aucun titre, appartenir à l’ordre de la nature. Voici les principes qui donnent la solution de cette difficulté : nous admettons que la concupiscence est naturelle, cf. S. Thomas, Sum. theol., Ie II·, q. lxxxv, a. 6; on ne peut affirmer que la concupiscence eût été, dans tout ordre de pure nature, aussi intense qu’elle est mainte nant : tout en restant dans l’ordre de nature pure, l’homme aurait pu avoir une perfection plus ou moins grande, cf. Canisius, Quid est homo, édit. Schechen, Mayence, 1862, p. 184; cependant un grand nombre de théologiens admettent que l’homme, dans l’état actuel, n'est pas intrinsèquement plus faible au point de vue moral, qu’il n’eût été dans un ordre possible de pure nature. Cf. Cajétan, In I*m II', q. lxxxv, a. 3; q. cix, a. 2; Soto, De natura et gratia, 1. I, c. xm, cl. 48; Suarez, De gratia, prolcg. IV, c. vin, Opera, i t. vu, p. 206; Bcllarmin, De gratia primi hominis, c. v. η. 12, p. 8; Billuart, De gratia, diss. II, a. 3; Palmieri, De Deo creante. Borne, 1878, thés, uxxvm; Collationes Brugenses, 1905, L x. p. 462 sq. En admet- I tant cela, nous nions qu’on en puisse conclure la nécessité de la grâce dans l’ordre de pure nature. En effet, si, dans cet ordre, les hommes, livrés à leurs seules énergies naturelles, eussent été moralement Incapables d'observer, pendant un temps considérable, la loi naturelle. Dieu aurait dû leur donner un secours, mais ce secours n’eût pas été la grâce : Dieu aurait disposé les conditions extérieures de la vie de façon que les hommes fussent moralement capables d'éviter le péché mortel ou il aurait agi intérieurement sur les pensées et les tendances de l’homme ; mais cette influence divine eût été naturelle. C'est la réponse commune des théologiens. 5. Une autre question est intimement connexe avec la thèse que nous expliquons : Comment connaissonsnous la nécessité morale de la grâce ? Est-ce par la révé­ lation ou est-ce par la raison naturelle? C'est par la révélation. En effet, c'est elle, et elle seule, qui nous fait connaître l'cxistcncc de la grâce et l’influence qu'elle exerce; c’est aussi par le texte de saint Paul et par les déclarations des conciles que nous avons prouvé la nécessité morale de la grâce et la raison de cette nécessité, c'est-à-dire l’impuissance morale des hommes a éviter le péché mortel. Quand on considère, à la lumière de la seule raison naturelle, l'état général de l’humanité, on constate que les hommes, en général, éprouvent une grande difficulté à observer les pré­ ceptes divins, que beaucoup les transgressent; mais on ne peut pas établir, avec certitude, l’impuissance morale dont il a été question. De plus, il Importe de le remarquer, on ne peut pas considérer la nécessité morale de la grâce comme si elle était une exigence psychologique, constatée par la conscience. En effet, quand l'homme rentre en lui-méme et examine ce qui sc passe en lui, il découvre des désirs désordonnés, des passions violentes vers «les délectations prohibées, des péchés, une lutte continuelle entre l’esprit et la chair; mais II découvre aussi qu’il est physiquement libre, qu’il peut résister aux tentations s’il le veut fermement, que, s’il a péché, c’est qu’il a librement cédé, qu’il a librement voulu ce qu’il savait être mora­ lement mauvais. La constatation de la difficulté à faire le bien, la constatation des péchés, est donc la constatation de la concupiscence et de la liberté; or les passions qui surgissent, l’opposition entre les désirs vers le bien et les désirs vers le mal, sont choses naturelles à l’homme, la liberté est une propriété de la volonté et son exercice appartient à l'homme, comme tel; en constatant tous ces faits psychologiques. 1592 l'homme connaît sn nature dans sa réalité et en celai) ne peut pas découvrir qu’il lui manque un principe d'activité L'homme peut savoir aussi qu’il est capable de décisions fermes, d'efforts énergiques de volonté, que la répétition de tels actes engendre V habitus et que celui-ci donne la facilité et la vigueur dans l'opéra­ tion; il saura aussi qu’il a en lui-même de quoi pro­ duire ces habitus; encore une fois, l'homme ne poum pas constater en lui le besoin d’un principe d'activité qu’il n'a pas. Si l’homme ne sc contente plus de la connaissance que lui fournissent la conscience psychologique et 1« raisonnements qu’il fait à propos des faits constat» en lui-méme, mais s'il examine ce qui se passe chez!» autres, et que, par induction, il apprenne à connaître que les hommes, en général, éprouvent une grande difficulté à faire le bien, que beaucoup tombent fréquemment dans le péché mortel, que beaucoup s’adonnent à des vices honteux, il constatera que le genre humain est de fait dans une situation misérable; mais i) comprendra aussi que cette situation est naturelle; que les maux physiques, l’ignorance, le péché et les vices s'expliquent par l’activité proprement humaine, qui est celle d’un être composé de corps et d’âme. Mais si, pensant à la providence et aux per* fections divines, l’homme conjecture que l’état misé­ rable du genre humain est la conséquence et le châti­ ment d’un péché primitif (sur cette conjecture, voir S. Thomas, Cont. gent., 1. IV, c. lu; Jungmann, De Dm creatore, 4 •édit., Batlsbonne, 1883, n. 339 sq.; Mgr Waffelaert, Méditations théologiques, Bruges, 1910, p. 71), II pourra conjecturer que l’homme a perdu une situa­ tion meilleure; mais il ne saura pas si actuellement existe encore un de ces dons que Dieu aurait concédés à l’homme primitif. Si enfin l'homme est frappé de h sainteté de l’Église catholique ou d’une autre de scs propriétés, et finit par savoir qu’elle est la déposi­ taire de la vérité, alors il pourra connaître et l’exis­ tence de la grâce et sa nécessité; ce sera par la fol et non par une constatation de la conscience psycho­ logique. Même quand, selon les procédés ordinaires de h providence (je ne parle pas des influences extraordi­ naires que Dieu peut exercer), Dieu agit en nous par la grâce, celle-ci n'est pas objet de conscience : ni le païen, ni le chrétien ne peuvent, par la conscience psychologique, constater en eux-mêmes l’existence d’une grâce, soit actuelle, soit habituelle; les actions, produi­ tes par la grâce, dans l’intelligence ou dans la volonté, sont objet de conscience; nous pouvons constater en nous de bonnes pensées, de bons désirs, mais nous ne connaissons pas ces actes comme surnaturels, nous ne les distinguons pas d'actes naturels semblables; les impulsions salutaires, c’est-à-dire les illuminations et les inspirations du Saint-Esprit, ne permettent pas à l’homme de constater, par la conscience psychologique, que la grâce existe en lui, et l'absence de ces impul­ sions ne permet pas à l’homme de constater qu’il en n un besoin psychologique ou que la nature appelle le surnaturel. La nécessité morale de la grâce appartient à l'ordre surnaturel et nullement à l’ordre des exigences psychologiques naturelles; car l’homme n’est pas physiquement Incapable d’observer toute la loi natu­ relle, d’éviter tout péché; il éprouve h cela une diffi­ culté grande, différente chez les divers Individus, telle cependant que les hommes, considérés en général, ne la surmontent pas de fait, mais y succombent. De ce que nous avons exposé il résulte qu’elle est sophistique et erronée, cette transposition, établie par certains auteurs, en vertu de laquelle ils transportent dans l’ordre psychologique, en les considérant comme faits subsistants dans la raison et la conscience, les faits de ί l’ordre historique, connus par la révélation, tels, par 1593 GRACE exemple, que la nécessité morale de la révélation, la nécessité morale de la grâce. Cette transposition a donné lieu à une méthode d'apologétique. que nous n’avons pas à apprécier ici : on en peut voir l’exposé par le P. Le Bachelet, Dictionnaire apologétique de la loi catholique, art Apologétique, t. i. col. 232 sq. La grâce interne, proprement dite, est essentiellement surnaturelle et, par conséquent, positivement indue à la nature humaine; d’où il résulte que la grâce ne correspond pas à une indigence psychologique de cette nature et qu’elle n’est pas le terme auquel tende une faculté quelconque propre à la nature humaine; qu’elle entre dans l’âme, c’est-à-dire qu’elle y est produite immédiatement par Dieu, sans qu’elle corresponde à un besoin d’expansion de la nature humaine, comme telle. Voir le développement de ces assertions dans les Collationes Brugenses, L. xiv (1912), p. 678 sq.; L xix (1911). p. 103, 170. 6. Nécessité spéciale de la grâce pour certaines oeuvres salutaires, — En nous occupant de la grâce, considérée en général, nous avons exposé jusqu’ici d’abord ce qui concerne la nécessité de la grâce pour les œuvres salutaires, comme telles, ensuite ce qui concerne la nécessité de la grâce pour les œuvres simplement honnêtes au point de vue moral; il nous reste à indiquer brièvement quelques questions spéciales. Saint Tho­ mas, Sum. theol., 1* 11», q. cix, a. 5, sc demande si la grâce est requise pour que l’homme puisse mériter la vie éternelle, et il répond affirma tivemenL L’argu­ ment qui établit cette assertion est celui-ci : aucune opération ne peut surpasser la faculté d’où elle pro­ cède. ni produire un eflet qui soit d’un ordre supérieur â celui du principe actif qui opère. Or la vie éternelle est une fin qui n’est pas en proportion avec la nature humaine, mais qui surpasse son activité propre. Donc l’homme ne peut pas, par scs propres forces naturelles, produire des opérations qui soient proportionnées à la vie étemelle, par conséquent, il ne peut pas, par ses forces naturelles, produire des œuvres méritoires, au sens propre du moL C’est la grâce qui doit donner à nos œuvres cette qualité qui les transporte dans l’ordre de la fin dernière· Nous ne nous occupons pas ici des conditions diverses requises à l’acte méritoire. Voir Mérite. Cf. S. Thomas, op. cit., q. exiv. La nécessité de la grâce pour le mérite fut affirmée au concile d’Orange, Denzinger-Bannwart, n. 191, plus explicite­ ment dans la condamnation de diverses propositions de Baius, Denzinger-Bannwart, n. 1012,1013, 1015,1017 : l’Église y enseigne que c’est par la grâce que l’acte humain est rendu formellement méritoire et non par sa »cule conformité avec la loi morale. 11 s’agit ici de la grâce sanctifiante. Voir Baius, t. n, col. 78 sq. L’homme déjà justifié et mis en possession de la grâce sanctifiante a besoin, en outre, de grâces ac­ tuelles pour vivre vertueusement et éviter le péché : c’est ce qu’enseigne saint Thomas, Sum. theol,, I1 IIr, q. cix, a. 9; mais ici surgit la question controversée entre les théologiens : faut-il, dans l’homme justifié, une grâce actuelle pour chaque acte salutaire ? La ré­ ponse ne sc trouve pas, à notre avis, dans les documents officiels de l’Église, mais dépend de la notion que Ton a sur l’essence de la grâce actuelle; c’est pourquoi nous réserverons cet exposé à la partie où nous traiterons de l’essence de la grâce actuelle. L’homme justifié a besoin de grâces actuelles pour persévérer dans le bien pendant un temps considérable; c’est la doctrine exprimée dans le document Intitulé : De gratia Dei indiculus. Denzinger-Bannwart, η. 132 : « Aucun homme, même après avoir été renouvelé par la grâce du baptême, n’est capable de vaincre les pièges du démon et de résister aux désirs de la chair, à moins que. par un secours quotidien de Dieu, il ne reçoive de persévérer dan^ sa bonne conduite. » 11 s’agit donc ici 1594 de la difficulté d’éviter le péché; pour la vaincre il ne sufiit pas que l'homme soit en état de grâce; il faut un autre secours. Le texte cité n'en indique pas b nature; mais les théologiens enseignent qu’il s'agit de grâces actuelles, notamment d'illuminations intellectuelles, qui dissipent l'ignorance, et d'inspirations dans la volonté, qui s'opposent aux mouvements désordonnés de la concupiscence. Cf. S. Thomas, loc. cit. Comme nous l’avons exposé plus haut* cette difficulté morale n'est pas telle que l’homme, même sans b grâce sanc­ tifiante, ne puisse résister à certaines tentations et éviter pendant un certain temps tout péché mortel; cette difficulté morale n'est pas plus grande chez l’homme justifié; par conséquent b nécessité de grâces actuelles, dont nous parlons maintenant, doit s’en­ tendre d’une nécessité morale et d'une nécessité qui concerne l’observation de tous les devoirs qui obligent sous peine de péché mortel pendant un temps consi­ dérable. Saint Augustin, dans son traité De dono peneverantix. parle de la persévérance finale, de celle qui fait que 1 homme meurt en état de grâce et est sauvé pour l'éternité; â ce titre, b persévérance est un don spécial de Dieu, et l’efiet propre de b prédestlnatio i : c’est pourquoi l’homme est de lui-même Incapable de réaliser cette persévérance finale, et tous les bienfaits par lesquels Dieu amène l’homme à ce résultat sont, par là même, spécialement gratuits. Cl. op. cil., surtout c. ni, vin, ix, xvn, xxiv, P. L„ L xlv, col. 997, 1004, 1014 sq., 1018, 1033. C’est aussi de b persévérance i finale qu’il faut entendre le can. 10 du concile d’Orange. Denzinger-Bannwart, n. 183. Ce don ne consiste pas dans une grâce habituelle, ni dans une entité d'un genre spécial, mais dans un ensemble de bienfaits et de grâces efficaces, qui sont l’efict d’une protection parti culière de Dieu. Cf. S. Thomas. Sum. theol., 1· H*» q. cix, a. 10. Le concile de Trente définit aussi que b persévérance finale est un don spécial de Dieu. Denzingcr-Bannwart, n. 806,832. Cf. Suarez, De gratia, I. X, c. v sq., Opera omnia, t. ix, p. 590 sq..où l'on trouve exposées différentes questions qu'il n’est pas nécessaire de détailler ici. Notons seulement que la persévérance n’est pas ce don qu'on appelle b confirmation dans b grâce. Op. cit., c.vin, p. 607 sq. Dans l’ordre actuel de la providence, l’homme» qui est justifié et qui persévère dans cet état, ne peut pas cependant, sans un privilège tout spécial, éviter, pendant toute sa vie. tout péché véniel. C’est l’assertion définie par le concile de Trente, sess. vi. can. 23. Denzinger-Bannwart, n. 833. qui déclare en même temps que le privilège susdit a été accordé à la Vierge Marie. La doctrine mentionnée repose sur rintcrprélation des paroles du Pater : dimitte nobis debita nustra. demande qui doit être faite par tous les justes cl qui suppose qu'ils commettent réellement des péchés. Un autre fondement est l’asser­ tion de saint Jacques, ui, 2 : · Nous péchons tous en beaucoup de choses » et celle de saint Jean, 1 Joa., i. 8 : • Si nous disons que nous sommes sans péché, nous nous séduisons nous-mêmes. ■ Ces textes expriment l inca­ pacité morale de l’homme juste a éviter tout péché; il s’agit du péché véniel qui ne fait pas déchoir l’homme de l’état de justification. Cette doctrine fut déclarée au concile de Carthage, qui l appuie sur les textes cités, can. 6-8. Denzinger-Bannwart, n. 106-108. Saint Augus­ tin, comme le remarque le P. Hurter. Theologiæ dog­ matics compendium. L m, n. 44. avait été d’abord moins affirmatif sur ce point, mais, après le concile mentionné, il n’hésite plus à défendre l’impossibilité pour le juste d’éviter tous les péchés véniels. Contra duas epistolas pelagianorum, 1. IV, c. x, n. 27, P. L., t. xliv, col. 629 sq. Cf. S. Jérôme» Dialogus advenus pelagianos. 1. II, n. 4. P. L., t. xxiii, col. 537; S. Léon, Semi., XV, c. i, P. L.. L uv, col. 174; S. Gélase I«r, Dicta advenus pclagianam hxrcsim, P. L.t L ux, 1595 G K ACE col. liOsq. La raison de cette infirmité morale est bien expliquée par suint Thomas. Sum. theol., P II*, q. eux. a. 8 : · L homme (justifié) ne peut pas éviter tout péché véniel â cause de la corruption de l’appétit inférieur de la sensualité; l’homme peut bien (physi­ quement) par sa raison réprimer chacun des mouve­ ments (désordonnés); c’est pourquoi ils deviennent (si on ne les réprime pas) volontaires ct sont péché; niais il ne peut pas (moralement) les réprimer tous : quand il s'efforce de résister à l’un d’eux, il arrive qu’un autre surgisse, et la raison ne peut pas toujours veiller de façon à les réprimer tous. » Cf. S. Thomas, De veritate, q. xxiv, a. 12. Saint Thomas examine encore une autre question concernant la nécessité de la grâce : est-elle nécessaire pour que l'homme puisse sc relever de l'état de péché ? 11 répond qu’à cct eflet sont requises et la grâce actuelle ct la grâce habituelle : la grâce actuelle pour mouvoir la volonté a sc soumettre à Dieu; la grâce habituelle pour rendre à l’âme la splendeur surnaturelle qu’elle a perdue par le péché. Sum. theol., I’ II*, q. cix, a. 7. Déjà le H* concile d’Orange avait exprimé la nécessité de 1p. grâce pour la délivrance du péché : « Un malheu­ reux ne peut être délivré de sa misère que par la misé­ ricorde divine qui le prévient. — Si la nature humaine ne peut sans la grâce conserver le salut qu’elle a reçu, elle peut encore bien moins le recouvrer si elle l'a perdu. » Can. 14, 19, Dcnzingcr-Bannwart, n. 187, 192. IV. Distribution de la grace. — Ce titre nous amène à parler d’un des plus grands mystères du traité de la grâce. En effet, remarque le P. Hurter, op, cil., n. 73, si l'on sc demande pourquoi Dieu a distribué moins libéralement scs grâces avant l’avènement du Christ qu'après celui-ci, pourquoi main­ tenant il l’accorde avec parcimonie à tant de peuples plongés jusqu'à ce jour dans les ténèbres ct dans l'ombre de la mort, pourquoi tel homme est appelé par Dieu, efficacement, de façon à ce qu'il réponde à sa vocation, ct tel autre ne l'est pas de cette façon, alors qu’il eût été possible à Dieu d’obtenir cct eflet; pourquoi de deux hommes, coupables des mêmes crimes, l’un en vient à sc repentir ct l'autre reste en­ durci dans le mal. on ne peut donner d’autre réponse que celle de saint Paul : · O profondeur inépuisable ct de la sagesse et de la puissance de Dieu ! Que scs juge­ ments sont insondables ct ses voies incompréhensibles.» Horn., xi, 33. Nous ne chercherons donc pas à con­ naître le pourquoi de la distribution inégale des bienfaits divins, nous nous contenterons de la persua­ sion que toute l’oeuvre de Dieu est réglée par son infinie sagesse ct sainteté, que, de sa part, il n’y a aucun manque d’équité» que sa bénignité ct miséricorde sont infinies· Mais cette conviction n’empêche pas d’examiner s’il y a des règles générales d’après lesquelles Dieu accorde de fait ses dons salutaires. Nous passerons successive­ ment en revue différentes classes de personnes : les Itules, ceux qui sont déjà en état de grâce; les pécheurs, ceux qui, par leur faute personnelle, ont perdu l’état de grâce, les infidèles, notamment ceux à qui la révéla­ tion chrétienne semble n’être pas parvenue. Nous ne parlerons pas des entants et de ceux qui ne sont jamais parvenus à l’usage de la raison : ccux-ci ne peuvent » t c sauvés que par le baptême, voir Baptême, t. u, coL 192 sq.; la question de savoir comment à leur égard se réalise la volonté salvihque de Dieu doit être exposée à l'art. Prédestination· l· Tous les justes reçoivent les graces suffisantes pour gu*ils puissent observer tous les commandements, par conséquent persévérer dans la justification et se sauver. — Cette assertion est un point de fol. comme nous le venons dans les documents que nous citerons. Elle est contenue d'abord dans l’enseignement de Jésus : « Car mon joug est doux ct mon fardeau léger. > Matth., .xi, 30. · Le joug est une Image rabblnique qui exprime la direction OU h» discipline. » Rose, fiban glit selon saint Matthieu, Paris, 10(76» p. 91. Le Christ parie donc ici do l'ensemble de ses préceptes que ses disdpla doivent mettre en pratique : la réalisation de cette per­ fection est à leur portée ct n'est pas une discipline insupportable comme était celle des Pharisiens. Mali, comme nous savons, d'autre part, que l’homme, même justifié, a besoin de grâces actuelles pour observer les commandements divins, nous concluons de la parole de Jésus que tous les Justes auront ces grâces, de telle sorte que le fardeau imposé par le Christ leur sera réel­ lement léger. C'est dans le même sens qu'il faut en­ tendre les paroles de saint Jean : · Car c’est aimer Dieu que de garder ses commandements. Et ses commande­ ments ne sont pas pénibles, parce que tout ce qui est né de Dieu remporte la victoire sur le monde, ct la victoire qui a vaincu le monde, c'est notre fol. · I Jon., v,3, I. C’est par la foi que l’homme devient fils de Dieu, qu’il reçoit la grâce sanctifiante et a droit aux grâces ac­ tuelles au moyen desquelles il peut vaincre les assaut* de l’esprit mondain; c'est grâce a cette force que le* commandements divins ne sont pas pénibles pour celui qui est né de Dieu, c’est-à-dire Justifié. Saint Paul enseigne que les justes, comme tels, sont dans la condition voulue pour être sauvés, que par conséquent rien ne leur manque pour atteindre ce but Rom., v, 8-10; vin. Spécialement il leur promet le secours divin requis pour résister aux tentations. I Cor., x, 13. Saint Augustin inculque cette assertion : que Dieu n'abandonne pas le juste si celui-ci ne sc sépare pas de lui, que Dieu accorde à l’homme tout ce qu’il lui faut pour persévérer. Enarr. in ps. Λ’Χλ/ν, n. 27, P. L., t. xxxvî, col. 450 sq. ; De natura ct gratia, n. 29, P. Lt t. xliv, col. 261. Le II· concile dOrange a porté cette définition: • D'après la fol catholique nous croyons qu'nprès avoir reçu, par le baptême, la grâce, tous les baptisés, par le secours ct la coopération du Christ, peuvent ct doivent, s'ils veulent fidèlement coopérer, accomplir tout ce qui est requis au salut de leur âme. » Denzinger-Bannwart, n. 200. Le concile de Trente définit aussi que l’obser­ vation des commandements n'est pas impossible à l’homme justifié. Sess. vi, c. xi, Dcnzingcr-Bannwart, n. 804, ct can. 18, n. 828. Ensuite Innocent X a déclaré hérétique cette proposition de Jansénlus : < Certains préceptes de Dieu sont Impossibles aux hommes Justes, (même) s’ils veulent (les observer) et s'y cjforccnt, avec les forces qu Ils ont dan* cette vie : H leur manque aussi la grâce au moyen de laquelle I (observation) en devien­ drait possible. » Denzingcr-Bannwart, n. 1092. Enfin le concile du Vatican affirme de nouveau que les justes, par la grâce de Dieu, peuvent persévérer. Sess. m, c. ni, Denzingcr-Bannwart, n. 1794. La providence divine dispose donc les événements ct distribue ses secours de façon que tous les Justes soient en état d’éviter toujours le péché mortel; ccd est vrai de tous les Justes, même de ceux qui se trou­ veraient en dehors de la vraie Eglise du Christ; néan­ moins ceux qui sont réellement incorporés à la société Instituée par Jésus reçoivent» en général, plus de grâce que les autres, et c’est dans cette société que le Sauveur choisit ces hommes dans lesquels il réalise, avec leur libre coopération, la sainteté héroïque. L’abondance des secours divins Internes et leur efficacité sc mani­ festent dans cct te sainteté, qui est la note caractéristique de la vraie Église du Christ. 2° Les pécheurs doivent, dans la matière qui nous occupe, être l’objet d’une mention spéciale ct les théo­ logiens leur consacrent une thèse qui, communément. I s’énonce dans les termes suivants : Aux pécheurs qui 1597 GRACE 1598 oui la fri, même à ceux qui non! obstinés dans le mal, grâce surnaturelle ne l'ait auparavant excité à satis­ Dieu accorde le secours suffisant pour qu'ils puissent se faire â la loi; par le péché, et par la répétition des convertir, péchés, l’homme met un obstacle à la réception de la L La première partie de ln proposition est considérée grâce. Dans ces lignes nous avons apprécié I argument comme étant de foi; la seconde, celle qui concerne les proposé ct montré qu'il ne répugne pas que, dam un obstinés, comme théologiquement certaine. Cependant, cas particulier, l'homme soit obligé de sc convertir, remarque M. Van Noort, De gratta, Amsterdam, 1903, même hic et nune, ct que néanmoins il ne L'apôtre con­ op. cit., t. ni, p. 503, où il est enseigné que l'homme ne peut pas avoir une connaissance expérimentale certaine firme ici la coopération de l’Esprit à notre oraison, de la présence de la grâce sanctifiante et de la charité dans laquelle nous Invoquons Dieu comme notre Père. en lui. Saint Thomas d'Aquin expose, en divers endroits Cette coopération n’est pas une révélation sur l’état de de scs œuvres, la question qui nous occupe, notamment notre âme. De plus, cette coopération ne peut pas être connue par la conscience psychologique. Enfin, l’Es- ! In IV Sent., I. I, dist. XVII, q. t, a. 4 ; 1 IV, dist. IX, q. I, a. 3, sol. 2·; dist. XXI, q. n, a. 2, ad 2**; De œrtprit-Saint peut exciter un croyant, en état de péché late, q. x, a. 10; Quodlibetum VIII, a. 4; Sum. thenl., mortel, à crier vers Dieu : notre Père. I* II*'t q. cxn, a. 5 : nous y trouvons la même doctrine, 2. Les Pères ne semblent pas avoir, sur la question qui nous occupe, un enseignement précis, ni unanime. i que nous avons signalée, et les mêmes raisons pour l'étayer. Dans la Somme théologique, loc. cit., il indique On cite un passage de saint Jérôme, commentant trois signes d’où l’homme peut conjecturer son état de l’Ecclésiaste, tx, 1, P. L., t. xxm, col. 1080 : « Les grâce : se délecter en Dieu, mépriser les choses mon­ œuvres des justes sont dans les mains de Dieu, et daines, n’avoir pas conscience d'être coupable d'un cependant Ils ne peuvent pas savoir maintenant s’ils péché mortel. Duns Scot enseigne la même doctrine. sont aimés par Dieu ou s'ils ne le sont pas, ils ne savent In IV Sent.,\. IV, dist. 1, q. m;q. iv, a. 5: q. xiv, a. 1, discerner si les peines, qu'ils endurent, sont l'épreuve ainsi que Cajétan, In Sum. theol., I· H*, q. cxn. a. 5. de leur vertu (qui en triomphera) ou l’occasion de leur 4,_Xe foncée de Trente, — Luther avait exposé sa supplice. » Saint Jérôme exprime ici une certaine incer­ théorie de ïa /i(les fiducïalis et en était arrivé à ensei­ titude des justes concernant leur état moral vis-à-vis gner que chaque homme doit croire fermement, avec de Dieu. L'incertitude de l’homme juste concernant son une certitude inébranlable, qu'il est justifié. Cf. Hart· immunité de tout péché est exprimée par saint Au­ mann-Grisar. I uther, Fribourg, 1911-1912, t r. p. 316 gustin. De perfectione justititc, c. xv. n. 33, P. Z-., sq. ; que si l’homme doute de son état de grâce, il t. xi.iv, col. 309. Enfin saint Grégoire, répondant â la perd, par le fait même, sa justification. Cette doctrine question que lui avait faite une personne angoissée par fut condamnée en 1547, en la session vi du concile de le doute concernant la rémission de scs péchés, dit que Trente, qui déclare notamment les points suivants : n) sa question est inutile : < Il ne faut pas que vous soyez on doit croire que la rémission des péchés ne s’obtient sûre de la rémission de vos péchés, avant le dernier que gratuitement par la miséricorde divine â cause du jour de votre vie, où vous ne pourrez plus déplorer vos Christ; cependant la confiance ou la certitude qu’on fautes. Avant ce jour, il faut toujours craindre les prétendrait avoir de la rémission de scs péchés n’est fautes et les expier par vos larmes quotidiennes. ■ pas ce qui en réalité procure ccttc rémission; ô) on ne Epist., 1. Vil, epist. xxv, P. L., t. i.xxvn, col. 878. Ces peut dire que ceux qui sont réellement justifiés doivent textes s'opposent Λ la doctrine de Luther, dont nous affirmer, sans aucune hésitation, qu’ils sont justifiés, ni parlerons plus loin, mais ne permettent pas de définir que personne est absous de ses péchés ou justifié à la nature de la connaissance que chaque homme peut moins qu'il ne croie fermement qu’il est absous et Jus­ avoir de sa justification, ni de déterminer â quel degré tifié... c) Car, si aucun homme pieux ne doit douter de de persuasion peut arriver ccttc connaissance. la miséricorde divine, du mérite du Christ, de la vertu 3. Les scolastiques ont explicitement posé la ques­ et efficacité des sacrements, tout homme d’autre part, tion et y ont répondu. Alexandre de Halés, Sum. theol., s’il se considère tel qu’il est en lui-même, s'il considère part. III, q. lxxî, m. ni, a. 1-3, enseigne que l’homme sa propre faiblesse et Indisposition, peut craindre et ne peut pas connaître son état de grâce, par ccttc con­ naissance scientifique, qui est un moyen infaillible de trembler pour son état de grâce, puisque personne ne peut savoir par une certitude de fol. sous laquelle ne savoir : en effet, la grâce est l'effet de la bienveillance divine Λ notre égard; et l’on ne peut obtenir une peut se cacher l’erreur, s’il a reçu la grâce divine. Denconnaissance scientifique de cette bienveillance. Mais zinger-Bannwart. n. 802. Quant â l’histoire de ce dé­ l'homme, qui n la fol. peut acquérir une connaissance cret, et aux discussions qui l’ont précédé, voir Hefner, expérimentale de son état de grâce : il peut, en effet, Die Entstehungsgcschichte des Trienler Ilechtfcrtigunq*éprouver en lui les signes de cotte grâce, notamment la dekretes, Paderborn, 1909, p. 297 sq.; Merkle. Concilii lumière dans l’intelligence. et dans la volonté, la Joie et Tridentinl diariorum pars D. Fribourg-cn-Brisgau. la paix. Albert le Grand, In I V Sent., 1. L dist. XV11. a.5, 1901. p. 98. 101, 109, 593, 600; Ehscs. Concilii TrIdenOpera omnia, Paris, 1893. t. xxi. p. 173. parle explici­ lini Actorum pars altéra, Fribourg-cn-Brisgau, 1911, tement de la charité et dit : aucun homme, sans révé­ I p. 727 sq.; Gaudier, La certitude théologique de l'état de 1619 \ GRACE grâce d le concile de Trente, dans les Études francis­ caines, 1910, U xxm, p. 353 sq., 600 sq. I Le concile a condamné la doctrine luthérienne, mais n’a pas \oulu atteindre les opinions divergentes qui s’étalent manifestées, au sein même du concile, entre les catholiques; il est donc établi : a) qu’aucun fidèle n'est obligé de croire qu’il est justi lié, c’cst-à-dirc que sa propre justification n’est pour personne un objet de celte foi qui est nécessaire au salut; b) que tout fidèle peut légitimement (sans faute morale) craindre pour son état de grâce et qu’il peut avoir des raisons logique­ I ment fondées pour avoir un doute à ce sujet. Le concile I alors ajoute le motif de cette dernière assertion ; c’est là, ù proprement parler, un argument qui ne peut pas être mis au même rang que la définition elle-même, mais qui cependant a grande autorité, parce qu’il est l’expression de la pensée commune des Pères du concile. Cct argument est le suivant : « Puisque personne ne peut savoir par une certitude de foi, sous laquelle ne peut se cacher l'erreur, s’il a reçu la grâce divine. » Des controverses qui ont eu lieu, avant qu’on ne soit arrivé à cette formule, voir Hefner, op. cit., p. 30-1 sq., il résulte que le concile ne semble pas avoir entendu dire autre chose que ceci : la connaissance que l’homme peut avoir de sa justification n’est pas de telle nature qu’elle soit objectivement incompatible avec l’erreur, comme l'est notre fol. et par conséquent l’homme ne peut jamais logiquement avoir, concernant sa propre justi­ fication, une certitude égale à celle avec laquelle il adhère aux vérités révélées par Dieu. C’est pourquoi cette assertion n’exclut même pas l'opinion de Catharin. Cf. Pallavicini, Concilii Tridentint historia, 1. VIII, c. xn, n. 10-12, Anvers, 1677, p. 762 sq. Catharin distinguait la foi '‘atholique ou uni­ verselle. par laquelle tous les fidèles croient les vérités révélées par 1 lieu et proposées à tous comme telles, et la foi privée ou particulière, par laquelle un homme croit une proposition, ou bien parce qu’elle lui a été personnellement révélée par Dieu, ou bien parce qu elle est déduite d’une autre proposition de foi. L’homme, d’après Catharin, peut connaître avec cer­ titude sa propre justification par cette fol privée. Voici pourquoi : celle-ci suppose, en dehors des cas de révé­ lation divine, que l'homme Juge exactement ses pro­ pres actes et il se peut que l’homme se trompe en cela ; donc cette foi privée n’est pas celle que le concile a indiquée par ces mots : fides, cui non potest subesse fal­ sum. Somme toute, le concile de Trente n'a rien changé Λ la doctrine des théologiens catholiques, sur le point ?n question. 3· Apr^i définition du concile de Trente. — L’opi­ nion de Catharin a été combattue pur Soto, Apologia l r. Dominici Soto, etc., dans son livre De natura et iratia, Paris, 1549, toi. 269 sq., et ne semble pas avoir rouvé beaucoup de partisans. Les théologiens sc sont dulôt rangés du côté de Soto, et ont défendu sa thèso, nids avec des nuances diverses assez notables. De nos ours, on tend à accentuer l'assertion qu’on peut avoir ■le sa propre justification une véritable certitude. Solo, op. cit., 1. Ill, c. xi, fol. 247, exprime sa thèse *n ces termes ; Quamvis possit homo m hac vita perirandcs hubtre confecturas status sut in conspectu Dei, iemo tamen prrrler speciale revelationis privilegium /alest tantum ubtincre certitudinem legitima· sua actonis, qua cooperamur moventi Deo, aut legitima recep­ tionis sacramenti, ut a-quo assensu judicet sc esse in gra­ ta Illo quo chnslianus assentitur articulis fidei. Soto xirlc de certitude considérée au point de vue de l’objet, ol 239, et affirme que l’homme ne peut pas. si sa ma­ tière de penser est correcte et si elle correspond ù son >b)ct. être persuadé de sa propre justification avec la ni me fermeté qu'il est persuadé des articles de foi. Cette assertion. est, au fond, contre celle de Catharin; 1620 car celle-ci n’excluait pas que la fol privée, dont 11 s’agissait, pût avoir une fermeté d’adhésion égale à celle de la fol universelle. Remarquons ensuite que la raison invoquée par Soto est celle-ci : l’homme ne peut pas avoir une certitude absolue de la valeur morale de scs propres opérations ou de la réception fructueuse des sacrements. Le manque de certitude absolue quant à cela empêche la certitude absolue quant à l’état de grâce. Pour déterminer le degré de la fermeté dam l’adhésion, dont il s’agit, Solo dit que l’homme peut avoir, â ce sujet, de très fortes conjectures : pergrandes confecturas, aussi, une opinion très intense : intentis­ sima opinio, fol. 248, verso. Il admet qu'on pourrait avoir de sa justification une persuasion égale Λ celle que l’on a de l’existence de la ville de Constantinople, quand on n’a jamais été en cette ville. C'est là une persuasion de fol humaine et, bien que Soto n’emploie pas le mot, cette foi est susceptible d’une véritable certitude. Bien plus, elle est telle que la plupart des théologiens n'admettent pas qu’elle puisse être égalée par la certitude qu'on peut avoir de son état de grâce, comme nous le dirons plus loin. Bcllarmin, De justificatione, 1. Ill, c. xi, n. 21-27, dans Controv., Prague, 1721, t. iv, p. 501, note qu’il y a parmi les catholiques trois opinions : celle de Catha­ rin, qui non seulement exclut tout doute, mais ajoute que les justes peuvent avoir de leur justification une certitude de fol divine...; la seconde opinion n’admet pas la certitude de foi divine, mais affirme cependant que les justes peuvent arriver, et en général arrivent (notamment les hommes parfaits) à une telle sécurité, qu’lis n’aient aucune crainte au sujet de leur justifica­ tion, absolument de la même manière que nous croyons sans aucune hésitation que César a régné en Italie, que Constantinople est une ville de Thrace. Bcllarmin n’ap­ prouve pas cette opinion. La troisième, qui est plus communément admise, n’enlève pas toute crainte, mais cependant toute anxiété et hésitation, même tout doute, si l’on désigne par ce mot l’état de celui qui n’ose pas adhérer à l’une des deux assertions contra­ dictoires. Il y a pour les fidèles, au sujet de leur justi­ fication, une certitude morale pour l’intelligence, l’es­ pérance et la confiance pour la volonté. Cette certitude morale a son origine dans l'expérience ou la conscience qu'on a de la charité et des bonnes œuvres : c’est pour­ quoi on peut l’appeler une certitude morale et conjec­ turale. Op. cit., p. 502, n. 31. Suarez, De gratia, 1, IX, c. xsq., Opéra, t. ix,p. 539 sq., distingue d'abord la certitude théologique et la cer­ titude de foi. Le certitude de fol repose Immédiatement SUT la révélation divine, tandis que la certitude théo­ logique n’y est fondée que médlntcmcnt, c’est-à-dire nu moyen d’un raisonnement; en effet, la certitude théologique, proprement dite, sc trouve dans une con­ clusion tirée d’un principe divinement révélé, et d'un autre principe qui est évident de connaissance natu­ relle, ou qui est absolument certain par l'expérience naturelle, n. 1. p. 539. Suarez n'admet pas que le juste, sans une révélation spéciale, ou une inspiration équi­ valente, puisse avoir cette certitude théologique de sa justification, et il dit que presque tous les théologiens sont d'accord en cela; il démontre ensuite pourquoi l’homme ne peut pas avoir cette certitude théologique, n. 6-19, p. 540-546. Au c. xi, il se demande si l'homme peut obtenir une vraie certitude concernant son état de grâce. Après avoir énuméré plusieurs auteurs, qui le nient,et d’autres qui l’affirment, il exprime son opinion : il peut y avoir un degré de fermeté dans l'adhésion, que l'on appelle certitude, non seulement parce qu’il exclut le doute négatif ou suspensif de l’assentiment intel­ lectuel. mais encore parce qu’il exclut aussi tout doute prudent ou moral. Dans celte ccrtltudc-là II peut v I avoir des degrés différents. Le degré suprême de fer- 1621 GRACE mcté semble s’obtenir quand on n un témoignage con­ stant et universel concernant un fait, par exemple, l’existence do Borne, Le degré in lime semble s'obtenir quand on a le témoignage '«i jamais accidens, et indirectement : en effet, des prières, des été ju.sliilé, qu’U soit anathème. -Si quelqu'un œuvres de miséricorde peuvent être la condition sine nflinne qu’il n'y a pas d’autre péché mortel que qua non, a laquelle Dieu a rattaché l’octroi de grâces Vin fidélité, ou bien quo la grâce, une fols reçue, ne actuelles ultérieures, plus abondantes, par lesquelles sc perd par aucun péché, quelque grave ct énorme l'homme surmonte les tentations, qu’il ne vaincrait qu’il soit, excepté pu le péché d infidélité, qu’il soit pas sans ce secours : c’est la juste remarque du P. Hur­ anathème. · Denzlnger BannwarL n. 833. 837. Nous ter, Theol. dogm. comp., L ni, n. 222. __ devons signaler ici aussi 1 erreur de Michel de Molinos M Saint Thomas, Sum. thcol.. II» II*, q. xxtv, a. 10, qui, parti 33 GRACE d’une simple motion à l’acte (et ccttc simple motion, transitoire, à l'acte serait donnée, si la disposition ultime à une forme ne devait exister au même instant physique que cette forme). Si nous considérons l'acte de contrition comme méritoire de la vie éternelle, il procède de la vertu Infuse en tant qu'elle est possédée par l’Amc et l'informe- Ce n’est donc pas sous la meme formalité que Ton considère la grâce sanctifiante quand, d’une part, l’on dit que, dans son infusion, elle est natura antérieure A l acté de contrition, et, d’autre part, que, dans sa possession, elle est natura posté­ rieure â cc même acte; de même. ce n’est pas sous lu même formalité que l’on considère l'acte de contrition quand on dit, d’une part, que cet acte, en tant qu’il e^t disposition ultime à la justification, est natura antérieur â l’obtention de la grâce, et, d'autre part, queer même acte, en tant qu’il est méritoire, est natura postérieur à la grâce. Enfin le bien-fondé de la distinction apparaît clairement quand on fait attention â ceci : l’acte de contrition parfaite en tant qu’il est disposition ultime â la justification, et à ce point de vue antérieur A la grâce sanctifiante, se trouve être une cause matéricllc ; la grâce en tant qu'elle est le principe de cet acte, et â ce point de vue antérieure A l’actc de contri­ tion, sc trouve être une cause efficiente. Ainsi donc dis­ paraît la contradiction qui s’exprimait dans l’objection exposée plus haut: il n’est pas vrai que la grâce sanc­ tifiante soit, en même temps, et sous le même aspect, antérieure et postérieure au même acte de contrition VI. Causes. — Le concile de Trente, sess. vt, c. vu, Denzinger-Bannwart, n. 799 sq., énumère les causes de la justification : nous y trouvons indiquées celles qui concernent la grâce sanctifiante elle-même. Sur les différents genres de causes, voir Cause, L n, col. 2019 sq. — Ie La cause finale de la grâce, c’cst-adlre le bien â l’obtention duquel est ordonnée la grâce, est double : d’abord, la fin dernière, et celle-ci encore est double : absolue : c’est la gloire extrinsèque de Dieu ; relative, subjective, c’cst la béatitude (subjective) éter­ nelle de la créature, c’cst-ù-dlre la vision intuitive de Dieu. Voir Intuitive (Vision), Surin notion de fin dernière, voir Fin, t. v, col. 2481-2499. La fin immé· diale est la sanctification surnaturelle de la créature, car l’effet formel de la grâce sanctifiante est la déiformité, c'est-à-dire une ressemblance spéciale et sur­ naturelle avec Dieu, une participation surnaturelle et formelle à la nature divine. Cette entité est produite par Dieu dans l’essence de l’âme afin de rendre celle-ci apte à agir suniaturcllemcnt au moyen des vertus infuses,et notamment â aimer Dieu suniaturcllemcnt, c’cst en celte charité que consiste essentiellement la perfection morale ou sainteté. Voir S. Thomas, De vir­ tutibus in communi, q. i, a. 10; Sum. theol., II* llr, q. xxm, a. 1-8; GiiaiutA, L n, col. 2225 sq. La grâce habituelle dont nous parlons est â juste titre appelée sanctifiante, parce qu’elle est le principe radical de la sainteté surnaturelle (qui seule est la sainteté véritable dans l’ordre actuel de In providence) et qu’elle est insé­ parablement unie â la charité surnaturelle en laquelle consiste formellement In rectitude parfaite de la vo­ lonté Λ l’égard de Dieu, c’est-à-dire la sainteté. 2° La cause efficiente principale de la grâce sancti­ fiante est Dieu seul ; seul, il peut la produire et l’in­ troduire dans l’âme. Voir S. Thomas, Sum. theol., I* II’, q. cix, a. 7; q. exil, n. 1; Suarez. De gratia, 1. VII, c. xxv, Opera, t. ix, p. 301 sq. La cause effi­ ciente instrumentale est, â titres divers, le sacrement cl l’humanité du Christ : sur la causalité propre aux sacrements, voir Sacrements; sur la causalité propre ά l’humanité du Christ, voir S. Thomas, Sum. theol., III·, q. xlvhi, a. 6. C’est Ici que vient la question : la justification de l’homme ou l’infusion de la grâce estelle un miracle ? Si par miracle on entend un diet sen· I DICI DI TIIKOL. CATHOL. 1634 •ibte produit par Dieu, en dehors du cours naturel des choses, déterminé par le» lots physiques, alors il est évident que l'infusion de la grâce n’est pas un miracle. Si l’on considere que l’infusion de la grâce se fait par­ fois d’après des règles générales, établies par la provi­ dence, et parfois en dehors de ces règles, par exemple, au cas duneconscrslon subite et parfaite d’un pécheur, la justification dans ce cas pourra être dite miracu­ leuse : ce sera un effet miraculeux, quoad modum /a· ciendi, cl dans l’ordre moral. Voir S. Thomas, Sum. theol.. BIP, q. cxm, a. 10; Suarez,op. cit., n,7 sq., p. 303sq. 3° La cause matérielle de la grâce est l’âme humaine, en ce sens que l’essence de l'âme est le sujet immédiat dans lequel cc don est infus. Nous avons vu plus haut que chez l’adulte sont requises des dispositions posi­ tives a la réception de la grâce, ce sont des actes divers, tels que la foi, Γ espérance, l'attrition dans le sacrement de la pénitence et dans les autres sacrements, voir Attrition· L i, col. 2239, 2215 eq,; la contrition ou la charité parfaite en dehors des sacrements. Voir Contuition, t. in, col. 1684. Mais ces actes ne sont pas absolument nécessaires, puisque, dans les enfants. incapables de ccs opération*, la grâce sanctifiante est produite par le baptême. Cf. S. Thomas, De veritate, q. xxvin, a. 3. ad 11 *. L’âme humaine est donc par clic-même en état, c’est-a-dire en puissance obédicntielle, de recevoir la grâce : celle-ci est produite immé­ diatement par Dieu, et comme elle est absolument surnaturelle, elle ne sort pas ex potentia naturali materiæ. Dès lors, puisque la création se définit: productio ex nihilo sui et subjecti, on peut dire que la grâce est créée, produite de rien. Mais ici Intervient une distinc­ tion concernant la terminologie et provenant non du mode dont est produite la grâce, mais de son essence même. En effet, la grâce est un accident, par consé­ quent clic n’existe pas en elle-même, mais seulement en une substance dans laquelle elle est infuse. Or, être créé convient Λ proprement parler aux êtres qui exis­ tent en eux-mêmes, c’cst-û-dirc aux substances et non aux accidents. De mime que ceux-ci ne sont pas exis­ tants, mais coexistants, ainsi les accidents ne sont pas créés, mais concréés. Ceci s’applique avant tout à l’acte par lequel Dieu crée une substance en même temps que scs accidents, par exemple, pour Adam, d’après l’opinion la plus probable, son âme fut au même Instant créée, ornée de la grâce et infuse au corps. Mai* alors même que la production de l’accident vient après la production de la substance, quand la production de l’accident est une productio ex nihilo sui et subjecti, on dit encore correctement que cet accident est concréé. Cf. S. Thomas, Sum. theol., P, q. xlv, a. 4; De potentia, q. ui, a. 8, ad 3’ ’. A cct endroit suint Thomas explique très nettement sa pensée; voici scs paroles que nous commenterons : Gratia, cum non sil forma subsistens, nec esse nec fieri ci proprie per se com­ petit : unde non proprie creatur per modum illum quo substantia· per sc subsistentes creantur. Infusio tamen gratia accedit ad rationem creationis in quantum gratia nnn habet causam in subjecto, nec efficientem, nec talem materialem in qua sit hoc modo in potentia, quod per agens naturale educi possit in actum, sicut est dc altis formis naturalibus. La grâce sanctifiante n’est pas une forme subsistante, c’est-à-dire une forme qui existe en elle-même (elle n’est qu’un accident); c’est pourquoi 11 ne lui convient pas, à proprement parler, d’exister ou de devenir; par conséquent il ne lui convient pas, â proprement parler, d’être créée; les substances seules, les êtres existants en eux-mêmes sont, à proprement parler, créés. La grâce cependant est produite, et Dieu seul peut être la cause efficiente principale dc cette production comme le dit explicitement saint Thomas, Sum. theol., 111*. q. Lxti, a. 1 : Hoc modo (tanquam causa principalis) nihil potest causare gratiam nisi Deus quta VI. — 52 1635 GRACE 1636 gratia nihil nt aliud quam qusrdam participata simi- ’ de congruo. Ces questions doivent être Imitées â l’arilludo dioinx naturie. La grâce, qui est produite immé­ tide Mérite. diatement par Dieu, est ainsi, et au même instant, i Infuse dans l’âme : cette production-infusion est une ill. GRACE ACTUELLE. - L Existence. IL Essence. opération qui doit être rapportée au genre de l’opéra- l III. Division. IV. Efficacité. V. Nécessité dc la grâce tion créatrice, parce que la grâce n’a pas, dans le sujet actuelle pour l’homme justifié. où elle est Infuse (c’cst-à-dire dans l’âme), sa cause I. Existence. — Dans la première partie dc cet efficiente, ni la cause matérielle d’où elle est tirée ou article nous avons démontré l’existence dc la grâce extraite; la grâce ne peut pas être produite dc l’âme, considérée en général, en entendant par là tout don comme les formes naturelles peuvent sortir de leur Interne ct surnaturel, par lequel l'homme est rendu cause matérielle par l’action d’un agent naturel. Saint capable dc faire des œuvres salutaires et de mettre en Thomas oppose ici l’action divine, qui produit la grâce pratique les préceptes divins, dont l’observation est ct l’infuse â l’âme, à l’action d’une cause naturelle qui requise â l’obtention de la béatitude étemelle. Dans fait sortir une forme d’un sujet où elle était en puis­ la seconde partie nous avons considéré en particulier cc sance : parce que cc dernier point ne sc réalise pas dans don, qui est appelé la grâce sanctifiante : elle est habi­ la production dc la grâce, celle-ci n’est pas educlio tuelle ct permanente, elle est pour l'homme ή l’instar formet ex potentia mater iæ, mais appartient au genre de d’une nouvelle nature, d'où dérive, nu moyen des la création. Suarez,De gratta, 1. VIII, c. u, n. 16, Opera, vertus infuses, l'activité surnaturelle. Nous recherchons t. rx, p. 318, dit aussi que la production de la grâce maintenant s’il existe des Influences surnaturelles qui n’est pas dc même espèce ou dc même ordre que réduc­ sont des impulsions dont toute la raison d’être consiste tion d’une forme faite par un agent naturel, et, quant à ù mouvoir l’homme immédiatement ct exclusivement la manière réelle dont est produite la grâce, il n’y a pas ù des actions salutaires. dc différence entre cet auteur et saint Thomas. Mais il y 1° L'Écriture sainte nous fait connaître l’existence a divergence quant à la terminologie : d’après saint dc telles entités. — 1. Le Christ, pariant des adultes ct Thomas, la production dc la grâce doit être rapportée de leur adhésion à son œuvre, dit : · Nul ne peut venir au genre dc l’opération créatrice; d’après Suarez, au à moi, si le Père qui m’envoie ne l’attire. » Joa., vi, 44. contraire,elle doit être rapportée au genre dc l’opération Venir au Christ signifie ici croire, comme le Sauveur qui fait sortir la forme de la matière : gratia educitur de l’explique : · 11 y en a parmi vous quelques-uns qui ne potentia obedientiaU animœ seu subjecti in quo imme­ croient pas... C’est pourquoi je vous al dit que nul ne diate fit. Op. cit., n. 13, p. 317. Cette manière dc parler peut venir à mol, si cela ne lui a pas été donné par mon est inexacte; en effet, la grâce est bien produite dans Père. » Joa., vi, 64, 65. Donc pour que l’homme croie 1 âme ct y est inhérente; mais i’âmc humaine n’est par au Christ il ne lui suffit pas d'entendre la prédication elle-même aucunement ordonnée â recevoir la grâce, dc la doctrine chrétienne, ni d’avoir cette connaissance celle-ci n’est pas contenue en puissance dans l’âme, ct ces désirs qui peuvent résulter naturellement dc n’en sort point ct n’est pas faite de l’âme : la grâce, cette audition, mais II faut que le Père l’attire. Il y a étant essentiellement surnaturelle, est tout simple­ donc ici une influence divine, qui s'exerce dans l’inté­ ment surajoutée a l’âme, qui par elle-même n’a aucun rieur dc l’homme. Elle est expliquée par Jésus : « Qui­ rapport avec la grâce ct n’a que la possibilité dc la conque a entendu le Père et qui a reçu son enseigne­ recevoir ; cette possibilité n’est pas distincte de l’es­ ment vient à moi. » Joa., vi, 45. L’influence divine, qui sence de l’âme et sc réalise tout entière dans la seule attire l'homme â la foi, comporte un effet produit dans immatérialité dc l’âme. Saint Bonaventure, in IV Sent., son Intelligence ct l'éclairant sur la vérité. Cette con­ L II.dlst. XXVI, q. m; dlst. XXVHI, dub. i, Opéra, clusion est confirmée par cette parole : « Il est écrit t. π, p. 638 sq.,690, fait bien ressortir que la grâce est dans les prophètes : Ils seront tous enseignés par Dieu. dans l’âme, comme dans son sujet, mais qu’elle vient de Quiconque a entendu le Père ct reçu son enseignement Dieu comme dc sa cause : elle ne tire pas son origine vient â moi. » Joa., vi, 45. Les asseri ions prophétiques, des principes de l’âme. Il expose aussi qu’il y a deux auxquelles Jésus fait allusion, sc trouvent dans Isaïe, sortes d'habitus : les uns ont leur origine dans la uv, 13, ct dans Jérémie, xxxi, 34, ct elles enseignent faculté opérative ct sont produits par la répétition des que l'économie messianique aura pour prérogative actes; ils donnent à la faculté, dans laquelle ils sc l’influence Immédiate dc Dieu, éclairant les intelli­ trouvent, une aptitude à agir. Mais il y a un habitus 1 gences humaines sur la vérité. qui nous vient du ciel; qui ne dépend pas uniquement Cette même influence est affirmée encore dans les du sujet dans lequel il se trouve, mais beaucoup plus Actes, xvi, 13 sq. : « Le jour du sabbat, nous nous ren­ de celui d’où il vient. Cet habitus, la grâce, ennoblit la dîmes hors de la porte, sur le bord d’une rivière, où faculté ct l’élève au-dessus d'clle-mêmc. nous pensions qu'était le Heu dc la prière. Nous étant I· La cause méritoire dc la grâce est le Verbe in­ assis, nous parlâmes aux femmes qui s'étalent assem­ carné : par les œuvres faites dans son humanité en blées. Or, dans l'auditoire était une femme nommée l’honneur de Dieu, surtout par sa passion ct par sa Lydie : c’était une marchande dc pourpre,... craignant mort, il a obtenu une nouvelle concession de la grâce Dieu, et le Seigneur lui ouvrit le cœur pour qu’elle fût en faveur du genre humain. Voir S. Thomas, Sum. attentive â cc que disait Paul. · Ici donc aussi la pré­ theol., ΠΙ·, q. XLVin, a. 1; card. Billot, De sacramentis, dication est nettement distinguée dc l’influence pro­ Borne, 1893, 1.1. p. 49. L'homme ne peut pas mériter duite immédiatement par Dieu sur l'âme de Lydie : dr condigno la grâce s aucti hante; voici ce que dit le c’est cette influence qui la rend efficacement attentive concile de Trente, sess. vi, c. vin, Denzlngcr-Bannet fait qu’elle comprend cc qui lui est prêché. Sans exa­ vart, n. 809 : « C’est gratuitement que nous sommes ' miner à fond l’essence de cette influence divine, nous justifiés, parce que rien de cc qui précède la justifica- I pouvons dire qu'elle est surnaturelle, d'abord parce lion, soit la foi, soit les œuvres, ne peut mériter la grâce qu'lls'agit d’une communication s pédale et d'un secours de la justification. » L*ac»e de charité parfaite surna­ spécial de Dieu, secours qui n'est pas compris dans le turel. qui est, comme nou> l’avons exposé, la disposi­ concours général que Dieu doit â sa créature, ensuite tion ultime a la justification ne peut être la cause méri­ parce que cc secours interne cl spécial est donné pré­ toire de la Justification, bien qu’il puisse être cause cisément pour un acte salutaire ct par conséquent méritoire de la vie étemelle. L'homme qui, avant d’être appartient à l’ordre des dons surnaturels, comme nous justifié, coopère aux grâces actuelles· et par elles sc l'avons démontré en établissant la nécessité dc la grâce dispose positi ement à la Justification, peut la mériter I pour tout acte salutaire. Remarquons enfin que l'in- 1637 GRACE 1638 fluence décrite est, dc sa nature, transitoire, car elle Paris, 1912, p. 225 sq. Quoi qu'il en soit, les parole de est tout entière ordonnée ù Vacte dc foi. Elle est encore l’apôtre contiennent l’affirmation d’une influence in­ réellement distincte de la grâce sanctifiante, puisqu'elle terne et surnaturelle sur l’activité mêmes par laquelle est donnée avant la justification. les justes sc sanctifient, notamment sur l’acte de vou­ 2. L'influence divine, interne ct intime, requise Λ la loir le bien ct son exécution, sur la résolution de bien foi salutaire, est enseignée par saint Paul : · Mol j’ai faire ct sa mise en pratique. L’apôtre n’cxpllquc pas planté, Apollos a arrosé, mais Dieu a fait croître. 1 en quoi consiste cette influence sur la volonté, mais, Ainsi celui qui plante n’est rien, ni celui qui arrose; d'après sa doctrine générale, nous devons comprendre Dieu, qui fait croître (est tout). · I Cor., m, 6. Paul a que c’est un effet dc l'Esprit-Saint qui habite dans les rempli à Corinthe le rôle dc celui qui plante : il a le justes. On ne peut pas conclure de ce texte qu'une premier prêché Γ Évangile aux Corinthiens ct a mis influence spéciale et surnaturelle est requise pour cha­ dans leurs âmes la semence dc la fol; apres son départ cun des actes salutaires dans l’homme justifié : l’apôtre est arrivé Apollos, qui par sa prédication n, pour ainsi considère en général l'activité par laquelle l'homme se dire, arrosé ce que Paul avait planté. Mais de même sanctifie : il doit agir lui-même et opérer son salut, que, pour la moisson naturelle, ceux qui plantent ct mais il ne peut pas le faire seul; il doit être aidé par ceux qui arrosent ne font pas autre chose que réaliser Dieu qui agit intimement en lui,suscite de bonnes réso­ les conditions externes requises à la croissance, ainsi lutions ct renforce la volonté dans leur exécution. Ainsi en est-il des prédicateurs pour la moisson spirituelle; l’activité salutaire de l’homme dépend réellement de ils proposent cc qui est nécessaire â la foi, mais ils ne la Dieu, ct l’homme doit craindre parce qu'il peut perdre produisent pas. La cause véritable dc la croissance de ce>ccours divin-^. Q^)Lcs Pères, nvanjje pélagianisme, enseignent aussi la plante est sa force vitale Interne qui lui est donnée l’existence d unc^nflucnce surnaturelle afTcctant direc­ par Pieu; c’est encore l’influence Interne ct vitale donnée par Dieu, ou la grâce. Cf. Comely, Commen­ tement les actes salutaires et l’existence d'un secours tarius in priorem Epistolari ad Corinthios, Paris, 1890. divin surajouté à l’énergie humaine pour résister aux p. 78. Dans la pensée dc saint Paul, les prédicateurs dc tentations ou pour réaliser les actes vertueux. Saint l’Évangile sont les coopéraleurs, βυνιργοί, de Dieu dans Ignace d’Antioche dit que c'est avec l’aide de Jésus l’œuvre de la sanctification des hommes : leur activité que nous repousserons victorieusement tous les assauts sc termine ù cc qui est extérieur à la foi ct â la sancti­ du prince de cc monde. Ad Magn., i, 2. Clément fication; celles-ci sont l’cfTet du secours interne qui d’Alexandrie connaît l’influence dc la grâce sur les vient dc Dieu. Ce secours n’est pas le concours général actes de la volonté ct y voit deux forces conjuguées. dc Dieu, car il est dans l’ordre dc la foi et dc la justifi­ Voir Clément d’Alexandrie, L lu, col. 174 sq. cation. qui sont des dons gratuits ct qui dépendent des Origènc connaît aussi cette influence divine qui se surajoute à l’énergie volontaire ct la renforce, sans mérites de Jésus-Christ, comme l’expose l’apôtre, Rom., ni, 22-24; Eph„ n, 8-10; cc sont des dons surnaturels cependant détruire la liberté. De principiis, \. fît, comme nous l'avons démontré en exposant l'existence c. I, n. 22, P. G., L xr, col. 289. 301. La nécessité du de la grâce considérée en général. Enfin ce secours sur­ secours divin, qui laisse intacte la liberte humaine, est aussi affirmée par saint Êphrem. Cf. Tixcront, Histoire naturel est actuel, c’est-à-dire qu’il est essentiellement des dogmes, t. il, p. 213. Tcrtullicn décrit la puissance ordonné ct qu'il sc termine â des actes qui sont requis de la grâce divine qui surpasse l’énergie naturelle et préalablement â l’état de justification. Dans les justes il est aussi une influence du Saint fléchit le libre arbitre. De anima, n. 21, P. t. u, col. 285. Cf. d’Alès, La théologie de Tertnllien, p. 270 s

S. Thomas, Sum. thcol., I· 11®, q. lxxx, a. L CL I·, q. xcv, a. 4; q. evi, a. 2; De veritate, q. xxii, a. 9; De malo, q. ni, a. 3; Del Prado, De gratia et libero arbitrio, Fribourg (Suisse), 1907, L i, p. xvni; t. π, p. 143 sq.; t. ni, p. 13, 98 sq. Ces deux genres de motions ont chacun une fonction propre : la motion qui procède de l’objet concerne la spécification de l'acte, la motion qui procède de la cause efficiente concerne Vexercice de l’acte, c'est la doctrine explicite de saint Thomas, Sum. theol., I* II*, q. ix, a. 1. La volonté, comme toute autre faculté, quand elle commence à agir, doit être mue ou appliquée à agir : c'est la prémotion physique dont nous avons parlé plus haut Cf. Sum. theol., loc. cit., a. 4 et 9. b. 11 faut distinguer aussi, dans la volonté, deux genres d’actes : l’un est l'acte spontané, naturel, qui suit nécessairement l'appréhension intellectuelle d’un objet sous la formalité de bien ou de mal : c'cst la voluntas ut natura. L'autre est l’acte par lequel la vo­ lonté choisit, veut un bien alors qu'elle pourrait en vouloir un autre, c’est la voluntas ut ratio ; c’cst l'acte qui suit la délibération ou le conseil. Cf. Sum. thcol., 1* II*, q. xiv, a. 1, 2; II· II*, q. xlvii, a. 1, ad 2UD1; III·, q. xvni, a. 4, ad 2“·; De malo, q. xvî, a. 4. L’acte dont nous parlons est décrit par saint Thomas en ces tenues : Proprium liberi arbitrii est electio. Ex hoc enim liberi arbitrii esse dicimur quod possumus unum recipere alio recusato, quod est eligere. Sum. thcol.. 1·, q. lxxxiii, a. 3. Parmi les biens particuliers qui sont l’objet de l’élec­ tion humaine, sc trouve aussi le vouloir même : la volonté peut vouloir ne pas vouloir ou vouloir consi­ dérer tel bien, prendre une décision sur telle question, etc. Potest autem ratio apprehendere ut bonum non solum hoc quod est velle aut agere, sed hoc etiam quod est non velle ct non agere. Sum. thcol., I· U*,q. xm, a. 6. Mais l'acte par lequel la volonté choisit est toujours un acte positif, alors même qu'elle choisit ne pas vouloir quelque chose ou ne pas consentir à une inclination. Cette négation est Vobjct do l'acte libre. Sum. theol., I· II·, q. lxxi, a. 5. Il s’agit de voir maintenant comment cet acte procède de la volonté. Nous suppo­ sons que cette faculté est en acte de vouloir un bien comme une fin : alors elle-même sc meut à vouloir cc qui est ordonné à cette fin, c’cst-à-dirc clic sc meut à l’élection, à l’actc de choisir : Intellectus per hoc quod cognoscit principium, reducit scipsum de potentia in actum quantum ad cognitionem conclusionum; et hoc modo movet scipsum; et similiter voluntas per hoc quod vult finem, movet seipsam ad volendum ca qua: sunt ad finem, Op. cit., q. ix, n. 3. Il s’agit d'un passage de Ia puissance à l’acte : rintclligencc qui est en acte do comprendre un principe est capable (est en puissance) d’avoir la connaissance des conclusions contenues dans ic principe; or rintclligencc sc meut elle-même à cct acte· De même la volonté qui actuellement veut une 1650 fin est capable (est en puissance) de poser l'acte par lequel elle choisit les moyens à cette fin; or la volonté se meut clic-même â cet acte. Il s'agit Id de tout acte d'élection, quel que soit son objet, qu’il soit, nu point de vue moral, bon ou mauvais, et il s'agit de l'émana­ tion physique de cet acte : la volonté elle-même en est cause efficiente. Cette causalité concerne l’exerdce même de l'actc de choisir et elle dépend de l'activité par laquelle la volonté veut la fin : c'est cette fin qui constitue la volonté prindpc actif ou moteur de tout ce qui doit servir à réaliser cette fin. Loc. cit., ad Ie· KACE et d’autres théologiens répondent que non; ils disent que In surnaturallBntion, produite par la motion à l’acte indélibéréct restée encore dans la volonté quand celle-ci se détermine au consentement, suffit a surna­ turaliste ect acte do consentement. Cf. Guillermin, duns In Revue thomiste, 1902, p. 657 sq.; Billot, De qralla Christi, p. 155 sq. Il y a cependant à ccttc thèse une réelle difficulté : la virtus fluens de l’acte in délibéré se termine à cet acte et semble ne pas pouvoir sumaturaliserun autre acte, Tacte d'élection. Le P. Pignataro, De gruiia (lith.), p. 221 aq., enseigne qu’il faut une nouvelle virtus fluens supernal uratis pour Tacte d'élection. III. Division.— Saint Thomas, Sum theol., I· II®, q. cxi, indique une triple division, à savoir : q rat ία gratum faciens et gratta gratis data, operans et coopérant, praeveniens et subsequent, Nous avons expliqué déjà le sens de la première : il nous reste à parler des deux suivantes, ainsi que d’autres dont Saint Thomas ne parle pas à l’.-ndioit cité. 1® Grâce opérante cl coopérante. — Cette distinction a son fondement dans la doctrine de Γ Écriture sainte: on y montre Dieu excitant l’homme au bien salutaire, Eph., v, 1I; If Tim.» i, 9; Apoc., ni, 20, et l’aidant à réaliser ce bien. Bum., vin, 25, 30; Apoc., m, 20. Saint Augustin explique clairement ce double effet dû a la grace divine : Ipse ul velimus operatur incipiens, qui volentibus cooperatur perficiens... Ut ergo velimus sine nobis operatur; cum autem volumus ct sic volumus ut /aciamus, nobiscum cooperatur : tamen sine ilio vel operante ul velimus, u^l coopérante cum volamus, ad bona pietatis opera nihil valemus. De gratia ct libero arbitrio, c. xvn, n. 33, P. L·., t. xuv, coi. 901. Le 11· concile d'Orange exprime aussi la distinction susdite : Multa Deus fac il in homine bona qu& non facit homo (c'est la grâce opérante). Nulla vero facit homo bona qua non Deus prostat ul facial homo (e’est la grâce coopérante). Quoties bona agimus Deus in nobis atque nobiscum ul operemur operatur. DenzingcrBannwart, n. 192, 182. Saint Thomas, loc. cit., a. 2, explique cotte distinc­ tion en disant qu’elle exprime divers effets de la grâce, et non diverses entités : c’est la même grâce qui est tantôt opérante et tantôt coopérante. Cette diversité d’effet se trouve réalisée aussi bien pour la gtâce sancti­ fiante que pour la grâce actuelle. La grâce sancti­ fiante est opérante (non effective, sed formaliter), en tant qu'elle rend formellement T âme agréable à Dieu, ct coopérante en tant qu’elle est principe de l'acte méritoire, qui est un acte libre: c’est-à-dire quand l’homme justifié opère librement un acte salutaire, c'est la grâce sanctifiante qui est le principe du caractère méritoire de cet acte : c’est en ce sens qu'elle est coopérante. La grâce actuelle est opérante en tant qu'elle a pour effet une opération salutaire au point de vue de laquelle notre âme est seulement mue ct Dieu seul est moteur; elle est coopérante quand clic a pour effet une opération à laquelle notre âme se meut elle-même en même temps qu’elle y est mue. Cette définition offre quelque difficulté dans son application. Il paraîtrait à première vue que ia grâce est opérante quand elle se termine à l’acte Indélibéré, et coopérante quand elle se termine à l’acte délibéré, c’est-à-dire nu consentement libre donné à l'impulsion divine. Mais tel ne semble pas être le sens de saint Thomas : d’après lui. la grâce est opérante par rapport à l’acte indélibéré ct aussi par rapport à l’acte délibéré, par rapport au consentement librement donné; mais quand l'homme pur ce consentement s'est fixé une fin à atteindre ct qu’il y tend par des actes commandés par la volition de cette fin, alors la grâce qui soutient l'homme dans l'exécution de sa volonté est coopé­ rante. Cf. Cajétan, In l* 11*, q. exi, a. 2; Soto, De 165; natura et gratta, 1. I, c. xv, fol. 62; Alvarez. De auxiliis, disp. LXXXil, c. xlvii; Billot. De gratia Christi. ρ. 161 sq. 11 faut remarquer encore que la distinction susdite peut s'appliquer à une opération salutaire particulière ou bien à l'œuvre totale de la sanctifi­ cation personnelle. 2° Grâce prévenante et subséquente. — Cette termi­ nologie a son origine dans les Psaumes lviii, 11, ct xxn, 6 : Misericordia ejus prie veniet me; misericordia ejus subsequetur me. Saint Augustin, invoquant ces textes, enseigne que tous les actes salutaires de l'homme sont un effet de la grâce divine ct i) la décrit en ces termes : Ubl quidem operamur et nos, sed illo ( beo) operante cooperamur. Pnevenit autem ut sanemur, qui et subsequetur ut etiam sanati vegetemur; provenit ut vo­ cemur, subsequetur ut glorificemur; prvoenil ut pie vt vamus, quia sine illo nihil facere possumus De naturi tt gratia, c. xxxi, n. 35, P. L., t. xuv, coi. 26-1. De m(mc dans l'écrit Contra duas epistolas pciagianoriun, 1. 11, c. IX, n. 21, P. L., t. xuv, coi. 586, il attribue | le commencement de Tamour du bien à la grâce par laquelle Dieu nous prévient, ct l'achèvement a la grâce qui suit. Sous cette terminologie saint Augustin dôsigne donc des effets différents de la grâce considérée en général. C'est dans le même sens que s’exprime i’Église dans certaines oraisons liturgiques ; Tua no. quæsumus, Domine, gratia semper et pra veniat et · quatur. Oral. dom. xm post Penlescosten. Actiones no­ stras... adspirando pnevcni et adjuvando prosequere ut cuncta nostra operatio et oratio a te semper incipiat et per te capta finiatur. Orat, tn sabbato quat. temp. Qua drages imte. Saint Thomas, loc. cit., a. 3, enseigne b même chose : cettc distinction ne considère que tordre de priorité ou de postériorité qui s établit cotre K* divers effets attribués à~ïa grâce, soit habituelle soit actuelle; par exemple, vouloir délibérément un bien salutaire et puis exécuter cette détenninution sont deux effets de la grâce; quant au premier, clic est prévenante, quant au second, elle est subséquente. Suint Thomas Indique d’autres applications et dans sa réponse ad 2 ·» il affirme de nouveau que celte distinction ne concerne pas l’essence de la grâce, mais seulement ses effets : la grâce en tant qu’elle csl prévenante n’est donc pas, de ce chef, réellement distincte de la grâce subséquente; la grâce subsé­ quente, en tant qu elle appartient a la gloire céleste, ajoute saint Tliomas, n’est pas réellement distim le de la grâce prévenante par laquelle nous sommes justi Iles en ccttc vie. La charité de cette vie ne dispa­ raît pas au ciel, mais elle y est perfectionnée; de même la lumière de grâce (c’est-à-dire la grâce sanctiÜantc) est la même en cette vie ct dans l’autre; il en est ainsi parce que la charité ct la grâce sanctifiante n’incluent, dans leur concept, aucune imperfection. La doctrine de saint Thomas est, quant à sa sub­ stance, la même qu’expose Pierre Lombard, Sent., I. IL dist. XXVI, ct que tenaient les scolastiques anciens. Cf. S. Bonaventure. In IV Sent., 1. H, dist. XXVI, q. VI, Opera omnia, t. u, p. 645 sq., ct les Scholia, p. 646, 655. 3° Grâce excitante cl adjuvante. — Nous trouvons ces termes chez saint Augustin : Quocirca quoniam quod a Deo nos avertimus nostrum est, el ha c est voluntas mala; quod vero ad Deum nos convertimus, nisi ipso excitante cl adjuvante non possumus, ct hire est voluntas bona. De peccaturum mentis et remissione. 1. H. c. χνιπ, n. 31, P. L., t. xliv, col. 169. Le concile de Trente s’est servi des mêmes termes pour décrire la conversion de l’adulte ct les dispositions requises à sa justification ; c’est depuis lors que la distinction susdite a été uni­ versellement employée par les théologiens. Le concale j parle des grâces actuelles : chez les adultes, le commen- 1655 GRACE cement de la justification doit provenir de la grâce prévenante, c’est-à-dire de la vocation; par la grâce i excitante ct adjuvante, s’ils y consentent librement ct y coopèrent, ils sont disposés à la conversion ct à la justification; l’opération dc Dieu cl la coopération dc l’homme sont, cn outre, expliquées comme il suit : c’est Dieu qui touche le cœur de l’homme par l’illumina­ I tion du Saint-Esprit; l'homme peut librement accepter cette inspiration cn y consentant (assentiendo), Il peut aussi la rejeter cn voulant autre chose (dissentiendo). Sets, vi, c. v, ct can. 3, 4, Denzinger-Bannwart, n. 797,813, 814. Le concile établit ici, contre les pro­ testants, la nécessité de la grâce ct dc la libre coopéra­ tion dc l’homme : dans l’œuvre de la conversion, la première part revient à la grâce qui prévient, meut, excite; sous l’empire dc cette excitation, l’homme peut librement y consentir ou refuser le consentement; s’il consent, il coopère avec la grâce. La grâce divine produit l’illumination ct l’inspiration : ce sont des actes indélibérés; le consentement ou le dissentiment, de la part dc l’homme, sont des actes délibérés. Le concile ne dit rien sur une distinction réelle entre la grâce excitante et la grâce adjuvante; sous cette double dénomination il désigne le principe d’où dépend ct auquel répond Je libre consentement cl la libre coopération dc l’homme; mais ce consentement peut aussi ne pas être donné : c’est alors le dissenti­ ment. C’est le libre choix de l’homme qui détermine l’un ou l’autre effet Après le concile, beaucoup de théologiens, tant de l’école molinistc que dc l’école bafiéslcnnc. ont appliqué principalement, sinon exclu­ sivement, les termes expliqués plus haut à la grâce actuelle, ct leur ont donné un sens restreint : ils entendent par grâce excitante la grâce cn tant qu’elle suscite l’acte indélibéré dans l’intelligence ct dans la volonté; par grâce adjuvante, la grâce en tant qu’elle est principe de l’acte délibéré. Dc plus, ils considèrent comme synonymes, d’une part, les termes opérante, prévenante, excitante; d’autre part, les termes coopé­ rante, subséquente, adjuvante. Voir Molina, Concordia, q. xiv, a. 13, disp, XVII, p. 37; disp. XXXIX, p. 223; Suarez, De gratia,}. Ill,c. xx,n. 8, p. 90; c.xxî, n. 14, p. 94; c. xxm, n. 3,p. 100;c. xxiv, n.6,p. 10i; Goudin, De gratta Del, q. v, a. 1, p. 252 sq.; Bllluart, Tractatus de gratia, diss. V, a. 1, Summa S. Thomir, Paris, s. d., t. ni, p. 123 sq. Molina, Concordia, q. xiv, a. 13, disp. XXXÏX, p. 222 sq.; disp. XL, p. 229 sq., enseigne que la grâce excitante, prévenante, opérante est la même réalité que la grâce adjuvante, coopérante, subséquente; la première consiste dans les actes vitaux indélibércs; si l’homme consent (ce qui se fait par le seul acte délibéré de la volonté), cette même grâce est adjuvante. Bellarmln, De gratia et libero arbitrio, 1. I, c. χιι, n. 29, p. 244, n'admet pas cette assertion; pour lui, la grâce coopé­ rante est efficace ab intrinseco; mais non pas au sens où l’explique l’école bofiéslennc, c'est-à-dire cn admet­ tant la prédétermination physique; Bellarmin réfute cette opinion. Loc. cit., n. 8 sq.; cf. Le Bachelet, Aucta­ rium Bellarminianum, p 101 sq. Notons encore que Bellarmin, De gratia cl libero arbitrio, c. xiv, n. 8, p 249, n admet pas que la grâce opérante concerne uniquement l’acte indélibéré, mais elle a pour effet le premier acte délibéré dc la conversion; tandis que la grâce coopérante a pour cfïct les actes subséquents. C’est |>ourquot Bellarmin donne cette distinction comme une subdivision de la grâce efficace. Mats cette opinion est connexe avec la grande question de l’effi­ cacité de la grâce actuelle que nous exposerons plus loin. I ’ Grûce suffisante et efficace.— Sur le sens qu’avalent ccs mots avant les controverses du xvi· siècle, voir SchDccmnn, WeUere Enbvickelung des thomtstlsch- 165« mollnischen Controverse, Fribourg-en-Brisgau, 1880, p. 124 sq. Actuellement ccs termes Indiquent une division adéquate de la grâce actuelle. Certains théo­ logiens cn donnent une explication qui suppose le système auquel ils adhèrent ct proposent par consé­ quent une définition réelle. Pour le moment nous ne donnons qu’une définition purement nominale : la grâce est efficace quand elle est infailliblement connexe avec l’acte salutaire délibéré; elle est seulement suffi­ sante quand elle procure à l’homme le pouvoir d’agir salutairement, mais n’obtient pas ce résultat. En disant dc la grâce efilcace qu’elle est infailliblement connexe avec l’acte volontaire délibéré, nous faisons abstrac tion dc la manière dont se réalise cette infaillibilité; nous faisons abstraction de la question dc savoir si la raison dc cette infaillible connexion sc trouve dans la grâce elle-même ou seulement en Dieu, c’est-à-dire dans sa science infaillible. L’existence dc la grâce seulement suffisante ct celle dc la grâce efficace est un point de doctrine admis par tous les catholiques et contenu dans le dépôt dc la révélation. 1. Écriture sainte. — En effet, clic nous révèle que la grâce est nécessaire pour tout acte salutaire, qu’avant la justification 11 n’est donné que des grâces actuelles, qu’après sa justification l’homme a encore besoin dc grâces actuelles pour persévérer. D’autre part. Dieu donne à ceux qu’il appelle les grâces réellement ct pleinement suffisantes pour qu’ils puissent suivre cet appel; U donne aux justes toutes les grâces véritable­ ment suffisantes pour qu’ils puissent persévérer dans leur état ct éviter le péché mortel. Cependant il est des hommes qui, dc fait, refusent dc faire ce à quoi Dieu les pousse, qui résistent à la grâce; d’autres, au contraire, consentent aux impulsions divines ct les suivent II y a donc des grâces simplement suffisantes, et il y a des grâces efficaces. L’existence des premières est affirmée dans la plainte du Christ : « Jérusalem, Jérusalem..., que de fols j’ai voulu rassembler tes enfants, comme une poule rassemble scs poussins sous ses ailes, ct vous ne l’avez pas voulu. » Matth., xxm, 37. Il y a donc des juifs qui ont reçu des grâces suffisantes 5 la fol, mais qui librement ct coupablcmcnt y ont résisté. Saint Paul dit aux juifs : « Ou méprises-tu les richesses dc sa bonté, dc sa patience ct dc sa longani­ mité ? ct ne sais-tu pas que la bonté dc Dieu t’invite à la pénitence ? Par ton endurcissement ct l’impénitcncc dc ton cœur, tu t'amasses un trésor dc colère pour le jour dc la colère ct de la manifestation du juge­ ment dc Dieu, qui rendra à chacun selon scs œuvres. · Rom., n, 4-5. Saint Étienne s’écrie : < Hommes à la tête dure, vous résistez toujours au Saint-Esprit ■ Act., vu, 51. 2. Les Pères. — Saint Irénée, cn interprétant Matth., xxm, 37, enseigne que ceux qui ont opéré le bien (il s’agit du bien salutaire) cn seront récompensés parce qu’ils ont opéré le bien alors qu’ils auraient pu ne pas l’opérer; ct ceux qui n’auront pas opéré le bien seront punis, parce qu’ils n’ont pas opéré le bien alors qu'ils auraient pu le faire. Cont. hier., 1. IV, c. xxxvn, n. 1, P. G., t vu, col. 1099. Saint Irénée décrit ici la liberté (Ubertas electionis) vis-à-vis do la grâce que Dieu concède à tous : les uns y coopèrent librement ct font ce bien dont la grâce les a rendus capables; les autres librement ne coopèrent pas ct ne font pas ce dont la grâce les a rendus capables; Il y a donc une grâce suffisante ct inefficace ct une grâce efficace. Cette clficacité dépend, au moins partiellement, dc l’cxcrcïce du libre arbitre. Une doctrine semblable est exposée par saint Jean Chrysostome, llomil., vm, η 1 P G t. i.iv, col. 65. Pour la doctrine des autres Pères’ cf. Habert, Theologia Patrum gnecorum, L H c vi sa · Tournély, De gratia Christi, Parts, 1724. tu n vît’ 1 a. 2, p. 309 sq. » » n, q. vit, 1657 GRACE La doctrine dc saint Augustin doit spécialement attirer l'attention. I! nc s'est pas appliqué à démon­ trer ex μruIesso Γ existence dc ce que nous appelons grâce suffisante; il est, au contraire, plus préoccupé dc l’clficacité dc la grâce : ce qui s'explique par le (ait que sa mission était dc défendre la nécessité dc la grâce. Néanmoins Augustin montre clairement qu’il admet une grâce suffisante, c’est-à-dire une grâce donnée par Dieu pour que l'homme puisse agir salu­ tairement ct cependant frustrée dc cet effet parce que l’homme résiste à ce secours divin, a) Quant au pre­ mier point, c’est-à-dire que la grâce est un secours donné pour que l’homme puisse agir salutairement, notons les textes suivants : Sanal Deus non solum ut deleat quod peccavimus, sed ut præstet etiam ne peccemus. De natura ct gratia, c. xxvi, n. 29, P. L., L xliv, col. 261. Le secours dont parle saint Augustin est la grâce du Christ ct celle-ci, notamment quand il s’agit d’éviter le péché, comprend des grâces actuelles. Ce secours dont il est ici question est encore requis pour persévérer dans la justice, pour vivre dans la rectitude morule : ce secours est de fait accordé aux justes, parce que Dieu ne les abandonne pas lorsqu 'eux-mêmes n’abandonnent pas Dieu : non deserit, st non deseratur. Loc. cit. Ce secours divin nc détruit pas le libre arbitre, niais il n’est utile qu'à celui qui veut, qui veut humble­ ment, ct qui nc s’enorgueillit pas, comme si les énergies de sa seule volonté sufllsaient à pratiquer la justice. Op. cil., c. xxxii, n. 36, col. 265. La nature humaine est blessée; elle est, par suite dc la concupiscence, dans un état où elle nc peut éviter tout péché; pour la délivrer dc cet esclavage, il faut la charité qui est infuse dans nos âmes par le Saint-Esprit, op. cit., c. liii-lix, col. 276-281; par cette charité l’homme est délivré dc la nécessité morale dc pécher. Op. cit., c. l.wi, n. 79, col. 280. Par conséquent au degré dc charité corres­ pond le degré dc justice : charitas ergo inchoata, inchoata justitia est; charitas provecta, provecta justitia est; charitas magna, magna justitia est ; charitas pcrjccla, perfecta justitia est. Cette charité n'est pas le résultat de notre nature, ni dc nos œuvres, mais elle est l’effet du Saint-Esprit, qui par là porte remède à notre infir­ mité ct coopère à notre guérison : c’est cn cela que consiste la grâce dc Dieu par Jésus-Christ. Op. cil., c. lxx, n. 81, col. 290. Cf. De gratia Christi, 1. I, c. xxxv, n. 38, P. L., t. xliv, col. 378. Saint Augustin décrit ici la grâce divine considérée cn général, cn tant qu'elle est secours ajouté à la nature. · Il ramène toutes les affections humaines à l’amour de Dieu..., mais il n'entend pas alors par charité la vertu théologale dc ce nom, ni même l’amour de Dieu cn général; il étend le sens du mot charité à tout amour honnête, à tout acte de vertu, à toute bonne volonté conforme à l’ordre éternel. » Le Bachelet, Baius, L n, col. 91. La grâce ainsi entendue est opposée à la concupiscence : celle-ci est la force qui incline l’homme au mal ct l’entraîne; la charité est la force opposée par laquelle l’homme peut éviter le péché, mais il nc l’évite que librement. Cf. aussi De gratia Christi, c. XLVU. n. 52, col. 383; Contra duas epistolas pclagianorum, 1. IV, c. vi, n. 12, col. 617 sq.; De gratia ct libero arbitrio, c. îv, n. G sq., col. 885 sq. à)Saint Augustin enseigne donc que la grâce est le secours suffisant pour que l’homme puisse éviter le péché ct augmenter cn lui la justice; mais la grâce n’obtient son effet que par la libre coopération dc l’homme, ct quand celle-ci fait défaut, la grâce n’obtient pas l’efTet auquel elle est ordonnée.Cc point dc doctrine a été clairement enseigné par saint Augustin après que, par la grâce divine, il avait bien compris que la grâce est distribuée à titre gratuit et qu'elle est nécessaire également au commencement dc la fol. Cf. De pnedestinalione sanctorum, c. îv, n. 8, P. L., ( i · i | j 165 t. xliv, col. 965; De dono perseverantia, c. xx, n. 52 P. L,, t. xlv, col. 1026. C'est en écrivant sa disserta lion à Simpliden que cette lumière lui est venue Dans cet écrit le saint docteur parie notamment de li vocation : Il y a une vocation efilcace, qui obtient infailliblement son effet, parce qu'elle est si bien adaptée aux dispositions du sujet qu’elle obtient dc fait Je consentement; une autre vocation n'est pa« ainsi adaptée aux dispositions du sujet et n'obtient pas le consentement. Cf. Augustin, L i, col. 2390. La même idée est exprimée dans la lettre ccxvu écrite vers 427 : saint Augustin y réfute celui qui tient que le commencement de la fol n’est pas dû à la grâce, mais au libre arbitre, c'est-a-dlre au consente­ ment naturel que l’homme donne après qu’il n entendu proposer la doctrine ct la loi divine. Saint Augustin enseigne la nécessité dc l'influence divine interne, qui prévient l’homme, prépare sa volonté et fait que 1 homme consente; cet effet s’obtient parce que cette grâce interne est apte, accommodée au consentement qu elle doit obtenir; l'effet ne serait pas obtenu si Deus non vocattone illa alta atque secrela sic ageret sensum ut eidem accommodaret assensum. P. L., t. xxxni, col. 980. Saint /Augustin enseigne donc que l’efficacité de la grâce consiste à obtenir le consentement de l’homme. Pour l’objet qui nous occupe maintenant, le texte du De spiritu et littera, c. xxxm, xxxiv, P. L., t. xliv, col. 257 sq., est dc la plus haute Importance. Suint Augustin y pose la question : · L'acte dc volonté par lequel nous croyons est-il un don de Dieu, ou bien procède-t-il naturellement du libre arbitre ? Il répond d’abord que le libre arbitre reste, que par lui l’homme peut croire ct aussi nc pas croire, employer bien ou mal sa liberté. Néanmoins l’acte par lequel nous crovons doit être attribué à Dieu; non en ce sens qu'il sort du libre arbitre reçu par Dieu dans la création, mais bien cn ce sens que cet acte est l’effet dc l’in­ fluence divine sur notic âme; c’est cette influence qui produit l’acte dc croire; cependant il reste toujours vrai que le consentement (a la grâce prévenante) ou le dissentiment appartient à la volonté de chacun : projecto et ipsum velle credere Deus operatur in homine ct tn omnibus misericordia ejus prxvenit nos; consentire autem vocationi Dei, vel ab ea dissentire, sicut dixi, propriae voluntatis est. P. L., t. xliv, coi. 240 sq. Samt Augustin explique ensuite comment cette assertion n’est pus cn opposition avec le principe qui, pour lui. est fondamental dans la doctrine de la grâce : Quid habes quod non acctpisli ? Les dons qui sont désigne* ici, l'âme ne peut ni les recevoir, ni les avoir qu'en consentant : elle consent aux dons divins; c’est pourquoi ce qu’elle a et ce qu’elle reçoit est dc Dieu, mais rece­ voir ct avoir est le fait dc sa propre volonté. Si Ton demande pourquoi, parmi les hommes, l’un est tra­ vaille par la grâce, dc façon à arriver à la persuasion cl à l’acte de foi, et pourquoi l’autre nc l’est pas ainsi, il ne reste qu’à répondre : O altitudo divitiarum. Born., xi. 33. /-oc. cit. Saint Augustin enseigne donc Ici que, sous l’in fluence actuelle de la grâce, l’homme peut y donner ou refuser son consentement : il peut consentir; la grâce est donc suffisante à obtenir cet effet; il peut refuser ce consentement, la grâce est alors Inefficace. Nous avons ici la notion dc la grâce véritablement, mais exclusivement suffisante, non efficace. Nous parlerons plus loin de la pensée de saint Augustin sur la nature dc l’efficacité de la grâce. Beaucoup d’auteurs croient trouver la notion dc la grâce suffisante ct inefficace dans le livre De corre­ ptione et gratta, c. x sq., P. L., t. xliv, col. 931 sq., où saint Augustin distingue le secours sans lequel l’homme nc peut pas persévérer, adjutorium sine quo non. ct le secours par lequel l’homme persévère cn réalité, adjutorium quo. Ces auteurs identifient la 1639 GRACE grâce suffisante avec Vadjiüorlum sine quo non, et la grâce efficace avec Vadjutorium quo. Cela n’est pas exact. D'abonTt pour saint Augustin, Vadjutorium sine quo non est l’ensemble des dons concédés à Adam avant son péché, c’est l’ensemble des dons par les- ; quels Adam pouvait persévérer dans l’état d'intégrité dans lequel il avait été créé. Cet ensemble de dons mmportc-t-il des grâces internes actuelles excitantes ? On ne peut l’affirmer avec certitude, comme nous l’exposerons plus loin. En supposant qu’on l’admette, on ne pourrait pas en conclure, que saint Augustin enseigne qu’il existe maintenant, dans l'état de nature déchue* des grâces purement suffisantes. Car le secours qu’il oppose au premier est l'ensemble des dons qui réalisent de fait la persévérance finale chez les pré­ destinés, dans l’état actuel de la nature déchue : c’est pourquoi il appelle cct adjutorium quo une gratia potentior parce qu’elle a pour effet de faire surmonter de grandes difficultés qui n'existaient pas pour Adam. L adjutorium quo est donc l'ensemble de dons qui est efficace en ce sens qu’elle réalise la persévérance finale; Vadjutorium sine quo est un ensemble de dons qui eût été suffisant pour obtenir la persévérance d'Adam dans l'état d’intégrité; mais il n'est pas question ici de la grâce actuelle excitante, accordée après la chute d’Adam, et qui peut être ou bien seulement suffisante ou bien efficace. Cf. Palmieri, De gratia actuali, thés. xlvï, n. 8, p. 109 sq. 3. conciles et actes officiels de l’Églisc. — Le II· concile d’Orangc déclare : < Conformément Λ la foi catholique, nous croyons que tous les baptisés, après avoir reçu la grâce au baptême, peuvent par le secours et la coopération du Christ, s’ils veulent fldè- ! fanent travailler, remplir tout cc qui est requis au salut » Denzingcr-Bannwart, n. 200. Tous les baptisés ont donc le secours surnaturel suffisant, et par consé­ quent les grâces actuelles nécessaires pour satisfaire â toutes leurs obligations; comme en réalité tous n'évitent pas le péché, il y a donc des grâces actuelles vraiment mais exclusivement suffisantes. La mémo doctrine est exprimée au concile de Trente Denzingcr-Bannwart. n. 804. De plus, cc concile a employé ù peu prés les mêmes termes dont s’est servi saint Augustin, dans son livre De spiritu et littera, c. xxxiv, pour exprimer la liberté de l’homme sous l’in fluence de la grâce excitante, et le pouvoir qu'il a d’opposer son dissentiment à l’impulsion divine : k concile ne dit pas explicitement que cette motion est vraiment suffisante à obtenir le consentement, mais cette motion est implicite dans cc qu’il dit; sans la grâce l’homme ne peut pas sc préparer Λ la justifi­ cation; sous l’influence de la grâce l’homme peut v refuser son assentiment (illam ab/icere potest)·, il doit y consentir pour qu’il sc convertisse. Il s'agit ici de grâces internes actuelles excitantes, données avant la Justification. Denzingcr-Bannwart, n. 797. 814. Luther et Calvin, ainsi que Bnlus. niaient l’existence de la liberté, et dès lors, au moins implicitement, la grâce vraiment et seulement suffisante. Voir Baius, t. n. col. 81 sq.; Calvinisme, t. n, col. 1401 sq. Les calvinistes, appelés postlapsalres, au synode de Dor­ drecht (1618-1619), rejetèrent explicitement la distinetlon de la grâce en suffisante et efficace, et n'admi­ rent que la grâce efficace. Cf. Guillcrmln, Revue thomiste, 1901, L IX, p. 509 sq. Mais c'est surtout Jansénlus et scs disciples qui ont nié la distinction susdite, et ont soutenu que, dans l'état actuel de la nature décime, il n'y avait pas de grâce suffisante qui ne fût en même temps efficace, et mie, lorsque l’homme n’opérait pas le bien et n’accom plissait pas les préceptes, c'était parce que la grâce qui 1rs eût rendus possibles hd avait manqué. Jansénlus, i ugustlnus, t. in. De gratia Christi, I. 1II, c. i, Louvain. !6f/) 1640, col. 249 sq. Innocent X en 1G53 condamna cinq propositions de Baius, panni lesquelles H déclarait héri tique celle-ci : « Dans l'état de la nature déchue on ne résiste jamais â la grâce intérieure · Dcnzingcr-Bann wart, n. 1093. Les jansénistes continuèrent à défendre la même doctrine, nu moins quant à sa substanceils furent condamnés â différent» reprises. Alexan­ dre VIII, en 1690, condamna cette assertion : · L· grâce suffisante, dans l’état où nous sommes, est plus pernicieuse qu’utile, de façon à cc qu’on puisse légiti­ mement faire cette prière : De la grâce suffisant/ délivrez-nous. Seigneur. » Denzinger-Bannwort, n. 1206 Voir t. ï, col. 754. En 1713, Clément IX condamna les erreurs de Qucsnel, et notamment celle-ci : < Quand Dieu veut sauver une Ame et qu’il la touche de sa grâce intérieure, aucune volonté humaine ne lui résiste.· Op. a(., n. 1363. La même erreur, renouvelée au synode de Pistole, fut condamnée en 1794 par Pic VI. Op cil., n. 1521. 4. Après les discussions que nous venons d’indiquer, les théologiens ont clairement défini la notion de la grâce véritablement et seulement suffisante. Voici en quels termes l'expose Tournély, De gratia Christi, t. n, q. vn, p. 309 : Nomine gratiæ sufficientis eam Ecclesia inlelligit qua: expedi(am cl relativam ad présentes sub­ jecti circumstantias confert voluntati ad opus bonum potentiam, ac vires pares et œqualcs superanda· opposita concupiscentiae; nec aliter etiam intclligit gratia inte­ riori resisti, quam quod eo privatur effectu, quem relative ad oppositam actualem concupiscentiam ex ordinatione r( voluntate Dei hic et nunc habere potest. Certains théo­ logiens, pour démontrer l'existence de cette grâce, emploient l’argument suivant : Dieu veut le salut de tous les hommes; or sans la grâce suffisante, l’homme ne peut pas se sauver; donc Dieu donne ù tous les hommes les grâces suffisantes au salut ; mais il y a des hommes qui ne sc sauvent pas; donc il existe des grâces vraiment et seulement suffisantes. Cette argu­ mentation n'est pas concluante; la première conclusion ne découle pas strictement des prémisses. Nous admet­ tons que Dieu veut, de volonté conditionnée (non absolue), le salut de tous les hommes, et que par consé­ quent Il donne â l'homme le secours suffisant, c’est-àdire nu moins le secours remote sufficiens au salut. Mais il n'est pas démontré que cc secours remote sufficiens est nécessairement la grâce actuelle proprement dite, c’est-à-dire l'illumination surnaturelle de l'intelligence et l’inspiration surnaturelle de la volonté. Dès lors il n'est pas démontré par là que tous les hommes reçoi­ vent, de fait, des grâces proprement dites et qu’il y en a qui ne sont que suffisantes. En effet, d'après cc que nous avons exposé en parlant de la distribution de la grâce, H ne répugne pas qu’un homme adulte puisse mourir sans avoir reçu des grâces proprement dites, car les théologiens admettent que l'homme peut, pen­ dant un certain temps, observer la loi naturelle, sans la grâce; il a donc alors le secours suffisant, l’énergie naturelle pour éviter tout péché mortel. Mais si pen­ dant ce laps de temps il commet le péché mortel et le multiplie, il met obstacle à l'effusion des grâces de Dieu sur lui : peut-on affirmer que Dieu lui donnera i encore des grâces actuelles proprement dites ? 5. La notion de la grâce suffisante que nous avons exposée soulève une difficulté : Comment la grâce suffi santé, mais inefficace, peut-elle être un bienfait de Dieu ? Quand on considère cette grâce en elle-même, elle est un don de Dieu, un secours gratuit, conférant ù 1 homme le pouvoir d'agir salutairement. Celte notion essentiel e ne change pas par le fait que cette grâce n obtient pas son effet, car ceci dépend de la liberté humaine 1 homme pourrait consentir, mais il choisit I le dissentiment, c’est lui qui η·υ50 paJ 1661 GRACE 1662 du bien qui lui est octroyé par Dieu ; mais l'excitation ou moral, comme est l’influence de persuasion qu’on surnaturelle à l’acte surnaturel c*t et reste un réel exerce sur la volonté d’un homme par les conseils, les secours concédé par Dieu. exhortations, ou bien exerce-t-elle aussi une influence Cependant, dira-t-on, Dieu prévoit que l’homme ne physique Les auteurs, même dans l'école molinistc, ne consentira pas à cette grâce; il prévoit qu’en maintes semblent pas d'accord pour répondre à cette question. circonstances l’octroi de la grâce seulement suffisante Voir sur cc point quelques indications dans Schiffini, devient une occasion de péché et de damnation éter­ Dr gratia divina, n. 154; une note du P Guificrmin, nelle. Par conséquent, au moins dans ccs cas, la grâce dans la Itevue thomiste, 1902, t. x, p. 68. On peut seulement suffisante n’est pas un bienfait de Dieu. A I admettre que la grâce excitante exerce une influence cela on répond que l’octroi des grâces suffisantes est et physique sur le libre arbitre sans en conclure que cette reste toujours l'effet de la volonté salvlflquc de Influence entraine, par son c flicaci té intrinsèque, le Dieu, de cette volonté par laquelle Dieu veut sincère­ consentement, l acté bon délibéré. ment, bien que conditionnellement, le salut de tous les IV. Efficacité. —/. afa.xf ci coxnorfji&ff vo xvb sirclü. — Les théologiens ne semblent pas avoir hommes cl l’octroi des moyens nécessaires â leur salut; chaque fols que Dieu accorde une grâce suffisante, il fait, avant cette époque, de 1 efficacité de la grâce le fait afin que, par clic, l’homme puisse agir salutaire­ actuelle un objet spécial de leurs recherches. Nous ment et il donne ce pouvoir parce qu’il veut le salut de indiquerons brièvement cc que l’on peut trouver sur cct homme. La prévision de l’absence d’effet de cette cc sujet dans saint Augustin et dans saint Thomas. grâce (absence qui est duc à la libre résistance de 1° D'après sam/ Augustin. — Dans l’exposé doc­ l’homme) ne change pas la disposition bienveillante trinal concernant la grâce, on peut distinguer chez d’où procède la concession de la grâce, et ne lui enlève saint Augustin trois périodes : d'abord celle qui va pas sa raison de bienfait. Si l'on dit : cependant il jusqu’à l’année 396, pendant laquelle il s'était repré­ vaudrait mieux pour l’homme n’avoir pas reçu la senté la grâce comme un salaire que l'homme doit grâce suffisante; cela est vrai, niais cc mal dépend, mériter par sa foi, comme une récompense que Dieu non de la grâce suffisante comme telle, mais du libre octroie à ceux qui s’en sont rendus dignes; ensuite vers refus d’y coopérer de la part de l'homme. On peut dire la fin de l’année 396 ou au plus tard au cours de Tan­ aussi que, pour l’homme damné, il vaudrait mieux née 397, par lu méditation des paroles : Quis enim U n’avoir jamais vécu, ci. Matth., xxvi, 24; cependant discernit ? I Cor., iv, 7. il reconnaît qu'il a fait fausse route, et il comprend que cc n’est pas par la foi que la vie est toujours un bienfait de Dieu. Cf. Mazzclla, De gratia Christi, η. 525 sq. I/explication de la conci­ l’homme mérite la miséricorde divine, mais que c est la miséricorde divine qui donne la foi, en d'autres liation de la volonté salvlflquc de Dieu avec la pré­ destination et la réprobation doit être donnée ailleurs. tenues, que tout acte salutaire, tout commencement du salut, dépend de la grâce divine, d'un don accordé 6. Ce que nous avons exposé jusqu’ici, en prenant gratuitement par Dieu; enfin la troisième periode comme point de départ la définition nominale de la commence en 416-417 avec le commentaire d’Augus­ grâce suffisante et efficace, fait partie de la doctrine tin sur l’Évangile de saint Jean ; il y expose la gra­ catholique elle-même. La controverse entre les théo­ tuité absolue de la grâce, en connexion avec la prédes­ logiens catholiques concerne la réalité de la grâce, tination; celle-ci est absolument certaine en Dieu et l’entité dans laquelle sc vérifie la notion expliquée indépendante de la présence des œuvres faites par les Jusqu’ici. Ainsi les auteurs de l’école bafléslennc défen­ hommes en dehors de la grâce; d où il résulte que le dent l’existence d’une grâce véritablement suffisante salut de tout homme est un effet entièrement pro­ quoique inefficace, et la disent réalisée dans les motions divines internes qui sc terminent aux actes indélibéres; duit par la grâce divine, et celle-ci le réalise indecliHabiliter et insuperabililer. De correptione et gratta. c’est ainsi que l’homme a le pouvoir d’agir salutaire­ c. xn, n. 38; ci. c. xiv, n. 43, P. L., L xuv, coL 839. ment; c’est la grâce suffisante; mais pour que l'homme 942; cf. Opus imper/cctum contra Julianum, L III, produise de fait l’acte libre du consentement, il faut c. clxvi, /’. L., t. xlv, col. 1217. Nous donnons ce une nouvelle grâce actuelle qui prédétermine physi­ résumé d’après Weinand, Die Galles idee der Grundzug quement l’acte délibéré; cette seconde motion est la der Weltanschauung des hl. Augustinus, Paderborn, grâce efficace. Cf. Billuart, De gratia, diss. V, a. 2, p. 130. De cc que nous venons de dire il résulte que, 1910, c. ix, p. 115 sq. Tels sont les principes généraux d'Augustin sur pour toutes les écoles catholiques, la grâce actuelle excitante exerce toujours une causalité objective ou l'efficacité de la grâce considérée en général. Il enseigne intentionnelle ; en cfTct, les illustrations intellectuelles, donc que le salut de l'homme est un eflet inéluctable qui sont produites physiquement par Dieu dans l’inde la prédestination divine, mais l'activité divine sur telligencc. exercent une influence en tant qu’elles pré­ l’âme ou lu grâce infuse dans l'âme ne détruit pas sentent dans la connaissance le bien ou le mal et la liberté humaine ; la coopération de 1 homme reste qu'elles sont conrmturellemcnt accompagnées de l’af­ libre. Cc point a été démontré à l'art. Augustin, l i, fection correspondante dans la volonté, amour ou col. 2387 sq. Nous n’avons pas à exposer ici la notion aversion: c'est ainsi que ces actes intellectuels meuvent augustinienne de la prédestination : sur cc sujet on objectivement ou Intentionnellement la volonté. Cf. S. lira l’art. Augustin, t. i, col. 2390 sq., mais aussi les Thomas, Sum. thcol., I® II*, q. ix, a. 1; Billuart» observations et réserves exposées par M. Van Cromop cil., diss. V, a. 5, p. 141. L'affection elle-même, brugghc et par le P. Jacquin dans la Revue d histoire produite aussi par Dieu, et constituant un acte indé­ ecclesiastique (Louvain), t. iv (1903). p. 534 ; t v (1901), libéré. ne détermine pas physiquement le consente­ p. 732 sq. Sur la notion augustinienne de la volonté ment: clic le rend possible et y inclino; mais cette salvi fique en Dieu, voir les mêmes auteurs, loc. cit., Inclination vis-à-vis de la détermination de l’acte t. v, p. 198 sq., 740 sq. La question qui nous occupe fibre, est formellement une influence, qui appartient à est celle-ci : saint Augustin a-t-il expliqué le mode do la motion objective. Cette assertion est commune à causalité exercée par la grâce actuelle excitante sur l’école molinistc, à l’école bafléslennc et à l’école uugusle consentement libre ? Saint Augustin enseigne qu’il tlnlcnnc, au moins Λ celle qui professe l'augustiay a une action de la grâce sur la volonté, que néanmoins nisme modère. Cc que nous venons de dire au sujet do celle-ci demeure libre, et que cependant c'est à l'in­ Ια motion objective ne tranche pas une autre question, fluence de la grâce divine qu’il faut attribuer le fait celle-ci : la grâce prévenante cxcrcc-t-clle sur l'ac/r du du consentement libre de l'homme. consentement une influence d’ordre purement objectif Mais celte influence est-elle physique ou consiste- 1663 GRACE 1664 t-elle dans une motion morale ? Saint Augustin ne le nm In,Epht: ad Bph‘> c· •‘■et. π p. 35. De M text, dit pas. Dans son ouvrage De dinersis qiurstionibus illuart conclut qu outre la grâce suffisante qui donne ad Simpltcianum, 1. I, q. Π, n. 13, P. L., t. XL, col. 118 , le pouvoir de bien agir. Il faut une autre grâce, la grâce sq.. en pariant de In vocation â la fol et du consente­ efficace, pour que l'homme de fait agisse bien, ct 11 ment qui suit, il dit : Non potest effectus misericordi* entend parler de la grâce actuelle. Cette assertion ne Dei esse in hominis potestate, ut frustra ille misereatur se trouve pas dans le texte de saint Thomas : d’abord, si homo nolit ; Γefficacité de la vocation dépend de il parle explicitement de l’exécution du ministère apos­ Dieu, et celte efficacité consiste en ce que la vocation tolique; mais admettons que l’on puisse expliquer de U est congrue, c’cst-â-dirc bien adaptée, proportionnée même manière tous les actes salutaires. Saint Thomas aux disjiosllions de celui dont elle obtiendra le con­ distingue la faculté d’agir et l’opération elle-même; U sentement libre : illi enim electi qui congruenter vocati ; faculté d’agir doit s’entendre ici de dons habituels, Dieu connaît comment il doit agir sur l’homme pour Infus; l’opération est produite par Dieu en tant qu'il que celui-ci consente : nullius Deus frustra miseretur ; ' meut intérieurement et porte nubien; c’est la grâce aifus autem miseretur, sic eum vocat. quomento scit actuelle excitante par laquelle est obtenue la coopé­ ei congruere, ut oocantem non respuat. C’est la même ration de l'homme; saint Thomas ne dit pas du tout explication qu’il donne dans ses œuvres postérieures, qu’au delà do la motion par laquelle l’homme est quand il dit : Præparatur voluntas a Domino. De gratta excité nu bien 11 fout une nouvelle grâce actuelle qui et libero arbitrio, c. xvi, n. 32 ; De pnedestinutione détermine physiquement le consentement. Ce saint. De sanctorum, c. v, n. 10; c. vi. n. 11 ; c. xx, n. 42, P. L., mata, q. vi, a. un., ad 3***, enseigne que Dieu meut L xliv, col. 900, 908. 990. Cf. Rotmanner, Der Augu­ immuablement (immutabiliter) la volonté à cause de stinismus, Munich, 1892, p. 23 sq. L’influence exercée l’efficacité de l’énergie qui la meut. On peut appliquer par Dieu est interne : agit enim omnipotens in cordibus cela A la grâce et dire que l'effet, l’acte salutaire, est hominum etiam motum voluntatis eorum, ut per eos obtenu infailliblement â cause de l’efficacité de la agat quod per eos agere voluerit. Dis et talibus testimoniis grâce; on en conclurait que la grâce est efficace ab divinorum eloquiorum satis, quantum existimo, mani­ intrinseco. Cette conclusion ne tranche pas la ques­ festatur operari Deum in cordibus hominum ad incli­ tion : on peut dire que c’est A la causalité propre de la nandas eorum voluntates quocumque voluerit. De gratia grâce qu’est dû l’acte salutaire, mais il reste a expli­ el libero arbitrio, c. xxi, n. 42,43, P. L., L xliv, coi. 908, quer en quoi consiste cette causalité; est-ce une 909. Cf. Jacquln, loc. cit., p. 746. Cette influence divine influence physique, est-ce une influence morale, com­ produit des illuminations dans l'intelligence ct des ment atteint-elle l’acte libre ? L’article du R. P. Guilinspirations dans la volonté. De peccatorum meritis et Icrmin, Hcvue thomiste, l. x, p. 658 sq., nous indique remissione, L II, c. xix; De gratia Christi, 1. I, c. xxiv, plusieurs auteurs, appartenant à l’ordre des frères n. 25, P. L., L xliv, coi. 170, 373. prêcheurs, qui interprètent la doctrine de saint Tho­ mas tout autrement que ne l’a fait Banez. Cf. aussi De tout ce qui précédé, il résulte que, pour saint Augustin, la grâce est efficace parce qu’elle agit d’une Wagner, De gratia sufficienti, Gratz, 1911. it. DKPuih la JW nu x vh s)ûclb. - C’est Molina façon bien adaptée aux dispositions du sujet, ct parce qui a posé explicitement la question de l’efficacité de qu elle obtient ainsi le libre consentement de l’homme; cet eflet est Infaillible, parce que Dieu sait comment la grâce sancti flante. Ie Doctrine de Molina. — 1. Exposé. — Cette'doc­ il doit préparer la volonté humaine au consentement trine comprend de multiples assertions connexes entre ii donner. Mais saint Augustin n’explique pas davan­ elles, mais concernant directement des objets diffé­ tage le mode de causalité exercée par la grâce actuelle; rents, par exemple, le concours général de Dieu dans en particulier il n’explique pas en quoi consiste préci­ les opérations des créatures, la prescience divine, la sément l'influence de cette grâce sur l’acte libre et la prédestination; nous ne considérerons ici que ce qui connexion qui existe entre les deux. concerne directement l’efficacité de la grâce actuelle. 2° D* après saint Thomas.— Ce saint docteur ne a) D’après Molina, le secours de la grâce actuelle semble pas non plus avoir traité cette question. 11 implique une double différence avec le concours géné­ expose les principes généraux d’après lesquels on connaît l'activité de Dieu en la créature; nous avons | ral de Dieu dans les actes libres; d’abord, le secours de la grâce actuelle, comme telle, consiste en ce que exposé plus haut qu’il enseigne qu’une prémotion par elle la volonté humaine est positivement inclinée physique est nécessaire à l’opération de la créature, â ou mue à un acte salutaire délibéré; ainsi cette grâce chaque fols que cclle-d commence à agir. Nous avons (c’est-à-dire l’actc Indélibéré) est cause efficiente de expliqué aussi pourquoi nous sommes d’avis que saint l’acte délibéré ct de la surnnturallsntion de celui-ci; l homas n’admet pas une nouvelle prémotion physique, c’est-à-dire une nouvelle application à l’acte pour l’acte dans le concours général, au contraire, il n’y n pas d in libre, c’cst-à-dirc pour l’élection; nous avons spéciale­ fluence divine qui applique la volonté â agir, ni qui ment nié que sa doctrine implique la prédétermination soit cause efficiente de l’acte libre; ce concours n'af­ physique à l’actc libre, prédétermination qui consiste­ fecte que le libre arbitre en acte : influxus immediatus rait à déterminer physiquement la volonté à un objet una cum libero arbitrio in actu. Ensuite, le secours de de son choix plutôt qu’à l’autre. Les mêmes principes la grâce actuelle est antérieur à l’acte libre auquel il doivent être appliqués pour expliquer l’action sum a- | lui est ordonné et 11 a sur lui une priorité de temps turclle de Dieu sur l’âme. Quant à la prédestination ct ou nu moins de nature; tandis que, pour le concoure à U science divine, nous n’avons pas à en parler Ici. ( général, dans l'ordre naturel, il n’y n aucune priorité: Billuart, De gratta, diss. V, a. 4, p. 138, cite en faveur ce concours est absolument simultané, n’existe que de son sentiment les paroles suivantes de saint Tho­ dans l’acte. Concordia, q. xiv, a. 13, disp. XLÏ, p.239. mas : Tangit apostolus auxilium sibi prastitum ad La grâce actuelle consiste essentiellement en des ministeriorum execullonem; hujusmodi autem auxilium actes vitaux Indélibérés, produits sumaturellement duplex fuit : unum quidem ipsa facultas exequendi, aliud I »lcu dans l'intelligence et In volonté; quand Ipsa operatio seu actualitas. Facultatem autem dat l’homme est sous l’influence de ccs actes, Il peut touDeus infundendo virtutem et gratiam, per quas efficitur . Jours y consentir ou y refuser son consentement; s’il homo potens et aptus ad operandum. Sed ipsam opera­ consent, la grâce obtient l'effet pour lequel elle est tionem confert in quantum in nobis interius operatur donnée et devient efficace; si. au contraire, l'homme ne consent pas. la grâce n’est que suffisante et InoffiXemovendo et Instigando ad bonum..., in quantum virtus ejus operatur tn nobis velle et perficere pro bona volun- l par conséquent l efficacité de la grâce consiste f< rmd’ 1665 GRACE lenient en l'acte d'élection, le choix du libre arbitre Concordia. disp. XII, XXXVI, XXXVII, XL. XLV. p. 55. 206, 208, 230, 256. D’où il résulte qu’entre la grâce efficace cl la grâce seulement suffisante, Il n’y a aucune différence enlltative, ni essentielle, ni quali­ tative, ni quantitative (ou d’intensité); il en résulte encore que, si doux hommes sont Influencés par une grâce prévenante épale, il pourra sc faire que l’un sc convertisse et que l’autre ne sc convertisse pas; même il est possible qu’un homme sc convertisse avec un secours inférieur à celui qui est accordé â un autre homme qui ne sc convertit pas. Concordia, disp. XII, p. 51; XXXIX, p. 222. Cf, Lesslus. Opusc. De gratia efficaci, c. xvm, n. 7. L'infaillibilité de lu connais­ sance divine concernant l’efficacité de la grâce provient de la scicnci moyenne par laquelle Dieu, antérieure­ ment ù tout acte libre de sa propre volonté, connaît (piel sent le choix de toute volonté libre placée dans des conditions déterminées. Concordia, disp. LUI, m. ni, p. 364 sq. ô) Les arguments sur lesquels s’appuie ce système sont principalement l’existence de la liberté sous l’influence de la grâce actuelle et, en particulier, l’ex­ pression de cette vérité contenue dans le décret du concile de Trente : il y est dit que l’homme peut libre­ ment recevoir ct rejeter l’inspiration divine, qu'il peut librement y consentir ct y refuser son consentement. Denz.ingvr Bannwart, n. 797, 814. Quant à la connais­ sance divine, ce qu’on appelle science moyenne est celle qui a pour objet les actes libres qui seraient réa­ lisés si une condition sc vérifiait qui cependant ne se vérifiera jamais. L’existence de cette connaissance en Dieu sc démontre par le texte : « Malheur A toi, Corotaîn I Malheur à toi, Bclhsafde 1 Car si les miracles qui ont été faits au milieu de vous avaient été faits dans Tyr ct dans Sidon, il y a longtemps qu’elles auraient fait pénitence sous le cillcc ct la cendre. » Matth., xi, 21. Quant au mode d’après lequel Dieu connaît cet objet, Molina assigne la perfection infinie de Dieu qui, dans son essence, voit toutes les déterminations pos­ sibles de toutes les volontés possibles. Concordia, disp. XLIX, L, LU. p. 289. 303, 317, 330. 2. Critiouc. — a) L’explication proposée concer­ nant le concours général divin nie toute prémotion physique ct, d’après ce que nous avons exposé plus haut, est inadmissible. Le concours simultané, appli­ qué â l’ordre surnaturel, n'explique pas comment un acte vital puisse être intrinsèquement surnaturel dans l'homme qui n’a pus les vertus infuses. L’cfllcacité attribuée à la grâce elle-même, quand on parle de grâce efficace, est attribuée par Molina, non â la grâce, mais au libre arbitre et dès lors la cau­ salité de la grâce semble ne pas atteindre le terme auquel elle est ordonnée, c’cst-â-dirc l’acte libre. La science moyenne, qui doit être admise en Dieu si l’on ne considère que l’objet spécial qui lui est assi­ gné, c’cst-â-dlrc les futuriblcs, n'est pas suffisamment démontrée si l'on considère le mode de cette connais­ sance. notamment ce qui est en Dieu le medium objeclivum dans lequel il perçoit 1rs futuriblcs. b) Quant aux arguments, l'existence du libre arbitre doit être maintenue ct elle est parfaitement sauvegardée dans le système de Molina. Le P. GuiUcrmin, Revue thomiste, 1902, L x, p. 66, écrit très Judicieusement : « Avouons-lc sans détour : l’avantage du molinisme est do présenter sur notre responsabilité dans le péché une explication en apparence très simple ct qui dégage facilement la responsabilité de Dieu. Ce n’est pas, comme certains sc l’imaginent, que le molinisme ouvre plus abondantes les sources de la miséricorde et de la grâce divines et qu’il propose une grâce suffisante plus agissante. Non. C'est, au contraire, parce qu’il demande moins de Dieu cl qu’il laisse davantage â la Dicr. ΠΕ TOÎOL. CATHOL. IGbô part de l’homme Quand Dieu a concouru â susciter en notre âme les connaissances et les impulsions Indé­ libérées, Il a fini sa tâche. A l’homme maintenant d’achever l’œuvre, en ajoutant son consentement, comme aussi, en ne l’ajnutant point, de rendre la grâce vaine et stérile. » De plus, l’explication de Molina est plus conforme que les autres au texte du concile de Trente, sess. vf, c. v, Denzlngcr-Bannwart, n. 797, 814, où 11 enseigne que l'homme peut et consentir â l'excitation divine ct n’y pas consentir; c’est en con­ sentant qu’il coopère â l'excitation divine. C’est donc à une même grâce que l’homme peut librement consentir ou refuser le consentement; dès lors à la grâce suffi­ sante il ne faut ajouter que ic consentement libre pour que la grâce soit efficace; la notion de celle-ci n’impli­ que donc pas une grâce spécifiquement ou numérique­ ment distincte de la grâce suffisante. Pour ce qui concerne la science divine, la connaissance qui a pour objet les futuriblcs est affirmée dans le texte de MatLh., xi, 21, mais de cette assertion on ne peut tirer aucune conclusion concernant le mode dont cette connais­ sance sc réalise en Dieu. 2e Doctrine de Bariez el de son école. — L Exposé. — a) Elle enseigne, comme nous l'avons déjà dit, que la grâce actuelle consiste essentiellement en une motion surnaturelle qui sc termine à un acte vital d’intelli­ gence ou de volonté. Mais il faut distinguer deux espè­ ces de grâces actuelles : l’une qui a pour terme l'acte indélibéré, c’est la grâce excitante.; l’autre qui a pour terme Pacte délibéré de la volonté, l’acte du consen­ tement à l’excitation divine, c'est la grâce adjuvante. 11 y a donc une différence réelle ct intrinsèque entre la grâce excitante ct la grâce adjuvante. Remarquons cependant qu’il y a connexion entre l'influence morale, exercée par les actes Indélibérés, et l’acte délibéré; il serait erroné de penser que la grâce adjuvante est infuse à la volonté, indépendamment des dispositions réalisées par les actes indélibérés. De plus, il importe de noter encore que « la grâce efficace prise dans sa totalité ne consiste pas dans un don unique ct simple qui par lui seul obtienne tout reflet, par exemple, l’actc salutaire de foi ct de charité. Non. Pour que cet acte soit effectivement posé, il faut le concours de plusieurs choses, de plusieurs grâces partielles, sans lesquelles le libre arbitre ne pourrait Jamais le pro­ duire : grâces extérieures de prédication, d'événements, de fait*» impressionnants..., illuminations intérieures de l’intelligence, souvenir des bienfaits de Dieu, pieuses émotions de la volonté, etc. Cependant toutes les grâces extérieures ou intérieures n’aboutiraient à rien si. fina­ lement. lu volonté ne sc déterminait à produire l’acte salutaire. Or, pour procéder à cet acte, elle a besoin d’une motion subjective actuelle... » GuiUcrmin, Revue thomiste, 1902, t. x. p. 382 sq. C’est précisément cette dernière impulsion qui est appelée grâce efficace. Dans le système de Baûcz, cette dernière impulsion consiste précisément dans une prédétermination physique de la volonté à l'acte délibéré, c’est une entité physique, transitoire, infuse par Dieu dans la volonté et elle a pour fonction de faire physiquement que la volonté veuille hic d nunc consentir â la grâce excitante. Donc la grâce excitante est la même que lu grâce suffisante cl la grâce efficiente est la même que la grâce adju­ vante. La grâce clllcacc est donc une entité numéri­ quement et spécifiquement distincte de la grâce suffi­ sante, ct elle doit nécessairement y être ajoutée pour qu’il y ait consentement libre. D’après cela, la grâct est intrinsèquement clllcacc (efficax ab (ntnnseco) · quand l'homme consent, ce n’est pas lui qui rend effi­ cace la grâce, mais son acte est un signe qu’il a eu U grâce efficace. Il en résulte encore que, si l’on compari entre elles la grâce suffisante cl la grâce efficace, on peut dire que la grâce suffisante est celle qui confère VT. — M 1667 GRACE 1668 à l’homme le pouvoir de bien agir; mal* pour que, de pas, car celle qui est appelée suffisante finit à l’aclr fait, Il agisse bien, c’cst-à-dirc pour qu’il utilise, de premier, elle n’atteint pas physiquement l’acte second fait, le pouvoir qui lui est conféré, il faut une nouvelle c’cst-à-dirc l’acte salutaire délibéré; mais celul-d ne grâce, plus puissante, c'est-à-dire la grâce efficace. Sur peut pas se produire, si Dieu n'ajoute à la grâce, dite ce système, voir Alvarez, De auxiliis, disp. XX H, suffisante, une autre qui physiquement cl immédiate­ p. 177 sq.; disp. LXXII, n. 3, p. 611; disp. LXXI1I, ment cause le consentement; donc si cette seconde n. 2, p. 614; disp. LXXXIII, p. 660 sq.; Goudln, De grâce, la grâce efficace, n y est pas, l’homme ne peut gratta Del, q. v, a. 4, §4, p. 306; Billuart, De gratta, pas consentir à la première grâce; celle-ci n'est donc diss. V, a. 4, Opera, t- ni, p. 138. pas réellement suffisante à obtenir l’effet auquel elle Quant à la connaissance divine concernant le con­ est destinée. Non seulement le consentement de sentement de l’homme, elle s’explique précisément l’homme est requis, mais ce consentement ne peut piu par cette prédélermination physique : Dieu a décidé, sc produire avec cette grâce; il en faut une autre plu» de toute éternité, de donner telles et telles prédéterpuissante d’un autre ordre. Donc, dans ce système, mlnations physiques; c’est dans le décret ayant pour i il n’y a pas de grâce réellement suffisante, qui soit objet ccs prédéterminations que Dieu connaît tous les inefficace par la libre résistance de l’homme. actes délibérés salutaires. Λ cette dernière assertion, les théologiens banéb) Les arguments sur lesquels s’appuie cette doc- | siens répondent : Dieu est prêt à donner la grâce effi­ trine sont d’abord la nécessité d’admettre la complète cace à tous ceux à qui il donne la grftce suffisante; il dépendance de l’homme ct de toutes scs opérations visne la refuse qu’à celui qui, par sa faute, résiste à h à-vis de l’in fluence divine; si l’on rejette la prédéter­ première grâce, faute qui est, par sa nature, antérieure mination physique, il faut admettre que l'acte libre, à la dénégation de la grâce efficace. Cette explication comme tel, est indépendant de Fin fluence divine cl ne résout pas la difficulté. En effet, on dit : Dieu, en lui échappe; l’homme serait lui-même cause première concédant la grâce suffisante, offre en même temps de donner la grâce efficace, et la donnera si l’homme n’y de cct acte. Ensuite, on dit encore que la prédéter­ met pas obstacle par sa résistance. Male dans la doc­ mination physique explique seule l’infaillible con­ nexion entre la grâce ct le consentement humain, que, trine bafiésienne, cette résistance est un acte libre, par conséquent, i) faut que cette prédélermination délibéré; cet acte ne se produit que par une prédetermination physique infuse par Dieu dans la volonté; physique se démontre par la science infaillible que l’homme ne peut résister à la grâce suffisante que Dieu doit avoir de tous les actes de l’homme. 2. Critique. — a) Les théologiens, qui appartiennent pour autant que Dieu le prédétermine physiquement a à l'école dont nous venons d’esquisser renseignement, cet acte de résistance; on devrait donc admettre que Dieu, en même temps, offre la prédélermination phy­ professent sincèrement la doctrine catholique sur la sique au consentement ct cependant prédétermine phy­ grâce suffisante ct la liberté humaine, mais l’expli­ siquement l’homme au dissentiment, c’csl-à-dlrc à cation qu’ils proposent de ccs dogmes est, à notre avis, l’obstacle qui empêche la concession de cette grâce logiquement inconciliable avec eux. qu’on dit offerte. Il en résulte que ce qu’on appelle a. Quant à la grâce suffisante, elle est telle, d'après offrir la grâce efficace ne correspond pas à la réalité. ces théologiens, parce qu’elle donne le pouvoir d’agir Ce qui confirme celte conclusion, c’est que, d'tfprês salutairement, parce qu'elle met l’homme dans In l’opinion critiquée, les décrets de Dieu concernant condition où il peut poser l’acte libre du consentement; l’octroi des grâces efficaces ne présupposent par noire cependant une autre grâce, réellement et spécifique­ choix, mats le précèdent; donc on ne peut pas dire: ment distincte, est requise pour que l’homme émette, Dieu prédétermine physiquement la volonté de tel de fait, le consentement; ainsi donc la grâce suffisante homme à la résistance de telle grâce parce qu’il a ne perfectionne la faculté opérative que dans l’ordre prévu que l’homme refuserait son consentement; mal* potentiel ct la laisse à l’état statique, elle ne fait pas c’est Dieu qui est cause de cette prédétermination passer à l’exercice lo libre arbitre considéré strictement antérieurement à la prévision de l’acte humain. en lui-même et n'atteint pas l’acte second. Cf. Billuart, b. La liberté humaine n’est pas mieux sauvegardée toc cit.; Guillcrmin, Revue thomiste, 1902, t. x, p. 671 sq. que la grâce suffisante. La liberté humaine consiste Si l’on objecte que l’on ne peut appeler suffisante une essentiellement dans la propriété que l’homme possède grâce à côté de laquelle une autre grâce est requise de choisir, c’est-à-dire de vouloir ceci plutôt que cela. pour que V effet soit obtenu, ces théologiens répondent : Λ cct effet, il faut que la volonté humaine elle-même cela est vrai si l’on tient au sens grammatical du mot, mats ce n’est plu* vrai si l'on considère le sens théo­ détermine physiquement cet acte qui est choisir, c’csllogique. Car cette grâce est suffisante dans son genre; à-dlre qu'à l’instant où émane cct acte, existe celte la grâce requise en outre est dans un autre genre. Voici Indifférence active, au moyen de laquelle la volonté comment s’exprime Billuart, op. cit., p. 139 : Equidem elle-même émet ct détermine le choix. Celte indiffé­ n«n rat sufficiens in omni genere et ordine, cum requiratur rence active est absolument requise pour qu’il y ait otia alterius generis et ordinis, sed est sufflcfcns in suo imputabilité du choix; en effet, si la volonté ne peut genere ct ordine: et dicimus quod sic loqui sil loqui tn pas se déterminer elle-même à vouloir ceci ou cela, sensu proprio et prout communiter loquimur. Billuart l’acte de volition ne peut pas lui être Imputé, elle ne cite ensuite divers exemples pour montrer que, d’après peut pas être responsable, elle ne peut pas mériter ou H façon ordinaire de parler, on peut appeler suffisante démériter. Par exemple, si Dieu, par une grâce actuelle la grâce dont il a indiqué la nature. En admettant excitante, meut moralement ou objectivement un qu'on puisse Justifier l'expression au point de vue de la homme à entendre la messe le dimanche, cct homme terminologie, on ne peut nier que la notion de grâce doit vouloir ou bien aller à la messe, ou bien ne pas suffisante, défendue par ccs théologiens, ne répond pas aller a la messe (soit directement, soit Indirectement, à la réalité qui fait l’objet de notre étude. En effet, en voulant, par exemple, ne pas songer à cela, ou en il s'agit de l’acte délibéré salutaire; or, la doctrine voulant autre chose); pour que le choix lui soit impuralhollque enseigne qu’il existe vis-à-vis de cct acte-là " fnulV‘ à 1 instant où il émet la volition, 1) soit une grâce réellement suffisante ct cependant inefficace, réellement et physiquement indinérenl a l’un ct ή une grâce, par conséquent, qui confère réellement à l autre objet; »1 une cause qui lui est cxtrinsêmM l'homme tout ce qui lui est nécessaire pour le consen­ produit physiquement la d à la liberté d'indifférence qui impli­ enlevée sans que périsse l’essence même de l’acte libre. que l’imputabilité du choix; pour que celle-ci soit Cette indépendance physique soustrait-elle la volonté réalisée, il faut que la volonté elle-même sc détermine activement Λ vouloir ceci plutôt que cela, il faut qu’un à la souveraine domination de Dieu ? Non, parce que Dieu peut mouvoir la créature intelligente à tout acte principe extrinsèque (par exemple, Dieu) ne vienne pas enlever à la volonté cette causalité qui est précisé­ volontaire sans détruire celte Indépendance qui est ment la raison de la maîtrise sur son propre choix le propre de l'acte d’élection. Cette assertion est pour ct de l’imputabilité do cclul-cl. Il y a donc À distinguer nous une conclusion ne n^sairc de la connaissance une double nécessité vis-à-vis d’un acte : celle qui prode la nature humaine ct de la connaissance de lu nature 1671 GRACE 1672 divine; nous savons que l’homme est libre, que ccttc efficacité consiste dans la congriuté du secours donné, liberté consiste essentiellement dans le pouvoir de et ce secours détermine moralement la volonté au choisir; d’autre part, que Dieu ne détruit pas son consentement, de façon que le consentement suive œuvre, mais qu’il meut toute créature de la manière immanquablement, non nécessairement, mais libre­ qui convient A sa nature; nous concluons donc que ment. Quand Dieu veut que quelqu’un sc convertisse, cette liberté, que cette indépendance qui lui est essen­ il lui parle intérieurement, l’exhorte et l’inspire de la tielle, doivent subsister, que par conséquent Dieu ne façon qui lui convient, de sorte que cet homme ne meut pas l'homme de façon à ce que cette liberté dis­ repousse pas l’appel divin. Cette opinion, ajoute Belparaisse. SI donc la prédélennination physique est larmin, est incontestablement celle de saint Augustin. incompatible avec la liberté que nous connaissons, nous Ccttc opinion, dit-il, sauvegarde et l'efficacité de la devons logiquement nier la prédélennination physique. grâce et la liberté humaine; parce que la grâce ne Cette négation doit être maintenue alors même que détermine pas physiquement la volonté, elle laisse nous ne parviendrions pas à trouver une explication l’homme réellement libre de consentir ou de ne pas adéquate de la manière intime dont Dieu agit dans scs consentir; parce que la grâce détermine moralement la créatures. Dans ce cas, il faudrait sc contenter du prin­ volonté, elle fait que l’homme y consente immanqua­ cipe général énoncé par saint Thomas : · La provi­ blement. Cette explication sauvegarde encore la pré­ dence divine ne détruit pas la nature des choses, mais destination, lui conserve la certitude, la gratuite en la conserve. Puis donc que la volonté est un principe même temps que l’indépendance de la prévision des actif qui n'est pas déterminé A un objet, mais qui est œuvres humaines. Bellarmin admet aussi la science indifférent vis-â-vis d'un grand nombre (principium moyenne. L’exposé de la doctrine de Bellarmin sc activum non determinatum ad unum, sed indifferenter trouve principalement dans son écrit : De novis con· se habens ad multa), Dieu la meut de telle façon qu’il trovers iis inter patres quosdam ex ordine prædicatorum ne la détermine pas nécessairement Λ un objet, mais et P. Ludovicum Molinam, dans Le Bachelet, Aucta­ son mouvement (son acte) reste contingent et ne rium Beltarminianum, p. 101 sq. Voir aussi Bellarmin, devient pas nécessaire, si ce n'est quand il s’agit des De gratia et libero arbitrio, 1. I, c. xii, p. 213 sq. objets vers lesquels elle est mue naturellement » 2. Critique. — Cet exposé dans ses grandes lignes nous Sum. theol., I· II*, q. x, a. 4. Saint Thomas, en répon­ semble vrai et exact; il resterait à déterminer davan­ dant à la question concernant le mode d’après lequel tage en quoi consiste la congruité de la grâce. Dieu agit dans la volonté, exclut avant tout ce qui 4° Doctrine de Suarez. — 1. Exposé. — Suarez ensei­ serait inconciliable avec la liberté, notamment une gne que la grâce est efficace ab extrinscco, c’est-à-dire détermination physique qui enlèverait la contingence que la grâce est rendue efficace par le consentement de l’acte, c'est-à-dire l’indifférence active qui est le humain. Il admet aussi que la grâce ne sera efficace que propre de la liberté. si elle est congrue; mais cette congruité semble réalisée b. Nous donnons une réponse semblable à l’argu­ principalement par des circonstances externes a la ment tiré de la connaissance divine. Il faut admettre grâce et non par la qualité ou l'intensité intrinsèques et l’on démontre que Dieu doit connaître tous les actes de la grâce; d'où il résulte qu’un homme se convertira libres de l’homme, qu’il les connaît en lui-même, in avec une grâce en elle-même Inférieure, mais donnée semetipso; mais la difficulté surgit quand il faut assi­ A un moment opportun pour le sujet auquel elle est gner le moyen objectif dans lequel Dieu connaît les concédée. Opuscula theologica, opusc. I, 1. Ill, c. xxî, actes libres. On propose comme moyen de connais­ n. 5 sq., Opera omnia, t. xi, p. 284 sq. Cette congruité sance les décrets déterminants, c’est-à-dire les décrets n'est pas telle qu'elle soit par elle-même la cause de la de la volonté divine qui décident de donner à tel connexité objective entre la grâce actuelle excitante homme dans de telles conditions telle prédétermina­ et le consentement; ccttc connexion n’est réalisée que tion physique qui produit l’acte de volonté; ce moyen pour autant que Dieu connaît que tel homme consen­ de connaissance, nous le rejetons comme inconciliable tira de fait à telle grâce. Sur la doctrine de Suarez et avec la liberté humaine. Cetlc Incompatibilité étant les autres opinions qui appartiennent au congrulsme, démontrée, il faut la maintenir alors même que l’on ne voir Conoiwisme, t. îii, col. 1120 sq., mais l’opinion parviendrait pas à assigner d’une manière absolument de Bellarmin concernant l’efficacité de la grâce n’est satisfaisante le moyen objectif dans lequel Dieu con­ pas la même que celle de Molina. naît les actes libres. 11 ne serait pas logique d'affirmer 2. Critique. — En faisant abstraction de ce qui dans a priori que nous devons connaître ce qui, dans l'es­ la doctrine de Suarez concerne le concours général sence divine, est le moyen objectif dans lequel Dieu de Dieu, la science divine et la prédestination, la notion connaît les actes libres. Quant à nous, nous ne voyons qu’il donne du congrulsme et de la connexion entre la aucune contradiction dans la science moyenne, bien grâce excitante et le consentement semble Insuffisante. que cette explication ne résolve pas pleinement toutes Dans cc système sont sauvegardés le libre arbitre et les difficultés. Mais ce n’est pas ici le Heu d’exposer ce la réalité d’une grâce suffisante quoique inefficace. qui concerne la science divine. 5° Doctrine des augustiniens. — Elle a été exposée 3· Doctrine de Bellarmin. — 1. Exposé. — Cet émi­ et critiquée A l’art. Auoustjnianisme, t. ï, col. 2185 sq. nent théologien n’est ni mollntste ni baftéslcn dans 6® Doctrine de Tournély. — 1. Exposé. — Elle sc son enseignement concernant l'efficacité de la grâce sépare de la précédente, notamment en cc qu’elle dis­ actuelle. Il tient pour fausse l’opinion de Molina qui tingue la grâce accordée pour les œuvres faciles et la dit que l’efficacité de la grâce dépend de la volonté grâce donnée pour les œuvres difficiles : il y a une grâce humaine, et il n’admet pas sans restriction l'assertion actuelle excitante qui par elle-même suffit A obtenir d’après laquelle une même grâce obtiendrait chez un le consentement libre : c’est la grâce qui est donnée Individu la conversion et ne l'obtiendrait pas chez un pour des œuvres faciles et aussi pour la prière. SI autre, ni l’assertion d’après laquelle une grâce moindre l'homme consent â cette grâce, Il en obtiendra d’autres obtiendrait la conversion chez l’un, alors qu’une grâce qui seront alors suffisantes pour l’accomplissement plus puissante ne l’obtiendrait pus chez l’autre. 11 tient d'œuvres difficiles. De gratta Christi, t. π, q. vn, a. 4, pour fausse l’opinion de Battez qui dit que la grâce effi­ cond 5, p. 448 sq. Saint Alphonse de Liguori admet cace prédétermine physiquement la volonté au con­ la même opinion en la précisant : pour les œuvres sentement. dimclles, H taut une «race efficace ab inlrintrco, qui Il enseigne que l’efficacité de la grâce dépend d'elle, détermine la volonté au consentement et qui ordlnair.· c’rst-A-dire que la grâce est efficace ab intrinseco. Celle ment consiste en une délectation victorieuse parfois , η 1673 GRACE un acte d'espérance· de crainte, etc. Pour les œuvres faciles, il y a une grâce qui n’est pas efficace ab Intrin­ seco relativement â l’œuvre salutaire; notamment ccttc grâce suffisante donne ù chacun le pouvoir de prier (l’acte de la prière est parmi les œuvres faciles)· et celui qui prie obtient la grâce efficace ab intrinseco. Opera dogmatica, tr. V, § 7, édit. Waller, Home, 1903, t. i, p. 528. Voir son article, l. i, col. 916. Le P. Jean Hermann a proposé et adopté le sentiment de son père saint Alphonse. Tractatus de divina gratia secundum S. Alphonsi de Ligorio doctrinam cl rnentem, home, 1904, p. 337-501. 2. Critique. — Cette doctrine ne répond pas direc­ tement à la question posée par les théologiens, à savoir si la grâce est efficace a b intrinseco ou a b extr inseco. Elle contient de justes considérations sur la doctrine de la distribution des grâces, et notamment elle met wi relief l'importance de la prière; c’est par elle que l'homme obtient de fait des grâces plus nombreuses et plus influentes; on peut dire que, en règle générale, c'est par la prière que l'homme reçoit les grâces effi­ caces par lesquelles il se sauve; mais cette connexion entre la prière et les grâces subséquentes ne résout pas la question du mode selon lequel la grâce produit le consentement; en particulier, elle ne résout pas la question du mode selon lequel la grâce qui excite a la prière est efficace. De plus, la théorie de Toumély a d'autres inconvénients. Voir art. Avgustînianisme, t. i, col. 2498. Dans le même article, col. 2496, on a indiqué l’opinion du P. Guillcrmin, qui mérite d’atti­ rer l’attention des théologiens. Conclusion — 1° D’après l’exposé succinct de ces diverses doctrines, il semble qu'on peut, quant à leur substance, les ramener à trois catégories, en ne tenant pas compte des divergences qui concernent l’explica­ tion ultérieure des principes et leur application. 1. D’après Baûcz, l’efficacité de la grâce consiste dans la prédélennination physique : c’est la grâce adjuvante (réellement distincte de la grâce excitante) qui. surajoutée à la grâce excitante, cause physique­ ment l’acte du consentement ; il y a donc une connexion physique et nécessaire entre cette grâce et l’acte déli­ béré; c’est lâ, au plein sens du mot, une grâce efficace par elle-même, efficax ab intrinseco. 2. D’après Molina, il n’y a pas de prédétermination physique et par conséquent pas de connexion physique et nécessaire entre la grâce et l’acte délibéré. La cau­ salité physique de la grâce actuelle sc trouve tout entière dans l'acte indélibéré d’intelligence et de volonté. Ces actes disposent l’homme au consente­ ment, l’y inclinent, mais cc consentement est produit, causé par la volonté sc déterminant elle-même libre­ ment ; précisément pour cela il n’y n pas de connexion physique et nécessaire entre la grâce et l’acte délibéré du consentement, et par conséquent il n’y a pas de grâce efficace par elle-même; dans cc système on a, au sens plein du mot, une grâce efficace ab exlrinseca. Pour préciser le sens de l'expression efficax ab extrinseco, remarquons que Mollna parle de la grâce exci­ tante, et que, par son efficacité, il entend l’émanation de l’acte du consentement; comme, d’après lui, cette émanation est causée physiquement par la volonté sans aucune prémotion physique divine, il résulte que cet acte est surajouté â la grâce excitante qui en est réellement distincte et par conséquent l’ctllcaclté dont il s’agit est extrinsèque Λ la grâce excitante. Les bafiésiens appellent aussi efficacité de la grâce l’émanation même de l'acte du consentement; comme, d’après eux, celte émanation est causée physiquement par la prédétermination divine. Il résulte que cet acte est l’effet immédiat et physique de la grâce et que la cau­ salité physique de celle-ci atteint l’être et la détermi­ 1674 nation de cet acte; c'est pourquoi on dit que cette grâce est par elle-même ou Intrinsèquement efficace. Mais il faut remarquer que la grâce qui est efficace au sens expliqué n’est pas la grâce excitante, mais une grâce réellement et essentiellement distincte de cellelà et surajoutée. 3. D’autres théologiens défendent une opinion moyenne. Ils n'admettent pas la prédétermination physique, mais Us n’admettent pas non plus l’absence de toute connexion intrinsèque entre la grâce et l’acte du consentement; la grâce excitante, d'après eux, produit une disposition, une inclination qui. parce qu’elle est telle (c'est-à-dire parce qu'elle produit tel acte déterminé, indéhbéré, ou bien parce qu’elle pro­ duit une inclination de telle intensité), obtient, de fait, le consentement; c’est donc dans la congruité de la grâce excitante relativement au sujet que consiste la connexion de la grâce avec le consentement; d’après cette opinion, la grâce est dite aussi efficace ab intrin­ seco, mats cette efficacité intrinsèque diffère radica­ lement de l’efficacité intrinsèque défendue par les banésiens. La première n’est pas physique, elle est morale : aussi l'appellc-t-on une prédélennination morale. lui congruité ou prédéterminalion morale est susceptible d'explication plus développée, mais 11 est essentiel Λ la doctrine exposée que la volonté est cause physique efficiente de son acte délibéré ainsi que de la détermination de celul-d, de plus que cette détermi­ nation est réellement contingente, c’est-à-dire que la volonté qui, sous l’influence de la grâce excitante, se détermine au consentement, aurait pu physiquement se déterminer au non-consentement, à la résistance. Cette opinion est donc toute différente de celle de Jansénius qui concevait l’appétit volontaire comme une balance qui penche nécessairement du côté où la pression est plus forte, cf. Guillcrmin, Revue thomiste, 1903, p. 22 sq.; elle est aussi différente de l’opinion des augustinlcns rigides chez lesquels la délectation vic­ torieuse semble bien causer physiquement la prédé­ termination de l’acte du consentement, bien que cette prédétermination exerce une causalité toute diffé­ rente de celle qui est exposée dans le système baüésien. Sur l’opinion des augustinlcns rigides, voir Avgvstinianisme, t. 1, coL 2485 sq.; dans le même article, col. 2495 sq., est exposée la doctrine de la prédétermlnation morale. Si l’on exclut l'opinion de Toumély, qui introduit une distinction sans fondement, et si l’on s’en tient ù admettre une congruité intrinsèque, mais relative aux dispositions des Individus, auxquels est donnée la grâce excitante, et dont l’effet propre est de mettre le sujet dans telle disposition où de fuit il consentira librement, cette opinion nous semble sau­ vegarder la liberté humaine et l’efficacité de la grâce. Les hommes, par leurs paroles et leurs actes, peuvent persuader aux autres de faire ou d’omettre telle chose; Ils sont parfois si puissants qu'ils peuvent (aire chan­ ger les résolutions des autres; Dieu qui agit ù son gré dans l’intérieur meme de l’âme pourra donc obtenir toujours le consentement de l’homme ; il pourra par conséquent réaliser chez les divers Individus la sain­ teté surnaturelle telle qu’il la désire. Nous ne voyons pas sur quoi est fondée l'assertion du P. Portallè, art. Augustin i an isme, L i, col. 2497 : · De fait, l’expé ricnce prouve que Dieu n’emploie pas universellement cc moyen (la prédétcrminatlon morale). Il n’est ni vrai, ni vraisemblable que Dieu donne ù tous ceux qui font bien (même dans les plus petites choses, une légère aumône, etc.) une abondance de grâces mora­ lement irrésistible, en sorte qu’il leur serait non seule­ ment plus difficile, mais moralement impossible de résister; l’expérience de chaque âme semble établir qu’il n'en va point ainsi. · Cette assertion suppose d’abord qu’il faut pour tout acte salutaire, même chez 1675 GRACE I homme juste, une grâce spéciale excitante ou une série de grâces; cette thèse n’est pas démontrée et nous ne l'admettons pas, comme nous l’exposerons plus loin. Le P. Portalié s’appuie sur l’expérience; nous nous demandons en vain cc que l'expérience pourrait établir concernant le mode dc l'influence de la grâce actuelle excitante sur l’acte dc consentement. L’homme a la conscience psychologique dc ses actes cognoscitlfs et a pélitifs, qu’ils soient Indélibérés ou délibérés. L'homme peut donc avoir conscience d’une inclina­ tion puissante vers un bien, ou d’inclinations répétées vers telle bonne action, Il pourra avoir conscience de sa délibération ct du fait qu’il pose un consentement pleinement délibéré, il pourra, par la loi ct par une con­ naissance conjecturale, savoir que telle inclination est Pcflet d’une grâce actuelle, ct que, par conséquent, il a librement consenti â une grâce; mais 11 ne pourra pas avoir conscience de la nature intime dc la connexion de l.i grâce actuelle excitante avec le consentement qui a suivi. Il en est de mime lorsque, délibérément, il refuse le consentement à une inclination puissante ou a une série de motions vers un bien; il aura conscience et de l'inclination ct dc sa résistance délibérée, mais son regard ne pourra pas pénétrer davantage dans son activité psychologique et savoir pourquoi il a refusé son consentement; il ne peut que constater le fait de son refus délibéré et la possibilité du consente­ ment. 11 en est dc même pour les actions faciles, qui ne sont précédées d’aucune lutte; quand Dieu, par une grâce actuelle, fait surgir dans un homme bien disposé la pensée d’une bonne action et que cet homme Immédiatement, bien que délibérément, con­ sent et pose l’acte vertueux, il pourra savoir qu’il a librement consenti â l’impulsion susdite, mais sa con­ science ne lui manifestera pas quelle est précisément l'influence exercée par cette grâce; il n’y a pas dc raison de nier que c'est dc la congrulté de cette impul- . slon que dépend le consentement, ct que, par consé­ quent, cette grâce excitante a été une prédétermina lion morale. La notion dc celle-ci n’implique pas nécessairement l’idée d’inclination véhémente ou d’impulsion irrésistible ou victorieuse d'une opposi lion. La prédenninatlon morale ne dit pas autre chose qu'une inclination vers le bien telle qu'elle obtient de fait le consentement libre. .Mais ici surgit la question de Vinfaillibilité dc la connexion entre la grâce excitante ct le consentement. , Quand on parie d’infaillibilité on parle d’une connais­ sance : il ne peut s'agir ici que dc la connaissance divine. Car lorsque l’homme consent librement, il a conscience qu’il pourrait ne pas consentir ct que son consentement est contingent. Quand il s'agit dc l'in­ fluence exercée par un homme sur un autre, le premier ne peut avoir qu’une connaissance conjecturale du consentement ou non-consentement du second. Dieu connaît infailliblement tous les actes libres que pose­ raient tous les hommes dans toutes les circonstances où ils pourraient se trouver; nous tenons que Dieu con­ naît cela en lui-même ct notamment dans sa causaité divine. Mats quel est précisément le moyen objec­ tif dans lequel Dieu connaît ses actes ? Ce n’est pas le lieu dc traiter cette question. Nous dirons simple­ ment que la congruité dc la grâce excitante, cette congruité qui est relative à chaque Individu et qui con­ stitue la prédétermination morale, est pour Dieu un moyen dc connaître infailliblement le consentement, I la non-congruité, qui suppose toujours la suffisance le la grâce, est le moyen de connaître infailliblement e non-consentement. La prédestination est donc infall­ ible ct les moyens dont elle se sert obtiennent immanlUableraenl leur effet. 2· Dc ce que nous venons d'exposer, Il résulte que fa différente entre la grâce seulement suffhan’.r et la 1676 grâce efficace n'est pas une différence essentielle; que, si l’on considère la grâce d’une manière absolue, celte différence n’est ni qualitative, ni quantitative; la con­ gruité, propre à la grâce efficace, est une congruité relative au sujet auquel elle est donnée; il peut donc se faire que telle inspiration soit efficace chez tel individu dans telles circonstances ct ne le soit pas chez un autre; il peut sc faire aussi qu'une Inspiration plus Intense soit inefficace chez tel homme, alors qu’une grâce moins intense soit efficace chez un autre. 3° Il faut rappeler encore qu’entre le terme dc la causalité physique et efficiente de la grâce excitante, c’cst-ù-dire l’acte indélibéré, ct le consentement déli­ béré il y a nécessairement, si on peut parler ainsi, solu­ tion de continuité. Le P. Gulllermin, Hrvuc thomiste, 1902, t. x, p. 673, explique très bien celte assertion: • Il y a une grande différence entre la manière d’agir dc la volonté libre sous la motion divine et la manière d'agir des facultés d'ordre purement physique. En celle-ci, l’action divine Λ produit toujours une motion passive Λ’ dc laquelle découle ensuite nécessairement l’effet corrélatif a. Les agents physiques, en effet, agis­ sent toujours conformément aux modifications qu’ils ont subies; un corps soumis à l’action de la chaleur communiquera la chaleur au même degré où il l’aura lui-même reçue. Aussi dit-on des agents physiques qu'ils sont dans leurs opérations plutôt passifs qu’ac­ tifs. ρο/fus aguntur quam agunt. Il en va tout autre­ ment pour la volonté libre. Sans doute ici encore l’ac­ tion divine Λ produit dans la faculté une impulsion une motion passive A*. Mais la liberté de la volonté consiste précisément en ce qu'entre la motion passive A' ct l’acte a correspondant il n’y a qu’un lien contin­ gent et, puisque la volonté créée est défectible, il peut arriver, Dieu le permettant ainsi, qu'elle entrave le résultat dc la motion ct que l’acte a soit Intercepti·. Pour mieux entendre comment la défection peut se produire sous la motion actuelle de Dieu, on doit sc rappeler que, d'après l’enseignement thomiste, II faut considérer dans la motion physique naturelle ou sur­ naturelle un double aspect. Sous le premier aspect, elle est un effet dc Dieu, une motion passive reçue dans la volonté; sous le second aspect, elle est principe actif ou plutôt la faculté activée par la motion divine passi­ vement reçue devient, par elle et avec elle, principe actif d'opération : Actus procedit ab agente in actu. Or, l’agent libre se distingue de l’agent nécessaire en ce que celui-ci, une fols activé, procède fatalement à la production dc l’acte, tandis que l'agent libre y procède librement ct suivant cc qu’il lui plaît dc vouloir. SI cet agent libre est Indéfectlblemcnt parfait dans scs choix, il procédera immanquablement, quoique librement, a la production de l'acte auquel l'active la motion divine. Mais si cct agent libre est défectible, il pourra toujours défaillir, ct sûrement II défaillira quelquefois, à moins que Dieu par une protection gratuite particu­ lière, ne le préserve ct ne le soutienne actuellement; et sa défaillance consistera précisément en cc qu’il chni slra de ne pas procéder activement â l’acte auquel il est mû ct actionné par la motion passive reçue de Dieu. > Donc la motion divine qui est passivemen; reçue ct qui a pour tonne l'acte Indélibéré ne prédé­ termine pas physiquement l’acte délibéré; celui-ci est contingent. Do plus, il ne faut pas, outre l'impulsion indiquée A, une nouvelle Impulsion divine qui, phy­ siquement, cause ct détermine l’actc délibéré; celui-ci émane dc la volonté déjà en acte par l'impulsion A’ ct c’est la volonté elle-même qui le détermine. Nous con­ cluons que la distsion de la grâce actuelle en suffisante et en efficace concerne formellement la grâce excitante; si celle-ci est congrue, au sens expliqué, c'est-à-dire si elle est telle qu’elle obtient immanquablement le consentement, elle est efficace; elle est au contraire 1677 GRACE seulement suffisante, si elle n’a pas cette congruité qui est suivie du consentement. Nous n’avons guère cité d’auteur» dans l’exposé dc notre conclusion, cl nous ne saurions faire le triage des théologiens en déterminant exactement quelles sont les propositions admises par les uns et par les autres, car il y a, à cc point dc vue, des divergences nom­ breuses et souvent il est impossible dc saisir exacte­ ment la pensée d’un auteur sur l’explication de la cau­ salité de la grâce. Nous croyons cependant que notre conclusion est conforme ù la doctrine dc Bellannln, dans son écrit De novis controversiis, cité plus haut, et que ce théologien souscrirait â ces trots assertions : 1° l’efficacité de la grâce actuelle excitante ou la con ncxlon immanquable entre la grâce excitante ct le con­ sentement libre de la grâce consiste formellement en sa congruité relative, relative au sujet auquel elle est conférée ct en cc sens l’efficacité est Intrinsèque; 2° Il n’y a pas de diflércncc essentielle entre la grâce simple­ ment suffisante et la grâce efficace; même il n’y a pas entre clics dc diiTércnce qualitative ou quantitative, si on considère la grâce interne en elle-même, abstrac­ tion faite des dispositions du sujet dans lequel elle entre; 3° la division entre grâce seulement suffisante ct lu grâce efficace est une subdivision dc la grâce exci­ tante, ct pour que la grâce excitante soit efficace, il n’est pas requis qu’une nouvelle grâce prévenante soit ajoutée â la première. V. Nécessite de la grace actuelle pour l’homme justifié. — 1° Doctrine de ΓÉglise. — Il ne peut être question ici que des adultes, arrivés à l’usage de la raison; les autres ne peuvent par poser d’actes salu­ taires. Nous parlons ici dc la conservation dc l’état dc Justice : elle requiert des actes délibérés salutaires, notamment l’observation des commandements divins. Nous n’exposons pas ici ce qui concerne la persévé­ rance finale. Voir Persévérance. L9homme adulte justifié ne peut pas, sans le secours de grâces actuelles, éviter, pendant un temps considérable, tout péché mortel. 1. Cette assertion est contenue Implicitement dans ces textes dc l’Écriture sainte où l’on mentionne, d’une part, les grandes difficulté·» que rencontre le juste dans l’exercice dc sa perfection morale, ct, où on indique, d’autre part, que l’énergie, requise à la persévérance, est duc au secours divin ; cc secours ne peut pas être uniquement l’ensemble des dons habituels; il s’agit donc de grâces actuelles. Les textes, auxquels nous faisons allusion, sont les sui­ vants : · Au reste, mes frères, forll fiez-vous dans le Seigneur ct dans sa vertu toute-puissante. Revêtezvous dc l’armure dc Dieu, afin de pouvoir résister aux embûches du diable. Car nous n’avons pas à lutter contre la chair ct le sang, mais contre les princes, con­ tre les puissances, contre les dominateurs de ce monde do ténèbres, contre les esprits (répandus) dans l’air. C’est pourquoi prenez l’armure dc Dieu afin de pouvoir résister au Jour mauvais et, après avoir tout surmonté, rester debout. » Eph., vi, 10-13. «Ainsi donc que celui qui croit être debout prenne garde dc tomber. Aucune tentation ne vous est survenue, qui n’alt été humaine; ct Dieu, qui est fidèle, ne permettra pas que vous soyez tentés nu delà de vos forces; maLs, avec la ten­ tation, 11 ménagera aussi une heureuse Issue en vous donnant le pouvoir de la supporter. » 1 Cor., x, 12, IX ■ Travaillez â votre salut avec craintc ct tremblement..., car c’est Dieu qui opère en vous le vouloir ct le foire, selon son bon plaisir. » Phil., n. 12. 13. 2. Dans le document nommé Indiculus de gratia, le c. ΙΠ ou vi dit : · Personne, même renouvelé par la grâce du baptême, n’est capable de surmonter les embûches du démon ct de vaincre les convoitises dc la chair, s’il n’a reçu, par un secours dc Dieu, chaque Jour renouvelé, la persévérance dans une bonne vie. · Don- 1678 zingcr-Bannwart, η. 132. Voir Célestin, t. n, col. 2051. Le II· concile <1 Orange enseigne que le secours divin doit être toujours demandé même par ceux qui déjà sont régénérés et sanctifiés, pour qu’ils puissent arriver à une On heureuse ou pour qu’ils puissent persévérer dans l’exercice du bien. Denzlngcr-Bannwart, n. 183. Le concile de Trente affirme aussi la nécessité de la grâce pour que les Justes puissent être victorieux dans leur lutte contre la chair, le monde ct le démon, et la nécessité d’un secours spécial pour qu’ils puissent per­ sévérer dans la justice reçue. Denzinger-Bannwart, n. 80G, 832. Quant au sens de l’expression secours spécial, nous pensons qu’elle désigne les grâces actuelles qui procurent à l’homme l’énergie suffisante à éviter le péché mortel ct que, par conséquent, l'expression auxilium speciale ne désigne pas la même chose que celle qui est signifiée par l’expression : magnum per­ severantia donum, qui indique la persévérance finale obtenue. Cf. Hefner, Die Enstehungsgeschlchte des Trienler Rechtjertigungsdekreles, p. 352; Straub, Ueber den Sinn des 22 Canons der 6 Siszung des Concils van Trient, dans Zeitschrift jûr katholische Théologie, 1897, L xxi, p. 188 sq., 221 sq. 3. Les scolastiques exposent la raison dc la nécessité des grâces actuelles chez les Justes. Il s’agit de la diffi­ culté qu’éprouve l’homme à remplir tous ses devoirs, ù résister à toutes les tentations. Cette difficulté a son origine psychologique dans la concupiscence, d'où résultent l'ignorance et les passions désordonnées. L’homme Justifié est, par le fait même, rectifié dans le fond de son âme : il possède La grâce sanctifiante, il u la vertu infuse de foi, par laquelle son Intelligence est intrinsèquement ct sumaturellcment soumise et ordon­ née à Dieu, il a la charité infuse par laquelle sa volonté est Intrinsèquement et surnaturellcment orientée vers Dieu; mais néanmoins il reste en lui le désordre de la concupiscence et ce qui en résulte; c’est pour y remédier qu’il a besoin d’être éclairé dans son esprit, fortifié dans sa volonté : cet effet s’obtient par les grâces actuelles, c’est-à-dire par les Illuminations de l’intelligence ct les inspirations de la volonté; au moyen de ces Impulsions Dieu dirige l’homme justifié dans l’excr­ cicc dc la sanctification ct le protège contre les tenta­ tions. Les impulsions, dont nous parlons, sont surna­ turelles; car elles disposent et aident positivement l’homme à accomplir des actes salutaires. Nous venons de résumer la doctrine dc saint Thomas, Sum. theol., 1· II*, q. cix. a. 9, 10. Cf. S. Bonaventure. In IV Sent., 1. II, dlst. XXVIII, a. 2, q. n, Opera omnia, t. n, p. 685 sq.;Cajétan. In Sum. theol., D II*, q. αχ, a. 9. Ainsi s’explique la nécessité morale des grâces actuelles chez l’homme Juste : celle-ci comporte donc que l’homme juste a besoin d’être, au moins de temps en temps, secouru par des grâces actuelles. 2° La controverse théologique concerne la nécessité physique dc la grâce actuelle ct a pour objet celte question : l’homme Juste doit-il recevoir une grâce actuelle pour tout acte salutaire ? La question sc pose spécialement pour l’homme juste, car celui-ci possède les dons surnaturels, habituels, notamment les vertus Infuses; on se demande donc si, dans l’homme Juste, ces principes habituels suffisent à surnaturallscr Intrin­ sèquement les actes de vertu et si, par conséquent, une grâce actuelle est encore requise. Un grand nombre de théologiens enseignent la néces­ sité dc la grâce actuelle pour chaque acte salutaire du Juste; l’opinion contradictoire cependant a des défrn, seurs autorisés, notamment Cajétan. In Sum. theol., I* II·, q. cix, a. 9; Soto, De natura et gratia, L III, c. IV. fol. 207; Molina. Concordia, q. xiv, a. 13, disp. IV, p. 20; disp. VIII, p. 38; Bellannln, De gratia cl libéra arbitrio, 1. VI, c. xv, n. 54. p. 399; Billuart, De gratia, diss. Ill, a. 9, p. 110; Terrien, La grdcc ct ta gloire, t< i, p. 189; t. n, p. 58; Pignataro, De gratta (llfhogr.), p. 127; Billot, De virtutibus infusis, thés. vu, p. 173; Z> gratia Christi, thés. v, § 2, p. 109; Konlngs, De gratia divina, Louvain, 1907, prop. 6% p. 26; Merkel· bach. Revue ecclésiastique de Liège, t. vni (1912-1913), p. 237 sq. Cette seconde opinion, que j'ai défendue dans mon traité De gratia divina, η. 338, exige d'abord quelques éclaircissements. a) Saint Thomas, Sum.throl., 1* IIr, q. cix, a. 9, parlant de la nécessité de la grâce actuelle, enseigne que l’homme juste en a un double besoin : d’abord, il a la nécessité générale en vertu de laquelle aucune créature ne peut commencer Λ agir sans une motion divine; ensuite il a une nécessité spéciale qui dépend de la condition présente de la nature humaine: ccttc · nécessité est l'impuissance monde de l’homme à faire le bien, impuissance qui a son origine dans la corrup­ tion de la chair et l’ignorance de l'intelligence. D’après cela il semblerait, Λ première vue, que pour tout acte salutaire chez le juste il faut une grâce actuelle et que celle-ci consiste dans la prémotion physique requise à l’opération. Mais il nous faut considérer les choses de plus près. Saint Thomas distingue ici la grâce sancti­ fiante : habituale donum per quod natura humana cor­ rupta sanetur, el etiam sanata elevetur ad operanda opera meritoria vitæ irbrnæ qua excedunt proportionem natura, et la grâce actuelle : auxilium gratia ut a Deo mopeatur (ftomoj ad agendum. Ce qui est appelé moveri a Deo est une motion générique; ccttc motion divine comprend deux espèces bien distinctes : la motion par laquelle Dieu applique à l’action la faculté opérative, et la motion spéciale par laquelle Dieu, suscitant des actes indélibérés dans l'intelligence et dans la volonté, excite l’homme â des actes délibérés salutaires. La motion de la première espèce a sa raison d'être dans l’incapacité phvslquc où sc trouve toute créature de passer, par elle-même, de la puissance à l’actc, de passer de l’état de repos â l'état d'activité. Ccttc nécessité est la même pour tout commencement d’opé­ ration, et par conséquent l’homme justifié a besoin, lui aussi, de ccttc prémotion divine; car les habitus sur- 1 naturels, pas plus que les habitus naturels, ne mettent la faculté opérative en mouvement, ne lui font pro­ duire un acte. Si l’on donne le nom de grâce actuelle ft cette motion, que nous venons de décrire, on dira qu’il faut une grâce actuelle pour toute opération salu­ taire de l’homme juste, mais clic n'est pas cntltativement surnaturelle, cf. Billot, De virtutibus infusis, ρ. 174, et ne mérite le nom de grâce que parce que ccttc motion se termine ft un acte surnaturel, â un acte sur­ naturalise par Vhabitus Infus et dépendant de Dieu en tant qu’il est l’auteur de l’ordre surnaturel. Ccttc motion n’est pas un secours spécial : elle est exigée par la faculté qui (étant donné les conditions dans lesquelles elle sc trouve) doit émettre son acte; mais elle n'ajoute rien Λ l’énergie de l’homme au point de vue de l'acte salutaire. Tandis que. pour la motion de la seconde espèce, il en va tout autrement : cette I dernière est l’illumination et l’inspiration du SalntEvprit. elle est un secours spécial, car elle ajoute â l’énergie de l’homme en vue des actes salutaires; elle dissipe les ténèbres de son esprit; elle incline sa volonté ft choisir le bien; elle remédie aux blessures occasion­ nées par le péché originel. I ft) C’est donc de ce secours spécial qu’il s’agit, de cc qu’on appelle proprement la grâce actuelle excitante. Nous soutenons l'opinion qui dit qu’une telle grâce n’est pas requise pour chaque acte salutaire délibéré dans l'homme justi Hé. La démonstration de cette thèse se résume dans l'argument suivant : Si la grâce actuelle excitante était requise pour chaque acte salutaire de l’homme justifié, elle le serait ou bien à cause de la sumaturaiité de l’actc salutaire, ou bien â cause de l’application de la faculté opérative â son acte, ou bien à cause de la fai­ blesse humaine vis-à-vis du bien à accomplir, ou bien à cause d’une loi établie par Dieu; or aucun de ccs titres n’implique cette nécessité; elle n’est donc pas admissible. La mineure s'explique : a. Les facultés opératives, notamment l’intelligence et la volonté, sont, chez le juste, intrinsèquement élevées et portent en elles ca diverses Inclinations surnaturelles qui ordonnent la faculté à émettre les actes correspondants : cc sont les vertus infuses théologales et morales. Celles-ci, quand l’homme justifié émet un acte de foi.de charité ou d’une autre vertu, le surnaturalisent intrinsèque­ ment, à peu près comme les vertus naturellement acquises influent sur l’acte, qui leur correspond, quand il est émis. 11 n’est donc pas requis qu’un autre prin­ cipe de sumaturaltsatlon soit ajouté à l’instant où s'émet l’acte correspondant à une vertu infuse. b. La grâce actuelle excitante n’est pas requise pour appliquer la faculté opérative à son acte. Cette appli­ cation n’est pas autre chose que la motion de la cause première, motion requise pour que la faculté passe de l'état de non-activité à l’opération actuelle. Mais la cause première, comme telle, doit mouvoir, au même titre, toute cause seconde, comme telle; que celle-ci soit dans l'état simplement naturel, ou qu'elle soit, par les dons infus, élevée à l’ordre surnaturel, la pré­ motion physique remplit la même fonction : faire pas­ ser la faculté opérative à l'acte qu'elle doit émettre; cet acte est spécifié et déterminé eut Hâtivement, non par la prémotion physique, mais par la faculté d’où Il sort; c’cst la faculté qui le fait être tel; cct être tel dépend et de l’objet auquel tend hic et nunc l’activité de la faculté et des habitus dont la faculté est pourvue. Donc la surnaturalité intrinsèque de l’acte ne provient pas de {'application de la faculté à son acte, mais de la virtus fluens supernatandis (quand il n’y a pas de vertu infuse), ou de Vhabitus surnaturel infus. Ccttc conclusion n’est pas infirmée par la doctrine qu’expose saint Thomas. Sum. theol., I· II*» q. i.xvin, a. 2, où il parle de la nécessité des dons du Saint-lîsprit. Les vertus infuses, parce qu’elles sont surnaturelles, ne sont pas possédées par l'homme aussi parfaitement que le sont les habitus naturels; c’cst pourquoi les vertus Infuses ne suffisent pas pour que l’homme puisse, d’une façon aussi sûre que ferme, marcher, en tout et conti­ nuellement, vers sa fin surnaturelle; il faut qu'il ait en lui l’instinct même de celui qui a cette fin pour connaturelle, c'est la personne même du Saint-Esprit. Les dons du Saint-Esprit sont concédés précisément pour que l’homme soit rendu docile à cet instinct du Saint-Esprit, c'est-à-dire à ccs illuminations de l’in­ telligence et à ccs inspirations de la volonté, qui consti­ tuent la grâce excitante. La nécessité de celle-ci n’est donc pas du tout celle de la prémotion physique à chaque commencement d'opération, mais elle est d’un ordre tout diflérenl. Quand saint Thomas, dans sa réponse à la 2· objection de l’article cité, dit : per virtutes theologicas et morales non ita perficitur homo In ordine ad ultimum finem, quin semper indigeat moveri quodam superiori instinctu Spiritus Sancti, ratione jam dicta. Il n'alfirmc pas la nécessité d'une grâce excitante ft chaque acte salutaire du juste, mais « il veut dire simplement qu'il n’est aucun moment ni aucun acte où celle motion nr puisse pas être requise; mats non qu'elle soit en effet toujours requise et pour chaque acte. C’est pour tout sujet destiné ft la fin surnaturelle el non pour chaque acte ordonné ft ccttc fin, que saint Thomas requiert, comme une chose absolument néces­ saire, les dons du Saint-Esprit. . Telle est la remarque du P. Pègues, qui Interprète avec beaucoup de préci­ sion l’article cité. Commentaire français littéral de la 1681 GRACE 1682 d'exercer les vertus surnaturelles, doivent être attri­ Somme tnéologique, Toulouse, 1913, t. vin, p, 309bués à la providence divine et sont des bienfaits et 316. La même doctrine est exposée par le cardinal secours externes; on ne peut pas les confondre avec Billot, De virtutibus in/usis, p. 171 sq. la grâce actuelle Interne c, L’InÛrmltt humaine vis-à-vis du bien à accomplir b. La vertu infuse est une qualité potentielle qui, n’est pas telle qu’elle exige une grâce excitante pour pour passer â l’acte, requiert une excitation ou pré­ chaque acte salutaire, car souvent l’homme ne ren­ motion; or celle-ci doit être dans le même ordre que contre pas une difficulté considerable à choisir et à Vhabitus qu’elle met en mouvement, elle doit donc être réaliser l’acte vertueux. De même que le pécheur peut surnaturelle; donc à chaque fols que l'homme émet un agir parfois honnêtement, poser un acte naturel et bon, acte salutaire par une vertu infuse, à chaque fols aussi sans le secours d'une grâce, ainsi, u jurtiuri, 1 homme Il lui faut une excitation surnaturelle; donc une grâce justi lié pourra user des vertus infuses, poser des actes actuelle. surnaturels et bons, sans le secours de la grâce exci­ Cette objection peut recevoir une double réponse : tante. Si l'on admettait (ce que nous n'admettons pas) qu'il d. Enfin on n’a pas de raison solide pour établir faut une prémotion entitotioement surnaturelle pour l’existence d’une loi divine d'après laquelle aucun acte causer l'émission de tout acte appartenant â une vertu salutaire ne serait accompli par un juste, sans qu'il y Infuse, et si on appelait grâce actuelle cette premotion, ail été excité par une grâce actuelle. Certes on nous on dirait donc qu’une grâce actuelle est requise à propose le texte où le Christ dit que le juste ne peut chaque acte salutaire que fait le juste; mais on ne non faire sans lui, Joa., xv, 5, mais cette assertion ne pourrait pas déduire qu’est requis à chaque acte ce concerne pas exclusivement le secours actuel, dont nous secours spécial que nous appelons proprement U grâce parlons; il y est parlé de la grâce, considérée en général, actuelle excitante; ce secours spécial, dont nous avons qui comprend la grâce sanctifiante, la charité, etc. parlé plus haut, consiste en l’influence ou l’instinct du Nous rencontrerons les textes des conciles et des Pères Saint-Esprit, et a pour terme l'acte indéhbéré d'intelli­ dans les objections, qu’il nous reste à examiner. gence et de volonté, la pensée salutaire, l'affection c) Objections. — Elles sont les arguments proposés salutaire; celles-ci sont un secours surajouté à l’énergie par les auteurs qui défendent la nécessité de la grâce humaine et disposent positivement l'homme â vouloir excitante pour chaque acte salutaire chez l’homme délibérément tel acte de vertu. Cc secours spécial est juste. Ces objections sont de deux espèces : les unes donc d'une nature toute différente de cette promotion ont leur point de départ dans une assertion philoso­ physique, qui, d'après l'hypothèse, mettrait en activité phique ; les autres dans un texte tiré des conciles ou des la vertu infuse; de plus, d'après la doctrine de saint Père s· Thomas, ce secours spécial, cet instinct, tomix· direc­ Objections philosophiques. — a. Pour que l'homme tement sur les dons du Saint-Esprit, et non sur les Juste puisse agir salutairement, il faut qu'il pense a vertus infuses. Par conséquent, quand les théologiens l’œuvre qu’il va accomplir; or, ccttc pensée est une énoncent cette proposition : une grâce actuelle est grâce actuelle excitante; donc une grâce actuelle requise, même chez le juste, pour tout acte salutaire, excitante est requise à chaque acte salutaire. il faut qu’ils déterminent cc qu’ils entendent par grâce Nous concédons la majeure; nous nions la mineure. actuelle, car la prémotion ou predetermination phy­ Cette pensée peut être un acte naturel qui est l'occa­ sique â l’acte délibéré est une réalité essentiellement sion et non la cause de l'acte salutaire. Supposons, par différente de l’illumination et de 1 inspiration du Saintexemple, qu’un homme ait pris la résolution de faire un acte d’adoration interne â chaque fols qu’il voit une l-Nprit. La réponse directe, que nous donnons à l’objection église. L’action de voir l’église et l’acte de mémoire, proposée, distingue la majeure et nie la mineure : qui en résulte, suffisent pour que cet homme fasse L'habitus surnaturel... exige une excitation distincte l’adoration interne. On ne volt pits pourquoi serait de celle qui est requise pour l'acte meme émis par la requise dans cc cas une spéciale illumination ou inspi­ faculté, je le nie; Vhabitus surnaturel... exige i’exci­ ration du Saint-Esprit. tation qui est demandée par l’acte lui-même, Je le con­ Un autre exemple : l’homme justifié, en entendant prêcher les vérités révélées par Dieu ou en lisant leur cède. Voici l’explication de ccttc distinction. Il faut expression, dans un livre, peut immédiatement faire d’abord insister sur la différence essentielle entre un un acte de foi surnaturelle. Il peut aussi faire des actes habitus et une faculté opérative : celle-ci est une qua­ d’autres vertus dont la pensée lui est suggérée; cct lité essentiellement ordonnée à agir, â émettre une homme possède tous les principes requis â l’émission opération: Vhabitus opératif est une qualité surajoutée d’actes intrinsèquement surnaturels qui sont l’objet â la faculté operative, lu modifiant intrinsèquement des différentes vertus chrétiennes. Par là, on peut sc en lui donnant une disposition bonne ou mauvaise par rendre compte de l’importance des vertus acquises rapport à l’opération. Dans le cas qui nous occupe, ou naturelles, notamment de celles qui s’acquièrent Vhabitus est une qualité infuse par Dieu, sumaturalipar la répétition d’actes surnaturels, voir à cc sujet de sanl intrinsèquement la faculté opérative et lui con­ Hipalda, De ente su per naturali, t. i, disp. LUI, p. -199; ferant proprement une capacité positive à émettre des Pcsch, Pritlecllones dogmaliar, t. vin. De virtutibus, actes surnaturels déterminés (par exemple, les actes n. 14; Billot, De virtutibus in/usis, Prolog·, n,§ 3, p. 50 de charité, de religion, etc.). L'habitus infus n’apporie sq.; ccs vertus acquises donnent h l’homme une cer­ pas. par lui-même, une facilité ou une propension d taine facilite pour accomplir les actes surnaturels, elles exercer des acte» tels, mais son essence consiste dans font aussi diminuer cl même disparaître les obstacles une Inclination vers ccs actes, dans une adhésion à à l’exercice des vertus surnaturelles. Le jugement pra­ l’objet de ces actes vertueux. Voir Billot, De virtu­ tique d'où procède l’acte libre, délibéré et salutaire, doit être, à notre avis,surnaturel; Il le sera parce qu'il tibus in/usis, Proleg., n,§ 1, p. 35. Par conséquent, la faculté opérative et Vhabitus ne sont pas deux facultés procède de la prudence infuse, vertu qui règle l’excrdcc dont chacune exige une motion physique â l’acte; de la sainteté chez l'homme juste; il ne faut pas, â notre avis, une grâce actuelle excitante à chaque fols toute motion physique à l'acte doit tomber sur la qu’agit la vertu surnaturelle de prudence. Voir Colla­ faculté operative; c’cst elle qui émet l'acte. Cct acte tiones lirugenres, 1907, t. xn, p. 256 sq., 395 sq. Les sera influencé par l’habitus correspondant qui est événements, tels que prédication, lecture pieuse, bons précisément la disposition positive de la faculté â telle exemples, qui sont pour l’homme justifié l'occasion espèce d’actes; quand l’homme justifié émet un acte 1683 GRACE de charité, cct acte sera toujours influencé par la n. 29, P. L., t. xliv, col. 261, dit: · De même que vertu infuse de charité, parce que la charité est essen­ l’œil corporel, alors qu’il est parfaitement sain, ne tiellement l'inclination surnaturelle de la volonté à peut voir sans le secours de la lumière, ainsi l’homme l'acte de charité II en est de môme des habitus natu­ parfaitement justifié ne peut vivre dans In rectitude rels; quand un homme, qui s’est acquis l’habitus d’une morale, sans le secours de la lumière éternelle, accordé science, applique son intelligence A l’opération de cette par Dieu. Dieu donc guérit non seulement pourcflaccr espèce, l'habitus influence nécessairement sa pensée. nos péchés, mais encore pour nous donner le moyen de ne plus pécher. > Il ne faut donc pas une motion ou excitation spéciale et surnaturelle pour mouvoir la vertu infuse; celle-ci, Saint Augustin enseigne que l’homme, déjà pleine­ A proprement parler, ne peut pas être mue à l’acte, ment Justifié, a encore besoin du secours surnaturel nuiis elle influence toujours l’acte qui lui correspond, divin pour éviter le péché, donc pour se maintenir quand il est émis, elle est ainsi avec la faculté un même dans l'état de Justice. Il n’enseigne pas qu’il faille un nouveau secours actuel pour chaque acte bon. principe d'opération. Le concours général de Dieu suflll a mettre en activité la faculté opérative, qui, Quant A la comparaison dont 11 sc sert, on ne peut pas elle, agit d'après Γhabitus qu’elle contient. dire que l’influence de la lumière sur l’œil signifie nécessairement l'influence de secours actuels renou­ Celle thèse nous semble confirmée par la doctrine de velés A chaque acte salutaire; l’influence de la lumière saint Thomas concernant le mérite : il enseigne que chez l'homme justifié (au moins chez celui qui n émis dont l'œil a besoin, même quand il est sain, est une influence continue et n’est pas une excitation A l’acte. l’acte de charité parfaite) tout acte humain, qui est Saint Augustin semble donc faire allusion A la nécessité moralement bon, est aussi méritoire de condigno; physique de la grâce considérée en général, dont l’in­ d’après cela, il n'y a pas, chez le juste, d’acte bon fluence est continuellement nécessaire A l’exercice de naturel, mais tout acte bon est surnaturel, donc émis la rectitude morale surnaturelle ct A la résistance aux par la faculté en tant qu’elle est ornée d’une vertu tentations, mais il ne dit pas que cette grâce est un infuse. De nlalo, q. n, a. 5, ad 7*·; Cajétan, tn Sum. secours actuel excitant, requis pour émettre chaque thcoL, Ia 11*, q. vni, a. 3; Solo, De natura el gratia, acte bon, ou éviter chaque péché. C'est dans le même L 111, c. ïv, fol. 207; Terrien, La qrâce et la gloire, t. n, sens qu’il faut interpréter les textes que nous avons p. 26; Collationes Bruqenses, 1907, t. xn, p. 13, 321; Billot, De gratia Christi, thés, xx, p. 255. cités plus haut, col. 1579, notamment celui-ci : non potest homo boni aliquid velle, nisi adjuvetur ab eo qui Saint Thomas, nous l’avons vu plus haut, n'enseigne malum non potest velle, hoc est gratia Dei per Jesum pas qu’il faut une grâce actuelle excitante pour chaque Christum. Contra duas epistolas pelagianorum, 1 I, c. n, acte bon chez le juste; il exige le concours général de n. 7. P. L., t. xliv, coi. 553. On ne peut affirmer que Dieu pour toute opération salutaire, en tant qu'elle est cet adjutorium signifie exclusivement la grâce actuelle passage de puissance A acte. Sum. theol., I* 11", q. cîx, a. 9. excitante. c. Le pape Zosime dit : Quod ergo tempus intervenit ln corollaire de notre thèse, c'est que la grAce quo ejus non egeamus auxilio i In omnibus igitur acti­ actuelle excitante n'était pas nécessaire en Adam bus, causis, cogitationibus, motibus adjutor et protector avant la chute; parce qu'il n'était pas sujet A la con­ orandus est. Denzingcr-Bannwart, n. 135. Le pontife cupiscence et parce qu’il n’était pas sujet A l’erreur ni enseigne qu'il n'est aucun temps, aucune circonstance A Γignorance, il n'avait pas besoin de ce secours spécial où l’homme puisse sc passer du secours divin, de la qui consiste en l'illumination et l'inspiration du Saintgrâce; qu’il faut, par conséquent, la demander sans Esprit. Voir Molina, Concordia, q. xiv, a. 13, disp. IV, p. 19; Bellannin, De gratia primi hominis, c. ïv, p. 6; cesse Mais il ne dit pas du tout que l’homme justifié a De novis controversiis, dans Le Bachelet, Auctarium besoin d’une nouvelle grâce excitante pour chaque Bdlarminianum, p. 111; Bccan, Summa theologica, acte salutaire. lr. III. De angelis, c. n, q. v, p. 108; Collationes Brud. Le c. ix de 1’Indiculus dit : « Dieu agit de telle tjenscs, 1913, t. xvni, p. 492. façon sur le cœur des hommes ct sur leur libre arbitre Objections tirées de VÉcriture, des Pires et des con­ que toute pensée sainte, tout propos pieux, tout mou­ vement de la bonne volonté, soit de Dieu. » Loc. cit. ciles. a. Saint Paul écrit : · Ainsi, mes frères..., tra­ De nouveau est enseignée ici la nécessité de la grâce vaillez A votre salut avec crainte et tremblement... pour chaque acte salutaire, mais il s'agit de la grâce car c’est Dieu qui opère en vous le vouloir ct le faire, selon son bon plaisir. > Phil., n, 13. considérée en général et l’on ne parle pas exclusive­ ment de cc secours spécial, que nous appelons la grâce On ne peut pas conclure de ccs paroles que saint Paul enseigne la nécessité d’une grâce actuelle exci­ actuelle excitante. sante pour chaque acte salutaire du juste. D’abord, i e. Le II· concile d’Orangc, dans le 7· canon, dirigé il n’est pas certain qu’il parle exclusivement de la contre les scmipélaglens, parle directement de la grâce actuelle; il se peut qu’il entende la grâce en nécessité de Vlllumination et de l’inspiration du Saintgénéral, impliquant ct la grâce habituelle ct un secours Esprit pour toute pensée salutaire, toute élection salu­ spécial actuel donné de temps en temps. taire, pour le consentement A l’Évangllc. DenzingcrSi l’on admet qu’il s'agit exclusivement de la grâce Bannwart, n. 189. Il s'agit Ici, nous semble-t-il, des .ictuelle, ce qui est plus probable, nous ne pouvons pas actes salutaires qui précèdent la justification. De plus, diterminer quelle est précisément, d’après lui, le secours nous ne pouvons affirmer que le concile entend par dont le tenue est · le vouloir cl le faire. · Enfin, et surillumination et Inspiration du Saint-Esprit précisé­ out. on ne peut pas dire que suint Paul affirme la ment et exclusivement cc que nous appelons mainte­ léct ssité d’une grâce actuelle pour chaque vouloir ct nant grâce actuelle excitante. D’autant plus que dans haque faire î il parle du salut, delà persévérance (au le canon précédent le (TôTiclTc désigne la grâce néces­ noln.% temporaire) dans Vexercice de la sainteté; Vobsaire aux actes salutaires par les mots : per infusionem cution de cette persévérance requiert que Dieu agisse et inspirationem Spiritus Sancti in nnbh Le canon 10·, intérieurement en l’homme et lui fournisse do l’énergie op. cit., n. 183. enseigne la nécessité de la grâce pour la persévérance des Justes. surnaturelle par laquelle il veuille le bien et réalise ses / J.c concile ■'oTren^jses,. vt, c. XVI> c/f résolutions; mais saint Paul ne dit pits que le juste ne peut émettre aucun bon propos, ni en exécuter aucun, n. 809. an . · l.e CTffM JisiK, commo la titc ft l'écard sans une grâce actuelle excitante. de membres et comme la vi«nc Λ regard des branche* b. Saint Augustin De natura et gratta, c. xxvi. exerce Uwe .emm.nl son Intluence sur h homtiiei • * a 1685 «.►F- Λ* ί* ri GRACE Justlflés eux-mêmes; cotte ΙηΠηοηοο précède toujours cl accompagne et suit leur» bonnes action*; sans cette Influence ccs œuvres ne peuvent en aucune façon être agréables ά Dieu, ni méritoires. · Le concile enseigne en cct endroit que c’est par l'in­ fluence du Christ que les justes accomplissent leurs bonnes actions, observent la loi et méritent la vie éter­ nelle. Cette influence est cc qui rehd leurs o uvres salu­ taires et méritoires. En quoi se réalise cette Influence ? 1) semble qu’il s’agit ici d’une grûcc opérant constam­ ment et résidant habituellement en l'homme, ù la manière d'une source de vie, c'est-à-dire de la grâce sanctifiante et des vertus ct des dons connexes avec elle; dc ccs habitai se vérifie cc qui est dit dans le texte cité: toujours cette influence précède ct accompagne cl suit les bonnes actions. On peut admettre aussi que le concile entend parler de ht grâce considérée en général, comprenant l’ensemblc des dons habituels ct actuels dont le juste a besoin pour vivre pemévéramment r/rm Zones fhenfogür dM 7honnr. édit. Pabnn et Pégucs, Toulouse. 1900 sq., voir t. îv. p 255-316. Parmi Ica travaux Laits mr In scolastlqur* antérieurs au concile de Trente rl concernant la grâce nous nom» conten­ terons de signaler : Helm, Z>az Wnen der Gnode... bei Alexandre Haies lus, Leipzig, 1907; Dummcrmulh, S. Tho· mas et doctrina pr*motionü phprie*. Paris, 1886; Prim, Λ, 7 hom* doctrina dc cooperatione Del, Paris, 1892; Jailer, 5. Bonaoentur* principia de concursu generali, Quarucctii, 1897; L’dc, Doctrina Capreoli de influxu Del in actus cm4iin­ falls human*, Graz, 1905 (voir sur ce livre une noie dr mon traité De gratin dtvtna, n. 327); Krogh-Tonning, Drr Irtzte drr Scholaslikcr, Fribourg-en-PrisgAU, 1904. 3· Ι-e concile de Trente dam sa session vi* (13 Janvier 1547) a publié le très Important décret sur la justification : voir Hefner, Dir Entstehungsgeschlchtc des 1 rien ter litchi· fertigungsdekrelrs, Paderborn. 1909, avec la bibliographie qui y est donnée; Ehses, Concilii Ί rident in I Actarum ραπ altéra, Fribourg-rn-Brisgau, 1911; parmi les théoicfums qui ont écrit après ce décret ; Solo, Dc natura et gratia, Paris, 1549; Tapper, Opera, Cologne. Γ>38, t. i, ü. 7. p. 18! ; t. n, a. 8-11, p. 1-139; sur U doclnne de Bolus, voir BaIVs, t. il. col. 63. 4· Sur l'histoire de la controverse De auxiliis : Schneenmnn, Controvert (arum de divina- grail* liberique arbitrii concordia Initia ct progressas, Pribourg-rn-Brisgau. 1881; de Bêgnon, BaArt et .Molina, l*arii, 1883; de Scorraille Suarez, Paris, 1912, 1.I, p. 402 sq Voir Banu. I. il. coi. 145. 5· C’est surtout après que cette controverse s’est élevé· que le traité dc la grâce a été développé par les théologiens : on trouvera leurs écrits cités, dans ce dictionnaire, aux articles qui leur sont consacrés. Nous signalerons 1rs œuvre» principales, sans distinction d'écoles, en tenant compte, autant que possible, de l'ordre chronologique dc leur appa­ rition : Molina, Concordia, Paris, 1876; BrUarniin, Dc contro­ versi h, Prague, 1721, t. IV; Auctarium Bcllarmlnianum. edit. Le Bachelet, Pari*. 1913; Alvarez. De auxiliis divin* grati*, Lyon. 1611; Vasques, Commentaria cc disputationes tn Summam S. Thomtr, Anvers, 1621, I. u : Suarez, Opera omnia, Paris, 1857-1858, t. vu-xi; Jean Gonzalez de Albrda. Commentaria In Z*· part. Sum. theol., Naples, 1687; de Hipnlda, De ente supernatural!, Paris. 1870; Gonet. Cïppeus theologi* thomlstlc*, Cologne, 1677; Goudin, De gratta Del, Louvuin, 1874; Salmantlcemcs, Cursu « theologicus, t. v. De gratia, etc., Lyon. 1679; Gmndl. Cursus U.roîogk'it, Ferrure, 1692, t. t; Caslnlus, Quid est lanio. édit. Schccben, Mayence, 1862; Totimély, De gratia Christi, Puris. 1725; Gotti, Theologia scholastioo-dogmatica. Venise, 1750, l. ιι, tr. VI; Bilhiart, Summa sancti Thom* hodiernis academ tarum maribus accommodata, Paris, x. d., t. Ill ς X\irceburgemc* (K liber), Theologia, Paris, 1853, t. ïv; S. Alphonse da Uguort. De modo quo gratia operatur. De magno oratum Is media, dans 1rs Opera dogmatica, édit. Walter, Borne, 1903, t. I, p. 517; t. n, p. 629; Buri, L. Bert! librorum XXXI 11 de theologicis disciplinis synopsis, \\ urzbourg. 1770. 6· Ouvrages récents: Schecbcn, \atur unit Gnade, Mayence, 1861: Die Herrlichkeit der gidtlichm Gnade, Fribourg-cn-Brisgnu. 1862, Mazzei la. Dr gratia Christi, 3· èdll.. Home, 1892; Palmieri, De gratia actuali, Gulpcn. 1885; Hurter, Theologi* dogmatic* compendium, 9’ edit., Inspruck, 1896. t. ill; Satolli, De gratia, Home, 1880; Heiurich-Gutbcrlct, Dogmatische Théologie, Mayence, 1897, t. vin ; Terrien. Zxi grâce ct la gloire, 2 ln-12. Paris, 1897; Pesch. I*r.rlect tones dogmatic*, 3· édit., Fribourg^eû-Brisgnu, 1907, t. v; Plgnatnro, De gratia Christi (lithoqr ), Home. 1900; Froget. De Phabitatton du Saint-Esprit, 2” édit , Paris, 1900; Schifllnl, De gratia divina, 1 rilKHirg-cn-bri*gau, 1901 ; luihouswc. De grutla dintna, Bruges. 1902; !.. Hu­ bert. Theses de gratia sancti [lean te, Paris, 1902; do Baets, (Ju*it tones dc operationibus divinis, Louvain, 1903; Gull Icrmln. La grâce suffisante, dan* l.t Revue thomiste, 1901-1903. t. ix-xi; Ihnnann, tractatus dr divina gratia. Borne, 1904; Potile, l ehrbuch der Dogmatik, 5· édit.. Paderborn, 1912. t. it; Del Val, Sacra theologia dogmatica, Madrid. 1906, t. Il; Del Prado, Dc gratia et libero arbitrio, Fribourg (Suisse), 1907; Gaucher, Le signe infaillible de Celât de grâce. Le Fer­ reux, 1907; Van Noort. De gratia ChrUli, Amsterdam. 1908; TabnrclH. De gratia Christi, Home, 1908; Billot, De gratta Christi, 2· édit., Homo, 1912; WafTclarrt, hfldllatinns thlologiques, Bruges. 1910; Van der Meersch, ZV dirtna gratta, Bruges, 1910; de Bacts, De gralfu Christi, Guild, 1910; Jtui- 1687 GRACE - GRADES THÉOLOGIQUES vicr, Z-î grâce (Conférences de Notre-Dame de Paris), Paris, anno 1379 ad annum 1739, ln-4®. Brescia, 1761 · h 1910; Manzoni, Compendium theulogitr dogmatic#, Turin, première partie de cet ouvrage, consacré aux papes cl 1911» L ni ; David, De objecto formali actus salutaris, Bonn. aux cardinaux vénitiens, est du cardinal Quirini, les 1913; Wagner. Doctrina de gratia sufficienti, Graz, Î9H; deux dernières de Gradcnigo; De siclo argenteo Brixit Pègue», Commentaire français littéral de la Somme throloanno 1744 reperto in ea civitatis parte quam duetntu glque, Toulouse, 1907 sq. (en vole de publication) : ont paru ante annos 1/ebrxi incola banl, in-8®, Venise, 1765; L I-Viil, jusqu'à la q. LXXX1X de la P II*. J. Van der Meersch. Rome, 1766. Plusieurs de ccs ouvrages historiques oui GRADENIGO (GRADONICUS) Jean-Jerome, né aussi trouvé place dans des collections d’opuscules dont nous omettons l’indication. ù Venise, le 19 février 1708, fit son éducation chez les Jésuites de Ferrate. A dix-neuf ans. il disait adieu au Antoine François Vrzzozl, Scrtttort de9 cherlrt rcgolarl monde, où la noblesse de sa naissance lui assurait un dettt theatini, Rome, 1780. part. I, p. 410-421; Joseph brillant avenir, pour entrer chez les théatins, dont il Cappcllctti, Le Chtese d9Italia, Venise, 1851, t. vm, p. 858; revêtit l’habit, le 29 juillet 1727. Il y compléta scs Hurtcr, Nomenclator, hispruck, 1912, l. v, col. 428*429. P. Édouard d’Alençon. études sacerdotales ct s’acquit vite une réputation de GRADES THÉOLOGIQUES, On donne ce nom 5 zélé ct de science, qui le fit appeler, en 1734, par son des titres honorifiques décernés au nom et de par l’au­ compatriote, le cardinal Quirini, évêque de Brescia, torité de l’Église, à ceux qui ont fait preuve, devant un comme professeur au séminaire. Ses vacances étaient jury spécial, d’une certaine science. Ccs titres confèrent employées au ministère dans les campagnes environ­ parfois certains droits ecclésiastiques. nantes, il se reposait de l’enseignement ct des travaux Les grades actuels sont le baccalauréat, la licence, le scientifiques par la prédication ct de longues séances doctorat ou la maîtrise. tu confessionnal. Sa famille religieuse le nomma visi­ Ces grades sont d’origine relativement récente et teur, et par trois fois le choisit comme procureur général. leurs plus anciennes traces ne semblent pas remonter Celte charge l’amenait à Rome, où il se faisait avanta­ au delà de l’époque d’Imérius el de la restauration des geusement connaître, si bien que Benoit XIV chercha Λ études juridiques à Bologne a la fin du xi· ct au com­ l’y retenir, en lui proposant un poste de consultcur dans mencement du xn® siècle. C’est le titre de docleur qui les Congrégations romaines. Comme il sc jugeait inutile est le plus ancien. Encore, à cette époque, était-il un à la cour pontificale, il déclina toutes les offres et qualificatif de fonction plutôt qu’un qualificatif de rentra a Brescia. 11 venait d'arriver à Rome pour Ja science : on disait doctor, comme on disait magister ou troisième fois, en qualité de procureur, quand il apprit dominus, pour désigner celui qui enseignait réellement, que le sénat de Venise l’avait proposé au pape pour 1 archevêché d'L’dlnc. Clément XIil voulut le consa­ effectivement, qui instruisait des élèves. Pendant longtemps le titre de docteur csl le seul grade connu. crer lui-même, le 2 février 1766. Jean-Jérôme se rendit Voir Docteur, t. iv, coi. 1501 sq. sans retard ô son poste, où il succédait ù un parent, Le baccalauréat n’est pas, à l’origine, un titre scicnqui avait marqué son passage par l’érection d’une somptueuse bibliothèque, qu'il sc plut ù enrichir de I tiflque; le nom de baccalarius, bachelier, apparaît au IX® siècle pour désigner le possesseur d’une baccalaria, livres, de manuscrits et d’objets antiques. Pour lui, il parcelle de terre soumise au vassclage; plus tard, les attacha son nom â la construction d’un nouveau sémi­ baccalaril sont de jeunes soldats qui aspirent a devenir naire ct à la fondation d’un hôpital qu'il institua son bannerets. Par analogie, sans doute, on donna le même héritier. 11 reste un monument de son zèle épiscopal titre de baccalarii ou baccataurei aux jeunes étudiants, dans les deux volumes intitulés : Cure pastorali di Gian ct ici, spécialement aux étudiants de théologie ou do Gerolamo Gradcnigo de* chier Ici regular i, vescovo di droit canonique qui avalent sufilsamment avancé leurs Udine, 2 in-4°, Udine, 1776; le itr contient ses discours études pour pouvoir aspirer au doctorat. On en distin­ et le n· ses mandements. 11 venait de publier sa der­ guait communément, mais à Paris surtout, deux caté­ nière lettre pastorale, quand Pic VI lui écrivait, le gories, les baccalaurei cursores ct les baccalaurci for­ 8 avril 1786 : Dum igitur in debitas tibi laudes gralulamati. Les conditions d’accès étaient, au moyen Age, tionesque effundimur, non possumus non identidem assez variables : Il fallait, en tout cas, un certain nombre exclamare utinam tales tuique similes episcopos, his d'années d'études ct de cours, de six à huit uns. Après prasertim temporibus, in Ecclesia haberemus quarnavoir entendu, le temps requis, les leçons d’un maître, plurimos. Cet éloge était la récompense d’une vie le candidat passait un examen dont le succès lui per­ entièrement consacrée aux devoirs de son état; elle mettait de faire sa determinatio, discussion de thèse qui s’acheva, le 30 juin de la même année, et le pieux et avait lieu en carême. Le minimum d’ètudcs requis savant évêque fut enseveli dans sa cathédrale. entre l’immatriculation de l’élève ct la determinatio Il laissait de nombreux ouvrages dont voici les prin­ cipaux : Lcttera istorico-critica sopra Ire punti concer­ était d’environ deux ans. l^a determinatio honorable­ nenti la questione del probabtlismo e pmbabiliorismo, ment subie, le candidat recevait la prima laurea, le ln-4®, Brescia, 1750; Denooa S. Gregarii Magni editione droit de porter la cappa ronde et de faire hit-même des Veneti is procuranda dissertatio epistolaris, qui parut leçons. Ccs leçons consistaient soit à répéter aux étu­ pour Ia seconde fois, secundis curis retractata el aucta, diants moins bien doués ou d’instruction inférieure les Rome, 1753, a la suite de son autre ouvrage, S. Grego­ leçons du maître, soit à expliquer les livres dont le rius Magnus pontifex maximus u criminationibus maître ne s'occupait pas. En théologie, on commençait Casimiri Oudin vindicatus; elle fut encore insérée dans par être baccalaureus biblicus, faisant des leçons sur le L xvî de cette édition de Venise, 1768-1776, des 1 Écriture sainte, puis on devenait baccalaureus senten· œuvres de saint Grégoire. On a encore de lui : Brixia liarius en expliquant les Ubrt Sententiarum de Pierre sacra. Pontificum Brixianorum series commentario hi­ Lombard. Ceux qui en étaient encore à ce premier storico illustrata..., accessit codicum mss. elenchus in degré du baccalauréat étalent dits baccafaurri cursores archivo Brixicnsis cathedratis a servaturum, in-4®, Bres­ ou currente s, parce qu'ils continuaient de courir comme cia, 1755; Raggionamento htorico-critico intorno alia leurs cadets aux leçons des maîtres. Ils devenaient Ictleratura greco-itatiana, in-8®, Brescia. 1759, qui ren­ baccalaurei formati quand ils expliquaient le I. III des ferme ausd une lettre au cardinal Quirini, tntorno Sentences Les statuts de l’univcrsité de Paris obli­ agi' Italian! che dal sccolo XI infin verso alla fine del geaient le bachelier à répondre au moins une fols entre seculo xiv seppero di greco, lettre qui avait déjà paru le premier cours et |« lCÇOns sur les Sentences à ô Venise, en 1744, à la suite d’un article du Giornale l’examen de la tentatioe sous la direction d’un maître Plus lard, on réserva le titre de bachelic? ùmt de letteruli de Florence; T lara et purpura veneta ab 1689 GRADES THEOLOGIQUES GRAFF 1690 qui avalent enseigné pendant quatre ans la théologie qu’énonce ainsi Schmalzgrueber :... quod jura tlla et pri­ scolastique. Au xvni· siècle ct depuis quelque temps j vilegia ductoribus competant non ratione solemnitalis adhi­ déjà, les bacheliers n’enseignaient plus la théologie, ni bitu· in promotione, sed ratione excellentis doctrinae, quæ les autres sciences. Schmalzgnicber n'en (ait plus état per examina manifestatur, et per licentiae concessionem dans sa définition du bachelier : Veniunt baccalaulegitime approbatur ; m promotione autem, cum ea absque reorum nomine illi, qui sui in scientia profectus primum , novo experimento flat, non crescit, nec magis apparel. O testimonium publicum sunt consecuti; il ajoute, d’après que le docte auteur conclut ainsi : dicendum licentiates le canoniste Mandosi (vers 1554), qu’en Italie on ne jure doctorum censeri in favorabilibus, non vero in odio­ requiert plus le baccalauréat comme préliminaire au sis : consequenter, admittendos ad dignitates, beneficia et doctorat. Jus ecclesiastic., t. v. p. 220, in tit. De magi­ officia ad qua·, admittuntur doctores, nisi expresse requi­ stris, § 1, n. 1. Après le baccalauréat, l’étudiant conti- | ratur promotionis qualitas. Loc. cit., n. 35 et 36. nuait de travailler afin de se préparer ù la licence. , Voir Srnnlzgrucber, op. clL; Bcincnituel. Jus canonicum. La licence était moins un grade qu’un examen de ! V Decret.. in lit. v. De maglilris, et les commentateurs des I. passage. C’était l’état du baccalaureus formatus qui, Décrétales, Λ ce titre; p. Hinschlus, Dos KirchenrteM, L iv, après un certain supplément de travail, avait demandé p. G50, 689; Du Cange, Glouartum medir et tn floue latini­ la licentia docendi au chancelier, le permis d’enseigner tati», au inot Daccalarhu, etc.; Kirehenlexikon, au mot Unloersilal; Realencychpadtc, ibld.; Catholic encyclopedia, au en son nom propre ct non plus sous l’immédiate direc­ mot Arts ; Thurot, De Γorganisation et de renseignement dans tion d’un maître, ct de recevoir le doctorat. De fait, le Γuniversité de Parti au moyen d9e, Parts, 1850; H. Dcnifle, droit d’enseigner n’était pas réservé exclusivement aux Die Unloeriitalen des MtUelaiters, Berlin, 1885. docteurs, ct l’on vit, h Bologne même, le juriste Aldrlc A. VlLUEN. enseigner avec grand succès sans être docteur. Mais GRADI Étienne, issu d’une famille noble de Raguse, c’est 1Λ un exemple un peu exceptionnel. D’ordinaire, fut abbé de Saint-Cosme ct Saint-Damien et préfet de la licence n’était pas à proprement parler un grade. la bibliothèque Vaticane sous Alexandre Vil. En 1664, Volci.cn effet, la définition qu'en donne encoreSchmalzgrueber : Licentiati ita dicti a licentia qua· m fioc gradu ; il accompagna à Pans le cardinal Chlgi. envoyé par le susdit pontife son oncle, pour terminer les difficultés conceditur promoto, ut, quandocumque oelit, possit ascen­ survenues entre les deux cours. 11 mourut à Rome, le dere ad gradum doctoris vel magistri... Veniunt hoc 2 mai 1683. âgé de soixante-dix ans On n de lui des nomine illi quibus cotlata est licentia, seu facultas gradum poésies latines éditées à part, comme le De laudibus supremum seu magisterium, doctoralum, in aliqua retpublicæ Venetæ ct cladibus patriae suae carmen, facultate, cum voluerint, capessendi. Ibid., n. 2. Ce serait Venise, 1675, ou bien dans les recueils, par exemple. seulement à partir du χνπ· siècle que, pour éviter les Festinatio beat# Virginis Eltsabetam invisentis, latine, frais du doctorat, beaucoup de candidats sc seraient 1 griece, oratorie ac poetice pertractata a Stephano G radio bornés à la licence. Ragusino, Octavio Cosano Mediolanensi, Francesco Ces grades ne peuvent être conférés ès sciences cano­ Maria Rho Mediolanensi, in-4% Rome, 1631; et les niques ct pour valoir au point de vue de la discipline Septem virorum illustrium poemata. Amsterdam, 1672; ecclésiastique que de par l’autorité de l’Église, qui des discours : Oratio de eligendo summo pontifice sede seule a compétence pour examiner ct apprécier la vacante post obitum Alexandri VII, in-Ie, Rome, 1667; doctrine. Historiquement, toutefois, il est possible que Amsterdam, 1672; In funere Cursaris Raspuni S. R E. des universités de simple érection royale ou impériale cardinalis, in-4°, Rome, 1676. Il publia, sous le nom aient délivré valablement ccs diplômes. Aujourd’hui, de Marini Statilii, une Responsio ad Joh. Christoph. la discipline est très ferme, l’Église n’a point reconnu Wagenselii el Hadriani Vales ii dissertationes de Tragules grades délivrés par les facultés de théologie recon­ riensi Petronii fragmento, in-8·» Paris, 1666: Amster­ stituées par la seule autorité civile de l’État en France, dam, 1670. Il donna à son compatriote. Jean Lucius de ct elle ne confère qu’d des universités ou ή des sémi­ Trau, Appiani Alexandrini romanorum historiarum naires qui dépendent d’elle le droit d’accorder ces de bello illyrico liber e gnrco-latine redditus, qui parut grades. avec l’ouvrage de Lucius De regno Dalmalue ct Croatie. De plus, elle impose la profession de fol à tous ceux Amsterdam, 166S. Le cardinal Mai a édité dans le qui sont promus à un grade académique. Pic IV, bulle t. vi b de la A'ova Patrum bibliotheca, Rome, 1853, le In sacrosancta, 13 novembre 1564. commencement d une Leonis A Halil vita, dont il avait Mais, comme compensation, elle accorde aux gradués retrouvé le manuscrit Voir t. 1, col. 830. Son dernier certains privilèges. On a Indiqué déjà, voir Doctevb. travail fut la Disputatio de opinione probabili cum les privilèges du grade suprême; les autres en ont reçu P. Honorato Fabri Societatis Jesu theologo, in-4% Rome, aussi quelques-uns. Le concordat de 1516 entre Léon X 1678; Malinos. 1679. Cette discussion n’est point écrite, ct François l*f faisait, dans la collation des bénéfices, comme le dit Hurtcr, contre le Pilanophilus de Fobri, une part de faveur aux baccalaurei formati de théo­ Rome, 1659, mais contre VApologcticus doctrime mora­ logie, et à tous les gradués accordait une préférence lis Societatis Jesu, Lyon, 1670, voir t. v, col 2052, et .1 dans la collation des bénéfices. Mais, en général, les la suite de controverses entre eux au sein de la S. C. textes ne parlent que des licenciés ct des docteurs. z\ux de l’index, dont Gradi était consultcur. au sujet de la églises cathédrales on devra promouvoir des licenciés Theologia moralis de Vincent Baron. Voir 1.11, col. 425. ou des docteurs, concile de Trente, sess. xxit, c. n, Il y prend la défense de Baron et de l'agnan. voir t v, De reform.; licenciés ct docteurs seront préférés pour col. 2067, contre les attaques de Fabri. On lui attribue lesdignités ct fonctions d’écohltrc, sess. xxm. c. xvni. aussi des Dissertationes physico-mathematicse, Amster­ De reform.; aux licenciés ct docteurs seront autant que dam. 1680. possible réservées toutes les dignités ct la moitié au moins des canonical* dans les cathédrales et dans les Sébastien Dolcl, Faslt llttcrarto-ragiislnl, Venise, 1767; Hurtcr, Nomenclator, Impnick, 1910. t. iv, col. 613-611. collégiales insignes, sess. xxiv, c. xn, De reform.; le P. Édouard d*Alcnçon. chanoine pénitencier sera licencié ou docteur, ibid., GRAFF Gabriel, Jésuite hongrois, né à Pribor, c. vin; docteurs ou licenciés seront les archidiacres, le 20 mars 1696, entra nu noviciat de la province ibid., c. xn; licencié ou docteur, le vicaire capitulaire; d’Autriche Λ l’Age de 17 ans; après avoir été appliqué licenciés ou docteurs, les examinateurs synodaux, ibid., Λ l'enseignement des mathématiques ct s’être fait c. xvni. D'ailleurs l’enseignement affirmait assez com­ remarquer par son esprit généralisateur, il occupa munément que les licenciés jouissaient de tous les une des chaires do philosophie à Tyrnau, puis la droits ct privilèges des docteurs, et ce pour une raison 1691 GRAFF — GRANCOLAS 1692 chaire de théologie dogmatique Λ Kaschau. C’était Bibliothèque générale des écrivains de Vordre de saint t. t, p. 412; I iurter, Nomcnclator, 1907, L m, col. 0004501. l’époque où Jacques Facciolati menait vigoureusement la lutte contre la philosophie spéculative et répandait B. Heurtedîze. GRANADO Jacquot, théologien espagnol, né â parmi la jeunesse universitaire scs théories spécieuses Cadix en 1574, admis au noviciat de la Compagnie dt sur l’enseignement de la philosophie purement histo­ Jésus à Montilla en 1589. Professeur de philosophie rique. Le P. Gabriel Graff fut chargé de réfuter les au collège de Saint-! lerménégildc à Séville, il exerça sophismes du dangereux novateur. Il publia dans ce une grande influence sur les esprits par la largeur de but son Problema philosophicum orbis literati judicio ses conceptions et la sagesse de ses conclusions On lui propositum, édité aux frais de l'université de Kaschau, confia bientôt après ln chaire de théologie et 11 ne 1731, ouvrage d’une sobre érudition, mais qui met tarda pas à attirer sur lui l’attention des théologiens bien en relief, à la lumière des principes, la nécessité de son temps par son traité magistral sur l'immaculée d’une doctrine philosophique, et pratiquement de lu conception de Marie : De immaculata B, V. Dci Genldoctrine aristotélicienne. Un appendice résume métho­ tricis M. conceptione, sive de singulari illius immu­ diquement tout ce qui pouvait avoir trait alors ù nitate ab originali peccato per Jesu Christi filii ejus l'histoire du philosophe de Stagire et â la critique de cumulatissimam redemptionem, Séville, 1617. Le grand son œuvre. Le P. Graff a laissé en outre dans son ouvrage qui a fondé sa réputation est son commentaire Thésaurus Ecclcsue Christi per jubilieum infideles de la Somme de saint Thomas, remarquable par h dispensari solitus, Kaschau, 1735, une série de thèses profondeur de la doctrine et la lucidité de la méthode; sur le péché, la grAcc et le mérite. Après avoir été Commentarii in Summam theologia· S. Thonur,SMol, recteur des collèges de Tyrnau et de Hüde, il fut dont les trois premiers parurent Λ Séville, 1623-1G29, nommé censeur des livres et directeur de l'imprimerie et les cinq autres ù Grenade, 1633. Le dernier tome Universitaire de Kaschau et mourut dans cette ville, contient une table des matières et des textes scriptu­ le 21 avril 1759, en grande réputation de sainteté. raires fort précieux pour les recherches. Les trois Sommcrvogcl, Bibliothèque de la C1· de Jésus, t. m, premiers volumes ont été réimprimés à Pont-à-Mousson col. 1658; Hurtcr, Nomenclator, 3· édit., Impnick, 1007, en 1624. Devenu recteur de Séville, le P. Granado fut L m, col. 739. nommé procureur général de sa province à Home, P. Bernard. qualificateur du Saint-Office et mourut recteur de GRAFFIIS (Jacques de)f bénédictin, d’une noble Grenade le 5 janvier 1632, avant d’avoir pu mener à famille de Capouc, né vers 1548, mort ù Naples le bonne fin l’impression de ses commentaires. Son oraison 19 octobre 1620. Entré dans l’ordre de saint Benoit, funèbre prononcée par le P. Georges Hemehnan se Il fit profession à Sainl-Sévérin de Naples le 3 avril trouve en tête du volume: In IIP partem, Grenade, 1572. Docteur in utroque jure, il fut censeur des livres 1633. La sainteté de sa vie excita partout l’admiration.· et grand-pénitencier du diocèse de Naples. Il fut en sa mortification rappelle celle des grands pénitents. outre pendant quelques années maître des novices à Séville garda longtemps le souvenir de son héroïque Saint-Gcorges-le-Grand de Venise. Jacques de Grafflis charité lors des débordements du Guadalquivir. Ce refusa toujours les dignités ecclésiastiques : il dut fut le P. Jacques Granado qui introduisit ά Séville toutefois accepter le titre d’abbé titulaire que Paul V, l’usage de célébrer, par une octave solennelle, la fête qui l’estimait pour sa vertu et sa doctrine, lui avait du Corpus Christi. Alcgambe, dans sa Bibliothèque, accordé. Il publia les ouvrages suivants : Decisionum p. 366, le juge digne d’être mis au nombre des hommes aurearum casuum conscicntiæ pars I tn IV libros divisa, ln-4·, Venise, 1591; une édition locupletata 1 les plus éminents de la Compagnie. et aucta fut publiée en 1593; Decisionum aurearum Sommcrvogcl, Bibliothèque de la C1· de Jésus, t. in. pars 11, tribus libris distincta, in-4 °, Venise, 1595; col. 1666 sq.; Hurtcr, Nomenclator, 3· édit., Jnspnick, 1907, autre édition aucta, purgata et emendata, en 1611; t. ni. col. 664 sq,; Nicrcmbcrg, Firmamento religioso, p. 616· Appendix tam primi quam secundi tomi Decisionum 627; François de Soto, A la pladoxa memoria del venerabit aurearum in qua non solum multa in prædictis tomis P. Diego Granado, Séville, 1632; Hemclman, Panegyricus contenta exactius rt diligentius explicantur: sed etiam alia funebris (n obitum P. Granati, en tète du t. iv des Com­ plurima de pwnitentia, et casuum resermdione, de indulmentarii do Granado; Cordara, Historia Societatis Jesu, pnrt. IV, p. 650. gentils, de excommunicatione, et de electione, regimine P. Bernard. animarum, confessoriis ac pandentibus admodum utilia | GRANCOLAS Jean, théologien et liturgistc, né vers d necessaria adducuntur, in-4«, Bologne, 1603; Addi­ tamenta ad primam et secundam partem Decisionum 1660, mort subitement à Paris le 1° août 1732. Doc­ aurearum, in quibus prêter ea quit alias ventilata ct teur en Sorbonne en 1685, il devint chapelain du duc discussa fuere graviter, nonnulla etiam nunc recenter d’Orléans, frère de Louis XIV, dont il prononça l’oral· prioribus auctarii vice apposita et qutrdam pariter plane son funèbre publiée à Paris, in-4°, 1704. Il lit ensuite nova pertractata accesserunt, ln-4·, Venise, 1610; Consi­ partie du elergé de l’église Saint-Benoît de Paris. Très liorum sine responsorum casuum conscientia' t. / libris versé dans l’étude de l’antiquité chrétienne, 11 est l’au­ quinque juxta Decretalium numerum ct ordinem distriteur de nombreux ouvrages qui, pour la plupart, mal­ butorum,2\n-A°, Venise, 1610; Practica quinque casuum gré la rudesse du style, ct un défaut d’ordre réel, sont lummo pontifici reservatorum juxta decretum Clemen- i encore fort recherchés par les érudits, Grancolas a Us VJH ct etiam reservatorum episcopis et archie pipublié : Traité de Γantiquité des cérémonies des sacrescopis ItalLr, et etium interpretatio undecim casuum rnenli, In-12, Paris, 1692; De Γintinction ou de la couprxtatls regularibus reservatorum, in-1°. Naples, 1609; tume de tremper le pain consacré dans le vin, In-12, Paris, De arbitrarii! cnnlcssarlorum qua· attinent ad casum 1602; Le quiétisme contraire à la doctrine des sacrements conscienti* Ubri dun. ln-4°, Naples, 1613. Jacques de avec l histoire et la rélutation de c ite hérésie, in-12. Pans GrafTlls publia en outre : Sermones spirituatee lotius 1693 , à cet écrit il faut joindre Lettre de M. Grancolas, anni, in-4\ Venise, 1595. Tous ces ouvrages eurent plu­ docteur en tld ologte de la faculté de Parts, pour se justifier sieurs éditions. Parmi les manuscrits qu’il laissait se du reproche injuste que lut fait un auteur d avoir dit le pape Innant X I uupeet df lnurnal sa_ trouvait un traité Dr potestate papæ que Paul V ordonna de déposer A la bibliothèque Vaticane. vanh. mai 1/20. p 500; Ι^ΐη,,ι,οη. sUr ta rfilaioil /0-6 s .t, l Écnturr laintr. in-12, Pnri „ Z (J "°! Armclllnl. Dlbllulbtra benedlctlno-easlnenati, in-fol..Assise, des confesseurs, ou la manière d'adminHi, -, i 1731. p«rt. H» P- 4; Ziegrlbaucr, Hhloria rel lUerarbr de ptaMeno. in-12, Path, 1G95, I/Utoke d, ta «S ordinis S. Benedicit, L iv, p. 136, 161, 219; (dom François], 1693 GRANCOLAS GRANDE-BRETAGNE ET IRLANDE 1694 nion sous une seule espèce avec un traité de la concomi­ onze ans, fie 1876 à 1887, de I enseignement de la tance, ou de la présence du corps cl du sang de Jésusthéologie et de l’apologétique. Entre temps il publia Christ sous une seule espèce, In-12, Parts, 1696; £’an­ dans les Stlmmcn d'importants articles sur les évêques. cienne discipline de Γ Église sur la confession, et sur les I. vi, p. 53-71 ; sur l’élection du pape, L vi, p. 401-415; pratiques tes plus importantes de ta pénitence, in-12. t. vu, p. 130-156; sur les gouvernements ct l’élection Paris, 1697 ; Heures sacrées, ou l'exercice du chrétien pour pontificale, t. vin, p. 36-53, 180-196, 389-408; L ix, entendre la messe et pour approcher des sacrements, tiré p. 117-137; sur l’étendue de l'infaillibilité pontificale de ΓÉcriture sainte, in-12, Paris, 1697; /xi tradition de d'après le décret du concile du Vatican et quelques ΓÉglise sur le péché originel et sur la réprobation des documents Inédits, t. xxxvni, p. 49-69, 162-183. Dans enfants morts sans baptême, in-12, Paris, 1698; L'an­ la Zeitschrift fûr katholische Théologie d’Inspruck cien pénitentlel de l'Église, ou les pénitences que l'on im­ parurent plusieurs dissertations savantes qui mirent posait autrefois pour chaque péché et les devoirs de tous en relief l’étendue de son savoir et la sûreté de sa les états et professions prescrits par les saints Pères et par doctrine, notamment sur la controverse relative à la les conciles, in-12, Paris, 1698; Le traité des liturgies ou filiation divine, L vr p. 283-319; t. vu. p. 492-540, la manière dont on a dit la sainte messe dans chaque siècle 593-638; sur la nécessité de la révélation, t. vj. p. 283dans les Églises d'Orient et d1 Occident, in-8°, Paris, 1698; 318; sur l’existence des m>stères, t. x, p. 497-511, L'ancien sacramentaire de l'Église où sont toutes les an­ 595-602; sur la valeur doctrinale des décrets de* ciennes pratiques qui s'observaient dans l'administration Congrégations romaines, L xix, p. 623-650. U collabore des sacrements chez les grecs ct les latins, 2 in-8°, Paris, en outre au Kirchenlexikon, t. vi, coL 1442-1451. 1698-1699; Traité de la messe et de l'office divin où l'on H Ares le. trouve une explication littérale des anciennes pratiques Après la mort du P. G. Schneemann, fondateur de rt des cérémonies de ΓÉglise, in-12, Paris, 1713; Disser­ la Collectio lace ns is, le P. Grnndcrath fut appelé a tations sur les messes quotidiennes et sur la confession, Exactcn, vers la fin de 1887, pour achever l'impression In-12, Paris, 1715; Les catéchèses de saint Cyrille de du vu· volume de la collection, qu’il enrichit d im­ Jérusalem avec des notes et des dissertations dogmatiques, portants documents. Ce sont les Acta ct decreta sacri ln-4·, Paris, 1715; Le bréviaire des laïques, ou l'office acumenici concilii Vaticani, Fribourg-en-Brisgau, 189Π. divin abrégé, in-12, Paris, 1715; Critique abrégée des ou­ Il consacre désormais tous scs instants A réunir les vrages des auteurs ecclésiastiques, 2 in-12, Paris, 1716; matériaux pour une histoire complète du concile du Instructions sur le jubilé, avec des résolutions de plusieurs Vatican. En 1892, paraissent les Constitutiones dog­ cas sur celle matière, in-12, Paris, 1722; Commentaire mat tex SS. acumenici concilii Vaticani ex ipsis ejus historique sur le bréviaire romain avec les usages des actis explicatx atque illustratx, Fribourg-en-Brisgau. autres Églises particulières et principalement de T Église L’année suivante, Il va s’établir à Rome et Léon XIII de Paris, 2 In-12, Paris, 1727; dans un chapitre l’auteur met à sa disposition sans nulle réserve tous les docu­ y expose un projet d’un nouveau bréviaire; cet ouvrage ments des archives Vaticanes. Professeur d’apologé­ de Grancolas justement estimé malgré quelques idées tique à l’université grégorienne en 1897-1898, il singulières fut traduit en latin, in-4°, Venise, 1734; s’acharne à sa tâche plus que jamais. Dans les derniers L'Imitation de Jésus-Christ, traduction nouvelle, avec mois de 1901, deux volumes étaient prêts pour l'im­ des réflexions et des prières à la fin de chaque chapitre, des pression ct le troisième à peu près rédigé, quand la notes ct l'ordinaire de la messe, latin-français, ct une dis­ maladie duc à un excès de travail obligea le P. Grnn­ sertation sur l'auteur de ce livre, in-12, Paris, 1729 ; l’au­ dcrath à quitter tout travail cl à reprendre le chemin teur de V Imitation pourrait être le franciscain Hubercs aumôniers des prisons L'enseignement secondaire catholique est très flo­ sont nommés par le ministère de l'intérieur et reçoivent rissant en Angleterre. Il y a un grand nombre de un traitement convenable. Il y a aussi une quinzaine collèges tenus soit par des prêtres séculiers, soit par d’aumôniers militaires et une vingtaine d’aumôniers des religieux, soit même par des laïques; quelques-uns de la marine avec traitements Axes, tandis qu’environ d entre eux peuvent rivaliser avec les plus célèbres cent trente prêtres sont rétribués suivant les services collèges anglais. Quant aux pensionnats de jeunes qu’ils rendent filles, le nombre en dépasse deux cents. Les religieuses En somme, les catholiques Jouissent d'une grande du Saint-Enfant-Jésus ont ouvert à Londres une école : liberté en Angleterre; ils sont cependant encore frappés normale secondaire où les maîtresses peuvent sc pré- ' de quelques incapacités légales. Le Bill o/ rights, d’après parer aux examens pour le diplôme conféré par l'uni- | lequel Je souverain ne peut ni être catholique ni épouser vcrslté de Cambridge; beaucoup de religieuses de dif- . une catholique, est toujours en vigueur, mais la décla­ férents ordres vont y passer l’année d’études néccs- | ration blasphématoire que cette loi lui imposait a été sairc, bien que cc diplôme ne soit pas requis dans abolie en 1911 grâce à la fermeté de Georges V; main­ tenant le souverain se contente de déclarer qu'il pro­ renseignement secondaire, qui est entièrement libre. fesse « la religion protestante établie pur la loi. · On 11 n'y a pas d'université catholique en Angleterre. Pendant longtemps, les laïques déplorèrent l'impossi­ croit généralement que, d’après l’acte d’émandpation bilité où ils étaient de donner à leurs fils l’éducation de 1829, aucun catholique ne peut être lord chance­ supérieure qui les mettrait ù la hauteur de leurs conci­ lier d’Angleterre ni lord lieutenant d'Islande, mais il toyens, mais les statuts des universités s’y opposaient, parait que la loi peut être entendue d’une autre maniéré. car à Oxford tous les étudiants, et â Cambridge tous Enfin les ordres religieux n’ont pas d’existence légale ceux qui sc présentaient aux grades universitaires en Angleterre, mais la tolérance dont Us jouissent devaient prêter le serment de suprématie royale, et équivaut à une liberté complète, sauf qu’ils ne peuvent signer les trente-neuf articles. Vers le milieu du xix· siè­ posséder en tant qu’ordres religieux. Leurs propriétés, comme les biens ecclésiastiques dont il a été parlé plus cle, cette obligation fut supprimée; alors quelques haut, sont gérées par des trusts, ou sociétés civiles. Les jeunes catholiques commencèrent ù fréquenter les prêtres catholiques ne peuvent faire partie de la universités, et même en 1861 un terrain fut acheté à Chambre des Communes; mais ced est â peine une Oxford, où Newman devait établir un Oratoire. Mais incapadté, car les clergymen anglicans sont dans le devant l’opposition soulevée par Manning et Ward, il même cas, tandis que les ministres dissidents peuvent dut renoncer à son projet, et Rome, sollicitée d’inter­ être élus députés. dire aux catholiques la fréquentation des universités, La presse catholique n’est représentée par aucun se contenta de traiter la chose suivant les règles de la journal quotidien; les principaux journaux hebdo­ théologie ù propos de l’occasion prochaine de pécher; madaires sont le Tablet, le Calhuhc Times et I Universe. de fréquentes dispenses étaient données par les évêques Les deux principales revues catholiques sont la Dublin et par Rome même, à des jeunes gens qui donnaient toutes les garanties de résistance à l’atmosphère pro­ review et le Month. Outre les grandes assodations internationales, comine testante et même Irréligieuse d’Oxford et de Cam­ la Propagation de la fol, la Sainte-Enfance, la Société bridge. Après la mort de Manning, le cardinal Vaughan, son successeur, vit qu’il serait préférable de donner de Saint-Vincent de Paul, qui sont florissantes en Angleterre, les catholiques anglais ont établi un certain une permission définitive, et. de concert avec les autres nombre d'œuvres de doctrine et de bienfaisance, dont évêques, il présenta au Saint-Siège une pétition des laïques à cct ciTet. La permission fut accordée en 1895, les principales sont : la Catholic Association; son but pourvu que les précautions nécessaires fussent prises est d’établir des relations sociales entre catholiques, pour sauvegarder la foi des étudiants. Les jeunes 1 cl de promouvoir les intérêts catholiques par tous les catholiques qui vont aux universités ne sont point moyens possibles. La Catholic truth Society qui a pour réunis dans un collège spécial, mais ils ont un aumônier but la publication de livres et brochures â bon marché, cjui les réunit dans une chapelle où ils remplissent capables d’afTerniir les catholiques dans la fol, et de leurs devoirs religieux, et où des conférences leur sont dissiper les préjugés et erreurs des protestants. La Société de Saint-Anselme, qui fait examiner par scs données par divers prédicat eues. T Tn comité, présidé par un évêque, s’occupe de recueillir les fonds nécessaires, comités les livres non catholiques, afin de signaler ceux de nommer l’aumônier et d’inviter les conférenciers. qui peuvent être lus sans danger pour la foi ou les On a fondé â Cambridge et à Oxford des maisons mœurs. La Catholic young men's Society, qui compte pour les ecclésiastiques qui désirent prendre les grades; environ 22 000 membres et n 197 branches, est quelque certains ordres religieux ont aussi des maisons afin chose comme l’Association de la Jeunesse catholique d’assurer cette facilité ù leurs jeunes sujets, les béné­ en France. Presque toutes les missions ont des clubs dictins à Oxford et Λ Cambridge, les jésuites et les pour les hommes. les jeunes gens et les enfants; de plus, capucins Λ Oxford. Les sœurs du Saint-Enfant-Jésus il faut dlcr la Catholic boy's brigade, dans laquelle les ont aussi ouvert ù Oxford une mnlson où les religieuses jeunes garçons de quatorze â dix-sept ans sont orga­ des différents ordres peuvent se préparer aux grades. nisés en bataillons et reçoivent une formation semiIl y a pour lu formation du clergé divers séminaires, militaire, et les Catholic boy-scouts. La Catholic Union dont les principaux sont l Tshaw, Osent t, St. Edmund’s o/ Great Britain s'applique ù promouvoir les intérêts et Wonersh; Λ l’étranger, le collège anglais Λ Rome, et catholiques de toutes les manières possibles. des collèges à Lisbonne et ù Valladolid. Un séminaire IL Écosse. — Ie Depuis la Ré/ormalion jusqu'au pour les missions étrangères a aussi été fondé par le rétablissement de la hiérarchie. — L’Écosse demeura cardinal Vaughan. catholique jusqu’en 1560, et à ce moment le pays Les catholiques en Angleterre ont un certain nombre comprenait deux provinces ecclésiastiques, celle de d’hôpitaux; ils ont aussi des orphelinats, des écoles St. Andrews, composée du siège archiépiscopal et de pour les sourds-muets et les aveugles, et des maisons de six évêchés sufïragants, et celle de Glasgow, qui possé­ correction De plus, ceux qui sont dans les institutions dait quatre évêchés outre le siège archiépiscopal. Le publiques analogues ont toute liberté de pratiquer sort des catholiques d Écosse suivit celui des catho­ leur religion. Les administrateurs des workhouses ou liques anglais, sauf que la persécution fut plus Intense; GRANDE-BRETAGNE ET IRLANDE [703 1704 ie sorte que nous n'avons pas Λ entrer dans les détails. persécution commença en Irlande. L’archevêque de Le dernier évêque écossais fut le cardinal Beaton, Cashel et l’évêque de Mayo furent torturés, et le gayi irehevêque de Glasgow, qui mourut à Paris en 1603; ravagé en grande partie. Mais a cette époque les Irlan­ déjà les catholiques d’Écosse avaient été mis sous la dais avaient des chefs qui les excitaient n la révolte» et juridiction de l’archiprêtre d'Angleterre (1598). Le ils étaient capables de traiter d’égal à égal avec le premier vicaire apostolique anglais étendit sa juridic­ pouvoir royal. Sous Jacques I·», la persécution devint tion sur ΓÉcosse, mais ce pays fut bientôt mis sous la plus violente. Le clergé reçut l’ordre de sortir du pays; Juridiction de préfets apostoliques, de 1629 à 1694. on poursuivit les prêtres qui restait ni, et il y eut des En 1694, Innocent XII nomma un vicaire apostolique» martyrs. L'Acte de suprématie fut remis en vigueur,et dans l'UIster, les propriétaires furent chassés cl leurs et en 1727, Benoit XIII divisa le pays en deux vicariats biens livrés à des protestants anglais et à des presby­ qui furent portés à trois par Léon XII en 1827. A ccttc tériens écossais, Cc système continua sous Charles Iw époque, le nombre des catholiques était d’environ 70 000, et ce nombre s'accrut rapidement à la suite . et sous le gouvernement qui lui succéda, Cromwell s'empara de l'Irlande, et y établit cc système des Land­ de l’Acte d’émancipation de 1829, qui s’appliqua ù lords dont le pays souffre encore. Les catholiques res­ l’Ecosse aussi bien qu’à l’Angleterre. pirèrent un peu sous Charles II, bien que les Injustices 2° Depuis le rétablissement de la hiérarchie jusqu'à dont ils avaient été victimes fussent loin d'être réparées; nos jours (1914). — En 1878, Léon Χ1Π rétablit la le court règne de Jacques II ne put rien changer à leur hiérarchie ecclésiastique en Écosse. Il y a maintenant situation. dans cc pays deux archevêchés, celui de St. Andrews GuillaumcII I fit de belles promesses aux catholiques, et Edimbourg avec quatre évêchés suffragante, et celui mais le parlement irlandais refusa de les ratifier, et fit de Glasgow, qui n’a pas de sufTragants. Voici les statis­ au contraire de nouvelles lois pénales. Les catholiques tiques que nous avons pu nous procurer (1913-1914) : Eglises PRÊTRES ÉCOLES PRIMAIRES ÉLÈVES POPULATION CATHOLIQUE 11 868 2 085 2OO-1 5 218 3 245 58 940 63 000 12 000 12 500 33 000 18 469 380 000 83 360 518 969 séculiers réguliers ET CHAPELLES St. Andrews it Édimbourg ....................... Aberdeen....................... Argyll............................. Dunkcld......................... Gnfiowuy....................... Glasgow...................... , 80 47 29 38 31 246 13 28 > 17 2 46 93 63 45 37 56 133 50 19 32 15 26 97 Total........................ 471 106 427 239 DIOCÈSES • furent exclus du parlement, du barreau, de l’armée et Le nombre approximatif des catholiques en Écosse de la marine, de toutes les charges civiles, et des con­ est de 518 969. Comme on le voit, près des Quatre seils municipaux. Ils ne pouvaient ni avoir d’écoles en cinquièmes de cette population appartient au diocèse Irlande, ni fréquenter celles de l'étranger, ni hériter de Glasgow, et il faut ajouter que 90 ou 95 pour cent d'aucune terre, ni prendre une propriété à bail; il leur de ces catholiques sont irlandais ou d'origine irlandaise. L'organisation de l’Églisc en Écosse est la même était interdit d’avoir des armes, et de posséder un che­ val valant plus de 125 francs. Ils ne pouvaient épouser qu’en Angleterre; nous n’avons pas, par conséquent, à des protestants; si le fils d’un catholique devenait pro­ répéter ce que nous avons dit au paragraphe précèdent. testant. il héritait de toute la propriété. Tous les reli­ Il y a en Écosse deux séminaires pour la formation du gieux devaient quitter le royaume, aussi bien que les clergé, l’un à Blairs, près d’Aberdeen, l’autre à Kilpa­ évêques et les vicaires généraux; quant au clergé infé­ trick, près de Glasgow. De plus, il y a un collège rieur, il pouvait rester, à condition d’être enregistré, et écossais à Rome, et un autre à Valladolid; un certain il était défendu d’avoir des clochers ou des cloches aux nombre de séminaristes écossais reçoivent leur for­ églises. Tels sont les principaux points de ce code pénal mation en France dans divers séminaires, aux frais des • fondations écossaises >. qui a pesé sur Γ Irlande pendant de longues années III. Irlande. — 1° Depuis la Réformation jusqu'd sans pouvoir en faire un pays protestant. l'émancipation des catholiques. — La hiérarchie n’a Cependant le parlement irlandais, qui jusqu’alors jamais été éteinte en Irlande. En 1511. Henri VIII avait toujours cédé devant le parlement anglais, nu parvint à rassembler un parlement à Dublin composé point de sc laisser enlever le droit de légiférer pour d'Anglo-Irlandais et d’Irlandais <